Archives pour la catégorie Côte d’ Ivoire

La Côte d’Ivoire demande l’étiquetage de ses objets d’art exposés en Europe

La Côte d’Ivoire demande l’étiquetage de ses objets d’art exposés en Europe

Une série de 12 photos d’archives montre des touristes de différents pays devant le muséee du Louvere à Paris le 15 août 2018n / © AFP / Lucas Barioulet

La Côte d’Ivoire a demandé l’affichage de la « mention Côte d’Ivoire » sur ses objets d’arts exposés dans les musées européens, un projet destiné au sauvegarde du patrimoine culturel, ont annoncé lundi les personnes qui ont pris cette initiative.

« Le projet d’avis sur le thème: +affichage de la mention Côte d’Ivoire sur les cartels des objets d’art ivoiriens exposés dans les musées européens+ a été adopté », par le Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec), une institution dont les membres étaient réunis en assemblée générale.

Cette décision vise à « sauvegarder le patrimoine culturel ivoirien », notent les membres du Cesec dans un communiqué, après avoir « constaté la dissémination des objets d’art ivoiriens dans plusieurs musées du monde ».

« La reconnaissance des objets d’art ivoirien au plan international plus principalement, peut représenter une niche non négligeable en matière d’économie culturelle, une importante source de création d’emplois », souligne le Cesec, actuellement dirigé par Charles Koffi Diby, ancien ministre ivoirien de l’Economie.

Le Musée des civilisations de Côte d’Ivoire, rénové après avoir été pillé en 2011, a publié en juin dernier son deuxième catalogue, afin de « faire connaître ses richesses et protéger ses collections »

sous le titre « Arts ancestraux des civilisations de Côte d’Ivoire », ce catalogue présente 144 pièces exceptionnelles du musée, provenant des quatre grandes aires culturelles du pays (Akan, Gur, Krou et Mandé), avec de superbes photographies en haute définition.

Sa réalisation a demandé quatre ans de travail, avec le concours de l’ambassade de France et la Fondation Orange Côte d’Ivoire.

Le musée, rénové en 2013, compte 15.000 pièces dans ses collections. Un projet de numérisation de 2.000 pièces est en cours. Un nouveau musée, plus grand et plus moderne, devrait être bâti dans les années à venir, selon le ministère ivoirien de la Culture.

(©AFP / (03 septembre 2018 17h39)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-La-C-te-d-Ivoire-demande-la-tiquetage-de-ses-objets-d-art-expos-s-en-Europe/950465.rom

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Sénatoriales en Côte d’Ivoire : écrasante victoire pour le camp présidentiel

Sénatoriales en Côte d’Ivoire : écrasante victoire pour le camp présidentiel

Par AFP
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La coalition au pouvoir Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) remporte 50 des 66 sièges en jeu aux premières sénatoriales de Côte d’Ivoire, selon un pointage réalisé par l’AFP. Une écrasante victoire, sans surprise, en l’absence de l’opposition qui boycottait le scrutin.

Ce pointage a été réalisé par l’AFP à partir de l’annonce des résultats, circonscription par circonscription, par la Commission électorale indépendante (CEI).

L’issue générale ne faisait pas de doute avec des listes du RHDP face à des indépendants.

Une grosse surprise est toutefois venue de Bouaké, fief traditionnel du pouvoir et ancienne capitale de la rébellion qui soutenait le président Alassane Ouattara. Le RHDP y a été battu par la liste des indépendants qui récolte 157 voix contre 105 au RHDP.

Le pouvoir paie sans doute là son incapacité à régler le problème des fréquentes mutineries récurrentes dans l’armée qui ont secoué le pays en 2017 et dont Bouaké était l’épicentre.

Une claque pour le RHDP qui n’a donc pas convaincu ses propres élus de voter pour sa liste.

« C’est la déception la plus totale. Nous n’avons pas compris comment certains ont pu nous lâcher pour aller voter pour les indépendants. C’est dur mais nous allons acceptons cette défaite, mais les conséquences risquent d’être graves » a reconnu Bazoumana Barro, conseiller municipal à Bouaké.

« C’est la base qui vient de s’exprimer », s’est quant à lui félicité Christophe Koffi, membre du parti de Ouattara qui a soutenu la liste des indépendants, des dissidents.

Le RHDP a aussi été battu dans une autre circonscription hautement symbolique, celle de Yamoussoukro, la capitale administrative, patrie de l’ancien président Felix Houphouet-Boigny dont le RHDP se réclame.

