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Gilets jaunes, un an après : Dider Maïsto

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0:54 / 27:06RT est financée entièrement ou partiellement par le gouvernement russe. Wikipedia #GiletsJaunes#17novembre#SudRadio

Gilets jaunes, un an après : Dider Maïsto

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Quelle UE maintenant que le fantasme d’une Europe à la française a définitivement volé en éclat ?

12 octobre 2019© FREDERICK FLORIN / AFP

LE CONTRE-COUP GOULARD

Quelle UE maintenant que le fantasme d’une Europe à la française a définitivement volé en éclat ?

Les élites françaises ont toujours pensé l’Europe comme un simple prolongement naturel de la puissance et du modèle français. Le rejet de la candidature de Sylvie Goulard pour le poste de commissaire européen montre que cela n’était qu’illusion.AJOUTER AU CLASSEURLECTURE ZEN357Avec Edouard Husson, Thibault Muzergues

Atlantico : La position de la France en Europe est souvent résumée par la formule gaullienne : « La France doit être le cavalier et l’Allemagne le cheval », que le général aurait dite pour caractériser sa conception de l’amitié franco-allemande. Cette conception d’un couple où la France utiliserait la puissance économique de l’Allemagne pour des ambitions politiques mondiales est-elle encore réaliste aujourd’hui ? En regard de la transformation des institutions européennes depuis les années 2000 et des défaites françaises, dont le rejet de la candidature de Sylvie Goulard pour le poste de commissaire européen constitue l’épisode le plus récent ? 

Edouard Husson : Je ne me rappelle pas avoir lu cette déclaration du Général de Gaulle. Mais il est bien vrai que le fondateur de la Vè République, après avoir souhaité la réconciliation franco-allemande et envisagé positivement la réunification, pourvu qu’elle fût encadrée par une entente de sécurité européenne (excluant les USA et comprenant la Russie soviétique), voyait la RFA (à l’époque simple « Allemagne de l’Ouest ») comme un partenaire qui stimulerait la reconstruction et les nouveaux développements de l’économie française et qui suivrait la France dans son ambition de créer une « Europe européenne ». En fait, ce projet gaullien, contrairement à ce qu’on a tissé comme légende, s’est rapidement effondrée: le parlement allemand a refusé d’entériner la vision gaullienne d’une Europe s’émancipant progressivement de la protection américaine pour retrouver une indépendance stratégique. Dès le printemps 1963, de Gaulle tourne la page. Il constate, en 1965-66, le refus ouest-allemand de soutenir sa mise en cause de la politique monétaire américaine. L’Allemagne de l’Ouest ne le suit que progressivement et timidement dans une politique de détente avec l’Union Soviétique. Ce qui se passe ensuite, c’est que la crise du dollar conduit les investisseurs à acheter du deutsche mark comme valeur refuge et à plutôt se méfier du franc (après 1968). Les vingt années qui suivent sont passionnantes dans la mesure où la France cherche à pallier l’échec de la politique allemande du Général de Gaulle. Georges Pompidou fait entrer la Grande-Bretagne dans le Marché Commun, pour contrebalancer la puissance économique croissante de la RFA; il essaie mais échoue dans une première création de monnaie européenne. Ses deux successeurs, VGE et Mitterrand, suivent exactement la même séquence: deux ans de politique de relance budgétaire suivies d’une politique monétaire plus stricte, alignée sur le deutsche mark. Durant toutes ces années, on est resté dans les coordonnées d’une politique pragmatique. Le deuxième mandat de François Mitterrand est contemporain de la réunification de l’Allemagne et François Mitterrand entraîne la France dans des erreurs stratégiques, à commencer par le fait de figer un rapport de forces monétaire franco-allemand dans l’euro alors que le deutsche mark aurait inévitablement baissé sous le coup de la poussée d’inflation liée à la réunification. Jacques Chirac récidive en figeant un autre rapport de forces, lui aussi en dynamique favorable à la France: la démographie sert à définir le nombre de députés au Parlement Européen et les votes au Conseil. Nicolas Sarkozy a l’intuition juste que la France malgré tout a une marge de manoeuvre dans ce système: l’immigration et l’insécurité coûtent suffisamment cher au pays pour qu’une action politique résolue dans ces domaines ramènent la France la maîtrise de son destin dans une Union Européenne à l’architecture très figée; mais il ne persévère pas dans ses intentions politiques. Il est certes moteur, face à Angela Merkel, dans la lutte contre la crise financière et monétaire mais échoue à être réélu. Ses deux successeurs, François Hollande et Emmanuel Macron, semblent avoir entériné le rapport de force franco-allemand sans volonté réelle de l’inverser, même si l’actuel président est apparu plus volontariste.  

Thibaut Muzergues : Sur ce point-là, je crois que c’est une illusion : aujourd’hui le cheval c’est la France et le cavalier c’est l’Allemagne. Il faut regarder la réalité en face. Aujourd’hui l’Allemagne a un PIB total qui est un tiers, à peu près, plus grand que celui de la France. Et cela fait depuis 20 ans clairement que c’est l’Allemagne qui tient les cartes de par sa puissance économique et puis parce qu’elle a profité de l’élargissement. Elle a créé des contacts en Europe de l’Est et la France a toujours été à rebours, et même si les diplomates français ont fait preuve de beaucoup de professionnalisme, ils n’ont jamais été suivis par Paris en Europe de l’Est.

Par conséquent, la France se berce d’illusions, en pensant que c’est elle qui conduit la manœuvre, et d’ailleurs cela s’est vu pour la commission européenne : pour la simple raison que c’est bel et bien une allemande qui est à la tête de la commission et pas un français ou une française. Donc je crois que les français se croient beaucoup plus forts et feraient bien d’avoir une attitude plus constructive. Ce que Emmanuel Macron n’a pas eu puisqu’il a adopté, depuis huit mois, une politique très unilatéraliste, ce qui lui a porté préjudice, par exemple hier à propos de cette candidature de Madame Goulard.

Pensez-vous que les élites politiques françaises sont en train de changer de vision à propos des rapports entre notre pays et l’Europe ? Et est-ce que vous pensez que le rejet de cette candidature à la commission européenne ouvertement soutenu par la France, peut stimuler une nouvelle réflexion sur l’approche des rapports de forces dans les politiques intergouvernementales de l’Union européenne ?

