Archives pour la catégorie CULTURE

La Petite Histoire : La garde impériale de Napoléon

La petite histoire  La Petite Histoire : La garde impériale de Napoléon

La Petite Histoire : La garde impériale de Napoléon

Garde rapprochée de Napoléon, la garde impériale est l’unité emblématique par excellence de la Grande armée. En plus d’assurer la protection de l’Empereur, celle-ci est rapidement devenue une troupe d’élite combattante, véritable vivier d’officiers et unité de réserve à déployer lors des batailles indécises. Créée en 1804, crainte et respectée par toute les armées européennes, elle effectue son baroud d’honneur à Waterloo en 1815 où, sous les ruines, elle se couvre de gloire une dernière fois avant de disparaître avec l’Empire, laissant dans les mémoires un souvenir indélébile.


Publicités

Prix Simone Veil : Aissa Doumara Ngatansou récompensée pour son engagement

Prix Simone Veil : Aissa Doumara Ngatansou récompensée pour son engagement

Le premier « Prix Simone Veil de la République française », remis par Emmanuel Macron, a été décerné ce vendredi 8 mars à Aissa Doumara Ngatansou pour récompenser son engagement contre les mariages forcés.

Aissa Doumara Ngatansou a reçu le vendredi 8 mars 2019 le premier "Prix Simone Veil"
Aissa Doumara Ngatansou a reçu le vendredi 8 mars 2019 le premier « Prix Simone Veil »Crédit : Thibault Camus / POOL / AFP
ArièleBonte
Arièle Bonte 

et AFP

Aissa Doumara Ngatansou, militante camerounaise engagée contre les mariages forcés, a reçu le premier « Prix Simone Veil de la République française », remis ce vendredi 8 mars à l’Élysée à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Ce prix a été remis par Emmanuel Macron en présence  de la secrétaire d’État en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et de son homologue en charge des Solidarités, Agnès Buzyn.

Devant l’Assemblée nationale, la secrétaire d’État avait précisé mardi 5 mars que ce prix avait été créé pour récompenser « des actions partout dans le monde en faveur des droits des femmes ». Selon son entourage, il serait également doté d’une récompense de 100.000 euros.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la « diplomatie féministe » de la France, « contre les violences sexistes et sexuelles, l’excision, les mariages forcés, pour l’accès à l’éducation des filles et des garçons, pour l’émancipation économique des femmes », avait ajouté Marlène Schiappa devant l’Assemblée nationale.

À lire aussi

Les inégalités femmes-hommes touchent le parlement de  Papouasie-Nouvelle-GuinéeINTERNATIONAL

La Papouasie : la fin d’un parlement exclusivement masculin ?

Dans ce cadre, le gouvernement a réservé une enveloppe de 120 millions d’euros, portée par l’Agence française de développement, pour « soutenir les actions des ONG féministes et pour l’égalité femmes-hommes, partout dans le monde et particulièrement dans les pays du Sud ».

Selon notre sondage BVA, publié dimanche 3 mars, l’ancienne ministre Simone Veil, décédée en 2017, arrive en tête des personnalités qui « incarnent le plus le féminisme » aux yeux des Français, devant Michelle Obama et Simone de Beauvoir.

LA RÉDACTION VOUS RECOMMANDE
Égalité hommes-femmesPolitiqueSimone Veil

La faucille, le marteau et… le bitcoin ?

LA GRANDE TABLE IDÉES par Marie Richeux

DU LUNDI AU VENDREDI DE 12H55 À 13H30

Réécouter La faucille, le marteau et… le bitcoin ?

34 MIN

La faucille, le marteau et… le bitcoin ?

 EXPORTER

Emmanuel Macron est-il machiavélien ?

Emmanuel Macron est-il machiavélien ?

AddThis Sharing Buttons

Share to LinkedInShare to ViadeoShare to VkontakteShare to MessengerShare to TelegramShare to WhatsAppShare to Copy LinkShare to FavorisShare to ImprimerShare to Pocket

https://stratpol.com/emmanuel-macron-est-il-machiavelien/

Sur ce sujet
Une faute?

Le styliste allemand Karl Lagerfeld, star planétaire de la mode, est mort mardi, à l’âge de 85 ans, a annoncé la maison Chanel dont il était le directeur artistique depuis 36 ans. Lagerfeld avait vu sa santé considérablement décliner ces dernières semaines, au point de ne pas se présenter pour saluer le public, après le défilé de la collection Printemps-Été 2019. Chose qu’il n’avait jamais manqué de faire depuis ses débuts chez Chanel en janvier 1983.

Cheveux blancs tenus par un catogan, lunettes noires, hauts cols de chemise amidonnés, doigts couverts de bagues et débit de mitraillette: le couturier allemand à l’allure de marquis rock’n roll était reconnaissable entre tous. Il était à la tête de trois marques (Chanel, Fendi et sa griffe éponyme), mais son nom reste étroitement associé à la maison de la rue Cambon, dont il n’a cessé de bousculer les codes, en réinventant les classiques tailleurs de tweed et les sacs matelassés.

