Archives pour la catégorie Daesh

Daesh se répand partout en Afrique, et la Russie seule peut l’arrêter

Daesh se répand partout en Afrique, et la Russie seule peut l’arrêter


Par Andrew Korybko − Le 8 juin 2019 − Source eurasiafuture.com

andrew-korybko

La plupart des gens ne savent pas que la pire organisation terroriste du monde est en cours de recentrage vers l’Afrique, où elle revendique des attentats dans les régions Ouest, Centre, et Sud du continent, signe infaillible que cette organisation, loin d’être vaincue, est en train de muter vers une forme très différente de celle que l’on a connue. Mais la Russie pourrait être en mesure de déjouer cette menace avant qu’il ne soit trop tard, si plus de pays font appel à ses services de « sécurité démocratique ».

AFrica-map

Le retour du « Califat » africain

L’observateur inattentif peut croire que Daesh aurait été vaincue après les victoires proclamées par la Russie et par les USA face à l’organisation terroriste la pire du monde, mais le fait est que le groupe terroriste est en train de se recentrer vers l’Afrique ; l’organisation revendique désormais des attaques dans les régions Ouest, Centre, et Sud du continent africain. Daesh avait commencé par faire son apparition dans la Libye et la Somalie, ravagées par la guerre, mais l’on signale à présent sa présence dans le triangle ouest-africain Mali-Burkina Faso-Niger. On signale également qu’elle a mené un attentat dans la région orientale de la République Démocratique du Congo, déjà touchée par le virus Ebola et ravagée elle aussi par la guerre (RDC, ou plus simplement Congo) ; et il apparaît désormais que la même organisation agirait derrière un attentat récentau nord du Mozambique. Tous ces éléments démontrent que Daesh s’est répandue dans toute l’Afrique sans que le reste du monde n’y prenne garde. Il est vrai que les alliés locaux (supposés, ou déclarés) de Daesh ont pu être les responsables des derniers incidents au Congo et au Mozambique, mais même dans ce cas, ils en disent beaucoup sur la volonté de Daesh de s’étendre dans ces pays largement anarchiques, suffisamment en tous cas pour revendiquer être derrière ces attentats.

Cynisme et enjeux

Ce développement dérangeant pourrait constituer le dernier cygne noir catalysant une spirale de chaos dans le fragile espace interconnecté Ouest-Centre-Sud de l’Afrique, surtout si l’on garde à l’esprit les potentiels de conflits propre à chacun d’entre eux, et le risque de voir se propager toute instabilité vers l’ensemble du continent. Au delà des conséquence humanitaires immédiates que cela aurait immédiatement, un tel scénario pourrait également déclencher une nouvelle crise migratoire vers l’Europe, sans parler de l’approfondissement à prévoir du « printemps africain«  en cours et qui a déjà donné lieu à quelques changements de régime sans urnes un peu partout en Afrique au cours des dix dernières années. Pour cynique que cela puisse apparaître, si ce continent ne présentait pas l’importance économique que l’on connaît au niveau mondial, la plupart des pays non-africains préféreraient sans doute se borner à y confiner ces menaces, plutôt que les empêcher de se matérialiser pro-activement. Quelques unes des matières premières parmi les plus importantes dans les société de haute technologies où nous vivons proviennent précisément du Congo, au beau milieu de cette zone d’instabilité, et les autres matières premières et marchés africains rendent l’Afrique indispensable à la montée de la Chine vers son statut de prochaine superpuissance.

La solution russe

Pour ces raison, et d’autres, une nouvelle « ruée vers l’Afrique«  a commencé ces toutes dernières années, au cours de laquelle de nombreux pays ont développé un enjeu stratégique à voir ce continent stable. Cela signifie que le possible effondrement africain catalysé par Daesh contreviendrait à certaines de leurs intérêts principaux. C’est pour cette raison que ce scénario serait si dérangeant mondialement s’il devait jamais se manifester. En l’état, le seul acteur en mesure de mettre fin à l’expansion de Daesh en Afrique est la Russie, résultat de ses réussites surprises en matière de « sécurité démocratique », récemment décrits par le même auteur dans son article sur la finalisation de la « traverse africaine« , par suite d’un nouvel accord militaire avec la République du Congo (le Congo-Brazzaville, voisin de la République Démocratique du Congo), qui accorde à Moscou une sphère d’influence militaro-stratégique traversant le continent d’une côte à l’autre. Les bombardements épisodiques par les USA et la France d’éléments terroristes ne suffisent pas : un entraînement sur le terrain et un soutien consultatif sont nécessaire à consolider ces victoires aériennes ponctuelles : c’est pour cela que le modèle de « sécurité démocratique«  porté par la Russie constitue une réussite — il conjugue la présence de mercenaires de manière à la fois peu onéreuse et donnant lieu à un faible niveau d’engagement, en échange d’accords d’extractions tout à fait rentables.

