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LA POLITIQUE INDIENNE DE LA FRANCE SOUS EMMANUEL MACRON PARQIU LIN ENSEIGNANTE À L’UNIVERSITÉ DE QINGDAO, DOCTORANTE À L’UNIVERSITÉ DES LANGUES ÉTRANGÈRES DE BEIJING MARS 2019

RÉSUMÉ
Depuis l’établissement d’un partenariat stratégique entre la France et l’Inde en 1998, les
relations bilatérales se sont progressivement développées. Après avoir pris ses fonctions,
Emmanuel Macron s’est efforcé de renforcer le partenariat stratégique entre les deux pays
dans les domaines militaire, économique et culturel. La politique indienne de M. Macron
est non seulement basée sur les considérations de la recherche d’une influence certaine
dans l’océan Indien, mais aussi sur la nécessité de la protection des intérêts stratégiques
de la France dans cette région et du renforcement des liens économiques entre les deux
pays. La politique indienne lui permet de perfectionner son positionnement en Asie. Dans
le même temps, la politique indienne de M. Macron fait également face à de nombreux
défis.
Mots-clés
Emmanuel Macron; France; Inde; diplomatie française

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http://www.iris-france.org/wp-content/uploads/2019/03/Asia-Focus-106.pdf

 

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Les Etats-Unis restent optimistes vis-à-vis des négociations avec la RPDC

Les Etats-Unis restent optimistes vis-à-vis des négociations avec la RPDC

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 12/03/2019 13:21

De hauts diplomates américains ont déclaré lundi que les Etats-Unismaintiendraient une diplomatie « très active » avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et que les deux dirigeants demeuraient « ouverts au dialogue ».

« La diplomatie est encore très vive », a indiqué Stephen Biegun, représentant spécial des Etats-Unis pour la RPDC, lors de la conférence sur les politiques nucléaires internationales de Carnegie.

« Nous restons engagés aux côtés de nos homologues nord-coréens », a ajouté M. Biegun.

Le second sommet Kim-Trump s’est tenu les 27 et 28 février dans la capitale vietnamienne, Hanoï, sans déboucher sur un accord.

Néanmoins, la Maison Blanche a assuré plus tard que ces rencontres avaient été « très satisfaisantes et très constructives » et que les deux dirigeants avaient discuté des différents moyens à leur disposition pour « faire progresser la dénucléarisation et les questions économiques ».

La sous-secrétaire d’Etat américain au contrôle des armes et à la sécurité internationale, Andrea Thompson, qui assistait à la même conférence que M. Biegun, a lancé l’idée d’un troisième sommet Kim-Trump.

Les deux dirigeants « demeurent ouverts au dialogue », a précisé Mme Thompson, ajoutant qu' »ils n’avaient pas marqué de date sur le calendrier mais que (leurs) équipes continuaient à travailler pour y parvenir ».

M. Trump et le secrétaire d’Etat Mike Pompeo ont également réitéré leur volonté que Washington poursuive les pourparlers avec Pyongyang.

 

²https://chine.in/actualite/asie/les-etats-unis-restent-optimistes-vis-a-vis-des_19634.html

Bras de fer géopolitique entre la France et l’Italie en Libye

Bras de fer géopolitique entre la France et l’Italie en Libye

L’appel à la réconciliation, lancé par Emmanuel Macron dimanche à la télévision italienne, ne fera pas disparaître les approches rivales de Rome et de Paris qui conditionnent l’avenir politique de la Libye
De gauche à droite : le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini (dirigeant de la Ligue du Nord, extrême droite), Emmanuel Macron, et le vice-Premier ministre aussi chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, qui gouverne en coalition avec la Ligue du Nord), Luigi Di Maio (AFP)

Les relations franco-italiennes sont loin d’être au beau fixe par les temps qui courent. Il y a quelques jours, Paris demandait le rappel de son ambassadeur à Rome à la suite d’une série de fausses notes du côté italien : soutien public des Gilets jaunes par le vice-Premier ministre et dirigeant du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, critique de la politique migratoire française, inflexibilité sur le projet d’ouverture d’une ligne TGV entre Lyon et Turin…

Mais derrière ces querelles diplomatiques, essentiellement protocolaires, un véritable bras de fer géopolitique se déroule entre Paris et Rome de l’autre côté de la Méditerranée. La Libye est aujourd’hui le théâtre d’une véritable bataille diplomatique entre la France et l’Italie.

Le démembrement de l’État libyen de Kadhafi à la suite des opérations militaires engagées en 2011 par les forces de l’OTAN, où la France a eu un rôle prééminent, a occasionné de profondes répercussions géopolitiques. La destruction de l’appareil étatique libyen a entraîné une déstabilisation de son environnement régional tout en livrant le pays aux différentes factions politiques armées revendiquant chacune leur prétention à l’exercice du pouvoir.

Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi à Paris en décembre 2007, sous la tente bédouine que le dirigeant libyen avait installée dans la résidence officielle de l’hôtel Marigny (AFP)

Dans ce contexte particulièrement instable, où les négociations pour l’institution durable d’un gouvernement consensuel et légitime peinent à avancer depuis 2011, la France et l’Italie se livrent à une discrète guerre d’influence afin de préserver leurs intérêts respectifs au sein d’un territoire aux portes de l’Europe qui constitue, à plusieurs titres, un enjeu stratégique pour les deux puissances.

Libye année zéro

La Libye du colonel Kadhafi présentait un inconvénient de taille pour les puissances occidentales : elle disposait de la pleine maîtrise étatique de ses ressources naturelles, ce qui a longtemps permis au régime libyen de disposer d’importants capitaux économiques qui pouvaient être employés sous forme d’investissements sur tout le continent.

Durant la seconde moitié des années 1970, la Libye était particulièrement active dans le développement d’une politique panafricaine affranchie de toute ingérence étrangère. Cette période assigna au pays un statut de puissance régionale qui s’exerça en particulière aux confins sud de ses frontières, le long de la bande d’Aouzou, disputée avec le Tchad voisin soutenu par la France. Sur le plan interne, la solidité du régime reposait sur quatre piliers essentiels : l’appareil de sécurité, les comités révolutionnaires, la compagnie pétrolière nationale (NOC) et le fond d’investissement libyen.

La France a clairement manqué sa stratégie de post-conflit dans la mise en place d’un gouvernement national de transition à partir de 2012

C’est précisément l’essentiel de cette structure qui disparaît sous les bombes lors des opérations de la coalition en mars 2011. Kadhafi meurt en emportant son régime avec lui. Les conséquences d’un tel effondrement sont connues (guerre civile, fuite d’importants stocks d’armes dont une partie alimenteront les groupes armés qui combattront les troupes françaises au Mali en 2013, accroissement de l’immigration clandestine…).

