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Entretien avec Philippe Hababou Solomon, l’intermédiaire qui a introduit Alexandre Benalla en Afrique

Diplomatie

Entretien avec Philippe Hababou Solomon, l’intermédiaire qui a introduit Alexandre Benalla en Afrique

30 décembre 2018 à 18h35 | Par – à Abidjan

L’homme d’affaires franco-israélien explique à Jeune Afrique comment il a fait la connaissance d’Alexandre Benalla et dans quelles conditions il s’est rendu avec l’ancien chargé de mission de l’Élysée au Congo-Brazzaville, au Cameroun et au Tchad.

Philippe Hababou Solomon aurait-il « pris sous son aile » Alexandre Benalla s’il avait su que les déplacements en Afrique de l’ancien chargé de mission de l’Élysée susciteraient une telle polémique ? Polémique à laquelle l’homme d’affaires franco-israélien se retrouve mêlé bien malgré lui.

Comme l’a révélé le journal Le Monde, c’est en compagnie de cet ancien conseiller spécial de l’ex-président sud-africain Jacob Zuma qu’Alexandre Benalla s’est rendu au Congo-Brazzaville, au Cameroun puis au Tchad. En France, la polémique ne cesse d’enfler depuis qu’il est avéré qu’Alexandre Benalla s’est déplacé sur le continent avec l’un de ses deux passeports diplomatiques. Une enquête préliminaire a d’ailleurs été ouverte par le parquet de Paris.

Né en Tunisie, Philippe Hababou Solomon, 63 ans, a eu mille vies. Il fut joaillier place Vendôme, condamné en France pour faux et usage de faux, il a côtoyé Bernard Tapie ainsi que l’ancien patron d’Elf, Loïk Le Floch-Prigent, et fut proche de l’ancien président centrafricain François Bozizé, qui le nomma un temps consul de la RCA en Israël.

Après avoir été pendant quelques années le conseiller spécial du président Jacob Zuma, à partir de 2011, il accompagne désormais le gouvernement du Qatar dans sa stratégie africaine et s’enorgueillit d’être l’un des artisans du rapprochement diplomatique entre l’émirat du Golfe et le Tchad. Philippe Hababou Solomon explique à Jeune Afrique dans quelles conditions il a fait la connaissance du sulfureux Alexandre Benalla et pourquoi l’ancien conseiller d’Emmanuel Macron l’a accompagné dans plusieurs de ses missions en Afrique.

Jeune Afrique : Comment avez-vous rencontré Alexandre Benalla ?

Philippe Hababou Solomon : Par un ami commun, qui m’a parlé de lui après le scandale du 1er mai 2018. Il m’a dit : « C’est un bon garçon, aide-le, sort-le de France… » Au départ, je n’étais pas très chaud. J’ai tout de même accepté de le rencontrer à Paris, début octobre. Il m’a dit qu’il voulait se lancer dans le consulting. J’ai découvert un garçon brillant, attachant, avec un bel avenir devant lui. Je comprends pourquoi Emmanuel Macron s’est attaché à lui. Alexandre est parfois impulsif, mais il est aussi réservé et timide.

Nous sommes allés au Congo-Brazzaville mi-octobre ; en Turquie et en Israël mi-novembre, avec des Indonésiens ; puis au Cameroun, et enfin au Tchad le 5 décembre

Vous avez donc décidé de travailler avec lui ?

Ce n’était pas mon employé, mais plutôt un compagnon de voyage. Je l’ai pris en apprentissage, si vous préférez. Nous sommes allés au Congo-Brazzaville mi-octobre ; en Turquie et en Israël mi-novembre, avec des Indonésiens ; puis au Cameroun, et enfin au Tchad le 5 décembre.

Dans quel cadre ?

Au Congo, j’accompagnais l’ancien Premier ministre de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embalo, qui compte se présenter à la prochaine élection présidentielle et dont Denis Sassou Nguesso est le mentor. Nous avons dîné avec le chef de l’État dans son village d’Oyo.

Au Cameroun et au Tchad, nous accompagnions une délégation turque de Barer Holding [une joint-venture entre le Qatar et la Turquie qui possède une grande usine au Soudan, ndlr]. Je les avais aidés à boucler la livraison d’uniformes à l’armée tchadienne, pour 5 millions de dollars. Barer veut désormais relancer la Manufacture d’équipements militaires (Manem).

À Yaoundé, nous avons également évoqué la vente d’uniformes aux forces de sécurité camerounaises et la construction d’une usine de textile – militaire et corporate. Nous avons rencontré le directeur de cabinet du président Biya et le chef d’état-major des armées.

Comment les personnalités africaines que vous avez rencontrées ont-elles réagi à la présence d’Alexandre Benalla à vos côtés ?

Avec curiosité et amusement. Benalla est franc-maçon, comme Denis Sassou Nguesso : ça rapproche… Lorsque le directeur de cabinet de Paul Biya a su qu’il était présent, il a tenu à le rencontrer. Nous avons discuté tous les trois pendant 1h30. Il s’est plaint du manque d’intérêt de la France envers ses anciennes colonies.

Après notre rendez-vous d’affaires avec Idriss Déby Itno, celui-ci a demandé à Benalla de rester un peu avec lui. Il lui a parlé de la percée russe en Afrique, notamment en Centrafrique, estimant que c’était le résultat de la non-politique de la France. En gros, tous ont exprimé leur regret de voir la France s’éloigner de l’Afrique. Ils ont le sentiment que Franck Paris [le monsieur Afrique de l’Élysée, ndlr]) ne les aime pas, et qu’il n’aime pas le continent en général.

Benalla a-t-il fait part de ces doléances à l’Élysée ?

Je l’imagine, sans toutefois en avoir la certitude. Alexandre est toujours en contact avec certains jeunes conseillers d’Emmanuel Macron. Je pense d’ailleurs que c’est ce qui n’a pas plus à Franck Paris. C’est lui qui, en retour, a déclenché les hostilités et qui est le premier responsable de cette nouvelle affaire Benalla.

