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On aurait dû vous le passer demain matin, mais comme l’actualité se bouscule…

Update 20.06.2019 : Le site officiel pour voter : https://www.referendum.interieur.gouv.fr/soutien/etape-1

Amitiés,

f.

 

Source : Youtube.com

https://www.crashdebug.fr/diversifion/16159-entretien-avec-francois-asselineau-questions-d-actualite-n-76-du-19-juin-2019-usa-iran-brexit-mini-bots-chine-privatisations-adp-et-routes-upr

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L’interview de Michel Serres – Stupéfiant !

#Stupéfiant

L’interview de Michel Serres – Stupéfiant !

127 213 vues

Ajoutée le 28 mai 2019

Élu en mars 1990, Michel Serres est donc un peu chez lui à l’Académie française. Le philosophe y reçoit Léa Salamé pour évoquer sa vision de « l’art d’être Français ».

Eric Zemmour « Les écolos sont des mondialistes, et le mondialisme est le pire ennemi de l’écologie » [Vidéo]

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Eric Zemmour « Les écolos sont des mondialistes, et le mondialisme est le pire ennemi de l’écologie » [Vidéo]

Eric Zemmour met une écologiste en PLS à l’occasion d’un débat dans le cadre de l’émission qu’il anime avec Naulleau. « Les écolos sont des mondialistes, et le mondialisme est le pire ennemi de l’écologie » dit-il .

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

Eric Zemmour « Les écolos sont des mondialistes, et le mondialisme est le pire ennemi de l’écologie » [Vidéo]

Entrez en stratégie !

Entrez en stratégie !

 


Publié par Général Vincent Desportes le 2 Mai 2019

 

Vincent Desportes est Général (2s) ; Ancien directeur de l’École de guerre ; Professeur de stratégie à Sciences Po et à HEC.

 


Entrez en stratégie !
Vous êtes un observateur averti de l’évolution du paysage économique et culturel de la France, quel constat faites-vous sur la pratique stratégique des entreprises françaises ? 

J’ai exercé des responsabilités militaires pendant plus de trois décennies et cela fait presque dix ans que je pratique le conseil stratégique en entreprise. L’observation des forces armées et des entreprises peinant pour parvenir à leurs fins m’a montré que les difficultés que ces deux types d’organisation rencontraient étaient moins dissemblables qu’on pouvait, à première vue, le penser. En fait, des obstacles similaires encombrent toujours davantage les divers champs de l’action humaine, de la politique générale à l’action locale, dès lors qu’il s’agit d’y vouloir et d’y construire un avenir. L’accélération constante de la vie sous l’effet des moyens modernes de communication, l’abolition des distances conduisent les décideurs de plus en plus accaparés par l’immédiat à sacrifier le futur au présent. Parallèlement, les réalités et les mirages de la science poussent à rechercher dans la technologie les remèdes aux angoisses stratégiques. Bref, un peu partout, on se réfugie dans le tactique et les illusions technologiques pour éviter la stratégie, pourtant absolument indispensable aux succès pérennes.

Comment expliquez-vous cette tendance ?

Simplement : il est plus facile de se laisser dévorer par le court terme, surtout lorsque les bouleversements fréquents et inattendus du monde font perdre le goût de la perspective. La stratégie suppose la conscience du temps long alors que nous sommes toujours davantage happés par les impératifs du court terme : ils dévorent notre temps et notre énergie. Plutôt que de s’atteler à l’exigeante tâche de la conception stratégique, il est plus simple de se laisser porter par les courants et d’attendre ce que l’avenir produira de lui-même : face à l’incertitude, il est tentant de tirer un parti immédiat des circonstances du moment.
La tentation du court terme frappe, partout. Ce n’est pas une spécificité française : la tendance est générale, aggravée chaque jour par l’accélération de nos échanges de données.
Ainsi, sauf exception, le politique se consacre d’abord au succès des prochaines élections. Il délaisse le long terme qui, quoi qu’il arrive, ne lui appartient pas et ne lui profitera pas ; il abandonne aisément les grands principes pour les petits choix et les faciles arrangements. La focalisation se fait sur les questions locales de court terme où des progrès tangibles peuvent être produits au cours des cycles électoraux. L’entrepreneur succombe à la même obsession. Les patrons de petites ou moyennes entreprises, peu secondés, sont accaparés par leur quotidien qu’accélèrent les flux croissants d’information. Ceux des grandes entreprises cotées, obsédés par la dictature des résultats trimestriels, sont facilement victimes de « myopie managériale » ; ils privilégient les bénéfices rapides au détriment de la création de valeur à long terme. L’actionnaire, souvent anonyme, attend des résultats immédiats dont l’absence le priverait de revenus et dégraderait le cours en Bourse. Les responsables sont jugés et remerciés sur leur capacité à mettre en œuvre de soi-disant stratégies… dont les résultats sont évalués toutes les douze semaines !

Les responsables de nos entreprises ont ainsi graduellement laissé le rendement immédiat supplanter la stratégie : l’efficacité – de long terme en particulier – est oubliée au profit de l’efficience qui enferme les acteurs dans des processus normés, prive l’organisation de leurs intelligences, de leurs capacités d’initiative et d’adaptation.
Le seul objectif assigné aux modèles opérationnels devient la réduction des coûts. Or, l’obsession des résultats immédiats rend difficiles la prise de recul, la remise en cause. L’esprit tactique s’impose et la technique finit par dominer.

 Pensez-vous que cette évolution soit irréversible ou quels sont les leviers sur lesquels agir pour en modifier la tendance ? 

Il est absolument nécessaire d’inverser cette tendance et de s’intéresser à la stratégie. Sans nul doute, c’est la voie du succès pour tous ceux qui, au nom des autres, portent des responsabilités. Portant loin, elle construit le sens de l’action, forge une indispensable stabilité pour l’exécution des projets, redonne sens au chaos forgé des interactions humaines et de l’entremêlement des circonstances. Ma certitude est que seules la prise de recul et la stratégie peuvent conduire les projets humains là où nous souhaitons les mener.

Plus le monde s’étourdit de son accélération constante, plus il faut entrer en stratégie. Aussi éloignée puisse-t-elle paraître des préoccupations immédiates, il est indispensable de penser la stratégie parce qu’elle seule permet de dépasser la confusion dans laquelle l’action humaine est contrainte de se déployer. Il n’y a pas de substitut à la pensée stratégique, mais encore faut-il, pour qu’elle soit possible, que celui qui entre en stratégie ait assimilé les contraintes et les obstacles qu’il y rencontrera.

Mais n’est-il pas compliqué, voire risqué, « d’entrer en stratégie » ?

Vous avez raison, c’est une difficile aventure, car faire ce pas, c’est quitter le monde tranquille des certitudes et des résultats probables pour entrer dans un univers obscur, profondément humain, que nulle règle certaine ne sait structurer. Et il n’existe aucun espoir de succès dans cet espace complexe pour qui n’a pas fait l’effort préalable d’en appréhender les particularités, d’en apprécier les irrégularités, les frictions, les impasses, bref d’en saisir toutes les spécificités.

Que faire donc pour réussir cet indispensable voyage en stratégie ?

Qui veut entrer en stratégie doit d’abord comprendre ce qu’est l’espace stratégique dans lequel il veut pénétrer. Voilà l’idée et l’ambition du dernier ouvrage que je viens de publier, Entrer en stratégie. Je l’ai écrit pour qu’il serve de guide à nos stratèges, pour planter à leur service quelques indispensables jalons, jeter un peu de lumière sur cet espace si opaque que même le plus avisé de ses explorateurs n’est pas assuré d’en trouver l’issue. En décrivant pas à pas les contraintes, les embûches et les obstacles qu’il trouvera immanquablement sur sa route, ma volonté est de donner au stratège les clefs essentielles de compréhension avant qu’il n’entame son délicat, mais nécessaire voyage en stratégie.

Quel dernier conseil donneriez-vous à nos lecteurs ?

Celui de garder gravée en lui-même la belle certitude d’Henri Bergson : « L’avenir, ce n’est pas ce qui va nous arriver, mais ce que nous allons faire » ! La stratégie, c’est d’abord la question d’un avenir à vouloir puis à construire avec et malgré le présent. Le stratège ne pouvant prédire l’avenir, il doit le créer pour se libérer de l’incertitude et de la fatalité, puis modifier le présent pour le conduire vers son ambition.
Aussi, quel que soit leur domaine de responsabilité, les responsables de ce monde doivent penser en architecte et non en maçon. Prêts à affronter ce qui n’a encore jamais été, ils doivent accueillir le flot continu des circonstances nouvelles comme autant de chances et se dresser au-dessus d’elles pour créer leur avenir. Ils doivent refuser toute attitude étroitement réactive face aux circonstances émergentes, ne pas se contenter de chercher à anticiper les évolutions prévisibles : ce serait nier la capacité de l’homme à engendrer des opportunités nouvelles. Par leur intelligence et leur action, ils doivent modeler le futur, provoquer les changements nécessaires à sa concrétisation.

Devant l’incertitude et – probablement – le chaos à venir si nous ne nous en préoccupons pas, il leur faut choisir et façonner le monde qu’ils veulent.


Entretien du Saker avec Michael Hudson sur le Venezuela

Entretien du Saker avec Michael Hudson sur le Venezuela


Par Michael Hudson – Le 7 février 2019 – Source thesaker.is via  Unz Review

Hudson

Le Saker : Pouvez-vous résumer l’état de l’économie du Venezuela lorsque Chavez est arrivé au pouvoir ?

Michael Hudson : Le Venezuela était une mono-industrie du pétrole. Ses recettes d’exportation ont été largement consacrées à l’importation de produits alimentaires et autres nécessités qu’elle aurait pu produire chez elle. Son commerce était fait en grande partie avec les États-Unis. Malgré sa richesse pétrolière, il a donc augmenté sa dette extérieure.

2015-09-15_13h17_31-150x112Préambule : La vraie nature de l’économie vénézuélienne suscite de nombreuses controverses, à savoir si les réformes et les politiques d’Hugo Chavez et de Nicholas Maduro furent cruciales pour le peuple du Venezuela ou complètement erronées et ont précipité les crises actuelles. Tout un chacun semble avoir une opinion très arrêtée à ce sujet. Mais pas moi, tout simplement parce que je n’ai pas l’expertise pour avoir de tels avis. J'ai donc décidé de demander à l'un des économistes indépendants les plus en vue, Michael Hudson, pour qui j'ai un immense respect et dont les analyses – compris celles qu'il a co-écrites avec Paul Craig Roberts - semblent être les plus crédibles et les plus honnêtes qui soient. Paul Craig Roberts considère en effet que Hudson est le « meilleur économiste au monde » !
 
Je suis profondément reconnaissant à Michael pour ses réponses qui, je l’espère, contribueront à une compréhension honnête et objective de ce qui se passe réellement au Venezuela.
 
The Saker

Depuis le début, les compagnies pétrolières américaines ont craint que le Venezuela utilise un jour ses revenus pétroliers pour le bénéfice de sa population au lieu de laisser l’industrie pétrolière américaine et son aristocratie compradore locale siphonner sa richesse. Ainsi, l’industrie pétrolière – soutenue par la diplomatie américaine – a tenu le Venezuela en otage de deux manières.

