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La Russie se débarrasse de ses dollars pour acheter de l’or

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La Russie se débarrasse de ses dollars pour acheter de l’or

 Audrey Duperron  26 juin 2019 3 minutes read

Une réserve où sont entreposés des lingots d'or
 Pixabay

Ces dernières années, la Russie, cinquième pays du monde pour la taille de ses réserves en devises internationales, a continuellement acheté de l’or. Elle a poursuivi cette pratique, préférant l’or au dollar, même lorsque le cours du métal précieux était en berne. Récemment, ce dernier est reparti à la hausse, et atteint désormais son plus haut niveau en six ans. La stratégie russe s’avère donc payante. 

Habituellement, le dollar est la devise de réserve préférée d’un grand nombre d’Etats, en raison de la rareté des actifs sûrs. Mais la Russie a montré qu’une autre option était possible, et qu’elle pouvait réduire ses réserves en dollars sans nuire à son économie. « Pour le moment, le pays compte peu d’adeptes, mais les achats d’or par les banques centrales sont en hausse », note Leonid Bershidsky de Bloomberg.

Des sanctions américaines imprévisibles

Il rappelle que la Russie a de bonnes raisons de limiter sa détention de dollars. Elle est en effet la cible de sanctions internationales depuis qu’elle a annexé l’Ukraine en 2014. Depuis, l’UE n’a pas durci ces sanctions, en revanche, les États-Unis l’ont fait. Le gouvernement russe et la Banque central russe jugent maintenant que les sanctions américaines dépendent bien davantage de la politique domestique américaine, que du comportement de la  Russie. Autrement dit, ces mesures sont imprévisibles, ce qui a motivé la banque centrale russe à réduire son exposition à ce risque, en diminuant de moitié la part du dollar dans ses réserves en devises. Parallèlement, elle a augmenté la proportion d’euro et de renminbi (yuan).L’année dernière, la Russie a acheté 274 tonnes d’or, ce qui a fait culminer ses réserves de métal jaune totales à 2 113 tonnes. En effet, le métal, qui est indépendant de tout Etat, ne présente pas de danger politique, et est donc idéal pour couvrir le rouble. Néanmoins, entre septembre 2017 et septembre 2018, la valeur totale de ces réserves s’est légèrement érodée, en raison de la dépréciation du métal. Mais depuis, son cours est reparti à la hausse. Cela signifie que le stock d’or russe a gagné 7 %, soit près de 7 milliards de dollars. Et si cette hausse des prix se poursuit, les réserves de métal précieux russes représenteront rapidement environ 20 % de l’ensemble des réserves internationales du pays. Cela implique qu’à ce moment-là, la Russie détiendra autant d’or que de dollars.

D’autres pays se livrent à cette « dédollarisation »

La Russie n’est d’ailleurs pas la seule à choisir le métal jaune. Au Premier trimestre de cette année, les banques centrales du monde entier ont acquis 145,5 tonnes d’or, soit 68 % de plus qu’au cours de la même période l’année dernière, révèlent des chiffres du World Gold Council (WGC). C’est aussi le niveau le plus élevé depuis 2013. Sur les quatre derniers trimestres, les achats d’or auprès des banques centrales ont atteint le niveau record de 716 tonnes.

La Russie demeure le plus gros acheteur, avec 55 tonnes, devant la Turquie (40 tonnes) et la Chine (33 tonnes). Les achats ont concerné des pays coutumiers de ce type de placement, mais on constate aussi des pays plus inhabituels. L’Équateur, par exemple, a décidé cette année d’acquérir de l’or pour la première fois depuis cinq ans. Le Qatar et la Colombie ont également effectué de gros achats au cours du dernier trimestre.

Ces pays sont principalement ceux qui souhaitent réduire leur dépendance au dollar. Avec ces achats, ces banques centrales cherchent en effet à « dédollariser » les économies de leurs pays respectifs, en substituant le métal précieux à leurs réserves en dollars. Très souvent, il s’agit de pays qui disposent de réserves d’or moins importantes que la plupart des pays d’Europe occidentale.

La Chine, qui a eu elle aussi maille à partir avec les États-Unis, a elle aussi commencé à réduire progressivement ses réserves en dollars, en les échangeant contre de l’or. L’Inde, qui fait partie des 10 pays qui détiennent les plus grosses réserves en devises internationales, a elle aussi acheté beaucoup de métal jaune.

Les taux d’intérêt américains au plus bas, la progression de la dette américaine et l’imprévisibilité du gouvernement américain réduisent l’attrait pour le dollar de nombreux pays. Ils lui substituent donc l’or, qui apparaît plus sûr. Il ne serait pas étonnant que dans quelques années, d’autres pays décident de copier le modèle russe, et de privilégier l’or au détriment du dollar.

« L’administration américaine actuelle et future devrait faire preuve de prudence afin d’éviter de donner à d’autres pays des incitations similaires pour qu’ils se débarrassent de leur dépendance au dollar et qu’ils suivent l’exemple du Kremlin », conclut Bershidsky.

https://fr.express.live/russie-reserves-or-dedollarisation/

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Le sanctionneur arrosé

Le sanctionneur arrosé

Publié le 20 Juin 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisEconomieRussiePétrole

Lorsque les frères Lumière projetèrent, en 1895, le premier film de l’histoire cinématographique, ils n’imaginaient sans doute pas la postérité de leur Arroseur arrosé. Ces derniers temps, le rôle du jardinier crétin est repris avec ardeur, quoiqu’à son corps défendant, par l’empire qui ne semble décidément pas savoir comment s’y prendre avec ses sanctions. Jugez-en plutôt…

Depuis les sanctions contre la Russie décidées par Washington et imposées aux euronouilles en 2014, l’indice de la bourse de Moscou a gagné 100%. Les opérateurs sont stupéfaits : « Ce que le marché russe a fait est incroyable étant données les sanctions. On se demande ce qui se passerait si celles-ci étaient suspendues… » Une chose est sûre : le « philanthrope »-boursier Soros ne s’attendait certainement pas à ça.

Et comme de leur côté, les réserves dépassent à nouveau les 500 milliards d’équivalents-dollars (seul un cinquième est libellé en billets verts), retrouvant leur niveau de 2014, le Kremlin a le sourire. Oh, à propos de dédollarisation, Bruxelles et Moscou sont en discussion pour favoriser les paiements roubles-euros. Pour l’instant, 54% des exportations russes vers l’UE sont encore payées en dollars (34% en euros et 8% en roubles). Pour les exportations européennes vers la Russie, les chiffres sont déjà plus intéressants : 48% en euros, 28% en roubles et seulement 22% en dollars.

Conclusion : un certain chemin a déjà été parcouru sur la voie de la dédollarisation mais l’UE continue de payer l’énergie russe en devises US. Les Russes jouent habilement la carte de l’infatuation des euronouilles envers leur monnaie (Il faut sauver le soldat euro) pour enfoncer un clou supplémentaire dans le cercueil de la domination financière impériale, pilier de sa puissance.

Moscou a également d’autres bonnes raisons de se réjouir tandis que les stratèges de DC la Folle se prennent, eux, la tête à deux mains. Depuis les sanctions états-uniennes contre le pétrole vénézuélien, les raffineurs américains se sont découvert une soudaine passion pour… l’or noir russe, dont les importations ont triplé ! Dans un scénario kafkaïen délicieux à souhait, les USA sanctionnent Caracas mais augmentent les revenus de Moscou qui aide Caracas.

Dans la même lignée, les sanctions impériales contre le pétrole iranien obligent l’Inde, grande importatrice de naphte perse, à regarder du côté de son allié historique russe. D’où ils sont, McCainistan et Brzezinski doivent regarder tout ça d’un air consterné en s’arrachant le peu de cheveux qui leur restent…

NOPEC, dédollarisation et le casse-tête de l’or noir

NOPEC, dédollarisation et le casse-tête de l’or noir

Publié le 5 Avril 2019 par Observatus geopoliticus in PétroleEtats-UnisMoyen-OrientEconomie

Achtung, achtung, les alarmes retentissent à nouveau dans les corridors du système impérial. Les stratèges affolés du Washingtonistan se précipitent à leur table de contrôle global. Interdits, il fixent un voyant rouge qui ne cesse de clignoter : Arabie Saoudite. Eh merde… Sur un mur, un écran affiche la signification première de l’alerte : Pétrodollar en danger.

Avant de continuer le feuilleton, un assez long rappel est nécessaire. En octobre 2017, dans un article qui fit date, intitulé Seoud yuanisé ou l’empire en péril, nous expliquions l’importance colossale (n’ayons pas peur des mots) de la question :

Il est de ces répétitions de l’Histoire… Il y a plus de deux ans – sous le titre Pétrodollar : le début de la fin ? – nous écrivions un billet prémonitoire qui n’a pas pris une ride :

A Washington, on doit beaucoup écouter les Doors en ce moment : This is the end, my only friend, the end… Certes, il ne faut pas vendre la peau de l’aigle avant de l’avoir plumé, mais ce n’est pas vraiment un futur radieux qui se profile à l’horizon pour l’empire 2.0.

