Archives pour la catégorie EURO

La sécession de l’Union européenne

La sécession de l’Union européenne

Pour Thierry Meyssan, la manière dont l’Allemagne et la France refusent au Royaume-Uni le droit de sortir de l’Union européenne montre que celle-ci n’est pas uniquement un carcan. Elle atteste aussi que les Européens sont toujours aussi peu soucieux de leurs voisins qu’ils le furent durant les deux Guerres mondiales. Manifestement, ils ont perdu à l’esprit que gouverner, ce n’est pas simplement défendre les intérêts de son pays à court terme, c’est aussi penser à long terme et prévenir les conflits avec ses voisins.

| Damas (Syrie)

+
JPEG - 63.7 ko

Les peuples membres de l’Union européenne ne semblent pas conscients des nuages qui s’amoncellent au-dessus de leurs têtes. Ils ont identifié les graves problèmes de l’UE, mais les traitent avec désinvolture et ne comprennent pas ce qui se joue avec la sécession britannique, le Brexit. Ils s’enfoncent lentement dans une crise qui pourrait ne pas avoir d’autre solution que la violence.

L’origine du problème

Lors de la dissolution de l’Union soviétique, les membres de la Communauté européenne ont accepté de se plier aux décisions des États-Unis et d’intégrer les États d’Europe centrale, bien que ceux-ci ne correspondaient aucunement aux critères logiques d’adhésion. Sur cette lancée, ils ont adopté le Traité de Maastricht qui a fait basculer le projet européen d’une coordination économique des États européens vers un État supra-national. Il s’agissait de créer un vaste bloc politique qui, sous la protection militaire des États-Unis, allait s’engager, avec eux, sur la voie de la prospérité.

Ce super-État n’a rien de démocratique. Il est administré par un collège de hauts fonctionnaires, la Commission, dont les membres sont désignés un à un par chacun des chefs d’État et de gouvernement. Jamais dans l’Histoire un Empire n’avait fonctionné de cette manière. Très vite, le modèle paritaire de la Commission accoucha d’une gigantesque bureaucratie paritaire, dans laquelle certains États sont « plus égaux que d’autres ».

Le projet supra-national s’est avéré inadapté au monde unipolaire. La Communauté européenne était issue du volet civil du plan Marshall, dont l’Otan était le volet militaire.
Les bourgeoisies ouest-européennes, inquiètes du modèle soviétique, l’avaient soutenue depuis le congrès convoqué par Winston Churchill à La Haye en 1948. Elles n’avaient plus d’intérêt à poursuivre ce chemin après la disparition de l’URSS.
Les ex-États du Pacte de Varsovie hésitaient à s’engager dans l’Union ou à s’allier directement aux États-Unis. Par exemple, la Pologne acheta des avions de guerre US qu’elle engagea en Iraq avec les fonds que l’Union lui accorda pour moderniser son agriculture.

Outre la création d’une coopération policière et judiciaire, le Traité de Maastricht créait une monnaie et une politique étrangère uniques. Tous les États membres devaient adopter l’euro dès que leur économie nationale le leur permettrait. Seuls le Danemark et le Royaume-Uni, flairant les problèmes à venir, se tinrent à l’écart. La politique étrangère semblait aller de soi dans un monde devenu unipolaire et dominé par les États-Unis.

Compte-tenu des écarts au sein de la zone euro, les petits États allaient devenir la proie du plus gros, l’Allemagne. La monnaie unique qui, au moment de sa mise en circulation, avait été ajustée sur le dollar, se transformait progressivement en une version internationalisée du mark allemand. Incapables de rivaliser, le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne étaient symboliquement qualifiés de PIGS (« cochons ») par les financiers. Tandis que Berlin pillait leurs économies, il proposait à Athènes de restaurer la sienne s’il lui cédait une partie de son territoire.

Il s’avéra que l’Union européenne, tout en poursuivant sa croissance économique globale, était dépassée par d’autres États dont la croissance économique était plusieurs fois plus rapide. L’adhésion à l’Union européenne, tout en étant un avantage pour les ex-membres du Pacte de Varsovie, était devenue un boulet pour les Européens de l’Ouest.

Tirant les leçons de cet échec, le Royaume-Uni décida de se retirer de ce super-État (Brexit) pour s’allier avec ses partenaires historiques du Commonwealth et, si possible, avec la Chine. La Commission prit peur de ce que l’exemple britannique ouvre la voie à d’autres retraits, au maintien du Marché commun mais à la fin de l’Union. Elle décida donc de fixer des conditions dissuasives de départ.

Les problèmes internes du Royaume-Uni

L’Union européenne servant les intérêts des riches contre les pauvres, les paysans et ouvriers britanniques ont voté pour en sortir, tandis que le secteur tertiaire a souhaité s’y maintenir.

Si la société britannique dispose comme les autres pays européens d’une haute-bourgeoisie qui doit son enrichissement à l’Union européenne, elle a aussi, à la différence des grands pays européens, une puissante aristocratie. Celle-ci disposait avant la Seconde Guerre mondiale de tous les avantages que procure l’Union européenne, mais aussi d’une prospérité qu’elle ne peut plus espérer de Bruxelles. L’aristocratie a donc voté pour le Brexit contre la haute-bourgeoisie, ouvrant une crise au sein de la classe dirigeante.

En définitive, le choix de Theresa May comme Premier ministre était censé préserver les intérêts des uns et des autres (« Global Britain »). Mais cela ne s’est pas du tout passé comme prévu.
- D’abord Mme May n’est pas parvenue à conclure un accord préférentiel avec la Chine et éprouve des difficultés avec le Commonwealth dont les liens ont été distendus par le temps.
- Ensuite, elle rencontre une difficulté avec ses minorités écossaise et irlandaise, d’autant que sa majorité comprend des protestants irlandais arcboutés à leurs privilèges.
- En outre, elle se heurte à l’intransigeance aveugle de Berlin et de Bruxelles.
- Enfin, elle doit faire face à la remise en cause de la « relation spéciale » qui liait son pays aux États-Unis.

Le problème révélé par la mise en œuvre du Brexit

Après avoir vainement tenté divers aménagements des traités, le Royaume-Uni a démocratiquement voté pour le Brexit, le 23 juin 2016. La haute-bourgeoisie, qui n’y croyait pas, tenta immédiatement de remettre ce choix en cause. On parla alors d’organiser un second référendum comme on l’avait fait avec le Danemark lors du Traité de Maastricht. La chose paraissant impossible, on distingue désormais un « Brexit dur » (sans nouveaux accords avec l’UE) d’un « Brexit mou » (avec le maintien de divers engagements). La presse assure que le Brexit sera une catastrophe économique pour les Britanniques. En réalité, les études antérieures au référendum, et donc à ce débat, attestent toutes que les deux premières années de la sortie de l’Union seront récessives, mais que le Royaume-Uni ne tardera pas à redémarrer et à doubler l’Union. L’opposition au résultat du référendum —et donc à la volonté populaire— parvient à faire traîner sa mise en application. La notification du retrait britannique n’est effectuée par le gouvernement à la Commission qu’avec neuf mois de retard, le 29 mars 2017.

Le 14 novembre 2018 —soit deux ans et quatre mois après le référendum—, Theresa May capitule et accepte un mauvais accord avec la Commission européenne. Cependant lorsqu’elle le présente à son gouvernement, sept de ses ministres démissionnent, dont celui en charge du Brexit. Manifestement, il ignorait des éléments du texte que le Premier ministre lui attribue.

Ce document comprend une disposition parfaitement inacceptable pour un État souverain, quel qu’il soit. Il institue une période de transition, dont la durée n’est pas fixée, durant laquelle le Royaume-Uni ne sera plus considéré comme membre de l’Union, mais sera contraint de se plier à ses règles, y compris celles qui seront alors adoptées.

Derrière cette sournoiserie se cachent l’Allemagne et la France.

Dès le résultat du référendum britannique connu, l’Allemagne avait pris conscience que le Brexit provoquerait une chute de plusieurs dizaines de milliards d’euros de son propre PIB. Le gouvernement Merkel s’attela donc non pas à adapter son économie, mais à saboter la sortie du Royaume-Uni de l’Union.

Quant au président français Emmanuel Macron, il représente la haute bourgeoisie européenne. Il est donc par nature opposé au Brexit.

Les hommes derrière les politiques

La chancelière Merkel pouvait compter sur le président de l’Union, le Polonais Donald Tusk. Celui-ci en effet n’est pas à ce poste car ancien Premier ministre de son pays, mais pour deux raisons : durant la Guerre froide, sa famille appartenant à la minorité cachoube a fait le choix des États-Unis contre l’Union soviétique et, d’autre part, c’est un ami d’enfance d’Angela Merkel.