Réserves de pétrole prouvées par Etat

Tout d’abord, les raffineries de pétrole n’ont pas été construites au Venezuela, mais à Trinidad et dans les États du sud de la côte américaine du Golfe. Cela a permis aux sociétés pétrolières américaines – ou au gouvernement américain – de laisser le Venezuela sans les moyens de « se débrouiller seul » et de mener une politique indépendante avec son pétrole, car il avait besoin de raffineries. Il n’est pas utile d’avoir des réserves de pétrole si vous ne parvenez pas à raffiner cette huile pour qu’elle soit utilisable.

Deuxièmement, les banquiers centraux du Venezuela ont été convaincus de nantir leurs réserves de pétrole, et tous les actifs du secteur pétrolier de l’État – y compris Citgo – en garantie de sa dette extérieure. Cela signifiait que si le Venezuela faisait défaut – ou était contraint à la faillite par des banques américaines refusant de payer en temps voulu sa dette extérieure – les détenteurs d’obligations et les grandes compagnies pétrolières américaines seraient légalement en mesure de prendre possession des avoirs pétroliers vénézuéliens.

Ces politiques pro-américaines ont fait du Venezuela une oligarchie latino-américaine typiquement polarisée. Bien qu’il soit théoriquement riche en pétrole, sa richesse était concentrée dans les mains d’une oligarchie pro-américaine qui a laissé piloter son développement national  par la Banque mondiale et le FMI. La population autochtone, en particulier sa minorité raciale rurale ainsi que la sous-classe urbaine, n’étaient pas autorisés à partager les richesses pétrolières du pays. Le refus arrogant de l’oligarchie de partager la richesse, voire de rendre le Venezuela autosuffisant, a fait de l’élection de Hugo Chavez un résultat naturel.

Le Saker : Pouvez-vous décrire les différentes réformes et changements introduits par Hugo Chavez ? Qu’est-ce qu’il a bien fait et qu’est-ce qu’il a mal fait ?

Michael Hudson : Chavez a cherché à établir une économie mixte au Venezuela, en utilisant les revenus de son gouvernement – principalement du pétrole, pour développer l’infrastructure et les dépenses nationales en soins de santé, en éducation et en emplois, afin d’améliorer le niveau de vie et la productivité de sa base électorale.

Mais il a été incapable d’empêcher les détournements de fonds et le pillage des revenus du secteur pétrolier. Et il a été également incapable d’arrêter la fuite des capitaux de l’oligarchie, qui a transféré ses richesses en fuyant à l’étranger.

Ce n’était pas « erroné ». Il faut simplement beaucoup de temps pour réformer une économie – alors que les États-Unis ont eu recours à des sanctions et à des « manœuvres malhonnêtes » pour mettre fin à ce processus.

Le Saker : Quelles sont, à votre avis, les causes de la crise économique actuelle au Venezuela – est-ce principalement dû aux erreurs de Chavez et Maduro ou est-ce le sabotage, la subversion et les sanctions des États-Unis ?

Michael Hudson : Il n’y a aucun moyen pour que Chavez et Maduro aient pu mener une politique pro-vénézuélienne visant à obtenir l’indépendance économique sans susciter la fureur, la subversion et les sanctions des États-Unis. La politique étrangère américaine reste autant axée sur le pétrole que lorsqu’elle avait envahi l’Irak sous le régime de Dick Cheney. La politique américaine consiste à considérer le Venezuela comme un prolongement de l’économie américaine, enregistrant un excédent commercial grâce au pétrole qui doit être dépensé aux États-Unis ou transféré à des banques américaines.

En imposant des sanctions qui empêchent le Venezuela d’avoir accès à ses dépôts bancaires américains et aux actifs de sa société publique Citgo, les États-Unis empêchent le Venezuela de payer sa dette extérieure. C’est le forcer à la faillite, ce que les diplomates US espèrent, comme excuse pour saisir les ressources pétrolières du Venezuela et s’emparer de ses avoirs extérieurs, à l’instar du fonds de couverture Paul Singer qui visait les avoirs extérieurs de l’Argentine.

Tout comme la politique américaine sous Kissinger était de faire « souffrir l’économie » du Chili, les États-Unis suivent la même voie contre le Venezuela. Ils utilisent ce pays comme un « exemple » pour avertir les autres pays qu’ils ne doivent pas agir pour leurs intérêts propres, de façon à permettre le siphonnage de leurs excédents économiques par des investisseurs américains.

Le Saker : Selon vous, que devrait faire ensuite Maduro – en supposant qu’il reste au pouvoir et que les États-Unis ne le renversent pas – pour sauver l’économie vénézuélienne ?

Michael Hudson : Je ne peux penser à rien que le président Maduro puisse faire qu’il ne fasse pas déjà. Au mieux, il peut rechercher un soutien étranger – et démontrer au monde la nécessité d’un système financier et économique international alternatif.

Il a déjà commencé à le faire en essayant de retirer l’or du Venezuela de la Banque d’Angleterre et de la Réserve Fédérale. Cela se transforme en « guerre asymétrique », menaçant la sanctification de la norme du dollar dans la finance internationale. Le refus de l’Angleterre et des États-Unis d’accorder à un gouvernement élu le contrôle de ses avoirs extérieurs prouve au monde entier que les diplomates et les tribunaux américains peuvent, à eux seuls, contrôler les pays étrangers en tant que prolongement du nationalisme américain.

L’attaque économique contre le Venezuela par les États-Unis a donc pour prix la fracturation du système monétaire mondial. La démarche défensive de Maduro montre à d’autres pays qu’ils doivent éviter de devenir « un autre Venezuela»  en trouvant un nouveau lieu sûr et un payeur fiable pour leur or, leur réserve de change et leur financement, loin des zones dollar, livre sterling et euro.

La seule façon pour Maduro de lutter avec succès est au niveau institutionnel, ce qui lui permet de « sortir de la boîte ». Son plan – bien sûr à long terme – consiste à aider à catalyser un nouvel ordre économique international indépendant de l’étalon dollar américain. Cela ne fonctionnerait à court terme que si les États-Unis étaient convaincus qu’ils peuvent émerger de cette lutte en tant que courtier financier honnête, avec un système bancaire fiable, et partisan de régimes démocratiquement élus. L’administration Trump détruit l’illusion plus complètement que ne le pourrait tout critique anti-impérialiste ou rival économique !

À plus long terme, Maduro doit également développer l’agriculture vénézuélienne, à peu près comme les États-Unis qui ont protégé et développé leur agriculture dans le cadre de la législation du New Deal des années 1930 : extension des services ruraux, crédit rural, conseils en semences, organisations nationales de commercialisation des récoltes, achat et fourniture de matériel agricole, et le même type de soutien des prix que les États-Unis utilisent depuis longtemps pour subventionner les investissements agricoles nationaux afin d’accroître la productivité.

The Saker : Qu’en est-il du projet d’introduction d’une crypto-monnaie basée sur le pétrole ? Sera-ce une alternative efficace au Bolivar vénézuélien mourant ?

Michael Hudson : Seul un gouvernement national peut émettre une monnaie. Une « crypto » devise liée au prix du pétrole deviendrait un moyen de couverture, sujet aux manipulations et aux fluctuations de prix des vendeurs à terme et des acheteurs. Une monnaie nationale doit être basée sur la capacité d’imposition du pays, et les recettes pétrolières qui constituent la principale source d’impôts au Venezuela sont bloquées aux États-Unis. La position du Venezuela est donc semblable à celle du mark allemand suite à l’hyperinflation du début des années 1920. La seule solution implique un soutien à la balance des paiements. Il semble que le seul soutien de ce type puisse provenir de l’extérieur de la sphère du dollar.

La solution à toute hyperinflation doit être négociée diplomatiquement et soutenue par les autres gouvernements. Mon histoire du commerce international et de la théorie financière, Trade, Development and Foreign Debt, décrit le problème des réparations de l’Allemagne et comment son hyperinflation a été résolue par le Rentenmark.

La taxe de rente économique du Venezuela proviendrait du pétrole, des sites d’immobilier de luxe, ainsi que des monopoles et des hauts revenus – principalement les revenus financiers et monopolistiques. Une telle politique fiscale et monétaire doit être encadrée par une logique. J’ai essayé d’expliquer comment atteindre l’indépendance monétaire et donc politique depuis un demi-siècle. La Chine applique cette politique le plus efficacement possible. Elle est capable de le faire car il s’agit d’une économie importante et autosuffisante, dotée d’un excédent d’exportation suffisant pour pouvoir payer ses importations de produits alimentaires. Le Venezuela n’est pas dans une telle position. C’est la raison pour laquelle il cherche l’aide de la Chine en ce moment.

Le Saker : Quelle aide apportent la Chine, la Russie et l’Iran et que peuvent-ils faire pour aider ? Pensez-vous que ces trois pays ensemble peuvent aider à contrer le sabotage, la subversion et les sanctions des États-Unis ?

Michael Hudson : Aucun de ces pays n’a actuellement la capacité de raffiner le pétrole vénézuélien. Cela rend difficile pour eux d’accepter un paiement en pétrole vénézuélien. Seul un contrat de fourniture à long terme, payé en avance, serait réalisable. Et même dans ce cas, que feraient la Chine et la Russie si les États-Unis saisissaient simplement leurs propriétés au Venezuela ou refusaient de laisser la compagnie pétrolière russe prendre possession de Citgo ? Dans ce cas, la seule solution serait de saisir les investissements américains dans leur propre pays à titre de compensation.

Au moins la Chine et la Russie peuvent fournir un mécanisme de compensation bancaire alternatif à SWIFT, afin que le Venezuela puisse contourner le système financier américain et empêcher ses avoirs d’être saisis à volonté par les autorités américaines ou les créanciers obligataires. Et bien sûr, ils peuvent sécuriser la plus grande partie de l’or que le Venezuela peut récupérer de New York et de Londres.

Pour l’avenir, la Chine, la Russie, l’Iran et d’autres pays doivent donc mettre en place un nouveau tribunal international chargé de statuer sur la crise diplomatique à venir et sur ses conséquences financières et militaires. Une telle cour – et la banque internationale associée, en tant qu’alternative au FMI et à la Banque mondiale contrôlés par les États-Unis – a besoin d’une idéologie claire pour définir un ensemble de principes de nationalité et de droits internationaux ainsi que le pouvoir de mettre en œuvre et d’appliquer ses jugements.

Les stratèges financiers américains auraient alors le choix : s’ils continuent à utiliser le FMI, la Banque mondiale, l’OIT et l’OTAN comme des prolongements d’une politique étrangère de plus en plus agressive, ils risquent d’isoler les États-Unis. L’Europe devra choisir entre rester un satellite économique et militaire américain, ou joindre son sort à celui de l’Eurasie.

Cependant, Daniel Yergin a rapporté dans le Wall Street Journal du 7 février que la Chine tentait de se protéger en ouvrant une négociation indirecte avec le groupe de Guaido, apparemment pour obtenir le même accord qu’elle avait négocié avec le gouvernement de Maduro. Mais un tel accord ne semble pas susceptible d’être honoré dans la pratique, étant donné l’animosité des États-Unis envers la Chine et la dépendance totale de Guaido au soutien secret des États-Unis.

The Saker : Le Venezuela a gardé une grande partie de son or au Royaume-Uni et de son argent aux États-Unis. Comment Chavez et Maduro pouvaient-ils faire confiance à ces pays ou n’ont-ils pas eu d’autre choix ? Existe-t-il des alternatives viables à New York et à Londres ou sont-elles toujours les « seules en ville » pour les banques centrales du monde ?

