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Un gazoduc entêté

Un gazoduc entêté

13 Septembre 2020

Il y a une dizaine de jours, les manchettes de notre bonne presse se réjouissaient ouvertement de la possible mort du Nord Stream II suite à la mascarade Navalny, prouvant presque par défaut que les deux affaires étaient liées. Aucune surprise pour les lecteurs de nos Chroniques :

A l’Ouest de l’échiquier eurasien, la farce Navalny est une énième tentative foireuse, et tellement prévisible, de découpler le Rimland européen et le Heartland russe :

En cet auguste mois, la journaloperie a trouvé son feuilleton de l’été. Une vraie saga, avec empoisonnement raté et opposant ciblé par le terrible Poutine, mais qui peut quand même tranquillement partir à l’étranger se faire soigner, et dont la guérison miraculeuse rendrait jaloux le sanctuaire de Lourdes. Le scénario est quelque peu bancal mais nos plumitifs ne sont plus à ça près…PUBLICITÉ

Derrière cette mascarade, évidemment, la pression impériale pour renouveler/durcir les sanctions euronouilliques à l’égard de Moscou, notamment à un moment charnière pour le Nord Stream II. Frau Milka a bien vu la manœuvre et veut absolument découpler les deux événements : la gazoduc n’a rien à voir avec le blogueur, meine Herren, qu’on se le dise.

Depuis, dame Angela a reçu les pressions adéquates et, en bonne euronouille feudataire, semble avoir à moitié retourné sa gabardine. Sur le cas Navalny, mais pas seulement, nous y reviendrons dans le prochain billet…

Sans surprise, le Nord Stream II est à nouveau sous le feu des critiques de tout ce que l’Allemagne et l’UE comptent de pions impériaux. C’était évidemment le but de la manœuvre alors que, comme nous l’expliquions en juillet, l’achèvement du pipeline de la discorde se jouera dans les arrêts de jeu.

Cependant, les fidèles piliers de l’empire ont dû mettre un peu d’eau (baltique ?) dans leur coca cola. Si la Première Ministre danoise a tombé le masque, avouant qu’elle avait toujours milité contre le tube, le fait que Berlin n’ait pas réagi au quart de tour pour annuler le gazoduc a semble-t-il pris de court les impatients affidés de Washington.

Même CNN, dans un article remarquable d’objectivité (une fois n’est pas coutume), s’est cru obligé de reconnaître que l’abandon du projet n’était pas aussi simple. En cause, cette satanée et agaçante réalité économique, sur laquelle se fracassent souvent les mirages impériaux faits de sable et de vent.

La mise en place du Nord Stream II fera baisser le prix du gaz de 25% en Europe. De plus, les compagnies énergétiques européennes ont déjà investi cinq milliards d’euros dans le projet et n’ont pas l’intention de les passer par pertes et profits, pouvant d’ailleurs réclamer des dommages et intérêts aux Etats responsables de l’annulation.

C’est ce qu’a dit en substance Klaus Ernst, président de la Commission de l’économie et de l’énergie du Bundestag et membre du parti Die Linke. Chose intéressante, les divisions de la scène politique allemande sur le pipeline se font jour au sein même des partis et un petit point sur la situation n’est peut-être pas inutile.

Les élections fédérales de 2017 ont donné la législature suivante, le gouvernement de coalition mis en place par Merkel comprenant la CDU/CSU et le SPD :

La CDU est divisée, certains appelant à l’arrêt des travaux, d’autres à leur continuation. D’après ce qu’on en sait, la CSU souhaite la poursuite du projet. Quant au SPD, ses ténors ont toujours été et restent favorables au Nord Stream II (n’oublions pas que l’ancien leader du parti, Schröder, est le patron du consortium). Voilà pour la coalition gouvernementale.

Le reste du Bundestag a également son mot à dire. Là aussi, la division règne et l’on retrouve d’ailleurs, mise à la sauce allemande, notre fameuse opposition entre Li-Li et Bo-Bo :

J’ai plusieurs fois abordé dans les commentaires la véritable division de la politique française et, partant, européenne, depuis un demi-siècle et qui transcende la fausse opposition droite-gauche : BO-BO vs LI-LI. D’un côté, la droite bonapartiste et la gauche « bolchévik », qui prend sa naissance dans l’alliance de facto entre De Gaulle et le PCF et court jusqu’à l’actuel duo Le Pen-Mélenchon. Ce courant indéniablement patriote a depuis plus de cinquante ans une certaine idée de l’indépendance nationale et de l’équilibre international, étant très critique vis-à-vis du système impérial américain et de ses alliances pétromonarchiques, préconisant un rapprochement avec la Russie, plus récemment avec l’Iran, Assad etc. Dans les années 60, le grand Charles et les communistes ont fait partir l’OTAN ; en 1991, Georges Marchais et Le Pen père s’opposaient à la guerre du Golfe, rebelote en 1999 et la guerre du Kossovo, jusqu’au copié-collé actuel des positions du FN et du FG sur toutes les questions internationales. Ce qui est vrai en France l’est également en Europe : sur la Syrie, l’Ukraine, la Russie ou le Moyen-Orient, UKIP, Podemos, Syriza, La Ligue du nord, Wildeers disent exactement la même chose. Jamais à court de mépris, la mafia médiatique parle d’alliance, populiste forcément, « rouge-brune ».

Car les médias appartiennent tous à l’autre bord, le système LI-LI (droite libérale et gauche libertaire) qui a pris le pouvoir au tournant des années 70 (Giscard + soixante-huitards) et ne l’a plus lâché depuis (UMPS). Ce courant est marqué par un tropisme pro-américain évident. Est-ce un hasard si les maoïstes de Mai 68, peut-être d’ailleurs l’une des premières révolution de couleur de l’histoire de la CIA, sont aujourd’hui les plus fervents supporters des guerres néo-conservatrices (BHL, Cohn-Bendit, Glucksman, Barroso) ? Les LI-LI vouent une admiration béate pour l’UE, l’OTAN et la pax americana, une haine féroce envers Poutine et le monde multipolaire etc. Au fil des décennies, ce système est devenu un tout à peu près cohérent, unifié. Union européenne = médias = OTAN = UMPS = alliance saoudienne = TAFTA = soutien au Maidan ou aux djihadistes syriens…

Retour au Bundestag. Sans surprise, les Verts et les libéraux du FDP s’opposent au Nord Stream II. Fidèles à leur hypocrisie désormais légendaire, les « écologistes » préfèrent sans doute le transport extrêmement polluant du gaz naturel liquéfié US ou qatari par méthaniers…

A l’inverse, Die Linke (partiellement) et l’AfD (totalement), américano-sceptiques dans l’âme, sont favorables à la poursuite du projet, ce qui ne manquera pas d’entraîner les habituels commentaires du camp du Bien sur ces horribles « populistes d’extrême-drouaaate » mangeant dans la main de l’abominable Poutine des neiges.

On le voit, jusqu’à présent, la farce Navalny n’a eu pour effet que d’exacerber des divisions déjà existantes sans réussir (encore ?) à faire dérailler le gazoduc de la discorde. Le feuilleton de l’été continue…Tag(s) : #Gaz#Europe

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Biélorussie : Moscou a la main

6 Septembre 2020

Chers amis, je sais que je vous avais promis un billet sur les tensions sino-américaines en Orient mais des éléments importants nous sont parvenus de Biélorussie.

Nos bons médias n’ont pas manqué de tomber dans l’habituel sensationnalisme russophobe quand Poutine a déclaré, il y a quelques jours, qu’il était prêt à envoyer des renforts à Minsk, oubliant évidemment de rapporter les précisions importantes de Vladimirovitch :

  1. seulement si la situation devient hors de contrôle
  2. ce qui est loin d’être le cas actuellement.

D’autres, habituels trolls des think tank ou de Langley, poussent, sans rire et pour la énième fois, leur chansonnette éculée : si Loukachenko tombe, l’abominable Vlad des neiges pourrait suivre. Le monotone refrain tourne en boucle depuis presque vingt ans…PUBLICITÉ

Curieusement, la presse espagnole est bien plus pertinente dans ses analyses, comme cet article titré Le grand moment de Poutine en Biélorussie : « Les manifestations qui se répètent chaque jour (…) non seulement ne constituent pas un obstacle pour les plans du président russe, mais les facilitent en affaiblissant le dictateur biélorusse. [Celui-ci] est exactement où le Kremlin veut le voir : contre les cordes. » C’est peu ou prou ce que nous expliquions dans nos précédents billets.

De fait, Moscou semble jouer sur les deux tableaux. D’un côté, l’ours assure un Loukachenko affaibli de son soutien ; de l’autre, il continue de lorgner sur l’opposition, assez divisée comme nous l’expliquions le mois dernier :

Après avoir passé tout le mois de juillet à taper sur Moscou (mise à l’écart de Babariko, tour de magie des 33 « mercenaires » russes arrêtés), le grand benêt de Minsk a « gagné » ses élections avec un score soviétique. Personne ne peut évidemment y croire et la contestation a logiquement gagné les calmes rues biélorusses, avec son cortège de morts et de violence. Mais quelle contestation ?

En voulant donner des gages quelque peu infantiles de son indépendance vis-à-vis de l’ours, Loukachenko n’a-t-il pas affaibli l’opposition pro-russe au profit de l’opposition pro-occidentale ? Il est encore difficile de démêler l’écheveau tant les signaux sont contradictoires…

Après l’arrestation de Babariko, qui n’était certes pas le pion de Moscou mais travaillait tout de même pour Gazprom, Svetlana Tikhanovskaïa est devenue, à la tête d’un trio féminin inédit, la figure de proue de l’opposition. D’un côté, elle a préparé la présidentielle en organisant des concerts politiques gratuits avec de la musique russe et s’est alliée avec Veronika Tsepkalo, dont le mari, opposant à Loukachenko, s’est réfugié en Russie.

De l’autre, dame Svetlana, prof d’anglais de son état et femme de youtubeur (on connaît la propension des GAFAM à travailler main dans la main avec la CIA), est devenue l’égérie des médias occidentaux (voir par exemple cette tribune assez neuneu du Nouvel Oups) et s’est sauvée en Lituanie, fidèle soldat de l’OTAN.

De l’empire anglo-saxon ou de la mère Russie, vers qui son cœur, et celui de l’opposition, d’ailleurs relativement éclatée, penchera-t-il ?

En plein dans le mille, comme on va le voir. C’est en effet dans ce contexte que l’on vient d’apprendre, avec retard, la création en juillet d’un parti politique par Babariko (qui n’était pas encore arrêté) et Maria Kolesnikova, seule membre du « trio féminin » encore présente sur le territoire biélorusse et désormais championne de la contestation à Loukachenko.

Depuis que l’anglophile Svetlana Tikhanovskaïa s’est réfugiée en Lituanie, où elle essaie de continuer à exister, et Veronika Tsepkalo en Pologne (rejointe ensuite par son mari d’abord réfugié… en Russie), dame Maria a les coudées franches à Minsk et occupe le devant de la scène.

