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La stratégie iranienne des États-Unis : que faire maintenant que Téhéran refuse de céder à la « pression maximale » ?

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Thierry Coville - IRIS

Thierry Coville

Chercheur à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques)
Professeur à Novancia

Les attaques de deux tankers dans la mer d’Oman début juin 2019 ont très clairement conduit à une montée des tensions entre les États-Unis et l’Iran puisque le gouvernement de Donald Trump a immédiatement accusé l’Iran d’être à l’origine de cette attaque. Quelques jours après, les autorités iraniennes, qui ont nié toute implication dans ces attaques, ont annoncé qu’elles allaient fin juin 2019 augmenter leurs réserves d’uranium enrichi au-delà de la limite prévue par l’accord de 2015 et accroître le taux d’enrichissement de l’uranium de 3,67% à – dans un premier temps – 3,7% début juillet, si les pays européens ne prenaient aucune mesure pour rétablir leurs échanges commerciaux avec l’Iran d’ici là. Tous ces événements ont naturellement conduit à accroître les craintes d’un affrontement militaire entre l’Iran et les États-Unis. Rappelons ici le contexte historique et économique qui a conduit à la situation actuelle.

En mai 2018, le président américain prend la décision de retirer les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien de juillet 2015. Cet accord signé entre les 5 membres du Conseil de sécurité des Nations unies, l’Union européenne, l’Allemagne et l’Iran impliquait que Téhéran prenne un certain nombre de mesures pour donner toutes les garanties que son programme nucléaire aurait un objectif « civil » (produire de l’électricité grâce à des réacteurs nucléaires) et non militaire (fabriquer une bombe nucléaire). En échange, les sanctions économiques bilatérales (prises notamment par l’Union européenne et les États-Unis) et multilatérales (prises par les Nations unies) à cause des inquiétudes nées du développement de ce programme nucléaire, devaient être levées. Les engagements de l’Iran par rapport à son programme nucléaire devaient être vérifiés par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui dépend des Nations unies. Par ailleurs, cet accord de juillet 2015 a été par la suite approuvé par une résolution des Nations unies.

La levée de l’embargo pétrolier a permis à l’Iran d’accroître ses exportations pétrolières qui ont progressé de 2,8 Mb/j en 2015 à 3,8 Mb/j en 2017.

Les premiers rapports de l’AIEA confirmant que l’Iran était fidèle à ses engagements, les sanctions évoquées plus haut ont été levées début 2016. La levée de ces sanctions a eu un effet positif sur l’économie iranienne. La levée de l’embargo pétrolier a permis à l’Iran d’accroître ses exportations pétrolières qui ont progressé de 2,8 millions de barils par jour (Mb/j) en 2015 à 3,8 Mb/j en 2017(1). D’autre part, les importations de l’Iran en provenance de l’Union européenne ont connu une croissance en 2016 et 2017 de respectivement 28% et 33%(2). L’accroissement des revenus pétroliers (qui représentent près de 80% des exportations et 40% des recettes de l’État iranien) a eu naturellement un impact macroéconomique positif. De même, la hausse des importations (notamment de biens d’équipement ou intermédiaires) en provenance de l’UE a permis de relancer la production. La croissance économique en Iran a atteint 12,5% en 2016 et 3,7% en 2017 (après -1,6 % en 2015). Enfin, l’Iran commençait à s’ouvrir aux investissements étrangers : les flux d’investissements étrangers ont atteint 5 milliards de dollars en 2017 contre 2 milliards de dollars en 2015(3).

Pourtant, la perception générale en Iran était que les bénéfices économiques de l’accord étaient en deçà des espérances. Cela s’expliquait par le fait que la reprise de la croissance pendant deux ans ne suffisait pas à diminuer les fortes tensions sociales que connaît l’Iran depuis quelques années avec un chômage très élevé, notamment chez les jeunes diplômés (l’évolution démographique conduisant à une progression moyenne de 900 000 nouveaux diplômés chaque année). Par ailleurs, les échanges avec le reste du monde et les possibilités d’accueillir les investissements étrangers restaient limités par le fait qu’aucune grande banque européenne n’était prête à travailler avec l’Iran à cause des sanctions américaines (non liées au nucléaire iranien(4))et donc le risque d’une amende substantielle et d’une suppression de l’autorisation à travailler aux États-Unis. 

Pour Donald Trump, revenir sur cet accord constitue une occasion de remettre en cause le principal acquis de la politique étrangère d’Obama.

En mai 2018, Donald Trump décide que les États-Unis doivent sortir de l’accord sur le nucléaire iranien. Pourtant, tous les rapports de l’AIEA indiquent à l’époque que l’Iran respecte scrupuleusement l’accord. En fait, le président américain à travers cette décision suit plusieurs objectifs. Il sait qu’une telle décision va lui attirer un soutien quasi-automatique du Parti républicain qui n’a jamais accepté l’accord de 2015 et voit toujours dans la République islamique d’Iran (RII) un « ennemi de 40 ans », qui a notamment humilié les États-Unis avec l’affaire des otages américains en 1979-1981 et doit être puni pour cela. Pour Donald Trump, revenir sur cet accord constitue par ailleurs une occasion de remettre en cause le principal acquis de la politique étrangère d’Obama. Enfin, on sait qu’il y a eu un lobbying intense depuis l’élection du président américain, du prince Mohamed Ben Salman, prince héritier de l’Arabie saoudite, de Mohamed Ben Zayed, le ministre de la défense des Émirats arabes unis, et de Benjamin Netanyaou, le premier ministre israélien, qui veulent affaiblir l’Iran en poussant les États-Unis à sortir de cet accord.

Les États-Unis décident donc de réimposer toutes les sanctions précédemment levées. De plus, ils imposent un véritable chantage à l’ensemble des compagnies étrangères non américaines travaillant avec l’Iran (« si vous continuez de travailler avec l’Iran, vous n’aurez plus accès au marché américain »). En fait, la stratégie américaine est d’appliquer une « pression maximale » sur la RII pour la forcer à négocier sur 12 points énoncés par le secrétaire d’État, Mike Pompeo, qui incluent une renégociation de l’accord sur le nucléaire avec des conditions encore plus strictes (avec notamment la fin pour l’Iran du droit d’enrichir de l’uranium), le fin de son programme balistique, la fin de sa présence en Syrie, la fin du soutien au Hezbollah au Liban, l’arrêt de toute intervention dans les affaires intérieures de l’Irak, etc.

La stratégie américaine est claire : ou l’Iran accepte de négocier sur ces douze points, ou les difficultés économiques et sociales en Iran, du fait du retour des sanctions américaines, vont atteindre un niveau insoutenable. Sans le dire officiellement, les États-Unis espèrent alors que ces difficultés économiques pousseront la population dans la rue, ce qui conduira à un « changement de régime ». On peut soupçonner à ce propos que le président américain a, durant cette épisode, écouté des conseillers qui lui ont « vendu » l’idée selon laquelle, comme le démontrait les protestations en Iran fin 2017, il suffisait d’appliquer des sanctions économiques fortes pour faire « tomber » le régime…

Le retour des sanctions américaines conduit alors à une très nette détérioration de la situation économique en Iran. Face au « chantage » américain, toutes les grandes entreprises européennes (Peugeot, Total, etc.) quittent le marché iranien. De nombreux raffineurs à travers le monde arrêtent d’acheter du pétrole iranien : les exportations de pétrole de l’Iran reculent de 2,3 Mb/j en juin 2018 à 1,1 Mb/j en avril 2019. D’après le FMI, la croissance en Iran passe de + 3,7 % en 2017 à – 3,9 % en 2018, l’inflation accélère de 9,6% en 2017 à 31,2% en 2018. La monnaie iranienne sur le marché noir perd 50% de sa valeur par rapport au dollar entre juin 2018 et juin 2019.

Pourtant, en dépit de ces difficultés économiques, l’Iran refuse toujours de négocier avec les Américains sur les 12 points évoqués plus haut. Les États-Unis décident donc d’accroître leur pression économique en annonçant un arrêt dès juin 2019 des exemptions accordées à 7 pays pour des achats de pétrole iranien et en imposant des sanctions sur un grand nombre d’entreprises du secteur pétrochimique iranien. Parallèlement, le gouvernement américain décide de mettre les Pasdaran, qui sont une composante de l’armée iranienne, sur la liste des organisations terroristes. Dans ces conditions, la crise va se poursuivre. Les exportations pétrolières ont encore reculé de 1,1 Mb/j en avril 2019 à 0,9 Mb/j en mai 2019. Il semblerait que seule la Chine va continuer à acheter du pétrole iranien. 

