Archives pour la catégorie CULTURE

Radio France voudrait renforcer ses liens culturels avec la Chine

Radio France voudrait renforcer ses liens culturels avec la Chine

© Chine Nouvelle (Xinhua), Le 24/10/2018 10:33

La Chine, qui devient un acteur incontournable de la scène musicale mondiale, est notre partenaire prioritaire, a déclaré Sibyle Veil, présidente-directrice générale de Radio France, qui a dit souhaiter renforcer les liens culturels entre Radio France et la Chine.

Radio France, créée en 1975, gère 7 radios généralistes et thématiques et quatre formations musicales dont l’Orchestre national de France. Celui-ci va faire une tournée en Chine du 24 octobre au 3 novembre prochains, au cours de laquelle il va présenter plusieurs oeuvres importantes de son répertoire à travers 7 concerts dans 6 villes chinoises.

A l’occasion de cette tournée, Mme Veil effectuera une visite officielle en Chine à partir du 24 octobre « afin de renforcer les liens culturels avec la Chine ».

Lors d’une interview récemment accordée à Xinhua, elle a fait savoir qu’il s’agit de la première tournée en Chine de l’Orchestre national de France depuis 2010. « C’est une occasion pour nous de rencontrer le public et les artistes chinois afin de nouer des partenariats durables avec la Chine ».

Avec l’éclosion de ses talents musicaux, la construction de très nombreuses salles de concert et l’appétence du public, la Chine s’est affirmée comme un acteur incontournable de la scène musicale mondiale et constitue un partenaire prioritaire pour nous, a noté Mme Veil.

Pour elle, cette tournée sera « le point de départ d’un véritable dialogue artistique à travers des tournées régulières de nos formations musicales en Chine, des commandes et création d’oeuvres auprès d’artistes chinois, des invitations de chefs d’orchestres et de musiciens chinois ainsi que des échanges avec les orchestres chinois. »

« Radio France souhaite renforcer ses liens culturels avec la Chine et cela fait partie de notre politique d’ouverture à l’international pour partager notre expérience, nos savoir-faire, et nos rayonnements culturels. »

En plus d’aller à la rencontre du public chinois, on fait également venir les artistes chinois en France, a souligné Mme Veil, citant beaucoup de projets prévus, tels que l’invitation d’un grand artiste chinois pour le concert du 14 juillet sous la Tour Eiffel l’année prochaine et la création de l’oeuvre « Buddha Passion » du musicien chinois Tan Dun la saison prochaine.

A l’occasion de cette tournée, Radio France et la Fondation musique et radio – Institut de France annoncent la création du Cercle des amis – Chine, qui sera lancé le 26 octobre en Chine. Radio France est ainsi l’une des premières institutions culturelles françaises à créer un programme d’échanges artistiques s’appuyant sur un cercle de mécènes en Chine.

« Le Cercle des amis – Chine vise à trouver des partenaires pour rendre possible les échanges culturels, par exemple, notre invitation d’artistes chinois, la commande d’oeuvres auprès des compositeurs chinois, l’invitation des chefs d’orchestres chinois, » a-t-elle fait savoir.

Désignée en avril PDG de Radio France, Mme Veil a accompagné le Premier ministre français Edouard Philippe en juin pour sa visite en Chine, au cours de laquelle elle a vu un grand potentiel de coopération entre Radio France et la Chine.

Radio France est un acteur important de la production de musique et il y a beaucoup de projets qu’on peut mener en commun avec la Chine, a-t-elle noté. « Par exemple, on dispose de plus de 2.000 concerts enregistrés, ce qui fait un très grand patrimoine musical, et c’est intéressant de voir comment le diffuser par des streamings musicaux chinois ».

« La musique est universelle et on n’a pas besoin de la traduire, c’est un lieu naturel de coopération entre la France et la Chine. On pourrait approfondir d’autres coopérations à travers la musique, qui est un champ d’échanges culturels important entre nos deux pays. » a-t-elle conclu.

 

https://chine.in/actualite/cn/radio-france-voudrait-renforcer-ses-liens_113819.html

Publicités

Papyrus, parchemin ou papier?

https://wordpress.com/read/blogs/152702762/posts/194

Bonjour à tous! Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler d’une des constituantes essentielles du livre, qu’il soit manuscrit ou imprimé. Comme je le disais dans l’article sur le manuscrit, on le définit souvent comme un ensemble de pages ou de feuillets, mais la nature-même de ces pages ou feuillets a changé au cours des siècles entre le Moyen-Age et aujourd’hui. Je vais donc vous faire un rapide tour d’horizon de chaque de ces natures, et voir leur mode production et ce qui les distingue entre elles.

Tout d’abord, nous savons très peu que le papyrus, associé très justement à l’Egypte, a aussi été utilisé en Occident jusqu’aux IIè ou IIIè siècles. La particularité du papyrus est qu’il se lit en rouleau (ou volumen): ces rouleaux de papyrus sont en réalité un assemblage de 20 feuillets de papyrus en moyenne, d’une longueur totale de 4 mètres, même si le plus long est aujourd’hui conservé à la BNF et fait dans les 7 mètres! Une autre particularité du papyrus, et qui explique sa présentation en volumen, est qu’il est très peu pliables: en l’enroulant, on évite ainsi de le casser.

Comment est fabriqué le papyrus? La plante – la tige- est d’abord découpée en lamelles. Une fois ces lamelles extraites, on humecte puis on croise les lamelles pour ensuite les marteler et les coller ensemble: une fois sèche, la feuille peut être utilisée, et on écrira dans le sens des fibres. Technique très basique, mais efficace, qui perdure jusqu’au XIIè siècle en Egypte.

Mais l’Occident va progressivement s’écarté de cette utilisation du papyrus en volumen pour ensuite passer au parchemin en codex, tout cela sous l’influence majeure du christianisme. En effet, les religieux ont besoin de pouvoir se repérer dans le texte et trouver un morceau de texte facilement. Or avec un rouleau, c’est impossible de numéroter ou de paginer les pages car il est circulaire et interminable. C’est ainsi que l’on passa au codex, notre livre « moderne », pour pouvoir folioter et paginer pour ensuite faire un index renvoyer à ces numéros. C’est alors qu’est apparu le parchemin – la peau de Pergame selon Pline l’Ancien en raison de ses prétendues origines – obtenu à partir de différentes peaux: mouton, chèvre, veau, et la plus précieuse, le vélin.

parchemin 2

Sa technique de fabrication est beaucoup plus complexe que le papyrus et nécessite des dizaines d’étapes. Pour faire simple, la peau est lavée puis épilée, ensuite trempée et travaillée pour enfin être manuscrite après avoir été découpée. Les peaux étant très chères, l’espace est entièrement occupé: il n’y a pas de renvois à la ligne, de blancs de chapitres, mais simplement des symboles tels que les pieds de mouche ou les lettrines, ainsi que les indications en rouge du scribe.

travail parchemin

Durant tout le Moyen-Age, disposer d’un livre est montrer sa richesse en fonction du nombre de feuillets, donc de peaux, que contiennent ces livres. Mais avec la démocratisation du livre durant ce Moyen-Age, un nouveau type de page va apparaître, le papier. Ce papier est apparu en Chine au Ier siècle, mais est seulement arrivé et utilisé en Europe au XIIè siècle, avec l’apparition des moulins à eau et de la fabrique-moulin de Fabriano en Sicile en 1276.

