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Exclusif : Mensonge, voici ta vérité, par Saïf al-Islam Khadafi

Exclusif : Mensonge, voici ta vérité, par Saïf al-Islam Khadafi

 

12 Février 2018

 

Depuis la destruction de son pays, c’est la première fois que le fils de Khadafi s’exprime publiquement. Libéré depuis quelque temps et sous la protection de certaines tribus loyalistes, il a rédigé (en arabe) ce mémorandum pour faire le point sur la situation juridique et politique de son pays et pour apporter la contradiction à la Cour pénale internationale.


Ce mémorandum vise à cerner ce qu’a subi le peuple libyen au cours des six dernières années. Ces crimes ont été commis au nom de l’interventionnisme humanitaire, de la protection des civils, de l’introduction de la démocratie et de la prospérité. Les forces de l’Otan, avec l’aide de certains États arabes et de quelques Libyens, ont attaqué la Libye avec tous les moyens à leur disposition. Les justifications avancées étaient aussi fausses que pour l’invasion de l’Irak en 2003. Ce fut une destruction systématique d’un pays souverain et d’une nation pacifique. Cette note tente de présenter ces crimes à la communauté internationale, aux organisations de défense des Droits de l’homme et aux ONG, afin de soutenir la Libye et son peuple dans ses innombrables efforts pour reconstruire ce petit pays.

La Libye à la croisée des chemins : au commencement

L’agonie de la Libye a commencé le 15 février 2011, quand un certain nombre de citoyens se sont réunis dans le calme pour protester contre l’incident survenu à la prison d’Abou Salim. La manifestation a été rapidement prise en otage par des éléments de groupes djihadistes tels que le Groupe islamique combattant libyen (GICL). Ces éléments ont attaqué des postes de police et des casernes de l’armée à Derna, Benghazi, Misratah et Al-Zawiya afin de voler des armes et de les utiliser dans leur guerre planifiée contre le peuple libyen et son gouvernement légitime. Toutes ces actions furent accompagnées d’une machine de propagande des chaînes Aljazeera, Al-Arabiya, BBC, France 24 et d’autres qui encourageaient le peuple libyen à affronter la police qui tentait de protéger les bâtiments gouvernementaux et les propriétés privées des attaques et des pillages.

Des scènes d’horreur ont eu lieu dans les rues, sur les ponts et dans des bâtiments des forces de sécurité où les manifestants ont commis des crimes innommables contraires a toute humanité. Des membres des forces de sécurité, des militaires et des policiers ont été égorgés, leurs cœurs ont été extraits de leur corps qui ont été coupés en morceaux ; un spectacle de brutalité et de sauvagerie indescriptible. Par exemple, le premier jour de troubles, le 16 février 2011, dans la ville de Misrata, les soi-disant manifestants pacifiques ont tué et brûlé un homme, Musa Al-Ahdab. Le jour même à Benghazi, un officier de police a été tué et démembré [1 ]. Ces actes barbares ont été commis par des personnes armées utilisant des chars, des mitrailleuses et des mitrailleuses antiaériennes dans les villes de Misrata, de Benghazi et d’Az Zaouiyah [2 ]. Ces scènes sont bien documentées et peuvent être visionnées sur YouTube [3 ] et sur les réseaux sociaux.

Ainsi, les victimes sont tombées par dizaines contrairement à ce qui a été rapporté par les médias biaisés. Selon Aljazeera,  et les groupes d’opposition libyens, à la fin de 2011, le nombre de personnes tuées atteignait 50 000. Cependant, en 2012, le gouvernement d’Abdel Rahim al-Kib a annoncé que le nombre de victimes enregistrées entre le 17 février 2011 et la fin de la guerre en octobre 2011 était de 4 700 —incluant des personnes décédées de mort naturelle [4 ]. Malgré le nombre très élevé de victimes évoqué par des statistiques, leurs noms et leurs identités ne sont pas communiqués et aucune famille n’a demandé à être indemnisée par le gouvernement.

La campagne de propagande et les mensonges qui accompagnaient les accusations contre les militaires ne s’arrêtaient pas à l’inflation des victimes, mais affirmait que le régime utilisait des avions militaires pour attaquer les civils, ordonnait des viols de masse à l’armée et aux forces de sécurité, [5 ] avec du Viagra trouvé dans les chars [6 ], recourrait à des mercenaires africains et algériens, et devait faire face aux défections de pilotes d’avion vers Malte [7 ]. Aucune de ces imputations n’a été prouvée à ce jour et ne correspond à quelque vérité que ce soit. Les enquêtes de l’Onu, celles d’Amnesty International et d’Human Rights Watch [8 ] n’ont pu vérifier aucun des cas d’enlèvement parmi les 8 000 dénoncés par l’opposition libyenne. En réalité, toutes ces imputations ont été fabriquées notamment par Al-Jazeera et sont dénuées de crédibilité. Identiquement, l’accusation d’utilisation de Mirages de la base aérienne d’Al-Weathy, à l’extrême ouest de la Libye, pour attaquer des civils à Benghazi n’a aucun poids puisque ces avions ne pouvaient pas faire l’aller retour compte tenu de leur consommation de carburant. Il est en effet impossible pour ce type d’appareil d’attaquer des cibles à 1 500 km et de revenir sans ravitaillement, et il y avait des bases aériennes autour de Benghazi utilisables par le gouvernement libyen si nécessaire. De même, le Viagra prétendument retrouvé dans les chars ressort du même piège : la Libye avait une armée jeune, professionnelle et morale, qui ne pensait pas à commettre de tels crimes et n’avait pas besoin de Viagra pour activer ses désirs sexuels. Ces histoires fabriquées sont simplement des intoxications comparables avec les sept minutes nécessaires pour que des armes de destruction massive irakiennes attaquent l’Occident. Aujourd’hui, les affaires irakiennes et libyennes ont commencé à faire rire les peuples irakien, libyen, états-unien et européen. (Rapport d’Amnesty International [9 ])

La Cour internationale de Justice (CPI)

