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Egypte : les réserves de change nettes ont atteint 45 milliards de dollars en juillet

Egypte : les réserves de change nettes ont atteint 45 milliards de dollars en juillet

Par Nephthali Messanh Ledy -8 août, 20190 Partager Facebook Twitter Linkedin

Les réserves de change nettes de l’Égypte ont augmenté de 565 millions de dollars pour atteindre 44,916 milliards de dollars fin juillet, selon les données dévoilées mardi 6 août par la Banque centrale du pays (CBE).

Il s’agit d’un niveau record dont le montant qui couvre plus de huit mois d’importations de produits de base, d’après la même source. Ces réserves étaient de 44,352 milliards de dollars fin juin 2019, contre environ 36 milliards de dollars avant la révolution de 2011 et son épisode de troubles politiques et économiques.

Le niveau planché historique des réserves de change nettes de l’Égypte a été observé en octobre 2016, avec 19 milliards de dollars.

https://www.financialafrik.com/2019/08/08/egypte-les-reserves-de-change-nettes-ont-atteint-45-milliards-de-dollars-en-juillet/

Rédacteur en chef de Financial Afrik. Basé à Lomé, Nephthali Messanh Ledy est diplômé en Communication, en Marketing et en Commerce International. Passionné de l’actualité internationale, outre l’économie et les finances africaines. Il s’intéresse également aux réseaux sociaux et au football.

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Erdogan déclare que l’ex-Président égyptien Morsi «a été tué»

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Erdogan déclare que l’ex-Président égyptien Morsi «a été tué»

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INTERNATIONAL

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Le gouvernement égyptien doit être jugé par des tribunaux internationaux pour la mort de l’ancien Président Mohamed Morsi qui a été tué, a déclaré le Président turc, Recep Tayyip Erdogan.

Le gouvernement égyptien doit être jugé par des tribunaux internationaux pour la mort de l’ancien Président Mohamed Morsi qui a été tué, a déclaré le Président turc, Recep Tayyip Erdogan.

Détails à suivre

https://fr.sputniknews.com/international/201906191041469138-erdogan-declare-que-ex-president-egyptien-morsi-a-ete-tue/

Le Décès De L’ex-Président Égyptien Mohamed Morsi En Détention Risque D’aggraver Le Conflit Entre L’axe Ryad-Abou Dhabi-Le Caire Et L’axe Ankara Doha

Analysis

Le Décès De L’ex-Président Égyptien Mohamed Morsi En Détention Risque D’aggraver Le Conflit Entre L’axe Ryad-Abou Dhabi-Le Caire Et L’axe Ankara Doha

    
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L’annonce par la télévision d’État égyptienne de la mort de l’ex-président Mohamed Morsi à l’issue de sa comparution devant une juridiction risque d’aggraver le conflit politique, idéologique, stratégique et géopolitique entre les deux grands blocs rivaux musulmans représentés d’un côté par l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et l’Égypte, et, de l’autre, par le Qatar et la Turquie.

Sur le plan purement interne spécifique à la crise politique égyptienne, le décès en détention de l’unique président civil de l’histoire de l’Égypte à l’issue d’élections plus ou moins régulières, risque d’avoir un impact fort négatif sur la stabilité fort précaire et relative d’un pays en guerre civile de basse intensité.

Mohamed Morsi, 67 ans, issu de la grande mouvance de la puissante organisation des Frères Musulmans, se serait effondré en plein tribunal après avoir délivré un plaidoyer politique devant le juge pendant une vingtaine de minutes. Il est détenu depuis 2013 après le putsch militaire conduit le 03 juillet 2013 par le Maréchal Abdel Fettah Sissi avec l’aide active de l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis et le soutien diplomatique du Bahrein, de la Jordanie et du Maroc. S’ensuivit alors l’une des plus grandes répressions contre les Frères Musulmans dans l’histoire de ce mouvement et de celui de l’Égypte contemporaine qui continue à ce jour.

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Cette répression sanglante et l’adhésion du Caire au bloc antagoniste de l’axe Ankara-Doha entraîna une très grave détérioration des relations entre l’Egypte et la Turquie. Le président turc Erdögan qualifie fréquemment le Maréchal Sissi de “Tyran illégitime et criminel” tandis que le Caire a monté les enchères jusqu’à vouloir reconnaître ce que l’on appelle le “Génocide Arménien” ou d’offrir l’asile à Fethallah Gülen, l’ennemi public numéro 1 en Turquie.

C’est en Libye où Ankara et Le Caire s’opposent par milices interposées. La chute de Tripoli a été évitée grâce à l’effort de guerre turc lequel a permis au gouvernement de Tripoli, quasiment assiégé dans sa capitale par les forces du Maréchal Haftar et ses soutiens égyptiens et émiratis, à reprendre l’initiative militaire et à déclencher de très astucieuses contre-offensives visant à stopper l’offensive adverse dans un premier temps puis à la harceler.  C’est également les Turcs qui ont bridé la violation continuelle de l’espace aérien libyen par des chasseurs-bombardiers égyptiens et l’ont rendue fort hasardeuse.

L’Égypte est prise en tenaille sur deux fronts chauds: à l’est, la péninsule du Sinaï est en feu et une guérilla solide, disposant de réel appuis au sein des populations bédouines locales, est en cours en dépit de l’appui militaire et technique israélien aux forces égyptiennes; à l’ouest, le désert de Libye est devenu le point de passage d’armes de contrebande et de bandes armées et il n’est pas rare que des postes frontaliers égyptiens sis sur la frontière occidentale subissent des raids plus ou moins meurtriers si les accords tacites passés entre les autorités frontalières et les barons de la contrebande ne sont pas respectés.

