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13 novembre : comment Daech a changé la France

Vu des États-Unis.

13 novembre : comment Daech a changé la France

Publié le 13/11/2019 – 05:58

 Falco, Cuba
Falco, Cuba

Cet article est issu du Réveil Courrier. Chaque matin à 6h, notre sélection des meilleurs articles de la presse étrangère.OUVRIR DANS LE RÉVEIL COURRIER

Les attentats qui ont eu lieu le 13 novembre 2015 ont été un violent traumatisme pour le pays, rappelle The New York Times. Ils ont accru les tensions qui existaient déjà entre les musulmans français et la société française.

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RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

La mort du leader de Daech, Abou Bakr Al-Baghdadi, fin octobre n’a pas suscité de grands débordements de joie, pas même de soulagement, en France – pays européen qui a pourtant le plus souffert de ses appels à la destruction.

La raison en est simple : les crimes de Daech et la peur qu’ils ont instillé dans la psyché nationale sont à présent tellement enracinés qu’ils ont irrémédiablement changé le quotidien de tous les Français.

En témoignent ces quelques événements survenus au cours du seul mois dernier : un ancien candidat d’extrême droite a tiré sur deux musulmans qui tentaient de l’empêcher de mettre le feu à une mosquée ; une mère de famille musulmane a été réprimandée par un représentant de l’État pour avoir porté un foulard [lors d’une sortie scolaire] ; et le président Macron a appelé à une “société de vigilance” après la mort de quatre officiers de police, poignardés par un de leurs collègues musulmans à la préfecture de Paris.À LIRE AUSSIVu d’Allemagne. L’attaque à la préfecture de police, un État défaillant face à l’islamisme

Juste une étape

Ces récents symptômes de ce que certains n’hésitent plus à appeler un traumatisme chronique pour la France illustrent pourquoi la mort d’Al-Baghdadi “n’est qu’une étape”, ainsi que l’a déclaré Emmanuel Macron dans une réaction très laconique à l’annonce de cette nouvelle.

Car la mort du chef terroriste ne contribue en rien à soigner les blessures infligées par les attentats de 2015 et 2016. Chaque jour au contraire, les plaies suppurent sous l’effet de la peur et du soupçon qui imprègnent désormais constamment les relations entre la société en général et la vaste communauté – pas toujours bien intégrée – des musulmans de France.

Dans un récent sondage Ifop, publié dans le Journal du dimanche, 61 % des personnes interrogées estiment que l’islam est “incompatible avec les valeurs de la société française”, un chiffre en hausse de 8 % par rapport au mois de février. Et près de 80 % jugent que la sacro-sainte laïcité est “en danger”, notamment à cause de l’islam.À LIRE AUSSIOpinion. En France, le vivre-ensemble est mis à mal

Attentats et libertés

Un fossé existait déjà bien avant les attentats de novembre 2015. Mais les massacres perpétrés par les petits soldats d’Al-Baghdadi – près de 1 700 ressortissants français ont rejoint les rangs de Daech, dont environ 700 ont pris les armes – n’ont fait que l’agrandir.

Les attentats ont également conduit à un durcissement des contrôles policiers et judiciaires subis par les citoyens et créé une atmosphère nettement plus indulgente en matière de répression policière. On l’a clairement vu cette année avec les violences policières pendant les manifestations des “gilets jaunes” – violences largement acceptées par la société bien qu’elles aient fait plusieurs milliers de victimes.À LIRE AUSSIVu des États-Unis. Les violences policières attisent la colère des gilets jaunes

Il y a aujourd’hui un débat en France sur le recul des libertés civiles depuis les attentats terroristes. François Sureau, éminent avocat constitutionnaliste et conseiller occasionnel de Macron, a publié un essai très controversé dans lequel il déplore “l’effondrement de l’édifice légal des libertés” en France, en partie à cause des attentats de 2015.

Moins de tolérance à l’égard des musulmans

D’autres spécialistes estiment que c’est une exagération.

Reste que le climat est incontestablement plus tendu en France depuis quatre ans. Rares sont ceux qui appellent l’État à un assouplissement de ses méthodes. Les attentats du 13 novembre 2015, qui ont coûté la vie à 131 personnes, ont changé la France et les responsables politiques ont profité d’un revirement de l’opinion publique, les Français acceptant désormais largement l’idée que ces circonstances nouvelles exigeaient des méthodes nouvelles.

