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BARRAGES AQUATIQUES ET ETHNIQUES : ETHIOPIE DE TOUS LES DANGERS !

BARRAGES AQUATIQUES ET ETHNIQUES : ETHIOPIE DE TOUS LES DANGERS !

Publié par: Richard Labévièrele: 09 juillet, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité AfriqueGéopolitiqueImprimerEmail

Depuis plusieurs décennies, Égypte, Éthiopie et Soudan et d’autres pays de la Corne de l’Afrique tentent de se mettre d’accord pour gérer le cours du Nil de manière durable et équitable. Depuis plusieurs semaines, la situation s’est soudainement aggravée avec l’annonce éthiopienne de mise en eau de son grand barrage de la Renaissance.

Plus grand barrage d’Afrique – sur la rivière Abay (Nil bleu) dans l’ouest de l’Ethiopie -, l’édifice du GERD (Grand barrage de la Renaissance de l’Ethiopie), dont la construction a débuté il y a dix ans, est impressionnant : 1780 mètres de long et 155 mètres de haut. Plus grand fleuve du monde avec l’amazone, le Nil tire ses eaux d’un bassin gigantesque de 2,9 millions de kilomètres carrés, soit le dixième de la superficie d’Afrique regroupant quelques 2,9 millions de personnes.
Début juillet, l’Éthiopie a déclaré qu’elle allait retenir une partie du Nil Bleu, qui prend sa source sur son sol et constitue le plus gros débit du fleuve en aval lorsque ses eaux rejoignent celles du Nil blanc à Khartoum (Soudan) avant de poursuivre vers la Méditerranée en traversant l’Égypte.

GUERRE DE L’EAU

Samedi 27 juin, le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a confirmé que son pays a bien l’intention de procéder, dans les quinze jours suivants, à la mise en eau du GERD achevé à près de 80%. Début juin, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi avait déclaré que « l’armée se tenait prête à défendre la sécurité nationale égyptienne à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières ». Selon un diplomate européen en poste au Caire : « dès qu’il est question du Nil, les Égyptiens deviennent fous. Il faut souligner qu’en 2050, la population atteindra 170 millions de personnes et que le pays aura besoin de 7,5 milliards de mètres cubes d’eau supplémentaires ». Les Frères musulmans et autres groupes islamistes ont fait de l’accès à l’eau l’un de leurs principaux chevaux de bataille.
De son côté, l’Éthiopie laisse fuiter des images de batteries anti-aériennes positionnées à proximité du barrage. De part et d’autre, on assiste à l’inflation d’une rhétorique nationaliste de tous les dangers. Ambiance !
Les choses ont commencé à se tendre en février dernier lors d’une ultime réunion de conciliation organisée à Washington sous les auspices de la Maison blanche, du Département du Trésor et de la Banque mondiale. La Chaise éthiopienne étant vide, la Maison Blanche a adopté une posture clairement pro-égyptienne. Le calcul américain est double : perturber le retour de la Russie en Egypte et s’attacher les grâces du Caire pour la mise en œuvre du plan américain (de Jared Kushner) pour le Moyen-Orient : une véritable provocation donnant carte blanche aux occupations et annexions israéliennes des Territoires palestiniens. Washington fait même planer la menace d’un régime de sanctions – similaires à celles qui cherchent à asphyxier les économies d’Iran, de Syrie, du Liban, du Venezuela, de Cuba et d’autres pays – en ciblant l’indocile Éthiopie !
Pèse aussi sur le dossier du GERD l’évolution de la guerre libyenne. Confrontée à la Turquie – qui est derrière le gouvernement Saraj de Tripoli (reconnu par l’ONU) et ses soutiens les Frères musulmans -, l’Égypte apporte une aide militaire conséquente au maréchal Khalifa Haftar, épaulé aussi par la Russie, l’Arable saoudite, les Émirats arabes unis et la France notamment. Cette géopolitique régionale égyptienne ne peut tolérer l’émergence d’un pôle éthiopien fort qui tourne désormais le dos aux États-Unis pour se tourner vers les investisseurs chinois.
Le Caire a cherché à mobiliser une Ligue arabe (cadavérique) et l’Union africaine, actuellement présidée par l’Afrique du Sud, elle-aussi confrontée à de graves difficultés intérieures. Dans tous les cas de figures, le Soudan – pays tiers – pourrait jouer un rôle de médiateur en obtenant de l’Éthiopie un remplissage partiel du barrage qui pourrait se gérer sur plusieurs années.
Les quinze jours qui viennent seront décisifs pour tenter de calmer les esprits, à défaut de trouver une solution définitive pour la gestion des eaux du Nil. « Une chose est sûre », estime un diplomate européen en poste à Addis-Abeba, « donner le dernier mot à l’Égypte serait catastrophique et attiserait les risques de guerre civile qui menace dangereusement l’Éthiopie ».

EMEUTES APRES L’ASSASSINAT D’UN CHANTEUR POPULAIRE

Le lundi 29 juin dernier au soir, le chanteur oromo Hachalu Hundessa (34 ans) est assassiné par balles à Addis-Abeba. Très apprécié pour sa musique dans tout le pays, il était le porte-voix de la communauté oromo, le premier groupe ethnique du pays (un tiers des 110 millions d’Éthiopiens), longtemps discriminé pendant la dictature de Mengistu (1976-1991), puis par les anciens rebelles du Tigré parvenus au pouvoir (1991-2018). Très semblable à celle des Somali, cette communauté regroupe une dizaine de sous-ensembles concurrents, dont plusieurs mafias armées extrêmement violentes.
Le chanteur fut de toutes les manifestations antigouvernementales, entre 2015 et 2018, qui ont débouché sur l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019 pour avoir mis fin à vingt ans de guerre avec l’Érythrée.
Dès l’annonce du décès, des nationalistes oromo ont réclamé qu’Hachalu soit inhumé à Addis-Abeba. Aucun rapport avec le barrage, sauf que le chanteur appartenait à la communauté des Oromo – la plus importante, qui conteste violemment le pouvoir central – dans un contexte de dissensions ethniques grandissantes. De nombreux activistes de cette communauté, notamment le bouillant opposant Jawar Mohammed, considèrent la capitale dotée d’un statut fédéral comme faisant partie de « leur » région : l’Oromia. On y a vu de jeunes Oromos patrouiller dans les rues, armés, avant que l’armée ne se déploie. Au total, à Addis-Abeba et dans plusieurs villes de la région Oromia, près d’une centaine d’Éthiopiens ont été tués lors d’affrontements entre communautés ou avec les forces de sécurité.


Le premier ministre Abiy Ahmed a réagi avec fermeté. Deux des principaux dirigeants d’opposition oromo – Jawar Mohammed et Bekele Gerba – ainsi que trente-cinq de leurs proches, ont été arrêtés après un incident qui a fait un mort. La police affirme avoir saisi dans leurs voitures huit kalachnikov et cinq pistolets. Né d’un père oromo musulman et d’une mère amhara chrétienne, Abiy Ahmed (converti au pentecôtisme) estime que ceux qui sont derrière la mort d’Hachalu cherchent à tuer l’Éthiopie : « Nous avons deux choix en tant que peuple, a-t-il lancé, « tomber dans le piège tendu par ses détracteurs ou s’en éloigner et rester sur le chemin des réformes ».
Même si un coup tordu des services secrets égyptiens n’est pas à exclure, cet assassinat intervient dans un contexte extrêmement tendu où les frustrations accumulées sous la chape de plomb des dictatures peuvent s’exprimer librement depuis trois ans. De plus, la libéralisation économique du « Tigre de l’Afrique de l’Est », entreprise par Abiy Ahmed, ne compense pas encore la fulgurante envolée démographique.

LES ORPHELINS DE L’ARTICLE 39

Si le pire n’est pas toujours fatal, l’Éthiopie est bien – aujourd’hui – au bord de la guerre civile, l’Égypte ne s’interdisant pas de souffler sur les braises d’une situation dans laquelle la mise en fonction du GERD apparaît comme l’un des rares dossiers de consensus national. « Avec le fameux article 39 de la Constitution », explique l’anthropologue Gérard Prunier, grand spécialiste de la Corne de l’Afrique et de la région des Grands Lacs « on est dans l’institutionnalisation des recettes de la guerre civile. Aujourd’hui, ceux que j’appelle les orphelins de l’article 39 se réveillent et ouvrent la boîte de pandore du fédéralisme ethnique ».
D’inspiration soviétique, la Constitution éthiopienne – comme celle de l’URSS de 1977 – prévoit que les régions ont un droit à l’autodétermination et à la sécession. Ce droit a notamment permis l’accession de l’Érythrée à l’indépendance1. Conformément à l’article 8, « tout le pouvoir souverain réside dans les Nations, les nationalités et les peuples d’Éthiopie ». En outre, la Constitution stipule que « les droits humains et démocratiques des citoyens et des peuples doivent être respectés ». L’article 39 de la Constitution éthiopienne garantit expressément : le droit de tous les peuples, Nations et nationalités à l’autodétermination sans condition, y compris le droit à la sécession ; le droit de parler, d’écrire et de développer leur propre langue, de développer et de promouvoir leur propre culture et préserver son histoire et le droit à l’autonomie.
La seule limitation de ce droit est que tous les organes régionaux ou locaux doivent s’acquitter de leurs fonctions et exercer leurs droits dans le cadre des principes démocratiques, de l’État de droit et en conformité avec les règles et l’esprit de la Constitution éthiopienne.
Ainsi, chaque nation a la latitude d’établir son propre État régional. « C’est le talon d’Achille de la politique intérieure éthiopienne », poursuit Gérard Prunier ; « Abiy Ahmed a beaucoup trop sous-estimé la puissance des nationalismes ethniques, et en particulier celui des Amhara ». Ces derniers qui ont longtemps dirigé l’Ethiopie, notamment avec leurs empereurs, ont très mal vécu la perte du pouvoir après la chute de la junte militaire communiste du Derg en 1991 au profit de la coalition du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF).


Dans la nuit de samedi à dimanche dernier, les autorités éthiopiennes ont affirmé qu’une « tentative orchestrée de coup d’État s’est produite contre l’exécutif du gouvernement régional de l’Amhara », l’une des neuf régions autonomes d’Éthiopie. Or, les connaisseurs de la région s’accordent pour dire que si les intentions des fauteurs de troubles restent peu claires, de nombreux traits caractéristiques d’un coup d’Etat sont absents de l’enchaînement des évènements.
« Il n’y a pas eu de tentative de coup d’Etat, car cela aurait impliqué d’importants mouvements de troupes, ou la prise de contrôle de points stratégiques comme les aéroports ou les médias », ajoute Gérard Prunier ; « mais la tâche s’annonce très difficile, voire impossible, car la coalition de l’EPRDF sur laquelle s’appuie Abiy Ahmed est moribonde. Les partis qui la composent sont devenus très minoritaires au sein des ethnies qu’ils sont censés représenter ».
Et de conclure : « la situation en Éthiopie commence dangereusement à ressembler à celle de la Yougoslavie juste avant que n’y éclatent les guerres ».
Éthiopie ambiguë et à suivre comme le lait sur le feu…

Richard Labévière
Richard Labévière est Rédacteur en chef du journal en ligne Proche et Moyen-Orient.ch. Expert des questions internationales et stratégiques, on lui doit une vingtaine de livres de référence sur le terrorisme et les questions géopolitiques, notamment dans le monde arabe.
6 juillet 2020
Notes
1 En mai 1991 le Front populaire de libération de l’Érythrée (FPLE), dirigé par M. Isaias Afwerki, avait pris en charge le contrôle de l’Érythrée. Il y installa un gouvernement provisoire qui administra l’Érythrée de façon indépendante jusqu’au moment où, du 23 au 25 avril 1993 dans un référendum libre et juste sous la surveillance de l’ONU, les Érythréens votèrent l’indépendance par une majorité écrasante. L’Érythrée fut proclamée pays indépendant le 27 avril 1993. En mai 1998, les tensions croissantes entre l’Érythrée et l’Éthiopie aboutirent à une offensive militaire érythréenne. L’Éthiopie transforma la guerre de tranchées en opération militaire intense dont la conclusion fut l’entente de cessation des hostilités du 18 juin 2000. Enfin, le 12 décembre 2000, à Alger, l’Éthiopie et l’Érythrée signèrent un accord de paix, bien que la frontière restât contestée. Pour régler paisiblement le différend, on établit une commission. Le 13 avril 2002, elle trancha en délimitant la frontière entre l’Érythrée et l’Éthiopie, mais jusqu’à maintenant, les deux pays n’ont pas réussi à s’entendre.
Proche et Moyen-Orient.ch

https://www.afrique-asie.fr/barrages-aquatiques-et-ethniques-ethiopie-de-tous-les-dangers/

L’arbre en feu qui cache la forêt sombre et dangereuse

L’arbre en feu qui cache la forêt sombre et dangereuse


Par The Saker − Le 14 juillet 2020 − Source Unz Review via thesaker.is

À peu près au milieu de l’année 2020, il devient assez évident qu’il existe un certain nombre de développements majeurs qui ont retenu presque toute notre attention, et pour une bonne raison, car ce sont des changements tectoniques qui sont vraiment qualifiés des «catastrophes» – selon la définition du mot « un changement violent et soudain dans une caractéristique de la terre ».