Michael Hudson : Il n’y a jamais eu de confiance réelle dans la Banque d’Angleterre ou la Réserve fédérale, mais il semblait impensable qu’elles refusent de permettre à un déposant officiel de retirer son propre or. La devise habituelle est « Faites confiance, mais vérifiez ». Mais le refus – ou l’incapacité – de la Banque d’Angleterre de laisser vérifier signifie que ce qui était auparavant impensable est maintenant arrivé : ces banques centrales ont-elles vendu cet or à terme auprès du London Pool, et à ses successeurs négociant sur le marché des matières premières; dans leur tentative de contenir le prix afin de maintenir l’apparence d’une norme solvable en dollars américains ?

Paul Craig Roberts a décrit le fonctionnement de ce système. Il existe des marchés à terme pour les devises, les actions et les obligations. La Réserve fédérale peut proposer d’acheter une action dans trois mois, par exemple à 10% de plus que le prix actuel. Les spéculateurs achèteront des actions, faisant monter les enchères, de manière à tirer parti de la promesse faite par « le marché » d’acheter les actions. Donc, au bout de trois mois, le prix aura augmenté. C’est en grande partie de cette manière que la « Plunge Protection Team » américaine a soutenu le marché boursier américain.

Le système fonctionne en sens inverse pour contenir les prix de l’or. Les banques centrales détenant de l’or peuvent se réunir et proposer de vendre de l’or à bas prix dans trois mois. Le « marché » se rendra compte qu’avec la vente d’or à bas prix, il ne sert à rien d’acheter plus d’or et d’augmenter son prix. Ainsi, le marché à terme façonne le marché actuel.

La question est de savoir si les acheteurs d’or – tels que les gouvernements russe et chinois – ont acheté tellement d’or que la Fed et la Banque d’Angleterre ont réellement dû « honorer » leurs ventes à terme et épuiser continuellement leur or. Dans ce cas, ils auraient « vécu pour le moment », en maintenant bas le prix de l’or aussi longtemps qu’ils le pouvaient, sachant qu’une fois que le monde aura retrouvé l’étalon de change or d’avant 1971 pour la compensation des déficits des balances intergouvernementales des paiements, les États-Unis seront à court d’or et ne pourront pas maintenir leurs dépenses militaires à l’étranger – sans parler de leur déficit commercial et du désinvestissement des étrangers sur leurs marchés boursier et obligataire. Mon livre sur le super-impérialisme explique pourquoi le fait de manquer d’or a mis fin à la guerre du Vietnam. La même logique s’appliquerait aujourd’hui au vaste réseau américain de bases militaires.

Le refus de l’Angleterre et des États-Unis de payer le Venezuela signifie que les réserves d’or officielles étrangères peuvent être tenues en otage par la politique étrangère des États-Unis et même par des jugements rendus par des tribunaux américains pouvant attribuer cet or à des créanciers étrangers, ou à quiconque engageant une action en justice, selon la loi américaine, contre ces pays.

Cette prise d’otages oblige maintenant d’autres pays à développer une alternative viable, d’autant que le monde se dédollarise et qu’un étalon or reste le seul moyen de limiter le déficit de la balance des paiements imputable aux forces armées des États-Unis ou de toute autre pays préparant une attaque militaire. Un empire militaire coûte très cher – et l’or est une contrainte « pacifique » sur les déficits  induits par l’armée. J’énonce les détails dans mon livre Super Imperialism : The Economic Strategy of American Empire (1972), mis à jour en German as Finanzimperium (2017).

Les États-Unis ont surjoué leur donne en détruisant les fondements de l’ordre financier mondial centré sur le dollar. Cette décision a permis aux États-Unis d’être « la nation exceptionnelle » capable de gérer les déficits de sa balance des paiements et une dette extérieure qu’ils n’ont aucune intention – ni possibilité – de payer, affirmant que les dollars de leurs dépenses militaires « approvisionnent » les réserves des banques centrales des autres pays sous forme de prêts au Trésor américain, obligations et bons du Trésor, pour financer le déficit budgétaire et les dépenses militaires, ainsi que le déficit essentiellement militaire de la balance des paiements.

Étant donné que l’UE agit en tant que branche de l’OTAN et du système bancaire américain, cette alternative devrait être associée à l’Organisation de coopération de Shanghai et l’or devrait être conservé en Russie et/ou en Chine.

The Saker : Que peuvent faire d’autres pays d’Amérique latine tels que la Bolivie, le Nicaragua, Cuba et peut-être l’Uruguay et le Mexique pour aider le Venezuela ?

Michael Hudson : La meilleure chose à faire pour les pays voisins d’Amérique latine consiste à créer un moyen de promouvoir la dédollarisation et, avec elle, une institution internationale chargée de superviser la réduction des dettes qui dépassent la capacité des pays à rembourser autrement qu’en imposant l’austérité et en détruisant leurs économies.

Une alternative est également nécessaire pour la Banque mondiale qui consentirait des prêts en monnaie nationale, surtout pour subventionner les investissements dans la production alimentaire nationale afin de protéger l’économie contre les sanctions alimentaires étrangères – l’équivalent d’un siège militaire pour forcer la reddition en imposant la famine. Cette Banque mondiale pour l’accélération économique donnerait la priorité au développement de l’autonomie de ses membres, au lieu de promouvoir la concurrence à l’exportation tout en chargeant les emprunteurs d’une dette extérieure qui les exposerait au type de chantage financier que connaît le Venezuela.

En tant que pays catholique romain, le Venezuela pourrait demander l’aide papale pour une réduction de la dette et une institution internationale chargée de surveiller la capacité de payer des pays débiteurs sans imposer austérité, émigration, dépeuplement et privatisation forcée du domaine public.

Deux principes internationaux sont nécessaires. Premièrement, aucun pays ne devrait être obligé de payer sa dette extérieure dans une devise – telle que le dollar ou ses satellites – dont le système bancaire peut interdire l’utilisation.

Deuxièmement, aucun pays ne devrait être obligé de payer une dette extérieure au prix de la perte de son autonomie nationale en tant qu’État : le droit de déterminer sa propre politique étrangère, de taxer et de créer sa propre monnaie, et de s’affranchir de la privatisation de ses actifs publics pour payer les créanciers étrangers. Une telle dette est un « emprunt irrécouvrable » qui reflète l’irresponsabilité du créancier ou, pire, l’acquisition pernicieuse de biens lors d’une saisie qui était l’objectif même du prêt.

Le Saker : Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à mes questions !

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

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Il n’y a pas de recherche de la Vérité sans recherche des documents originaux

Entretien avec Thierry Meyssan (3/3)

Il n’y a pas de recherche de la Vérité sans recherche des documents originaux

Alors que les journalistes interprètent les événements internationaux en fonction des positions de leur propre gouvernement, Thierry Meyssan s’est au contraire efforcé d’anticiper les faits pour permettre aux États cibles de protéger leur population le plus efficacement possible. Sa lecture des dix-huit dernières années n’a rien de « complotiste », comme ses adversaires tentent de le faire croire, mais s’appuie sur les documents de travail des pays occidentaux, dont certains sont libres d’accès quoiqu’ignorés par les grands médias. Elle se fonde donc sur une recherche systématique de ces documents et sur leur intégration dans son raisonnement, même lorsqu’il parvient à se les procurer plusieurs années après leur rédaction.

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Cet article fait suite à
- (1/3) « Conspirationnisme et analyse »
- (2/3) « La presse refuse les travaux sur l’Histoire qu’elle a couverte »

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Question / Éditions Demi-Lune : Venons-en maintenant à Sous nos yeux, un livre qui sort de l’ordinaire… Il est très bien écrit, court et facile d’accès, car vous avez un réel talent pour expliquer simplement des problématiques complexes. En fait, le reproche qu’on pourrait lui adresser, c’est qu’il est bien trop dense ! Il compte quasiment une révélation par page, et la plupart de vos collègues géopolitologues auraient sans doute distillé ces informations en plusieurs ouvrages. Il s’agit en fait du travail que vous avez effectué dans la période de 10 ans qui s’est écoulée depuis la parution de L’Effroyable Imposture 2.

Thierry Meyssan : Lorsque j’ai écrit L’Effroyable Imposture (en 2002), je réagissais à une contradiction visible entre le discours dominant et ce que tout le monde percevait : l’administration Bush ne disait pas la vérité. J’avais des arguments simples, faciles à vérifier et à comprendre. C’était un livre de journaliste. Puis, j’ai rédigé L’Effroyable Imposture 2 (2006), comme on rédige une thèse de doctorat. Avec des centaines de références bibliographiques. C’était un ouvrage de chercheur rédigé pour le grand public. Ce troisième volume, Sous nos yeux (2017), est une synthèse pour des décideurs présentée comme un voyage personnel. C’est un livre d’analyste gouvernemental.

Oui, il y a beaucoup trop d’informations, mais elles sont toutes utiles. Il ne s’agit pas de présenter en détail un événement ou un autre, mais de décrire le paysage général des rapports de force mondiaux depuis les attentats du 11-Septembre et la manière dont je l’ai compris. Personne n’a fait ce travail jusqu’ici et certainement beaucoup vont le copier. D’innombrables livres ont été publiés qui s’inspiraient de mes précédents ouvrages, ce sera surement encore le cas avec celui-ci.

Question : Et Sous nos yeux, tout comme votre livre précédent, a probablement 10 ans d’avance sur son temps… Peut-être vient-il trop tôt et ne sera-t-il compréhensible (c’est-à-dire acceptable) que dans une décennie ?

La révolte qui vient d’éclater en France va se propager à tout l’Occident

Thierry Meyssan : J’ai relu L’Effroyable Imposture 2 (sur la guerre israélo-libanaise de 2006) lorsque vous l’avez réédité. J’ai été stupéfait de son actualité, douze ans plus tard. Cela tient au fait que les problèmes d’Israël et du Liban ne sont toujours pas réglés.

Sous nos yeux deviendra un classique lorsque l’affrontement que je décris sera résolu. Or, la globalisation financière touche à sa fin. La révolte vient d’éclater en France et va se propager dans tout l’Occident. Les gens souffrent sans comprendre pourquoi ils s’appauvrissent. Il se peut que cette révolte aille vite désormais.

Question : Sa forme est très originale aussi puisqu’elle décrypte les « Printemps arabes » en 3 parties qui chacune adopte la perspective d’un acteur différent : la France, les Frères musulmans et l’axe Washington-Londres.

Thierry Meyssan : C’est pourquoi je parlais de « voyage personnel ».

J’ai d’abord interprété les événements en fonction des informations disponibles pour le grand public ; celles des médias. Malheureusement c’est aussi la manière dont le gouvernement français a réagi. À ce stade, j’ai commis beaucoup d’erreurs, par exemple de prendre au mot ce que l’on racontait sur Mouammar Kadhafi.

Puis, j’ai exploré la nébuleuse jihadiste. Je me suis rendu compte que malgré les apparences, elle était très structurée, que tous ses chefs (ceux d’Al-Qaïda, de Daesh, etc.) étaient issus de la même organisation, la Confrérie des Frères musulmans. J’ai été franc-maçon durant de longues années et j’ai rapidement compris comment fonctionnait cette Confrérie dont les références sont directement issues de la franc-maçonnerie. Par ailleurs, mon grand-père, qui était officier de Renseignement, m’avait appris le goût du MI6 pour les sociétés secrètes. J’ai alors relu l’histoire des Frères à l’échelle régionale. Cela a renversé tout ce que je croyais avoir compris.

