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Notre-Dame : la plus grande opération immobilière d’Europe a débuté à Paris

Notre-Dame : la plus grande opération immobilière d’Europe a débuté à Paris

  

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L’opération immobilière de rénovation de l’île de la Cité et de sa transformation en une promenade touristique a débuté avec l’adjudication d’une partie de l’Hôtel-Dieu à Novaxia, le groupe d’« urbanisme transitoire » du « philanthrope » Joachim Azan (photo).

Cette méga-opération a été imaginée en 2016, à la demande du président François Hollande et de la maire de Paris, Anne Hidalgo, par le directeur des monuments historiques Philippe Bélaval et l’architecte Dominique Perrault.

Elle prévoit de profiter de la rénovation du Tribunal de Paris, de la Préfecture de Police et de l’Hôtel-Dieu, de manière à tirer tout le potentiel touristique de la cathédrale Notre-Dame et de la Sainte-Chapelle.

L’incendie de la cathédrale a constitué une « divine surprise » pour les pouvoirs publics qui pourront ainsi mener à bien ce projet et exploiter commercialement l’ensemble de l’île. Ce que le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a résumé en déclarant que Notre-Dame de Paris n’est « pas une cathédrale, c’est notre bien commun ».

Louée 144 millions d’euros pour 80 ans, une partie de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu sera transformée en logements, en commerces de luxe et en restaurant gastronomique. Les syndicats hospitaliers, qui font valoir la compression des services d’urgence parisiens, protestent contre ce choix.

L’appel d’offres avait débuté avant l’incendie de la cathédrale.

Adoptée en procédure accélérée, une loi ad hoc, a été votée en première lecture par l’Assemblée nationale pour gérer la collecte de dons en faveur de la restauration de la cathédrale. Elle prévoit incidemment que le gouvernement sera autorisé à prendre par ordonnance toute mesure dérogatoires
- 1° « Aux règles en matière d’urbanisme, d’environnement, de construction et de préservation du patrimoine, en particulier en ce qui concerne la mise en conformité des documents de planification, la délivrance des autorisations de travaux et de construction, les modalités de la participation du public à l’élaboration des décisions et de l’évaluation environnementale, ainsi que l’archéologie préventive ;
- 2° Aux règles en matière de commande publique, de domanialité publique, de voirie et de transport.
 »

Le projet immobilier prévoit quant à lui la construction d’un réseau de tunnels qui permettra aux touristes d’accéder à la crypte de Notre-Dame, mais surtout de désengorger la circulation sur l’île.

L’objectif final est de transformer l’île d’une cité administrative en la plus fréquentée des zones touristiques en Europe.

Sur le même sujet : « L’enjeu caché de la restauration de Notre-Dame », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 27 avril 2019.

https://www.voltairenet.org/article206522.html

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RÉCIT : L’HISTOIRE (OCCULTÉE) DES ESCLAVES EUROPÉENS EN TERRE D’ISLAM

RÉCIT : L’HISTOIRE (OCCULTÉE) DES ESCLAVES EUROPÉENS EN TERRE D’ISLAM


Le bruit métallique d’un char rompit le silence. Dissimulé aux regards par les énormes remparts, il annonçait son arrivée avec force cliquetis et grincements à travers les jardins du palais, et franchit la porte des Vents dans un grondement sourd de pas et de roues.

Sur le champ de manœuvres, personne ne bougea. Les gardes impériaux se tenaient au garde-à-vous, rigides, leurs cimeterres damasquinés étincelant au soleil. Les courtisans étaient prosternés à côté d’eux, leurs robes théâtralement étalées sur le marbre. Seul le vizir, qui transpirait sous sa peau de léopard, osa essuyer la sueur qui perlait à son front.

Le silence s’intensifia à l’approche du char. Un cri furieux s’éleva, suivi par le claquement d’un fouet. Le vacarme redoubla soudain, se répercutant dans les couloirs et les cours du palais. Quelques secondes plus tard, Moulay Ismaïl, sultan du Maroc, pénétrait sur le champ de manoeuvres sur son char doré, tiré non par des chevaux mais par un attelage d’épouses et d’eunuques.

Ces malheureux avancèrent en titubant jusqu’au groupe de courtisans avant de relâcher leur pression sur les rênes. Le sultan sauta à terre, et deux Noirs superbement bâtis entrèrent en action. Le premier, tout en murmurant des obséquiosités, chassait les mouches qui s’approchaient de la personne sacrée de Moulay Ismaïl. L’autre, un jeune garçon âgé de 14 ou 15 ans, protégeait le sultan du soleil en faisant tournoyer au-dessus de lui un parasol de chintz.

Tel était le rituel accompagnant d’ordinaire une audience avec le grand Moulay Ismaïl, qui exigeait de ses sujets une déférence absolue et un respect pointilleux de l’étiquette. Cependant, en ce matin étouffant de 1716, le sultan remarqua à peine les courtisans à plat ventre dans la poussière, car son regard était attiré par un groupe d’Européens en haillons qui se tassaient les uns contre les autres dans un coin de la cour. 52 Anglais, pieds nus et meurtris, se tenaient là, dans une stupéfaction muette. Enlevés en mer par les corsaires de Barbarie et forcés de marcher jusqu’à la capitale impériale, ils étaient sur le point d’être vendus comme esclaves.

Leur histoire allait soulever l’indignation et l’horreur dans leur pays natal ; elle témoignerait de l’impuissance totale du gouvernement et de la marine britanniques. Pourtant la capture de ces hommes n’était ni unique ni inhabituelle ; depuis plus d’un siècle, le commerce des esclaves blancs venus de toute l’Europe et des colonies nord-américaines détruisait des familles et des vies innocentes.

L’un des hommes récemment capturés, le capitaine John Pellow, du Francis, avait été averti des périls de son voyage en Méditerranée. Pourtant, avec une audace caractéristique, il avait fait fi du danger et quitté la Cornouailles à destination de Gênes pendant l’été 1715. Son équipage de six hommes comprenait son jeune neveu, Thomas Pellow, qui n’avait que onze ans quand il avait fait ses adieux à ses parents et à ses sœurs. Bien des années devaient s’écouler avant que les parents reçoivent des nouvelles de leur malheureux fils.

Deux autres navires furent capturés le même jour.

Le capitaine Richard Ferris du Southwark avait tenté de venir en aide à l’équipage du Francis, mais avait été lui aussi la proie des corsaires, de même que le George, qui rentrait en Angleterre. Les équipages terrifiés de ces trois navires étaient à présent rassemblés dans la cour du palais.

« Bono, bono », s’écria le jovial sultan en inspectant ses esclaves. Il passa devant la rangée d’hommes, palpant leurs muscles et jaugeant leurs forces. Les captifs étaient encore choqués par le traitement auquel ils avaient été soumis en arrivant dans la ville impériale de Meknès. Une foule d’habitants s’étaient bousculés aux portes du palais pour les insulter, les « abreuvant des plus viles injures[…]et de coups violents ».

Le sultan, indifférent à leurs craintes et anxiétés, fut satisfait de voir que ces marins aguerris étaient en bonne forme physique, et qu’il pouvait espérer tirer d’eux de nombreuses années de servitude. Il s’arrêta un instant devant Thomas Pellow, intrigué par l’attitude digne du garçon. Il marmonna quelques mots à ses gardes, et le jeune Pellow fut sorti des rangs et mis à l’écart.

Tandis que ses compagnons étaient emmenés par un meneur d’esclaves noir, Pellow pria pour que son cauchemar prenne fin bientôt. En réalité, il était devenu un des esclaves blancs oubliés d’Afrique du Nord. Pour lui, vingt-trois ans de captivité commençaient.

Je me rendis à Meknès au printemps 1992, alors que la vallée de la Boufekrane était tapissée de menthe sauvage et que la petite rivière débordait d’eau glacée. Mon compagnon de voyage appartenait à un autre monde : c’était un religieux du XVIIIe siècle, dont le récit coloré décrivait la cité à son apogée. Le minuscule volume — relié, comme il convenait, en maroquin façonné — évoquait une ville d’une grandeur sans pareille, mais révélait aussi une histoire infiniment plus sombre.

