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L’été, le temps idéal pour une lecture géopolitique avec Diploweb

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Livres Diploweb
L’été, le temps idéal pour une lecture géopolitique avec Diploweb.
Plaisir d’offrir un livre de qualité
à un prix raisonnable, livré par la poste
    Quand vient la chaleur de l’été, lire au frais un livre géopolitique de qualité est un plaisir assuré. Et offrir un ouvrage de référence, devient la certitude d’un cadeau utile à vos proches passionnés du vaste monde. Rédigés par des auteurs reconnus, voici des livres utiles à un prix raisonnable. Le monde de Trump, La Russie et ses frontières, l’Union européenne à l’heure du Brexit, le Proche et le Moyen-Orient, l’Asie, La mondialisation : vous allez trouver le livre que vous cherchez. Et le monde deviendra plus lisible ! La livraison sera facile et rapide, sans avoir à vous déplacer. Bel été ! P. Verluise 
  Géopolitique du monde de TRUMP.
La stratégie du chaos ?
 Pierre VERLUISE (dir.)       Quand le monde semble se gouverner à coup de tweets, comment comprendre en profondeur les ruptures géopolitiques du monde de Trump ? Après avoir gagné la Guerre froide, les États-Unis voient dans l’émergence de la Chine une menace. Depuis son entrée à la Maison Blanche, Donald Trump remet en question le multilatéralisme auquel l’Union européenne est attachée. Menaçant régulièrement de renverser la table, il stresse ses alliés plus encore que ses adversaires.   D. Trump a non seulement dépassé la moitié de son premier mandat, mais rien n’interdit de penser qu’il se présente à un deuxième mandat. Il devient crucial d’identifier clairement les nouveaux paramètres de la géopolitique des États-Unis pour mieux en comprendre les effets restructurants pour le monde. GEOPOLITIQUE DU MONDE DE TRUMP  
  Histoire, Géographie et Géopolitique de la RUSSIE et de ses frontières  Pierre VERLUISE (dir.)    Presque trois décennies après la disparition de l’URSS (1991), cette immense zone semble tombée dans un trou noir de la connaissance. Cet ouvrage est conçu pour vous en offrir les clés. Nous avons rassemblé ici de véritables experts qui apportent des éclairages sur des fondamentaux de l’Histoire, la Géographie et la Géopolitique de la Russie et de ses frontières.   La première partie présente l’Union des républiques socialistes soviétiques et ses lendemains. La deuxième se penche sur la Russie de Vladimir Poutine. La troisième offre un point approfondi sur ses fronts et frontières Enfin, la quatrième partie présente son hard power et son soft power.  COMPRENDRE LA RUSSIE ET SES FRONTIERES 
  Histoire, Géographie et Géopolitique de l’UNION EUROPEENNE. A l’heure du BREXIT Pierre VERLUISE  (dir.)    Comment comprendre l’Union européenne à l’heure du Brexit ? Longtemps réputée attractive, l’UE paraît parfois répulsive depuis quelques années. Le Brexit en donne une preuve cinglante.  Dans le tourbillon de l’actualité, comment disposer de lignes de compréhension de cet ensemble évolutif ? Nous avons rassemblé ici des experts qui apportent des éclairages sur des fondamentaux de l’Histoire, la Géographie et la Géopolitique de l’Union européenne.   La première partie présente les forces et les ambiguïtés de deux des pays moteurs de la construction européenne, l’Allemagne et la France. La deuxième se penche sur des pays de l’Europe méditerranéenne et balkanique, déjà membres ou candidats. La troisième fait un point approfondi sur le fonctionnement de l’UE avec l’extérieur. Enfin, la quatrième partie présente de grands dossiers de l’UE et de ses partenaires de l’OTAN, dont la relation avec les États-Unis, le Brexit, et la Turquie. PENSER L’UE POST-BREXIT  
  Histoire, Géographie et Géopolitique du PROCHE ET DU MOYEN-ORIENT  Pierre VERLUISE (dir.)    L’espace proche et moyen-oriental est aussi fascinant que complexe. Les tensions dans la région sont au coeur de l’actualité mais nous cherchons à comprendre les racines des crises et la véritable nature des acteurs impliqués. Cet ouvrage s’adresse à tous ceux qui souhaitent aller plus loin dans la réflexion géopolitique sur le Proche et le Moyen-Orient afin d’avoir une compréhension plus juste du terrain pour mettre les événements en perspective.   L’ouvrage présente notamment les axes suivants: l’islamisme, tantôt quiétiste, tantôt guerrier, rendu célèbre par al-Qaïda et Daesh ; la situation géopolitique de la zone syro-irakienne en partie sous le contrôle du groupe État islamique de 2014 à 2017 ; puis le golfe persique, un grand théâtre de la discorde entre sunnites et chiites, où les pétromonarchies oscillent entre modernité et obscurantisme religieux. DECOUVRIR LE PROCHE ET LE MOYEN-ORIENT  
  Histoire, Géographie et Géopolitique de l’ASIE. Les dessous des cartes, enjeux et rapports de forces Pierre VERLUISE (dir.)    L’Asie est un riche panorama d’enjeux géopolitiques. Les prétentions chinoises se font nombreuses entre l’Arctique, la mer de Chine du Sud et ses Nouvelles Routes de la soie. Ce projet commercial, aussi connu sous le nom de « Belt & Road Initiative », place l’Asie centrale ex-soviétique au carrefour des intérêts russes et chinois, d’autant plus que le territoire est menacé par la progression lente mais certaine du terrorisme islamiste. Parallèlement, l’Inde continue de gagner en influence sur la scène internationale avec une démographie dynamique et une diaspora active. Le Japon, vieillissant, tente de redéfinir son rôle au sein de ce système.
   Pour avoir une vision globale de ces phénomènes et pour comprendre leur origine, le Diploweb rassemble des experts pédagogues qui les éclairent en les traitant sous leurs multiples facettes : démographie, migrations, économie, commerce, diplomatie, défense… Les différents niveaux d’analyse géopolitique – local, national, régional et international – se combinent pour donner enfin au lecteur des clés de compréhension lui permettant d’aborder l’actualité avec hauteur et perspective. Avec en bonus des liens vers des vidéos d’experts renommés.  COMPRENDRE L’ASIE D’AUJOURD’HUI 
  Histoire, Géographie et Géopolitique de la MONDIALISATION  Pierre VERLUISE  (dir.)    L’instabilité du monde post-guerre froide et le contexte des attentats rendent plus que jamais nécessaire l’approche géopolitique de la mondialisation. Voici rassemblés de nombreux textes de référence rédigés par une vingtaine d’experts renommés afin d’offrir des grilles de lectures adossées à la recherche, aussi bien aux lecteurs intéressés par un monde en mouvements qu’aux candidats aux concours. PENSER LA MONDIALISATION 
 Nous vous souhaitons un très bel été et de très belles lectures. Respectueusement. P. Verluise (Dr.), Directeur des publications du Diploweb.com
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Les guerres de Syrie

Les guerres de Syrie

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Note de lectureLeslie Varenne

« Ils mentent… et ils savent qu’ils mentent… et ils savent que nous savons qu’ils mentent… Et malgré cela, ils continuent à mentir de plus en plus fort. » En choisissant de mettre en exergue de son livre, cette phrase écrite par Naguib Mahfouz, Michel Raimbaud donne le LA, celui d’une volonté de rétablir la vérité concernant un conflit qui a été si mal traité par les médias et certains experts. Le diplomate n’épargne pas ces intellectuels qui se sont « déconsidérés à force de respecter la doxa plutôt que la vérité et ceci au prétexte d’éviter marginalisation et isolement. » Lui, décrit « la guerre de Syrie telle qu’elle s’est déroulée dans sa réalité crue et cruelle et non la fiction martelée à coups d’intox par la communauté internationale. »

L’ouvrage est dense et limpide, il parle de la Syrie comme on l’aime, « ce cœur historique du monde », ce pays que tout être civilisé se devrait d’aimer et de chérir (1).