Ce n’est donc pas un hasard si le président turc Reçep Tayep Erdogan a qualifié l’ex-président égyptien Mohamed Morsi de “martyr de la foi” et que le très influent émir du Qatar ait réagi très promptement aux nouvelles faisant état du décès de Morsi en exprimant “sa profonde tristesse”.

Le Mouvement politico-militaire du Hamas assiégé dans l’enclave palestinienne de Gaza a également rendu un hommage appuyé à Mohamed Morsi.

L’ex-président égyptien était poursuivi dans plusieurs dossiers dont une pseudo affaire d’espionnage au profit de l’Iran, le Qatar et le Hamas palestinien.

La posture de l’Iran vis à vis des deux blocs antagonistes nés à l’issue du grand schisme au sein du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) après l’échec de la guerre en Syrie est assez intéressante à plus d’un titre. Des produits iraniens sont actuellement importés par le Qatar et la Turquie et Doha ne vilipende plus le soit-disant “danger Perse” ou “expansion Chiite” que répètent systématiquement les autres pays du Conseil.

Autre signe qui ne trompe pas sur la polarisation en cours: la Turquie est le Qatar tentent de se rapprocher de pays non-alignés comme l’Algérie, laquelle est assez mal perçue par les pays dominant le Conseil de Coopération du Golfe et de fait, Doha est en train de tourner totalement le dos aux égyptiens en leur préférant les Algériens.

Ceci est d’autant plus paradoxal que Ankara, Doha et les Frères Musulmans dans leur ensemble ont soutenu depuis le début le cycle des révolutions (colorées) dites du Printemps Arabe et qu’ils ont pesé de tout leur poids pour obtenir un changement de régime à Damas dans le cadre de la stratégie des néo-conservateurs US pro-israéliens. Or, par un singulier retournement de situation, les deux pays ont modifié une partie de leurs plans pour la Syrie, poussant l’axe d’en-face à réviser son hostilité à l’égard de Damas et à manœuvrer serré. Les deux blocs s’accusent mutuellement d’avoir le soutien d’Israël ou de jouer le jeu d’Israël.

Lorsqu’il fut à la tête de l’Égypte, Mohamed Morsi suivit les consignes générales des Frères Musulmans de soutenir les rebelles syriens à l’époque de l’administration Obama et de son tropisme vers cette mystérieuse organisation.

Dans tous les cas de figure et en dépit de l’assistance économique et financière de l’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis au Caire dont l’économie est à terre, l’Égypte du Maréchal Sissi risque de connaître de longues années d’instabilité.

https://strategika51.org/archives/63767

Enjeux économiques et sécuritaires de la production de gaz naturel en Méditerranée orientale

Enjeux économiques et sécuritaires de la production de gaz naturel en Méditerranée orientale

Tribune
14 juin 2019

Depuis 2009, l’activité d’exploration d’hydrocarbures offshore en Méditerranée orientale a permis la découverte de plusieurs gisements de gaz naturel, et de nouvelles campagnes d’exploration sont en cours. La mise en production dépend en revanche de la rentabilité financière attendue, et notamment des possibilités de transporter le gaz vers des marchés de consommation attractifs.

Les relations entre les différents pays impliqués au niveau de la production et du transport (Égypte, Israël, potentiellement Chypre, Liban, Turquie et Grèce) posent des défis au parfait développement de cette filière.

Rappels historiques

Les premiers succès significatifs de l’exploration d’hydrocarbures offshore en Méditerranée orientale se sont produits entre 2009 et 2011, avec trois découvertes importantes : les champs Tamar et Leviathan, au large d’Israël, et Aphrodite, au large de la côte sud de Chypre, dans la zone économique exclusive (ZEE) de la République de Chypre (RC)[1].

Est venu ensuite, en 2015, Zohr, le champ gazier géant au large des côtes de l’Égypte, considéré comme le plus important jamais découvert en Méditerranée, avec des réserves estimées à 850 milliards de m3. Il a fait l’objet d’une mise en service très rapide, dès la fin de 2017. D’autres gisements ont été mis au jour, au large de l’Égypte, dans les zones dénommées West Nile Delta et Greater Nooros.

En 2018, de nouvelles explorations ont été couronnées de succès au large de la côte sud de Chypre, dans le Bloc 6 (Calypso-1) et dans le Bloc 10 (Glaucus-1), dont les réserves sont en cours d’évaluation.

2018 a également marqué l’entrée en jeu du Liban, avec la signature de deux accords d’exploration et de production entre Beyrouth et un consortium international. Un deuxième round d’attribution de licences d’exploration et de production d’hydrocarbures offshore est prévu en 2019.

Enjeux économiques

Les découvertes n’ont de sens que si les réserves sont ensuite converties en capacités de production, elles-mêmes dépendantes du prix du gaz, de la disponibilité d’options d’exportation et de moyens de transport, ainsi que de la stabilité de l’environnement réglementaire, fiscal et politique des pays. En prenant en compte ces divers aspects, les enjeux économiques pour les trois pays principaux (Égypte, Israël et Chypre) diffèrent significativement.

L’Égypte bénéficiait d’une situation d’indépendance énergétique jusqu’à la fin de la première décennie du XXIe siècle et pouvait même exporter du gaz grâce à deux usines de liquéfaction, situées à Idku et Damiette et aux gazoducs la reliant à Israël (gazoduc East Mediterranean Gas – EMG) et à la Jordanie (Arab Gas Pipeline). Par la suite, la réduction de la production et l’augmentation de la demande domestique l’ont rendue importatrice nette. La découverte de Zohr en 2015 a été donc accueillie très positivement et le lancement rapide du développement du champ a été rendu possible par l’existence d’une forte demande intérieure. La production de Zohr est l’un des facteurs principaux de la reprise économique du pays, avec une croissance du PIB réel pour l’année 2018 de 5,3 % selon les estimations de la Banque mondiale. Le Caire devrait recommencer à exporter du gaz de façon régulière en 2019, en utilisant l’infrastructure existante des terminaux de liquéfaction. Le pays aspire aussi à devenir un hub gazier, en centralisant des flux destinés à l’exportation en provenance d’Israël et de Chypre.

