Archives pour la catégorie Ethiopie

BARRAGES AQUATIQUES ET ETHNIQUES : ETHIOPIE DE TOUS LES DANGERS !

BARRAGES AQUATIQUES ET ETHNIQUES : ETHIOPIE DE TOUS LES DANGERS !

Publié par: Richard Labévièrele: 09 juillet, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité AfriqueGéopolitiqueImprimerEmail

Depuis plusieurs décennies, Égypte, Éthiopie et Soudan et d’autres pays de la Corne de l’Afrique tentent de se mettre d’accord pour gérer le cours du Nil de manière durable et équitable. Depuis plusieurs semaines, la situation s’est soudainement aggravée avec l’annonce éthiopienne de mise en eau de son grand barrage de la Renaissance.

Plus grand barrage d’Afrique – sur la rivière Abay (Nil bleu) dans l’ouest de l’Ethiopie -, l’édifice du GERD (Grand barrage de la Renaissance de l’Ethiopie), dont la construction a débuté il y a dix ans, est impressionnant : 1780 mètres de long et 155 mètres de haut. Plus grand fleuve du monde avec l’amazone, le Nil tire ses eaux d’un bassin gigantesque de 2,9 millions de kilomètres carrés, soit le dixième de la superficie d’Afrique regroupant quelques 2,9 millions de personnes.
Début juillet, l’Éthiopie a déclaré qu’elle allait retenir une partie du Nil Bleu, qui prend sa source sur son sol et constitue le plus gros débit du fleuve en aval lorsque ses eaux rejoignent celles du Nil blanc à Khartoum (Soudan) avant de poursuivre vers la Méditerranée en traversant l’Égypte.

GUERRE DE L’EAU

Samedi 27 juin, le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a confirmé que son pays a bien l’intention de procéder, dans les quinze jours suivants, à la mise en eau du GERD achevé à près de 80%. Début juin, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi avait déclaré que « l’armée se tenait prête à défendre la sécurité nationale égyptienne à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières ». Selon un diplomate européen en poste au Caire : « dès qu’il est question du Nil, les Égyptiens deviennent fous. Il faut souligner qu’en 2050, la population atteindra 170 millions de personnes et que le pays aura besoin de 7,5 milliards de mètres cubes d’eau supplémentaires ». Les Frères musulmans et autres groupes islamistes ont fait de l’accès à l’eau l’un de leurs principaux chevaux de bataille.
De son côté, l’Éthiopie laisse fuiter des images de batteries anti-aériennes positionnées à proximité du barrage. De part et d’autre, on assiste à l’inflation d’une rhétorique nationaliste de tous les dangers. Ambiance !
Les choses ont commencé à se tendre en février dernier lors d’une ultime réunion de conciliation organisée à Washington sous les auspices de la Maison blanche, du Département du Trésor et de la Banque mondiale. La Chaise éthiopienne étant vide, la Maison Blanche a adopté une posture clairement pro-égyptienne. Le calcul américain est double : perturber le retour de la Russie en Egypte et s’attacher les grâces du Caire pour la mise en œuvre du plan américain (de Jared Kushner) pour le Moyen-Orient : une véritable provocation donnant carte blanche aux occupations et annexions israéliennes des Territoires palestiniens. Washington fait même planer la menace d’un régime de sanctions – similaires à celles qui cherchent à asphyxier les économies d’Iran, de Syrie, du Liban, du Venezuela, de Cuba et d’autres pays – en ciblant l’indocile Éthiopie !
Pèse aussi sur le dossier du GERD l’évolution de la guerre libyenne. Confrontée à la Turquie – qui est derrière le gouvernement Saraj de Tripoli (reconnu par l’ONU) et ses soutiens les Frères musulmans -, l’Égypte apporte une aide militaire conséquente au maréchal Khalifa Haftar, épaulé aussi par la Russie, l’Arable saoudite, les Émirats arabes unis et la France notamment. Cette géopolitique régionale égyptienne ne peut tolérer l’émergence d’un pôle éthiopien fort qui tourne désormais le dos aux États-Unis pour se tourner vers les investisseurs chinois.
Le Caire a cherché à mobiliser une Ligue arabe (cadavérique) et l’Union africaine, actuellement présidée par l’Afrique du Sud, elle-aussi confrontée à de graves difficultés intérieures. Dans tous les cas de figures, le Soudan – pays tiers – pourrait jouer un rôle de médiateur en obtenant de l’Éthiopie un remplissage partiel du barrage qui pourrait se gérer sur plusieurs années.
Les quinze jours qui viennent seront décisifs pour tenter de calmer les esprits, à défaut de trouver une solution définitive pour la gestion des eaux du Nil. « Une chose est sûre », estime un diplomate européen en poste à Addis-Abeba, « donner le dernier mot à l’Égypte serait catastrophique et attiserait les risques de guerre civile qui menace dangereusement l’Éthiopie ».

EMEUTES APRES L’ASSASSINAT D’UN CHANTEUR POPULAIRE

Le lundi 29 juin dernier au soir, le chanteur oromo Hachalu Hundessa (34 ans) est assassiné par balles à Addis-Abeba. Très apprécié pour sa musique dans tout le pays, il était le porte-voix de la communauté oromo, le premier groupe ethnique du pays (un tiers des 110 millions d’Éthiopiens), longtemps discriminé pendant la dictature de Mengistu (1976-1991), puis par les anciens rebelles du Tigré parvenus au pouvoir (1991-2018). Très semblable à celle des Somali, cette communauté regroupe une dizaine de sous-ensembles concurrents, dont plusieurs mafias armées extrêmement violentes.
Le chanteur fut de toutes les manifestations antigouvernementales, entre 2015 et 2018, qui ont débouché sur l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019 pour avoir mis fin à vingt ans de guerre avec l’Érythrée.
Dès l’annonce du décès, des nationalistes oromo ont réclamé qu’Hachalu soit inhumé à Addis-Abeba. Aucun rapport avec le barrage, sauf que le chanteur appartenait à la communauté des Oromo – la plus importante, qui conteste violemment le pouvoir central – dans un contexte de dissensions ethniques grandissantes. De nombreux activistes de cette communauté, notamment le bouillant opposant Jawar Mohammed, considèrent la capitale dotée d’un statut fédéral comme faisant partie de « leur » région : l’Oromia. On y a vu de jeunes Oromos patrouiller dans les rues, armés, avant que l’armée ne se déploie. Au total, à Addis-Abeba et dans plusieurs villes de la région Oromia, près d’une centaine d’Éthiopiens ont été tués lors d’affrontements entre communautés ou avec les forces de sécurité.


Le premier ministre Abiy Ahmed a réagi avec fermeté. Deux des principaux dirigeants d’opposition oromo – Jawar Mohammed et Bekele Gerba – ainsi que trente-cinq de leurs proches, ont été arrêtés après un incident qui a fait un mort. La police affirme avoir saisi dans leurs voitures huit kalachnikov et cinq pistolets. Né d’un père oromo musulman et d’une mère amhara chrétienne, Abiy Ahmed (converti au pentecôtisme) estime que ceux qui sont derrière la mort d’Hachalu cherchent à tuer l’Éthiopie : « Nous avons deux choix en tant que peuple, a-t-il lancé, « tomber dans le piège tendu par ses détracteurs ou s’en éloigner et rester sur le chemin des réformes ».
Même si un coup tordu des services secrets égyptiens n’est pas à exclure, cet assassinat intervient dans un contexte extrêmement tendu où les frustrations accumulées sous la chape de plomb des dictatures peuvent s’exprimer librement depuis trois ans. De plus, la libéralisation économique du « Tigre de l’Afrique de l’Est », entreprise par Abiy Ahmed, ne compense pas encore la fulgurante envolée démographique.

LES ORPHELINS DE L’ARTICLE 39

Si le pire n’est pas toujours fatal, l’Éthiopie est bien – aujourd’hui – au bord de la guerre civile, l’Égypte ne s’interdisant pas de souffler sur les braises d’une situation dans laquelle la mise en fonction du GERD apparaît comme l’un des rares dossiers de consensus national. « Avec le fameux article 39 de la Constitution », explique l’anthropologue Gérard Prunier, grand spécialiste de la Corne de l’Afrique et de la région des Grands Lacs « on est dans l’institutionnalisation des recettes de la guerre civile. Aujourd’hui, ceux que j’appelle les orphelins de l’article 39 se réveillent et ouvrent la boîte de pandore du fédéralisme ethnique ».
D’inspiration soviétique, la Constitution éthiopienne – comme celle de l’URSS de 1977 – prévoit que les régions ont un droit à l’autodétermination et à la sécession. Ce droit a notamment permis l’accession de l’Érythrée à l’indépendance1. Conformément à l’article 8, « tout le pouvoir souverain réside dans les Nations, les nationalités et les peuples d’Éthiopie ». En outre, la Constitution stipule que « les droits humains et démocratiques des citoyens et des peuples doivent être respectés ». L’article 39 de la Constitution éthiopienne garantit expressément : le droit de tous les peuples, Nations et nationalités à l’autodétermination sans condition, y compris le droit à la sécession ; le droit de parler, d’écrire et de développer leur propre langue, de développer et de promouvoir leur propre culture et préserver son histoire et le droit à l’autonomie.
La seule limitation de ce droit est que tous les organes régionaux ou locaux doivent s’acquitter de leurs fonctions et exercer leurs droits dans le cadre des principes démocratiques, de l’État de droit et en conformité avec les règles et l’esprit de la Constitution éthiopienne.
Ainsi, chaque nation a la latitude d’établir son propre État régional. « C’est le talon d’Achille de la politique intérieure éthiopienne », poursuit Gérard Prunier ; « Abiy Ahmed a beaucoup trop sous-estimé la puissance des nationalismes ethniques, et en particulier celui des Amhara ». Ces derniers qui ont longtemps dirigé l’Ethiopie, notamment avec leurs empereurs, ont très mal vécu la perte du pouvoir après la chute de la junte militaire communiste du Derg en 1991 au profit de la coalition du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF).


Dans la nuit de samedi à dimanche dernier, les autorités éthiopiennes ont affirmé qu’une « tentative orchestrée de coup d’État s’est produite contre l’exécutif du gouvernement régional de l’Amhara », l’une des neuf régions autonomes d’Éthiopie. Or, les connaisseurs de la région s’accordent pour dire que si les intentions des fauteurs de troubles restent peu claires, de nombreux traits caractéristiques d’un coup d’Etat sont absents de l’enchaînement des évènements.
« Il n’y a pas eu de tentative de coup d’Etat, car cela aurait impliqué d’importants mouvements de troupes, ou la prise de contrôle de points stratégiques comme les aéroports ou les médias », ajoute Gérard Prunier ; « mais la tâche s’annonce très difficile, voire impossible, car la coalition de l’EPRDF sur laquelle s’appuie Abiy Ahmed est moribonde. Les partis qui la composent sont devenus très minoritaires au sein des ethnies qu’ils sont censés représenter ».
Et de conclure : « la situation en Éthiopie commence dangereusement à ressembler à celle de la Yougoslavie juste avant que n’y éclatent les guerres ».
Éthiopie ambiguë et à suivre comme le lait sur le feu…

Richard Labévière
Richard Labévière est Rédacteur en chef du journal en ligne Proche et Moyen-Orient.ch. Expert des questions internationales et stratégiques, on lui doit une vingtaine de livres de référence sur le terrorisme et les questions géopolitiques, notamment dans le monde arabe.
6 juillet 2020
Notes
1 En mai 1991 le Front populaire de libération de l’Érythrée (FPLE), dirigé par M. Isaias Afwerki, avait pris en charge le contrôle de l’Érythrée. Il y installa un gouvernement provisoire qui administra l’Érythrée de façon indépendante jusqu’au moment où, du 23 au 25 avril 1993 dans un référendum libre et juste sous la surveillance de l’ONU, les Érythréens votèrent l’indépendance par une majorité écrasante. L’Érythrée fut proclamée pays indépendant le 27 avril 1993. En mai 1998, les tensions croissantes entre l’Érythrée et l’Éthiopie aboutirent à une offensive militaire érythréenne. L’Éthiopie transforma la guerre de tranchées en opération militaire intense dont la conclusion fut l’entente de cessation des hostilités du 18 juin 2000. Enfin, le 12 décembre 2000, à Alger, l’Éthiopie et l’Érythrée signèrent un accord de paix, bien que la frontière restât contestée. Pour régler paisiblement le différend, on établit une commission. Le 13 avril 2002, elle trancha en délimitant la frontière entre l’Érythrée et l’Éthiopie, mais jusqu’à maintenant, les deux pays n’ont pas réussi à s’entendre.
Proche et Moyen-Orient.ch

https://www.afrique-asie.fr/barrages-aquatiques-et-ethniques-ethiopie-de-tous-les-dangers/

L’arbre en feu qui cache la forêt sombre et dangereuse

L’arbre en feu qui cache la forêt sombre et dangereuse


Par The Saker − Le 14 juillet 2020 − Source Unz Review via thesaker.is

À peu près au milieu de l’année 2020, il devient assez évident qu’il existe un certain nombre de développements majeurs qui ont retenu presque toute notre attention, et pour une bonne raison, car ce sont des changements tectoniques qui sont vraiment qualifiés des «catastrophes» – selon la définition du mot « un changement violent et soudain dans une caractéristique de la terre ».

