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Le coronavirus, ou la preuve de la fracture culturelle entre l’Europe et l’Asie ?

– Société – 21 mars 2020

Le coronavirus, ou la preuve de la fracture culturelle entre l’Europe et l’Asie ? 

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Depuis le début de l’hécatombe que provoque le coronavirus en Europe (à ce jour, 450 morts en France, plus de 1.000 en Espagne, mais surtout plus de 4.000 en Italie !), la droite nationale ne cesse de se positionner en faveur d’une fermeture systématique des frontières en cas de crise sanitaire. En effet, le mal est fait quand celle-ci intervient trop tard. Car les voies de l’idéologie étant impénétrables, les leaders politiques de l’Europe auront brillé par leur obsession d’un monde sans frontières. Pire encore dans la mesure où les Asiatiques ont réagi de façon bien plus efficace face à la propagation du Covid-19. C’est ce que remarquent, curieusement, des journalistes de médias mondialistes tels que Le Monde et Le Point : respectivement, Brice Pedroletti qui a relevé que « le dénigrement du masque en Europe suscite la consternation en Asie », le 21 mars, puis Jérémy André qui s’est demandé [Coronavirus :] « comment les Tigres asiatiques ont dompté l’épidémie », le 17 mars.

À l’image de la Corée du Sud, de Taïwan, de Hong Kong et de Singapour, puis surtout du Japon (30 morts uniquement !), le dépistage massif et la fermeture immédiate des portes du territoire auront été, d’ores et déjà, les meilleures armes pour juguler la dissémination d’un virus pourtant aussi létal que la grippe (2 à 3 %, selon les données officielles), même s’il est nettement plus contagieux. Et notons que la Chine, qui est à l’origine de cette pandémie à travers la ville de Wuhan (depuis le 30 décembre), a mis rapidement beaucoup de ses métropoles en coupe réglée, comme Pékin. Résultat : le pic épidémique est passé, bien que le nombre de décès reste substantiel (en dessous de 4.000). Quant à la France, celle-ci a atteint le seuil de 12.000 cas. Pour autant, et eu égard à la multiplication des décès en Italie, le confinement généralisé qu’ont décidé la plupart des États européens (sauf la Suède, par exemple) ne marche pas, si ce n’est à long terme, autrement dit pas en deçà de six semaines.

Parce qu’il s’agit, in fine, non pas d’une crise sanitaire mais ni plus ni moins d’une crise logistique, cette dernière incarnant tragiquement la perte de souveraineté : survivant sous la tutelle de l’Union européenne, l’Italie est un État totalement décentralisé, qui manque de moyens matériels pour soigner le plus de patients possible (masques, appareils de réanimation, solutions hydroalcooliques, médicaments, etc.), et ce, un peu comme la France dont le Président n’arrive pas à asseoir une quelconque autorité en la matière, face aux populations des banlieues en particulier… À l’évidence, le confinement est culturel ou n’est pas.

Seulement, ne croyons pas que le souverainisme et le militarisme, ceux de la Chine ou de la Corée du Sud, constituent des marqueurs consubstantiels à l’Asie. Parce que ces peuples s’inscrivent dans la mondialisation, sans toutefois renoncer à leur identité nationale. Sans doute pour le meilleur et pour le pire… Le philosophe Alain, né en 1868 et disparu en 1951, et donc pétri de culture martiale et catholique à la fois, avait écrit, dans ses Propos sur les pouvoirs : « La cité fut militaire avant d’être économique. » C’est davantage dans l’approche de la maladie, voire de la mort, que les Orientaux et les Occidentaux se séparent, ceci se résumant par ce qu’avait dit le vieux sage chinois Laozi : « Tous les hommes désirent uniquement se délivrer de la mort ; ils ne savent pas se délivrer de la vie. »  3.5k

Henri Feng

Docteur en histoire de la philosophie

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L’épidémie de COVID-19 met en lumière les différences culturelles entre l’Orient et l’Occident

L’épidémie de COVID-19 met en lumière les différences culturelles entre l’Orient et l’Occident


Par Andrew Korybko − Le 16 mars 2020 − Source oneworld.press

andrew-korybko

L’épidémie de coronavirus a mis en lumière quelques-unes des différences culturelles principales entre l’Orient et l’Occident, de nombreux États relevant de chacune des civilisations luttant à sa manière pour contenir le virus. La Chine et la Corée du Sud, bien qu’elles soient parmi les plus touchées par la pandémie mondiale, réussissent relativement mieux à s’en sortir que des pays occidentaux comme les États-Unis ou l’Italie. Cette curieuse observation soulève des questions quant au rôle joué par la culture dans tout ceci, et mérite d’être discuté plus en profondeur.

Avant de commencer, il faut rappeler qu’il n’existe aucune hiérarchie de culture, et que chacune d’entre elles est également importante pour la civilisation humaine dans son ensemble. Les singularités abondent de manière naturelle du fait de la diversité sociale, qui s’est vue façonnée par des millénaires de vécu historique, et en particulier par les événements du passé relativement récent, remontant à un ou deux siècles en arrière. Ce sont ces vécus — dont certains ont pu être partagés dans une certaine mesure, et d’autres sont restés quelque peu uniques — qui ont fortement contribué à la pléthore de cultures qui enrichissent chaque habitant de la planète à ce jour.

Regrouper le monde en cultures orientale et occidentale constitue certes une sur-simplification, mais l’objectif de cet exercice, dans le contexte du présent article, est de souligner l’influence de la culture sur les tentatives de contenir le COVID-19. Les cultures orientales sont généralement caractérisées par une discipline stricte, et l’obédience à l’autorité, fût-ce le chef de famille ou le chef d’État, ce qui explique pourquoi de nombreux Chinois et Sud-Coréens ont obéi consciencieusement à leur gouvernement et ont plus ou moins respecté les instructions de confinement qui leur ont été données.

En outre, ces deux pays constituent des exemples parfaits d’États ayant pris des mesures proactives ambitieuses pour enrayer la propagation de la maladie. Ces gouvernements, en particulier celui de la Chine, sont beaucoup plus centralisés que leurs homologues occidentaux — une fois de plus, cela résulte de leur vécu culturel et historique. Ces autorités sont ainsi mieux préparées en termes de capacités de gestion, pour affronter un événement inattendu, tel que le COVID-19, décrit à présent par de nombreux observateurs comme un « cygne noir », au vu de la soudaineté de son apparition et de l’impact massif qu’il présente.

Aux États-Unis et en Italie, cependant, une tendance croissante de scepticisme vis-à-vis des autorités s’est faite jour, ainsi qu’une croyance profondément ancrée dans les droits individuels ; certains estiment que ces droits individuels sont violés par les mesures de confinement prononcées par ces gouvernements : fermetures d’infrastructures culturelles, et même recommandations d’éviter autant que possible les lieux publics. Certains citoyens ne respectent pas ces directives (qui, dans certains cas, sont des ordres), ce qui complique la tâche pour éradiquer le virus.

Ce dont l’Occident a besoin est un changement de pensée, qui promet d’être douloureux, par lequel les gens vont devoir commencer à comprendre leur responsabilité envers la communauté, au lieu de rester aussi centrés sur leurs propres droits individuels, comme ils l’ont fait historiquement. Certains de leurs gouvernements se sont également montrés réticents à suivre l’exemple de leurs homologues d’Orient pour ces mêmes raisons [et même par idéologie, sans parler du suprématisme occidental NdT], et cela va devoir changer si l’humanité veut mettre en échec le virus, tout en minimisant le nombre de victimes. Pour le dire de manière simple, l’Occident a beaucoup à apprendre de l’Orient.

L’objet de cette observation n’est pas de faire preuve de condescendance, mais de faire progresser la conscience collective quant à l’importance de se montrer prudent durant certaines périodes d’incertitude, comme celle que nous traversons. Vivre sa vie comme si rien ne se produisait ne constitue pas du tout une solution, et paniquer serait encore pire, car ce sentiment de déstabilisation pourrait se propager dans la société bien plus rapidement que le COVID-19. On constate d’ores-et-déjà les conséquences de ce sentiment dans certains pays occidentaux, comme en Australie, où les clients des magasins ne trouvent plus de papier toilette dans les rayons, certains ayant tout acheté compulsivement pour constituer des stocks.

Les pays orientaux n’ont pas vraiment connu ce phénomène, les traits culturels innés de leurs peuples, le stoïcisme, la discipline et l’obédience à l’autorité ayant joué leur rôle, ni les gens ni les gouvernements n’ont paniqué, ce qui garantit que la situation reste calme, en dépit des difficultés sociales induites par les mesures de quarantaine qui sont déployées. Les pays occidentaux devraient encourager chacun à modifier ses habitudes — comme l’Italie est en train de le faire, en faisant passer des messages au public décourageant les embrassades et les contacts physiques, par exemple ; ce n’est qu’ainsi que chacun disposera d’une certaine sécurité.

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par José Martí, relu par Kira pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/lepidemie-de-covid-19-met-en-lumiere-les-differences-culturelles-entre-lorient-et-loccident

Crises et sociétés. « Nos sociétés ont quelque chose de crisique parce qu’elles sont en évolution permanente » E. Morin

Crises et sociétés. « Nos sociétés ont quelque chose de crisique parce qu’elles sont en évolution permanente » E. Morin

Par Edgar MORINPierre VERLUISE, le 5 décembre 2019      

Edgar Morin, né en 1921, ancien résistant, sociologue et philosophe, penseur transdisciplinaire et indiscipliné, Edgar Morin a conçu la « pensée complexe » dans son œuvre maîtresse, La Méthode. Il est l’un des derniers intellectuels à avoir observé et vécu une grande partie du XXe siècle et les premières décennies du XXIe. Il est docteur honoris causa de trente-quatre universités à travers le monde. Propos recueillis par Pierre Verluise en 1983 pour la radio Fréquence Libre. Inédit à l’écrit. P. Verluise, né en 1961, docteur en Géopolitique est le fondateur du Diploweb.com, auteur, co-auteur ou directeur d’une trentaine d’ouvrages.

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La lecture du nouveau livre d’Edgar Morin, « Les souvenirs viennent à ma rencontre », éd. Fayard a fait ressurgir un entretien radiodiffusé qu’il avait accordé à Pierre Verluise en 1983, demeuré inédit à l’écrit. Diploweb.com le publie à l’occasion du début d’une crise sociale en France au sujet de la réforme des retraites. Illustré d’une photo d’époque.

Edgar Morin confiait en 1983 à Pierre Verluise [1]

« Le mot crise a fini par signifier quelque chose qui ne va pas, mais cela ne va pas assez loin. Il faut faire une crisologie qui permette de comprendre des processus qui ont pu avoir lieu dans des crises de natures très différentes mais toutes sociales.