Puis encore, j’ai travaillé sur les concepts stratégiques et l’organisation administrative des États-Unis et du Royaume-Uni. Je connaissais certaines des grandes lignes des événements, mais j’ai cherché les éléments inconnus qui permettent de les relier. J’ai trouvé par exemple les mails du Foreign Office révélés en 2004 par Derek Pasquill, un lanceur d’alerte britannique. Ils attestent comment le Royaume-Uni a préparé et organisé les Printemps arabes. J’ai interrogé différents acteurs, comme le président libanais Emile Lahoud sur le rôle de la Ligue arabe. Ou encore, j’ai analysé bénévolement pour le compte de la République arabe syrienne le plan des Nations Unies contre le pays. Bref, de fil en aiguille, j’ai reconstitué minutieusement l’histoire la plus complète des événements, ce qui a encore une fois bouleversé ma compréhension.

Question : Aussi incroyable que puisse paraître votre analyse, c’est malheureusement la seule qui fasse sens dans sa globalité ; et elle pulvérise littéralement la narration communément admise dans l’Establishment politico-médiatique (la Responsabilité de Protéger, la défense des Droits humains ou de la Démocratie…), qui se dévoile alors pour ce qu’elle est : une fraude massive.

En sciences politiques, comme dans les autres sciences, les hypothèses doivent être confrontées aux nouveaux éléments et rectifiées

Thierry Meyssan : J’aborde les Sciences politiques comme de véritables sciences. Les hypothèses doivent constamment être confrontées aux nouveaux éléments et rectifiées. Il faut donc rechercher et trouver des éléments qui contredisent ce que l’on croit savoir.

La manière actuelle d’interpréter les crimes gouvernementaux en fonction de grands idéaux est stupide. Par exemple, personne ne peut croire que l’on va apporter la démocratie en bombardant un pays. La démocratie, c’est le pouvoir du Peuple, cela ne peut en aucun cas être imposé par un État étranger.

Contrairement à une idée reçue, les néoconservateurs, sont issus d’un parti trotskiste qui participait en France au congrès d’un autre parti trotskiste. Bien qu’ils aient rejoint l’administration Reagan et qu’ils aient changé plusieurs fois de parti politique, ils sont toujours trotskistes, mais pensent aujourd’hui faire la « révolution mondiale » avec l’armée US. Ce sont ces mêmes individus qui ont fourni la caution de gauche des printemps arabes en exhibant sur les télés occidentales leurs homologues trotskistes arabes.

Ils sont en train d’opérer leur grand retour au Venezuela.

Question : Comment des gens intelligents, qui se pensent comme l’élite intellectuelle, ont-ils pu adhérer (et continuent encore à le faire) à de telles foutaises ? Kadhafi et Bachar el-Assad massacrant et torturant leur peuple respectif, des guerres dites « civiles » alors que des combattants étrangers affluent par dizaines de milliers en Syrie, le choix entre la peste de l’État islamique et le choléra Assad, la fable des « rebelles islamistes modérés », L’EI « sorti de nulle part » ou alternativement « créé de toutes pièces par Assad pour semer le chaos », l’usage d’armes chimiques par le « régime de Bachar » en train de gagner la guerre, « le rapport César », etc. ?

Thierry Meyssan : D’abord, Mouammar Kadhafi et Bachar el-Assad ont toujours protégé leurs concitoyens. C’était aussi le cas de Saddam Hussein, même si ce dernier était un despote oriental n’hésitant pas à faire assassiner les membres de son parti qui lui faisaient de l’ombre. Il n’est jamais possible qu’un chef d’État soit le tortionnaire honni de son peuple et reste au pouvoir. L’image que l’on nous a vendue de ces personnalités ressort de l’imaginaire hollywoodien.

Certes, vous avez raison, cette propagande est incohérente. Elle mêle des éléments d‘époques différentes. Par exemple, on nous a présenté les « Printemps arabes » comme des révolutions spontanées. Puis on nous a dit que les choses avaient mal tournées en Syrie donnant lieu à une guerre civile. Mais comme vous le notez, à ce moment là, il y avait déjà des dizaines de milliers de combattants étrangers sur place. Ce ne pouvait donc pas être une guerre civile.

Au demeurant, on a utilisé la même ficelle en Afghanistan, en Iraq, en Libye ou au Yémen. Il y aurait donc une épidémie de guerres civiles au Moyen-Orient élargi. Or ce sont des pays extrêmement différents les uns des autres ; des sociétés sans grand rapport entre elles.

Question : En l’occurrence, je pensais avant tout aux intellectuels de gauche, plutôt qu’aux « faiseurs d’opinion »… Ils font preuve d’une infinie naïveté, de manière tellement récurrente, que cela en devient suspect !

Thierry Meyssan : Les notions de « droite » et de « gauche » renvoient à la Guerre froide qui est terminée depuis un quart de siècle. Il n’y a pas aujourd’hui d’intellectuels de gauche ou de droite, pas plus qu’il n’y a de peuple de gauche ou de droite.

Ce que nous constatons, c’est qu’il se crée une solidarité de classe entre les quelques intellectuels qui ont été approuvés par les médias. Ils ne cherchent donc plus à comprendre le monde, mais à défendre leurs intérêts communs avec leurs employeurs.

Question : Chaque fois qu’il entend ou lit les mots « régime syrien », « armée de Bachar », « homme fort de Damas » (ou de Bagdad, de Tripoli, du Kremlin) en lieu et place de « gouvernement syrien », « armée nationale syrien » et « président syrien », l’auditeur ou le lecteur devrait froncer les sourcils et savoir immédiatement qu’il est confronté non à de l’information objective, mais à un discours qui relève de la propagande ! D’ailleurs, comment les rédactions peuvent-elles justifier d’un tel langage propagandiste ?

Thierry Meyssan : Que penserait-on en effet si l’on parlait d’une « armée d’Emmanuel » pour désigner les armées françaises ? Ceux qui parlent ainsi ne s’honorent pas.

Question : À chaque fois, ce sont les mêmes grosses ficelles de la propagande, les mêmes médias-mensonges comme les appellent Michel Collon, qui sont utilisés… et à chaque fois cela fonctionne ! Est-ce parce que ces fausses nouvelles atroces (nouveaux nés sortis de leur couveuse, tortures d’enfants, fillettes à qui on arrache les ongles vernis, viagra distribué aux soldats pour des viols de masse, etc.) nous révulsent à tel point physiquement qu’elles empêchent toute faculté de réflexion ?

Thierry Meyssan : Non, nous y prenons plaisir. Nous sommes comme des enfants écoutant pour la énième fois l’histoire de la méchante sorcière. Nous savons que c’est faux et cruel, mais nous en voulons encore. Malheureusement nous sommes moins intelligents que les enfants : chaque fois, nous agissons comme si le conte était la réalité.

Question : Bien sûr, ici ou là émergent d’importantes bribes de vérité. Par exemple, à l’occasion de la première accusation de l’usage de l’arme chimique en Syrie, des articles sont apparus sur le Net pour rappeler un fait historique oublié : l’utilisation de ces armes dans la région fut le fait des Anglais pour mater la population indigène !

Thierry Meyssan : Les Occidentaux ont souvent utilisé des gaz contre de vastes populations civiles depuis les progrès de la chimie au XXe siècle : pas seulement les Anglais qui furent les premiers en Afrique australe, mais les Italiens en Éthiopie ou les États-Uniens à Haïti etc. Ils ont décidé de ne plus le faire, non pas par grandeur d’âme, mais parce que cette arme est difficile à utiliser à grande échelle sans risquer d’en subir soi-même les frais.

Les armes chimiques ont été introduites en Syrie par l’Armée syrienne libre, une organisation jihadiste alors sponsorisée par la France. Elle était principalement composée de combattants étrangers issus d’al-Qaïda en Libye. Dans une vidéo, cette armée a annoncé qu’elle allait utiliser du sarin contre les alaouites. Ce qu’elle a fait de nombreuses fois au motif que, selon elle, les alaouites ne sont pas des musulmans.

L’Armée arabe syrienne, celle du pays, disposait de stocks d’armes chimiques datant des années 1960. Elle ne les a jamais utilisés et ils ont été détruits sous la responsabilité des États-Unis et de la Russie. Ce qui est étrange, c’est que personne ne semble savoir qu’Israël n’a pas signé la Convention internationale les interdisant. L’État hébreu a poursuivi jusque dans les années 1980 un programme de recherche en la matière digne des nazis car visant à empoisonner des humains selon leur race.

Question : Après les immenses manifestations contre la guerre partout dans le monde, à la veille de l’invasion de l’Irak, on est fondé à se demander où est passé ce vaste mouvement anti-guerre. Il semble s’être littéralement dissous, évaporé. Mais je ne crois pas que les gens soient totalement dupes. Le mouvement des Gilets jaunes par exemple a débuté à cause de la goutte d’eau de la fiscalité dite « verte » ; mais quand on entend les manifestants, on se rend compte que c’est bien plutôt tout le système de la mondialisation et de la financiarisation de l’économie qui les écœurent et qu’ils rejettent en bloc…

Les « printemps arabes » et les « révolutions colorées » sont des mises en scène

Thierry Meyssan : Le mouvement contre l’attaque de l’Iraq a réuni les plus grandes manifestations dans le monde, sauf en France parce que le président Chirac était le leader de ce mouvement populaire international. Il a échoué à empêcher ce massacre et le président Chirac n’a pas tardé a baisser la tête. La suite des événements a été présentée comme une épidémie de guerres civiles ne permettant pas aux gens de prendre position.

La protestation des Gilets jaunes n’en est qu’à ses débuts. Le premier mois a été une réaction épidermique à une fiscalité excessive que vous qualifiez de fiscalité « verte ». Souvenons-nous à ce sujet que le président Macron avait annoncé son projet de « verdir » la Finance. Mais ce n’est que l’écume des vagues. Voilà un quart de siècle que nous avons cru pouvoir atteindre la prospérité avec la dissolution de l’URSS en laissant libre court au capitalisme. Nos dirigeants internationaux et nationaux successifs ont tous accepté ce choix dont nous découvrons aujourd’hui le prix : des dizaines de millions de personnes appartenant aux classes moyennes ont disparu en Occident et en Occident seulement.

C’est pourquoi le mouvement des Gilets jaunes durera le temps qu’il faudra pour déconstruire les erreurs qui ont été commises depuis la fin de l’URSS. Nous entrons dans une période révolutionnaire d’au moins une décennie.

Certaines personnes se demandent si cette révolte est comparable à celle des printemps arabes. Bien sûr que non. Les printemps arabes et les révolutions colorées sont des mises en scène de contestation fictives. On ne fait pas la révolution pour installer la « démocratie de marché » selon l’expression US, mais parce que l’on a plus les moyens de vivre. Les révolutions colorées ne durent que quelques jours ou semaines et permettent de changer les gouvernants sans changer la société. Les vrais révolutions durent des années et n’ont pas besoin que l’on change les gouvernants, même si c’est la plus part du temps le cas. Elles changent l’organisation de la société.

On distingue aujourd’hui les Gilets jaunes des casseurs. Cela n’a aucune réalité. Dans la mesure où la classe dirigeante refuse de changer le paradigme de la société, elle la contraint à la violence. Ce que nous avons vu pour le moment n’est pas grand chose, du vandalisme et des pillages, quelques homicides sans volonté de tuer. Or, l’ensemble de la classe dirigeante refuse d’aborder la question de la globalisation financière. Ce faisant, elle pousse la société vers une violence à très grande échelle. Ne croyez pas que ce qui arrive à l’étranger ne peut pas survenir en France.

