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Le sanctionneur arrosé

Le sanctionneur arrosé

Publié le 20 Juin 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisEconomieRussiePétrole

Lorsque les frères Lumière projetèrent, en 1895, le premier film de l’histoire cinématographique, ils n’imaginaient sans doute pas la postérité de leur Arroseur arrosé. Ces derniers temps, le rôle du jardinier crétin est repris avec ardeur, quoiqu’à son corps défendant, par l’empire qui ne semble décidément pas savoir comment s’y prendre avec ses sanctions. Jugez-en plutôt…

Depuis les sanctions contre la Russie décidées par Washington et imposées aux euronouilles en 2014, l’indice de la bourse de Moscou a gagné 100%. Les opérateurs sont stupéfaits : « Ce que le marché russe a fait est incroyable étant données les sanctions. On se demande ce qui se passerait si celles-ci étaient suspendues… » Une chose est sûre : le « philanthrope »-boursier Soros ne s’attendait certainement pas à ça.

Et comme de leur côté, les réserves dépassent à nouveau les 500 milliards d’équivalents-dollars (seul un cinquième est libellé en billets verts), retrouvant leur niveau de 2014, le Kremlin a le sourire. Oh, à propos de dédollarisation, Bruxelles et Moscou sont en discussion pour favoriser les paiements roubles-euros. Pour l’instant, 54% des exportations russes vers l’UE sont encore payées en dollars (34% en euros et 8% en roubles). Pour les exportations européennes vers la Russie, les chiffres sont déjà plus intéressants : 48% en euros, 28% en roubles et seulement 22% en dollars.

Conclusion : un certain chemin a déjà été parcouru sur la voie de la dédollarisation mais l’UE continue de payer l’énergie russe en devises US. Les Russes jouent habilement la carte de l’infatuation des euronouilles envers leur monnaie (Il faut sauver le soldat euro) pour enfoncer un clou supplémentaire dans le cercueil de la domination financière impériale, pilier de sa puissance.

Moscou a également d’autres bonnes raisons de se réjouir tandis que les stratèges de DC la Folle se prennent, eux, la tête à deux mains. Depuis les sanctions états-uniennes contre le pétrole vénézuélien, les raffineurs américains se sont découvert une soudaine passion pour… l’or noir russe, dont les importations ont triplé ! Dans un scénario kafkaïen délicieux à souhait, les USA sanctionnent Caracas mais augmentent les revenus de Moscou qui aide Caracas.

Dans la même lignée, les sanctions impériales contre le pétrole iranien obligent l’Inde, grande importatrice de naphte perse, à regarder du côté de son allié historique russe. D’où ils sont, McCainistan et Brzezinski doivent regarder tout ça d’un air consterné en s’arrachant le peu de cheveux qui leur restent…

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Enjeux économiques et sécuritaires de la production de gaz naturel en Méditerranée orientale

Enjeux économiques et sécuritaires de la production de gaz naturel en Méditerranée orientale

Tribune
14 juin 2019

Depuis 2009, l’activité d’exploration d’hydrocarbures offshore en Méditerranée orientale a permis la découverte de plusieurs gisements de gaz naturel, et de nouvelles campagnes d’exploration sont en cours. La mise en production dépend en revanche de la rentabilité financière attendue, et notamment des possibilités de transporter le gaz vers des marchés de consommation attractifs.

Les relations entre les différents pays impliqués au niveau de la production et du transport (Égypte, Israël, potentiellement Chypre, Liban, Turquie et Grèce) posent des défis au parfait développement de cette filière.

Rappels historiques

Les premiers succès significatifs de l’exploration d’hydrocarbures offshore en Méditerranée orientale se sont produits entre 2009 et 2011, avec trois découvertes importantes : les champs Tamar et Leviathan, au large d’Israël, et Aphrodite, au large de la côte sud de Chypre, dans la zone économique exclusive (ZEE) de la République de Chypre (RC)[1].

Est venu ensuite, en 2015, Zohr, le champ gazier géant au large des côtes de l’Égypte, considéré comme le plus important jamais découvert en Méditerranée, avec des réserves estimées à 850 milliards de m3. Il a fait l’objet d’une mise en service très rapide, dès la fin de 2017. D’autres gisements ont été mis au jour, au large de l’Égypte, dans les zones dénommées West Nile Delta et Greater Nooros.

En 2018, de nouvelles explorations ont été couronnées de succès au large de la côte sud de Chypre, dans le Bloc 6 (Calypso-1) et dans le Bloc 10 (Glaucus-1), dont les réserves sont en cours d’évaluation.

2018 a également marqué l’entrée en jeu du Liban, avec la signature de deux accords d’exploration et de production entre Beyrouth et un consortium international. Un deuxième round d’attribution de licences d’exploration et de production d’hydrocarbures offshore est prévu en 2019.

Enjeux économiques

Les découvertes n’ont de sens que si les réserves sont ensuite converties en capacités de production, elles-mêmes dépendantes du prix du gaz, de la disponibilité d’options d’exportation et de moyens de transport, ainsi que de la stabilité de l’environnement réglementaire, fiscal et politique des pays. En prenant en compte ces divers aspects, les enjeux économiques pour les trois pays principaux (Égypte, Israël et Chypre) diffèrent significativement.

L’Égypte bénéficiait d’une situation d’indépendance énergétique jusqu’à la fin de la première décennie du XXIe siècle et pouvait même exporter du gaz grâce à deux usines de liquéfaction, situées à Idku et Damiette et aux gazoducs la reliant à Israël (gazoduc East Mediterranean Gas – EMG) et à la Jordanie (Arab Gas Pipeline). Par la suite, la réduction de la production et l’augmentation de la demande domestique l’ont rendue importatrice nette. La découverte de Zohr en 2015 a été donc accueillie très positivement et le lancement rapide du développement du champ a été rendu possible par l’existence d’une forte demande intérieure. La production de Zohr est l’un des facteurs principaux de la reprise économique du pays, avec une croissance du PIB réel pour l’année 2018 de 5,3 % selon les estimations de la Banque mondiale. Le Caire devrait recommencer à exporter du gaz de façon régulière en 2019, en utilisant l’infrastructure existante des terminaux de liquéfaction. Le pays aspire aussi à devenir un hub gazier, en centralisant des flux destinés à l’exportation en provenance d’Israël et de Chypre.

En Israël, le potentiel des différents champs dépasse la consommation locale. L’accès à des marchés étrangers est donc une condition nécessaire au plein développement de la production. Des accords ont été signés avec l’Autorité palestinienne et la Jordanie, mais ils rencontrent l’opposition des opinions publiques locales. La possibilité d’exporter du gaz d’Israël vers l’Égypte pour satisfaire la demande locale et/ou pour exporter le gaz vers les marchés internationaux à travers les terminaux GNL paraît plus prometteuse, en particulier depuis l’acquisition en 2018 d’une participation dans le capital du gazoduc EMG par l’entreprise Noble Energy, principale actionnaire du consortium qui gère le champ Leviathan.

