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Les guerres énergétiques de l’empire – explication

Les guerres énergétiques de l’empire – explication

4 Mai 2020

Les clichés ont décidément la vie dure… On a beau démontrer par A+B que les visées impériales américaines n’ont pas pour but de « voler le pétrole », que l’immense majorité des guerres, déstabilisations et autres putschs made in USA n’ont pas lieu dans des pays producteur d’or noir, que le lobby pétrolier s’oppose la plupart du temps aux intérêts stratégiques de Washington, les vieux réflexes (vieux démons ?) ont l’étonnante faculté de ressurgir très vite.

Il est tellement plus facile de recourir à des explications simpl(ist)es, de caricaturer la politique étrangère états-unienne de manière amusante…

Cela évite souvent de réfléchir à toutes les incohérences de cette thèse, aux nombreux éléments qui n’entrent pas dans le cadre postulé.PUBLICITÉ

La comparaison qui vient immédiatement à l’esprit est le cliché presque jumeau du supposé affrontement entre Etats-Unis et Islam, autre légende urbaine qui connaîtra une postérité étonnante après le 11 Septembre et sur laquelle je revenais il y a peu dans une interview :

En réalité, conflit israélo-palestinien mis à part, l’empire US a toujours soutenu des pays/groupes musulmans contre des non-musulmans : les Afghans contre l’URSS, les Bosniaques contre les Serbes, le Pakistan contre l’Inde, les Tchétchènes contre la Russie, les Kosovars encore contre les Serbes, les Ouïghours contre la Chine, les Rohingyas contre la Birmanie etc. Et au sein du monde musulman, Washington a toujours flirté avec les courants les plus religieux contre les moins religieux : pétromonarchies fondamentalistes face au courant nassérien, Talibans et Hekmatyar contre Massoud en Afghanistan, « rebelles modérés » syriens contre Assad etc.

Penser qu’il existe un antagonisme entre l’empire américain et l’Islam est d’une naïveté confondante : c’est se condamner à ne strictement rien comprendre au film des événements depuis 1945…

Il suffit en effet de faire – c’est à la portée d’un enfant de 10 ans – un simple listing des guerres/soutiens américains depuis la Seconde Guerre Mondiale pour faire éclater cette légende urbaine, mais le grand public n’en démord pas. Il est en cela complaisamment encouragé par la rumeur médiatique, à la fois mainstream ou alternative, qui pour le coup vont exactement dans le même sens et sont les deux faces d’une même pièce.

Il en est de même pour l’or noir. Les observateurs – pas seulement votre serviteur, pensons par exemple à Emmanuel Todd (Après l’empire) – ont beau s’époumoner à montrer que les Américains ne sont pas de simples voleurs de poules naphteuses, que leur stratégie énergétique est bien plus considérable, l’idée a beaucoup de mal à faire son chemin dans les esprits…

Aussi n’est-il pas inutile de faire une mise au point, une fois pour toutes espérons-le. Toutes les menées américaines ne concernent pas que l’énergie, loin de là (Vietnam, Corée, QUAD etc.) mais dans ce domaine, on peut les résumer dans ce petit tableau synoptique :

Ce tableau est schématique, non exhaustif, mais il constitue une bonne introduction aux guerres énergétiques impériales.

Celles-ci visent, répétons-le, non pas à mettre la main sur des ressources bon marché ou à enrichir le lobby pétrolier, mais à contrôler les sources et flux énergétiques mondiaux. C’est l’adage de Kissinger lui-même : « Contrôlez le pétrole et vous contrôlez les nations ». On pourrait maintenant y ajouter le gaz…

La politique de Washington contre les pays cités n’a généralement pas que des causes énergétiques. Celles-ci se couplent souvent à d’autres raisons (stratégiques, historiques) pour former un tout cohérent, un prétexte de guerre ou de déstabilisation imparable.

La Russie n’est pas seulement un géant énergétique écoulant ses richesses hors du contrôle US, c’est aussi le Heartland : il faut doublement la sanctionner. L’Iran n’est pas qu’une pompe à pétrole ennemie, c’est également la tête de l’arc chiite : il faut le déstabiliser. La Syrie n’est pas que le possible passage des pipelines pétromonarchiques visant à squizzer Moscou en Europe, c’est aussi un maillon de l’arc chiite : il faut l’occuper. L’Ukraine n’est pas que le pays de transit du gaz russe, c’est aussi une case essentielle à faire entrer dans l’OTAN. L’Irak de Saddam n’est pas qu’un producteur indépendant, c’est aussi la bête noire des clients américains dans la région : il faut le renverser etc. etc.

L’on voit donc, c’est une évidence, que la politique impériale est autrement plus évoluée qu’un simple vol à la tire de quelques barils. Ce serait faire injure aux stratèges états-uniens, qu’on peut qualifier de tout sauf de benêts à la petite semaine. Il s’agit d’une approche globale multiforme, cynique et géniale, visant à garder la main sur le monde par le biais du contrôle de l’énergie et/ou la division de l’Eurasie avec, en filigrane, la lutte perpétuelle contre la Russie, la Chine et leurs alliés.

Quant au lobby pétrolier américain, il navigue à des années-lumière de ces hautes considérations stratégiques. Tout ce qu’il veut, c’est faire du business et il s’arrache régulièrement les cheveux devant les décisions de Washington. Nous l’avons montré à de multiples reprises, les majors US ne rêvent que de faire des affaires avec les pays sous sanction impériale (Russie, Iran, Venezuela). Elles veulent les routes d’évacuation les plus courtes et les plus rentables (un pipeline iranien et non les lubies qu’étaient le BTC ou le TAPI).

Quand les intérêts stratégiques globaux des Etats-Unis coïncident avec les intérêts particuliers de leurs compagnies pétrolières, ils ne vont évidemment pas s’en priver. Mais que ces intérêts diffèrent, comme c’est la plupart du temps le cas, et ce sont TOUJOURS les premiers qui priment sur les seconds. Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, il n’y a, à ma connaissance, aucun exemple du contraire…Tag(s) : #Etats-Unis#Pétrole#Gaz

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Accord russo-ukrainien: une aubaine pour le gaz russe ?

Accord russo-ukrainien: une aubaine pour le gaz russe ?

Quentin PARES 1 avril 2020 ActualitéActualités analyséesEnergieMondialisation et enjeux Leave a comment

Le 30 décembre dernier, l’Ukraine et la Russie ont annoncé s’être mis d’accord sur un nouveau contrat gazier. Cet accord met fin à une décennie de conflit entre Gazprom et Naftogaz. Les deux compagnies se sont ainsi entendues sur un volume de gaz annuel de 65 Gm3 en 2020 puis 40 entre 2021 et 2024. Pourtant, quelques mois avant la date limite, très peu d’observateurs auraient pu parier sur la probabilité d’un tel accord. Retour sur les raisons qui ont conduit les deux parties à s’entendre.

Le gaz, vecteur de conflit entre l’Ukraine et la Russie depuis la fin de l’URSS

L'accord russo-ukrainien entérine la marginalisation de la route ukrainienne du gaz russe vers l'Europe
Depuis cette année, la route ukrainienne est devenue marginale dans l’approvisionnement du gaz russe vers l’Europe.

Depuis la disparition de l’URSS en 1991, le gaz est une pomme de discorde entre l’Ukraine et la Russie. Trois facteurs de conflit peuvent être ainsi identifiés : le transit, la question du prix et la dette gazière ukrainienne.

En matière de transit, la centralité du territoire ukrainien a contraint Moscou à s’acquitter de lourds frais de passage pour son gaz. Or, en l’absence de méthodes de calcul universelles, ces frais constituent un vecteur de tension. Côté russe, des frais de transit élevés sont ainsi synonymes de hausse des prix pour les consommateurs européens et donc de pertes de marché pour Gazprom. À l’inverse, côté ukrainien, le sujet est rapidement devenu un enjeu de souveraineté nationale. Les revenus du transit forment, en outre, le cœur de la manne financière de l’oligarchie ukrainienne.

À ce conflit sur le transit du gaz s’ajoute également la question du prix payé par le consommateur ukrainien. Longtemps bénéficiaires de prix subventionnés sous l’URSS, les ukrainiens ont en effet offert des concessions politiques en échange de rabais sur le prix du gaz. Selon cette logique, la Russie pouvait ainsi bénéficier d’une base navale à Sébastopol dans la Crimée ukrainienne. Or, cette politique prit fin en 2014 avec l’annexion de la Crimée entraînant pour Kiev une hausse rapide de sa facture gazière.

Enfin, le dialogue gazier russo-ukrainien fut longtemps l’otage de la question de la dette gazière. Du fait de la vétusté du réseau (selon Naftogaz) ou d’une politique délibérée de siphonnage (selon Gazprom), Kiev doit à l’entreprise russe plusieurs milliards de dollars (3,1 selon Kiev, 5,3 d’après Moscou). Pour mettre fin à ce contentieux, les deux parties ont fait appel à la Cour d’arbitrage de Stockholm. Cette dernière a donné raison à Naftogaz en 2017, provoquant ainsi l’ire de Moscou.

Un accord gazier a priori positif pour l’Ukraine à court terme…

Pour Kiev, l’accord signé le 30 décembre dernier est un pas important dans l’agenda réformiste du président Zelensky. L’accord gazier renforce en effet une récente embellie diplomatique  marquée par la libération de prisonniers ukrainiens et la reprise des négociations sous le format « Normandie ». Ce réchauffement diplomatique permet en retour au gouvernement ukrainien d’avoir les mains libres pour réformer un pays rongé par la corruption et le chômage.

