Archives pour la catégorie E.A.U.

Le hasard fait que la Syrie se trouve sur la plus colossale plaque de réserve de gaz du monde…

Le hasard fait que la Syrie se trouve sur la plus colossale plaque de réserve de gaz du monde…

Publié par Brujitafr sur 10 Mai 2018, 07:39am

Catégories : #ACTUALITES, #CONFLICTS DANS LE MONDE, #3 ème guerre mondiale

Le hasard fait que la Syrie se trouve sur la plus colossale plaque de réserve de gaz du monde…

Un conflit qui dure depuis seize mois et qui aurait fait des milliers de morts selon une comptabilité tenue soigneusement par les médias des pays occidentaux qui attribuent insidieusement les morts uniquement au régime de Damas et non aussi aux insurgés armés lourdement par les Occidentaux avec l’argent des roitelets du Golfe.

Les chrétiens ont peur de servir de variables d’ajustement d’un conflit qui les dépasse. Ce conflit, un siècle après les accords de Sykes-Picot, met en jeu les mêmes acteurs avec en plus, les Etats-Unis, la Russie et la Chine et…Israël. Les dépouilles sont toujours les mêmes, les dirigeants arabes faibles, lâches qui continuent à s’étriper pour le plus grand bien de l’Empire et de ses vassaux. Avec cette fois-ci, un coup d’arrêt à la tentation d’Empire, de la part de puissances asiatiques qui s’affirment.

Que se passe t-il réellement, et pourquoi Assad ne tombe pas malgré les communiqués triomphalistes présentant des personnalités qui ont lâché le pouvoir, le général Tlass, l’ambassadeur de Syrie en Irak qui s’enfuit au Qatar… Un autre round de négociations sur le règlement pacifique en Syrie s’est tenu dernièrement à Moscou.

Cette fois, le ministère des Affaires étrangères de Russie a invité le président du Conseil national syrien (CNS) Abdel Basset Sayda. Mais il n’y a pas eu de rapprochement de positions. D’autre part, l’émissaire international Kofi Annan, qui poursuit sa tournée en Iran, a rencontré Bachar el-Assad en Syrie pour tenter de trouver une issue au conflit dans le pays. Il a annoncé lundi 9 juillet 2012 être tombé d’accord avec le président Bachar el-Assad sur une « approche » qu’il soumettra aux rebelles syriens.

La diabolisation des médias occidentaux

Et si la version matraquée tous les jours par les médias français n’était pas la bonne ? C’est en tout cas l’avis du politologue Gérard Chalian, sur le plateau de « C dans l’air » du 14 juin 2012, sur France 5 : ce qu’il dit c’est que ce n’est pas uniquement un méchant contre des gentils et que la volonté d’intervention et les hésitations des Occidentaux ne sont pas forcément liées à des sentiments purement humanistes. Il dit qu’une intervention impliquerait beaucoup de conséquences géopolitiques.

Pour lui, ce qui se passe en Syrie est avant tout une affaire politique et non humanitaire. C’est en fait, l’exacerbation du conflit artificiel sunnite /chiite avec d’un côté pour les sunnites l’Arabie Saoudite, le Qatar, l’Union européenne, les Etats-Unis et Israël et de l’autre, les chiites, c’est-à -dire les Alaouites aidés par l’Iran. Le but de la manipulation est de casser l’Iran et de réduire le Hezbollah.

Nous verrons qu’il existe aussi l’argument énergétique. Le témoignage d’une Française, épouse d’un Franco-Syrien, qui a séjourné en Syrie du 19 mai au 12 juin 2012, est édifiant : « Alors que ce pays offrait une totale sécurité, les « Amis de la Syrie » y ont semé la violence. A Alep, des bandes armées ont fait leur apparition dans le 2e semestre 2011 : kidnapping, demandes de rançons… Une mafia très lucrative. Nous avons eu connaissance de nombreux récits d’enlèvements à toute heure et à tout endroit à Alep à un rythme quasi quotidien.

Les enfants ont pris l’habitude de téléphoner à leurs parents dès leur arrivée et départ de l’école. Les militaires et policiers sont les cibles privilégiées pour ceux qui sont payés pour tuer. Ainsi, un commandant de 35 ans a été abattu de 2 balles dans la tête un matin à 8 h 30 alors qu’il achetait du pain. Les commerçants ferment sur ordre d’hommes armés qui menacent de brûler leur boutique. Ainsi, le 2 juin, à la Médine (anciens souks) tout était fermé. Les médias français parlent alors de grève générale anti-régime. Lors de manifestations pro Bachar, des hommes armés s’infiltrent et se mettent à tirer dès que la foule est dense.

