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Mauvaise nouvelle pour le climat : la France commence à importer du gaz de schiste

ENERGIE

Mauvaise nouvelle pour le climat : la France commence à importer du gaz de schiste

PAR OLIVIER PETITJEAN

L’affaire avait fait grand bruit il y a trois ans : la France, qui a interdit l’exploitation du gaz de schiste sur son propre territoire, allait-elle importer du gaz de schiste en provenance des États-Unis ? Cette source d’énergie très controversée, en raison des impacts environnementaux de la fracturation hydraulique, allait-elle quand même alimenter les chaudières et plaques de cuisson françaises ? La réponse est oui.

Les importations de gaz de schiste américain ont effectivement commencé à l’automne 2018, selon les données rendues publiques par l’agence état-sunienne d’information sur l’énergie. Et cela ne fait que commencer. Le navire méthanier Provalys, revendu l’année dernière par Engie à Total, devait accoster cette semaine au port de Montoir, à proximité de Saint-Nazaire, en provenance du terminal d’exportation de gaz de Sabine Pass. Celui-ci, situé à la frontière entre la Louisiane et le Texas, appartient à la firme américaine Cheniere. Le Provalys semble avoir changé de cap depuis la première publication de cet article (voir précisions ci-dessous).

« Le gaz naturel américain est importé directement en France depuis fin 2018 »

Elengy, filiale d’Engie qui gère le terminal méthanier de Montoir (et deux terminaux similaires à Fos-sur-Mer), a confirmé à l’Observatoire des multinationales que « le gaz naturel américain est importé en Europe depuis 2017 et directement en France depuis fin 2018 ». Tout en ajoutant que « le nom des importateurs et le détail des cargaisons sont des informations commercialement sensibles que nous ne sommes pas autorisés à divulguer ». Même invocation du secret commercial du côté du quatrième et dernier terminal méthanier française, celui construit par EDF à Dunkerque, récemment revendu à l’opérateur belge Fluxys.

L’Observatoire des multinationales, édité par Basta !, a donc sollicité les entreprises susceptibles d’avoir acheté ce gaz pour le distribuer en France, à savoir les fournisseurs EDF, Engie et Total (qui a récemment absorbé Direct Energie et Lampiris sous la marque Total Spring, prenant la troisième place du marché). Aucune n’a souhaité répondre. L’autre possibilité est que ce gaz ait été acheté par des clients industriels, par exemple pour produire… du plastique (lire à ce sujet : Les liens étroits et méconnus entre le gaz de schiste et l’explosion des déchets plastiques).

Contrats d’approvisionnement signés… au moment de la COP 21

En 2015, juste avant la Conférence de Paris sur le climat, Engie et EDF avaient signé des accords d’approvisionnement avec Cheniere, pionnière de l’exportation du gaz de schiste américain avec les terminaux de Sabine Pass et de Corpus Christi (voir ici). Selon les données officielles, la majorité du gaz exporté vers la France transite par le terminal de Sabine Pass, et par celui de Cove Point, dans la baie de Chesapeake, appartenant à Dominion Energy.

L’essor du gaz de schiste aux États-Unis, un pays qui était auparavant un importateur net, a créé une situation de surproduction et une baisse des prix. Les industriels états-uniens se sont donc rapidement intéressés aux marchés d’exportation. La construction de plusieurs dizaines de nouveaux gazoducs et terminaux méthaniers est planifiée le long des côtes du golfe du Mexique et de la façade Atlantique, dont certains financés par des banques françaises, en particulier la Société générale.

Le gaz, aussi nuisible pour le climat que les autres hydrocarbures

La contestation de ces nouvelles infrastructures gazières est aujourd’hui tout aussi virulente aux États-Unis que celle liée aux impacts locaux de la fracturation hydraulique – contamination de l’eau, séismicité, pollution de l’air, etc (voir ici). Le gaz est souvent présenté par les industriels comme une source d’énergie plus « propre » que le pétrole ou le charbon, et donc plutôt bénéfique pour la transition énergétique. Un discours porté en France par Engie et Total.

En réalité, si l’on tient compte de l’ensemble de la filière et notamment des émissions fugitives de méthane, un gaz à effet de serre plus puissant que le CO2, le gaz est tout aussi nuisible pour le climat que les autres hydrocarbures, voire davantage. De ce point de vue aussi, l’arrivée massive de gaz américain en France et en Europe n’est pas une bonne nouvelle.

NOTE : Depuis la première publication de cet article le 8 mars 2019, le Provalys a changé de cap. Même si sa destination officielle est toujours Nantes, il est actuellement (au 13 mars au matin) en train de tourner en rond à proximité de l’archipel des Açores. Il est possible qu’il attende une offre plus lucrative pour sa cargaison.

Olivier Petitjean

https://www.bastamag.net/Mauvaise-nouvelle-pour-le-climat-la-France-commence-a-importer-du-gaz-de

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Refroidissement climatique sur l’Atlantique

Refroidissement climatique sur l’Atlantique (éditorial paru dans l’édition du 26/02/19)

Conférence de Munich sur la sécurité

Février 2019, Munich. La 55ème édition de la Conférence annuelle sur la Sécurité a laissé beaucoup de participants occidentaux désemparés. Jamais les tensions entre alliés de part et d’autre de l’Atlantique n’avaient paru aussi fortes.

Il y a d’abord la guerre commerciale que le président américain entend mener contre l’Europe, contre l’Allemagne en particulier. Ensuite, sur le plan diplomatico-militaire, les défenseurs d’une « autonomie stratégique » du « pilier européen » au sein de l’Alliance atlantique se sont une nouvelle fois confrontés aux partisans d’un monopole de l’OTAN. Autre empoignade : Washington voudrait contraindre Paris, Berlin et Londres à dénoncer l’accord nucléaire signé en 2015 avec Téhéran. Par ailleurs, le bras de fer se poursuit entre dirigeants américains et allemands sur le doublement du gazoduc Nord Stream qui fournit du gaz russe à l’économie d’outre-Rhin. Enfin, les Etats-Unis jettent aux orties le traité signé avec Moscou en 1987 interdisant les missiles à moyenne portée en Europe. Les dirigeants européens reprennent certes l’argument américain accusant la Russie de violer ledit accord, mais trouvent tout de même saumâtre d’être mis devant le fait accompli alors même qu’il s’agit de la sécurité du Vieux continent.

