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Crise sanitaire et sécurité : une opportunité pour l’Europe !

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Crise sanitaire et sécurité : une opportunité pour l’Europe !

Tribune18 mai 2020Par EuroDéfense-France (Patrick Bellouard, Nathalie de Kaniv, Maurice de Langlois, Patrick de Rousiers, Jacques Favin-Levêque, Patrice Mompeyssin, Jean-Paul Palomeros, Jean-Paul Perruche, Philippe Roger, Cyrille Schott)

La crise du COVID-19 qui a sidéré le monde, ne constitue-t-elle pas l’un de ces bouleversements majeurs qui peuvent changer le visage de la planète ? L’histoire nous le dira. Quoi qu’il en soit, elle impose à l’Union européenne un questionnement sur ses valeurs fondatrices : solidarité, dignité de l’être humain, liberté, démocratie, État de droit et paix. Cette crise sanctionne une triple rupture, rupture du monopole de l’Occident sur l’histoire du monde, rupture du leadership américain hérité de la Deuxième Guerre mondiale et rupture avec une globalisation incontrôlée. Il faut en tirer les enseignements. Sachant que c’est souvent dans l’adversité que les Européens ont trouvé la volonté et le courage politique de faire avancer leur union, l’opportunité se présente de la doter des attributs qui feront d’elle un acteur mondial reconnu et respecté.

Dans un environnement de plus en plus menaçant, l’Europe aura comme première responsabilité d’assurer effectivement la sécurité de ses citoyens dans tous les domaines et la défense de leurs intérêts, sur le continent et partout dans le monde.

La crise du COVID-19 a mis la solidarité européenne à l’épreuve, en faisant resurgir initialement les égoïsmes nationaux. Cependant, la Commission européenne a réagi dès le 28 janvier en activant le mécanisme de réaction en cas de crise. Elle a réuni des fonds publics et privés pour financer la recherche sur les vaccins, les diagnostics et les traitements ; elle a créé une réserve commune de matériel médical ; elle a contribué au rapatriement de nombreux Européens bloqués à l’étranger. La solidarité entre les pays s’est finalement exprimée au niveau du transport médical et de l’accueil de patients dans les hôpitaux non surchargés.

L’Union européenne a maintenant la responsabilité de soutenir activement la relance économique, non pas avec un nouveau Plan Marshall qui viendrait de l’extérieur, mais avec des fonds européens. Des initiatives sont en cours pour compenser ce qui est déjà annoncé comme une chute vertigineuse, une baisse de 7,4 % du PIB de l’UE pour 2020, selon la Commission européenne. La priorité sera donnée à juste titre à la sécurité sanitaire et à l’emploi. Par ailleurs, les enjeux de préservation de la planète, au-delà des changements nécessaires des comportements individuels, vont aussi s’inscrire dans le contexte général et peser sur l’ensemble des contraintes budgétaires de nos pays.

L’UE se retrouvera plus isolée dans le nouveau contexte mondial et, sans doute, plus vulnérable. C’est pourquoi ses membres devront la doter des moyens de se faire entendre et respecter en tant qu’acteur mondial, afin de créer l’espace de confiance et de solidarité qui lui manque encore. Si l’autonomie stratégique est un enjeu de survie dans les domaines sanitaire, industriel, énergétique, économique et diplomatique, la première responsabilité de l’UE, en liaison avec les États, sera de contribuer efficacement à la sécurité de ses citoyens.

La sécurité sanitaire fera partie des premières initiatives. Une politique de sécurité sanitaire devrait voir le jour, dotée d’une base industrielle et technologique dédiée, à la fois aux échelons national et européen.

Cette sécurité sanitaire devra s’inscrire dans une appréciation globale des risques et menaces. Si la menace biologique, aujourd’hui concrétisée par le COVID-19, faisait partie des menaces potentielles depuis des décennies, elle n’avait pas fait l’objet de mesures concrètes d’anticipation. Cette crise imprévue a révélé notre vulnérabilité. Elle a été mise à profit par certains pays pour éprouver nos moyens de protection, accroître les cyberattaques et la désinformation afin de fragiliser la cohésion européenne, et contester les organisations et les traités internationaux. Elle est l’occasion pour les groupes terroristes comme Daech de relancer leur action, voyant dans la pandémie le signe d’une punition divine. L’instabilité et l’incertitude croissent : il n’y a plus d’espace protégé … sauf peut-être la station spatiale orbitale et encore !