Les dirigeants iraniens savent que le pays va traverser une crise économique grave. L’idée est de tenir, avec l’aide de la Chine.

Le FMI prévoit que la récession va s’accroître en Iran cette année avec une croissance à – 6% et que l’inflation va s’accélérer et atteindre 37,2 %. D’après les sources iraniennes, on compterait maintenant 40% de la population en dessous du seuil de pauvreté et on constate également des pénuries de médicaments. Cependant, contrairement à ce que croyaient les dirigeants américains, on n’assiste pas à des manifestations de masse en Iran mais plutôt à des revendications catégorielles. En fait, les Iraniens ont, pour des raisons historiques, une grande capacité de résilience face aux difficultés du quotidien. La classe moyenne urbaine éduquée, même s’il est très déçue par Rohani, ne croit pas dans l’action violente et ne veut pas que l’Iran sombre dans le chaos comme en Irak ou en Syrie. Enfin, il ne faut pas sous-estimer l’antiaméricanisme qui est en train de monter en Iran chez les partisans des « durs » (au moins 40% de la population avait voté pour Ebrahim Raïssi, l’adversaire radical de Rohani lors des élections présidentielles en Iran en 2017). 

Par ailleurs, le gouvernement iranien peut toujours prendre des mesures macroéconomiques pour faire face aux sanctions. Sur le plan budgétaire, il existe des possibles marges de manœuvre : le gouvernement pourrait décider de réduire fortement les subventions en liquide(5) mises en place en 2010 pour les réserver aux plus pauvres. L’Iran dispose par ailleurs de près de 100 milliards de dollars de réserves de change qu’il compte utiliser prudemment et a une faible dette extérieure (9% du PIB). Le pays essaie également de développer ses exportations pétrolières dans la région (Afghanistan, Irak, Qatar, etc.) où les sanctions américaines sont plus difficiles à appliquer. Dans tous les cas, les dirigeants iraniens savent que le pays va traverser une crise économique grave. L’idée est de tenir, avec l’aide de la Chine.

En fait, plus précisément, entre mai 2018 et mai 2019, la RII a décidé d’adopter une politique de « patience stratégique ». C’est-à-dire, que l’Iran, durant cette période, va continuer de respecter l’accord de 2015 (comme cela est certifié régulièrement par les rapports de l’AIEA) et de refuser de négocier avec les États-Unis. Parallèlement, durant toute cette période, les Iraniens vont discuter régulièrement avec les dirigeants européens pour leur rappeler deux choses : 

  1. L’accord de 2015 impliquait pour l’Iran des bénéfices économiques en échange d’une limitation de leur programme nucléaire.
  2. Compte tenu de la réimposition des sanctions américaines, il faut que les Européens agissent pour maintenir leurs relations économiques avec l’Iran et éviter un accroissement des difficultés économiques dans ce pays. 

Ces discussions sont d’autant plus importantes pour les Iraniens qu’ils notent que le recul de leurs exportations de pétrole s’explique en grande partie par un arrêt des achats européens. Durant toute cette période, les Européens demandent aux Iraniens de rester patients, de respecter l’accord et promettent la mise en place d’un mécanisme de troc pour continuer de commercer avec l’Iran en dépit des sanctions américaines. Il est vrai qu’il est très compliqué pour les Européens de protéger leurs entreprises du caractère extraterritorial des sanctions américaines. On note quand même une certaine inertie du Vieux continent puisque le mécanisme de troc, qui devrait s’appeler Instex, tarde à être opérationnel. D’autre part, on sent chez les Européens une difficulté à s’opposer frontalement aux États-Unis sur ce dossier dans une situation, il est vrai, historiquement nouvelle pour l’Europe. Enfin, les dirigeants européens ont peut-être également eu le sentiment que les Iraniens n’avaient, dans tous les cas, aucun choix et qu’ils devaient rester dans l’accord, sous peine de faire face à de nouvelles sanctions des Nations unies et de l’UE.

En mai 2019, un an après la sortie des États-Unis de l’accord, l’Iran décide de mettre fin à sa stratégie de « patience stratégique ».

Cependant, en Iran, du fait la crise économique qui se propage, la scène politique intérieure évolue. Les « modérés », avec à leur tête le président Rohani, qui avaient défendu cet accord, voient leur popularité s’effondrer du fait des tensions sociales croissantes. En face, les radicaux qui étaient dès le début contre cet accord – un « piège » tendu par les Américains selon eux – tirent à boulets rouges contre la diplomatie « naïve » du président Rohani et son ministre des affaires étrangères, Mohamad Javad Zarif. 

En mai 2019, un an après la sortie des États-Unis de l’accord, la RII décide de mettre fin à sa stratégie de « patience stratégique ». La nouvelle stratégie iranienne est de démontrer que les autres pays toujours signataires de l’accord de 2015 pourraient subir un « coût » s’ils continuent à être passifs face aux sanctions américaines. L’objectif est donc de procéder tous les deux mois à des mesures visant à sortir graduellement de l’accord de 2015. Les Iraniens arrêteront ce processus s’ils constatent une amélioration de leur situation économique. Evidemment, cette stratégie a avant tout pour objectif de mettre les Européens face à leurs responsabilités pour que ces derniers développent leurs échanges économiques avec l’Iran.

En fait, on se rend compte que la stratégie américaine conduit à une impasse. L’Iran refuse de négocier sur ces 12 points. Les tensions se sont donc accrues entre l’Iran et les États-Unis depuis l’annonce début mai 2019 de ce plan iranien d’une sortie graduelle de l’accord et des attentats contre deux pétroliers situés dans un port des Émirats arabes unis (EAU). L’Arabie saoudite et les EAU ont accusé l’Iran mais Téhéran a nié toute implication. Donald Trump sentant sans doute qu’il fallait réduire les tensions a alors proposé aux Iraniens de commencer des négociations directes sans évoquer les 12 conditions énoncées précédemment par son secrétaire d’État. Il a également confié au premier ministre japonais, Shinzo Abe, le soin de porter un message d’offre de « négociations sincères » aux dirigeants iraniens. On connait la suite.

Le contexte politique en Iran, avec la montée en puissance des radicaux, rend toute négociation directe avec les États-Unis quasiment impossible.

Le Guide Ali Khameini a opposé une fin de non-recevoir à cette offre et, pendant cette visite, deux tankers (dont un japonais) ont été attaqués dans le golfe Persique. En fait, le contexte politique en Iran, avec la montée en puissance des radicaux, rend toute négociation directe avec les États-Unis quasiment impossible. Il ne faut pas oublier que dans le système politique iranien, le Guide qui a le dernier mot pour toutes les grandes décisions, a également un rôle d’arbitre entre toutes les composantes et qu’il doit donc prendre en compte ce poids croissant des « durs ». En outre, le Guide, qui est lui-même proche des « radicaux », estime qu’il a déjà essayé une fois de négocier avec les américains en 2015 et qu’il a vu le résultat… 

Enfin, on peut penser que les dirigeants iraniens estiment qu’ils n’ont aucun intérêt à négocier maintenant avec les États-Unis alors qu’ils sont en position de faiblesse. La position officielle de l’Iran est que des discussions sont possibles avec les États-Unis si ces derniers reviennent dans l’accord. Et on peut penser que les Iraniens vont rester sur cette position, au moins jusqu’aux prochaines élections présidentielles américaines en 2020.

Au total, la stratégie américaine de sortie de l’accord de 2015 et de « pression maximale » sur l’Iran n’a donné aucun résultat puisque l’Iran refuse de négocier. Par contre, cette stratégie a abouti comme les derniers événements l’ont démontré, à une montée des tensions dans la région. Ni les États-Unis, ni l’Iran ne veulent la guerre. Mais on sait qu’il y dans l’entourage de Donald Trump des éléments comme le secrétaire d’État Mike Pompeo, et surtout le chef du Conseil national de sécurité, John Bolton, qui souhaitent un changement de régime en Iran et verraient la guerre comme une solution pour se débarrasser de la RII.

Dans ces conditions, un incident ou un mauvais calcul d’un des deux protagonistes, pourrait conduire à un enchaînement dangereux. Or, un acteur qui a la possibilité de véritablement réduire ces tensions est évidemment l’Europe. Il faudrait pour cela que les dirigeants européens démontrent, au-delà de tous les obstacles juridiques et techniques qui empêchent leurs entreprises de commercer avec l’Iran, une véritable volonté politique de sauver l’accord de 2015.

