Archives pour la catégorie ENERGIE

Rachat d’Uramin par Areva: la cour d’appel de Paris ordonne de nouvelles mises en examen

Rachat d’Uramin par Areva: la cour d’appel de Paris ordonne de nouvelles mises en examen

Paris – La cour d’appel de Paris a ordonné lundi de nouvelles mises en examen pour d’anciens dirigeants d’Areva, dont l’ex-patronne Anne Lauvergeon, dans le volet comptable de l’affaire du rachat controversé de la société minière canadienne Uramin, a-t-on appris de source proche du dossier.

Uramin avait été acquis par Areva pour 1,8 milliard d’euros en 2007 mais l’exploitation plus difficile que prévu de ses mines a fait tourner l’opération au fiasco et contraint le groupe public français à passer de lourdes provisions en 2011, après le départ de Mme Lauvergeon.

Ce rachat controversé est au coeur de deux enquêtes: l’une porte sur des soupçons d’escroquerie et de corruption lors de l’acquisition de la compagnie minière; l’autre sur les provisions inscrites par Areva, les magistrats soupçonnant des responsables du groupe d’avoir présenté des comptes inexacts pour masquer l’effondrement de la valeur d’Uramin.

Dans cette partie du dossier, les juges ont notamment déjà mis en examen Mme Lauvergeon pour « présentation et publication de comptes inexacts » et « diffusion d’informations trompeuses », tandis que l’ancien dirigeant de la filiale des mines, Sébastien de Montessus, a été placé sous le statut intermédiaire de témoin assisté.

Les juges ont bouclé leur enquête mais un débat subsistait entre eux et le parquet, qui souhaitait que soient prononcées d’autres mises en examen, refusées par les juges.

Dans son arrêt, la chambre de l’instruction a infirmé l’ordonnance des juges et réclamé que soient prononcées ces nouvelles mises en examen. En l’occurrence, celle d’Anne Lauvergeon pour « délit d’entrave » et celles de M. Montessus et de Nicolas Nouveau, ex-directeur financier de la filiale des mines, pour « complicité de présentation de comptes inexacts », « complicité de diffusion d’informations trompeuses » et « délit d’entrave », a précisé cette source.

La cour d’appel a également demandé la mise en examen pour « délit d’entrave » de Gérard Arbola, l’ancien N.2 du groupe, d’Alain-Pierre Raynaud, l’ex-directeur financier d’Areva, et de Thierry Noircler, l’ancien responsable de l’audit du fleuron nucléaire, désormais appelé Orano.

M. Arbola est déjà mis en examen dans cette affaire pour « présentation et publication de comptes inexacts » et M. Raynaud pour « complicité » de ces mêmes faits.

Dans l’autre volet de l’affaire, sur les conditions de rachat d’Uramin, Anne Lauvergeon a été placée sous le statut de témoin assisté.

(©AFP / 29 octobre 2018 14h56)

https://www.romandie.com/news/Rachat-d-Uramin-par-Areva-la-cour-d-appel-de-Paris-ordonne-de-nouvelles-mises-en-examen/966548.rom

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Les automobilistes pris au piège du diesel

Les automobilistes pris au piège du diesel

Paris – Face à la flambée des prix du gazole, les propriétaires de voitures diesel se sentent pris au piège, le revirement des politiques publiques ayant provoqué une chute du prix de leur véhicule.

Pour les diésélistes, « c’est la double peine », constate Flavien Neuvy, directeur de l’Observatoire Cetelem de l’Automobile. « Ils subissent à la fois les prix du carburant qui augmentent et une valeur résiduelle de leur voiture qui baisse fortement parce que le marché des véhicules diesel d’occasion s’effondre ».

Les prix du gazole ont quasiment rejoint à la pompe ceux de l’essence, sous l’effet d’une hausse des taxes visant à mettre fin à l’avantage fiscal dont ce carburant bénéficiait jusqu’ici. Du coup, ces véhicules perdent leur intérêt et leur attrait, d’autant plus qu’ils sont perçus comme ayant peu d’avenir.

« A Paris, on sait que les diesels seront interdits en 2024. Il y a beaucoup d’inquiétudes », estime Guillaume Paoli, co-fondateur et dirigeant d’Aramis Auto, spécialiste de la vente d’automobiles en ligne. D’après une étude commandée par l’entreprise, « 40% des possesseurs de diesel ont prévu de changer de comportement, soit en gardant leur voiture jusqu’au bout, soit en essayant de la revendre au plus vite ».

Mais en cas de revente, il risque d’y avoir de la déception. Sur les voitures urbaines diesel, « les prix sont clairement en baisse, parfois de 10 à 15% », prévient M. Paoli. La baisse est moins perceptible pour les gros véhicules, mais dans tous les cas « les délais de revente sont un peu plus longs ».

Il souligne que le marché de l’occasion est complètement déséquilibré. « Les voitures d’occasion d’aujourd’hui, ce sont les voitures neuves d’il y a quatre ans. Or, il y a 4 ans, on vendait 70% de diesel. Aujourd’hui, quand je regarde les requêtes sur le site Aramis, seules 30 à 35% portent sur du diesel ».

Sur le marché du neuf, la part du diesel est aussi tombée sous la barre des 40% en septembre, contre 73% en 2012.

« Il y a un problème d’offre et de demande. Les gens veulent plus d’essence et on n’a pas forcément autant d’essence à leur proposer », poursuit Guillaume Paoli.

– Inversion de politique –

Les baisses de prix des voitures d’occasion diesel « sont significatives depuis le début de l’année », confirme le Conseil national des professions de l’automobile (CNPA), qui représente notamment les concessionnaires. Interrogé par l’AFP, il n’était pas en mesure de chiffrer le phénomène.

Outre le coût pour les particuliers, le CNPA prévoit une ardoise « en milliards d’euros » pour les concessionnaires, qui doivent gérer les retours de millions de véhicules diesel sur plusieurs années, au terme des contrats de location (LOA) de leurs clients. Les concessionnaires se retrouvent d’ores et déjà avec un parc de voitures dont la valeur est dépréciée.

« Les pouvoirs publics ne prennent jamais en compte le parc existant de véhicules », alerte le CNPA, qui l’estime à 42 millions de voitures, dont les deux tiers en diesel.

Les Français étaient incités par le gouvernement, jusqu’à il y a encore cinq ans, à privilégier le diesel au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, rappelle Flavien Neuvy.

Ces motorisations consomment environ 10% de carburant en moins et émettent donc moins de CO2. Mais leur bilan moins favorable en matière d’émissions d’oxydes d’azote, des gaz nocifs pour la santé, a incité le gouvernement à inverser totalement sa politique depuis la loi sur la transition écologique votée en 2014.

Le dieselgate, avec ses révélations sur les tricheries de Volkswagen et la sous-estimation systématique des émissions nocives lors des tests d’homologation, a porté le coup de grâce à cette technologie.

Chez les consommateurs, « il y a du mécontentement, l’impact est fort sur le pouvoir d’achat, mais il y a aussi des conséquences industrielles », avec des milliers d’emplois menacés chez des équipementiers spécialistes des motorisations diesel, souligne cet expert. « Cela fait des chocs invraisemblables » à gérer pour une industrie automobile qui doit consentir de lourds investissements et a besoin avant tout de visibilité.

aro/ef/spi

VOLKSWAGEN

(©AFP / 18 octobre 2018 11h20)

Les éditorialistes les plus ringards au chevet du compteur Linky

Les éditorialistes les plus ringards au chevet du compteur Linky

 

Rejeté partout en France, le compteur Linky ne peut plus compter que sur la mobilisation d’un quarteron d’éditorialistes réactionnaires qui en appellent à « la raison » et à « la science »… dont ils ne savent rien.

 

Dans un bel ensemble, Bertille Bayart (Le Figaro, actionnaire Dassault) et Eric Le Boucher (L’Opinion, actionnaire principal LVMH) montent au créneau pour tenter de soutenir le compteur communicant Linky, rejeté de partout. Bien sûr, cela n’a rien à voir avec le fait que leurs journaux sont détenus par des industriels parmi les plus pollueurs et anti-sociaux, et avides des innombrables données (Big data) que doivent collecter les compteurs communicants.

 

L’une parle, à propos des opposants au Linky, de « défaite de la raison » (*) , et l’autre de « populisme qui s’attaque à la science » (**), mais ils sont bien incapables d’expliquer en quoi le Linky relèverait de « la raison » ou de « la science », dont ils ne savent d’ailleurs rien.

 

Il faudrait donc expliquer à ces zozos que, lorsqu’un industriel arrive avec un nouveau produit sous le bras, en clamant que c’est « pour faire des économies« , « pour améliorer la vie des habitants« , « indispensable« , et prétendument « obligatoire« , il convient immédiatement de se méfier… même si l’objet en question est vert fluo (couleur choisie pour abuser les imbéciles).

