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La Libye, un appel à renaître

La Libye, un appel à renaître

Les carnets de Badia Benjelloun

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La Libye, un appel à renaître

Conférences à la française

Peu après son arrivée au pouvoir et ses deux visites à l’étranger  qui ont eu le mérite d’encadrer sa mission à la tête de l’exécutif, l’allégeance à Berlin et la virée dans un territoire africain, une dépendance malienne de la France, Macron a convoqué en juillet 2017  une conférence sur la Libye. Patronnée par l’ONU sur une initiative française, elle a réuni les personnalités politiques rivales du pays dévasté par le fait d’une opération militaire  franco-britannique sous parapluie de l’OTAN. Autour de la table étaient présents des représentants de l’ONU, de l’UA et ceux de 19 États, soulignant la mise sous tutelle d’une nation prospère et indépendante avant l’intervention de Sarközy, premier Président français à avoir aussi clairement énoncé son inféodation à Washington. La célérité avec laquelle le nouvel occupant du palais de l’Élysée a voulu traiter la question libyenne indique qu’elle était d’importance et qu‘elle lui avait été sans doute relayée dans le même registre impératif que lui avait été confié le code de l’arme nucléaire.

La prétention du Bonaparte de pacotille à établir un processus politique où se tiendraient élections législatives et présidentielles avant la fin de l’année 2017 s’est heurtée à une réalité où le nombre d’acteurs en présence sur le terrain libyen excède de loin la maîtrise diplomatique et militaire française. Macron a voulu rééditer un autre essai en mai 2018. L’accord ‘historique’ selon lequel se sont engagés Fawez al Sarraj, le Premier ministre siégeant à Tripoli et figurant de la ‘Communauté internationale’ et le général Khalifa Haftar dirigeant de l’Armée de Nationale Libyenne, homme de la CIA mis en réserve depuis 1990, depuis la ville de Tobrouk à procéder à une sortie de crise par une voie politique n’a pas été suivi des effets escomptés.

Ce qu’ils ont fait de la Libye

Toujours pas d’élections en vue, l’insécurité prévaut dans une zone sans tradition jacobine où les particularismes régionaux et tribaux n’ont pas été effacés et où continue de prévaloir une tradition millénaire de consensus entre partenaires rétifs à toute subordination. La configuration géographique de la Libye et particulièrement le Sud avec un immense territoire quasi-désertique, peu dense en zones habitées et jouxtant de nombreux pays sahéliens et sub-sahéliens a été l’occasion après l’assassinat de Mouammar Gadhafi d’interventions de toutes sortes. L’espoir à moyen terme d’une stabilité du pays est encore à ce jour infondé tant le climat est favorable à la pousse de milices, d’organisations ‘extrémistes’ et de réseaux criminels (gangs de kidnappeurs, narcotrafiquants, passeurs de migrants et marchands d’armes et d’esclaves) dont les activités se croisent et se coordonnent parfois avec celles de groupes militaires plus ou moins officiels. Outre leur collusion avec des acteurs politiques nationaux, des puissances étrangères ont recours à leurs services.

Lors de la  réunion interministérielle des pays voisins  de la Libye tenue à Khartoum en novembre dernier, les intervenants ont insisté sur la présence dans le Sud de la Libye de groupes armés venant du Niger, du Tchad, du Soudan et du Mali. Ils ont parfois des revendications politiques mais s’allient avec des éléments de l’État Islamique ou des trafiquants d’êtres humains ou de drogue pour contrôler la vaste région transfrontalière perméable à toutes sortes d’incursions. L’absence d’État et le délabrement des services publics (accès à l’eau, à la santé et à l’éducation) rend la population du Fezzan très vulnérable et aisément manipulable par les clans politiques qui instrumentalisent  les inévitables divisions communautaires.  Ainsi les Toubous libyens (il en existe au Tchad) sont devenus le bras armé du maître actuel de la Cyrénaïque, Khalifa Haftar pour le contrôle de la ville de Sebha, point nodal pour tous les trafics et la sécurisation des infrastructures militaires et pétrolières. Les Toubous s’affrontent aux Awlad Soulaïman pour une protection socio-économique plutôt que pour une hégémonie tribale. Les uns et les autres se livrent des luttes intenses pour la maîtrise des routes cette province, des champs pétrolifères de  Brak al-Shati  et Tamenhit. Un groupe armé ‘la Colère de Fazzan’ a réussi à interrompre l’extraction pétrolière du  champ de Sharara  et celle du champ d’al Fil dépendant du précédent pour son électricité, il a fait chuter la production de 388 000 barils/jour sur un total national d’1,5 miilion/jour  en protestation contre l’absence d’infrastructures et pour de meilleurs salaires.

Le gouvernement de Fawez Al Sarraj est tributaire de différentes milices pour la sécurité dans la capitale. Celle-ci n’y est pas assurée, le nombre d’homicides et d’enlèvements pour rançons font de l’ancienne capitale l’une des villes les plus dangereuses du monde. Le maire de la ville a été enlevé en mars 2018 puis mystérieusement libéré au bout de 48 heures. En janvier 2019, après quelques mois d’accalmie relative, des affrontements ont eu lieu entre deux milices rivales, toutes deux forces supplétives du ministère de l’Intérieur qui ne possède ni armes ni véhicules. Celui-ci a accordé au groupe Tarhouna la protection extérieure de l’aéroport de Tripoli ce qui a déclenché la riposte armée et sanglante de la 7ème Brigade, sa milice rivale.

La situation sécuritaire en Cyrénaïque est tout aussi préoccupante malgré l’offensive  militaire de Haftar sur les groupes terroristes de Benghazi qui a duré de 2013 à 2017. Explosions de voitures piégées et de bombes déposées à la sortie de mosquées à Benghazi ont fait des centaines de morts en 2018. Aqmi, al Qaïda au Maghreb Islamique risque de reprendre du service lorsque les exfiltrés par l’occupant israélien et l’armée des Usa depuis la Syrie rejoindront le pôle stratégique important que constitue cette porte de l’Afrique.

