Archives pour la catégorie Ecologie

Ségolène Royal a « imposé une double punition aux Français » avec l’écotaxe (Poirson)

Ségolène Royal a « imposé une double punition aux Français » avec l’écotaxe (Poirson)

Paris – Ségolène Royal a « imposé une double punition aux Français » avec l’écotaxe, a déclaré jeudi Brune Poirson la secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire.

L’écotaxe poids lourds, qui avait été abandonnée par Mme Royal en 2014 face à la protestation des « bonnets rouges », « était une double punition pour le portefeuille des Français (…) et pour la planète », a lancé Brune Poirson sur Sud Radio.

« Elle a supprimé sur un coup de tête l’écotaxe. (…) Et aujourd’hui, il faut qu’on réinvente un dispositif », a poursuivi la secrétaire d’État. « La transition écologique demande des décisions courageuses, de la cohérence et de la globalité ».

Mme Royal a dénoncé lundi la hausse des taxes sur le carburant, estimant que le ministre de l’Économie Bruno Le Maire cherchait à « justifier un matraquage fiscal par l’écologie ».

La ministre de l’Environnement sous le quinquennat de François Hollande a aussi jugé que le ministre de l’Économie avait « cassé tous les leviers positifs de l’écologie positive », citant les « 10.000 euros pour l’achat de la voiture électrique » et « le crédit d’impôt transition énergétique ».

Bruno Le Maire lui a reproché en retour d’être « malhonnête par rapport à ses engagements passés ».

Jeudi sur Sud Radio, Brune Poirson a admis que le gouvernement devait faire preuve de « pédagogie » pour défendre son projet de budget, qui comprend une hausse du prix du diesel.

« Je ne nie pas le fait que ce soit difficile pour certains Français. Mais on a tout un dispositif d’aides pour les accompagner dans la transition écologique », comme la prime à la conversion des véhicules ou le chèque énergie, qui doit augmenter en 2019, a souligné Brune Poirson.

(©AFP / 25 octobre 2018 08h08)

https://www.romandie.com/news/S-gol-ne-Royal-a-impos-une-double-punition-aux-Fran-ais-avec-l-cotaxe-Poirson/965283.rom

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Recyclage du plastique : l’Europe avance… en ordre dispersé

Pollution

Recyclage du plastique : l’Europe avance… en ordre dispersé

Les Européens s’intéressent de plus en plus au sort de leurs déchets plastiques et c’est une bonne nouvelle. Mardi 10 juillet à Bruxelles, la commission environnement du Parlement a adopté une « stratégie européenne sur les matières plastiques dans une économie circulaire ». Ce rapport d’initiative parlementaire sera ensuite voté en assemblée plénière dès la session de rentrée, en principe le 13 septembre.

Il met entre autres en avant la nécessité de réduire les déchets à la source en développant l’écoconception des objets et, en aval, il préconise le développement d’un marché unifié du recyclage du plastique. Ce texte fait suite au projet de « stratégie européenne sur les matières plastiques » présentée le 16 janvier dernier par la Commission, qui a par ailleurs présenté le 28 mai une proposition de directive visant à interdire l’usage de certains produits plastiques à usage unique, tels que pailles, cotons-tiges ou couverts jetables qui finissent en bonne partie à la mer.

Chaque année, les Européens jettent la moitié du plastique qu’ils consomment, soit 27,1 millions de tonnes en 2016

Il y a en effet urgence. Selon la Commission, les Européens achètent chaque année quelque 49 millions de tonnes de plastique sous toutes les formes, en particulier dans les équipements électriques et électroniques (5,8 %), dans les automobiles (8,9 %), le bâtiment et la construction (19,7 %) et, surtout, les emballages (39,9 %). Et chaque année, ils jettent la moitié du plastique qu’ils consomment, soit 27,1 millions de tonnes en 2016, d’après les chiffres publiés par PlasticsEurope, le syndicat européen des plasturgistes.

La Mediterranée, dépotoir sauvage

Du moins s’agit-il des volumes collectés recensés. Car une partie des déchets disparaît dans des filières clandestines de récupération (automobiles, déchets électroniques…), quand ils ne sont pas purement et simplement abandonnés dans la nature. Un nouveau rapport du WWF a consacré un rapport alarmant sur la Méditerranée, devenue un dépotoir sauvage de déchets plastiques, surtout en période estivale avec l’afflux de vacanciers sur les côtes. Selon l’organisation écologiste, les Européens y déverseraient entre 220 et 630 milliers de tonnes de déchets de toutes tailles, avec des impacts dramatiques pour la vie sous-marine.

S’il progresse, le recyclage reste encore minoritaire : en 2016, il représentait 31,1 % des déchets collectés en Europe

Pour autant, l’Europe a nettement progressé ces dernières années dans la gestion de ses déchets (graphique ci-dessous). Sur un total de 27,1 millions de tonnes de déchets plastique collectés en 2016, l’Europe en a valorisé 19,7 millions de tonnes, soit 72,7 %, sous forme d’énergie (par incinération) et via les filières de recyclage. Cette valorisation a nettement progressé au cours des dix dernières années : en 2006, 11,7 millions des 24,5 millions de tonnes alors collectées avaient été valorisées, soit 47,7 %.

Ce mouvement a fait reculer d’autant la mise en décharge. Toutefois, le recyclage reste encore minoritaire : il représentait en 2016 31,1 % des déchets collectés en Europe, quand 41,6 % de la collecte sont incinérés pour valorisation énergétique.

La valorisation des plastiques collectés est en net progrès en Europe

Volume des déchets plastiques collectés, valorisés (recyclage et valorisation énergétique) et mis en décharge, en millions de tonnes

Des pays aussi riches que le Royaume-Uni, la France, l’Italie, l’Espagne se distinguent par des taux de valorisation inférieurs à la moyenne européenne

Si les pays d’Europe centrale et de l’Est affichent a contrario les plus forts taux de mise en décharge, ils ne sont pas les seuls à être à la traîne. Des pays aussi riches que le Royaume-Uni, la France, l’Italie, l’Espagne se distinguent par des taux de valorisation inférieurs à la moyenne européenne.

Valorisation des déchets plastiques : les bons et les mauvais

Taux de valorisation énergétique (incinération) et de recyclage des déchets plastiques collectés en 2016, en %

Plus on est gros, plus on jette

Distribution géographique des déchets plastiques collectés en Europe, en 2016, en %

La principale source de déchets plastique réside dans les emballages

Mais il ne faut pas perdre de vue que la principale source de déchets plastique réside dans les emballages : 61,6 % de l’ensemble en 2016. C’est à ce niveau qu’il est prioritaire d’agir, d’une part en limitant la consommation d’emballage plastiques (dans le secteur alimentaire et la distribution, notamment), d’autre part en développant les filières de recyclage des emballages.

La boulimie des emballages

Distribution sectorielle des déchets plastiques collectés en Europe, en 2016, en %

Un frein important au recyclage de la matière plastique est le prix des hydrocarbures. Outre les coûts de collecte, recycler du plastique est une opération qui consomme de l’énergie. Il sera difficile de développer le recyclage sans neutraliser l’écart de coûts entre la matière vierge et la matière recyclée via la fiscalité environnementale et des mesures réglementaires. Un sujet qui fâche et il reste à savoir si la « stratégie plastique » que l’Europe tente de mettre actuellement en place se donnera les moyens de ses ambitions.

https://www.alternatives-economiques.fr//recyclage-plastique-leurope-avance-ordre-disperse/00085629?utm_source=emailing&utm_medium=email&utm_campaign=NL_Quotidienne%2F13072018

Disparition des oiseaux : vers des printemps de plus en plus silencieux

Disparition des oiseaux : vers des printemps de plus en plus silencieux

20.03.2018(mis à jour à 16:09)
« Ils ne trouvent plus leurs ressources pour se reproduire et ailleurs il y a d’autres populations », Romain Julliard, prof. au Muséum d’hist naturelle

L’optimisation du puits de carbone forestier démarre doucement en France

L’optimisation du puits de carbone forestier démarre doucement en France

Cet article fait partie de l’édition spéciale Les forêts, une arme contre le changement climatique.

La filière bois-énergie est un atout essentiel de la France pour atteindre neutralité carbone en 2050. Mais l’éclatement de la surface forestière représente un obstacle majeur.

Des milliers de chênes, hêtres, bouleaux, sapins et autres essences plus improbables rendent chaque jour un grand service à l’Hexagone. La forêt française capte entre 12 et 14 % des émissions de CO2 du pays.