La CPI (Cour pénale internationale) [10 ] a délivré en 2011 un mandat d’arrêt à l’encontre de Mouammar Kadhafi, de Saïf Al-Islam Kadhafi [11 ] et d’Abdallah Senoussi, accusés de crime contre l’humanité. Malgré la gravité du crime, la CPI n’a mené aucune enquête sur le terrain et a tiré ses conclusions et identifié les auteurs en deux semaines après sa saisine par le Conseil de sécurité de l’ONU. Le calendrier accordé au procureur n’a pas été présenté et il ne disposait de toute manière pas du temps nécessaire pour préciser les peines encourues. À cet effet, Ahmed Al-Jehani, le coordinateur du CNT CPI-Libye, a déclaré que « L’affaire CPI contre la Libye est purement politique car les membres de l’Otan ont demandé au Conseil national de transition (CNT) de dresser lui-même la liste de fonctionnaires qui seraient accusés de crimes contre l’humanité ». Le CNT a désigné Al-Jehani pour préparer cette liste comprenant une dizaine de noms, cependant la CPI n’en a retenu que trois. Al-Jehani a également ajouté que toutes les accusations étaient fabriquées. Il a réaffirmé son point de vue lors de sa rencontre avec Saïf Al-Islam et l’a assuré que la justice libyenne ne pourrait pas le déclarer coupable. Al-Jehani a ajouté qu’avec son équipe, il avait fabriqué cette affaire parce qu’ils la savaient perdue d’avance, et qu’ils l’avaient poursuivie afin d’impliquer Saïf al-Islam dans des affaires financières et de corruption.

Al-Jehani a justifié ses fabrications et ses mensonges en affirmant qu’il sont [religieusement] licites durant les guerres (déclaration d’Al-Jehani documentée le 1er janvier 2012 et au tribunal d’Al-Zintan).

La CPI a adopté un double standard à propos de la guerre en Libye et de l’intervention de l’Otan. Elle a impliqué des personnalités politiques libyennes dans des crimes inventés alors qu’elle a ignoré et n’a pas condamné le massacre barbare de Mouammar Kadhafi [12 ] et de son fils Moatassem par les milices soutenues par l’Otan [13 ]. La seule réaction de la CPI a été d’abandonner les poursuites contre Mouammar Kadhafi après sa mort. Cependant, la CPI tenait là une affaire solide, les médias ayant bien documenté le meurtre, il n’était besoin d’aucune preuve supplémentaire pour traduire les responsables en justice. La CPI pourrait facilement arrêter les auteurs qui assument des responsabilités politiques et diplomatiques dans diverses capitales européennes. Une position similaire a été prise par la CPI contre Abdallah Senoussi après qu’il ait été enlevé en Mauritanie par le gouvernement libyen [14 ]. La Cour s’est limitée à cesser d’exiger son extradition. Elle n’a même pas suivi la violation de ses droits, ni le traitement inhumain qu’il a subi dans la prison de la milice, alors même qu’il était détenu par des djihadistes notoires, le Groupe islamique combattant libyen (GICL). Le directeur de la prison n’était autre que le chef du GICL, Abdelhakim Belhadj.

Belhadj est bien connu de la CIA et des gouvernements occidentaux. La CIA l’a arrêté après son évasion de Kandahar, interrogé et extradé vers la Libye en 2002, l’accusant de terrorisme [15 ]. En 2009, lui et des membres du GICL ont été libérés de prison en vertu de la loi d’amnistie générale [16 ]. Le bilan terroriste de Belhadj parle de lui-même. En 1994-1997, il a ordonné le massacre de 225 personnes. En 1997, il a ordonné le meurtre des touristes allemands, Steven Baker et de son épouse Manuela Spiatzier. Néanmoins, il a assumé un poste de haut rang en Libye. Il était ministre de la Défense et responsable de la sécurité à Tripoli, directeur général des prisons libyennes et à ce titre directement responsable de la cellule d’Abdallah Senoussi. Informée du casier judiciaire de Belhadj, la CPI a exprimé son assurance qu’Al-Senoussi était entre de bonnes mains et a soutenu son procès en Libye.

L’Otan et certains pays du Golfe ont ignoré les activités terroristes de Belhadj et l’ont reconnu à la fois comme un leader politique et militaire et comme un homme d’affaires. Il possède la plus grande chaîne de télévision d’Afrique du Nord, la plus grande compagnie aérienne de Libye, une cimenterie, des propriétés en Espagne et en Turquie et un aéroport privé à Tripoli. Cet aéroport, cependant, a été utilisé pour acheminer des terroristes de Libye vers la Syrie. Ces terroristes ont été financés à hauteur de 160 milliards de dollars en 2010.

Belhadj et d’autres sont responsables de l’utilisation abusive des actifs de la Libye et d’avoir mis fin au plan de développement de la Libye d’une valeur de 200 milliards de dollars selon la Banque mondiale. Belhadj, l’homme du Qatar, est un exemple de la vie somptueuse des seigneurs de la guerre alors que les citoyens libyens ordinaires sont plongés dans une extrême pauvreté.

Les violations des Droits de l’homme par les milices

Les commandants des milices et les seigneurs de guerre ont commis d’odieux crimes contre l’humanité, détruit des villes et des infrastructures vitales au cours des six dernières années. Parmi ceux-ci :

- Des gens ont été brûlés, cuits vivants, et soumis aux formes les plus abjectes de torture.
- Des prisonniers politiques, des agents de sécurité et des soldats ont été jetés dans la fonderie de Misrata.
- Surtout, les milices ont organisé un trafic d’organes humains prélevés dans les prisons.
- Dans le contexte de la complexification de la scène politique libyenne, Daesh a également ajouté d’autres atrocités en massacrant, en crucifiant des gens et en les émasculant.

Un nettoyage racial et ethnique sans précédent, un génocide, a été commis contre cinq villes libyennes et son peuple. 55 % des Libyens ont été contraints de fuir leur pays vers les États voisins. En outre, des centaines de maisons ont été incendiées à Bani Walid [17 ] et dans cinq autres villes de Warshafana, [18 ] la ville de Syrte a été rasée [19 ] des zones résidentielles peuplées ont été bombardées à Benghazi [20 ] et à Derna. Même Tripoli la cosmopolite a enduré une purification ethnique et raciale en particulier dans les zones fidèles à Mouammar Kadhafi.

