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Washington envisage de sortir d’un traité autorisant la surveillance des mouvements militaires des pays signataires

Washington envisage de sortir d’un traité autorisant la surveillance des mouvements militaires des pays signataires

PAR LAURENT LAGNEAU · 10 OCTOBRE 2019

Après avoir dénoncé le Traité sur les forces nucléainres intermédiaires [FNI] au motif que la Russie en avait violé les dispositions en déployant un missile interdit [le Novator « 9M729 », en l’occurrence], l’administration Trump envisagerait d’en faire de même avec un autre texte négocié et signé à la fin de la Guerre Froide.

En 1992, à Helsinki, 34 pays membres de l’Otan et de l’ex-Pacte de Varsovie adoptèrent le traité dit « Open Skies », lequel autorise des vols d’observation non armés au dessus du territoire des signataires, afin de surveiller les éventuels mouvements militaires des uns et des autres. Ce texte est entré en vigueur 2002, après sa ratification par le Parlement russe.

Concrètement, chaque signataire doit accepter un certain nombre de survols de son territoire à des fins d’observation [on parle alors de quota passif]. En échange, il peut effectuer autant de vols qu’il en a reçus [quota actif], à la condition d’adresser un préavis de 72 heures aux autorités du pays concerné.

Outre le fait que ce traité permet de renforcer la confiance mutuelle entre les signataires, il peut aussi être utilisé à des fins plus politiques. Ainsi, par exemple, les États-Unis envoyèrent l’un de leurs deux avions OC-135B « Open Skies » survoler l’Ukraine afin de marquer leur soutien à Kiev après l’arraisonnement de navires ukrainiens par la garde-côtière russe dans le détroit de Kertch, en novembre 2018.

Seulement, selon CNN, qui cite un responsable américain, l’administration Trump a l’intention de dénoncer ce traité au motif que la Russie aurait manqué, là aussi, à ses obligations, notamment en restreignant les vols au-dessus de l’enclave – fortement militarisée – de Kaliningrad. Une annonce en ce sens devrait bientôt être faite.

« [Le président russe] Vladimir Poutine a violé le traité ‘Ciel ouvert’ pendant dans des années en continuer à bénéficier de vols de surveillance au-dessus des États-Unis. Le président [Trump] devrait s’en retirer et redéployer les centaines de millions de dollars que le Pentagone gaspille en vols d’observation pour accroître les capacités de combat des États-Unis », a par ailleurs résumé Tom Cotton, un sénateur républicain.

Cependant, des élus démocrates s’inquiétent du projet de M. Trump. Et cela d’autant plus que, pour le moment, Washington n’a nullement consulté ses alliés au sujet de ses intentions.

« Le retrait du Traité Ciel ouvert, un important accord multilatéral sur la maîtrise des armements, serait un cadeau supplémentaire de l’administration Trump à Poutine », ont ainsi estimé les sénateurs démocrates Bob Menendez et Jack Reed, ainsi que les représentants Eliot Engel et Adam Smith, dans un courrier [.pdf] adressé au chef du Pentagone, Mark Esper, et à Mike Pompeo, le secrétaire d’État.

« Non seulement il n’y a aucune raison de s’en retirer pour des raisons de sécurité nationale et il n’y a eu aucune consultation du Congrès ou de nos alliés au sujet de cette décision », affirment les parlementaires démocrates.

De son côté, un porte-parole du Pentagone a expliqué que la Russie n’avait pas respecté ce traité par le passé et que, en conséquense, les États-Unis avaient imposé des mesures [de restriction] lors du survol par les Russes du territoire américain [en 2017, ndlr]. « Nous continuerons à travailler avec nos partenaires pour faire pression sur la Russie afin qu’elle respecte le traité », a-t-il assuré.

Paradoxalement, les élus démocrates qui ont dénoncé le projet de l’administration Trump ont indirectement reçu le soutien de l’ambassade de Russie à Washington. « Nous considérons que le Traité Open Skies est un instrument important pour assurer la sécurité européenne au même niveau que le document de Vienne de 2011 sur les mesures de confiance et de sécurité », a-t-elle plaidé.

http://www.opex360.com/2019/10/10/washington-envisage-de-sortir-dun-traite-autorisant-la-surveillance-des-mouvements-militaires-des-pays-signataires/

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L’échec des pourparlers nucléaires américano-iraniens est imputable à Trump – Rouhani (The Guardian)

L’échec des pourparlers nucléaires américano-iraniens est imputable à Trump – Rouhani (The Guardian)

11111 Rating 0.00 (0 Votes)Catégorie : Actualités internationales  Publication : 2 octobre 2019  Mis à jour : 2 octobre 2019  Création : 2 octobre 2019 Écrit par folamour  Affichages : 9fShare

Si la France pouvoir retrouver son statut d’intermédiaire au niveau mondial, notre pays en ressortirait grandit plutôt que d’être systématiquement soumis à Washington…

Iran 02 10 2019

Hassan Rouhani a déclaré qu’une solution diplomatique était encore possible et a remercié Emmanuel Macron pour sesefforts à l’ONU. Photographie : Yana Paskova/Reuters

Le président iranien a déclaré au gouvernement que le pays était prêt à accepter les termes du plan français de l’ONU

Le président iranien, Hassan Rouhani, a déclaré à son cabinet que si le pays était prêt à mettre fin à son impasse nucléaire avec les Etats-Unis dans les termes définis par la France aux Nations Unies, Donald Trump n’était pas prêt à rendre publique une offre privée apparente de levée de sanctions.

Bien que son récit ne soit pas impartial en soi, c’est la version la plus complète de la diplomatie en coulisse fournie par les Iraniens à l’Assemblée générale de l’ONU.

La revendication de Rouhani est venue en tant que dirigeant suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a livré un message plus dur, disant que l’Iran continuerait à réduire ses engagements dans le cadre de l’accord nucléaire jusqu’à ce qu’il atteigne ses objectifs. Il a pris trois mesures pour s’écarter de l’accord, une tous les 60 jours depuis mai, et menace d’en prendre une quatrième en novembre.

Insistant sur le fait que la voie de la diplomatie n’était pas encore fermée, M. Rouhani a remercié le président français, Emmanuel Macron, pour les six heures intensives de diplomatie qu’il a consacrées à l’assemblée générale et a déclaré que l’échec des négociations était imputable à Washington.

Macron a fait la navette entre l’Iran et les États-Unis pour tenter de conclure un accord dans lequel l’Iran renonce à toute ambition nucléaire en échange de la levée des sanctions américaines sur les exportations pétrolières iraniennes, le moteur de l’économie iranienne. Le document en quatre points négocié par Macron dans les états de New York : « L’Iran n’acquerra jamais d’arme nucléaire  » et « respectera pleinement ses obligations et engagements nucléaires et acceptera une négociation sur un cadre à long terme pour ses activités nucléaires ». Elle s’abstiendra également de toute agression et s’efforcera d’instaurer une paix et un respect authentiques dans la région par le biais de négociations.

En retour, les États-Unis lèveraient les sanctions contre l’Iran. Macron a même préparé une ligne téléphonique pour que Rouhani puisse parler à Trump, Bur Rouhani a refusé de l’utiliser.

Bien que l’Iran affirme que le document français ne reflète pas pleinement la position iranienne, M. Rouhani a déclaré que l’Iran aurait pu accepter le compromis inhérent au plan français.

C’était le principe que la France avait proposé avec les Américains, et puis il avait été évoqué avec nous, donc le principe qui est maintenant largement diffusé dans les journaux et publications du monde entier, et le président français lui-même l’a confirmé, est correct.

« Nous nous sommes réunis, et celui qui a empêché le résultat, c’est la Maison Blanche, et l’Iran, Paris, Tokyo et le reste des pays n’étaient pas à blâmer ».

Il s’est plaint du fait que les États-Unis avaient dit aux Européens dans des messages privés qu’ils étaient prêts pour un accord, mais dans des déclarations ultérieures, ils ont déclaré à deux reprises qu’ils allaient renforcer leur boycott. Il a demandé : « Comment croire et persuader les Iraniens que nous ne serions pas trompés par le message privé ? »

Il a ajouté : « Le président américain a déclaré à deux reprises, une fois dans son discours aux Nations Unies et une autre fois, explicitement que nous voulons intensifier les sanctions. Je l’ai dit à ces amis européens, alors quelle partie devrions-nous accepter ? Devrions-nous vous croire sur parole que vous dites que l’Amérique est prête ? » Les Européens, a-t-il ajouté, n’ont pas de réponse.

En fin de compte, a dit M. Rouhani, une question aussi importante ne pouvait pas être résolue en quelques heures.