 

Il faudrait donc leur expliquer que tout ce qui est nouveau ne relève pas nécessairement du « progrès », de la « raison » ou de « la science« , et que la dignité des citoyens est précisément de se poser des questions, de se renseigner, et si nécessaire de s’opposer, et non de se soumettre sans réfléchir.

 

Il faudrait donc leur expliquer que détruire 35 millions de compteurs en parfait état de marche, et dont la plupart peut durer encore des décennies, pour les remplacer par 35 millions de Linky, à la durée de vie très courte (5 à 7 ans) et construits en utilisant des quantités astronomiques d’énergie et de matières premières, est à la fois la pire des absurdités et un terrible crime contre l’environnement.

 

Il faudrait donc leur expliquer que le distributeur Enedis, celui qui fait installer les Linky, est une filiale d’EDF… qui survit en nous vendant le plus possible d’électricité : il est donc d’une incommensurables naïveté de croire que le programme Linky est prévu pour nous faire faire « des économies d’énergie« .

 

Il faudrait donc leur expliquer que d’innombrables habitants, une fois dotés du Linky, voient leurs factures s’envoler et/ou sont obligés de prendre un abonnement plus cher parce que leur installation ne cesse de disjoncter (alors qu’elle fonctionnait très bien avec le compteur ordinaire).

 

Il faudrait donc leur rappeler que la Cour des comptes, peu soupçonnable d’être infiltrée par des activistes complotistes, a violement dénoncé le programme Linky qui est financièrement très favorable à Enedis/EDF et va coûter très cher aux habitants (en plus de l’augmentation des factures et abonnements).

 

Il faudrait donc leur expliquer que « le progrès » et « la raison » recommandent de conserver les compteurs ordinaires, en particulier ces fabuleux compteurs électro-mécaniques (avec la roue cranté qui tourne) : ils ne nous surfacturent pas, ne nous espionnent pas, ne disjonctent presque jamais, ne détruisent pas nos appareils électro-ménagers, ne génèrent pas d’incendies ni d’ondes électromagnétiques, etc .

 

Mais voilà, Bayart et Le Boucher savent bien que leurs salaires indécents ne leur sont versés que tant qu’ils défendent les projets industriels dont bénéficient leurs patrons et actionnaires. Alors ils font le job, comme des zombies, des parasites de luxe qui ne produisent rien… à part des inepties. Ils sont donc bien dignes du Linky.

 

Stéphane Lhomme
Conseiller municipal de Saint-Macaire (33)
Animateur du site web http://refus.linky.gazpar.free.fr

 

(*) http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/10/02/31003-20181002ARTFIG00283-bertille-bayart-linky-ou-la-defaite-de-la-raison.php

(**) https://www.lopinion.fr/edition/economie/linky-populisme-passe-a-l-attaque-contre-science-165348

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-editorialistes-les-plus-208659

La décarbonation du système électrique est au cœur des enjeux climatiques

10.10.2018

La décarbonation du système électrique est au cœur des enjeux climatiques

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Par la rédaction

Le secteur électrique, un secteur fortement émetteur, présentant un vrai potentiel de décarbonation

Le secteur électrique représente aujourd’hui 40 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales et est au cœur des enjeux climatiques. Les centrales à charbon et à gaz représentent toujours 63 % de la production totale d’électricité dans le monde. A elles seules, les centrales à charbon sont responsables de 73 % des émissions de CO2 de la production d’électricité.

De fait les études qui ont exploré les moyens de parvenir à une décarbonation profonde d’ici 2050 se sont d’abord concentrées sur le potentiel de transformation du secteur électrique car les coûts de réduction des émissions de gaz carbonique dans ce secteur sont initialement plus bas que dans les autres secteurs énergétiques, en particulier dans les transports et dans de nombreux secteurs industriels.

Décarboner l’électricité représente pourtant un défi considérable

En 2014, le GIEC fixait un objectif de 80 % d’électricité bas-carbone en 2050 pour limiter la hausse des températures à 2°C. Avec la révision à la hausse des objectifs à 1,5°C après les accords de Paris, les principaux scénarios exigent maintenant une décarbonation complète du système électrique à l’horizon 2050, avec des émissions négatives au-delà (neutralité carbone).

Ceci représente une rupture très forte, pour un système qui présente une très grande rigidité et n’évolue que très lentement : le système énergétique mondial est aujourd’hui organisé autour de lourdes infrastructures qui acheminent les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) depuis le gisement jusqu’au consommateur final. La tendance actuelle reste au développement de ces infrastructures, comme en témoigne en Europe le projet Nord Stream 2. Elle est d’autant plus difficile à inverser que les ressources fossiles restent très abondantes et bon marché, en l’absence d’un prix du CO2 significatif

A l’inverse de la tendance actuelle, décarboner le secteur électrique suppose en particulier, à partir de 2020-2030, de ne plus développer de moyens de productions qui émettent du CO2 dans l’électricité à l’échelle mondiale : donc de compter essentiellement sur l’hydraulique, le nucléaire, les autres énergies renouvelables comme les éoliennes ou le photovoltaïque, et de ne plus construire de centrales au charbon ou au gaz sans systèmes de capture-stockage du CO2 (CCS).

La barre est d’autant plus élevée que, d’ici 2050, la demande d’électricité est amenée à doubler[1], et ceci malgré les progrès attendus en matière d’efficacité énergétique. Plusieurs facteurs contribueront à cette augmentation :

  • La population mondiale devrait atteindre 9,6 milliards de personnes en 2050. Selon les Nations Unies, à l’horizon 2050, les deux tiers de l’humanité, soient 6 milliards de personnes, vivront dans des villes. L’Inde à elle seule aura 400 millions de citadins de plus. La bataille du climat, comme celle de la pollution, se jouera dans ces zones à forte densité. L’électrification massive des usages semble être la seule solution pour limiter dans le futur à la fois les émissions de CO2 et la pollution de ces mégapoles.
  • Les pays émergents ont des besoins légitimes et indispensables de développement : 1,2 milliards de personnes – l’équivalent de la population de l’Inde ou de l’Afrique – n’ont pas encore accès à l’électricité aujourd’hui.
  • L’électricité bas-carbone sera nécessaire pour décarboner les autres secteurs, en particulier celui des transports. En outre, le développement des nouvelles technologies représente à lui seul entre 6 % et 10 % de la consommation mondiale d’électricité, soit près de 4 % de nos émissions de gaz à effet de serre.

Pipelineistan effréné

Pipelineistan effréné

Publié le 2 Octobre 2018 par Observatus geopoliticus in Gaz, Etats-Unis, Russie, Moyen-Orient, Sous-continent indien

Irrésistible, infatigable, insatiable, le Grand jeu énergétique continue de plus belle…

Peu de gens devaient connaître le sieur Ryan Zinke, obscur secrétaire à l’Intérieur de l’administration Trump, avant sa sortie fracassante qu’il convient de citer :  « Les Etats-Unis ont la capacité, avec notre marine, de sécuriser les lignes maritimes, et, si nécessaire de mettre en place un blocus afin de s’assurer que les exportations d’énergie russes n’atteignent pas leurs marchés. »

Diantre. En réalité, il dit tout haut et avec violence ce que tous les stratèges américains et le Deep State pensent tout bas depuis des lustres. La réaction de Moscou ne s’est pas fait attendre : si les Américains franchissent le dangereux Rubicon, ce sera tout simplement une déclaration de guerre. Le liderisimo tchétchène Kadyrov en remet une couche, ridiculisant en passant les prétentions états-uniennes.

Que cette brusque diatribe impériale ait lieu maintenant est tout sauf un hasard. L’hystérie désespérée de Washington augmente à mesure que les pipelines russes étendent leurs tentacules sur l’Eurasie.

Le mois dernier, nous prévenions :

Les travaux pour la pose du Nord Stream II ont débuté dans le golfe de Finlande, ce qui, selon la presse économique occidentale, signifie que le projet est désormais inarrêtable. Le fidèle lecteur ne sera pas surpris, nous étions les premiers dans la sphère francophone à parier sur l’inéluctabilité du gazoduc baltique il y a deux ans :

C’est le genre de petite nouvelle banale qui passe totalement inaperçue, pas même digne d’être évoquée dans les fils de dépêches des journaux. Et pour une fois, je ne les en blâme pas, car seuls les initiés peuvent comprendre la portée de l’information sur notre Grand jeu énergético-eurasiatique.

Une première livraison de tubes est arrivée dans la presqu’île de Rügen, sur la côte baltique de l’Allemagne, et il y en aura désormais 148 par jour, acheminés par trains spéciaux (chaque tuyau mesure en effet 12 mètres et pèse 24 tonnes). Vous l’avez compris, il s’agit des composants du Nord Stream II qui devraient commencer à être assemblés au printemps prochain.

Ainsi, même si aucune décision officielle n’a encore été prise, ou du moins annoncée, le doublement du gazoduc baltique semble bien parti (…) Gazprom prendrait-il le risque de les acheter et de les acheminer sans avoir une idée assez sûre du dénouement ?