Les voici :

  • L’initiation de l’effondrement global de l’Empire anglo-sioniste.
  • L’immense bulle économique dont la taille sans cesse croissante est le meilleur indicateur de l’ampleur de l’énorme explosion qu’elle entraînera inévitablement.
  • L’implosion de la société américaine due à une combinaison de plusieurs crises systémiques profondes – effondrement économique, tensions raciales, pauvreté de masse, aliénation, absence de protections sociales, etc.
  • La pandémie de COVID-19 – alias «c’est comme la grippe saisonnière !!» – qui ne fait qu’exacerber tous les autres facteurs majeurs énumérés ci-dessus.
  • Enfin, il est difficile d’imaginer à quoi ressemblera la prochaine élection présidentielle américaine, mais une chose est sûre : d’ici novembre, nous connaîtrons déjà une tempête parfaite – l’élection ne fonctionnera que comme une source d’énergie qui alimentera encore plus cette tempête déjà parfaite.

Certes, il s’agit d’évolutions véritablement importantes, historiques, dont l’importance ne peut être surestimée. Ce ne sont cependant pas les seuls développements très graves. Il existe, en effet, plusieurs zones de tensions politiques sévères qui pourraient également entraîner une explosion majeure, bien que «seulement» régionale !

J’en énumérerai quelques-unes, en commençant par la plus visible :

Turquie

Erdogan ne sert à rien de bon. Encore une fois. Quelle grosse surprise, non ? Chaque fois que j’entends quelqu’un écrire quelque chose sur Erdogan rêvant de devenir le sultan d’un nouvel empire ottoman, j’ai tendance à rouler des yeux car c’est un cliché. Pourtant, on ne peut nier que ce cliché est vrai – l’idéologie néo-ottomane est définitivement bien vivante en Turquie et Erdogan veut clairement «monter ce cheval». Alors, énumérons quelques-unes des choses auxquelles les Turcs ont participé :

  1. Syrie : les Turcs ont clairement traîné les pieds dans le nord de la Syrie où, du moins selon l’accord conclu entre Erdogan et Poutine, les «mauvais terroristes» auraient dû partir il y a longtemps et la route principale aurait dû être sous la protection conjointe des forces russes et turques. Eh bien, la Turquie a fait une partie de cela, mais pas tout, et les «mauvais terroristes» sont toujours très présents dans le nord de la Syrie. En fait, ils ont récemment tenté d’attaquer la base des forces aérospatiales russes à Khmeimim. Ils ont échoué, mais c’est toujours quelque chose dont les Turcs doivent répondre puisque l’attaque est venue d’une zone qu’ils contrôlent. Protéger les terroristes en échange de promesses d’immunité contre leurs attaques a été tenté à plusieurs reprises dans le passé et n’a jamais fonctionné – tôt ou tard, les groupes terroristes échappent toujours au contrôle de leurs maîtres et se retournent même contre eux. Cela arrive maintenant à la Turquie.
  2. Libye : les Turcs sont également profondément impliqués dans la guerre civile libyenne. En fait, «profondément impliqué» ne donne pas assez de crédit à l’armée turque qui a utilisé des drones de fabrication turque avec une efficacité dévastatrice contre les forces du maréchal Khalifa Belqasim Haftar, le commandant de l’armée nationale libyenne basée à Tobrouk et qui est soutenue par la Russie et l’Égypte. Seul le déploiement rapide – et plutôt mystérieux – des défenses aériennes russes et d’un certain nombre de MiG-29 non identifiés a finalement réussi à faire tomber suffisamment de drones turcs pour les forcer à faire une pause. Les Égyptiens ont clairement indiqué qu’ils n’autoriseront jamais le soi-disant «gouvernement d’accord national» à prendre Syrte ou toute terre à l’est de Syrte. Le Parlement libyen – de l’Est de la Libye – a maintenant donné à l’Égypte l’autorisation officielle d’intervenir directement en Libye. Cela fait d’une sorte d’intervention égyptienne une chose presque certaine.
  3. Sainte Sophie : et juste pour s’assurer qu’il y a suffisamment de sources de tension, les Turcs ont maintenant déclaré que la cathédrale Sainte-Sophie d’Istanbul ne sera plus un musée ouvert à tous, mais une mosquée. Maintenant, la marionnette de la CIA, modestement connue sous le nom de «Sa très divine sainteté, archevêque de Constantinople, de la Nouvelle Rome et patriarche œcuménique», Bartholomew devrait être l’adversaire le plus virulent de ce mouvement, mais tout ce qu’il peut faire est de marmonner des arguments non pertinents – il voulait rentrer dans l’histoire comme le patriarche qui a patronné le schisme ukrainien et, à la place, il restera  comme le patriarche qui n’a rien fait pour empêcher les Ottomans de s’emparer de l’un des sites les plus sacrés du monde orthodoxe. À vrai dire, il n’aurait probablement pas pu empêcher cela car la décision d’Erdogan est entièrement en rapport avec les prochaines élections en Turquie, mais il aurait certainement pu essayer un peu mieux. Idem pour le chef du patriarcat de Moscou et, d’ailleurs, le gouvernement russe, qui a exprimé des choses vagues comme inquiétude, consternation, condamnation molle, mais qui n’a vraiment rien fait pour sanctionner Erdogan après son geste.
Aparté

Ce que les Turcs viennent de faire est une honte, pas seulement pour la Turquie elle-même, qui, encore une fois, prouve que la version ottomane de l'islam est particulièrement toxique et dangereuse. C'est aussi une honte pour le monde musulman tout entier qui, à quelques exceptions notables près, telles que le cheikh Imran Hosein, n'a rien fait pour empêcher cela et, le cas échéant, a approuvé cette décision. Enfin, c'est une honte pour l'ensemble du monde orthodoxe car cela prouve que l'ensemble de la communauté orthodoxe mondiale a moins de pertinence et d'importance aux yeux du dirigeant turc que le résultat de ses élections locales. La Russie, en particulier, aurait le genre de muscle politique nécessaire pour infliger toutes sortes de formes douloureuses de représailles contre la Turquie et pourtant la Russie ne fait rien. C'est un triste témoin de l'extrême faiblesse de la foi orthodoxe dans le monde moderne

Ajoutez à cela toutes les sources «traditionnelles» d’instabilité autour de la Turquie, y compris le problème kurde toujours non résolu – car insoluble ! – les tensions entre la Turquie, l’Irak et l’Iran, le soutien discret de la Turquie aux factions anti-russes dans les différents États ex-soviétiques et la confrontation constante avec la Grèce.

La Turquie reste l’un des États les plus dangereux de la planète, même si la plupart des gens n’en sont pas conscients. Certes, au cours des dernières années, elle a perdu une grande partie de sa superbe, mais elle dispose toujours de nombreux atouts formidables, y compris une très forte capacité nationale de fabrication d’armes, qu’elle peut utiliser pour un vaste éventail d’interventions politiques et militaires néfastes.

Égypte

Voilà un autre pays qui fait régulièrement la une des journaux puis disparaît du radar du public. Pourtant, en ce moment, l’Égypte est confrontée non pas à une, mais à  deux guerres possibles !

  1. Libye : comme je l’ai mentionné ci-dessus, en cas d’affrontement ouvert entre la Turquie et l’Égypte en Libye, il pourrait y avoir une escalade rapide dans laquelle les premiers affrontements militaires pourraient se transformer en affrontements sur la Méditerranée orientale et même en éventuelles frappes contre des objectifs militaires clés en Turquie et en Égypte. La seule bonne nouvelle ici est qu’il y a beaucoup d’acteurs majeurs qui n’ont pas besoin d’une guerre en Méditerranée orientale et / ou au Moyen-Orient. Après tout, s’il s’agissait d’une véritable confrontation militaire entre la Turquie et l’Égypte, alors vous pouvez être à peu près sûr que l’OTAN, le CENTCOM, la Grèce, Israël et la Russie auraient tous des préoccupations majeures. En outre, il est difficile d’imaginer quel genre de «victoire» militaire la Turquie ou l’Égypte pourraient espérer. À l’heure actuelle, la situation est très tendue, mais nous pouvons espérer que toutes les parties se rendront compte qu’une solution négociée, même temporaire, est préférable à une guerre à grande échelle.
  2. Éthiopie : l’Égypte a un problème potentiellement beaucoup plus important que celui de la Libye à résoudre. Il s’agit de la construction par l’Éthiopie du «Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD)» sur le Nil Bleu. Bien que personne ne sache vraiment quel sera l’impact final de ce barrage sur le Soudan et l’Égypte, il est assez clair qu’une civilisation bâtie le long du Nil sera confrontée à une menace majeure pour son mode de vie si la façon dont le Nil s’écoule est perturbée de façon importante, ce que ce barrage fera certainement.

Des deux conflits possibles que j’ai mentionnés ci-dessus, c’est le deuxième qui m’inquiète le plus. En fin de compte, ni la Turquie ni l’Égypte ne pourront décider de ce qui se passe en Libye, qui est surtout une sorte d ‘«échiquier» multi-joueurs où les «grands» – États-Unis, France, Russie – décideront finalement du résultat. Dans le cas du barrage en Éthiopie, les acteurs locaux auront probablement un mot décisif à dire, d’autant plus que les deux parties considèrent qu’il s’agit d’une question existentielle importante pour eux.

Si vous regardez une carte de la région, vous verrez que la distance entre la frontière égyptienne et l’emplacement du barrage à la frontière entre l’Éthiopie et le Soudan est longue d’environ 1 200 km ou 745 miles. En cas de confrontation militaire entre les deux pays, cette distance décidera à peu près de la forme de la guerre que nous verrons : principalement des frappes aériennes et de missiles.

Le principal problème ici, pour les deux parties, est qu’aucune n’a le type de force aérienne ou de missiles qui lui permettrait de frapper efficacement l’autre pays. Cependant, cela pourrait changer très rapidement, surtout si la Russie vend à l’Égypte 24 de ses chasseurs multi-rôles avancés Su-35, et encore plus si la Russie rajoute quelques missiles air-sol capables dans le colis – la livraison du premier Sukhoi semble imminente. Ensuite, il y a ce «petit détail» du Soudan coincé entre les deux combattants : Khartoum ne peut tout simplement pas détourner le regard et prétendre que tout va bien si deux de ses principaux voisins décident de se battre dans l’espace aérien soudanais.

