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Le Prix Goncourt 2019 attribué à Jean-Paul Dubois pour « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon »

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Le Prix Goncourt 2019 attribué à Jean-Paul Dubois pour « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon »

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Le Prix Goncourt 2019 attribué à Jean-Paul Dubois pour "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon"

Jean-Paul Dubois, en 2016 (illustration)©Rémy GABALDA / AFPA lire aussi

Jean-Paul Dubois décroche le prix Goncourt

FranceJean-Paul Dubois décroche le prix GoncourtCultureAmélie Nothomb toujours en lice pour le Goncourt

Orange avec AFP-Services, publié le lundi 04 novembre 2019 à 13h05

Le roman de l’écrivain français était en concurrence avec trois autres finalistes. Il a devancé de justesse « Soif », d’Amélie Nothomb.

Leprix Goncourt 2019 a été remis à Jean-Paul Dubois, pour son roman « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon ». L’annonce a été faite ce lundi 4 novembre, à la mi-journée, au restaurant Drouant (Paris). Le jury a sélectionné ce roman parmi une liste de quatre finalistes, où l’on retrouvait Jean-Luc Coatalem, Olivier Rolin, et Amélie Nothomb. « La tempête Amélie n’est pas parvenue jusque la table des Goncourt », a commenté Bernard Pivot, président de l’Académie Goncourt.



L’écrivain a indiqué que le roman de Jean-Paul Dubois avait remporté le vote final par 6 voix contre 4 face à l’ouvrage d’Amélie Nothomb.
Prix Goncourt: pour Bernard Pivot, le lauréat Jean-Paul Dubois « est quelqu’un de très moderne dans sa vision du monde et son écriture »par BFMTV


Déjà couronné par le prix Femina (en 2004 pour « Une vie française »), le Toulousain Jean-Paul Dubois, 69 ans, écrivain discret et populaire, a construit depuis une trentaine d’années une œuvre qui séduit par sa délicatesse et sa profonde humanité.



Le prix Renaudot a quant à lui été attribué à Sylvain Tesson, pour « La panthère des neiges ».

https://actu.orange.fr/societe/culture/le-prix-goncourt-2019-attribue-a-jean-paul-dubois-pour-tous-les-hommes-n-habitent-pas-le-monde-de-la-meme-facon-magic-CNT000001kH1eg.html

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Pétition pour la défense de la langue française

24.octobre.2019 // Les Crises

Pétition pour la défense de la langue française

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Source : Le Grand Soir, 16-10-2019

« A chaque fois qu’affleure, d’une manière ou d’une autre, la question de la langue, cela signifie qu’une série d’autres problèmes est en train de s’imposer : la formation et l’élargissement de la classe dirigeante, la nécessité d’établir des rapports plus intimes entre groupes dirigeants et la masse nationale-populaire, c’est-à-dire de réorganiser l’hégémonie culturelle ». Antonio Gramsci, Cahiers de prison.

« Il ne restait de ce pays que son langage. Un beau langage qui servait à tout. Vous savez, comme on a chez soi une chose précieuse qui est là depuis si longtemps qu’on en use à n’importe quoi, à empêcher la fenêtre de se fermer, et le petit la prend comme une règle pour dessiner, et c’est un presse-papier si commode ! Qui donc se souciait que ce fût un pays, ce pays, et il est indiscutable que c’est un grand progrès que de perdre ce sens de la jalousie, cette haine du voisin, cet orgueil de son toit, un grand progrès sur les ténèbres, un grand progrès sur le néant ». Louis Aragon, poète et résistant.

Accompagnant la casse néolibérale et euro-atlantique du cadre national, des services publics et des conquis sociaux, une politique destructive de substitution systématique du « globish » à la langue française (pourtant « langue de la République » au titre de la Constitution…) affecte tous les aspects de la vie sociale en France. Entre mille exemples : Carrefour-Market lance une campagne intitulée Act for food ! ; Renault, Airbus et PSA basculent toute leur documentation technique à l’anglais ; des centaines de grandes entreprises, voire de « startup », obligent illégalement leurs salariés francophones à ne plus travailler qu’en anglais, pendant que la Poste lance « Ma French Bank », que la SNCF en voie de privatisation promeut ses Ouigo (lire we go), qu’EDF invite ses « clients » à « pulser », et que, plus grave encore, la contre-réforme Blanquer du lycée s’ajoute à la loi Fioraso et aux pratiques délétères de la direction de la Recherche pour faire de l’anglais, de la maternelle au Supérieur en passant par le CNRS, non pas une langue enseignée en France, mais une langue d’enseignement concurrençant et évinçant systématiquement le français (et se substituant de fait de toute autre langue étrangère !).

Il est clair qu’à terme, si ces pratiques continuent de se généraliser en France et en Europe (au détriment de l’allemand, de l’espagnol, de l’italien, du portugais, du russe, de l’arabe, du turc, du chinois, etc.), il n’y aura bientôt plus qu’une langue de prestige, celle de l’Oncle Sam et de Wall Street, ce qui portera un coup gravissime à la diversité culturelle qui fut toujours un aliment vital des échanges et de la culture. Le mauvais exemple est donné par Macron, qui ne perd jamais une occasion de jargonner en Globish devant les grands patrons et de promouvoir l’anglais comme langue internationale unique, non seulement à l’étranger mais en France même… Même si les intéressés n’en ont pour la plupart pas conscience parce qu’elle suit la mode, par mimétisme ou par « modernisme branché », cette invasion de la langue française par des mots ou des expressions d’origine anglosaxonne a contaminé jusqu’aux milieux populaires, voire militants : le tract n’est-il pas trop souvent devenu un flyer ? Il y a peu, des chercheurs en lutte défilaient derrière une banderole portant l’inscription Academic Pride…

Il faut dénoncer ces pratiques faussement anodines car elles sont le symptôme de l’allégeance sournoise à l’impérialisme occidental qui génère guerres et inégalités entre les hommes et entre les peuples. Du reste, des phénomènes identiques d’acculturation au détriment des langues nationales se déroulent en Europe orientale ou en Afrique, partout où l’impérialisme occidental est prégnant, économiquement et politiquement. Et nous sommes solidaires de tous ceux qui, en Roumanie, au Sénégal, etc. luttent pour la défense de leur langue et de leur culturel.

En France, derrière cette manœuvre antipopulaire de grande envergure et totalement soustraite au débat démocratique, on trouve le MEDEF : son ex-président, le baron Sellières, clamait ainsi en 2004 que l’anglais doit désormais « devenir la langue (sous-entendu : unique) de l’entreprise et des affaires » ; pratiquant de fait une « préférence nationale » inavouée, le CAC-40 n’embauche déjà plus guère que des « English Mother Tongue » (anglais langue maternelle) comme cadres supérieurs, pendant que l’OTAN a fait de l’anglais, y compris en France, la langue de travail unique des armées.

Quant à l’UE, elle ne craint pas, en plein Brexit et alors que l’anglais n’est plus la « langue officielle déposée » d’aucun Etat-membre, de promouvoir l’idée qu’il faut faire de l’anglais la langue officielle unique des institutions bruxelloises au détriment des autres langues nationales d’Europe. L’enjeu de cette politique de casse et de classe est énorme : il s’agit de renforcer le « marché unique » cher aux monopoles, de préparer la future « Union transatlantique » sous la houlette de Washington et de faciliter la mise en place des traités néolibéraux transcontinentaux (du type CETA, UE/Mercosur ou TAFTA).

En instituant la langue unique, les maîtres du grand capital rêvent de mettre en place un hypermarché continental et mondial de la force de travail qui, tout en humiliant les peuples non anglophones, en affaiblissant décisivement les nations existantes, en dévaluant les travailleurs actuels et futurs qui ne maîtriseraient « que » leur langue nationale (ou une langue étrangère autre que l’anglais), accentuerait brutalement la concurrence acharnée et le moins-disant social et salarial entre les prolétaires d’aujourd’hui et de demain : énormes avantages pour le grand patronat sur tous les terrains, social, politique, culturel…

C’est pourquoi, considérant que la résistance ne se divise pas et qu’elle comporte nécessairement une dimension culturelle et linguistique (comme le comprirent Lénine, Gramsci, Nicolas Guillen, Aragon…), nos organisations communistes appellent, non pas à proscrire l’anglais (qui, comme tel, n’est pas plus responsable que « le français », des prédations de type néocolonial que les impérialismes rivaux ont commises ou commettent encore en leurs noms), mais à combattre vigoureusement la POLITIQUE DU TOUT-anglais : c’est-à-dire la politique oligarchique et antidémocratique tentant à imposer une langue unique continentale, voire mondiale.