Pour Chypre, du fait du faible potentiel de la demande domestique, l’existence de marchés d’exportation est une condition nécessaire pour la mise en production des découvertes gazières. Différentes hypothèses ont été étudiées :

    • la construction d’un gazoduc vers l’Égypte dans le but d’utiliser les usines de liquéfaction pour réexporter le gaz vers les marchés internationaux sous forme de GNL. Ce projet a fait l’objet de plusieurs déclarations politiques, mais il se heurte au développement de la production égyptienne, qui réduira la disponibilité d’utilisation des installations de GNL ;
    • la construction d’une usine de liquéfaction a également été envisagée. Soit sous la forme d’un terminal onshore construit sur la côte sud de Chypre, soit via une installation flottante (Floating LNG). Si transformer le gaz en GNL permet d’avoir accès au marché mondial, avec des cargaisons allant vers l’Europe, l’Asie ou l’Amérique du Sud, la faisabilité de cette option est actuellement rendue difficile par les coûts de construction élevés et par la surcapacité actuelle sur le marché du GNL ;
    • le projet Eastern Mediterranean Natural Gas Pipeline (Israël-Chypre-Grèce-Italie), qui prévoit quant à lui de relier Israël et Chypre aux marchés européens, a été approuvé par la Commission européenne comme un projet d’intérêt commun, ce qui le rend ouvert à un financement de l’Union. Cependant, un tel projet est coûteux, techniquement difficile et pourrait causer de sérieux problèmes politiques avec la Turquie en raison de différends sur la délimitation maritime.

Enjeux sécuritaires

L’exploitation et l’exportation des ressources gazières en Méditerranée orientale présentent de nombreux enjeux sécuritaires liés aux relations politiques instables entre les pays de la région et aux risques d’actions terroristes.

La localisation de certains champs pourrait réanimer des disputes préexistantes au sujet de la délimitation des frontières maritimes et des zones économiques exclusives (ZEE), notamment concernant la frontière maritime entre le Liban et Israël, qui n’a jamais été agréée officiellement. Des différends ne sont pas à exclure non plus au sujet de la délimitation des structures géologiques des gisements de gaz – notamment lorsqu’elles se situent près des limites des ZEE, puisqu’elles pourraient alors les chevaucher. Il est intéressant de noter que le champ Zohr se trouve dans la ZEE égyptienne, à seulement quelques milles de la ZEE de Chypre, et qu’Aphrodite est situé dans la ZEE de Chypre et se prolonge légèrement dans les eaux israéliennes. Dans le cas de réservoirs à cheval entre différentes ZEE, il faudrait envisager une exploitation conjointe du champ, mais des tensions entre les pays concernés sont aussi à attendre.

Un cas particulièrement complexe concerne la Turquie, la République de Chypre (RC) et la République turque de Chypre du Nord (RTCN). Outre la question des délimitations maritimes illustrée par l’épisode de février 2018 qui a vu le navire de forage Saipem 12000, affrété pour effectuer des travaux sur le Bloc 3, au sud-est de l’île, être bloqué par un navire militaire turc et finalement contraint de quitter la zone, Ankara s’oppose plus généralement, à toute activité de recherche et de production tant qu’aucun accord entre la RC et la RTCN n’est trouvé. La Turquie et la RTCN estiment que les éventuels revenus dérivant de la production d’hydrocarbures devraient être partagés entre toute la population de l’île de Chypre, ce qui implique une résolution du conflit entre la RC et la RTCN.

La situation d’Israël est aussi particulière. Les conflits persistants entre Israël et ses voisins – état de guerre formel avec le Liban, antagonisme avec le Hezbollah, tensions avec les Palestiniens, instabilité en Syrie – exposent les installations gazières à des risques d’attaques militaires ou terroristes. Ces mêmes risques d’attaques terroristes pèsent aussi sur les installations énergétiques en Égypte, pays qui connaît de façon régulière des actions menées par des groupes islamistes, présents notamment dans le Sinaï (région par laquelle transite le gazoduc EMG).

De manière générale, la prolifération de plates-formes d’extraction, de pipelines, de navires, voire de terminaux méthaniers implique une multiplication de cibles sensibles et des besoins de surveillance croissants. En Israël, par exemple, les champs de production sont situés dans des zones relativement proches des côtes. Ainsi, le champ Tamar est situé à 56 milles à l’ouest d’Haïfa et le champ Leviathan à 80 milles, près de la frontière avec le Liban. Le gaz de Tamar est transporté par pipeline jusqu’à Ashkelon, à quelques kilomètres de la frontière avec Gaza. Toutes ces installations industrielles sont donc exposées au risque d’attaques terroristes ou militaires de l’extérieur. Les risques de sabotage et de frappe militaire ou terroriste représentent ainsi de nouveaux défis pour les appareils de sécurité des différents pays, en particulier pour les forces navales.

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La découverte et l’exploitation d’hydrocarbures seront un élément important de l’avenir des pays de la Méditerranée orientale. Ils pourront agir comme facteurs de coopération régionale tout comme alimenter des affrontements et ajouter des frictions à une région déjà volatile.

Dans ce cadre, l’UE a tout intérêt à promouvoir toutes les formes possibles de coopération régionale et à défendre son intérêt d’un point de vue énergétique, économique, comme politique. En ce qui concerne l’énergie, le gaz de la Méditerranée orientale peut renforcer sa sécurité et la diversification de l’offre pour un certain nombre d’États membres, en particulier dans l’Europe du Sud-Est et l’Europe centrale – des régions qui dépendent aujourd’hui presque exclusivement du gaz russe. Économiquement, les compagnies européennes sont les plus actives dans l’exploration et la production dans la région (notamment l’italienne ENI, la française Total et l’anglo-néerlandaise Shell) et il serait légitime de défendre leurs intérêts en cas de nécessité. Enfin, du point de vue politique, la République de Chypre est membre de l’Union européenne et la mise en valeur de ses réserves gazières représenterait un puissant atout de développement.

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[1] Sauf indication contraire, le mot « Chypre » dans cet encadré fait référence au nom de l’île et à la République de Chypre (RC), non reconnue par la Turquie. La République turque de Chypre du Nord, qui est seulement reconnue par la Turquie, est mentionnée comme RTCN.

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J.-B. Pinatel : « La guerre économique de Trump »

J.-B. Pinatel : « La guerre économique de Trump »

Le Billet du Lundi du 10 juin 2019, par Jean-Bernard Pinatel*

 

Avec l’Iran et le Venezuela, Trump manie le chaud et le froid. Il passe en six mois du risque de guerre à la négociation. Il est trop facile de considérer le Président des Etats-Unis comme un bonimenteur. En effet, il se déroule, derrière le brouillard des déclarations, une guerre économique féroce dont nous subissons nous aussi les effets : elle a été l’élément déclencheur de la crise des gilets jaunes dont, bien entendu, les causes sont plus diverses et plus anciennes.