Edouard Husson : Il y a deux facteurs à prendre en compte. D’une part, les dirigeants français doivent comprendre qu’ils n’ont plus affaire à l’Allemagne d’Helmut Kohl. Il est fini le temps où une entente entre le président français et le chancelier allemand faisait avancer automatiquement l’Union Européenne. L’Allemagne, depuis l’élargissement, a un élément d’alternative à des politiques françaises qui ne lui conviennent pas: l’UE à 27 lui offre de multiples coalitions possibles, même avec la pondération des votes. A vrai dire, rien n’empêcherait la France de faire la même chose: se créer des coalitions, faire émerger des rapports de force, avant de proposer à l’Allemagne un compromis. C’est un peu ce qu’Emmanuel Macron a fait lors du marchandage pour la nomination aux quatre postes principaux de l’UE (présidence de la Commission, du Conseil, Haut représentant aux affaires étrangères et présidence de la BCE). Mais il a du mal à descendre de son piédestal pour engager une négociation entre pairs. Et surtout, Emmanuel Macron a commis, aux yeux de nombreux gouvernements européens et des parlementaires de Bruxelles, une faute majeure: il a mis en cause le principe de faire élire par le parlement président de la commission européenne le candidat présenté par le parti arrivé en tête. Les discours tenus par les Français sur Manfred Weber, présenté par le Parti Populaire Européen, étaient absolument détestables. Emmanuel Macron a obtenu gain de cause provisoirement mais la candidate qu’il a présentée pour être le commissaire français a été recalée. En France, les opposants à Emmanuel Macron aiment à répéter que c’est à cause d’éventuels conflits d’intérêts. Mais il y a une raison beaucoup plus importante et qui fait mal à la vanité française: elle a d’abord été recalée parce qu’elle n’a pas été jugée à la hauteur du vaste portefeuille qu’il s’agissait de lui confier: celui du Marché unique. Il faut arrêter de se raconter des histoires. Tant que nous n’enverrons pas les meilleurs à Bruxelles; tant que nous ne ferons pas un lobbying approprié pour occuper les postes-clé; tant que nous passerons pas le temps qu’il faut pour palabrer avec les uns et les autres, nous pourrons toujours crier à l’injustice mais nos candidats seront recalés ou pas pris au sérieux. 

Thibaut Muzergues : Je l’avais espéré au moment de l’élection d’Emmanuel Macron, car il semblait aller dans cette direction. Malheureusement ce n’est pas la voie qui a été prise. Mais tout n’est pas de sa faute, car il s’est aussi heurté à un mur d’incompréhension et de suspicion allemand, et qu’il s’est ensuite mis à faire de l’unilatéralisme. Idéalement, ce qui s’est passé hier devrait inciter les hommes politiques, notamment à En Marche, à revoir leur copie, parce que ce « vote contre » était non pas vraiment prévisible, car madame Goulard est une femme extrêmement compétente, mais il y avait quand même des indices qui indiquaient qu’elle aurait des difficultés à se faire accepter. En fin de compte, il faut rappeler que parmi les trois commissaires qui n’ont pas été investis, nous avons la française, la roumaine [RovanaPlumb], qui a de gros problèmes de corruptions, et le hongrois [László Trócsányi] qui était ministre de la justice en Hongrie et qui a démantelé l’état de droit dans ce pays. C’est donc une humiliation assez sévère pour la France.

Il y a toute une réflexion à avoir pour comprendre qu’il n’y a plus de grandes puissances en Europe, même l’Allemagne n’est plus une grande puissance. A partir de là, il faut apprendre à jouer collectif, ce qui veut dire aussi aller discuter avec le Parti populaire européen (PPE) et le Parti socialiste européen (PSE). Malheureusement aujourd’hui je ne suis pas convaincu que les élites françaises aient compris cela. Est-ce que ça va être un choc salvateur ? Personnellement j’en doute, mais j’espère que ce sera le cas.

Comment l’Allemagne conçoit-elle sa place depuis sa réunification globalement réussie et son affirmation comme première puissance européenne ? Et la France doit-elle s’inquiéter des positions allemandes vis-à-vis des institutions européennes ? 

Edouard Husson : Je crois que ce serait une erreur d’attribuer à l’Allemagne les raisons du rejet de la candidature de Sylvie Goulard. Raisonner ainsi, c’est continuer à réfléchir dans les coordonnées du dialogue supposé encore efficace entre présidents français et chanceliers allemands. C’est ne pas voir que la République Fédérale est confrontée elle-même à l’émancipation des Allemands de Bruxelles, sorte de 17è Land, qui a tendance à obéir à ses propres rapports de force internes. Ni Angela Merkel ni Ursula von der Leyen n’étaient en mesure d’imposer Sylvie Goulard à leurs compatriotes au Parlement européen. L’Allemagne est certes plus puissante économiquement que la France mais c’est aussi un pays beaucoup plus décentralisé, où le gouvernement repose sur une coalition fragile, sans grande assise dans l’opinion. La Chancelière est en bout de course, il est vrai. Mais ne nous faisons pas d’illusions: les successeurs seront des chanceliers plus faibles encore qu’elle-même en fin de mandat. Le système politique allemand n’a pas digéré certaines des décisions solitaires de Madame Merkel, à commencer par la sortie brusque de l’industrie nucléaire en 2011 et l’ouverture totale des frontières à l’immigration fin 2015. Il a donc tendance à renforcer sa tendance à la décentralisation et à l’éclatement des centres de décision. Il y aurait là une chance pour la France, à condition de sortir de la méthode « top down » et d’aller rechercher des alliés dans toutes les institutions européennes. Cessons d’incriminer l’Allemagne et regardons nos propres lacunes. 

Thibaut Muzergues : Concernant la manière dont l’Allemagne se voit, je crois que malheureusement les allemands – je crois que c’est là aussi le problème – n’ont pas vraiment de stratégie. Il y en avait une à l’époque de Kohl, une fragile à l’époque de Schröder, mais c’est vrai qu’Angela Merkel, pour tous les mérites qu’elle a, n’a pas vraiment eu de vision autre que la vision économique. Son objectif était de faire de l’Allemagne une puissance économique, en l’intégrant fortement à l’Europe, et voilà ça s’est résumé à ça, sans vision de long terme. Souvent, on pensait que Paris pouvait amener cette vision à long terme. Aujourd’hui on voit très bien que Paris en essayant de porter une vision à long terme qui est totalement défendable, a en fait plus braqué l’Allemagne de Merkel qu’autre chose. Est-ce qu’un nouveau chancelier ou une nouvelle chancelière pourrait faire une différence ? Le problème c’est que ce nouveau chancelier ou cette nouvelle chancelière aura une légitimité nouvelle venue des urnes, et c’est cette personne qui sera le vrai conducteur.