A Munich, Angela Merkel a choisi un ton peu diplomatique pour mettre en cause la politique de la Maison-Blanche. Pour sa part, le vice-président Michael Pence a affiché une ostensible arrogance : « aujourd’hui, l’Amérique est plus forte qu’elle ne l’a jamais été, et est redevenue le leader mondial ». Le caractère de Donald Trump, provocateur et imprévisible, donne à ces contradictions une virulence inédite. Les responsables européens vivent dans la frayeur du prochain Tweet présidentiel.

Qui plus est, les oppositions ne se situent pas seulement entre les deux rives de l’Atlantique, mais au sein même de chaque camp. Plusieurs pays orientaux de l’UE, par exemple, se rangent plus volontiers dans le camp de Washington que dans celui de Bruxelles. A l’inverse, Joseph Biden, le prédécesseur démocrate de M. Pence, également présent dans la capitale bavaroise, a rêvé d’organiser avec l’UE « le monde des cinquante prochaines années ».

Entre les deux rives de l’Atlantique, il y n’y a pas de contradiction idéologique, mais bien choc des intérêts

En réalité, entre Occidentaux, les contradictions ne sont pas idéologiques. Tous accusent Moscou d’être la cause des malheurs du monde (du reste, sans la Russie, comment pourrait-on justifier l’OTAN ?). Tous redoutent l’émergence de la Chine. Tous communient dans le culte du marché et de la gouvernance globale faisant fi des souverainetés des Etats. Tous s’inscrivent dans une logique de domination mondiale incluant le « droit d’ingérence » (aujourd’hui brandi contre Caracas). En revanche, il y a bel et bien choc des intérêts dans de nombreux domaines. Dans deux en particulier : les marchés d’armements, et l’énergie.

Les marchands de canons européens veulent accroître leur part du gâteau sonnant et trébuchant face à leurs homologues américains peu enclins à laisser mettre en cause leur suprématie. C’est à cette aune qu’il faut comprendre les affrontements en matière d’« Europe de la Défense ». Les projets et marchés des systèmes d’armes du futur se chiffrent en milliers de milliards de dollars.

Le secteur de l’énergie n’est pas moins considérable, d’autant qu’il joue un rôle crucial dans les dépendances de demain. Ce n’est peut-être pas un hasard si se trouvent aujourd’hui dans l’œil du cyclone l’Iran et le Venezuela, membres fondateurs de l’OPEP ; si le gazoduc Nord Stream II oppose si violemment Washington et Berlin ; si les dirigeants américains et européens s’écharpent à propos du combat contre le réchauffement climatique (une « bataille » pour laquelle les élites européennes mobilisent des milliers d’« idiots utiles ») : alors que l’Oncle Sam a atteint l’autosuffisance pétrolo-gazière, c’est loin d’être le cas pour le Vieux continent dont les dirigeants souhaitent donc réduire leur dépendance aux hydrocarbures.

En toile de fond, un dernier facteur torture les chefs de l’Union européenne et les médias qui leur sont fidèles : la « montée des populismes », terme convenu qui recouvre les insurrections populaires latentes ou tâtonnantes contre la régression sociale et la mise en cause toujours plus drastique des souverainetés (Brexit, Gilets jaunes, tsunami électoral italien…). De fait, si les dirigeants européens voient des rivaux à Washington, leurs véritables ennemis n’avaient pas été invités à Munich – mais étaient dans toutes les têtes.

Les peuples.

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LES BRÈVES DE L’AFP SUR CONNAISSANCE DES ÉNERGIES

LES BRÈVES DE L’AFP SUR CONNAISSANCE DES ÉNERGIES
 
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15 févr. 2019 – 15h47
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15 févr. 2019 – 12h45
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15 févr. 2019 – 11h21
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15 févr. 2019 – 08h39
Eni annonce avoir presque doublé son bénéfice net ajusté en 2018
15 févr. 2019 – 08h15
EDF: propositions attendues d’ici la fin de l’année sur une éventuelle réorganisation
15 févr. 2019 – 07h42
EDF: le bénéfice net a chuté en 2018 mais le nucléaire français a rebondi
15 févr. 2019 – 01h34
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Venezuela : enquête sur la nouvelle direction de Citgo nommée par Juan Guaido
14 févr. 2019 – 20h44
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http://tracking.connaissancedesenergies.org/view?msgid=f8Itbg9srv2LsGXoCauAUg2

Quels instruments privilégier pour financer la transition énergétique française ?

Quels instruments privilégier pour financer la transition énergétique française ?

Jacques Percebois – Professeur à l’Université Montpellier I

Professeur émérite à l’Université de Montpellier (CREDEN)
Coresponsable du pôle Transitions énergétiques à la Chaire Économie du Climat (Paris-Dauphine)

Un grand débat s’est ouvert en France sur les grandes questions de société et l’énergie est l’un des thèmes abordé, notamment parce que c’est l’augmentation du prix des produits pétroliers qui a été l’un des détonateurs de la contestation populaire.

Que le prix du pétrole monte, la France n’y peut rien ; mais si dans le même temps le gouvernement accroît la taxe carbone, même si c’est au nom de l’intérêt général à long terme, alors la mesure paraît contestable pour ceux qui sont dans la précarité énergétique ou au seuil de cette précarité.

Rappelons que les ménages français dépensent en moyenne 9% de leur revenu pour financer leurs achats d’énergie (logement et mobilité), mais il s’agit là d’une moyenne (pour certains, c’est presque deux fois plus). La « fin du mois » passe donc avant la « fin du monde » pour de nombreux Français.

Les questions liées au financement des choix énergétiques sont donc très sensibles. Mais avant d’envisager les moyens les plus adaptés pour financer la transition énergétique recherchée, il importe d’en rappeler les principaux objectifs.