Quand Karl Lagerfeld parlait de Coco Chanel

Closed CaptionsNo subtitles

Homme de son temps, il signait des défilés aux mises en scène spectaculaires, reconstituant sous la verrière du Grand Palais tantôt une plage plus vraie que nature, tantôt les quais de Seine avec les boîtes de bouquinistes ou une forêt enchantée qui faisaient un tabac sur les réseaux sociaux.

Né à Hambourg, Karl Lagerfeld aimait entretenir le mystère sur sa date de naissance. Pour plusieurs titres de la presse allemande, s’appuyant sur des documents officiels, il avait vu le jour le 10 septembre 1933. Il affirmait quant à lui être né en 1935, indiquant que sa «mère avait changé la date», dans une interview à Paris-Match en 2013. Après une enfance aisée dans la campagne de l’Allemagne nazie, il déménage avec sa mère à Paris dans les années 50. Sa carrière est lancée après qu’il a remporté le premier prix du concours du «Secrétariat international de la laine», ex-æquo avec Yves Saint Laurent en 1954.

Boulimique de travail

Il savait mieux que personne capter l’air du temps. Comme en 2004 quand il avait dessiné une collection pour le géant suédois du prêt-à-porter H&M, une démarche ensuite imitée par de nombreux créateurs. Boulimique de travail, enchaînant les collections, Karl Lagerfeld avait aussi la passion de la photographie et signait les campagnes Chanel.

Le «Kaiser» avait aussi le talent de faire émerger des mannequins stars: la Française Inès de la Fressange, qui signe un contrat d’exclusivité avec Chanel en 1983, mais aussi l’Allemande Claudia Schiffer, la Britannique Cara Delevingne ou encore Lily-Rose Depp. Il laisse son filleul Hudson Kroenig, fils du top model Brad Kroenig, son fidèle bras droit Sébastien Jondeau et sa chatte, Choupette, à laquelle il était très attaché.

 

http://www.lessentiel.lu/fr/lifestyle/dossier/mode/news/story/24170654?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_content=story_main&utm_campaign=newsletter

Paris : pourquoi faut-il visiter musée de l’Orangerie ?

L'entrée du musée de l'Orangerie, à Paris. Le décor extérieur des deux portes est signé par l'architecte Visconti. Les deux colonnes sont surmontées d'un fronton triangulaire sculpté par Charles-Gallois Poignant. © Traktorminze CC by-sa 3.0

Planète

Paris : pourquoi faut-il visiter musée de l’Orangerie ?

Question/RéponseClassé sous :Paris , musée de l’orangerie à Paris , Beaux-Arts
Lire la bio

la rédaction de Futura

Le musée de l’Orangerie de Paris se trouve à l’intérieur du Jardin des Tuileries. Outre le cycle des Nymphéas de Claude Monet, œuvre unique dans le monde et fascinante déambulation audacieusement mise en scène, il abrite les œuvres de nombreux autres artistes peintres impressionnistes, d’une grande richesse picturale.

Le musée de l’Orangerie est construit sur l’ancien emplacement du Palais des Tuileries, auparavant siège du pouvoir français à Paris sous les différents régimes. Il était lui-même construit sur l’ancien site de l’une des trois fabriques de tuiles établies en 1372.

L’Orangerie a été souhaitée par l’empereur Napoléon III dans le but d’y installer les orangers du jardin des Tuileries. Les travaux débutèrent en 1852 sous la direction de l’architecte Firmin Bourgeois, qui prit soin d’exposer la façade sud de la serre, face à la Seine, pour bénéficier d’une exposition ensoleillée. Ce n’est qu’en 1920 que le bâtiment est envisagé comme un futur musée. Cette année-là, Claude Monet le choisit effectivement pour abriter le cycle des Nymphéas, cycle qu’il a entamé trente années auparavant.

En effet, au lendemain de l’armistice de la première guerre mondiale, l’artiste peintre décide d’en faire don à l’État comme symbole de la paix. Il aménage lui-même une partie du lieu pour cette série de peintures à l’huile. Grâce à l’appui et aux négociation de Georges Clémenceau, à cette époque président du Conseil, ministre de la Guerre et surtout grand ami de Claude Monet, le musée est inauguré en 1927, peu après la mort du peintre.

Scénarisation du musée de l’Orangerie

Claude Monet, qui devient de plus en plus aveugle, place ses huit panneaux de deux mètres de haut, d’une longueur totale de 91 mètres dans les deux salles ovales qui forment le signe de l’infini. Leur orientation est-ouest les situe symboliquement dans la course du soleil et le grand axe historique parisien (ou voie royale) qui va de l’Arc de Triomphe au Louvre. Le peintre a souhaité que le visiteur, avant d’entrer dans ces deux salles, passe par un vestibule, dont la lumière naturelle provenant du plafond, qui constitue une transition avec le monde extérieur.

Elle est censée le préparer à entrer dans un « état de grâce ». Le visiteur est englobé, presque sans rupture, par cette frise panoramique d’une centaine de mètres de linéaire, de paysages où flottent les nymphéas, une végétation aquatique luxuriante, des reflets infinis. Inspirée par son jardin d’eau aménagé dans sa propriété de Giverny, en Normandie, cette atmosphère donne, selon les termes de Monet, « l’illusion d’un tout sans fin, d’une onde sans horizon et sans rivage ».