L’empire, obsédé par la perspective d’une intégration énergétique de l’Eurasie, tentera encore par tous les moyens de torpiller le projet mais ses atouts commencent à se faire rares… Et l’on catéchise plus difficilement l’Allemagne que la petite Bulgarie à propos du South Stream.

Renouvelons la question : Gazprom prendrait-il le risque de débuter les travaux dans le golfe de Finlande si Moscou n’avait pas dorénavant l’assurance que rien ne pourra se mettre en travers du tube ? Il semble que tout se soit décidé lors des rencontres Poutine-Merkel et lors du fameux sommet d’Helsinki (coïncidence amusante) entre le Donald et Vlad.

Il est là et, sauf rebondissement (toujours possible) de dernière minute, il est là pour durer. Le starter a tiré le départ et il a fait ses premiers mètres. Car en plus du golfe de Finlande, la construction a également commencé en Allemagne la semaine dernière : 30 km de tubes, 15 par ligne, ont été posés. Pas étonnant que l’ami Zinke ait pété une durite…

Rien n’y a fait, ni les menaces de l’empire, ni les bidouilleries de Bruxelles. Frau Milka, sourcilleuse dès qu’il s’agit des intérêts de son Deutschland über alles, y a veillé.

Autre info que le fidèle lecteur de nos Chroniques aura eu en exclusivité, l’IPI offshore prend de la consistance. Avant d’aller plus loin, retour sur le Grand jeu dans la case Sud-ouest de l’échiquier eurasien :

Un vieil ami, IPI, revient sur le devant de la scène, sur lequel un petit rappel n’est pas inutile :

L’accord sur le nucléaire iranien et la levée des sanctions ont pour conséquence de faire revivre le projet saboté par Washington de gazoduc Iran-Pakistan-Inde (IPI). Dans leur volonté d’isoler l’Iran, les Américains avaient réussi à détourner l’Inde du projet en 2009 et tentaient de promouvoir l’invraisemblable TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde) censé passer au beau milieu des Talibans sans que ceux-ci ne s’en rendent compte. Trêve de délire et retour à la réalité, l’Inde est maintenant de nouveau intéressée par l’IPI et le projet fait sens. Ainsi, la levée des sanctions contre l’Iran n’aurait pas l’effet escompté par l’Occident. Loin de faire concurrence au gaz russe du côté de l’ouest – la route vers l’Europe est compliquée, qui plus est maintenant que le conflit kurdo-turc empêche le passage de pipelines -, le gaz iranien pourrait au contraire participer un peu plus encore à l’intégration de l’Eurasie et de l’Organisation de Coopération de Shanghai sous direction russo-chinoise, dont l’Inde et le Pakistan sont devenus membres cette année et que l’Iran rejoindra très bientôt.

La méfiance entre les frères ennemis indien et pakistanais ne disparaîtra certes pas du jour au lendemain et New Delhi est toujours gênée aux entournures de savoir que le gaz reçu devra d’abord passer par le territoire de sa Némésis. Mais c’est justement dans ce domaine que du nouveau est apparu et ce diable de Poutine n’y est pas étranger.

Fin octobre, la nouvelle est tombée que la Russie, qui possède de vastes réserves de gaz en Iran, était prête à construire une variante offshore de l’IPI pour inonder d’or bleu le Pakistan et l’Inde.

Chose très intéressante, le pipeline passerait par Gwadar, l’un des lieux les plus stratégiques de la planète que nous avions abordé ici ou ici :

La région est d’une importance immense avec le fameux nœud de Gwadar, port « donné » à Pékin au sortir du Golfe persique et autour duquel se tisse l’alliance stratégique et énergétique entre la Chine, le Pakistan et l’Iran […]

Les liens énergétiques entre Téhéran et Pékin sont déjà anciens mais se consolident chaque jour. Ceci en attendant l’oléoduc irano-pakistanais qui verra prochainement le jour, reliant la base chinoise de Gwadar avant, un jour, de remonter tout le Pakistan et rejoindre la Karakoram Highway dans les somptueux décors himalayens.

C’est cette titanesque imbrication eurasiatique que le Kremlin pilote de main de maître. La connexion sino-pakistanaise, que nous avions abordée il y a deux ans :

Moscou risque fort de bientôt construire le pipeline nord-sud que le Pakistan attend depuis des années. Premier pas vers la fameuse connexion Gwadar-Chine ou le projet de gazoduc Pakistan-Russie ? Tout ceci n’empêche d’ailleurs pas les Russes de renforcer de l’autre côté leur coopération énergétique avec l’Inde.

Et maintenant, donc, l’IPI connectant l’Iran, le Pakistan et l’Inde. Un IPI offshore et garanti par l’ours, susceptible par conséquent de balayer les dernières réticences indiennes. Il se pourrait d’ailleurs que ce faisant, la Russie ait réussi à persuader New Delhi de diminuer son soutien à l’insurrection baloutche, talon d’Achille de son voisin comme nous l’expliquions ailleurs :

Le Pakistan fait face à une insurrection nationaliste dans la rétive province du Baloutchistan, au sud du pays, où les tribus cherchent à obtenir leur indépendance. C’est un conflit peu connu du grand public occidental – sans doute parce que les insurgés sont d’obédience marxiste et non islamiste – mais qui peut se révéler pour le Pakistan au moins aussi dangereux que les troubles des zones tribales. Fait très important, c’est dans cette province que se trouve Gwadar, et plusieurs expatriés chinois y ont trouvé la mort au cours de ces dernières années, tués par des bombes ou le mitraillage de leur bus. Cela explique peut-être la légère réticence de Pékin à s’engager de plein pied dans le projet. Comme de bien entendu, le Pakistan accuse l’Inde de financer et d’aider le mouvement indépendantiste baloutche – où l’on retrouve le jeu des grandes puissances – ce qui semble effectivement le cas… New Delhi a en effet tout intérêt à ce que la situation au Baloutchistan s’envenime, faisant ainsi d’une pierre deux coups : empêcher la Chine de s’implanter dans cette zone stratégique tout en déstabilisant le Pakistan déjà englué dans les zones tribales et au Cachemire.

C’était il y a trois ans et de l’eau a coulé sous les ponts depuis. Dans l’Eurasie qui se prépare, sous l’égide de l’OCS, des routes de la Soie chinoises et des gazoducs russes, les civilisations se rapprochent, l’animosité fait peu à peu place à l’entente et à l’intégration.

Retour en octobre 2018. La Russie et le Pakistan viennent de signer un mémorandum d’entente sur l’IPI offshore, qui partira d’Iran et dont, selon toute logique, une branche rejoindra l’Inde et l’autre le Pakistan. Cela devrait peu ou prou ressembler à cela :

Certes, nous n’en sommes qu’au tout début, qui commence par une étude de faisabilité. Bien de l’eau peut passer sous les ponts et dans l’océan Indien avant que le projet ne se concrétise. Mais le fait même que ce projet existe et soit abordé sérieusement montre :

  1. que les menaces de sanctions US contre l’Iran ne fonctionnent pas avec des adversaires résolus du type Russie.
  2. que la tendance de fond est au grand rapprochement eurasien, cauchemar de l’empire maritime américain.

Les US et l’énergie: menaces et accusations en guise de politique étrangère

Les US et l’énergie: menaces et accusations en guise de politique étrangère


La réunion à Moscou des ministres de l’Énergie des États-Unis et de la Russie, fait ressortir les contradictions


Par Arkady Savitsky – Le 18 septembre 2018 – Source South Front

US Energy Secretary Visits Moscow: Threats and Accusations Used as Foreign-Policy Tools

Le 13 septembre, à Moscou le secrétaire d’État étasunien à l’Énergie, Rick Perry, a rencontré le ministre russe de l’Énergie, Alexandre Novak, ainsi que le vice-Premier ministre et le ministre russe des Finances, Anton Silouanov.

« Je viens de conclure une réunion productive avec le ministre russe de l’Énergie, Alexandre Novak. Je suis impatient de poursuivre notre dialogue, dans le cadre des contraintes courantes de nos relations bilatérales », a déclaré Perry sur sa page Twitter.

« J’ai également informé le collègue russe des négociations en cours avec l’Union européenne et l’Ukraine concernant la possibilité de continuer à acheminer du gaz par ce pays, tout en tenant compte de la nécessité de résoudre tous les litiges, en vue de prolonger ces contrats », a déclaré Novak. Après ces rencontres, TASS a cité Novak qui avait déclaré que la Russie et les États-Unis pourraient créer un fonds d’investissement commun dans le domaine de l’efficacité énergétique et de nouvelles technologies, avec la participation éventuelle du Fonds d’investissement direct russe.

Le secrétariat d’État étasunien à l’Énergie a publié des communiqués sur les deux visites, contenant un court résumé de ce qui avait été discuté par les deux ministres.

Lors de leur rencontre, les deux ministres de l’Énergie ont discuté de la manière dont les États-Unis et la Russie, les deux plus gros producteurs de gaz naturel ainsi que parmi les principaux producteurs de pétrole dans le monde pouvaient coopérer pour assurer la stabilité, la transparence et la durabilité du marché mondial de l’énergie.