Il est certain que [les attentats] ont été un violent traumatisme, dont les effets se font ressentir à travers le débat sur l’islam en France”, explique Zaki Laïdi, professeur en sciences politiques à Sciences Po Paris et conseiller de l’ancien Premier ministre Manuel Valls à l’époque des attentats.

Chloé Morin, également ancienne conseillère de Manuel Valls, travaillant aujourd’hui chez Ipsos, confirme : “Il y a moins de tolérance à l’égard des musulmans.”

Des tensions existantes qui se sont accrues

Tous reconnaissent néanmoins que les attentats n’ont fait qu’exacerber des tensions déjà existantes au sein de la société vis-à-vis des musulmans.

“Ces attentats ont renforcé la peur de l’islam, explique Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux et partisan d’une ligne réformiste. Le citoyen ordinaire ne fait pas la distinction entre le terrorisme, l’islamisme et l’extrémisme religieux”, précise-t-il.

Les tensions existantes, avant 2015, entre la France et les musulmans français ont été “considérablement amplifiées par les blessures subies par la France, évidemment, dit Zaki Laïdi. Cette flambée de la présence islamiste a été un choc énorme”, poursuit-il.

État d’urgence

Dans le bureau du Premier ministre, tout le monde se demandait comment le pays allait gérer la violence de ce choc”, se souvient Chloé Morin.

Le gouvernement a tout de suite proclamé l’état d’urgence. Il demeure à ce jour en partie en vigueur puisque les mesures mises en place ont été intégrées de manière permanente dans le droit français par le président Macron, alors que ces mêmes dispositifs avaient été dénoncés par les juristes qui défendent les libertés individuelles, comme François Sureau.

Les plus sensibles de ces mesures permettent la prolongation et le renouvellement de l’assignation à résidence des suspects, les perquisitions sans mandat d’arrêt et le port du bracelet électronique pour les personnes soupçonnées de terrorisme. Dans son pamphlet, Sureau écrit : “L’état d’urgence, ce sont 6 000 perquisitions administratives pour une quarantaine de mises en examen, dont vingt pour des faits d’apologie du terrorisme.”

Le refus de devenir un état sécuritaire

Pour autant, l’opposition à ces nouvelles mesures est restée très faible, que ce soit au moment de l’état d’urgence ou plus tard quand elles ont été votées.

Selon Laïdi, “l’immense majorité des Français n’ont pas le sentiment que leurs libertés individuelles sont menacées” et il en veut pour preuve le débat sur la brutalité des méthodes policières lors des manifestations des “gilets jaunes”, qui s’est éteint à peine commencé. Les quelques protestations éparses n’ont pas abouti.

L’avocat François Sureau a déposé de nombreux recours avec succès auprès du Conseil constitutionnel, par exemple contre le délit de consultation de sites “terroristes” – ce qui prouve, selon ses détracteurs, que les libertés individuelles dans le pays se portent toujours aussi bien.

Historiquement, les Français attendent de l’État qu’ils les protègent, dit Laïdi. Ces attentats n’ont fait que renforcer ces attentes.”

Pourtant le peu d’enthousiasme face aux deux ballons d’essai récemment lancés par Macron montre que, malgré les attentats de 2015, les Français ne souhaitent pas davantage de répression et refusent de devenir un état sécuritaire.

Délation ?

Macron a prôné une “société de vigilance” après les attaques meurtrières en octobre à la préfecture de Police, incitant les Français à “repérer à l’école, au travail, dans les lieux de culte, près de chez soi” les signes de radicalisation. Une idée qui n’a pas trouvé grand écho auprès des Français.

Les élites françaises, observe Chloé Morin, d’Ipsos, ont considéré que le président appelait les citoyens à la délation. Certains ont également reproché au chef de l’État de renoncer au rôle traditionnel du gouvernement, qui est d’assurer la protection des citoyens.

La société française attachée aux libertés

Devant l’augmentation problématique du nombre de demandeurs d’asile, Macron s’est également exprimé sur l’immigration, lors d’un discours aux membres de son parti.

La question est de savoir si nous voulons être un parti bourgeois ou pas ? Les bourgeois ne croisent pas l’immigration, ce sont les territoires les plus pauvres qui en sont le réceptacle. Les classes populaires subissent le chômage, la pauvreté, a-t-il dit. Nous n’avons pas le droit de ne pas regarder ce sujet en face.”