Dans cette situation alarmante, l’Europe doit se fixer un cap. Un nouveau cadre de la politique de défense et de sécurité commune doit être établi, en prenant en compte le territoire européen, car nombre de crises à venir impacteront directement notre sol. En d’autres termes, l’Europe pourra faire valoir à l’échelle du continent que la défense et la sécurité sont indivisibles et que la résilience de ses États est l’un de ses objectifs majeurs.

Il ne s’agit pas de déposséder les États membres de leur responsabilité en matière de défense, mais de permettre aux Européens de réaliser que leur destin est commun et doit nourrir la volonté de « vivre ensemble ». Comment imaginer que l’Union européenne ne puisse pas jouer un rôle plus important d’anticipation stratégique, de partage de l’information, de coordination de la réponse, puis de remontée en puissance ? Cette inflexion impliquera plus de moyens partagés, notamment la création d’un espace de confiance, où s’échangeront l’analyse des risques, ainsi que les réponses que pourrait apporter l’Union avec le concours des États membres. Dans cette perspective, Bruxelles devra enfin disposer d’une véritable capacité opérationnelle intégrée de planification et de gestion de crise multisectorielle, avec une chaîne de commandement militaire dotée de sa personnalité propre.

Pour contrer les conséquences de la crise économique à venir, les États doivent arrêter collectivement des mesures incitatives dans le domaine de la sécurité et de la défense.

S’agissant des investissements de défense et contrairement à ce qui s’est fait en 2008, les arbitrages budgétaires nationaux à venir devront être coordonnés sur le plan européen, dans une logique de complémentarité et de partage.

Les mesures incitatives proposées, dont certaines sont en cours de mise en place au sein de la Commission européenne, sont de trois ordres : le Fonds européen de défense, un fonds de relance général et un plan de relance industrielle dédié. Le Fonds européen de défense, dont le principe a déjà été acté par les États membres, devra être suffisamment doté financièrement pour encourager la coopération européenne et dynamiser la compétitivité et la capacité d’innovation de l’industrie de défense européenne. L’autonomie industrielle de défense européenne en dépend. Le montant doit être voté prochainement dans le cadre du budget pluriannuel 2021-2027 de l’Union. Le fonds de relance, évoqué par la Commission, pourra apporter des moyens financiers considérables et solidaires au rétablissement des économies les plus affectées dans l’Union et au redémarrage de l’économie européenne dans son ensemble et du secteur de la défense en particulier.

Enfin, un plan de relance industrielle, dédié au secteur de la défense et de la sécurité au sein de l’UE, devrait venir en complément. Il s’articulerait en deux phases : dans l’immédiat, un plan de sauvegarde des entreprises ; par la suite, un financement dédié à l’achat d’équipements stratégiques. Certains de ces équipements pourront être directement acquis par l’Union européenne elle-même, en priorité des systèmes de surveillance terrestres ou spatiaux, à l’image de ce qui a été décidé en 2007 pour le programme Galileo, des moyens de transport stratégique, des avions ou navires logistiques, voire des moyens sanitaires.

La crise sanitaire aura de lourdes conséquences. Aujourd’hui, plus que jamais, l’UE va se retrouver livrée à elle-même. Si elle veut répondre aux attentes et assumer ses responsabilités au regard de l’avenir de l’humanité, elle devra dorénavant compter sur ses propres forces. Dans un environnement de plus en plus menaçant, elle aura notamment comme première responsabilité d’assurer efficacement la sécurité globale de ses citoyens et la défense de leurs intérêts et de leurs valeurs, sur le continent et partout dans le monde. Les mesures présentées ici visent à compenser les effets de la récession économique, tout en optimisant les capacités de défense et sécurité, dans le respect de la souveraineté des États. C’est un enjeu de survie pour notre Europe et pour la civilisation dont elle est le cœur

https://www.iris-france.org/147109-crise-sanitaire-et-securite-une-opportunite-pour-leurope/

La petite gazette des couacs impériaux

La petite gazette des couacs impériaux

20 Avril 2020

Si le coronavirus et la drôle de guerre pétrolière ont fait, ces derniers temps, la Une de l’actualité, d’autres nouvelles passées à peu près inaperçues sont venues quelque peu assombrir le ciel impérial. Rien de dramatique en soi, mais de menues épines dans le pied qui, additionnées, finissent par provoquer une petite douleur lancinante du côté de Washington…

Un dénominateur commun à presque toutes ces contrariétés : le Donald, parfois à son corps défendant. Qu’il persiste à résisterau marais ou qu’il se soit converti mais avec force bourdes, ou tout simplement qu’il tortille entre les deux voies, imposant quand il le peut ses volontés, Trumpinho continue, volontairement ou non, de faire couler de grosses gouttes de sueurs sur le front de son Deep State.