À Abidjan, le RHDP n’a toutefois pas fait de détail, récoltant 100% des bulletins exprimés.

« Sénat monocolore »

L’opposition ainsi que la société civile avaient critiqué le scrutin et demandé son report, soulignant notamment que, l’opposition ayant boycotté les élections locales de 2013, il aurait été plus juste de tenir l’élection de ce premier Sénat après les élections locales qui doivent avoir lieu cette année également, à une date restant à fixer.

« On pourrait dire que le gouvernement veut un Sénat monocolore », a déclaré Bamba Sindou, coordonnateur de la Poeci, la Plateforme des Organisations de la société civile pour l’Observation des Elections en Côte d’Ivoire.

L’opposition demande surtout une réforme de la Commission électorale indépendante (CEI) qu’elle accuse d’être en faveur du pouvoir, avant toute élection sénatoriale ou municipale mais surtout avant la présidentielle de 2020.

Le Sénat a été créé par la nouvelle Constitution de 2016, approuvée par référendum. Les conseillers municipaux et régionaux des actuelles mairies et régions ainsi que les députés constituent le collège électoral du scrutin au suffrage universel indirect qui s’est tenu dans chacune des 31 régions et 197 communes du pays. Le président Alassane Ouattara doit encore nommer 33 autres sénateurs.

L’opposition accuse le président Alassane Ouattara d’avoir succombé au « clientélisme » en créant ce Sénat qui, selon elle, sera « budgétivore ».

« Il n’y a que l’air qu’on respire qui est gratuit. On a besoin de ce Sénat qui va représenter les élus » et les collectivités locales, estime quant à lui Felicien Legré, conseiller municipal de Bingerville, membre de la coalition présidentielle, après avoir déposé son bulletin dans l’urne à Abidjan.

Le Sénat, « c’est le développement et la démocratie. Cela participe aussi à la cohésion, à l’union, à la paix entre les peuples. C’est une très bonne chose », assure Michel Loukou Kouadio, conseiller municipal à Bouaké.

http://www.jeuneafrique.com/545572/politique/senatoriales-en-cote-divoire-ecrasante-victoire-pour-le-camp-presidentiel/?utm_source=Newsletter_JA_Actu&utm_medium=Email&utm_campaign=Newsletter_JA_Actu_26_03_18

Côte d’Ivoire : tensions à Abidjan autour de la CEI et des élections sénatoriales

Côte d’Ivoire : tensions à Abidjan autour de la CEI et des élections sénatoriales

Bien que divisée, l’opposition comptait manifester pour protester contre la Commission électorale indépendante (CEI) et la tenue d’élections sénatoriales, samedi. Sur les deux rassemblements prévus ce jeudi à Abidjan, un seul a pu se tenir.

Il est seulement 7 heures du matin, ce jeudi 22 mars, mais la place des Martyrs à Adjamé est déjà bouclée par les forces de l’ordre. Le rassemblement qui doit s’y tenir à l’appel de la plateforme d’opposition Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS, qui regroupe plusieurs partis politiques, dont la tendance du Front populaire ivoirien dirigée par Aboudramane Sangaré), n’a pas été autorisé par les autorités.

Malgré cela, une cinquantaine de personnes tente de se réunir, pour protester contre la composition de la Commission électorale indépendante (CEI) et l’organisation des prochaines élections sénatoriales. La réponse de la police est immédiate. Les manifestants sont dispersés à coup de gaz lacrymogènes. 


>>> A LIRE – Côte d’Ivoire : la Commission électorale au centre des critiques à la veille des sénatoriales


Les partisans de l’opposition se sont ensuite mêlés à la foule massée dans ce quartier populaire d’Abidjan, jouant au chat et à la souris avec les policiers pendant plus de deux heures. Le flou régnait au point qu’il devenait difficile de différencier les passants des manifestants.

Une dizaine d’interpellations

À chaque tentative de regroupement, la police intervenait pour les disperser, parfois sans ménagement, utilisant des lacrymogènes et des grenades assourdissantes. Une dizaine de personnes ont été arrêtées, dont un porte-parole d’EDS, Jean-Gervais Tcheide, interpellé après avoir donné une interview à des journalistes.

Contacté par Jeune Afrique, le ministère de l’Intérieur a justifié sa décision d’interdire la marche de la coalition EDS au motif que « le tracé aurait perturbé la circulation ».