Outre les violations systématiques des Droits de l’homme, les milices et leurs dirigeants ont détruit les infrastructures essentielles [21 ]. En juillet 2014, ils ont mis le feu à l’aéroport de Tripoli et à la flotte aérienne ainsi qu’aux réservoirs de pétrole numéros 24 et 25 [22[23[24[25 ].

Malgré les actions destructrices des milices et la torture brutale, la communauté internationale et les organes de l’Onu ont ignoré ces crimes et n’ont pas traduit ces chefs de guerre en justice [26 ].

Les atrocités de l’Otan et des milices libyennes contre des civils et des personnalités publiques

Les avions de l’Otan ont pris pour cibles des civils dans diverses villes, à savoir Zlitan, Syrte, Surman, Tripoli et Bani Walid. Dans le sud de Zlitan et précisément à Majeer [27 ],84 familles, principalement des femmes et des enfants, ont été tuées de sang-froid par des frappes aériennes de l’Otan alors qu’elles dormaient [28 ]. Les médias ont montré des corps d’enfants sortis des décombres et une femme, Minsyah Khleifa Heblow, coupée en deux. D’autres sont morts dans cette scène très perturbante. Dans un autre cas, la famille de Khaled K. Al-Hamedi a été tuée par des frappes aériennes de l’Otan ciblées sur sa maison tuant ses enfants [29 ]. En outre, la famille Al-Jafarh a été tuée à Bani Walid [30 ] pendant que l’Otan visait sa maison durant le mois sacré du Ramadan. Sans oublier le bombardement bien documenté du convoi de Mouammar Kadhafi à Syrte, et l’assassinat du plus jeune de ses fils, Saïf Al-Arab, dans sa maison de Tripoli [31 ].

Les violations des Droits de l’homme, les homicides et tortures systématiques contre les civils libyens se sont poursuivis après que les milices eurent pris le contrôle de la Libye. Les victimes étaient des civils qui n’avaient pas participé à la guerre. La majorité était âgée et ne pouvait pas porter d’armes. Le comédien populaire Youssef Al-Gharyani a été détenu et torturé par les milices d’Al-Zawiyah.

Les milices de Misrata ont également détenu et torturé, l’ancien mufti de Libye alors âgé de 80 ans, Al-Sheikh Al-Madani Al-Sharif [32 ], parce qu’il n’avait pas approuvé ni soutenu l’intervention de l’Otan [33 ]. Le célèbre chanteur, Mohammed Hassan, a été violé et mis en résidence surveillée [34 ]. D’autres, comme l’économiste Abd-al-Hafid Mahmud al-Zulaytini, ont été jugés et condamnés à de lourdes peines de réclusion. De même, le président du Secours islamique, le Dr Mohammed Al-Shareef, a été condamné à une longue peine de prison. Le directeur des douanes et le responsable de la formation au ministère de l’Intérieur ont également été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement avec d’autres personnes condamnées à la peine de mort et à diverses peines d’emprisonnement. Il paraît absurde que ces personnalités aient été jugées pour trafic de drogue, trafic d’êtres humains et viol en plus de 17 autres accusations [35 ]. La question qui se pose est de savoir comment elles auraient pu s’unir et conspirer ensemble pour commettre de tels crimes durant neuf mois ?

Après que l’Otan a placé ces milices au gouvernement, des crimes terroristes plus horribles ont été commis contre des ressortissants libyens et étrangers. Un copte a été tué au bataillon de Misrata [36 ], d’autres à Syrte [37 ], de nombreux ouvriers chrétiens éthiopiens ont été assassinés [38 ], le professeur d’anglais-US, Roni Smith, à été assassiné à Benghazi [39 ], le personnel de la Croix-Rouge à Misrata a été assassiné en 2014 [40 ] un attentat à la bombe a été commis contre l’ambassade de France à Tripoli [41 ], et surtout l’ambassadeur états-unien à été assassiné à Benghazi en 2011 [42 ] par des terroristes notamment Tunisiens.

Toutes les victimes susmentionnées ont été dénoncées par Human Rights Watch et, dans certains cas, l’Otan a reconnu sa responsabilité. Cependant, la CPI a fermé les yeux et n’a pas enquêté sur de tels crimes en dépit des divers organismes nationaux et internationaux qui ont exigé l’ouverture d’une enquête transparente. La CPI a échoué en ce qui concerne la guerre en Libye. Elle n’a pas produit un seul mandat d’arrêt contre les chefs des milices et des forces de l’Otan. Il semble que la politique délibérée de la CPI est d’ignorer ces crimes attestés et ne se concentre que sur l’acte d’accusation et le procès de Saïf Al-Islam.

En ce qui concerne la famille de Mouammar Kadhafi, la CPI n’est pas considérée comme sérieuse, comme dans le cas de la torture d’Al-Saadi Kadhafi, à propos de laquelle le procureur de la CPI a affirmé poursuivre l’enquête. Cependant, une vidéo l’a montré être battu durant son interrogatoire. La même norme s’applique à l’affaire Abdallah Senoussi où le procureur de la CPI affirmait qu’elle délibère toujours sur sa condamnation à mort [prononcée en Libye]. Une déclaration similaire a été faite par son prédécesseur concernant l’attentat à la bombe et l’assassinat de Mouammar Kadhafi et des centaines de personnes présentes dans son convoi. La CPI n’a jamais montré de sérieux non plus face aux autres crimes commis par les milices contre des milliers de Libyens. Son seul intérêt étant de faire taire la voix de Saïf Al-Islam et d’éliminer tout leadership potentiel.

Les États membres de l’Otan et certains mini-États du Golfe devraient être tenus pour responsables du chaos créé en Libye depuis 2011. Ils sont intervenus en Libye au prétexte que Mouammar Kadhafi aurait massacré son propre peuple. Le scénario d’un dirigeant qui tue son propre peuple nous rappelle Tony Blair à propos de l’Irak. Il a déclaré en 2016 que c’était « la bonne chose à faire et que si Saddam était resté au pouvoir pendant le Printemps arabe, il aurait massacré les rebelles » [43 ]. À cause de cela, des pays ont été détruits, des milliers de personnes ont été déplacées et des biens nationaux ont été volés. À la suite de l’intervention militaire de l’Otan en Libye, Mouammar Kadhafi, ses fils et des milliers de Libyens ont été tués et des millions d’autres ont été déplacés.