Le système financier issu de la Seconde guerre mondiale – notamment les prêts en dollars du FMI ou de la Banque mondiale – assurait l’hégémonie de la monnaie américaine, permettant aux Etats-Unis de vivre au-dessus de leurs moyens en faisant financer leur dette par des pays étrangers tenus d’accumuler des réserves de titres libellés en dollars pour commercer. Ce « privilège exorbitant » (dixit Giscard) fut encore renforcé en 1973 lorsque Nixon se mit d’accord avec les Saoudiens pour que ceux-ci vendent leur pétrole uniquement en billets verts, créant de facto le pétrodollar. L’OPEP suivra deux ans après. Pour les Etats-Unis, des décennies d’argent facile et de guerres financées par des pays tiers…

Jusqu’à ce que ces pays tiers disent stop. Certains d’entre eux du moins. La fronde a commencé vers la fin des années 2000. En Amérique latine, Argentine et Brésil décident de commercer dans leurs monnaies respectives, puis c’est au tour de la Chine et du Brésil, tandis que les pays émergents se rebellent au sein même des instances du FMI et de la Banque mondiale. Curieusement, Poutine était d’abord en retrait dans ce mouvement jusqu’à ce que la nouvelle Guerre froide subséquente à la crise ukrainienne fasse de lui le chevalier blanc de la dé-dollarisation de la planète. C’est, depuis 2014, une avalanche de défections auxquelles fait face le billet vert, contrairement à la fable médiatique hollywoodienne qui voudrait nous faire croire à une « communauté internationale » réunie autour de l’Occident. Russie, Chine, Brésil, Argentine, Afrique du Sud, Inde, Turquie, Uruguay, Iran, Equateur, Egypte, Venezuela, Vietnam, Paraguay, Kazakhstan… tous ces pays ont renoncé au dollar ou sont en voie de le faire dans leurs échanges commerciaux bilatéraux au profit de leur monnaie ou de l’or. Pire ! les propres alliés de Washington (Canada, Corée du sud, Qatar) quittent le navire et s’en vont sifflotant passer des accords SWAP (échanges de devises) avec la Chine.

Comme si cela ne suffisait pas, les BRICS ont décidé au sommet de Fortaleza la création d’un système financier parallèle concurrençant le FMI et la Banque Mondiale d’obédience américaine tandis que la Chine y allait de sa propre banque personnelle vers laquelle se sont précipités les alliés intimes de l’oncle Sam (Angleterre, Australie) comme des enfants turbulents désobéissant au majordome. Il paraît qu’Obama en a interrompu sa partie de golf…

Une chose demeurait, stoïque et inébranlable : le pétrodollar. Saddam avait bien tenté de monter une bourse pétrolière en euros mais il fut immédiatement tomahawkisé. Kadhafi avait lancé l’idée mais les bombes libératrices de l’OTAN tombaient déjà sur Tripoli avant qu’il ait eu le temps de passer un coup de fil. Les stratèges américains pouvaient dormir du sommeil du juste, leurs charmants alliés pétromonarchiques du Golfe resteraient le doigt sur la couture du pantalon.

Sauf que… Une info extrêmement importante, donc passée inaperçue dans la presse française, est sortie il y a quelques jours. La Russie et l’Angola ont dépassé l’Arabie saoudite comme premiers fournisseurs de pétrole à la Chine. Chose intéressante d’après les observateurs, c’est le fait que la Russie (encore ce diable de Poutine !) accepte désormais les paiements en yuans chinois qui a motivé ce changement tectonique. D’après un analyste, si l’Arabie veut reprendre sa part de marché, il faudrait qu’elle commence à songer sérieusement à accepter des paiements en yuans… c’est-à-dire mettre fin au pétrodollar.

Et là, cela risque de poser un sérieux dilemme aux Saoudiens : faire une croix sur leur prééminence pétrolière mondiale ou faire une croix sur le pétrodollar au risque de voir les Américains le prendre très mal et éventuellement fomenter un changement de régime.

Y a-t-il un lien avec la visite de haut niveau des Saoudiens à St Pétersbourg la semaine dernière, quelque chose du genre « Cher Vladimir, vous nous protégerez le cas échéant si on change de devise ? » A suivre…

On ne pouvait pas taper plus dans le mille. Octobre 2017 : un économiste de renom prévoit le remplacement par Riyad du dollar par le yuan, le roi saoudien effectue une visite historique à Moscou et les Russes vont vendre des batteries S400 à l’Arabie saoudite.

Carl Weinberg ne s’est pas souvent trompé dans ses analyses. Aussi, quand il déclare que Riyad est fortement encouragée par Pékin à lui vendre son pétrole en yuans et prédit que d’ici peu, les Saoudiens succomberont à la pression, il vaut mieux le prendre au sérieux :

« D’ici deux ans, la demande chinoise en pétrole écrasera la demande américaine. Je pense que la cotation des cours en yuans est pour bientôt. Dès que les Saoudiens l’accepteront – comme les Chinois les y contraignent – le reste du marché [les pétromonarchies, ndlr] suivra le mouvement. »

En filigrane, l’effondrement du pétrodollar mis en place il y a plus de quarante ans et pilier du système impérial américain. Les liaisons dangereuses entre Bush Junior et l’establishment wahhabite, le tendre baiser de Barack à frites sur le royal arrière-train du Seoud, tout cela n’aura finalement servi à rien…

Ca doit sérieusement grincer des dents le long des corridors néo-cons de Washington et il n’est pas impossible que quelques plans sur la « remodélisation » du royaume saoudien soient soudain sortis des tiroirs. Coïncidence (ou pas), le facétieux Vladimirovitch a justement ironisé sur la chose lors de la réunion annuelle du Club Vadaï à Sotchi (…)

Est-ce tout à fait un hasard si, dans ces conditions, Salman a débarqué à Moscou il y a deux semaines, la première visite officielle d’un monarque saoudien en Russie. Cela fait des décennies que l’ours et le chameau sont opposés sur à peu près tous les dossiers brûlants de la planète, le second finançant le djihadisme mondial pour le bénéfice de son parrain US afin de diviser l’Eurasie et mettre le premier en difficulté. Que cache donc cette visite historique ?

Au-delà des nécessaires relations entre ces deux poids lourds du pétrole (accord OPEP+), le Seoud suit les pas des autres acteurs du Moyen-Orient, délaissés par l’inexorable reflux de l’empire et qui vont tous rendre visite au nouveau boss de la région. Comme le dit sans ambages Bloomberg :

« Les Israéliens, les Turcs, les Egyptiens, les Jordaniens – tous prennent le chemin du Kremlin dans l’espoir que Vladimir Poutine, le nouveau maître du Moyen-Orient, puisse assurer leurs intérêts et résoudre leurs problèmes. »

Le Seoud ne fait pas autre chose, allant à Canossa, mangeant son keffieh en rabaissant très sérieusement ses folles prétentions syriennes (tiens, Assad ne doit plus partir finalement). Mais il y a peut-être plus, beaucoup plus, et plusieurs voix (ici ou ici) y décèlent un changement tectonique. Nous en revenons à notre pétrole yuanisé et à nos S400…

Certains ont dû avoir le hoquet en lisant qu’après la Turquie, Moscou allait également vendre son inégalable système anti-aérien à son ex-Némésis wahhabite. On le comprendrait mieux s’il s’agit de créer un environnement favorable à une transition saoudienne vers la dédollarisation et la multipolarité eurasienne, voire d’assurer la future défense du pays face aux réactions hystériques de l’empire trahi. L’avenir nous le dira…

L’avenir sourit à qui sait attendre et nous n’avons pas encore la réponse à cette interrogation aux conséquences tectoniques. Mais si nos petits stratèges de DC la Folle sont en alerte rouge, c’est que la question revient avec acuité sur le devant de la scène. Riyad vient de menacer Washington d’abandonner la vente de son pétrole en dollars si le NOPEC passe. Traduction : la fin du pétrodollar, l’un des principaux piliers de la puissance impériale depuis un demi-siècle.

NOPEC, quézako ? Dans un article au titre quelque peu neuneu – NOPEC, l’arme de destruction massive de Trump contre l’OPEP – et n’analysant évidemment pas le désastre stratégique que cela constituerait pour les Etats-Unis, la presse nous l’expliquait néanmoins clairement il y a quelques mois :

Alors que Donald Trump veut à tout prix faire baisser les cours du brut, une sous-commission du Sénat va étudier mercredi la loi Nopec qui aurait pour effet de lever l’immunité souveraine des Etats membres de l’Opep aux Etats-Unis.

Donald Trump sera-t-il prêt à tout pour faire baisser les cours du brut ? Le président américain, qui tente sans succès depuis l’été d’obtenir des pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) qu’ils augmentent encore davantage leur production afin de faire baisser les prix, pourrait sortir l’artillerie lourde, selon la presse américaine.

