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Vidéo. G-F Dumont Quelles relations entre dynamiques des populations et perspectives stratégiques ?

Vidéo. G-F Dumont Quelles relations entre dynamiques des populations et perspectives stratégiques ?

Par Fabien HERBERTGérard-François DUMONT, le 16 octobre 2019      

Professeur émérite à l’Université de Paris-Sorbonne, Président de la revue « Population et Avenir ». Auteur de nombreux articles et livres dont « Géographie des populations. Concepts, dynamiques et perspectives », éd. Armand Colin, et « Démographie politique. Les lois de la géopolitique des populations », éd. Ellipses. Images, son, et montage : Fabien Herbert.

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Dans ce propos innovant, le Recteur G-F Dumont met en évidence combien les perspectives stratégiques sont dépendantes des dynamiques des populations. Il ne s’agit certes pas de considérer que l’analyse stratégique doit prendre en compte exclusivement les évolutions démographiques, mais de montrer que toute réflexion sur des perspectives stratégiques se révélerait incomplète si elle négligeait l’importance des paramètres et des variables démographiques.Une conférence organisée par le Diploweb.com et la Société de Géographie, avec le soutien de la classe Prépa de l’ENC Blomet et du Centre géopolitique.

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

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Synthèse par Gérard-François Dumont

Notre objectif est de mettre en évidence combien les perspectives stratégiques sont dépendantes des dynamiques des populations. Il ne s’agit certes pas de considérer que l’analyse stratégique doit prendre en compte exclusivement les évolutions démographiques, mais de montrer que toute réflexion sur des perspectives stratégiques se révélerait incomplète si elle négligeait l’importance des paramètres et des variables démographiques.

Face à une pensée stratégique temporairement atrophiée, définir une méthode

Or l’héritage intellectuel de ce questionnement est limité car le monde a connu quelques décennies de mise entre parenthèses du paramètre démographique dans l’analyse stratégique. En effet, dans les décennies qui suivent la Seconde Guerre mondiale, avec l’existence de l’arme nucléaire, l’analyse stratégique avait tendance à se réduire à une dichotomie consistant à distinguer les pays possédant le feu nucléaire, les seuls considérés comme puissants, et les autres. Et, parmi les premiers, les États-Unis et l’URSS, possédaient un nombre considérable de têtes nucléaires : c’étaient les « deux grands ». D’un point de vue stratégique, les autres pays semblaient ne guère compter, comme contraints à se ranger derrière l’une ou l’autre des deux grandes puissances nucléaires. Privilégiant de façon exagérée le facteur militaire le plus emblématique, l’analyse stratégique négligeait l’importance des autres variables stratégiques, comme les ressources exploitables du sol ou du sous-sol, les structures institutionnelles, les paramètres politico-sociaux, la géographie culturelle et religieuse ou les réalités et les évolutions démographiques.

Pourtant, les faits ont balayé la pertinence de cette tendance à limiter l’examen stratégique à la possession de l’arme nucléaire. L’histoire a montré, à la fin des années 1980, qu’un pays – l’URSS – pouvait posséder cette arme tout en se décomposant de l’intérieur et en perdant sa domination précédemment exercée sur de nombreux pays satellites (1989) jusqu’à son implosion en décembre 1991. Cela a rendu impératif pour l’analyse stratégique de revenir à la prise en compte de tous ses paramètres explicatifs, y compris les variables démographiques qui se révèlent incontournables.

Pour le démontrer, transposons aux sciences sociales la méthode expérimentale de Claude Bernard dont le triptyque est : observer des faits, émettre des hypothèses explicatives, puis vérification des hypothèses. En science sociale, où l’on ne peut expérimenter, et donc en analyse stratégique, la vérification des hypothèses consiste à examiner si elles se rencontrent dans d’autres lieux et à d’autres périodes ; c’est la méthode de l’expérimentation invoquée qui peut conduire à valider les hypothèses émises, en l’espèce l’existence d’un effet des dynamiques de population sur les réalités stratégiques. Proposons deux définitions : les dynamiques des populations concernent tout ce qui vient modifier l’état et la vie des populations. Les perspectives stratégiques étudient ce qui pourrait modifier dans le futur le rang d’un acteur stratégique, par exemple d’un État, y compris sa puissance, dans son environnement.

Or, le caractère différencié des évolutions démographiques selon les territoires modifie très probablement l’environnement des acteurs stratégiques et notamment des États que nous considérerons ici, car c’est à cette échelle que de nombreuses données démographiques sont disponibles. Dans une première partie, il s’agit d’examiner les enseignements de l’histoire : démontrent-ils que les dynamiques de population sont co-acteurs des évolutions stratégiques ? Pour répondre à cette question, six exemples, choisis à différentes périodes et dans différentes régions du monde, sont proposés. Chacun de ces exemples témoigne de l’importance de l’une ou de plusieurs des lois de la géopolitique des populations [1].

Vidéo. G-F Dumont Quelles relations entre dynamiques des populations et perspectives stratégiques ?

Le Recteur Gérard-François Dumont en conférence à la Société de GéographieL’immense amphi de la Société de Géographie était comble pour cette conférence co-organisée avec Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone. Cette vidéo permet d’élargir encore la diffusion dans le temps et dans l’espace de cette passionnante conférence.

De nombreux exemples historiques de l’importance des dynamiques de population sur les évolutions stratégiques

En classant ces exemples dans l’ordre chronologique, commençons par les États-Unis : quelles dynamiques démographiques ont concouru à ce que ce pays, guère peuplé lors de sa déclaration d’indépendance en 1776, soit devenu progressivement la troisième puissance démographique du monde au cours du XIXe siècle, et ait pu en conséquence s’affirmer comme une grande puissance ? L’explication tient à ce que nous appelons la loi du différentiel. En effet, cela ne vient pas exclusivement de leur extraordinaire attraction migratoire, comme on le croit souvent, donc à la loi d’attirance, mais aussi à leur exceptionnel accroissement naturel, dont l’intensité s’est aussi trouvée stimulée par une politique migratoire fondée sur le principe d’une immigration choisie, de facto et de jure, au moins pendant de nombreuses décennies.

Pourtant – deuxième exemple – dans les années 1950, les États-Unis ont subi, face à la Chinela loi du nombre, les contraignant à accepter en Corée la géographie de la ligne de cessez-le-feu. Troisième exemple, toujours dans les années 1950, la loi du différentiel se déploie doublement en Algérie. Alfred Sauvy avait souligné son importance avant même le déclenchement de la guerre d’Algérie le 1er novembre 1954.

Quatrième exemple, en Europe, la fin du rideau de fer, amorcé dès le 2 mai 1989 à la frontière entre la Hongrie et l’Autriche et prélude à la réunification de l’Allemagne, s’inscrit dans la loi de répulsion, avec la fuite de la République démocratique d’Allemagne (RDA) avec leurs voitures trabans de milliers d’habitants de cet État communiste qu’était l’Allemagne de l’Est.

Un cinquième exemple se situe au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Du fait de la loi du nombre, les décisions de la Ligue arabe intervenues en 1979, consistant à exclure son État, de très loin, le plus peuplé (Egypte), et à déplacer son siège, ne pouvaient se pérenniser. Comme elles faisaient considérablement perdre de la légitimité à cette association d’États, elles ne pouvaient qu’être remisées un jour, ce qui fut fait en 1990.