« L’itinéraire choisi était en plein milieu d’un axe emprunté par près d’un million d’Ivoiriens chaque matin. Lors des trois réunions que nous avons eu avec les organisateurs, à la préfecture, nous avons demandé que l’itinéraire ou la date de la marche soit modifiés. Comme il n’y a pas eu d’accord, nous avons émis un arrêté pour l’interdire », explique notre source.

Les autorités ont en revanche autorisé l’initiative de Pascal Affi N’Guessan. Comme annoncé, le président du FPI s’est rendu au siège de la CEI à la mi-journée, accompagné de plusieurs collaborateurs, pour y déposer un mémorandum signé par une plateforme regroupant 20 partis. Malgré quelques tensions entre une dizaine de ses partisans et la police, et après une première tentative infructueuse, Affi a pu remettre ce document au directeur de cabinet du président de l’instance, Youssouf Bakayoko.

« Nous ne reconnaîtrons pas ce Sénat »

« Il faut que nous nous engagions tous dans le combat pour une CEI respectant les standards internationaux, une CEI consensuelle, qui ne soit pas l’objet de polémique. Et qu’après cela, nous puissions mettre en place un Sénat inclusif dans lequel pourront siéger les représentants de l’opposition. Avec la démarche solitaire et anti-constitutionnelle empruntée par le chef de l’État, l’opposition en sera totalement absente« , a déclaré Affi.

« D’ici au 24 mars, beaucoup de choses peuvent se passer. Nous avons bon espoir que notre message sera bien transmis et que le chef de l’État fera à la Côte d’Ivoire l’économie de nouveau affrontements. Car dans tous les cas, si ces élections ont lieu, cela veut dire qu’on nous demande de rester mobiliser, dans la lutte, jusqu’à ce qu’une nouvelle CEI soit mise en place. »

Et de poursuivre : « Nous avons décidé de ne pas reconnaître le résultat de ces élections et le Sénat qui sera mis en place. Nous allons saisir toutes les instances internationales pour qu’il ne soit pas reconnu par la communauté internationale. »

À noter qu’en marge de ce rassemblement, le blogueur Daouda Coulibaly a été pris à parti par les forces de l’ordre. Son portefeuille, contenant 40 000 F CFA, aurait été saisi.

La Commission électorale est au centre des critiques, à la veille des élections sénatoriales qui se tiendront ce samedi. Le 19 mars, dix-huit formations d’opposition, dont la frange du FPI menée par Pascal Affi N’Guessan, avaient « retiré officiellement leur confiance et leur caution à la Commission électorale indépendante (CEI) ».  Ils avaient notamment annoncé ne plus reconnaître les quatre membres de la CEI censés représentés l’opposition.

Dans un communiqué daté du 12 mars, Sansan Kambilé, le ministre ivoirien de la Justice, avait pour sa part estimé que « la question de la réforme de la composition actuelle de la CEI ne se justifie guère », affirmant qu’elle résulte « d’un large consensus de tous les acteurs ».

Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo condamné à 20 ans de prison pour le « braquage » de la BCEAO

Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo condamné à 20 ans de prison pour le « braquage » de la BCEAO

L’ex-chef de l’État ivoirien Laurent Gbagbo et trois de ses ex-ministres, dont son ancien Premier ministre Gilbert Aké N’Gbo, ont été condamnés jeudi à 20 ans de prison et 329 milliards FCFA d’amende, dans l’affaire du « braquage » de l’Agence nationale de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pendant la crise post-électorale ivoirienne.

C’est un long feuilleton judiciaire qui s’est terminé jeudi 18 janvier par un verdict controversé : vingt ans de prison ferme pour Gilbert Aké N’Gbo et Désiré Dallo, tous les deux présents au procès, ainsi que pour Justin Koné Katinan et Laurent Gbagbo (absents), dans l’affaire dite du « braquage » de l’Agence nationale ivoirienne de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et de plusieurs banques commerciales, durant la crise post-électorale de décembre 2010 à avril 2011. En l’absence des deux derniers condamnés, les deux premiers sont repartis libres.

L’affaire du « braquage de la BCEAO » a été appelée pour la première fois le 7 juillet 2015. Plusieurs fois renvoyée en 2016, elle a connu son épilogue ce jeudi. Les deux accusés présents, Gilbert Aké N’Gbo (ex-Premier ministre) et Désiré Dallo (ex-ministre de l’Économie et des Finances), ont toujours nié leur implication dans l’affaire.

