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Faites ce que je dis, pas ce que je fais !

Faites ce que je dis, pas ce que je fais !


« Les faits menacent ceux qui investissent dans la fraude » DaShanne Stokes


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Kenneth Lay, PDG d’Enron qui a fait une faillite retentissante en 2001, après des malversations comptables.

Tyler DurdenPar Jim Quinn – Le 27 septembre 2018 – Source Zero Hedge via The Burning Platform,

Selon TrimTabs Investment Research, les initiés des sociétés américaines ont vendu 5,7 milliards de dollars de leurs actions d’entreprises ce mois-ci, soit le plus haut niveau enregistré au cours de la dernière décennie. Les initiés, qui comprennent des dirigeants et des administrateurs, avaient vendu plus de 10 milliards de dollars de leurs actions en août, également au rythme le plus rapide depuis 10 ans.

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Montant des ventes d’actions des grandes entreprises US par leurs dirigeants

Avec un marché boursier au plus haut selon toutes les mesures historiques les plus précises, sortant de l’épure, il est logique que les initiés bien informés vendent beaucoup. Bien sûr, s’ils s’attendaient à ce que les bénéfices de leurs entreprises augmentent parce que Trump dit que nous avons la meilleure économie de l’histoire des US, pourquoi vendraient-ils ?

Quand ces PDG superstar, éduqués dans l’Ivy League [gratin des universités US], vont sur CNBC, Bloomberg et Fox pour vanter leurs sociétés et répondre à des questions émoussées posées par des bimbos aux seins avantageux, déguisées en journalistes, ils prédisent un avenir glorieux et déclarent leurs actions sous-évaluées. Achetez, achetez, achetez. Ils racontent leurs boniments, mais agissent autrement. Ils agissent, avec leurs propres fonds, à l’opposé de ce qu’ils font avec l’argent des actionnaires. Parmi les dirigeants d’entreprise, l’éthique n’a jamais été l’une des caractéristiques requises. Mentir avec aplomb est la clé pour être un PDG prospère dans le monde amoral déformé d’aujourd’hui.

Pendant que les chefs d’entreprise des plus grandes sociétés publiques américaines se débarrassaient de leurs propres actions comme s’il n’y avait pas de lendemain, ils autorisaient des rachats d’actions, par leurs sociétés, pour un montant inimaginable de 827,4 milliards de dollars en 2018, un record pour une année, selon TrimTabs. En termes annuels, ces dirigeants feront racheter, par leurs entreprises, plus de 1 200 milliards au moment où les actions atteignent des sommets inégalés. En revanche, en 2009, alors qu’ils auraient pu acheter leurs actions à leur plus bas niveau depuis 10 ans, ils ont racheté moins de 100 milliards de dollars. Acheter haut et vendre bas. Comment peuvent-ils se tromper ainsi ?

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Explosion du rachat de leurs actions par les entreprises

Ces financiers sans scrupules savent exactement ce qu’ils font. La rémunération des dirigeants d’entreprise étant principalement basée sur la valeur des actions, ils sont fortement incités à augmenter leurs bénéfices par action en réduisant le nombre d’actions. C’est tellement plus facile que d’investir de l’argent dans de nouvelles installations pour accroître les profits à long terme. Tout ce qui compte pour ces salopards avides, c’est de dépasser les prévisions de gains du trimestre prochain pour augmenter le prix des actions et s’enrichir. Le prix de l’action est tout ce qui compte.

Lorsque vous entendez dire que les liquidités des bilans d’entreprise n’ont jamais été aussi élevées, prenez-çà avec le dos de la cuillère. Les bilans des entreprises n’ont jamais été aussi endettés. Les neuf années de taux d’intérêt nul de la Fed ont incité ces PDG avides à s’endetter pour racheter leurs actions. Et avec Trump réduisant les taux d’imposition des sociétés de 35% à 21%, les bénéfices excédentaires censés entraîner des embauches et de nouveaux investissements massifs en capital ont été principalement utilisés pour racheter des actions, ce qui n’ajoute aucune valeur à la nation ou à l’économie. Bien sûr, cela profite probablement aux restaurants les plus chers de New York et aux agents immobiliers dans les Hamptons, mais ne fait pas grand chose pour les déplorables dans les zones déshéritées.

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Les rachats d’actions augmentent plus que les investissements

Le fait est que ces dirigeants d’entreprise savent que le jeu touche à sa fin et ils retirent personnellement leurs billes, tout en jouant avec celles des actionnaires, car il n’y a aucun inconvénient personnel pour ces bâtards visqueux. Lorsque le crash surviendra « soudainement », ils plaideront l’ignorance. Comment auraient-ils pu savoir ? Ils mentiront comme des arracheurs de dents en demandant une autre aide aux contribuables et des aides massives en liquidité à la Fed. La chanson reste la même. Et la musique continue de jouer. Vous pouvez faire ce qu’ils disent ou faire ce qu’ils font. Libre à vous.

2018-09-27_5-13-59« Quand la musique s’arrêtera, en termes de liquidité, les choses seront compliquées. Mais tant que la musique joue, il faut se lever et danser. Nous continuons à danser. » – Chuck Prince – PDG de Citicorp, 2007

 

Jim Quinn

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francphone

 

http://lesakerfrancophone.fr/faites-ce-que-je-dis-pas-ce-que-je-fais

 

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La « nouvelle prospérité » introuvable de Bruno Le Maire

Politique

La « nouvelle prospérité » introuvable de Bruno Le Maire

Bruno Lemaire by UMP photos CC BY-NC-ND 2.0

Dans l’esprit de Bruno Le Maire, tout ce qui est de nature à favoriser l’activité économique est à rejeter et tout ce qui entrave la liberté d’entreprendre au nom d’une fausse notion de la justice sociale est à encourager.

Par Nathalie MP.

Parmi les séquences médiatiques du week-end, on a surtout retenu l’étrange amnésie mâtinée de connivence calculée qui a saisi Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il s’est retrouvé plus ou moins inopinément face au Président de la République. Quelle injustice pour Bruno Le Maire ! Son registre est certes moins sexy puisqu’il parle de comptes publics, mais à écouter le festival de petites phrases creuses et de platitudes politiquement correctes qu’il nous a servies ces derniers jours, c’est à se demander si côté langue de bois ce ne serait pas lui le meilleur d’entre tous.

Comme souvent quand Bruno Le Maire s’exprime, c’est toujours le côté « bon élève gendre idéal » qui apparaît en premier. Samedi dernier, nous avons donc eu droit au discours qui s’est imposé chez tous les dirigeants voulant montrer du sérieux dans la gestion des affaires nationales, ne serait-ce que pour ne pas encourir trop sévèrement les blâmes et autres procédures pour déficit excessif de l’Union européenne :

Il n’y a pas de prospérité durable avec des comptes publics qui ne sont pas bien tenus.  (BLM, 8 septembre 2018)

« Enfin un peu de lucidité ! » serait-on tenté de dire. À vrai dire, notre ministre de l’Économie est coutumier de ces déclarations très orthodoxes. Il y a un an, il écrivait déjà en en introduction du projet de loi de finances pour 2018 :

Si la dépense publique était la réponse à tout, nous devrions donc avoir le chômage le plus bas et le taux de croissance le plus élevé en Europe. Nous en sommes loin. (27 septembre 2017)

Et encore tout récemment, dans l’émission Les 4 Vérités sur France 2 (voir la vidéo en fin d’article), il donnait la définition de ce qu’il appelle pompeusement « la nouvelle prospérité française » :

La nouvelle prospérité française, elle ne doit pas être bâtie sur la dépense et sur la dette, mais sur la croissance et le travail. (6 septembre 2018)

À l’entendre, avec l’élection d’Emmanuel Macron en mai 2017, nous serions donc entrés dans un cycle radicalement nouveau, celui où la sphère publique arrête de dépenser à tout va comme c’était le cas par le passé.