L’accord gazier consacre cette politique réformiste. D’une part, la fin du monopole de Naftogaz a joué un rôle considérable pour rassurer Gazprom sur la question du siphonnage. D’autre part, l’accord autorise l’accès des tiers au réseau et ainsi fait jouer les vertus de la concurrence. Il faut également ajouter que l’accord facilite le recours aux « flux rebours » permettant à l’Ukraine de s’approvisionner auprès des autres pays européens.

Enfin, l’accord stipule que Gazprom doit payer 7,3 milliards de dollars en frais de transit. C’est 2% de plus que dans le contrat précédent. Autre succès : l’entreprise russe accepte de verser 3 milliards de dollars à l’Ukraine en échange d’un abandon de toutes poursuites juridiques. Pour le gouvernement Zelensky, il s’agit donc d’un accord positif tant sur le plan diplomatique que financier.

… mais en réalité très favorable à Gazprom sur le long-terme

Côté russe, en revanche, l’accord peut être à première vue considéré comme étant en demi-teinte. En effet, en cédant aux exigences financières du gouvernement ukrainien, Gazprom a révélé une certaine fébrilité face aux transformations du marché gazier européen. Confrontée à la nouvelle concurrence du GNL (gaz naturel liquéfié) américain, l’entreprise russe s’est retrouvée devant un véritable dilemme.

D’un côté, la Russie cherche à diversifier ses voies d’approvisionnement vers l’Europe. Elle a ainsi décidé de doubler la capacité du gazoduc North Stream (55 gm3) qui la relie à l’Allemagne (North Stream 2). Plus au Sud, elle cherche à contourner l’obstacle ukrainien en étendant le gazoduc TurkStream aux Balkans et à la Hongrie. Ce nouveau tracé permettra d’ailleurs d’alimenter la Roumanie sans passer par la Transnistrie, objet de contentieux avec la Moldavie.

Cependant, si le TurkStream a été inauguré en janvier 2020, ses extensions vers le Sud de l’Europe ne seront prêtes au mieux qu’à la fin 2021. En outre, le North Stream 2 a été retardé par des poursuites juridiques et par les sanctions américaines. On estime au début d’année 2021 la date de lancement du gazoduc. Dans ce contexte, Gazprom aurait pu rapidement se retrouver dans l’incapacité de fournir une partie de sa clientèle européenne. En cela, l’accord était donc impératif pour lui donner de la flexibilité jusqu’à ce que les gazoducs non-ukrainiens soient achevés.

On comprend dès lors mieux pourquoi Gazprom s’est montrée conciliante sur la question du transit et de la dette. Bien qu’en cédant sur le coût, elle a en réalité gagné sur la durée du contrat. S’achevant en 2024, celui-ci donne à Gazprom le temps de mettre en service ses nouveaux gazoducs et ainsi de se passer totalement de la route ukrainienne à partir de 2025.

L’entreprise russe sort donc renforcée de cet accord. Si elle s’est inclinée sur la question du transit, Gazprom n’en a pas moins gravé dans le marbre la marginalisation progressive de l’Ukraine comme route d’approvisionnement du gaz vers l’Europe.

Sources :

Simon Pirani et Jack Sharples, « The Russia-Ukraine gas transit deal: opening a new chapter », The Oxford Institute For Energy Studies, 26 février 2020.  

Céline Marangé, Angélique Palle et Sami Ramdani, « Le gazoduc North Stream 2 : enjeux politiques et stratégiques », IRSEM, décembre 2018.

Aurélie et Thierry Bros, Géopolitique du gaz russe : vecteur de pouvoir et enjeu économique, Les carnets de l’observatoire, novembre 2017.Share

About Quentin PARES

Quentin Pares est diplômé d’un Master 2 de Grenoble Ecole de Management (GEM) et est étudiant à l’IRIS. Il est spécialisé dans les questions énergétiques et d’économie internationale.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/mondialisation-enjeux/energie/43074-accord-russo-ukrainien-aubaine-gaz-russe

Trump adapte la stratégie énergétique US

Trump adapte la stratégie énergétique US

par Thierry Meyssan

Pendant que la plupart des gens sont absorbés par les mesures de répartition dans le temps de l’épidémie, les Séoud remettent en question la puissance de leur protecteur états-unien. Une épreuve de force oppose Riyad et Washington qui désorganisait déjà l’économie mondiale avant la propagation du Covid-19. Le président Trump a envisagé de prendre le contrôle du pétrole saoudien et vénézuélien ce qui, semble-t-il, l’a conduit à nouer de nouvelles alliances.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 14 AVRIL 2020 عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆENGLISHESPAÑOLITALIANOPORTUGUÊSРУССКИЙTÜRKÇE

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JPEG - 26.8 koPour le président Trump, le moment de vérité est arrivé…

Depuis trois ans, le président Trump et son directeur de la CIA puis secrétaire d’État, Mike Pompeo, tentent d’abandonner l’impérialisme de leur pays et de le remplacer par une stratégie économique. Celle-ci suppose que Washington puisse encore être le leader mondial à condition de disposer d’une puissante armée et de l’autonomie énergétique.

Donald Trump a autorisé l’exploitation de zones protégées, a relancé la construction de pipe-lines et a poursuivi l’aventure du schiste bien que celle-ci soit par nature éphémère. L’évolution politique de l’Arabie saoudite avec la mégalomanie du prince héritier Mohamed ben Salmane a d’abord été gérée en lui extorquant le plus d’argent possible à chacune de ses folies, puis a viré au clash. Finalement, MBS a ouvert une guerre du pétrole, non pas contre la Russie, mais contre l’industrie états-unienne de schiste. Il a délibérément provoqué un effondrement des cours de 70$ le baril à moins de 30$. Or, cette épreuve de force a correspondu de manière inattendue à l’épidémie de Covid-19 et à la baisse vertigineuse de la consommation mondiale d’énergie. L’épidémie touche également les États-Unis où une partie des officiers supérieurs entendent proclamer une loi martiale améliorée et mettre fin à l’expérience Trump.

Ces trois réalités (la stratégie économique du président Trump, la rébellion saoudienne et l’épidémie de coronavirus) s’entrechoquent. Pour les analyser, nous allons arbitrairement les dissocier tout en conservant à l’esprit que chaque logique peut être soudainement perturbée par les deux autres.JPEG - 45.9 koLe bateau-espion portugais RCGS Resolute. Il a coulé un navire des gardes côtes vénézuéliens avec sa proue brise-glace, pour le moins inhabituelle en mer des Caraïbes.

La stratégie économique

Face à l’effondrement des cours du pétrole, le président Trump a considéré qu’il n’avait d’autre solution que de prendre en main les principales réserves mondiales, celles du Venezuela. Depuis plusieurs années, la CIA et le SouthCom déstabilisent ce pays en préparation du plan Rumsfeld/Cebrowski de destruction des structures étatiques du Bassin des Caraïbes. Le pays en est arrivé à un point où une possible élimination du président Nicolás Maduro ne susciterait pas plus de réaction que celle du chef des armées panaméennes Manuel Noriega en 1989.

Aussi, les États-Unis ont-ils convaincu l’Union européenne de se joindre à une opération de type « Juste cause » : l’enlèvement du président Maduro et de l’homme fort du pays, Diosdado Cabello. Le Royaume-Uni, la France, l’Espagne, le Portugal et les Pays-Bas —c’est-à-dire les anciennes puissances coloniales de l’Amérique du Sud— se sont portées volontaires.

- Le 26 mars, le département US de la Justice a émis un avis de recherche et de récompense concernant le président Maduro et son équipe qu’il accuse de trafic de drogue.
- Le 31 mars, le département d’État a publié un cadre pour une transition démocratique au Venezuela qui exclut à la fois l’ancien président Maduro et le président autoproclamé Guaidó [1]
- Début avril un navire espion portugais, le RCGS Resolute, est parvenu à couler le bateau des gardes-côtes vénézuéliens venu l’arraisonner, à s’enfuir puis à se placer sous protection hollandaise à Curaçao. La France et le Royaume-Uni ont dépêché sur zone deux navires de combat, le porte-hélicoptères amphibie Dixmude et le porte-containers RFA Argus, pour apporter armes et munitions sous couvert de transport de matériels anti-Covid-19 [2]. Un destroyer états-unien et plusieurs navires de la Navy ont été placés sous le commandement de la Drug Enforcement Agency.

Cependant cette opération a été interrompue par l’US Navy en raison de l’épidémie.JPEG - 49.1 koLe roi Salmane, qui souffre déjà de la maladie d’Alzeimher, a été placé en confinement dans un palais près de Jeddah. Son décès éventuel ouvrirait la porte à une effroyable guerre de succesion.

La rébellion saoudienne

La famille des Séoud reste ancrée dans la culture du désert. Son mode de fonctionnement détone avec le monde moderne comme le montrent aussi bien la décapitation du chef de l’opposition politique le cheikh Nimr Baqr al-Nimr (2016), l’arrestation de presque tous les princes de la famille royale et la confiscation de leur fortune (2017), ou encore le démembrement à la scie d’un de ses ressortissants dans un consulat à l’étranger (2018). Selon cette culture, peu importe de se suicider si c’est pour accomplir sa vengeance. Après avoir été manipulé et méprisé par Jared Kushner et Donald Trump, le prince héritier a décidé de se venger en anéantissant l’industrie du pétrole de schiste US, laquelle ne peut survivre à des cours du pétrole inférieurs à 35 $ le baril.