Sixième et dernier exemple illustratif, le fait que les États-Unis ont considéré que tous les États d’Amérique latine lui devaient pleine allégeance et ont déclaré que toute intervention de l’Europe en Amérique latine serait jugée comme une atteinte à la sécurité des États-Unis : c’est la doctrine Monroe formulée en 1823. Depuis, et plus précisément depuis la seconde moitié du XXe siècle, le rapport de force démographique entre les États-Unis et l’Amérique latine s’est inversé et des États d’Amérique latine n’hésitent plus à prendre des initiatives diplomatiques sans en référer à Washington. La doctrine Monroe dans ses significations originelles se trouve remise en cause.

Ces exemples illustrent l’importance de la prise en compte des dynamiques de population pour comprendre les réalités stratégiques. Ce qui a été vrai dans le passé le sera dans le futur. Les dynamiques démographiques en cours et projetées peuvent donc permettre d’éclairer des perspectives stratégiques possibles. Rappelons que ces dynamiques résultent tout particulièrement de la façon dont se déploient quatre processus : la transition démographique et ses suites, les migrations internationales, l’urbanisation et l’évolution de la composition par âge et pas sexe. Les projections annoncent une géographie inédite des populations [2] sous l’effet des intensités et des calendriers fortement différenciés de quatre processus.

Les dynamiques de population éclairent les perspectives stratégiques

Pour cette projection dans le futur, considérons également six exemples, là aussi dans des champs géographiques différents.

Comme les projections démographiques bénéficient d’un avantage par rapport à tout travail de prospective en raison des logiques de longue durée de la science de la population, elles annoncent avec une forte probabilité, un basculement de l’ordre démographique dans le monde. Premier exemple, la Chine, avec sa politique démographique coercitive, a engendré un double déficit des naissances et de filles qui pourrait se traduire dans les années 2030 par une diminution de sa population, alors que l’Inde, qui avance certes dans la transition démographique, devrait connaître une croissance la portant au premier rang démographique dans le monde. C’est fort de ce qui relève de la loi du différentiel et de la loi du nombre que l’Inde a pu demander – pour l’heure sans succès – à devenir membre permanent du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU). Les pays qui, comme la France, ont apporté leur soutien officiel à cette démarche ne pourront que le maintenir.

Deuxième exemple, au sein de l’Union européenne, même si tous les pays connaissent un « hiver démographique », leurs évolutions projetées sont fort dissemblables entre des pays dont la population est annoncée en augmentation et ceux où elle diminue déjà et pourrait diminuer encore plus. Or, comme les droits de vote des pays au Conseil européen, pour toutes les décisions relevant d’une majorité qualifiée, dépendant de leur nombre d’habitants [3], ils évolueront nécessairement. L’application de la loi du différentiel peut aussi permettre d’examiner les rapports de force dans les instances européennes au cas où la Turquie en deviendrait membre.

Troisième exemple, personne ne peut nier que cet acteur stratégique qu’est l’Allemagne s’est trouvé affaibli avec la perte de légitimité de sa chancelière A. Merkel [4] compte tenu des résultats électoraux des années 2017-2018. Il importe de comprendre combien ce constat, lié aux changements de rapports de force politique à l’intérieur du pays, est la conséquence d’une longue langueur démographique et d’une politique considérant que les migrations de remplacement peuvent être la réponse à cette langueur. Or cette langueur est appelée à durer car, pour l’enrayer, cela supposerait une hausse considérable de la fécondité face à des générations féminines en âge de fécondité de moins en moins nombreuses. Ses effets n’ont donc pas fini de s’exercer.

Pour le quatrième exemple, considérons ce phénomène totalement inédit du XXIe siècle qu’est le vieillissement de la population qui engendre aussi le vieillissement de la population active. Il se traduit déjà par la diminution de la population active dans certains pays et projette des baisses accrues. Or ces dernières, ceteris paribus, minoreront relativement la création de richesses dans les pays considérés et donc les moyens disponibles pour mettre en œuvre les choix stratégiques.

Cinquième exemple, revenons à la Turquie avec ses gouvernements qui, dans l’ensemble, souhaitent éradiquer toute velléité d’autonomie de ses habitants d’ethnie kurde qui devraient seulement se comporter comme des « Turcs des montagnes » en effaçant leurs spécificités culturelles. Les dynamiques démographiques laissent penser que la question kurde en Turquie ne peut être résolue uniquement par la force, notamment car il apparaît que le poids démographique relatif des Kurdes de ce pays s’accroît.

Sixième et dernier exemple, la Russie. Face à l’immensité de ce pays et à son potentiel existant et à venir, la déclaration du 8 juillet 2000 de Vladimir Poutine s’avère justifiée : « un pays aussi vaste [que la Russie] devrait avoir au moins 500 millions d’habitants ». Or ce pays compte moins de 150 millions d’habitants dans les années 2010 et les projections annoncent au mieux une stabilité voire, plus probablement, une diminution plus ou moins intense, évolutions qui sont de nature à handicaper les moyens stratégiques du pays.

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Conclusion

À la lumière de ces douze exemples, les paramètres démographiques permettent d’éclairer les perspectives stratégiques.

C’est la raison pour laquelle j’ai énoncé « dix commandements » d’axes de recherche qui sont, outre les autres paramètres politiques, géographiques ou économiques, essentiels pour l’analyse stratégique :
. Le nombre d’habitants des pays tu prendras en compte.
. Leur géodémographie selon les groupes culturels, ethniques ou religieux tu étudieras.
. Les effets de stimulation démographique tu analyseras.
. Les conséquences de la langueur démographique tu considéreras.
. La composition par âge des populations tu comprendras.
. La composition par sexe des populations tu n’oublieras pas.
. Aux différentiels démographiques naturel ou migratoire tu t’intéresseras.
. Les migrations d’attirance tu examineras.
. Les migrations de repoussement tu observeras.
. La montée du phénomène des diasporas tu approfondiras.

Copyright pour le texte 2019-Dumont/Diploweb.com

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Le Brexit, l’UE et la démocratie

Le Brexit, l’UE et la démocratie

par Thierry Meyssan

Pour Thierry Meyssan, la politique de Boris Johnson se situe dans la parfaite continuité de l’histoire britannique. Si l’on se réfère aux écrits du Premier ministre britannique et non à ses propos de campagne, elle est bien plus guidée par le danger ressenti face à la naissance d’un État supranational continental que par une volonté d’indépendance économique.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 10 SEPTEMBRE 2019 عربيDEUTSCHESPAÑOLITALIANOPORTUGUÊSROMÂNĂРУССКИЙTÜRKÇEENGLISH

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Lors de la dissolution de l’URSS, la France et l’Allemagne tentèrent de conserver leur place dans le monde en résolvant le problème de leur taille face au géant états-unien. Ils décidèrent donc de réunifier les deux Allemagnes et de se fondre ensemble dans un État supranational : l’Union européenne. Forts de leur expériences de coopération inter-étatique, ils crurent possible de construire cet État supranational malgré le diktat du secrétaire d’État James Baker d’élargissement forcé à l’Est.

