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Eurasia, case sud-ouest

Eurasia, case sud-ouest

11 Novembre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Gaz, #Pétrole, #Russie, #Sous-continent indien, #Caucase, #Moyen-Orient

Alors que les loyalistes mettent la main sur Al Bukamal en Syrie, pierre angulaire de l’arc chiite, et que l’Arabie saoudite connaît une Nuit des longs couteaux aussi rare que conséquente – événements sur lesquels nous reviendrons prochainement -, le Grand jeu eurasien est en plein swing quoique ne faisant pas les gros titres. Et là comme ailleurs, le système impérial américain est mis à mal…

Un vieil ami, IPI, revient sur le devant de la scène, sur lequel un petit rappel n’est pas inutile :

L’accord sur le nucléaire iranien et la levée des sanctions ont pour conséquence de faire revivre le projet saboté par Washington de gazoduc Iran-Pakistan-Inde (IPI). Dans leur volonté d’isoler l’Iran, les Américains avaient réussi à détourner l’Inde du projet en 2009 et tentaient de promouvoir l’invraisemblable TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde) censé passer au beau milieu des Talibans sans que ceux-ci ne s’en rendent compte. Trêve de délire et retour à la réalité, l’Inde est maintenant de nouveau intéressée par l’IPI et le projet fait sens. Ainsi, la levée des sanctions contre l’Iran n’aurait pas l’effet escompté par l’Occident. Loin de faire concurrence au gaz russe du côté de l’ouest – la route vers l’Europe est compliquée, qui plus est maintenant que le conflit kurdo-turc empêche le passage de pipelines -, le gaz iranien pourrait au contraire participer un peu plus encore à l’intégration de l’Eurasie et de l’Organisation de Coopération de Shanghai sous direction russo-chinoise, dont l’Inde et le Pakistan sont devenus membres cette année et que l’Iran rejoindra très bientôt.

La méfiance entre les frères ennemis indien et pakistanais ne disparaîtra certes pas du jour au lendemain et New Delhi est toujours gênée aux entournures de savoir que le gaz reçu devra d’abord passer par le territoire de sa Némésis. Mais c’est justement dans ce domaine que du nouveau est apparu et ce diable de Poutine n’y est pas étranger.

Fin octobre, la nouvelle est tombée que la Russie, qui possède de vastes réserves de gaz en Iran, était prête à construire une variante offshore de l’IPI pour inonder d’or bleu le Pakistan et l’Inde.

Chose très intéressante, le pipeline passerait par Gwadar, l’un des lieux les plus stratégiques de la planète que nous avions abordé ici ou ici :

La région est d’une importance immense avec le fameux nœud de Gwadar, port « donné » à Pékin au sortir du Golfe persique et autour duquel se tisse l’alliance stratégique et énergétique entre la Chine, le Pakistan et l’Iran […]

Les liens énergétiques entre Téhéran et Pékin sont déjà anciens mais se consolident chaque jour. Ceci en attendant l’oléoduc irano-pakistanais qui verra prochainement le jour, reliant la base chinoise de Gwadar avant, un jour, de remonter tout le Pakistan et rejoindre la Karakoram Highway dans les somptueux décors himalayens.

C’est cette titanesque imbrication eurasiatique que le Kremlin pilote de main de maître. La connexion sino-pakistanaise, que nous avions abordée il y a deux ans :

Moscou risque fort de bientôt construire le pipeline nord-sud que le Pakistan attend depuis des années. Premier pas vers la fameuse connexion Gwadar-Chine ou le projet de gazoduc Pakistan-Russie ? Tout ceci n’empêche d’ailleurs pas les Russes de renforcer de l’autre côté leur coopération énergétique avec l’Inde.

