Archives pour la catégorie DEFENSE

Les forces spéciales françaises en mode testeurs d’élite

Défense

Les forces spéciales françaises en mode testeurs d’élite

Drones, robots, transport… L’armée française mobilise ses commandos pour développer des équipements innovants.

Démonstration des forces spéciales

Démonstration des forces spéciales au salon Sofins

ALBANE PHOTOGRAPHE

Pour atterrir au Salon Sofins, il faut braver la rocade bordelaise à l’heure de pointe. Virer plein ouest direction Martignas-sur-Jalle. Montrer patte blanche à l’entrée sud du camp de Souge, bastion du 13e régiment de dragons parachutistes. Traverser le camp, entre pinèdes, champs de tir et vieux blindés de l’ONU à moitié démantelés. Un dernier contrôle du badge, et on entre enfin dans le saint des saints : la grande tente blanche qui abrite le Sofins (Special Operations Forces Innovations Network Seminar), le Salon de l’innovation pour les forces spéciales, dont la quatrième édition se tenait du 2 au 4 avril. Une sorte de Samaritaine de l’équipement militaire.

Réservé à un public restreint, l’événement incarne la priorité absolue donnée à l’innovation par les forces spéciales, ces unités d’élite expertes dans les opérations à forte valeur ajoutée en terrain très hostile (libération d’otages, neutralisation de terroristes, renseignement). Présents au Sahel (Task Force Sabre) et au Levant, ces commandos doivent bénéficier du meilleur équipement pour mener à bien leurs missions.  » On engage le feu tous les jours, il nous faut gagner les quelques secondes qui feront la différence face à l’adversaire, explique le vice-amiral Laurent Isnard, patron du Commandement des opérations spéciales (COS), et ancien du prestigieux commando Hubert (nageurs de combat de la Marine). Nous sommes des éclaireurs de l’innovation. D’ailleurs, nous partageons chaque année notre retour d’expérience avec les états-majors des trois armées. « 

Coopération industrielle

De fait, les commandos sont souvent les premiers à tester les nouveaux équipements en conditions réelles. En plus d’avoir adopté le fusil d’assaut allemand HK416, le remplaçant du légendaire Famas, cinq ans avant que les forces conventionnelles ne s’y convertissent, ils ont aussi été pionniers dans l’utilisation des petits drones tactiques, comme le Skylark de l’israélien Elbit Systems. Les capteurs optroniques du futur hélicoptère NH90, destiné aux forces spéciales, vont également être étendus aux appareils des unités conventionnelles.

L’innovation repose d’abord sur les commandos eux-mêmes. Ainsi, le CPA 10 (commando parachutiste de l’air no 10), basé à Orléans, a développé un drone baptisé Corvus, capable de décoller à la verticale comme un hélicoptère, puis de voler comme un avion. D’une portée de 10 kilomètres, l’appareil est conçu pour être facilement réparable sur le théâtre des opérations : les ailes, conçues dans une sorte de polystyrène, peuvent être reproduites par impression 3D, limitant drastiquement les coûts de maintenance.

Les forces spéciales coopèrent aussi étroitement avec les industriels de la défense. Une cellule R&D propre au COS, la CIEPCOS (Commission interarmées d’études pratiques concernant les opérations spéciales), sélectionne et finance une soixantaine de projets par an, portés par des équipes mixtes militaires- industriels. En 2017, un tireur d’élite a ainsi eu l’idée d’améliorer les jumelles infrarouges JIM Compact de Safran, déjà parmi les meilleures du marché, en les dotant d’un calculateur qui corrige la visée en fonction du déplacement de la cible. Après dix-huit mois de travaux et des tests avec Safran, l’équipement doit entrer au sein des forces spéciales ces prochaines semaines.  » Sur une cible qui court à 8 kilomètres-heure à 400 mètres de distance, on atteint une probabilité de coup au but de 90 % « , indique le commandant Dominique, l’officier du COS à l’origine de l’idée.

Thales n’est pas en reste. Le français a développé, en coopération avec les forces spéciales et la start-up tricolore Robotics Industry, un véhicule robotisé multifonction nommé Brain. Ce dernier est une unité centrale que les commandos peuvent doter, au choix, de roues pour en faire un robot terrestre, de rotors pour un drone, de flotteurs pour des missions maritimes, ou d’un bras articulé.  » Les changements d’équipements se font en quelques secondes, sans outil « , détaille Vincent Marionnet, en charge de l’innovation de l’activité ISR (intelligence, surveillance, reconnaissance) à Thales.

Appel aux start-up

Dans leur quête d’innovation, les forces spéciales peuvent aussi compter sur l’appui du Cercle de l’Arbalète, une association qui leur sert de cellule de veille technologique et de relais auprès des industriels.  » Nous recueillons les besoins opérationnels des différentes unités, et nous écumons les salons, comme le CES de Las Vegas, pour identifier les start-up qui pourraient offrir des technologies adaptées « , explique son président, Benoît de Saint Sernin. Parmi les pépites identifiées, la société basque Pragma Industries et son vélo doté d’une pile à hydrogène qui se recharge en une minute, ou SEAir, spécialiste des bateaux volants. Mais pas question d’entrer dans la surenchère technologique.  » Je ne veux pas des Robocops, mais des commandos rustiques, avec le bon équipement pour remplir leur mission « , souligne le vice-amiral Isnard. Voilà les industriels prévenus.

SEAir
Un  » bateau volant  » équipé des foils de la start-up SEAir. Les commandos marine testent ces semi-rigides pourvus de petites ailes profilées, qui permettent au navire de  » voler  » sur l’eau. A la clé, un meilleur confort et une baisse de consommation de 30 %.

Albane De Roffignac/Sofins
La nacelle héliportée Escape. Présentée en démonstration au Salon des forces spéciales Sofins du 2 au 4 avril, cette nacelle, imaginée par un membre du GIGN, permet l’évacuation rapide (par hélicoptère Puma ou Caracal) des commandos sur les théâtres d’opérations. Elle peut aussi être utilisée pour évacuer des civils lors de missions de sauvetage.

Thales
Le véhicule Brain de Thales. Cet engin multifonction peut être doté, au choix, de roues pour en faire un robot terrestre, de rotors pour en faire un drone aérien, de flotteurs pour des missions maritimes, ou d’un bras articulé.