Du retard à l’allumage

Un passé où les acteurs actuels du « nouveau monde » étaient déjà impliqués jusqu’au cou, Macron comme ministre de Hollande et Le Maire comme ministre de Sarkozy. Mais laissons cela. Il nous suffit de constater que la nouvelle prospérité française a visiblement pris un peu de retard à l’allumage, si ce n’est du plomb dans l’aile :

Le budget établi pour 2018 n’a nullement entériné ces sages préceptes, les dépenses et les prélèvements obligatoires ont continué à augmenter. La croissance française, loin de décoller, se tasse plus que jamais, rendant inatteignable l’objectif de 2 % pour 2018, et le chômage n’a pas reflué de façon significative (tableau ci-contre).

En fait de comptes tenus, Bruno Le Maire s’est contenté de nous annoncer dans la foulée que le déficit public serait en dessous de la limite fatidique des 3 % en 2018 et 2019, grâce (attention, violons) aux « efforts considérables » de l’État, des ménages et des entreprises. Que les particuliers et les entreprises soient sans cesse ballotés d’une décision fiscale à une autre, certes. On pense à la hausse de la CSG couplée à la baisse des cotisations salariales ou à l’invraisemblable fiasco la taxe à 3 % sur les dividendes. Mais quels efforts de l’État ?

Il faut savoir tout d’abord que jeudi dernier l’INSEE a publié un communiqué dans lequel il indique avoir accédé aux demandes d’Eurostat, l’organisme de la statistique de l’Union européenne, à propos de la dette de la SNCF et de la recapitalisation d’Orano (ex-Areva).

Il en résulte que le déficit public rapporté au PIB, qui était de 3,4 % pour 2016 et de 2,6 % pour 2017, remonte à 3,5 % et 2,7 % pour ces deux années respectivement. De la même façon, la dette publique atteint maintenant 2 257,8 milliards € à fin décembre 2017 au lieu des 2 218,4 milliards précédemment notifiés, soit 98,5 % du PIB contre 97 % (voir tableau ci-dessus).

Fragilité de la comptabilité nationale

On pourrait facilement se dire qu’il s’agit là d’un simple ajustement de méthode comptable qui ne change rien de fondamental. En réalité, ceci signifie qu’en laissant des dettes telles que celle de la SNCF en dehors du périmètre de nos comptes publics, on se berçait d’une sorte d’illusion qui conduisait à retarder les indispensables réformes de structures. Cette nouvelle alerte sur la fragilité de notre comptabilité nationale doit absolument être entendue.

Il faut reconnaître ensuite que lorsqu’on a obtenu un déficit de 2,7 % du PIB après de nombreuses années situées au-delà de 3 %, et qu’on a déjà annoncé 2,3 % pour les deux années suivantes, il n’est guère fabuleux de faire machine arrière en promettant qu’on sera tout juste en dessous de 3 %. Et ceci d’autant moins que le déficit public moyen des 28 pays de l’Union européenne se situe actuellement à 0,5 % et celui des 19 pays de la zone euro à 0,1 % du PIB.

Quelles que soient les félicitations que M. Le Maire se décerne avec complaisance à propos de la politique menée depuis 15 mois sur le mode « c’est vrai que c’est plus long et que c’est plus difficile, mais ça donnera des résultats solides », et même s’il lui est facile d’écarter d’un revers de main la critique sur la baisse de la croissance sous prétexte qu’elle émane de l’entourage de François Hollande, la France continue à s’aveugler dangereusement sur les réformes indispensables à faire en matière de baisse de dépenses et de remise à plat des missions de l’État. 

On voit surtout Bruno Le Maire déployer beaucoup d’énergie pour aller chercher de la taxe partout. Dernière idée en date, qu’il pousse à fond et qui a été discutée ce week-end par les pays membres de l’UE : la taxation des GAFA à hauteur de 3 % de leur chiffre d’affaires sous un prétexte des plus fumeux de justice fiscale réclamée d’après lui par les peuples européens.

Le recours systématique à la fiscalité

S’il était véritablement question de couper dans les dépenses, on pourrait envisager de commencer à rembourser la dette publique et baisser les impôts de façon importante, choc fiscal qui serait bénéfique à l’activité. L’attitude de Bruno le Maire laisse plutôt penser qu’il cherche prioritairement à combler le déficit par une fiscalité accrue.

Du reste, la mesure annoncée de réduire les effectifs de la fonction publique de 4500 personnes a de quoi faire rire. C’est une boutade, cette épaisseur du trait, quand on songe que nous avons 5,5 millions de fonctionnaires.

Il est également question de grignoter trois francs six sous d’économie en revalorisant les pensions à un taux (0,3%) inférieur à l’inflation (2,3 %) qui s’accélère nettement ces derniers mois. Pour toucher leur retraite, les retraités ont versé des cotisations prélevées sur leur salaire pendant toute leur vie active. On pourrait donc s’imaginer que le montant de cette retraite soit en rapport direct avec ce qu’ils ont payé pour cela.

Mais non. Dans notre système obligatoire et collectivisé de retraite par répartition, le montant de la pension est strictement politique. Au-delà de considérations techniques sur l’espérance de vie et l’âge de départ en retraite, il dépend surtout des besoins de l’État pour tenter de masquer son incurie générale – « maîtriser les dépenses publiques » comme le dit le Premier ministre – comme nous en avons la preuve éclatante aujourd’hui. Le cynisme de l’État est sans limite.

Mais vous pouvez compter sur Bruno Le Maire pour faire mine de comprendre les frustrations de ses concitoyens. Interrogé sur le lien qui semble cassé entre le Président et les Français qui ne voient toujours rien venir après plus d’un an de gouvernance Macron, il fait assaut de dolorisme et de volontarisme dans un déchaînement de mots d’un creux abyssal :

Nous sommes face à la vérité de Français qui sont impatients, qui ont beaucoup souffert, qui depuis des décennies affrontent le chômage de masse, qui sont inquiets sur ce que va devenir la France. […] Il va falloir faire preuve, encore plus pendant les mois qui viennent, de fermeté, de constance et de détermination. (Les 4 Vérités, 6 septembre 2018)

Et vous pouvez compter sur le gentil Bruno Le Maire pour nous faire comprendre à demi-mot que le seul cynisme qui existe en France est celui des entreprises. Faisant commodément l’impasse sur la démence fiscale et la furie réglementaire de l’État, il explique avec beaucoup de tranquillité que si la croissance n’est pas au rendez-vous, c’est tout simplement parce que les entreprises n’innovent pas, ne forment pas, n’investissent pas et ne rémunèrent pas assez.

Lui, Bruno le Maire, éducateur en chef d’entreprises indisciplinées, va changer tout cela. D’où sa loi PACTE, sorte de loi Macron bis examinée actuellement à l’Assemblée, qui est censée « faire grandir les entreprises » et repenser leur rôle social.

Faire grandir les entreprises ou leur mettre des bâtons dans les roues ? On se le demande, surtout quand on l’entend ensuite déclarer qu’il est hostile à l’idée de considérer le travail dominical dans la loi PACTE, tandis qu’il se montre au contraire très favorable à un amendement LREM qui obligerait les entreprises à « révéler les écarts entre les niveaux de rémunération et repérer les déséquilibres ».

Autrement dit, dans l’esprit de Bruno Le Maire, tout ce qui est de nature à favoriser l’activité économique est à rejeter et tout ce qui entrave la liberté d’entreprendre au nom d’une fausse notion de la justice sociale est à encourager. À ce rythme, la nouvelle prospérité française n’est certainement pas pour demain, mais le politiquement gnangnan se porte bien, merci Bruno.