Immersion au milieu des Nymphéas de Monet, au musée de l'Orangerie, à Paris © Sailko, CC by-sa 3.0

Le musée de l’orangerie à Paris : la collection Jean Walter et Paul Guillaume

En 1959 et 1963, le musée de l’Orangerie acquiert une collection qui permet de diversifier ses œuvres. Cette collection est intitulée « Jean Walter et Paul Guillaume », du nom des deux époux de Domenica. Elle poursuit l’objectif de son premier mari, Paul, passionné et visionnaire marchand d’art dont elle est veuve, et qui était de doter Paris d’un musée « donnant la mesure authentique de l’art vivant dans le monde ». C’est elle qui vend cette riche collection à l’État et qui choisit le musée de l’Orangerie pour accueillir les 146 tableaux des années 1860 à 1930.

Reconstitution de l'appartement de Paul Guillaume avec une partie de sa collection © Sailko, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

Quelles oeuvres présente le musée de l’orangerie à Paris ?

Outre les Nymphéas de Claude Monet, le musée de l’Orangerie de Paris héberge de nombreuses œuvres. L’établissement dispose, par exemple, de la plus importante collection européenne de Chaïm Soutine. Le musée possède aussi des œuvres d’Henri Matisse, de Paul Gauguin ou encore de Picasso, de Pierre-Auguste Renoir, Alfred Sisley, Paul Cézanne, Henri Matisse, Amedeo Modigliani, le douanier Rousseau, André Derain, Marie Laurencin, Maurice Utrillo, et Kees van Dongen.

À savoir

Les œuvres des peintres impressionnistes, autrefois rassemblées à l’Orangerie, ont été transférées au musée d’Orsay. Le musée de l’Orangerie à Paris a subi une profonde restauration et a entrepris une ambitieuse politique d’expositions temporaires. Il est ouvert tous les jours, de 9 heures à 18 heures, excepté le mardi, le 1er mai, le 25 décembre et le matin du 14 juillet. Les deux salles des Nymphéas ne sont plus accessibles à partir de 17h.

https://www.futura-sciences.com/planete/questions-reponses/paris-paris-faut-il-visiter-musee-orangerie-5217/

Sérotonine : Houellebecq économiste, la suite

29/01/201904:02

« Les conversations sur l’économie sont un peu semblables aux conversations sur les cyclones ou les tremblements de terre ; on finit assez vite par ne plus comprendre de quoi on parle, on a l’impression d’évoquer une divinité obscure ». Michel Houellebecq s’est toujours défendu d’être un fin économiste, on le comprend une nouvelle fois à la lecture de cette phrase qu’il prête au personnage principal de son dernier livre, Sérotonine. 

L’écrivain français vivant le plus connu dans le monde est pourtant reconnu comme l’un des plus fins observateurs des grandes évolutions (pour ne pas dire décrépitude) de nos sociétés occidentales, donc des dégâts du système libéral. L’économiste Bernard Maris ne s’y était d’ailleurs pas trompé, lui qui avait publié quelques mois avant sa disparition tragique, l’essai « Houellebecq, économiste » qui analysait l’œuvre du romancier sous cet angle inattendu.

Après la désindustrialisation dans « La Carte et le Territoire » ou la consommation à outrance dans « La Possibilité d’une île », c’est sans doute le sujet de l’agriculture française qui ressort de Sérotonine. Dans le roman, un ami (le seul) de l’antihéros est exploitant agricole en Normandie. Il s’efforce de maintenir un minimum de qualité dans son activité de production laitière mais il est contraint de vendre à des investisseurs étrangers chaque année des parcelles pour boucler son budget. Et la suppression des quotas laitiers en 2015, synonyme de baisse des prix, n’arrange rien. Quant à la mécanisation et à la numérisation de l’exploitation, elle facilite tout juste la comptabilité. Le personnage tente d’ailleurs une diversification dans le tourisme vouée à l’échec : comment en effet attirer des touristes d’octobre à avril dans ce territoire reculé et pluvieux ?

Le personnage principal a quant à lui effectué une partie de sa carrière d’ingénieur agronome, à l’expertise reconnu, au ministère de l’Agriculture. Son rôle :  réaliser des notes de synthèse à destination des représentants de la France dans les rounds de négociation internationaux. Des notes et des rapports restés lettres mortes « Je n’étais qu’un technicien, et au bout du compte on m’a toujours donné tort, les choses avaient toujours basculé vers le triomphe du libre-échangisme et vers la course à la productivité », dit-il.

Dans ses rapports, l’antihéros, dont l’incapacité à changer les choses cause d’ailleurs en partie le malaise personnel, déplorait de graves erreurs stratégiques, aux lourdes conséquences économiques, environnementale et social puisqu’elles aboutissent notamment à l’intensification de la vague de suicides chez les agriculteurs : « cette agriculture intensive, basée sur des exploitations gigantesques et sur la maximisation du rendement à l’hectare, cette agro-industrie entièrement basée sur l’export, (…), était à mes yeux l’exact contraire de ce qu’il fallait faire si l’on voulait aboutir à un développement acceptable, il fallait au contraire privilégier la qualité, consommer local et produire local, protéger les sols et les nappes phréatiques en revenant (…) à l’utilisation de fertilisant animaux », dit-il.

