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La « diplomatie énergétique » de la Russie va-t-elle aider le Vietnam et la Chine à conclure un accord ?

La « diplomatie énergétique » de la Russie va-t-elle aider le Vietnam et la Chine à conclure un accord ?


Par Andrew Korybko – Le 25 mai 2018 – Source Oriental Review

Rosneft logoRosneft effectue des forages pétroliers au large de la côte du Vietnam donnant sur la mer de Chine méridionale dans une zone revendiquée par la Chine.
 
Le géant russe de l’énergie est impliqué dans le champ pétrolifère « Lan Do » qui touche littéralement la limite sud-ouest de la ligne de neuf traits de la Chine, mais qui est apparemment considéré par la compagnie comme étant sous la souveraineté de facto du Vietnam. La Chine a officiellement appelé tous les pays à respecter ses revendications sans mentionner spécifiquement Rosneft, mais en y faisant clairement référence, signe qu’elle se sent mal à l’aise avec ce dernier développement, même si cela pourrait éventuellement s’avérer être un pas dans la bonne direction.

Pour expliquer le contexte, le Vietnam est sous une forte pression des États-Unis, du Japon, de l’Australie et de l’Inde pour rejoindre de facto ce qui est essentiellement une « coalition pour le confinement de la Chine », bien que cette influence perturbatrice soit contrebalancée par les accords de libre-échange de l’Union eurasienne portée par la Russie et aussi des accords militaires avec son partenaire historique qui ont jusqu’ici réussi à permettre à Hanoï de trouver un équilibre entre les mondes unipolaire et multipolaire de la nouvelle guerre froide.

La controverse au sujet de Rosneft a indirectement plongé la Russie dans le différend sur la mer de Chine méridionale, mais cela pourrait être une bonne chose car Moscou est connue pour favoriser le droit international et les négociations au lieu de pousser ses partenaires à faire la guerre comme le Quad, mené par les USA, est enclin à faire. La Chine n’aimera probablement pas cela parce qu’elle préfère traiter bilatéralement tous les problèmes sensibles dans le cadre d’une politique de longue date, mais elle pourrait y voir progressivement quelque chose de positif.

Rosneft in the South China Sea
Un employé de Rosneft Vietnam surveille depuis la plate-forme de gaz de Lan Tay dans la mer de Chine méridionale au large de la côte de Vung Tau, Vietnam 29 avril 2018

Le nouveau rôle de la Russie pourrait compenser les pressions militaristes de la « Quadrilatérale » en obligeant le Vietnam à envisager d’entamer des négociations avec la Chine à ce sujet, les deux parties étant diplomatiquement réunies à cause des efforts de Moscou. Une solution possible qui pourrait en découler, serait que leur partenaire russe partage l’énergie des régions contestées et partage les profits et les ressources avec chacun d’entre eux selon une formule qu’ils acceptent d’avance dans le cadre d’un règlement pour redéfinir officiellement leur frontière maritime.

La Russie a déjà accepté de développer conjointement les ressources énergétiques situées dans la « zone grise » de l’ancien conflit avec la Norvège, membre de l’OTAN, dans la mer de Barents suite à un accord de 2010. Il est concevable que Rosneft puisse jouer le rôle d’une tierce partie avec ce même type de solution entre le Vietnam et la Chine s’ils parviennent à un accord similaire sur la mer de Chine méridionale. C’est pourquoi, même si cela peut sembler peu probable à l’heure actuelle, la Chine pourrait finir par remercier la Russie de s’impliquer indirectement dans ce conflit.

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 25 mai 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervém relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-diplomatie-energetique-de-la-russie-va-t-elle-aider-le-vietnam-et-la-chine-a-conclure-un-accord

 

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La Russie n’a pas l’intention de réintégrer un G8

La Russie n’a pas l’intention de réintégrer un G8

La Russie n’a pas l’intention de réintégrer un G8, étant satisfaite de travailler avec le format du G20, a indiqué samedi le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, au lendemain d’un appel de Donald Trump en ce sens.

Selon M. Lavrov, dont les propos ont été diffusés à la télévision russe, Moscou n’a « jamais demandé à revenir » dans le G8, redevenu le G7 après la suspension de sa participation suite à l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée en 2014.

« Au sein du G20, les ultimatums ne marchent pas et vous avez besoin de parvenir à des accords », a indiqué M. Lavrov, vantant le format du G20 comme « un mécanisme destiné à parvenir à un consensus ».

« Je pense que c’est le format le plus prometteur pour l’avenir », a-t-il poursuivi.

Avant la réunion annuelle du groupe de sept pays censé réunir les économies les plus puissantes, le président américain avait appelé à réintégrer la Russie. Cette proposition a immédiatement été rejetée par la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne.

Les relations entre la Russie et les Occidentaux sont au plus bas sur fond de désaccords persistants sur l’Ukraine et la Syrie, des accusations d’ingérence et plus récemment l’empoisonnement de l’ex-espion russe Sergueï Skripal en Angleterre.

Le président russe Vladimir Poutine a évoqué cette semaine, lors d’une visite en Autriche, la possibilité d’un sommet avec son homologue américain Donald Trump, qui pourrait se tenir à Vienne.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov a néanmoins précisé qu’aucun accord n’était conclu et qu’il n’y avait pas de pourparlers concrets en cours.

(©AFP / 09 juin 2018 17h01)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-La-Russie-n-a-pas-l-intention-de-r-int-grer-un-G8_RP/925939.rom

Jupiter en Russie ou les âmes mortes… Par Guillaume Berlat

4.juin.2018 // Les Crises

Jupiter en Russie ou les âmes mortes… Par Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 28-05-2018

« La diplomatie ignore la sentimentalité » nous rappelle fort justement Stefan Zweig dès 1938. Or, les diplomates d’expérience le savent bien, une diplomatie réaliste tient compte de l’idéal chez les autres sans se laisser égarer par le sien, quand elle en a un.

Il ne suffit pas de rendre visite au président de la Fédération de Russie fraîchement réélu, Vladimir Poutine, les 24 et 25 mai 2018 (en marge du Forum de Saint-Pétersbourg) pour que tout aille pour le mieux dans la relation bilatérale franco-russe passablement chahutée au cours des dernières années, des derniers mois (Crimée, Ukraine, Syrie, sanctions, expulsions de diplomates…).

Le pouvoir de séduction de Jupiter, si grand soit-il, atteint rapidement ses limites surtout au pays des tsars. « C’est toujours une force de disposer d’une grande confiance en sa propre capacité, jusqu’au moment où elle ne suffit plus. L’audace est un atout précieux mais elle ne doit jamais se départir de la lucidité »1.

Et cela vaut particulièrement pour la relation franco-russe. Nous en avons une petite idée depuis les récits du marquis de Custine au milieu du XIXe siècle2 jusqu’à l’analyse plus récente de l’un de nos anciens ambassadeurs à Moscou, Jean de Gliniasty3.

Avant de tirer quelques conclusions sur le déplacement en Russie d’Emmanuel Macron après qu’il ait reçu en son Palais le 23 mai 2018, le président rwandais, Paul Kagame et les géants du numérique (« Tech for Good » en bon français), il importe de replacer cette visite dans son contexte mondial et au regard de ce qu’est la diplomatie russe.

Nous pourrons ensuite examiner ce qu’étaient les promesses médiatiques préalables de cette épopée lyrique avant d’en apprécier tous les résultats concrets à la lumière de ce que l’on veut bien nous dire et ne pas nous dire.

LE MONDE CHANGE, LA DIPLOMATIE RUSSE RESTE

Face à un monde passablement secoué depuis le début du XXIe siècle, la diplomatie possède un avantage incomparable et incontestable par rapport à celles des principaux pays occidentaux, sa stabilité et sa solidité.

Un monde en perpétuel changement

Hasard ou coïncidence, le président de la République, Emmanuel Macron est reçu le 24 mai 2018 par son homologue russe, fraîchement réélu, Vladimir Poutine quelques jours après que ce dernier se soit entretenu, successivement, avec Bachar Al-Assad et Angela Merkel à Sotchi !4 Ce déplacement programmé de longue date, intervient en plein milieu d’une crise entre Washington et ses alliés européens portant sur l’avenir de l’accord 5+1 conclu le 14 juillet 2015 à Vienne (Cf. le discours musclé de Mike Pompeo le 21 mai 2018 devant la Heritage Foundation). Elle met à mal la solidarité transatlantique et la cohésion européenne.