  • parue le 20 juin 2019

Sources / Notes

  1. Sanctions bilatérales prises par les États-Unis depuis la révolution de 1979, notamment à cause du manque de respect des droits de l’homme en Iran ou à cause du soutien à des groupes considérés comme terroristes par les États-Unis comme le Hezbollah au Liban.
  2. Source : OPEP.
  3. Source : Iran Trade Promotion Organization.
  4. Source : World Investment report 2019.
  5. Versements sur les comptes bancaires de toute la population pour compenser la suppression en 2010 de subventions sur l’énergie .
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Monsieur Hulot : on vous espérait en vacances !

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19 juin, 2019
Tribune libre

Loïk Le Floch-Prigent

Tandis que l’ancien Ministre démissionnaire revient pour nous rappeler, avec d’autres, que la fin du monde n’est pas si loin, les pays africains qui avaient suivi ses orientations de suppression des fossiles au profit des énergies renouvelables se désespèrent des résultats obtenus. Je vais évoquer ici le cas du deuxième pays d’Afrique en termes de population, l’Ethiopie, qui est passé de 95 millions d’habitants à 105 millions en quelques années et qui connait, grâce à sa politique de santé, en particulier la vaccination, une progression constante.

 

Parc éolien d’Ashegoda situé à environ 780 km au nord de la capitale éthiopienne, Addis-Abeba. Crédit photo : Vergnet. 

L’Ethiopie ce sont des montagnes, des cours d’eau et un grand désert qui va à l’Est jusqu’au Kenya et à la Somalie. Ses dirigeants ont considéré que l’électrification du pays se réaliserait à partir de l’hydro électricité, de la géothermie et de l’utilisation du vent, applaudis par tous les écologistes du monde, en particulier ceux qui peuplent les organismes dépendant des Nations Unies : enfin un pays vertueux, ou presque, puisque certains ne sont pas enthousiastes à considérer l’eau de la pluie comme aussi « naturelle » que le vent ou le soleil.

Lorsqu’il y a quelques années, j’avais rencontré le Vice-Premier ministre de l’époque, Haile Mariam Dessalegn, qui devait remplacer comme Premier ministre, Meles Zenawi, mort précocement, j’avais tenté de lui montrer les bienfaits d’un mix électrique possible pour son pays grâce à la découverte de gisements conséquents de gaz dans l’Est du pays. D’un coté des barrages nombreux, à la construction rapide, pouvaient être envisagés tout au long du Nil Bleu et de ses affluents, d’autre part, en deux ans des centrales à gaz, modulaires, pouvaient voir le jour à l’Est et la construction de lignes pouvait être préparée. Je ne pouvais pas oublier, à l’époque, le champ éolien d’Ashegoda, construit avec l’aide de l’AFD et des banques françaises avec du matériel français, Vergnet (Orléans) d’abord avec 30 engins et Alstom ensuite avec 54.

La discussion a été orageuse, le barrage, le seul, retenu, était le barrage « Renaissance » sur le Nil Bleu, à la frontière avec le Soudan, 6000 MW, et conformément aux souhaits des français « notre pays (l’Ethiopie) n’allait pas commettre les mêmes erreurs que l’Occident, se cantonnerait aux énergies nouvelles, d’où d’ailleurs le recours aux éoliennes françaises ». Mon interlocuteur considérant ne pas avoir à « salir la planète » avec le gaz éthiopien, voulait l’exporter à partir d’un gazoduc conduisant à Djibouti avec une installation de liquéfaction là-bas. Double projet, pharaonique, avec des coûts élevés ainsi que les délais. Les responsables d’EDF avaient bien étudié les fleuves, les coûts, les délais, j’avais en tète les quantités de TCF de gaz des gisements de Calub et d’Hilali, mais j’ai dû rapidement battre en retraite car la colère du Ministre arrivait très vite.

Nous sommes près de dix ans après, l’Ethiopie a été célébrée par tous les bien-pensants pour sa vertu, elle avait compris que la voie de l’aide internationale passait par l’oubli de ses réserves naturelles, son hydraulicité répartie et son gaz, elle a dix millions d’habitants en plus et elle n’a plus d’eau et toujours pas d’électricité… sauf les riches de la capitale, Addis-Abeba, qui possèdent des générateurs électriques alimentés à l’essence ou au diesel… achetés à partir de Djibouti en provenance de leurs voisins arabes ! Il y a dix ans la moitié des habitants n’avait pas accès à l’électricité, maintenant ce sont les trois quarts !  Et c’est la Banque Mondiale qui le dit ! Où sont les électrons des éoliennes préconisées par toutes ces institutions, et ceux de la géothermie, célébrée par tous ces beaux esprits, tandis que le gaz du pays Somali dort, et que les petites rivières ont seules l’alimentation du ciel et de ses nuages.

Tandis que les difficultés s’accroissent dans le pays qui a heureusement choisi un dirigeant plutôt consensuel à cheval sur les deux ethnies les plus importantes, que propose-t-on ? Un gazoduc financé par les chinois et une usine d’urée construite avec l’aide du Maroc. Mais qui va dire que la solution la plus rapide devrait être l’utilisation électrique du gaz et la mise en place de centrales au fil de l’eau dans les montagnes du Centre et du Nord du pays ? Bien sûr, ce n’est pas vertueux et quand on a poussé un pays vers le suicide il est difficile de faire marche arrière. Bien sûr, les milliards dépensés pour réaliser le barrage de la Renaissance, le barrage du Millénaire, vont finir dans quelques années par porter leurs fruits, mais on s’apercevra alors , comme partout en Afrique, qu’il manque des lignes de transport et que l’on n’avait pas anticipé l’augmentation de la population. Ainsi la vertu et l’idéologie qui l’accompagne ont un prix, celui du dénuement et des souffrances de millions d’individus alors que l’éducation progressait, que le niveau professionnel augmentait, que des projets industriels voyaient le jour.

Lorsque je me souviens de ma soirée avec Hiale Mariam Dessalegn je suis rempli de tristesse, je n’ai pas réussi à le convaincre, mais tous ses autres interlocuteurs l’avaient dissuadé d’utiliser les énergies « fossiles », ce qui a conduit notre pays, la France, à se glorifier d’être le « premier au monde » à interdire l’exploration et la production de pétrole et de gaz, comme il est le premier (et le seul) à vouloir décider qu’en 2040 il ne fallait plus construire de véhicules thermiques. Si la stupidité et l’arrogance limitaient leurs conséquences néfastes à nos frontières, après tout, tant pis pour nous si nous sommes tous des imbéciles, mais lorsque nous exportons nos fantasmes et qu’ils se transforment en drames, je trouve cela injuste, profondément injuste, pour des populations pacifiques et talentueuses qui voudraient tant pouvoir continuer à sourire à la vie. Tous les messieurs Hulot auront à cœur, je l’espère, de mesurer les conséquences de leurs préconisations de production électrique dans des pays qui doivent simplement utiliser leurs ressources naturelles sans qu’il soit nécessaire de juger du caractère vertueux ou non de leurs décisions.

Loïk Le Floch-Prigent

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L’entreprise ukrainienne Naftogaz et l’entreprise chinoise Sinosure envisagent de coopérer.

L’entreprise ukrainienne Naftogaz et l’entreprise chinoise Sinosure envisagent de coopérer © Chine Nouvelle (Xinhua), Le 19/04/2019 05:35 Naftogaz, l’entreprise publique ukrainienne spécialisée dans l’énergie, et China Export & Credit Insurance Corporation, également dénommée Sinosure, ont discuté de leurs perspectives de coopération, a déclaré jeudi le service de presse de l’entreprise ukrainienne. Lors d’une réunion à Kiev, le président de Sinosure, Wang Tingke, et le président de Naftogaz, Andriy Kobolyev, ont échangé leurs points de vue sur les orientations de la future coopération entre les deux entreprises. Pendant sa visite dans la capitale ukrainienne, M. Wang a également pris connaissance de façon approfondie des activités du groupe Naftogaz. Lire plus sur :

https://chine.in/actualite/cn/entreprise-ukrainienne-naftogaz-entreprise_118575.html

 

Le plan d’EDF pour construire de nouveaux EPR en France

Le plan d’EDF pour construire de nouveaux EPR en France

AURÉLIE BARBAUX  ,  ,  ,  , 

PUBLIÉ LE 

A LA UNE À l’heure où le renouvellement du parc français est à l’étude, EDF a deux ans pour peaufiner son dossier d’un nouveau nucléaire en France.