La crise migratoire, effet direct de la guerre

Mais après tout, la destruction d’un pays pour ses richesses minières et ses hydrocarbures (les Libyens paient en proportion de leur réserve en énergie fossile, la plus importante d’Afrique) est une pratique routinière pour la puissance dominante étasunienne même si elle accuse un déclin accéléré en ce moment. Les effets régionaux de l’anéantissement de l’Irak ont été contenus, aucun pays riverain en dehors de l’afflux de millions d’immigrés en Syrie et au Liban n’en a pâti directement. Tout un sous-continent a déstabilisé par la disparition de l’État libyen. L’onde de choc a gagné le Tchad, l’Algérie, la Tunisie, le Soudan, l’Égypte, le Mali, le Niger et le Nigéria, bien au-delà des pays strictement limitrophes. La porosité des frontières au tracé incertain sur des milliers de kilomètres d’une région dominée par des ethnies du désert aux traditions nomades laisse libre le passage dans les deux sens. Une fois exécuté Mouammar Gadhafi, les armes délivrées à la population pour son auto-défense ou prises dans les entrepôts des casernes ont vite été disséminées et se sont retrouvées entre différentes mains, politiques ou criminelles. Pays d’accueil des migrants sahéliens qui y trouvaient du travail en abondance, la Libye s’est transformée en piège ne leur offrant au mieux que la possibilité d’être enrôlés dans les milices, sinon d’être pillés, torturés, vendus quand leur destination n’est pas la noyade en  Méditerranée.

Le flux du mouvement migratoire vers l’Europe est sévèrement limité par Frontex, l’agence européenne dédiée à cette réduction.

Les accords passés entre l’Union européenne avec la Goumhourya arabe libyenne avaient affecté des moyens financiers et techniques pour que soient maintenues fermées les  ‘vannes migratoires’. Actuellement, un tel  accord est impossible  car le pays est disputé par des factions rivales et des centaines de milices et de bandes criminelles.

Or c’est l’Italie qui voit arriver sur ses côtes l’essentiel de l’afflux migratoire (181 000 migrants en 2016) une fois fermée la route des Balkans après l’accord scellé en 2016 avec la Turquie qui a reçu une enveloppe de 6 milliards d’euros. Les forces libyennes devront empêcher les départs vers l’Europe pour 400 millions d’euros, contrat inefficace et controversé compte tenu du sort épouvantable et documenté qui attend les refoulés en Libye.

Discorde italo-française

L’Italie accuse la France d’être responsable du chaos survenu en Libye

Le gouvernement issu de la coalition 5 Etoiles et de la Ligue reproche à la France son hypocrisie concernant la crise des migrants. La situation instable en Libye résulte de l’initiative militaire française qui a destitué Gadhafi. Les charges de Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur et chef de la Ligue, contre Macron sont particulièrement véhémentes. Il lui reproche de faire fermer aux migrants les frontières les frontières franco-italiennes  et de refuser l’accès aux ports français des navires des ONG chargés de réfugiés en détresse.

Il y a bien entendu plus que cela comme motif de conflits entre la France et l’Italie. La sourde bataille du budget italien qui ne respectait pas à la lettre les recommandations de l’austérité imposée par la Commission européenne (entendre ici les mesures budgétaires dictées à la zone euro pour la défense de l’euro-deutschemark) est une toile de fond sérieuse sur laquelle se projettent toutes sortes de désaccords. Le budget concocté par l’alliance  M5S et Ligue comportait un volet social crucial pour une jeunesse qui connaît 40% le chômage. Il devait opérer une relance keynésienne pour un pays en récession ou en tous les cas sans croissance réelle depuis 2000. Le bras de fer a été engagé surtout avec la France, Merkel étant affaiblie sur le plan national et européen. Il s’est conclu par un compromis, l’Italie ne s’est pas encore décidée à quitter le bateau de l’UE même si elle a porté au contrat qui l’y rattache plusieurs accrocs.

Rome considère par ailleurs qu’elle est lésée dans sa souveraineté économique. Vivendi  est devenu le premier actionnaire de  Telecom Italia  et le deuxième de  Mediaset, le groupe de la famille Berlusconi, en total respect du dogme européen de la concurrence libre et non faussée alors que la France a saisi la Commission européenne quand le groupe  Fincantieri  a voulu racheter les  Chantiers de l’Atlantique.

La discorde libyenne, c’est aussi l’affrontement sur des intérêts pétroliers, la France défend le groupe Total et l’Italie ENI d’autant que la Libye est une ancienne colonie italienne. Berlusconi qui avait signé des  contrats économiques d’importance  en 2008 avec la Gomouhouria arabe libyenne en 2008 qui lui réservait l’exploitation du quart de son pétrole et du tiers de son gaz était au départ réticent à emboîter le pas à Sarközy dans son ambition de conquête destructrice de la Libye. Après y avoir été contraint par le parrain étasunien, il revint sur l’absence de fondement à  cette ingérence injustifiée d’inspiration française  dans les affaires d’un pays tiers. Il déclarait dès 2011 qu’en aucun cas il ne s’est agi d’un soulèvement populaire mais d’une tromperie façonnée par les Français.

Profusion d’acteurs

Autant dire que le passif entre les deux signataires des Traités de Rome, de Maastricht et de Lisbonne est lourd.

A la conférence organisée par l’Elysée à Paris le 29 mai 2018, Rome répond par une autre organisée  à Palerme en novembre  de la même année. 38 délégations ont fait le déplacement. Cette offensive diplomatique a adopté un calendrier, plus réaliste, qui envisage avant toute chose la tenue d’une conférence de réconciliation puis d’un référendum qui donnera un cadre institutionnel aux élections législatives puis présidentielles.

Dans cette équation libyenne à multiples inconnues dont le nombre lui-même est indéterminé tant les acteurs abondent depuis Sissi jusqu’à Idriss Déby maintenant entiché de Netanyahou, à Alger l’encore fier chantre de la décolonisation et manipulateur de la cause des Touaregs au Mali et Mohammed VI lui-même qui vient d’affirmer ‘la sécurité des pays arabes revient aux Arabes’ , le Qatar et la Turquie embusqués derrière al Sarraj, les Émirats arabes unis et les Bédouins du Nedjd à peine camouflés derrière Haftar l’anti-Frères Musulmans, le jeu reste ouvert.

Il est probable que Giuseppe Comte a requis la neutralité russe et a obtenu le soutien appuyé d’un Trump enferré dans ses déclarations et postures anti-migratoires.  Pour ceux qui, poutinophobiques, voient la main de la Russie partout, il faut rappeler l’existence d’une base  militaire étasunienne au Niger, à côté d’une allemande mais également d’une italienne.

Les frappes américaines en Libye ont commencé très tôt, dès 2011. L’activité a connu une intensification à l’été 2016 à la  demande  de Fayez al Serraj qui a déclaré avoir restreint l’aide à des frappes limitées dans le temps et ciblées sur les poches de terroristes à Syrte. D’après  l’organisme Airwars,Syrte a été le champ d’expérimentation de frappes de drones en milieu urbain en coopération avec des forces locales et étasuniennes. Leur nombre et leur rythme ont été bien plus conséquents que celles qui ont visé l’Irak ou la Syrie. Menées depuis des territoires éloignés de ceux où ces opérations sont effectuées, elles sont le plus souvent tenues secrètes. De plus, l’administration Trump  a assoupli les restrictions  sur les frappes de drones menées en dehors des zones de conflit armé.