Les voici :

  • L’initiation de l’effondrement global de l’Empire anglo-sioniste.
  • L’immense bulle économique dont la taille sans cesse croissante est le meilleur indicateur de l’ampleur de l’énorme explosion qu’elle entraînera inévitablement.
  • L’implosion de la société américaine due à une combinaison de plusieurs crises systémiques profondes – effondrement économique, tensions raciales, pauvreté de masse, aliénation, absence de protections sociales, etc.
  • La pandémie de COVID-19 – alias «c’est comme la grippe saisonnière !!» – qui ne fait qu’exacerber tous les autres facteurs majeurs énumérés ci-dessus.
  • Enfin, il est difficile d’imaginer à quoi ressemblera la prochaine élection présidentielle américaine, mais une chose est sûre : d’ici novembre, nous connaîtrons déjà une tempête parfaite – l’élection ne fonctionnera que comme une source d’énergie qui alimentera encore plus cette tempête déjà parfaite.

Certes, il s’agit d’évolutions véritablement importantes, historiques, dont l’importance ne peut être surestimée. Ce ne sont cependant pas les seuls développements très graves. Il existe, en effet, plusieurs zones de tensions politiques sévères qui pourraient également entraîner une explosion majeure, bien que «seulement» régionale !

J’en énumérerai quelques-unes, en commençant par la plus visible :

Turquie

Erdogan ne sert à rien de bon. Encore une fois. Quelle grosse surprise, non ? Chaque fois que j’entends quelqu’un écrire quelque chose sur Erdogan rêvant de devenir le sultan d’un nouvel empire ottoman, j’ai tendance à rouler des yeux car c’est un cliché. Pourtant, on ne peut nier que ce cliché est vrai – l’idéologie néo-ottomane est définitivement bien vivante en Turquie et Erdogan veut clairement «monter ce cheval». Alors, énumérons quelques-unes des choses auxquelles les Turcs ont participé :

  1. Syrie : les Turcs ont clairement traîné les pieds dans le nord de la Syrie où, du moins selon l’accord conclu entre Erdogan et Poutine, les «mauvais terroristes» auraient dû partir il y a longtemps et la route principale aurait dû être sous la protection conjointe des forces russes et turques. Eh bien, la Turquie a fait une partie de cela, mais pas tout, et les «mauvais terroristes» sont toujours très présents dans le nord de la Syrie. En fait, ils ont récemment tenté d’attaquer la base des forces aérospatiales russes à Khmeimim. Ils ont échoué, mais c’est toujours quelque chose dont les Turcs doivent répondre puisque l’attaque est venue d’une zone qu’ils contrôlent. Protéger les terroristes en échange de promesses d’immunité contre leurs attaques a été tenté à plusieurs reprises dans le passé et n’a jamais fonctionné – tôt ou tard, les groupes terroristes échappent toujours au contrôle de leurs maîtres et se retournent même contre eux. Cela arrive maintenant à la Turquie.
  2. Libye : les Turcs sont également profondément impliqués dans la guerre civile libyenne. En fait, «profondément impliqué» ne donne pas assez de crédit à l’armée turque qui a utilisé des drones de fabrication turque avec une efficacité dévastatrice contre les forces du maréchal Khalifa Belqasim Haftar, le commandant de l’armée nationale libyenne basée à Tobrouk et qui est soutenue par la Russie et l’Égypte. Seul le déploiement rapide – et plutôt mystérieux – des défenses aériennes russes et d’un certain nombre de MiG-29 non identifiés a finalement réussi à faire tomber suffisamment de drones turcs pour les forcer à faire une pause. Les Égyptiens ont clairement indiqué qu’ils n’autoriseront jamais le soi-disant «gouvernement d’accord national» à prendre Syrte ou toute terre à l’est de Syrte. Le Parlement libyen – de l’Est de la Libye – a maintenant donné à l’Égypte l’autorisation officielle d’intervenir directement en Libye. Cela fait d’une sorte d’intervention égyptienne une chose presque certaine.
  3. Sainte Sophie : et juste pour s’assurer qu’il y a suffisamment de sources de tension, les Turcs ont maintenant déclaré que la cathédrale Sainte-Sophie d’Istanbul ne sera plus un musée ouvert à tous, mais une mosquée. Maintenant, la marionnette de la CIA, modestement connue sous le nom de «Sa très divine sainteté, archevêque de Constantinople, de la Nouvelle Rome et patriarche œcuménique», Bartholomew devrait être l’adversaire le plus virulent de ce mouvement, mais tout ce qu’il peut faire est de marmonner des arguments non pertinents – il voulait rentrer dans l’histoire comme le patriarche qui a patronné le schisme ukrainien et, à la place, il restera  comme le patriarche qui n’a rien fait pour empêcher les Ottomans de s’emparer de l’un des sites les plus sacrés du monde orthodoxe. À vrai dire, il n’aurait probablement pas pu empêcher cela car la décision d’Erdogan est entièrement en rapport avec les prochaines élections en Turquie, mais il aurait certainement pu essayer un peu mieux. Idem pour le chef du patriarcat de Moscou et, d’ailleurs, le gouvernement russe, qui a exprimé des choses vagues comme inquiétude, consternation, condamnation molle, mais qui n’a vraiment rien fait pour sanctionner Erdogan après son geste.
Aparté

Ce que les Turcs viennent de faire est une honte, pas seulement pour la Turquie elle-même, qui, encore une fois, prouve que la version ottomane de l'islam est particulièrement toxique et dangereuse. C'est aussi une honte pour le monde musulman tout entier qui, à quelques exceptions notables près, telles que le cheikh Imran Hosein, n'a rien fait pour empêcher cela et, le cas échéant, a approuvé cette décision. Enfin, c'est une honte pour l'ensemble du monde orthodoxe car cela prouve que l'ensemble de la communauté orthodoxe mondiale a moins de pertinence et d'importance aux yeux du dirigeant turc que le résultat de ses élections locales. La Russie, en particulier, aurait le genre de muscle politique nécessaire pour infliger toutes sortes de formes douloureuses de représailles contre la Turquie et pourtant la Russie ne fait rien. C'est un triste témoin de l'extrême faiblesse de la foi orthodoxe dans le monde moderne

Ajoutez à cela toutes les sources «traditionnelles» d’instabilité autour de la Turquie, y compris le problème kurde toujours non résolu – car insoluble ! – les tensions entre la Turquie, l’Irak et l’Iran, le soutien discret de la Turquie aux factions anti-russes dans les différents États ex-soviétiques et la confrontation constante avec la Grèce.

La Turquie reste l’un des États les plus dangereux de la planète, même si la plupart des gens n’en sont pas conscients. Certes, au cours des dernières années, elle a perdu une grande partie de sa superbe, mais elle dispose toujours de nombreux atouts formidables, y compris une très forte capacité nationale de fabrication d’armes, qu’elle peut utiliser pour un vaste éventail d’interventions politiques et militaires néfastes.

Égypte

Voilà un autre pays qui fait régulièrement la une des journaux puis disparaît du radar du public. Pourtant, en ce moment, l’Égypte est confrontée non pas à une, mais à  deux guerres possibles !

  1. Libye : comme je l’ai mentionné ci-dessus, en cas d’affrontement ouvert entre la Turquie et l’Égypte en Libye, il pourrait y avoir une escalade rapide dans laquelle les premiers affrontements militaires pourraient se transformer en affrontements sur la Méditerranée orientale et même en éventuelles frappes contre des objectifs militaires clés en Turquie et en Égypte. La seule bonne nouvelle ici est qu’il y a beaucoup d’acteurs majeurs qui n’ont pas besoin d’une guerre en Méditerranée orientale et / ou au Moyen-Orient. Après tout, s’il s’agissait d’une véritable confrontation militaire entre la Turquie et l’Égypte, alors vous pouvez être à peu près sûr que l’OTAN, le CENTCOM, la Grèce, Israël et la Russie auraient tous des préoccupations majeures. En outre, il est difficile d’imaginer quel genre de «victoire» militaire la Turquie ou l’Égypte pourraient espérer. À l’heure actuelle, la situation est très tendue, mais nous pouvons espérer que toutes les parties se rendront compte qu’une solution négociée, même temporaire, est préférable à une guerre à grande échelle.
  2. Éthiopie : l’Égypte a un problème potentiellement beaucoup plus important que celui de la Libye à résoudre. Il s’agit de la construction par l’Éthiopie du «Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD)» sur le Nil Bleu. Bien que personne ne sache vraiment quel sera l’impact final de ce barrage sur le Soudan et l’Égypte, il est assez clair qu’une civilisation bâtie le long du Nil sera confrontée à une menace majeure pour son mode de vie si la façon dont le Nil s’écoule est perturbée de façon importante, ce que ce barrage fera certainement.

Des deux conflits possibles que j’ai mentionnés ci-dessus, c’est le deuxième qui m’inquiète le plus. En fin de compte, ni la Turquie ni l’Égypte ne pourront décider de ce qui se passe en Libye, qui est surtout une sorte d ‘«échiquier» multi-joueurs où les «grands» – États-Unis, France, Russie – décideront finalement du résultat. Dans le cas du barrage en Éthiopie, les acteurs locaux auront probablement un mot décisif à dire, d’autant plus que les deux parties considèrent qu’il s’agit d’une question existentielle importante pour eux.

Si vous regardez une carte de la région, vous verrez que la distance entre la frontière égyptienne et l’emplacement du barrage à la frontière entre l’Éthiopie et le Soudan est longue d’environ 1 200 km ou 745 miles. En cas de confrontation militaire entre les deux pays, cette distance décidera à peu près de la forme de la guerre que nous verrons : principalement des frappes aériennes et de missiles.

Le principal problème ici, pour les deux parties, est qu’aucune n’a le type de force aérienne ou de missiles qui lui permettrait de frapper efficacement l’autre pays. Cependant, cela pourrait changer très rapidement, surtout si la Russie vend à l’Égypte 24 de ses chasseurs multi-rôles avancés Su-35, et encore plus si la Russie rajoute quelques missiles air-sol capables dans le colis – la livraison du premier Sukhoi semble imminente. Ensuite, il y a ce «petit détail» du Soudan coincé entre les deux combattants : Khartoum ne peut tout simplement pas détourner le regard et prétendre que tout va bien si deux de ses principaux voisins décident de se battre dans l’espace aérien soudanais.