La ruée anti-terroriste vers l’Afrique

Mais quoi qu’il en soit, Daesh est devenu un mot émotif à la mode, capable de rallier les opinions du monde entier à accorder leur soutien à toute mesure suggérée par les gouvernements pour l’éliminer (de nouveau), et l’on ne peut donc pas exclure que l’expansion du groupe profitera géopolitiquement à divers acteurs peu scrupuleux, surtout du fait des matières premières et des enjeux commerciaux en présence. La Russie joue la course en tête et travaille à étendre son influence en Afrique de par sa « diplomatie militaire » — au sens où elle propose à la vente des armes conventionnelles ainsi que l’avant-garde de son modèle de « sécurité démocratique » — mais elle va devoir monter en volume au niveau de ses partenariats et quant aux participants à ses opérations anti-terroristes, si elle veut sécuriser sa position dans cet environnement compétitif en ouverture. Daesh constitue donc à la fois une menace évidente pour la stabilité de l’Afrique, mais également, et de manière paradoxale, une « opportunité » pour la Russie de prendre un rôle irremplaçable en matière d’anti-terrorisme dans la stabilité du continent ; cela ne sera bien entendu rendu possible que si la Russie l’emporte sur ses nombreux rivaux en la matière. Mais si aucune partie ne parvient à garantir cette stabilité, l’Afrique sera sans doute condamnée à des décennies de conflits, et n’atteindra probablement jamais son potentiel de développement.

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/daesh-se-repand-partout-en-afrique-et-la-russie-seule-peut-larreter

https://lesakerfrancophone.fr/daesh-se-repand-partout-en-afrique-et-la-russie-seule-peut-larrete

https://lesakerfrancophone.fr/daesh-se-repand-partout-en-afrique-et-la-russie-seule-peut-larrete

Publicités

Les nouveaux territoires de Daesh

Les nouveaux territoires de Daesh

Bien qu’il n’y ait plus de raison d’être à la division des jihadistes entre Al-Qaïda et Daesh, les deux organisations perdurent à la guerre au Moyen-Orient élargi. Paradoxalement, c’est désormais Al-Qaïda qui gère un pseudo-État, le gouvernorat d’Idleb, et Daesh qui organise des attentats hors des champs de bataille, au Congo et au Sri Lanka.

 | DAMAS (SYRIE)  

+
JPEG - 30.8 ko

La libération de la zone administrée par Daesh en tant qu’État n’a pas signifié la fin de cette organisation jihadiste. En effet, si celle-ci est une création des services de Renseignement de l’Otan, elle incarne une idéologie qui mobilise les jihadistes et peut lui survivre.

Al-Qaïda était une armée supplétive de l’Otan que l’on a vu se battre en Afghanistan, puis en Bosnie-Herzégovine, et enfin en Irak, en Libye et en Syrie. Ses principales actions sont des actes de guerre (sous la dénomination des « Moujahhidines », de la « Légion arabe », ou d’autres encore), et subsidiairement mais plus ouvertement, des opérations terroristes comme à Londres ou à Madrid.

Oussama Ben Laden, officiellement considéré comme l’ennemi public numéro 1 vivait en réalité en Azerbaïdjan, sous protection US, ainsi qu’en a témoigné une lanceuse d’alerte du FBI [1]

Rappelons que les attentats du 11-Septembre à New York et Washington n’ont jamais été revendiqués par Al-Qaïda, qu’Oussama Ben Laden a déclaré ne pas s’y être impliqué, et que la vidéo où il se contredit n’a été authentifiée que par son employeur, le Pentagone, mais a été jugée fausse par tous les experts indépendants.

Alors qu’Oussama Ben Laden serait mort en décembre 2001 selon les autorités pakistanaises et que le MI6 était représenté à son enterrement, des individus jouèrent son rôle jusqu’en 2011, date où les États-Unis prétendirent l’avoir assassiné, mais ne montrèrent jamais son corps [2].

La mort officielle d’Oussama Ben Laden a permis de réhabiliter ses combattants égarés par leur méchant leader, de sorte que l’Otan a pu, en Libye et en Syrie, s’appuyer visiblement sur Al-Qaïda, comme il l’avait fait en Bosnie-Herzégovine [3].

Daesh au contraire est un projet d’administration d’un territoire, le Sunnistan ou Califat, qui devait séparer l’Iraq de la Syrie, tel qu’expliqué cartes à l’appui par une chercheuse du Pentagone, Robin Wright, avant la création de cette organisation [4]. Il fut directement financé et armé par les États-Unis lors de l’opération « Timber Sycamore » [5]. Il frappa les esprits en installant une loi toute prête, la Charia.