Le dossier épais et à entrées multiples de la ‘crise libyenne’ a été remis sur le métier par  l’Union africaine en février 2019. Son 32ème sommet à Addis Abeba s’est achevé sur le projet de rétablir un dialogue inter-libyen en juillet. Les Africains reprennent la main et bousculent le représentant de l’ONU, Ghassan Salamé, l’homme de la France.

Une Libye encore à naître

Les mécanismes de réajustement d’un monde qui a connu en moins de trente ans une hégémonie indiscutée des Usa puis sa remise en cause sérieuse par la levée du bloc russo-chinois peinent à se mettre en place. Les alliances se composent et se défont à la faveur des offres de ceux qui se veulent les nouveaux champions ou les arbitres d’un univers géopolitique très fluide et mouvant.

Les effets du désastre libyen (fomenté par une piètre équipe française) menacent l’équilibre des forces au sein de l’Union européenne à travers la compétition d’une Italie terre d’accueil de bases américaines et une France qui n’a plus les moyens de son arrogance et qui ne cesse d’enregistrer des reculs dans son territoire de projection de prédilection, l’Afrique.

L’Egypte et la Turquie s’y confrontent à fleurets mouchetés, déléguées d’une autre compétition installée dans le monde arabe et musulman, le Qatar versus les Emirats et le Bédouins du Nedjd.

Dans cette atmosphère de recomposition qui n’est pas sans rappeler l’époque des pourparlers sordides entre les puissances de la fin du 19ème siècle pour le partage de l’Afrique,  l’Entente Cordiale, la Libye appelle à sa délivrance, à renaître.

 

http://www.dedefensa.org/article/la-libye-un-appel-a-renaitre

 

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Les clauses secrètes de l’accord gazier entre Chypre, la Grèce, l’Italie et Israël

Les clauses secrètes de l’accord gazier entre Chypre, la Grèce, l’Italie et Israël

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Chypre, la Grèce, l’Italie et Israël sont parvenus à conclure un accord sur la construction commune d’un gazoduc en Méditerranée. Il s’agira de l’ouvrage le plus long et le plus profond en mer. Il n’aura qu’une capacité modeste de 12 milliards de m3 par an. Estimé à 8 milliards de dollars, il devrait être mis en service dans 5 ans. Cependant la date de début des travaux n’a pas été annoncée.

L’Égypte, la Palestine, le Liban, la Syrie et la Turquie ne font pas officiellement partie de cet accord alors qu’ils sont concernés par le champ gazier découvert en 2011.

Note : la Turquie n’a aucun rapport avec ce champ, mais occupe Chypre-Nord qui est concerné par lui. En février 2018, la marine militaire turque avait empêché un navire d’exploration italien de sonder les fonds dans les eaux territoriales chypriotes du Nord. En juin, le président Recep Tayyip Erdoğan avait menacé toute entité qui s’aviserait d’entreprendre des recherches sans son autorisation dans cette zone occupée.

En réalité, il semble que le Hamas et l’Égypte soient parties prenantes à cet accord.
- L’autorisation donnée au début du mois par Israël au Qatar de prendre en charge les fonctionnaires de Gaza serait la contrepartie de la reconnaissance par le Hamas de la frontière maritime de la Palestine tracée unilatéralement par Israël. Le gaz palestinien serait donc exploité par Israël et les droits reversés par le Qatar au Hamas.
- Israël a également signé un accord avec l’Égypte pour lui exporter du gaz. Cet accord parallèle a été conclu via la société East Gas, dont les services secrets égyptiens sont l’actionnaire majoritaire. Là encore, du gaz offshore égyptien serait exploité par Israël, puis ré-acheminé en Égypte pour y être liquéfié et exporté.

Ces contournements visent à masquer les contradictions entre les rhétoriques officielles des dirigeants et la réalité de leurs pratiques.

L’ensemble de ces accords a été parrainé par l’Union européenne et le Qatar.

http://www.voltairenet.org/article204084.html

Gaza: une opération israélienne qui tourne mal remet en cause les efforts d’apaisement

Gaza: une opération israélienne qui tourne mal remet en cause les efforts d’apaisement

Un immeuble détruit après une frappe israélienne à Khan Younès dans la bande de Gaza, le 12 novembre 2018 / © AFP / SAID KHATIB

Une opération des forces spéciales israéliennes à Gaza s’est conclue dimanche par la mort d’un officier et de sept Palestiniens, menaçant les efforts menés depuis des mois pour empêcher une nouvelle guerre dans l’enclave.

La mort d’un lieutenant-colonel israélien et de plusieurs membres des forces armées du Hamas, dont un commandant local, ainsi que le retour prématuré de Paris du Premier ministre Benjamin Netanyahu confèrent une acuité accrue aux évènements de dimanche soir.

Même si l’Etat hébreu et le mouvement islamiste qui gouverne sans partage à Gaza ont, à plusieurs reprises ces derniers mois, paru proches d’un quatrième conflit en dix ans, le calme est revenu au moins provisoirement lundi matin dans et autour du territoire éprouvé coincé entre Israël, l’Egypte et la Méditerranée.

L’officier, dont l’identité n’a pas été divulguée officiellement, est le deuxième soldat israélien tué depuis la montée des tensions entre Israël et la bande de Gaza fin mars.

Au moins 228 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens depuis cette date, principalement lors de manifestations et de heurts avec l’armée le long de la frontière, mais aussi dans des frappes israéliennes en réponse à des tirs de roquettes.

– Incursion risquée –

Le Premier ministre israélien doit réunir lundi le cabinet de sécurité, forum restreint chargé des questions les plus sensibles, ont rapporté les médias.

Malgré les crispations des derniers mois, les violences de dimanche soir sont survenues de manière inattendue, rappelant la volatilité de la situation même dans une période de relative accalmie. Les circonstances en demeurent obscures bien que l’origine paraisse résider dans une incursion risquée de soldats israéliens en territoire gazaoui.

Les forces spéciales israéliennes menaient une opération de renseignement à l’intérieur de la bande de Gaza, a indiqué l’armée israélienne. Elle a démenti qu’il s’agissait d’assassiner ou de capturer des Palestiniens, comme l’a dit le Hamas. Mais l’unité israélienne semble avoir été repérée.

La branche armée du Hamas, les brigades Ezzedine al-Qassam, ont affirmé que les soldats israéliens avaient tenté de s’infiltrer à bord d’un véhicule civil.