Un chiffre en progression, en raison de la hausse de la surface globale des forêt (27 millions de m3 de bois supplémentaire chaque année selon l’inventaire de l’IGN*), favorisée par la faible rentabilité de l’agriculture. En sus, la France prélève environ 61 millions de m3 de bois dans ses forêts, dont 53 sont véritablement utilisés, en raison de pertes lors de la récolte

La forêt française  occupe le 3ème rang européen derrière l’Allemagne et la Suède : sa surface est aujourd’hui équivalente à celle du Grand Siècle. Et la masse de CO2 captée s’en ressent, logiquement.

L’ambition climat de la France s’arrête à l’orée du bois

Ambitieuse en apparence sur son ambition climatique, la France semble jouer un jeu trouble sur le rôle des forêts face au changement climatique.

Tout ne va pourtant pas au mieux dans le meilleur des mondes. Vieillotte et très fragmentée, la forêt française est à la fois mal gérée, peu exploitée et très exposée aux aléas en raison de sa densité anarchique.

Plus de la moitié de la forêt laissée à l’abandon

« Les forêts vraiment bien gérées, ce sont les forêts domaniales, qui appartiennent à l’Etat. Ce sont les anciennes forêts des rois de France qui y organisaient des chasses à courre ! Mais elles ne représentent que 10 % de la forêt française », précise Jean-François Dhôte, chercheur à l’INRA, qui regrette que seulement 30 à 40 % des forêts françaises soient exploitées.

Les forêts privées, soit 75 % de la sylviculture, sont gérées de façon assez aléatoire, voire pas du tout, le solde (15 %) relevant de la responsabilité des municipalités, qui s’occupent plus ou moins de leurs arbres.

Or, contrairement à l’idée assez romantique de la forêt primaire idéale qu’il faudrait laisser en l’état, les spécialistes s’inquiètent de ces 60 % d’arbres laissés à l’abandon. Le moindre champignon, insecte dévastateur, ouragan, incendie ou autre changement de température risque en quelques années de détruire ce puits de carbone, pourtant indispensable.

La France s’est fixé comme objectif la neutralité carbone en 2050. Si la forêt défaille, l’objectif passera d’ambitieux à irréalisable. Pour arriver à des émissions nettes nulles, la forêt et l’agriculture représentent les seuls secteurs à même de capter le carbone résiduel. L’urgence est donc d’optimiser leur capacité d’absorption.

Cette urgence climatique a paradoxalement permis de vaincre un tabou sur l’exploitation de la forêt en France : la filière bois-forêt a fait l’objet d’un effort de promotion et de réglementation, qui s’est traduit par un décret en 2016. Et le ministère de la transition écologique travaille sur une stratégie largement plus ambitieuse, qui incite à une meilleure exploitation du bois.

Un arbre sur 3 finit en bûche

« En France, ça n’a pas de sens  d’importer du bois ! » confirme Cyril Brulez, chargé de recherche territoire et climat chez I4CE. La filière ne parvient pas pour l’heure à récolter la totalité de l’accroissement annuel, loin s’en faut. Comme les autres spécialistes de la forêt, Cyril Brulez rappelle que l’exploitation du bois est légitime si la forêt est exploitée selon les principes de gestion durables, définis lors de la conférence d’Helsinki, à savoir que le bilan carbone de la forêt est constant : tout arbre coupé est replanté. Si un arbre sur trois finit en bûches ou en pellets en France, le CO2 qu’il émet en brûlant s’équilibre par celui qui est capté par les arbres en cours de croissance.

«Il faut privilégier l’usage du bois en cascade : pour chaque arbre, il faut trouver le bon usage. Un arbre de qualité, qui peut servir à faire du bois d’œuvre, ne devrait pas servir à alimenter la production de bois énergie, ou seulement ses petites branches », précise Cyril Brulez, qui travaille sur les stratégies pour améliorer le bilan carbone de la filière forêt-bois. Augmenter les performances du bois énergie et ainsi leur pouvoir de substitution, avec des chaufferies optimisées, et en veillant à ne brûler que du bois très sec peut améliorer le bilan carbone général.

Le bois-énergie présente une durée de vie très courte, le bois utilisé dans l’industrie pour des palettes ou du papier entre 5 et 7 ans, et le bois pour la construction et les meubles a une durée de vie moyenne de 40 ans.

Valoriser le CO2 pour motiver les propriétaires

D’où l’intérêt de substituer les matériaux : les bois denses, qui séquestrent plus de carbone par mètre cubes, doivent être utilisés pour la construction parce que c’est là que le carbone sera stocké le plus longtemps. Et « en amont de la filière, il faut optimiser la gestion de la forêt avec des coupes adaptées et des essences parfois différentes », assure Cyril Brulez.

Des expériences sont d’ailleurs menées actuellement pour évaluer précisément le carbone évité par des stratégies de coupes, qui permettent de transformer des forêts . De « taillis », où le manque de lumière du à la densité ralentit parfois la pousse des arbres, des forêts sont transformées en « futaies », où poussent moins d’arbres, mais plus vite, et qui termineront plus grands.

En Lozère, à Margeride, un programme de reboisement nécessité par la destruction d’arbres par des neiges lourdes est en cours, co-financé par le Feder et la Poste, avec le concours d’I4CE. Le CO2 supplémentaire qui sera capté grâce au projet va être mesuré, puis vendu sur le marché volontaire. Et c’est ce type d’incitation financière qui pourrait faire évoluer la situation de la forêt. A 5 euros la tonne, le marché volontaire présente un prix modeste, mais pas négligeable, et certains projets ont des primes en raison des co-bénéfices qu’ils génèrent (sur l’emploi, l’environnement, la biodiversité) .

Du côté des ONG, la question de la spéculation sur les terrains qui pourraient s’ensuivre fait l’objet de toute l’attention du CCFD par exemple, qui s’inquiète d’un regain d’intérêt trop poussé pour les forêts.«Il faut faire attention à ne pas légitimer l’action des pollueurs. Et à ne pas encourager les émissions d’autres gaz à effet de serre : l’agriculture émet surtout du méthane et du protoxyde d’azote, qui ont une durée de vie dans l’atmosphère différente du CO2. Donc il n’y a pas de compensation par la forêt, si on capte du C02 le méthane reste », prévient Anne-Laure Sablé au CCFD. La spécialiste travaille notamment sur l’initiative de la France appelée « 4 pour 1000 », qui veut optimiser la captation du carbone par les sols y compris forestiers. « Si l’on se penche sur cette question en particulier, on s’aperçoit que le sol forestier qui capte le plus de CO2 sera celui d’une forêt restée en forêt depuis longtemps » prévient-elle.

L’initiative ‘4 pour 1000’ veut réconcilier climat et agriculture

La France soutient d’arrache-pied ce concept d’agro-écologie qui veut réintégrer le CO2 dans les sols. Une idées soutenue par les grands pays agricoles de l’UE.

Bois énergie et gratte-ciel, des usages complémentaires ?

En revanche, l’opportunité de recourir au bois énergie fait moins débat en France qu’ailleurs. Par crainte de voir des forêts ratiboisées et non replantées, ce qui a déjà été constaté notamment dans les pays de l’Est, certaines ONG s’opposent frontalement au fait de brûler du bois. Chez FERN, le recours au bois énergie largement plébiscité par le Parlement européen mi-janvier lors de la révision de la directive sur les énergies renouvelables, est  jugé « absurde », alors que pour le WWF, « le bois, c’est du charbon jeune ».

Des positions en perte de vitesse si l’on en croit la filière de construction bas carbone en voie de développement en France, qui fait la part belle au bois, y compris pour des immeubles de type gratte-ciel. Une option imbattable pour limiter les émissions de CO2 du secteur de la construction : une quinzaine d’immeubles de haute taille sont actuellement en construction sur le territoire français (cf photo).

*un mètre cube de bois = une tonne de carbone = 3,66 tonnes de CO2

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Naomi Klein : « Trump est une nouvelle sorte de politicien : il est la fusion de l’homme et de la grande entreprise »

Politique

Naomi Klein : « Trump est une nouvelle sorte de politicien : il est la fusion de l’homme et de la grande entreprise »

Pour la journaliste canadienne Naomi Klein, l’élection de Donald Trump n’est pas un accident de l’histoire. Dans son nouveau livre, Dire non ne suffit plus (Actes Sud), elle analyse les processus délétères qui ont abouti à l’élection d’un homme dont la vision du monde est fondée sur la domination et l’impunité. « Le risque serait de considérer qu’il suffit de se débarrasser de ce monstre pour que tout s’arrange » alerte t-elle, dans un contexte où la montée des politiques autoritaires et xénophobes est un phénomène mondial. Comment agir pour sortir des crises multiples qui nous assaillent ? Entretien.