En Israël, le potentiel des différents champs dépasse la consommation locale. L’accès à des marchés étrangers est donc une condition nécessaire au plein développement de la production. Des accords ont été signés avec l’Autorité palestinienne et la Jordanie, mais ils rencontrent l’opposition des opinions publiques locales. La possibilité d’exporter du gaz d’Israël vers l’Égypte pour satisfaire la demande locale et/ou pour exporter le gaz vers les marchés internationaux à travers les terminaux GNL paraît plus prometteuse, en particulier depuis l’acquisition en 2018 d’une participation dans le capital du gazoduc EMG par l’entreprise Noble Energy, principale actionnaire du consortium qui gère le champ Leviathan.

Pour Chypre, du fait du faible potentiel de la demande domestique, l’existence de marchés d’exportation est une condition nécessaire pour la mise en production des découvertes gazières. Différentes hypothèses ont été étudiées :

    • la construction d’un gazoduc vers l’Égypte dans le but d’utiliser les usines de liquéfaction pour réexporter le gaz vers les marchés internationaux sous forme de GNL. Ce projet a fait l’objet de plusieurs déclarations politiques, mais il se heurte au développement de la production égyptienne, qui réduira la disponibilité d’utilisation des installations de GNL ;
    • la construction d’une usine de liquéfaction a également été envisagée. Soit sous la forme d’un terminal onshore construit sur la côte sud de Chypre, soit via une installation flottante (Floating LNG). Si transformer le gaz en GNL permet d’avoir accès au marché mondial, avec des cargaisons allant vers l’Europe, l’Asie ou l’Amérique du Sud, la faisabilité de cette option est actuellement rendue difficile par les coûts de construction élevés et par la surcapacité actuelle sur le marché du GNL ;
    • le projet Eastern Mediterranean Natural Gas Pipeline (Israël-Chypre-Grèce-Italie), qui prévoit quant à lui de relier Israël et Chypre aux marchés européens, a été approuvé par la Commission européenne comme un projet d’intérêt commun, ce qui le rend ouvert à un financement de l’Union. Cependant, un tel projet est coûteux, techniquement difficile et pourrait causer de sérieux problèmes politiques avec la Turquie en raison de différends sur la délimitation maritime.

Enjeux sécuritaires

L’exploitation et l’exportation des ressources gazières en Méditerranée orientale présentent de nombreux enjeux sécuritaires liés aux relations politiques instables entre les pays de la région et aux risques d’actions terroristes.

La localisation de certains champs pourrait réanimer des disputes préexistantes au sujet de la délimitation des frontières maritimes et des zones économiques exclusives (ZEE), notamment concernant la frontière maritime entre le Liban et Israël, qui n’a jamais été agréée officiellement. Des différends ne sont pas à exclure non plus au sujet de la délimitation des structures géologiques des gisements de gaz – notamment lorsqu’elles se situent près des limites des ZEE, puisqu’elles pourraient alors les chevaucher. Il est intéressant de noter que le champ Zohr se trouve dans la ZEE égyptienne, à seulement quelques milles de la ZEE de Chypre, et qu’Aphrodite est situé dans la ZEE de Chypre et se prolonge légèrement dans les eaux israéliennes. Dans le cas de réservoirs à cheval entre différentes ZEE, il faudrait envisager une exploitation conjointe du champ, mais des tensions entre les pays concernés sont aussi à attendre.

Un cas particulièrement complexe concerne la Turquie, la République de Chypre (RC) et la République turque de Chypre du Nord (RTCN). Outre la question des délimitations maritimes illustrée par l’épisode de février 2018 qui a vu le navire de forage Saipem 12000, affrété pour effectuer des travaux sur le Bloc 3, au sud-est de l’île, être bloqué par un navire militaire turc et finalement contraint de quitter la zone, Ankara s’oppose plus généralement, à toute activité de recherche et de production tant qu’aucun accord entre la RC et la RTCN n’est trouvé. La Turquie et la RTCN estiment que les éventuels revenus dérivant de la production d’hydrocarbures devraient être partagés entre toute la population de l’île de Chypre, ce qui implique une résolution du conflit entre la RC et la RTCN.

La situation d’Israël est aussi particulière. Les conflits persistants entre Israël et ses voisins – état de guerre formel avec le Liban, antagonisme avec le Hezbollah, tensions avec les Palestiniens, instabilité en Syrie – exposent les installations gazières à des risques d’attaques militaires ou terroristes. Ces mêmes risques d’attaques terroristes pèsent aussi sur les installations énergétiques en Égypte, pays qui connaît de façon régulière des actions menées par des groupes islamistes, présents notamment dans le Sinaï (région par laquelle transite le gazoduc EMG).

De manière générale, la prolifération de plates-formes d’extraction, de pipelines, de navires, voire de terminaux méthaniers implique une multiplication de cibles sensibles et des besoins de surveillance croissants. En Israël, par exemple, les champs de production sont situés dans des zones relativement proches des côtes. Ainsi, le champ Tamar est situé à 56 milles à l’ouest d’Haïfa et le champ Leviathan à 80 milles, près de la frontière avec le Liban. Le gaz de Tamar est transporté par pipeline jusqu’à Ashkelon, à quelques kilomètres de la frontière avec Gaza. Toutes ces installations industrielles sont donc exposées au risque d’attaques terroristes ou militaires de l’extérieur. Les risques de sabotage et de frappe militaire ou terroriste représentent ainsi de nouveaux défis pour les appareils de sécurité des différents pays, en particulier pour les forces navales.