Les objectifs

Les objectifs français en matière de transition énergétique sont relativement consensuels : atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, ou du moins s’en rapprocher, tout en garantissant une certaine indépendance énergétique de la France et ceci à un coût qui soit supportable tant pour la compétitivité des entreprises que pour le portefeuille des ménages.

Sur les grandes cibles relatives au mix énergétique, le consensus est moindre. Il est prévu de réduire sensiblement la consommation finale d’énergie (de près de moitié à l’horizon 2050, ce qui est très ambitieux), de promouvoir la pénétration des énergies renouvelables qui doivent représenter 40% de la production d’électricité dès 2030 et de limiter la part du nucléaire à 50% de cette production en 2035.

La réduction de la consommation d’énergie impose d’accroître très fortement l’efficacité énergétique des bâtiments et de réduire drastiquement la consommation de carburants (en particulier « carbonés ») dans les transports. Cela se traduira par une électrification croissante des usages, y compris dans la mobilité, faisant du gaz, y compris « durable », le « perdant » potentiel de cette transition.

On peut aussi contester le bien-fondé d’une réduction du poids du nucléaire, considérant que cela n’améliore pas le bilan carbone de la France et risque de fragiliser notre industrie ; mais nous considérerons ici la politique énergétique telle qu’elle est actuellement fixée par les pouvoirs publics.

Les moyens

En principe, la règle est simple en économie de marché : c’est le consommateur final qui paie et le prix doit couvrir le coût complet de mise à disposition du produit (externalités comprises). C’est le principe dit de « vérité des prix ».

En pratique, c’est plus compliqué : il faut tenir compte des coûts d’opportunité (ce à quoi on renonce) et des coûts dits « échoués » (coûts supportés par les « perdants », les exploitants des centrales à charbon ou des centrales nucléaires que l’on ferme prématurément par exemple) et ceux-ci ne sont pas faciles à évaluer ; ils sont donc souvent ignorés.

Quant aux coûts directs, induits et « externes » ils ne peuvent être valablement estimés que dans le cadre d’une analyse du « cycle de vie » des produits. Le coût de production des cellules photovoltaïques importées de Chine devrait par exemple inclure le coût des émissions de carbone générées par la production in situ si c’est avec de l’électricité à base de charbon, et par le transport maritime si ce sont des navires propulsés avec du fioul qui acheminent ces produits en Europe.

Le contribuable ne doit être sollicité que pour financer les missions de service public liées à la solidarité intra-générationnelle (lutter contre la précarité énergétique par exemple) ou intergénérationnelle (financer de la R&D qui permettra aux générations futures de ne pas supporter certains coûts induits par les comportements de la génération présente par exemple). Les marchés sont dits « incomplets » en ce sens que certaines décisions prises aujourd’hui peuvent enfermer nos descendants dans des choix qu’ils ne souhaiteront pas et pour lesquels ils ne peuvent pas s’exprimer dans le débat actuel.

Impôts et taxes

Il faut à ce niveau distinguer l’impôt, qui est un prélèvement obligatoire non affecté, de la taxe, qui est normalement un prélèvement obligatoire lié ou affecté à un usage particulier.

Il est par exemple légitime de taxer les véhicules diesel et à essence pour compenser les externalités liées à la pollution et les inciter à choisir un autre mode de mobilité (cas de la TICPE qui comprend en outre une composante « taxe carbone »). La taxe doit-elle dans ce cas être affectée ?

Du strict point de vue de l’affectation optimale des ressources, la réponse est non puisqu’il s’agit de compenser un coût. Mais le législateur peut décider de l’affecter pour promouvoir la pénétration des énergies « décarbonées » comme c’est le cas aujourd’hui d’une partie de la TICPE qui prend en charge le surcoût lié aux prix d’achat garantis dont bénéficient les énergies solaire et éolienne par exemple (le produit de la CSPE étant dorénavant versé au budget général de l’État, ce qui permet de financer certaines dépenses à caractère distributif).

Cela constitue donc une « subvention croisée » entre consommateurs, les automobilistes payant pour les consommateurs d’électricité « verte ». Jusqu’en 2017 cette « subvention croisée » était limitée aux seuls consommateurs d’électricité puisque c’était la CSPE qui prenait en charge ce surcoût(1).

Il est légitime d’instaurer une taxe carbone et de l’accroître au fur et à mesure que l’on cherche à réduire les émissions mais il faut accompagner cette mesure d’un dispositif permettant aux plus modestes d’en supporter le coût. Cela peut prendre la forme d’un chèque « mobilité » ou d’une aide à l’acquisition d’un véhicule plus économe mais la difficulté est, dans ce cas, de bien analyser au départ tous les effets des mesures proposées avant de s’engager.

Il faut à la fois éviter « l’effet d’aubaine » (aider ceux qui n’en ont pas vraiment besoin) et l’effet « passoire » (laisser de côté ceux qui devraient en bénéficier mais que l’on n’a pas pu identifier).

Les transports

Comment inciter les automobilistes à opter pour de nouveaux équipements plus coûteux et moins polluants ? On peut renforcer les normes antipollution, choisir d’accorder une réduction d’impôt sur le revenu aux automobilistes qui acquièrent des véhicules moins polluants, du moins pour ceux qui paient l’impôt sur le revenu, ou attribuer une subvention à l’acquisition d’un nouveau véhicule(2).

Une solution à la fois efficace et équitable est d’utiliser de préférence le mécanisme du « bonus-malus ». La taxe prélevée sur les véhicules polluants finance l’acquisition des véhicules propres. Il faut néanmoins s’assurer qu’il n’y a pas là encore « d’effets d’aubaine » pour certains automobilistes (ceux qui auraient fait ce choix en l’absence de subvention), ni de trop fortes inégalités pour ceux qui ont du mal à changer de véhicule quelle que soit l’incitation financière. Il faut aussi vérifier que le produit des taxes sera suffisant pour financer les aides, faute de quoi ce système devient coûteux pour le budget de l’État.