Tout système autoorganisateur est capable de s’autoréguler, par exemple la constance de la température de notre corps, homéothermie. La crise est une perturbation dans le système de régulation, par exemple avec une poussée de température. Le système auto organisateur s’autoproduit lui-même, c’est vrai de notre corps comme des sociétés. Une crise survient quand quelque chose cloche dans cette autoproduction, auto régénération.

Crises et sociétés. « Nos sociétés ont quelque chose de crisique parce qu'elles sont en évolution permanente » E. Morin

Entretien de Pierre Verluise avec Edgar Morin, en 1983, à ParisCrédit photographique : 1983-Karim/2019/Diploweb.com

Il faut concevoir que le phénomène de crise fait partie de la réalité d’une société. Rares sont les sociétés qui n’ont pas connu de crise. Pour les sociétés complexes, il y a des évènements et des ruptures de régulation. Toute transformation suppose une crise. Une transformation c’est une tendance minoritaire qui se développe, par exemple la révolution industrielle. En se propageant elle a provoqué la crise d’une société traditionnelle, paysanne. Le développement du XIXe s s’est donc fait dans la destruction d’un tissu social. Le devenir historique n’est pas harmonieux.

Nos sociétés ont quelque chose de crisique parce qu’elles sont en évolution permanente. Pour considérer une crise il faut découper le temps, distinguer un avant. Une période où les choses semblent régulées.

Pour la crise actuelle (NDLR : l’entretien a lieu en 1983), l’avant commence en 1955 – 1960 et se termine en 1973 – 1975. Encore s’agit-il de l’angle économique. La crise économique, précédée par une crise culturelle qui culmine en mai 1968, se manifeste par une progression des incertitudes. On ne sait plus où on va, aussi bien pour les observateurs que pour ceux qui vivent dans la crise. Ils ne savent plus où ils en sont. Les outils de compréhension qui fonctionnaient dysfonctionnent. L’augmentation des prix du pétrole a mis en évidence des dérégulations antérieures. La plupart des experts qui avaient « tout prévu » n’avaient… pas prévu la crise.

Il faut donc concevoir la société comme un système capable d’avoir des crises.

Les outils premiers de compréhension sont à chercher dans la notion de système, de cybernétique et d’auto-organisation. Du point de vue de la théorie d’un système, un système est composé d’un ensemble de parties qui forment un tout, une unité, elles sont complémentaires. Quand on considère une société, ce qui est complémentaire (ex. régions, les entreprises) cache des antagonismes latents qui sont refoulés. Dans toute société il y a une tension entre la contrainte et ce qui est subi par les individus qui ont des pulsions et des idées refoulées. Le propre d’une crise est de transformer ces complémentarités en antagonisme. L’antagonisme virtuel devient actuel et la complémentarité est refoulée. Dans l’entreprise, brusquement les travailleurs se mettent en grève et la complémentarité habituelle dans le travail devient une relation antagoniste. En politique, les membres d’une coalition gouvernementale se dissocient.

Nos sociétés ont une double essence : communauté et société. Nos sociétés sont communautaires et fraternitaires en cas de guerre, mais en période de paix les relations de rivalités entre individus et groupes reprennent l’ascendant. La crise est la dissolution de complémentarités d’intérêt qui deviennent des antagonismes d’intérêts et de fond. Pour comprendre la crise il faut donc admettre que la notion d’antagonisme est incluse dans la société. La crise survient quand certains dérèglements surviennent.

La cybernétique nous a apporté l’idée de régulation liée à la rétroaction négative. Sans arrêt, une déviance par rapport à la norme tend à être éliminée. Notre vie sociale fonctionne plus ou moins autour d’une norme. Sans arrêt des déviants surviennent, des révolutionnaires, qui se développent sur la rétroaction positive, l’auto-alimentation de la déviance qui peut s’amplifier de manière extraordinaire. En cas de crise, une opinion déviante peut prendre l’ascendant, par exemple en juin 1940, l’idée déviante de demander la paix devient une idée « normale » et ceux qui veulent continuer la guerre deviennent les nouveaux déviants, autour du général de Gaulle.

Au début de la guerre d’Algérie, l’idée de son indépendance est déviante. En quelques années, cette position déviante est devenue la parole officielle. Ceux qui voulaient continuer à garder l’Algérie sont devenus des déviants.

La crise actuelle des pays occidentaux (NDLR : rappel, l’entretien a lieu en 1983) est à la croisée d’une crise culturelle et une crise économique, elle-même liée à une crise du développement dans les pays du Tiers-Monde. Il y a une crise mondiale dans le sens où la planète, bien qu’elle forme une unité, se déchire par des conflits. Toutes les parties de la planète sont complémentaires mais elles se conduisent de manière antagoniste. Et on essaye de poser certaines règles du jeu, par exemple sur le libre-échange, mais observez ces débats sur le protectionnisme c’est-à-dire l’antagonisme. Après 1929, la rupture des ententes économiques a conduit certains vers le nationalisme.

Ceux qui parlaient de la crise avant la crise étaient déviants, par exemple lancer l’idée de crisologie en 1972 comme je l’ai fait dans un article était déviant, maintenant cela semble normal.

La vie est faite de la transformation permanente d’antagonismes en complémentarités qui redeviennent antagonismes et redeviennent complémentaires. Une organisation travaille d’abord pour vivre, tout organisme travaille à s’autoproduire. Mais travailler pour vivre c’est aussi travailler à sa propre mort. C’est le deuxième principe de thermodynamique : un système tend à accroître son entropie, ce qui peut être traduit par du désordre et de la désintégration. La vie n’est jamais statique, c’est un mouvement permanent. Si le circuit s’arrête, alors commence la mort, la rigidité puis la désintégration. C’est l’union de la rigidité et du désordre qui est le caractère menaçant d’une crise. La grande différence entre un organisme biologique et une société est la suivante : un organisme guérit ou meurt, sans avoir évolué. Une société a la possibilité d’évoluer. La crise d’une société provoque à la fois désintégration et nouvelle intégration. La société bourgeoise en se développant désintègre la société féodale. La crise peut déboucher sur quelque chose d’autre en apportant une transformation »

Copyright 1983 Morin-Verluise pour l’audio, et pour le texte Copyright 2019 Morin-Verluise/Diploweb.com


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Contextualisation de l’extrait de l’interview d’Edgar Morin, par Pierre Verluise

À travers son œuvre, E. Morin fait enfin l’éloge de l’interdisciplinarité, à travers l’éclectisme de ses références et de son argumentaire. Il écrit ainsi dans l’ouvrage qui a marqué mes vingt ans, « Pour sortir du vingtième siècle » [2] : « […] la sur-spécialisation disciplinaire disloque le monde en un puzzle de pièces issues de jeux différents ; du coup, le monde lui-même, la vie, l’existence, le sujet tombent dans les fentes qui séparent les disciplines ainsi que dans la grande faille qui sépare les sciences naturelles et sciences humaines […]. [3] » Il serait encore possible d’évoquer comme héritage sa conception de l’intellectuel et de l’art de penser [4] mais aussi ses réflexions sur le rôle de l’information.

Stimulé par cette lecture, comment résister à l’envie de solliciter un entretien avec E. Morin ?

La réalisation d’interviews est, depuis la fin des années 1970, une pratique régulière. À peine bachelier, j’obtiens ainsi à 18 ans un entretien d’une heure et demie avec Pierre Mendès-France, ancien Président du Conseil, à propos de l’Indochine. Impressionné, j’achète une paire de chaussures en cuir noir et me fais accompagner par Philippe Frémeaux [5] qui me laisse mener l’échange. De Pierre Mendès-France, je garde le souvenir d’un homme à la fois exigeant et précis, suffisamment bienveillant pour ne pas sembler s’étonner qu’un jeune à peine majeur vienne ainsi l’interroger. Plusieurs centaines d’entretiens suivent celui-ci. Il s’agit toujours d’une rencontre humaine, d’un partage d’expériences, et parfois d’accès à des informations qui ne sont pas encore publiques. L’expression orale permet des raccourcis parfois saisissants, voire des confidences éclairantes. Même lorsque ces entretiens sont en OFF, ils éclairent l’expertise.

L’élection de François Mitterrand à la présidence de la République française, le 10 mai 1981, s’étant accompagné de la fin du monopole d’État sur la radiodiffusion, je m’engouffre dans cette brèche pour faire mes premiers pas à la radio. Je réalise ainsi un reportage en Égypte diffusé sur Fréquence Libre. Cette même antenne diffuse en 1983 deux émissions construites sur un entretien réalisé au domicile parisien d’Edgar Morin au sujet du concept de crisologie, dans le cadre d’une série d’émissions sur la crise. Il m’en reste une photographie en noir et blanc, une page de notes manuscrites de l’auteur de La méthode [6], et un enregistrement sonore sur cassettes.

Ci-dessus, des extraits de la première émission, pompeusement intitulée : « Christologie I ».

Copyright pour la contextualisation 2019-Verluise/Diploweb.com


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Vidéo de la librairie Mollat. Edgar Morin – Les souvenirs viennent à ma rencontre


Encore plus : le livre

. Edgar Morin, « Les souvenirs viennent à ma rencontre », éd. Fayard, 2019. Via Amazon

4e de couverture

Dans ce livre, Edgar Morin, né en 1921, a choisi de réunir tous les souvenirs qui sont remontés à sa mémoire. A 97 ans, celle-ci est intacte et lui permet de dérouler devant nous l’épopée vivante d’un homme qui a traversé les grands événements du XXe siècle. La grande histoire se mêle en permanence à l’histoire d’une vie riche de voyages, de rencontres où l’amitié et l’amour occupent une place centrale.
Ces souvenirs ne sont pas venus selon un ordre chronologique comme le sont habituellement les Mémoires. Ils sont venus à ma rencontre selon l’inspiration, les circonstances. S’interpellant les uns les autres, certains en ont fait émerger d’autres de l’oubli.
Ils témoignent que j’ai pu admirer inconditionnellement des hommes ou femmes qui furent à la fois mes héros et mes amis.
Ils témoignent des dérives et des dégradations, mais aussi des grandeurs et des noblesses que les violents remous de l’Histoire ont entraînées chez tant de proches.
Ils témoignent des illuminations qui m’ont révélé mes vérités ; de mes émotions, de mes ferveurs, de mes douleurs, de mes bonheurs.
Ils témoignent que je suis devenu tout ce que j’ai rencontré.
Ils témoignent que le fils unique, orphelin de mère que j’étais, a trouvé dans sa vie des frères et des sœurs.
Ils témoignent de mes résistances : sous l’Occupation, puis au cours des guerres d’Algérie, de Yougoslavie, du Moyen-Orient, et contre la montée de deux barbaries, l’une venue du fond des âges, de la haine, du mépris, du fanatisme, l’autre froide, voire glacée, du calcul et du profit, toutes deux désormais sans freins.
Ces souvenirs témoignent enfin d’une extrême diversité de curiosités et d’intérêts, mais aussi d’une obsession essentielle, celle qu’exprimait Kant et qui n’a cessé de m’animer : Que puis-je savoir ? Que puis-je croire ? Que puis-je espérer ? Inséparable de la triple question : qu’est-ce que l’homme, la vie, l’univers ?
Cette interrogation, je me suis donné le droit de la poursuivre toute ma vie.

