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Affaire Khashoggi : EDF et Siemens désertent le « Davos saoudien », mais Total y sera

Affaire Khashoggi : EDF et Siemens désertent le « Davos saoudien », mais Total y sera

Par latribune.fr  |   |  955  mots
Patrick Pouyanné, le Pdg de Total, en janvier dernier, au Forum économique mondial (WEF, World Economic Forum) de Davos, en Suisse.
Patrick Pouyanné, le Pdg de Total, en janvier dernier, au Forum économique mondial (WEF, World Economic Forum) de Davos, en Suisse. (Crédits : Reuters)
Le Forum économique mondial élaboré par l’Arabie saoudite pour mettre en valeur ses futures orientations économiques a vu la liste de ses participants se réduire au fur et à mesure des révélations macabres dans l’affaire Khashoggi.

Après les très nombreuses défections annoncées ces derniers jours, parmi les participants au « Future Investment Initiative » le forum économique mondial organisé par l’Arabie saoudite à Ryad du 23 au 25 octobre censé servir de vitrine à ses futures réformes économiques, on attendait de connaître la position d’éminentes personnalités comme le Pdg d’EDF, le patron de Siemens, ainsi que celui de Total. Les réponses à ces trois questions en suspens sont tombées inextremis, juste avant l’ouverture ce matin de cet événement.

Renoncement du Pdg de l’électricien détenu à 84% par l’Etat français

Ainsi, le Pdg D’EDF a renoncé à son tour à se rendre au forum économique organisé cette semaine à Ryad, a indiqué lundi le groupe, alors que cet événement est déserté par des responsables occidentaux après le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi. Jean-Bernard Lévy ne se rendra pas à ce forum organisé du 23 au 25 octobre, a indiqué une porte-parole de l’électricien. Il a en effet prévu d’être présent à l’Elysée mercredi pour la réunion avec les acteurs de l’énergie organisée par le président Emmanuel Macron, a-t-elle expliqué.

EDF est détenu à près de 84% par l’Etat français. Le groupe français a été pré-qualifié pour la construction d’un parc éolien en Arabie saoudite et espère pouvoir y exporter son réacteur nucléaire EPR.

La Future Investment Initiative (FII) en Arabie saoudite, surnommée « Davos du désert », est mise à mal par la crise suscitée par la mort du journaliste Jamal Khashoggi, qui a poussé responsables occidentaux et dirigeants de firmes internationales à boycotter ce forum cher au prince héritier Mohammed ben Salmane.

Des défections multiples et emblématiques

Parmi les défections emblématiques des jours précédents : le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, la patronne du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde et le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire ont déjà annoncé qu’ils ne feraient pas le voyage à Ryad. On notera aussi celles des dirigeants des groupes bancaires BNP Paribas, Société Générale, HSBC, JPMOrgan Chase ou Credit Suisse, des industriels comme Ford, ou encore des sociétés de haute technologie comme Uber ou Google.

Lire aussi : Affaire Khashoggi : le boycott du « Davos saoudien » s’emballe

Airbus et Deutsche Bank absent eux aussi

La semaine dernière, Ulrich Spiesshofer, patron du grand concurrent de Siemens, le suisse ABB, a déclaré qu’il n’irait pas en Arabie saoudite. Airbus et Deutsche Bank ont également décidé de pratiquer la politique de la chaise vide.

L’Allemagne, qui a suspendu ses ventes d’armes à l’Arabie saoudite, a appelé lundi ses partenaires européens à faire de même. La France a botté en touche.

Pression maximale sur Siemens qui renonce aussi

Le président du directoire de Siemens, Joe Kaeser, a annoncé lundi qu’il ne participerait pas à la conférence sur les investissements dite « Davos du désert » en Arabie saoudite à la suite du décès du journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi.

Dimanche, plusieurs voix s’étaient élevées pour lui demander de renoncer et à emboîter le pas à d’autres grandes entreprises.

Après deux semaines de dénégations, Ryad a reconnu samedi la mort du journaliste, qui vivait depuis un an aux Etats-Unis et publiait régulièrement dans le Washington Post des tribunes critiques sur l’action du prince héritier Mohamed ben Salman. Dimanche, le ministre saoudien des Affaires étrangères a parlé de « terrible erreur » à la télévision américaine.

« Siemens est un partenaire fiable et engagé du royaume et de sa VISION 2030. Mais pour le moment, la vérité doit être découverte et la justice appliquée », a déclaré Joe Kaeser, dans un communiqué.

« Le temps nous dira comment les choses évolueront. Et j’espère qu’il y aura clarté, transparence et justice le plus tôt possible », a-t-il déclaré.

Total s’oppose à « la politique de la chaise vide »

Le PDG du géant pétrolier Total Patrick Pouyanné ira comme prévu au forum économique de Ryad, jugeant que la « politique de la chaise vide » ne fait pas avancer les droits de l’homme, et « par fidélité » envers ses engagements avec son partenaire Aramco.

« Je suis intimement persuadé que la politique de la ‘chaise vide’ ne fait pas avancer les choses, notamment quand il s’agit du respect des droits de l’homme », dit-il dans une déclaration mise en ligne sur le site du groupe, dans le contexte de l’affaire Khashoggi.

« Les politiques de boycott et de retrait de l’investissement ne font que pénaliser les populations », poursuit-il, rappelant que le groupe « n’a jamais été favorable aux mesures de sanctions et d’isolement, par exemple contre la Russie, l’Iran ou le Qatar ».

Total « a toujours considéré préférable de maintenir avec ses pays partenaires un dialogue franc et exigeant, dans lequel nous rappelons nos valeurs », assure son PDG.

« J’ai été invité à ces travaux par Khaled al-Faleh le ministre saoudien de l’Énergie, un homme de qualité, pour parler d’énergie », fait aussi valoir M. Pouyanné.

Partenaire « depuis 40 ans » de la société Saudi Aramco, et alors que Total et Aramco ont « récemment annoncé un projet conjoint d’investissement majeur » dans le secteur pétrochimique, le PDG du groupe pétrolier déclare qu’il se rendra au forum « par fidélité pour les engagements pris, par respect pour les dirigeants de cette entreprise que j’estime, par respect pour notre longue histoire commune ».

M. Pouyanné « comprend et partage l’émotion suscitée par le drame de la disparition de M. Khashoggi sur laquelle toute la lumière devra être faite », dit-il par ailleurs.

(Avec AFP et Reuyters)

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La présence d’une banque centrale est-elle compatible avec la souveraineté étatique ?

La présence d’une banque centrale est-elle compatible avec la souveraineté étatique ?


valerie_bugault

Par Valérie Bugault − Octobre 2018

Je remercie les organisateurs de ce colloque de m’avoir invitée à discourir sur la question des banques centrales. Bien qu’étant éminemment de nature géopolitique, la question des banques centrales est un sujet trop peu souvent abordé eu égard à ses enjeux ; car cette question est à l’origine d’un nombre considérable de désordres politiques, économiques, sociaux et militaires.

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Banque centrale de Russie
Note du Saker Francophone

Ce discours a été prononcé lors d'un colloque intitulé « Réémergence de la Russie au XXIe siècle » organisé au Centre culturel Russe de Paris, le 15 octobre 2018 par l’Académie de Géopolitique de Paris.

Analyse du concept de « banque centrale »

Caroll Quigley a justement présenté les choses de la façon suivante : « Les puissances du capitalisme financier (1850-1932) avaient un plan de grande envergure, rien de moins que de créer un système mondial de contrôle financier dans les mains du secteur privé capable de dominer le système politique de chaque pays et l’économie mondiale d’un seul tenant. » ( tiré du livre Tragedy and hope).

Je voudrais préciser que Caroll Quigley, titulaire d’un doctorat d’histoire à l’université d’Harvard, était professeur à l’université de Georgetown, membre de la Walsch School of Foreign Service, ainsi que consultant au département de la Défense des USA, à la Smithsonian institution et au très sélect Commitee on Astronomics and Space Exploration. Il avait été le professeur de l’ancien Président Clinton.

La banque est à l’origine de la création des « banques centrales » qui ont pour fonction de centraliser la gestion des monnaies

Nous verrons qu’à l’origine de la création du concept de « banque centrale », se trouve une coalition de banquiers privés qui ont suggéré, plus ou moins ouvertement et loyalement, cette « innovation technique » aux différents pouvoirs politiques en place.

Techniquement, une banque est une « entreprise privée » qui prend différentes formes juridiques en fonction de l’État dans lequel elle est implantée. Les grandes banques à implantation internationale sont économiquement contrôlées par des personnes physiques dont le grand public ignore, la plupart du temps, le nom.

Au fil du temps, le système bancaire s’est intégré à différents niveaux.

D’une part, il s’est internationalisé et concentré, chaque grande banque d’affaires opérant par le biais des marchés ou de missions ou étant directement implantées sur le territoire de différents États (HSBC, UBS, Groupe privé de gestion d’actifs Edmond de Rothschild, banque d’affaires Rothschild & Co, BNP Paribas présent sur tous les continents, J-P. Morgan, Deutsche Bank présente ans plus de 75 pays, Goldman Sachs etc.).

D’autre part, il s’est consolidé par zone géographique au moyen des banques centrales.

La banque est une entreprise privée de nature internationale

La banque est une organisation détenue par des personnes privées qui restent, le plus souvent, anonymes. Dire que la banque est une entreprise privée signifie que la banque a pour mission de mettre en œuvre les intérêts privés de ses propriétaires. De façon structurelle, la banque, en tant qu’entreprise privée, n’a jamais eu pour mission de remplir une fonction, de nature politique, concernant l’intérêt commun. Les choses doivent être, à cet égard, parfaitement claires.

Aujourd’hui, les banques sont organisées en groupes d’entreprises, bancaires et financières, qui forment un nuage capitalistique ; les plus importantes d’entre elles sont implantées ou travaillent dans la plupart des pays du monde.

L’organisation des multinationales sous forme de groupes, autrement dit de constellations capitalistiques, est un moyen essentiel, « capital », pour rendre anonymes les véritables détenteurs de capitaux de ces entités tentaculaires. Il est parfois très difficile, même pour des services d’État, de remonter aux associés décisionnaires des groupes d’entreprises en raison du nombre de sociétés, de leur imbrication dans de multiples États et de la multiplicité des formes sociales juridiquement disponibles. Il faut évidemment ajouter à cela que certains États, sous la coupe du droit anglo-saxon, organisent eux-mêmes l’anonymat des détenteurs de capitaux de certaines structures juridiques utilisées à des fins professionnelles, tels les trusts anonymes.

La pratique des groupes d’entreprises permet aux détenteurs actifs des capitaux de prendre, au niveau mondial, un poids économique et politique de plus en plus important tout en restant dans l’ombre, c’est-à-dire à l’abri de toute responsabilité politique.

S’agissant du poids respectif des banques par rapport à celui des États, nous pourrions citer l’exemple de BNP-Paribas dont le bilan officiel (non compris le « hors bilan ») s’élève, pour 2017, à 1960 milliards d’euros, à comparer avec le PIB de la France pour la même période qui s’élève à 2163 milliards d’euros.
Néanmoins, les chiffres officiels présentés par les banques concernant leurs revenus d’exploitation ne sont pas significatifs car ils font l’objet de trop nombreuses manipulations liées à l’existence d’une opacité juridique et comptable internationale d’ordre systémique :

  • La présence de trop nombreuses filiales dans les paradis fiscaux qui ne font pas apparaître les donneurs d’ordre (sur le modèle des trusts anonymes) ;
  • L’organisation en groupes d’entreprises permettant, via le commerce intra-groupe, l’optimisation fiscale ;
  • Les manipulations consistant à faire passer une partie des actifs en « hors bilan » ; ainsi que,
  • La quasi-liberté d’évaluation comptable des actifs (le « fair value », autrement dit « juste prix ») imposée par la comptabilité IFRS qui sévit au niveau international,

ont pour conséquence que les résultats financiers de ces groupes présentés au public n’ont aucune  valeur réelle et ne permettent pas de se faire une idée correcte de la véritable puissance capitalistique des conglomérats bancaires.

En outre, il faut garder à l’esprit que le rapport de force entre les banques et les États ne se situent pas seulement au niveau capitalistique, il passe également par :

  • la participation de certaines banques, par le biais de leur donneur d’ordre effectif, à la détermination des normes comptables (IFRS) et bancaires internationales,
  • les liens économiques, juridiques et parfois humains qui existent entre les propriétaires de certaines banques et les groupes industriels exploités sous forme de cartel (de façon officielle ou officieuse).