Ceci est filmé et envoyé aux chaînes de télévision. Le pouvoir conseille de ne pas faire de manifestations de soutien pour éviter ces tueries. La population, qui est confrontée aux kidnappings, bombes, asphyxie des commerces, connaît des difficultés d’approvisionnement en fuel, essence et gaz. Il n’y a pas pénurie en Syrie, mais les véhicules de transport sont attaqués et brûlés sur les routes. » (1)

« Pour ceux qui à l’étranger souhaitent apporter leur aide, il est impossible de virer de l’argent et impossible d’en retirer sur place (d’un compte en France par exemple). A Damas, tout semble comme avant, vie diurne et nocturne, malgré la menace des bombes. Cependant, beaucoup d’hôtels ont fermé, le tourisme est inexistant. A Homs, un seul quartier reste occupé par les rebelles. Les habitants se sont réfugiés dans les villages alentour chez la famille ou des amis.

Sur les grands axes routiers, l’ASL effectue des contrôles et abat sur le champ un militaire présent. (…) Il n’y a pas de guerre civile en Syrie, les communautés continuent de vivre en harmonie. Il y a des actes de barbarie et de violence de la part de mercenaires et de l’ASL contre des minorités pour provoquer une guerre civile. (…) Monsieur Sarkozy a en son temps exprimé au patriarche maronite venu le rencontrer que les chrétiens d’Orient devaient laisser leur pays aux musulmans et que leur avenir était en Europe. L’Occident applique en Syrie le même scénario qu’en Irak et en Libye. (…) L’opposition en Syrie participe de façon légale au changement. Les gens sont écoeurés par le manque d’objectivité des médias français. La seule source, l’Osdh, basée à Londres, est animée par un Frère musulman, payé par les services secrets britanniques. »(1)

L’argument énergétique

Le professeur Imad Fawzi Shueibi analyse les causes et les conséquences de la récente position de la Russie au Conseil de Sécurité de l’ONU. Le soutien de Moscou à Damas n’est pas une posture héritée de la Guerre froide, mais le résultat d’une analyse en profondeur de l’évolution des rapports de force mondiaux. La crise actuelle va cristalliser une nouvelle configuration internationale, qui d’un modèle unipolaire issu de la chute de l’Union Soviétique, va évoluer progressivement vers un autre type de système qui reste à définir. Inévitablement, cette transition va plonger le monde dans une période de turbulences géopolitiques.

L’attaque médiatique et militaire à l’encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie, ainsi que l’explique le professeur Imad Shuebi : la Syrie, centre de la guerre du gaz au Proche-Orient. C’est ainsi que Imad Fawzi Shueibi analyse la situation actuelle. Il écrit : L’attaque médiatique et militaire à l’encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie, ainsi que l’explique le professeur Imad Shuebi. (2)

« Avec la chute de l’Union soviétique, les Russes ont réalisé que la course à l’armement les avait épuisés, surtout en l’absence des approvisionnements d’énergie nécessaires à tout pays industrialisé. Au contraire, les USA avaient pu se développer et décider de la politique internationale sans trop de difficultés grâce à leur présence dans les zones pétrolières depuis des décennies. C’est la raison pour laquelle les Russes décidèrent à leur tour de se positionner sur les sources d’énergie, aussi bien pétrole que gaz. (…) Moscou misa sur le gaz, sa production, son transport et sa commercialisation à grande échelle. Le coup d’envoi fut donné en 1995, lorsque Vladimir Poutine mis en place la stratégie de Gazprom. (…) Il est certain que les projets Nord Stream et South Stream témoigneront devant l’Histoire du mérite et des efforts de Vladimir Poutine pour ramener la Russie dans l’arène internationale et peser sur l’économie européenne puisqu’elle dépendra, durant des décennies à venir, du gaz comme alternative ou complément du pétrole, avec cependant, une nette priorité pour le gaz. A partir de là , il devenait urgent pour Washington de créer le projet concurrent Nabucco, pour rivaliser avec les projets russes et espérer jouer un rôle dans ce qui va déterminer la stratégie et la politique pour les cent prochaines années. Le fait est que le gaz sera la principale source d’énergie du XXIe siècle, à la fois comme alternative à la baisse des réserves mondiales de pétrole, et comme source d’énergie propre.(…) Moscou s’est hâté de travailler sur deux axes stratégiques : le premier est la mise en place d’un projet sino-russe à long terme s’appuyant sur la croissance économique du Bloc de Shanghai ; le deuxième visant à contrôler les ressources de gaz. C’est ainsi que furent jetées les bases des projets South Stream et Nord Stream, faisant face au projet états-unien Nabucco, soutenu par l’Union européenne, qui visait le gaz de la mer Noire et de l’Azerbaïdjan. S’ensuivit entre ces deux initiatives une course stratégique pour le contrôle de l’Europe et des ressources en gaz.