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La découverte et l’exploitation d’hydrocarbures seront un élément important de l’avenir des pays de la Méditerranée orientale. Ils pourront agir comme facteurs de coopération régionale tout comme alimenter des affrontements et ajouter des frictions à une région déjà volatile.

Dans ce cadre, l’UE a tout intérêt à promouvoir toutes les formes possibles de coopération régionale et à défendre son intérêt d’un point de vue énergétique, économique, comme politique. En ce qui concerne l’énergie, le gaz de la Méditerranée orientale peut renforcer sa sécurité et la diversification de l’offre pour un certain nombre d’États membres, en particulier dans l’Europe du Sud-Est et l’Europe centrale – des régions qui dépendent aujourd’hui presque exclusivement du gaz russe. Économiquement, les compagnies européennes sont les plus actives dans l’exploration et la production dans la région (notamment l’italienne ENI, la française Total et l’anglo-néerlandaise Shell) et il serait légitime de défendre leurs intérêts en cas de nécessité. Enfin, du point de vue politique, la République de Chypre est membre de l’Union européenne et la mise en valeur de ses réserves gazières représenterait un puissant atout de développement.

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[1] Sauf indication contraire, le mot « Chypre » dans cet encadré fait référence au nom de l’île et à la République de Chypre (RC), non reconnue par la Turquie. La République turque de Chypre du Nord, qui est seulement reconnue par la Turquie, est mentionnée comme RTCN.

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Déclin impérial, cas d’école

Déclin impérial, cas d’école

Publié le 10 Mai 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisMoyen-Orient

C’est un grand classique de l’Histoire auquel nous sommes en train d’assister. Le monde a beau entrer dans le troisième millénaire, la technologie être partout et les intellectuels spéculer sur le post-modernisme, certaines choses ne changeront jamais…

On sait que le propre de tout empire est de satisfaire les éléments qui le composent. Ce réflexe naturel s’accentue à mesure que la tête impériale décline, dans des proportions parfois telles qu’elles en accélèrent la chute. Washington vient encore de prouver cet axiome en envisageant de placer les Frères musulmans sur sa liste des organisations terroristes. A première vue, cela n’a rien d’illogique et montre le poids qu’ont, sur l’actuelle administration américaine, l’Arabie saoudite, Israël, les Emirats Arabes Unis ou encore l’Egypte, tous horrifiés par la confrérie créée par Hassan el-Banna au début du XXème siècle.

Ironie du sort, si les Etats-Unis franchissent le pas, ils rejoindront dans le club des pays qui ont mis les Frères musulmans sur liste noire, non seulement leurs chers alliés sus-cités, mais aussi la Syrie et la Russie ! Et là, ça risque d’être assez drôle. Comment, par exemple, continuer à financer et appuyer publiquement les White Helmets et autres barbus modérément modérés de l’Idlibistan s’ils sont formellement blacklistés ? Ces considérations n’ont certes jamais empêché la CIA de soutenir des groupes insoutenables (Al Qaïda), mais on parle ici d’opérations clandestines, pas de politique officielle. Cela risque de créer un véritable casse-tête dans les corridors impériaux tandis qu’on imagine déjà le fabuleux retournement de veste des bobos hollywoodiens, en adoration devant les Casques blancs il y a peu encore. L’état-major russe, lui, est mort de rire…

Mais la joie de l’ours va bien au-delà. En satisfaisant leurs alliés les plus proches, les Américains risquent de se couper du reste. En effet, le nombre de gouvernements influencés à des degrés divers par les Frères musulmans est considérable au Moyen-Orient et au-delà. Parmi eux, des pays-clé, théoriquement alliés, qui risquent de très mal prendre la décision américaine et de s’éloigner encore plus de l’orbite impériale sur laquelle ils ont déjà de plus en plus de mal à rester. Vous l’avez compris, on parle ici de la Turquie et du Qatar…

La crise du Conseil de Coopération du Golfe va bientôt entrer dans sa troisième année et ce que nous écrivions il y a 23 mois est toujours d’actualité :

Notre bon vieux Moyen-Orient ne changera donc jamais. Rebondissements, renversements, retournements de veste… une vraie telenovela brésilienne.

La grande affaire très commentée de ces derniers jours est la mise au ban du Qatar par l’Arabie saoudite et ses quelques affidés de circonstance. Si c’était dans les tuyaux depuis une bonne semaine, c’est un véritable séisme dans la région, les précédentes querelles n’ayant jamais conduit à une rupture des relations diplomatiques (…)

D’abord un coup d’oeil sur les pays qui viennent de rompre avec Doha : outre Riyad, l’on trouve principalement l’Egypte, Bahreïn et les Emirats Arabes Unis. Point commun : ces pays sont excédés du soutien qatari bien réel aux Frères musulmans, à la pointe rappelons-le des « printemps arabes » libyen, égyptien et syrien.

Pour le reste, c’est une auberge espagnole qui mêle allègrement farce et réalité. Oui, le Qatar a soutenu l’Etat Islamique et Al Qaeda en Syrak comme nous l’avons montré à plusieurs reprises sur ce blog ; mais voir les Saoudiens l’en accuser est à pleurer de rire étant donné qu’ils ont fait exactement la même chose.