Question : Depuis l’émergence de Donald Trump dans le paysage politique US, puis son élection à la présidence, vous tentez dans vos articles d’expliquer qui il est et qu’elle est sa politique, en quoi, contrairement à ce qu’en pensent tous nos médias, elle fait sens. Cela est courageux de votre part, tant l’homme est haï et moqué, présenté comme le pire président que les USA aient jamais connu (à croire que nos élites médiatiques ne se souviennent ni de George Bush fils, ni de Reagan, pour ne prendre que 2 exemples récents). L’homme pourtant semble frustre et est à l’opposé de vos convictions politiques : êtes-vous conscient que dans le monde binaire dans lequel nous vivons, ne pas « être contre », c’est « être pour » ?

Thierry Meyssan : Donald Trump est le président des États-Unis. Il correspond aux besoins des États-uniens et à leur culture. Ce serait un abominable président en Europe, dont il ne partage pas l’histoire, mais c’est la meilleure chose qui est arrivée aux USA depuis un siècle !

Il ne cherche pas à répartir les richesses, mais à relancer le « rêve américain », c’est-à-dire la possibilité pour chacun de sortir de la misère par son travail. Au plan intérieur, il remet donc en cause tous les accords commerciaux internationaux et tente d’établir des règles économiques plus justes pour ses concitoyens. Simultanément, il tente de renverser le politiquement correct, cette morale religieuse que les Puritains ont imposée à toute la société. Enfin, au plan international, il souhaite abandonner l’impérialisme et revenir à l’hégémonisme.

J’ai l’impression d’être à peu près le seul auteur non-états-unien à avoir observé ce programme depuis trois ans. Tout le monde le juge au regard des critères de ses adversaires et en conclut donc que c’est un dangereux imbécile, mais selon ses propres critères, c’est au contraire un homme brillant.

Maintenant, vu son absence d’assise dans la classe politique, il a peu de chances de réussir, surtout depuis qu’il a perdu la majorité à la Chambre des Représentants. Il a cependant déjà amélioré l’économie de son pays où le marché du travail est désormais en pénurie de main d’œuvre.

Question : On s’aperçoit que l’on vit dans un monde où les réalités comme les valeurs sont totalement inversées, quand Obama est méprisé pour ne pas avoir agressé militairement la Syrie, ou quand Trump est unanimement salué pour avoir envoyé quelques missiles sur une base militaire syrienne, et conspué pour avoir renoué le dialogue diplomatique entre les 2 Corées !

Thierry Meyssan : Désormais ce ne sont plus les actes, mais les images que célèbrent les médias. Obama aurait eu tort de ne pas livrer la guerre à la Russie en Syrie, tandis que Trump aurait eu raison de bombarder une base syrienne avec quantité de Tomahawks. Personne ne semblant relever qu’il avait permis à l’armée syrienne d’évacuer cette base avant d’y détruire de vielles carlingues d’avions mis au rebut. En réalité, les deux présidents US savent les guerres qu’ils ne peuvent pas mener.

Question : Je plaide coupable auprès des lecteurs de Sous nos yeux : nous avions, en accord avec vous, choisi de masquer un certain nombre de noms (une vingtaine tout au plus) dans les versions papier et numériques du livre, et nous l’avons fait sans en préciser la raison, tellement elle nous semblait flagrante. D’évidence, c’était une erreur, car certains lecteurs se sont alarmés que l’ouvrage avait été « caviardé » (c’est-à-dire censuré par l’éditeur, l’imprimeur, ou une quelconque mystérieuse autorité). En fait, nous voulions surtout éviter l’éventualité d’un ou plusieurs procès.

Thierry Meyssan : Oui, j’ai publié sur notre site les passages autocensurés. Ils sont au demeurant disponibles dans les éditions étrangères.

J’observe que nous avions tort : aucune des personnes citées n’a émis la moindre protestation auprès du Réseau Voltaire.

Question : Nous avons décidé, d’un commun accord, que vous mettriez rapidement en ligne, dans les semaines à venir, l’intégralité du texte de Sous nos yeux, pour rendre accessible au plus grand nombre ce livre important. Et chaque article sera même enrichi de documents (illustrations, photos, cartes, vidéos, etc. ) qui ne figurent pas dans l’édition originale. Voilà une initiative qui vous honore et qu’il faut saluer… mais en tant qu’éditeur, je me dois de souligner que chaque achat de vos livres contribue à assurer la pérennité de votre travail, comme celle de la petite structure éditoriale dont je suis responsable ! Il est essentiel de le dire : nous effectuons un travail de résistants, avec des moyens financiers limités.

Thierry Meyssan : Depuis 1992, nous luttons contre l’enfumage de la vie politique avec des moyens sans commune mesure avec ceux de nos adversaires. Manifestement, nous avons beaucoup progressé depuis la guerre du Kosovo et le 11-Septembre.

Question : D’ailleurs, en ce qui concerne le « nerf de la guerre », de nombreux lecteurs du Réseau Voltaire se demandent pourquoi le lien « Aidez-nous par un don » sur le site ne fonctionne pas et dirige vers une page blanche depuis des années… Pouvez-vous nous en expliquer la raison ?

Thierry Meyssan : Il y a 7 ans, le secrétariat US au Trésor nous a inscrit sur une liste noire. Notre compte bancaire en France a été fermé et plus aucune banque dans le monde occidental n’accepte de nous en ouvrir un. Plus exactement, dans tous les pays où nous avons essayé, la banque nous a d’abord dit oui, puis a été rappelée à l’ordre par sa Banque centrale et a refusé. Il est aujourd’hui impossible de nous faire parvenir de l’argent.

Nous avons pourtant continué, sans argent de nos lecteurs. Nous avons également refusé l’aide d’États, car cela nous aurait obligés. Nous vivons donc de bric et de broc et avons accumulé les dettes.

Nous devrons demander de l’aide à nos lecteurs pour nous sortir de ce mauvais pas. Mais, à terme, nous devons entretenir ce site à nos frais. Nous devons distinguer ce qui est payant, nos articles dans les journaux et nos livres, éventuellement des rapports privés, de ce qui est gratuit, c’est-à-dire notre engagement politique au service du Bien commun.

Question : Si je ne doute pas que les internautes seront stupéfiés et ne pourront s’empêcher de lire l’intégralité des articles à venir, pourriez-vous nous dire en quelques mots, en quoi votre livre est-il à ce point révolutionnaire ?

Thierry Meyssan : Vous disiez tout à l’heure que les médias ont conspué Obama pour ne pas avoir livré la guerre à la Russie et célébré Trump pour avoir apparemment bombardé la Syrie. Ce n’est qu’un épisode. Aujourd’hui les institutions que l’on croit dédiées à la paix sont celles là mêmes qui organisent la guerre.

Je donne l’exemple du plan de reddition totale et inconditionnelle de la Syrie rédigé par le directeur politique de l’Onu. Ce texte est plus dur que celui imposé par les Alliés aux Japonais à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Lorsque le directeur politique de l’Onu a quitté ses fonctions, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a confirmé ce que j’ai révélé.

Éditions Demi-Lune : Merci M. Meyssan pour ce très long entretien, et bon courage pour la suite de vos travaux.

https://www.voltairenet.org/article204927.html

La presse refuse les travaux sur l’Histoire qu’elle a couverte

Entretien avec Thierry Meyssan (2/3)

La presse refuse les travaux sur l’Histoire qu’elle a couverte

Ce second volet de l’entretien accordé par Thierry Meyssan aux éditions Demi-Lune porte sur son ouvrage consacré à la guerre d’Israël contre le Liban de 2006. Un travail de nature universitaire qui, pour le moment, fait autorité aussi bien pour l’établissement des faits que par ses réflexions contextuelles. Or, ce livre contredisant le traitement de cette guerre par la presse occidentale, il est ignoré par la presse qui s’était faite intoxiquer à l’époque.

| Damas (Syrie)

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La première partie de cet entretien a été publiée le 13 janvier 2019, sous le titre « Conspirationnisme et analyse ».

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Question . Éditions Demi-Lune : Il était intéressant à différents égards de rééditer votre livre sur la guerre israélo-libanaise de 2006, L’Effroyable Imposture 2. Tout d’abord, parce que vous y développiez un point esquissé dans le premier livre, le sujet fascinant et trop peu connu de la théopolitique, à savoir le rôle et l’importance de la religion (en l’occurrence évangéliste) dans la politique des USA au Moyen-Orient.

Thierry Meyssan : S’il est tout à fait honorable de trouver dans sa foi la force de son action politique, il est toujours destructeur de maquiller ses ambitions politiques derrière un discours religieux. Ce qui est vrai en Iran, l’est aussi aux États-Unis.

Pendant la Guerre froide, le Pentagone a diffusé à tous les GI’s des livrets assurant que l’Otan défendait le judéo-christianisme face au communisme athée. C’est l’argument du Gott-mit-uns (« Dieu est avec nous »). Nous continuons d’ailleurs à parler de judéo-christianisme ce qui n’a aucun sens puisque le christianisme s’est affirmé contre le judaïsme.

La théopolitique au demeurant est le nom d’un courant politique puissant qui tient des congrès à visage découvert en Israël. Il réunit des leaders politiques, évangélistes chrétiens et leurs équivalents juifs, selon qui le règne de la paix universelle ne surviendra que lorsqu’un gouvernement mondial sera instauré à Jérusalem. C’est par exemple le discours que tient en France Jacques Attali.

Question : L’Effroyable Imposture 2 traite également de manière originale de la création d’Israël… Vous aimez dynamiter les mythes !

Thierry Meyssan : Il existe une tradition antisémite en Europe. Ceux qui la propagent confondent les juifs et l’État hébreu. J’ai voulu montrer qu’historiquement le projet de l’État d’Israël n’a été soutenu par des juifs que depuis Theodor Herzl, au XIXe siècle, alors qu’il a été promu par les gouvernements britanniques successifs depuis Lord Cromwell, au XVIIe siècle. La « restauration d’Israël » fut même inscrite par le Premier ministre anglais à l’ordre du jour du Congrès de Berlin, en 1878.

Il est impossible de comprendre le rôle actuel d’Israël dans le monde si on persiste à penser que c’est un État imaginé par des juifs. C’est un projet commun du Royaume-Uni et des États-Unis, rendu possible par la « Déclaration Balfour » et les « 14 points du président Wilson ».

Question : Il parle aussi de l’assassinat du Premier ministre libanais Rafic Hariri, immédiatement imputé, sans le moindre commencement de début de l’ombre d’une preuve, au président syrien Bachar el-Assad, ce qui fut comme un avant-goût de la diabolisation incessante dont il fera l’objet 6 ans plus tard à l’occasion du « Printemps arabe » syrien. Aux mensonges et affabulations médiatiques, s’ajoutaient d’extraordinaires manœuvres politico-juridiques…

Thierry Meyssan : Il est toujours plus facile de comprendre les événements avec retard qu’à chaud. En 2005, on se proposait déjà de condamner Bachar el-Assad, et le secrétaire général de l’Onu (pas l’Onu elle même) a créé un prétendu « Tribunal spécial » dans ce seul but. Comme les témoignages de sa culpabilité se sont tous révélés faux, il n’est plus d’usage d’évoquer cette affaire. Désormais, on l’accuse de torture ; une accusation qui n’est pas plus sérieuse.

