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Le cauchemar de l’eau dans l’industrie de la fracturation

Le cauchemar de l’eau dans l’industrie de la fracturation


Par Justin Mikulka – Le 18 septembre 2018 – Source DeSmog

Fosse à déchets non recouverte pour stocker les eaux usées de la fracturation en Californie. Crédit : Sarah Craig/Faces of Fracking, CC BY-NC-ND 2.0

L’Environmental Protection Agency (EPA) des États-Unis a clairement documenté  – malgré les obstacles répétés de l’industrie pétrolière et gazière – les multiples risques que pose la fracturation hydraulique pour les approvisionnements en eau potable. Cependant, les choses peuvent être en train de changer : l’eau elle-même pose maintenant un risque pour le modèle financier déjà défaillant de l’industrie américaine de la fracturation, et c’est quelque chose que l’industrie ne pourra pas ignorer.

Les États-Unis sont en train d’établir de nouveaux records de production de pétrole alors que les forages horizontaux et la fracturation ouvrent des gisements de schiste argileux dans des endroits comme le Dakota du Nord et le Texas.

La fragmentation est basée sur le processus « hydraulique » qui consiste à utiliser un liquide sous pression pour briser la roche de schiste afin de laisser s’échapper le pétrole et le gaz prisonnier à l’intérieur. Et bien que ce liquide soit un mélange de plusieurs produits chimiques dangereux, il contient surtout de l’eau. Et l’approvisionnement en eau, puis l’élimination appropriée des eaux usées toxiques produites par la fracturation, devient un problème important et coûteux pour l’industrie.

Gabriel Collins est membre du département énergie et environnement à l’Université Rice, et en août, il a fait une présentation lors de l’événement « Produced Water Society Permian Basin 2018 » à Midland, Texas. Collins y a évoqué une analyse de rentabilisation pour mettre en place des processus de traitement de l’eau pour desservir l’industrie de la fracturation.

Un signe que l’industrie de la fracturation se préoccupe de plus en plus de l’eau est qu’il existe maintenant des sociétés et des conférences consacrées au thème de l’« eau produite ». L’eau produite est le terme utilisé pour désigner l’eau toxique qui est « produite » au cours de la vie d’un puits de pétrole ou de gaz issu de la fracturation.

Dans un article de Bloomberg News, Collins a dit qu’il ne croyait pas que les investisseurs étaient conscients des risques que l’eau représente pour l’industrie de la fracturation dans le bassin Permien.

« Les investisseurs ne sont pas aussi bien informés de certains autres risques et défis qui pourraient être tout aussi importants, sinon plus », a-t-il déclaré à Bloomberg News. « Je mettrais l’eau en haut de la liste. »

Pourquoi l’eau devrait-elle être en tête de la liste des défis financiers potentiels auxquels l’industrie de la fracturation est confrontée ? Selon une étude réalisée par Wood MacKenzie et rapportée par le Wall Street Journal, le coût du traitement des eaux usées pour l’industrie de la fracturation pourrait ajouter $6 de plus par baril de pétrole produit.

Pour l’industrie américaine du pétrole et du gaz de schistes, qui a constamment perdu de l’argent au cours de la dernière décennie, l’ajout de $6 de plus par baril représente une sombre perspective.

L’eau gaspillée par la fracturation hydraulique : un vieux problème qui s’amplifie

Une nouvelle étude de l’Université Duke a conclu qu’entre 2011 et 2016, la quantité d’eau utilisée pour fracturer les puits de pétrole et de gaz a augmenté de 770 %. Mais la quantité d’eaux usées toxiques produites au cours de la même période a augmenté de 1 440 %.

L’industrie doit faire quelque chose avec toutes ces eaux usées, et cela coûte de l’argent. Pour réduire les coûts d’élimination des eaux usées, l’industrie de la fracturation a adopté de nombreuses approches dans le passé – qui ont presque toutes mis l’environnement en danger.

Parmi les efforts déployés par l’industrie pour se débarrasser des eaux usées à faible coût, mentionnons le déversement des eaux usées dans les rivières, l’arrosage des cultures, le dégivrage des routes, leur déversement dans le golfe du Mexique, leur évaporation, leur injection dans les aquifères d’eau potable et leur envoi dans des installations municipales de traitement des eaux non équipées pour traiter ce type de déchets. Et ce ne sont là que quelques-unes des façons « légales » d’y faire face. Ils ne comprennent pas les déversements illégaux qui ont également eu lieu.

En 2012, InsideClimate News a rapporté des preuves de déversement illégal de déchets de forage et de fracturation dans le Dakota du Nord, et en 2014, des déversements illégaux similaires d’eaux usées au Texas.

Le traitement des eaux usées toxiques a toujours été un problème pour l’industrie de la fracturation, menant parfois à des moyens de contournement  illégaux. La grande question qui demeure sans réponse pour les entreprises de schistes qui font de la fracturation est de savoir si elles pourront un jour gérer correctement la quantité d’eaux usées toxiques qu’elles produisent, quel qu’en soit le coût.

Où tout cela va-t-il nous mener ?

Un article paru en 2015 dans le Washington Post sur l’élimination des eaux usées issues de la fracturation met en lumière le problème principal en une phrase : « Actuellement, il n’y a aucun moyen de traiter, stocker et rejeter les milliards de gallons d’eaux usées en surface. »

Au lieu de s’attaquer à ce problème flagrant, la « solution » trouvée par l’industrie a été d’injecter l’eau toxique dans le sol dans ce qu’on appelle des puits d’injection. Et bien que les risques à long terme de cette pratique ne soient pas identifiés, ils sont largement reconnus par la forte augmentation des tremblements de terre dans les régions où elle a lieu.

Mais à mesure que la quantité d’eaux usées continue d’augmenter et qu’une plus grande quantité est injectée dans des puits souterrains, qu’est-ce que cela signifie pour les tremblements de terre qui en résultent ? Et que fera l’industrie (ou les collectivités où elle exerce ses activités) à leur sujet ?

Alors que le pionnier et milliardaire Harold Hamm, a minima, préférerait ignorer la question des tremblements de terre, les puits d’injection posent un autre problème auquel son industrie est très sensible. En essayant de forer et de fracturer autant de puits de pétrole et de gaz que possible dans une zone productive, les nouveaux puits semblent endommager les puits de production existants par un processus connu sous le nom de « frac hits ».

Et la même chose se produit maintenant avec les puits d’injection d’eaux usées.

Andrew Hunter, ingénieur en forage pour Guidon Energy, a récemment expliqué comment les puits d’injection peuvent endommager les puits de production, affirmant que la situation s’aggrave.

Il a également ajouté un autre point qui pourrait intéresser les investisseurs.

« Je pense que les gens ont peur de parler de ce problème », a dit M. Hunter lors d’une conférence à Houston sur l’eau. « Nous essayons de faire passer le mot pour que tout le monde sache à quel point c’est sérieux. »

En résumé : la solution privilégiée par l’industrie du schiste argileux pour l’évacuation de ses énormes quantités d’eaux usées endommage l’infrastructure de production pétrolière et gazière existante, tout en provoquant également des tremblements de terre. Ce n’est pas vraiment une option durable, et c’est l’une des raisons de l’opposition croissante aux puits d’injection d’eaux usées.

Bien sûr, sans les puits d’injection, l’industrie de la fracturation devrait ralentir ou arrêter la production de pétrole et de gaz. C’est la raison pour laquelle les puits d’injection restent en service.

Si vous ne pouvez pas faire d’argent, changez les règles

En septembre 2016, le candidat à la présidence de l’époque, Donald Trump, s’est adressé à un groupe de cadres travaillant dans le pétrole de schiste pour expliquer sa position sur la réglementation.

« Je pense qu’aucune autre entreprise n’a probablement été autant touchée par la réglementation que la vôtre », a dit M. Trump. « La réglementation fédérale reste une restriction majeure à la production du pétrole de schiste. »

Cependant, la principale restriction à la production de schistes est le fait que l’industrie perd de l’argent jusqu’à présent. Bien que le traitement des eaux usées soit un domaine coûteux pour l’industrie, ce n’est pas le seul.

L’administration Trump s’emploie à assouplir les règles fédérales régissant l’industrie de la fracturation, ce qui aura un effet positif sur les finances de l’industrie mais sera catastrophique pour le climat et l’environnement.

Récemment, l’EPA a proposé d’abroger la réglementation exigeant que l’industrie des combustibles fossiles surveille et répare les fuites de méthane (un important gaz à effet de serre) – et d’importantes économies sont prévues. Au Texas, l’industrie brûle actuellement pour un million de dollars de méthane par jour, ce qui contribue grandement à la pollution atmosphérique, car il n’y a pas assez de pipelines pour acheminer le gaz naturel vers le marché.

Pourquoi est-ce permis ? Parce qu’une récupération adéquate du méthane coûterait de l’argent à l’industrie et ralentirait la production.

Cette approche est semblable à celle que le Dakota du Nord a utilisée pour réglementer la quantité de radioactivité permise dans les déchets de fracturation. L’État a simplement assoupli les règles (et augmenté la radioactivité autorisée dans les déchets) pour faciliter la tâche des compagnies pétrolières travaillant à l’intérieur des frontières, qui pourraient alors cesser de transporter leurs déchets par camion vers des États dont les limites sont plus élevées.

Et, bien sûr, l’administration Trump cherche des moyens de faire reculer les règlements sur les eaux usées.

L’industrie du schiste argileux ne peut faire face aux problèmes financiers auxquels elle est confrontée – y compris sa crise de l’eau – sans modifier les règles existantes.