D’autres signaux forts sont inquiétants5 : bruits de bottes dans la région (échanges musclés entre Iran et Israël) et menaces de sanctions commerciales brandies contre les entreprises européennes tentées de commercer avec Téhéran auxquelles Bruxelles entend répliquer par un dispositif mis en place en son temps pour contourner l’embargo américain contre Cuba. Le transfert de l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem a ravivé les haines recuites entre Israéliens et Palestiniens (Cf. le bilan humain des tensions).

L’on doit à une discrète médiation de l’Égypte une baisse rapide de la tension à Gaza. D’autres signaux faibles sont plus réconfortants tels les espoirs d’une réconciliation entre les deux Corées6 et d’un sommet productif entre Donald Trump et Kim Jong-un à la mi-juin 2018 à Singapour si rien ne vient mettre un grain de sable dans une mécanique parfaitement huilée par le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo7 qui a fait, à plusieurs reprises, le voyage au pays de Satan et de « l’axe du mal »8. Ce qui est désormais le cas depuis l’annonce du 24 mai 2018 faite par Donald Trump. Le ton baisse dans les discussions commerciales entre Pékin et Washington9.

En Syrie, le régime de Bachar Al-Assad – dont le brillant Laurent Gaffius annonçait doctement la chute sous trois mois à la fin du mois d’août 2012 – regagne le terrain perdu au fil des mois grâce à l’aide déterminante de l’Iran et surtout de la Russie devenue désormais incontournable sur le dossier syrien. Désormais, ce n’est plus l’Occident qui dicte son agenda à la planète » comme le relève justement François Hollande qui n’est pourtant pas une lumière sur le plan diplomatique10.

Humiliée après l’effondrement de l’URSS et l’avènement d’un monde unipolaire, la Russie joue désormais sa participation avec brio et cela qu’on le veuille ou non. La grammaire des relations internationales change de manière drastique ! On ne peut raisonnablement faire comme si de rien n’était à Paris.

Une diplomatie russe solide

Rappelons, s’il en était encore besoin, que la diplomatie russe possède de sérieux atouts que n’ont pas les démocraties occidentales soumises au dégagisme des opinions publiques :

longévité de ses dirigeants (Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov qui ont déjà vu défiler quatre président de la République, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron sans parler de la valse des ministres des Affaires étrangères), stratégie de long terme pérenne non contingente du buzz des médias (en Syrie, la stratégie russe n’a pas changé), hauteur et distance par rapport aux évènements (pas de réactions instantanées et pavloviennes), succès militaires et diplomatiques engrangés en Syrie (le gouvernement est en train de reprendre le contrôle de l’intégralité du territoire), respect du droit international si l’on prend comme point de référence les États-Unis (intervention en Syrie sur la base d’une demande des autorités) …11

Tout ceci pour dire qu’il faut compter avec la Russie si l’on veut contribuer au règlement des grandes crises qui secouent le monde, en premier lieu celle qui pèse sur la Syrie depuis sept ans déjà et sur laquelle la France a fait un tout faux remarquable grâce aux deux crânes d’œuf que sont Alain Juppé et Laurent Fabius12. Comme du reste sur l’approche des « révolutions arabes »13. Le déplacement d’Emmanuel Macron en Russie met en lumière tous les errements répétés de la diplomatie française au Proche et au Moyen-Orient au cours de la dernière décennie.

Cette visite intervient au moment où le prix du baril retrouve des sommets, 80 dollars et vient donner une bouffée d’oxygène à la Russie14. Au passage, on notera que Vladimir Poutine joue à la perfection de la désunion européenne en recevant/confessant les uns après les autres les chefs d’Etat et de gouvernement, Angela Merkel puis Emmanuel Macron dont les intérêts en Russie ne sont pas nécessairement convergents, pas plus qu’avec les États-Unis dans le domaine commercial15.

Le fameux diviser pour mieux régner. Or, les 27/28 n’ont toujours pas tranché la question stratégique de savoir si l’Union européenne et la Russie doivent poursuivre une guerre froide larvée ou construire un nouveau partenariat stratégique sur la sécurité et la stabilité du continent ?16

Or, de la réponse à cette question existentielle dépend en partie l’avenir du continent européen au moment où les États-Unis mettent à mal le système multilatéral mis en place après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Force est de constater que la réponse n’est pas du tout la même en fonction des capitales européennes17. Le nuancier est aussi impressionnant qu’impressionniste.

Quelles sont les principales conclusions que nous pouvons tirer de cette virée russe au pays du tsar Poutine ?

LA DIPLOMATIE DU ET PAR LE VIDE

Dans ce genre de déplacements diplomatiques à haute valeur symbolique, il importe toujours de faire la part entre ce que l’on annonce avant et ce qui se produit concrètement pendant. Il peut parfois exister un fossé assez large entre espoirs et réalisations.

Une visite bien préparée sur le plan médiatique

À quelques jours de l’échéance fatidique, et comme ils ont coutume de le faire avant un important évènement diplomatique (les fameux « pré-papiers »), les « spin doctors » du château procèdent à leur tir de barrage médiatique pour nous mettre en haleine. La méthode est toujours la même. Oyez, oyez, bonnes gens, il va se passer des choses importantes lors de cette rencontre internationale18. La visite est plus commentée avant qu’après. Et, surtout, Jupiter est attendu, entendu et va amener son interlocuteur a quia sur tous les sujets importants. C’est la même chanson que l’on nous avait fredonné avant la visite d‘Emmanuel Macron à Washington sur la question de la mise en œuvre de l’accord sur le nucléaire iranien du 14 juillet 2015. On ne connaît que trop bien la suite. Donc, prudence et pas d’emballement. L’on ne connaît que trop les limites de la diplomatie tactile pratiquée avec talent par notre plus jeune président de la cinquième République.

Les milieux bien informés – c’est comme cela qu’on les désigne dans les médias – nous indiquent que le président de la République Emmanuel Macron sera reçu jeudi soir à Saint-Pétersbourg, à l’invitation du maître du Kremlin. Depuis leurs rencontres – à Versailles le 29 mai 2017, puis à Hambourg en marge du G20 en juillet 2017 –, le paysage géopolitique a bien changé, nous précise-t-on à nous les béotiens et les ignares. L’Elysée précise que « le dialogue a été maintenu » avec Moscou malgré l’affaire Skripal (manifestement remis de ses ennuis biologiques), du nom de l’ex-espion russe empoisonné à Salisbury, et bien que les cartes aient changé de mains en Syrie avec la reconquête du terrain par le régime de Bachar Al-Assad.

Les deux dirigeants participeront le lendemain au forum économique de Saint-Pétersbourg, auquel Emmanuel Macron est l’invité d’honneur avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe. Un an après leur première rencontre, au château de Versailles, MM. Macron et Poutine « prendront le temps d’échanger en profondeur en tête-à-tête » avec la volonté de « dégager des points communs face aux crises internationales », en particulier sur le conflit syrien ou le dossier du nucléaire iranien après la décision du président américain Donald Trump de sortir de l’accord de 2015, selon les communicants de l’Elysée. Quel charabia incompréhensible qui veut vraisemblablement signifier que nous sommes d’accord sur presque rien ? Mais, l’on nous rassure aussitôt. Malgré les nombreux sujets de divergence entre Paris et Moscou de ces derniers mois, « le dialogue entre eux a été maintenu et les échanges téléphoniques ont été nombreux », précise la présidence de la République. « Dès la rencontre de Versailles, nous avons pris le pari d’un dialogue constructif mais franc. Quand il y a des désaccords, on le dit, mais cela n’empêche pas de travailler ensemble ». Depuis l’annonce de M. Trump, MM. Poutine et Macron ont exprimé leur volonté de maintenir l’accord sur le nucléaire iranien, le premier réclamant son « application stricte » tandis que le second prône des discussions sur un nouvel « accord élargi » prenant en compte le contrôle de l’activité nucléaire après 2025, le programme balistique de l’Iran ainsi que la situation en Syrie et au Yémen.