Lorsque j’ai écrit ce livre, en 2006, j’ignorais le fin mot de l’histoire. Par la suite, je l’ai trouvé. Les pièces à conviction attestent sans l’ombre d’un doute que Rafic Hariri n’a pas été tué au moyen d’un explosif classique —une thèse stupide qui est toujours celle du « Tribunal spécial »—. J’ai publié mes recherches dans une grande revue russe, Odnako. Le Jerusalem Post m’a accusé d’être un agent rémunéré par Vladimir Poutine et le « Tribunal spécial » a dépensé en vain des dizaines de millions de dollars pour tenter de prouver que j’avais tort. Les éléments que j’ai réunis montrent que l’arme est de conception allemande. Le Hezbollah a diffusé des vidéos qui attestent d’une implication israélienne. Il n’existe pas pour le moment de preuve que l’opération a été organisée par l’ambassadeur US Jeffrey Feltman, mais la suite des événements ne laisse guère de doutes. Vous avez ajouté mon article sur ce sujet dans la réédition de ce livre.

Question : La diabolisation du Hezbollah, par l’intermédiaire de sa chaine de télévision al-Manar, en préambule à la guerre du Liban en 2006 et pour la préparer, est remarquablement expliquée. Tout comme les mensonges (Fake News) du quotidien Le Monde sur cette guerre, véritables modèles du genre en termes de propagande, ce qui est proprement sidérant quand on pense que ce journal ose se présenter comme le champion de la lutte contre les Fake News alors que depuis des décennies, il n’a cessé d’en colporter…

Thierry Meyssan : Vu la campagne conduite par Le Monde contre mon travail, je n’ai pas pu m’empêcher préventivement de reproduire quelques une des « unes » les plus mensongères du quotidien. Entre autres, lorsqu’il annonce la victoire d’Israël à Bint Jbeil, alors que ce fut sa plus dure défaite au Liban. Du coup, Le Monde s’est abstenu de conspuer ce livre.

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Question : La « Fake News du siècle » à laquelle Le Monde a largement contribué, restant sans doute l’accusation selon laquelle l’Iran d’Ahmadinejad voulait rayer Israël de la carte… un bobard tellement rabâché que Michel Onfray se croit obligé de le répéter aujourd’hui encore en toutes occasions. Sur cette affaire, vous expliquiez pourquoi les gouvernements occidentaux, via leur chancellerie en Iran, ne pouvaient pas être dupes ; ceci dit, le président iranien aurait pu clarifier ses propos, et il ne l’a jamais fait, ce qui peut apparaître comme une grave faute politique, voire irresponsable.

Thierry Meyssan : Pas du tout. L’Iran a émis une réponse et a exigé que l’agence de presse qui avait délibérément falsifié les propos du président Ahmadinejad publie un rectificatif. Mais rien n’y a fait puisque c’était une opération de propagande de l’Otan à l’adresse du public occidental. Il ne sert à rien d’avoir raison quand vous n’avez accès à aucun média et que ces médias sont partiaux.

Il n’y a pas de débat possible et encore moins de démocratie lorsque l’on a racheté un à un les principaux médias et qu’ils prennent tous le même parti.

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Question : Il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’avant 2002 (avant L’Effroyable Imposture & Le Pentagate), vous étiez très respecté pour votre travail au sein du Réseau Voltaire. Tout a changé quand vous vous êtes opposé à la « guerre contre la terreur » et au « choc des civilisations », vous êtes subitement devenu l’ennemi public numéro 1 (et accessoirement, persona non grata aux USA). D’autant plus que, quelques années après le fameux discours de de Villepin à l’Onu, (2003), la France est rapidement rentrée dans le rang en réintégrant l’Otan et en devenant plus impérialiste que l’Empire ! C’est parce que vous avez estimé que votre sécurité n’était plus assurée en France que vous avez jugé préférable de quitter le territoire.

Thierry Meyssan : Malheureusement, la France n’a pas pu tenir sa position dans la durée. Cependant, lors de mes voyages, le président Chirac m’a protégé face aux États-Unis et à Israël bien que nous étions des adversaires politiques.

Tout a changé lorsque Nicolas Sarkozy a été élu président. Il a négocié avec les États-Unis et s’est engagé en contrepartie, entre autres, à me faire éliminer. Je n’ai eu que quelques jours pour quitter ma patrie. Personne autour de moi ne voulait croire que la France pourrait assassiner un de ses propres ressortissants. J’avais du mal à le croire moi-même. Je pensais que c’était un malentendu et que les choses rentreraient rapidement dans l’ordre. J’ai dû déchanter.

Cependant à chaque chose malheur est bon. Comme je ne savais où aller, je suis parti en Syrie où j’ai immédiatement bénéficié de la protection de l’État. J’y ai vécu huit mois et j’ai donc connu ce pays avant la guerre.

Lorsque je suis allé prévenir l’ambassadeur de France au Liban, Denis Pietton, que des employés de son ambassade avaient organisé une souricière pour m’enlever et me remettre aux services US, il a été terrifié.

Pour moi il est stupéfiant qu’aucun responsable administratif ou politique français n’ait dénoncé, au cours des douze dernières années, l’attitude d’un service de l’État contre un de ses ressortissants. La démocratie est morte parce que nous l’avons laissée mourir.

Question : Vous êtes parti de France pour aller vivre successivement en Syrie, au Liban, en Libye puis à nouveau en Syrie, 3 pays qui étaient dans la ligne de mire des États-Unis, dont 2 furent victimes non pas de révolutions populaires spontanées, mais de sanglantes déstabilisations (guerres de 4e génération) en vue de changements de régime favorables à l’Empire. Et vous êtes de facto devenu le témoin privilégié de ces guerres, notamment l’un des Français qui a vécu le plus longtemps en Syrie assiégée…

Thierry Meyssan : Durant cette période, j’ai aussi beaucoup voyagé, notamment au Venezuela et en Iran où j’ai suis resté au total six mois. Je suis fier d’être revenu en Syrie en novembre 2011 et d’y résider depuis.

Question : Certains, ici ou là, vous reprochent de ne pas avoir immédiatement compris ce qui se passait dans la région quand commencèrent les « Printemps arabes » ; d’autres ne vous pardonnent pas d’avoir accusé Kadhafi d’être en lien avec Israël, ce qui l’aurait affaibli internationalement à un moment critique, quand il avait le plus besoin d’aide…

La presse ne pense pas de manière scientifique :
elle ne remet jamais en question ses hypothèses

Thierry Meyssan : Durant les trois premiers mois du printemps arabe je me suis laissé intoxiquer par la propagande qui régnait à l’époque. Certains gardaient leur confiance à un gouvernement particulier, mais ils ne comprenaient pas plus que moi ce qui se passait dans la région. Lorsque j’ai été invité en Libye, j’ai immédiatement constaté que les informations diffusées par les agences de presse internationales étaient complétement mensongères : les télévisions du monde entier parlaient du bombardement d’un quartier de Tripoli où se situait mon hôtel. Mais il ne s’y était rien passé, il n’y avait aucune trace de guerre civile.

Depuis, j’ai cherché à analyser cet écart entre la réalité et le discours. J’ai reconstitué la manière dont les Britanniques ont conçu cette opération sur le modèle de ce qu’ils avaient fait en 1915 avec Lawrence d’Arabie. Là encore, alors que tous les éléments sont désormais disponibles, la presse internationale persiste à présenter les événements comme elle l’avait fait sur le moment, c’est-à-dire comme des révolutions. C’est une chose étonnante : la presse ne pense pas de manière scientifique, elle prend ses hypothèses de l’instant pour la réalité et ne les remet jamais en question.

Concernant les relations de Mouammar Kadhafi avec Israël, mes déclarations ont choqué à la fois les imbéciles et les antisémites. C’est être responsables pour les autorités libyennes que d’entretenir des relations — au besoin secrètes— avec chacun de leurs États voisins. Cela n’a rien à voir avec ce que l’on peut penser de la politique israélienne et de la libyenne. Malheureusement cela fait voler en éclats la rhétorique des uns et des autres.

Question : Nos concitoyens ne peuvent pas savoir, ni même mesurer, l’ampleur de la diffusion internationale de vos analyses et réflexions. Elle est absolument considérable, car réellement planétaire. En basculant le Réseau Voltaire vers des enjeux internationaux (par opposition aux questions sociales et politiques certes importantes mais franco-françaises de ses débuts), vous êtes devenu une source d’informations alternatives particulièrement crédible. Rappelons que le Réseau Voltaire est disponible en 18 langues, ce qui est proprement stupéfiant.

Thierry Meyssan : D’abord restons réalistes : nos articles sont parfois accessibles en 18 langues, mais plus souvent en une dizaine seulement. Ensuite, nous avons toujours cherché à nous adresser aux professionnels (diplomates, militaires, universitaires), tout en restant compréhensibles par le grand public.

Question : Mais le plus remarquable, c’est qu’alors que vous êtes complètement exclu du paysage médiatique français (vous êtes interdit d’antenne, y compris sur de modestes radios associatives censées être de gauche), vous êtes peut-être le journaliste français le plus lu dans le monde. Vertigineux paradoxe !

Thierry Meyssan : C’est effectivement très paradoxal. Toutefois les choses ont évolué : il y a quelques années, j’écrivais dans les plus grands journaux de la planète, Ce n’est plus le cas. Le département d‘État US a démarché les propriétaires et directeurs de ces médias pour qu’ils cessent de m’héberger dans leurs colonnes. Mais dans cette période, j’ai acquis une notoriété auprès des professionnels de ces pays qui ont continué à me suivre sur Internet. Par exemple j’écrivais chaque semaine dans Kosomolskaïa Pravda, le plus diffusé des quotidiens en russe, que ce soit en Russie même ou dans 17 pays russophones, dont Israël. Son propriétaire ayant des intérêts aux États-Unis a fait le choix de ne pas entrer en conflit avec eux. Aujourd’hui mes articles sur le Net sont reproduits dans les revues de presse gouvernementales de la majorité des pays où ils étaient disponibles sur papier.

Question : Et en même temps, vous restez présent tel un spectre dans l’esprit de beaucoup… On s’en rend compte de manière incidente, quand votre nom est mentionné sans qu’il vous soit donné le moindre droit de réponse,, comme par exemple dans l’article de l’illustre directeur-inconnu du magazine Le Point (« Thierry Meyssan a fait des émules. ») à l’occasion de la sortie du livre de Fabrice Arfi sur le financement par Kadhafi de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007 ; incidemment, vous avez été l’un des premiers à révéler cette affaire.

Thierry Meyssan : Je suis toujours étonné quand des chaînes de radio ou de télévision —généralement du service public— consacrent une émission pour me conspuer. Bien sûr, elles ne discutent jamais mes analyses et se contentent de me décrire comme le scribouillard des dictateurs. Cela fait douze ans que j’ai quitté la France et qu’elles me ferment leurs antennes, mais je leur pose visiblement toujours un problème.

Question : Ou encore quand France-Culture entend « clarifier les idées » de ses auditeurs sur les « théories du complot », à coup d’arguments-massues totalement ineptes (du style : tant que George Bush n’avoue pas, face caméra, que le 11-Septembre a été orchestré par sa propre administration, il faut raison garder) !

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Thierry Meyssan : Je me réconforte en pensant aux honneurs que j’ai reçus dans d’autres pays. Celui dont je suis le plus fier, c’est l’Ordre des Libérateurs qui m’a été remis par l’université de la Patria Grande (Argentine) pour mon travail au service de l’égalité des peuples.