À l’époque du voyage de cet homme, le palais impérial de Meknès était l’édifice le plus vaste de l’hémisphère nord. Ses remparts crénelés s’étendaient sur des kilomètres, renfermant collines et prairies, vergers et jardins d’agrément, et ses fortifications dominaient la vallée. Cette imprenable forteresse était conçue pour résister à l’armée la plus puissante de la terre. Chacune de ses portes était protégée par une division d’élite de la garde noire impériale.

Les proportions du palais étaient telles qu’il finit par être désigné tout simplement comme Dar Kbira, Le Grand. Pourtant Dar Kbira ne constituait qu’un élément d’un immense complexe. Cinquante autres palais, tous reliés les uns aux autres, abritaient les deux mille concubines du sultan. Il y avait des mosquées et des minarets, des cours et des pavillons. Les écuries du palais étaient de la taille d’une ville moyenne ; les casernes logeaient plus de dix mille fantassins. Dans le vaste Dar el-Makhzen — une autre ville-palais — vizirs et eunuques tenaient leur cour et fomentaient des intrigues. Les célèbres jardins suspendus, toujours en fleurs, rivalisaient avec la folie de Nabuchodonosor à Babylone.

Le père Jean de la Faye n’avait jamais rien vu de pareil, et il décrit avec émerveillement les portes de bronze moulé en fantastiques arabesques, les colonnes de porphyre étincelant au soleil, la perfection géométrique des mosaïques ornant les cours — un clair-obscur étourdissant de cobalt et de blanc. Il y avait des dalles de jaspe et de marbre de Carrare, des damas coûteux et des chevaux richement caparaçonnés. Le stuc mauresque était le plus extraordinaire ; sculpté et façonné en nid d’abeille, il semblait dégouliner des coupoles en stalactites d’une blancheur immaculée.

Chaque centimètre carré de mur, chaque niche, et chaque ouverture était magnifiquement ornée. Les vitraux azur, vermillon et vert d’eau étaient d’une beauté époustouflante, conçus pour saisir et refléter le resplendissant soleil d’Afrique. Dans les heures qui précédaient le crépuscule, ils projetaient des hexagones multicolores sur le marbre des dalles.

Les portes du palais arboraient l’emblème du soleil, poussant les visiteurs à se demander si le sultan essayait de rivaliser avec son contemporain, Louis XIV, le Roi-Soleil. En réalité, le sultan mégalomane nourrissait un rêve bien plus ambitieux que le château de Versailles récemment édifié. Sa vision était celle d’un palais qui s’étendrait de Meknès à Marrakech — une distance de quatre cent cinquante kilomètres.

Trois siècles de soleil et de pluie ont laissé leurs marques sur cet immense édifice construit en pisé, un mélange de terre et de chaux. Les vents de l’Atlas ont balayé les murs roses, les réduisant par endroits en tas de poussière. Des arches brisées gisent sur le sol, et des tours décapitées s’élèvent çà et là. Le tremblement de terre de 1755 provoqua les plus grands dégâts, détruisant en l’espace de quelques minutes ce qu’on avait mis des décennies à construire. Des plafonds en cèdre furent arrachés à leurs poutres, le stuc s’effrita et s’effondra. Des pans entiers du palais s’écroulèrent, écrasant meubles et antiquités. La cour, prise de panique, s’enfuit pour ne jamais revenir. Les ruines impériales, réduites à un pitoyable méli-mélo d’appartements à ciel ouvert, furent rapidement colonisées par les pauvres et les déshérités de Meknès.

J’entrai dans la cité par Bab Mansour, la plus impressionnante des portes de cérémonie de Meknès. Elle s’ouvrait sur un univers de géants, où les remparts dominaient les palmiers et où les cours étaient aussi vastes que le ciel. Une deuxième arche menait à une troisième, qui débouchait sur une série de ruelles. Ces passages labyrinthiques, tapissés de câbles et de fils de téléphone, me plongèrent au cœur du palais. Encore aujourd’hui, des gens — à vrai dire, des familles entières — vivent dans les décombres de Dar Kbira. Des portes d’entrée ont été creusées dans les remparts, et des fenêtres ouvertes dans le pisé. D’anciens appartements sont devenus des chambres à coucher ; des cours sont jonchées de fragments de marbre.

Je me glissai à travers une brèche dans la muraille et me trouvai dans un nouvel enchevêtrement de ruines. Une colonne de porphyre fracassée, jetée là comme du vulgaire bric-à-brac, était à demi recouverte de détritus. Un motif d’acanthe trahissait son origine romaine. Sans doute avait-elle été pillée dans la cité voisine de Volubilis.

Je me demandai si ce quartier perdu avait été autrefois le sérail interdit, dont le plafond en verre avait justement été soutenu par de telles colonnes. Des chroniqueurs arabes parlent de ruisseaux de cristal et de fontaines chantantes, de bassins en marbre sculpté où nageaient des poissons de couleur vive. M’arrêtant un moment dans cette pièce sans toit, je ramassai une poignée de terre fraîche. La poussière glissa entre mes doigts, laissant derrière elle un résidu précieux : une multitude de fragments de mosaïque — étoilés, oblongs, carrés et en losange.

D’après le religieux qui était mon guide, ces éclats minuscules témoignaient de l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire de l’humanité. Dans ce palais monumental, toutes ces mosaïques vernissées à la main, toutes ces colonnes aujourd’hui fracassées, tous ces pans de rempart étaient le fruit du labeur d’une armée d’esclaves chrétiens. Fouettés par des gardes noirs, détenus dans d’affreuses conditions, ces captifs misérables étaient forcés de travailler à ce qui devait être le plus ambitieux projet de construction au monde. Les hommes s’échinaient quinze heures par jour et souvent la nuit aussi. Quant aux femmes, leur sort était plus affreux encore. Enfermées au sérail et converties de force à l’islam, elles avaient le douteux honneur de satisfaire les caprices sexuels du sultan.

Le Maroc n’était pas le seul endroit en Afrique du Nord où des Blancs étaient esclaves. Alger, Tunis et Tripoli possédaient eux aussi des marchés aux esclaves florissants, où des milliers d’hommes, femmes et enfants étaient humiliés avant d’être vendus au plus offrant. Ces malheureux venaient de toute l’Europe — d’aussi loin que le Groenland et la Grèce, la Suède et l’Espagne. Beaucoup avaient été capturés en mer par les tristement célèbres corsaires de Barbarie. Beaucoup d’autres avaient été arrachés à leurs foyers lors d’attaques-surprises.

Près de six ans devaient s’écouler avant que je commence à chercher des documents écrits sur les corsaires de Barbarie. J’avais imaginé que de telles archives — à supposer qu’elles aient jamais existé — avaient disparu depuis longtemps. Mais il s’avéra peu à peu que beaucoup de lettres et de journaux avaient survécu. Il y avait des descriptions poignantes relatant l’horreur des travaux forcés, et des récits terrifiants d’audiences avec le sultan du Maroc. Il y avait des évocations angoissées de l’humour macabre des marchands d’esclaves et des pétitions de «veuves d’esclaves » qui suppliaient qu’on leur accorde pitié et réconfort. Je trouvai même des missives rédigées par le sultan lui-même — des tracts grandiloquents exigeant que les rois d’Angleterre et de France se convertissent à l’islam.

Beaucoup de ces récits n’existent que dans des manuscrits. L’extraordinaire journal de John Whitehead, esclave britannique à Meknès, n’a jamais été publié. D’autres furent imprimés en quantité si faible que seuls quelques exemplaires ont survécu. Un très rare volume par le père français Jean de la Faye se trouve au St Anthony’s College d’Oxford.