Il faut aussi préciser que ce sont les grandes banques, prioritairement celles opérant à la City, qui ont organisé le réseau des paradis fiscaux fondé sur les trusts anonymes. Ce réseau est juridiquement supervisé par les grandes firmes anglo-saxonnes d’audit et de droit, les fameuses « Big Four ».

Ainsi, les capitaux cachés dans les paradis fiscaux sont sous l’entier contrôle des grandes banques d’affaires internationales. Non seulement ces réseaux opaques servent à collecter tout type d’argent (évasion, optimisation et argent sale) mais surtout ils permettent aux banques qui y siègent d’utiliser cet argent comme bon leur semble, aucune règlementation ne venant entraver leurs « activités ».

La banque s’est consolidée par zone géographique dans un système de « banqueS centrales » afin de centraliser la gestion des monnaies

Le système établit par les banquiers s’est consolidé au niveau de chaque État, ainsi que par zone géographique, au moyen des banques centrales. Historiquement, sur le territoire de chaque État, les propriétaires des banques privées les plus importantes se sont associés pour créer une « banque centrale ». Il en a résulté que l’affectation des ressources monétaires est devenue un monopole des banquiers privés coalisés au sein d’un système de « banque centrale ».

Les « banques centrales » sont nées sous le signe de l’imposture : présentées comme des banques d’État, elles disposaient à ce titre de la garantie de l’État – c’est-à-dire des contribuables de l’État – alors que ses capitaux restaient dans des mains privées. Les banques centrales ont le monopole de l’affectation des ressources monétaires. Dans la mesure où ce monopole est détenu par des intérêts privés, la monnaie ne peut, structurellement, plus remplir son rôle de facilitation des échanges, rôle qui est pourtant à l’origine même de sa création.

L’appropriation par des intérêts privés est le vice initial du concept de banque centrales. C’est ainsi que la banque d’Angleterre (1694), la Banque de France (1800), la Fed (1913), la Banque des Règlements Internationaux (BRI/BIS 1930), le système européen de banques centrales (dit SEBC, décidé par le Traité de Maastricht en 1992 et entré en vigueur en 1999), la banque centrale de la Fédération de Russie (1990) reflètent toutes un désengagement des instances politiques de l’État dans la gestion centralisée des masses monétaires en circulation.

La distinction fallacieuse entre gestion monétaire et gestion politique est entrée dans l’inconscient collectif et dans les institutions comme une « normalité » ; tout le monde estime normal que les banques centrales soient « indépendantes » du pouvoir politique. Personne ne se pose plus la question de savoir pourquoi doivent-elles, impérativement, être « indépendantes » ?

Dès que vous évoquez la question politique de la dépendance de la banque centrale vis-à-vis du gouvernement, les âmes qui se croient éclairées vous répondent immanquablement : souvenez-vous de Weimar ! Mais à la vérité, l’épisode de Weimar est une mauvaise réponse car l’hyper inflation de cette époque a été le résultat d’une politique elle-même très largement sous domination capitalistique.

Par ailleurs, les banquiers eux-mêmes ont été assez créatifs pour remplacer la méchante « planche à billets » par le « Quantitative Easing », qui entraîne une stagflation, dont les résultats sont bien plus satisfaisants pour les banquiers que l’inflation, leur permettant même d’accroître encore leur accaparement.

Quoi qu’il en soit, inflation ou stagflation, entraînent toujours, d’une façon ou d’une autre, une augmentation des prix, augmentation que les banquiers centraux s’estimeront en « droit », car c’est l’une de leur mission essentielle, de juguler en instaurant un assèchement de monnaie en circulation par une augmentation des taux directeurs. Ainsi, après avoir organisé l’inflation, les banquiers centraux génèrent eux-mêmes l’éclatement des bulles spéculatives et la venue de « crises » monétaires, financières, économiques et sociales.

Certains rétorqueront que la banque de France a été « nationalisée », mais là encore, il faut s’entendre sur les termes : que signifie réellement une banque « nationalisée » par un État dont les moyens d’actions dépendent entièrement du bon vouloir des banques et des marchés, c’est-à-dire des principaux propriétaires de capitaux… ?

Au vu de l’évolution du rapport de force entre banques et États, la véritable question qui doit aujourd’hui être posée et publiquement débattue est la suivante : les États sont-ils encore des entités juridiques indépendantes de leurs banques ?

Banque de France : genèse

Mensongèrement présentée comme « intimement liée à l’histoire de la Nation », la Banque de France a été conçue, comme toutes les « banques centrales », comme une entreprise capitalistique détenue par des personnes privées. L’idée de sa création a été susurrée au premier consul Bonaparte, lui-même alors principal actionnaire, par un banquier, Jean-Frédéric Perrégaux lui-même Régent de cette banque. La fiche Wikipédia du banquier Perrégaux fait référence à ses liens avec d’autres banquiers de l’époque dans les termes suivants : « Jean Frédéric Perrégaux, … né en 1716, … a fait l’apprentissage du commerce et de la finance à Mulhouse où il apprend l’allemand, à Amsterdam et à Londres, puis il s’installe à Paris en 1765 où il travaille pour Jacques Necker et fréquente le salon de l’hôtel Thellusson (tenu par la veuve du banquier genevois Georges-Tobie de Thellusson (1728-1776), actionnaire de la Banque Girardot). En 1781, avec l’aide de son compatriote Isaac Panchaud (banquier financier britannique d’origine suisse), il fonde sa propre banque en s’associant au banquier Jean-Albert Gumpelzhaimer, ancien correspondant à Paris de plusieurs banquiers européens ».

Federal Reserve : genèse

La Federal Reserve américaine (Fed) est née sous les mêmes auspices fallacieux d’une banque privée présentée comme une banque publique, à l’initiative de banquiers.

Créée à l’occasion d’une petite coterie composée de banquiers influents et d’hommes politiques à leur solde, on retrouve, à l’initiative de la Fed (sur l’île de Jekyll Island) : le sénateur Aldrich (qui entretenait des relations d’affaires avec J-P Morgan lequel était le beau-père de John D. Rockefeller fils), Abraham Piat Andrews (secrétaire assistant du Trésor américain, homme politique qui fut tout au long de sa carrière très influents dans les milieux bancaires), Frank Vanderlip (président de la National Bank of New-York, plus puissante banque américaine qui représentait les intérêts financiers de William Rockefeller et de la société d’investissement internationale Kuhn & Loeb and Company), Henry Davison (principal associé de J-P Morgan Company), Charles Norton (président de la First National Bank of New-York), Benjamin Strong (directeur général de la J. P. Morgan’s Bankers Trust Company, qui en devint PDG trois ans plus tard), et enfin Paul Warburg (allemand naturalisé américain, partenaire de la Kuhn & Loeb Company, il représentait également la dynastie bancaire Rothschild en Angleterre et en France).

L’idée d’une banque centrale a été vendue par les banquiers aux « autorités politiques » et surtout au public en mettant en avant les immenses services qui seraient rendus à l’État par cette « centralisation monétaire », par les banquiers. Ces banques centrales ont été présentées au public sous la forme de banque d’État alors que la détention capitalistique desdites banques restait dans des mains privées, les banquiers privés contrôlant désormais officiellement les émissions monétaires. Dès lors, les entités juridiques, de droit public, dénommées États se sont portées garantes des capitaux privés investis dans ces « banques centrales ».

Banque centrale de la Fédération de Russie : genèse

Nous avons, en Occident, peu d’informations disponibles sur la première banque centrale Russe (Banque d’État de l’empire Russe), créée le 31 mai 1860 par Ukase du tsar Alexandre II, et dont la mission semblait être d’accorder des prêts à court terme aux entreprises russes. Nous avons également assez peu d’informations sur la Banque d’État de l’URSS.

En revanche, nous disposons de davantage d’informations sur la Banque Centrale de la Fédération de Russie, fondée le 13 juillet 1990 à partir de la Banque de la République de Russie, émanation de la Banque d’État d’URSS. Cette banque fonctionne sur le modèle des banques centrales occidentales, elle :

  • Est le « régulateur du système bancaire russe » ;
  • Octroie des licences aux opérateurs bancaires ;
  • Définie les principes de gestion et les normes comptables applicables au secteur bancaire russe ;
  • Est prêteur de dernier recours des établissements financiers russes ;
  • Est responsable de la politique monétaire Russe, notamment par la fixation des taux d’intérêts interbancaires, sous la sérieuse réserve qu’elle
  • Est membre à part entière de la BRI, chargée d’élaborer les politiques monétaires qui seront suivie par ses membres.

Rappelons que la BRI est une entité privée dont le capital est composé d’actions appartenant, depuis le dernier élargissement de 2011, à 60 banques centrales. Ce capital est divisé en 600 000 actions, dont la moitié appartiennent aux banques centrales d’Allemagne, d’Angleterre, de Belgique, de France, d’Italie et des États-Unis d’Amérique, ou tout autre établissement financier de ce dernier État. Ce sont les gouverneurs de ces six banques centrales qui se partagent la direction de la BRI, avec les gouverneurs des banques centrales du Brésil, du Canada, de Chine, de l’Inde, du Japon, du Mexique, des Pays-Bas, de Suède et de Suisse, et le président de la Banque centrale européenne (BCE). Son capital, libellé en DTS, s’établissait, au 31 mars 2017, à 242,2 milliards de DTS/SDR (droits de tirage spéciaux ou Special Drawing Rights).

Rappelons au passage que les DTS sont, en tant que panier de monnaies, destinés à devenir la prochaine monnaie mondiale, lorsque le dollar US aura cédé sa place centrale. On ne saurait trop insister sur le fait que les DTS ne sont rien d’autre que la résurgence du Bancor que Keynes, en tant que porte-parole des banquiers de la City de Londres, voulait imposer au monde au moment des Accords de Bretton Woods.

La Banque centrale de la Fédération de Russie semble, depuis sa création, suivre une politique monétaire relativement constante consistant à limiter, pour ne pas dire à raréfier, l’offre de monnaie disponible. Cette politique monétaire a pour conséquence mécanique le fait que la Russie ne dispose pas d’une économie réellement indépendante, c’est-à-dire indépendante à la fois vis-à-vis de l’étranger et vis-à-vis de ses matières premières. Le 14 septembre 2018, la Banque Centrale vient une fois de plus de relever son taux directeur d’un quart de point pour le fixer à 7,5% (Relèvement intempestif du taux directeur). Cette politique monétaire restrictive est la raison précise pour laquelle la Russie n’arrive pas à devenir un réel acteur économique de poids à l’échelle mondiale.

Rappelons en effet que la Chine n’est devenue la puissance économique que nous constatons aujourd’hui qu’en raison du fait que les conglomérats financiers anglo-saxons lui avaient procuré les capacités de financement nécessaires en investissant massivement sur son territoire. Aujourd’hui, les capacités économiques acquises par la Chine lui permettent d’envisager de devenir son propre acteur économique et financier.

Je profite de cette petite digression pour signaler que la situation en occident est exactement inverse à celle que connaît la Russie. La stratégie occidentale des banquiers consiste à fournir une profusion de liquidité aux système bancaire et financier, ce qui a pour effet direct la création d’énormes bulles sur les actifs ; bulles destinées à éclater en appauvrissant les classes moyennes, ce qui augmente par voie de conséquence la concentration des richesses dans les mains de ceux qui ont organisé lesdites bulles. Pour préciser un peu le système : l’accroissement de l’offre de monnaie par prêts interposés a pour effet direct de faire monter artificiellement les prix des actifs par une multiplication artificielle des flux de transactions (due à la profusion de prêts disponibles). Après avoir organisé une profusion de liquidités sous forme de dettes et ainsi créé des « bulles spéculatives », les banquiers centraux estiment généralement nécessaire de réduire, de façon plus ou moins brutale, l’offre de liquidités, par une remontée des taux directeurs ; il en résulte une explosion des « bulles spéculatives », une baisse brutale des prix générant un appauvrissement généralisé mais permettant un rachat à vils prix des actifs dépréciés par les plus grands capitalistes. Ainsi la création de crises monétaires permet un accaparement des actifs dans les mains de ceux qui ont généré ces crises.

La politique monétaire appliquée par différentes banques centrales membres de la BRI s’inscrit dans le cadre du changement de paradigme monétaire international : c’est-à-dire du passage du dollar au DTS en tant que monnaie mondiale. L’appauvrissement économique des uns (Occident mené par les USA), la stagnation économique des autres (Russie) et l’enrichissement économique du troisième (Chine) a pour objectif de faire piloter et contrôler par les banquiers à la manœuvre le pourcentage de DTS qui sera in fine détenu par les différentes régions du monde.