Oui, le Qatar a paradoxalement de bonnes relations avec l’Iran, ce qui passe très mal à Ryad mais aussi à Bahreïn (en proie au printemps chiite passé sous silence dans la MSN occidentale). De même, le Qatar voit d’un mauvais oeil le front américano-israélo-saoudien qui se met en place. Mais est-ce suffisant pour expliquer la soudaine crise ? Sans doute pas, car c’est un véritable noeud gordien auquel nous avons affaire (…)

Cette crise tue dans l’oeuf le projet d’OTAN arabe évoqué par le Donald il y a quinze jours. Soit il aime se tirer des balles dans le pied (pas impossible), soit il n’est pas réellement derrière cette rupture.

Le Qatar accueille la principale base US au Moyen-Orient ; le Pentagone ainsi que le Département d’Etat sont loin d’être aussi ravis que leur commandant en chef. Par le biais de son porte-parole, le Pentagone a d’ailleurs remercié le Qatar et refusé de commenter les déclarations trumpiennes. Quant à Tillerson, il est bien embarrassé, qui appelle les membres du Conseil de Coopération du Golfe à « rester unis » (…)

Car le CCG est la pierre angulaire de l’empire américain dans la région – un peu comme l’UE en Europe – et il est aujourd’hui au bord du gouffre. Après le Brexit, le Qatarxit ? A Washington, les stratèges impériaux ne doivent pas être aux anges… Le Koweït et Oman ont en tout cas refusé de suivre leurs collègues et de rompre leurs relations avec Doha, ce qui fissure encore un peu plus le CCG (…)

Deux piliers du pétrodollar et soutiens du djihadisme en conflit, CCG en crise, Turquie ballotée, Etat profond US divisé… Il faut prendre la rupture saoudo-qatarie pour ce qu’elle est : une énième convulsion du « camp du Bien », un émiettement supplémentaire de l’empire (…)

Officiellement, le Kremlin ne prend pas position. Mais si un coin durable peut être enfoncé entre l’axe américano-saoudo-israélien et la paire turco-qatarie, c’est du pain béni pour Moscou ainsi que pour Téhéran.

On imagine aisément que le classement des Frères musulmans comme organisation terroriste n’arrangera rien. On se demande d’ailleurs dans ces conditions ce que deviendrait la base US au Qatar…

Quant à la Turquie, ses brouilles avec tonton Sam depuis le putschinho de juillet 2016 pourrait remplir une pleine encyclopédie : soutien US aux Kurdes syriens, achat des S-400 russes et même une querelle pastorale ! On imagine la réaction de l’AKP d’obédience frériste si Washington passe à l’acte.

L’empire se retrouve à la croisée des chemins, en pleine quadrature du cercle. Déclinant, il n’a d’autre ressource que de s’arc-bouter sur ses bases et de satisfaire son dernier carré d’alliés. Ce faisant, il s’isole, est en passe de perdre le reste de ses associés et… accélère son déclin.

 

Le Golfe et l’Europe : la guerre par procuration en Libye est un tissu de discours contradictoires

Le Golfe et l’Europe : la guerre par procuration en Libye est un tissu de discours contradictoires

Les rivalités entre les pays européens et ceux du Golfe se jouent en Libye, mais les intérêts du peuple sont bien loin des préoccupations des puissants
Cette capture d’écran d’une vidéo publiée le 16 avril par l’ANL montre des combattants qui avancent sur Tripoli (division de l’information de guerre de l’ANL/AFP)

La crise en Libye se caractérise par de multiples discours, chacun servant les intérêts d’un ou de plusieurs des nombreux acteurs en compétition sur le terrain pour les restes de l’ancienne Jamahiriya du colonel Mouammar Kadhafi.

Cependant, la dramatique réalité est un conflit déterminé presque exclusivement par des intérêts internationaux très éloignés de la société.

La Libye est particulièrement façonnée par la crise dans le Golfe : le Qatar, la Turquie et l’Italie s’opposent à l’Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis (EAU), à l’Égypte et à la France – les États du Golfe étant les acteurs les plus importants.

Par conséquent, croire que l’Italie, la France ou l’Égypte sont les principaux acteurs extérieurs du conflit libyen est une grave erreur.

La crise économique mondiale a radicalement transformé les relations entre ces acteurs et les monarchies du Golfe, lesquelles constituent la principale source de financement des programmes industriels européens, faisant ainsi d’eux des alliés dociles et accommodants pour les politiques régionales les plus controversées.

La Libye est par ailleurs devenue le théâtre d’une guerre par procuration entre ces différents acteurs, les Saoudiens et les Émiratis soutenant Khalifa Haftar contre des groupes financés par le Qatar et qualifiés par le général de terroristes islamistes.

Renverser Kadhafi

En 2011, l’intervention du Qatar et de la France, qui ont transformé un soulèvement local spontané en un conflit de grande envergure, a déterminé l’effondrement du régime de Kadhafi.

Le Qatar a offert un soutien politique – et probablement financier – aux islamistes traditionnels dont les positions n’étaient pas hostiles envers les monarchies autoritaires du Golfe.

La faiblesse de la plupart des organisations politiques confessionnelles locales l’a toutefois conduit à se concentrer exclusivement sur les Frères musulmans, révélant ainsi les limites et les ambiguïtés idéologiques du groupe.

La France s’intéressait à la possibilité d’éroder la domination de l’Italie sur le marché de l’énergie et le secteur des infrastructures en Libye

La France, pour sa part, considérait la Libye principalement d’un point de vue économique, et s’intéressait à la possibilité d’éroder la domination de l’Italie sur le marché local de l’énergie et le secteur des infrastructures.

Le soutien initial de la France au Qatar en Libye a également répondu à la nécessité d’apaiser ses partenaires économiques dans le Golfe.

La chute de Kadhafi – obtenue grâce à une campagne de désinformation à grande échelle et à l’intervention de l’OTAN – a constitué à la fois un succès et un échec pour le Qatar, avec la résurgence des Frères musulmans, la colère des Émirats et le début d’une nouvelle phase de conflit.

