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Économie et Finance Renault: l’Etat français lâche Carlos Ghosn et cherche son successeur

Carlos Ghosn, le 1er octobre 2018 à Paris © AFP/Archives ERIC PIERMONT

Économie et Finance

Renault: l’Etat français lâche Carlos Ghosn et cherche son successeur

le 17 janvier 2019

L’Etat français a officiellement lâché le PDG de Renault Carlos Ghosn mercredi, deux mois après son arrestation, et demandé la nomination d’un successeur dans les prochains jours pour prendre la tête du constructeur automobile.

Détenu au Japon depuis le 19 novembre, Carlos Ghosn va ainsi perdre son dernier titre, celui de PDG de Renault, Nissan et Mitsubishi l’ayant révoqué du poste de président du conseil d’administration dès la fin novembre.

« J’ai toujours indiqué, en rappelant la présomption d’innocence de Carlos Ghosn, que s’il devait être durablement empêché, nous devrions passer à une nouvelle étape. Nous y sommes », a déclaré le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, sur LCI.

« Dans cette nouvelle étape, nous avons besoin maintenant d’une nouvelle gouvernance pérenne pour Renault », a-t-il ajouté. « J’ai demandé explicitement, comme actionnaire de référence, que le conseil d’administration de Renault soit convoqué dans les prochains jours », a-t-il aussi indiqué.

« Nous souhaitons que ce conseil d’administration désigne une nouvelle gouvernance pérenne pour Renault », a souligné M. Le Maire. Alors qu’on lui demandait si cela signifiait que M. Ghosn allait être remplacé, il a répondu: « Tout à fait ».

Le ministre n’a pas précisé si le nouveau PDG prendrait aussi la tête de l’alliance avec les japonais Nissan et Mitsubishi: « Ce sera au conseil d’administration de lui dire exactement les contours de ses fonctions ».

Interrogé sur l’éventuelle candidature de Jean-Dominique Sénard, le président sortant de Michelin dont le nom circule comme possible président non exécutif de Renault, M. Le Maire en a loué les qualités sans se prononcer pour autant.

« C’est un grand industriel, un homme qui a une conception sociale de l’entreprise et qui l’a démontré à plusieurs reprises », a-t-il déclaré, soulignant qu’il était aussi « un spécialiste du secteur automobile ».

Il a toutefois souligné que « l’Etat se prononcera sur la base des candidats qui lui seront soumis comme actionnaire de référence ».

Scénario le plus souvent évoqué, la direction de Renault pourrait être scindée en deux, avec un président du conseil d’administration d’un côté et un directeur général exécutif de l’autre, le nom de Thierry Bolloré, nommé il y a un an adjoint de Carlos Ghosn, revenant le plus souvent pour ce dernier poste.

– Emissaires français à Tokyo –

Au moment où les tensions affleurent entre Français et Japonais, le ministre a en revanche rejeté clairement une redistribution des participations au sein de l’Alliance, qui est devenue sous la direction de M. Ghosn le premier constructeur mondial.

« Nous souhaitons la pérennité de l’alliance. La question des participations au sein de l’alliance n’est pas sur la table », a-t-il assuré.

L’Etat français est le premier actionnaire de Renault, avec 15,01% du capital. Nissan en détient 15%, mais sans droits de vote en assemblée générale. Renault contrôle pour sa part 43% de Nissan, qu’il a sauvé de la faillite il y a près de 20 ans.

Nissan possède par ailleurs 34% de Mitsubishi Motors, dernier venu dans l’alliance née en 1999.

Dans ce contexte chahuté, plusieurs émissaires du gouvernement français dépêchés à Tokyo se sont entretenus mercredi avec des protagonistes du dossier Renault-Nissan.

Participent notamment à ce voyage Martin Vial, directeur général de l’Agence des participations de l’État (APE), et Emmanuel Moulin, directeur de cabinet du ministre de l’Économie et des Finances, selon Le Figaro.

Le patron de Nissan, Hiroto Saikawa, devait les rencontrer, a précisé à l’AFP une source proche du constructeur japonais.

Carlos Ghosn, mis en examen notamment pour abus de confiance, a vu sa demande de libération sous caution de nouveau rejetée mardi et pourrait rester des mois en prison, ce qui rendait difficile son maintien à la tête de Renault dont il est toujours PDG.

Parmi les dernières accusations de Nissan, le PDG de l’Alliance aurait reçu une rémunération de plus de 7 millions d’euros en 2018 de la part d’une filiale néerlandaise détenue à égalité par Nissan et Mitsubishi (NMBV), sans approbation des patrons de Nissan (M. Saikawa) et Mitsubishi (Osamu Masuko), a détaillé une source proche du dossier.

LNT avec Afp

 

https://lnt.ma/renault-letat-francais-lache-carlos-ghosn-cherche-successeur/

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Du « krach boursier de 2018 » à la « crise financière de 2019 »

Du « krach boursier de 2018 » à la « crise financière de 2019 »


Par Michael Snyder – Le 4 janvier 2019 – Source Economic Collapse

Michael SnyderLes marchés boursiers s’effondrent dans le monde entier, nous assistons à des flash crash extrêmement violents sur le marché des changes, des conditions économiques ralenties dans le monde entier et la peur rend de nombreux investisseurs extrêmement vifs à dégainer.
Le crash boursier de 2018 a anéanti environ 12 000 milliards de dollars de la richesse du marché boursier mondial, mais les choses étaient censées se calmer une fois entrés en 2019. Mais il est clair que cela ne se produit pas. Après que Apple a annoncé que ses ventes au cours du premier trimestre seraient beaucoup, beaucoup plus faibles que prévu, le cours de l’action Apple a commencé à tomber comme une pierre et à la fin de la séance de mercredi, l’entreprise avait perdu 75 milliards de dollars de capitalisation boursière. Pendant ce temps, les flash crash ont provoqué certaines des fluctuations les plus violentes que nous ayons jamais vues sur les marchés des changes…

Il a fallu sept minutes au yen pour bondir à des niveaux jamais vus depuis presque une décennie.

Au cours de ces minutes déchaînées, aux environs de 9 h 30 à Sydney, le yen a bondi de près de 8% par rapport au dollar australien, atteignant son plus fort niveau depuis 2009, et de 10% par rapport à la livre turque. La devise japonaise a progressé d’au moins 1% par rapport à ses homologues du groupe des 10, dépassant les 72% du niveau australien  obtenu après une guerre commerciale, une déroute des actions, un différend sur le budget italien et la hausse des taux de la Réserve fédérale.

C’est le genre de chaos que nous ne voyons que pendant une crise financière.

Les investisseurs sont également troublés par le fait que la Chine vient de connaître la première contraction de l’activité de ses usines depuis plus de deux ans…

La Banque populaire de Chine a annoncé mercredi soir qu’elle avait assoupli ses conditions en matière de réduction ciblée des réserves obligatoires afin de profiter davantage aux petites entreprises.

Cette décision a été prise après que la Chine a fait état de sa première contraction de l’activité industrielle en plus de deux ans en décembre.

Un ralentissement à long terme de la Chine causerait des ravages au niveau mondial.

Mais bien sûr, la plus grande nouvelle de la journée a été ce qui est arrivé à Apple. L’indice Dow Jones Industrial Average était en baisse de 660 points mercredi, et le grand choc sur Apple a été la principale raison de cette baisse.

En incluant les 75 milliards de dollars qui viennent d’être effacés, la valeur d’Apple a maintenant chuté de 452 milliards de dollars depuis le 3 octobre…

En seulement trois mois, Apple a perdu 452 milliards de dollars de capitalisation boursière, dont des dizaines de milliards jeudi, alors que les actions du géant de la technologie ont encore sombré.

Les actions d’Apple ont chuté de 39,1% depuis le 3 octobre, lorsque l’action avait atteint un sommet de $233,47. Avec une capitalisation boursière d’environ 674 milliards de dollars, ces pertes dépassent la valeur individuelle de 496 membres du S & P 500, y compris J.P. Morgan.

Paradoxe ironique, la vérité veut que Apple soit, en fait, l’une des sociétés les plus solides sur le plan financier à Wall Street. C’est juste que le prix de la société était bien supérieur à la normale, de sorte que tout soupçon de mauvaise nouvelle risquait de provoquer un déclin de cette ampleur.

La quantité de richesse papier que les investisseurs en bourse viennent de perdre est absolument stupéfiante. Pour mettre cela en perspective, voici quelques faits supplémentaires sur l’argent que les investisseurs d’Apple ont perdu, ces faits proviennent de CNBC

À ce stade, les marchés financiers américains sont hypersensibles à toute mauvaise nouvelle, et le fait que les ventes d’Apple baissent considérablement en Chine est définitivement une mauvaise nouvelle.

Un analyste a déclaré qu’il s’agissait du « jour le plus sombre pour Apple depuis l’ère de l’iPhone » et a exprimé son opinion selon laquelle « l’ampleur de la chute de la demande chinoise… laisse pantois ».

Bien sûr, Apple est loin d’être seul. L’activité économique ralentit sensiblement sur toute la planète et nous avons appris mercredi que l’activité des usines aux États-Unis venait tout juste de subir le déclin le plus important depuis la dernière récession…

Au-delà de Apple, les investisseurs ont également été troublés par la plus forte baisse, en un mois, de l’activité des usines américaines depuis la Grande Récession. L’indice ISM manufacturier, étroitement surveillé, a chuté à son plus bas niveau depuis deux ans, fournissant une preuve supplémentaire du ralentissement de la croissance et de la douleur provoquée par la guerre commerciale américano-chinoise.

De plus, les deux indices économiques d’alerte de Bloomberg sont « devenus négatifs pour la première fois depuis l’élection de Trump ».

Les chocs vont continuer, et il devient de plus en plus clair que cette année sera très difficile.

Alors que la crise continue de s’aggraver, gardez un œil sur nos grandes institutions financières. La dixième banque italienne vient d’imploser et il est probable que de plus en plus de dominos financiers commenceront à s’effondrer à mesure que les pertes s’accumuleront.

Au cours de la dernière décennie, il y a eu d’autres moments où Wall Street a été secouée, mais ces épisodes n’ont duré que quelques semaines au maximum.

Cela fait maintenant trois mois, et cette nouvelle crise ne montre aucun signe d’essoufflement.

Cela signifie que nous avons un tas de problèmes. Parce qu’une fois que cette avalanche financière sera amorcée, il sera impossible de l’arrêter.

Pour le moment, je pense que ce flot panique de ventes est en train de s’atténuer et que vendredi sera meilleur pour les investisseurs. Bien sûr, les marchés sont nerveux au point qu’une seule mauvaise nouvelle pourrait instantanément les faire chuter à nouveau. Mais à moins de mauvaises nouvelles, j’espère que les choses seront plus calmes.

Il y aura des bons et des mauvais jours en 2019.

Il y aura des hauts et des bas.

Mais il est devenu extrêmement clair que le ralentissement anticipé par tant de personnes est enfin arrivé, et que la crise financière de 2019 sera une rude bataille.

Michael Snyder

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/du-krach-boursier-de-2018-a-la-crise-financiere-de-2019

 

Un ancien conseiller de Sarkozy nommé à la tête de Rusal, géant russe de l’aluminium

Un ancien conseiller de Sarkozy nommé à la tête de Rusal, géant russe de l’aluminium

Un ancien conseiller de Sarkozy nommé à la tête de Rusal, géant russe de l’aluminium Source: Sputnik
Jean-Pierre Thomas (à gauche) nommé en 2011 envoyé de Nicolas Sarkozy pour la Russie et Alexandre Stouglev président de Roscongress, lors de la conférence de promotion des investissements internationaux InvestRos à Moscou le 14 avril 2016.
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Le leader mondial de l’aluminium vient d’annoncer la nomination d’un proche de Nicolas Sarkozy à la présidence de son conseil d’administration. Son prédécesseur avait dû quitter le groupe pour éviter des sanctions américaines.

Le géant russe de l’aluminium Rusal a annoncé le 28 décembre la nomination de l’ancien parlementaire français Jean-Pierre Thomas, par ailleurs ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, au poste de président de son conseil d’administration. Ce siège a été renouvelé pour éviter au groupe des sanctions de Washington.

L’entreprise a précisé dans un communiqué à l’attention de la Bourse de Hong Kong, où elle est cotée, que Jean-Pierre Thomas, qui est déjà administrateur indépendant de Rusal depuis juin, entrerait dans ses nouvelles fonctions le 1er janvier.

Ancien député des Vosges (1993-1997), dans l’est de la France, et ingénieur de formation, Jean-Pierre Thomas, 61 ans, a travaillé pendant 15 ans pour la banque d’affaires Lazard Frères dont il est devenu associé en 2000.

Il l’a rejointe immédiatement après avoir quitté la politique. Il est l’auteur d’une loi sur les fonds de pension, qui porte son nom et fut votée, mais jamais appliquée. Il a en outre été condamné en 2005 à quinze mois de prison avec sursis pour financement illégal de parti.

Rusal souligne aussi, dans son communiqué, que Jean-Pierre Thomas a été nommé en 2011 «représentant spécial du président français» chargé du développement des relations économiques entre la France et la Russie.

Cette nomination a pour contexte le départ, deux jours auparavant, de l’Allemand Matthias Warnig, présenté par la presse russe comme un proche de Vladimir Poutine et ancien agent des renseignements d’Allemagne de l’Est, où le président russe a travaillé pour le KGB.