C’est lors de notre séjour sur place, à N’Djamena, que nous avons appris que le président français s’y rendrait

Que pensent ces chefs d’État de la polémique en cours en France ?

Idriss Déby Itno et son entourage en rigolent. Ils savent bien que Benalla n’était pas à N’Djamena pour préparer la visite du président Macron : il n’était pas en mission pour l’Élysée. D’ailleurs, c’est lors de notre séjour sur place que nous avons appris que le président français s’y rendrait.

J’imagine que Denis Sassou Nguesso n’a pas apprécié que Franck Paris l’appelle directement à ce sujet pour lui signifier que personne d’autre que lui ou le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et le conseiller diplomatique du président, Philippe Étienne, ne pouvait parler au nom du président français. En général, un chef d’État ne reçoit pas d’appel d’un simple conseiller, mais de son homologue.

Saviez-vous qu’Alexandre Benalla voyageait avec un passeport diplomatique français ?

Oui, bien sûr. J’ai trouvé ça un peu surprenant, mais ce n’était pas la première fois que je voyais ça. Personnellement, je voyage avec un passeport diplomatique bissau-guinéen. Alexandre Benalla m’a dit que ses passeports lui avaient été rendus avec ses autres effets personnels, début octobre. Si la France avait vraiment voulu l’empêcher de les utiliser, elle aurait très bien pu les désactiver.

Continuerez-vous de travailler avec lui ?

Nous devions nous rendre ensemble dans un pays d’Afrique de l’Ouest, mais je vais sans doute attendre pour cela que cet emballement médiatique se soit calmé. En tout cas je ne vais pas le lâcher ! Par contre, Benalla ne passe pas tout son temps avec moi, cela a été très ponctuel. C’est un électron libre qui cherche sa voie. Il est assez sollicité et connaît beaucoup de monde en France.

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Mediapart: licencié de l’Élysée, Benalla jouit toujours d’un passeport

Alexandre Benalla

Mediapart: licencié de l’Élysée, Benalla jouit toujours d’un passeport diplomatique

© AP Photo/ Thibault Camus
France

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En dépit des déclarations de l’Élysée selon lesquelles Alexandre Benalla n’était pas un «émissaire officiel ou officieux» de la France, l’ancien adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron se déplace depuis des mois avec son passeport diplomatique, indique Mediapart en dévoilant le numéro de ce document et sa date de délivrance.

Pour se rendre dans différents pays africains ainsi qu’en Israël, Alexandre Benalla utilise son passeport diplomatique délivré le 24 mai 2018, soit trois semaines après les événements du 1er mai ayant provoqué sa mise à pied avant que l’affaire n’éclate au grand jour.

D’après Mediapart, le document, valide jusqu’au 19 septembre 2022, porte la référence 17CD09254. Le média affirme avoir tiré la conclusion qu’il s’agit d’un passeport diplomatique du fait que la phrase suivante y est inscrite:

«Nous, ministre des affaires étrangères, requérons les autorités civiles et militaires de la République française et prions les autorités des pays amis et alliés de laisser passer librement le titulaire du présent passeport et de lui donner aide et protection.»

Pour savoir pourquoi Alexandre Benalla n’a pas été obligé par l’Élysée de rendre son passeport diplomatique après avoir été licencié en juillet dernier, le média a contacté la présidence de la République et le Quai d’Orsay. Cette dernière n’a toutefois pas donné suite aux questions de Mediapart. M.Benalla n’a pas répondu non plus.

Mediapart décrypte également ce qui a permis à l’ancien adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron d’obtenir un passeport diplomatique lorsqu’il travaillait à l’Élysée, un tel poste n’ayant pas «de fonctions diplomatiques et l’argument des voyages avec le dirigeant de l’État français paraissant fragile».

«Quand vous voyagez officiellement avec le Président, vous n’avez même pas besoin de passeport diplomatique. On vérifie juste que vous êtes sur la liste de la délégation et vous échappez aux contrôles à l’arrivée», a indiqué un ancien membre des cabinets ministériels cité par Mediapart.

Plus tôt, LCI indiquait que le récent voyage d’Alexandre Benalla au Tchad n’avait pas été son seul déplacement sur le continent africain au cours des dernières semaines. Selon ce média français, qui cite l’entourage de l’ancien conseiller d’Emmanuel Macron, M.Benalla y aurait rencontré «plusieurs Présidents». L’Élysée avait alors réitéré que le jeune homme n’était pas un «émissaire officiel ou officieux»

https://fr.sputniknews.com/france/201812271039458075-mediapart-benalla-passeport-diplomatique/

Poutine a pris l’initiative d’un sommet trilatéral avec l’Inde et la Chine

Poutine a pris l’initiative d’un sommet trilatéral avec l’Inde et la Chine


Par M.K. Bhadrakumar – Le 4 décembre 2018 – Source Strategic Culture

Le sommet trilatéral entre la Russie, l’Inde et la Chine, qui s’est tenu en marge du G20 à Buenos Aires le 1er décembre, est un événement marquant pour la sécurité asiatique et la politique mondiale. Le format RIC [Russie, Inde, Chine] a fait un grand pas en avant quand les dirigeants des trois pays se sont mis d’accord « pour tenir d’autres réunions trilatérales de ce type en d’autres occasions de rencontre multilatérales » – pour citer une déclaration du ministère indien des Affaires étrangères.

Ce qui est particulièrement intéressant est de voir que le président russe Vladimir Poutine a pris l’initiative et que le premier ministre indien Narendra Modi et le président chinois Xi Jinping se sont instinctivement ralliés à cette idée. Les trois dirigeants étaient tout à fait conscients de la toile de fond sur laquelle s’est déroulée cette rencontre.

Ils ont évoqué les impératifs de la coopération et de la coordination entre leurs pays pour relever les défis en matière de sécurité et de développement. La promotion d’un monde multilatéral, la démocratisation de l’ordre international, la paix et la stabilité mondiale ont été soulignées à plusieurs reprises.