Même si « Sérotonine » reste un roman, il ressort donc d’une lecture « économique » (entre autres) notre incapacité à défendre nos positions en Europe, ainsi que des dégâts d’un système vertical dans lequel l’agronome, simple expert, écrit des rapports qui finissent dans un tiroir. Deux problèmes qui serviront de cadre au malaise des personnages et conduiront à une fin tragique dans le roman…Espérons que la réalité ne dépasse pas cette fois-ci la fiction, puisque cela est déjà arrivé malheureusement à plusieurs reprises avec Houellebecq. Mais à lire Sérotonine, on n’est pas très optimiste sur l’avenir de nos campagnes…

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Thibault-Lieurade-Serotonine-Houellebecq-economiste-la-suite_3746795.html?utm_source=Mod%E8le%20diffusion%20Xerfi%20Canal&utm_medium=email&utm_campaign=XC300119

La Chine dans le monde. Entretien avec Alice Ekman

Accueil  > Asie > Chine

La Chine dans le monde. Entretien avec Alice Ekman

Par Alice EKMAN, Ivan SAND , le 13 janvier 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Alice Ekman est chercheur, responsable des activités Chine au Centre Asie de l’Ifri. Elle est également chargée de cours sur la Chine contemporaine à Sciences Po. Parmi ses publications : La Chine dans le monde (dir.), CNRS Editions, 2018.

Responsable des activités Chine au Centre Asie de l’Ifri et reconnue comme l’une des meilleures spécialistes de la Chine en Europe, Alice Ekman a récemment dirigé le livre « La Chine dans le monde », CNRS éditions. Cet ouvrage collectif explore les différentes facettes de la diplomatie chinoise, à l’échelle régionale comme mondiale. Alice Ekman répond aux questions d’Ivan Sand pour le Diploweb.com. En écho au nouveau programme de 1ère spécialité Histoire-Géographie et Géopolitique, la dernière question aborde la langue chinoise comme forme indirecte de la puissance.

Ivan Sand (I. S.) : Quel cheminement intellectuel vous a conduit à la publication de cet ouvrage ?
Alice Ekman (E. K.)
 : Tout d’abord, un constat simple, en toute modestie : la politique étrangère chinoise est complexe, et pour l’analyser avec précision et rigueur dans toutes ses dimensions, il faut être plusieurs. C’est cette nécessité, doublée de l’envie de fédérer et de travailler en équipe, qui m’a amené à rassembler les 7 co-auteurs autour de ce projet : Jean-Pierre Cabestan, Mathieu Duchâtel, Marc Julienne, Antoine Bondaz, Agatha Kratz, Françoise Nicolas et John Seaman. Il s’agit de chercheurs qui sont à la fois spécialistes de la Chine et disposent d’une expertise sectorielle solide (économistes, spécialistes des questions énergétiques, militaires, de politique intérieure, de sécurité…). Ce projet a été conforté par un autre constat simple : celui qu’il n’existait pas, en langue française, d’ouvrage de référence et actualisé sur la politique étrangère chinoise, et que cela pouvait être utile à mes étudiants, mais aussi à toute personne désireuse de mieux comprendre la politique étrangère chinoise et les enjeux géopolitiques contemporains qui en découlent. Chaque auteur a analysé les ambitions de la politique étrangère chinoise dans un domaine précis, de la manière la plus factuelle possible, en prenant en compte l’histoire contemporaine de la Chine et les évolutions les plus récentes sous la présidence de Xi Jinping. Nous avons tous, en définitive, posé une question essentielle : quel rôle la Chine souhaite-t-elle jouer dans le monde ? Cette aventure intellectuelle n’aurait pu être possible sans le soutien de Frédéric Charillon, directeur de la collection chez CNRS Editions, qui m’a fait confiance pour la direction de cet ouvrage.

La Chine dans le monde. Entretien avec Alice Ekman
Alice Ekman
Responsable des activités Chine au Centre Asie de l’Ifri. Alice Ekman a dirigé le livre « La Chine dans le monde », aux éditions du CNRS.

I. S. : Pensez-vous que la politique étrangère chinoise est mal comprise en France ou plus généralement dans les pays occidentaux ?
A. E.
 : Elle est de mieux en mieux comprise, notamment parce que nous sommes de plus en plus nombreux à l’analyser, qu’une diversité d’acteurs (diplomates, journalistes, chefs d’entreprise, chercheurs…) cherchent à comprendre la politique étrangère de la deuxième puissance économique mondiale, et les conséquences sur les rapports de force en Asie-Pacifique et au-delà. En outre, la rivalité entre la Chine et les États-Unis, qui s’est renforcée ces derniers mois et qui perdurera très probablement dans les prochaines années, nécessite que l’on comprenne en profondeur les divergences de vues entre ces deux pays et les questions qu’elles posent à l’Europe. Elles sont profondes et nombreuses – commerciales, géostratégiques (divergences de vue concernant Taiwan, la mer de Chine du Sud, la Corée du Nord, notamment), politiques, conceptuelles, idéologiques. La France dispose d’une relativement bonne capacité d’analyse de la Chine contemporaine aujourd’hui, en comparaison avec d’autres pays européens. Mais la compréhension de la politique étrangère chinoise peut encore être affinée : il est nécessaire de dépassionner davantage le débat pour en revenir aux faits, dans toute leur complexité et, parfois, leurs paradoxes. Il est également utile de revenir aux spécificités du système politique chinois, très différent de celui de la France, pour mieux comprendre le fonctionnement de la diplomatie chinoise en pratique.