En théorie, l’Égypte pourrait également essayer de monter une attaque depuis la mer Rouge, mais pour le moment, la marine égyptienne ne dispose pas du genre de matériel coup de poing qui lui permettrait de frapper efficacement l’Éthiopie, en particulier avec la présence de l’Érythrée entre la mer Rouge et l’Éthiopie.

Mais cela pourrait également changer, d’autant plus que l’Égypte a accepté d’acheter les deux navires d’assaut amphibie de classe Gamal Abdel Nasser (ex-Mistral) et les porte-hélicoptères qui, bien que n’étant pas l’idéal, renforceraient certainement les capacités de commandement et de contrôle de l’Égypte, surtout si les Égyptiens réussissent à déployer des AWACS et des avions d’attaque, hélicoptères ou même à voilure fixe légère V / STOL, sur ces navires. En pratique, cependant, je pense que les Égyptiens pourraient engager ces navires beaucoup plus efficacement en Libye qu’ils ne le feraient en mer Rouge – d’autant plus que ces navires sont mal défendus contre les frappes de missiles.

Enfin, non seulement le barrage GERD est défendu par des systèmes de défense aérienne et quelques avions de l’armée de l’air décents, même s’ils vieillissent, un barrage est une cible assez difficile à détruire il est grand, fort et a un grand volume qui, à lui seul, contribue également à la «solidité» face aux attaques.

Il y a donc des raisons d’espérer qu’un conflit peut être évité, mais il sera très difficile d’amener les deux parties à s’entendre par des compromis sur des questions que les deux parties considèrent comme vitales pour leur sécurité nationale.

L’Ukraine

Oui, l’Ukraine. Encore. Cette folie qui a commencé avec l’Euromaïdan ne s’est pas arrêtée, loin de là. En fait, depuis l’élection de Zelenskii, l’Ukraine est devenue une sorte de maison de fous qui serait carrément hilarante si elle n’était pas aussi tragique et même horrible pour des millions d’Ukrainiens. Je vous épargnerai tous les détails, mais nous pouvons résumer le principal développement de ces derniers mois en disant que «Zelenskii a complètement perdu le contrôle du pays». Mais cela ne commencerait même pas à couvrir la réalité de cette situation.

D’une part, la guerre des mots entre Trump et Biden à propos du scandale de l’Ukrainegate a maintenant «infecté» la scène politique ukrainienne et chaque partie est d’abord occupée avec ce que l’on appelle localement «la Relation publique occulte», à savoir essayer de dénicher autant de saloperies que possible contre votre adversaire. Zelenskii est si faible que, étonnamment, Porochenko, auparavant presque totalement discrédité, a maintenant fait un retour en force et a obtenu le soutien de nombreux nationalistes influents. La dernière « bombe informationnelle » incroyable – mais vraie ! – a été déclenchée par un membre de la Rada ukrainienne, Andrei Derkach, qui a publié un enregistrement de Joe Biden et Porochenko discutant des avantages et des inconvénients de l’organisation d’une attaque terroriste en Crimée – voir ici pour plus de détails sur cette histoire incroyable. Cela fait à la fois de Biden et de Porochenko des «sponsors du terrorisme», ce qui n’est guère une surprise, mais quand même.

D’autres nouvelles «juteuses» sur le Banderastan occupé par les nazis incluent un Zelenskii peut-être père d’un enfant avec une de ses assistantes, et des attaques brutales contre les membres d’un petit – mais en croissance – parti d’opposition «Sharii» que les autorités ont non seulement ignorées, mais très probablement commandées en premier lieu. Ce n’est pas mon propos ici de discuter de toutes les subtilités toxiques de la politique interne ukronazie, je n’examinerai donc qu’un des dangers majeurs résultant de cette dynamique : on parle à nouveau de guerre avec la Russie.

D’accord, nous avons tous entendu les mêmes rumeurs depuis des années maintenant, et pourtant aucune attaque ukrainienne réelle et soutenue contre les républiques du Donbass (LDNR) ou, encore moins, la Crimée n’a jamais eu lieu – il y a eu des frappes d’artillerie et des attaques de diversion constantes, mais celles-ci restent en dessous du seuil de la guerre ouverte. Mais ce que nous entendons aujourd’hui est un peu différent : un nombre croissant d’observateurs ukrainiens et même polonais ont déclaré que la Russie attaquerait cet été ou en septembre, utilisant peut-être des manœuvres militaires pour déplacer des forces vers la frontière ukrainienne et attaquer. Selon la personne à qui vous le demandez, une telle attaque pourrait provenir de la Biélorussie et / ou du centre de la Russie – certains s’inquiètent même d’une opération amphibie russe contre le littoral ukrainien et des villes comme Marioupol, Nikolaev, Kherson ou Odessa.

Aparté

Les Ukronazis sont vraiment incroyables. D'abord, ils ont coupé toute l'électricité et même l'eau de la Crimée, puis ils déclarent que la Russie devra l'envahir pour reprendre le contrôle de l'approvisionnement en eau. L’idée que la Russie résoudra le problème de l’eau de la Crimée par des moyens pacifiques et technologiques est, semble-t-il, tout à fait impensable pour les dirigeants ukrainiens. Dans le monde réel, cependant, la Russie a un programme complet pour résoudre globalement les problèmes d’eau de la Crimée. Ce programme a commencé par la pose de conduites d'eau, l'amélioration du système d'irrigation de la Crimée, l'utilisation d'avions spéciaux pour déclencher la pluie et pourrait même inclure la création d'une usine de dessalement. La simple vérité est que la Russie peut facilement rendre la Crimée complètement indépendante de tout ce qui est ukrainien.

Et pour aggraver les choses, le chef de la marine ukrainienne, qui existe essentiellement sur le papier, a maintenant déclaré qu’un nouveau missile ukrainien, le Neptune, pourrait atteindre Sébastopol. Le problème n’est pas le missile lui-même – c’est une version modernisée d’un vieux design soviétique, il est lent et donc facile à abattre, mais le genre de «bruit de fond mental» créé par ce type de discours de guerre.

D’un point de vue purement militaire, la Russie n’a même pas à déplacer de troupes pour vaincre les forces armées ukrainiennes : tout ce que la Russie a à faire est d’utiliser ses puissantes armes à longue portée et ses moyens de frappe de reconnaissance pour d’abord décapiter, puis désorganiser et enfin détruire l’armée ukrainienne. La supériorité de la Russie dans les airs, sur l’eau et sur terre est telle que les Ukrainiens n’ont aucune chance au monde de survivre à une telle attaque, sans même imaginer de vaincre la Russie. Les Ukrainiens savent tous que, après tout, leurs forces armées n’ont même pas pu faire face aux forces relativement minuscules et infiniment plus faibles du LDNR – du moins par rapport aux forces russes régulières.

Pourtant, les Ukrainiens ont un avantage sur la Russie : s’il serait extrêmement dangereux d’essayer, ils doivent se rendre compte que, contrairement à leurs attaques sur le Donbass, s’ils osaient attaquer la Crimée, le président Poutine n’aurait pas d’autre option que d’ordonner une sorte de frappe de représailles.

Toute attaque ou frappe ukrainienne sur la Crimée échouerait probablement car tous les missiles seraient interceptés bien avant qu’ils ne puissent atteindre leurs objectifs, mais même dans ce cas, la pression sur Poutine pour y mettre un terme serait énorme. Ce qui signifie qu’il ne serait pas faux de dire que quiconque est au pouvoir à Kiev peut forcer la Russie à intervenir ouvertement. Cela signifie que dans ce cas précis, le côté le plus faible peut avoir au moins un certain degré de domination dans l’escalade.

Maintenant, l’Ukraine ne peut certainement pas réaliser de surprise stratégique, ni même de surprise tactique, mais, encore une fois, le succès réel de toute frappe ukrainienne contre la Crimée n’exige pas que les cibles désignées de la frappe soient détruites, tout ce qui est nécessaire, dans certains hypothèses au moins, est la capacité de faire deux choses :

  • Obliger la Russie à intervenir ouvertement
  • Choisir l’heure, le lieu et le mode d’attaque les plus problématiques pour la partie russe

Enfin, je suggérerais que nous examinions cette question du point de vue de l’Empire anglo-sioniste. À bien des égards, sinon la plupart, le Banderastan, créé par l’Occident en Ukraine, a perdu son utilité. L’US Navy n’obtiendra pas de base navale en Crimée qui est maintenant perdue à jamais – c’est maintenant l’un des endroits les mieux défendus de la planète, la Russie n’est pas intervenue ouvertement dans la guerre civile, les forces ukronazies ont été complètement battues par les Novorussiens et en termes économiques, l’Ukraine n’est rien d’autre qu’un grand trou noir qui ne pourra que s’approfondir. Ce qui pourrait suggérer à certains des élites dirigeantes américaines que déclencher une guerre perdante contre la Russie pourrait être la meilleure – et peut-être la seule – chose que leur horrible créature puisse faire pour eux. Pourquoi ?

Eh bien, d’une part, une telle guerre sera sanglante, même si elle est courte. Deuxièmement, étant donné qu’il est extrêmement improbable que les Russes veuillent occuper une partie de ce qui est aujourd’hui l’Ukraine tenue par les nazis, cela signifie que même une défaite militaire totale n’entraînerait pas nécessairement une disparition complète du Banderastan actuel. Oui, davantage de régions de l’Est et du Sud pourraient essayer de saisir cette occasion pour se lever et se libérer, et si cela se produisait, la Russie pourrait offrir le genre d’aide qu’elle a offerte aux Novorussiens, mais je ne pense pas que quiconque croit sérieusement que des chars russes seront vus à Kiev ou, encore moins, à Lvov  – pour ne pas parler de Varsovie ou de Riga. Ainsi, une défaite militaire contre la Russie ne serait pas une perte totale pour le Banderastan et cela pourrait même donner une dynamique bénéfique à la puissance ukronazie consolidée qui pourrait sortir d’un tel conflit. En fait, si cela devait arriver, j’attends pleinement des Ukronazis qu’ils déclarent une sorte de djihad pour libérer l’Ukraine occupée par les Moskals. Cela signifie que le bain de sang initial serait suivi d’une guérilla entre la Russie et l’Ukraine, qui pourrait durer très longtemps et être également très indésirable pour la Russie.

Aparté 

Pendant mes études, j'ai eu l'honneur et le privilège d'étudier avec un merveilleux colonel de l'armée pakistanaise qui est devenu un bon ami. Un jour, c'était vers 1991, j'ai demandé à mon ami quelle serait la stratégie pakistanaise lors d'une éventuelle guerre contre l'Inde. Il m'a répondu : "Regardez, nous savons tous que l'Inde est beaucoup plus forte et plus grande que le Pakistan, mais ce que nous savons tous aussi, c'est que s'ils nous attaquent, nous pouvons les faire saigner du nez méchamment". C'est exactement ce que pourrait être la stratégie ukrainienne: faire saigner du nez la Russie. Militairement, c'est impossible, bien sûr, mais en termes politiques, toute guerre ouverte contre l'Ukraine serait un désastre pour la Russie. Ce serait aussi un désastre pour l'Ukraine, mais les marionnettistes des Ukronazis à Kiev ne se soucient pas plus du peuple ukrainien que du peuple russe : tout ce qu'ils veulent, c'est faire abondamment saigner les Russes du nez.