Edgar Morin : Né en 1921, ancien résistant, sociologue et philosophe, penseur transdisciplinaire et indiscipliné, Edgar Morin a conçu la « pensée complexe » dans son œuvre maîtresse, La Méthode. Il est l’un des derniers intellectuels à avoir observé et vécu une grande partie du XXe siècle et les premières décennies du XXIe. Il est docteur honoris causa de trente-quatre universités à travers le monde.

Voir sur Amazon Edgar Morin, « Les souvenirs viennent à ma rencontre », éd. FayardMots-clés : MondeGéopolitique1983CrisesCrise économiqueCrise écologiqueCrise socialeCrise politique2019

https://www.diploweb.com/Crises-et-societes-Nos-societes-ont-quelque-chose-de-crisique-parce-qu-elles-sont-en-evolution.html

« L’étude Pisa est un indice mais elle ne dit pas tout de l’éducation »

 DÉCRYPTAGE

« L’étude Pisa est un indice mais elle ne dit pas tout de l’éducation »

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Philippe Lissac / GodongPartager36Agnès Pinard Legry | 03 décembre 2019

La France se situe légèrement au-dessus de la moyenne des 36 pays de l’OCDE en lecture, en mathématiques et en sciences, révèle la dernière étude Pisa publiée ce 3 décembre. « En matière d’éducation la France est sortie du triomphalisme il y a quelques années », explique à Aleteia Marc Vannesson, délégué général du think tank Vers le Haut. « Elle doit désormais sortir du catastrophisme et regarder lucidement ses faiblesses comme ses points forts ».

Publiée tous les trois ans, l’étude Pisa mesure, dans 80 pays dont 36 pays membres de l’OCDE, les performances des élèves de 15 ans dans trois domaines : la lecture, les mathématiques et les sciences. Avec un score global de 493 points, la France se situe légèrement au-dessus de la moyenne des 36 pays de l’OCDE (487 points) et se situe entre le 20e et le 26e rang sur les 80 pays testés par Pisa. Un résultat stable par rapport aux enquêtes précédentes et comparable à ceux de l’Allemagne et de la Belgique. « C’est un classement intéressant et qui donne des éclairages », indique à Aleteia Marc Vannesson, délégué général de Vers le Haut, un think tank dédié aux jeunes, aux familles et à l’éducation.

Aleteia : L’étude Pisa a-t-elle changé quelque chose en matière d’éducation en France ?
Marc Vannesson : Avant les grandes enquêtes Pisa, la France vivait dans l’illusion d’avoir le meilleur système éducatif. La première étude Pisa est sortie en 2000 et a été une vraie dégringolade pour la France. On est passé à l’exact opposé avec le sentiment d’un système français en perdition. L’étude Pisa de cette année montre une certaine stabilisation et place la France légèrement au-dessus de la moyenne. De la même manière que la France est sortie de son triomphalisme éducatif, elle devrait aussi sortir de son catastrophisme et regarder plus lucidement ses faiblesses et ses points forts.

L’étude Pisa est souvent citée comme référence en matière d’éducation. Mais est-elle la plus pertinente et représentative de la politique éducative d’un pays ?
Marc Vannesson : Une des grandes difficultés de cette enquête est qu’en testant des jeunes de 15 ans on a le résultat de politiques lancées il y a une dizaine d’années auparavant. Là, ce sont des jeunes qui sont entrés en CP quand Luc Chatel ou Xavier Darcos étaient ministre de l’Éducation. C’est un classement intéressant, qui donne des éclairages. Mais il ne porte que sur trois matières. Il ne dit pas tout de ce qu’on peut attendre de l’éducation. Il n’évalue pas, par exemple, la maitrise de l’histoire, la culture générale, l’apprentissage d’une langue étrangère. L’étude Pisa est loin de refléter l’intégralité de ce que chacun est en droit d’attendre de l’éducation. Ce n’est d’ailleurs pas sa prétention. Elle a le mérite de permettre une comparaison entre des pays mais également dans le temps. Un autre biais de cette étude réside dans le fait que seules certaines villes sont testées. La Chine est ainsi présentée comme au top niveau mais dans cela ne reflète pas l’intégralité du système éducatif chinois. Pour résumer, l’étude Pisa est un indice mais elle ne dit pas tout de l’éducation, du système éducatif d’un pays.

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La France se trouve aussi, une nouvelle fois, « dans le groupe des quatre ou cinq pays les plus inégalitaires » parmi les pays occidentaux révèle l’étude…
Ce résultat est en décalage par rapport à la mission de l’école en France et aux attentes des Français à son égard mais le résultat ne me surprend pas. Dans le baromètre jeunesse et confiance réalisé par notre think tank en 2019, seuls 48% des jeunes déclaraient voir l’école comme un facteur de réduction des inégalités. Ce résultat est perturbant car on parle beaucoup de la question de la lutte contre les inégalités, on en fait le moteur de nombreuses réformes de l’éducation mais finalement les résultats sont peu probants. Cette réalité tout autant que cette perception tient au faut qu’en France on conçoit encore difficilement l’ascension sociale comme quelque chose qui se réalise tout au long de sa vie. Elle est encore intimement liée au diplôme que l’on obtient à la fin de ses études.

« Il faut de la continuité dans la politique éducative. »

Y a-t-il quand même un enseignement positif pour la France dans cette étude ?
La France a bien entendu, et heureusement, des élèves qui s’en sortent bien. 10% des jeunes sont ainsi classés dans les jeunes très performants ! Le système français marche bien pour les bons élèves. Le problème est qu’une partie des jeunes, ceux qui sont en difficulté, sont laissés sur le bord du chemin. Mais ce n’est pas une fatalité, certains pays ont progressé à ce niveau-là comme le Royaume-Uni, le Portugal ou encore la Pologne.

Parmi les réformes engagées par Jean Michel Blanquer, y en a-t-il qui vont dans le bon sens ?
Oui, je pense que l’effort particulier sur la petite enfance et le primaire va dans le bon sens. Mais là encore il faut de la continuité dans la politique éducative. Si dans deux ou trois ans on revient sur ce qui a été enclenché, on ne pourra pas voir les fruits.

Y a-t-il d’autres pistes d’amélioration ?
L’OCDE constate que l’amélioration des résultats va de pair avec la revalorisation des métiers de l’enseignement. Il n’y a pas d’éducation sans éducateur. On peut faire toutes les réformes que l’on veut, l’impact sera moindre si nous n’arrivons pas à attirer des adultes bien formés. Au sein de notre think tank nous œuvrons pour mettre en place une charte éducative qui permettrait à la société civile d’assurer une continuité afin que l’école ne soit plus la seule à assurer cette responsabilité qu’est l’éducation. Enfin, et c’est un point essentiel, l’implication des parents et des familles compte énormément. Il s’agit de l’un des principaux déterminants de la réussite scolaire. La France ne souscrit pas à ce volet de l’étude que sont les questions aux parents d’élèves mais ce qu’il en ressort pour les autres pays est que la maîtrise de la compréhension écrite est liée à deux pratiques parentales : interroger son enfant régulièrement sur ce qui se passe à l’école et lire des histoires avec lui au primaire… Sensibiliser les parents sur leur rôle éducatif n’est pas coûteux mais ô combien efficace !

https://fr.aleteia.org/2019/12/03/letude-pisa-est-un-indice-mais-elle-ne-dit-pas-tout-de-leducation/https://fr.aleteia.org/2019/12/03/letude-pisa-est-un-indice-mais-elle-ne-dit-pas-tout-de-leducation/

La culture POP, art pornographique

La culture POP,  art pornographique

Les Carnets de Patrice-Hans Perrier

   lundi 18 novembre 2019

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La culture POP,  art pornographique

Jean Clair, ancien conservateur des Musées de France, nous rappelait dans un petit essai bien tassé que «la culture, encore une fois, consiste à défricher puis à enclore un espace culturel que l’on appellera “temple”, d’où nous est venu le mot “contempler” ».

De nos jours, les aficionados de l’art ne contemplent plus, ils se «rincent l’œil». Le sacré n’ayant plus droit de cité dans le monde de la cul-ture, c’est le clinquant, le tape l’œil qui aura pris le relais en l’espace d’un siècle…

Quand les arts et culture deviennent la matrice d’un culte du faux et de l’arbitraire

 Reprise d’un article composé il y a déjà cinq années de cela. Toujours d’actualité au demeurant.

De Mao Zedong à Andy Warhol la boucle est bouclée. Le roi de la peinture POP reprenant à son compte les techniques de l’AGIT-PROP dans la plus pure tradition d’un empire matérialiste et nihiliste.

L’art de l’éphémère

Des «ready-made» de Marcel Duchamp jusqu’aux troupeaux de badauds dénudés pour être photographiés par Spencer Tunick, en passant par l’«arte povera» des années 1970-80, le monde de l’art occidental se contente de mettre en scène des rogatons qui témoignent de l’emprise incontestable et incontestée du marketing. L’«art contemporain» tient lieu de processus de récupération des produits de la culture du marketing, puisque la culture n’est plus un espace de représentation au service de la quête spirituelle d’une collectivité donnée.

La culture s’est transformée en carrefour de la mode, ne faisant qu’apprêter certaines tendances du jour en fonction de segments de consommateurs ou d’investisseurs qu’il convient de charmer. Les propagandistes de la culture POP, de l’agit-prop, des mass medias ou de la contreculture se sont saisi du monde culturel sous le fallacieux prétexte de nous libérer de la tutelle des élites bourgeoises ou aristocratiques.

Mais, ils ont plutôt mis la main sur un champ de représentation qui permet de générer des avatars à satiété afin de rendre leurs idéologies plus digestes. Le terme «agit-prop» était employé pour désigner le Département pour l’agitation et la propagande à une époque où le Parti communiste régnait de manière incontestable sur l’Union Soviétique. Les pointilleux bureaucrates de la novlangue prirent la peine de le rebaptiser «Département idéologique» … comme quoi l’effervescence culturelle peut servir à implanter une idéologie qui règnera sans partage par la suite.