« Bien sûr, il était important pour les Américains d’en faire une bombe à retardement et de changer ainsi certaines de leurs conditions intérieures, mais nous nous moquons de savoir quel est leur but. Pour nous, les intérêts nationaux comptent. »

Dans l’ensemble, M. Rouhani a décrit un pays qui a résisté à des pressions économiques sans précédent et qui est maintenant un acteur de poids dans le monde. « Lors de la visite au siège des Nations Unies, la politique et la diplomatie tournaient autour de l’endroit où se trouvait la délégation iranienne, et tout le monde voulait entendre parler de la dynamique régionale et de la politique mondiale de l’Iran.

« Ils pensaient tous que les actions de l’Iran pouvaient même affecter la politique intérieure des États-Unis. »

a noté Rouhani : « Ce que nous avons ressenti à la fin de notre court séjour à New York, c’est que l’atmosphère négative que l’ennemi cherchait à créer autour de l’Iran avait été détruite et que d’autres conditions s’étaient créées, en particulier alors que nous annoncions la paix et discutions de l’initiative de paix Hormuz que nous avions présentée.

Affirmant que le lobby anti-iranien avait tenté de créer une atmosphère dans laquelle l’Iran serait dépeint comme le pays refusant de négocier, il a déclaré que dans les deux heures suivant son arrivée à New York, l’Iran avait réussi à briser la conspiration qu’ils avaient conçue et a insisté pour que l’Iran ne fuie pas la table des négociations.

« Tous les Européens m’ont dit que votre pouvoir aujourd’hui est plus grand qu’il y a un an », a déclaré le président à son cabinet.

Il a également donné un compte-rendu très optimiste de l’état de l’économie assiégée de l’Iran, affirmant que la valeur de la monnaie nationale était en hausse et l’inflation en baisse mois après mois.

Source : The Guardian

Informations complémentaires :

Crashdebug.fr : Qui a fait sauter le marché pétrolier ? (Le Sakerfrancophone)

https://www.crashdebug.fr/international/16612-l-echec-des-pourparlers-nucleaires-americano-iraniens-est-imputable-a-trump-rouhani-the-guardian

1989 vue de Moscou : déclin ou renaissance ?

L’Europe trois décennies après l’ouverture du rideau de fer

1989 vue de Moscou : déclin ou renaissance ?

Par Cyrille BRET, le 22 septembre 2019      

Cyrille Bret est haut fonctionnaire et géopoliticien. Inspecteur de l’administration, il a travaillé dans les industries aéronautiques, les industries numériques et est aujourd’hui en poste dans un groupe public de défense. Après une formation à l’Ecole Normale Supérieure, à Sciences Po et à l’Ecole Nationale d’administration, il a été auditeur à l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN).

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C. Bret nous offre une magistrale démonstration des ruptures et retournements des trois dernières décennies en Russie. Décentrons notre regard à Moscou pour mieux comprendre l’Europe géographique – c’est à dire Russie incluse, au moins jusqu’à l’Oural – à ne pas confondre avec l’Union européenne qui en est cependant voisine.

1989, un évènement pour la Russie ?

VUE de Moscou, l’année 1989 est bien différente de celle qui est célébrée à Berlin et Paris. Envisagée depuis la capitale de l’URSS puis de la Russie, 1989 est une des étapes qui conduisent l’Etat soviétique du faîte de sa puissance à sa dissolution, en l’espace d’une décennie. De 1979, année de l’intervention soviétique en Afghanistan, à 1991, qui consacre la dissolution de l’Union, en passant par 1985, date de l’accession de Mikhaïl Gorbatchev au poste de Secrétaire Général du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS), l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques évolue du statut de puissance mondiale à celui de vaincu géostratégique et de naufragé économique. Toutefois, vue de Moscou, l’année 1989 marque aussi un nouveau départ : c’est l’année des premières élections libres depuis la révolution de 1917. Entre fin de la Guerre froide et gestation de la Nouvelle Russie, 1989 prend sa place, dans la mémoire collective, comme un point bas de l’influence européenne du pays mais aussi comme le point de départ d’une nouvelle période.

C’est dans le temps long qu’il faut ressaisir la place de cette année dans le passé de la Russie – et dans son futur immédiat. Sur le plan régional, 1989 marque l’échec de la stratégie européenne que l’URSS a déployée depuis la Deuxième Guerre mondiale : 1989 est la réplique inversée de la victoire de 1945 (I) année où l’URSS est présente partout en Europe orientale jusqu’en Allemagne. Sur le plan intérieur, c’est le point à partir duquel les réformes de Mikhaïl Gorbatchev marquent le pas et annoncent la fin du régime communiste : 1989 prépare 1991 (II). Enfin, dans les représentations collectives, c’est l’année qui inaugure l’affaiblissement des années 1990 et prépare la renaissance de la puissance russe : 1989 annonce 1999, date de l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine. Si 1989 est un moment-clé dans l’histoire de l’Europe, c’est également une date d’importance pour la Russie (III).

1989 vue de Moscou : déclin ou renaissance ?

Cyrille BretCyrille Bret est haut fonctionnaire et géopoliticien

I. De 1945 à 1989 : la fin de l’hégémonie soviétique en Europe orientale

1989 est un événement européen avant d’être un événement intrinsèquement russe. C’est à Berlin, Bucarest, Budapest, Vienne ou encore Vilnius que se déroulent les principaux événements de l’année. Pour la Russie, c’est le moment où l’Europe centrale et orientale sort de son alliance militaire, politique économique et culturelle. Un mouvement de « désoviétisation du flanc est de l’Europe » s’amorce alors qui conduira à l’extension de l’OTAN et à l’élargissement de l’UE dans cette zone d’influence russe.

La désoviétisation rapide de l’Europe de l’Est

Plusieurs événements de 1989 consacrent la fin de la puissance mondiale pour l’URSS. En Asie centrale d’abord : le 15 février 1989, les autorités soviétiques annoncent le retrait définitif de leurs troupes d’Afghanistan. C’est la fin d’une opération militaire d’une décennie et l’aveu d’un échec. Cette campagne soviétique en Afghanistan (1979-1989) est surnommée « le Vietnam de l’URSS ». En effet, une superpuissance militaire et nucléaire a échoué à soutenir un régime communiste dans ce pays limitrophe de l’URSS. Cet aveu d’impuissance géopolitique entraîne une série d’événements qui conduisent au délitement, en une année, de l’hégémonie soviétique sur ce qu’on appelait le Bloc de l’Est. La chute – ou l’ouverture – du Mur de Berlinle 9 novembre 1989, est le point d’orgue de ce vaste reflux. Dès le printemps, le 2 mai 1989, la Hongrie communiste ouvre ses frontières vers l’Autriche, avant-poste de l’Ouest, réhabilite Imre Nagy, figure de la résistance à l’URSS en 1956 et met fin au régime communiste le 23 octobre 1989 en proclamant la République. En août 1989, la Pologne n’a plus de Premier ministre communiste : Tadeusz Mazowiecki, membre de Solidarnosc, accède à la primature. Et l’effet « boule de neige » est impressionnant : les citoyens de la République Démocratique d’Allemagne (RDA) fuient le régime communiste par la Hongrie et l’Autriche. Dans ce contexte de recul soviétique rapide, Mikhaïl Gorbatchev, venu à Berlin Est célébrer les 40 ans de la RDA annonce qu’aucune intervention armée ne jugulera le mouvement de sortie du communisme. C’est ce qui précipite la chute du Mur de Berlin, la fin de la RDA et, ultérieurement, la réunification allemande. Devant cette passivité explicite et volontaire, les interrogations sont multiples : s’agit-il d’une ruse pour reprendre ultérieurement la main sur la zone ? Ou bien d’un aveu de faiblesse ? ou encore d’une stratégie destinée à pallier la faiblesse temporaire de l’URSS ?

La Guerre froide est explicitement close par le président des États-Unis Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev le 2 décembre 1989 au sommet de Malte. Quant à la « Révolution roumaine », elle conclut – du 16 au 25 décembre – l’année 1989 en démantelant un régime communiste allié de l’URSS sur le versant sud-Est de l’Europe. Son déroulement est symptomatique de l’emballement historique de 1989 : face à des mouvements de protestation à Timisoara dans l’ouest du pays, la dictature Ceausescu tente de résister en organisant, le 21 décembre 1989 un meeting de soutien au régime. Celui-ci se retourne contre ses organisateurs, contraignant le dictateur à fuir, à être poursuivi puis exécuté, avec son épouse, Elena Petrescu, le 25 décembre 1989. L’URSS reste « neutre » alors même que ses troupes sont présentes dans le pays et sur sa frontière : la Roumanie est alors limitrophe de l’Union soviétique, via la République socialiste soviétique de Moldavie.