Et maintenant, donc, l’IPI connectant l’Iran, le Pakistan et l’Inde. Un IPI offshore et garanti par l’ours, susceptible par conséquent de balayer les dernières réticences indiennes. Il se pourrait d’ailleurs que ce faisant, la Russie ait réussi à persuader New Delhi de diminuer son soutien à l’insurrection baloutche, talon d’Achille de son voisin comme nous l’expliquions ailleurs :

Le Pakistan fait face à une insurrection nationaliste dans la rétive province du Baloutchistan, au sud du pays, où les tribus cherchent à obtenir leur indépendance. C’est un conflit peu connu du grand public occidental – sans doute parce que les insurgés sont d’obédience marxiste et non islamiste – mais qui peut se révéler pour le Pakistan au moins aussi dangereux que les troubles des zones tribales. Fait très important, c’est dans cette province que se trouve Gwadar, et plusieurs expatriés chinois y ont trouvé la mort au cours de ces dernières années, tués par des bombes ou le mitraillage de leur bus. Cela explique peut-être la légère réticence de Pékin à s’engager de plein pied dans le projet. Comme de bien entendu, le Pakistan accuse l’Inde de financer et d’aider le mouvement indépendantiste baloutche – où l’on retrouve le jeu des grandes puissances – ce qui semble effectivement le cas… New Delhi a en effet tout intérêt à ce que la situation au Baloutchistan s’envenime, faisant ainsi d’une pierre deux coups : empêcher la Chine de s’implanter dans cette zone stratégique tout en déstabilisant le Pakistan déjà englué dans les zones tribales et au Cachemire.

C’était il y a trois ans et de l’eau a coulé sous les ponts depuis. Dans l’Eurasie qui se prépare, sous l’égide de l’OCS, des routes de la Soie chinoises et des gazoducs russes, les civilisations se rapprochent, l’animosité fait peu à peu place à l’entente et à l’intégration.

Nous n’y sommes cependant pas encore tout à fait et New Delhi se garde de mettre tous ses oeufs dans le même panier. L’Association des Chambres de Commerce indiennes a ainsi émis l’idée en septembre d’un gazoduc sous-marin iranien passant par Oman, évitant comme de bien entendu le territoire pakistanais. Etant donné la croissance indienne et la demande énergétique exponentielle qui l’accompagne, ce deuxième tube ne serait d’ailleurs pas de trop.

Si Moscou n’est pas impliqué dans ce schéma pour l’instant très hypothétique – et qui explique peut-être la proposition IPI 2.0 quinze jours plus tard comme vu plus haut -, l’empire US ne l’est pas davantage tandis que Téhéran se frotte les deux mains avec gourmandise.

Au-delà des rodomontades américano-israoudiennes, l’Iran est plus que jamais au centre du jeu et la visite de Poutine le 1er novembre l’a magnifiquement symbolisé, au grand dam des Spykman boys et autres néo-cons. Accords gaziers et pétroliers – notamment la construction d’un gazoduc irano-russe via l’Azerbaïdjan (pour alimenter l’IPI dans le futur ?) et 30 Mds d’investissements de Rosneft dans le secteur énergétique iranien, profitant de la persophobie du Donald qui laisse les euronouilles vassales dans la gêne et l’indécision.

L’Iran semble de plus en plus devenir la porte de la Russie vers les mers chaudes et le meilleur moyen de relier énergétiquement l’Asie du sud. Dans cette optique, de par sa position géographique, l’Azerbaïdjan a évidemment une carte à jouer et ce n’est sans doute pas un hasard si la visite de Vladimirovitch s’est achevée par un sommet tripartite.

Outre le pipeline trans-azéri mentionné ci-dessus, relevons la volonté de dédollariser les échanges bilatéraux ou encore un accord de libre-échange entre l’Union Economique Eurasienne et l’Iran. Last but not least, le développement du Corridor caspien nord-sud afin de connecter par voie ferroviaire et routière la Caspienne et l’Océan indien. Nous en avions averti le fidèle lecteur l’année dernière :

Dans le grand classique cinématographique de David Lean, lorsque le général britannique renâcle à détacher Lawrence chez les tribus arabes, le rusé Dryden, archétype du brillant diplomate qui était alors la norme du Foreign Office (les choses ont changé depuis), lui rétorque : « Bien des grandes choses commencent petitement ». Or, nous vivons peut-être l’un de ces moments anonymes qui, pourtant, porte en germe d’énormes conséquences pour le futur.