En théorie, l’Égypte pourrait également essayer de monter une attaque depuis la mer Rouge, mais pour le moment, la marine égyptienne ne dispose pas du genre de matériel coup de poing qui lui permettrait de frapper efficacement l’Éthiopie, en particulier avec la présence de l’Érythrée entre la mer Rouge et l’Éthiopie.

Mais cela pourrait également changer, d’autant plus que l’Égypte a accepté d’acheter les deux navires d’assaut amphibie de classe Gamal Abdel Nasser (ex-Mistral) et les porte-hélicoptères qui, bien que n’étant pas l’idéal, renforceraient certainement les capacités de commandement et de contrôle de l’Égypte, surtout si les Égyptiens réussissent à déployer des AWACS et des avions d’attaque, hélicoptères ou même à voilure fixe légère V / STOL, sur ces navires. En pratique, cependant, je pense que les Égyptiens pourraient engager ces navires beaucoup plus efficacement en Libye qu’ils ne le feraient en mer Rouge – d’autant plus que ces navires sont mal défendus contre les frappes de missiles.

Enfin, non seulement le barrage GERD est défendu par des systèmes de défense aérienne et quelques avions de l’armée de l’air décents, même s’ils vieillissent, un barrage est une cible assez difficile à détruire il est grand, fort et a un grand volume qui, à lui seul, contribue également à la «solidité» face aux attaques.

Il y a donc des raisons d’espérer qu’un conflit peut être évité, mais il sera très difficile d’amener les deux parties à s’entendre par des compromis sur des questions que les deux parties considèrent comme vitales pour leur sécurité nationale.

L’Ukraine

Oui, l’Ukraine. Encore. Cette folie qui a commencé avec l’Euromaïdan ne s’est pas arrêtée, loin de là. En fait, depuis l’élection de Zelenskii, l’Ukraine est devenue une sorte de maison de fous qui serait carrément hilarante si elle n’était pas aussi tragique et même horrible pour des millions d’Ukrainiens. Je vous épargnerai tous les détails, mais nous pouvons résumer le principal développement de ces derniers mois en disant que «Zelenskii a complètement perdu le contrôle du pays». Mais cela ne commencerait même pas à couvrir la réalité de cette situation.

D’une part, la guerre des mots entre Trump et Biden à propos du scandale de l’Ukrainegate a maintenant «infecté» la scène politique ukrainienne et chaque partie est d’abord occupée avec ce que l’on appelle localement «la Relation publique occulte», à savoir essayer de dénicher autant de saloperies que possible contre votre adversaire. Zelenskii est si faible que, étonnamment, Porochenko, auparavant presque totalement discrédité, a maintenant fait un retour en force et a obtenu le soutien de nombreux nationalistes influents. La dernière « bombe informationnelle » incroyable – mais vraie ! – a été déclenchée par un membre de la Rada ukrainienne, Andrei Derkach, qui a publié un enregistrement de Joe Biden et Porochenko discutant des avantages et des inconvénients de l’organisation d’une attaque terroriste en Crimée – voir ici pour plus de détails sur cette histoire incroyable. Cela fait à la fois de Biden et de Porochenko des «sponsors du terrorisme», ce qui n’est guère une surprise, mais quand même.

D’autres nouvelles «juteuses» sur le Banderastan occupé par les nazis incluent un Zelenskii peut-être père d’un enfant avec une de ses assistantes, et des attaques brutales contre les membres d’un petit – mais en croissance – parti d’opposition «Sharii» que les autorités ont non seulement ignorées, mais très probablement commandées en premier lieu. Ce n’est pas mon propos ici de discuter de toutes les subtilités toxiques de la politique interne ukronazie, je n’examinerai donc qu’un des dangers majeurs résultant de cette dynamique : on parle à nouveau de guerre avec la Russie.

D’accord, nous avons tous entendu les mêmes rumeurs depuis des années maintenant, et pourtant aucune attaque ukrainienne réelle et soutenue contre les républiques du Donbass (LDNR) ou, encore moins, la Crimée n’a jamais eu lieu – il y a eu des frappes d’artillerie et des attaques de diversion constantes, mais celles-ci restent en dessous du seuil de la guerre ouverte. Mais ce que nous entendons aujourd’hui est un peu différent : un nombre croissant d’observateurs ukrainiens et même polonais ont déclaré que la Russie attaquerait cet été ou en septembre, utilisant peut-être des manœuvres militaires pour déplacer des forces vers la frontière ukrainienne et attaquer. Selon la personne à qui vous le demandez, une telle attaque pourrait provenir de la Biélorussie et / ou du centre de la Russie – certains s’inquiètent même d’une opération amphibie russe contre le littoral ukrainien et des villes comme Marioupol, Nikolaev, Kherson ou Odessa.

Aparté

Les Ukronazis sont vraiment incroyables. D'abord, ils ont coupé toute l'électricité et même l'eau de la Crimée, puis ils déclarent que la Russie devra l'envahir pour reprendre le contrôle de l'approvisionnement en eau. L’idée que la Russie résoudra le problème de l’eau de la Crimée par des moyens pacifiques et technologiques est, semble-t-il, tout à fait impensable pour les dirigeants ukrainiens. Dans le monde réel, cependant, la Russie a un programme complet pour résoudre globalement les problèmes d’eau de la Crimée. Ce programme a commencé par la pose de conduites d'eau, l'amélioration du système d'irrigation de la Crimée, l'utilisation d'avions spéciaux pour déclencher la pluie et pourrait même inclure la création d'une usine de dessalement. La simple vérité est que la Russie peut facilement rendre la Crimée complètement indépendante de tout ce qui est ukrainien.

Et pour aggraver les choses, le chef de la marine ukrainienne, qui existe essentiellement sur le papier, a maintenant déclaré qu’un nouveau missile ukrainien, le Neptune, pourrait atteindre Sébastopol. Le problème n’est pas le missile lui-même – c’est une version modernisée d’un vieux design soviétique, il est lent et donc facile à abattre, mais le genre de «bruit de fond mental» créé par ce type de discours de guerre.

D’un point de vue purement militaire, la Russie n’a même pas à déplacer de troupes pour vaincre les forces armées ukrainiennes : tout ce que la Russie a à faire est d’utiliser ses puissantes armes à longue portée et ses moyens de frappe de reconnaissance pour d’abord décapiter, puis désorganiser et enfin détruire l’armée ukrainienne. La supériorité de la Russie dans les airs, sur l’eau et sur terre est telle que les Ukrainiens n’ont aucune chance au monde de survivre à une telle attaque, sans même imaginer de vaincre la Russie. Les Ukrainiens savent tous que, après tout, leurs forces armées n’ont même pas pu faire face aux forces relativement minuscules et infiniment plus faibles du LDNR – du moins par rapport aux forces russes régulières.

Pourtant, les Ukrainiens ont un avantage sur la Russie : s’il serait extrêmement dangereux d’essayer, ils doivent se rendre compte que, contrairement à leurs attaques sur le Donbass, s’ils osaient attaquer la Crimée, le président Poutine n’aurait pas d’autre option que d’ordonner une sorte de frappe de représailles.

Toute attaque ou frappe ukrainienne sur la Crimée échouerait probablement car tous les missiles seraient interceptés bien avant qu’ils ne puissent atteindre leurs objectifs, mais même dans ce cas, la pression sur Poutine pour y mettre un terme serait énorme. Ce qui signifie qu’il ne serait pas faux de dire que quiconque est au pouvoir à Kiev peut forcer la Russie à intervenir ouvertement. Cela signifie que dans ce cas précis, le côté le plus faible peut avoir au moins un certain degré de domination dans l’escalade.

Maintenant, l’Ukraine ne peut certainement pas réaliser de surprise stratégique, ni même de surprise tactique, mais, encore une fois, le succès réel de toute frappe ukrainienne contre la Crimée n’exige pas que les cibles désignées de la frappe soient détruites, tout ce qui est nécessaire, dans certains hypothèses au moins, est la capacité de faire deux choses :

  • Obliger la Russie à intervenir ouvertement
  • Choisir l’heure, le lieu et le mode d’attaque les plus problématiques pour la partie russe

Enfin, je suggérerais que nous examinions cette question du point de vue de l’Empire anglo-sioniste. À bien des égards, sinon la plupart, le Banderastan, créé par l’Occident en Ukraine, a perdu son utilité. L’US Navy n’obtiendra pas de base navale en Crimée qui est maintenant perdue à jamais – c’est maintenant l’un des endroits les mieux défendus de la planète, la Russie n’est pas intervenue ouvertement dans la guerre civile, les forces ukronazies ont été complètement battues par les Novorussiens et en termes économiques, l’Ukraine n’est rien d’autre qu’un grand trou noir qui ne pourra que s’approfondir. Ce qui pourrait suggérer à certains des élites dirigeantes américaines que déclencher une guerre perdante contre la Russie pourrait être la meilleure – et peut-être la seule – chose que leur horrible créature puisse faire pour eux. Pourquoi ?

Eh bien, d’une part, une telle guerre sera sanglante, même si elle est courte. Deuxièmement, étant donné qu’il est extrêmement improbable que les Russes veuillent occuper une partie de ce qui est aujourd’hui l’Ukraine tenue par les nazis, cela signifie que même une défaite militaire totale n’entraînerait pas nécessairement une disparition complète du Banderastan actuel. Oui, davantage de régions de l’Est et du Sud pourraient essayer de saisir cette occasion pour se lever et se libérer, et si cela se produisait, la Russie pourrait offrir le genre d’aide qu’elle a offerte aux Novorussiens, mais je ne pense pas que quiconque croit sérieusement que des chars russes seront vus à Kiev ou, encore moins, à Lvov  – pour ne pas parler de Varsovie ou de Riga. Ainsi, une défaite militaire contre la Russie ne serait pas une perte totale pour le Banderastan et cela pourrait même donner une dynamique bénéfique à la puissance ukronazie consolidée qui pourrait sortir d’un tel conflit. En fait, si cela devait arriver, j’attends pleinement des Ukronazis qu’ils déclarent une sorte de djihad pour libérer l’Ukraine occupée par les Moskals. Cela signifie que le bain de sang initial serait suivi d’une guérilla entre la Russie et l’Ukraine, qui pourrait durer très longtemps et être également très indésirable pour la Russie.

Aparté 

Pendant mes études, j'ai eu l'honneur et le privilège d'étudier avec un merveilleux colonel de l'armée pakistanaise qui est devenu un bon ami. Un jour, c'était vers 1991, j'ai demandé à mon ami quelle serait la stratégie pakistanaise lors d'une éventuelle guerre contre l'Inde. Il m'a répondu : "Regardez, nous savons tous que l'Inde est beaucoup plus forte et plus grande que le Pakistan, mais ce que nous savons tous aussi, c'est que s'ils nous attaquent, nous pouvons les faire saigner du nez méchamment". C'est exactement ce que pourrait être la stratégie ukrainienne: faire saigner du nez la Russie. Militairement, c'est impossible, bien sûr, mais en termes politiques, toute guerre ouverte contre l'Ukraine serait un désastre pour la Russie. Ce serait aussi un désastre pour l'Ukraine, mais les marionnettistes des Ukronazis à Kiev ne se soucient pas plus du peuple ukrainien que du peuple russe : tout ce qu'ils veulent, c'est faire abondamment saigner les Russes du nez.