Six ans plus tard, la stabilisation de la Libye est loin d’être réalisée. En bref, les milices libyennes se battent entre elles ainsi que les forces militaires des pays occidentaux qui se rangent du côté des différentes milices. La France reste militairement impliquée et a perdu trois soldats à Benghazi en juillet 2016 tués par des groupes qui soutenaient le soulèvement de 2011. Paris avait alors qualifié le soulèvement de « révolution » qu’il devait soutenir. Si cette croyance était vraie, pourquoi la guerre continue-t-elle aujourd’hui ? Et pourquoi 700 personnes principalement des officiers de l’armée ont-elles été assassinées ? Pourquoi le personnel du consulat états-unien a-t-il été tué à Benghazi ? Pourquoi l’Occident ignore-t-il la barbarie de Daesh qui égorge à Syrte, Misrata et Derna ?

La réponse à cette dernière question est claire, ces criminels ont été soutenus par l’Occident en 2011 parce qu’ils combattaient le gouvernement, apostat selon leurs dires. Pourquoi Daesh portait-il le même uniforme que celui importé pour les soldats libyens, et qui le leur a donné ? Pourquoi les membres de Daesh ont-ils reçu un salaire du ministère libyen de la Défense ? La réponse à ces questions doit être trouvée auprès des dirigeants réels du pays, à savoir Belhadj, Al-Shareef, le Groupe islamique de combat libyen et leurs codirigeants, les membres du Congrès national. Ceux qui gouvernent aujourd’hui la Libye sont bien connus du peuple libyen et de certaines ONG internationales. Jusqu’à présent, la Libye est toujours sous le contrôle des groupes djihadistes et l’Occident les soutient malgré les crimes qu’ils commettent contre la Libye et son peuple.

N’est-il pas étrange que les pays occidentaux, de la Norvège et du Canada au Nord, à Malte et à l’Italie au Sud, sans oublier le Qatar, les Émirats arabes unis, la Jordanie, le Soudan et le Maroc se soient associés dans une agression militaire contre des civils qui ne leur étaient pas hostiles, contre Saïf al-Arab, Mouammar Kadhadi et la famille Khuwaylidi et les 84 victimes innocentes de Madjer ? Alors que ces mêmes États sont patients et tolérants avec Daesh à Syrte, Misrata et Benghazi, ils endurent des attentats à la bombe dans des villes françaises et belges. Pourtant, les Etats membres de l’Otan et leurs alliés devraient les attaquer et les bombarder comme ils l’ont fait en Libye en 2011.

Enfin, en complément de cette série de crimes, les Etats occidentaux ont désigné un criminel de guerre responsable de la destruction de Bani Walid et du meurtre de ses enfants, Abderrahmane Souihli, en qualité de chef de l’État libyen. Ils ont nommé Premier ministre son neveu, Ahmed Miitig [44 ], Directeur général des Affaires étrangères sa nièce, Nihad Miitig [45 ] puis son beau-frère, Fayez el-Sarraj, nouveau Premier ministre. En outre, Abderrahmane Souihli a conclu un accord avec Abdelhakim Belhadj, le commandant du Groupe islamique de combat libyen (GICL), pour prendre la part islamiste de l’élection présidentielle. Cependant, il est bien connu en Libye que si des élections devaient avoir lieu aujourd’hui, les personnes susmentionnées ne garantiraient pas et ne se garantiraient même pas du vote de leurs familles. La popularité de Belhadj a été démontrée lors des élections législatives où il n’a obtenu que 50 voix dans le district de Sauaq Al-Joumah, qui compte 250 000 habitants.

Pendant ce temps et pendant l’écriture de ces lignes, la population des villes de Libye, incluant la capitale Tripoli où habite un tiers de la population, souffre de pénurie d’eau, vit dans l’obscurité à cause des coupures de courant, et est privée des installations médicales et des moyens de satisfaire les besoins humains fondamentaux. Selon l’Onu, 65 % des hôpitaux ont cessé de travailler [46 ]. Alors que le dinar libyen s’est effondré et que la production pétrolière est passée de 1,9 million de barils par jour à 250 000 barils [47 ]. Pour ajouter aux souffrances du peuple libyen, les routes principales ont été coupées en raison des opérations militaires et du banditisme, en plus de la campagne de bombardement qui s’étend de Derna à l’est de Syrte à l’Ouest à Benghazi et Ajdabiya. Les nouvelles quotidiennes les plus fréquentes sont les enlèvements contre rançon et le commerce des armes en plein essor dans la mesure où il est vendu sur Internet.

En conclusion, nous devons remercier nos « frères » du Qatar, du Soudan, de la Tunisie, de la Ligue arabe, des pays de l’Otan, de l’Union européenne et de tous ceux qui ont transformé la Libye en un État en faillite. Après la libération des prisonniers islamistes et d’autres, la Libye est devenue une zone pour héberger les plus grandes prisons privées. Un pays qui attirait des investisseurs du monde entier est devenu un État exportateur de migrants, y compris ses propres citoyens. 55 % de sa population a migré et s’est réfugiée partout à l’étranger. Un État qui a réuni les meilleurs experts juridiques et constitutionnels du monde, qui a été en mesure de forger une constitution nouvelle et moderne, est maintenant transformé en une zone gouvernée par 1 500 milices. Et enfin, un État où le vol était considéré comme étrange et inhabituel a été transformé en un lieu où des corps humains mutilés et décomposés sont déversés quotidiennement dans les rues et sur les routes, ce qui devient routinier et banal à travers le pays.

