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Retour d’Al-Baghdadi : le calife sans califat… mais pas sans troupes, ni sans projet de terreur

ETAT ISLAMQUE
Retour d’Al-Baghdadi : le calife sans califat… mais pas sans troupes, ni sans projet de terreur

Tout avait été minutieusement préparé, le discours comme la mise en scène qui présente une ressemblance avec les apparitions d’Oussama Ben Laden et de Moussab al-Zarqawi. Les messages à passer sont nombreux et sont surtout destinés à ses fidèles qui pouvaient s’étonner de son silence en ce moment difficile pour Daech.

Il  reconnaît que « la bataille de Baghouz est terminée » et que « beaucoup d’autres choses vont arriver après cette bataille ». Sans paraphraser, il lance un « nous avons perdu une bataille mais pas la guerre » sans savoir qui en est à l’origine. Fait très important, il affirme mener une « guerre d’usure » ce qui implique qu’il imagine qu’elle va s’étendre dans le temps, même peut-être sur plusieurs générations.

Il se félicite de l’opération « revanche pour le Cham » lancée au début avril qui aurait, selon lui, déjà connue 92 actions dans huit pays dont celle du 9 avril à Fuqaha en Libye … C’est pour cette raison que la vidéo est estimée avoir été tournée entre le 9 avril (sans doute après le 10) et le 21 avril, jour des attaques au Sri-Lanka dont il ne parle que dans la partie audio qui suit sa vidéo.

Il cite de nombreux « martyrs » ayant combattu à Raqqa et à Mossoul ainsi que les frères Clain pour la branche médiatique. Par là, il veut démontrer qu’il se tient bien au courant de ce qui se passe sur le terrain.

Il dit avoir accepté l’allégeance de militants du Burkina Faso, du Mali et d’Afghanistan. Des dossiers lui sont présentés concernant les wilayat de Somalie et de Turquie ce qui montre son goût de l’organisation – il est connu pour être très procédurier -. Plus inquiétant, ces pays, Mali, Burkina Faso, Afghanistan, Somalie, Turquie ne sont pas ainsi mis en avant pour rienpuisque le film a été soigneusement préparé. Sont-ils de futurs objectifs où il veut que l’effort de Daech porte? Les wilayat d’Extrême-Orient, du Sinaï, du Caucase sont déjà bien actives et n’ont pas besoin d’encouragements particuliers. Il faut dire que les émirs locaux bénéficient d’une grande autonomie de décision étant les plus à même de décider ce qu’il convient de faire sur leur théâtre de guerre.

Il évoque la chute des présidents soudanais et algérien affirmant que le Djihad est la seule solution pour (NdA, abattre) les « tyrans ». En cela, il marque sadifférence stratégique avec Al-Qaida « canal historique » qui a « félicité » les peuples qui se sont révoltés pacifiquement contre leurs dirigeants. Il n’en reste pas moins que l’idéologie des deux mouvements est la même, le salafisme-djihadisme

Ce n’est qu’une fois la vidéo terminée qu’un enregistrement audio – vraisemblablement rajouté par la suite en tant que « mise à jour »- lui fait évoquer l’attaque du Sri Lanka du dimanche (de Pâques) 21 avril qui aurait été menée pour venger la prise de la ville syrienne de Baghouz (et pas les assassinats de masse dans deux mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande qui ont fait 50 victimes comme cela a été faussement avancé précédemment). Il cite aussi une tentative d’attaque du siège des services de sécurité de Zulfi en Arabie saoudite qui a échoué également le 21 avril (les quatre terroristes ont été tués). Il y avait une similitude des films montrant l’allégeance des activistes sri-lankais et des Saoudiens ce qui signifie que les savoir-faire circulent entre les différentes cellules, même très éloignées.

À noter que par le passé, Bagdhadi avait déjà émis des messages audio, le dernier datant d’août 2018. Il avait tenté à l’époque d’effacer les pertes territoriales infligées à son mouvement. La rareté de ses interventions font qu’elles sont plus écoutées que celles de al-Zawahiri.  Bien qu’ayant été annoncé mort (en 2017 par les Russes) ou gravement blessé à plusieurs reprises, il paraît en bonne santé avec une barbe teinte à la mode des Abbassides et comme Ben Laden, un fusil d’assaut Aks74u à ses côtés. A sa différence, la cartouchière qui est située sous le fusil d’assaut, en plus de chargeurs, semble comporter une bâton allumeur (voir la goupille). Le message est clair, il ne se laissera jamais faire prisonnier préférant le « martyre ». Là non plus, ce message subliminal n’est pas destiné à ses adversaires mais à ses fidèles: « faites comme moi, allez jusqu’au sacrifice suprême ».

Il parle à trois individus aux visages floutés qui l’écoutent religieusement, manière de montrer qu’il est loin d’être seul.

Al-Baghdadi de son vrai nom Ibrahim Awwad Ibrahim al-Badri est né en 1971 à Samara en Irak. Diplômé en études religieuses de l’Université coranique Saddam Hussein, il est devenu l’émir de la branche irakienne d’Al-Qaida « canal historique » (l’État Islamique d’Irak, EII) en 2010 avant de porter le fer en Syrie voisine en 2012 via l’État Islamique d’Irak et du Levant (EIIL). Il a rompu en 2014 avec al-Zawahiri lorsqu’il a créé son « califat », ce à quoi ce dernier était totalement opposé. A la différence de Zawahiri qui reconnaît l’autorité religieuse du chef des taliban afghans (comme le faisait Oussama Ben Laden), lui cumule les responsabilités de chef religieux, militaire et politique de Daech. Une prime de 25 millions de dollars pèse sur sa tête. Mais pour l’instant, nul ne sait où il se trouve et il est à craindre qu’il exerce une influence psychologique importante chez des sympathisants vivant en Occident. Les Américains viennent d’arrêter un ancien militaire converti à l’Islam qui voulait passer à l’action. Heureusement, le complice qui lui a fourni les explosifs était un agent infiltré du FBI…

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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RAPPORT SUR LA GUERRE EN SYRIE – 2 MAI 2019: DES MILITANTS FONT 4 MORTS PARMI LES RUSSES À HAMA ET POURSUIVENT LEURS ATTAQUES SUR LA BASE AÉRIENNE DE HMEIMIM

RAPPORT SUR LA GUERRE EN SYRIE – 2 MAI 2019: DES MILITANTS FONT 4 MORTS PARMI LES RUSSES À HAMA ET POURSUIVENT LEURS ATTAQUES SUR LA BASE AÉRIENNE DE HMEIMIM

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Rapport sur la guerre en Syrie, le 2 mai 2019
Rapport sur la guerre en Syrie - 2 mai 2019: des militants font 4 morts parmi les Russes à Hama et poursuivent leurs attaques sur la base aérienne de Hmeimim

Le 1er mai, la coalition de groupes militants soutenue par la Turquie, le Front national de libération, a déclaré que ses membres avaient tué quatre membres des forces armées russes avec des obus de mortier dans le village de Braidij, dans le nord de Hama.

Les informations sont venues au milieu d’une nouvelle vague d’escalade dans la région causée par les attaques incessantes des militants contre les positions de l’armée arabe syrienne (SAA). Selon des sources pro-militantes, des avions russes et syriens ont effectué au moins 50 frappes sur des cibles militantes dans le nord de Hama et le sud d’Idlib.

Le même jour, des renforts gouvernementaux seraient arrivés dans la région afin de renforcer les positions de l’ASA près de la zone dite démilitarisée. Des sources progouvernementales ont immédiatement lancé une nouvelle série de spéculations selon lesquelles il s’agissait du signe d’une opération militaire à venir près d’Idlib.