Il est important de noter que les remarques du Premier ministre Modi étaient très catégoriques et spécifiques. Modi a noté que la réunion a été « l’occasion de discuter librement et ouvertement de certaines questions clés qui suscitent des préoccupations au niveau mondial ». Il a ajouté :

« Vos Excellences, sans aucun doute le monde d’aujourd’hui traverse une période de profonds changements, d’instabilité et de tensions géopolitiques croissantes. De sérieuses pressions s’exercent sur le leadership mondial. Les relations multilatérales et l’ordre mondial fondé sur des règles communes sont de plus en plus rejetés par divers groupes unilatéraux, transnationaux et locaux, et par différentes nations dans le monde. Nous pouvons le constater quand des sanctions sont imposées en dehors du cadre de l’ONU et que les politiques protectionnistes progressent.

Le programme de Doha pour le développement au sein de l’OMC a échoué. Depuis l’Accord de Paris, nous n’avons pas vu le niveau d’engagement financier attendu de la part des pays développés en faveur des pays en développement. Par conséquent, en matière de climat, la justice est actuellement menacée. Nous sommes encore très loin d’atteindre les objectifs de développement durable. »

On notera les critiques à peine voilées de Modi à l’égard de la politique américaine. Les trois dirigeants ont souligné que la Russie, l’Inde et la Chine ont un rôle de premier plan à jouer dans le contexte international actuel et ont reconnu la nécessité de renforcer le mécanisme de coopération trilatérale du format RIC.

Le sommet des RIC de Buenos Aires peut être considéré comme l’évolution logique des changements intervenus dans la géopolitique de la région Asie-Pacifique au cours de la période récente. Malgré les efforts vigoureux des États-Unis, les pays de la région s’abstiennent de s’identifier aux pressions de l’administration Trump contre la Chine. En termes simples, ils ne veulent pas se faire prendre dans les politiques erratiques et imprévisibles des États-Unis.

D’un autre côté, la capacité des États-Unis à dominer militairement la Chine diminue progressivement et cette dernière étend son influence en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique occidental, qui était auparavant l’exclusive « sphère d’influence » américaine. Le projet America First de l’administration Trump a repoussé les pays asiatiques comme l’Inde, qui cherchaient à établir avec les États-Unis des relations fondées sur le respect et le bénéfice mutuel.

Du côté indien, notamment, Modi s’est montré enthousiaste pour l’initiative de Poutine sur le sommet trilatéral des RIC. Le raisonnement de Modi a besoin d’explications. Non seulement Modi a ravivé l’élan des relations Inde-Russie, qui avaient souffert d’atrophie au cours de la dernière décennie, mais il considère ce partenariat comme un point d’ancrage de l’autonomie stratégique de l’Inde. Rétrospectivement, le sommet informel de Modi avec Poutine à Sotchi a été un moment décisif pour finaliser les stratégies régionales et mondiales de l’Inde dans un environnement international très volatile.

La décision énergique prise par Modi en octobre dernier d’aller de l’avant avec l’accord sur les missiles S-400 russes, face à l’immense pression américaine, souligne sa volonté de mener une politique étrangère indépendante. En effet, la rencontre des RIC s’est tenue dans le contexte immédiat de l’annulation de dernière minute de la rencontre entre le président Trump et Poutine.

Deuxièmement, Modi s’appuie sur le consensus auquel il est parvenu avec le président Xi lors de leur sommet informel de Wuhan en avril. L’Inde et la Chine ont intensifié leurs contacts bilatéraux en vue d’améliorer leur communication stratégique. Modi a tenu des réunions au sommet avec Xi trois fois depuis avril dernier. (La dernière rencontre bilatérale entre Modi et Trump a eu lieu en novembre 2017).

L’éloignement calibré de l’Inde par rapport à la politique d’endiguement des États-Unis contre la Chine a été exprimé très clairement dans un important discours prononcé par Modi, lors du Dialogue de Shangri La à Singapour le 1er juin, où il a cherché une approche inclusive de la sécurité en Asie et dans le Pacifique.

L’esprit « Wuhan » a produit des résultats positifs. Les tensions frontalières entre l’Inde et la Chine se sont apaisées et l’accent est mis sur le renforcement de la confiance, en attendant le règlement du différend frontalier. L’ambassadeur de Chine en Inde a récemment déclaré que les relations bilatérales connaissent l’une des meilleures périodes de leur histoire.

Il est concevable que Poutine ait saisi l’occasion de relier tous ces points en proposant cette rencontre de format RIC pendant le sommet du G20. C’est une idée qui a déjà été proposée en 1998 par le grand penseur stratégique russe et alors ministre des Affaires étrangères, Evgeniy Primakov, mais qui était en avance sur son temps. Deux décennies plus tard, il est évident que les RIC n’ont pas nécessairement besoin d’imposer de contraintes aux politiques indépendantes et de non-bloc de la Chine et/ou de l’Inde.

Entre-temps, au cours de ces deux décennies, le soi-disant « Triangle de Primakov » a également engendré une poussée de la politique étrangère russe vers l’Orient, Moscou donnant la priorité au renforcement de ses relations avec les pays asiatiques. Il est important de noter que le point fort de la doctrine Primakov – l’accent mis sur la coopération multilatérale et les institutions multilatérales – s’est avéré être une vision à long terme et a acquis de la pertinence.

Compte tenu de ce qui précède, la Russie considère le mécanisme de dialogue des RIC comme un élément indispensable de la diplomatie multilatérale en réseau qui peut apporter un poids aux processus conduisant à l’instauration d’un ordre mondial équitable. Reste à voir comment le format des RIC évoluera en tant que triangle stratégique.

Il existe une certaine asymétrie au sein des RIC dans la mesure où la Russie entretient des relations militaires et politiques étroites avec la Chine et l’Inde, ce qui n’est pas le cas entre la Chine et l’Inde. Là encore, l’Inde et la Chine ont tout intérêt à établir un partenariat économique avec l’Occident. L’Inde et la Chine ne cherchent pas non plus à créer une alliance « anti-occidentale ». Mais le format RIC est suffisamment souple pour permettre une discussion sur un large éventail de problèmes internationaux.