IS : Votre ouvrage est scindé en trois parties : les ressorts domestiques, régionaux (Asie-Pacifique) et internationaux de la politique étrangère de la Chine. Cette distinction géographique implique-t-elle une hiérarchie entre ces trois grandes catégories de moteurs de l’action de la Chine dans le monde ?
A. E.
 : Oui, les priorités de la politique étrangère chinoise continuent de suivre une hiérarchie géographique forte : le développement économique du pays, et sa stabilité politique et sociale, demeurent les premières des priorités pour la Chine. Et les dossiers que les autorités chinoises considèrent d’« intérêts fondamentaux » se situent presque tous dans son environnement géographique proche, en Asie-pacifique : Taiwan, mer de Chine méridionale, mer de Chine orientale notamment. La Chine est davantage ferme et à l’initiative concernant ces enjeux. Mais cela ne veut pas dire que la Chine se désintéresse des enjeux plus éloignés. L’augmentation rapide des investissements chinois à l’étranger au cours des deux dernières décennies, et du nombre de ressortissants chinois vivant à l’étranger, amènent la diplomatie et l’armée chinoises à assurer de nouvelles missions : protéger les intérêts économiques chinois à l’étranger, évacuer les ressortissants chinois en cas de conflit (comme ce fut le cas en Lybie ou au Yémen), mieux évaluer le risque de conflit pour anticiper et prévenir les pertes matérielles ou humaines. Pékin suit de plus en plus près les tensions et conflits, y compris ceux situés loin de son territoire. Outre la défense de ses intérêts spécifiques, la diplomatie chinoise défend également avec un activisme renforcé des positions plus générales, à l’ONU ou dans d’autres organisations internationales. Les autorités chinoises se positionnent notamment contre les changements de régime, que ce soit en Syrie ou en Corée du Nord. Ce positionnement est souvent analysé, à tort de mon point de vue, comme une absence d’ambition internationale. Au contraire, promouvoir l’opposition aux changements de régime comme un principe international est une des ambitions de la diplomatie chinoise.

I. S. : Le sujet des « nouvelles routes de la soie » a été largement couvert par la presse française. Dans quelle mesure s’agit-il déjà d’une opération de communication réussie pour le régime chinois ? Les Occidentaux comprennent-ils les différents aspects de ce projet ?
A. E.
 : Le projet chinois dit des « nouvelles routes de la soie » est en partie une opération de communication, mais ce n’est pas que cela. Comme nous le soulignons dans « La France face aux nouvelles routes de la soie », une étude collective que nous venons d’achever avec mes collègues de l’Ifri [1], les nouvelles routes de la soie, ce sont à la fois des projets matériels – infrastructures de transport notamment – mais aussi, et de plus en plus, des projets plus immatériels – plateformes de e-commerce, promotion de nouveaux standards et normes, création de tribunaux d’arbitrages commerciaux, projets de coopération douanière, policière, juridique, etc. Pour les autorités chinoises, il s’agit d’une nouvelle forme de mondialisation concurrente de celle proposée par les États-Unis ou l’Europe. La France et l’Europe comprennent bien les différents aspects de ce projet. L’Union européenne a engagé une réflexion stratégique sur le sujet, et a publié en septembre 2018 une communication conjointe sur une stratégie globale sur la connectivité entre l’Europe à l’Asie. Mais les dimensions immatérielles sont encore sous-estimées. Les nouvelles routes de la soie, ce ne sont pas que des ponts et des routes, c’est une nouvelle offre de gestion des flux de marchandises, de personnes, de données…Quelle type de mondialisation souhaitons-nous pour les trente prochaines années ? C’est la question que le projet chinois pose aujourd’hui, indirectement, à la France et à l’Europe.