Un lieutenant-colonel israélien a été tué dans l’échange de coups de feu, et un autre officier blessé, a dit l’armée. Il souffre de blessures modérées, a-t-elle précisé.

– Netanyahu rentre de Paris –

Sept Palestiniens ont été tués, a indiqué le ministère gazaoui de la Santé, sans qu’il apparaisse clairement s’ils ont perdu la vie dans l’affrontement ou dans les frappes israéliennes consécutives à celui-ci.

Parmi eux figurent un responsable local des brigades Ezzedine al-Qassam, identifié comme Nour Baraka, ainsi que cinq autres membres des forces armées du Hamas, ont indiqué des sources de sécurité.

La morgue d’un hôpital où ont été entreposés les corps de cinq des six Palestiniens tués lors d’échanges de tirs à Gaza, qui ont également coûté la vie à un soldat israélien, le 11 novembre 2018 à Khan Younis / © AFP / Said KHATIB

Fait exceptionnel, l’armée israélienne a indiqué que tous ses soldats, vivants et mort, avaient été exfiltrés, tant la capture par les Palestiniens d’un militaire en vie ou tué aurait compliqué la donne, constituant potentiellement un casus belli.

Un porte-parole du Hamas a dénoncé une « attaque israélienne lâche ».

Dix-sept roquettes ont été tirées de la bande de Gaza vers Israël, a indiqué l’armée israélienne. Trois ont été interceptées par le système de défense anti-missiles, a-t-elle ajouté. Aucune victime n’a été rapportée.

Les cours ont été annulés lundi dans les écoles israéliennes autour de la bande de Gaza.

Benjamin Netanyahu a décidé quant à lui d’interrompre sa visite à Paris, où il s’était rendu pour prendre part à la commémoration du centenaire de l’armistice de la Première Guerre mondiale.

Ces échanges de tirs surviennent alors que les signes d’une possible détente se sont succédé ces dernières semaines dans et autour de Gaza.

Les autorités israéliennes ont ainsi récemment autorisé le Qatar à acheminer 15 millions de dollars afin de payer les salaires des fonctionnaires dans la bande de Gaza.

M. Netanyahu avait justifié cette décision en arguant que cela contribuerait à ramener le calme.

« Je fais ce que je peux, en coordination avec les services de sécurité, pour que le calme revienne dans les localités du sud (d’Israël), mais aussi pour éviter une crise humanitaire », avait-il dit.

« Je ne reculerai pas devant une guerre nécessaire mais je veux l’éviter si elle n’est pas indispensable », avait-il dit.

Au total, ce sont 90 millions de dollars qataris qui doivent être distribués en six mensualités de 15 millions, selon le Hamas, principalement pour payer au moins partiellement les fonctionnaires du mouvement qui ne sont plus rétribués que sporadiquement depuis des mois.

L’opération s’inscrit plus largement dans les efforts déployés, notamment par le voisin égyptien et les Nations unies, en vue d’une trêve durable entre Israël et le Hamas.

(©AFP / (12 novembre 2018 11h32)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Gaza-une-op-ration-isra-lienne-qui-tourne-mal-remet-en-cause-les-efforts-d-apaisement/970589.rom

La « route de la soie » passera par la Jordanie, l’Égypte et Israël

La « route de la soie » passera par la Jordanie, l’Égypte et Israël

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Après l’attaque de Daesh contre Palmyre, la Chine a renoncé au tracé traditionnel de la route de la soie historique (Bagdad, Palmyre, Damas, Tyr). Un tracé alternatif avait été envisagé, non plus à travers la Syrie, mais la Turquie. Il a également été abandonné.

Au cours de l’Antiquité, il existait aussi une route secondaire par Petra (Jordanie) et Alexandrie (Égypte). En définitive, la nouvelle route devrait passer par la Jordanie, puis se scinder vers l’Égypte et Israël.

Le tracé par l’Égypte a été validé par l’administration Obama. Washington a autorisé le doublement du Canal de Suez (déjà opérationnel) et la création d’une vaste zone industrielle (en cours).

L’administration Trump aurait autorisé le tracé par Israël. Le Shanghai International Port Group vient d’acheter la concession d’exploitation des ports d’Haïfa et d’Ashdod. La Chine construira également le tunnel du Mont Carmel pour doubler l’approvisionnement du port d’Haïfa.

En 2021, 90 % du commerce international d’Israël sera alors contrôlé par la Chine, ce qui signifie que celle-ci deviendra avec les États-Unis le co-protecteur du pays ; une perspective qui suscite une indignation dans les cercles militaires israélo-US.

Cette décision bouleverse complètement la géopolitique régionale. Jusqu’ici, Beijing était un partenaire commercial d’Israël (sauf en matière d’armement) et politique du Hamas (qui dispose d’une représentation à Beijing). Identiquement, la Chine fournissait des missiles au Hezbollah libanais. Désormais, le Hamas et le Hezbollah ne pourront plus attaquer des objectifs routiers, ferroviaires et portuaires israéliens sans entrer en conflit avec la Chine. On se souvient par exemple que le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, avait expliqué qu’en cas d’attaque israélienne du Liban, il pourrait bombarder les matières nucléaires stockées à Haïfa, se félicitant ainsi de disposer de sa propre « bombe atomique ».

Cette décision bouleverse également la géopolitique mondiale. L’accord sino-israélien suppose l’autorisation de Washington. La stratégie commerciale chinoise bouscule les contraintes politiques qu’elle ignore. Elle modifie profondément le sens du Partenariat de l’Eurasie élargie, conclu entre la Chine et la Russie, qui sert aujourd’hui de fondement à l’alliance entre les deux pays.

En définitive, l’annonce de ce nouveau trajet révèle un accord secret entre Beijing et Washington, malgré l’escalade mutuelle des droits de douanes entre les deux Grands.

Si ce projet arrive à son terme, chaque État du Moyen-Orient va devoir se repositionner. Puis, ce sont tous les États du monde qui vont devoir s’adapter à cette nouvelle donne.

http://www.voltairenet.org/article203516.html

Des États arabes s’apprêtent à renouer avec la Syrie

Des États arabes s’apprêtent à renouer avec la Syrie

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Le président syrien démocratiquement élu, Bachar el-Assad, a accordé un entretien au quotidien koweiti Al-Shahed.

Il y révèle que la Syrie et plusieurs États arabes sont sur le point de renouer leurs relations diplomatiques.

Il s’agit de la première interview du président el-Assad à un média du Golfe depuis le début de l’agression étrangère (financée par l’Arabie saoudite et le Qatar), en 2011.

La Syrie a été exclue de la Ligue arabe, dont elle est un membre fondateur, en violation des statuts de l’organisation.