 

 

Le projet Nord Stream relie directement la Russie à l’Allemagne en passant à travers la mer Baltique jusqu’à Weinberg et Sassnitz, sans passer par la Biélorussie. Le projet South Stream commence en Russie, passe à travers la mer Noire jusqu’à la Bulgarie et se divise entre la Grèce et le sud de l’Italie d’une part, et la Hongrie et l’Autriche d’autre part. »(2)

« Pour les États-Unis, poursuit le professeur Imad, le projet Nabucco part d’Asie centrale et des environs de la mer Noire, passe par la Turquie et devait à l’origine passer en Grèce, mais cette idée avait été abandonnée sous la pression turque. Ce projet, écrit le professeur Imad, bat de l’aile. A partir de là , écrit-il, la bataille du gaz a tourné en faveur du projet russe. En juillet 2011, l’Iran a signé divers accords concernant le transport de son gaz via l’Irak et la Syrie. Par conséquent, c’est désormais la Syrie qui devient le principal centre de stockage et de production, en liaison avec les réserves du Liban. C’est alors un tout nouvel espace géographique, stratégique et énergétique qui s’ouvre, comprenant l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban. Les entraves que ce projet subit depuis plus d’un an donnent un aperçu du niveau d’intensité de la lutte qui se joue pour le contrôle de la Syrie et du Liban.

Elles éclairent du même coup le rôle joué par la France, qui considère la Méditerranée orientale comme sa zone d’influence historique, devant éternellement servir ses intérêts, et où il lui faut rattraper son absence depuis la Seconde Guerre mondiale. En d’autres termes, la France veut jouer un rôle dans le monde du gaz où elle a acquis en quelque sorte une « assurance maladie » en Libye et veut désormais une « assurance-vie » à travers la Syrie et le Liban. (…) L’empressement de la coalition Otan-Etats-Unis-France à mettre fin aux obstacles qui s’élevaient contre ses intérêts gaziers au Proche-Orient, en particulier en Syrie et au Liban, réside dans le fait qu’il est nécessaire de s’assurer la stabilité et la bienveillance de l’environnement lorsqu’il est question d’infrastructures et d’investissement gaziers. La réponse syrienne fût de signer un contrat pour transférer vers son territoire le gaz iranien en passant par l’Irak. Ainsi, c’est bien sur le gaz syrien et libanais que se focalise la bataille, alimentera-t-il. » (2)

« De plus, poursuit le professeur Imad, la coopération sino-russe dans le domaine énergétique est le moteur du partenariat stratégique entre les deux géants. Il s’agit, selon les experts, de la « base » de leur double veto réitéré en faveur de la Syrie. Parallèlement, Moscou affiche sa souplesse concernant le prix du gaz, sous réserve d’être autorisé à accéder au très profitable marché intérieur chinois. (…) En conséquence, les préoccupations des deux pays se croisent au moment où Washington relance sa stratégie en Asie centrale, c’est-à -dire, sur la Route de la soie. (…) Cet aperçu des mécanismes de la lutte internationale actuelle permet de se faire une idée du processus de formation du nouvel ordre international, fondé sur la lutte pour la suprématie militaire et dont la clé de voûte est l’énergie, et en premier lieu le gaz. La « révolution syrienne » est un paravent médiatique masquant l’intervention militaire occidentale à la conquête du gaz. Quand Israël a entrepris l’extraction de pétrole et de gaz à partir de 2009, il était clair que le Bassin méditerranéen était entré dans le jeu et que, soit la Syrie serait attaquée, soit toute la région pourrait bénéficier de la paix, puisque le XXIe siècle est supposé être celui de l’énergie propre. Selon le Washington Institute for Near East Policy (Winep, le think tank de l’Aipac), le Bassin méditerranéen renferme les plus grandes réserves de gaz et c’est en Syrie qu’il y aurait les plus importantes. La révélation du secret du gaz syrien fait prendre conscience de l’énormité de l’enjeu à son sujet. Qui contrôle la Syrie pourrait contrôler le Proche-Orient. » (2)

L’argument religieux : sunnite versus chiite

Un autre argument de basse intensité est le conflit artificiel sunnite-chiite. Le conflit en Syrie est devenu, écrit Bernard Haykel spécialiste du Moyen-Orient à l’université Princeton, une guerre par procuration entre Riyadh et Téhéran. Pendant de longues années, le salafisme a été le vecteur d’influence de l’Arabie Saoudite. Mais cette doctrine a créé des monstres, notamment Al-Qaîda, qui se sont retournés contre le régime des Al Saoud. Aujourd’hui, l’anti-chiisme et le discours contre l’Iran sont utilisés par la monarchie pour que les Saoudiens, à 90% sunnites, fassent bloc derrière le régime. Cela pourrait devenir aussi la nouvelle base des relations avec les États-Unis. Il a montré comment le régime saoudien tente de tirer son épingle du jeu dans le grand chambardement du printemps arabe. » (3)

