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Le Grand Jeu. Chroniques géopolitiques de l’eau

Note de lecture

Le Grand Jeu. Chroniques géopolitiques de l’eau

Note de lecture rédigée par Thiago Goes Moraes, Étudiant à IRIS SUP’

par Franck Galland – Paris, CNRS Éditions, 2014, 192 p.

Le Grand Jeu désigne depuis le XIXe siècle la rivalité stratégique et les intérêts de puissances qui s’opposent pour le contrôle de l’Asie centrale. À la manière d’un Rudyard Kipling, dont le Grand Jeu a inspiré la nouvelle Kim, le nouveau livre de Franck Galland aborde la question de l’eau sous un angle peu traité et pourtant majeur. Ancien directeur de la sûreté de Suez Environnement, il a déjà écrit deux ouvrages sur les questions de sécurité liés à l’eau. Dans celui-ci, l’eau est perçue comme un enjeu sécuritaire et stratégique. Ainsi, de la Chine septentrionale aux conflits algéro-marocains, de l’Iran au Yémen, en passant par le bassin du Nil, l’on peut constater les perspectives sécuritaires et géopolitiques que recèle ce bien essentiel, qui en font un enjeu crucial pour l’avenir des relations internationales. Parler des enjeux actuels liés à l’eau c’est en effet parler aussi de la Chine. Une large place est ainsi faite à la deuxième puissance économique mondiale, car si la Chine est aujourd’hui le pays qui subit les plus fortes contraintes liées à l’eau, elle a a priori aussi la capacité et les moyens d’y répondre. F. Galland propose également un tour d’horizon de plusieurs situations de tensions, en différents endroits de la planète, autour de la question de l’eau. Le sujet est d’une actualité urgente : « nous pourrons difficilement analyser la géopolitique mondiale si nous n’avons pas aujourd’hui la capacité de connaître avec rigueur les véritables enjeux que l’eau comporte en ce début du XXIsiècle » (p. 31).

Partout, la consommation d’eau augmente, aussi bien pour satisfaire les besoin de l’agriculture qu’en raison de l’urbanisation et du fonctionnement de ses infrastructures. L’auteur soulève le problème des besoins en eau d’industries très consommatrices, comme le secteur minier, et plaide pour un changement de paradigme, qui se traduirait par une utilisation responsable et modérée des ressources disponibles. À l’heure de la mise à l’agenda de nouveaux objectifs de développement durable, les sociétés modernes, si elles se veulent durables, doivent abandonner leurs obsessions du « plus ». Les trois concepts-clés, étroitement interdépendants, sont « alimentation, énergie, eau ». Si, d’un côté, l’eau est source de tensions géopolitiques à cause des situations de stress hydrique des confins de la Chine septentrionale à la Méditerranée occidentale, elle peut aussi constituer un facteur de paix et de stabilité internationale. F. Galland plaide ainsi pour la mise en place d’une « hydro-diplomatie », dont il expose les contours théoriques. L’auteur cherche à montrer l’importance pour la paix et la sécurité internationales d’une administration conjointe de l’eau. Quelques cartes ponctuent cet ouvrage concis, clair et précis. En outre, ce livre explore également pour la première fois les conséquences du printemps arabe sur les infrastructures d’approvisionnement d’eau dans des pays qui manquent structurellement de cette ressource, comme la Libye, la Tunisie ou encore la Syrie.

Malgré les difficultés croissantes et les épreuves à venir, l’auteur conclut sur une note positive : que ce soit en termes sécuritaires, technologiques ou commerciaux, les pays confrontés à une situation de stress hydrique, voire à une pénurie, peuvent relever ces défis. Les problèmes de sécurité hydraulique ont souvent des configurations différentes, mais ils sont communs à une grande partie de l’humanité : l’intérêt de voir une « hydro-diplomatie » prendre le pas sur la logique du plus fort est donc d’autant plus important.

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