Les témoignages les plus fascinants sont ceux qui ont été écrits par les esclaves eux-mêmes. L’histoire de l’esclavage blanc est celle d’individus happés par un cauchemar qui les dépasse. Le plus souvent, ils terminaient leur vie dans une atroce captivité, mais certains eurent la chance d’échapper aux griffes de leurs propriétaires. Pour ceux qui parvinrent à regagner leur pays natal, traumatisés par leurs épreuves et sans ressources, écrire et publier leur histoire les aidait à surmonter le passé, à se réintégrer dans une société dont ils s’étaient crus à jamais exclus, et leur donnait un moyen de subsister. Tous avaient connu des expériences affreuses, et ils laissèrent des récits qui sont toujours aussi émouvants aujourd’hui. La lecture en est rarement agréable, pourtant ils sont parfois éclairés par des actes d’héroïsme et de générosité. Un geste de gentillesse de la part d’un garde ; l’étreinte chaleureuse d’un prêtre. De tels gestes rappelaient aux captifs qu’ils faisaient encore partie de l’humanité.

Un des récits les plus remarquables de l’esclavage blanc concerne Thomas Pellow et ses camarades du Francis. Pellow fut le témoin des splendeurs barbares de la cour impériale du sultan Moulay Ismaïl et fit personnellement l’expérience de la cruauté de ce monarque rusé et terrifiant. Mais son histoire allait s’avérer bien plus extraordinaire que celle d’un simple observateur. En tant qu’esclave personnel du sultan, Pellow se trouva bien malgré lui au coeur des intrigues de la cour. Nommé gardien du sérail impérial, il mena aussi des soldats-esclaves sur le champ de bataille et prit part à une périlleuse expédition de chasse aux esclaves en Afrique équatoriale. Il fut torturé et converti de force à l’islam. Par trois fois, il tenta de s’évader ; deux fois il fut condamné à mort.

Le récit de Pellow est truffé de personnages hauts en couleur, eunuques arrogants, surveillants d’esclaves brutaux, bourreaux impériaux et vils pirates. Au centre de l’histoire se trouve la figure dominante de Moulay Ismaïl, qui, au fil de son long règne, devint de plus en plus obsédé par son opulent palais.

On crut longtemps que les Adventures de Pellow — remaniées pour la publication par un éditeur de Grub Street — n’avaient qu’un lien ténu avec la réalité. Il est maintenant clair que tel n’est pas le cas. Les premiers chapitres sont corroborés par les lettres écrites par ses camarades du Francis, tandis que les derniers concordent avec les témoignages des consuls européens qui le rencontrèrent au Maroc. Les chroniques de Muhammad al-Qadiri révèlent que le récit fait par Pellow de la guerre civile marocaine est remarquable de précision. Ses révélations sur la vie à Meknès sont également confirmées par les sources marocaines. Ahmad al-Zayyani et Ahmad ben Khalid al-Nasari peignent un tableau similaire de la vie dans la capitale impériale.

À l’époque où Thomas Pellow et ses camarades furent capturés, la population esclave d’Afrique du Nord avait diminué, mais les conditions étaient toujours aussi épouvantables. Presque tous les pays d’Europe étaient affectés par ce qui devait être une des dernières grandes vagues de l’esclavage blanc, dont l’histoire avait commencé presque quatre-vingt-dix ans plus tôt, par une série de raids spectaculaires des corsaires de Barbarie au cœur même de la chrétienté.

Giles MILTON

In Captifs en Barbarie, éditions Petite Bibliothèque Payot, 9,50 €

Spécialiste de l’histoire des voyages, Giles Milton aborde un chapitre méconnu des relations entre l’Europe et l’Afrique du Nord aux XVIIe et XVIIIe siècles : le cruel destin des Occidentaux capturés en mer par les corsaires de Barbarie puis vendus comme esclaves sur les grands marchés d’Alger, Tunis ou Salé. Pour se faire, Milton narre les incroyables aventures de Thomas Pellow qui à l’âge de onze ans, en 1715, quitte sa Cornouailles natale afin de sillonner la Méditerranée comme mousse. Son navire investi, il devient l’esclave de Moulay Ismaïl, terrible souverain marocain, et doit se convertir à l’islam. Mais son ingéniosité attire l’attention du sultan, qui va lui confier la garde de son harem ainsi que des missions militaires. Plus de 20 ans après sa capture, Pellow parviendra à s’évader et sera l’un des rares esclaves européens survivants à pouvoir raconter son histoire.

 

Les Révoltés d’Athènes de Mathilde Tournier | 18 avril 2019

Les Révoltés d’Athènes de Mathilde Tournier | 18 avril 2019

Au 5ème siècle avant J.C., au bout d’une guerre interminable, la puissante flotte d’Athènes est réduite en cendres par l’armée de Sparte. Rescapé du massacre, le bel Héraclios, citoyen de vingt-deux ans, rentre chez lui, au Pirée, où l’attendrent sa mère et sa sœur Myrto. La cité est méconnaissable : vide, paralysée par la faim, le froid, et bientôt assiégée par les Spartiates. Pour survivre, défendre les siens et protéger la démocratie de la tyranie des Trente, Héraclios est prêt à tout.

Chronique : Ce roman court et intense a pour volonté de nous faire revivre une période agité de la grande cité grec et y parvient plutôt bien.
Le moins que l’on puisse dire est qu’il ne faisait pas bon d’être un citoyen d’Athènes à cette époque. Entre les spartes qui rêvent de mettre à sac votre ville et les aristocrates de votre propre cité qui ne pensent qu’à leurs intérêts, le petit peuple à du souci à se faire pour tenter de survivre à ces temps agités.
L’auteur s’engage à nous faire revivre une période trouble qui s’étale sur sept ans, le tout en moins de trois cent pages. Forcément avec un tel parti pris certains aspects ne sont que survolés, la caractérisation des personnages auraient demandé à être un peu plus étoffé, les élipses temporelles sont nombreuses et parfois mal annoncées malgré le côté mémoires du récit.
Surtout il aurait été agréable que l’auteur detaille un peu plus le contexte politique qui a conduit Athènes à se retrouvé dans une telle situation, même si l’on arrive très bien à comprendre les enjeux de la situation, cela aurait pu être l’occasion d’enrichir le background de l’œuvre.
Cependant à l’heure des sagas historique ou fantastique interminable, dont les péripéties s’étalent sur des années de publication, il est bon de pouvoir savouré une histoire sans avoir à attendre la suite pendant une demi-décennie.
On peut ajouter que l’auteur s’y entend pour faire revivre une société grec disparu, que ce soit en nous faisant partager les vote lors de l’assemblé démocratique à l’agora ou en nous plongeant dans le quotidien difficile des habitants du Pirée.
Un récit qui plaira non seulement à tous les adolescents féru d’histoires mais aussi à tout ceux qui aiment suivre des destins extraordinaires.

Note 8,5/10
Chronique de Christophe C.

 

  • Broché: 240 pages
  • Editeur : Gallimard Jeunesse (18 avril 2019)
  • Collection : Scripto
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2075126186

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https://wordpress.com/read/blogs/104603585/posts/35777

« Je salue toujours les tours de Notre-Dame quand je flâne à leurs pieds. 

L’hommage de Sylvain Tesson aux tours de Notre-Dame

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France Inter

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April 17 at 2:05 PM

« Je salue toujours les tours de Notre-Dame quand je flâne à leurs pieds.
Je leur rends bien modestement, par ces lignes, le bienfait qu’elles m’offrirent. »
L’hommage de Sylvain Tesson aux tours de Notre-Dame

https://blogelements.typepad.fr/

Mon week-end au Haut-Karabakh

Mon week-end au Haut-Karabakh

par Xavier Monthéard, 24 avril 2019
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Ancien codex arménien, musée de la cathédrale Saint-Sauveur d’Ispahan, en Iran.
© baroug

On commençait à s’ennuyer, dans le cassetin des correcteurs. Enfin, cassetin… Qu’on n’imagine pas une alcôve retirée, un repaire de Pères et Mères la Virgule où fuseraient à la cantonade autant de reparties — forcément brillantes — que de questions de syntaxe et d’orthotypographie, entre deux verres de rouge… J’ai connu de tels lieux. Ils n’existent plus. À présent nous révisons les textes des journalistes à leurs côtés, dans l’open space. Chacun devant son écran. Ici comme dans toutes les rédactions de France et de Navarre… avec l’inestimable compensation que le contenu des articles permet d’oublier la vie de bureau.