Commentaire du rapport de Herland : Saïf Al-Islam Kadhafi et la CPI

Avant le soulèvement, Saïf Al-Islam était l’architecte de la nouvelle Libye. Il a présenté sa nouvelle vision de la Libye libérée des prisons politiques, attachée à la Charte des droits de l’homme, à la distribution des richesses, à la prospérité et à la démocratie [48 ]. Il a entrepris des réformes politiques et économiques par lesquelles les prisonniers islamiques radicaux ont gagné leur liberté, ont été réhabilités et se sont engagés dans la société libyenne. Une fois le soulèvement violent survenu dans certaines villes, des sources locales confirment qu’il a offert son aide en aidant les personnes déplacées à travers le pays, a libéré les prisonniers de l’insurrection, a sécurisé les habitants de Misrata coincés par les combats et le peuple de Benghazi qui a fui les zones de combat.

Il a également appelé et soutenu les efforts de paix pour résoudre la guerre. Selon des sources sur place, il a demandé à l’administration de l’Université de Syrte d’imprimer 5 000 tracts et de les distribuer au convoi pacifique parti à Benghazi en observant les droits de l’homme. Il a appelé l’armée à respecter ses règles d’engagement, interdisant l’usage de la force contre des manifestants, selon le chef de la Joint Operation Chamber de 2011, Marchal Al-Hadi Embarrish, qui fut fait prisonnier par les milices d’Al-Zintan, maltraité et privé de soins médicaux jusqu’à sa mort d’un cancer en prison en 2014 [49 ].

Malgré les efforts de paix inlassables de Saïf Al-Islam Kadhafi, les avions de l’Otan l’ont ciblé lors d’une tentative d’assassinat qui a entraîné la mort de 29 de ses camarades et lui a infligé un handicap permanent [50 ]. En outre, il a perdu ses doigts et a subi de multiples blessures. Pourtant, la CPI n’a pas enquêté sur cette frappe aérienne, ni supervisé ses cinq années d’isolement [51 ]. En outre, la CPI a persisté à exiger son arrestation et son procès alors qu’il avait été condamné à mort par un tribunal libyen siégeant à la prison d’Al Hadba sous la direction de Khaled Al-Sharif, l’homme de Belhadj.

Pour ces raisons, l’instruction étant déloyale, le rejet de l’affaire est la seule suite qui devrait être approuvée. On pourrait faire valoir que l’affaire dans sa totalité devrait être abandonnée, surtout après l’assassinat du procureur général à Benghazi et la fuite de la plupart des fonctionnaires du ministère public alors qu’ils faisaient face à une immense pression des milices. Dans ces circonstances, les arguments de la CPI sont que sa peine de mort n’a pas été appliquée et qu’il devrait donc être arrêté et emprisonné à la prison d’Al Hadba.

Cependant, le ministère libyen de la Justice a fait appel de sa condamnation à mort pour cause de procès inéquitable, la cour étant placée dans une prison contrôlée par Al-Sharif, qui exerce un pouvoir sur le tribunal et les magistrats. Néanmoins, la CPI a continué d’appeler à un nouveau procès et a fermé les yeux sur le fait que Saif Al-Islam était détenu à la prison d’Al-Zintan et que le tribunal de Tripoli l’avait jugé via un circuit fermé de télévision. La CPI devrait respecter la loi libyenne et être consciente qu’une personne ne devrait pas être jugée deux fois pour un crime présumé. Mais le jeu final pour l’Occident et la CPI est de se débarrasser de Saïf Al-Islam Kadhafi comme ils l’ont fait avec son père Mouammar Kadhafi et ses frères.

Il est temps que la CPI abandonne ses doubles standards et se range du côté du peuple libyen dans son but ultime de sauver son pays de ces milices et de construire une nouvelle Libye où règnent les droits de l’homme, la prospérité, le développement et la primauté du droit. Nous demandons également à la CPI d’abandonner son appel pour que Saïf Al-Islam soit extradé et jugé à La Haye.

La CPI devrait reconnaître et respecter la loi d’amnistie générale du ministère libyen de la Justice. Saif Al-Islam Kadhafi devrait pouvoir assumer son rôle dans la lutte pour une nouvelle Libye démocratique. À cet égard, et après que les Etats occidentaux ont commencé à voir leur erreur, ils devraient travailler avec les Libyens sincères et les ONG pour traduire ces milices et leurs dirigeants devant la Justice pour le bien de la paix et la réconciliation.