La vitesse avant toute chose

La culture, au sens où la tradition l’entendait (non pas bourgeoise), a toujours été une affaire de sédimentation, d’accoutumance, de prégnance, de transmission et … d’acculturation (contacts et la relation entre deux cultures), alors qu’une culture dominante pouvait s’imbriquer au sein de sous-cultures pour que de nouveaux traits culturels finissent par émerger.

Ainsi, certains historiens de la musique estiment que le blues serait né dans les plantations du sud des États-Unis; authentique produit d’une culture populaire témoignant des souffrances des esclaves noirs, mais aussi de l’exploitation des ouvriers toutes couleurs confondues. Le jazz, mouvance plutôt bourgeoise et élitiste, viendra récupérer les sédiments de la culture du blues afin d’en codifier les «standards», ce qui permettra à des idiomes culturels de se transformer tout au long d’un processus d’acculturation favorisant la transmission d’un héritage.

Le jazz nous fait penser aux canons du chant grégorien, à une autre époque, en ce sens que cette école musicale a été en mesure de puiser à même une riche tradition afin d’en extraire l’essentiel et de fixer les conventions d’un genre musical appelé à se transformer par la suite. Ce processus d’acculturation, de réappropriation et de codification d’un genre musical aura nécessité un long travail. Curieusement, même si le terme «jazz» fait référence à l’art d’improviser, cette école musicale s’est évertuée à décrypter les traits essentiels du blues, ou plutôt des blues. Une tradition était née, avait vécu et pouvait être transmise aux prochaines générations.

L’arrivée du Rock-and-Roll va tout bouleverser, alors que la vitesse et la violence seront les moteurs d’une sous-culture qui deviendra le sous-produit des industries culturelles de l’après-guerre. Cette fois-ci, ce n’est plus une élite culturelle qui réinvestira une ancienne tradition populaire, mais bien une oligarchie industrielle. Les effets spéciaux l’emportent sur la composition, le rythme supplante la mélodie, le tempo s’accélère et les formats musicaux rétrécissent comme peau de chagrin. Le «single» est né. Et, par la force des choses, la pièce musicale finira par céder la place à l’artifice sonore.

Une culture de l’éternelle jeunesse

La culture POP représente la consécration d’un long processus d’appauvrissement de la culture. Les propagandistes à la tête de ce mouvement (rejeton de l’agit-prop) s’évertueront à prôner une sorte de «révolution permanente» (les avant-gardes culturelles occidentales seront infiltrées par des légions de militants trotskystes, des années 1930 jusqu’aux années 1980) de la culture susceptible de détruire les anciens poncifs du «bon goût» bourgeois. La culture qui fait «POP» représente le format idéal pour le façonnage, la mise-en-place et la duplication d’une idéologie de la consommation au service d’un libéralisme qui deviendra totalitaire au tournant du nouveau millénaire.

La publicité, la diffusion musicale, les expositions muséales, les mouvements de mode et d’opinion publique: autant de vecteurs servant à décliner une culture POP au service de l’idéologie du «tout au marché». Ainsi, la Beat generation, le mouvement de libération des afro-américains, le mouvement hippy ou le «No future» de la fin des années 1970 seront traités comme des épiphénomènes susceptibles d’être détournés de leurs fondamentaux afin d’être réutilisés en temps et lieux par les grands prêtres de l’idéologie marchande. La culture POP semble jeune, elle conteste les vieux, le passé, la tradition et tout ce qui pourrait faire office de pont intergénérationnel.

Les icônes de la culture POP sont presque toutes mortes jeunes, préservées du flétrissement de la vieillesse … mais aussi de la naissance d’une sagesse acquise sur le tard. De fait, les chantres de la culture POP s’inscrivent, sans le savoir ou contre leur gré, dans la tradition de l’agit-prop des élites matérialistes et libérales qui ont pris le pouvoir dans le sillage de la Révolution française. Les dites élites travaillant à partir du concept de tabula rasa pour saccager les linéaments de la tradition culturelle et des antiques filiations. Saccager les filiations de naguère afin de préparer l’avènement des «temps nouveaux». L’ère du Verseau …

Le New Age ou le New Wave culturel

La matrice POP, une fois bien rodée, deviendra le porte-avion d’un impérialisme qui n’a plus rien à voir avec les frontières des États-Unis. Les happenings du mouvement hippy des années 1960 ont préparé le terrain pour les raves et autres partouzes des années 1990. La débauche des chevelus, après avoir été vertement critiquée par les punks, servira de fondement conceptuel pour une approche festive qui se rapproche des orgies romaines de la fin de l’Empire. La musique est séquencée à l’extrême, la rythmique se rapprochant des battements cardiaques et les accélérant dans le but avoué de provoquer des phénomènes d’extase collective.

Le New Age signifie l’ère de la transgression. Il s’agit de transgresser les conventions socioculturelles établies depuis des millénaires. Il s’en suivra une cascade de néologismes révélateurs : approches transversales au niveau de l’enseignement; agriculture transgénique; transes musicales; transsexualité; etc. Les années 1960 proposaient aux adeptes de la «contreculture» de transcender leur humaine condition, alors que les années 1990 mettront la transgression à l’ordre du jour. Présentement, nous serions, de l’avis de certains intellocrates, à l’orée d’un processus de transformation de l’être humain qui s’attaquera à l’essence même du génome. L’ère du transhumanisme a sonné.

Les apprentis sorciers qui nous gouvernent ambitionnent, rien de moins, de recréer l’espèce humaine afin qu’une sorte de Prométhée finisse par émerger à la suite d’un long processus de permutation douloureux, mais nécessaire. Les traditions étant en bonne voie d’être éradiquées, ne demeurent que des échantillonnages (sampling) culturels susceptibles d’être combinés à l’infini pour satisfaire aux besoins de la cause. La mode du jour donne le la en initiant des séquences dans la partition des propagandistes du «système de l’art». Les médias prennent le relais en s’adressant à différents segments de la consommation : nutrition, musique, vêtements, décoration, voyages, santé, comportements.

Une sous-culture jetable

La culture n’est plus qu’un segment de l’appareillage idéologique en place. Elle enrobe et guide la consommation en générant des lieux communs, des conventions qui permettront aux consommateurs de faire partie d’une sous-culture bien identifiée. Des passerelles sont bien jetées entre les différentes sous-cultures, mais les impératifs du marché demeurent les mêmes pour tous : il faut se distinguer du commun – servum pecus (ce qui représente la quintessence de la vulgarité au demeurant), posséder des équipements à la «fine pointe de la technologie», communier à des «tendances culturelles» qui ne sont que de vagues chimères en l’espèce, participer à l’incessant babillage timbré des médias sociaux.

Les Musées exposent des bagnoles et des pin-up, puis les consommateurs achètent des voitures qui finissent par rouiller et être décorées par des graffiteurs en fin de vie. Quelques prétendus conservateurs ou chargés d’exposition vont récupérer des morceaux de carcasses de bagnoles graphitées afin de concevoir de nouvelles expositions. La boucle sera bouclée et le cycle de la reproduction culturelle se perpétuera pour le bénéfice des investisseurs en bourse ou des propagandistes en poste.

Perte de mémoire

L’accélération des moyens de production et de reproduction culturelle a permis de séquencer le travail des créateurs, mais aussi le processus de consommation de ce type de biens et services. Les consommateurs ne savent plus lire, ni la littérature, ni la musique, ni entre les lignes. L’art de la perspective est mort. L’art de la digression est né. Avec le sampling, les «cut-ups» et autres emprunts stylistiques ou symboliques, c’est toute la syntaxe du langage humain qui est déconstruite. La langue atrophiée des communications sur Internet représente le pendant populaire de la novlangue des élites mondialistes.

L’académie française – ce qu’il en reste – est en train de modifier la langue française en fonction de ce nivellement par le bas qui laisse présager un effondrement du langage à moyen terme. Un nombre considérable d’ouvrages de premier plan ne sont plus publiés et disparaissent, par voie de conséquence, de la mémoire collective. Les CD musicaux seront bientôt remplacés par des pièces musicales vendues à la carte sur Internet et qui seront emmagasinées sur des appareils de type baladeurs ou téléphones cellulaires intelligents. Le texte, la musique, les images et, pourquoi pas, les odeurs seront diffusés par des appareils portatifs et, in fine, par des implants qui feront en sorte que les inputs «culturels» atteignent leur cible au coeur de son intimité.

L’œuvre d’art est devenue un produit culturel qui finira par se traduire par une série de «bruits cognitifs» qui agiront comme des stimulus destinés à agir en temps réel sur les usagers. Les transports publics, les lieux de divertissement et les complexes commerciaux diffuseront non-stop les signaux émis par la matrice culturelle qui relais les impératifs idéologiques des castes aux commandes. Idem pour Internet, remplaçant, de facto, la matrice télévisuelle, en nous proposant une interactivité factice puisque tous les relais sont contrôlés et instrumentalisés à distance.

Les moteurs de recherche tiennent, déjà, lieu de mémoire collective. Suppléant à la tradition orale ou aux arcanes des savoirs académiques, les moteurs de recherche permettent de tout indexer, référencer et répertorier, dans un contexte où l’utilisateur est privé de mémoire. La contrepartie de la libre circulation des artefacts culturels devient chaque jour un peu plus visible. Il s’agit de policer le comportement des consommateurs de la nouvelle économie virtuelle. Des méta-outils d’indexation et de filtrage font en sorte que tous les usagers sont fichés en temps réel et invités à se conformer à l’étiquette du Net. Plus vous exprimer un point de vu, plus vous vous exposez à des représailles de toutes sortes. Et, moins vous prenez la parole, plus vous êtes isolé dans la strate des sans-voix, ceux qui n’auront plus droit de cité dans la futur démocratie cybernétique.

Le citoyen du futur se donnera en spectacle du matin au soir afin de se conformer à la sinistre prophétie d’Andy Warhol : tout le monde connaîtra son «quart d’heure de célébrité» … tôt ou tard. À l’instar des blogueurs qui se démènent pour trois fois rien, monsieur-et-madame-tout-le-monde fourniront gratuitement les futures prestations d’un spectacle qui remplacera les arts et culture tels que nous les connaissons. La pornographie sera devenue l’art majeur.