En résumé, c’est un scénario possible qui pourrait aboutir à une catastrophe régionale : quiconque est au pouvoir en Ukraine commencerait par se rendre compte que le projet d’un  Banderastan ukronazi a déjà échoué et que ni l’UE ni, encore moins, les États-Unis ne sont prêts à continuer de jeter de l’argent dans le trou noir des Ukies. De plus, les politiciens ukrainiens intelligents se rendront compte que ni Porochenko ni Zelensii n’ont «livré» les «marchandises» attendues à l’Empire. Ensuite, les pays vassaux des États-unis en Europe de l’Est – dirigés par la Pologne et les mini-états de la Baltique – se rendent également compte que l’argent de l’UE s’épuise et que loin d’avoir réalisé de réels progrès économiques, bien loin du «miracle» espéré, ils deviennent également de plus en plus insignifiants pour leurs maîtres dans l’UE et aux États-Unis. Et, croyez-moi, les dirigeants politiques de ces États vassaux américains ont réalisé il y a longtemps qu’une guerre entre la Russie et l’Ukraine serait une opportunité fantastique pour eux de reprendre une certaine valeur aux yeux de leurs suzerains impériaux dans l’UE et aux US. Pour les gens qui pensent comme eux, même une tentative de frappe de Neptune contre Sébastopol serait un moyen rapide et tout à fait raisonnable de forcer la main de Poutine.

Enfin, nous pouvons maintenant regarder la situation en Russie

Russie

On pourrait penser qu’après la victoire massive remportée par le Kremlin avec le vote sur les modifications de la Constitution russe, la situation politique en Russie serait idyllique, du moins comparée au naufrage du Titanic de «l’Occident collectif». Hélas, c’est loin d’être le cas. Voici quelques-uns des facteurs qui contribuent à une situation potentiellement dangereuse en Russie.

  1. Comme je l’ai mentionné dans le passé, outre l’opposition «officielle» (prétendue) à la Douma, il y a maintenant deux oppositions «non-système» très distinctes à Poutine : les bons vieux «libéraux», que j’appelle parfois la 5e colonne, et les relativement nouveaux haineux de Poutine «nationalistes-roses» que j’ai baptisés, quelque peu ironiquement, je l’admets, comme une 6e colonne. Ruslan Ostashko les appelle des «émo-marxistes», et c’est aussi une précision très perspicace. Ce qui est si frappant, c’est que, si les 5e et 6e colonnes russes se détestent, leurs leaders détestent encore plus Poutine. Beaucoup d’entre eux détestent également le peuple russe parce qu’il ne «comprend pas» – du moins à leurs yeux – et parce que le peuple vote à maintes reprises pour Poutine. Inutile de dire que ces «5e et 6e colonnes», que nous appellerons pour la suite «5 et 6c» déclarent que l’élection a été volée, que des millions de votes n’ont pas été comptés du tout, tandis que d’autres ont été comptés plusieurs fois. Selon ces 5 et 6c, il est littéralement impensable que Poutine obtienne un tel soutien, la seule explication est que les élections ont été truquées. Alors que la somme totale des voix de ces 5 et 6c n’est probablement pas suffisante pour vraiment menacer Poutine ou la société russe, le Kremlin doit être très prudent dans la manière dont il gère ces groupes, d’autant plus que la situation de la société russe se dégrade clairement.
  2. La Russie a des problèmes objectifs, réels, qui ne peuvent être simplement ignorés. La plupart des Russes préféreraient clairement un État beaucoup plus social et économiquement actif. La réalité est que le système politique actuel en Russie se soucie peu du «petit peuple». La façon dont le Kremlin et les «grandes entreprises» russes sont enchevêtrées est affligeante pour beaucoup de Russes, et je suis d’accord avec eux. En outre, si les sanctions occidentales ont bien préparé la Russie à la crise actuelle, il reste vrai que la Russie ne fonctionne pas dans un environnement très favorable. Les revenus sont en baisse dans de nombreux secteurs et la pandémie CODID-19 a également eu un effet dévastateur sur les petites entreprises russes. Et si la question du virus COVID-19 n’a pas été aussi désespérément politisée en Russie qu’en Occident, beaucoup de mes contacts me rapportent que beaucoup de gens estiment que le Kremlin et les autorités de Moscou ont mal géré la crise. Ainsi, alors que l’opposition non systémique des 5 et 6c ne peut pas vraiment menacer la Russie, il y a suffisamment de ce que j’appellerais des «tendances toxiques et potentiellement dangereuses» au sein de la société russe qui pourraient se transformer en une menace beaucoup plus grande si une crise éclatait soudainement – y compris une crise déclenchée par une provocation ukrainienne toujours possible.
  3. De plus en plus de Russes, y compris les partisans de Poutine, sont frustrés par ce qu’ils perçoivent comme une politique étrangère russe boiteuse et franchement flasque. Cela ne signifie pas nécessairement qu’ils ne sont pas d’accord avec la manière dont Poutine traite les grands problèmes – disons la Crimée, la Syrie ou les bruits de sabre de l’Occident – mais ils sont particulièrement frustrés par ce qu’ils perçoivent comme des réponses russes boiteuses contre de petites provocations. Par exemple, le Congrès américain et l’administration Trump ont continué à imposer des sanctions et des accusations stupides contre la Russie sur une base quasi-quotidienne, mais la Russie ne fait vraiment pas grand-chose à ce sujet, malgré le fait qu’il existe de nombreuses options dans sa «Boîte à outils» politique pour vraiment faire payer aux États-Unis cette attitude. Une autre chose qui irrite les Russes est cette manière arrogante, condescendante et carrément grossière dont les politiciens occidentaux – et leurs journalistes stipendiés en Russie –  interviennent constamment dans les affaires internes russes sans jamais être sérieusement inquiétés pour cela. Bien sûr, certains personnages et organismes particulièrement nocifs ont été expulsés de Russie, mais pas assez pour envoyer un message clair aux ennemis de la Russie.
  4. Et, pour aggraver les choses, il y a de sérieux problèmes entre la Russie et ses supposés alliés, en particulier la Biélorussie et le Kazakhstan. Rien de vraiment critique ne s’est encore produit, mais la situation politique en Biélorussie s’aggrave de jour en jour, grâce, d’une part, à la politique inepte de Loukachenko et, d’autre part, à une résurgence du nationalisme kazakh, apparemment avec l’approbation du gouvernement central. Non seulement la déstabilisation de deux grands alliés russes est une mauvaise chose en soi, mais elle soulève également la question de savoir comment Poutine peut traiter, par exemple, la Turquie ou la Pologne, alors qu’elle ne peut même pas stabiliser la situation en Biélorussie et au Kazakhstan.

Dans une large mesure, je partage également bon nombre de ces frustrations et je conviens qu’il est temps que Poutine et la Russie adoptent une posture beaucoup plus proactive envers un Occident éternellement hostile.

Mon problème avec la 5e colonne est qu’elle est composée de russophobes enragés qui détestent leur propre nation et qui ne sont que des prostituées consentantes de l’Empire anglo-sioniste. Ils veulent que la Russie devienne une sorte «d’autre Pologne seulement plus à l’Est» ou quelque chose d’aussi insipide et sans intérêt.

Mon problème avec la 6ecolonne est qu’elle déteste beaucoup plus Poutine qu’elle n’aime la Russie, ce qui se constate régulièrement en prédisant soit un coup d’État, soit une révolution, ou un soulèvement populaire ou tout autre événement sanglant que la Russie ne peut tout simplement pas se permettre pour deux raisons principales :

  1. La Russie s’est presque détruite deux fois au cours du siècle dernier : en 1917 et en 1991. Chaque fois, le prix payé par le peuple russe a été absolument horrible et la nation russe ne peut tout simplement pas se permettre un autre conflit interne majeur.
  2. La Russie est en guerre contre l’Empire, et bien que cette guerre reste à peu près 80% information et idéologie, environ 15% économique et seulement 5% une guerre réelle, il reste que c’est une guerre totale, existentielle, pour la survie : soit l’Empire disparaît, soit la Russie disparaît. Il s’agit donc d’une situation où toute action qui affaiblit votre État, votre pays et son dirigeant se rapproche toujours dangereusement de la trahison.

À l’heure actuelle, la plus grande bénédiction pour la Russie est que ni la 5e ni la 6e colonne n’ont réussi à produire, ne serait-ce qu’à moitié, une personnalité politique crédible qui semble au moins marginalement capable d’offrir des solutions réalistes. Un certain nombre de partisans de la 5e colonne ont décidé d’émigrer et de quitter ce qu’ils considèrent comme le «Mordor de Poutine». Hélas, je ne vois aucun flux de partisans de la 6e colonne quitter la Russie, ce qui en fait objectivement un outil beaucoup plus utile pour des agences comme la CIA qui n’hésiteront pas à infiltrer même un mouvement politique supposé anti-américain si cela peut affaiblir la Russie en général, ou Poutine en particulier.

À l’heure actuelle, les services de sécurité russes font un excellent travail pour contrer toutes ces menaces, y compris la menace terroriste wahhabite toujours très réelle. Cependant, compte tenu de la situation politique internationale plutôt instable et même dangereuse, cela pourrait changer si toutes les forces qui haïssent Poutine et ce qu’elles appellent le «Poutinisme» unissent leurs forces ou frappent simplement en même temps.

Conclusion

Il existe, bien sûr, de nombreux autres points chauds potentiels sur la planète, notamment l’Inde, le Pakistan et la Chine, la mer de Chine méridionale, le golfe Persique, la péninsule coréenne et bien d’autres. Ainsi, ce qui précède n’est qu’un échantillon d’une liste beaucoup plus longue.

Les énormes changements qui se produisent sous nos yeux sont réels. Mais nous ne devons pas suivre l’exemple des médias pro-système et nous concentrer uniquement sur un ou deux sujets «brûlants», surtout pas lorsqu’il y a de nombreux dangers très réels. Cela étant dit, il ne fait aucun doute que ce qui se passera dans les prochains mois aux États-Unis est de loin le développement le plus important qui soit, qui façonnera l’avenir de notre planète, quoi qu’il se passe réellement. Et je ne parle pas du non-choix totalement symbolique entre Biden et Trump.

Je fais référence à la manière dont la société américaine gérera une coalition de minorités anti-américaines virulentes qui détestent ce pays et tout ce que, bon ou mauvais il représentait dans le passé. À l’heure actuelle, les élites américaines commettent un suicide national non seulement en échouant à s’opposer, mais aussi en soutenant activement les voyous de BLM et tout ce qu’ils représentent. BLM & Co. me rappellent les Ukronazis dont la principale expression de l’identité nationale est de haïr tout ce qui est russe – les voyous de BLM font la même chose, toute leur vision du monde est une pure haine du mâle blanc hétéro et de la civilisation occidentale. Et tout comme les Ukies se régalent d’histoires sur les «anciens Ukrs», les gens de BLM imaginent qu’ils vont d’une manière ou d’une autre transformer les États-Unis en un type de Wakanda avant d’expulser – ou pire – tous ceux qui ne sont pas prêts à abandonner leur pays à des gangs de voyous analphabètes en itinérance.

Alors que la Russie doit faire face au potentiel de la violence interne, les États-Unis sont déjà confrontés à une insurrection dangereuse et violente qui risque de s’aggraver avec l’explosion de la crise économique déclenchée par la pandémie.

Jusqu’à présent, les effets de cette crise ont été quelque peu atténués par une combinaison de dénégations politiques sur la nature de la menace – «oh, quelle absurdité, c’est comme la grippe saisonnière !», de distribution massive d’argent qui n’a aidé que temporairement, et par l’existence d’une énorme bulle financière qui ne fera qu’empirer les choses, mais qui peut temporairement créer l’illusion que les choses ne sont pas aussi mauvaises qu’elles le sont réellement.