Si les jihadistes d’Al-Qaïda et de Daesh ont été vaincus en Iraq et en Syrie, c’est d’abord grâce au courage de l’Armée arabe syrienne, puis de l’armée de l’Air russe qui a utilisé des bombes pénétrantes contre les installations souterraines des combattants, et enfin de leurs alliés. Mais si la guerre militaire [6] s’est achevée, c’est grâce à Donald Trump qui a empêché que l’on continue d’emmener de nouveaux jihadistes des quatre coins du monde, principalement de la péninsule arabique, du Maghreb, de Chine, de Russie et finalement de l’Union européenne.

Autant Al-Qaïda est une force paramilitaire supplétive de l’Otan, autant Daesh est une armée de Terre alliée.

Paradoxalement, alors que Daesh a perdu le territoire pour lequel il avait été formé, c’est Al-Qaïda qui en administre un, alors qu’il s’opposait à ce type de charge. Les Syriens ont repoussé les différents foyers jihadistes chez eux et ont enkystés la maladie dans le gouvernorat d’Idleb. Incapables de rompre avec ce type d’alliés de circonstance, l’Allemagne et la France les ont pris en charge, en termes humanitaires de nourriture et de santé. Ainsi lorsque les Européens parlent aujourd’hui de l’aide qu’ils apportent aux réfugiés syriens, il faut comprendre leur soutien aux membres d’Al-Qaïda qui ne sont généralement ni des civils, ni des Syriens. Au demeurant le retrait des soldats US de Syrie ne change pas grand-chose tant qu’ils maintiennent leurs mercenaires d’Al-Qaïda à Idleb.

Daesh ayant été privé de son territoire, ses survivants ne peuvent plus jouer le rôle qui leur était dévolu par les Occidentaux, mais uniquement une fonction comparable à celle d’Al-Qaïda : celle d’une milice terroriste. Au demeurant, de son vivant l’État islamique pratiquait déjà le terrorisme hors du champ de bataille comme on l’a vu en Europe dès 2016.

Les attentats qu’il a effectués récemment, le 16 avril au Congo [7] ou le 21 avril au Sri Lanka [8] n’avaient été anticipés par personne, y compris par nous. Ils auraient pu en outre être attribués indifféremment à l’une ou à l’autre organisation. Le seul avantage de Daesh sur Al-Qaïda est son image barbare, encore que cela ne pourra durer.

Si Daesh a pu subitement surgir en République démocratique du Congo, c’est en confiant son drapeau aux combattants des « Forces démocratiques alliées » d’Ouganda.

S’il est parvenu à agir de manière spectaculaire au Sri Lanka, c’est que les services de Renseignement étaient entièrement tournés contre la minorité hindoue et ne surveillaient pas les musulmans. C’est peut-être aussi parce que ces services avaient été formés par Londres et Tel-Aviv, ou encore à cause de l’opposition entre le président de la République, Maithripala Sirisena, et le Premier ministre, Ranil Wickremesinghe, qui entravait la circulation du Renseignement.

Le Sri Lanka est particulièrement vulnérable parce qu’il s’imagine trop raffiné pour pouvoir produire une telle bestialité. Ce qui est faux : le pays n’a toujours pas éclairci la manière dont plus de 2 000 Tigres Tamouls ont été exécutés alors qu’ils avaient été vaincus et s’étaient rendus en 2009. Or chaque fois que l’on refuse de regarder en face ses propres crimes, on s’expose à en provoquer de nouveaux en se croyant plus civilisés que les autres.

Quoi qu’il en soit, les drames du Congo et du Sri Lanka attestent que les jihadistes ne désarmeront pas et que les Occidentaux continueront à les utiliser hors du Moyen-Orient élargi.

[1Classified Woman : The Sibel Edmonds Story : A Memoir, Sibel Edmonds, 2012

[2] « Réflexions sur l’annonce officielle de la mort d’Oussama Ben Laden », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 mai 2011.

[3Comment le Djihad est arrivé en Europe, Jürgen Elsässer, Préface de Jean-Pierre Chevènement, Xénia, 2006.

[4] “Imagining a Remapped Middle East”, Robin Wright, The New York Times Sunday Review, September 28, 2013.

[5] « Des milliards de dollars d’armes contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 juillet 2017.

[6] L’auteur distingue la guerre par la voie militaire de la celle menée aujourd’hui par la voie économique. NdlR.

[7] « RDC : Daesh et les ADF se rapprochent au Nord-Kivu », Christophe Rigaud, Afrikarabia, 21 avril 2019.

[8] « Attacks carried out by suicide bombers, Govt. Analyst confirms », Ada Derana, April 22, 2019.

 

https://www.voltairenet.org/article206342.html