La France, qui a contribué dans une large mesure aux opérations aériennes au-dessus de la Libye, a clairement manqué sa stratégie de post-conflit dans la mise en place d’un gouvernement national de transition à partir de 2012.

De son côté, l’Italie a vu d’un très mauvais œil l’intervention militaire française de 2011. Certains hommes politiques italiens pointaient d’ailleurs du doigt, dès 2011, le risque encouru pour la recrudescence de l’immigration clandestine vers l’Europe en provenance d’Afrique. Il est intéressant de souligner qu’à l’époque, cet argument était déjà mis en avant par la Ligue du Nord, parti dont est issu l’actuel ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini, en partie à l’origine du refroidissement des relations diplomatiques entre Rome et Paris.

Un eldorado pétrolier fortement convoité

Le contentieux franco-italien en Libye n’est donc pas une affaire récente. Pour Rome, l’ancien territoire libyen, qui fut d’abord et avant tout une colonie administrée à partir de 1911 et abandonnée en 1947, représente son pré carré africain traditionnel.

Sous Kadhafi, malgré le caractère fluctuant des relations diplomatiques, les deux pays surent conserver des relations économiques durables de sorte que l’Italie demeura le premier partenaire économique du pays. Sur ce plan, l’économie pétrolière a historiquement constitué un ciment géopolitique durable qui n’a jamais été altéré par les différentes crises diplomatiques qui survinrent entre Rome et Tripoli.

La déstabilisation de l’économie pétrolière libyenne n’a cependant pas fait que des malheureux. Le géant français Total a ainsi pu profiter de la situation, au grand dam de l’Italie (AFP)

Le groupe italien ENI était d’ailleurs présent dès 1959 en Cyrénaïque, position qui lui a permis d’obtenir une situation privilégiée en matière d’exportation d’hydrocarbures et de gaz. Au moment de la chute de Kadhafi, en 2011, l’Europe importait 80 % du pétrole libyen dont 32 % pour l’Italie, premier client du pays.

Jusqu’en 2011, l’économie libyenne reposait en grande partie sur ses exportations pétrolières de sorte que 65 % du PIB national était tiré des exportations d’hydrocarbures.

Avec une production oscillant de 1,3 à 1,6 million de barils par jour, la Libye de Kadhafi était ainsi le second exportateur africain de pétrole après le Nigeria. Par ailleurs, du fait de sa qualité (peu sulfureux) et de la proximité des sites d’extraction par rapport aux terminaux maritimes d’exportation, le coût de production du baril libyen représentait l’un des moins chers du marché (de 3 à 5 dollars par baril).

Comment la contrebande du pétrole libyen saigne le pays à blanc

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Pour Rome, la manne pétrolière libyenne a donc représenté historiquement une aubaine stratégique puisqu’elle permettait à l’Italie de conserver une relative autonomie énergétique. Aux côtés de la National Oil Company libyenne, le groupe italien ENI représentait le premier producteur étranger de pétrole en Libye.

En 2011, à l’issue des opérations militaires contre Kadhafi, l’économie pétrolière libyenne s’effondre avec une production journalière qui chute à 200 000-300 000 barils par jour. Dans un premier temps, le groupe ENI s’est ainsi vu dans l’obligation d’arrêter sa production de pétrole tout en maintenant, malgré tout, l’extraction de gaz, secteur moins touché par les opérations militaires.

Cette déstabilisation de l’économie pétrolière libyenne n’a cependant pas fait que des malheureux. Le géant français Total a ainsi pu profiter de la situation, au grand dam de l’Italie, pour réinvestir le secteur pétrolier en profitant de la vacance du pouvoir occasionnée par les opérations militaires. Quelques jours après la fin des bombardements de la coalition, une lettre rédigée par le Conseil national de transition (CNT) libyen évoquait ainsi la possibilité d’octroyer 35 % des futures concessions pétrolières libyennes au groupe Total. Une aubaine pour cet opérateur qui disposait, avant la chute de Kadhafi, d’une implantation relativement modeste (55 000 barils par jours) par rapport au groupe italien ENI (244 000 barils par jours). Une nouvelle donne géopolitique qui constitue aujourd’hui l’un des facteurs déterminants dans la rivalité franco-italienne en Libye.

Des stratégies d’influence au cœur de l’avenir politique de la Libye

L’avenir politique de la Libye est aujourd’hui en partie conditionné par les approches géopolitiques rivales de la France et de l’Italie. Dans un pays où plus d’une vingtaine de groupes politiques armés se disputent encore le contrôle de l’État ainsi que celui des puits pétroliers, Rome et Paris défendent deux visions diamétralement opposées.

Le gouvernement italien s’est aligné sur la position officielle des Nations unies en reconnaissant le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez el-Sarraj, basé à Tripoli et institué en 2016, comme seul légitime. Un choix qui semble cohérent par rapport aux intérêts et à l’influence italienne à l’ouest de la Libye.

En soutenant le pouvoir de Tripoli, l’Italie sécurise également son important terminal pétrolier de Melittah, cogéré par la NOC et le groupe ENI. Par ailleurs, la Cyrénaïque est historiquement plus réfractaire à la puissance italienne, souvent renvoyée à son identité coloniale.

La France a clairement projeté son influence à l’est du pays, en Cyrénaïque

Enfin, le gouvernement italien est particulièrement pressé par la question migratoire puisqu’une grande partie des migrants qui débarquent sur les côtes de la péninsule provient du littoral tripolitain, en particulier de Sabratha, considérée aujourd’hui comme une capitale de la migration clandestine où les passeurs règnent en maîtres et qui n’est qu’à 300 kilomètres des côtes italiennes.

La France, de son côté, a clairement projeté son influence à l’est du pays, en Cyrénaïque. Un choix qui peut s’avérer judicieux du point de vue de la géopolitique des hydrocarbures. Le croissant pétrolier libyen qui s’étire le long du bassin de Syrte concentre en effet 85 % des réserves de pétrole et 70 % des réserves de gaz tandis que cinq des six terminaux pétroliers se situent également à l’Est du pays.

En mars 2018, le groupe Total annonçait d’ailleurs le rachat, à auteur de 16,3 %, des concessions pétrolières détenues par l’américain Marathon Oil sur les champs de Waha. Un positionnement français, à l’Est du pays, qui s’explique également d’un point de vue militaire : Paris considère en effet que le sud-est libyen est une zone grise particulièrement instable et où les groupes terroristes armés bénéficient d’une réelle assise menaçant la force Barkhane déployée au Sahel. Un tel positionnement, de la part de la France, ne pouvait cependant être obtenu sans un allié local lui permettant de maintenir une relative stabilité de ses intérêts à l’est.