Ce lundi, se sont en effet réunis à Bakou les présidents russe, iranien et azéri. Parmi les sujets divers et variés discutés (contre-terrorisme, coopération dans l’industrie d’armement etc.), il y en a un qui nous intéresse particulièrement : le projet d’un corridor de transport Nord-Sud reliant les trois pays.

Jusqu’ici, rien que de très banal en apparence. Coopération régionale, volonté d’intensifier les échanges ; une petite chose dirait Dryden. Sauf que… A terme, le but n’est ni plus ni moins que de concurrencer le canal de Suez !

« Le projet de corridor de transport international « Nord-Sud » est appelé à réunir les meilleures conditions pour le transit des marchandises depuis l’Inde, l’Iran et les pays du Golfe vers l’Azerbaïdjan, la Russie et plus loin vers le Nord et l’Ouest de l’Europe », a déclaré le chef de l’Etat russe Vladimir Poutine devant les journalistes azerbaïdjanais à la veille de sa visite dans leur capitale.

Il s’agit en fait de non seulement créer des corridors de transport vers l’Inde, le Pakistan et l’Irak, mais aussi et surtout de former l’espace eurasiatique de transport nord-sud.

En ce qui concerne l’avantage économique de la voie « Nord-Sud », on peut dire que l’envoi d’un conteneur de 40 pieds de Francfort-sur-le-Main en Asie du Sud par le canal de Suez revient aujourd’hui à 5.670 dollars. Son transport par le corridor de transport international « Nord-Sud » coûte, dès aujourd’hui, 2.000 dollars de moins et il est de 15 à 20 jours plus rapide ».

Ce que l’article ne dit pas, mais qui sous-tend évidemment le projet, c’est le fait d’éviter l’océan « international » (c’est-à-dire la puissance maritime anglo-saxonne) et de favoriser les voies de transport continentales où l’empire n’a pas son mot à dire. En un mot, accélérer l’intégration de l’Eurasie. McKinder, ne regarde pas cette carte…

Car le corridor est bien sûr à mettre en parallèle (même si géométriquement, ce serait plutôt en perpendiculaire) avec les pharaoniques routes chinoises de la Soie qui courront est-ouest. Pékin doit suivre le dossier de près et a sûrement été briefé par Moscou. Rappelons à cette occasion ce que Poutine déclarait avant sa visite en Chine le mois dernier : « Dire que nos deux pays coopèrent stratégiquement est dépassé. Nous travaillons désormais ensemble sur tous les grands sujet. Nos vues sur les questions internationales sont similaires ou coïncident. Nous sommes en contact constant et nous nous consultons sur toutes les questions globales ou régionales ».

Le corridor RAI (Russie-Azerbaïdjan-Iran) se combinera avec les voies chinoises pour former un maillage eurasien serré par lequel transiteront marchandises et hydrocarbures. De Lisbonne à Pékin et de l’Océan indien à l’Océan arctique. Un seul absent dans tout cela : les Etats-Unis, dont la capacité de nuisance s’amenuise à mesure que l’intégration de l’Eurasie se poursuit.

Ces mots sont plus que jamais d’actualité…http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/11/eurasia-case-sud-ouest.html

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Nouvelles d’Eurasie

Nouvelles d’Eurasie

8 Septembre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Chine, #Sous-continent indien, #Russie, #Amérique latine, #Economie, #Extrême-Orient

Alors que l’empire maritime unilatéral US perd toujours plus la main, même s’il réussit encore parfois quelques « coups », la multipolarité eurasienne continue son inexorable ascension, bien que celle-ci ne soit pas exempte d’accrocs. Le Grand jeu dans toute sa splendeur…

Réconciliation dans l’Himalaya

Si le Bhoutan et son fameux BNB (Bonheur national brut) est connu pour sa douceur de vivre à l’écart du développement frénétique de la planète, les derniers mois avaient cependant été marqués par de très fortes tensions dans la zone.