Une fois de plus, la réaction des Français n’a pas été enthousiaste face à ce qui a été considéré au sein même de son parti comme un basculement vers les thèses d’extrême droite sur l’immigration.À LIRE AUSSIVu de l’étranger. Immigration : l’extrême droite dicte l’agenda politique de Macron

Pour certains analystes politiques, le bilan de 2015 est double : il y a certes eu une prise de conscience accrue des risques mais également un refus de renoncer aux libertés traditionnelles françaises.

Il y a bien eu une prise de conscience, dit Zaki Laïdi, de Sciences Po. Mais pas de montée de la xénophobie, dit-il. La société française est farouchement attachée à ses libertés.”

Adam NossiterLire l’article original

https://www.courrierinternational.com/article/vu-des-etats-unis-13-novembre-comment-daech-change-la-france?xtor=EREC-21-[nl_bestof]-20191115-[vu_des_etats_unis_13_novembre_comment_daech_change_la_france]

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La Turquie annonce renvoyer dans leur pays les soldats étrangers de Daech à partir du 11 novembre

La Turquie annonce renvoyer dans leur pays les soldats étrangers de Daech à partir du 11 novembre

8 nov. 2019, 13:41

– Avec AFP

La Turquie annonce renvoyer dans leur pays les soldats étrangers de Daech à partir du 11 novembre

© MURAD SEZER Source: ReutersLe ministre turc de l’Intérieur Süleyman Soylu, au centre de la photo, au côté de Recep Erdogan (image d’illustration).

Ankara renverra à partir du 11 novembre les combattants étrangers de Daech détenus dans les prisons turques, a affirmé le ministre turc de l’Intérieur. Plus de 1150 membres de Daech seraient actuellement incarcérés dans les prisons turques.

La Turquie a annoncé le 8 novembre vouloir renvoyer dans leur pays les combattants étrangers de Daech à partir du 11 novembre. «Nous vous disons que nous allons vous les renvoyer. Nous commencerons à partir de lundi [11 novembre]», a déclaré Süleyman Soylu, cité par l’agence de presse étatique Anadolu.Lire aussi«Pas un hôtel» pour Daesh : Ankara compte renvoyer dans leurs pays les djihadistes capturés en Syrie

Le ministre turc n’a pas précisé quels étaient les pays concernés par cette mesure. Le président Recep Tayyip Erdogan a affirmé le 7 novembre que plus de 1 150 membres de Daech étaient actuellement incarcérés dans les prisons turques.

Ankara appelle régulièrement les pays européens à reprendre leurs ressortissants qui ont intégré les rangs de Daech en Syrie, mais ceux-ci sont peu enclins à les récupérer, notamment pour des raisons de sécurité et d’impopularité d’une telle mesure.

Le 4 novembre, Süleyman Soylu avait déclaré que la Turquie renverrait les combattants étrangers de Daech dans leur pays même si ces pays leur retiraient leur nationalité.

Longtemps soupçonnée d’avoir laissé les djihadistes traverser sa frontière pour rejoindre la Syrie après le début du conflit qui déchire ce pays depuis 2011, la Turquie, frappée par plusieurs attentats commis par Daech, a rejoint en 2015 la coalition antidjihadiste.

Ankara a néanmoins été accusé ces dernières semaines d’affaiblir la lutte contre les éléments dispersés de Daech en lançant, le 9 octobre, une offensive contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), fer de lance du combat contre l’organisation djihadiste.

Lire aussi : A Budapest, Erdogan menace une nouvelle fois d’«ouvrir les portes» de l’Europe aux migrants

International

https://francais.rt.com/international/67699-turquie-annonce-elle-renverra-etrangers-daesh-dans-leurs-pays-partir-du-11-novembre

Daesh se répand partout en Afrique, et la Russie seule peut l’arrêter

Daesh se répand partout en Afrique, et la Russie seule peut l’arrêter


Par Andrew Korybko − Le 8 juin 2019 − Source eurasiafuture.com

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La plupart des gens ne savent pas que la pire organisation terroriste du monde est en cours de recentrage vers l’Afrique, où elle revendique des attentats dans les régions Ouest, Centre, et Sud du continent, signe infaillible que cette organisation, loin d’être vaincue, est en train de muter vers une forme très différente de celle que l’on a connue. Mais la Russie pourrait être en mesure de déjouer cette menace avant qu’il ne soit trop tard, si plus de pays font appel à ses services de « sécurité démocratique ».