En quoi les politiques de Donald Trump sont-elles à la fois nouvelles et la poursuite des pires tendances de ces dernières décennies ?

Naomi Klein : Il est dangereux d’analyser l’élection de Trump comme une rupture. Trump est bien une nouvelle sorte de politicien : il est la fusion de l’homme et de la grande entreprise. Il a besoin d’apposer sa marque dans tous les espaces disponibles et a réussi à faire de son nom le symbole de la réussite matérielle, le héros par excellence de la success story capitaliste. Mais au final, Trump est entièrement le produit de la culture nord-américaine, l’étape ultime d’un processus engagé depuis longtemps. Aussi excessif soit-il, il est moins une aberration qu’une conséquence logique, la créature d’un système de pensée puissant qui se sert de la race pour mettre en œuvre des politiques économiques impitoyables.

Quel est ce système dont il est l’incarnation ?

Sa vision du monde est fondée sur la domination, l’extraction, le fait de prendre à la terre et aux gens comme s’il n’y avait aucune limite ni conséquence. La marque Trump est l’impunité totale : l’idée qu’il suffit d’être riche pour faire tout ce qu’on veut, que la richesse permet d’acheter ce rêve de liberté absolue. Beaucoup de gens qui entourent Trump partagent son instinct de prédation. Son entourage immédiat compte ainsi cinq anciens cadres de Goldman Sachs qui ont provoqué la crise financière de 2008 et en ont profité ensuite au détriment des gens.

Le risque serait de considérer qu’il suffit de se débarrasser de cette créature pour que tout s’arrange, alors même que les conditions politiques qui l’ont produit et produisent d’autres Trump dans le monde entier restent à combattre. La montée des leaders d’extrême droite, des politiques autoritaires et xénophobes, est un phénomène mondial qui se manifeste dans tous les pays : Trump est la version américaine, mais vous avez Marine Le Pen en France, il y a Narendra Modi en Inde [Premier ministre indien, membre du parti nationaliste hindou BJP, ndlr]… Avec ce livre, j’essaie de replacer Trump dans un contexte qui échappe à la narration du choc [1]. Car, lorsque les gens sont encore sous le choc, ils sont très vulnérables et on ne peut plus alors attendre de la population qu’elle agisse au meilleur de ses intérêts.

Comment expliquez-vous l’obsession de Trump pour la construction d’un mur à la frontière avec le Mexique ?

Trump a besoin d’un ennemi. Toutes ses politiques reposent sur ce schéma. Avec lui il y a toujours d’un côté les gagnants et de l’autre les perdants. On ne peut pas comprendre la construction du modèle capitaliste américain sans rappeler le rôle absolument central des suprémacistes blancs et de la haine envers les populations noires. En Amérique du Nord, l’économie capitaliste moderne a été subventionnée par deux hold up majeurs, à savoir le vol de la terre aux autochtones et le vol du peuple africain à sa terre. Tout cela s’est appuyé sur des théories suprémacistes où l’homme blanc occupe la première place. Ce sont le coton et la canne à sucre récoltés par des Africains réduits en esclavage qui ont servi de carburant au démarrage de la révolution industrielle. Le capitalisme américain est un capitalisme racial. Cette aptitude à ignorer le peuple et les populations à la peau foncée pour justifier le vol de leur terre, de leur travail et de leur liberté est fondatrice des États-Unis.

Qu’entendez-vous par l’idée que nous avons chacun en nous une part de Trump ?

L’ascension de Trump nous met au défi sur le plan personnel. La crise démocratique doit nous pousser à nous interroger et à essayer de tuer notre Trump intérieur. C’est en quelque sorte faire notre propre auto-analyse en voyant ce qui est un peu “trumpien” : l’addiction aux médias sociaux, le fait de vivre comme une marque commerciale parmi d’autres marques, d’envisager ses collègues comme des produits concurrents qui menacent ses parts de marchés [2], attendre qu’un multi-milliardaire vole au secours de la planète au lieu de construire à partir de ce que l’on sait faire, de la base… Qu’on le veuille ou non, la consommation nous immerge dans les eaux de la télé-réalité, au milieu de personnalités qui sont devenues de simples logos, le tout au nom d’une incessante distraction. Être conscient de cela est un bon point de départ : pour nous unir et résister ensemble, nous devons d’abord être prêts à nous changer nous-mêmes. C’est une condition pour transformer notre monde.

Il n’est pas rare d’entendre dire en Europe, y compris au sein de la gauche, que « Trump a raison quand il veut défendre les salariés américains dans la globalisation économique » et qu’il faut « acheter américain, embaucher américain ». Cela laisse penser que la nouvelle opposition fondamentale ne serait plus gauche-droite mais « ouverture-fermeture », « globalisation-souveraineté ». Qu’en pensez-vous ?

Trump ne va pas renégocier les accords de libre-échange dans l’intérêt des travailleurs. Tout ce qu’il fait est dans l’intérêt des compagnies américaines. Plusieurs syndicats ne se sont pas laissés prendre au bluff de Trump sur les échanges commerciaux et s’organisent en conséquence. Mais ce n’est malheureusement pas le cas de tous les syndicats. Certains, notamment dans le secteur des industries fossiles, ont déclaré leur allégeance au nouveau président au lendemain de son investiture. Négocier de « meilleurs accords » ne signifie pas chez Trump qu’ils soient meilleurs pour les travailleurs syndiqués ou l’environnement. Il entend le mot dans un seul sens : meilleur pour lui même et son empire commercial, meilleur pour les banquiers et les cadres des compagnies pétrolières qui composent son gouvernement.

Il a d’emblée promis des baisses massives d’impôts sur les sociétés et la suppression de 75 % de la réglementation. Quand Trump dit qu’il va « rendre à l’Amérique sa grandeur », traduisez : « faire revivre l’industrie grâce à une main d’œuvre bon marché ». Le salaire des travailleurs des États-Unis pourra bientôt concurrencer celui des travailleurs de pays comme le Mexique… Et quand Trump se rend à l’étranger, c’est essentiellement pour vendre des armes. Oui, cela crée de l’emploi, tout comme le fait de construire des oléoducs ou un mur avec le Mexique. Mais la question est de savoir quel type d’emplois nous voulons.

Comment s’assurer que des batailles pour la relocalisation des emplois ou la défense de systèmes de production locaux ne soient pas récupérées par des politiques nationalistes et de droite extrême ?

Il existe une approche progressiste, internationaliste, qui consiste à affronter les inégalités provoquées par le libre-échange et les multinationales. Si des gens comme Trump peuvent utiliser la colère des citoyens face à l’appauvrissement de leurs conditions de vie et brandir une xénophobie particulièrement toxique, c’est parce qu’il y a un vide en face de cela. Les progressistes ont abandonné ce champ de bataille politique à la droite. En remettant aujourd’hui ces questions sur le devant de la scène, Trump nous donne l’opportunité de se réapproprier ce débat public.

Face à Trump, nous avons un Emmanuel Macron ou un Justin Trudeau [Premier ministre canadien, ndlr] prétendant incarner un progressisme dans le cadre de ce même modèle néolibéral, celui qui justement crée les conditions pour l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite. Écouter le discours tenu par Macron depuis quelques mois est absolument incroyable : au lieu de prendre le score du Front national comme un avertissement, il voit cela comme l’autorisation d’aller encore plus loin dans une libéralisation qui crée les conditions de cette folie.

Que pensez-vous de la prétention d’Emmanuel Macron et de l’Union européenne de porter le leadership international en matière climatique face à un Trump qui piétine toute vision écologiste ?

C’est l’un des plus grands dangers avec Trump : il est tellement caricatural qu’en comparaison, il en faut très peu pour apparaître comme un super héros. Je pense notamment à Justin Trudeau qui, pour Halloween, a enfilé un déguisement de superman et considère que c’est suffisant… Comment les dirigeants européens peuvent-ils se targuer de porter le leadership en matière climatique, quand les politiques qu’ils mènent nous conduisent à 3 ou 4°C de réchauffement à la fin de ce siècle ?

Plutôt que de dire qu’« il n’y a pas pire que Trump », nous devons exiger davantage des dirigeants et investir les espaces que ces gouvernements ne contrôlent pas. Par exemple, au moment de quitter l’Accord de Paris, Trump a déclaré qu’il avait été élu par les gens de Pittsburgh et non par ceux de Paris. La réaction du maire de Pittsburgh a été immédiate : il a rappelé que la population de sa ville avait davantage voté pour Hillary Clinton et il en a profité pour s’engager à atteindre les 100 % d’énergies renouvelables d’ici à 2035.