Nous autres, Européens, n’avons jamais admis que les peuples soient égaux. Durant la Conférence de Versailles, en 1919, nous nous sommes opposés à ce que le texte final précise cette pensée (sauf le radical-républicain Léon Bourgeois). Nous avons refusé que la SDN le fasse et nous en avons profité pour continuer le colonialisme. Aujourd’hui, nous continuons à refuser que les Syriens choisissent leur président. Nous parlons de « transition politique » en Syrie, non pas entre la guerre étrangère et la paix, mais entre la République et le régime que nous voulons mettre en place.

Question : À cause de l’outrance de leurs mensonges, contre-vérités, propagande, partis-pris en faveur des guerres, des élites et de la mondialisation, les médias (mais aussi les politiques) ont graduellement perdu l’essentiel de leur légitimité aux yeux du peuple (lequel est encore très largement victime de cette propagande incessante et multiforme dont il n’est que très partiellement conscient). Il faut en effet beaucoup de mensonges pour faire accepter une guerre à une population qui n’en veut pas… (D’ailleurs, comme Daniele Ganser le souligne dans son livre Les Guerres illégales de l’OTAN, on ne dit jamais « guerre », et on préfère les termes « intervention » ou « opération » dont la connotation est bien plus positive).

Thierry Meyssan : Le travail de Daniele Ganser a porté ses fruits. Il n’est plus possible aujourd’hui dans les milieux universitaires de dénier l’organisation par l’Otan de coups d’État et d’attentats sous faux drapeaux en Europe dans les années 1970 et 80.

La constitution française faisait du Parlement le décideur ultime de la guerre et de la paix. Mais au cours des dernières années, on a considéré que des interventions militaires ne sont pas des guerres et que le Parlement doit simplement en être tenu informé. Ce fut le cas dans les Grands lacs africains, au Kosovo, en Libye, en Syrie et au Sahel. Cela illustre que la France n’est pas une démocratie. La Politique étrangère et de Défense n’est pas du ressort des citoyens, mais du « domaine réservé » du président de la République.

Question : En 2002, on vous a accusé de faire du « révisionnisme en direct » ; pendant un temps, on a appliqué le terme « théoricien du complot » au seul 11-Septembre, puis on l’a élargi à l’assassinat de JFK, et très vite à toutes sortes d’interrogations circulant sur le Net ; à toute forme de contestation du discours politiquement correct ambiant, de l’innocuité des vaccins au « poison motel » que représente le dioxyde de carbone. Un mélange informe jusqu’à la caricature, avec la « théorie de la Terre plate », tentative (pathétique) de bien ancrer dans les esprits que s’écarter de la doxa pouvait rapidement mener à la folie.

Thierry Meyssan : On mesure la panique de nos dirigeants avec ce sondage de la Fondation Jean-Jaurès selon lequel plus d’un Français sur 20 croit que la Terre est plate. Je n’ai jamais rencontré personne qui tienne de tels propos, c’est juste un sondage imaginaire pour nous convaincre que nous sommes des imbéciles.

La première fois que l’on m’a accusé d’être « complotiste », je ne comprenais pas ce que cela voulait dire. Par la suite, j’ai appris que c’était un mot états-unien utilisé par le FBI pour décrire les opposants politiques : les gens selon qui JFK n’avait pas été tué par un homme seul, mais par plusieurs, c’est-à-dire juridiquement par un complot. Le fait d’utiliser un mot étranger qui n’existait pas dans la langue française indique bien d’où vient cette campagne.

Question : On peut reprocher au Réseau Voltaire de ne pas s’être suffisamment intéressé à tout ce qui a trait à la lutte contre les « Fake News » et « théories du complot ». Car avant le projet de loi sur les « Fake News » annoncé par Macron en janvier 2018, (et qui a été récemment refusé par le Sénat pour la seconde fois), l’Éducation nationale s’était mobilisée sous la présidence Hollande pour établir un plan d’action contre les « théories du complot » aussi bien dans les programmes scolaires que sur le Net, avec le site « On te manipule ». Alors bien sûr, il ne s’agit pas de nier que circulent sur l’Internet des théories et infos parfaitement absurdes et délirantes, voire odieuses… mais de rejeter l’amalgame qui est fait entre ces idées délirantes et de légitimes questionnements. Par ailleurs, il semble évident que ces initiatives tendent à minorer ou à détruire la crédibilité croissante des sites d’informations alternatives et/ou étrangères ; en ce sens, on pourrait tout aussi bien les appeler lois anti Russia Today, ou anti Réseau Voltaire, bien que ces 2 médias très différents ne soient évidemment pas les seuls concernés…

Thierry Meyssan : Il y a évidemment beaucoup de théories idiotes qui circulent sur le Net, mais il en circule tout autant dans la presse subventionnée. Les exemples que j’ai relevés en 2006 dans Le Monde et publiés dans L’Effroyable imposture 2 en sont la preuve.

Contrairement à ce que vous dites, le Réseau Voltaire a beaucoup travaillé sur la rhétorique des Fake News, mais avant qu’elle n’envahisse l’Europe. Nous ne nous intéressons pas à commenter l’actualité au fur et à mesure, mais à examiner ce qui n’est pas encore considéré comme de l’actualité et à prévoir ce que cela va donner. Nous traitons des sujets souvent un ou deux ans avant qu’ils n’entrent dans le débat public. Vous trouverez par exemple sur notre site une analyse de 2016 du plan à venir de l’Otan en matière de falsification de l’information. Au demeurant, nous nous serions saisis de ce thème si le Conseil constitutionnel n’était pas intervenu. Il n’a pas censuré la loi, mais l’a rendue largement inapplicable.

Question : D’une certaine manière, n’est-ce pas la loi Gayssot de 1990 sur le révisionnisme qui a ouvert la boite de Pandore, c’est-à-dire l’instauration de vérités historiques officielles ?

Thierry Meyssan : Franchement, je ne crois pas. Nous avions déjà des vérités officielles sanctionnées par les tribunaux. Nous devons relire Casamayor, qui fut magistrat au procès de Nuremberg et qui, en tant que juriste, critiqua vertement ce tribunal des puissances victorieuse. L’acte final de Nuremberg, auquel la loi Gayssot fait référence, comprend quelques passages étranges que les vainqueurs souhaitaient y faire figurer bien qu’ils n’aient pas été traités durant les débats. Le rôle de la Justice est de juger équitablement des prévenus, pas de condamner des politiques vaincues.

Le problème ne réside pas dans un texte particulier, mais dans notre incapacité à accepter d’être contredits.

(À suivre …)

https://www.voltairenet.org/article204762.html

Faites ce que je dis, pas ce que je fais !

Faites ce que je dis, pas ce que je fais !


« Les faits menacent ceux qui investissent dans la fraude » DaShanne Stokes


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Kenneth Lay, PDG d’Enron qui a fait une faillite retentissante en 2001, après des malversations comptables.

Tyler DurdenPar Jim Quinn – Le 27 septembre 2018 – Source Zero Hedge via The Burning Platform,

Selon TrimTabs Investment Research, les initiés des sociétés américaines ont vendu 5,7 milliards de dollars de leurs actions d’entreprises ce mois-ci, soit le plus haut niveau enregistré au cours de la dernière décennie. Les initiés, qui comprennent des dirigeants et des administrateurs, avaient vendu plus de 10 milliards de dollars de leurs actions en août, également au rythme le plus rapide depuis 10 ans.

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Montant des ventes d’actions des grandes entreprises US par leurs dirigeants

Avec un marché boursier au plus haut selon toutes les mesures historiques les plus précises, sortant de l’épure, il est logique que les initiés bien informés vendent beaucoup. Bien sûr, s’ils s’attendaient à ce que les bénéfices de leurs entreprises augmentent parce que Trump dit que nous avons la meilleure économie de l’histoire des US, pourquoi vendraient-ils ?

Quand ces PDG superstar, éduqués dans l’Ivy League [gratin des universités US], vont sur CNBC, Bloomberg et Fox pour vanter leurs sociétés et répondre à des questions émoussées posées par des bimbos aux seins avantageux, déguisées en journalistes, ils prédisent un avenir glorieux et déclarent leurs actions sous-évaluées. Achetez, achetez, achetez. Ils racontent leurs boniments, mais agissent autrement. Ils agissent, avec leurs propres fonds, à l’opposé de ce qu’ils font avec l’argent des actionnaires. Parmi les dirigeants d’entreprise, l’éthique n’a jamais été l’une des caractéristiques requises. Mentir avec aplomb est la clé pour être un PDG prospère dans le monde amoral déformé d’aujourd’hui.

Pendant que les chefs d’entreprise des plus grandes sociétés publiques américaines se débarrassaient de leurs propres actions comme s’il n’y avait pas de lendemain, ils autorisaient des rachats d’actions, par leurs sociétés, pour un montant inimaginable de 827,4 milliards de dollars en 2018, un record pour une année, selon TrimTabs. En termes annuels, ces dirigeants feront racheter, par leurs entreprises, plus de 1 200 milliards au moment où les actions atteignent des sommets inégalés. En revanche, en 2009, alors qu’ils auraient pu acheter leurs actions à leur plus bas niveau depuis 10 ans, ils ont racheté moins de 100 milliards de dollars. Acheter haut et vendre bas. Comment peuvent-ils se tromper ainsi ?

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Explosion du rachat de leurs actions par les entreprises

Ces financiers sans scrupules savent exactement ce qu’ils font. La rémunération des dirigeants d’entreprise étant principalement basée sur la valeur des actions, ils sont fortement incités à augmenter leurs bénéfices par action en réduisant le nombre d’actions. C’est tellement plus facile que d’investir de l’argent dans de nouvelles installations pour accroître les profits à long terme. Tout ce qui compte pour ces salopards avides, c’est de dépasser les prévisions de gains du trimestre prochain pour augmenter le prix des actions et s’enrichir. Le prix de l’action est tout ce qui compte.

Lorsque vous entendez dire que les liquidités des bilans d’entreprise n’ont jamais été aussi élevées, prenez-çà avec le dos de la cuillère. Les bilans des entreprises n’ont jamais été aussi endettés. Les neuf années de taux d’intérêt nul de la Fed ont incité ces PDG avides à s’endetter pour racheter leurs actions. Et avec Trump réduisant les taux d’imposition des sociétés de 35% à 21%, les bénéfices excédentaires censés entraîner des embauches et de nouveaux investissements massifs en capital ont été principalement utilisés pour racheter des actions, ce qui n’ajoute aucune valeur à la nation ou à l’économie. Bien sûr, cela profite probablement aux restaurants les plus chers de New York et aux agents immobiliers dans les Hamptons, mais ne fait pas grand chose pour les déplorables dans les zones déshéritées.

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Les rachats d’actions augmentent plus que les investissements

Le fait est que ces dirigeants d’entreprise savent que le jeu touche à sa fin et ils retirent personnellement leurs billes, tout en jouant avec celles des actionnaires, car il n’y a aucun inconvénient personnel pour ces bâtards visqueux. Lorsque le crash surviendra « soudainement », ils plaideront l’ignorance. Comment auraient-ils pu savoir ? Ils mentiront comme des arracheurs de dents en demandant une autre aide aux contribuables et des aides massives en liquidité à la Fed. La chanson reste la même. Et la musique continue de jouer. Vous pouvez faire ce qu’ils disent ou faire ce qu’ils font. Libre à vous.