En résumé, c’est un scénario possible qui pourrait aboutir à une catastrophe régionale : quiconque est au pouvoir en Ukraine commencerait par se rendre compte que le projet d’un  Banderastan ukronazi a déjà échoué et que ni l’UE ni, encore moins, les États-Unis ne sont prêts à continuer de jeter de l’argent dans le trou noir des Ukies. De plus, les politiciens ukrainiens intelligents se rendront compte que ni Porochenko ni Zelensii n’ont «livré» les «marchandises» attendues à l’Empire. Ensuite, les pays vassaux des États-unis en Europe de l’Est – dirigés par la Pologne et les mini-états de la Baltique – se rendent également compte que l’argent de l’UE s’épuise et que loin d’avoir réalisé de réels progrès économiques, bien loin du «miracle» espéré, ils deviennent également de plus en plus insignifiants pour leurs maîtres dans l’UE et aux États-Unis. Et, croyez-moi, les dirigeants politiques de ces États vassaux américains ont réalisé il y a longtemps qu’une guerre entre la Russie et l’Ukraine serait une opportunité fantastique pour eux de reprendre une certaine valeur aux yeux de leurs suzerains impériaux dans l’UE et aux US. Pour les gens qui pensent comme eux, même une tentative de frappe de Neptune contre Sébastopol serait un moyen rapide et tout à fait raisonnable de forcer la main de Poutine.

Enfin, nous pouvons maintenant regarder la situation en Russie

Russie

On pourrait penser qu’après la victoire massive remportée par le Kremlin avec le vote sur les modifications de la Constitution russe, la situation politique en Russie serait idyllique, du moins comparée au naufrage du Titanic de «l’Occident collectif». Hélas, c’est loin d’être le cas. Voici quelques-uns des facteurs qui contribuent à une situation potentiellement dangereuse en Russie.

  1. Comme je l’ai mentionné dans le passé, outre l’opposition «officielle» (prétendue) à la Douma, il y a maintenant deux oppositions «non-système» très distinctes à Poutine : les bons vieux «libéraux», que j’appelle parfois la 5e colonne, et les relativement nouveaux haineux de Poutine «nationalistes-roses» que j’ai baptisés, quelque peu ironiquement, je l’admets, comme une 6e colonne. Ruslan Ostashko les appelle des «émo-marxistes», et c’est aussi une précision très perspicace. Ce qui est si frappant, c’est que, si les 5e et 6e colonnes russes se détestent, leurs leaders détestent encore plus Poutine. Beaucoup d’entre eux détestent également le peuple russe parce qu’il ne «comprend pas» – du moins à leurs yeux – et parce que le peuple vote à maintes reprises pour Poutine. Inutile de dire que ces «5e et 6e colonnes», que nous appellerons pour la suite «5 et 6c» déclarent que l’élection a été volée, que des millions de votes n’ont pas été comptés du tout, tandis que d’autres ont été comptés plusieurs fois. Selon ces 5 et 6c, il est littéralement impensable que Poutine obtienne un tel soutien, la seule explication est que les élections ont été truquées. Alors que la somme totale des voix de ces 5 et 6c n’est probablement pas suffisante pour vraiment menacer Poutine ou la société russe, le Kremlin doit être très prudent dans la manière dont il gère ces groupes, d’autant plus que la situation de la société russe se dégrade clairement.
  2. La Russie a des problèmes objectifs, réels, qui ne peuvent être simplement ignorés. La plupart des Russes préféreraient clairement un État beaucoup plus social et économiquement actif. La réalité est que le système politique actuel en Russie se soucie peu du «petit peuple». La façon dont le Kremlin et les «grandes entreprises» russes sont enchevêtrées est affligeante pour beaucoup de Russes, et je suis d’accord avec eux. En outre, si les sanctions occidentales ont bien préparé la Russie à la crise actuelle, il reste vrai que la Russie ne fonctionne pas dans un environnement très favorable. Les revenus sont en baisse dans de nombreux secteurs et la pandémie CODID-19 a également eu un effet dévastateur sur les petites entreprises russes. Et si la question du virus COVID-19 n’a pas été aussi désespérément politisée en Russie qu’en Occident, beaucoup de mes contacts me rapportent que beaucoup de gens estiment que le Kremlin et les autorités de Moscou ont mal géré la crise. Ainsi, alors que l’opposition non systémique des 5 et 6c ne peut pas vraiment menacer la Russie, il y a suffisamment de ce que j’appellerais des «tendances toxiques et potentiellement dangereuses» au sein de la société russe qui pourraient se transformer en une menace beaucoup plus grande si une crise éclatait soudainement – y compris une crise déclenchée par une provocation ukrainienne toujours possible.
  3. De plus en plus de Russes, y compris les partisans de Poutine, sont frustrés par ce qu’ils perçoivent comme une politique étrangère russe boiteuse et franchement flasque. Cela ne signifie pas nécessairement qu’ils ne sont pas d’accord avec la manière dont Poutine traite les grands problèmes – disons la Crimée, la Syrie ou les bruits de sabre de l’Occident – mais ils sont particulièrement frustrés par ce qu’ils perçoivent comme des réponses russes boiteuses contre de petites provocations. Par exemple, le Congrès américain et l’administration Trump ont continué à imposer des sanctions et des accusations stupides contre la Russie sur une base quasi-quotidienne, mais la Russie ne fait vraiment pas grand-chose à ce sujet, malgré le fait qu’il existe de nombreuses options dans sa «Boîte à outils» politique pour vraiment faire payer aux États-Unis cette attitude. Une autre chose qui irrite les Russes est cette manière arrogante, condescendante et carrément grossière dont les politiciens occidentaux – et leurs journalistes stipendiés en Russie –  interviennent constamment dans les affaires internes russes sans jamais être sérieusement inquiétés pour cela. Bien sûr, certains personnages et organismes particulièrement nocifs ont été expulsés de Russie, mais pas assez pour envoyer un message clair aux ennemis de la Russie.
  4. Et, pour aggraver les choses, il y a de sérieux problèmes entre la Russie et ses supposés alliés, en particulier la Biélorussie et le Kazakhstan. Rien de vraiment critique ne s’est encore produit, mais la situation politique en Biélorussie s’aggrave de jour en jour, grâce, d’une part, à la politique inepte de Loukachenko et, d’autre part, à une résurgence du nationalisme kazakh, apparemment avec l’approbation du gouvernement central. Non seulement la déstabilisation de deux grands alliés russes est une mauvaise chose en soi, mais elle soulève également la question de savoir comment Poutine peut traiter, par exemple, la Turquie ou la Pologne, alors qu’elle ne peut même pas stabiliser la situation en Biélorussie et au Kazakhstan.

Dans une large mesure, je partage également bon nombre de ces frustrations et je conviens qu’il est temps que Poutine et la Russie adoptent une posture beaucoup plus proactive envers un Occident éternellement hostile.

Mon problème avec la 5e colonne est qu’elle est composée de russophobes enragés qui détestent leur propre nation et qui ne sont que des prostituées consentantes de l’Empire anglo-sioniste. Ils veulent que la Russie devienne une sorte «d’autre Pologne seulement plus à l’Est» ou quelque chose d’aussi insipide et sans intérêt.

Mon problème avec la 6ecolonne est qu’elle déteste beaucoup plus Poutine qu’elle n’aime la Russie, ce qui se constate régulièrement en prédisant soit un coup d’État, soit une révolution, ou un soulèvement populaire ou tout autre événement sanglant que la Russie ne peut tout simplement pas se permettre pour deux raisons principales :

  1. La Russie s’est presque détruite deux fois au cours du siècle dernier : en 1917 et en 1991. Chaque fois, le prix payé par le peuple russe a été absolument horrible et la nation russe ne peut tout simplement pas se permettre un autre conflit interne majeur.
  2. La Russie est en guerre contre l’Empire, et bien que cette guerre reste à peu près 80% information et idéologie, environ 15% économique et seulement 5% une guerre réelle, il reste que c’est une guerre totale, existentielle, pour la survie : soit l’Empire disparaît, soit la Russie disparaît. Il s’agit donc d’une situation où toute action qui affaiblit votre État, votre pays et son dirigeant se rapproche toujours dangereusement de la trahison.

À l’heure actuelle, la plus grande bénédiction pour la Russie est que ni la 5e ni la 6e colonne n’ont réussi à produire, ne serait-ce qu’à moitié, une personnalité politique crédible qui semble au moins marginalement capable d’offrir des solutions réalistes. Un certain nombre de partisans de la 5e colonne ont décidé d’émigrer et de quitter ce qu’ils considèrent comme le «Mordor de Poutine». Hélas, je ne vois aucun flux de partisans de la 6e colonne quitter la Russie, ce qui en fait objectivement un outil beaucoup plus utile pour des agences comme la CIA qui n’hésiteront pas à infiltrer même un mouvement politique supposé anti-américain si cela peut affaiblir la Russie en général, ou Poutine en particulier.

À l’heure actuelle, les services de sécurité russes font un excellent travail pour contrer toutes ces menaces, y compris la menace terroriste wahhabite toujours très réelle. Cependant, compte tenu de la situation politique internationale plutôt instable et même dangereuse, cela pourrait changer si toutes les forces qui haïssent Poutine et ce qu’elles appellent le «Poutinisme» unissent leurs forces ou frappent simplement en même temps.

Conclusion

Il existe, bien sûr, de nombreux autres points chauds potentiels sur la planète, notamment l’Inde, le Pakistan et la Chine, la mer de Chine méridionale, le golfe Persique, la péninsule coréenne et bien d’autres. Ainsi, ce qui précède n’est qu’un échantillon d’une liste beaucoup plus longue.

Les énormes changements qui se produisent sous nos yeux sont réels. Mais nous ne devons pas suivre l’exemple des médias pro-système et nous concentrer uniquement sur un ou deux sujets «brûlants», surtout pas lorsqu’il y a de nombreux dangers très réels. Cela étant dit, il ne fait aucun doute que ce qui se passera dans les prochains mois aux États-Unis est de loin le développement le plus important qui soit, qui façonnera l’avenir de notre planète, quoi qu’il se passe réellement. Et je ne parle pas du non-choix totalement symbolique entre Biden et Trump.

Je fais référence à la manière dont la société américaine gérera une coalition de minorités anti-américaines virulentes qui détestent ce pays et tout ce que, bon ou mauvais il représentait dans le passé. À l’heure actuelle, les élites américaines commettent un suicide national non seulement en échouant à s’opposer, mais aussi en soutenant activement les voyous de BLM et tout ce qu’ils représentent. BLM & Co. me rappellent les Ukronazis dont la principale expression de l’identité nationale est de haïr tout ce qui est russe – les voyous de BLM font la même chose, toute leur vision du monde est une pure haine du mâle blanc hétéro et de la civilisation occidentale. Et tout comme les Ukies se régalent d’histoires sur les «anciens Ukrs», les gens de BLM imaginent qu’ils vont d’une manière ou d’une autre transformer les États-Unis en un type de Wakanda avant d’expulser – ou pire – tous ceux qui ne sont pas prêts à abandonner leur pays à des gangs de voyous analphabètes en itinérance.

Alors que la Russie doit faire face au potentiel de la violence interne, les États-Unis sont déjà confrontés à une insurrection dangereuse et violente qui risque de s’aggraver avec l’explosion de la crise économique déclenchée par la pandémie.

Jusqu’à présent, les effets de cette crise ont été quelque peu atténués par une combinaison de dénégations politiques sur la nature de la menace – «oh, quelle absurdité, c’est comme la grippe saisonnière !», de distribution massive d’argent qui n’a aidé que temporairement, et par l’existence d’une énorme bulle financière qui ne fera qu’empirer les choses, mais qui peut temporairement créer l’illusion que les choses ne sont pas aussi mauvaises qu’elles le sont réellement.