À ce propos, permettez moi d’ajouter que la guerre économique menée actuellement par le président Trump s’inscrit parfaitement dans la démarche stratégique des banquiers centraux consistant à rééquilibrer les différentes zones géographiques. Il s’agit d’abattre ou de réduire la puissance économique américaine de sorte de réduire son poids dans les futurs DTS, et dans le gouvernement mondial des banquiers qui suivra immanquablement l’arrivée de la monnaie mondiale. Outre que cette guerre commerciale arrive à point pour cacher aux américains l’origine de leur perte de puissance économique, cette guerre est surtout utile pour organiser la diminution de la puissance économique américaine afin de limiter ses futurs droits dans les DTS.

La détermination de la politique monétaire mondiale par les banquiers centraux est, de façon mécanique, destinée à satisfaire l’insatiable appétit des personnes qui se cachent derrière les énormes et opaques conglomérats bancaires. Elle n’est destinée ni à rendre aux États et aux nations leur souveraineté politique, ni à remplir le rôle pour lequel le concept monétaire a été créé : celui de faciliter et fluidifier les échanges économiques.

BRI/BIS : genèse

Il est également intéressant de connaître les conditions dans lesquelles est née la BRI/BIS, officialisée à l’occasion du plan Young de 1930.

La BRI est la traduction institutionnelle d’un plan élaboré par un conglomérat d’intérêts bancaires et financiers : en 1920, John Foster Dulles (1888 – 1959 ; qui deviendra secrétaire d’État), représentant les intérêts de la Banque d’Angleterre et de J-P Morgan dans l’Europe d’après-guerre, rencontre Hjalmar Schacht (1877-1970) alors fonctionnaire subalterne auprès de l’autorité bancaire allemande créée par les alliés.

En mars 1922, Schacht fait part à John Foster Dulles d’un nouveau système financier international afin de financer l’Allemagne, prétendûment les réparations de guerre mais réellement la remilitarisation. Citons Schacht :

« Mon idée est que ce ne soit pas un emprunt d’État, mais un emprunt de compagnies privées. Je veux former, disons, quatre compagnies privées allemandes, et à chacune d’entre elles, le gouvernement allemand devra accorder le monopole des exportations en gros de produits tels que le charbon, la potasse, le sucre et le ciment. Chacune de ces compagnies contrôlera l’exportation d’un de ces produits. Le monopole devra être accordé pour 20 ans. Les producteurs nationaux devront leur remettre leur production. (…) Ces sociétés émettront des emprunts d’un montant total de 5 milliards de marks-or. (…) Comme le total des exportations des quatre peut être estimé à 500 millions de marks-or, le montant de l’emprunt sera remboursé en 10 ans. (…) L’emprunt que je propose (…) n’est basé sur aucun traité politique. (…) Le remboursement sera sous le contrôle, tout d’abord, d’industriels et d’hommes d’affaires appartenant aux rangs les plus élevés. »

Dulles fait suivre la lettre à Thomas W. Lamont, un associé de J.P. Morgan, et au cours des années qui suivent, l’essentiel de ce plan Schacht-Dulles-Morgan sera mis en œuvre. Voilà l’origine des cartels internationaux basés en Allemagne et dirigés par les Britanniques, qui furent créés dans les années 20.

Schacht lui-même sera nommé Commissaire à la monnaie nationale allemande en novembre 1923, et un mois plus tard, président de la Reichsbank.

Depuis 1919, John Foster Dulles était l’avocat de Richard Merton, fondateur du plus important de ces cartels, l’Interessen Gemeinschaft Farben (IG Farben). En 1924, il est choisi par J.P. Morgan pour mettre en œuvre le plan Dawes prévoyant la réorganisation, dans le cadre de négociations avec Schacht, du versement des réparations de guerre. En 1926, il deviendra directeur exécutif de Sullivan and Cromwell, le cabinet d’avocats de tous les cartels.

De 1926 à 1929, le plan Schacht-Dulles-Morgan débouche sur une série d’arrangements impliquant nombre des plus grandes sociétés britanniques, américaines et allemandes. Les deux principaux cartels sont le trust chimique IG Farben et le Cartel international de l’Acier, dont la création est redevable aux prêts étrangers d’un montant de 800 millions de dollars accordés dans le cadre du plan Dawes, en vue de cartelliser la chimie et la sidérurgie allemandes. Ces prêts sont gérés aux trois-quarts par trois firmes de Wall Street : Dillon, Read & Co ; Harris, Forbes & Co et National City.

L’extrême imbrication des banques dans la composition et la structuration des cartels, véritables conglomérats économiques

La genèse tant des grandes firmes américaines du début du XXème siècle (pétrole, rails…) que de la BRI laissent apparaître l’extrême imbrication des grandes banques d’affaires dans la création de cartels ; cette création a favorisé la discrète mais très efficace prise du pouvoir politique par le « fait économique ». Ce phénomène de prise de contrôle politique par les détenteurs du « fait économique » n’a pu se réaliser qu’à la faveur de l’anonymat des capitaux, lequel a permis la rupture entre pouvoir et responsabilité politique.

Je voudrais ajouter un élément ontologique fondamental : alors que le « fait politique » est historiquement issu de sociétés sédentaires, le « fait économique », et l’anonymat des capitaux qui le véhicule, relève fondamentalement du fonctionnement de sociétés nomades.

La lutte actuelle entre « fait politique » et « fait économique » est, de façon structurelle, un conflit entre « Société sédentaire » et « Société nomade ».

Cartel IG Farben : historique

L’histoire du cartel IG Farben est très intéressante, on y trouve une très étroite imbrication des intérêts allemands et anglo-saxons. Ce cartel est également associé à « l’ordre économique nouveau », ancêtre du « Nouvel Ordre Mondial », recherché par l’Allemagne nazie.

En 1925, IG Farben regroupe six des plus gros producteurs chimiques allemands. En août 1927, Standard Oil conclura avec lui un programme conjoint de recherche et développement sur l’hydrogénation (production d’essence à partir du charbon), procédé découvert par un chercheur allemand en 1909. En 1928, Henry Ford fusionnera ses actifs allemands avec ceux d’IG Farben. Le 9 novembre 1929, un cartel pétrochimique international sera créé suite au mariage d’IG Farben avec les Britanniques ICI et Shell Oil, et les Américains Standard Oil et Dupont.

C’est l’accord entre Standard Oil et IG Farben qui constitue le pilier du cartel.

Premièrement, Standard Oil se voit accorder la moitié de tous les droits concernant le procédé d’hydrogénation pour tous pays sauf l’Allemagne. Deuxièmement, Standard Oil et IG Farben se mettent d’accord pour « ne jamais se concurrencer l’un l’autre dans les secteurs de la production chimique et de la production pétrolière. Désormais, si Standard Oil souhaitait entrer dans le domaine des produits chimiques industriels ou des médicaments, ce ne serait possible qu’en partenariat avec Farben. En retour, Farben s’engageait à ne jamais pénétrer le secteur du pétrole sauf en association avec Standard ».

Lorsqu’éclate la Deuxième Guerre mondiale, IG Farben a passé des accords de cartel avec 2000 sociétés dans le monde, dont Ford Motor Co., Alcoa, General Motors, Texaco et Procter et Gamble, pour n’en citer que quelques-unes.

IG Farben a été dissoute par décret en 1950 et démantelé en 12 entités dont les principales sont : Bayer, BASF, Agfa, Hoechst et Dynamit Nobel…

Notons que BASF, Bayer et Agfa composaient, à la fin de la 1ère GM, la « petite IG » qui avait fusionné avec Hoechst et 2 autres sociétés pour faciliter et accélérer le retour d’IG Farben sur la scène mondiale. Avant et après les guerres, on retrouve finalement toujours les mêmes… IG Farben a donc été démantelé au profit des entités qui s’étaient alliées pour sa création… Une sorte de « démantèlement pour rire », un simili démantèlement destiné à calmer le public et les quelques personnes opposées aux cartels.

Bayer et IG Farben étaient étroitement impliquées du point de vue capitalistique (Bayer étant une filiale d’IG Farben). Or, Bayer a notamment pour « faits d’armes », d’avoir utilisé des cobayes humains trouvés dans les camps de concentration pour faire in vivo des expériences médicales : « Sous le régime nazi, Bayer, filiale du consortium chimique IG Farben, procéda en effet à des expériences médicales sur des déportés, qu’elle se procurait dans les camps de concentration en particulier. » Les camps de concentration eux-mêmes étaient des sites industriels appartenant aux géants pharmaco-chimiques de l’époque.

Il n’a échappé à personne que la même Bayer a, en 2016, racheté Monsanto pour la modique somme de 66 milliards de dollars (59 milliards d’euros), qui a, notamment commercialisé, entre autres vilénies, l’Agent Orange (avec 6 autres entreprises productrices, dont Dow Chemical), dont l’herbicide commercialisé sous la marque « Roundup » est un dérivé.

L’agent orange est à l’origine du concept de tératologie utilisé comme arme de guerre : le génome humain est irrémédiablement corrompu par les effets de l’agent orange sans que l’être vivant en résultant devienne pour autant stérile.

Aujourd’hui, Monsanto et les autres firmes pharmaco-chimiques sont très investies dans la commercialisation des produits OGM. Pour contourner et anticiper les futures règlementations en la matière, ces firmes se mobilisent aujourd’hui sur les recherches concernant les ARN messagers, qui sont des copies transitoires d’une portion de l’ADN correspondant à un ou plusieurs gènes. Il s’agira de diffuser non plus des OGM mais des ARN messagers permettant de modifier la substance vitale des plantes ; cette diffusion massive se fera au moyen de vaporisation généralisée d’ARN messagers sur les champs.

Ces entreprises ne sont jamais à court ni d’argent ni d’idées pour expérimenter de nouveaux procédés toxiques en grandeur nature sans aucun garde-fou. Aucune règlementation ne peut être opposées à ces conglomérats par des États structurellement mis en position d’inféodation économique et juridique par des organismes supranationaux tels que les instances européennes, l’OMC, l’OCDE…

Cartel de l’acier : à l’origine du projet États-Unis d’Europe et de ce qui deviendra les institutions de l’actuelle Union Européenne

En 1926, le Cartel international de l’Acier ouvre ses bureaux au Luxembourg. Il servira de véritable « gendarme privé » du commerce mondial de l’acier de 1926 à 1939. Sa composante allemande, qui regroupe les quatre plus gros producteurs d’acier nationaux, s’appelle Vereinigte Stahlwerke. Ce groupe recevra 100 millions de dollars de la part d’investisseurs privés aux États-Unis. Dillon, Read & Co., la société de placement new-yorkaise de Clarence Dillon, James V. Forrestal et William H. Draper, Jr., s’est occupée de l’émission des obligations.

Lors de la signature du premier accord international, le 30 septembre 1926, tous les sponsors du cartel se vantent de ce que le premier pas vers la formation « des États-Unis économiques de l’Europe » vient d’être franchi. Douze ans plus tard, près de 90 % du fer et de l’acier commercialisé au niveau international est sous le contrôle du Cartel de l’Acier. Outre l’Allemagne qui le dirige, l’Autriche, la Pologne, la Tchécoslovaquie, le Royaume Uni et les États-Unis en font partie, même s’il est interdit aux compagnies américaines, U.S. Steel, Bethlehem et Republic, de signer les accords formels, sous peine de violer les lois anti-trust américaines.

En 1919, trois producteurs allemands de lampes électriques, Siemens & Halske, AEG et Auergesellschaft, avaient formé une nouvelle société dénommée Osram, pour tenter de regagner les biens et les marchés perdus à l’étranger. AEG était en grande partie contrôlé par General Electric et des liens similaires existaient entre toutes les autres entreprises du même genre en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis. En 1924, afin de prévenir toute concurrence extérieure, Osram propose la création en Suisse d’une société dénommée Phoebus, qui appartiendrait à toutes les compagnies du cartel et serait dirigée conjointement par elles. En juillet 1929, Osram et la filiale de General Electric pour l’étranger, International General Electric, créent un « partenariat pour tout temps ». À partir de 1929, les relations entre Osram et International General Electric se développeront suivant le même modèle que celles entre IG Farben et ses partenaires étrangers. Pendant les années 20, quatre cinquièmes de l’industrie allemande étaient encore regroupés dans des cartels.