Enclavé entre les géants chinois et indien, le petit royaume himalayen s’est en effet retrouvé au beau milieu d’une querelle qui a fait les gros titres, parfois exagérés, y compris chez Zero Hedge ou RT (de l’importance de ne pas suivre aveuglément les médias, même les meilleurs…)

Retour sur l’affaire :

New Delhi a dénoncé vendredi comme une atteinte à sa « sécurité » la construction d’une route militaire chinoise sur un plateau montagneux stratégique au centre de tensions entre l’Inde, la Chine et le Bhoutan depuis plusieurs jours.

New Delhi « a signifié au gouvernement chinois qu’une telle construction représenterait un changement significatif du statut quo avec de sérieuses implications pour la sécurité de l’Inde », a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Située sur le flanc ouest du Bhoutan et à l’est de l’État indien du Sikkim, la vallée tibétaine de Chumbi fait la jonction entre les territoires indien, chinois et bhoutanais. Si cette vallée est reconnue comme appartenant à la Chine, le plateau montagneux de Doklam dans sa partie sud-est fait cependant l’objet d’un contentieux entre Thimphou et Pékin.

Le Bhoutan soutient que la question de la souveraineté sur cette zone doit encore être réglée. La Chine, cependant, assure que le Doklam – qu’elle appelle Donglang – fait partie de son territoire et qu’elle a tout droit d’y effectuer des travaux.

« Le 16 juin, une équipe de construction de l’APL (armée populaire de libération, nom de l’armée chinoise, ndlr) a pénétré dans la zone de Doklam et essayé de construire une route », indique New Delhi, qui agit comme le parrain du Bhoutan sur la scène internationale.

La vallée de Chumbi est d’autant plus sensible pour l’Inde qu’elle n’est située qu’à quelques dizaines de kilomètres du corridor de Siliguri, une étroite bande de terre surnommée « cou de poulet » qui est la seule jonction territoriale pour New Delhi entre les plaines du nord et ses États du nord-est.

Le Bhoutan et la Chine n’entretiennent pas de relations diplomatiques officielles et dialoguent généralement via New Delhi. Mercredi, Thimphou a enjoint la Chine d’interrompre ce chantier, dénonçant une « violation d’accord ».

Pékin a levé la voix cette semaine sur ce dossier. Il a dénoncé mardi une « incursion » de militaires indiens sur son territoire pour essayer de stopper le chantier de la route.

En coordination avec les autorités bhoutanaises, « du personnel indien, présent dans la zone générale (du col) de Doka La, a approché les équipes du chantier pour les enjoindre » à cesser les travaux, a déclaré vendredi New Delhi.

Ce corridor de Siliguri, coincé entre le Népal et le Bangladesh, et faisant la jonction avec les territoires isolés du nord-est, est effectivement un point hautement stratégique pour New Delhi. Pour l’anecdote, non loin se trouvent les célèbres champs de thé de Darjeeling ainsi que le Kanchenjunga, troisième sommet du monde.

A l’incursion indienne ont logiquement succédé les menaces chinoises, puis un statu quo de quelques semaines dans les brumes himalayennes, Pékin et surtout Delhi tentant de trouver une solution afin de réduire les tensions tout en ménageant la face de chacun.

Il est vrai que la position indienne est assez inconfortable et en partie responsable de la crise. L’Inde a tendance à se considérer, en exagérant parfois son rôle, comme la tutrice du Bhoutan et s’est trouvée embringuée dans la querelle territoriale sino-bhoutanaise. Or cette dispute est susceptible d’ouvrir la boîte de Pandore et de remettre en cause la convention anglo-chinoise de 1890 qui a peu ou prou délimité les frontières entre les deux géants asiatiques.

De plus, cela créé un précédent : l’Inde intervient ici en tant que troisième acteur (à la requête  réelle ou supposée du Bhoutan). Pourtant, c’est exactement ce que New Delhi refuse concernant le Cachemire alors que le Pakistan réclame à cors et à cris l’internationalisation du dossier depuis des décennies.