Pour conclure, je vous laisse découvrir l’inénarrable Bruno Le Maire et toutes ses certitudes d’énarque dirigiste qui n’a rien connu d’autre dans toute sa carrière que les postes politiques (hormis deux ans d’enseignement avant l’ENA). Voici l’intégrale de son passage de jeudi dernier dans l’émission Les 4 vérités (08′ 04″). Je préfère vous prévenir, c’est extrêmement pénible :

Sur le web

https://www.contrepoints.org/2018/09/11/324774-la-nouvelle-prosperite-introuvable-de-bruno-le-maire

Scandale des faux passeports syriens : entretien avec Bassam Tahhan

Nouvelle révélation de Bassam Tahhan : la « coalition syrienne » est de nouveau éclaboussée, cette fois-ci par une affaire de faux passeports remontant jusqu’à l’ex premier-ministre de cette coalition, via une filière slovène. Les vrais passeports syriens du gouvernement de Bachar Al-Assad ont servi de modèle à ces faux passeport, qui vont jusqu’à reprendre de véritables numéros de passeport déjà attribués.

  • Durée : 6 min
  • Date : 19-03-2015
  • Intervenant : Bassam Tahhan
  • Journaliste : Raphaël Berland
  • Source : Cercle des Volontaires

http://www.informaction.info/video-geopolitique-scandale-des-faux-passeports-syriens

Le renseignement humain à l’ère numérique, une autre approche de l’intelligence économique

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Le renseignement humain à l’ère numérique, une autre approche de l’intelligence économique


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Publié par La rédaction le 20 Avril 2018


Dans un contexte où l’on évoque régulièrement l’urgence de remettre le renseignement humain au cœur de la lutte contre le terrorisme, Terry Zimmer, praticien et enseignant en intelligence économique sort « Le renseignement humain à l’ère numérique » chez VA Editions.
Loin des clichés et des fantasmes qui entourent ce sujet, le livre propose un regard atypique, non militaire, qui tente de démontrer sa valeur et la possibilité pour tout le monde de s’en saisir.



Pouvez-vous nous donner une définition simple du renseignement humain ?

Il s’agit de l’acquisition d’informations auprès d’une personne, directement ou indirectement.
C’est un ensemble de connaissances, de savoir-faire et de savoir-être qui peuvent être appuyés par des outils.

Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre ?

Le renseignement humain me passionne depuis 10 ans. Moins pour le côté historique (les grands noms, les grandes opérations) que pour les méthodes et les techniques et surtout leurs applications dans un cadre civil. Les anciens des services plaisantent souvent sur le fait qu’ils ont pratiqué le plus vieux métier du monde (il faut bien savoir où trouver ses dames). Vu sous cet angle, il sera aussi le dernier. Entouré d’une réputation sulfureuse et de beaucoup de fantasmes, c’est un sujet injustement mal traité. C’est l’art noble, mais le parent pauvre de l’intelligence économique, dans son enseignement et ses applications professionnelles. Il faut le revaloriser et le mettre en avant.

Qu’est-ce qui change avec cette « ère numérique » ?

Nous vivons dans un monde qui subit d’énormes changements technologiques. Ils bouleversent nos manières de vivre, notre organisation, notre façon de communiquer et notre relation à l’information.
Un exemple, voyez la confusion et l’impuissance dans lesquelles nous plongent quelques « fausses nouvelles ». François-Bernard Huygues regrette à raison la désuétude du mot « bobard ». En effet, la rumeur, la propagande, la désinformation ou encore l’intoxication, vous en avez plein dans l’Illiade d’Homère. Le fait que cela se passe sur Facebook semble nous faire perdre tout repère.
Le renseignement humain est, à mon sens, une excellente réponse face à ces problématiques.
C’est le but de ce livre : regarder vers les anciens fondamentaux (parfois oubliés) et se questionner sur les outils actuels et futurs afin de pouvoir les gouverner et ne pas en être les esclaves.

En quoi est-ce une réponse adaptée au contexte actuel ?

Une personne qui sait comment un cerveau fonctionne et comment il peut lui arriver de se tromper est mieux équipée pour prendre conscience de ses propres biais et peut s’améliorer. Elle est également mieux équipée pour comprendre les biais des gens qui l’entourent et a la capacité de s’adapter.
Une personne qui connaît les machines et les algorithmes, leur utilité, leurs limites et leurs dangers, est capable d’en tirer le meilleur, car elle ne se laisse pas bercer par les promesses marketing.
Une personne qui travaille son esprit critique, qui sait qualifier une information et l’analyser n’a pas besoin de « décodeurs » pour lui dire ce qu’elle peut lire.
Une personne qui est consciente de l’importance d’un réseau relationnel, qui sait comment le créer, le développer et le maintenir est plus résiliente.
Une personne qui sait protéger sa vie privée est mieux armée face aux atteintes forte et régulière que cette vie privée subit ces derniers temps.
Le renseignement humain englobe ces sujets (et bien d’autres), en cela, c’est un superbe outil d’émancipation, d’autodéfense intellectuelle (pourquoi pas d’attaque) et d’autonomie.

S’il est si essentiel, pourquoi est-il si négligé selon vous ?

S’il est si essentiel, pourquoi est-il si négligé selon vous ?
Je ne sais pas répondre à cette question. J’ai seulement quelques pistes.
Il est difficile à vendre ou à « emballer » sur un plan marketing. Les résultats ne se font sentir que sur un temps long et en plus ils sont non assurés et difficilement quantifiable dans un tableur ou un rapport annuel. Les compétences professionnelles induites sont peu reconnues.
Il est vu comme « sale », « risqué », « un truc de service secret » ou d’officine.
Puis les gens ont souvent le vague sentiment que si les autres doivent l’apprendre, eux savent intuitivement, eux ne se font pas berner par une fausse nouvelle, c’est l’autre… Du coup il est peu enseigné ou son enseignement mal écouté.

Sale et risqué ?

Un agent de renseignements qui agit en légitimité, à couvert, en territoire hostile n’a pas les mêmes objectifs qu’un citoyen ordinaire. Le livre n’offre bien sûr qu’une présentation du sujet légale et surtout éthique. Et il y a déjà beaucoup à dire.

Votre livre fait-il le tour de la question ?

J’aimerais que ce soit si simple. Il n’a pas cette prétention. Comme je l’ai déjà dit, c’est une collection de connaissances, de savoir-faire et de savoir-être. C’est un thème hybride, aux contours flous, sur lequel on peut greffer quantité de sujets.
C’est pourquoi le livre implique une dizaine d’experts dans leurs domaines respectifs, car il n’est pas possible pour une personne de tout maîtriser.
Cela étant dit, j’ai tout de même essayé de proposer un cadre, une colonne vertébrale pour mettre le lecteur « sur de bons rails » pour le laisser continuer son expérience seul s’il le souhaite.
Il ne suffit pas de lire un livre pour saisir ce thème, il faut l’expérimenter et le mettre en pratique au quotidien. On ne le regrette pas.

Douguine : « Poutine est entouré de libéraux »

Douguine :
« Poutine est entouré de libéraux »


Un entretien avec Alexandre Douguine est toujours fascinant, ici il parle du Moyen-Orient, de l’Eurasie et de la Grèce


Alexander DuginPar Alexandre Douguine – Le 18 juin 2018 – Source Russia Insider

Cet entretien est accordé au portail géopolitique grec Geopolitics & Daily News

Question : – Dr. Douguine, ces dernières années, nous avons été témoins d’une tension croissante entre les États-Unis, l’UE et la Russie. Certains disent que cela rappelle « l’époque de la guerre froide ». Partagez-vous la même opinion ou y a-t-il quelque chose de plus ?