Durant les débats sur le Traité de Maastricht, les gaullistes opposèrent le « supranationalisme européen » au « souverainisme ». Ils assimilaient le cadre national à la démocratie et l’échelle européenne à la bureaucratie. Au contraire le président François Mitterrand et le chancelier Helmut Kohl, pour vaincre leur résistance, commencèrent par confondre le souverainisme démocratique (seul le peuple est souverain) et le souverainisme nationaliste (la nation est le seul cadre connu pour exercer un pouvoir démocratique). Puis, ils assimilèrent toute forme de « souverainisme » à du « chauvinisme » (le fait de considérer excellent tout ce qui est national et de mépriser tout ce qui est étranger).

Ce Traité fut adopté et transforma un système de coopération inter-étatique (la Communauté économique européenne) en État supranational (l’UE), alors même qu’il n’existait toujours pas de « nation européenne ».

On récrivit l’Histoire à la fois pour assimiler le nationalisme à la guerre et pour effacer les traces des politiques chauvines anti-Russe. La France et l’Allemagne créèrent une chaîne de télévision binationale, Arte, dont les programmes devaient présenter le nazisme et le soviétisme comme deux régimes totalitaires produits par le même nationalisme. On confondit le nationalisme allemand avec le racialisme nazi (bien qu’il soit incompatible avec l’idée nationale germanique fondée sur la langue et non pas sur la race). Et on effaça les traces des efforts soviétiques pour sceller une alliance anti-nazie. De la sorte, on changea la signification de l’Accord de Munich et du Pacte Molotov-Ribbentrop [1].

Trente ans plus tard, les institutions conçues à 6 et développées à 12 se sont avérées ingérables à 28 comme l’avaient anticipé les États-Unis. L’Union européenne est devenue un géant économique, mais il n’y a toujours pas de nation européenne. Les peuples européens ont largement perdu leur souveraineté démocratique, et leurs États ont perdu leur souveraineté nationale, mais il n’y a toujours pas d’ambition politique commune.

Il suffit de demander à un soldat de l’embryon d’armée européenne s’il est prêt à « mourir pour Bruxelles » et d’observer son air interloqué pour mesurer l’ampleur de la méprise : il n’est prêt à donner sa vie que pour sa nation, pas pour l’Union européenne.

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Le mythe, selon lequel « L’UE, c’est la paix », lui aura valu le Prix Nobel de la paix en 2012, mais
 Gibraltar est toujours une colonie britannique en territoire espagnol [2] ;
 l’Irlande du Nord, une autre colonie en territoire irlandais ;
 et surtout, le Nord de Chypre est toujours occupé par l’armée turque [3].

La France et l’Allemagne ont cru, à tort, qu’avec le temps, les particularisme britanniques issus de l’Histoire se dissoudraient dans l’État supranational. C’était oublier que le Royaume-Uni n’est pas une République égalitaire, mais une Monarchie parlementaire de classe.

En raison des restes de son empire colonial en Europe de l’Ouest, le Royaume-Uni n’a jamais pu adhérer au projet franco-allemand d’État supranational. Il a refusé des pans entiers du Traité de Maastricht dont sa monnaie supranationale, l’euro. Sa logique interne le poussait irrésistiblement à renforcer son alliance avec les États-Unis, dont il partage la même culture qu’une partie des élites. Il lui paraissait plus efficace de conserver son influence dans le monde en s’appuyant sur la force militaire de Washington, plutôt que sur la force économique de Bruxelles. C’est pourquoi en 2000, l’administration Bush envisagea d’inclure le Royaume-Uni dans l’Alena et d’organiser sa sortie de l’UE [4].

Le fait est que le Parlement britannique n’a jamais choisi entre les deux côtés de l’Atlantique. Il aura fallu attendre le référendum de 2016 pour que le peuple tranche en choisissant le Brexit. Mais l’éventuelle sortie britannique de l’UE a ouvert à nouveau une plaie que l’on avait oubliée. La création d’une frontière douanière entre les deux Irlandes remet en cause l’accord de paix irlandais (dit « Accord du Vendredi saint ») entre la République d’Irlande et le Royaume-Uni. Or, celui-ci a été conçu non pas pour régler le problème, mais pour le geler (en ayant recours au principe religieux de la consociatio).

Le système politique britannique est fondé sur la bipolarité. Il s’inscrit physiquement dans les bancs de la Chambre des Communes, où les députés sont assis face à face et non pas en hémicycle. Or, le Brexit pose à la fois deux questions existentielles : l’appartenance ou non à l’UE et le maintien ou non de la colonisation en Irlande du Nord. Chacun a pu constater au cours des trois dernières années, que la Chambre ne pouvait dégager aucune majorité sur l’une des quatre options possibles. Cette situation a gravement affecté l’économie britannique. Selon un rapport confidentiel de Coalition, les commissions bancaires se gagnent de moins en moins à la City et désormais de plus en plus à Wall Street. La suprématie financière britannique décline depuis 2008 et est en train de s’effondrer.

Le système politique britannique est pragmatique. Il n’a jamais été pensé en tant que tel et n’a jamais été rédigé. Il est le fruit de mille ans d’affrontements et de rapports de force. Selon l’état actuel de la tradition constitutionnelle, le monarque ne dispose du pouvoir que lorsque la survie de la nation est en jeu [5]. C’est pourquoi la Reine a décidé de suspendre (« proroger ») le Parlement pour permettre à son Premier ministre de débloquer la situation. En temps normal, la Reine n’a le droit de suspendre le Parlement que pour des motifs techniques (une élection par exemple) et surtout pas pour mettre la démocratie entre parenthèses.

Il est très intéressant d’observer l’émotion provoquée au Royaume-Uni par la décision de la Reine. Tous ceux qui se sont opposés au Brexit réalisent qu’ils ont passé trois ans en discussions stériles et ont atteint la limite de la démocratie. Certains, y compris sur le continent européen, découvrent avec stupeur que la démocratie suppose l’égalité de tous les citoyens et est donc incompatible avec ce qui reste d’une monarchie de classe.

Cette méprise renvoie elle-même à la création des instances européennes sur le modèle imaginé par Winston Churchill. Il n’a jamais été question pour lui ni d’unir des démocraties, ni de créer un État supranational démocratique, mais de prévenir l’existence d’une puissance hégémonique sur le continent européen. C’est-à-dire à la fois d’empêcher l’Allemagne de se relever et de faire face à l’Union soviétique [6]. Contrairement aux slogans qu’il a admirablement maniés, ce n’était pas par opposition au modèle communiste, mais pour poursuivre la politique qu’il avait mené durant la Seconde Guerre mondiale : affaiblir les deux principales puissances continentales, l’Allemagne et l’URSS, qu’il laissa se battre seules l’une contre l’autre de juin 1941 à septembre 1943 sans intervention d’aucune armée britannique, colonies comprises.

Il n’est donc pas étonnant que François Mitterrand, qui participa aux côtés de Winston Churchill au Congrès fondateur de La Haye en 1948, ne se soit pas inquiété du déficit démocratique de l’État supranational qu’il imagina avec Helmut Kohl lors de la dissolution de l’URSS.

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Boris Johnson est un pur produit d’Eton College, bien que partiellement élevé aux États-Unis (il a renoncé en 1996 à la nationalité US pour se présenter à la Chambre des Communes). C’est un disciple des deux grandes figures de l’Empire britannique. D’abord de Benjamin Disraeli, le Premier ministre de la reine Victoria. Il lui a emprunté sa conception du « conservatisme une nation » (Conservatism One Nation) : la richesse confère une responsabilité sociale ; l’élite (upper class) a le devoir de donner du travail aux classes pauvres afin que chacun reste à sa place. Ensuite de Winston Churchill auquel il a consacré un livre [7].