Finalement, cela a conduit à la marginalisation du Qatar grâce au puissant soutien accordé à l’Égypte et au général Khalifa Haftar.

De cette polarisation, des discours contrastés et contradictoires ont émergé. D’un côté, la campagne de Haftar contre Tripoli s’est muée en bataille des forces laïques contre le terrorisme et le radicalisme islamique, tandis que de l’autre, il s’agissait d’un affrontement entre les forces révolutionnaires – celles qui avaient promu la révolte contre Kadhafi – et réactionnaires.

Le tissu de discours et d’accusations réciproques entre milices, tribus, partis et familles n’en est pas moins complexe.

La guerre par procuration du Golfe

La polarisation du conflit libyen a alimenté la fragmentation politique et territoriale. L’apogée de la confrontation est représentée par la dichotomie entre la vision politique du Qatar et celle des Émirats arabes unis, soutenus par l’Arabie saoudite. Immédiatement derrière cette dimension se trouvent les intérêts d’autres acteurs régionaux.

L’Italie, la Turquie, l’Algérie et la Tunisie soutiennent le Qatar, tandis que les Émirats arabes unis sont alignés avec l’Arabie saoudite, l’Égypte, la France et, pour des raisons différentes, la Russie. Il est plus difficile de définir le rôle des États-Unis, qui sont passés d’une position plus proche du Qatar sous l’administration Obama à une approche plus confuse et souvent changeante sous le président Donald Trump.

Le général Khalifa Haftar participe à une conférence sur la Libye à Paris, le 29 mai 2018 (AFP)

L’Italie tente de défendre ses intérêts énergétiques et infrastructurels en Libye, ainsi que son influence politique et son désir de limiter les migrations à travers cet État nord-africain.

La Tunisie, seul pays du Maghreb où survit une alliance politique associant forces laïques et islamiques, partage des préoccupations communes en matière de sécurité avec la Libye, le long de sa frontière sud.

Pour sa part, la Turquie a toujours manifesté son soutien à l’entité politique de Tripoli, à la fois en raison de la présence de forces islamistes, mais également en raison de réserves croissantes quant aux politiques régionales de Riyad et d’Abou Dabi.

L’Arabie saoudite n’a pas accordé une attention particulière à la Libye, se concentrant davantage sur le fait de repousser des Frères musulmans en Égypte. Riyad soutient les Émirats arabes unis en Libye davantage en raison de leur vision générale commune.

Menace existentielle

L’Égypte est le principal allié des EAU dans la crise en Libye, à la fois en raison de leur lutte commune contre les Frères musulmans et en raison d’inquiétudes stratégiques quant à la sécurité de la longue frontière occidentale entre l’Égypte et la Libye.

La prolifération de combattants armés dans le Sinaï constitue une menace existentielle pour le Caire et la possibilité d’un autre front de crise à l’ouest constitue un danger concret.

La France, pour sa part, considère la Libye à travers les multiples strates d’intérêts locaux liés à la production d’énergie et au développement des infrastructures, et d’opportunités régionales, grâce à l’apaisement de celles qui alimentent l’industrie française.

L’attitude de la Russie à l’égard de la Libye est plus fluide et plus incertaine, reposant sur un mélange d’opposition aux États-Unis et de volonté de se projeter davantage vers la Méditerranée.

Libye : une nouvelle année sanglante causée par l’ingérence occidentale

Lire

Au niveau local, la Libye est divisée entre le Gouvernement d’union nationale (GNA) et la Chambre des représentants. Le contrôle du territoire libyen reste toutefois l’apanage d’un niveau inférieur, représenté par un grand nombre de milices territoriales dont la cohérence et l’orientation politique varient de l’une à l’autre.

Elles ne s’intéressent guère à la définition d’une solution collective au niveau national, mais se concentrent plutôt sur les intérêts locaux.

Haftar est le commandant de l’autoproclamée armée nationale libyenne (ANL), qui, malgré son nom grandiose, est en réalité un groupe de milices très différentes en nombre, en capacité et en extraction politique. L’ANL comprend des unités militaires proches des anciens dirigeants de Kadhafi et des milices salafistes, ainsi que des groupes plus petits formés à la suite de la guerre civile de 2011.

Impasse militaire

Haftar peut compter sur le soutien – plutôt ambigu et souvent versatile – de certaines milices de Zintan, ainsi que de plusieurs mercenaires d’origine européenne, russe et de la région.

Le conflit qui oppose aujourd’hui le GNA à la Chambre des représentants dans la banlieue de Tripoli résulte d’une trahison flagrante de Haftar

Ce n’est que récemment que le GNA a réussi à sceller une union formelle, mais extrêmement instable, des principales milices engagées dans la défense de Tripoli. La force de protection de Tripoli a repoussé l’attaque lancée récemment par Haftar. Le GNA est également soutenu par plusieurs milices de Misrata.

Le conflit qui oppose aujourd’hui le GNA à la Chambre des représentants dans la banlieue de Tripoli résulte d’une trahison flagrante de Haftar qui, à la suite des réunions de réconciliation nationale à Ghadamès, a tenté d’assurer son propre leadership et l’appui de la communauté internationale, lançant un conflit sous prétexte de lutter contre le terrorisme.

Cependant, faute d’un soutien matériel de leurs alliés du Golfe, les forces de Haftar ont subi des pertes considérables, ce qui a entraîné une impasse militaire sans solution immédiate.