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Le retour du « Califat » africain

L’observateur inattentif peut croire que Daesh aurait été vaincue après les victoires proclamées par la Russie et par les USA face à l’organisation terroriste la pire du monde, mais le fait est que le groupe terroriste est en train de se recentrer vers l’Afrique ; l’organisation revendique désormais des attaques dans les régions Ouest, Centre, et Sud du continent africain. Daesh avait commencé par faire son apparition dans la Libye et la Somalie, ravagées par la guerre, mais l’on signale à présent sa présence dans le triangle ouest-africain Mali-Burkina Faso-Niger. On signale également qu’elle a mené un attentat dans la région orientale de la République Démocratique du Congo, déjà touchée par le virus Ebola et ravagée elle aussi par la guerre (RDC, ou plus simplement Congo) ; et il apparaît désormais que la même organisation agirait derrière un attentat récentau nord du Mozambique. Tous ces éléments démontrent que Daesh s’est répandue dans toute l’Afrique sans que le reste du monde n’y prenne garde. Il est vrai que les alliés locaux (supposés, ou déclarés) de Daesh ont pu être les responsables des derniers incidents au Congo et au Mozambique, mais même dans ce cas, ils en disent beaucoup sur la volonté de Daesh de s’étendre dans ces pays largement anarchiques, suffisamment en tous cas pour revendiquer être derrière ces attentats.

Cynisme et enjeux

Ce développement dérangeant pourrait constituer le dernier cygne noir catalysant une spirale de chaos dans le fragile espace interconnecté Ouest-Centre-Sud de l’Afrique, surtout si l’on garde à l’esprit les potentiels de conflits propre à chacun d’entre eux, et le risque de voir se propager toute instabilité vers l’ensemble du continent. Au delà des conséquence humanitaires immédiates que cela aurait immédiatement, un tel scénario pourrait également déclencher une nouvelle crise migratoire vers l’Europe, sans parler de l’approfondissement à prévoir du « printemps africain«  en cours et qui a déjà donné lieu à quelques changements de régime sans urnes un peu partout en Afrique au cours des dix dernières années. Pour cynique que cela puisse apparaître, si ce continent ne présentait pas l’importance économique que l’on connaît au niveau mondial, la plupart des pays non-africains préféreraient sans doute se borner à y confiner ces menaces, plutôt que les empêcher de se matérialiser pro-activement. Quelques unes des matières premières parmi les plus importantes dans les société de haute technologies où nous vivons proviennent précisément du Congo, au beau milieu de cette zone d’instabilité, et les autres matières premières et marchés africains rendent l’Afrique indispensable à la montée de la Chine vers son statut de prochaine superpuissance.

La solution russe

Pour ces raison, et d’autres, une nouvelle « ruée vers l’Afrique«  a commencé ces toutes dernières années, au cours de laquelle de nombreux pays ont développé un enjeu stratégique à voir ce continent stable. Cela signifie que le possible effondrement africain catalysé par Daesh contreviendrait à certaines de leurs intérêts principaux. C’est pour cette raison que ce scénario serait si dérangeant mondialement s’il devait jamais se manifester. En l’état, le seul acteur en mesure de mettre fin à l’expansion de Daesh en Afrique est la Russie, résultat de ses réussites surprises en matière de « sécurité démocratique », récemment décrits par le même auteur dans son article sur la finalisation de la « traverse africaine« , par suite d’un nouvel accord militaire avec la République du Congo (le Congo-Brazzaville, voisin de la République Démocratique du Congo), qui accorde à Moscou une sphère d’influence militaro-stratégique traversant le continent d’une côte à l’autre. Les bombardements épisodiques par les USA et la France d’éléments terroristes ne suffisent pas : un entraînement sur le terrain et un soutien consultatif sont nécessaire à consolider ces victoires aériennes ponctuelles : c’est pour cela que le modèle de « sécurité démocratique«  porté par la Russie constitue une réussite — il conjugue la présence de mercenaires de manière à la fois peu onéreuse et donnant lieu à un faible niveau d’engagement, en échange d’accords d’extractions tout à fait rentables.