Sur le plan politique, l’attitude de la Chine et de l’Inde à l’égard du format RIC demeure pragmatique dans la poursuite et l’intensification de leurs relations de coopération avec l’Occident et la Russie. Mais dans la phase post-Wuhan, l’Inde et la Chine envisageraient probablement la possibilité d’utiliser le club de discussion des RIC pour favoriser la normalisation sino-indienne. La Russie peut jouer un rôle unique à cet égard en favorisant la confiance stratégique.

Dans quelle mesure Modi et Poutine ont discuté franchement de cette facette du processus RIC lors de leurs « intenses » pourparlers à Sotchi en mai reste inconnu, mais ils travaillent actuellement sur une matrice. Il est concevable que la Russie et la Chine aient également un intérêt commun à encourager l’autonomie stratégique de l’Inde.

Au fil du temps, le format d’un sommet RIC est appelé à devenir un modèle majeur de sécurité régionale et internationale et de développement mondial. Il existe déjà un degré élevé de relations personnelles entre Poutine, Modi et Xi. Une chose frappante à propos de cette rencontre RIC est la congruence stratégique dans les déclarations russes, indiennes et chinoises.

M.K. Bhadrakumar

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/poutine-a-pris-linitiative-dun-sommet-trilateral-avec-linde-et-la-chine

 

G20: la tension monte avant un choc Etats-Unis-Chine, Trump bouleverse à nouveau l’agenda

G20: la tension monte avant un choc Etats-Unis-Chine, Trump bouleverse à nouveau l’agenda

Le G20 était suspendu samedi au face-à-face prévu entre Donald Trump et Xi Jinping, censés négocier une trêve commerciale en conclusion d’un sommet tendu, et dont le président américain a une nouvelle fois bouleversé l’ordre du jour.

Le président américain a annulé sa conférence de presse de fin de sommet « par respect » après le décès de George H.W. Bush, vendredi à l’âge de 94 ans.

Ce rendez-vous était très attendu, après de nouvelles révélations à charge pour le milliardaire républicain dans l’enquête sur l’ingérence russe dans la campagne présidentielle de 2016.

Donald Trump avait déjà bouleversé l’ordre du jour du sommet en annulant un tête-à-tête tout aussi attendu avec le président russe Vladimir Poutine, et en révisant son programme de réunions bilatérales.

Pour l’heure toutefois, son dîner de travail avec Xi Jinping restait à l’ordre du jour, une fois bouclé le programme officiel du « Groupe des Vingt », pesant 85% du PIB mondial.

Les autres chefs d’Etat et de gouvernement réunis depuis vendredi dans une capitale argentine en état de siège guetteront le moindre signe d’apaisement du conflit commercial entre les deux puissances, au moment où l’économie mondiale s’essouffle.

La Chine mais aussi la zone euro ont connu un coup de mou l’été dernier. « Pour l’instant le soleil brille, mais des nuages noirs arrivent et certains d’entre nous sentent déjà les premières gouttes », s’est alarmé samedi un responsable européen, en marge du sommet.

Le FMI estime qu’à court terme, le PIB mondial pourrait être réduit de 0,75% en raison de l’accroissement des tensions commerciales.

Donald Trump, qui a soufflé le chaud et le froid sur sa rencontre avec Xi Jinping, s’était dit plutôt optimiste vendredi, parlant de « signes positifs ».

Ce champion du protectionnisme a prévu de porter à 25% le 1er janvier, contre 10% actuellement, les droits de douanes sur la moitié des produits chinois importés aux Etats-Unis. Et il menace de taxer la totalité des importations chinoises.

Xi Jinping a, lui, promis vendredi devant le G20 de « poursuivre les réformes » pour ouvrir le marché chinois et mieux protéger la propriété intellectuelle.

– Communiqué final –

Avant ce duel, le G20 tâchera d’accoucher d’un communiqué, sur lequel les diplomates se sont acharnés toute la nuit, portant les signatures de tous les participants .

Autrefois exercice obligé des grandes réunions internationales, ce texte âprement négocié et plein de bonnes intentions devient une denrée rare.

Le dernier sommet Asie-Pacifique s’est conclu il y a deux semaines sans déclaration conjointe. Et Donald Trump avait torpillé le communiqué du sommet du G7 de juin dernier.

Les Vingt ont du mal à trouver un vocabulaire commun, même très vague, sur les deux sujets les plus délicats: le climat, et le commerce.

Selon une source européenne, les Américains ont insisté pour que le terme de « tensions commerciales » soit remplacé dans le communiqué par un plus pudique « problèmes commerciaux ».

« La déclaration est finalisée presque à 100%, mais il reste quelques passages (…) dont la rédaction finale reviendra aux dirigeants », fait-on savoir de source espagnole.

Les Européens présents au G20 vont tenter d’obtenir au moins 19 engagements – celui de Donald Trump étant exclu – de soutien ambitieux à l’accord de Paris sur le climat.

Il leur faut convaincre les pays émergents, dont certains réclament plus d’aide pour leur transition énergétique.

– Bilatérales –

La deuxième et dernière journée du sommet sera aussi rythmée par des réunions bilatérales, par exemple entre Vladimir Poutine et Mohammed ben Salmane.

Le président russe et le prince héritier saoudien, dont la démonstration d’amitié vendredi devant les caméras a beaucoup fait parler, sont attendus au tournant sur le pétrole. Le cours du baril est suspendu à une éventuelle baisse de production de ces deux géants.

Lors de sa propre entrevue avec Vladimir Poutine samedi, la chancelière Angela Merkel lui a dit sa « préoccupation » face à l’escalade avec l’Ukraine.

Elle doit également voir Donald Trump, qui menace de taxer tous azimuts les importations de voitures des Etats-Unis, un geste potentiellement dévastateur pour la puissante industrie allemande.

Dans ce contexte, les hommages européens samedi à George H.W. Bush sonnaient comme une critique en creux de l’actuel hôte de la Maison Blanche.