Procédure d’appel

Si la Cour a condamné les quatre accusés à vingt ans de prison ferme, elle n’a toutefois pas délivré de mandat de dépôt, comme lors de la condamnation de l’ex-ministre Hubert Oulaye, fin décembre 2017. Aké N’Go et Dallo sont donc repartis libres chez eux.

Quant à Laurent Gbagbo – actuellement jugé à la Cour pénale internationale (CPI) dans le procès Gbagbo – et Koné Katinan (ex-ministre du Budget), en exil entre Accra, Paris et Pretoria, des mandats d’arrêt internationaux ont été émis à leur encontre.

Ce n’est pas la première fois que Koné Katinan est visé par un mandat d’arrêt de la justice ivoirienne. En août 2013, il avait échappé à une extradition à Abidjan, par la justice ghanéenne, à l’issue d’une longue procédure judiciaire.

Tous doivent solidairement payer une amende de 329 milliards FCFA (502 millions d’euros). Leur collège d’avocats a fait savoir qu’il ferait appel.

Leslie Varenne

Leslie Varenne

Leslie Varenne est co-fondatrice et directrice de l’IVERIS.

leslie.varenne@iveris.eu

Leslie Varenne a été journaliste d’investigation pendant 20 ans, elle est une spécialiste reconnue de l’Afrique, continent sur lequel elle se rend régulièrement et auquel elle a consacré de nombreux articles, reportages, rapports et ouvrages.

Ses nombreuses enquêtes et publications ont également été consacrées à la politique et à l’économie française et internationale.

Dans son dernier ouvrage, « Abobo la guerre » elle a dévoilé les coulisses de la guerre de 2011 en Côte d’Ivoire.

Aujourd’hui auteur et chercheur, elle intervient régulièrement à l’occasion de colloques et de conférences internationales.

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Son dernier travail publié est l’enquête sur le groupe Alstom coécrite avec Eric Denécé pour le CF2R.

Où est passé l’argent des Libyens, enquête parue dans le magazine Long Cours en septembre 2013.

 

Derniers ouvrages

 

Abobo la guerre, Côte d’Ivoire terrain de jeu de la France et de l’ONU

Editions Mille et Une Nuits, 2012

Côte d’Ivoire, novembre 2010. L’élection présidentielle a laissé un goût amer. Organisée au forceps par une coalition internationale soutenue par l’ONU et dirigée par la France de Nicolas Sarkozy, elle n’a rien réglé de la crise profonde que traverse ce pays depuis dix ans. Bien au contraire, elle l’a plongé dans la confusion, rendant son avenir incertain et périlleux.
Au terme d’un an d’enquête et de multiples reportages, Leslie Varenne révèle dans cet ouvrage percutant les coulisses d’un conflit meurtrier dont nul ne mesure encore les effets. Elle dénonce les innombrables mensonges des autorités. Elle démontre notamment qu’en dépit des multiples dénégations de Paris, Laurent Gbagbo, le président sortant, a bien été enlevé par le GIGN, et donc par la France. Alassane Ouattara, globalement démocratiquement élu, mais militairement installé par une armée étrangère, ne voit-il pas sa légitimité entamée ?
Ce livre raconte aussi l’histoire tragique des habitants de l’immense commune d’Abobo, quartier déshérité du nord d’Abidjan qui a été au cœur de cette guerre. Depuis ce lieu stratégique, bastion pro-Ouattara, on découvre le jeu cynique des dirigeants, leurs manipulations, leurs trahisons, et comment les deux camps ont délibérément envoyé la population civile à l’abattoir pour servir leurs desseins.

L’histoire secrète d’EADS ou le syndrome d’Icare

Editions Hugo.doc, 2007

Pour le grand public, E. A.D.S (European Aeronautical Défense & Space Company), c’est Airbus et la victoire de l’Europe sur l’américain Boeing, mais E.A.D.S est avant tout une multinationale hautement stratégique.Pourtant depuis quelques années, le groupe se retrouve à la une des faits-divers, plongée dans les eaux troubles des «affaires». Quels sont les secrets dissimulés derrière ces quatre lettres ?
Comment en 1998, Lionel Jospin et Dominique Strauss-Kahn ont-ils bradé l’Aérospatiale au bénéfice de Jean-Luc Lagardère ? Comment l’affaire «Clearstream» née au sein même d’EADS a-t-elle pu faire trembler les plus hauts responsables politiques français, de Dominique de Villepin à Nicolas Sarkozy ?
Pourquoi les somptueuses plus-values réalisées par les actionnaires Lagardère et Daimler risquent-elles de relever du délit d’initié ? Pourquoi un plan de délocalisation, de restructuration et de suppressions d’emplois chez Airbus alors que cette filiale d’EADS ne s’est jamais aussi bien portée. Est-ce une réponse à l’incurie des dirigeants au détriment des salariés ? Enfin, E.A.D.S, entreprise d’armement, portait le grand rêve d’une défense Européenne indépendante. Cet espoir s’est-il évanoui ?