Theresa May avait successivement envisagé trois pistes différentes pour compenser la sortie de l’UE : devenir l’agent de change du yuan chinois en Occident, renforcer la « relation spéciale » avec Washington [8], et raviver le Commonwealth (Global Britain). Boris Johnson, quant à lui, est dans la continuité de ses modèles en se focalisant sur la « relations spéciale » avec les États-Unis et en se jetant dans les bras du président Trump lors du G7 bien qu’il ne partage ses vues ni en économie, ni en politique internationale. Il est également logique qu’il ait effrontément menti contre la Russie à l’occasion de l’affaire Skripal [9] et qu’il souhaite non seulement le retrait britannique de l’UE quel qu’en soit le prix, mais prioritairement le sabotage de cette aventure supranationale continentale.

Si Boris Johnson devait rester Premier ministre, la politique internationale de la « Perfide Albion » serait de conseiller Washington et d’insuffler des conflits entre Bruxelles et Moscou.Thierry Meyssan

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[1] « Petite leçon d’histoire à Justin Trudeau », par Michael Jabara Carley, Traduction Mouhamadou Mourtada Fall, Strategic Culture Foundation (Russie) , Réseau Voltaire, 7 septembre 2019.

[2] « Pour l’UE, Gibraltar est désormais une « colonie » de la Couronne », Réseau Voltaire, 3 février 2019.

[3] « Près de 200 000 Chypriotes ne pourront pas voter aux élections européennes », Réseau Voltaire, 16 mai 2019.

[4The Impact on the U.S. Economy of Including the United Kingdom in a Free Trade Arrangement With the United States, Canada, and Mexico, United States International Trade Commission, 2000.

[5] « Elizabeth II suspend le Parlement britannique », Réseau Voltaire, 28 août 2019.

[6] « Discours de Fulton sur le « rideau de fer » », « Discours de Winston Churchill sur les États-Unis d’Europe », par Winston Churchill, Réseau Voltaire, 5 mars et 19 septembre 1946.

[7The Churchill Factor : How One Man Made History, Boris Johnson, Riverhead Books (2014).

[8] “Theresa May addresses US Republican leaders”, by Theresa May, Voltaire Network, 27 January 2017.

[9] « Les experts militaires britanniques contredisent Theresa May », Réseau Voltaire, 3 avril 2018. « L’affaire Skripal : le mensonge de trop ? », par Michael Jabara Carley, Traduction Jean-Marc Chicot, Strategic Culture Foundation (Russie) , Réseau Voltaire, 23 avril 2018.

https://www.voltairenet.org/article207543.html

Un chien qui se mord la queue

Un chien qui se mord la queue

Les Carnets de Patrice-Hans Perrier

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Un chien qui se mord la queue

Nous poursuivons, ici, notre analyse de la déchéance spirituelle et morale de l’occident. Dans un contexte où la société marchande cède la place à une oligarchie financière, les repères humanistes sont gommés et remplacés par les dictats d’un marché international qui a force de loi. Nous inspirant de l’analyse du philosophe français Jean-Claude Michéa, nous tenterons dans ce court exposé de mettre à nu la logique libérale. Reprise d’un article de réflexion composé il y a quelques temps de cela.

L’espèce humaine comme marchandise corvéable à merci

Il est particulièrement intéressant d’assister à une remontée des valeurs dites «de gauche» dans l’opinion publique après trois décennies de néo-libéralisme à toutes les sauces. Pendant que les gouvernements recapitalisent les banques, le peuple réclame à grands cris une réhabilitation de l’État sans pour autant – et c’est la perversité de la chose – réaliser que les États seront mis sous tutelle avant longtemps. Pris en serre entre un service de la dette qui les étrangle et l’obligation de renflouer les marchés financiers, les gouvernements n’auront d’autres choix que d’accepter les plans d’austérité que les consistoires mondialistes (FMI et consorts) leurs imposeront. Ainsi, sous prétexte de vouloir assainir les finances, des pans entiers de l’appareil d’État seront démantelés afin d’être pris en charge par le secteur privé.

À défaut de posséder les moyens de production, le peuple et l’ensemble des classes laborieuses pouvaient toujours espérer que l’État vienne arbitrer en faveur d’une hypothétique justice sociale. Mais, et c’est l’astuce, la logique marchande du système économique n’était jamais remise en cause. L’expérience malencontreuse des systèmes bolchéviques et maoïstes ayant servi, en définitive, à cautionner un capitalisme qui allait triompher au sortir de la Deuxième guerre mondiale. Après l’effondrement du bloc soviétique il fallait sauver les apparences. C’est ainsi que l’alternance de la gauche et de la droite allait permettre de ravaler une démocratie de façade qui tombe en disgrâce auprès de l’opinion publique.

La morale est privatisée

Jean-Claude Michéa (suivre le lien  vers son entretien) nous prévient que [même] la morale est privatisée dans un monde où se sont les rapports marchands qui fondent les assises de la cité. Le libéralisme – ou programme libéral – poursuit sa course en prétextant sa neutralité, dans un monde où les rapports de force seraient déterminés par des conflits d’ordre idéologique, religieux ou culturel. Il s’agit d’une imposture colossale ! En bref, la gauche tire le tapis vers plus de services à la collectivité, alors que la droite pousserait vers une plus grande autonomie des acteurs privés. L’alternance électorale permettant d’entretenir l’illusion d’un système qui finirait par s’autoréguler pour le bénéfice de tous.

La morale – ou l’éthique des rapports citoyens – devenant une affaire privée, c’est l’équanimité des échanges économiques qui assurerait la paix et la prospérité. En fait, la prospérité est le concept central qui a remplacé celui du bien public. Avant, les puissants s’arrogeaient le droit – et la responsabilité – de faire régner un ordre public fort discutable au demeurant. De nos jours, les oligarchies financières s’occupent de fixer les seuils de rentabilité qui permettront à la croissance économique de perdurer. Impuissants face à ce nouveau crédo «amoral», les citoyens ont abandonné leurs prérogatives au profit de la (im)posture tordue du consommateur prisonnier de l’ordre marchand.

L’ordre marchand

Michéa parle d’une «société axiologiquement neutre» qui ne reposerait sur aucun prédicat idéologique. Les libéraux se réclamant d’«un discours qui signerait la fin des idéologies». Donc, les politiciens pourraient se permettre – durant les campagnes électorales – d’argumenter à partir de certains marqueurs idéologiques, mais la logique marchande les rappellerait vite à l’ordre durant l’exercice de leur mandat. Coupant court à toute forme de digression oiseuse, cet astucieux penseur met le doigt sur la supercherie de démocratie libérale. Rappelons-nous de la célèbre citation de Jean-Louis Barrault : «la dictature, c’est «ferme ta gueule»; la démocratie, c’est «cause toujours»». Le logos serait donc prisonnier de la dictature de l’économique, une sphère d’activité n’ayant de compte à rendre qu’à ceux qui tirent les ficelles.