Rick Perry a également exprimé sa déception et sa préoccupation concernant « l’insistance des tentatives de la Russie pour infiltrer le réseau électrique étasunien ».

Finalement il a discuté des responsabilités mutuelles qu’ont les deux pays pour assurer la gestion de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques.

Perry a ajouté que bien que la concurrence russe sur les marchés de l’énergie à travers l’Europe, en Asie et ailleurs, est la bienvenue, Moscou ne peut pas continuer à utiliser l’énergie comme une « arme économique ». Les États-Unis, selon Perry, sont maintenant en mesure d’offrir une source d’approvisionnement alternative. « Juste cette semaine, l’Agence d’information sur l’énergie (EIA) annonçait que les États-Unis étaient désormais le plus grand producteur de pétrole brut dans le monde. Cet été, la production étasunienne a, pour la première fois depuis 1999, dépassé la production russe », pouvait-on lire dans le communiqué.

Le communiqué a également réitéré l’opposition du président Trump au gazoduc Nord Stream 2, qui « accroit une artère gazière à source unique profondément en Europe ».

« Les États-Unis soutiennent le désir des pays européens de minimiser leur dépendance vis-à-vis de la Russie en tant qu’unique fournisseur d’énergie. Les États-Unis ont hâte d’augmenter les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) vers cette région, comme cela avait été annoncé par le président Trump et le président de l’UE Juncker en juin » affirmait la déclaration.

Perry a également souligné qu’étant les deux des principaux producteurs mondiaux de gaz naturel et de pétrole, les États-Unis et la Russie, ont la responsabilité conjointe d’améliorer la sécurité énergétique internationale ainsi que la stabilité globale. Aussi bien le secrétaire d’État à l’énergie, Perry que le ministre de l’Énergie, Novak, sont convenus de poursuivre « ce dialogue énergétique, inactif auparavant » et de chercher des moyens de coopération, dans le respect des directives et des limites des relations entre les deux États. Selon le communiqué, l’avenir des relations énergétiques entre les deux pays dépend de la réussite dans la gestion de leurs plus larges désaccords.

Lors de la réunion, Perry a déclaré que les États-Unis pourraient imposer des sanctions sur un nouveau gazoduc Russie-Allemagne. Le journal News Observer a cité Perry, à qui il avait été demandé si des sanctions sur le gazoduc sous-marin Nord Stream 2 étaient possibles et si d’autres sanctions liées à l’énergie seraient prévues, Perry a répondu : « Oui à votre première question et oui à votre seconde. »

Il a toutefois réitéré que les États-Unis ne souhaitent pas imposer ces sanctions et qu’elles n’étaient pas imminentes. « Le ministre Novak et moi-même sommes d’accord pour dire que nous ne voulons pas aller jusqu’au point où des sanctions seraient utilisées », a déclaré Perry. Il n’a pas précisé quel niveau de progrès de Nord Stream 2 pouvait déclencher des sanctions ou ce qu’elles pourraient être.

Novak a déclaré que la mise en œuvre du projet se poursuivrait et que les paroles de Perry concernant les sanctions sont une source de préoccupation.

News Observer a cité l’analyste Chris Weafer de Macro-Advisory, un cabinet de conseils, qui avait déclaré que le fait de sanctionner le secteur énergétique russe à propos du Nord Stream 2 pourrait être difficile en raison de sa taille et sa position dominante en Europe. Au lieu de cela, Weafer argumente que les États-Unis pourraient essayer de conclure un accord.

L’agence Russia Today (RT) a également rapporté que lors de la rencontre entre les deux ministres de l’Énergie, Maria Finochina de RT a posé une question sur « l’apparente contradiction entre les accusations étasuniennes contre la Russie concernant son utilisation de sa politique énergétique comme arme, et les menaces de Washington de ramener les revenus pétroliers iraniens à ‘zéro’ ».

Selon cette source, Perry a éludé la question « Il a plutôt préféré expliquer que les États-Unis sont simplement dans une position unique qui leur permettait au fond d’imposer leur volonté à d’autres pays, ceux semblables à l’Iran, qui sont naturellement, tenus d’obtempérer. »

« Le message à l’Iran est que nous attendons à ce qu’ils deviennent des voisins acceptables, des membres convenables de la société », a déclaré Perry, ajoutant que cela n’exprime pas seulement la volonté de Washington mais aussi celle de « certains voisins de l’Iran ».

Selon RT, le secrétaire d’État étasunien à l’Énergie a déclaré que l’Arabie saoudite, qui est le plus proche allié des États-Unis au Moyen-Orient et rival de l’Iran dans la région, « soutenait les activités que nous avons engagées » considérant le comportement de Téhéran comme « inacceptable ».

D’après la citation de RT, Perry a ensuite commenté qu’en vertu de la « citoyenneté globale » chaque pays « porte la responsabilité de ses actions dans le monde ». Il a ajouté que « nous attendons du gouvernement iranien qu’il se conforme à ce que nous considérons comme une activité civilisée. »

« Le message adressé au gouvernement iranien est clair : si vous ne pouvez pas participer en tant que citoyen mondial raisonnable, il y aura des sanctions qui vous coûteront cher », a déclaré Perry selon RT, ajoutant que « les États-Unis sont aujourd’hui en mesure d’envoyer un message aux pays qui ne se comportent pas de manière civilisée qu’ils seront punis .»

Le rapport de RT n’a été confirmé ni par une déclaration du secrétariat d’État à l’énergie des États-Unis, ni par tout autre canal officiel.

Lors de l’autre réunion, le premier vice-Premier ministre et ministre russe des Finances, Anton Silouanov, et le secrétaire d’État à l’énergie, Rick Perry, sont convenus jeudi que le dialogue russo-étasunien se poursuivrait tant au niveau politique qu’au niveau économique.

« Anton Silouanov et Rick Perry ont souligné la nécessité de poursuivre le dialogue entre la Russie et les États-Unis au niveau de l’État et des hommes d’affaires, malgré la période difficile pour les relations entre les deux États », a déclaré le porte-parole de Silouanov.

La déclaration du secrétaire d’État étasunien à l’énergie a qualifié la rencontre entre Silouanov et Rick Perry de « franche » et a mis l’accent sur les défis de la relation bilatérale tout en reconnaissant l’importance de communiquer sur les questions énergétiques d’importance mutuelle.

Perry a une fois de plus réitéré la ferme opposition de l’administration Trump à l’oléoduc Nord Stream 2, car « le projet concentrerait sur une seule route le gaz russe vers l’Europe, qui serait vulnérable aux perturbations et aux risques de dépendance excessive des consommateurs européens ». Il a ajouté que les États-Unis soutenaient fermement l’accord de Minsk et « soutiendront les alliés et les amis contre tout acte russe de subversion et de déstabilisation ».

Il a de nouveau souligné que les deux pays avaient intérêt à promouvoir la sécurité énergétique internationale ainsi que la stabilité mondiale.

Arkady Savitsky

Traduit par Alexandre Moumbaris  relu Marie-José Moumbaris

http://lesakerfrancophone.fr/les-us-et-lenergie-menaces-et-accusations-en-guise-de-politique-etrangere

 

Total quitte l’Iran par crainte des sanctions américaines

Total quitte l’Iran par crainte des sanctions américaines

Par latribune.fr  |   |  557  mots
Total renonce au projet South Pars, qui apparaît comme le plus grand gisement gazier au monde, avec un investissement initial d'un milliard de dollars.
Total renonce au projet South Pars, qui apparaît comme le plus grand gisement gazier au monde, avec un investissement initial d’un milliard de dollars. (Crédits : Regis Duvignau)
Le géant pétrolier français Total s’est officiellement désengagé de ses projets d’investissements de plusieurs milliards de dollars en Iran, selon le ministre iranien du Pétrole Bijan Namdar Zanghaneh. Cette annonce fait suite au rétablissement des sanctions américaines contre ce pays.

Le ministre iranien du Pétrole, Bijan Zanganeh, a déclaré ce 20 août que le groupe français Total avait officiellement quitté l’Iran à la suite des menaces de Washington visant les entreprises qui continueraient de commerce avec Téhéran, rapporte la télévision publique iranienne.

« Total s’est officiellement retiré du contrat pour le développement de la phase 11 du projet South Pars (…) Le processus de remplacement par une autre société est en cours », selon les propos du ministre rapportés par la télévision.

Le groupe pétrolier français a confirmé cette information. Le contrat signé en 2017 en vue du développement de la phase 11 de South Pars attribuait à Total une part de 50,1% dans ce qui apparaît comme le plus grand gisement gazier au monde, avec un investissement initial d’un milliard de dollars (sur un montant de 4,9 muilliards). A la tête d’un consortium avec le chinois CNPC et l’iranien Petropars, Total a indiqué en mai avoir dépensé moins de 40 millions d’euros en raison de l’incertitude croissante liée au rétablissement des sanctions américaines.