Constatant l’impossibilité de ramener l’Arabie saoudite à la raison, le président Trump a choisi non pas de saboter ses puits de pétrole, mais d’infliger une défaite retentissante au prince héritier au Yémen. Une attaque simultanée des tribus soutenues par l’Iran et de celles soutenues par les Émirats a écrasé celles soutenues par l’Arabie. Au passage les Britanniques ont occupé l’île de Socotra à l’entrée de la mer Rouge. Riyad n’avait plus que l’arme aérienne à sa disposition [3].

Là encore, l’opération a été interrompue par l’épidémie, ou plutôt celle-ci a offert une porte de sortie aux Saoudiens. Répondant avec deux semaines de retard aux exhortations du secrétaire général de l’Onu, ils ont annoncé un cessez-le-feu unilatéral pour permettre aux services de santé de sauver les malades du Covid-19. En réalité, ils n’avaient fait preuve d’aucune mansuétude vis-à-vis de leurs ennemis auparavant, affamant délibérément la population civile. Surtout, ils venaient de perdre leurs bases au Yémen et les Houthis leur avaient alors proposé une paix qu’ils avaient royalement dédaignée.

Dans le cas où une entente préalable aurait été conclue entre Washington, Abu Dhabi et Téhéran contre Riyad on assisterait à une nouvelle disposition des alliances et à l’abandon de l’opposition factice entre sunnites et chiites. Quoi qu’il en soit, les Émirats sont les grands gagnants de la nouvelle donne. Ils agissent actuellement avec le Bahreïn pour réintroduire la Syrie sur la scène internationale.

Washington a repris la main en jouant de la carotte et du bâton. La carotte, c’était la baisse volontaire de la production de pétrole ; le bâton, c’était la menace d’une saisie de l’Aramco, la seule source de revenus des Séoud. Pour négocier, le conseiller US de sécurité nationale, Robert O’Brien, envoya sans trop y croire son assistante Victoria Coates en résidence à Riyad.

Par malheur pour eux, les Séoud sont en position de faiblesse : l’épidémie a durement touché plus de 150 princes de la famille royale, dont le gouverneur de Riyad placé sous assistance respiratoire. Le système gérontocratique est ébranlé.

Apparemment un compromis a été provisoirement trouvé, le 9 avril, avec l’annonce par l’OPEP d’une baisse mondiale de la production de pétrole de 10 millions de barils par jour en mai et en juin, de 8 millions par jour durant le second semestre 2020 et de 6 millions par jour durant les 16 mois suivants [4]. Mais cette décision aussi drastique qu’elle soit ne compense qu’un tiers de la chute de la consommation mondiale en période d’épidémie.

Au demeurant son application était soumise à son respect par tous ses membres et partenaires. Or, le Mexique n’est convenu que d’une baisse de 100 000 barils/jour au lieu des 400 000 attendus. Le président Trump proposa de réduire la production US de 250 000 barils supplémentaire à la place du Mexique, mais cela ne fait toujours pas la quantité demandée.

La réunion des ministres de l’Énergie du G20 n’a pu que constater l’impossibilité de mettre en œuvre l’accord négocié.JPEG - 39.4 koLe capitaine Crozier quitte l’USS Theodore Roosevelt tandis que spontanément son équipage lui rend les honneurs.

L’épidémie de coronavirus

De nombreux États ont choisi de répartir dans le temps la propagation de la maladie plutôt que de la combattre au risque de sacrifier leur propre économie. Il s’ensuit d’ores et déjà une inflation démesurée de leur endettement et une récession mondiale.

Aux États-Unis, une partie des officiers supérieurs qui avaient tenté de renverser le président Trump avec le Russiagate, puis l’Ukrainegate, ont imaginé instaurer une loi martiale pour lutter au niveau fédéral contre l’épidémie, qui est constitutionnellement de la compétence des États fédérés [5]. Ils ont ainsi refusé d’engager leurs troupes au Venezuela ; une insoumission sans précédent aux USA.

La demande d’assistance du commandant du porte-avions USS Theodore Roosevelt de débarquer ses hommes compte tenu de l’impossibilité de confiner les malades à bord [6] a d’abord été considérée comme un abandon de poste par le pouvoir politique. Mais l’hommage unanime de ses marins lorsque leur chef a été débarqué a conduit le président Trump à sacrifier le secrétaire à la Navy, soudain décrit comme rigide et sans cœur. Trois autres porte-avions sont dans la même situation.

L’épreuve de force se poursuit entre civils des États fédérés et de l’État fédéral d’une part et militaires d’autre part. En cas de loi martiale, les officiers supérieurs pourraient se déclarer neutres des clivages politiques et n’ambitionnant que la santé de leurs concitoyens.JPEG - 53.1 koDepuis un demi-siècle, les États-Unis, prétendument économiquement libéraux, contrôlent le marché mondial du pétrole via le cartel de l’OPEP. Ainsi le choc pétrolier de 1974 n’impacta pas les États-Unis, mais uniquement l’Europe.

Vers un changement de politique énergétique US

Après s’être entretenus avec le ministre saoudien du pétrole, 11 sénateurs républicains d’États pétroliers ont déposé deux projets de loi ordonnant le retrait des troupes US d’Arabie. Ce faisant, ils ont ouvert la voie à des changements radicaux.

Le président Trump envisage désormais de modifier la politique énergétique de son pays sur deux points :
- Il romprait avec celle du président Richard Nixon (sur les conseils de son spécialiste électoral Kevin Philipps) privilégiant les consommateurs sur les emplois. Il décréterait alors des droits de douane élevés sur les importations de pétrole bon marché afin de sauver l’industrie de schiste.
- Il romprait aussi avec celle du président Gerald Ford (sur les conseils de son secrétaire d’État Henry Kissinger) qui affirmait le libre-marché tout en autorisant l’OPEP à former un cartel au détriment des seuls Européens. Du coup, le Congrès adopterait une proposition de loi datant de 2007 et condamnant les États membres de l’OPEP pour pratique non-concurrentielle (No Oil Producing and Exporting Cartels Act – NOPEC).

Thierry Meyssan

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[1] “Democratic Transition Framework for Venezuela” , Voltaire Network , 1 April 2020.

[2] « L’Otan en armes pour « combattre le coronavirus » » , par Manlio Dinucci , Traduction Marie-Ange Patrizio , Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire , 8 avril 2020.

[3] « La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional » , par Thierry Meyssan , Réseau Voltaire , 24 mars 2020.

[4] “Conclusions of the Extraordinary OPEC and non-OPEC Ministerial Meeting” , Voltaire Network , 9 April 2020.

[5] « Des putschistes à l’ombre du coronavirus » , par Thierry Meyssan , Réseau Voltaire , 31 mars 2020.

[6] “Request of assistance in response to pandemic on USS Theodore Roosevelt” , by Captain Brett E. Crozier , Voltaire Network , 30 March 2020.Thierry Meyssan

Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux – Du 11-Septembre à Donald Trump (2017).

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– Coronavirus : seul le nucléaire peut assurer notre approvisionnement énergétique


lundi, 23 mars 2020.

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Accueil – Brèves – Coronavirus : seul le nucléaire peut assurer notre approvisionnement énergétique

Coronavirus : seul le nucléaire peut assurer notre approvisionnement énergétique

Article publié le 22.03.2020

nucléaire

Par Jean-Louis Butré.

Nous sommes en guerre, a déclaré le président Emmanuel Macron tandis que l’épidémie due au coronavirus progresse chaque jour en France.

Une  électricité abondante et fiable est vitale pour la sécurité de notre pays et elle ne saurait être fournie par des moyens intermittents tels que des éoliennes dont les résultats dépendent uniquement du vent.

Avant-hier à 17 heures, les 8000 éoliennes que compte notre pays et qui totalisent une puissance nominale de plus de 13 000 MW ont fourni 759 MW, soit 1 % du total de l’ensemble de production totale de l’électricité, contre 64 % pour le nucléaire, 13 %  pour les barrages et bien loin des 11 % pour les centrales thermiques.

EDF a déclenché son plan pandémie à la centrale de Flamanville dans le Cotentin, un des foyers du virus. Le  groupe a annoncé qu’il étudiait actuellement la possibilité de mettre en place des équipes réservistes pour déployer ce plan sur d’autres centrales et barrages si nécessaires dans les prochains jours.

Hier jeudi 19 mars 2020 EDF a publié un nouveau communiqué déclarant que la centrale nucléaire de Gravelines était prête à faire face :

« Pour la centrale nucléaire de Gravelines, c’est vital. Le scénario d’une épidémie existe à la centrale nucléaire de Gravelines, la plus grosse d’Europe occidentale, avec ses six réacteurs.
Il permet de fonctionner pendant douze semaines, avec un quart du personnel en moins et, en cas d’aggravation de la crise sanitaire, avec 40 % d’absents, pendant au moins deux semaines. Et la centrale peut anticiper, en mettant à l’abri des personnels, en les laissant chez eux en cas de besoins futurs.
Le but est de continuer à produire de l’électricité, tout en maintenant le programme de travaux obligatoires sur les réacteurs. Ainsi la tranche 2 doit être arrêtée pour rechargement de combustible dans les jours à venir. Concrètement,  EDF a surtout besoins d’agents de maintenance et de conduite. En temps normal, il y a 7 équipes fonctionnant en quart, qui peuvent passer à 2, en mode très dégradé. »

Toutes ces informations concordantes mettent en évidence que la sécurité du fonctionnement de 57 réacteurs nucléaires EDF situés sur 19 sites pourrait se dégrader du fait de la diminution du nombre des équipes habilitées assurant leur fonctionnement en 5 x 8.

Pour EDF organiser le télétravail à partir d’un ordinateur domestique relié par une liaison internet, pour beaucoup de ses salariés est possible.