Fort curieusement, face à un tel conditionnement, même les organismes à but non-lucratif ou caritatifs sont tenus de devenir profitables sous peine de se faire couper les vivres. Rien n’échappe à la logique marchande pour qui une entreprise sans profit équivaut à un irritant qu’il convient d’éliminer dans les plus brefs délais. Mais, loin de nous l’idée de faire l’apologie de l’incompétence ou de l’interventionnisme à tous crins. En fait, pour dire les choses clairement, il appert que les profits générés par l’ensemble de la société servent à financer de nouvelles entreprises qui permettront à l’oligarchie de générer de nouveaux profits. L’appareil d’État devenant une simple courroie de transmission afin d’arbitrer les contentieux opposants une cohorte de compétiteurs tentant de faire main basse sur l’ensemble des rapports de production et sur les éventuelles sources de profit escomptées.

Le mythe de la croissance

La doxa des élites repose sur un mythe tenace. Le mythe de la croissance n’est pas prêt de s’estomper et Jean-Claude Michéa pousse son raisonnement jusqu’à affirmer que «l’augmentation indéfinie est une philosophie à part entière pour les maîtres du monde», lesquels sont littéralement obsédés par les moyens d’engendrer une nouvelle croissance. Le quantitatif aura remplacé l’idéal d’une élévation des consciences. Il s’agit donc du «degré zéro» de la morale publique ou, si vous préférez, d’un état de fait où les mythes du progrès, de la croissance, de la technicité, auront remplacé l’idéal hellénique et chrétien d’une cité où la justice règnerait.

La moralité de cette histoire ?

Michéa confirme (et il n’est pas le seul) que la gauche a, elle aussi, intégré le prédicat qui désigne la croissance comme moteur d’évolution et d’amélioration de la société. La croissance économique permettant de faire disparaître les sources de conflit au sein d’une société fédérée par l’appât du gain comme ultime moteur. Et pourtant. L’accroissement vertigineux des fortunes des grandes corporations n’a pas aidé les sociétés occidentales à sortir du marasme et à améliorer les conditions de vie de ses citoyens. Bien au contraire – et de nombreuses études l’attestent – la classe moyenne est en train de disparaître et les grandes fortunes américaines accaparent une part colossale de la richesse collective, alors que le gouvernement n’arrive même plus à faire ses frais administratifs. Il s’agit d’une mythologie que nous sommes forcés d’ingurgiter jour après jour.

La logique du don

L’«universalité du marché aurait remplacé la logique du don», précise le philosophe français. Il nous dit qu’il faut savoir donner, recevoir et rendre … le «donnant, donnant» de l’échange marchand aurait détruit cela. Et, de pousser un cran plus loin son argumentaire en affirmant que la logique marchande pervertirait jusqu’aux rapports amoureux et sentimentaux. Pour lui, «une part essentielle des rapports humains relève d’une logique qui tient à distance celle de l’économie». Les principaux mouvements de résistance au capitalisme naissant – XVIIIème et XIXème siècles – se seraient élevés contre ce qu’il nomme l’«individualisme possessif et l’égoïsme radical». Les premiers socialistes se préoccupaient du «devoir de partage, d’entraide et de solidarité», avance-t-il, en précisant que les gauchistes actuels seraient bien plus préoccupés par l’appât du gain que par une réelle justice sociale.

S’il est un élément fondamental de l’héritage chrétien c’est bien celui du don de soi pour le plus grand bénéfice de la collectivité. Curieux paradoxe, l’activité économique des premiers monastères aura tracé la voie au capitalisme à venir, dans un contexte où les communautés religieuses se préoccupaient toujours plus de la thésaurisation au détriment du partage. Certes, la domestication de nos rapports à la nature nous a permis d’obtenir un «gain de production» et de nous affranchir de l’arbitraire de la survie primitive. Mais, d’autres formes d’aliénations encore plus pernicieuses ont vu le jour avec l’apparition de la cité moderne de la Renaissance. À une époque où le grand capital apatride dicte sa loi d’airain, il devient impérieux de renouer avec les fondamentaux de la démocratie hellène, mais tout autant avec cette charité (caritas) qui fut le levain des premières communautés chrétiennes.

http://www.dedefensa.org/article/un-chien-qui-se-mord-laqueue

Il faut accorder l’asile constitutionnel à Edward Snowden


Gage Skidmore – Flickr

Il faut accorder l’asile constitutionnel à Edward Snowden

AVRIL 2019

Edward Snowden a risqué sa vie pour dénoncer un système de surveillance généralisé. Réveillant notre tradition révolutionnaire et suscitant l’enthousiasme des jeunes générations, il mérite l’asile constitutionnel qui, à la différence de l’asile politique, ne requiert pas la présence préalable sur le territoire.

Le 6 décembre dernier, vous avez organisé une conférence en présence d’Edward Snowden en direct de Russie[1]. Qu’avez-vous retenu de cette rencontre ?

Cette conférence était réservée aux étudiants, aux personnels et aux enseignants de l’université Paris I Panthéon Sorbonne. Elle avait été annoncée à l’avance et les inscriptions avaient été ouvertes à une heure et une date précise. Au bout de trois minutes, l’amphithéâtre de 500 places était rempli ; 11 000 personnes se sont ensuite inscrites sur la liste d’attente. Cette présence et cet enthousiasme, exprimés durant les échanges, dont la grande qualité a bénéficié des questions très pertinentes des étudiants, ont révélé qu’Edward Snowden est, comme l’a titré le Financial Times quelques semaines plus tard en rapportant cette conférence, le héros de cette génération d’étudiants français et européens, les millenials[2].

Nous entrons dans une société dans laquelle nous sommes
en voie d’être
complètement aliénés.

Au cours des débats, Edward Snowden a démonté et dénoncé l’atteinte portée à nos libertés individuelles par la surveillance généralisée pratiquée d’abord par les services de renseignement américains, puis par des entités privées, les Google, Amazon, Facebook et Apple (Gafa). Aujourd’hui, lorsque nous parlons en laissant nos téléphones portables allumés, différentes structures, publiques ou privées, peuvent avoir connaissance de ce que nous disons. Cela a des conséquences réelles, conscientes et inconscientes, sur nos actes. Notre spontanéité de parole va être entravée par ce risque d’être écouté, de devoir se méfier de nos téléphones et de nos ordinateurs. Nos démocraties libérales sont confrontées aujourd’hui à la surveillance de masse qu’elles ont, paradoxalement, combattue dans les régimes totalitaires au moment de la Seconde Guerre mondiale et tout au long de la guerre froide. Certes, nous ne sommes pas dans des régimes de cette nature et nos États ne déportent pas les citoyens au Goulag ou dans des camps d’extermination. Il n’empêche que les prévisions de Georges Orwell sont en train de se réaliser. Nous entrons dans une société dans laquelle nous sommes en voie d’être complètement aliénés.

En juin 2013, Edward Snowden a révélé au monde l’existence de programmes de surveillance administrés dans le plus grand secret par les agences de renseignement américain. Il a par la suite démontré que ces programmes de surveillance, loin d’être orientés exclusivement vers la prévention du terrorisme, servaient d’autres objectifs, comme par exemple le renseignement économique. Depuis lors, il a évolué vers une critique plus générale des plateformes numériques. Quels aspects de ces révélations vous semblent les plus préoccupants ?

Les Gafa utilisent les données que nous envoyons avec nos appareils électroniques et nos conversations pour produire des données qui vont mobiliser notre attention. À la fin du xixe siècle, ère du fordisme, le corps humain était asservi à des activités professionnelles. Aujourd’hui, c’est le temps d’attention disponible que l’on exploite et que l’on réduit ; c’est le cerveau que l’on essaie d’enfermer, par des manipulations subtiles de langage et le martèlement d’informations. C’est le combat contre cette aliénation que nous devons mener.