La Syrie a historiquement joué un rôle international important. Le Dr. Henry Kissinger avait coutume de dire : « Au Moyen-Orient, on ne peut faire la guerre sans l’Égypte ni la paix sans la Syrie ».

http://www.voltairenet.org/article203290.html

Les signaux de paix éthiopiens vers l’Érythrée et l’Égypte vont changer la donne géopolitique régionale

Les signaux de paix éthiopiens vers l’Érythrée et l’Égypte vont changer la donne géopolitique régionale


Par Andrew Korybko – le 18 juin 2018 – Source Oriental Review

Le président érythréen Isaias Afewrki, à gauche, serre la main du président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi dans le palais présidentiel du Caire, en Égypte

Le nouveau Premier ministre éthiopien a créé la surprise en tendant la main à ses deux rivaux régionaux éthiopiens que sont l’Érythrée et l’Égypte.

La première des deux décisions prises ce week-end par le premier ministre Ahmed a été d’annoncer que l’Éthiopie allait unilatéralement se conformer à une décision de la Cour de Justice Internationale en date de 2002, précisant que la ville disputée de Badme était à présent rattachée à l’Érythrée ; les deux voisins avaient fait la guerre dans les années 1998-2000 en raison de ce différend. Ce conflit, larvé depuis longtemps, avait été allumé au moment de cette guerre plutôt en raison de la défiance mutuelle entre les deux États que pour des raisons stratégiques – la ville en question ne présente en effet qu’un très faible intérêt géographique. L’Éthiopie, État sans accès à la mer, voulait garder son ancienne province d’Érythrée en état de faiblesse, afin de la contrôler par procuration et de reprendre son accès historique à la mer Rouge ; alors que l’Érythrée trouve depuis longtemps un intérêt à soutenir divers groupes « rebelles » contre Addis-Abeba, le but étant d’engluer l’Éthiopie dans suffisamment de crises domestiques pour la distraire de jamais reconsidérer le statut indépendant d’Asmara.

Situation des États d’Égypte (bleu), d’Érythrée (vert) et d’Éthiopie (orange) sur la carte d’Afrique. Carte originale MarginalCost – Own work, CC BY-SA 4.0, modifiée par lesakerfrancophone

 

La prolongation interminable du statut de « paix froide » sur laquelle avait débouché le conflit depuis une quinzaine d’année – au cours duquel plus de cent mille personnes avaient péri, pour des enjeux territoriaux ridiculement faibles – est considérée comme la raison du sous-développement de l’État d’Érythrée. Le petit État se trouvait de fait astreint de maintenir une politique controversée de conscription forcée et indéfinie de ses citoyens aux fins d’assurer sa sécurité nationale, alors même que ces conscriptions forcées provoquaient dans une large mesure l’exode de milliers de personnes chaque année. En outre, le soutien prétendu d’Asmara au groupe terroriste Al Shabaab, utilisé comme mandataire pour attaquer l’armée Éthiopienne en Somalie – par suite de l’invasion de ce dernier pays par Addis-Abeba au milieu des années 2000 – avait provoqué l’application de sanctions de la part du Conseil de sécurité des Nations Unies envers l’Érythrée, sanctions qui perdurent jusqu’à ce jour. L’Érythrée commençait tout juste à sortir de son isolement international, ayant rejoint la guerre contre le Yémen, et ayant selon les rumeurs fait alliance avec l’Égypte ; les gestes de paix récents de l’Éthiopie envers l’Égypte pouvant d’ailleurs venir saper cette relation essentielle.

Cela fait longtemps que l’Égypte accuse l’Éthiopie d’utiliser l’eau comme arme, en raison du projet éthiopien de construire un barrage le long du Nil Bleu, affluent du Nil qui apporte les plus grands volumes d’eau à l’Afrique du Nord. L’Égypte avait même déjà plusieurs fois menacé de bombarder l’ouvrage, et on peut penser que son alliance présumée avec l’Érythrée était motivée par l’existence de ce projet. La visite surprise du premier ministre Ahmed au Caire ce week-end l’a vu, en accord avec le président Sisi, s’accorder pour trouver un terme pacifique à ce différent hydrique. L’effet de bord en est, cependant, que l’alliance égyptienne avec l’Érythrée en sort affaiblie, sa justification pour l’Égypte ayant été de constituer un revers contre l’Éthiopie. À présent qu’il sait ne plus pouvoir compter sur le Caire qu’il ne l’avait pensé jusqu’ici, le gouvernement d’Asmara se trouve donc sous pression de travailler de manière constructive avec Addis-Abeba, et sa rétrocession de la ville de Badme, et de normaliser les relations entre les deux pays.

Il est sans aucun doute à l’avantage de l’Érythrée de formaliser une paix solide avec l’Éthiopie, et de commencer à sortir de son isolement international, mais cela pourrait porter à conséquences sur la situation politique intérieure du pays. Le « Front populaire pour la démocratie et la justice », parti jusqu’à présent au pouvoir, s’appuyait sur la menace éthiopienne comme excuse au sous-développement érythréen, et cette excuse cessera d’être valable dès lors que les deux pays se seront rapprochés. La pression populaire pourrait monter envers Isaias Afwerki, président vieillissant du pays, de libéraliser son État uni-partite « socialiste » pour faciliter une transformation politique dont cette « réouverture » pourrait constituer le catalyseur, avec la perspective de voir les aides économiques internationales et la levée des sanctions conditionnées par cette réouverture.

La situation a ceci d’ironique qu’après des années passées par l’Érythrée à fomenter un changement de régime en Éthiopie par des moyens militants, ce pourrait bien être au final l’Éthiopie qui réussirait à accomplir ce même tour envers l’Érythrée, au travers des conséquences de ce double geste de paix, le tout en l’espace d’un week-end.

Cet article est une retranscription partielle de l’émission radiophonique « the CONTEXT COUNTDOWN », diffusée sur Sputnik News le 15 juin 2018.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-signaux-de-paix-ethiopiens-vers-lerythree-et-legypte-vont-changer-la-donne-geopolitique-regionale

 

L’Égypte pose les conditions de sa levée du siège de Gaza

L’Égypte pose les conditions de sa levée du siège de Gaza

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Alors que les envoyés spéciaux US, Jared Kushner et Jason Greenblatt, sont arrivés en Égypte après avoir été reçus en Jordanie et en Arabie saoudite, le cabinet du président al-Sissi a annoncé qu’il soutenait un volet du plan de paix US.