Faut-il changer la manière d’agir, de s’exprimer, de s’engager sur la question climatique ?

J’évoque à la fin du livre un exemple de manifeste des causes communes, dans lequel je me suis impliquée au Canada, qui je pense est un bon modèle [3]. Le mouvement pour la justice climatique s’est employé jusque-là à faire entendre les voix des communautés victimes des pollutions industrielles ou affectées par le changement climatique. C’est important mais ce n’est plus suffisant. Nous devons sortir de nos catégories, de nos cases. Nous sommes aujourd’hui confrontés à des crises qui sont multiples, interconnectées, et on ira nulle part si on joue à quelle est la crise la plus importante.

Il nous faut développer une vision de l’avenir qui intègre la complexité des liens entre les différentes crises que nous connaissons. La précarité économique et les attaques contre les droits territoriaux ont pour origine un système de valeurs qui place le profit au-dessus du bien-être des individus et de la planète. Dans les mouvements écologistes, on fait rarement le lien entre les armes qui tuent les noirs de Ferguson et d’Ottawa, la hausse du niveau des mers et les sécheresses qui détruisent les foyers des gens de couleur. Rares sont les rapprochements entre la manière dont les hommes de pouvoir pensent avoir le droit d’abuser du corps des femmes, et l’idée selon laquelle les humains pensent pouvoir faire de même avec la nature. On a beau voir qu’il existe des liens, on reste souvent très compartimentés, chacun dans son silo. Nous avons besoin d’une coalition large autour d’une vision commune partagée pour changer d’échelle et envisager d’autres mondes possibles.

Les mobilisations féministes suite à l’affaire Weinstein sont-elles de nature à ébranler le système de domination multi-facette (race, genre, etc.) que vous mettez en évidence ?

Face aux violences faites aux femmes, nous avons souvent été – comme dans le cas du changement climatique – dans l’adaptation : il revenait aux femmes d’adapter leur comportement. Aujourd’hui il s’agit de traiter les causes de ces violences. Face à un Trump qui se vante d’ « attraper les femmes par la chatte », il y a plusieurs façons de répondre : celle d’un Macron ou d’un Trudeau consiste à se déclarer féministe en étant moins pire que Trump. Il y a une autre réponse possible, différente, portée par ce mouvement global pour les droits des femmes qui doit faire bouger les choses dans les cercles familiaux, amicaux, de travail…

Cela implique de transformer notre monde fondé sur diverses formes de domination. Nous sommes à une intersection où toutes ces urgences se rencontrent. Nous avons fait des progrès mais nous devons être plus ambitieux. Il existe des alliances, notamment entre le mouvement Black Lives Matter et le mouvement des Dreamers [les « rêveurs », surnom des bénéficiaires du Daca, un programme mis en place par Obama pour protéger les jeunes immigrés entrés illégalement aux États-Unis, ndlr], ou bien encore avec le mouvement « Fight for 15 $ » [mouvement pour l’augmentation du salaire minimum à 15$ l’heure aux États-Unis]. Mais il n’y a pas eu de coalitions antiracistes et progressistes suffisamment larges qui soient en mesure de gagner.

Malgré toute l’amitié que j’ai pour Bernie Sanders [figure de l’aile gauche du Parti démocrate], je pense qu’il n’a pas gagné parce qu’il ne porte pas une analyse suffisamment globale sur le lien profond entre les inégalités économiques, de race, le sexisme et sur la façon dont ces inégalités sont liées depuis l’origine du capitalisme. Nous avons exactement le même problème en France : on croit que se rassembler signifie effacer nos différences au lieu de reconnaitre la réalité de ces différences. L’idée que régler la question économique permettra de régler tout le reste persiste. On voit bien que cela ne marche pas.

Dire non à Trump – et au « trumpisme » ailleurs sur la planète – est nécessaire, mais pas suffisant, dîtes-vous. Existe-t-il des lueurs d’espoir ?

Nous assistons à l’émergence de visions radicales au niveau municipal avec des gens venant de l’activisme social qui sont élus maires. C’est le cas dans des grandes villes européennes comme Barcelone avec Ada Colau (lire ici), au Sud des États-Unis où une nouvelle génération de maires afro-américains ont, toute leur vie, lutté pour une démocratie économique, contre les violences policières… C’est un signe d’espoir. Expérimenter d’autres manières de vivre pour voir que c’est possible est décisif. Cet esprit imaginatif, cette capacité d’entrevoir un monde radicalement différent du présent, nous manque souvent terriblement. Après 40 ans passés dans cet univers néolibéral, le plus grand obstacle est la crise de nos propres imaginaires.

Certaines communautés, notamment les peuples indigènes, essaient depuis longtemps de maintenir vivant un mode de vie qui ne se fonde ni sur la propriété de la terre, ni sur la quête incessante du profit. À Standing Rock [communauté de Sioux résistant à un projet d’oléoduc géant dans le Dakota du Nord], ils se sont définis comme des protecteurs de l’eau. Ils combattent pour une vision du monde post énergie fossile, fondée sur les savoirs indigènes avec des énergies 100 % renouvelables et de l’agro-écologie. Ils ont construit une nouvelle forme de résistance, dit non à une menace imminente, mais ont aussi travaillé sans relâche à bâtir l’alternative.

Recueillis par Sophie Chapelle, avec Maxime Combes

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Photo de une : CC Joan Moreno / FlickR

– Naomi Klein, Dire non ne suffit plus, ed. Actes Sud, 306 pages, 21,80 euros.
Pour le commander chez une librairie proche de chez vous, rendez-vous sur La librairie.com.

- Basta !, Mediapart, Attac et 350.org ont organisé une rencontre-débat avec la journaliste canadienne Naomi Klein, le 4 novembre à Paris, à l’occasion de la publication de son nouveau livre. Retrouvez ci-dessous la vidéo de cette discussion publique :

Cinq actrices et acteurs de luttes sociales et écologiques ont également été invités à échanger avec elle. Quels enseignements tirer en France de ce qu’elle nous apprend des États-Unis ?

Greenpeace : ses conflits d’intérêt

Greenpeace : ses conflits d’intérêt

Greenpeace : ses conflits d’intérêt

Par André Posokhow, consultant ♦ L’École de guerre économique (EGE) a été créée en octobre 1997 par le général Jean Pichot-Duclos et Christian Harbulot. Elle propose un troisième cycle spécialisé en « Stratégie d’intelligence économique » pour des étudiants issus de grandes écoles et universités. Elle offre également, à des cadres supérieurs déjà en activité, la possibilité de suivre des formations professionnelles d’un an.

Son savoir-faire et sa position de leader sur le marché de la formation en intelligence économique sont reconnus dans le milieu.

La filière énergétique de la France est en danger et plus particulièrement son système de production d’électricité, ce qui pourrait entraîner la faillite d’EDF et son découpage industriel.

Certaines ONG influentes sont les sous-marins de groupes industriels ou de pays dont les intérêts ne coïncident pas avec ceux de la France et poussent dans le sens de cette dérive dans le cadre d’une guerre économique majeure. C’est particulièrement le cas de Greenpeace, ONG mondialiste de renom, qui a déclaré une guerre médiatique et judiciaire à EDF, pilier de la production et de l’indépendance énergétique de notre pays.

C’est le thème du rapport pénétrant et passionnant de Thibault Kerlirzin, titulaire d’un MBA en stratégie d’intelligence économique de l’École de guerre économique, qui met en relief, entre plusieurs études de cas, celui des conflits d’intérêt de Greenpeace, notamment avec Vestas, numéro un mondial de l’éolien industriel.


1) La guerre déclarée au nucléaire et à EDF

L’un des objectifs fondamentaux de Greenpeace est la lutte contre le nucléaire, aussi bien militaire, souvenons-nous du Rainbow Warrior, que civil, en référence à Tchernobyl et Fukushima.

C’est au premier chef à ce titre que l’ONG s’en prend à EDF devenue l’un des premiers producteurs mondiaux d’électricité nucléaire par décision politique de la France des années 1960 et 1970. Cette décision avait pour objectif de pallier la hausse du coût du pétrole et d’assurer l’indépendance énergétique de notre pays.

On peut, à la lecture du rapport et au-delà des intrusions dans les centrales nucléaires contre EDF et des actions judiciaires, déceler trois axes d’attaque :

– la contestation des chiffres du coût de production du nucléaire avancé par EDF et les autorités françaises afin de démontrer que les ENR sont plus rentables ;

– la dénonciation de « l’impasse financière » d’EDF et de son endettement ;

– le rappel de la dégradation de la note d’EDF par Standard & Poors et Moody’s, agences de notation dont le rapport souligne à quel point elles sont loin d’être fiables et indépendantes. En 2015 un rapport de la SEC a souligné la rigueur à géométrie variable des études de ces agences de notation financière.