 

 

Alors pourquoi cette stratégie de tension avec le Venezuela et l’Iran ?

 

Selon différentes évaluations, le Venezuela est aujourd’hui le pays qui aurait des réserves prouvées de brut du même ordre, voire supérieures, à celles de l’Arabie Saoudite tandis que l’Iran se situe au quatrième rang mondial pour le pétrole brut et au premier rang pour le gaz naturel.

En dehors des néoconservateurs et du complexe militaro-industriel, l’opinion américaine ne veut plus voir ses boys tués à l’extérieur à cause du pétrole alors même qu’avec le pétrole et le gaz de schiste extraits du sol américain les Etats-Unis deviennent auto-suffisants, voire exportateurs.

 

 

Le problème est que, malgré les efforts extraordinaires de productivité réalisés par l’industrie d’exploration-production américaine, le pétrole de schiste n’est compétitif que si les prix du brut restent supérieurs à 60 $ le baril. En effet, cette industrie a investi à perte pendant une dizaine d’années pour réussir le tour de force extraordinaire d’abaisser son seuil de compétitivité de 80 $ le baril aux alentours de 40 $ le baril pour les nouveaux projets. Mais il faut rajouter le poids de la dette contractée. En effet pour réaliser les investissements nécessaires, la dizaine de milliers de petits et plus gros entrepreneurs qui se sont lancés dans ce nouvel eldorado ont souscrit des emprunts auprès des multiples petites banques locales américaines. Celles–ci ont titrisé immédiatement ces emprunts qui se sont disséminés dans l’ensemble du secteur bancaire américain. Les taux d’intérêts et le remboursement de cette dette viennent donc s’ajouter aux frais de forage et d’exploitation actuels.  Même si l’on manque d’études systématiques, la majorité des analystes avancent la nécessité d’avoir un baril de brut au-dessus de 60 dollars pour que ces dettes puissent être remboursées et que l’on n’assiste pas à une nouvelle crise semblable à celle des subprimes.

On comprend mieux alors les prédictions catastrophiques qui se sont multipliées quand le prix du brut est passé de 122 $ en janvier 2014 à 36 $ en janvier 2016, menaçant ainsi toute l’industrie de l’extraction du pétrole de schiste aux Etats-Unis et par contrecoup tout le système bancaire américain.

 

 

La guerre économique

 

Heureusement, l’option choisie par Trump, le business man, n’a pas été celle de Bush junior qui, selon plusieurs auteurs américains, considèrent que la guerre en Irak a été  « Blood for no Oil »

Pour Greg-Palast1, par exemple, la motivation première des conseillers de Bush était machiavélique : stopper la production de brut irakien pour maintenir les cours du brut aux alentours de 100$ et permettre ainsi de rentabiliser les investissements faits dans le pétrole et le gaz de schiste. « The invasion was not about « blood for oil », but something far more sinister: blood for no oil. War to keep supply tight and send prices skyward. Oil men, whether James Baker or George Bush or Dick Cheney, are not in the business of producing oil. They are in the business of producing profits ». 

Trump, pour l’instant, s’est contenté de l’effet des sanctions économiques contre le Venezuela et l’Iran.

Le 28 janvier 2019, l’administration Trump a interdit aux compagnies américaines d’acheter du pétrole vénézuélien tant qu’un nouveau gouvernement formé par l’opposant Juan Guaido, qui s’est auto-proclamé président, ne sera pas en mesure de recevoir les recettes.  Les exportations vénézuéliennes de brut et de carburant ont depuis chuté de 1,7 millions à 920.000 barils par jour.

De même, les sanctions américaines contre l’Iran ont fait baisser les exportations iraniennes de 1,5 millions de barils par jour (bpj) entre 2018 et 20192. Les expéditions sont en moyenne de 1,0 à 1,1 million de barils par jour (bpj) depuis mars 2019 (selon les données de Refinitiv Eikon et de trois sociétés qui suivent les exportations iraniennes), alors qu’elles représentaient au moins 2,5 millions de bpj en avril 2018, un mois avant la dénonciation par les Etats-Unis de l’accord international de 2015 sur le programme nucléaire iranien et le retour à des sanctions américaines visant l’Iran.

Les décisions de guerre économique prises par Trump ont ainsi privé le marché de l’ordre de 2,5 millions de barils jour.  L’effet s’est vite fait sentir sur le marché comme le montre le graphique précédent puisque le cours de baril de brut oscille aujourd’hui autour d’un point d’équilibre de 60$.

Une inconnue majeure demeure : combien de temps cet effet durera-t-il et maintiendra-t-il une tension sur le marché du brut ? Suffisamment de temps espérons-le pour que les dettes contractées soient remboursées et que les Etats-Unis ne se trouvent pas devant ce dilemme catastrophique d’accepter une crise financière qui peut contaminer le monde entier ou refaire une guerre  « for no oil » qui menacerait la Paix du Monde.

 

*Jean-Bernard Pinatel, membre fondateur et Vice-président de Geopragma 

 

Notes :

1. Greg Palast is a New York Times bestselling author and fearless investigative journalist whose reports appear on BBC Television Newsnight and in The Guardian. Palast eats the rich and spits them out. Catch his reports and films at www.GregPalast.com, where you can also securely send him your documents marked, « confidential ». Cité dans mon dernier livre : ”Histoire de l’islam radical et de ceux qui s’en servent”, Lavauzelle, 2011, page 146.
2.  https://investir.lesechos.fr/marches/actualites/iran-baisse-des-exportations-de-brut-avant-meme-de-nouvelles-sanctions-us-1835846.php

http://geopragma.fr/index.php/2019/06/10/j-b-pinatel-la-guerre-economique-de-trump/

Fiat Chrysler renonce à son offre de fusion avec Renault

MARIAGE IMPOSSIBLE ?
Fiat Chrysler renonce à son offre de fusion avec Renault

Le projet de fusion tant attendu n’aura donc pas lieu. Selon des informations de L’Opinion, Fiat Chrysler a dévoilé ce mercredi 5 juin le retrait de son offre de fusion avec Renault. 30 milliards d’euros étaient en jeu

La société a évoqué le rôle néfaste et désastreux des conditions politiques en France. Le projet aurait permis de former le troisième constructeur automobile mondial.

Cette décision aurait été prise après la demande de l’Etat français du report du vote du conseil d’administration de Renault sur le projet, afin d’obtenir le soutien de Nissan. Selon des révélations de L’Opinion, l’Etat a également cherché à obtenir des garanties sur l’emploi en France et le versement de dividendes aux actionnaires du groupe français.