En Asie du Nord-Est, l’alliance militaire américano-sud-coréenne traverse des turbulences. L’on ne parle pas ici d’un changement tectonique qui verrait les troupes US quitter le Pays du matin calme, la case orientale de l’échiquier eurasiatique est beaucoup trop importante pour eux, comme nous l’avons expliqué à plusieurs reprises :

C’est de haute géostratégie dont ils s’agit. Nous sommes évidemment en plein Grand jeu, qui voit la tentative de containment du Heartland eurasien par la puissance maritime américaine (…) La guerre froide entre les deux Corées ou entre Pékin et Taïwan sont évidemment du pain béni pour Washington, prétexte au maintien des bases américaines dans la région.

Pour les Etats-Unis, le sud du Rimland semble définitivement perdu (entrée de l’Inde et du Pakistan dans l’OCS, fiasco afghan), le Moyen-Orient tangue sérieusement (Syrie, Iran, Irak maintenant, voire Yémen). Restent les deux extrémités occidentale (Europe) et orientale (mers de Chine) de l’échiquier où l’empire maritime s’arc-boute afin de ne pas lâcher (…)

Washington utilise habilement un conflit ancien et réel (crise coréenne : 1er niveau) pour placer ses pions sur l’échiquier (Grand jeu : 2nd niveau). Les troupes américaines ou les batteries THAAD en Corée du Sud sont officiellement tournées contre la Corée du Nord, officieusement la Chine. Et les turpitudes du trublion de Pyongyang sont un prétexte en or massif pour maintenir la présence militaire américaine dans la zone.

Que se passe-t-il donc du côté de Séoul pour que ce bel édifice soit, non pas menacé (ce serait exagéré), mais quelque peu ébréché ? Une histoire de gros sous, très prosaïquement. Déjà contraints, les Sud-Coréens ont proposé d’augmenter leur participation aux frais communs de défense à 13%.Businessman dans l’âme, le Donald les a envoyé bouler et réclame beaucoup plus. Or la Corée est dirigée par Moon Jae-in, beaucoup moins favorable aux vues américaines que ne pouvaient l’être ses prédécesseurs.

Le torchon finira-t-il par brûler entre les deux parties ? Sans doute pas. Des concessions seront vraisemblablement faites de part et d’autre et un accord sera finalement trouvé. Mais cette affaire est symptomatique : du temps de sa splendeur, l’empire US allongeait l’argent sans barguigner, ces dépenses étant anecdotiques par rapport aux gains stratégiques. Avec un endettement maintenant faramineux et un comptable à la Maison blanche, les choses ont bien changé…

De Corée, passons en Asie du Sud-Est où la décision du président philippin Duterte de mettre fin au Visiting Force Agreement, accord facilitant l’accès des troupes américaines à l’archipel, continue de faire des vagues. C’était le 11 février et, jusqu’ici, nous n’en avions pas parlé, trop conscient des incessants retournements de veste qui ont lieu dans ce domaine. Cette fois, ça paraît la bonne.

Jusqu’ici, Duterte ne lâche rien. Mais surtout, de l’autre côté du Pacifique, Trump n’en a que faire. En bon entrepreneur, il pense avant tout, comme dans le cas coréen, aux écus sonnants et trébuchants : « Ca ne me dérange pas vraiment car cela permettra d’économiser beaucoup d’argent. Je sais que mon opinion diffère en cela de celle des autres« .

Les autres, c’est l’Etat profond et les stratèges de Washington, qui s’arrachent littéralement les cheveux devant cet Harpagon des temps modernes susceptible de couler, volontairement ou non, les avancées stratégiques péniblement acquises durant des décennies. Le fidèle lecteur n’a en effet pas oublié l’importance des Philippines :

Dans l’encerclement de l’Eurasie par les Etats-Unis, elle est la clé du sud-est.