Le Caire lèverait le siège de Gaza si les pays du Golfe construisaient un port et un aéroport à Gaza et si le Hamas restituait les prisonniers israéliens qu’il détient.

http://www.voltairenet.org/article201610.html

Les pays musulmans demandent une « force de protection internationale » pour les Palestiniens

Les pays musulmans demandent une « force de protection internationale » pour les Palestiniens

Le président turc Recep Tayyip Erdogan (centre), entouré du premier ministre palestinien Rami Al Hamdallah (gauche) et du secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique, le 18 mai 2018 à Istanbul / © AFP / Yasin AKGUL

Les pays musulmans ont appelé vendredi à l’envoi d' »une force de protection internationale » dans les Territoires palestiniens après le bain de sang de Gaza, lors d’un sommet à Istanbul convoqué par le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a accusé Israël d’user de méthodes dignes des nazis.

Les représentants des 57 pays regroupés au sein de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), ont appelé à « une protection internationale pour le peuple palestinien, y compris par l’envoi d’une force de protection internationale », selon le communiqué final du sommet.

L’OCI a en outre condamné « en les termes les plus forts les actions criminelles dans forces israéliennes dans les Territoires palestiniens occupés, notamment dans la bande de Gaza », où près de 60 Palestiniens sont morts lundi sous les balles israéliennes en manifestant contre le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem.

Le texte accuse l’administration américaine « de soutenir les crimes d’Israël, y compris en le protégeant au Conseil de sécurité de l’ONU ».

Il épingle aussi Washington pour le transfert de son ambassade à Jérusalem, y voyant un « acte de provocation et d’hostilité contre la nation islamique ».

Il appelle l’ONU à mettre sur pied « une commission d’enquête internationale » pour faire la lumière sur le bain de sang de Gaza.

A l’ouverture du sommet, M. Erdogan, qui tire à boulets rouges sur Israël depuis lundi, a comparé le traitement réservé par l’Etat hébreu aux Palestiniens de Gaza à la persécution des Juifs sous les nazis.

– Appel à l’unité –

« Il n’y a pas de différence entre les atrocités subies par le peuple juif en Europe il y a 75 ans et la brutalité dont souffrent nos frères à Gaza », a lancé le président turc.

Il a accusé les dirigeants « d’un peuple qui a subi toutes sortes de tortures dans les camps de concentration durant la Seconde guerre mondiale » d’attaquer les Palestiniens « en usant de méthodes similaires à celles des nazis ».

Avant d’ouvrir le sommet, M. Erdogan avait reconnu en haranguant des milliers de manifestants rassemblés dans le centre d’Istanbul pour apporter leur soutien aux Palestiniens, que le monde musulman avait « échoué dans le test de Jérusalem », n’ayant pas réussi à empêcher le transfert de l’ambassade américaine vers la ville sainte depuis Tel-Aviv.

« Les violations commises (par Israël) à Jérusalem et en Palestine s’expliquent par les divisions et les différends entre les musulmans eux-mêmes », a-t-il ajouté.

« Nous devons nous sacrifier pour défendre nos lieux saints. Si nous devions nous unir, Israël ne pourrait pas poursuivre ses violations », a-t-il encore dit.

Lors de la manifestation, le Premier ministre turc Binali Yildirim a pour sa part accusé Israël « d »imiter Hitler et Mussolini ».

Le Premier ministre palestinien Rami Hamdallah, présent à Istanbul pour participer au sommet de l’OCI, s’est aussi adressé à la foule. Il a accusé l’administration américaine de chercher à « provoquer un conflit religieux dans la région » en transférant son ambassade en Israël à Jérusalem.

– « Silence » –

Issu de la mouvance islamo-conservatrice, M. Erdogan se pose en ardent supporteur de la cause palestinienne et ne cache pas son soutien au mouvement islamiste palestinien Hamas à Gaza, bête noire des autorités israéliennes. Ce discours trouve un écho chez l’électorat traditionnel du président turc candidat à sa propre succession lors des élections anticipées prévues le 24 juin, et lui a permis de bâtir une certaine popularité dans le monde arabe.

La réunion d’Istanbul s’est tenu au moment où le monde arabo-musulman est miné par des divisions et des rivalités qui rendent peu probables des mesures concrètes à l’égard d’Israël.

L’Arabie saoudite, dont le ministre des Affaires étrangères Adel al-Jubeir était présent à Istanbul, et ses alliés du Golfe ainsi que l’Égypte, voient d’un mauvais œil le soutien de la Turquie d’Erdogan à des mouvements comme les Frères musulmans et le Hamas, ainsi qu’au Qatar, qu’ils cherchent à isoler.

Ryad et ses alliés, qui semblent avoir assoupli leurs positions vis-à-vis d’Israël, seraient en outre réticents à d’éventuelles actions susceptibles de heurter Washington, dont ils espèrent le soutien pour endiguer l’Iran chiite, qu’ils voient comme la principale menace dans la région.

Parmi les chefs d’État qui ont assisté au sommet figurent le roi Abdallah de Jordanie, le président iranien Hassan Rohani, son homologue soudanais Omar el-Béchir, ainsi que les émirs du Qatar et du Koweït.

Dans une apparente pique à l’adresse de Ryad, M. Rohani a ainsi critiqué dans son discours « le silence de certains pays », sans lequel « les sionistes n’auraient pas osé une telle brutalité ».

La Turquie et Israël s’écharpent à coups d’invectives et de sanctions diplomatiques depuis la répression sanglante des manifestations de Gaza.

Ankara a renvoyé provisoirement l’ambassadeur d’Israël en Turquie Eitan Naeh et le consul général d’Israël à Istanbul. Israël a pris une mesure similaire à l’encontre du consul général turc à Jérusalem.

(©AFP / 19 mai 2018 00h53)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Les-pays-musulmans-demandent-une-force-de-protection-internationale-pour-les-Palestiniens/919487.rom

Djibouti : déclencheur d’une déstabilisation trans-régionale

Djibouti : déclencheur d’une déstabilisation trans-régionale


Par Andrew Korybko – Le 8 mars 2018 – Source Oriental Review

Djibouti seizes control of Dubai-run Doraleh portLe fragile équilibre des forces dans la Corne de l’Afrique pourrait bientôt être brisé par la situation intérieure à Djibouti au sujet de la future propriété de son port principal. Une éventuelle réaction américano-émirati pourrait servir de déclencheur pour activer militairement le complexe système trans-régional d’alliance qui s’est formé dans cette partie du monde au cours des deux dernières années.

Faire une montagne d’un petit rien

Le minuscule État de Djibouti fait à nouveau la une des journaux après que son gouvernement a mis fin à un contrat avec un opérateur portuaire émirati, le mois dernier, qui contrôlait le plus important terminal de conteneurs du pays. Cette décision fait suite à un différend de plusieurs années qui a abouti à ce que Abu Dhabi dénonce comme une  « saisie illégale » de son actif, mais que les autorités nationales ont qualifiée d’action nécessaire pour sortir de l’impasse. Cette insulte commerciale apparemment insignifiante serait restée sans rapport avec la politique internationale si les États-Unis n’avaient pas décidé de peser plus tôt cette semaine pour soutenir leur allié émirati.