Il s’agit bien d’une entreprise de destruction d’EDF et de notre système électrique jugé comme l’un des plus efficaces et les moins polluants de la planète.

2) Le scénario de transition énergétique de Greenpeace

En 2013, Greenpeace a mis au point un « scénario de transition énergétique » qui est le document de référence vers lequel renvoie Greenpeace France. Il n’est pas question de détailler ce scénario mais seulement d’en rappeler les points essentiels.

La voiture électrique. Le rapport de T. Kerlirzin souligne les sévères impacts environnementaux des batteries de ces machines qui contiennent une terre rare : le lithium, dangereusement toxique pour l’homme, dont le recyclage, qui pose autant de problèmes que les déchets nucléaires, n’est pas mentionné par l’ONG.

– Il en va de même des écrans à cristaux liquides. L’étude de Greenpeace s’abstient de préciser que ces écrans sont produits via le trifluorure d’azote qui serait potentiellement 17.200 fois plus négatif pour le réchauffement climatique que le CO2.

– Greenpeace préconise, à juste titre, l’installation de panneaux solaires, énergie cependant intermittente et aléatoire, mais ne fait pas mention des risques environnementaux liés au silicium (« Il faudrait 280 kg de produits chimiques par kg de silicium produit » selon le rapport) et sanitaires.

– Enfin l’éolien industriel est la vache sacrée de Greenpeace depuis de nombreuses années. Le rapport souligne que le manque de rigueur de Greenpeace sur cette question remet en cause le principe de précaution au bénéfice de l’environnement dont cette ONG se réclame, notamment quant aux effets néfastes des éoliennes sur la santé humaine.

Greenpeace passe allégrement sur la problématique de cette source d’énergie : le saccage des paysages, le nombre astronomique de machines nécessaires pour remplacer le nucléaire, le coût de l’éolien qui ne baisse pas et même augmente légèrement, le subventionnement imposé aux consommateurs au travers de la CSPE, l’intermittence de la production, avec un facteur de charge moyen de 23% en l’absence de stockage de l’énergie.

C’est cette dernière raison qui explique que l’éolien augmente les émissions de CO2 et la pollution puisqu’il faut avoir recours à des centrales thermiques de complément.

Si Greenpeace occulte le fait que le charbon (le lignite en Allemagne) et le gaz sont nécessaires aux centrales thermiques qui pallient les éoliennes à l’arrêt, son principal mensonge par omission porte sur la question du néodyme. Il s’agit d’une terre rare présente à raison de plusieurs centaines de kg dans les aimants des éoliennes, extraite dans la province chinoise de Mongolie intérieure qui est pour cette raison une des régions les plus polluées du monde. Son extraction diffuse de la poussière radioactive, des vapeurs d’acide sulfurique et entraîne des déversements de déchets toxiques dans les sols et les nappes phréatiques.

Enfin l’éolien est vecteur de corruption, comme l’a souligné en 2014 le Service central de prévention de la corruption.

Mais pour Greenpeace : motus !

3) Le « double-fond » : Greenpeace et ses partenaires, parties prenantes du business écologique. Les liens avec les groupes de pression énergétiques

Greenpeace a coécrit en 2012 un rapport de 340 pages sur la révolution énergétique avec Global Wind Energy Council (GWEC) qui se présente comme « la voix du secteur de l’énergie éolienne mondiale » et l’European Renewable Energy Council (EREC), qui est une organisation parapluie de l’industrie européenne des énergies renouvelables qui emploie 550.000 personnes et dont les retombées financières se chiffraient en 2012 à 70 milliards€.

Les liens avec le business énergétique

– Greenpeace possède des intérêts économiques dans le business énergétique avec sa structure allemande Greenpeace Energy. Depuis 1999, Greenpeace Energy, profitant de la libéralisation du marché de l’énergie, est un fournisseur d’électricité verte, sous la forme d’une coopérative avec une part « toujours plus grande » d’énergie éolienne.

– Greenpeace Energy a une filiale, Planet Energy GmbH, qui a construit dix parcs éoliens, trois centrales photovoltaïques, et s’implique dans trois parcs éoliens. Planet Energy aurait déjà investi plus de 140 millions d’euros dans les centrales électriques « propres », et planifierait d’autres projets. Greenpeace Energy dispose d’autres filiales : Planet energy Verwaltungsgesellschaft I mbH, Planet energy Verwaltungsgesellschaft II mbH…

– Greenpeace Energy propose également d’installer des stations de recharge pour voiture électrique, en partenariat avec Wallbe, fournisseur de stations de charge à usage privé, semi-public et public. La question de la recharge des voitures électriques est un enjeu stratégique, au vu du développement que connaît ce secteur où le nucléaire représente un acteur et donc un concurrent de poids.

– Greenpeace Energy intervient dans l’hôtellerie en collaborant avec l’association des Bio Hotels qui comprend 90 hôtels (dont cinquante en Allemagne) dans sept pays européens, et ses bâtiments « éco-certifiés ».

– Greenpeace Energy travaille également avec Simon Energy qui est un fournisseur de panneaux solaires photovoltaïques.

Les partenariats de Planet Energy avec des acteurs du business éolien

Greenpeace Energy ne se limite pas à l’Allemagne. La coopérative cherche à étendre son activité et à construire des centrales électriques « propres ». Sa filiale Planet Energy souhaite s’implanter au sein d’autres pays européens dans le domaine de l’éolien ou de la cogénération de centrales alimentées au gaz naturel.

En Allemagne et à l’étranger, Planet Energy travaille avec plusieurs partenaires verts comme Senvion Germany qui est une multinationale de l’éolien présente dans plusieurs pays d’Europe : Pologne, Allemagne, Autriche, Italie, mais aussi Royaume-Uni.

C’est surtout avec Vestas Wind Systems A/S, société danoise qui est l’un des principaux fabricants mondiaux d’éoliennes (Vestas a construit près de 60.000 turbines éoliennes dans le monde et a réalisé un chiffre d’affaires de 10,3 milliards d’euros en 2016) que le groupe Greenpeace a partie liée.

En Allemagne, Greenpeace Energy est opératrice de quatre parcs éoliens construits par Vestas.

Greenpeace a milité pour le redressement de Vestas qui a connu des difficultés économiques de 2009 à 2012. Dans ce contexte le nucléaire et les projets d’EPR au Royaume-Uni constituent une concurrence inquiétante pour les projets éoliens off-shore de Vestas, inquiétude qui peut être corrélée avec les attaques de Greenpeace contre le projet d’Hinkley Point.

Les liens avec Triodos, bailleur de fonds de l’éolien

Depuis 2004, Greenpeace Pays-Bas est un actionnaire de la Triodos Bank. Cette banque, fondée par un mouvement nommé Anthroposophical Society, finance l’économie durable. En 2015 en Espagne, la Fondation Triodos a financé Greenpeace. En France, la Triodos finance plusieurs parcs éoliens comme Lamballe dans les Côtes-d’Armor. En outre, la banque a créé un fonds européen pour les énergies renouvelables.

Conclusion

En définitive, même si l’ONG reste discrète sur la rivalité économique que représente le nucléaire pour le chiffre d’affaires de sa filiale allemande, Greenpeace se trouve en réalité en plein conflit d’intérêts, sa main droite constituant son versant ONG, tandis que sa main gauche agit en acteur purement économique. Comme le dit T. Kerlirzin, nous sommes dans tous les cas très éloignés de l’image de David contre Goliath que se donne Greenpeace.

Ce sont les raisons pour lesquelles l’auteur de l’étude suggère, entre autres recommandations, de retirer à Greenpeace France sa qualité d’association d’intérêt général comme ce fut le cas au Canada et en Nouvelle-Zélande.

André Posokhow
24/12/2017

Correspondance Polémia – 27/12/2017

Crédit photo : Daniele Civello via Flickr (cc)

André Posokhow

André Posokhow

André Posokhow, Sciences Po Paris, officier supérieur de réserve est expert-comptable diplômé. Au plan professionnel, il a animé son propre cabinet de commissariat aux comptes d’une quinzaine de personnes. Consultant chez Polémia, il est spécialiste de l’invasion migratoire, de l’économie et de l’énergie. André Posokhow a livré en 2013 pour Polémia une étude sur le coût de l’immigration pour les finances publiques de la France.