Mais attention, le papier n’est pas encore celui que l’on connaît actuellement: c’est un papier-chiffonnier, c’est à dire qu’il est fait à partir des chiffons, donc des vêtements usagés, en lin, en coton ou en chanvre de préférence. Pour faire un bon papier, il faut des chiffons blancs que l’on va découpés en lamelles et laisser pourrir plusieurs jours et semaines pour séparer la cellulose. La pâte obtenue est ensuite passée sous un moulin à maillets qui va réduire au fur et à mesure les morceaux en morceaux de plus en plus petits, jusqu’à obtenir seulement des fibres. Ce liquide ainsi obtenu est ensuite mis dans une cuve chaude où l’on va plonger la forme avec des treillis en fils de laiton (qui créeront la vergeure) qui tiennent grâce à des morceaux de bois (les pontuseaux). Le papier va donc toujours garder ces marques de vergeure et de pontuseaux, même une fois sec, ce qui permet ensuite au bibliothécaire actuel de connaître son mode de pliage et donc son format.

dav

Ce ne sera que très tardivement à l’époque moderne que notre papier fait à base de pâte de bois est apparu, remplaçant le papier-chiffonnier. Or notre papier de bois se conserve beaucoup moins bien que celui utilisé pendant des siècles…

J’espère que cet article vous a plu et vous a donné envie de regarder de plus près les pages des livres anciens. J’attends vos avis et commentaires avec impatience! A bientôt!

Toutes les photos sont issues d’images Wikipédia ou Wikimédia Commons libres de droits, ou bien ce sont des photos personnelles 🙂

https://wordpress.com/read/blogs/152702762/posts/194

Société L’araméen, quand la langue de Jésus renaît dans le New Jersey

Société L’araméen, quand la langue de Jésus renaît dans le New Jersey

Fuyant le Moyen-Orient et installés aux États-Unis, les exilés syriaques apprennent à leurs descendants la langue araméenne, quasi disparue.

Un centre commercial, à un quart d’heure de Manhattan. Voilà bien le dernier endroit où je m’attendais à entendre parler la langue du Christ. Et pourtant, c’est là, dans le nord du New Jersey, que des chrétiens syriaques, chassés du Moyen-Orient par les violences et les persécutions, sont venus poser leurs valises il y a quelques décennies. Si Jacob Hanikhe voit son vœu exaucé, cela restera aussi l’un des rares endroits où l’araméen, langue ancienne que l’on retrouve tout au long du Talmud [un ouvrage fondamental du judaïsme rabbinique] et des Évangiles, est une langue vivante.

Les chrétiens syriaques, assyriens et chaldéens (le nom qu’ils se donnent peut varier mais la plupart reconnaissent appartenir au même groupe ethnique) sont originaires du Moyen-Orient au départ, où leurs dialectes araméens furent un temps dominants. Poussés à la diaspora par des conflits à la fois ethniques et religieux, les chrétiens syriaques du New Jersey, soit environ 2 000 familles, pour la plupart membres de l’Église orthodoxe syriaque, se sont dotés de structures propres, comme des écoles de langue ou des restaurants.

Je retrouve Jacob Hanikhe dans un marché aux bijoux grouillant, où l’on entend parler presque autant araméen qu’anglais, dans la ville de Paramus. Joaillier de métier, il est aussi le fondateur et le directeur de l’école araméenne Saint Gabriel de Haworth, un borough du comté de Bergen, dans le New Jersey. Le fond d’écran de son ordinateur est une photo d’Eavardo, son village natal, dans la région du Tur Abdin, dans l’est de la province de Mardin, en Turquie. Le Tur Abdin, étymologiquement “la montagne des serviteurs de Dieu”, est au cœur de la vie syriaque depuis des siècles. Mélancolique, le joaillier nous montre sa maison natale et l’église dans laquelle il a été baptisé.

Les chrétiens syriaques de Turquie, des souffre-douleur

Minorité religieuse visible dans un pays à majorité musulmane, les chrétiens syriaques de Turquie ont longtemps été des souffre-douleur. “Nos affaires tournaient nettement mieux, mais on n’avait aucun droit”, raconte Jacob Hanikhe. Selon un article publié dans la revue Ethnic and Racial Studies, la communauté chrétienne de Turquie a fondu, pour ne plus représenter que 0,1 % de la population, contre près d’un cinquième au début de la Première Guerre mondiale.

Les pires attaques perpétrées contre la communauté syriaque datent de la boucherie mécanisée que fut la Grande Guerre. À l’approche du conflit, l’Empire ottoman – qui englobait alors l’essentiel de ce qui est aujourd’hui le Moyen-Orient – a redoublé d’hostilité à l’égard des communautés arméniennes et syriaques situées sur son territoire. À l’effondrement de la dynastie, à la fin de la guerre, les troupes turques et les milices kurdes ont massacré près de 2 millions de civils chrétiens, dont plusieurs centaines de milliers de Syriaques.

Bien que plusieurs groupes kurdes se soient excusés pour le rôle joué par les Kurdes [dans les tueries], la loi turque interdit de qualifier de “génocide” “l’année de l’épée”, Shato d’Sayfo en araméen. Des familles et des villages ont d’ailleurs été rebaptisés pour effacer leur histoire. Le village d’Eavardo, par exemple, est appelé Gülgöze sur les cartes officielles. Si la langue araméenne attire, c’est en partie du fait de l’histoire du peuple syriaque, qui remonte à l’époque biblique, confie Melek Yildiz, diacre de l’église orthodoxe syriaque Mor Gabriel de Haworth.

Une langue internationale sous l’Empire perse

Langue sémitique au même titre que l’arabe et l’hébreu, l’araméen trouve son origine dans les villes-États des environs de Damas, près de mille ans avant Jésus-Christ. Son usage s’est propagé à travers le Croissant fertile (aujourd’hui la Syrie et l’Irak) sous l’Empire assyrien, jusqu’à devenir une langue internationale sous l’Empire perse et rester prédominante pendant une bonne partie de l’époque islamique.