« Mais c’est la Syrie qui est au centre de l’attention de l’Arabie Saoudite. Le roi s’est prononcé contre le régime de Bachar Al Assad. Il a rappelé son ambassadeur à Damas. Les Saoudiens estiment que l’Iran est aujourd’hui une menace réelle pour leur pays. Ils jugent que si Bachar Al Assad est renversé, ce sera un revers important pour l’influence de l’Iran dans la région. Il y a donc un flot d’argent saoudien qui vise à radicaliser les sunnites syriens, comme en 2006-2007 au Liban quand il s’agissait de radicaliser les sunnites locaux contre le Hezbollah. Riyadh ne considère plus qu’un changement dans la région est mauvais. « Enfin, elle tente de promouvoir cette approche à Washington. » L’Arabie Saoudite est sous protection militaire des Etats-Unis », conclut Bernard Haykel. » « Ces deux pays entretiennent aussi des relations commerciales fortes, dominées par les hydrocarbures et les ventes d’armes. » (3)

 

Le résultat de cette anomie

 

Quels sont les perdants et quels sont les gagnants ? Le grand perdant est d’abord et avant tout le peuple syrien qui paie le prix fort d’une guerre qui le dépasse. Il devient clair que la clé de la réussite économique et de la domination politique réside principalement dans le contrôle de l’énergie du XXIe siècle : le gaz. C’est parce qu’elle se trouve au coeur de la plus colossale réserve de gaz de la planète que la Syrie est sur une plaque tectonique énergétique. Une nouvelle ère commence, celle des guerres de l’énergie. Le grand gagnant dans tous les cas est Israël qui réussit – sans y participer – à affaiblir ses adversaires, l’Iran, les pays arabes qui ne comptent plus et le Hezbollah. On l’aura compris, la paix en Syrie n’est pas pour demain. Hélas !

Chems Eddine Chitour

1. http://www.afrique-asie.fr/nous-ecrire/27-actualite32/3216-desinformation-mais-que-se-passe-t-il-en-syrie.html3/07/12

2. Imad Fawzi Shueibihttp://www.voltairenet.org/La-Syrie-centre-de-la-guerre-du 8 mai 2012

3. Bernard Haykel : Le conflit en Syrie est devenu une guerre par procuration entre Riyadh et Téhéran. Conférence École des Hautes études en sciences sociales, Paris, mardi 22 mai 2012

Source : https://www.legrandsoir.info/refondation-energetique-du-moyen-orient-la-plaque-tectonique-syrienne.html

http://www.brujitafr.fr/2018/05/le-hasard-fait-que-la-syrie-se-trouve-sur-la-plus-colossale-plaque-de-reserve-de-gaz-du-monde.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Publicités

Reconceptualiser le rôle de l’Iran en Eurasie

Reconceptualiser le rôle de l’Iran en Eurasie


Par Andrew Korybko – Le 2 janvier 2018 – Source Oriental Review

Iran's role in EurasiaLa République islamique a jusqu’ici placé son objectif stratégique sur la sécurisation de ses flancs occidentaux et méridionaux. Cet objectif étant largement réalisé dans la mesure du possible dans les circonstances géopolitiques actuelles, il est temps que l’Iran redirige son attention vers le Nord et l’Est afin de maximiser son rôle eurasien dans les clubs complémentaires de Grandes Puissances, le « CENTO multipolaire » et « Cercle d’Or ».

Syrie : Victoire totale contre Règlement par « compromis »

La phase militaire de la guerre contre la Syrie se termine rapidement et on passe à la prochaine étape politique. Mais c’est loin d’être la victoire absolue comme cette campagne est populairement présentée dans la Communauté des médias alternatifs. Il y a encore plusieurs problèmes non résolus qui vont nécessiter de tous les côtés un « compromis » dans le futur. La République arabe syrienne a été sauvée d’un effondrement de type libyen et ses minorités ont échappé au destin génocidaire imminent qui leur aurait été réservé si les terroristes avaient gagné, et bien que ces réalisations soient en elles-mêmes remarquables, elles ne représentent pas une victoire totale parce que le sort politique du président Assad n’est toujours pas résolu et que les Kurdes syriens, soutenus par les États-Unis, occupent actuellement le tiers le plus riche en énergie et en agriculture du pays. Non seulement cela, mais « l’opposition armée » contrôle Idlib, la frontière sud près des hauteurs du Golan occupées, et quelques autres régions du pays, conformément aux accords de « désescalade » (DEZ) conclus à Astana, montrant que l’État n’a pas encore complètement rétabli son contrôle sur l’ensemble du pays.