Nous communistes appelons donc à : · exiger des autorités, du patronat, des services publics et des collectivités publiques le respect et le renforcement de la législation visant à protéger le français ; · promouvoir un véritable apprentissage des langues étrangères dans leur pluralité dans le cadre de l’Education nationale (avec des maîtres qualifiés), y compris des principales langues de l’immigration de travail (ainsi que des langues régionales là où une demande significative existe) ; · reprendre et élargir le grand combat du PCF de Barbusse, d’Aragon, d’Eluard ou de Jean Ferrat pour la langue, pour la chanson francophone et pour des « lettres françaises » et francophones dans toute leur diversité (Wallonie, Suisse Romande, Afrique francophone, Québec…) ; non dans un esprit de « purisme » ou de fermeture aux autres cultures, mais pour favoriser un dialogue et une coopération égalitaires entre toutes les nations, toutes les langues et toutes les cultures nationales d’Europe et du monde. c’est-à-dire l’anglo-américain managérial…

Appel publié à l’initiative des organisations ou réseaux suivants (par ordre alphabétique) :

Association Nationale des Communistes (A.N.C.), Comité Internationaliste pour la Solidarité de Classe (CISC), Faire vivre et développer le PCF (FVD-PCF), Jeunes pour la Renaissance Communiste en France (JRCF), Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF), Rassemblement communiste (RC), et d’autres militants communistes engagés dans la résistance linguistique. PREMIERS SIGNATAIRES (o.a.) : Francis Arzalier, historien, professeur IUFM retraité, bureau de l’A.N.C., Collectif Polex 95 ; Paul Barbazange, PCF 34, Faire vivre et développer le PCF (FVR-PCF) ; Danielle Bleitrach, (PCF 13, FVR-PCF) ; Saïd Bouamama, Rassemblement Communiste (RC) ; Pascal Brula (PCF 69, FVR-PCF) ; Marie-Christine Burricand (PCF 69, direction nationale, FVRPCF) ; Michel Decourcelles (RC) ; Gilliatt De Staërck, conducteur de bus (50), responsable national des Jeunes pour la Renaissance communiste en France (JRCF) ; Christian Champiré, maire PCF de Genay (62) ; Jean-François Dejours, professeur de philosophie, militant communiste (62), syndicaliste ; Aurélien Djament, mathématicien au CNRS, syndicaliste CGT, militant communiste, resp. d’association linguistique (59) ; Marianne Dunlop (PCF 62, FVD-PCF) ; Madeleine Dupont, ancien PEGC français/anglais, trésorière nationale du Comité Internationaliste pour la Solidarité internationaliste (CISC), 62 ; Vincent Flament, rédacteur en chef de Solidarité de classe, bulletin du CISC, professeur de français (59) ; Roland Fodé Diagne (RC) ; Rachida El Fekaïr, médiathécaire, membre du secrétariat national du PRCF (81) ; Mireille Gabrelle (RC) ; Georges Gastaud, secrétaire national du Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF), philosophe, fondateur d’une association internationaliste de résistance au tout-anglais (62) ; Dominique Haquette (RC) ; Jean-Pierre Hemmen, président du CISC (80) ; Charles Hoareau, syndicaliste International, président de l’A.N.C., 13 ; Fadi Kassem, secrétaire national adjoint du PRCF, professeur agrégé d’histoire (78) ; Razika Kerchouni, syndicaliste, bureau ANC, 93 ; Annie LacroixRiz, historienne, membre du Comité central du PRCF (78) ; Léon Landini, président de l’Amicale Carmagnole-Liberté des FTP-MOI, président du PRCF, Médaille de la Résistance, président d’honneur d’une association de lutte contre le tout-anglais (92) ; Claude Langlet (RC) ; Armand Lecoq (PCF 31, FVR-PCF) ; Pierre Lenormand, géographe, universitaire retraité, C.A. de l’ANC, 41 ; Jean Lévy, Blog Ca n’empêche pas Nicolas” ; Annette MateuCasado, coordinatrice de la direction du PRCF, militante de la culture catalane (66) ; Robert Malcles, historien, professeur retraité, C.A. de l’ANC, 30 ; Anne Manauthon (PCF 06, FVR-PCF) ; Pierre-Alain Millet, PCF 69, FVD-PCF ; Aymeric Monville, secrétaire de la commission internationale du PRCF, éditeur (92) ; Leila Moussavian-Huppe, PCF 67, FVR-PCF ; Moussa Naït (RC) ; Laurent Nardi, élu communiste de Passy (74), militant contre le tout-anglais ; Jean-Michel Padot, élu franchement communiste de Bully-les-Mines, militant contre le tout-anglais (62) ; Damien Parrot, dessinateur industriel, responsable JRCF (33) ; Hervé Poly (PCF 62, direction nationale, FVRPCF) ; Pierre Pranchère, président de la commission internationale du PRCF, anc. député, anc. Franc-Tireur et Partisan français (19) ; Jean Penichon, journaliste e, bureau de l’ANC, 75 ; Anna Persichini, trésorière nationale du PRCF, syndicaliste Métallurgie, 06 ; Gilbert Rémond, PCF 69, FVR-PCF ; William Roger (RC) ; Jany Sanfelieu, professeur de français retraitée, secrétaire à l’organisation du PRCF (89) ; Matthieu Seeburger (RC) ; Guillaume Suing (RC) ; Stéphane Toque, Paris, syndicaliste Énergie, bureau ANC ; Bernard Trannoy (PCF 33, FVR-PCF) ; Yves Vargas, philosophe, communiste sans parti (93) ; Mireille Villemin, bureau de l’ANC, 30

LES SIGNATURES DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES À

dament.aurelien@orange.f

Source : Le Grand Soir, 16-10-2019

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/petition-pour-la-defense-de-la-langue-francaise/

« Les guerres de Syrie » de Michel Raimbaud : résistance, mode d’emploi

« Les guerres de Syrie » de Michel Raimbaud : résistance, mode d’emploi

Publié par: Majed Nehméle: 30 septembre, 2019Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_AmeriquesActualité_Asie_OceanieActualité_Moyen_OrientActualité_OpinionsCultureCulture_Moyen_OrientEconomieEconomie_Moyen_OrientGéopolitiqueGéopolitique_Asie_OceanieGéopolitique_EuropeGéopolitique_OpinionsLivresPoints ChaudsPolitiquePolitique_Moyen_OrientImprimerEmail

La Syrie n’a jamais eu bonne presse auprès des élites politiques dirigeantes de l’Hexagone. Et pour cause : ce pays récalcitrant, farouchement attaché à sa souveraineté, porte-étendard du nationalisme arabe, résolument anti-impérialiste, dernier rempart contre l’entreprise sioniste en Palestine, membre central de ce qu’il est désormais appelé Axe de la Résistance qui l’unit au Hezbollah libanais, à la résistance palestinienne, à l’Iran et à l’Irak, un axe adossé à une Russie ressuscitée sur les décombres de l’Union soviétique. Un pays séculier, attaché aux principes du non-alignement définis par la Conférence de Bandoeng de 1955, qui s’est tenu du côté de tous les mouvements de libération à travers le monde et qui n’a pas hésité à s’engager au côté du peuple algérien dans sa guerre de libération nationale. Last but not least : il a toujours porté la cause palestinienne dans son cœur envers et contre tous, y compris dans la tourmente qui a failli l’emporter depuis 2011. Autant de raisons pour le vouer aux gémonies.

– Michel Raimbaud

Ce n’est pas par hasard si le premier chapitre du livre de Michel Raimbaud, ancien ambassadeur, ancien président de l’OFPRA professeur de sciences politique et écrivain, Les Guerres de Syrie s’intitule, reprenant la célèbre locution de Caton l’Ancien Delenda est Carthago (il faut détruire Carthage), « Delenda est Syria » : une vielle obsession ». Un vieil acharnement sans doute puisque Caton, qui avait coutume de prononcer cette formule à chaque fois qu’il commençait ou terminait un discours devant le Sénat romain, quel qu’en fût le sujet, avait également participé à la guerre contre la Syrie alors dirigée par le roi Antiochos III le Grand ! Ce dernier avait eu l’audace de recevoir Hannibal le fugitif dans sa cour et de contribuer à l’armer contre Rome, alors seule puissance hégémonique montante.

Pourquoi tant d’acharnement ?

Voyant dans cette colonie phénicienne une certaine émanation de l’antique Syrie, Michel Raimbaud rappelle qu’après plus de deux millénaires la Syrie d’aujourd’hui semble être le Carthage de cette Rome des temps modernes qu’est l’Amérique, la vieille obsession étant toujours là (page 26). Réactivée par l’indépendance, dans l’après-guerre, elle est plus encore d’actualité depuis les années 1990 qui ont vu la montée en puissance du Hezbollah libanais avec le soutien actif de la Syrie. Un soutien qui a permis à ce mouvement de contraindre l’occupant israélien à se retirer, en 2000, des territoires libanais qu’il détenait depuis 1978. Un tournant géopolitique majeur et une première dans les annales du conflit israélo-arabe. Depuis la guerre de juin 1967, jamais Israël n’avait été contraint à lâcher un territoire arabe occupé sans contrepartie, ou plus exactement sans capitulation, comme ce fut le cas avec les accords de paix fallacieuse de 1979 résultant des négociations de Camp David avec l’Égypte de Sadate, ou le traité de paix de Wadi Araba en 1994 signé avec la Jordanie ou enfin les accords d’Oslo entre Israël et l’OLP en 1993. Ce marché de dupes n’a abouti qu’à davantage d’occupation et d’annexions de territoires palestiniens sans que le fantomatique État palestinien promis – en contrepartie de la reconnaissance de l’Etat d’Israël – voie le jour ! La Syrie, quant à elle, a refusé catégoriquement ces palabres et ces marchandages sous la houlette des États-Unis, optant pour des négociations multilatérales avec comme ordre de jour : la paix, toute la paix, contre la restitution de tous les territoires arabes occupés en Palestine, en Syrie et au Liban. Bref, le droit international contre le fait accompli. Le refus de l’establishment sioniste de se retirer de tous les territoires arabes occupés, n’a fait que renforcer la détermination de la résistance libanaise, soutenue par l’Iran mais surtout par la Syrie, à libérer le Sud libanais occupé. Ce qui fut fait en 2000. Une défaite israélienne d’un côté et une victoire de l’axe naissant de la résistance de l’autre. Ce retrait sans gloire de l’armée israélienne était ressenti comme une humiliation par les généraux israéliens. En 2006, l’armée israélienne, ouvertement soutenue par les États-Unis, les pays occidentaux et leurs supplétifs arabes (Arabie saoudite, Égypte, Jordanie) a voulu effacer cette humiliation en se fixant pour objectif la destruction du Hezbollah, premier pas pour affaiblir la Syrie qui n’avait pas lésiné sur les moyens pour aider la résistance irakienne contre l’occupation américaine de la Mésopotamie en 2003. Elle en était pour ses frais. A part la destruction des infrastructures civiles libanaises, Israël a dû battre honteusement en retraite, se résignant à accepter un statu quo avec le Hezbollah et à ne plus franchir la frontière terrestre du Liban, même si une petite partie du pays du Cèdre – les fermes de Chaba’a, reste occupée. Le camp des vaincus ne se limitait pas au seul Israël, mais s’étendait à l’Arabie saoudite, à la Jordanie et à l’Égypte qui avaient parié sur la défaite du Hezbollah, prélude à la chute de la Syrie, puis de l’Iran dans l’escarcelle des néoconservateurs américains.