Plus de 10 milliards d’actifs américains

Mi-mai, le groupe pétrolier français avait déclaré qu’il n’irait au terme de son projet s’il n’obtenait pas une dérogation des autorités américaines. Total avait indiqué, qu’au regard de ses actifs américains qui représentent plus de 10 milliards de ses capitaux employés, il ne pouvait se permettre d’être exposé à des sanctions secondaires américaines, qui peuvent comprendre la perte des financements en dollars par des banques américaines.

Après son retrait unilatéral de l’accord nucléaire conclu en 2015 entre Téhéran et les grandes puissances, Washington a rétabli le 6 août une première série de sanctions contre Téhéran et lancé un avertissement aux pays qui persisteraient à commercer avec l’Iran. Les Américains ont donné aux entreprises une période de 90 à 180 jours pour se retirer d’Iran et une nouvelle salve de sanctions touchant le secteur des hydrocarbures est prévue en novembre.

Jeudi 16 août, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a même annoncé la création d’un « groupe de travail sur l’Iran » destiné à faire respecter les sanctions économiques américaines contre Téhéran, au risque de sanctions « secondaires » aux pays qui ne les respecteraient pas.

Les pays européens, parties prenantes de l’accord de 2015 visant à empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique, s’étaient d’emblée dit déterminés à sauver le texte. Mais par peur des pénalités américaines, un grand nombre de groupes, notamment allemands comme Daimler Deutsche Telekom, Deutsche Bahn, ont déjà annoncé leur retrait du pays.

L’agence de presse iranienne Irna a rapporté le 11 août que la compagnie nationale chinoise CNPC avait repris la part de Total dans le gisement gazier mais un responsable de la compagnie pétrolière nationale iranienne (NIOC) a rapidement démenti ces propos. Une information que Total dit ignorer.

« Quant au devenir de la participation de Total, pour notre part, nous n’avons pas été informé d’une position officielle de CNPC mais que comme nous l’avons toujours indiqué, CNPC, société d’Etat chinoise, a le droit de reprendre notre participation si CNPC le décide », a indiqué le groupe français.

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/total-quitte-l-iran-par-crainte-des-sanctions-americaines-787993.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180821

Les vraies raisons du dépeçage d’Alstom, par Leslie Varenne

10.juillet.2018 // Les Crises

Les vraies raisons du dépeçage d’Alstom, par Leslie Varenne

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Source : IVERIS, Leslie Varenne, 10-10-2017

Lors d’une conférence, Christian Harbulot, patron de l’École de Guerre Économique a évoqué le cas Alstom, et le rachat de sa branche énergie par General Electric, comme faisant partie de la guerre économique très dure que se livrent les USA et la Chine (1). Effectivement, avant que l’affaire n’éclate, Alstom et Shanghai Electric s’apprêtaient à signer une joint-venture sur le marché des chaudières pour les centrales électriques. Ce partenariat leur aurait permis de devenir le leader mondial dans ce secteur. Par ailleurs, en juillet 2013, Alstom avait signé un accord de partenariat avec le groupe chinois Dongfang concernant des projets de réacteurs nucléaires. Pour comprendre les réelles causes du démantèlement de ce qui était un fleuron de l’industrie stratégique française, l’IVERIS propose un entretien avec Loïk le Floch-Prigent.

Pensez-vous que les projets de fusion et de partenariat d’Alstom avec des groupes chinois aient été déterminants dans la prise en main par les Américains de la branche Énergie d’Alstom, et en quoi ces deux activités étaient-elle stratégiques ?

Qu’est-ce que la mondialisation aujourd’hui ? Essentiellement la coexistence de deux systèmes antagonistes, les États-Unis d’Amérique avec une puissance économique et militaire inégalée et une population moyenne, et la Chine, qui s’est réveillée avec une population trois fois supérieure et une volonté de puissance incontestable. C’est l’Empire du Milieu qui a l’avenir devant lui, le temps, et qui avance ses pions tranquillement sur l’échiquier mondial. L’Europe est trop désunie pour peser dans cette aventure, et la Russie encore affaiblie après soixante-dix ans d’obscurantisme soviétique. Il est clair que du temps de la guerre froide notre industrie était regardée à la loupe afin qu’elle ne vienne pas en aide à l’empire soviétique. Désormais c’est la Chine qui est le problème numéro UN des USA. Ne pas le voir, ne pas en tenir compte, l’ignorer, c’est passer à côté de la réalité, soit par incompétence, soit par stupidité.

Alstom avait deux spécialités, après que la Compagnie Générale d’Électricité (CGE) ait été démantelée par de médiocres idéologues : le transport ferroviaire et l’énergie. Le rail n’est pas un problème central pour les USA, mais l’énergie est un atout majeur dans leur volonté de puissance. Ils dominent le pétrole depuis ses débuts, et veulent conserver cet avantage fondamental. Ces dernières années, la montée des prix du pétrole ont conduit les USA à rendre économiques leurs réserves de pétrole non conventionnel (pétrole de schiste), et ils sont devenus autonomes pour les 150 années à venir au moins, ce qui a justifié leur relatif désengagement de la politique du Moyen-Orient ; ils n’ont plus besoin de l’Arabie Saoudite pour fonctionner ! Toute alliance poussée d’une entreprise européenne avec la Chine dans le domaine de l’énergie est donc potentiellement dangereuse pour la superpuissance USA qui n’a qu’une idée en tête, bloquer la montée en puissance des Chinois afin qu’ils ne deviennent pas la première puissance mondiale.

Or, qu’a-t-on entendu pendant les années 2012-2013 venant d’Alstom, entreprise phare de la transformation de l’énergie (charbon, gaz, hydraulique, nucléaire) ! Elle allait trouver un partenaire russe pour satelliser son département ferroviaire, et elle allait se concentrer sur les solutions énergétiques, grâce à un accord avec Shangaï Electric pour les centrales charbon et à un autre avec Dongfang pour le nucléaire ! C’est d’ailleurs cette feuille de route qui est présentée à la presse et aux organisations syndicales par le patron du groupe qui signale à cette occasion que, devant la puissance de l’entreprise ferroviaire unique chinoise, Alstom-transport ne peut vivre seul puisque le marché futur est avant tout asiatique, et qu’il faut d’urgence trouver un partenaire dans ce secteur pour avoir la liberté de rester dans le cœur industriel d’Alstom, l’énergie !

Quelques semaines après, un dirigeant d’Alstom domicilié en Asie est arrêté lors d’un de ses déplacements aux USA, et le PDG du groupe annonce la cession du département énergie au conglomérat américain General Electric, ce qui doit permettre de faire du transport ferroviaire d’Alstom une pépite mondiale !

Un peu de recul, une bonne connaissance de la géopolitique mondiale, et on a compris… « faites vos bêtises dans le transport, cela ne nous concerne guère mais, l’énergie c’est nous, et servir vos connaissances aux Chinois, pas question » ! Ce n’est pas la première fois que les USA nous avertissent que ce sont eux les maîtres du monde en politique énergétique, on peut faire mine de l’ignorer, se battre contre des moulins à vent avec des trémolos dans la voix, s’indigner, encore faudrait-il s’en donner les moyens, et le groupe Siemens avec lequel on aurait pu discuter venait de sortir durablement affaibli d’une affaire semblable où il avait dû se séparer de toute son équipe dirigeante pour les mêmes raisons qu’Alstom : corruption d’États étrangers à coups de dollars, et donc punis par l’émetteur de la monnaie, les USA.

C’est cela l’histoire que nous avons vécue. Nous n’avons pas voulu la regarder en face, nous avons voulu croire à la corruption épouvantable de notre champion national mais, dans ce secteur d’activité, tout le monde a agi de la même manière. Ce qui a été insupportable c’est qu’Alstom s’engage dans une politique d’alliance avec la Chine sans l’autorisation explicite du pays maître de l’énergie, les USA.

Faut-il voir un lien avec la sévère condamnation aux États-Unis de Frédéric Pierucci dans le cadre de la loi contre la corruption puisqu’il était le vice-président Monde de la division chaudière, et qu’il devait prendre la tête de cette joint-venture ?

Il est clair que l’incarcération immédiate de Frédéric Pierucci, en train de mettre en place le joint-venture avec Shangai Electric dans le charbon mais aussi le centre des négociations avec la Chine, était d’une clarté aveuglante car il y avait un grand nombre d’autres dirigeants d’Alstom qui avaient participé aux actes incriminés, et le PDG en particulier. La détention de Frédéric Pierucci était à la fois un avertissement et un chantage à l’égard de l’équipe dirigeante du groupe, ce qui avait été déjà réalisé avec Siemens quelques années auparavant. On sait aussi que les politiques européens sont frileux dès que le mot « justice » apparaît. On peut dire que les Américains ont très bien joué !