Tusk a commencé par poser la question de l’engagement britannique dans les programmes pluriannuels adoptés par l’Union. Si Londres devait payer ce qu’il s’est engagé à financer, il ne pourrait pas quitter l’Union sans verser un droit de sortie compris entre 55 et 60 milliards de livres.

L’ancien ministre et commissaire français Michel Barnier est nommé négociateur en chef avec le Royaume-Uni. Barnier a déjà de solides inimitiés à la City qu’il a maltraitée durant la crise de 2008. De plus, les financiers britanniques rêvent de gérer la convertibilité du yuan chinois en euros.

Barnier accepte comme adjointe l’Allemande Sabine Weyand. C’est en réalité cette dernière qui mène les négociations avec la mission de les faire échouer.

Simultanément, l’homme qui a « fait » la carrière d’Emmanuel Macron, l’ancien chef de l’Inspection des finances, Jean-Pierre Jouyet, est nommé ambassadeur de France à Londres. C’est un ami de Barnier avec qui il a géré la crise monétaire de 2008. Pour faire échouer le Brexit, Jouyet s’appuie sur le leader conservateur de l’opposition à Theresa May, le président de la Commission des Affaires étrangères à la Chambre des Communes, le colonel Tom Tugendhat.

Jouyet choisit comme adjointe à l’ambassade de France à Londres, l’épouse de Tugendhat, l’énarque française Anissia Tugendhat.

La crise se cristallise lors du sommet du Conseil européen de Salzbourg, en septembre 2018. Theresa May y présente le consensus qu’elle était parvenue à établir chez elle et que bien d’autres auraient intérêt à prendre pour exemple : le plan des Chequers (maintenir uniquement le Marché commun entre les deux entités, mais pas la libre circulation des citoyens, des services et des capitaux, ne plus être soumis à la justice administrative européenne du Luxembourg). Donald Tusk le rejette brutalement.

Un retour en arrière est ici nécessaire. Les accords qui mirent fin à la révolte de l’IRA contre le colonialisme anglais n’ont pas résolu les causes du conflit. La paix ne s’est installée que parce que l’Union européenne a permis d’abroger la frontière entre les deux Irlandes. Tusk exige que pour prévenir la résurgence de cette guerre de libération nationale, l’Irlande du Nord soit maintenue dans l’Union douanière. Ce qui implique la création d’une frontière contrôlée par l’Union, coupant le Royaume-Uni en deux, séparant l’Irlande du Nord du reste du pays.

Lors de la seconde session du Conseil, devant tous les chefs d’État et de gouvernement, Tusk fait fermer la porte au nez de May, la laissant seule à l’extérieur. Une humiliation publique qui ne pourra pas rester sans conséquences.

JPEG - 21.8 ko

Réflexions sur la sécession de l’Union européenne

Toute cette petite cuisine atteste de l’habileté des dirigeants européens à donner le change. Ils paraissent respecter des règles d’impartialité et décider collectivement dans le seul but de servir l’intérêt général (même si cette notion est réfutée par les seuls Britanniques). En réalité, certains défendent les intérêts de leur pays au détriment de leurs partenaires et d’autres ceux de leur classe sociale au détriment de toutes les autres. Le pire est évidemment le chantage exercé contre le Royaume-Uni : qu’il se soumette aux conditions économiques de Bruxelles ou l’on ravivera la guerre d’indépendance de l’Irlande du Nord.

Ce comportement ne peut que conduire à réveiller les conflits intra-européens qui ont provoqué les deux Guerres Mondiales ; des conflits que l’Union a masqués sur son territoire, mais qui n’ont pas été résolus et persistent en dehors de l’Union.

Conscients de jouer avec le feu, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont soudain évoqué la création d’une armée commune incluant le Royaume-Uni. Certes, si les trois grandes puissances européennes s’alliaient militairement, le problème serait résolu. Mais cette alliance est impossible car on ne construit pas une armée avant d’en avoir déterminé qui en sera le chef.

L’autoritarisme de l’État supra-national est devenu tel que, durant les négociations sur le Brexit, il a créé trois autres fronts. La Commission a ouvert deux procédures de sanctions contre la Pologne et la Hongrie (à la demande du Parlement européen), accusées de violations systémiques des valeurs de l’Union ; des procédures dont l’objectif est de placer ces deux États dans la même situation que le Royaume-Uni durant la période de transition : être contraints de respecter les règles de l’Union sans pouvoir les déterminer. En outre, indisposé par les réformes en cours en Italie qui vont à l’encontre de son idéologie, l’État supra-national refuse à Rome le droit de se doter d’un budget pour mener sa propre politique.

Le Marché commun de la Communauté européenne avait permis de réconcilier les Européens de l’Ouest entre eux et d’affermir la paix. Son successeur, l’Union européenne, détruit cet héritage, divise à nouveau les Européens et les oppose les uns aux autres.

Thierry Meyssan

Thierry Meyssan Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux – Du 11-Septembre à Donald Trump (2017).

Publicités

La livre britannique chute en plein chaos sur le Brexit

La livre britannique chute en plein chaos sur le Brexit

Londres (awp/afp) – La livre lâchait prise jeudi face à l’euro et au dollar, perdant 1,5% par rapport à la veille au soir, alors que les démissions de plusieurs ministres britanniques jettent une ombre sur le projet d’accord sur le Brexit.

Vers 15H00 GMT, la livre valait 1,2787 dollar, contre 1,2992 dollar mercredi soir vers 22H00 GMT.

La monnaie européenne, de son côté, s’échangeait à 88,37 pence pour un euro, contre 87,05 pence mercredi soir.

Face au billet vert, l’euro baissait légèrement à 1,1300 dollar pour un euro, contre 1,1310 dollar mercredi à 22H00 GMT.

« Je ne peux soutenir l’accord proposé pour deux raisons », liées notamment au futur statut de l’Irlande du Nord après le Brexit, a expliqué l’ex-ministre chargé du Brexit, Dominic Raab, dans sa lettre de démission publiée sur son compte Twitter, faisant chuter la livre.

Son départ a été suivi par celui de la ministre du Travail et des Retraites, Esther McVey, puis par la secrétaire d’Etat britannique chargée du Brexit, Suella Braverman. Avant eux, c’était le secrétaire d’Etat britannique pour l’Irlande du Nord, le conservateur Shailesh Vara, qui avait annoncé son départ du gouvernement.

« Il y a surtout toujours une bonne chance (disons 50-50) d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne sans accord », ont estimé les analystes de Capital Economics.

L’intervention de la Première ministre britannique, Theresa May, devant le Parlement pour défendre l’accord qu’elle a obtenu n’a pas permis à la livre de se relever, mais ne l’a pas envoyé plus bas non plus.

« Le plus inquiétant pour la livre serait qu’un vote de défiance s’ensuive », a jugé Miles Eakers, analyste pour Centtrip, alors qu’un député conservateur pro-Brexit a justement réclamé une telle procédure.

La veille, la livre avait oscillé entre pertes et gains, au gré des rumeurs sur de possibles démissions de ministres, sur un éventuel vote de défiance à l’encontre de Theresa May au Parlement ou sur l’accord en lui-même. Elle avait néanmoins terminé la séance en légère hausse, rassurée par l’aval donné alors par le gouvernement.

Ajoutant aux déboires de la livre, « les chiffres des ventes au détail au Royaume-Uni (pour octobre) sont un complet désastre avec la plus forte baisse depuis sept mois », a souligné Naeem Aslam, analyste pour Think Markets.

Les ventes au détail au Royaume-Uni ont ainsi reculé de 0,5% en octobre sur un mois, après avoir déjà fléchi en septembre. C’est une mauvaise surprise alors que les économistes interrogés par Bloomberg tablaient sur un rebond de 0,2%.

Pour le mois de septembre, l’ONS a révisé le chiffre, avec une baisse qui s’établit désormais à 0,4% (contre 0,8% précédemment).

Parmi les autres devises, le dollar était en baisse face au yen, à 113,25 yens pour un dollar jeudi contre 113,63 mercredi soir.

L’euro valait 127,97 yens jeudi, contre 128,51 mercredi.

Le franc suisse progressait face à l’euro, à 1,1358 franc suisse jeudi pour un euro, contre 1,1381 la veille, tout comme face au billet vert à 1,0052 franc suisse pour un dollar, contre 1,0069 mercredi.