Ainsi, malgré les poussées de fièvre nationaliste en Inde, le gouvernement Modi a vite compris que la poursuite de la crise n’était pas dans l’intérêt du pays et a retiré ses troupes. Chose intéressante, la spectaculaire réconciliation fin août a eu lieu dans l’optique du sommet des BRICS à Xiamen du 3 au 5 septembre.

La conclusion de l’affaire est double. Premièrement, l’on a souvent tendance à voir le Grand jeu comme un affrontement de grands blocs, mais il ne faut jamais oublier que les antagonismes et particularismes locaux peuvent avoir une réelle incidence. La meilleure illustration vient du « mouchoir de poche » du Doklam, petit plateau inconnu au fin fond de nulle part mais qui, on vient de le voir, aurait pu avoir de très sérieuses conséquences à l’échelle du continent-monde.

Quant aux structures multipolaires – les BRICS en l’occurrence – elles font une nouvelle fois la preuve qu’elles sont bien autre chose qu’une coquille vide. Aucune surprise pour le fidèle lecteur, nous l’annoncions avant le début de la crise du Doklam :

Poutine est à Astana pour un importantissime sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai qui verra l’entrée officielle de l’Inde et du Pakistan dans la confrérie eurasiatique, décidée il y a deux ans et ayant pris un peu de retard. 

Le parallèle est frappant. Tandis que les institutions de l’empire américain sont en train de se fissurer (Union européenne # Brexit ; OTAN # Turquie) ou d’exploser (CCG # Qatar), la multipolarité eurasienne continue d’intégrer et de grandir. Tss tss Mackinder…

Certes, l’entrée du couple infernal indo-pakistanais importera son lot de frictions – dispute du Cachemire, méfiance de l’Inde vis-à-vis de la Chine et de ses routes de la Soie (rappelons que Modi a refusé de participer au sommet organisé le mois dernier par Pékin) – et la presse russe ne cache d’ailleurs pas certaines craintes. Mais cette plateforme unique de consensus à l’échelle du continent-monde qu’est l’OCS finira par créer, sous la pression du binôme russo-chinois, le dialogue nécessaire entre les frères ennemis.

Vladimirovitch ne disait pas autre chose dans un article écrit juste avant le sommet :

« Les activités de notre groupe sont fondées sur les principes d’égalité, de respect et de consensus. Au sein des BRICS, rien n’est jamais imposé à personne. Quand les approches de ses membres diffèrent, nous travaillons patiemment et calmement afin de les faire coïncider. Cette atmosphère ouverte et basée sur la confiance est le gage de notre réussite. »

BRICS pas à brac

Ce sommet de Xiamen justement, qu’en est-il ressorti ? Une foultitude de choses et ce n’est sans doute pas un hasard si la MSN occidentale commence à s’y intéresser un peu plus sérieusement que par le passé…

L’un des accents a été mis sur la lutte contre le terrorisme et, pour la première fois, des groupes djihadistes pakistanais (Lashkar e-Taiba et Jaish e-Mohammed) ont été nommés, pour le plus grand plaisir de New Delhi. Pékin s’est même cru obligé ensuite de rassurer le Pakistan sur ses intentions.

Plusieurs contrats ou memorandums de coopération ont été signés et d’importantes rencontres bilatérales ont eu lieu (Poutine-Xi, Xi-Modi, Temer-Modi, Modi-Poutine…) A ce propos, notons l’intéressant tango du président brésilien, Temer l’Usurpateur comme certain l’appellent, peu ou prou mis en place par un coup d’Etat juridico-institutionnel américain il y a un an. Le système impérial doit rire jaune en voyant son « protégé » s’émanciper dangereusement, inviter à la Chine à investir dans les privatisations et proposer de créer une plateforme de renseignement purement BRICS contre le terrorisme ainsi qu’une agence de notation.