Pour l’URSS, 1989 est une année de renversement : lorsque l’année commence, le Bloc de l’Est est contesté mais reste en place. Lorsque l’année se clôt, ce Bloc est en déliquescence.

L’échec de la stratégie stalinienne du glacis occidental

Pour Moscou, les événements de 1989 mettent fin à la stratégie européenne conçue et mise en place par J. Staline dans le sillage de la Deuxième Guerre mondiale. Son but était en effet d’établir un bastion communiste avancé en Europe centrale et orientale. Forte de la présence de ses troupes sur le sol de ces Etats, l’URSS avait organisé l’établissement de « démocraties populaires » autrement dit de régimes communistes non démocratiques en Pologne (1944-1947), Roumanie (1947) Tchécoslovaquie (Coup de Prague en février 1948), Hongrie (1949), etc. La « libération » de ces pays par les troupes soviétiques contre l’Allemagne nazie avait permis à l’URSS d’exercer une véritable tutelle sur ces Etats réduits au rôle de satellites. C’est la stratégie du « glacis européen » pour l’URSS, censée octroyer à l’Etat soviétique une zone tampon et une profondeur stratégique supplémentaire en cas d’attaque de l’Ouest.

Sur le plan économique, l’URSS avait imposé la création du Comecon ou Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM) pour faire pièce au Plan Marshall de 1947. Cette organisation internationale établissait une division du travail et une répartition des rôles entre les différents Etats communistes de la région. Sa mission était avant tout de diffuser les instruments de l’économie planifiée soviétique, d’organiser les échanges commerciaux entre ces Etats et l’URSS. En raison du rôle pivot de la monnaie soviétique, le rouble, et de la dépendance technologique à l’égard de l’URSS, le Comecon permettait à l’URSS de se donner le rôle de leader économique en Europe de l’Est. Si le CAEM ne disparaît formellement qu’en 1991, 1989 marque sa véritable fin en raison de la disparition des régimes communistes dans les principales économies de la région. Si les gains et les pertes pour l’URSS sont difficilement évaluables dans le Comecon, cette organisation régionale marque l’empreinte du « grand frère soviétique » sur le modèle économique des Etats d’Europe orientale.

Sur le plan militaire, le Pacte de Varsovie était l’instrument de l’hégémonie soviétique en Europe centrale et orientale. Fondé sur un traité multilatéral d’amitié et d’assistance entre les alliés de l’URSS, le Pacte réunissait sous la houlette de l’Armée Rouge les différentes forces armées des démocraties populaires. En 1989, il est encore en vigueur et vient d’être reconduit pour vingt ans en 1985. Si le Pacte est dissout officiellement le 1er juillet 1991, il s’efface progressivement dans les faits en 1989. En effet, ces transformations politiques marquaient la fin de la doctrine dite de la « souveraineté limitée » dont la paternité revient à L. Brejnev. L’évolution d’un régime communiste vers un régime libéral étant considérée à Moscou comme une question d’intérêt commun pour tous les régimes communistes, les tentatives de démocratisation de la Hongrie (1956) et de la Tchécoslovaquie (1968) avaient pu être jugulées, dans le sang, par l’Armée Rouge et ses alliés locaux.

En somme, en 1989 la désoviétisation rapide de l’Europe centrale et orientale marque la fin d’un projet géopolitique d’établissement d’un Bloc et d’une zone tampon entre la Russie et le reste de l’Europe. La voie s’ouvre pour une « occidentalisation » de cette partie du continent. Elle aura lieu dès les années 1990.

II. De 1985 à 1991 en passant par 1989 : des tentatives de réformes intérieures à la dissolution de l’URSS

Pour la politique intérieure russe et soviétique, 1989 prend place dans une séquence plus large qui commence avec l’accession de Mikhaïl Gorbatchev au pouvoir le 11 mars 1985 et se clôt fin décembre 1991 avec la dissolution officielle, par ce dernier, de l’URSS. 1989 répond ici à la Révolution de 1917.

Le régime communiste peut-il se réformer ?

Conscient des faiblesses économiques de l’URSS et de son incapacité financière à supporter le coût de la course aux armements avec les Etats-Unis, Mikhaïl Gorbatchev accède au poste de Secrétaire Général du Parti Communiste en 1985. Il lance une vague de réformes internes dans le but de consolider le régime communiste et de faire leur promotion à l’Ouest. Sur la scène internationale, il donne la priorité au désarmement symétrique avec les Etats-Unis afin d’alléger la pression budgétaire que les programmes d’armements faisaient peser sur les finances publiques soviétiques. Mais, sur le plan intérieur, 1986 marque le début des programmes de libéralisation politique et économique. Le programme de « Transparence » (« glasnost ») aboutit à des mesures à haute teneur symbolique : levée des interdits sur de nombreuses productions culturelles dont « Le Docteur Jivago » de Boris Pasternak ; fin de l’exil intérieur du physicien dissident Andreï Sakharov à Gorki.

Dans le domaine strictement politique, la composition du parti communiste est renouvelée pour faire entrer des « réformateurs » dans les sphères dirigeantes. En matière économique, la « restructuration » ou « reconstruction » (« perestroïka ») engage une nouvelle NEP : les prix sont partiellement libéralisés, des entreprises privées sont autorisées et tout un secteur informel émerge. Ce mouvement s’accélère en 1989 : pour élire deux tiers des députés au Congrès des Députés des Peuples d’Union soviétique, les citoyens de l’URSS ont le choix entre plusieurs listes et voient le secret du vote garanti. C’est une évolution décisive pour le pays.

La première période des réformes gorbatchéviennes a une tonalité euphorique… surtout à l’étranger : la « Gorbymania » gagne en effet les États-Unis et surtout l’Europe de l’Ouest en 1987. Toutefois, la popularité interne du dirigeant soviétique est bien moindre, en raison des limites que rencontrent ses réformes [1].

Les limites des réformes et la fin de l’empire soviétique

Toutefois, à partir de 1989, les limites des réformes engagées commencent à apparaître. Sur le plan économique, les inégalités se creusent et l’inflation s’accentue, remettant en cause le pacte social soviétique où l’emploi à vie, l’accès à des services publics peu onéreux et l’égalité sociale (relative) étaient garanties en échange de l’obéissance politique. Sur le plan politique strict, les mouvements de scission et de sécession se multiplient. Si Mikhaïl Gorbatchev réussit à se faire élire en 1990 Président de l’URSS, néanmoins, au Parlement, ses partisans sont débordés par les nationalistes et les libéraux, partisans d’une thérapie de choc. Ainsi, dès 1990, la République Socialiste Fédérative Soviétique de Russie porte à sa tête Boris Eltsine, dont l’autorité entre en compétition avec celle du dirigeant soviétique. La tension entre les réformateurs libéraux emmenés par Eltsine et les conservateurs soviétiques soutenus par l’armée s’exacerbe progressivement sur la scène politique. Elle culmine sur le terrain et les armes à la main dans la tentative de putsch militaire le 20 août 1991. Soutenu par le président américain, le président russe Eltsine s’impose, éclipsant le réformateur communiste et suspendant le parti communiste en novembre 1991. Sur l’échiquier politique russe, le mouvement de décommunisation engagé timidement en 1989 aboutit, quelques mois plus tard, à la fin de l’URSS.

Dans les Républiques fédérées, 1989 voit des forces centrifuges réveillées par la « glasnost ». les aspirations à l’indépendance se manifestent sous une forme qui marquent l’Europe. Dans les Etats baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie), des manifestations commencées en 1987 lancent le processus de décommunisation et d’indépendance nationale. Ces mouvements pacifistes culminent le 23 août 1989 en formant une vaste chaine humaine, la Voie Balte, qui réunit les trois capitales (Tallin, Riga, Vilnius) sur plus de 500 kilomètres. C’est l’acte fondateur d’un processus d’indépendance pour la Lituanie (11 mars 1990), l’Estonie (30 mars 1990) et la Lettonie (4 mai 1990). Durant la période qui va de 1989 à 1991, dans cette partie de l’URSS, les affrontements armés sont évités de justesse mais les tensions économiques et politiques sont maximales, tout particulièrement en Lituanie où le blocus économique soviétique est rigoureux.