Pour un vendredi après-midi touchant à sa fin, le papier que j’entamais, donc, manquait de peps. Trop technique. L’extraction des matières premières en Arménie, déjà, il faut avoir envie… Mais traitée comme un article des Échos, en chiffres et mécanismes financiers : ma hantise. À moitié résigné, mon cerveau menaçait de se mettre en mode correction automatique. Pas de ça, Lisette ! Pour repartir d’un meilleur œil, je suis revenu aux premières lignes de l’article. Et j’ai regardé de plus près ce mot « Lorri » qui désignait une région du pays. En consultant l’oracle Internet, j’ai lu : « Lorri, Lori ou Lorê (en arménien Լոռի) », etc. Trois graphies possibles !?! Laquelle choisir, alors ?

(Ne pense pas, lecteur, que l’auteur de l’article aurait pu apporter une réponse satisfaisante à cette question. En l’espèce, le spécialiste de l’extractivisme était danois. De toute façon, un correcteur ne croit pas un journaliste sur parole. Il ne fait même pas confiance à un autre correcteur. Et pas toujours à lui-même.)

Comme un vieux chien de chasse réveillé par le fumet d’un printanier lapin de garenne, j’ai frétillé. Je n’avais jamais réfléchi à la transcription des noms propres arméniens ! Une erreur impardonnable, qu’il m’était donné de réparer. Chance supplémentaire, l’alphabet en usage à Erevan paraissait merveilleusement opaque. Peu de contrastes entre ses trente-huit lettres, hastes et hampes rares, symétries piégeuses…

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Alphabet arménien en majuscules et minuscules, cc M. Adiputra.

Ma joie n’a plus connu de bornes quand j’ai compris qu’il n’existe pas de romanisation officielle de l’arménien. C’est-à-dire qu’aucun organisme international n’a autorité pour imposer que telles lettres arméniennes soient transcrites par telles lettres latines (ou romaines ; notre alphabet, quoi ! il faut faire un effort, lecteur).

La tâche s’annonçait limpide. Primo, déchiffrer cette écriture surgie du fin fond du Ve siècle. Secundo, comparer ses transcriptions concurrentes. Tertio, en choisir une adaptée à la langue française et concordant avec les pratiques du Monde diplomatique. (Recopier paresseusement les graphies majoritaires sur Internet aboutit mécaniquement à entériner des choix faits pour les anglophones… une « romanisation unique » qui n’est que ruine de l’âme — oui, j’exagère.)

L’article retrouvait son attrait. Il convenait certes de s’acquitter de sa correction. Mais l’aventure serait ailleurs. Elle allait même me tenir en haleine, fait imprévu, pendant le week-end. Bibliothèque de la rue Buffon, rayons langues des librairies, Internet : la documentation foisonnait. Comment faire sentir le plaisir pris à distinguer les variantes occidentale et orientale de l’arménien, à admirer ses graphèmes intelligemment adaptés à la notation d’un système phonétique quasi idéal (une lettre = un phonème) ? À ces émotions s’ajoutait le charme qui émanait d’une culture jalouse de ses particularismes. N’avait-elle pas résisté aux écritures arabe, latine et cyrillique ? Décidément, ce peuple méritait qu’on fasse à ses noms propres la politesse d’une naturalisation en bonne et due forme.

Le lundi matin, j’étais prêt à raconter à qui voulait l’entendre cette épopée en fauteuil et, moderne Champollion, à pavoiser d’un « Je tiens l’affaire ! ». Les collègues abordés m’ont sagement fui. Mais l’un d’entre eux, qui avait effectué des reportages dans la région, a prêté une oreille attentive. Puis m’a lancé malicieusement : « D’après tes conclusions, ce serait plutôt “Haut-Karabagh” que “Haut-Karabakh”, alors… » Je n’ai pu que m’incliner, anéanti. Depuis 1991 en effet, nous alignant sur la couverture que la presse internationale fait du conflit qui s’y déroule, nous avions écrit cent treize fois « Haut-Karabakh ». Et cette graphie-là, pas question de la changer.

Compléments

 La fiche « arménien » sur TypoDiplo.
 L’article de Philippe Descamps, « État de guerre permanent dans le Haut-Karabakh », Le Monde diplomatique, décembre 2012.
 Le troisième chapitre de la deuxième partie de la thèse de Sylvia Topouzkhanian, « La langue arménienne aujourd’hui », intitulé « L’appropriation simultanée de deux langues écrites (français et arménien) de la grande section de maternelle au cours élémentaire première année », Université Lyon-II, 2002.
 La carte de Cécile Marin, « Géopolitique des écritures », Le Monde diplomatique,août 2017.

Les USA et la Chine tomberont-ils dans le piège de Thucydide ?

Les USA et la Chine tomberont-ils dans le piège de Thucydide ?

By: GONZOfoto – CC BY 2.0

Les rapports de force entre la Chine et les États-Unis ne sont pas sans rappeler les affrontements entre Athènes et Sparte. Quels éclaircissements pouvons-nous en tirer pour notre époque ?

Par Aliénor Barrière.

Avant que Donald Trump ne parte à l’assaut de l’Amérique à grands coups de « Make America great again », un autre homme a porté cette ambition pour son pays. Il s’agit de Xi Jinping.

Pour ce faire, il a annoncé des objectifs très clairs et des délais : en 2025, la Chine convoite la place de puissance dominante sur les principaux marchés dans dix technologies de pointe, notamment l’intelligence artificielle et les ordinateurs quantiques. En 2035, la Chine prévoit d’être le leader en innovation dans toutes les technologies de pointe. Et en 2049, pour les cent ans de la République populaire de Chine, d’être numéro un mondial, point. Ce qui inclut notamment l’armée populaire de libération, à laquelle Xi Jinping a demandé de se préparer à « une lutte militaire globale qui sera une nouvelle base de départ ». Tout un programme, donc.

Ainsi, alors que les États-Unis vivent leur identité de leader mondial depuis un demi-siècle, l’équilibre entre les puissances pourrait être remis en cause par la volonté d’un homme ? Quoi qu’on en pense, Xi Jinping se donne largement les moyens de ses ambitions en impulsant à son pays une des plus formidables croissances que notre Histoire ait connu : entre 1978 et 2014, le nombre de Chinois vivant avec moins de deux dollars par jours est passé de 9 sur 10 à moins de 1 sur 100.

Un progrès spectaculaire que viennent encore accroître de nombreuses prouesses technologiques, et qui se répercute directement sur le PIB : en 2004, le PIB chinois représentait la moitié de celui des États-Unis. En 2014, il l’égalait, et en 2024, si la Chine maintient sa trajectoire, elle les dépassera de 50 %.

On se retrouve donc avec une puissance américaine solidement ancrée sur la surface du globe, et une puissance chinoise qui lui impose sa renaissance à marche forcée. L’issue d’un tel enchaînement a été théorisée par Thucydide, c’est la guerre.

LA DYNAMIQUE DU PIÈGE DE THUCYDIDE

Le politologue Graham Allison a inventé l’expression « piège de Thucydide » pour exprimer ce phénomène polémologique : « Le piège de Thucydide est une dynamique dangereuse qui se met en place quand une puissance montante menace de remplacer une puissance hégémonique, comme Athènes, ou l’Allemagne il y a cent ans, ou la Chine aujourd’hui, et son impact sur Sparte, ou la Grande-Bretagne il y a cent ans, ou les États-Unis aujourd’hui ».

Effectivement, sous bien des aspects, l’Athènes de Périclès présente des similitudes frappantes avec la Chine de Xi Jinping. Un pouvoir aux mains d’un seul homme, qu’il soit Président ou Premier des citoyens. Les volontés du peuple réduites à peau de chagrin, que ce soit dans un État autoritaire ou dans un système politique basé sur l’esclavage qui ne compte que 14 240 citoyens pour 400 000 Athéniens.

