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Et cela va mal finir pour elle

Et cela va mal finir pour elle


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama − Le 6 novembre 2019

Lorsque la guerre contre la Syrie a commencé, Il y a huit ans et demi, la Turquie a joué le rôle le plus important. Des armes ont été introduites clandestinement, venant de Libye et passant par la Turquie pour être livrées aux « rebelles syriens ». Au fil des ans, des dizaines de milliers de djihadistes étrangers ont traversé la Turquie pour se joindre aux divers groupes qui luttaient contre le gouvernement syrien. Quand État islamique (EI) a été créé, cela en a attiré encore plus.

Lorsque les États-Unis ont changé de stratégie et ont commencé à combattre EI, ils ont exhorté la Turquie à tarir ce flot de nouveaux combattants. La Turquie l’a fait, dans une certaine mesure, après que plusieurs attentats à la bombe, revendiqués par EI, eurent tué des dizaines de personnes dans le pays. Mais des événements récents montrent que la Turquie ne voit toujours pas EI comme un adversaire. Ses dirigeants ne craignent pas non plus les autorités turques.

Le 26 octobre 2019, le président Donald Trump annonçait que les forces spéciales américaines avaient tué le dirigeant d’EI, Abu Bakr al-Baghdadi. Bagdadi et deux de ses femmes ont été retrouvés dans une maison du village de Barisha, dans le gouvernorat d’Idleb, en Syrie. Barisha n’est qu’à 5 kilomètres de la frontière turque et de la ville turque de Reyhanli. La région d’Idleb (vert plus foncé) est sous le contrôle des djihadistes, mais la Turquie y possède plusieurs avant-postes.


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Le Guardian a rapporté que l’entourage de Bagdadi avait rejoint Idleb, depuis l’est de la Syrie, en passant par la Turquie :

Des responsables irakiens affirment qu'à la mi-septembre, ils avaient identifié un Syrien qui avait été utilisé pour faire passer clandestinement les femmes de deux frères de Bagdadi, Ahmad et Jumah, vers la province d'Idlib, via la Turquie. Le même trafiquant avait déjà aidé les enfants de Bagdadi à quitter l’Irak. Les agents des services de renseignement irakiens disent qu'ils avaient réussi à à faire coopérer l'homme et la femme que l'on croyait être son épouse, ainsi que l'un des neveux de Bagdadi, pour leur fournir des informations sur la route que ce dernier avait empruntée et la destination des personnes voyageant avec lui. C'était une information exceptionnelle, et elle a rapidement été transmise à la CIA.

Le lendemain de la mort de Bagdadi, les forces américaines ont tué le porte-parole d’EI, Abu al-Hassan al-Muhajir, dans le village d’Ayn al-Bayda, près de Jarabulus. La région de Jarabulus en Syrie est sous contrôle turc (vert clair).

Le 28 octobre 2019, des hélicoptères américains ont de nouveau atterri à Jarablus et ont capturé quelqu’un ou exfiltré un agent :

Within Syria @WithinSyriaBlog - 19:33 UTC - 28 oct 2019

4-Selon des sources locales, l'un des hélicoptères de la coalition a atterri pendant une dizaine de minutes près du pont al-Shuiyukh, au sud de la ville de Jarabulus.

5-Certains militants affirment que des hélicoptères de la coalition ont arrêté un membre d’EI, originaire d'Alep, la famille du terroriste a également été évacuée par la coalition.

6-Les hélicoptères de la coalition ont terminé l'opération, aucun coup de feu n'a été entendu, du moins on le suppose. Les hélicoptères sont retournés dans les zones contrôlées par les Syrian Democratic Forces (SDF), sur la rive est de l'Euphrate.

La Turquie possède des drones, des avant-postes militaires et écoute les communications dans l’ensemble de ces régions. Elle dispose de nombreux moyens de renseignement sur le terrain. Et personne ne savait que les dirigeants d’EI vivaient dans cette région ?

Les trois opérations américaines ont été lancées à partir de l’Irak ou de zones contrôlées par les Kurdes dans le nord-est de la Syrie, même si le temps de vol depuis la base américaine d’Incirlik, en Turquie, aurait été beaucoup plus court. Il semble que les États-Unis n’aient pas fait confiance en leur allié de l’OTAN et craignait qu’il n’apprenne prématurément l’existence de telles missions.

Après avoir été humiliée pour sa négligence délibérée à l’égard des activités d’EI dans les zones qu’elle contrôle, la Turquie a pris quelques mesures de diversion.

Le 1er novembre, elle a capturé, à Kilis, en Turquie, Fatima Benmezian, membre belge de État Islamique. Benmezian s’était échappée d’un camp de réfugiés dans le nord-est de la Syrie, il y a quelques semaines, quand celui-ci a été bombardé par la Turquie.

Le 4 novembre, les forces turques ont capturé la sœur de Bagdadi, Rasmiya Awad, avec son mari et sa belle-fille. Ils vivaient dans une remorque porte-conteneurs près de la ville d’Azaz, dans la province d’Alep. Azaz n’est qu’à quelques kilomètres au sud de Kilis et sous contrôle turc.

Aujourd’hui, la Turquie a prétendu avoir capturé une autre femme de Bagdadi, mais sans dire où elle avait été trouvée.

Aucune de ces personnes que la Turquie a arrêtées n’a de valeur opérationnelle. Ce sont des personnes sans valeur.

Mais il est vraiment remarquable que tous ces membres de EI vivaient dans des zones contrôlées par la Turquie, près de la frontière turque. Faudrait-il croire qu’ils aient choisi une région où ne se trouve aucun autre membre de EI ? Il est plus probable qu’il y ait encore beaucoup d’autres membres de EI qui vivent dans ces zones frontalières de la Syrie, qui sont plus ou moins sous contrôle turc.

Certains d’entre eux voyagent même souvent en Turquie :

Un frère du dirigeant de EI, Abu Bakr Al Baghdadi, s'est rendu plusieurs fois à Istanbul, la plus grande ville d'Europe, depuis le nord de la Syrie, dans les mois précédant la mort du chef terroriste, agissant comme l'un de ses messagers de confiance pour fournir et récupérer des informations sur les opérations du groupe en Syrie, Irak et Turquie, selon deux responsables irakiens des renseignements. ...
"Nous observions quelqu'un qui servait de messager à Al Baghdadi et il faisait de fréquents allers retours en Turquie", a déclaré un haut responsable du renseignement irakien. "C'était le frère d'Al Baghdadi." ...
Un agent des renseignements irakiens qui a travaillé directement sur l'opération de traque de Juma a déclaré que le frère du chef terroriste a continué à réapparaître dans les mois suivants, jusqu'à sa dernière visite enregistrée à Istanbul en avril. Il serait alors retourné dans le nord-ouest de la Syrie, des mois avant que l'emplacement de la planque de son frère ne soit révélé. Il est peu probable qu'il ait été introduit clandestinement de l'autre côté de la frontière, a dit l'agent, mais qu'il l'ait plutôt traversé librement. ...
"Il est impossible pour les services de renseignement turcs d’ignorer sa présence à cinq ou sept kilomètres de la frontière turque", a déclaré un ancien officier militaire turc de haut rang.

De toute évidence, la Turquie est en train de devenir un autre Pakistan. Ce pays est allé de mal en pis lorsqu’il a soutenu une insurrection islamiste contre le régime communiste de son pays voisin [l’Afghanistan, NdT]. Cette guerre a radicalisé des millions de personnes à l’intérieur de ses propres frontières. De nombreuses familles de combattants se sont installées au Pakistan, ce qui a renforcé l’extrémisme dans le pays. Cela a parfois mené à une sorte de guerre civile et des insurrections dans plusieurs provinces du Pakistan.

Erdogan, le président turc, semble croire que le fait de protéger les membres de EI et d’autres radicaux ne fera pas de mal à son pays. En avril dernier, EI publiait une vidéo dans laquelle on voyait Bagdadi :

À un moment donné, l'une des trois autres personnes lui donne un dossier avec des plans. Le dossier porte l'inscription Wilayat Turkey. (Wilayat signifie une province d'État islamique).

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Puis ça :

Lindsey Snell @LindseySnell - 19:48 UTC - 6 nov, 2019

Il y a 5000 membres de EI, provenant de 28 pays, dans cette prison gérée par les SDF à Hasakah. Nous avons demandé à un membre turc de EI s'il voulait retourner en Turquie et il a répondu "evet !" [Oui en turc, NdT]. 

Il dit connaître de nombreux membres de EI qui sont rentrés en Turquie, ont été détenus pendant une semaine environ, puis libérés.