Michel Raimbaud parle clair. Il ne se perd pas. Il ne s’emberlificote pas dans les demi-mesures de salon chères aux diplomates, il ne renvoie pas dos à dos, « le régime de Bachar » et les « djihadistes modérés » qui auraient mal tourné. Il ne confond pas agresseurs et agressés. D’un côté il y a un Etat légitime, membre des Nations Unies, disposant donc du droit de se défendre et de protéger sa souveraineté, de l’autre, une horde de terroristes « hirsutes, coupeurs de têtes, égorgeurs, cannibales à l’occasion ayant laissé aux vestiaires toute trace d’humanité. »

L’auteur ne dilue pas non plus les responsabilités. Il désigne les Etats-Unis avec ses alliés occidentaux, France et Royaume-Uni en tête et leurs complices orientaux qui « ont tout fait pour anéantir la Syrie, son modèle de société, son identité de vieille nation, sa conscience historique immémoriale, tout ce que les régimes obscurantistes haïssent et veulent éradiquer, quel que soit le prix à payer. – Plus de soixante pays se sont abattus sur la « proie syrienne » dans le cadre des groupes Amis de la Syrie, sous direction américaine, ils ont soutenu les groupes armés, y compris, al-Nosra, en liaison avec les Etats-Unis et la CIA. » Personne n’a lésiné sur les moyens et l’auteur de rappeler que l’entreprise Caterpillar a fourni des tunneliers pour assister les terroristes de la Ghouta afin de creuser des galeries souterraines accessibles aux véhicules. L’un des administrateurs de cette firme, John Huntsman JR, est l’actuel ambassadeur des Etats-Unis à Moscou. Le monde est si petit…

« Les guerres de Syrie » n’est pas un pamphlet. C’est un livre documenté, précis. C’est un ouvrage de géopolitique nécessaire pour comprendre le Moyen-Orient, en ces temps où résonnent à nouveau les bruits de bottes. Michel Raimbaud nous apprend ou nous rappelle, c’est selon, toutes les diverses doctrines qui ont inspiré les néoconservateurs qui aiment à semer le chaos ici ou là sur la planète : de la « doctrine Northwoods », au  « chaos créateur »  en passant par la « théorie du fou« , jusqu’au « leading from behind » (diriger de l’arrière).

Cette dernière version des doctrines interventionnistes élaborée par Obama en 2011, qui a servi lors des conflits de Libye et de Côte d’Ivoire, « revient à camoufler le véritable ‘’cerveau’’ derrière ses alliés européens ». Au passage, en revisitant le conflit syrien, en le replaçant au centre d’une stratégie visant à affaiblir les Etats, à créer l’instabilité et le désordre, le lecteur averti ne peut s’empêcher de tracer des parallèles avec la situation ouest-africaine actuelle. 

Evidemment, Michel Raimbaud n’oublie pas le peuple syrien. Comment le pourrait-il ? Il revient sur le terrible bilan, 400 000 morts, 2 millions de blessés et handicapés, 14 ou 15 millions de réfugiés ; la destruction massive des infrastructures ; les dommages causés aux trésors de l’Humanité ; l’hémorragie de main-d’œuvre et l’exode des cerveaux. Un crève-cœur pour le cœur historique de l’Humanité.  

Cette guerre qui a duré huit longues années n’est toujours pas terminée. Mais un jour il faudra bien « rendre justice à se peuple martyrisé ». Est-ce que ce sera une justice des vainqueurs ou une victoire de la justice ? Comme le rappelle le diplomate, « Faire respecter la légalité internationale suppose qu’elle existe encore. – Dans le contexte actuel, l’affaire syrienne n’est pas simplement un casse-tête intellectuel, elle se présente avant tout comme un défi juridique. »

Qui rendra la justice et sur la base de quelle vérité ? Dans ce livre, Michel Raimbaud cite un haut responsable occidental qui aurait confié à son interlocuteur « Nous sommes allez trop loin dans le mensonge auprès de nos populations pour nous permettre de les confronter brutalement à la réalité ! »

« En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire » disait Georges Orwell.

Les guerres de Syrie
Michel Raimbaud

Préface de Philippe de Saint Robert
Editions Glyphe

(1) Selon la formule d’André Parrot, ex-directeur des antiquités du Louvre « tout être civilisé à deux patries, la sienne et la Syrie »

https://www.iveris.eu/list/notes_de_lecture/433-les_guerres_de_syrie_

LA VIOLENCE SOCIALE DANS LE ROI LEAR DE WILLIAM SHAKESPEARE

LA VIOLENCE SOCIALE DANS LE ROI LEAR DE WILLIAM SHAKESPEARE

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07.06.2019
La tragédie du roi Lear de Shakespeare n’est donc pas uniquement celle d’un homme trompé par le pouvoir. C’est aussi la tragédie d’une civilisation libérale fatalement imparfaite qui est intrinsèquement criminelle, incontrôlée et brutale (aussi, incapable de changer).

Depuis l’époque de William Shakespeare, les citoyens décents des États-nations ont été horrifiés par les récits révélant l’intrigue, le complot politique et la violence des élites. Cela est naturel pour les civilisations conservatrices et libérales. Aussi longtemps que subsistent des élites au-dessus des lois, le spectre de l’instabilité sociale et du chaos hantera les rêves de la société. William Shakespeare, le grand dramaturge de la Renaissance anglaise, connaissait bien la peur de l’anarchie. On dit qu’il était obsédé par l’idée de stabilité et qu’il incarnait le motif de la violence sociale à travers plusieurs de ses plus grandes pièces de théâtre. Le roi Lear , considéré par beaucoup comme la plus grande tragédie de Shakespeare, décrit la violence sociale de manière radicale. La pièce ne présente aucune masse dévastatrice de gens ordinaires ressemblant à des bêtes assoiffés du sang de leurs supérieurs naturels. Au lieu de cela, la balustrade aliénée vient des soi-disant supérieurs eux-mêmes. Ce sont le chevalier Edmund, les duchesques de Cornouailles et d’Albany et, bien sûr, le roi Lear lui-même qui se comportent comme des bêtes indescriptibles. C’est le point de Shakespeare. C’est la position injustifiée de chevalier, de duc et de roi qui enlève l’humanité et fait de lui un animal vorace de violence, de tromperie et de convoitise.

Le rôle du pouvoir dans la modernité (c’est-à-dire une société libérale au-dessus de la loi) requiert la violence, l’oppression organisée et le complot dans la recherche et le maintien de la «stabilité». Shakespeare clarifie tragiquement cette douloureuse vérité dans sa grande pièce, King Lear .

Le premier personnage majeur du roi Lear à éblouir le honnête avec sa faim, sa duplicité et son meurtrier est le méchant chevalier Edmund. Fils illégitime du comte de Gloucester, Edmund a vécu toute sa vie dans un milieu dangereux. Pire qu’un roturier en ce sens qu’il est le produit d’une union sexuelle illégale, mais meilleur que votre chevalier célibataire moyen en ce sens qu’il est manifestement très aimé et protégé par son père le comte, le «fripon» et le «putain» Edmund profite instantanément de son statut particulier. Premièrement, il rejette absolument toute « coutume » régissant les relations sociales et déclare que seule la « Nature » doit guider son comportement. En d’autres termes, Edmund vivra selon une seule « loi »: la loi de la jungle qui tue ou se fait tuer. Il fait cela pour « grandir », « prospérer ». Il entre ensuite dans une série d’intrigues, par le biais de mensonges et de manipulations, par lesquelles son demi-frère, puis son père, et même la famille royale elle-même, sont pris au piège et détruits. Pendant tout ce temps, Edmund grandit, il prospère. Il est officiellement adopté par Gloucester, hérite ensuite du comté de son père et devient le vassal de Cornouailles. Il commande enfin des armées et aspire à la royauté de la Grande-Bretagne. Comme il le fait remarquer de manière caractéristique dans l’acte V, «être tendre ne devient pas une épée». C’est par sa cupidité, sa malhonnêteté et sa violence totalement débridées qu’Edmund passe de «bâtard» à «meilleur des meilleurs». Aux yeux d’Edmund, c’est naturel. La civilisation libérale, injustifiée, avant tout la loi, dans laquelle il vit le fait.