Le procès de Fréderic Pierucci a eu lieu le 25 septembre dernier et le verdict est ahurissant : trente mois de prison alors qu’il a seulement exécuté les ordres de sa hiérarchie, et n’a pas bénéficié d’enrichissement personnel. Il écope de la même peine que le PDG d’Halliburton, alors que ce dernier avait reçu un pot-de-vin de 10 millions de dollars. Ce cadre d’Alstom est clairement un otage économique, n’est-il pas aussi une victime de la guerre US/Chine ?

Bien entendu, mais il a aussi été abandonné par l’entreprise dont il était l’exécutant, et cela est tout simplement sidérant.

Donc le FCPA (loi américaine sur la corruption (2)) est également une arme de la guerre économique que se livrent ces deux États pour la domination économique mondiale ? Airbus, qui est actuellement sous le coup d’une procédure aux États-Unis, ne prend-il pas des risques lorsqu’il signe un contrat de 20 milliards d’euros sur les A330 avec la Chine ?

Le FCPA – c’est-à-dire la capacité d’agir dans le monde entier pour la justice américaine dès qu’un dollar a changé de mains – est une arme redoutable que les politiciens européens connaissent bien. Ils n’ont pas envie de monter en première ligne, et on les comprend, mais quand ils laissent des responsables industriels seuls dans la tourmente, on peut se demander à quoi ils jouent. Aucun commentateur ne s’en préoccupe. On a connu ce type de démission et d’aveuglement collectifs dans notre pays à d’autres moments de son histoire. Le FCPA est un problème fondamental pour la survie de la grande industrie de notre continent. Nous allons voir comment les affaires Airbus vont se régler !

Dans « l’affaire Alstom », qui est effectivement un véritable scandale d’État, il y a eu un rapport, un livre, un documentaire, des auditions à l’Assemblée nationale. Des ministres se sont exprimés sur le sujet et pourtant personne n’a vu qu’Alstom était la cible des Américains en raison de ses projets avec des groupes chinois. Pourquoi ? Cela ne signe-t-il pas la faillite de la pensée stratégique française ? Ne sommes-nous pas tous collectivement responsables de la situation d’Alstom aujourd’hui ?

Nous n’arrivons pas à chasser notre nombrilisme, c’est une maladie dont nous avons vu les ravages avec la COP 21, et la nécessité récente de donner « l’exemple » en interdisant l’exploration et la production d’hydrocarbures en France ! On croit rêver ! Notre production annuelle nationale représente la moitié de la production mondiale quotidienne ! Quel exemple, quel impact, sur qui ? Le monde va poursuivre son exploration et son exploitation d’hydrocarbures car les USA et la Chine ne vont pas arrêter leur croissance afin de satisfaire à la fois leur volonté de puissance et leur population. Notre chance, avec Alstom, c’était d’être à la pointe d’une utilisation plus propre du charbon qui reste le grand producteur d’électricité mondial, d’être à la pointe de l’hydraulique qui est la grande chance du continent africain qui va doubler sa population en 25 ans, à la pointe des turbo-alternateurs « Arabelle » qui équipent plus de la moitié des centrales nucléaires mondiales. Il nous fallait montrer notre détermination à rester maître de notre destin et éviter de prêter le flanc à la critique en voulant nous allier avec la Chine (3) ! Nous ne l’avons toujours pas compris et notre pays, nos équipes, nos ingénieurs en paient le prix aujourd’hui sans bien comprendre ce qui s’est passé. Certains sont encore dans la peine, d’autres bénéficient de jours heureux, mais notre pays souffre de ne pas voir et de ne pas comprendre qu’une politique énergétique est nécessaire, et qu’elle passe par un examen sans concessions de notre réalité. En nous « délestant » d’Alstom nous avons perdu le contrôle de notre filière nucléaire déjà mise à mal par beaucoup d’incompétence. Nous avons aussi perdu la main sur notre hydraulique, et nous ne représentons rien dans ce que nous appelons « les énergies nouvelles », c’est-à-dire le solaire et l’éolien. Notre politique énergétique est une politique de gribouille, ce qui ne peut que réjouir les USA et la Chine. Nous refusons de le voir. Nous avons eu bien d’autres aveuglements dans le passé, et les résultats ont plutôt été consternants.

Dans le monde où nous vivons, nous manquons systématiquement de recul. L’information en continu, les débats convenus entre prétendus experts sur tous les sujets d’actualité nous empêchent de prendre un peu de hauteur. Nous réagissons dans l’immédiateté tandis que les commentateurs et les acteurs politiques pratiquent en grande partie le déni de réalité.

Patrick Kron, l’ancien PDG d’Alstom, négociait avec des groupes chinois pour la branche Énergie, et avec les Russes pour la branche transport. Cette stratégie n’était-elle pas risquée ? Méconnaissait-il à ce point les rapports de forces ? Qu’aurait-il dû faire pour ne pas tomber dans les pièges, et être en capacité de protéger son groupe et ses salariés ?

Patrick Kron n’a pas eu la stratégie gagnante pour Alstom, c’est un fait acquis désormais. Je laisse à d’autres le soin de faire l’analyse des actions individuelles. J’ai indiqué ce que je pensais de notre aveuglément collectif, c’est bien plus grave.

(1) Cette conférence était dédiée au dernier livre de Christian Harbulot, intitulé “Le nationalisme économique américain“, publié aux éditions VA dans la collection “Guerre de l’information“.

(2) https://www.iveris.eu/list/compterendus_devenements/114-apres_alstom_a_qui_le_tour__

(3) https://www.iveris.eu/list/tribunes_libres/61-la_turbine_arabelle_ou_lindependance_technologique_francaise

Source : IVERIS, Leslie Varenne, 10-10-2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/les-vraies-raisons-du-depecage-dalstom-par-leslie-varenne-2/

Gazoduc entre les deux Corées : reprise des négociations

Gazoduc entre les deux Corées : reprise des négociations

Gazoduc entre les deux Corées : reprise des négociations

Et si le rapprochement entre les deux Corées était encore une fois liée à une affaire de pétrole et de gaz  ? Avec la Russie comme “intermédiaire”, pour ne pas dire partenaire principal ? Le géant gazier russe Gazprom et la Corée du Sud ont relancé leurs négociations en vue de construire un pipeline transitant par le territoire nord-coréen vers la Corée du Sud.

Reprise des négociations

En fin de semaine dernière, Vitali Markelov, membre du conseil d’administration de Gazprom a en effet annoncé lors d’une conférence de presse la reprise des pourparlers.

«En ce qui concerne le gazoduc passant par le territoire de la Corée du Nord vers la Corée du Sud, ce projet n’est pas nouveau, nous avions déjà commencé à étudier cette question avec la partie nord-coréenne en 2011. Les itinéraires ont été choisis, des négociations ont eu lieu avec la partie nord-coréenne et sud-coréenne. Ensuite, les relations entre les deux pays, la Corée du Nord et la Corée du Sud, se sont détériorées, et les négociations ont été suspendues», a-t-il tenu à préciser.

Désormais, les tensions entre les deux Corées s’amenuisent, ce qui a permis à la Corée du Sud de se tourner à nouveau vers Gazprom en vue de discuter de la reprise du projet.

Le 30 Mars, s’exprimant lors du forum sur l’énergie à Séoul, le Ministre des affaires Étrangères Kang Kyung-hwa, a déclaré que l’amélioration de la situation de la sécurité sur la péninsule coréenne rendait désormais envisageable de débuter la construction d’un gazoduc entre la Russie et la Corée du Sud via la Corée du Nord.

La voie vers une concrétisation du projet ouverte dès 2011

Longtemps considérée comme une utopie, le projet de construction d’un pipeline à travers la Corée du Nord permettant de relier les gisements gaziers de Sibérie russe à la Corée du Sud a franchi un pas vers sa concrétisation  en octobre 2011.

«Ce n’est pas un rêve farfelu. C’est un projet où chacun sera gagnant», avait alors affirmé le président sud-coréen Lee Myung-bak, lequel souhaitait conclure ce dossier avant la fin de son mandat en 2013.

Après le feu vert donné par Kim Jong-il au président russe Dmitri Medvedev lors d’un sommet en Sibérie le 24 août 2011, le géant du gaz sud-coréen Kogas souhaitait obtenir des garanties de la part de Moscou.

Un des défis majeurs à relever : régler les obstacles sécuritaires et économiques du projet pharaonique de 1700 km de long.

Russie / Corée : effacement de la dette contre gazoduc, une alternative au marché européen

Les sanctions brandies par les Occidentaux en avril 2014 pour tenter de freiner les velléités hégémoniques de Poutine en Ukraine pourraient s’avérer être des armes à double tranchant, le chef du Kremlin profitant de l’occasion pour développer ses relations avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud, écrivais-je en avril 2014. Ajoutant que Moscou pourrait saisir là l’opportunité de trouver de nouveaux marchés autre que l’Union européenne pour écouler son bien précieux gaz.

C’est dans un tel état d’esprit que Moscou  avait alors effacé 90 % de la dette nord-coréenne, soit la quasi-totalité des 10 milliards de dollars de dettes contractées par le pays. Poutine n’ayant rien d’un philanthrope, la “largesse” russe pourrait au final faciliter la construction d’un gazoduc vers la Corée du Sud.