On dit que la nature a horreur du vide. C’est vrai. Il est également vrai que l’effondrement de l’Empire a maintenant créé plusieurs vides qui seront comblés par de nouveaux acteurs, mais rien ne garantit que cette transition sera pacifique. Ainsi, pendant que nous regardons de très grands arbres brûler, nous ne devons pas oublier que derrière ces arbres il y a une grande forêt qui peut également s’enflammer, créant un feu de forêt beaucoup plus grand que les arbres que nous voyons brûler aujourd’hui.

The Saker

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/larbre-en-feu-qui-cache-la-foret-sombre-et-dangereuse

PRÉPARATIFS DE GUERRE: L’EGYPTE ET LA TURQUIE LANCENT DES EXERCICES À GRANDE ÉCHELLE PRÈS DE LA LIBYE

PRÉPARATIFS DE GUERRE: L’EGYPTE ET LA TURQUIE LANCENT DES EXERCICES À GRANDE ÉCHELLE PRÈS DE LA LIBYE

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La Turquie et l’Égypte relâchent leurs muscles militaires au large des côtes libyennes alors que les chances d’une guerre potentielle en Méditerranée orientale continuent d’augmenter.

Premièrement, le ministère turc de la Défense nationale a annoncé qu’il organiserait bientôt des exercices navals à grande échelle au large des côtes libyennes. Le communiqué indique que les exercices, appelés «Naftex», auront lieu dans trois régions différentes: Barbaros, Turgutreis et Chaka Bey. La Turquie indique que les exercices impliqueront 17 avions de guerre et 8 navires prouvant «la capacité de la Turquie à contrôler la région par air et par mer».

L’impasse actuelle sur la ligne de front entre les forces pro-turques et l’armée nationale libyenne, soutenue par l’Égypte et les Émirats arabes unis, près de la ville portuaire de Syrte, n’a pas empêché la Turquie d’envoyer de nouvelles armes et de nouveaux équipements sur la ligne de front. L’armée turque a également déployé du matériel supplémentaire sur la base aérienne d’al-Watiya, dans l’ouest de la Libye. La base aérienne, qui est devenue plus tôt cette année un point fort des forces turques, a récemment été bombardée par la LNA Air Force. Au moins un système de défense aérienne à moyenne portée MIM-23 Hawk et un système de guerre électronique KORAL de l’armée turque auraient été détruits. Des sources pro-turques affirment que l’équipement récemment déployé sur la base comprenait des systèmes de défense aérienne qui donneront à l’ANL une «leçon».

Le 9 juillet, les forces armées égyptiennes ont lancé leurs propres exercices dans la région impliquant des forces terrestres, aériennes et navales déployées près de la frontière libyenne. La composante terrestre des exercices, baptisée Resolve 2020, a eu lieu dans le district nord-ouest de Qabr Gabis. Par cette décision, l’Égypte a envoyé à la Turquie et à ses mandataires le signal qu’une tentative des forces turques de capturer Syrte est une ligne rouge et si elle est franchie, ils feront face à une réponse militaire égyptienne.

Compte tenu des difficultés logistiques des forces turques et de l’avantage militaire apparent de l’Égypte en cas d’affrontement près de sa frontière occidentale, l’intervention ouverte de l’Égypte dans le conflit mettra un terme aux espoirs turcs de consolider son influence récemment accrue en Libye. .https://googleads.g.doubleclick.net/pagead/ads?client=ca-pub-8386451025337892&output=html&h=165&slotname=9371570983&adk=1200457879&adf=1253519313&w=659&fwrn=16&lmt=1594653027&rafmt=11&psa=0&guci=1.2.0.0.2.2.0.0&format=659×165&url=https%3A%2F%2Ftranslate.googleusercontent.com%2Ftranslate_c%3Fdepth%3D1%26hl%3Dfr%26prev%3Dsearch%26pto%3Daue%26rurl%3Dtranslate.google.com%26sl%3Den%26sp%3Dnmt4%26u%3Dhttps%3A%2F%2Fsouthfront.org%2Fwar-preparations-egypt-and-turkey%2F%26usg%3DALkJrhiCus7cUXty3c77vqTpnOJNEhkaiw&flash=0&wgl=1&adsid=ChAI8Iyw-AUQxqW26I3n5K4kEkwAXcgSEXZdn_Ejv_QhqtW-IzlITctsWSnmoIaUDM-kYtfC4UUbrrq9w3Au6c67LbtvaF8FOQOJqGxpQKLXNACrMxmgksle0duXuT65&dt=1594653292974&bpp=5&bdt=1134&idt=1052&shv=r20200707&cbv=r20190131&ptt=9&saldr=aa&prev_fmts=1063×280%2C679x280%2C300x600&correlator=290824147922&frm=6&ife=1&pv=1&ga_vid=911472636.1576421488&ga_sid=1594653293&ga_hid=639181302&ga_fc=0&iag=3&icsg=43127930880&nhd=1&dssz=62&mdo=0&mso=0&rplot=4&u_tz=120&u_his=4&u_java=0&u_h=768&u_w=1366&u_ah=728&u_aw=1366&u_cd=24&u_nplug=3&u_nmime=4&adx=25&ady=1999&biw=-12245933&bih=-12245933&isw=1063&ish=338&ifk=2221696463&scr_x=-12245933&scr_y=-12245933&eid=21065756%2C21066125%2C21066649&oid=3&pvsid=2204544849085509&pem=265&top=https%3A%2F%2Ftranslate.google.com&rx=0&eae=0&brdim=70%2C70%2C70%2C70%2C1366%2C0%2C1096%2C576%2C1080%2C338&vis=1&rsz=%7C%7CpoeE%7C&abl=CS&pfx=0&fu=8336&bc=31&jar=2020-7-13-15&ifi=4&uci=4.5ednld8q9vzt&fsb=1&xpc=GVDYfxYaJB&p=https%3A//translate.googleusercontent.com&dtd=1090

Pendant ce temps, l’Etat islamique tente d’exploiter l’escalade pour sa propre cause. Selon des informations, les cellules de l’Etat islamique qui se cachent toujours dans la zone désertique du centre de la Libye ont récemment intensifié leurs activités et repris leurs attaques contre des cibles civiles, principalement en pillant de petits villages et en volant des convois civils. Le califat autoproclamé de l’Etat islamique s’est transformé en une marque bruyante utilisée par divers gangs pour justifier leur comportement criminel. Malgré cela, même de tels gangs deviendront un grave problème de sécurité si le conflit en Libye entre dans une nouvelle phase brûlante.

https://southfront.org/war-preparations-egypt-and-turkey/

  

Libye : le chef de l’ONU dénonce une « interférence étrangère »

Libye : le chef de l’ONU dénonce une « interférence étrangère »

Antonio Guterres a exprimé son inquiétude sur le regroupement de forces militaires autour de la ville de Syrte, située à mi-chemin entre Tripoli à l’ouest et Benghazi à l’est.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 01h15, mis à jour à 07h40

Temps deLecture 2 min.

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Les forces du Gouvernement d’union libyen (GNA) en direction de Syrte, à Tripoli, le 6 juillet.
Les forces du Gouvernement d’union libyen (GNA) en direction de Syrte, à Tripoli, le 6 juillet. AYMAN AL-SAHILI / REUTERS

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a dénoncé, mercredi 8 juillet, une « interférence étrangère ayant atteint des niveaux sans précédent » en Libye, avec « la livraison d’équipements sophistiqués et le nombre de mercenaires impliqués dans les combats ».

S’exprimant lors d’une visioconférence ministérielle du Conseil de sécurité, Antonio Guterres a notamment exprimé son inquiétude sur le regroupement de forces militaires autour de la ville de Syrte, située à mi-chemin entre Tripoli à l’ouest et Benghazi à l’est.Article réservé à nos abonnés Lire aussi 

 En Libye, le pari perdu de la France

Les forces du gouvernement d’accord national (GAN), basé à Tripoli et reconnu par l’ONU, « avec un soutien externe significatif, continuent leur avance vers l’est et sont maintenant à 25 km à l’ouest de Syrte », a-t-il relevé. Dans le passé, les forces du GAN ont tenté à deux reprises de prendre la ville, a précisé le chef de l’ONU.

« Plus de mensonges »

Soutenu par la Turquie, le GAN est opposé aux forces du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’Est libyen, notamment appuyé par l’Egypte et les Emirats arabes unis.

« Nous sommes très préoccupés par la concentration militaire alarmante autour de la ville et le haut niveau d’interférence étrangère directe dans le conflit en violation de l’embargo sur les armes décrété par l’ONU, les résolutions du Conseil de sécurité et les engagements pris par les Etats membres à Berlin » en janvier, a insisté Antonio Guterres. Il n’a désigné aucun pays en particulier.

Le ministre allemand des affaires étrangères, Heiko Maas, a aussi dénoncé les violations de l’embargo sur les armes imposé pour la Libye en 2011. « Pendant que le monde entier ferme ses frontières, les navires, les avions et les camions avec des armes et des mercenaires continuent d’arriver dans les villes libyennes », s’est-il insurgé. Il a demandé à ce que cela cesse : « Plus d’avions, plus de chars, plus de camions ou navires chargés d’armes. Et plus de mensonges », a lancé Heiko Maas.

Son homologue du Niger, Kalla Ankourao, a aussi critiqué les ingérences étrangères, comme l’ont fait, lors de la session du Conseil de sécurité, plusieurs autres intervenants, dont la France qui a réaffirmé son impartialité dans le conflit. « La Libye n’a pas besoin d’armes supplémentaires, n’a pas besoin de mercenaires » mais « a besoin de réconciliation », a fait valoir Kalla Ankourao.Lire aussi 

 Libye : Paris, Rome et Berlin appellent à la fin de « toutes les ingérences » étrangères

Démilitariser Syrte et Al-Djoufra

La présence en Libye de mercenaires russes et syriens (affiliés au régime syrien pour ceux combattant avec les troupes de Haftar, et relevant de l’opposition pour ceux présents au côté des forces du GAN) a été souvent évoquée depuis le début de l’année.

Le secrétaire général de l’ONU a indiqué que les discussions menées par la mission onusienne en Libye avec des représentants militaires des deux parties portaient notamment sur « le départ des mercenaires étrangers », une « coopération antiterroriste », un « désarmement et une démobilisation », ainsi que sur « la possibilité d’un mécanisme de cessez-le-feu ». Il a aussi évoqué sans détails la possibilité de créer une « zone démilitarisée », dont le contrôle serait confié à la mission de l’ONU présente en Libye.

Heiko Maas a suggéré comme premier pas vers un cessez-le-feu de prévoir une démilitarisation « pour Syrte et Al-Djoufra »« Nous appelons les parties en Libye et vous tous [membres de l’ONU] à vous unifier derrière cette idée », a déclaré le ministre allemand.

Les dernières activités militaires au sud de Tripoli et dans la région de Tarhouna se sont traduites par la fuite de près de 30 000 personnes, portant le nombre de déplacés internes en Libye à plus de 400 000, a aussi déploré le chef de l’ONU.Libye, nouvelle Syrie ?

L’escalade des ingérences étrangères en Libye présente des similitudes avec la crise syrienne. « Le Monde » publie une série en six volets.

Le Monde avec AFP

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/07/09/libye-le-chef-de-l-onu-denonce-une-interference-etrangere_6045656_3212.html

Daech en Libye bis: de la répartition des rôles pour figurants…

Daech en Libye bis: de la répartition des rôles pour figurants…

 5 ans ago Strategika51

Nous avons été l’un des rares sinon le seul blog à avoir évoqué depuis longtemps l’implantation de Daech en Libye.