On dit que la nature a horreur du vide. C’est vrai. Il est également vrai que l’effondrement de l’Empire a maintenant créé plusieurs vides qui seront comblés par de nouveaux acteurs, mais rien ne garantit que cette transition sera pacifique. Ainsi, pendant que nous regardons de très grands arbres brûler, nous ne devons pas oublier que derrière ces arbres il y a une grande forêt qui peut également s’enflammer, créant un feu de forêt beaucoup plus grand que les arbres que nous voyons brûler aujourd’hui.

The Saker

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/larbre-en-feu-qui-cache-la-foret-sombre-et-dangereuse

Conflit diplomatique entre Egypte et Ethiopie autour de la construction d’un grand barrage sur le Nil Bleu

10 MIN

Conflit diplomatique entre Egypte et Ethiopie autour de la construction d’un grand barrage sur le Nil Bleu

01/11/2019

Un conflit diplomatique oppose l’Egypte à l’Ethiopie depuis plus de 8 ans, autour de la construction du Grand Barrage de la Renaissance sur le Nil Bleu. La semaine dernière, la Russie et les Etats-Unis se sont proposés comme médiateurs de ce conflit. Entretien avec le chercheur Franck Galland.

La construction du barrage Renaissance sur le Nil en Egypte, près de la frontière avec l'Ethiopie et le Soudan.
La construction du barrage Renaissance sur le Nil en Egypte, près de la frontière avec l’Ethiopie et le Soudan.• Crédits : Gioia Forster / dpa Picture Alliance – AFP

Un conflit diplomatique oppose l’Egypte à l’Ethiopie depuis plus de 8 ans, autour de la construction du Grand Barrage de la Renaissance sur le Nil Bleu, construction à l’initiative de l’Ethiopie. L’Egypte dit depuis toujours que ce prochain plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique, va poser pour elle des problèmes d’approvisionnement. Le sujet a été évoqué notamment à Sotchi en marge du sommet Russie-Afrique, la Russie s’est proposée en médiatrice, tout comme les Etats-Unis.

Quant au président éthiopien Abiy Ahmed , pourtant tout juste nommé Prix Nobel de la Paix, il dit que son pays pourra « mobiliser des millions de jeunes » en cas de conflit armé avec l’Egypte.

Franck Galland : Le fleuve Nil Bleu prend sa source en territoire éthiopien. La construction de ce barrage est revendiquée par le peuple éthiopien mais est source d’inquiétude pour les pays de l’aval : le Soudan et l’Egypte. 95% de l’eau consommée en Egypte est issue de ce fleuve. (…) La première pierre de ce barrage a été posée en pleine révolution égyptienne, le 2 avril 2011, par le président éthiopien.  Les autorités éthiopiennes ont profité du chaos de la révolution égyptienne pour accélérer le développement de ce barrage. L’Ethiopie avait besoin de cet ouvrage qui sera, une fois terminé, la plus grande retenue d’eau d’Afrique, et le 13e barrage du monde en termes de capacités hydro-électriques.

LES DERNIÈRES DIFFUSIONS

13/12/2019Comment l’Algérie peut-elle parvenir à un consensus national?12/12/2019Sur sa boussole idéologique, la social-démocratie cherche l’azimut11/12/2019Pas d’émission ce jourINTERVENANTS

L’eau, nouveau paradigme de la géopolitique du XXIème siècle (2/3)

L’eau, nouveau paradigme de la géopolitique du XXIème siècle (2/3) 

Alexandre CAPEL 19 novembre 2019 EauEnvironnementMondialisation et enjeuxRessourcesSituations décryptées Leave a comment

Ressource naturelle essentielle à la vie, l’eau n’a jamais semblé aussi accessible et abondante qu’aujourd’hui. Ouvrir le robinet pour voir de l’eau couler est devenu un geste quotidien pour une grande partie de la population mondiale. Pourtant, celle-ci vient de plus en plus à manquer sur une planète que l’on sait bleue.

L'eau un enjeu géopolitique
“A quarter of Humanity faces looming water crises”, New York Times, 6 août 2019.

Une problématique qui ne connaît pas de frontières

La carte publiée par le New York Times, conçue à partir du rapport du World Ressources Institut, permet de comprendre l’absence de frontières lorsque l’on vient à parler des problématiques de l’eau. La comparaison des situations “hydro-sécuritaires” des différents pays incite d’ailleurs à sortir d’une vision ethnocentrée.

Au-delà de cette absence de frontières, Alexandre Taithe, chargé de recherches à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) estime que l’internationalisation de l’eau a entrainé les problématiques actuelles. La création de nouveaux États, notamment après 1945, a transformé certains cours d’eau nationaux en cours d’eau internationaux. Même si ces derniers traversent parfois des régions à la géographie et au climat très différents, il n’en demeure pas moins que les problématiques auxquelles sont confrontées les gouvernements et les populations sont parfaitement identiques.

La surexploitation, la pollution des fleuves, les sécheresses et les pénuries sont ainsi des contraintes qui s’expriment de manière indifférenciée. À ce titre, Franck Galland, chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique et spécialiste des questions sécuritaires liées à l’eau considère que “ces peuples sont pourtant des plus divers, tant d’un point de vue ethnique que religieux. Sunnites, Chiites ; mais encore Chinois, Perses et Arabes partagent les mêmes peines, mais également les mêmes espérances dans les solutions qui peuvent être apportées pour soulager leurs maux” [1].

Tour d’horizon des situations hydro-sécuritaires

  • Chine

La Chine est confrontée, dans sa partie septentrionale, à des niveaux de stress hydrique importants. Ceux-ci seraient équivalents à ceux de l’Algérie et de Djibouti. Le pays connaît une dégradation significative de la qualité et de la quantité de ses eaux souterraines et de surfaces. En plus de cela, les rejets industriels et domestiques deviennent un enjeu crucial pour le régime de Pékin. De nombreuses rivières et grands fleuves chinois sont en effet sévèrement pollués.

  • Iran

L’Iran et sa capitale Téhéran ne peuvent pas compter sur les faibles précipitations qui s’abattent chaque année sur le pays pour éviter les pénuries d’eau. Les constructions de barrages impulsées par les différents gouvernements ont empêché certaines rivières d’atteindre de nombreuses régions semi-arides ou arides. Ces barrages ont dans le même temps rendu impossible la reconstitution des aquifères. Par ailleurs, le régime, dans sa quête d’autonomie face à l’Occident, a parfois été jusqu’à encourager une agriculture extrêmement gourmande en eau.

  • Arabie Saoudite

Le royaume d’Arabie Saoudite, qui a bâti sa richesse sur le pétrole est aujourd’hui confronté à d’importantes pénuries d’eau. En effet, dans un pays où il pleut rarement et où la consommation d’eau est deux fois plus élevée que la moyenne mondiale, les réserves souterraines s’épuisent rapidement. Les nappes aquifères fossiles d’où provient la majeure partie de l’eau pompée, pourraient ainsi être asséchées sous vingt-cinq ans, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

  • Turquie, Syrie, Irak

L’avancée du “projet du sud-ouest anatolien” menace l’approvisionnement en eau de la Syrie et de l’Irak. Deux des plus grands fleuves du monde, le Tigre et l’Euphrate, traversent pourtant ces deux pays. Ce projet, dont l’objectif est de couvrir à hauteur de 25% la consommation d’électricité de la Turquie en construisant 22 barrages et 19 centrales hydrauliques sur l’Euphrate, pourrait permettre à Ankara de contrôler le débit de ce dernier. Face à ce “réveil de l’amont”, la Syrie et l’Irak semblent donc pris en otage alors même que la situation hydrique et sécuritaire des deux pays était d’ores et déjà sérieusement dégradée.

  • Égypte, Éthiopie

La situation “hydro-sécuritaire”, dans la zone du Grand Nil est assez similaire à la situation turco-irako-syrienne. La construction du barrage de la Renaissance en Éthiopie menace sérieusement l’Égypte, qui se considère pourtant comme le “gardien du Nil”. Le barrage devrait être à terme le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique. La baisse du débit du fleuve aurait des conséquences désastreuses, notamment au niveau du barrage d’Assouan. Situé en aval,  celui-ci assure au pays une sécurité énergétique et hydrique.

  • Europe

Les problématiques liées à l’eau impactent aussi le vieux continent. Si les répercussions n’ont pas (encore) la même ampleur que dans certains pays du Proche et du Moyen-Orient, elles ne sont pas pour autant anecdotiques. La France, l’Espagne et l’Italie sont confrontés chaque année, à des épisodes caniculaires de plus en plus violents. Ces pays doivent ainsi limiter leur consommation en eau, notamment en interdisant l’irrigation agricole. Aux Pays-Bas, la montée des eaux se conjugue désormais avec la sécheresse que connaissent certaines régions. Même le sud de l’Angleterre – qui n’est pas particulièrement connu pour son climat aride – semble manquer d’eau.

Sources

– Somini Sengupta, “A quarter of Humanity faces looming water crises”, New York Times, 6 août 2019.

– Ruth MICHAELSON,“Oil built Saudi Arabia – will a lack of water destroy it?”, The Guardian, 6 août 2019.

– Peter HARLING, « L’Irak assoiffée par la folie humaine », Orient XXI, 12 Septembre 2019.

Notes

[1] Franck Galland, Le grand jeu : chronique géopolitique de l’eau, CNRS édition, 2014Share

  • Share
  • Enregistrer

About Alexandre CAPEL

Passionné par les relations internationales, je suis actuellement étudiant en Double diplôme Droit européen et international au sein de l’Université Toulouse 1 Capitole (L1 et L2) et de l’Université de Bangor (L3 et M1) au Royaume-Uni. Je m’intéresse particulièrement à la politique étrangère de l’UE ainsi qu’à la région du Proche et du Moyen-Orient.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/mondialisation-enjeux/42124-eau-nouveau-paradigme-geopolitique-21e-siecle-2

Le putsch en Éthiopie a fait passer le pays à deux doigts de l’effondrement

Le putsch en Éthiopie a fait passer le pays à deux doigts de l’effondrement


Par Andrew Korybko − Le 24 juin 2019 − Source eurasiafuture.com

andrew-korybko

Une tentative de coup d’État, dans la région d’Amhara, cœur historique de l’Éthiopie, a été évitée de justesse ; le responsable de cet état a été tué et le plus haut dirigeant militaire du pays a été assassiné dans la capitale en lien avec cette tentative. L’échec de cette tentative de changement de régime préserve, au moins pour l’instant, le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique de la guerre civile et de l’effondrement qui s’ensuivrait.

abiy
Abiy Ahmed

Le Gorbatchev éthiopien

Le dirigeant actuellement en exercice, Abiy Ahmed, ancien dirigeant des services de renseignements du pays, avait pris son poste il y a un peu moins d’un an et demi, suite à ce qui s’apparenta de facto à un « coup d’État en douceur » au sein du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE). Il avait ensuite commencé à réaliser des réformes politiques drastiques, sur les plans domestique et international, qui avaient vu plusieurs groupes d’opposition libérés de leur désignation « terroriste », et étaient arrivées à un accord de paix avec l’Érythrée voisine. L’Éthiopie n’apparaissait dans les journaux que pour en citer de bonnes nouvelles, et le pays apparaissait comme sur le chemin de devenir l’une des puissances montantes d’Afrique, mais les réformes du « Gorbatchev éthiopien » ont également eu l’effet indésiré d’ouvrir une boîte de Pandore de tensions ethno-régionalistes sur les frontières internes du pays. Ce problème n’a fait que croître depuis lors, d’autant plus que de nombreux éthiopiens estiment que le premier ministre Abiy a envoyé des signaux démontrant son intention d’en arriver à une décentralisation de l’État.