 

https://www.iveris.eu/page/leslie_varenne/

Le pivot africain

Le pivot africain

 

01 novembre, 2017
Note d’analyse

Leslie Varenne

L’ Afrique de l’Ouest dans l’œil du cyclone US

Depuis la mort de quatre soldats des Etats-Unis au Niger, tombés dans une embuscade le 4 octobre dernier, les citoyens américains découvrent l’Afrique et la présence de leur armée sur ce continent. Cet engagement n’est pourtant pas nouveau. Sous les deux mandats de Barack Obama, leur présence militaire n’a cessé de croître. SOFRICA, le commandement des opérations spéciales en Afrique dont le siège est à Tampa en Floride, et Africom, le commandement des USA pour l’Afrique, basé à Stuttgart en Allemagne, ont multiplié leurs bases et leurs opérations (1). Selon Vice News : « En 2006, seulement 1% de tous les commandos américains déployés à l’étranger se trouvaient en Afrique. En 2010, ils étaient 3% ; en 2016, ce nombre avait bondi à plus de 17%.» (2). Le Pentagone reste très discret, secret sur son engagement dans cette partie du monde. Officiellement, ils seraient 6000 G.I. dispatchés sur tout le continent, mais ce chiffre est, sans aucun doute, fort éloigné de la réalité (3). En effet, la base de Djibouti héberge 4000 soldats, le Niger en compte, à lui seul, 1000 et les militaires américains sont présents dans au moins vingt pays (4-5). Le compte n’y est pas….

 

Signe que la politique de Donald Trump s’inscrit dans la continuité de celle de son prédécesseur en la matière, le 23 octobre dernier, le chef d’Etat-major, le général Dunford a annoncé une nouvelle augmentation de ses troupes en Afrique qu’il justifie par la présence accrue de l’organisation de l’Etat islamique (EI) dans cette zone (6). Ce général a également déclaré : « La guerre est en train de se déplacer. Je ne suis pas sûr qu’on puisse dire qu’elle se déplace vers l’Afrique seulement. Nous sommes confrontés à un défi qui s’étend de l’Afrique de l’Ouest à l’Asie du Sud-Est » (7). Trois jours plus tard, les sénateurs américains, membres du Comité des armées du Sénat, avec à leur tête John McCain, lui emboîtaient le pas en annonçant que l’EI pivotait vers l’Afrique : « Plus nous réussirons au Moyen-Orient, plus nous verrons les serpents se diriger vers l’Afrique et nous devrons être prêts à conseiller et à aider les nations qui sont disposées à travailler avec nous ». Et le sénateur McCain de réclamer un financement accru « pour mieux équiper les forces là-bas » (8) …

Comment expliquer ce brusque « pivot africain » de l’EI dénoncé par le Sénat et le Pentagone ? Ces soudaines déclarations alarmistes étonnent d’autant plus que les groupes d’Afrique de l’Ouest affiliés à cette organisation, comme Boko Haram, sont en perte de vitesse et qu’al-Qaïda s’est renforcé depuis la création au Mali, en mars 2017, de JNIM (Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin), une alliance qui regroupe plusieurs chefs de guerre [9]. Par ailleurs, l’activité des Shebabs de Somalie, également affiliés à al-Qaïda, n’est pas nouvelle.

Si le général Dunford et John McCain sont si affirmatifs, c’est parce qu’ils détiennent des informations précises sur les mouvements opérés par les djihadistes qui occupaient la ville syrienne de Raqqa, capitale de l’EI en Syrie, récemment reprise par la coalition et les groupes arabo-kurdes (FDS). Lors de son récent voyage à Damas, l’IVERIS a appris auprès de diverses sources que ces terroristes ont migré en plusieurs endroits du globe notamment au Myanmar et à la frontière de l’Égypte et de la Libye (10). Les premiers signes de l’émergence d’un nouveau front confirment ces informations.