Après que les successeurs d’Alexandre le Grand ont imposé le grec comme la langue des affaires et de l’administration dans le bassin méditerranéen, l’homme de la rue a continué à parler araméen dans la vie de tous les jours. Certains noms et passages des Évangiles – comme “Eloï, Eloï, lama sabachthani” (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Marc 15:34) – figurent tels quels, en araméen, dans le texte grec. Au Moyen-Orient, chrétiens, juifs et mandéens (disciples de Jean-Baptiste) se sont mis à parler des dialectes araméens distincts les uns des autres, et même les zoroastriens (les “mages”) se sont servis d’une écriture inspirée de l’araméen pour la langue perse.

Après la diffusion de l’islam et la montée en puissance du califat des Omeyyades, l’araméen s’est vu supplanter par son cousin arabe. Les nouveaux convertis à l’islam jugeaient à la fois politiquement et culturellement plus approprié d’adopter la langue du Coran, dont l’apprentissage ne pose guère de difficultés quand vous parlez déjà une autre langue sémitique. C’est ainsi que les dialectes syriaques de l’araméen sont devenus, jusqu’à nos jours, le symbole de l’identité chrétienne. Comme Jacob Hanikhe prend soin de me le rappeler, l’araméen est la “langue du Christ”.

Laissés libres de s’autogouverner – du moment qu’ils restaient subordonnés aux souverains musulmans –, les chrétiens de langue araméenne ont forgé des identités distinctes, syriaque, assyrienne ou chaldéenne. Pendant ce temps, bon nombre des textes grecs antiques recueillis par la “Maison de la sagesse”, l’équivalent médiéval, à Bagdad, de ce que serait une université de l’Ivy League [prestigieuses universités américaines], entraient dans la tradition littéraire arabe grâce aux traductions de moines de langue araméenne.

“On n’a pas d’État, on n’a que notre Église”

Certaines populations ont adopté la langue et l’identité arabes sans pour autant se convertir à l’islam (et quelques communautés de Syrie ont conservé l’araméen même après leur conversion à l’islam), mais pour les chrétiens syriaques, l’héritage araméen et la foi chrétienne sont indissociables. “Notre histoire est différente de toutes les autres [communautés du Moyen-Orient]. On n’a pas d’État, on n’a que notre Église”, observe Melek Yildiz. Ces liens entre la langue, l’origine ethnique et la religion syriaques leur ont valu d’être opprimés sur plusieurs fronts. Les fondamentalistes musulmans se sentaient menacés par la langue araméenne, associée à une religion extérieure à leur tradition, et les ultras turcs et arabes voyaient d’un mauvais œil les Églises de langue araméenne, expressions d’une identité ethnique à part.

C’est en Irak que l’hostilité fut la plus forte. À la répression d’État orchestrée par Saddam Hussein et son régime nationaliste panarabe ont succédé des violences religieuses aveugles après 2003, l’occupation américaine, mal gérée, ayant déclenché une guerre civile religieuse. Pendant que les milices chiites et sunnites s’écharpaient, la plupart des chrétiens, n’étant pas armés, étaient exposés aux enlèvements et aux meurtres perpétrés par des extrémistes religieux ou des gangs opportunistes. Quand ils ont proclamé la formation de l’État islamique en 2014, les salafistes ont dévasté la plaine de Ninive, le berceau historique des Syriaques en Irak, déplaçant des villages entiers et détruisant des églises séculaires.

Les archives officielles de l’archevêché syriaque de la région est des États-Unis révèlent qu’un diacre de Mossoul du nom de Micha Al-Nakkar “s’est sans doute installé à Boston ou dans les environs” dans les années 1840. De nombreux Syriaques lui ont emboîté le pas, dont des tisserands du Tur Abdin s’installant au Rhode Island pour travailler dans les soieries locales. Les archives de l’archevêché montrent que leurs enfants ont souvent fait des études de droit ou d’ingénieur.

Melek Yildiz précise que la communauté syriaque du New Jersey remonte au milieu du XIXe siècle et qu’elle a laissé sa marque. Taw Mim Semkath, une école assyrienne de Beyrouth, au Liban, refondée par des migrants du New Jersey, est ainsi “le plus vieil établissement syriaque orthodoxe encore en activité”, selon l’archevêché.

Naum Faiq, grande figure du monde littéraire néoaraméen et penseur nationaliste assyrien, est arrivé dans le New Jersey en 1912, où il a créé et alimenté plusieurs publications araméennes. L’une d’elles, appelée Huyodo, est toujours publiée par la diaspora en Suède sous le nom d’Hujådå. Cependant, beaucoup de Syriaques ont embrassé la foi d’un conjoint américain et la communauté syriaque a fondu comme neige au soleil, relève Melek Yildiz.

Akram Fouad Khater, de l’université de Caroline du Nord, évalue à environ 100 000 le nombre de sujets de l’Empire ottoman ayant émigré aux États-Unis entre 1889 et 1919. Une immense majorité d’entre eux étaient des chrétiens, dont bon nombre de Syriaques. Mais, coincés entre des nativistes hostiles et des bons samaritains paternalistes, les immigrants du Moyen-Orient ont souvent été contraints de troquer une culture jugée “peu civilisée” contre “les normes d’une classe moyenne majoritairement protestante, blanche et anglo-saxonne”.

La jeune génération est aussi celle qui a le plus soif d’apprendre

Aujourd’hui, la chain migration [à rapprocher de notre regroupement familial], qui permet à des familles entières d’obtenir un titre de séjour permanent, fait débat aux États-Unis. Pourtant, c’est ce type d’immigration qui a permis à des immigrés durs à la tâche comme Jacob Hanikhe et Melek Yildiz, de faire du New Jersey un haut lieu de la renaissance araméenne. Six mois seulement après l’ouverture de classes d’araméen, les cours de Melek Yildiz étaient pris d’assaut, et l’afflux de nouveaux arrivants a permis à la communauté de fonder plusieurs églises.

Tous les vendredis de l’année scolaire, quelque 500 enfants de la congrégation de Mor Gabriel consacrent quatre heures à l’apprentissage à la fois des dialectes syriaques et de l’araméen littéraire des textes sacrés (il existe également un dialecte assyrien, mais Jacob Hanikhe explique qu’il n’est pas très différent du syriaque). À quoi il faut ajouter les cours de catéchisme dominicaux, prodigués en araméen, et un camp d’été qui associe loisirs et enseignement religieux.

Jacob Hanikhe m’explique que la plupart des structures syriaques ne touchent aucune aide de l’État et que la revitalisation de la religion chrétienne syriaque dans le New Jersey a été autofinancée par la communauté. Le retour en force de l’araméen bénéficie également du soutien de Suroyo TV, une chaîne satellite qui diffuse des émissions en araméen dans le monde entier.