On en avait déjà vu les prémices quand, en juin, Brasilia et Moscou ont annoncé une plus ample coopération spatiale et que Temer s’était dit intéressé par l’installation du système russe Glonass, concurrent du GPS américain, au Brésil. Comme son voisin Macri en Argentine, Temer doit faire face au principe de réalité : l’avenir est au monde multipolaire et il serait suicidaire de s’en séparer.

D’ailleurs, celui-ici attire de plus en plus et le président mexicain Peña Nieto a participé comme invité au sommet. Bientôt le BRICSM ? Ca semble en tout cas être le souhait de Pékin : élargir la multipolarité et y associer un nombre grandissant de pays. Le projet BRICS Plus, introduit en mars dernier par le ministre chinois des Affaires étrangères, propose d’étendre le partenariat avec le Mexique, l’Egypte ou encore la Thaïlande.

Mais la bombe du sommet de Xiamen a une nouvelle fois été économique et financière, avec un mot d’ordre en filigrane : dé-do-lla-ri-sa-tion. Dans l’article cité plus haut, Vladimirovitch avait d’ailleurs annoncé la couleur, quoique de manière diplomatique. Dans une déclaration commune des cinq, on peut lire cette phrase qui n’a pas dû passer inaperçue à Washington :

« Nous nous sommes mis d’accord pour favoriser le développement des marchés des obligations en devises nationales des pays des BRICS, ainsi que pour créer un fonds d’obligations en devises nationales des BRICS. »

Autre idée évoquée, mais encore à l’état de projet : la création d’une crypto-monnaie BRICS, évidemment vue comme une alternative au dollar. Mais surtout, la triade pétrole-or-yuan se met en place, court-circuitant bientôt le pétrodollar. Russie-Chine d’abord (ça a déjà commencé), puis les BRICS, leurs partenaires, les Etats alliés (Iran) voire même d’anciens vassaux de l’empire ensuite retournés (Qatar). Le tsunami risque d’être inarrêtable et fatal au système impérial américain. On comprend que Bzrezinski ait préféré partir avant

Dans cet horizon fait de nuages noirs, une éclaircie tout de même pour Washington, offerte sur un plateau d’argent par l’allumé de Pyongyang.

Rien ne sert de Corée, il faut partir à point

Nous étions restés sur l’élection de Moon Jae-in en Corée du sud et la mauvaise nouvelle que cela représentait pour le Deep State néo-con :

Moon a envoyé les Américains valser sur la lune en suspendant le déploiement du THAAD. Concrètement, les deux batteries déjà débarquées resteront jusqu’à plus ample informé, mais celles qui étaient en attente d’installation attendront encore longtemps…

On imagine aisément le soulagement à Pékin, dont le nouveau président sud-coréen est assez proche, et à Moscou ; l’empire US vient de connaître un méchant revers dans sa tentative de contenir la partie orientale de l’Eurasie.

Car c’est de haute stratégie qu’il s’agit ici : Washington utilise habilement un conflit ancien et réel (crise coréenne : 1er niveau) pour placer ses pions sur l’échiquier (Grand jeu : 2nd niveau). Les batteries THAAD sur le territoire sud-coréen surveillent officiellement la Corée du nord et officieusement la Chine.

Nous avertissions cependant :

Dans ce contexte, l’élection de Moon risque de rebattre les cartes, dans des proportions qu’il est difficile de prévoir. Il est notoirement amical avec Pékin et, on l’a vu plus haut, très critique vis-à-vis de l’installation du bouclier US. Rééquilibrage des alliances, soumission à la pression américaine, ni-ni visant à plaire à tout le monde… tout est possible. Sans compter les coups d’éclat de Kim III qui ne manqueront pas d’advenir.

C’est advenu ! L’indécrottable Nord-coréen a procédé à ses essais nucléaires et provocations diverses, forçant la Corée du sud à finalement accepter le THAAD sur son territoire malgré les houleuses protestations : « une décision difficile mais inévitable » selon Séoul.

Kim III ou l’idiot utile de l’empire…

 

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