Notes 

[1https://www.youtube.com/watch?v=POl…  THE HANGING OF A LIBYAN SOLDIER IN THE STREETS OF BENGHAZI IN 2011
[2https://www.youtube.com/watch?v=4sR…  CIVILIANS DRIVING TANKS IN THE STREETS OF BENGHAZI
[3https://www.youtube.com/watch?v=MxO…  BURNING AND EATING THE LIVER OF A SECURITY OFFICER IN 2011 IN THE CITY OF MISRATA
[4 ] file :///C :/Users/Doaa/Downloads/2.%09https://www.theguardian.com/world/2…  THE GUARDIAN REPORT ON THE ACTUAL NUMBER OF DEATHS IN THE 2011 WAR AMNESTY REPORT
[5https://humanrightsinvestigations.o…  RAPE CLAIMS
[6 ] file :///C :/Users/Doaa/Desktop/Letters/5%20https://www.theguardian.com/world/2… RAPE CLAIMS IN 2011
[7https://www.youtube.com/watch?v=1dR…  THE LIBYAN PILOTS IN MALTA
[8https://www.hrw.org/ar/world-report…  HUMAN RIGHTS WATCH REPORT
[9https://humanrightsinvestigations.o…  RAPE CLAIMS
[10 ] file :///C :/Users/Doaa/Desktop/New%20folder/8%20https://www.hrw.org/news/2011/08/01… CRIMINAL JUSTICE COURT REPORT ON MUAMMAR QADDAFI, SAFI AL ISLAM AND ABDULLAH AL SANUSSI
[11https://www.icc-cpi.int/libya/gadda…  CRIMINAL JUSTICE COURT REPORT ON SAIF AL ISLAM
[12https://www.youtube.com/watch?v=TpB… MUAMMAR AL QADDAFI’S DEAD BODY
[13https://www.youtube.com/watch?v=4pk… MUTTASIM MUAMMAR AL QADDAFI’S BEFORE-AFTER DEATH FOOTAGE
[14https://www.youtube.com/watch?v=Kqq…  ABDULLAH AL SANNUSI’S IMPRISONMENT IN MILITIA’S PRISONS
[15http://www.bbc.co.uk/news/world-afr…  BBC REPORT ON ABDULHAKIM BELHADJ LIBYA
[16https://www.youtube.com/watch?v=ReQ…  GENERAL AMNESTY LAW
[17https://www.youtube.com/watch?v=FUH…  SHELLING BANI WALID IN 2012 BY THE NEW GOVERNMENT’S MILITIAS IN 2012
[18https://www.youtube.com/watch?v=yG-…  BURNING OF HOUSES AND PROPERTIES IN THE CITY OF WERSHIFANA IN 2014
[19https://www.youtube.com/watch?v=fIa…  A WIPEOUT OF THE CITY OF SIRTE BY THE SO CALLED “REBELS” IN 2011
[20https://www.youtube.com/watch?v=ZW9…  THE DESTRUCTION OF THE CITY OF BENGHAZI
[21https://www.youtube.com/watch?v=abV… MUAMMAR QADDAFI’S CONVOY AFTER GETTING STRIKED BY NATO IN 2011
[22 ] youtube.com/watch ?v=WrfSrvseOCg BURNING OF TRIPOLI INTERNATIONAL AIRPORT
[23https://www.youtube.com/watch?v=mgW…  BURNING OF LIBYA’S AIERIAL CONVOY AND AIRPLANES IN TRIPOLI INTERNATIONAL AIRPORT
[24https://www.youtube.com/watch?v=NBE…  SATELLITE IMAGES OF THE BURNING OIL TANKS IN TRIPOLI
[25https://www.youtube.com/watch?v=P8t…  OIL TANKS BURNING FOOTAGE LINK
[26http://gate.ahram.org.eg/News/32366…  YOUSEF AL-GHERIANI’S COURT DECISION
[27https://www.youtube.com/watch?v=5uE…  AL-JFAARA FAMILY MASSACRE IN BANI WALID 2011
[28https://www.rt.com/news/bani-walid-…  RT REPORT ON THE SIEGE OF BANI WALID AND CHILDREEN DEATHS IN THE CITY BY MILITIA SHELLINGS
[29https://www.youtube.com/watch?v=YTU…  AL-KHWAILDI’S FAMILY MASSACRE BY NATO IN 2011
[30https://www.youtube.com/watch?v=5uE…  MAJER MASSACRE BY NATO IN THE CITY OF ZLITIN 2011
[31https://www.youtube.com/watch?v=6t0…  MURDER OF SAIF AL ARAB MUAMMAR AL QADDAFI BY NATO IN 2011
[32https://www.youtube.com/watch?v=Uop…  KIDNAPPING AND TORTURING THE ISLAMIC SCHOLAR AL MADANI AL SHWEERIF BY “THE REBELS”
[33https://www.youtube.com/watch?v=7wr…  HUSSAIN AL KARAMI’S (ISIS TERRORIST) FRIDAY PRAYER SPEECH IN THE CITY OF SIRTE
[34https://www.youtube.com/watch?v=FYu…  THE FORCE-ENTRY OF MUHAMMED HASSAN’S HOME BY THE SO-CALLED REBELS IN 2011
[35https://www.hrw.org/news/2015/12/03…  HUMAN RIGHTS WATCH REPORT ON THE DARK PRISONS OF LIBYA
[36http://www.masress.com/tahrirnews/311658  THE KILLING OF THE EGYPTIAN POPE IN THE CITY OF MISRATA IN 2012
[37https://www.theguardian.com/world/2…  THE MURDER OF 21 EGYPTIAN CHRISTIANS BY ISIS TERRORISTS IN THE CITY OF SIRTE
[38 ] file :///C :/Users/Lahwej/Downloads/37http://www.telegraph.co.uk/news/wor…  THE MURDER OF 30 ETHIOPIAN CHRISTIANS IN LIBYA
[39https://www.theguardian.com/world/2…  MURDERING OF THE AMERICAN TEACHER IN THE CITY OF BENGHAZI
[40https://www.theguardian.com/world/2…  THE MURDER OF THE RED CROSS CREW IN THE CITY OF MISRATA
[41http://www.bbc.co.uk/news/world-afr…  THE FRENCH EMBASSY’S BOMBING IN TRIPOLI
[42https://www.youtube.com/watch?v=1Ar…  US EMBASSY ATTACKS IN BENGHAZI 2012
[43https://www.youtube.com/watch?v=uMJ…  TONY BLAIR ADDMITING THE “MISTAKE” OF THE INVASION OF IRAQ
[44http://www.ahmedmaiteeg.com/%D8%B9%…  AHMED MAETIEG’S WEBPAGE
[45http://www.unmultimedia.org/arabic/…  NIHAD MAETIEG SPEECH ON UN WEBPAGE
[46http://www.who.int/countryfocus/coo…  WORLD HEALTH ORGANISATION REPORT ON HEALTH-CARE IN LIBYA
[47http://www.opec.org/opec_web/en/abo…  LIBYAN OIL EXPORT REPORT IN 2015
[48https://www.youtube.com/watch?v=ReQ…  RELEASING ISLAMIC FIGHTING GROUPS FROM LIBYAN PRISONS
[49https://www.youtube.com/watch?v=dkl…  AL HADI EMBEERISH’S KIDNAPPING IN 2011
[50https://www.youtube.com/watch?v=yJ8…  SAIF AL ISLAM’S ARRIVAL IN THE CITY OF ZINTAN
[51https://www.youtube.com/watch?v=YVa…  AFP REPORT ON TOURTURING PRISONERS IN NEW LIBYA

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Saïf el-Islam Kadhafi, candidat à la présidentielle libyenne

Saïf el-Islam Kadhafi, candidat à la présidentielle libyenne

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Saïf el-Islam Kadhafi se présentera à l’élection présidentielle organisée par les Nations Unies en Libye, à la mi-2018, a annoncé le porte parole de sa famille, Bassem al-Hashimi al-Soul à Egypt Today.

Le fils de Mouamar Kadhafi, qui avait joué un rôle éminent aux côtés de son père, est de loin le leader le plus légitime dans une Libye livrée au chaos. Il devrait rendre public prochainement son programme pour son pays.

Sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, il bénéficie d’une amnistie du gouvernement de Tobrouk, mais pas du gouvernement mis en place par l’Onu.

Le mandat de la CPI est fondé sur des coupures de la presse atlantiste, elle-même vulgarisant la propagande de l’Otan. Le procureur de la CPI avait activement participé à la guerre de l’Otan en faisant croire qu’il le détenait et préparait son transfert à La Haye. Il n’était donc plus nécessaire de résister à l’envahisseur.

http://www.voltairenet.org/article199103.html

La Cour pénale internationale lance une enquête sur l’armée américaine

La Cour pénale internationale lance une enquête sur l’armée américaine


Le monstre se retourne contre son créateur…


Cour pénale internationale

Andrei AkulovPar Andreï Akulov – Le 26 novembre 2017 – Source Strategic Culture

Tout le monde connaît l’histoire du monstre de Frankenstein qui se retourne contre son créateur. De telles choses se produisent dans la vraie vie. Le respectable Wall Street Journal a été utilisé par John Bolton, un avocat et diplomate américain qui a servi dans plusieurs administrations républicaines, comme héraut pour sonner l’alarme. La menace pour les États-Unis est posée par la CPI.

La CPI, établie en 2002, est la première cour permanente au monde créée pour poursuivre les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide. L’institution est connue pour son biais pro-occidental. C’est la raison pour laquelle les États africains l’ont quittée l’année dernière. Le tribunal a été généralement utilisé comme un instrument pour agir sur ceux qui ont refusé de se plier à la pression des États-Unis et d’autres puissances occidentales. Mais les choses changent. Aujourd’hui, la CPI est considérée par les États-Unis comme une source de danger et un organisme qui mine l’image de l’Amérique à l’échelle mondiale.

Un événement extraordinaire a déclenché la réaction de M. Bolton. Il a été rapporté que le procureur en chef de la CPI, Fatou Bensouda, sollicitait l’autorisation d’enquêter sur les allégations de crimes de guerre en Afghanistan, y compris les éventuelles tortures infligées par les forces américaines et la CIA. Dans une déclaration sur le site Internet de la CPI, Mme Bensouda a déclaré que le bureau du procureur estimait qu’une enquête était nécessaire en raison de « la gravité des actes commis. . . et l’absence de procédures nationales efficaces contre ceux qui semblent être les principaux responsables des crimes les plus graves dans ce contexte ». Cette déclaration est susceptible de provoquer la colère à Washington et l’article de Bolton n’est que la première salve.

L’étape suivante consiste, pour une chambre préliminaire de juges, à examiner la demande du procureur. Selon un rapport publié l’année dernière, l’armée américaine et la CIA auraient commis des crimes de guerre en torturant des détenus en Afghanistan entre 2003 et 2014. Le porte-parole du Pentagone, Eric Pahon, rejette les accusations. Selon lui, « Notre point de vue est clair : une enquête de la CPI concernant le personnel américain serait totalement injustifiée et indue. Plus généralement, notre opinion est que le lancement d’une enquête de la CPI ne servira pas les intérêts de la paix ou de la justice en Afghanistan. »

La liste comprend des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre tels que le meurtre, l’emprisonnement, le ciblage de travailleurs humanitaires, l’utilisation d’enfants soldats et les exécutions extra judiciaires.

Human Rights Watch critique également l’armée américaine en Afghanistan. Si des enquêtes sur les informations de WikiLeaks sont diligentées, les preuves seront abondantes.

Le fait même que les agences étatiques américaines – l’armée et la CIA – soient soumis à une enquête internationale portera un coup sévère à la réputation internationale des États-Unis. Washington peut bien protéger son personnel des procureurs de la CPI, mais le sentiment d’impunité pourrait disparaître. Les États-Unis n’ont pas adhéré à la CPI, mais leurs ressortissants peuvent être accusés de crimes commis dans des pays membres.

Le président Bill Clinton a signé le Statut de Rome en 2000, mais il n’a jamais été soumis à la ratification du Sénat. En 2002, le président George Bush a informé le secrétaire général des Nations Unies que les États-Unis n’avaient plus l’intention de ratifier le Statut de Rome et qu’ils ne se reconnaissaient aucune obligation envers ce dernier. En fait, il a renié sa signature du traité avant qu’il ne prenne effet. Mais celui-ci est ratifié par les membres de l’UE. Ce fait renforce la légitimité de la cour.

John Bolton a exprimé l’essentiel de la position américaine dans une phrase. « L’administration Trump ne devrait pas répondre à Mme Bensouda de quelque manière que ce soit qui reconnaisse la légitimité de la CPI, écrit-il, même contester sa compétence risque d’embourber les États-Unis plus profondément dans les sables mouvants. » Donc, les États-Unis sont un cas spécial et leurs militaires peuvent commettre des crimes en toute impunité.

Fait intéressant, les États-Unis ont appuyé l’idée de renvoyer la Syrie devant la CPI. Ils ont trouvé de bonnes raisons pour justifier une telle décision. Washington a déclaré que la Russie entravait l’action de la justice en opposant son veto à la décision. Les États-Unis ont soutenu la France lorsque celle-ci a demandé que la Russie soit déférée à la CPI pour des crimes présumés en Syrie. Mais quand il s’agit des États-Unis, l’attitude change. La mention même d’une possibilité d’investigation, par la CPI, des activités américaines déclenche la colère. Ainsi, l’armée syrienne ne peut pas commettre de « crimes » dans son pays, mais l’armée américaine peut le faire en Afghanistan et aucune institution internationale ne devrait lui barrer la route !