Emmanuel Macron, dont la relation avec le président américain s’est nettement refroidie, a loué « un grand dirigeant et un soutien sans faille de l’alliance avec l’Europe ». Un « homme d’Etat » ayant oeuvré pour le « partenariat transatlantique », a souligné Angela Merkel, au moment où ce partenariat est mis à l’épreuve par Washington.

(©AFP / (01 décembre 2018 17h01)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-G20-la-tension-monte-avant-un-choc-Etats-Unis-Chine-Trump-bouleverse-nouveau-l-agenda/975872.rom

Le G20 s’ouvre à Buenos Aires, contesté de l’intérieur comme de l’extérieur

Le président américain Donald Trump arrive à Buenos Aires, en Argentine, le 29 novembre 2018 pour participer au sommet du G20 © AFP SAUL LOEB

International

Le G20 s’ouvre à Buenos Aires, contesté de l’intérieur comme de l’extérieur

le 30 novembre 2018

Le sommet du G20 s’ouvre vendredi à Buenos Aires, bousculé de l’intérieur par les tensions diplomatiques et commerciales, contesté à l’extérieur par les ONG et associations qui appellent à manifester.

Les chefs d’Etat et de gouvernement des vingt plus grandes puissances mondiales se retrouvent pour deux jours dans une capitale argentine sous très haute surveillance.

Les autorités argentines, critiquées pour leur incapacité à contenir les débordements autour du match de football River Plate-Boca Juniors à Buenos Aires samedi dernier, ont fait savoir qu’ »aucune violence » ne serait tolérée, un an après un G20 de Hambourg marqué par des affrontements.

Une grande manifestation est prévue samedi à Buenos Aires, à l’appel de nombreuses ONG et associations.

Au-delà de la critique du G20 lui-même, c’est tout le ressentiment d’un pays miné par une longue crise économique, et promis à une cure d’austérité, qui devrait s’exprimer à cette occasion.

Du ressentiment, il y en aura aussi, pour d’autres raisons, à l’intérieur du centre des congrès transformé en camp retranché où se retrouvent des leaders représentant 85% du PIB mondial.

Donald Trump, bousculé chez lui par une enquête toujours plus menaçante sur l’ingérence russe avant l’élection présidentielle de 2016, s’est employé à échauffer les esprits avant même son arrivée.

L’imprévisible président américain a pris tout le monde de court en annulant jeudi, via Twitter, une rencontre très attendue avec le président russe Vladimir Poutine, une heure après avoir confirmé qu’elle aurait lieu.

Il souffle aussi le chaud et le froid avant un entretien bilatéral avec le président chinois Xi Jinping, très attendu alors que l’escalade de représailles commerciales entre les deux titans pèse déjà sur la croissance mondiale.

Face à cet activisme d’un président américain qui dédaigne les usages diplomatiques, l’enjeu de ce sommet du G20 sera de rester fidèle au credo du multilatéralisme qui avait présidé à sa toute première édition en 2008, sur fond de panique financière.

« Autour de la table du G20, les doutes sont là, les formes d’agressivité ressortent, les fractures reparaissent », a dit jeudi soir le président français Emmanuel Macron.

– « Belliqueux, isolationnistes » –

« Beaucoup voudraient faire croire qu’on résoudrait mieux nos difficultés en étant belliqueux, isolationnistes et en refermant nos frontières », a-t-il poursuivi. Sans nommer son homologue américain, avec lequel les relations, très cordiales au début, se sont nettement rafraîchies.

Dans un contexte de montée du protectionnisme, la signature officielle prévue vendredi d’un nouvel accord commercial entre Etats-Unis, Canada et Mexique, fera presque figure d’anomalie.

Reste à savoir si les leaders du G20 parviendront eux mêmes à parapher, à l’issue de leurs débats samedi, un communiqué final réflétant un consensus même minime sur quelques grands défis internationaux.

La rédaction de ce texte à la portée surtout symbolique bute en particulier sur la question du libre-échange, et sur le sujet du changement climatique.

« Aurons-nous un communiqué? La question se pose vraiment », se demande Thomas Bernes, ancien haut fonctionnaire international devenu expert au Centre for International Governance Innovation.

Entre une photo de famille et une réunion de travail, les participants du G20 multiplieront aussi les rencontres en tête-à-tête, ou en petit comité.

Dans des formats parfois inédits: il est ainsi prévu que Donald Trump voie les Premiers ministres japonais Shinzo Abe et indien Narendra Modi, une première.

Vladimir Poutine quant à lui, cible d’intenses critiques après l’escalade militaire déclenchée par la Russie contre l’Ukraine en mer d’Azov, doit voir Xi Jinping et Narendra Modi.

Mais aussi Shinzo Abe, au moment où Moscou et Tokyo s’activent pour trancher un vieux différend territorial autour des îles Kouriles, qui empêche jusqu’ici les deux pays de mettre un point final à la Seconde Guerre mondiale.

Le président russe a aussi prévu vendredi de voir Emmanuel Macron. Ce dernier, qui a prévu une réunion de coordination entre Européens avant que le sommet ne commence vendredi, risque de se trouver un peu esseulé.

La chancelière allemande Angela Merkel va en effet rater l’ouverture des débats, contrainte de retarder son départ pour cause de panne de l’avion officiel. Elle pourrait prendre un vol commercial vendredi.

LNT avec AFP

https://lnt.ma/g20-souvre-a-buenos-aires-conteste-de-linterieur-de-lexterieur/

Causes réelles de l’élection de Jair Bolsonaro. Conséquences pour l’économie et la diplomatie françaises

Causes réelles de l’élection de Jair Bolsonaro. Conséquences pour l’économie et la diplomatie françaises

Les Brésiliens, dans toute leur complexité raciale, sociale et religieuse, ont fait un choix souverain en toute connaissance de cause, autant par rejet d’un système politique dont ils sont dégoûtés que par adhésion aux quelques idées fortes défendues par Bolsonaro.