Depuis l’échec du sommet dit de la dernière chance qui a réuni à Genève le président Hafez al-Assad, très amoindri physiquement, et le président américain Bill Clinton, en mars 2000, les États-Unis avaient désespéré de ramener la Syrie au bercail. Le président syrien n’avait pas cédé sur l’intégralité du territoire syrien. Sans retrait israélien de tout le territoire syrien occupé, et d’un règlement du conflit palestinien conforme au droit international, point de paix. La Syrie ne voulait pas tomber dans le piège d’un accord cadre, comme ce fut le cas avec Oslo, où chaque clause devait faire l’objet d’interminables palabres et discussions byzantines. Même si les États-Unis avaient promis à la Syrie la bagatelle de 40 milliards de dollars en contrepartie de la signature d’un accord cadre.

Désormais, la Syrie est de nouveau désignée comme l’ennemi à abattre.
« Depuis un quart de siècle, écrit joliment Michel Raimbaud, cet aimable pays figure en bonne place au palmarès de l’Axe du Mal (selon l’expression de l’ineffable Debeliou, empereur des bigots et concepteur en chef de massacres en série). État voyou, État paria, État « préoccupant » au choix, il côtoie ou a côtoyé sur cette liste l’Iran, l’Irak de Saddam, la Libye de Kadhafi, Cuba, la Corée du Nord, l’URSS de jadis et la Russie d’aujourd’hui, la Chine de toujours. »

Pour les néoconservateurs il faut « faire saigner la Syrie lentement à mort»

L’auteur cite un article prémonitoire, paru en février 2000, soit un mois avant le sommet Clinton-Assad, signé par le néoconservateur David Wurmser. Ce dernier appelle sans ambiguïté à ne donner aucun répit à la Syrie, à l’empêtrer dans un conflit où « elle sera lentement saignée à mort » ! Tout un programme…

Les guerres de Syrie donne au lecteur une analyse historique et géopolitique inédite par sa clarté, sa profondeur géostratégique et son esprit de synthèse et de dialectique expliquant sans détour les vraies raisons de l’acharnement de l’Occident en général et des États-Unis en particulier contre ce pays pivot. Il se situe dans le droit fil de son précédent ouvrage de géopolitique, Tempête sur le Grand Moyen-Orient, paru en 2015, réédité en 2017, traduit en arabe, et préfacé par Richard Labévière. A travers la guerre contre la Syrie qui avait démarré en février-mars 2011, dans la foulée des mal-nommés printemps arabes, made in USA, comme le démontre notre ami Ahmed Bensaada dans sa magistrale enquête Arabesque$ ou le rôle des États-Unis dans les révoltes arabes (la première édition remonte à 2011, une deuxième édition augmentée est parue à Bruxelles et à Alger en 2016), Michel Raimbaud décèle une multitude de guerres, une quinzaine au moins : une guerre de l’Empire contre les Etats récalcitrants ; une guerre au service d’Israël ; une guerre pour le contrôle des routes de l’énergie ; une guerre contre la Russie, l’alliée traditionnelle, qui a retrouvé, grâce à la résilience de Damas, sa grandeur et son rôle d’acteur majeur sur la scène internationale ; une guerre contre l’Iran, l’autre Etat paria, et contre la résistance libanaise, qui a administré, grâce notamment à la Syrie, une défaite humiliante à l’occupant israélien ; une guerre médiatique sans précédent dans l’histoire et, last but not least, une guerre contre l’internationale jihadiste soutenue par la Turquie, les monarchies du Golfe et l’Occident, sans toutefois occulter la guerre civile elle-même…

– Couverture du livre

Autopsie d’un « complot avoué ».

Préfacé par l’écrivain Philippe de Saint Robert, un gaulliste qui a été au cœur de l’élaboration de la politique arabe de la France, sous de Gaulle et Pompidou, aujourd’hui évaporée, le livre se compose de 15 chapitres, denses, riches, didactiques, expliquant les racines de ces guerres, désignant leurs acteurs, décortiquant leurs modes opératoires et analysant, in fine les raisons objectives de la défaite de cette vaste entreprise criminelle. Elles vont de « la vieille obsession » de détruire la Syrie qui a guidé les pas de ses multiples ennemis, au déroulement de la guerre elle-même, à la fabrication d’une opposition extérieure, au projet que nourrissent les néoconservateurs pour l’asservissement de la Syrie, à la guerre médiatique, à l’instrumentalisation du terrorisme pour abattre un pouvoir séculier, à la genèse de l’axe de la résistance, et, enfin, à la guerre pour la paix, la réconciliation et la reconstruction.

Tout au long des chapitres, l’auteur qui abhorre la novlangue des média mainstream ayant excellé dans l’art de travestir la réalité et de prendre les désirs de leurs commanditaires pour de la réalité, appelle les choses par leurs noms. Il fait partie des rares géopolitologues qui ne s’étaient pas laissé intimider par les médias, les experts, les politologues d’opérette qui, dans un unanimisme qui ne supporte aucune contradiction, avaient voué trop vite l’Etat syrien à un effondrement certain et imminent. Ils s’étaient lamentablement trompés. La Syrie, après neuf années d’une guerre qui a duré plus que les deux grandes mondiales réunies, est certes toujours saignée, martyrisée, détruite, assiégée, mais toujours debout. Sans attendre la libération des dernières portions encore occupées de son territoire par les États-Unis et leurs supplétifs européens, la Turquie et ses marionnettes, les daechistes et les quaidistes, elle se met déjà au travail. A Alep, à Homs, à Palmyre et partout où la vermine terroriste a été écrasée, les chantiers de la reconstruction ont démarré, sans attendre la levée des sanctions occidentales aussi criminelles que contreproductives. Le peuple syrien, qui a étonné le monde entier par sa résilience, va sans doute l’étonner davantage par sa capacité à se reconstruire et à reconstruire son pays en comptant d’abord sur lui-même mais aussi sur ses alliés (Russie, Chine, Iran…). Est-il utile de rappeler que la Syrie, depuis son indépendance, s’est construite et développée, sans l’aide de l’Occident, voire même malgré lui ? Le barrage de l’Euphrate, les grands projets structurants ont été achevés en comptant d’abord sur les compétences et le dynamisme du peuple syrien lui-même avec le soutien de ses vrais amis des pays l’Est et des pays non-alignés.

Cet ouvrage, précise d’emblée Michel Raimbaud « fournira des pistes de réflexion, peut-être des réponses aux interrogations de ceux qui voudraient comprendre. Il est également dédié aux « esprits forts » à qui « on ne la fait pas », aux sceptiques qui après tout ce temps « ne se prononcent pas » entre « le massacreur » et « l’opposition pacifique » qui a pris les armes en Syrie, aux esprits candides carrément incrédules lorsque l’on évoque devant eux l’activisme de nos « grandes démocraties ». « Espérons, écrit-il encore, qu’il pourra nourrir la culture des intermittents du débat télévisé, alimenter l’information des sondés du micro-trottoir. Il sera utile aux nuls tentés par le recyclage, aux intellectuels coincés dans leur impasse « révolutionnelle », aux fabricants de news enferrés dans leur mensonge, à ceux qui auront la mémoire qui flanche et prétendront ne plus se souvenir très bien. »
Le mérite de ce livre ne se limite pas aux seules informations et analyses, à contretemps, sur la réalité de la guerre contre la Syrie qui remettent les pendules à l’heure. L’immense qualité de cet ouvrage réside dans le courage de son auteur qui, à travers ses écrits précédents et surtout son livre de référence sur les enjeux géopolitiques de ce conflit (Tempête sur le Grand Moyen-Orient), a su s’opposer à la folie médiatico-politicienne et à l’aveuglement collectif concernant la Syrie. Car, depuis le déclenchement de la guerre mondiale contre la Syrie, en février-mars 2011, rares étaient ceux qui pariaient un copeck sur la chance de l’Etat syrien de s’en sortir victorieux. Nous faisions partie, autour de la rédaction d’Afrique-Asie, de cette minorité qui avait choisi avec lucidité, arguments à l’appui, de démentir tous les cassandres. Michel Raimbaud en était. Tout comme notre ami Richard Labévière, l’un des rares géopoliticiens français à avoir bien analysé les tenants et aboutissants de la « guerre globale » contre la Syrie, notamment sous l’angle de la lutte contre le terrorisme, et qui a payé un lourd tribut pour son engagement au service de la vérité, qui avait mis en garde, dans une célèbre chronique publiée dans le numéro de février 2015 d’Afrique-Asie sous le titre prémonitoire : « Terrorisme et diplomatie : Droit dans le mur en klaxonnant ». Fondateur et rédacteur en chef du journal en ligne Proche et Moyen-Orient, est aussi un grand spécialiste des relations internationales et particulièrement de la Syrie à laquelle il a consacré de nombreux livres, notamment Le Grand Retournement. Bagdad-Beyrouth, où il décrit le fourvoiement de la diplomatie française et son alignement aveugle sur les néoconservateurs américains et annonce, prémonitoire, (le livre est paru en 2006), la future guerre globale contre la Syrie.