Le souhait sincère de Damas est de voir le Président syrien continuer à assumer le reste de son mandat avec les mêmes pouvoirs que ceux qui lui ont été conférés par la Constitution de 2012 et de libérer les parties restantes du pays qui sont encore au-delà de la portée administrative et politique de la capitale. Le processus de réforme constitutionnelle mandaté par la résolution UNSC Res. 2254 et la loi d’« équilibrage » régional de la Russie façonnent l’environnement stratégique de telle sorte qu’il semble inévitable que le gouvernement soit obligé de « faire des compromis » sur ces questions d’une manière ou d’une autre. L’Iran, cependant, partage l’opinion de son allié syrien selon laquelle une victoire totale est possible avec le temps et que la guerre devrait être poursuivie, attirant ainsi l’attention sur une différence majeure de vision à long terme entre Téhéran et Moscou. En outre, le retrait militaire massif de la Russie et l’accord conclu entre les présidents Poutine et Trump au Vietnam fin novembre font pression sur l’Iran et ses partenaires du Hezbollah pour qu’ils réduisent leurs forces, maintenant que Moscou a officiellement déclaré que le terrorisme était une menace éliminée en Syrie.

Une rivalité russe ?

La complication des relations russo-iraniennes malgré les déclarations rassurantes en public de chacun des deux côtés à propos de l’autre et de leur partenariat, vient du fait que la stratégie d’équilibrage de Moscou a ouvertement inclus les rivaux saoudiens, haïs de Téhéran. Pour la défense de la Russie, elle le fait pour stabiliser la situation régionale et faire des avancées multipolaires dans le Royaume wahhabite aux côtés de la Chine. Une des manifestations de cette politique est que Moscou se prononce davantage en faveur du président yéménite déchu Abdrabbuh Mansour Hadi. En outre, la Russie entretient d’excellentes relations avec Israël et ne condamne pas Tel-Aviv lorsqu’elle bombarde l’armée arabe syrienne et ses forces alliées (dont certaines seraient le Hezbollah et même parfois le Corps des gardiens de la révolution iranienne). Comme dernier point de divergence stratégique entre la Russie et l’Iran au Proche-Orient, il est bien connu que Moscou cultive des relations très étroites avec les Kurdes syriens et irakiens, bien que tout comme ses relations avec les Saoudiens, elle le fasse pour défier l’ancienne position dominante des États-Unis concernant ces acteurs.

Renforcement de la profondeur stratégique

La trajectoire actuelle de la géopolitique du Proche-Orient et les différences post-Daesh croissantes entre la Russie et l’Iran dans la région suggèrent que les deux grandes puissances ont en réalité moins de points communs que les observateurs ne le pensaient à première vue. ils sont condamnés à se heurter les uns aux autres comme certains le spéculent. L’Iran a encore une profondeur stratégique considérable au Proche-Orient par son partenariat avec le Hezbollah et son influence au Liban, les alliances de guerre qu’il a nouées avec Damas et Bagdad, le soutien politique qu’il apporte aux rebelles houthis au Yémen, sa nouvelle relation avec le Qatar, et le leadership normatif qu’il exerce dans la communauté musulmane mondiale (« Oumma ») et en particulier chez les chiites vivant dans les monarchies du Golfe à majorité sunnite. Ce sont des références stratégiques impressionnantes en soi et il sera difficile pour les États-Unis et leurs alliés de « contenir » l’Iran même si certains des objectifs de Washington à cet égard semblent se chevaucher avec ceux de Moscou. Cela dit, on peut dire que l’Iran a atteint le zénith de son pouvoir régional et devrait maintenant se concentrer sur la défense de ses gains récents au lieu de se multiplier pour en faire plus.

La nouvelle stratégie de sécurité nationale des USA indique clairement que l’administration Trump accuse l’Iran de tous les problèmes du Moyen-Orient et fera tout ce qui est en son pouvoir pour contrecarrer les plans de Téhéran pour la région, augmentant ainsi la possibilité de diverses guerres hybrides dans les domaines susmentionnés qui constituent sa profondeur stratégique. Couplé avec les divergences croissantes entre la Russie et les visions régionales de l’Iran, il sera extrêmement difficile pour la République islamique d’étendre son influence au-delà de ce qu’elle a déjà atteint, ce qui est déjà substantiel et éclipse largement celle de ses rivaux. Les prochaines années seront donc marquées par une lutte pour sécuriser ces acquis face à la résistance multidimensionnelle, en supposant que celle-ci connaîtra des niveaux de succès différents selon les arènes concernées. L’Iran ne doit pas devenir complaisant et tenir sa nouvelle influence pour acquise, mais continuer à protéger ses intérêts tout le long des flancs occidentaux et méridionaux, tout en comprenant que sa liberté d’action sera sévèrement limitée en raison des circonstances régionales plus difficiles qui vont former le nouveau cadre opératoire.