Baptisée Nopec, la « loi sur les cartels ne produisant et n’exportant pas de pétrole », va faire l’objet d’une audition ce mercredi 3 octobre devant le Sénat. Celle-ci modifierait la législation antitrust pour permettre de poursuivre pour collusion les pays de l’Opep et elle interdirait de restreindre la production d’hydrocarbures ou d’en fixer les prix. Rejetée jusqu’ici par Washington soucieux de ménager l’allié saoudien, leader du cartel, la proposition, régulièrement évoquée ces dix dernières années, serait, si elle aboutissait, un véritable coup de force des États-Unis. « L’Opep est la bête noire de Trump qui pourrait soutenir le Nopec ».

Les Saoudiens sont vent debout contre cette loi. Le mois dernier encore, ils annonçaient l’apocalypse lors de rencontres avec l’establishment financier de Wall Street. Il semble qu’ils aient maintenant passé la vitesse supérieure si l’on en croit leur menace d’abandonner le pétrodollar, « l’option nucléaire » comme elle est surnommée, et auprès de laquelle « l’arme de destruction massive » si chère à nos petits binoclards journalistiques fait figure de plaisanterie douteuse. Quand on connaît le poids de l’or noir, dont le commerce (principalement en dollars jusqu’à présent) est plus important que celui de tous les métaux bruts combinés, on comprend la portée de la chose…

Les Chinois sont extrêmement attentifs, eux qui font chaque jour un peu plus pression sur l’Arabie saoudite pour qu’elle leur vende son pétrole en yuans. Les Russes n’en perdent pas une miette non plus, l’option nucléaire saoudienne valant en l’occurrence bien plus que leurs derniers bijoux hypersoniques pourtant redoutables.

Sans surprise, le Deep State US ainsi que le lobby pétrolier s’opposent résolument au NOPEC qui, néanmoins, fait son bonhomme de chemin et passe l’un après l’autre les obstacles au Congrès. Car nous touchons là à l’éternelle contradiction historique entre intérêts nationaux et impériaux. La Rome du dernier siècle de la République en savait quelque chose, mais ceci est un autre sujet…

Ces Sénateurs et Représentants n’ont certes rien contre l’omnipotence américaine dans le monde mais ils ont aussi, petit détail fort incommodant, des électeurs. Eh oui, ces satanés citoyens qui ne s’intéressent, eux, qu’à leur fin de mois difficile et se fichent comme de l’an 40 des bases US dans le Rimland. On se rappelle qu’en 1992, à la grande consternation du Deep State, George Bush Senior, le président qui avait supervisé la chute de l’URSS et pouvait pousser à fond l’avantage de l’empire, avait été battu par un gringalet nommé Bill Clinton, qui ne faisait que promettre des jobs. Si l’Etat profond avait évidemment fini par récupérer ce dernier au bout de quelques années, les néo-cons se sont toujours mordu les doigts de n’avoir pas su placer un des leurs à la Maison Blanche en cette période cruciale du début de la décennie 90.

Pour les membres du Congrès, tournés vers la situation intérieure, l’équation est simple : NOPEC = pétrole moins cher = consommateurs contents = réélection. Avec, en passant, une petite gifle à l’Arabie Saoudite en prime, dont l’image dans le public américain est aussi écornée qu’un parchemin rassis du XIIIème siècle.

Le lobby pétrolier, lui, pense évidemment en sens inverse : or moins cher = moins de profits. Dans le même wagon, les producteurs de pétrole de schiste réclament à cor et à cri un baril au-dessus de 70$ pour couvrir les coûts énormes de la fracturation hydraulique. Quant au Deep State, il grince des dents en imaginant la fin du financement facile de ses guerres/bases/invasions/coups d’Etat, marque de fabrique impériale.

S’il y en a un qui doit être assez désarçonné en ce moment, c’est bien le Donald. Ayant mis un accent sincère durant sa campagne sur le pouvoir d’achat, il se lâche régulièrement en imprécations twitteresques contre l’OPEP, vilipendant le cartel pour cause de pétrole cher. D’un autre côté, au-delà même de savoir s’il a définitivement été drainé par le marais, un président américain peut-il réellement et sciemment laisser tomber le pétrodollar ? Le NOPEC n’est pas nouveau et, en leur temps, Bush Junior et Barrack à frites s’y sont tous deux fortement opposés, brandissant carrément la menace du veto. Si le Donald rêve indéniablement moins de gloire expansionniste que ses deux prédécesseurs et si son inclination personnelle et politique le pousserait à soutenir le NOPEC, va-t-il pour autant franchir le Rubicon ? Rien n’est moins sûr.

A Moscou et à Pékin, on attend la suite du feuilleton avec impatience. Que le NOPEC passe et que les Saoudiens mettent, pour une fois, leurs menaces à exécution, et c’est tout l’édifice impérial qui s’effrite, avec les gigantesques conséquences que l’on sait. Et même si, finalement, les choses rentrent d’une manière ou d’une autre dans l’ordre à Washington (torpillage du NOPEC au Congrès par le Deep State, veto présidentiel), l’épisode restera comme un coup de canif supplémentaire et indélébile à la majesté du pétrodollar. C’est, à ma connaissance, la première fois que les Seoud évoquent publiquement la possibilité d’abandonner le dollar. Une véritable révolution copernicienne devant laquelle Russes et Chinois se frottent les mains…

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/nopec-dedollarisation-et-le-casse-tete-de-l-or-noir

Le retour du dragon

Le retour du dragon

Publié le 2 Avril 2019 par Observatus geopoliticus in ChineAmérique latineRussieEtats-UnisGazEconomie,Ukraine

Telle un dragon tourbillonnant dans le ciel et accaparant l’attention universelle avant de disparaître dans les nuées, la Chine, puissante, incontournable, s’envole parfois mystérieusement de l’actualité sans que l’on sache trop pourquoi. Elle y revient cependant invariabement, toutes ailes et flammes déployées, comme c’est le cas actuellement.

Au Venezuela, l’arrivée d’un contingent militaire russe, dissuasion psychologique appréciable vis-à-vis des organisateurs du changement de régime, avait déjà défrayé la chronique et exaspéré Washington. Les Chinois en rajoutent maintenant une couche, envoyant eux aussi à Caracas, ou plus exactement sur l’île de Margarita, 120 soldats. Si leur mission officielle est de distribuer l’aide humanitaire, notamment les 65 tonnes de médicaments envoyées par Pékin il y a quelques jours, il se murmure que le groupe compte dans ses rangs des spécialistes en cyberguerre. Toujours utile en ces temps de sabotage du système électrique par les petits génies de Langley…

La symbiose sino-russe est tellement entrée dans les mœurs que l’on en parle moins. Elle reste cependant un fait incontournable des relations internationales en ce début de XXIème siècle. Contrairement aux dirigeants occidentaux qui ont fait de la communication leur seul argument politique, Russes et Chinois ne parlent jamais pour ne rien dire. Quand Poutine évoquait en 2017 le « niveau sans précédent des relations sino-russes », que de son côté Xi Jinping considérait à « un plus haut historique et un modèle entre grandes puissances », leur parole était d’or. On en a encore la preuve actuellement au Venezuela, l’envoi des militaires ayant évidemment été coordonné en amont à Moscou et à Pékin.

Exemple parmi beaucoup d’autres de la coopération stratégique entre l’ours et le dragon, le Sila Sibiri est terminé et le gaz devrait couler à flots dès septembre. Ce qui n’empêche d’ailleurs pas les deux compères de reprendre les discussions sur un autre formidable pipeline, l’Altaï. Les stratèges de Washington en ont des sueurs froides et voient avec horreur l’inexorable avancée de ces tubes qui vont de plus en plus irriguer le continent-monde, hors du contrôle de l’empire maritime.

La dédollarisation va bon train elle aussi. Le blog ayant sans cesse de nouveaux lecteurs, un petit rappel n’est peut-être pas inutile :

Bretton Woods, 1944

Alors que la poussière du débarquement de Normandie venait à peine de retomber et que la guerre contre l’Allemagne était loin d’être terminée, les Etats-Unis réunirent une quarantaine de pays à Bretton Woods pour préparer leur domination future. Contrairement à la Première guerre, leur intervention dans le second conflit mondial n’avait rien de débonnaire. C’était décidé, ils allaient s’intéresser aux affaires du monde. Et pour ce pays pétri d’idéologie messianique, convaincu d’être « la nation indispensable », s’intéresser au monde équivalait à le dominer.

Ce 22 juillet 1944, les délégués signèrent ni plus ni moins la domination universelle du dollar pour les décennies à venir, organisant le système monétaire international autour du billet vert. Parmi les nouveautés, un FMI et une Banque mondiale prêtant tous les deux uniquement en dollars, obligeant ainsi les pays demandeurs à acheter de la monnaie américaine, donc indirectement à financer les Etats-Unis. Le dollar était la pierre angulaire de tout le système, intermédiaire unique et indispensable pour demander un prêt, acheter de l’or et bientôt acheter du pétrole (pétrodollar en 1973). De Gaulle s’élevait déjà contre cette capacité inouïe de l’Amérique à « s’endetter gratuitement », donc à faire financer sa domination sur les autres par les autres. Giscard, qui n’avait pourtant rien d’un marxiste anti-impérialiste, parlait de « privilège exorbitant ». Nixon répondait : « notre monnaie, votre problème ».