Comment ne pas mentionner également les rares harakiris qui avaient osé s’opposer au lynchage hystérique de la Syrie, comme c’est le cas d’un Frédéric Pichon, auteur de « Syrie, pourquoi l’Occident s’est trompé » ou Bruno Guigue, qui avait consacré d’innombrables analyses pour stigmatiser les mensonges et l’escroquerie intellectuelle de ceux qui s’étaient érigés en « syrialogues » (lire dans http://www.afrique-asie.fr son analyse « Désinformation : Les meilleures perles des charlatans de la révolution syrienne. Septembre 2016).

Les guerres de Syrie paraît au moment où l’issue victorieuse, mais ô combien douloureuse, du conflit ne fait plus de doute. Les éditions Glyphes, qui ont eu le courage de le publier rendent ses lettres de noblesse au métier d’éditeur qui n’hésite pas à prendre des risques au prix de froisser les tenants de la pensée unique. Des risques au service de la vérité et de la liberté d’expression, au service de la démocratie tout court.

Un livre indispensable, magistral. A lire et à faire lire absolument.

*Les guerres de Syrie, par Michel Raimbaud, préface de Philippe de Saint Robert, éditions Glyphe, Paris 2019.

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Là dort l’Armée d’Afrique »

« Là dort l’Armée d’Afrique »

By La redaction de Mondafrique -15 août 2019

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Ce 15 Août est un jour de commémoration du débarquement de 
l’Armée d’Afrique il y a 75 ans sur les côtes de Provence. 
Voici un poème en l’honneur de ces soldats libérateurs de la France 
en 1944, écrit par Mme Riche-Muller à Sigolsheim où se trouve une 
nécropole nationale militaire. 


« Afin que nul n’oublie »*
Au pied des monts bleutés, en un site historique 
Il est une colline où flottent nos couleurs. 
Endormis à jamais, abattus loin des leurs 
C’est là que sont tombés ceux de l’Armée d’Afrique…
Alignés sous la Croix ou la Stèle hébraïque, 
Arborant le Croissant du soldat musulman,
De modestes tombeaux témoignent de ce sang 
Que versèrent pour nous ceux de l’Armée d’Afrique…
Et sur ce tertre obscure, morne et mélancolique,
Ils ne sont pas tous là : les autres, par milliers, 
Ont jalonné de gloire en usant de leurs souliers 
La route de l’Honneur, chère à l’Armée d’Afrique…
Quand ils ont débarqué, courageux, magnifiques,
Venus de Kabylie, d’Alger, venus d’Oran, 
De Tunis, ou Rabat, de Dakar, d’Abidjan, 
Ils étaient de chez nous, eux de l’Armée d’Afrique!
Ils s’appelaient Muller, Krauth ou 
Bou-Haiche, Fernandez, Ouadi, Ginart ou bien Dardour 
Ayant pour idéal de planter sur Strasbourg 
Leurs drapeaux glorieux, ceux de l’Armée d’Afrique!
A leurs rangs s’ajoutait le peuple nostalgique 
Ayant perdu la France en fuyant l’étranger
Qui dans «Rhin et Danube» accourait s’engager
Fiers de rejoindre aussi ceux de l’Armée d’Afrique…
Leurs grands chefs égalaient les Héros de l’Attique
C’étaient Juin et Leclerc, de Lattre ou Monsabert, 
C’étaient Giraud, Valin, Brosset, de Boislambert, 
Qui menaient au combat ceux de l’Armée d’Afrique…
Ils ont rétabli Rome en sa grandeur antique 
On les a vus à Sienne, à Monté Cassino.
Dans la neige et le froid du Garigliano, 
Dans Mulhouse et Colmar, ceux de l’Armée d’Afrique…
Après avoir vécu l’Aventure Homérique 
Quand ils ont défilé sur les Champs Elysées 
Les foules en délires étaient électrisées. 
Et Paris acclamait ceux de l’Armée d’Afrique
Mais tant d’autres sont morts, en n’ayant pour musique 
Que la voix du canon et la plaine du vent…
Passant, près de ces tombes arrête-toi souvent 
Prie et recueille-toi ; là dort l’Armée d’Afrique. 



Mme Riche-Muller de la Société des Gens de Lettres.  
*Poème publié par une revue réalisée en 1994 par l’Association des Anciens combattants du Corps Expéditionnaire Français en Italie Toulouse Midi-Pyrénées en partenariat avec le Conseil Régional Midi-Pyrénées, le Conseil Général de la Haute Garonne et le Rectorat et l’Inspection Académique.


https://mondafrique.com/la-dort-larmee-dafrique/

Le français en Iran entre tradition historique et élitisme

Société

Le français en Iran entre tradition historique et élitisme

Si la francophonie existe en Iran et ce depuis plusieurs siècles, on ne peut pas la comparer à celle de pays tels que l’Algérie. Mais dans certaines couches aisées de la société iranienne, tout comme dans les départements de linguistique de plusieurs universités, le français reste encore vivant et attractif. L’interaction entre le français et le persan, témoin de multiples emprunts, et l’admiration en Iran pour la culture française, sont autant d’éléments qui permettent d’évoquer une francophonie « à l’iranienne ».


Inalco

Comme le rappelle le professeur Ahmad Kamyabi Mask, de l’Université de Téhéran, spécialiste de l’œuvre d’Ionesco, l’entrée du français en Iran s’est faite via les premiers missionnaires franciscains et dominicains envoyés en Perse ilkhanide au 13ème siècle. Des missions sont établies à Sultaniya, Maragha, Tabriz et Tbilissi. Puis c’est au 15ème siècle, sous la dynastie des Safavides, que l’on trouve les premières traces d’une fascination mutuelle entre les deux civilisations, avec notamment l’envoi par Richelieu de deux moines franciscains à la cour du Chah Abbas, installée à Ispahan. L’un d’eux, Jacques Dutertre vivra cinquante-deux ans au sein de la cour et y sera même inhumé. Ces moines joueront les rôles de traducteurs et de négociateurs, très importants à cette période. Antoine Isaac Silvestre de Sacy (1758-1838) et Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron (1731-1805) sont les premiers orientalistes à étudier le persan et à en traduire les textes fondateurs en français. Mais c’est aux Qâdjârs qu’il faut remonter pour trouver l’origine des relations culturelles franco-iraniennes, à une époque où le voyage des étudiants iraniens en France a joué un rôle primordial dans l’influence subie par le persan. Nasseredin Shah (1831-1896) parlait un français « impeccable », selon les fonction- naires français en poste en Iran.
Des écoles françaises sont créées dès 1860 (Saint-Louis, à Téhéran), puis d’autres voient le jour au début du 20ème siècle, telles Jeanne d’Arc, à Téhéran, ou encore le lycée Razi, qui ouvre dans la capitale après le passage du Général De Gaulle, sans omettre le rôle des instituts français répartis sur le territoire, qui dispensent des cours de français.
Cet intérêt pour le français en Iran, en dehors des effets de mode du 18ème siècle, vient de la présence de consonances dans les deux langues, qui facilitent la prononciation des mots français en langue persane. Le voyage des mots entre la Perse et la France, de par son intensité, n’a certainement que peu d’équivalent. Les mots persans empruntés au français concernent tous les domaines, scientifique, politique, journalistique, littéraire, etc. À titre d’exemples, citons Bomb’e pelâstiki, kârt’e vizit, kârt postâl, rob do châmr, orkestr samfonik, mikrob, vaksin, karton, diplomasi, etc.
DE MULTIPLES TERRAINS D’INTERACTION
Si le français en tant que langue n’est pas la première langue étrangère, son influence a modelé la société intellectuelle iranienne. Au 19ème, puis au 20ème siècle, parmi les fondateurs de la culture et civilisation persanes modernes, nombreux sont ceux qui ont effectué leurs études supérieures en Suisse et/ou en France. L’admiration qui demeure en Iran pour la culture et les arts de l’Hexagone favorise l’intérêt pour la langue française. Une grande majorité d’artistes la maîtrise parfaitement, ce qui reste peut-être plus vrai pour ceux qui ont plus de 44 ans. La traduction en persan de bon nombre d’ouvrages littéraires français familiarise notamment les enseignants avec la culture française. Récemment, une collection dédiée au théâtre français contemporain a vu le jour avec près de 40 titres, grâce à l’opiniâtreté de Tinouche Nazmjou. Ahmad Kamyabi Mask a pour sa part traduit en persan toute l’œuvre d’Eugène Ionesco. En 1851, à la fondation de l’École Polytechnique (Dâr-ol-Fonoun Amir-Kabir) à Téhéran, l’essentiel de l’enseignement scientifique se faisait en français par des enseignants français. Des bourses impériales étaient attribuées à des étudiants qui partaient étudier la médecine en France, tradition qui sera reprise par le Professeur Gousheh, jusqu’au blocage des visas étudiants en 2011. Enfin, pendant une longue période, le français fut enseigné comme langue principale dans les écoles et les collèges iraniens.
QUEL AVENIR POUR LE FRANÇAIS EN IRAN AUJOURD’HUI ?
En 1979, la fermeture des écoles françaises, la plupart religieuses, marque une récession de la langue française. Cependant, on assiste à un véritable renouveau dans les années 1990-2010. 20 établissements privés ou publics enseignent le français jusqu’au niveau du doctorat, sous l’angle de la linguistique, de la didactique et de la littérature comparée. On retrouve la langue dans les établissements secondaires de Téhéran et de plusieurs grandes villes de province. Aujourd’hui, le français reste la langue partagée par les élites mais un certain engouement naît peu à peu chez les étudiants des classes moyennes, qui voient dans son apprentissage une chance pour l’émigration vers le Canada ou une manière de marquer sa différence avec la majorité, qui reste anglophone à l’université. D’ailleurs, la floraison des instituts privés proposant des cours de français dans tout le pays en atteste.
Les professeurs Gashmardi et Salimikouchi affirment que « si le français a des usages de plus en plus limités, il n’est pas en déclin. Le bilinguisme persan-français donne la possibilité aux locuteurs universitaires de recourir, en fonction de la situation de communication académique et interculturelle, à deux langues différentes pour enrichir leurs acquisitions et leurs productions. Dans des domaines tels que le droit, la philosophie ou la sociologie, un consensus sous-jacent accrédite une francophonie culturelle qui s’impose. »
La présence médiatique francophone reste timide mais elle tend à se développer. La Revue de Téhéran, magazine mensuel traitant des sujets de culture générale, et la Revue des Presses Universitaires de Téhéran en sont des exemples. L’Institut Français de Recherche en Iran (IFRI) supervise et accompagne quant à lui les recherches universitaires sur de très nombreux domaines, tant des sciences humaines, de l’archéologie, que de l’histoire des sciences et des techniques. Radio et TV Sahar, et tout récemment Press TV, filiales de la télévision d’État IRIB, émettent des programmes en français.
Et les professeurs Gashmardi et Salimikouchi de conclure : « L’importance de la diversité linguistique et culturelle face aux défis de la mondialisation est parmi les vraies questions ouvertes. L’élite iranienne croit que la France contemporaine en particulier et le monde francophone en général ne semblent pas souffrir d’un déficit d’idées. Pour l’élite iranienne, cet alliage, qui fait de la langue et de la pensée francophone un équivalent de sens, d’esprit de valorisation, de dignité, de créativité et de partage, est un appel au respect d’autrui et à une manière d’être au monde. Grace à cette élite francophone, qui a joué un rôle important dans la vie socioculturelle du pays et qui a conservé l’usage de cette langue, la francophonie culturelle est aujourd’hui encore considérée comme un instrument privilégié de formation intellectuelle, d’échanges, d’accès à l’information et à la connaissance. Le souvenir toujours vivace de grands intellectuels, traducteurs, écrivains et poètes francophones iraniens, entretient l’image positive du français comme langue de la pensée et de la culture. Cette image constitue une base solide pour relancer la pratique du français. »
Des actes politiques viennent en outre stimuler cette relance. Ainsi, en septembre 2015, l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) signait une convention de coopération avec l’Université Allameh Tabataba’i de Téhéran, la plus grande université de lettres et sciences humaines d’Iran, avec 17 000 étudiants. En décembre 2015 se tenait à l’université Shahid Beheshti, et à l’initiative de l’Ambassade de France en Iran, le premier Forum international sur l’enseignement du français en Iran.
Toutefois, comme le rappellent les professeurs Gashmardi et Salimikouchi, « si le statut particulier du français en Iran n’est pas nettement défini, la question de la francophonie est une question qui touche encore l’esprit des universitaires et des élites iraniens. Bien que cette élite ne tienne pas majoritairement à choisir le français pour écrire ou parler, cette langue n’est pas aussi étrangère que d’autres car elle jouit d’un statut particulier ». Mais la francophonie en Iran, bien que privilégiée, parviendra-t-elle à sortir de cette situation incertaine ?