Le logement

Dans le domaine du logement, l’effort sera considérable si l’on veut atteindre les objectifs recherchés tant au niveau de l’isolation que de la réduction des consommations d’énergie liées au chauffage. Certes on peut opter pour des normes de plus en plus contraignantes mais là encore ce sont les ménages les plus modestes (en général les locataires à faibles revenus ou les propriétaires de pavillons de banlieue mal isolés et chauffés au fioul) qui risquent d’être le plus pénalisés.

Les subventions comme les dégrèvements fiscaux sont des solutions mais il faut accompagner ces mesures d’une étude détaillée des effets sur la distribution des revenus, donc sur le pouvoir d’achat des différentes catégories de ménages.

Une solution est sans doute celle du « tiers financement », qui consiste pour un opérateur à prendre en charge l’investissement à financer (isolation ou changement de chaudière) et à récupérer sa mise au fur et à mesure que les économies d’énergie feront sentir leurs effets sur la facture du bénéficiaire. Ces opérateurs sont soit des organismes publics, soit des organismes privés de type bancaire. Le mécanisme des CEE (« certificats d’économies d’énergie ») va dans ce sens.

Et l’emprunt dans tout cela ?

S’endetter pour financer des investissements liés à la transition énergétique, que ce soit au niveau de la production et de la distribution de l’énergie ou à celui de l’efficacité énergétique, n’a rien de choquant et est même tout à fait légitime lorsque l’emprunteur est une entreprise, privée ou publique, ou un consommateur final.

C’est plus discutable si c’est la puissance publique, notamment l’État, car c’est risquer dans ce cas de reporter sur la génération suivante le remboursement des emprunts qui profiteront aux générations présentes sans que ce générations futures ne profitent nécessairement des investissements qui seront réalisés. Certes certains investissements réalisés aujourd’hui profiteront encore aux générations futures (les réseaux par exemple) mais ce n’est pas le cas de tous les investissements (la durée de vie des véhicules dure moins longtemps qu’une génération).

Pour un producteur d’électricité cela se justifie : EDF a financé le programme électronucléaire français actuel en contractant un volume élevé d’emprunts (y compris sur le marché obligataire américain) et c’est le consommateur d’électricité qui, via les tarifs, a progressivement remboursé la dette. Il en va de même pour un particulier qui veut financer des travaux de rénovation thermique dans son logement. La puissance publique peut d’ailleurs favoriser l’accès à ce type d’emprunt via des mesures réglementaires ou fiscales qui encouragent les « obligations vertes ». Les aides apportées se font dans ce cas au nom de l’intérêt général (lutte contre le réchauffement climatique).

Les ambitions de la transition énergétique vont exiger des moyens financiers importants. Les modalités de financement sont plurielles (prix, tarifs, impôts, taxes, bonus-malus, subventions, emprunts) mais elles doivent se faire selon une logique simple : faire en général payer le consommateur final et réserver au contribuable la charge des mesures d’intérêt général ou celles liées à la solidarité nationale.

Les pouvoirs publics doivent donc concentrer leur attention sur la dimension distributive des modalités de financement qui seront privilégiées, avec le souci constant de ne pas accroître le nombre de « laissés pour compte » de la transition. Il faut en même temps débattre de l’impôt direct sur le revenu et sur la richesse et aussi de la structure de l’impôt indirect, spécialement de la TVA. Le chantier est ambitieux mais la transition énergétique peut être une opportunité pour réfléchir à la « transition fiscale » que tout le monde appelle de ses vœux.

Sources / Notes

  1. Note de conjoncture « Le soutien financier aux énergies renouvelables électriques en pleine transition », UFE, juillet 2018.
  2. Dans ce deuxième cas, c’est l’ensemble des contribuables qui supporteront in fine le coût, soit en renonçant à un prélèvement (« dépense fiscale » du fait d’un manque à gagner), soit en renonçant à financer d’autres dépenses publiques (effet « d’éviction » au niveau des dépenses publiques).

https://www.connaissancedesenergies.org/tribune-actualite-energies/quels-instruments-privilegier-pour-financer-la-transition-energetique-francaise?utm_source=newsletter&utm_medium=fil-info-energies&utm_campaign=newsletter/le-fil-info-energies-15-fevr-2019

Les renouvelables font de l’ombre au charbon

Les renouvelables font de l’ombre au charbon

La production d’énergie solaire, éolienne et de biomasse a supplanté le charbon l’année dernière, surtout en Allemagne, en France et au Royaume-Uni, selon un rapport 2018 sur les statistiques de l’électricité européenne.

Les énergies renouvelables ont continué à grimper l’année dernière pour atteindre 32,3 % de la production totale d’électricité dans l’UE, soit deux points de pourcentage de plus par rapport à l’année précédente, selon le rapport publié le 30 janvier par deux think tanks spécialistes de l’énergie.

La production totale d’électricité à partir de charbon a chuté de 6 % dans l’UE en 2018 et se situe 30 % plus bas qu’en 2012, indique l’analyse, qui confirme le déclin rapide du charbon dans la production d’électricité dans la plupart des pays européens.

« Cela est dû à la croissance des renouvelables en Allemagne et au Royaume-Uni et au retour de l’hydro en Italie et en Espagne », indique le rapport réalisé par Agora Energiewende et Sandbag.

Dans l’ensemble, les émissions de CO2 du secteur de l’énergie ont chuté de 5 % en 2018, grâce à l’élimination progressive du charbon, particulièrement marquée au Royaume-Uni et en Allemagne. Au Royaume-Uni, la part du charbon dans la production d’électricité a chuté de 40 % en 2012 à 5 % en 2018, et en Allemagne, de 19 % à 13 % sur la même période.

WWF plaide pour une transition énergétique directe du charbon aux renouvelables

Le Royaume-Uni n’a pas besoin de nouvelles centrales au gaz pour remplacer celles au charbon, qui seront éliminées d’ici 2025, selon une étude qui prône un passage direct aux renouvelables. Un article de notre partenaire, The Guardian.