Le 2 mai, le ministère russe de la Défense a rejeté les accusations selon lesquelles des membres de son service seraient morts dans le nord de Hama. Parallèlement, l’armée russe a révélé que des militants de la zone de désescalade d’Idlib avaient tenté d’attaquer sa base aérienne Hmeymim avec plusieurs systèmes de roquettes et de véhicules aériens sans pilote (UAV) à douze reprises au cours du mois dernier. 8 des 12 attaques ont été menées avec des UAV. Les forces russes ont abattu 12 UAV. Aucun dégât matériel ou victime n’a été causé.

Neuf soldats turcs ont été tués et quatorze autres blessés lors d’une série d’attaques dans la partie sud d’Afrin le 30 avril, a annoncé les Forces de libération d’Afrin (ALF) dans un nouveau communiqué. Les soldats turcs auraient été tués lorsque des combattants kurdes ont détruit, à l’aide de l’ATGM, deux véhicules MRAP (BMC Kirpi Mine-Resistant Embush Protected) et un camion militaire turc à proximité de la ville de Qatamah. Le même jour, des combattants kurdes ont également tendu une embuscade à une unité militaire turque près du même village. À la suite de l’embuscade, six soldats turcs ont été blessés, selon les affirmations de la FAL.

Les revendications du groupe kurde doivent encore être confirmées. L’armée turque, qui annonce généralement ses pertes sans retard, n’a pas commenté ces accusations jusqu’à présent.

Les unités de l’Etat islamique ont tué et capturé un certain nombre de membres des forces syriennes lors de deux attentats à la bombe ayant eu lieu dans la campagne de l’est de Homs ces derniers jours. Les attaques ont eu lieu dans les régions d’Aatchane et de Sukhna.

Selon des sources progouvernementales, les forces du tigre de la SAA ont récemment été envoyées dans la campagne de Homs afin de faire face à la menace croissante que représente l’Etat islamique. L’opération anti-ISIS attendue dans le désert rend toutefois discutable la possibilité d’une avance sur Idlib.

Syrian War Report – May 2, 2019: Militants Claim 4 Russians Killed In Hama, Attack Hmeimim Air Base

Nouvelle attaque jihadiste au Mali: 11 soldats tués selon le gouvernement

POLITIQUE
Nouvelle attaque jihadiste au Mali: 11 soldats tués selon le gouvernement

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Publié le mardi 23 avril 2019  |  AFP
Libération

© aBamako.com par A S 
Libération de la ville de Gao.

Onze soldats maliens, selon le ministère de la Défense, ont été tués par des djihadistes présumés qui ont attaqué ce dimanche un poste de l’armée malienne près de la frontière mauritanienne, un mois après un assaut contre un camp militaire au cours duquel près de 30 soldats avaient péri.

«Le poste de sécurité de Guiré, dans le cercle de Nara, a fait l’objet d’une attaque violente et complexe aux environs de 5 heures. Les FAMa (Forces armées maliennes) déplorent 11 morts, des blessés et des dégâts matériels», a indiqué dans la soirée le ministère de la Défense. Plus tôt dans la journée, une source sécuritaire malienne avait fait état d’un bilan «d’au moins 12 morts, dont le commandant du poste, un capitaine». «Les assaillants se sont retirés avec une quinzaine de morts dans leurs rangs», a précisé le ministère, qui indique également que «des renforts aériens et terrestres ont été immédiatement dépêchés pour secourir les blessés, occuper le poste et procéder au ratissage».

Le 17 mars, une attaque djihadiste contre un camp de l’armée à Dioura (centre), près de la frontière avec le Burkina-Faso, avait déjà coûté la vie à près de 30 soldats maliens. Et samedi, un Casque bleu égyptien de la Minusma a été tué et quatre membres de son unité blessés par l’explosion d’une mine au passage de leur convoi près de la frontière avec le Burkina-Faso, selon l’ONU. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a condamné l’attaque visant le contingent égyptien. «Les forces de la (mission de paix) Minusma ont répondu, tuant un assaillant et en arrêtant huit autres», a précisé le chef de l’ONU.

Changement à la tête du Haut conseil islamique du Mali

Les attaques du weekend sont intervenues au moment où le président Ibrahim Boubacar Keïta poursuit ses consultations pour désigner un nouveau Premier ministre, après la démission jeudi du gouvernement de Soumeylou Boubèye Maïga. Le Premier ministre a jeté l’éponge moins d’un mois après la tuerie de quelque 160 civils peuls à Ogossagou, près de la frontière avec le Burkina Faso, commise par des membres présumés de groupes de chasseurs dogons.

Le massacre avait entraîné une série de manifestations hostiles au gouvernement pour dénoncer la gestion de l’Etat et l’insécurité persistante. L’un des principaux meneurs de la fronde, l’imam Mahmoud Dicko, a quitté ce dimanche la présidence du Haut conseil islamique du Mali (HCIM), au terme de son mandat, où il est remplacé par Chérif Ousmane Madani Haïdara, influent prêcheur considéré comme plus proche du pouvoir.

Afrique : l’État islamique frappe au Congo

cueil  International  Afrique : l’État islamique frappe au Congo

Afrique : l’État islamique frappe au Congo

Après des signes d’activité épars en 2018, l’État islamique a annoncé sa première attaque au Congo (Zaïre), près de Bovata. Selon l’organisation terroriste, l’attaque aurait visé une caserne à Bovata, dans la région de Beni, où sévit depuis 2014 une rébellion des ADF (Allied Democratic Forces), un groupe rebelle de l’Ouganda voisin, issu de la secte musulmane Tabligh à ses origines. L’EI affirme avoir tué 3 soldats congolais et blessé cinq autres.

Une source officielle confirme l’attaque, commise par l’ADF, à Kanyimbe, avec deux soldats morts et un civil le 16 avril dernier. Cependant la revendicationpar l’EI – présent ailleurs en Afrique, notamment en Libye, Centrafrique et dans la région du lac Tchad – est accueillie avec prudence. Beni se trouve cependant au nord Kivu, au nord-est de l’ex-Zaïre (RD Congo), une région dévastée par des conflits ethniques répétitifs – depuis 2014 il y a encore eu plus de 2000 morts dans une série d’attaques et de guerillas.

Un communiqué du général-major Leon Richard Kasonga, de l’armée congolaise, affirmait en septembre 2017 que les tueries de Beni étaient l’œuvre d’une « coalition terroriste internationale » regroupant notamment des Ougandais, Rwandais, Burundais, Kenyans, Tanzaniens, Sud-Africains, Mozambicains, actifs à Beni, Uvira et Fizi (Sud-Kivu) et dans l’Ituri, le long de la frontière avec l’Ouganda.

Les ADF, un groupe instrumentalisé par l’Ouganda et la RD Congo

En novembre dernier, le centre d’études sur le Congo avait publié un rapport sur les ADF, basé sur sa propagande externe – notamment des vidéos. Les experts y indiquaient entre autres que « le groupe tente de s’aligner sur d’autres groupes jihadistes, se nommant Madina à Tauheed Wau Mujahedeen [MTM, La cité du monothéisme et des guerriers sacrés ], présentant un drapeau semblable à celui utilisé par Al-Shabaab, Al-Qaïda, l’État islamique en Irak et en Syrie (ISIS) et Boko Haram ».

L’institut royal supérieur de défense a rendu, en janvier 2018, un rapport sur la menace islamiste dans la région des Grands Lacs. Il se trouve en effet que le Kivu est entre autre une zone assez islamisée dans un Congo plutôt chrétien : l’islam serait la religion d’un dixième de la population, et surtout, selon les organisations chrétiennes, « le nombre de mosquées au Sud Kivu a augmenté de 63% entre 2005 et 2012». Par ailleurs, toujours selon le même rapport, nombre de jeunes recrues de l’ADF sont musulmanes et l’islam a été instrumentalisé par le groupe rebelle pour justifier sa cause.