Le conseil d’administration de Fiat Chrysler a donc décidé de retirer avec effet immédiat l’offre déposée neuf jours plus tôt, après avoir appris que le conseil de Renault n’avait pas encore été acté.

Selon un communiqué dévoilé la nuit dernière par Fiat Chrysler, « il est devenu clair que les conditions politiques en France ne sont actuellement pas réunies pour qu’une telle combinaison voie le jour avec succès« .

Renault a également indiqué que son conseil d’administration n’avait « pas été en mesure de prendre une décision en raison du souhait exprimé par les représentants de l’État français de reporter le vote à un conseil ultérieur« .

Cette nouvelle représente donc un nouveau revers pour Renault, après l’affaire Carlos Ghosn.

Mercredi, ce sont les deux représentants de l’Etat au sein du conseil d’administration de Renault qui ont insisté pour que la fusion ne soit pas votée trop rapidement. Selon une source citée par l’AFP, « tous les administrateurs étaient pour [la fusion], à part un représentant des salariés affilié à la CGT et les deux représentants de Nissan qui se sont abstenus, comme prévu« . La rédaction de Libération a dévoilé que la séance a été interrompue une heure, afin de joindre Bruno Le Maire au téléphone.

Alors qu’il sera en visite au Japon à partir de vendredi pour le G20, le ministre de l’Economie souhaitait prendre le temps pour s’entretenir avec son homologue japonais, dans l’espoir d’obtenir « un soutien explicite de Nissan » sur ce projet.

La relation particulière entre Renault et Nissan apparaissait comme un possible obstacle à la fusion entre Fiat Chrysler et le constructeur français. Selon des sources proches du dossier, les dirigeants de Nissan se sentaient laissés à l’écart du projet. Le directeur général de la firme japonaise, Hiroto Saikawa, n’était pas opposé à une fusion Renault-FCA. Il avait néanmoins prévenu qu’elle « modifierait de manière significative la structure » du partenariat avec Renault et « nécessiterait une revue fondamentale des liens actuels » entre les deux alliés.

La volonté de l’Etat de ménager Nissan, le partenaire de Renault, aurait donc été malmenée face à l’empressement du constructeur italo-américain.

Selon des informations de Franceinfo, l’Etat avait fixé quatre conditions à son accord définitif, selon des précisions de Bruno Le Maire dans un communiqué : en plus de la préservation de l’alliance Renault-Nissan, il s’agissait de garantir un équilibre dans la gouvernance entre Renault et Fiat Chrysler, de préserver l’emploi et les sites industriels français ainsi que de garantir la participation du futur groupe à une initiative européenne sur les batteries électriques.

Dans l’hypothèse d’un mariage entre Renault et FCA, la famille Agnelli, qui possède 29% de FCA, aurait vu sa part du futur groupe passer à 14,5% mais serait restée de loin le premier actionnaire, tandis que l’Etat français serait tombé à 7,5% du capital. D’après plusieurs sources citées par l’AFP, la France a également demandé, et obtenu, que le siège opérationnel du groupe soit situé à Paris.

Si Fiat Chrysler a retiré son offre mercredi soir, rien n’empêche d’en formuler une autre dans le futur. De nouvelles discussons pourraient éventuellemetn reprendre dans les prochains mois.

Vu sur : L’Opinion

Comment briser la spirale de la dette

INTERNATIONAL

Comment briser la spirale de la dette

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5509 Le 06/05/2019 | Partager

Vigilance quant à la soutenabilité des trajectoires
Mettre de l’ordre dans les finances publiques
Grand débat au Forum de Paris le 7 mai 2019

Alors que les dettes publiques atteignent des niveaux historiques partout dans le monde, la vigilance s’impose quant à la soutenabilité de ces trajectoires d’endettement. Le sujet sera débattu à l’occasion du Forum de Paris qui se tient le mardi 7 mai 2019 à Bercy en France.

L’événement ayant pour thème «Une dette soutenable pour une croissance durable» réunit plus d’une trentaine de ministres des Finances et de gouverneurs de Banque centrale. Si les besoins de financement des pays en développement sont très importants pour atteindre les objectifs du développement durable à horizon 2030, comment s’assurer que ces financements contribuent durablement à la croissance? Comment définir des règles du jeu équitables pour que ces financements bénéficient à tous? Les participants au Forum devront  relancer le débat sur ces questions.

Le choix du sujet intervient au moment où les alertes sur la dette mondiale s’amplifient. Après la mise en garde de la Banque mondiale, de la Banque des règlements internationaux (BRI), de l’Institut de la finance internationale (IIF) ou encore de la Cnuced et de l’OCDE… c’est au tour du FMI de remettre une couche sur la question.

L’endettement global (public et privé) des 190 pays membres de l’institution internationale a atteint la somme de 184.000 milliards de dollars, soit 225% de leur PIB cumulé. En moyenne, la dette mondiale dépasse 86.000 dollars par habitant, soit plus de deux fois et demie le revenu moyen par habitant. Elle est concentrée notamment aux Etats-Unis, en Chine et au Japon qui en représentent plus de la moitié. Les pays émergents ont également vu leur endettement s’accroître, en raison de la montée en flèche de la dette chinoise.

Dans la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan (MOANAP), les inquiétudes grandissent aussi sur le plan budgétaire. La hausse de la dette publique empêche de plus en plus les pays de répondre à des besoins structurels pressants (cf. notre édition N° 5506 du 30/04/2019).

La croissance économique ralentit et la dette publique reste élevée dans le monde. Que devraient faire les dirigeants? Dans le nouveau «Moniteur des finances publiques», les experts (1) du FMI (https://www.imf.org) soutiennent qu’ils peuvent adopter une vision à long terme pour favoriser une croissance plus forte et inclusive. Dans ce but, ils doivent mettre de l’ordre dans leurs finances publiques en réduisant progressivement la dette pour se préparer au prochain ralentissement économique et en modernisant la politique budgétaire pour investir dans l’avenir de la population. Par conséquent, il est nécessaire de mieux répartir les dépenses, de dégager plus de marges budgétaires et d’améliorer la politique fiscale.

Un endettement élevé peut limiter la capacité des dirigeants d’augmenter les dépenses ou de réduire les impôts pour compenser une faible croissance économique. Car les créanciers peuvent se montrer moins disposés à financer des déficits budgétaires croissants. En outre, le paiement des intérêts sur la dette a pour effet d’évincer les dépenses d’éducation, de santé et d’infrastructure, à savoir des investissements qui contribuent à la croissance des pays à long terme.

Sur la liste des recommandations du FMI, chaque pays devra mettre au point une stratégie appropriée pour dégager plus de marges budgétaires.     Les pays fortement endettés devront augmenter leurs recettes ou limiter leurs dépenses excessives. Surtout ceux où la croissance économique actuelle dépasse la croissance potentielle à long terme (comme les Etats-Unis) ou ceux dont les coûts d’emprunt sont élevés et les besoins de financement importants (comme le Brésil et l’Italie).