 Quelques liens

https://underthegrayline.files.wordpress.com/2014/12/le_capitalisme_de_la_seduction_-_michel_clouscard.pdf

https://www.philomag.com/les-livres/lessai-du-mois/hubris-la-fabrique-du-monstre-dans-lart-moderne-1228

https://laviedesidees.fr/Malaise-dans-les-musees.html

http://ac.matra.free.fr/FB/20160113kerros.pdf

https://www.dedefensa.org/article/la-culture-popart-pornographique

Le Prix Goncourt 2019 attribué à Jean-Paul Dubois pour « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon »

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Le Prix Goncourt 2019 attribué à Jean-Paul Dubois pour « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon »

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Le Prix Goncourt 2019 attribué à Jean-Paul Dubois pour "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon"

Jean-Paul Dubois, en 2016 (illustration)©Rémy GABALDA / AFPA lire aussi

Jean-Paul Dubois décroche le prix Goncourt

FranceJean-Paul Dubois décroche le prix GoncourtCultureAmélie Nothomb toujours en lice pour le Goncourt

Orange avec AFP-Services, publié le lundi 04 novembre 2019 à 13h05

Le roman de l’écrivain français était en concurrence avec trois autres finalistes. Il a devancé de justesse « Soif », d’Amélie Nothomb.

Leprix Goncourt 2019 a été remis à Jean-Paul Dubois, pour son roman « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon ». L’annonce a été faite ce lundi 4 novembre, à la mi-journée, au restaurant Drouant (Paris). Le jury a sélectionné ce roman parmi une liste de quatre finalistes, où l’on retrouvait Jean-Luc Coatalem, Olivier Rolin, et Amélie Nothomb. « La tempête Amélie n’est pas parvenue jusque la table des Goncourt », a commenté Bernard Pivot, président de l’Académie Goncourt.



L’écrivain a indiqué que le roman de Jean-Paul Dubois avait remporté le vote final par 6 voix contre 4 face à l’ouvrage d’Amélie Nothomb.
Prix Goncourt: pour Bernard Pivot, le lauréat Jean-Paul Dubois « est quelqu’un de très moderne dans sa vision du monde et son écriture »par BFMTV


Déjà couronné par le prix Femina (en 2004 pour « Une vie française »), le Toulousain Jean-Paul Dubois, 69 ans, écrivain discret et populaire, a construit depuis une trentaine d’années une œuvre qui séduit par sa délicatesse et sa profonde humanité.



Le prix Renaudot a quant à lui été attribué à Sylvain Tesson, pour « La panthère des neiges ».

https://actu.orange.fr/societe/culture/le-prix-goncourt-2019-attribue-a-jean-paul-dubois-pour-tous-les-hommes-n-habitent-pas-le-monde-de-la-meme-facon-magic-CNT000001kH1eg.html

Pétition pour la défense de la langue française

24.octobre.2019 // Les Crises

Pétition pour la défense de la langue française

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Source : Le Grand Soir, 16-10-2019

« A chaque fois qu’affleure, d’une manière ou d’une autre, la question de la langue, cela signifie qu’une série d’autres problèmes est en train de s’imposer : la formation et l’élargissement de la classe dirigeante, la nécessité d’établir des rapports plus intimes entre groupes dirigeants et la masse nationale-populaire, c’est-à-dire de réorganiser l’hégémonie culturelle ». Antonio Gramsci, Cahiers de prison.

« Il ne restait de ce pays que son langage. Un beau langage qui servait à tout. Vous savez, comme on a chez soi une chose précieuse qui est là depuis si longtemps qu’on en use à n’importe quoi, à empêcher la fenêtre de se fermer, et le petit la prend comme une règle pour dessiner, et c’est un presse-papier si commode ! Qui donc se souciait que ce fût un pays, ce pays, et il est indiscutable que c’est un grand progrès que de perdre ce sens de la jalousie, cette haine du voisin, cet orgueil de son toit, un grand progrès sur les ténèbres, un grand progrès sur le néant ». Louis Aragon, poète et résistant.

Accompagnant la casse néolibérale et euro-atlantique du cadre national, des services publics et des conquis sociaux, une politique destructive de substitution systématique du « globish » à la langue française (pourtant « langue de la République » au titre de la Constitution…) affecte tous les aspects de la vie sociale en France. Entre mille exemples : Carrefour-Market lance une campagne intitulée Act for food ! ; Renault, Airbus et PSA basculent toute leur documentation technique à l’anglais ; des centaines de grandes entreprises, voire de « startup », obligent illégalement leurs salariés francophones à ne plus travailler qu’en anglais, pendant que la Poste lance « Ma French Bank », que la SNCF en voie de privatisation promeut ses Ouigo (lire we go), qu’EDF invite ses « clients » à « pulser », et que, plus grave encore, la contre-réforme Blanquer du lycée s’ajoute à la loi Fioraso et aux pratiques délétères de la direction de la Recherche pour faire de l’anglais, de la maternelle au Supérieur en passant par le CNRS, non pas une langue enseignée en France, mais une langue d’enseignement concurrençant et évinçant systématiquement le français (et se substituant de fait de toute autre langue étrangère !).

Il est clair qu’à terme, si ces pratiques continuent de se généraliser en France et en Europe (au détriment de l’allemand, de l’espagnol, de l’italien, du portugais, du russe, de l’arabe, du turc, du chinois, etc.), il n’y aura bientôt plus qu’une langue de prestige, celle de l’Oncle Sam et de Wall Street, ce qui portera un coup gravissime à la diversité culturelle qui fut toujours un aliment vital des échanges et de la culture. Le mauvais exemple est donné par Macron, qui ne perd jamais une occasion de jargonner en Globish devant les grands patrons et de promouvoir l’anglais comme langue internationale unique, non seulement à l’étranger mais en France même… Même si les intéressés n’en ont pour la plupart pas conscience parce qu’elle suit la mode, par mimétisme ou par « modernisme branché », cette invasion de la langue française par des mots ou des expressions d’origine anglosaxonne a contaminé jusqu’aux milieux populaires, voire militants : le tract n’est-il pas trop souvent devenu un flyer ? Il y a peu, des chercheurs en lutte défilaient derrière une banderole portant l’inscription Academic Pride…

Il faut dénoncer ces pratiques faussement anodines car elles sont le symptôme de l’allégeance sournoise à l’impérialisme occidental qui génère guerres et inégalités entre les hommes et entre les peuples. Du reste, des phénomènes identiques d’acculturation au détriment des langues nationales se déroulent en Europe orientale ou en Afrique, partout où l’impérialisme occidental est prégnant, économiquement et politiquement. Et nous sommes solidaires de tous ceux qui, en Roumanie, au Sénégal, etc. luttent pour la défense de leur langue et de leur culturel.

En France, derrière cette manœuvre antipopulaire de grande envergure et totalement soustraite au débat démocratique, on trouve le MEDEF : son ex-président, le baron Sellières, clamait ainsi en 2004 que l’anglais doit désormais « devenir la langue (sous-entendu : unique) de l’entreprise et des affaires » ; pratiquant de fait une « préférence nationale » inavouée, le CAC-40 n’embauche déjà plus guère que des « English Mother Tongue » (anglais langue maternelle) comme cadres supérieurs, pendant que l’OTAN a fait de l’anglais, y compris en France, la langue de travail unique des armées.

Quant à l’UE, elle ne craint pas, en plein Brexit et alors que l’anglais n’est plus la « langue officielle déposée » d’aucun Etat-membre, de promouvoir l’idée qu’il faut faire de l’anglais la langue officielle unique des institutions bruxelloises au détriment des autres langues nationales d’Europe. L’enjeu de cette politique de casse et de classe est énorme : il s’agit de renforcer le « marché unique » cher aux monopoles, de préparer la future « Union transatlantique » sous la houlette de Washington et de faciliter la mise en place des traités néolibéraux transcontinentaux (du type CETA, UE/Mercosur ou TAFTA).

En instituant la langue unique, les maîtres du grand capital rêvent de mettre en place un hypermarché continental et mondial de la force de travail qui, tout en humiliant les peuples non anglophones, en affaiblissant décisivement les nations existantes, en dévaluant les travailleurs actuels et futurs qui ne maîtriseraient « que » leur langue nationale (ou une langue étrangère autre que l’anglais), accentuerait brutalement la concurrence acharnée et le moins-disant social et salarial entre les prolétaires d’aujourd’hui et de demain : énormes avantages pour le grand patronat sur tous les terrains, social, politique, culturel…

C’est pourquoi, considérant que la résistance ne se divise pas et qu’elle comporte nécessairement une dimension culturelle et linguistique (comme le comprirent Lénine, Gramsci, Nicolas Guillen, Aragon…), nos organisations communistes appellent, non pas à proscrire l’anglais (qui, comme tel, n’est pas plus responsable que « le français », des prédations de type néocolonial que les impérialismes rivaux ont commises ou commettent encore en leurs noms), mais à combattre vigoureusement la POLITIQUE DU TOUT-anglais : c’est-à-dire la politique oligarchique et antidémocratique tentant à imposer une langue unique continentale, voire mondiale.

Nous communistes appelons donc à : · exiger des autorités, du patronat, des services publics et des collectivités publiques le respect et le renforcement de la législation visant à protéger le français ; · promouvoir un véritable apprentissage des langues étrangères dans leur pluralité dans le cadre de l’Education nationale (avec des maîtres qualifiés), y compris des principales langues de l’immigration de travail (ainsi que des langues régionales là où une demande significative existe) ; · reprendre et élargir le grand combat du PCF de Barbusse, d’Aragon, d’Eluard ou de Jean Ferrat pour la langue, pour la chanson francophone et pour des « lettres françaises » et francophones dans toute leur diversité (Wallonie, Suisse Romande, Afrique francophone, Québec…) ; non dans un esprit de « purisme » ou de fermeture aux autres cultures, mais pour favoriser un dialogue et une coopération égalitaires entre toutes les nations, toutes les langues et toutes les cultures nationales d’Europe et du monde. c’est-à-dire l’anglo-américain managérial…

Appel publié à l’initiative des organisations ou réseaux suivants (par ordre alphabétique) :