La finance mondiale veut se mettre au vert

La finance mondiale veut se mettre au vert

Les investisseurs se sont réunis à Paris pour promouvoir la finance verte, en amont du sommet climat. Si la dynamique est au rendez-vous, la définition des investissements verts doit encore être affinée.

Depuis 2015 et l’adoption de l’accord de Paris, le monde de la finance a mis les bouchées doubles pour verdir ses investissements.

À la veille du sommet « One Planet Summit » organisé à l’initiative du président français Emmanuel Macron, les acteurs de la finance mondiale se sont réunis pour faire état de l’avancement du verdissement de leurs investissements, lors d’une troisième édition du Climate Finance Day, organisé à Bercy.Le sommet climat français veut faire bouger les lignes de la lutte contre le changement climatique

Changer les règles plutôt que de promettre des millions : deux ans après l’Accord de Paris, le combat contre le changement climatique a changé d’armes. Ses nouvelles cibles sont la finance et le droit.

Dans la pratique, beaucoup a été fait depuis l’Accord de Paris, tant au niveau des investisseurs publics que privés. Ainsi, la France revendique la deuxième place au niveau mondial pour l’émission de green bonds, (obligations verte), derrière la Chine. Mais la généralisation des investissements verts est encore loin d’être suffisante. En effet, sur les 17 000 milliards d’investissements en 2017 dans le monde, les obligations vertes n’ont représenté que 130 milliards, soit 0,1 %.

« La finance au chevet de la planète, devons-nous nous en inquiéter ou nous en réjouir ? » a demandé Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique. « Aujourd’hui, je préfère m’en réjouir. […] Face aux enjeux posés par le réchauffement climatique, le monde de la finance commence à évoluer », a-t-il affirmé en ouverture du Climate Finance Day.

Réorientation des investissements

Selon les estimations de l’initiative New Climate Economy, les besoins en financement d’infrastructures durables sont estimés à 90 000 milliards de dollars d’ici à 2030. Un montant absolument hors de portée des seuls investissements publics, et qui rend nécessaire une réorientation de l’économie mondiale au service du climat.

Mais pour atteindre les objectifs de financement, les investisseurs ne doivent pas seulement avoir un « objectif climat isolé », rappelle Howard Bamsey, le directeur du Fonds vert pour le climat, « mais ils doivent revoir et réorganiser l’ensemble de leur portefeuille en fonction de la question du réchauffement climatique ».

Pour le patron du Fonds vert, la stratégie des acteurs de la finance visant à dédier une partie des investissements aux projets climatiques n’a de sens que si le reste des investissements sont faits en cohérence avec les objectifs de l’Accord de Paris.

« Sur le plan financier, l’accord de Paris a fixé une ambition : rendre les flux de capitaux cohérents avec la transition vers une économie bas carbone et résiliente aux dérèglements climatiques », a également rappelé le ministre de l’Économie, Bruno Lemaire en clôture de la journée.

Les pays riches avaient promis de lever 100 milliards de dollars d’ici 2020 pour financer la lutte contre le réchauffement climatique dans les pays en développement. En septembre 2017, les engagements concrets ne s’élevaient pourtant qu’à 10,3 milliards.

Pour renforcer la cohérence des investissements internationaux avec les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique, l’inclusion du risque financier causé par le climat fait partie des outils stratégiques à mettre en place, a rappelé Bruno Lemaire, rappelant que « l’ouragan Irma a causé plus de 1 milliard d’euros de dommages sur le seul territoire français ».

Pour que le risque climatique soit pris en compte en amont dans les décisions des investisseurs, la Task-force [groupe de travail] sur la transparence climatique dans le secteur financier (la TCFD) propose que le secteur privé prenne en compte ces risques dans ses décisions d’investissement et sa gestion quotidienne.

« Je souhaite que ces conclusions soient désormais appliquées intégralement en France, mais aussi au niveau international et européen », a affirmé Bruno Lemaire. Cette annonce pourrait accélérer la mise en œuvre des principes d’évaluation au niveau mondial, aujourd’hui bloquée par le refus des États-Unis de les valider au niveau du G20.

Le patron de l’Agence française de développement, Rémy Rioux, a pris pour deux ans les rênes d’IDFC, un club de 23 banques de développement représentant 3000 milliards de dollars. Objectif: mettre tous les investissements au service de l’agenda pour le développement durable.

Transparence

Autre outil promu par Bruno Lemaire, le reporting climatique au niveau européen. « Il nous manque une langue commune au niveau européen. Je souhaite donc que des standards de reporting climatiques et d’identification des actifs verts soient développés au niveau européen », a-t-il précisé.

La révision de la directive sur le reporting extra-financier des entreprises « est une opportunité qui doit être saisie », souligne-t-il.

https://www.euractiv.fr/section/climat/news/la-finance-mondiale-veut-se-mettre-au-vert/

La France veut financer une centrale à charbon en Chine

Une scandaleuse initiative de l’AFD : financer une grosse centrale au charbon en Chine…

La France veut aider une centrale à charbon en Chine

Source : Mediapart, Jade Lindgaard, 22-11-2017

Au nom de la transition énergétique, l’Agence française de développement pourrait financer une centrale à charbon dans la province chinoise du Xinjiang, où sévit en outre une répression intense. Ce dossier sensible met à l’épreuve le volontarisme climatique affiché par l’Élysée.

C’était une belle amorce de discours. Lors de la COP23, le sommet sur le climat qui vient de s’achever à Bonn, Emmanuel Macron a décrit l’action pour le climat en combat contre l’injustice : « Le dérèglement climatique ajoute de la pauvreté à la pauvreté, ajoute de l’insécurité à l’insécurité. Il touche en particulier ceux qui sont déjà les plus fragiles. En cela, c’est bien l’un des combats majeurs de notre temps. »

Malgré l’affirmation de ces principes vertueux, la France envisage d’aider une centrale à charbon en Chine, dans une région soumise à un régime militaire particulièrement attentatoire aux libertés individuelles, le Xinjiang.

Mercredi 22 novembre, le Comité des États étrangers, une instance décisionnaire de l’Agence française de développement (AFD), principal organe public d’aide au développement, doit étudier un dossier sensible : un prêt de 41 millions d’euros au ministère chinois des finances, destiné à cofinancer la construction d’un système de cogénération adossé à une centrale à charbon de 660 mégawatts (MW). La cogénération est une technique permettant de récupérer la chaleur émise par la combustion du charbon, et de la réutiliser pour un autre usage. Dans ce cas précis, elle doit servir à chauffer une partie de la ville de Shihezi, au nord du Xinjiang. À hauteur de 40 %, elle doit aussi alimenter une future zone industrielle aujourd’hui en construction. Pour l’AFD, ce projet permettrait d’optimiser l’efficacité énergétique de la centrale à charbon et, donc, contribuerait au développement durable de la localité.

[…]

Officiellement, il est interdit à l’AFD de financer des centrales à charbon, à l’exception de celles incluant un dispositif opérationnel de captage et stockage de CO2 – aucun système n’a fait ses preuves à ce jour. L’approvisionnement du réseau de chauffage collectif de Shihezi est assuré par six centrales au charbon, dont cinq sont gérées par Xinjiang Tianfu Energy, la société que la France envisage d’aider. […]

La répression politique contre les Ouïghours à son plus haut

 

Suite à lire sur : Mediapart, Jade Lindgaard, 22-11-2017

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L’AFD reporte l’étude d’un gros prêt à la Chine

Source : Mediapart, Jade Lindgaard, 24-11-2017

À la suite de multiples protestations d’ONG, l’Agence française de développement a reporté d’un mois la discussion sur un prêt de 41 millions d’euros à la Chine pour aider une centrale à charbon dans la région du Xinjiang, dossier révélé par Mediapart.

L’Agence française de développement a finalement reporté l’étude d’un prêt de 41 millions d’euros à la Chine pour aider une centrale à charbon à construire un système de chauffage urbain dans la région du Xinjiang, a appris Mediapart vendredi. Ce dossier sensible, révélé par Mediapart mercredi, a suscité la colère des ONG écologistes. « À un mois du sommet Finance et climat d’Emmanuel Macron, c’est plus qu’inquiétant, a réagi Nicolas Haeringer, chargé de campagne pour 350.org, qui milite pour le désinvestissement des énergies fossiles. Il est plus que temps de faire entendre une revendication toute simple : pas un euro de plus pour les énergies du passé. »

Rémy Rioux, le directeur général de l’agence, principal organe public d’aide au développement, a reçu plus de 1 500 messages lui demandant de ne pas financer ce projet. Des centaines de comptes Twitter l’ont interpellé pendant toute la journée du 22 novembre.