Reuters a rapporté que le général américain Thomas Waldhauser, un général de l’armée américaine, a répondu au Congrès que Djibouti était censé « donner [le port] à la Chine en cadeau » en avertissant que « si les Chinois prenaient le contrôle du port, les conséquences pourraient être importantes ». Le représentant républicain Bradley Byrne est allé encore plus loin en spéculant que « s’il s’agissait d’une saisie illégale de ce port, que diriez-vous si le gouvernement mettait illégalement fin à notre bail avant la fin de son mandat ? ». Ces déclarations ont donc transformé un différend ordinairement mineur et destiné à la Cour internationale d’arbitrage en un scandale géopolitique à part entière.

Djibouti regional map
Djibouti carte régionale

Les dimensions trans-régionales de Djibouti

Djibouti est d’importance mondiale en raison de son emplacement dans le détroit de Bab el Mandeb qui relie la mer Rouge au golfe d’Aden et sert de lieu de transit maritime entre l’Europe et l’Asie. Outre les États-Unis, la Chine, la France, l’Italie, le Japon et bientôt l’Arabie saoudite ont des bases dans le pays, l’Inde pouvant utiliser celle de l’Amérique au moyen de l’accord LEMOA de l’été 2016 qui donne à chaque pays accès aux installations militaires de l’autre, sur une base « logistique » au cas par cas. En outre, Djibouti est l’emplacement terminal du chemin de fer Djibouti-Addis Abeba (DAAR) qui fonctionne essentiellement comme le « CPEC de la Chine » ou route de la Soie de la Corne de l’Afrique, expliquant ainsi l’une des raisons stratégiques pour lesquelles la Chine a ouvert sa première base militaire à l’étranger.

L’Éthiopie, cependant, est au centre d’un système d’alliance trans-régional qui a vu le jour dans la région au cours des deux dernières années en raison de ses efforts ambitieux pour construire le barrage Renaissance de la Grande Éthiopie (BRGE) sur le Nil Bleu qui fournit le débit majeur du Nil plus célèbre. L’équilibre des forces a vu l’Éthiopie se joindre au Soudan tandis que l’Égypte – qui prétend que le BRGE affectera négativement ses approvisionnements en eau et la rendra donc stratégiquement dépendante de l’Éthiopie – a cherché a se rapprocher de l’ennemi juré d’Addis-Abeba, l’Érythrée. En outre, la guerre froide du Golfe s’est étendue à la région, le Qatar se rangeant plus étroitement aux côtés de l’Éthiopie et des EAU, qui ont conclu un partenariat avec l’Érythrée, par lequel il dispose d’installations militaires liées à la guerre au Yémen.

L’Arabie saoudite est impartiale parce qu’elle entretient des relations militaires avec l’Érythrée mais agricoles avec l’Éthiopie, même si son partenaire égyptien (qui fonctionne pratiquement comme un État subordonné ou client à ce stade) souhaite une position plus ferme contre Addis-Abeba. La situation de Djibouti est beaucoup plus complexe que n’importe laquelle de ces parties parce qu’elle entretient des relations étroites avec chacun des pays qui ont ou auront des bases militaires sur son territoire et qu’elle avait auparavant entretenu des relations positives avec les EAU avant le conflit portuaire. Le Qatar avait l’habitude de stationner des gardiens de la paix le long de la frontière entre Djibouti et l’Érythrée depuis leur bref conflit frontalier de 2008 mais les a retirés l’été dernier après que les deux États se sont rangés du côté de l’Arabie saoudite.

Approche du point de rupture

Même si Djibouti a longtemps soupçonné des intentions beaucoup plus larges de l’Éthiopie, surtout après avoir été enclavée à la suite de l’indépendance de l’Érythrée en 1993, ses craintes se sont dissipées depuis que la Chine s’est impliquée dans le projet DAAR et l’a apparemment convaincue qu’Addis-Abeba n’a aucun intérêt à se comporter agressivement avec cette ville-État de facto tant que son accès est assuré à la République populaire pour le passage de la Route de la soie. En fait, le « CPEC africain » a fait plus pour établir la confiance entre ces deux pays asymétriques que quoi que ce soit, bien que ce ne soit pas une solution pour la stabilité régionale au sens géopolitique, comme on le voit au système d’alliance trans-régional décrit précédemment

En fait, l’instabilité structurelle qui caractérise maintenant la Corne de l’Afrique pourrait atteindre un point de rupture avec la déstabilisation potentielle de Djibouti qui pourrait être provoquée si les États-Unis et leurs alliés émiratis faisaient pression ensemble sur ce petit pays pour le faire changer d’avis après la reprise de contrôle de son port. Washington suggère déjà qu’il pourrait considérer cela comme une « menace à sa sécurité nationale » pour ses intérêts, tandis qu’Abou Dhabi prétend que ce qui s’est passé n’est pas différent du vol à main armée de l’un de ses atouts les plus précieux. Les bases ont été établies pour que ces deux pays coopèrent et fassent payer Djibouti pour ce qu’elle a fait.

Boite à outils politique

La raison pour laquelle cela a de l’importance pour le monde extérieur est que cela pourrait faire de la Corne de l’Afrique une version « XXIe siècle » des Balkans d’avant la Première Guerre mondiale. Cela dans le sens où un réseau d’alliances de grande envergure pourrait être militairement activé en raison d’un événement inattendu et apparemment insignifiant. Les deux options les plus réalistes et potentiellement liées que l’alliance des États-Unis et des EAU ont à leur disposition contre Djibouti suggèrent qu’un conflit plus large pourrait facilement éclater par une erreur de calcul, sans parler d’intentions machiavéliques rendant cette comparaison géographique pertinente.

Escarmouche à la frontière érythréenne

Le sous-fifre érythréen des EAU a déjà un différend frontalier avec Djibouti, et il ne serait pas difficile pour le riche État mécène de tenter son client, appauvri, de faire un pas contre le nouvel adversaire régional d’Abou Dhabi.

Révolution colorée

Djibouti a été brièvement secoué par les troubles pro-islamistes de type Révolution colorée à la fin 2015, qui ont été rapidement réprimés par les autorités. On ne peut cependant pas dire que la répétition d’un tel scénario pourrait être « encouragée » dans un proche avenir comme la première phase d’une campagne de pression américaine.