Par ailleurs le positionnement religieux de l’ADF a aussi été instrumentalisé – d’abord par le pouvoir ougandais qui l’accuse depuis 1998 d’avoir des liens avec Al-Quaïda afin de bénéficier d’une aide internationale pour réduire cette rébellion. Plus récemment, l’Ouganda a accusé l’ADF d’avoir monté un centre d’entraînement au djihadisme en Afrique, en lien avec les shebabs somaliens : « ce foyer djihadiste congolais se situerait dans le massif du Ruwenzori, et une formation au djihadisme serait dispensée à de jeunes recrues Kényanes, Tanzaniennes, Ougandaises, Rwandaises, Soudanaises, et Nigérianes. Une formation sur le maniement des armes et explosifs serait dispensée, ainsi qu’un enseignement de base de la foi islamique et de la Shari’a ».

Cependant la RD Congo a longtemps soutenu les ADF contre l’Ouganda, tandis que les missions de l’ONU ignoraient aussi la menace. Ces dernières ont durci le ton en 2014 après l’attaque de plusieurs convois, des attaques contre des soldats onusiens et des enlèvements de travailleurs humanitaires. Quant à la Rd Congo, elle a utilisé les ADF pour contrer l’influence ougandaise, ou pour occuper des zones considérées comme rebelles – voire comme prétexte pour des interventions autoritaires dans les régions de l’est du pays.

D’autres attaques sont à craindre

Cependant la mission de l’ONU a elle même été intoxiquée par un soi-disant ex-commandant de l’ADF, qui a prétendu que son ancien groupe fomentait une rébellion islamiste à l’est du Congo pour « transformer le pays en un nouveau Mali » (Fahey, Daniel, « Congo’s “Mr X”: the Man who Fooled the UN », World Policy Journal, 33:2 (2016)).

L’État islamique a en outre fait savoir que la zone d’activité en Afrique Centrale prenait le nom de « Wilayat Wasat Ifriqiyah », c’est à dire « Province d’Afrique centrale ». Il est donc à craindre que d’autres attaques aient lieu dans la même zone – même si jusqu’alors les attaques de l’ADF n’ont pas été revendiquées, que ce soit à des fins de recrutement ou pour véhiculer une conception salafiste de l’islam.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine 

Afrique : l’État islamique frappe au Congo

Visite surprise de Trump en Irak, sa première en zone de conflit

Visite surprise de Trump en Irak, sa première en zone de conflit

Donald Trump sur la base aérienne d’Al-Assad en Irak, le 26 décembre 2018 / © AFP / SAUL LOEB

Donald Trump s’est rendu mercredi en Irak pour une visite surprise de quelques heures à la rencontre de soldats américains, et a profité de ce premier déplacement en zone de conflit depuis son élection il y a deux ans pour justifier sa décision de retirer les troupes américaines de Syrie.

« Les États-Unis ne peuvent pas continuer à être le gendarme du monde. C’est injuste quand le fardeau est entièrement sur nous », a-t-il déclaré sur la base aérienne d’Al-Assad, à environ 160 kilomètres à l’ouest de Bagdad, où il a atterri à 19H16 locales (16H16 GMT) en compagnie notamment de son épouse Melania.

Le président et la Première dame s’étaient « envolés pour l’Irak tard le soir de Noël pour rendre visite à nos troupes et à nos commandants militaires afin de les remercier pour leur engagement, leur succès et leur sacrifice, et pour leur souhaiter Joyeux Noël », a tweeté Sarah Sanders, porte-parole de la Maison Blanche, également du déplacement.

Donald Trump devait initialement rencontrer le Premier ministre irakien Adel Abdel Mahdi, « mais une divergence de points de vue quant à l’organisation de la rencontre a conduit à la remplacer par une conversation téléphonique », au cours de laquelle les deux hommes ont notamment évoqué le dossier syrien, selon un communiqué du gouvernement irakien.

Selon Sarah Sanders, pour des raisons de sécurité les autorités irakiennes n’ont été prévenues que deux heures avant l’heure programmée par les Américains pour la rencontre. Or M. Mahdi était trop loin pour y participer.

Ce dernier, a poursuivi le communiqué irakien, « a invité le président américain à se rendre à Bagdad » et « M. Trump a également demandé au Premier ministre de venir à Washington », ce que ce dernier a accepté, a fait savoir la Maison Blanche.

La porte-parole de l’exécutif américain a fait savoir dans la soirée que le secrétaire d’État Mike Pompeo devait se rendre à Bagdad le 11 janvier.

Des militaires américains applaudissent le président Donald Trump lors de sa visite surprise sur la base d’Al-Assad, en Irak, le 26 décembre 2018 / © AFP / SAUL LOEB

Répondant à des journalistes pendant sa visite, Donald Trump a assuré qu’il ne prévoyait « pas du tout » de retirer les troupes américaines d’Irak, voyant « au contraire » la possibilité d’utiliser ce pays « comme une base si nous devions intervenir en Syrie ».

« Si nous voyons l’EI (groupe Etat islamique, NDLR) faire quelque chose qui nous déplaît, nous pourrions les frapper si vite et si fort qu’ils ne réaliseraient même pas ce qui leur arrive », a-t-il précisé, sans exclure de « revenir aider » en Syrie « à un moment donné » si les circonstances le nécessitaient.

– « Plongé dans le noir » –

C’est la première fois depuis son élection en novembre 2016 que Donald Trump, souvent critiqué pour ne pas l’avoir fait plus tôt, va à la rencontre de militaires américains en zone de conflit.

Il a reconnu mercredi avoir eu des inquiétudes sur la sécurité de cette visite surprise, estimant qu’il était « assez triste » d’être contraint à autant de confidentialité.

« C’est sûr. Quand j’ai entendu tout ce par quoi il faut passer », a répondu le milliardaire lorsqu’un journaliste lui a demandé s’il avait eu des appréhensions avant ce déplacement. « Pas pour moi-même personnellement. J’avais des inquiétudes pour la Première dame, je peux le dire ».

Le président américain Donald Trump et la Première dame Melania sur la base aérienne d’Al-Assad, en Irak, le 26 décembre 2018 / © AFP / SAUL LOEB

« Si vous aviez vu tout ce que nous avons dû subir, l’avion plongé dans le noir avec tous les hublots fermés et aucune lumière nulle part. Le noir complet », a-t-il ajouté.

M. Trump a par ailleurs effectué sur le chemin du retour une brève escale à la base aérienne de Ramstein, dans l’ouest de l’Allemagne, où il a rencontré les troupes américaines stationnées sur place. Il en a décollé vers 3H30 (2H30 GMT), direction Washington.

– « Partager le fardeau » –

En plus de l’opération de communication et des photos aux côtés de soldats en uniforme, M. Trump a défendu en Irak sa décision de retirer les troupes américaines de Syrie, arguant de nouveau que l’EI était « presque totalement vaincu ».

« Nous sommes éparpillés à travers le monde. Nous sommes dans des pays dont la majorité des gens n’ont même pas entendu parler. Franchement, c’est ridicule », a-t-il lancé.

« En Syrie, (le président turc Recep Tayyip) Erdogan a dit qu’il voulait éliminer l’EI, ce qu’il en reste. Et l’Arabie saoudite vient de dire qu’elle allait payer pour du développement économique. Ce qui est formidable, ça veut dire que nous ne devrons pas payer », a-t-il poursuivi.

Donald Trump et la Première dame des Etats-Unis Melania Trump sur la base aérienne d’Al-Assad en Irak le 26 décembre 2018 / © AFP / SAUL LOEB

Cette visite, gardée secrète pour des raisons de sécurité, a eu lieu une semaine après l’annonce par M. Trump du retrait des troupes américaines de Syrie.