Or, qui dit Kolesnikova dit Babariko, donc Gazprom, donc… Moscou ? Une partie de la presse occidentale, plus pertinente dans sa russophobie, a senti le danger. S’il ne parle pas encore d’OPA du Kremlin sur le mouvement d’opposition, le Times anglais commence déjà à accuser, en termes voilés, la nouvelle égérie.

Simple hypothèse de votre serviteur : on peut même se demander si l’une des conditions russes en échange du soutien officiel à Loukachenko n’a pas été de ne pas toucher un cheveu de Kolesnikova et de la laisser occuper le terrain de la contestation. Ce ne serait d’ailleurs que justice, étant donné que Babariko a été le premier et principal opposant à l’autocrate moustachu avant d’être arrêté.

Mais si la chose se confirme, admirons la maestria du Kremlin, qui place à la fois le président biélorusse affaibli ET sa nouvelle adversaire dans une position d’obligés qui lui sont redevables. Nous en saurons sans doute plus dans les semaines à venir…

Tag(s) : #Europe#Russie

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Tensions

Tensions

4 Septembre 2020

La tension monte aux quatre coins de l’échiquier. Si, au fil du temps, l’empire américain déclinant a dû faire une croix sur le cœur de l’Eurasie, il s’arc-boute dans sa stratégie de containment et ne veut rien lâcher. Sans surprise, les élections américaines de novembre n’arrangent rien, comme le résume symboliquement cette image :

L’équipe de campagne de Joe l’Indien a trouvé son filon : Les leçons de russe sont chères, votez (pour moi). Ce à quoi le Donald répond : Si vous votez pour Biden, vous serez obligés d’apprendre le chinois. On s’amuse comme on peut dans le Washingtonistan. Une chose est sûre : aux Etats-Unis, les deux bêtes noires de l’empire serviront de punching ball jusqu’en novembre, ce qui convient parfaitement au Deep State

A l’Ouest de l’échiquier eurasien, la farce Navalny est une énième tentative foireuse, et tellement prévisible, de découpler le Rimland européen et le Heartland russe :PUBLICITÉ

En cet auguste mois, la journaloperie a trouvé son feuilleton de l’été. Une vraie saga, avec empoisonnement raté et opposant ciblé par le terrible Poutine, mais qui peut quand même tranquillement partir à l’étranger se faire soigner, et dont la guérison miraculeuse rendrait jaloux le sanctuaire de Lourdes. Le scénario est quelque peu bancal mais nos plumitifs ne sont plus à ça près…

Derrière cette mascarade, évidemment, la pression impériale pour renouveler/durcir les sanctions euronouilliques à l’égard de Moscou, notamment à un moment charnière pour le Nord Stream II. Frau Milka a bien vu la manœuvre et veut absolument découpler les deux événements : la gazoduc n’a rien à voir avec le blogueur, meine Herren, qu’on se le dise.

Depuis, dame Angela a reçu les pressions adéquates et, en bonne euronouille feudataire, semble avoir à moitié retourné sa gabardine. Sur le cas Navalny, mais pas seulement, nous y reviendrons dans le prochain billet…

Sans surprise, le Nord Stream II est à nouveau sous le feu des critiques de tout ce que l’Allemagne et l’UE comptent de pions impériaux. C’était évidemment le but de la manœuvre alors que, comme nous l’expliquions en juillet, l’achèvement du pipeline de la discorde se jouera dans les arrêts de jeu.

Au passage, égratigner médiatiquement Moscou grâce à la presse aux ordres de Langley ne fait évidemment jamais de mal, d’autant que l’ours a le vent en poupe ces derniers temps :

En stratège avisé, Poutine rebondit sur le fiasco US [vote sur l’Iran à l’ONU, ndlr] et prend la main en proposant un sommet exceptionnel sur l’Iran. Moscou se place au centre du jeu, force tranquille vers laquelle tous les regards reconnaissants se tournent. Paris a déjà accepté le principe et les autres suivront, dont l’Allemagne, invitée en tant que signataire de l’accord de 2015. Ailleurs, dans les chancelleries mondiales, l’inexorable montée en puissance russe n’échappe à personne.

Vladimirovitch se met habilement les Européens dans la poche en leur offrant un rôle international que ne veut pas leur donner Washington, qui plus est avec la Houpette blonde à la Maison Blanche. Les déchirements euro-russes subséquents à l’affaire ukrainienne sont peu à peu en train de cicatriser, les coïncidences de vues se multiplient (Libye, Méditerranée orientale etc.) et les intérêts communs font le reste. Toujours utile dans la grande bataille énergétique autour du Nord Stream II…

Cette montée générale de tension entre Washington et Moscou, qui n’échappe pas aux observateurs avisés, est multiforme et se traduit également sur le terrain. La semaine dernière, Russes et Américains ont joué aux auto-tamponneuses en Syrie, avec quatre soldats US (légèrement) blessés. Dans les cieux, les interceptions sont en recrudescence, aussi bien dans le Grand nord qu’en mer Noire où des Sukhoïs ont virevolté autour d’un B 52 (le deuxième survol est pour le moins acrobatique) :http://cdn.embedly.com/widgets/media.html?src=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fembed%2FcPsmL3k7SR8%3Fwmode%3Dtransparent%26feature%3Doembed&wmode=transparent&display_name=YouTube&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DcPsmL3k7SR8&image=https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2FcPsmL3k7SR8%2Fhqdefault.jpg&key=a42c510231f911e1a92e4040d3dc5c07&type=text%2Fhtml&schema=youtube

L’US Air Force crie au scandale mais est bien en peine d’expliquer ce qu’elle fait si près du territoire russe. Ces maudits Ivan, leurs frontières sont trop proches de nos bases ! Ces innocents amusements ne sont certes pas nouveaux mais on notera qu’ils se multiplient souvent en période de raidissement entre les deux grands. A ce titre, les prochains mois risquent d’être encore plus sportifs.

Histoire d’avions toujours, mais de l’autre côté de l’échiquier eurasien…

Le U-2 est un aéroplane légendaire de la Guerre froide et il se murmure même avec insistance que le célèbre groupe de rock irlandais, à la recherche d’un nom, s’est est tout simplement inspiré. Qui ne se souvient en effet du 1er mai 1960, quand un de ces avions espion, décollant de Peshawar au Pakistan, fut abattu au-dessus de l’URSS, causant une grande agitation internationale ? L’oiseau noir revient encore sur le devant de la scène deux ans plus tard, lorsque ses photographies montrent les rampes de lancement soviétiques à Cuba, menant à la fameuse Crise des missiles.

Modifié et amélioré, le gaillard est toujours en activité et vient d’observer les manœuvres navales chinoises dans la mer de Bohai, pourtant proclamée comme zone d’exclusion aérienne par Pékin le temps des exercices.

Certes, la marine du dragon, la plus importante du monde en nombre de bâtiments et en phase de modernisation rapide, commence à sérieusement inquiéter le Pentagone. Mais il faut également voir dans cette provocation un élément parmi d’autres de la politique de harcèlement généralisé décidée par l’hégémon déclinant face à la puissance montante. Piège de Thucydide, quand tu nous tiens.

A Washington, la sinophobie est maintenant presque autant à la mode que la russophobie, chaque camp, on l’a vu, choisissant sa névrose (Haro sur Moscou ! pour les Démocrates, Sus à Pékin ! pour une partie des Républicains). L’offensive globale contre la Chine à laquelle nous assistons désormais ressemble fort à un chant du cygne impérial. Ce serait du moins le cas si la partie adverse manœuvrait avec intelligence et subtilité, ce qui n’est pas toujours le cas comme nous le verrons au prochain épisode…Tag(s) : #Etats-Unis#Europe#Russie#Chine

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CoronavirusDes milliers de manifestants antimasques à travers l’Europe

CoronavirusDes milliers de manifestants antimasques à travers l’Europe

2 MINCOURRIER INTERNATIONAL (PARIS)Des rassemblements contre les mesures imposées par les gouvernements pour lutter contre la pandémie de Covid-19 ont été organisés samedi dans plusieurs grandes villes d’Europe, notamment Berlin, Londres ou Paris. 

Berlin, Londres, Paris ou encore Vienne et Zurich : des manifestations antimasques ont été organisées samedi 29 août dans plusieurs grandes villes d’Europe, rapporte la BBC.

Le plus gros rassemblement a eu lieu en fin d’après-midi à Berlin, derrière la porte de Brandebourg. Quelque 38 000 personnes – selon les autorités – dont un certain nombre avaient “voyagé de loin”, se sont retrouvées sur fond de “musique pop allemande non identifiée”, écrit Deutsche Welle. Dans la foule, on pouvait voir des t-shirts barrés du mot “Querdenken” – “les autoproclamés ‘penseurs latéraux’”, resitue l’article. Ce groupe, basé à Stuttgart, demandait la levée des restrictions imposées pour lutter contre le coronavirus, qu’il accuse de violer une vingtaine d’articles de la Constitution allemande.À lire aussi:Opinion. Vu d’Allemagne : “Il faut défendre la liberté de manifester (même contre les masques)”

Aux côtés des “sceptiques du Covid-19” – “un mélange de sceptiques du coronavirus, de théoriciens du complot et d’anti-vaccins” – étaient aussi présents, “comme lors des précédentes manifestations sur les ‘mesures anti-corona’”, “des membres de la scène d’extrême droite allemande”, rapporte la radio-télévision, qui dit avoir été prise à partie à plusieurs reprises aux cris de “Lügenpresse !” (“presse mensongère”).

La manifestation a finalement été dispersée par la police au bout de “deux heures” en raison du non-respect des mesures sanitaires, avant même de s’être ébranlée. Peu après 19 heures, “des centaines de personnes, dont beaucoup portaient les couleurs et les drapeaux associés au “Reichsbürger” (“citoyens de l’empire”) d’extrême droite, ont tenté de prendre d’assaut le Reichstag”, indique encore Deutsche Welle, mais la situation a été rapidement maîtrisée, selon la police.

“Canular”

À Londres, un millier de manifestants “anti-confinement, anti-vaccins et anti-masques” ont “envahi” Trafalgar Square pour réclamer “la fin des mesures sanitaires du gouvernement et le droit d’attraper le coronavirus – s’il existe – sans intervention de l’État”indique The Independent.

Parmi les orateurs figurait en vedette David Icke, un célèbre théoricien du complot. Sur les pancartes étaient inscrits des slogans tels que “World Hoax Organisation” (“Organisation mondiale du canular”) ou “Masks are muzzles” (“les masques sont des muselières”). Là aussi, la police a “exhorté les manifestants à se disperser en vertu des règles de distanciation sociale”.À lire aussi:Pandémie. Complots : la Terre est plate et le Covid-19 n’existe pas

À Paris, 200 à 300 personnes ont protesté contre le port du masque obligatoire. “Les manifestants”raconte la chaîne de télévision irlandaise RTÉ, “dont certains brandissaient des pancartes disant ‘Arrêtez les mensonges’, ont rapidement été encerclés par la police qui a infligé une amende de 135 euros à ceux qui ne portaient pas de masque.”

https://reveil.courrierinternational.com/#/edition/1984646/article/1984709

Tour d’horizon

Tour d’horizon

28 Août 2020

Après ce petit hiatus d’une dizaine de jours, retour au Grand jeu dont l’actualité s’emballe.

