Archives pour la catégorie Diplomatie

Sévère mise-en-garde de la Russie qui est prête à réagir à une nouvelle frappe en Syrie

C’est en tout cas ce que la Russie veut faire savoir et à bon entendeur, salut! En effet la Russie a annoncé de vastes manœuvres navales en Méditerranée, alors « que l’USS Ross, un destroyer américain, est entré en Méditerranée le 25 août dernier, armé de 28 missiles de croisière Tomahawk capables de frapper n’importe quelle cible en Syrie,«  Selon le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov.

«Nous prévoyons de déployer plus de 25 navires sous le commandement du croiseur lance-missiles Amiral Oustinov. Près de 30 avions participeront à ces exercices, dont des bombardiers stratégiques Tu-160», a fait savoir le ministère de la Défense russe dans un communiqué de presse. Les manœuvres devraient avoir lieu du 1er au 8 septembre.

Alors que l’ONU évoque la présence de quelque «10 000 terroristes» dans la province d’Idlib, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré : «Le foyer de terroristes qui s’est formé là-bas n’annonce rien de bon si l’inaction actuelle se prolonge.»

Les manœuvres navales engagées par la Russie, principale alliée de la Syrie, constituent donc selon lui une «hausse des mesures de précaution tout à fait fondée et justifiée.»

Ceci alors que depuis un mois la Russie ne cesse de dénoncer le projet d’une nouvelle fausse attaque chimique en Syrie, prétexte à de nouveaux bombardements occidentaux dont la menace a été brandie par John Bolton, conseiller américain à la sécurité nationale le 22  août. Menace réitérée par Emmanuel Macron récemment. Attaque chimique dont l’armée syrienne serait accusée alors que celle-ci s’apprête à  délivrer la région d’Idlib des supplétifs islamistes non avoués de la coalition américaine. Comme pour les prétendues attaques chimiques de la Ghouta ou d’Alep par Damas, à chaque fois il s’agit pour la coalition occidentale de protéger ses supplétifs terroristes qui combattent sous faux drapeau pour ses intérêts cachés. Il en est ainsi à chaque fois que ceux-ci sont acculés par l’armée syrienne. Une diabolisation médiatique est un bon moyen de faire diversion en pointant du doigt « le régime de Bachar el-Assad » afin de paralyser l’élan libérateur. Un piège qui a déjà souvent fonctionner mais aujourd’hui la Russie sonne la fin de la récréation.

Hier c’était l’envoyé spécial des Nations unies (ONU) en Syrie, Staffan de Mistura, qui faisait part de sa préoccupation du risque d’une catastrophe humanitaire dans la province d’Idlib, alors que l’armée syrienne est en passe de reprendre le contrôle de cette région où les groupes djihadistes seraient au nombre de 10 000 selon une estimation du représentant de l’ONU. L’homme demandait étrangement, hier, à Moscou, Téhéran et Ankara de convaincre Damas de surseoir à son offensive dans la province d’Idlib, redoutant que les deux camps n’aient recours à des armes chimiques. (Source) Étrange façon de lutter contre les terroristes et les armes prohibées que de demander au pouvoir légitime de ne pas finir de libérer son pays de l’occupation ennemie!

Les précédentes frappes américano-anglo-françaises dans la Ghouta orientale contre la Syrie, en avril dernier, avaient pris pour prétexte de semblables prétendues attaques chimiques attribuées sans la moindre preuve à Damas. Il semble d’ailleurs, qu’en réalité il n’y ait pas eu d’attaque chimique tandis que des témoins au contraire, ont dénoncé une mise-en-scène de la part de l’Occident et de ses alliés islamistes sous faux drapeau, pour simuler une telle attaque, ainsi que le dénonce clairement et arguments à l’appui, plus bas, l’ambassadeur russe à Washington, Anatoly Antonov, dans un message qu’il a publié sur Facebook et dans lequel il met en garde Washington.

Sévère mise-en-garde de Mocou

Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue syrien tenue ce 30 août, a fait part de la détermination de la Russie à aider la Syrie à mener à bien la reconquête intégrale de son territoire. «Nous avons des faits sous les yeux [la mise en chantier de’une fausse attaque chimique ndlr], et nous avons adressé une mise en garde forte à nos partenaires occidentaux de ne pas jouer avec le feu», a-t-il annoncé. Des navires russes ont d’ailleurs été aperçus ces derniers jours faisant route vers la Syrie, avant même l’annonce des manœuvres.

Cité par Reuters, le Ministre russe des Affaires étrangères a rappelé que le gouvernement syrien avait parfaitement le droit de combattre les groupes djihadistes. «Il reste encore la tâche de liquider les foyers restants de terrorisme, avant tout dans la zone de désescalade d’Idlib», a-t-il déclaré. De son côté, le ministre des Affaires étrangères syrien, Walid al-Moualem, a confirmé que la Syrie était déterminée à «aller jusqu’au bout» dans sa lutte pour libérer la province d’Idlib, dont il estime qu’elle est principalement tenue par les islamistes du Front al-Nosra ou Front Fatah al Cham (branche syrienne d’Al-Qaïda). Sergeï Lavrov a encore exhorté les Occidentaux, qui font mine de considérer les djihadistes comme de simple rebelles à Bachar-el-Assad, à ne pas utiliser les djihadistes comme des «pions» sur l’échiquier géopolitique.

Alors que l’envoyé de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, s’inquiétait d’un usage d’armes chimiques par l’armée syrienne ainsi que par les combattants rebelles, le ministre syrien a martelé que son pays ne possédait pas d’armes chimiques. Il a en outre assuré que l’armée syrienne tenterait autant que possible d’éviter les pertes civiles lors de l’offensive à venir.

Dans un message Facebook publié le 30 août, «en réponse aux questions des médias», l’ambassadeur russe à Washington, Anatoly Antonov a confirmé avoir rencontré des représentants spéciaux des États-Unis pour la Syrie, le 27 août:

Vendredi dernier, nous avons envoyé une lettre au Département d’État des États-Unis pour demander l’arrangement [d’une] réunion dès que possible. Nous sommes reconnaissants à David Satterfield et à ses collègues pour leur brève réaction à notre demande. (…).

L’essentiel est que nous ayons exprimé nos inquiétudes concernant les signaux américains de préparer de nouveaux bombardements sur la Syrie sous prétexte de l’utilisation possible d’armes chimiques par les Syriens. Nous avons souligné qu’une telle perspective nous préoccupe beaucoup. Nous avons appelé Washington pour fournir des informations non retardées sur les raisons pour lesquelles le sujet de l’utilisation d’armes chimiques par Damas est alimenté.

Nous avons noté qu’une telle rhétorique du côté américain pourrait servir de signal à différents groupes terroristes et organisations pseudo-humanitaires comme les «casques blancs» pour préparer une autre provocation. Nous avons fourni des détails sur les préparatifs du groupe militant «Front Fatah al cham» (ancien «Front al-Nosra») pour commettre une autre provocation avec l’utilisation d’agents toxiques contre la population civile dans le gouvernorat d’Idlib afin de blâmer les forces gouvernementales pour ce crime.

Nous avons informé nos collègues de la livraison de 8 conteneurs de chlore à la ville de Jisr al-choughour, qui ont ensuite été transférés par les activistes de Hizb al Islami al Turkistani au village de Hallouz où un groupe de combattants spécialement entraînés a déjà été déployés (ont été formés sous la direction de la compagnie militaire privée britannique « Olive Group »). Leur tâche consiste à simuler le sauvetage de victimes d’attaques chimiques. À cette fin, il est même prévu d’exploiter des enfants pris en otage.

Nous avons exprimé directement nos préoccupations. Cette provocation préparée avec la participation active des forces de renseignement britanniques peut servir de prétexte à la «troïka» occidentale (Washington-Londres-Paris) pour lancer une nouvelle frappe aérienne contre les infrastructures militaires et civiles syriennes.

Nous avons averti les États-Unis de ne pas s’engager dans une autre agression sans fondement et illégale contre la Syrie. Une nouvelle aggravation de la situation en Syrie ne serait dans l’intérêt national de personne et seul les terroristes en bénéficieraient. Nous nous attendons à ce que nos préoccupations soient entendues. Nous espérons que les États-Unis déploieront tous les efforts possibles pour empêcher l’utilisation d’agents toxiques par les terroristes et agiront de manière responsable, comme membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. (Source: message facebook de M. Antonov.)

L’annonce d’importantes manœuvres en Méditerranées de la part de la marine russe aujourd’hui, alors que le destroyer de guerre américain est déjà présent en Méditerranée, semble bien manifester la détermination de la part du Kremlin de donner du poids à ses avertissements pour la cas où ceux-ci n’auraient pas été bien pris au sérieux.