Association Nationale des Communistes (A.N.C.), Comité Internationaliste pour la Solidarité de Classe (CISC), Faire vivre et développer le PCF (FVD-PCF), Jeunes pour la Renaissance Communiste en France (JRCF), Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF), Rassemblement communiste (RC), et d’autres militants communistes engagés dans la résistance linguistique. PREMIERS SIGNATAIRES (o.a.) : Francis Arzalier, historien, professeur IUFM retraité, bureau de l’A.N.C., Collectif Polex 95 ; Paul Barbazange, PCF 34, Faire vivre et développer le PCF (FVR-PCF) ; Danielle Bleitrach, (PCF 13, FVR-PCF) ; Saïd Bouamama, Rassemblement Communiste (RC) ; Pascal Brula (PCF 69, FVR-PCF) ; Marie-Christine Burricand (PCF 69, direction nationale, FVRPCF) ; Michel Decourcelles (RC) ; Gilliatt De Staërck, conducteur de bus (50), responsable national des Jeunes pour la Renaissance communiste en France (JRCF) ; Christian Champiré, maire PCF de Genay (62) ; Jean-François Dejours, professeur de philosophie, militant communiste (62), syndicaliste ; Aurélien Djament, mathématicien au CNRS, syndicaliste CGT, militant communiste, resp. d’association linguistique (59) ; Marianne Dunlop (PCF 62, FVD-PCF) ; Madeleine Dupont, ancien PEGC français/anglais, trésorière nationale du Comité Internationaliste pour la Solidarité internationaliste (CISC), 62 ; Vincent Flament, rédacteur en chef de Solidarité de classe, bulletin du CISC, professeur de français (59) ; Roland Fodé Diagne (RC) ; Rachida El Fekaïr, médiathécaire, membre du secrétariat national du PRCF (81) ; Mireille Gabrelle (RC) ; Georges Gastaud, secrétaire national du Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF), philosophe, fondateur d’une association internationaliste de résistance au tout-anglais (62) ; Dominique Haquette (RC) ; Jean-Pierre Hemmen, président du CISC (80) ; Charles Hoareau, syndicaliste International, président de l’A.N.C., 13 ; Fadi Kassem, secrétaire national adjoint du PRCF, professeur agrégé d’histoire (78) ; Razika Kerchouni, syndicaliste, bureau ANC, 93 ; Annie LacroixRiz, historienne, membre du Comité central du PRCF (78) ; Léon Landini, président de l’Amicale Carmagnole-Liberté des FTP-MOI, président du PRCF, Médaille de la Résistance, président d’honneur d’une association de lutte contre le tout-anglais (92) ; Claude Langlet (RC) ; Armand Lecoq (PCF 31, FVR-PCF) ; Pierre Lenormand, géographe, universitaire retraité, C.A. de l’ANC, 41 ; Jean Lévy, Blog Ca n’empêche pas Nicolas” ; Annette MateuCasado, coordinatrice de la direction du PRCF, militante de la culture catalane (66) ; Robert Malcles, historien, professeur retraité, C.A. de l’ANC, 30 ; Anne Manauthon (PCF 06, FVR-PCF) ; Pierre-Alain Millet, PCF 69, FVD-PCF ; Aymeric Monville, secrétaire de la commission internationale du PRCF, éditeur (92) ; Leila Moussavian-Huppe, PCF 67, FVR-PCF ; Moussa Naït (RC) ; Laurent Nardi, élu communiste de Passy (74), militant contre le tout-anglais ; Jean-Michel Padot, élu franchement communiste de Bully-les-Mines, militant contre le tout-anglais (62) ; Damien Parrot, dessinateur industriel, responsable JRCF (33) ; Hervé Poly (PCF 62, direction nationale, FVRPCF) ; Pierre Pranchère, président de la commission internationale du PRCF, anc. député, anc. Franc-Tireur et Partisan français (19) ; Jean Penichon, journaliste e, bureau de l’ANC, 75 ; Anna Persichini, trésorière nationale du PRCF, syndicaliste Métallurgie, 06 ; Gilbert Rémond, PCF 69, FVR-PCF ; William Roger (RC) ; Jany Sanfelieu, professeur de français retraitée, secrétaire à l’organisation du PRCF (89) ; Matthieu Seeburger (RC) ; Guillaume Suing (RC) ; Stéphane Toque, Paris, syndicaliste Énergie, bureau ANC ; Bernard Trannoy (PCF 33, FVR-PCF) ; Yves Vargas, philosophe, communiste sans parti (93) ; Mireille Villemin, bureau de l’ANC, 30

LES SIGNATURES DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES À

dament.aurelien@orange.f

Source : Le Grand Soir, 16-10-2019

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/petition-pour-la-defense-de-la-langue-francaise/

« Les guerres de Syrie » de Michel Raimbaud : résistance, mode d’emploi

« Les guerres de Syrie » de Michel Raimbaud : résistance, mode d’emploi

Publié par: Majed Nehméle: 30 septembre, 2019Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_AmeriquesActualité_Asie_OceanieActualité_Moyen_OrientActualité_OpinionsCultureCulture_Moyen_OrientEconomieEconomie_Moyen_OrientGéopolitiqueGéopolitique_Asie_OceanieGéopolitique_EuropeGéopolitique_OpinionsLivresPoints ChaudsPolitiquePolitique_Moyen_OrientImprimerEmail

La Syrie n’a jamais eu bonne presse auprès des élites politiques dirigeantes de l’Hexagone. Et pour cause : ce pays récalcitrant, farouchement attaché à sa souveraineté, porte-étendard du nationalisme arabe, résolument anti-impérialiste, dernier rempart contre l’entreprise sioniste en Palestine, membre central de ce qu’il est désormais appelé Axe de la Résistance qui l’unit au Hezbollah libanais, à la résistance palestinienne, à l’Iran et à l’Irak, un axe adossé à une Russie ressuscitée sur les décombres de l’Union soviétique. Un pays séculier, attaché aux principes du non-alignement définis par la Conférence de Bandoeng de 1955, qui s’est tenu du côté de tous les mouvements de libération à travers le monde et qui n’a pas hésité à s’engager au côté du peuple algérien dans sa guerre de libération nationale. Last but not least : il a toujours porté la cause palestinienne dans son cœur envers et contre tous, y compris dans la tourmente qui a failli l’emporter depuis 2011. Autant de raisons pour le vouer aux gémonies.

– Michel Raimbaud

Ce n’est pas par hasard si le premier chapitre du livre de Michel Raimbaud, ancien ambassadeur, ancien président de l’OFPRA professeur de sciences politique et écrivain, Les Guerres de Syrie s’intitule, reprenant la célèbre locution de Caton l’Ancien Delenda est Carthago (il faut détruire Carthage), « Delenda est Syria » : une vielle obsession ». Un vieil acharnement sans doute puisque Caton, qui avait coutume de prononcer cette formule à chaque fois qu’il commençait ou terminait un discours devant le Sénat romain, quel qu’en fût le sujet, avait également participé à la guerre contre la Syrie alors dirigée par le roi Antiochos III le Grand ! Ce dernier avait eu l’audace de recevoir Hannibal le fugitif dans sa cour et de contribuer à l’armer contre Rome, alors seule puissance hégémonique montante.

Pourquoi tant d’acharnement ?

Voyant dans cette colonie phénicienne une certaine émanation de l’antique Syrie, Michel Raimbaud rappelle qu’après plus de deux millénaires la Syrie d’aujourd’hui semble être le Carthage de cette Rome des temps modernes qu’est l’Amérique, la vieille obsession étant toujours là (page 26). Réactivée par l’indépendance, dans l’après-guerre, elle est plus encore d’actualité depuis les années 1990 qui ont vu la montée en puissance du Hezbollah libanais avec le soutien actif de la Syrie. Un soutien qui a permis à ce mouvement de contraindre l’occupant israélien à se retirer, en 2000, des territoires libanais qu’il détenait depuis 1978. Un tournant géopolitique majeur et une première dans les annales du conflit israélo-arabe. Depuis la guerre de juin 1967, jamais Israël n’avait été contraint à lâcher un territoire arabe occupé sans contrepartie, ou plus exactement sans capitulation, comme ce fut le cas avec les accords de paix fallacieuse de 1979 résultant des négociations de Camp David avec l’Égypte de Sadate, ou le traité de paix de Wadi Araba en 1994 signé avec la Jordanie ou enfin les accords d’Oslo entre Israël et l’OLP en 1993. Ce marché de dupes n’a abouti qu’à davantage d’occupation et d’annexions de territoires palestiniens sans que le fantomatique État palestinien promis – en contrepartie de la reconnaissance de l’Etat d’Israël – voie le jour ! La Syrie, quant à elle, a refusé catégoriquement ces palabres et ces marchandages sous la houlette des États-Unis, optant pour des négociations multilatérales avec comme ordre de jour : la paix, toute la paix, contre la restitution de tous les territoires arabes occupés en Palestine, en Syrie et au Liban. Bref, le droit international contre le fait accompli. Le refus de l’establishment sioniste de se retirer de tous les territoires arabes occupés, n’a fait que renforcer la détermination de la résistance libanaise, soutenue par l’Iran mais surtout par la Syrie, à libérer le Sud libanais occupé. Ce qui fut fait en 2000. Une défaite israélienne d’un côté et une victoire de l’axe naissant de la résistance de l’autre. Ce retrait sans gloire de l’armée israélienne était ressenti comme une humiliation par les généraux israéliens. En 2006, l’armée israélienne, ouvertement soutenue par les États-Unis, les pays occidentaux et leurs supplétifs arabes (Arabie saoudite, Égypte, Jordanie) a voulu effacer cette humiliation en se fixant pour objectif la destruction du Hezbollah, premier pas pour affaiblir la Syrie qui n’avait pas lésiné sur les moyens pour aider la résistance irakienne contre l’occupation américaine de la Mésopotamie en 2003. Elle en était pour ses frais. A part la destruction des infrastructures civiles libanaises, Israël a dû battre honteusement en retraite, se résignant à accepter un statu quo avec le Hezbollah et à ne plus franchir la frontière terrestre du Liban, même si une petite partie du pays du Cèdre – les fermes de Chaba’a, reste occupée. Le camp des vaincus ne se limitait pas au seul Israël, mais s’étendait à l’Arabie saoudite, à la Jordanie et à l’Égypte qui avaient parié sur la défaite du Hezbollah, prélude à la chute de la Syrie, puis de l’Iran dans l’escarcelle des néoconservateurs américains.

Depuis l’échec du sommet dit de la dernière chance qui a réuni à Genève le président Hafez al-Assad, très amoindri physiquement, et le président américain Bill Clinton, en mars 2000, les États-Unis avaient désespéré de ramener la Syrie au bercail. Le président syrien n’avait pas cédé sur l’intégralité du territoire syrien. Sans retrait israélien de tout le territoire syrien occupé, et d’un règlement du conflit palestinien conforme au droit international, point de paix. La Syrie ne voulait pas tomber dans le piège d’un accord cadre, comme ce fut le cas avec Oslo, où chaque clause devait faire l’objet d’interminables palabres et discussions byzantines. Même si les États-Unis avaient promis à la Syrie la bagatelle de 40 milliards de dollars en contrepartie de la signature d’un accord cadre.