Vincent Lamigeon
Le robot antichar Themis de MBDA. Développé avec l’estonien Milrem, ce robot chenillé est armé du nouveau missile antichar MMP, d’une portée de plus de 4 kilomètres. L’engin n’est pas autonome : il est téléguidé par un opérateur, à distance de sécurité.

https://www.challenges.fr/entreprise/defense/les-forces-speciales-francaises-en-mode-testeurs-d-elite_655264

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Vladimir Poutine et le nouveau président kazakh discutent nucléaire et défense

Vladimir Poutine et le nouveau président kazakh discutent nucléaire et défense

  • AFP
  • parue le 

Le président russe Vladimir Poutine et son nouvel homologue kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, ont promis mercredi de renforcer encore « l’amitié » entre les deux pays, notamment dans le domaine militaire et le nucléaire, deux semaines après la démission surprise de l’ex-président kazakh Noursoultan Nazarbaïev.

« Je vais faire tout mon possible pour renforcer davantage le potentiel déjà atteint d’amitié entre nos peuples », a déclaré M. Tokaïev au Kremlin, lors de sa première visite officielle à l’étranger. Il a fait l’éloge des relations « exemplaires » entre la Russie et le Kazakhstan sous son prédécesseur qui a été au pouvoir dans ce pays d’Asie centrale pendant environ 30 ans.

« Nous proposons d’avancer vers de nouvelles formes de collaboration », a souligné pour sa part M. Poutine après la rencontre. « J’entends par là avant tout la construction d’une centrale nucléaire au Kazakhstan avec des technologies russes », a-t-il ajouté.

Premier producteur mondial d’uranium, le Kazakhstan envisage le lancement de sa première centrale atomique avec l’aide, notamment, de la Russie. L’année dernière, la Russie a débuté la construction d’une centrale en Ouzbékistan, la première en Asie centrale.

M. Poutine s’est également félicité d’un renforcement des liens militaires entre le Kazakhstan et Moscou, citant la formation d’experts kazakhs en Russie.

Le choix de la Russie par M. Tokaïev pour son premier déplacement à l’étranger a été perçu par de nombreux analystes comme un gage de la continuation de la politique étrangère du Kazakhstan, allié de longue date de Moscou.

M. Nazarbaïev, 78 ans, a annoncé son départ le 19 mars. Il dirigeait le Kazakhstan depuis l’époque soviétique, d’abord en tant que premier secrétaire du Parti communiste local puis à partir de 1991 comme président de ce pays d’Asie centrale aux riches ressources en hydrocarbures. Il continuera toutefois d’occuper des fonctions clés dans le pays.

Kassym-Jomart Tokaïev, 65 ans, jusqu’alors président du Sénat, est devenu président par intérim en attendant la prochaine présidentielle prévue en avril 2020. M. Tokaïev a été deux fois ministre des Affaires étrangères, et Premier ministre du Kazakhstan de 1999 à 2002. Sa première décision en tant que président a été de demander de rebaptiser la capitale du pays, Astana, qui est devenue « Nur-Sultan », le prénom de l’ancien président.

La clause de solidarité de l’Otan s’appelle article V, pas article F-35 (Parly)

La clause de solidarité de l’Otan s’appelle article V, pas article F-35 (Parly)

(B2) Invité par le think tank américain Atlantic Council, la ministre française des Armées a assumé lundi (18 mars) un discours particulièrement offensif envers Washington.

L’Otan ne sert pas à vendre des armes

C’est probablement le passage le plus sévère du discours de Florence Parly : « J’entends parfois parler de protectionnisme. Je dis : réfléchissez-bien. La Belgique achète des F-35. La Suède achète des Patriot. La Pologne achète des Himars. L’Europe a le marché de l’armement le plus ouvert. Je suis personnellement préoccupée à l’idée que la solidarité de l’Otan puisse être soumise à l’achat d’équipement par les alliés. L’alliance doit être inconditionnelle, sinon ce n’est pas une alliance. La clause de solidarité de l’Otan s’appelle article V, pas article F-35. »

Une Europe forte doit être autonome

« Construire une autonomie européenne ne doit en aucun cas être perçu comme une menace envers les États-Unis » insiste Florence Parly. Les armées (européennes) ont besoin de matériels qui répondent à une culture stratégique commune qui reste à développer. Consolider l’industrie européenne est un moyen d’améliorer les capacités. Avec 20 types d’avions de combats (contre 6 pour les États-Unis), les Européens souffrent d’une multitude de chaînes de maintenance, de spécificités d’approvisionnements et de capacités.

Washington a besoin d’une Europe forte

« Ce n’est pas non plus une raison pour les États-Unis de se désengager, au contraire », assure-t-elle. Qu’il s’agisse du terrorisme ou de la résurgence des États puissances, USA et Europe font face aux mêmes menaces. Tout éloignement entre les deux bords de l’Atlantique ne ferait qu’affaiblir les uns et les autres. Une telle distance pourrait alors inciter la Russie à mener des agressions comparables à celles qui ont visé la Géorgie et l’Ukraine, contre un pays de l’Otan : la notion de solidarité risquerait en effet, dans un tel contexte, de perdre en capacité de dissuasion.

(Romain Mielcarek)

Télécharger le discours de Florence Parly.

Premiers tirs METEOR effectués par les Rafale de l’armée de l’Air et de la Marine nationale

Premiers tirs METEOR effectués par les Rafale de l’armée de l’Air et de la Marine nationale


Florence Parly, ministre des Armées, exprime sa satisfaction après le succès des deux premiers tirs d’expérimentation du missile METEOR, réalisés conjointement par des Rafale de l’Armée de l’air et de la Marine nationale, avec le soutien de la Direction générale de l’armement (DGA), et adresse ses félicitations au personnel ayant contribué à cette réussite.

Le mercredi 13 février, à 13h30, une patrouille composée de deux Rafale a décollé de la base aérienne de Cazaux (Gironde) pour tirer un premier missile METEOR. A 20h00, un deuxième tir a été effectué de nuit. Ces tirs ont pu être réalisés grâce à la mise en œuvre par la DGA, du dispositif d’essai, comprenant la sécurité, l’instrumentation, la mise en œuvre des cibles, et la restitution des tirs, depuis son site situé sur l’île du Levant au large de Hyères, dans le Var.

Les avions ont été mis en œuvre et pilotés par du personnel du Centre d’expertise aérienne militaire (CEAM) de l’Armée de l’air et du Centre d’expérimentations pratiques de l’aéronautique navale (CEPA/10S) de la Marine nationale, en étroite collaboration avec la DGA, démontrant ainsi le très haut niveau de technicité des forces en milieu interarmées.

Destiné à des missions de supériorité aérienne, le missile air-air METEOR est propulsé par statoréacteur et capable d’intercepter des cibles à très longue portée. Acquis par la France, la Grande Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Suède, il est doté d’une zone d’interception assurée nettement supérieure à celle des missiles de même gamme actuellement en service.

QUELLES CARACTÉRISTIQUES ?