L’arme « invincible » de la Russie

En effet le Pentagone n’ignore pas que la Russie a les moyens de paralyser les systèmes électroniques de n’importe quel bâtiment et autres aéroplanes, depuis ses déboires en Méditerranée ou en Mer Noire. La Russie ayant pris une avance déterminante dans ce domaine technologique. Mais plus performant encore, Vladimir Poutine a annoncé officiellement en mars dernier une série d’armes nucléaires offensives «dont aucune autre armée que la nôtre ne possède l’équivalent», ajoutant: «Nous avons entamé le développement de nouveaux types d’armes balistiques qui n’empruntent pas les trajectoires balistiques durant leur vol vers leur cible, ce qui rend inutiles et tout à fait insensés les systèmes antimissiles». Annonce que le Pentagone a pris très au sérieux, selon de nombreux articles de la presse américaine. Par cette nouvelle technologie d’armement la Russie s’est dotée des moyens de se faire entendre et respecter des USA et de l’Otan, ainsi que le Président l’avait clairement expliqué: Vous n’avez pas voulu nous écouter ? Maintenant vous allez le faire!  Ceci en riposte au mépris constant des USA qui ne cessent de se rapprocher toujours plus des frontières russes en les menaçant, en dépit de leurs engagements.

Photo: Frégate russe Pytlivy traversant le détroit du Bosphore le 25 août 2018

Voir aussi: 

Émilie Defresne

http://www.medias-presse.info/severe-mise-en-garde-de-la-russie-qui-est-prete-a-reagir-a-une-nouvelle-frappe-en-syrie/97298/

Publicités

Qatar, un pays mis à l’index par la Péninsule arabe

Qatar, un pays mis à l’index par la Péninsule arabe

Par Pascal Le PAUTREMAT, le 29 août 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Docteur en Histoire contemporaine et Relations internationales. Président de la société Actiongeos

Largement compromis par ses réseaux de financement et de soutien apportés à diverses structures salafistes, à connotations jihadiste, le Qatar paie le prix fort en étant mis à l’index, depuis un an, par les autres pays de la péninsule arabe. Les monarchies du Golfe – qui ne sont pas toutes exemplaires en la matière – ont à cœur de faire en sorte que le Qatar prennent ses distances avec les mouvances radicales à connotation jihadiste.

Des informations de la BBC [1] confirment durant l’été 2018 ce que d’autres sources avaient déjà mentionné en 2017 : il semblerait que le gouvernement du Qatar ait payé une rançon exorbitante (certains disent 360 millions de dollars, d’autres 1 milliard) au groupe terroriste Al Nusra.

Pas de doute pour les voisins du Qatar pour qui les révélations de 2017 sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Les autres monarchies du Golfe, ainsi que l’Egypte, lancent un boycott du Qatar en même temps qu’ils rompent leurs relations diplomatiques avec Doha, en juin 2017. Pour Riyad et Abou Dhabi, la mansuétude du Qatar est dangereuse et inacceptable dans une région instable où, eux-mêmes, s’appliquent à neutraliser les mouvances terroristes et leurs réseaux de soutiens transfrontaliers. Le Qatar, depuis un an, est ostracisé par les autres pays de la péninsule arabe. Les Emirats Arabes Unis, en particulier, exigent que le Qatar prenne ses distances avec les groupes radicaux qui ont bénéficié de sa complaisance.

Qatar, un pays mis à l'index par la Péninsule arabe
Qatar, Doha, la corniche
Source : wikipédia

Le Qatar, ostracisé : le prix d’une collusion avec les filières jihadistes

Les Emirats Arabes Unis condamnent fermement ces soutiens de mécènes qataris en faveur de mouvements qui ont contribué à jeter le discrédit sur le monde arabo-musulman.

Ainsi ces mécènes ont ces dernières années, dans la guerre civile et multiconfessionnelle en Syrie, contribué à la vaste déstabilisation de l’espace syro-irakien, par l’Etat islamique en I’Irak et au Levant (EIIL), apparu dès 2006 dans sa forme initiale et renommé, en 2014, Etat islamique ou Daech. En 2014, les terroristes avaient enlevé une vingtaine de ressortissants qataris venus en Irak pour une expédition de chasse. Les messages obtenus par la BBC montrent que des négociations ont eu lieu dans l’ombre, menées par Doha avec le soutien de l’Ambassadeur Qatari à Bagdad, aboutissant à un transfert important d’argent liquide. Cela provoque un véritable scandale au sein des institutions émiraties tant la mansuétude du Qatar apparait contreproductive alors que nombre de pays s’appliquent à neutraliser de tels réseaux transfrontaliers.
Soutien financier, jeu de collusion dogmatique avec le sunnisme ultra-conservateur, le jeu d’une frange qatarie n’est pas sans interrelations en faveur de la renaissance d’un califat dans la région ; renaissance voulue sciemment, par le président turc Recep Tayip Erdogan.

Jeux d’influence et de financement

Au-delà de la problématique des rançons, identifiée par Georges Malbrunot et Christian Chesnot dans leur livre enquête « Nos très chers Emirs » (éd. Michel Lafon, 2016), Abou Dhabi condamne aussi avec fermeté, le jeu de certains riches qataris en faveur de mouvements qui ont contribué à jeter le monde arabo-musulman dans le chaos. En Syrie, par exemple, où, en 2013, le Qatar reconnaissait lui-même avoir livré des systèmes d’armes létales aux rebelles salafistes. Par vases communicants, cela a contribué à la déstabilisation de l’espace syro-irakien, sous le joug de l’Etat islamique en Irak et au Levant, renommé, en 2014, Etat islamique ou Daech, et de diverses autres mouvances jihadistes.

Les griefs des voisins du Qatar sont encore plus larges. Ils accusent Doha d’intervenir tous azimuts et de mettre en place des stratégies d’ingérence déstabilisatrice. Le Qatar sait, en effet, favoriser une politique de lobbying tous azimuts, en faveur du salafisme, jusque dans les territoires urbains des métropoles européennes, en général, françaises en particulier. En 2011, le Qatar créa même un fonds spécial dédié à assurer des investissements dans les banlieues françaises, à hauteur de 100 millions de dollars, afin d’y favoriser la création d’entreprises et le financement de projets associatifs.

De même, assure-il un soutien puissant au profit du Hamas, mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza, tout en restant assez proche d’Israël jusqu’à l’opération « Plomb durci » en décembre 2008. Le Qatar joua aussi un rôle d’influence au profit des mouvements jihadistes de Libye, dans le sillage de la crise politique et la guerre qui marque la fin de l’ère Kadhafi.

En même temps, le Qatar, tout en étant proche des jihadistes salafistes, n’est pas réticent à tout lien aux Frères musulmans et, en Tunisie, au parti. Au point d’être vivement décrié en 2017, par l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis, en raison de son jeu trouble afin de promouvoir, en Tunisie, avec Ennahda, l’envoi de jeunes en Syrien en vertu du jihad.

La duplicité du Qatar est alors fustigée par Abu Dhabi comme par l’ensemble des autres pays du Golfe.

Au cœur d’un blocus des pays arabes dont l’efficacité reste sujette à caution

Toutes ces raisons conduisent les Etats du Golfe, à savoir l’Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis, Bahreïn, mais aussi l’Egypte, à mettre en place, le 5 juin 2017, un embargo qui se traduit par des sanctions commerciales et diplomatiques à l’encontre du Qatar.

A priori, le blocus terrestre, maritime et aérien a des conséquences jugées, pour certaines, encourageantes. Ainsi, en matière de communication, les autorités qataries inscrivent dès lors leur chaîne internationale de télévision Al Jazeera, dans un état d’esprit de retenue et de modération. En mars 2018, le Qatar constituait même une « black list » de plusieurs dizaines de personnes identifiées comme terroristes. Parmi celles-ci figurent des Qataris eux-mêmes accusés par les autres Etats arabes.

Mais, pour le reste, les avis divergent quant à l’efficacité du blocus d’autant que le Qatar ne semble pas prêt de renoncer à ses liens avec l’Iran, malgré les vifs reproches en la matière des pays du Golfe.

En décembre 2017, l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes unis dont décidé de créer leur propre alliance politique et militaire, en signe de leur désapprobation quant au manque d’unité du CCG face au Qatar.

Un rapprochement stratégique avec l’Iran

Mis en marge au sein du Conseil de Coopération du Golfe, le Qatar opte pour la consolidation d’un partenariat avec l’Iran, en particulier pour l’exploitation d’un gigantesque gisement gazier off-shore (North Dome). Ce qui se traduit, d’ici mars 2019, par l’installation de six nouvelles plateformes d’extraction.

Les liens de Doha, avec les pays européens et des Etats-Unis – qui disposent d’une base aérienne à Al-Udeid jusqu’en 2023, tout comme ses relations étroites avec les régimes islamistes comme le Soudan et la Turquie, rendent le Qatar, pour Abou Dabi, suspect à bien des égards. Sans oublier sa stratégie de placement à l’international de ses fonds souverains qui font que le petit émirat qatari maîtrise parfaitement les logiques stratégiques du marketing diplomatique, en Europe comme aux Etats-Unis via son fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA).

En juin 2018, les tensions semblent en tout cas persister, d’autant que le Qatar doit prochainement être équipé d’une système antimissiles à base de S-400 russes, ce qui n’est pas pour rassurer la monarchie saoudienne ni les autorités émiraties.