On ne peut certes pas résumer les causes de la domination états-unienne de l’après-guerre au seul statut de sa monnaie, mais celui-ci a joué un rôle crucial. C’est ce que Washington est en train de perdre…

Oufa, 2015

71 ans après Bretton Woods, la position dominante du dollar commence à battre sérieusement de l’aile. Le mouvement débuta il y a quelques années quand les puissances émergentes commencèrent à dédollariser leurs échanges, rejoints par un nombre toujours plus grand de pays. Chine, Russie, Brésil, Inde, Iran, Argentine, Turquie, Pakistan, Afrique du Sud, Egypte et même maintenant Australie, Canada ou Corée du Sud… tous ces pays commercent, à des degrés divers, en dehors du système dollar ou sont en voie de le faire. Mais c’est la crise ukrainienne qui a été l’accélérateur. Devant ce qu’il voyait comme une volonté hégémonique américaine de contrôler l’Eurasie, Poutine s’est attaqué aux fondations de la domination US, participant à la création d’un système financier entièrement nouveau, parallèle, concurrençant les institutions de Bretton Woods. Chine, Inde ou Brésil, qui réclamaient en vain depuis déjà plusieurs années une redistribution des cartes au sein du FMI ou de la Banque mondiale, ont sauté sur l’occasion.

Depuis des années, Moscou et Pékin s’attaquent au pétrodollar par l’entremise de l’or ou du pétroyuan. Le Kremlin accélère encore le rythme frénétique de ses achats de métal précieux en attendant de se ruer sur le yuan quand celui-ci sera enfin pleinement convertible. En outre, les banques russes se rallient à l’alternative chinoise au système Swift, sis à Bruxelles et toujours susceptible d’être à la merci du délire de sanctionnite aigüe qui plane sur Washington.

Sans surprise, la Russie et la Chine, « plus alignées que jamais dans leur histoire » (dixit le Deep State), représentent la plus grande menace existentielle qui soit pour le système impérial US.

Nos Chroniques ont, à de multiples reprises, insisté sur le changement tectonique que nous sommes en train de vivre, et que Lavrov a imperturbablement résumé il y a quelques jours : « C’est la fin de 500 ans de domination occidentale sur le monde ». Et le facétieux Sergueï d’ajouter : « On comprend que cela soit douloureux pour nos partenaires occidentaux… »

D’autant que dragon et ours entraînent joyeusement à leur suite le nouveau monde multipolaire qui se met en place, et notamment ces deux joyaux de la couronne que sont l’Inde et l’Iran. A eux quatre – mais encore faut-il que les conflits anciens et tenaces de cette partie du monde soient réglés -, ils formeront le quadrige de l’Eurasie qui mettra à mort l’empire maritime américain.

La puissance économique chinoise est même en train de débaucher les euronouilles, vassales depuis toujours de Washington. Nous avons vu récemment que l’Italie entre dans la danse des Nouvelles routes de la Soie, ce qui a provoqué quelques cris d’orfraie en provenance de Berlin, Paris et Bruxelles. Loin d’être opposés par principe au projet pharaonique du dragon, les eurocrates réclament en fait tout simplement leur place à la table du banquet. Tonton Sam en a les dents qui grincent…

Point très combien intéressant, les routes de la Soie s’étendront à la Crimée, dans un clair message de soutien à Moscou et de défi envers Washington et Kiev. On imagine la rage de Poroclown, qui a tout de même réussi à se qualifier de justesse pour le second tour de la présidentielle malgré nos prévisions et la contestation des résultats par Timochenko. A moins d’un miracle fortement aidé par les officines US (comme au bon vieux temps d’Eltsine), le roi du chocolat ne sera de toute façon pas réélu, en dépit de ses appels du pied quelque peu lourdauds à l’establishment impérial, comme la décision de renommer une rue de la capitale pour honorer McCainistan.

Terminons par une région dont on parle peu mais qui, elle aussi, sourit au dragon : l’Arctique. Le réchauffement climatique permet peu à peu d’y dégager la route du grand Nord, qui verra bientôt les navires chinois naviguer pour contourner les points chauds de l’océan mondial (détroit de Malacca) que tente de contrôler la marine américaine. Pour Pékin, une excellente nouvelle stratégique de plus…

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Chers amis,

encore une fois, permettez-moi de renouveler mes plus sincères remerciements pour votre généreuse participation à la cagnotte et les innombrables messages très touchants qui ont accompagné les dons. Comprenant votre réticence à passer par Leetchi, j’ai clôturée celle-ci bien plus tôt que prévu (la somme était de toute façon déjà fort rondelette) pour en rouvrir une autre plus acceptable. Cette dernière restera à disposition pendant longtemps, sans échéance spécifique ni pression d’aucune sorte, simple réceptacle de vos futures contributions si vous le souhaitez.

Merci encore de votre confiance et de votre gentillesse.

OG

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/04/le-retour-du-dragon.html

Qu’adviendra-t-il de l’or le 29 mars 2019 ?

Qu’adviendra-t-il de l’or le 29 mars 2019 ?


Le métal jaune redevient une monnaie


Par Valentin Katasonov – Le 23 mars 2019 – Source Fond Stratégique de la Culture

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L’or pendant des siècles et même des millénaires a joué le rôle de monnaie. Cependant, il y a plusieurs décennies, l’or, de métal monétaire, a été dégradé en produit boursier ordinaire. L’étalon de change or a pratiquement cessé d’exister le 15 août 1971, lorsque Richard Nixon a annoncé que le Trésor Américain cesserait d’échanger le « billet vert » contre le métal jaune. Le fil qui reliait l’or au monde monétaire était rompu.


Légalement, ce lien a été rompu lors de la Conférence monétaire et financière de la Jamaïque de 1976, au cours de laquelle les pays membres du FMI ont annoncé la démonétisation de l’or. En fait, les décisions de la Conférence de Bretton Woods de 1944 ont été annulées lorsque le dollar et l’or ont reçu le statut de monnaie internationale, tandis que le Trésor Américain devait assurer le libre échange du dollar contre l’or.

La Conférence de la Jamaïque a en fait proclamé que la seule monnaie internationale restait le dollar Américain, et que l’or se transformait en produit boursier, à l’instar du pétrole, du blé et du café. Après cela, l’utilisation de l’or dans les règlements internationaux a presque cessé. Certes, le comportement des Banques centrales et des Ministères des finances, qui conservaient dans leurs réserves de l’or apparemment inutile, fut surprenant. Pour quelque raison, les États-Unis continuèrent de conserver plus de 8 000 tonnes d’or dans leurs réserves internationales. Un autre phénomène étrange fut la hausse effrénée du
prix de l’or. Au début de 1980, le prix du métal jaune a grimpé à 800 dollars l’once. Puis, il est vrai que son prix commença à baisser, atteignant parfois presque 300 dollars.

Le monde a vécu sans or monétaire pendant plus de quatre décennies. Toutefois, certaines personnes ont compris que le monde de l’or avait un côté extérieur visible, et un côté différent, dans l’ombre, inconnu du grand nombre. De cet autre côté, des manipulations constantes du métal jaune avaient lieu. Ces manipulations satisfaisaient à la fois les intérêts égoïstes des différents acteurs, et les objectifs stratégiques des « maîtres de l’argent », c’est-à-dire des principaux actionnaires de la Réserve fédérale américaine. Leur objectif principal était de maintenir les cours de l’or au plus bas. Sans son « écrasement », il était impossible de garantir l’hégémonie du dollar américain dans le monde : plus le cours du métal précieux est élevé, plus le dollar s’affaiblit.

Les financiers sérieux comprennent cette vérité élémentaire : qui contrôle l’or, contrôle le système monétaire international. Dans l’histoire de l’or et de la finance internationale, il y a eu plusieurs événements marquants au cours des quatre dernières décennies, dont l’un devrait se produire dans quelques jours. Je recommande d’y prêter attention. Il s’agit de la prochaine étape de mise en œuvre de « Bâle III ». Qu’est-ce ?

Le centre informel de direction du système bancaire international est la Banque des règlements internationaux (BRI) à Bâle (Suisse). C’est une sorte de « Club des banques centrales ». La BRI dispose d’un Comité de surveillance bancaire (CSB), une organisation qui élabore des normes et des méthodes uniformes visant à réglementer les activités bancaires. Le premier document important, né dans les profondeurs du CSB, s’appelait Bâle I (1988). Puis un autre document est apparu –  Bâle II (2004) ; son titre complet : « Convergence internationale de la mesure et des normes de capital : nouvelles approches ». Enfin, en 2010-2011, le document Bâle IIIfut approuvé. Il naquit en réaction à la crise financière internationale de 2008-2009, qui démontra que les banques n’étaient pas suffisamment solides. Bâle III augmenta les exigences en termes de fonds propres des banques, et détermina ce qu’il fallait considérer comme capitaux propres, et le mode de leur évaluation. Dans le monde bancaire, les recommandations de ce document sont actuellement mises en œuvre, et le 29 mars, ce sera le début de sa phase finale. À compter de ce jour, le statut de l’or changera quant à sa part dans les capitaux propres des banques.