Car il ne faut pas oublier que la démocratie athénienne n’avait de démocratie que le nom ; Périclès ne disait-il pas : « Cet Empire vous ne pouvez pas y renoncer, même si actuellement, par crainte et amour du repos, vous accomplissez cet acte héroïque. Considérez-le comme une tyrannie : s’en emparer peut paraître une injustice, y renoncer constitue un danger » ?

L’ÉMERGENCE INQUIÉTANTE D’UNE PUISSANCE

Et bien entendu, la similitude qui nous intéresse le plus aujourd’hui : l’ascension et l’ambition fulgurante d’une puissance. Celle d’Athènes a été portée par Périclès qui voulait en faire l’école de la Grèce. À la fin des guerres médiques, les cités grecques formèrent la Ligue de Délos afin d’affranchir les cités encore aux mains des Perses et de se protéger de toute nouvelle attaque de leur part. Cette organisation militaire de défense repose sur une flotte commune.

Athènes ayant la flotte la plus importante, elle avait le commandement des opérations militaires, et donc la libre disposition des finances. Comme de nombreuses cités n’avaient pas de bateaux de qualité suffisante à apporter à la Ligue, elles remplacèrent l’apport de navires par le versement d’un tribut à Athènes. Peu à peu, seule cette dernière et trois autres cités (Samos, Chios et Lesbos) s’acquittèrent de leur contribution en navires. Les cent cinquante autres étaient devenues tributaires de la cité de Périclès.

Ce dernier décida alors de transférer à Athènes le trésor de la Ligue, qui était auparavant sur l’île sacrée de Délos. Dès ce moment-là, Périclès entreprit des travaux colossaux dans sa cité, dont le plus bel exemple est bien sûr le Parthénon, qu’André Bonnard voit comme ce qui lie indissolublement sa politique de grands travaux à la nécessité d’exploiter les Grecs de l’Empire pour en faire les frais. Aux récriminations des uns et des autres, Périclès répondait que tant qu’Athènes garantissait une protection efficiente sur la mer Egée, elle était libre de disposer à son aise des fonds versés par les autres cités.

UN RAPPORT DE FORCE INTENABLE ?

Cette utilisation des tributs, ainsi que les répressions sanglantes de Périclès sur les cités qui cherchèrent à se délier de lui, entraîna une inquiétude croissante chez les Lacédémoniens, qui arriva à son comble lorsque Périclès révéla son projet d’union panhellénique, vers 446 avant Jésus-Christ. Ils refusèrent de participer au congrès, car sa convocation par Athènes impliquait de fait sa suprématie.

Pour Thucydide, c’est bien « l’essor d’Athènes et la crainte qu’elle a instillé à Sparte qui ont rendu la guerre inévitable ». Périclès lui aurait sûrement donné raison, lui qui haranguait les Athéniens ainsi : « Convaincus que le bonheur est dans la liberté et la liberté dans le courage, regardez en face les dangers de la guerre ».

Graham Allison a donc observé les cinq derniers siècles, et a identifié seize situations où une puissance hégémonique est concurrencée par une puissance émergente. Dans douze cas, cet état de fait a entraîné la guerre. Il remarque également que généralement les deux États ne souhaitent pas la guerre ; c’est toujours un élément tiers qui joue le rôle de détonateur, conduisant mécaniquement les puissances à l’affrontement. En Grèce, ce fut par des cités telles que Mégare, il y a cent ans par l’assassinat de l’Archiduc Frantz Ferdinand et aujourd’hui, le nord-coréen Kim Jong-Un pourrait tout à fait jouer ce rôle.

Malgré les efforts répétés de Donald Trump pour enrayer ce détonateur, les relations américano-coréennes se sont heurtées à un mur lorsque la question de la dénucléarisation du pays asiatique a été abordée lors du sommet de Hanoï. C’est donc vers l’ancien « pays frère » russe que Kim Jong-Un se tourne aujourd’hui, asseyant encore davantage la Russie dans le grand concert des Nations.

À l’heure du redéploiement des États sur la scène internationale, faut-il alors suivre Xi Jinping et créer une nouvelle forme de relation entre les grandes puissances ? Écoutons une ultime recommandation de Thucydide : « Mettez le bonheur dans la liberté, et la liberté dans la vaillance ».

 

Les USA et la Chine tomberont-ils dans le piège de Thucydide ?

https://www.contrepoints.org/2019/04/26/342494-les-usa-et-la-chine-tomberont-ils-dans-le-piege-de-thucydide

Les USA et la Chine tomberont-ils dans le piège de Thucydide ?

 

L’Empire du mensonge : Comment nous nous effondrons de la même manière que l’Empire romain.

L’Empire du mensonge : Comment nous nous effondrons de la même manière que l’Empire romain.

Par Ugo Bardi – Le 14 avril 2019 – Source CassandraLegacy

On dit parfois que le Diable est« Le Père du mensonge ». C’est une définition appropriée pour une créature qui n’existe même pas, si ce n’est comme le fruit de l’imagination humaine. Satan est un égrégore maléfique que nous avons nous-mêmes créé, une créature qui semble de plus en plus grande derrière notre actualité. La récente arrestation de Julian Assange n’est que le dernier acte d’un Empire qui semble vouloir vraiment créer sa propre réalité, un acte qui, en soi, ne serait pas nécessairement mauvais, mais qui le devient quand il implique de détruire toutes les autres réalités, y compris la seule vraie.

Note du Saker Francophone

Dmitry Orlov a aussi publié cet article avec quelques commentaires que vous retrouverez ci dessous.

Comme notre empire moderne, l’ancien empire romain s’est retrouvé dans une spirale de mensonges dont il n’a jamais pu sortir : les Romains n’ont jamais trouvé le moyen de concilier leurs vues avec la réalité et ce fut leur perte. Aujourd’hui, la situation semble être la même mais, dans notre cas, notre orgueil semble être beaucoup plus grand qu’à l’époque romaine. Et c’est là l’origine de ce que nous voyons. Finalement, l’Empire mondialisé finira par s’effondrer sous le poids des mensonges qu’il a créés.

Dans un premier temps, j’ai pensé commenter l’actualité récente en reproduisant un post « L’Empire du mensonge » que j’ai publié ici il y a environ un an, dans lequel je décrivais comment la transition de l’Empire romain au Moyen Âge était principalement une transition épistémologique, où il appartenait au Christianisme de rétablir la confiance que l’ancien empire avait perdue – le Moyen Âge était loin d’être « un âge sombre ». Mais, finalement, j’ai pensé publier quelque chose que j’avais à l’esprit sur la façon dont l’Empire romain et l’Empire occidental moderne suivent des trajectoires parallèles dans leur mouvement vers leurs falaises respectives de Sénèque.

Voici donc mon évaluation de l’effondrement romain, basée sur l’excellent livre de Dmitry Orlov, Les cinq étapes de l’effondrement. Juste une note : dans le livre, Orlov ne décrit pas la phase post-effondrement de l’Union soviétique qui s’est terminée avec la Russie redevenue un pays prospère et uni, comme elle l’est aujourd’hui. C’était un bon exemple du Rebond de Sénèque – il y a la vie après l’effondrement et il y aura une nouvelle vie après que l’Empire maléfique du mensonge aura disparu.

Les cinq étapes de l’effondrement de l’Empire romain

Dmitry Orlov a écrit Les cinq étapes de l’effondrement sous forme d’un article en 2008 et d’un livre en 2013. C’était une idée originale pour l’époque de comparer la chute de l’Union soviétique à celle des États-Unis. En tant que citoyen américain né en Russie, Orlov a pu comparer en détail les deux empires et noter les nombreuses similitudes qui ont conduit les deux à suivre la même trajectoire, même si le cycle de l’empire américain n’est pas encore terminé.

Pour renforcer l’analyse d’Orlov, je pensais pouvoir appliquer les mêmes cinq étapes à un empire plus ancien, l’Empire romain. Et, oui, les cinq étapes s’appliquent bien aussi à ce cas ancien. Alors, voici mon point de vue sur le sujet.