L’once d’or valait 1.212,35 dollars, contre 1.210,85 dollars mercredi à 22H00 GMT.

La monnaie chinoise dévissait à 6,9392 yuans pour un dollar jeudi contre 6,9505 yuans mercredi vers 15H30 GMT.

Enfin, le bitcoin s’échangeait pour 5.229,14 dollars, contre 5.551,06 dollars mercredi, selon des chiffres compilés par Bloomberg.

Cours de jeudi Cours de mercredi

———————————-

15H00 GMT 22H00 GMT

EUR/USD 1,1300 1,1310

EUR/JPY 127,97 128,51

EUR/CHF 1,1358 1,1381

EUR/GBP 0,8837 0,8705

USD/JPY 113,25 113,63

USD/CHF 1,0052 1,0069

GBP/USD 1,2787 1,2992

afp/rp

(AWP / 15.11.2018 16h22)

https://www.romandie.com/news/La-livre-britannique-chute-en-plein-chaos-sur-le-Brexit/971822.rom

La dé-dollarisation à marche forcée

La dé-dollarisation à marche forcée


Par Arkady Savitsky – Le 15 septembre 2018 – Source Strategic Culture

Arkady SAVITSKYLe Forum économique de l’Est (EEF) s’est tenu à Vladivostok du 11 au 13 septembre 2018. Fondé en 2015, l’événement est devenu une plateforme de planification et de lancement de projets visant à renforcer les liens commerciaux dans la région Asie-Pacifique.

Cette année, l’EFF a réuni des délégations de plus de 60 pays pour discuter sur le thème : « L’Extrême-Orient : Élargir la gamme des possibilités »

Russia’s Eastern Economic Forum Wrap Up: De-Dollarization Tops Agenda

Au cours de ces trois jours, cent événements commerciaux ont réuni plus de 6 000 participants, 1 357 journalistes ont couvert le forum. L’année dernière, le nombre de participants était de 5 000 avec 1 000 représentants des médias impliqués dans les reportages et la diffusion. L’EEF-18 a rassemblé 340 PDG étrangers et 383 russes. Près de 80 start-ups d’Asie du Sud-Est se sont jointes à la réunion.

Cette année, 175 accords d’une valeur totale de 2 900 milliards de roubles (environ 4,3 milliards de dollars) ont été signés. À titre de comparaison, le montant était de 2 500 milliards de roubles (environ 3,7 milliards de dollars) en 2017. Ils englobent le développement des gisements de Baimsky à Tchoukotka, la construction d’un terminal LNG (gaz liquéfié) pour Novatek dans la baie de Bechevinskaya au Kamchatka et l’investissement des pays asiatiques dans des projets agricoles dans l’Extrême-Orient russe. Le fonds d’investissement direct russe (RDIF), le groupe Mail.Ru, Megafon et le chinois Alibaba ont signé un accord sur la création d’une coentreprise commerciale AliExpress. Rosneft et la CNPC chinoise ont signé un accord d’exploration pétrolière.

La délégation chinoise était la plus importante (1 096 personnes), suivie par les Japonais (570 membres). Parmi les invités figuraient le président de la Mongolie et les premiers ministres du Japon et de la Corée du Sud. C’était également la première fois que le président chinois Xi Jinping assistait à l’événement pour rencontrer son homologue russe. La question de la dé-dollarisation était en tête de l’ordre du jour. La Russie et la Chine ont réaffirmé leur intérêt pour l’utilisation accrue des monnaies nationales dans les accords bilatéraux.

Au cours du forum, Kirill Dmitriev, responsable du RDIF, a déclaré que le fonds avait l’intention d’utiliser uniquement les monnaies nationales dans ses transactions avec la Chine à partir de 2019. Il coopérera avec la China Development Bank. Cette « yuanification » fait des progrès visibles, les contrats à terme sur le brut de Shanghai augmentant de 14%, voire plus, leur part des marchés pétroliers. La Chine a signé des accords avec le Canada et le Qatar sur les échanges en devises nationales.

La dé-dollarisation est une tendance qui prend de l’ampleur dans le monde entier. Un nombre croissant de pays souhaitent remplacer le dollar. La Russie mène la course pour se protéger des fluctuations, des tempêtes et des guerres et sanctions commerciales imputables aux États-Unis. Moscou soutient le commerce sans dollar avec Ankara dans le contexte de la crise de la livre turque. La Turquie passe du dollar aux règlements en monnaies nationales, y compris pour ses échanges avec la Chine et d’autres pays. Se débarrasser du dollar américain est l’enjeu de l’ordre du jour de la prochaine réunion du BRICS. Depuis avril, l’Iran a basculé tous ses paiements internationaux en euro.

Les voix appelant à la dé-dollarisation deviennent plus fortes parmi les plus proches alliés européens de l’Amérique. En août, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a appelé à la création d’un nouveau système de paiement indépendant des États-Unis. Selon lui, l’Europe ne devrait pas permettre aux États-Unis d’agir « derrière notre dos et à nos dépens ». Cet officiel souhaite renforcer l’autonomie européenne en établissant des canaux de paiement indépendants, en créant un Fonds monétaire européen et en construisant un système SWIFT indépendant.

Lors de la présentation de son programme annuel, le 12 septembre, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a appelé  l’Union européenne à promouvoir l’euro en tant que monnaie mondiale pour défier le dollar. Selon lui, « nous devons faire davantage pour permettre à notre monnaie unique de jouer pleinement son rôle sur la scène internationale ». M. Juncker estime « qu’il est absurde que l’Europe paie 80% de sa facture d’importation d’énergie – d’une valeur de 300 milliards d’euros par an – en dollars américains alors que seulement 2% environ de nos importations d’énergie proviennent des États-Unis. » Il souhaite que la série de propositions faites dans son discours sur l’état de l’union commence à être mise en œuvre avant les élections du Parlement européen en mai.

70% de toutes les transactions commerciales mondiales utilisent le dollar, tandis que 20% sont réglés en euros et le reste en yuan et autres devises asiatiques. La valeur du dollar est élevée pour que les prix des biens de consommation aux États-Unis soient artificiellement bas. La demande de dollars permet de refinancer l’énorme dette à des taux d’intérêt bas. La politique américaine de guerres commerciales et de sanctions a déclenché le processus mondial de dé-dollarisation. Utiliser des mesures punitives comme outil de politique étrangère revient à  se tirer une balle dans le pied. Cela provoque une réaction brutale pour saper le statut du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale – la base de la puissance économique américaine. La politique d’agression sape l’hégémonie du monde américain en le rendant plus faible, pas plus fort.

Arkady Savitsky est un spécialiste des questions militaire. Il est basé à Saint-Pétersbourg, en Russie.

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francphone

http://lesakerfrancophone.fr/la-de-dollarisation-a-marche-forcee

 

Déficit commercial français: la piste de Francfort-sur-le-Main

Déficit commercial français: la piste de Francfort-sur-le-Main

© Sputnik . Vladimir Trefilov
International

URL courte
Maxime Perrotin
21470

Hausse de la facture énergétique, manque de compétitivité des salariés français, guerres économiques de Donald Trump, incertitudes sur le Brexit. Pour expliquer le déficit commercial français, qui se creuse année après année depuis le début des années 2000, les journalistes explorent toutes les pistes… toutes sauf une.

6,2 milliards d’euros: c’est la somme qui manque pour équilibrer la balance commerciale française du seul mois de juin 2018. Le service des douanes a communiqué mardi 7 août ses dernières statistiques et c’est peu dire que les chiffres du commerce extérieur tricolore du mois de juin plombent encore un deuxième trimestre lui-même peu radieux.Après un déficit de 15,9 milliards d’euros enregistré au premier trimestre, le printemps n’aura en effet pas été plus favorable, avec une nouvelle fuite de richesses chiffrée à hauteur de 17,5 milliards d’euros. Si rien ne change, avec un tel premier semestre, la France est lancée pour dépasser le déficit commercial de 2017 (62,3 M€) voire aller chatouiller son record de 2012 (69,2 M€).

Une situation récurrente qui ne semble plus étonner la plupart des observateurs, lesquels se focalisent plus sur les raisons de l’écart de 1,6 milliard d’euros entre les deux premiers trimestres que sur les raisons d’un tel différentiel permanent entre les exportations et importations françaises. Une situation, qui agace Charles-Henri Gallois, trésorier et responsable des affaires économiques à l’Union Populaire Républicaine (UPR), le parti du Frexit.