IS : La politique étrangère chinoise est souvent présentée comme pragmatique et fondée sur la défense des intérêts économiques du pays. Quelle part occupent les considérations idéologiques dans les orientations diplomatiques de Pékin ? La perception d’un système international injuste est-elle toujours un élément qui guide les décisions des responsables politiques chinois ?
A. E.
 : La défense des intérêts économiques demeure au cœur de la politique étrangère chinoise. Et il est vrai que la diplomatie chinoise continue d’être pragmatique, dans la lignée de l’approche initiée par Deng Xiaoping. Toutefois, ce n’est pas parce que la politique étrangère chinoise est mise en application avec pragmatisme qu’elle n’est pas guidée, dans ses grandes orientations, par des considérations idéologiques. L’un n’empêche pas l’autre. Indéniablement, la politique étrangère chinoise est motivée par un certain ressentiment anti-occidental et une volonté de dépasser ‒ à terme, d’ici 2050 et si possible avant ‒ les États-Unis dans une diversité de domaines : économique, diplomatique, militaire, technologique… Outre les investissements massifs en recherche et développement dans ces domaines, Pékin investit aujourd’hui massivement dans ce que j’appelle les « marqueurs de puissance » [2], c’est-à-dire de nouveaux indicateurs internationaux (classements internationaux, agences de notation, rapports, forums et sommets multilatéraux) qui positionnent progressivement la Chine comme une puissance normative. Ces indicateurs n’ont en effet par vocation à rester des alternatives à ceux développés jusqu’à présent par les États-Unis ou l’Europe, ils ont vocation à faire référence pour le monde. C’est en tous cas le souhait des autorités chinoises, qui en même temps appellent un nombre croissant de pays à apprendre du système économique et politique chinois, par le biais de programmes de formation, de visites officielles ou encore d’échanges entre partis politiques.

IS : Quelles sont les innovations diplomatiques de Xi Jinping depuis son arrivée au pouvoir ? Dans quelle mesure ce dernier a-t-il contribué à accroître le pouvoir du Parti communiste ? Au détriment de quelles institutions s’est fait cet ajustement ?
A. E.
 : Xi Jinping a accéléré l’investissement dans la diplomatie initiée par son prédécesseur Hu Jintao. Le budget de la diplomatie chinoise a doublé en cinq ans : de 30 milliards de Yuan pour l’année 2011, il s’élève désormais à 60 milliards de Yuan pour 2018 (près de 8 milliards d’euros). Forte de ce budget, la Chine organise un nombre croissant de sommets multilatéraux sur son territoire et à l’étranger, et de manière générale investit tous azimuts dans la gouvernance mondiale, qu’elle souhaite restructurer en renforçant son influence dans les organisations internationales existantes, et en en créant de nouvelles en parallèle.
Au niveau conceptuel, Xi Jinping appelle à l’avènement d’un « nouveau type de relations internationales », c’est-à-dire à une reconsidération des rapports entre Etats, qui selon lui ne devraient plus être structurés, à terme, par le système d’alliance américain. En effet, la Chine s’oppose désormais officiellement au système d’alliance et prône l’avènement d’un système de partenariat plus souple, en premier lieu avec les pays en développement et émergents, mais aussi avec les pays alliés des Etats-Unis.
Le Parti communiste, et son secrétaire général Xi Jinping, joue plus que jamais un rôle central dans le processus de décision et de supervision de la politique étrangère. C’est au niveau du Parti que sont prises les décisions les plus importantes, et le Parti lui-même est un canal de communication majeur, et le sera probablement encore davantage, alors que Xi Jinping a appelé l’année dernière au renforcement des relations entre le Parti communiste chinois et les partis politiques étrangers (de tous bords, pas uniquement communistes) pour les cinq prochaines années.
En même temps, Xi Jinping a également renforcé le contrôle politique et idéologique du corps diplomatique, et de la haute fonction publique dans son ensemble. Les diplomates chinois, très professionnels pour la plupart, disposent d’un assez faible degré d’initiatives, ce qui représente parfois une limite dans le déploiement de la politique étrangère chinoise. Par exemple, dans le cas des nouvelles routes de la soie, la communication est très contrôlée, et les diplomates chinois tendent à reprendre des éléments de langage généraux validés par le Parti, ce qui rend plus difficile les discussions spécifiques et concrètes sur ce sujet.

I. S. : L’anglais et le français démontrent depuis longtemps qu’une langue peut être une forme indirecte de la puissance. Dans le cas de la Chine, la langue chinoise est-elle une forme de sa puissance émergente ? Où sont localisés les Instituts Confucius et quelles sont leurs fonctions géopolitiques au sens large ?

E. K. : Oui, la langue est un vecteur de rayonnement international, et dans certains cas d’influence. Depuis 2004, la Chine a multiplié l’ouverture d’Instituts Confucius à travers le monde, en Europe mais aussi en Afrique ou en Asie – en s’inspirant d’initiatives précédemment développées par d’autres pays. On en compte plus de 500 actuellement. Mais leur influence est parfois surestimée – la majorité des étudiants qui apprennent le chinois le font hors instituts Confucius, dans des institutions indépendantes du gouvernement chinois – et ce n’est pas l’unique initiative développée par la diplomatie chinoise pour renforcer son soft power à l’étranger. Le réseau de médias chinois d’Etat s’est rapidement développé à l’étranger, et gagne en influence. La Chine développe également ses programmes de formations aux étudiants et aux professionnels étrangers (ingénieurs, diplomates et autres cadres de la fonction publique). Ces programmes de formation, tout comme le réseau de médias en langue étrangère, représentent des vecteurs d’influence significatifs dans certains pays, alors que leurs contenus promeuvent la Chine comme un modèle de réussite et un exemple à suivre en terme de développement économique comme de gouvernance politique.