Le cartel de la métallurgie étant à l’origine des institutions européennes (qui a en effet débuté avec la CECA), il ne faut pas s’étonner que les instances bureaucratiques de l’Union dite Européenne cherchent à sauver les institutions jumelles de l’OMC qui œuvrent à imposer et pérenniser le libre-échange au niveau mondial.

Tous ces cartels, financés par les conglomérats bancaires, plongent la civilisation entière, et tout ce qui vit sur terre, dans un espace inconnu de monstruosité humaine et inhumaine (Voir aussi à ce sujet les récents développements sur ce que fut la guerre américaine en Corée : un vaste champ expérimental pour des expériences chimiques et biologiques de grande envergure).

Étant donné l’énorme explosion, aussi bien quantitative que qualitative, des découvertes actuelles, la question qui se pose est de savoir s’il faut vraiment laisser aux banquiers et aux conglomérats économiques qu’ils ont créé, le monopole de ces découvertes, alors que ces derniers ont largement fait leur preuve en matière de nuisance sociale et civilisationnelle (pour ceux qui en douteraient, je les invite à visionner certaines conférences du Dr. Rath, en particulier celle-ci).

Réponse à la question : « la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit »

L’État tel qu’actuellement conçu est entièrement dominé par le système bancaire, or « la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit » (Napoléon)

De façon fonctionnelle, l’État n’a, sans les banques, aucun moyen financier propre pour atteindre les objectifs étatiques qu’il se fixe. En abandonnant dans des mains privées sa fonction régalienne de battre monnaie, l’État s’est volontairement placé dans une position d’infériorité par rapport aux détenteurs du « fait économique ».

Or, les banquiers ne recherchent pas l’intérêt commun aux citoyens, ce qui est le rôle de l’État en tant qu’entité politique, ils recherchent le développement de leur intérêt privé, qui est de nature catégorielle ; cet intérêt privé consiste aujourd’hui à asseoir leur domination politique par l’élaboration d’un gouvernement mondial qu’ils contrôleraient définitivement.

L’abandon volontaire, par l’État, de la gestion monétaire a pour conséquence directe de priver l’État de toute substance politique. L’État est devenu un simple outil de pouvoir aux mains des banquiers anonymes. Le système financier mondial est piloté par les principaux banquiers qui œuvrent à la City, qui contrôlent la grande majorité des banques centrales et des paradis fiscaux de la planète.

Entre les mains des banquiers, la monnaie est devenue un bien matériel qu’ils ont accaparé. En effet, la monnaie aujourd’hui, largement considérée comme un simple « actif », a perdu sa valeur comptable neutre « d’actif-passif ». En falsifiant le concept juridique et comptable de monnaie, les banquiers ont pu corrompre les systèmes politiques, et les hommes qui les incarnent, de façon à dominer le « fait politique ».

Cette appropriation du phénomène politique par les principaux propriétaires d’organismes bancaires s’est produite par le biais du contrôle intégral du phénomène économique par lesdits « banquiers » (propriétaires des grandes banques). Ce contrôle s’est réalisé par deux moyens principaux, le contrôle des monnaies, via les banques centrales, et l’anonymat des capitaux.

L’anonymat a permis aux banquiers d’organiser un accaparement discret des biens tangibles de cette terre, sans soulever la juste indignation que n’aurait pas manqué de faire une appropriation ouverte par quelques personnes, aussi violente eut elle été.

Le contrôle des masses monétaires en circulation a permis le contrôle, par corruption, du phénomène politique et le développement des moyens légaux d’appropriation discrète des biens. C’est ainsi que les États ont eux-mêmes organisé l’anonymat des capitaux qui permet aux propriétaires contrôlant les grandes banques de rester anonymes.

Ce système favorise et rend possible le phénomène d’accaparement généralisé des biens par une combinaison de moyens légaux assumés (lobbying, optimisation fiscale, fusion-acquisition, jeux sur les taux d’intérêts directeurs…) et de moyens légaux détournés, qui relèvent d’un consensus international officieux, tels que les Paradis fiscaux.

L’existence des banques centrales a pour effet mécanique de rendre obsolète la notion de « politique ». Les hommes politiques et les États deviennent, par le fait des banques centrales, une simple émanation des intérêts catégoriels des grands banquiers qui règnent sans partage et sans contrepouvoirs sur le monde.

Il serait temps que les populations et les hommes politiques prennent conscience de cet énorme pouvoir que les banquiers se sont octroyé et y mettent un terme. Il n’existe de pouvoir politique que monétairement souverain, la présence des banques centrales est un empêchement dirimant à l’exercice du « pouvoir » par des hommes « politiques ».

La domination des États par les banques n’est pas inéluctable

« Ce que la main de l’homme a fait, l’homme peut le défaire », mais il y a des conditions à ça : une condition de forme et des conditions de fond.

La première condition : réaliser une prise de conscience de la disparition du phénomène politique

La première condition, de forme, est une condition sine qua non : elle est que les ressortissants des États prennent conscience de leur entière dépossession du phénomène politique. Ce qui signifie qu’ils devront politiquement s’organiser de façon à se donner les moyens concrets de reprendre le contrôle de leur destin collectif.

Le seul remède à la disparition du concept politique est de rendre à César ce qui appartient à César : c’est-à-dire d’en finir avec la rupture de symétrie, organisée par les banquiers, entre pouvoir et responsabilité. Cela nécessite d’abandonner l’organisation étatique autour des deux principes que sont 1°) la séparation des pouvoirs et 2°) le parlementarisme à l’Anglaise, qui suppose un mandat représentatif des élus.

La seconde condition : réhabiliter le concept de « droit » et abandonner corrélativement les principes juridiques anglo-saxons

La seconde condition est liée à la validité et à la viabilité sur la durée de la reprise en main du phénomène politique par les ressortissants des États. Il faudra, impérativement à peine d’ineffectivité de la reprise en main politique, réhabiliter le concept même de « droit » de façon à rendre ce dernier compatible avec l’existence d’une civilisation. Techniquement parlant, il faudra revenir aux concepts juridiques issues du droit continental et, corrélativement, abandonner le droit du plus fort qui prend la forme de la réglementation à la façon anglo-saxonne.

Nous sommes, sur le continent européen, en cours d’abandon définitif de notre droit continental traditionnel issu du droit romain, lui-même modelé et repris au fil des siècles par des préceptes de droit canon, au profit du droit anglais dominé par le principe de la loi du plus fort.

La « common law » anglaise est un système juridique dont les règles sont principalement édictées par les tribunaux au fur et à mesure des décisions individuelles ; ces décisions, ne concernaient, à l’origine, que les seigneurs c’est-à-dire la caste dominante. Si l’on parle du droit anglais, il faut aussi parler du système de « l’Equity »  selon lequel le « prince », c’est-à-dire au début le Roi puis le Chancelier, se sont accordés le droit de juger en fonction de préceptes moraux les cas qui n’étaient pas abordés par la « common law ». Les principes de « l’Equity » ainsi conçu ne méconnaissent pas la « common law », ils s’y adaptent.

Tout cet arsenal juridique anglo-saxon a pris une ampleur considérable en même temps que se développait le commerce maritime, lequel commerce a toujours été contrôlé par les banquiers commerçants qui ont leur quartier général à la City de Londres.

Ce qui est resté constant est que le système juridique anglais est essentiellement conçu par et pour la caste dominante : les tenanciers du système économique, essentiellement les banquiers ont, à partir de la période des Grandes Découvertes, succédé aux seigneurs qui régnaient par les armes.

Alors que le droit anglais est un droit édicté par et pour les tenanciers du commerce international, le droit continental traditionnel est un droit de régulation fait pour organiser la « vie de la Cité ». Ce droit continental, actuellement en voie d’extinction, répondait à des règles strictes conçues autour de la personne humaine comprise comme une partie d’un tout formé par la collectivité. Le droit des gens lui-même, qui était (assez grossièrement) la partie du droit romain qui organisait les peuples vaincus, était conçu autour des idées centrales de la personne et de l’organisation de la vie en commun.

La supériorité du droit continental sur le droit anglo-saxon provient non seulement de son expérience historique mais aussi et surtout de sa vocation : il est globalement, contrairement au droit anglo-saxon, mis au service de la collectivité et non à celui de quelques élites auto-proclamées, qui ont usurpé leur pouvoir par des moyens déloyaux en organisant leur anonymat.

La question de l’extraterritorialité du droit anglo-saxon

Revenons un instant sur la question, très sensible actuellement, de l’extraterritorialité du droit anglo-saxon.

Cette extraterritorialité se décline de deux façons différentes et successives, c’est-à-dire qu’elle prend deux formes bien distinctes. D’une part, la généralisation de l’implantation du système juridique anglais sur tous les continents et, d’autre part, le recours par le pouvoir américain à des sanctions pécuniaires contre les entreprises.

De ces deux formes, seule la seconde, qui se traduit par des sanctions financières en provenance des États-Unis, apparaît dans les radars médiatiques et juridiques alors que la première forme est, de loin, la plus dangereuse pour les libertés publiques et pour le concept même de civilisation.

L’exportation abusive du système juridique anglais sur tous les continents

La première occurrence de l’extraterritorialité du droit anglais se décline de deux façons. Elle relève, pour les banquiers de la City :

  • De leur volonté hégémonique : ils veulent conserver à leur strict avantage le contrôle de l’argent circulant dans tous les paradis fiscaux. Concrètement, il s’agit d’imposer le trust comme forme unique d’anonymat afin de supprimer tous les paradis fiscaux fondés sur les comptes numérotés qui échappaient aux banquiers de la City ; d’où la guerre sans merci lancée à la fin des années 2000 contre les « paradis fiscaux », qui n’a été qu’une guerre de la City contre les sites d’évasion fiscale qu’ils ne contrôlaient pas, en premier lieu la Suisse ;
  • De la « nécessité », pour les grandes banques opérant à la City, d’adapter les systèmes juridiques étrangers de sorte que ces derniers puissent adopter les nouveaux produits issus de la finance dérégulée. L’objectif est de permettre la circulation des produits financiers dérivés ou synthétiques, économiquement toxiques, au niveau mondial.

Cette forme d’extraterritorialité se matérialise par la nécessité d’adapter les systèmes de droit afin de les rendre compatibles avec le « droit anglais ».

Dans cette première occurrence de l’extraterritorialité du droit anglais, il s’agit, par exemple, d’importer des concepts comme le trust – partiellement traduit en « fiducie » par le droit français – comme la « propriété économique », comme la « titrisation » via les fonds communs de créances (« special purpose vehicule »).

Signalons au passage qu’à l’occasion de cette transformation du droit continental, les créances deviennent sujettes à appropriation, elles passent donc du statut juridique de « droit personnel » à celui de « droit réel » ! Ce glissement n’est pas anodin car il suppose une réification des relations humaines ; on se rapproche ainsi insidieusement et dangereusement d’un système légal d’esclavagisme, dans lequel l’individu est considéré comme un « bien » pour les juristes, une « marchandise » dans le langage des économistes.

C’est également cette transformation du droit continental qui a, via l’intrusion discrète du concept de « propriété économique », rendu possible la transformation monétaire : de « neutre » (la neutralité étant matérialisée par sa nature comptable « d’actif-passif ») la monnaie est peu à peu devenue un simple « actif » comptable.

Il s’agit également d’uniformiser les normes comptables internationales sur le modèle anglo-saxon des IFRS ; lesquelles normes sont édictées par des organismes pilotés par les grandes multinationales cachées derrière des organismes qui siègent dans des paradis fiscaux. C’est ainsi que disparaissent les règles de l’ancienne comptabilité nationale au profit des principes anglo-saxons.

Cette première forme d’extraterritorialité consiste à éliminer, progressivement, les systèmes de droits qui ne sont pas compatibles avec le droit anglais. C’est ainsi que peu à peu, disparaît le droit commun français issu du Code civil pour être remplacé par les principes commerciaux qui sont le fondement même du « droit » anglo-saxon.

Le recours, par les instances américaines, à des sanctions pécuniaires contre les entreprises

La seconde occurrence de l’extraterritorialité du droit anglo-saxon est davantage connue et surtout davantage dénoncée à grand renfort de médias.

Il s’agit des sanctions financières imposées par les instances politiques et juridiques américaines à toute entreprise utilisant soit le dollar soit un quelconque composant d’origine américaine dans leur processus de fabrication ou dans leur fonctionnement.