Erdogan pense qu’il peut garder les cellules de EI sous contrôle dans son pays. C’est peu probable. Je crains qu’au cours des prochaines années, la Turquie ne vive un réveil plutôt brutal.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/la-turquie-continue-de-proteger-etat-islamique

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Guerre : Les américains sont à l’ouest ! Par Guillaume Berlat

GÉOPOLITIQUE29.octobre.2019 // Les Crises

Guerre : Les américains sont à l’ouest ! Par Guillaume Berlat

OTANUSAMerci88Je TweetJe commenteJ’envoie

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat,

« Les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir jamais connu la civilisation » (Oscar Wilde). Quel décalage abyssal entre l’image de puissance et de clairvoyance intellectuelle que projettent les États-Unis à l’extérieur de leur pays (« row » pour « the rest of the world » ainsi désigné de manière méprisante) et la réalité moins reluisante d’une certaine forme d’impuissance et d’aveuglement (avec une constance qui mérite louange) sur la compréhension des questions internationales ! Et, pourtant, l’Amérique exerce une fascination sans limite sur nos centres des recherche (« think tanks », cela fait plus chic et plus sérieux ») – sans parler de l’école néoconservatrice (« la secte » ou « la meute ») qui fait la pluie et le beau temps dans la diplomatie française – qui ont les yeux de Chimène pour tous les concepts provenant d’Outre-Atlantique. À tel point que l’on peut se demander si le pays des Lumières ne manquerait pas de bons esprits capables de réfléchir de manière indépendante sur les évolutions du monde d’aujourd’hui, voire de les anticiper. Et cela est d’autant plus préoccupant que les dernières décennies sont truffées d’exemples de la faillite intellectuelle américaine sur le plan géostratégique : Vietnam, Afghanistan, Irak, Libye, Yémen, Irak-Syrie … Un véritable inventaire à la Prévert. Notre Oncle Sam (démocrate ou républicain), qui ose encore se présenter comme l’inspirateur d’essence divine du ou des progrès de la planète, apparait de plus en plus comme un marchand d’illusions de haut vol auquel il est hasardeux de faire confiance.

VIETNAM : LA GROSSE CLAQUE ASIATIQUE

Il est indispensable de revenir au siècle dernier pour apprécier la constance dans l’erreur des États-Unis dans les crises où ils ont décidé de s’impliquer. Après s’être félicités de la débâcle de Dien Bien Phu en 1954, les Américains entendent reprendre la place laissée libre par la France – la nature ayant horreur du vide – en déroute de la Quatrième République en Indochine. Petit à petit, ils constatent que l’affaire est moins simple que prévu. Ils y dépêchent d’abord quelques conseillers militaires pour épauler les Vietnamiens du Sud (sorte de rempart de l’Occident) en proie à un harcèlement constant des Vietnamiens du Nord (sorte de cheval de Troie du communisme). Cela n’étant pas suffisant, ils y envoient un véritable corps expéditionnaire pléthorique censé infliger une véritable correction à ces pouilleux du général Giap. L’affaire tourne mal. En dépit d’une guerre sans merci, de l’utilisation à outrance de l’aviation, de défoliants et autres armes intelligentes, l’aventure tourne à la débandade pour l’invincible Amérique. Les accords de Paris signent la fin de la récréation et l’une des plus grandes défaites militaire et idéologique des États-Unis de l’après Seconde Guerre mondiale. On se souvient du départ en catastrophe de l’ambassadeur des États-Unis de Saïgon à l’arrivée des troupes du Viêt-Cong. Pas très glorieux de se faire rosser par plus petit que soi. Ce serait du genre humiliant à y regarder de plus près.

Après le séisme produit dans le pays profond par la guerre du Vietnam, l’on pensait l’Amérique vaccinée contre le mal des expéditions coloniales aventureuses pensées et conduites par le très célèbre lobby militaro-industriel dictant sa loi au Pentagone mais aussi et surtout à la Maison Blanche. Mais, c’était mal le connaître. Après une accalmie d’une vingtaine d’année, l’Amérique est rattrapée par ses vieux démons qui vont la conduire en Afghanistan d’où elle avait largement contribué à chasser l’occupant soviétique en armant le bras des Talibans (Cf. les livraisons des missiles Stingersaux Talibans). La fable de l’arroseur arrosé, du retour du boomerang, toutes choses qu’Américains mal dégrossis ne veulent ou ne peuvent pas comprendre tant l’Amérique ne veut entendre les critiques de ses alliés sur leurs aventures hasardeuses. Elle préfère faire la sourde oreille, au mieux, clouer au pilori l’intrépide qui se permet de la critiquer, au pire. C’est la diplomatie du silence dans les rangs serrés des idiots utiles, des courtisans serviles qui sont légions à Evere, le siège de l’église atlantiste qui a pour nom Alliance atlantique ou NATO dans la langue de Shakespeare.

AFGHANISTAN : LE CIMETIÈRE DES EMPIRES

L’histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement en Afghanistan où les puissances étrangères (Britanniques, Soviétiques et Américains, épaulés par leurs idiots utiles) subissent échec après échec comme si régnait une sorte de malédiction sur ce pays ? Après avoir été éliminés par la coalition des suppos de Washington, les Talibans sont aujourd’hui de retour à Kaboul et ailleurs dans le pays.

L’élimination des Talibans

Plus près de nous, après les évènements tragiques du 11 septembre 2001, l’administration républicaine se lance dans une « guerre contre le terrorisme » en Afghanistan, enrôlant au passage ses idiots utiles d’alliés – plutôt alignés – de l’OTAN pour bouter le barbare (ami de la veille) hors de Kaboul et des principaux centres stratégiques du pays. Une fois encore, elle met le paquet, pour employer cette expression triviale. L’ennemi abandonne ses positions mais pas son idéologie. Peu après, elle décrète que l’ennemi islamiste est terrassé et que l’Afghanistan va entrer dans une nouvelle ère de paix, de prospérité et de démocratie heureuse (la mise en place des équipes de reconstruction provinciales ou PRT). Tout va très bien madame la marquise mais à part çà un petit rien… Les choses ne tournent pas dans le sens souhaité.

Le retour des Talibans

Presque vingt après le début de l’intervention militaire, le bilan est catastrophique. Les Talibans chassés de leurs fiefs reprennent le terrain perdu en infligeant de lourdes pertes aux troupes de la coalition et en faisant à nouveau régner la terreur dans le pays. Les femmes sont les victimes expiatoires de ces fous furieux. Donald Trump, qui comprend que la force ne paie pas, négocie avec eux, se promettant de quitter ce « cimetière des empires » avant 2020, élections obligent1. Fait intéressant à noter, les États-Unis se montrent d’une grande magnanimité avec l’Arabie saoudite (son grand allié depuis le Pacte du Quincy) alors même que les terroristes impliqués dans les attentats du 11 septembre 2001 sont en majorité originaires de ce pays comme du reste leur cerveau Oussama Ben Laden et qu’elle diffuse dans le monde un islam rigoriste (le wahhabisme) mortifère qui inspire les apprentis terroristes de tout poil, y compris ceux qui vivent en Occident. En termes d’indignation à géométrie variable, les Américains sont hors compétition. Bien évidemment, les alliés de l’oncle Donald (y compris le gouvernement fantoche de Kaboul) ne sont pas conviés aux négociations secrètes entre Américains et Talibans. Ils seront informés le moment venu du résultat des discussions et n’auront pas leur mot à dire. Merci pour tous les morts inutiles qu’ils laisseront derrière eux et qui se seront battus pour le roi de Prusse. Mais, ne nous arrêtons pas à de pareils détails mesquins. Les fameux alliés ont l’habitude d’avaler des couleuvres, des boas sans coup férir. Ils seraient même du genre masochistes et auraient même tendance à en redemander à l’occasion. Tournons notre regard vers l’Irak, objet de toutes les attentions de l’administration républicaine.

IRAK : GUERRES SANS FIN

L’élimination de Saddam Hussein

Dans sa grande sagesse, l’Amérique décrète, au début des années 2000, qu’elle va faire du « Grand Moyen-Orient » une sorte de laboratoire de la démocratie et de la loi du marché qui va étendre ses effets bénéfiques, de proche en proche, à la région au sens large par effet de domino à l’envers. Mais, il existe dans la zone un fauteur de troubles (« trouble maker ») désigné à la vindicte publique qui aurait la fâcheuse tendance à occuper l’un de ses voisins (le Koweït) en violation du droit international (il en sera puni), à aider en sous-mains les terroristes Al-Qaeda (pour se venger de la défaite qui lui a été infligée après l’invasion du Koweït) et, pire encore, à se doter illégalement d’armes de destruction massives, les fameuses ADM ou WMD en anglais (que l’on a du reste jamais trouvées même en cherchant bien). Occasion rêvée de lui rendre gorge, une bonne fois pour toutes et au passage de mettre la main sur ses ressources pétrolières. Chose dite, chose faite. En un tournemain, en dépit de l’opposition française (Cf. le discours de Dominique de Villepin de 2003 devant le Conseil de sécurité de l’ONU) et de l’absence d’autorisation du machin (dont l’Amérique n’a que faire), on règle son compte au tyran Saddam Hussein, on élimine tout ce qui, de près ou de loin, a collaboré avec le parti Bath et la bataille est, une fois de plus gagnée. Au passage, toute l’infrastructure administrativo-politique est mise à terre. Le pays est un bateau ivre sans capitaine, si ce n’est quelques marionnettes désignées à et par Washington mais qui ne représentent pas le pays réel. Sunnites et Chiites, sans parler des Kurdes, s’en donnent à cœur joie en commettant attentats sur attentats, plus horribles les uns sur les autres. Une sorte de surenchère permanente dans l’atrocité.