Désormais, la Syrie est de nouveau désignée comme l’ennemi à abattre.
« Depuis un quart de siècle, écrit joliment Michel Raimbaud, cet aimable pays figure en bonne place au palmarès de l’Axe du Mal (selon l’expression de l’ineffable Debeliou, empereur des bigots et concepteur en chef de massacres en série). État voyou, État paria, État « préoccupant » au choix, il côtoie ou a côtoyé sur cette liste l’Iran, l’Irak de Saddam, la Libye de Kadhafi, Cuba, la Corée du Nord, l’URSS de jadis et la Russie d’aujourd’hui, la Chine de toujours. »

Pour les néoconservateurs il faut « faire saigner la Syrie lentement à mort»

L’auteur cite un article prémonitoire, paru en février 2000, soit un mois avant le sommet Clinton-Assad, signé par le néoconservateur David Wurmser. Ce dernier appelle sans ambiguïté à ne donner aucun répit à la Syrie, à l’empêtrer dans un conflit où « elle sera lentement saignée à mort » ! Tout un programme…

Les guerres de Syrie donne au lecteur une analyse historique et géopolitique inédite par sa clarté, sa profondeur géostratégique et son esprit de synthèse et de dialectique expliquant sans détour les vraies raisons de l’acharnement de l’Occident en général et des États-Unis en particulier contre ce pays pivot. Il se situe dans le droit fil de son précédent ouvrage de géopolitique, Tempête sur le Grand Moyen-Orient, paru en 2015, réédité en 2017, traduit en arabe, et préfacé par Richard Labévière. A travers la guerre contre la Syrie qui avait démarré en février-mars 2011, dans la foulée des mal-nommés printemps arabes, made in USA, comme le démontre notre ami Ahmed Bensaada dans sa magistrale enquête Arabesque$ ou le rôle des États-Unis dans les révoltes arabes (la première édition remonte à 2011, une deuxième édition augmentée est parue à Bruxelles et à Alger en 2016), Michel Raimbaud décèle une multitude de guerres, une quinzaine au moins : une guerre de l’Empire contre les Etats récalcitrants ; une guerre au service d’Israël ; une guerre pour le contrôle des routes de l’énergie ; une guerre contre la Russie, l’alliée traditionnelle, qui a retrouvé, grâce à la résilience de Damas, sa grandeur et son rôle d’acteur majeur sur la scène internationale ; une guerre contre l’Iran, l’autre Etat paria, et contre la résistance libanaise, qui a administré, grâce notamment à la Syrie, une défaite humiliante à l’occupant israélien ; une guerre médiatique sans précédent dans l’histoire et, last but not least, une guerre contre l’internationale jihadiste soutenue par la Turquie, les monarchies du Golfe et l’Occident, sans toutefois occulter la guerre civile elle-même…

– Couverture du livre

Autopsie d’un « complot avoué ».

Préfacé par l’écrivain Philippe de Saint Robert, un gaulliste qui a été au cœur de l’élaboration de la politique arabe de la France, sous de Gaulle et Pompidou, aujourd’hui évaporée, le livre se compose de 15 chapitres, denses, riches, didactiques, expliquant les racines de ces guerres, désignant leurs acteurs, décortiquant leurs modes opératoires et analysant, in fine les raisons objectives de la défaite de cette vaste entreprise criminelle. Elles vont de « la vieille obsession » de détruire la Syrie qui a guidé les pas de ses multiples ennemis, au déroulement de la guerre elle-même, à la fabrication d’une opposition extérieure, au projet que nourrissent les néoconservateurs pour l’asservissement de la Syrie, à la guerre médiatique, à l’instrumentalisation du terrorisme pour abattre un pouvoir séculier, à la genèse de l’axe de la résistance, et, enfin, à la guerre pour la paix, la réconciliation et la reconstruction.

Tout au long des chapitres, l’auteur qui abhorre la novlangue des média mainstream ayant excellé dans l’art de travestir la réalité et de prendre les désirs de leurs commanditaires pour de la réalité, appelle les choses par leurs noms. Il fait partie des rares géopolitologues qui ne s’étaient pas laissé intimider par les médias, les experts, les politologues d’opérette qui, dans un unanimisme qui ne supporte aucune contradiction, avaient voué trop vite l’Etat syrien à un effondrement certain et imminent. Ils s’étaient lamentablement trompés. La Syrie, après neuf années d’une guerre qui a duré plus que les deux grandes mondiales réunies, est certes toujours saignée, martyrisée, détruite, assiégée, mais toujours debout. Sans attendre la libération des dernières portions encore occupées de son territoire par les États-Unis et leurs supplétifs européens, la Turquie et ses marionnettes, les daechistes et les quaidistes, elle se met déjà au travail. A Alep, à Homs, à Palmyre et partout où la vermine terroriste a été écrasée, les chantiers de la reconstruction ont démarré, sans attendre la levée des sanctions occidentales aussi criminelles que contreproductives. Le peuple syrien, qui a étonné le monde entier par sa résilience, va sans doute l’étonner davantage par sa capacité à se reconstruire et à reconstruire son pays en comptant d’abord sur lui-même mais aussi sur ses alliés (Russie, Chine, Iran…). Est-il utile de rappeler que la Syrie, depuis son indépendance, s’est construite et développée, sans l’aide de l’Occident, voire même malgré lui ? Le barrage de l’Euphrate, les grands projets structurants ont été achevés en comptant d’abord sur les compétences et le dynamisme du peuple syrien lui-même avec le soutien de ses vrais amis des pays l’Est et des pays non-alignés.

Cet ouvrage, précise d’emblée Michel Raimbaud « fournira des pistes de réflexion, peut-être des réponses aux interrogations de ceux qui voudraient comprendre. Il est également dédié aux « esprits forts » à qui « on ne la fait pas », aux sceptiques qui après tout ce temps « ne se prononcent pas » entre « le massacreur » et « l’opposition pacifique » qui a pris les armes en Syrie, aux esprits candides carrément incrédules lorsque l’on évoque devant eux l’activisme de nos « grandes démocraties ». « Espérons, écrit-il encore, qu’il pourra nourrir la culture des intermittents du débat télévisé, alimenter l’information des sondés du micro-trottoir. Il sera utile aux nuls tentés par le recyclage, aux intellectuels coincés dans leur impasse « révolutionnelle », aux fabricants de news enferrés dans leur mensonge, à ceux qui auront la mémoire qui flanche et prétendront ne plus se souvenir très bien. »
Le mérite de ce livre ne se limite pas aux seules informations et analyses, à contretemps, sur la réalité de la guerre contre la Syrie qui remettent les pendules à l’heure. L’immense qualité de cet ouvrage réside dans le courage de son auteur qui, à travers ses écrits précédents et surtout son livre de référence sur les enjeux géopolitiques de ce conflit (Tempête sur le Grand Moyen-Orient), a su s’opposer à la folie médiatico-politicienne et à l’aveuglement collectif concernant la Syrie. Car, depuis le déclenchement de la guerre mondiale contre la Syrie, en février-mars 2011, rares étaient ceux qui pariaient un copeck sur la chance de l’Etat syrien de s’en sortir victorieux. Nous faisions partie, autour de la rédaction d’Afrique-Asie, de cette minorité qui avait choisi avec lucidité, arguments à l’appui, de démentir tous les cassandres. Michel Raimbaud en était. Tout comme notre ami Richard Labévière, l’un des rares géopoliticiens français à avoir bien analysé les tenants et aboutissants de la « guerre globale » contre la Syrie, notamment sous l’angle de la lutte contre le terrorisme, et qui a payé un lourd tribut pour son engagement au service de la vérité, qui avait mis en garde, dans une célèbre chronique publiée dans le numéro de février 2015 d’Afrique-Asie sous le titre prémonitoire : « Terrorisme et diplomatie : Droit dans le mur en klaxonnant ». Fondateur et rédacteur en chef du journal en ligne Proche et Moyen-Orient, est aussi un grand spécialiste des relations internationales et particulièrement de la Syrie à laquelle il a consacré de nombreux livres, notamment Le Grand Retournement. Bagdad-Beyrouth, où il décrit le fourvoiement de la diplomatie française et son alignement aveugle sur les néoconservateurs américains et annonce, prémonitoire, (le livre est paru en 2006), la future guerre globale contre la Syrie.

Comment ne pas mentionner également les rares harakiris qui avaient osé s’opposer au lynchage hystérique de la Syrie, comme c’est le cas d’un Frédéric Pichon, auteur de « Syrie, pourquoi l’Occident s’est trompé » ou Bruno Guigue, qui avait consacré d’innombrables analyses pour stigmatiser les mensonges et l’escroquerie intellectuelle de ceux qui s’étaient érigés en « syrialogues » (lire dans http://www.afrique-asie.fr son analyse « Désinformation : Les meilleures perles des charlatans de la révolution syrienne. Septembre 2016).

Les guerres de Syrie paraît au moment où l’issue victorieuse, mais ô combien douloureuse, du conflit ne fait plus de doute. Les éditions Glyphes, qui ont eu le courage de le publier rendent ses lettres de noblesse au métier d’éditeur qui n’hésite pas à prendre des risques au prix de froisser les tenants de la pensée unique. Des risques au service de la vérité et de la liberté d’expression, au service de la démocratie tout court.

Un livre indispensable, magistral. A lire et à faire lire absolument.

*Les guerres de Syrie, par Michel Raimbaud, préface de Philippe de Saint Robert, éditions Glyphe, Paris 2019.

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Là dort l’Armée d’Afrique »

« Là dort l’Armée d’Afrique »

By La redaction de Mondafrique -15 août 2019

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Ce 15 Août est un jour de commémoration du débarquement de 
l’Armée d’Afrique il y a 75 ans sur les côtes de Provence. 
Voici un poème en l’honneur de ces soldats libérateurs de la France 
en 1944, écrit par Mme Riche-Muller à Sigolsheim où se trouve une 
nécropole nationale militaire. 