Au cours de sa première visite en Russie, M. Macron, accompagné de son épouse Brigitte (cela change tout !), veut aussi « relancer la relation bilatérale dans tous les secteurs possibles : économique, universitaire, culturel, sportif… ». Des rencontres avec des entrepreneurs ou des membres de la société civile sont prévues, tandis que la visite se terminera par un hommage au théâtre Mariinsky à Marius Petipa, un chorégraphe français qui vécut l’essentiel de sa vie en Russie, pour le bicentenaire de sa naissance en 1818 à Marseille (sud-est de la France). Toute la panoplie classique de la diplomatie est de sortie, de la politique à l’économie en passant par la culture !

Voici pour la contextualisation médiatique de la visite. Qu’en est-il en réalité de la substance même de cette importante échéance diplomatique bilatérale ?

Une visite aux résultats diplomatiques contrastés

Quel est le grand dessein dont serait porteur Emmanuel Macron en effectuant son premier déplacement en Russie ? On pourrait parler de « salade russe »19. Si séduisant et convaincant soit-il, Emmanuel Macron arrive à Russie lesté de quelques sérieux handicaps : une ligne floue sur la nature de la relation bilatérale (veut-il lancer une alliance de revers comme le général de Gaulle ou rester un caniche servile à la botte de l’Oncle Sam ?), un préjugé défavorable (ses saillies sur Russia Today et celles, inacceptables sur le plan diplomatique de François Delattre, son ambassadeur auprès de l’ONU sans parler des faux-pas de son ministre des Affaires étranges, Jean-Yves Le Drian, un gaffeur de bon aloi), un alignement ostensible sur les positions américaines en particulier sur le dossier syrien (Cf. le bombardement « symbolique » de sites chimiques, participation aux activités du « Small Group »)… Toutes choses qui ne sont pas de nature à créer la confiance requise pour bâtir un authentique partenariat stratégique – allant au-delà des mots creux (« Dialogue de Trianon » entre les sociétés civiles) – qui puisse permettre à la France de rejouer une partition autonome dans le concert des nations.

Sur le plan géopolitique, question fondamentale, dans l’inventaire à la Prévert (tout pays visité par Jupiter est prioritaire) qui nous est servi, quelles sont les véritables priorités de la diplomatie française ? Question subsidiaire, quelle est la place exacte qu’occupe notre relation avec la Russie dans ces priorités ? Il ne suffit pas de dire que le chef de l’État s’entretient régulièrement au téléphone avec Vladimir Poutine pour considérer que tout va très bien madame la marquise. La confiance se construit sur le temps long, avec des gestes concrets, dans la plus grande discrétion20. Il ne suffit pas de dire que l’on va travailler sur les « points de convergence » pour faire avancer les dossiers. Tout cela est du langage médiatique et non du langage diplomatique. Quelles assurances sommes-nous disposés à donner à Moscou que l’OTAN ne s’élargira pas à son « étranger proche » pour contribuer à rétablir la confiance perdue ?

Que signifie parler au nom de l’Union européenne au moment où les 27/28 sont disposer à transiger avec Washington sur les sanctions à l’encontre de l’Iran21 et où l’Italie semble prendre ses distances avec les règles européennes ?22 Sommes-nous disposés à proposer aux Russes de redéfinir en commun l’architecture européenne de sécurité du XXIe siècle, l’actuelle (traités FCE, Ciel ouvert, mesures de confiance) ayant été imaginée durant la guerre froide ? Le projet russe avait dédaigneusement été rejeté par un tiers mondiste/un tiers mondain, Bernard Kouchner. Que nous dit Jupiter à son arrivée à Saint-Pétersbourg ? La France et la Russie doivent travailler ensemble à la mise en place d’« initiatives communes » sur les sujets internationaux, que ce soit sur l’Ukraine, la Syrie ou concernant la question iranienne, nous dit-on. Sur quelles bases ?

Sur le plan bilatéral, « les relations économiques se développent, je crois que c’est une bonne chose, nous allons avoir beaucoup de contrats importants et de nature très diverse – une cinquantaine – et le dialogue des sociétés civiles que nous avions décidé ensemble il y a un an a pris forme », déclare Emmanuel Macron à la presse au début de l’entretien. Il est, pour le moins curieux, qu’Emmanuel Macron pousse les entreprises françaises à investir massivement en Russie alors que ce pays est sous sanctions économiques de l’Union européenne (en relation avec la question de la Crimée) et que nous avons annulé la livraison de porte-hélicoptères Mistral (revendus à l’Égypte) qui étaient, du reste, payés. Tout ceci manque de cohérence et ressemble à une diplomatie économique de l’improvisation. Cela ressemble à s’y méprendre à de la diplomatie de l’en même temps chère à Jupiter23.

Sur le plan des droits humains, comment Emmanuel Macron entend-il plaider le cas de tous les prisonniers politiques bien connus dont l’attention de Moscou a été attirée par le parlement européen et par les médias ?24 Nous nous trouvons au cœur de la fameuse « diplomatie des valeurs » que la France met souvent en balance de sa « diplomatie économique ». Dans quel sens la balance va-t-elle trancher cette fois-ci ? Côté cœur ou côté raison ? Nous pourrons nous en faire une idée un peu plus précise en prenant connaissance des contrats effectivement conclus par les entreprises françaises à l’issue de cette visite. On comprend mieux que Jupiter soit resté assez discret sur le sujet en dépit des nombreux cas qui lui avaient été soumis. Courage fuyons ! Saint-Pétersbourg vaut bien une messe au nom de la Realpolitik.

Sur le plan de la liberté des médias, Jupiter est-il prêt à lever l’interdiction faite à Russia Today d’être accrédité pour suivre les conférences de presse de l’Élysée sous prétexte qu’il serait un vecteur de diffusion de « fake news » ?25

Sur le plan sportif, nous ne savons toujours pas si la France a tranché en faveur d’un boycott diplomatique de la Coupe du monde de football lancée le 14 juin 2018 en Russie26. Tel ne serait pas le cas. À confirmer… Jupiter aurait promis de faire le déplacement.

En termes concrets, le résultat diplomatique est maigre quoi qu’écrivent sur le sujet la réunion de trois brillantes plumes du quotidien Le Monde qui gobent toutes les fadaises que les communicants de Jupiter leur servent27. On nous apprend que cette visite a permis de « renouer le dialogue » (c’est donc qu’il n’existait pas auparavant alors que ceci constitue l’essence même de la diplomatie), d’avoir un échange « direct et franc » (litote diplomatique pour dire que le champ des convergences est réduit), « d’avancer ensemble malgré les incompréhensions » (elles devaient être nombreuses), de « continuer à bâtir une confiance commune… pour préparer l’avenir » (ce qui s’appelle la méthode du bon docteur Coué), de regretter l’annulation du sommet Trump/Kim (c’est le moins que l’on pouvait faire), de poursuivre les efforts de l’application de l’accord de Minsk sur l’Ukraine (c’est ce que l’on appelle enfoncer des portes ouvertes), d’envisager sous conditions l’élargissement à la dimension balistique et à l’activité diplomatique de Téhéran dans le région du cadre de l’accord de Vienne du 14 juillet 2015 (dans quelles conditions ?, d’écarter l’idée d’un boycott de la coupe du monde de football (geste utile)… Heureusement, quelques contrats ont été signés, démontrant ainsi le piège que constituent la pratique abusive des sanctions et la diplomatie économique chère à Laurent Fabius.

Attendons désormais de mesurer in concreto et in situ les authentiques avancées diplomatiques que ce déplacement de Jupiter aura permises sur le temps long de la diplomatie. Et cela tant dans la relation bilatérale abîmée depuis le quinquennat de François Hollande et de son brillantissime ambassadeur à Moscou (un copain de la promotion Voltaire, un kouchnérien bon teint ne parlant pas un traître mot de russe, qualifié de lâche et d’incompétent par un de nos compatriotes, mais qui a tout de même était récompensé par une dignité d’ambassadeur de France et un poste d’ambassadeur à Pékin, rassurez-vous, il ne parle pas un mot de mandarin28) que dans la solution des grandes crises qui secouent aujourd’hui le monde !