 

La première cause de son élection est bien entendu sécuritaire. Le pays du Samba a cédé la place à un enfer sur terre, que les Brésiliens, surtout les plus modestes, subissent au quotidien. Les statistiques de sûreté publique sont largement truquées par la Police elle-même pour des raisons politiques. Seuls les chiffres des homicides ne peuvent être truqués, et ils sont terribles : presque 62.500 morts en 2017, soit environ 171 morts par jour ! Si je les rapportais à la population française, il y aurait plus de 20.000 homicides par an en France, soit environ 25 fois plus qu’actuellement (825 meurtres en 2017). Chaque jour, ce sont les classes moyennes et pauvres qui subissent vols et violences de toutes sortes. A force de bienveillance, de politiquement correct et de mesures éducatives inefficaces, le Parti des Travailleurs (PT) a permis l’explosion de la violence et, ce qui est aussi grave sinon plus, l’expansion incontrôlée des gangs créés dans les prisons. Les deux grands gangs du pays (Comando Vermelho et Primeiro Comando da Capital) se livrent du reste aujourd’hui une guerre totale pour le contrôle du trafic de drogue, et ils sont en passe de devenir plus puissants encore que les cartels mexicains. Ils ont infiltré jusqu’à l’appareil d’état et les institutions politiques dans certaines régions. Ce sont, fort heureusement, les grands perdants de cette élection. La population attend des mesures drastiques en matière de sûreté publique et de défense de la propriété privée, promises par Bolsonaro, dont on peut dire qu’il est pour le moins crédible sur ce sujet.

La seconde cause est la corruption généralisée. Durant plus de 10 années, le Parti des Travailleurs (PT) de Lula et tous ses alliés, allant de l’extrême gauche à la droite conservatrice, ont annuellement détourné l’équivalent de 50 milliards d’euros de sociétés d’état, notamment la Petrobras, souvent avec l’aide plus ou moins volontaire de grandes sociétés privées. Cela relativise forcément la vitrine de progrès social du PT, qui s’est plus qu’enrichi et a franchi toutes les limites de l’affairisme sur le dos des finances publiques et, indirectement, des petites gens. Les partis traditionnels ne sont donc plus audibles sur le sujet de la corruption, et le fait est que nous avons assisté, au-delà de l’élection de Bolsonaro, à un certain renouvellement de la classe politique brésilienne. Nombre de députés fédéraux, dont les deux emblématiques amis du nouveau président, le noir Hélio Barbosa, et la lesbienne Karol Eller, et plusieurs gouverneurs d’états, dont celui de Rio, sont ainsi vierges en politique. Les anciens partis sont toujours là, mais leur influence va être de plus en plus limitée. Les Brésiliens attendent des mesures fortes et des sanctions réelles à l’encontre des corrompus. Bolsonaro est élu depuis 1991 et n’a jamais été poursuivi ou condamné pour corruption ; c’est assez unique au Brésil, et cela le rend très crédible.

La troisième cause est l’inefficacité économique. Le PT a encore ajouté en complexité et en bureaucratie à la Constitution de 1988, qui est déjà un chef d’œuvre en la matière puisqu’elle régule jusqu’au horaires des employés de maison. Les Brésiliens souhaitent beaucoup plus d’agilité et de dynamisme dans l’économie du quotidien, et Jair Bolsonaro leur a promis vouloir « libérer » plutôt que simplement « libéraliser » l’économie en général.

Finalement, la dernière et la plus subtile des raisons de sa victoire tient à mon avis à la fierté nationale des Brésiliens. Cela va en surprendre beaucoup, mais le Brésil n’est pas un énième pays arc-en-ciel dont les habitants, déracinés, se sentiraient Citoyens du Monde. Ils sont bien au contraire, toutes races et classes sociales confondues, particulièrement patriotes et fiers de leurs institutions. Ils vivent très mal l’idée d’appartenir à la huitième puissance économique mondiale et de pourtant, à de nombreux égards, vivre dans un pays du Tiers-Monde. La crise économique, qui est la conséquence d’une crise politique et institutionnelle, est avant tout imputable au PT et à ses alliés. Elle n’a pas arrangé l’état des inégalités sociales, puisqu’elle a de nouveau entraîné une partie de la population vers le chômage, ni celui de l’éducation, de la santé ou des infrastructures publiques. Là encore, Bolsonaro envisage la modernisation du pays, et il dispose d’une équipe économique crédible à cet effet.

Pour conclure, la rupture est totalement consommée entre le peuple Brésilien et le Brésil d’hier. En dehors des zones géographiques dont on peut considérer qu’elles sont encore récemment contrôlées physiquement par la gauche (surtout l’intérieur du Nordeste), il existe au sein de la population un très fort espoir de changer les choses et d’enfin donner au Brésil une place de puissance globale.

L’état des relations franco-brésiliennes va beaucoup dépendre de l’attitude du gouvernement français. On voit mal Bolsonaro, et encore moins son probable futur Ministre des Finances Paul Guedes, cracher dans la soupe et rejeter d’emblée l’investissement des entreprises européennes. Il est même possible voire probable que des entreprises françaises vont se positionner sur le rachat de certains actifs brésiliens, qui devraient être privatisés.

Ce qui va néanmoins changer, c’est la mise en place de critères de défense et de primauté de l’intérêt national, qui prévaudront désormais et surpasseront les intérêts privés ou étrangers. Il est notamment à peu près certain que les industries jugées les plus stratégiques ne seront en aucun cas privatisées. Le cercle restreint autour de Bolsonaro compte plusieurs militaires de haut rang, il est lui-même Capitaine de Réserve, et il y a tout lieu de croire que c’est la doctrine militaire brésilienne qui va prévaloir en la matière.

N’en déplaise à certains universitaires, le régime militaire a très largement développé le pays et ses industries d’armement, d’aéronautique, de conquête spatiale, de télécommunications et même d’énergie. Les industriels et les entreprises français vont donc être contraints d’en tenir compte, et probablement devoir approcher leurs vis-à-vis brésiliens dans une optique de coopération et de transferts de technologies – ce qui va ajouter en complexité.