Les bégaiements de l’histoire

Mais, l’histoire semble inexorablement bégayer : bataille gagnée signifie immanquablement guerre perdue. Force est de constater que l’Irak entre dans une période de chaos indescriptible dont elle ne s’est toujours pas remise. Où l’Amérique passe, la paix trépasse. Un vieux classique des relations internationales que notre clergé médiatique a trop tendance à perdre de vue… sans parler de notre élite dirigeante, La Caste qui ignore tout des fondamentaux de la diplomatie. Nos braves inspecteurs des Finances qui confondent les règles de Bercy et celles du Quai d’Orsay. Il est toujours plus facile d’instaurer la pagaille que de rétablir l’ordre dans un pays morcelé et fragmenté entre différentes obédiences de l’Islam qui traine comme un boulet, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, le problème kurde. Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour rendre toute réconciliation impossible et l’insurrection possible, voire automatique. Nous n’apprenons décidément rien des leçons de l’expérience.

Non content de cette nouvelle déculottée, les masochistes américains en redemandent et tournent leur regard vers la Libye et le Yémen. Attention, les pyromanes sont de retour. Danger imminent en perspective. Et, c’est bien le cas à la lumière de ce qui se passe et non de ce qui se dit dans nos gazettes et dans nos chancelleries diffuseuses de « bobards » à jet continu. Et cela dans la plus grande indifférence.

LIBYE, YÉMEN : DEUX AFFREUX BOURBIERS

Prenons deux exemples tirés d’une actualité récente pour éclairer notre lanterne et mieux comprendre la politique extérieure américaine ! Les crises en Libye et au Yémen2 en disent long sur l’indigence de la pensée stratégique occidentale en ce début de XXIe siècle, sur l’incapacité de nos bons apôtres à ne pas tomber à pieds joints dans les pièges qu’ils ont eux-mêmes armés volontairement en pensant y piéger l’ennemi.

Libye, un État failli

Il n’est nul besoin de s’appesantir sur la pagaille monstre qui prévaut actuellement en Libye (dans le pays, au sud et au nord pour faire bonne figure) à la suite de l’intervention d’une coalition à laquelle les États-Unis ont prêté main forte même si la France du Petit Nicolas et du grand BHL a joué le rôle de mauvais génie. Une fois encore, bataille gagnée sur le très court terme, guerre perdue sur le long terme. Souvenons-nous des propos lyriques de Nicolas Sarkozy après la mise à mort du guide suprême (celui qui aurait financé sa campagne électorale). Nous en mesurons les multiples conséquences négatives aujourd’hui encore sur le continent africain mais aussi en Europe à travers la crise migratoire. Qu’est-ce que l’Occident a gagné dans cette guerre stupide que nous n’avions pas réfléchie autant qu’elle le méritait ?

Yémen, la « pire catastrophe humanitaire »

Il n’est pas plus besoin de s’arrêter sur l’aide logistique énorme fournie par l’Amérique à son grand allié saoudien3 pour écraser les rebelles houthis avec le succès que l’on sait4. Aujourd’hui, les Emirats arabes unis (EAU) prennent la poudre d’escampette, pour tenter d’échapper, un jour prochain qui sait, aux foudres de la Cour pénale internationale (CPI) en raison des crimes de guerre et autres crimes contre l’humanité (quelques peccadilles) commis dans cette « Arabie heureuse » par l’Arabie saoudite de MBS5. Pour sa part, la France éternelle n’est pas exempte de tout reproche dans cette sale guerre. Une fois n’est pas coutume, les Européens, Allemands en tête refusent de se laisser entraîner dans une improbable nouvelle coalition destinée à jouer les gendarmes du monde dans le détroit d’Ormuz comme le souhaitent les Américains pour punir les Iraniens6. Un sursaut de bon sens et d’orgueil de l’Europe est si rare pour être relevé. Il devrait se prolonger par une construction de sa puissance, condition de son autonomie stratégique. Mais, nous en sommes encore loin.

IRAK-SYRIE : LA FIN DE L’ÉTAT ISLAMIQUE

Après le temps de la guerre la fleur au fusil, vient le temps de la divine surprise, à savoir que la guerre n’aurait servi à rien en dépit des morts ayant donné leur vie pour la bonne cause. Mais, cela ne fait pas la une des grands quotidiens ou des actualités télévisées, ni même des réseaux prétendument sociaux.

La guerre la fleur au fusil

Dans la foulée des « révolutions arabes » au début de la deuxième décennie du XXIe siècle, l’EIIL s’empare d’une portion importante des territoires irakien et syrien pour y installer un califat, pour y faire régner une terreur sans précédent, pour s’accaparer des ressources pétrolières et financières, pour diffuser une propagande mortifère, pour semer la terreur dans la zone (en particulier contre les Kurdes et les Chrétiens) mais aussi en Europe (multiplication des attentats en particulier en France)… C’en est trop pour l’Amérique et ses fidèles affidés dont la France hollandaise et macronienne ! Il faut aller guerroyer pour bouter hors des villes et des campagnes la soldatesque de l’État islamique et ses nébuleuses bien aimées de Laurent Fabius obnubilé par le départ de Bachar Al Assad. Une fois encore, la bataille est rapidement remportée grâce à la supériorité technologique indiscutable occidentale. Les combattants, qui n’ont pas été éliminés, s’évaporent dans la nature. On les dit épuisés et peu désireux de reprendre le combat. Mais, c’est mal connaître les fanatiques de la région. Au début de l’année 2019, Américains, mais aussi nos Pieds Nickelés français (Macron-Parly-Le Drian), clament que la « bête immonde » a été vaincue. Alléluia ! Nous allons enfin pouvoir dormir sur nos deux oreilles. L’ordre occidental règne sur l’Orient compliqué en dépit d’une réinstallation de la Russie en Syrie. Comment en aurait-il pu être autrement tant nos élites sont certaines de leur fait ? La force l’a emporté contre le mal incarné par l’état islamique et sa folie destructrice. Tout va très bien dans le meilleur des mondes des bisounours que nous servent régulièrement nos perroquets à carte de presse qui sévissent quotidiennement sur les chaînes d’abrutissement en continu. Mais, patatras…

La divine-mauvaise surprise

Oh, surprise en ce début du mois d’août 2019, quelques informations aussi baroques qu’inquiétantes nous parviennent du Pentagone, une sorte d’usine à bobards. Tel Lazare, l’EIIL renaitrait de ses cendres, envisagerait de reprendre ses opérations militaires en Irak et en Syrie, de commettre quelques attentats en Europe pour bien démontrer qu’il n’a rien perdu de sa vigueur et de son audience en dépit de sa mise à l’écart des grands centres urbains. Dans la foulée, et comme un seul homme, la communauté du renseignement occidentale reprend les saintes écritures américaines en les psalmodiant à longueur de journée sur les chaînes d’abrutissement en continu. La peste islamiste pourrait de nouveau sévir dans nos villes et dans nos campagnes dès la rentrée de septembre. Qu’on se le dise ! Il est plus facile de gagner une bataille sur le terrain qu’une guerre idéologique.

Si nous comprenons bien, vérité de janvier ne serait plus vérité d’août ! Curieux. De deux choses l’une, soit la propagande officielle occidentale éhontée (pour une fois, les « fake news » ne viendraient pas ou plus du Kremlin) nous avait trompés en nous disant que la bataille contre l’EIIL avait été gagnée pour nous enfumer avec de bonnes paroles rassurantes, soit nos éminents stratèges avaient mal analysé la situation sur le terrain en dépit de leurs immenses capacités de renseignement, ce qui ne serait pas très glorieux pour la puissante Amérique. Dans tous les cas, tout ceci ne serait pas très rassurant en termes de garantie de notre sécurité. Le moins que l’on puisse dire est que la Syrie a été une défaite pour l’Occident dont les conséquences sont graves sur le plan mondial. Mais, en France, on préfère sanctionner le colonel Legrier qui a eu l’immense tort de dire ce qu’il pensait de l’alignement de la stratégie française sur celle des États-Unis en Irak et en Syrie que ceux qui encensaient Jupiter. Le militaire a dit la vérité, il doit être exécuté. Au passage, nous subissons les foudres de l’ONU pour renvoyer en Irak quelques illuminés7. La fessée est magistrale8. Décidément, le machin ne manquera pas de nous surprendre… en mal au moment même où il est incapable de s’acquitter de sa mission de maintien de la paix et de la sécurité internationales sur terre. Rôle qui serait d’autant plus opportun alors que les relations internationales sont basées sur la puissance. La force prime désormais le droit.