Le titre d’un article paru récemment dans le Dallas News sur la crise de l’eau dans le bassin Permien l’a qualifié de « cauchemar de l’élimination ». Et alors que l’article faisait référence au cauchemar logistique et financier de l’industrie de la fracturation – ce qui est certainement le cas – il y a un autre cauchemar.

À l’heure actuelle, l’industrie n’a aucun moyen réalisable d’éliminer ses eaux usées en utilisant des méthodes respectueuses de l’environnement… et pourtant, elle fonce à toute allure.

Justin Mikulka

Note du Saker Francophone

Cet article est tiré d'une série : L’industrie du schiste argileux creuse plus de dettes que de bénéfices

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

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COP24 : la négociation finale s’annonce difficile et décevante

COP24 : la négociation finale s’annonce difficile et décevante

14 décembre 2018 / Dorothée Moisan et Sadak Souici (Reporterre)

Au 11e et avant-dernier jour de la 24e conférence climatique des Nations unies, la négociation se tend à mesure que l’horloge tourne. L’esprit de l’accord de Paris est bien retombé, et il s’agit en fait de limiter la casse. Quant aux ministres français, ils sont tout simplement… absents.

Tous les jours, notre envoyée spéciale vous raconte les coulisses, les anecdotes et les coups de théâtre de la COP24, qui se déroule en Pologne, du 2 au 14 décembre. L’intégralité du journal est à retrouver ici.


  • Katowice (Pologne), envoyée spéciale

« Merci de noter qu’une fois la COP24 officiellement terminée, tous les membres des médias devront quitter les lieux dans les trois heures » : message reçu ce matin dans ma boîte à courriels, la fin de la COP approche… Nous sommes désormais au 11e jour des négociations ici à Katowice et après les échauffements de la première semaine, le moteur onusien tourne à plein régime. Objectif : réussir d’ici vendredi soir à décrocher non seulement un accord, mais surtout un accord ambitieux.

Même si certains États, notamment les États-Unis, continuent à bloquer les négociations, la plupart des observateurs ne doutent pas qu’un accord sera trouvé. « Deux-trois jours avant la fin, c’est toujours comme ça, c’est le mélodrame, on a l’impression que ça va planter. Et puis, ça finit toujours par aboutir », me dit un diplomate européen, grand habitué des COP. La question est plutôt de savoir quand – la COP24 se termine officiellement vendredi soir mais, vu le retard accumulé, il est d’ores et déjà quasi certain qu’elle se prolongera samedi –- et comment. L’idéal serait que trois volets aboutissent :

  • primo la publication d’une notice claire et ambitieuse de l’Accord de Paris, le fameux rulebook, qui permette d’appliquer l’accord climatique avec efficacité à travers le monde ;
  • secundo l’engagement des États à relever d’ici 2020 leurs objectifs de réductions des émissions de gaz à effet de serre (les Nationally determined contributions, NDC) ;
  • et tertio la promesse par les pays développés de nouveaux financements pour aider les pays en voie de développement, plus vulnérables au changement climatique.

Jeudi 13 décembre, les appels se sont multipliés pour convaincre les États les plus riches de relever leur ambition sur ces trois volets. Jennifer Morgan, de Greenpeace, a rappelé les dirigeants à leurs responsabilités. « Les gens, les a-t-elle prévenu, n’attendent plus un consensus mondial, ils poursuivent leurs gouvernements, ils poursuivent les grands compagnies pétrolières, ils bloquent des routes et des ponts, ils organisent des grèves à l’école, et ce n’est que le début. Plutôt que de vides promesses, nous avons besoin que les États réhaussent leur ambition ». La jeune Suédoise Greta Thunberg, qui depuis le début de la COP se dépense sans compter pour médiatiser la cause climatique, s’est quant à elle chargée de convaincre les plus jeunes : dans un message posté sur les réseaux sociaux, elle a appelé enfants et ados à faire vendredi, comme elle-même depuis plusieurs mois, la grève de l’école et à se rassembler devant leur « Parlement ou [leur] gouvernement local » pour faire pression.

La jeune Suédoise Greta Thunberg.

De leur côté, les 48 pays les plus vulnérables regroupés au sein du Climate Vulnerable Forum (CVF) -– dont certains sont menacés de disparaître sous les mers –- ont appelé leurs homologues à sauver la COP d’« une issue médiocre ». « Nous ne sommes pas prêts à mourir. Nous n’avons pas l’intention de devenir la première victime du changement climatique », a dit l’ancien président des Maldives, Mohamed Nasheed.

Depuis dix ans qu’il assiste aux conférences internationales sur le climat, « rien ne semble avoir changé », regrette-t-il. « On utilise toujours le même langage, un langage de dinosaure. […] Le problème, c’est qu’on continue à demander aux gros pollueurs de cesser de polluer mais sur des fondements éthiques, et ils ne nous écoutent pas. » Pour cesser ce dialogue de sourds, il propose de changer radicalement d’approche : « Plutôt que de leur demander des réductions, peut-être devrions-nous leur demander des hausses », autrement dit d’augmenter leurs investissements dans les énergies propres. « Alors ils cesseront d’utiliser des énergies fossiles. […] Demandons des choses positives plus que des choses négatives, les investissements augmenteront et les émissions diminueront. »

Le pavillon de la Russie.

Le Maldivien a ensuite brocardé les « quatre pays qui nous prennent en otage », sous-entendu les États-Unis, la Russie, le Koweït et l’Arabie Saoudite, qui s’opposent à ce que la COP24, dans sa décision finale, « salue » (welcome) le rapport du Giec sur les 1,5 °C, préférant qu’elle en « prenne note » (note), une expression insuffisante aux yeux des pays insulaires et de l’Union européenne. Le royaume saoudien va jusqu’à contester les conclusions scientifiques du rapport : « Il vous montre uniquement les opportunités » qu’il y a à lutter contre le changement climatique mais « il ne vous en montre pas le coût », dénonce dans une interview au site Carbon Brief le délégué saoudien à la COP.

Le rapport du Giec toujours contesté par l’Arabie saoudite, les États-Unis et la Russie

Cette question de vocabulaire peut sembler cosmétique, mais elle revêt une grande importance car elle créera un précédent : quel avenir pour la lutte climatique si les États ne reconnaissent pas que la science est fondamentale et doit guider leur action ?

En fait, il n’y a pas vraiment 4 pays bloqueurs et 192 pays qui marcheraient tous main dans la main vers un accord idéal comme le laisse entendre Mohamed Nasheed. C’est le cas pour qualifier le rapport du Giec, mais pas sur la question du rulebook ou sur celle des financements.

De nombreux pays comme l’Inde, l’Afrique du Sud ou des pays en voie de développement craignent que les pays riches, en tête desquels les États-Unis et l’Australie, ne rabotent les financements : en volume, mais aussi en qualité. Certains s’inquiètent ainsi de la tendance croissante des pays développés à se défausser sur les investisseurs privés. Une question cruciale reste celle des pertes et préjudices (loss and damage) que les pays en voie de développement veulent absolument voir apparaître dans le rulebook, pour s’assurer qu’à l’avenir, les pertes irréversibles causées chez eux par des événements extrêmes seront prises en compte en tant que telles, et non pas incluses dans d’autres fonds, dédiés à l’adaptation au changement climatique.

Les économies émergentes (Brésil, Inde, Chine et Afrique du Sud) insistent quant à elles sur la flexibilité. Depuis les premières négociations climatiques en 1992, un principe important est celui des responsabilités communes mais différenciées (CBDR en anglais). En gros, cela signifie que les États sont tous responsables du réchauffement climatique, mais que leurs efforts doivent être modulés en fonction de leur responsabilité historique – les pays les plus anciennement industrialisés doivent faire plus – et des moyens dont ils disposent. Une fois que les États auront fixé leurs NDC, ils devront ensuite régulièrement évaluer leurs avancées. Ce que réclament les pays du Sud, c’est une flexibilité dans ces évaluations car ils jugent qu’ils n’auront pas les moyens financiers et techniques pour bien les faire. Mais un coup de théâtre survenu jeudi soir pourrait changer la donne : la Chine a annoncé qu’elle renonçait à cette exigence et acceptait d’obéir aux mêmes règles que les pays développés sur ce point.

Aucun ministre français dans le round final !

Une Coalition pour une haute ambition a été lancée mercredi par quelque 70 États, dont 11 Européens parmi lesquels la France et l’Allemagne. Elle ne réunit qu’un tiers des pays signataires de l’accord de Paris, alors que la coalition similaire lancée en 2015 comptait 118 nations, dont les 28 pays de l’UE.

L’Europe est très en retrait. Et la France brille par son absence ! Ni le ministre de la Transition écologique François de Rugy, ni la secrétaire d’État Brune Poirson — partie précipitamment mardi soir en raison de la crise des Gilets jaunes –- ne sont présents à Katowice ? Sans doute une première dans toute l’histoire des COP.

Jeudi soir, la présidence polonaise — critiquée par de nombreux observateurs pour son « inertie » et son échec à créer une dynamique ministérielle -– a enfin fini par publier un nouveau texte. Peu avant minuit, des experts commençaient à le décrypter, tout en se frottant les yeux, déjà gonflés de fatigue. Si certains points leur semblaient positifs, d’autres au contraire suscitaient leur inquiétude, comme la question des pertes et préjudices -– dont le traitement allait selon eux « décevoir les petites îles et les pays en voie de développement » — ou l’article 6, bourré de crochets, sur l’utilisation des marchés carbone et autres moyens de coopération. C’est sur cette base que les ministres devaient commencer vendredi à livrer bataille.