Le plan d'EDF pour construire de nouveaux EPR en France
Alors que la date de mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche) n’est pas connue, les essais se poursuivent sur le site.

Le nucléaire français est en plein paradoxe. Alors que la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015, modifiée par la loi énergie de 2019, l’oblige à fermer douze à quatorze réacteurs d’ici à 2035, EDF prévoit d’ores et déjà la mise en service de nouvelles centrales. Et ce, rapidement pour répondre à la demande de la filière qui veut maintenir ses compétences en matière de construction de centrales et qui a besoin de montrer sur les marchés internationaux que la France reste un grand pays du nucléaire. Le gouvernement est, lui, beaucoup moins pressé. Il préfère faire de la relance du nucléaire civil en France un sujet de débat pour la prochaine élection présidentielle et laisser au prochain exécutif la responsabilité de cette décision. Même s’il lui a balisé le terrain.

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a publié, fin 2018, une étude économique sur l’évolution du mix électrique français entre 2020 et 2060 avec sept scénarios prospectifs qui montrent notamment que le développement de la filière EPR ne serait pas compétitif. Quoi qu’il en soit, dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), le gouvernement demande à EDF, le chef de file de la filière nucléaire depuis la restructuration d’Areva, de fournir un dossier sur le nouveau nucléaire d’ici à mi-2021. L’opérateur national doit y démontrer sa capacité à maîtriser les coûts et les délais de construction de nouveaux réacteurs EPR en France.

EDF ne part pas de zéro. Depuis 2014, il travaille avec Framatome sur l’EPR 2, un nouveau modèle de réacteur. « L’EPR 2 est un réacteur pour une utilisation française, proche de l’EPR pour en utiliser tout le retour d’expérience, mais optimisé en termes de coût et de délais de fabrication« , détaille Xavier Ursat, le directeur exécutif d’EDF, chargé de la direction ingénierie et projets nouveau nucléaire. Le retour d’expérience provient des premiers EPR construits en Chine, à Taishan, par l’opérateur chinois CGNPC et EDF ; en Finlande, à Olkiluoto, par le consortium Areva-Siemens et l’opérateur TVO ; et en France, à Flamanville (Manche), par EDF. Quand on va construire le premier EPR 2, on ne veut pas revivre les problèmes de planning et de surcoût qu’on a vécu à Flamanville, assure Xavier Ursat. Mais on ne veut pas réinventer quelque chose qui nous ferait prendre une fois encore des risques de tête de série. On veut optimiser, tout en restant proche du design initial. » Dominique Louis, le PDG d’Assystem, qui détient 5 % du capital de Framatome, résume l’enjeu : « Avec l’EPR, on a fait un airbus A 380. Il faut maintenant en faire un A 350. »

Les fournisseurs associés au projet

Pour concevoir cet EPR 2, EDF et Framatome (ex-Areva NP) ont créé un plateau commun qui rassemble l’équipe projet EPR 2 chez EDF (70 personnes), les ingénieurs de Framatome, et ceux de leur filiale commune d’ingénierie Edvance, créée en mai 2017, soit entre 500 et 600 personnes au total. Le projet avance dans le bon sens. Le basic design pour la chaudière nucléaire et le générateur de vapeur « st figé depuis la fin 2017« , précise Bernard Fontana, le PDG de Framatome. L’Autorité de sûreté nucléaire doit rendre son avis sur les options de sûreté fin avril. Reste à traiter des questions industrielles, de supply chain et d’ingénierie de détails, « pour se mettre en situation de bénéficier d’un effet de série« , explique Bernard Fontana. La priorité est donnée à l’industrialisation et à la standardisation des équipements à l’intérieur de l’EPR (vannes, tuyaux, pompes, portes…), pour garder un nombre limité de références différentes. « Dans la partie non nucléaire, nous allons utiliser davantage d’équipements éprouvés dans l’industrie« , rapporte Xavier Ursat. Un exemple : dans l’EPR de Flamanville, on trouve 1 700 modèles de portes différents, pour la plupart des exemplaires uniques. Il n’y aura plus que 200 modèles dans l’EPR 2.

EDF et Framatome n’avancent pas seuls. « L’une des caractéristiques de ce projet, c’est que l’on y associe les fournisseurs très tôt, notamment les génie civilistes, dans un consortium composé de Bouygues, Vinci et Eiffage pour avoir leur avis sur la constructibilité des différentes options étudiées », observe Xavier Ursat. L’un des objectifs est de préfabriquer un maximum d’équipements. « Toutes les tuyauteries vont être conçues en pouces, comme le pratique toute l’industrie dans le monde, notamment pétrolière. L’EPR, lui, était dimensionné en millimètre. Une spécificité qui a nécessité d’adapter la chaîne industrielle, ce qui a eu un coût « , reconnaît Xavier Ursat. EDF va aussi lancer une consultation pour la salle des machines. L’EPR 2 sera également le premier réacteur conçu depuis le début dans une approche entièrement numérique, soutenu par un logiciel PLM de Dassault Systèmes, préféré en 2018, à la solution de Siemens choisie par EDF en 2013. La migration est en cours.

Industrialiser l’EPR 2 n’est pas tout. Dans le dossier qui doit être remis mi-2021, EDF doit aussi s’engager sur les coûts. « On s’est fixé comme objectif d’avoir des EPR constructibles en France pour un coût complet de production d’électricité entre 65 et 70 euros le Mwh, pour qu’il soit moins cher que n’importe quel moyen fossile adossé à un prix du carbone que l’on pourrait développer à la même période« , explique Xavier  Ursat. Le dossier devra aussi définir précisément les besoins de la France en matière de nucléaire pour les soixante à quatre-vingts ans à venir, sachant que les EPR sont prévus pour fonctionner soixante ans. Il faut également tabler sur « une durée de construction de l’ordre de six ans pour une tranche, entre le moment où l’on attaque le génie civil de sûreté (le socle du bâtiment nucléaire) et la mise en service commerciale« , avertit le directeur exécutif d’EDF.

Maintien des compétences

Pour répondre à quels besoins en électricité   Combien de nouveaux EPR 2 faudra-t-il construire   À ce stade, pas de réponse, mais les coûts avancés par EDF « s’envisagent pour une série d’au moins six réacteurs, comme la Cour des comptes l’indique dans son rapport « , prévient Xavier Ursat. Un nombre qui semble faire consensus. « Deux c’est mieux qu’un, et six c’est mieux que deux« , lance Bernard Fontana, prudent. L’enjeu est industriel, mais il concerne aussi le maintien de compétences perdues et chèrement reconquises à Flamanville, notamment. « Les seuls qui construisent des réacteurs sans problème, ce sont les Chinois, observe Dominique Louis. On a perdu la main. » L’enjeu de l’EPR 2 est aussi de prouver le contraire.

De Tchernobyl à Flamanville

  • 1986 : Accident de Tchernobyl Le design des nouveaux réacteurs nucléaires doit empêcher une telle catastrophe.
  • 1989 : Framatome et Siemens-KWU s’associent au sein de Nuclear Power International (NPI).
  • 1993: Lancement du projet EPR, le réacteur pressurisé européen, qui intégrera les points forts du réacteur N4 français et du Konvoi allemand.
  • 1998: l’Allemagne décide de sortir du nucléaire au début de la coalition entre le parti social-démocrate et les Verts.
  • 1999: Framatome et Siemens Fusionnent leurs activités nucléaires. Le projet EPR est intégré à Framatome ANP (Advance Nuclear Power).
  • 2003: Commande du premier EPR par le finlandais TVO.
  • 2005 : Lancement du chantier de l’EPR d’Olkiluoto 3 en Finlande.
  • 2007 : La construction de l’EPR de Flamanville débute. Areva et le chinois CGN signent pour deux EPR à Taishan en Chine.
  • 2009 : Début des négociations d’un projet de six EPR en Inde, à Jaitapur, par EDF (accord préliminaire signé en mars 2018).
  • 2014: Le projet EPR 2 est lancé.
  • 2016: Signature d’Hinkley point C, au Royaume-Uni, par le gouvernement anglais, EDF Energy et CGN pour deux EPR et une mise en service en 2025.
  • 2017: Création d’Edvance, une coentreprise ingénierie d’EDF et de Framatome, pour travailler sur l’îlot nucléaire et le contrôle commande des EPR de demain.
  • 2018: L’EPR de Taishan 1 produit de l’électricité (29 juin). Premier béton du radier d’Hinkley Point C (11 décembre).
  • 2021: Le dossier nouveau nucléaire en France doit être remis au gouvernement.