Par contre il ne semble pas imaginable de pouvoir piloter un réacteur nucléaire à distance pour assurer la fourniture d’électricité au pays.

Pour une question de sécurité nationale, il est donc désormais vital de mettre en état de fonctionnement tous les moyens de production destinés à fournir de l’électricité en cas de difficulté majeure.

Le réacteur n° 1 de la centrale de Fessenheim doit être remis en fonctionnement et le processus de fermeture du second réacteur doit être suspendu pour permettre d’assurer 1700 MW fiables en cas de pénurie électrique majeure.

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Extrait de: Source et auteur

http://lesobservateurs.ch/2020/03/22/coronavirus-seul-le-nucleaire-peut-assurer-notre-approvisionnement-energetique/

Les trois risques du “Green New Deal” européen

Les trois risques du “Green New Deal” européen

Quentin PARES 17 février 2020 ActualitéActualités analyséesEnergieMondialisation et enjeux Leave a comment

En décembre dernier, Ursula Von der Leyen annonçait la mise en œuvre du « Green New Deal » européen. Ce plan est censé assurer à l’Union Européenne une neutralité carbone d’ici à 2050. Pour la Commission, il s’agit de répondre à la montée en puissance des partis verts partout en Europe. L’objectif est également de faire de l’Union un acteur central dans les négociations climatiques et ainsi de renforcer sa légitimité sur la scène internationale. Pourtant, si la volonté politique ne manque pas, la transition énergétique européenne comporte de nombreux risques tant sur le plan économique que géostratégique. 

La vulnérabilité de l’Europe face aux métaux critiques

L’Europe devra maitriser les chaînes de valeur de la transition énergétique si elle ne veut pas renoncer à son indépendance.
Si l’Europe veut réussir son « Green New Deal », elle devra maîtriser les chaînes de valeur de la transition énergétique.

L’un des risques importants auquel sera confronté l’Europe sera lié à la maîtrise des approvisionnements en métaux critiques. Ces derniers sont en effet essentiels à tout déploiement massif des énergies renouvelables (ENR) comme le photovoltaïque ou l’éolien. Il faut ainsi des métaux rares comme le néodyme et le samarium pour fabriquer les turbines éoliennes. La Commission Européenne estime à 27 le nombre de ces matériaux critiques, ce qui pose de nombreuses difficultés.

D’une part, géologiquement, la faible quantité de certains métaux risque de ne pas suffire pour répondre à la hausse de la demande. Ce manque de ressources, en plus d’entraîner un problème industriel considérable, devrait également engendrer un certain nombre de tensions géopolitiques. Par exemple, 60% du cobalt mondial est produit en République démocratique du Congo (RDC). D’autre part, des métaux critiques comme le lithium ou le cuivre sont très gourmands en eau pour l’extraction. Ceci va poser des problèmes substantiels en matière de concurrence d’usage des ressources hydriques aggravant davantage les risques sociaux et politiques.

Afin de maîtriser les risques liés à ces métaux critiques, l’Union européenne (UE) devra donc faire preuve d’ambitions géostratégiques à la hauteur des enjeux. Pourtant, force est de constater qu’aujourd’hui l’Europe est à la traîne. Au niveau minier, ce sont ainsi des groupes chinois qui dominent le marché grâce à une politique agressive de rachats d’actifs. L’acquisition par un consortium chinois d’une mine géante de bauxite en Guinée symbolise cette suprématie. Globalement, l’Empire du milieu domine les segments de l’extraction et du raffinage des métaux critiques renforçant la vulnérabilité européenne dans ce domaine.

L’Europe en retard sur les technologies bas-carbones

Ne maîtrisant pas ses approvisionnements en métaux critiques, l’Europe est également confrontée à un retard inquiétant au niveau des technologies bas-carbones. Sur le photovoltaïque, par exemple, 90 % des cellules sont produites en Chine. Neuf des dix plus grands fabricants mondiaux sont également chinois. De même, sur l’éolien, six entreprises chinoises concentrent à elles seules plus de 50 % de la production mondiale. Enfin, sur les secteurs stratégiques des batteries et des véhicules électriques, l’Europe n’est pas capable de concurrencer la mainmise asiatique.

L’avance chinoise s’explique avant tout par une politique industrielle volontariste du gouvernement. Souhaitant transformer son économie, ce dernier a en effet utilisé les technologies bas-carbones comme levier d’une montée en gamme de son industrie. Ainsi, appuyées par des subventions publiques massives et un marché protégé, les entreprises chinoises ont pu rapidement devenir compétitives. À l’inverse, le droit de la concurrence  n’a pas permis aux acteurs européens d’atteindre une taille critique suffisante pour résister à la concurrence chinoise. En conséquence, hormis pour l’éolien offshore, l’Europe importe massivement des technologies bas-carbones. Les récentes annonces en faveur d’une « alliance européenne de la batterie » arrivent dès lors bien trop tard pour une Europe qui n’a pas su protéger ses atouts technologiques.

Le “Green New deal”: une menace pour l’indépendance énergétique de l’Europe

La réussite du “Green New Deal” dépendra aussi largement des capacités des utilities européennes (entreprises du marché de l’électricité) à répondre aux défis de la transition énergétique. Or, la libéralisation du marché de l’électricité et les effets pervers de la tarification ont conduit à mettre en difficulté de nombreux opérateurs. À cela se sont ajoutées les politiques d’austérité qui ont ruiné les utilities du Sud de l’Europe. En conséquence, ces opérateurs ont fait figure de proie facile aussi bien pour les investisseurs américains que chinois.

Fortement dépendants de l’électricité pour leurs data centers, les GAFAM se sont effet imposés comme des acteurs clés du marché électrique européen. Une partie de la production renouvelable d’Europe du Nord a été ainsi directement privatisée par les géants du numérique. Facebook a investi par exemple près d’un milliard de dollars dans des fermes renouvelables en Suède. Plus globalement, avec leur force de frappe financière et leur appétit énergétique croissant, les GAFAM risquent d’absorber les opérateurs européens.

Pire encore, ces derniers voient arriver la concurrence redoutable des opérateurs chinois. En 2012, le chinois State Grid Corporation avait ainsi racheté 25% des parts du gestionnaire de réseau portugais REN. Ce type d’action devrait d’ailleurs se multiplier du fait de l’interconnexion croissante des réseaux électriques entre l’Europe et l’Asie. Comment, dans ce contexte, les utilities européennes pourraient-elles résister au projet chinois des “routes de la soie électriques” ? De fait, l’Europe risque de voir son parc électrique de plus en plus contrôlé par des opérateurs non-européens menaçant sérieusement l’indépendance énergétique du continent.

Avant d’être un outil contre le réchauffement climatique, le “Green New Deal” doit donc être replacé sous sa dimension géostratégique. En cela, ce projet ne peut réussir que si l’Europe arrive à conserver la pleine maîtrise de ses approvisionnements énergétiques. Malheureusement, pour l’heure, ce défi est très loin d’être gagné…

Sources

Marc-Antoine Eyl-Mazzega et Carole Mathieu, « La dimension stratégique de la transition énergétique. Défis et réponses pour la France, l’Allemagne et l’Union européenne », Etudes de l’IFRI, avril 2019.

Catherine Locatelli etal, « Les investissements chinois, russes et américains dans le secteur énergétique européen. », Observatoire de la sécurité des flux et des matières énergétiques.Iris, décembre 2019.

Zhenya Liu, Global Energy Interconnection, Hardcover, 2015.Share

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About Quentin PARES

Quentin Pares est diplômé d’un Master 2 de Grenoble Ecole de Management (GEM) et est étudiant à l’IRIS. Il est spécialisé dans les questions énergétiques et d’économie internationale.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/mondialisation-enjeux/42910-les-trois-risques-du-green-new-deal-europeen

Quel avenir pour le charbon à l’horizon 2040-2050?

Quel avenir pour le charbon à l’horizon 2040-2050?

Quentin PARES 30 janvier 2020 EnergieGéoéconomieMondialisation et enjeux Leave a comment

Avec 38 % de la production d’électricité, le charbon reste en 2019 la première source d’énergie utilisée dans le monde. Pourtant, depuis quelques années, le ciel s’est assombri sur une filière fortement émettrice en CO2. Déjà, l’accord de Paris et son objectif de limiter à 2°C la hausse des températures d’ici à 2050 font du charbon la cible idéale des politiques environnementales. À cela se sont rajoutées les annonces d’investisseurs importants comme BlackRock ou les fonds souverains qataris et norvégiens. Ces derniers ont indiqué vouloir mettre fin à leurs engagements dans l’industrie charbonnière. Dans ces conditions, le charbon a-t-il encore un avenir à l’horizon 2040-2050 ?

Le déclin inexorable du charbon en Europe et aux États-Unis

Au moment où la production décline en Europe et aux États-Unis, le charbon continuera à jouer un rôle important pour alimenter la demande d’énergie sur le continent asiatique.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’Asie représentera près de 80 % de la demande de charbon en 2024.

En Europe et aux États-Unis, l’avenir du charbon est plutôt morose. Connaissant un déclin continu depuis 2010, l’industrie devrait subir dans ces deux régions une diminution annuelle de 2,5 % de la demande d’ici 2025. Puis cette dernière se maintiendrait à ce plateau historiquement bas jusqu’en 2040.

En Europe, le charbon devrait avoir disparu du mix énergétique dans 16 pays de l’UE d’ici 2025. L’Allemagne a quant à elle fixé à 2038 la fin de sa production charbonnière. Même la Pologne, longtemps réticente à abandonner une industrie vitale pour son indépendance énergétique, s’est engagée à réduire la part du charbon dans son mix électrique. Varsovie s’est ainsi conformé aux objectifs de neutralité carbone d’ici à 2050 pris par la Commission européenne.