Copyright Janvier 2019-Eckman-Sand/Diploweb.com


Plus : Alice Ekman (dir.) « La Chine dans le monde », CNRS éditions, 2018. Via Amazon

Alice Ekman (dir.), « La Chine dans le monde », CNRS éditions
Un livre recommandé par Diploweb.com

4e de couverture

Aujourd’hui, les initiatives internationales de la Chine se multiplient et se diversifient : la Chine investit dans les infrastructures de transport ou de télécommunication à l’étranger, maintient ses revendications territoriales et maritimes, ouvre de nouvelles bases militaires, crée de nouvelles institutions multilatérales, renforce son réseau de médias en langues étrangères…
Xi Jinping a définitivement tourné la page de l’approche « profil bas » de la politique étrangère mise en place par Deng Xiaoping au lendemain de la révolution culturelle, dont l’objectif premier était de sortir le pays de la pauvreté. Si le développement économique demeure une priorité de la diplomatie chinoise – face aux écarts de développement persistant au sein du territoire national et au ralentissement de la croissance –, d’autres enjeux préoccupent également Pékin aujourd’hui : l’approvisionnement en énergie et matières premières, la protection des ressortissants chinois à l’étranger ou encore la lutte contre le terrorisme.
Huit des meilleurs spécialistes francophones de la Chine se sont réunis pour analyser chacun de ces enjeux et la manière dont la Chine y répond actuellement. Les nouvelles initiatives internationales de la Chine constituent-elles uniquement une réponse à ces enjeux, ou sont-elles également motivées par d’autres objectifs ? Cet ouvrage pose en définitive une question essentielle : quelles sont les ambitions de la politique étrangère chinoise ? Sa lecture permet de mieux comprendre la façon dont la Chine perçoit le monde, et surtout, le rôle qu’elle souhaite y jouer.

Se procurer le livre d’Alice Ekman (dir.) « La Chine dans le monde », CNRS éditions, 2018. Via Amazon

https://www.diploweb.com/La-Chine-dans-le-monde-Entretien-avec-Alice-Ekman.html

En images : les plus belles bibliothèques monastiques au monde

En images : les plus belles bibliothèques monastiques au monde

ADMONT LIBRARY

Partager

Aleteia vous invite à découvrir les plus belles bibliothèques monastiques au monde. De la Prusse, à l’Autriche en passant par Prague, Madrid ou Paris, découvrez ces trésors à couper le souffle. Cachées derrière de lourdes portes, parcourues de forêts d’escaliers en colimaçon et de couloirs tapissés d’étagères, elles sont un des joyaux de la culture européenne.

Cliquez ici pour ouvrir le diaporama

Véritables chefs-d’œuvre d’architecture, ces bibliothèques monastiques détiennent notamment les plus belles éditions de la Bible. Elles préservent aussi de multiples ouvrages merveilleusement calligraphiés et rehaussées d’or, d’innombrables livres liturgiques qui dégagent un parfum d’encens. Les évangéliaires les plus beaux sont tracés en lettres d’argent sur des parchemins pourpres.

Voici en images les plus belles bibliothèques monastiques au monde :

https://fr.aleteia.org/2018/12/25/en-images-les-plus-belles-bibliotheques-monastiques-au-monde/?utm_campaign=NL_fr&utm_source=daily_newsletter&utm_medium=mail&utm_content=NL_fr

Céline et Gramsci face à la France et à Macron

Céline et Gramsci face à la France et à Macron

Les Carnets de Nicolas Bonnal

   Forum

Il y a 3 commentaires associés à cet article. Vous pouvez les consulter et réagir à votre tour.

   Imprimer

1891

Céline et Gramsci face à la France et à Macron

Les gilets jaunes calmés, Marrakech signé, Macron réélu ou sa successeuse déjà choisie par Attali-Rothschild-BHL, il faut faire le point. Relisons Karl Marx et son dix-huit Brumaire :

« Chaque intérêt commun fut immédiatement détaché de la société, opposé à elle à titre d’intérêt supérieur, général, enlevé à l’initiative des membres de la société, transformé en objet de l’activité gouvernementale, depuis le pont, la maison d’école et la propriété communale du plus petit hameau jusqu’aux chemins de fer, aux biens nationaux et aux universités. La république parlementaire, enfin, se vit contrainte, dans sa lutte contre la révolution, de renforcer par ses mesures de répression les moyens d’action et la centralisation du pouvoir gouvernemental. Toutes les révolutions politiques n’ont fait que perfectionner cette machine, au lieu de la briser. Les partis qui luttèrent à tour de rôle pour le pouvoir considérèrent la conquête de cet immense édifice d’État comme la principale proie du vainqueur. »

On nous casse tout le temps les pieds avec le néo-libéralisme. En réalité ce sont les libertariens qui ont raison et on est plutôt victimes de l’ultra-socialisme et de l’ultra-parasitisme, en ces temps de fin médiocre, digne de la Rome de Juvénal. Nos dettes et nos prélèvements de 48% montrent que l’on est tout sauf libéraux. On est dans le sozial et le tartufe prolétaire qui gavait Céline, et dans rien d’autre. Sauf que certains, les Macron, les défiscalisés et les hauts fonctionnaires, en profitent mieux que d’autres. Mais ce n’est pas nouveau.