Pourtant, ces pays devraient maintenir leurs investissements dans l’éducation, la santé et les infrastructures, soit en redéfinissant les priorités en matière de dépenses, soit en élargissant l’assiette fiscale (par exemple en supprimant les exonérations fiscales et en améliorant l’administration fiscale).

Dans les pays où le financement pose moins problème, comme en Allemagne et en Corée, les dirigeants pourraient augmenter les investissements dans les infrastructures et l’éducation pour soutenir l’économie à court terme. Ils peuvent favoriser une croissance inclusive au cours des prochaines décennies.

Le FMI recommande enfin aux pays d’adopter des politiques plus intelligentes et plus souples en vue de faciliter le changement. Dans ce but, ils doivent améliorer la politique budgétaire sur trois fronts: réorienter les dépenses, dégager plus de marges budgétaires et améliorer les politiques fiscales.

Chiffres vertigineux

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  • Début 2018, le stock de la dette mondiale n’était pas loin de 250.000 milliards de dollars (soit trois fois le revenu mondial)
  • Contre 142.000 milliards de dollars dix ans plus tôt
  • Le ratio dette/PIB mondial est plus élevé de presque un tiers qu’en 2008
  • La dette privée a explosé en particulier dans les pays émergents et pays en développement dont:
  • La part de l’encours de la dette mondiale a augmenté de 7% en 2007 à 26% en 2017, tandis que le ratio crédit aux sociétés non financières/PIB des pays émergents à économie de marché a enregistré une hausse de 56% en 2008 à 105% en 2017

Source: Estimations de la Cnuced

Fatim-Zahra TOHRY

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(1) «L’endettement élevé des pays freine leur adaptation à l’évolution rapide de l’économie mondiale», Vitor Gaspar, John Ralyea et Elif Ture, https://www.imf.org

https://www.leconomiste.com/article/1044721-comment-briser-la-spirale-de-la-dette

Des statistiques tronquées : 3 exemples significatifs

03/05/201904:21

Voici, trois exemples où les chiffres mis en scène conduisent à des erreurs d’interprétation.


Variations saisonnières


Le premier, c’est celui de l’inflation. Forte hausse des prix en mars dernier selon un hebdomadaire, +0,8%. Rien à redire, c’est vrai la hausse des prix à la consommation ressort bien à +0,8%. C’est même la première donnée du tableau fournit par l’Insee. A ce détail près : ce chiffre est à manier avec précaution, faute d’être corrigé des variations saisonnières. Or les prix évoluent au gré des saisons. Comme chaque année à la sortie des soldes d’hiver, les prix augmentent en mars, notamment  sur le poste « habillement et chaussures », avec +11,5% enregistré cette année. Rien de plus normal. Et tous les ans, à la même date, on aura l’impression que « ça monte » ou, au début des soldes, que « cela baisse ». Ce qui importe c’est de savoir si c’est plus — ou moins — que d’habitude, c’est-à-dire évaluer la tendance de fond en procédant à une correction des valeurs saisonnières. L’Insee fait ce travail à la deuxième ligne du tableau, « ensemble CVS ». Et comme par enchantement, la hausse des prix a complètement disparu ou presque avec seulement +0,1%. Le diagnostic change alors radicalement.


Parité de pouvoir d’achat


Catastrophe, la France serait tombée de la 6ème à la 10ème place entre 2000 et 2018 de l’économie mondiale selon le classement du FMI souvent repris tel quel. Une preuve de plus, s’il en fallait, de notre décrochage. Encore une fois, aucune malhonnêteté dans le classement publié. Ce qui aurait dû mettre la puce à l’oreille, c’est la place de la Chine, devant les Etats-Unis, et aussi celle du trio brésilien, indonésien, russe qui devance le Royaume-Uni et la France. En fait, le diable se cache dans les détails et dans ce cas dans l’astérisque. Celui-là renvoie à la parité de pouvoir d’achat. Un indicateur qui prend en compte le coût de la vie de chaque pays pour en calculer la richesse. Par exemple, avec un dollar, on ne peut pas acheter autant de choses en France qu’en Chine. Une fois ajusté en fonction de son pouvoir d’achat, le PIB d’un pays où la vie est chère est diminué, tandis que celui d’un pays où la vie est plus abordable est augmenté. C’est bien pour comparer les niveaux de vie. En revanche, c’est un indicateur très discutable pour mesurer la puissance d’une économie. La vraie puissance, c’est la capacité à vendre ses produits à prix élevés dans un contexte concurrentiel, ce n’est pas valoriser, par exemple, une automobile allemande aux prix pratiqués par une entreprise chinoise. En effectuant simplement le classement aux cours des devises sur le marché des changes, la France reste bien callée dans le top 6.


Échelle de temps


Dernier écueil : l’échelle du temps. L’incapacité du secteur privé à créer des emplois est souvent pointer du doigt. Et pour preuve, la France n’a pas fait beaucoup mieux que l’Italie en 2018 alors que celle-ci est entrée en récession sur la seconde partie de l’année. Et pour un emploi créé en France, il y en a eu deux en Espagne. La France cancre en matière d’emploi c’est donc vérifier. Les chiffres le prouvent. Charges sociales trop importantes, obésité et complexité du code du travail, profusion des normes sont mises en avant pour expliquer ces écarts. Mais avant d’établir un diagnostic définitif, il est bon de rappeler que si certains font mieux, c’est qu’ils ont d’abord massivement détruit des emplois pendant la récession. Malgré son bilan étincelant en 2018, l’emploi en Espagne reste inférieur de près de 2 millions à son niveau d’avant-crise. Des grandes économies européennes, c’est le plus mauvais résultat. En France, il est en hausse de 637 000 ! C’est moins bien que l’Allemagne, certes. Mais voilà de quoi relativiser un peu avant de se faire traiter de cancre sans oublier ce que disait Churchill : « je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées ».

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Des-statistiques-tronquees-3-exemples-significatifs_3747206.html

Les banques russes rejoignent le système mondial chinois de paiements alternatifs

 

29.avril.2019 // Les Crises

Les banques russes rejoignent le système mondial chinois de paiements alternatifs

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Source : Sentinelles Saps, 13-04-2019

Alors que la Russie se débarrasse activement de ses dollars américains et achète de l’or au rythme le plus rapide depuis des décennies, il n’est pas difficile de déchiffrer ce qui estécrit sur le mur pour savoir ce que le Kremlin pense de la possibilité d’une détente dans les relations douloureuses entre les États-Unis et la Russie.