Nous avons également souligné que la menace de Daech au Maghreb est sérieuse, d’autant plus qu’aucune armée de la région ne dispose de capacités suffisantes pour faire face à cette menace au sol.

Les raids aériens menés par les égyptiens en territoire libyen, sous le très fallacieux prétexte de la décapitation de 21 ressortissants égyptiens par Daech en Libye, ne sont pas les premiers. Les avions égyptiens et émiratis basés en Egypte bombardent des cibles en Libye depuis le début de la nouvelle guerre civile.

L’initiative égyptienne n’en est pas une. Le mouvement est dicté par Paris et Ryad. L’implication militaire égyptienne en Libye est très risquée pour le Caire dont les forces armées sont loin d’être efficaces. Elle ouvre surtout un second front pour le Caire puisque ce dernier peine à faire face à des organisations armées au Sinaï.

L’Egypte est économiquement ruinée. Son armée n’a jamais gagné une guerre à l’étranger. Que ce soit lors des guerres contre Israël, ou lors de la catastrophique intervention égyptienne au Yémen et même lors d’un bref conflit armé contre la Libye de Gaddafi. Que vise le « maréchal » Al-Sissi en envoyant ses F-16 au dessus d’une Libye en pleine guerre civile? Le support US est là encore une fois mais le jeu est risqué. C’est pour ça que Le Caire appelle à une intervention étrangère sous couvet Onusien. L’initiative franco-égyptienne au Conseil de Sécurité de l’ONU en dit long sur certains petits arrangements préalables sur cette question.

La Jordanie bombarde Daech en Syrie; l’Egypte le fait en Libye. Amman et Le Caire font partie d’un seul axe et il est connu. Mieux qu’une sous-traitance, c’est de la doublure. Dans tous les cas, c’est de la figuration.

Reste les pays d’un Maghreb inexistant. La Tunisie ne voit pas d’un mauvais oeil les raids égyptiens en Libye mais en réalité ne peut plus rien faire depuis longtemps. Théoriquement plus grand pays maghrébin, l’Algérie semble totalement hors-jeu dans la sous-région et, pour corser le tout, se retrouve publiquement humiliée. Le Maroc ne s’implique pas mais cherche à exploiter ce qu’il pourrait tirer comme dividende face à Alger de cette situation inédite.

S’il y avait un pays qui aurait du intervenir depuis une année par des moyens aériens en Libye, c’était bien l’Algérie. Mais ce pays fait face actuellement à un effondrement interne qui ne dit pas son nom indu par une politique catastrophique. Finalement, ce choix de non-intervention aura été fatal sur le plan géopolitique pour l’Algérie. Car quel que soit l’issue du conflit en Libye, il faudra de très longues années pour que l’Algérie puisse espérer retrouver un rôle au Maghreb.

Photographie prise il y a deux jours à Derna, la capitale supposée de Daech (et de toutes les rebellions soutenus par l'Otan) en Libye après des raids d'avions F-16 égyptiens.
Photographie prise il y a deux jours à Derna, la capitale supposée de Daech (et de toutes les rebellions soutenus par l’Otan) en Libye après des raids d’avions F-16 égyptiens.

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03/05/2020

Dans « Analysis »

https://strategika51.org/2015/02/19/daech-en-libye-bis-de-la-repartition-des-roles-pour-figurants/

Daech en Libye bis: de la répartition des rôles pour figurants…

ΠΆΝΤΑ ῬΕΙ͂…

Daech en Libye bis: de la répartition des rôles pour figurants…

Nous avons été l’un des rares sinon le seul blog à avoir évoqué depuis longtemps l’implantation de Daech en Libye.

Nous avons également souligné que la menace de Daech au Maghreb est sérieuse, d’autant plus qu’aucune armée de la région ne dispose de capacités suffisantes pour faire face à cette menace au sol.

Les raids aériens menés par les égyptiens en territoire libyen, sous le très fallacieux prétexte de la décapitation de 21 ressortissants égyptiens par Daech en Libye, ne sont pas les premiers. Les avions égyptiens et émiratis basés en Egypte bombardent des cibles en Libye depuis le début de la nouvelle guerre civile.

L’initiative égyptienne n’en est pas une. Le mouvement est dicté par Paris et Ryad. L’implication militaire égyptienne en Libye est très risquée pour le Caire dont les forces armées sont loin d’être efficaces. Elle ouvre surtout un second front pour le Caire puisque ce dernier peine à faire face à des organisations armées au Sinaï.

L’Egypte est économiquement ruinée. Son armée n’a jamais gagné une guerre à l’étranger. Que ce soit lors des guerres contre Israël, ou lors de la catastrophique intervention égyptienne au Yémen et même lors d’un bref conflit armé contre la Libye de Gaddafi. Que vise le « maréchal » Al-Sissi en envoyant ses F-16 au dessus d’une Libye en pleine guerre civile? Le support US est là encore une fois mais le jeu est risqué. C’est pour ça que Le Caire appelle à une intervention étrangère sous couvet Onusien. L’initiative franco-égyptienne au Conseil de Sécurité de l’ONU en dit long sur certains petits arrangements préalables sur cette question.

La Jordanie bombarde Daech en Syrie; l’Egypte le fait en Libye. Amman et Le Caire font partie d’un seul axe et il est connu. Mieux qu’une sous-traitance, c’est de la doublure. Dans tous les cas, c’est de la figuration.

Reste les pays d’un Maghreb inexistant. La Tunisie ne voit pas d’un mauvais oeil les raids égyptiens en Libye mais en réalité ne peut plus rien faire depuis longtemps. Théoriquement plus grand pays maghrébin, l’Algérie semble totalement hors-jeu dans la sous-région et, pour corser le tout, se retrouve publiquement humiliée. Le Maroc ne s’implique pas mais cherche à exploiter ce qu’il pourrait tirer comme dividende face à Alger de cette situation inédite.

S’il y avait un pays qui aurait du intervenir depuis une année par des moyens aériens en Libye, c’était bien l’Algérie. Mais ce pays fait face actuellement à un effondrement interne qui ne dit pas son nom indu par une politique catastrophique. Finalement, ce choix de non-intervention aura été fatal sur le plan géopolitique pour l’Algérie. Car quel que soit l’issue du conflit en Libye, il faudra de très longues années pour que l’Algérie puisse espérer retrouver un rôle au Maghreb.

Photographie prise il y a deux jours à Derna, la capitale supposée de Daech (et de toutes les rebellions soutenus par l'Otan) en Libye après des raids d'avions F-16 égyptiens.
Photographie prise il y a deux jours à Derna, la capitale supposée de Daech (et de toutes les rebellions soutenus par l’Otan) en Libye après des raids d’avions F-16 égyptiens.


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Conflit diplomatique entre Egypte et Ethiopie autour de la construction d’un grand barrage sur le Nil Bleu

10 MIN

Conflit diplomatique entre Egypte et Ethiopie autour de la construction d’un grand barrage sur le Nil Bleu

01/11/2019

Un conflit diplomatique oppose l’Egypte à l’Ethiopie depuis plus de 8 ans, autour de la construction du Grand Barrage de la Renaissance sur le Nil Bleu. La semaine dernière, la Russie et les Etats-Unis se sont proposés comme médiateurs de ce conflit. Entretien avec le chercheur Franck Galland.

La construction du barrage Renaissance sur le Nil en Egypte, près de la frontière avec l'Ethiopie et le Soudan.
La construction du barrage Renaissance sur le Nil en Egypte, près de la frontière avec l’Ethiopie et le Soudan.• Crédits : Gioia Forster / dpa Picture Alliance – AFP

Un conflit diplomatique oppose l’Egypte à l’Ethiopie depuis plus de 8 ans, autour de la construction du Grand Barrage de la Renaissance sur le Nil Bleu, construction à l’initiative de l’Ethiopie. L’Egypte dit depuis toujours que ce prochain plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique, va poser pour elle des problèmes d’approvisionnement. Le sujet a été évoqué notamment à Sotchi en marge du sommet Russie-Afrique, la Russie s’est proposée en médiatrice, tout comme les Etats-Unis.

Quant au président éthiopien Abiy Ahmed , pourtant tout juste nommé Prix Nobel de la Paix, il dit que son pays pourra « mobiliser des millions de jeunes » en cas de conflit armé avec l’Egypte.

Franck Galland : Le fleuve Nil Bleu prend sa source en territoire éthiopien. La construction de ce barrage est revendiquée par le peuple éthiopien mais est source d’inquiétude pour les pays de l’aval : le Soudan et l’Egypte. 95% de l’eau consommée en Egypte est issue de ce fleuve. (…) La première pierre de ce barrage a été posée en pleine révolution égyptienne, le 2 avril 2011, par le président éthiopien.  Les autorités éthiopiennes ont profité du chaos de la révolution égyptienne pour accélérer le développement de ce barrage. L’Ethiopie avait besoin de cet ouvrage qui sera, une fois terminé, la plus grande retenue d’eau d’Afrique, et le 13e barrage du monde en termes de capacités hydro-électriques.

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L’eau, nouveau paradigme de la géopolitique du XXIème siècle (2/3)

L’eau, nouveau paradigme de la géopolitique du XXIème siècle (2/3) 

Alexandre CAPEL 19 novembre 2019 EauEnvironnementMondialisation et enjeuxRessourcesSituations décryptées Leave a comment

Ressource naturelle essentielle à la vie, l’eau n’a jamais semblé aussi accessible et abondante qu’aujourd’hui. Ouvrir le robinet pour voir de l’eau couler est devenu un geste quotidien pour une grande partie de la population mondiale. Pourtant, celle-ci vient de plus en plus à manquer sur une planète que l’on sait bleue.

L'eau un enjeu géopolitique
“A quarter of Humanity faces looming water crises”, New York Times, 6 août 2019.

Une problématique qui ne connaît pas de frontières

La carte publiée par le New York Times, conçue à partir du rapport du World Ressources Institut, permet de comprendre l’absence de frontières lorsque l’on vient à parler des problématiques de l’eau. La comparaison des situations “hydro-sécuritaires” des différents pays incite d’ailleurs à sortir d’une vision ethnocentrée.

Au-delà de cette absence de frontières, Alexandre Taithe, chargé de recherches à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) estime que l’internationalisation de l’eau a entrainé les problématiques actuelles. La création de nouveaux États, notamment après 1945, a transformé certains cours d’eau nationaux en cours d’eau internationaux. Même si ces derniers traversent parfois des régions à la géographie et au climat très différents, il n’en demeure pas moins que les problématiques auxquelles sont confrontées les gouvernements et les populations sont parfaitement identiques.

La surexploitation, la pollution des fleuves, les sécheresses et les pénuries sont ainsi des contraintes qui s’expriment de manière indifférenciée. À ce titre, Franck Galland, chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique et spécialiste des questions sécuritaires liées à l’eau considère que “ces peuples sont pourtant des plus divers, tant d’un point de vue ethnique que religieux. Sunnites, Chiites ; mais encore Chinois, Perses et Arabes partagent les mêmes peines, mais également les mêmes espérances dans les solutions qui peuvent être apportées pour soulager leurs maux” [1].

Tour d’horizon des situations hydro-sécuritaires

  • Chine

La Chine est confrontée, dans sa partie septentrionale, à des niveaux de stress hydrique importants. Ceux-ci seraient équivalents à ceux de l’Algérie et de Djibouti. Le pays connaît une dégradation significative de la qualité et de la quantité de ses eaux souterraines et de surfaces. En plus de cela, les rejets industriels et domestiques deviennent un enjeu crucial pour le régime de Pékin. De nombreuses rivières et grands fleuves chinois sont en effet sévèrement pollués.