Cette forme d’extraterritorialité sanctionne essentiellement les multinationales, bancaires ou non, étrangères aux États-Unis. Les multinationales, ainsi prises à partie, ont très rapidement mobilisé les pouvoirs publics et les médias pour dénoncer ces pratiques prédatrices du pouvoir américain, réussissant à mobiliser un large public contre la puissance économique déclinante de l’Amérique. En conséquence, l’extraterritorialité du droit formalisée par les sanctions économiques est la seule forme d’extraterritorialité dénoncée par les médias et donc connue du public.

Or, il faut comprendre que, fondamentalement, cette seconde forme d’extraterritorialité n’est ni la plus grave, ni la plus définitive et qu’elle ne concerne, globalement que les bilans des multinationales, à l’inverse de la première forme d’extraterritorialité qui suppose une véritable révolution d’ordre tectonique dans l’organisation des peuples. C’est la première forme d’extraterritorialité qui attaque en profondeur le mode de vie et la sécurité juridique des ressortissants d’un État, elle tend, par exemple en France à faire disparaître le principe même de la propriété privée et à transformer la monnaie en propriété bancaire. La première forme de l’extraterritorialité met, fondamentalement, en danger l’organisation sociale issu du mode de vie sédentaire au profit du nomadisme.

Par ricochet, l’extraterritorialité qui prend la forme de sanction financières des multinationales vient renforcer la première forme d’extraterritorialité depuis que les États sont devenus de simples émanations des multinationales. Les ponctions sur les budgets étatiques pour renflouer les bilans déficitaires des conglomérats financiers ont pour corolaire de substantielles augmentations d’impôts et diminutions de services publics ; il en résulte un appauvrissement des ressortissants des États qui va jusqu’à porter atteinte à la capacité des individus de devenir propriétaires (notamment de leur logement).

En ce sens, les deux occurrences de l’extraterritorialité du droit anglo-saxon se renforcent l’une l’autre pour aboutir à la perte totale et définitive de contrôle des individus sur les éléments essentiels de leur vie, pour réinstaurer le principe de l’esclavage au niveau légal.

CONCLUSION

Les techniques de contrôle monétaire sont parfaitement rodées et mises en application par les grands banquiers au moyen des banques centrales qui ont-elles-mêmes organisé, au niveau mondial, leur anonymat et le secret de leurs affaires.

En contrôlant l’affectation des ressources monétaires, les banquiers décident réellement qui sera « riche » et qui sera « pauvre », aussi bien au niveau des individus et des entreprises (microéconomie), que des groupes socio-économiques, des États et même, plus largement, des zones géographiques (macroéconomie).

Dans ce contexte, la création de richesses devient artificielle, elle est pilotée par les banquiers et ne remplit qu’un seul objectif : satisfaire leur insatiable soif de pouvoir et mener le monde vers un « gouvernement mondial » qu’ils contrôleront définitivement de façon absolue et officielle, ce qui leur manquait jusqu’ici. Le modèle sédentaire cèdera alors définitivement la place au modèle nomade.

Valérie Bugault est Docteur en droit, ancienne avocate fiscaliste, analyste de géopolitique juridique et économique

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-presence-dune-banque-centrale-est-elle-compatible-avec-la-souverainete-etatique

Ford préfèrerait fermer l’usine de Blanquefort, colère de Bruno Le Maire

Ford préfèrerait fermer l’usine de Blanquefort, colère de Bruno Le Maire

Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire rencontre des syndicalistes de l’usine Ford de Blanquefort, le 15 octobre 2018 à Bordeaux / © AFP / Nicolas TUCAT

Bruno Le Maire a manifesté sa colère lundi contre le constructeur automobile Ford qui préfère fermer son usine de Blanquefort (Gironde) plutôt que de la céder à un repreneur, une position jugée « indéfendable » par le ministre de l’Economie qui a alerté le gouvernement américain.

« J’ai eu le président de Ford vendredi dernier au téléphone et le président m’a annoncé qu’entre une reprise du site par Punch et la fermeture de l’usine, l’option privilégiée par Ford était la fermeture de l’usine. Je suis en désaccord total avec ce choix », a dit M. Le Maire à Bordeaux, à l’issue d’une réunion avec des élus locaux et des représentants des quelque 850 salariés.

« S’ils pensent qu’ils peuvent mettre la clef sous la porte sans que ni l’Etat ni les collectivités locales ne réagissent, ils se trompent! Nous allons nous battre et nous ne nous laisserons pas faire », a lancé le ministre, jugeant cette position « indéfendable ».

Déterminé à ce que « l’option de la reprise soit retenue » par le constructeur, M. Le Maire a affirmé avoir multiplié au cours du week-end les appels auprès de l’administration américaine.

Il a dit avoir téléphoné au Secrétaire au Trésor Steve Mnuchin et au conseiller économique du président Donald Trump pour « obtenir leur soutien » et qu’ils alertent « la direction de Ford sur ce qui se passe actuellement sur le site de Blanquefort », près de Bordeaux.

« Je souhaite que nous nous mobilisions tous pour maintenir l’activité industrielle (…) et que plutôt qu’une fermeture nous allions vers une reprise par Punch » Powerglide, « un repreneur solide » qui fabrique lui aussi des boîtes de vitesse, à Strasbourg, a-t-il dit.

Selon lui, « si Ford prenait la décision de fermer sèchement l’usine de Blanquefort le coût serait supérieur à une reprise », un choix « incompréhensible ».

Pour Philippe Poutou, délégué CGT de l’usine, l’américain « préfère fermer l’usine que favoriser la reprise car cela lui coûte moins cher au global » puisqu’une reprise signifie « obligatoirement des engagements de Ford pour assurer la transition » car « le repreneur aurait un plan sérieux mais pas avant trois ans ».

– « Totalement inadmissible » –

En septembre, M. le Maire avait en effet invité Ford « à prendre ses responsabilités », l’appelant à « participer à cette période de transition » du site qui compte 847 salariés.

Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire arrive à l’usine Ford de Blanquefort pour rencontrer des syndicalistes, le 15 octobre 2018 à Bordeaux / © AFP / Nicolas TUCAT

Le ministre avait qualifié d’insuffisant le plan de charge et souhaité « avoir des assurances sur les volumes [de commandes de boîtes de vitesses et de carters, que fabrique l’usine] que Ford va laisser en 2019, 2020 et 2021 ».

Etat et collectivités territoriales se sont de leur côté engagés lundi à apporter une aide financière afin de permettre la réussite de cette reprise. M. Le Maire a assuré que l’Etat était prêt à investir 5 millions d’euros à Blanquefort.

Alain Juppé, président de Bordeaux Métropole et maire de la ville, a lui aussi dénoncé l’attitude du constructeur américain. « Ford continue à nous mener en bateau », a-t-il estimé, ajoutant que « les collectivités territoriales se sont engagées à apporter 12,5 millions d’euros ».

Les deux tiers seraient financés par la région Nouvelle Aquitaine et un tiers par la Métropole « ce qui est une aide considérable », a-t-il détaillé en quittant la réunion avant la fin.

Même colère d’Alain Rousset, le président de la région Nouvelle Aquitaine, pour qui « Ford a envie de plier les gaules » ce qui est « totalement inadmissible ». Il souhaite que la Commission européenne soit interpellée afin d’examiner les aides qu’elle verse à Ford Europe.

Fin février, Ford avait annoncé cesser tout investissement dans son usine girondine, et rechercher un repreneur pour le site implanté dans la banlieue bordelaise depuis 1972.

Selon Philippe Poutou, sur les 847 salariés du site, 390 souhaitent partir en pré-retraite et un maximum de 400 pourraient être repris par Punch.

(©AFP / (15 octobre 2018 14h11)

https://www.romandie.com/news/Ford-pr-f-rerait-fermer-l-usine-de-Blanquefort-col-re-de-Bruno-Le-Maire/962188.rom

Brexit : selon le Financial Times, la place de Paris est en train de gagner

Brexit : selon le Financial Times, la place de Paris est en train de gagner

Par Estelle Nguyen  |   |  772  mots
Pour le Financial Times, la capitale française sera la grande gagnante de la course à la relocalisation des activités des banques en vue de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne fin mars 2019.
Pour le « Financial Times », la capitale française sera la grande gagnante de la course à la relocalisation des activités des banques en vue de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne fin mars 2019. (Crédits : Yves Herman)
Alors que les géants de la finance accélèrent les préparatifs en vue de la sortie du Royaume-Uni de l’UE, la place parisienne a déjà remporté l’adhésion de plusieurs grandes banques, notamment américaines: de quoi se placer comme la première place de trading européenne post-Brexit, selon le quotidien britannique.

Ce n’est ni Bercy ni Paris Europlace, l’association de promotion de la place, qui le disent, mais le Financial Times. La bible de la City affirme dans son édition du lundi 1er octobre que « Paris est en passe de triompher comme le hub de trading en Europe post-Brexit». Le quotidien financier britannique estime que la capitale française ressortirait en effet comme la grande gagnante de la course à la relocalisation des activités des banques en vue de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne fin mars 2019.

« Si vous demandez à la plupart des personnes du secteur, le choix numéro un est Paris », selon le patron d’une grande banque d’investissement qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat auprès du FT. Il ajoute même que le coût du travail est désormais aussi bas qu’au Royaume-Uni.

Le Financial Times affirme que le gigantesque gestionnaire d’actifs américain BlackRock ainsi que JP Morgan Chase, la plus grande banque américaine en termes d’actifs, rejoindraient prochainement Bank of America et Citigroup qui ont déjà fait ce choix. Le mois dernier, le numéro un mondial de la gestion d’actifs et des fonds indiciels, qui a été fortement courtisé par les autorités françaises, a annoncé avoir reçu le feu vert de l’Autorité des marchés financiers (AMF) pour créer une société de gestion alternative en France, où il a déjà des bureaux. Selon le Financial Times, qui cite des officiels, 70 sociétés de gestion d’actifs, grandes et petites, ont demandé une licence pour opérer depuis Paris.

L’effet Macron

Devançant Francfort, qui faisait jusqu’ici office de favori pour accueillir le plus grand nombre d’emplois dans la finance en provenance de Londres, et Dublin, envisagé comme une première option naturelle, de par sa proximité linguistique et géographique, Paris gagnerait « une récompense précieuse, en raison des emplois et des taxes » que rapportent les activités de courtage. La capitale française avait déjà marqué des points lorsqu’elle avait été choisie en novembre 2017 pour accueillir le siège de l’Autorité bancaire européenne (EBA), qui a choisi de s’installer dans le quartier de La Défense.

Si Paris apparaît désormais comme la place financière la plus prisée pour les relocalisations, c’est grâce à « la sophistication des régulateurs français » mais aussi parce que les patrons des grandes banques auraient plutôt vu d’un bon œil l’élection d’Emmanuel Macron et de sa politique favorable aux entreprises, selon Christian Noyer, cité par le Financial Times. L’ancien gouverneur de la Banque de France estime que l’« effet Macron » aurait permis de faire pencher la balance du côté de la place financière de Paris, qui s’était lancée dans une vaste opération séduction.

« Je recueille plusieurs remarques dans le secteur financier. Ils me disent: « Nous avons un problème que nous n’arrivons pas à résoudre ». Lorsque je me tourne vers le gouvernement, ils répondent : « Trouvons une solution ». Et cette réaction vient de Macron lui-même », raconte au quotidien britannique Christian Noyer, chargé de faire campagne pour Paris dans le secteur de la finance.

Plusieurs grands établissements ont déjà affirmé leur préférence pour Paris comme place financière européenne alternative à la City de Londres après le Brexit.

En mars dernier, les Echos a révélé que la banque d’investissement américaine Morgan Stanley, qui emploie actuellement 120 banquiers à Paris, prévoyait d’accroître ses effectifs, avec environ 80 postes supplémentaires (créés ou transférés à Paris), tandis qu’en juin, Goldman Sachs a annoncé qu’il comptait transférer « plusieurs dizaines de banquiers » à Paris, où il emploie une centaine de personnes. Bank of America Merrill Lynch, Wells Fargo, Citi et JP Morgan ont également vanté les mérites de la ville et du pays depuis l’élection d’Emmanuel Macron.

Lire aussi : Brexit : Bank of America choisit une pointure pour diriger Paris

HSBC, qui souhaite également anticiper les effets du Brexit, avait annoncé début août dans un communiqué qu’il avait décidé de rattacher ses activités européennes à sa filiale française (avec le transfert du contrôle de sept succursales européennes), qui devrait ainsi voir croître son bilan de près de 13 milliards d’euros d’ici à 2019. Cependant, la première banque européenne, qui avait promis de transférer 1.000 emplois à Paris avant un changement de management, n’a pour l’instant rien annoncé de concret de grande ampleur et n’a réalisé que quelques recrutements.