Le mouvement de sécession des Etats baltes lance une spirale centrifuge qui culmine lors de la dissolution de l’Union soviétique le 8 décembre 1991. Dans le Caucase, l’Arménie devient indépendante (23 août 1990), comme la Géorgie (9 avril 1991) et l’Azerbaïdjan (18 octobre 1991). L’Ukraine et les Républiques d’Asie centrale quittent l’Union entre 1990 et 1991. Qu’il s’agisse d’une stratégie résolue de la Russie face aux coûts de la sur-extension impériale ou d’un abandon forcé, la Russie se désengage de ces périphéries impériales et laisse ces Etats s’éloigner de sa suzeraineté séculaire. La fin de l’URSS, entamée par les mouvements baltes en 1989, est consacrée par la démission, le 25 décembre 1991, de Mikhaïl Gorbatchev de ses fonctions de président d’une Union soviétique… qui n’existe plus depuis deux semaines (8 décembre 1991). C’est la Communauté des États Indépendants (CEI) qui remplace l’Union par une confédération aux liens institutionnels assez lâches. La République puis la Fédération de Russie perdent ainsi la place centrale qu’elle occupait dans le dispositif institutionnel de l’URSS.

En somme, vue de Moscou, sur le plan de la politique intérieure, 1989 est l’année pivot d’une révolution tout à la fois politique, territoriale et économique. Loin de sauver le régime communiste en l’adaptant, la « glasnost » et l’introduction d’une dose de démocratie dans les institutions soviétique ont précipité la chute du PCUS. De même, la renonciation à la violence armée contre les mouvements centrifuges en 1989 ont accéléré le processus de décomposition.

III. De 1989 à 1999 : du déclin au revanchisme russe

Si on considère le futur immédiat de la Russie, 1989 ouvre une décennie douloureuse qui se clôt en 1999 par l’accession de Vladimir Poutine au poste de Président par intérim, élu l’année d’après.

Sur le plan économique, l’échec des « réformes » de la période 1987-1989 entraîne une ère de libéralisation brutale appelée « thérapie de choc » où l’inflation atteint jusqu’à 1000% une année, où le chômage explose et où de nombreuses industries d’Etat disparaissent. Les inégalités explosent et l’Etat Providence est démantelé privant d’accès aux soins, à l’éducation, aux pensions de retraite ou à l’énergie une large partie de la population russe. En revanche, quelques fortunes privées considérables sont constituées en quelques mois par les oligarques qui rachètent à vil prix des fleurons de l’économie dirigée dans la métallurgie, les hydrocarbures ou encore les armements. L’effondrement économique et le pillage des ressources culminent en 1998 au moment où la Russie est frappée par une crise économique violente.

Dans le domaine intérieur, la contraction du PIB et l’effondrement des finances publiques russes mettent à mal les forces armées : les bases militaires sont fermées par dizaine et les commandes industrielles cessent. Conjugué à la vague d’indépendances nationales, l’affaiblissement des forces armées ouvre la voie à des mouvements séparatistes au sein même de la Fédération de Russie. Ainsi, la Première Guerre de Tchétchénie, de 1993 à 1996 voit la Nouvelle Russie réprimer dans un bain de sang des mouvements indépendantistes souvent soutenus par des réseaux islamistes. Ce qui se joue alors, c’est, pour la Russie, la capacité à enrayer sa déliquescence territoriale. La Russie des années 1990, née des chocs de 1998, frôle alors la disparition politique.

Sur le plan de la géopolitique régionale, 1989 prépare la perte de l’étranger proche. L’extension de l’OTAN aux portes de la Fédération de Russie n’est possible que parce que le réseau d’alliance soviétique est ruiné en 1989. En effet, pour la toute jeune Fédération de Russie née en 1991, la décennie 1989-1999 est celle du recul. 1999 marque un renversement militaire majeur sur le continent : la Pologne, la Tchéquie et la Hongrie rejoignent l’Alliance atlantique, suivies en 2004 par de nombreux autres Etats anciennement parties au Pacte de Varsovie, dont trois anciennes Républiques socialistes soviétiques (Estonie, Lettonie, Lituanie). Vu de Moscou, ce mouvement constitue un revers stratégique de portée historique. En effet, l’Ouest se porte aux frontières même de l’espace russe. C’est dans cette décennie et dans les Révolutions de couleur en Géorgie (révolution des roses en 2003) en Ukraine (révolution orange en 2004), en Kirghizie (révolution des tulipes en 2005) que la Russie réactive sa méfiance envers ses interlocuteurs.

Mais 1989 se clôt véritablement en 1999, date à laquelle Vladimir Poutine met en place progressivement tout à la fois son régime et les éléments d’une renaissance relative pour la Russie. La décennie 1989-1999 est la période matricielle pour comprendre la Russie d’aujourd’hui. Pour faire pièce aux oligarques, il se les subordonne comme clients ou les fait condamner, comme dans l’affaire Khordokovski. Pour remédier à l’expansion de l’OTAN, il lutte pied à pied contre l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie comme contre le déploiement des batteries anti-missile sur le sol européen. Enfin et surtout, pour pallier à la faiblesse militaire russe, il lance en 2009 un vaste plan de modernisation, de croissance et de réforme des forces armées. La force politique et géopolitique de la Russie de 2019 tire directement ses racines du long traumatisme de la décennie 1989-1999. En bref, Vladimir Poutine se pose comme celui qui remédier aux funestes années 1989-1991.

*

1989, année pivot pour la Russie (aussi)

Pour l’Europe communautaire, 1989 est une année hautement symbolique et connotée positivement. Cette date est synonyme sur ses marges de libération à Budapest, Varsovie ou Bucarest. Les souverainetés nationales, mises à mal par le XIXème et le XXème siècle, sont recouvrées. A Paris et Bonn puis Berlin, 1989 amorce la réunion de l’Europe autour du projet porté par la Communauté puis l’Union européenne. Après les conflits du début du siècle et la division de la Guerre froide, 1989 annonce l’espoir d’une période de convergence et de paix.

Vue de Moscou, 1989 a un statut plus ambigu. L’année a une charge négative évidente, surtout dans les représentations collectives actuelles : à l’extérieur, elle marque l’échec de la stratégie soviétique de glacis défensif en Europe ; à l’intérieur, elle précipite la fin du régime communiste et prépare le chaos politique et économique de la décennie 1990. C’est pour cette raison que 1989, associée à 1991, est, dans le discours du président Poutine, une annus horibilis pour la Russie. Toutefois, 1989 ouvre une décennie déterminante pour la Russie contemporaine. C’est à partir de 1989 que la Russie poutinienne commence à prendre racine : la création d’une oligarchie mafieuse, les échecs face aux Etats-Unis, etc. tous ces facteurs concourent à l’avènement d’un régime centralisé, fort et assis sur une puissance militaire. Ainsi, la Russie d’aujourd’hui tire ses origines dans 1989 et 1991 autant que dans 1999, année de l’accession au pouvoir de l’actuel président russe.

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Comptes à Rebours, Hubert Védrine

Comptes à Rebours, Hubert Védrine

Matteo Gruszewski 17 septembre 2019 Fiches de lecture Leave a comment

Hubert Védrine est un diplomate français, diplômé de Sciences Po et de l’ENA. Il fut Secrétaire général de l’Elysée sous Mitterrand (1991-1995) puis Ministre des Affaires étrangères sous Jacques Chirac (1997-2002). Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages. “Comptes à rebours” a été publié en 2008 aux Editions Fayard.

Couverture de l'ouvrage "Comptes à rebours"
“Comptes à Rebours” d’Hubert Védrine a été publié en 2018 aux éditions Fayard.

Dans cet essai publié en 2018, Hubert Védrine établit les trois “comptes à rebours” globaux dont la prise en compte, impérative, va s’imposer dans les considérations géopolitiques et géoéconomiques. Ces “comptes à rebours” se superposent au désordre mondial. Ils occupent une place transversale dans l’actualité géopolitique et surplombent les crises et les perturbations du monde. L’ensemble est évidemment interconnecté. Les dynamiques s’entrelacent et s’entrechoquent, comme des “réactions chimiques plus ou moins contrôlées et dont la solution demeure aléatoire”. Tout en analysant ce monde semi-chaotique voire “chaotique” (Antonio Gutierres), Hubert Védrine s’interroge sur le rôle qu’auront à jouer les Etats-Unis, l’Europe, la France et remet en question l’idée de “communauté internationale”. 

Comptes à rebours 

Hubert Védrine met en exergue trois phénomènes, d’ampleur globale, à la fois latents et en cours. Trois ”comptes à rebours” : l’urgence écologique, l’explosion démographique et le choc numérique. Trois axes qui vont modeler l’espace géopolitique mondial. 

D’abord, le problème écologique est posé au-dessus de tous les autres. Le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité, l’épuisement des ressources et les autres conséquences sanitaires de l’activité humaine, polluante et néfaste, compromettent nettement la vie sur Terre – surtout si ce mode de vie est élargi à 10 milliards d’habitants en 2050. Face à cet impératif vital, Védrine anticipe sans l’affirmer une “écologisation” des sociétés. En résulterait un renouvellement de l’ordre international autour de la prise en compte de notre patrimoine commun, avec des “Etats voyous” dérogeant aux principes écologiques, et des États modèles. 