Découvrez les œuvres d’Antonio Gramsci. Lui envoyait déjà promener les fadaises sur le libre capitalisme entrepreneur, et voici ce qu’il écrit en 1920 :

« Le capitaine d’industrie est devenu chevalier d’industrie, il se niche dans les banques, dans les salons, dans les couloirs des ministères et des parlements, dans les bourses. Le propriétaire du capital est devenu une branche morte de la production. »

Comme on était lucide, au PC, avant d’appeler à voter Rothschild.

Gramsci voyait donc le problème de la désindustrialisation apparaître, le règne de la finance arriver avec les coups en bourse (remarquez, Sorel, déjà…). Un siècle plus tard, il n’y a plus d’usines en Amérique mais Wall Street n’a jamais été si élevé, avec un Dow Jones à 24.000 en attendant 30 ou 40. C’est pourtant simple à comprendre : on a siphonné via les taux abaissés la richesse américaine comme la richesse européenne, sauf peut-être l’allemande plus maligne et plus industrielle. A Londres et Bruxelles, la politique et la finance se disputent comme à New York le cadavre de l’industrie. Et on demande aux banques centrales de continuer de faire « bonne impression » pour continuer de soutenir les marchés.

Gramsci vit comme Tocqueville l’intrusion de l’Etat produire une dégénérescence anthropologique (découvrez le libertarien allemand Hoppe qui parle lui de dé-civilisation). La part de prélèvement est passée de 8 à 20% en France entre 1914 et 1920. Aujourd’hui on est à 48.

Louis-Ferdinand Céline aussi tout compris, et j’ai invité à redécouvrir ses pamphlets :

« … un million de fonctionnaires avec les rejetons, les houris, les mendigots, les hommes de main, les derviches, leurs lèpres, leurs tranchomes, les marchands d’haschisch, tout le caravansérail grêlé des hordes asiatiques. »

Antonio Gramsci, moins lyrique que Céline, mais tout aussi efficace :

« L’Etat devient ainsi l’unique propriétaire de l’instrument de travail, il assume toutes les fonctions traditionnelles de l’entrepreneur, il devient la machine impersonnelle qui achète et distribue les matières premières, qui impose un plan de production, qui achète les produits et les distribue : l’Etat bourgeois, celui des bureaucrates incompétents et inamovibles ; l’Etat des politiciens, des aventuriers, des coquins. Conséquences : accroissement de la force armée policière, accroissement chaotique de la bureaucratie incompétente, tentative pour absorber tous les mécontents de la petite-bourgeoisie avide d’oisiveté, et création à cet effet d’organismes parasitaires à l’infini. »

Gramsci raisonne comme les futurs libertariens qui en ont marre de cette pléthorique gent sécuritaire.

Gramsci décrivait la dégénérescence dans ces lignes. Le nombre de fonctionnaires avait décuplé en France en un siècle (observation déjà faite par Marx dans son Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte) :

« Le nombre des non-producteurs augmente de façon malsaine, dépasse toute limite tolérable pour le potentiel de l’appareil productif. On travaille et on ne produit pas, on travaille durement et la production ne cesse de décroître. C’est qu’il s’est formé un gouffre béant, un gosier immense qui engloutit et anéantit le travail, anéantit la productivité ».

Les heures non payées du travail ouvrier ne servent plus à augmenter la richesse des capitalistes : elles servent à nourrir l’avidité de l’énorme multitude des agents, des fonctionnaires, des oisifs, elles servent à nourrir ceux qui travaillent directement pour cette foule de parasites inutiles. »

La fonction publique pléthorique recommandée par les adeptes de la dette immonde est une foutaise petite-bourgeoise qui n’avait rien à voir avec le marxisme ou même la gauche traditionnelle. Gramsci encore :

« Et personne n’est responsable, personne ne peut être frappé : toujours, partout, l’Etat bourgeois avec sa force armée, l’Etat bourgeois qui est devenu le gérant de l’instrument de travail qui se décompose, qui tombe en morceaux, qui est hypothéqué et sera vendu à l’encan sur le marché international des ferrailles dégradées et inutiles… »

La société des Attali-Juppé-Macron n’est pas moderne du tout, comme le populisme façon Mélenchon-Le Pen, ou la manif’ qui permet au populo de se défouler avant de retourner au chenil.

Sur les personnages humanitaires et les programmes interminables et délétères, Céline aussi nous avait prévenus en vain :

« le monde est encore plein de martyrs qui crèvent du désir de nous libérer puis d’être titularisés par la même aubaine dans des fonctions pas fatigantes, d’un ministère ou d’un autre, avec une retraite. »

Il ne s’agit pas d’insulter les Français, mais de comprendre le rôle eschatologique de l’Etat dans notre histoire. On y reviendra avec Bernanos.

 

Sources

Antonio Gramsci dans le texte, I, II – Classiques.uqac.ca

Nicolas Bonnal – Louis-Ferdinand Céline, le pacifiste enragé (Kindle-Amazon) – Le coq hérétique, autopsie de l’exception françaises (Les Belles Lettres, 1997)

http://www.dedefensa.org/article/celine-et-gramsci-face-a-la-france-et-a-macron

 

Publicités

Revue de presse nationale et internationale.

Publicités