En cet auguste mois, la journaloperie a trouvé son feuilleton de l’été. Une vraie saga, avec empoisonnement raté et opposant ciblé par le terrible Poutine, mais qui peut quand même tranquillement partir à l’étranger se faire soigner, et dont la guérison miraculeuse rendrait jaloux le sanctuaire de Lourdes. Le scénario est quelque peu bancal mais nos plumitifs ne sont plus à ça près…

Derrière cette mascarade, évidemment, la pression impériale pour renouveler/durcir les sanctions euronouilliques à l’égard de Moscou, notamment à un moment charnière pour le Nord Stream II. Frau Milka a bien vu la manœuvre et veut absolument découpler les deux événements : la gazoduc n’a rien à voir avec le blogueur, meine Herren, qu’on se le dise.PUBLICITÉ

Sur le terrain, les infos sont un peu contradictoires. Certains journaux ont annoncé triomphalement, et sans doute un peu vite, l’arrêt temporaire des travaux. En réalité, le consortium est en train de soumettre au gouvernement danois le plan de travail mis à jour et il serait pourrait même que, pendant ce temps, le chantier continue de manière plus ou moins clandestine. Nous en saurons plus sous peu…

A l’autre bout de l’Eurasie, le Sila Sibirii II commence doucettement à se préciser. Nous en avions parlé en mai :

Le monde de l’énergie commence à s’agiter alors que le colossal gazoduc sibérien, Sila Sibirii II pour les intimes, se précise. Les articles se multiplient dans les revues spécialisées (iciici ou ici) car Gazprom vient de passer la vitesse supérieure en engageant les études de conception et de prospection. Le fidèle lecteur de nos Chroniques avait eu l’info en avant-première il y a presque deux mois :

Le patron de Gazprom a rencontré Poutine et annoncé qu’une première étude de faisabilité avait été menée et s’était révélée concluante. La compagnie va maintenant engager des analyses plus poussées et le tube semble dans les tuyaux, même s’il faudra évidemment attendre la signature d’un contrat avec Pékin. D’une capacité finale de 50 Mds de m3 annuels, il devrait vraisemblablement passer par la Mongolie. et non la chaîne montagneuse de l’Altaï, ce qui lui fera perdre son joli nom pour celui, plus classique, de Sila Sibiri II.

La visite de Poutine, que nous avions évoquée en septembre dernier, n’est peut-être pas étrangère à l’inclusion de la Mongolie dans le projet :

Sur le chemin [de Vladivostok], Vladimirovitch s’est arrêté à Oulan Bator et en a profité pour renvoyer les petits génies de Washington à leurs chères études. En réponse aux hypothétiques et quelque peu irréelles tentatives américaines de gagner les faveurs de la Mongolie afin d’enfoncer un coin entre la Russie et la Chine, un traité d’amitié perpétuel a été signé entre l’ours et le pays de Gengis Khan. Pompeo et Bolton peuvent ranger leurs affaires…

Un think tank énergétique britannique a longuement analysé la nouvelle route et en conclut que le projet fait encore plus sens. Au lieu d’entrer à l’extrême-Ouest de la Chine, à 3 200 km de Pékin, le nouveau tracé ferait arriver le tube à 560 km, tout près de son foyer de consommation potentiel. De quoi convaincre plus facilement le rusé dragon qui, s’il est proche allié de Moscou, n’en demeure pas moins un rude négociateur.

En passant, la Mongolie, dont la capitale est asphyxiée par les mines de charbon, pourra être approvisionnée en or bleu bien moins polluant et redonner ainsi un peu d’air à ses belles steppes.

Mais surtout, joyaux stratégique, ce deuxième pipeline est de la plus haute importance. Il est le chaînon manquant connectant enfin les deux pôles énergétiques du Heartland russe, la Sibérie occidentale qui écoule ses richesses vers l’Europe et la Sibérie orientale tournée vers l’Extrême-Orient.

A terme, un gaz circulant librement d’une partie à l’autre du continent-monde, intégrant énergétiquement l’Eurasie dans des proportions jamais vues, pour le plus grand malheur de qui vous savez…

Gazprom a de la suite dans les idées. Le géant russe et la Mongolie, qui commencent à plancher sérieusement sur la question, ont signé un mémorandum afin de mettre sur pied une compagnie chargée d’étudier la faisabilité du projet, celui-ci ne devant d’ailleurs poser aucun problème logistique. A terme, ce sont 50 Mdsde m3 de gaz supplémentaires qui devraient passer du Heartland russe au Rimland chinois, intégrant énergétiquement encore un peu plus les deux bêtes noires de l’empire.

Puisque l’on parle d’or bleu, un petit commentaire sur les « fabuleuses découvertes » du sultan et, plus généralement, les explications vaseuses tentant d’analyser l’impérialisme turc en Méditerranée orientale par le prisme de l’énergie. Nous avons déjà expliqué à maintes reprises que ces réserves sont relativement anecdotiques :

Les concurrents sont illusoires et ce n’est certainement pas la chimère du gaz israélien qui risque de déranger l’ours. Que n’avait-on entendu sur le bassin oriental de la Méditerranée ? « Découverte historique, Réserves extraordinaires, Changer la donne géopolitique »… Ces absurdités sensationnalistes, typiques de la basse-cour médiatique inculte mais également reprises, avec effroi, par une certaine presse alternative qui a tendance à voir partout la main d’Israël, ne méritaient pourtant pas autant d’attention. Cela aussi, nous l’expliquions il y a bien longtemps :

Ca gaze pour Moscou. Et ce n’est pas une « trouvaille » de dernière minute qui empêchera le tsar des hydrocarbures de dormir. Une délégation européenne a en effet rendu une petite visite à Israël pour discuter la construction d’un éventuel pipeline Israël-Chypre-Grèce susceptible de fournir du gaz à partir de Léviathan (…)

Les réserves ont été revues à la baisse (500 Mds de m3 au lieu de 620 Mds), ce qui explique peut-être le soudain désintérêt de Gazprom, et ces quantités sont de toute façon bien faibles pour alimenter aussi bien la consommation domestique israélienne et l’exportation vers l’Europe. Pour donner un ordre de grandeur, les réserves totales de Léviathan sont cinquante-deux fois moins importantes que celles de Yamal et équivalent à ce que transporte le Nord Stream pendant dix petites années.

Dans ces conditions, construire un gazoduc sous-marin long de 1 300 km passant au-dessus d’une faille géologique pour transporter une douzaine de malheureux Mds de m3 paraît pour le moins alambiqué.

Votre serviteur est maintenant rejoint dans son analyse par Foreign Policy, rien que ça. Dans un article remarqué, la revue se pose la question de savoir si, en réalité, un seul mètre cube sera exporté en Europe au vu des coûts énormes du projet et des réserves somme toute modestes. Que quelques malheureuses gouttes de gaz israélien atteignent finalement l’Europe ou pas ne changera de toute façon strictement rien à l’échiquier énergétique.

Quelque peu à l’arrêt en Libye et en Syrie, en grosse difficulté économique, le sultan avait besoin d’une annonce. La semaine dernière, avec force roulement de tambour, il a claironné la découverte de « gigantesques » réserves de gaz en Mer noire. Il n’en fallait pas plus pour que tout ce que la médiatitude officielle ou alternative compte d’incultes se joigne au chœur, parlant sans rire de « géant régional de l’énergie ».

En réalité, la découverte « sensationnelle » se résume à 320 malheureux Mds de m3. Pour mémoire, les réserves gazières de l’Iran ou du Qatar, vrais géants régionaux, eux, tournent autour de 30 000 Mds de m3, soit cent fois plus. Pour Ankara, la nouvelle est certes appréciable, permettant d’aller vers une plus grande autonomie énergétique durant une quinzaine d’années, mais nous sommes très loin du game changer géopolitique proclamé ici ou là.

Les frictions en Méditerranée orientale, dues au néo-impérialisme turc, ne s’expliquent pas non plus par l’or bleu de son sous-sol, relativement modeste comme vu plus haut, ou seulement dans un second temps. Il s’agit principalement du vieux fond irrédentiste ottoman, qui s’applique aussi bien à Chypre (depuis 1974, bien avant qu’on ne parle de gaz) qu’en Syrie septentrionale ou, depuis peu, en Libye.

Passons à la Biélorussie où nos prédictions semblent une nouvelle fois se concrétiser :

Nous en sommes encore loin. D’abord, malgré la révolte qui gagne des secteurs grandissants de la société, il n’est pas du tout sûr que Loukachenko, qui a verrouillé l’Etat depuis fort longtemps, tombe. Les manifestations, malgré la présence d’agents provocateurs et, plus généralement, les manigances impériales, restent relativement modestes par rapport à ce que l’on a connu ailleurs.

Un scénario à l’ukrainienne est peu probable. Contrairement à son voisin méridional, la Biélorussie est homogène ; la population y est très majoritairement russophone et russophile, et un ralliement au camp autoproclamé du Bien semble exclu. De plus, les liens économiques avec l’ours sont inextricables ; les couper serait un véritable suicide.

Pour l’instant, Moscou et Washington semblent d’ailleurs voir le verre de vodka à moitié plein : avec Loukachenko à sa tête, la Biélorussie est un épouvantail pour l’OTAN tout en refusant d’être intégrée à la Russie. Les duettistes du Grand jeu se regardent en chiens de faïence, guettant le mouvement de l’autre, ce qui pourrait ironiquement perpétuer le status quo. Chacun semble en fait déjà préparer l’après-Loukachenko (…)

Quant à l’idiot du village, qui a réussi le tour de force de se mettre littéralement tout le monde à dos, y compris son allié russe, il devrait, sauf surprise, pouvoir terminer son sixième mandat de président. Une victoire à la Pyrrhus qui ne trompe guère les observateurs. Si les manœuvres engagées par les grands lui donnent un répit provisoire, ils semblent être décidés à passer à autre chose et préparent déjà, très en amont, le futur politique de la Biélorussie. Rendez-vous en 2025 ?

L’opposition à Loukachenko ne faiblit pas mais ne se renforce pas non plus et, jusqu’à présent, le pouvoir ne vacille point. Pour le Kremlin, tout se déroule pour l’instant comme prévu :

Selon Vladimir Poutine, la situation s’améliore en Biélorussie, et une intervention russe n’est pas nécessaire. Il a appelé ce 27 août l’ensemble des acteurs biélorusses au bon sens pour trouver une issue à la crise. Mais l’homme fort du Kremlin prévient qu’en cas de besoin, il est prêt.

« Alexandre Grégoriévitch [Loukachenko] m’a demandé de constituer une certaine réserve d’agents des forces de l’ordre et je l’ai fait, a-t-il déclaré. Mais nous avons convenu qu’elle ne serait pas utilisée sauf si la situation devient hors de contrôle et que les éléments extrémistes (…) franchissent certaines barrières : qu’ils mettent le feu à des voitures, des maisons, des banques, tentent de saisir des bâtiments administratifs ».