  • Missile air-air
  • Portée : plusieurs dizaines de kilomètres
  • Poids : 190 kilogrammes
  • Longueur : 3,7 mètres
  • Diamètre : 178 millimètres
  • Propulsion à statoréacteur
  • Autodirecteur électromagnétique actif

QUELLES MISSIONS ?

  • Réaliser des missions de défense aérienne face à des menaces armées de missiles air-air performants
  • Permettre au Rafale d’entrer en premier sur un théâtre d’opération
  • Accroître les capacités de combat air-air et l’interopérabilité des armées européennes en équipant les avions Eurofighter, Rafale et Gripen

QUELS CONSTRUCTEURS ?

  • MBDA (10 500 employés, 6 sites en France)
  • Thales (65 118 employés, 70 sites en France)
  • Roxel (650 employés, 4 sites en France)
  • Saab (16 500 employés

QUELS APPORTS ?

  • Missile à statoréacteur, combinant vitesse élevée et grande endurance
  • Couplage fort avec le radar à balayage électronique du Rafale, permettant des performances inégalées en combat air-air
  • Interception de cibles à très longue portée (plusieurs dizaines de kilomètres), en complément du missile MICA utilisé à de moindres distances pour le combat ou l’autodéfense
  • Combinaison avec le Rafale facteur de
    différenciation à l’export

https://theatrum-belli.com/premiers-tirs-meteor-effectues-par-les-rafale-de-larmee-de-lair-et-de-la-marine-nationale/

Conférence sur la sécurité de Munich : la France ne se donne pas les moyens de ses justes ambitions

Défense
Conférence sur la sécurité de Munich : la France ne se donne pas les moyens de ses justes ambitions

Atlantico: Si Emmanuel Macron ne s’y rend pas, il avait présenté son projet de « force commune d’intervention » pour l’Europe. Alors que l’échéance électorale européenne approche et semble brouiller les cartes, la stratégie de la France en termes de sécurité vous semble-t-elle adaptée ?

Florent Parmentier: La conférence de Munich apparaît depuis le début des années 1960 comme le Forum de Davos de la défense. Une quinzaine d’années après la fin de la Seconde Guerre mondiale et en pleine Guerre froide, il s’agissait de débattre des grands enjeux mondiaux dans un pays en train de se relever et de se tourner non vers une volonté de revanche, mais vers la voie de l’intégration européenne. Le traité de Rome n’a que cinq ans au moment de son lancement.

Ce type de grand forum international vaut autant pour les conférences théâtralisées marquant les évolutions des affaires internationales que pour les discussions informelles qui s’y tiennent en parallèle de ses grands événements. On y décèle les grandes tendances, on y décrypte les futures annonces. Ainsi, Munich a été le lieu fin des discours les plus marquants de Vladimir Poutine, lors du Forum 2007, pendant lequel il dressait un réquisitoire contre l’ordre américain et son unilatéralisme.

En 2017, peu après l’élection du président Trump, le sénateur américain de l’Arizona John McCain faisait un plaidoyer pour une affirmation musclée des valeurs occidentales, craignant pour le risque de décadence de celles-ci. Les dirigeants américains, pour la branche favorable à une relation transatlantique forte, ne manquent pas de signaler l’importance de ces liens pour l’ordre international.

Emmanuel Macron aurait-il pu devenir l’homme de la conférence de Munich de la sécurité en 2019 ? Sa situation sur le plan intérieur s’est singulièrement dégradée depuis la mi-novembre. Le rappel de l’ambassadeur français de Rome a montré la fermeté du président de la République, qui souhaite se positionner comme la seule alternative au populisme nationaliste. Il est certain aujourd’hui que le populisme, quelle que soit la définition qu’on peut mettre derrière ce concept parfois protéiforme, a un réel impact sur les prises de décisions en matière de politique étrangère. Toutefois, comment concilier, chez les populistes, les Italiens qui ne veulent pas porter seul le fardeau financier de l’accueil des réfugiés et les populistes centre-européens qui sont rétifs à toute forme d’accueil de ceux-ci ?

Pour autant, derrière ces divisions spectaculaires et politiques, les états-majors militaires des différents pays de l’Union européenne, les groupements économiques et les administrations peuvent converger vers une prise de conscience commune : le monde tel qu’on l’a connu après 1945 ne reviendra pas. Le chemin pris par Donald Trump ne pourra être dévié facilement ; les thèmes qu’il a imposés à Washington continueront à influencer des débats après son départ.

En 2016, les Ministres de la Défense français (Jean-Yves Le Drian) et allemand (Ursula van der Leyden) ont ouvert la conférence de concert.

Ce n’était sans doute pas le moment de plastronner pour Emmanuel Macron, même si ce serait un lieu idéal pour la montée en puissance des Européens en matière de défense.

 

Un des dossiers chauds de cette conférence est la crise iranienne, avec d’importante pression contre Téhéran. La stratégie de sécurité financière adoptée par la France pour répondre aux sanctions américaines ne risque-t-elle pas d’être vaine en cas d’embrasement ? La France aurait-elle alors son mot à dire ?

Le régime iranien fête cette année les quarante ans de sa révolution. Si l’accord iranien de 2015 a été un des véritables acquis de la diplomatie de Barack Obama, celui-ci a été remis en cause par le président Donald Trump qui a choisi de rompre l’accord négocié. Pour autant, le paradoxe tient dans le fait que le principal objet d’inquiétude du régime iranien n’est pas lié aux sanctions de Washington, mais bien davantage au mécontentement populaire !

Dans ce cadre, et dans la mesure où les transactions en dollars deviennent impossible pour les acteurs économiques européens du fait des sanctions américaines, la France le Royaume-Uni et l’Allemagne ont mis en place un système d’échange complexe s’appuyant sur une logique de troc (Instex pour Instrument in support of trade exchanges). Les Iraniens lancent pour leur part leur propre cryptomonnaie, le PayMon. Cette stratégie n’est donc pas française, elle est beaucoup large – euro-britannique pourrait-on dire – ce qui lui donne une force nouvelle.

 

Les tensions sont aussi fortes autour de la question des conventions d’armement. De quoi s’agit-il ? Va-t-on vers une nouvelle course à l’armement ?

La maîtrise des armements est devenue une des questions centrales dans les relations internationales à compter du 19e siècle. On a cherché au cours du 20e siècle à maîtriser les effets des armes chimiques, bactériologiques et nucléaires. Ce qui était vrai pendant la Guerre froide l’a également été après. Régulièrement, selon leur intérêt stratégique du moment et les vagues d’incompréhension réciproque, les États-Unis comme la Russie se délient volontairement d’un certain nombre d’accords précédemment contractés. Le dernier exemple en date concerne le Traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire.