Tout comme Edmund est encouragé par la nature de la société moderne moderne à tracer son chemin vers le sommet, de même pour les deux filles aînées du roi Lear, Goneril et Regan. À peine ont-ils reçu une part égale du royaume de leur père («que le futur conflit soit évité») que Goneril et Regan commencent à se traquer comme des bêtes de proie. L’acte II a à peine commencé avant que ne soit révélé le premier murmure de la guerre «Les ducs de Cornouailles et d’Albany». Cette «division entre les ducs» s’aggrave au fil de la pièce, jusqu’à ce que Regan dise de sa soeur Goneril: «Je ne la supporterai jamais». Regan cherche à détruire sa soeur. Elle doit. Sinon, elle craindra à jamais que Goneril la détruise. De même, les deux filles conçoivent «un complot de mort» sur leur propre père. Encore une fois, faire autrement inviterait Lear à «reprendre la forme» du roi et à se venger d’eux. Lorsque Goneril et Regan découvrent que leur pouvoir est menacé par Cordelia (qui, aux côtés du roi Lear, constituerait un très redoutable adversaire), ils s’en prennent à tous les côtés au «traître [s]». Ils arrêtent le comte de Gloucester et lui arrachent sauvagement les yeux. Regan enterre un poignard dans le dos d’un serviteur qui s’oppose physiquement au mauvais traitement du comte. Goneril a ensuite poignardé sa sœur dans le dos avec une fiole de poison mortel.

Ce paroxysme de violence, qui finit par engloutir tous les personnages principaux de la pièce sauf deux, est causé par la nature même de la société. Pour rester supérieur en toute sécurité et de manière stable, il faut avoir le pouvoir, la connivence et la mort.

Le spasme total de grève et de contre-grève dans la pièce se déroule sur une période extrêmement courte. Peut-être trois semaines s’écoulent-elles entre le début et la fin de l’action. Par conséquent, le personnage principal qui jouit de la position et du pouvoir le plus longtemps n’est autre que le roi Lear lui-même. «À quatre ans et plus», le roi gagne et maintient le pouvoir depuis de nombreuses décennies. La pièce est explicite sur la façon dont il a fait cela. Le roi Lear protège son pouvoir de longue date en frappant instantanément et violemment toutes les menaces perçues. Tout d’abord, il désavoue sa fille préférée, Cordélia, pour avoir refusé de participer au célèbre concours d’amour de la pièce. Il bannit ensuite le comte de Kent pour le contredire. Il attaque ensuite le roi de France pour ne pas avoir abandonné son costume pour la main de Cordélia. Il menace ensuite ses deux autres filles en disant à Goneril qu’il aimerait «écorcher son visage de loup» et à Regan que ses «vengeances [contre elle] seront les terreurs de la Terre!» Même à la fin de la jouer, il reste des vestiges du soi violent et avide de pouvoir de Lear. Quand on parle de ceux qui l’ont méprisé, tout ce qu’il peut dire, c’est «Tue, tue, tue, tue, tue, tue!». Lear doit éliminer tous les défis qui pourraient être présentés à son autorité. Il explique cet impératif au début de la pièce lorsqu’il déclare au comte de Kent:

Tu as cherché à nous faire rompre nos voeux,

Ce que nous n’avons pas encore fait et avec une fierté tendue,

Pour venir entre notre phrase et notre puissance,

Que ni notre nature ni notre place ne peuvent supporter,

Notre puissance rendue bonne, prenez votre récompense.

La «puissance», le «lieu» et même la «nature» de Lear en tant que personne dépendent d’un rapport de type «tout ou rien» avec ceux qui se trouvent en dessous de lui dans l’ordre social. Ils ne peuvent pas interroger. Ils ne peuvent pas carpes. Faire ainsi, Lear se rend sur le coupable destruction immédiate. C’est seulement ainsi que le roi Lear pourra continuer son règne saisissant, arbitraire et violent.

La tragédie du roi Lear de Shakespeare n’est donc pas uniquement celle d’un homme trompé par le pouvoir. C’est aussi la tragédie d’une civilisation libérale fatalement imparfaite qui est intrinsèquement criminelle, incontrôlée et brutale (aussi, incapable de changer).

Vu sous cet angle, le comportement condamné de Lear ne signifie pas qu’il détruit aveuglément ses amis et renforce ses ennemis.C’est que Lear aspire à céder les règnes du pouvoir royal en premier lieu. Un homme dans sa position n’a pas la liberté de faire une telle chose. Le système lui-même l’interdit. Un tel système est constamment au bord de l’anarchie. La modernité est dans une constante, folle, frénésie de préservation de soi. La violence sociale menace à chaque instant, non seulement des couches inférieures, mais également des classes supérieures elles-mêmes (l’aristocratie est encore plus encline à adopter un comportement insensé). Toute la carrière de Shakespeare montre qu’il était très conscient de ce fait tragique et douloureux. Le motif de la violence sociale est tissé dans presque toutes ses pièces. Dans chacune d’elles, Shakespeare exprime les inquiétudes les plus profondes de citoyens honnêtes et de tous les jours. Si les citoyens d’aujourd’hui répondent au roi Lear de Shakespeare avec ce sentiment de pitié et d’horreur qui est le but de la tragédie, ce n’est pas pour le vieux roi «stupide» qu’ils ressentent une émotion aussi profonde. En fin de compte, leur profonde tristesse et leur profonde peur se font sentir dans l’ensemble de la civilisation libérale, car notre société mondiale actuelle est tout aussi gourmande, menteuse et moralement sanglante que celle de Shakespeare.

 

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“RIDE-ON KING”: LES COMBATS DE VLADIMIR POUTINE ET LA CONQUÊTE DU MONDE MAGIQUE DANS UNE NOUVELLE SÉRIE DE MANGAS

“RIDE-ON KING”: LES COMBATS DE VLADIMIR POUTINE ET LA CONQUÊTE DU MONDE MAGIQUE DANS UNE NOUVELLE SÉRIE DE MANGAS

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 6 faire un don"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Le discours médiatique traditionnel et l’obsession pure et simple du «puissant» président russe Vladimir Poutine et de ses tentatives présumées n’est pas un secret, mais ils ont fourni des résultats intéressants dans la culture moderne.

Ce n’est un secret pour personne que le « cerveau diabolique » Vladimir Poutine est un « dictateur » et peut-être même le diable, si l’on demande aux diplomates occidentaux et aux MSM.

Malgré tout, il semblerait également que la tentative de construire une image négative de Poutine l’ait transformé en une sorte d’icône opposée au mondialisme.

L’une des incarnations les plus récentes et les plus intéressantes du «puissant» Vladimir Poutine est le personnage principal d’un manga (l’équivalent japonais de la bande dessinée américaine).

CONSEIL: Les panneaux de manga sont lus de droite à gauche.

Le manga s’appelle «Isekai Poutine» ou «le roi du ride», et il met en vedette Vladimir Poutine, mais sous le nom d’Alexandre Puchinov. La ressemblance ne peut être confondue et il est bien évident que le «puissant» dirigeant russe se situe dans une réalité alternative.

Le résumé du travail de fiction est le suivant:

Le président musclé de Pursia, Alexander Purchinov, s’ennuie de la politique et veut de nouveaux défis. Après un incident, il se réveille dans un monde magique où abondent les animaux et les créatures indomptables.

Le pays de Pursia est sous le choc, tandis que son président explore avec bonheur un monde fantastique. Après tout, à l’instar du discours des HSH selon lequel la Russie est sous le contrôle total et complet de Poutine, Pursia est également en désarroi depuis que sa seule force motrice a disparu.

Pursia, à l’instar de la Russie dans le discours de l’establishment dirigé par Washington, est un pays régi par la violence et la poigne de fer de son gouvernement, dont Alexander Purchinov est président à vie.

«Alexander désire toujours être dominant et« piloter »les choses, que ce soit au sens propre ou figuré. Maintenant qu’il est déjà monté dans son pays, sa prochaine cible est un monde fantastique peuplé d’orques, de wyvernes et de centaures ».

Passons maintenant au contenu réel du manga. Dans ses premières pages, la scène est posée: Prusia est un pays d’Asie centrale ( ? ), Fondé il ya 15 ans et qui s’est affranchi des superpuissances mondiales grâce à sa puissance militaire.

Alexander Purchinov (Poutine) est l’unique raison de l’indépendance du pays, il l’a «conduit» vers la liberté et un ordre autoritaire.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Mais Alexandre est malheureux, il a trop de responsabilités à la tête du pays, mais dans son cœur il souhaite aller explorer, seulement s’il en a le temps.