Elle fait même partie d’un réseau de containment mis en place par les Etats-Unis dans les années 50 : l’Island chain strategy ou, en bon français, stratégie des chaînes d’îles. Si ce fait est très peu connu en Europe et n’est jamais évoqué dans les médias, même les moins mauvais, il occupe pourtant les pensées des amiraux chinois et américains ainsi que les états-majors de tous les pays de la région ou les publications spécialisées (tag spécial dans The Diplomat, revue japonaise par ailleurs très favorable à l’empire).

Petite parenthèse historique : la réflexion stratégique autour des îles du Pacifique-ouest commença dès le début du XXème siècle, quand les Etats-Unis mirent la main sur les anciennes colonies espagnoles de Guam et… des Philippines (1898), tandis que l’Allemagne occupait les îles Marianne et Palau, et que la marine japonaise prenait son essor en dépossédant la Chine de Taïwan (1895). C’est à Haushofer, attaché militaire allemand au Japon de 1908 à 1910, que l’on doit les premières analyses sérieuses, où apparaissent déjà des considérations bien actuelles (rideau de protection, nœuds stratégiques etc.)

Pour Haushofer, cependant, ces chaînes d’îles constituaient pour les Etats continentaux comme la Chine ou l’Inde un rempart face aux menées des puissances maritimes. Les vicissitudes du XXème siècle et l’inexorable extension de l’empire US ont retourné la donne : ces arcs insulaires étaient désormais un rideau de fer contenant l’Eurasie (le bloc sino-soviétique durant la Guerre froide) et « protégeant » le Pacifique américanisé.

Ce qui nous amène au Grand jeu actuel. Que le domino philippin tombe et c’est la première chaîne qui est sérieusement ébréchée. La deuxième ligne étant plus virtuelle (car uniquement maritime, sans armature terrestre véritable), c’est le Pacifique, donc les côtes américaines, qui s’ouvrent partiellement à la Chine :

La fin du Visiting Force Agreement ne signifie pas obligatoirement la fin de la coopération militaire entre Manille et Washington mais, selon tous les analystes, elle constituerait un coup de canif difficilement réparable. Qui plus est, elle pourrait avoir des conséquences dans toute la région comme l’analyse Radio Free Asia, média impérial qui craint que l’Asie du Sud-est ne se rapproche de Pékin en cas de retrait américain. Si la majorité des Etats de la zone craignent l’avancée du dragon en Mer de Chine méridionale, aucun n’est prêt à dégrader ses relations avec le grand voisin enaccueillant des bases de l’US Navy.

A 20 000 kilomètres de là, une autre mauvaise nouvelle a plissé un peu plus les fronts soucieux des stratèges états-uniens. Elle concerne l’ami Bolsonaro. Les déclarations emportées et irresponsables contre Pékin de la part de quelques membres de son gouvernement, dont le propre fils du président, ont créé un froid diplomatique.

Sous pression, et n’oubliant pas que la Chine est le premier partenaire commercial du Brésil, Bolsonaro a appelé Xi pour faire amende honorable et rabibocher les deux capitales. Au passage, le rusé timonier lui a peut-être glissé un petit quelque chose à l’oreille… Trois petits jours après la conversation téléphonique, le vice-président brésilien annonçait en effet que Huawei serait autorisée à participer au réseau 5G du pays !

Quand on sait à quel point Trump et le Deep State US, pour une fois sur la même longueur d’onde, ont tout fait pour marginaliser le géant technologique chinois, on imagine le coup de poignard que constitue cette décision. Comment la « trahison » de Bolsonaro sera-t-elle prise à Washington ? Wait and see ou, pour faire local, espere e veja.