Si l’on ajoute à cela les effets démultipliés de l’intelligence artificielle alliée à la robotique, la perspective d’une guerre technologique sans homme d’un côté, et de moyens de destruction massive à portée des terroristes de l’autre, une nouvelle course à l’armement est tout à fait possible. A cela il faut ajouter le fait que la montée de la puissance chinoise ne manquera pas d’inquiéter les dirigeants américains.

https://www.atlantico.fr/decryptage/3566056/conference-sur-la-securite-de-munich–la-france-ne-se-donne-pas-les-moyens-de-ses-justes-ambitions-florent-parmentier

Armées françaises : la nouvelle doctrine d’emploi des armes informatiques

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Armées françaises : la nouvelle doctrine d’emploi des armes informatiques



Publié par Michel Roy le 21 Janvier 2019


Pour faire face aux cyberattaques, la France se dote d’une doctrine de lutte informatique à la fois offensive et décomplexée. 1 000 cybercombattants supplémentaires vont être recrutés d’ici 2025 pour un effectif total de 4 000 personnes réparties entre le commandement de la cyberdéfense (Comcyber), de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et de la Direction générale de l’armement (DGA).



« La guerre cyber a commencé et la France doit être prête à y combattre », a déclaré Florence Parly le 18 janvier lors d’une conférence annonçant une « doctrine militaire de lutte informatique ». Voulant prouver la gravité de la situation, la ministre des Armées a révélé qu’en 2017, une cyberattaque a visé son ministère. « Nous renforçons nos effectifs et d’ici 2025, nous compterons 1 000 cybercombattants supplémentaires », a-t-elle assuré. L’effectif atteindra au total 4000 personnes d’ici sept ans, répartis au sein du commandement de la cyberdéfense (Comcyber), de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et de la Direction générale de l’armement (DGA). « Nous renforçons les moyens avec 1,6 milliard d’euros investis pour la lutte dans le cyberespace », a-t-elle ajouté.

Le chef d’état-major des armées, le général François Lecointre, a précisé que les cyberattaques proviennent non seulement d’états, mais aussi venant de hackers, groupes terroristes ou de criminels. « Les armes cyber apparaissent désormais comme des éléments incontournables de l’action militaire », annonce le général Lecointre.

Une nouvelle doctrine

« Nous avons décidé d’organiser une chaîne cyberdéfensive de bout en bout, qui protège autant nos forces que notre maintenance et notre industrie », a poursuivi la ministre. Un partenariat entre le ministère et les industriels doit être annoncé lors de forum international de la cybersécurité (FIC), qui se tiendra à Lille  les 22 et 23 janvier.
Florence Parly, a assuré qu’il fallait également « préparer nos armées à cette nouvelle guerre, en nous assurant qu’elles disposent d’une doctrine et de capacités de lutte informatique offensive ». En cas d’attaque cyber contre les forces, la position est claire : « Nous nous réservons le droit de riposter, dans le respect du droit, par les moyens et au moment de notre choix », a expliqué la ministre. « Nous nous réservons aussi, quel que soit l’assaillant, le droit de neutraliser les effets et les moyens numériques employés », a-t-elle poursuivi. « Mais nous serons aussi prêts à employer en opérations extérieures l’arme cyber à des fins offensives, isolément ou en appui de nos moyens conventionnels, pour en démultiplier les effets », a-t-elle conclu.

Lutte informatique offensive (LIO)

Le général Lecointre, chef d’état-major des armées a précisé cette doctrine. Le cyber est envisagé aujourd’hui comme « arme d’emploi, arme du champ de bataille dans nos opérations », a-t-il expliqué. Les armes cyber sont pour lui des « instruments incontournables de l’action militaire », face à « des potentialités de désorganisation massive qui ne doivent pas être ignorées, mais intégrées dans une pensée stratégique renouvelée ».

La doctrine de lutte informatique offensive (LIO) — qui a été rédigée par le général Bonnet de Paillerets, commandant de la cyberdéfense — a pour objectif « d’intégrer cette nouvelle capacité à la manœuvre d’ensemble des armées », a assuré le général Lecointre.

Arme de riposte

« La lutte informatique défensive est essentielle à la protection de nos moyens dans la conduite des opérations, mais il est possible d’aller au-delà : la lutte informatique offensive peut être un formidable démultiplicateur d’effets », a-t-il ajouté, espérant « tirer parti des vulnérabilités des systèmes numériques adverses ». Cela « élargit considérablement le champ des possibilités et la palette des options modulables que je suis susceptible de proposer au président de la République », s’est-il félicité.

Selon lui, trois grands effets peuvent être obtenus sur le plan opérationnel : « le renseignement, par l’extraction et le recueil d’informations, la déception (tromper l’adversaire), en permettant la modification des capacités d’analyse de l’ennemi, et la neutralisation, en permettant la réduction, voire la destruction des capacités cyber et militaires adverses ». Pour résumer sa pensée, il a cité le stratège britannique John Fuller : « l’arme maîtresse n’est pas obligatoirement la plus puissante ou celle qui assène le plus de coups ; c’est l’arme qui, ayant la plus longue portée, peut entrer la première en action et servir de couverture aux autres armes »….

L’Armée française devra aussi tenir compte de nouveaux risques. Les objets numériques du quotidien, chez les civils aussi bien que chez les militaires, étant devenus potentiellement piratables (smartphones, applis, objets connectés), les militaires sont conscients des failles qui peuvent s’ouvrir. En 2018, en utilisant une appli de fitness, des militaires américains avaient, par exemple, dévoilé sans le vouloir l’emplacement de bases secrètes, notamment en Syrie.

Nos soldats seront-ils équipés d’appareils sécurisés ? Florence Parly ne l’a pas précisé. La ministre affirme en revanche qu’en cas d’attaque, la France utilisera l’arme cyber. « Que ceux qui sont tentés de s’attaquer à nos forces armées le sachent : nous n’aurons pas peur de l’utiliser », prévient la ministre en précisant que la riposte se fera « dans le respect du droit international ».


Brexit : où en est-on ? Que nous dit l’exemple de Galileo sur le volet défense du Brexit ?

Brexit : où en est-on ? Que nous dit l’exemple de Galileo sur le volet défense du Brexit ?

Interview
6 décembre 2018
Le point de vue de Jean-Pierre Maulny

Le Royaume-Uni a officialisé, ce vendredi 30 novembre, son retrait de la partie militaire du futur système de navigation satellite communautaire Galileo. Quelles sont les conséquences directes et à moyen terme de ce retrait ? Existe-t-il d’autres écueils et obstacles en termes de défense entre Londres et Bruxelles ? Plus globalement, les négociations sur le Brexit entrent dans leur phase finale après 17 mois de difficiles négociations. Quelles seront les conséquences, selon si l’accord négocié par Theresa May est adopté ou non par les députés du Royaume-Uni actuellement en plein débat ? Le point de vue de Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’IRIS.