Selon les règles du CSB, le capital des banques est divisé en trois catégories. La catégorie supérieure a toujours été la monnaie, que ce soit ou non en espèces. Ensuite viennent les Bons du trésor ayant obtenu la meilleure cotation (en premier lieu, les obligations du Trésor Américain). Puis, dans la troisième catégorie, l’or était considéré comme un équivalent monétaire. Et le calcul des fonds propres des banques était effectué sur la base d’une évaluation de l’or détenu par la banque, à hauteur de 50% de sa valeur de marché. Naturellement, avec une telle discrimination de l’or, les banques n’étaient pas particulièrement incitées à accumuler le métal précieux.

Et voici qu’à partir du 29 mars, les banques seront autorisées à comptabiliser l’or dans leurs fonds propres à 100% du prix de marché. L’or passe ainsi de la troisième à la première catégorie, ce qui signifie qu’à partir du 29 mars, l’or redeviendra une valeur monétaire – telle que le Dollar, l’Euro ou la Livre Sterling. Peut-être qu’après le 29 mars, tout semblera en apparence comme avant, mais de toute manière, la « mine d’or » devra exploser.

Il est à noter qu’après l’adoption de Bâle III, les Banques centrales ont cessé de vendre le métal jaune. Plus que cela : elles sont devenues des acheteurs invétérés nets d’or. En 2018, les Banques centrales du monde entier ont augmenté leurs réserves d’or officielles de 651,5 tonnes – le chiffre le plus élevé depuis 1971, année de l’abolition de l’étalon de change or. Et c’est 74% de plus qu’en 2017 (374,8 tonnes). Les données sont tirées du rapport sur la dynamique de la demande d’or (Gold Demand Trends) du World Gold Council.

Avec une marge énorme, la Banque de Russie est devenue le plus gros acheteur d’or en 2018. Ses réserves d’or ont augmenté d’un volume record de 274,3 tonnes, soit 42% de l’ensemble des achats d’or de la dernière année par les Banques centrales. La Banque centrale de Turquie occupe la deuxième place pour les achats d’or (+51,5 tonnes), tandis que la Banque centrale du Kazakhstan se situe en troisième position (+50,6 tonnes).

L’année dernière, les principaux acheteurs étaient l’Inde (+40,5 tonnes), la Pologne (+25,7 tonnes) et la Mongolie (+22 tonnes). L’année dernière, la Pologne est devenue le premier pays de l’Union Européenne depuis 1998 à acheter de l’or pour ses réserves. Tout le monde a également été surpris par la Banque centrale de Hongrie, qui n’avait pas acheté d’or depuis 1986 et qui, en octobre de l’année dernière, a multiplié par dix ses réserves d’or – de 3,1 tonnes à 31,5 tonnes.

Cependant, le tableau des achats d’or par les Banques centrales, présenté dans le rapport du World Gold Council, est incomplet et peu précis. Selon des estimations d’experts, ces dernières années, avec la Banque de Russie, la Banque populaire de Chine (BPC) est le principal acheteur de métal jaune sur le marché international, parmi les Banques centrales. Cependant, les données sur l’augmentation de la réserve d’or de la Banque centrale chinoise sont cachées. Seules les statistiques de la BPC enregistrent parfois une augmentation des réserves d’or.

Selon les données officielles, à partir de février 2019, les principaux pays en termes de réserves d’or sont (en tonnes) : USA – 8 133,5 ; Allemagne – 3 369,7 ; Italie – 2 451,8 ; France – 2 436,0 ; Russie –2 119,2 ; Chine – 1 864,3 ; Suisse – 1 040,0.

Et ce qui est intéressant : avec la demande clairement croissante d’or, le prix de l’or sur le marché mondial a chuté d’environ 5% l’an dernier. Le fait est que les joueurs qui misent sur une augmentation significative de leurs réserves d’or poursuivent depuis longtemps une politique d’écrasement artificiel du cours de l’or. Le marché de l’or-papier a émergé et est en plein essor, son chiffre d’affaires est plusieurs fois supérieur à celui du marché du métal physique. Avec l’augmentation de l’offre en « or-papier », il est possible d’acheter du métal physique à bas prix. Cependant, ce n’est que temporaire. Le moment viendra où le pendule ira dans la direction opposée, et une hausse rapide des cours du métal jaune commencera.

Naturellement, tout le monde veut avoir le temps de s’approvisionner en or avant que cela se produise. Dans le contexte de l’or « ressuscité », les autres instruments financiers ne seront pas beaux à voir. Les actifs et les « portefeuilles »des intervenants sur les marchés financiers internationaux modifieront leur structure en faveur du métal jaune, en réduisant leur part d’instruments tels que les titres de créance et les titres de participation. Les spéculateurs qui n’ont pas accès à la planche à billets chercheront à acheter de l’or avec l’argent qu’ils reçoivent de la vente d’obligations d’État et de sociétés, ainsi que d’actions. Le monde d’aujourd’hui est au bord d’une deuxième vague de crise financière et le déclenchement de la « règle d’or » de Bâle III peut en être le déclencheur. Peut-être que pour ceux qui survivront à la crise, l’or reprendra sa place légitime dans le monde monétaire.

P.S. On soupçonne que la « règle d’or » dans le document de Bâle III a été incluse grâce aux efforts du clan Rothschild, qui depuis deux siècles s’en est occupé sérieusement, et qui sait comment gérer le marché de ce métal. Avec l’introduction de la « règle d’or », ils s’attendent à renforcer leurs positions fragilisées (la démonétisation de l’or dans les années 1970 a affaibli leur influence sur la finance internationale).

Valentin Katasonov

Traduit du russe par Carpophoros, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/quadviendra-t-il-de-lor-le-29-mars-2019

 

Adieu au dollar

Adieu au dollar

 

    La présidence incompétente et corrompue de Donald Trump a involontairement porté un coup fatal à l’empire américain : l’abandon du dollar comme principale monnaie de réserve mondiale. Partout dans le monde, en particulier en Europe, les pays ont perdu confiance dans la capacité des États-Unis à agir de manière rationnelle, et encore moins à diriger, dans les domaines des finances internationales, du commerce, de la diplomatie et de la guerre. Ces pays démantèlent discrètement l’alliance vieille de sept décennies avec les États-Unis et mettent en place des systèmes alternatifs de commerce bilatéral.

    Cette reconfiguration du système financier mondial sera fatale à l’empire américain, comme le soulignent depuis longtemps l’historien Alfred McCoy et l’économiste Michael Hudson. Elle déclenchera une spirale économique fatale, incluant une forte inflation, qui nécessitera une contraction militaire massive à l’étranger et plongera les États-Unis dans une dépression prolongée. Trump, plutôt que de rendre l’Amérique grande à nouveau, s’est avéré, sans le vouloir, être le fossoyeur le plus offensif de l’empire.

    L’administration Trump a saboté de façon capricieuse les institutions mondiales, dont l’OTAN, l’Union européenne, les Nations Unies, la Banque mondiale et le FMI, qui couvrent et légitiment l’impérialisme américain et l’hégémonie économique mondiale. L’empire américain, comme le souligne McCoy, a toujours été un hybride d’anciens empires. Il a développé, écrit-il, « une forme distinctive de gouvernance mondiale qui incorporait des aspects des empires précédents, anciens et modernes. Cet imperium américain unique en son genre était athénien dans sa capacité à forger des coalitions entre alliés ; romain dans sa dépendance à l’égard des légions qui occupaient des bases militaires dans la plupart des pays connus ; et britannique dans son aspiration à fusionner culture, commerce et alliances dans un système global qui couvrait le globe. »

    Lorsque George W. Bush a unilatéralement envahi l’Irak, défiant avec sa doctrine de guerre préventive le droit international et rejetant les protestations des alliés traditionnels, il a initié la rupture. Mais Trump a approfondi les fissures. Le retrait de l’administration Trump de l’accord nucléaire iranien de 2015, bien que l’Iran ait respecté l’accord, et l’exigence que les nations européennes se retirent ou subissent également les sanctions américaines a fait en sorte que des nations européennes soient mises en difficultés et établissent un système monétaire alternatif qui exclut les États-Unis. L’Iran n’accepte plus le dollar pour le pétrole sur les marchés internationaux et l’a remplacé par l’euro, ce qui est un facteur non négligeable qui contribue à l’animosité profonde de Washington pour Téhéran. La Turquie abandonne également le dollar. Les États-Unis exigent que l’Allemagne et d’autres états européens mettent fin à l’importation de gaz russe, et les Européens ont eux aussi ignoré Washington. La Chine et la Russie, traditionnellement antagonistes, travaillent maintenant en tandem pour se libérer du dollar. Moscou a transféré 100 milliards de dollars de ses réserves en yuan chinois, yen japonais et euros. Et, tout aussi inquiétant, depuis 2014, les gouvernements étrangers ne stockent plus leurs réserves d’or aux États-Unis ou, comme dans le cas de l’Allemagne, les retirent de la Réserve fédérale. L’Allemagne a rapatrié ses 300 tonnes de lingots d’or. Les Pays-Bas ont rapatrié leurs 100 tonnes.