Son départ faisait partie des engagements pris par Rusal pour échapper aux sanctions imposées en avril par Washington contre le milliardaire Oleg Deripaska, qui était alors le principal actionnaire du groupe, parmi d’autres oligarques réputés proches du Kremlin.

Face aux risques de perturbations sur le marché des métaux, dont le groupe russe est un acteur majeur, Washington avait donné du temps à l’entreprise pour réduire ses liens avec Oleg Deripaska, qui avait dès le printemps quitté le conseil d’administration avec une partie de l’équipe dirigeante de l’époque.

Mi-décembre, le Trésor américain avait finalement annoncé son intention de retirer Rusal de la liste des entités sanctionnées, citant parmi les conditions le départ du président du conseil d’administration.

Basé à Chypre, le groupe Rusal a été fondé en Russie, où il exploite d’importantes carrières de minerais, produit de l’aluminium et mène des activités dans le secteur de l’énergie. Il emploie 72 000 personnes et a réalisé un chiffre d’affaires de 10,75 milliards de dollars en 2018.

Pétrole US : l’industrie de la fragmentation cannibalise sa propre production…

Pétrole US : l’industrie de la fragmentation cannibalise sa propre production…


 … et augmente les risques à l’environnement


Par Justin Mikulka – Le 10 août 2018 – Source DeSmog

Champ de pétrole de la rivière Kern. Credit : Hamish Reid Attribution 2.0 Générique (CC BY 2.0)

Dans la scène finale de There Will Be Blood – sans doute le plus grand film sur l’industrie pétrolière – le personnage principal joué par Daniel Day Lewis explique comment il a aspiré le pétrole de la parcelle d’un voisin en utilisant le forage horizontal. Pour aider son voisin à comprendre ce qui s’est passé, il l’explique en disant qu’il a pris une très longue paille et qu’il a bu son milk-shake !


Eh bien, devinez ce qui se passe avec la révolution de la fracturation hydraulique construite sur le concept du forage horizontal ? Non seulement les producteurs de pétrole boivent les milkshakes les uns des autres, mais ils boivent les leurs et, ce faisant, perdent encore plus d’argent et augmentent le niveau de risques environnementaux.

Et contrairement au film où le personnage principal savait ce qu’il faisait, l’industrie moderne de la fracturation n’a aucune idée de ce qu’il faut faire face aux problèmes causés par la combinaison du forage horizontal et de la cupidité.

La fracturation face au problèmes posés par les puits secondaires

La première chose à comprendre, c’est qu’il s’agit simplement d’un problème d’avidité de l’industrie. Les producteurs de pétrole forent trop de puits à proximité les uns des autres, et lorsqu’ils creusent des nouveaux puits – appelés puits secondaires – ils « abîment » ou « touchent » les anciens puits et causent des problèmes.

Dans un site de fracturation typique, la production commence par un premier puits d’essai, connu sous le nom de puits primaire. Les puits forés à proximité du puits primaire sont appelés puits secondaires.

Ce qui se passe, c’est que non seulement les puits secondaires cannibalisent la production du puits primaire existant, mais lorsque les puits secondaires sont fracturés, ils peuvent créer des «fractures » qui endommagent le puits primaire. Ces fractures peuvent réduire la pression dans le puits primaire, ce qui entraîne une baisse de production. Elles peuvent aussi l’endommager  au point d’en faire un puits « mort » et, bien sûr, elles peuvent entraîner des déversements et une contamination environnementale.

Claudio Virues, ingénieur de la compagnie pétrolière et gazière Nexen, a expliqué dans le Journal of Petroleum Technology le problème fondamental de ces collisions.

« D’habitude, il y a deux scénarios », a dit Virues. « Il se peut que vous ayez une perte temporaire de production, mais vous retrouverez la tendance que vous aviez auparavant. Mais l’autre scénario sera vraiment mauvais pour votre production et vos réserves. »

Bob Barree, qui dirige la société d’experts-conseils en génie pétrolier Barree & Associates, explique ce scénario « vraiment mauvais ».

« Vous remettez le puits en production et vous avez perdu votre pression, votre vitesse, votre capacité d’injection. Le puits est tout simplement mort », a dit M. Barree.

Et cela signifie que cette industrie déjà en lambeaux perd encore plus d’argent.

Les collisions autour de la fracturation révèle un espacement entre puits trop faible et des volumes extraits trop grands

Dans un autre article du Journal of Petroleum Technology, intitulé « Les collisions autour de la fracturation révèle un espacement entre puits trop faible et des volumes extraits trop grands », l’auteur cite un article technique rédigé par des ingénieurs de Shell qui estime que si un « producteur a un inventaire de 2 000 sections de forage de 640 acres [260 hectares] et que chaque nouveau puits coûte 5 millions $, alors ajouter un seul puits inutile dans chaque section coûterait à l’exploitant 10 milliards $ ».

La réalité, c’est que l’industrie ne connaît pas actuellement les coûts potentiels des fractures et de l’espacement serré des puits, mais il ne fait aucun doute que les fractures coûtent de l’argent à l’industrie et contribuent au déclin de la production.

Les experts de l’industrie admettent qu’ils ne savent pas ce qu’ils font

L’industrie a certainement reconnu que les fractures sont un problème majeur – un problème pour lequel l’industrie n’a actuellement aucune solution.

Le groupe de recherche et de consultation de l’industrie de l’énergie Wood Mackenzie a étudié la question des fractures et des puits secondaires et a conclu ce qui suit :

« Le rendement des puits secondaires rapprochés présente non seulement un risque pour la pérennité des forages en cours, mais aussi pour les perspectives à long terme de l’industrie. Presque tous les exploitants croient que le rendement des puits secondaires est un problème important, mais il n’y a pas de consensus sur la meilleure façon de le régler. »

Un risque pour la viabilité des perspectives à long terme pour une industrie qui n’a jamais fait d’argent n’est pas une perspective très positive.

Mais c’est la situation en 2018 de l’industrie pétrolière. Au début de 2018, des membres de l’industrie se sont réunis au Texas pour discuter de la question. Comme l’a rapporté le Midland Reporter and Telegram, Dick Leonard, l’un des intervenants de la conférence, a expliqué que, en ce qui concerne l’atténuation de l’impact des fractures, « …personne n’a encore les réponses ».

Un autre intervenant, Lance Robertson d’Endeavor Energy Resources, s’est fait l’écho de ce sentiment en déclarant : « Nous en sommes aux premières phases et nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir. Nous et l’industrie avons beaucoup à apprendre. »

Pendant combien de temps l’industrie de la fracturation peut-elle continuer à perdre de l’argent tout en essayant d’apprendre ce qu’elle fait réellement ?

Les impacts de la fracturation hydraulique augmentent les dommages environnementaux

Les risques de fracturation contaminant l’air, l’eau potable et le sol sont bien connus, même lorsque les puits fonctionnent de façon indépendante sans avoir été « touchés » par un autre chantier de fracturation. Aujourd’hui, en raison de l’espacement plus serré des puits et des fractures, le risque de dommages environnementaux augmente.

En Oklahoma, les puits horizontaux percent les puits classiques existants et causent des déversements. Mike Cantrell est un petit exploitant de puits de pétrole classique en Oklahoma qui dénonce les grandes sociétés de fracturation qui endommagent les puits comme le sien. « Ils savent qu’ils vont ruiner notre puits et ils s’en fichent », a dit Cantrell à E&E News.

L’État de l’Oklahoma reconnaît que des déversements se sont produits, mais conteste les affirmations selon lesquelles les eaux souterraines ont été contaminées. C’est la ligne de défense de l’industrie en matière de fracturation.

Pourtant, sur le site Web d’Eagleford Training, sous le thème « Quelles sont les collisions autour de la fracturation », la question des risques environnementaux est détaillée, y compris une section intitulée « Perte de contrôle d’un puits ». Parmi les problèmes potentiels énumérés lorsque le contrôle du puits est perdu, mentionnons « une fuite des fluides ou du contenu des réservoir utilisés ».

Parmi les autres risques, mentionnons le rejet de sulfure d’hydrogène gazeux mortel et le fait que « les rejets des puits de compensation libéreront des fluides du réservoir, qui ont tendance à être extrêmement inflammables », selon le site.

Ainsi, bien que l’industrie aime prétendre que les fractures posent peu de risques pour l’environnement, la question des fractures semble soulever un tout nouvel ensemble de risques environnementaux.

Les collisions autour de la fracturation pourraient être mortelles pour une industrie qui perd de l’argent

Il est bien établi que l’industrie de la fracturation a perdu de l’argent au cours de la dernière décennie. Dans un article récent de Oilprice.com qui décrivait en détail les échecs de l’industrie à faire des paris sur sa couverture financière, elle le reconnaît en affirmant que « le forage au schiste a toujours été une activité déficitaire ».

Aujourd’hui, cette industrie historiquement déficitaire est confrontée à un défi majeur qui pourrait s’avérer être une faille fatale dans un modèle industriel déjà en faillite.

Si les producteurs essaient de concentrer les puits trop près les uns des autres, les puits s’endommageront les uns les autres et la production diminuera, voire s’arrêtera pour certains puits. Si les producteurs doivent recourir à des distances beaucoup plus grandes pour l’espacement des puits, le nombre moins élevé de puits diminuera probablement aussi la production globale.

Qu’est-ce que ça va donner ? Ne posez pas la question aux experts de l’industrie parce qu’ils admettent qu’ils n’en ont aucune idée – ce qui n’est pas rassurant pour les investisseurs qui continuent de perdre de l’argent en attendant que la révolution en cours porte enfin ses fruits.

Justin Mikulka

Note du Saker Francophone

Cet article est tiré d'une série : L’industrie du schiste argileux creuse plus de dettes que de bénéfices.

Traduit par Hervé, relu par jj pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/lindustrie-de-la-fragmentation-cannibalise-sa-propre-production

 

 

Que se cache-t-il derrière l’effondrement du dollar?

Dollars américains. Image d'illustration

Que se cache-t-il derrière l’effondrement du dollar?

© Fotolia / Zwiebackesser
Economie

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Le dollar chute par rapport à pratiquement toutes les monnaies mondiales. Jeudi dernier, les positions de la devise américaine ont été ébranlées par la déclaration du ministre des Finances des USA Steven Mnuchin, qui a dit soutenir son affaiblissement.

Un nouveau coup a été porté au dollar par le quotidien Wall Street Journal, qui s’est joint aux attaques de Donald Trump contre la Réserve fédérale (Fed) en appelant cette dernière à «se calmer» et à cesser d’augmenter ses taux. Les investisseurs ont immédiatement réagi, mais les analystes sont convaincus que la vraie chute de la monnaie américaine reste à venir.

Le taux directeur de la Fed continue de grimper

En octobre, la bourse américaine a été secouée par une vague de ventes. L’indice de l’important marché S&P 500 a fléchi de 8%, et le Nasdaq-100 Technology Sector Index de 9,2%. S’en est suivi un effet domino en Europe et en Asie, qui a conduit à des pertes totales avoisinant les 5.000 milliards de dollars. Ces ventes massives sur les places boursières américaines sont avant dues tout aux craintes des investisseurs face à la hausse des taux d’intérêt.Le durcissement de la politique monétaire de la Fed a conduit à une hausse du rendement des obligations à long terme du gouvernement américain, à l’augmentation des taux d’intérêt pour les prêts immobiliers et, par conséquent, à la diminution des achats immobiliers.

Cette année, le régulateur américain a revu à la hausse son taux directeur à trois reprises, et il ne semble pas avoir l’intention de s’arrêter. Selon les prévisions de l’une des plus grandes banques d’investissement américaines, Goldman Sachs, d’ici fin 2019 la Fed devrait augmenter encore cinq fois son taux directeur — soit deux fois plus que ce qu’attendent actuellement les acteurs du marché. Principaux arguments invoqués: l’économie américaine se rétablit, il ne doit donc pas rester de traces de la politique de stimulation.

L’inflation accroît la probabilité d’augmentation des taux d’intérêt. Selon les chercheurs de l’université de Yale, une période de hausse commence actuellement dans le cycle d’inflation aux USA, notamment à cause des complications commerciales qui s’aggravent.Selon Stephen Roach, chercheur en chef à l’université et ancien patron de Morgan Stanley Asia, dès l’an prochain l’inflation augmentera jusqu’à 3-3,5% aux USA. Ce qui signifie que la Fed devra augmenter son taux directeur.

Trump se révolte contre la Fed

Le locataire de la Maison-Blanche est en désaccord avec la politique actuelle du régulateur financier. En octobre, Donald Trump a qualifié la Fed de «principale menace pour l’économie» américaine. Il a également déploré le fait que la Fed, qui remplit les fonctions d’une banque centrale, soit une structure indépendante et que la Maison-Blanche ne dispose pas de leviers de pression sur elle.

Quand la Fed revoit à la hausse son taux directeur ou prend d’autres mesures pour durcir la politique monétaire, le volume d’«argent bon marché» diminue dans le système financier.Plus le taux directeur est élevé, plus le coût des emprunts pour les grandes entreprises l’est. Cela signifie que les entrepreneurs n’augmentent pas les salaires, investissent moins, et que les actionnaires perçoivent moins de bénéfices. Au final, les compagnies deviennent moins attractives.

Les entreprises avaient activement profité des taux bas pour s’élargir et absorber d’autres compagnies. Mais quand le taux a commencé à augmenter, le remboursement des dettes est devenu très difficile.