Lire aussi : Brexit : 2 ans après, où en sont les relocalisations vers Paris ?

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/brexit-selon-le-financial-times-la-place-de-paris-est-en-train-de-gagner-792305.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20181002

La Toile d’Araignée: Le Second Empire Britannique

La Toile d’Araignée: Le Second Empire Britannique, est un film documentaire qui montre comment la Grande-Bretagne est passé de son statut de puissance coloniale à celui de puissance financière mondiale. Au lendemain du démembrement de cet empire colonial, les intérêts financiers de la City de Londres ont créé un réseau de juridictions offshore secrètes qui ont fait main basse sur les richesses mondiales et les ont dissimulées derrière une toile aux ramifications complexes reliant des iles offshore. Aujourd’hui, près de la moitié de la richesse mondiale offshore serait ainsi cachée dans des juridictions secrètes britanniques. La Grande-Bretagne et ses juridictions sont ainsi devenues l’intermédiaire principal et incontournable dans le monde de la finance internationale. Comment en est-on arrivé à cette situation, et quel est son impact réel sur le monde actuel? La Toile d’Araignée mène l’enquête afin d’apporter des réponses à ces questions.

Notre précédent documentaire Les Princes du Yen: Les banques centrales et la transformation de l’économie: https://youtu.be/1f7WT6VsIV8

Site Web (en anglais seulement): http://www.spiderswebfilm.com

La « nouvelle prospérité » introuvable de Bruno Le Maire

Politique

La « nouvelle prospérité » introuvable de Bruno Le Maire

Bruno Lemaire by UMP photos CC BY-NC-ND 2.0

Dans l’esprit de Bruno Le Maire, tout ce qui est de nature à favoriser l’activité économique est à rejeter et tout ce qui entrave la liberté d’entreprendre au nom d’une fausse notion de la justice sociale est à encourager.

Par Nathalie MP.

Parmi les séquences médiatiques du week-end, on a surtout retenu l’étrange amnésie mâtinée de connivence calculée qui a saisi Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il s’est retrouvé plus ou moins inopinément face au Président de la République. Quelle injustice pour Bruno Le Maire ! Son registre est certes moins sexy puisqu’il parle de comptes publics, mais à écouter le festival de petites phrases creuses et de platitudes politiquement correctes qu’il nous a servies ces derniers jours, c’est à se demander si côté langue de bois ce ne serait pas lui le meilleur d’entre tous.

Comme souvent quand Bruno Le Maire s’exprime, c’est toujours le côté « bon élève gendre idéal » qui apparaît en premier. Samedi dernier, nous avons donc eu droit au discours qui s’est imposé chez tous les dirigeants voulant montrer du sérieux dans la gestion des affaires nationales, ne serait-ce que pour ne pas encourir trop sévèrement les blâmes et autres procédures pour déficit excessif de l’Union européenne :

Il n’y a pas de prospérité durable avec des comptes publics qui ne sont pas bien tenus.  (BLM, 8 septembre 2018)

« Enfin un peu de lucidité ! » serait-on tenté de dire. À vrai dire, notre ministre de l’Économie est coutumier de ces déclarations très orthodoxes. Il y a un an, il écrivait déjà en en introduction du projet de loi de finances pour 2018 :

Si la dépense publique était la réponse à tout, nous devrions donc avoir le chômage le plus bas et le taux de croissance le plus élevé en Europe. Nous en sommes loin. (27 septembre 2017)

Et encore tout récemment, dans l’émission Les 4 Vérités sur France 2 (voir la vidéo en fin d’article), il donnait la définition de ce qu’il appelle pompeusement « la nouvelle prospérité française » :

La nouvelle prospérité française, elle ne doit pas être bâtie sur la dépense et sur la dette, mais sur la croissance et le travail. (6 septembre 2018)

À l’entendre, avec l’élection d’Emmanuel Macron en mai 2017, nous serions donc entrés dans un cycle radicalement nouveau, celui où la sphère publique arrête de dépenser à tout va comme c’était le cas par le passé.

Du retard à l’allumage

Un passé où les acteurs actuels du « nouveau monde » étaient déjà impliqués jusqu’au cou, Macron comme ministre de Hollande et Le Maire comme ministre de Sarkozy. Mais laissons cela. Il nous suffit de constater que la nouvelle prospérité française a visiblement pris un peu de retard à l’allumage, si ce n’est du plomb dans l’aile :

Le budget établi pour 2018 n’a nullement entériné ces sages préceptes, les dépenses et les prélèvements obligatoires ont continué à augmenter. La croissance française, loin de décoller, se tasse plus que jamais, rendant inatteignable l’objectif de 2 % pour 2018, et le chômage n’a pas reflué de façon significative (tableau ci-contre).

En fait de comptes tenus, Bruno Le Maire s’est contenté de nous annoncer dans la foulée que le déficit public serait en dessous de la limite fatidique des 3 % en 2018 et 2019, grâce (attention, violons) aux « efforts considérables » de l’État, des ménages et des entreprises. Que les particuliers et les entreprises soient sans cesse ballotés d’une décision fiscale à une autre, certes. On pense à la hausse de la CSG couplée à la baisse des cotisations salariales ou à l’invraisemblable fiasco la taxe à 3 % sur les dividendes. Mais quels efforts de l’État ?

Il faut savoir tout d’abord que jeudi dernier l’INSEE a publié un communiqué dans lequel il indique avoir accédé aux demandes d’Eurostat, l’organisme de la statistique de l’Union européenne, à propos de la dette de la SNCF et de la recapitalisation d’Orano (ex-Areva).

Il en résulte que le déficit public rapporté au PIB, qui était de 3,4 % pour 2016 et de 2,6 % pour 2017, remonte à 3,5 % et 2,7 % pour ces deux années respectivement. De la même façon, la dette publique atteint maintenant 2 257,8 milliards € à fin décembre 2017 au lieu des 2 218,4 milliards précédemment notifiés, soit 98,5 % du PIB contre 97 % (voir tableau ci-dessus).

Fragilité de la comptabilité nationale

On pourrait facilement se dire qu’il s’agit là d’un simple ajustement de méthode comptable qui ne change rien de fondamental. En réalité, ceci signifie qu’en laissant des dettes telles que celle de la SNCF en dehors du périmètre de nos comptes publics, on se berçait d’une sorte d’illusion qui conduisait à retarder les indispensables réformes de structures. Cette nouvelle alerte sur la fragilité de notre comptabilité nationale doit absolument être entendue.

Il faut reconnaître ensuite que lorsqu’on a obtenu un déficit de 2,7 % du PIB après de nombreuses années situées au-delà de 3 %, et qu’on a déjà annoncé 2,3 % pour les deux années suivantes, il n’est guère fabuleux de faire machine arrière en promettant qu’on sera tout juste en dessous de 3 %. Et ceci d’autant moins que le déficit public moyen des 28 pays de l’Union européenne se situe actuellement à 0,5 % et celui des 19 pays de la zone euro à 0,1 % du PIB.

Quelles que soient les félicitations que M. Le Maire se décerne avec complaisance à propos de la politique menée depuis 15 mois sur le mode « c’est vrai que c’est plus long et que c’est plus difficile, mais ça donnera des résultats solides », et même s’il lui est facile d’écarter d’un revers de main la critique sur la baisse de la croissance sous prétexte qu’elle émane de l’entourage de François Hollande, la France continue à s’aveugler dangereusement sur les réformes indispensables à faire en matière de baisse de dépenses et de remise à plat des missions de l’État. 

On voit surtout Bruno Le Maire déployer beaucoup d’énergie pour aller chercher de la taxe partout. Dernière idée en date, qu’il pousse à fond et qui a été discutée ce week-end par les pays membres de l’UE : la taxation des GAFA à hauteur de 3 % de leur chiffre d’affaires sous un prétexte des plus fumeux de justice fiscale réclamée d’après lui par les peuples européens.

Le recours systématique à la fiscalité

S’il était véritablement question de couper dans les dépenses, on pourrait envisager de commencer à rembourser la dette publique et baisser les impôts de façon importante, choc fiscal qui serait bénéfique à l’activité. L’attitude de Bruno le Maire laisse plutôt penser qu’il cherche prioritairement à combler le déficit par une fiscalité accrue.

Du reste, la mesure annoncée de réduire les effectifs de la fonction publique de 4500 personnes a de quoi faire rire. C’est une boutade, cette épaisseur du trait, quand on songe que nous avons 5,5 millions de fonctionnaires.

Il est également question de grignoter trois francs six sous d’économie en revalorisant les pensions à un taux (0,3%) inférieur à l’inflation (2,3 %) qui s’accélère nettement ces derniers mois. Pour toucher leur retraite, les retraités ont versé des cotisations prélevées sur leur salaire pendant toute leur vie active. On pourrait donc s’imaginer que le montant de cette retraite soit en rapport direct avec ce qu’ils ont payé pour cela.

Mais non. Dans notre système obligatoire et collectivisé de retraite par répartition, le montant de la pension est strictement politique. Au-delà de considérations techniques sur l’espérance de vie et l’âge de départ en retraite, il dépend surtout des besoins de l’État pour tenter de masquer son incurie générale – « maîtriser les dépenses publiques » comme le dit le Premier ministre – comme nous en avons la preuve éclatante aujourd’hui. Le cynisme de l’État est sans limite.

Mais vous pouvez compter sur Bruno Le Maire pour faire mine de comprendre les frustrations de ses concitoyens. Interrogé sur le lien qui semble cassé entre le Président et les Français qui ne voient toujours rien venir après plus d’un an de gouvernance Macron, il fait assaut de dolorisme et de volontarisme dans un déchaînement de mots d’un creux abyssal :

Nous sommes face à la vérité de Français qui sont impatients, qui ont beaucoup souffert, qui depuis des décennies affrontent le chômage de masse, qui sont inquiets sur ce que va devenir la France. […] Il va falloir faire preuve, encore plus pendant les mois qui viennent, de fermeté, de constance et de détermination. (Les 4 Vérités, 6 septembre 2018)

Et vous pouvez compter sur le gentil Bruno Le Maire pour nous faire comprendre à demi-mot que le seul cynisme qui existe en France est celui des entreprises. Faisant commodément l’impasse sur la démence fiscale et la furie réglementaire de l’État, il explique avec beaucoup de tranquillité que si la croissance n’est pas au rendez-vous, c’est tout simplement parce que les entreprises n’innovent pas, ne forment pas, n’investissent pas et ne rémunèrent pas assez.

Lui, Bruno le Maire, éducateur en chef d’entreprises indisciplinées, va changer tout cela. D’où sa loi PACTE, sorte de loi Macron bis examinée actuellement à l’Assemblée, qui est censée « faire grandir les entreprises » et repenser leur rôle social.

Faire grandir les entreprises ou leur mettre des bâtons dans les roues ? On se le demande, surtout quand on l’entend ensuite déclarer qu’il est hostile à l’idée de considérer le travail dominical dans la loi PACTE, tandis qu’il se montre au contraire très favorable à un amendement LREM qui obligerait les entreprises à « révéler les écarts entre les niveaux de rémunération et repérer les déséquilibres ».

Autrement dit, dans l’esprit de Bruno Le Maire, tout ce qui est de nature à favoriser l’activité économique est à rejeter et tout ce qui entrave la liberté d’entreprendre au nom d’une fausse notion de la justice sociale est à encourager. À ce rythme, la nouvelle prospérité française n’est certainement pas pour demain, mais le politiquement gnangnan se porte bien, merci Bruno.

Pour conclure, je vous laisse découvrir l’inénarrable Bruno Le Maire et toutes ses certitudes d’énarque dirigiste qui n’a rien connu d’autre dans toute sa carrière que les postes politiques (hormis deux ans d’enseignement avant l’ENA). Voici l’intégrale de son passage de jeudi dernier dans l’émission Les 4 vérités (08′ 04″). Je préfère vous prévenir, c’est extrêmement pénible :

Sur le web

https://www.contrepoints.org/2018/09/11/324774-la-nouvelle-prosperite-introuvable-de-bruno-le-maire

Qu’est-ce que la Super Classe Mondiale qui nous dirige ? Réponse en 10 points

Georges Soros

Qu’est-ce que la Super Classe Mondiale qui nous dirige ? Réponse en 10 points

Par Michel Geoffroy, essayiste ♦ [Rediffusion] Nous publions à nouveau cette analyse exclusive, publiée initialement dans nos colonnes le 30 mars 2018. En effet, ce texte fait partie des articles les plus lus du début d’année 2018. Un intérêt massif qui motive une nouvelle diffusion en cette période estivale pour préparer au mieux la rentrée politique. Bonne lecture et bonnes vacances.
Polémia


Michel Geoffroy, contributeur régulier de Polémia, a récemment publié La Super-classe contre les peuples. Cet ouvrage, préfacé par Jean-Yves Le Gallou, s’attache à démasquer ceux qui détiennent le pouvoir dans le monde moderne. Avec ce dévoilement magistral de la super-classe mondiale, Michel Geoffroy permet de poser les bases d’une reconquête essentielle : celle de notre liberté.
Michel Geoffroy étant un pilier de Polémia, nous vous proposons une analyse en 10 points de cette super-classe mondiale qui fait tout pour nous diriger.
Polémia1/ La Super Classe Mondiale (SCM) n’est pas un fantasme : elle existe bien et elle a pris le pouvoir en Occident et notamment en Europe Occidentale.