Renouvelables, charbon et gaz sur le même pied d’égalité

En outre, « les chiffres sont du côté de la croissance des renouvelables », soutiennent les deux think tanks. « Le solaire et l’éolien sont – pour la première fois – sur le même pied d’égalité au niveau des coûts que les centrales à gaz et à charbon existantes. »

Les dernières enchères de solaire et d’éolien en Allemagne ont atteint des fourchettes de prix de 45 à 60 euros par Mégawatt-heure, ce qui signifie que le coût de l’énergie renouvelable « est désormais similaire, voire même inférieur, aux prix de gros de l’électricité dans de nombreux pays », explique Matthias Buck, responsable de la politique énergétique européenne à Agora Energiewende.

À l’inverse, les prix du charbon ont augmenté de 15 % et les prix du gaz de 30 % tout au long de l’année dernière.

Les pays connaissant le plus grand essor de renouvelables sont aussi ceux qui observent les plus grandes chutes de charbon, affirme le rapport, ce qui remet en cause le concept selon lequel les pays se tourneront d’abord vers le gaz comme alternative au charbon.

« En six ans seulement, entre 2012 et 2018, les émissions annuelles de CO2 issues du charbon en Europe ont chuté de 250 millions de tonnes et aucune augmentation d’émissions n’a été constatée de la production d’électricité à partir de gaz naturel », a déclaré Dave Jones, auteur de l’étude et analyste chez Sandbag.

Par ailleurs, les pays qui prévoient de sortir du charbon ont en général des projets pour rapidement déployer la production d’énergie issue des renouvelables, note le rapport, en référence au Danemark et au Royaume-Uni.

« C’est rassurant de voir l’Europe sortir progressivement du charbon, sans avoir besoin de passer par une transition au gaz », ajoute le rapport.

Le lignite, pas prêt de disparaître

Les deux think tanks estiment que le déclin du charbon « se poursuivra car les trois quarts de la production du charbon dans l’UE se trouvent dans des pays qui prévoient de sortir du charbon ».

Le quart restant se trouve en Pologne, qui doit mettre en place une stratégie de sortie du charbon. La production de charbon en Pologne n’a pas baissé depuis 2012.

Si l’on se penche sur les détails, on se rend compte que le tableau est tout autre pour le lignite , un type de charbon plus polluant que la houille. En 2018, la moitié de la production de lignite en Europe se trouvait dans des pays qui n’ont pas de stratégie d’arrêt des combustibles fossiles : la Pologne, la République tchèque, la Bulgarie, la Roumanie, la Grèce et la Slovénie. La production d’électricité à partir du lignite dans ces six pays n’a pas changé depuis le début de la décennie et aucun projet ne prévoit de fermer les centrales, explique le rapport.

« Le tableau n’est pas le même pour les deux types de charbon : le déclin concerne la houille et non pas le lignite, qui est plus sale », observe Dave Jones. « La sortie progressive du charbon en Europe s’accélère, mais la sortie du lignite commence à peine. »

Avenir prometteur du solaire

Les deux think tanks se réjouissent par contre de l’avenir prometteur de l’énergie solaire.

Cette dernière ne représentait que 4 % du bouquet énergétique de l’UE l’année dernière, mais les nouvelles capacités solaires ont augmenté de plus de 60 % pour atteindre près de 10 gigawatts en 2018. Et cette proportion pourrait tripler pour atteindre 30 gigawatts d’ici à 2022, alors que les coûts associés au solaire continuent de chuter (le prix des modules photovoltaïques a chuté de 29 % en 2018).

« Jusqu’à présent, l’UE a manqué l’occasion de tirer parti des prix très avantageux du solaire », regrette Matthias Buck, qui s’attend à ce que cela change bientôt en Espagne, France et en Italie, qui misent sur une production du solaire de plus de 45 gigawatts.

« Cela montre bien le potentiel du solaire et servira de modèle », affirme-t-il tout en expliquant que l’énergie solaire de nouvelles centrales est désormais moins chère que l’électricité issue de centrales conventionnelles.

https://www.euractiv.fr/section/energie/news/renewable-energies-chip-away-at-coal-power-stats-show/

Un ancien conseiller de Sarkozy nommé à la tête de Rusal, géant russe de l’aluminium

Un ancien conseiller de Sarkozy nommé à la tête de Rusal, géant russe de l’aluminium

Un ancien conseiller de Sarkozy nommé à la tête de Rusal, géant russe de l’aluminium Source: Sputnik
Jean-Pierre Thomas (à gauche) nommé en 2011 envoyé de Nicolas Sarkozy pour la Russie et Alexandre Stouglev président de Roscongress, lors de la conférence de promotion des investissements internationaux InvestRos à Moscou le 14 avril 2016.
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Le leader mondial de l’aluminium vient d’annoncer la nomination d’un proche de Nicolas Sarkozy à la présidence de son conseil d’administration. Son prédécesseur avait dû quitter le groupe pour éviter des sanctions américaines.

Le géant russe de l’aluminium Rusal a annoncé le 28 décembre la nomination de l’ancien parlementaire français Jean-Pierre Thomas, par ailleurs ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, au poste de président de son conseil d’administration. Ce siège a été renouvelé pour éviter au groupe des sanctions de Washington.

L’entreprise a précisé dans un communiqué à l’attention de la Bourse de Hong Kong, où elle est cotée, que Jean-Pierre Thomas, qui est déjà administrateur indépendant de Rusal depuis juin, entrerait dans ses nouvelles fonctions le 1er janvier.

Ancien député des Vosges (1993-1997), dans l’est de la France, et ingénieur de formation, Jean-Pierre Thomas, 61 ans, a travaillé pendant 15 ans pour la banque d’affaires Lazard Frères dont il est devenu associé en 2000.

Il l’a rejointe immédiatement après avoir quitté la politique. Il est l’auteur d’une loi sur les fonds de pension, qui porte son nom et fut votée, mais jamais appliquée. Il a en outre été condamné en 2005 à quinze mois de prison avec sursis pour financement illégal de parti.

Rusal souligne aussi, dans son communiqué, que Jean-Pierre Thomas a été nommé en 2011 «représentant spécial du président français» chargé du développement des relations économiques entre la France et la Russie.