L’idiot du village est affaibli mais l’opposition est également relativement fragmentée. Et ce n’est pas le petit flirt ambigu de Svetlana Tikhanovskaïa avec quelques représentants impériaux – elle a rencontré Biegun, le n°2 du Département d’Etat, ainsi que l’inénarrable BHL – qui va unifier cette opposition disparate, au contraire.

NB : pour ceux qui y verraient la preuve que dame Svetlana est un agent de Washington, précisons que ces rencontres n’ont rien eu de bien méchant. La visite de Biegun n’est pas un saut de l’ange volant soudainement au secours d’une « révolution colorée » ; elle était prévue et le bonhomme s’est d’abord rendu à Moscou pour échanger avec Lavrov. Bref, nous sommes loin de Victoria Nuland & co(okies)…

A ce propos, Zelensky a eu un commentaire très curieux (et relativement agaçant pour certains) à propos des événements biélorusses, assurant d’abord que Kiev n’interviendrait pas mais enjoignant surtout l’opposition à ne pas suivre l’exemple du Maïdan ! Aux dernières nouvelles, Joe Biden en a avalé sa cravate de travers.

Restons en Ukraine où Saakachvili refait des siennes. Le fidèle lecteur ne sera guère surpris, les frasques de l’ex-président géorgien étant devenues proverbiales :

En cette fatale dernière semaine de juin, la junte maïdanite allait d’ailleurs boire le calice jusqu’à la lie. Et on ne sera pas tout à fait surpris de savoir que c’est Micha qui, de nouveau, a mis les pieds dans le plat. Nous annoncions son retour il y a trois mois :

S’il est quelqu’un qui, en tant que pion impérial, a participé à toutes les vicissitudes du Grand jeu dans le pourtour russe ces dernières années, c’est bien Mikhaïl Saakachvili.

Géorgien arrivé au pouvoir par la révolution sorosienne de 2003, déclencheur de la désastreuse (pour lui) guerre de 2008 qui a torpillé la marche de son pays vers l’OTAN, ses nombreux abus le poussent finalement à se sauver du Caucase pour gagner des cieux plus cléments. En 2014, il revient sous les projecteurs en Ukraine, suite au putsch organisé par Washington. Mais là encore, la romance tourne court […]

Après son expulsion définitive d’Ukraine, on pouvait se dire que le multi-fugitif avait enfin compris et profiterait d’une retraire dorée dans quelque fac américaine. Détrompez-vous, Micha est de retour !

A la surprise générale, le néo-président ukrainien Zelensky vient en effet de lui offrir le poste de vice-Premier ministre. « Surprise » n’est pas un faible mot, car le retour de l’éléphant dans le magasin de porcelaine risque de faire des vagues en tous sens.

Son antagonisme avec Poutine est légendaire et l’on peut s’étonner du choix de Zelensky. On sait que depuis son accession au pouvoir, celui-ci avait lentement dégelé les relations avec Moscou. Le mois dernier, le remaniement ministériel, voulu par lui, avait entraîné un torrent de lamentations des officines impériales (ici ou ici) : trop pro-russe, pas assez pro-occidental. La nomination du boutefeu géorgien vient maintenant brouiller les pistes. A moins que ce soit un moyen de désamorcer l’opposition qui ne manquera pas de pousser les hauts cris quand un plan d’ouverture vis-à-vis du Donbass sera officialisé ? L’avenir nous le dira.

Le Kremlin est de toute façon bien moins embêté par cette promotion que ne l’est le baby Deep State ukrainien au service de Washington. Si ce dernier partage avec Saakachvili une même détestation de la Russie, d’insurmontables conflits d’égo rendent la situation explosive. Ainsi avec Arsen Avakov, inamovible ministre de l’Intérieur de la junte depuis le putsch de 2014 et conservé à son poste par Zelensky. Une réunion officielle restée dans toutes les mémoires avait vu Micha le qualifier ouvertement de « voleur » et Avakov lui répliquer en lui balançant un verre d’eau au visage.

Les prochains mois risquent d’être sportifs du côté de Kiev…

Bingo, ça n’a pas traîné. Dans une interview à la télé, l’éléphant du Caucase a médusé les russophobes, restés sans voix :

« La Russie est largement devant l’Ukraine en terme de réformes. Les problèmes y sont réglés bien plus vite et avec plus d’efficacité qu’ici (…) Les Russes nous battent sur le front des réformes. » Et, histoire de bien remuer le couteau dans la plaie : « L’Etat ukrainien n’existe pas. La société est divisée en groupes et en clans, dirigés par des bureaucrates et leurs patrons. C’est comme si, ici, les gens naissaient avec des puces électroniques leur assignant d’entrée tel rôle au service de tel groupe. » Aux dernières nouvelles, Chocochenko en a fait une jaunisse.

Au-delà de l’anecdote, ces nouvelles semblent indiquer du côté de Kiev un profond changement, presque intellectuel. La russophobie primaire, sport national de la junte déchue, paraît ne plus être de mise, même chez un agité du bocal comme Saakachvili.

Cette fois, Micha veut… revenir en Géorgie ! Soit il est fatigué de la corruption endémique de son pays d’accueil (ce que laisseraient penser ses commentaires désabusés du mois de juin), soit il veut retenter une aventure personnelle dans son pays d’origine, où il est pourtant poursuivi et encourt des années de prison. Y a-t-il une dimension géopolitique derrière ? Sans doute pas. L’actuel gouvernement n’est pas spécialement connu pour sa russophilie et, à tout prendre, un retour de Micha en Géorgie ajouterait une bonne dose de chaos chez cet éternel (et éternellement recalé) candidat à l’OTAN.Tag(s) : #Russie#Gaz#Europe#Moyen-Orient#Ukraine

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Hong Kong met à mal les convictions démocratiques des Européens

ASIE 28 AOÛT 2020

Hong Kong met à mal les convictions démocratiques des Européens

President Xi Jinping by Chairman of the Joint Chiefs of staff (CC BY 2.0) — Chairman of the Joint Chiefs of staff, CC-BY

Pékin avertit les Européens de ne pas « s’ingérer dans les affaires internes chinoises » – une déclaration posture, surtout destinée à rassurer sur le plan de la politique intérieure chinoise.

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Par Lun Zhang1.
Un article de The Conversation

L’annonce est tombée le 19 août : les États-Unis ont formellement notifié à Hong Kong leur retrait de trois accords bilatéraux en matière d’extradition et de fiscalité.

Cette mesure fait suite à l’entrée en vigueur au mois de juillet de la loi relative à l’autonomie de Hong Kong (Hongkong Autonomy Act, HKAA). Cette dernière a été votée aux États-Unis en réaction à la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong promulguée le 30 juin par le président Xi Jinping et mettant fin à la politique « un pays, deux systèmes », prétendument appliquée durant cinquante ans dans cette ancienne colonie britannique.

Tous les avantages, notamment fiscaux, dont jouissait Hong Kong en termes d’échanges commerciaux et de circulation humaine sont de fait annulés.about:blank

Pour les États-Unis, désormais en guerre froide avec la Chine, la mainmise chinoise sur Hong Kong est inadmissible.

Washington a donc actionné une sanction visant 11 personnalités de l’administration hongkongaise comprenant la chef de l’exécutif Carrie Lam et plusieurs hauts responsables chinois chargés des affaires de Hong Kong.

Ils sont désormais privés de la possibilité de se rendre aux États-Unis et d’avoir recours aux services bancaires américains. S’ils possèdent des biens aux États-Unis, ceux-ci seront contrôlés et leurs échanges avec les États-Unis seront interdits.

Outre-Atlantique, la France et l’Allemagne ont réagi début août en suspendant le traité d’extradition mis en place en 2017 et visant à sanctionner « la subversion, la sécession, le terrorisme et la collusion avec les forces étrangères ».

Mais ces actes suffisent-ils vraiment pour riposter à Pékin et soutenir la liberté et la démocratie à Hong-Kong ?

Cette loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin à Hong-Kong suscite également de l’incompréhension, de la déception et de la colère dans le monde, même parmi ceux ayant traditionnellement témoigné de leur sympathie vis-à-vis de Pékin.about:blank

La promesse de liberté faite par le gouvernement chinois aux Hongkongais a été rompue ; la crédibilité morale et politique de certains pays, notamment la Grande-Bretagne, et celle des Nations unies, est gravement atteinte : il ne faut pas oublier que la Déclaration sino-britannique conjointe concernant Hong Kong en 1984 a été déposée auprès de cette organisation internationale suprême, donc d’une certaine manière garantie par celle-ci.

UNE RÉPRESSION INTENSE DE LA DÉMOCRATIE À HONG KONG

À Hong Kong, la répression visant les démocrates s’intensifie jour après jour, comme le montre la nouvelle vague d’arrestations de dix contestataires pro-démocratiques il y a quelques jours. Parmi eux, Jimmy Lai, le patron du journal critique très populaire Apple Daily, et une étudiante de 23 ans, Agnes Chow, deux figures bien connues du mouvement contestataire de ces derniers temps.

https://www.youtube.com/embed/2Ai-mDFyTXw?version=3&rel=1&fs=1&autohide=2&showsearch=0&showinfo=1&iv_load_policy=1&wmode=transparentLa militante Agnès Chow, AFP, Youtube.

Ils ont été relâchés un peu plus tard sous caution suite à une forte réaction internationale. Tous n’ont pas bénéficié d’un tel appui et beaucoup de militants sont toujours incarcérés : depuis un an, plus de 10 000 arrestations ont eu lieu.

Plus d’une centaine d’activistes hongkongais se sont déjà enfuis par différents moyens pour trouver refuge à l’étranger : le Canada en compte déjà une quarantaine.

HONG KONG, CITÉ-REFUGE DEVENUE PRISON

Tout au long du XXᵉ siècle, Hong Kong a fait office de cité-refuge pour des milliers voire des millions de personnes fuyant la misère et la guerre, mais aussi pour des artistes, des essayistes ou des savants.

Pensons ainsi à l’historien Qian Mu en 1949 ou à la romancière Zhang Ailing, dont certaines œuvres ont été adaptées au cinéma.

Des hommes d’affaires et des révolutionnaires ont aussi trouvé refuge à Hong Kong, y compris des communistes avant leur conquête du pouvoir en Chine.

Aujourd’hui, pour la première fois de son histoire, Hong Kong « exporte » des réfugiés.

Nombreux sont ceux qui désormais se tournent vers l’Occident, et plus particulièrement le Royaume-Uni (et certains pays anglophones comme les États-Unis, l’Australie, le Canada, etc). De par son histoire coloniale, la Couronne porte une responsabilité morale particulière envers les Hongkongais.

Downing Street a annoncé que le gouvernement est prêt à accueillir massivement des Hongkongais disposant d’un passeport BNO (British Nationals Overseas) et désireux de venir vivre et travailler en Angleterre.

https://www.youtube.com/embed/pZtfpxXMTwk?version=3&rel=1&fs=1&autohide=2&showsearch=0&showinfo=1&iv_load_policy=1&wmode=transparentLe Royaume-Uni a déclaré accueillir et faciliter l’entrée de nombreux Hongkongais sur son sol, BBC, juillet 2020.