La décision avait provoqué un premier séisme: la démission du ministre de la Défense Jim Mattis, qui était en désaccord avec lui sur le dossier syrien.

Le président a aussi annoncé une réduction des troupes en Afghanistan, ce qui a suscité de nombreuses interrogations sur la nouvelle stratégie militaire et la politique étrangère menée par Washington.

Le départ de Jim Mattis a été suivi vendredi par celui de l’émissaire des États-Unis pour la coalition internationale antijihadistes, Brett McGurk. Selon plusieurs médias américains, il avait décidé de quitter son poste en février, mais a avancé cette échéance après les derniers rebondissements.

Ces décisions ont pris par surprise les alliés des États-Unis car le président tourne ainsi le dos à des décennies de doctrine d’intervention américaine au Moyen-Orient et en Afghanistan.

(©AFP / (27 décembre 2018 05h03)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Visite-surprise-de-Trump-en-Irak-sa-premi-re-en-zone-de-conflit/983088.rom

Quels scénarios possibles en Syrie après le retrait américain?

Quels scénarios possibles en Syrie après le retrait américain?

Des blindés américains circulent sur une route de la province de Hassaké, dans le nord de la Syrie, le 21 décembre 2018 / © AFP / Delil SOULEIMAN

Le président Donald Trump a annoncé le retrait des troupes américaines de la Syrie en guerre, un tournant qui devrait avoir des répercussions sur l’évolution d’un conflit complexe, opposant une multitude d’acteurs internationaux et régionaux.

Voici les enjeux et conséquences prévisibles pour les principaux acteurs engagés dans cette guerre meurtrière.

– Turquie –

Washington a prévenu que le retrait des troupes, dont la date n’a pas été annoncée, sera « lent » et « coordonné » avec la Turquie, voisin de la Syrie. Ankara est déjà très influent dans le nord syrien, où il a déployé des forces et soutient des factions armées locales.

La décision américaine laisse le champ libre aux ambitions de la Turquie, qui menace depuis la mi-décembre de lancer une nouvelle offensive contre la principale milice kurde de Syrie, les Unités de protection du peuple (YPG).

L’organisation est classée groupe « terroriste » par Ankara, même si ses combattants ont été de précieux alliés de Washington dans la lutte antijihadiste.

Déjà, l’armée turque a massé d’importants renforts à la frontière. Elle a dépêché des dizaines de chars et blindés dans le nord syrien, près de Minbej. Selon des experts, cette ville pourrait être la cible d’une prochaine offensive, tout comme la localité de Tal Abyad, située à la frontière.

– Les Kurdes –

Pour parer à une opération turque, les Kurdes pourraient négocier un retour du régime de Bachar al-Assad dans leurs territoires, estiment des experts.

Cette minorité syrienne avait tiré profit du conflit pour instaurer une autonomie de facto dans ses régions du nord et du nord-est.

« Les chances de maintenir un sérieux degré d’autonomie se sont considérablement réduites », analyse le Center for Strategic and International Studies (CSIS).

– Damas et ses alliés –

Damas et ses principaux alliés, la Russie mais aussi l’Iran, vont profiter d’un possible éclatement des régions kurdes.

« Il y aura un partage du territoire des FDS (Forces démocratiques syriennes) entre les Turcs et l’armée syrienne », avance l’expert Fabrice Balanche.

Selon lui, le pouvoir d’Assad pourrait récupérer la ville de Raqa, l’ex « capitale » du groupe Etat islamique, mais aussi l’intégralité de la province de Deir Ezzor (est), mettant la main sur des champs pétroliers stratégiques.

Avec le retrait des forces américaines, l’Iran n’a plus guère d’obstacle pour établir un corridor terrestre lui permettant d’atteindre la Méditerranée à travers l’Irak, la Syrie et le Liban.

Moscou profite aussi du désengagement américain. Il vient consacrer le rôle incontournable de la Russie dans le conflit syrien, sur le plan militaire et diplomatique, qui a largement éclipsé celui de Washington.

– Le groupe Etat islamique –

Les YPG constituent l’épine dorsale des FDS, alliance engagée dans la lutte contre l’EI au côté de la coalition internationale emmenée par Washington.

Si le président Trump a salué la « défaite » infligée à l’EI, dans les faits les FDS sont toujours à l’offensive contre un ultime réduit de l’organisation ultra-radical près de la frontière irakienne.

Par le passé, les FDS ont averti qu’un assaut turc affecterait les opérations contre l’EI, puisque les combattants seraient redéployés pour défendre leur région du nord.

Responsables mais aussi experts craignent que l’EI ne profite de ces circonstances pour retrouver un nouveau souffle.

– Les rebelles et jihadistes d’Idleb –

Les groupes rebelles et jihadistes d’Idleb, ultime grand bastion insurgé du nord-ouest syrien, où la Turquie est influente, pourraient voir leur fief menacé par les jeux d’alliances entre grandes puissances.

Pour M. Balanche, la Russie laisserait la Turquie « écraser les YPG et en échange, l’armée syrienne pourra avancer à Idleb ». Les habitants du secteur seront obligés de se réinstaller dans les zones kurdes conquises par Ankara.

Dans ces conditions, les rebelles restent tributaires de la Turquie pour leur survie. Certaines factions ont déjà annoncé leur participation à une éventuelle offensive contre les Kurdes.

– Israël –

Israël est considéré par les experts comme l’un des grands perdants du désengagement américain, qui laisse encore plus le champs libre à l’Iran et ses partenaires pour développer leurs capacités militaires en Syrie.

Israël, qui avait jusque-là applaudi des deux mains la politique de l’administration Trump au Moyen-Orient, assure qu’il ne laissera pas la Syrie voisine devenir la tête de pont de Téhéran.

Responsables israéliens et analystes rappellent que l’Etat hébreu gère seul le front syrien de longue date, et qu’il continuera d’en faire ainsi.

(©AFP / (24 décembre 2018 17h45)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Quels-sc-narios-possibles-en-Syrie-apr-s-le-retrait-am-ricain/982700.rom

Syrie : l’aviation russe frappe les auteurs présumés de l’attaque contre Alep

Syrie : l’aviation russe frappe les auteurs présumés de l’attaque contre Alep

Syrie : l'aviation russe frappe les auteurs présumés de l'attaque contre Alep© Sergey Pivovarov Source: Sputnik
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L’armée russe a ciblé des positions de groupes rebelles qu’elle accuse d’être à l’origine d’une attaque chimique menée la veille contre la ville d’Alep, et suite à laquelle plus de 100 personnes ont été hospitalisées.

Le ministère russe de la Défense a annoncé ce 25 novembre que l’armée russe avait mené des frappes aériennes en Syrie contre plusieurs positions de «groupes rebelles et djihadistes». Moscou accuse ces groupes d’avoir utilisé des armes chimiques lors de l’attaque du 24 novembre dans le nord-ouest d’Alep, zone contrôlée par les forces gouvernementales.

«Toutes les cibles ont été détruites», a précisé le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov, qui a indiqué que l’armée russe avait visé des «groupes terroristes» se trouvant dans la zone tampon d’Idleb, contrôlée par le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Sham. Ces derniers ont tiré sur un quartier d’Alep à l’aide de lance-grenades des «explosifs contenant apparemment du chlore», a poursuivi Igor Konachenkov, citant une source militaire russe sur place.

Le 24 novembre en fin de soirée, citant des «sources médicales», l’agence syrienne Sana faisait savoir que l’attaque ayant visé Alep avait provoqué au moins «100 cas de suffocation» parmi les civils.