Pour la France, encore une fois, il y a une vraie réalisation à avoir vis-à-vis de sa puissance relative. La France est une des trois grandes puissances européennes mais elle n’est pas seule, elle doit donc apprendre à jouer collectif pour pouvoir faire quelque chose. Même si on avait pu penser que Macron était dans cette philosophie-là, mais qui s’est en fait vite retrouvée dans une situation de repli et d’unilatéralisme.

La France doit s’inquiéter en effet de l’éloignement entre ses positions et celles de l’Allemagne. On a toujours considéré que les deux positions s’éloignaient les unes des autres. Dès que les deux tombaient d’accord, on obtenait un accord au niveau européen. La France a une politique de cavalier solitaire, ce qui a permis quelques victoires, comme l’obtention par Christine Lagarde de la BCE, mais dans le même temps des désastres absolus comme dans le cas de Sylvie Goulard. Les anglais étant partis, la France a perdu un allié dans les négociations. L’Angleterre parti, cela laisse la France un peu petit à regarder l’Allemagne en position d’infériorité. Et bien-entendu ça a des conséquences pour l’avenir. Sur l’économie, la France a réussi à obtenir de l’Allemagne le passage à l’Euro afin d’éviter que l’Europe ne soit pas une zone deutch mark mais une zone euro. Maintenant il faut faire accepter d’un « gouvernement euro » et le problème ça va être, quelle va être le prix à payer pour ça. Est-ce qu’il faut abandonner le parlement européen à Strasbourg ? Je ne suis pas certain qu’il y ait cette réflexion sur la négociation à venir au ministère des affaires européennes ou au quai d’Orsay. Et surtout quelle coalition bâtir à l’avenir ? Avec l’Espagne ? On a un peu ça avec la Roumanie et Slovaquie, mais c’est encore très embryonnaire. Les français se bercent de l’illusion que le couple franco-allemand est toujours au centre, et c’est vrai que les deux décident de quelque chose, généralement cela est adopté, mais la France doit avoir une solution de repli. Les allemands avaient une solution de repli avec la Pologne pendant longtemps. La France aujourd’hui est trop isolé et il faut une vraie réflexion sur cette politique de coalition à mettre en place, et ça vaut aussi pour les partis politiques.

Edouard Husson publiera Paris – Berlin : Fatals malentendus, aux éditions Gallimard, le 7 novembre 2019

https://www.atlantico.fr/decryptage/3580897/-quelle-ue-maintenant-que-le-fantasme-d-une-europe-a-la-francaise-a-definitivement-vole-en-eclat–edouard-husson-thibaut-muzergues

Alain de Benoist : « L’union des droites ? Aussi chimérique que celle des gauches ! »

01/10/2019

Alain de Benoist : « L’union des droites ? Aussi chimérique que celle des gauches ! »

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BOULEVARD VOLTAIRE. C’est un vieux serpent de mer qui resurgit périodiquement depuis plus d’un siècle : l’union des droites revient dans le débat. Vous n’y croyez pas ?

ALAIN DE BENOIST : Ce sont des calembredaines, des mantras qu’on récite pour se rassurer, sans considération des circonstances. Comme vous le dites, l’idée n’est pas nouvelle, mais cela n’a jamais marché, pour la simple raison que, faute de clarification sur les principes, les inspirations idéologiques des différentes droites se sont toujours révélées incompatibles.En France, il n’y a jamais eu d’union des droites. Jamais. Quant à l’union des gauches, autre mythe inusable, elle ne s’est concrétisée qu’à trois reprises, pour quelques années à peine et sans aucun lendemain : sous le Front populaire, lors du Conseil national de la Résistance et, enfin, avec le « programme commun » de Mitterrand, qui a d’ailleurs marqué le début de la débâcle du Parti communiste.

Il y a quinze ou vingt ans, lorsque l’UMP faisait à peu près jeu égal avec le Front national, on pouvait encore espérer faire sauter le « cordon sanitaire ». C’était, en réalité, tout à fait impossible, mais au moins pouvait-on en formuler l’hypothèse. De braves gens naïfs, des notaires de province et quelques potaches cathos-bobos pensent apparemment qu’on en est toujours là. Ce n’est plus le cas. Avec Macron, la droite libérale est au pouvoir. Il y a, d’autre part, le Rassemblement national, qui n’est pas libéral, mais qui plafonne pour l’instant autour de 25 % (même si l’existence d’un « plafond de verre » reste indémontrée). Je suppose qu’on ne veut pas faire l’union de La République en marche et du RN. Mais alors, de quelles droites veut-on faire l’« union » ? Les Républicains sont, comme le PS, à l’agonie. Nicolas Dupont-Aignan ne représente plus rien. Ne parlons même pas d’Asselineau ou de Philippot. On peut bien répéter que l’union fait la force, le slogan perd toute signification quand il n’y a rien à réunir. Même additionné à l’infini, zéro plus zéro égale toujours zéro.Quelle union, d’ailleurs ? Au niveau des appareils, il ne faut même pas y penser. Ce n’est d’ailleurs pas gênant car, compte tenu d’un phénomène de volatilité électorale devenu majoritaire, les partis ont cessé d’être les moteurs de la vie politique. À la base ? Ce serait, en effet, une meilleure solution, mais à condition de ne pas se limiter à la « droite ». Les familles politiques traditionnelles ont disparu et le clivage gauche-droite n’est plus désormais, au mieux, qu’un clivage parmi d’autres. Deux clivages nouveaux s’imposent : entre les universalistes et les enracinés d’une part, entre les conservateurs et les libéraux de l’autre. L’effondrement des Républicains s’inscrit dans ce processus de clarification : les deux tiers de l’électorat filloniste sont partis chez Macron, un tiers a rejoint le Rassemblement national et il ne reste plus à LR qu’une poignée de canards sans tête qui s’agitent dans les décombres du poulailler. La bonne bourgeoisie catholique, plutôt que de voter Bellamy, a rejoint le parti de l’ordre parce qu’elle a bien compris que c’était son intérêt et que l’intérêt, pour elle, passera toujours avant les convictions. La future majorité anti-Macron n’est pas à rechercher « à droite » mais dans l’ensemble du peuple français aujourd’hui confronté au double problème de l’immigration et de la politique d’austérité, c’est-à-dire, dans les deux cas, au système capitaliste. Reste le problème des hommes (ou des femmes) qui puissent incarner cette dynamique sociale-identitaire. Il n’est pas résolu.