« Afin que nul n’oublie »*
Au pied des monts bleutés, en un site historique 
Il est une colline où flottent nos couleurs. 
Endormis à jamais, abattus loin des leurs 
C’est là que sont tombés ceux de l’Armée d’Afrique…
Alignés sous la Croix ou la Stèle hébraïque, 
Arborant le Croissant du soldat musulman,
De modestes tombeaux témoignent de ce sang 
Que versèrent pour nous ceux de l’Armée d’Afrique…
Et sur ce tertre obscure, morne et mélancolique,
Ils ne sont pas tous là : les autres, par milliers, 
Ont jalonné de gloire en usant de leurs souliers 
La route de l’Honneur, chère à l’Armée d’Afrique…
Quand ils ont débarqué, courageux, magnifiques,
Venus de Kabylie, d’Alger, venus d’Oran, 
De Tunis, ou Rabat, de Dakar, d’Abidjan, 
Ils étaient de chez nous, eux de l’Armée d’Afrique!
Ils s’appelaient Muller, Krauth ou 
Bou-Haiche, Fernandez, Ouadi, Ginart ou bien Dardour 
Ayant pour idéal de planter sur Strasbourg 
Leurs drapeaux glorieux, ceux de l’Armée d’Afrique!
A leurs rangs s’ajoutait le peuple nostalgique 
Ayant perdu la France en fuyant l’étranger
Qui dans «Rhin et Danube» accourait s’engager
Fiers de rejoindre aussi ceux de l’Armée d’Afrique…
Leurs grands chefs égalaient les Héros de l’Attique
C’étaient Juin et Leclerc, de Lattre ou Monsabert, 
C’étaient Giraud, Valin, Brosset, de Boislambert, 
Qui menaient au combat ceux de l’Armée d’Afrique…
Ils ont rétabli Rome en sa grandeur antique 
On les a vus à Sienne, à Monté Cassino.
Dans la neige et le froid du Garigliano, 
Dans Mulhouse et Colmar, ceux de l’Armée d’Afrique…
Après avoir vécu l’Aventure Homérique 
Quand ils ont défilé sur les Champs Elysées 
Les foules en délires étaient électrisées. 
Et Paris acclamait ceux de l’Armée d’Afrique
Mais tant d’autres sont morts, en n’ayant pour musique 
Que la voix du canon et la plaine du vent…
Passant, près de ces tombes arrête-toi souvent 
Prie et recueille-toi ; là dort l’Armée d’Afrique. 



Mme Riche-Muller de la Société des Gens de Lettres.  
*Poème publié par une revue réalisée en 1994 par l’Association des Anciens combattants du Corps Expéditionnaire Français en Italie Toulouse Midi-Pyrénées en partenariat avec le Conseil Régional Midi-Pyrénées, le Conseil Général de la Haute Garonne et le Rectorat et l’Inspection Académique.


https://mondafrique.com/la-dort-larmee-dafrique/

Le français en Iran entre tradition historique et élitisme

Société

Le français en Iran entre tradition historique et élitisme

Si la francophonie existe en Iran et ce depuis plusieurs siècles, on ne peut pas la comparer à celle de pays tels que l’Algérie. Mais dans certaines couches aisées de la société iranienne, tout comme dans les départements de linguistique de plusieurs universités, le français reste encore vivant et attractif. L’interaction entre le français et le persan, témoin de multiples emprunts, et l’admiration en Iran pour la culture française, sont autant d’éléments qui permettent d’évoquer une francophonie « à l’iranienne ».


Inalco

Comme le rappelle le professeur Ahmad Kamyabi Mask, de l’Université de Téhéran, spécialiste de l’œuvre d’Ionesco, l’entrée du français en Iran s’est faite via les premiers missionnaires franciscains et dominicains envoyés en Perse ilkhanide au 13ème siècle. Des missions sont établies à Sultaniya, Maragha, Tabriz et Tbilissi. Puis c’est au 15ème siècle, sous la dynastie des Safavides, que l’on trouve les premières traces d’une fascination mutuelle entre les deux civilisations, avec notamment l’envoi par Richelieu de deux moines franciscains à la cour du Chah Abbas, installée à Ispahan. L’un d’eux, Jacques Dutertre vivra cinquante-deux ans au sein de la cour et y sera même inhumé. Ces moines joueront les rôles de traducteurs et de négociateurs, très importants à cette période. Antoine Isaac Silvestre de Sacy (1758-1838) et Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron (1731-1805) sont les premiers orientalistes à étudier le persan et à en traduire les textes fondateurs en français. Mais c’est aux Qâdjârs qu’il faut remonter pour trouver l’origine des relations culturelles franco-iraniennes, à une époque où le voyage des étudiants iraniens en France a joué un rôle primordial dans l’influence subie par le persan. Nasseredin Shah (1831-1896) parlait un français « impeccable », selon les fonction- naires français en poste en Iran.
Des écoles françaises sont créées dès 1860 (Saint-Louis, à Téhéran), puis d’autres voient le jour au début du 20ème siècle, telles Jeanne d’Arc, à Téhéran, ou encore le lycée Razi, qui ouvre dans la capitale après le passage du Général De Gaulle, sans omettre le rôle des instituts français répartis sur le territoire, qui dispensent des cours de français.
Cet intérêt pour le français en Iran, en dehors des effets de mode du 18ème siècle, vient de la présence de consonances dans les deux langues, qui facilitent la prononciation des mots français en langue persane. Le voyage des mots entre la Perse et la France, de par son intensité, n’a certainement que peu d’équivalent. Les mots persans empruntés au français concernent tous les domaines, scientifique, politique, journalistique, littéraire, etc. À titre d’exemples, citons Bomb’e pelâstiki, kârt’e vizit, kârt postâl, rob do châmr, orkestr samfonik, mikrob, vaksin, karton, diplomasi, etc.
DE MULTIPLES TERRAINS D’INTERACTION
Si le français en tant que langue n’est pas la première langue étrangère, son influence a modelé la société intellectuelle iranienne. Au 19ème, puis au 20ème siècle, parmi les fondateurs de la culture et civilisation persanes modernes, nombreux sont ceux qui ont effectué leurs études supérieures en Suisse et/ou en France. L’admiration qui demeure en Iran pour la culture et les arts de l’Hexagone favorise l’intérêt pour la langue française. Une grande majorité d’artistes la maîtrise parfaitement, ce qui reste peut-être plus vrai pour ceux qui ont plus de 44 ans. La traduction en persan de bon nombre d’ouvrages littéraires français familiarise notamment les enseignants avec la culture française. Récemment, une collection dédiée au théâtre français contemporain a vu le jour avec près de 40 titres, grâce à l’opiniâtreté de Tinouche Nazmjou. Ahmad Kamyabi Mask a pour sa part traduit en persan toute l’œuvre d’Eugène Ionesco. En 1851, à la fondation de l’École Polytechnique (Dâr-ol-Fonoun Amir-Kabir) à Téhéran, l’essentiel de l’enseignement scientifique se faisait en français par des enseignants français. Des bourses impériales étaient attribuées à des étudiants qui partaient étudier la médecine en France, tradition qui sera reprise par le Professeur Gousheh, jusqu’au blocage des visas étudiants en 2011. Enfin, pendant une longue période, le français fut enseigné comme langue principale dans les écoles et les collèges iraniens.
QUEL AVENIR POUR LE FRANÇAIS EN IRAN AUJOURD’HUI ?
En 1979, la fermeture des écoles françaises, la plupart religieuses, marque une récession de la langue française. Cependant, on assiste à un véritable renouveau dans les années 1990-2010. 20 établissements privés ou publics enseignent le français jusqu’au niveau du doctorat, sous l’angle de la linguistique, de la didactique et de la littérature comparée. On retrouve la langue dans les établissements secondaires de Téhéran et de plusieurs grandes villes de province. Aujourd’hui, le français reste la langue partagée par les élites mais un certain engouement naît peu à peu chez les étudiants des classes moyennes, qui voient dans son apprentissage une chance pour l’émigration vers le Canada ou une manière de marquer sa différence avec la majorité, qui reste anglophone à l’université. D’ailleurs, la floraison des instituts privés proposant des cours de français dans tout le pays en atteste.
Les professeurs Gashmardi et Salimikouchi affirment que « si le français a des usages de plus en plus limités, il n’est pas en déclin. Le bilinguisme persan-français donne la possibilité aux locuteurs universitaires de recourir, en fonction de la situation de communication académique et interculturelle, à deux langues différentes pour enrichir leurs acquisitions et leurs productions. Dans des domaines tels que le droit, la philosophie ou la sociologie, un consensus sous-jacent accrédite une francophonie culturelle qui s’impose. »
La présence médiatique francophone reste timide mais elle tend à se développer. La Revue de Téhéran, magazine mensuel traitant des sujets de culture générale, et la Revue des Presses Universitaires de Téhéran en sont des exemples. L’Institut Français de Recherche en Iran (IFRI) supervise et accompagne quant à lui les recherches universitaires sur de très nombreux domaines, tant des sciences humaines, de l’archéologie, que de l’histoire des sciences et des techniques. Radio et TV Sahar, et tout récemment Press TV, filiales de la télévision d’État IRIB, émettent des programmes en français.
Et les professeurs Gashmardi et Salimikouchi de conclure : « L’importance de la diversité linguistique et culturelle face aux défis de la mondialisation est parmi les vraies questions ouvertes. L’élite iranienne croit que la France contemporaine en particulier et le monde francophone en général ne semblent pas souffrir d’un déficit d’idées. Pour l’élite iranienne, cet alliage, qui fait de la langue et de la pensée francophone un équivalent de sens, d’esprit de valorisation, de dignité, de créativité et de partage, est un appel au respect d’autrui et à une manière d’être au monde. Grace à cette élite francophone, qui a joué un rôle important dans la vie socioculturelle du pays et qui a conservé l’usage de cette langue, la francophonie culturelle est aujourd’hui encore considérée comme un instrument privilégié de formation intellectuelle, d’échanges, d’accès à l’information et à la connaissance. Le souvenir toujours vivace de grands intellectuels, traducteurs, écrivains et poètes francophones iraniens, entretient l’image positive du français comme langue de la pensée et de la culture. Cette image constitue une base solide pour relancer la pratique du français. »
Des actes politiques viennent en outre stimuler cette relance. Ainsi, en septembre 2015, l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) signait une convention de coopération avec l’Université Allameh Tabataba’i de Téhéran, la plus grande université de lettres et sciences humaines d’Iran, avec 17 000 étudiants. En décembre 2015 se tenait à l’université Shahid Beheshti, et à l’initiative de l’Ambassade de France en Iran, le premier Forum international sur l’enseignement du français en Iran.
Toutefois, comme le rappellent les professeurs Gashmardi et Salimikouchi, « si le statut particulier du français en Iran n’est pas nettement défini, la question de la francophonie est une question qui touche encore l’esprit des universitaires et des élites iraniens. Bien que cette élite ne tienne pas majoritairement à choisir le français pour écrire ou parler, cette langue n’est pas aussi étrangère que d’autres car elle jouit d’un statut particulier ». Mais la francophonie en Iran, bien que privilégiée, parviendra-t-elle à sortir de cette situation incertaine ?

Par Rédaction ParisTeheran le 16 octobre 2017

http://paristeheranmag.com/francais-iran-entre-tradition-historique-elitisme/