Le directeur des services de santé d’Alep, Ziad Hajj Taha, avait quant à lui évoqué une «probable» attaque «au gaz de chlore toxique», sur la base des symptômes présentés par les blessés.

Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, avait pour sa part déclaré que le bombardement d’Alep avait été perpétré par «des terroristes et des combattants depuis des territoires placés sous leur contrôle». La voix de la diplomatie russe a qualifié cette opération de «tentative de saboter le processus de normalisation de la vie en Syrie» à laquelle la «communauté internationale» est tenue de réagir.

Lire aussi : Alep : «L’attaque au chlore attribuée aux rebelles trouble le statu quo» (ENTRETIEN)

https://francais.rt.com/international/55844-syrie-aviation-russe-frappe-auteurs-presumes-attaque-alep

Syrie : ISIS défait la force par procuration américaine

Syrie : ISIS défait la force par procuration américaine


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama − Le 29 octobre 2018

Les mercenaires mandatés par les États-Unis dans l’est de la Syrie ont encore perdu du terrain au profit d’État islamique.

La carte montre les positions d’ISIS (en gris), de la force mandataire SDF (jaune) et de l’armée syrienne (rouge) à la frontière irakienne le 19 octobre.


Voici les positions à compter d’aujourd’hui.



La force américaine par procuration a perdu les villes de Susah, Hawi al-Susah, Safafinah, Mozan, Shajlah et Baghuz Fawqani et ISIS est de retour à la frontière irakienne. Les forces irakiennes ont été mises en alerte et ont scellé la frontière de leur côté.

La cause immédiate de la perte était une nouvelle tempête de sable qu’ISIS a utilisée pour contre-attaquer. Une contre-attaque similaire lors d’une tempête de sable s’est déjà produite il y a deux semaines. Cela rend la déclaration de ce porte-parole américain risible :

«La tempête de sable a permis une contre-attaque d’État islamique, ce qui était surprenant compte tenu des conditions, mais maintenant, l’air est dégagé et la coalition continuera à augmenter son soutien aérien et sa puissance de feu pour aider ses partenaires», a déclaré le colonel Ryan …

Les tempêtes de sable désactivent le soutien aérien et l’artillerie. C’est pourquoi ISIS, qui manque d’armée de l’air, utilise depuis des années toutes les tempêtes de sable pour attaquer. Ce n’est pas surprenant du tout, car c’est l’une de ses formes de combat caractéristiques. Les tempêtes de sable signifient que l’on peut s’attendre à une attaque d’État islamique. L’attaqué doit doubler sa garde et être prêt à défendre sa position. Les forces spéciales américaines censées diriger leurs mandataires semblent avoir négligé cela.

Les djihadistes d’État islamique ont attaqué de manière habituelle pendant la tempête de sable. Un kamikaze a fait exploser la première position sur la ligne de front et plus de 100 combattants ont pris d’assaut et encerclé les lignes ennemies. Depuis vendredi, entre 60 et 80 SDF [mercenaires kurdes] ont été tués, d’autres blessés et au moins 20 faits prisonniers. D’autres ont simplement fui paniqué et État islamique a pu reprendre plusieurs villages sans se battre. ISIS affirme que tous les combattants capturés étaient des Arabes, pas des Kurdes.

Les Kurdes ont décidé depuis longtemps que le combat sur l’Euphrate n’était pas leur principal problème. Ils se préparent à lutter contre une invasion turque. La force terrestre SDF qui attaque ISIS est principalement arabe. Certains ont été embauchés par les États-Unis, mais beaucoup d’entre eux ont été contraints à collaborer. Ils ne sont pas intéressés à risquer leur vie. Ils n’attaqueront que lorsque l’armée de l’air américaine aura bombardé leurs ennemis en miettes.

Après les lourdes pertes du SDF arabe, il a été demandé au YPG kurde d’envoyer quelque 300 de ses combattants pour reprendre les positions perdues et pour poursuivre l’attaque générale contre ISIS, qui n’a généré aucun gain depuis un mois.

État islamique détient toujours quelque 700 prisonniers et otages. Il avait menacé de les tuer s’il ne recevait ni nourriture ni médicaments. Il n’y a eu aucune nouvelle de leur destin.

Vendredi, les présidents russe, français et turc et la chancelière allemande Merkel se sont rencontrés à Istanbul. Les parties française et allemande ont renoncé à un changement de régime [en Syrie]. Ils ont un problème de réfugiés et veulent la fin de la guerre. Ils insistent toujours pour que la Syrie change sa constitution mais Damas n’a aucune raison de suivre de telles consignes. L’ancien ambassadeur de l’Inde en Turquie, MK Bhadrakumar, procède à une analyse plus approfondie du sommet. Sa grande question est de savoir comment évoluent les relations américano-turques.

Il y a peu de raisons de penser que cela ira mieux. Erdogan veut que les États-Unis quittent la Syrie presque autant que Damas elle-même. Erdogan a récemment menacé d’envahir la partie nord-est de la Syrie contrôlée par les États-Unis. Hier, l’artillerie turque a touché des positions de la force de procuration américaine en Syrie près de la frontière avec la Turquie.

Les États-Unis continuent d’insister pour que les “milices soutenues par l’Iran” quittent la Syrie avant le départ des États-Unis. Mais les “milices soutenues par l’Iran” en Syrie sont aujourd’hui des Syriens. L’Iran a soutenu des groupes composés de combattants afghans et irakiens et les soldats iraniens ont quitté le pays il y a quelque temps. Il reste tout au plus quelques officiers iraniens, payés par l’Iran, pour l’entraînement des groupes locaux. La demande n’a aucun sens. Elle vient probablement d’Israël, qui souhaite que les États-Unis restent en Syrie le plus longtemps possible.

La situation dans le gouvernorat d’Idlib et ailleurs n’a pas changé. Le prochain sommet américano-russe du 11 novembre traitera de la question de la Syrie. Jusque-là tout est figé.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/syrie-isis-defait-la-force-par-procuration-americaine

 

Quelques infos au sujet de la Syrie Par Moon of Alabama

Quelques infos au sujet de la Syrie


Par Moon of Alabama – Le 11 septembre 2018

Le candidat américain au poste de Premier ministre d’Irak, Haider al-Abadi, n’est plus dans la course. Après les récentes émeutes qui se sont déroulées à Bassorah, le parti de Moqtada al-Sadr a renoncé à soutenir sa candidature. Même avant cela, Abadi n’avait pas les voix nécessaires au Parlement pour être élu. De plus, l’Ayatollah Sistani a fait savoir qu’il ne soutiendrait aucun candidat qui aurait déjà essayé et échoué à résoudre les problèmes de l’Irak. Les anciens Premiers ministres Maliki et Abadi entrent tous les deux dans cette catégorie.

L’envoyé américain Brett McGurk a essayé de faire pression sur les factions sunnites et kurdes pour qu’elles soutiennent Abadi et a encouragé les Saoudiens à soudoyer Moqtada al-Sadr. Il a échoué. Il semble maintenant que les différents partis chiites, plus quelques indépendants sunnites et kurdes, forment une coalition solide et assez importante pour régner sur le pays. La plupart d’entre eux veulent que l’armée américaine quitte l’Irak. L’Irak aura un donc nouveau Premier ministre et ce ne sera pas celui que les États-Unis voudraient voir jouer ce rôle. Cela créera de sérieuses difficultés logistiques pour les forces étasuniennes qui augmentent en nombre en Syrie.

La lutte contre État islamique en Irak n’est pas terminée. L’instabilité politique permet à EI de revenir (vid) sous la forme d’une armée de guérilla informelle. L’Irak manque encore d’outils, de renseignements et de capacités de combat nocturne pour faire disparaitre ces groupes. Avec un gouvernement anti-américain, le problème EI va certainement s’aggraver à mesure que les États-Unis l’utiliseront pour garder un outil de pression au Moyen Orient.