Que signifie le retrait du Royaume-Uni du système satellite européen de géolocalisation Galileo, tant pour l’Union européenne (UE) que pour les Britanniques ?

Il y a un côté « effet d’annonce » dans la décision britannique. En réalité l’UE a indiqué dès le mois de mars de cette année que les entreprises britanniques ne pourront plus postuler aux appels d’offres dans le cadre du programme Galileo pour ce qui concerne les éléments correspondant au signal sécurisé utilisable notamment dans le domaine de la défense.

Deux raisons à cela.

La première est que Galileo est un programme européen financé exclusivement par l’UE, alors que le Royaume-Uni sortira le 29 mars 2019 de l’UE. Il est donc logique que les industriels britanniques ne puissent plus participer aux contrats sur Galileo pour les parties du programme qui ont trait au signal sécurisé puisque le Royaume-Uni deviendra un État tiers de l’Union européenne après le 29 mars 2019.

La deuxième raison repose sur le fait que le signal militaire de Galileo est sécurisé. Cela pose le problème de l’accès à des informations classifiées qui proviennent et appartiennent à l’UE ce qui fait que des entreprises étrangères ne peuvent plus avoir accès à ces données. Pour ce qui est de l’accès en tant que tel au signal sécurisé de Galileo, les instances européennes ont proposé que le Royaume-Uni négocie un accord pour avoir accès à celui-ci, proposition qui a également été faite aux États-Unis. Enfin il faut bien voir que les citoyens britanniques auront toujours accès au signal « civil », comme tous les citoyens européens ont accès au GPS américain. A noter également que les Britanniques s’étaient opposés quand le programme a été lancé à ce que Galileo ait une finalité militaire.

Si Galileo est le symbole des tensions actuelles entre Londres et Bruxelles, quid des autres points d’achoppements en matière de défense dans le cadre du Brexit ?

Il est vrai que Galileo est assez révélateur, quant à sa partie militaire, de la problématique actuelle en matière de défense du Brexit. Il faut distinguer deux domaines.

Le premier concerne les opérations militaires de l’UE. Au cas par cas, le Royaume-Uni pourra participer aux opérations militaires de l’UE. Les Britanniques ne pourront pas participer à la décision décidant d’une opération de l’UE puisqu’ils ne seront plus membres de l’UE. Mais ils seront associés dans les chaînes de commandement de l’opération à hauteur de leur participation.

Concernant les équipements, la question est plus problématique pour les Britanniques et on en a vu les prémisses avec Galileo. Depuis début 2017, il existe un budget communautaire pour la défense, notamment pour les programmes d’équipements, nommé Fonds européen de défense, budget qui devrait sensiblement augmenter à partir de 2021. Or, cet argent communautaire est réservé aux entreprises européennes. C’est assez logique : les citoyens européens ne comprendraient pas que cet argent communautaire bénéficie à des entreprises de pays non membres de l’Union européenne. Partant de ce principe, les entreprises britanniques ne pourront pas avoir accès au Fonds européen de défense qui servira à financer de la recherche et des programmes d’armements européens. La seule condition pour que les entreprises britanniques aient accès aux crédits de ce Fonds est qu’elles aient des filiales localisées dans les pays membres de l’Union européenne, que celles-ci ne soient pas contrôlées par les maisons-mères britanniques, et que cela ne remette pas en cause les intérêts de sécurité européens.

Néanmoins, on peut penser que des aménagements seront mis en place, car l’objectif n’est pas non plus d’empêcher les Britanniques de participer à des coopérations en matière d’armement avec les Européens, car leur industrie possède des compétences non négligeables. Ainsi, le jour venu, il est possible que l’on associe les Britanniques au programme d’avion de combat franco-allemand, qui devrait en toute logique être également financé par des crédits communautaires. Mais cela se fera aux conditions définies par les Européens qui visent simplement à réserver les crédits européens aux entreprises européennes.

Le Parlement britannique est en plein débat avant son vote historique qui acterait le divorce entre le Royaume-Uni et l’UE, après 17 mois de difficiles négociations. Quelles seront les conséquences, si l’accord négocié par Theresa May est adopté ou non par les députés du Royaume-Uni ?

C’est encore difficile à déterminer, car, dans ce Brexit, on avance en marchant et des dispositions qui n’étaient pas prévues à l’origine ont dû être imaginées. C’est notamment le cas de ce que l’on appelle la période de transition. Celle-ci a été demandée par les Britanniques dès juillet 2017 et acceptée par les Européens en mars 2018. Elle prévoit qu’une fois le Brexit consommé, le Royaume-Uni reste dans le marché unique et dans l’Union douanière jusqu’au 31 décembre 2020. En effet, il était tout simplement impossible de négocier un nouvel accord de libre-échange entre le Royaume-Uni et l’Union européenne dans le temps imparti avant la prise d’effet du Brexit et de rétablir notamment tous les outils nécessaires au rétablissement des frontières avec des douanes. Il a ainsi été admis qu’il pouvait y avoir cette période de transition. Aujourd’hui, celle-ci doit permettre également de négocier la relation future entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, car il faut bien dire qu’au-delà des principes de cette relation future qui sont fixés dans l’accord de retrait la négociation a peu avancé.

Pour le moment, la question principale porte sur le vote du Parlement britannique sur l’accord de retrait qui doit avoir lieu le 11 décembre. Si le Parlement britannique refuse l’accord, le Royaume-Uni va se retrouver en grande difficulté après le 29 mars 2019. C’est l’hypothèse du « no deal » avec des conséquences économiques qui seraient catastrophiques pour le Royaume-Uni.

Il est possible que les parlementaires britanniques refusent l’accord sans enlever leur confiance au Gouvernement britannique et demandent à Theresa May de renégocier l’accord. Cependant, l’un des problèmes majeurs est le temps très restreint pour négocier un nouvel accord. Il ne faut pas oublier que celui-ci doit être ratifié par le Parlement britannique, mais également par le Parlement européen, puis approuvé par le Conseil de l’UE à la majorité qualifiée. Le processus d’approbation de l’accord de retrait prend donc un certain temps. De plus, les marges de négociation sont extrêmement faibles pour l’UE, notamment du fait de la problématique irlandaise, car on ne peut rétablir de frontières entre les deux Irlande et qu’il est difficile également de créer de fait une frontière entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni. On peut certes imaginer une sorte de coup de pouce de l’UE pour obtenir l’accord de la Chambre des communes, mais les aménagements à l’accord actuel resteront certainement mineurs en cas de renégociation de l’accord.