Cependant, ce déclin ne doit pas être interprété comme étant simplement le fruit de régulations administratives. Au contraire, les maux du charbon sont à trouver dans un manque de compétitivité générale face à la baisse des coûts du renouvelable et surtout du gaz naturel. Les prix se sont en effet effondrés depuis 2014 pour cette source d’énergie. Aux États-Unis, par exemple, ce ne sont pas les régulations environnementales qui sont à l’origine du déclin charbonnier mais bien l’arrivée massive de gaz de schiste. Ainsi, malgré les politiques favorables de l’administration Trump, le charbon ne cesse de perdre des parts de marché dans le mix énergétique américain.

Un charbon résilient en Asie d’ici à 2040

Contrairement à l’Europe ou aux États-Unis, l’Asie devrait voir le charbon jouer un rôle important à l’avenir. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le continent devrait représenter près de 80 % de la demande de charbon dans le monde en 2024. Surtout, la production charbonnière devrait continuer à augmenter jusqu’en 2030 puis décliner légèrement jusqu’en 2040. Ceci s’explique par la relative jeunesse des centrales à charbon asiatiques. Mises en exploitation seulement au début des années 2010, elles ne devraient amorcer leur déclin qu’entre 2030 et 2040. À cela il faut ajouter le fait que le continent asiatique continue encore aujourd’hui d’ouvrir de nouvelles centrales.

Le Pakistan et le Bangladesh, par exemple, ont tous deux récemment mis en service des capacités charbonnières. De même, l’Australie a ouvert une mine gigantesque dans la région du Queensland. Cette orientation pro-charbon s’explique par la forte demande en énergie d’un continent en plein rattrapage économique. Bien qu’étant en augmentation constante, les renouvelables n’ont ainsi pas la capacité de répondre complètement à cette hausse de la demande. De même, ils souffrent de problèmes liés à l’intermittence de la production (solaire et éolienne) ainsi qu’à la maîtrise des chaînes de valeur. À l’inverse, le charbon est une source fiable dont la production ne requiert pas un savoir-faire technologique conséquent. Enfin, les pays asiatiques considèrent qu’arrivés tardivement au stade du développement, ils ne sont pas responsables du taux de concentration de CO2 dans l’atmosphère. Par cet argument “historique”, ils justifient ainsi le maintien de leurs capacités en charbon.

Un déclin lent et progressif pour la Chine jusqu’en 2050

De tous les pays de la planète, la Chine est incontestablement la première puissance charbonnière. Commandant près de la moitié de la production mondiale, le pays est donc clé pour l’avenir de la filière. Or, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), la consommation de charbon a atteint son pic en 2013. Elle devrait ensuite baisser significativement d’ici à 2050 (près d’1/3 de baisse en volume par rapport au niveau de 2013). Cette baisse s’explique d’une part par la transformation de l’économie chinoise davantage centrée sur les services et la consommation intérieure. D’autre part, la Chine est sur le point de maîtriser les chaînes de valeur des énergies renouvelables rendant le charbon moins utile en matière d’indépendance énergétique.

Pourtant, cette diminution sera lente et progressive. Selon l’EIA, le charbon continuera ainsi à fournir près de 30 % de l’électricité du pays en 2050. Pour Pékin, en effet, l’industrie charbonnière est considérée comme indispensable à la stabilité sociale. Un argument qui importe particulièrement dans les provinces sinistrées du Nord-Est du pays. La montée en puissance des technologies de capture et de stockage du CO2 permet également à la Chine de réduire significativement la pollution de l’air engendrée par les centrales à charbon. Or, ce résultat rend d’autant plus attractif le maintien de cette source dans le mix énergétique.

Déclinant en Europe et aux États-Unis, résilient en Asie, telle sera au fond la nouvelle géographie du charbon dans les années à venir. Loin d’être insignifiante, cette transformation aura sans nul doute des conséquences majeures sur les négociations climatiques en cours.

Sources :

Sylvie Cornot-Gandolphe, « Status of global coal markets and major demand trends in key regions », Études de l’IFRI, juin 2019.

Agence international de l’énergie (AIE), World Energy Outlook 2019, Flagship report, novembre 2019.

AIE, Coal 2019, Executive summary, décembre 2019.

Agence américaine d’information sur l’énergie (IEA), International Energy Outlook 2019 with projections to 2050, 24 septembre 2019.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/geoeco/42816-quel-avenir-pour-le-charbon-a-horizon-2040-2050

La stratégie iranienne des États-Unis : que faire maintenant que Téhéran refuse de céder à la « pression maximale » ?

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Thierry Coville - IRIS

Thierry Coville

Chercheur à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques)
Professeur à Novancia

Les attaques de deux tankers dans la mer d’Oman début juin 2019 ont très clairement conduit à une montée des tensions entre les États-Unis et l’Iran puisque le gouvernement de Donald Trump a immédiatement accusé l’Iran d’être à l’origine de cette attaque. Quelques jours après, les autorités iraniennes, qui ont nié toute implication dans ces attaques, ont annoncé qu’elles allaient fin juin 2019 augmenter leurs réserves d’uranium enrichi au-delà de la limite prévue par l’accord de 2015 et accroître le taux d’enrichissement de l’uranium de 3,67% à – dans un premier temps – 3,7% début juillet, si les pays européens ne prenaient aucune mesure pour rétablir leurs échanges commerciaux avec l’Iran d’ici là. Tous ces événements ont naturellement conduit à accroître les craintes d’un affrontement militaire entre l’Iran et les États-Unis. Rappelons ici le contexte historique et économique qui a conduit à la situation actuelle.

En mai 2018, le président américain prend la décision de retirer les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien de juillet 2015. Cet accord signé entre les 5 membres du Conseil de sécurité des Nations unies, l’Union européenne, l’Allemagne et l’Iran impliquait que Téhéran prenne un certain nombre de mesures pour donner toutes les garanties que son programme nucléaire aurait un objectif « civil » (produire de l’électricité grâce à des réacteurs nucléaires) et non militaire (fabriquer une bombe nucléaire). En échange, les sanctions économiques bilatérales (prises notamment par l’Union européenne et les États-Unis) et multilatérales (prises par les Nations unies) à cause des inquiétudes nées du développement de ce programme nucléaire, devaient être levées. Les engagements de l’Iran par rapport à son programme nucléaire devaient être vérifiés par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui dépend des Nations unies. Par ailleurs, cet accord de juillet 2015 a été par la suite approuvé par une résolution des Nations unies.

La levée de l’embargo pétrolier a permis à l’Iran d’accroître ses exportations pétrolières qui ont progressé de 2,8 Mb/j en 2015 à 3,8 Mb/j en 2017.

Les premiers rapports de l’AIEA confirmant que l’Iran était fidèle à ses engagements, les sanctions évoquées plus haut ont été levées début 2016. La levée de ces sanctions a eu un effet positif sur l’économie iranienne. La levée de l’embargo pétrolier a permis à l’Iran d’accroître ses exportations pétrolières qui ont progressé de 2,8 millions de barils par jour (Mb/j) en 2015 à 3,8 Mb/j en 2017(1). D’autre part, les importations de l’Iran en provenance de l’Union européenne ont connu une croissance en 2016 et 2017 de respectivement 28% et 33%(2). L’accroissement des revenus pétroliers (qui représentent près de 80% des exportations et 40% des recettes de l’État iranien) a eu naturellement un impact macroéconomique positif. De même, la hausse des importations (notamment de biens d’équipement ou intermédiaires) en provenance de l’UE a permis de relancer la production. La croissance économique en Iran a atteint 12,5% en 2016 et 3,7% en 2017 (après -1,6 % en 2015). Enfin, l’Iran commençait à s’ouvrir aux investissements étrangers : les flux d’investissements étrangers ont atteint 5 milliards de dollars en 2017 contre 2 milliards de dollars en 2015(3).

Pourtant, la perception générale en Iran était que les bénéfices économiques de l’accord étaient en deçà des espérances. Cela s’expliquait par le fait que la reprise de la croissance pendant deux ans ne suffisait pas à diminuer les fortes tensions sociales que connaît l’Iran depuis quelques années avec un chômage très élevé, notamment chez les jeunes diplômés (l’évolution démographique conduisant à une progression moyenne de 900 000 nouveaux diplômés chaque année). Par ailleurs, les échanges avec le reste du monde et les possibilités d’accueillir les investissements étrangers restaient limités par le fait qu’aucune grande banque européenne n’était prête à travailler avec l’Iran à cause des sanctions américaines (non liées au nucléaire iranien(4))et donc le risque d’une amende substantielle et d’une suppression de l’autorisation à travailler aux États-Unis. 

Pour Donald Trump, revenir sur cet accord constitue une occasion de remettre en cause le principal acquis de la politique étrangère d’Obama.

En mai 2018, Donald Trump décide que les États-Unis doivent sortir de l’accord sur le nucléaire iranien. Pourtant, tous les rapports de l’AIEA indiquent à l’époque que l’Iran respecte scrupuleusement l’accord. En fait, le président américain à travers cette décision suit plusieurs objectifs. Il sait qu’une telle décision va lui attirer un soutien quasi-automatique du Parti républicain qui n’a jamais accepté l’accord de 2015 et voit toujours dans la République islamique d’Iran (RII) un « ennemi de 40 ans », qui a notamment humilié les États-Unis avec l’affaire des otages américains en 1979-1981 et doit être puni pour cela. Pour Donald Trump, revenir sur cet accord constitue par ailleurs une occasion de remettre en cause le principal acquis de la politique étrangère d’Obama. Enfin, on sait qu’il y a eu un lobbying intense depuis l’élection du président américain, du prince Mohamed Ben Salman, prince héritier de l’Arabie saoudite, de Mohamed Ben Zayed, le ministre de la défense des Émirats arabes unis, et de Benjamin Netanyaou, le premier ministre israélien, qui veulent affaiblir l’Iran en poussant les États-Unis à sortir de cet accord.