Le Premier ministre Fayez el-Sarraj, le président français Emmanuel Macron et le maréchal Khalifa Haftar en conférence de presse près de Paris le 25 juillet 2017 (AFP)

Or, depuis 2016, le maréchal Haftar, un ancien officier de l’armée de Kadhafi, a pris le contrôle de l’est de la Libye et de ses principaux champs pétroliers, malgré un revers militaire rapidement récupéré en juin 2018. Il a par ailleurs décidé de transférer la gestion des ressources pétrolières, contrairement aux années précédentes, à la Compagnie nationale pétrolière de Benghazi, rivale de Tripoli. Une position qui accentue encore plus la division du pays.

Haftar n’en demeure pas moins particulièrement attractif aux yeux de la France qui le considère comme l’homme fort de l’est et qui l’a désormais intégré dans le processus de négociation, notamment lors du sommet de Paris en mai 2018, pour l’établissement d’élections libres en Libye, alors même que le général boudait le sommet de Palerme organisé par l’Italie quelques mois plus tard. L’avenir de la Libye est donc aujourd’hui conditionné en partie par le règlement du conflit d’intérêt qui oppose la France à l’Italie.

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Actuellement, les différents partis libyens ne parviennent pas à s’entendre sur le projet d’une nouvelle Constitution. Le sommet de Paris devait déboucher sur des élections en décembre 2018 qui n’ont jamais eu lieu. Mais la reconstruction de l’État libyen souverain implique, au minimum, la fin de l’antagonisme entre Tripoli et Benghazi, antagonisme qui ne pourra être dépassé tant que les deux puissances européennes alimenteront les conditions d’une politique de division nationale en Libye.

Le 27 février dernier, Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar se sont rencontrés lors d’un sommet organisé par les Nations unies à Abou Dabi. Les deux hommes se sont entendus sur un nouvel accord de principe pour la tenue d’élections libres d’ici l’été prochain. Peut-être une lueur d’espoir pour l’avenir de la Libye.

 

https://www.middleeasteye.net/fr/news/bras-de-fer-geopolitique-entre-la-france-et-litalie-en-libye

Hubert Védrine appelle à relancer le «format Normandie»

Hubert Védrine

Hubert Védrine appelle à relancer le «format Normandie»

© AFP 2018 Lionel Bonaventure
International

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Alors que les rencontres pour la paix en Ukraine, qui réunissent les chefs de la diplomatie française, allemande, russe et ukrainienne, ne permettent pas de faire des progrès considérables, Hubert Védrine propose de relancer le format sans y renoncer complètement.

Il ne faudrait pas renoncer complètement au «format Normandie» conçu pour régler le conflit dans l’est de l’Ukraine, mais ce modèle devrait être relancé, estime Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères.

Ce lundi, à Institut d’État des relations internationales de Moscou (MGIMO), l’ex-diplomate a tenu une conférence au cours de laquelle il a noté l’utilité des rencontres sur l’Ukraine organisées par les chefs de la diplomatie française, allemande, russe et ukrainienne. Or, a indiqué M.Védrine, le format Normandie n’apporte pas de solutions à tous les problèmes.L’ancien ministre a également évalué l’état actuel des relations franco-russe, les jugeant plus mauvaises qu’après 30 ans de guerre froide.

La Russie, l’Allemagne et la France mènent avec l’Ukraine les négociations en «format Normandie» visant à trouver une issue au conflit dans le Donbass. Or, les accords de Minsk-2 pour la paix en Ukraine, signés par l’Ukraine, la France, l’Allemagne et la Russie, sont au point mort du fait que Kiev refuse de réviser le statut des républiques autoproclamées afin de trouver une solution politique au conflit.

https://fr.sputniknews.com/international/201902041039900114-hubert-vedrine-relancer-format-normandie/

Entretien avec Philippe Hababou Solomon, l’intermédiaire qui a introduit Alexandre Benalla en Afrique

Diplomatie

Entretien avec Philippe Hababou Solomon, l’intermédiaire qui a introduit Alexandre Benalla en Afrique

30 décembre 2018 à 18h35 | Par – à Abidjan

L’homme d’affaires franco-israélien explique à Jeune Afrique comment il a fait la connaissance d’Alexandre Benalla et dans quelles conditions il s’est rendu avec l’ancien chargé de mission de l’Élysée au Congo-Brazzaville, au Cameroun et au Tchad.

Philippe Hababou Solomon aurait-il « pris sous son aile » Alexandre Benalla s’il avait su que les déplacements en Afrique de l’ancien chargé de mission de l’Élysée susciteraient une telle polémique ? Polémique à laquelle l’homme d’affaires franco-israélien se retrouve mêlé bien malgré lui.

Comme l’a révélé le journal Le Monde, c’est en compagnie de cet ancien conseiller spécial de l’ex-président sud-africain Jacob Zuma qu’Alexandre Benalla s’est rendu au Congo-Brazzaville, au Cameroun puis au Tchad. En France, la polémique ne cesse d’enfler depuis qu’il est avéré qu’Alexandre Benalla s’est déplacé sur le continent avec l’un de ses deux passeports diplomatiques. Une enquête préliminaire a d’ailleurs été ouverte par le parquet de Paris.

Né en Tunisie, Philippe Hababou Solomon, 63 ans, a eu mille vies. Il fut joaillier place Vendôme, condamné en France pour faux et usage de faux, il a côtoyé Bernard Tapie ainsi que l’ancien patron d’Elf, Loïk Le Floch-Prigent, et fut proche de l’ancien président centrafricain François Bozizé, qui le nomma un temps consul de la RCA en Israël.

Après avoir été pendant quelques années le conseiller spécial du président Jacob Zuma, à partir de 2011, il accompagne désormais le gouvernement du Qatar dans sa stratégie africaine et s’enorgueillit d’être l’un des artisans du rapprochement diplomatique entre l’émirat du Golfe et le Tchad. Philippe Hababou Solomon explique à Jeune Afrique dans quelles conditions il a fait la connaissance du sulfureux Alexandre Benalla et pourquoi l’ancien conseiller d’Emmanuel Macron l’a accompagné dans plusieurs de ses missions en Afrique.

Jeune Afrique : Comment avez-vous rencontré Alexandre Benalla ?

Philippe Hababou Solomon : Par un ami commun, qui m’a parlé de lui après le scandale du 1er mai 2018. Il m’a dit : « C’est un bon garçon, aide-le, sort-le de France… » Au départ, je n’étais pas très chaud. J’ai tout de même accepté de le rencontrer à Paris, début octobre. Il m’a dit qu’il voulait se lancer dans le consulting. J’ai découvert un garçon brillant, attachant, avec un bel avenir devant lui. Je comprends pourquoi Emmanuel Macron s’est attaché à lui. Alexandre est parfois impulsif, mais il est aussi réservé et timide.