La suite au prochain numéro. C’est bien connu la puissante Amérique ne s’épanouit qu’en se trouvant de nouveaux ennemis que l’on va abattre définitivement sous le poids de bombes de plus en plus sophistiquées et intelligentes (« smart » pour les experts). C’est surtout bon pour les vendeurs d’armes qui n’ont rien à faire de la paix dans le monde9. Il lui a fallu de nombreuses années pour se remettre de la perte de l’ennemi héréditaire que fut l’Union soviétique après la chute du Mur de Berlin. Les terroristes ont fait et continuent de faire encore l’affaire. Mais, la liste s’est allongée depuis : Russie de nouveau, Chine qui découvre la fée sanction10 comme la Corée du nord et l’Iran punie d’avoir respecté ses engagements nucléaires souscrits dans l’accord de Vienne du 14 juillet 2015, déchiré par Donald Trump. Tout va très bien, le lobby des armes a des arguments pour vendre des armes manu larga et se remplir les poches. Drôle de conception de la paix dans le monde que celle qui nous vient d’Outre-Atlantique ! Au passage, la montée des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine ainsi que les tensions artificielles dans le détroit d’Ormuz font monter les cours du baril de pétrole. Encore, une excellente occasion d’en tirer profit pour certains attirés par le lucre11.

« L’histoire se répète toujours deux fois, la première en tragédie, la seconde en farce »12. Et, c’est bien ce que nous constatons aujourd’hui à propos de nos amis et alliés d’Outre-Atlantique. L’Amérique est décidément indécrottable. Elle galope d’échec militaire en échec militaire sans qu’elle n’en tire les conclusions qui s’imposent. En dehors de ses questions intérieures (et l’on peut en douter à l’aune d’affaires récentes de toutes natures13, en particulier les récentes tueries14), l’Amérique ne comprend rien au monde extérieur. Il lui est tout à fait étranger, pour ne pas dire totalement étranger. Les Américains ne comprennent rien au passé, au présent et encore moins à l’avenir. Rappelons que l’éternité est faite de trois dimensions, celle du passé, celle du présent, celle de l’avenir !

Les Américains estiment, à tort, que le monde va se plier à leurs désirs, à leurs exigences de cowboys, de shérifs du monde. Mais, cela ne fonctionne pas ainsi. Ce serait plutôt le contraire. Ils sont contraints de tirer les conséquences de leurs défaites en laissant des États au bord du chaos généralisé. Mais, ils ne sont pas spécialement adeptes du retour d’expérience (« retex » chez les militaires) pour éviter de reproduire les mêmes erreurs. Cela leur éviterait de graves déconvenues.

Quand les Européens voudront-ils bien reconnaître que l’OTAN, c’est-à-dire les États-Unis, est une menace pour l’Europe parce qu’elle est un instrument de déresponsabilisation et un outil de maintien et de renaissance des tensions en Europe ?15 Ils e peuvent attendre la fin des divisions entre l’est et l’ouest pour agir. Mais, trêve de plaisanterie. L’honneur est sauf. L’Amérique est à l’Ouest géographiquement mais elle l’est aussi sur le plan géostratégique.

Guillaume Berlat
19 août 2019

1 Jacques Follorou, Afghanistan : les Américains pourraient partir fin 2020. Washington et les talibans sont engagés depuis onze mois à Doha dans des négociations de paix, Le Monde, 10 août 2019, p. 4.
2 Hélène Sallon, Yémen : des fissures dans le front antihoutistes, Le Monde, 13 août 2019, p. 3.
3 Renaud Girard, L’incroyable fiasco saoudien au Yémen, Le Figaro, 13 août 2019, p. 19.
4 Delphine Minoui, Yémen : le front anti-houthiste vole en éclats, Le Figaro, 12 août 2019, p. 8.
5 Trump parrain de la bombe saoudienne ?, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 3.
6 Norbert Röttgen, Dans la crise du détroit d’Ormuz, l’Europe doit se détacher des États-Unis, Le Monde, 11-12 août 2019, p. 27.
7 Inès Daif, L’ONU critique le traitement des djihadistes français, Le Figaro, 12 août 2019, p. 8.
8 Allan Kaval/Hélène Sallon, Transfert des djihadistes : l’ONU interpelle Paris, Le Monde, 13 août 2019, p. 2.
9 Alain Joxe, Les guerres de l’empire global, éditions La Découverte, 2012.
10 Claude Angeli, Course à la guerre froide entre Pékin et Washington, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 3.
11 Nabil Wakim, Le marché mondial de l’or noir au bord de la crise, Le Monde, 13 août 2019, p. 9
12 Régis Debray, L’Europe fantôme, Gallimard, 2019, p. 41.
13 Mathieu Bock-Côté, Les racines de la violence aux États-Unis, Le Figaro, 10-11 août 2019, p. 19.
14 États-Unis : plus de 250 tueries depuis janvier… Et Trump défend toujours les armés ricains !, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 1.
15 Général Desportes : « L’OTAN est une menace pour l’Europe », Le Figaro, 25-26 mai 2019, p. 20.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 19-08-2019

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/guerre-les-americains-sont-a-l-ouest-par-guillaume-berlat/

« Opération Diane Kruger »

« Opération Diane Kruger »

RÉSEAU VOLTAIRE | 28 OCTOBRE 2019 

+

Le 27 octobre 2019, le président Donald Trump a triomphalement annoncé l’exécution d’Abou Bakr al-Baghdadi, calife de l’État islamique [1].

Selon les éléments divulgués, le calife aurait été localisé dans le gouvernorat d’Idleb (Nord-Ouest syrien) grâce à des informations recueillies par l’Iraq. Les Forces spéciales US auraient monté depuis Erbil (capitale du Kurdistan iraquien), l’« opération Diane Kruger » (du nom de la jeune allemande violée par le calife). Sept ou huit hélicoptères auraient traversé la Syrie. Deux se seraient posés pour débarquer les soldats US, tandis que les autres auraient couvert l’opération depuis les airs. Le calife se serait enfui par un tunnel emportant trois de ses enfants comme boucliers humains. Rattrapé par les chiens de l’armée US, il se serait fait exploser avec ses enfants. Neuf de ses gardes du corps et un autre enfant auraient été tués durant l’assaut. Sa mort aurait été confirmée par l’analyse de l’ADN des restes de son corps. Aucune perte ne serait à déplorer côté US.

Ainsi se termine cette belle histoire. Force reste à l’Amérique !

Dans cette super-production, le rôle du Calife était tenu par un descendant en ligne directe du prophète Mohammed. Celui-ci était né à Falloujah, bastion de la Résistance à l’occupation US de l’Iraq. Il avait été emprisonné dix mois dans les camps de Bucca et d’Adder, où la CIA et la Navy ont procédé à des expériences de conditionnement, mais on ignore s’il en a fait l’objet. Il avait solennellement proclamé le califat à Mossoul, dix ans plus tard, en juillet 2014. Une fois cette performance réalisée, il ne semble pas avoir eu aucune responsabilité dans l’État islamique sinon de lire quelques communiqués.

Dans les narrations précédentes, Diane Kruger n’avait pas été violée par le calife. Depuis octobre 2015, c’était sa seconde épouse. Les services secrets allemands la décrivaient comme une fanatique. On la présentait comme la directrice du département ministériel responsable des femmes de Daesh et plus particulièrement comme responsable de la formation des femmes-suicide. Elle se serait enfuie.

Le calife se serait caché dans le village syrien de Barisha. Celui-ci est situé dans le gouvernorat d’Idleb, zone abritant les combattants d’Al-Qaïda et de Daesh qui ont fuit devant la reconquête syrienne. Cette zone est assiégée au Sud et à l’Est par l’armée arabe syrienne et protégée par l’armée turque. Ce village est lui-même situé à la frontière turque. Donner cette précision revient à accuser l’armée turque d’avoir protégé le calife en personne.

Le président Donald Trump a tenu à remercier pour leur assistance la Russie, la Turquie, la Syrie, l’Iraq et aussi les Kurdes syriens. On ignore pour le moment le rôle que tous ces alliés auraient joué, on relève juste que, pour la première fois depuis bien longtemps, les États-Unis remercient la Syrie. Manque de chance pour le président-candidat, l’état-major russe a fait immédiatement savoir que ses radars n’avaient pas capté de déplacement d’une escouade d’hélicoptère dans la région, ni samedi, ni les autres jours de la semaine. Il a en outre précisé ne pas savoir pourquoi on le remerciait.

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[1] “Donald Trump on the Death of Abu Bakr al-Baghdadi”, by Donald Trump, Voltaire Network, 27 October 2019.

https://www.voltairenet.org/article208139.html

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Baghdadi m’a dit…

Baghdadi m’a dit…

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   lundi 28 octobre 2019

   Forum

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Baghdadi m’a dit…

28 octobre 2019 – Cela fait un certain temps, – je parle en termes d’années, voire de décennies, – que je ne suis pas du tout sinon n’ai jamais été impressionné, ni même seulement intéressé par le caractère “moral” et “civilisateur” des exploits anti-terroristes et en général anti-méchants de notre contre-civilisation. Le “Mission Accomplished” de Bush, en avril 2001 après la désintégration barbare de l’Irak par les hordes civilisées de la Grande République, à bord du USS Abraham Lincoln ( ou bien était-ce le USS Ronald Reagan ? C’est du même tonneau), a été un moment tragique-bouffe et symbolique à cet égard ; de la sorte où l’on se dit, “C’est donc qu’Audiard avait tout compris, ‘Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît’”.