Robert Fisk est en voyage sur la ligne de front du gouvernorat d’Idlib en Syrie. Il ne voit que remarquablement peu de forces syriennes. Il s’attend à ce que l’attaque à venir soit plus petite que prévue et qu’elle se déroule plutôt lentement.

Le géographe Fabrice Balanche suppose, avec de bons arguments, que l’armée syrienne n’attaquera, dans une première phase, que les rebelles « modérés » soutenus par les Turcs, ceux peints en vert clair sur la carte, dans la partie sud de la poche d’Idlib. Les brigades al-Qaida/Nusra/HTS, peintes en un vert plus foncé, ne seront attaquées que dans une phase ultérieure. Cela correspond aux observations faites par Robert Fisk sur le terrain.

Un scandale récent aux Pays-Bas prouve, une fois de plus, que les rebelles « modérés » ne sont pas modérés du tout. La chaine d’informations hollandaise NOS Nieuwsuur et le quotidien Trouw rapportent (en hollandais) que le gouvernement néerlandais a jusqu’à tout récemment dépensé au moins 25 millions d’euros pour fournir aux rebelles « modérés » en Syrie des camionnettes, des uniformes, des téléphones satellites, des caméras, des kits médicaux, des tentes et des matelas en caoutchouc.

Les journalistes ont découvert que ces fournitures « non létales » ont bien sûr été utilisées pour combattre le gouvernement syrien. Ils révèlent également que les groupes approvisionnés, dont le gouvernement refusait de diffuser la liste, étaient tous des djihadistes et que le Procureur général des Pays-Bas avait déjà inculpé plusieurs de leurs membres pour terrorisme.

Trouw et Nieuwsuur ont décidé de poursuivre leurs recherches sur ce programme d’approvisionnement. Ces derniers mois, les deux médias ont donc interviewé une centaine de chefs rebelles et de personnes impliquées dans ce programme, et ont réussi à déterminer quels groupes les Pays-Bas ont soutenu. Il s’agit de la brigade du sultan Murad, de la brigade Suleyman Shah, du soukour al Jabl et de la division 13 de la Free Idlib Army, la brigade 51 et Jabhat al-Shamiya. Les commandants de ces groupes nous ont parlé au cours des derniers mois et nous ont dit quel genre de biens ils ont reçus des Pays-Bas. (…)

Le ministère public a lancé des poursuites contre des volontaires hollandais pour avoir rejoint les brigades de l’armée syrienne libre. Prenez le cas du Syrien néerlandais Driss M. Le 21 mars 2017, il a dû comparaître devant un tribunal. Il est accusé d’avoir participé au groupe islamiste Jabhat al-Shamiya en 2014 et 2015. Selon le ministère public, il s’agit d’une organisation salafiste/djihadiste qui cherche à établir un califat et qui fait partie du groupe djihadiste Ahrar al-Sham. Mais, en même temps, Jabhat al-Shamiya fait également partie de l’armée syrienne libre soutenue par les Pays-Bas et décrite comme modérée.

Au moins un procureur semble croire que le gouvernement a commis un crime :

L’envoi de matériel de secours à des groupes de combat peut également être répréhensible, car vous contribuez ainsi à la lutte terroriste et peut-être même à son financement. « Si vous envoyez des camionnettes, vous permettez à quelqu’un de voyager, vous permettez à une organisation de se rendre de A à B », conclut Van Veghel sur un ton strict : « Si vous jouez un rôle dans cette bataille, soit en tant que combattant, soit en tant que combattant moins actif mais permettant à une autre personne de prendre part à cette bataille, alors vous avez une responsabilité pénale. »

Des problèmes juridiques se profilent également à l’horizon pour le gouvernement allemand.

Les États-Unis ont demandé à l’administration Merkel de participer à des frappes de « représailles » contre les forces gouvernementales syriennes quand un autre incident « chimique » monté de toutes pièces sera probablement bientôt imputé au gouvernement syrien. Plusieurs membres de haut rang du parti de la chancelière Merkel veulent suivre cet appel. Mais les services scientifiques du Bundestag allemand, l’équivalent du Service de recherche du Congrès américain, ont publié un avis juridique faisant autorité (pdf, en allemand) sur cette question. Une telle attaque serait illégale au regard du droit international et violerait également la constitution allemande. Il n’y aura pas de soutien officiel allemand pour une attaque d’une telle ampleur contre la Syrie. (Dans un avis précédent, le service scientifique avait estimé que le maintien de la présence américaine en Syrie lui aussi, était illégal).

À l’occasion de l’anniversaire du remarquable incident qui a eu lieu à New York, Maram Susli, alias SyrianGirl, a publié cette vidéo (en anglais) mélangeant des citations de Brett McGurk, envoyé spécial du président pour la coalition mondiale contre EI, et de Nicky Halley, ambassadeur des États-Unis à l’ONU.

Traduction de la vidéo :

Brett McGurk : La province d’Idlib est le refuge le plus sûr pour al-Qaida depuis le 11 septembre.

Nicky Halley : Nous considérons tout assaut contre Idlib comme une sérieuse escalade du conflit en Syrie.

BMG : Et maintenant Idlib est un énorme problème. C’est un refuge pour Al Qaida juste aux frontières de la Turquie.

NH : Maintenant, une offensive contre Idlib est en train de débuter malgré les clairs avertissements du président des États Unis et d’autres dirigeants du monde. Des frappes aériennes contre Idlib ont déjà été lancées par la Russie et le régime.

BMG : Des dirigeants d’al-Qaida ont réussi à s’introduire dans Idlib.

NH : Ils veulent punir les civils qui ont eu le courage de se dresser contre Assad.

Scènes d’extrémistes islamiques en pleine célébration après le 11 septembre :

  • Nous avons détruit l’Amérique
  • Avec un avion civil
  • Le World Trade Center est devenu un tas de poussière
  • Notre dirigeant Ben Laden, celui qui terrorise l’Amérique avec la force de notre foi et nos armes est le PIKA (??)

NH : si Assad, l’Iran et la Russie continuent, les conséquences seront sévères.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

http://lesakerfrancophone.fr/quelques-infos-au-sujet-de-la-syrie

 

Comment les bévues américaines ont renforcé l’Iran, par Jonathan Marshall

Source : Jonathan Marshall, Consortium News, 05-11-2017

En se faisant l’écho de l’attitude belliqueuse israélo-saoudienne envers l’Iran, le président Trump répète les mêmes erreurs que ses prédécesseurs et invite à des guerres plus larges au Moyen-Orient, et qui pourraient venir renforcer la position de l’Iran, écrit Jonathan Marshall.

Tout juste après la Corée du Nord, l’Iran est le pays le plus diffamé par l’administration Trump. La Maison-Blanche soutient l’injonction du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou selon laquelle « Nous devons tous nous unir pour arrêter la marche de conquête, de soumission et de terreur de l’Iran ».

Répétant comme un perroquet l’affirmation de Netanyahou selon laquelle l’Iran est « occupée à engloutir les nations » du Moyen-Orient, le directeur de la CIA et membre conservateur du GOP [Grand Ol party, abréviation pour le Parti conservateur, NdT], Mike Pompeo, a averti en juin que l’Iran – qu’il a qualifié de « plus grand pays commanditaire du terrorisme au monde » – exerce désormais une « immense influence… qui dépasse de loin ce qu’elle était il y a six ou sept ans ».