Nous sommes allés au Congo-Brazzaville mi-octobre ; en Turquie et en Israël mi-novembre, avec des Indonésiens ; puis au Cameroun, et enfin au Tchad le 5 décembre

Vous avez donc décidé de travailler avec lui ?

Ce n’était pas mon employé, mais plutôt un compagnon de voyage. Je l’ai pris en apprentissage, si vous préférez. Nous sommes allés au Congo-Brazzaville mi-octobre ; en Turquie et en Israël mi-novembre, avec des Indonésiens ; puis au Cameroun, et enfin au Tchad le 5 décembre.

Dans quel cadre ?

Au Congo, j’accompagnais l’ancien Premier ministre de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embalo, qui compte se présenter à la prochaine élection présidentielle et dont Denis Sassou Nguesso est le mentor. Nous avons dîné avec le chef de l’État dans son village d’Oyo.

Au Cameroun et au Tchad, nous accompagnions une délégation turque de Barer Holding [une joint-venture entre le Qatar et la Turquie qui possède une grande usine au Soudan, ndlr]. Je les avais aidés à boucler la livraison d’uniformes à l’armée tchadienne, pour 5 millions de dollars. Barer veut désormais relancer la Manufacture d’équipements militaires (Manem).

À Yaoundé, nous avons également évoqué la vente d’uniformes aux forces de sécurité camerounaises et la construction d’une usine de textile – militaire et corporate. Nous avons rencontré le directeur de cabinet du président Biya et le chef d’état-major des armées.

Comment les personnalités africaines que vous avez rencontrées ont-elles réagi à la présence d’Alexandre Benalla à vos côtés ?

Avec curiosité et amusement. Benalla est franc-maçon, comme Denis Sassou Nguesso : ça rapproche… Lorsque le directeur de cabinet de Paul Biya a su qu’il était présent, il a tenu à le rencontrer. Nous avons discuté tous les trois pendant 1h30. Il s’est plaint du manque d’intérêt de la France envers ses anciennes colonies.

Après notre rendez-vous d’affaires avec Idriss Déby Itno, celui-ci a demandé à Benalla de rester un peu avec lui. Il lui a parlé de la percée russe en Afrique, notamment en Centrafrique, estimant que c’était le résultat de la non-politique de la France. En gros, tous ont exprimé leur regret de voir la France s’éloigner de l’Afrique. Ils ont le sentiment que Franck Paris [le monsieur Afrique de l’Élysée, ndlr]) ne les aime pas, et qu’il n’aime pas le continent en général.

Benalla a-t-il fait part de ces doléances à l’Élysée ?

Je l’imagine, sans toutefois en avoir la certitude. Alexandre est toujours en contact avec certains jeunes conseillers d’Emmanuel Macron. Je pense d’ailleurs que c’est ce qui n’a pas plus à Franck Paris. C’est lui qui, en retour, a déclenché les hostilités et qui est le premier responsable de cette nouvelle affaire Benalla.

C’est lors de notre séjour sur place, à N’Djamena, que nous avons appris que le président français s’y rendrait

Que pensent ces chefs d’État de la polémique en cours en France ?

Idriss Déby Itno et son entourage en rigolent. Ils savent bien que Benalla n’était pas à N’Djamena pour préparer la visite du président Macron : il n’était pas en mission pour l’Élysée. D’ailleurs, c’est lors de notre séjour sur place que nous avons appris que le président français s’y rendrait.

J’imagine que Denis Sassou Nguesso n’a pas apprécié que Franck Paris l’appelle directement à ce sujet pour lui signifier que personne d’autre que lui ou le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et le conseiller diplomatique du président, Philippe Étienne, ne pouvait parler au nom du président français. En général, un chef d’État ne reçoit pas d’appel d’un simple conseiller, mais de son homologue.

Saviez-vous qu’Alexandre Benalla voyageait avec un passeport diplomatique français ?

Oui, bien sûr. J’ai trouvé ça un peu surprenant, mais ce n’était pas la première fois que je voyais ça. Personnellement, je voyage avec un passeport diplomatique bissau-guinéen. Alexandre Benalla m’a dit que ses passeports lui avaient été rendus avec ses autres effets personnels, début octobre. Si la France avait vraiment voulu l’empêcher de les utiliser, elle aurait très bien pu les désactiver.

Continuerez-vous de travailler avec lui ?

Nous devions nous rendre ensemble dans un pays d’Afrique de l’Ouest, mais je vais sans doute attendre pour cela que cet emballement médiatique se soit calmé. En tout cas je ne vais pas le lâcher ! Par contre, Benalla ne passe pas tout son temps avec moi, cela a été très ponctuel. C’est un électron libre qui cherche sa voie. Il est assez sollicité et connaît beaucoup de monde en France.

Mediapart: licencié de l’Élysée, Benalla jouit toujours d’un passeport

Alexandre Benalla

Mediapart: licencié de l’Élysée, Benalla jouit toujours d’un passeport diplomatique

© AP Photo/ Thibault Camus
France

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En dépit des déclarations de l’Élysée selon lesquelles Alexandre Benalla n’était pas un «émissaire officiel ou officieux» de la France, l’ancien adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron se déplace depuis des mois avec son passeport diplomatique, indique Mediapart en dévoilant le numéro de ce document et sa date de délivrance.

Pour se rendre dans différents pays africains ainsi qu’en Israël, Alexandre Benalla utilise son passeport diplomatique délivré le 24 mai 2018, soit trois semaines après les événements du 1er mai ayant provoqué sa mise à pied avant que l’affaire n’éclate au grand jour.

D’après Mediapart, le document, valide jusqu’au 19 septembre 2022, porte la référence 17CD09254. Le média affirme avoir tiré la conclusion qu’il s’agit d’un passeport diplomatique du fait que la phrase suivante y est inscrite:

«Nous, ministre des affaires étrangères, requérons les autorités civiles et militaires de la République française et prions les autorités des pays amis et alliés de laisser passer librement le titulaire du présent passeport et de lui donner aide et protection.»

Pour savoir pourquoi Alexandre Benalla n’a pas été obligé par l’Élysée de rendre son passeport diplomatique après avoir été licencié en juillet dernier, le média a contacté la présidence de la République et le Quai d’Orsay. Cette dernière n’a toutefois pas donné suite aux questions de Mediapart. M.Benalla n’a pas répondu non plus.

Mediapart décrypte également ce qui a permis à l’ancien adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron d’obtenir un passeport diplomatique lorsqu’il travaillait à l’Élysée, un tel poste n’ayant pas «de fonctions diplomatiques et l’argument des voyages avec le dirigeant de l’État français paraissant fragile».