BOULEVARD VOLTAIRE. Vous êtes donc hostile à des initiatives telles que la Convention de la droite, animée notamment par Marion Le Pen et Éric Zemmour ?

ALAIN DE BENOIST : Pas du tout. Je suis convaincu que ceux qui ont assisté à cette Convention et en ont fait un succès ont entendu des choses très intéressantes. Le dialogue et les confrontations d’idées sont toujours utiles, mais sur le plan de la politique électorale, il n’en sortira rien. J’entends bien que certains de ceux qui se définissent comme « de droite » ne se reconnaissent ni dans le parti de Macron ni dans celui de Marine Le Pen. Pourquoi pas ? Mais ce ne sont que des individualités, auxquelles ne correspond aucun électorat ni aucun espace politique. Le paradoxe serait alors qu’ils veuillent créer un nouveau parti, qui ne ferait que diviser l’opposition.

BOULEVARD VOLTAIRE. Restons dans les sujets qui fâchent. Sur la PMA, la GPA, etc., on ne vous a pas beaucoup entendu…ALAIN DE BENOIST : Parce que ce sont des combats perdus d’avance. La loi sur la PMA vient d’être votée, et la majorité des Français y sont favorables, d’autant que, comme dans le cas du mariage gay, ils réalisent très bien que le problème ne concerne qu’une minorité de minorité. Jean-Marie Le Pen dit qu’il préfère des « enfants sans pères » à pas d’enfants du tout, ce qui n’est pas totalement absurde. Parler d’« enfants sans pères » n’a, d’ailleurs, pas beaucoup de sens, car cette catégorie n’existe pas. On parle, en fait, d’enfants qui n’auront pas la possibilité de connaître l’identité de celui qui leur a légué la moitié de leur patrimoine génétique. C’est déjà le cas des enfants de couples hétérosexuels nés de la PMA et de bien des enfants adoptés. Quant à la GPA, elle s’est occasionnellement pratiquée de tout temps dans la bienheureuse opacité des mœurs villageoises. Les catholiques, après tout, adorent un homme sans père biologique identifié, dont la mère a servi de « mère porteuse » à l’Esprit saint (exemple radical de dissociation de la sexualité et de la procréation).

Je n’en suis pas moins sensible aux enjeux : la filiation, la marchandisation. Mais ce n’est pas en gazouillant sur « les papas » et « les mamans » qu’on prendra la pleine mesure du problème. Si l’on est en présence d’une rupture anthropologique majeure, alors il faut s’interroger sur l’essence de la technique : dire que « tout ce qui est techniquement possible n’est pas humainement nécessaire » est totalement inutile aussi longtemps qu’on n’a pas compris que la loi de la technique est que tout ce qui est techniquement possible sera effectivement réalisé. Aujourd’hui, ce n’est plus l’homme qui maîtrise la technique, c’est la technique qui décide pour lui. Quant aux modifications de la filiation, il faut s’intéresser aux causes, et pas seulement aux conséquences. Pourquoi veut-on, aujourd’hui, « sortir de l’hétérosexualité », discréditer la biologie et la notion même d’hérédité, revenir à un système matrilinéaire abandonné depuis la Préhistoire, entretenir l’idée d’un homme se créant lui-même sans plus rien devoir à la nature ? Telles sont les questions qu’il faut se poser.

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

 Rédigé par Patrick Péhèle à 12:19 dans Alain de Benoist | Lien permanent

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28’ Samedi – Avec Thomas Piketty – 28 minutes – ARTE

28’ Samedi – Avec Thomas Piketty – 28 minutes – ARTE

11 202 vues•Ajoutée le 14 sept. 20191179PARTAGERENREGISTRER28 minutes – ARTE66,9 k abonnésS’ABONNERL’émission du 14 septembre 2019 28’ est le magazine d’actualité d’ARTE, présenté par Elisabeth Quin du lundi au vendredi à 20h05.

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Les révélations de Mondafrique sur la stratégie de Gaïd Salah


Les révélations de Mondafrique sur la stratégie de Gaïd Salah

By Nicolas Beau -17 août 2019970PARTAGES95020

Mondafrique a réalisé un entretien avec un haut gradé, aujourd’hui à la retraite, mais resté très proche de l’entourage de Gaïd Salah, le patron de l’armée algérienneIl en ressort que l’institution militaire algérienne n’avance pas à l’aveugle, mais selon un projet et un calendrier parfaitement identifiés et assumés.

« LE HIRAK EST UNE FIERTE POUR L’ALGERIE »

Mondafrique. On assiste à un « turn  over’ impressionnant au sein de l’encadrement de l’armée algérienne où de nouvelles nominations sont régulièrement annoncées. Quelles sont les raisons de ces changements incessants qui peuvent apparait comme des signes de faiblesse? Pourquoi ce renouvellement brutal de génération qui voit de simples colonels accéder à des postes de première importance?

En 2007, l’actuel chef de l’État Major, Gaïd Salah, avait émis le souhait de restructurer profondément les services de renseignement et surtout de donner un coup d’accélérateur en faveur du renouvellement des  officiers supérieurs, et cela à tous les niveaux de l’institution militaire. Hélas, le président Bouteflika n’avait pas donné suite à ces projets pour des raisons « politiques », qui tenaient à la cohabitation de son régime avec les hommes de l’ex DRS (services secrets algériens) .