Alexandre Douguine : – La guerre froide était la confrontation entre deux camps idéologiques. Maintenant, il n’y a plus de distinction claire dans le domaine de l’idéologie, mais plutôt deux versions de la même démocratie libérale – avancée dans le cas des États-Unis et de l’UE et retardée dans le cas de la Russie.

Nous supposerions donc que cela devrait réduire considérablement la tension. Mais ce n’est pas le cas. Nous devons alors chercher la raison des tensions croissantes dans un autre domaine que l’idéologie. Le plus probable est que les raisons de la « nouvelle guerre froide » sont cette fois géopolitiques.

Mais il est légitime de poser la question.

Est-ce qu’en réalité ce n’était pas une guerre froide idéologique entre le capitalisme et le socialisme, mais plutôt dans le contexte historique beaucoup plus large du moment, une Grande Guerre des Continents (GWoC) ?

Cette GWoC est la base même de la compréhension géopolitique de l’histoire – pouvoir maritime contre pouvoir continental, Eurasiste contre Atlantique. Si nous pouvons nous accorder là-dessus, tout devient logique et clair. Il y a la bataille éternelle entre deux types de civilisations – la civilisation de la mer dynamique (progressiste et marchande) et la civilisation territoriale statique (conservatrice et héroïque) : Carthage contre Rome, Athènes contre Sparte [dans ces deux cas la victoire est revenue aux forces territoriales, NdT ].

Ainsi, la nouvelle escalade est le résultat de la renaissance de la Russie après le coup mortel qu’elle a reçu dans les années 1990. C’est le retour du pouvoir tellurique, la nouvelle montée en puissance de l’Eurasie qui est le principal fait expliquant cette nouvelle guerre froide. C’est, en fait, la vieille guerre froide, la guerre froide « éternelle ». Dans la décennie  1990, il y avait un semblant de victoire irrévocable du pouvoir maritime – d’où la mondialisation et l’unipolarité.

Mais maintenant nous pouvons voir que c’était juste un moment, une occasion qui s’est présentée. La reprise du pouvoir par la Russie, ainsi que la résistance de la Chine, du monde islamique et la vague de populisme en Occident prouvent que cette occasion est perdue. Les élites mondialistes sont sur la défensive. Le dragon est blessé mais il est toujours là. Il essaie de se défendre et c’est la principale cause des nouvelles hostilités.

Quel est votre point de vue sur les récents événements qui se déroulent au Moyen-Orient ? Voyez-vous des chances d’équilibrage ou devons-nous faire l’expérience d’un conflit « total » entre tous les participants ?

Je vois la région du Moyen-Orient comme la principale région où l’architecture du monde futur et le nouvel équilibre des pouvoirs sont en jeu. Ce n’est pas un jeu chaotique « tous contre tous », c’est un épisode décisif de la GWoC (Grande Guerre des Continents).

D’un côté il y a la Russie, l’Iran et en partie la Turquie (se distanciant de plus en plus des États-Unis) avec un soutien discret de la Chine. C’est le camp multipolaire – le bloc eurasien. De l’autre côté, il y a les États-Unis et leurs mandataires – les États de l’OTAN, Israël et l’Arabie Saoudite. Ils représentent le pôle mondialiste, les forces unipolaires.

Ce n’était pas exactement ce que Trump avait promis à ses électeurs (il promettait d’arrêter les interventions et de retirer des troupes du Moyen-Orient), mais plutôt un ordre du jour néoconservateur classique. Trump est pris en otage par les néocons. Peut-être que c’était le prix d’un accord politique : Trump a donné la politique étrangère aux néocons et a gagné un certain soutien dans ses réformes intérieures.

Mais le Moyen-Orient est un espace de la plus grande importance. Si l’Eurasie gagne, il y aura un ordre mondial multipolaire et le moment unipolaire sera terminé une fois pour toutes – au moins pour très longtemps. Si les atlantistes l’emportent, ils gagneront du temps un certain délai avant leur inévitable chute. Le dragon blessé survivra un peu plus longtemps.

Mais de toute façon, le Moyen-Orient est crucial. C’est là que le sort de l’humanité est décidé.

Ces derniers mois, nous avons assisté à un « changement de position » de la Russie vis-à-vis de la Turquie, passant d’une confrontation directe à un soutien total à tous les niveaux. Quels sont, selon vous, les caractéristiques de cette nouvelle situation entre les deux pays ?

C’est le problème majeur de la multipolarité. La Turquie est rejetée par le système unipolaire et condamnée à être scindée. Donc, elle ne peut survivre que dans le camp eurasien.

La Turquie est entrée dans l’OTAN dans des circonstances historiques spéciales, c’était alors un pas raisonnable face à une éventuelle agression de Staline. La décision était basée sur des calculs rationnels. Dans les années 1990 du XXe siècle et surtout en 2000, la situation a radicalement changé.

La Russie ne représente plus une menace existentielle pour la Turquie, mais les États-Unis et l’OTAN en général sont devenus le défi. Avec la politique américaine au Moyen-Orient et sa stratégie concernant les Kurdes, la Turquie en tant qu’État national est condamnée.

Donc, la Turquie et la Russie ont tous les arguments rationnels pour s’allier.

Il est évident que dans les deux pays le lobby atlantiste est très influent. Il essaie de saboter ce processus – c’est la destruction de l’avion russe, le meurtre de notre ambassadeur (russe) et d’autres provocations qui ont été préparées afin de détruire cette alliance. Quand les atlantistes ont compris qu’ils ne pouvaient pas arrêter cela, ils ont tenté de renverser Erdogan par un coup d’État en juillet 2016.

À ce moment crucial, la Russie a apporté à la Turquie un soutien discret mais décisif.

– Les relations entre la Grèce et la Russie ont connu beaucoup de « hauts et de bas » ces dernières années. Où en est cette relation maintenant, à votre avis ?

– La Grèce est un pays orthodoxe fraternel. Les Russes sont les héritiers de Byzance et de la culture grecque, nous sommes des descendants civilisationnels des Grecs. Le Mont Athos est toujours la capitale sainte de notre spiritualité. Donc, culturellement, nous sommes les meilleurs amis.

Sur le plan politique, la Grèce n’est pas un pays souverain car elle est maintenant totalement contrôlée par l’UE et les mondialistes. Les populistes de gauche de Syriza ont essayé de briser cet esclavage mais ont échoué malgré l’énorme soutien populaire. Les populistes de droite sont marginalisés et réprimés par l’élite mondialiste empêchant ainsi leur expansion naturelle.

Ainsi, la Grèce en tant que pays est prise en otage par l’UE, elle n’est pas libre. Ce n’est pas un sujet de la géopolitique, mais un objet. La Russie pourrait aider à libérer la Grèce de l’occupation atlantiste mais la tâche principale devrait être accomplie par les Grecs eux-mêmes.

Les relations entre deux États sont une chose et les relations entre leurs citoyens sont tout autre chose.

Les relations entre les États sont définies par l’OTAN et l’UE. Donc elles ne peuvent pas être bonnes, car elles ne reflètent pas la volonté des grecs, mais la position consolidée du pouvoir maritime. Par contre la relation entre les peuples est assez bonne, car les Russes aiment les Grecs, ils ont une dette envers la culture grecque qui a donné leur identité orthodoxe chrétienne, leur grammaire, leur langue et leur style spirituel.

Mais la vraie Grèce pour nous est la Grèce du peuple pas des élites. C’est le Mont Athos en Grèce – notre bien-aimée Montagne Sainte – de Saint Cosmas d’Étolie, Saint Paisios du Mont Athos et Geronda Ephraim de Vatopedi.