Dans une entrevue avec MSNBC, Pompeo explique : « Que ce soit l’influence qu’ils ont sur le gouvernement de Bagdad ou le renforcement du Hezbollah et du Liban, leur travail aux côtés des Houthis au Yémen [l’article original dit « en Iran », mais à mon avis c’est une coquille, NdT], ou les chiites irakiens qui luttent maintenant le long de la frontière en Syrie… L’Iran est partout au Moyen-Orient ».

Rares sont ceux qui nieraient que l’influence de l’Iran dans la région s’est accrue au cours de la dernière décennie. Cependant, ce qui manque à ces terribles avertissements sur ses desseins impériaux, c’est une réflexion sur la façon dont les politiques agressives des États-Unis et de leurs alliés ont constamment échoué, créant un chaos inutile que l’Iran a exploité à des fins d’intérêt personnel et de légitime défense.

Prenons le cas du Hezbollah, une organisation chiite libanaise que les dirigeants israéliens décrivent comme une menace majeure et qui est presque certainement la cible de la prochaine guerre israélienne. Bien que cette organisation, forte, soutenue par l’Iran soit intervenue activement en Syrie pour soutenir le gouvernement Assad, elle décline toute intention de déclencher une guerre avec Israël.

Elle déclare cependant avec beaucoup d’audace son intention de dissuader une autre invasion israélienne de sa patrie. « Israël devrait réfléchir un million de fois avant de faire la guerre au Liban », a déclaré son leader plus tôt cette année.

Encouragée par les invasions israéliennes

En fait, le Hezbollah doit son existence même aux invasions répétées d’Israël contre leur pays. En 1982, Israël a rompu le cessez-le-feu avec l’Organisation de libération de la Palestine et a envahi le Sud-Liban avec 60 000 soldats. L’administration Reagan n’a pris aucune mesure pour mettre fin à cette invasion, qui a fait des milliers de victimes parmi la population civile et qui a monté une grande partie de la population contre Israël.

Avec l’argent et les conseils iraniens, la résistance chiite au Liban s’est unie autour de l’organisation connue sous le nom de Hezbollah. « Nous exerçons simplement notre droit légitime à défendre notre islam et la dignité de notre nation », affirme le groupe dans l’un de ses tracts idéologiques. « Nous avons fait appel à la conscience du monde, mais nous n’avons rien entendu. »

Des années plus tard, l’ancien premier ministre israélien Ehoud Barak a admis que « c’est notre présence [au Liban] qui a créé le Hezbollah », et l’ancien premier ministre Yitzhak Rabin a appuyé cette affirmation, rajoutant qu’Israël avait laissé le « génie sortir de la bouteille ».

En 2006, Israël a de nouveau envahi le Liban, cette fois pour exterminer le Hezbollah. Les attaques aveugles d’Israël contre des civils ont été condamnées par les organisations internationales de défense des droits de l’homme. Elles ont également réussi à renforcer l’ennemi même qu’Israël cherchait à anéantir.

« Surtout depuis la guerre de 2006 avec Israël… une écrasante majorité des chiites ont adopté le Hezbollah comme défenseur de leur communauté », écrit Augustus Richard Norton dans son étude Hezbollah: A Short History. « Cela suggère que les étrangers… cherchant à réduire l’influence du Hezbollah au Liban doivent corriger leur discours sécuritaire plutôt que de prendre des mesures qui le valident. »

Au lieu de cela, bien sûr, les États-Unis et leurs alliés arabes sunnites et turcs ont favorisé le renversement violent du gouvernement syrien, attirant les forces du Hezbollah dans la lutte pour la survie de leur allié de longue date. Alors que le Hezbollah a payé un prix politique et humain pour son expédition militaire, ses soldats ont acquis une énorme expérience de combat, ce qui en fait un ennemi d’autant plus redoutable.

Le cadeau irakien

Le plus grand cadeau géostratégique de Washington à l’Iran a été le renversement sans provocation de l’ennemi juré de l’Iran, Saddam Hussein, en 2003. L’Iran avait perdu des centaines de milliers de vies et des centaines de milliards de dollars dans une guerre de huit ans avec l’Irak, déclenchée par l’invasion de Saddam Hussein en 1980. Non seulement l’administration Bush a tué Saddam, mais elle a aussi donné le pouvoir politique à la majorité de la population chiite irakienne, qui s’est tournée vers l’Iran pour obtenir des conseils spirituels et politiques.

Cette aubaine n’ a peut-être pas été entièrement de la chance. Le principal lobbyiste irakien de la guerre, le chouchou des néoconservateurs Ahmed Chalabi, a par la suite été identifié par les autorités américaines comme un élément clé du renseignement iranien. Les agents du contre-espionnage américains ont conclu que Chalabi et d’autres exilés irakiens, qui ont colporté de fausses allégations au sujet des armes de destruction massive de l’Irak, avaient « été utilisés comme agents d’un service de renseignement étranger… pour atteindre et influencer les plus hauts niveaux du gouvernement américain », selon les termes d’un rapport du Comité sénatorial du renseignement.

Mais le bureau du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a mis fin à l’enquête, laissant Chalabi diriger la purge politique du gouvernement irakien, puis devenir vice-premier ministre et ministre irakien du pétrole. La purge dirigée par les Chalabi a pris pour cible les politiciens sunnites irakiens, aggravant la division sectaire du pays et alimentant l’insurrection qui sévit encore aujourd’hui dans le pays. La violence a renforcé l’influence de l’Iran dans le pays, car les milices chiites demandaient l’aide de Téhéran pour défendre leurs communautés.

En même temps, l’opposition populaire à l’occupation américaine a entraîné la montée des terroristes sunnites radicaux. C’est de leurs rangs toujours plus nombreux dans les prisons irakiennes qu’est né l’État islamique. L’État islamique a fait des avancées fulgurantes dans une grande partie de l’ouest de l’Irak en juin 2014, avec la conquête de Fallujah, Tikrit et Mossoul, la deuxième ville la plus peuplée du pays. Alors que son existence même est menacée, le gouvernement irakien assiégé se félicite de l’envoi immédiat de 2 000 soldats iraniens pour aider à bloquer l’offensive de l’État islamique. L’armée de l’air syrienne a également commencé à frapper les bases de l’État islamique en coordination avec Bagdad.

Pression malencontreuse

Washington, en revanche, a rejeté l’appel de l’Irak pour des frappes aériennes et a suggéré que son gouvernement dirigé par les chiites devrait se retirer pour apaiser les sunnites lésés. Ce n’est qu’en août 2014 que le président Obama a autorisé un bombardement limité de l’État islamique pour protéger les minorités menacées par leur avancée militaire. Il va sans dire que de nombreux Irakiens ont remercié l’Iran pour son soutien militaire à un moment critique.

« Les Iraniens jouent une partie longue et un jeu de patience », a déclaré Sajad Jiyad, le directeur du Centre de planification et d’études d’Al Bayan à Bagdad. « Ils risquent leur peau. Ils ont perdu trois ou quatre généraux et une douzaine d’officiers supérieurs. »

Alors, lorsqu’un secrétaire d’État « maladroit », Rex Tillerson, s’exprimant en Arabie saoudite, a récemment exigé que Bagdad renvoie chez eux des unités paramilitaires soutenues par l’Iran et qui ont aidé à vaincre l’État islamique, cela n’a pas été très bien reçu par le Premier ministre irakien Haider al-Abadi.

« Aucune partie n’a le droit d’intervenir dans les affaires irakiennes », a-t-il déclaré. Abadi a qualifié les forces de mobilisation populaire de « patriotes irakiens », et non pas de simples mandataires de l’Iran, et a insisté sur le fait qu’elles « devraient être encouragées car elles seront l’espoir du pays et de la région ». Encore quelques points de plus pour Téhéran.