Initialement prévue à l’ordre du jour du Comité des États étrangers, une instance décisionnaire de l’AFD, le 22 novembre, la discussion sur le projet a été reportée au prochain conseil d’administration, en décembre. Présidé par Laurence Tubiana, la négociatrice en chef de l’Accord de Paris sur le climat, il comprend parmi ses membres des parlementaires et le président de Coordination Sud, une ONG de développement. C’est donc dans un cercle plus ouvert et plus divers dans sa composition que devrait être débattu le projet.

Source : Mediapart, Jade Lindgaard, 24-11-2017

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L’Agence française de développement… des énergies fossiles ?

Source : Le Blog Mediapart, Nicolas Haeringer, 22-11-2017

Comme le révèle Mediapart, l’Agence française de développement s’apprête à accorder 41 millions d’euros à l’opérateur d’une méga-centrale à charbon, dans la province chinoise du Xinjiang. Une manière comme une autre d’enterrer l’objectif de l’Accord de Paris (maintenir le réchauffement climatique au plus près des 1,5°C).

Il y a dix jours, lors de la COP23, j’ai pu rencontrer Rémy Rioux, le directeur de l’Agence française de développement, ainsi que deux de ses collaborateurs, aux côtés de l’ambassadrice chargée des négociations sur le climat, Brigitte Collet.

À ma question sur la place qu’occupe la lutte contre le réchauffement climatique dans les critères que l’AFD utilise pour évaluer la pertinence des projets, la réponse fut relativement claire : l’AFD place le climat au cœur de ses préoccupations, et entend être la première agence de développement “100% compatible avec l’Accord de Paris”.
Être compatible avec l’Accord de Paris signifie – c’est ce qui m’a été dit ce jour-là – être plus ambitieux que les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre pays par pays (puisqu’ils nous positionnent sur la trajectoire d’un réchauffement de +3°C minimum) : il s’agit de s’inscrire dans une démarche de transition à long terme.

Lorsque j’ai posé la question des infrastructures fossiles, la réponse fut là aussi très claire : l’AFD ne “finance plus aucun projet charbon”. Elle considère en revanche le gaz comme une énergie de transition – dans des contextes particuliers toutefois. Ainsi m’a-t-on clairement signifié que jamais l’AFD ne financerait de projet gazier en Chine – mais que dans un pays tel que le Mali, la question pouvait se poser.

10 jours après, Mediapart révèle que l’AFD discute en ce moment même de la possibilité d’accorder un prêt souverain de 41 millions d’euros à la Chine, pour venir appuyer l’opérateur (privé) d’une méga-centrale à charbon dans le Xinjiang.

“100% compatible avec l’Accord de Paris” : “c’est notre nouveau slogan” expliquait alors Rémy Rioux. Et 10 jours après, cet engagement apparaît bel et bien comme un slogan – creux, comme à chaque fois que les slogans ne s’accompagnent d’aucune règle claire.

Rappelons au passage que l’agence chinoise de développement est l’agence de développement la plus riche au monde – appuyer le développement d’un projet charbonnier en Chine est donc très loin d’être une priorité…

À un mois du sommet Finance et climat d’Emmanuel Macron, c’est plus qu’inquiétant – mais guère surprenant.

Il est donc plus que temps de faire entendre une revendication toute simple : pas un euro de plus pour les énergies du passé.

Aujourd’hui, faire entendre cette revendication passe par une action simple elle aussi (à l’origine de laquelle sont 350.org et Oxfam France) : écrire à Rémy Rioux, pour lui dire qu’il est inacceptable que l’Agence française de développement finance des projets charbonniers, gaziers ou pétroliers.

Source : Le Blog Mediapart, Nicolas Haeringer, 22-11-2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

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Ennuyeux. La climatologue Valérie Masson-Delmotte soutient l’Expo universelle et l’étalement urbain à Saclay

Ennuyeux. La climatologue Valérie Masson-Delmotte soutient l’Expo universelle et l’étalement urbain à Saclay

25 novembre 2017 / Lorène Lavocat (Reporterre)

Le gouvernement veut organiser l’Exposition universelle en 2025. Thème « La connaissance à partager, la planète à protéger ». Lieu : le plateau de Saclay (Essonne). Problème : une centaine d’hectares de terres agricoles détruites et la stimulation de l’urbanisation. Pas bon pour le climat. Et pourtant, la climatologue Valérie Masson-Delmotte, membre du GIEC, soutient ce projet.

127 mètres de diamètre, le plus grand globe terrestre jamais réalisé. Inspirée d’une idée du géographe libertaire Élisée Reclus, au début du XXe siècle, cette sphère monumentale constitue « le cœur du village global ». Nous sommes en 2025, sur le plateau de Saclay, aux portes sud de la capitale. L’Exposition universelle invite ses 40 millions de visiteurs à découvrir les innovations de demain. Le thème : « La connaissance à partager, la planète à protéger. »

En ce mois de novembre 2017, le globe n’existe que sur les images de synthèse de l’agence Sensual City Studio. Après le dépôt du dossier de candidature auprès du Bureau international des expositions, le 28 septembre dernier, il faut désormais attendre le vote des 170 pays participants en novembre 2018. Mais déjà, la France aiguise ses arguments. Mère patrie de l’Accord de Paris sur le climat, elle entend faire valoir son atout vert : dix ans après la COP21, « cette Exposition universelle permettra de partager l’ensemble des solutions permettant d’atteindre les objectifs du développement durable et de tenir les engagements pris à Paris ».

« L’esplanade d’accueil » du projet d’Exposition universelle à Saclay.

Une raison de choc portée, qui plus est, par une scientifique de renom : Valérie Masson-Delmotte, vice-présidente du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). La chercheuse, rattachée au Laboratoire des sciences du climat du CEA de Saclay, s’est officiellement déclarée favorable à l’Exposition universelle dans une tribune publiée dans le journal Le Monde.

« Une opportunité de créer un événement autrement »

À Saclay, la pilule verte a du mal à passer. Car ce nouveau projet risque de remuer la pelleteuse dans la plaie des sols fertiles et menacés. Les quelque 2.600 hectares de terres agricoles du plateau ne cessent d’être grignotés par l’urbanisation : la construction d’une « Silicon Valley » à la française], regroupant des dizaines d’établissements de recherche et de l’enseignement supérieur,a déjà englouti près de 250 ha de champs.

Chercheur en pédologie à l’Inra de Grignon, Cyril Girardin se dit ainsi très « perturbé » par cette prise de position de la climatologue : « Comment des scientifiques qui témoignent de la réalité du changement climatique se retrouvent-ils à soutenir des projets démesurés et polluants ? » L’Exposition universelle pourrait bétonner une centaine d’hectares supplémentaires et générer des flux de véhicules très importants (40 millions de visiteurs attendus, dont la moitié d’étrangers). « Le bilan carbone de ce type d’événements n’est jamais bon, estime M. Girardin. Je ne comprends pas que l’on perpétue cette tradition du XIXe siècle, qui n’a plus de sens aujourd’hui au regard des enjeux climatiques. »

Pour le président de la Communauté d’agglomération Paris-Saclay, Michel Bournat, le soutien de la vice-présidente du Giec constitue justement la meilleure garantie de la dimension écologique de l’Expo : « Parmi les porteurs du projet, il y a les plus grands spécialistes du développement durable, comme Valérie Masson-Delmotte. Dire que cette exposition serait nuisible pour l’environnement, c’est lui faire injure », a-t-il affirmé début novembre. Autrement dit, si l’Expo n’était pas écolo, cette écolo convaincue et reconnue ne la défendrait pas. CQFD.

« Les jardins en lisière et les guinguettes » du projet d’Exposition universelle à Saclay.

Jointe par Reporterre, l’intéressée a tenu à justifier son point de vue, tout en refusant de « servir de caution environnementale » : « On peut voir ces Expositions universelles comme des mauvaises idées du siècle précédent, concède-t-elle. Je préfère les voir comme une opportunité de créer un événement autrement, comme un catalyseur de recherches et d’innovations sociales et environnementales. »

À l’image du Train pour le climat, mis en place en amont de la COP21, elle espère que « cet événement exposera les visiteurs à des rencontres et à des échanges inédits et permettra de décloisonner et de renforcer les échanges entre les scientifiques et la société ».

« Une logique du toujours plus qui nous mène droit dans le mur ! »

Quid de la destruction de terres agricoles ? « L’urbanisation du plateau de Saclay a déjà largement eu lieu, observe-telle. Mais la loi protège la majorité de ces terres, et garantit la vocation agricole du plateau, ce qui est inédit en France. » Un décret de décembre 2013 a en effet créé une zone de protection naturelle, agricole et forestière (ZPNAF) qui protège de l’artificialisation plus de 2.400 ha.