Cette nomination a pour contexte le départ, deux jours auparavant, de l’Allemand Matthias Warnig, présenté par la presse russe comme un proche de Vladimir Poutine et ancien agent des renseignements d’Allemagne de l’Est, où le président russe a travaillé pour le KGB.

Son départ faisait partie des engagements pris par Rusal pour échapper aux sanctions imposées en avril par Washington contre le milliardaire Oleg Deripaska, qui était alors le principal actionnaire du groupe, parmi d’autres oligarques réputés proches du Kremlin.

Face aux risques de perturbations sur le marché des métaux, dont le groupe russe est un acteur majeur, Washington avait donné du temps à l’entreprise pour réduire ses liens avec Oleg Deripaska, qui avait dès le printemps quitté le conseil d’administration avec une partie de l’équipe dirigeante de l’époque.

Mi-décembre, le Trésor américain avait finalement annoncé son intention de retirer Rusal de la liste des entités sanctionnées, citant parmi les conditions le départ du président du conseil d’administration.

Basé à Chypre, le groupe Rusal a été fondé en Russie, où il exploite d’importantes carrières de minerais, produit de l’aluminium et mène des activités dans le secteur de l’énergie. Il emploie 72 000 personnes et a réalisé un chiffre d’affaires de 10,75 milliards de dollars en 2018.

Dé-dollarisation

Dé-dollarisation


Le plan de l’UE visant à lutter contre la domination du dollar ne fonctionnera pas sans la Russie


Euro banknotes


Par Sputniknews – Le 5 décembre 2018 – Source sputniknews.com

Sputnik_logoLe plan de la Commission européenne, récemment divulgué, visant à réduire considérablement la dépendance du bloc vis-à-vis du dollar ne fonctionnera pas sans la participation de la Russie, a noté Ivan Danilov, un collaborateur de Sputnik, suggérant que Paris et Berlin devraient étouffer leurs sentiments anti-russes. 

Il semble que le billet vert puisse finalement se retrouver dans une situation difficile, étant au moins en partie privé de son « privilège exorbitant» : l’Union européenne a élaboré un plan pour lutter contre la domination du dollar sur les marchés mondiaux.

Le 3 décembre, Bloomberg a annoncé avoir obtenu un document de la Commission européenne contenant une feuille de route détaillée sur la montée de l’euro, ajoutant que le projet serait publié par Bruxelles plus tard cette semaine.

« Il est possible pour l’euro de développer davantage son rôle mondial et de réaliser son plein potentiel, reflétant le poids politique, économique et financier de la zone euro », lit-on dans le projet.

A one euro coin is pictured on one US dollar notes on March 13, 2015 in Godewaersvelde, Northern France

Le document propose également d’utiliser l’euro comme devise par défaut dans les transactions énergétiques du bloc avec des pays tiers, ainsi que la création d’un index de référence libellé en euros pour le pétrole. Selon la Commission européenne, le bloc doit créer « un ensemble d’index de référence de taux d’intérêt dignes de confiance » sur les marchés financiers et « un système de paiement instantané entièrement intégré ».

Expliquant le raisonnement derrière cette décision, le projet expose que « des actions unilatérales extraterritoriales récentes par des juridictions de pays tiers comme dans le cas de sanctions à nouveau imposées sur l’Iran, ainsi que des défis récents aux règles internationales de la gouvernance et du commerce sont une alarme quant à la souveraineté économique et monétaire de l’Union européenne ».

Le document fait clairement référence au retrait unilatéral du président américain Donald Trump de l’accord nucléaire avec l’Iran (JCPOA), et à la reprise des sanctions contre la République islamique, qui ont gravement porté atteinte aux intérêts des entreprises européennes.

Swift payment systemDe plus, à en juger par le projet, le bloc européen cherche une alternative viable à SWIFT (Système informatisé de compensation internationale). Bien que l’organisme soit localisé en Europe, il est de facto subordonné aux US. Ainsi, SWIFT a déconnecté les institutions financières de l’Iran, y compris la banque centrale du pays, au début du mois, indépendamment du fait que les signataires du traité JCPOA, y compris l’UE, s’engageaient à plusieurs reprises à respecter les termes de l’accord nucléaire avec l’Iran.

« Bien que les propositions ne soient pas une législation contraignante, leur adoption potentielle par le bloc pourrait renverser le marché mondial de l’énergie », a averti Bloomberg.

Banknotes and coins of the United States

Ivan Danilov, contributeur à Sputnik et économiste, a souligné que, même s’il est peu probable que l’UE mette en place les nouveaux mécanismes financiers du jour au lendemain, le document sonne l’alarme pour le dollar.

Selon l’économiste, la décision du bloc d’acheter des hydrocarbures en euro pourrait porter un coup dur au billet vert, l’UE demeurant le plus gros importateur d’énergie au monde. Ses contrats énergétiques annuels s’élèvent habituellement à environ 341 milliards de dollars.

L’initiative de l’Union européenne a toutefois bien plus à offrir que ce que l’on pourrait croire, a souligné Danilov.

« Ce qui est remarquable dans le grand dessein de la Commission européenne, c’est que le plan ne fonctionnera pas sans la Russie. Cela signifie que Paris et Berlin devront probablement avaler légèrement leurs pulsions antirusses, car elles auront besoin de la coopération de Moscou sur cette question vitale », a souligné l’économiste.

En outre, la Russie reste le principal fournisseur d’énergie de l’Union européenne, a-t-il ajouté. Tout ce qui précède « crée les conditions pour que l’industrie énergétique russe passe aux règlements en monnaie européenne ».

The Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication (SWIFT)Dans le même temps, le 27 novembre, le ministère russe des Finances a émis un emprunt obligataire à 7 ans d’une valeur d’un milliard d’euros (avec un rendement de 3,0%). Selon Leonid Bershidsky, de Bloomberg, le passage de la Russie à l’euro faisait partie du plan global de dé-dollarisation de Moscou.

« Si le test et le plan aboutissent, l’Union européenne aura un allié improbable mais important pour renforcer le rôle mondial de sa monnaie commune », a prédit M. Bershidsky.