Reste à savoir si la bienveillance de pays tels que la France ou la Grande-Bretagne – dont on connaît l’intérêt pour les ressources (pétrole et gaz) et leurs productions et les partenariats financiers – à l’égard du Qatar va perdurer, ou si, à l’inverse, le Qatar tient à changer de positionnement en profondeur. Quelle va être la position des Etats-Unis sur ce dossier, dans la mesure où l’armée américaine dispose de sa base d’Al-Udeid (près de 10 000 militaires) et à laquelle Washington n’est sans doute pas prêt à renoncer. Peut-être est-ce pour éviter toute déconvenue que Doha a ordonné, le 24 juillet 2018, des travaux d’agrandissement de la base américaine d’Al-Udeid, tout en ayant fait savoir, à Washington, qu’elle souhaitait que la présence américaine devienne permanente.

Cela ne pourra se vérifier que sur le moyen et long terme. Dans l’immédiat, selon des sources internes au ministère qatari des Affaires étrangères, le Qatar se préparerait à un durcissement du blocus des Etats voisins, au fur et à mesure que se rapproche la Coupe du monde de football de 2022. Une situation qui n’altère pas les négociations qataro-russes portant sur l’achat de systèmes d’armes à la Russie, au grand dam de l’Arabie saoudite qui estime qu’in fine, la sécurité de son espace aérien pourrait être menacée.

Sur le champ économique stricto sensu, le Qatar témoigne par ailleurs d’une volonté stratégique de diversification de ses activités afin de se soustraire progressivement à la dépendance aux hydrocarbures qui lui assurent près de 70% du budget étatique, et mise clairement sur la production d’énergie solaire et la tertiarisation. Le pays s’applique ainsi à trouver de nouveaux partenaires, tant en Afrique qu’en Asie (Inde, Chine) pour attirer les investisseurs étrangers tout en y développant des partenariats industriels.

Août 2018-Pautremat/Diploweb.com

L’ambassadeur russe en Algérie explique pourquoi Alger achète tant d’armes à Moscou

L’ambassadeur russe en Algérie explique pourquoi Alger achète tant d’armes à Moscou

La situation au Proche-Orient et les conflits armés dans les pays voisins sont parmi les raisons qui font que l’Algérie achète beaucoup d’armes russes depuis des années. L’ambassadeur russe à Alger, Igor Beliaïev, a indiqué à Sputnik pourquoi ce pays préfère resserrer les liens avec la Russie.

L’Algérie achète la moitié des armes russes exportées vers l’Afrique pour des raisons historiques, mais aussi à cause de la situation qui règne à ses frontières, a déclaré mardi à Sputnik Igor Beliaïev, ambassadeur de Russie en Algérie.

«La coopération militaire et technique est un domaine clé de nos relations. Cette situation s’est créée à l’époque de la lutte du peuple algérien pour l’indépendance […] où la Russie a joué un très grand rôle. Ces derniers temps, cette coopération ne cesse de se développer sur l’initiative des autorités algériennes, en raison probablement de la situation actuelle au Proche-Orient et en Afrique du Nord», a indiqué le diplomate.

Il a rappelé qu’il y avait beaucoup de conflits armés à proximité des frontières algériennes, notamment la crise en Libye, avec laquelle l’Algérie a une assez longue frontière commune, ou la crise au Mali.

A la question de savoir si Moscou et Alger pourraient œuvrer ensemble pour le perfectionnement d’armes, le diplomate a noté que tout était possible, si les deux pays manifestaient leur intérêt.

Lors de sa visite en Algérie en 2006, le Président Vladimir Poutine a insufflé une forte dynamique au partenariat stratégique signé entre l’Algérie et la Russie en 2001 à Moscou, en effaçant la dette militaire algérienne de 4,7 milliards de dollars. Profitant de l’embellie financière des années 2000 due au prix élevé des hydrocarbures, l’Algérie a mené un vaste programme de rééquipement de son armée, par l’acquisition de nouveaux matériels sophistiqués et la modernisation des plus anciens. La Russie a été le principal partenaire de l’Algérie dans l’effort de remise à niveau de son armée.

Dans sa dernière édition de 2018, le site américain spécialisé dans les questions de défense Global Fire Power (GFP) a classé l’armée algérienne à la 23e place mondiale et en deuxième position en Afrique derrière l’armée égyptienne qui occupe, quant à elle, le 12e rang mondial.

La Russie et l’Algérie collaborent également dans la lutte contre le terrorisme, d’après l’ambassadeur russe Beliaïev.

«Des foyers terroristes se sont formés dans de nombreuses région du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord en raison de la politique irréfléchie de certains pays qui cherchent à renverser les régimes qui ne leurs conviennent pas. Les terroristes migrent d’une région à une autre et présentent une menace pour la sécurité de l’Algérie et de la Russie. Voilà pourquoi nos deux pays luttent ensemble contre le terrorisme. L’Algérie a rejoint la base des données sur les terroristes élaborée par le Service fédéral de sécurité russe (FSB)», a-t-il annoncé.

Les relations russo-algériennes sont établies au niveau le plus élevé. Evoquant ses rencontres avec le Président Abdelaziz  Bouteflika, Igor Beliaïev a noté leur ambiance amicale:

«Fin janvier, j’ai assisté à une rencontre de la délégation russe conduite par le secrétaire du Conseil de sécurité russe Nikolaï Patrouchev avec le Président Bouteflika. La rencontre a duré près d’une heure et l’ambiance a été très amicale. Nous avons discuté de la situation régionale et des relations bilatérales. Le Président algérien aime notre pays, notre culture, il connaît les œuvres des célèbres écrivains russes. Et les entretiens se sont ainsi tenus dans une ambiance très chaleureuse. Au moment de nous séparer, le Président nous a fermement serré la main à  tous», a conclu l’ambassadeur Beliaïev.
Sputnik
https://fr.sputniknews.com/international/201807171037245581-russie-algerie-diplomate-armes/

http://www.afrique-asie.fr/lambassadeur-russe-en-algerie-explique-pourquoi-alger-achete-tant-darmes-a-moscou/

Tanzanie : le parti au pouvoir hausse le ton à la suite de critiques américaines

Diplomatie

Tanzanie : le parti au pouvoir hausse le ton à la suite de critiques américaines

19 août 2018 à 11h13 | Par AFP

La Tanzanie est un pays « indépendant » et ne saurait « se laisser intimider », a affirmé samedi le parti au pouvoir, réagissant aux critiques américaines selon lesquelles des élections partielles locales le 12 août avaient été entachées de violences et d’irrégularités.

« Nous ne nous laisserons pas intimider, nous ne pouvons pas être intimidés. Même si notre pays est pauvre, nous ne sommes pas prêts à accepter des ingérences dans notre gouvernance, nous continuerons à nous gouverner nous-mêmes », a déclaré samedi Bashiru Ally, secrétaire général du parti au pouvoir, le CCM, lors d’une réunion publique.

Devant la presse jeudi, le secrétaire général avait déjà dit « espérer que les États-Unis d’Amérique et d’autres institutions et pays étrangers respecteront l’indépendance » du pays.

La veille, l’ambassade américaine en Tanzanie avait fait part de la préoccupation des États-Unis face au déroulement des élections partielles du 12 août.

«Violences électorales et irrégularités »

« Des rapports crédibles font état de violences électorales et d’irrégularités, incluant le refus par la Commission nationale électorale d’enregistrer des candidats de l’opposition, l’intimidation par la police de membres de partis d’opposition, des arrestations sans mandat d’arrêt et la suppression des droits de rassemblement et de parole à la veille des élections », avait détaillé l’ambassade dans son communiqué.

Les États-Unis comptent parmi les principaux bailleurs de fonds de la Tanzanie.

Le président tanzanien John Magufuli, dont le mandat entamé fin 2015 est marqué du sceau de l’intransigeance et de l’autoritarisme selon ses détracteurs, a affirmé le mois dernier que le CCM resterait « au pouvoir à jamais ».

http://www.jeuneafrique.com/617390/politique/tanzanie-le-parti-au-pouvoir-hausse-le-ton-a-la-suite-de-critiques-americaines/?utm_source=newsletter-ja-actu-non-abonnes&utm_medium=email&utm_campaign=newsletter-ja-actu-non-abonnes-20-08-18

Nigeria : Macron célèbre « la vitalité de la culture africaine » au club mythique de Fela Kuti

Diplomatie

Nigeria : Macron célèbre « la vitalité de la culture africaine » au club mythique de Fela Kuti

04 juillet 2018 à 09h04 | Par Jeune Afrique avec AFP

En visite au Nigeria pour le lancement de la Saison des cultures africaines, le président français Emmanuel Macron a célébré le 3 juillet la créativité africaine dans une salle de concert de Lagos, haut lieu de l’afrobeat contestataire de l’icône nigériane Fela Kuti.