Les États-Unis décident donc de réimposer toutes les sanctions précédemment levées. De plus, ils imposent un véritable chantage à l’ensemble des compagnies étrangères non américaines travaillant avec l’Iran (« si vous continuez de travailler avec l’Iran, vous n’aurez plus accès au marché américain »). En fait, la stratégie américaine est d’appliquer une « pression maximale » sur la RII pour la forcer à négocier sur 12 points énoncés par le secrétaire d’État, Mike Pompeo, qui incluent une renégociation de l’accord sur le nucléaire avec des conditions encore plus strictes (avec notamment la fin pour l’Iran du droit d’enrichir de l’uranium), le fin de son programme balistique, la fin de sa présence en Syrie, la fin du soutien au Hezbollah au Liban, l’arrêt de toute intervention dans les affaires intérieures de l’Irak, etc.

La stratégie américaine est claire : ou l’Iran accepte de négocier sur ces douze points, ou les difficultés économiques et sociales en Iran, du fait du retour des sanctions américaines, vont atteindre un niveau insoutenable. Sans le dire officiellement, les États-Unis espèrent alors que ces difficultés économiques pousseront la population dans la rue, ce qui conduira à un « changement de régime ». On peut soupçonner à ce propos que le président américain a, durant cette épisode, écouté des conseillers qui lui ont « vendu » l’idée selon laquelle, comme le démontrait les protestations en Iran fin 2017, il suffisait d’appliquer des sanctions économiques fortes pour faire « tomber » le régime…

Le retour des sanctions américaines conduit alors à une très nette détérioration de la situation économique en Iran. Face au « chantage » américain, toutes les grandes entreprises européennes (Peugeot, Total, etc.) quittent le marché iranien. De nombreux raffineurs à travers le monde arrêtent d’acheter du pétrole iranien : les exportations de pétrole de l’Iran reculent de 2,3 Mb/j en juin 2018 à 1,1 Mb/j en avril 2019. D’après le FMI, la croissance en Iran passe de + 3,7 % en 2017 à – 3,9 % en 2018, l’inflation accélère de 9,6% en 2017 à 31,2% en 2018. La monnaie iranienne sur le marché noir perd 50% de sa valeur par rapport au dollar entre juin 2018 et juin 2019.

Pourtant, en dépit de ces difficultés économiques, l’Iran refuse toujours de négocier avec les Américains sur les 12 points évoqués plus haut. Les États-Unis décident donc d’accroître leur pression économique en annonçant un arrêt dès juin 2019 des exemptions accordées à 7 pays pour des achats de pétrole iranien et en imposant des sanctions sur un grand nombre d’entreprises du secteur pétrochimique iranien. Parallèlement, le gouvernement américain décide de mettre les Pasdaran, qui sont une composante de l’armée iranienne, sur la liste des organisations terroristes. Dans ces conditions, la crise va se poursuivre. Les exportations pétrolières ont encore reculé de 1,1 Mb/j en avril 2019 à 0,9 Mb/j en mai 2019. Il semblerait que seule la Chine va continuer à acheter du pétrole iranien. 

Les dirigeants iraniens savent que le pays va traverser une crise économique grave. L’idée est de tenir, avec l’aide de la Chine.

Le FMI prévoit que la récession va s’accroître en Iran cette année avec une croissance à – 6% et que l’inflation va s’accélérer et atteindre 37,2 %. D’après les sources iraniennes, on compterait maintenant 40% de la population en dessous du seuil de pauvreté et on constate également des pénuries de médicaments. Cependant, contrairement à ce que croyaient les dirigeants américains, on n’assiste pas à des manifestations de masse en Iran mais plutôt à des revendications catégorielles. En fait, les Iraniens ont, pour des raisons historiques, une grande capacité de résilience face aux difficultés du quotidien. La classe moyenne urbaine éduquée, même s’il est très déçue par Rohani, ne croit pas dans l’action violente et ne veut pas que l’Iran sombre dans le chaos comme en Irak ou en Syrie. Enfin, il ne faut pas sous-estimer l’antiaméricanisme qui est en train de monter en Iran chez les partisans des « durs » (au moins 40% de la population avait voté pour Ebrahim Raïssi, l’adversaire radical de Rohani lors des élections présidentielles en Iran en 2017). 

Par ailleurs, le gouvernement iranien peut toujours prendre des mesures macroéconomiques pour faire face aux sanctions. Sur le plan budgétaire, il existe des possibles marges de manœuvre : le gouvernement pourrait décider de réduire fortement les subventions en liquide(5) mises en place en 2010 pour les réserver aux plus pauvres. L’Iran dispose par ailleurs de près de 100 milliards de dollars de réserves de change qu’il compte utiliser prudemment et a une faible dette extérieure (9% du PIB). Le pays essaie également de développer ses exportations pétrolières dans la région (Afghanistan, Irak, Qatar, etc.) où les sanctions américaines sont plus difficiles à appliquer. Dans tous les cas, les dirigeants iraniens savent que le pays va traverser une crise économique grave. L’idée est de tenir, avec l’aide de la Chine.

En fait, plus précisément, entre mai 2018 et mai 2019, la RII a décidé d’adopter une politique de « patience stratégique ». C’est-à-dire, que l’Iran, durant cette période, va continuer de respecter l’accord de 2015 (comme cela est certifié régulièrement par les rapports de l’AIEA) et de refuser de négocier avec les États-Unis. Parallèlement, durant toute cette période, les Iraniens vont discuter régulièrement avec les dirigeants européens pour leur rappeler deux choses : 

  1. L’accord de 2015 impliquait pour l’Iran des bénéfices économiques en échange d’une limitation de leur programme nucléaire.
  2. Compte tenu de la réimposition des sanctions américaines, il faut que les Européens agissent pour maintenir leurs relations économiques avec l’Iran et éviter un accroissement des difficultés économiques dans ce pays. 

Ces discussions sont d’autant plus importantes pour les Iraniens qu’ils notent que le recul de leurs exportations de pétrole s’explique en grande partie par un arrêt des achats européens. Durant toute cette période, les Européens demandent aux Iraniens de rester patients, de respecter l’accord et promettent la mise en place d’un mécanisme de troc pour continuer de commercer avec l’Iran en dépit des sanctions américaines. Il est vrai qu’il est très compliqué pour les Européens de protéger leurs entreprises du caractère extraterritorial des sanctions américaines. On note quand même une certaine inertie du Vieux continent puisque le mécanisme de troc, qui devrait s’appeler Instex, tarde à être opérationnel. D’autre part, on sent chez les Européens une difficulté à s’opposer frontalement aux États-Unis sur ce dossier dans une situation, il est vrai, historiquement nouvelle pour l’Europe. Enfin, les dirigeants européens ont peut-être également eu le sentiment que les Iraniens n’avaient, dans tous les cas, aucun choix et qu’ils devaient rester dans l’accord, sous peine de faire face à de nouvelles sanctions des Nations unies et de l’UE.

En mai 2019, un an après la sortie des États-Unis de l’accord, l’Iran décide de mettre fin à sa stratégie de « patience stratégique ».

Cependant, en Iran, du fait la crise économique qui se propage, la scène politique intérieure évolue. Les « modérés », avec à leur tête le président Rohani, qui avaient défendu cet accord, voient leur popularité s’effondrer du fait des tensions sociales croissantes. En face, les radicaux qui étaient dès le début contre cet accord – un « piège » tendu par les Américains selon eux – tirent à boulets rouges contre la diplomatie « naïve » du président Rohani et son ministre des affaires étrangères, Mohamad Javad Zarif. 

En mai 2019, un an après la sortie des États-Unis de l’accord, la RII décide de mettre fin à sa stratégie de « patience stratégique ». La nouvelle stratégie iranienne est de démontrer que les autres pays toujours signataires de l’accord de 2015 pourraient subir un « coût » s’ils continuent à être passifs face aux sanctions américaines. L’objectif est donc de procéder tous les deux mois à des mesures visant à sortir graduellement de l’accord de 2015. Les Iraniens arrêteront ce processus s’ils constatent une amélioration de leur situation économique. Evidemment, cette stratégie a avant tout pour objectif de mettre les Européens face à leurs responsabilités pour que ces derniers développent leurs échanges économiques avec l’Iran.

En fait, on se rend compte que la stratégie américaine conduit à une impasse. L’Iran refuse de négocier sur ces 12 points. Les tensions se sont donc accrues entre l’Iran et les États-Unis depuis l’annonce début mai 2019 de ce plan iranien d’une sortie graduelle de l’accord et des attentats contre deux pétroliers situés dans un port des Émirats arabes unis (EAU). L’Arabie saoudite et les EAU ont accusé l’Iran mais Téhéran a nié toute implication. Donald Trump sentant sans doute qu’il fallait réduire les tensions a alors proposé aux Iraniens de commencer des négociations directes sans évoquer les 12 conditions énoncées précédemment par son secrétaire d’État. Il a également confié au premier ministre japonais, Shinzo Abe, le soin de porter un message d’offre de « négociations sincères » aux dirigeants iraniens. On connait la suite.

Le contexte politique en Iran, avec la montée en puissance des radicaux, rend toute négociation directe avec les États-Unis quasiment impossible.