 

Diplomatiquement, il est à déconseiller pour les représentants français de vouloir donner la moindre leçon au nouveau gouvernement brésilien ; les affaires en pâtiraient probablement très rapidement, au profit de plusieurs de nos partenaires européens mieux placés et plus courtois.

https://stratpol.com/causes-reelles-de-lelection-de-jair-bolsonaro-consequences-pour-leconomie-et-la-diplomatie-francaises/

Poutine reçoit le président cubain pour sa première visite en Russie

Poutine reçoit le président cubain pour sa première visite en Russie

Le président cubain Miguel Diaz-Canel lors d’une cérémonie de dépôt de gerbe à Moscou le 2 novembre 2018 / © AFP / Mladen ANTONOV

Vladimir Poutine devait recevoir vendredi au Kremlin le président cubain Miguel Diaz-Canel, qui effectue sa première visite à son allié russe depuis son arrivée au pouvoir en avril, au moment où Washington menace La Havane de nouvelles sanctions.

« Les relations entre la Russie et Cuba sont traditionnellement très chaleureuses », a déclaré à la presse vendredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

La Russie « va faire tout son possible » pour « renforcer » les relations russo-cubaines, avait-il déjà assuré jeudi.

L’Union soviétique a longtemps fait figure de soutien indéfectible militaire et économique de Cuba face aux Etats-Unis, avant que sa chute ne provoque une fracture que Moscou et La Havane tentent aujourd’hui de combler avec un rapprochement de plus en plus marqué récemment.

Lorsque Miguel Diaz-Canel a succédé à Raul Castro en avril, Vladimir Poutine s’était dit « prêt à travailler ensemble de manière étroite pour renforcer davantage le partenariat stratégique et une coopération constructive dans tous les domaines ».

Accompagné de son chef de la diplomatie Bruno Rodriguez, Miguel Diaz-Canel est arrivé à Moscou jeudi soir pour une visite de trois jours, alors que Washington a indiqué cette semaine vouloir durcir les sanctions contre La Havane, accusé de faire partie avec le Venezuela et le Nicaragua d’une « troïka de la tyrannie ».

Il s’est déjà entretenu vendredi matin avec le président de la Douma (chambre basse du Parlement russe) Viatcheslav Volodine. « La politique de Cuba à l’égard de la Russie reste inchangée », a assuré M. Diaz-Canel, lors de cette rencontre, selon ses propos cités par l’agence officielle russe TASS.

Il était attendu au Kremlin dans l’après-midi pour des pourparlers visant à renforcer les échanges commerciaux entre Moscou et La Havane et les liens économiques, selon M. Peskov.

La coopération militaire sera également au menu de discussions, a-t-il précisé, sans plus de détails, en expliquant qu’il s’agissait d’un sujet « très sensible ».

Selon le journal russe Kommersant, la Russie pourrait octroyer à Cuba un prêt de plus de 50 millions de dollars pour l’achat d’armements.

Selon les agences de presse russes, plusieurs contrats parmi lesquels celui sur la modernisation des chemins de fer cubains devraient être signés dans le cadre de la visite de Miguel Diaz-Canel en Russie.

En mai 2016, M. Diaz-Canel, alors premier vice-président cubain, s’était déjà entretenu avec M. Poutine au Kremlin.

L’ancien président cubain Raul Castro s’est rendu en Russie en 2015, alors que Vladimir Poutine s’est rendu à Cuba en 2014 pour rencontrer Raul et Fidel Castro.

(©AFP / (02 novembre 2018 11h05)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Poutine-re-oit-le-pr-sident-cubain-pour-sa-premi-re-visite-en-Russie/967887.rom

Ryad accueille un sommet économique mis à mal par l’affaire Khashoggi

Ryad accueille un sommet économique mis à mal par l’affaire Khashoggi

Conférence lors de la première édition du Future Investment Initiative (FII) à Ryad, le 24 octobre 2017 / © AFP/Archives / FAYEZ NURELDINE

L’Arabie saoudite accueille mardi une conférence économique mise à mal par la crise suscitée par la mort du journaliste Jamal Khashoggi, qui a poussé responsables occidentaux et dirigeants de firmes internationales à boycotter ce forum cher au prince héritier.

Le royaume, dont l’image a été fortement ternie par l’affaire Khashoggi, semble impuissant face à la désaffection grandissante des participants au Future Investment Initiative (FII), surnommé le « Davos du désert » par de nombreux médias.

Alors qu’ils annonçaient il y a une semaine plus de 150 intervenants, les organisateurs ont réduit la liste samedi à 120 personnes.

Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, la patronne du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde et le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire ont annoncé qu’ils ne feraient pas finalement le voyage à Ryad, tout comme les dirigeants australiens.

De grands médias, comme Bloomberg, CNN et le Financial Times, se sont également désistés.

En 2017, lors de la première édition du FII, lancé en grande pompe, le jeune prince héritier Mohammed ben Salmane, surnommé MBS, avait été salué comme visionnaire, séduisant les investisseurs en parlant de robots et dressant des plans futuristes pour une mégalopole d’avant-garde appelée NEOM.

Pour beaucoup, cette édition avait permis de projeter une Arabie saoudite autrement que sous le prisme d’une monarchie ultraconservatrice à l’économie pétrolière.

A contrario, l’édition 2018 cristallise l’indignation internationale contre un pouvoir saoudien prompt à faire taire toute voix dissidente, comme celle de Jamal Khashoggi, qui avait plusieurs fois pris la plume contre MBS.

– « Grave crise » –

Un passant dans une rue de la capitale saoudienne devant une affiche montrant (de g. à d.) le prince héritier Mohammed ben Salmane, le roi Salmane d’Arabie saoudite et le fondateur du royaume, le roi Abdel Aziz al-Saoud, le 18 octobre à Ryad / © AFP / FAYEZ NURELDINE

Après avoir fermement démenti être impliqué dans la disparition du journaliste, aperçu pour la dernière fois le 2 octobre entrant dans le consulat saoudien d’Istanbul, les autorités saoudiennes ont finalement samedi admis qu’il avait été tué dans la mission diplomatique, à la suite d’une « bagarre ».

Pour Eurasia Group, une société de conseil en risques, MBS est empêtré dans une « grave crise de relations publiques ».