– Nicola Pedde est le directeur de l’ISG-Institute for Global Studies, basé à Rome et à Bruxelles, un think tank indépendant sur le Moyen-Orient et l’Afrique. Il a travaillé pendant près de vingt ans en tant qu’analyste de la politique et la sécurité au Moyen-Orient pour le ministère italien de la Défense.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Nicola Pedde
Nicola Pedde is the Director of the Rome and Brussels based IGS-Institute for Global Studies, an independent think tank focusing on Middle East and Africa. He has worked for almost two decades as an analyst on Middle East politics and security for the Italian MoD.

L’Egypte réagit aux crises libyenne et soudanaise

L’Egypte réagit aux crises libyenne et soudanaise

Le 23 avril dernier, deux sommets africains se sont tenus au Caire, concernant la situation en Libye et au Soudan. La place de l’Egypte semble effectivement singulière dans l’environnement régional.

Un îlot de stabilité en Afrique du nord-est ?

L’Egypte se perçoit actuellement comme le seul pays stable de son environnement africain immédiat. Sous la pression des manifestations, l’armée soudanaise n’arrive pas à nommer de chef d’Etat qui fasse consensus, l’opposition exigeant un gouvernement civil. Il est encore tôt pour présager de l’avenir politique du Soudan. À l’ouest, la situation libyenne est plus instable encore : le maréchal Haftar a lancé une offensive sur Tripoli contre le gouvernement Sarraj. Malgré les appels de l’ONU pour la paix, le conflit continue. Dans ce contexte, l’Egypte reste largement stable. Toute déstabilisation soudanaise ou libyenne de grande ampleur pourrait avoir des conséquences directes sur la situation intérieure égyptienne, comme des flux migratoires incontrôlés ou l’apparition de groupes armés transnationaux.

Pour le Caire, la pression est également interne. L’Egypte a connu sa révolution en 2011, et le pouvoir actuel est le fruit d’un coup d’Etat en 2013 mettant fin au gouvernement élu des Frères Musulmans. Le déficit de légitimité du pouvoir égyptien peut avoir un écho différent alors que les régimes militaires du Soudan et d’Algérie sont contestés. Il est donc important pour le Caire de répondre rapidement, notamment en rappelant l’impératif de sécurité et de stabilité. À ce titre, les réalisations égyptiennes sont impressionnantes : le nombre d’attentats terroristes a largement diminué ces dernières années. La guerre contre les groupes terroristes a porté ses fruits.

Une politique égyptienne qui s’inscrit dans un contexte arabe et africain

L’enjeu prend une ampleur régionale stratégique supplémentaire. Lorsque l’on suit les déclarations officielles du gouvernement égyptien, on voit de plus en plus d’appels à l’unité arabe. Par exemple, lundi 22 avril, le Premier ministre égyptien Mostafa Madbouli rencontre l’Arab Federation of Exchanges(institution de coordination entre les bourses des pays arabes). Il déclare ensuite que les pays arabes doivent renforcer la coopération financière. L’Egypte se pense peut-être futur leader du monde arabe (ou veut se montrer en interne comme tel), ce qu’elle a été à la grande époque nassérienne. Cette analyse est trop prématurée pour être totalement prise au sérieux. Il est toutefois intéressant de rappeler que la Libye, comme le Soudan, sont membres de la Ligue Arabe.

D’un point de vue plus pragmatique, le Soudan d’Omar el Bechir s’est beaucoup rapproché de la Turquie d’Erdogan, grand ennemi du maréchal Al Sissi. La Turquie a notamment obtenu une base militaire en mer rouge, sur la presqu’île de Suakin. Outre la rivalité égypto-turque en mer rouge, la souveraineté d’Ankara sur Suakin peut être perçue comme une menace directe pour le Caire. Une réponse égyptienne est donc nécessaire, et le référent arabe peut avoir une certaine logique.

Toutefois, les sommets égyptiens restent avant tout africains : plusieurs pays d’Afrique ont été conviés, comme les Présidents tchadien ou sud-africain. L’Union africaine, présidée par l’Egypte cette année, est également attendue. Le Caire se concerte donc avec les autres pays, et avec les institutions locales, avant d’effectuer la moindre action. L’occasion de se positionner comme initiateur de solutions diplomatiques, et leader continental dans l’exercice de ses fonctions.

Le passif égyptien au Soudan

Plusieurs journalistes ou analystes soudanais pro-révolution ont manifesté sur Twitter leur colère contre le sommet égyptien. La révolution soudanaise s’est faite largement à l’ombre des média étrangers pendant plusieurs mois, de décembre 2018 à avril 2019. Les manifestants n’accepteront probablement aucune intervention étrangère post-révolution (ou en cours de révolution). De plus, l’Egypte d’Al Sissi n’est certainement par le symbole le plus apprécié des manifestants soudanais, pour deux raisons.

Tout d’abord, Al Sissi reste un militaire qui a mis fin au printemps égyptien. Les analystes soudanais ont ainsi rappelé tant son manque de légitimité que ses actions « criminelles » et anti-démocratiques. Ensuite, au XIXème siècle, l’Egypte ottomane a conquis et annexé le Soudan. Lorsque l’Egypte devient indépendante en 1922, elle co-administre le Soudan avec le Royaume-Uni. Après la révolution égyptienne de 1952, la question soudanaise se repose, l’indépendance n’étant finalement acceptée qu’en 1956. Toute intervention égyptienne dans les affaires soudanaises risque donc d’être perçue comme « néo-coloniale ».