On pourrait également imaginer, mais personne ne veut évoquer cette solution, qu’un délai supplémentaire soit décidé pour la négociation de l’Accord de retrait. Cela peut être possible en recueillant l’unanimité des pays de l’UE, puisqu’on contreviendrait à l’article 50 du Traité de l’Union européenne, qui prévoit un délai de deux ans entre l’invocation par un pays de son retrait de l’UE et la prise d’effet de ce retrait. Dans ce cas, le Brexit ne se ferait pas le 29 mars 2019. Mais cela semble quand même difficilement envisageable, car le Parlement européen cessera ses travaux vers le 15 février du fait des élections européennes qui auront lieu fin mai 2019. Cela reporterait ainsi une ratification d’un nouvel accord après l’été 2019 ce qui semble bien lointain voir aléatoire. Il est donc peu probable que le négociateur européen, Michel Barnier, propose cette solution aux pays membres de l’UE : le money time a déjà commencé.

http://www.iris-france.org/125506-brexit-ou-en-est-on-que-nous-dit-lexemple-de-galileo-sur-le-volet-defense-du-brexit/

Macron « regrette » l’achat de F-35 par la Belgique, « contraire aux intérêts européens »

Macron « regrette » l’achat de F-35 par la Belgique, « contraire aux intérêts européens »

Le président français Emmanuel Macron en conférence de presse à Bratislava en Slovaquie, le 26 octobre 2018 / © AFP / VLADIMIR SIMICEK

Le président français Emmanuel Macron « regrette » la décision du gouvernement belge d’acheter des avions de chasse F-35 américains « plutôt qu’une offre européenne », une décision qui « stratégiquement va a contrario des intérêts européens », a-t-il déclaré vendredi devant la presse à Bratislava.

Le gouvernement belge a annoncé jeudi avoir choisi le F-35 américain pour remplacer sa flotte vieillissante d’avions de chasse F-16, au détriment notamment du Rafale français.

« L’offre française est arrivé après la clôture. Je regrette le choix fait. Il n’y avait pas que l’offre du Rafale, il y avait aussi l’Eurofighter, un vraie offre européenne. La décision est liée à une procédure belge, à des contraintes politiques du pays mais stratégiquement va a contrario des intérêt européens », a-t-il ajouté.

« Je ferai tout pour que dans les appels d’offres à venir, des offres européennes soient promues », a-t-il promis, lors d’une visite Slovaquie consacrée à la promotion de ses projets pour l’Europe, dont l’Europe de la défense.

Macron regrette l’achat de F-35 par la Belgique / © AFP / Damien Simonart

« L’Europe doit développer une vraie capacité d’industrie de défense européenne, dans tous les pays qui croient à cette aventure. Ma détermination en sort renforcée », a-t-il conclu.

« L’Europe ne sera forte que si elle est vraiment souveraine et si elle sait se protéger elle même. Nous héritons d’habitudes passées, les projets évoqués ont été lancés avant mon arrivée », a-t-il encore précisé.

(©AFP / (26 octobre 2018 14h12)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Macron-regrette-l-achat-de-F-35-par-la-Belgique-contraire-aux-int-r-ts-europ-ens/965758.rom

F-35 : le dilemme européen

F-35 : le dilemme européen

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23 octobre, 2018
Tribune libre

Alexandre Vautravers

L’acquisition d’un avion de combat devant servir pour les 30 voire les 50 prochaines années est un choix stratégique et politique pour la Belgique. Pourtant, en optant pour le F-35 américain, Bruxelles ferait sans-doute davantage le jeu de Washington et d’Amsterdam.

 

L’avion de combat F-35 Lightning II est multi-rôle, furtif, monoplace et monomoteur. Il est conçu pour opérer au sein d’un réseau aéroterrestre, grâce à la « fusion » des capteurs et l’interopérabilité de ses effecteurs. Le F-35 n’a pas été conçu pour opérer de manière autonome, mais au sein d’un « système de systèmes » et au sein d’un réseau interarmées et multinational. S’il dispose de capacités d’interception très modernes, il est en revanche plutôt conçu pour des missions d’attaque au sol. Car la supériorité aérienne est, aux USA, essentiellement dans le cahier des charges de son frère aîné : le F-22 Raptor, sensiblement plus performant et aussi plus cher, produit à seulement 187 exemplaires de série, que le Gouvernement américain refuse d’exporter pour des questions de sécurité nationale.

Les retards et les surcoûts du programme F-35 ont été importants. La version B, destinée au corps des Marines américains (USMC) et à la Royal Air Force (RAF), nécessite une motorisation particulière et un équipement allégé en raison de la nécessité d’atterrir verticalement. Ceci a beaucoup allongé et augmenté la complexité de son développement. Mais le développement en parallèle de trois versions sensiblement différentes et l’alignement du programme entier sur la version B —la plus complexe et la moins performante— était nécessaire pour garder ensemble les partenaires et services militaires américains et les Alliés.

Le Corps des Marines américain a annoncé une capacité initiale opérationnelle (IOC) sur ses appareils en 2012. Mais en réalité, le premier engagement au combat d’un F-35 date de 2018. Et l’opérateur de ce dernier n’est autre qu’Israël…

Ainsi, onze partenaires disposent aujourd’hui d’une poignée d’appareils. Certaines forces aériennes ont d’ores et déjà annoncé avoir atteint une capacité opérationnelle initiale (IOC) avec une panoplie d’armements très limitée. Mais le F-35 n’est toujours pas l’avion multi-rôle, furtif et opérationnel qu’il prétend.

Année sombre

L’année 2010 a été la plus sombre pour le programme du Joint Strike Fighter (JSF), programme de recherche aéronautique à l’origine du F-35. Des mesures contraignantes ont été prises. C’est paradoxalement l’arrêt de la production du grand-frère F-22, décidé par le Président Obama, qui fait du F-35 le seul appareil américain viable pour les années 2020-2050. En d’autres termes, le F-35 est devenu « Too big to fail » pour le Gouvernement américain.

Et pour les partenaires ? En insistant sur un pont d’envol sans catapulte pour son futur porte-avions, au contraire des choix français, la Grande-Bretagne a un urgent besoin du F-35 B à décollage court et atterrissage vertical – sans lequel sa capacité de projection se réduit à une peau de chagrin. Cette capacité est étroitement liée à son statut et son rang international. Il en va de même pour le Japon, pour Taïwan, pour l’Australie – autant d’Etats qui seraient en mesure d’embarquer un corps expéditionnaire de F-35 sur leurs navires de guerre.