Et comme la Russie cherche maintenant clairement à mettre fin aux liens monétaires avec un « ouest » arrimé au dollar, il n’y a qu’une alternative : la Chine. C’est pourquoi il n’est probablement pas surprenant que plusieurs banques russes aient rejoint le système chinois de paiements internationaux (CIPS), également connu sous le nom de « SWIFT chinois », afin de faciliter les opérations entre les deux pays, selon un haut responsable de la Banque centrale de Russie (CBR).

« En ce qui concerne la coopération sur les systèmes de paiement, plusieurs banques sont déjà connectées à CIPS, ce qui permet de faciliter la procédure d’acheminement des paiements », a déclaré Vladimir Shapovalov, directeur du département de la coopération internationale de la CBR, en début de semaine au forum international russo-chinois.

Dans le même temps, comme le note Russia Today, le régulateur espère que ses homologues chinois accorderont une plus grande attention à la solution proposée par la Russie qui a son propre SWIFT, le SFPS (Système de transfert des messages financiers), car il « peut stimuler davantage les échanges bilatéraux », a-t-il ajouté.

Comme RT l’a écrit, la Russie a activement présenté son réseau SFPS, créé en 2014 en réponse aux menaces des États-Unis de déconnecter la Russie de SWIFT, à des partenaires étrangers, dont la Chine, après que sa version à l’exportation eu été prête l’an dernier. La première transaction du système, impliquant une entreprise non bancaire, a été réalisée par le grand groupe pétrolier russe Rosneft en décembre 2017. Environ 500 participants, parmi lesquels d’importantes institutions financières et sociétés russes, ont déjà adhéré. Alors que l’Europe envisage des alternatives à SWIFT, afin de continuer à financer le régime iranien – suite à son exclusion du système monétaire basé sur le dollar, après réimposition des sanctions iraniennes par Trump – le statut de réserve du dollar américain serait sérieusement compromis si Bruxelles rejoignait également l’alternative chinoise ou russe à l’utilisation du dollar, un processus provoqué par la diminution des allocations en dollars américains de la part des gestionnaires des réserves des banques centrales… qui est déjà en cours :

Source : Sentinelles Saps, 13-04-2019

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/les-banques-russes-rejoignent-le-systeme-mondial-chinois-de-paiements-alternatifs/

Renault propose à Nissan d’établir ensemble une compagnie holding, selon Nikkei

26 AVRIL 2019 / 10:10 / IL Y A UN JOUR

Renault propose à Nissan d’établir ensemble une compagnie holding, selon Nikkei

Renault va proposer à son partenaire d’alliance Nissan, dont il détient 43,4% du capital, de créer une compagnie holding commune au sein de laquelle les deux constructeurs désigneront un nombre presque équivalent d’administrateurs, rapporte vendredi le journal Nikkei. /Photo prise le 15 janvier 2019/REUTERS/Christian Hartmann

TOKYO (Reuters) – Renault va proposer à son partenaire d’alliance Nissan, dont il détient 43,4% du capital, de créer une compagnie holding commune au sein de laquelle les deux constructeurs désigneront un nombre presque équivalent d’administrateurs, rapporte vendredi le journal Nikkei.

Le journal ajoute que le groupe français, dont Nissan détient 15% du capital sans droits de vote, entend établir le siège de holding dans un pays tiers.

Citant des sources, le Nikkei ajoute que Renault avait soumis une autre proposition de fusion à Nissan, que le constructeur japonais a rejetée le 12 avril.

L’avenir de l’alliance entre Renault et Nissan, qui fête cette année son vingtième anniversaire – est sous le feu des projecteurs depuis l’arrestation en novembre de Carlos Ghosn, l’ex-président des deux entreprises et architecte de leur rapprochement, qu’il était censé consolider avant de tomber en disgrâce.

Ran Kim and Naomi Tajitsu, Benoit Van Overstraeten pour le service français, édité par Gilles Guillaume

https://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRKCN1S20PW-OFRBS

COMMENT LA FINANCE A CAPTURÉ L’ÉCONOMIE ET COMMENT LA REMETTRE À SA PLACE ?

COMMENT LA FINANCE A CAPTURÉ L’ÉCONOMIE ET COMMENT LA REMETTRE À SA PLACE ?

23 avril 2019 – Posté par Alain Grandjean – ( 0 ) Commentaires

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L’économiste Laurence Scialom[1] vient de publier La fascination de l’ogre (chez Fayard), un essai sur la capture[2] de l’économie par le secteur financier. J’en recommande vivement la lecture ainsi que son interview par Romaric Godin. Laurence est une scientifique engagée ; elle s’est battue contre l’imposture de la loi de séparation bancaire (qui n’a rien séparé du tout , voir dans le blog la série des posts à ce propos), promesse de campagne majeure de François Hollande (exprimée lors du discours du Bourget) et non tenue. Cette affaire a bien montré non seulement le pouvoir considérable du système financier sur l’Etat, mais aussi sa capacité à enfumer au sens strict la conscience collective, notamment en créant une complexité artificielle qui rend inaccessible à la plupart d’entre nous les questions financières.

C’est cette puissance exorbitante que Laurence Scialom met en évidence, en s’appuyant sur un corpus d’articles scientifiques étayant solidement sa démonstration.

Ce livre réussit donc le tour de force de nous :

  • expliquer clairement les maux de la finance contemporaine : accroissement des inégalités sociales, normes de gestion des entreprises les poussant au court-termisme, risques systémiques, conflits d’intérêt etc. ;
  • montrer le rôle de la théorie économique néolibérale dans la justification et la construction de cette domination financière, d’autant plus choquant qu’elle ne résiste en rien au moindre test empirique ;
  • détailler les mécanismes de cette « capture » ;
  • proposer une réforme de l’enseignement de la finance ;
  • et pour finir de fournir des pistes convaincantes pour mettre le holà à cette capture.

La capture contre la nature

Je dirai ici juste un mot sur les liens pas toujours apparents entre la capture de l’économie par la finance et celle du financement de la transition écologique.

1 La financiarisation de l’économie est un obstacle majeur à la prise en compte du long terme donc des questions écologiques, tant dans le monde de la finance que dans celui des entreprises. Plus généralement, rien n’empêche vraiment aujourd’hui cette finance (et en particulier le « shadow banking », soumis à très peu de contraintes) de financer la destruction de la planète, au motif que son rôle est de financer l’économie.

2 Les périodes de crises que la finance dérégulée peut  engendrer aggravent la situation ; dans ces moments il s’agit de « sauver les meubles » ; rien d’autre ne compte.

3 L’aggravation des inégalités sociales (due en particulier à la financiarisation de l’économie) et le niveau exorbitant de certaines rémunérations dans le secteur financier, rendent d’autant plus difficile la lutte contre le changement climatique[3] . Or cette lutte est indispensable car la crise écologique sera elle-même porteuse d’atteintes lourdes aux conditions de vie des plus défavorisés.