    L’intervention des États-Unis au Venezuela, la guerre commerciale potentielle avec la Chine, le retrait des accords internationaux sur le climat, le retrait du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), le shutdown à Washington, la fermeture du gouvernement et la multiplication des hostilités avec l’Iran ne présagent rien de bon pour les États-Unis. La politique étrangère et financière américaine est prise en otage par les caprices bizarres d’idéologues arriérés tels que Mike Pompeo, John Bolton et Elliott Abrams. Cela garantit un chaos plus général ainsi que des efforts accrus de la part des nations du monde entier pour se libérer de l’étau économique que les États-Unis ont effectivement mis en place après la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit seulement de savoir si le dollar sera mis de côté ou non. Que ce soit Trump, avec ses compagnons idéologues d’extrême droite, qui ait détruit les structures internationales mises en place par des capitalistes mondialistes, plutôt que par les socialistes que ces capitalistes ont cherché à écraser en investissant des ressources énormes, est d’une ironie navrante.

    L’historien Ronald Robinson soutenait que la domination impériale britannique était morte « lorsque les dirigeants coloniaux n’avaient plus eu de collaborateurs indigènes ». Le résultat, a-t-il noté, est que « l’inversion de la collaboration en non-coopération a largement déterminé le moment de la décolonisation ». Ce processus d’aliénation des alliés et collaborateurs traditionnels des États-Unis aura le même effet. Comme le souligne McCoy, « tous les empires modernes ont compté sur des substituts fiables pour traduire leur pouvoir mondial en contrôle local – et pour la plupart d’entre eux, le moment où ces élites ont commencé à s’agiter, à répondre et à affirmer leurs propres intentions a été aussi le moment où l’on savait que l’effondrement impérial était une possibilité ».

    Le dollar, en raison de la dette astronomique du gouvernement qui s’élève maintenant à 21 billions de dollars, dette qui sera augmentée par les réductions d’impôt de Trump qui coûteront 1,5 billion de dollars au Trésor américain au cours de la prochaine décennie, cette dette est de moins en moins fiable. Le ratio de la dette au PIB est maintenant supérieur à 100 %, un feu rouge clignotant pour les économistes. Notre déficit commercial massif dépend de la vente de bons du Trésor à l’étranger. Une fois que ces obligations perdront de leur valeur et ne seront plus considérées comme un investissement stable, le dollar subira une dévaluation considérable. Il y a des signes que ce processus est en cours. Les réserves des Banques centrales détiennent moins de dollars qu’en 2004. Il y a moins de paiements SWIFT – l’échange de virements interbancaires – en dollars qu’en 2015. La moitié du commerce international est facturée en dollars, bien que la part américaine du commerce international ne soit que de 10 %.

    « En fin de compte, nous aurons des monnaies de réserve autres que le dollar américain », a annoncé le mois dernier le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney.

    Soixante et un pourcents des réserves étrangères de devises sont en dollars. Au fur et à mesure que ces réserves en dollars seront remplacées par d’autres monnaies, le recul du dollar s’accélérera. L’imprudence des politiques financières américaines ne fera qu’exacerber la crise. « Si les emprunts illimités, financés par la planche à billets, étaient une voie vers la prospérité », a dit récemment Irwin M. Stelzer de l’Institut Hudson, « alors le Venezuela et le Zimbabwe seraient en tête des tableaux de croissance. »

    M. McCoy explique à quoi ressemblerait un ordre financier mondial sans lien avec le dollar :

    « Pour la majorité des Américains, les années 2020 seront probablement considérées comme une décennie démoralisante marquée par la hausse des prix, la stagnation des salaires et la perte de compétitivité internationale. Après des années de déficits croissants alimentés par des guerres incessantes dans des pays lointains, le dollar américain perdra en 2030 son statut spécial de monnaie de réserve dominante dans le monde.

    Subitement, il y aura des hausses de prix punitives pour les importations américaines allant des vêtements aux ordinateurs. Et les coûts de toutes les activités à l’étranger exploseront également, ce qui rendra les déplacements des touristes et des troupes prohibitifs. Incapable de combler ses déficits croissants en vendant à l’étranger des bons du Trésor maintenant dépréciés, Washington sera finalement contraint de réduire son budget militaire pléthorique. Sous la pression dans le pays et à l’étranger, ses forces commenceront à se retirer de centaines de bases à l’étranger et à se retrancher dans un périmètre continental. Un tel geste aussi désespéré arrivera cependant trop tard.

    Face à une superpuissance en voie de disparition incapable de payer ses factures, la Chine, l’Inde, l’Iran, la Russie et d’autres puissances contesteront de manière provocante la domination américaine sur les océans, l’espace et le cyberespace. »

    L’effondrement du dollar signifiera, écrit McCoy, « une flambée des prix, un chômage sans cesse croissant et une baisse continue des salaires réels tout au long des années 2020, les divisions internes se transformeront en affrontements violents et en débats qui diviseront, souvent sur des questions symboliques et sans importance ». La profonde désillusion et la rage généralisée ouvriront la porte à Trump, ou à un démagogue à la Trump, pour s’en prendre, peut-être en incitant à la violence, aux boucs émissaires dans le pays et à l’étranger. Mais d’ici là, l’empire américain sera tellement affaibli que ses menaces seront, du moins pour ceux qui se trouvent à l’extérieur de ses frontières, largement dénuées de sens.

    Il est impossible de prédire quand cette désaffection pour le dollar aura lieu. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’économie américaine avait dépassé l’économie britannique, mais ce n’est qu’au milieu du XXe siècle que le dollar a remplacé la livre sterling pour devenir la monnaie dominante du commerce international. La part de la livre sterling dans les réserves de change des banques centrales internationales est tombée d’environ 60 % au début des années 50 à moins de 5 % dans les années 70. Sa valeur est passée de plus de 4 dollars la livre à la fin de la Seconde Guerre mondiale à presque parité avec le dollar. L’économie britannique est entrée dans une spirale infernale. Et ce choc économique a marqué pour les Britanniques, comme pour nous, la fin d’un empire.

     

    SOURCE: Les Crises

    https://www.investigaction.net/fr/adieu-au-dollar/

    De Gaulle convaincu que les Américains n’ont plus d’or

    De Gaulle convaincu que les Américains n’ont plus d’or

    Publié par Egon Von Greyerz | 5 févr. 2019 | Articles 1964

    Rétameur, tailleur, soldat, marin / Riche, pauvre, mendiant, voleur.

    Cette ancienne comptine datant de la fin du XVIIe siècle pourrait être considérée comme une prédiction. De nombreuses personnes, d’origines diverses, se rendront bientôt compte qu’elles pourraient devenir pauvres, mendiants ou voleurs dans les prochaines années, dans un contexte de destruction sans précédent de la richesse.

    Un rétameur (tinker) était une personne qui voyageait pour réparer les casseroles et autres ustensiles de cuisine. En anglais, le verbe « rétamer » (tinkering) signifie également falsifier ou manipuler. Ne croyez surtout pas que les puissances en place réparent l’économie mondiale. Non, le bricolage en cours indique que nous sommes au stade final de la plus grande manipulation de l’économie mondiale, des marchés, de l’or, de l’information, de la politique etc. que le monde ait jamais connue.

    Le monde n’est pas préparé à ce qui se profile

    Comme le niveau de manipulation n’a jamais été aussi important, personne ne peut prédire l’ampleur de l’effondrement qui se profile. Pire encore, 99,99% de la population mondiale n’est absolument pas préparée. Et même la minuscule minorité qui prédit un événement cataclysmique n’échappera pas à la souffrance.

    Personne ne sait où et comment cela va se déclencher. Cela peut commencer par un lent déclin de l’économie et des marchés, ou une chute soudaine et brutale qui prendra tout le monde par surprise. Il est certain que les conséquences seront dévastatrices pour la majorité d’entre nous. Beaucoup perdront leur emploi, leurs prestations de sécurité sociale, leurs retraites, leurs soins médicaux et tous les filets auxquels ils sont habitués.

    De plus, très peu de personnes se rendent compte que le niveau de vie élevé dans les pays occidentaux au cours des dernières décennies n’a rien à voir avec la croissance économique réelle ou la productivité. Non, tout est basé sur la dette et l’argent imprimé à hauteur d’au moins 500 000 milliards $, en incluant les passifs non capitalisés tels que les soins médicaux et les retraites.