Edward Snowden est d’abord quelqu’un qui a risqué sa vie pour rendre ce système public. Depuis, il est devenu un guide intellectuel qui le combat au nom de nos libertés. En dehors de lui, on constate une mobilisation très insuffisante des acteurs politiques et sociaux, français, européens, voire mondiaux puisqu’il s’agit d’un problème mondial, pour réguler et réorganiser les pouvoirs de ces plateformes numériques de telle façon que nos droits fondamentaux à la liberté de nous exprimer, de penser, de parler, de partager soient complètement garantis et protégés.

Edward Snowden
doit être libéré pour guider
la jeunesse européenne.

Ce qui était formidable lors de cette conférence, c’était de voir que le combat d’Edward Snowden semble avoir été compris et fait sien par la nouvelle génération. On pourrait la croire séduite, voire embrigadée par les Gafa, c’est peut-être justement elle qui va être capable de se soulever afin de réguler leurs usages. À la fin de la conférence, Edward Snowden explique que ce combat nécessite des réformes profondes et qu’à défaut, il faudra mener une révolution. Chef de file potentiel de ce grand mouvement de réforme, il est pour l’instant enfermé à Moscou pour sa propre protection : il doit être libéré pour guider la jeunesse européenne dans cette lutte. S’il pouvait nous rejoindre de facto comme citoyen européen, il soutiendrait et animerait la mobilisation sociale et politique au sens noble du terme dont nous avons besoin, non pas au service d’un parti mais de nos libertés. Des milliers de jeunes seront prêts à se mobiliser pour cette cause le jour où il arrivera en France. Cela créera une dynamique sans précédent.

À l’été 2013, à la suite de ses révélations, Edward Snowden s’est vu retirer son passeport américain, bloqué dans la zone de transit de l’aéroport de Moscou, puis accueilli à titre temporaire en Russie, où il réside depuis lors. En juin 2014, il a souhaité demander l’asile politique dans plusieurs pays d’Europe, dont la France, mais il en a été dissuadé. Vous avez alors fait partie d’un comité de soutien déterminé à appuyer cette demande[3]. Pouvez-vous expliquer le sens de votre mobilisation ?

Je n’ai pas été sensibilisé et donc mobilisé tout de suite. Mais, grâce à ces révélations, j’ai pris conscience du monde dans lequel nous vivons, gouverné par ce système de surveillance généralisée. C’est alors que j’ai compris l’ampleur du combat d’Edward Snowden. J’ai donc ressenti comme une dette à son égard.

Alors que se profilait le premier anniversaire de son départ, j’ai été contacté par un journaliste de l’Express qui m’a proposé de signer une pétition adressée à François Hollande, alors président de la République, intitulée « Accordez l’asile politique à Edward Snowden[4] »Elle s’inscrivait dans le cadre de l’asile de la Convention de Genève de 1951, qui prévoit que le statut de réfugié politique peut être accordé à toute personne «persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques». Cette protection ne peut s’appliquer que lorsque la personne requérant l’asile est déjà entrée sur le territoire national. Elle n’oblige pas les États signataires à accueillir et à traiter la demande d’asile d’une personne qui se trouve à l’extérieur. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il n’y pas d’obligation légale d’accueil à l’égard de tous les demandeurs d’asile ayant fui de pays comme la Syrie ou la Libye. Les États doivent traiter la demande une fois que la personne se trouve sur leur territoire, et à condition, en application du règlement européen Dublin III du 26 juin 2013, qu’elle ne soit pas passée d’abord par un autre pays d’Europe. Edward Snowden s’est vu refuser par la France l’entrée sur son territoire pour y déposer une demande d’asile, il ne peut prétendre au statut de réfugié politique prévu par la Convention de Genève de 1951.

Mais la France dispose d’une procédure de protection exceptionnelle, prévue à l’article 4 du préambule de la Constitution française du 27 octobre 1946, qui énonce que «tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a le droit d’asile sur le territoire de la République». Cet asile constitutionnel, transcrit dans la Constitution de 1958, est devenu effectif et porteur de droits après le rapport que j’ai remis à Lionel Jospin et à Jean-Pierre Chevènement à l’été 1997[5], permettant son inscription dans la loi du 11 mai 1998 relative à l’entrée et au séjour des étrangers en France et au droit d’asile. Depuis, des dizaines de combattants – journalistes, militants des droits humains, artistes – persécutés pour leur lutte en faveur de la liberté ont pu bénéficier de l’asile constitutionnel en France.

Cette procédure est en un sens plus restrictive que celle prévue par la Convention de Genève de 1951, puisqu’elle prévoit de protéger des personnes en raison de ce qu’elles font activement et non de ce qu’elles sont. L’asile constitutionnel protège des acteurs du combat pour la liberté, et qui sont persécutés pour ce combat, soit peu de personnes. En revanche, il est aussi plus souple en ce qu’il n’est écrit nulle part qu’il impliquerait la présence en France du demandeur persécuté. Quand on se réfère aux débats constitutionnels de la première et de la seconde Assemblées constituantes en 1946, on constate en effet que le constituant s’adressait à des personnes se trouvant en dehors de nos frontières, pour leur signifier que la France leur offrirait dorénavant la protection que leur combat pour la liberté mérite, dans les cas où ils seraient en danger.

Notre Constitution offre donc une place spéciale à Edward Snowden en France. Si l’asile de la Convention de Genève a pu lui être refusé, il peut en être différemment de l’asile constitutionnel ; car jusqu’à présent, le Conseil d’État, juge en cassation de toutes les procédures d’asile rejetées par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), puis par la Cour nationale du droit d’asile (Cnda), n’a jamais stipulé que le demandeur d’asile constitutionnel devait être en France pour faire sa demande.

Edward Snowden pourrait donc déposer aujourd’hui une nouvelle demande d’asile en France, avec de meilleures chances de réussite ?

Effectivement, aujourd’hui toutes les conditions sont réunies pour qu’il entame cette démarche. L’Ofpra, puis le juge d’appel en cas de refus, enfin le juge de cassation, qui rend la justice au nom du peuple français, auront à décider de sa demande d’asile constitutionnel en raison de son combat pour la liberté, s’il décide de la déposer. Ce serait une démarche puis une décision de portée capitale, et du point de vue de la jurisprudence sur l’asile, et du point de vue de l’indépendance des juges qui sera mise à l’épreuve.

Mais les juges, qui ont, comme tous les citoyens, découvert cette surveillance de masse, tiennent compte des principes qui ont fondé les textes qu’ils ont en charge d’interpréter et du contexte, dans leur appréciation souveraine. Or, justement, le contexte a changé : Snowden était quasi seul il y a cinq ans, tandis qu’aujourd’hui, le Parlement et la Cour de justice de l’Union européenne ont intégré dans leurs décisions les leçons qu’il nous a permis d’apprendre sur les Gafa. La situation politique aux États-Unis a aussi changé. Lors de la conférence du 6 décembre dernier, Edward Snowden a d’ailleurs exprimé son espérance de venir à Paris.