L’État islamique ne se serait peut-être jamais propagé en Syrie si les États-Unis n’avaient pas publiquement promu le renversement du gouvernement Assad en 2011, après des années d’efforts clandestins de Washington et d’Israël pour affaiblir le régime et promouvoir les divisions sectaires au sein de la Syrie.

Le renversement du régime de Kadhafi en Libye, soutenu par les États-Unis, a grandement contribué à la montée des forces islamistes radicales en Syrie, et a libéré d’importants stocks d’armes et des centaines de combattants endurcis pour répandre leur révolution en Syrie.

Vers la fin de 2011, des États dirigés par les sunnites comme la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar ont commencé à financer et à armer les rebelles islamistes militants en Syrie, y compris Al-Qaïda et même l’État islamique. La guerre qui en a résulté a fait des centaines de milliers de morts parmi les combattants et les civils, déraciné des millions de réfugiés et dévasté des cités antiques.

L’administration Obama s’est avérée tout aussi naïve que l’administration Bush quant à l’efficacité de l’intervention armée. Décrivant les espoirs de la Maison-Blanche selon lesquels le soulèvement de la Libye « se propagerait dans d’autres nations de la région » et alimenterait les mouvements anti-régime en Syrie et en Iran, le Wall Street Journal a rapporté : « La Syrie a été pendant 30 ans l’allié stratégique le plus proche de l’Iran dans la région. Les responsables américains estiment que le défi croissant lancé au régime de M. Assad pourrait motiver les forces démocratiques iraniennes. »

Au lieu de cela, bien sûr, le conflit syrien a poussé les partisans de la ligne dure iranienne à envoyer des unités des Gardiens de la révolution et des forces du Hezbollah pour défendre leur allié. Avec l’aide de la puissance aérienne russe, ils ont inversé la tendance en faveur d’Assad, laissant le régime de Damas intact et largement redevable à Téhéran.

Le gâchis yéménite

Reprenant les allégations de longue date de l’Arabie saoudite, l’administration Trump insiste également sur le fait que l’Iran est un important bailleur de fonds des forces tribales houthi qui ont balayé le nord du Yémen pour prendre le contrôle de la majeure partie du pays au début de 2015. En mars de cette année-là, avec le soutien des États-Unis, une coalition d’États arabes dirigée par les Saoudiens a lancé une campagne militaire contre la terre brûlée pour chasser les Houthis, au nom de la résistance contre l’Iran.

Les bombardements aveugles de la coalition sur des cibles industrielles et d’autres cibles civiles, y compris des écoles et des hôpitaux, ont dévasté une grande partie du pays et détruit l’économie. Son blocus des ports a provoqué une famine massive et déclenché la pire épidémie de choléra au monde.

« Les cyniques peuvent faire valoir que la véritable stratégie de la coalition saoudienne est de compter sur la famine et la maladie pour user le peuple yéménite », a observé l’ancien conseiller de la Maison-Blanche et analyste de la CIA Bruce Riedel. « Les Nations Unies ont qualifié la guerre de pire catastrophe humanitaire du monde… (Cependant) l’Iran est le seul pays gagnant, car il fournit aide et expertise aux Houthis à une infime fraction du coût de l’effort de guerre saoudien, tandis que les ennemis du Golfe de la République islamique dépensent leurs fortunes pour un conflit dans lequel ils se sont lancés sans but ultime ni stratégie. »

Les experts soulignent que Washington a choisi le mauvais allié dans cette confrontation. « Les Houthis sont l’un des rares groupes du Moyen-Orient qui n’ont guère l’intention ou la capacité d’affronter les États-Unis ou Israël », écrit Asher Orkaby, conférencier à Harvard. « Loin d’être aligné sur les extrémistes, le mouvement houthi s’est souvent opposé à l’État islamique… et Al-Qaïda dans la péninsule arabique. C’est l’Arabie Saoudite qui soutient depuis longtemps les groupes islamistes sunnites au Yémen. »

Pour ajouter à l’ironie du sort, les cheikhs paranoïaques de Riyad ont créé la menace même qu’ils ont décidé d’écraser avec leur invasion en 2015. Les liens iraniens avec les Houthis étaient jusqu’alors négligeables. Commentant les années de tentatives visant à les salir comme des pions de l’Iran, l’ambassadeur des États-Unis au Yémen a rapporté dans un câble classifié en 2009, « Le fait que… il n’y a toujours pas de preuves convaincantes de ce lien doit nous forcer à considérer cette allégation avec un certain scepticisme. »

Deux anciens membres du Bureau de la planification des politiques du Département d’État ont récemment confirmé que « la grande majorité de l’arsenal Houthi… a été saisi dans des stocks de l’armée yéménite », non fournis par l’Iran.

Cependant, à mesure que la guerre dévastatrice se poursuit, l’Iran a fourni aux Houthis une formation, des conseils et des munitions terrestres modestes. « L’Iran a exploité, à bon marché, la campagne menée par les Saoudiens, et a ainsi fait du renforcement de l’influence iranienne au Yémen une prophétie saoudienne qui se réalise elle-même », observent-ils.

« En assistant les Saoudiens au Yémen », ajoutent-t-ils, les États-Unis ont… renforcé l’influence iranienne au Yémen, sapé la sécurité saoudienne, rapproché le Yémen de l’effondrement et provoqué davantage de morts, de destructions et de déplacements dans la population yéménite. »

Le Qatar et au-delà

Dans un moment de folie singulière, le président Trump a twitté en juin dernier son soutien à un blocus politique et économique dirigé par les Saoudiens contre le Qatar, un émirat minuscule mais riche en gaz du Golfe. Riyadh est en partie lésé par le parrainage d’Al Jazeera, le radiodiffuseur politiquement dérangeant du Qatar. L’action de Trump a surpris et embarrassé le Pentagone, qui exploite une immense base militaire au Qatar.

L’Iran a rapidement profité de cette dernière gaffe saoudienne. Il a ouvert son espace aérien aux vols qatariens qui étaient interdits de traverser la péninsule arabique. Il a expédié des vivres pour remplacer les fournitures perdues par la fermeture de la frontière saoudienne du Qatar. En remerciement, le Qatar a rétabli des relations diplomatiques complètes avec Téhéran après avoir rappelé son ambassadeur il y a deux ans.

« Ce conflit a poussé le Qatar vers d’autres acteurs cruciaux de la région : l’Iran, la Turquie, la Russie, la Chine », a déclaré Rob Richer, ancien directeur adjoint associé des opérations à la CIA. « Ce sont des joueurs qui ont maintenant beaucoup plus d’influence, car nous diminuons notre influence dans la région. De cette façon, le blocus a en fait sapé tout ce que les Saoudiens et les Émiratis voulaient en poussant les Qatariens dans les bras de ces autres acteurs régionaux. »

Jour après jour, en d’autres termes, les États-Unis et leurs partisans de la région ont semé le désordre par leurs interventions militaires secrètes ou non au Moyen-Orient. Il est tout à fait naturel que l’Iran, qui a longtemps été la cible de Washington et de ses alliés (parfois pour des raisons compréhensibles), tente de saisir les occasions de défendre ses intérêts.

La leçon que nous devrions en tirer, c’est que la lutte contre l’Iran et la promotion des intérêts américains en matière de sécurité exigeront moins d’interventions de l’extérieur, et pas plus d’incursions auto-destructrices dans la région.

Comme l’a récemment observé Renad Mansour, chercheur de Chatham House, tant que les États-Unis n’auront pas surmonté leurs réactions contre-productives face aux craintes obsessionnelles de l’influence iranienne, « les Iranophobes auront raison sur une chose : l’Iran est le joueur le plus intelligent de la région ».

Jonathan Marshall est l’auteur ou le co-auteur de cinq ouvrages sur la sécurité nationale et les relations internationales.

Source : Jonathan Marshall, Consortium News, 05-11-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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