« Un désastre » : le nouveau barrage de la Turquie va submerger des milliers d’années d’histoire

Cette année, des villages et des sites antiques seront inondés par le nouveau barrage d’Ilısu, en Turquie. En Irak, il menace aussi l’un des plus grands sites culturels et écologiques de la planète

Un homme aide un enfant à marcher sur des planches pour rejoindre un « café » sur les eaux du Tigre, surplombé par Hasankeyf (AFP)
Kieran Cooke's picture
4 janvier 2019
Dernière mise à jour :
04 janvier 2019

Des milliers de personnes seront déplacées et leurs moyens de subsistance menacés. Certains des plus précieux trésors archéologiques du monde seront définitivement perdus. En Irak, les graves problèmes de pénurie d’eau vont encore s’aggraver.

Après des années de retards et, selon la rumeur, d’importants dépassements de budget, les ingénieurs achèveront prochainement les travaux du barrage d’Ilısu, dans le sud-est de la Turquie, à une courte distance de la frontière méridionale du pays avec l’Irak et la Syrie, et commenceront à remplir un réservoir de 400 km de long s’étendant le long du Tigre.

Les habitants de la zone, principalement des citoyens kurdes de Turquie, et ceux qui vivent de l’autre côté de la frontière, en particulier en Irak, observent la situation et attendent avec anxiété.

Le barrage d’Ilısu, d’une puissance de 1 200 mégawatts, large de près de deux kilomètres et d’une hauteur de 130 mètres, est une pièce maîtresse de ce qui est connu en turc sous le nom Güneydoğu Anadolu Projesi (GAP), ou projet d’Anatolie du sud-est.

Ankara affirme que le barrage est essentiel pour permettre le développement de l’une des régions les plus pauvres de Turquie. Il fournira de l’électricité pour les ménages, l’agriculture et l’industrie et créera des milliers d’emplois indispensables.

Dans un communiqué, le ministère turc des Affaires étrangères fait également état d’avantages pour l’environnement, notamment l’augmentation des réserves d’énergie propre et la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre.

De plus, il assure que les militants ont exagéré le nombre de villages et d’habitants qui seront touchés par le projet.

Les responsables turcs ont également cherché à répondre aux préoccupations concernant l’impact du barrage sur l’approvisionnement en eau de l’Irak.

En juin et octobre dernier, des responsables avaient déclaré que les projets concernant le remplissage du réservoir avaient été retardés en réponse aux préoccupations exprimées par l’Irak.

Mais beaucoup s’inquiètent encore vivement.

« L’ensemble du projet est un tel désastre, c’est si terrible », confie à Middle East Eye Ulrich Eichelmann, PDG de Riverwatch, une ONG basée à Vienne qui participe depuis de nombreuses années à une campagne internationale contre le projet d’Ilısu.

« Dans le sud-est de la Turquie, il submergera des milliers d’années d’histoire et en Irak, il menace des régions telles que les marais du sud du pays, l’un des plus grands sites culturels et écologiques de la planète. »

« C’est incroyable de penser que cela se produit au XXIsiècle. »

Des sites antiques sous l’eau

La ville de Hasankeyf, à environ 80 kilomètres en amont du barrage d’Ilısu, a 12 000 ans et est l’une des plus anciennes colonies du monde, toujours habitée, jadis étape sur la célèbre route de la soie.

Une fois le réservoir du barrage rempli, une grande partie de Hasankeyf, ainsi que certains de ses monuments antiques et des grottes néolithiques creusées dans les rives du Tigre, se retrouveront engloutis sous plus de 30 mètres d’eau.

D’autres villages et colonies le long du fleuve risquent de disparaître.

Vue d’ensemble de la ville antique de Hasankeyf au bord du Tigre (Reuters)

Les 3 000 habitants de Hasankeyf sont invités à s’installer dans de nouvelles maisons construites au-dessus de la ville existante. De nombreux habitants s’y opposent, affirmant que non seulement leur maison, mais des revenus tributaires du tourisme disparaîtraient.

« Les personnes qui n’ont pas de passé ne peuvent pas déterminer leur avenir », a déclaré l’an dernier un membre local du groupe de campagne de l’initiative Save Hasankeyf à DW, le média allemand.

« Ils ne détruisent pas seulement notre passé, mais également notre avenir en nous privant de cette source de revenus et de ce patrimoine. »

Les autorités turques sont en désaccord, affirmant que le réservoir attirera de nouveaux touristes dans la région, parmi lesquels des plongeurs désireux d’explorer les ruines submergées.

Ils ont également relogé plusieurs bâtiments et monuments historiques. Plus tôt ce mois-ci, des travaux ont débuté pour déplacer la dernière section de la mosquée Eyyubi, construite il y a 600 ans, dans un nouveau parc culturel de Hasankeyf au-dessus du niveau de l’eau.

John MacGinnis, archéologue basé au British Museum de Londres, faisait partie d’une équipe internationale qui a travaillé pendant de nombreuses années sur les fouilles archéologiques de Ziyaret Tepe, à environ 160 kilomètres en amont du barrage d’Ilısu.

« D’un point de vue archéologique, ce qui se passe est un désastre »

– John MacGinnis, archéologue

La majeure partie du site de Ziyaret Tepe, autrefois connu sous le nom de Tushan, sera inondée lors du remplissage du réservoir d’Ilısu.

Dans l’antiquité – il y a 2 800 ans – la colonie était une capitale provinciale de l’empire assyrien, un royaume centré sur le dénommé « croissant fertile » entre le Tigre et l’Euphrate et le plus grand empire que le monde ait jamais connu à l’époque.

« Toute cette zone fait partie d’une région où la civilisation est née et où il y a tellement de sites à explorer et autant de matériaux à analyser et à mettre au jour », souligne MacGinnis.

« Le problème, c’est qu’une grande partie des travaux de construction assyriens était faite d’argile et de boue – qui ne survivront pas sous l’eau et seront perdus à jamais. D’un point de vue archéologique, ce qui se passe est un désastre. »

Crise monétaire

La région autour d’Ilısu et de son réservoir s’est militarisée. Des rumeurs circulent, selon lesquelles le gouvernement aurait l’intention de se servir du barrage afin d’exercer un contrôle accru sur la population locale, principalement kurde.

Par le passé, le président Recep Tayyip Erdoğan a accusé des opposants à des projets de construction de barrages de soutenir le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), organisation interdite que la Turquie considère comme terroriste.

Depuis le début des travaux sur le projet Ilısu en 2006, celui-ci est également sujet à controverse et à des retards considérables.

Des gouvernements étrangers ont refusé des crédits à l’exportation. En 2009, des entreprises étrangères se sont retirées du projet en raison du non-respect par la Turquie de divers critères contractuels en matière d’environnement et autres, et de la pression exercée par des ONG locales et internationales.

Les banques étrangères ayant refusé de soutenir le projet, le gouvernement a fait pression sur les banques turques pour qu’elles apportent des fonds.

Une crise sur le marché financier turc plus tôt cette année, avec la chute de la valeur de la lire, a entraîné des retards et des dépassements de coûts pour un certain nombre de projets gigantesques et prestigieux entrepris par le gouvernement d’Erdoğan.

Le coût du barrage d’Ilısu est officiellement évalué à 1,5 milliard de dollars, bien que des observateurs estiment que la facture finale pourrait être considérablement plus élevée. Ses détracteurs se plaignent de l’absence de transparence concernant le financement du projet et la manière dont les différents contrats ont été attribués.

« Puissance hydro-hégémonique »

L’année dernière, en plein milieu de la pire sécheresse qu’a connue l’Irak depuis 80 ans, les niveaux d’eau du Tigre en Irak, en aval du barrage d’Ilısu, ont atteint des gouffres sans précédent.

Pour la première fois de mémoire d’homme, les habitants de Bagdad ont découvert qu’ils pouvaient traverser la rivière à pied. Les niveaux de l’eau sur l’Euphrate ont également chuté de façon spectaculaire.

Une grave crise de l’eau s’est développée, l’agriculture dans le sud de l’Irak étant particulièrement touchée.

À eux deux, le Tigre et l’Euphrate fournissent plus de 90 % de l’eau en Irak. La pollution des deux fleuves augmente à mesure que les pesticides et les engrais utilisés dans les projets d’irrigation en Turquie et en Irak refluent dans le réseau hydrographique.

L’Irak n’a pas tardé à reprocher à la Turquie ses problèmes d’eau estivaux.

Chez les universitaires qui écrivent sur les conflits transfrontaliers liés à l’eau, la Turquie sert d’exemple de « puissance hydro-hégémonique », citant le projet GAP comme « exemple parfait » de « grande infrastructure permettant de capturer des ressources et de modifier de manière significative la nature de la rivalité concernant l’eau au profit du constructeur ».

Les responsables turcs ont toutefois souligné qu’ils souhaitaient s’assurer que l’eau soit partagée de manière « équitable, raisonnable et optimale ».

Ils soutiennent également que le barrage permettra de gérer et de contrôler le débit de l’eau de manière à ce que cela profite à la fois à la Turquie et à ses voisins.

Des enfants vont chercher de l’eau dans un affluent du Tigre, près de Mossoul, en 2017 (AFP)

Au cours de l’été, des responsables turcs ont déclaré que le gouvernement avait accepté de reporter le remplissage du barrage d’Ilısuen réponse aux préoccupations de l’Irak.

Fatih Yildiz, ambassadeur d’Ankara à Bagdad, a déclaré que la décision avait été prise par Erdoğan lui-même.

« À partir de ce moment, les eaux du Tigre sont transférées en Irak sans en toucher une goutte à Ilısu », a écrit Yildiz sur Twitter.