« Il faut donner à voir la vitalité de la culture africaine, dont le Nigeria est une vitrine », a déclaré Emmanuel Macron le 3 juillet avant de se rendre au Shrine. Située dans le quartier d’Ikeja (banlieue nord de Lagos), cette salle de concert a été créée par Fela Kuti, créateur de l’afrobeat, une musique qui fusionne funk, soul, jazz et airs africains, avant d’être relancée par son fils Femi Kuti.

« C’est un lieu iconique », « vibrant », a salué le président français, en racontant l’avoir découvert en 2002 lors d’un concert de Femi Kuti alors qu’il effectuait son stage de l’ENA à l’ambassade de France à Abuja.

« C’est formidable de voir que le président français ait un intérêt si personnel pour la ville de Lagos », confiait dans la salle l’acteur nigérian Ozzy Agu. « On a le sentiment quand on le voit ici qu’on peut aller boire un verre avec lui et papoter. »

Des spectateurs ont néanmoins quitté la soirée – ayant pris beaucoup de retard – sans attendre que Femi Kuti monte sur scène, peu avant minuit, avec ses musiciens et danseuses et fasse monter une ambiance jusqu’alors sage. Dans sa harangue, Femi Kuti a appelé les jeunes africains à « ne pas laisser mourir » les rêves de son père pour une Afrique plus juste et développée. « C’est à vous de vous lever et de les réaliser ! », a-t-il lancé.

Lancement de la Saison des cultures africaines

Pour Emmanuel Macron, la soirée au Shrine a été l’occasion de lancer l’organisation de la Saison des cultures africaines qui se tiendra en France en 2020. Il avait annoncé fin 2017 la tenue de cette manifestation de plusieurs mois lors de son « discours fondateur » de Ouagadougou, déclinant sa stratégie pour relancer les relations entre la France et l’Afrique.

Il s’agit de déployer « une stratégie culturelle et artistique qui remette l’Afrique » au centre, a confié le président français. Car, a-t-il ajouté, « nous avons besoin que les Africains parlent eux-mêmes de l’Afrique ». « On parle toujours de l’Afrique d’avant, mais trop rarement de Nollywood [l’industrie cinématographique du Nigeria est la deuxième au monde en termes de production, ndlr], de la musique contemporaine », portée notamment par les artistes nigérians sur le reste du continent.

Venu de Nouakchott où il avait participé le 2 juillet au sommet de l’Union africaine, Emmanuel Macron a fait une courte étape à Abuja pour s’entretenir avec son homologue Muhammadu Buhari, qui préside le pays le plus peuplé et la première économie du continent. « Un pays incontournable », selon le président français, soucieux de ne pas cantonner l’action de Paris à l’Afrique francophone.

Élargir le partenariat entre la France et le Nigeria

Dans la lutte contre l’insurrection jihadiste de Boko Haram, M. Macron a réitéré les engagements de la France pour un accompagnement dans la « défense et la stabilisation de la région du Sahel », notamment à travers la force conjointe du G5 Sahel. M. Buhari a rappelé que l’ensemble des pays frontaliers du Nigeria sont francophones, et que l’aide de la France est ainsi essentielle pour la bonne coordination de la lutte avec ses voisins.

Emmanuel Macron a insisté sur le fait que « le cœur de cette visite est d’élargir le partenariat entre la France et le Nigeria sur des sujets culturels, économiques et sportifs », le moyen selon lui de donner des « perspectives et des opportunités à la jeunesse » pour qu’elle ne rejoigne pas les mouvements jihadistes.

Mercredi 4 juillet, après une rencontre avec de jeunes entrepreneurs nigérians, le président français devrait inaugurer la nouvelle Alliance Française, qui ambitionne de devenir un haut lieu de démocratisation culturelle à Lagos. Il devrait rencontrer également de jeunes entrepreneurs nigérians, et a assuré vouloir renforcer les liens économiques et estudiantins entre la France et le Nigeria.

http://www.jeuneafrique.com/588301/politique/nigeria-macron-celebre-la-vitalite-de-la-culture-africaine-au-club-mythique-de-fela-kuti/?utm_source=newsletter-ja-actu-non-abonnes&utm_medium=email&utm_campaign=newsletter-ja-actu-non-abonnes-04-07-18

http://www.jeuneafrique.com/588301/politique/nigeria-macron-celebre-la-vitalite-de-la-culture-africaine-au-club-mythique-de-fela-kuti/?utm_source=newsletter-ja-actu-non-abonnes&utm_medium=email&utm_campaign=newsletter-ja-actu-non-abonnes-04-07-18

Diplomatie mondiale du wrassling

Diplomatie mondiale du wrassling


Par James Howard Kunstler – Le 11 juin 2018 – Source kunstler.com

wrassling / child wrestling / catch pour les enfants

Pourquoi ne pas faire la guerre avec le Canada ? Cette insignifiante « nation » encombre la moitié septentrionale de NOTRE continent, pour lequel nous avons lutté puissamment afin de nous libérer de la méchante vieille Europe. Qu’est-ce que Justin Trudeau ne comprend pas à ce propos ? Et quand nous en aurons fini avec lui, que diriez-vous de faire quelques « reprises » avec Frau Merkel et cette petite grenouille de Monsieur Macron ? J’aimerais voir le Golem d’Or de la Grandeur dans un justaucorps et un de ces masques de lutte mexicains, jetant ces méchants nains internationaux hors du ring comme autant de sacs de patates.


Et maintenant c’est parti à Singapour pour un combat de catch avec cet autre adversaire connu sous le nom de « Little Rocket Man ». Il y a une attente étrange que ces deux avatars d’irréalité régleront le hachis qui a mijoté pendant soixante ans entre la Corée divisée et les USA. M. Trump conclura un accord pour transformer la Corée du Nord en paradis pour les golfeurs et M. Kim promettra de réduire son arsenal nucléaire en fers 9 et en putters. Et puis ils vont célébrer cet accord sur Air Force One avec des sacs de Big Macs et du poulet frit. (Laissez les aides et les conseillers se battre pour les nouilles de Singapour et les becs de calmars à la sauce à l’ail.)

Le New York Times a posé un gros caca lundi matin avec un éditorial remettant en scène le plus gros méchant de la collection d’épouvantails internationaux du Times : la Russie.

Si un président des États-Unis devait esquisser un plan secret et détaillé pour rompre l’alliance atlantique, ce plan aurait une ressemblance frappante avec le comportement de Trump. Cela impliquerait une hostilité visible envers les dirigeants du Canada, de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne et du Japon. Spécifiquement, il s’agirait de choisir des combats sur des questions artificielles – pas de gagner de grandes concessions pour les États-Unis, mais de créer des conflits juste pour faire chauffer l’ambiance. Un plan secret visant à diviser l’Occident aurait également pour effet que les États-Unis cherchent de nouveaux alliés pour remplacer ceux qui ont été mis au rebut. Le plus évident serait la Russie, le plus grand rival en Europe de l’Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne. Et tout comme la Russie le recherche, l’intention des États-Unis de détruire l’alliance atlantique se mêlerait de la politique intérieure des autres pays pour installer de nouveaux gouvernements qui rejetaient également l’ancienne alliance.

Ainsi donc … pour « The Times », le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et le Japon ne sont guère plus qu’un club d’ex-épouses vous cassant le cul, la Corée du Nord serait une irrésistible star du porno très bien carrossée, et la Russie un vieux et diabolique proxénète, dans un jeu sans-fin pour fatiguer l’adversaire. Ils ont tous couru après M. Trump depuis avant même qu’il ne descende de sa tour dorée de la Cinquième avenue par son fatidique escalator. Assurément, le méchant Poutine a truffé l’hôtel de Singapour avec ses meilleurs espions et il a chargé les placards du président avec des prostituées et des promoteurs immobiliers pour tenter M. Trump dans toutes sortes d’actes artificiels imaginés dans les laboratoires Kompromat de Iassenevo.

Je suis pour la paix dans le monde, et j’aimerais essayer de prendre la réunion de Kim-Trump au sérieux, mais il est difficile d’imaginer deux personnages moins préparés par les rigueurs de la réalité que cette paire-là. Chacun a vécu dans le royaume magique de sa propre vie. Les deux présentent des comportements typiques d’enfants : bouderie, menaces, fanfaronnades et changements d’humeur mystérieux. Les adultes supposés sérieux autour de M. Trump doivent s’enfiler des Xanax comme des Tic-tacs. Les attachés militaires autour de l’impénétrable Kim se souviendront peut-être de l’exécution en 2016 de deux ministres du NK abattus avec des canons antiaériens pour avoir déplu au chef [C’est probablement une fake news d’État, organisée par les service secrets sud-coréens, NdT] – l’un d’entre eux pour s’être simplement endormi pendant un discours de Kim. Qui a nettoyé les restes, je me le demande.

Peut-être que quelque chose de bon peut sortir de cette configuration improbable. J’attends une sorte d’acte de vaudeville : quelques moments avec les deux prétendant qu’ils comprennent ce que l’autre dit… un communiqué plein d’espoir annonçant la floraison d’un million de fleurs, et un éclatement fatidique quelques heures après la lune de miel quand Kim, Trump et tous les porteurs de lances des deux côtés se rendront compte qu’ils n’avaient aucune idée de ce dont ils parlaient.