https://www.usinenouvelle.com/article/le-plan-d-edf-pour-construire-de-nouveaux-epr-en-france.N828460

Géopolitique du pétrole à l’ére Trump

Géopolitique du pétrole à l’ére Trump

Les États-Unis sont devenus le premier producteur mondial d’hydrocarbures. Ils utilisent désormais leur position dominante exclusivement pour maximiser leurs profits, sans hésiter à éliminer de gros producteurs rivaux et à plonger leurs peuples dans la misère. Alors que par le passé, l’accès au pétrole du Moyen-Orient était un besoin vital pour leur économie (Carter, Reagan, Bush Sr.), puis un marché qu’ils présidaient (Clinton), puis encore une ressource finissante dont ils voulaient contrôler le robinet (Bush Jr., Obama), les hydrocarbures sont redevenus l’or noir du capitalisme (Trump). Thierry Meyssan retrace l’évolution de ce marché sanglant.

 | DAMAS (SYRIE)  

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L’économie dépend en premier lieu de l’énergie dont elle dispose. Ce besoin a toujours été l’une des principales causes de guerres. Jadis, il s’agissait de faire des esclaves pour travailler aux champs, puis au XIXème siècle de s’emparer du charbon pour alimenter des machines, aujourd’hui des hydrocarbures (pétrole et gaz).

Pour se masquer cette logique, les hommes ont toujours imaginé de bonnes raisons pour justifier ce qu’ils font. Ainsi, nous croyons
- que l’Iran est sanctionné à cause de son programme militaire nucléaire (qu’elle a pourtant clos en 1988) ;
- que les installations et avoirs de PDVSA ont été saisis pour transférer ses actifs du dictateur Maduro à l’équipe de Juan Guaido (alors que c’est le premier et non le second qui est élu constitutionnellement président du Venezuela) ;
- ou encore que les États-Unis maintiennent des troupes en Syrie pour soutenir leurs alliés Kurdes face au dictateur el-Assad (alors que ces Kurdes sont des mercenaires qui ne représentent pas leur peuple et qu’el-Assad est démocratiquement élu).

Ces narrations n’ont aucune réalité et sont contredites par les faits. Nous les croyons parce que nous pensons en tirer profit.

Le marché mondial

Les hydrocarbures représentent le premier marché mondial, avant ceux de l’alimentation, des armes, des médicaments et des drogues. Il était au départ géré par des sociétés privées, avant de devenir, dans les années 60, la chasse gardée des États. Au fur et à mesure du développement économique, de nouveaux acteurs sont intervenus et le marché est devenu plus imprévisible. En outre, de la fin de l’Urss au retour de la Russie, ce marché est devenu très spéculatif, subissant des variations des prix de vente de 1 à 4.

En outre, chacun constate que de nombreux gisements, après avoir été longtemps exploités, se tarissent. À la fin des années 60, les Rockfeller et le Club de Rome ont popularisé l’idée que les hydrocarbures étaient des énergies fossiles, donc limitées. Or, contrairement à ce raisonnement, on ignore l’origine des hydrocarbures. L’hypothèse est qu’ils sont probablement des fossiles, mais peut-être pas. Au demeurant, même si les hydrocarbures étaient renouvelables, cela n’empêcherait pas que, sur-exploités, ils puissent disparaître (théorie du pic de Hubbert). Surtout, le Club de Rome a étudié la question avec un a priori malthusien : il avait pour mission de démontrer qu’il faut limiter la population mondiale parce que les ressources de la Terre sont limitées. Sa croyance en la fin du pétrole n’est qu’un argument pour justifier la volonté des Rockfeller de limiter la croissance démographique des populations pauvres. En un demi-siècle, on a cru cinq fois de suite que le pétrole allait manquer dans les toutes prochaines années. Pourtant, il existe aujourd’hui des réserves prouvées suffisantes pour la consommation de l’humanité pour au moins un siècle encore.

Les coûts très variables de l’exploitation (de 1 en Arabie saoudite à 15 aux USA), les avancées techniques, les variations considérables des prix et le débat idéologique ont plusieurs fois rendu improbables les retours sur investissements. Or, compte tenu des délais opérationnels, toute interruption de l’investissement dans la recherche, l’exploitation et le transport, provoque une raréfaction des produits disponibles dans les cinq années à venir. Ce marché est donc particulièrement chaotique.

La politique mondiale de l’Énergie

La création de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) par le Vénézuélien Juan Pablo Pérez Alfonzo, en 1960, a progressivement déplacé le pouvoir de fixer les prix, des compagnies pétrolières vers les États exportateurs. Ce transfert s’est manifesté lors de la guerre égypto-syrienne contre Israël, en octobre 1973 (dite en Occident « guerre du Kippour ») et la crise pétrolière mondiale qu’elle provoqua.

Les États-Unis, qui étaient la première puissance mondiale, ont mené différentes politiques vis-à-vis des hydrocarbures.
- Le président Jimmy Carter a considéré que son pays ayant besoin de cette source d’énergie, son accès au pétrole du Moyen-Orient était une question de « sécurité nationale ». Les Arabes et les Perses ne pouvaient pas refuser de lui vendre l’or noir ou d’en exagérer le coût.
- Le président Ronald Reagan créa le Commandement des États-Unis pour cette région (définie selon la connaissance de l’époque des champs pétroliers), le CentCom. Pour appliquer la politique de son prédécesseur, il négocia des bases militaires permanentes et commença à installer des troupes.
- Le président George Bush Sr. prit la tête d’une coalition quasi-universelle et écrasa l’Iraq qui avait imaginé choisir lui-même ses débouchés et avait osé tenté de récupérer les puits du Koweït dont les Britanniques l’avaient privé.
- Le président Bill Clinton et son vice-président Al Gore héritèrent d’un monde unipolaire, sans l’URSS. Ils établirent une carte des corridors à percer dans le monde (pipelines, autoroutes, chemins de fer et lignes internet) et des opérations militaires à mener pour les construire et les sécuriser par exemple la guerre contre la Yougoslavie pour construire le 8ème corridor).
- Le président George Bush Jr. et son vice-président Dick Cheney, persuadés que les hydrocarbures allaient bientôt manquer, lancèrent une série de guerre non plus pour s’emparer de l’or noir, mais pour en contrôler la production et le marché. Revenant à la théorie malthusienne de la fin imminente de ces sources d’énergie, ils entendaient choisir qui aurait le droit d’en acheter et pourrait ainsi faire vivre sa population.
- Le président Barack Obama saisit l’opportunité du gaz et du pétrole de schiste dans son pays et décida d’en favoriser l’extraction. Il espérait ainsi sortir son pays de la malédiction malthusienne.
- Le président Donald Trump arriva au pouvoir alors que son pays était devenu le premier producteur mondial. Il décida de bouleverser la stratégie US.

La politique de Donald Trump

Lorsque le président Trump désigna le représentant du Kansas, Mike Pompeo, comme directeur de la CIA, nous avons interprété cette nomination inattendue en fonction de la difficulté du président de trouver des alliés dans le Parti républicain qu’il venait de prendre d’assaut. Nous avions oublié que Pompeo avait été, de 2006 à 2010, le patron de l’équipementier en hydrocarbures Sentry International. Il connaissait le fonctionnement du marché du pétrole et, personnellement, ses principaux acteurs dans le monde. Au même moment le président Trump nommait au secrétariat d’État, Rex Tillerson, le patron d’une des principales sociétés d’hydrocarbures, Exxon-Mobil. Nous aurions dû alors envisager que la politique énergétique serait au centre de l’action de son administration.

Il est évidemment impossible aujourd’hui de dresser le bilan de l’action de Pompeo à la tête de ce service secret. Cependant, on peut penser que ses objectifs d’alors n’étaient pas éloignés de ceux d’aujourd’hui. Or, il se trouve qu’il vient de les révéler.

Chaque année, une société de conseil créée par le spécialiste incontesté du marché des hydrocarbures, Daniel Yergin, organise une rencontre internationale sur l’évolution de la situation. Le Congrès 2019 (CERAweek, 9 au 13 mars, à Houston, Texas) a été la plus vaste réunion internationale de l’histoire sur ce sujet. Les dirigeants exécutifs des principales sociétés de 78 pays y étaient présents. Le clou du spectacle fut l’intervention de Mike Pompeo. Toute la profession avait été prévenue de l’importance de son discours et ce fut le seul moment où l’immense salle fut pleine à craquer.