Ce n’est que depuis quelques semaines que V. Poutine a été réélu à la présidence de la Russie avec un pourcentage significatif de votes. Cependant, il y a des voix, même en Russie, qui soulignent son incapacité à sortir le pays de l’isolement et à offrir aux citoyens russes un meilleur mode de vie. Que pensez-vous de la situation de la Russie à l’intérieur des frontières et que pensez-vous que les citoyens russes attendent de leurs dirigeants dans les années à venir ?

J’ai écrit un livre spécial sur Poutine – Poutine contre Poutine. Là, j’explique la dualité essentielle de Poutine. Il a un double aspect. D’une part, il a sauvé la Russie de la décadence qui semblait inévitable et a rétabli la souveraineté et l’indépendance de l’État russe. Il est donc un héros et notre peuple comprend bien que pour notre grandeur nous sommes obligés de payer le prix fort. Donc, il n’y a pas de critiques de Poutine pour la Crimée ou les sanctions.

Tout cela est au contraire une raison pour le soutenir davantage. Il est donc principalement soutenu par les Russes pour les mêmes raisons que l’Occident (les mondialistes) le déteste.

D’autre part, il est entouré de libéraux (nous les appelons la sixième colonne) qui lui restent fidèles personnellement mais essaient d’imposer à la société des politiques suicidaires. C’est la deuxième face de Poutine, qui est bicéphale, comme l’aigle impérial byzantin et russe.

Le niveau de justice sociale dans la Russie actuelle est proche de zéro, la corruption sauvage est florissante, la vie spirituelle et la culture sont dans un état de profonde dépression. Et c’est la préoccupation de l’autre face de Poutine.

Alors nous sommes forts et unis avec Poutine devant ses ennemis à l’étranger – ils le détestent précisément pour les raisons qui nous le font aimer, mais nous ne sommes pas heureux de la confiance qu’il accorde aux libéraux, dans le gouvernement et ailleurs.

– Merci Dr. Douguine pour cette interview.

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

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General Electric : amende dérisoire après «la vente de notre souveraineté nucléaire aux Américains»?

General Electric : amende dérisoire après «la vente de notre souveraineté nucléaire aux Américains»?

General Electric : amende dérisoire après «la vente de notre souveraineté nucléaire aux Américains»? Source: RT
Alexandre Leraître et David Gendreau

Après la menace brandie par Bercy d’une amende de 34 millions d’euros pour General Electric qui n’a pas tenu sa promesse en termes de création d’emplois, Alexandre Leraître et David Gendreau reviennent sur le rachat d’Alstom par le groupe américain.

Alexandre Leraître et David Gendreau, réalisateurs du documentaire Guerre fantôme : la vente d’Alstom à General Electric étaient les invités du JT ce 19 juin sur RT France.

Alors que General Electric pourrait devoir payer une amende de 34 millions d’euros pour ne pas avoir tenu son engagement à créer un millier d’emplois en France, les deux réalisateurs ont commenté cette menace du gouvernement et sont revenus pour RT France sur les enjeux de la vente d’Alstom au groupe américain.

Amende «dérisoire» pour un chiffre d’affaires annuel de 100 milliards d’euros

General Electric n’a pas tenu ses promesses : pas de surprise ? «Tout le monde le savait parmi les gens qui connaissaient bien le sujet», a affirmé l’un des deux journalistes qui ont côtoyé aussi bien les syndicats que les employés d’Alstom dans le cadre de leur enquête. Et son collègue d’ajouter : «Ça va leur coûter moins cher de payer une amende dérisoire de 34 millions d’euros sachant qu’ils font un chiffre d’affaires annuel d’à peu près 100 milliards d’euros.»

Citant des sources syndicales, David Gendreau a par ailleurs souligné que beaucoup de sites du groupe étaient aujourd’hui menacés en France.

Rachat d’Alstom : «Déstabilisation des Américains pour contrôler un secteur stratégique»

Insistant sur ce qu’il assimile à «la vente de [la] souveraineté nucléaire [de la France] aux Américains», Alexandre Leraître a rapidement tenu à rappeler les enjeux majeurs liés au rachat d’Alstom par General Electric : «On a vendu [aux Américains] la maintenance des turbines de toutes nos centrales nucléaires, la maintenance des turbines du porte-avion CDG, des systèmes de radars, de la dissuasion nucléaire navale au niveau des sous-marins.» Confirmant les propos de son collègue, David Gendreau a ajouté : «On a perdu une grosse partie de notre indépendance avec cette affaire.»

Les journalistes n’ont pas manqué de rappeler que l’actuelle politique étrangère américaine de Donald Trump prouvait que Washington était capable de «mettre un pays sous embargo». Alexandre Leraître a souligné que les Etats-Unis avaient déjà pris de telles mesures contre la France lors de la guerre en Irak, à laquelle Paris avait refusé de participer, affirmant que l’affaire Alstom pourrait dorénavant permettre à Washington de «faire pression sur la diplomatie française».

Déplorant une dynamique de désengagement de l’Etat français, les journalistes n’ont pas caché leur inquiétude de voir les Américains prendre le contrôle de secteurs stratégiques à coups de «déstabilisations».

L’Etat ne regrette rien… «par atlantisme» ?

Interrogé sur d’éventuels regrets que pourrait éprouver l’Etat français au vu des conséquences de la vente d’Alstom, David Gendreau a rappelé que la commission d’enquête montée à ce sujet «n’a[vait] mené à rien» poursuivant ainsi : «On n’a pas l’impression qu’ils prennent la mesure [de l’enjeu], par atlantisme peut-être.»

Alexandre Leraître a par ailleurs affirmé avoir des retours expliquant qu’il existait des consignes de discrétion : «Ils veulent qu’on en parle le moins possible.»

Les journalistes ont enfin affirmé que des menaces pesaient sur la souveraineté de la France au vu de certaines affaires en cours autour notamment des entreprises Airbus ou Naval Group. Avec la mise en avant d’histoires de corruption puis la saisie de la justice américaine chargée d’enquêter sur celles-ci, le mode opératoire des affaires en cours se rapprocherait en effet de l’affaire du rachat d’Alstom.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

https://francais.rt.com/entretiens/51748-general-electric-amende-derisoire-vente-souverainete-nucleaire-americains

Extra-territorialité du droit américain : une erreur stratégique ?

Extra-territorialité du droit américain : une erreur stratégique ?

Il faut bien distinguer tactique et stratégie.

Tactiquement, l’extra-territorialité du droit américain est brillante.

Elle a permis d’achever la soumission de l’Europe à l’Amérique. General Electric a pu racheter Alstom pour une bouchée de pain et il faut voir comment les dirigeants d’Airbus et des banques européennes sont terrifiés par les juges américains. D’ailleurs, leur mentalité et leur formation font qu’ils sont tout prêts à se rendre sans combattre. C’est la blague américaine : « Quelle est la première phrase qu’on entend d’un Français ?  » Ne tirez pas ! On se rend ! « ». Les fameux cheese-eating surrender monkeys.

Notons, pour ne pas être entièrement négatifs, que l’alliance d’Airbus et de Bombardier fit une petite (toute petite) nique aux Ricains.

Mais une réussite tactique peut avoir une effet stratégique destructeur. Les succès de Bonaparte ont uni ses ennemis.

Charles Gave croit que l’extra-territorialité du droit américain (entre autres raisons) pousse la Chine et la Russie à remettre en cause la suprématie du roi-dollar.


Evidemment, cela serait une défaite majeure pour les Etats-Unis, bien plus importante dans ses conséquences à long terme que le petit peu plus de soumission européenne obtenue grâce à l’extra-territorialité du droit américain.