Puis, jeudi, le rapport tant attendu de l’inspecteur général du ministère de la Justice sortira, après un « filtrage » par les gens du FBI dont la conduite fait l’objet de cet examen. Je m’attends à une nouvelle couche dans l’énorme gâteau cuisiné par les chevaliers blancs de la « Résistance ». Celui-ci s’appellera le Redacto-Gate.

James Howard Kunstler

Too much magic : L'Amérique désenchantéePour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/diplomatie-mondiale-du-wrassling

 

La « diplomatie énergétique » de la Russie va-t-elle aider le Vietnam et la Chine à conclure un accord ?

La « diplomatie énergétique » de la Russie va-t-elle aider le Vietnam et la Chine à conclure un accord ?


Par Andrew Korybko – Le 25 mai 2018 – Source Oriental Review

Rosneft logoRosneft effectue des forages pétroliers au large de la côte du Vietnam donnant sur la mer de Chine méridionale dans une zone revendiquée par la Chine.
 
Le géant russe de l’énergie est impliqué dans le champ pétrolifère « Lan Do » qui touche littéralement la limite sud-ouest de la ligne de neuf traits de la Chine, mais qui est apparemment considéré par la compagnie comme étant sous la souveraineté de facto du Vietnam. La Chine a officiellement appelé tous les pays à respecter ses revendications sans mentionner spécifiquement Rosneft, mais en y faisant clairement référence, signe qu’elle se sent mal à l’aise avec ce dernier développement, même si cela pourrait éventuellement s’avérer être un pas dans la bonne direction.

Pour expliquer le contexte, le Vietnam est sous une forte pression des États-Unis, du Japon, de l’Australie et de l’Inde pour rejoindre de facto ce qui est essentiellement une « coalition pour le confinement de la Chine », bien que cette influence perturbatrice soit contrebalancée par les accords de libre-échange de l’Union eurasienne portée par la Russie et aussi des accords militaires avec son partenaire historique qui ont jusqu’ici réussi à permettre à Hanoï de trouver un équilibre entre les mondes unipolaire et multipolaire de la nouvelle guerre froide.

La controverse au sujet de Rosneft a indirectement plongé la Russie dans le différend sur la mer de Chine méridionale, mais cela pourrait être une bonne chose car Moscou est connue pour favoriser le droit international et les négociations au lieu de pousser ses partenaires à faire la guerre comme le Quad, mené par les USA, est enclin à faire. La Chine n’aimera probablement pas cela parce qu’elle préfère traiter bilatéralement tous les problèmes sensibles dans le cadre d’une politique de longue date, mais elle pourrait y voir progressivement quelque chose de positif.

Rosneft in the South China Sea
Un employé de Rosneft Vietnam surveille depuis la plate-forme de gaz de Lan Tay dans la mer de Chine méridionale au large de la côte de Vung Tau, Vietnam 29 avril 2018

Le nouveau rôle de la Russie pourrait compenser les pressions militaristes de la « Quadrilatérale » en obligeant le Vietnam à envisager d’entamer des négociations avec la Chine à ce sujet, les deux parties étant diplomatiquement réunies à cause des efforts de Moscou. Une solution possible qui pourrait en découler, serait que leur partenaire russe partage l’énergie des régions contestées et partage les profits et les ressources avec chacun d’entre eux selon une formule qu’ils acceptent d’avance dans le cadre d’un règlement pour redéfinir officiellement leur frontière maritime.

La Russie a déjà accepté de développer conjointement les ressources énergétiques situées dans la « zone grise » de l’ancien conflit avec la Norvège, membre de l’OTAN, dans la mer de Barents suite à un accord de 2010. Il est concevable que Rosneft puisse jouer le rôle d’une tierce partie avec ce même type de solution entre le Vietnam et la Chine s’ils parviennent à un accord similaire sur la mer de Chine méridionale. C’est pourquoi, même si cela peut sembler peu probable à l’heure actuelle, la Chine pourrait finir par remercier la Russie de s’impliquer indirectement dans ce conflit.

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 25 mai 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervém relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-diplomatie-energetique-de-la-russie-va-t-elle-aider-le-vietnam-et-la-chine-a-conclure-un-accord

 

La Russie n’a pas l’intention de réintégrer un G8

La Russie n’a pas l’intention de réintégrer un G8

La Russie n’a pas l’intention de réintégrer un G8, étant satisfaite de travailler avec le format du G20, a indiqué samedi le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, au lendemain d’un appel de Donald Trump en ce sens.

Selon M. Lavrov, dont les propos ont été diffusés à la télévision russe, Moscou n’a « jamais demandé à revenir » dans le G8, redevenu le G7 après la suspension de sa participation suite à l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée en 2014.

« Au sein du G20, les ultimatums ne marchent pas et vous avez besoin de parvenir à des accords », a indiqué M. Lavrov, vantant le format du G20 comme « un mécanisme destiné à parvenir à un consensus ».

« Je pense que c’est le format le plus prometteur pour l’avenir », a-t-il poursuivi.

Avant la réunion annuelle du groupe de sept pays censé réunir les économies les plus puissantes, le président américain avait appelé à réintégrer la Russie. Cette proposition a immédiatement été rejetée par la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne.

Les relations entre la Russie et les Occidentaux sont au plus bas sur fond de désaccords persistants sur l’Ukraine et la Syrie, des accusations d’ingérence et plus récemment l’empoisonnement de l’ex-espion russe Sergueï Skripal en Angleterre.

Le président russe Vladimir Poutine a évoqué cette semaine, lors d’une visite en Autriche, la possibilité d’un sommet avec son homologue américain Donald Trump, qui pourrait se tenir à Vienne.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov a néanmoins précisé qu’aucun accord n’était conclu et qu’il n’y avait pas de pourparlers concrets en cours.

(©AFP / 09 juin 2018 17h01)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-La-Russie-n-a-pas-l-intention-de-r-int-grer-un-G8_RP/925939.rom

Jupiter en Russie ou les âmes mortes… Par Guillaume Berlat

4.juin.2018 // Les Crises

Jupiter en Russie ou les âmes mortes… Par Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 28-05-2018

« La diplomatie ignore la sentimentalité » nous rappelle fort justement Stefan Zweig dès 1938. Or, les diplomates d’expérience le savent bien, une diplomatie réaliste tient compte de l’idéal chez les autres sans se laisser égarer par le sien, quand elle en a un.

Il ne suffit pas de rendre visite au président de la Fédération de Russie fraîchement réélu, Vladimir Poutine, les 24 et 25 mai 2018 (en marge du Forum de Saint-Pétersbourg) pour que tout aille pour le mieux dans la relation bilatérale franco-russe passablement chahutée au cours des dernières années, des derniers mois (Crimée, Ukraine, Syrie, sanctions, expulsions de diplomates…).

Le pouvoir de séduction de Jupiter, si grand soit-il, atteint rapidement ses limites surtout au pays des tsars. « C’est toujours une force de disposer d’une grande confiance en sa propre capacité, jusqu’au moment où elle ne suffit plus. L’audace est un atout précieux mais elle ne doit jamais se départir de la lucidité »1.

Et cela vaut particulièrement pour la relation franco-russe. Nous en avons une petite idée depuis les récits du marquis de Custine au milieu du XIXe siècle2 jusqu’à l’analyse plus récente de l’un de nos anciens ambassadeurs à Moscou, Jean de Gliniasty3.

Avant de tirer quelques conclusions sur le déplacement en Russie d’Emmanuel Macron après qu’il ait reçu en son Palais le 23 mai 2018, le président rwandais, Paul Kagame et les géants du numérique (« Tech for Good » en bon français), il importe de replacer cette visite dans son contexte mondial et au regard de ce qu’est la diplomatie russe.

Nous pourrons ensuite examiner ce qu’étaient les promesses médiatiques préalables de cette épopée lyrique avant d’en apprécier tous les résultats concrets à la lumière de ce que l’on veut bien nous dire et ne pas nous dire.

LE MONDE CHANGE, LA DIPLOMATIE RUSSE RESTE

Face à un monde passablement secoué depuis le début du XXIe siècle, la diplomatie possède un avantage incomparable et incontestable par rapport à celles des principaux pays occidentaux, sa stabilité et sa solidité.

Un monde en perpétuel changement

Hasard ou coïncidence, le président de la République, Emmanuel Macron est reçu le 24 mai 2018 par son homologue russe, fraîchement réélu, Vladimir Poutine quelques jours après que ce dernier se soit entretenu, successivement, avec Bachar Al-Assad et Angela Merkel à Sotchi !4 Ce déplacement programmé de longue date, intervient en plein milieu d’une crise entre Washington et ses alliés européens portant sur l’avenir de l’accord 5+1 conclu le 14 juillet 2015 à Vienne (Cf. le discours musclé de Mike Pompeo le 21 mai 2018 devant la Heritage Foundation). Elle met à mal la solidarité transatlantique et la cohésion européenne.