Alors, la mort de Baghdadi (“la nième mort”, disent les Russes, méchants garçons qui ne veulent pas jouer le jeu), – vous comprenez, moi… Mais bon, on va en parler tout de même, car cela “fait sens” comme on dit dans les talk-shows, et dans plusieurs domaines du simulacre. (Nous avons réussi à créer une catégorie spéciale du simulacre : le simulacre-labyrinthe, ou simulacre-Kafka, où se perdent les personnages d’Audiard “qui osent tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît”.)

Le premier mot, ou les trois premiers si vous voulez, qui viennent à ma plume pour qualifier cette affaire, c’est dans l’ordre-désordre selon l’air du temps et le sens du vent : confusion, désordre, chaos. On avait déjà eu le cas avec la “mort” (?) de ben Laden, cette fois c’est un remake multiplié par dix. Pour caractériser cette situation, il y cette étrange contradiction : au milieu de la foule de précisions, de révélations, de détails d’ailleurs souvent divergents et venus de tous les côtés, tout cela dominé par les déclarations sonores de Trump remerciant un certain nombre de pays de leur aide pour la réussite de cette attaque, et notamment ô combien la Russie (“TTG”, du site STT du colonel Lang : « Je pense que la Russie a fourni des informations cruciales à l’USI[renseignement US] dans la préparation de ce raid. La coordination entre les États-Unis et la Russie ne se limitait probablement pas à “informer[les Russes] de notre action”, comme l’a dit Trump dans son discours de ce matin. »)

… Bien, je reprends en reprenant mon souffle, et pour mettre en évidence la singularité de la chose : “au milieu de la foule de précisions, de révélations, de détails d’ailleurs souvent divergents et venus de tous les côtés… et notamment ô combien la Russie”, il y a le scepticisme complet, affiché officiellement par les Russes dans tous les cas jusqu’à maintenant, et scepticisme détaillé venu du ministère de la défense. La chose a été largement diffusée et répercutée sur les réseaux officiels et autres, sous la forme d’un communiqué très circonstancié du porte-parole officiel de la défense, le général Igor Konachenkov, de cette façon sur RT-France : 

« “Le ministère russe de la Défense n’a pas d’informations fiables sur la conduite par les militaires américains d’une opération, dans la partie sous contrôle turc de la zone de désescalade d’Idleb, visant à une nouvelle[nième] ‘élimination’ de l’ancien chef de Daech, Abou Bakr al-Baghdadi”, a commenté le porte-parole
» Estimant que les détails donnés par les différents participants à l’opération étaient “contradictoires” et soulevaient “des doutes raisonnables quant à la réalité de cette mission et, surtout, quant à son succès”, le porte-parole a estimé que la simple affirmation de la présence du chef de Daesh dans une zone contrôlée par “le groupe al-Qaïda syrien” méritait des “preuves directes et précises” de la part de Washington.
» La mort d’Abou Bakr al-Baghdadi avait, par le passé, déjà été annoncée à plusieurs reprises puis démentiepar des messages audio ou vidéo attribués à l’intéressé. Elle n’avait jamais été confirmée jusque-là. »

Voilà pour illustrer “confusion, désordre, chaos”, car pour que les Russes démentent aussi clairement dans une première réaction une occurrence où Trump applaudit l’aide de la Russie apportée aux USA en Syrie, il faut vraiment que la situation de la communication soit fort compliquée ; encore plus, bien plus que sur le terrain… (Pour la suite de cette affaire Russie-USA à ce propos, on verra ce qu’il en résultera de la vérité-de-situation, si jamais nous arrivons à la saisir. Pour l’instant, seule nous intéresse la formule “confusion-désordre-chaos”.) 

Il y eut tout de même parmi les commentateurs-Système des gens suffisamment zélés et alignés (à peu près 99,97% dans cette catégorie) pour prendre l’affaire au sérieux comme on nous la décrivait chaotiquement, et nous la commenter “sérieusement”, – c’est-à-dire avec raison, professionnalisme et, surtout-surtout, sens moral… Je vous donne un exemple, – un exemple parmi d’autres, et je ne m’y attarderai pas, c’est promis, – sorti aussi bien de mes tiroirs qu’entré dans les oreille hier après-midi

… Il y eut donc une parole immortelle d’un des commentateurs français, de Claude Weill, un des multiples consultants de LCI. Voici ce que je disais de lui le 25 novembre 2018, dans une chronique que je préparai pour ce Journalet que je n’ai finalement pas publiée : « D’abord, il y a Claude Weill, ancien de ‘L’Obs’, chroniqueur de ‘Nice-Matin’ ; l’air distant, un peu hautain, la voix grave et posée, homme de raison assurée (Gilbert Collard parlera une demi-heure plus tard, indirectement à son propos sans que l’autre ne s’en émeuve, de “fatuité”)… ». Eh bien, Weill, hier, lors d’une de ces innombrables table ronde, posa fermement que la mort de Baghdadi “ne changeait pas grand’chose” car “le terrorisme est une idéologie” et qu’une idéologie ne dépend pas d’un homme… Prendre le terrorisme pour une “idéologie”, voilà où ils en sont, à force de se noyer dans les méandres-simulacres de leurs commentaires éclairés sur une situation qu’ils ne comprennent en rien sinon pour les déformer.

(Il y avait eu un débat après 9/11 aux USA, pour “partir en guerre contre le terrorisme”. Certains observèrent alors : “Mais le terrorisme n’est pas ‘un ennemi’, c’est une tactique de guerre, et on ne fait pas opérationnellement la guerre à une tactique de guerre dont tout le monde peut ou non user ; dire cela, c’est comme si vous disiez que vous partez opérationnellement en guerre contre la guerre”. Rien n’y fait, on continue à discourir dans ce sens, où les mots sont constamment détournés de leurs sens.) 

Enfin, laissons là Baghdadi, Daesh et le terrorisme… Car l’essentiel de cette affaire, c’est ce qu’elle nous a montré, – surprise, surprise, – de la situation à “D.C.-la-folle”.

.. Bien entendu, il y a Trump, qui a utilisé l’affaire comme on tape sur une grosse caisse, avec l’ampli à fond, comme si la civilisation venait d’être sauvée par ces exceptionnels soldats du système de l’américanisme, aidés par tant de copains-pays-alliés, dont la Russie, oui la Russie ! Tout le monde est superbe et au-dessus de tout soupçon dans cette affaire, surtout lui-le-POTUS, votez pour Trump… Bien, fermez le ban, tout cela est du classique et du cousu-main. Obama avait fait la même chose avec la “mort” de ben Laden en 2011, avec un peu plus d’élégance, c’est-à-dire selon la tactique différente de ne pas se mouiller dans le bombastique grossièrement personnalisé de la dialectique à-la-Trump, plutôt d’envoyer tous ses fidèles-adorateurs taper sur les grosses caisses en faveur de la réélection du Prophète en 2012 ; c’est cela qu’on nomme “élégance”, aujourd’hui, jours tristes et sombres…

Mais le plus beau du spectacle vint de l’opposition à Trump : comment faire pour réduire l’effet d’annonce, dénier que Trump ait remporté une “victoire” “contre le terrorisme” au profit de la sécurité des USA, dénier qu’il y ait une “victoire”, dénier que Trump put faire quoi que ce soit “au profit de la sécurité des USA”, dénier enfin qu’il y ait quelque intérêt pour les USA que le POTUS restât POTUS quatre ans de plus. Le vacarme fut considérable. Dame Pelosi se plaignit amèrement qu’on ne l’ait pas avertie de l’opération, elle la Speaker de la Chambre, que cet oubli évidemment voulu aggravait encore l’acte de mise en accusation pour la destitution de l’insupportable Trump. De partout du côté démocrate fusèrent les critiques, comme un feu d’artifice saluant une “victoire” qui ne serait qu’un simulacre… Peut-être n’est-ce pas faux, mais qu’est-ce donc alors que “D.C.-la-folle” sinon le simulacre des simulacres, – et eux-mêmes,  les dénonciateurs de simulacres, les pires du pire des simulacres ?

Oui, oui, le plus beau vint sans aucun doute de la presseSystème. Comment annoncer la liquidation du plus terrible des “terroristes” depuis ben Laden, sinon pire que ben Laden, puisqu’ainsi le dit la narrative, sans faire à Trump la faveur d’un compliment-simulacre ? Le pompon revient au Washington Post (WaPo), et notamment : comment qualifier Baghdadi pour ne pas trop favoriser Trump ? On se dit d’abord, dans la rédaction-en-chef, qu’on le qualifierait dans le titre de manchette où tout est dit que les cervelles légères et conformes doivent retenir, de « Terroriste-en-chef de l’État Islamique » ; mais diantre, c’était faire la part un peu drôlement trop belle à l’autre, le Commandant-en-Chef des forces armées US, par simple effet contradictoire, et l’on changea subito presto en « Austère érudit religieux » ; mais diantre, c’était faire la part un peu drôlement trop belle au chef de Daesh, ça pouvait faire jaser, et l’on changea subito prestoen « Leader extrémiste ».