«Quand vous voyagez officiellement avec le Président, vous n’avez même pas besoin de passeport diplomatique. On vérifie juste que vous êtes sur la liste de la délégation et vous échappez aux contrôles à l’arrivée», a indiqué un ancien membre des cabinets ministériels cité par Mediapart.

Plus tôt, LCI indiquait que le récent voyage d’Alexandre Benalla au Tchad n’avait pas été son seul déplacement sur le continent africain au cours des dernières semaines. Selon ce média français, qui cite l’entourage de l’ancien conseiller d’Emmanuel Macron, M.Benalla y aurait rencontré «plusieurs Présidents». L’Élysée avait alors réitéré que le jeune homme n’était pas un «émissaire officiel ou officieux»

https://fr.sputniknews.com/france/201812271039458075-mediapart-benalla-passeport-diplomatique/

Poutine a pris l’initiative d’un sommet trilatéral avec l’Inde et la Chine

Poutine a pris l’initiative d’un sommet trilatéral avec l’Inde et la Chine


Par M.K. Bhadrakumar – Le 4 décembre 2018 – Source Strategic Culture

Le sommet trilatéral entre la Russie, l’Inde et la Chine, qui s’est tenu en marge du G20 à Buenos Aires le 1er décembre, est un événement marquant pour la sécurité asiatique et la politique mondiale. Le format RIC [Russie, Inde, Chine] a fait un grand pas en avant quand les dirigeants des trois pays se sont mis d’accord « pour tenir d’autres réunions trilatérales de ce type en d’autres occasions de rencontre multilatérales » – pour citer une déclaration du ministère indien des Affaires étrangères.

Ce qui est particulièrement intéressant est de voir que le président russe Vladimir Poutine a pris l’initiative et que le premier ministre indien Narendra Modi et le président chinois Xi Jinping se sont instinctivement ralliés à cette idée. Les trois dirigeants étaient tout à fait conscients de la toile de fond sur laquelle s’est déroulée cette rencontre.

Ils ont évoqué les impératifs de la coopération et de la coordination entre leurs pays pour relever les défis en matière de sécurité et de développement. La promotion d’un monde multilatéral, la démocratisation de l’ordre international, la paix et la stabilité mondiale ont été soulignées à plusieurs reprises.

Il est important de noter que les remarques du Premier ministre Modi étaient très catégoriques et spécifiques. Modi a noté que la réunion a été « l’occasion de discuter librement et ouvertement de certaines questions clés qui suscitent des préoccupations au niveau mondial ». Il a ajouté :

« Vos Excellences, sans aucun doute le monde d’aujourd’hui traverse une période de profonds changements, d’instabilité et de tensions géopolitiques croissantes. De sérieuses pressions s’exercent sur le leadership mondial. Les relations multilatérales et l’ordre mondial fondé sur des règles communes sont de plus en plus rejetés par divers groupes unilatéraux, transnationaux et locaux, et par différentes nations dans le monde. Nous pouvons le constater quand des sanctions sont imposées en dehors du cadre de l’ONU et que les politiques protectionnistes progressent.

Le programme de Doha pour le développement au sein de l’OMC a échoué. Depuis l’Accord de Paris, nous n’avons pas vu le niveau d’engagement financier attendu de la part des pays développés en faveur des pays en développement. Par conséquent, en matière de climat, la justice est actuellement menacée. Nous sommes encore très loin d’atteindre les objectifs de développement durable. »

On notera les critiques à peine voilées de Modi à l’égard de la politique américaine. Les trois dirigeants ont souligné que la Russie, l’Inde et la Chine ont un rôle de premier plan à jouer dans le contexte international actuel et ont reconnu la nécessité de renforcer le mécanisme de coopération trilatérale du format RIC.

Le sommet des RIC de Buenos Aires peut être considéré comme l’évolution logique des changements intervenus dans la géopolitique de la région Asie-Pacifique au cours de la période récente. Malgré les efforts vigoureux des États-Unis, les pays de la région s’abstiennent de s’identifier aux pressions de l’administration Trump contre la Chine. En termes simples, ils ne veulent pas se faire prendre dans les politiques erratiques et imprévisibles des États-Unis.

D’un autre côté, la capacité des États-Unis à dominer militairement la Chine diminue progressivement et cette dernière étend son influence en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique occidental, qui était auparavant l’exclusive « sphère d’influence » américaine. Le projet America First de l’administration Trump a repoussé les pays asiatiques comme l’Inde, qui cherchaient à établir avec les États-Unis des relations fondées sur le respect et le bénéfice mutuel.

Du côté indien, notamment, Modi s’est montré enthousiaste pour l’initiative de Poutine sur le sommet trilatéral des RIC. Le raisonnement de Modi a besoin d’explications. Non seulement Modi a ravivé l’élan des relations Inde-Russie, qui avaient souffert d’atrophie au cours de la dernière décennie, mais il considère ce partenariat comme un point d’ancrage de l’autonomie stratégique de l’Inde. Rétrospectivement, le sommet informel de Modi avec Poutine à Sotchi a été un moment décisif pour finaliser les stratégies régionales et mondiales de l’Inde dans un environnement international très volatile.

La décision énergique prise par Modi en octobre dernier d’aller de l’avant avec l’accord sur les missiles S-400 russes, face à l’immense pression américaine, souligne sa volonté de mener une politique étrangère indépendante. En effet, la rencontre des RIC s’est tenue dans le contexte immédiat de l’annulation de dernière minute de la rencontre entre le président Trump et Poutine.

Deuxièmement, Modi s’appuie sur le consensus auquel il est parvenu avec le président Xi lors de leur sommet informel de Wuhan en avril. L’Inde et la Chine ont intensifié leurs contacts bilatéraux en vue d’améliorer leur communication stratégique. Modi a tenu des réunions au sommet avec Xi trois fois depuis avril dernier. (La dernière rencontre bilatérale entre Modi et Trump a eu lieu en novembre 2017).

L’éloignement calibré de l’Inde par rapport à la politique d’endiguement des États-Unis contre la Chine a été exprimé très clairement dans un important discours prononcé par Modi, lors du Dialogue de Shangri La à Singapour le 1er juin, où il a cherché une approche inclusive de la sécurité en Asie et dans le Pacifique.

L’esprit « Wuhan » a produit des résultats positifs. Les tensions frontalières entre l’Inde et la Chine se sont apaisées et l’accent est mis sur le renforcement de la confiance, en attendant le règlement du différend frontalier. L’ambassadeur de Chine en Inde a récemment déclaré que les relations bilatérales connaissent l’une des meilleures périodes de leur histoire.