D’autres signaux forts sont inquiétants5 : bruits de bottes dans la région (échanges musclés entre Iran et Israël) et menaces de sanctions commerciales brandies contre les entreprises européennes tentées de commercer avec Téhéran auxquelles Bruxelles entend répliquer par un dispositif mis en place en son temps pour contourner l’embargo américain contre Cuba. Le transfert de l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem a ravivé les haines recuites entre Israéliens et Palestiniens (Cf. le bilan humain des tensions).

L’on doit à une discrète médiation de l’Égypte une baisse rapide de la tension à Gaza. D’autres signaux faibles sont plus réconfortants tels les espoirs d’une réconciliation entre les deux Corées6 et d’un sommet productif entre Donald Trump et Kim Jong-un à la mi-juin 2018 à Singapour si rien ne vient mettre un grain de sable dans une mécanique parfaitement huilée par le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo7 qui a fait, à plusieurs reprises, le voyage au pays de Satan et de « l’axe du mal »8. Ce qui est désormais le cas depuis l’annonce du 24 mai 2018 faite par Donald Trump. Le ton baisse dans les discussions commerciales entre Pékin et Washington9.

En Syrie, le régime de Bachar Al-Assad – dont le brillant Laurent Gaffius annonçait doctement la chute sous trois mois à la fin du mois d’août 2012 – regagne le terrain perdu au fil des mois grâce à l’aide déterminante de l’Iran et surtout de la Russie devenue désormais incontournable sur le dossier syrien. Désormais, ce n’est plus l’Occident qui dicte son agenda à la planète » comme le relève justement François Hollande qui n’est pourtant pas une lumière sur le plan diplomatique10.

Humiliée après l’effondrement de l’URSS et l’avènement d’un monde unipolaire, la Russie joue désormais sa participation avec brio et cela qu’on le veuille ou non. La grammaire des relations internationales change de manière drastique ! On ne peut raisonnablement faire comme si de rien n’était à Paris.

Une diplomatie russe solide

Rappelons, s’il en était encore besoin, que la diplomatie russe possède de sérieux atouts que n’ont pas les démocraties occidentales soumises au dégagisme des opinions publiques :

longévité de ses dirigeants (Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov qui ont déjà vu défiler quatre président de la République, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron sans parler de la valse des ministres des Affaires étrangères), stratégie de long terme pérenne non contingente du buzz des médias (en Syrie, la stratégie russe n’a pas changé), hauteur et distance par rapport aux évènements (pas de réactions instantanées et pavloviennes), succès militaires et diplomatiques engrangés en Syrie (le gouvernement est en train de reprendre le contrôle de l’intégralité du territoire), respect du droit international si l’on prend comme point de référence les États-Unis (intervention en Syrie sur la base d’une demande des autorités) …11

Tout ceci pour dire qu’il faut compter avec la Russie si l’on veut contribuer au règlement des grandes crises qui secouent le monde, en premier lieu celle qui pèse sur la Syrie depuis sept ans déjà et sur laquelle la France a fait un tout faux remarquable grâce aux deux crânes d’œuf que sont Alain Juppé et Laurent Fabius12. Comme du reste sur l’approche des « révolutions arabes »13. Le déplacement d’Emmanuel Macron en Russie met en lumière tous les errements répétés de la diplomatie française au Proche et au Moyen-Orient au cours de la dernière décennie.

Cette visite intervient au moment où le prix du baril retrouve des sommets, 80 dollars et vient donner une bouffée d’oxygène à la Russie14. Au passage, on notera que Vladimir Poutine joue à la perfection de la désunion européenne en recevant/confessant les uns après les autres les chefs d’Etat et de gouvernement, Angela Merkel puis Emmanuel Macron dont les intérêts en Russie ne sont pas nécessairement convergents, pas plus qu’avec les États-Unis dans le domaine commercial15.

Le fameux diviser pour mieux régner. Or, les 27/28 n’ont toujours pas tranché la question stratégique de savoir si l’Union européenne et la Russie doivent poursuivre une guerre froide larvée ou construire un nouveau partenariat stratégique sur la sécurité et la stabilité du continent ?16

Or, de la réponse à cette question existentielle dépend en partie l’avenir du continent européen au moment où les États-Unis mettent à mal le système multilatéral mis en place après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Force est de constater que la réponse n’est pas du tout la même en fonction des capitales européennes17. Le nuancier est aussi impressionnant qu’impressionniste.

Quelles sont les principales conclusions que nous pouvons tirer de cette virée russe au pays du tsar Poutine ?

LA DIPLOMATIE DU ET PAR LE VIDE

Dans ce genre de déplacements diplomatiques à haute valeur symbolique, il importe toujours de faire la part entre ce que l’on annonce avant et ce qui se produit concrètement pendant. Il peut parfois exister un fossé assez large entre espoirs et réalisations.

Une visite bien préparée sur le plan médiatique

À quelques jours de l’échéance fatidique, et comme ils ont coutume de le faire avant un important évènement diplomatique (les fameux « pré-papiers »), les « spin doctors » du château procèdent à leur tir de barrage médiatique pour nous mettre en haleine. La méthode est toujours la même. Oyez, oyez, bonnes gens, il va se passer des choses importantes lors de cette rencontre internationale18. La visite est plus commentée avant qu’après. Et, surtout, Jupiter est attendu, entendu et va amener son interlocuteur a quia sur tous les sujets importants. C’est la même chanson que l’on nous avait fredonné avant la visite d‘Emmanuel Macron à Washington sur la question de la mise en œuvre de l’accord sur le nucléaire iranien du 14 juillet 2015. On ne connaît que trop bien la suite. Donc, prudence et pas d’emballement. L’on ne connaît que trop les limites de la diplomatie tactile pratiquée avec talent par notre plus jeune président de la cinquième République.

Les milieux bien informés – c’est comme cela qu’on les désigne dans les médias – nous indiquent que le président de la République Emmanuel Macron sera reçu jeudi soir à Saint-Pétersbourg, à l’invitation du maître du Kremlin. Depuis leurs rencontres – à Versailles le 29 mai 2017, puis à Hambourg en marge du G20 en juillet 2017 –, le paysage géopolitique a bien changé, nous précise-t-on à nous les béotiens et les ignares. L’Elysée précise que « le dialogue a été maintenu » avec Moscou malgré l’affaire Skripal (manifestement remis de ses ennuis biologiques), du nom de l’ex-espion russe empoisonné à Salisbury, et bien que les cartes aient changé de mains en Syrie avec la reconquête du terrain par le régime de Bachar Al-Assad.

Les deux dirigeants participeront le lendemain au forum économique de Saint-Pétersbourg, auquel Emmanuel Macron est l’invité d’honneur avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe. Un an après leur première rencontre, au château de Versailles, MM. Macron et Poutine « prendront le temps d’échanger en profondeur en tête-à-tête » avec la volonté de « dégager des points communs face aux crises internationales », en particulier sur le conflit syrien ou le dossier du nucléaire iranien après la décision du président américain Donald Trump de sortir de l’accord de 2015, selon les communicants de l’Elysée. Quel charabia incompréhensible qui veut vraisemblablement signifier que nous sommes d’accord sur presque rien ? Mais, l’on nous rassure aussitôt. Malgré les nombreux sujets de divergence entre Paris et Moscou de ces derniers mois, « le dialogue entre eux a été maintenu et les échanges téléphoniques ont été nombreux », précise la présidence de la République. « Dès la rencontre de Versailles, nous avons pris le pari d’un dialogue constructif mais franc. Quand il y a des désaccords, on le dit, mais cela n’empêche pas de travailler ensemble ». Depuis l’annonce de M. Trump, MM. Poutine et Macron ont exprimé leur volonté de maintenir l’accord sur le nucléaire iranien, le premier réclamant son « application stricte » tandis que le second prône des discussions sur un nouvel « accord élargi » prenant en compte le contrôle de l’activité nucléaire après 2025, le programme balistique de l’Iran ainsi que la situation en Syrie et au Yémen.

Au cours de sa première visite en Russie, M. Macron, accompagné de son épouse Brigitte (cela change tout !), veut aussi « relancer la relation bilatérale dans tous les secteurs possibles : économique, universitaire, culturel, sportif… ». Des rencontres avec des entrepreneurs ou des membres de la société civile sont prévues, tandis que la visite se terminera par un hommage au théâtre Mariinsky à Marius Petipa, un chorégraphe français qui vécut l’essentiel de sa vie en Russie, pour le bicentenaire de sa naissance en 1818 à Marseille (sud-est de la France). Toute la panoplie classique de la diplomatie est de sortie, de la politique à l’économie en passant par la culture !

Voici pour la contextualisation médiatique de la visite. Qu’en est-il en réalité de la substance même de cette importante échéance diplomatique bilatérale ?