Les premières victimes

Selon les statistiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la part des «compagnies-zombies» qui ne génèrent pas de revenus et vivent à crédit a augmenté ces dernières années jusqu’à 6%, ce qui est un signe «très alarmant», déclare Andreï Kotchetkov, analyste d’Otkrytie broker.General Electric, l’une des plus grandes compagnies américaines, est l’une des premières victimes de l’augmentation systématique des taux d’intérêt.

«Non seulement les indices financiers du géant se sont considérablement détériorés, mais sa capitalisation est descendue en-dessous de la dette corporative de 110 milliards de dollars. La compagnie a de moins en moins d’argent pour se développer parce que des sommes conséquentes servent à rembourser la dette. Par conséquent, la croissance économique va ralentir», explique Andreï Kotchetkov.

Une hausse dangereuse

L’augmentation des taux par la Fed contribue à la hausse du rendement des bons du Trésor, notamment sur dix ans, auxquels sont associés les taux sur les crédits bancaires et les prêts immobiliers. Par conséquent, le pouvoir d’achat de la population diminue.Ce rendement élevé permet d’attirer davantage d’argent des investisseurs des marchés émergents dans l’économie. Mais chaque médaille a son revers.

La Bank of America Merrill Lynch a déjà averti que la hausse des taux d’intérêt aux USA pourrait déclencher une nouvelle crise. Toute l’année, les investisseurs ont vendu leurs actifs dans les marchés en développement à cause de l’augmentation des taux par la Fed, qui a renforcé le dollar.

La situation actuelle, selon les analystes de la banque, «rappelle celle d’il y a vingt ans quand les investisseurs s’étaient retirés massivement des obligations risquées des économies émergentes».

La balance se renverse

A présent que Donald Trump est soutenu par le plus grand journal d’affaires du pays dans ses attaques contre la Fed, le dollar est confronté à la vente. Mais il ne s’agit évidemment pas d’une seule publication.

«Depuis que les économistes ont dit que l’effet des stimulations fiscales était épuisé et que l’économie américaine commencerait à ralentir, des petits poids — sous la forme de déclarations de hauts fonctionnaires et d’experts — se sont mis à tomber sur la balance au profit de la réduction du rythme d’augmentation du taux par la Fed. Résultat des courses: la balance a penché de l’autre côté, ce qui a conduit à l’affaiblissement de la devise américaine», explique Andreï Vernikov, directeur général adjoint pour l’analyse d’investissement de Zerich Capital Management.

De plus, la semaine dernière, le vice-président de la Fed Richard Clarida a déclaré sur CNBC que «certains signes» témoignaient du ralentissement de la croissance économique mondiale. Le nombre d’investisseurs pensant que la Fed augmenterait son taux directeur lors de la réunion de décembre s’est alors réduit.

https://fr.sputniknews.com/economie/201811201038979520-dollar-effondrement-economie-usa/

Le Club de Rome a-t-il déjà désavoué Les limites de la croissance ?

Le Club de Rome a-t-il déjà désavoué Les limites de la croissance ?


Une histoire de désinformation ordinaire


Par Ugo Bardi – Le 23 septembre 2018 – Source CassandraLegacy

Aurelio Peccei en 1969, lorsqu’il fut nommé premier président du Club de Rome.

Le Club de Rome est inextricablement lié au rapport légendaire qu’il a commandé à un groupe de chercheurs du MIT en 1972, Les limites de la croissance. Aujourd’hui, près de 50 ans plus tard, nous devons encore accepter la vision apportée par le rapport, une vision qui contredit l’essence de certaines des croyances les plus chères à l’humanité. Le rapport nous dit que nous ne pouvons pas continuer à grandir éternellement et que nous devons cesser de considérer tout ce que nous voyons autour de nous comme nôtre de droit divin.

Comme on pouvait s’y attendre, le rapport a suscité de vives émotions et, avec elles, il y a eu beaucoup de désinformation et de légendes. Certains ont donné au Club de Rome le rôle d’une organisation secrète aux objectifs sombres et désastreux, d’autres ont visé le rapport, en prétendant qu’il était « mauvais » ou, pire encore, qu’il avait été conçu dans le but de tromper le public. J’ai écrit un livre entier sur ce sujet (Les Limites de la croissance revisité). Bref, la plupart de ces histoires sont fausses, mais certaines contiennent des éléments de vérité et toutes nous disent quelque chose sur la façon dont les humains ne font pas que nier les mauvaises nouvelles, mais ont tendance à diaboliser les messagers.

Il y a donc une légende particulière qui dit que les dirigeants du Club de Rome ont désavoué leur création, Les limites de la croissance où, ce faisant, ils ont admis que c’était une erreur ou une tentative d’induire le public en erreur. C’est une vieille légende mais, comme toutes les légendes, elle est étonnamment persistante et vous pouvez encore la voir mentionnée récemment (par exemple, ici et ici) comme si c’était une vérité évidente. Ce n’est pas le cas : c’est un bon exemple de la façon dont fonctionne la désinformation.

Les origines de la légende remontent à Julian Simon (1932-1998), flamboyant défenseur de la croissance économique et soi-disant « doom slayer ». Simon était un polémiste habile qui utilisait avec une efficacité remarquable toutes les techniques standard de la désinformation. Ainsi, dans son livre The Ultimate Resource (édition 1981, p. 286), Simon écrit (c’est moi qui souligne) :

« La critique la plus convaincante de la simulation des limites de la croissance, cependant, a été faite par le parrain du rapport, le Club de Rome lui-même. Quatre ans seulement après les remous créés par la publication du livre et son énorme tirage – 4 millions d’exemplaires vendus – le Club de Rome a ‘inversé sa position’ et ‘s’est prononcé pour plus de croissance’. (…) L’explication de ce renversement, comme rapporté dans le magazine Time, est un chef-d’œuvre de double langage qui sauve la face.

Le fondateur du Club, l’industriel italien Aurelio Peccei, dit que ce rapport avait pour but de secouer les gens de l’idée confortable que les tendances actuelles de croissance pourraient se poursuivre indéfiniment. Cela fait, dit-il, le Club pourrait alors chercher des moyens de combler l’écart grandissant entre les pays riches et les pays pauvres – des inégalités qui, si elles persistent, pourraient trop facilement mener à la famine, la pollution et la guerre. Le changement de cap du Club n’est donc pas tant un retournement de situation qu’un élément d’une stratégie en pleine évolution, explique M. Peccei.

En d’autres termes, le Club de Rome a parrainé et diffusé des contrevérités dans une tentative pour nous faire peur. Après avoir effrayé beaucoup de gens avec ces mensonges, le Club peut maintenant dire la vérité aux gens. »

Alors, d’où cela vient-il ? Je ne trouve pas sur le Web l’article original du Time que Simon cite, mais il y a d’autres rapports disponibles sur les déclarations qu’Aurelio Peccei (fondateur et à l’époque président du Club de Rome) a publiées en 1976, lors d’une réunion tenue à Philadelphie. Les journalistes qui ont interviewé Peccei ont été impressionnés par ce qu’ils ont perçu comme un renversement des politiques précédentes du Club, au point que Newsweek a intitulé son rapport (selon le St. Louis Post) « Le Club de Rome a-t-il publiquement abjuré ? ». Peccei aurait déclaré (selon le New York Times) que, « naturellement, nous nous rendons compte que l’absence de croissance n’est ni possible ni souhaitable ».

Est-ce suffisant pour dire que le Club de Rome a « inversé sa position » ? Pas du tout. Il n’y avait rien de nouveau dans les déclarations de Peccei. Déjà en 1973, avec un document signé par le comité exécutif et intitulé « Le Nouveau Seuil » – le Club de Rome déclarait que (se référant au rapport Les limites de la croissance) :

« Une image erronée du Club s’est donc formée en tant que groupe prônant une croissance zéro. Là encore, les conséquences possibles d’une croissance non régulée des sociétés industrialisées et, plus encore, celles qui surviendraient si la croissance s’arrêtait brutalement, ont perturbé certains des pays les moins développés où, nous l’avons déjà dit, le rapport est trop facilement considéré comme une proposition égoïste du monde développé qui ne ferait qu’aggraver les difficultés de la grande masse des défavorisés sur notre planète. »

Et ce n’est pas un « double discours qui sauve la face », comme le disait Simon. C’est une conséquence nécessaire des vues du Club depuis sa création. Aurelio Peccei avait créé le Club sur la base de ce qu’il appelait la « problématique » ou la « situation difficile » de l’humanité. Dès son premier discours public sur ce sujet, en 1965, il est clair qu’il voyait les problèmes auxquels l’humanité est confrontée principalement en termes de distribution équitable des ressources disponibles, d’évitement des guerres, d’élimination de la pauvreté, de soins de santé pour tous, etc. (voir aussi cet article d’Irv Mills). Peccei n’imaginait pas l’avenir de l’humanité en termes d’effondrement – non, le concept « de dépassement et d’effondrement» des systèmes socio-économiques n’existait pas à l’époque, il a été développé et diffusé seulement dans les années 1970 par Jay Forrester .

Ainsi, les résultats de l’étude Les limites de la croissance, avec leurs scénarios d’effondrement probable, ont dû être un choc pour Peccei et les autres membres du Club de Rome. Pourtant, il ressort clairement de ce qu’ils ont écrit par la suite qu’ils comprenaient la logique et les conséquences du rapport qu’ils avaient commandé – ils ne l’ont jamais « désavoué », même si, au fil des ans, certains membres ont critiqué l’étude de diverses manières, mais c’est une autre histoire.

Au fil des ans, le Club de Rome et le rapport ont été perçus comme la même chose, confondant parfois qui a fait quoi exactement. En réalité, ce sont deux choses distinctes et différentes. Le Club de Rome s’est enraciné dans la « problématique » élaborée par Peccei et ses membres ont travaillé à l’intégration des résultats du rapport dans leur vision du monde. Il était clair pour eux que Les limites de la croissance agrégeait toutes les économies nationales du monde en paramètres moyens. En conséquence, la politique mondiale de « croissance zéro » aurait signifié le maintien de l’écart économique qui sépare les pays riches et les pays pauvres. Et ce n’était pas ce que Peccei et les autres avaient en tête. D’où la déclaration de Peccei en 1976 : « Naturellement, nous nous rendons compte qu’une croissance zéro n’est ni possible ni souhaitable. » Dans un autre rapport, ils ont dit que le rapport « est un début et non une fin ». C’est l’origine de l’autre déclaration de 1976 de Peccei : « Le rapport sur les limites de la croissance a servi son objectif d’attirer l’attention du monde. »

Donc, pas de mensonges, pas de reniement, pas de tactiques alarmistes. Ce que nous avons, au contraire, c’est un rappel brutal de la façon dont fonctionne la désinformation. Notez la technique narrative utilisée par Simon : « Après avoir effrayé beaucoup de gens avec ces mensonges, le Club peut maintenant dire la vérité aux gens. » Vous avez besoin d’environ trois secondes pour déconstruire cette affirmation et noter qu’elle n’a aucun sens : si le Club a réussi à mentir au public, pourquoi devrait-il cesser de le faire ? Qu’est-ce que le Club pourrait gagner en avouant publiquement qu’il a menti ? Mais la narration suit des règles spéciales : ce que nous avons ici est un tropisme typique de beaucoup de films modernes : à un moment donné, les méchants peuvent explicitement avouer leurs crimes (parfois appelés vantardises de durs à cuire) par pure arrogance, généralement dans le but d’humilier les bonnes personnes. Donc le truc que Simon utilise est de mettre le Club de Rome dans le rôle du méchants en termes narratifs. C’est une astuce efficace à une époque où l’on ne peut plus distinguer la réalité de la narration : c’est l’art noir appelé « créer sa propre réalité ».

Près de 50 ans se sont écoulés depuis la publication du rapport et on peut dire sans risque de se tromper que la plupart des gens se souviennent qu’il avait été décrit par la propagande des années 1990 comme une étude « erronée » (s’ils s’en souviennent). Mais cela signifie-t-il qu’il a été oublié à jamais ? S’il est vrai que « Google Trends » ne montre pas un intérêt accru pour les Limites de la croissance lui-même, il y a un intérêt croissant pour le concept de ralentissement de la croissance économique ou comment éviter un effondrement. Et Limites de la croissance fait preuve d’un remarquable regain d’intérêt dans la littérature scientifique. Cela signifie-t-il que nous assisterons à un regain d’intérêt pour cette question également dans le débat général ? Pourquoi pas ? Après tout, à long terme, la vérité bat toujours la désinformation.

Ugo Bardi

Voici l’article du St. Louis Post sur les déclarations de Peccei, avec plusieurs erreurs résultant de la transcription, mais il est globalement lisible.


 

Le magazine Time a écrit récemment dans un essai sur la futurologie, « Les hommes ont faim de prédictions comme ils ont encore plus faim de pain pendant une famine. » Les affamés ont récemment reçu quelques pains jetés par les prophètes autoproclamés du XXe siècle. Les prophéties oraculaires pondues par des ordinateurs ont été étouffées depuis que la crise pétrolière de 1973 a rompu avec leurs courbes optimistes de croissance. La guilde des devins est tombée en disgrâce. Maintenant, après un long silence pénitent, ils font un retour en force. Herman Kahn, directeur de l’Institut Hudson et optimiste inébranlable, a publié une nouvelle étude sur l’avenir intitulée. Les 200 prochaines années. Sa conclusion est qu’en 2176, la population mondiale aura atteint un total de 15 milliards d’habitants et vivra à l’aise bien mieux que les prévisions pour 1975 ne le laissent à penser. Le Wall Street Journal dit qu’on peut oublier les rêves d’énergie illimitée, d’électricité nucléaire bon marché, de rendements agricoles multipliés par cinq et de victoire finale sur le cancer avant la fin du siècle. L’« avenir révisé » semble quelque peu différent.