Il est concevable que Poutine ait saisi l’occasion de relier tous ces points en proposant cette rencontre de format RIC pendant le sommet du G20. C’est une idée qui a déjà été proposée en 1998 par le grand penseur stratégique russe et alors ministre des Affaires étrangères, Evgeniy Primakov, mais qui était en avance sur son temps. Deux décennies plus tard, il est évident que les RIC n’ont pas nécessairement besoin d’imposer de contraintes aux politiques indépendantes et de non-bloc de la Chine et/ou de l’Inde.

Entre-temps, au cours de ces deux décennies, le soi-disant « Triangle de Primakov » a également engendré une poussée de la politique étrangère russe vers l’Orient, Moscou donnant la priorité au renforcement de ses relations avec les pays asiatiques. Il est important de noter que le point fort de la doctrine Primakov – l’accent mis sur la coopération multilatérale et les institutions multilatérales – s’est avéré être une vision à long terme et a acquis de la pertinence.

Compte tenu de ce qui précède, la Russie considère le mécanisme de dialogue des RIC comme un élément indispensable de la diplomatie multilatérale en réseau qui peut apporter un poids aux processus conduisant à l’instauration d’un ordre mondial équitable. Reste à voir comment le format des RIC évoluera en tant que triangle stratégique.

Il existe une certaine asymétrie au sein des RIC dans la mesure où la Russie entretient des relations militaires et politiques étroites avec la Chine et l’Inde, ce qui n’est pas le cas entre la Chine et l’Inde. Là encore, l’Inde et la Chine ont tout intérêt à établir un partenariat économique avec l’Occident. L’Inde et la Chine ne cherchent pas non plus à créer une alliance « anti-occidentale ». Mais le format RIC est suffisamment souple pour permettre une discussion sur un large éventail de problèmes internationaux.

Sur le plan politique, l’attitude de la Chine et de l’Inde à l’égard du format RIC demeure pragmatique dans la poursuite et l’intensification de leurs relations de coopération avec l’Occident et la Russie. Mais dans la phase post-Wuhan, l’Inde et la Chine envisageraient probablement la possibilité d’utiliser le club de discussion des RIC pour favoriser la normalisation sino-indienne. La Russie peut jouer un rôle unique à cet égard en favorisant la confiance stratégique.

Dans quelle mesure Modi et Poutine ont discuté franchement de cette facette du processus RIC lors de leurs « intenses » pourparlers à Sotchi en mai reste inconnu, mais ils travaillent actuellement sur une matrice. Il est concevable que la Russie et la Chine aient également un intérêt commun à encourager l’autonomie stratégique de l’Inde.

Au fil du temps, le format d’un sommet RIC est appelé à devenir un modèle majeur de sécurité régionale et internationale et de développement mondial. Il existe déjà un degré élevé de relations personnelles entre Poutine, Modi et Xi. Une chose frappante à propos de cette rencontre RIC est la congruence stratégique dans les déclarations russes, indiennes et chinoises.

M.K. Bhadrakumar

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/poutine-a-pris-linitiative-dun-sommet-trilateral-avec-linde-et-la-chine

 

G20: la tension monte avant un choc Etats-Unis-Chine, Trump bouleverse à nouveau l’agenda

G20: la tension monte avant un choc Etats-Unis-Chine, Trump bouleverse à nouveau l’agenda

Le G20 était suspendu samedi au face-à-face prévu entre Donald Trump et Xi Jinping, censés négocier une trêve commerciale en conclusion d’un sommet tendu, et dont le président américain a une nouvelle fois bouleversé l’ordre du jour.

Le président américain a annulé sa conférence de presse de fin de sommet « par respect » après le décès de George H.W. Bush, vendredi à l’âge de 94 ans.

Ce rendez-vous était très attendu, après de nouvelles révélations à charge pour le milliardaire républicain dans l’enquête sur l’ingérence russe dans la campagne présidentielle de 2016.

Donald Trump avait déjà bouleversé l’ordre du jour du sommet en annulant un tête-à-tête tout aussi attendu avec le président russe Vladimir Poutine, et en révisant son programme de réunions bilatérales.

Pour l’heure toutefois, son dîner de travail avec Xi Jinping restait à l’ordre du jour, une fois bouclé le programme officiel du « Groupe des Vingt », pesant 85% du PIB mondial.

Les autres chefs d’Etat et de gouvernement réunis depuis vendredi dans une capitale argentine en état de siège guetteront le moindre signe d’apaisement du conflit commercial entre les deux puissances, au moment où l’économie mondiale s’essouffle.

La Chine mais aussi la zone euro ont connu un coup de mou l’été dernier. « Pour l’instant le soleil brille, mais des nuages noirs arrivent et certains d’entre nous sentent déjà les premières gouttes », s’est alarmé samedi un responsable européen, en marge du sommet.

Le FMI estime qu’à court terme, le PIB mondial pourrait être réduit de 0,75% en raison de l’accroissement des tensions commerciales.

Donald Trump, qui a soufflé le chaud et le froid sur sa rencontre avec Xi Jinping, s’était dit plutôt optimiste vendredi, parlant de « signes positifs ».

Ce champion du protectionnisme a prévu de porter à 25% le 1er janvier, contre 10% actuellement, les droits de douanes sur la moitié des produits chinois importés aux Etats-Unis. Et il menace de taxer la totalité des importations chinoises.

Xi Jinping a, lui, promis vendredi devant le G20 de « poursuivre les réformes » pour ouvrir le marché chinois et mieux protéger la propriété intellectuelle.

– Communiqué final –

Avant ce duel, le G20 tâchera d’accoucher d’un communiqué, sur lequel les diplomates se sont acharnés toute la nuit, portant les signatures de tous les participants .

Autrefois exercice obligé des grandes réunions internationales, ce texte âprement négocié et plein de bonnes intentions devient une denrée rare.

Le dernier sommet Asie-Pacifique s’est conclu il y a deux semaines sans déclaration conjointe. Et Donald Trump avait torpillé le communiqué du sommet du G7 de juin dernier.

Les Vingt ont du mal à trouver un vocabulaire commun, même très vague, sur les deux sujets les plus délicats: le climat, et le commerce.

Selon une source européenne, les Américains ont insisté pour que le terme de « tensions commerciales » soit remplacé dans le communiqué par un plus pudique « problèmes commerciaux ».

« La déclaration est finalisée presque à 100%, mais il reste quelques passages (…) dont la rédaction finale reviendra aux dirigeants », fait-on savoir de source espagnole.

Les Européens présents au G20 vont tenter d’obtenir au moins 19 engagements – celui de Donald Trump étant exclu – de soutien ambitieux à l’accord de Paris sur le climat.

Il leur faut convaincre les pays émergents, dont certains réclament plus d’aide pour leur transition énergétique.