Démonstration pour le CENTO [Central Treaty Organization] multipolaire

Précédent de la guerre froide

Au lieu de se concentrer uniquement sur cette campagne défensive, l’Iran devrait ré-conceptualiser son rôle régional en Eurasie et se rendre compte que c’est maintenant le moment idéal pour réorienter beaucoup de ses efforts vers les fronts Nord et Est en saisissant pro-activement une initiative pour faire avancer le cause de l’intégration institutionnelle multipolaire, qui défendra le plus efficacement ses intérêts parce qu’ils seront « légitimés » par le biais du multilatéralisme des Grandes puissances. Pour le comprendre, il faut analyser la position géographique de l’Iran qui lui confère le potentiel de relier le Pakistan et la Turquie à travers ce que l’auteur a décrit comme le « CENTO multipolaire ». Téhéran connaît une renaissance de ces relations avec Islamabad et Ankara. Il serait donc avantageux de promouvoir ce concept. Les trois grandes puissances musulmanes ont été regroupées sous un parapluie de sécurité semblable à celui de l’OTAN avant la révolution islamique de 1979, et bien que ce format n’ait jamais été vraiment concrétisé, il constitue un précédent institutionnel pour le renouvellement de la coopération trilatérale entre ces États.

Map of Iran

La ceinture de stabilité

Faire progresser le concept du CENTO multipolaire doit devenir un point prioritaire pour la politique étrangère post-Daech de l’Iran. De nos jours, le Pakistan et la Turquie font l’objet d’énormes pressions américaines en raison de leurs étroites relations de travail avec la Chine et la Russie, respectivement. Ils partagent également les mêmes défis de sécurité que l’Iran quand il s’agit de la menace du séparatisme kurde et baloutche soutenus par les États-Unis. De plus, les trois pays ont l’intention de jouer un rôle important dans la vision globale de la Nouvelle Route de la Soie chinoise et de ses connectivités. En se réunissant sous ce CENTO multipolaire (ou quel que ce soit le nom qui pourrait être donné à cet arrangement trilatéral s’il entre en pratique), chacun d’entre eux peut collectivement aider l’autre sur un large éventail de questions coopératives allant de la sécurité à la sphère économique. Ce cadre a également le potentiel d’améliorer leur pouvoir de négociation vis-à-vis de la Chine lorsqu’il s’agira de négocier de meilleures affaires dans le cadre de cette Route de la Soie. Le CENTO multipolaire fonctionnerait comme une ceinture trans-régionale de stabilité s’étendant des Balkans à l’Asie du Sud et de l’Asie centrale au golfe Persique, et il a par conséquent la chance de se transformer en une puissance géopolitique.

Position stratégique

Le Pakistan et la Turquie sont des États à majorité sunnite tandis que l’Iran revendique une majorité chiite, et leur coopération trilatérale peut dissiper symboliquement le récit sectaire militarisé qui a été diffusé par les États-Unis et ses alliés saoudiens au fil des ans. En privilégiant leurs relations les uns avec les autres, ces pays réduisent leurs dépendances stratégiques vis-à-vis de la Russie et de la Chine et renforcent ainsi leur propre souveraineté en diversifiant leurs partenariats. Ceci est particulièrement pertinent pour l’Iran, qui sera soumis à une pression accrue dans les années à venir, alors que la campagne de « confinement » des États-Unis est réorganisée pour s’adapter au nouvel environnement de Daech. Téhéran a plus que jamais besoin de Moscou en dépit des différences de vision politique de la Russie sur la Syrie (et le Yémen, dans une autre mesure). Si l’Iran ne rationalise pas rapidement ses relations trilatérales avec le Pakistan et la Turquie, il n’aura d’autre choix que de dépendre économiquement de la Russie alors que l’Amérique élargit sa guerre hybride contre la République islamique. Moscou pourrait tirer parti de son influence croissante sur l’Iran. pour l’« encourager » à « compromettre » sa politique syrienne. Pour éviter ce scénario, l’Iran a un besoin urgent du débouché stratégique que seul le CENTO multipolaire peut lui fournir.