    Il n’y a pas de réserves

    Une économie mondiale illusoire, basée sur la dette, n’a ni fondations ni réserves. La bulle peut être élargie pendant une période limitée en émettant simplement plus de dette, comme nous l’avons vu depuis la crise financière de 2006-2009. Le faux soutien que l’économie mondiale a reçu au cours des dix dernières années, sous la forme d’une dette additionnelle de 125 000 milliards $, a gonflé les marchés d’actifs au point que les riches s’enrichissent incroyablement et que les pauvres s’endettent davantage. Mais le fait de doubler la dette mondiale en dix ans, pour la porter à 250 000 milliards $, n’a pas seulement doublé le risque. Le risque a augmenté de façon exponentielle, la qualité de la dette s’étant détériorée de façon catastrophique.

    La dette mondiale des gouvernements a atteint des niveaux records et insoutenables, tout comme la dette des entreprises et la dette personnelle. Le problème est qu’il n’y a pas de réserves. Pour établir une analogie, les personnes très grosses et très minces vivent en moyenne moins longtemps que celles ayant un surpoids modéré. Parce que les réserves de graisse supplémentaires protègent en période de faiblesse ou de maladie. Il en va de même pour l’économie mondiale: lors de la prochaine crise, il deviendra évident que le monde n’a pas de réserves. Le seul moyen de faire face à la prochaine crise de la dette sera d’imprimer de la monnaie et d’émettre davantage de dettes. Mais il est impossible de résoudre un problème d’endettement avec plus de dettes.

    Lorsque la crise frappera, les bénéfices des entreprises seront impactés. Les entreprises fortement endettées ne respecteront pas leurs clauses restrictives, d’autant que les taux d’intérêt augmenteront également avec la hausse de l’inflation et l’effondrement des obligations. Les entreprises feront donc défaut sur leur dette. Même chose pour le marché de l’immobilier. Les locataires ne pourront pas payer les loyers. Même chose pour l’immobilier commercial qui s’effondrera lorsque les dépenses diminueront. L’Occident, et en particulier les États-Unis, regorgent d’espaces de commerce au détail, dont la plupart à des loyers très élevés. Lorsque les gens perdront leur emploi et que les taux d’intérêt augmenteront, le marché immobilier s’effondrera de 75% à 90%.

    les transactions journalières sur l’or représentent 850x la production minière quotidienne

    L’or est peut-être le pire tous les marchés manipulés. Moins de 0,5% des actifs financiers mondiaux sont investis dans l’or. On peut alors se demander pourquoi le volume brut journalier de transactions sur l’or est deux fois supérieur à celui du S&P 500. Selon le World Gold Council, 280 milliards $ d’or sont échangés quotidiennement. Le volume journalier de transactions sur le S&P est de 125 milliards $.

    La production aurifère s’élève à 120 milliards $ par an, ou 329 millions $ par jour. Alors, comment se fait-il que le volume d’échanges journalier soit de 280 milliards $, l’équivalent de 850 fois la production quotidienne ? Qui déplace tous ces milliards de dollars d’or papier ? Certainement pas le marché de l’investissement qui est très petit. Le volume est trop important pour que ce soit les spéculateurs. Le plus probable est que les banques d’investissement négocient des quantités massives d’or pour dissimuler la pénurie majeure d’or physique et surtout d’or des banques centrales. Nous savons que les banques d’investissement et les marchés à terme ne disposent que d’une fraction de l’or physique pour couvrir les engagements papiers.

     

     

    La Route de la Soie achète toute la production minière

    Les réserves officielles d’or de la Banque centrale sont d’environ 32 000 tonnes. Ce chiffre sous-estime probablement les avoirs de nombreux pays de l’Est comme la Chine. Les achats d’or des pays de la Route de la soie que sont la Chine, l’Inde, la Turquie et la Russie sont incessants. Depuis 2005, ils ont acheté 33 000 tonnes. Les achats se sont accélérés en 2008 et depuis lors, ils ont accumulé 29 000 tonnes. Cela signifie qu’au cours des onze dernières années, les pays de la Route de la soie ont acheté pratiquement la totalité de la production d’or annuelle.

     

     

    Les États-Unis ont-ils encore de l’or ?

    Les réserves d’or, comme leur nom l’indique, sont censées soutenir la monnaie et la stabilité du pays. Malgré cela, de nombreux pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni et la Suisse ont considérablement réduit leurs réserves. La Suisse et la Grande-Bretagne ont vendu la majeure partie de leur or à des prix très bas à la fin des années 1990. Les États-Unis avaient 20 000 tonnes à la fin des années 1950, mais en ont vendu 12 000 tonnes entre 1958 et 1971. Selon le graphique ci-dessous, les États-Unis ont cessé de vendre de l’or après que Nixon ait mis fin à l’étalon-or, en août 1971. On peut se demander s’ils ont réellement cessé de vendre ou s’ils ont juste arrêté de déclarer leurs ventes ? Jusqu’au 15 août 1971, les États souverains pouvaient exiger le paiement de la dette des États-Unis en or. De Gaulle l’a fait pour la France et c’est l’une des principales raisons pour lesquelles Nixon a supprimé l’adossement du dollar à l’or.

     

     

    Pratiquement aucune banque centrale dans le monde ne publie un audit complet de son or physique ou de ses positions en produits dérivés. Les États-Unis ne l’ont pas fait depuis les années 1950. Idem dans la plupart des autres pays. Étant donné que l’or est un actif important détenu par l’État, il semble évident qu’un audit indépendant et détaillé devrait être effectué. La raison pour laquelle aucun pays n’entreprend ou publie d’audit est clairement parce qu’il n’a pas l’or. Un audit complet de l’or des banques centrales occidentales révélerait très probablement que la majorité de l’or a disparu. Certaines banques ont peut-être de l’or papier, mais elles ne récupéreront jamais l’or physique qui a été expédié en Chine et en Inde.

    De Gaulle était certain que les États-Unis n’avaient plus d’or

    Des sources proches de de Gaulle m’ont informé qu’il était déjà certain, à la fin des années 1960, que les États-Unis n’avaient plus d’or. Évidemment, je n’ai pas de preuve, mais je n’ai pas non plus de preuve que l’or existe réellement. Plus d’informations sur ce sujet dans un prochain article.

    L’absence d’audits et l’important volume des échanges d’or papier montrent qu’il se passe quelque chose de louche sur le marché de l’or. Tout cela sera probablement révélé lorsque le dollar sera véritablement sous pression et que le prix de l’or augmentera rapidement. À ce moment-là, les détenteurs d’or papier demanderont la livraison et la Chine et la Russie révéleront leur jeu.

    Avant cela, il est impératif de détenir de l’or physique dans un pays sûr et en dehors du système financier.

    L’or est en route vers de nouveaux sommets

    À court terme, la prochaine montée de l’or a commencé comme je le prédisais depuis un moment. Ce sera un long mouvement vers des niveaux beaucoup plus élevés. Par conséquent, acheter de l’or aujourd’hui, à environ 1 300 $, à des fins de préservation de la richesse, sera vu dans quelques années comme une excellente assurance et l’aubaine de toute une vie.

    Source originale: Matterhorn – GoldSwitzerland

    https://www.goldbroker.fr/actualites/degaulle-convaincu-que-americains-ont-plus-or-1479

    Egon Von Greyerz  Membre du conseil d’administration de Goldbroker.com – Fondateur MAM

    Troc Europe-Iran: ultime solution pour sauver l’accord de Vienne ?

    Troc Europe-Iran: ultime solution pour sauver l’accord de Vienne ?

    Le 31 janvier 2019, l’Europe a annoncé avoir mis en place un système qui lui permettra de commercer avec l’Iran, sans pour autant se voir imposer des sanctions de la part des Etats-Unis. La forme de cette entité nommée INSTEX,  est une idée novatrice pour les relations Europe-Iran. Pourtant l’initiative soulève de nombreuses problématiques diplomatiques et économiques. Le tout, sur fond de sécurité nucléaire.

    L'Iran subit les sanctions américaines et souhaite envoyer un message fort aux américains
    L’Europe a annoncé la mise en place d’un système de troc avec l’Iran.  cela devrait permettre de contourner les sanctions américaines. Cette stratégie et vise à sauver l’accord de Vienne

    INSTEX : contourner la dollarisation des transactions et maîtriser le nucléaire iranien

    En mai 2018, Donald Trump avait retiré les Etats-Unis du traité de Vienne sur le nucléaire iranien, ratifié en 2015. Ce retrait avait obligé des entreprises européennes s’étant réimplanter en Iran à en repartir. Ainsi, plusieurs contrats se chiffrant en milliards de dollars avaient pris fin. En effet, désormais les pays commerçants avec la République islamique d’Iran, tombent sous l’effet de l’extraterritorialité du droit américain et de ses sanctions.