Au début, le processus politique de Pursia est montré, la force aérienne doit être modernisée car ses ennemis pourraient tirer parti de la faiblesse de la force aérienne purgée. Mais le système de santé a aussi besoin d’une refonte.

Finalement, un consensus est atteint: Purchinov décide que le pays devrait se concentrer sur la construction de vaisseaux spatiaux, puisqu’il n’en a pas monté et qu’il doit le faire de son vivant.

Malgré sa nature égoïste, les citoyens de Pursia le respectaient:

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Par la suite, cela montre que Pursia est tellement autoritaire que les armes à feu sont réglementées. Lorsque des terroristes, qui étaient très probablement des «rebelles modérés», ont essayé de le tuer, ils ont dû recourir à un camion.

Naturellement, le puissant Alexandre s’est attaqué au camion et l’a détruit, tout en tapant si fort qu’il a égaré le trottoir dans la rue.

Mais c’est à ce moment-là que le désastre a eu lieu: la tête de sa propre statue s’est brisée sous l’impact des camions et est tombée sur lui.

Et c’est à ce moment que l’histoire vraie commence: Alexander Purchinov s’est réveillé dans un monde fantastique. La première de ses aventures a été celle du puissant président, qui a vaincu un dragon, puis l’a chevauché. Il se sentait excité car il n’avait jamais participé à cette aventure.

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Vous trouverez ci-dessous un bref résumé de l’histoire jusqu’à présent, avec 10 chapitres publiés et quelques-uns des panels les plus intéressants:

Les habitants de Pursia commencent à s’inquiéter du sort de leur président. Pendant ce temps, dans le monde fantastique, Alexander Purchinov s’est lié d’amitié avec deux femmes, un chevalier et un magicien.

Même les personnages du monde fantastique savent que «Poutine» est un démon, appelant la tête de sa statue qui est aussi en quelque sorte dans le monde fantastique une «statue de démon», ce que Purchinov doit préciser, il ne s’agit que d’une «statue de moi». . « 

Après cela, nos héros sont allés dans une ville et ont dû charger une lanterne magique, Purchnov ayant maîtrisé le karaté utilisant son ki pour le mettre sous tension, mais il était trop fort pour être manipulé, ainsi la lanterne a éclaté.

Dans le monde fantastique, Alexander Purchinov ne semble pas être aussi pervers que dans le monde réel et aide les races asservies telles que les centaures à recouvrer leur liberté, mais surtout parce qu’il souhaite chevaucher un centaure plutôt que par le bien de son cœur.

Il a même refusé de tuer l’ennemi, il l’a simplement assommé, essayant de compenser le «meurtre et la supercherie» qu’il avait à faire chez lui.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Ses aventures ne s’arrêtent pas là. Il aide ensuite d’autres habitants du monde fantastique à être sauvés de certains orcs et ogres, en utilisant un «art martial de style présidentiel», car être président est absolument tout ce qui doit être expliqué une personne.

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Il est également préoccupé par le fait que l’ennemi se bat contre lui 6 à 1, non pas parce qu’il pourrait perdre, mais parce qu ‘ »épargner sa vie est un peu difficile ».

Enfin, il parvient également à chevaucher un ogre, en utilisant un mouvement spécial «à la présidentielle».

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Naturellement, il ne s’agirait pas d’une fiction liée à la Russie sans un ours, que «Poutine» défait facilement, avec un lancer de judo, bien sûr.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

À sa première entrée dans un cachot, il doit se battre contre un énorme dragon en os et son maître. Pour la première fois, Purchninov rencontre un ennemi sur lequel il ne peut pas lancer de judo. Il se souvient donc des enseignements de son ancien maître qui avait déclaré avoir malheureusement le corps d’un «homme ordinaire» et qu’il devait utiliser «le pouvoir de la terre» pour vaincre de plus grands ennemis.

Ce qu’il fait quand la Terre donne à Alexander Purchninov la force de vaincre le dragon ennemi.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

La grandeur du président ne s’arrête pas là, au lieu de détruire le dragon en os, mais en raison de son pouvoir spirituel, le dragon renaît et Purchinov exprime l’espoir de pouvoir se rencontrer en tant qu ‘«amis».

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Dans les 10 chapitres qui ont été publiés, Alexander Purchinov s’est fait de nombreux amis et a vaincu de nombreux monstres, protégeant ainsi les plus démunis. Ainsi, le travail de fiction a commencé comme une sorte de commentaire politique, établissant une ligne de démarcation entre le discours du MSM selon lequel la Russie est un régime autoritaire, puis a développé le «puissant Poutine» en un personnage positif qui semble être le sauveur du monde fantastique.

“Ride-On King”: Vladimir Putin Contests And Conquers Magic World In New Manga Series

Les Mamelouks, des esclaves au pouvoir

Les Mamelouks, des esclaves au pouvoir

La valse des empires musulmans (6/8). En 1250, une armée d’esclaves soldats à la solde des Ayubbides prend le pouvoir au Caire. Ce sont les Mamelouks. Ils ramènent le calme dans un Moyen-Orient miné par les croisades, les invasions mongoles et la peste noire. Ils restent au pouvoir jusqu’à leur défaite face à l’Empire ottoman en 1517.

Les Mamelouks, une origine ancienne qui remonte aux califes abbassides.
Étendue de l’influence des Mamelouks (wikimedia).

 

Au milieu du XIIIe siècle, la dynastie des Ayubbides crée par Saladin un siècle plus tôt, est en grand danger face aux croisades menées par le roi Saint-Louis. Ce dernier est néanmoins fait prisonnier par les soldats esclaves des Ayyubides, les Mamelouks. Sortis renforcés de cette victoire, ils profitent de la mort du dernier sultan ayyubide d’Égypte pour assassiner son successeur et prendre sa place.

Les Mongols, une aide paradoxale

La prise de pouvoir des Mamelouks s’explique aussi par une autre menace, bien plus dangereuse que celle des croisés : les invasions mongoles. Effrayés par l’avancée mongole, les Ayyubides achètent des esclaves-soldats en masse sur les marchés. Les nombreuses batailles contre les mongols avait fait exploser le nombre d’esclaves sur les marchés. Cette explosion du nombre de Mamelouk a largement aidé à prendre le contrôle sur les Ayyubides.

Après avoir conquis l’Est moyen-oriental et détruit Bagdad en 1258, les Mongols se dirigent vers la Syrie, la Palestine et l’Égypte. Cette invasion, qui aurait pu signer l’acte de décès de la nouvelle dynastie mamelouk va au contraire devenir un élément de légitimité puissant. En effet, les Mongols, eux même affaiblis par la mort du grand Khan Mongke, subissent leur première défaite au Moyen-Orient en 1260 lors de la bataille d’Ayn Jalut en Palestine face aux Mamelouks. C’est donc la déferlante mongole qui a donné tant de force et d’influence à la jeune dynastie.

Les Mamelouks étendent leurs relations

Après cette victoire, dans un monde sunnite désorienté par la chute de Bagdad, les Mamelouks commencent à tisser des liens diplomatiques avec les princes syriens. Ils ne tardent d’ailleurs pas à s’emparer complètement des territoires syriens, palestiniens s’aventurant même jusqu’aux frontières anatoliennes. Ils récupèrent également rapidement un survivant de la dynastie abbasside et le placent sur le trône. S’il n’a qu’un rôle symbolique, il assure une légitimité religieuse aux Mamelouks. Ainsi, la dynastie restent pendant deux siècles et demi une des principales puissances du monde méditerranéen. Ils nouent des liens avec le Royaume d’Aragon et maintiennent une bonne entente avec les États maritimes italiens.

Une origine ancienne

Si les Mamelouks sont au pouvoir au Caire depuis 1250, leur existence est bien plus ancienne. Ils forment la garde rapprochée des sultans sunnites depuis le IXe siècle. Achetés sur les marchés aux esclaves d’Asie centrale, ils sont formés à l’usage des armes pour entrer dans un corps d’élite militaire. Le terme « mamelouk » signifie d’ailleurs en arabe « la chose possédée». Selon les lois et traditions en vigueur à cette époque, les musulmans ne peuvent acheter d’esclaves venant du dar al-islam (« le royaume de l’islam ») et doivent donc les faire venir de l’extérieur des frontières. Traditionnellement Turcs, ils deviennent ensuite Circassiens la fin du XIVe siècle car importés des montagnes du Caucase.