Mike Pompeo, après avoir salué ses anciens collègues, se félicita des incroyables performances de l’industrie pétrolière du pays qui, en six ans, est devenue la première productrice au monde grâce aux nouvelles techniques d’extraction de schiste. Il annonça qu’il avait créé un bureau spécial au département d’État pour gérer les ressources énergétiques. C’est à lui que les patrons des sociétés US spécialisées devront désormais s’adresser. Il a pour mission de les aider à emporter des marchés à l’étranger. En échange, ils devront aider leur pays à conduire sa politique énergétique.

Celle-ci consistera à la fois à produire le plus possible aux États-Unis et à assécher une partie de l’offre mondiale pour équilibrer le marché. Ce n’est que de la sorte que le pays parviendra à vendre du gaz et du pétrole de schiste, alors que leur extraction est particulièrement onéreuse.

Selon la doctrine Pompeo, il ne convient pas de réduire la production mondiale au niveau de la demande par des quotas de production, tels que l’OPEP+ en institue depuis deux ans, mais en fermant le marché à certains gros exportateurs : l’Iran, le Venezuela et la Syrie (dont les gigantesques réserves n’ont été découvertes que récemment et ne sont pas exploitées). Le projet du NOPEC (No Oil Producing and Exporting Cartels Act) devrait donc ressurgir des archives. Cette proposition de loi, dont quantité de variantes ont été déposées au Congrès depuis deux décennies, vise à supprimer l’immunité souveraine que les pays de l’OPEP invoquent pour se constituer en cartel malgré les lois anti-trust US. Elle permettrait de poursuivre devant les tribunaux états-uniens toutes les sociétés des États membres de l’OPEP+, bien qu’elles aient été nationalisées, pour avoir profité de leur position dominante et concourir ainsi à la hausse des prix.

Il se trouve que, depuis la fin 2016, la Russie s’est associée à l’OPEP pour faire monter les prix. Elle a ainsi accepté de diminuer sa production. C’est d’autant plus indispensable pour elle que son économie souffre des sanctions occidentales et que ses exportations d’hydrocarbures sont —avec les armes— ses principales sources de revenus à l’exportation. Par conséquent, dans la situation actuelle, les intérêts de Moscou et de Washington ne se confondent pas, mais coïncident : ne pas inonder le marché. C’est pourquoi la Russie ne fait rien pour aider l’Iran à exporter son pétrole et n’exploite toujours pas les zones dont ses sociétés nationalisées ont acquis le monopole en Syrie. Il est probable qu’elle n’aidera pas plus le Venezuela sur ce plan. Ainsi le transfert du siège européen de PDVSA à Moscou a été reporté.

La Russie, qui a sauvé la Syrie des mercenaires jihadistes de l’Otan, ne s’est jamais engagée à aller plus loin. Elle assiste sans réagir au lent effondrement de ce pays, jadis prospère. La situation n’en est pas déjà à la famine, comme au Yémen, mais s’y dirige inexorablement.

Cependant, les États-Unis entendent non seulement stabiliser l’offre mondiale, mais aussi déterminer les flux, d’où les pressions de Washington à la fois sur l’Union européenne et sur ses États membres pour qu’ils ne finalisent pas le pipeline Nord Stream 2. Il s’agit pour eux d’affranchir l’Union de sa dépendance aux hydrocarbures russes. Dans le cas où ces interventions seraient couronnées de succès, la Russie détournerait ce flux vers la Chine qui ne pourrait pas le payer au même prix.

D’ores et déjà, pour répondre aux besoins de l’Union, les États-Unis y font construire le plus rapidement possible des ports méthaniers capables de recevoir leurs gaz de schistes. Tandis que, de son côté, la Russie accélère la construction du pipeline Turkish Stream qui créerait une autre voie pour atteindre l’Union.

En outre, le département US du Trésor bloque tous les moyens de transport de pétrole iranien et vénézuélien ou vers la Syrie. Les données dont il dispose attestent que la CIA a commencé à observer en détail ce commerce depuis l’élection de Donald Trump, y compris durant la période de transition, ce qui confirme l’idée de la centralité de l’énergie dans sa politique. L’attitude de la Maison-Blanche face à la Syrie est différente, dans la mesure où ce pays n’est pas en mesure actuellement d’exploiter lui-même ses réserves et que la Russie laisse le temps passer. Il s’agit d’empêcher la reconstruction et donc de rendre la vie impossible à son peuple. La CIA mène une intense stratégie de sabotage contre tout approvisionnement énergétique. La majorité de la population, par exemple, n’a plus de gaz pour se chauffer, ni faire la cuisine. Pis, un pétrolier turc qui transportait du produit iranien vers la Syrie a été saboté au large de Lattaquié, en février. Il a explosé, provoquant la mort de tout son équipage et une marée noire dont aucun média occidental n’a parlé.

Considérant que le Hezbollah participe au gouvernement libanais tout en servant les intérêts iraniens, l’administration US a étendu à Beyrouth son interdiction d’exporter du pétrole. Mike Pompeo tente d’imposer un nouveau partage des eaux territoriales qui ferait passer les réserves pétrolières libanaises sous souveraineté israélienne.

Identiquement, le Venezuela donne du pétrole à Cuba en échange de ses experts militaires et du travail de ses médecins. Le département d’État tente de sanctionner tout échange entre les deux pays, d’autant plus que les experts militaires cubains sont considérés comme responsables du soutien porté par l’armée vénézuélienne au président Maduro.

Les évolutions à venir

Pour le moment, la politique de Donald Trump ne peut réussir qu’en diminuant la demande dans son pays. Jusqu’ici, les hydrocarbures étaient principalement utilisés pour alimenter les voitures, d’où le développement des projets de voitures électriques. Consommer du pétrole pour fournir de l’électricité revient beaucoup moins cher aux États-Unis que de l’utiliser directement dans les moteurs des voitures. Surtout, l’électricité peut-être fournie à partir de sources diverses, sur le territoire états-unien, à faible coût et à un prix stable.

Notez bien que le développement des voitures électrique n’a guère de rapport avec l’idéologie selon laquelle il conviendrait de diminuer la production de CO2 pour faire baisser la température de la Terre. D’une part parce que la fabrication des batteries peut elle-même émettre beaucoup de CO2, mais d’autre part parce que l’électricité peut être beaucoup plus responsable que le pétrole de CO2, lorsqu’elle est produite à partir de charbon comme en Allemagne et en Chine.

Au demeurant, la consommation de pétrole évolue. À l’échelle mondiale, elle n’est plus prioritairement destinée aux transports, mais à la fabrication de plastiques.

Les États-Unis ne laisseront exporter les hydrocarbures d’Iran, du Venezuela et de Syrie qu’à partir de 2023 ou 2024, date à laquelle leur production de schiste commencera à baisser rapidement, selon l’Agence internationale de l’Énergie (AIE). Une fois encore, toute la donne géopolitique s’en trouvera alors bouleversée.

Thierry Meyssan

Thierry MeyssanConsultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux – Du 11-Septembre à Donald Trump(2017).

Hassan Rohani en Irak : un rapprochement bilatéral nécessaire

Hassan Rohani en Irak : un rapprochement bilatéral nécessaire

Le 11 mars, Hassan Rohani s’est rendu en Irak dans le cadre d’une visite officielle de trois jours. Pour la première fois depuis son élection en 2013, Rohani se déplace dans son pays voisin, permettant ainsi l’affirmation du rapprochement politique et économique indéniable des deux Etats. Si cette visite est majeure pour l’Iran, elle l’est aussi pour l’Irak. En effet, Bagdad joue un jeu dangereux puisque ses deux principaux partenaires, l’Iran et les Etats-Unis, entretiennent des relations exécrables depuis le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien en mai 2018.

Le président iranien Hassan Rohani en 2018.
Le président iranien Hassan Rohani en 2018.

La relation Iran/Irak : de la normalisation au véritable partenariat stratégique

Suite au cessez-le-feu du 18 juillet 1988 ayant mis fin à la guerre sanglante entre l’Irak et l’Iran, la relation entre les deux Etats fut très froide jusqu’à la chute du régime de Saddam Hussein, en 2003. Depuis, leur relation tumultueuse s’est muée pour devenir un partenariat majeur dans la région. En effet, une grande proximité lie les deux pays : l’Iran comme l’Irak sont des pays majoritairement chiites, alors que la plupart de leurs voisins sont des Etats musulmans sunnites. La présence de plusieurs dirigeants chiites au cœur du pouvoir irakien post-Hussein favorise d’ailleurs l’influence grandissante de l’Iran en Irak, qui se traduit notamment par le soutien à divers groupes armés irakiens.