Le Royaume-Uni a suspendu avant les autres pays l’accord avec Hong Kong concernant l’extradition de criminels, tout comme les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, et donc l’Allemagne et la France.

Cette situation permettrait entre autres d’accueillir des citoyens non Hongkongais que la loi sur la sécurité nationale peut inquiéter. C’est par exemple le cas de Zhu Muming, citoyen américain d’origine hongkongaise, résidant aux États-Unis depuis plus de 30 ans et néanmoins poursuivi par la police hongkongaise pour « incitation à l’indépendance de Hong Kong ».

DES MESURES JUGÉES TROP TIMIDES

Fin juillet, outre la suspension de l’extradition, d’autres mesures prises par l’Union européenne sont rendues publiques : y figurent une facilitation de l’entrée des Hongkongais en Europe et la prohibition de la vente à Hong Kong d’équipements et de produits techniques à usages militaire et policier. Sans surprise, Pékin avertit les Européens de ne pas « s’ingérer dans les affaires internes chinoises » – une déclaration posture, surtout destinée à rassurer sur le plan de la politique intérieure chinoise.

Cependant, les mesures de l’UE ont été qualifiées de « timides » par le député européen Reinhard Bütikofer, président de la Commission des relations du Parlement européen avec la Chine.

https://www.youtube.com/embed/C-0f-YxRVc4?version=3&rel=1&fs=1&autohide=2&showsearch=0&showinfo=1&iv_load_policy=1&wmode=transparentTensions lors du sommet UE-Chine, DW, 22 juin 2020.

En Chine, ces décisions européennes ont fait également du bruit. Nombreux sont ceux qui s’expriment à travers les réseaux sociaux et Internet, soit ouvertement, soit de manière indirecte, mais masqués afin d’échapper à la censure.

Il n’est pas étonnant de voir les Hongkongais et les Chinois continentaux ayant un penchant libéral éprouver une certaine déception et du regret vis-à-vis de cette « timidité » européenne.

En revanche, ceux ayant une position nationaliste s’affichent sur les réseaux sociaux sous un ton ironique, avec des propos émaillés de moquerie, de mépris et d’arrogance. Ils qualifient les pays européens de « tigres de papier » ou de « lâches qui ne cherchent qu’à gagner l’argent de la Chine ». Ils sont fiers de témoigner ainsi de la puissance de leur « grande patrie » et de son ascendant sur l’Europe.

En tant qu’intellectuel et universitaire d’origine chinoise, je ne peux que constater à quel point le monde européen semble répéter un même schéma où l’inertie psychologique collective prend le pas sur la décision politique.

L’Europe a certes été marquée par deux grandes guerres sur son sol et une guerre froide. Mais n’a-t-on pas observé les conséquences d’un même manque de réaction et d’opposition dans le passé lors de points de rupture majeurs, comme la violation du traité de Versailles en 1936 par Hitler ?

UN TEST POUR LA SOLIDITÉ DE L’UNION EUROPÉENNE

Le plan de relance adopté le 21 juillet par les Européens pour lutter contre la pandémie est un signe très encourageant de solidarité économique interne. Il renforce également le besoin commun du respect de la démocratie et de la liberté.

Une autre façon de consolider cette Union serait une réponse commune à la montée en puissance de la Chine, un État néo-totalitaire. Lui faire barrage pourrait, d’une certaine manière, offrir une occasion à l’Europe d’accélérer sa construction politique.

En effet, la réaction de l’UE vis-à-vis de la situation actuelle en Biélorussie montre que l’UE est capable d’agir politiquement et rapidement. Mais l’UE, portée par le couple franco-allemand, saura-t-elle renoncer aux sirènes de Pékin ?

« DIVISER POUR MIEUX TRAITER AVEC »

« Diviser pour mieux traiter avec », telle a été la politique européenne de Pékin depuis des décennies.

Nous pouvons imager que, dans les années à venir, pour atténuer la pression des sanctions américaines, la Chine tentera de jouer la carte européenne pour briser l’étau de plus en plus serré que lui impose Washington.

Rappelons quelques chiffres. La Chine est le deuxième partenaire commercial de l’UE derrière les États-Unis, avec 394 milliards d’euros d’importations vers l’UE et 210 milliards d’exportations vers la Chine en 2018.

La Chine est aussi le septième client de la France et le deuxième fournisseur, avec des chiffres de respectivement 20,8 milliards et 49,2 milliards d’euros. Quant à l’Allemagne, en 2018, les mêmes chiffres étaient de 106 milliards et 93 milliards euros, soit 200 milliards au total. Les échanges commerciaux entre la Chine et l’UE atteignent aujourd’hui, selon la Commission européenne, un milliard d’euros par jour.

Déjà, comme le relève une tribune de Ben Hall dans le Financial Times, Angela Merkel comme Emmanuel Macron, qui se sont rencontrés au fort de Brégançon pour discuter de l’avenir de l’Europe, pourraient chercher à accommoder Pékin afin d’éviter tout conflit économique.

Hong Kong sera-t-il, dans ce contexte, un test des convictions pro-démocratiques des têtes pensantes de l’UE ?

Sur le web

  1. Professeur, chercheur au laboratoire AGORA et au Collège d’Études mondiales (Professeur, chercheur au laboratoire AGORA et au Collège d’Études mondiales (FMSH, Paris), « visiting scholar » à l’Université de Harvard, CY Cergy Paris Université

Dépérissement

Dépérissement

15 Août 2020

Un empire repose au moins autant sur sa légitimité et sa force de persuasion que sur sa puissance militaire ou économique. Alexandre, Rome, Angleterre victorienne : tous ont usé de leur prestige, de leur auctoritas pour fédérer autour d’eux alliés et vassaux. C’est précisément ce que l’Amérique est en train de perdre…

A l’ONU, Washington vient de recevoir un véritable camouflet :

« Les Etats-Unis ont subi une défaite humiliante aux Nations-Unies, leur proposition d’étendre l’embargo sur la vente d’armes à l’Iran n’ayant reçu, au Conseil de Sécurité, que le soutien de la République dominicaine.PUBLICITÉ

La résolution américaine aurait de toute façon eu bien peu de chance de passer face au veto russe et chinois. Mais l’ampleur de la défaite souligne l’isolement des Etats-Unis sur la scène internationale. »

Moscou et Pékin ont donc voté contre ; les onze autres membres se sont abstenus, dont la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Belgique ou l’Estonie, habituels bon petits soldats impériaux. L’ambassadeur chinois à l’ONU n’y va pas par quatre chemins : « L’ère de l’unilatéralisme et du harcèlement est révolue ».

En stratège avisé, Poutine rebondit sur le fiasco US et prend la main en proposant un sommet exceptionnel sur l’Iran. Moscou se place au centre du jeu, force tranquille vers laquelle tous les regards reconnaissants se tournent. Paris a déjà accepté le principe et les autres suivront, dont l’Allemagne, invitée en tant que signataire de l’accord de 2015. Ailleurs, dans les chancelleries mondiales, l’inexorable montée en puissance russe n’échappe à personne.

Vladimirovitch se met habilement les Européens dans la poche en leur offrant un rôle international que ne veut pas leur donner Washington, qui plus est avec la Houpette blonde à la Maison Blanche. Les déchirements euro-russes subséquents à l’affaire ukrainienne sont peu à peu en train de cicatriser, les coïncidences de vues se multiplient (Libye, Méditerranée orientale etc.) et les intérêts communs font le reste. Toujours utile dans la grande bataille énergétique autour du Nord Stream II

Justement, le célébrissime pipeline, pomme de discorde absolue, a été le témoin d’une nouvelle passe d’armes entre le suzerain déclinant et ses sujets de plus en plus récalcitrants. Dans un geste très inhabituel, 24 des 27 pays de l’UE ont officiellement adressé un message au Département d’Etat américain pour protester contre les menaces de sanctions. Plus que la démarche, c’est le nombre qui interpelle. Mis à part la Pologne et deux autres Etats dont on ignore encore l’identité, l’Europe toute entière est vent debout contre les sanctions impériales, ce qui a d’ailleurs beaucoup surpris outre-Atlantique.

Le Brexit est passé par là, comme nous le prédisions il y a bien longtemps :

Obama se voit aujourd’hui obligé de déclarer qu’il « respecte le vote britannique » (manquerait plus que ça !) mais les stratèges US l’ont mauvaise. « Le Royaume-Uni et l’Union européenne resteront des partenaires indispensables » a-t-il ajouté. Mais voilà le problème : deux au lieu d’un, et peut-être bientôt trois, quatre, cinq, qui commenceront à partir dans tous les sens, n’écouteront plus que d’une oreille les recommandations de tonton Sam, au lieu d’une structure européenne centralisée noyautée par les Américains. Voilà le souci européen de Washington…

Soyons honnête, la Russie bénéficie évidemment du Brexit. Le bras européen de l’empire se fissure, l’intense lobbying anti-russe de la Grande-Bretagne au sein des instances eurocratiques ne sera bientôt plus qu’un souvenir, le vent de révolte gagne le Vieux continent tout entier où les partis eurosceptiques sont en même temps russophiles.

Nous y sommes. Et le Deep State devra y réfléchir à deux fois avant d’aller de l’avant dans ses menaces de sanctions contre le Nord Stream II. Le dilemme est en effet cornélien :

  • continuer la politique du pire et risquer de perdre définitivement toute autorité morale en Europe donc, à terme, toute influence
  • laisser le Heartland et le Rimland s’arrimer énergétiquement pour ne pas se mettre totalement à dos le Vieux continent

En filigrane, il faudra choisir entre la perte des alliés ou la perte du contrôle sur l’énergie. Casse-tête en perspective…

Tag(s) : #Etats-Unis#Russie#Europe

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/08/deperissement.html

L’idiot du village

L’idiot du village

14 Août 2020

C’était prévisible… Le mois dernier, nous annoncions qu’une crise couvait en Biélorussie :

Dans la mythologie grecque, Momos était la déesse du sarcasme et de la moquerie. Il semble bien que la belle se soit réveillée de son sommeil olympien pour jeter son dévolu sur l’Europe de l’est. Alors que l’Ukraine s’apaise peu à peu, le flambeau de la névrose a été reprise par sa voisine septentrionale. En mai, nous revenions sur la situation en Biélorussie :

Le trublion Loukachenko n’en finit pas de faire des siennes, et nous ne parlons pas ici de ses mesures quelques peu folkloriques pour lutter contre le coronavirus, au premier rang desquelles la consommation apparemment nécessaire et suffisante de vodka.PUBLICITÉ

Si le président biélorusse est vu comme un allié de Moscou, les frictions entre ces deux-là ne sont pas nouvelles. Elles surgissent régulièrement, souvent causées par une querelle sur le prix du gaz ou du pétrole, dans un contexte plus général de vraie-fausse intégration entre les deux pays. Tout rentre généralement dans l’ordre quand le grand frère russe accepte de faire une ristourne. Jusqu’à la prochaine crise…

Justement, le Kremlin vient peut-être de se lasser définitivement de Loukachenko, d’autant plus que le sémillant moustachu n’a pas désavoué les appels du pied de l’OTAN en février dernier, quelques jours après avoir reçu en grande pompe le pompeux Pompeo à Minsk. Cette tactique habituelle pour faire monter les enchères commence sans doute à exaspérer Moscou. Ceci pourrait expliquer une petite nouvelle passée inaperçue mais susceptible de peser lourd à l’avenir sur cette case importante de l’échiquier eurasiatique.