D’ici l’an 2000, la nourriture sera trois fois plus chère qu’elle ne l’est aujourd’hui, compte tenu de l’inflation monétaire. On ne construira pas d’autoroutes automatiques. Au mieux, les automobiles auront une consommation de carburant plus efficace. Les gros porteurs de 1000 places ne voleront pas d’ici la fin des années 1970, mais au plus tôt dans les années 1990. L’avenir était également en cours de révision à Philadelphie. « Le Club de Rome a-t-il publiquement abjuré ? », a demandé Newsweek au vu de son nouveau slogan. Le Club, une association informelle d’une centaine d’industriels et d’universitaires de différents pays, a été considéré jusqu’à présent comme un oiseau de malheur, avertissant fortement contre des prévisions trop optimistes. Si la tendance actuelle à la croissance se poursuit, dit-il en 1972, les limites de la croissance seront atteintes au cours des 100 prochaines années. Aurelio Peccei, fondateur du Club de Rome, a nié à Philadelphie que ses membres aient proposé un revenu par habitant d’environ 20 000 dollars.

Le collaborateur de Kahn, Edmund Still-man, dans une étude commandée par une banque privée française, prédit un avenir particulièrement prometteur pour les Français. Très peu de temps après 1980, la France dépassera l’Allemagne de l’Ouest dans la production de biens et de services pour devenir le numéro un en Europe. Le Club de Rome, qui, en 1972, postulait les « limites de la croissance » et suscitait de puissantes critiques, a proposé une vision du monde un peu moins pessimiste. Sa nouvelle devise est « croissance organique » et le slogan optimiste pour son dernier congrès à Philadelphie était « De nouveaux horizons pour l’Humanité ». Dans une série de dix articles, le Wall Street Journal discute des prophéties faites il y a dix ans qui se sont réalisées et de celles qui doivent être corrigées. Les chercheurs du journal ont découvert que la plus grande erreur commise par les futurologues a été leurs projections de la croissance démographique. D’une part, l’explosion des naissances et la baisse du taux de mortalité dans les pays en développement se sont combinées pour accroître la population mondiale totale beaucoup plus rapidement que prévu. Mais aux États-Unis, par exemple, la tendance s’inverse. Déjà aujourd’hui, il y a 12 millions d’habitants de moins annoncent les avocats d’une croissance démographique zéro. Leur étude Limites de la croissance qui s’est vendue entre-temps à 2 millions d’exemplaires n’était qu’un choc et un moyen d’attirer l’attention du public sur les problèmes, dit-il.

« Naturellement, nous nous rendons compte qu’une croissance zéro n’est ni possible ni souhaitable », a-t-il dit. Selon la formule modifiée, mise au point par le professeur ouest-allemand Eduard Pestel et son collègue américain Mihailo Mesarovic, ce qu’il faut maintenant, c’est une « croissance dirigée ». « L’important, c’est la manière dont la croissance se produit, avec quelle technologie et dans quels secteurs de l’économie », a déclaré le professeur Ervin Laszlo, de l’Institut des Nations unies pour la formation et la recherche. Les grandes lignes d’un nouvel ordre économique mondial sont en cours d’élaboration dans une nouvelle étude commandée par le Club de Rome à l’économiste néerlandais Jan Tinbergen, lauréat du prix Nobel. En collaboration avec une vingtaine d’autres experts, il s’attend à ce qu’il soit prêt d’ici l’automne de cette année. À Philadelphie, les grandes lignes étaient déjà claires : des réserves monétaires plus importantes pour le financement plus rapide de projets de développement dans le Tiers Monde, un contrôle plus strict des multinationales et un coordinateur mondial de l’énergie. « Les hommes ont faim de prédictions comme ils ont faim de pain pendant une famine »

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

Affaire Khashoggi : EDF et Siemens désertent le « Davos saoudien », mais Total y sera

Affaire Khashoggi : EDF et Siemens désertent le « Davos saoudien », mais Total y sera

Par latribune.fr  |   |  955  mots
Patrick Pouyanné, le Pdg de Total, en janvier dernier, au Forum économique mondial (WEF, World Economic Forum) de Davos, en Suisse.
Patrick Pouyanné, le Pdg de Total, en janvier dernier, au Forum économique mondial (WEF, World Economic Forum) de Davos, en Suisse. (Crédits : Reuters)
Le Forum économique mondial élaboré par l’Arabie saoudite pour mettre en valeur ses futures orientations économiques a vu la liste de ses participants se réduire au fur et à mesure des révélations macabres dans l’affaire Khashoggi.

Après les très nombreuses défections annoncées ces derniers jours, parmi les participants au « Future Investment Initiative » le forum économique mondial organisé par l’Arabie saoudite à Ryad du 23 au 25 octobre censé servir de vitrine à ses futures réformes économiques, on attendait de connaître la position d’éminentes personnalités comme le Pdg d’EDF, le patron de Siemens, ainsi que celui de Total. Les réponses à ces trois questions en suspens sont tombées inextremis, juste avant l’ouverture ce matin de cet événement.

Renoncement du Pdg de l’électricien détenu à 84% par l’Etat français

Ainsi, le Pdg D’EDF a renoncé à son tour à se rendre au forum économique organisé cette semaine à Ryad, a indiqué lundi le groupe, alors que cet événement est déserté par des responsables occidentaux après le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi. Jean-Bernard Lévy ne se rendra pas à ce forum organisé du 23 au 25 octobre, a indiqué une porte-parole de l’électricien. Il a en effet prévu d’être présent à l’Elysée mercredi pour la réunion avec les acteurs de l’énergie organisée par le président Emmanuel Macron, a-t-elle expliqué.

EDF est détenu à près de 84% par l’Etat français. Le groupe français a été pré-qualifié pour la construction d’un parc éolien en Arabie saoudite et espère pouvoir y exporter son réacteur nucléaire EPR.

La Future Investment Initiative (FII) en Arabie saoudite, surnommée « Davos du désert », est mise à mal par la crise suscitée par la mort du journaliste Jamal Khashoggi, qui a poussé responsables occidentaux et dirigeants de firmes internationales à boycotter ce forum cher au prince héritier Mohammed ben Salmane.

Des défections multiples et emblématiques

Parmi les défections emblématiques des jours précédents : le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, la patronne du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde et le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire ont déjà annoncé qu’ils ne feraient pas le voyage à Ryad. On notera aussi celles des dirigeants des groupes bancaires BNP Paribas, Société Générale, HSBC, JPMOrgan Chase ou Credit Suisse, des industriels comme Ford, ou encore des sociétés de haute technologie comme Uber ou Google.

Lire aussi : Affaire Khashoggi : le boycott du « Davos saoudien » s’emballe

Airbus et Deutsche Bank absent eux aussi

La semaine dernière, Ulrich Spiesshofer, patron du grand concurrent de Siemens, le suisse ABB, a déclaré qu’il n’irait pas en Arabie saoudite. Airbus et Deutsche Bank ont également décidé de pratiquer la politique de la chaise vide.

L’Allemagne, qui a suspendu ses ventes d’armes à l’Arabie saoudite, a appelé lundi ses partenaires européens à faire de même. La France a botté en touche.

Pression maximale sur Siemens qui renonce aussi

Le président du directoire de Siemens, Joe Kaeser, a annoncé lundi qu’il ne participerait pas à la conférence sur les investissements dite « Davos du désert » en Arabie saoudite à la suite du décès du journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi.

Dimanche, plusieurs voix s’étaient élevées pour lui demander de renoncer et à emboîter le pas à d’autres grandes entreprises.

Après deux semaines de dénégations, Ryad a reconnu samedi la mort du journaliste, qui vivait depuis un an aux Etats-Unis et publiait régulièrement dans le Washington Post des tribunes critiques sur l’action du prince héritier Mohamed ben Salman. Dimanche, le ministre saoudien des Affaires étrangères a parlé de « terrible erreur » à la télévision américaine.

« Siemens est un partenaire fiable et engagé du royaume et de sa VISION 2030. Mais pour le moment, la vérité doit être découverte et la justice appliquée », a déclaré Joe Kaeser, dans un communiqué.

« Le temps nous dira comment les choses évolueront. Et j’espère qu’il y aura clarté, transparence et justice le plus tôt possible », a-t-il déclaré.

Total s’oppose à « la politique de la chaise vide »

Le PDG du géant pétrolier Total Patrick Pouyanné ira comme prévu au forum économique de Ryad, jugeant que la « politique de la chaise vide » ne fait pas avancer les droits de l’homme, et « par fidélité » envers ses engagements avec son partenaire Aramco.

« Je suis intimement persuadé que la politique de la ‘chaise vide’ ne fait pas avancer les choses, notamment quand il s’agit du respect des droits de l’homme », dit-il dans une déclaration mise en ligne sur le site du groupe, dans le contexte de l’affaire Khashoggi.

« Les politiques de boycott et de retrait de l’investissement ne font que pénaliser les populations », poursuit-il, rappelant que le groupe « n’a jamais été favorable aux mesures de sanctions et d’isolement, par exemple contre la Russie, l’Iran ou le Qatar ».

Total « a toujours considéré préférable de maintenir avec ses pays partenaires un dialogue franc et exigeant, dans lequel nous rappelons nos valeurs », assure son PDG.

« J’ai été invité à ces travaux par Khaled al-Faleh le ministre saoudien de l’Énergie, un homme de qualité, pour parler d’énergie », fait aussi valoir M. Pouyanné.

Partenaire « depuis 40 ans » de la société Saudi Aramco, et alors que Total et Aramco ont « récemment annoncé un projet conjoint d’investissement majeur » dans le secteur pétrochimique, le PDG du groupe pétrolier déclare qu’il se rendra au forum « par fidélité pour les engagements pris, par respect pour les dirigeants de cette entreprise que j’estime, par respect pour notre longue histoire commune ».

M. Pouyanné « comprend et partage l’émotion suscitée par le drame de la disparition de M. Khashoggi sur laquelle toute la lumière devra être faite », dit-il par ailleurs.

(Avec AFP et Reuyters)

La présence d’une banque centrale est-elle compatible avec la souveraineté étatique ?

La présence d’une banque centrale est-elle compatible avec la souveraineté étatique ?


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Par Valérie Bugault − Octobre 2018

Je remercie les organisateurs de ce colloque de m’avoir invitée à discourir sur la question des banques centrales. Bien qu’étant éminemment de nature géopolitique, la question des banques centrales est un sujet trop peu souvent abordé eu égard à ses enjeux ; car cette question est à l’origine d’un nombre considérable de désordres politiques, économiques, sociaux et militaires.

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Banque centrale de Russie
Note du Saker Francophone

Ce discours a été prononcé lors d'un colloque intitulé « Réémergence de la Russie au XXIe siècle » organisé au Centre culturel Russe de Paris, le 15 octobre 2018 par l’Académie de Géopolitique de Paris.

Analyse du concept de « banque centrale »

Caroll Quigley a justement présenté les choses de la façon suivante : « Les puissances du capitalisme financier (1850-1932) avaient un plan de grande envergure, rien de moins que de créer un système mondial de contrôle financier dans les mains du secteur privé capable de dominer le système politique de chaque pays et l’économie mondiale d’un seul tenant. » ( tiré du livre Tragedy and hope).

Je voudrais préciser que Caroll Quigley, titulaire d’un doctorat d’histoire à l’université d’Harvard, était professeur à l’université de Georgetown, membre de la Walsch School of Foreign Service, ainsi que consultant au département de la Défense des USA, à la Smithsonian institution et au très sélect Commitee on Astronomics and Space Exploration. Il avait été le professeur de l’ancien Président Clinton.

La banque est à l’origine de la création des « banques centrales » qui ont pour fonction de centraliser la gestion des monnaies

Nous verrons qu’à l’origine de la création du concept de « banque centrale », se trouve une coalition de banquiers privés qui ont suggéré, plus ou moins ouvertement et loyalement, cette « innovation technique » aux différents pouvoirs politiques en place.

Techniquement, une banque est une « entreprise privée » qui prend différentes formes juridiques en fonction de l’État dans lequel elle est implantée. Les grandes banques à implantation internationale sont économiquement contrôlées par des personnes physiques dont le grand public ignore, la plupart du temps, le nom.

Au fil du temps, le système bancaire s’est intégré à différents niveaux.

D’une part, il s’est internationalisé et concentré, chaque grande banque d’affaires opérant par le biais des marchés ou de missions ou étant directement implantées sur le territoire de différents États (HSBC, UBS, Groupe privé de gestion d’actifs Edmond de Rothschild, banque d’affaires Rothschild & Co, BNP Paribas présent sur tous les continents, J-P. Morgan, Deutsche Bank présente ans plus de 75 pays, Goldman Sachs etc.).

D’autre part, il s’est consolidé par zone géographique au moyen des banques centrales.