Mais les hydrologues soulignent qu’il s’agissait d’un geste vide de sens à maints égards : pendant les mois d’été, lorsque l’annonce a été faite, peu d’eau était disponible pour le remplissage.

À LIRE ► Hasankeyf, la ville de 12 000 ans que la Turquie veut engloutir

La Turquie ne devrait probablement commencer ses activités à Ilısu qu’après la fonte des neiges, au printemps, à la source du Tigre.

La cause de la sécheresse en Irak et du niveau excessivement bas du Tigre n’est pas imputable exclusivement au barrage d’Ilısu.

L’Iran a également construit un certain nombre de barrages sur des affluents qui se jettent dans le Tigre, détournant de l’eau pour ses propres projets agricoles.

L’Irak s’inquiète plus particulièrement de la construction en Iran du barrage à grande échelle de Daryan.

L’Irak est en guerre ou sous le coup de sanctions économiques paralysantes depuis près de 30 ans. Il est encore en train de se rétablir après avoir vu environ un tiers de son territoire, y compris le barrage de Mossoul, envahi en 2014 par des combattants du groupe État islamique (EI), en retrait depuis l’an dernier, mais qui continuent de menacer la sécurité.

Une grande partie de ses infrastructures, y compris les systèmes d’approvisionnement en eau, ont été détruites. La corruption et une mauvaise gestion chronique ont également contribué aux pénuries d’eau.

Le changement climatique pourrait rendre les barrages inutiles

Avec la perspective du changement climatique, toute la région risque d’être confrontée à un avenir dans lequel les températures vont probablement grimper et les précipitations diminuer, ce qui entraînera de nouvelles baisses du niveau des rivières.

L’Irak est considéré comme le pays du Moyen-Orient le plus vulnérable au changement climatique.

Une grande partie du sud du pays est déjà en train de s’assécher, notamment les célèbres marais autour de Bassora, qui abritent une civilisation unique et un site du patrimoine mondial de l’UNESCO. L’augmentation de la salinité empoisonne les réseaux hydrographiques et les terres.

Pendant l’été 2018, l’Irak a connu, de mémoire d’homme, sa pire sécheresse (Reuters)

Les changements climatiques pourraient également avoir de graves conséquences sur le barrage d’Ilısu et sur l’ensemble du projet GAP en Turquie.

« Les barrages sont construits sur la base de certaines projections concernant les débits d’eau et les précipitations dans leurs bassins versants », explique un climatologue qui a souhaité rester anonyme en raison des sensibilités inhérentes aux recherches dans la région.

« Et si les chutes de neige diminuaient dans les montagnes du Taurus et du Zagros en Turquie, lesquelles alimentent les niveaux d’eau dans l’Euphrate et le Tigre ? Et si la température continue d’augmenter et que l’évaporation dans les réservoirs s’accélère ? »

« Alors, tous les bâtiments du barrage, les inondations de terres, les déplacements de population et la submersion de civilisations antiques – cela aura en grande partie été vain. »

 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

https://www.middleeasteye.net/fr/reportages/un-d-sastre-le-nouveau-barrage-de-la-turquie-va-submerger-des-milliers-d-ann-es-d

Gilets jaunes: ce tweet moqueur de Trump pour tacler Macron sur l’accord de Paris

French President Emmanuel Macron listens as President Donald Trump speaks during a news conference in the East Room of the White House, Tuesday, April 24, 2018, in Washington. (AP Photo/Evan Vucci)

Gilets jaunes: ce tweet moqueur de Trump pour tacler Macron sur l’accord de Paris

© AP Photo / Evan Vucci
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Mouvement des «gilets jaunes» en France et en Belgique (144)
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Les manifestations d’envergure qui se déroulent actuellement en France pour protester contre la hausse des prix du carburant attestent de la bonne décision des États-Unis de sortir de l’accord de Paris sur le climat, a déclaré Donald Trump.

Le dirigeant américain s’est exprimé sur les manifestations des Gilets jaunes qui se déroulent en France depuis mi-novembre afin de protester contre la décision gouvernementale d’augmenter les prix du carburant.

​«Je suis content que mon ami Emmanuel Macron et les protestataires à Paris soient tombés d’accord avec la conclusion à laquelle j’avais abouti il y a deux ans. L’accord de Paris comporte une profonde faille car il relève les prix de l’énergie pour les pays responsables et, dans le même temps, il disculpe certains des plus grands pollueurs au monde», a écrit Donald Trump sur son compte Twitter.

​«Je veux de l’air et de l’eau purs et j’ai beaucoup progressé dans l’amélioration de l’environnement en Amérique. Mais les contribuables américains — et les travailleurs américains — ne devraient pas payer pour nettoyer la pollution d’autres pays», a-t-il également affirmé, faisant référence à sa décision de sortir les États-Unis de l’accord de Paris sur le climat, annoncée en 2017.

En France, après une première manifestation qui s’est déroulée le 17 novembre, des membres du mouvement des Gilets jaunes ont organisé le troisième acte de leur mobilisation le samedi 1er décembre. Dénonçant à l’origine la hausse des carburants, ils expriment désormais une colère sociale bien plus profonde.Le dernier rassemblement a été marqué par d’importantes violences urbaines dans la capitale française. Elles ont fait 133 blessés, dont 23 membres des forces de l’ordre, et ont conduit au placement en garde à vue de 378 personnes sur les 412 interpellées, selon un bilan communiqué par la préfecture de police dimanche.

https://fr.sputniknews.com/international/201812051039178110-macron-trump-france-usa-gilets-jaunes-climat/

Ségolène Royal a « imposé une double punition aux Français » avec l’écotaxe (Poirson)

Ségolène Royal a « imposé une double punition aux Français » avec l’écotaxe (Poirson)

Paris – Ségolène Royal a « imposé une double punition aux Français » avec l’écotaxe, a déclaré jeudi Brune Poirson la secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire.

L’écotaxe poids lourds, qui avait été abandonnée par Mme Royal en 2014 face à la protestation des « bonnets rouges », « était une double punition pour le portefeuille des Français (…) et pour la planète », a lancé Brune Poirson sur Sud Radio.

« Elle a supprimé sur un coup de tête l’écotaxe. (…) Et aujourd’hui, il faut qu’on réinvente un dispositif », a poursuivi la secrétaire d’État. « La transition écologique demande des décisions courageuses, de la cohérence et de la globalité ».

Mme Royal a dénoncé lundi la hausse des taxes sur le carburant, estimant que le ministre de l’Économie Bruno Le Maire cherchait à « justifier un matraquage fiscal par l’écologie ».

La ministre de l’Environnement sous le quinquennat de François Hollande a aussi jugé que le ministre de l’Économie avait « cassé tous les leviers positifs de l’écologie positive », citant les « 10.000 euros pour l’achat de la voiture électrique » et « le crédit d’impôt transition énergétique ».

Bruno Le Maire lui a reproché en retour d’être « malhonnête par rapport à ses engagements passés ».

Jeudi sur Sud Radio, Brune Poirson a admis que le gouvernement devait faire preuve de « pédagogie » pour défendre son projet de budget, qui comprend une hausse du prix du diesel.

« Je ne nie pas le fait que ce soit difficile pour certains Français. Mais on a tout un dispositif d’aides pour les accompagner dans la transition écologique », comme la prime à la conversion des véhicules ou le chèque énergie, qui doit augmenter en 2019, a souligné Brune Poirson.

(©AFP / 25 octobre 2018 08h08)

https://www.romandie.com/news/S-gol-ne-Royal-a-impos-une-double-punition-aux-Fran-ais-avec-l-cotaxe-Poirson/965283.rom

Recyclage du plastique : l’Europe avance… en ordre dispersé

Pollution

Recyclage du plastique : l’Europe avance… en ordre dispersé

Les Européens s’intéressent de plus en plus au sort de leurs déchets plastiques et c’est une bonne nouvelle. Mardi 10 juillet à Bruxelles, la commission environnement du Parlement a adopté une « stratégie européenne sur les matières plastiques dans une économie circulaire ». Ce rapport d’initiative parlementaire sera ensuite voté en assemblée plénière dès la session de rentrée, en principe le 13 septembre.

Il met entre autres en avant la nécessité de réduire les déchets à la source en développant l’écoconception des objets et, en aval, il préconise le développement d’un marché unifié du recyclage du plastique. Ce texte fait suite au projet de « stratégie européenne sur les matières plastiques » présentée le 16 janvier dernier par la Commission, qui a par ailleurs présenté le 28 mai une proposition de directive visant à interdire l’usage de certains produits plastiques à usage unique, tels que pailles, cotons-tiges ou couverts jetables qui finissent en bonne partie à la mer.

Chaque année, les Européens jettent la moitié du plastique qu’ils consomment, soit 27,1 millions de tonnes en 2016

Il y a en effet urgence. Selon la Commission, les Européens achètent chaque année quelque 49 millions de tonnes de plastique sous toutes les formes, en particulier dans les équipements électriques et électroniques (5,8 %), dans les automobiles (8,9 %), le bâtiment et la construction (19,7 %) et, surtout, les emballages (39,9 %). Et chaque année, ils jettent la moitié du plastique qu’ils consomment, soit 27,1 millions de tonnes en 2016, d’après les chiffres publiés par PlasticsEurope, le syndicat européen des plasturgistes.

La Mediterranée, dépotoir sauvage

Du moins s’agit-il des volumes collectés recensés. Car une partie des déchets disparaît dans des filières clandestines de récupération (automobiles, déchets électroniques…), quand ils ne sont pas purement et simplement abandonnés dans la nature. Un nouveau rapport du WWF a consacré un rapport alarmant sur la Méditerranée, devenue un dépotoir sauvage de déchets plastiques, surtout en période estivale avec l’afflux de vacanciers sur les côtes. Selon l’organisation écologiste, les Européens y déverseraient entre 220 et 630 milliers de tonnes de déchets de toutes tailles, avec des impacts dramatiques pour la vie sous-marine.