Par Rédaction ParisTeheran le 16 octobre 2017

http://paristeheranmag.com/francais-iran-entre-tradition-historique-elitisme/

L’été, le temps idéal pour une lecture géopolitique avec Diploweb

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Livres Diploweb
L’été, le temps idéal pour une lecture géopolitique avec Diploweb.
Plaisir d’offrir un livre de qualité
à un prix raisonnable, livré par la poste
    Quand vient la chaleur de l’été, lire au frais un livre géopolitique de qualité est un plaisir assuré. Et offrir un ouvrage de référence, devient la certitude d’un cadeau utile à vos proches passionnés du vaste monde. Rédigés par des auteurs reconnus, voici des livres utiles à un prix raisonnable. Le monde de Trump, La Russie et ses frontières, l’Union européenne à l’heure du Brexit, le Proche et le Moyen-Orient, l’Asie, La mondialisation : vous allez trouver le livre que vous cherchez. Et le monde deviendra plus lisible ! La livraison sera facile et rapide, sans avoir à vous déplacer. Bel été ! P. Verluise 
  Géopolitique du monde de TRUMP.
La stratégie du chaos ?
 Pierre VERLUISE (dir.)       Quand le monde semble se gouverner à coup de tweets, comment comprendre en profondeur les ruptures géopolitiques du monde de Trump ? Après avoir gagné la Guerre froide, les États-Unis voient dans l’émergence de la Chine une menace. Depuis son entrée à la Maison Blanche, Donald Trump remet en question le multilatéralisme auquel l’Union européenne est attachée. Menaçant régulièrement de renverser la table, il stresse ses alliés plus encore que ses adversaires.   D. Trump a non seulement dépassé la moitié de son premier mandat, mais rien n’interdit de penser qu’il se présente à un deuxième mandat. Il devient crucial d’identifier clairement les nouveaux paramètres de la géopolitique des États-Unis pour mieux en comprendre les effets restructurants pour le monde. GEOPOLITIQUE DU MONDE DE TRUMP  
  Histoire, Géographie et Géopolitique de la RUSSIE et de ses frontières  Pierre VERLUISE (dir.)    Presque trois décennies après la disparition de l’URSS (1991), cette immense zone semble tombée dans un trou noir de la connaissance. Cet ouvrage est conçu pour vous en offrir les clés. Nous avons rassemblé ici de véritables experts qui apportent des éclairages sur des fondamentaux de l’Histoire, la Géographie et la Géopolitique de la Russie et de ses frontières.   La première partie présente l’Union des républiques socialistes soviétiques et ses lendemains. La deuxième se penche sur la Russie de Vladimir Poutine. La troisième offre un point approfondi sur ses fronts et frontières Enfin, la quatrième partie présente son hard power et son soft power.  COMPRENDRE LA RUSSIE ET SES FRONTIERES 
  Histoire, Géographie et Géopolitique de l’UNION EUROPEENNE. A l’heure du BREXIT Pierre VERLUISE  (dir.)    Comment comprendre l’Union européenne à l’heure du Brexit ? Longtemps réputée attractive, l’UE paraît parfois répulsive depuis quelques années. Le Brexit en donne une preuve cinglante.  Dans le tourbillon de l’actualité, comment disposer de lignes de compréhension de cet ensemble évolutif ? Nous avons rassemblé ici des experts qui apportent des éclairages sur des fondamentaux de l’Histoire, la Géographie et la Géopolitique de l’Union européenne.   La première partie présente les forces et les ambiguïtés de deux des pays moteurs de la construction européenne, l’Allemagne et la France. La deuxième se penche sur des pays de l’Europe méditerranéenne et balkanique, déjà membres ou candidats. La troisième fait un point approfondi sur le fonctionnement de l’UE avec l’extérieur. Enfin, la quatrième partie présente de grands dossiers de l’UE et de ses partenaires de l’OTAN, dont la relation avec les États-Unis, le Brexit, et la Turquie. PENSER L’UE POST-BREXIT  
  Histoire, Géographie et Géopolitique du PROCHE ET DU MOYEN-ORIENT  Pierre VERLUISE (dir.)    L’espace proche et moyen-oriental est aussi fascinant que complexe. Les tensions dans la région sont au coeur de l’actualité mais nous cherchons à comprendre les racines des crises et la véritable nature des acteurs impliqués. Cet ouvrage s’adresse à tous ceux qui souhaitent aller plus loin dans la réflexion géopolitique sur le Proche et le Moyen-Orient afin d’avoir une compréhension plus juste du terrain pour mettre les événements en perspective.   L’ouvrage présente notamment les axes suivants: l’islamisme, tantôt quiétiste, tantôt guerrier, rendu célèbre par al-Qaïda et Daesh ; la situation géopolitique de la zone syro-irakienne en partie sous le contrôle du groupe État islamique de 2014 à 2017 ; puis le golfe persique, un grand théâtre de la discorde entre sunnites et chiites, où les pétromonarchies oscillent entre modernité et obscurantisme religieux. DECOUVRIR LE PROCHE ET LE MOYEN-ORIENT  
  Histoire, Géographie et Géopolitique de l’ASIE. Les dessous des cartes, enjeux et rapports de forces Pierre VERLUISE (dir.)    L’Asie est un riche panorama d’enjeux géopolitiques. Les prétentions chinoises se font nombreuses entre l’Arctique, la mer de Chine du Sud et ses Nouvelles Routes de la soie. Ce projet commercial, aussi connu sous le nom de « Belt & Road Initiative », place l’Asie centrale ex-soviétique au carrefour des intérêts russes et chinois, d’autant plus que le territoire est menacé par la progression lente mais certaine du terrorisme islamiste. Parallèlement, l’Inde continue de gagner en influence sur la scène internationale avec une démographie dynamique et une diaspora active. Le Japon, vieillissant, tente de redéfinir son rôle au sein de ce système.
   Pour avoir une vision globale de ces phénomènes et pour comprendre leur origine, le Diploweb rassemble des experts pédagogues qui les éclairent en les traitant sous leurs multiples facettes : démographie, migrations, économie, commerce, diplomatie, défense… Les différents niveaux d’analyse géopolitique – local, national, régional et international – se combinent pour donner enfin au lecteur des clés de compréhension lui permettant d’aborder l’actualité avec hauteur et perspective. Avec en bonus des liens vers des vidéos d’experts renommés.  COMPRENDRE L’ASIE D’AUJOURD’HUI 
  Histoire, Géographie et Géopolitique de la MONDIALISATION  Pierre VERLUISE  (dir.)    L’instabilité du monde post-guerre froide et le contexte des attentats rendent plus que jamais nécessaire l’approche géopolitique de la mondialisation. Voici rassemblés de nombreux textes de référence rédigés par une vingtaine d’experts renommés afin d’offrir des grilles de lectures adossées à la recherche, aussi bien aux lecteurs intéressés par un monde en mouvements qu’aux candidats aux concours. PENSER LA MONDIALISATION 
 Nous vous souhaitons un très bel été et de très belles lectures. Respectueusement. P. Verluise (Dr.), Directeur des publications du Diploweb.com
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Les guerres de Syrie

Les guerres de Syrie

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Note de lectureLeslie Varenne

« Ils mentent… et ils savent qu’ils mentent… et ils savent que nous savons qu’ils mentent… Et malgré cela, ils continuent à mentir de plus en plus fort. » En choisissant de mettre en exergue de son livre, cette phrase écrite par Naguib Mahfouz, Michel Raimbaud donne le LA, celui d’une volonté de rétablir la vérité concernant un conflit qui a été si mal traité par les médias et certains experts. Le diplomate n’épargne pas ces intellectuels qui se sont « déconsidérés à force de respecter la doxa plutôt que la vérité et ceci au prétexte d’éviter marginalisation et isolement. » Lui, décrit « la guerre de Syrie telle qu’elle s’est déroulée dans sa réalité crue et cruelle et non la fiction martelée à coups d’intox par la communauté internationale. »

L’ouvrage est dense et limpide, il parle de la Syrie comme on l’aime, « ce cœur historique du monde », ce pays que tout être civilisé se devrait d’aimer et de chérir (1).