L’issue de sa demande éventuelle reposerait sur la mobilisation des juristes et de l’opinion ; il faudrait un grand mouvement citoyen pour demander qu’on lui accorde l’asile, afin de prévenir toute immixtion du gouvernement dans la procédure. Au cours de celle-ci, devront être déterminés si Edward Snowden a combattu pour la liberté au sens de l’article 4 du préambule de 1946, ce qui est indiscutable à mon sens, et s’il est persécuté, ce que je pense aussi, par les États-Unis. Elle devra enfin trancher la question de savoir s’il peut demander l’asile constitutionnel depuis l’étranger. Je déduis de la récente jurisprudence du Conseil d’État que cela est possible.

Edward Snowden est un cas particulier, tant pour ce qu’il a révélé qu’en raison de sa personnalité et de son aptitude à formuler les motivations profondes de son action. Peut-on néanmoins faire le lien entre son geste et celui de multiples autres lanceurs d’alerte, qui ont agi dans des domaines très différents ? Dans son film documentaire Meeting Snowden (2016), Flore Vasseur filme une rencontre entre Edward Snowden, le juriste américain Lawrence Lessig, très engagé dans la lutte contre la corruption politique aux États-Unis, et la fondatrice du Parti pirate en Islande, Birgitta Jónsdóttir, au cours de laquelle ils s’accordent sur la nécessité de défendre les libertés fondamentales. Voyez-vous se dessiner un mouvement d’individus courageux, capables de s’unir à travers les frontières pour restaurer la démocratie ?

Dans la conférence du 6 décembre 2018, Edward Snowden a déclaré : «Nous vivons dans un monde que nous n’avons pas choisi, et sur lequel nous sommes en train de perdre le contrôle.» C’est effectivement ce qui se passe. Edward Snowden porte à ce titre un mouvement qui s’inscrit dans la tradition révolutionnaire française. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 énonce, dans son article 2, que «le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression». Cet article, souvent oublié, doit aujourd’hui être relu et réactivé. La liberté de conscience et la liberté d’expression sont des droits naturels et imprescriptibles de chaque être humain, auxquels le développement actuel des technologies porte atteinte. La résistance à l’oppression qu’il symbolise nous est également un droit naturel et imprescriptible, affirmé dans la Déclaration qui fonde les institutions françaises depuis la Révolution. Le combat d’Edward Snowden s’inscrit donc au cœur de notre histoire et la réveille.

Pour résister à l’oppression d’aujourd’hui, il faut fonder une association internationale entre les citoyens d’Europe mais, au-delà, de nombreux pays, car ce système de surveillance fonctionne à l’échelle mondiale. Edward Snowden incarne ce mouvement. Il est américain, exilé en Russie depuis 2013. Avant d’y atterrir, il a choisi de se défaire de toutes ses données, en les transmettant à des journalistes américains et britanniques (Laura Poitras, Glenn Greenwald et Ewen MacAskill), qui ont agi avec un grand sens des responsabilités en rendant certaines données anonymes et en ne révélant pas le contenu d’écoutes qui auraient pu mettre certaines personnes en danger. Ils ont cherché à avoir une influence politique au sens noble du terme, en révélant que des dirigeants comme Angela Merkel, François Hollande ou Lula étaient écoutés. C’était en quelque sorte le début de ce combat politique à l’échelle mondiale, qui est nécessaire et vital. Cette lutte s’inscrit dans une longue histoire. Il faut considérer le rôle d’Edward Snowden dans un esprit de retour à nos valeurs fondamentales. Par son combat, il est devenu comme un héraut mondial qui nous encourage à relever, haut, le drapeau de la liberté. La France, avec l’article 2 de sa Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, a la possibilité de se placer à la disposition et en tête de ce combat ; elle le mènera mieux si elle l’accueille au plus vite.

 

[1] - Patrick Weil, William Bourdon, Paul Cassia et Judith Rochfeld, « Visioconférence avec Edward Snowden », http://www.pantheonsorbonne.fr, 6 décembre 2018.

[2] - Simon Kuper, “Edward Snowden and the millenial conscience”, Financial Times, 23 janvier 2019.

[3] - Patrick Weil, « Edward Snowden a le droit d’asile en France », Le Monde, 3 juin 2014.

[4] - « François Hollande, accordez l’asile politique à Edward Snowden », http://www.change.org, juin 2014.

[5] - Patrick Weil, Mission d’étude des législations de la nationalité et de l’immigration: rapports au Premier ministre, Paris, La Documentation française, décembre 1997.

 

https://esprit.presse.fr/article/patrick-weil/il-faut-accorder-l-asile-constitutionnel-a-edward-snowden-42032

Mondialisation du fléau du népotisme démocratique…

Mondialisation du fléau du népotisme démocratique


…la création de monarchies politiques est en cours sur toute la planète


Par Wayne Madsen – Le 30 janvier 2019 – Source Strategic Culture

Wayne MadsenLe népotisme politique n’est rien de plus qu’un monarchisme naissant. Et il est en augmentation dans le monde entier avec la montée de dynasties politiques exerçant un contrôle à la fois sur les gouvernements et les entreprises. Ces monarchies de facto se masquent en tant que démocraties, mais elles transforment certaines démocraties en kleptocraties, où un groupe choisi de politiciens corrompus pillent les trésors nationaux, et en kakistocraties, où un groupe de voyous non qualifiés et corrompus – parfois liés par la naissance et le mariage – dominent la politique et les affaires.

The Global Plague of Nepotism: Political Monarchy Creation in Action

En fait, les États-Unis ont, au cours de leur histoire, pratiqué l’un des pires népotismes politiques de la planète. Bien que toutes les dynasties politiques n’aient pas été malveillantes, certaines, comme les Roosevelt de New York ; Kennedy du Massachusetts ; Lincoln de l’Illinois ; Brown de la Californie ; Gore  du Tennessee ; Graham de Floride et Cuomo de New York, ont été très bénéfiques pour le peuple, on ne peut pas en dire autant des Bush ; des Taft ; des MacArthur ; des Du Pont ; des Wallace de l’Alabama ; des Romney ; des Cheney et des nouveaux venus, les Trump. Alors qu’Abraham et Robert Todd Lincoln ; Theodore et Franklin Roosevelt ; John et Robert Kennedy ; Pat et Jerry Brown et Mario et Andre Cuomo ont généralement cherché à améliorer la vie des citoyens américains, George HW et George W. Bush ; William Howard et Robert Taft ; Douglas MacArthur et Douglas MacArthur II ; George et Mitt Romney ; Dick et Elizabeth Cheney et, plus récemment, Donald Trump, Ivanka Trump et Jared Kushner, ont décidé de réduire l’engagement du gouvernement à servir les intérêts de la population.

La montée des démocraties malveillantes est omniprésente dans les pays du monde entier. L’un des exemples les plus flagrants de kleptocratie est la Malaisie, où l’ancien Premier ministre, Najib Abdul Razak, est accusé d’avoir siphonné entre 700 millions et 1 milliard de dollars du fonds souverain de la Malaisie, 1Malaysia Development Berhad (1MDB). Najib et son épouse, Rosmah Mansor, ont été démasqués par les autorités répressives malaisiennes. Ils ont dépensé les fonds de 1MDB en achetant de nombreux articles de luxe, dont 1 400 colliers, 567 sacs à main, 423 montres, 2 200 bagues, 1 600 broches et 14 diadèmes d’une valeur de 273 millions de dollars.