« Les hommes politiques, à la différence des diplomates, n’ont pas le temps d’apprendre les leçons de l’histoire » (Harold Nicolson, 1954). Et c’est bien là que le bât blesse surtout pour le chef de l’État dont l’expérience diplomatique est brève sur le temps long de l’Histoire et dont les résultats peinent à se concrétiser sur la scène internationale en dépit d’un activisme et d’un volontarisme méritant louange29. À ce jour, force est de constater, objectivement, que les résultats sont décevants tant aux États-Unis qu’en Russie. Emmanuel Macron parviendra-t-il à jeter, avec Vladimir Poutine, les bases d’un multilatéralisme renouvelé après la défection américaine et, ainsi, prendre toute sa place dans le nouveau concert des nations ?30 Ou bien, en restera-t-il à quelques échanges d’aimabilités diplomatiques sans lendemain ? Il est vrai que sa position est peu confortable en arrivant en Russie31. Quid de la prise de distance effective indispensable avec les positions délirantes de son ami Donald Trump sur l’Iran ?32 Quid d’une réorientation totale de notre diplomatie stupide en Syrie depuis le début des « révolutions arabes » ? Quid de notre volonté de faire jouer à l’Union européenne toute sa partition sur la scène internationale ? Que voulons-nous faire de l’OTAN après tous les camouflets américains ? Toutes ces questions restent sans réponse parce qu’elles n’ont vraisemblablement pas été posées lors des entretiens entre les deux présidents.

Ce sont elles qui conditionnent l’avenir de la relation franco-russe, de la construction européenne, du multilatéralisme en ce début de XXIe siècle. Face à la réalité, il importe « que l’on cesse les promesses mensongères » !33 Ainsi peut-on, temporairement du moins, conclure la visite de Jupiter chez le tsar Vladimir Poutine.

Guillaume Berlat
28 mai 2018

1 François Hollande, Les leçons du pouvoir, Stock, 2018, p. 16
2 Marquis de Custine, Lettres de Russie. La Russie en 1839, Folio classique, 1975.
3 Jean de Gliniasty, La diplomatie au péril des « valeurs », L’inventaire, collection Valise diplomatique, 2017.
4 Isabelle Mandraud, Lestée par la diplomatie de Trump, Merkel renoue le dialogue avec Poutine, Le Monde, 20-21-22 mai 2018, p. 6.
5 Pierre Servent, Cinquante nuances de guerre, Robert Laffont, 2018.
6 Sébastien Falletti, Kim et Moon visent une paix sans armes nucléaires, Le Figaro, 28-29 avril 2018, pp. 2-3.
7 Gilles Paris, Trump n’exclut pas un report du sommet avec Kim, Le Monde, 24 mai 2018, p. 4.
8 Valérie Samson, Pyongyang menace d’annuler le sommet avec Trump, Le Figaro, 16 mai 2018, p. 7.
9 Pierre-Yves Dugua, Pékin promet d’importer plus des États-Unis, Le Figaro économie, 21 mai 2018, p. 19.
10 François Hollande, précité, p. 384.
11 Guillaume Berlat, L’incontournable Vladimir Poutine sur la scène internationale, www.prochetmoyen-orient.ch , 5 juin 2017.
12 Guillaume Berlat, Syrie : l’insoupçonnable légèreté des certitudes…, www.prochetmoyen-orient.ch , 20 mars 2017.
13 Guillaume Berlat, Cinq ans de « printemps arabes » ou la fin d’une chimère !, www.prochetmoyen-orient.ch , 1er février 2016.
14 Armelle Bohineust, Le pétrole cher fait son retour, porté par la crise iranienne, Le Figaro économie, 16 mai 2018, p. 20.
15 Pierre-Yves Dugua, L’Allemagne redoute des sanctions américaines sur l’acier européen, Le Figaro économie, 28-29 avril 2018, p. 20.
16 Nicolas Baverez, Europe et Russie : l’heure des choix, www.lefigaro.fr , 22 mai 2018.
17 Jean-Jacques Mével, Iran : l’Europe tente de rester unie face à Donald Trump, Le Figaro, 17 mai 2018, pp. 1-2-3.
18 Virginie Malingre/Marc Semo, Macron en Russie pour poursuivre un dialogue difficile avec Poutine, Le Monde, 25 mai 2018, p. 4.
19 Erik Emptaz, Salade russe…, Le Canard enchaîné, 23 mai 2018, p. 1.
20 Isabelle Facon, Le président français cherche l’apaisement avec la Russie, Le Monde, 24 mai 2018, p. 21.
21 Cécile Ducourtieux, L’Europe prête à transiger avec Washington, Le Monde, Économie & Entreprise, 23 mai 2018, p. 4.
22 Gilles Ivaldi, L’Italie de Di Maio et Salvini ne préfigure pas l’Europe de demain, Le Monde, 23 mai 2018, p. 20.
23 Ellen Salvi, Emmanuel Macron teste son « en même temps » en Russie, www.mediapart.fr , 24 mai 2018.
24 Isabelle Mandraud, Macron en Russie : les défenseurs des droits humains tentent de se faire entendre, Le Monde, 25 mai 2018, p 5.
25 Mariana Grépinet, Russia Today. « Télé-Poutine sous haute surveillance », Paris Match, 23-30 mai 2018, p. 56.
26 Éric Hacquemand, Coupe du monde. Macron passe en bleu, Paris Match, 23-30 mai 2018, p. 48.
27 Virginie Malingre/Isabelle Mandraud/Marc Semo, Macron affiche son entente avec Poutine, Le Monde, 26 mai 2018, p. 4.
28 Benoît Vitkine, Yoann Barbereau, le fugitif d’Irkoutz, Le Monde, 26 mai 2018, pp. 14-15.
29 Arthur Berdah/Marcelo Wesfreid, Macron en quête de résultats à l’étranger, Le Figaro, 28-29 avril 2018, p. 6.
30 Sylvie Kauffmann, Ballet russe pour Macron, Le Monde, 24 mai 2018, p. 23.
31 Tatiana Kastouéva-Jean, Macron dans une position peu confortable face à Moscou, Le Monde, 24 mai 2018, p. 21.
32 Mathieu Magnaudeix, Robert Malley : « Les États-Unis se sont mis hors jeu », www.mediapart.fr , 19 mai 2018.
33 Hubert Védrine, Comptes à rebours, Fayard, 2018, p. 314.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 28-05-2018

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Kim Jong Un accueilli en grande pompe à Pékin avant son sommet avec Trump

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Kim Jong Un a été accueilli en grande pompe à Pékin pour sa première visite –secrète– en Chine, signe de la volonté de rapprochement des deux alliés historiques avant le sommet prévu entre le dirigeant nord-coréen et l’Américain Donald Trump.

Pour sa première sortie à l’étranger depuis son arrivée au pouvoir fin 2011, Kim et son épouse ont eu droit à une cérémonie solennelle et à un banquet sous les ors du Palais du peuple, lors de cette visite qui n’a été officiellement révélée que mercredi, une fois que le couple nord-coréen avait regagné son pays en train.

La visite, qui s’est déroulée de dimanche à mercredi selon l’agence de presse Chine nouvelle, souligne spectaculairement le rapprochement entre les deux voisins, divisés ces dernières années par l’appui de Pékin aux sanctions internationales visant à forcer Pyongyang à renoncer à son programme nucléaire. Kim Jong Un n’avait encore jamais rencontré Xi Jinping.

« Il n’y a aucun doute que ma première visite à l’étranger (devait être) pour la capitale chinoise », a déclaré M. Kim, selon des propos rapportés par l’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA. « C’est mon devoir solennel », a-t-il ajouté.

Selon Chine nouvelle, l’homme fort de Pyongyang s’est dit prêt à un sommet avec le président américain Donald Trump, après des mois de menaces de guerre entre les deux pays autour du programme nucléaire nord-coréen.