Le Guide Ali Khameini a opposé une fin de non-recevoir à cette offre et, pendant cette visite, deux tankers (dont un japonais) ont été attaqués dans le golfe Persique. En fait, le contexte politique en Iran, avec la montée en puissance des radicaux, rend toute négociation directe avec les États-Unis quasiment impossible. Il ne faut pas oublier que dans le système politique iranien, le Guide qui a le dernier mot pour toutes les grandes décisions, a également un rôle d’arbitre entre toutes les composantes et qu’il doit donc prendre en compte ce poids croissant des « durs ». En outre, le Guide, qui est lui-même proche des « radicaux », estime qu’il a déjà essayé une fois de négocier avec les américains en 2015 et qu’il a vu le résultat… 

Enfin, on peut penser que les dirigeants iraniens estiment qu’ils n’ont aucun intérêt à négocier maintenant avec les États-Unis alors qu’ils sont en position de faiblesse. La position officielle de l’Iran est que des discussions sont possibles avec les États-Unis si ces derniers reviennent dans l’accord. Et on peut penser que les Iraniens vont rester sur cette position, au moins jusqu’aux prochaines élections présidentielles américaines en 2020.

Au total, la stratégie américaine de sortie de l’accord de 2015 et de « pression maximale » sur l’Iran n’a donné aucun résultat puisque l’Iran refuse de négocier. Par contre, cette stratégie a abouti comme les derniers événements l’ont démontré, à une montée des tensions dans la région. Ni les États-Unis, ni l’Iran ne veulent la guerre. Mais on sait qu’il y dans l’entourage de Donald Trump des éléments comme le secrétaire d’État Mike Pompeo, et surtout le chef du Conseil national de sécurité, John Bolton, qui souhaitent un changement de régime en Iran et verraient la guerre comme une solution pour se débarrasser de la RII.

Dans ces conditions, un incident ou un mauvais calcul d’un des deux protagonistes, pourrait conduire à un enchaînement dangereux. Or, un acteur qui a la possibilité de véritablement réduire ces tensions est évidemment l’Europe. Il faudrait pour cela que les dirigeants européens démontrent, au-delà de tous les obstacles juridiques et techniques qui empêchent leurs entreprises de commercer avec l’Iran, une véritable volonté politique de sauver l’accord de 2015.

  • parue le 20 juin 2019

Sources / Notes

  1. Sanctions bilatérales prises par les États-Unis depuis la révolution de 1979, notamment à cause du manque de respect des droits de l’homme en Iran ou à cause du soutien à des groupes considérés comme terroristes par les États-Unis comme le Hezbollah au Liban.
  2. Source : OPEP.
  3. Source : Iran Trade Promotion Organization.
  4. Source : World Investment report 2019.
  5. Versements sur les comptes bancaires de toute la population pour compenser la suppression en 2010 de subventions sur l’énergie .

Monsieur Hulot : on vous espérait en vacances !

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19 juin, 2019
Tribune libre

Loïk Le Floch-Prigent

Tandis que l’ancien Ministre démissionnaire revient pour nous rappeler, avec d’autres, que la fin du monde n’est pas si loin, les pays africains qui avaient suivi ses orientations de suppression des fossiles au profit des énergies renouvelables se désespèrent des résultats obtenus. Je vais évoquer ici le cas du deuxième pays d’Afrique en termes de population, l’Ethiopie, qui est passé de 95 millions d’habitants à 105 millions en quelques années et qui connait, grâce à sa politique de santé, en particulier la vaccination, une progression constante.

 

Parc éolien d’Ashegoda situé à environ 780 km au nord de la capitale éthiopienne, Addis-Abeba. Crédit photo : Vergnet. 

L’Ethiopie ce sont des montagnes, des cours d’eau et un grand désert qui va à l’Est jusqu’au Kenya et à la Somalie. Ses dirigeants ont considéré que l’électrification du pays se réaliserait à partir de l’hydro électricité, de la géothermie et de l’utilisation du vent, applaudis par tous les écologistes du monde, en particulier ceux qui peuplent les organismes dépendant des Nations Unies : enfin un pays vertueux, ou presque, puisque certains ne sont pas enthousiastes à considérer l’eau de la pluie comme aussi « naturelle » que le vent ou le soleil.

Lorsqu’il y a quelques années, j’avais rencontré le Vice-Premier ministre de l’époque, Haile Mariam Dessalegn, qui devait remplacer comme Premier ministre, Meles Zenawi, mort précocement, j’avais tenté de lui montrer les bienfaits d’un mix électrique possible pour son pays grâce à la découverte de gisements conséquents de gaz dans l’Est du pays. D’un coté des barrages nombreux, à la construction rapide, pouvaient être envisagés tout au long du Nil Bleu et de ses affluents, d’autre part, en deux ans des centrales à gaz, modulaires, pouvaient voir le jour à l’Est et la construction de lignes pouvait être préparée. Je ne pouvais pas oublier, à l’époque, le champ éolien d’Ashegoda, construit avec l’aide de l’AFD et des banques françaises avec du matériel français, Vergnet (Orléans) d’abord avec 30 engins et Alstom ensuite avec 54.

La discussion a été orageuse, le barrage, le seul, retenu, était le barrage « Renaissance » sur le Nil Bleu, à la frontière avec le Soudan, 6000 MW, et conformément aux souhaits des français « notre pays (l’Ethiopie) n’allait pas commettre les mêmes erreurs que l’Occident, se cantonnerait aux énergies nouvelles, d’où d’ailleurs le recours aux éoliennes françaises ». Mon interlocuteur considérant ne pas avoir à « salir la planète » avec le gaz éthiopien, voulait l’exporter à partir d’un gazoduc conduisant à Djibouti avec une installation de liquéfaction là-bas. Double projet, pharaonique, avec des coûts élevés ainsi que les délais. Les responsables d’EDF avaient bien étudié les fleuves, les coûts, les délais, j’avais en tète les quantités de TCF de gaz des gisements de Calub et d’Hilali, mais j’ai dû rapidement battre en retraite car la colère du Ministre arrivait très vite.

Nous sommes près de dix ans après, l’Ethiopie a été célébrée par tous les bien-pensants pour sa vertu, elle avait compris que la voie de l’aide internationale passait par l’oubli de ses réserves naturelles, son hydraulicité répartie et son gaz, elle a dix millions d’habitants en plus et elle n’a plus d’eau et toujours pas d’électricité… sauf les riches de la capitale, Addis-Abeba, qui possèdent des générateurs électriques alimentés à l’essence ou au diesel… achetés à partir de Djibouti en provenance de leurs voisins arabes ! Il y a dix ans la moitié des habitants n’avait pas accès à l’électricité, maintenant ce sont les trois quarts !  Et c’est la Banque Mondiale qui le dit ! Où sont les électrons des éoliennes préconisées par toutes ces institutions, et ceux de la géothermie, célébrée par tous ces beaux esprits, tandis que le gaz du pays Somali dort, et que les petites rivières ont seules l’alimentation du ciel et de ses nuages.

Tandis que les difficultés s’accroissent dans le pays qui a heureusement choisi un dirigeant plutôt consensuel à cheval sur les deux ethnies les plus importantes, que propose-t-on ? Un gazoduc financé par les chinois et une usine d’urée construite avec l’aide du Maroc. Mais qui va dire que la solution la plus rapide devrait être l’utilisation électrique du gaz et la mise en place de centrales au fil de l’eau dans les montagnes du Centre et du Nord du pays ? Bien sûr, ce n’est pas vertueux et quand on a poussé un pays vers le suicide il est difficile de faire marche arrière. Bien sûr, les milliards dépensés pour réaliser le barrage de la Renaissance, le barrage du Millénaire, vont finir dans quelques années par porter leurs fruits, mais on s’apercevra alors , comme partout en Afrique, qu’il manque des lignes de transport et que l’on n’avait pas anticipé l’augmentation de la population. Ainsi la vertu et l’idéologie qui l’accompagne ont un prix, celui du dénuement et des souffrances de millions d’individus alors que l’éducation progressait, que le niveau professionnel augmentait, que des projets industriels voyaient le jour.

Lorsque je me souviens de ma soirée avec Hiale Mariam Dessalegn je suis rempli de tristesse, je n’ai pas réussi à le convaincre, mais tous ses autres interlocuteurs l’avaient dissuadé d’utiliser les énergies « fossiles », ce qui a conduit notre pays, la France, à se glorifier d’être le « premier au monde » à interdire l’exploration et la production de pétrole et de gaz, comme il est le premier (et le seul) à vouloir décider qu’en 2040 il ne fallait plus construire de véhicules thermiques. Si la stupidité et l’arrogance limitaient leurs conséquences néfastes à nos frontières, après tout, tant pis pour nous si nous sommes tous des imbéciles, mais lorsque nous exportons nos fantasmes et qu’ils se transforment en drames, je trouve cela injuste, profondément injuste, pour des populations pacifiques et talentueuses qui voudraient tant pouvoir continuer à sourire à la vie. Tous les messieurs Hulot auront à cœur, je l’espère, de mesurer les conséquences de leurs préconisations de production électrique dans des pays qui doivent simplement utiliser leurs ressources naturelles sans qu’il soit nécessaire de juger du caractère vertueux ou non de leurs décisions.

Loïk Le Floch-Prigent

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L’entreprise ukrainienne Naftogaz et l’entreprise chinoise Sinosure envisagent de coopérer.