Elle est propriétaire des médias, elle finance le microcosme culturel, les ONG et les groupes de pression et elle impose partout une politique qui va à l’encontre de la volonté du corps électoral. En France elle a réussi à faire élire son candidat lors de la présidentielle de 2017 : Emmanuel Macron

2/ La SCM correspond à la domination sans limite de l’économie et de la finance sur la société et sur la souveraineté politique, qui s’est produite à la fin du XXème siècle.
La SCM regroupe les super riches qui veulent s’enrichir toujours plus, grâce notamment à la dérégulation économique et financière. Grâce aussi à la modification des lois fiscales à leur profit. Grâce enfin au « socialisme des riches » qui consiste à mettre à la charge de la collectivité les charges induites par la mise en œuvre des politiques libre-échangistes, pendant que ses bénéfices reviennent à la seule oligarchie

La SCM incarne la domination sans partage de la loi de l’argent, donc la réduction des hommes à l’état de simple ressource au service des plus riches.

Pour cette raison on ne pourra remettre à sa place la SCM, si on ne régule pas l’économie et la finance mondiales

3/ La SCM incarne aussi le retour d’une vieille eschatologie : la prétention hérétique de bâtir le paradis sur terre et d’unifier le genre humain, sans attendre la venue ou le retour du Messie, prétention qui a été reprise par le messianisme protestant et sa croyance en la destinée manifeste des anglo-saxons. Cetteeschatologie fonde le projet cosmopolite ou mondialiste de la SCM, qui se prétend élue pour ce faire.
Ce projet est bien un complot contre la liberté, la souveraineté et l’humanité de l’homme. Car le gouvernement mondial n’ouvrirait pas la voie à une « démocratie planétaire » mais au contraire à la dictature mondiale de l’oligarchie.En accusant les autres de complotisme la SCM pratique en réalité l’inversion accusatoire.

4/ La SCM est une classe sociale : c’est une oligarchie transnationale qui partage plus de traits communs qu’avec sa population d’origine. C’est une classe qui se croit suffisamment éclairée pour prétendre faire le bien des gens malgré eux.
Elle correspond au parti de Davos : de ceux qui se rencontrent tous les ans lors du World Economic Forum de Davos, qui partagent la même vue du mondelibérale/libertaire et cosmopolite et qui l’imposent aux gouvernements.

5/ La SCM a pris le pouvoir en Occident grâce à la conjonction de trois changements historiques majeurs au cours du XXème siècle : l’avènement de la surpuissance anglo-saxonne, la fin du socialisme et du communisme et enfin la mondialisation de l’économie. La fin du socialisme et du communisme a notamment provoqué le grand soulagement des super-riches qui n’ont plus à craindre en Occident une révolution qui menacerait leurs privilèges et leurs intérêts : avec l’immigration, les délocalisations et bientôt l’intelligence artificielle, ils pensent même avoir trouvé le moyen de remplacer les peuples puis de se passer d’eux. Et la mondialisation a donné aux grandes entreprises transnationales plus de pouvoirs que de nombreux Etats, de plus en plus paupérisés.
Les milliardaires anglo-saxons ont toujours eu la prétention de gouverner le monde. Mais à la fin du XXème siècle, ils ont fini par croire qu’ils en avaient désormais la possibilité.

6/ La SCM fonctionne par la mise en synergie de 4 cercles ou engrenages : le cercle de la richesse financière et économique transnationale, le cercle des médias et de la culture, le cercle des organisations non gouvernementales et de la société civile, enfin le cercle des élites publiques. Le cercle de la richesse financière et économique transnationale est celui où la puissance est la plus concentrée et la plus opaque : il dirige, influence et achète tous les autres cercles.
Le premier cercle ne comprend que quelques milliers d’individus, mais les autres cercles sont plus nombreux, en particulier parce qu’ils regroupent des idiots utiles.

La SCM repose pour cette raison sur un pouvoir impersonnel, désincarné et collégial donc insaisissable (par opposition à la tradition de l’incarnation du pouvoir en Europe)

7/ La SCM est une oligarchie et non pas une élite : elle préfère toujours l’influence des autres à l’engagement personnel direct.
C’est pourquoi on peut assimiler son action et son projet à un complot, car elle refuse de le soumettre au verdict démocratique : elle veut au contraire l’imposer subrepticement en le rendant inéluctable. Pour cette raison elle s’est rendue maîtresse du pouvoir médiatique en Occident, qui sert à ahurir la population, à diffuser l’idéologie libérale/libertaire et cosmopolite et à diaboliser tous ceux qui s’opposent au projet de la SCM.

8/ La SCM fait avancer son projet et son agenda selon une dialectique du chaos et du contrôle. Elle sème le chaos partout comme moyen de détruire la résistance psychologique et l’homogénéité des peuples : c’est principalement le rôle dévolu au chaos migratoire en Europe. Mais aussi au chaos économique, conséquence de la dérégulation systématique, qui place les populations en insécurité économique et sociale croissantes. Ou au chaos moral qui sert à déstructurer les personnalités. Enfin la SCM ne répugne pas à la guerre comme moyen chaotique.

Le chaos sert ensuite de prétexte à l’instauration du contrôle : la SCM substitue à la souveraineté nationale, le contrôle de la population, qui correspond à l’instauration de la post-démocratie en Occident. La post-démocratie illustre le caractère totalitaire du gouvernement mondial que la SCM voudrait instaurer à son profit : un système où les peuples se voient retirer le pouvoir de changer de politique, où les juges supplantent les législateurs et dont l’Union Européenne constitue le laboratoire

9/ L’idéologie libérale/libertaire et cosmopolite a été le principal vecteur de l’instauration du chaos au service de la SCM en Occident. Parce qu’elle a contribué à détruire toutes les régulations qui faisaient obstacle à l’instauration du règne de l’argent. Et parce qu’elle a contribué à diffuser un individualisme radical qui détruit tout ordre social et qui ouvre la voie à la marchandisation du monde et finalement de l’homme lui-même.
Mais la SCM pratique le double standard permanent : dans son comportement interne elle fait tout le contraire de la doxa libérale/libertaire qu’elle préconise pour le reste de la population : elle est hiérarchique, patriarcale et elle aspire au monopole, au pouvoir opaque et au contrôle, non pas à la liberté, à la transparence et à la concurrence

10/ La SCM a réussi à mettre l’Europe en servitude et à s’enrichir démesurément. Par contre elle va échouer au XXIème siècle à contrôler le monde. La SCM n’est donc pas omnipotente: en fait le monde est en passe d’échapper aux mondialistes, en particulier parce que le cœur nucléaire de la SCM -les pays anglo-saxons- est entré en déclin, et parce que le monde devient multipolaire. L’idéologie de la SCM peine à s’imposer partout et en Europe même, elle soulève une opposition croissante.
L’oligarchie en a bien conscience et il ne faut donc pas exclure que la SCM ait recours à la guerre mondiale pour tenter de garder son leadership coûte que coûte.
C’est aussi pourquoi les Européens doivent se libérer de la tutelle de la SCM, qui ne peut que conduire à leur destruction, et pour cela, s’ériger en pôle de puissance autonome.

Michel Geoffroy
21/08/2018

La Superclasse mondiale contre les peuples, Michel Geoffroy, Editions Via Romana, 475 pages, 24 €

Achat en ligne : https://www.polemia.com/la-boutique/

Crédit photo : Georges Soros par Niccolò Caranti [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

Michel Geoffroy

Michel Geoffroy, ENA. Essayiste, contributeur régulier à la Fondation Polémia ; a publié en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou différentes éditions du “Dictionnaire de Novlangue”.

Vu de Russie À Moscou, un certain fatalisme face aux nouvelles sanctions américaines

Vu de Russie À Moscou, un certain fatalisme face aux nouvelles sanctions américaines

Le 22 août doivent entrer en vigueur de nouvelles sanctions contre la Russie, que le département d’État américain met en œuvre à la suite de l’affaire Skripal. Cette nouvelle salve de restrictions, beaucoup plus radicales, pourrait avoir un impact considérable sur l’économie russe.

Washington, qui juge Moscou coupable de l’empoisonnement de l’ex-agent russe Sergueï Skripal en mars 2018 à Londres, estime que la Russie a ainsi enfreint le droit international. C’est pour cette raison que de nouvelles sanctions ce 22 août entreront en vigueur contre le pays.

Adoptées par le département d’État américain le 8 août dernier, elles découlent de la loi américaine adoptée en 1991 sur “le contrôle des armes chimiques et biologiques”, explique le quotidien en ligne russe Gazeta.ru. En vertu de ce texte, les États-Unis ont l’obligation d’appliquer des sanctions contre tout pays qui, selon eux, aurait utilisé des armes chimiques ou biologiques en violation du droit international.

C’est la troisième fois que les États-Unis ont recours à cette loi. Ils l’ont appliquée une première fois en 2013 contre la Syrie et une deuxième en 2018 contre la Corée du Nord.

Deux salves de sanctions

Parmi la liste des mesures de restriction envisagées, les plus sensibles pour la Russie concernent l’interdiction de la vente de toute production à double usage (susceptible d’avoir une utilisation tant civile que militaire), notamment de systèmes électroniques. Ces sanctions viseront toutes les entreprises publiques ou financées par l’État russe.

Mais la deuxième partie des sanctions prévue par la loi va encore plus loin. Elles seront déclenchées si la Russie refuse de se plier aux injonctions américaines : Moscou a un délai de trois mois pour présenter des garanties sur le fait qu’elle n’utilisera aucune arme chimique et pour recevoir des inspecteurs internationaux sur les sites où de telles armes seraient susceptibles d’être produites. À défaut, le pays s’exposera au blocage de toute aide d’ordre technique ou financier en provenance des institutions financières internationales. Les États-Unis pourraient également limiter leurs exportations et les importations en provenance de Russie. Les relations diplomatiques pourraient être réduites ou suspendues. Enfin, autre mesure envisagée : l’interdiction totale des vols de la compagnie Aeroflot à destination des États-Unis.

Quid des stocks américains d’armes chimiques ?

Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, cité par Gazeta.ru, a réagi à l’ultimatum américain en rappelant que la Russie avait déjà fait l’objet de “toutes les inspections imaginables” et que l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) avait confirmé le désarmement chimique de la Russie, il y a trois ans déjà.

Un expert de l’OIAC, interrogé par le titre, estime que la Russie pourrait accéder à la requête des Américains à certaines conditions, en demandant par exemple à inspecter les sites analogues aux États-Unis, car, affirme-t-il, Washington est le seul membre de l’OIAC possédant encore d’importantes réserves de substances chimiques à usage militaire. Sergueï Lavrov a du reste récemment déclaré à ce sujet : “Ils ont encore demandé un report, cette fois jusqu’en 2020, il faudrait donc plutôt parler des problèmes posés par le désarmement chimique des Américains.”

Quoi qu’il en soit, la menace que fait peser la multiplication des sanctions sur l’économie russe plaide en faveur d’un “geste de bonne volonté” de la part de Moscou, ne serait-ce que pour “apaiser les Américains”, estime le même expert. Mais, dans un éditorial, Gazeta.ru se montre beaucoup plus fataliste :

La Russie n’a plus qu’à s’occuper de sa propre économie, en gardant en tête que les plus sombres prévisions concernant les sanctions américaines peuvent à tout moment devenir réalité. Et que, même s’il veut sincèrement restaurer les relations avec Moscou, le président Trump n’a pas vraiment les mains libres avec le Congrès actuel. Sauf, le cas échéant, pour organiser une rencontre et discuter.”