Une visite aux résultats diplomatiques contrastés

Quel est le grand dessein dont serait porteur Emmanuel Macron en effectuant son premier déplacement en Russie ? On pourrait parler de « salade russe »19. Si séduisant et convaincant soit-il, Emmanuel Macron arrive à Russie lesté de quelques sérieux handicaps : une ligne floue sur la nature de la relation bilatérale (veut-il lancer une alliance de revers comme le général de Gaulle ou rester un caniche servile à la botte de l’Oncle Sam ?), un préjugé défavorable (ses saillies sur Russia Today et celles, inacceptables sur le plan diplomatique de François Delattre, son ambassadeur auprès de l’ONU sans parler des faux-pas de son ministre des Affaires étranges, Jean-Yves Le Drian, un gaffeur de bon aloi), un alignement ostensible sur les positions américaines en particulier sur le dossier syrien (Cf. le bombardement « symbolique » de sites chimiques, participation aux activités du « Small Group »)… Toutes choses qui ne sont pas de nature à créer la confiance requise pour bâtir un authentique partenariat stratégique – allant au-delà des mots creux (« Dialogue de Trianon » entre les sociétés civiles) – qui puisse permettre à la France de rejouer une partition autonome dans le concert des nations.

Sur le plan géopolitique, question fondamentale, dans l’inventaire à la Prévert (tout pays visité par Jupiter est prioritaire) qui nous est servi, quelles sont les véritables priorités de la diplomatie française ? Question subsidiaire, quelle est la place exacte qu’occupe notre relation avec la Russie dans ces priorités ? Il ne suffit pas de dire que le chef de l’État s’entretient régulièrement au téléphone avec Vladimir Poutine pour considérer que tout va très bien madame la marquise. La confiance se construit sur le temps long, avec des gestes concrets, dans la plus grande discrétion20. Il ne suffit pas de dire que l’on va travailler sur les « points de convergence » pour faire avancer les dossiers. Tout cela est du langage médiatique et non du langage diplomatique. Quelles assurances sommes-nous disposés à donner à Moscou que l’OTAN ne s’élargira pas à son « étranger proche » pour contribuer à rétablir la confiance perdue ?

Que signifie parler au nom de l’Union européenne au moment où les 27/28 sont disposer à transiger avec Washington sur les sanctions à l’encontre de l’Iran21 et où l’Italie semble prendre ses distances avec les règles européennes ?22 Sommes-nous disposés à proposer aux Russes de redéfinir en commun l’architecture européenne de sécurité du XXIe siècle, l’actuelle (traités FCE, Ciel ouvert, mesures de confiance) ayant été imaginée durant la guerre froide ? Le projet russe avait dédaigneusement été rejeté par un tiers mondiste/un tiers mondain, Bernard Kouchner. Que nous dit Jupiter à son arrivée à Saint-Pétersbourg ? La France et la Russie doivent travailler ensemble à la mise en place d’« initiatives communes » sur les sujets internationaux, que ce soit sur l’Ukraine, la Syrie ou concernant la question iranienne, nous dit-on. Sur quelles bases ?

Sur le plan bilatéral, « les relations économiques se développent, je crois que c’est une bonne chose, nous allons avoir beaucoup de contrats importants et de nature très diverse – une cinquantaine – et le dialogue des sociétés civiles que nous avions décidé ensemble il y a un an a pris forme », déclare Emmanuel Macron à la presse au début de l’entretien. Il est, pour le moins curieux, qu’Emmanuel Macron pousse les entreprises françaises à investir massivement en Russie alors que ce pays est sous sanctions économiques de l’Union européenne (en relation avec la question de la Crimée) et que nous avons annulé la livraison de porte-hélicoptères Mistral (revendus à l’Égypte) qui étaient, du reste, payés. Tout ceci manque de cohérence et ressemble à une diplomatie économique de l’improvisation. Cela ressemble à s’y méprendre à de la diplomatie de l’en même temps chère à Jupiter23.

Sur le plan des droits humains, comment Emmanuel Macron entend-il plaider le cas de tous les prisonniers politiques bien connus dont l’attention de Moscou a été attirée par le parlement européen et par les médias ?24 Nous nous trouvons au cœur de la fameuse « diplomatie des valeurs » que la France met souvent en balance de sa « diplomatie économique ». Dans quel sens la balance va-t-elle trancher cette fois-ci ? Côté cœur ou côté raison ? Nous pourrons nous en faire une idée un peu plus précise en prenant connaissance des contrats effectivement conclus par les entreprises françaises à l’issue de cette visite. On comprend mieux que Jupiter soit resté assez discret sur le sujet en dépit des nombreux cas qui lui avaient été soumis. Courage fuyons ! Saint-Pétersbourg vaut bien une messe au nom de la Realpolitik.

Sur le plan de la liberté des médias, Jupiter est-il prêt à lever l’interdiction faite à Russia Today d’être accrédité pour suivre les conférences de presse de l’Élysée sous prétexte qu’il serait un vecteur de diffusion de « fake news » ?25

Sur le plan sportif, nous ne savons toujours pas si la France a tranché en faveur d’un boycott diplomatique de la Coupe du monde de football lancée le 14 juin 2018 en Russie26. Tel ne serait pas le cas. À confirmer… Jupiter aurait promis de faire le déplacement.

En termes concrets, le résultat diplomatique est maigre quoi qu’écrivent sur le sujet la réunion de trois brillantes plumes du quotidien Le Monde qui gobent toutes les fadaises que les communicants de Jupiter leur servent27. On nous apprend que cette visite a permis de « renouer le dialogue » (c’est donc qu’il n’existait pas auparavant alors que ceci constitue l’essence même de la diplomatie), d’avoir un échange « direct et franc » (litote diplomatique pour dire que le champ des convergences est réduit), « d’avancer ensemble malgré les incompréhensions » (elles devaient être nombreuses), de « continuer à bâtir une confiance commune… pour préparer l’avenir » (ce qui s’appelle la méthode du bon docteur Coué), de regretter l’annulation du sommet Trump/Kim (c’est le moins que l’on pouvait faire), de poursuivre les efforts de l’application de l’accord de Minsk sur l’Ukraine (c’est ce que l’on appelle enfoncer des portes ouvertes), d’envisager sous conditions l’élargissement à la dimension balistique et à l’activité diplomatique de Téhéran dans le région du cadre de l’accord de Vienne du 14 juillet 2015 (dans quelles conditions ?, d’écarter l’idée d’un boycott de la coupe du monde de football (geste utile)… Heureusement, quelques contrats ont été signés, démontrant ainsi le piège que constituent la pratique abusive des sanctions et la diplomatie économique chère à Laurent Fabius.

Attendons désormais de mesurer in concreto et in situ les authentiques avancées diplomatiques que ce déplacement de Jupiter aura permises sur le temps long de la diplomatie. Et cela tant dans la relation bilatérale abîmée depuis le quinquennat de François Hollande et de son brillantissime ambassadeur à Moscou (un copain de la promotion Voltaire, un kouchnérien bon teint ne parlant pas un traître mot de russe, qualifié de lâche et d’incompétent par un de nos compatriotes, mais qui a tout de même était récompensé par une dignité d’ambassadeur de France et un poste d’ambassadeur à Pékin, rassurez-vous, il ne parle pas un mot de mandarin28) que dans la solution des grandes crises qui secouent aujourd’hui le monde !

« Les hommes politiques, à la différence des diplomates, n’ont pas le temps d’apprendre les leçons de l’histoire » (Harold Nicolson, 1954). Et c’est bien là que le bât blesse surtout pour le chef de l’État dont l’expérience diplomatique est brève sur le temps long de l’Histoire et dont les résultats peinent à se concrétiser sur la scène internationale en dépit d’un activisme et d’un volontarisme méritant louange29. À ce jour, force est de constater, objectivement, que les résultats sont décevants tant aux États-Unis qu’en Russie. Emmanuel Macron parviendra-t-il à jeter, avec Vladimir Poutine, les bases d’un multilatéralisme renouvelé après la défection américaine et, ainsi, prendre toute sa place dans le nouveau concert des nations ?30 Ou bien, en restera-t-il à quelques échanges d’aimabilités diplomatiques sans lendemain ? Il est vrai que sa position est peu confortable en arrivant en Russie31. Quid de la prise de distance effective indispensable avec les positions délirantes de son ami Donald Trump sur l’Iran ?32 Quid d’une réorientation totale de notre diplomatie stupide en Syrie depuis le début des « révolutions arabes » ? Quid de notre volonté de faire jouer à l’Union européenne toute sa partition sur la scène internationale ? Que voulons-nous faire de l’OTAN après tous les camouflets américains ? Toutes ces questions restent sans réponse parce qu’elles n’ont vraisemblablement pas été posées lors des entretiens entre les deux présidents.

Ce sont elles qui conditionnent l’avenir de la relation franco-russe, de la construction européenne, du multilatéralisme en ce début de XXIe siècle. Face à la réalité, il importe « que l’on cesse les promesses mensongères » !33 Ainsi peut-on, temporairement du moins, conclure la visite de Jupiter chez le tsar Vladimir Poutine.