Ensuite, l’explosion démographique. Elle se chiffrerait à 10 milliards d’individus en 2050 dont 2,4 milliards d’Africains (soit 25% de la population mondiale) et une population européenne stagnante à 500 millions – d’où la perspective d’un “suicide démographique européen”. On assistera de facto à une saturation des foyers de peuplement de l’ancien “Sud”. Cela entraînera des mouvements migratoires massifs et étalés qu’il faudra correctement appréhender.

Enfin, le choc numérique. Ce dernier appartient au passé et au futur. On a conscience du phénomène mais sans savoir quelles seront les implications du développement des nouvelles technologies, de l’intelligence artificielle, du transhumanisme, du big data, de l’ultra-connectivité. On en aperçoit des signes avant-coureurs mais les avis divergent entre les plus alarmistes et les plus confiants. Néanmoins, Védrine souligne que notre perpétuelle connectivité alimente les désirs d’une démocratie participative, voire en fait une réalité potentielle. Il alerte des risques d’une telle situation qui aboutirait à “une dictature de tous sur chacun” et appelle à une réhabilitation de la démocratie représentative – tâche compliquée, au vu de la déliquescence des élites.

Désordre

Parallèlement aux “comptes à rebours”, Védrine plante le décor géopolitique mondial qui les accompagne. Contestant les théories de monde multipolaire, unipolaire ou de terre plate, Hubert Védrine considère que c’est le désordre qui prédomine sur la géopolitique mondiale. La situation présente est plus proche du clash d’Huntington que de la Fin de l’histoire de Fukuyama.  L’hégémonie totale de l’“hyperpuissance” américaine (Hubert Védrine, 1997) est révolue. Celle de la Chine s’affirme économiquement et militairement, sans le prosélytisme de valeurs qui semble propre à l’Occident. La Russie revient sur la scène et fait preuve de son pouvoir de nuisance. Le terrorisme islamiste globalisé à implantation locale, perpétré par une petite minorité de musulmans fondamentalistes mais affectant la grande majorité des musulmans “normaux” (Rached Ghanouchi), ne sera vaincu qu’au bout d’une longue lutte interne à l’islam. Les mouvements migratoires s’intensifient, déstabilisant pays d’arrivée comme pays de départ et de transit. 

Quelle place pour l’Occident ? 

Les Etats-Unis sont “humiliés”. Le nouveau désordre mondial et leur déclin relatif ne leur permettent plus d’assurer leur rôle de “reluctant sheriff”. Les oscillations politiques de la puissance sont des symptômes probants de l’angoisse américaine. D’une part, on a le balancier électoral américain avec un vote quasi systématique pour le parti opposé au candidat sortant. D’autre part, la politique étrangère des Etats-Unis est tenaillée entre multilatéralisme et interventionnisme teinté d’idéalisme wilsonien versus repli sur soi et isolationnisme de l’“America first”. Reste malgré tout la puissance californienne des GAFAM, artisans et champions du choc numérique. Mais leur  réalité demeure cependant bien éloignée de l’Amérique déclassée de Trump. 

Quant à l’Europe, elle souffre d’une désillusion qu’elle peine à admettre. L’avant-gardiste projet européen d’un monde constitué d’Etat post-modernes à la souveraineté diluée dans une “gouvernance mondiale” a fait long feu.  Le projet n’a même pas convaincu le(s) peuple(s) européen(s). Les identités ont résisté. Les extrêmes ont su profiter du fossé entre élites européistes et populations se percevant méprisées de l’intérieur et menacées de l’extérieur.  Et il n’y a pas de gouvernance mondiale à proprement parler. 

Quels positionnements l’Europe et la France peuvent-elles adopter? Hubert Védrine préconise la formulation d’une pensée stratégique européenne. Selon lui, il faut se désaligner des Etats-Unis (“ami, alliés, mais pas alignés”), développer sur fond de realpolitik un partenariat avec la Russie tout en restant “ferme, dissuasif et vigilant”, approfondir la coopération avec l’Afrique (par politiques régionales adaptées à l’immensité du continent et non par une politique globale) sur les questions économiques, militaires et surtout migratoires. Védrine propose un plan de sauvetage de l’Union (“pause, conférence, refondation”) et appelle surtout à un renforcement de l’espace Schengen dont les défauts sont à l’origine de tant de maux. Il faut que l’Europe se réveille avant qu’il ne soit trop tard.

Conclusion

Ce dense essai d’Hubert Védrine , pétri de réalisme et à tendance alarmiste, propose une vision globale des rapports de force mondiaux ainsi que des perspectives sur leur évolution. La synthèse est claire et concise. Cependant, mis à part les trois “comptes à rebours” dont la trouvaille ne constitue pas non plus une rupture dans les considérations géopolitiques actuelles, le livre n’apporte pas une conceptualisation nouvelle. En effet, les thèmes abordés, pour la plupart, soit font écho à de précédents écrits d’Hubert Védrine, soit sont traités de manière factuelle, s’apparentant alors plus à un manuel scolaire qu’à un essai. 

Sources :

L’Union européenne ne veut pas financer seule les soldats de l’AMISOM

17 SEPTEMBRE 2019

L’Union européenne ne veut pas financer seule les soldats de l’AMISOM

Emmanuelle Stroesser / ACTUALITÉ2CORNE DE L’AFRIQUESTABILISATION / PAIX / AMISOMfinancement européenSomalie / 0 Comments

(B2) L’Union européenne ne peut pas continuer à financer seule les primes des soldats de l’AMISOM. C’est le message martelé par la diplomatie française notamment aux Nations unies

Soldats ougandais de l’AMISOM, juillet 2018 (Crédit : AMISOM)

Les propos de Anne Gueguen, la numéro 2 de la représentation française à New York, lors d’une réunion du Conseil de sécurité à l’ONU le 21 août consacrée à la situation en Somalie sonnent comme un avertissement. Même s’ils ont été exprimés seulement par la représentante permanente adjointe française, ils sont partagés par d’autres pays, selon nos informations.

« L’Union européenne ne peut pas continuer à financer seule les primes des soldats de l’AMISOM », indique Anne Gueguen, représentante permanente adjointe. Il faut « envoyer un message clair aux autres partenaires de la Somalie sur la nécessité de contribuer au financement de l’AMISOM ». Et plus précisément des soldes des troupes de l’AMISOM. Un message en direction des pays du Golfe ou de la Chine.

Le soutien financier de l’Union européenne à la force de maintien de la paix africaine en Somalie (AMISOM) est en effet « significatif » : 400 millions d’euros pour la période 2019-2020 et un soutien de 20 millions d’euros au profit des forces de sécurité somaliennes. Soit plus de la moitié du soutien européen aux missions africaines de maintien de la paix (lire : 800 millions pour les tâches de maintien de la paix de l’Union africaine). L’Union européenne « entend poursuivre cet appui à l’AMISOM ». Mais pas toute seule et pas sans conditions. « Ce soutien doit s’inscrire dans le contexte de la transition et dans le cadre d’engagements mutuels que chaque partie doit respecter. »

(Emmanuelle Stroesser)

NB : Une résolution de l’ONU avait déjà lancé l’appel en juillet 2018. Et les Européens avaient averti l’Union africaine qu’ils ne voulaient plus maintenir un robinet de financement ouvert sans avoir encadrement plus strict de ces missions de maintien de la paix (lire : L’Europe veut bien s’engager pour la paix et sécurité en Afrique mais pas sans conditions).

Télécharger : discours + compte-rendu de la réunionFacebookTwitterLinkedInWhatsAppPrintFriendlyPrintPartager

Emmanuelle Stroesser

Journaliste pour des magazines et la presse, Emmanuelle s’est spécialisée dans les questions humanitaires, de développement, d’asile et de migrations et de droits de l’Homme

https://www.bruxelles2.eu/2019/09/17/lunion-europeenne-ne-peut-pas-financer-seule-les-soldats-de-lamisom/

La diplomatie iranienne évoque un autre incident avec un «drone espion» fin mai (photo)

Téhéran

La diplomatie iranienne évoque un autre incident avec un «drone espion» fin mai (photo)

CC BY 2.0 / xiquinhosilvaINTERNATIONAL14:22 23.06.2019(mis à jour 16:24 23.06.2019)URL courteDossier:Escalade des tensions entre les États-Unis et l’Iran (2019) (21)6624

Après que l’Iran a annoncé le 20 juin avoir abattu un drone espion états-unien qui «était entré dans l’espace aérien iranien», la diplomatie de la République islamique a fait état d’un précédent incident avec un «drone espion» survenu fin mai.