A l’inverse, les accords du Plaza de 1985 ont stérilisé la concurrence japonaise de manière durable, exemple de mouvement stratégique efficace.

Nous vivons des temps intéressants.

Petit complément :

Emmanuel Macron répond du tac au tac aux étudiants américains

Emmanuel Macron répond du tac au tac aux étudiants américains

Le président français Emmanuel Macron répond aux questions des étudiants de l’université GWU le 25 avril 2018 à Washington / © AFP / Ludovic MARIN

Debout en bras de chemise sur une estrade aux allures de ring de boxe, le président français Emmanuel Macron s’est offert un moment d’expression libre mercredi au dernier jour de sa visite d’Etat à Washington, lors d’une séance de questions-réponses avec plus d’un millier d’étudiants de l’université George Washington.

« Je suis là pour vous, soyez directs! », a-t-il dit en anglais en grimpant sur l’estrade dressée au centre de la salle de basket de la GWU, applaudi par les étudiants assis sur des gradins bleus aux couleurs de l’équipe.

Signe de l’intérêt qu’il suscite, les spectateurs avaient été tirés au sort par l’université, dépassée par les 5.000 demandes de billets alors que les 1.200 places disponibles s’étaient arrachées en 10 minutes.

Arrivé à pied, en retard, après avoir bavardé sur le trottoir avec quelques étudiants arborant des pancartes contre le « bombardement en Syrie », il a été chaleureusement ovationné debout par le public. La GWU, qui compte 36.000 étudiants, est connue pour être très engagée politiquement.

– Grève des cheminots –

Emmanuel Macron apprécie beaucoup ces échanges à bâtons rompus, une forme de communication directe avec la jeunesse qu’il a déjà expérimentée lors de ses visites au Burkina Faso et en Inde.

Surprise, la première question à laquelle il a répondu portait sur les grèves dans la fonction publique aux Etats-Unis et en France, ainsi que dans les chemins de fer.

« la grève est un expression de la démocratie », « il y a beaucoup de grèves et de manifestations, c’est normal quand on fait des réformes, il y a des désaccords, mais au bout du compte vous avez une loi qui est votée », a-t-il répondu.

Il a ensuite répondu à des questions variées : avenir de l’Europe, montée de l’antisémitisme, relation avec le dalaï lama, politique africaine, Syrie, lutte contre Daech, immigration, guerre commerciale. Mais il a aussi été questionné sur la situation française, comme le retour ou non de la division gauche-droite.

Il s’est notamment dit prêt à agir comme médiateur entre le dalaï lama et la Chine pour résoudre la crise au Tibet.

« Si la France peut être utile pour régler la situation entre le dalaï lama et son peuple, et la Chine, je ferai de mon mieux », a-t-il affirmé.

Mais c’est sur une question sur l’immigration, l’islam et l’insécurité, posée par une étudiante qui voyait un lien entre ces sujets, qu’il a le plus longuement répondu, avec un plaidoyer pour la tolérance qui a été très applaudi.

Il était particulièrement attendu là-dessus, certains étudiants le soupçonnant d’être anti-immigrant et islamophobe. Une image alimentée par les félicitations que lui avait adressées la veille Donald Trump, qui a salué les mesures « pas toujours populaires » prises par la France pour lutter contre « l’immigration incontrôlée ».

« L’islam est un défi pour nos sociétés parce que cette religion est nouvelle, originaire d’une autre partie du monde », a plaidé le pésident français. « Maintenant des millions de personnes y croient et ce sont nos concitoyens, avec les mêmes droits. Il existe une tension avec l’islam parce que nos populations ne sont pas habituée, parfois. La bonne réponse n’est pas de dire que nous devons nous en débarrasser », a-t-il dit, déclenchant des applaudissements de la salle.

« La meilleure réponse est la tolérance et que chacun respecte les règles. Si au nom de votre religion, vous ne respectez pas les lois, je suis contre vous mais vous pouvez croire à ce que vous voulez », a-t-il dit.

Quant à l’immigration il a défendu le principe de la loi en cours d’adoption en France, qui améliore le droit d’asile mais limite l’entrée de ceux venus pour des raisons économiques. « Vous ne pouvez pas accepter tout le monde car n’est pas une charge soutenable pour la société française », a-t-il plaidé.

Kimberly Hernandez, 22 ans, a trouvé le chef de l’Etat « charismatique » et « convaincant », en espérant toutefois « qu’il colle à ses idées ». Quant à Kiara Montevon, 22 ans elle aussi, elle a salué le fait « qu’il a répondu aux questions sans se défiler ».

(©AFP / 26 avril 2018 00h20)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Emmanuel-Macron-repond-du-tac-au-tac-aux-etudiants-americains/912225.rom

Huit raisons pour lesquelles les dernières allégations d’attaque chimique par la Syrie sont probablement un non-sens

Huit raisons pour lesquelles les dernières allégations d’attaque chimique par la Syrie sont probablement un non-sens


Par Stephen Gowans – Le 8 avril 2018 – Source what’s left

Stephen Gowans

Beaucoup d’ambiguïté entoure la prétendue attaque chimique à Douma dont on dit qu’elle aurait eu lieu tard samedi, mais quelques points sont clairs.

Premièrement, les rapports sont « non vérifiés » selon The Wall Street Journal 1 et le ministère britannique des Affaires étrangères 2 et sont non confirmés selon le département d’État américain 3. En plus, The New York Times a noté qu’il « n’était pas possible de vérifier les rapports de manière indépendante » 4 tandis que The Associated Press ajoutait que « les rapports n’ont pu être vérifiés de manière indépendante ».5

Deuxièmement, selon The Wall Street Journal, « on ne sait pas clairement qui a mené l’attaque » 6 en supposant même qu’il y en ait eu une.

Troisièmement, les « photos et les vidéos non vérifiées »7 qui forment le corpus (non vérifié) de la preuve ont été produites par deux groupes qui ont un intérêt à inventer des atrocités pour attirer plus profondément les États-Unis dans le conflit syrien. Les deux groupes, les Casques blancs et la Syrian American Medical Society, sont financés par des gouvernements occidentaux8, qui cherchent ouvertement un changement de régime en Syrie et ont donc intérêt à fournir un prétexte humanitaire pour justifier l’intensification de leur intervention dans le pays. Les Casques blancs et la Syrian American Medical Society financés par les gouvernements occidentaux sont alliés aux djihadistes anti-gouvernement et ne sont actifs que « dans les zones contrôlées par l’opposition ».9 Eux aussi sont clairement des parties intéressées.

Quatrièmement, The New York Times a indirectement révélé un mobile possible pour les deux groupes de produire des histoires d’atrocités inventées. « Une nouvelle attaque chimique confirmée en Syrie, a noté le journal, poserait un dilemme pour le président Trump, qui […] a déclaré récemment qu’il voulait faire sortir les États-Unis de Syrie ». 10

Les récentes réflexions de Trump sur la fin de l’occupation militaire américaine de près d’un tiers du territoire syrien, dont les plus riches champs pétroliers du territoire, ont rapidement rencontré l’opposition du Pentagone, dirigé par le secrétaire à la Défense Jim Mattis. Le président américain a accepté avec réticence de poursuivre l’occupation, à condition qu’elle se termine en quelques mois plutôt qu’en quelques années.

Fabriquer une atrocité ferait pression sur Trump pour qu’il maintienne indéfiniment l’occupation américaine et permette peut-être l’intensification de l’intervention militaire en Syrie, pour le plus grand plaisir des insurgés islamistes, leurs alliés les Casques blancs et la Syrian American Medical Society, ainsi que les planificateurs de guerre américains.