    Concrètement, il s’agit d’une entité ad hoc nommée INSTEX (Instrument in Support Of Trade Exchanges), dont la structure juridique est appelée Special Purpose Vehicle. Créée par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, les 28 états membres de l’Union Européenne l’ont acceptée. Cette création est une réaction au rétablissement des sanctions contre l’Iran.  INSTEX fonctionnera comme une chambre de compensation  “dans le cadre d’un troc entre importateurs et exportateurs entre l’Iran et l’Europe. Les entreprises exportant vers l’Iran seront créditées sur INSTEX grâce aux créances des importateurs iraniens, seul le solde de ces flux faisant l’objet de crédits bancaires” (1)

    Par INSTEX, l’Europe souhaite convaincre l’Iran de se maintenir dans l’accord de Vienne et donc, limiter une augmentation des tensions au Moyen Orient dûes au programme nucléaire iranien.  La solution est partielle et ne permettra pas de rétablir de véritables flux économiques entre les deux aires. Toutefois, l’Europe montre qu’elle souhaite tenir sa promesse consistant à soutenir le maintien de l’Iran dans l’accord. La mise en place d’INSTEX a été accompagnée de certaines conditions. Par exemple, l’Europe souhaite que l’Iran se conforme aux Gafi (Groupe d’action financière), l’organe qui lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. A terme, l’objectif serait de sortir l’Iran de la liste noire du Gafi et donc des pays soumis à l’embargo américain. Cela serait bénéfique au commerce avec l’Europe.

    L’Iran : entre pied-de-nez aux américains et refus de se plier aux normes occidentales

    De son coté l’Iran voit en ce mécanisme une nouvelle opportunité de s’opposer aux Etats-Unis.  Par la mise en place du troc, l’Iran estime qu’il y a une « invalidation des sanctions » par les européens. Aussi, Hassan Rohani, le président actuel, voit d’un bon œil cette possibilité de commerce extérieur au moment où la situation économique en Iran se dégrade. Pour autant l’Iran ne compte pas coopérer sur l’aspect Gafi. Le ministère de la justice iranienne a d’ailleurs réaffirmé l’indépendance de la politique étrangère et de défense. Le guide suprême a quant à lui déclaré qu’il n’était pas possible que l’Iran fasse confiance à l’Europe et qu’il s’opposerait à ce projet.

    INSTEX, une fausse bonne idée ?

    A peine créé, INSTEX est déjà limité. Pour que la chambre de compensation fonctionne, des entreprises doivent se porter volontaires. Or ce sont surtout des PME ne commerçant pas encore en dollars, qui devraient accepter d’intégrer la structure. Ensuite, il faut qu’une entreprise miroir d’INSTEX soit créée en Iran, ce qui pourrait prendre du temps, voir être empêché. Dans la pratique, INSTEX ne permettra pas de débouchés en Europe pour le gaz et le pétrole iraniens, censés doper l’économie iranienne. Cependant INSTEX se concentrera au début sur des produits agroalimentaires et pharmaceutiques, déjà autorisés.

    L’Europe affirme que le mécanisme sera prêt à monter en puissance.  D’autres pays pourraient l’intégrer, comme la Russie et la Chine. Ces deux derniers ont par ailleurs des intérêts économiques et diplomatiques en Iran, bien que cela aille à l’encontre de la politique américaine. Or, l’inclusion de telles puissances dans le mécanisme d’initiative européenne pourrait être mal vu par Washington. Effectivement,  la Chine et les Etats-Unis sont sur le point de se livrer une guerre économique tandis que la Russie est accusée d’ingérence dans l’élection présidentielle américaine.

    (1) source : Yves Bourdillon, Les Echos, https://www.lesechos.fr/monde/europe/0600655169264-leurope-mise-sur-instex-pour-commercer-avec-liran-2243324.php

    About Eléonore Motel

    Eléonore est étudiante en master 2 à Sciences Po Lille. Ses thèmes de prédilection sont l’intelligence économique, les problématiques de défense et de sécurité ainsi que les enjeux maritime

    Guerre mondiale économique: Moscou et Beijing tentent de diminuer leur dépendance au dollar US

    Guerre mondiale économique: Moscou et Beijing tentent de diminuer leur dépendance au dollar US

    La guerre financière fait rage entre les États-Unis, la Russie et la Chine. En quelques mois, la Banque centrale russe a abaissé sa part de réserves de change en dollars à un niveau historiquement bas, en remplaçant l’équivalent d’environ 100 milliards de dollars par des euros, des yens nippons et des yuans chinois.

    Moscou a entamé cette opération, en se débarrassant d’obligations du Trésor étasunien, à partir du mois de mai 2018, lorsque Washington accentua ses pressions sur la Russie.

    Une vente de 81 milliards de dollars a suivi la sanction prononcée par les États-Unis contre des hommes d’affaires, des sociétés, des banques et des représentants du gouvernement russes au moment présidentielles russes.

    Ce qui est assez remarquable est qu’entre les seuls mois de mars et juin 2018, le dollar est passé de 43,7% à 21,9% des réserves de devises de la Banque centrale de Russie selon son dernier bulletin trimestriel. Ce qui explique la montée des tensions entre Washington et Moscou tout au long de l’année 2018.

    La somme tirée des réserves en dollars a été redistribuée pour porter la part de l’euro de 25% à 32% et celle du yuan chinois de 0 à 14,7%. Moscou et Beijing ont en effet signé une dizaine d’Accords bilatéraux pour exclure complètement le dollar de leurs échanges commerciaux.

    Les données concernant la Chine font défaut mais Beijing a convenu avec Téhéran d’exclure toute transaction en dollar dans leurs échanges commerciaux bilatéraux comme le fait déjà avec la Corée du Nord au profit du yuan chinois.

    Une petite révolution est en marche!

    Guerre mondiale économique: Moscou et Beijing tentent de diminuer leur dépendance au dollar US

    L’euro rebondit, Donald Trump s’en prend à la Fed

    L’euro rebondit, Donald Trump s’en prend à la Fed

    Paris (awp/afp) – L’euro effaçait lundi ses pertes de vendredi face au dollar, des informations de presse assurant que Donald Trump aurait envisagé de congédier le président de la Réserve fédérale américaine (Fed) Jerome Powell.

    Vers 15H15 GMT (16H15 à Paris), l’euro s’échangeait à 1,1429 dollar pour un euro contre 1,1372 vendredi à 22H00 GMT.

    Donald Trump aurait discuté en privé de la possibilité de congédier le président de la Banque centrale, étant agacé par la décision mercredi de l’institution d’augmenter les taux d’intérêt, selon des médias américains, une information démentie par le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin.

    « Cela fait directement suite à la hausse du taux directeur de la Fed de la semaine dernière, un mouvement que le marché attendait plus restreint et qui a contribué aux pertes des indices boursiers », a commenté Fritz Louw, analyste de MUFG.

    En relevant ses taux directeurs, la Fed rend le dollar plus rémunérateur, et donc plus attractif pour les investisseurs. Les cambistes ont donc pu s’inquiéter de voir le président des Etats-Unis peser sur la politique monétaire de l’institution.

    « Heureusement, Mnuchin est venu au secours en éloignant cette hypothèse, car j’étais prêt à passer la matinée à vendre mes actifs », a prévenu Stephen Innes, analyste chez Oanda.

    Il n’est cependant pas certain que le dollar continuerait à souffrir d’un mouvement de vente sur les marchés.

    Cette polémique « ajoute au sentiment d’inquiétude du marché », a jugé M. Louw, qui estime que si elle continue, elle pourrait être négative pour l’économie américaine, mais « le dollar a tendance à profiter de ces périodes d’aversion au risque ».

    De même, la menace de blocage des administrations à Washington pesait sur la confiance des marchés.

    « En général, il y a un mouvement de vente avant le blocage, mais les marchés se reprennent après l’annonce officielle », ont cependant estimé les analystes de RaboBank.

    Par ailleurs, « les volumes devraient rester restreints en cette période de fête », a souligné Naeem Aslam, analyste de Think Markets.

    À 15H15 GMT lundi, le yen remontait légèrement face à la monnaie européenne, à 126,19 yens pour un euro contre 126,48 vendredi soir, et plus nettement face au dollar, à 110,42 yens pour un dollar contre 111,22 vendredi soir.

    Le franc suisse se stabilisait face à l’euro (1,1292 franc pour un euro contre 1,1300 vendredi) et montait face à la devise américaine (0,9882 franc suisse pour un dollar au lieu de 0,9938 vendredi).

    La monnaie chinoise montait face au billet vert à 6,8991 yuans pour un dollar contre 6,9065 yuans vendredi à 15h30 GMT.

    L’once d’or valait 1.267,45 dollars, à son plus haut depuis six mois, contre 1.256,05 dollars vendredi.

    Enfin, le bitcoin s’échangeait à 4.197,79 dollars contre 3.848,60 dollars vendredi, selon des chiffres compilés par Bloomberg.

    Cours de lundi Cours de vendredi

    ————————————

    15H15 GMT 22H00 GMT

    EUR/USD 1,1429 1,1372

    EUR/JPY 126,19 126,48

    EUR/CHF 1,1292 1,1300

    EUR/GBP 0,8987 0,8998

    USD/JPY 110,42 111,22

    USD/CHF 0,9882 0,9938

    GBP/USD 1,2717 1,2645

    afp/rp

    (AWP / 24.12.2018 16h52)

    https://www.romandie.com/news/L-euro-rebondit-Donald-Trump-s-en-prend-la-Fed_RP/982707.rom