La ruée anti-terroriste vers l’Afrique

Mais quoi qu’il en soit, Daesh est devenu un mot émotif à la mode, capable de rallier les opinions du monde entier à accorder leur soutien à toute mesure suggérée par les gouvernements pour l’éliminer (de nouveau), et l’on ne peut donc pas exclure que l’expansion du groupe profitera géopolitiquement à divers acteurs peu scrupuleux, surtout du fait des matières premières et des enjeux commerciaux en présence. La Russie joue la course en tête et travaille à étendre son influence en Afrique de par sa « diplomatie militaire » — au sens où elle propose à la vente des armes conventionnelles ainsi que l’avant-garde de son modèle de « sécurité démocratique » — mais elle va devoir monter en volume au niveau de ses partenariats et quant aux participants à ses opérations anti-terroristes, si elle veut sécuriser sa position dans cet environnement compétitif en ouverture. Daesh constitue donc à la fois une menace évidente pour la stabilité de l’Afrique, mais également, et de manière paradoxale, une « opportunité » pour la Russie de prendre un rôle irremplaçable en matière d’anti-terrorisme dans la stabilité du continent ; cela ne sera bien entendu rendu possible que si la Russie l’emporte sur ses nombreux rivaux en la matière. Mais si aucune partie ne parvient à garantir cette stabilité, l’Afrique sera sans doute condamnée à des décennies de conflits, et n’atteindra probablement jamais son potentiel de développement.

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/daesh-se-repand-partout-en-afrique-et-la-russie-seule-peut-larreter

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Les nouveaux territoires de Daesh

Les nouveaux territoires de Daesh

Bien qu’il n’y ait plus de raison d’être à la division des jihadistes entre Al-Qaïda et Daesh, les deux organisations perdurent à la guerre au Moyen-Orient élargi. Paradoxalement, c’est désormais Al-Qaïda qui gère un pseudo-État, le gouvernorat d’Idleb, et Daesh qui organise des attentats hors des champs de bataille, au Congo et au Sri Lanka.

 | DAMAS (SYRIE)  

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La libération de la zone administrée par Daesh en tant qu’État n’a pas signifié la fin de cette organisation jihadiste. En effet, si celle-ci est une création des services de Renseignement de l’Otan, elle incarne une idéologie qui mobilise les jihadistes et peut lui survivre.

Al-Qaïda était une armée supplétive de l’Otan que l’on a vu se battre en Afghanistan, puis en Bosnie-Herzégovine, et enfin en Irak, en Libye et en Syrie. Ses principales actions sont des actes de guerre (sous la dénomination des « Moujahhidines », de la « Légion arabe », ou d’autres encore), et subsidiairement mais plus ouvertement, des opérations terroristes comme à Londres ou à Madrid.

Oussama Ben Laden, officiellement considéré comme l’ennemi public numéro 1 vivait en réalité en Azerbaïdjan, sous protection US, ainsi qu’en a témoigné une lanceuse d’alerte du FBI [1]

Rappelons que les attentats du 11-Septembre à New York et Washington n’ont jamais été revendiqués par Al-Qaïda, qu’Oussama Ben Laden a déclaré ne pas s’y être impliqué, et que la vidéo où il se contredit n’a été authentifiée que par son employeur, le Pentagone, mais a été jugée fausse par tous les experts indépendants.

Alors qu’Oussama Ben Laden serait mort en décembre 2001 selon les autorités pakistanaises et que le MI6 était représenté à son enterrement, des individus jouèrent son rôle jusqu’en 2011, date où les États-Unis prétendirent l’avoir assassiné, mais ne montrèrent jamais son corps [2].

La mort officielle d’Oussama Ben Laden a permis de réhabiliter ses combattants égarés par leur méchant leader, de sorte que l’Otan a pu, en Libye et en Syrie, s’appuyer visiblement sur Al-Qaïda, comme il l’avait fait en Bosnie-Herzégovine [3].

Daesh au contraire est un projet d’administration d’un territoire, le Sunnistan ou Califat, qui devait séparer l’Iraq de la Syrie, tel qu’expliqué cartes à l’appui par une chercheuse du Pentagone, Robin Wright, avant la création de cette organisation [4]. Il fut directement financé et armé par les États-Unis lors de l’opération « Timber Sycamore » [5]. Il frappa les esprits en installant une loi toute prête, la Charia.

Si les jihadistes d’Al-Qaïda et de Daesh ont été vaincus en Iraq et en Syrie, c’est d’abord grâce au courage de l’Armée arabe syrienne, puis de l’armée de l’Air russe qui a utilisé des bombes pénétrantes contre les installations souterraines des combattants, et enfin de leurs alliés. Mais si la guerre militaire [6] s’est achevée, c’est grâce à Donald Trump qui a empêché que l’on continue d’emmener de nouveaux jihadistes des quatre coins du monde, principalement de la péninsule arabique, du Maghreb, de Chine, de Russie et finalement de l’Union européenne.