En Europe, le F-35 divise. Les coûts et les retards évoqués ont poussé plusieurs forces aériennes à acquérir d’autres appareils neufs, d’occasion voire en leasing, afin d’assurer le pont entre l’obsolescence de leurs appareils et la capacité opérationnelle des F-35. Ces solutions intérimaires coûtent cher et rendent les opérations militaires plus complexes.

Coûts trop élevés

L’autre problème des surcoûts du F-35 est l’inadéquation entre les budgets de défense européens, la faible part consacrée aux investissements, d’un côté, le besoin de renouvellement de nombreuses plateformes et systèmes pour la plupart issus de la guerre froide d’autre part. Pour l’heure, la société Lockheed Martin, qui fabrique le F-35 n’a livré que 320 appareils. Loin derrière les 2500 prévus à la naissance du programme, dans les années 90. On comprend mieux maintenant avec quelle insistance le Président américain exige une hausse des dépense militaires en Europe. Le niveau de 2% du PIB approuvé par l’Alliance atlantique en 2002 n’a pourtant été atteint que par quatre membres de l’OTAN.

C’est que les coûts très élevés du F-35 rebutent les nations européennes, à l’image de l’Italie ou de l’Angleterre. Dans un contexte de Brexit et de coupes budgétaires, il est difficile d’imaginer que la Grande Bretagne puisse honorer simultanément son engagement de 232 Typhoon et 138 JSF, alors que le MoD doit économiser 15 milliards de livres (22,5 milliards d’euro) sur les dix prochaines années. L’Italie est dans le même bain, avec des promesses d’achat de 121 Typhoon et 131 JSF. Le crash d’un appareil en exercice fin septembre pourrait d’ailleurs être une preuve supplémentaire que l’appareil américain n’est pas tout à fait opérationnel.

Les Pays-Bas demeurent quant à eux dans la course. Mais l’offre initiale de 85 appareils pour remplacer le F-16 s’est réduite comme peau de chagrin avec l’envol des coûts. Aujourd’hui, la force aérienne néerlandaise (Koninklijke Luchtmacht – KLu) table, pour l’hypothèse la plus optimiste, sur 37 exemplaires de l’appareil américain. On comprend donc quelles pressions peuvent s’exercer aujourd’hui sur la Belgique pour acquérir ces avions. Un achat permettrait une mutualisation bienvenue des coûts pour Amsterdam. Exit les considérations de défense, donc. La tentative de faire du F-35 un standard de l’avion de combat pour tous les pays de l’alliance OTAN semble davantage répondre à une volonté politique américaine qu’à une logique opérationnelle ou même budgétaire (1).

 

Alexandre Vautravers
Rédacteur en chef de la Revue militaire suisse

 

(1) Pour voir les tableaux comparatifs des coûts : Department of Defense OUSD (AT&L) ARA/AM, Selected Acquisition Report (SAR) Summary Tables, 2 avril 2010.

https://www.iveris.eu/list/tribunes_libres/378-f35__le_dilemme_europeen_/

Sévère mise-en-garde de la Russie qui est prête à réagir à une nouvelle frappe en Syrie

C’est en tout cas ce que la Russie veut faire savoir et à bon entendeur, salut! En effet la Russie a annoncé de vastes manœuvres navales en Méditerranée, alors « que l’USS Ross, un destroyer américain, est entré en Méditerranée le 25 août dernier, armé de 28 missiles de croisière Tomahawk capables de frapper n’importe quelle cible en Syrie,«  Selon le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov.

«Nous prévoyons de déployer plus de 25 navires sous le commandement du croiseur lance-missiles Amiral Oustinov. Près de 30 avions participeront à ces exercices, dont des bombardiers stratégiques Tu-160», a fait savoir le ministère de la Défense russe dans un communiqué de presse. Les manœuvres devraient avoir lieu du 1er au 8 septembre.

Alors que l’ONU évoque la présence de quelque «10 000 terroristes» dans la province d’Idlib, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré : «Le foyer de terroristes qui s’est formé là-bas n’annonce rien de bon si l’inaction actuelle se prolonge.»

Les manœuvres navales engagées par la Russie, principale alliée de la Syrie, constituent donc selon lui une «hausse des mesures de précaution tout à fait fondée et justifiée.»

Ceci alors que depuis un mois la Russie ne cesse de dénoncer le projet d’une nouvelle fausse attaque chimique en Syrie, prétexte à de nouveaux bombardements occidentaux dont la menace a été brandie par John Bolton, conseiller américain à la sécurité nationale le 22  août. Menace réitérée par Emmanuel Macron récemment. Attaque chimique dont l’armée syrienne serait accusée alors que celle-ci s’apprête à  délivrer la région d’Idlib des supplétifs islamistes non avoués de la coalition américaine. Comme pour les prétendues attaques chimiques de la Ghouta ou d’Alep par Damas, à chaque fois il s’agit pour la coalition occidentale de protéger ses supplétifs terroristes qui combattent sous faux drapeau pour ses intérêts cachés. Il en est ainsi à chaque fois que ceux-ci sont acculés par l’armée syrienne. Une diabolisation médiatique est un bon moyen de faire diversion en pointant du doigt « le régime de Bachar el-Assad » afin de paralyser l’élan libérateur. Un piège qui a déjà souvent fonctionner mais aujourd’hui la Russie sonne la fin de la récréation.

Hier c’était l’envoyé spécial des Nations unies (ONU) en Syrie, Staffan de Mistura, qui faisait part de sa préoccupation du risque d’une catastrophe humanitaire dans la province d’Idlib, alors que l’armée syrienne est en passe de reprendre le contrôle de cette région où les groupes djihadistes seraient au nombre de 10 000 selon une estimation du représentant de l’ONU. L’homme demandait étrangement, hier, à Moscou, Téhéran et Ankara de convaincre Damas de surseoir à son offensive dans la province d’Idlib, redoutant que les deux camps n’aient recours à des armes chimiques. (Source) Étrange façon de lutter contre les terroristes et les armes prohibées que de demander au pouvoir légitime de ne pas finir de libérer son pays de l’occupation ennemie!

Les précédentes frappes américano-anglo-françaises dans la Ghouta orientale contre la Syrie, en avril dernier, avaient pris pour prétexte de semblables prétendues attaques chimiques attribuées sans la moindre preuve à Damas. Il semble d’ailleurs, qu’en réalité il n’y ait pas eu d’attaque chimique tandis que des témoins au contraire, ont dénoncé une mise-en-scène de la part de l’Occident et de ses alliés islamistes sous faux drapeau, pour simuler une telle attaque, ainsi que le dénonce clairement et arguments à l’appui, plus bas, l’ambassadeur russe à Washington, Anatoly Antonov, dans un message qu’il a publié sur Facebook et dans lequel il met en garde Washington.