«Le dernier excédent commercial était en 2003- donc, ça commence à dater —[…] il faut se rappeler que dans les années 90, la France était à l’équilibre. Maintenant on traîne des déficits commerciaux de l’ordre, selon les années, entre 60 et 80 milliards d’euros par an. C’est colossal et ça contribue à l’appauvrissement de la France!»

Ainsi, la quasi-totalité des articles s’attarde-t-elle à souligner la hausse des importations, en volumes comme en coût, des produits pétroliers. On remarquera également une hausse des importations d’automobiles. Autre explication revenant également pour commenter avec fatalité la situation: la France manque cruellement de compétitivité face à ses voisins européens, ainsi que d’un positionnement à l’export moyenne gamme avec des produits à faible valeur ajoutée.

Des arguments récurrents qui ne convainquent pas Charles-Henri Gallois, pour qui la hausse de la «facture énergétique» a décidément bon dos.

«Il y a une part de vrai pour ce qui est de la gamme, mais il ne faut pas oublier que toutes ces données structurelles, de salaires et de positionnement produit, on avait la même chose dans les années 90 et pourtant on ne se traînait pas un déficit commercial colossal comme c’est le cas à l’heure actuelle.»

Autres arguments, plus typiques du cru 2018: la contraction du commerce international, provoquée par des États-Unis qui ne «joue [nt] pas le jeu», ainsi que les «inquiétudes autour du Brexit». «Une fausse excuse», balaie notre intervenant, estimant qu’il est encore trop tôt pour que les conséquences des guerres commerciales et de l’embargo contre l’Iran menés par les Américains impactent la balance commerciale française. Selon Charles-Henri Gallois le principal coupable de ces déficits systématiques depuis 15 ans n’est tout simplement pas évoqué dans les médias.

«L’élément qui est rentré à la toute fin des années 90- en 1999 très exactement et après de manière officielle avec les billets et les pièces en 2002 —c’est l’euro! Et cet élément dans la perte de compétitivité de la France n’est jamais évoqué par les grands éditoriaux du Monde, des Échos, etc., alors que c’est évidemment l’élément clef et l’élément central.»

Pour ne rien arranger à la situation de la France, l’euro a continué de s’apprécier par rapport au dollar US (+2% entre juin 2017 et 2018). Une situation en apparence paradoxale au vu des contre-performances à l’export du pays. En effet, si le taux de change de l’euro augmente par rapport au dollar, c’est parce que la zone euro est elle-même en excédent commercial. Pour autant, la situation est loin d’être homogène entre ses 19 États-membres.

«C’est, en gros, 90% l’Allemagne qui le fait. C’est problématique, car cela se fait au détriment des autres pays de la zone euro, notamment des pays du sud. L’euro a permis, quelque part, à l’Allemagne de gagner des parts de marché vis-à-vis notamment des industries française et italienne.»

Avec un excédent commercial de 248,9 milliards d’euros en 2017 (données Eurostat reprises par l’INSEE), l’Allemagne devance largement les Pays-Bas ainsi que l’Italie avec leur solde positif respectif de 68,8 et 47,4 milliards. Un excédent allemand qui dénote par rapport aux déficits français et britannique, avec respectivement des trous de 79,1 et 176,8 milliards d’euros, toujours selon les données d’Eurostat, qui diffèrent nettement dans le cas de la France des chiffres de Bercy.Pour donner un avant-goût du dynamisme de nos voisins outre-Rhin, en 2016 l’Allemagne disposait du plus gros excédent courant (soient les soldes des revenus de placement et des transferts courants ajoutés à celui du commerce extérieur) au monde, devant la Chine. Un mastodonte avec lequel la cohabitation monétaire n’est pas chose aisée.

«Le FMI, dans sa dernière étude de 2018, explique que si les pays européens retrouvaient leurs monnaies nationales […], il y aurait 20% de rééquilibrage de change entre la France et l’Allemagne, donc on ne se bat pas à armes égales avec l’Allemagne à partir du moment où on a l’euro!»,

Souligne Charles-Henri Gallois. En d’autres termes, la valeur de l’euro est surévaluée pour la France alors qu’elle est sous-évaluée pour l’Allemagne, un fait soulevé à maintes reprises depuis la crise de 2008. Avec une monnaie unique, aucun rééquilibrage n’est possible entre les deux rives du Rhin et pour notre intervenant, le fossé économique entre elles va continuer à se creuser. Charles-Henri Gallois illustre ses propos sur une situation qu’il estime «intenable»:

«En 1970, on échangeait 1 deutschemark pour 1,5 franc. En 1982, donc seulement 12 ans plus tard, on était passé à 1 deutschemark pour 3 francs. […] or, à l’époque la croissance française était à cette époque meilleure que celle de l’Allemagne et quand vous avez une monnaie qui se déprécie d’autant en 12 ans c’est vous rendre compte de la folie qu’est l’euro! Dans peu de temps, cela fera 20 ans qu’on a fixé ad vitam aeternam la monnaie entre la France et l’Allemagne, c’est de la folie furieuse!»

Il est notamment particulièrement intéressant de superposer les courbes de l’évolution du commerce extérieur français et allemand. Le rendu est saisissant, celle dernière s’envolant dès 2001, alors que la balance commerciale française entame sa chute après une brève stabilisation.

Impression d’écran du site de l’Université de Sherbrooke
Impression d’écran du site de l’Université de Sherbrooke

Des performances commerciales qui ont d’ailleurs attiré les foudres de Donald Trump sur l’Union européenne, l’Allemagne creusant son excédent commercial avec les États-Unis. Des intérêts allemands qu’avait d’ailleurs défendus Jean-Claude Juncker lors de sa visite à la Maison-Blanche fin juillet.

Le président de la Commission européenne avait alors convaincu Donald Trump de mettre en suspend ses plans de surtaxes visant l’automobile «européenne» en échange d’achats massifs de gaz de schiste et de soja américain visés par les contre-mesures chinoises, au plus grand dam de Paris, pour qui les produits agricoles tiennent une part importante dans ses exportations.
Alors que Berlin applaudissait l’accord, Bruno Le Maire exigeait des «clarifications»

«Si jamais cet accord est entériné, ce sont les agriculteurs français qui vont souffrir pour sauvegarder les intérêts de l’industrie automobile allemande,» appuie Charles-Henri Gallois, estimant que la France n’a «rien à gagner» à un tel accord.

Mais la question d’une monnaie partagée avec l’Allemagne n’est pas le seul souci pour la balance commerciale française. À un niveau plus conjoncturel, Charles-Henri Gallois ne mâche pas ses mots concernant la politique menée jusqu’à présent par Emmanuel Macron. Pour lui, non content d’avoir peu profité des effets de la reprise mondiale, le nouvel exécutif a littéralement tué dans l’œuf la croissance en France, en alourdissant la pression fiscale sur les classes moyennes.

Hausse de la CSG, hausse des taxes sur les carburants, pour le responsable politique, la hausse des prélèvements a pesé sur la consommation des Français et donc sur la croissance.

«La reprise en France a tourné court, puisque malgré un contexte international qui était très favorable avec une reprise du commerce international, une croissance assez bonne avec des prix du pétrole assez bas, la croissance française est en train bêtement de dégringoler et patine à cause de la politique absurde imposée par l’Union européenne et qu’exécutent servilement que ce soit Emmanuel Macron ou Bruno Le Maire.»

Un tableau noir que réfute le Quai d’Orsay, responsable du commerce extérieur. Dans un communiqué en réaction aux mauvais chiffres des douanes, le ministère des Affaires étrangères s’est défendu dans un communiqué, qu’il était «habituel» qu’en «phase de reprise économique», «l’amélioration du solde commercial ne soit pas immédiate, du fait de la hausse des importations induite par le rebond de la demande intérieure». Mais pour Charles-Henri Gallois, l’alignement des planètes est bien passé.

Autre point noir au tableau d’Emmanuel Macron aux yeux de Charles-Henri Gallois, ne pas avoir défendu les intérêts français dans plusieurs affaires, comme le cas d’Alstom vendu à son concurrent américain General Electric, alors même que l’entreprise était responsable de l’entretien des turbines de bâtiments de la flotte et de celles des centrales nucléaires françaises.

Comme le révélait le documentaire «Guerre fantôme: La vente d’Alstom à General Electric» de David Gendreau et d’Alexandre Leraître, alors qu’il était secrétaire général adjoint de la Présidence de la République, Emmanuel Macron a joué un rôle dans la décision de François Hollande d’aller contre l’avis d’Arnaud Montebourg, son ministre de l’Économie d’alors, et de laisser passer Alstom sous pavillon américain sans coup férir.S’il n’a rien contre le libre-échange, Charles-Henri Gallois regrette que les règles européennes en la matière soient débridées, qui plus est vis-à-vis de pays n’ayant pas les mêmes normes sociales et environnementales que nous. Une attitude qui conduit selon lui à offrir aux quatre vents les intérêts économiques des États-membres, en plus d’un dumping social pesant lourd sur l’emploi manufacturier français.