2018-09-27_5-13-59« Quand la musique s’arrêtera, en termes de liquidité, les choses seront compliquées. Mais tant que la musique joue, il faut se lever et danser. Nous continuons à danser. » – Chuck Prince – PDG de Citicorp, 2007

 

Jim Quinn

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francphone

 

http://lesakerfrancophone.fr/faites-ce-que-je-dis-pas-ce-que-je-fais

 

La « nouvelle prospérité » introuvable de Bruno Le Maire

Politique

La « nouvelle prospérité » introuvable de Bruno Le Maire

Bruno Lemaire by UMP photos CC BY-NC-ND 2.0

Dans l’esprit de Bruno Le Maire, tout ce qui est de nature à favoriser l’activité économique est à rejeter et tout ce qui entrave la liberté d’entreprendre au nom d’une fausse notion de la justice sociale est à encourager.

Par Nathalie MP.

Parmi les séquences médiatiques du week-end, on a surtout retenu l’étrange amnésie mâtinée de connivence calculée qui a saisi Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il s’est retrouvé plus ou moins inopinément face au Président de la République. Quelle injustice pour Bruno Le Maire ! Son registre est certes moins sexy puisqu’il parle de comptes publics, mais à écouter le festival de petites phrases creuses et de platitudes politiquement correctes qu’il nous a servies ces derniers jours, c’est à se demander si côté langue de bois ce ne serait pas lui le meilleur d’entre tous.

Comme souvent quand Bruno Le Maire s’exprime, c’est toujours le côté « bon élève gendre idéal » qui apparaît en premier. Samedi dernier, nous avons donc eu droit au discours qui s’est imposé chez tous les dirigeants voulant montrer du sérieux dans la gestion des affaires nationales, ne serait-ce que pour ne pas encourir trop sévèrement les blâmes et autres procédures pour déficit excessif de l’Union européenne :

Il n’y a pas de prospérité durable avec des comptes publics qui ne sont pas bien tenus.  (BLM, 8 septembre 2018)

« Enfin un peu de lucidité ! » serait-on tenté de dire. À vrai dire, notre ministre de l’Économie est coutumier de ces déclarations très orthodoxes. Il y a un an, il écrivait déjà en en introduction du projet de loi de finances pour 2018 :

Si la dépense publique était la réponse à tout, nous devrions donc avoir le chômage le plus bas et le taux de croissance le plus élevé en Europe. Nous en sommes loin. (27 septembre 2017)

Et encore tout récemment, dans l’émission Les 4 Vérités sur France 2 (voir la vidéo en fin d’article), il donnait la définition de ce qu’il appelle pompeusement « la nouvelle prospérité française » :

La nouvelle prospérité française, elle ne doit pas être bâtie sur la dépense et sur la dette, mais sur la croissance et le travail. (6 septembre 2018)

À l’entendre, avec l’élection d’Emmanuel Macron en mai 2017, nous serions donc entrés dans un cycle radicalement nouveau, celui où la sphère publique arrête de dépenser à tout va comme c’était le cas par le passé.

Du retard à l’allumage

Un passé où les acteurs actuels du « nouveau monde » étaient déjà impliqués jusqu’au cou, Macron comme ministre de Hollande et Le Maire comme ministre de Sarkozy. Mais laissons cela. Il nous suffit de constater que la nouvelle prospérité française a visiblement pris un peu de retard à l’allumage, si ce n’est du plomb dans l’aile :

Le budget établi pour 2018 n’a nullement entériné ces sages préceptes, les dépenses et les prélèvements obligatoires ont continué à augmenter. La croissance française, loin de décoller, se tasse plus que jamais, rendant inatteignable l’objectif de 2 % pour 2018, et le chômage n’a pas reflué de façon significative (tableau ci-contre).

En fait de comptes tenus, Bruno Le Maire s’est contenté de nous annoncer dans la foulée que le déficit public serait en dessous de la limite fatidique des 3 % en 2018 et 2019, grâce (attention, violons) aux « efforts considérables » de l’État, des ménages et des entreprises. Que les particuliers et les entreprises soient sans cesse ballotés d’une décision fiscale à une autre, certes. On pense à la hausse de la CSG couplée à la baisse des cotisations salariales ou à l’invraisemblable fiasco la taxe à 3 % sur les dividendes. Mais quels efforts de l’État ?

Il faut savoir tout d’abord que jeudi dernier l’INSEE a publié un communiqué dans lequel il indique avoir accédé aux demandes d’Eurostat, l’organisme de la statistique de l’Union européenne, à propos de la dette de la SNCF et de la recapitalisation d’Orano (ex-Areva).

Il en résulte que le déficit public rapporté au PIB, qui était de 3,4 % pour 2016 et de 2,6 % pour 2017, remonte à 3,5 % et 2,7 % pour ces deux années respectivement. De la même façon, la dette publique atteint maintenant 2 257,8 milliards € à fin décembre 2017 au lieu des 2 218,4 milliards précédemment notifiés, soit 98,5 % du PIB contre 97 % (voir tableau ci-dessus).

Fragilité de la comptabilité nationale

On pourrait facilement se dire qu’il s’agit là d’un simple ajustement de méthode comptable qui ne change rien de fondamental. En réalité, ceci signifie qu’en laissant des dettes telles que celle de la SNCF en dehors du périmètre de nos comptes publics, on se berçait d’une sorte d’illusion qui conduisait à retarder les indispensables réformes de structures. Cette nouvelle alerte sur la fragilité de notre comptabilité nationale doit absolument être entendue.

Il faut reconnaître ensuite que lorsqu’on a obtenu un déficit de 2,7 % du PIB après de nombreuses années situées au-delà de 3 %, et qu’on a déjà annoncé 2,3 % pour les deux années suivantes, il n’est guère fabuleux de faire machine arrière en promettant qu’on sera tout juste en dessous de 3 %. Et ceci d’autant moins que le déficit public moyen des 28 pays de l’Union européenne se situe actuellement à 0,5 % et celui des 19 pays de la zone euro à 0,1 % du PIB.

Quelles que soient les félicitations que M. Le Maire se décerne avec complaisance à propos de la politique menée depuis 15 mois sur le mode « c’est vrai que c’est plus long et que c’est plus difficile, mais ça donnera des résultats solides », et même s’il lui est facile d’écarter d’un revers de main la critique sur la baisse de la croissance sous prétexte qu’elle émane de l’entourage de François Hollande, la France continue à s’aveugler dangereusement sur les réformes indispensables à faire en matière de baisse de dépenses et de remise à plat des missions de l’État. 

On voit surtout Bruno Le Maire déployer beaucoup d’énergie pour aller chercher de la taxe partout. Dernière idée en date, qu’il pousse à fond et qui a été discutée ce week-end par les pays membres de l’UE : la taxation des GAFA à hauteur de 3 % de leur chiffre d’affaires sous un prétexte des plus fumeux de justice fiscale réclamée d’après lui par les peuples européens.

Le recours systématique à la fiscalité

S’il était véritablement question de couper dans les dépenses, on pourrait envisager de commencer à rembourser la dette publique et baisser les impôts de façon importante, choc fiscal qui serait bénéfique à l’activité. L’attitude de Bruno le Maire laisse plutôt penser qu’il cherche prioritairement à combler le déficit par une fiscalité accrue.

Du reste, la mesure annoncée de réduire les effectifs de la fonction publique de 4500 personnes a de quoi faire rire. C’est une boutade, cette épaisseur du trait, quand on songe que nous avons 5,5 millions de fonctionnaires.

Il est également question de grignoter trois francs six sous d’économie en revalorisant les pensions à un taux (0,3%) inférieur à l’inflation (2,3 %) qui s’accélère nettement ces derniers mois. Pour toucher leur retraite, les retraités ont versé des cotisations prélevées sur leur salaire pendant toute leur vie active. On pourrait donc s’imaginer que le montant de cette retraite soit en rapport direct avec ce qu’ils ont payé pour cela.

Mais non. Dans notre système obligatoire et collectivisé de retraite par répartition, le montant de la pension est strictement politique. Au-delà de considérations techniques sur l’espérance de vie et l’âge de départ en retraite, il dépend surtout des besoins de l’État pour tenter de masquer son incurie générale – « maîtriser les dépenses publiques » comme le dit le Premier ministre – comme nous en avons la preuve éclatante aujourd’hui. Le cynisme de l’État est sans limite.

Mais vous pouvez compter sur Bruno Le Maire pour faire mine de comprendre les frustrations de ses concitoyens. Interrogé sur le lien qui semble cassé entre le Président et les Français qui ne voient toujours rien venir après plus d’un an de gouvernance Macron, il fait assaut de dolorisme et de volontarisme dans un déchaînement de mots d’un creux abyssal :

Nous sommes face à la vérité de Français qui sont impatients, qui ont beaucoup souffert, qui depuis des décennies affrontent le chômage de masse, qui sont inquiets sur ce que va devenir la France. […] Il va falloir faire preuve, encore plus pendant les mois qui viennent, de fermeté, de constance et de détermination. (Les 4 Vérités, 6 septembre 2018)

Et vous pouvez compter sur le gentil Bruno Le Maire pour nous faire comprendre à demi-mot que le seul cynisme qui existe en France est celui des entreprises. Faisant commodément l’impasse sur la démence fiscale et la furie réglementaire de l’État, il explique avec beaucoup de tranquillité que si la croissance n’est pas au rendez-vous, c’est tout simplement parce que les entreprises n’innovent pas, ne forment pas, n’investissent pas et ne rémunèrent pas assez.

Lui, Bruno le Maire, éducateur en chef d’entreprises indisciplinées, va changer tout cela. D’où sa loi PACTE, sorte de loi Macron bis examinée actuellement à l’Assemblée, qui est censée « faire grandir les entreprises » et repenser leur rôle social.

Faire grandir les entreprises ou leur mettre des bâtons dans les roues ? On se le demande, surtout quand on l’entend ensuite déclarer qu’il est hostile à l’idée de considérer le travail dominical dans la loi PACTE, tandis qu’il se montre au contraire très favorable à un amendement LREM qui obligerait les entreprises à « révéler les écarts entre les niveaux de rémunération et repérer les déséquilibres ».

Autrement dit, dans l’esprit de Bruno Le Maire, tout ce qui est de nature à favoriser l’activité économique est à rejeter et tout ce qui entrave la liberté d’entreprendre au nom d’une fausse notion de la justice sociale est à encourager. À ce rythme, la nouvelle prospérité française n’est certainement pas pour demain, mais le politiquement gnangnan se porte bien, merci Bruno.

Pour conclure, je vous laisse découvrir l’inénarrable Bruno Le Maire et toutes ses certitudes d’énarque dirigiste qui n’a rien connu d’autre dans toute sa carrière que les postes politiques (hormis deux ans d’enseignement avant l’ENA). Voici l’intégrale de son passage de jeudi dernier dans l’émission Les 4 vérités (08′ 04″). Je préfère vous prévenir, c’est extrêmement pénible :

Sur le web

https://www.contrepoints.org/2018/09/11/324774-la-nouvelle-prosperite-introuvable-de-bruno-le-maire

Scandale des faux passeports syriens : entretien avec Bassam Tahhan

Nouvelle révélation de Bassam Tahhan : la « coalition syrienne » est de nouveau éclaboussée, cette fois-ci par une affaire de faux passeports remontant jusqu’à l’ex premier-ministre de cette coalition, via une filière slovène. Les vrais passeports syriens du gouvernement de Bachar Al-Assad ont servi de modèle à ces faux passeport, qui vont jusqu’à reprendre de véritables numéros de passeport déjà attribués.

  • Durée : 6 min
  • Date : 19-03-2015
  • Intervenant : Bassam Tahhan
  • Journaliste : Raphaël Berland
  • Source : Cercle des Volontaires

http://www.informaction.info/video-geopolitique-scandale-des-faux-passeports-syriens

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Revue de presse nationale et internationale.

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