L’entreprise ukrainienne Naftogaz et l’entreprise chinoise Sinosure envisagent de coopérer © Chine Nouvelle (Xinhua), Le 19/04/2019 05:35 Naftogaz, l’entreprise publique ukrainienne spécialisée dans l’énergie, et China Export & Credit Insurance Corporation, également dénommée Sinosure, ont discuté de leurs perspectives de coopération, a déclaré jeudi le service de presse de l’entreprise ukrainienne. Lors d’une réunion à Kiev, le président de Sinosure, Wang Tingke, et le président de Naftogaz, Andriy Kobolyev, ont échangé leurs points de vue sur les orientations de la future coopération entre les deux entreprises. Pendant sa visite dans la capitale ukrainienne, M. Wang a également pris connaissance de façon approfondie des activités du groupe Naftogaz. Lire plus sur :

https://chine.in/actualite/cn/entreprise-ukrainienne-naftogaz-entreprise_118575.html

 

Le plan d’EDF pour construire de nouveaux EPR en France

Le plan d’EDF pour construire de nouveaux EPR en France

AURÉLIE BARBAUX  ,  ,  ,  , 

PUBLIÉ LE 

A LA UNE À l’heure où le renouvellement du parc français est à l’étude, EDF a deux ans pour peaufiner son dossier d’un nouveau nucléaire en France.

Le plan d'EDF pour construire de nouveaux EPR en France
Alors que la date de mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche) n’est pas connue, les essais se poursuivent sur le site.

Le nucléaire français est en plein paradoxe. Alors que la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015, modifiée par la loi énergie de 2019, l’oblige à fermer douze à quatorze réacteurs d’ici à 2035, EDF prévoit d’ores et déjà la mise en service de nouvelles centrales. Et ce, rapidement pour répondre à la demande de la filière qui veut maintenir ses compétences en matière de construction de centrales et qui a besoin de montrer sur les marchés internationaux que la France reste un grand pays du nucléaire. Le gouvernement est, lui, beaucoup moins pressé. Il préfère faire de la relance du nucléaire civil en France un sujet de débat pour la prochaine élection présidentielle et laisser au prochain exécutif la responsabilité de cette décision. Même s’il lui a balisé le terrain.

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a publié, fin 2018, une étude économique sur l’évolution du mix électrique français entre 2020 et 2060 avec sept scénarios prospectifs qui montrent notamment que le développement de la filière EPR ne serait pas compétitif. Quoi qu’il en soit, dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), le gouvernement demande à EDF, le chef de file de la filière nucléaire depuis la restructuration d’Areva, de fournir un dossier sur le nouveau nucléaire d’ici à mi-2021. L’opérateur national doit y démontrer sa capacité à maîtriser les coûts et les délais de construction de nouveaux réacteurs EPR en France.

EDF ne part pas de zéro. Depuis 2014, il travaille avec Framatome sur l’EPR 2, un nouveau modèle de réacteur. « L’EPR 2 est un réacteur pour une utilisation française, proche de l’EPR pour en utiliser tout le retour d’expérience, mais optimisé en termes de coût et de délais de fabrication« , détaille Xavier Ursat, le directeur exécutif d’EDF, chargé de la direction ingénierie et projets nouveau nucléaire. Le retour d’expérience provient des premiers EPR construits en Chine, à Taishan, par l’opérateur chinois CGNPC et EDF ; en Finlande, à Olkiluoto, par le consortium Areva-Siemens et l’opérateur TVO ; et en France, à Flamanville (Manche), par EDF. Quand on va construire le premier EPR 2, on ne veut pas revivre les problèmes de planning et de surcoût qu’on a vécu à Flamanville, assure Xavier Ursat. Mais on ne veut pas réinventer quelque chose qui nous ferait prendre une fois encore des risques de tête de série. On veut optimiser, tout en restant proche du design initial. » Dominique Louis, le PDG d’Assystem, qui détient 5 % du capital de Framatome, résume l’enjeu : « Avec l’EPR, on a fait un airbus A 380. Il faut maintenant en faire un A 350. »

Les fournisseurs associés au projet

Pour concevoir cet EPR 2, EDF et Framatome (ex-Areva NP) ont créé un plateau commun qui rassemble l’équipe projet EPR 2 chez EDF (70 personnes), les ingénieurs de Framatome, et ceux de leur filiale commune d’ingénierie Edvance, créée en mai 2017, soit entre 500 et 600 personnes au total. Le projet avance dans le bon sens. Le basic design pour la chaudière nucléaire et le générateur de vapeur « st figé depuis la fin 2017« , précise Bernard Fontana, le PDG de Framatome. L’Autorité de sûreté nucléaire doit rendre son avis sur les options de sûreté fin avril. Reste à traiter des questions industrielles, de supply chain et d’ingénierie de détails, « pour se mettre en situation de bénéficier d’un effet de série« , explique Bernard Fontana. La priorité est donnée à l’industrialisation et à la standardisation des équipements à l’intérieur de l’EPR (vannes, tuyaux, pompes, portes…), pour garder un nombre limité de références différentes. « Dans la partie non nucléaire, nous allons utiliser davantage d’équipements éprouvés dans l’industrie« , rapporte Xavier Ursat. Un exemple : dans l’EPR de Flamanville, on trouve 1 700 modèles de portes différents, pour la plupart des exemplaires uniques. Il n’y aura plus que 200 modèles dans l’EPR 2.

EDF et Framatome n’avancent pas seuls. « L’une des caractéristiques de ce projet, c’est que l’on y associe les fournisseurs très tôt, notamment les génie civilistes, dans un consortium composé de Bouygues, Vinci et Eiffage pour avoir leur avis sur la constructibilité des différentes options étudiées », observe Xavier Ursat. L’un des objectifs est de préfabriquer un maximum d’équipements. « Toutes les tuyauteries vont être conçues en pouces, comme le pratique toute l’industrie dans le monde, notamment pétrolière. L’EPR, lui, était dimensionné en millimètre. Une spécificité qui a nécessité d’adapter la chaîne industrielle, ce qui a eu un coût « , reconnaît Xavier Ursat. EDF va aussi lancer une consultation pour la salle des machines. L’EPR 2 sera également le premier réacteur conçu depuis le début dans une approche entièrement numérique, soutenu par un logiciel PLM de Dassault Systèmes, préféré en 2018, à la solution de Siemens choisie par EDF en 2013. La migration est en cours.

Industrialiser l’EPR 2 n’est pas tout. Dans le dossier qui doit être remis mi-2021, EDF doit aussi s’engager sur les coûts. « On s’est fixé comme objectif d’avoir des EPR constructibles en France pour un coût complet de production d’électricité entre 65 et 70 euros le Mwh, pour qu’il soit moins cher que n’importe quel moyen fossile adossé à un prix du carbone que l’on pourrait développer à la même période« , explique Xavier  Ursat. Le dossier devra aussi définir précisément les besoins de la France en matière de nucléaire pour les soixante à quatre-vingts ans à venir, sachant que les EPR sont prévus pour fonctionner soixante ans. Il faut également tabler sur « une durée de construction de l’ordre de six ans pour une tranche, entre le moment où l’on attaque le génie civil de sûreté (le socle du bâtiment nucléaire) et la mise en service commerciale« , avertit le directeur exécutif d’EDF.

Maintien des compétences

Pour répondre à quels besoins en électricité   Combien de nouveaux EPR 2 faudra-t-il construire   À ce stade, pas de réponse, mais les coûts avancés par EDF « s’envisagent pour une série d’au moins six réacteurs, comme la Cour des comptes l’indique dans son rapport « , prévient Xavier Ursat. Un nombre qui semble faire consensus. « Deux c’est mieux qu’un, et six c’est mieux que deux« , lance Bernard Fontana, prudent. L’enjeu est industriel, mais il concerne aussi le maintien de compétences perdues et chèrement reconquises à Flamanville, notamment. « Les seuls qui construisent des réacteurs sans problème, ce sont les Chinois, observe Dominique Louis. On a perdu la main. » L’enjeu de l’EPR 2 est aussi de prouver le contraire.

De Tchernobyl à Flamanville

  • 1986 : Accident de Tchernobyl Le design des nouveaux réacteurs nucléaires doit empêcher une telle catastrophe.
  • 1989 : Framatome et Siemens-KWU s’associent au sein de Nuclear Power International (NPI).
  • 1993: Lancement du projet EPR, le réacteur pressurisé européen, qui intégrera les points forts du réacteur N4 français et du Konvoi allemand.
  • 1998: l’Allemagne décide de sortir du nucléaire au début de la coalition entre le parti social-démocrate et les Verts.
  • 1999: Framatome et Siemens Fusionnent leurs activités nucléaires. Le projet EPR est intégré à Framatome ANP (Advance Nuclear Power).
  • 2003: Commande du premier EPR par le finlandais TVO.
  • 2005 : Lancement du chantier de l’EPR d’Olkiluoto 3 en Finlande.
  • 2007 : La construction de l’EPR de Flamanville débute. Areva et le chinois CGN signent pour deux EPR à Taishan en Chine.
  • 2009 : Début des négociations d’un projet de six EPR en Inde, à Jaitapur, par EDF (accord préliminaire signé en mars 2018).
  • 2014: Le projet EPR 2 est lancé.
  • 2016: Signature d’Hinkley point C, au Royaume-Uni, par le gouvernement anglais, EDF Energy et CGN pour deux EPR et une mise en service en 2025.
  • 2017: Création d’Edvance, une coentreprise ingénierie d’EDF et de Framatome, pour travailler sur l’îlot nucléaire et le contrôle commande des EPR de demain.
  • 2018: L’EPR de Taishan 1 produit de l’électricité (29 juin). Premier béton du radier d’Hinkley Point C (11 décembre).
  • 2021: Le dossier nouveau nucléaire en France doit être remis au gouvernement.

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