Si telle est l’intention, la manœuvre semble avoir réussi. Trump a réagi sur Twitter au rapports non vérifiés (et invérifiables), en déshumanisant le président Bachar al-Assad, le traitant d’« animal », dont il a dit qu’il était responsable d’une « catastrophe humanitaire sans aucune raison ». Que le département d’État américain ait reconnu que les rapports n’étaient pas confirmés n’a pas suffi à retenir un Trump « tirant à l’aveuglette ».

Cinquièmement, une attaque chimique par le gouvernement syrien serait manifestement suicidaire et donc semblerait hautement improbable. L’Armée arabe syrienne est sur le point de remporter une victoire presque inévitable dans la Ghouta orientale. Pourquoi annulerait-il ses gains en donnant aux États-Unis un prétexte pour poursuivre leurs intervention militaire en Syrie, après que Trump a signalé son intention de retirer les troupes américaines ?

Sixièmement, il est difficile de concevoir un quelconque avantage militaire pour l’Armée arabe syrienne à déployer des armes chimiques. L’armée syrienne a des méthodes conventionnelles pour tuer plus meurtrières que les agents chimiques, dont les effets sont imprévisibles et généralement limités. Dans tous les incidents présumés d’attaques chimiques en Syrie, le nombre de victimes est toujours inférieur à celui qui pourrait facilement être obtenu avec des attaques aériennes et d’artillerie. Pourquoi, alors, le gouvernement syrien utiliserait-il des armes chimiques assez inefficaces, créant un prétexte pour la poursuite de l’intervention américaine, alors qu’il pourrait utiliser des armes conventionnelles plus meurtrières sans franchir la ligne rouge ?

Septièmement, une grande partie du discours sur les armes chimiques en Syrie suppose implicitement que le gouvernement syrien en possède, même si le pays coopère depuis des années avec l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques pour les éliminer.

Enfin, des allégations d’utilisation d’armes chimiques sont régulièrement portées contre le gouvernement syrien et même si, par la répétition, elles ont été transformées en vérités officielles, toutes se sont révélées non vérifiées. Jim Mattis l’a reconnu le 2 février dernier lors d’une conférence de presse.

Question : – Seulement pour être sûr que je vous ai bien entendu, vous dites que vous pensez qu’il est probable qu’ils les aient utilisées et que vous cherchez des preuves ? Est-ce cela que vous avez dit ?

Mattis : – […] Nous n’en avons pas la preuve … Nous cherchons la preuve…

– Donc la probabilité n’était pas ce que vous – vous ne la qualifiez pas de probabilité ? J’ai cru que j’ai utilisé – que vous aviez utilisé ce mot ; je suppose que je vous ai mal compris.

Eh bien, il y a certainement des groupes qui disent qu’ils l’ont utilisé. Et ils pensent qu’il y a une probabilité, donc nous cherchons la preuve.

– Donc il y a une preuve crédible qu’il y a du sarin et de la chlorine –

Non, je n’ai pas eu la preuve, pas spécifiquement. Je n’ai pas la preuve.

Ce que je dis c’est que d’autres – que des groupes sur le terrain, des ONG, des combattants sur le terrain ont dit que du sarin a été utilisé. Donc nous cherchons la preuve. Je n’ai pas de preuve, crédible ou non.11

L’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence, mais ce n’est pas non plus une preuve de culpabilité. Le manque total de preuve, ainsi qu’un contexte politique qui favorise la production d’affirmations fallacieuses, suggère que les dernières allégations sur les armes chimiques sont – comme toutes les précédentes – au mieux douteuses.

Stephen Gowans

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Diane pour le Saker francophone

  1. Raja Abdulrahim, “Dozens killed in alleged chemical-weapons attack in Syria”, The Wall Street Journal, 8 avril 2018.
  2. Ben Hubbard, “Dozens suffocate in Syria as government is accused of chemical attack”, The New York Times, 8 avril 2018.
  3. Ibid
  4. Ibid
  5. Zeina Karam and Philip Issa, “Syrian rescuers say at least 40 people killed in eastern Ghouta has attack”, The Associated Press, le 8 avril 2018.
  6. Le 8 avril
  7. Abdulrahim, le 8 avril.
  8. Raja Abdulrahim, “Syria airstrikes hit hospitals in rebel territory”, The Wall Street Journal, le 5 février 2018; Louisa Loveluck et Erin Cunningham, “Dozens killed in apparent chemical weapons attack on civilians in Syria, rescue workers say”, The Washington Post, le 8 avril 2018.
  9. Abdulrahim, le 8 avril; Abdulrahim, le 5 février.
  10. Hubbard.
  11. À la disposition des médias, par le secrétariat Mattis au Pentagone, Secrétaire à la Défense James N. Mattis, 2 février 2018, https://www.defense.gov/News/Transcripts/Transcript-View/Article/1431844/media-availability-by-secretary-mattis-at-the-pentagon/

Sept ans de guerre en Syrie : “L’Occident ne veut pas s’avouer qu’il a perdu”, par Fabrice Balanche

Source : France 24, Fabrice Balanche, 15/03/2018

Alors que les combats font rage dans la Ghouta orientale et à Afrin, la Syrie entre ce jeudi dans sa huitième année de guerre. Dans ce conflit aux multiples acteurs, Bachar al-Assad reste le vainqueur, selon le chercheur Fabrice Balanche.

C’était 15 mars 2011. La Syrie, gouvernée d’une main de fer depuis 40 ans, d’abord par Hafez al-Assad, puis par son fils Bachar, est rattrapée par le printemps arabe. Des manifestations, pourtant interdites par une loi d’urgence de 1963, sont organisées à Damas et plusieurs villes du pays. Les mots d’ordre ? Dénoncer la corruption, la tyrannie, le régime. Quelques jours plus tard, des manifestants sont tués à Deraa, dans le sud du pays. La révolte, qui deviendra la guerre, vient de commencer. Sept ans après, au prix de 350 000 morts, 7 millions de réfugiés, 6,3 millions de déplacés internes (sur une population estimée à 23 millions) et d’un pays en ruines, le conflit syrien a permis de redessiner l’échiquier international. Si le bain de sang se poursuit aujourd’hui dans la Ghouta orientale, dans les provinces d’Idleb (entre rebelles), de Deraa et à Afrin, la communauté internationale reste impuissante. Le maître de Damas, grâce au soutien sans faille de ses alliés russes et iraniens, a repris le contrôle d’une grande partie du territoire qui était aux mains de l’organisation État islamique, militairement défaite. Vladimir Poutine, lui, s’est imposé durablement comme acteur incontournable au Moyen-Orient.

Entretien avec Fabrice Balanche*, spécialiste de la Syrie, maître de conférences à l’université Lumière Lyon 2 et chercheur invité à l’Université de Stanford, qui estimait déjà en 2012 que Bachar al-Assad avait “gagné la guerre”.

France 24 : Bachar al-Assad a repris le contrôle de la moitié de la Syrie. Peut-on dire qu’il a gagné la guerre ?

Fabrice Balanche : Bien sûr qu’il a gagné, même si la victoire ne paraît pas éclatante et qu’une grande partie du territoire lui échappe encore. L’année 2012 a été décisive car l’insurrection n’a pas été capable de passer du stade de la guérilla de groupes isolés à une armée organisée avec un projet politique. L’armée syrienne, elle, est restée soudée. Les désertions ne concernaient que les conscrits et les officiers de second rang. Le régime a concentré ses troupes sur les villes et les grands axes de communication, laissé partir ceux qui ne voulaient pas se battre, ce qui est essentiel lorsqu’on lance une contre-offensive. Assad savait qu’il aurait le soutien de la Russie et de l’Iran jusqu’au bout, qu’il pouvait compter sur la fidélité d’un tiers de la population [les minorités, la bourgeoisie et certaines tribus arabes sunnites]. Il avait donc la base pour reprendre le contrôle du territoire petit à petit.