Les prochaines élections présidentielles auront lieu fin août et un nouveau candidat est apparu. Le nom de Viktor Babariko ne vous dit sans doute rien mais, tout récemment, il était encore président du conseil d’administration de BelGazpromBank qui, comme son nom l’indique, est liée au géant gazier russe. S’il se défend d’être l’homme de Moscou, son parcours professionnel doit tout de même instiller quelques doutes dans l’esprit de Pompeo & Co.

Peut-il gagner ? Loukachenko, qui se présente pour la sixième (!) fois, avait l’habitude de verrouiller l’appareil pour atteindre des scores soviétiques mais il semble que ce ne sera plus le cas cette année. L’économie s’écroule, la nomenklatura n’est plus avec lui et il traverse une crise de légitimité sans précédent. Si l’ami Babariko remporte l’élection, verra-t-on un rapprochement supplémentaire voire une intégration avec la Russie ? Beaucoup de questions et peu de réponses pour l’instant…

Là non plus, ça n’a pas traîné : Babariko a tout simplement été arrêté ! Les faits se sont déroulés le 18 juin, le jour même où il a annoncé avoir les 100 000 signatures nécessaires pour participer à la présidentielle, provoquant d’énormes manifestations à Minsk.

Sentant qu’il y était allé un peu fort, mais préférant doubler la mise plutôt que revenir en arrière, Loukachenko (qui est évidemment le seul à avoir ses 100 000 signatures) a crié au complot. Et là, notre divine Momos a dû écrire le script de la tragi-comédie : le liderissimo moustachu accuse sans rire la Russie et la Pologne d’être derrière les tentatives de déstabilisation. Ce serait bien la première fois que Moscou et Varsovie se retrouvent dans le même camp !

Ironie de l’histoire, Loukachenko, qui a tenté pendant des années de se présenter comme l’intermédiaire entre Est et Ouest, risque maintenant de se mettre tout le monde à dos, Russie comme Occident. Pour sa population, c’est déjà fait, et deux hypothèses s’offrent à nous.

S’il « gagne » l’élection et parvient à contenir la colère populaire en restant au pouvoir, il sera vraisemblablement obligé de faire amende honorable et d’aller à son Canossa moscovite. Le pays est profondément dépendant de la Russie, notamment sur le plan énergétique, et toute tentative de diversifier son approvisionnement (voir les récentes œillades à tonton Sam) n’est que symbolique, comme le reconnaît lui-même un think tank impérial.

S’il est débordé par un soulèvement populaire, il sera très intéressant de voir dans quel sens celui-ci ira : pro-russe ou pro-occidental ? Nous avons vu il y a quelques années que les inénarrables ONG américaines avaient une présence non-négligeable en Biélorussie, même s’il ne faut sans doute pas y exagérer leur importance. Dans le même temps, la population est majoritairement russophone et russophile et un scénario à l’ukrainienne semble difficilement envisageable.

La crise actuelle montre à quel point nos questions étaient pertinentes. Car c’est exactement de cela qu’il s’agit à présent.

Après avoir passé tout le mois de juillet à taper sur Moscou (mise à l’écart de Babariko, tour de magie des 33 « mercenaires » russes arrêtés), le grand benêt de Minsk a « gagné » ses élections avec un score soviétique. Personne ne peut évidemment y croire et la contestation a logiquement gagné les calmes rues biélorusses, avec son cortège de morts et de violence. Mais quelle contestation ?

En voulant donner des gages quelque peu infantiles de son indépendance vis-à-vis de l’ours, Loukachenko n’a-t-il pas affaibli l’opposition pro-russe au profit de l’opposition pro-occidentale ? Il est encore difficile de démêler l’écheveau tant les signaux sont contradictoires…

Après l’arrestation de Babariko, qui n’était certes pas le pion de Moscou mais travaillait tout de même pour Gazprom, Svetlana Tikhanovskaïa est devenue, à la tête d’un trio féminin inédit, la figure de proue de l’opposition. D’un côté, elle a préparé la présidentielle en organisant des concerts politiques gratuits avec de la musique russe et s’est alliée avec Veronika Tsepkalo, dont le mari, opposant à Loukachenko, s’est réfugié en Russie.

De l’autre, dame Svetlana, prof d’anglais de son état et femme de youtubeur (on connaît la propension des GAFAM à travailler main dans la main avec la CIA), est devenue l’égérie des médias occidentaux (voir par exemple cette tribune assez neuneu du Nouvel Oups) et s’est sauvée en Lituanie, fidèle soldat de l’OTAN.

De l’empire anglo-saxon ou de la mère Russie, vers qui son cœur, et celui de l’opposition, d’ailleurs relativement éclatée, penchera-t-il ? La question est d’importance. La Biélorussie (en noir) occupe une place capitale sur la case Ouest de l’échiquier eurasien, entre les protégés de Washington (en bleu) et les pays qui, tout en faisant partie de l’alliance atlantique, n’en ont pas moins de très bonnes relations avec Moscou (en rose).

Qu’à terme, la Biélorussie tombe dans l’un ou l’autre camp – entrée dans l’OTAN ou intégration avec la Russie – et c’est la carte du Grand jeu en Europe qui en sortira bouleversée…

Nous en sommes encore loin. D’abord, malgré la révolte qui gagne des secteurs grandissants de la société, il n’est pas du tout sûr que Loukachenko, qui a verrouillé l’Etat depuis fort longtemps, tombe. Les manifestations, malgré la présence d’agents provocateurs et, plus généralement, les manigances impériales, restent relativement modestes par rapport à ce que l’on a connu ailleurs.

Un scénario à l’ukrainienne est peu probable. Contrairement à son voisin méridional, la Biélorussie est homogène ; la population y est très majoritairement russophone et russophile, et un ralliement au camp autoproclamé du Bien semble exclu. De plus, les liens économiques avec l’ours sont inextricables ; les couper serait un véritable suicide.

Pour l’instant, Moscou et Washington semblent d’ailleurs voir le verre de vodka à moitié plein : avec Loukachenko à sa tête, la Biélorussie est un épouvantail pour l’OTAN tout en refusant d’être intégrée à la Russie. Les duettistes du Grand jeu se regardent en chiens de faïence, guettant le mouvement de l’autre, ce qui pourrait ironiquement perpétuer le status quo.

Chacun semble en fait déjà préparer l’après-Loukachenko. Le Kremlin, qui a l’œil rivé sur l’opposition pour sonder ses intentions, a formellement félicité le moustachu mais le ton ne trompe pas. Le MAE a d’ailleurs émis un tweet très intéressant, s’adressant directement au peuple biélorusse sans aucune mention de son gouvernement. Et un député du parti de Poutine, de qui il a forcément reçu l’assentiment, s’est lâché en imprécations sur la « falsification totale » qu’a constitué l’élection « honteuse » d’un homme « malade de pouvoir ». De quoi donner du baume au cœur des manifestants.

De l’autre côté, on courtise également l’opposition, via la Pologne, la Lituanie et la Lettonie qui ont lancé un ultimatum à Loukachenko pour qu’il discute avec ses rivaux politiques, dans un synopsis qui rappelle étrangement le Maïdan. Mais, comme expliqué plus haut, ce scénario reste pour le moment hautement improbable.

Quant à l’idiot du village, qui a réussi le tour de force de se mettre littéralement tout le monde à dos, y compris son allié russe, il devrait, sauf surprise, pouvoir terminer son sixième mandat de président. Une victoire à la Pyrrhus qui ne trompe guère les observateurs. Si les manœuvres engagées par les grands lui donnent un répit provisoire, ils semblent être décidés à passer à autre chose et préparent déjà, très en amont, le futur politique de la Biélorussie. Rendez-vous en 2025 ?Tag(s) : #Europe#Russie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/08/l-idiot-du-village.html

Européens se mobilisent

Européens se mobilisent

 Nicolas Gros-Verheydecatastrophe industrielleFinulLibanNitrate d’amonium  2 min read

(B2) L’attention est tournée vers le Liban aujourd’hui après l’explosion qui a touché vers 17h10 (locales) mardi (4 août) le port de Beyrouth.

Une méga catastrophe

Un bilan qui s’aggrave d’heure en heure

Au moins une centaine de morts et plus de 4000 blessés ont été comptabilisés par la Croix-Rouge libanaise. Un bilan encore très provisoire, selon le quotidien l’Orient Le jour, qui pourrait s’aggraver encore dans les prochaines heures.

Plusieurs quartiers atteints

L’explosion, gigantesque, a en effet non seulement touché la zone portuaire mais les quartiers voisins, notamment le quartier d’Achrafieh. Elle a été entendue à des kilomètres à la ronde. L’origine semble accidentelle selon des diplomates européens du « à l’explosion [en cascade] de stocks chimiques contenant de l’acide nitrique » (nitrite d’ammonium).

Hôpitaux submergés

Les hôpitaux libanais déjà aux prises avec l’épidémie de Covid-19 sont submergés. La Croix-Rouge libanaise a ouvert des centres de tri et de premiers soins dans plusieurs points de la capitale (place des Martyrs près de la mosquée Al Amin et au Forum de Beyrouth notamment).

Un navire de la FINUL touché

Un des navires que compte la force maritime des casques bleus a été touché par l’explosion et plusieurs de ses occupants blessés annonce la FINUL. Il s’agit d’une corvette de la marine du Bangladesh, le BNS Bijoy. 19 marins ont été blessés, certains assez gravement selon la FINUL. Deux hommes particulièrement seraient en état critique, selon le site Defseca.

Des ambassades européennes endommagées

Plusieurs ambassades de pays européens ont aussi été touchées. L’ambassade belge a subi « d’énormes dégâts » selon le ministre Philippe Goffin. Deux agents et deux membres de leur famille ont été légèrement blessés par des éclats de verre. L’ambassade néerlandaise a également été touchée, avec cinq blessés selon le premier ministre Mark Rutte. L’ambassade allemande comme l’ambassade autrichienne ont également atteintes. Il y a des blessés dans le personnel allemand. Du côté autrichien on précise qu’il n’est « pas certain actuellement que les bureaux de l’ambassade puissent être utilisés dans les prochains jours ».

Une aide européenne et internationale qui se mobilise

Bruxelles – UE

Le centre de coordination de la réponse d’urgence (alias ERCC, Emergency Response Coordination Centre), a activé le système de repérage satellitaire Copernicus pour dresser une rapide cartographie de la situation et venir en aide aux autorités locales, indique Janez Lenarčič, le commissaire européen chargé de la gestion de crises.