Le ministre iranien des Affaires étrangères a déclaré sur son compte Twitter qu’un incident impliquant un «drone espion» s’était produit au mois de mai.

«[Il y a] plus de preuves, y compris d’une intrusion d’un drone espion MQ-9 le 26 mai», a-t-il constaté, faisant état également des acquisitions de bateaux et des conversations téléphoniques «planifiant d’attribuer des attaques de navires à l’Iran», a indiqué Mohammad Javad Zarif.

Selon lui, les alliés étaient «sur le point d’impliquer le Président américain dans une guerre», alors que «la prudence l’a empêché, mais le terrorisme économique ajoute de la tension».

Chiffres

© SPUTNIK . NATHALIA SELIVERSTOVAFeu vert de Trump pour des cyberattaques contre les systèmes de contrôle de missiles iraniens?Ces derniers jours, les tensions entre Téhéran et Washington sont montées d’un cran. Le 20 juin, soit quelques jours après l’incident impliquant des pétroliers dans le détroit d’Ormuz, les Gardiens de la révolution islamique ont annoncé avoir abattu un drone espion américain qui «était entré dans l’espace aérien iranien» dans la province d’Hormozgan, laquelle borde le détroit en question.

Un responsable états-unien a confirmé l’attaque contre un appareil américain, affirmant que celui-ci se trouvait dans l’espace international.

Le lendemain, l’Iran a déclaré qu’il aurait également pu abattre un avion de reconnaissance américain. Quant à Donald Trump, il a affirmé qu’il était revenu sur sa décision de frapper des cibles iraniennes à 10 minutes seulement de l’attaque. Il l’a par la suite expliqué par l’intention d’éviter un lourd bilan humain.

https://fr.sputniknews.com/international/201906231041500225-liran-evoque-un-autre-incident-avec-un-drone-espion-fin-mai-selon-lafp/

https://fr.sputniknews.com/international/201906231041500225-liran-evoque-un-autre-incident-avec-un-drone-espion-fin-mai-selon-lafp/

L’été, le temps idéal pour une lecture géopolitique avec Diploweb

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Livres Diploweb
L’été, le temps idéal pour une lecture géopolitique avec Diploweb.
Plaisir d’offrir un livre de qualité
à un prix raisonnable, livré par la poste
    Quand vient la chaleur de l’été, lire au frais un livre géopolitique de qualité est un plaisir assuré. Et offrir un ouvrage de référence, devient la certitude d’un cadeau utile à vos proches passionnés du vaste monde. Rédigés par des auteurs reconnus, voici des livres utiles à un prix raisonnable. Le monde de Trump, La Russie et ses frontières, l’Union européenne à l’heure du Brexit, le Proche et le Moyen-Orient, l’Asie, La mondialisation : vous allez trouver le livre que vous cherchez. Et le monde deviendra plus lisible ! La livraison sera facile et rapide, sans avoir à vous déplacer. Bel été ! P. Verluise 
  Géopolitique du monde de TRUMP.
La stratégie du chaos ?
 Pierre VERLUISE (dir.)       Quand le monde semble se gouverner à coup de tweets, comment comprendre en profondeur les ruptures géopolitiques du monde de Trump ? Après avoir gagné la Guerre froide, les États-Unis voient dans l’émergence de la Chine une menace. Depuis son entrée à la Maison Blanche, Donald Trump remet en question le multilatéralisme auquel l’Union européenne est attachée. Menaçant régulièrement de renverser la table, il stresse ses alliés plus encore que ses adversaires.   D. Trump a non seulement dépassé la moitié de son premier mandat, mais rien n’interdit de penser qu’il se présente à un deuxième mandat. Il devient crucial d’identifier clairement les nouveaux paramètres de la géopolitique des États-Unis pour mieux en comprendre les effets restructurants pour le monde. GEOPOLITIQUE DU MONDE DE TRUMP  
  Histoire, Géographie et Géopolitique de la RUSSIE et de ses frontières  Pierre VERLUISE (dir.)    Presque trois décennies après la disparition de l’URSS (1991), cette immense zone semble tombée dans un trou noir de la connaissance. Cet ouvrage est conçu pour vous en offrir les clés. Nous avons rassemblé ici de véritables experts qui apportent des éclairages sur des fondamentaux de l’Histoire, la Géographie et la Géopolitique de la Russie et de ses frontières.   La première partie présente l’Union des républiques socialistes soviétiques et ses lendemains. La deuxième se penche sur la Russie de Vladimir Poutine. La troisième offre un point approfondi sur ses fronts et frontières Enfin, la quatrième partie présente son hard power et son soft power.  COMPRENDRE LA RUSSIE ET SES FRONTIERES 
  Histoire, Géographie et Géopolitique de l’UNION EUROPEENNE. A l’heure du BREXIT Pierre VERLUISE  (dir.)    Comment comprendre l’Union européenne à l’heure du Brexit ? Longtemps réputée attractive, l’UE paraît parfois répulsive depuis quelques années. Le Brexit en donne une preuve cinglante.  Dans le tourbillon de l’actualité, comment disposer de lignes de compréhension de cet ensemble évolutif ? Nous avons rassemblé ici des experts qui apportent des éclairages sur des fondamentaux de l’Histoire, la Géographie et la Géopolitique de l’Union européenne.   La première partie présente les forces et les ambiguïtés de deux des pays moteurs de la construction européenne, l’Allemagne et la France. La deuxième se penche sur des pays de l’Europe méditerranéenne et balkanique, déjà membres ou candidats. La troisième fait un point approfondi sur le fonctionnement de l’UE avec l’extérieur. Enfin, la quatrième partie présente de grands dossiers de l’UE et de ses partenaires de l’OTAN, dont la relation avec les États-Unis, le Brexit, et la Turquie. PENSER L’UE POST-BREXIT  
  Histoire, Géographie et Géopolitique du PROCHE ET DU MOYEN-ORIENT  Pierre VERLUISE (dir.)    L’espace proche et moyen-oriental est aussi fascinant que complexe. Les tensions dans la région sont au coeur de l’actualité mais nous cherchons à comprendre les racines des crises et la véritable nature des acteurs impliqués. Cet ouvrage s’adresse à tous ceux qui souhaitent aller plus loin dans la réflexion géopolitique sur le Proche et le Moyen-Orient afin d’avoir une compréhension plus juste du terrain pour mettre les événements en perspective.   L’ouvrage présente notamment les axes suivants: l’islamisme, tantôt quiétiste, tantôt guerrier, rendu célèbre par al-Qaïda et Daesh ; la situation géopolitique de la zone syro-irakienne en partie sous le contrôle du groupe État islamique de 2014 à 2017 ; puis le golfe persique, un grand théâtre de la discorde entre sunnites et chiites, où les pétromonarchies oscillent entre modernité et obscurantisme religieux. DECOUVRIR LE PROCHE ET LE MOYEN-ORIENT  
  Histoire, Géographie et Géopolitique de l’ASIE. Les dessous des cartes, enjeux et rapports de forces Pierre VERLUISE (dir.)    L’Asie est un riche panorama d’enjeux géopolitiques. Les prétentions chinoises se font nombreuses entre l’Arctique, la mer de Chine du Sud et ses Nouvelles Routes de la soie. Ce projet commercial, aussi connu sous le nom de « Belt & Road Initiative », place l’Asie centrale ex-soviétique au carrefour des intérêts russes et chinois, d’autant plus que le territoire est menacé par la progression lente mais certaine du terrorisme islamiste. Parallèlement, l’Inde continue de gagner en influence sur la scène internationale avec une démographie dynamique et une diaspora active. Le Japon, vieillissant, tente de redéfinir son rôle au sein de ce système.
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Les sanctions US contre le guide suprême iranien « ferment la voie de la diplomatie » (Sputnik)

Actualités internationales  Publication : 25 juin 2019  Mis à jour : 25 juin 2019  Création : 25 juin 2019 Écrit par folamour  Affichages : 64fShare

Iran 25 06 2019

En imposant de nouvelles sanctions «stériles», visant cette fois-ci le chef de l’État iranien, les États-Unis ont décidé de fermer de manière «permanente» la voie de la diplomatie entre Washington et Téhéran, a déclaré ce mardi 25 juin la diplomatie iranienne.

Après que Washington a annoncé de sévères sanctions contre l’ayatollah Ali Khamenei, et plusieurs hauts gradés des Gardiens de la révolution, la pression sur Téhéran augmente encore. Pour le porte-parole des Affaires étrangères, Abbas Moussavi, les sanctions américaines «ferment la voie de la diplomatie».