 

Les signes précurseurs

En août 2017, selon les USA, 2000 combattants de l’EI se trouvaient encore à Raqqa (11). Le plus grand flou a entouré le sort de ces djihadistes : des combattants syriens se seraient rendus aux forces arabo-kurdes (FDS) et des combattants étrangers aux services de renseignements de leurs pays respectifs ; d’autres auraient pu fuir Raqqa pour aller guerroyer dans la province de Deir ez-Zor ; enfin, selon le journal libanais l’Orient le Jour  « Les hauts commandants de l’EI auraient quitté Raqqa avant l’entrée des FDS dans la ville. » (12)

Deux événements récents confirment l’arrivée de ces terroristes en Afrique, notamment à la frontière entre l’Egypte et la Libye, une zone majoritairement désertique et incontrôlable de plus de 1000 km. Selon les personnes rencontrées en Syrie, le premier signe de cette présence serait l’attentat survenu le 20 octobre en Egypte dans la zone de l’oasis de Bahariya tuant 16 policiers. Il est vrai que, même si l’attaque n’a pas été revendiquée par l’EI, les découvertes de la sureté nationale égyptienne inquiètent. Dans le désert occidental, près de la zone où a eu lieu l’affrontement, a été repéré un camp d’entrainement d’une centaine d’hommes particulièrement aguerris et bien équipés, disposant d’armes anti-blindés (13). Dans le cas libyen, deux soldats du général Haftar ont été tués, dont l’un par décapitation. Cette attaque, revendiquée par l’EI, a eu lieu à 60 km d’Ajdabya, alors que l’organisation ne disposait plus dans ce pays que d’une enclave près de la ville de Derna (14). Tout laisse à penser que l’organisation terroriste s’apprête donc à se renforcer dans la zone, engendrant de facto la poursuite et l’aggravation, si c’est encore possible, du chaos libyen.

 

L’Afrique de l’Ouest dans la ligne de mire…

 

Une vaste région de l’Afrique de l’Ouest au Tchad risque de s’embraser traversant des pays déjà très affaiblis tant du point de vue sécuritaire que politique et social. Après la guerre de 2011 en Libye, des groupes armés ont trouvé refuge au Mali qui a été la première victime collatérale de ce conflit ; ce pays ne s’en est toujours pas remis. L’intervention française Serval en 2013 a réussi à repousser momentanément les djihadistes mais n’a résolu aucun problème de fond. Ce pays peut être considéré aujourd’hui comme un Etat failli. L’opération militaire française Barkhane, qui intervient sur cinq Etats dans toute la zone sahélo-saharienne – Mali, Niger, Tchad, Burkina-Faso et Mauritanie –  a échoué à contenir les groupes terroristes par manque de moyens et de stratégie politique. En prime, Barkhane ne bénéficie plus de la confiance des populations (15). A la mi-octobre, une délégation d’un mouvement de la jeunesse malienne nommée « Trop c’est trop » s’est rendue à Kidal et a rapporté les faits suivants : « dès votre entrée à Kidal, vous percevez chez les habitants un très net sentiment anti-français grandissant. Depuis plusieurs mois, les manifestations populaires contre la force Barkhane ne cessent de prendre de l’ampleur – des hangars de la base militaire ont été incendiés – les soldats français ne sortent plus de leurs camps » (16). En outre, ce pays comme le Burkina-Faso, sont aujourd’hui la proie d’attentats terroristes qu’ils ne connaissaient pas avant l’intervention française. A cela, il faut ajouter également une islamisation rampante de la sous-région. A titre d’exemple, au cours de ces dernières années, la Côte d’Ivoire, pays majoritairement catholique, a construit plus de mosquées et d’écoles coraniques, financées indirectement par l’Arabie Saoudite, que d’églises et d’écoles laïques, selon des informations recueillies auprès des services du Premier ministre de cet Etat.

Si, comme l’anticipent les stratèges du Pentagone, les serpents de Syrie établissaient leurs nids dans cette zone, la sous-région ne manquerait pas de s’enflammer, tous ces Etats connaissant des problèmes politiques et sociaux graves. Si l’EI, comme il l’a fait au Proche-Orient, débarquait avec des armes sophistiquées, des véhicules flambants neufs et des salaires pour leurs éléments, la main d’œuvre ne manquerait pas. En prime, aucun pays hormis le Tchad et le Niger, a une armée capable de faire face. Enfin, les combattants de l’EI se retrouveraient en face de ceux du JNIM (al-Qaïda), engendrant des bagarres de leadership mais également de modes opératoires, les groupes armés du Sahel ne s’attaquant jamais aux autochtones, contrairement à ceux de Syrie ou d’Irak qui ont commis les pires atrocités contre les populations civiles.