Paris

Une équipe de la sécurité civile et avec plusieurs tonnes de matériel sanitaire, et des urgentistes ont pris la direction de Beyrouth. Cela suit l’intention affichée par le président de la République. « Des secours et moyens français sont en cours d’acheminement sur place » indique par tweet Emmanuel Macron dès 21h le mardi soir.

Athènes

La Grèce a dit « se tenir prête à assister les autorités libanaises avec tous les moyens disponibles », via un communiqué des Affaires étrangères.

Prague

« La république Tchèque est prête à envoyer notre équipe spéciale de secours si demandé » précise le ministre tchèque des affaires étrangères, Jan Hamáček,

La Haye

Les Pays-Bas sont prêts à aider le Liban en matière de recherche et de sauvetage, et à apporter un soutien immédiat à la Croix-Rouge libanaise, indique Sigrid Kraag, ministre du commerce extérieur et de la coopération au développement.

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l’université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 – Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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SOMMET EUROPÉEN LABORIEUX : REDUCTION DE LA PAC ET DE LA DEFENSE…

SOMMET EUROPÉEN LABORIEUX : REDUCTION DE LA PAC ET DE LA DEFENSE…

Le diable se cache dans les détails, a-t-on coutume de dire lorsque l’on parvient au stade de la conclusion d’une négociation internationale ardue, encore plus lorsque vient le temps de sa mise en œuvre. Nous en tenons un exemple concret avec l’accord au forceps1 sur un plan de relance massif de l’économie européenne malmenée par la pandémie2 auxquels sont parvenus les chefs d’État et de gouvernement, réunis en live à Bruxelles le 21 juillet 2020. Consensus obtenu à l’issue d’un marathon diplomatique éprouvant de quatre jours, le plus long de ces dernières décennies3. Consensus obtenu après des échanges de noms d’oiseaux entre « pays frugaux » et autres conduits par un Emmanuel Macron déchaîné (il aurait tapé du poing sur la table comme un enfant mal appris)4. Telle est la réalité dans ce qu’elle a de plus crue dans une Europe qui manque de plus en plus d’affectio societatis. Qu’en est-il du contenu même de l’accord à vingt-sept ?

Comme toujours, il y a loin de la coupe (les 500 milliards d’euros de subventions proposés par Berlin, Paris et la Commission européenne, relayé par le Conseil européen5) aux lèvres (les 390 milliards d’euros consentis par les « radins », dont 40 milliards d’euros pour la France6, au prix d’autres concessions). C’est ce que l’on appelle un compromis diplomatique. Reconnaissons que nous ne disposons pas encore du texte intégral de l’accord pour en apprécier tous les détails, surtout ceux qui ont leur importance. Nous en saurons plus dans les semaines à venir. Le battage médiatique auxquels se sont livrés les décideurs français relayés par nos perroquets à carte de presse avant cette rencontre n’a pas permis de répondre entièrement aux promesses de l’accord franco-allemand du 18 mai 2020. Les « États frugaux » ont tenu la dragée haute au couple Macron-Merkel qui ne fait plus la loi à Bruxelles. Même s’il a le mérite d’exister, le résultat n’est pas entièrement à la hauteur des attentes françaises. Ne s’agirait-il qu’un plan pour sauver la face ?7

UN INDÉCENT BATTAGE MÉDIATIQUE FRANÇAIS EX ANTE

Comme souvent, la diplomatie jupitérienne excelle dans une pratique significative de l’arrogance à la française, celle qui consiste à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Conséquence de la déception inhérente à cette approche, les responsables français sont conduits à perdre patience et son calme.

Vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué

Dans les semaines précédant le sommet des 17 et 18 juillet 2020 (durée théorique du sommet), nous avons été soumis à un tir de barrage des communicants de l’Élysée sur le caractère historique du sommet européen avant même que les Vingt-Sept ne se soient mis d’accord sur son contenu. Et cela alors même que des États comme la Pologne et la Hongrie ont rappelé qu’il ne pourrait être question de conditionner le versement de fonds européens au respect de l’État de droit (la fameuse « Europe des valeurs »). Et cela alors même que les « États frugaux » (Autriche, Danemark, Pays-Bas8, Suède auxquels est venue se joindre la Finlande) ont fait part de leurs fortes réserves à l’égard d’un mécanisme de solidarité qui bénéficierait notamment à l’Espagne et à l’Italie9, pays considérés comme des cigales indécrottables. Ce qui devait arriver arriva. Ces derniers n’entendaient pas se faire tordre le bras tant sur le montant de l’enveloppe allouée que sur sa répartition entre subventions et prêts et sur les garanties attendues des cigales10. Il était évident, dans ces conditions, que la bataille serait rude et que la proposition franco-allemande ne serait pas adoptée en l’état.

Perdre patience et son calme

C’est ce qui fut le cas : cinq jours de bataille des chiffonniers révélatrices d’une crise profonde de l’Union européenne. Des batailles de communiqués de presse peu utiles si ce n’est pour amplifier l’étendue du dissensus. « Un accord est possible et un accord est nécessaire » à Bruxelles entre Etats européens sur le plan de relance, après trois jours de négociations jusqu’ici sans issue, estime le 20 juillet 2020 le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire. « L’enjeu de la négociation qui se joue aujourd’hui à Bruxelles c’est la présence de l’Europe parmi les grandes puissances mondiales au 21ème siècle, ou non », a-t-il aussi mis en garde sur RMC-BFMTV. « C’est l’avenir de l’Europe au 21ème siècle qui se joue dans les heures qui viennent à Bruxelles », a insisté le ministre français, alors que le président Emmanuel Macron est sorti de ses gonds pour dénoncer dimanche la mauvaise volonté de certains de ses homologues. « Si nous ne sortons pas plus forts de cette crise économique en rassemblant nos forces, en ayant ces 500 milliards de subventions européennes qui vont permettre aux économies de redémarrer, nous prendrons un tel retard que nous ne le rattraperons jamais », a encore averti Bruno Le Maire. Cet ex-diplomate ne sait toujours pas qu’une négociation est un exercice de patience, de compréhension de la position de ses opposants, non un combat de cour d’école. Il ne faut jamais aller plus vite que la musique. Rien ne sert d’élever la voix. Le plus souvent, cela s’avère contreproductif et contribue à compliquer les choses et à figer les positions antagonistes. Le Conseil européen qui s’achève le démontre, s’il en était encore besoin. Autre sujet à l’ordre du jour, le budget européen à long terme de l’Union européenne (2021-2027), de plus de 1.000 milliards d’euros, dont la plupart des dépenses sont destinées aux agriculteurs et aux pays d’Europe de l’Est.

Après un marathon homérique, l’annonce de l’accord est tombée dans la matinée du 21 juillet 2020. Alléluia ! « Deal » tweetait aux premières heures du jour, le président du Conseil européen, le belge Charles Michel suivi d’un « we did it », tout cela en français dans le texte. Bravo pour la pratique de la langue française en perdition face à l’anglais au sein de l’Union européenne ! Ce qui en dit long sur l’influence réelle de la France dans cette structure vénérée par nos fédéralistes indécrottables et aveugles.

UN REPLI DIPLOMATIQUE FRANCO-ALLEMAND EN ORDRE EX POST

Passons en revue les points d’accord, la mise en garde du parlement européen, les réactions du couple franco-allemand à la manœuvre dans ce marathon diplomatique avant d’en venir aux réserves qu’inspire cet accord en trompe-l’œil si l’on veut bien y regarder de plus près.

Les points d’accord

Quels sont les principaux points de consensus obtenus à l’issue du Conseil européen le 21 juillet 2020 ? Les « pays frugaux » ont obtenu une nouvelle répartition entre prêts et subventions dans l’enveloppe globale de 750 milliards d’euros pour le plan de relance qui viendra abonder le budget communautaire 2021-2027 de plus de 1000 milliards d’euros. La part des subventions est ramenée à 390 milliards d’euros. Ils ont engrangé une clause de conditionnalité. Les dirigeants de l’UE ont, pour la première fois, décidé de conditionner l’octroi de financements européens au respect des principes démocratiques dans l’accord. « C’est la première fois dans l’histoire de l’Europe que le budget est lié aux objectifs climatiques et au respect de l’Etat de droit pour l’octroi des financements », a affirmé Charles Michel. « La Commission européenne a proposé un instrument pour prendre des mesures à la majorité qualifiée en cas de violations de l’Etat de droit », a précisé sa présidente, Ursula von der Leyen. « Un engagement très clair a été pris pour protéger les intérêts financiers de l’Union européenne et contrôler plus strictement les fonds européens », a-t-elle ajouté. Or, on ne trouve aucune référence, si ce n’est une référence ambigüe11, de ce lien dans les conclusions du Conseil européen12. En un mot, accroissement des rabais (ils ont progressé de 43 à 56 milliards d’euros pour les sept années à venir), État de droit sur lequel les avis divergent, climat, de nombreuses concessions ont été consenties pour arracher un compromis à l’arraché des « pays frugaux » qui sont parvenus à faire bloc contre Berlin et Paris. Tout accord présente des contreparties ! Notons que pour bénéficier des subventions européennes, les États membres devront soumettre leur programme de relance à la majorité qualifiée des Vingt-Sept. Ce qui confère aux « pays frugaux un levier d’action non négligeable pour la suite, y compris pour la France. Ils ne manqueront pas d’en jouer, le moment venu. Ce dont ne parlent pas notre clergé médiatique qui répète la voix de son maître.

La mise en garde du Parlement européen

Nous sommes en présence d’un compromis a minima qui devra être approuvé par le parlement européen et par les parlements nationaux. Le président du Parlement européen, David Sassoli rappelle les priorités de son assemblée : la fin des rabais, le développement des ressources propres et le respect de l’État de droit. Dès le 23 juillet 2020, es eurodéputés ont adopté une résolution critique de l’accord européen sur le budget, à rebours des célébrations du début de semaine13. Ils contestent notamment les fortes coupes dans la santé ou la recherche. Même si le scénario est très improbable, les élus, qui sont co-décisionnaires sur les questions budgétaires, peuvent encore bloquer l’ensemble du « deal » à l’automne. Avec la résolution au ton musclé qu’il a adoptée, le Parlement européen envoie un signal clair : rien n’est encore fait pour obtenir son feu vert. En vérité, les élus ont abandonné l’idée de peser sur la structure du plan de relance de 750 milliards d’euros, et sa répartition entre prêts et subventions, qui a déjà fait l’objet d’une âpre bataille entre capitales. Mais ils veulent revoir l’architecture du budget européen sur les sept prochaines années, chiffré à 1 074 milliards d’euros, qu’ils « contestent » en l’état – un terme particulièrement raide, pour des résolutions d’ordinaire plus lisses. L’institution « ne cautionnera pas un fait accompli et est prêt à refuser de donner son approbation », lit-on dans la résolution. Dans la ligne de mire des élus : certaines des coupes décidées en début de semaine, dans les secteurs stratégiques comme la santé, la recherche ou l’éducation (Erasmus+), l’absence de garanties sur les « ressources propres » (des impôts qui permettent à l’Union européenne de se financer, indépendamment des contributions des États au budget de l’Union européenne) ou encore la mollesse de certains compromis, par exemple sur le respect de l’État de droit par les pays membres14. Nous sommes loin d’un accord « historique ».