L’Amérique risque de perdre sa guerre commerciale, par Joseph E. Stiglitz

L’Amérique risque de perdre sa guerre commerciale, par Joseph E. Stiglitz

Joseph E. Stiglitz, 09-08-2018

Le déficit budgétaire américain atteint de nouveaux sommets ce qui signifie qu’il se creusera encore, quelle que soit l’issue de la guerre commerciale.

Ce qui apparaissait dans un premier temps comme une simple escarmouche commerciale – après l’imposition de droits de douanes par le président américain Donald Trump sur l’acier et l’aluminium – semble s’être rapidement changé en une guerre commerciale totale contre la Chine. Si la trêve convenue entre l’Europe et les États-Unis est maintenue, l’Amérique se retrouvera principalement en conflit avec la Chine, plus qu’avec le reste du monde (le litige commercial avec le Canada et le Mexique étant bien entendu voué à perdurer, compte tenu d’exigences américaines qu’aucun des deux pays ne peut ou ne devrait accepter).

La macroéconomie
l’emporte toujours.

Au-delà de l’assertion exacte, mais désormais commune, selon laquelle tous les acteurs risquent de finir perdants, que pouvons-nous affirmer quant aux conséquences potentielles de la guerre commerciale menée par Trump? Premièrement, la macroéconomie l’emporte toujours: si l’investissement intérieur de l’Amérique continue d’excéder son épargne, le pays sera contraint d’importer des capitaux et d’enregistrer un déficit commercial important. Pire encore, en raison des réductions d’impôts adoptées en fin d’année dernière, le déficit budgétaire américain atteint de nouveaux sommets – récemment estimé à plus de 1000 milliards de dollars d’ici 2020 – ce qui signifie que le déficit commercial se creusera très certainement, quelle que soit l’issue de la guerre commerciale. L’Amérique ne pourra y échapper que si Trump plonge son pays dans la récession, et que le revenu chute à tel point que l’investissement et les importations s’effondrent.

La «meilleure» issue de l’accent étroit placé par Trump sur le déficit commercial vis-à-vis de la Chine consisterait en une amélioration de la balance bilatérale, associée à une augmentation de même ampleur du déficit vis-à-vis d’un autre pays (ou de plusieurs autres). Les États-Unis pourraient vendre davantage de gaz naturel à la Chine et lui acheter moins de machines à laver, mais ils vendraient alors moins de gaz naturel à d’autres pays, et achèteraient davantage de machines à laver en Thaïlande ou dans un autre État ayant échappé à la colère instable de Trump. Or, l’Amérique ayant interféré avec le marché, elle est vouée à payer plus cher ses importations – et à obtenir moins pour ses exportations – que cela aurait pu être le cas dans d’autres circonstances. Autrement dit, même dans le meilleur des cas, les États-Unis se retrouveront dans une situation plus défavorable qu’aujourd’hui.

Le problème des États-Unis ne se situe pas du côté de la Chine. Le problème est d’ordre intérieur: l’Amérique n’épargne pas suffisamment. Comme un grand nombre de ses compatriotes, Trump adopte une vision de trop courte vue. S’il comprenait un tant soit peu l’économie et la nécessité d’une vision à long terme, il se serait efforcé d’accroître l’épargne nationale, ce qui aurait permis d’atténuer le déficit commercial multilatéral.

Une réduction véritablement conséquente
du déficit commercial bilatéral s’avérera difficile.

Des correctifs rapides et évidents existent: la Chine pourrait acheter davantage de pétrole américain, puis le revendre à d’autres. La différence produit serait infime, avec peut-être une légère augmentation des coûts de transaction. Mais Trump pourrait au moins se targuer d’avoir éliminé le déficit commercial bilatéral.

En réalité, une réduction véritablement conséquente du déficit commercial bilatéral s’avérera difficile. À mesure de la diminution de la demande en produits chinois, le taux de change du renminbi s’affaiblira – même sans aucune intervention du gouvernement. Ceci compensera partiellement les effets des droits de douanes américains, en renforçant dans le même temps la compétitivité de la Chine vis-à-vis des autres pays, et cela même si la Chine n’utilise pas les autres instruments dont elle dispose, tels que le contrôle sur les salaires et les prix, ou qu’elle n’œuvre pas activement pour des hausses de productivité. Comme celle des États-Unis, la balance commerciale globale de la Chine est déterminée par la macroéconomie.

Si la Chine intervient plus activement et riposte plus agressivement, l’évolution de la balance commerciale Amérique-Chine pourrait se révéler encore plus infime. La douleur infligée par un camp à l’autre est difficile à déterminer. La Chine exerce un plus grand contrôle sur son économie, et entend évoluer vers un modèle de croissance axé davantage sur la demande intérieure que sur l’investissement et les exportations. Les États-Unis ne font qu’aider la Chine sur cette voie. En revanche, les manœuvres américaines interviennent à l’heure où la Chine s’efforce de gérer son excès d’endettement et de capacité; à tout le moins dans certains secteurs, l’Amérique ne devrait pas lui faciliter la tâche.

Une chose est sure: si Trump entend empêcher la Chine d’appliquer sa politique «Made in China 2025» – adoptée en 2015 pour progresser dans son objectif sur 40 ans consistant à réduire l’écart de revenu entre la Chine et les pays développés – le président américain échouera très certainement. En effet, les démarches de Trump ne pourront que renforcer la volonté des dirigeants chinois consistant à dynamiser l’innovation et à atteindre la suprématie technologique, puisqu’ils réaliseront ne pas pouvoir compter sur autrui, et comprendront que l’Amérique leur est activement hostile.

L’incompétence de l’équipe économique de Trump
est sans équivalent au niveau mondial.

Lorsqu’un pays entre en guerre, qu’elle soit commerciale ou autre, il lui faut s’assurer de la présence de généraux compétents à ses côtés – aux objectifs clairement définis, à la stratégie viable, et recueillant le soutien de la population. C’est ici que les différences entre la Chine et les États-Unis apparaissent le plus manifestement. L’incompétence de l’équipe économique de Trump est sans équivalent au niveau mondial, et la plupart des Américains ne soutiennent pas la guerre commerciale.

Le soutien populaire diminuera encore davantage à mesure que les Américains réaliseront être doublement perdants dans cette guerre: des emplois disparaîtront non seulement en raison des mesures de représailles chinoises, mais également parce que les droits de douanes américains élèveront le prix des exportations américaines et les rendront moins compétitives, de même qu’augmenteront les prix des produits qu’achèteront les Américains. Ceci pourrait provoquer la chute du taux de change du dollar, et accentuer encore davantage l’inflation aux États-Unis, le tout suscitant toujours plus d’opposition. La Fed rehausserait alors probablement les taux d’intérêt, conduisant à moins d’investissement, moins de croissance et plus de chômage.

Nous savons désormais comment Trump réagit lorsque ses mensonges sont exposés, et que ses politiques échouent: il double la mise. À plusieurs reprises, la Chine a proposé à Trump des options permettant au président américain de quitter le champ de bataille sans perdre la face, et de proclamer la victoire. Il les a toutes refusées. Peut-être l’espoir réside-t-il dans trois de ses traits de personnalité: sa préférence pour le paraître plutôt que la substance, son imprévisibilité, et son amour pour la politique des «grands hommes». Peut-être qu’à l’occasion d’une rencontre majeure avec le président Xi Jinping, il déclarera le problème résolu, avec quelques ajustements mineurs ici et là en matière de droits de douanes, et quelque geste inédit en direction d’une ouverture du marché déjà annoncée dans les plans de la Chine, de sorte que chacun puisse rentrer satisfait chez lui.

Dans une tel scénario, Trump aura alors «résolu» de manière imparfaite un problème créé par le président américain lui-même. Mais le monde issu de cette guerre stupide n’en demeurera pas moins différent: plus incertain, moins confiant dans l’État de doit à l’international, et présentant des frontières plus dures. Trump a changé le monde de manière définitive, et pour le pire. Même dans le meilleur des cas, seul Trump en sortira gagnant – son égo surdimensionné encore un peu plus gonflé.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Copyright: Project Syndicate, 2018.

Source : www.project-syndicate.org, Ali News, Joseph E. Stiglitz, 09-08-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/lamerique-risque-de-perdre-sa-guerre-commerciale-par-joseph-e-stiglitz/

12 pays européens s’opposent à un futur budget de la zone euro

12 pays européens s’opposent à un futur budget de la zone euro

12 pays européens s'opposent à un futur budget de la zone euro © Kai Pfaffenbach Source: Reuters
L’Eurozone aura bientôt son propre budget ?

Le projet franco-allemand d’un budget de la zone euro a déjà du plomb dans l’aile. Plusieurs pays dont les Pays-Bas, la Belgique ou le Luxembourg ont adressé un courrier le 22 juin au président de l’Eurogroupe pour dénoncer cette idée.

Emmanuel Macron a encore du travail avant de pouvoir prétendre être le leader de la construction européenne. Alors qu‘il a négocié avec Angela Merkel le 19 juin pour la constitution d’un budget de la zone euro (l’une de ses promesses de campagne en 2017), certains pays de l’Union européenne ont d’ores et déjà montré leur scepticisme. En effet, le ministre des Finances néerlandais Wopke Hoekstra a envoyé un courrier le 22 juin au président de l’Eurozone Mario Centeno pour afficher publiquement sa désapprobation.

Une lettre qui a été signée par onze autres pays selon le média néerlandais NOS : la Belgique, le Luxembourg, l’Autriche, le Danemark, la Suède, l’Irlande, Malte, la Finlande, l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie.

Parmi leurs objections figure le financement du projet, selon NOS qui a révélé l’information. D’après le média néerlandais, des dizaines de milliards d’euros devraient effectivement être engagées pour stimuler l’investissement dans la zone euro. Une réunion de l’Eurogroupe le 21 juin devait acter la mise en place d’une taxe sur les transactions financières pour subventionner le plan, sauf que de nombreux pays se sont opposés à cette taxe. Les Pays-Bas ont été contre un tel budget dès le début.

Pour les Néerlandais, chaque pays devrait s’assurer qu’il peut se débrouiller seul financièrement. De fait, les pays du Nord craignent des risques de dérives budgétaires. «En ce qui concerne une capacité fiscale ou un budget pour la zone euro, une question se pose : quel genre de problème cela résout-il ? Ça n’est pas clair pour nous et nous n’y sommes pas favorables», avait confié Wopke Hoekstra à l’AFP le 21 juin.

Bruno le Maire veut «convaincre»

Toujours selon l’agence de presse française, Bruno Le Maire, ministre français de l’Economie et des Finances, a tenu, de son côté, à être rassurant. Il a certes convenu que «des doutes s’étaient exprimés sur le budget de la zone euro», lors de la discussion des 27 ministres des Finances de l’UE (le Royaume Uni n’était pas présent en raison du Brexit). Toutefois, il a ajouté que «chacun connaissait les positions des Etats membres de la zone euro sur ce sujet, à nous de convaincre». Lors d’un point presse, il a également assuré que l’accord avec l’Allemagne pour la formation d’un budget de l’Eurozone était «historique» et permettrait «d’avoir une monnaie forte mais aussi une économie forte et plus d’emplois».

Une argumentation qui rappelle celle d’économistes et de personnalités politiques pour la promotion de l’euro. Avant le référendum de Maastricht, l’ancien Premier ministre Michel Rocard expliquait dans Ouest-France, le 27 août 1992: «La monnaie unique, ce sera moins de chômeurs et plus de prospérité.» En 1996, trois ans avant l’introduction de l’euro, Jacques Attali attestait également : «Lorsque [le Traité de Maastricht] sera appliqué, il est évident qu’il y aura une très forte croissance qui en découlera car nous aurons un grand espace économique avec une monnaie unique.»

Un budget de l’eurozone pour 2021 ?

L’idée est de mettre en place ce budget spécifique à la zone euro à partir de 2021, a priori dans le cadre du plan pluriannuel pour l’ensemble de l’UE. Sa création doit être approuvée par les 27 pays de l’Union à l’unanimité.

Dans la déclaration franco-allemande présentée le 19 juin, aucune mention n’avait été faite du montant du budget, renvoyant cette épineuse question à plus tard. Initialement, la France espérait plusieurs centaines de milliards d’euros, mais il ne devrait n’y en avoir que quelques dizaines.

Lire aussi : Deuxième anniversaire du Brexit : Emmanuel Macron incarne-t-il le leadership Union-européiste ?

https://francais.rt.com/economie/51866-12-pays-europeens-s-opposent-a-un-futur-budget-de-la-zone-euro

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