L’arrivée dans me New Jersey

Jacob Hanikhe, qui parle également anglais, turc, arabe et kurde, confie qu’il ne “déteste aucune langue” mais qu’il préfère l’araméen. Il regrette qu’il soit si difficile de toucher les jeunes Américano-Syriaques qui “tournent le dos à leur culture”, mais se réjouit de constater que la jeune génération est aussi celle qui a le plus soif d’apprendre.

Cet enthousiasme s’explique en partie par la longue histoire de cette langue, mais aussi par le fait que c’est une question de survie pour les Syriaques. Quand les générations précédentes se sont détournées de la culture araméenne au cours de leur processus d’intégration, il se trouvait encore des communautés syriaques prospères au Moyen-Orient : les atrocités à répétition du XXe siècle sont venues renforcer le rôle de la diaspora dans la préservation de leur culture.

Une vague d’immigrés syriaques en provenance de Palestine est arrivée dans le New Jersey après qu’Israël a pris la Cisjordanie et Gaza lors de la guerre des Six-Jours, en 1967, suivie par un nouvel exode de Syriaques pendant la guerre civile libanaise dans les années 1980. Melek Yildiz précise que ces Syriaques avaient déjà abandonné l’araméen au profit de l’arabe. Beaucoup d’immigrés originaires d’autres pays, comme la Turquie et l’Iran, ont également adopté les langues nationales de ces pays. Certaines familles n’ont pas parlé l’araméen pendant des générations, mais leur participation à la vie de la communauté syriaque américaine amène leurs enfants à revenir vers la langue de leurs ancêtres.

Pour autant, la tournure que prend la situation politique aux États-Unis plonge de nombreux Syriaques dans l’incertitude. Si Donald Trump s’est posé en protecteur des chrétiens du Moyen-Orient, il n’en a pas moins été élu grâce à une vague d’hostilité anti-immigrés, et les Syriaques ont compris que le discours nativiste [s’opposant à toute nouvelle immigration] du président américain ne les distinguait pas forcément des autres peuples du Moyen-Orient.

Cela dit, quelle que soit la politique migratoire des États-Unis, la communauté syriaque américaine n’est sans doute pas près de disparaître. Malgré les persécutions et les affres de l’immigration. “Si vous pensez que c’est facile, ça ne l’est pas, observe Jacob Hanikhe, mais on n’a pas le choix.”

Cet article a été publié dans sa version originale le 26/01/2018

Céline envoie dinguer Hitler, fascisme et modernité (1933)

Céline envoie dinguer Hitler, fascisme et modernité (1933)

Les Carnets de Nicolas Bonnal

   Forum

Il n’y a pas de commentaires associés a cet article. Vous pouvez réagir.

   Imprimer

Céline envoie dinguer Hitler, fascisme et modernité (1933)

On a fait de Céline un nazi et on l’insulte du soir au matin. Cette époque de misère ne sait qu’insulter tout le passé pour imposer  au monde sa merde morale et culturelle.

L’homme venait de la gauche libertaire et il était évidemment plus subtil. Son pacifisme l’a rendu enragé comme je l’ai expliqué. Il est facile de lui jeter la pierre quand tout le monde aujourd’hui reconnait le rôle de Netanyahou ou d’Adelson pour pousser Trump et sa clique d’animaux à la guerre d’extermination contre l’Iran.

Voici ce que Céline écrit en 1933 dans un hommage à Emile Zola qui fourmille de vues passionnantes et vivantes sur notre monde moderne. Comme je l’ai montré dans mon livre, le diagnostic de Céline est terrible et se rapproche de celui des grands chrétiens comme Chesterton ou Bernanos, ou des grands critiques de postmarxistes de la modernité libérale (Debord, Boorstin, Mumford).

On l’écoute :

« La position de l’homme au milieu de son fatras de lois, de coutumes, de désirs, d’instincts noués, refoulés est devenue si périlleuse, si artificielle, si arbitraire, si tragique et si grotesque en même temps, que jamais la littérature ne fut si facile à concevoir qu’à présent, mais aussi plus difficile à supporter. Nous sommes environnés de pays entiers d’abrutis anaphylactiques ; le moindre choc les précipite dans les convulsions meurtrières à n’en plus finir.

Nous voici parvenus au bout de vingt siècles de haute civilisation et, cependant,aucun régime ne résisterait à deux mois de vérité. Je veux dire la société marxiste aussi bien que nos sociétés bourgeoises et fascistes. »

Ici c’est presque freudien. J’ai déjà expliqué que le texte de Freud sur la guerre est très politiquement incorrect. Freud méprisait royalement le président Wilson (voyez son texte co-écrit avec Bullit) et il envoya un de ses livres dédicacés à un certain Benito Mussolini. On le brûle ?…

« L’homme ne peut persister, en effet, dans aucune de ces formes sociales, entièrement brutales, toutes masochistes, sans la violence d’un mensonge permanent et de plus en plus massif, répété, frénétique, « totalitaire » comme on l’intitule. Privées de cette contrainte, elles s’écrouleraient dans la pire anarchie, nos sociétés. »

Céline dit même qu’on descendra plus bas qu’Hitler (en effet : guerre nucléaire US contre Chine, Russie, Iran, Syrie, tout le bataclan) :

« Hitler n’est pas le dernier mot, nous verrons plus épileptique encore, ici, peut-être. Le naturalisme, dans ces conditions, qu’il le veuille ou non, devient politique. On l’abat. Heureux ceux que gouvernèrent le cheval de Caligula !

Les gueulements dictatoriaux vont partout à présent à la rencontre des hantés alimentaires innombrables, de la monotonie des tâches quotidiennes, de l’alcool, des myriades refoulées ;tout cela plâtre dans un immense narcissisme sadico-masochiste toute issue de recherches, d’expériences et de sincérité sociale. »

Il règle son compte à la jeunesse avant Instagram :

« On me parle beaucoup de jeunesse, le mal est plus profond que la jeunesse !Je ne vois en fait de jeunesse qu’une mobilisation d’ardeurs apéritives, sportives, automobiles, spectaculaires, mais rien de neuf.Les jeunes, pour les idées au moins, demeurent en grande majorité à la traîne des R.A.T. bavards, filoneux, homicides. A ce propos, pour demeurer équitables, notons que la jeunesse n’existe pas au sens romantique que nous prêtons encore à ce mot. Dès l’âge de dix ans, le destin de l’homme semble à peu près fixé dans ses ressorts émotifs tout au moins ; après ce temps, nous n’existons plus que par d’insipides redites, de moins en moins sincères, de plus en plus théâtrales.Peut-être, après tout, les « civilisations » subissent-elles le même sort ? La nôtre semble bien coincée dans une incurable psychose guerrière. »

Adoration de la guerre et du fanatisme :