S’il progresse, le recyclage reste encore minoritaire : en 2016, il représentait 31,1 % des déchets collectés en Europe

Pour autant, l’Europe a nettement progressé ces dernières années dans la gestion de ses déchets (graphique ci-dessous). Sur un total de 27,1 millions de tonnes de déchets plastique collectés en 2016, l’Europe en a valorisé 19,7 millions de tonnes, soit 72,7 %, sous forme d’énergie (par incinération) et via les filières de recyclage. Cette valorisation a nettement progressé au cours des dix dernières années : en 2006, 11,7 millions des 24,5 millions de tonnes alors collectées avaient été valorisées, soit 47,7 %.

Ce mouvement a fait reculer d’autant la mise en décharge. Toutefois, le recyclage reste encore minoritaire : il représentait en 2016 31,1 % des déchets collectés en Europe, quand 41,6 % de la collecte sont incinérés pour valorisation énergétique.

La valorisation des plastiques collectés est en net progrès en Europe

Volume des déchets plastiques collectés, valorisés (recyclage et valorisation énergétique) et mis en décharge, en millions de tonnes

Des pays aussi riches que le Royaume-Uni, la France, l’Italie, l’Espagne se distinguent par des taux de valorisation inférieurs à la moyenne européenne

Si les pays d’Europe centrale et de l’Est affichent a contrario les plus forts taux de mise en décharge, ils ne sont pas les seuls à être à la traîne. Des pays aussi riches que le Royaume-Uni, la France, l’Italie, l’Espagne se distinguent par des taux de valorisation inférieurs à la moyenne européenne.

Valorisation des déchets plastiques : les bons et les mauvais

Taux de valorisation énergétique (incinération) et de recyclage des déchets plastiques collectés en 2016, en %

Plus on est gros, plus on jette

Distribution géographique des déchets plastiques collectés en Europe, en 2016, en %

La principale source de déchets plastique réside dans les emballages

Mais il ne faut pas perdre de vue que la principale source de déchets plastique réside dans les emballages : 61,6 % de l’ensemble en 2016. C’est à ce niveau qu’il est prioritaire d’agir, d’une part en limitant la consommation d’emballage plastiques (dans le secteur alimentaire et la distribution, notamment), d’autre part en développant les filières de recyclage des emballages.

La boulimie des emballages

Distribution sectorielle des déchets plastiques collectés en Europe, en 2016, en %

Un frein important au recyclage de la matière plastique est le prix des hydrocarbures. Outre les coûts de collecte, recycler du plastique est une opération qui consomme de l’énergie. Il sera difficile de développer le recyclage sans neutraliser l’écart de coûts entre la matière vierge et la matière recyclée via la fiscalité environnementale et des mesures réglementaires. Un sujet qui fâche et il reste à savoir si la « stratégie plastique » que l’Europe tente de mettre actuellement en place se donnera les moyens de ses ambitions.

https://www.alternatives-economiques.fr//recyclage-plastique-leurope-avance-ordre-disperse/00085629?utm_source=emailing&utm_medium=email&utm_campaign=NL_Quotidienne%2F13072018

Disparition des oiseaux : vers des printemps de plus en plus silencieux

Disparition des oiseaux : vers des printemps de plus en plus silencieux

20.03.2018(mis à jour à 16:09)
« Ils ne trouvent plus leurs ressources pour se reproduire et ailleurs il y a d’autres populations », Romain Julliard, prof. au Muséum d’hist naturelle

L’optimisation du puits de carbone forestier démarre doucement en France

L’optimisation du puits de carbone forestier démarre doucement en France

Cet article fait partie de l’édition spéciale Les forêts, une arme contre le changement climatique.

La filière bois-énergie est un atout essentiel de la France pour atteindre neutralité carbone en 2050. Mais l’éclatement de la surface forestière représente un obstacle majeur.

Des milliers de chênes, hêtres, bouleaux, sapins et autres essences plus improbables rendent chaque jour un grand service à l’Hexagone. La forêt française capte entre 12 et 14 % des émissions de CO2 du pays.

Un chiffre en progression, en raison de la hausse de la surface globale des forêt (27 millions de m3 de bois supplémentaire chaque année selon l’inventaire de l’IGN*), favorisée par la faible rentabilité de l’agriculture. En sus, la France prélève environ 61 millions de m3 de bois dans ses forêts, dont 53 sont véritablement utilisés, en raison de pertes lors de la récolte

La forêt française  occupe le 3ème rang européen derrière l’Allemagne et la Suède : sa surface est aujourd’hui équivalente à celle du Grand Siècle. Et la masse de CO2 captée s’en ressent, logiquement.

L’ambition climat de la France s’arrête à l’orée du bois

Ambitieuse en apparence sur son ambition climatique, la France semble jouer un jeu trouble sur le rôle des forêts face au changement climatique.

Tout ne va pourtant pas au mieux dans le meilleur des mondes. Vieillotte et très fragmentée, la forêt française est à la fois mal gérée, peu exploitée et très exposée aux aléas en raison de sa densité anarchique.

Plus de la moitié de la forêt laissée à l’abandon

« Les forêts vraiment bien gérées, ce sont les forêts domaniales, qui appartiennent à l’Etat. Ce sont les anciennes forêts des rois de France qui y organisaient des chasses à courre ! Mais elles ne représentent que 10 % de la forêt française », précise Jean-François Dhôte, chercheur à l’INRA, qui regrette que seulement 30 à 40 % des forêts françaises soient exploitées.

Les forêts privées, soit 75 % de la sylviculture, sont gérées de façon assez aléatoire, voire pas du tout, le solde (15 %) relevant de la responsabilité des municipalités, qui s’occupent plus ou moins de leurs arbres.

Or, contrairement à l’idée assez romantique de la forêt primaire idéale qu’il faudrait laisser en l’état, les spécialistes s’inquiètent de ces 60 % d’arbres laissés à l’abandon. Le moindre champignon, insecte dévastateur, ouragan, incendie ou autre changement de température risque en quelques années de détruire ce puits de carbone, pourtant indispensable.

La France s’est fixé comme objectif la neutralité carbone en 2050. Si la forêt défaille, l’objectif passera d’ambitieux à irréalisable. Pour arriver à des émissions nettes nulles, la forêt et l’agriculture représentent les seuls secteurs à même de capter le carbone résiduel. L’urgence est donc d’optimiser leur capacité d’absorption.

Cette urgence climatique a paradoxalement permis de vaincre un tabou sur l’exploitation de la forêt en France : la filière bois-forêt a fait l’objet d’un effort de promotion et de réglementation, qui s’est traduit par un décret en 2016. Et le ministère de la transition écologique travaille sur une stratégie largement plus ambitieuse, qui incite à une meilleure exploitation du bois.

Un arbre sur 3 finit en bûche

« En France, ça n’a pas de sens  d’importer du bois ! » confirme Cyril Brulez, chargé de recherche territoire et climat chez I4CE. La filière ne parvient pas pour l’heure à récolter la totalité de l’accroissement annuel, loin s’en faut. Comme les autres spécialistes de la forêt, Cyril Brulez rappelle que l’exploitation du bois est légitime si la forêt est exploitée selon les principes de gestion durables, définis lors de la conférence d’Helsinki, à savoir que le bilan carbone de la forêt est constant : tout arbre coupé est replanté. Si un arbre sur trois finit en bûches ou en pellets en France, le CO2 qu’il émet en brûlant s’équilibre par celui qui est capté par les arbres en cours de croissance.

«Il faut privilégier l’usage du bois en cascade : pour chaque arbre, il faut trouver le bon usage. Un arbre de qualité, qui peut servir à faire du bois d’œuvre, ne devrait pas servir à alimenter la production de bois énergie, ou seulement ses petites branches », précise Cyril Brulez, qui travaille sur les stratégies pour améliorer le bilan carbone de la filière forêt-bois. Augmenter les performances du bois énergie et ainsi leur pouvoir de substitution, avec des chaufferies optimisées, et en veillant à ne brûler que du bois très sec peut améliorer le bilan carbone général.

Le bois-énergie présente une durée de vie très courte, le bois utilisé dans l’industrie pour des palettes ou du papier entre 5 et 7 ans, et le bois pour la construction et les meubles a une durée de vie moyenne de 40 ans.

Valoriser le CO2 pour motiver les propriétaires

D’où l’intérêt de substituer les matériaux : les bois denses, qui séquestrent plus de carbone par mètre cubes, doivent être utilisés pour la construction parce que c’est là que le carbone sera stocké le plus longtemps. Et « en amont de la filière, il faut optimiser la gestion de la forêt avec des coupes adaptées et des essences parfois différentes », assure Cyril Brulez.

Des expériences sont d’ailleurs menées actuellement pour évaluer précisément le carbone évité par des stratégies de coupes, qui permettent de transformer des forêts . De « taillis », où le manque de lumière du à la densité ralentit parfois la pousse des arbres, des forêts sont transformées en « futaies », où poussent moins d’arbres, mais plus vite, et qui termineront plus grands.

En Lozère, à Margeride, un programme de reboisement nécessité par la destruction d’arbres par des neiges lourdes est en cours, co-financé par le Feder et la Poste, avec le concours d’I4CE. Le CO2 supplémentaire qui sera capté grâce au projet va être mesuré, puis vendu sur le marché volontaire. Et c’est ce type d’incitation financière qui pourrait faire évoluer la situation de la forêt. A 5 euros la tonne, le marché volontaire présente un prix modeste, mais pas négligeable, et certains projets ont des primes en raison des co-bénéfices qu’ils génèrent (sur l’emploi, l’environnement, la biodiversité) .