Les jeunes soldats mamelouks commencent leur apprentissage très tôt. Ils restent entre eux et se mélangent peu au reste de la population. Exceptés les officiers hauts-placés qui doivent maîtriser la langue locale, les soldats ne parlent souvent pas arabe, ce qui rend encore plus difficile leur intégration. Leur apparence les rapproche d’ailleurs davantage des Mongols que des Arabes. Après leur victoire contre les Mongols en 1260, l’historien Abu Shama raconte d’ailleurs que « les peuples des steppes ont vaincu les peuples des steppes » (1).

Une stabilité apparente

La forte concurrence qui existe dans la hiérarchie mamelouk remplie l’histoire de la dynastie d’intrigues de palais, de complots et de trahisons. Le premier leader mamelouk au Caire, Aybeg, est assassiné dans son bain sur les ordres de sa femme. Cela n’empêche pas les Mamelouks d’être une des dynasties les plus stables qu’est connu le Moyen-Orient médiéval.

Cette stabilité se répercute dans l’héritage architectural laissé par les Mamelouks. Ils sont ce que l’historien Julien Loiseau appelle « une aristocratie urbaine » (2) et participent à la création d’une culture urbaine dans les villes arabes. Leurs monuments sont faits pour être vus et reconnus de loin. En effet, à défaut de pouvoir s’intégrer socialement dans les villes, ils s’y intègrent architecturalement, en entretenant une culture de la visibilité. Avec plus de 300 000 habitants, Le Caire devient un centre intellectuel et culturel de premier plan dans le monde arabe.

Le déclin s’amorce à la fin du XVe siècle. Affaiblis par la peste noire, les tensions internes, une baisse des revenus commerciaux suite à l’ouverture de nouvelles routes commerciales en Atlantique, la dynastie se craquelle rapidement. Il ne faut que deux batailles au sultan ottoman Selim Ier pour mettre les Mamelouks à genoux. La raison principale ? Alors que les Ottomans attaquent avec des fusils et des canons, les Mamelouks se défendent avec des arcs et des flèches. L’interdépendance et la fermeture à toute influence extérieure, qui avait fait une des grandes forces des Mamelouks en a aussi fait une faiblesse fatale.

  1.     Rahimlu, Yusof and Gholami, Rahim, “Abū Shāma”, in: Encyclopaedia  Islamica, Editors-in-Chief:     Wilferd Madelung and, Farhad Daftary. Consulted online on 19 April  2019 <http://dx.doi.org/10.1163/1875-9831_isla_COM_0138&gt;
  2.     Julien Loiseau, « Les Mamelouks. XIII-XVIe siècle », Seuil, 2014.

Ressources :

Le Monde, « L’atlas des Empires », hors-série, 2016.

Le Monde, « L’histoire du Proche-Orient », hors-série, 2018.

Julien Loiseau, « Les Mamelouks. XIII-XVIe siècle », Seuil, 2014.

ThoughtCo.com, « The Mamluks », 2018.
https://www.thoughtco.com/who-were-the-mamluks-195371

 

About Pablo MENGUY

Étudiant en journalisme à l’école publique de journalisme de Tours. Actuellement en échange universitaire au Canada.

Almoravides et Almohades, la domination berbère

Almoravides et Almohades, la domination berbère

La valse des empires musulmans (5/8). Entre 1062 et 1269, deux dynasties dominent le Maghreb, les Almoravides (1062-1150) et les Almohades (1150-1269). Elles contrôlent un vaste territoire qui s’étend de l’ouest du Sahara à la péninsule ibérique.

L'Empire almoravide a dominé le Maghreb de 1062 à 1150.
L’Empire almoravide (wikimedia).

Au XIe siècle, la tribu berbère des Almoravides, qui vit entre le Maroc et le Sénégal actuel, profite du vide de pouvoir laissé par le déplacement des Fatimides au Caire et par la disparition du califat de Cordoue pour conquérir de larges territoires en Afrique de l’Ouest. Emmenés par leur chef Yusuf ibn Tachfin, ils fondent la ville de Marrakech en 1062.

Pour s’assurer une légitimité, Yusuf ibn Tachfin décide de lier sa dynastie à au calife abbasside de Bagdad. En reconnaissant le Califat et en se posant en défenseur des reconquêtes chrétiennes qui sévissent au nord de l’Espagne, il s’attire les faveurs du calife abbasside et obtient le titre inédit de « prince des musulmans » (1).

De l’Espagne au Ghana

Les Almoravides s’approprient également la notion de jihâd, pour mener deux principales actions : imposer l’islam dans leur territoire et défendre leur religion contre des envahisseurs extérieurs, comme les catholiques espagnols. Les premières guerres saintes almoravides font tout d’abord route vers l’Afrique noire en prenant le royaume de Ghana en 1054. La dynastie se concentre ensuite sur l’Espagne et à la fin du XIe siècle, l’ensemble de la péninsule ibérique, de Zalacca à Saragosse, est sous son contrôle.

En un peu plus de vingt ans, les Almoravides contrôlent ainsi une grande partie du Sahara, du Maroc, de l’Algérie et de l’Espagne actuel. Ils deviennent riche rapidement en contrôlant une grande partie du commerce de l’or trans-saharien.

De la sobriété à la luxure

L’analyse de la perception de l’art chez les Almoravides constitue une grille d’analyse pertinente de leur évolution. Au sein de peuples très variés, l’établissement d’un pouvoir fort est en effet passé par une volonté d’unifier culturellement le territoire, en construisant de nombreuses mosquées et madrasas (écoles islamiques).

Au début de leur règne, les Almoravides, sunnites conservateurs de l’école malékite font bâtir des bâtiments très sobres et restent éloignés de ce qui a caractérisé l’art opulent de la dynastie omeyyade de Cordoue. Ils veulent en effet se placer en contre-modèle de cette dynastie qu’ils considèrent comme décadente et peu rigoriste. Cependant, à partir du XIIe siècle, les choses changent. Les Almoravides succombent à la culture luxuriante de Al-Andalus. Preuve en est, le minbar commandé par le dernier sultan almoravide, Ali ibn Youssouf, en 1137. En Afrique du Nord, les mosquées de Tlemcen (1136), d’Alger (1097) et de Kairaouine à Fes représentent également ce changement de cap culturel almoravide due aux influences espagnoles.

La volonté d’indépendance almohade

Au milieu du XIIe siècle, les Almoravides sont renversés par une autre tribu berbère révoltée, tout droit venue des montagnes de l’Atlas, les Almohades, une autre dynastie d’Afrique du Nord. Ils resteront au pouvoir de 1150 à 1269. L’Empire almohade peut être considéré comme le premier et dernier empire berbère de l’histoire à avoir unifié un territoire allant de la Tripolitaine au sud de l’actuel Maroc en passant par la péninsule ibérique. En quelques mois, les Almohades prennent le Maroc mais aussi les principales villes de la péninsule ibérique. Ils font de Séville la capitale de la région de Al-Andalus mais gardent Marrakech comme capitale principale.

Les Almohades ont dominé le Magreb après les Almoravides.
Étendue de l’Empire almohade à son apogée (wikimedia).

L’utilisation politique de la religion prend un tournant radical comparée à celle des Almoravides. Si ces derniers s’appuyaient sur des ulémas (savants religieux) pour créer et valider des lois, l’Empire almohade prône un retour à l’interprétation directe du coran, marginalisant ainsi les ulémas. Cela a pour conséquence directe de donner les quasi-pleins pouvoirs à l’imam (le guide), serviteur direct de Dieu sur terre. Très rapidement, les berbères sont consacrés comme le nouveau peuple élu, au détriment des arabes.

Rejet de Bagdad

Les Almohades finissent par rejeter totalement l’Empire abbasside de Bagdad. La prière se fait désormais vers la tombe du Mahdi à Tinmel, au sud de Marrakech, et non plus vers La Mecque. L’élite doit maintenant maîtriser parfaitement la langue berbère. Sous le règne des Almohades, l’art géométrique, déjà présent chez les Almoravides, est exacerbé. La grande mosquée et le minaret La Giralda, à Séville, transformés par la suite en cathédrale, représentent le sommet de la grandeur artistique almohade.