« Les Uber et les JP Morgan de ce monde ont calculé qu’être associé en ce moment avec le nom de MBS, risque de leur coûter davantage que de perdre l’opportunité de s’emparer d’un morceau de l’économie saoudienne », explique Michael Stephens, expert au Royal United Services Institute.

Mais pour certaines entreprises occidentales, l’enjeu est trop important pour qu’elles se retirent de ce forum, même si elles n’envisagent pas de se faire représenter par les plus hauts dirigeants.

Ainsi, des banquiers d’investissement de HSBC et Crédit Suisse seront présents, alors que leurs PDG ont annulé leur venue, selon Bloomberg News.

Les sociétés chinoises et russes, elles, n’envisagent pas de boycotter la conférence, selon un organisateur.

Un large boycott occidental du forum pourrait accroître les risques d’instabilité politique en Arabie saoudite, premier exportateur de pétrole au monde, et porter un nouveau coup aux investissements directs étrangers (IDE) qui avaient déjà atteint l’année dernière leur niveau le plus bas en 14 ans, selon l’ONU.

« Malgré un discours (porté) sur les réformes, les IDE en Arabie saoudite se sont maintenus bas et le scandale (Khashoggi) ne fera qu’accroître l’incertitude des investisseurs », a souligné la société d’analyse Capital Economics.

Des travailleurs étrangers sur un chantier de construction du métro de Ryad, le 18 octobre 2018 / © AFP / FAYEZ NURELDINE

– « Ca suffit » –

Depuis plusieurs mois, MBS, à qui le roi Salmane a de facto délégué les affaires courantes du royaume, semble avoir intensifié la répression contre tout signe d’opposition: hommes d’affaires, militants des droits de la femme et dignitaires religieux ont été arrêtés.

Suscitant l’inquiétude des investisseurs, Ryad a aussi pris la tête d’une coûteuse coalition intervenant militairement au Yémen contre les rebelles. Et elle a incité des pays alliés du Golfe à imposer au Qatar voisin un embargo.

En annulant leur venue au FII, « les grosses entreprises disent à MBS +ça suffit+ avec l’aventurisme, l’instabilité et l’incertitude », explique Cinzia Bianco, analyste pour le Moyen-Orient pour Gulf State Analytics.

Mais leur absence à la conférence risque de causer « des dommages irréparables » à leurs intérêts commerciaux en Arabie saoudite, prévient Ghanem Nuseibeh, fondateur du cabinet de conseil Cornerstone Global Associates, basé à Londres et qui a pris partie pour le pouvoir saoudien dans l’affaire Khashoggi.

La semaine dernière, des hommes d’affaires saoudiens ont appelé sur les réseaux sociaux les pays du Golfe et les alliés de Ryad à boycotter les entreprises annulant leur participation au FII.

Mais un tel risque de boycott ne semble pas affecter la détermination des entreprises à marquer une distance avec l’Arabie saoudite.

« Faire comme si de rien n’était? Pas à court-terme », a assuré Gregory Gause, spécialiste du royaume à l’Université A&M au Texas.

(©AFP / (21 octobre 2018 11h06)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Ryad-accueille-un-sommet-conomique-mis-mal-par-l-affaire-Khashoggi/963965.rom

La Chine sur les starting-blocks en Syrie

La Chine sur les starting-blocks en Syrie

Alors que le président russe, Vladimir Poutine, lance des appels pressants aux pays occidentaux à participer à la reconstruction de la Syrie après plus de quatre années d’une guerre qu’ils ont provoquée et alimentée, la Chine s’engouffre dans la brèche entrouverte par le retour proche à la paix. Une « bonne volonté » qui n’est pas étrangère aux intérêts économiques chinois.

Le 5 août dernier, l’ambassadeur de la Chine en Syrie, Wang Qi Jian, rendait publique une lettre aux autorités syriennes dans laquelle Pékin se proposait d’intervenir sur le développement des infrastructures ferroviaires et portuaires – dont la construction d’un port à Tartus –  pour favoriser les échanges économiques et apporter une aide financière. « Nous voulons renforcer notre coopération avec la Syrie au niveau politique, militaire, économique et social », écrivait l’ambassadeur Qi Qianjin dans la lettre.

Au cours du Forum de la Coopération arabo-chinoise, en juillet dernier, la Chine annonçait l’apport de $20 milliards de dollars pour le développement et d’un package de $100 millions dédiés à l’aide humanitaire pour la Syrie et le Yémen.

Lors de la 60ème Foire internationale commerciale de Damas à laquelle ont participé plus de 200 entreprises chinoises, la Chine a, également, annoncé son engagement dans la reconstruction des usines d’acier et des centrales électriques en Syrie, la production de voitures chinoises à Homs et soulignait que les touristes chinois revenaient déjà à Damas. Pékin exprimait, également, sa volonté de développer la coopération dans le domaine de la sécurité.

Une façon indirecte et tardive pour la Chine de participer au conflit par des mesures comme le déploiement de personnel, une augmentation des ventes d’armes et d’équipements militaires et l’entraînement des forces militaires.  Une façon d’intervenir sans, toutefois, être présente sur le terrain, notamment en exprimant sa volonté de participer à la lutte contre le terrorisme en « renforçant la coopération internationale dans l’éradication de l’extrémisme en Syrie ».

Pendant le conflit, la Chine a opposé son veto aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU qui sanctionnaient les forces militaires extérieures intervenant dans la guerre et s’est limitée à des déclarations d’usage telles que la nécessité pour la communauté internationale de coopérer dans la lutte contre le terrorisme, la priorité d’un règlement politique de la question syrienne, l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Syrie et la nécessaire médiation de l’ONU. L’ambassadeur QI n’avait-il pas déclaré dans le passé que « Le peuple chinois partage les souffrances du peuple syrien » et que « quand (la Chine et la Syrie) auront surmonté la crise actuelle, l’amitié sino-syrienne sera aussi forte que Palmyre et la Grande Muraille »…

Christine Abdelkrim-Delanne

http://www.afrique-asie.fr/la-chine-sur-les-starting-blocks-en-syrie/