 

La France hors-jeu

Que pourrait faire la France avec laquelle tous les Etats francophones de cette région ont signé des accords de défense ? En l’état de ses forces, du budget des armées et du ressentiment anti-français en Afrique, rien, sinon de jouer comme en Syrie et en Irak les supplétifs de l’armée américaine. Consciente de l’échec de l’opération Barkhane, Paris souhaite se désengager de ce bourbier. Prétextant que la France n’a pas vocation à devenir « la garde prétorienne de pays africains souverains » selon les termes de la ministre de la Défense, Emmanuel Macron a initié la mise en place d’une force africaine autonome appelée G5 Sahel qui comprend cinq Etats : Mali, Niger, Tchad, Mauritanie, Burkina-Faso (17). Problème, cette force, dont le budget s’élève à 423 millions d’euros, n’est pas financée et malgré les nombreux appels du pied de la France à l’ami américain, ce dernier bloque depuis des mois la résolution sous le chapitre 7 des Nations Unies qui permettrait un financement onusien. Le 30 octobre, Nikki Haley, l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, a une nouvelle fois refusé de voter la résolution et a justifié sa position ainsi : « Nous comptons sur les pays du G5 pour prendre pleinement les commandes de la force d’ici trois à six ans avec l’aide continue des Etats-Unis ». La position du Pentagone semble paradoxale : d’une part, il s’inquiète du danger imminent, s’apprête à augmenter ses troupes et ses moyens ; d’autre part, il peut attendre trois à six ans avant que cette force ne soit opérationnelle. En réalité, la stratégie américaine est limpide. En refusant que cette armée africaine soit mandatée par l’ONU, le Pentagone s’octroie la haute main militaire, sans supervision internationale, sur la région sahélo-saharienne et sur l’ancienne zone d’influence française. Dans leur grande bonté, les USA ont, tout de même, concédé une aide de 60 millions de dollars, l’Union européenne s’est déjà engagée à verser 50 millions d’euros et la France 8 millions d’euros. Le compte n’y est pas…

 

Le double pivot

Si le pivot asiatique instauré par Barack Obama, qui visait essentiellement à contrecarrer la montée en puissance de la Chine, a été public et largement commenté, le pivot africain, dessiné dès le début du mandat de l’ex-président en 2008, a, lui, été occulté. Pourtant, l’administration américaine n’a pas ménagé ses efforts tant dans le soft power en finançant de nombreuses associations de la société civile africaine que dans le hard power en déployant des troupes sur le continent (18). Là encore, il s’agissait de faire obstruction à la Chine dans le cadre de la guerre économique féroce que se livrent ces deux États. En août 2017, Steve Bannon, qui à cette époque était encore conseiller stratégique de Donald Trump, résumait l’angoisse américaine « Selon moi, la guerre économique avec la Chine, c’est la question numéro 1. Nous devons nous concentrer sur cette question, de façon maniaque (…) Et si nous continuons à perdre cette guerre, nous sommes à cinq ans, dix ans au maximum, du point de non-retour » (19). En Asie comme en Afrique, les États-Unis ont déjà perdu cette guerre, ils ont été incapables de contenir l’expansion de l’empire du Milieu (20). Mieux au lieu de s’affaiblir, la Chine s’est renforcée tant sur son volet asiatique avec son projet « One Belt, one Road », qu’en Afrique où les échanges commerciaux sont passés de 10 milliards de dollars en 2009 à 300 milliards de dollars en 2015 (21). Et ils ne cessent d’augmenter, plus 16% pour le premier trimestre 2017 (22). Compte tenu des conditions particulièrement attrayantes offertes par les Chinois en matière d’investissements, notamment dans les infrastructures, ces échanges ne sont pas prêts de se tarir. C’est à l’aune de cette guerre économique qu’il faut lire les récentes sanctions infligées par l’administration américaine à plusieurs Etats africains : Tchad, Erythrée, Sierra Léone et Guinée Conakry. Cette dernière ayant même eu l’outrecuidance de s’afficher, en septembre dernier, au sommet des BRICS qui se tenait à Xiamen (23). Dans le même mouvement, Washington a levé les sanctions qui pesaient sur le Soudan, alors que son Président Omar el-Béchir est toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale. Mais si ce pays a toujours des relations économiques importantes avec la Chine, il a opéré récemment un changement d’alliances et s’est aligné sur le camp américain et saoudien (24).