La politique de contre-insurrection prend du temps. En Algérie par exemple, le gouvernement a mis dix ans à éliminer les islamistes. Si votre base est saine, que vous avez une stratégie, des alliés déterminés et qu’en face on est incapable de s’unir, à terme vous ne pouvez que gagner. À partir de la reprise d’Alep, fin 2016, il y a eu une accélération de la contre-insurrection. Dans quelques semaines, il va finir de reprendre ce qui reste d’enclaves rebelles autour de Damas puis il va négocier le nord de la Syrie. Les populations arabes de Raqqa, de Manbij, Tell Abyad [près de la frontière turque] ne demandent que le retour du régime, synonyme de paix, et la sécurité. Elles ne veulent plus être sous la domination des Kurdes. La guerre avec la Turquie n’est pas la leur. Quant aux Kurdes, ils finiront par se tourner vers la Russie et l’Iran pour être protégés d’Ankara, dès lors que les Américains refusent de les soutenir. Pour l’instant, Assad laisse la situation pourrir au nord et se concentre sur les petites enclaves, sur Damas, pour montrer qu’il est bien le maître du pays, car “qui tient Damas tient la Syrie”, comme disait son père.

>> À lire : Un déluge de feu sous les yeux d’une communauté internationale paralysée

Si le conflit s’enlise aujourd’hui, notamment dans la Ghouta orientale et à Afrin, est-ce parce que la Syrie est devenue le terrain de jeu des puissances étrangères ?

On ne peut pas parler d’enlisement. Il y a une avancée claire du régime, de la Russie et de l’Iran. En Occident, on veut employer ce terme pour faire croire qu’il n’y a pas de solution et que la situation est bloquée. Les Occidentaux ne veulent pas s’avouer qu’ils ont perdu la guerre. Certes, l’intervention des puissances étrangères ralentit la progression du régime et de ses alliés. Ils soutiennent les rebelles mais pas assez de peur de devoir s’investir de plus en plus, d’envoyer davantage de troupes au sol. En France et aux États-Unis, il y a aussi la crainte que cela devienne comme la Libye.

Les Occidentaux prolongent le conflit pour montrer aux Russes qu’ils n’ont pas abandonné le terrain. Ils crient au “désastre humanitaire” à l’ONU mais, quelque part, ils en sont aussi responsables. Toutes les personnes rationnelles connaissent l’issue du conflit. En le prolongeant pour des raisons géopolitiques, on ne fait que plus de victimes et on crée des bombes à retardement. Car, il y a une génération entière d’enfants qui n’ont pas été à l’école depuis sept ans, qui sont fragiles, qui pourraient être récupérés un jour par des groupes terroristes. Ça va finir par nous retomber dessus.

Quelle est la stratégie de Bachar al-Assad aujourd’hui ?

Je soupçonne que la prolongation du conflit et la stratégie de contre-insurrection n’aboutisse au départ de 10 millions de personnes de Syrie. Il y en a déjà sept millions qui ont quitté le pays. Si la paix ne revient pas rapidement et que l’économie ne repart pas, il va y avoir encore trois millions de personnes qui vont partir dans les prochaines années. Sans doute Bachar al-Assad s’est-il rendu compte que le pays était trop peuplé par rapport à ses capacités et la marge de manœuvre que son système politique pouvait laisser à l’économie. Dans l’Europe de la révolution industrielle, nous avions ce que la bourgeoisie appelait “les classes dangereuses”, le prolétariat urbain prompt à la révolte, qu’il fallait mater par la force ou envoyer peupler le nouveau monde. La Syrie se trouvait dans la même situation avec des millions de personnes vivant dans les quartiers informels de Damas, Alep, Homs, Raqqa, des campagnes surpeuplées et victimes de sécheresses chroniques. Cette population a été la base sociale de la révolte.

>> À lire, la revue de presse : “La Syrie veut toujours la justice et la liberté”

La particularité syrienne, contrairement à la Tunisie ou à l’Égypte, est la division communautaire de la population qui a restreint la révolte aux arabes sunnites, aux Kurdes dans le nord mais selon un autre agenda, tandis que les minorités religieuses restaient en dehors du mouvement de révolte. Une autre caractéristique de la Syrie est la démographie galopante de ce pays, mais différente selon les communautés puisque si les alaouites, les druzes et les chrétiens n’ont pas plus de deux enfants par femme, les arabes sunnites restent à une moyenne élevée. Si bien qu’en une génération, la part des minorités religieuses, piliers du régime, est passées de 30 % à 20 % de la population syrienne. En toute logique politique, il faut donc réduire le poids démographique de la classe et de la communauté “dangereuse” [pour le régime]. Voilà pourquoi, des millions de Syriens sont poussés vers l’extérieur. Aujourd’hui, ils sont essentiellement au Liban, en Jordanie, en Turquie et en Allemagne. Pour l’instant, l’Europe a trouvé un deal avec [le président turc] Erdogan : on ferme les yeux sur la répression en Turquie, sur celle à l’égard des Kurdes, on ne dit rien sur Afrin et on paye grassement la Turquie pour qu’elle garde les réfugiés. Le président turc a un moyen de chantage énorme sur l’Europe, et à tout moment, il peut ouvrir les vannes. L’Europe n’a pas de plan B.

L’organisation État islamique est-elle finalement le grand perdant de ces sept années de guerre ?

Le grand perdant reste le peuple syrien. Ces deux dernières années, l’État islamique a été effectivement quasi éliminé de la scène mais c’est un serpent de mer. Il ressurgira sous la forme d’un autre avatar. Al-Qaïda en Irak, dirigée par Abou Moussab al-Zarqaoui, a donné naissance à l’État islamique une première fois en 2006. Le mouvement a mené l’insurrection contre les Américains jusqu’en 2011. Il est ensuite entré dans la clandestinité et a ressurgi sous la forme d’Al-Nosra, puis de l’État islamique en Syrie et au Levant en 2013. L’État islamique a profité de la guerre en Syrie pour s’implanter dans ce pays, puis il a lancé l’insurrection en Irak en 2014. Désormais, il repart dans la clandestinité mais on n’en n’a pas fini avec lui.

Vladimir Poutine a réussi à s’imposer comme leader incontournable dans la région. Est-ce finalement le grand gagnant ?

Incontestablement. La guerre en Syrie a été une occasion en or pour Poutine de faire revenir la Russie dans la région mais aussi sur la scène internationale. Poutine est devenu incontournable sur la Syrie et sur d’autres dossiers : il est censé garantir la protection du Golan, il a donné le feu vert à Erdogan pour attaquer les Kurdes à Afrin et il représente le gouvernement syrien dans les négociations internationales. L’alliance de la Russie avec l’Iran a permis de mettre la pression sur l’Arabie saoudite, qui a réduit sa production pétrolière et les cours sont remontés comme le voulait Poutine. Il sait aussi que les millions de réfugiés syriens qui frappent à la porte de l’Europe menacent la cohésion européenne. Et tout ce qui peut affaiblir l’Europe favorise la Russie.

*Fabrice Balanche vient de publier “Sectarianism in Syria’s Civil War”, consultable en ligne.

Source : France 24, Fabrice Balanche, 15/03/2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

6 réponses à Sept ans de guerre en Syrie : “L’Occident ne veut pas s’avouer qu’il a perdu”, par Fabrice Balanche….   Pour lire les 8 réponses , cliquez sur le lien :

https://www.les-crises.fr/sept-ans-de-guerre-en-syrie-loccident-ne-veut-pas-savouer-quil-a-perdu-par-fabrice-balanche/

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