Pour commencer, une liste des cinq étapes de l’effondrement selon Orlov.

  • Étape 1 : Effondrement financier.
  • Étape 2 : Effondrement commercial.
  • Étape 3 : Effondrement politique.
  • Étape 4 : Effondrement social.
  • Étape 5 : Effondrement culturel.

Voyons maintenant comment ces cinq étapes se sont déroulées pendant la chute de l’Empire romain.

Étape 1 – Effondrement financier (IIIe siècle après J.-C.). Le système financier de l’Empire romain n’était pas aussi sophistiqué que le nôtre, mais, tout comme notre civilisation, l’Empire était basé sur l’argent. L’argent était l’outil qui gardait l’État uni : il servait à payer les légions et les bureaucrates et à faire en sorte que le système commercial approvisionne les villes en nourriture. La monnaie romaine était une marchandise physique : elle était basée sur l’argent et l’or, et ces métaux devaient être extraits. C’était le contrôle romain sur les riches mines d’or du nord de l’Espagne qui avait créé l’Empire, mais ces mines ne pouvaient pas durer éternellement. À partir du 1er siècle, le coût de l’exploitation minière des veines épuisées est devenu un fardeau de plus en plus lourd. Au IIIe siècle, le fardeau était trop lourd à porter pour l’Empire. Ce fut l’effondrement financier dont l’Empire n’a jamais pu se remettre complètement.

Étape 2 – Effondrement commercial (Ve siècle après J.-C.). L’Empire romain n’avait jamais vraiment été un empire commercial ni une société manufacturière. Elle était spécialisée dans la conquête militaire et préférait importer des articles de luxe de l’étranger, certains, comme la soie, venant de l’autre côté de l’Eurasie, de Chine. En plus des légions, l’Empire ne produisait que deux marchandises en grandes quantités : du grain et de l’or. De ces produits, seul l’or pouvait être exporté sur de longues distances et il disparut rapidement en Chine pour payer les importations coûteuses que les Romains avaient l’habitude d’acheter. L’autre produit, le grain, ne pouvait pas être exporté et a continué à être commercialisé à l’intérieur des frontières de l’Empire pendant un certain temps – l’approvisionnement en grain venant des greniers d’Afrique et du Proche-Orient était ce qui maintenait en vie les villes romaines, Rome en particulier. Après l’effondrement financier, les lignes d’approvisionnement sont restées ouvertes parce que les producteurs de céréales n’avaient pas d’autre marché que les villes romaines. Mais, vers le milieu du Ve siècle, les choses sont devenues si mauvaises que Rome a été saccagée d’abord par les Wisigoths en 410, puis par les Vandales en 450. Elle s’est remise du 1er sac, mais le second était de trop. Les Romains n’avaient plus d’argent pour payer le grain dont ils avaient besoin, les voies maritimes commerciales se sont complètement effondrées et les Romains sont morts de faim. C’était la fin du système commercial romain.

Étape 3 – Effondrement politique (fin du Ve siècle après J.-C.). L’effondrement politique est allé de pair avec l’effondrement commercial. Déjà à la fin du IVe siècle, les empereurs étaient devenus incapables de défendre Rome contre les armées barbares qui défilaient à travers l’empire et ils s’étaient retirés dans la sécurité de la ville fortifiée de Ravenne. Quand Rome a été mise à sac, les empereurs n’ont même pas essayé de faire quelque chose pour aider. Les derniers empereurs ont disparu à la fin du Ve siècle mais, déjà des décennies auparavant, la plupart des gens en Europe avaient cessé de se soucier de savoir s’il y avait ou non une personne pompeuse à Ravenne qui portait des vêtements violets et prétendait être un empereur divin.

Étape 4 – Effondrement social (Ve siècle après J.-C.). L’effondrement social de l’Empire d’occident s’est accompagné de la désagrégation des structures politiques et commerciales. Déjà au début du 5ème siècle, nous avons la preuve que les élites romaines étaient parties en « mode évasion » – ce n’était pas seulement l’empereur qui avait fui Rome pour se réfugier à Ravenne, les patriciens et les chefs de guerre étaient en mouvement avec des troupes, de l’argent et des disciples pour établir leurs domaines féodaux où ils pourraient. Et ils ont laissé les roturiers se défendre seuls. Au VIe siècle, l’État romain avait disparu et la majeure partie de l’Europe était aux mains des seigneurs de guerre germaniques.

Étape 5 – Effondrement culturel (à partir du VIe siècle après J.-C.). Ce fut très lent. L’avènement du christianisme, au IIIe siècle, n’a pas affaibli la structure culturelle de l’Empire, il a été une évolution plutôt qu’une rupture avec le passé. L’effondrement de l’Empire en tant qu’entité politique et militaire n’a pas tant changé les choses et pendant des siècles, les gens en Europe se sont toujours considérés comme des Romains, un peu comme les soldats japonais échoués dans des îles éloignées après la fin de la seconde guerre mondiale, (en Grèce, les gens se définissaient encore comme « Romains » au 19ème siècle). Le latin, langue impériale, a disparu en tant que langue vernaculaire, mais il a été maintenu en vie par le clergé catholique et il est devenu un outil indispensable pour l’unité culturelle de l’Europe. Le latin a gardé une certaine continuité culturelle avec l’ancien empire qui ne s’est perdue que très progressivement. Ce n’est qu’aux XVIIIe et XIXe siècles que le latin a disparu comme langue de l’élite culturelle, pour être remplacé par [le français, puis .. NdT] l’anglais de nos jours.

Comme vous le voyez, la liste d’Orlov a une certaine logique bien qu’elle doive être un peu adaptée à l’effondrement de l’Empire romain occidental. Les 5 étapes ne se sont pas succédées, il y a eu plus d’un siècle de décalage entre l’effondrement financier du 3ème siècle (étape 1) et les trois étapes suivantes qui sont arrivées ensemble : l’effondrement commercial, politique, et social. La cinquième étape, l’effondrement culturel, a été une longue histoire qui est venue plus tard et qui a duré des siècles.

Et notre civilisation ? La première étape, l’effondrement financier est clairement en cours, bien qu’il soit masqué par diverses astuces comptables. La deuxième étape, l’effondrement commercial, au contraire, n’a pas encore commencé, ni l’effondrement politique : l’Empire maintient toujours une force militaire géante et menaçante, même si son efficacité réelle peut être mise en doute. Peut-être que nous voyons déjà des signes de la troisième étape, l’effondrement social, mais, si le cas romain est un guide, ces trois étapes arriveront ensemble.

Alors, que diriez-vous de la dernière étape, l’effondrement culturel ? C’est une question pour un avenir relativement lointain. Pendant un certain temps, l’anglais restera certainement la langue universelle, tout comme le latin l’était après la chute de Rome, alors que les gens continueront à penser qu’ils vivent encore dans un monde globalisé (c’est peut-être déjà une illusion). Avec la disparition de l’anglais, tout peut arriver et quand (et si) un nouvel empire se lèvera sur les cendres de l’empire américain, ce sera quelque chose de complètement différent. Nous pouvons seulement dire que l’univers avance par cycles et que c’est évidemment ainsi que les choses doivent se passer.

Ugo Bardi


Par Dmitry Orlov – Le 16 avril 2019 – Source  Club Orlov

Dans cet article, Ugo Bardi a appliqué ma taxonomie d’effondrement à l’effondrement de l’Empire romain d’occident, et son analyse montre que la cascade canonique d’effondrement financier, commercial, politique et socioculturel a fonctionné comme prévu dans un autre cas, particulièrement célèbre. Mais cela soulève une question qui revêt une grande importance pour notre époque. L’analyse d’Ugo est exacte lorsqu’il s’agit spécifiquement de la vieille Rome et de son effondrement, sauf pour un détail crucial. La vieille Rome ne s’est pas seulement effondrée, elle a été abandonnée, puis, deux siècles plus tard, elle a disparu.