Du côté des ONG, la question de la spéculation sur les terrains qui pourraient s’ensuivre fait l’objet de toute l’attention du CCFD par exemple, qui s’inquiète d’un regain d’intérêt trop poussé pour les forêts.«Il faut faire attention à ne pas légitimer l’action des pollueurs. Et à ne pas encourager les émissions d’autres gaz à effet de serre : l’agriculture émet surtout du méthane et du protoxyde d’azote, qui ont une durée de vie dans l’atmosphère différente du CO2. Donc il n’y a pas de compensation par la forêt, si on capte du C02 le méthane reste », prévient Anne-Laure Sablé au CCFD. La spécialiste travaille notamment sur l’initiative de la France appelée « 4 pour 1000 », qui veut optimiser la captation du carbone par les sols y compris forestiers. « Si l’on se penche sur cette question en particulier, on s’aperçoit que le sol forestier qui capte le plus de CO2 sera celui d’une forêt restée en forêt depuis longtemps » prévient-elle.

L’initiative ‘4 pour 1000’ veut réconcilier climat et agriculture

La France soutient d’arrache-pied ce concept d’agro-écologie qui veut réintégrer le CO2 dans les sols. Une idées soutenue par les grands pays agricoles de l’UE.

Bois énergie et gratte-ciel, des usages complémentaires ?

En revanche, l’opportunité de recourir au bois énergie fait moins débat en France qu’ailleurs. Par crainte de voir des forêts ratiboisées et non replantées, ce qui a déjà été constaté notamment dans les pays de l’Est, certaines ONG s’opposent frontalement au fait de brûler du bois. Chez FERN, le recours au bois énergie largement plébiscité par le Parlement européen mi-janvier lors de la révision de la directive sur les énergies renouvelables, est  jugé « absurde », alors que pour le WWF, « le bois, c’est du charbon jeune ».

Des positions en perte de vitesse si l’on en croit la filière de construction bas carbone en voie de développement en France, qui fait la part belle au bois, y compris pour des immeubles de type gratte-ciel. Une option imbattable pour limiter les émissions de CO2 du secteur de la construction : une quinzaine d’immeubles de haute taille sont actuellement en construction sur le territoire français (cf photo).

*un mètre cube de bois = une tonne de carbone = 3,66 tonnes de CO2

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Naomi Klein : « Trump est une nouvelle sorte de politicien : il est la fusion de l’homme et de la grande entreprise »

Politique

Naomi Klein : « Trump est une nouvelle sorte de politicien : il est la fusion de l’homme et de la grande entreprise »

Pour la journaliste canadienne Naomi Klein, l’élection de Donald Trump n’est pas un accident de l’histoire. Dans son nouveau livre, Dire non ne suffit plus (Actes Sud), elle analyse les processus délétères qui ont abouti à l’élection d’un homme dont la vision du monde est fondée sur la domination et l’impunité. « Le risque serait de considérer qu’il suffit de se débarrasser de ce monstre pour que tout s’arrange » alerte t-elle, dans un contexte où la montée des politiques autoritaires et xénophobes est un phénomène mondial. Comment agir pour sortir des crises multiples qui nous assaillent ? Entretien.

En quoi les politiques de Donald Trump sont-elles à la fois nouvelles et la poursuite des pires tendances de ces dernières décennies ?

Naomi Klein : Il est dangereux d’analyser l’élection de Trump comme une rupture. Trump est bien une nouvelle sorte de politicien : il est la fusion de l’homme et de la grande entreprise. Il a besoin d’apposer sa marque dans tous les espaces disponibles et a réussi à faire de son nom le symbole de la réussite matérielle, le héros par excellence de la success story capitaliste. Mais au final, Trump est entièrement le produit de la culture nord-américaine, l’étape ultime d’un processus engagé depuis longtemps. Aussi excessif soit-il, il est moins une aberration qu’une conséquence logique, la créature d’un système de pensée puissant qui se sert de la race pour mettre en œuvre des politiques économiques impitoyables.

Quel est ce système dont il est l’incarnation ?

Sa vision du monde est fondée sur la domination, l’extraction, le fait de prendre à la terre et aux gens comme s’il n’y avait aucune limite ni conséquence. La marque Trump est l’impunité totale : l’idée qu’il suffit d’être riche pour faire tout ce qu’on veut, que la richesse permet d’acheter ce rêve de liberté absolue. Beaucoup de gens qui entourent Trump partagent son instinct de prédation. Son entourage immédiat compte ainsi cinq anciens cadres de Goldman Sachs qui ont provoqué la crise financière de 2008 et en ont profité ensuite au détriment des gens.

Le risque serait de considérer qu’il suffit de se débarrasser de cette créature pour que tout s’arrange, alors même que les conditions politiques qui l’ont produit et produisent d’autres Trump dans le monde entier restent à combattre. La montée des leaders d’extrême droite, des politiques autoritaires et xénophobes, est un phénomène mondial qui se manifeste dans tous les pays : Trump est la version américaine, mais vous avez Marine Le Pen en France, il y a Narendra Modi en Inde [Premier ministre indien, membre du parti nationaliste hindou BJP, ndlr]… Avec ce livre, j’essaie de replacer Trump dans un contexte qui échappe à la narration du choc [1]. Car, lorsque les gens sont encore sous le choc, ils sont très vulnérables et on ne peut plus alors attendre de la population qu’elle agisse au meilleur de ses intérêts.

Comment expliquez-vous l’obsession de Trump pour la construction d’un mur à la frontière avec le Mexique ?

Trump a besoin d’un ennemi. Toutes ses politiques reposent sur ce schéma. Avec lui il y a toujours d’un côté les gagnants et de l’autre les perdants. On ne peut pas comprendre la construction du modèle capitaliste américain sans rappeler le rôle absolument central des suprémacistes blancs et de la haine envers les populations noires. En Amérique du Nord, l’économie capitaliste moderne a été subventionnée par deux hold up majeurs, à savoir le vol de la terre aux autochtones et le vol du peuple africain à sa terre. Tout cela s’est appuyé sur des théories suprémacistes où l’homme blanc occupe la première place. Ce sont le coton et la canne à sucre récoltés par des Africains réduits en esclavage qui ont servi de carburant au démarrage de la révolution industrielle. Le capitalisme américain est un capitalisme racial. Cette aptitude à ignorer le peuple et les populations à la peau foncée pour justifier le vol de leur terre, de leur travail et de leur liberté est fondatrice des États-Unis.

Qu’entendez-vous par l’idée que nous avons chacun en nous une part de Trump ?

L’ascension de Trump nous met au défi sur le plan personnel. La crise démocratique doit nous pousser à nous interroger et à essayer de tuer notre Trump intérieur. C’est en quelque sorte faire notre propre auto-analyse en voyant ce qui est un peu “trumpien” : l’addiction aux médias sociaux, le fait de vivre comme une marque commerciale parmi d’autres marques, d’envisager ses collègues comme des produits concurrents qui menacent ses parts de marchés [2], attendre qu’un multi-milliardaire vole au secours de la planète au lieu de construire à partir de ce que l’on sait faire, de la base… Qu’on le veuille ou non, la consommation nous immerge dans les eaux de la télé-réalité, au milieu de personnalités qui sont devenues de simples logos, le tout au nom d’une incessante distraction. Être conscient de cela est un bon point de départ : pour nous unir et résister ensemble, nous devons d’abord être prêts à nous changer nous-mêmes. C’est une condition pour transformer notre monde.

Il n’est pas rare d’entendre dire en Europe, y compris au sein de la gauche, que « Trump a raison quand il veut défendre les salariés américains dans la globalisation économique » et qu’il faut « acheter américain, embaucher américain ». Cela laisse penser que la nouvelle opposition fondamentale ne serait plus gauche-droite mais « ouverture-fermeture », « globalisation-souveraineté ». Qu’en pensez-vous ?

Trump ne va pas renégocier les accords de libre-échange dans l’intérêt des travailleurs. Tout ce qu’il fait est dans l’intérêt des compagnies américaines. Plusieurs syndicats ne se sont pas laissés prendre au bluff de Trump sur les échanges commerciaux et s’organisent en conséquence. Mais ce n’est malheureusement pas le cas de tous les syndicats. Certains, notamment dans le secteur des industries fossiles, ont déclaré leur allégeance au nouveau président au lendemain de son investiture. Négocier de « meilleurs accords » ne signifie pas chez Trump qu’ils soient meilleurs pour les travailleurs syndiqués ou l’environnement. Il entend le mot dans un seul sens : meilleur pour lui même et son empire commercial, meilleur pour les banquiers et les cadres des compagnies pétrolières qui composent son gouvernement.

Il a d’emblée promis des baisses massives d’impôts sur les sociétés et la suppression de 75 % de la réglementation. Quand Trump dit qu’il va « rendre à l’Amérique sa grandeur », traduisez : « faire revivre l’industrie grâce à une main d’œuvre bon marché ». Le salaire des travailleurs des États-Unis pourra bientôt concurrencer celui des travailleurs de pays comme le Mexique… Et quand Trump se rend à l’étranger, c’est essentiellement pour vendre des armes. Oui, cela crée de l’emploi, tout comme le fait de construire des oléoducs ou un mur avec le Mexique. Mais la question est de savoir quel type d’emplois nous voulons.

Comment s’assurer que des batailles pour la relocalisation des emplois ou la défense de systèmes de production locaux ne soient pas récupérées par des politiques nationalistes et de droite extrême ?