 

L’œuf et la poule

Est-ce également à l’aune de cette guerre économique qu’il faut interpréter la phrase du général Dunford ? : « La guerre est en train de se déplacer. Je ne suis pas sûr qu’on puisse dire qu’elle se déplace vers l’Afrique seulement. Nous sommes confrontés à un défi qui s’étend de l’Afrique de l’Ouest à l’Asie du Sud-Est ». Qui pivote ? L’EI ou les Etats-Unis  ?

 

Leslie Varenne
Directrice de l’IVERIS

http://www.iveris.eu

 

(1) https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/281-tendance_automnehiver_2017__french_bashing_en_afrique

(2) https://news.vice.com/story/the-u-s-is-waging-a-massive-shadow-war-in-africa-exclusive-documents-reveal

(3) Officiellement, il n’y aurait qu’une seule base de drone à Djibouti alors que le journaliste, Nick Turse, a en dénombré 60, dont une très importante au Niger. http://www.truth-out.org/news/item/42385-the-us-africa-and-a-new-century-of-war

(4) http://www.bbc.com/afrique/region/2015/06/150619_djibouti_base

(5) http://reseauinternational.net/les-100-missions-des-forces-speciales-us-en-afrique/

(6) https://www.rt.com/usa/407588-niger-dunford-africa-troops/

(7) http://www.africa1.com/spip.php?article81992

(8) http://www.washingtonexaminer.com/isis-is-pivoting-to-africa-senators-say/article/2638711

(9) Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin ou Groupe des partisans de l’islam et des musulmans. https://jamestown.org/program/aqims-alliance-mali-prospects-jihadist-preeminence-west-africa/

(10) Avec le député honoraire, Gérard Bapt, l’IVERIS a accompagné une délégation de médecins invités au congrès de la Société syrienne de radiologie qui se tenait du 20 au 23 octobre à Damas et Alep. La délégation française était composée de trois médecins radiologues Anas Alexis Chebib, et Véronique Bouté, également présidente de l’association Astarte, ainsi que la gynécologue obstétricienne et radiologue Jocelyne Chopier, praticienne à l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris.

(11)http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/08/05/97001-20170805FILWWW00026-2000-combattants-de-l-ei-retranches-a-raqqa.php

(12)https://www.lorientlejour.com/article/1079089/lei-a-perdu-son-bastion-de-raqqa-mais-ou-sont-passes-les-jihadistes.html

(13)http://hebdo.ahram.org.eg/NewsContent/0/10/124/26064/La-riposte.aspx

(14)http://koaci.com/libye-deux-soldats-marechal-haftar-tues-dans-attaque-daech-deux-decapite-114323.html

(15)https://www.iveris.eu/list/entretiens/268deux_ans_apres_laccord_dalger_le_mali_en_danger

https://www.iveris.eu/list/articles_dactualite/84-lafrique_de_louest_dans_loeil_du_cyclone

(16) http://togouna.mondoblog.org/trop-mali-kidal/

(17)http://www.boursorama.com/actualites/les-etats-unis-promettent-60-millions-de-dollars-au-g5-sahel-b952653a15a7a3acd0e0a01ca46509b4

(18)https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/281-tendance_automnehiver_2017__french_bashing_en_afrique

(19)http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/08/17/97002-20170817FILWWW00013-les-etats-unis-sont-en-guerre-economique-avec-la-chine-soutient-bannon.php

(20) http://www.iris-france.org/82973-quel-bilan-pour-le-pivot-asiatique-de-barack-obama/

(21)http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/la-chine/articles-scientifiques/les-chinois-en-afrique

(22)http://www.jeuneafrique.com/436887/economie/forte-reprise-echanges-commerciaux-sino-africains-premier-trimestre-2017/

(23)http://afrique.latribune.fr/politique/leadership/2017-09-04/sommet-des-brics-alpha-conde-vante-le-potentiel-economique-de-l-afrique-748942.html

(24) http://orientxxi.info/magazine/le-soudan-s-aligne-sur-le-camp-saoudien,2060

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https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/290-le_pivot_africain/