Tout comme les Almoravides, les Almohades succombent peu à peu au confort et au luxe pour finalement se faire expulser de la péninsule ibérique par les royaumes chrétiens du nord, mieux organisés. La bataille de Las Navas de Tolosa, en 1212 marque le début de la chute des Almohades. La dynastie s’éteint en 1269.

(1) Le groupe djihadiste « Al-Mourabitoun », crée en 2013 au Sahel est la traduction arabe des Almoravides. La dynastie est en effet aujourd’hui utilisée comme référence par certains djihadistes sahéliens comme celle qui a réussi à unir une partie du Maghreb et du Sahara sous une même bannière.

Ressources:

Mehdi Ghouirgate, «  L’Ordre almohade (1120-1269) », Presses universitaires du Midi, 2014.

Les Clés du Moyent-Orient, « Les Almoravides, l’Andalus et l’Afrique musulmane (1042-1147) », 2013.
https://www.lesclesdumoyenorient.com/Les-Almoravides-l-Andalus-et-l.html

Met, « The Art of the Almoravid and Almohad Periods (ca. 1062–1269) », 2001.
https://www.metmuseum.org/toah/hd/almo/hd_almo.htm

Le Monde, « L’Atlas des Empires », hors-série, 2016.

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Étudiant en journalisme à l’école publique de journalisme de Tours. Actuellement en échange universitaire au Canada.

Notre-Dame : la plus grande opération immobilière d’Europe a débuté à Paris

Notre-Dame : la plus grande opération immobilière d’Europe a débuté à Paris

  

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L’opération immobilière de rénovation de l’île de la Cité et de sa transformation en une promenade touristique a débuté avec l’adjudication d’une partie de l’Hôtel-Dieu à Novaxia, le groupe d’« urbanisme transitoire » du « philanthrope » Joachim Azan (photo).

Cette méga-opération a été imaginée en 2016, à la demande du président François Hollande et de la maire de Paris, Anne Hidalgo, par le directeur des monuments historiques Philippe Bélaval et l’architecte Dominique Perrault.

Elle prévoit de profiter de la rénovation du Tribunal de Paris, de la Préfecture de Police et de l’Hôtel-Dieu, de manière à tirer tout le potentiel touristique de la cathédrale Notre-Dame et de la Sainte-Chapelle.

L’incendie de la cathédrale a constitué une « divine surprise » pour les pouvoirs publics qui pourront ainsi mener à bien ce projet et exploiter commercialement l’ensemble de l’île. Ce que le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a résumé en déclarant que Notre-Dame de Paris n’est « pas une cathédrale, c’est notre bien commun ».

Louée 144 millions d’euros pour 80 ans, une partie de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu sera transformée en logements, en commerces de luxe et en restaurant gastronomique. Les syndicats hospitaliers, qui font valoir la compression des services d’urgence parisiens, protestent contre ce choix.

L’appel d’offres avait débuté avant l’incendie de la cathédrale.

Adoptée en procédure accélérée, une loi ad hoc, a été votée en première lecture par l’Assemblée nationale pour gérer la collecte de dons en faveur de la restauration de la cathédrale. Elle prévoit incidemment que le gouvernement sera autorisé à prendre par ordonnance toute mesure dérogatoires
- 1° « Aux règles en matière d’urbanisme, d’environnement, de construction et de préservation du patrimoine, en particulier en ce qui concerne la mise en conformité des documents de planification, la délivrance des autorisations de travaux et de construction, les modalités de la participation du public à l’élaboration des décisions et de l’évaluation environnementale, ainsi que l’archéologie préventive ;
- 2° Aux règles en matière de commande publique, de domanialité publique, de voirie et de transport.
 »

Le projet immobilier prévoit quant à lui la construction d’un réseau de tunnels qui permettra aux touristes d’accéder à la crypte de Notre-Dame, mais surtout de désengorger la circulation sur l’île.

L’objectif final est de transformer l’île d’une cité administrative en la plus fréquentée des zones touristiques en Europe.

Sur le même sujet : « L’enjeu caché de la restauration de Notre-Dame », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 27 avril 2019.

https://www.voltairenet.org/article206522.html

RÉCIT : L’HISTOIRE (OCCULTÉE) DES ESCLAVES EUROPÉENS EN TERRE D’ISLAM

RÉCIT : L’HISTOIRE (OCCULTÉE) DES ESCLAVES EUROPÉENS EN TERRE D’ISLAM


Le bruit métallique d’un char rompit le silence. Dissimulé aux regards par les énormes remparts, il annonçait son arrivée avec force cliquetis et grincements à travers les jardins du palais, et franchit la porte des Vents dans un grondement sourd de pas et de roues.

Sur le champ de manœuvres, personne ne bougea. Les gardes impériaux se tenaient au garde-à-vous, rigides, leurs cimeterres damasquinés étincelant au soleil. Les courtisans étaient prosternés à côté d’eux, leurs robes théâtralement étalées sur le marbre. Seul le vizir, qui transpirait sous sa peau de léopard, osa essuyer la sueur qui perlait à son front.

Le silence s’intensifia à l’approche du char. Un cri furieux s’éleva, suivi par le claquement d’un fouet. Le vacarme redoubla soudain, se répercutant dans les couloirs et les cours du palais. Quelques secondes plus tard, Moulay Ismaïl, sultan du Maroc, pénétrait sur le champ de manoeuvres sur son char doré, tiré non par des chevaux mais par un attelage d’épouses et d’eunuques.

Ces malheureux avancèrent en titubant jusqu’au groupe de courtisans avant de relâcher leur pression sur les rênes. Le sultan sauta à terre, et deux Noirs superbement bâtis entrèrent en action. Le premier, tout en murmurant des obséquiosités, chassait les mouches qui s’approchaient de la personne sacrée de Moulay Ismaïl. L’autre, un jeune garçon âgé de 14 ou 15 ans, protégeait le sultan du soleil en faisant tournoyer au-dessus de lui un parasol de chintz.

Tel était le rituel accompagnant d’ordinaire une audience avec le grand Moulay Ismaïl, qui exigeait de ses sujets une déférence absolue et un respect pointilleux de l’étiquette. Cependant, en ce matin étouffant de 1716, le sultan remarqua à peine les courtisans à plat ventre dans la poussière, car son regard était attiré par un groupe d’Européens en haillons qui se tassaient les uns contre les autres dans un coin de la cour. 52 Anglais, pieds nus et meurtris, se tenaient là, dans une stupéfaction muette. Enlevés en mer par les corsaires de Barbarie et forcés de marcher jusqu’à la capitale impériale, ils étaient sur le point d’être vendus comme esclaves.

Leur histoire allait soulever l’indignation et l’horreur dans leur pays natal ; elle témoignerait de l’impuissance totale du gouvernement et de la marine britanniques. Pourtant la capture de ces hommes n’était ni unique ni inhabituelle ; depuis plus d’un siècle, le commerce des esclaves blancs venus de toute l’Europe et des colonies nord-américaines détruisait des familles et des vies innocentes.

L’un des hommes récemment capturés, le capitaine John Pellow, du Francis, avait été averti des périls de son voyage en Méditerranée. Pourtant, avec une audace caractéristique, il avait fait fi du danger et quitté la Cornouailles à destination de Gênes pendant l’été 1715. Son équipage de six hommes comprenait son jeune neveu, Thomas Pellow, qui n’avait que onze ans quand il avait fait ses adieux à ses parents et à ses sœurs. Bien des années devaient s’écouler avant que les parents reçoivent des nouvelles de leur malheureux fils.

Deux autres navires furent capturés le même jour.

Le capitaine Richard Ferris du Southwark avait tenté de venir en aide à l’équipage du Francis, mais avait été lui aussi la proie des corsaires, de même que le George, qui rentrait en Angleterre. Les équipages terrifiés de ces trois navires étaient à présent rassemblés dans la cour du palais.

« Bono, bono », s’écria le jovial sultan en inspectant ses esclaves. Il passa devant la rangée d’hommes, palpant leurs muscles et jaugeant leurs forces. Les captifs étaient encore choqués par le traitement auquel ils avaient été soumis en arrivant dans la ville impériale de Meknès. Une foule d’habitants s’étaient bousculés aux portes du palais pour les insulter, les « abreuvant des plus viles injures[…]et de coups violents ».