« Nous ne vivons plus que pour ce genre de redites destructrices. Quand nous observons de quels préjugés rancis, de quelles fariboles pourries peut se repaître le fanatisme absolu de millions d’individus prétendus évolués, instruits dans les meilleures écoles d’Europe, nous sommes autorisés certes à nous demander si l’instinct de mort chez l’homme, dans ses sociétés, ne domine pas déjà définitivement l’instinct de vie. Allemands, Français, Chinois, Valaques. Dictatures ou pas. Rien que des prétextes à jouer à la mort. »

Fascination de la mort comme pour le nazisme impérial actuel :

« Le sadisme unanime actuel procède avant tout d’un désir de néant profondément installé dans l’homme et surtout dans la masse des hommes,une sorte d’impatience amoureuse à peu près irrésistible, unanime pour la mort. »

Après la guerre, Céline agonisera longtemps dans la solitude et l’aigreur de son enragement très raté et il dira :

« Je ne me sens coupable d’aucun crime. Je n’ai voulu qu’empêcher la guerre. Je ne recommencerai pas. Ils pourront la prochaine fois comme ils sont en train de s’y préparer, s’assassiner jusqu’au dernier homme. Je les assure d’avance de mon parfait silence. »

 

Sources

Céline – Hommage à Zola (1933) ; Bagatelles pour un massacre.

Nicolas Bonnal – Le pacifiste enragé (Amazon.fr)

http://www.dedefensa.org/article/celine-envoie-dinguer-hitler-fascisme-et-modernite-1933

 

Ces femmes impressionnistes oubliées de l’histoire

Ces femmes impressionnistes oubliées de l’histoire

Et pourtant, elles étaient parmi les plus douées

Little Girl in a Blue Armchair, 1878, Mary Cassatt | National Gallery of Art, Washington, D. C., online collection via Wikimedia CC License by
Little Girl in a Blue Armchair, 1878, Mary Cassatt | National Gallery of Art, Washington, D. C., online collection via Wikimedia CC License by

Manet, Degas, Renoir, Monet, vous connaissez très probablement. Morisot et Cassatt, sûrement moins. Pourtant ces deux femmes étaient elles aussi des figures de proues du mouvement artistique impressionniste. Respectées par leurs homologues et par le public, elles ont ensuite été oubliées par l’histoire de l’art.

Berthe Morisot, peintre française audacieuse, était une des fondatrices du groupe impressionniste au côté de Manet, Degas, Renoir et Monet dans les années 1860. Mary Cassatt, elle, était la seule américaine à exposer au côté des impressionnistes.

Mais les critiques les ont progressivement ignorées, ne pouvant voir au delà de leur condition de femme, puis l’histoire de l’art en a fait des figures secondaires du mouvement impressionniste. Le Musée national des Beaux-Arts du Québec et le Musée Jaquemart André de Paris ont exposé cette année les deux artistes, une manière de les sortir de l’oubli et de rétablir leur histoire.

À contre-courant

Manet était très admiratif du travail de Berthe Morisot, qui avait épousé son frère. C’est donc lui qui l’invite à rejoindre le mouvement impressionniste. Mais son modernisme était déjà là, dans sa manière de mettre en couleur les femmes. Deux de ses travaux les plus connus, Le Berceau et Intérieur, ont révélé sa capacité innée à montrer «la complexité de l’être humain», a expliqué Nicole R. Myers, curatrice, à la BBC. L’ambiguïté de son travail intrigue. La femme qui se penche sur son enfant peut sembler fatiguée, ennuyée et emplie de regrets. «Il y toujours plus de sens qu’il n’y parait», analyse Myers.

Le Berceau, 1872, Berthe Morisot, toile exposée au Musée d’Orsay / via wikimédia

Que ce soit dans sa manière de peindre ou son choix de sujet, Morisot était résolument moderne et c’est au sein des impressionnistes qu’elle fait de la Parisienne sa signature, conceptualisant la femme en vogue et moderne. Son coup de pinceau relâché montrait des femmes, en train de lire, de s’habiller, de se préparer pour un bal, accoudées à une fenêtre ou à un balcon.

Cassatt bousculait, elle aussi, les conventions. Ses premiers succès au Salon de peinture et de sculpture de Paris auraient pu lui assurer une belle carrière aux États-Unis, mais elle a plutôt choisi de s’allier aux impressionnistes parisiens. Degas, admirateur de son travail et son ami, lui présente le modèle de Little Girl in a Blue Armchair (1877-78), son premier tableau du genre. On y voit une jeune fille lascive, adoptant une pause bien différente des modèles habituels.

Sachant pertinemment que son travail ne serait pas retenu pour l’exposition universelle de 1878, elle tente tout de même de le présenter. Le refus qui lui a été opposé servit alors une «preuve qu’elle était devenue une véritable moderniste et un membre de la rébellion impressionniste», analyse Nancy Mowll Mathews, curatrice et historienne de l’art, pour la BBC. En 1879, Degas l’invite officiellement à la table des impressionnistes.

Presse et pairs

À la fin des années 1870, Morisot était reconnue par la presse comme étant centrale dans l’impressionnisme, mais son coup de pinceau était attribué à sa vision féminine. Alors que les tableaux de ses pairs masculins étaient vus comme «originaux, vigoureux», les siens étaient «charmants», «gracieux», «délicats».

Son art évolue. Influencée par le Rococo, elle peint de plus en plus avec des couleurs vives. Puis elle conceptualise le «terminé» et «non terminé», prouvant qu’elle «était l’une des plus audacieuses, celle qui repoussait vraiment les limites», selon Sylvie Patry, autre curatrice interrogée par la BBC. Dans Jeune Femme en Gris étendue (1879), les côtés du tableau sont volontairement laissés incomplets. Son travail fût très mal accueilli par les critiques, qui voyaient cela comme une faiblesse de son sexe. Mais pas par ses pairs qui lui rendirent hommage, un an après sa mort, en 1895 en organisant une grande rétrospective de ses travaux, la plus importante à ce jour.

Jeune Femme en gris étendue, 1879 / via The Athenaeum

Mary Cassatt était aussi attaquée par les critiques, surtout pour le choix de ses modèles au physique jugé indésirable. Un choix délibéré de la peintre déterminée à prouver qu’elle pouvait apporter de la magnificence en sortant du cliché traditionnel de la beauté. Ce qu’elle fait dans Young Women Picking Fruit (1892). Elle jouera ensuite avec les artefacts religieux dans des portraits de femmes et enfants, manipulant symboleset couleurs pour correspondre à son style.