Ce sommet avait été annoncé de sources sud-coréenne et américaine mais pas encore confirmée de source nord-coréenne. Selon Séoul, il pourrait se dérouler fin mai, mais ni le lieu ni la date exacte de la rencontre n’ont encore été annoncés.

– « Bonne volonté » –

Le dirigeant nord-coréen, qui a procédé ces dernières années à une série d’essais nucléaires et de tirs de missiles susceptibles d’atteindre les Etats-Unis, s’est prononcé pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

« Notre position constante est d’être engagés en faveur de la dénucléarisation de la péninsule coréenne, conformément à la volonté de l’ancien président Kim Il Sung et de l’ancien secrétaire général Kim Jong Il », les prédécesseurs et grand-père et père respectifs de Kim Jong Un, a rapporté l’agence chinoise.

Cette question « peut être résolue si la Corée du Sud et les Etats-Unis répondent à nos efforts en faisant preuve de bonne volonté », a ajouté le dirigeant nord-coréen.

La Corée du Sud a rapporté le mois dernier que Pyongyang serait prêt à abandonner son programme nucléaire en échange de garanties américaines en matière de sécurité. Ses essais nucléaires et balistiques sont suspendus.

A Washington, la porte-parole de la Maison Blanche Sarah Sanders a révélé que Donald Trump avait reçu un message de Xi Jinping concernant ses entretiens avec M. Kim.

« Nous y voyons une nouvelle preuve montrant que notre offensive de pression maximale a créé une atmosphère propice au dialogue avec la Corée du Nord », s’est-elle félicitée.

– Kim en costume Mao –

La télévision publique chinoise CCTV a diffusé des images de MM. Kim et Xi se serrant la main devant les drapeaux des deux pays, en compagnie de leurs épouses. M. Xi et son hôte, vêtu d’un costume Mao anthracite, ont entendu les hymnes des deux pays avant de passer les troupes en revue.

Cette visite avait été dévoilée dès lundi soir par des médias japonais, affirmant qu’un haut dirigeant nord-coréen était arrivé en train à Pékin, mais sans pouvoir affirmer qu’il s’agissait bien de Kim Jong Un.

Les médias chinois s’étaient gardés de confirmer la visite, attendant vraisemblablement que M. Kim ait regagné son pays.

Xi Jinping a salué l’amitié sino-nord-coréenne, forgée lors de la guerre de Corée (1950-53).

« Il s’agit d’un choix stratégique et du seul bon choix fait par les deux pays sur la base de l’histoire et de la réalité », a-t-il déclaré. M. Xi a accepté une invitation à se rendre en Corée du Nord, selon KCNA.

La visite à Pékin de M. Kim constitue un retour au premier plan pour la diplomatie chinoise, qui avait pu paraître marginalisée par l’annonce d’un sommet Kim-Trump.

Avant de rencontrer Donald Trump, Kim Jong Un doit s’entretenir avec le président sud-coréen Moon Jae-in fin avril dans la zone démilitarisée qui sépare les deux pays.

burs-lth/bar/plh

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(©AFP / 28 mars 2018 07h25)

Tuer la diplomatie

Tuer la diplomatie


Par Dmitry Orlov – Le 15 mars 2018 – Source Club Orlov

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Il y a le fameux aphorisme de Karl von Clausewitz : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Cela peut être vrai, dans de nombreux cas, mais c’est rarement une issue heureuse. Tout le monde n’aime pas la politique, mais quand on a le choix entre la politique et la guerre, les gens les plus sains choisissent volontiers la politique, qui, même lorsqu’elle déborde de vitriol et de corruption, reste normalement non létale. Dans les relations entre les pays, la politique est connue sous le nom de diplomatie, et c’est un art formel qui s’appuie sur un ensemble spécifique d’instruments pour retenir les pays de se faire la guerre. Il s’agit notamment de maintenir des canaux de communication pour établir la confiance et le respect, des exercices pour trouver un terrain d’entente et des efforts pour définir des scénarios gagnant-gagnant sur lesquels toutes les parties seraient d’accord, y compris des instruments pour faire respecter ces accords.


La diplomatie est une activité professionnelle, tout comme la médecine, l’ingénierie et le droit, qui requiert un niveau élevé de formation spécialisée. Contrairement à ces autres professions, l’exercice réussi de la diplomatie exige beaucoup plus d’attention aux questions de comportement : un diplomate doit être affable, aimable, accessible, conciliant, scrupuleux, équilibré… En un mot, diplomatique. Bien sûr, afin de maintenir de bonnes relations saines avec un pays, il est également essentiel qu’un diplomate parle couramment sa langue, comprenne sa culture et connaisse son histoire. Il est particulièrement important d’avoir une connaissance très détaillée de l’histoire des relations diplomatiques d’un pays avec son propre pays, dans le but de maintenir une continuité, ce qui permet de se fonder sur ce qui a déjà été réalisé. La connaissance complète de tous les traités, conventions et accords précédemment conclus est évidemment une nécessité.

Les gens sensés choisiront la politique plutôt que la guerre, et les nations sensées (c’est-à-dire gouvernées avec compétence) choisiront la diplomatie plutôt que la belligérance et la confrontation. On peut faire une exception à ce cadre. Il s’agit des nations qui ne peuvent jamais espérer gagner au jeu de la diplomatie en raison d’une pénurie aiguë de diplomates compétents. Ils sont susceptibles d’enrager de frustration, sapant les institutions internationales qui sont conçues pour les empêcher d’avoir des ennuis. Il incombe ensuite à leurs homologues plus compétents dans d’autres pays de les en dissuader. Cela n’est peut-être pas toujours possible, surtout si les incapables en question ne peuvent pas être amenés à apprécier les risques qu’ils encourent en se confrontant aveuglément à leurs homologues diplomates.

Si nous regardons autour de nous à la recherche de nations aussi incompétentes, deux exemples se présentent facilement : les États-Unis et le Royaume-Uni. Il est plutôt difficile d’identifier le dernier moment de l’histoire où les États-Unis ont eu un secrétaire d’État vraiment compétent. Pour être sûr, disons le 20 janvier 1977, le jour où Henry Kissinger a démissionné de son poste.

Depuis lors, l’histoire diplomatique américaine a été, à un degré ou à un autre, une histoire d’erreurs fantastiques. Par exemple, si on remonte à avril 1990, l’ambassadeur des États-Unis en Irak, April Glaspie, a déclaré à Saddam Hussein : « Nous n’avons aucune opinion sur les conflits arabo-arabes, comme votre désaccord frontalier avec le Koweït » donnant en quelque sort un feu vert à l’invasion du Koweït et déclenchant la cascade d’événements qui nous a conduits à la triste situation actuelle dans la région. Un autre point culminant a été atteint avec Hillary Clinton, dont les seules références avaient à voir avec une sorte de fausse noblesse, découlant de son mariage avec un ancien président, et qui a utilisé sa position de secrétaire d’État pour s’enrichir en utilisant une variété de stratagèmes de corruption.

Dans les rangs inférieurs du corps diplomatique, la plupart des postes d’ambassadeurs ont été confiés à des personnes sans formation ou expérience diplomatique, dont les seules qualifications concernaient la collecte de fonds électoraux au nom du quidam occupant la Maison-Blanche et ayant des considérations politiques partisanes. Peu de ces personnes sont capables d’engager un dialogue constructif avec leurs homologues. La plupart sont à peine capables de lire une déclaration de politique programmatique à partir d’un bout de papier remis par un membre de leur équipe.

Entre-temps, l’establishment du Royaume-Uni s’est progressivement dégradé à sa manière post-impérialiste inimitable. Sa relation particulière avec les États-Unis a signifié qu’il n’avait plus aucune raison de maintenir une politique étrangère indépendante, jouant toujours le second rôle de Washington. Il est resté comme un territoire occupé par les États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale, tout comme l’Allemagne, et privé de sa pleine souveraineté. Cela a permis à ses organes internationaux de s’atrophier dans un lent abandon. L’avantage de cet arrangement est qu’il a permis à l’Empire britannique de s’effondrer au ralenti – l’effondrement le plus lent et le plus long de la longue histoire des empires.