  • Iran

L’Iran et sa capitale Téhéran ne peuvent pas compter sur les faibles précipitations qui s’abattent chaque année sur le pays pour éviter les pénuries d’eau. Les constructions de barrages impulsées par les différents gouvernements ont empêché certaines rivières d’atteindre de nombreuses régions semi-arides ou arides. Ces barrages ont dans le même temps rendu impossible la reconstitution des aquifères. Par ailleurs, le régime, dans sa quête d’autonomie face à l’Occident, a parfois été jusqu’à encourager une agriculture extrêmement gourmande en eau.

  • Arabie Saoudite

Le royaume d’Arabie Saoudite, qui a bâti sa richesse sur le pétrole est aujourd’hui confronté à d’importantes pénuries d’eau. En effet, dans un pays où il pleut rarement et où la consommation d’eau est deux fois plus élevée que la moyenne mondiale, les réserves souterraines s’épuisent rapidement. Les nappes aquifères fossiles d’où provient la majeure partie de l’eau pompée, pourraient ainsi être asséchées sous vingt-cinq ans, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

  • Turquie, Syrie, Irak

L’avancée du “projet du sud-ouest anatolien” menace l’approvisionnement en eau de la Syrie et de l’Irak. Deux des plus grands fleuves du monde, le Tigre et l’Euphrate, traversent pourtant ces deux pays. Ce projet, dont l’objectif est de couvrir à hauteur de 25% la consommation d’électricité de la Turquie en construisant 22 barrages et 19 centrales hydrauliques sur l’Euphrate, pourrait permettre à Ankara de contrôler le débit de ce dernier. Face à ce “réveil de l’amont”, la Syrie et l’Irak semblent donc pris en otage alors même que la situation hydrique et sécuritaire des deux pays était d’ores et déjà sérieusement dégradée.

  • Égypte, Éthiopie

La situation “hydro-sécuritaire”, dans la zone du Grand Nil est assez similaire à la situation turco-irako-syrienne. La construction du barrage de la Renaissance en Éthiopie menace sérieusement l’Égypte, qui se considère pourtant comme le “gardien du Nil”. Le barrage devrait être à terme le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique. La baisse du débit du fleuve aurait des conséquences désastreuses, notamment au niveau du barrage d’Assouan. Situé en aval,  celui-ci assure au pays une sécurité énergétique et hydrique.

  • Europe

Les problématiques liées à l’eau impactent aussi le vieux continent. Si les répercussions n’ont pas (encore) la même ampleur que dans certains pays du Proche et du Moyen-Orient, elles ne sont pas pour autant anecdotiques. La France, l’Espagne et l’Italie sont confrontés chaque année, à des épisodes caniculaires de plus en plus violents. Ces pays doivent ainsi limiter leur consommation en eau, notamment en interdisant l’irrigation agricole. Aux Pays-Bas, la montée des eaux se conjugue désormais avec la sécheresse que connaissent certaines régions. Même le sud de l’Angleterre – qui n’est pas particulièrement connu pour son climat aride – semble manquer d’eau.

Sources

– Somini Sengupta, “A quarter of Humanity faces looming water crises”, New York Times, 6 août 2019.

– Ruth MICHAELSON,“Oil built Saudi Arabia – will a lack of water destroy it?”, The Guardian, 6 août 2019.

– Peter HARLING, « L’Irak assoiffée par la folie humaine », Orient XXI, 12 Septembre 2019.

Notes

[1] Franck Galland, Le grand jeu : chronique géopolitique de l’eau, CNRS édition, 2014Share

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About Alexandre CAPEL

Passionné par les relations internationales, je suis actuellement étudiant en Double diplôme Droit européen et international au sein de l’Université Toulouse 1 Capitole (L1 et L2) et de l’Université de Bangor (L3 et M1) au Royaume-Uni. Je m’intéresse particulièrement à la politique étrangère de l’UE ainsi qu’à la région du Proche et du Moyen-Orient.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/mondialisation-enjeux/42124-eau-nouveau-paradigme-geopolitique-21e-siecle-2

EGYPTE AMBIGUË, MAIS PAYS-PIVOT…


EGYPTE AMBIGUË, MAIS PAYS-PIVOT…

Le Caire, 2 novembre 2019.

Deux événements dominent l’actualité égyptienne récente : la découverte – dans la Vallée des Rois à Louxor – de 30 sarcophages vieux de trois mille ans et le réveil d’un conflit opposant l’Egypte à l’Ethiopie depuis une vingtaine d’années : la construction du « Grand barrage de la Renaissance » sur le Nil Bleu, près de la frontière entre l’Ethiopie et le Soudan. Depuis toujours, Le Caire affirme que ce barrage hydro-électrique géant va poser d’énormes problèmes d’approvisionnement et de régulation du grand fleuve nourricier. Quant au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, pourtant tout juste nommé Prix Nobel de la Paix, il affirme que son pays pourra « mobiliser des millions de jeunes » en cas de conflit armé avec l’Egypte.

Spécialisé dans les questions sécuritaires liées à l’eau, le chercheur Franck Galland nous dit : « le Nil Bleu prend sa source en territoire éthiopien. La construction de ce barrage est revendiquée par le peuple éthiopien mais reste source d’inquiétude pour les pays de l’aval : le Soudan et l’Egypte. 95% de l’eau consommée en Egypte est issue de ce fleuve. (…) La première pierre de ce barrage a été posée en pleine ‘révolution égyptienne’, le 2 avril 2011, par le président éthiopien.  Les autorités d’Addis-Abeba ont profité du chaos de la ‘révolution égyptienne’ pour accélérer le développement de ce barrage. L’Ethiopie affirme avoir besoin de cet ouvrage qui sera, une fois terminé, la plus grande retenue d’eau d’Afrique, et le 13e barrage du monde en termes de capacités hydro-électriques ». La grand-messe hydraulique n’est pas dite…

Et rien de ce qui peut arriver en Egypte et aux Egyptiens ne peut nous laisser indifférent parce que la trentaine de dynasties pharaoniques – quelques trois mille ans d’histoire et de culture avant J-C – a tout inventé : l’enfer, le paradis, la Sainte Trinité, le culte religieux, l’Etat, la subversion, les mathématiques, l’architecture, l’artisanat d’art, la musique… Début 2011, l’Egypte a été le deuxième pays, après la Tunisie, à s’enflammer, s’inscrivant dans la séquence des mal – très mal – nommées « révolutions arabes » ou « Printemps arabes ». Depuis la mort de Nasser (28 septembre 1970), la question sociale ressurgit, de manière récurrente, comme une bombe à retardement1. En septembre dernier encore, différentes manifestations ont réclamé la démission du maréchal-président Sissi.

Quand l’on remonte le quartier du Caire dit islamique de Bab El-Foutouh – l’une des trois portes restantes de l’enceinte de la vieille ville – jusqu’à l’université Al-Azhar, les uniformes blancs des policiers tranchent, tous les deux ou trois cents mètres, avec l’agitation multicolore du souk et des vendeurs ambulants. Sans être en état de siège, on sent bien que la ville respire sous ventilation mécanique-assistée. Mais en deçà et au-delà des certitudes droits-de-l’hommistes, il s’agit de rappeler et de réévaluer le poids politique et géopolitique de l’Egypte qui demeure centrale dans l’arc de crises proche et moyen-orientales.

Du renversement du roi Farouk par la révolution des Officiers libres (juillet 1952), à la nationalisation du canal de Suez qui provoque l’intervention militaire conjointe de la France, de la Grande Bretagne et d’Israël en 1956 ; de la défaite de la guerre de juin 1967 aux accords de Camp David (1978) qui provoqueront l’assassinat d’Anouar al-Sadate (6 octobre 1981) ; du lâchage d’Hosni Moubarak par les Etats-Unis à la présidence du Frère musulman Mohamad Morsi (30 juin 2012 – 3 juillet 2013) et jusqu’au retour au pouvoir de l’armée incarnée par le maréchal Abdel Fattah al-Sissi le 3 juillet 2013 – élu président de la République le 28 mai 2014 et réélu en 2018 : l’Egypte demeure l’une des clefs de l’évolution du monde arabe.

POINTE DE LA PYRAMIDE INDO-PACIFIQUE

Avec plus de 95 millions d’habitants en 2018, l’Egypte est le troisième pays le plus peuplé d’Afrique derrière le Nigeria et l’Ethiopie. « Commentant le spectacle de l’allée des Sphinx à Louxor, Hegel disait que les mystères de l’Egypte étaient des mystères pour les Egyptiens eux-mêmes »2. Autrement dit, l’Egypte reste ambiguë, profondément ambiguë, comme l’écrivait en 1957 l’anthropologue Georges Balandier de l’Afrique : « l’Afrique, elle, sait ce qu’elle est. Elle l’a toujours su, mais nous en Occident, et beaucoup d’autres aussi, avons simplifié sa complexe réalité, ignoré sa force d’être et de maintenir ce qu’elle est, par notre incapacité peut-être, par paresse et calcul surtout »3.

« Les forces navales égyptiennes et françaises ont mené, le 28 octobre dernier, un exercice naval commun en mer Rouge, avec la participation d’une unité de la classe Loire4 et du bâtiment de ravitaillement égyptien Halayed, dans le cadre des directives du commandement général des Forces armées pour l’amélioration du niveau d’entraînement et l’échange d’expertise avec les forces des pays amis. Il s’agit de l’exécution d’exercices dont les divers types d’appareillage, l’entraînement du droit de visite et d’inspection des navires suspects et des ravitaillements en pleine mer. Cet exercice s’inscrit dans le cadre de la coopération entre les Forces armées égyptiennes et françaises, et l’échange d’expériences dans les systèmes de combat naval, ainsi que le soutien aux efforts de sécurité et de stabilité maritime dans la région »5.

Ce dernier exercice illustre l’importance d’une « coopération maritime en profondeur » – intégrant un suivi de maintenance – entre la France et l’Egypte. Celle-ci ne se réduit pas à l’achat par l’Egypte des deux porte-hélicoptères amphibies que l’ex-président François Hollande avait promis à la Russie6. Payés rubis sur ongle par l’armée égyptienne, ces deux bâtiments sont régulièrement engagés au cœur d’exercices communs « Cléopâtra » visant à consolider la coopération navale entre les deux nations en renforçant l’interopérabilité de leurs forces.

Depuis l’arrivée au pouvoir du maréchal Sissi, la Marine militaire est devenue un enjeu majeur afin de lutter contre l’immigration illégale, la piraterie en mer Rouge et surtout afin de protéger le canal de Suez et les gisements de gaz en Méditerranée. « Non seulement les réserves prouvées de l’Egypte ont en partie permis de financer les projets de modernisation de sa Marine, mais ces découvertes ont obligé le gouvernement Sissi à se doter de moyens opérationnels pour protéger ce qui devrait, à terme, constituer l’une des trois premières sources de devises de l’Etat », explique un diplomate européen en poste au Caire ; « à terme, l’Egypte ambitionne de devenir le grand ‘hub méditerranéen’ de liquéfaction du gaz naturel, pour les pays producteurs : Chypre, Israël et, peut-être un jour, le Liban lorsque le contentieux de Zone économique exclusive (ZEE) qui l’oppose aux autorités de Tel-Aviv sera réglé ».