La banque est une entreprise privée de nature internationale

La banque est une organisation détenue par des personnes privées qui restent, le plus souvent, anonymes. Dire que la banque est une entreprise privée signifie que la banque a pour mission de mettre en œuvre les intérêts privés de ses propriétaires. De façon structurelle, la banque, en tant qu’entreprise privée, n’a jamais eu pour mission de remplir une fonction, de nature politique, concernant l’intérêt commun. Les choses doivent être, à cet égard, parfaitement claires.

Aujourd’hui, les banques sont organisées en groupes d’entreprises, bancaires et financières, qui forment un nuage capitalistique ; les plus importantes d’entre elles sont implantées ou travaillent dans la plupart des pays du monde.

L’organisation des multinationales sous forme de groupes, autrement dit de constellations capitalistiques, est un moyen essentiel, « capital », pour rendre anonymes les véritables détenteurs de capitaux de ces entités tentaculaires. Il est parfois très difficile, même pour des services d’État, de remonter aux associés décisionnaires des groupes d’entreprises en raison du nombre de sociétés, de leur imbrication dans de multiples États et de la multiplicité des formes sociales juridiquement disponibles. Il faut évidemment ajouter à cela que certains États, sous la coupe du droit anglo-saxon, organisent eux-mêmes l’anonymat des détenteurs de capitaux de certaines structures juridiques utilisées à des fins professionnelles, tels les trusts anonymes.

La pratique des groupes d’entreprises permet aux détenteurs actifs des capitaux de prendre, au niveau mondial, un poids économique et politique de plus en plus important tout en restant dans l’ombre, c’est-à-dire à l’abri de toute responsabilité politique.

S’agissant du poids respectif des banques par rapport à celui des États, nous pourrions citer l’exemple de BNP-Paribas dont le bilan officiel (non compris le « hors bilan ») s’élève, pour 2017, à 1960 milliards d’euros, à comparer avec le PIB de la France pour la même période qui s’élève à 2163 milliards d’euros.
Néanmoins, les chiffres officiels présentés par les banques concernant leurs revenus d’exploitation ne sont pas significatifs car ils font l’objet de trop nombreuses manipulations liées à l’existence d’une opacité juridique et comptable internationale d’ordre systémique :

  • La présence de trop nombreuses filiales dans les paradis fiscaux qui ne font pas apparaître les donneurs d’ordre (sur le modèle des trusts anonymes) ;
  • L’organisation en groupes d’entreprises permettant, via le commerce intra-groupe, l’optimisation fiscale ;
  • Les manipulations consistant à faire passer une partie des actifs en « hors bilan » ; ainsi que,
  • La quasi-liberté d’évaluation comptable des actifs (le « fair value », autrement dit « juste prix ») imposée par la comptabilité IFRS qui sévit au niveau international,

ont pour conséquence que les résultats financiers de ces groupes présentés au public n’ont aucune  valeur réelle et ne permettent pas de se faire une idée correcte de la véritable puissance capitalistique des conglomérats bancaires.

En outre, il faut garder à l’esprit que le rapport de force entre les banques et les États ne se situent pas seulement au niveau capitalistique, il passe également par :

  • la participation de certaines banques, par le biais de leur donneur d’ordre effectif, à la détermination des normes comptables (IFRS) et bancaires internationales,
  • les liens économiques, juridiques et parfois humains qui existent entre les propriétaires de certaines banques et les groupes industriels exploités sous forme de cartel (de façon officielle ou officieuse).

Il faut aussi préciser que ce sont les grandes banques, prioritairement celles opérant à la City, qui ont organisé le réseau des paradis fiscaux fondé sur les trusts anonymes. Ce réseau est juridiquement supervisé par les grandes firmes anglo-saxonnes d’audit et de droit, les fameuses « Big Four ».

Ainsi, les capitaux cachés dans les paradis fiscaux sont sous l’entier contrôle des grandes banques d’affaires internationales. Non seulement ces réseaux opaques servent à collecter tout type d’argent (évasion, optimisation et argent sale) mais surtout ils permettent aux banques qui y siègent d’utiliser cet argent comme bon leur semble, aucune règlementation ne venant entraver leurs « activités ».

La banque s’est consolidée par zone géographique dans un système de « banqueS centrales » afin de centraliser la gestion des monnaies

Le système établit par les banquiers s’est consolidé au niveau de chaque État, ainsi que par zone géographique, au moyen des banques centrales. Historiquement, sur le territoire de chaque État, les propriétaires des banques privées les plus importantes se sont associés pour créer une « banque centrale ». Il en a résulté que l’affectation des ressources monétaires est devenue un monopole des banquiers privés coalisés au sein d’un système de « banque centrale ».

Les « banques centrales » sont nées sous le signe de l’imposture : présentées comme des banques d’État, elles disposaient à ce titre de la garantie de l’État – c’est-à-dire des contribuables de l’État – alors que ses capitaux restaient dans des mains privées. Les banques centrales ont le monopole de l’affectation des ressources monétaires. Dans la mesure où ce monopole est détenu par des intérêts privés, la monnaie ne peut, structurellement, plus remplir son rôle de facilitation des échanges, rôle qui est pourtant à l’origine même de sa création.

L’appropriation par des intérêts privés est le vice initial du concept de banque centrales. C’est ainsi que la banque d’Angleterre (1694), la Banque de France (1800), la Fed (1913), la Banque des Règlements Internationaux (BRI/BIS 1930), le système européen de banques centrales (dit SEBC, décidé par le Traité de Maastricht en 1992 et entré en vigueur en 1999), la banque centrale de la Fédération de Russie (1990) reflètent toutes un désengagement des instances politiques de l’État dans la gestion centralisée des masses monétaires en circulation.

La distinction fallacieuse entre gestion monétaire et gestion politique est entrée dans l’inconscient collectif et dans les institutions comme une « normalité » ; tout le monde estime normal que les banques centrales soient « indépendantes » du pouvoir politique. Personne ne se pose plus la question de savoir pourquoi doivent-elles, impérativement, être « indépendantes » ?

Dès que vous évoquez la question politique de la dépendance de la banque centrale vis-à-vis du gouvernement, les âmes qui se croient éclairées vous répondent immanquablement : souvenez-vous de Weimar ! Mais à la vérité, l’épisode de Weimar est une mauvaise réponse car l’hyper inflation de cette époque a été le résultat d’une politique elle-même très largement sous domination capitalistique.

Par ailleurs, les banquiers eux-mêmes ont été assez créatifs pour remplacer la méchante « planche à billets » par le « Quantitative Easing », qui entraîne une stagflation, dont les résultats sont bien plus satisfaisants pour les banquiers que l’inflation, leur permettant même d’accroître encore leur accaparement.

Quoi qu’il en soit, inflation ou stagflation, entraînent toujours, d’une façon ou d’une autre, une augmentation des prix, augmentation que les banquiers centraux s’estimeront en « droit », car c’est l’une de leur mission essentielle, de juguler en instaurant un assèchement de monnaie en circulation par une augmentation des taux directeurs. Ainsi, après avoir organisé l’inflation, les banquiers centraux génèrent eux-mêmes l’éclatement des bulles spéculatives et la venue de « crises » monétaires, financières, économiques et sociales.

Certains rétorqueront que la banque de France a été « nationalisée », mais là encore, il faut s’entendre sur les termes : que signifie réellement une banque « nationalisée » par un État dont les moyens d’actions dépendent entièrement du bon vouloir des banques et des marchés, c’est-à-dire des principaux propriétaires de capitaux… ?

Au vu de l’évolution du rapport de force entre banques et États, la véritable question qui doit aujourd’hui être posée et publiquement débattue est la suivante : les États sont-ils encore des entités juridiques indépendantes de leurs banques ?

Banque de France : genèse

Mensongèrement présentée comme « intimement liée à l’histoire de la Nation », la Banque de France a été conçue, comme toutes les « banques centrales », comme une entreprise capitalistique détenue par des personnes privées. L’idée de sa création a été susurrée au premier consul Bonaparte, lui-même alors principal actionnaire, par un banquier, Jean-Frédéric Perrégaux lui-même Régent de cette banque. La fiche Wikipédia du banquier Perrégaux fait référence à ses liens avec d’autres banquiers de l’époque dans les termes suivants : « Jean Frédéric Perrégaux, … né en 1716, … a fait l’apprentissage du commerce et de la finance à Mulhouse où il apprend l’allemand, à Amsterdam et à Londres, puis il s’installe à Paris en 1765 où il travaille pour Jacques Necker et fréquente le salon de l’hôtel Thellusson (tenu par la veuve du banquier genevois Georges-Tobie de Thellusson (1728-1776), actionnaire de la Banque Girardot). En 1781, avec l’aide de son compatriote Isaac Panchaud (banquier financier britannique d’origine suisse), il fonde sa propre banque en s’associant au banquier Jean-Albert Gumpelzhaimer, ancien correspondant à Paris de plusieurs banquiers européens ».

Federal Reserve : genèse

La Federal Reserve américaine (Fed) est née sous les mêmes auspices fallacieux d’une banque privée présentée comme une banque publique, à l’initiative de banquiers.

Créée à l’occasion d’une petite coterie composée de banquiers influents et d’hommes politiques à leur solde, on retrouve, à l’initiative de la Fed (sur l’île de Jekyll Island) : le sénateur Aldrich (qui entretenait des relations d’affaires avec J-P Morgan lequel était le beau-père de John D. Rockefeller fils), Abraham Piat Andrews (secrétaire assistant du Trésor américain, homme politique qui fut tout au long de sa carrière très influents dans les milieux bancaires), Frank Vanderlip (président de la National Bank of New-York, plus puissante banque américaine qui représentait les intérêts financiers de William Rockefeller et de la société d’investissement internationale Kuhn & Loeb and Company), Henry Davison (principal associé de J-P Morgan Company), Charles Norton (président de la First National Bank of New-York), Benjamin Strong (directeur général de la J. P. Morgan’s Bankers Trust Company, qui en devint PDG trois ans plus tard), et enfin Paul Warburg (allemand naturalisé américain, partenaire de la Kuhn & Loeb Company, il représentait également la dynastie bancaire Rothschild en Angleterre et en France).

L’idée d’une banque centrale a été vendue par les banquiers aux « autorités politiques » et surtout au public en mettant en avant les immenses services qui seraient rendus à l’État par cette « centralisation monétaire », par les banquiers. Ces banques centrales ont été présentées au public sous la forme de banque d’État alors que la détention capitalistique desdites banques restait dans des mains privées, les banquiers privés contrôlant désormais officiellement les émissions monétaires. Dès lors, les entités juridiques, de droit public, dénommées États se sont portées garantes des capitaux privés investis dans ces « banques centrales ».

Banque centrale de la Fédération de Russie : genèse

Nous avons, en Occident, peu d’informations disponibles sur la première banque centrale Russe (Banque d’État de l’empire Russe), créée le 31 mai 1860 par Ukase du tsar Alexandre II, et dont la mission semblait être d’accorder des prêts à court terme aux entreprises russes. Nous avons également assez peu d’informations sur la Banque d’État de l’URSS.

En revanche, nous disposons de davantage d’informations sur la Banque Centrale de la Fédération de Russie, fondée le 13 juillet 1990 à partir de la Banque de la République de Russie, émanation de la Banque d’État d’URSS. Cette banque fonctionne sur le modèle des banques centrales occidentales, elle :

  • Est le « régulateur du système bancaire russe » ;
  • Octroie des licences aux opérateurs bancaires ;
  • Définie les principes de gestion et les normes comptables applicables au secteur bancaire russe ;
  • Est prêteur de dernier recours des établissements financiers russes ;
  • Est responsable de la politique monétaire Russe, notamment par la fixation des taux d’intérêts interbancaires, sous la sérieuse réserve qu’elle
  • Est membre à part entière de la BRI, chargée d’élaborer les politiques monétaires qui seront suivie par ses membres.

Rappelons que la BRI est une entité privée dont le capital est composé d’actions appartenant, depuis le dernier élargissement de 2011, à 60 banques centrales. Ce capital est divisé en 600 000 actions, dont la moitié appartiennent aux banques centrales d’Allemagne, d’Angleterre, de Belgique, de France, d’Italie et des États-Unis d’Amérique, ou tout autre établissement financier de ce dernier État. Ce sont les gouverneurs de ces six banques centrales qui se partagent la direction de la BRI, avec les gouverneurs des banques centrales du Brésil, du Canada, de Chine, de l’Inde, du Japon, du Mexique, des Pays-Bas, de Suède et de Suisse, et le président de la Banque centrale européenne (BCE). Son capital, libellé en DTS, s’établissait, au 31 mars 2017, à 242,2 milliards de DTS/SDR (droits de tirage spéciaux ou Special Drawing Rights).

Rappelons au passage que les DTS sont, en tant que panier de monnaies, destinés à devenir la prochaine monnaie mondiale, lorsque le dollar US aura cédé sa place centrale. On ne saurait trop insister sur le fait que les DTS ne sont rien d’autre que la résurgence du Bancor que Keynes, en tant que porte-parole des banquiers de la City de Londres, voulait imposer au monde au moment des Accords de Bretton Woods.