Le peu de compétences qui restait a disparu progressivement, épuisé au cours de ce flirt temporaire du Royaume-Uni avec l’Union européenne, qui devrait se terminer l’année prochaine, au cours de laquelle la majeure partie de la souveraineté du Royaume-Uni a été abandonnée, par traité, à des bureaucrates non élus à Bruxelles. Et maintenant, à la fin de ce long processus de dégénérescence et de décadence, nous avons comme ministre des Affaires étrangères un clown du nom de Boris Johnson. Son chef tout aussi incompétent, Theresa May, a récemment jugé intelligent de violer publiquement et à voix haute les termes de la Convention sur les armes chimiques dont le Royaume-Uni est signataire.

Pour récapituler, Theresa May a prétendu qu’un certain espion russo-britannique vivant au Royaume-Uni avait été tué en utilisant un agent neurotoxique fabriqué en Russie et avait donné à la Russie vingt-quatre heures pour expliquer cette situation, d’une manière qui la satisfasse. La Russie est également signataire de la Convention sur les armes chimiques et elle a détruit les 39 967 tonnes de ses armes chimiques avant le 27 septembre 2017. À cette occasion, le Directeur général de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), l’ambassadeur Ahmet Üzümcü, a déclaré : « L’achèvement de la destruction vérifiée du programme d’armes chimiques de la Russie est une étape importante dans la réalisation des objectifs de la Convention sur les armes chimiques. Je félicite la Russie et je félicite tous les experts qui ont été impliqués pour leur professionnalisme et leur dévouement. »

Voici précisément la forfaiture de Theresa May. Dans les termes de l’OIAC, le Royaume-Uni était tenu de fournir à la Russie un échantillon de l’agent neurotoxique utilisé, ainsi que tous les éléments de preuve connexes découverts au cours de l’enquête. Après cela, le traité donne à la Russie dix jours pour répondre. Au lieu de cela, May n’a fourni aucune preuve et a donné à la Russie vingt-quatre heures pour répondre. Lorsque la Russie a officiellement demandé à voir la preuve, cette demande a été refusée. Nous pouvons seulement deviner pourquoi elle a refusé, mais une supposition raisonnable est qu’il n’y a aucune preuve, parce que :

  • May a prétendu que l’agent neurotoxique était le Novichok, développé en URSS. Pour l’identifier, les experts britanniques devaient en avoir un échantillon. Puisque ni l’URSS, ni la Russie, n’ont jamais été connus pour l’avoir exporté, nous devrions supposer qu’il a été synthétisé au Royaume-Uni. La formule et la liste des précurseurs sont dans le domaine public, publiées par le scientifique qui a développé le Novichok, qui a depuis déménagé aux États-Unis. Ainsi, les scientifiques britanniques travaillant à Porton Down auraient pu les synthétiser eux-mêmes. En tout état de cause, il n’est pas possible de déterminer dans quel pays un échantillon donné de la substance a été synthétisé et l’affirmation selon laquelle il provient de Russie n’est pas prouvable.
  • On a prétendu que les victimes, M. Skripal et sa fille, ont été empoisonnés avec du Novichok dans un restaurant. Mais comment cela a-t-il pu être fait ? L’agent en question est si puissant qu’un litre libéré dans l’atmosphère au-dessus de Londres tuerait la plupart de la population. Briser une fiole au dessus de l’assiette de la cible tuerait le meurtrier avec tout le monde à l’intérieur du restaurant. Tout ce qui aurait été touché par l’agent serait taché de jaune, et les gens autour se seraient plaints d’une odeur très inhabituelle et âcre. Les personnes empoisonnées auraient été instantanément paralysées et seraient mortes en quelques minutes, sans pouvoir aller se promener et s’asseoir sur le banc d’un parc où elles ont été trouvées. La ville entière aurait été évacuée, et le restaurant devrait avoir été scellé dans un sarcophage en béton par des travailleurs dans des combinaisons spatiales et détruit à haute température. Rien de tout cela n’est arrivé.
  • Compte tenu de ce qui précède, il semble improbable que ce qui a été décrit dans les médias britanniques et par le gouvernement de May ait réellement eu lieu. Une hypothèse alternative, et que nous devrions être prêts à explorer pleinement, est que tout cela est un travail de fiction. Aucune photo des deux victimes n’a été fournie. L’une d’elles – la fille de Skripal – est une citoyenne de la Fédération de Russie, et pourtant les Britanniques ont refusé de lui fournir un accès consulaire. Et maintenant, il apparait que tout le scénario, y compris l’utilisation du gaz neurotoxique, le Novichok, a été plagié à partir d’un feuilleton télévisé américano-britannique intitulé Strike Back. Si c’est le cas, c’était certainement efficace ; pourquoi inventer quand vous pouvez simplement plagier ?
  • Ce n’est qu’un élément (et sûrement pas le dernier) d’une série de meurtres et de suicides suspects et fort douteux sur des ressortissants russes anciens et actuels sur le sol britannique qui partagent certaines caractéristiques, comme l’utilisation de substances exotiques comme moyen de tuer, aucun motif discernable, aucune enquête crédible, et un effort concerté immédiat pour accuser la Russie. Votre seule certitude est de supposer que quelqu’un, qui prétend savoir exactement ce qui s’est passé ici, ment. Quant à savoir ce qui pourrait motiver un tel mensonge, c’est une question que les psychiatres doivent poser.

En considérant tout ce qui précède, un scepticisme sain est nécessaire. Tout ce que nous avons jusqu’ici est un prétendu double meurtre, sans motif, par des moyens douteux, plus de 140 millions de suspects (n’importe qui pourvu qu’il soit russe ?) et des déclarations publiques qui ressemblent à du théâtre politique. En ce qui concerne les répercussions, il y a très peu de choses que le gouvernement britannique puisse faire à la Russie. Il a expulsé quelques douzaines de diplomates russes (et la Russie leur rendra sans doute la pareille) ; la famille royale ne se rendra pas à la Coupe du monde en Russie cet été (ce qui n’est pas une grande perte, bien sûr) ; il y a aussi de vagues menaces non contraignantes.

Mais ce n’est pas ce qui est important. Pour le bien du monde entier, les (anciennes) grandes puissances, en particulier les puissances nucléaires, comme les États-Unis et le Royaume-Uni, devraient être gouvernées avec un minimum de compétences, et cette démonstration d’incompétence est très inquiétante. La destruction des institutions publiques aux États-Unis et au Royaume-Uni a été longue et n’est probablement plus réversible. Mais le moins que nous puissions faire, c’est de refuser d’avaler tout cru ce qui semble être des manipulations flagrantes et des provocations, d’exiger le respect du droit international et de continuer à poser des questions jusqu’à ce que nous obtenions des réponses.

Les cinq stades de l'effondrementDmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/tuer-la-diplomatie

 

MAJ URGENT : 23 diplomates britanniques déclarés «personae non gratae» seront expulsés de Russie

MAJ URGENT : 23 diplomates britanniques déclarés «personae non gratae» seront expulsés de Russie

Publié par Brujitafr sur 17 Mars 2018, 09:45am

Catégories : #ACTUALITES, #POLITIQUE, #CONFLICTS DANS LE MONDE

MAJ URGENT : 23 diplomates britanniques déclarés «personae non gratae» seront expulsés de Russie

Le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré «personae non gratae» 23 employés diplomatiques de l’ambassade britannique à Moscou et leur a demandé de quitter la Russie dans un délai d’une semaine, annonce la diplomatie russe.

 

 

«23 diplomates de l’ambassade britannique à Moscou sont déclarés personae non gratae et seront expulsés dans un délai d’une semaine», fait savoir le ministère russe des Affaires étrangères.

Cette information a été communiquée à l’ambassadeur britannique à Moscou, Laurie Bristow, qui a été convoqué ce matin au ministère russe des Affaires étrangères.

«La partie britannique a été avertie que si d’autres mesures de caractère inamical sont prises à l’encontre de la Russie, la partie russe se réserve le droit de mettre en place d’autres mesures de rétorsion», poursuit la diplomatie russe.Le 4 mars dernier, l’ancien colonel du GRU, service de renseignement militaire russe, Sergueï Skripal et sa fille Iulia ont été retrouvés inconscients dans la ville de Salisbury, à 140 km de Londres. Souffrant d’une intoxication à un agent neurotoxique, ils se trouvent actuellement dans un hôpital. Londres a accusé Moscou d’être impliqué dans l’empoisonnement. La Première ministre Theresa May a annoncé l’expulsion de 23 diplomates russes et la suspension des contacts bilatéraux de haut niveau.