Signe de ce lien religieux indéfectible, Hassan Rohani avait prévu de se rendre à Kerbala et Najaf, deux lieux saints du chiisme, puis de rencontrer l’ayatollah Ali al-Sistani, figure centrale des chiites irakiens. Le but implicite est notamment de faire front face à l’Arabie Saoudite, qui pourrait chercher à semer la discorde entre l’Iran et l’Irak.

L’économie et l’énergie comme fer de lance de ce partenariat

Depuis le retrait des Etats-Unis de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, l’Iran cherche à tout prix à relancer son économie pour faire face à la recrudescence des sanctions économiques. Alors que les échanges commerciaux entre l’Iran et l’Irak s’élèvent déjà à 12 milliards de dollars par an, Rohani affiche un objectif de 20 milliards de dollars. La volonté affichée par Téhéran est que l’Irak favorise les entreprises iraniennes pour la reconstruction du pays s’inscrit dans ce sens.

De plus, l’Iran cherche aussi à sceller les contrats énergétiques signés entre Téhéran et Bagdad, alors que l’Irak s’est engagé auprès des Etats-Unis à réduire ses importations iraniennes en gaz et en électricité. L’Irak importe à ce jour 1300 MW d’électricité et 28 millions de m3 de gaz, et il semble toutefois difficile que la situation évolue. En effet, l’inefficacité des barrages irakiens en période de sécheresse rend les importations iraniennes primordiales pour pallier à l’urgence des besoins énergétiques. Le comportement des Etats-Unis face à ce rapprochement indéniable devra donc être scruté avec attention.

Sources :

– IMBERT Louis, “En visite à Bagdad, le président iranien défie la pression américaine”, Le Monde (https://www.lemonde.fr/international/article/2019/03/14/en-visite-a-bagdad-le-president-iranien-defie-la-pression-americaine_5436039_3210.html)

– “Visite hautement politique et symbolique du président iranien Hassan Rohani en Irak”, France 24 (https://www.france24.com/fr/20190311-visite-iran-hassan-rohani-irak)

– “Le président Hassan Rohani visite l’Irak”, Tribune de Genève (https://www.tdg.ch/monde/president-hassan-rohani-visite-irak/story/22567299)

About Xavier BERNAUD

Je suis diplômé d’une double-licence Droit/Science politique à l’Université Jean Moulin Lyon III, et d’un master 1 International Relations and Security Studies à York University à Toronto. J’étudie aujourd’hui à l’IRIS SUP’ à Paris.

Vladimir Poutine et le nouveau président kazakh discutent nucléaire et défense

Vladimir Poutine et le nouveau président kazakh discutent nucléaire et défense

  • AFP
  • parue le 

Le président russe Vladimir Poutine et son nouvel homologue kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, ont promis mercredi de renforcer encore « l’amitié » entre les deux pays, notamment dans le domaine militaire et le nucléaire, deux semaines après la démission surprise de l’ex-président kazakh Noursoultan Nazarbaïev.

« Je vais faire tout mon possible pour renforcer davantage le potentiel déjà atteint d’amitié entre nos peuples », a déclaré M. Tokaïev au Kremlin, lors de sa première visite officielle à l’étranger. Il a fait l’éloge des relations « exemplaires » entre la Russie et le Kazakhstan sous son prédécesseur qui a été au pouvoir dans ce pays d’Asie centrale pendant environ 30 ans.

« Nous proposons d’avancer vers de nouvelles formes de collaboration », a souligné pour sa part M. Poutine après la rencontre. « J’entends par là avant tout la construction d’une centrale nucléaire au Kazakhstan avec des technologies russes », a-t-il ajouté.

Premier producteur mondial d’uranium, le Kazakhstan envisage le lancement de sa première centrale atomique avec l’aide, notamment, de la Russie. L’année dernière, la Russie a débuté la construction d’une centrale en Ouzbékistan, la première en Asie centrale.

M. Poutine s’est également félicité d’un renforcement des liens militaires entre le Kazakhstan et Moscou, citant la formation d’experts kazakhs en Russie.

Le choix de la Russie par M. Tokaïev pour son premier déplacement à l’étranger a été perçu par de nombreux analystes comme un gage de la continuation de la politique étrangère du Kazakhstan, allié de longue date de Moscou.

M. Nazarbaïev, 78 ans, a annoncé son départ le 19 mars. Il dirigeait le Kazakhstan depuis l’époque soviétique, d’abord en tant que premier secrétaire du Parti communiste local puis à partir de 1991 comme président de ce pays d’Asie centrale aux riches ressources en hydrocarbures. Il continuera toutefois d’occuper des fonctions clés dans le pays.

Kassym-Jomart Tokaïev, 65 ans, jusqu’alors président du Sénat, est devenu président par intérim en attendant la prochaine présidentielle prévue en avril 2020. M. Tokaïev a été deux fois ministre des Affaires étrangères, et Premier ministre du Kazakhstan de 1999 à 2002. Sa première décision en tant que président a été de demander de rebaptiser la capitale du pays, Astana, qui est devenue « Nur-Sultan », le prénom de l’ancien président.

D’ici 2024, les USA pourraient devenir le principal exportateur mondial de pétrole, ce qui changerait la donne géopolitique

D’ici 2024, les USA pourraient devenir le principal exportateur mondial de pétrole, ce qui changerait la donne géopolitique


L’Agence internationale de l’énergie prévoit que les USA deviennent le principal exportateur mondial de pétrole d’ici 2024.


Par Andrew Korybko – Le 19 Mars 2019 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoElle a émis un rapport, qui attribue cette montée en puissance à« l’incroyable force de l’industrie du gaz de schiste », ajoutant que le phénomène constitue « un jalon majeur qui apportera une plus grande diversité de l’offre sur les marchés ». Le rapport complet de l’agence n’est pas distribué en accès libre, mais il reste possible de tirer les conséquences les plus importantes au niveau de l’industrie énergétique mondiale, et dans les relations internationales en général.

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Les USA se retrouveront en position de défier l’alliance de l’OPEP+, constituée entre la Russie et l’Arabie Saoudite. Cela sera d’autant plus plausible si le Congrès adopte la loi dénommée « NOPEC » d’ici là, ce qui donnerait le droit au gouvernement d’attaquer les Grandes puissances précitées en justice, pour s’en prendre à leur coordination sur le marché du pétrole, et d’aller jusqu’à leur imposer des sanctions en réponse.

Depuis 2017, l’Agence d’information sur l’énergie étasunienne évalue à 37% la part des exportations de pétrole des USA vers le Canada, le Mexique et le Brésil ; ces exportations pourraient s’étendre dans l’hémisphère américain, les USA s’employant à organiser l’autarcie de leur zone du monde, leur stratégie générale s’employant à présent à bâtir leur projet géostratégique de « Citadelle Amérique ». On peut donc s’attendre à voir les USA faire usage de leur tout nouveau statut de superpuissance énergétique pour promouvoir leurs intérêts géostratégiques : cela passerait par une entrée en compétition sur le marché de pétrole avec la Russie et l’Arabie Saoudite pour la conquête des marchés en croissance que constituent l’Europe et l’Asie – on pourrait assister à une baisse significative des prix du pétrole mondiaux, les quantités de produit déversées sur les marchés rendant impossible à l’OPEP+ de faire monter les prix à volonté comme dans le passé.

Si tel était le cas, les budgets russe et saoudien pourraient se voir grevés de précieuses rentrées de capitaux, aux moments sensibles de leurs calendriers respectifs que sont la « Grande Société » et Vision 2030. Ces deux projets ambitieux pourraient en subir le contrecoup, à moins que les gouvernements des deux pays ne ré-allouent des dépenses d’autres postes (comme vers les complexes militaro-industriels) pour compenser ces manques à gagner. Dans les deux cas, les populations des deux pays pourraient réagir politiquement, ce qui pourrait déstabiliser les deux pays : l’Arabie Saoudite comme la Russie feraient bien d’anticiper ces événements, et pourquoi pas planifier des contre-mesures préventives pour empêcher ce type de scénario. Ajoutons que ces conséquences potentielles sont hypothétiques et restent donc incertaines.