La Banque centrale de la Fédération de Russie semble, depuis sa création, suivre une politique monétaire relativement constante consistant à limiter, pour ne pas dire à raréfier, l’offre de monnaie disponible. Cette politique monétaire a pour conséquence mécanique le fait que la Russie ne dispose pas d’une économie réellement indépendante, c’est-à-dire indépendante à la fois vis-à-vis de l’étranger et vis-à-vis de ses matières premières. Le 14 septembre 2018, la Banque Centrale vient une fois de plus de relever son taux directeur d’un quart de point pour le fixer à 7,5% (Relèvement intempestif du taux directeur). Cette politique monétaire restrictive est la raison précise pour laquelle la Russie n’arrive pas à devenir un réel acteur économique de poids à l’échelle mondiale.

Rappelons en effet que la Chine n’est devenue la puissance économique que nous constatons aujourd’hui qu’en raison du fait que les conglomérats financiers anglo-saxons lui avaient procuré les capacités de financement nécessaires en investissant massivement sur son territoire. Aujourd’hui, les capacités économiques acquises par la Chine lui permettent d’envisager de devenir son propre acteur économique et financier.

Je profite de cette petite digression pour signaler que la situation en occident est exactement inverse à celle que connaît la Russie. La stratégie occidentale des banquiers consiste à fournir une profusion de liquidité aux système bancaire et financier, ce qui a pour effet direct la création d’énormes bulles sur les actifs ; bulles destinées à éclater en appauvrissant les classes moyennes, ce qui augmente par voie de conséquence la concentration des richesses dans les mains de ceux qui ont organisé lesdites bulles. Pour préciser un peu le système : l’accroissement de l’offre de monnaie par prêts interposés a pour effet direct de faire monter artificiellement les prix des actifs par une multiplication artificielle des flux de transactions (due à la profusion de prêts disponibles). Après avoir organisé une profusion de liquidités sous forme de dettes et ainsi créé des « bulles spéculatives », les banquiers centraux estiment généralement nécessaire de réduire, de façon plus ou moins brutale, l’offre de liquidités, par une remontée des taux directeurs ; il en résulte une explosion des « bulles spéculatives », une baisse brutale des prix générant un appauvrissement généralisé mais permettant un rachat à vils prix des actifs dépréciés par les plus grands capitalistes. Ainsi la création de crises monétaires permet un accaparement des actifs dans les mains de ceux qui ont généré ces crises.

La politique monétaire appliquée par différentes banques centrales membres de la BRI s’inscrit dans le cadre du changement de paradigme monétaire international : c’est-à-dire du passage du dollar au DTS en tant que monnaie mondiale. L’appauvrissement économique des uns (Occident mené par les USA), la stagnation économique des autres (Russie) et l’enrichissement économique du troisième (Chine) a pour objectif de faire piloter et contrôler par les banquiers à la manœuvre le pourcentage de DTS qui sera in fine détenu par les différentes régions du monde.

À ce propos, permettez moi d’ajouter que la guerre économique menée actuellement par le président Trump s’inscrit parfaitement dans la démarche stratégique des banquiers centraux consistant à rééquilibrer les différentes zones géographiques. Il s’agit d’abattre ou de réduire la puissance économique américaine de sorte de réduire son poids dans les futurs DTS, et dans le gouvernement mondial des banquiers qui suivra immanquablement l’arrivée de la monnaie mondiale. Outre que cette guerre commerciale arrive à point pour cacher aux américains l’origine de leur perte de puissance économique, cette guerre est surtout utile pour organiser la diminution de la puissance économique américaine afin de limiter ses futurs droits dans les DTS.

La détermination de la politique monétaire mondiale par les banquiers centraux est, de façon mécanique, destinée à satisfaire l’insatiable appétit des personnes qui se cachent derrière les énormes et opaques conglomérats bancaires. Elle n’est destinée ni à rendre aux États et aux nations leur souveraineté politique, ni à remplir le rôle pour lequel le concept monétaire a été créé : celui de faciliter et fluidifier les échanges économiques.

BRI/BIS : genèse

Il est également intéressant de connaître les conditions dans lesquelles est née la BRI/BIS, officialisée à l’occasion du plan Young de 1930.

La BRI est la traduction institutionnelle d’un plan élaboré par un conglomérat d’intérêts bancaires et financiers : en 1920, John Foster Dulles (1888 – 1959 ; qui deviendra secrétaire d’État), représentant les intérêts de la Banque d’Angleterre et de J-P Morgan dans l’Europe d’après-guerre, rencontre Hjalmar Schacht (1877-1970) alors fonctionnaire subalterne auprès de l’autorité bancaire allemande créée par les alliés.

En mars 1922, Schacht fait part à John Foster Dulles d’un nouveau système financier international afin de financer l’Allemagne, prétendûment les réparations de guerre mais réellement la remilitarisation. Citons Schacht :

« Mon idée est que ce ne soit pas un emprunt d’État, mais un emprunt de compagnies privées. Je veux former, disons, quatre compagnies privées allemandes, et à chacune d’entre elles, le gouvernement allemand devra accorder le monopole des exportations en gros de produits tels que le charbon, la potasse, le sucre et le ciment. Chacune de ces compagnies contrôlera l’exportation d’un de ces produits. Le monopole devra être accordé pour 20 ans. Les producteurs nationaux devront leur remettre leur production. (…) Ces sociétés émettront des emprunts d’un montant total de 5 milliards de marks-or. (…) Comme le total des exportations des quatre peut être estimé à 500 millions de marks-or, le montant de l’emprunt sera remboursé en 10 ans. (…) L’emprunt que je propose (…) n’est basé sur aucun traité politique. (…) Le remboursement sera sous le contrôle, tout d’abord, d’industriels et d’hommes d’affaires appartenant aux rangs les plus élevés. »

Dulles fait suivre la lettre à Thomas W. Lamont, un associé de J.P. Morgan, et au cours des années qui suivent, l’essentiel de ce plan Schacht-Dulles-Morgan sera mis en œuvre. Voilà l’origine des cartels internationaux basés en Allemagne et dirigés par les Britanniques, qui furent créés dans les années 20.

Schacht lui-même sera nommé Commissaire à la monnaie nationale allemande en novembre 1923, et un mois plus tard, président de la Reichsbank.

Depuis 1919, John Foster Dulles était l’avocat de Richard Merton, fondateur du plus important de ces cartels, l’Interessen Gemeinschaft Farben (IG Farben). En 1924, il est choisi par J.P. Morgan pour mettre en œuvre le plan Dawes prévoyant la réorganisation, dans le cadre de négociations avec Schacht, du versement des réparations de guerre. En 1926, il deviendra directeur exécutif de Sullivan and Cromwell, le cabinet d’avocats de tous les cartels.

De 1926 à 1929, le plan Schacht-Dulles-Morgan débouche sur une série d’arrangements impliquant nombre des plus grandes sociétés britanniques, américaines et allemandes. Les deux principaux cartels sont le trust chimique IG Farben et le Cartel international de l’Acier, dont la création est redevable aux prêts étrangers d’un montant de 800 millions de dollars accordés dans le cadre du plan Dawes, en vue de cartelliser la chimie et la sidérurgie allemandes. Ces prêts sont gérés aux trois-quarts par trois firmes de Wall Street : Dillon, Read & Co ; Harris, Forbes & Co et National City.

L’extrême imbrication des banques dans la composition et la structuration des cartels, véritables conglomérats économiques

La genèse tant des grandes firmes américaines du début du XXème siècle (pétrole, rails…) que de la BRI laissent apparaître l’extrême imbrication des grandes banques d’affaires dans la création de cartels ; cette création a favorisé la discrète mais très efficace prise du pouvoir politique par le « fait économique ». Ce phénomène de prise de contrôle politique par les détenteurs du « fait économique » n’a pu se réaliser qu’à la faveur de l’anonymat des capitaux, lequel a permis la rupture entre pouvoir et responsabilité politique.

Je voudrais ajouter un élément ontologique fondamental : alors que le « fait politique » est historiquement issu de sociétés sédentaires, le « fait économique », et l’anonymat des capitaux qui le véhicule, relève fondamentalement du fonctionnement de sociétés nomades.

La lutte actuelle entre « fait politique » et « fait économique » est, de façon structurelle, un conflit entre « Société sédentaire » et « Société nomade ».

Cartel IG Farben : historique

L’histoire du cartel IG Farben est très intéressante, on y trouve une très étroite imbrication des intérêts allemands et anglo-saxons. Ce cartel est également associé à « l’ordre économique nouveau », ancêtre du « Nouvel Ordre Mondial », recherché par l’Allemagne nazie.

En 1925, IG Farben regroupe six des plus gros producteurs chimiques allemands. En août 1927, Standard Oil conclura avec lui un programme conjoint de recherche et développement sur l’hydrogénation (production d’essence à partir du charbon), procédé découvert par un chercheur allemand en 1909. En 1928, Henry Ford fusionnera ses actifs allemands avec ceux d’IG Farben. Le 9 novembre 1929, un cartel pétrochimique international sera créé suite au mariage d’IG Farben avec les Britanniques ICI et Shell Oil, et les Américains Standard Oil et Dupont.

C’est l’accord entre Standard Oil et IG Farben qui constitue le pilier du cartel.

Premièrement, Standard Oil se voit accorder la moitié de tous les droits concernant le procédé d’hydrogénation pour tous pays sauf l’Allemagne. Deuxièmement, Standard Oil et IG Farben se mettent d’accord pour « ne jamais se concurrencer l’un l’autre dans les secteurs de la production chimique et de la production pétrolière. Désormais, si Standard Oil souhaitait entrer dans le domaine des produits chimiques industriels ou des médicaments, ce ne serait possible qu’en partenariat avec Farben. En retour, Farben s’engageait à ne jamais pénétrer le secteur du pétrole sauf en association avec Standard ».

Lorsqu’éclate la Deuxième Guerre mondiale, IG Farben a passé des accords de cartel avec 2000 sociétés dans le monde, dont Ford Motor Co., Alcoa, General Motors, Texaco et Procter et Gamble, pour n’en citer que quelques-unes.

IG Farben a été dissoute par décret en 1950 et démantelé en 12 entités dont les principales sont : Bayer, BASF, Agfa, Hoechst et Dynamit Nobel…

Notons que BASF, Bayer et Agfa composaient, à la fin de la 1ère GM, la « petite IG » qui avait fusionné avec Hoechst et 2 autres sociétés pour faciliter et accélérer le retour d’IG Farben sur la scène mondiale. Avant et après les guerres, on retrouve finalement toujours les mêmes… IG Farben a donc été démantelé au profit des entités qui s’étaient alliées pour sa création… Une sorte de « démantèlement pour rire », un simili démantèlement destiné à calmer le public et les quelques personnes opposées aux cartels.

Bayer et IG Farben étaient étroitement impliquées du point de vue capitalistique (Bayer étant une filiale d’IG Farben). Or, Bayer a notamment pour « faits d’armes », d’avoir utilisé des cobayes humains trouvés dans les camps de concentration pour faire in vivo des expériences médicales : « Sous le régime nazi, Bayer, filiale du consortium chimique IG Farben, procéda en effet à des expériences médicales sur des déportés, qu’elle se procurait dans les camps de concentration en particulier. » Les camps de concentration eux-mêmes étaient des sites industriels appartenant aux géants pharmaco-chimiques de l’époque.

Il n’a échappé à personne que la même Bayer a, en 2016, racheté Monsanto pour la modique somme de 66 milliards de dollars (59 milliards d’euros), qui a, notamment commercialisé, entre autres vilénies, l’Agent Orange (avec 6 autres entreprises productrices, dont Dow Chemical), dont l’herbicide commercialisé sous la marque « Roundup » est un dérivé.

L’agent orange est à l’origine du concept de tératologie utilisé comme arme de guerre : le génome humain est irrémédiablement corrompu par les effets de l’agent orange sans que l’être vivant en résultant devienne pour autant stérile.

Aujourd’hui, Monsanto et les autres firmes pharmaco-chimiques sont très investies dans la commercialisation des produits OGM. Pour contourner et anticiper les futures règlementations en la matière, ces firmes se mobilisent aujourd’hui sur les recherches concernant les ARN messagers, qui sont des copies transitoires d’une portion de l’ADN correspondant à un ou plusieurs gènes. Il s’agira de diffuser non plus des OGM mais des ARN messagers permettant de modifier la substance vitale des plantes ; cette diffusion massive se fera au moyen de vaporisation généralisée d’ARN messagers sur les champs.

Ces entreprises ne sont jamais à court ni d’argent ni d’idées pour expérimenter de nouveaux procédés toxiques en grandeur nature sans aucun garde-fou. Aucune règlementation ne peut être opposées à ces conglomérats par des États structurellement mis en position d’inféodation économique et juridique par des organismes supranationaux tels que les instances européennes, l’OMC, l’OCDE…

Cartel de l’acier : à l’origine du projet États-Unis d’Europe et de ce qui deviendra les institutions de l’actuelle Union Européenne

En 1926, le Cartel international de l’Acier ouvre ses bureaux au Luxembourg. Il servira de véritable « gendarme privé » du commerce mondial de l’acier de 1926 à 1939. Sa composante allemande, qui regroupe les quatre plus gros producteurs d’acier nationaux, s’appelle Vereinigte Stahlwerke. Ce groupe recevra 100 millions de dollars de la part d’investisseurs privés aux États-Unis. Dillon, Read & Co., la société de placement new-yorkaise de Clarence Dillon, James V. Forrestal et William H. Draper, Jr., s’est occupée de l’émission des obligations.