La connexion chinoise

Comme mentionné précédemment, le CENTO multipolaire peut également devenir une plate-forme pour chacun de ces trois États afin de renforcer leur engagement avec la Chine, ce qui a également une pertinence particulière pour l’Iran. Conformément à la proposition que l’Iran déplace la proactivité de son orientation stratégique de l’Ouest et du Sud vers le Nord et l’Est, Téhéran doit commencer à exécuter une grande stratégie en Asie centrale qui facilitera la création d’un chemin de fer trans-régional à grande vitesse vers la Chine lié aux Routes de la Soie. La coopération bilatérale avec la Chine et les pays d’Asie centrale pourrait ne pas donner les résultats escomptés, surtout si ces derniers ont des réserves sur la nature religieuse du gouvernement iranien et le potentiel de prosélytisme de la Révolution islamique. Mais ces craintes pourraient être immédiatement dissipées si l’Iran utilisait le CENTO multipolaire comme véhicule d’engagement régional. La majorité de la population est composée de Turcs ethniques qui ont aussi une histoire civilisationnelle commune avec le Pakistan à majorité sunnite et la « crédibilité » de ces deux grandes puissances voisines qui pourrait s’étendre à l’Iran contribuerait grandement à les rassurer sur les motivations du pays. Il lui sera alors plus facile de mettre en œuvre sa politique étrangère.

Remplacer l’OCS

En approfondissant ses relations avec les États d’Asie centrale qui se modernisent, et dont les racines plongent dans l’Empire Perse millénaire, l’Iran peut améliorer ses chances d’adhérer un jour à l’OCS, même si ses partenaires ethnolinguistiques du Tadjikistan sont récemment et de façon quelque peu surprenante devenus un obstacle à ce projet. Ce développement inattendu rendra l’entrée de l’Iran plus difficile, malgré l’hésitation actuelle du bloc à poursuivre son expansion après l’intégration récente du Pakistan et de l’Inde. La Turquie, cependant, considère également l’OCS comme une alternative à l’UE, bien qu’elle ne puisse pas maximiser son adhésion potentielle à ce bloc sans que l’Iran ne rejoigne l’organisation. À toutes fins utiles, cela signifie que l’OCS pourrait également être au zénith de sa croissance, tout comme l’influence de l’Iran au Moyen-Orient, même si, comme pour ce dernier, cela ne signifie pas qu’un déclin est inévitable. Il s’agit plutôt d’un nouveau paradigme stratégique qui sert de nouvelle règle du jeu asymétrique, tout comme le CENTO multipolaire. Mais la meilleure solution possible est le « cercle d’or ».

Organiser le cercle d’or

Certains analystes parlent des perspectives de coopération entre les géants eurasiens que sont la Russie, la Chine, le Pakistan, l’Iran et la Turquie depuis un certain temps, qualifiant ce format de coopération de Cercle d’Or car il semble visiblement tourner autour du Heartland, le super continent d’Asie centrale. Tout en demeurant un rêve géopolitique depuis des années, le premier véritable pas dans cette direction s’est produit fin décembre lorsque les chefs parlementaires des cinq États et de l’Afghanistan se sont rencontrés à Islamabad pour une conférence sur la paix et la stabilité dans la région. Le fait même que cet événement ait eu lieu prouve qu’il y a un intérêt naissant à élargir une coopération à large spectre entre ces pays du Cercle d’Or. Cet arrangement pourrait remplacer l’OCS, surtout si l’Iran est le fer de lance de ce projet à l’avenir. La création de nouvelles plate-formes peut donner naissance à de nouvelles institutions, ce qui peut permettre la mise en place de mécanismes de facilitation tels que des outils de financement, des banques, des groupes d’experts, des accords de libre-échange et une coopération collective.

Bien qu’apparemment redondant avec de nombreuses compétences de l’OCS, le Cercle d’Or serait en réalité assez différent en raison de l’inclusion des leaders régionaux, l’Iran et la Turquie, et de son exclusion de l’Inde pro-américaine. En outre, alors que les États d’Asie centrale ne feraient pas officiellement partie de cette organisation, ils pourraient naturellement avoir le statut d’observateur avant d’émarger de facto à l’OCS et au Cercle d’or. La clé de cette réussite, cependant, est que le CENTO multipolaire prenne forme en premier, puisque le Pakistan membre de l’OCS peut servir de pont pour combiner ces deux grands blocs de pouvoir en un seul. La politique étrangère post-Daech iranienne devrait donc dépasser son rôle traditionnel d’avant-garde de la Résistance au Moyen-Orient (Levant et Golfe) et réorienter son action proactive vers la promotion de l’intégration institutionnelle sous forme d’une Grande puissance le long des vecteurs nord et est (Asie centrale et du Sud). Cela pourrait attirer plus de pays à être parties prenantes dans la stabilité de la République islamique et donc atténuer l’impact de la nouvelle stratégie américaine de « confinement ».