Michel Raimbaud parle clair. Il ne se perd pas. Il ne s’emberlificote pas dans les demi-mesures de salon chères aux diplomates, il ne renvoie pas dos à dos, « le régime de Bachar » et les « djihadistes modérés » qui auraient mal tourné. Il ne confond pas agresseurs et agressés. D’un côté il y a un Etat légitime, membre des Nations Unies, disposant donc du droit de se défendre et de protéger sa souveraineté, de l’autre, une horde de terroristes « hirsutes, coupeurs de têtes, égorgeurs, cannibales à l’occasion ayant laissé aux vestiaires toute trace d’humanité. »

L’auteur ne dilue pas non plus les responsabilités. Il désigne les Etats-Unis avec ses alliés occidentaux, France et Royaume-Uni en tête et leurs complices orientaux qui « ont tout fait pour anéantir la Syrie, son modèle de société, son identité de vieille nation, sa conscience historique immémoriale, tout ce que les régimes obscurantistes haïssent et veulent éradiquer, quel que soit le prix à payer. – Plus de soixante pays se sont abattus sur la « proie syrienne » dans le cadre des groupes Amis de la Syrie, sous direction américaine, ils ont soutenu les groupes armés, y compris, al-Nosra, en liaison avec les Etats-Unis et la CIA. » Personne n’a lésiné sur les moyens et l’auteur de rappeler que l’entreprise Caterpillar a fourni des tunneliers pour assister les terroristes de la Ghouta afin de creuser des galeries souterraines accessibles aux véhicules. L’un des administrateurs de cette firme, John Huntsman JR, est l’actuel ambassadeur des Etats-Unis à Moscou. Le monde est si petit…

« Les guerres de Syrie » n’est pas un pamphlet. C’est un livre documenté, précis. C’est un ouvrage de géopolitique nécessaire pour comprendre le Moyen-Orient, en ces temps où résonnent à nouveau les bruits de bottes. Michel Raimbaud nous apprend ou nous rappelle, c’est selon, toutes les diverses doctrines qui ont inspiré les néoconservateurs qui aiment à semer le chaos ici ou là sur la planète : de la « doctrine Northwoods », au  « chaos créateur »  en passant par la « théorie du fou« , jusqu’au « leading from behind » (diriger de l’arrière).

Cette dernière version des doctrines interventionnistes élaborée par Obama en 2011, qui a servi lors des conflits de Libye et de Côte d’Ivoire, « revient à camoufler le véritable ‘’cerveau’’ derrière ses alliés européens ». Au passage, en revisitant le conflit syrien, en le replaçant au centre d’une stratégie visant à affaiblir les Etats, à créer l’instabilité et le désordre, le lecteur averti ne peut s’empêcher de tracer des parallèles avec la situation ouest-africaine actuelle. 

Evidemment, Michel Raimbaud n’oublie pas le peuple syrien. Comment le pourrait-il ? Il revient sur le terrible bilan, 400 000 morts, 2 millions de blessés et handicapés, 14 ou 15 millions de réfugiés ; la destruction massive des infrastructures ; les dommages causés aux trésors de l’Humanité ; l’hémorragie de main-d’œuvre et l’exode des cerveaux. Un crève-cœur pour le cœur historique de l’Humanité.  

Cette guerre qui a duré huit longues années n’est toujours pas terminée. Mais un jour il faudra bien « rendre justice à se peuple martyrisé ». Est-ce que ce sera une justice des vainqueurs ou une victoire de la justice ? Comme le rappelle le diplomate, « Faire respecter la légalité internationale suppose qu’elle existe encore. – Dans le contexte actuel, l’affaire syrienne n’est pas simplement un casse-tête intellectuel, elle se présente avant tout comme un défi juridique. »

Qui rendra la justice et sur la base de quelle vérité ? Dans ce livre, Michel Raimbaud cite un haut responsable occidental qui aurait confié à son interlocuteur « Nous sommes allez trop loin dans le mensonge auprès de nos populations pour nous permettre de les confronter brutalement à la réalité ! »

« En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire » disait Georges Orwell.

Les guerres de Syrie
Michel Raimbaud

Préface de Philippe de Saint Robert
Editions Glyphe

(1) Selon la formule d’André Parrot, ex-directeur des antiquités du Louvre « tout être civilisé à deux patries, la sienne et la Syrie »

https://www.iveris.eu/list/notes_de_lecture/433-les_guerres_de_syrie_

LA VIOLENCE SOCIALE DANS LE ROI LEAR DE WILLIAM SHAKESPEARE

LA VIOLENCE SOCIALE DANS LE ROI LEAR DE WILLIAM SHAKESPEARE

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07.06.2019
La tragédie du roi Lear de Shakespeare n’est donc pas uniquement celle d’un homme trompé par le pouvoir. C’est aussi la tragédie d’une civilisation libérale fatalement imparfaite qui est intrinsèquement criminelle, incontrôlée et brutale (aussi, incapable de changer).

Depuis l’époque de William Shakespeare, les citoyens décents des États-nations ont été horrifiés par les récits révélant l’intrigue, le complot politique et la violence des élites. Cela est naturel pour les civilisations conservatrices et libérales. Aussi longtemps que subsistent des élites au-dessus des lois, le spectre de l’instabilité sociale et du chaos hantera les rêves de la société. William Shakespeare, le grand dramaturge de la Renaissance anglaise, connaissait bien la peur de l’anarchie. On dit qu’il était obsédé par l’idée de stabilité et qu’il incarnait le motif de la violence sociale à travers plusieurs de ses plus grandes pièces de théâtre. Le roi Lear , considéré par beaucoup comme la plus grande tragédie de Shakespeare, décrit la violence sociale de manière radicale. La pièce ne présente aucune masse dévastatrice de gens ordinaires ressemblant à des bêtes assoiffés du sang de leurs supérieurs naturels. Au lieu de cela, la balustrade aliénée vient des soi-disant supérieurs eux-mêmes. Ce sont le chevalier Edmund, les duchesques de Cornouailles et d’Albany et, bien sûr, le roi Lear lui-même qui se comportent comme des bêtes indescriptibles. C’est le point de Shakespeare. C’est la position injustifiée de chevalier, de duc et de roi qui enlève l’humanité et fait de lui un animal vorace de violence, de tromperie et de convoitise.

Le rôle du pouvoir dans la modernité (c’est-à-dire une société libérale au-dessus de la loi) requiert la violence, l’oppression organisée et le complot dans la recherche et le maintien de la «stabilité». Shakespeare clarifie tragiquement cette douloureuse vérité dans sa grande pièce, King Lear .

Le premier personnage majeur du roi Lear à éblouir le honnête avec sa faim, sa duplicité et son meurtrier est le méchant chevalier Edmund. Fils illégitime du comte de Gloucester, Edmund a vécu toute sa vie dans un milieu dangereux. Pire qu’un roturier en ce sens qu’il est le produit d’une union sexuelle illégale, mais meilleur que votre chevalier célibataire moyen en ce sens qu’il est manifestement très aimé et protégé par son père le comte, le «fripon» et le «putain» Edmund profite instantanément de son statut particulier. Premièrement, il rejette absolument toute « coutume » régissant les relations sociales et déclare que seule la « Nature » doit guider son comportement. En d’autres termes, Edmund vivra selon une seule « loi »: la loi de la jungle qui tue ou se fait tuer. Il fait cela pour « grandir », « prospérer ». Il entre ensuite dans une série d’intrigues, par le biais de mensonges et de manipulations, par lesquelles son demi-frère, puis son père, et même la famille royale elle-même, sont pris au piège et détruits. Pendant tout ce temps, Edmund grandit, il prospère. Il est officiellement adopté par Gloucester, hérite ensuite du comté de son père et devient le vassal de Cornouailles. Il commande enfin des armées et aspire à la royauté de la Grande-Bretagne. Comme il le fait remarquer de manière caractéristique dans l’acte V, «être tendre ne devient pas une épée». C’est par sa cupidité, sa malhonnêteté et sa violence totalement débridées qu’Edmund passe de «bâtard» à «meilleur des meilleurs». Aux yeux d’Edmund, c’est naturel. La civilisation libérale, injustifiée, avant tout la loi, dans laquelle il vit le fait.