Young Woman Picking Fruit, Mary Cassatt, 1892 via wikiart

Le statut particulier de Mary Cassatt, américaine imprégnée d’un style français peut aussi expliquer pourquoi son rôle dans le courant impressionniste est sous-apprécié. Les curateurs ne sachant pendant longtemps où la placer, section «Amérique», ou «Europe».

https://www.slate.fr/story/165752/ces-femmes-impressionnistes-oubliees-de-lhistoire?utm_source=Ownpage&_ope=eyJndWlkIjoiMDdkMzVkNmRmYmM3YmMyNDU0MzI0OGZjZDliZWU1MjEifQ==

Nigeria : Macron célèbre « la vitalité de la culture africaine » au club mythique de Fela Kuti

Diplomatie

Nigeria : Macron célèbre « la vitalité de la culture africaine » au club mythique de Fela Kuti

04 juillet 2018 à 09h04 | Par Jeune Afrique avec AFP

En visite au Nigeria pour le lancement de la Saison des cultures africaines, le président français Emmanuel Macron a célébré le 3 juillet la créativité africaine dans une salle de concert de Lagos, haut lieu de l’afrobeat contestataire de l’icône nigériane Fela Kuti.

« Il faut donner à voir la vitalité de la culture africaine, dont le Nigeria est une vitrine », a déclaré Emmanuel Macron le 3 juillet avant de se rendre au Shrine. Située dans le quartier d’Ikeja (banlieue nord de Lagos), cette salle de concert a été créée par Fela Kuti, créateur de l’afrobeat, une musique qui fusionne funk, soul, jazz et airs africains, avant d’être relancée par son fils Femi Kuti.

« C’est un lieu iconique », « vibrant », a salué le président français, en racontant l’avoir découvert en 2002 lors d’un concert de Femi Kuti alors qu’il effectuait son stage de l’ENA à l’ambassade de France à Abuja.

« C’est formidable de voir que le président français ait un intérêt si personnel pour la ville de Lagos », confiait dans la salle l’acteur nigérian Ozzy Agu. « On a le sentiment quand on le voit ici qu’on peut aller boire un verre avec lui et papoter. »

Des spectateurs ont néanmoins quitté la soirée – ayant pris beaucoup de retard – sans attendre que Femi Kuti monte sur scène, peu avant minuit, avec ses musiciens et danseuses et fasse monter une ambiance jusqu’alors sage. Dans sa harangue, Femi Kuti a appelé les jeunes africains à « ne pas laisser mourir » les rêves de son père pour une Afrique plus juste et développée. « C’est à vous de vous lever et de les réaliser ! », a-t-il lancé.

Lancement de la Saison des cultures africaines

Pour Emmanuel Macron, la soirée au Shrine a été l’occasion de lancer l’organisation de la Saison des cultures africaines qui se tiendra en France en 2020. Il avait annoncé fin 2017 la tenue de cette manifestation de plusieurs mois lors de son « discours fondateur » de Ouagadougou, déclinant sa stratégie pour relancer les relations entre la France et l’Afrique.

Il s’agit de déployer « une stratégie culturelle et artistique qui remette l’Afrique » au centre, a confié le président français. Car, a-t-il ajouté, « nous avons besoin que les Africains parlent eux-mêmes de l’Afrique ». « On parle toujours de l’Afrique d’avant, mais trop rarement de Nollywood [l’industrie cinématographique du Nigeria est la deuxième au monde en termes de production, ndlr], de la musique contemporaine », portée notamment par les artistes nigérians sur le reste du continent.

Venu de Nouakchott où il avait participé le 2 juillet au sommet de l’Union africaine, Emmanuel Macron a fait une courte étape à Abuja pour s’entretenir avec son homologue Muhammadu Buhari, qui préside le pays le plus peuplé et la première économie du continent. « Un pays incontournable », selon le président français, soucieux de ne pas cantonner l’action de Paris à l’Afrique francophone.

Élargir le partenariat entre la France et le Nigeria

Dans la lutte contre l’insurrection jihadiste de Boko Haram, M. Macron a réitéré les engagements de la France pour un accompagnement dans la « défense et la stabilisation de la région du Sahel », notamment à travers la force conjointe du G5 Sahel. M. Buhari a rappelé que l’ensemble des pays frontaliers du Nigeria sont francophones, et que l’aide de la France est ainsi essentielle pour la bonne coordination de la lutte avec ses voisins.

Emmanuel Macron a insisté sur le fait que « le cœur de cette visite est d’élargir le partenariat entre la France et le Nigeria sur des sujets culturels, économiques et sportifs », le moyen selon lui de donner des « perspectives et des opportunités à la jeunesse » pour qu’elle ne rejoigne pas les mouvements jihadistes.

Mercredi 4 juillet, après une rencontre avec de jeunes entrepreneurs nigérians, le président français devrait inaugurer la nouvelle Alliance Française, qui ambitionne de devenir un haut lieu de démocratisation culturelle à Lagos. Il devrait rencontrer également de jeunes entrepreneurs nigérians, et a assuré vouloir renforcer les liens économiques et estudiantins entre la France et le Nigeria.

http://www.jeuneafrique.com/588301/politique/nigeria-macron-celebre-la-vitalite-de-la-culture-africaine-au-club-mythique-de-fela-kuti/?utm_source=newsletter-ja-actu-non-abonnes&utm_medium=email&utm_campaign=newsletter-ja-actu-non-abonnes-04-07-18

http://www.jeuneafrique.com/588301/politique/nigeria-macron-celebre-la-vitalite-de-la-culture-africaine-au-club-mythique-de-fela-kuti/?utm_source=newsletter-ja-actu-non-abonnes&utm_medium=email&utm_campaign=newsletter-ja-actu-non-abonnes-04-07-18

Japon : douze sites chrétiens inscrits au patrimoine mondial

Japon : douze sites chrétiens inscrits au patrimoine mondial

NAGASAKI CHRISTIANS

© Nagasaki Préfecture
L’église d’Egami.
Partager

Douze sites chrétiens cachés dans la région de Nagasaki (Japon) ont été ajoutés ce week-end à la liste du Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco. Ils sont d’authentiques témoignages de la foi des premiers chrétiens de l’Archipel à la fin du XVIe et du miracle catholique qui s’est joué sur ces terres pendant plusieurs siècles.

Dans la région de Nagasaki, dans la partie nord-ouest de l’île de Kyushu, douze sites ont été ont été ajoutés samedi à la Liste du Patrimoine mondial de l’Unesco : ils comprennent dix villages, le château Hara et la cathédrale d’Oura, construits entre le XVIIe et XIXe siècle. Présent depuis le XVIe siècle au Japon, le christianisme n’a réellement émergé qu’à partir de l’inauguration de la cathédrale d’Oura en 1865, accordée par le gouvernement de Tokyo aux missionnaires français. Avant cette date, et depuis 1549 — date à laquelle le missionnaire jésuite espagnol François-Xavier est venu évangéliser la région avec deux compagnons — les chrétiens restaient relativement cachés, les dirigeants militaires du Japon voyant d’un mauvais œil l’influence croissante des missionnaires sur le territoire.