(ZeroHedge.com : « In the final analysis the Washington Post fumbled the Abu Bakr al-Baghdadi headline three times; first, referring to him as the “Islamic State’s terrorist-in-chief,” to “Austere Religious Scholar,” and then finally, to ”Extremist Leader.” »)

Cette épique gymnastique qui doit concilier, en un instant fatal où le simulacre antiTrump côtoie presque une réalité, même simulacre elle-même qu’importe, et impose une vérité-de-situation, anima drôlement (phoneyfunny) la soirée de dimanche sur les réseaux, tweets & Cie. Je signale deux réactions, pour simplement donner une mesure du swingde la chose et du côté rock’n roll de “D.C.-la-folle”, allant du pseudo-sérieux au caricatural présentant les seules choses dignes d’intérêt dans ce simulacre :
• D’abord une réaction officielle du WaPo, réalisant finalement le ridicule absurde (ou l’absurdité ridicule) de son comportement du côté des manchettes de première page du texte. Il s’agit d’un tweetde Katrhy Coratti Kelly, vice-président pour la communication du quotidien, suite au deuxième changement (passage de « Austère érudit religieux » en « Leader extrémiste » pour la manchette) : « Regarding our al-Baghdadi obituary, the headline should never have read that way and we changed it quickly. »
• Mais aussi, la plus intelligente et la plus créatrices des initiatives de cette soirée qui déploya tous les déchets et le vrac puant d’une époque de simulacre, fut celle d’établir un nouveau compte#hashtag sous la dénomination #WaPoDeathNoticesdans lequel les utilisateurs proposent des formules type-WaPo pour qualifier des morts célèbres pour leur affreuse calamité, désignés selon le nouveau style des titres nécrologiques du si-grand quotidien de Washington ; et cela donna par exemple (traduction inutile, me semble-t-il), quelques perles qui suggère la tiédeur de l’imagination des titreurs du WaPo :
« Adolf Hitler, passionate community planner and dynamic public speaker, dies at 56. » ;
« Mao Zedong, who saved 20-45 million of his own people from having to suffer through the struggle of existence, dies at 82. » ;
« Gaius Julius Caesar, 56, noted author and Egyptologist, dies surrounded by his friends. » ;
« Charles Manson, famous songwriter and meditation leader, dead at 83 » ;
« Jeremy Epstein, do-gooder who provided Caribbean vacations to young ladies, dies at 66 » ;
« Satan, unorthodox faith leader known for pushing back against famous wine maker Jesus, dies at 14 billion. »

Voilà donc où nous en sommes réduits, ou plutôt où nous en sommes projetés, dans des sommets de tragédie-bouffeoù le bouffe prend une place démesurée, cosmique, énorme comme une galaxie-bouffe enfantant des simulacres qui frôle l’éternité. Il me faudra du temps avant que je consente à prendre au sérieux les arguments et les commentaires des uns et des autres cadenassés dans le simulacre du Système, sur un événement aussi totalement faussaire de toutes les façons qu’on le considère et parce qu’il s’agit de considérer en simulant, caractérisant un comportement guerrier (et non un “ennemi” ou une “idéologie”) dans l’épisode duquel nous (c’est-à-dire le Système, et le système de l’américanisme) portons la plus complète responsabilité de semeur du chaos depuis Brzezinski-1979.

Pour l’instant, le seul effet important de la “mort” (?) de Baghdadi, c’est d’avoir fait monter d’un cran de plus la folle démence de “D.C.-la-folle”, d’avoir ajouté un peu de kérosène à très haut degré d’octane dans la cuve bouillonnante du Trou Noir où l’empire s’effondre avec un entêtement digne d’éloge et un sens ardent de l’accélération.

https://www.dedefensa.org/article/baghdadi-ma-dit

Moscou ne dispose pas d’«informations fiables» sur la mort d’al-Baghdadi, annoncée par Trump

Moscou ne dispose pas d’«informations fiables» sur la mort d’al-Baghdadi, annoncée par Trump

27 oct. 2019, 16:08

Moscou ne dispose pas d'«informations fiables» sur la mort d'al-Baghdadi, annoncée par Trump

Quelques heures après l’annonce par Washington de la mort du chef de Daesh dans une opération américaine, le ministère russe de la Défense a affirmé ne pas disposer pour l’heure d’informations fiables sur «une nouvelle « élimination »» du terroriste.

Le porte-parole du ministère russe de la Défense Igor Konashenkov, cité par l’agence de presse RIA, a affirmé ne pas avoir été informé jusqu’à présent, de l’opération américaine en Syrie, qui aurait conduit à la mort d’Abou Bakr al-Baghdadi, annoncée plus tôt ce 27 octobre par Donald Trump. «Le ministère russe de la Défense n’a pas d’informations fiables sur la conduite par les militaires américains d’une opération, dans la partie sous contrôle turc de la zone de désescalade d’Idleb, visant à une nouvelle « élimination » de l’ancien chef de Daesh, Abou Bakr al-Baghdadi», a commenté le porte-parole.

Moscou dément toute «assistance» dans l’opération

Lire aussiDonald Trump annonce la mort du chef de Daesh, Abou Bakr al-Baghdadi

Il a ajouté ne pas avoir été mis au courant d’une éventuelle «assistance» russe aux forces aériennes américaines dans le cadre de cette opération. «Nous n’avons pas connaissance d’une quelconque assistance présumée au vol de l’aviation américaine dans l’espace aérien de la zone de désescalade d’Idlib», a résumé Igor Konashenkov. Plus tôt, le président américain avait remercié la Russie, la Syrie, la Turquie, l’Irak et les Kurdes pour le «soutien» qu’ils auraient apporté à Washington dans cette opération, sans donner davantage de détails.

La mort d’Abou Bakr al-Baghdadi avait déjà été annoncée à plusieurs reprises ces dernières années, et démentie par des messages audio ou vidéo attribués à l’intéressé. Ni le Pentagone, ni les forces armées irakiennes ou syriennes n’ont jamais jusqu’alors confirmé les informations et rumeurs sur sa mort.

Le chef du califat islamique autoproclamé en Irak et en Syrie a fait sa seule apparition publique connue au cours de l’été 2014, lorsque le groupe était en pleine avancée sur les territoires des deux pays.

Né Ibrahim Awad Ibrahim al-Badri, l’homme a été détenu brièvement par les forces américaines en Irak en février 2004 avant d’être libéré comme «prisonnier de bas niveau» quelques mois plus tard du centre de détention d’Abu Ghraib.

Lire aussi : Donald Trump annonce la mort du chef de Daesh, Abou Bakr al-Baghdadi

Détails à suivre…

International

https://francais.rt.com/international/67340-moscou-ne-dispose-pas-informations-fiables-sur-la-mort-al-baghdadi-annoncee-par-trump

Dans les champs d’oliviers de Syrie, un assaut sans doute fatal à Baghdadi

Dans les champs d’oliviers de Syrie, un assaut sans doute fatal à Baghdadi

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Un enfant syrien observe les ruines d'une maison, détruite par un raid américain présumé à Baricha, dans le nord-ouest de la Syrie, le 27 octobre 2019

Un enfant syrien observe les ruines d’une maison, détruite par un raid américain présumé à Baricha, dans le nord-ouest de la Syrie, le 27 octobre 20191/3© AFP, Omar HAJ KADOURA lire aussi

Dans les champs d'oliviers de Syrie, un assaut peut-être fatal à Baghdadi

MondeDans les champs d’oliviers de Syrie, un assaut peut-être fatal à BaghdadiMondeTrump annonce la mort du chef de l’EI dans un raid américain en Syrie

AFP, publié le dimanche 27 octobre 2019 à 15h54

En pleine nuit, Abou Ahmed a entendu des soldats « parlant une langue étrangère » en train d’attaquer une maison juste à côté de chez lui, au milieu des champs d’oliviers du nord-ouest de la Syrie.

Abou Ahmed s’interroge désormais sur les activités de son discret voisin, qui se présentait comme un « commerçant en denrées alimentaires » mais qui aurait pu cacher dans sa maison le chef du groupe Etat islamique (EI).

C’est dans cette zone du nord-ouest syrien que le chef de l’EI Abou Bakr al-Baghdadi a été tué dans la nuit lors d’une opération militaire américaine, selon l’annonce du président américain Donald Trump.

Lorsque, aux alentours de minuit, des hélicoptères ont survolé le village de Baricha, Abou Ahmed était tranquillement chez lui, raconte-t-il à l’AFP. Ce quinquagénaire a entendu ensuite des tirs à quelques dizaines de mètres.


« On a entendu quelqu’un parler en arabe, qui disait +Abou Mohamed rends-toi+! », assure-t-il. « Après, des forces parlaient une langue étrangère ».

L’opération a duré près de trois heures et s’est terminée par un bombardement aérien, racontent des témoins.

Dimanche matin, la maison d’Abou Mohamed n’est plus qu’un amas de pierres blanches, de béton et de ferrailles tordues.

La zone a été bouclée par les combattants armés de Hayat Tahrir al-Cham (HTS), l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda qui continue de dominer la province d’Idleb.

– « Que des salutations » –

Les journalistes ont été brièvement autorisés à accéder à la zone. Trônant sur les décombres, on aperçoit la carcasse tordue d’une voiture et les restes calcinés d’une moto, prises dans des fils électriques.