Les réactions du couple franco-allemand

Quelles sont les réactions du couple franco-allemand ? La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron ont salué mardi une journée « historique » pour l’Union européenne lors d’une conférence de presse commune à Bruxelles. « C’est un changement historique de notre Europe et de notre zone euro », a estimé Emmanuel Macron. « Une étape majeure a été franchie ». « En deux mois, nous avons réussi à bâtir un consensus pour que ce plan de relance inédit devienne une décision et donc une réalité », s’est-il félicité. Plus sobre, Angela Merkel s’est dite « très soulagée » qu’après des négociations difficiles, l’Europe ait montré qu’elle peut encore agir ensemble ». Il s’agit d’« un signal important qui va au-delà de l’Europe », « une réponse à la plus grande crise de l’Union européenne depuis sa création », a-t-elle affirmé. Le couple franco-allemand estime avoir sauvé l’essentiel, le principe d’un endettement commun, au prix de concessions importantes. À contre-courant, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen a qualifié le plan de relance de l’Union européenne de « pire accord pour la France de toute l’histoire de l’UE », le chef des Insoumis Jean-Luc Mélenchon déplorant lui que le président Emmanuel Macron ait, selon lui, « tout cédé ». Toutes les critiques des deux extrêmes de l’échiquier politiques ne sont pas à ignorer. Parfois, elles sont pleines de bon sens, celui qui manque à notre élite énarchique. Sans parler de celles de Bruno Retailleau (président du groupe LR au Sénat) qui stigmatise : « L’Europe des petites cuisines et des grandes dépendances »

Les réserves à l’égard de cet accord

Quelles sont les réserves que l’on peut formuler sur la base de l’expérience de ces sommets sans parler de la pratique française15 ? Tout ceci est bel et bien beau dans l’absolu mais dans le relatif, la situation est plus contrastée. Rappelons que pour sauver l’enveloppe de subventions, il a aussi fallu accepter un budget communautaire contraint : réduction de la PAC16, du Fonds pour une transition juste et stabilisation de la cohésion. L’on a déshabillé Pierre pour habiller Paul. Tel est le constat d’une majorité de parlementaires européens ! Pense-t-on un seul instant que les « pays frugaux » se priveront de la possibilité de bloquer l’attribution de subventions aux pays cigales si les projets ne sont pas conformes aux critères qu’ils ont posés ? S’ils n’ont pas obtenu de droit de veto, ils ont engrangé un droit de regard des Vingt-Sept (à la majorité qualifiée) sur la manière dont les pays bénéficiaires des subventions les dépenseront. Pense-t-on un seul instant que l’on va contribuer à la relance des économies européennes par un accroissement de l’endettement et sans réforme structurelles des États comme l’Espagne17, l’Italie18 sans parler de la France ?19 Dépenser n’est pas relancer !20 Pense-t-on un seul instant que l’on va pouvoir poursuivre sur cette voie sans une harmonisation fiscale que l’on nous promet depuis des décennies ?21

Les fissures, les déchirures, qui se sont accentuées au cours de ce marathon diplomatique, ne s’effaceront pas d’un coup de baguette médiatique quoi qu’en dise Emmanuel Macron sur TF1 à 20 heures le 21 juillet 2020 (il nous dresse un tableau idyllique de ses exploits diplomatiques tout en maquillant grossièrement la réalité objective)22. Elles demeureront quoi qu’en disent certains. La solidarité européenne n’est toujours pas un acquis communautaire en dépit de toutes les pétitions de principe en ce sens. Comme dans beaucoup de domaines, la pandémie a agi comme un révélateur des fragilités existantes. Elle ne les a pas réduites contrairement à ce que certains Candide voudraient nous faire croire23.

LA DÉFAITE EN CHANTANT24

Méfions-nous de l’inflation des qualificatifs (« sommet historique », « journée historique », « plan de relance historique »25, « changement historique pour notre Europe », « plan Marshall » …) qui agrémente les déclarations finales, venant des participants (reprise par les médias ou par quelques experts qui n’ont jamais participé à la moindre négociation26) souhaitant démontrer à leurs concitoyens sceptiques à l’égard du mantra d’une Europe qui les protège que tel est bien le cas (Cf. les déclarations du président du Conseil italien) !

Souvenons-nous de ce qui est advenu du discours historique sur la refondation de l’Europe d’Emmanuel Macron à l’automne 2017 à la Sorbonne !27 Ce n’est qu’à l’usage que nous pourrons mesurer la pertinence de tels jugements de valeur. Dans le cas d’espèce, il faudra attendre plusieurs mois pour mesurer l’impact des décisions adoptées à Bruxelles le 21 juillet 2020 et avant de parler de « revanche de l’Europe »28. Une hirondelle ne fait pas le printemps. Surtout après la faillite européenne sur la gestion de la crise du coronavirus. C’est sur le temps long de la raison et non sur le temps court de l’émotion que se jugera objectivement la portée de cet accord. Emmanuel Macron, dont la côte de popularité n’est pas au beau fixe, avait bien besoin de ce succès à mettre à son crédit, lui qui procède à un remaniement de son équipe à l’Élysée (surtout la cellule communication) pour préparer l’échéance présidentielle de mai 202029.
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Replaçons cet accord dans son contexte plus global. Il se situe à la veille de la reprise des négociations sur le Brexit alors que les Britanniques sont toujours aussi inflexibles et que la Commission européenne semble moins flamboyante qu’elle ne l’était au départ. Le négociateur européen Michel Barnier juge le 23 juillet 2020 « peu probable » à ce stade que les Vingt-Sept et le Royaume-Uni parviennent à un accord commercial dans le cadre des négociations sur leur relation post-Brexit. Un sénateur italien, Gianluigi Paragone, ex-membre du Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) et ancien journaliste de télévision, a lancé le même jour « l’Italexit », parti souverainiste qui vise à sortir son pays de l’Union européenne sur le mode du Brexit britannique. « L’adhésion (au mouvement) ne fera que croître, au même rythme que les mensonges que l’Europe nous raconte », a-t-il déclaré. Ce accord du 21 juillet 2020 se situe juste après que la Grande Chambre de la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) ait invalidé, dans un arrêt du 6 juillet 2020, la décision 2016/1250 de la Commission déclarant l’ « adéquation » de la protection des données assurée par l’accord Privacy Shield.30  Nouvel exemple de soumission face aux États-Unis31. Ce sommet européen, c’est bien l’été de tous les dangers

Guillaume Berlat
27 juillet 2020

1 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Négociations au forceps à Bruxelles, Le Monde, 21 juillet 2020, pp. 1-2-3.
2 Cécile Bouthelet/Thomas Wieder, Pourquoi Merkel s’est converti au plan de relance, Le Monde, 18 juillet 2020, pp. 1-2-3.
3 Camille Neveux, À Bruxelles, la relance dans la souffrance, JDD, 19 janvier 2020, p. 8.
4 Christophe Nobili, Marché conclu après quatre jours et quatre nuits de tumulte. Merkel à Macron : « Alors, euro ? ». Accord et à cri, Le Canard enchaîné, 22 juillet 2020, p. 1.
5 Virgnie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Plan de relance : un sommet de crise pour Charles Michel et l’UE, Le Monde, 17 juillet 2020, p. 4.
6 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Une percée pour aider les États affaiblis par le virus. L’Italie devra toucher 70 milliards d’euros, l’Espagne une soixantaine, et la France, 40 milliards, Le Monde, 22 juillet 2020, p. 3.
7 Martine Orange, Europe : un plan de relance pour sauver la facewww.mediapart.fr , 21 juillet 2020.
8 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Mark Rutte, l’homme du bras de fer avec l’UE, Le Monde, 18 janvier 2020, p. 2.
9 Cécile Bouthelet, L’Allemagne soucieuse d’aider les pays dont dépend son industrie, Le Monde, 18 juillet 2020, p. 3.
10 Laurent Marchand, Démocraties européennes, Ouest-France, 17 juillet 2020, p. 1.
11 Guillaume Berlat, Diplomatie : du bon usage de l’ambiguïté…www.prochetmoyen-orient.ch , 13 juillet 2020.
12 Jean-Baptiste Chastand, Hongrie et Pologne crient victoire. Un compromis ambigu a été négocié sur le respect de l’État de droit, Le Monde, 22 juillet 2020, p. 3.
13 Virginie Malingre, UE : parcours d’obstacle pour le plan de relance, Le Monde, 25 juillet 2020, p. 3.
14 Ludovic Lamant, Budget de l’UE : le Parlement européen menace de rejeter l’accordwww.mediapart.fr , 23 juillet 2020.
15 Emmanuel Lévy, La note qui dézingue le plan de relance français, Marianne, 24-30 juillet 2020, p. 19.
16 Laurence Girard, Le budget de la politique agricole commune, satisfait les agriculteurs, Le Monde, 23 juillet 2020, p. 7.
17 Sandrine Morel (propos recueillis par), Pablo Iglesias : « Un renoncement historique de l’Europe à l’austérité », Le Monde, 23 juillet 2020, p. 2.
18 Jérôme Gautheret, Retour triomphal à Rome de Giuseppe Conte, Le Monde, 24 juillet 2020, p. 5.
19 Patrick Arthus, L’expansion monétaire ne fait que commencer…, Le Monde, 19-20 juillet 2020, p. 27.
20 Nicolas Baverez, « Dépenser n’est pas relancer », www.lefigaro.fr , 19 juillet 2020.
21 Éditorial, La fiscalité européenne reste à harmoniser, Le Monde, 18 juillet 2020, p. 28.
22 Claire Gatinois/Audrey Tonnelier, Emmanuel Macron vante son action européenne, Le Monde, 23 juillet 2020, p. 6.
23 Jacques Myard, Accord de Bruxelles : une bombe à retardement !, http://www.comite-valmy.org/spip.php?article12035
24 Natacha Polony, La défaite en chantant, Marianne, 24-30 juillet 2020, p. 3.
25 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Europe : un plan de relance historique. L’Europe arrache un plan de 750 milliards, Le Monde, 22 juillet 2020, pp. 1-2.
26 Sylvain Kahn, L’Union européenne est maintenant un État, Le Monde, 23 juillet 2020, p. 24.
27 Europe : le mensonge par omission du président-Cupidonhttps://www.les-crises.fr/europe-le-mensonge-par-omission-du-president-cupidon/ , 21 juillet 2020.
28 Éditorial, La revanche de l’Europe, Le Monde, 22 juillet 2020, p. 26.
29 Olivier Faye, Le chef de l’État continue de remanier son équipe à l’Élysée, Le Monde, 23 juillet 2020, p. 2.
30 Roseline Letteron, Le Privacy Shield enterré par la CJUEwww.libertescheries.blogspot.com , 19 juillet 2020.
31 Sébastien Grob, Et à la fin c’est le dumping qui gagne, Marianne, 24-30 juillet 2020, p. 25.

https://prochetmoyen-orient.ch/sommet-europeen-laborieux-reduction-de-la-pac-et-de-la-defense/