«La norme, c’est au contraire le protectionnisme, le patriotisme économique. Il est évident par exemple que si on prenait les États-Unis ou la Chine, jamais ils n’auraient accepté le rachat d’une entreprise stratégique et industrielle du type Alstom. Ils auraient, évidemment, directement mis leur veto.»

https://fr.sputniknews.com/international/201808101037613248-deficit-commercial-franais-facture-energtique/

Le glas sonne pour l’euro…

Le glas sonne pour l’euro…


… alors que de plus en plus de pays européens rapatrient leur or, selon un expert à Russia Today


Death knell tolls for the euro as more European nations repatriate gold – expert to RT
© Michael Buholzer / Reuters

2015-08-11_11h11_54Par Russia Today – Le 24 mars 2018 – Source Russia Today

La récente tendance des pays européens à rapatrier leurs réserves d’or a soulevé des inquiétudes à Bruxelles. RT a parlé à Claudio Grass de Precious Metal Advisory, en Suisse, pour comprendre ce qui se cache derrière cette tendance.

Selon Grass, le processus signifie la désintégration, qui vient habituellement avec l’instabilité, l’agitation, et plus d’intervention et de contrôle gouvernemental.

« Les banques centrales ont commencé le rapatriement il y a déjà quelques années, c’est-à-dire avant le Brexit, la Catalogne, Trump, l’AFD ou les tensions croissantes entre le Politburo de Bruxelles et les pays d’Europe de l’Est »,  dit-il.

© Tamara Abdul Hadi
Une crise économique imminente? La Hongrie dernier pays à rapatrier l’or © Tamara Abdul Hadi

Grass a expliqué que ce sont tous des symptômes évidents aujourd’hui et « par conséquent, les banques centrales pourraient avoir vu cela venir bien avant que le public ne s’en rende compte ».

Il a dit qu’il est raisonnable de prétendre que le monde s’éloigne d’un système centralisé.

« Si nous suivons cette tendance, il devrait être évident que la prochaine étape sera une rupture en unités plus petites que les États-nations. Avec une telle fragmentation géopolitique vient aussi la décentralisation du pouvoir. »

Les analystes ont souligné que les pays de l’UE considèrent l’or comme une assurance au cas où ils finiraient par revenir à leurs monnaies nationales. Selon Grass, seul un imbécile croit que l’on peut créer de la richesse à partir de rien, et l’utiliser comme base pour un système durable.

« Notre système est basé sur 7% de billets papier et 93% d’écritures numériques soutenues par rien d’autre que la promesse de la banque centrale de rembourser la dette à l’avenir par l’inflation et la fiscalité. »

Il a expliqué que dans le monde occidental, le gouvernement oblige les gens à abandonner entre 35% et 65% de leurs revenus pour les mettre dans des véhicules obligatoires tels que les fonds de pension, l’assurance retraite, les impôts, etc.

« Si vous enlevez 100% des fruits du travail d’une personne, c’est défini comme de l’esclavage… Donc, il y a encore de la marge mais ça ne semble pas bien non plus. »

Grass a ajouté que « la désintégration accélérée de la zone euro et l’apparition de partis nationalistes et de droite qui ont une politique claire, va à l’encontre de l’UE ».

« C’est juste une question de temps avant que l’euro, la devise la plus artificielle jamais créée, ne  s’effondre », a t-il conclu.

Russia Today

Traduit par jj, relu par xxx pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-glas-sonne-pour-leuro

 

La zone euro a officiellement bouclé une « décennie perdue »

La zone euro a officiellement bouclé une « décennie perdue »


Mais les médias refusent de l’admettre


Par Ramin Mazaheri – Le 31 janvier 2018 – Source The Saker

Résultat de recherche d'images pour "décennie perdue"
Avec les données récemment publiées selon lesquelles son taux de croissance en 2017 était de 2,5%, la zone euro a officiellement bouclé une « décennie perdue » : son taux de croissance annuel moyen de 2008 à 2017 était de 0,6%.
 
Ouaouh… c’est mauvais. C’est encore pire que « les 20 années perdues du Japon ». Les deux « décennies perdues » du Japon ont toutes deux surpassé les performances récentes de la zone euro :

  • Japon 1991-2000 : taux de croissance de 1,4%.
  • Japon 2001-2010 : taux de croissance de 0,7%.
     
    Le calcul de ces chiffres, à l’ère d’Internet, a nécessité environ 10 minutes de recherche et l’utilisation de mathématiques de classe de 4e.

Personne ne doute que le Japon ait traversé ces « 20 années perdues » mais mon article est probablement le premier qui déclare clairement qu’une « décennie a été perdue » et le sera pour toujours dans les livres d’histoire pour la zone euro. Comment est-ce possible, alors que les médias traditionnels ont eu des centaines d’occasions de proclamer cette évidence ?

Le message des grands médias de langue anglaise était plutôt – invariablement, universellement, dans une coordination/collusion presque conspirationniste : « La croissance de la zone euro atteint son plus haut niveau en une décennie ».

Mais qui se soucie de 2008-2016 ? Il ne faut pas vivre dans le passé, 2017 a été une performance décente, alors concentrez-vous là-dessus !

C’est comme si, après 40 ans d’économie néolibérale, l’année 2017 était finalement celle où l’effet du ruissellement a commencé à se faire sentir pour de bon !

Ouais, eh bien… les 99% se préoccupent de 2008-2016, alors honte aux médias grand public de ne pas savoir comment rendre compte de l’économie avec même un minimum de responsabilité envers la personne moyenne.

Suis-je injuste ?

Le taux de croissance économique annuel est-il le meilleur moyen de déterminer s’il existe une « décennie perdue » ou non ?

Une bonne question, car il n’y a pas de définition convenue.

Certes, les médias capitalistes sont plus obsédés par la croissance annuelle du PIB que par toute autre statistique, et la zone euro est un bloc (corrompu, antidémocratique) aussi capitaliste que l’on peut l’imaginer. Par conséquent, je leur fais une faveur en utilisant leur mesure préférée.

Franchement… Je pense que les pro-capitalistes devraient accepter mon utilisation du taux de croissance et ne pas pousser leur chance, parce que cela semble bien pire avec des jauges plus appropriées.

Le PIB par personne est une statistique un peu meilleure que le PIB, et devrait être proche d’un petit cœur capitaliste : la moyenne de la zone euro était de 29 400€ en 2008 et a grimpé d’environ 33€ par an à 29 700€ en 2016, ce qui donne 0,1% de croissance annuelle. Bien sûr, avec une austérité appliquée année après année dans la zone euro – qui fait porter l’effort sur les contribuables pour assurer les services sociaux promis par le gouvernement – il est risible que 33€ de plus par an soit suffisant pour que la personne moyenne reste à flot.

Qu’en est-il du PIB nominal, qui est meilleur que le PIB réel parce qu’il inclut l’inflation ? Il est passé de 14 100 milliards d’euros en 2008 à 11 900 milliards d’euros en 2016. C’est une énorme baisse de 16%, aïe !

Que diriez-vous d’un des autres instruments préférés du capitaliste, le ratio dette sur PIB ? C’est une statistique stupide car elle ne fait aucune distinction entre bonne dette (éducation, R et D, infrastructure plus efficace, etc.) et mauvaise dette (sauvetage bancaire, paiements d’intérêts composés, etc.), mais utilisons-la quand même : le ratio dette sur PIB de la zone euro s’élevait à 68,6% en 2008 et a grimpé à 89,2% en 2016. Certainement pas une décennie perdue pour les banquiers qui ont bien profité de cette énorme augmentation de la dette, c’est sûr.

Oui, je n’ai pas compilé toutes les données 2017 pour ces statistiques, mais il n’y aura pas de miracle pour tirer magiquement tous ces chiffres dans la bonne direction, ou même hors de la zone rouge dans de nombreux cas… même si c’est ainsi que les médias traditionnels ont rapporté cette « année exceptionnelle » de 2017.

Les journalistes savent distinguer les bons taux de PIB des mauvais

(Je vais vous raconter ce qui s’est passé  : ils ont commencé à renvoyer les journalistes chevronnés et audacieux de plus de 50 ans qui commençaient à parler de retraite, et les ont remplacés par des jeunes de 25 ans, pas chers et stupides…).