C’est seulement en 2013 que le chef d’État Major a réussi à imposer une professionnalisation accrue. Il a surtout convaincu la Présidence de la nécessité de revoir l’organisation du DRS et de l’urgence de sa restructuration. Il fallait que cessent la tutelle des services algériens sur la société et leur intrusion dans les affaires politiques. Ces services doivent se consacrer à leur mission qui est celle du renseignement. Il leur faut lutter contre les réseaux terroristes et préserver le pays des dangers qui nous guettent. Depuis, les observateurs neutres ont relevé les succès enregistrés dans la lutte antiterroriste.

Mondafrique. Dans quel état se trouvent désormais les réseaux du DRS, qui a officiellement disparu en 2015? La détention du général Toufik qui en fut le chef incontesté pendant un quart de siècle, signe-t-elle la fin véritable de son influence?

 L’ancien chef du DRS, le général Toufik, qui a érigé un État à l’intérieur de l’État, a transformé un service qui devait être au service de la nation en un instrument de contrôle du pays  et surtout en un outil de chantage sur les cadres de l’État. Il a ainsi installé ses pions dans la plupart des institutions étatiques.

L’ex DRS qui regroupait des compétences et des spécialistes dans diverses disciplines, est devenu un tremplin pour des opportunistes, doublés d’ affairistes.

Sous l’égide du général Tartag le successeur de Toufik en 2015, l’ex DRS est passé sous la tutelle de la présidence. Le frère du président, Saïd Bouteflika, qui exerçait officiellement la fonction de conseiller à la Présidence mais en était l’âme damnée, a instrumentalisé les services pour le compte d’une bande qui s’est accaparé les deniers de l’État.

Aujourd’hui les réseaux qui gravitent autour des deux chefs déchus et emprisonnés pour complot contre l’autorité de l’État, tentent de manipuler l’opinion publique en transformant les revendications légitimes du Hirak  en slogans hostiles à l’institutions militaires. C’est cette opération de diversion que les observateur ne voient pas ou ne veulent pas voir compte tenu de liens que l’ex DRS avait créé dans de nombreuses capitales étrangères, notamment à Paris.

Mondafrique. Vous parlez des « revendications légitimes » des manifestants, dont beaucoup ont pourtant le sentiment que Gaïd Salah et les siens restent sourds à leurs exigences et veulent imposer leurdiktats

Pas du tout, l’union entre l’institution militaire et le peuple algérien reste très forte. Ce sont les militaires qui ont imposé leur veto à la volonté des anciens dirigeants du pays d’imposer l’état d’urgence ou même l’état d’exception. Simplement, Gaïd Salah a mis en garde contre les « aventuriers ». A savoir certains manipulateurs qui ont entamé une compagne de désinformation pour faire croire que le discours du chef de l’État major concerne les manifestants pacifiques , alors qu’il ,e vise que des forces obscures qui cherchaient à semer le désordre et à justifier une réponse autoritaire aux conséquences désastreuses.

Mondafrique. Depuis quand Gaïd Salah était informé des projets funestes de la Présidence algérienne alliée au général Toufik?

L’État Major était informé de la situation depuis que la décision de faire briguer au président malade un cinquième mandat avait été prise. Les manigances et les conciliabules de certains responsables ou anciens responsables étaient connus.

Mondafrique. Pourquoi l’armée n’a-t-elle pas opposé son veto à ce projet jugé calamiteux du cinquième mandat?

L’armée en institution régalienne et républicaine a pris l’engagement publique depuis la nomination de l’actuel chef de L’État major en 2004 de ne pas s’impliquer dans le jeu politique, mais de se consacrer totalement à sa mission définie par la constitution.

L’institution militaire a retenu les leçons de l’Histoire. Il faut se souvenir des conséquences désastreuses de la politique de l’ancien ministre la Défense, le général Khaled Nezzar, qui avait utilisé la force brutale contre des jeunes manifestants en octobre 1988. L’implication directe des militaires dans l’arrêt du processus électoral a laissé des traces. Il n’est plus question de commettre à nouveau de pareilles erreurs. 

Mondafrique. Quel jeu politique joue aujourd’hui le général Nezzar? Dans quelle mesure est-il coupable d’avoir couvert les malversations financières de son clan?

Le général Nezzar qui avait la liberté totale de s’exprimer à partir de son pays après le départ de Bouteflika ne s’en est pas privé. L’institution militaire à ce stade lui a laissé toute liberté, y compris sur le site « Algérie Patriotique » qu’il contrôle avec son fils. Lorsqu’il a compris que les investigations sur ses affaires se faisaient plus menaçantes, il a préféré, ainsi que son fils, quitter le territoire sans que personne là encore ne l’en empêche. Les enquêteurs en effet n’avaient pas mis encore la main sur des éléments qui auraient donné aux juges la possibilité de lui interdire la sortie du territoire.

Depuis, les preuves sont là de son implication dans le complot contre l’autorité de l’État même s’il prétend avoir conseillé à Saïd Bouteflika de ne pas toucher à la cohésion de l’armée. Comment le croire? Son implication directe dans la déstabilisation de nos institutions et ses frasques financières sont désormais avérées.

Mondafrique. Passons au volet politique, si vous voulez bien. On a l’impression que la situation su ce plan là avance peu et que les exigences populaires ne sont pas prises en compte. Il est vrai que la faible structuration des mobilisations rend difficile la recherche d’interlocuteurs valables. Comment évaluez vous la situation? 

La classe politique algérienne a été surprise par l’ampleur de la mobilisation populaire, mais elle n’arrive pas à s’imposer comme une émanation de ce mouvement, Les manifestants qui revendiquent le changement ne son pas sur la même longueur d’onde qu’elle. Le règne de Bouteflika a réussi à disqualifier l’ensemble des corps intermédiaires.

Les élites politiques couvrent un champ très large qui va des vestiges de l’ancien Front Islamique de Salut (FIS) aux laïques et aux « républicains » qui, pour certains, ont été des acteurs de la tragédie de la décennie noire. Sans parler de ces millions de jeunes qui jusqu’aux récentes mobilisations semblaient en désintérêt total avec l’objet politique 

Une certitude donc, la majorité des manifestants ne se reconnaît pas dans les partis politiques même s’il y’a une convergence apparente dans les revendications exprimées. Dans ces conditions, il est très difficile pour les partis politiques de s’approprier le Hirak, L’impératif du dialogue doit primer pour l’intérêt suprême de la Nation

Mondafrique; A quelle échéance pourrait avoir lieu l’élection présidentielle. Sur quelles forces l’Etat Major peut s’appuyer?