4 La montée du pouvoir de la finance s’est accompagnée du désarmement de l’Etat. Le sociologue Benjamin Lemoine[4] a montré comment la dette publique s’est imposée comme la contrainte suprême qui justifie toutes les politiques d’austérité budgétaire et qui place les États sous surveillance des marchés financiers et des agences de notation. L’Etat et les entreprises publiques n’arrivent plus à investir suffisamment (voir notre dossier « libérer l’investissement vert » et notre livre à paraître).

5 Ce désarmement est financier mais aussi humain : les services de l’Etat ne résistent pas à la toute-puissance des lobbys, n’arrivent plus à incarner une orientation claire en matière de transition écologique (les intérêts des lobbys étant divergents, chacun cherche à préserver son terrain de jeu). Ils n’arrivent plus à préserver les intérêts de l’Etat (tant dans les privatisations, qui sont favorisées pour des raisons budgétaires et mal négociées faute de moyens humains , que dans les concessions et autres partenariats publics privés[5]).

5 La complexité construite de manière délibérée par la finance rend les enjeux de verdissement de la dite finance très difficiles d’accès. Si l’on peut se féliciter de la montée en puissance de la finance verte à Bruxelles, au sein du réseau des Banques Centrales pour verdir le système financier, il faut reconnaître que la technicité des débats et le poids des acteurs financiers sont tels que ces travaux pourraient eux aussi aboutir à  des dispositifs inefficaces.

Plus que jamais donc il est important que nos concitoyens prennent une claire conscience des causes doctrinales et organisationnelles de l’impuissance de l’Etat à agir vite et bien pour limiter l’ampleur des catastrophes en cours. Sinon, il est à craindre que les revendications se multiplient, la violence s’accroisse mais sans effet réel faute d’un diagnostic pertinent et, dès lors, de propositions de mesures adaptées.

Alain Grandjean

Notes

[1] Laurence Scialom est professeure à l’Université Paris Nanterre. Elle est membre du
conseil scientifique de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et de la commission consultative épargnants de l’Autorité des marchés financiers (AMF),
responsable du pôle régulation financière du think tank Terra Nova et membre qualifiée de l’ONG Finance Watch.
[2] Voir aussi son article pour Finance Watch et le livre « La capture, Où l’on verra comment les intérêts financiers ont pris le pas sur l’intérêt général et comment mettre fin à cette situation ». Christian Chavagneux et Thierry Philipponnat,  La découverte, 2014
[3] En simplifiant, la taxe carbone est vécue comme une injustice de plus ; et sa redistribution n’est pas envisageable pour des raisons de doxa budgétaire, voir point 5
[4] L’ordre de la dette. Enquête sur les infortunes de l’État et la prospérité du marché. La découverte – 2016.
[5] Les PPP sont un moyen de faire réaliser et financer par le privé des opérations devenues non finançables par l’Etat ou les collectivités territoriales. Mais l’expérience montre qu’ils sont malheureusement souvent faits au détriment du donneur d’ordre…

AUSTÉRITÉ MON AMOUR

AUSTÉRITÉ MON AMOUR
Pourquoi les erreurs européennes dans le traitement de la crise financière de 2008 sont les racines de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et l’UE

Atlantico.fr : Si l’accumulation d’excédents commerciaux, de la part des Européens, et principalement de la part de l’Allemagne, peut être considérée comme l’origine des tensions existantes avec les Etats-Unis, comment expliquer le processus qui a pu conduire à une telle situation ?

Brad Setser : Au début du processus, cela n’était pas perçu comme un contexte de guerre commerciale, et cela n’était même pas considéré comme un contexte de déséquilibres commerciaux. A ce moment, le diagnostic était que les économies avancées étaient en crise et que cette crise s’était déclarée aux Etats-Unis. Mais il s’est avéré que l’exposition aux subprimes était particulièrement élevée dans les institutions financières européennes. L’idée était donc que nous subissions un choc commun, qui nécessitait une réponse commune dans l’objectif de ramener nos systèmes financiers à une meilleure santé, en recapitalisant, en s’assurant qu’il n’y aurait pas un nouveau Lehman Brothers, et en répondant au choc de demande qui touchait nos deux économies.

Pour répondre à ce choc de demande, une action budgétaire coordonnée -un stimulus budgétaire – avait vu le jour. Puis, les Etats-Unis se sont inquiétés du fait que l’Europe réagissait trop lentement, aussi bien concernant la recapitalisation de ses institutions financières, que parce qu’elle avait retiré trop rapidement son soutien budgétaire à l’économie. De plus, les désaccords existants au sein de la zone euro menaçaient de provoquer une nouvelle crise. 

C’est ainsi que les tensions, particulièrement avec l’Allemagne – mais la position allemande était alors plutôt partagée en Europe – ont émergé lorsque les Allemands ont considéré que la relance budgétaire avait été trop loin et qu’il était nécessaire de l’inverser. Ils ont alors commencé à encourager un virage vers l’austérité en Europe. Contrairement à la vision américaine, l’Allemagne était réticente à l’idée de faire tout ce qu’il devait être fait pour éviter une deuxième crise financière.

Nous sommes ici en 2011 ? 

C’est essentiellement 2011, mais cela a commencé dès 2010. Il y a eu toute une série de chocs durant cette période. Mon souvenir de cette période est un enchaînement, un choc après l’autre. Tout le monde savait à ce moment que le premier plan grec était un échec, et les pressions sur les taux obligataires ont alors commencé à se propager, de la Grèce à l’Espagne ou encore l’Italie, et les gens l’oublient, mais la Belgique, était également touchée, même la France.  On peut également rappeler le resserrement monétaire de la BCE en 2011, par Jean-Claude Trichet. La sentiment qui se diffusait à cette période est que nous étions face à un risque d’une nouvelle crise financière, après celle de 2008. Les Etats-Unis comprenaient leur responsabilité concernant cette première crise, mais voyaient l’Europe, particulièrement l’Allemagne, comme n’ayant pas assimilé les leçons de ce qui s’était produit en 2008.

Cette différence d’approche entre Etats-Unis et Europe a conduit à la formation d’un différentiel de croissance entre les deux zones….

Cette divergence de la croissance entre Europe et Etats-Unis n’est pas due au fait que les Etats-Unis connaissaient une reprise particulièrement rapide, cette reprise était plutôt faible, mais il était évident que les tensions internes à la zone euro contribuaient à l’affaiblissement de la reprise américaine, aussi bien au travers des canaux financiers, que de la demande. Les “spreads” obligataires progressaient en même temps que s’imposait l’austérité en Europe. Le résultat a été un affaiblissement de la demande européenne qui s’est répercuté aux Etats-Unis.

Quel lien avec les déséquilibres commerciaux ?