Bibliographie

Anne-Claire de Gayffier-Bonneville, Histoire de l’Egypte moderne : L’éveil d’une nation, 2016

Marc Lavergne, Le Soudan contemporain, 1989

Eddie Rabeyrin., La Turquie de retour sur la mer Rouge, Le Monde, 17 Janvier 2018

Prime Minister Of Egypt Meets With The Arab Federation Of Exchanges Chairman And Members – Madbouli Stresses On The Importance Of Strengthening Coordination And Integration Between The Arab Exchanges In Light Of The Pivotal Role Played By Financial Markets In The Global Economy, Mondo Visione, 22 Avril 2019

About Thomas CIBOULET

L’« Otan arabe » sérieusement compromise

L’« Otan arabe » sérieusement compromise

  

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Alors que le projet de « deal du siècle » des États-Unis devrait être prochainement révélé, l’Égypte a fait savoir, le 14 avril 2019, qu’elle ne participerait pas à l’Alliance stratégique moyen-orientale (Middle East Strategic Alliance) dite « Otan arabe ». Le retrait de l’armée arabe la plus nombreuse obère le projet.

L’Égypte estime ne pas avoir d’objectif stratégique commun avec les autres États susceptibles de rejoindre cette alliance, ni avoir de raison de se placer sous commandement saoudien.

La participation du Qatar et du Sultanat d’Oman était déjà implicitement improbable.

Le projet d’une alliance israélo-arabe avait été formulé la première fois par le président Barack Obama dans sa Doctrine de sécurité nationale (6 février 2015). L’idée avait été reprise par la Ligue arabe (sans mentionner la participation israélienne) lors de son sommet de Charm el-Cheick (1er avril 2015) sous le nom de « Force arabe de Défense commune ». Donald Trump avait imposé des achats démesurés d’armes US à l’Arabie saoudite (20 mars 2018) et évoqué alors une possible prise de commandement saoudienne d’une hypothétique « Otan arabe ». La réalisation de ce projet avait été annoncée par Mike Pompeo lors de son discours à l’université arabe du Caire (10 janvier 2019).

Le projet d’« Otan arabe » a été présenté à l’opinion publique comme une alliance contre l’expansionnisme iranien. Dans la pratique, il s’agirait d’une alliance judéo-sunnite contre les chiites. Cependant, selon un document US révélé par Reuters, le véritable objectif de ce groupe serait de prévenir l’influence russe et chinoise dans la région.

Quoi qu’il en soit, le surnom d’Otan arabe indique que cette alliance « arabe » sera pilotée par le Pentagone. Israël devrait y jouer secrètement le même rôle que le Royaume-Uni au sein du Pacte de Bagdad, durant la Guerre froide. L’alliance se limiterait à organiser l’interopérabilité des armées nationales, mais pas d’opération militaire commune. Elle veillerait surtout à la compatibilité des armements, donc à maintenir l’achat d’armes US.

Le président Trump considère comme plus important de développer les emplois aux États-Unis que de guerroyer au Moyen-Orient. L’Alliance stratégique moyen-orientale lui offre des débouchés considérables pour son industrie militaire.

La réalisation des manœuvres communes « Bouclier arabe 1 » (Arab Shield 1), en novembre 2018, avait posé les jalons de cette alliance militaire. Les armées d’Arabie saoudite, du Bahreïn, d’Égypte, des Émirats arabes unis, de Jordanie et du Koweït, s’y étaient engagées sous l’œil attentif des observateurs des armées du Liban et du Maroc.

https://www.voltairenet.org/article206069.html

Les archéologues égyptiens dévoilent une tombe de 4 400 ans…

REGARDER: Les archéologues égyptiens dévoilent une tombe de 4 400 ans recouverte de peintures spectaculaires

REGARDER: Les archéologues égyptiens dévoilent une tombe de 4 400 ans recouverte de peintures spectaculaires
Les archéologues égyptiens ont dévoilé une tombe incroyablement détaillée et décorative dans le gouvernorat de Gizeh. Le site, vieux de 4 400 ans, appartenait à un noble de la cinquième dynastie appelé «Khuwy».

Les chambres de la tombe en forme de L portent des inscriptions et des reliefs colorés si bien conservés que les experts qui ont fouillé le site ont pu discerner les empreintes digitales du peintre de la tombe.

La tombe elle-même est principalement faite de blocs de calcaire blanc, tandis que les superbes peintures ont été créées avec une résine verte spéciale, selon le ministère égyptien des antiquités.

ÉGALEMENT SUR RT.COMUne énormeQUANTITÉd’animaux momifiés découverts dans une tombe égyptienne à 2 000 ans (PHOTOS, VIDÉO)

ÉGALEMENT SUR RT.COMUne énormeQUANTITÉd’animaux momifiés découverts dans une tombe égyptienne à 2 000 ans (PHOTOS, VIDÉO)

Des Frappes Aériennes Non- Identifiées (FANI) En Libye

Analysis

Des Frappes Aériennes Non- Identifiées (FANI) En Libye

La question du jour : quel est le pays tiers qui fournit ces fameux avions de combat fantômes dont l’un d’eux a bombardé certaines pistes de l’aéroport militaire de Mitiga près de Tripoli ?

La guerre de faible et moyenne intensités en Libye fut l’occasion pour l’usage d’aéronefs de guerre anonymes et non-identifiés pour assister l’un ou l’autre des principaux belligérants.

Des aéronefs pilotés et sans pilote des États-Unis, du Royaume-Uni, de France, d’Italie, d’Égypte, des Émirats Arabes Unis, du Qatar, de Turquie et même de certains pays d’Europe orientale (en sous-traitance avec cahier de chargé) ont participé à ces frappes aériennes non identifiées en Libye. Ce phénomène passé sous silence par les grands médias a un nom : FANI ou Frappes Aériennes Non-Identifiées.

Les forces du maréchal Khalifa Haftar avancent sur Tripoli où siège le Gouvernement d’union nationale présidé par Al-Sarraj, le seul qui soit reconnu par la communauté internationale. Cette avancée des forces de la Cyrénaïque vers la Tripolitaine aggrave un vieux clivage historique entre l’Est et l’ouest de la Libye.

https://strategika51.org/archives/62275