Il est intéressant de noter que l’enquête préliminaire a été lancée en 2006 mais personne n’y a prêté attention jusqu’à ce que Fatou Bensouda rende publique sa position. Cela a duré onze ans. Pourquoi maintenant ? On dirait que l’idée de lancer une enquête formelle est une décision politique. Cela se passe à un moment où les fissures dans les relations entre les États-Unis et l’UE commencent à se manifester. En réalité, un scandale lié aux « méfaits » de l’armée américaine en Afghanistan sert les intérêts de ceux qui préconisent la création d’un système de dissuasion européen indépendant pour la défense (Armée européenne). L’Allemagne a grandement contribué à la création de la Structure de coopération permanente (PESCO) dans le domaine de la sécurité et de la politique de défense. Elle sera signée par les chefs d’État à la mi-décembre. C’est la première fois que les États membres de l’UE s’engagent juridiquement dans des projets conjoints et décident d’augmenter les dépenses militaires et de contribuer à un déploiement rapide. Les États-Unis et le Royaume-Uni sont tenus à l’écart. Beaucoup de politiciens à Berlin et à Paris se demanderont s’il est raisonnable de faire accuser l’armée américaine de crimes de guerre sur le sol européen.

Il y a une autre question ici. À travers toutes les raisons évoquées pour rejeter la compétence de la CPI, la preuve de la culpabilité américaine est amplement démontrée. Alors pourquoi les États-Unis ne lancent-ils pas leur propre enquête sur les crimes allégués en Afghanistan ? Il y a plusieurs rapports de violations des droits de l’homme par des militaires américains dans d’autres endroits. Les droits de l’homme dans d’autres pays ont toujours figuré en tête des priorités des États-Unis. Mais avec toutes les preuves disponibles, aucune enquête liée aux activités des militaires américains et des agents de la CIA en Afghanistan n’est lancée. L’idée n’est même pas discutée. Peut-être, s’agit-il d’un bon exemple de ce que l’exceptionnalisme américain signifie dans la pratique.

Andreï Akulov

Note du Saker Francophone

Sans fonder d'espoirs chimériques quant à  la suite qui sera réservée à la demande d'enquête formulée par la CPI, on peut quand même constater que sur le plan symbolique, l'idée de voir les États-Unis perdre leur impunité en dit long sur l'état de leur déclin.

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-cour-penale-internationale-lance-une-enquete-sur-larmee-americaine

 

La CPI prend l’eau de toutes parts

La CPI prend l’eau de toutes parts

 

13 octobre, 2017
Actualité et événement

Leslie Varenne

Outre les révélations de Mediapart, sur lesquelles l’IVERIS reviendra dans un prochain article, la Cour Pénale Internationale (CPI) continue de toucher le fond.
En effet, le 11 octobre, Eric Bacard, fonctionnaire de la Cour depuis 2004, ancien expert en médecine légale auprès du Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie (TPIY), était entendu comme témoin lors du procès de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé. Son audition était fort ennuyeuse en apparence, mais en apparence seulement. En réalité, elle a mis en lumière des faits essentiels à la manifestation de la vérité et a également permis de prendre la mesure de l’amateurisme de cette justice internationale en matière scientifique.

– Le fonctionnaire/témoin rédige un rapport d’expertise fondamental pour l’accusation en trois jours chrono et oublie de changer la date sur son ordinateur.

– L’expert en médecine légale ne vérifie pas s’il y a des scellés sur les sacs mortuaires, ni avant, ni après ses prélèvements ADN.

– L’expert ne peut pas procéder à l’exhumation du corps de Madame Bamba, l’une des femmes décédées ce jour-là, car la famille ne retrouve plus l’emplacement de la tombe dans le cimetière d’Abobo, la plaque identifiant la sépulture ayant mystérieusement disparu. Finalement, ce sont les autorités ivoiriennes qui procéderont à cette exhumation, mais l’expert est incapable de dire sur quelles bases ces autorités ont fini par identifier la tombe…

– Lors du contre interrogatoire très pertinent et très pointu du professeur Jacob, membre de l’équipe de défense de Laurent Gbagbo, Eric Bacard, emploie des conditionnels, ignore les réponses, ne se rappelle plus, « il lui semble » …

Mais, sans aucun doute, ce 11 octobre marque d’une pierre blanche ce long procès. Depuis six ans, l’IVERIS enquête sur la tuerie des femmes d’Abobo et cherche où, comment et pourquoi les corps de ces victimes ont disparu ? (Lire le rapport sur ce sujet ici.) Le fonctionnaire/témoin a enfin apporté une réponse hier. Les dépouilles ont été enterrées dans une fosse commune après qu’une panne d’électricité ait altéré le fonctionnement des chambres froides. Cette révélation laisse pantois. Pour mémoire, feu le général Guei est resté à la morgue d’Abidjan pendant sept ans avant d’être enterré dans son village de Kabacouma ; L’inhumation d’Ibrahim Coulibaly, dit IB, a eu lieu quatorze mois après son décès.

Question : pourquoi la chaîne de froid a-t-elle pu être maintenue pendant autant de temps dans ces deux cas sans problème ?

Réponse : parce que les morgues d’Abidjan disposent de groupes électrogènes !

Questions : Pourquoi cette panne ? Ni accusation ni défense ne semblent s’y intéresser. Quand a-t-elle eu lieu ? Cette interrogation paraît essentielle à une expertise médico-légale afin d’analyser l’état des corps, mais là encore, l’audience d’hier ne s’est pas enquise de ce point, pourtant crucial.

Reste une autre énigme fondamentale dans ce dossier : pourquoi les employés de la morgue ont-ils ôté les sacs mortuaires dans lesquels se trouvaient les victimes avant de les mettre dans la fosse commune avec des centaines d’autres victimes ?

Enfin, pour clôturer cette nouvelle séance surréaliste, une fois encore, le juge-président, Cuno Tarfusser a annoncé une suspension des audiences du procès Laurent Gbabo-Charles Blé Goudé en raison du manque de moyens financiers de la CPI. C’est la deuxième fois que la Cour agit ainsi au mépris des accusés [2], qui, faut-il le rappeler, sont présumés innocents et à qui la liberté provisoire est systématiquement refusée.

 

Leslie Varenne

https://www.iveris.eu/list/actualites_et_evenements/287-la_cpi_prend_leau_de_toutes_parts/
[2] https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/229-cpi__autopsie_dun_naufrage_judiciaire

 

https://www.iveris.eu/list/actualites_et_evenements/287-la_cpi_prend_leau_de_toutes_parts/

 

 

 

[2] https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/229-cpi__autopsie_dun_naufrage_judiciaire