Danilov estime que le plan de la Commission européenne devrait susciter une réaction ferme de Washington : « La réduction de la zone dollar n’est rien de moins qu’une menace existentielle pour l’économie et le système financier américains ».

Cependant, la colère des États-Unis est susceptible de profiter à l’UE et à la Russie, car elle pourrait faciliter leur rapprochement, estime l’économiste.

Sputniknews

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/de-dollarisation

 

Rachat d’Uramin par Areva: la cour d’appel de Paris ordonne de nouvelles mises en examen

Rachat d’Uramin par Areva: la cour d’appel de Paris ordonne de nouvelles mises en examen

Paris – La cour d’appel de Paris a ordonné lundi de nouvelles mises en examen pour d’anciens dirigeants d’Areva, dont l’ex-patronne Anne Lauvergeon, dans le volet comptable de l’affaire du rachat controversé de la société minière canadienne Uramin, a-t-on appris de source proche du dossier.

Uramin avait été acquis par Areva pour 1,8 milliard d’euros en 2007 mais l’exploitation plus difficile que prévu de ses mines a fait tourner l’opération au fiasco et contraint le groupe public français à passer de lourdes provisions en 2011, après le départ de Mme Lauvergeon.

Ce rachat controversé est au coeur de deux enquêtes: l’une porte sur des soupçons d’escroquerie et de corruption lors de l’acquisition de la compagnie minière; l’autre sur les provisions inscrites par Areva, les magistrats soupçonnant des responsables du groupe d’avoir présenté des comptes inexacts pour masquer l’effondrement de la valeur d’Uramin.

Dans cette partie du dossier, les juges ont notamment déjà mis en examen Mme Lauvergeon pour « présentation et publication de comptes inexacts » et « diffusion d’informations trompeuses », tandis que l’ancien dirigeant de la filiale des mines, Sébastien de Montessus, a été placé sous le statut intermédiaire de témoin assisté.

Les juges ont bouclé leur enquête mais un débat subsistait entre eux et le parquet, qui souhaitait que soient prononcées d’autres mises en examen, refusées par les juges.

Dans son arrêt, la chambre de l’instruction a infirmé l’ordonnance des juges et réclamé que soient prononcées ces nouvelles mises en examen. En l’occurrence, celle d’Anne Lauvergeon pour « délit d’entrave » et celles de M. Montessus et de Nicolas Nouveau, ex-directeur financier de la filiale des mines, pour « complicité de présentation de comptes inexacts », « complicité de diffusion d’informations trompeuses » et « délit d’entrave », a précisé cette source.

La cour d’appel a également demandé la mise en examen pour « délit d’entrave » de Gérard Arbola, l’ancien N.2 du groupe, d’Alain-Pierre Raynaud, l’ex-directeur financier d’Areva, et de Thierry Noircler, l’ancien responsable de l’audit du fleuron nucléaire, désormais appelé Orano.

M. Arbola est déjà mis en examen dans cette affaire pour « présentation et publication de comptes inexacts » et M. Raynaud pour « complicité » de ces mêmes faits.

Dans l’autre volet de l’affaire, sur les conditions de rachat d’Uramin, Anne Lauvergeon a été placée sous le statut de témoin assisté.

(©AFP / 29 octobre 2018 14h56)

https://www.romandie.com/news/Rachat-d-Uramin-par-Areva-la-cour-d-appel-de-Paris-ordonne-de-nouvelles-mises-en-examen/966548.rom

Les automobilistes pris au piège du diesel

Les automobilistes pris au piège du diesel

Paris – Face à la flambée des prix du gazole, les propriétaires de voitures diesel se sentent pris au piège, le revirement des politiques publiques ayant provoqué une chute du prix de leur véhicule.

Pour les diésélistes, « c’est la double peine », constate Flavien Neuvy, directeur de l’Observatoire Cetelem de l’Automobile. « Ils subissent à la fois les prix du carburant qui augmentent et une valeur résiduelle de leur voiture qui baisse fortement parce que le marché des véhicules diesel d’occasion s’effondre ».

Les prix du gazole ont quasiment rejoint à la pompe ceux de l’essence, sous l’effet d’une hausse des taxes visant à mettre fin à l’avantage fiscal dont ce carburant bénéficiait jusqu’ici. Du coup, ces véhicules perdent leur intérêt et leur attrait, d’autant plus qu’ils sont perçus comme ayant peu d’avenir.

« A Paris, on sait que les diesels seront interdits en 2024. Il y a beaucoup d’inquiétudes », estime Guillaume Paoli, co-fondateur et dirigeant d’Aramis Auto, spécialiste de la vente d’automobiles en ligne. D’après une étude commandée par l’entreprise, « 40% des possesseurs de diesel ont prévu de changer de comportement, soit en gardant leur voiture jusqu’au bout, soit en essayant de la revendre au plus vite ».

Mais en cas de revente, il risque d’y avoir de la déception. Sur les voitures urbaines diesel, « les prix sont clairement en baisse, parfois de 10 à 15% », prévient M. Paoli. La baisse est moins perceptible pour les gros véhicules, mais dans tous les cas « les délais de revente sont un peu plus longs ».

Il souligne que le marché de l’occasion est complètement déséquilibré. « Les voitures d’occasion d’aujourd’hui, ce sont les voitures neuves d’il y a quatre ans. Or, il y a 4 ans, on vendait 70% de diesel. Aujourd’hui, quand je regarde les requêtes sur le site Aramis, seules 30 à 35% portent sur du diesel ».

Sur le marché du neuf, la part du diesel est aussi tombée sous la barre des 40% en septembre, contre 73% en 2012.

« Il y a un problème d’offre et de demande. Les gens veulent plus d’essence et on n’a pas forcément autant d’essence à leur proposer », poursuit Guillaume Paoli.

– Inversion de politique –

Les baisses de prix des voitures d’occasion diesel « sont significatives depuis le début de l’année », confirme le Conseil national des professions de l’automobile (CNPA), qui représente notamment les concessionnaires. Interrogé par l’AFP, il n’était pas en mesure de chiffrer le phénomène.