Tout comme Edmund est encouragé par la nature de la société moderne moderne à tracer son chemin vers le sommet, de même pour les deux filles aînées du roi Lear, Goneril et Regan. À peine ont-ils reçu une part égale du royaume de leur père («que le futur conflit soit évité») que Goneril et Regan commencent à se traquer comme des bêtes de proie. L’acte II a à peine commencé avant que ne soit révélé le premier murmure de la guerre «Les ducs de Cornouailles et d’Albany». Cette «division entre les ducs» s’aggrave au fil de la pièce, jusqu’à ce que Regan dise de sa soeur Goneril: «Je ne la supporterai jamais». Regan cherche à détruire sa soeur. Elle doit. Sinon, elle craindra à jamais que Goneril la détruise. De même, les deux filles conçoivent «un complot de mort» sur leur propre père. Encore une fois, faire autrement inviterait Lear à «reprendre la forme» du roi et à se venger d’eux. Lorsque Goneril et Regan découvrent que leur pouvoir est menacé par Cordelia (qui, aux côtés du roi Lear, constituerait un très redoutable adversaire), ils s’en prennent à tous les côtés au «traître [s]». Ils arrêtent le comte de Gloucester et lui arrachent sauvagement les yeux. Regan enterre un poignard dans le dos d’un serviteur qui s’oppose physiquement au mauvais traitement du comte. Goneril a ensuite poignardé sa sœur dans le dos avec une fiole de poison mortel.

Ce paroxysme de violence, qui finit par engloutir tous les personnages principaux de la pièce sauf deux, est causé par la nature même de la société. Pour rester supérieur en toute sécurité et de manière stable, il faut avoir le pouvoir, la connivence et la mort.

Le spasme total de grève et de contre-grève dans la pièce se déroule sur une période extrêmement courte. Peut-être trois semaines s’écoulent-elles entre le début et la fin de l’action. Par conséquent, le personnage principal qui jouit de la position et du pouvoir le plus longtemps n’est autre que le roi Lear lui-même. «À quatre ans et plus», le roi gagne et maintient le pouvoir depuis de nombreuses décennies. La pièce est explicite sur la façon dont il a fait cela. Le roi Lear protège son pouvoir de longue date en frappant instantanément et violemment toutes les menaces perçues. Tout d’abord, il désavoue sa fille préférée, Cordélia, pour avoir refusé de participer au célèbre concours d’amour de la pièce. Il bannit ensuite le comte de Kent pour le contredire. Il attaque ensuite le roi de France pour ne pas avoir abandonné son costume pour la main de Cordélia. Il menace ensuite ses deux autres filles en disant à Goneril qu’il aimerait «écorcher son visage de loup» et à Regan que ses «vengeances [contre elle] seront les terreurs de la Terre!» Même à la fin de la jouer, il reste des vestiges du soi violent et avide de pouvoir de Lear. Quand on parle de ceux qui l’ont méprisé, tout ce qu’il peut dire, c’est «Tue, tue, tue, tue, tue, tue!». Lear doit éliminer tous les défis qui pourraient être présentés à son autorité. Il explique cet impératif au début de la pièce lorsqu’il déclare au comte de Kent:

Tu as cherché à nous faire rompre nos voeux,

Ce que nous n’avons pas encore fait et avec une fierté tendue,

Pour venir entre notre phrase et notre puissance,

Que ni notre nature ni notre place ne peuvent supporter,

Notre puissance rendue bonne, prenez votre récompense.

La «puissance», le «lieu» et même la «nature» de Lear en tant que personne dépendent d’un rapport de type «tout ou rien» avec ceux qui se trouvent en dessous de lui dans l’ordre social. Ils ne peuvent pas interroger. Ils ne peuvent pas carpes. Faire ainsi, Lear se rend sur le coupable destruction immédiate. C’est seulement ainsi que le roi Lear pourra continuer son règne saisissant, arbitraire et violent.

La tragédie du roi Lear de Shakespeare n’est donc pas uniquement celle d’un homme trompé par le pouvoir. C’est aussi la tragédie d’une civilisation libérale fatalement imparfaite qui est intrinsèquement criminelle, incontrôlée et brutale (aussi, incapable de changer).

Vu sous cet angle, le comportement condamné de Lear ne signifie pas qu’il détruit aveuglément ses amis et renforce ses ennemis.C’est que Lear aspire à céder les règnes du pouvoir royal en premier lieu. Un homme dans sa position n’a pas la liberté de faire une telle chose. Le système lui-même l’interdit. Un tel système est constamment au bord de l’anarchie. La modernité est dans une constante, folle, frénésie de préservation de soi. La violence sociale menace à chaque instant, non seulement des couches inférieures, mais également des classes supérieures elles-mêmes (l’aristocratie est encore plus encline à adopter un comportement insensé). Toute la carrière de Shakespeare montre qu’il était très conscient de ce fait tragique et douloureux. Le motif de la violence sociale est tissé dans presque toutes ses pièces. Dans chacune d’elles, Shakespeare exprime les inquiétudes les plus profondes de citoyens honnêtes et de tous les jours. Si les citoyens d’aujourd’hui répondent au roi Lear de Shakespeare avec ce sentiment de pitié et d’horreur qui est le but de la tragédie, ce n’est pas pour le vieux roi «stupide» qu’ils ressentent une émotion aussi profonde. En fin de compte, leur profonde tristesse et leur profonde peur se font sentir dans l’ensemble de la civilisation libérale, car notre société mondiale actuelle est tout aussi gourmande, menteuse et moralement sanglante que celle de Shakespeare.

 

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“RIDE-ON KING”: LES COMBATS DE VLADIMIR POUTINE ET LA CONQUÊTE DU MONDE MAGIQUE DANS UNE NOUVELLE SÉRIE DE MANGAS

“RIDE-ON KING”: LES COMBATS DE VLADIMIR POUTINE ET LA CONQUÊTE DU MONDE MAGIQUE DANS UNE NOUVELLE SÉRIE DE MANGAS

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 6 faire un don"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Le discours médiatique traditionnel et l’obsession pure et simple du «puissant» président russe Vladimir Poutine et de ses tentatives présumées n’est pas un secret, mais ils ont fourni des résultats intéressants dans la culture moderne.

Ce n’est un secret pour personne que le « cerveau diabolique » Vladimir Poutine est un « dictateur » et peut-être même le diable, si l’on demande aux diplomates occidentaux et aux MSM.

Malgré tout, il semblerait également que la tentative de construire une image négative de Poutine l’ait transformé en une sorte d’icône opposée au mondialisme.

L’une des incarnations les plus récentes et les plus intéressantes du «puissant» Vladimir Poutine est le personnage principal d’un manga (l’équivalent japonais de la bande dessinée américaine).

CONSEIL: Les panneaux de manga sont lus de droite à gauche.

Le manga s’appelle «Isekai Poutine» ou «le roi du ride», et il met en vedette Vladimir Poutine, mais sous le nom d’Alexandre Puchinov. La ressemblance ne peut être confondue et il est bien évident que le «puissant» dirigeant russe se situe dans une réalité alternative.

Le résumé du travail de fiction est le suivant:

Le président musclé de Pursia, Alexander Purchinov, s’ennuie de la politique et veut de nouveaux défis. Après un incident, il se réveille dans un monde magique où abondent les animaux et les créatures indomptables.

Le pays de Pursia est sous le choc, tandis que son président explore avec bonheur un monde fantastique. Après tout, à l’instar du discours des HSH selon lequel la Russie est sous le contrôle total et complet de Poutine, Pursia est également en désarroi depuis que sa seule force motrice a disparu.

Pursia, à l’instar de la Russie dans le discours de l’establishment dirigé par Washington, est un pays régi par la violence et la poigne de fer de son gouvernement, dont Alexander Purchinov est président à vie.

«Alexander désire toujours être dominant et« piloter »les choses, que ce soit au sens propre ou figuré. Maintenant qu’il est déjà monté dans son pays, sa prochaine cible est un monde fantastique peuplé d’orques, de wyvernes et de centaures ».

Passons maintenant au contenu réel du manga. Dans ses premières pages, la scène est posée: Prusia est un pays d’Asie centrale ( ? ), Fondé il ya 15 ans et qui s’est affranchi des superpuissances mondiales grâce à sa puissance militaire.

Alexander Purchinov (Poutine) est l’unique raison de l’indépendance du pays, il l’a «conduit» vers la liberté et un ordre autoritaire.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Mais Alexandre est malheureux, il a trop de responsabilités à la tête du pays, mais dans son cœur il souhaite aller explorer, seulement s’il en a le temps.

Au début, le processus politique de Pursia est montré, la force aérienne doit être modernisée car ses ennemis pourraient tirer parti de la faiblesse de la force aérienne purgée. Mais le système de santé a aussi besoin d’une refonte.

Finalement, un consensus est atteint: Purchinov décide que le pays devrait se concentrer sur la construction de vaisseaux spatiaux, puisqu’il n’en a pas monté et qu’il doit le faire de son vivant.

Malgré sa nature égoïste, les citoyens de Pursia le respectaient:

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Par la suite, cela montre que Pursia est tellement autoritaire que les armes à feu sont réglementées. Lorsque des terroristes, qui étaient très probablement des «rebelles modérés», ont essayé de le tuer, ils ont dû recourir à un camion.

Naturellement, le puissant Alexandre s’est attaqué au camion et l’a détruit, tout en tapant si fort qu’il a égaré le trottoir dans la rue.

Mais c’est à ce moment-là que le désastre a eu lieu: la tête de sa propre statue s’est brisée sous l’impact des camions et est tombée sur lui.

Et c’est à ce moment que l’histoire vraie commence: Alexander Purchinov s’est réveillé dans un monde fantastique. La première de ses aventures a été celle du puissant président, qui a vaincu un dragon, puis l’a chevauché. Il se sentait excité car il n’avait jamais participé à cette aventure.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Vous trouverez ci-dessous un bref résumé de l’histoire jusqu’à présent, avec 10 chapitres publiés et quelques-uns des panels les plus intéressants:

Les habitants de Pursia commencent à s’inquiéter du sort de leur président. Pendant ce temps, dans le monde fantastique, Alexander Purchinov s’est lié d’amitié avec deux femmes, un chevalier et un magicien.