– Bilatérales –

La deuxième et dernière journée du sommet sera aussi rythmée par des réunions bilatérales, par exemple entre Vladimir Poutine et Mohammed ben Salmane.

Le président russe et le prince héritier saoudien, dont la démonstration d’amitié vendredi devant les caméras a beaucoup fait parler, sont attendus au tournant sur le pétrole. Le cours du baril est suspendu à une éventuelle baisse de production de ces deux géants.

Lors de sa propre entrevue avec Vladimir Poutine samedi, la chancelière Angela Merkel lui a dit sa « préoccupation » face à l’escalade avec l’Ukraine.

Elle doit également voir Donald Trump, qui menace de taxer tous azimuts les importations de voitures des Etats-Unis, un geste potentiellement dévastateur pour la puissante industrie allemande.

Dans ce contexte, les hommages européens samedi à George H.W. Bush sonnaient comme une critique en creux de l’actuel hôte de la Maison Blanche.

Emmanuel Macron, dont la relation avec le président américain s’est nettement refroidie, a loué « un grand dirigeant et un soutien sans faille de l’alliance avec l’Europe ». Un « homme d’Etat » ayant oeuvré pour le « partenariat transatlantique », a souligné Angela Merkel, au moment où ce partenariat est mis à l’épreuve par Washington.

(©AFP / (01 décembre 2018 17h01)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-G20-la-tension-monte-avant-un-choc-Etats-Unis-Chine-Trump-bouleverse-nouveau-l-agenda/975872.rom

Le G20 s’ouvre à Buenos Aires, contesté de l’intérieur comme de l’extérieur

Le président américain Donald Trump arrive à Buenos Aires, en Argentine, le 29 novembre 2018 pour participer au sommet du G20 © AFP SAUL LOEB

International

Le G20 s’ouvre à Buenos Aires, contesté de l’intérieur comme de l’extérieur

le 30 novembre 2018

Le sommet du G20 s’ouvre vendredi à Buenos Aires, bousculé de l’intérieur par les tensions diplomatiques et commerciales, contesté à l’extérieur par les ONG et associations qui appellent à manifester.

Les chefs d’Etat et de gouvernement des vingt plus grandes puissances mondiales se retrouvent pour deux jours dans une capitale argentine sous très haute surveillance.

Les autorités argentines, critiquées pour leur incapacité à contenir les débordements autour du match de football River Plate-Boca Juniors à Buenos Aires samedi dernier, ont fait savoir qu’ »aucune violence » ne serait tolérée, un an après un G20 de Hambourg marqué par des affrontements.

Une grande manifestation est prévue samedi à Buenos Aires, à l’appel de nombreuses ONG et associations.

Au-delà de la critique du G20 lui-même, c’est tout le ressentiment d’un pays miné par une longue crise économique, et promis à une cure d’austérité, qui devrait s’exprimer à cette occasion.

Du ressentiment, il y en aura aussi, pour d’autres raisons, à l’intérieur du centre des congrès transformé en camp retranché où se retrouvent des leaders représentant 85% du PIB mondial.

Donald Trump, bousculé chez lui par une enquête toujours plus menaçante sur l’ingérence russe avant l’élection présidentielle de 2016, s’est employé à échauffer les esprits avant même son arrivée.

L’imprévisible président américain a pris tout le monde de court en annulant jeudi, via Twitter, une rencontre très attendue avec le président russe Vladimir Poutine, une heure après avoir confirmé qu’elle aurait lieu.

Il souffle aussi le chaud et le froid avant un entretien bilatéral avec le président chinois Xi Jinping, très attendu alors que l’escalade de représailles commerciales entre les deux titans pèse déjà sur la croissance mondiale.

Face à cet activisme d’un président américain qui dédaigne les usages diplomatiques, l’enjeu de ce sommet du G20 sera de rester fidèle au credo du multilatéralisme qui avait présidé à sa toute première édition en 2008, sur fond de panique financière.

« Autour de la table du G20, les doutes sont là, les formes d’agressivité ressortent, les fractures reparaissent », a dit jeudi soir le président français Emmanuel Macron.

– « Belliqueux, isolationnistes » –

« Beaucoup voudraient faire croire qu’on résoudrait mieux nos difficultés en étant belliqueux, isolationnistes et en refermant nos frontières », a-t-il poursuivi. Sans nommer son homologue américain, avec lequel les relations, très cordiales au début, se sont nettement rafraîchies.

Dans un contexte de montée du protectionnisme, la signature officielle prévue vendredi d’un nouvel accord commercial entre Etats-Unis, Canada et Mexique, fera presque figure d’anomalie.

Reste à savoir si les leaders du G20 parviendront eux mêmes à parapher, à l’issue de leurs débats samedi, un communiqué final réflétant un consensus même minime sur quelques grands défis internationaux.

La rédaction de ce texte à la portée surtout symbolique bute en particulier sur la question du libre-échange, et sur le sujet du changement climatique.

« Aurons-nous un communiqué? La question se pose vraiment », se demande Thomas Bernes, ancien haut fonctionnaire international devenu expert au Centre for International Governance Innovation.

Entre une photo de famille et une réunion de travail, les participants du G20 multiplieront aussi les rencontres en tête-à-tête, ou en petit comité.

Dans des formats parfois inédits: il est ainsi prévu que Donald Trump voie les Premiers ministres japonais Shinzo Abe et indien Narendra Modi, une première.

Vladimir Poutine quant à lui, cible d’intenses critiques après l’escalade militaire déclenchée par la Russie contre l’Ukraine en mer d’Azov, doit voir Xi Jinping et Narendra Modi.

Mais aussi Shinzo Abe, au moment où Moscou et Tokyo s’activent pour trancher un vieux différend territorial autour des îles Kouriles, qui empêche jusqu’ici les deux pays de mettre un point final à la Seconde Guerre mondiale.

Le président russe a aussi prévu vendredi de voir Emmanuel Macron. Ce dernier, qui a prévu une réunion de coordination entre Européens avant que le sommet ne commence vendredi, risque de se trouver un peu esseulé.

La chancelière allemande Angela Merkel va en effet rater l’ouverture des débats, contrainte de retarder son départ pour cause de panne de l’avion officiel. Elle pourrait prendre un vol commercial vendredi.

LNT avec AFP

https://lnt.ma/g20-souvre-a-buenos-aires-conteste-de-linterieur-de-lexterieur/

Causes réelles de l’élection de Jair Bolsonaro. Conséquences pour l’économie et la diplomatie françaises

Causes réelles de l’élection de Jair Bolsonaro. Conséquences pour l’économie et la diplomatie françaises

Les Brésiliens, dans toute leur complexité raciale, sociale et religieuse, ont fait un choix souverain en toute connaissance de cause, autant par rejet d’un système politique dont ils sont dégoûtés que par adhésion aux quelques idées fortes défendues par Bolsonaro.