Autant Al-Qaïda est une force paramilitaire supplétive de l’Otan, autant Daesh est une armée de Terre alliée.

Paradoxalement, alors que Daesh a perdu le territoire pour lequel il avait été formé, c’est Al-Qaïda qui en administre un, alors qu’il s’opposait à ce type de charge. Les Syriens ont repoussé les différents foyers jihadistes chez eux et ont enkystés la maladie dans le gouvernorat d’Idleb. Incapables de rompre avec ce type d’alliés de circonstance, l’Allemagne et la France les ont pris en charge, en termes humanitaires de nourriture et de santé. Ainsi lorsque les Européens parlent aujourd’hui de l’aide qu’ils apportent aux réfugiés syriens, il faut comprendre leur soutien aux membres d’Al-Qaïda qui ne sont généralement ni des civils, ni des Syriens. Au demeurant le retrait des soldats US de Syrie ne change pas grand-chose tant qu’ils maintiennent leurs mercenaires d’Al-Qaïda à Idleb.

Daesh ayant été privé de son territoire, ses survivants ne peuvent plus jouer le rôle qui leur était dévolu par les Occidentaux, mais uniquement une fonction comparable à celle d’Al-Qaïda : celle d’une milice terroriste. Au demeurant, de son vivant l’État islamique pratiquait déjà le terrorisme hors du champ de bataille comme on l’a vu en Europe dès 2016.

Les attentats qu’il a effectués récemment, le 16 avril au Congo [7] ou le 21 avril au Sri Lanka [8] n’avaient été anticipés par personne, y compris par nous. Ils auraient pu en outre être attribués indifféremment à l’une ou à l’autre organisation. Le seul avantage de Daesh sur Al-Qaïda est son image barbare, encore que cela ne pourra durer.

Si Daesh a pu subitement surgir en République démocratique du Congo, c’est en confiant son drapeau aux combattants des « Forces démocratiques alliées » d’Ouganda.

S’il est parvenu à agir de manière spectaculaire au Sri Lanka, c’est que les services de Renseignement étaient entièrement tournés contre la minorité hindoue et ne surveillaient pas les musulmans. C’est peut-être aussi parce que ces services avaient été formés par Londres et Tel-Aviv, ou encore à cause de l’opposition entre le président de la République, Maithripala Sirisena, et le Premier ministre, Ranil Wickremesinghe, qui entravait la circulation du Renseignement.

Le Sri Lanka est particulièrement vulnérable parce qu’il s’imagine trop raffiné pour pouvoir produire une telle bestialité. Ce qui est faux : le pays n’a toujours pas éclairci la manière dont plus de 2 000 Tigres Tamouls ont été exécutés alors qu’ils avaient été vaincus et s’étaient rendus en 2009. Or chaque fois que l’on refuse de regarder en face ses propres crimes, on s’expose à en provoquer de nouveaux en se croyant plus civilisés que les autres.

Quoi qu’il en soit, les drames du Congo et du Sri Lanka attestent que les jihadistes ne désarmeront pas et que les Occidentaux continueront à les utiliser hors du Moyen-Orient élargi.

[1Classified Woman : The Sibel Edmonds Story : A Memoir, Sibel Edmonds, 2012

[2] « Réflexions sur l’annonce officielle de la mort d’Oussama Ben Laden », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 mai 2011.

[3Comment le Djihad est arrivé en Europe, Jürgen Elsässer, Préface de Jean-Pierre Chevènement, Xénia, 2006.

[4] “Imagining a Remapped Middle East”, Robin Wright, The New York Times Sunday Review, September 28, 2013.

[5] « Des milliards de dollars d’armes contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 juillet 2017.

[6] L’auteur distingue la guerre par la voie militaire de la celle menée aujourd’hui par la voie économique. NdlR.

[7] « RDC : Daesh et les ADF se rapprochent au Nord-Kivu », Christophe Rigaud, Afrikarabia, 21 avril 2019.

[8] « Attacks carried out by suicide bombers, Govt. Analyst confirms », Ada Derana, April 22, 2019.

 

https://www.voltairenet.org/article206342.html