Guillaume Berlat
28 mai 2018

1 François Hollande, Les leçons du pouvoir, Stock, 2018, p. 16
2 Marquis de Custine, Lettres de Russie. La Russie en 1839, Folio classique, 1975.
3 Jean de Gliniasty, La diplomatie au péril des « valeurs », L’inventaire, collection Valise diplomatique, 2017.
4 Isabelle Mandraud, Lestée par la diplomatie de Trump, Merkel renoue le dialogue avec Poutine, Le Monde, 20-21-22 mai 2018, p. 6.
5 Pierre Servent, Cinquante nuances de guerre, Robert Laffont, 2018.
6 Sébastien Falletti, Kim et Moon visent une paix sans armes nucléaires, Le Figaro, 28-29 avril 2018, pp. 2-3.
7 Gilles Paris, Trump n’exclut pas un report du sommet avec Kim, Le Monde, 24 mai 2018, p. 4.
8 Valérie Samson, Pyongyang menace d’annuler le sommet avec Trump, Le Figaro, 16 mai 2018, p. 7.
9 Pierre-Yves Dugua, Pékin promet d’importer plus des États-Unis, Le Figaro économie, 21 mai 2018, p. 19.
10 François Hollande, précité, p. 384.
11 Guillaume Berlat, L’incontournable Vladimir Poutine sur la scène internationale, www.prochetmoyen-orient.ch , 5 juin 2017.
12 Guillaume Berlat, Syrie : l’insoupçonnable légèreté des certitudes…, www.prochetmoyen-orient.ch , 20 mars 2017.
13 Guillaume Berlat, Cinq ans de « printemps arabes » ou la fin d’une chimère !, www.prochetmoyen-orient.ch , 1er février 2016.
14 Armelle Bohineust, Le pétrole cher fait son retour, porté par la crise iranienne, Le Figaro économie, 16 mai 2018, p. 20.
15 Pierre-Yves Dugua, L’Allemagne redoute des sanctions américaines sur l’acier européen, Le Figaro économie, 28-29 avril 2018, p. 20.
16 Nicolas Baverez, Europe et Russie : l’heure des choix, www.lefigaro.fr , 22 mai 2018.
17 Jean-Jacques Mével, Iran : l’Europe tente de rester unie face à Donald Trump, Le Figaro, 17 mai 2018, pp. 1-2-3.
18 Virginie Malingre/Marc Semo, Macron en Russie pour poursuivre un dialogue difficile avec Poutine, Le Monde, 25 mai 2018, p. 4.
19 Erik Emptaz, Salade russe…, Le Canard enchaîné, 23 mai 2018, p. 1.
20 Isabelle Facon, Le président français cherche l’apaisement avec la Russie, Le Monde, 24 mai 2018, p. 21.
21 Cécile Ducourtieux, L’Europe prête à transiger avec Washington, Le Monde, Économie & Entreprise, 23 mai 2018, p. 4.
22 Gilles Ivaldi, L’Italie de Di Maio et Salvini ne préfigure pas l’Europe de demain, Le Monde, 23 mai 2018, p. 20.
23 Ellen Salvi, Emmanuel Macron teste son « en même temps » en Russie, www.mediapart.fr , 24 mai 2018.
24 Isabelle Mandraud, Macron en Russie : les défenseurs des droits humains tentent de se faire entendre, Le Monde, 25 mai 2018, p 5.
25 Mariana Grépinet, Russia Today. « Télé-Poutine sous haute surveillance », Paris Match, 23-30 mai 2018, p. 56.
26 Éric Hacquemand, Coupe du monde. Macron passe en bleu, Paris Match, 23-30 mai 2018, p. 48.
27 Virginie Malingre/Isabelle Mandraud/Marc Semo, Macron affiche son entente avec Poutine, Le Monde, 26 mai 2018, p. 4.
28 Benoît Vitkine, Yoann Barbereau, le fugitif d’Irkoutz, Le Monde, 26 mai 2018, pp. 14-15.
29 Arthur Berdah/Marcelo Wesfreid, Macron en quête de résultats à l’étranger, Le Figaro, 28-29 avril 2018, p. 6.
30 Sylvie Kauffmann, Ballet russe pour Macron, Le Monde, 24 mai 2018, p. 23.
31 Tatiana Kastouéva-Jean, Macron dans une position peu confortable face à Moscou, Le Monde, 24 mai 2018, p. 21.
32 Mathieu Magnaudeix, Robert Malley : « Les États-Unis se sont mis hors jeu », www.mediapart.fr , 19 mai 2018.
33 Hubert Védrine, Comptes à rebours, Fayard, 2018, p. 314.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 28-05-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/jupiter-en-russie-ou-les-ames-mortes-par-guillaume-berlat/

Kim Jong Un accueilli en grande pompe à Pékin avant son sommet avec Trump

Kim Jong Un accueilli en grande pompe à Pékin avant son sommet avec Trump

/ © AFP /

Kim Jong Un a été accueilli en grande pompe à Pékin pour sa première visite –secrète– en Chine, signe de la volonté de rapprochement des deux alliés historiques avant le sommet prévu entre le dirigeant nord-coréen et l’Américain Donald Trump.

Pour sa première sortie à l’étranger depuis son arrivée au pouvoir fin 2011, Kim et son épouse ont eu droit à une cérémonie solennelle et à un banquet sous les ors du Palais du peuple, lors de cette visite qui n’a été officiellement révélée que mercredi, une fois que le couple nord-coréen avait regagné son pays en train.

La visite, qui s’est déroulée de dimanche à mercredi selon l’agence de presse Chine nouvelle, souligne spectaculairement le rapprochement entre les deux voisins, divisés ces dernières années par l’appui de Pékin aux sanctions internationales visant à forcer Pyongyang à renoncer à son programme nucléaire. Kim Jong Un n’avait encore jamais rencontré Xi Jinping.

« Il n’y a aucun doute que ma première visite à l’étranger (devait être) pour la capitale chinoise », a déclaré M. Kim, selon des propos rapportés par l’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA. « C’est mon devoir solennel », a-t-il ajouté.

Selon Chine nouvelle, l’homme fort de Pyongyang s’est dit prêt à un sommet avec le président américain Donald Trump, après des mois de menaces de guerre entre les deux pays autour du programme nucléaire nord-coréen.

Ce sommet avait été annoncé de sources sud-coréenne et américaine mais pas encore confirmée de source nord-coréenne. Selon Séoul, il pourrait se dérouler fin mai, mais ni le lieu ni la date exacte de la rencontre n’ont encore été annoncés.

– « Bonne volonté » –

Le dirigeant nord-coréen, qui a procédé ces dernières années à une série d’essais nucléaires et de tirs de missiles susceptibles d’atteindre les Etats-Unis, s’est prononcé pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

« Notre position constante est d’être engagés en faveur de la dénucléarisation de la péninsule coréenne, conformément à la volonté de l’ancien président Kim Il Sung et de l’ancien secrétaire général Kim Jong Il », les prédécesseurs et grand-père et père respectifs de Kim Jong Un, a rapporté l’agence chinoise.

Cette question « peut être résolue si la Corée du Sud et les Etats-Unis répondent à nos efforts en faisant preuve de bonne volonté », a ajouté le dirigeant nord-coréen.

La Corée du Sud a rapporté le mois dernier que Pyongyang serait prêt à abandonner son programme nucléaire en échange de garanties américaines en matière de sécurité. Ses essais nucléaires et balistiques sont suspendus.

A Washington, la porte-parole de la Maison Blanche Sarah Sanders a révélé que Donald Trump avait reçu un message de Xi Jinping concernant ses entretiens avec M. Kim.

« Nous y voyons une nouvelle preuve montrant que notre offensive de pression maximale a créé une atmosphère propice au dialogue avec la Corée du Nord », s’est-elle félicitée.

– Kim en costume Mao –

La télévision publique chinoise CCTV a diffusé des images de MM. Kim et Xi se serrant la main devant les drapeaux des deux pays, en compagnie de leurs épouses. M. Xi et son hôte, vêtu d’un costume Mao anthracite, ont entendu les hymnes des deux pays avant de passer les troupes en revue.

Cette visite avait été dévoilée dès lundi soir par des médias japonais, affirmant qu’un haut dirigeant nord-coréen était arrivé en train à Pékin, mais sans pouvoir affirmer qu’il s’agissait bien de Kim Jong Un.

Les médias chinois s’étaient gardés de confirmer la visite, attendant vraisemblablement que M. Kim ait regagné son pays.

Xi Jinping a salué l’amitié sino-nord-coréenne, forgée lors de la guerre de Corée (1950-53).

« Il s’agit d’un choix stratégique et du seul bon choix fait par les deux pays sur la base de l’histoire et de la réalité », a-t-il déclaré. M. Xi a accepté une invitation à se rendre en Corée du Nord, selon KCNA.

La visite à Pékin de M. Kim constitue un retour au premier plan pour la diplomatie chinoise, qui avait pu paraître marginalisée par l’annonce d’un sommet Kim-Trump.

Avant de rencontrer Donald Trump, Kim Jong Un doit s’entretenir avec le président sud-coréen Moon Jae-in fin avril dans la zone démilitarisée qui sépare les deux pays.

burs-lth/bar/plh

https://www.romandie.com/news/ZOOM-/903513.rom

(©AFP / 28 mars 2018 07h25)