Il existe une approche progressiste, internationaliste, qui consiste à affronter les inégalités provoquées par le libre-échange et les multinationales. Si des gens comme Trump peuvent utiliser la colère des citoyens face à l’appauvrissement de leurs conditions de vie et brandir une xénophobie particulièrement toxique, c’est parce qu’il y a un vide en face de cela. Les progressistes ont abandonné ce champ de bataille politique à la droite. En remettant aujourd’hui ces questions sur le devant de la scène, Trump nous donne l’opportunité de se réapproprier ce débat public.

Face à Trump, nous avons un Emmanuel Macron ou un Justin Trudeau [Premier ministre canadien, ndlr] prétendant incarner un progressisme dans le cadre de ce même modèle néolibéral, celui qui justement crée les conditions pour l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite. Écouter le discours tenu par Macron depuis quelques mois est absolument incroyable : au lieu de prendre le score du Front national comme un avertissement, il voit cela comme l’autorisation d’aller encore plus loin dans une libéralisation qui crée les conditions de cette folie.

Que pensez-vous de la prétention d’Emmanuel Macron et de l’Union européenne de porter le leadership international en matière climatique face à un Trump qui piétine toute vision écologiste ?

C’est l’un des plus grands dangers avec Trump : il est tellement caricatural qu’en comparaison, il en faut très peu pour apparaître comme un super héros. Je pense notamment à Justin Trudeau qui, pour Halloween, a enfilé un déguisement de superman et considère que c’est suffisant… Comment les dirigeants européens peuvent-ils se targuer de porter le leadership en matière climatique, quand les politiques qu’ils mènent nous conduisent à 3 ou 4°C de réchauffement à la fin de ce siècle ?

Plutôt que de dire qu’« il n’y a pas pire que Trump », nous devons exiger davantage des dirigeants et investir les espaces que ces gouvernements ne contrôlent pas. Par exemple, au moment de quitter l’Accord de Paris, Trump a déclaré qu’il avait été élu par les gens de Pittsburgh et non par ceux de Paris. La réaction du maire de Pittsburgh a été immédiate : il a rappelé que la population de sa ville avait davantage voté pour Hillary Clinton et il en a profité pour s’engager à atteindre les 100 % d’énergies renouvelables d’ici à 2035.

Faut-il changer la manière d’agir, de s’exprimer, de s’engager sur la question climatique ?

J’évoque à la fin du livre un exemple de manifeste des causes communes, dans lequel je me suis impliquée au Canada, qui je pense est un bon modèle [3]. Le mouvement pour la justice climatique s’est employé jusque-là à faire entendre les voix des communautés victimes des pollutions industrielles ou affectées par le changement climatique. C’est important mais ce n’est plus suffisant. Nous devons sortir de nos catégories, de nos cases. Nous sommes aujourd’hui confrontés à des crises qui sont multiples, interconnectées, et on ira nulle part si on joue à quelle est la crise la plus importante.

Il nous faut développer une vision de l’avenir qui intègre la complexité des liens entre les différentes crises que nous connaissons. La précarité économique et les attaques contre les droits territoriaux ont pour origine un système de valeurs qui place le profit au-dessus du bien-être des individus et de la planète. Dans les mouvements écologistes, on fait rarement le lien entre les armes qui tuent les noirs de Ferguson et d’Ottawa, la hausse du niveau des mers et les sécheresses qui détruisent les foyers des gens de couleur. Rares sont les rapprochements entre la manière dont les hommes de pouvoir pensent avoir le droit d’abuser du corps des femmes, et l’idée selon laquelle les humains pensent pouvoir faire de même avec la nature. On a beau voir qu’il existe des liens, on reste souvent très compartimentés, chacun dans son silo. Nous avons besoin d’une coalition large autour d’une vision commune partagée pour changer d’échelle et envisager d’autres mondes possibles.

Les mobilisations féministes suite à l’affaire Weinstein sont-elles de nature à ébranler le système de domination multi-facette (race, genre, etc.) que vous mettez en évidence ?

Face aux violences faites aux femmes, nous avons souvent été – comme dans le cas du changement climatique – dans l’adaptation : il revenait aux femmes d’adapter leur comportement. Aujourd’hui il s’agit de traiter les causes de ces violences. Face à un Trump qui se vante d’ « attraper les femmes par la chatte », il y a plusieurs façons de répondre : celle d’un Macron ou d’un Trudeau consiste à se déclarer féministe en étant moins pire que Trump. Il y a une autre réponse possible, différente, portée par ce mouvement global pour les droits des femmes qui doit faire bouger les choses dans les cercles familiaux, amicaux, de travail…

Cela implique de transformer notre monde fondé sur diverses formes de domination. Nous sommes à une intersection où toutes ces urgences se rencontrent. Nous avons fait des progrès mais nous devons être plus ambitieux. Il existe des alliances, notamment entre le mouvement Black Lives Matter et le mouvement des Dreamers [les « rêveurs », surnom des bénéficiaires du Daca, un programme mis en place par Obama pour protéger les jeunes immigrés entrés illégalement aux États-Unis, ndlr], ou bien encore avec le mouvement « Fight for 15 $ » [mouvement pour l’augmentation du salaire minimum à 15$ l’heure aux États-Unis]. Mais il n’y a pas eu de coalitions antiracistes et progressistes suffisamment larges qui soient en mesure de gagner.

Malgré toute l’amitié que j’ai pour Bernie Sanders [figure de l’aile gauche du Parti démocrate], je pense qu’il n’a pas gagné parce qu’il ne porte pas une analyse suffisamment globale sur le lien profond entre les inégalités économiques, de race, le sexisme et sur la façon dont ces inégalités sont liées depuis l’origine du capitalisme. Nous avons exactement le même problème en France : on croit que se rassembler signifie effacer nos différences au lieu de reconnaitre la réalité de ces différences. L’idée que régler la question économique permettra de régler tout le reste persiste. On voit bien que cela ne marche pas.

Dire non à Trump – et au « trumpisme » ailleurs sur la planète – est nécessaire, mais pas suffisant, dîtes-vous. Existe-t-il des lueurs d’espoir ?

Nous assistons à l’émergence de visions radicales au niveau municipal avec des gens venant de l’activisme social qui sont élus maires. C’est le cas dans des grandes villes européennes comme Barcelone avec Ada Colau (lire ici), au Sud des États-Unis où une nouvelle génération de maires afro-américains ont, toute leur vie, lutté pour une démocratie économique, contre les violences policières… C’est un signe d’espoir. Expérimenter d’autres manières de vivre pour voir que c’est possible est décisif. Cet esprit imaginatif, cette capacité d’entrevoir un monde radicalement différent du présent, nous manque souvent terriblement. Après 40 ans passés dans cet univers néolibéral, le plus grand obstacle est la crise de nos propres imaginaires.

Certaines communautés, notamment les peuples indigènes, essaient depuis longtemps de maintenir vivant un mode de vie qui ne se fonde ni sur la propriété de la terre, ni sur la quête incessante du profit. À Standing Rock [communauté de Sioux résistant à un projet d’oléoduc géant dans le Dakota du Nord], ils se sont définis comme des protecteurs de l’eau. Ils combattent pour une vision du monde post énergie fossile, fondée sur les savoirs indigènes avec des énergies 100 % renouvelables et de l’agro-écologie. Ils ont construit une nouvelle forme de résistance, dit non à une menace imminente, mais ont aussi travaillé sans relâche à bâtir l’alternative.

Recueillis par Sophie Chapelle, avec Maxime Combes

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Photo de une : CC Joan Moreno / FlickR

– Naomi Klein, Dire non ne suffit plus, ed. Actes Sud, 306 pages, 21,80 euros.
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- Basta !, Mediapart, Attac et 350.org ont organisé une rencontre-débat avec la journaliste canadienne Naomi Klein, le 4 novembre à Paris, à l’occasion de la publication de son nouveau livre. Retrouvez ci-dessous la vidéo de cette discussion publique :

Cinq actrices et acteurs de luttes sociales et écologiques ont également été invités à échanger avec elle. Quels enseignements tirer en France de ce qu’elle nous apprend des États-Unis ?

Greenpeace : ses conflits d’intérêt

Greenpeace : ses conflits d’intérêt

Greenpeace : ses conflits d’intérêt

Par André Posokhow, consultant ♦ L’École de guerre économique (EGE) a été créée en octobre 1997 par le général Jean Pichot-Duclos et Christian Harbulot. Elle propose un troisième cycle spécialisé en « Stratégie d’intelligence économique » pour des étudiants issus de grandes écoles et universités. Elle offre également, à des cadres supérieurs déjà en activité, la possibilité de suivre des formations professionnelles d’un an.

Son savoir-faire et sa position de leader sur le marché de la formation en intelligence économique sont reconnus dans le milieu.

La filière énergétique de la France est en danger et plus particulièrement son système de production d’électricité, ce qui pourrait entraîner la faillite d’EDF et son découpage industriel.

Certaines ONG influentes sont les sous-marins de groupes industriels ou de pays dont les intérêts ne coïncident pas avec ceux de la France et poussent dans le sens de cette dérive dans le cadre d’une guerre économique majeure. C’est particulièrement le cas de Greenpeace, ONG mondialiste de renom, qui a déclaré une guerre médiatique et judiciaire à EDF, pilier de la production et de l’indépendance énergétique de notre pays.

C’est le thème du rapport pénétrant et passionnant de Thibault Kerlirzin, titulaire d’un MBA en stratégie d’intelligence économique de l’École de guerre économique, qui met en relief, entre plusieurs études de cas, celui des conflits d’intérêt de Greenpeace, notamment avec Vestas, numéro un mondial de l’éolien industriel.