Outre le coût pour les particuliers, le CNPA prévoit une ardoise « en milliards d’euros » pour les concessionnaires, qui doivent gérer les retours de millions de véhicules diesel sur plusieurs années, au terme des contrats de location (LOA) de leurs clients. Les concessionnaires se retrouvent d’ores et déjà avec un parc de voitures dont la valeur est dépréciée.

« Les pouvoirs publics ne prennent jamais en compte le parc existant de véhicules », alerte le CNPA, qui l’estime à 42 millions de voitures, dont les deux tiers en diesel.

Les Français étaient incités par le gouvernement, jusqu’à il y a encore cinq ans, à privilégier le diesel au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, rappelle Flavien Neuvy.

Ces motorisations consomment environ 10% de carburant en moins et émettent donc moins de CO2. Mais leur bilan moins favorable en matière d’émissions d’oxydes d’azote, des gaz nocifs pour la santé, a incité le gouvernement à inverser totalement sa politique depuis la loi sur la transition écologique votée en 2014.

Le dieselgate, avec ses révélations sur les tricheries de Volkswagen et la sous-estimation systématique des émissions nocives lors des tests d’homologation, a porté le coup de grâce à cette technologie.

Chez les consommateurs, « il y a du mécontentement, l’impact est fort sur le pouvoir d’achat, mais il y a aussi des conséquences industrielles », avec des milliers d’emplois menacés chez des équipementiers spécialistes des motorisations diesel, souligne cet expert. « Cela fait des chocs invraisemblables » à gérer pour une industrie automobile qui doit consentir de lourds investissements et a besoin avant tout de visibilité.

aro/ef/spi

VOLKSWAGEN

(©AFP / 18 octobre 2018 11h20)

Les éditorialistes les plus ringards au chevet du compteur Linky

Les éditorialistes les plus ringards au chevet du compteur Linky

 

Rejeté partout en France, le compteur Linky ne peut plus compter que sur la mobilisation d’un quarteron d’éditorialistes réactionnaires qui en appellent à « la raison » et à « la science »… dont ils ne savent rien.

 

Dans un bel ensemble, Bertille Bayart (Le Figaro, actionnaire Dassault) et Eric Le Boucher (L’Opinion, actionnaire principal LVMH) montent au créneau pour tenter de soutenir le compteur communicant Linky, rejeté de partout. Bien sûr, cela n’a rien à voir avec le fait que leurs journaux sont détenus par des industriels parmi les plus pollueurs et anti-sociaux, et avides des innombrables données (Big data) que doivent collecter les compteurs communicants.

 

L’une parle, à propos des opposants au Linky, de « défaite de la raison » (*) , et l’autre de « populisme qui s’attaque à la science » (**), mais ils sont bien incapables d’expliquer en quoi le Linky relèverait de « la raison » ou de « la science », dont ils ne savent d’ailleurs rien.

 

Il faudrait donc expliquer à ces zozos que, lorsqu’un industriel arrive avec un nouveau produit sous le bras, en clamant que c’est « pour faire des économies« , « pour améliorer la vie des habitants« , « indispensable« , et prétendument « obligatoire« , il convient immédiatement de se méfier… même si l’objet en question est vert fluo (couleur choisie pour abuser les imbéciles).

 

Il faudrait donc leur expliquer que tout ce qui est nouveau ne relève pas nécessairement du « progrès », de la « raison » ou de « la science« , et que la dignité des citoyens est précisément de se poser des questions, de se renseigner, et si nécessaire de s’opposer, et non de se soumettre sans réfléchir.

 

Il faudrait donc leur expliquer que détruire 35 millions de compteurs en parfait état de marche, et dont la plupart peut durer encore des décennies, pour les remplacer par 35 millions de Linky, à la durée de vie très courte (5 à 7 ans) et construits en utilisant des quantités astronomiques d’énergie et de matières premières, est à la fois la pire des absurdités et un terrible crime contre l’environnement.

 

Il faudrait donc leur expliquer que le distributeur Enedis, celui qui fait installer les Linky, est une filiale d’EDF… qui survit en nous vendant le plus possible d’électricité : il est donc d’une incommensurables naïveté de croire que le programme Linky est prévu pour nous faire faire « des économies d’énergie« .

 

Il faudrait donc leur expliquer que d’innombrables habitants, une fois dotés du Linky, voient leurs factures s’envoler et/ou sont obligés de prendre un abonnement plus cher parce que leur installation ne cesse de disjoncter (alors qu’elle fonctionnait très bien avec le compteur ordinaire).

 

Il faudrait donc leur rappeler que la Cour des comptes, peu soupçonnable d’être infiltrée par des activistes complotistes, a violement dénoncé le programme Linky qui est financièrement très favorable à Enedis/EDF et va coûter très cher aux habitants (en plus de l’augmentation des factures et abonnements).

 

Il faudrait donc leur expliquer que « le progrès » et « la raison » recommandent de conserver les compteurs ordinaires, en particulier ces fabuleux compteurs électro-mécaniques (avec la roue cranté qui tourne) : ils ne nous surfacturent pas, ne nous espionnent pas, ne disjonctent presque jamais, ne détruisent pas nos appareils électro-ménagers, ne génèrent pas d’incendies ni d’ondes électromagnétiques, etc .

 

Mais voilà, Bayart et Le Boucher savent bien que leurs salaires indécents ne leur sont versés que tant qu’ils défendent les projets industriels dont bénéficient leurs patrons et actionnaires. Alors ils font le job, comme des zombies, des parasites de luxe qui ne produisent rien… à part des inepties. Ils sont donc bien dignes du Linky.

 

Stéphane Lhomme
Conseiller municipal de Saint-Macaire (33)
Animateur du site web http://refus.linky.gazpar.free.fr

 

(*) http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/10/02/31003-20181002ARTFIG00283-bertille-bayart-linky-ou-la-defaite-de-la-raison.php

(**) https://www.lopinion.fr/edition/economie/linky-populisme-passe-a-l-attaque-contre-science-165348

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-editorialistes-les-plus-208659