«Imposer des sanctions stériles contre le guide suprême de l’Iran [l’ayatollah Ali Khamenei, ndlr] et le chef de la diplomatie iranienne [Mohammad Javad Zarif], c’est fermer de façon permanente la voie de la diplomatie avec le gouvernement prêt à tout de Trump», a écrit le porte-parole des Affaires étrangères, Abbas Moussavi, sur Twitter.

«Le gouvernement [du Président américain] est en train de détruire tous les mécanismes internationaux existants destinés à assurer la paix et la sécurité mondiale», ajoute M. Moussavi.

Téhéran et Washington ont rompu leurs relations diplomatiques en 1980.

Les États-Unis ont annoncé lundi des sanctions présentées comme «dures» et frappant la République islamique : elles visent M.Khamenei, et plusieurs commandants des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de l’Iran.

M.Trump, qui accuse l’Iran de chercher à se doter de l’arme nucléaire et d’être un « parrain du terrorisme», a signé un décret empêchant «le guide suprême, son équipe et d’autres qui lui sont étroitement liés d’avoir accès à des ressources financières essentielles».

Également visé, M. Zarif, visage de la politique iranienne de détente avec l’Occident, considéré comme un modéré et abhorré des ultraconservateurs iraniens, doit être placé sur la liste des sanctions «cette semaine», a indiqué le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin.

Selon ce dernier, Washington va geler des «milliards de dollars» d’actifs iraniens supplémentaires.

L’Iran a rétorqué à l’Onu en appelant Washington à arrêter son «aventurisme militaire» et sa «guerre économique», en jugeant que le «climat» n’était pas propice à des discussions avec les États-Unis.

Source : Sputniknews.com

https://www.crashdebug.fr/international/16179-les-sanctions-us-contre-le-guide-supreme-iranien-ferment-la-voie-de-la-diplomatie-sputnik

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Dr. Saoud et Mr. Djihad, La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite – Pierre Conesa – Fiche de lecture

Dr. Saoud et Mr. Djihad, La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite – Pierre Conesa – Fiche de lecture

Pierre Conesa est un ancien énarque agrégé d’histoire. La majorité de sa carrière se déroula au ministère de la Défense où il fut notamment directeur adjoint de la délégation des Affaires stratégiques. Il a ainsi toujours eu un intérêt propre et un contact direct avec le Moyen-Orient, le salafisme et le terrorisme. Essayiste, romancier et chroniqueur, il est l’auteur de nombreux ouvrages tels que La Fabrication de l’ennemi ou Comment tuer avec sa conscience pour soi, dans lequel il étudie comment certains acteurs et faiseurs d’opinions créent artificiellement un ennemi pour répondre à des nécessités étatiques. La présente fiche de lecture concerne son ouvrage Dr. Saoud et Mr. Djihad, une analyse sur la diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite

Couverture du livre Dr.Saoud et Mr.Djihad avec une photo de son auteur, Pierre Conesa
“Y’a-t-il une corrélation entre la diplomatie religieuse saoudienne et la propagation du salafisme ? C’est ce que nous essaierons d’analyser ici”

Lorsque Pierre Conesa introduit son essai, il pose ce simple constat : « Les Saoudiens constituaient le contingent le plus nombreux de l’Armée rouge, Afghanistan, des terroristes du 11 Septembre, des prisonniers de Guantánamo et aujourd’hui des membres étrangers de l’Etat Islamique ». Par cet incipit très factuel, Pierre Conesa fait une connexion directe entre la diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite et le salafisme djihadiste. Ainsi, il entreprend une analyse qui vient combler un manque et une lacune vis-à-vis des connaissances actuelles dont nous disposons en relations internationales. Hubert Védrine l’affirme lui-même : « à notre connaissance, il n’existe aucun livre en anglais ou en français sur ce sujet ».

Par cette connexion, l’auteur nous indique très clairement l’analyse qu’il tente de poursuivre. Grâce à des outils conceptuels de science politique et de relations internationales, toute l’analyse contenue dans cet essai tend à vouloir démontrer que le gouvernement « théocratico-tribal » de l’Arabie saoudite, avec sa diplomatie d’Etat et sa diplomatie religieuse, a pour vocation première de propager le wahhabisme (religion d’Etat de l’Arabie saoudite) mais aussi, malgré lui ou non, de propager le salafisme. La question qui est donc posée par Pierre Conesa est de savoir quels sont les liens qui existent, par la création d’une diplomatie religieuse particulière, entre le wahhabisme et le salafisme.

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Le postulat est que le prosélytisme dont fait usage immodérément l’Arabie saoudite est inscrit dans « l’ADN même de son régime ». L’auteur le prouve en revenant sur la création du royaume saoudien au XVIIIe siècle quand le chef tribal Ibn Saoud et le chef religieux Muhammad Ib Abd al-Wahhab s’allient à l’issue du pacte oral du Najd en 1744. Cette alliance se fonde sur un engagement : « les oulémas de la tribu d’Abd al-Wahhab, les Al-Shaikh, soutiennent le régime qui en échange s’engage à propager l’islam version wahhabite ». C’est donc au XVIIIe siècle que naît la diplomatie religieuse saoudienne. Comprendre le régime de Riyad c’est avant tout comprendre l’importance du pacte du Najd, qui reste d’une vivacité et d’une force incroyable encore au XXIe siècle puisqu’il est à la structuration même du pays et de son Etat.

Pierre Conesa, dans un long chapitre intitulé « l’industrie idéologique wahhabite » : soft power américain dans la structure, soviétique dans la méthode, vient préciser l’essence même de cette diplomatie religieuse qui n’est autre qu’un soft power idéologique et planétaire. Ce prosélytisme ancestral devient soft power dans les années 60 quand les Frères musulmans fuient l’Égypte nassériste et gagnent l’Arabie saoudite. C’est la naissance du panislamisme. Ce panislamisme est un soft power complet qui réunit tout à la fois des ONG, des fondations privées, des universités et des médias. C’est surtout la création de trois grandes entités toujours actives aujourd’hui. Tout d’abord, la Ligue Islamique Mondiale (1962) qui possède un statut d’observateur à l’ONU et qui affirme son but ainsi dans sa charte : « Nous, Etats membres, affirmons également notre conviction qu’il ne saurait y avoir de paix dans le monde sans l’application des principes de l’islam ». Cette Ligue est présente dans 120 pays et administre de nombreux lieux de cultes à travers le monde. Elle se substitue même à la diplomatie officielle là où Riyad n’a pas d’ambassade. Ensuite, l’Organisation de la Conférence Islamique (1969) qui est une organisation intergouvernementale voulue par Riyad et forte de 57 Etats-membres. Enfin, l’université islamique de Médine qui donne l’obligation à ses étudiants étrangers boursiers en science religieuse d’aller faire la da’awa (propager le message de l’Islam) dans leurs pays d’origine une fois leurs études terminées. C’est ainsi un soft power extrêmement bien construit qui s’étend depuis Riyad à travers le monde.

De cette diplomatie religieuse, Pierre Conesa affirme, ce qu’il reconnaît lui-même comme très critiquable, une similarité qui rend presque « impossible une distinction » entre le wahhabisme et le salafisme. Une ressemblance qui s’exprime à travers la détestation des chiites, l’anti-occidentalisme, l’exclusion sectaire des autres courants de l’islam qui s’accompagne de destructions de lieux de culte comme en atteste les destructions wahhabites autour de La Mecque, ou encore le contrôle social totalitaire qui est exercé et qui régit le moindre aspect de la vie quotidienne. Kalbany, un ancien imam de la Grande Mosquée de La Mecque, a même déclaré en 2005 dans le New York Times :« Daech a adopté l’idéologie salafiste. Daech a tiré son idéologie de nos livres, de nos principes… Nous suivons la même route mais dans une voie différente ». Pierre Conesa reconnaît cependant quelques distinctions entre le salafisme et le wahhabisme. Premièrement, la volonté d’une restauration du Califat est impossible pour les saoudiens car ils seraient alors de facto délégitimés dans leur position de « protecteurs des Lieux Saints ». Deuxièmement, l’importance qui est donnée par Riyad à l’identité nationale, au passeport. Enfin, troisièmement, le mode de vie très particulier, versé dans l’excès, l’alcool et la drogue, qu’adoptent les princes saoudiens et qui est très éloigné de la façon de vivre du prophète.