Même les personnages du monde fantastique savent que «Poutine» est un démon, appelant la tête de sa statue qui est aussi en quelque sorte dans le monde fantastique une «statue de démon», ce que Purchinov doit préciser, il ne s’agit que d’une «statue de moi». . « 

Après cela, nos héros sont allés dans une ville et ont dû charger une lanterne magique, Purchnov ayant maîtrisé le karaté utilisant son ki pour le mettre sous tension, mais il était trop fort pour être manipulé, ainsi la lanterne a éclaté.

Dans le monde fantastique, Alexander Purchinov ne semble pas être aussi pervers que dans le monde réel et aide les races asservies telles que les centaures à recouvrer leur liberté, mais surtout parce qu’il souhaite chevaucher un centaure plutôt que par le bien de son cœur.

Il a même refusé de tuer l’ennemi, il l’a simplement assommé, essayant de compenser le «meurtre et la supercherie» qu’il avait à faire chez lui.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Ses aventures ne s’arrêtent pas là. Il aide ensuite d’autres habitants du monde fantastique à être sauvés de certains orcs et ogres, en utilisant un «art martial de style présidentiel», car être président est absolument tout ce qui doit être expliqué une personne.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Il est également préoccupé par le fait que l’ennemi se bat contre lui 6 à 1, non pas parce qu’il pourrait perdre, mais parce qu ‘ »épargner sa vie est un peu difficile ».

Enfin, il parvient également à chevaucher un ogre, en utilisant un mouvement spécial «à la présidentielle».

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Naturellement, il ne s’agirait pas d’une fiction liée à la Russie sans un ours, que «Poutine» défait facilement, avec un lancer de judo, bien sûr.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

À sa première entrée dans un cachot, il doit se battre contre un énorme dragon en os et son maître. Pour la première fois, Purchninov rencontre un ennemi sur lequel il ne peut pas lancer de judo. Il se souvient donc des enseignements de son ancien maître qui avait déclaré avoir malheureusement le corps d’un «homme ordinaire» et qu’il devait utiliser «le pouvoir de la terre» pour vaincre de plus grands ennemis.

Ce qu’il fait quand la Terre donne à Alexander Purchninov la force de vaincre le dragon ennemi.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

La grandeur du président ne s’arrête pas là, au lieu de détruire le dragon en os, mais en raison de son pouvoir spirituel, le dragon renaît et Purchinov exprime l’espoir de pouvoir se rencontrer en tant qu ‘«amis».

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Dans les 10 chapitres qui ont été publiés, Alexander Purchinov s’est fait de nombreux amis et a vaincu de nombreux monstres, protégeant ainsi les plus démunis. Ainsi, le travail de fiction a commencé comme une sorte de commentaire politique, établissant une ligne de démarcation entre le discours du MSM selon lequel la Russie est un régime autoritaire, puis a développé le «puissant Poutine» en un personnage positif qui semble être le sauveur du monde fantastique.

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Les Mamelouks, des esclaves au pouvoir

Les Mamelouks, des esclaves au pouvoir

La valse des empires musulmans (6/8). En 1250, une armée d’esclaves soldats à la solde des Ayubbides prend le pouvoir au Caire. Ce sont les Mamelouks. Ils ramènent le calme dans un Moyen-Orient miné par les croisades, les invasions mongoles et la peste noire. Ils restent au pouvoir jusqu’à leur défaite face à l’Empire ottoman en 1517.

Les Mamelouks, une origine ancienne qui remonte aux califes abbassides.
Étendue de l’influence des Mamelouks (wikimedia).

 

Au milieu du XIIIe siècle, la dynastie des Ayubbides crée par Saladin un siècle plus tôt, est en grand danger face aux croisades menées par le roi Saint-Louis. Ce dernier est néanmoins fait prisonnier par les soldats esclaves des Ayyubides, les Mamelouks. Sortis renforcés de cette victoire, ils profitent de la mort du dernier sultan ayyubide d’Égypte pour assassiner son successeur et prendre sa place.

Les Mongols, une aide paradoxale

La prise de pouvoir des Mamelouks s’explique aussi par une autre menace, bien plus dangereuse que celle des croisés : les invasions mongoles. Effrayés par l’avancée mongole, les Ayyubides achètent des esclaves-soldats en masse sur les marchés. Les nombreuses batailles contre les mongols avait fait exploser le nombre d’esclaves sur les marchés. Cette explosion du nombre de Mamelouk a largement aidé à prendre le contrôle sur les Ayyubides.

Après avoir conquis l’Est moyen-oriental et détruit Bagdad en 1258, les Mongols se dirigent vers la Syrie, la Palestine et l’Égypte. Cette invasion, qui aurait pu signer l’acte de décès de la nouvelle dynastie mamelouk va au contraire devenir un élément de légitimité puissant. En effet, les Mongols, eux même affaiblis par la mort du grand Khan Mongke, subissent leur première défaite au Moyen-Orient en 1260 lors de la bataille d’Ayn Jalut en Palestine face aux Mamelouks. C’est donc la déferlante mongole qui a donné tant de force et d’influence à la jeune dynastie.

Les Mamelouks étendent leurs relations

Après cette victoire, dans un monde sunnite désorienté par la chute de Bagdad, les Mamelouks commencent à tisser des liens diplomatiques avec les princes syriens. Ils ne tardent d’ailleurs pas à s’emparer complètement des territoires syriens, palestiniens s’aventurant même jusqu’aux frontières anatoliennes. Ils récupèrent également rapidement un survivant de la dynastie abbasside et le placent sur le trône. S’il n’a qu’un rôle symbolique, il assure une légitimité religieuse aux Mamelouks. Ainsi, la dynastie restent pendant deux siècles et demi une des principales puissances du monde méditerranéen. Ils nouent des liens avec le Royaume d’Aragon et maintiennent une bonne entente avec les États maritimes italiens.

Une origine ancienne

Si les Mamelouks sont au pouvoir au Caire depuis 1250, leur existence est bien plus ancienne. Ils forment la garde rapprochée des sultans sunnites depuis le IXe siècle. Achetés sur les marchés aux esclaves d’Asie centrale, ils sont formés à l’usage des armes pour entrer dans un corps d’élite militaire. Le terme « mamelouk » signifie d’ailleurs en arabe « la chose possédée». Selon les lois et traditions en vigueur à cette époque, les musulmans ne peuvent acheter d’esclaves venant du dar al-islam (« le royaume de l’islam ») et doivent donc les faire venir de l’extérieur des frontières. Traditionnellement Turcs, ils deviennent ensuite Circassiens la fin du XIVe siècle car importés des montagnes du Caucase.

Les jeunes soldats mamelouks commencent leur apprentissage très tôt. Ils restent entre eux et se mélangent peu au reste de la population. Exceptés les officiers hauts-placés qui doivent maîtriser la langue locale, les soldats ne parlent souvent pas arabe, ce qui rend encore plus difficile leur intégration. Leur apparence les rapproche d’ailleurs davantage des Mongols que des Arabes. Après leur victoire contre les Mongols en 1260, l’historien Abu Shama raconte d’ailleurs que « les peuples des steppes ont vaincu les peuples des steppes » (1).

Une stabilité apparente

La forte concurrence qui existe dans la hiérarchie mamelouk remplie l’histoire de la dynastie d’intrigues de palais, de complots et de trahisons. Le premier leader mamelouk au Caire, Aybeg, est assassiné dans son bain sur les ordres de sa femme. Cela n’empêche pas les Mamelouks d’être une des dynasties les plus stables qu’est connu le Moyen-Orient médiéval.

Cette stabilité se répercute dans l’héritage architectural laissé par les Mamelouks. Ils sont ce que l’historien Julien Loiseau appelle « une aristocratie urbaine » (2) et participent à la création d’une culture urbaine dans les villes arabes. Leurs monuments sont faits pour être vus et reconnus de loin. En effet, à défaut de pouvoir s’intégrer socialement dans les villes, ils s’y intègrent architecturalement, en entretenant une culture de la visibilité. Avec plus de 300 000 habitants, Le Caire devient un centre intellectuel et culturel de premier plan dans le monde arabe.

Le déclin s’amorce à la fin du XVe siècle. Affaiblis par la peste noire, les tensions internes, une baisse des revenus commerciaux suite à l’ouverture de nouvelles routes commerciales en Atlantique, la dynastie se craquelle rapidement. Il ne faut que deux batailles au sultan ottoman Selim Ier pour mettre les Mamelouks à genoux. La raison principale ? Alors que les Ottomans attaquent avec des fusils et des canons, les Mamelouks se défendent avec des arcs et des flèches. L’interdépendance et la fermeture à toute influence extérieure, qui avait fait une des grandes forces des Mamelouks en a aussi fait une faiblesse fatale.

  1.     Rahimlu, Yusof and Gholami, Rahim, “Abū Shāma”, in: Encyclopaedia  Islamica, Editors-in-Chief:     Wilferd Madelung and, Farhad Daftary. Consulted online on 19 April  2019 <http://dx.doi.org/10.1163/1875-9831_isla_COM_0138&gt;
  2.     Julien Loiseau, « Les Mamelouks. XIII-XVIe siècle », Seuil, 2014.

Ressources :

Le Monde, « L’atlas des Empires », hors-série, 2016.

Le Monde, « L’histoire du Proche-Orient », hors-série, 2018.

Julien Loiseau, « Les Mamelouks. XIII-XVIe siècle », Seuil, 2014.

ThoughtCo.com, « The Mamluks », 2018.
https://www.thoughtco.com/who-were-the-mamluks-195371

 

About Pablo MENGUY

Étudiant en journalisme à l’école publique de journalisme de Tours. Actuellement en échange universitaire au Canada.