L’urgence de la situation n’exclut pas le consensus. L’institution militaire incite au dialogue que certains refusent avec obstination, tout en critiquant la composition des commissions qui ont vu le jour. Certaines personnalités respectables et capables de garantir le sérieux du dialogue, ont préféré s’abriter dernière des excuses fallacieuses au détriment des intérêts du pays. Etranges postures alors alors qu’elles ont été parfois les serviteurs du système qui a engendré la situation actuelle…

L’État major, via son chef ,a exprimé à maintes reprises  qu’il ne coopte aucun parti ni aucune personnalité, La tenue d’une constituante n’est pas une idée absurde, sauf que les fractures qui existent au sein de notre société risquent de nous plonger dans des débats interminables. Libre au nouveau président légitiment élu d’appeler à un référendum sur les questions de son choix, mais à son rythme et sans palabres inutiles!

Mondafrique. Quel rôle donner à la mouvance islamiste dont il faut rappeler que lors du «  »printemps algérien » entre 1988 et 1992 elle a obtenu la majorité des suffrages lors des municipales d’abord et lors d’un premier tour des élections législatives ensuite?

Le fondamentalisme salafiste est encore une réalité sociologique, mais en nette régression au profit d’un islamisme piétiste et non politisé. La question n’a pas été réglée en profondeur. Les partis islamistes légaux encouragés sous Bouteflika se trouvent dans une posture d’attentisme et d’opportunisme, mais n’ont aucune véritable offre politique à faire valoir. 

Mondafrique. -La France exerce-t-elle des pressions sur les autorités algériennes pour favoriser une sortie de crise qui aurait sa préférence?

Que la France s’intéresse à ce que se passe chez nous est logique vu nos relations basées sur le respect et l’indépendance mutuelles, Mais d’ingérence, il n’y en a point!

Mondafrique. L’homme d’affaires kabyle Issad Rebrab compte de nombreux soutiens en France, dont le président français, Emmanuel MacronDes messages sont-ils parvenus à Alger le concernant?

Que des personnalités françaises indépendantes expriment leur sympathie pour Rebrab est possible, mais c’est un non événement pour nos institutions. Les officiels français n’ont pas à se mêler des dossiers traités par la justice algérienne 

Nos amis étrangers doivent comprendre que le Hirak est une fierté pour l’Algérie. L’’image d’un peuple pacifique et civilisé donne du baume au cœur. Personne ne souhaite un épilogue autre que celui qui garantira le choix populaire pour une Algérie nouvelle, 970PARTAGES95020

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Nicolas BeauAncien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l’Institut Maghreb (Paris 8) et l’auteur de plusieurs livres: « Les beurgeois de la République » (Le Seuil) « La maison Pasqua »(Plon), « BHL, une imposture française » (Les Arènes), « Le vilain petit Qatar » (Fayard avec Jacques Marie Bourget), « La régente de Carthage » (La Découverte, avec Catherine Graciet) et « Notre ami Ben Ali » (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

https://mondafrique.com/les-revelations-de-mondafrique-sur-la-strategie-de-gaid-salah/

Ammar Belhimer* : «Il y a menace sur les institutions» en Algérie

Ammar Belhimer* : «Il y a menace sur les institutions» en Algérie

Publié par: brahimle: 09 août, 2019Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_MaghrebImprimerEmail

Le président de la commission politique de l’Instance nationale de dialogue et de médiation revient dans l’entretien qu’il nous a accordé, sur le contexte qui entoure la mission du panel. Revue de presse.

Propos recueillis par Said Boucetta

L’expression : L’Instance nationale de dialogue et de médiation, a, comme son intitulé l’indique, une mission de dialogue et de médiation, mais quelle pourrait être sa définition politique compte tenu des circonstances de sa naissance ?


Ammar Belhimer : Le Panel est une structure dédiée à la médiation en vue d’un dialogue devant conduire les acteurs civils et politiques à sortir du vide institutionnel ouvert par la démission du président sortant.


C’est une structure ad hoc, donc provisoire, qui active le temps d’une mission; elle est indépendante et plurielle – à ce titre, elle s’appuie sur l’engagement bénévole et résolu de personnalités en vue de la société civile – et n’a pas d’autre ambition que de réunir le consensus requis pour une élection présidentielle qui réunisse toutes les garanties de transparence et d’intégrité.


Le Panel n’a pas vocation à être le porte-parole d’une institution civile ou militaire, de partis ou d’associations ; de même qu’il ne prétend ni représenter le Mouvement populaire né de l’opposition résolue au 5e mandat du président déchu ni parler en son nom ; avec le Hirak, il partage les revendications fondamentales de protection des droits et des libertés individuelles et collectives et des garanties requises pour un scrutin crédible.

Et pour répondre à votre question, je dirais que le Panel aspire à l’unité des forces patriotiques et démocratiques pour qu’éclose le génie libérateur du peuple algérien au service de l’édification d’un État de droit assis sur une économie sociale de marché qui consacre le mérite tout en protégeant les plus démunis.

Mais entre afficher des intentions et les réaliser, il y a du chemin à faire. Quel est, à ce propos, l’état d’esprit des membres de ce Panel ? 

Les membres du Panel sont conscients des limites de leur action, dans un contexte critique, voire cataclysmique, porteur de toutes les menaces sur les institutions, l’ordre et la stabilité, l’intégrité et la souveraineté nationales. La mission de médiation est d’autant plus difficile que nous assistons, depuis 2012, à une érosion des espaces de débats. Cela m’amène à évoquer les aspects problématiques de la situation que vit le pays. Le fait est que c’est dommage qu’on ait fait le vide sur ce terrain car la médiation fait partie du nouveau paradigme de la régulation sociale. L’étendue et la force de la médiation sociale est tributaire de l’état de la société civile. Les trois étapes du processus qui mènent à la formation de la société civile sont l’existence d’associations libres (la condition juridique), la formation d’un mouvement associatif (condition sociale) et l’émergence d’une société civile (condition politique). Or, force est de constater que le cadre juridique de la médiation sociale est inefficient. 