Sergueï Skripal a été recruté comme agent double par les services secrets britanniques en 1995. Il a fourni au MI6 les noms de plusieurs dizaines d’agents opérationnels russes sur le sol européen avant d’être démasqué en 2004 puis condamné en 2006 à 13 ans de prison pour haute trahison. Gracié en 2010, il a été livré aux États-Unis aux côtés de trois autres personnes reconnues coupables d’espionnage au profit de Washington, dans le cadre d’un échange qui avait permis à Moscou de rapatrier 10 agents dormants. L’homme vit depuis au Royaume-Uni.

 

 

La politique étrangère du président Macron

La politique étrangère du président Macron

Selon le président Macron, « France is back » (en anglais dans le texte). Elle entendrait jouer à nouveau un rôle international, après dix années de déshérence. Cependant Emmanuel Macron n’a jamais expliqué quelle politique il entend mener. Reprenant des éléments qu’il a déjà développés dans ces colonnes et les resituant à la fois dans le contexte européen et dans l’Histoire de ce pays, Thierry Meyssan analyse le virage qui vient d’être amorcé.

| Damas (Syrie)

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Lorsqu’Emmanuel Macron s’est présenté à la présidence de la République française, il ignorait tout des Relations internationales. Son mentor, le chef de l’Inspection générale des Finances (un corps de 300 hauts-fonctionnaires), Jean-Pierre Jouyet, lui fit dispenser une formation accélérée.

Le prestige de la France avait été considérablement affaibli par les deux précédents présidents, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Du fait de son absence de priorité et de ses innombrables retournements, la position française était désormais perçue comme « inconsistante ». Aussi débuta-t-il son mandat en rencontrant le plus grand nombre de chefs d’État et de gouvernement, montrant que la France se repositionnait comme une puissance médiatrice, capable de parler avec tous.

Après avoir serré des mains et invité à dîner, il lui fallu donner un contenu à sa politique. Jean-Pierre Jouyet [1] proposa de rester dans le camp atlantique, tout en misant sur les Démocrates états-uniens qui, selon lui, devraient revenir à la Maison-Blanche peut-être même avant les élections de 2020. Alors que les Britanniques quittent l’Union européenne, la France resserrerait étroitement son alliance avec Londres tout en conservant des rapports avec Berlin. L’Union devrait être recentrée sur la gouvernance de l’euro. Elle mettrait un terme au libre-échange avec les partenaires qui ne le respectent pas et créerait de grandes entreprises sur Internet capables de rivaliser avec celles du GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Elle devrait également se doter d’une défense commune contre le terrorisme. Avec ses alliés, elle s’engagerait dans la lutte contre l’influence russe. Enfin, la France poursuivrait son action militaire au Sahel et au Levant.

En septembre 2017, Jean-Pierre Jouyet fut nommé ambassadeur de France à Londres. En janvier 2018, la France et le Royaume-Uni relançaient leur coopération diplomatique et militaire [2]. Toujours en janvier, les deux États formaient une instance secrète, le « Petit Groupe », pour relancer la colonisation franco-britannique du Levant [3].

Cette politique, qui n’a jamais été discutée en public, ignore à la fois l’Histoire de France et la demande allemande de jouer un rôle politique international plus important. La quatrième économie du monde est en effet, soixante dix ans après sa défaite, toujours maintenue dans un rôle secondaire [4].

Concernant le monde arabe, le président Macron —énarque et ancien de Rothschild & Cie— a adopté le point de vue de ses deux consultants en la matière : le franco-tunisien Hakim El Karoui —un autre ancien de Rothschild & Cie— pour le Maghreb et l’ancien ambassadeur à Damas Michel Duclos —un énarque— pour le Levant. El Karoui n’est pas un produit de l’intégration républicaine, mais de la haute bourgeoisie transnationale. Il alterne un discours républicain au plan international et un autre communautaire au plan intérieur. Duclos est un authentique néoconservateur, formé aux États-Unis sous George W. Bush par Jean-David Levitte [5]

Or, El Karoui n’a toujours pas compris que les Frères musulmans sont un instrument du MI6 britannique, et Duclos que Londres n’a pas digéré les accords Sykes-Picot-Sazonov qui lui ont fait perdre la moitié de son empire au Moyen-Orient [6]. Les deux hommes ne voient donc pas de problème dans la nouvelle « entente cordiale » avec Theresa May.

On peut d’ores et déjà mesurer certaines incohérences de cette politique. En application des décisions du « Petit Groupe », la France a repris l’habitude de l’équipe du président Hollande de relayer à l’Onu les positions de ses employés de l’opposition syrienne (ceux qui se réclament du drapeau du mandat français sur la Syrie [7]). Mais les temps ont changé. La lettre de l’actuel président de la « Commission syrienne de négociation », Nasr al-Hariri, transmise au nom de la France au Conseil de sécurité injurie non seulement la Syrie, mais aussi la Russie [8]. Elle accuse l’une des deux principales puissances militaires au monde [9] de perpétrer des crimes contre l’Humanité ce qui contrevient à la position « médiatrice » d’un membre permanent du Conseil. Si Moscou a préféré ignorer cet écart de langage, Damas y a sèchement répondu [10].

En définitive, la politique d’Emmanuel Macron ne diffère guère de celles de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, même si, du fait de la présence de Donald Trump à la Maison-Blanche, elle s’appuie plus sur le Royaume-Uni que sur les États-Unis. L’Élysée poursuit l’idée d’un relèvement économique pour ses multinationales non pas en France, mais dans son ancien Empire colonial. Il s’agit des mêmes choix que ceux du socialiste Guy Mollet, un des fondateurs du Groupe de Bilderberg [11]. En 1956, le président du Conseil français fit alliance avec Londres et Tel-Aviv pour conserver ses parts dans le Canal de Suez nationalisé par le président Gamal Abdel Nasser. Il proposa à son homologue britannique, Anthony Eden, que la France intègre le Commonwealth, qu’elle fasse allégeance à la Couronne, et que les Français adoptent le même statut de citoyenneté que les Irlandais du Nord [12]. Ce projet d’abandon de la République et d’intégration de la France au sein du Royaume-Uni sous l’autorité de la reine Élisabeth II ne fut jamais discuté publiquement.

Peu importent l’idéal d’égalité en Droit exposé en 1789 et le rejet du colonialisme exprimé par le Peuple français face au coup d’État avorté de 1961 [13], aux yeux du Pouvoir, la politique étrangère ne ressort pas de la démocratie.

[1] « De la Fondation Saint-Simon à Emmanuel Macron », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 16 avril 2017.

[2] « L’ »Entente cordiale » franco-britannique », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 30 janvier 2018.

[3] « Syrieleaks : un câble diplomatique britannique dévoile la « stratégie occidentale » », par Richard Labévière, Observatoire géostratégique, Proche&Moyen-Orient.ch, 17 février 2018.

[4] C’est également le cas du Japon.

[5] Jean-David Levitte, alias « Diplomator », fut représentant permanent de la France aux Nations unies à New York (2000-02), puis ambassadeur à Washington (2002-07).

[6] D’un point de vue britannique, les accords Sykes-Picot-Sazonov de 1916 ne sont pas un partage équitable du monde entre les trois empires, mais une concession du Royaume-Uni pour s’assurer le soutien de la France et de la Russie (Triple Entente) contre le Reich allemand, l’Autriche-Hongrie et l’Italie (Triplice).

[7] « La France à la recherche de son ancien mandat en Syrie », par Sarkis Tsaturyan, Traduction Avic, Oriental Review (Russie), Réseau Voltaire, 6 octobre 2015. En 1932, la France octroie à la Syrie mandataire un nouveau drapeau. Il est composé de trois bandes horizontales représentant les dynasties Fatimides (vert), Omeyyades (blanc) et Abbasides (noir), symboles des musulmans chiites pour la première et sunnites pour les deux suivantes. Les trois étoiles rouges représentent les trois minorités chrétienne, druze et alaouite. Ce drapeau restera en vigueur au début de la République arabe syrienne et reviendra, en 2011, avec l’Armée syrienne libre.