On peut en revanche prédire sans grand risque de se tromper que les USA profiteront des entrées d’argent de ces ventes de pétrole pour combler leurs déficits budgétaires et travailler à se rendre stratégiquement indépendants des pays auxquels ils étaient jusqu’ici liés, au travers d’achats de bons du trésor ou de pétrole. Cette prise d’indépendance répondrait aux intérêts propres étasuniens, mais l’affaiblissement des interdépendances complexes en place entre eux-mêmes et d’autres pays, construite sur des décennies de pratiques mondialistes, pourraient permettre la libération d’une certaine agressivité de la part des USA vers leurs anciens partenaires, chose qui désavantagerait évidemment les pays en question, par un jeu à somme nulle. Quoi qu’il en soit, il faudra sans doute attendre 2030 pour voir ces conséquences se concrétiser, et l’eau aura bien coulé sous les ponts d’ici là.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Sputnik News le vendredi 13 mars 2019.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Note du Saker Francophone

Il semble que l'on trouve deux sortes d'experts en énergie, et notablement en pétrole : ceux qui prédisent que l'industrie du gaz de schiste [étasunienne en particulier, mais en général aussi] est une fumisterie financière dont la fin est proche, et ceux qui pensent qu'elle marque un réel changement. L'Agence internationale de l'énergie, en tous cas, a choisi son « camp »

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/dici-2024-les-usa-pourraient-devenir-le-principal-exportateur-mondial-de-petrole-ce-qui-changerait-la-donne-geopolitique

Les barrages français cèdent face aux intérêts privés

Les barrages français cèdent face aux intérêts privés

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UNE AUTRE PANNE D’ÉLECTRICITÉ AU VENEZUELA. MADURO APPROUVE L’ENTRÉE D’AIDE HUMANITAIRE CHINOISE

UNE AUTRE PANNE D’ÉLECTRICITÉ AU VENEZUELA. MADURO APPROUVE L’ENTRÉE D’AIDE HUMANITAIRE CHINOISE

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À la fin du 29 mars, le Venezuela a été envoyé dans une nouvelle panne d’électricité à grande échelle.

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Maryorin Méndez✒@maryorinmendez

Reportan explosión en la sub estación eléctrica Simón Rodríguez, en el Ávila, donde hace poco se registró un incendio forestal

109 personnes parlent à ce sujet
« Ils font état d’une explosion à la sous-station Simón Rodríguez d’El Ávila, où un incendie de forêt a récemment été signalé « 

Les gens avaient annoncé le 27 mars un incendie sur les pentes d’Ávila, près de San Bernandino, à Caracas. L’incident s’est produit près de la sous-station électrique, à la sortie San Bernardino de l’avenue Boyacá, qui a été bloquée à 14h00 par des responsables de la Protection civile et des pompiers de Caracas, a rapporté le journal vénézuélien Nacional.

En réponse à la dernière panne, le président par intérim proclamé par les États-Unis, Juan Guaido, a appelé les gens à se lever pour rejeter la nouvelle panne. Selon lui, la panne d’électricité a touché 21 États sur 23.

«Nous devons faire un large acte de rejet, nous allons sortir dans les rues, aux portes des urbanisations, des bâtiments, des quartiers, des secteurs, pour exprimer notre rejet de ce régime. La seule issue à cette crise est hors de Maduro », a-t- il déclaré.

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El presidente encargado de Venezuela, @jguaido, llama a la ciudadanía a rechazar el nuevo apagón nacional. por: http://ow.ly/QlTn30ofHBn 

« Le président en charge du Venezuela, @jguaido appelle les citoyens à rejeter le nouveau black-out national. »

teleSUR a également fait état de la panne d’électricité, sans fournir de détails.

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| Reports of another loss of electricity in various points across Caracas and the country.

Le 29 mars également, le président vénézuélien, Nicolas Maduro, a autorisé l’entrée d’aide humanitaire au Venezuela, mais en provenance de Chine et non des États-Unis.

La Chine a livré 65 tonnes de médicaments et de fournitures au Venezuela, l’aide fournie étant l’une des nombreuses.

Tareck El Aissami, ministre de l’Industrie et de la Production nationale du Venezuela, a souligné l’importance de la livraison en tant qu’exercice de la souveraineté et a ajouté que «l’agression qu’a subie le Venezuela, les actes terroristes, le blocus et la persécution financière sont sans précédent dans le monde».

L’ambassadeur de Chine au Venezuela a également réitéré la nation sud-américaine en tant que «partenaire stratégique et ami», soulignant sa conviction «que le peuple vénézuélien est capable de maintenir la paix». Cette déclaration a été faite peu après que les États-Unis aient menacé à plusieurs reprises la Fédération de Russie. et d’autres pays pour leur soutien militaire au Venezuela.

En termes d’aide, le président de la Croix-Rouge, Francesco Rocca, a donné une conférence de presse au cours de laquelle il a annoncé que l’organisation avait négocié un accord en vue de fournir une aide, avec l’opposition de Nicolas Maduro et celle de Guaido.

«Nous estimons qu’en 15 jours environ, nous serons prêts à offrir de l’aide», a déclaré Rocca.

Rocca s’est également prononcée contre l’aide humanitaire américaine, car elle était très politisée.

«C’était une question très politisée», a déclaré Rocca. « Si cette aide est conforme à nos règles et à nos protocoles, nous sommes bien sûr disposés à la distribuer. »

Le représentant spécial américain pour le Venezuela, Elliott Abrams, a également commenté l’annonce.

« Cela semble être une réelle opportunité et nous pensons que c’est une réponse aux efforts déployés par le président par intérim, Guaido », a déclaré Abrams à la presse.

«C’est donc très bien, nous espérons que cela fonctionnera et, à supposer que ce soit le cas, ce que nous faisons, les États-Unis seraient heureux de consacrer une partie de notre aide à cette méthode pour atteindre le peuple vénézuélien», a-t-il déclaré.

Il a complètement ignoré le rôle de Maduro dans l’accord avec la Croix-Rouge et n’a crédité que le président de l’opposition soutenue par les États-Unis.

Il a également déclaré que les efforts de la Croix-Rouge étaient importants, mais ne remplaçaient pas le changement de régime.

«Le type d’aide nécessaire pour une large reprise de l’économie vénézuélienne ne peut vraiment pas être mis en place tant que le régime ne sera pas remplacé par un gouvernement démocratique», a déclaré Abrams.

En ce qui concerne la présence russe au Venezuela, le service de presse de Rosoboronexport, le commerçant d’armes de la société d’État russe Rostec a annoncé que la Russie avait ouvert un centre de formation de pilotes d’hélicoptère dans ce pays d’Amérique latine.

«Un centre de formation moderne pour hélicoptères a été construit dans le cadre du contrat de Rosoboronexport avec le fabricant de défense vénézuélien appartenant à l’État (CAVIM). Sa cérémonie d’ouverture a eu lieu le 29 mars », a déclaré l’organisation dans un communiqué.

Le centre donnera aux pilotes vénézuéliens l’occasion de se familiariser avec l’utilisation des hélicoptères Mi17V-5, Mi-35M et Mi-26T.

«Actuellement, les hélicoptères russes fournis au Venezuela participent non seulement à des opérations contre les passeurs, mais réalisent également des relevés aériens des incendies, participent à des missions de sauvetage et d’évacuation dans des zones touchées par des catastrophes naturelles et acheminent des cargaisons humanitaires dans des régions isolées du pays. « , A déclaré Rosoboronexport.

TASS a également cité une source anonyme de l’aviation militaire vénézuélienne qui a déclaré que le centre serait d’une grande aide.

«Les hélicoptères Mi-35M2 jouent actuellement un rôle actif dans la lutte contre le trafic de drogue dans les États de Barinas, Apure et Amazonas. En règle générale, ces avions sont utilisés pour détecter et détruire les convois de trafic de drogue qui voyagent par voie terrestre ou fluviale », a-t-il déclaré.

Le Mi-35M2 serait également efficace dans la guerre contre la drogue.

« Un hélicoptère Mi-35M2 est capable de transporter un groupe spécial de cinq ou six officiers, en fournissant un soutien au feu si nécessaire et en évacuant l’équipe une fois la tâche accomplie », a-t-il déclaré.

L’un est d’imaginer que les pilotes d’hélicoptère nouvellement entraîneurs seraient également efficaces contre une éventuelle décision américaine d’intervenir dans le pays.

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