Cette situation ne s’est pas immédiatement transformée en un déséquilibre commercial. Le plan de relance européen, suite à la crise – on l’oublie souvent- a bien permis une reprise économique en Europe à la fin de l’année 2009, mais celle-ci s’est estompée avec l’austérité budgétaire et une politique monétaire stricte (Jean-Claude Trichet). Il est devenu alors assez clair que la reprise de la demande en Europe allait s’inverser, et c’est à ce moment là que nous avons vu l’apparition d’une forte progression des excédents commerciaux européens, qui est le résultat indirect de ces différences de croissance (une  croissance plus forte aux Etats-Unis provoque alors une hausse des importations en provenance d’Europe, alors que la faible croissance européenne ne permet pas de suivre le même rythme, ce qui provoque un déséquilibre dans les échanges commerciaux entre les deux zones).

Ce contexte a poussé l’administration Obama à demander aux européens d’en faire davantage pour soutenir la croissance et la demande mondiale. Comment les Européens ont-ils réagi à ces demandes ?

Il est clair que les pays les plus fragiles ne se sentaient pas en capacité de contribuer davantage à la demande. Ils espéraient que les Etats-Unis agissent pour contrer la pression allemande qui s’exerçait sur eux pour consolider leurs comptes publics extrêmement rapidement. Les Etats-Unis ne cherchaient pas à ce que ces pays les plus fragiles participent davantage, mais ils alertaient sur les risques de voir ces pays suivre une stratégie auto-destructrice. La principale demande américaine a toujours été que l’Allemagne, et les pays les plus forts de l’Union, en fassent plus pour soutenir la croissance de la demande.

Nous sommes passés d’un contexte ou un choc commun appelait une réponse commune à une inquiétude de voir l’Europe maintenir de larges excédents commerciaux. Ce glissement est apparu lorsque la chute des déficits de la balance courante en Espagne, en Grèce, en Italie, ne s’est pas traduite pas par une réduction des surplus allemands. Au lieu de voir un ajustement à la baisse du surplus allemand, nous avons vu l’ensemble européen basculer vers ce qui était, et ce qui reste, un très large excédent.

Les Allemands ne le voient pas comme cela, mais il est possible de démontrer que l’Allemagne a profité de la demande qui était alors créée par les Etats-Unis et la Chine, tout en ne faisant pas “sa part” pour contribuer à la demande mondiale. Encore plus important, en n’en faisant pas plus pour soutenir sa propre demande, l’Allemagne a affaibli l’ensemble de la zone euro.

Il est vrai que la Grèce, pas plus que le Portugal ou l’Espagne, ne pouvaient soutenir durablement un déficit de la balance courante équivalent à 10% de leur PIB, ils avaient besoin de s’ajuster, mais nous aurions pu espérer que la contrepartie de cet ajustement ait été une baisse des excédents allemands (en passant de 6-7% du PIB à 3 ou 4% par exemple). Mais cela ne s’est pas passé comme cela. Les excédents allemands ont continué de progresser. Je pense que le moment qui a vraiment cristallisé ce basculement a été 2013, quand les excédents allemands ont dépassé ceux de la Chine. C’est à ce moment que l’administration américaine, et non pas le grand public, a pris conscience de ce problème. Ce débat n’a jamais été équivalent à celui qui entoure la question de la Chine, parce que pour la Chine, il s’agit plus d’une question d’équité, c’est un débat qui touche le grand public qui existe depuis longtemps. Alors que la préoccupation à l’égard de l’Allemagne est restée circonscrite aux économistes du Trésor, de la Réserve Fédérale, et à quelques analystes financiers.

Comment cette préoccupation de l’administration Obama à l’égard des déséquilibres macroéconomiques s’est-elle transformée en une guerre commerciale entre Donald Trump et les Européens, sur la base de barrières douanières ? Comment ce mouvement s’est produit ?

En toute honnêteté, il n’est pas nécessaire de sur-analyser. Ce mouvement s’explique presque entièrement par la vision personnelle de Donald J Trump. Je pense que beaucoup de monde, y compris dans son administration, reconnaissent que Trump ne pense pas en termes de déséquilibres macroéconomiques, il pense en termes de balances bilatérales. Un déséquilibre bilatéral est pour lui le signe d’une iniquité. Quand il vient à Paris ou à Berlin, il voit qu’il n’y a pas beaucoup de voitures américaines, alors qu’il voit beaucoup de voitures allemandes aux Etats-Unis, et il doit penser qui cela est le résultat des barrières douanières.

Mais il y a une importante distinction à faire entre la pression commerciale qui est exercée sur la Chine et la pression qu’exerce Donald Trump sur l’Europe. La pression sur la Chine bénéficie d’un soutien relativement important de la population, alors que la pression sur l’Europe relève bien plus de la conviction personnelle de Donald Trump.

La France vient de voter contre le mandat demandé par la Commission européenne pour négocier un accord commercial avec les Etats-Unis. Dans le même temps, Bruno Le Maire, mais également des économistes proches d’Emmanuel Macron, ont appelé l’Allemagne à dépenser plus. Voyez vous un lien entre ces deux approches qui pourraient signifier que Paris demande à Berlin de régler un problème dont elle est à l’origine ?

Je n’ai pas connaissance d’une stratégie française qui ferait un lien entre ces deux situations. Mais je pense que la principale cause du refus français est la question de l’agriculture, Paris n’a jamais voulu faire la moindre concession dans ce secteur. Même sans lier les deux, le refus opposé au mandat et la demande faite à l’Allemagne de dépenser plus, on comprend très bien qu’Emmanuel Macron refuse d’étendre un accord à l’agriculture. Ceci pour la raison simple que l’Allemagne a le plus à perdre si les Etats-Unis imposent des tarifs sur le secteur automobile, alors que d’autres pays ont plus à perdre, la France notamment, avec une libéralisation du commerce sur l’agriculture. Ouvrir un accord sur l’agriculture serait un moyen d’acheter la paix pour l’Allemagne, ce qui lui donnerait des avantages importants, tandis que le coût ne serait pas supporté par l’Allemagne. On comprend pourquoi la France résiste à une négociation commerciale que beaucoup en Europe voient comme une extorsion, particulièrement quand l’administration Trump a voulu faire un compromis sur beaucoup de dossiers en Europe. Je ne pense pas que Donald Trump s’intéresse tellement aux excédents budgétaires allemands, je ne suis pas convaincu qu’il fasse le lien entre l’excédent budgétaire et l’excédent commercial, mais s’il voudrait voir l’Allemagne dépenser plus pour sa défense. Il n’y a pas de plan compliqué avec Trump, il dit ce qu’il pense, et il s’inquiète des sujets dont il dit qu’il s’inquiète. Cela dit, la France a plus à gagner que les Etats-Unis d’une politique budgétaire allemande plus soutenue, la France a ici un intérêt direct. Un soutien budgétaire allemand permettrait plus de croissance, tout comme un changement de voie de la part de la Banque centrale européenne.

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