 

La première cause de son élection est bien entendu sécuritaire. Le pays du Samba a cédé la place à un enfer sur terre, que les Brésiliens, surtout les plus modestes, subissent au quotidien. Les statistiques de sûreté publique sont largement truquées par la Police elle-même pour des raisons politiques. Seuls les chiffres des homicides ne peuvent être truqués, et ils sont terribles : presque 62.500 morts en 2017, soit environ 171 morts par jour ! Si je les rapportais à la population française, il y aurait plus de 20.000 homicides par an en France, soit environ 25 fois plus qu’actuellement (825 meurtres en 2017). Chaque jour, ce sont les classes moyennes et pauvres qui subissent vols et violences de toutes sortes. A force de bienveillance, de politiquement correct et de mesures éducatives inefficaces, le Parti des Travailleurs (PT) a permis l’explosion de la violence et, ce qui est aussi grave sinon plus, l’expansion incontrôlée des gangs créés dans les prisons. Les deux grands gangs du pays (Comando Vermelho et Primeiro Comando da Capital) se livrent du reste aujourd’hui une guerre totale pour le contrôle du trafic de drogue, et ils sont en passe de devenir plus puissants encore que les cartels mexicains. Ils ont infiltré jusqu’à l’appareil d’état et les institutions politiques dans certaines régions. Ce sont, fort heureusement, les grands perdants de cette élection. La population attend des mesures drastiques en matière de sûreté publique et de défense de la propriété privée, promises par Bolsonaro, dont on peut dire qu’il est pour le moins crédible sur ce sujet.

La seconde cause est la corruption généralisée. Durant plus de 10 années, le Parti des Travailleurs (PT) de Lula et tous ses alliés, allant de l’extrême gauche à la droite conservatrice, ont annuellement détourné l’équivalent de 50 milliards d’euros de sociétés d’état, notamment la Petrobras, souvent avec l’aide plus ou moins volontaire de grandes sociétés privées. Cela relativise forcément la vitrine de progrès social du PT, qui s’est plus qu’enrichi et a franchi toutes les limites de l’affairisme sur le dos des finances publiques et, indirectement, des petites gens. Les partis traditionnels ne sont donc plus audibles sur le sujet de la corruption, et le fait est que nous avons assisté, au-delà de l’élection de Bolsonaro, à un certain renouvellement de la classe politique brésilienne. Nombre de députés fédéraux, dont les deux emblématiques amis du nouveau président, le noir Hélio Barbosa, et la lesbienne Karol Eller, et plusieurs gouverneurs d’états, dont celui de Rio, sont ainsi vierges en politique. Les anciens partis sont toujours là, mais leur influence va être de plus en plus limitée. Les Brésiliens attendent des mesures fortes et des sanctions réelles à l’encontre des corrompus. Bolsonaro est élu depuis 1991 et n’a jamais été poursuivi ou condamné pour corruption ; c’est assez unique au Brésil, et cela le rend très crédible.

La troisième cause est l’inefficacité économique. Le PT a encore ajouté en complexité et en bureaucratie à la Constitution de 1988, qui est déjà un chef d’œuvre en la matière puisqu’elle régule jusqu’au horaires des employés de maison. Les Brésiliens souhaitent beaucoup plus d’agilité et de dynamisme dans l’économie du quotidien, et Jair Bolsonaro leur a promis vouloir « libérer » plutôt que simplement « libéraliser » l’économie en général.

Finalement, la dernière et la plus subtile des raisons de sa victoire tient à mon avis à la fierté nationale des Brésiliens. Cela va en surprendre beaucoup, mais le Brésil n’est pas un énième pays arc-en-ciel dont les habitants, déracinés, se sentiraient Citoyens du Monde. Ils sont bien au contraire, toutes races et classes sociales confondues, particulièrement patriotes et fiers de leurs institutions. Ils vivent très mal l’idée d’appartenir à la huitième puissance économique mondiale et de pourtant, à de nombreux égards, vivre dans un pays du Tiers-Monde. La crise économique, qui est la conséquence d’une crise politique et institutionnelle, est avant tout imputable au PT et à ses alliés. Elle n’a pas arrangé l’état des inégalités sociales, puisqu’elle a de nouveau entraîné une partie de la population vers le chômage, ni celui de l’éducation, de la santé ou des infrastructures publiques. Là encore, Bolsonaro envisage la modernisation du pays, et il dispose d’une équipe économique crédible à cet effet.

Pour conclure, la rupture est totalement consommée entre le peuple Brésilien et le Brésil d’hier. En dehors des zones géographiques dont on peut considérer qu’elles sont encore récemment contrôlées physiquement par la gauche (surtout l’intérieur du Nordeste), il existe au sein de la population un très fort espoir de changer les choses et d’enfin donner au Brésil une place de puissance globale.

L’état des relations franco-brésiliennes va beaucoup dépendre de l’attitude du gouvernement français. On voit mal Bolsonaro, et encore moins son probable futur Ministre des Finances Paul Guedes, cracher dans la soupe et rejeter d’emblée l’investissement des entreprises européennes. Il est même possible voire probable que des entreprises françaises vont se positionner sur le rachat de certains actifs brésiliens, qui devraient être privatisés.

Ce qui va néanmoins changer, c’est la mise en place de critères de défense et de primauté de l’intérêt national, qui prévaudront désormais et surpasseront les intérêts privés ou étrangers. Il est notamment à peu près certain que les industries jugées les plus stratégiques ne seront en aucun cas privatisées. Le cercle restreint autour de Bolsonaro compte plusieurs militaires de haut rang, il est lui-même Capitaine de Réserve, et il y a tout lieu de croire que c’est la doctrine militaire brésilienne qui va prévaloir en la matière.

N’en déplaise à certains universitaires, le régime militaire a très largement développé le pays et ses industries d’armement, d’aéronautique, de conquête spatiale, de télécommunications et même d’énergie. Les industriels et les entreprises français vont donc être contraints d’en tenir compte, et probablement devoir approcher leurs vis-à-vis brésiliens dans une optique de coopération et de transferts de technologies – ce qui va ajouter en complexité.

 

Diplomatiquement, il est à déconseiller pour les représentants français de vouloir donner la moindre leçon au nouveau gouvernement brésilien ; les affaires en pâtiraient probablement très rapidement, au profit de plusieurs de nos partenaires européens mieux placés et plus courtois.

https://stratpol.com/causes-reelles-de-lelection-de-jair-bolsonaro-consequences-pour-leconomie-et-la-diplomatie-francaises/