Réflexions finales

Le CENTO multipolaire pourrait devenir la base de l’unification de la Oumma en raison de son caractère inclusif et sectaire et de sa position géopolitique avantageuse, l’Iran occupant le rôle central dans cette construction et étant par conséquent son membre le plus important. Grâce à ce format, l’Iran peut réduire sa dépendance stratégique croissante vis-à-vis de la Russie et parvenir ainsi à une relation plus équilibrée, ce qui pourrait permettre à l’Iran de maintenir une politique indépendante en Syrie malgré les différences avec la Russie à cet égard. C’est dans l’intérêt de la Turquie et du Pakistan de diversifier leurs partenariats avec la Russie et la Chine tout en développant les leurs. Il est donc parfaitement logique que l’Iran joue le rôle d’intermédiaire dans ce CENTO multipolaire. En outre, les trois puissances musulmanes pourraient utiliser leur nouveau format pour améliorer leur position collective de négociation avec la Route de la Soie en s’assurant que de meilleurs accords « gagnant-gagnant » soient conclus et en utilisant l’infrastructure construite pour approfondir l’intégration économique de leurs secteurs réels.

Le résultat final du CENTO multipolaire est la création d’une ceinture de stabilité trans-régionale qui pourrait même jouer un rôle politique dans la résolution des conflits syriens et afghans qui touchent sa périphérie. Non seulement cela, mais cette structure pourrait ensuite contribuer à la formation du Cercle d’Or en établissant une coopération institutionnelle officielle avec la Russie et la Chine, éventuellement par une fusion stratégique de facto avec l’OCS via l’adhésion du Pakistan aux trois organisations (l’OSC, le CENTO multipolaire et le Cercle d’Or). Rien de tout cela ne peut se passer sans que le leadership iranien prenne les mesures nécessaires pour concrétiser ce CENTO multipolaire. Mais cette vision à long terme exige une ré-conceptualisation du rôle de ce pays en Eurasie et la réorientation de son orientation stratégique proactive de l’Ouest et du Sud vers le Nord et l’Est. Voyant qu’il sera plus difficile que jamais d’étendre son influence dans les deux anciens vecteurs géographiques, l’Iran devrait plutôt considérer cette situation comme une bonne occasion de se diversifier dans de nouveaux domaines et de constituer une coalition, devenant une Grande Puissance pour défendre les intérêts collectifs du monde multipolaire.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie « Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime » (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/reconceptualiser-le-role-de-liran-en-eurasie

Coopération confidentielle de Blackwater avec les Émirats en Libye

Mon Nov 27, 2017 10:22AM
Un hélicoptère de la société militaire privée Blackwater, fondée par Erik Prince, survole Bagdad en 2004. ©AFP
Un hélicoptère de la société militaire privée Blackwater, fondée par Erik Prince, survole Bagdad en 2004. ©AFP

Intelligence Online vient de révéler que le fondateur de Blackwater, Erik Prince, est l’un des principaux entrepreneurs privés travaillant sur les opérations spéciales militaires des Émirats Arabes Unis (EAU) en Libye.

Intelligence Online, publication professionnelle consacrée aux services de renseignement d’État a récemment révélé que l’ex-patron de Blackwater, Erik Prince, était venu au secours des EAU en Libye, assistant à l’opérations spéciale de la monarchie arabe limitrophe du golfe Persique dans l’un des grands pays du Sahel.

« Des avions émiratis installés dans une base aérienne secrète sur le sol libyen sont conduits par des pilotes qui ont été recrutés par le fondateur Blackwater », explique la publication citant des sources fiables.

Selon Intelligence Online, « après la fermeture de la société militaire privée américaine, son patron a envisagé  à la remplacer par des sociétés privées de sécurité.

La publication ajoute:

« La compagnie émiratie « Northstar Aviation » qui donne des services aériens militaires aux clients est dirigée par des gens qui travaillaient auparavant avec Erik Prince. Par ailleurs, le propriétaire de la petite entreprise « Reflex Responses » aux EAU, a également été chargé par le prince émirati Mohamed ben Zayed al-Nahyan, de mettre sur pied un bataillon étranger de 800 hommes. »

Selon la même source, « bien que l’Attorney général américain, à l’appui du ministère chinois de la Sécurité publique ait ouvert des enquêtes sur des tractations en coulisse entre Prince et le gouvernement libyen pour la vente d’armements made in US en Libye, l’ancien patron de Blackwater continue ses missions top-secret sur le sol libyen.

http://www.presstv.com/DetailFr/2017/11/27/543644/Blackwater–la-rescousse-des-EAU-en-Libye