Tout autour, les champs d’oliviers sont parsemés de tentes sommairement installées par les déplacés du conflit syrien.

La petite villa prise pour cible était occupée par Abou Mohamed, un homme discret qui, avec le recul, a sans doute accueilli chez lui Baghdadi, que personne ne semble en revanche avoir aperçu.

Ce mystérieux Abou Mohamed se présentait comme un déplacé venu de la province voisine d’Alep et vivait en faisant commerce de denrées alimentaires et de bétail.

« Entre cet homme et nous, il n’y avait que des salutations », assure Abou Ahmed, lui-même un déplacé. « Par nature, on est des gens sociables. On lui disait +viens à la maison+, mais il ne venait pas », poursuit Abou Ahmed.

Tous les jours, raconte-t-il, son taciturne voisin sortait tôt le matin et rentrait tard le soir. Ni femme ni enfants n’ont jamais été vus dans la maison.

Un autre voisin est venu sur le site de l’attaque dès qu’il a pu. Sa maison se trouve à environ 500 mètres de là et, durant la nuit, il dit avoir vu deux avions à très basse altitude –« 15 mètres »– survoler le secteur. Il a aussi entendu les échanges de tirs, avant des tirs de missiles.

– « Kidnappés » –

En confirmant le raid américain en Syrie, le président Trump a indiqué que le chef de l’EI s’était fait exploser avec une « veste » d’explosifs. Un « grand nombre » de combattants de l’EI sont morts dans le raid, a-t-il souligné.

Très tôt dimanche, Abdel Hamid, un autre habitant de Baricha, a pu accéder à la maison en ruines avant que le site ne soit bouclé.

« Il y avait six corps dans la maison, personne ne sait qui c’est », dit-il.

« Une voiture passait à côté par hasard, elle a été touchée, il y avait deux morts à l’intérieur », ajoute le jeune homme de 23 ans.

De ses échanges avec les voisins, il a compris qu’Abou Mohamed et une autre personne étaient portés disparus, vraisemblablement « kidnappés » par les assaillants.

« Les gens disent qu’ils ont emmené le propriétaire de la maison et avec lui une autre personne », assure-t-il.

https://actu.orange.fr/monde/dans-les-champs-d-oliviers-de-syrie-un-assaut-sans-doute-fatal-a-baghdadi-CNT000001ky3cS/photos/un-enfant-syrien-observe-les-ruines-d-une-maison-detruite-par-un-raid-americain-presume-a-baricha-dans-le-nord-ouest-de-la-syrie-le-27-octobre-2019-ce04229038cb0431e52460fa4cf15a2b.html

Abou Bakr al-Baghdadi, chef du groupe Etat islamique, présumé mort après une opération militaire en Syrie

Abou Bakr al-Baghdadi, chef du groupe Etat islamique, présumé mort après une opération militaire en Syrie

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Abou Bakr al-Baghdadi, chef du groupe Etat islamique, présumé mort après une opération militaire en Syrie

Abou Bakr Al Baghdadi n’a plus donné signe de vie depuis une vidéo diffusée en avril 2019©Yana Paskova / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFPA lire aussi

Le chef de l'EI présumé mort après un raid américain en Syrie selon des médias

MondeLe chef de l’EI présumé mort après un raid américain en Syrie selon des médiasMondeSyrie: le chef de l’EI présumé mort dans une opération américaine selon des médias

Orange avec AFP-Services, publié le dimanche 27 octobre 2019 à 07h44

Le sort du chef du groupe islamique fait l’objet de toutes les spéculations depuis plusieurs années. Ce samedi soir, le président des Etats-Unis a affirmé que « quelque chose d’énorme » venait de se passer.

Abou Bakr al-Baghdadi, meneur de groupe Etat islamique, a été la cible d’une opération militaire de l’armée américaine dans le nord de la Syrie.

Plusieurs médias américains dont CNN et ABC affirment que le chef de l’organisation terroriste aurait été tué. CNN affirme que des tests sont en cours afin de pouvoir confirmer formellement la mort du chef du groupe jihadiste responsable de multiples attentats sanglants à travers le monde. Selon un responsable cité par ABCil aurait fait exploser sa veste chargée d’explosifs pour se suicider. Le Pentagone s’est refusé à tout commentaire.

« Le président des Etats-Unis fera une annonce très importante demain matin à 9h (14h heure française) depuis la Maison Blanche », a déclaré Hogan Gidley, porte-parole de l’exécutif américain, sans autres précisions. Peu avant cette annonce, Donald Trump avait laissé augurer d’une annonce importante, tweetant que « quelque chose d’énorme vient de se passer! ».

Si l’opération militaire américaine a effectivement mené à la mort d’Al-Baghdadi, elle serait la plus importante visant un haut responsable jihadiste depuis la mort, le 2 mai 2011, d’Oussama Ben Laden, le chef d’Al-Qaïda tué par les forces spéciales américaines à Abbottabad au Pakistan. Ce développement intervient dans une période d’intense activité militaire dans le nord de la Syrie. 
Syrie : « Il est crédible qu’une opération ait été menée contre Abou Bakr al-Baghdadipar FRANCE 24
Le régime syrien et son allié russe ont accéléré le déploiement de leurs troupes à la frontière syro-turque, tandis que les Américains annonçaient l’envoi de renforts militaires dans une zone pétrolière plus à l’est sous contrôle kurde. Abou Bakr al-Baghdadi n’a plus donné signe de vie depuis une vidéo non datée diffusée en avril 2019.

https://actu.orange.fr/monde/abou-bakr-al-baghdadi-chef-du-groupe-etat-islamique-presume-mort-apres-une-operation-militaire-en-syrie-magic-CNT000001kxWdR.html

Retour d’Al-Baghdadi : le calife sans califat… mais pas sans troupes, ni sans projet de terreur

ETAT ISLAMQUE
Retour d’Al-Baghdadi : le calife sans califat… mais pas sans troupes, ni sans projet de terreur

Tout avait été minutieusement préparé, le discours comme la mise en scène qui présente une ressemblance avec les apparitions d’Oussama Ben Laden et de Moussab al-Zarqawi. Les messages à passer sont nombreux et sont surtout destinés à ses fidèles qui pouvaient s’étonner de son silence en ce moment difficile pour Daech.

Il  reconnaît que « la bataille de Baghouz est terminée » et que « beaucoup d’autres choses vont arriver après cette bataille ». Sans paraphraser, il lance un « nous avons perdu une bataille mais pas la guerre » sans savoir qui en est à l’origine. Fait très important, il affirme mener une « guerre d’usure » ce qui implique qu’il imagine qu’elle va s’étendre dans le temps, même peut-être sur plusieurs générations.

Il se félicite de l’opération « revanche pour le Cham » lancée au début avril qui aurait, selon lui, déjà connue 92 actions dans huit pays dont celle du 9 avril à Fuqaha en Libye … C’est pour cette raison que la vidéo est estimée avoir été tournée entre le 9 avril (sans doute après le 10) et le 21 avril, jour des attaques au Sri-Lanka dont il ne parle que dans la partie audio qui suit sa vidéo.

Il cite de nombreux « martyrs » ayant combattu à Raqqa et à Mossoul ainsi que les frères Clain pour la branche médiatique. Par là, il veut démontrer qu’il se tient bien au courant de ce qui se passe sur le terrain.

Il dit avoir accepté l’allégeance de militants du Burkina Faso, du Mali et d’Afghanistan. Des dossiers lui sont présentés concernant les wilayat de Somalie et de Turquie ce qui montre son goût de l’organisation – il est connu pour être très procédurier -. Plus inquiétant, ces pays, Mali, Burkina Faso, Afghanistan, Somalie, Turquie ne sont pas ainsi mis en avant pour rienpuisque le film a été soigneusement préparé. Sont-ils de futurs objectifs où il veut que l’effort de Daech porte? Les wilayat d’Extrême-Orient, du Sinaï, du Caucase sont déjà bien actives et n’ont pas besoin d’encouragements particuliers. Il faut dire que les émirs locaux bénéficient d’une grande autonomie de décision étant les plus à même de décider ce qu’il convient de faire sur leur théâtre de guerre.

Il évoque la chute des présidents soudanais et algérien affirmant que le Djihad est la seule solution pour (NdA, abattre) les « tyrans ». En cela, il marque sadifférence stratégique avec Al-Qaida « canal historique » qui a « félicité » les peuples qui se sont révoltés pacifiquement contre leurs dirigeants. Il n’en reste pas moins que l’idéologie des deux mouvements est la même, le salafisme-djihadisme

Ce n’est qu’une fois la vidéo terminée qu’un enregistrement audio – vraisemblablement rajouté par la suite en tant que « mise à jour »- lui fait évoquer l’attaque du Sri Lanka du dimanche (de Pâques) 21 avril qui aurait été menée pour venger la prise de la ville syrienne de Baghouz (et pas les assassinats de masse dans deux mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande qui ont fait 50 victimes comme cela a été faussement avancé précédemment). Il cite aussi une tentative d’attaque du siège des services de sécurité de Zulfi en Arabie saoudite qui a échoué également le 21 avril (les quatre terroristes ont été tués). Il y avait une similitude des films montrant l’allégeance des activistes sri-lankais et des Saoudiens ce qui signifie que les savoir-faire circulent entre les différentes cellules, même très éloignées.