Lors de la signature du premier accord international, le 30 septembre 1926, tous les sponsors du cartel se vantent de ce que le premier pas vers la formation « des États-Unis économiques de l’Europe » vient d’être franchi. Douze ans plus tard, près de 90 % du fer et de l’acier commercialisé au niveau international est sous le contrôle du Cartel de l’Acier. Outre l’Allemagne qui le dirige, l’Autriche, la Pologne, la Tchécoslovaquie, le Royaume Uni et les États-Unis en font partie, même s’il est interdit aux compagnies américaines, U.S. Steel, Bethlehem et Republic, de signer les accords formels, sous peine de violer les lois anti-trust américaines.

En 1919, trois producteurs allemands de lampes électriques, Siemens & Halske, AEG et Auergesellschaft, avaient formé une nouvelle société dénommée Osram, pour tenter de regagner les biens et les marchés perdus à l’étranger. AEG était en grande partie contrôlé par General Electric et des liens similaires existaient entre toutes les autres entreprises du même genre en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis. En 1924, afin de prévenir toute concurrence extérieure, Osram propose la création en Suisse d’une société dénommée Phoebus, qui appartiendrait à toutes les compagnies du cartel et serait dirigée conjointement par elles. En juillet 1929, Osram et la filiale de General Electric pour l’étranger, International General Electric, créent un « partenariat pour tout temps ». À partir de 1929, les relations entre Osram et International General Electric se développeront suivant le même modèle que celles entre IG Farben et ses partenaires étrangers. Pendant les années 20, quatre cinquièmes de l’industrie allemande étaient encore regroupés dans des cartels.

Le cartel de la métallurgie étant à l’origine des institutions européennes (qui a en effet débuté avec la CECA), il ne faut pas s’étonner que les instances bureaucratiques de l’Union dite Européenne cherchent à sauver les institutions jumelles de l’OMC qui œuvrent à imposer et pérenniser le libre-échange au niveau mondial.

Tous ces cartels, financés par les conglomérats bancaires, plongent la civilisation entière, et tout ce qui vit sur terre, dans un espace inconnu de monstruosité humaine et inhumaine (Voir aussi à ce sujet les récents développements sur ce que fut la guerre américaine en Corée : un vaste champ expérimental pour des expériences chimiques et biologiques de grande envergure).

Étant donné l’énorme explosion, aussi bien quantitative que qualitative, des découvertes actuelles, la question qui se pose est de savoir s’il faut vraiment laisser aux banquiers et aux conglomérats économiques qu’ils ont créé, le monopole de ces découvertes, alors que ces derniers ont largement fait leur preuve en matière de nuisance sociale et civilisationnelle (pour ceux qui en douteraient, je les invite à visionner certaines conférences du Dr. Rath, en particulier celle-ci).

Réponse à la question : « la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit »

L’État tel qu’actuellement conçu est entièrement dominé par le système bancaire, or « la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit » (Napoléon)

De façon fonctionnelle, l’État n’a, sans les banques, aucun moyen financier propre pour atteindre les objectifs étatiques qu’il se fixe. En abandonnant dans des mains privées sa fonction régalienne de battre monnaie, l’État s’est volontairement placé dans une position d’infériorité par rapport aux détenteurs du « fait économique ».

Or, les banquiers ne recherchent pas l’intérêt commun aux citoyens, ce qui est le rôle de l’État en tant qu’entité politique, ils recherchent le développement de leur intérêt privé, qui est de nature catégorielle ; cet intérêt privé consiste aujourd’hui à asseoir leur domination politique par l’élaboration d’un gouvernement mondial qu’ils contrôleraient définitivement.

L’abandon volontaire, par l’État, de la gestion monétaire a pour conséquence directe de priver l’État de toute substance politique. L’État est devenu un simple outil de pouvoir aux mains des banquiers anonymes. Le système financier mondial est piloté par les principaux banquiers qui œuvrent à la City, qui contrôlent la grande majorité des banques centrales et des paradis fiscaux de la planète.

Entre les mains des banquiers, la monnaie est devenue un bien matériel qu’ils ont accaparé. En effet, la monnaie aujourd’hui, largement considérée comme un simple « actif », a perdu sa valeur comptable neutre « d’actif-passif ». En falsifiant le concept juridique et comptable de monnaie, les banquiers ont pu corrompre les systèmes politiques, et les hommes qui les incarnent, de façon à dominer le « fait politique ».

Cette appropriation du phénomène politique par les principaux propriétaires d’organismes bancaires s’est produite par le biais du contrôle intégral du phénomène économique par lesdits « banquiers » (propriétaires des grandes banques). Ce contrôle s’est réalisé par deux moyens principaux, le contrôle des monnaies, via les banques centrales, et l’anonymat des capitaux.

L’anonymat a permis aux banquiers d’organiser un accaparement discret des biens tangibles de cette terre, sans soulever la juste indignation que n’aurait pas manqué de faire une appropriation ouverte par quelques personnes, aussi violente eut elle été.

Le contrôle des masses monétaires en circulation a permis le contrôle, par corruption, du phénomène politique et le développement des moyens légaux d’appropriation discrète des biens. C’est ainsi que les États ont eux-mêmes organisé l’anonymat des capitaux qui permet aux propriétaires contrôlant les grandes banques de rester anonymes.

Ce système favorise et rend possible le phénomène d’accaparement généralisé des biens par une combinaison de moyens légaux assumés (lobbying, optimisation fiscale, fusion-acquisition, jeux sur les taux d’intérêts directeurs…) et de moyens légaux détournés, qui relèvent d’un consensus international officieux, tels que les Paradis fiscaux.

L’existence des banques centrales a pour effet mécanique de rendre obsolète la notion de « politique ». Les hommes politiques et les États deviennent, par le fait des banques centrales, une simple émanation des intérêts catégoriels des grands banquiers qui règnent sans partage et sans contrepouvoirs sur le monde.

Il serait temps que les populations et les hommes politiques prennent conscience de cet énorme pouvoir que les banquiers se sont octroyé et y mettent un terme. Il n’existe de pouvoir politique que monétairement souverain, la présence des banques centrales est un empêchement dirimant à l’exercice du « pouvoir » par des hommes « politiques ».

La domination des États par les banques n’est pas inéluctable

« Ce que la main de l’homme a fait, l’homme peut le défaire », mais il y a des conditions à ça : une condition de forme et des conditions de fond.

La première condition : réaliser une prise de conscience de la disparition du phénomène politique

La première condition, de forme, est une condition sine qua non : elle est que les ressortissants des États prennent conscience de leur entière dépossession du phénomène politique. Ce qui signifie qu’ils devront politiquement s’organiser de façon à se donner les moyens concrets de reprendre le contrôle de leur destin collectif.

Le seul remède à la disparition du concept politique est de rendre à César ce qui appartient à César : c’est-à-dire d’en finir avec la rupture de symétrie, organisée par les banquiers, entre pouvoir et responsabilité. Cela nécessite d’abandonner l’organisation étatique autour des deux principes que sont 1°) la séparation des pouvoirs et 2°) le parlementarisme à l’Anglaise, qui suppose un mandat représentatif des élus.

La seconde condition : réhabiliter le concept de « droit » et abandonner corrélativement les principes juridiques anglo-saxons

La seconde condition est liée à la validité et à la viabilité sur la durée de la reprise en main du phénomène politique par les ressortissants des États. Il faudra, impérativement à peine d’ineffectivité de la reprise en main politique, réhabiliter le concept même de « droit » de façon à rendre ce dernier compatible avec l’existence d’une civilisation. Techniquement parlant, il faudra revenir aux concepts juridiques issues du droit continental et, corrélativement, abandonner le droit du plus fort qui prend la forme de la réglementation à la façon anglo-saxonne.

Nous sommes, sur le continent européen, en cours d’abandon définitif de notre droit continental traditionnel issu du droit romain, lui-même modelé et repris au fil des siècles par des préceptes de droit canon, au profit du droit anglais dominé par le principe de la loi du plus fort.

La « common law » anglaise est un système juridique dont les règles sont principalement édictées par les tribunaux au fur et à mesure des décisions individuelles ; ces décisions, ne concernaient, à l’origine, que les seigneurs c’est-à-dire la caste dominante. Si l’on parle du droit anglais, il faut aussi parler du système de « l’Equity »  selon lequel le « prince », c’est-à-dire au début le Roi puis le Chancelier, se sont accordés le droit de juger en fonction de préceptes moraux les cas qui n’étaient pas abordés par la « common law ». Les principes de « l’Equity » ainsi conçu ne méconnaissent pas la « common law », ils s’y adaptent.

Tout cet arsenal juridique anglo-saxon a pris une ampleur considérable en même temps que se développait le commerce maritime, lequel commerce a toujours été contrôlé par les banquiers commerçants qui ont leur quartier général à la City de Londres.

Ce qui est resté constant est que le système juridique anglais est essentiellement conçu par et pour la caste dominante : les tenanciers du système économique, essentiellement les banquiers ont, à partir de la période des Grandes Découvertes, succédé aux seigneurs qui régnaient par les armes.

Alors que le droit anglais est un droit édicté par et pour les tenanciers du commerce international, le droit continental traditionnel est un droit de régulation fait pour organiser la « vie de la Cité ». Ce droit continental, actuellement en voie d’extinction, répondait à des règles strictes conçues autour de la personne humaine comprise comme une partie d’un tout formé par la collectivité. Le droit des gens lui-même, qui était (assez grossièrement) la partie du droit romain qui organisait les peuples vaincus, était conçu autour des idées centrales de la personne et de l’organisation de la vie en commun.

La supériorité du droit continental sur le droit anglo-saxon provient non seulement de son expérience historique mais aussi et surtout de sa vocation : il est globalement, contrairement au droit anglo-saxon, mis au service de la collectivité et non à celui de quelques élites auto-proclamées, qui ont usurpé leur pouvoir par des moyens déloyaux en organisant leur anonymat.

La question de l’extraterritorialité du droit anglo-saxon

Revenons un instant sur la question, très sensible actuellement, de l’extraterritorialité du droit anglo-saxon.

Cette extraterritorialité se décline de deux façons différentes et successives, c’est-à-dire qu’elle prend deux formes bien distinctes. D’une part, la généralisation de l’implantation du système juridique anglais sur tous les continents et, d’autre part, le recours par le pouvoir américain à des sanctions pécuniaires contre les entreprises.

De ces deux formes, seule la seconde, qui se traduit par des sanctions financières en provenance des États-Unis, apparaît dans les radars médiatiques et juridiques alors que la première forme est, de loin, la plus dangereuse pour les libertés publiques et pour le concept même de civilisation.

L’exportation abusive du système juridique anglais sur tous les continents

La première occurrence de l’extraterritorialité du droit anglais se décline de deux façons. Elle relève, pour les banquiers de la City :

  • De leur volonté hégémonique : ils veulent conserver à leur strict avantage le contrôle de l’argent circulant dans tous les paradis fiscaux. Concrètement, il s’agit d’imposer le trust comme forme unique d’anonymat afin de supprimer tous les paradis fiscaux fondés sur les comptes numérotés qui échappaient aux banquiers de la City ; d’où la guerre sans merci lancée à la fin des années 2000 contre les « paradis fiscaux », qui n’a été qu’une guerre de la City contre les sites d’évasion fiscale qu’ils ne contrôlaient pas, en premier lieu la Suisse ;
  • De la « nécessité », pour les grandes banques opérant à la City, d’adapter les systèmes juridiques étrangers de sorte que ces derniers puissent adopter les nouveaux produits issus de la finance dérégulée. L’objectif est de permettre la circulation des produits financiers dérivés ou synthétiques, économiquement toxiques, au niveau mondial.

Cette forme d’extraterritorialité se matérialise par la nécessité d’adapter les systèmes de droit afin de les rendre compatibles avec le « droit anglais ».

Dans cette première occurrence de l’extraterritorialité du droit anglais, il s’agit, par exemple, d’importer des concepts comme le trust – partiellement traduit en « fiducie » par le droit français – comme la « propriété économique », comme la « titrisation » via les fonds communs de créances (« special purpose vehicule »).

Signalons au passage qu’à l’occasion de cette transformation du droit continental, les créances deviennent sujettes à appropriation, elles passent donc du statut juridique de « droit personnel » à celui de « droit réel » ! Ce glissement n’est pas anodin car il suppose une réification des relations humaines ; on se rapproche ainsi insidieusement et dangereusement d’un système légal d’esclavagisme, dans lequel l’individu est considéré comme un « bien » pour les juristes, une « marchandise » dans le langage des économistes.

C’est également cette transformation du droit continental qui a, via l’intrusion discrète du concept de « propriété économique », rendu possible la transformation monétaire : de « neutre » (la neutralité étant matérialisée par sa nature comptable « d’actif-passif ») la monnaie est peu à peu devenue un simple « actif » comptable.

Il s’agit également d’uniformiser les normes comptables internationales sur le modèle anglo-saxon des IFRS ; lesquelles normes sont édictées par des organismes pilotés par les grandes multinationales cachées derrière des organismes qui siègent dans des paradis fiscaux. C’est ainsi que disparaissent les règles de l’ancienne comptabilité nationale au profit des principes anglo-saxons.

Cette première forme d’extraterritorialité consiste à éliminer, progressivement, les systèmes de droits qui ne sont pas compatibles avec le droit anglais. C’est ainsi que peu à peu, disparaît le droit commun français issu du Code civil pour être remplacé par les principes commerciaux qui sont le fondement même du « droit » anglo-saxon.