Une fois l’étude de l’essence du wahhabisme faite, l’auteur s’est attaché à en faire l’historique. Cette étude se découpe en trois grandes parties. Tout d’abord, il retrace la naissance et la construction du soft power saoudien à l’époque du panarabisme de Nasser jusqu’à la crise de 1979 avec l’invasion soviétique d’Afghanistan et la prise de la grande mosquée de La Mecque par des radicaux saoudiens. Ensuite, il étudie la mutation de la diplomatie religieuse en analysant l’action saoudienne à travers le globe. Il étudie ainsi les pays du premier cercle, à minorité musulmane, du Maghreb, d’ex-URSS, européens, nord-américains et australiens. Enfin, il dresse un panorama de l’Arabie saoudite des 20 dernières années dans lequel on aperçoit un Etat en proie à ses propres démons, ébranlé par une radicalisation religieuse qu’elle ne maîtrise plus et qui se développe à travers le Moyen-Orient, sapant ainsi le fondement même de son pouvoir : sa légitimité religieuse à diffuser l’islam.

Critique

Peu de choses sont à redire sur cet essai, certes dur et sévère, mais toujours argumenté et solide. Cependant, au vu de la thèse de l’auteur, on peut se poser plusieurs questions et essayer de poursuivre sa réflexion. Tout d’abord à propos du terrorisme mondial, il incrimine en grande partie le prosélytisme saoudien. Cependant, peut-on ne faire endosser cette responsabilité qu’à la mouvance wahhabite ? N’y-a-t’il pas au sein d’autres mouvements islamistes, comme les Frères musulmans, une responsabilité tout aussi grande ? En revanche, il ne faut point restreindre cette responsabilité qu’aux mouvements politico-religieux islamistes. Cette étude peut aussi être étendue à des Etats ou d’autres institutions religieuses qui, directement ou non, nourrissent les mouvements radicaux. En l’occurrence, ne peut-on pas penser à la Turquie ou encore au Qatar ? La diplomatie religieuse saoudienne n’est ainsi pas la seule. Bien que la plus prolifique, la plus financée et la plus solide idéologiquement, elle n’est que la figure de prou d’un mouvement plus global faisant participer de nombreux acteurs au Moyen-Orient.

Enfin, c’est surtout la question du futur de cette diplomatie religieuse qu’il faut soulever. Face à Daesh, la légitimité religieuse de l’Arabie saoudite a été très ébranlée. De plus, la guerre interminable au Yémenplonge cet Etat dans une fragilité nouvelle. Ainsi, ce soft power, construit sur plus de 40 ans de politique religieuse wahhabite, s’il s’affaiblit, va-t-il survivre au-delà de lui-même ou va t’on apercevoir poindre une force religieuse nouvelle, relevant le flambeau d’un islam différent, mais toujours sectaire et brutal, idéologique et propagandiste ? Enfin, quel impact, l’affaiblissement de cet islam wahhabite prosélyte produirait-il, d’abord, sur les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, ensuite, sur le reste du monde ?

Pierre Conesa lève donc le rideau sur le monde mystérieux de la diplomatie religieuse saoudienne. Il nous en livre les dessous et les enjeux, et c’est avec un certain sentiment d’inquiétude que nous regardons l’Histoire jouer son théâtre sur la scène du monde moyen-oriental.

About Julien QUINET

Diplômé du master 2 Défense, sécurité et gestion de crise à l’IRIS, je m’intéresse particulièrement aux enjeux de défense et du renseignement, ainsi qu’au Moyen-Orient.

Intervention de Jean-Yves Le Drian au Second Forum sur les nouvelles routes de la soie

 | BEIJING (CHINE)  

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Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,

Le développement de la mondialisation et la mise en place au lendemain des deux terribles guerres mondiales d’un système multilatéral plus efficace que tous les précédents, ont ouvert une phase de prospérité et de liberté inédites et permis une expansion pacifique du commerce international. En quelques décennies, des centaines de millions d’êtres humains sont sortis de la pauvreté et les deux parties d’un monde divisé par la guerre froide, se sont enfin rapprochées.

Ces progrès sont incontestables, le reconnaître ce n’est pas pour autant nous voiler les yeux. Les rapports de puissance conçus au milieu du 20e siècle ont évolué, la mondialisation a aussi engendré des déséquilibres. Déséquilibres à l’échelle planétaire, certaines régions retirant d’importants bénéfices de ces évolutions, tandis que d’autres se trouvent laissées pour compte. Déséquilibres au sein de nos sociétés, où des inégalités considérables se sont installées. Déséquilibres environnementaux, manifestés par des catastrophes trop longtemps ignorées.

C’est ce double constat que nous devons garder à l’esprit, pour répondre au défi du développement d’aujourd’hui. Ensemble, nous devons agir pour une mondialisation plus juste, une mondialisation qui profite à tous. Je dis bien ensemble, car il n’y a qu’en renforçant les bases de notre coopération que nous pourrons y parvenir. Sans ouverture réciproque, sans renforcement de la connectivité, nous ne saurions construire la prospérité mieux partagée à laquelle nous aspirons. Et devant l’ampleur de la tâche à accomplir, le repli sur soi, les efforts isolés ne peuvent être que des impasses.

Ce deuxième forum de coopération internationale sur l’initiative chinoise « une ceinture – une route » est l’occasion de réfléchir aux voies et moyens d’agir ensemble, pour faire face à ces défis qui engagent notre présent mais aussi notre avenir.

L’initiative chinoise des nouvelles routes de la soie sera essentielle pour répondre au déficit d’infrastructures en Asie qui, selon la Banque asiatique de développement, a un déficit d’infrastructures important qui s’élèvera d’ici 2030 à 26 milliards de dollars.

Au nom du président Macron, je suis venu porter ici un message clair : celui que nous avons tout à gagner à unir nos forces.

Vous le savez, la connectivité est au coeur du projet politique européen. La quadruple liberté de circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes, a toujours été pour nous un principe moteur. Dans ce continent qui est désormais le plus interconnecté, le plus ouvert du monde, la stratégie eurasiatique en matière de connectivité publiée à l’automne 2018, vise précisément à renforcer encore davantage cette dynamique d’échanges en développant dans tous les domaines, transports, énergies, numérique et échanges humains, des projets concrets fondés sur la soutenabilité économique, sur la soutenabilité fiscale, sur la soutenabilité environnementale et sur la soutenabilité sociale.

Comme nous le faisons dans le cadre de l’ASEM, nous devons donc travailler à renforcer les synergies entre nos initiatives qui, vous le voyez, peuvent et doivent être complémentaires.

Le succès des projets que nous menons dépendra, je crois, de deux facteurs :

- D’abord de notre capacité à entendre les besoins des pays où ces projets seront développés, en mettant en place une démarche partenariale. L’enjeu de la connectivité c’est bien que les routes qui sont construites fonctionnent dans les deux sens. C’est d’ailleurs dans cette démarche que s’inscrivent les efforts de la France et de la Chine afin d’identifier des projets de coopération en pays tiers, et avec des pays tiers.

- Ensuite, ces succès dépendront de notre détermination à tenir nos engagements et les projets que nous menons doivent en être l’illustration concrète. Engagement pour l’ouverture, engagement pour la transparence, engagement pour une concurrence équitable, engagement aussi, bien entendu, pour la durabilité environnementale. C’est en mettant l’exigence climatique au coeur de notre coopération que nous avancerons dans la mise en oeuvre de l’Accord de Paris, auquel nous sommes très attachés. La production d’énergie renouvelable et la durabilité des infrastructures doivent donc rester pour nous des priorités. Les principes actuellement développés dans le cadre du G20 sur la qualité des infrastructures doivent nous permettre d’avancer sur ce sujet.

Ainsi conçus, nos projets de connectivité seront autant de témoignages de l’efficacité du multilatéralisme rénové et de l’utilité de la gouvernance mondiale renforcée que nous appelons de nos voeux. C’est le sens de la déclaration franco-chinoise que les présidents Xi Jinping et Emmanuel Macron ont adoptée le 26 mars dernier et qui engage nos pays à développer avec leurs partenaires des initiatives concrètes pour renforcer le multilatéralisme, réformer les institutions existantes lorsque cela est nécessaire mais toujours, toujours inscrire nos actions dans un cadre fondé sur le droit international.

De fait, nombreuses sont les organisations qui ont élaboré des normes, des standards, ou des principes internationaux traitant de la soutenabilité financière et de l’inclusivité. Je pense à la Banque mondiale, au FMI, ou encore à l’OCDE. Mettons ces principes en oeuvre, illustrons-en la validité sur le terrain, nous lancerons ainsi un cercle vertueux car une telle approche, par les cadres de référence communs qu’elle contribuera à mettre en oeuvre, ne pourra que favoriser la synergie entre les initiatives.

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes à la croisée des chemins. Jamais sans doute notre monde n’a été aussi interdépendant. Et jamais cependant le système multilatéral et la mondialisation n’ont suscité autant de critiques. Et face à la tentation du cavalier seul, face à la tentation du rapport de force, agissons ensemble pour démontrer, dans les faits, que la coopération rapporte plus que la confrontation.

Je vous remercie.