Le contexte politique intérieur

L’Éthiopie, second pays d’Afrique en nombre d’habitants, constitue déjà légalement une fédération, mais l’ancienne faction menée par les Tigrayans (Front de libération du peuple du Tigray, FLPT) du parti au pouvoir, qui était aux commandes du pays avant le « coup d’État en douceur » du premier ministre actuel n’avait jamais laissé ce statut être mis en pratique : l’Éthiopie constituait de facto un État centralisé, en contravention de sa propre constitution. Malgré tout, et en dépit des graves défauts de l’ancien état des affaires — comme le refus de souscrire aux exigences régionales du peuple Oromo (principale pluralité du pays, constituée d’environ un tiers de la population, stratégiquement concentrée sur la région centrale), qui avait failli amener le pays à la guerre civile avant la prise de fonction du premier ministre Abiy —, la paix avait pu être préservée dans le reste du pays, du fait d’un style de gouvernement autoritaire. Mais il avait fini par apparaître que la situation reprenait en tensions dans la région Oromia, d’où la décision d’élever des représentants ethniques issus de ce groupe — le premier ministre Abiy — comme chef de l’État, en vue d’apaiser les foules manifestant de façon de plus en plus violente.

L’Éthiopie avait certes réussi à passer le cap de la première crise Oromo, qui avait failli dégénérer en guerre civile. Mais les actions prises pour l’éviter ont déclenché plusieurs foyers répartis dans le pays, suite à une explosion de nationalisme ethno-régionaliste déchaîné par les réformes gorbatcheviennes » du premier ministre Abiy. Les frontières administratives intérieures du géant Est-africain ne correspondent pas tout à fait à la distribution ethnique du pays, même si certains groupes peuvent constituer des majorités locales selon les régions. Par exemple, plusieurs lignes de failles existent entre les régions d’Oromia et de Somali, ainsi qu’entre les régions d’Amhara et de Tigray. Les minorités d’une région donnée, qui constituent la majorité d’une région voisine, et qui sont voisines selon les frontières administratives intérieures, craignent que la mise en œuvre d’un décentralisation de facto les transformera en victimes de politiques nationalistes par la nation majoritaire dans la région qu’elles occupent. Bien entendu, les représentants des majorités ainsi que leurs soutiens estiment, quant à eux, que les minorités ethniques occupant leur région (et constituant une majorité dans la région voisine) volent les terres de leur peuple, ce qui a donné lieu à plusieurs conflits locaux dès que le contrôle étatique faiblissait.

L’Éthiopie de Abiy == l’URSS de Gorbatchev ?

Malgré les réformes bien intentionnées du premier ministre Abiy, l’Éthiopie moderne s’est transformée en un équivalent de la poudrière ethno-régionaliste qu’était devenue l’ex-Union soviétique dans les années Gorbatchev, le seul élément manquant étant l’étincelle qui mettra le feu aux poudres et fera exploser l’État. Le Tigray, la région hôte du FLPT, est déjà fortement opposée au gouvernement réformateur du premier ministre Abiy, et les éthiopiens n’ont pas oublié la finesse militaire de cette minorité relativement minuscule (environ 6% de la population), qui avait constitué l’avant-garde de la lutte que le gouvernement communiste Derg lors de la dernière guerre civile, et rendu possible la victoire contre lui. Par ailleurs, les Amharas — la seconde pluralité en nombre, comptant un peu plus du quart de la population — se sont toujours considérés comme le cœur de la nation éthiopienne, et connaissent un penchant pour la centralisation, tant de facto que de jure (on le vit lors de l’ère impériale, de l’ère Derg, et de l’ère FDRPE — menée par le FLPT). On peut penser qu’une rébellion dans cette région couperait la région voisine de Tigray du gouvernement central encore plus qu’elle ne l’est déjà, et qu’une guerre civile pourrait s’ensuivre, sauf à voir le gouvernement revenir sur ses réformes radicales.

La tentative de coup d’État d’Asaminew à Amhara

Le contexte pré-cité explique certains des raisonnements stratégiques à l’œuvre derrière le putsch récent. Cette tentative a été menée par Asaminew Tsige, chef de la sécurité de la région d’Amhara, libéré de prison l’an dernier après 10 années sous les verrous, par suite de son implication à un complot contre l’État en 2009. Le premier ministre Abiy l’avait fait libérer il y a 18 mois, pour faire marque de bonne volonté dans la réconciliation nationale et signaler le sérieux de ses réformes. L’idée sous-jacente à cette libération était également que si Asaminew et d’autres s’opposaient au FDRPE — mené par le FLPT, ils constitueraient des alliés naturels de son gouvernement réformiste. Une erreur colossale de vision, qui avait négligé le modus operandi de la tentative de coup d’État de 2009, décrite à l’époque par Reuters comme « faisant usage d’assassinats et d’engins explosifs, créant un chaos tel que la rue se soulèverait contre le gouvernement ». En d’autres termes, Asaminew voulait lancer une guerre hybride sur l’Éthiopie par des moyens de guerre non-conventionnelle (terrorisme, assassinats, engins explosifs, etc), afin de catalyser une révolution de couleur que lui-même et ses cohortes espérait chevaucher pour obtenir un retour en arrière sur les réformes et/ou un changement de régime.

Et c’est exactement le même scénario qu’il a essayé de nouveau de déployer le week-end dernier. Une équipe de ses fidèles a assassiné le chef de région d’Amhara, et un garde du corps acquis à sa cause a tué peu de temps après le dirigeant militaire le plus gradé du pays à Addis Abeba. Peu avant sa tentative de coup d’État, Asaminew avait pressé publiquement ses compagnons Amharas à prendre les armes et à former des milices pour défendre leur région, et c’est en fait face à cette menace latente de sécurité que le chef de région tenait une réunion au cours de laquelle il s’est fait tuer. Si Asaminew et les siens avait pris le pouvoir à Amhara après avoir décapité l’armée comme ils l’ont fait, cette région ainsi que celle de Tigray seraient tombées totalement hors de contrôle de l’armée fédérale, et le premier ministre Abiy aurait été contraint de revenir sur ses réformes, en espérant conserver les soutiens suffisants au sein du FDRPE pour garder les rênes du pouvoir ; l’alternative était le déclenchement d’une guerre civile pour restaurer l’autorité du gouvernement. Bref, il n’est pas exagéré de dire que l’Éthiopie s’est trouvée à deux doigts d’un effondrement, dont les conséquences auraient été catastrophiques pour la nation et ses plus de 100 millions d’habitants.

L’enfer de la guerre hybride dans la corne de l’Afrique

Outre les « armes de migration massive«  qui auraient été lancées dans la région, et peut-être jusqu’en Europe, l’événement aurait pu mettre en danger l’unité du pays, voire déboucher sur une version corne de l’Afrique du « blood borders«  de Ralph Peters. Le stratège militaire étasunien a déclaré de manière tristement célèbre que « le nettoyage ethnique fonctionne ». Telle aurait été la conséquence inévitable d’une guerre civile ethno-régionale, qui aurait ou bien « balkanisé » l’Éthiopie en plusieurs États « indépendants »; ou révisé radicalement les frontières administratives intérieures du pays, pour les rendre plus proches de la disposition ethnique d’après-guerre. Dans un cas comme dans l’autre, l’Éthiopie constitue la cheville ouvrière militaire et diplomatique de la sécurité de toute la région, et sa déstabilisation provoquerait une onde de choc dans les États voisins plus faibles que sont la Somalie, le Soudan et le Sud-Soudan ; elle pourrait également compromettre la paix avec l’Érythrée si l’État de la Mer Rouge voyait une opportunité soudaine de supprimer une bonne fois pour toute son maître de la carte, en rendant son soutien aux groupes séparatistes armés éthiopiens.

Pas de traces de l’étranger

Il faut ajouter que le cycle de guerre hybride que nous venons de décrire, déchaîné par la tentative de coup d’État d’Asaminew à Amhara, s’il avait fonctionné, n’aurait servi les intérêts d’aucun État étranger. Les pays du Golfe disposent d’une influence considérable sur l’Éthiopie, depuis la prise de fonction du premier ministre Abiy rendue possible par l’accord de paix négocié par les ÉAU [Émirats Arabes Unis, NdT]avec l’Érythrée ; et le poids lourd de la corne de l’Afrique constitue l’un des partenaires les plus proches de la Chine sur le continent. La Russie et l’Inde aimeraient bien y voir monter les investissements également, et Addis Abeba est toujours restée très proche de Washington pour répondre aux préoccupations de sécurité anti-terroriste en Somalie. On peut toujours avancer l’argument cynique, qui veut que « balkaniser » l’Éthiopie aiderait les USA à diviser pour mieux régner sur cette région stratégique, mais les conséquences chaotiques qui en résulteraient pourraient également compromettre les intérêts leurs propres intérêts, en affaiblissant la « profondeur stratégique » de leurs alliés, en particulier les EAU et l’Inde, face à la Chine. Il apparaît donc que le putsch d’Asaminew a constitué une réponse tout à fait indigène aux réformes libérales « gorbatcheviennes » du premier ministre Abiy, et représente le quatrième coup d’État réussi ou non de l’année, après le Gabonl’Algérieet le Soudan. Le « printemps africain«  n’est donc pas terminé.

Conclusions

Le putsch d’Asaminew en Amhara a fait passer l’Éthiopie à deux doigts de l’effondrement, et bien qu’il ait été finalement enrayé, il n’en expose pas moins les principales lignes de faille du pays et son degré de vulnérabilité aux agitations internes, comme résultantes des réformes radicales « gorbatcheviennes » du premier ministre Abiy. Il revient à présent au chef de l’État de décider s’il faut revenir sur ces réformes, les ralentir, ou poursuivre en avant toute, chacun des choix présentant ses propres avantages et inconvénients ; le jeune dirigeant doit connaître les affres d’un dilemme important. La situation est d’autant plus sensible que l’Éthiopie doit tenir ses premières élections parlementaires réellement libres et équitables l’année prochaine. Il s’agira d’un tournant décisif : ou bien le pays se stabilisera enfin, ou bien l’événement constituera le déclencheur de tensions ethno-régionales. Le premier ministre a donc les mains dans des problèmes presque aussi existentiels que les avait Gorbatchev dans les dernières années d’existence de l’Union soviétique ; mais cela ne signifie pas forcément que l’Éthiopie connaîtra le même chemin que l’URSS, vers les poubelles de l’histoire.

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/le-putsch-en-ethiopie-a-fait-passer-le-pays-a-deux-doigts-de-leffondrement

Monsieur Hulot : on vous espérait en vacances !

Monsieur Hulot : on vous espérait en vacances !

Whatsapp
email
Linkedin
Facebook
Twitter
Partager sur
19 juin, 2019
Tribune libre

Loïk Le Floch-Prigent

Tandis que l’ancien Ministre démissionnaire revient pour nous rappeler, avec d’autres, que la fin du monde n’est pas si loin, les pays africains qui avaient suivi ses orientations de suppression des fossiles au profit des énergies renouvelables se désespèrent des résultats obtenus. Je vais évoquer ici le cas du deuxième pays d’Afrique en termes de population, l’Ethiopie, qui est passé de 95 millions d’habitants à 105 millions en quelques années et qui connait, grâce à sa politique de santé, en particulier la vaccination, une progression constante.

 

Parc éolien d’Ashegoda situé à environ 780 km au nord de la capitale éthiopienne, Addis-Abeba. Crédit photo : Vergnet. 

L’Ethiopie ce sont des montagnes, des cours d’eau et un grand désert qui va à l’Est jusqu’au Kenya et à la Somalie. Ses dirigeants ont considéré que l’électrification du pays se réaliserait à partir de l’hydro électricité, de la géothermie et de l’utilisation du vent, applaudis par tous les écologistes du monde, en particulier ceux qui peuplent les organismes dépendant des Nations Unies : enfin un pays vertueux, ou presque, puisque certains ne sont pas enthousiastes à considérer l’eau de la pluie comme aussi « naturelle » que le vent ou le soleil.