Le recours, par les instances américaines, à des sanctions pécuniaires contre les entreprises

La seconde occurrence de l’extraterritorialité du droit anglo-saxon est davantage connue et surtout davantage dénoncée à grand renfort de médias.

Il s’agit des sanctions financières imposées par les instances politiques et juridiques américaines à toute entreprise utilisant soit le dollar soit un quelconque composant d’origine américaine dans leur processus de fabrication ou dans leur fonctionnement.

Cette forme d’extraterritorialité sanctionne essentiellement les multinationales, bancaires ou non, étrangères aux États-Unis. Les multinationales, ainsi prises à partie, ont très rapidement mobilisé les pouvoirs publics et les médias pour dénoncer ces pratiques prédatrices du pouvoir américain, réussissant à mobiliser un large public contre la puissance économique déclinante de l’Amérique. En conséquence, l’extraterritorialité du droit formalisée par les sanctions économiques est la seule forme d’extraterritorialité dénoncée par les médias et donc connue du public.

Or, il faut comprendre que, fondamentalement, cette seconde forme d’extraterritorialité n’est ni la plus grave, ni la plus définitive et qu’elle ne concerne, globalement que les bilans des multinationales, à l’inverse de la première forme d’extraterritorialité qui suppose une véritable révolution d’ordre tectonique dans l’organisation des peuples. C’est la première forme d’extraterritorialité qui attaque en profondeur le mode de vie et la sécurité juridique des ressortissants d’un État, elle tend, par exemple en France à faire disparaître le principe même de la propriété privée et à transformer la monnaie en propriété bancaire. La première forme de l’extraterritorialité met, fondamentalement, en danger l’organisation sociale issu du mode de vie sédentaire au profit du nomadisme.

Par ricochet, l’extraterritorialité qui prend la forme de sanction financières des multinationales vient renforcer la première forme d’extraterritorialité depuis que les États sont devenus de simples émanations des multinationales. Les ponctions sur les budgets étatiques pour renflouer les bilans déficitaires des conglomérats financiers ont pour corolaire de substantielles augmentations d’impôts et diminutions de services publics ; il en résulte un appauvrissement des ressortissants des États qui va jusqu’à porter atteinte à la capacité des individus de devenir propriétaires (notamment de leur logement).

En ce sens, les deux occurrences de l’extraterritorialité du droit anglo-saxon se renforcent l’une l’autre pour aboutir à la perte totale et définitive de contrôle des individus sur les éléments essentiels de leur vie, pour réinstaurer le principe de l’esclavage au niveau légal.

CONCLUSION

Les techniques de contrôle monétaire sont parfaitement rodées et mises en application par les grands banquiers au moyen des banques centrales qui ont-elles-mêmes organisé, au niveau mondial, leur anonymat et le secret de leurs affaires.

En contrôlant l’affectation des ressources monétaires, les banquiers décident réellement qui sera « riche » et qui sera « pauvre », aussi bien au niveau des individus et des entreprises (microéconomie), que des groupes socio-économiques, des États et même, plus largement, des zones géographiques (macroéconomie).

Dans ce contexte, la création de richesses devient artificielle, elle est pilotée par les banquiers et ne remplit qu’un seul objectif : satisfaire leur insatiable soif de pouvoir et mener le monde vers un « gouvernement mondial » qu’ils contrôleront définitivement de façon absolue et officielle, ce qui leur manquait jusqu’ici. Le modèle sédentaire cèdera alors définitivement la place au modèle nomade.

Valérie Bugault est Docteur en droit, ancienne avocate fiscaliste, analyste de géopolitique juridique et économique

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-presence-dune-banque-centrale-est-elle-compatible-avec-la-souverainete-etatique

Ford préfèrerait fermer l’usine de Blanquefort, colère de Bruno Le Maire

Ford préfèrerait fermer l’usine de Blanquefort, colère de Bruno Le Maire

Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire rencontre des syndicalistes de l’usine Ford de Blanquefort, le 15 octobre 2018 à Bordeaux / © AFP / Nicolas TUCAT

Bruno Le Maire a manifesté sa colère lundi contre le constructeur automobile Ford qui préfère fermer son usine de Blanquefort (Gironde) plutôt que de la céder à un repreneur, une position jugée « indéfendable » par le ministre de l’Economie qui a alerté le gouvernement américain.

« J’ai eu le président de Ford vendredi dernier au téléphone et le président m’a annoncé qu’entre une reprise du site par Punch et la fermeture de l’usine, l’option privilégiée par Ford était la fermeture de l’usine. Je suis en désaccord total avec ce choix », a dit M. Le Maire à Bordeaux, à l’issue d’une réunion avec des élus locaux et des représentants des quelque 850 salariés.

« S’ils pensent qu’ils peuvent mettre la clef sous la porte sans que ni l’Etat ni les collectivités locales ne réagissent, ils se trompent! Nous allons nous battre et nous ne nous laisserons pas faire », a lancé le ministre, jugeant cette position « indéfendable ».

Déterminé à ce que « l’option de la reprise soit retenue » par le constructeur, M. Le Maire a affirmé avoir multiplié au cours du week-end les appels auprès de l’administration américaine.

Il a dit avoir téléphoné au Secrétaire au Trésor Steve Mnuchin et au conseiller économique du président Donald Trump pour « obtenir leur soutien » et qu’ils alertent « la direction de Ford sur ce qui se passe actuellement sur le site de Blanquefort », près de Bordeaux.

« Je souhaite que nous nous mobilisions tous pour maintenir l’activité industrielle (…) et que plutôt qu’une fermeture nous allions vers une reprise par Punch » Powerglide, « un repreneur solide » qui fabrique lui aussi des boîtes de vitesse, à Strasbourg, a-t-il dit.

Selon lui, « si Ford prenait la décision de fermer sèchement l’usine de Blanquefort le coût serait supérieur à une reprise », un choix « incompréhensible ».

Pour Philippe Poutou, délégué CGT de l’usine, l’américain « préfère fermer l’usine que favoriser la reprise car cela lui coûte moins cher au global » puisqu’une reprise signifie « obligatoirement des engagements de Ford pour assurer la transition » car « le repreneur aurait un plan sérieux mais pas avant trois ans ».

– « Totalement inadmissible » –

En septembre, M. le Maire avait en effet invité Ford « à prendre ses responsabilités », l’appelant à « participer à cette période de transition » du site qui compte 847 salariés.

Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire arrive à l’usine Ford de Blanquefort pour rencontrer des syndicalistes, le 15 octobre 2018 à Bordeaux / © AFP / Nicolas TUCAT

Le ministre avait qualifié d’insuffisant le plan de charge et souhaité « avoir des assurances sur les volumes [de commandes de boîtes de vitesses et de carters, que fabrique l’usine] que Ford va laisser en 2019, 2020 et 2021 ».

Etat et collectivités territoriales se sont de leur côté engagés lundi à apporter une aide financière afin de permettre la réussite de cette reprise. M. Le Maire a assuré que l’Etat était prêt à investir 5 millions d’euros à Blanquefort.

Alain Juppé, président de Bordeaux Métropole et maire de la ville, a lui aussi dénoncé l’attitude du constructeur américain. « Ford continue à nous mener en bateau », a-t-il estimé, ajoutant que « les collectivités territoriales se sont engagées à apporter 12,5 millions d’euros ».

Les deux tiers seraient financés par la région Nouvelle Aquitaine et un tiers par la Métropole « ce qui est une aide considérable », a-t-il détaillé en quittant la réunion avant la fin.

Même colère d’Alain Rousset, le président de la région Nouvelle Aquitaine, pour qui « Ford a envie de plier les gaules » ce qui est « totalement inadmissible ». Il souhaite que la Commission européenne soit interpellée afin d’examiner les aides qu’elle verse à Ford Europe.

Fin février, Ford avait annoncé cesser tout investissement dans son usine girondine, et rechercher un repreneur pour le site implanté dans la banlieue bordelaise depuis 1972.

Selon Philippe Poutou, sur les 847 salariés du site, 390 souhaitent partir en pré-retraite et un maximum de 400 pourraient être repris par Punch.

(©AFP / (15 octobre 2018 14h11)

https://www.romandie.com/news/Ford-pr-f-rerait-fermer-l-usine-de-Blanquefort-col-re-de-Bruno-Le-Maire/962188.rom

Brexit : selon le Financial Times, la place de Paris est en train de gagner

Brexit : selon le Financial Times, la place de Paris est en train de gagner

Par Estelle Nguyen  |   |  772  mots
Pour le Financial Times, la capitale française sera la grande gagnante de la course à la relocalisation des activités des banques en vue de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne fin mars 2019.
Pour le « Financial Times », la capitale française sera la grande gagnante de la course à la relocalisation des activités des banques en vue de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne fin mars 2019. (Crédits : Yves Herman)
Alors que les géants de la finance accélèrent les préparatifs en vue de la sortie du Royaume-Uni de l’UE, la place parisienne a déjà remporté l’adhésion de plusieurs grandes banques, notamment américaines: de quoi se placer comme la première place de trading européenne post-Brexit, selon le quotidien britannique.

Ce n’est ni Bercy ni Paris Europlace, l’association de promotion de la place, qui le disent, mais le Financial Times. La bible de la City affirme dans son édition du lundi 1er octobre que « Paris est en passe de triompher comme le hub de trading en Europe post-Brexit». Le quotidien financier britannique estime que la capitale française ressortirait en effet comme la grande gagnante de la course à la relocalisation des activités des banques en vue de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne fin mars 2019.

« Si vous demandez à la plupart des personnes du secteur, le choix numéro un est Paris », selon le patron d’une grande banque d’investissement qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat auprès du FT. Il ajoute même que le coût du travail est désormais aussi bas qu’au Royaume-Uni.

Le Financial Times affirme que le gigantesque gestionnaire d’actifs américain BlackRock ainsi que JP Morgan Chase, la plus grande banque américaine en termes d’actifs, rejoindraient prochainement Bank of America et Citigroup qui ont déjà fait ce choix. Le mois dernier, le numéro un mondial de la gestion d’actifs et des fonds indiciels, qui a été fortement courtisé par les autorités françaises, a annoncé avoir reçu le feu vert de l’Autorité des marchés financiers (AMF) pour créer une société de gestion alternative en France, où il a déjà des bureaux. Selon le Financial Times, qui cite des officiels, 70 sociétés de gestion d’actifs, grandes et petites, ont demandé une licence pour opérer depuis Paris.

L’effet Macron

Devançant Francfort, qui faisait jusqu’ici office de favori pour accueillir le plus grand nombre d’emplois dans la finance en provenance de Londres, et Dublin, envisagé comme une première option naturelle, de par sa proximité linguistique et géographique, Paris gagnerait « une récompense précieuse, en raison des emplois et des taxes » que rapportent les activités de courtage. La capitale française avait déjà marqué des points lorsqu’elle avait été choisie en novembre 2017 pour accueillir le siège de l’Autorité bancaire européenne (EBA), qui a choisi de s’installer dans le quartier de La Défense.

Si Paris apparaît désormais comme la place financière la plus prisée pour les relocalisations, c’est grâce à « la sophistication des régulateurs français » mais aussi parce que les patrons des grandes banques auraient plutôt vu d’un bon œil l’élection d’Emmanuel Macron et de sa politique favorable aux entreprises, selon Christian Noyer, cité par le Financial Times. L’ancien gouverneur de la Banque de France estime que l’« effet Macron » aurait permis de faire pencher la balance du côté de la place financière de Paris, qui s’était lancée dans une vaste opération séduction.

« Je recueille plusieurs remarques dans le secteur financier. Ils me disent: « Nous avons un problème que nous n’arrivons pas à résoudre ». Lorsque je me tourne vers le gouvernement, ils répondent : « Trouvons une solution ». Et cette réaction vient de Macron lui-même », raconte au quotidien britannique Christian Noyer, chargé de faire campagne pour Paris dans le secteur de la finance.

Plusieurs grands établissements ont déjà affirmé leur préférence pour Paris comme place financière européenne alternative à la City de Londres après le Brexit.

En mars dernier, les Echos a révélé que la banque d’investissement américaine Morgan Stanley, qui emploie actuellement 120 banquiers à Paris, prévoyait d’accroître ses effectifs, avec environ 80 postes supplémentaires (créés ou transférés à Paris), tandis qu’en juin, Goldman Sachs a annoncé qu’il comptait transférer « plusieurs dizaines de banquiers » à Paris, où il emploie une centaine de personnes. Bank of America Merrill Lynch, Wells Fargo, Citi et JP Morgan ont également vanté les mérites de la ville et du pays depuis l’élection d’Emmanuel Macron.

Lire aussi : Brexit : Bank of America choisit une pointure pour diriger Paris

HSBC, qui souhaite également anticiper les effets du Brexit, avait annoncé début août dans un communiqué qu’il avait décidé de rattacher ses activités européennes à sa filiale française (avec le transfert du contrôle de sept succursales européennes), qui devrait ainsi voir croître son bilan de près de 13 milliards d’euros d’ici à 2019. Cependant, la première banque européenne, qui avait promis de transférer 1.000 emplois à Paris avant un changement de management, n’a pour l’instant rien annoncé de concret de grande ampleur et n’a réalisé que quelques recrutements.

Lire aussi : Brexit : 2 ans après, où en sont les relocalisations vers Paris ?

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/brexit-selon-le-financial-times-la-place-de-paris-est-en-train-de-gagner-792305.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20181002