Pus de 250 ans de persécutions

Dès 1589, les chrétiens japonais sont victimes de persécutions terribles. En 1597, 26 chrétiens appelés les « 26 martyrs de Nagasaki » refusent d’abjurer et sont crucifiés. Ce premier supplice collectif ne sera que le début. En 1622, 23 chrétiens sont brûlés et 22 décapités, toujours à Nagasaki. Pendant plus de 250 ans, les chrétiens japonais vont être ainsi persécutés au fils des gouvernements successifs.

Les sites classés apportent un témoignage culturel unique de cette longue période où les chrétiens, obligés de se cacher, ont continué malgré tout à transmettre de génération en génération la foi qui les nourrissait au quotidien. Sans prêtre, ils baptisaient eux-mêmes leurs enfants à la naissance et les éduquaient dans l’amour du Christ. La fin de la politique isolationniste japonaise en 1853 permet aux prêtres catholiques de retourner au Japon. Le 17 mars 1865, vient enfin l’heure de la délivrance. Un petit groupe de chrétiens cachés rencontrent Louis Furet et Bernard Petitjean, deux prêtres français des Missions étrangères de Paris venus au Japon dans le désir de rallumer la flamme du christianisme au Japon.

Cette année-là, les deux prêtres décident de construire l’église d’Oura, considérée comme la plus ancienne église du Japon, et la dédient aux 26 premiers martyrs exécutés. Désignée trésor national par le gouvernement en 1933, elle a malheureusement été endommagée par l’explosion de la bombe atomique larguée par les États-Unis sur Nagasaki le 9 août 1945. En 2015, le diocèse de Nagasaki a célébré le 150e anniversaire de la découverte des chrétiens cachés. Une histoire incroyable que le pape François a qualifié « d’exemplaire » et qui a inspiré le grand cinéaste Martin Scorsese pour son film Silence sorti en 2016.

Pour découvrir les 10 villages, le château et la cathédrale classés au Patrimoine mondial de l’humanité, cliquez sur le diaporama :

La crise de l’éducation (Hannah Arendt)

La crise de l’éducation (Hannah Arendt)

19 Mai 2018 , Rédigé par L’oeil de Brutus Publié dans #Lectures

Après une pause (salutaire) de presque un an, je reprends les publications sur l’œil de Brutus. Comme je l’annonçais, je m’éloigne du suivi de l’actualité politique dont l’extrême médiocrité a fini par lasser mon goût de l’écriture. Je reprends donc la suite, entamée en septembre 2016, de la recension de l’un des ouvrages majeurs d’Hannah Arendt : La Crise de la culture. Nous avions déjà vu les quatre premiers chapitres : La tradition et l’âge moderne, Le concept d’histoire, Qu’est-ce que l’autorité ? et Qu’est-ce que la liberté ?. Le  cinquième chapitre, sans doute le plus important de l’ouvrage, est consacré à l’éducation. Se basant sur les évolutions de l’éducation dans l’Amérique des années 1950, Hannah Arendt anticipe, avec une clairvoyance impressionnante, l’impact de la rupture avec toutes formes de traditions (sur ce sujet, relire le chapitre 1) sur l’éducation, et surtout sur la déconstruction de l’éducation. Nous sommes en 1961 ; et déjà, Hannah Arendt pressent la dégénérescence de la modernité en une postmodernité (même si elle n’emploie pas le terme) à l’intérieur de  laquelle le règne de l’individu-roi (et par voie de conséquence de l’enfant-roi) atomise tout fonctionnement social et, à contrecourant de ses objectifs proclamés, aboutit à un entremêlement de tyrannies : celle du petit Moi[i], celle de la (supposée) majorité du camp du Bien et celle des minorités agissantes. Cette anticipation est d’une telle actualité vis-à-vis du système éducatif français d’aujourd’hui que je laisse, pour l’essentiel, le lecteur avec des citations intégrales, généralement peu commentées.

 

Aux Etats-Unis, terre d’immigration, il est évident que l’éducation joue un rôle primordial car « il est clair que c’est seulement par la scolarisation, l’éducation et l’américanisation des enfants d’immigrants que l’on peut tenir cette gageure de fondre les groupes ethniques les plus divers en un seul peuple ». En outre, contrairement à nombre d’idées reçues, le concept d’égalité joue un rôle important dans la vie américaine. Arendt souligne ainsi que l’égalitarisme américain se bat pour effacer la différence entre jeunes et vieux, entre doué et non doués, entra enfants et adultes, entre professeurs et élèves. Et ce nivellement se fait aux dépends de l’autorité du professeur et au détriment des plus doués (page 232).

 

« Trois idées de base, qui ne sont que trop connues, permettent d’expliquer schématiquement ces mesures catastrophiques. La première est qu’il existe un monde de l’enfant et une société formée entre les enfants qui sont autonomes et qu’on doit dans la mesure du possible laisser se gouverner eux-mêmes. Le rôle des adultes doit se borner à assister ce gouvernement. C’est le groupe des enfants lui-même qui détient l’autorité qui dit à chacun des enfants ce qu’il doit faire et ne pas faire ; entre autres conséquences, cela crée une situation où l’adulte se trouve désarmé face à l’enfant pris individuellement (…).

Quant à l’enfant dans ce groupe, il est bien entendu dans une situation pire qu’avant, car l’autorité d’un groupe, fût-ce un groupe d’enfants, est toujours beaucoup plus forte et beaucoup plus tyrannique que celle d’un individu, si sévère soit-il. Si l’on se place du point de vue de l’enfant pris individuellement, on voit qu’il n’a pratiquement aucune chance de se révolter ou de faire quelque chose de sa propre initiative. Il ne se trouve plus dans la situation d’une lutte inégale avec quelqu’un qui a, certes, une supériorité absolue sur lui – situation où il peut néanmoins compter sur la solidarité des autres enfants, c’est-à-dire de ses pairs – mais il se trouve bien plutôt dans la situation par définition sans espoir de quelqu’un appartenant à une minorité réduite à une personne face à l’absolue majorité de toutes les autres. Même en l’absence de toute contrainte extérieure, bien peu d’adultes sont capables de supporter une telle situation, et les enfants en sont tout simplement incapables.

Affranchi de l’autorité des adultes, l’enfant n’a donc pas été libéré, mais soumis à une autorité bien plus effrayante et vraiment tyrannique : la tyrannie de la majorité. En tout cas, il en résulte que les enfants ont été pour ainsi dire bannis du monde des adultes. Ils sont soit livrés à eux-mêmes, soit livrés à la tyrannie de leur groupe, contre lequel, du fait de sa supériorité numérique, ils ne peuvent se révolter, avec lequel, étant enfants, ils ne peuvent discuter, et duquel ils ne peuvent s’échapper pour aucun autre monde, car le monde des adultes leur est fermé. Les enfants ont tendance à réagir à cette contrainte soit par le conformisme, soit par la délinquance juvénile, et souvent par un mélange des deux.