Guerre hybride

La fusion de l’agression érythréenne conventionnelle, l’utilisation asymétrique par Asmara du groupe terroriste Al Shabaab pour lequel le Conseil de sécurité des Nations Unies a sanctionné ce pays et l’agitation d’une Révolution colorée soutenue par les Américains dans ce centre urbain constitueraient une guerre hybride classique dans la Corne de l’Afrique.

Djibouti political map
Djibouti carte politique

Réponses réalistes

La prévision de scénario est un art difficile et l’on devrait aborder cet exercice avec un brin de scepticisme, tout en comprenant son utilité pour envisager les réponses les plus probables à chacune des deux options principales que les États-Unis et les EAU ont à utiliser contre Djibouti.

La deuxième guerre mondiale africaine

L’agression érythréenne contre Djibouti pourrait inciter l’Éthiopie et le Soudan à réagir, attirant ainsi l’allié égyptien d’Asmara et ses partenaires du CCG, ce qui pourrait créer une situation qui obligerait les États-Unis et la Chine à intervenir à différentes étapes selon leurs capacités, la fin restant incertaine.

Un effondrement éthiopien

L’Éthiopie est en proie à sa deuxième mise en état d’urgence en autant d’années, et le blocage de la Révolution colorée autour du DAAR pourrait suffire à inciter les Oromo à relancer leur campagne de guerre hybride et pousser le pays au bord de l’effondrement.

Retour de flamme pro-Pékin

La déstabilisation américano-émirati de Djibouti pourrait intentionnellement ou inconsciemment produire des conséquences qui mettent en danger les intérêts de la Chine dans la Corne de l’Afrique, mais il y a aussi la possibilité qu’à l’inverse, cela produise un renforcement du rôle de Pékin dans cette région.

La République populaire et le maintien de la paix

Tant que la Chine peut éviter le scénario de « pourrissement » que les États-Unis lui tendent, elle pourrait gérer toute tension frontalière érythréo-djiboutienne (et éventuellement d’autres) à travers une mission de maintien de la paix telle que celle proposée l’été dernier, et donc stabiliser la région.

Diplomatie et négociation

La Chine est la mieux placée pour servir de médiateur entre toutes les parties en conflit dans la région, surtout si elle engage des soldats de la paix, et cela pourrait aboutir à ce que sa diplomatie produise les fruits de la Route de la Soie, des accords gagnant-gagnant, soutenant la paix obtenue par ses soldats.

La paix n’est pas possible sans la République populaire

Les conséquences globales des efforts militaires et diplomatiques de la Chine pour obtenir, sécuriser et faire progresser la paix dans la Corne de l’Afrique pourraient permettre à Pékin de devenir une force stabilisatrice dans l’une des régions les plus instables du monde et faciliter son intégration dans l’Ordre mondial multipolaire.

Pensées finales

Les derniers développements dans ce petit pays qu’est Djibouti dans la Corne de l’Afrique peuvent sembler inintéressants pour la plupart des observateurs extérieurs, mais en examinant de plus près les dynamiques stratégiques plus larges et le délicat équilibre des forces entre les deux alliances trans-régionales, il devient évident que ces événements non résolus et s’emboitant pourrait servir de catalyseur à un conflit plus vaste. Au risque d’enfoncer une porte ouverte, la « scène est prête » et tous les acteurs locaux sont prêts – et presque désireux, pourrait-on dire – de « jouer leur rôle » dans le « drame » à venir, seule la Chine a une chance réaliste de stabiliser la situation avant qu’elle ne devienne incontrôlable.

Cela dit, la Chine doit aussi rester consciente du désir des États-Unis de la piéger dans un bourbier en « pourrissant la situation » comme moyen de « contenir » son influence en Afrique, et les décideurs relativement « conservateurs » de Pékin ne sont pas prédisposés à intervenir ouvertement dans les affaires d’autres pays, bien que le cas récent du Myanmar se distingue comme une exception notable et puisse laisser présager d’un changement de politique. En tout cas, il est clair que la déstabilisation de Djibouti aura inévitablement des conséquences négatives sur ses intérêts régionaux et la Route de la soie, faisant ainsi des développements les plus récents un autre exemple de la façon dont la lutte pro-américaine touche rapidement tous les coins du monde.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie « Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime » (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/djibouti-declencheur-dune-destabilisation-trans-regionale

 

L’Égypte cède une partie de son territoire pour Neom

L’Égypte cède une partie de son territoire pour Neom

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Recevant le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, a annoncé que son pays se joignait au projet Neom.

L’Arabie saoudite a annoncé en octobre 2017 souhaiter construire une mega-ville high tech, destinée au tourisme de luxe : Neom. Cette région serait régie par un droit particulier, conforme au mode occidental, sans aucune référence au wahhabisme en particulier, ni même à l’islam en général.

Neom est un barbarisme signifiant Nouveau-Nouveau (néo en grec et mostaqbal en arabe).

La zone d’implantation choisie est située au bord de la mer Rouge, à Tabuk, à la frontière jordanienne et face à l’Égypte. Elle représente une surface de 26 000 km2, soit celle d’une région européenne.

Le budget prévisionnel de ce projet est d’environ 500 milliards de dollars. Il est dirigé par Klaus Kleinfeld, l’ancien patron d’Alcoa-Arconic et administrateur du groupe de Bilderberg.

Le président al-Sissi a décidé de fondre une partie du Sud du Sinaï, incluant la ville de Charm el-Cheikh, et une partie du continent, incluant la ville d’Hurghada, dans ce projet. Ce qui implique l’extra-territorialité de cette zone, face à Tabrouk. Un fonds commun d’investissement a été constitué, doté de 10 milliards de dollars (versés par la seule Arabie saoudite).

En avril 2016, le président al-Sissi avait remis à Riyad les îles de Tiran et de Sanafir, qui ferment le golfe d’Aqaba entre le Sinaï et l’Arabie saoudite. Il avait présenté son geste comme une « restitution » territoriale, alors que le seul document valide, la Convention de Londres de 1840, faisait de ces îles des territoires égyptiens. Cette session permet à l’Arabie saoudite d’inclure de les inclure dans le projet Neom et de transformer l’ensemble de la région.

Par ailleurs, ce transfert de souveraineté impliquait une reconnaissance de facto par les Saoudiens des accords égypto-israéliens de Camp David [1] qui stipulent la liberté de circulation de la marine israélienne dans le golfe d’Aqaba et la mer Rouge. Il y a donc fort à parier qu’Israël est partie prenante du projet Neom. En tous cas, Neom ne sera plus une méga-ville saoudienne, mais un archipel égypto-saoudien, au sein duquel Israël conservera de droit le contrôle des communications maritimes.