Lorsqu’il y a quelques années, j’avais rencontré le Vice-Premier ministre de l’époque, Haile Mariam Dessalegn, qui devait remplacer comme Premier ministre, Meles Zenawi, mort précocement, j’avais tenté de lui montrer les bienfaits d’un mix électrique possible pour son pays grâce à la découverte de gisements conséquents de gaz dans l’Est du pays. D’un coté des barrages nombreux, à la construction rapide, pouvaient être envisagés tout au long du Nil Bleu et de ses affluents, d’autre part, en deux ans des centrales à gaz, modulaires, pouvaient voir le jour à l’Est et la construction de lignes pouvait être préparée. Je ne pouvais pas oublier, à l’époque, le champ éolien d’Ashegoda, construit avec l’aide de l’AFD et des banques françaises avec du matériel français, Vergnet (Orléans) d’abord avec 30 engins et Alstom ensuite avec 54.

La discussion a été orageuse, le barrage, le seul, retenu, était le barrage « Renaissance » sur le Nil Bleu, à la frontière avec le Soudan, 6000 MW, et conformément aux souhaits des français « notre pays (l’Ethiopie) n’allait pas commettre les mêmes erreurs que l’Occident, se cantonnerait aux énergies nouvelles, d’où d’ailleurs le recours aux éoliennes françaises ». Mon interlocuteur considérant ne pas avoir à « salir la planète » avec le gaz éthiopien, voulait l’exporter à partir d’un gazoduc conduisant à Djibouti avec une installation de liquéfaction là-bas. Double projet, pharaonique, avec des coûts élevés ainsi que les délais. Les responsables d’EDF avaient bien étudié les fleuves, les coûts, les délais, j’avais en tète les quantités de TCF de gaz des gisements de Calub et d’Hilali, mais j’ai dû rapidement battre en retraite car la colère du Ministre arrivait très vite.

Nous sommes près de dix ans après, l’Ethiopie a été célébrée par tous les bien-pensants pour sa vertu, elle avait compris que la voie de l’aide internationale passait par l’oubli de ses réserves naturelles, son hydraulicité répartie et son gaz, elle a dix millions d’habitants en plus et elle n’a plus d’eau et toujours pas d’électricité… sauf les riches de la capitale, Addis-Abeba, qui possèdent des générateurs électriques alimentés à l’essence ou au diesel… achetés à partir de Djibouti en provenance de leurs voisins arabes ! Il y a dix ans la moitié des habitants n’avait pas accès à l’électricité, maintenant ce sont les trois quarts !  Et c’est la Banque Mondiale qui le dit ! Où sont les électrons des éoliennes préconisées par toutes ces institutions, et ceux de la géothermie, célébrée par tous ces beaux esprits, tandis que le gaz du pays Somali dort, et que les petites rivières ont seules l’alimentation du ciel et de ses nuages.

Tandis que les difficultés s’accroissent dans le pays qui a heureusement choisi un dirigeant plutôt consensuel à cheval sur les deux ethnies les plus importantes, que propose-t-on ? Un gazoduc financé par les chinois et une usine d’urée construite avec l’aide du Maroc. Mais qui va dire que la solution la plus rapide devrait être l’utilisation électrique du gaz et la mise en place de centrales au fil de l’eau dans les montagnes du Centre et du Nord du pays ? Bien sûr, ce n’est pas vertueux et quand on a poussé un pays vers le suicide il est difficile de faire marche arrière. Bien sûr, les milliards dépensés pour réaliser le barrage de la Renaissance, le barrage du Millénaire, vont finir dans quelques années par porter leurs fruits, mais on s’apercevra alors , comme partout en Afrique, qu’il manque des lignes de transport et que l’on n’avait pas anticipé l’augmentation de la population. Ainsi la vertu et l’idéologie qui l’accompagne ont un prix, celui du dénuement et des souffrances de millions d’individus alors que l’éducation progressait, que le niveau professionnel augmentait, que des projets industriels voyaient le jour.

Lorsque je me souviens de ma soirée avec Hiale Mariam Dessalegn je suis rempli de tristesse, je n’ai pas réussi à le convaincre, mais tous ses autres interlocuteurs l’avaient dissuadé d’utiliser les énergies « fossiles », ce qui a conduit notre pays, la France, à se glorifier d’être le « premier au monde » à interdire l’exploration et la production de pétrole et de gaz, comme il est le premier (et le seul) à vouloir décider qu’en 2040 il ne fallait plus construire de véhicules thermiques. Si la stupidité et l’arrogance limitaient leurs conséquences néfastes à nos frontières, après tout, tant pis pour nous si nous sommes tous des imbéciles, mais lorsque nous exportons nos fantasmes et qu’ils se transforment en drames, je trouve cela injuste, profondément injuste, pour des populations pacifiques et talentueuses qui voudraient tant pouvoir continuer à sourire à la vie. Tous les messieurs Hulot auront à cœur, je l’espère, de mesurer les conséquences de leurs préconisations de production électrique dans des pays qui doivent simplement utiliser leurs ressources naturelles sans qu’il soit nécessaire de juger du caractère vertueux ou non de leurs décisions.

Loïk Le Floch-Prigent

Tags:
ethiopie;afriquepolitique énergétique

Les autorités yéménites rassemblent des milliers de migrants dans le sud du pays, selon l’OIM

Les autorités yéménites rassemblent des milliers de migrants dans le sud du pays, selon l’OIM

 

Les autorités yéménites ont rassemblé environ 3 000 migrants en situation irrégulière, principalement des Ethiopiens, dans le sud du pays, « créant ainsi une situation humanitaire aiguë » , a annoncé vendredi l’agence de migration des Nations Unies. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) « est profondément préoccupée par les conditions de détention des migrants et s’engage avec les autorités à assurer l’accès des migrants en détention », a indiqué le bureau. Les migrants sont détenus dans des stades de football en plein air et dans un camp militaire. Les détentions ont commencé dimanche dans la ville d’Aden et la province voisine de Lahj, qui sont sous le contrôle du gouvernement internationalement reconnu, soutenu par l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis, a rapporté Reuters. Les rebelles houthis contrôlent Sanaa, la capitale et d’autres grands centres urbains.

https://www.rt.com/newsline/457646-yemen-migrants-south-iom/

L’Éthiopie et l’Indonésie subissent des collisions en parallèle

18 MARS 2019 / 13H31 / MIS À JOUR IL Y A UNE HEURE

L’Éthiopie et l’Indonésie subissent des collisions en parallèle

ADDIS ABABA / PARIS (Reuters) – Les enquêteurs qui enquêtent sur le crash du Boeing 737 MAX en Éthiopie ont découvert des similitudes dans les données vitales relatives à l’angle de vol avec un avion qui est tombé au large de l’Indonésie, a annoncé une source, faisant monter la pression sur le plus grand constructeur d’avions au monde.

PHOTO DE DOSSIER: Deux Boeing 737 MAX 8 sont garés dans une unité de production Boeing à Renton, Washington, États-Unis, le 11 mars 2019. REUTERS / David Ryder

La catastrophe d’Ethiopian Airlines, qui a coûté la vie à 157 personnes il y a huit jours, a entraîné l’échouement de la flotte de véhicules de marque MAX dans le monde et a déclenché une enquête très ambitieuse pour le secteur de l’aviation.

L’analyse de l’enregistreur de poste de pilotage a montré que les données de son «angle d’attaque» étaient «très, très similaires» à l’avion Lion Air qui est tombé de Jakarta en octobre, tuant 189 personnes, a déclaré une personne familière à l’enquête.

L’angle d’attaque est un paramètre fondamental du vol, il mesure les degrés entre le flux d’air et l’aile. S’il est trop haut, l’avion peut se retrouver dans une stalle aérodynamique.

La réponse d’un ordinateur de poste de pilotage à un capteur d’angle d’attaque apparemment défectueux est au cœur de la sonde en cours dans le crash de Lion Air.

Le ministère éthiopien des Transports, l’autorité française chargée des accidents aériens BEA et l’administration fédérale américaine de l’aviation (FAA) ont tous déclaré que les données montrent des similitudes entre les deux catastrophes.

Les deux avions comptaient 737 MAX 8 et se sont écrasés quelques minutes après le décollage, les pilotes signalant des problèmes de contrôle de vol.

Sous surveillance, un nouveau système automatisé dans le modèle 737 MAX guide le nez plus bas pour éviter de caler.

PUBLICITÉ

Les législateurs et les experts en sécurité se demandent comment les organismes de réglementation ont contrôlé le système de manière approfondie et dans quelle mesure les pilotes du monde entier ont été formés à ce système lorsque leurs compagnies aériennes ont acheté de nouveaux avions.

BOEING PLANS NOUVEAU LOGICIEL

Compte tenu du prestige de l’un des plus gros exportateurs des États-Unis, Boeing a déclaré que la série MAX était sûre, bien qu’elle envisage de déployer prochainement de nouvelles mises à niveau logicielles.

Le correctif a été mis au point à la suite de l’écrasement en Indonésie, lorsque les autorités de réglementation ont signalé que de fausses données de capteur pouvaient provoquer la sur-réaction d’un système appelé MCAS (Système d’augmentation des caractéristiques de manœuvre) et rendre le jet difficile à contrôler.

Boeing a interrompu les livraisons de son modèle le plus vendu, destiné à devenir le standard de l’industrie, mais qui est maintenant dans l’ombre. Il y avait plus de 300 avions MAX en service au moment du crash de l’Ethiopie et près de 5 000 autres en commande.

Après une chute de 10% la semaine dernière, qui avait essuyé une perte de près de 25 milliards de dollars de sa part de marché, le titre de Boeing a perdu environ 2,3% lundi à 370 $.

Les reportages des médias du week-end ont exercé une pression supplémentaire sur Boeing.

Le Seattle Times a déclaré que l’analyse de la sécurité du système MCAS par la société présentait des défauts cruciaux, notamment une diminution de la consommation d’énergie.

La FAA américaine a également suivi un processus de certification standard sur le MAX plutôt que des demandes de renseignements supplémentaires. La FAA a refusé de commenter, mais a déclaré que le processus suivait le processus normal.

Le Wall Street Journal a annoncé que les procureurs et le département américain des Transports examinaient l’approbation de la série MAX par la FAA, tandis qu’un jury avait assigné à comparaître au moins une personne impliquée dans son développement.

Diaporama (4 Images)

Boeing et la FAA ont refusé de commenter.

La semaine dernière, des sources ont déclaré à des enquêteurs de Reuters qu’un élément d’un stabilisateur avait été retrouvé dans l’épave éthiopienne dans une position inhabituelle similaire à celle de l’avion Lion Air.

VICTIMES

L’Éthiopie mène l’enquête, bien que les boîtes noires aient été envoyées en France et que des experts américains y participent également.

Il n’a pas été précisé combien d’environ 1 800 paramètres de données de vol et deux heures d’enregistrements dans le poste de pilotage, couvrant le vol condamné de six minutes et les voyages précédents, avaient été pris en compte dans l’analyse préliminaire éthiopienne.

L’enquête est cruciale pour permettre aux familles des victimes, venues de près de trente pays, d’être fermées.

Cela a également des implications financières énormes. Le MAX est le modèle le plus vendu de Boeing, avec un carnet de commandes de plus de 500 milliards de dollars à un prix affiché de 121 millions de dollars chacun.

Norwegian Airlines a déjà annoncé qu’elle demanderait une indemnisation après l’immobilisation de son avion MAX, et diverses compagnies revoient leurs commandes.