Sévère mise-en-garde de Mocou

Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue syrien tenue ce 30 août, a fait part de la détermination de la Russie à aider la Syrie à mener à bien la reconquête intégrale de son territoire. «Nous avons des faits sous les yeux [la mise en chantier de’une fausse attaque chimique ndlr], et nous avons adressé une mise en garde forte à nos partenaires occidentaux de ne pas jouer avec le feu», a-t-il annoncé. Des navires russes ont d’ailleurs été aperçus ces derniers jours faisant route vers la Syrie, avant même l’annonce des manœuvres.

Cité par Reuters, le Ministre russe des Affaires étrangères a rappelé que le gouvernement syrien avait parfaitement le droit de combattre les groupes djihadistes. «Il reste encore la tâche de liquider les foyers restants de terrorisme, avant tout dans la zone de désescalade d’Idlib», a-t-il déclaré. De son côté, le ministre des Affaires étrangères syrien, Walid al-Moualem, a confirmé que la Syrie était déterminée à «aller jusqu’au bout» dans sa lutte pour libérer la province d’Idlib, dont il estime qu’elle est principalement tenue par les islamistes du Front al-Nosra ou Front Fatah al Cham (branche syrienne d’Al-Qaïda). Sergeï Lavrov a encore exhorté les Occidentaux, qui font mine de considérer les djihadistes comme de simple rebelles à Bachar-el-Assad, à ne pas utiliser les djihadistes comme des «pions» sur l’échiquier géopolitique.

Alors que l’envoyé de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, s’inquiétait d’un usage d’armes chimiques par l’armée syrienne ainsi que par les combattants rebelles, le ministre syrien a martelé que son pays ne possédait pas d’armes chimiques. Il a en outre assuré que l’armée syrienne tenterait autant que possible d’éviter les pertes civiles lors de l’offensive à venir.

Dans un message Facebook publié le 30 août, «en réponse aux questions des médias», l’ambassadeur russe à Washington, Anatoly Antonov a confirmé avoir rencontré des représentants spéciaux des États-Unis pour la Syrie, le 27 août:

Vendredi dernier, nous avons envoyé une lettre au Département d’État des États-Unis pour demander l’arrangement [d’une] réunion dès que possible. Nous sommes reconnaissants à David Satterfield et à ses collègues pour leur brève réaction à notre demande. (…).

L’essentiel est que nous ayons exprimé nos inquiétudes concernant les signaux américains de préparer de nouveaux bombardements sur la Syrie sous prétexte de l’utilisation possible d’armes chimiques par les Syriens. Nous avons souligné qu’une telle perspective nous préoccupe beaucoup. Nous avons appelé Washington pour fournir des informations non retardées sur les raisons pour lesquelles le sujet de l’utilisation d’armes chimiques par Damas est alimenté.

Nous avons noté qu’une telle rhétorique du côté américain pourrait servir de signal à différents groupes terroristes et organisations pseudo-humanitaires comme les «casques blancs» pour préparer une autre provocation. Nous avons fourni des détails sur les préparatifs du groupe militant «Front Fatah al cham» (ancien «Front al-Nosra») pour commettre une autre provocation avec l’utilisation d’agents toxiques contre la population civile dans le gouvernorat d’Idlib afin de blâmer les forces gouvernementales pour ce crime.

Nous avons informé nos collègues de la livraison de 8 conteneurs de chlore à la ville de Jisr al-choughour, qui ont ensuite été transférés par les activistes de Hizb al Islami al Turkistani au village de Hallouz où un groupe de combattants spécialement entraînés a déjà été déployés (ont été formés sous la direction de la compagnie militaire privée britannique « Olive Group »). Leur tâche consiste à simuler le sauvetage de victimes d’attaques chimiques. À cette fin, il est même prévu d’exploiter des enfants pris en otage.

Nous avons exprimé directement nos préoccupations. Cette provocation préparée avec la participation active des forces de renseignement britanniques peut servir de prétexte à la «troïka» occidentale (Washington-Londres-Paris) pour lancer une nouvelle frappe aérienne contre les infrastructures militaires et civiles syriennes.

Nous avons averti les États-Unis de ne pas s’engager dans une autre agression sans fondement et illégale contre la Syrie. Une nouvelle aggravation de la situation en Syrie ne serait dans l’intérêt national de personne et seul les terroristes en bénéficieraient. Nous nous attendons à ce que nos préoccupations soient entendues. Nous espérons que les États-Unis déploieront tous les efforts possibles pour empêcher l’utilisation d’agents toxiques par les terroristes et agiront de manière responsable, comme membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. (Source: message facebook de M. Antonov.)

L’annonce d’importantes manœuvres en Méditerranées de la part de la marine russe aujourd’hui, alors que le destroyer de guerre américain est déjà présent en Méditerranée, semble bien manifester la détermination de la part du Kremlin de donner du poids à ses avertissements pour la cas où ceux-ci n’auraient pas été bien pris au sérieux.

L’arme « invincible » de la Russie

En effet le Pentagone n’ignore pas que la Russie a les moyens de paralyser les systèmes électroniques de n’importe quel bâtiment et autres aéroplanes, depuis ses déboires en Méditerranée ou en Mer Noire. La Russie ayant pris une avance déterminante dans ce domaine technologique. Mais plus performant encore, Vladimir Poutine a annoncé officiellement en mars dernier une série d’armes nucléaires offensives «dont aucune autre armée que la nôtre ne possède l’équivalent», ajoutant: «Nous avons entamé le développement de nouveaux types d’armes balistiques qui n’empruntent pas les trajectoires balistiques durant leur vol vers leur cible, ce qui rend inutiles et tout à fait insensés les systèmes antimissiles». Annonce que le Pentagone a pris très au sérieux, selon de nombreux articles de la presse américaine. Par cette nouvelle technologie d’armement la Russie s’est dotée des moyens de se faire entendre et respecter des USA et de l’Otan, ainsi que le Président l’avait clairement expliqué: Vous n’avez pas voulu nous écouter ? Maintenant vous allez le faire!  Ceci en riposte au mépris constant des USA qui ne cessent de se rapprocher toujours plus des frontières russes en les menaçant, en dépit de leurs engagements.

Photo: Frégate russe Pytlivy traversant le détroit du Bosphore le 25 août 2018

Voir aussi: 

Émilie Defresne

http://www.medias-presse.info/severe-mise-en-garde-de-la-russie-qui-est-prete-a-reagir-a-une-nouvelle-frappe-en-syrie/97298/

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Revue de presse nationale et internationale.

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