1) La guerre déclarée au nucléaire et à EDF

L’un des objectifs fondamentaux de Greenpeace est la lutte contre le nucléaire, aussi bien militaire, souvenons-nous du Rainbow Warrior, que civil, en référence à Tchernobyl et Fukushima.

C’est au premier chef à ce titre que l’ONG s’en prend à EDF devenue l’un des premiers producteurs mondiaux d’électricité nucléaire par décision politique de la France des années 1960 et 1970. Cette décision avait pour objectif de pallier la hausse du coût du pétrole et d’assurer l’indépendance énergétique de notre pays.

On peut, à la lecture du rapport et au-delà des intrusions dans les centrales nucléaires contre EDF et des actions judiciaires, déceler trois axes d’attaque :

– la contestation des chiffres du coût de production du nucléaire avancé par EDF et les autorités françaises afin de démontrer que les ENR sont plus rentables ;

– la dénonciation de « l’impasse financière » d’EDF et de son endettement ;

– le rappel de la dégradation de la note d’EDF par Standard & Poors et Moody’s, agences de notation dont le rapport souligne à quel point elles sont loin d’être fiables et indépendantes. En 2015 un rapport de la SEC a souligné la rigueur à géométrie variable des études de ces agences de notation financière.

Il s’agit bien d’une entreprise de destruction d’EDF et de notre système électrique jugé comme l’un des plus efficaces et les moins polluants de la planète.

2) Le scénario de transition énergétique de Greenpeace

En 2013, Greenpeace a mis au point un « scénario de transition énergétique » qui est le document de référence vers lequel renvoie Greenpeace France. Il n’est pas question de détailler ce scénario mais seulement d’en rappeler les points essentiels.

La voiture électrique. Le rapport de T. Kerlirzin souligne les sévères impacts environnementaux des batteries de ces machines qui contiennent une terre rare : le lithium, dangereusement toxique pour l’homme, dont le recyclage, qui pose autant de problèmes que les déchets nucléaires, n’est pas mentionné par l’ONG.

– Il en va de même des écrans à cristaux liquides. L’étude de Greenpeace s’abstient de préciser que ces écrans sont produits via le trifluorure d’azote qui serait potentiellement 17.200 fois plus négatif pour le réchauffement climatique que le CO2.

– Greenpeace préconise, à juste titre, l’installation de panneaux solaires, énergie cependant intermittente et aléatoire, mais ne fait pas mention des risques environnementaux liés au silicium (« Il faudrait 280 kg de produits chimiques par kg de silicium produit » selon le rapport) et sanitaires.

– Enfin l’éolien industriel est la vache sacrée de Greenpeace depuis de nombreuses années. Le rapport souligne que le manque de rigueur de Greenpeace sur cette question remet en cause le principe de précaution au bénéfice de l’environnement dont cette ONG se réclame, notamment quant aux effets néfastes des éoliennes sur la santé humaine.

Greenpeace passe allégrement sur la problématique de cette source d’énergie : le saccage des paysages, le nombre astronomique de machines nécessaires pour remplacer le nucléaire, le coût de l’éolien qui ne baisse pas et même augmente légèrement, le subventionnement imposé aux consommateurs au travers de la CSPE, l’intermittence de la production, avec un facteur de charge moyen de 23% en l’absence de stockage de l’énergie.

C’est cette dernière raison qui explique que l’éolien augmente les émissions de CO2 et la pollution puisqu’il faut avoir recours à des centrales thermiques de complément.

Si Greenpeace occulte le fait que le charbon (le lignite en Allemagne) et le gaz sont nécessaires aux centrales thermiques qui pallient les éoliennes à l’arrêt, son principal mensonge par omission porte sur la question du néodyme. Il s’agit d’une terre rare présente à raison de plusieurs centaines de kg dans les aimants des éoliennes, extraite dans la province chinoise de Mongolie intérieure qui est pour cette raison une des régions les plus polluées du monde. Son extraction diffuse de la poussière radioactive, des vapeurs d’acide sulfurique et entraîne des déversements de déchets toxiques dans les sols et les nappes phréatiques.

Enfin l’éolien est vecteur de corruption, comme l’a souligné en 2014 le Service central de prévention de la corruption.

Mais pour Greenpeace : motus !

3) Le « double-fond » : Greenpeace et ses partenaires, parties prenantes du business écologique. Les liens avec les groupes de pression énergétiques

Greenpeace a coécrit en 2012 un rapport de 340 pages sur la révolution énergétique avec Global Wind Energy Council (GWEC) qui se présente comme « la voix du secteur de l’énergie éolienne mondiale » et l’European Renewable Energy Council (EREC), qui est une organisation parapluie de l’industrie européenne des énergies renouvelables qui emploie 550.000 personnes et dont les retombées financières se chiffraient en 2012 à 70 milliards€.

Les liens avec le business énergétique

– Greenpeace possède des intérêts économiques dans le business énergétique avec sa structure allemande Greenpeace Energy. Depuis 1999, Greenpeace Energy, profitant de la libéralisation du marché de l’énergie, est un fournisseur d’électricité verte, sous la forme d’une coopérative avec une part « toujours plus grande » d’énergie éolienne.

– Greenpeace Energy a une filiale, Planet Energy GmbH, qui a construit dix parcs éoliens, trois centrales photovoltaïques, et s’implique dans trois parcs éoliens. Planet Energy aurait déjà investi plus de 140 millions d’euros dans les centrales électriques « propres », et planifierait d’autres projets. Greenpeace Energy dispose d’autres filiales : Planet energy Verwaltungsgesellschaft I mbH, Planet energy Verwaltungsgesellschaft II mbH…

– Greenpeace Energy propose également d’installer des stations de recharge pour voiture électrique, en partenariat avec Wallbe, fournisseur de stations de charge à usage privé, semi-public et public. La question de la recharge des voitures électriques est un enjeu stratégique, au vu du développement que connaît ce secteur où le nucléaire représente un acteur et donc un concurrent de poids.

– Greenpeace Energy intervient dans l’hôtellerie en collaborant avec l’association des Bio Hotels qui comprend 90 hôtels (dont cinquante en Allemagne) dans sept pays européens, et ses bâtiments « éco-certifiés ».

– Greenpeace Energy travaille également avec Simon Energy qui est un fournisseur de panneaux solaires photovoltaïques.

Les partenariats de Planet Energy avec des acteurs du business éolien

Greenpeace Energy ne se limite pas à l’Allemagne. La coopérative cherche à étendre son activité et à construire des centrales électriques « propres ». Sa filiale Planet Energy souhaite s’implanter au sein d’autres pays européens dans le domaine de l’éolien ou de la cogénération de centrales alimentées au gaz naturel.

En Allemagne et à l’étranger, Planet Energy travaille avec plusieurs partenaires verts comme Senvion Germany qui est une multinationale de l’éolien présente dans plusieurs pays d’Europe : Pologne, Allemagne, Autriche, Italie, mais aussi Royaume-Uni.

C’est surtout avec Vestas Wind Systems A/S, société danoise qui est l’un des principaux fabricants mondiaux d’éoliennes (Vestas a construit près de 60.000 turbines éoliennes dans le monde et a réalisé un chiffre d’affaires de 10,3 milliards d’euros en 2016) que le groupe Greenpeace a partie liée.

En Allemagne, Greenpeace Energy est opératrice de quatre parcs éoliens construits par Vestas.

Greenpeace a milité pour le redressement de Vestas qui a connu des difficultés économiques de 2009 à 2012. Dans ce contexte le nucléaire et les projets d’EPR au Royaume-Uni constituent une concurrence inquiétante pour les projets éoliens off-shore de Vestas, inquiétude qui peut être corrélée avec les attaques de Greenpeace contre le projet d’Hinkley Point.

Les liens avec Triodos, bailleur de fonds de l’éolien

Depuis 2004, Greenpeace Pays-Bas est un actionnaire de la Triodos Bank. Cette banque, fondée par un mouvement nommé Anthroposophical Society, finance l’économie durable. En 2015 en Espagne, la Fondation Triodos a financé Greenpeace. En France, la Triodos finance plusieurs parcs éoliens comme Lamballe dans les Côtes-d’Armor. En outre, la banque a créé un fonds européen pour les énergies renouvelables.

Conclusion

En définitive, même si l’ONG reste discrète sur la rivalité économique que représente le nucléaire pour le chiffre d’affaires de sa filiale allemande, Greenpeace se trouve en réalité en plein conflit d’intérêts, sa main droite constituant son versant ONG, tandis que sa main gauche agit en acteur purement économique. Comme le dit T. Kerlirzin, nous sommes dans tous les cas très éloignés de l’image de David contre Goliath que se donne Greenpeace.

Ce sont les raisons pour lesquelles l’auteur de l’étude suggère, entre autres recommandations, de retirer à Greenpeace France sa qualité d’association d’intérêt général comme ce fut le cas au Canada et en Nouvelle-Zélande.

André Posokhow
24/12/2017

Correspondance Polémia – 27/12/2017

Crédit photo : Daniele Civello via Flickr (cc)

André Posokhow

André Posokhow

André Posokhow, Sciences Po Paris, officier supérieur de réserve est expert-comptable diplômé. Au plan professionnel, il a animé son propre cabinet de commissariat aux comptes d’une quinzaine de personnes. Consultant chez Polémia, il est spécialiste de l’invasion migratoire, de l’économie et de l’énergie. André Posokhow a livré en 2013 pour Polémia une étude sur le coût de l’immigration pour les finances publiques de la France.