[8] « Accusation de la Syrie et de la Russie par la France », par François Delattre, Réseau Voltaire, 9 février 2018.

[9] « Le nouvel arsenal nucléaire russe rétablit la bipolarité du monde », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 mars 2018.

[10] « Réponse de la Syrie à la France », par Bachar Ja’afari, Réseau Voltaire, 28 février 2018.

[11] « Ce que vous ignorez sur le Groupe de Bilderberg », par Thierry Meyssan, Komsomolskaïa Pravda (Russie) , Réseau Voltaire, 9 avril 2011.

[12] “When Britain and France nearly married”, Mike Thomson, BBC, January 15, 2007. « Frangland ? UK documents say France proposed a union with Britain in 1950s : LONDON : Would France have been better off under Queen Elizabeth II ? », Associated Press, January 15, 2007. Guy Mollet ne reprenait pas là la proposition d’Union franco-britannique, formulée par Winston Churchill et Anthony Eden en 1940, de fusion provisoire des deux nations après la défaite française pour lutter face au Reich nazi. Il s’inspirait en fait, dans le contexte de la crise de Suez et l’espoir de sauver l’Empire français, de la proposition d’Ernest Bevin onze ans plus tôt de créer un troisième bloc face aux USA et à l’URSS, en joignant les empires britannique, français et néerlandais au sein d’une Union occidentale. Ce projet fut abandonné par Londres au profit de la CECA (ancêtre de l’Union européenne) au plan économique et de l’Otan au plan militaire.

[13] En 1961, un coup d’État militaire, organisé en sous-main par l’Otan, tenta de renverser le général-président Charles De Gaulle et de maintenir la politique coloniale française. Massivement, les Français refusèrent de s’y rallier. « Quand le stay-behind voulait remplacer De Gaulle », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 septembre 2001.

http://www.voltairenet.org/article200032.html

Pompeo au secrétariat d’État et Haspel à la CIA

Pompeo au secrétariat d’État et Haspel à la CIA

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Le président Donald Trump a annoncé le remplacement du secrétaire d’État Rex Tillerson par le directeur de la CIA, Mike Pompeo, lui même remplacé par son adjointe, Gina Haspel.

Le président s’était particulièrement heurté à son secrétaire d’État à propos de la Russie, de l’Iran et de la Corée du Nord. Tillerson considérait comme indispensable de diaboliser la Russie ; il s’opposait à la rupture de l’accord 5+1 ; et à tout dialogue de chef d’État à chef d’État avec le président Kim.

Gina Haspel est unanimement considérée comme une des meilleures espionnes de la CIA par ses collègues et tout aussi unanimement mise en cause par les politiciens de Washington. Elle a dirigé la prison secrète de l’Agence en Thaïlande et y a supervisé les horreurs commises sur Abu Zubaydah et Abd al-Rahim al-Nashiri. Elle incarne à ce titre les tortures généralisées de l’ère Bush. C’est la première fois qu’une femme accède à la direction de la CIA.

http://www.voltairenet.org/article200090.html

Tillerson n’a pas parlé à Trump et ignore les raisons de son limogeage

Tillerson n’a pas parlé à Trump et ignore les raisons de son limogeage

Washington – Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson n’a pas parlé à Donald Trump avant son limogeage et ignore les raisons pour lesquelles il a été écarté et remplacé par le patron de la CIA Mike Pompeo, a expliqué le département d’Etat.

« Le secrétaire (d’Etat) n’a pas parlé avec le président ce matin et il ignore les raisons, mais il est reconnaissant d’avoir pu servir, et continue à penser que servir le public est une tâche noble qu’il ne faut pas regretter », a déclaré Steve Goldstein, un haut responsable du département d’Etat.

Donald Trump a expliqué qu’il voulait renouveler son équipe diplomatique avant les négociations avec la Corée du Nord.

M. Tillerson est revenu à Washington d’une tournée en Afrique mardi avant l’aube, quelques heures seulement avant l’annonce de son limogeage.

« Le secrétaire (d’Etat) avait la ferme intention de rester à son poste en raison des progrès tangibles faits sur des questions importantes de sécurité nationale. Il avait noué de bonnes relations avec ses homologues », a ajouté dans une série de messages sur Twitter M. Goldstein, qui a le titre de sous-secrétaire d’Etat pour les affaires et la diplomatie publique.

« Le secrétaire regrettera ses collègues au département d’Etat et a apprécié de travailler avec le ministère de la Défense dans une rare relation solide », a-t-il expliqué, soulignant la proximité entre M. Tillerson et le ministre de la Défense Jim Mattis face aux faucons de l’administration.

(©AFP / 13 mars 2018 14h29)

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Corée du Nord: Xi apprécie les efforts « diplomatiques » de Washington (Trump)

Corée du Nord: Xi apprécie les efforts « diplomatiques » de Washington (Trump)

Washington – Le président chinois Xi Jinping est reconnaissant des efforts « diplomatiques » déployés par Washington pour résoudre la crise nord-coréenne, « plutôt que d’utiliser l’option la plus inquiétante », a affirmé le président américain samedi.

« Le président Xi m’a dit qu’il appréciait que les Etats-Unis essaient de résoudre le problème diplomatiquement plutôt que d’utiliser l’option la plus inquiétante. La Chine continue de nous aider! » a tweeté Donald Trump, en référence à son appel téléphonique de la veille avec son homologue chinois.

La Maison Blanche avait annoncé vendredi que les deux chefs d’Etat « se sont engagés à maintenir la pression et les sanctions jusqu’à ce que la Corée du Nord prenne des décisions vers une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible ».

Et le président américain est convaincu que Pyongyang tiendra sa promesse d’oeuvrer à la dénucléarisation, condition à la tenue du sommet historique entre lui et Kim Jong Un.

« La Corée du Nord n’a pas mené d’essai de missile depuis le 28 novembre 2017 et a promis de ne pas le faire pendant nos rencontres. Je pense qu’ils vont tenir leur promesse! », a-t-il affirmé, encore une fois par voie de tweet samedi.

« J’apprécie les intentions positives de M. le président (Trump) afin de parvenir à une résolution pacifique du problème de la péninsule coréenne », avait salué Xi Jinping lors de l’appel téléphonique vendredi, selon des propos rapportés par l’agence Chine nouvelle.

Principale voix discordante, Hillary Clinton a pour sa part estimé que l’administration Trump ne « voit pas le danger » représenté par des discussions avec Pyongyang.

« Si vous voulez discuter avec Kim Jong Un de ses armes nucléaires, il vous faut des diplomates expérimentés », a expliqué l’ancienne responsable de la diplomatie américaine dans une interview publiée samedi par le journal néerlandais Algemeen Dagblad.

« Il faut des gens qui connaissent bien les dossiers et qui savent déchiffrer les Nord-Coréens et leur langage », a ajouté la candidate malheureuse à l’élection présidentielle de 2016, ajoutant que « le danger n’est pas reconnu par le gouvernement Trump ».

L’actuel secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson, en tournée en Afrique, a de son côté annulé son programme pour samedi à Nairobi. Il « ne se sent pas bien après deux longues journées à travailler sur des questions importantes comme la Corée du Nord », a justifié le sous-secrétaire d’État Steve Goldstein.

Le lieu et la date de la possible rencontre entre Kim Jong Un et Donald Trump n’ont pas encore été arrêtés, mais elle devrait se tenir « d’ici mai », selon Chung Eui-yong, conseiller national sud-coréen à la Sécurité.

Pyongyang n’a pas encore réagi officiellement à cette annonce, mais son ambassadeur aux Nations unies, Pak Song Il, a déclaré au Washington Post que cette invitation résultait d’une « décision volontaire et ouverte » de Kim Jong Un.

Grâce à cette « décision courageuse de notre dirigeant suprême, nous pouvons envisager d’assurer la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne », a-t-il également expliqué.

(©AFP / 10 mars 2018 21h06)

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