L’annulation de 90 % de la dette nord-coréenne avait ainsi été votée par les députés russes de la Douma, ratifiant un accord négocié en 2012. Le solde des derniers 10 % restants seront quant à eux rééchelonnés sur vingt ans, par versements tous les six mois.

Le vice-ministre russe des Finances, Sergueï Stortchak, avait lui-même déclaré que cette somme pourrait servir au financement de projets communs en Corée du Nord, parmi lesquels figure la construction d’un gazoduc pour relier les gisements gaziers de Sibérie russe à la boulimique Corée du Sud.

Rappelons que ce projet est développé depuis déjà quelques années par le géant gazier russe Gazprom. L’objectif premier étant de livrer à la Corée du Sud 10 milliards de mètres cubes de gaz par an. Le gazoduc constitue également un élément indispensable pour la stratégie d’expansion asiatique de Gazprom, qui cherche à tout prix un débouché à ses pipelines en provenance de Sakhaline et de Sibérie.

 Un gazoduc qui s’inscrit dans un projet gagnant-gagnant

Lors du sommet entre Dmitri Medvedev (alors Président russe) et son homologue nord-coréen Kim Jong-il qui s’est tenu en Sibérie en août 2011, la Fédération de Russie et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ont convenu de la mise en place d’une commission spéciale pour la création d’un gazoduc entre la Russie, la RPDC et la Corée du Sud. Commission qui devrait notamment déterminer le volume transporté et le montant des droits de transit versés à la RPDC.

Si les autorités sud-coréennes n’avaient pas immédiatement réagi à cette annonce, le président sud-coréen Lee Myung-bak avait par la suite déclaré à New York qu’il considérait ce projet comme “gagnant-gagnant” pour toutes les parties impliquées (Moscou, Pyongyang et Séoul).p
Malgré la campagne hostile au projet de gazoduc trans-coréen conduite par certains médias conservateurs sud-coréens, lesquels avaient pointé du doigt les risques éventuels de “siphonnage” du gaz lors de son transport ainsi que de rupture des approvisionnements en cas de détérioration des relations Nord-Sud, le président sud-coréen s’était montré favorable au projet.

Grâce à la mise en place de ce gazoduc, la Corée du Sud, aujourd’hui le deuxième importateur mondial de gaz, approvisionnée exclusivement par voie maritime, pourrait réduire ses coûts d’approvisionnement en gaz naturel jusqu’à 30 %.

Les droits de transit perçus par la Corée du Nord pourraient s’élever quant à eux à 100 millions de dollars par an.

Le marché asiatique : une alternative aux débouchés européens

Rappelons par ailleurs, qu’en 2013 et 2014, lors d’adresses multiples au parlement russe, Vladimir Poutine avait assigné aux députés la tâche de développer activement les liens avec l’Asie orientale. En septembre 2013, le ministère pour le développement de l’Extrême-Orient russe avait vu quant à lui l’étendue de ses pouvoirs élargie de manière substantielle.

Un développement des relations avec l’Asie permettrait ainsi en quelque sorte de s’assurer de nouveaux débouchés dans l’éventualité de l’adoption de sanctions sévères contre la Russie.

Sergueï Men, partenaire associé du cabinet d’investissements de Hong-Kong Eurasia Capital Partners, estimait alors l’Asie pouvait devenir, pour la Russie, une alternative à part entière à l’Union européenne. Ses arguments : les pays d’Asie du Sud-Est constituent le marché à la croissance la plus rapide pour les produits clés de l’export russe : hydrocarbures, métaux, chimie, alimentaire.

Sources : ats, Kommersant, Le Courrier de Russie, Sputnik, Le Figaro, Gazprom

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com – 22 juin 2018

http://www.leblogfinance.com/2018/06/gazoduc-entre-les-deux-corees-reprise-des-negociations.html

Ce que la politique de domination énergétique de Trump signifie pour le monde, par Alastair Crooke

24.juin.2018 // Les Crises

Ce que la politique de domination énergétique de Trump signifie pour le monde, par Alastair Crooke

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 05-06-2018

Il y a deux semaines, nous avons écrit sur la façon dont la politique étrangère du président Trump s’était en quelque sorte « repliée sur elle-même » dans un « néo-américanisme ». Nous avons cité Russell-Mead, professeur de politique étrangère américaine, qui suggérait que la métamorphose du 8 mai de Trump (la sortie de la Joint Comprehensive Plan of Action, JCPOA [l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, NdT]), représentait quelque chose de nouveau, un changement de direction (lui qui était un habile négociateur), vers « une ère néo-américaine de la politique mondiale – plutôt qu’une ère post-américaine [Obama-iste] ». « L’administration veut accroître le pouvoir des États-Unis, plutôt que de s’adapter à son déclin (comme l’aurait fait Obama). Pour l’instant, au moins, le Moyen-Orient est la pièce maîtresse de cette nouvelle affirmation », estime Russell-Mead, expliquant que cette nouvelle impulsion de Trump provient de ses instincts qui lui disent que la plupart des Américains sont tout sauf désireux d’un monde “post-américain”. Les partisans de M. Trump ne veulent pas de longues guerres, mais ils ne se résignent pas non plus au déclin national ».

Il y a là quelque chose de paradoxal : Trump et sa base déplorent le coût et l’engagement de l’immense parapluie défensif américain, disséminé à travers le monde par les internationalistes (sentiments aggravés par l’ingratitude supposée de ses bénéficiaires) – mais le Président veut « élargir le pouvoir américain, plutôt que de s’ajuster au déclin ». C’est-à-dire qu’il veut plus de pouvoir, mais moins d’empire. Comment pourrait-il résoudre la quadrature du cercle ?

En fait, un indice est apparu presque un an plus tôt, lorsque le 29 juin 2017, le Président a utilisé un mot tout à fait inattendu dans un discours lors d’un événement du Département de l’énergie : Libérer l’énergie américaine. Au lieu de parler de l’indépendance énergétique américaine, comme on pouvait s’y attendre, il a plutôt annoncé une nouvelle ère de « domination » de l’énergie américaine.

Dans un discours « qui cherchait à souligner une rupture avec les politiques de Barack Obama », note le Financial Times, M. Trump a lié l’énergie à son programme America First… Il a déclaré « La vérité est que nous avons maintenant des réserves d’énergie presque illimitées dans notre pays. Nous sommes vraiment aux commandes, et vous savez quoi ? Nous ne voulons pas que d’autres pays nous privent de notre souveraineté et nous disent quoi faire et comment le faire. Ça n’arrivera pas. Avec ces ressources incroyables, mon administration visera non seulement la tant attendue indépendance énergétique américaine, mais aussi la domination énergétique américaine ».

Il semble, comme l’explique Chris Cook, que Gary Cohn, qui était alors conseiller économique en chef du Président, ait joué un rôle dans la genèse de cette ambition. Cohn (alors chez Goldman Sachs), avec un collègue de Morgan Stanley, a conçu en 2000 un plan pour prendre le contrôle du marché mondial du pétrole par le biais d’une plateforme de négociation électronique basée à New York. En résumé, les grandes banques ont attiré d’énormes sommes « d’argent géré » des opérateurs financiers (des fonds spéculatifs, par exemple), vers le marché, pour parier sur les prix futurs (sans qu’elles ne prennent jamais réellement livraison de pétrole brut : le commerce du « pétrole papier », plutôt que du pétrole physique). Et, en même temps, ces banques travaillaient en collusion avec les principaux producteurs de pétrole (y compris, plus tard, l’Arabie Saoudite) pour préacheter du pétrole physique de telle manière que, en conservant, ou en déversant du brut physique sur le marché, les grandes banques de New York ont pu « influencer » les prix (en créant une pénurie ou une surabondance).

Pour donner une idée de la capacité de ces banquiers à « influer » sur les prix, mi-2008, on estimait que quelque 260 milliards de dollars d’investissements (spéculatifs) d’argent « géré » étaient en jeu sur les marchés de l’énergie, éclipsant complètement la valeur du pétrole qui est effectivement extrait en mer du Nord chaque mois, entre 4 et 5 milliards de dollars au plus. Ces jeux d’options pétrolières « papier » l’emporteraient donc souvent sur les « fondamentaux » de l’offre réelle et de la demande réelle de l’utilisateur final.