Dans mon travail de journaliste quotidien, je dois parfois interviewer de hauts financiers. Je leur ai récemment demandé : « Est-ce que la croissance à 2% sur le long terme est maintenant acceptable ? ». Et la réponse était, invariablement, « Bien sûr que oui ».

Non, ça ne l’est pas. Mais la haute finance ne se soucie pas de la lenteur de la croissance car leurs secteurs – la finance, les assurances, l’immobilier – ont été complètement détachés de l’économie grâce à la dérégulation du néolibéralisme. Je pourrais aussi bien leur demander si la croissance de 3% de la production de thé vert dans la province de Shangdong est assez bonne pour eux. Ils ne s’en soucient PAS parce que ce n’est pas pertinent pour leur monde.

Tout ce dont ils se préoccupent actuellement, c’est que l’assouplissement quantitatif, ou renflouement par l’État, s’occupe de leurs secteurs d’activité sans améliorer la vie du citoyen moyen… Ce qui a clairement été le cas. Les obligations, les actions, l’immobilier, les biens de luxe/objets de valeur comme les peintures de Léonard de Vinci sont tous à des niveaux incroyablement élevés… ce qui est la preuve qu’ils ne sont vraiment pas attachés à l’économie réelle.

Malheureusement, ces hauts financiers possèdent les médias privés dans la zone euro. Et maintenant ils possèdent aussi les gouvernements européens. Beaucoup de journalistes traditionnels n’ont aucune idée de ces réalités… Ceux qui savent vraiment savent aussi qu’ils ne peuvent pas vraiment parler de ces choses s’ils veulent garder leur emploi.

Même si c’est le meilleur taux de croissance de la dernière décennie, 2.5% en 2017 n’est tout simplement pas assez bon… et nous devrions tous le savoir dans le journalisme. (Aparté : Il ne va même pas se maintenir à ce niveau – une contraction de la croissance en zone euro à 2,4% est prévue pour 2018).

En fait, 2,5% était auparavant considéré comme une croissance dans des époques de récession. De 1975 à 1987, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France avaient tous entre 1,8 et 2,5% de croissance annuelle moyenne, et cette période est universellement considérée comme une ère de récession.

La France nous donne un bon exemple de pourquoi ce taux de croissance national de 1,9% en 2017 n’est pas assez bon. Cela a d’ailleurs laissé les journalistes de RFI (plutôt désemparés) se demandant qui devait en « réclamer la paternité » : la France connaît un chômage record depuis des années, et les économistes disent qu’une croissance de 1,5% est nécessaire pour commencer à créer des emplois. La France a dépassé 1,5%, mais le nombre des chômeurs a encore augmenté de 3% en 2017 (personne en France à part moi ne semble le signaler correctement).

Oui, 2,5% de croissance c’est en réalité très faible ! C’est à peine le niveau pour maintenir l’équilibre, et je veux le dire clairement : à peine assez pour maintenir l’infrastructure, et certainement pas assez pour construire de nouvelles infrastructures. Il suffit de regarder autour de soi dans les pays occidentaux au cours des dernières décennies pour voir que c’est vrai.

Qu’est-ce qu’un taux assez bon ?

Eh bien, les personnes âgées le savent, parce qu’elles l’ont vu : par exemple, de 1945 à 1975, le taux de croissance de la France est tombé en dessous de 4% moins d’une poignée d’années.

C’est un stratagème commun d’accuser, pour le ralentissement économique de l’après 1975, l’augmentation des prix du pétrole, mais si vous pouvez me prouver que les prix du pétrole sont à eux seuls responsables d’une réduction de 100 points du PIB national (2,5 points par an), alors s’il vous plaît éclairez-moi.

La vraie raison n’est pas le prix plus élevé du pétrole et de ces maudits musulmans. La raison en est le programme néolibéral, qui a commencé à être mis en œuvre à partir de 1980. Mais c’est quelque chose qu’ils ne peuvent jamais dire dans les médias grand public, parce que la plupart d’entre eux ne peuvent pas même définir correctement ce qu’est le « néolibéralisme » si vous le leur demandez. Tout ce qu’ils savent c’est TINA : There Is No Alternative (au capitalisme). Et ils ne peuvent pas être en mesure de faire des mathématiques de 4e. En outre, blâmer les musulmans fait vendre plus de journaux et accrocher plus de téléspectateurs devant leur poste.

Quand pouvons-nous convenir que le capitalisme produit des taux de croissance plus faibles que le socialisme ?

Quel est le taux auquel on devrait s’attendre ?

Parce que je suis socialiste et anticapitaliste, je propose un modèle très différent, un modèle qui s’appuie sur la planification centrale, qui évite les crises inhérentes au capitalisme, qui vise à élever les plus pauvres d’abord, qui considère la spéculation de toutes sortes comme immorale, qui voit le capitalisme seulement comme un moyen et jamais comme fin. Je veux montrer le modèle économique du socialisme, et je suggère simplement de regarder les faits d’une manière intelligente.

Commençons par l’éléphant dans la pièce, pour lequel vous n’avez d’autre explication que « ce sont des crypto-capitalistes » – la Chine.

Pendant l’ère Mao de 1949-1978 – ou plutôt, la « première ère socialiste chinoise » − parce que Mao n’était pas un dirigeant autoritaire mais le leader d’un modèle démocratique-socialiste − le taux de croissance de la Chine était de 7% par an. Il était à égalité avec les États-Unis sur leur même période, malgré le fait que la Chine était soumise à un blocus brutal, et même si elle ne bénéficiait pas de tous les avantages culturels et financiers dont jouissaient déjà les États-Unis. De 1978 à 2012, en dépit d’une plus grande opposition internationale et des deux longues périodes de récession en Occident qui avaient ralenti la croissance mondiale, la Chine a utilisé la planification centrale pour atteindre 9,4% par an.

La première ère socialiste chinoise a été caractérisée par un superbe coefficient de Gini, qui mesure les niveaux d’inégalité des revenus dans une société. L’ère post-Mao a vu le coefficient de Gini s’aggraver, certes, mais la planification socialiste a conduit à la réduction massive des plus pauvres de la nation grâce à une augmentation de 17% des salaires manufacturiers depuis 2002. Le néolibéralisme a fait en sorte que non seulement les salaires occidentaux ne surpassent pas le piètre taux de croissance économique annuel, mais ils sont restés stables ou en baisse pendant quatre décennies (à l’exception des revenus du 1%). Ainsi, la Chine a créé la plus grande classe moyenne au monde, au moment ou la classe moyenne occidentale perdait sa part du gâteau.

Je calcule le taux de croissance de la Chine de 2008 à 2017 à 7,4%. Je pensais que les capitalistes étaient censés faire plus d’argent, de biens et de services que les socialistes inefficaces et paresseux ?

« Ah, mais la Chine est différente » me direz-vous. « Pourquoi le taux de croissance du PIB chinois ne nous dit-il rien sur son économie ? » et que ses nombreuses variations, peuvent être trouvées dans de nombreux médias capitalistes comme Fortune. Devrions-nous maintenant retenir notre souffle en attendant un article intitulé « Pourquoi le taux de croissance du PIB de la zone euro ne nous dit rien de son économie  ? » dans Fortune.

Vous, les capitalistes, ne voulez jamais jouer selon les règles, même lorsque j’utilise vos règles ! Il n’y a pas de gagnant avec vous, sauf si vous gagnez. Mais, oui, la Chine continentale est différente : elle est bien gérée.

L’Iran est différent aussi. Ils ont ce que j’appelle un modèle « socialiste islamique iranien » et ils ont produit une croissance de 3% au cours des dix dernières années, ce qui est cinq fois mieux que la zone euro. La croissance iranienne est là malgré le renforcement incroyablement immoral (et anticapitaliste) d’un blocus international vraiment meurtrier, que l’Iran n’a pas autant les moyens de combattre que la Chine.

Cuba est un autre pays, qui est différent. Il a encore moins de ressources que l’Iran pour combattre un autre blocus international incroyablement immoral et vraiment meurtrier… et ils ont en moyenne cru de 2,8% au cours des dix dernières années.

Si on enlevait les chaînes imposées par l’étranger à l’Iran et à Cuba – chaînes  expressément conçues pour créer des difficultés économiques, fomenter une guerre civile et réinstaller des marionnettes impérialistes – il ne fait aucun doute que leurs philosophies économiques les auraient menés à la croissance stratosphérique chinoise.

La supériorité du modèle économique socialiste est évidente pour tous, sauf pour le 1% capitaliste et pour leurs médias. Cela explique sans doute pourquoi personne ne parle de la « décennie perdue» de la zone euro.