À noter que par le passé, Bagdhadi avait déjà émis des messages audio, le dernier datant d’août 2018. Il avait tenté à l’époque d’effacer les pertes territoriales infligées à son mouvement. La rareté de ses interventions font qu’elles sont plus écoutées que celles de al-Zawahiri.  Bien qu’ayant été annoncé mort (en 2017 par les Russes) ou gravement blessé à plusieurs reprises, il paraît en bonne santé avec une barbe teinte à la mode des Abbassides et comme Ben Laden, un fusil d’assaut Aks74u à ses côtés. A sa différence, la cartouchière qui est située sous le fusil d’assaut, en plus de chargeurs, semble comporter une bâton allumeur (voir la goupille). Le message est clair, il ne se laissera jamais faire prisonnier préférant le « martyre ». Là non plus, ce message subliminal n’est pas destiné à ses adversaires mais à ses fidèles: « faites comme moi, allez jusqu’au sacrifice suprême ».

Il parle à trois individus aux visages floutés qui l’écoutent religieusement, manière de montrer qu’il est loin d’être seul.

Al-Baghdadi de son vrai nom Ibrahim Awwad Ibrahim al-Badri est né en 1971 à Samara en Irak. Diplômé en études religieuses de l’Université coranique Saddam Hussein, il est devenu l’émir de la branche irakienne d’Al-Qaida « canal historique » (l’État Islamique d’Irak, EII) en 2010 avant de porter le fer en Syrie voisine en 2012 via l’État Islamique d’Irak et du Levant (EIIL). Il a rompu en 2014 avec al-Zawahiri lorsqu’il a créé son « califat », ce à quoi ce dernier était totalement opposé. A la différence de Zawahiri qui reconnaît l’autorité religieuse du chef des taliban afghans (comme le faisait Oussama Ben Laden), lui cumule les responsabilités de chef religieux, militaire et politique de Daech. Une prime de 25 millions de dollars pèse sur sa tête. Mais pour l’instant, nul ne sait où il se trouve et il est à craindre qu’il exerce une influence psychologique importante chez des sympathisants vivant en Occident. Les Américains viennent d’arrêter un ancien militaire converti à l’Islam qui voulait passer à l’action. Heureusement, le complice qui lui a fourni les explosifs était un agent infiltré du FBI…

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après

RAPPORT SUR LA GUERRE EN SYRIE – 2 MAI 2019: DES MILITANTS FONT 4 MORTS PARMI LES RUSSES À HAMA ET POURSUIVENT LEURS ATTAQUES SUR LA BASE AÉRIENNE DE HMEIMIM

RAPPORT SUR LA GUERRE EN SYRIE – 2 MAI 2019: DES MILITANTS FONT 4 MORTS PARMI LES RUSSES À HAMA ET POURSUIVENT LEURS ATTAQUES SUR LA BASE AÉRIENNE DE HMEIMIM

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Rapport sur la guerre en Syrie, le 2 mai 2019
Rapport sur la guerre en Syrie - 2 mai 2019: des militants font 4 morts parmi les Russes à Hama et poursuivent leurs attaques sur la base aérienne de Hmeimim

Le 1er mai, la coalition de groupes militants soutenue par la Turquie, le Front national de libération, a déclaré que ses membres avaient tué quatre membres des forces armées russes avec des obus de mortier dans le village de Braidij, dans le nord de Hama.

Les informations sont venues au milieu d’une nouvelle vague d’escalade dans la région causée par les attaques incessantes des militants contre les positions de l’armée arabe syrienne (SAA). Selon des sources pro-militantes, des avions russes et syriens ont effectué au moins 50 frappes sur des cibles militantes dans le nord de Hama et le sud d’Idlib.

Le même jour, des renforts gouvernementaux seraient arrivés dans la région afin de renforcer les positions de l’ASA près de la zone dite démilitarisée. Des sources progouvernementales ont immédiatement lancé une nouvelle série de spéculations selon lesquelles il s’agissait du signe d’une opération militaire à venir près d’Idlib.

Le 2 mai, le ministère russe de la Défense a rejeté les accusations selon lesquelles des membres de son service seraient morts dans le nord de Hama. Parallèlement, l’armée russe a révélé que des militants de la zone de désescalade d’Idlib avaient tenté d’attaquer sa base aérienne Hmeymim avec plusieurs systèmes de roquettes et de véhicules aériens sans pilote (UAV) à douze reprises au cours du mois dernier. 8 des 12 attaques ont été menées avec des UAV. Les forces russes ont abattu 12 UAV. Aucun dégât matériel ou victime n’a été causé.

Neuf soldats turcs ont été tués et quatorze autres blessés lors d’une série d’attaques dans la partie sud d’Afrin le 30 avril, a annoncé les Forces de libération d’Afrin (ALF) dans un nouveau communiqué. Les soldats turcs auraient été tués lorsque des combattants kurdes ont détruit, à l’aide de l’ATGM, deux véhicules MRAP (BMC Kirpi Mine-Resistant Embush Protected) et un camion militaire turc à proximité de la ville de Qatamah. Le même jour, des combattants kurdes ont également tendu une embuscade à une unité militaire turque près du même village. À la suite de l’embuscade, six soldats turcs ont été blessés, selon les affirmations de la FAL.

Les revendications du groupe kurde doivent encore être confirmées. L’armée turque, qui annonce généralement ses pertes sans retard, n’a pas commenté ces accusations jusqu’à présent.

Les unités de l’Etat islamique ont tué et capturé un certain nombre de membres des forces syriennes lors de deux attentats à la bombe ayant eu lieu dans la campagne de l’est de Homs ces derniers jours. Les attaques ont eu lieu dans les régions d’Aatchane et de Sukhna.

Selon des sources progouvernementales, les forces du tigre de la SAA ont récemment été envoyées dans la campagne de Homs afin de faire face à la menace croissante que représente l’Etat islamique. L’opération anti-ISIS attendue dans le désert rend toutefois discutable la possibilité d’une avance sur Idlib.

Syrian War Report – May 2, 2019: Militants Claim 4 Russians Killed In Hama, Attack Hmeimim Air Base

Nouvelle attaque jihadiste au Mali: 11 soldats tués selon le gouvernement

POLITIQUE
Nouvelle attaque jihadiste au Mali: 11 soldats tués selon le gouvernement

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Publié le mardi 23 avril 2019  |  AFP
Libération

© aBamako.com par A S 
Libération de la ville de Gao.

Onze soldats maliens, selon le ministère de la Défense, ont été tués par des djihadistes présumés qui ont attaqué ce dimanche un poste de l’armée malienne près de la frontière mauritanienne, un mois après un assaut contre un camp militaire au cours duquel près de 30 soldats avaient péri.

«Le poste de sécurité de Guiré, dans le cercle de Nara, a fait l’objet d’une attaque violente et complexe aux environs de 5 heures. Les FAMa (Forces armées maliennes) déplorent 11 morts, des blessés et des dégâts matériels», a indiqué dans la soirée le ministère de la Défense. Plus tôt dans la journée, une source sécuritaire malienne avait fait état d’un bilan «d’au moins 12 morts, dont le commandant du poste, un capitaine». «Les assaillants se sont retirés avec une quinzaine de morts dans leurs rangs», a précisé le ministère, qui indique également que «des renforts aériens et terrestres ont été immédiatement dépêchés pour secourir les blessés, occuper le poste et procéder au ratissage».

Le 17 mars, une attaque djihadiste contre un camp de l’armée à Dioura (centre), près de la frontière avec le Burkina-Faso, avait déjà coûté la vie à près de 30 soldats maliens. Et samedi, un Casque bleu égyptien de la Minusma a été tué et quatre membres de son unité blessés par l’explosion d’une mine au passage de leur convoi près de la frontière avec le Burkina-Faso, selon l’ONU. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a condamné l’attaque visant le contingent égyptien. «Les forces de la (mission de paix) Minusma ont répondu, tuant un assaillant et en arrêtant huit autres», a précisé le chef de l’ONU.

Changement à la tête du Haut conseil islamique du Mali

Les attaques du weekend sont intervenues au moment où le président Ibrahim Boubacar Keïta poursuit ses consultations pour désigner un nouveau Premier ministre, après la démission jeudi du gouvernement de Soumeylou Boubèye Maïga. Le Premier ministre a jeté l’éponge moins d’un mois après la tuerie de quelque 160 civils peuls à Ogossagou, près de la frontière avec le Burkina Faso, commise par des membres présumés de groupes de chasseurs dogons.

Le massacre avait entraîné une série de manifestations hostiles au gouvernement pour dénoncer la gestion de l’Etat et l’insécurité persistante. L’un des principaux meneurs de la fronde, l’imam Mahmoud Dicko, a quitté ce dimanche la présidence du Haut conseil islamique du Mali (HCIM), au terme de son mandat, où il est remplacé par Chérif Ousmane Madani Haïdara, influent prêcheur considéré comme plus proche du pouvoir.