Le sultan, indifférent à leurs craintes et anxiétés, fut satisfait de voir que ces marins aguerris étaient en bonne forme physique, et qu’il pouvait espérer tirer d’eux de nombreuses années de servitude. Il s’arrêta un instant devant Thomas Pellow, intrigué par l’attitude digne du garçon. Il marmonna quelques mots à ses gardes, et le jeune Pellow fut sorti des rangs et mis à l’écart.

Tandis que ses compagnons étaient emmenés par un meneur d’esclaves noir, Pellow pria pour que son cauchemar prenne fin bientôt. En réalité, il était devenu un des esclaves blancs oubliés d’Afrique du Nord. Pour lui, vingt-trois ans de captivité commençaient.

Je me rendis à Meknès au printemps 1992, alors que la vallée de la Boufekrane était tapissée de menthe sauvage et que la petite rivière débordait d’eau glacée. Mon compagnon de voyage appartenait à un autre monde : c’était un religieux du XVIIIe siècle, dont le récit coloré décrivait la cité à son apogée. Le minuscule volume — relié, comme il convenait, en maroquin façonné — évoquait une ville d’une grandeur sans pareille, mais révélait aussi une histoire infiniment plus sombre.

À l’époque du voyage de cet homme, le palais impérial de Meknès était l’édifice le plus vaste de l’hémisphère nord. Ses remparts crénelés s’étendaient sur des kilomètres, renfermant collines et prairies, vergers et jardins d’agrément, et ses fortifications dominaient la vallée. Cette imprenable forteresse était conçue pour résister à l’armée la plus puissante de la terre. Chacune de ses portes était protégée par une division d’élite de la garde noire impériale.

Les proportions du palais étaient telles qu’il finit par être désigné tout simplement comme Dar Kbira, Le Grand. Pourtant Dar Kbira ne constituait qu’un élément d’un immense complexe. Cinquante autres palais, tous reliés les uns aux autres, abritaient les deux mille concubines du sultan. Il y avait des mosquées et des minarets, des cours et des pavillons. Les écuries du palais étaient de la taille d’une ville moyenne ; les casernes logeaient plus de dix mille fantassins. Dans le vaste Dar el-Makhzen — une autre ville-palais — vizirs et eunuques tenaient leur cour et fomentaient des intrigues. Les célèbres jardins suspendus, toujours en fleurs, rivalisaient avec la folie de Nabuchodonosor à Babylone.

Le père Jean de la Faye n’avait jamais rien vu de pareil, et il décrit avec émerveillement les portes de bronze moulé en fantastiques arabesques, les colonnes de porphyre étincelant au soleil, la perfection géométrique des mosaïques ornant les cours — un clair-obscur étourdissant de cobalt et de blanc. Il y avait des dalles de jaspe et de marbre de Carrare, des damas coûteux et des chevaux richement caparaçonnés. Le stuc mauresque était le plus extraordinaire ; sculpté et façonné en nid d’abeille, il semblait dégouliner des coupoles en stalactites d’une blancheur immaculée.

Chaque centimètre carré de mur, chaque niche, et chaque ouverture était magnifiquement ornée. Les vitraux azur, vermillon et vert d’eau étaient d’une beauté époustouflante, conçus pour saisir et refléter le resplendissant soleil d’Afrique. Dans les heures qui précédaient le crépuscule, ils projetaient des hexagones multicolores sur le marbre des dalles.

Les portes du palais arboraient l’emblème du soleil, poussant les visiteurs à se demander si le sultan essayait de rivaliser avec son contemporain, Louis XIV, le Roi-Soleil. En réalité, le sultan mégalomane nourrissait un rêve bien plus ambitieux que le château de Versailles récemment édifié. Sa vision était celle d’un palais qui s’étendrait de Meknès à Marrakech — une distance de quatre cent cinquante kilomètres.

Trois siècles de soleil et de pluie ont laissé leurs marques sur cet immense édifice construit en pisé, un mélange de terre et de chaux. Les vents de l’Atlas ont balayé les murs roses, les réduisant par endroits en tas de poussière. Des arches brisées gisent sur le sol, et des tours décapitées s’élèvent çà et là. Le tremblement de terre de 1755 provoqua les plus grands dégâts, détruisant en l’espace de quelques minutes ce qu’on avait mis des décennies à construire. Des plafonds en cèdre furent arrachés à leurs poutres, le stuc s’effrita et s’effondra. Des pans entiers du palais s’écroulèrent, écrasant meubles et antiquités. La cour, prise de panique, s’enfuit pour ne jamais revenir. Les ruines impériales, réduites à un pitoyable méli-mélo d’appartements à ciel ouvert, furent rapidement colonisées par les pauvres et les déshérités de Meknès.

J’entrai dans la cité par Bab Mansour, la plus impressionnante des portes de cérémonie de Meknès. Elle s’ouvrait sur un univers de géants, où les remparts dominaient les palmiers et où les cours étaient aussi vastes que le ciel. Une deuxième arche menait à une troisième, qui débouchait sur une série de ruelles. Ces passages labyrinthiques, tapissés de câbles et de fils de téléphone, me plongèrent au cœur du palais. Encore aujourd’hui, des gens — à vrai dire, des familles entières — vivent dans les décombres de Dar Kbira. Des portes d’entrée ont été creusées dans les remparts, et des fenêtres ouvertes dans le pisé. D’anciens appartements sont devenus des chambres à coucher ; des cours sont jonchées de fragments de marbre.

Je me glissai à travers une brèche dans la muraille et me trouvai dans un nouvel enchevêtrement de ruines. Une colonne de porphyre fracassée, jetée là comme du vulgaire bric-à-brac, était à demi recouverte de détritus. Un motif d’acanthe trahissait son origine romaine. Sans doute avait-elle été pillée dans la cité voisine de Volubilis.

Je me demandai si ce quartier perdu avait été autrefois le sérail interdit, dont le plafond en verre avait justement été soutenu par de telles colonnes. Des chroniqueurs arabes parlent de ruisseaux de cristal et de fontaines chantantes, de bassins en marbre sculpté où nageaient des poissons de couleur vive. M’arrêtant un moment dans cette pièce sans toit, je ramassai une poignée de terre fraîche. La poussière glissa entre mes doigts, laissant derrière elle un résidu précieux : une multitude de fragments de mosaïque — étoilés, oblongs, carrés et en losange.

D’après le religieux qui était mon guide, ces éclats minuscules témoignaient de l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire de l’humanité. Dans ce palais monumental, toutes ces mosaïques vernissées à la main, toutes ces colonnes aujourd’hui fracassées, tous ces pans de rempart étaient le fruit du labeur d’une armée d’esclaves chrétiens. Fouettés par des gardes noirs, détenus dans d’affreuses conditions, ces captifs misérables étaient forcés de travailler à ce qui devait être le plus ambitieux projet de construction au monde. Les hommes s’échinaient quinze heures par jour et souvent la nuit aussi. Quant aux femmes, leur sort était plus affreux encore. Enfermées au sérail et converties de force à l’islam, elles avaient le douteux honneur de satisfaire les caprices sexuels du sultan.

Le Maroc n’était pas le seul endroit en Afrique du Nord où des Blancs étaient esclaves. Alger, Tunis et Tripoli possédaient eux aussi des marchés aux esclaves florissants, où des milliers d’hommes, femmes et enfants étaient humiliés avant d’être vendus au plus offrant. Ces malheureux venaient de toute l’Europe — d’aussi loin que le Groenland et la Grèce, la Suède et l’Espagne. Beaucoup avaient été capturés en mer par les tristement célèbres corsaires de Barbarie. Beaucoup d’autres avaient été arrachés à leurs foyers lors d’attaques-surprises.