Au libéralisme confirmé par la loi de 1990 succède le tour de vis de 2012. Le nouveau cadre d’exercice de l’action associative est la loi n°12-06 du /12/01/2012 relative aux associations.
On s’attendait à ce que la levée de l’état d’urgence, se répercute avec force sur la nouvelle loi, il exprimera au contraire un tour de vis sur les associations. D’où tous les travers vécus depuis ce fâcheux tournant qui s’est matérialisé par la désignation qui prévaudra sur le suffrage, l’absence de contre-pouvoirs, le libre cours à l’arbitraire et autres dépassements et atteintes aux droits de l’homme, et le risque d’atomisation de la société sur des bases sectaires, ethniques, et autres.

Votre constat est très juste, mais la loi que vous citez n’a pas de prise sur les partis politiques, dont la mission est justement de faire la jonction entre la société et les gouvernants…


Justement, même cette médiation politique que vous évoquez et qui est assumée par les partis, les personnalités et autres autorités, est elle aussi déficiente. L’érosion de la médiation politique est illustrée par la prégnance du discours national-populiste et les appréhensions à l’endroit de l’institution partisane. Si les partis politiques sont le premier levier de la médiation politique qui vient à l’esprit, leur évolution récente atteste de leur érosion continue dans la production de la médiation. Un sondage de l’association Rassemblement actions jeunesse (RAJ), réalisé juste après les élections législatives du 4 mai 2017, entre le 25 mai et le 15 juin, sur un échantillon de 1462 jeunes âgés entre 18 et 35 ans, à travers 41 wilayas, révèle de façon inquiétante la désaffection de la jeunesse de la pratique de la politique.
Les résultats de ce sondage donnent une participation quasiment nulle des jeunes à la vie politique : seulement 1% parmi les sondés se déclarent adhérents à un parti politique et 3% à avoir déjà participé à une activité partisane.

Pour ce qui est des syndicats, les jeunes sont 0,2% à affirmer avoir adhéré à une organisation syndicale alors que s’agissant du mouvement associatif le taux des jeunes adhérents est estimé à 2,5%.Ceci quand bien même, les jeunes sondés auraient majoritairement une opinion plutôt positive sur les associations, avec un taux de 62% contre 12% à se faire une opinion négative, et les syndicats avec 39% d’opinions positives contre 26,3% des jeunes à penser négativement sur le travail syndical. Ce qui est loin d’être cas vis-à-vis du politique : ils sont plus de 43% à avoir une opinion négative sur les partis politiques alors que 30% des sondés n’ont pas souhaité rendre une réponse, manière, on ne peut mieux, de justifier leur désintérêt total de la vie politique du pays.

A travers le tableau que vous dépeignez, il reste une très faible marge à la médiation. Comment votre Panel peut-il colmater toutes ces brèches dans l’édifice social et politique du pays ?

L’absence de leviers est tempérée par le recours récurrent au dialogue dans la gestion des conflits internes. Ces conflits sont consécutifs à l’effondrement du système totalitaire, de parti unique et à la réparation des dommages générés par les vagues intégristes destructrices d’obédience principalement — et pas seulement – wahhabite.

A l’expérience, la parenthèse algérienne tient des deux cas de figure précédents : une violence accompagnant la transition d’un régime totalitaire, de parti unique, vers une économie sociale de marché, associée à l’avènement d’un terrorisme islamiste d’essence interne et externe.
Tout compte fait, nous sommes toujours dans «l’apprentissage démocratique» du vivre ensemble, requis pour une sortie définitive du totalitarisme quelle que soit son inspiration. Cet «apprentissage» aurait pu se faire «dans la peur» du lendemain (les islamistes accédant au pouvoir pour installer une dictature théocratique indécrottable). Ce risque a été jugé inacceptable. 

«L’apprentissage» s’est alors fait «dans la douleur» (l’approche sécuritaire ayant prévalu, sans toutefois élaguer complètement la caution judiciaire).
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Le Panel pour le dialogue et la médiation entame ce mercredi 7 août ses consultations avec les représentants des partis politiques, des associations, des syndicats et des citoyens en vue de réunir la conférence nationale qui doit élaborer les textes régissant l’instance de surveillance et de contrôle de l’élection présidentielle.

Propos recueillis par Said Boucetta (L’Expression)

https://www.lexpressiondz.com/nationale/il-y-a-menace-sur-les-institutions-319286

*Ammar Belhimer, l’actuel président de la commission politique de l’Instance nationale de dialogue et de médiation en Algérie, est un juriste et géopoliticien de renommée internationale. Professeur de droit public à l’Université d’Alger et directeur de la Revue algérienne des sciences juridiques, économiques et politiques, il est  également fondateur et directeur de plusieurs journaux, notamment La Nation, qui sera interdit par les autorités dans les années 1990. Il est un des animateurs du Mouvement des journalistes algériens, premier syndicat indépendant de la presse. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages dont :

  • Les voies de la paix : Rahma, Concorde et Réconciliation dans le monde » publié par les Éditions ANEP, (2018) ;
  • Les Dix Commandements de Wall Street, Éditions ANEP (2017) ;
  • Les printemps du désert, Éditions ANEP (2016) ;
  • Histoire de la pensée économique, Ed. Juris-com (2007) ;
  • La dette extérieure de l’Algérie : une analyse critique des politiques d’emprunts et d’ajustement, Éditions Casbah (1998).
  • http://www.afrique-asie.fr/ammar-belhimer-il-y-a-menace-sur-les-institutions-en-algerie/

Christian de Boissieu: « le Maroc résiste au choc de la mondialisation »

Christian de Boissieu: « le Maroc résiste au choc de la mondialisation »

By La redaction de Mondafrique -29 juillet 201949PARTAGES454

Christian de Boissieu, professeur émérite à l’université de Paris I (Panthéon-Sorbonne), analyse, dans un entretien à nos confrères de la Tribune Afrique, les forces et faiblesses de l’économie marocaine alors que le Roi, Mohamed 6, fête ses vingt ans de règne.

La Tribune Afrique : En quoi le Maroc est-il concerné par les turbulences actuelles dans l’économie mondiale ?