Un événement assez significatif s’est produit le 11 mai 330 de notre ère. Ce jour-là, la vieille Rome (celle d’Italie) a cessé d’être la capitale de l’Empire romain. Ce jour-là, l’empereur Constantin Ier transféra la capitale vers la Nouvelle Rome (Νέα Ῥώμη), anciennement connue sous le nom de Byzance et informellement appelée Constantinople jusqu’en 1930, année où elle fut officiellement rebaptisée İstanbul. C’était la ville la plus grande et la plus prospère d’Europe tout au long du Moyen Âge et elle reste aujourd’hui encore la plus grande ville d’Europe (la deuxième plus grande est Moscou, parfois appelée la troisième Rome). De 330 après J.-C. au 13 avril 1204 – une période de 974 ans – elle fut la capitale de l’Empire romain, qui se scinda en Orient et en Occident en 395. Puis, 81 ans plus tard, en 476 après J.-C., l’Empire romain d’occident a cessé d’exister, rendant l’appellation « orientale » plutôt superflue. En effet, les habitants de la Nouvelle Rome se sont toujours qualifiés de Romains. En 1204 après J.-C., elle fut saccagée et brûlée par les chevaliers de la Quatrième croisade (un assaut barbare, pourrait-on dire) et il est très intéressant de se demander pourquoi les Romains ne leur opposèrent aucune résistance. Nous garderons cela pour une autre fois. Constantin ne s’est pas contenté de déplacer la capitale dans une ville existante ; il a reconstruit en grande partie l’ancienne Byzance (une colonie grecque datant de 657 av. J.-C.).

Il y avait de nombreuses raisons pour la décision de Constantin de déplacer la capitale. Le nouvel emplacement était tout simplement meilleur : plus facile à défendre, entouré de provinces économiquement développées, plus proche des centres d’apprentissage et de culture et stratégiquement situé à l’intersection de plusieurs routes commerciales. Constantin fit sortir beaucoup de richesses de la Vieille Rome pour fonder sa Nouvelle Rome, puis quitta la Vieille Rome qui languit dans un état considérablement affaibli, et ne s’en remit jamais. Mais il y avait une autre raison à ce déménagement : Constantin chevauchait une vague de passion nouvelle qui avait à voir avec la propagation du christianisme, et elle l’a emmené en Méditerranée orientale où le christianisme a d’abord pris racine. C’était une décision consciente d’abandonner la vieille Rome païenne et de construire une nouvelle Rome chrétienne. Bien que les cérémonies chrétiennes et païennes y aient d’abord eu lieu, les cérémonies païennes ont rapidement été abandonnées.

La nouvelle Rome est devenue le centre de l’apprentissage chrétien, où la Bible et d’autres écrits chrétiens ont été traduits dans de nombreuses langues, dont le slave, étape essentielle dans la diffusion du christianisme en Eurasie, à l’exception de l’Europe occidentale, qui a connu un âge sombre. Là-bas, l’enseignement basé sur le latin a été maintenu à peine en vie par des moines qui travaillaient dans des scriptoria, vivants à peine eux-mêmes, taraudés par le froid, la faim et l’ennui. Le sacerdoce catholique, qui s’est fusionné en une structure autoritaire – la papauté – était désireux de maintenir la population dans l’ignorance parce que cela facilitait son contrôle et son exploitation. Au lieu de traduire la Bible dans les langues vernaculaires et d’enseigner aux paroissiens à lire, ils ont eu recours à l’enseignement de la doctrine chrétienne au moyen de dioramas sentimentalistes idolâtres. La réaction à cette répression de l’apprentissage, quand elle est arrivée, a été la Réforme protestante. Il en résulta beaucoup de massacres insensés et conduisit au développement d’une autre abomination : les interprétations littérales de la Bible par les sectes protestantes et les cultes apocalyptiques. Ainsi, la décision de Constantin de quitter la vieille Rome languissante s’est avérée très positive, nous donnant un millénaire de développement culturel à l’Est, et très négative, nous donnant l’âge des ténèbres et la guerre de Trente Ans qui ont causé la dévastation et des pertes de population en Europe occidentale.

Quel est le rapport avec les cinq étapes de l’effondrement ? Il montre que les effondrements sont des phénomènes locaux. Ailleurs, la vie continue, parfois mieux qu’avant. Les effondrements peuvent avoir des causes internes (ressources épuisées) ou externes (le monde passe à autre chose). Mais la séquence d’effondrement reste la même : ceux qui contrôlent la situation répugnent à admettre ce qui se passe et prétendent qu’il n’en est rien. Ensuite, ils sont ruinés (effondrement financier). Ensuite, ils perdent la capacité d’importer des choses (effondrement commercial). Ensuite, leurs institutions publiques cessent de fonctionner (effondrement politique). Puis la société s’effondre. Et ce n’est qu’alors, après tout cela, que les gens réalisent enfin que le problème était dans leur tête depuis le début (effondrement culturel). L’adoption rapide d’une culture meilleure et plus réfléchie est, bien sûr, une bonne idée. Une alternative est de passer par un âge sombre suivi d’une longue période de carnage sans raison.

Qu’est-ce que cela a à voir avec le monde d’aujourd’hui ? Eh bien, si vous le remarquez, il y a un pays en particulier dans le monde qui a un problème majeur : il consomme beaucoup plus qu’il ne produit. De plus, il consomme beaucoup de produits, mais la plupart de ce qu’il produit sont des services – pour lui-même – qui ont tendance à être surévalués et ne sont d’aucune utilité pour qui que ce soit d’autre, mais il compte fièrement dans son produit intérieur brut cette extase d’auto-satisfaction. Il justifie l’énorme écart entre sa production (réelle, physique) et sa consommation (réelle, physique) à l’aide d’astuces comptables, et il pense qu’il peut continuer à le faire pour toujours. Le reste du monde n’est pas d’accord, et fait connaître son mécontentement en se désengageant progressivement de ce pays. Il pourrait abandonner sa culture de surconsommation aveugle et de diffusion de la « liberté et de la démocratie » par des moyens militaires avant que les circonstances ne l’y obligent, mais il refuse de le faire, au risque d’être abandonné comme le fut la vieille Rome.

Les cinq stades de l'effondrementDmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

Source: LE SAKER FRANCOPHONE

De Notre-Dame de Paris aux Misérables, Victor Hugo est-il toujours politique ?


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Côte d’Ivoire : un roi veut participer à la reconstruction de Notre-Dame de Paris

Côte d’Ivoire : un roi veut participer à la reconstruction de Notre-Dame de Paris

Le roi de KrindjaboLe roi de Krindjabo

Le roi de Krindjabo, capitale du royaume du Sanwi, dans le sud-est du pays, a indiqué qu’il va faire un don pour la reconstruction de ce monument historique ravagé par les flammes lundi dernier.

L’émotion qui a saisi le monde entier à la vue des flammes dévorant la cathédrale Notre-Dame de Paris en France, n’a pas épargné l’Afrique, notamment la Côte d’Ivoire.

En effet, un roi ivoirien entend bien participer à l’élan de solidarité naissant afin de reconstruire ce monument historique.

Le roi de Krindjabo, capitale du royaume du Sanwi, dans le sud-est du pays, a indiqué qu’il va faire un don pour la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris, où avait été baptisé dans les années 1700, Louis Aniaba.

Ce prince local avait été emmené en France en 1687 par le chevalier d’Amon en gage de fidélité à Louis XIV.

«Je suis en pleine consultation avec mes notables. Nous allons faire un don pour la reconstruction de ce monument», a déclaré à l’AFP le roi Amon N’Douffou V.

«Les images (de l’incendie) ont troublé mon sommeil et je n’ai pas pu passer la nuit, car cette cathédrale représente un lien fort entre mon royaume (le Sanwi, un protectorat français depuis juillet 1843) et la France», a souligné le souverain du royaume akan – grand groupe ethnique qui s‘étend de la Côte d’Ivoire au Togo.