La deuxième idée de base à prendre en considération dans la crise présente a trait à l’enseignement. Sous l’influence de la psychologie moderne et des doctrines pragmatiques, la pédagogie est devenue une science de l’enseignement en général, au point de s’affranchir complètement de la matière à enseigner. Est professeur, pensait-on, celui qui est capable d’enseigner … n’importe quoi. Sa formation lui a appris à enseigner et non à maîtriser un sujet particulier. (…) Cela a conduit à négliger complètement la formation des professeurs dans leur propre discipline, surtout dans les écoles secondaires. Puisque le professeur n’a pas besoin de connaître sa propre discipline, il arrive fréquemment qu’il en sait à peine plus que ses élèves. En conséquence, cela ne veut pas seulement dire que les élèves doivent se tirer d’affaire par leurs propres moyens, mais que désormais l’on tarit la source la plus légitime de l’autorité du professeur, qui, quoi qu’on en pense, est encore celui qui en sait le plus et qui est le plus compétent. (…)

(la troisième) idée de base est que l’on ne peut savoir et comprendre ce qu’on a fait soi-même, et sa mise en pratique dans l’éducation est aussi élémentaire qu’évidente : substituer, autant que possible, le faire à l’apprendre. (…) Dans ce processus on s’est surtout efforcé de supprimer autant que possible la distinction entre le travail et le jeu, au profit de ce dernier. On considérait que le jeu est le mode d’expression le plus vivant et la manière la plus appropriée pour l’enfant de se conduire dans le monde, et que c’était la seule forme d’activité qui jaillisse spontanément de son existence d’enfant. (…)

Cette méthode cherche délibérément à maintenir, autant que possible, l’enfant plus âgé au niveau infantile. Ce qui précisément devait préparer l’enfant au monde des adultes, l’habitude acquise peu à peu de travailler au lieu de jouer, est supprimée au profit de l’autonomie du monde de l’enfance. »

 

Tout au contraire de ce système (dans lequel on reconnaît tous les traits du pédagogisme qui a saccagé notre système éducatif), « l’enfant a besoin d’être tout particulièrement protégé et soigné pour éviter que le monde puisse le détruire. Mais ce monde aussi a besoin d’une protection qui l’empêche d’être dévasté et détruit par la vague des nouveaux venus qui déferle sur lui à chaque nouvelle génération. Puisque l’enfant a besoin d’être protégé contre le monde, sa place traditionnelle est au sein de la famille. C’est là qu’à l’abri de quatre mures, les adultes reviennent chaque jour du monde extérieure et se retranchent dans la sécurité de la vie privée ».

Dans l’autre sens, l’école est là pour permettre à l’enfant de réaliser, progressivement, le cheminement qui l’insèrera au monde. Mais si l’école ne tient pas ce rôle, « il est clair qu’en essayant d’instaurer un monde propre aux enfants, l’éducation moderne détruit les conditions nécessaires de leur développement et de leur croissance. (…) Normalement, c’est à l’école que l’enfant fait sa première entrée dans le monde. Or, l’école n’est en aucune façon le monde, et ne doit pas se donner pour tel ; c’est plutôt l’institution qui s’intercale entre le monde et le domaine privé que constitue le foyer pour permettre la transition entre la famille et le monde ». Aussi, « les jeunes sont introduits par les adultes dans un monde en perpétuel changement. Qui refuse d’assumer cette responsabilité du monde ne devrait ni avoir d’enfant, ni avoir le droit de prendre part à leur éducation. Dans le cas de l’éducation, la responsabilité du monde prend la forme de l’autorité ». Or, « on ne veut plus demander à personne de prendre ni confier à personne aucune responsabilité, car, partout où a existé une véritable autorité, elle était liée à la responsabilité, elle était liée à la responsabilité de la marche du monde. Si l’on retire l’autorité de la vie politique et publique, cela peut vouloir dire que la responsabilité de la marche du monde est demandée à chacun. Mais, cela peut aussi vouloir dire qu’on est en train de désavouer, consciemment ou non, les exigences du monde et son besoin d’ordre, on est en train de rejeter toute responsabilité pour le monde : celle de donner des ordres, comme celle d’y obéir. (…) L’autorité a été abolie par les adultes et cela ne peut que signifier une chose : que les adultes refusent d’assumer la responsabilité du monde dans lequel ils ont placé les enfants ».

 

Il s’agit donc de défendre une forme de « conservatisme (qui), pris au sens de conservation, est l’essence même de l’éducation ». A contrario, souligne Arendt, en politique, le conservatisme qui vise à maintenir le statu quo dans un monde qui, quoi qu’il arrive, est en perpétuel mouvement, est une impasse[ii]. Toutefois, la nécessité de se raccrocher au conservatisme pour perpétuer l’éducation se heurte à l’abandon de la tradition et au rejet de de tout ce qui rattache au passé. Nous sommes donc à l’exact opposé du principe de l’éducation antique dans laquelle, selon Polybe, il s’agissait de « vous faire voir que vous êtes tout à fait digne de vos ancêtres ». L’autorité de l’éducateur s’inscrivait alors dans l’autorité de la transmission de ce qui nous rattache au passé afin de permettre à l’enfant de s’insérer progressivement dans l’évolution du monde. C’est ainsi que « le rôle de l’école est d’apprendre aux enfants ce qu’est le monde, et non pas leur inculquer l’art de vivre. (…) C’est également avec l’éducation que nous décidons si nous aimons assez nos enfants pour ne pas les rejeter de notre monde, ni les abandonner à eux-mêmes, ni leur enlever leur chance d’entreprendre quelque chose de neuf, quelque chose que nous n’avions pas prévu, mais les préparer d’avance à la tâche de renouveler un monde commun ».

 

 

A suivre : la crise de la culture.

[i] Sur ce sujet, voir en particulier les billet sur Le Divin marché de Dany-Robert Dufour : http://loeildebrutus.over-blog.com/2015/01/les-10-commandements-du-postmodernisme-1-10-le-rapport-a-soi-tu-te-laisseras-conduire-par-l-egoisme.html

[ii] Mais l’on assimilerait davantage cela à une politique réactionnaire qu’à un conservatisme.

Partager cet article

http://loeildebrutus.over-blog.com/2018/05/la-crise-de-l-education-hannah-arendt.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Disparition des oiseaux : vers des printemps de plus en plus silencieux

Disparition des oiseaux : vers des printemps de plus en plus silencieux

20.03.2018(mis à jour à 16:09)
« Ils ne trouvent plus leurs ressources pour se reproduire et ailleurs il y a d’autres populations », Romain Julliard, prof. au Muséum d’hist naturelle
Publicités

Revue de presse nationale et internationale.

Publicités