Le beau-fils du Premier ministre malaisien Najib, Riza Aziz, a été nommé dans une procédure judiciaire de la Justice américaine pour avoir détourné des dizaines de millions de dollars des fonds de 1MDB dans des films produits par sa société de production hollywoodienne Red Granite Pictures. Low Taek Jho, l’ami de Riza, était également président du conseil d’administration de 1MDB. Il est maintenant recherché par les autorités malaisiennes, singapouriennes et américaines pour avoir joué un rôle central dans le détournement de quelque 4,5 milliards de dollars de fonds de 1MDB.

Le fils de Najib, Nazifuddin Bin Mohammad Najib, a fait l’objet d’une enquête pour sa direction de deux sociétés offshore installées aux Îles Vierges britanniques : Jay Marriot International et PCJ International Venture Limited. Les firmes ont été créées par le cabinet d’avocats international discrédité et aujourd’hui disparu Mossack Fonseca, basé au Panama. Donald Trump a également utilisé Mossack Fonseca pour créer plusieurs sociétés offshore.

Najib est également lié à la corruption de l’administration Trump. Certains soupçonnent une partie des 75 millions de dollars, versés par le gouvernement de Najib à Elliott Broidy, ancien vice-président des finances du Comité national républicain, et à son épouse, Robin Rosenzweig, pour leurs services, dans le cadre de l’enquête menée par le ministère américain de la Justice, visant à enterrer le scandale de l’affaire de corruption 1MDB, de s’être retrouvés dans les comptes de sociétés fictives de Essential Consultants, appartenant à l’avocat de Trump, Michael D. Cohen. Broidy, dans une convention de non-divulgation de paternité conclue entre Cohen et Shera Bechard, ancienne playmate du mois de Playboy, utilisait le pseudonyme « David Dennison », le même pseudonyme utilisé par Donald Trump dans l’accord de non-divulgation trouvé par Essential Consultants avec l’actrice porno Stormy Daniels. Cohen et Broidy, ont été co-présidents adjoints de la commission des finances du Comité national républicain.

L’Asie du Sud-Est n’avait pas été aussi émue par une famille politique depuis que le président philippin, Ferdinand Marcos et son épouse Imelda, ont fui les Philippines pour Hawaï en 1986. Marcos et son épouse avaient détourné 10 milliards de dollars du Trésor philippin au cours de leurs 21 ans de kleptocratie. Lorsque les autorités sont entrées dans le palais de Malacañang, la résidence présidentielle, elles ont découvert 15 manteaux de vison, 508 robes, 888 sacs à main et jusqu’à 7 500 paires de chaussures. Les milliers de chaussures d’Imelda sont devenues une source d’inspiration pour les humoristes de la télévision américaine en fin de soirée. Mme Marcos reste une force politique aux Philippines. Imelda Marcos est actuellement membre du Congrès et représente la province d’Ilocos Norte. Elle dirige une dynastie politique renouée des Marcos, qui inclut son fils, ancien gouverneur et sénateur d’Ilocos Norte Ferdinand Marcos fils, et sa fille, actuel gouverneur d’Ilocos Norte, Imee Marcos.

En Indonésie voisine, deux filles et le fils de l’ancien dictateur, le général Suharto, continuent à être actifs en politique, avec les trois filles et le fils de Sukarno, l’homme que Suharto a renversé lors d’un coup d’État militaire en 1965. Le népotisme politique indonésien s’apparente quelque peu à celui de l’Inde, où la famille Nehru-Gandhi continue de dominer le parti politique du Congrès national indien, actuellement en opposition avec le Premier ministre Narendra Modi.

Le Japon a ses propres problèmes de népotisme découlant du fait que le Premier ministre Shinzo Abe est la troisième génération de sa famille à servir un destin politique national. Son grand-père, Kan Abe, était un membre de la Diète japonaise pendant la guerre et son père, Shintaro Abe, était ministre des Affaires étrangères dans les années 1980. La mère d’Abe, Yoko Abe, était la fille du Premier ministre Nobusuke Kishi. De plus, l’oncle de Shinzo Abe était le Premier Ministre Sato Eisaku.

Le mariage d’Ivanka Trump et de Jared Kushner a créé une grande famille népotique dans la politique américaine. Les deux familles, en plus de leurs avoirs immobiliers, partagent désormais les intérêts d’autres régimes népotiques, notamment en Afrique, où les intérêts commerciaux de Kushner sont liés aux activités d’exploitation minière de gemmes précieuses et de minéraux de terres rares par des entreprises israéliennes. Les partenaires commerciaux israéliens de Kushner sont actifs en Angola, dominé depuis longtemps par la famille Dos Santos ; la famille Compaoré du Burkina Faso ; la famille Kabila de la République démocratique du Congo ; la famille Nguema de Guinée équatoriale ; les familles Sassou-Nguesso et Bongo unies par le mariage de la République du Congo et du Gabon, respectivement ; la famille Kenyatta du Kenya ; les Biyas du Cameroun ; la famille Nujoma de Namibie ; et la famille Condé de Guinée. Ivanka a des liens avec la famille Aliyev au pouvoir en Azerbaïdjan et avec la famille Martinelli en disgrâce. Ce n’est pas un hasard si le fondateur de la société de mercenaires Blackwater, Erik Prince, le frère de la secrétaire à l’éducation de Trump, Betsy DeVos, participe maintenant à des opérations paramilitaires en Afrique destinées à sécuriser les sites d’extractions de terres rares.

Le président d’extrême droite brésilien Jair Bolsonaro est non seulement qualifié de « Trump tropical », faisant référence à ses opinions racistes et à son adhésion aux causes néo-nazies, mais aussi au fait que son administration reflète le même degré de népotisme que celui de Trump. Les trois fils de Bolsonaro, le député fédéral de Sao Paulo, Eduardo Bolsonaro, le sénateur de Rio de Janeiro, Flavio Bolsonaro, et le conseiller de Rio de Janeiro, Carlos Bolsonaro, sont les conseillers officieux de leur père. Ces rôles sont identiques à ceux d’Ivanka Trump et de Jared Kushner à la Maison Blanche. Bolsonaro, un admirateur du leader fasciste italien du temps de guerre, Benito Mussolini, peut également prendre exemple du fait que la petite-fille de Mussolini, Alessandra Mussolini, est membre de la Chambre des députés italienne et du Parlement européen, où elle soutient l’agenda du gouvernement d’extrême-droite du Premier ministre Giuseppe Conte.

La situation brésilienne se retrouve au Chili, où le président milliardaire de droite, Sebastián Piñera, a nommé son frère aîné, José Piñera, au poste de ministre du Travail et de la Sécurité sociale ; son cousin germain, Andrés Chadwick, ministre de l’intérieur et de la sécurité publique ; et son frère, Pablo Piñera, ambassadeur en Argentine.

Il existe d’autres dynasties politiques qui en sont à leur deuxième ou troisième génération. Celles-ci incluent les Assad en Syrie ; les Barzani au Kurdistan irakien ; les Erdogan en Turquie ; les Kadhafi en Libye et les Folloroux-Ouattara en Côte d’Ivoire. Ajoutez à cela les quelques monarchies absolues restantes dans le monde, et la géopolitique internationale est mûre pour les escrocs, les charlatans et les scélérats se cachant derrière des stratagèmes politiques.

Danielle Tremblay, auteure franco-canadienne, résume le mieux le fléau du népotisme : « Le despotisme favorise le despote, le népotisme favorise les gènes du despote ».

Wayne Madsen

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/mondialisation-du-fleau-du-nepotisme-democratique