A noter que plus de 600 millions d’euros de dons et promesses de dons ont déjà été enregistrés pour reconstruire l’église en partie consumée par les flammes.

https://africtelegraph.com/cote-divoire-un-roi-veut-participer-a-la-reconstruction-de-notre-dame-de-paris/

Peter Frankopan Les Nouvelles routes de la soie et l’émergence d’un nouveau monde

Peter Frankopan

Les Nouvelles routes de la soie et l’émergence d’un nouveau monde

Traduction en Anglais

10 mars 2019 : Soline Schweisguth a rencontré à Oxford l’historien Peter Frankopan.
Professeur d’Histoire Globale à l’Université d’Oxford (Worcester College), il dirige le centre de recherches pour les études byzantines. Son livre Les Routes de la soie (traduit en français en 2017) a connu un succès mondial, notamment en Chine, en Inde et au Pakistan.
Il a publié une suite à cet essai en 2018 avec un livre en rapport avec la géopolitique contemporaine : Les Nouvelles routes de la soie, traduit en français en novembre 2018.

The Silk Roads, a New History of the World (Peter Frankopan)L’historien propose dans son premier livre une approche de l’histoire du monde centrée sur les pays le long des routes de la soie« Loin d’être en marge des affaires mondiales, ces pays sont très centraux – et ce depuis le début de l’histoire », souligne-t-il. De l’Antiquité à nos jours, depuis les premiers mouvements de christianisation jusqu’à la guerre en Irak, en passant par le développement de l’islam des VIIe et VIIIe siècles, il raconte une histoire trop souvent méconnue et remet en perspective l’histoire de l’Europe.

En novembre 2018, Peter Frankopan a publié cette fois un ouvrage intitulé Les Nouvelles routes de la Soie. Son titre reprend l’appellation donnée à la politique du président chinois Xi Jinping, qui a annoncé en 2013 sa volonté de développer les échanges commerciaux entre les pays du continent asiatique.

La Chine a ainsi investi plusieurs milliards de dollars dans des infrastructures ferroviaires et maritimes. Les discours soulignant la coopération et l’ouverture se sont accompagnés de prêts pour l’aide au développement dans de nombreux pays d’Asie et d’Afrique. Cela pourrait bien accélérer la croissance économique de ces pays, mais dans le cadre d’un néo-colonialisme inavoué… L’historien décrit et analyse la montée en puissance des pays le long des anciennes routes de la soie et un monde « dont le centre de gravité économique est en train de s’éloigner de l’ouest ». Il observe qu’« un nouveau monde est en train d’émerger en Asie, mais ce n’est pas un monde libre ».

« Tous les chemins menaient à Rome, écrit-il. Aujourd’hui, ils mènent à Pékin. »

Herodote.net : Dans Les Routes de la soie, vous recentrez l’histoire depuis l’Antiquité sur les pays le long de la route de la soie, de la Chine au Moyen-Orient. Comment ce point de vue permet-il d’enrichir une histoire traditionnellement centrée sur l’Occident?

En écrivant ce livre, je m’intéressais à trois choses. Premièrement, je voulais examiner les histoires des peuples, des cultures, des échanges, etc. qu’on oublie souvent quand on pense au passé. On s’attarde beaucoup sur Louis XIV, Henri VII, Napoléon ou Hitler. Mais on ne dit qu’un mot ou deux des Byzantins, des Ottomans, des Abbassides ou des Chola, des Khmers ainsi que des nombreuses ères et dynasties chinoises (pour ne mentionner que certains des manques les plus importants).

Peter Frankopan, né le 22 mars 1971 en Angleterre, professeur d'Histoire globale à OxfordMais deuxièmement, je voulais montrer que même l’histoire de l’Europe et de l’Occident était directement liée aux parties du monde à l’est de Venise et d’Istanbul, et auxquelles on ne prête pas attention. Je voulais montrer que même notre conception de l’histoire est trompeuse, non seulement parce qu’on oublie les autres, mais aussi parce qu’on déforme l’histoire avec de telles exclusions.

Il y a beaucoup de chercheurs qui travaillent sur les endroits du monde dont j’ai parlé, et qui sont confrontés aux problèmes de l’eurocentrisme ou des limites de la manière dont on voit les périodes. Par exemple, qu’est-ce qu’est exactement le « Moyen Âge », et qu’est-ce que cela signifie pour quelqu’un en Afrique, en Amérique, en Asie du Sud-Est etc.?

Le même problème se pose pour les ères géographiques, découpées en pays et en régions, qu’on étudie ensuite de manière exclusive. Je pense que l’histoire est plus excitante quand on regarde les échanges (violents et militaires bien sûr, mais aussi commerciaux, religieux, diplomatiques, etc.) et c’est donc cela que j’ai essayé de faire.

Dans votre deuxième livre Les Nouvelles Routes de la soie, vous décrivez le monde actuel comme un monde dans lequel les initiatives économiques et politiques de l’Est rendent anecdotiques, voire ridicules, celles de l’Occident. Dans quelle mesure peut-on dresser un parallèle entre cette situation et celle de la Grande Divergence, quand l’Europe était la première à entrer dans la révolution industrielle?

Les historiens ont des opinions très contrastées sur les causes, les conséquences et la nature de cette grande divergence.

D’une manière générale, il me semble que la prospérité, la croissance et l’espoir d’un meilleur futur sont les moteurs du changement. Durant les dernières décennies, l’augmentation de la richesse en Inde, en Chine, dans le Golfe persique, en Corée du Sud et dans l’Asie du Sud-Est, a été impressionnante. Cela ne s’est pas fait aux dépens de l’Occident, mais plutôt main dans la main – on a tous bénéficié de la chaîne de production mondiale qui a rendu les produits que nous achetons moins chers et plus abordables.

Ce qui a été problématique, cependant, c’est l’augmentation des inégalités en Europe et aux États-Unis, l’augmentation du chômage (ou, plus précisément, le manque de croissance des salaires). Notre continent est en état de confusion profonde, voire même de tristesse.

C’est dans ce contexte qu’il faut voir le Brexit, les gilets jaunes, le mouvement pour l’indépendance en Catalogne, la montée de l’extrême-droite (et de l’extrême-gauche), ainsi que la situation des pays comme la Hongrie ou la Pologne qui cherchent une voie alternative.

Tout cela semble très différent de ce que je vois en Asie. Il est important de noter les frictions, les tensions et les défis nombreux qui touchent les pays individuellement, et parfois leurs relations complexes avec leurs voisins. Mais le point fondamental est que 65% de la population mondiale vit à l’est d’Istanbul ; c’est de là que viennent 70% des énergies fossiles ainsi qu’une grande proportion du blé, du riz, parmi d’autres.

Sans puissance coloniale pour extraire ces ressources comme dans le passé, il est raisonnable de penser que ce qui se passe en Asie – en bien ou en mal – affectera le monde de demain.

La mise en place des « Nouvelles Routes de la soie » par le président chinois Xi Jinping s’accompagne de références aux anciennes routes de la soie. Dans quelle mesure cette expression ne serait-elle qu’un effet de rhétorique quand la majorité du commerce se fait encore par bateau ou en direction des États-Unis?

Les routes de la soie chinoises ne se réfèrent pas seulement à des liaisons commerciales terrestres ou maritimes mais aussi à un enjeu symbolique. En tant qu’historien, on peut noter que de nombreux pays parlent de revenir à un passé glorieux et idéalisé. En Angleterre, le slogan du Brexit était « Reprendre le contrôle » (Take Back Control), ce qui implique un retour à une situation meilleure.

Aux États-Unis, ce n’est pas ‘Make America Great’ mais ‘Make America Great Again’. D’autres pays, comme la Turquie, la Russie, l’Inde ou le Pakistan (la liste est longue) voient un intérêt à bâtir le présent et le futur en fonction du passé. D’après moi, c’est une bonne raison de passer plus de temps à faire de l’Histoire !

Propos recueillis par Soline Schweisguth
Publié ou mis à jour le : 2019-03-21 15:02:51
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Revue de presse nationale et internationale.

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