Plus largement, cette coopération navale franco-égyptienne représente la pointe d’une pyramide stratégique « Indo-Pacifique » qui instaure un continuum entre la Méditerranée, le canal de Suez, la mer Rouge (Djibouti), l’océan Indien (Mayotte et La Réunion) et la Polynésie française (océan Pacifique). Destinée à endiguer les prétentions civilo-militaires des Routes de la soie chinoises, cette stratégie inclut non seulement l’Egypte, mais aussi l’Inde, l’Australie et le Japon. « Avant se s’approfondir sur les plans diplomatiques et économiques, ce grand dessein est, pour l’instant, une affaire de marins, de vente de matériels, de maintenance et de coopérations approfondies », ajoute la même source, « l’Egypte et son canal, qui demeure l’un des passages les plus stratégiques du monde, constitue le point d’entrée, sinon d’appui, d’un axe de stabilité maritime et de liberté de navigation qui se prolonge jusqu’aux extrémités de l’Asie ».

LA BOMBE SOCIALE

Qui pourrait reprocher au maréchal Sissi de vouloir replacer son pays au cœur du jeu proche et moyen-oriental, comme ce fut le cas du début des années 1950 à la guerre de juin 1967 ? Notre diplomate européen ajoute : « toute proportion gardée, le maréchal Sissi tente de faire de l’Egypte ce que le président Poutine a réussi à réaliser pour la Russie : faire retour sur l’échiquier mondial. Cherchant à réaliser cette ambition à marche forcée, l’un comme l’autre prennent quelques libertés avec les droits de l’homme et la démocratie bien-sûr. Mais, dans le cas de l’Egypte, les conséquences de cette marche forcée, sinon armée, sont d’autant plus inquiétantes parce que la géographie aura le dernier mot. L’Egypte demeure le pays pivot qui devrait montrer la voie d’un monde arabe sunnite en pleine transition, pour l’instant soumis au leadership de l’Arabie saoudite… ce qui n’est pas brillant, c’est le moins que l’on puisse dire ».

En septembre et octobre dernier, la jeunesse égyptienne est à nouveau descendue dans la rue, défiant les forces de l’ordre. D’autres manifestants plus âgés ont rejoint le mouvement parti des bidonvilles : chauffeurs de taxi, menuisiers, comptables, vendeurs de téléphones, chômeurs et mendiants… tous appartiennent à cette nouvelle génération contestataire mue par la détresse économique et dont la colère est plus forte que la peur. « les jeunes et moins jeunes qui descendent dans la rue sont frustrés de ne pas gagner assez pour survivre, pour se marier et se loger. La colère vient de là », explique un diplômé de la faculté de commerce, marié et père de deux enfants ; « ce n’est pas les fins de mois que l’on n’arrive pas à boucler, mais les premières semaines. Le système nous suce le sang et nous n’en pouvons plus. A partir du seuil de l’intolérable, nous n’avons plus rien à perdre, pas même la vie… ».

Cette contestation, qui n’est pas la simple répétition des événements de la place Tahrir (février 2011), critique désormais les fondements même d’un système économique, social et politique où les plus pauvres et même les classes moyennes – de moins en moins moyennes – n’ont plus leur place. Depuis la dévaluation de la livre égyptienne (fin 2016), l’Egypte est entrée dans une crise structurelle. Elle a dû prendre des mesures d’austérité drastiques en échange d’un prêt du Fonds monétaire international. L’inflation, la coupe sèche des subventions à l’énergie et aux biens de première nécessité, le chômage, les salaires minables des enseignants, des classes surchargées et des locaux délabrés ouverts aux intempéries… tout a convergé pour prendre à la gorge une majorité de la population égyptienne. Selon les statistiques officielles, 32% de la population vit sous le seuil de pauvreté et, selon la Banque mondiale, plus d’un tiers est considéré en « situation vulnérable ».

Le 29 septembre dernier – dans un tweet – le président Sissi a reconnu que davantage doit être fait pour « protéger les droits du peuple ». Le ministère de l’Approvisionnement a annoncé que 1,8 million de personnes seraient réintégrés aux listes des bénéficiaires des subventions aux produits de base, accordées à 60 des 100 millions d’Egyptiens. Face à cette contestation de fond, le président Sissi a dû changer de ton, d’autant qu’après avoir bricolé la constitution il brigue un troisième mandat.

Après avoir fait fortune grâce à lui, l’homme d’affaire Mohamad Ali accuse maintenant nommément le président Sissi et plusieurs généraux de l’armée de « corruption structurelle ». Le fait est que les critiques commencent à fuser de l’intérieur même du système d’une économie où l’armée prend de plus en plus de place7. Issu des milieux du renseignement et de la sécurité militaire, le maréchal-président aurait de plus en plus tendance à favoriser cette « caste » au détriment d’autres officiers généraux et supérieurs de l’armée. Position et promotion privilégiées du fils du maréchal-président auraient également suscité passablement de critiques en provenance de l’intérieur même de la technostructure militaro-économique. Dans ces conditions, Abdel Fattah al-Sissi doit désormais – même pour ses pairs – démontrer qu’il garde la situation en main et, surtout, qu’il incarne toujours l’avenir de l’Egypte.

PHARAON AUX PIEDS D’ARGILE

Associée à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis (EAU) pour exclure le Qatar du Conseil de coopération de Golfe (CCG) et placer l’émirat sous sanctions économiques, en raison notamment du soutien de ce pays à la Confrérie des Frères musulmans, l’Egypte n’a pas intégré un seul de ses soldats à la coalition sunnite dirigée par Riyad pour reprendre le contrôle du Yémen. Après un an du pouvoir » frériste” de Mohamad Morsi, les caisses de l’Etat égyptien étaient vides, Le Caire se retrouvant sous la perfusion financière de Riyad.

Par conséquent, le 24 juin 2017, le président Sissi a ratifié le transfert des îles de Tiran et Sanafir – deux petites îles de la mer Rouge – à l’Arabie saoudite. Ce transfert est présenté comme une rétrocession par le président. Il a toujours mis en avant le fait que les deux îles stratégiques ont été placées sous la protection de l’Egypte en 1950 par Riyad, dans un contexte de tensions arabo-israéliennes. Mais, lorsque l’accord scellé avec le roi Salman d’Arabie saoudite, en avril 2016, a été rendu public, les Egyptiens y ont vu une atteinte à la souveraineté nationale.

En échange de son aide financière, Riyad a exercé de multiples pressions pour que le pacte soit entériné. Le Caire semble désormais avoir obtenu, en contrepartie, des promesses d’aide économique accrue. Selon la presse égyptienne, le transfert a aussi reçu la bénédiction d’Israël qui y voit un garant de démilitarisation de la zone. Malgré les démentis de Riyad, la cession pourrait en effet avoir des conséquences sur un rapprochement entre Israël et l’Arabie saoudite, qui n’ont pas de relations officielles.

« Ces différents dossiers convergent vers l’ambition centrale de la diplomatie égyptienne qui est de redevenir la grande facilitatrice, sinon médiatrice dans les différents conflits de la région, notamment en Syrie », explique un autre expert en poste au Caire ; « dans la filiation de cette volonté régulièrement affichée, Le Caire prend soin de ne pas jeter de l’huile sur les feux iraniens, n’excluant pas de jouer un rôle important dans un rétablissement des relations entre la monarchie wahhabite et la Perse éternelle ». A cet égard, il faut aussi rappeler que l’Egypte accueille plus de trois millions de réfugiés en provenance de Syrie, du Yémen, du Sud-Soudan et d’Ethiopie.

On l’a vu avec l’Ethiopie, cette approche pragmatique et modérée dans sa politique étrangère n’exclut pas une défense active des intérêts nationaux de proximité. Celle-ci est particulièrement affirmée sur le dossier libyen où – depuis le début – Le Caire joue la carte du maréchal Haftar, qualifié par la presse égyptienne de « Sissi libyen ». Les deux militaires partagent la même conception du pouvoir militaire et leur opposition radicale aux Frères musulmans. Le président Sissi vise essentiellement trois objectifs : la sécurité du sud de la Libye et de la frontière commune avec l’Egypte ; l’endiguement d’un gouvernement de Tripoli qui laisserait trop de place aux Islamistes ; et enfin, la reprise d’une étroite coopération économique. Avant l’implosion de la Libye – provoquée par l’intervention militaire de Nicolas Sarkozy, David Cameron et Barack Obama – plus de deux millions d’Egyptiens travaillaient en Libye.

A cela, il faut ajouter que la plupart des cadres de l’armée libyenne, dont une bonne partie a rejoint les unités du maréchal Haftar, ont été formés dans les écoles militaires du Caire. Envers l’extérieur plus lointain, le président Sissi prend bien soin de ne pas trop mécontenter Washington, tout en achetant des chasseurs russes Soukhoï. De manière métronomique, il se rend une fois par an en Chine pour rendre hommage au pouvoir, lui-aussi très militarisé, de Xi Jinping.

Mais le talon d’Achille du pharaon ramène aux libertés civiles et politiques des Egyptiens. En effet, à trop jouer la lutte anti-terroriste et la chasse aux Frères musulmans pour décapiter toutes espèces d’opposition, le maréchal-président Sissi risque bien d’affaiblir, sinon de mettre en péril la créativité, la recherche d’équilibre et les avancées de la diplomatie égyptienne.
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Fascinante autant qu’ambiguë, l’Egypte éternelle n’a pas dit toutes ses ruses et ses mystères. Une certitude est partagée par la plupart de nos interlocuteurs : un jour à venir, elle redeviendra le pays-pivot du monde arabe sunnite…

Richard Labévière

1 L’Egypte dans le siècle : 1901 – 2000. Egypte-Monde Arabe, numéro 4 et 5. Editions Complexe/CEDJ, avril 2003.
2 François Sureau : Sans la liberté. Editions Gallimard, collection « Tracts », numéro 8 – septembre 2019.
3 Georges Balandier : Afrique ambiguë. Editions Plon, collection Terre humaine, 1957.
4 La classe Loire ou bâtiments de soutien et d’assistance métropolitains, nommés bâtiments de soutien et d’assistance hauturiers jusqu’en janvier 2019, est une classe de bâtiments de soutien non armés de la marine nationale française, développée et produite par Kership, coentreprise créée en 2013 par Piriou et DCNS.
5 Le Progrès Egyptien (quotidien francophone fondé en 1893), édition du 29 octobre 2019.
6 Depuis 2014, Naval Group a vendu à l’Egypte – hormis les deux porte-hélicoptères –  quatre corvettes pour environ 1 milliard d’euros et une frégate FREMM (1 milliard d’euros). La livraison de deux autres corvettes est en discussion.
7 « Egypte : l’armée, agent trouble économique », Le Monde des 20 et 21 octobre 2019.

https://prochetmoyen-orient.ch/egypte-ambigue-mais-pays-pivot/

Egypte : les réserves de change nettes ont atteint 45 milliards de dollars en juillet

Egypte : les réserves de change nettes ont atteint 45 milliards de dollars en juillet

Par Nephthali Messanh Ledy -8 août, 20190 Partager Facebook Twitter Linkedin

Les réserves de change nettes de l’Égypte ont augmenté de 565 millions de dollars pour atteindre 44,916 milliards de dollars fin juillet, selon les données dévoilées mardi 6 août par la Banque centrale du pays (CBE).

Il s’agit d’un niveau record dont le montant qui couvre plus de huit mois d’importations de produits de base, d’après la même source. Ces réserves étaient de 44,352 milliards de dollars fin juin 2019, contre environ 36 milliards de dollars avant la révolution de 2011 et son épisode de troubles politiques et économiques.

Le niveau planché historique des réserves de change nettes de l’Égypte a été observé en octobre 2016, avec 19 milliards de dollars.

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Rédacteur en chef de Financial Afrik. Basé à Lomé, Nephthali Messanh Ledy est diplômé en Communication, en Marketing et en Commerce International. Passionné de l’actualité internationale, outre l’économie et les finances africaines. Il s’intéresse également aux réseaux sociaux et au football.

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