Près de six ans devaient s’écouler avant que je commence à chercher des documents écrits sur les corsaires de Barbarie. J’avais imaginé que de telles archives — à supposer qu’elles aient jamais existé — avaient disparu depuis longtemps. Mais il s’avéra peu à peu que beaucoup de lettres et de journaux avaient survécu. Il y avait des descriptions poignantes relatant l’horreur des travaux forcés, et des récits terrifiants d’audiences avec le sultan du Maroc. Il y avait des évocations angoissées de l’humour macabre des marchands d’esclaves et des pétitions de «veuves d’esclaves » qui suppliaient qu’on leur accorde pitié et réconfort. Je trouvai même des missives rédigées par le sultan lui-même — des tracts grandiloquents exigeant que les rois d’Angleterre et de France se convertissent à l’islam.

Beaucoup de ces récits n’existent que dans des manuscrits. L’extraordinaire journal de John Whitehead, esclave britannique à Meknès, n’a jamais été publié. D’autres furent imprimés en quantité si faible que seuls quelques exemplaires ont survécu. Un très rare volume par le père français Jean de la Faye se trouve au St Anthony’s College d’Oxford.

Les témoignages les plus fascinants sont ceux qui ont été écrits par les esclaves eux-mêmes. L’histoire de l’esclavage blanc est celle d’individus happés par un cauchemar qui les dépasse. Le plus souvent, ils terminaient leur vie dans une atroce captivité, mais certains eurent la chance d’échapper aux griffes de leurs propriétaires. Pour ceux qui parvinrent à regagner leur pays natal, traumatisés par leurs épreuves et sans ressources, écrire et publier leur histoire les aidait à surmonter le passé, à se réintégrer dans une société dont ils s’étaient crus à jamais exclus, et leur donnait un moyen de subsister. Tous avaient connu des expériences affreuses, et ils laissèrent des récits qui sont toujours aussi émouvants aujourd’hui. La lecture en est rarement agréable, pourtant ils sont parfois éclairés par des actes d’héroïsme et de générosité. Un geste de gentillesse de la part d’un garde ; l’étreinte chaleureuse d’un prêtre. De tels gestes rappelaient aux captifs qu’ils faisaient encore partie de l’humanité.

Un des récits les plus remarquables de l’esclavage blanc concerne Thomas Pellow et ses camarades du Francis. Pellow fut le témoin des splendeurs barbares de la cour impériale du sultan Moulay Ismaïl et fit personnellement l’expérience de la cruauté de ce monarque rusé et terrifiant. Mais son histoire allait s’avérer bien plus extraordinaire que celle d’un simple observateur. En tant qu’esclave personnel du sultan, Pellow se trouva bien malgré lui au coeur des intrigues de la cour. Nommé gardien du sérail impérial, il mena aussi des soldats-esclaves sur le champ de bataille et prit part à une périlleuse expédition de chasse aux esclaves en Afrique équatoriale. Il fut torturé et converti de force à l’islam. Par trois fois, il tenta de s’évader ; deux fois il fut condamné à mort.

Le récit de Pellow est truffé de personnages hauts en couleur, eunuques arrogants, surveillants d’esclaves brutaux, bourreaux impériaux et vils pirates. Au centre de l’histoire se trouve la figure dominante de Moulay Ismaïl, qui, au fil de son long règne, devint de plus en plus obsédé par son opulent palais.

On crut longtemps que les Adventures de Pellow — remaniées pour la publication par un éditeur de Grub Street — n’avaient qu’un lien ténu avec la réalité. Il est maintenant clair que tel n’est pas le cas. Les premiers chapitres sont corroborés par les lettres écrites par ses camarades du Francis, tandis que les derniers concordent avec les témoignages des consuls européens qui le rencontrèrent au Maroc. Les chroniques de Muhammad al-Qadiri révèlent que le récit fait par Pellow de la guerre civile marocaine est remarquable de précision. Ses révélations sur la vie à Meknès sont également confirmées par les sources marocaines. Ahmad al-Zayyani et Ahmad ben Khalid al-Nasari peignent un tableau similaire de la vie dans la capitale impériale.

À l’époque où Thomas Pellow et ses camarades furent capturés, la population esclave d’Afrique du Nord avait diminué, mais les conditions étaient toujours aussi épouvantables. Presque tous les pays d’Europe étaient affectés par ce qui devait être une des dernières grandes vagues de l’esclavage blanc, dont l’histoire avait commencé presque quatre-vingt-dix ans plus tôt, par une série de raids spectaculaires des corsaires de Barbarie au cœur même de la chrétienté.

Giles MILTON

In Captifs en Barbarie, éditions Petite Bibliothèque Payot, 9,50 €

Spécialiste de l’histoire des voyages, Giles Milton aborde un chapitre méconnu des relations entre l’Europe et l’Afrique du Nord aux XVIIe et XVIIIe siècles : le cruel destin des Occidentaux capturés en mer par les corsaires de Barbarie puis vendus comme esclaves sur les grands marchés d’Alger, Tunis ou Salé. Pour se faire, Milton narre les incroyables aventures de Thomas Pellow qui à l’âge de onze ans, en 1715, quitte sa Cornouailles natale afin de sillonner la Méditerranée comme mousse. Son navire investi, il devient l’esclave de Moulay Ismaïl, terrible souverain marocain, et doit se convertir à l’islam. Mais son ingéniosité attire l’attention du sultan, qui va lui confier la garde de son harem ainsi que des missions militaires. Plus de 20 ans après sa capture, Pellow parviendra à s’évader et sera l’un des rares esclaves européens survivants à pouvoir raconter son histoire.

 

Les Révoltés d’Athènes de Mathilde Tournier | 18 avril 2019

Les Révoltés d’Athènes de Mathilde Tournier | 18 avril 2019

Au 5ème siècle avant J.C., au bout d’une guerre interminable, la puissante flotte d’Athènes est réduite en cendres par l’armée de Sparte. Rescapé du massacre, le bel Héraclios, citoyen de vingt-deux ans, rentre chez lui, au Pirée, où l’attendrent sa mère et sa sœur Myrto. La cité est méconnaissable : vide, paralysée par la faim, le froid, et bientôt assiégée par les Spartiates. Pour survivre, défendre les siens et protéger la démocratie de la tyranie des Trente, Héraclios est prêt à tout.

Chronique : Ce roman court et intense a pour volonté de nous faire revivre une période agité de la grande cité grec et y parvient plutôt bien.
Le moins que l’on puisse dire est qu’il ne faisait pas bon d’être un citoyen d’Athènes à cette époque. Entre les spartes qui rêvent de mettre à sac votre ville et les aristocrates de votre propre cité qui ne pensent qu’à leurs intérêts, le petit peuple à du souci à se faire pour tenter de survivre à ces temps agités.
L’auteur s’engage à nous faire revivre une période trouble qui s’étale sur sept ans, le tout en moins de trois cent pages. Forcément avec un tel parti pris certains aspects ne sont que survolés, la caractérisation des personnages auraient demandé à être un peu plus étoffé, les élipses temporelles sont nombreuses et parfois mal annoncées malgré le côté mémoires du récit.
Surtout il aurait été agréable que l’auteur detaille un peu plus le contexte politique qui a conduit Athènes à se retrouvé dans une telle situation, même si l’on arrive très bien à comprendre les enjeux de la situation, cela aurait pu être l’occasion d’enrichir le background de l’œuvre.
Cependant à l’heure des sagas historique ou fantastique interminable, dont les péripéties s’étalent sur des années de publication, il est bon de pouvoir savouré une histoire sans avoir à attendre la suite pendant une demi-décennie.
On peut ajouter que l’auteur s’y entend pour faire revivre une société grec disparu, que ce soit en nous faisant partager les vote lors de l’assemblé démocratique à l’agora ou en nous plongeant dans le quotidien difficile des habitants du Pirée.
Un récit qui plaira non seulement à tous les adolescents féru d’histoires mais aussi à tout ceux qui aiment suivre des destins extraordinaires.

Note 8,5/10
Chronique de Christophe C.

 

  • Broché: 240 pages
  • Editeur : Gallimard Jeunesse (18 avril 2019)
  • Collection : Scripto
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2075126186

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« Je salue toujours les tours de Notre-Dame quand je flâne à leurs pieds. 

L’hommage de Sylvain Tesson aux tours de Notre-Dame

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France Inter

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April 17 at 2:05 PM

« Je salue toujours les tours de Notre-Dame quand je flâne à leurs pieds.
Je leur rends bien modestement, par ces lignes, le bienfait qu’elles m’offrirent. »
L’hommage de Sylvain Tesson aux tours de Notre-Dame

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