Mais c’est maintenant fait.

Postscript :

Je prédis que le terme « décennie perdue » sera utilisé pour la zone euro, et pas seulement pour le Japon, une fois que la crise de la dette souveraine de la zone euro réapparaîtra. L’ironie du mauvais boulot des médias traditionnels est que cela encourage ouvertement la Banque centrale européenne à mettre fin à sa politique d’assouplissement quantitatif. Cet assouplissement quantitatif doit se terminer cet automne, selon les règles de la zone euro mais du fait qu’elle aura littéralement épuisé les obligations achetables.

L’automne dernier, j’ai publié un examen en sept parties de 130 pages de ce qui se passera lorsque la BCE arrêtera le programme d’assouplissement quantitatif. Vous pouvez même sauter à la partie 4 – « La zone euro : toujours plus prête que jamais à s’effondrer » – mais pour ceux qui n’ont pas le temps, je vais résumer brièvement ici.

Parce que l’assouplissement quantitatif de la BCE n’a pas créé de croissance économique dans « l’économie réelle » (comme en témoigne cette « décennie perdue » de faibles taux de croissance annuels) et a plutôt alimenté des bulles records dans les actions, les obligations et l’immobilier (le domaine du 1%), je conclus que la zone euro, la plus grande macroéconomie du monde, n’est pas fondamentalement différente de ce qu’elle était au moment du pic de la crise de la dette souveraine européenne en 2012. En effet, l’assouplissement quantitatif a seulement acheté un sursis temporaire au 1% et aux spéculateurs, mais l’heure des comptes arrive. Ce constat est aggravé par les politiques atroces et vraiment meurtrières d’austérité et de ces assouplissements quantitatifs, qui ont été imposées à l’ensemble du bloc depuis 2012. Malheureusement, les choses sont bien pires dans la zone euro qu’en 2012, malgré la propagande absurde que 2,5% est un signe de grande santé économique. Lorsque les taux obligataires commenceront à remonter cet automne, cela affectera tout le monde, mais surtout les pays capitalistes.

Il existe une forme planification centralisée dans ce système capitaliste, c’est celui organisé par le 1%. Dans les différentes formes de socialisme – chinoise, cubaine, iranienne, etc. – malgré tout ce que vous pouvez penser de ces pays, au moins leur planification n’est pas faite par le 1%, et leurs résultats supérieurs sont évidents.

Ramin Mazaheri est le correspondant en chef de PressTV à Paris et vit en France depuis 2009. Il a été journaliste aux États-Unis et a fait des reportages en Iran, à Cuba, en Égypte, en Tunisie, en Corée du Sud et ailleurs. Son travail a été publié dans diverses revues, magazines et sites Web, ainsi qu’à la radio et à la télévision. Il peut être lu sur Facebook.

Note du Saker Francophone

Nous vous proposons un nouvel auteur, qui intervient déjà sur le site du Saker en anglais. Cet article donne déjà le ton de sa pensée économique et idéologique. On peut cependant souligner que les taux de croissance ne sont pas liés au seul modèle économique mais aussi à la pyramide des âges ou à la difficulté de faire croître une économie mature.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-zone-euro-a-officiellement-boucle-une-decennie-perdue

 

Faire plonger le dollar, une arme de plus dans la guerre commerciale ?

Faire plonger le dollar, une arme de plus dans la guerre commerciale ?

Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin à Washington le 12 janvier 2018 / © AFP/Archives / Brendan Smialowski

Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a tenté d’estomper jeudi à Davos ses déclarations abruptes de la veille qui se félicitaient d’un dollar plus faible, faisant plonger le billet vert.

La veille, le ministre des finances de Donald Trump avait propulsé l’euro à des sommets depuis trois ans en affirmant qu’un « dollar plus faible » était « bon » pour les Etats-Unis puisqu’il favorise « le commerce et les opportunités ».

L’idée est qu’un dollar plus faible va rendre les exportations américaines plus compétitives tandis qu’en renchérissant les prix à l’importation, il va décourager celles-ci et donc réduire le déficit commercial de la première économie mondiale, un des objectifs du président Trump.

Mais devant les remous des marchés, M. Mnuchin a en partie atténué ses propos au 2e jour de sa visite au Forum économique de Davos. « A court terme, le niveau actuel du dollar n’est pas un problème pour moi (…). A long terme je crois fondamentalement dans la force du dollar », a-t-il déclaré sur la chaîne financière CNBC.

L’éloge surprise d’un dollar faible a été rebutée par le patron de la BCE Mario Draghi à Francfort jeudi. Sans citer son auteur, M. Draghi a dénoncé « la communication » de cette « autre personne » qui « ne se conforme pas aux termes convenus » depuis « des décennies » entre partenaires internationaux.

Il a appelé à la « retenue » et relu haut et fort un des derniers communiqués adopté en octobre lors des réunions du FMI « nous nous abstiendrons de mener des dévaluations compétitives, et nous ne ciblerons pas nos taux de change à des fins de compétitivité ».

– Guerre commerciale –

La position de Steven Mnuchin a semblé brandir une arme supplémentaire dans la guerre commerciale menée par Washington qui veut promouvoir « l’Amérique d’abord ».

« Cela fait un peu partie de la guerre commerciale », a affirmé Joseph Gagnon, économiste au Peterson Institute for International Economics (PIIE) qui se félicite de cette déclaration.

« J’étais content d’entendre ça. Un dollar fort a été très dommageable et cela dure depuis trop longtemps », estime cet économiste, affirmant que l’Europe et surtout l’Allemagne ont profité de cet écart des devises pour gonfler leur excédent commercial avec les Etats-Unis.

« Quand l’euro était tombé à 1,09 dollar, c’était bien trop faible. Je pense qu’à taux d’intérêt et cycle économique comparables, l’euro devrait être à 1,50 », assure cet ancien économiste de la Fed.

Au vu de l’ampleur de la réaction sur le marché des changes, —l’euro ayant passé le cap des 1,25 jeudi à New York–, le secrétaire au Commerce Wilbur Ross, lui-aussi à Davos, a voulu calmer le jeu avant l’arrivée de Donald Trump jeudi. Il a assuré que son collègue du Trésor n’avait pas voulu agir sur le billet vert: « il ne préconisait rien. Il disait simplement, ce n’est pas la plus grande préoccupation du monde pour nous en ce moment ».

Les mots de Steven Mnuchin auraient-ils dépassé sa pensée ? Pas sûr. Pour Joel Naroff, économiste indépendant interrogé par l’AFP, « M. Mnuchin est un homme qui dit ce qu’il pense, sans trop de filtre ».

« Parlait-il au nom de tout le gouvernement, je ne sais pas. Mais je soupçonne qu’ils vont être contents si le dollar baisse », a-t-il ironisé.

– Stratégie risquée –

Mais pour d’autres observateurs, c’est une stratégie risquée pour l’administration que de faire baisser le billet vert par des commentaires.

« Cela peut provoquer une course des devises vers le bas car tout le monde veut avoir une monnaie plus compétitive que le dollar ou que son partenaire commercial », prévient Greg Daco, économiste en chef d’Oxford Economics aux Etats-Unis.

Certains pays émergents, voire la Chine, pourraient ainsi laisser déprécier leur monnaie pour rester compétitifs commercialement. Il évoque même la zone euro qui « optant pour la façon la moins dérangeante possible pourrait choisir de retarder la remontée des taux d’intérêt » ce qu’a fait Mario Draghi jeudi en excluant que la BCE puisse relever ses taux cette année.

D’autres soulignent aussi que si un dollar plus faible peut réduire le déficit commercial américain, il présente également le risque d’importer de l’inflation.

Les prix à l’importation deviennent plus chers, accélérant l’inflation ce qui peut en retour décourager les consommateurs et ralentir leurs dépenses, moteur de l’économie américaine.

« Il faut garder cela à l’esprit quand on parle de dollar plus faible. Ce n’est pas nécessairement entièrement positif. C’est peut-être une déclaration audacieuse mais est-elle judicieuse ? », s’interroge M. Daco.