Pour Cohn, la « première étape » consistait donc, pour les États-Unis, à gérer le marché du négoce, à la fois en termes de prix et d’accès, les concurrents des américains, tels que l’Iran ou la Russie, pouvant accéder au marché à des conditions moins avantageuses, voire pas du tout. La « deuxième étape » présumée a été de soutenir la production américaine de pétrole de schiste, de construire de nouveaux terminaux américains d’exportation de GPL [Gaz de Pétrole Liquéfié, NdT] et de développer la prospection pétrolière et gazière américaine, tout en forçant le reste du monde, de l’Allemagne à la Corée du Sud et à la Chine, à acheter des exportations américaines de gaz. « Troisièmement », avec les exportations de pétrole du Golfe déjà sous l’égide des États-Unis, il y avait alors deux grands producteurs d’énergie du Moyen-Orient hors de la zone « d’influence » du cartel (tombant davantage dans le « cœur » stratégique de production d’énergie de la Russie) : L’Iran – qui est maintenant visé par une opération de changement de régime et dont les exportations de pétrole font l’objet d’un blocus, et l’Irak, qui fait l’objet d’intenses pressions politiques (douces, comme la menace de sanctions en vertu de la loi Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) pour forcer son adhésion à la sphère occidentale.

Comment reformuler simplement, cette notion de domination énergétique ? Les États-Unis – si la domination de l’énergie réussissait – contrôleraient simplement le robinet du développement économique – ou son absence – pour ses concurrents que sont la Chine et l’Asie. De cette manière, les États-Unis auraient également le pouvoir de réduire les revenus de la Russie. En bref, les États-Unis pourraient étrangler les plans de développement économique de la Chine et de la Russie. Est-ce la raison pour laquelle le JCPOA a été révoqué par le Président Trump ?

Voici donc la quadrature du cercle (plus de puissance américaine, mais moins d’empire) : Les objectifs américains de Trump pour « dominer », non pas par le biais de l’infrastructure permanente des mondialistes du parapluie de défense américain, mais en utilisant intelligemment le dollar américain et le monopole de la compensation financière, en protégeant et en contrôlant étroitement la technologie américaine et en dominant le marché de l’énergie, qui, à son tour, constitue pour les concurrents des USA un interrupteur marche/arrêt de la croissance économique. De cette façon, Trump pourra ‘ramener les soldats à la maison’, sans pour autant que l’Amérique perde sa position hégémonique. Le conflit militaire deviendrait un dernier recours.

Le conseiller principal Peter Navarro a déclaré sur NPR [la radio publique aux USA, NdT] cette semaine : « nous sommes en mesure de les empêcher [les Chinois] de mettre nos entreprises de haute technologie en faillite » et « d’acheter nos joyaux technologiques… Chaque fois que nous produisons une innovation, la Chine vient l’acheter ou la voler ».

Le plan de Trump serait-il le suivant : La domination du marché et la guerre commerciale pour prolonger la « suprématie » de l’Amérique en matière de technologie, de finance et d’énergie, au lieu d’être réduits à s’adapter au déclin ? Et, en agissant de la sorte, réduire – ou du moins retarder – l’émergence de rivaux ? Dans ce contexte, deux questions se profilent immédiatement : Cette formule est-elle l’adoption, par l’administration américaine, du néo-conservatisme tant haï par la base électorale de Trump ? Et, deuxièmement, l’approche peut-elle fonctionner ?

Il ne s’agit peut-être pas de néo-conservatisme, mais plutôt de retravailler un thème. Les néo-conservateurs américains voulaient, en majorité, porter des coups aux parties du monde qu’ils n’aimaient pas, pour y substituer quelque chose qui leur convenait. La méthode Trump est plus machiavélique.

Les racines de ces deux courants de pensée résident cependant – plus qu’en partie – dans l’influence de Carl Schmitt sur la pensée conservatrice américaine par l’intermédiaire de son ami Leo Strauss, à Chicago (que Trump ait, ou non, lu ces deux hommes, les idées circulent toujours dans la sphère américaine). Schmitt a soutenu que la politique (contrairement aux idées libérales et humanistes) n’a rien à voir avec la justice ou l’équité dans le monde – qui sont du ressort des moralistes et des théologiens. La politique, pour Schmitt, est une question de pouvoir et de survie politique, rien de plus.

Les progressistes (et les internationalistes), a suggéré Schmitt, ont du mal à utiliser le pouvoir pour écraser les forces alternatives qui émergent : leur vision optimiste de la nature humaine les amène à croire en la possibilité de médiations et de compromis. L’optique de Schmitt, se moquant bien de telles positions humanistes, privilégie le rôle du pouvoir, pur et simple, basé sur la compréhension de la nature véritable des « autres » et des rivaux. Ce point semble toucher aux fondamentaux du raisonnement de Trump : Obama et les « progressistes » étaient prêts à sacrifier les « joyaux de la couronne » de « notre culture » (expertise financière, technologique et énergétique) dans le cadre d’une « action positive » multilatérale qui aurait aidé les États moins développés (comme le rival Chinois, tout en en haut de l’échelle). C’est peut-être la raison pour laquelle Trump s’est retiré de l’accord sur le climat : Pourquoi aider des rivaux potentiels, tout en imposant des handicaps volontaires à sa propre civilisation ?

C’est sur cette base très étroite (l’impératif de garder le pouvoir américain intact), que les néo-conservateurs et les partisans de Trump se retrouvent. Ils partagent aussi le mépris pour les humanistes utopiques prêts à brader les joyaux de la civilisation occidentale pour d’autres idéaux humanistes afin d’aider les rivaux de l’Amérique à se développer et à dépasser l’Amérique et sa civilisation (dans cette optique).

Le terrain d’entente entre les deux courants s’exprime avec une candeur remarquable à travers le commentaire de Berlusconi selon lequel « nous devons être conscients de la supériorité de notre civilisation [occidentale] ». Steve Bannon dit à peu près la même chose, bien qu’exprimée en termes de bien-fondé de la sauvegarde d’une civilisation judéo-chrétienne occidentale (qui serait menacée).

Ce sens de l’avantage civilisationnel, qui doit à tout prix être recouvré et préservé, contribue peut-être en partie (mais pas entièrement) à expliquer le soutien inconditionnel que Trump apporte à Israël : S’adressant à Channel Two d’Israël, Richard Spencer, un des principaux dirigeants de l’Alt-Right américaine (qui est une des composantes de la base électorale de Trump), a souligné le sentiment profond de spoliation ressenti par les Blancs, dans leur propre pays [les États-Unis] :

« … un citoyen israélien, quelqu’un qui comprend votre identité, qui a le sentiment de l’appartenance à une nation et à un peuple, qui est marqué par l’histoire et l’expérience du peuple juif, vous devriez le respecter comme moi, qui ai des sentiments analogues à l’égard des Blancs. Vous pourriez dire que je suis un sioniste blanc – dans le sens où je me soucie de mon peuple, où je veux une patrie sûre pour nous et pour nos proches. Tout comme vous voulez une patrie sûre en Israël. »

En fait, la tentative de tirer parti de la culture des élites américaines, en leur fournissant les armes que sont le dollar et l’hégémonie énergétique supposée avec son emprise sur les transferts de technologie, peut-elle réussir à s’accrocher à la « culture » américaine (dans la conception réductionniste de la base de Trump) ? C’est la question à soixante-quatre mille dollars [Sorte de jeu des mille francs américain NdT], comme on dit. Cela pourrait aussi provoquer une réaction inverse, tout aussi puissante ; et beaucoup de choses peuvent se produire au niveau national aux États-Unis, d’ici aux élections de mi-mandat de novembre, qui pourront soit confirmer le président au pouvoir – soit le déstabiliser. Il serait risqué de tenter des analyses au-delà de cet échéance.

Mais il y a un point plus important. Tandis que Trump est obnubilé par la civilisation et l’hégémonie américaines, les dirigeants non-occidentaux d’aujourd’hui pensent de manière tout aussi passionnée qu’il est temps pour « le siècle américain » de céder le pas. Tout comme, après la Seconde Guerre mondiale, les anciens États coloniaux voulaient l’indépendance. Désormais, ces dirigeants veulent mettre fin au monopole du dollar, ils veulent se retirer de l’ordre mondial dirigé par les États-Unis avec leurs institutions dites « internationales » ; ils veulent « exister » à leur manière, avec leur culture propre – et ils veulent retrouver leur souveraineté. Il ne s’agit pas seulement d’un nationalisme culturel et économique, mais d’un point d’inflexion significatif – loin de l’économie néolibérale, de l’individualisme et du mercantilisme brut – vers une expérience humaine plus épanouie.

Le raz-de-marée, après la Seconde Guerre mondiale, était certainement irréversible. Je me souviens même que les anciennes puissances coloniales européennes ont par la suite déploré leur retrait forcé : « Ils vont [les anciennes colonies] le regretter », ont-elles prédit avec assurance. (En fait non, ils ne l’ont jamais fait.) La marée monte en force aujourd’hui et s’est même étendue à l’Europe, où, qui sait, les Européens auront peut-être le courage de repousser les manœuvres financières et commerciales de Trump : il s’agira là d’un test déterminant pour la suite des événements.

Mais ce qui est différent aujourd’hui (par rapport à l’époque), c’est que l’hégémonie monétaire, l’avance technologique et la « domination » énergétique ne sont pas du tout garanties pour les occidentaux. Elles ne leur appartiennent plus. Elles ont commencé à migrer, il y a quelque temps.

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 05-06-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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