Le principal rival de Boeing, Airbus, a vu son stock augmenter de 5% depuis le crash, mais il ne peut tout simplement pas prendre le relais du fait de la logistique complexe de la construction d’avion.

Certaines compagnies aériennes sont également en train de réviser leurs prévisions financières, le MAX ayant été pris en compte pour fournir environ 15% d’entretien et d’économies de carburant.

Le directeur général de Boeing, Dennis Muilenburg, a tenté d’apaiser certaines craintes, affirmant que la société achevait une mise à jour du logiciel et une révision de la formation des pilotes « qui traiteront du comportement de la loi de commande de vol MCAS en réponse à des entrées de capteurs erronées ».

La souffrance des familles des morts en Éthiopie a été aggravée par leur incapacité à enterrer les restes. Les fragments carbonisés sont tout ce qui reste et les tests ADN peuvent prendre des mois.

 

https://www.reuters.com/article/us-ethiopia-airplane/ethiopia-and-indonesia-crash-parallels-heap-pressure-on-boeing-idUSKCN1QZ1EE

Crash en Éthiopie : l’enquête se poursuit, jour de deuil à Addis-Abeba et Nairobi

POLITIQUE

Crash en Éthiopie : l’enquête se poursuit, jour de deuil à Addis-Abeba et Nairobi

11 mars 2019 à 04h00 | Par Jeune Afrique avec AFP

L’enquête se poursuivait lundi pour déterminer pourquoi le Boeing 787 flambant neuf d’Ethiopian Airlines s’est écrasé dimanche au sud d’Addis-Abeba, faisant 157 morts, une tragédie marquée en Ethiopie par un jour de deuil national.

Le Kenya était lui doublement endeuillé: avec 32 ressortissants à bord, c’est le pays le plus touché par la tragédie, et Nairobi est par ailleurs le hub régional des Nations unies, qui ont été durement affectées par la catastrophe.

Le Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE), qui a son siège dans la capitale kényane, ouvre lundi matin sa conférence annuelle qui réunit des centaines de délégués venus du monde entier. Nul doute que la tragédie sera dans toutes les têtes.

PUBLICITÉ

Selon le directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), Antonio Vitorino, dix-neuf employés de l’ONU ont péri dans le crash. Parmi les victimes figurent au moins un membre du PNUE, un autre du Programme alimentaire mondiale (PAM) et plusieurs autres du Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

Dès dimanche après-midi, des enquêteurs de l’Agence éthiopienne de l’aviation civile ont été à pied d’oeuvre sur les lieux du crash pour récolter le maximum de débris et d’indices et trouver les boîtes noires de l’appareil, ce qui n’a pas encore été fait, selon une source au sein de la compagnie. Ces enquêteurs devraient être prochainement rejoints par une équipe technique de Boeing.

Le PDG d’Ethiopian Airlines, Tewolde GebreMariam, a confirmé que l’enquête serait menée conjointement par des enquêteurs éthiopiens et américains. L’organisme américain chargé de la sécurité dans les transports (NTSB) a annoncé l’envoi d’une équipe d’inspecteurs chargés d’apporter leur aide dans l’enquête.

L’avion déjà en feu lorsqu’il s’écrase, selon un témoin

Le vol ET 302 avait décollé dimanche à 08H38 (05H38 GMT) d’Addis-Abeba et il a disparu des radars six minutes plus tard.

L’appareil, un Boeing 737-800 MAX livré courant 2018 à la compagnie, était piloté par Yared Getachew (8.000 heures de vol à son actif) et avait fait l’objet d’une maintenance le 4 février.

En s’écrasant, l’avion a creusé un impressionnant cratère, labourant la terre sur des dizaines de mètres de longueur. L’avion s’est désintégré à l’impact: on ne distinguait plus la forme de l’appareil mais seulement des morceaux de carlingue éparpillés.

Selon un témoin, Tegegn Dechasa, « l’avion était déjà en feu lorsqu’il s’est écrasé au sol », « l’avion était déjà en flammes à l’arrière juste avant le crash ».

« L’avion semblait vouloir tenter d’atterrir dans un champ à proximité mais il s’est écrasé avant de l’atteindre », a expliqué un autre témoin, Sisay Gemechu, un fermier.

Des victimes de différentes nationalités

Les victimes du crash étaient de 35 nationalités différentes, selon des chiffres provisoires de la compagnie. Celle-ci a notamment dénombré 32 Kényans, 18 Canadiens, neuf Ethiopiens, huit Italiens, huit Chinois, huit Américains, sept Français, sept Britanniques, six Égyptiens, cinq Allemands et quatre Indiens. Un passager voyageait avec un passeport onusien.

Les messages de condoléances aux victimes ont afflué toute la journée dimanche, du Premier ministre éthiopien au président kényan, de l’Union africaine au secrétaire général de l’ONU, en passant par le Premier ministre canadien et le président français Emmanuel Macron qui sera en visite officielle en Ethiopie mardi et mercredi puis au Kenya mercredi et jeudi.

Les détails concernant l’identité des passagers commençaient à émerger: un député slovaque, Anton Hrnko, a ainsi perdu son épouse et ses deux enfants. Parmi les huit Chinois décédés figuraient des touristes, des employés de sociétés et un membre du PNUE. Un architecte italien était aussi à bord.

La compagnie Ethiopian Airlines, détenue à 100% par l’Etat éthiopien, a connu une très forte expansion ces dernières années. Sa flotte compte plus de 100 appareils, ce qui en fait la plus importante en Afrique.

Le 29 octobre 2018, un Boeing 737-800 MAX appartenant à la compagnie indonésienne Lion Air s’était abîmé au large de l’Indonésie, faisant 189 morts. Une des boîtes noires avait pointé des problèmes d’indicateur de vitesse, un coup dur pour cet avion, version modernisée du best-seller 737.

 

Le crash d’un avion en Éthiopie fait 157 morts dont 7 Français

Le crash d’un avion en Éthiopie fait 157 morts dont 7 Français

Éthiopie: sept Français parmi les 157 victimes du crash d’un avion d’Ethiopian Airlines
Sept Français figurent parmi les victimes. L’avion s’est écrasé six minutes après le décollage, le vol reliait Addis-Abeba en Éthiopie à Nairobi au Kenya. La compagnie aérienne a confirmé qu’il n’y avait aucun survivant.
Share
Pause

Mute

Current Time 0:32
Duration 1:25
Loaded: 100.00%

Quality Levels

Fullscreen

EN IMAGES – Le vol reliait Addis-Abeba en Éthiopie à Nairobi au Kenya. L’avion s’est écrasé six minutes après le décollage. Au moins 35 nationalités étaient présentes à bord.

Un avion d’Ethiopian Airlines qui reliait Addis-Abeba (Éthiopie) à Nairobi (Kenya) s’est écrasé dimanche matin 10 mars avec ses 149 passagers et ses huit membres d’équipage. Parmi eux, sept Français. «Le PDG du groupe (…) a le regret de confirmer qu’il n’y a pas de survivant», a indiqué la compagnie dans un communiqué, accompagné d’une photo de Tewolde GebreMariam au milieu d’un cratère provoqué par le crash et parsemé d’effets personnels et de débris. L’avion, un Boeing 737-800 MAX, s’est écrasé près de Bishoftu, à 62 km au sud-est d’Addis-Abeba, six minutes après le décollage, alors que le pilote évoquait des «difficultés» et avait demandé à faire demi-tour. Le Boeing s’est désintégré et les débris sont en grande partie calcinés, a constaté un journaliste de Reuters.

Ethiopian Airlines

@flyethiopian

Accident Bulletin no. 2
Issued on march 10, 2019 at 01:46 PM

2 363 personnes parlent à ce sujet

Les 157 personnes à bord de l’appareil sont originaires de 35 pays. Il y avait 32 Kényans, 18 Canadiens, 9 Ethiopiens, 8 Italiens, 8 Chinois, 8 Américains, 7 Français, 7 Britanniques, 6 Egyptiens, 5 Néerlandais, 4 Indiens, 4 Slovaques, 3 Autrichiens, 3 Suédois, 3 Russes, 2 Marocains, 2 Espagnols, 2 Polonais, 2 Israéliens, un Belge, un Somalien, un Togolais, un Ougandais et un Nigérian. Un centre d’information des passagers et un numéro de téléphone ont été mis en place. À Paris, le Quai d’Orsay a dit chercher à «vérifier si des ressortissants français figurent parmi la liste des victimes», précisant «ne pas avoir d’informations définitives à ce stade».

» LIRE AUSSI – Crash en Ethiopie: les nationalités des victimes

«Terribles nouvelles», a déploré le premier ministre canadien Justin Trudeau (18 morts). Les États-Unis (8 morts) ont annoncé l’envoi d’enquêteurs.

Des membres de la Croix-Rouge participent aux recherches.

«Il est trop tôt pour avancer une cause de l’accident, et une enquête sera menée pour en trouver la cause», a déclaré le PDG d’Ethiopian Airlines Tewolde GebreMariam. «Le pilote a mentionné qu’il avait des difficultés et qu’il voulait rentrer» et «il a eu l’autorisation» de faire demi-tour et de repartir vers Addis Abeba, a-t-il ajouté. L’avion avait décollé ce dimanche matin de l’aéroport Bole d’Addis-Abeba. Six minutes plus tard, l’aéroport avait «perdu le contact» avec l’appareil. Le site suédois flightradar24, qui offre des informations en temps réel sur les vols, avai noté une «vitesse ascensionnelle instable après le décollage». Les conditions météorologiques étaient bonnes dimanche matin à Addis Abeba.

Inquiétude pour les proches des passagers à Nairobi.

«Le bureau du premier ministre, au nom du gouvernement et du peuple éthiopien, exprime ses plus profondes condoléances à ceux qui ont perdu ce matin des êtres chers lors du vol d’un Boeing 737 des Ethiopian Airlines à destination de Nairobi», a déclaré sur Twitter Abiy Ahmed, le premier ministre éthiopien.

Office of the Prime Minister – Ethiopia

@PMEthiopia

The Office of the PM, on behalf of the Government and people of Ethiopia, would like to express it’s deepest condolences to the families of those that have lost their loved ones on Ethiopian Airlines Boeing 737 on regular scheduled flight to Nairobi, Kenya this morning.

7 463 personnes parlent à ce sujet

Le chef de l’État français Emmanuel Macron a adressé ses condoléances aux familles des victimes. «J’adresse mes sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes du vol d’Ethiopian Airlines, dont plusieurs étaient françaises. Je partage leur tristesse. La France se tient aux côtés des peuples kenyan et éthiopien et leur témoigne son entière solidarité», a-t-il écrit sur Twitter:

Emmanuel Macron

@EmmanuelMacron

J’adresse mes sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes du vol d’Ethiopian Airlines, dont plusieurs étaient françaises. Je partage leur tristesse. La France se tient aux côtés des peuples kenyan et éthiopien et leur témoigne son entière solidarité.

342 personnes parlent à ce sujet

Ethiopian Airlines jouit pourtant d’une bonne réputation. Elle est classée à la 40e place (et 1re en Afrique) du classement Skytrax 2018 qui recense les 100 meilleures compagnies au monde. Son dernier accident, survenu à Beyrouth peu après un décollage, remontait à janvier 2010. Quatre-vingt-trois passagers et sept membres d’équipages avaient été tués.

L’avion qui s’est écrasé, un Boeing 737-800 MAX, dernier né de la gamme 737 du constructeur américain, est du même type que celui de la compagnie indonésienne Lion Air qui s’est abîmé en mer en octobre dernier, 13 minutes après avoir décollé de Jakarta, faisant 189 morts.

Les secouristes sont sur place.