(©AFP / 25 janvier 2018 18h23)

https://www.romandie.com/news/Faire-plonger-le-dollar-une-arme-de-plus-dans-la-guerre-commerciale-/884263.rom

La montée de l’euro face au dollar pèse sur la Bourse de Paris. Suez Environnement subit la plus forte baisse de son histoire boursière. De son côté, Wall Street grimpe sur de nouveaux records.

investir.fr | |

La montée de l’euro face au dollar pèse sur la Bourse de Paris. Suez Environnement subit la plus forte baisse de son histoire boursière. De son côté, Wall Street grimpe sur de nouveaux records.

image: https://investir.lesechos.fr/medias/2018/01/24/1736151_1516781805_paris4_565x377p.jpg

Palais Brongniart

La séance de Bourse du 24 janvier | Crédits photo : Shutterstock

Ce début d’année 2018 est le pire que le dollar américain ait connu depuis 1987. Le Dollar Index, qui agrège l’évolution du billet vert face à un panier de devises, a chuté de 3,2% depuis le premier janvier. Le dollar est tombé sur un plus bas de trois ans face à l’euro face à l’euro aujourd’hui. Cela est de bon augure pour Wall Street ; le Dow Jones, le S&P 500 et le Nasdaq ont tous inscrit de nouveaux records historiques dès l’ouverture.

Mécaniquement, l’euro recule face au dollar. La monnaie unique a inscrit un nouveau plus haut de trois ans à 1,2403 dollar, ce mercredi, à la veille de la décision monétaire de la Banque centrale européenne. Ce mouvement est par ailleurs soutenu par l’indice préliminaire PMI Markit composite (synthèse entre l’industrie et les services), publié dans la matinée, qui a atteint 58,6, son meilleur niveau depuis juin 2006. Cela témoigne d’une certaine solidité de l’activité du secteur privé dans la zone euro au mois de janvier.

Pour Steve Mnuchin, la baisse du dollar est une aubaine

« La zone euro a pris un excellent départ en 2018, l’activité affichant un rythme d’expansion inconnu en près de 12 ans, compatible avec un taux de croissance particulièrement élevé, proche de 1%, au premier trimestre », prédit Chris Williamson, chef économiste chez IHS Markit. Il s’attend d’ailleurs à ce que « les prévisionnistes relèvent leurs estimations de croissance et d’inflation pour la zone euro en 2018, et à ce que les responsables monétaires se montrent moins accommodants ».

De son côté, le dollar est affecté par les dernières déclarations du secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin. Il a déclaré depuis Davos que la faiblesse du dollar est une aubaine pour les exportations américaines. Le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, a surenchéri en annonçant que les Etats-Unis envisagent des mesures supplémentaires pour soutenir ses exportations. Le billet vert est par ailleurs freiné par la poursuite du ralentissement de la croissance de l’activité dans le secteur des services aux Etats-Unis en janvier, tombée à un plus bas de neuf mois, selon l’enquête PMI Markit, malgré un bon début d’année dans l’industrie.

Suez chute de près de 17%, plus forte baisse de son histoire

Le Cac 40 a perdu 0,72% à 5.495,16 points dans un volume d’affaires de 3,5 milliard d’euros. La tendance était similaire ailleurs en Europe.

Suez Environnement était au cœur de l’attention à Paris. Le groupe a revu ses objectifs de rentabilité en baisse pour 2017 et donné des prévisions que le marché a jugé trop peu ambitieuses pour 2018. L’action enregistre ainsi la plus forte baisse de son histoire, et entraine e secteur des « utilities » dans son sillage. Veolia Environnement accuse la deuxième plus forte baisse du Cac 40.

A l’inverse, la progression de Novartis, qui table sur une croissance de son bénéfice opérationnel plus rapide que celle de ses ventes en 2018, soutient Sanofi, quatrième capitalisation du Cac 40. Carrefour surperforme également la tendance alors que Bernstein et HSBC ont relevé leur recommandation sur le titre, de « sous-performance » à « performance en ligne » pour le premier et de « alléger » à « conserver » pour le second.

Enfin, STMicroelectronics enregistre la plus forte baisse de l’indice français après que Morgan Stanley a dégradé l’américain AMS, dans le même secteur, en raison d’une faible demande pour l’iPhone X. Morgan Stanley a déclaré que STMicroelectronics et Dialog Semiconductor devraient également être touchés.

En savoir plus sur https://investir.lesechos.fr/marches/actualites/cac-40-euro-dollar-petrole-indices-pmi-la-seance-de-bourse-du-24-janvier-1736151.php#s4k9OEfxphGjlLDB.99

L’euro monte face au dollar, aidé par des données européennes

L’euro monte face au dollar, aidé par des données européennes

Londres (awp/afp) – L’euro montait face au dollar jeudi, aidé par des données encourageantes en zone euro tandis que le billet vert souffrait d’une certaine prudence de la Réserve fédérale américaine (Fed) malgré un bond des créations d’emplois dans le secteur privé aux États-Unis.

Vers 14H00 GMT (15H00 HEC), l’euro valait 1,2066 dollar, contre 1,2014 dollar mercredi vers 22H00 GMT.

La monnaie unique européenne montait également face à la devise japonaise, à 136,10 yens pour un euro – grimpant même vers 13H45 GMT à 136,22 yens, un nouveau plus haut depuis fin octobre 2015 – contre 135,17 yens mercredi soir.

Le billet vert montait un peu face à la monnaie nipponne, à 112,79 yens pour un dollar contre 112,52 yens la veille.

« L’euro a repris sa hausse face au dollar après la publication d’indicateurs sur le secteur des services dans plusieurs grands pays de la zone euro (en particulier en Allemagne) biens reçus » par les cambistes, a observé David Madden, analyste chez CMC Markets.

Mais le ton sur le marché des changes restait donné par le billet vert, qui souffrait un peu depuis le début de la séance jeudi de la publication la veille du compte-rendu de la dernière réunion du Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) qui avait débouché le mois dernier sur une troisième hausse des taux d’intérêt en 2017.

« Les minutes n’ont pas permis de fournir plus d’indices sur les perspectives de la politique monétaire de la Fed au-delà de ce qui a déjà été communiqué en décembre », a relevé Lee Hardman, analyste chez MUFG.

Elles ont en effet « confirmé que presque tous les membres du Comité ont réaffirmé s’attendre à ce que des hausses progressives des taux soient appropriées » en 2018 en raison d’une croissance un peu supérieure à la tendance, un marché du travail robuste, une amélioration des conditions financières et le stimulus économique découlant de la réforme fiscale, a expliqué l’analyste.

Mais les membres de la Fed se sont tout de même montrés plutôt divisés sur l’évolution des taux d’intérêt en 2018, car les perspectives d’inflation restent source d’interrogations.

« L’impression générale qui se dégage de la réunion de décembre est que l’obstacle qui sépare la Fed d’une accélération de son resserrement monétaire, au-delà de ses prévisions de trois nouvelles hausses en 2018, reste élevé », a résumé M. Hardman.

Et comme l’a fait remarqué Lukman Otunuga, analyste chez FXTM, « si les responsables (de la Fed) ont exprimé un certain optimisme sur le marché du travail américain et pensent que la baisse des impôts pourrait relancer les dépenses de consommation, les inquiétudes sur la faiblesse de l’inflation ont continué d’imprégner les minutes ».

Jeudi, les cambistes digéraient l’annonce d’un bond inattendu des créations d’emplois dans le secteur privé aux États-Unis en décembre, mais restaient prudents à la veille de la publication du rapport officiel mensuel sur l’emploi et le chômage dans la première économie mondiale, un indicateur majeur pour en jauger la santé économique.

Vers 14H00 GMT, la livre britannique baissait face à la monnaie unique européenne, à 89,14 pence pour un euro, mais montait face au billet vert, à 1,3535 dollar pour une livre.

La devise suisse baissait face à l’euro, à 1,1772 franc suisse pour un euro, mais montait face à la devise américaine, à 0,9756 franc pour un dollar.

La monnaie chinoise s’appréciait face au billet vert, à 6,4960 yuans pour un dollar contre 6,5030 yuans mercredi vers 15H25 GMT.

L’once d’or a fini à 1.313,70 dollars au fixing du matin, contre 1.314,90 dollars mercredi au fixing du soir.

Le bitcoin valait 14.577,55 dollars contre 15.029,47 dollars mercredi vers 22H00 GMT, selon des chiffres compilés par le fournisseur de données financières Bloomberg.

Cours de jeudi Cours de mercredi

———————————-

14H00 GMT 22H00 GMT

EUR/USD 1,2066 1,2014

EUR/JPY 136,10 135,17

EUR/CHF 1,1772 1,1739

EUR/GBP 0,8914 0,8890

USD/JPY 112,79 112,52

USD/CHF 0,9756 0,9771

GBP/USD 1,3535 1,3515

acd/js/la

(AWP / 04.01.2018 15h31)

https://www.romandie.com/news/L-euro-monte-face-au-dollar-aide-par-des-donnees-europeennes/877807.rom