Tout est donc beau sur le plateau ? « Non, Paris-Saclay n’est pas forcément un modèle à suivre, reconnaît-elle, citant pêle-mêle les embouteillages récurrents, le manque d’infrastructures de santé et de logements, les pics d’ozone. Mais si cette Exposition universelle peut accélérer le développement de transports doux et de circuits courts, et servir à créer de nouveaux hébergements pour les étudiants (les bâtiments construits pourraient ensuite être réutilisés comme habitations), ce sera un bienfait pour le territoire ! » Autrement dit, s’il est pensé de manière « concertée et intelligente », l’événement pourrait être une réussite environnementale.

Dans une tribune publiée sur Reporterre, Marc Jachym voit au contraire dans cette Exposition « un moyen pour tenter de relancer la machine du “cluster” Paris-Saclay en déroute, et d’imposer la ligne 18 du Grand Paris, futur et puissant vecteur d’urbanisation supplémentaire ». Même son de cloche chez Claudine Parayre, du collectif Urgence Saclay : « La question n’est pas de savoir si cette Expo sera durable et verte : elle s’inscrit dans une logique du toujours plus qui nous mène droit dans le mur ! »

Pour Cyril Girardin, pas question de tergiverser : les terres de Saclay constituent un « patrimoine commun exceptionnel » qu’il s’agit de préserver. « Ces sols sont constitués d’un limon éolien extrêmement fertile, qui a mis plusieurs dizaines de milliers d’années à se fabriquer, insiste-t-il. C’est encore plus précieux qu’une forêt primaire, mais pourtant, on ne les protège pas aussi bien. »

Et de rappeler que, pour défendre la planète, le mieux est de commencer par conserver les sols. « Ce sont d’immenses réservoirs de matière organique, et donc de carbone, ils en contiennent trois fois plus que ce qu’il y a dans l’atmosphère, explique-t-il. En préservant les terres et en développant de nouvelles pratiques culturales, on pourrait compenser une grande partie des émissions de carbone. »

« Une grande partie des réponses aux défis contemporains vient d’ici »

Mais ces pratiques agronomiques innovantes ne viendront-elles pas de la recherche qui se concentrera bientôt à Saclay ? C’est ce qu’a défendu Emmanuel Macron lors de sa visite sur le plateau, le 25 octobre dernier : « Une grande partie des réponses aux défis contemporains vient d’ici », a-t-il déclaré. Onze mille enseignants-chercheurs, 76.000 étudiants, 400 brevets par an… à terme, ce « cluster » pourrait représenter entre 15 % et 20 % du potentiel de recherche français.

Un « cœur d’îlot » du projet d’Exposition universelle à Saclay.

Alarmés par l’urgence écologique qu’ils constatent dans leurs travaux, les scientifiques oscillent entre leur volonté de « profiter de tout espace » médiatique ou événementiel pour diffuser leur message, et la nécessaire neutralité vis-à-vis des décisions politiques, dans lesquelles « ils ne s’impliquent pas », comme l’explique Mme Masson-Delmotte. Une position inconfortable que Jean Jouzel a lui aussi expérimentée, lors de sa participation contestée au lancement du plan climat-air-énergie territorial (PCAET) de l’agglomération Paris-Saclay, le 9 novembre dernier.

À l’instar de sa collègue du CEA, le climatologue défend lui aussi l’implication de la communauté scientifique, tout en admettant ne pas toujours s’intéresser au contenu politique des événements auxquels il prend part. À Saclay, le chercheur est ainsi intervenu pour « témoigner de la réalité du changement climatique ». Même s’il n’a pas lu ce PCAET ? « Je comprends qu’on puisse voir mon intervention comme un accord tacite aux projets de l’agglo Paris-Saclay, mais que puis-je y faire ? Mon rôle comme scientifique est de porter des messages, pas de gouverner. On me reprocherait de ne pas intervenir quand cela est possible. »


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Lire aussi : Près de Paris, les terres exceptionnelles du plateau de Saclay menacées par le béton


Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : © Jacques Ferrier Architecture – Manuelle Gautrand Architecture
. chapô : La « sphère d’Élisée Reclus ».
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COP23, Macron livre un discours offensif pour le climat

21.11.2017

COP23, Macron livre un discours offensif pour le climat

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Par Boris Le Ngoc, SFEN

Leadership climatique, pragmatisme et volontarisme, le président Macron a mis en avant ses priorités pour le climat à la COP23 et plaidé pour l’« abandon des fétiches irréalistes ».

S’appuyant sur le manifeste des 15 000 scientifiques sur l’urgence climatique et environnementale, le président de la République Emmanuel Macron a averti que « Le seuil de l’irréversible a été franchi. Les évènements climatiques s’intensifient et se multiplient. La France l’a vécu aux Antilles il y a quelques semaines, sur l’île de Saint-Martin. »

 

Quatre priorité

La France, a expliqué Emmanuel Macron, a quatre priorités en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

La première, c’est celle des « interconnexions » en Europe. En septembre dernier, lors de son allocution à la Sorbonne, le chef de l’Etat avait plaidé pour le développement des interconnexions : « Parce qu’à certaines saisons, là où le renouvelable se produit en masse, nous devons en faire bénéficier toute l’Europe. À d’autres moments, là où l’énergie nucléaire est indispensable, peu carbonée, pas carbonée et à bas coût, nous devons aussi la mutualiser. Nous aurons un marché européen de l’énergie qui fonctionne mieux si nous développons enfin de manière accélérée ces interconnexions. » Grâce à une production massive et programmable ainsi que de part sa position géographique stratégique, la France participe activement à la stabilisation de la plaque électrique d’Europe de l’Ouest. Ce rôle est appelé à grandir dans les années à venir avec l’essor des énergies renouvelables intermittentes.

Deuxième priorité, « avoir un prix plancher du CO2 en Europe, (…). Un vrai prix à 30 euros la tonne. » L’exemple britannique a en effet montré qu’une telle mesure permet de fermer très rapidement les centrales de production les plus polluantes, en particulier au charbon, et de rémunérer les plus vertueuses, nucléaire et renouvelables en tête, pour favoriser leur essor.

Avec la troisième priorité, visant à « l’intégration des objectifs environnementaux dans notre politique commerciale », ces axes prioritaires nécessiteront un accord au niveau européen dans lequel le président semble prêt à s’engager. Enfin, la dernière priorité vise à « travailler sur l’accélération de la montée des énergies renouvelables. » 

Prétendre que nous devrions accélérer les fermetures de centrales nucléaires sans avoir répondu préalablement à cela, c’est nous condamner dans les prochaines années à rouvrir des centrales à charbon

Les « fétiches irréalistes »

Le Président est revenu sur l’annonce le 8 novembre par Nicolas Hulot concernant le repport de la réduction de la part du nucléaire : « que personne ne se trompe ici, prétendre que nous devrions accélérer les fermetures de centrales nucléaires sans avoir répondu préalablement à cela, c’est nous condamner dans les prochaines années à rouvrir des centrales à charbon ou des centrales thermiques. Et donc faire l’inverse de ce que nous sommes en train de nous engager à faire. »

Emmanuel Macron a surtout fustigé, sans les nommer, les « fétiches irréalistes » : « Le plan climat qui a été présenté par le ministre est un plan courageux. Aucun recul sur notre engagement sur le climat n’a été fait, au contraire ; des décisions responsables ont été prises qui ont abandonné les fétiches irréalistes mais ont pris avant tout un agenda de décisions crédibles, volontaristes qui supposera l’engagement de tous. »

Enfin, à la tribune de l’UNFCC, le Président de la République a rappelé qu’il concentrerait son action sur l’avènemnt d’une société post-carbone : « Nous nous sommes engagés clairement pour une sortie de la production des énergies fossiles et une vraie transformation de notre modèle de production. Ainsi la France a-t-elle décidé la fermeture de toutes les centrales à charbon d’ici la fin de l’année 2021, l’absence de toute construction de nouvelles centrales thermiques, et surtout à travers un projet de loi hydrocarbure voté à l’Assemblée nationale et qui sera parachevé dans les prochaines semaines, l’interdiction de tout nouveau permis d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures dans notre pays. C’est la première fois qu’un pays développé décide pour son propre territoire d’une telle politique ; nous l’assumons parce que c’est celle qui est indispensable pour être au rendez-vous du climat et de la transition que nous avons actée.»

 

http://www.sfen.org/fr/rgn/cop23-macron-livre-un-discours-offensif-pour-le-climat

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