Christian de Boissieu : Avec la mondialisation, nous sommes tous dans le même bateau! Aujourd’hui, le Maroc est exposé aux conséquences, directes et indirectes -via l’impact sur ses principaux partenaires- de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, de la «guerre des changes» qui semble reprendre avec le recul de la devise chinoise, avec un Japon prêt à tout pour améliorer sa compétitivité-prix,… Sans oublier le Brexit et ses multiples incertitudes de calendrier, de contenu même. La croissance mondiale devrait ralentir un peu en 2019-2020, même si, heureusement, les menaces protectionnistes proférées par Donald Trump ne sont pas toutes suivies d’effets. Les ripostes de la Chine, mais aussi de l’Europe sont et seront importantes pour montrer aux Américains les limites de l’unilatéralisme et de l’extra-territorialité des règles américaines. Un conseil : pas d’angélisme, pas trop de naïveté dans le contexte mondial d’aujourd’hui.

L’économie marocaine reste, comme les autres, fortement dépendante de la croissance mondiale, des prix du pétrole, des taux de change au plan mondial, des taux d’intérêt mondiaux qui influent sur les mouvements de capitaux entre les pays avancés et les pays émergents, etc. Il s’agit là, pour elle, d’éléments exogènes. Le point positif est que, grâce aux réformes structurelles engagées depuis 35 ans, le Maroc est plus résilient qu’avant face aux chocs provenant de l’économie mondiale. La contrainte externe demeure forte, mais les choix de politiques publiques à l’intérieur jouent un rôle croissant.

Vous intervenez au Maroc comme économiste depuis 1985. Quels changements majeurs ?

Ils sont nombreux et vont dans le sens d’une ouverture et d’une concurrence accrues. Je relève les changements structurels intervenus dans beaucoup de domaines, y compris dans la formation des prix – réforme du système de compensation – ou dans le secteur bancaire et financier. Le Maroc est quasiment sur la «frontière technologique», peu éloigné des pays avancés en ce qui concerne la révolution digitale. Je salue l’implication du pays dans la lutte contre le changement climatique et pour la transition énergétique, avec en particulier l’accent mis sur les énergies renouvelables. Par ailleurs, l’offre d’éducation et de formation s’est à la fois accrue et diversifiée. Sur ces deux domaines cruciaux pour la compétitivité, l’attractivité et la croissance -les technologies et la formation des talents- des investissements sont réalisés, des incitations sont mises en place, même si la concurrence avec la Chine, les autres pays d’Asie et d’Afrique, les Etats-Unis, l’Europe,… va être rude.

Quelles sont selon vous les principales forces et faiblesses de l’économie marocaine ?

«Il n’est de richesses que d’hommes», disait Jean Bodin il y a bien longtemps. Je suis impressionné par les talents, dans des domaines très variés, dont regorge le Maroc. Depuis trente ans, la politique de diversification a porté ses fruits, avec la montée en gamme des productions, le renforcement de la filière automobile et de la filière d’équipements aéronautiques, l’essor du digital, la consolidation de l’agroalimentaire, la croissance des banques et autres institutions financières… Je veux aussi souligner la crédibilité et le pragmatisme de Bank Al Maghrib [la banque centrale, NDLR] -on l’a bien vu avec la flexibilité graduelle et raisonnable du taux de change- ainsi que les mesures, nécessaires et compliquées, au Maroc comme ailleurs, de consolidation des finances publiques.

A mes yeux, trois défis majeurs sont à relever. D’abord, malgré la diversification évoquée, la croissance marocaine demeure trop dépendante de la pluie qui tombe ou ne tombe pas. Il faut poursuivre les changements structurels dans la production pour moins dépendre de la météo. Constater les performances du côté de la production non agricole, c’est une chose. Mais pour l’emploi, les recettes fiscales, la base des politiques de redistribution, ce qui compte, c’est la croissance totale. Ensuite, il faut prendre à bras le corps le problème du chômage, tout spécialement le chômage des jeunes -y compris des diplômés. En tant que Français et compte tenu de nos maigres performances sur ce sujet, je me garderai bien de donner des leçons en l’espèce… Néanmoins, force est de constater que le chômage de masse nourrit la fragilité sociale, le populisme et les extrémismes. Les marges de manœuvre, forcément limitées, des politiques publiques doivent être, pour une bonne part, dédiées à la politique de l’emploi.

Enfin, la question des inégalités ne peut pas être éludée. Presque tous les travaux empiriques montrent que la mondialisation a réduit les inégalités entre pays, grâce aux phénomènes de «rattrapage», mais qu’elle a eu tendance à accroître les inégalités à l’intérieur de chaque pays. Le défi à relever nous concerne tous, au nord comme au sud de la Méditerranée, comme dans les autres régions du monde. C’est l’exigence d’une croissance plus inclusive, laissant le moins possible de gens sur le bord de la route. On retrouve ici, pour le Maroc comme partout ailleurs, le défi des politiques de développement durable, mais aussi de redistribution ; comment mieux partager le gâteau sans le réduire, mais au contraire en l’augmentant de sorte que l’objectif de croissance plus inclusive bénéficie d’un large soutien social et politique ?

Le Maroc a-t-il raison de se tourner résolument vers l’Afrique ?

Pour le Maroc, il me paraît indispensable de marcher sur les deux jambes, l’Europe et l’Afrique. L’Europe, car les nombreux liens existants, économiques, commerciaux, financiers, culturels et éducationnels bien sûr, ne doivent pas et ne peuvent pas être «détricotés» brutalement, sous peine de coûts élevés pour tout le monde! L’Afrique, car c’est déjà et ce sera de plus en plus le «continent du XXIe siècle», y compris sur la question centrale de la culture et de l’éducation, et pas seulement en matière économique ou démographique. Je salue l’ambition des responsables publics et privés marocains d’avoir fait de leur pays un «hub» incontournable vers l’Afrique subsaharienne dans beaucoup de secteurs, en combinant des aspirations positives et des constats négatifs – les difficultés des autres pays du Maghreb à mettre en œuvre une stratégie panafricaine, pour des motifs différents d’un pays à l’autre. Dans cette stratégie panafricaine, qui ne remplace pas, mais vient plutôt compléter l’ancrage européen, le Maroc, ses entreprises et ses banques disposent d’une longueur d’avance sur la Tunisie et l’Algérie. Tout faire pour conserver cette position de leader et d’éclaireur. Le renforcement de la place financière de Casablanca fait partie des conditions nécessaires, sans être suffisantes, au service d’une telle ambition.

Propos recueillis par Aziz Saidi

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