Terminons ce tour du monde des couacs impériaux par les Balkans où, à nouveau, l’occupant de la Maison blanche a fait des siennes. Direction, le petit Kosovo, sous les feux de l’actualité il y a une vingtaine d’années pour l’une des plus grosses opérations de propagande de l’histoire humaine : un génocide inventé de toute pièce par l’OTAN. Comme de bien entendu, l’habituelle basse-cour médiatique participa avec allégresse à l’énorme intox, sur laquelle revenait le Monde diplomatique quelques années plus tard :

« Quand on connaîtra toute la vérité, je crois qu’elle sera plus dure que tout ce qu’on peut supporter. » Signée Joshka Fischer, ministre allemand des affaires étrangères, cette prophétie lui permit d’imaginer en Yougoslavie une guerre « ethnique du type des années 30 et 40 » (Le Monde, 10 avril 1999). Rudolf Scharping, son homologue de la défense, préféra parler carrément de « génocide » (Le Monde, 3 avril), alors même que le président Clinton n’évoquait qu’une intention de ce type : « des efforts délibérés, systématiques de génocide » (cité par l’hebdomadaire The New Statesmen, 15 novembre). Quand M. Anthony Blair leur emboîta le pas, il ajouta deux adjectifs : « Je vous le promets maintenant, Milosevic et son génocide racial hideux sera défait » (cité par The Guardian, 28 octobre 1999). Ce fut donc « au service du droit, (…) au nom de la liberté et de la justice »(Lionel Jospin, Le Monde, 27 mars) que, pendant soixante dix-huit jours, l’OTAN bombarda la Yougoslavie.

Dans la plupart des grands médias, chacun – à de rares exceptions près – allait broder sur ces thèmes. M. Zaki Laïdi évoque « l’établissement d’une nouvelle liste de Schindler » (Libération, 9 avril). Mme Françoise Giroud écrit : « M. Milosevic purifie. Chacun sa méthode, on doit manquer de chambres à gaz, en Serbie… » (Le Nouvel Observateur, 1er avril). Et quand, à rebours des traditions satiriques libertaires et pacifistes de son hebdomadaire, Philippe Val défend l’intervention de l’OTAN dans Charlie Hebdo (31 mars), il argumente : « Lisons un journal, en remplaçant « Kosovar » par « Juif ». Les troupes de Milosevic organisent des pogroms, détruisent les villages, assassinent les hommes, et contraignent à l’exode femmes et enfants juifs. Qu’est-ce qu’on fait, on intervient, ou pas ? Ah, je sens un flottement, même parmi les pacifistes. A part les équivalents de Céline, de Drieu La Rochelle et des communistes solidaires du pacte germano-soviétique, on décide fermement qu’on ne peut pas laisser faire ça. »

A l’époque, il est vrai, les nouvelles que les dirigeants occidentaux assurent avoir du Kosovo sont réellement terrifiantes. Un responsable de l’administration américaine confie au New York Times (4 avril) : « Il pourrait y avoir cinquante Srebrenica » (soit 350 000 morts). Un autre est cité par le journal télévisé d’ABC (18 avril) : « Des dizaines de milliers de jeunes hommes pourraient avoir été exécutés. » Le département d’Etat annonce le lendemain que 500 000 Kosovars albanais « sont manquants et l’on craint qu’ils n’aient été tués. » Un mois plus tard, M. William Cohen, ministre de la défense, parle de 100 000 disparus, précisant : « Ils pourraient avoir été assassinés »(CBS, « Face the Nation », 16 mai).

Ces chiffres sont promptement repris par la télévision française. Jean-Pierre Pernaut, par exemple, évoque de « 100 000 à 500 000 personnes qui auraient été tuées, mais tout ça est au conditionnel » (TF1, 20 avril). Le lendemain soir, la même chaîne annonce : « Selon l’OTAN, entre 100 000 et 500 000 hommes ont été portés disparus. On craint bien sûr qu’ils n’aient été exécutés par les Serbes (…) Bien évidemment, la preuve de l’accusation reste à faire ». La radio n’est pas en reste : sur France Inter, le journaliste accrédité auprès de l’OTAN répercute avec entrain des informations de l’Alliance selon lesquelles « des centaines de garçons serviraient de banque de sang vivantes, des milliers d’autres creuseraient des tombes ou des tranchées, les femmes seraient systématiquement violées » (20 avril, journal de 19 heures)…

Dans les tribunes d’intellectuels favorables à l’OTAN, l’indicatif va vite remplacer le conditionnel. Magistrat, secrétaire général de l’Institut des hautes études sur la justice, président du « comité Kosovo » et membre de la rédaction de la revue Esprit, Antoine Garapon déclare : « On ne peut pas mettre sur le même pied le probable millier de victimes serbes et les centaines de milliers de Kosovars massacrés » (Télérama, 23 juin). Il retarde déjà sur les discours officiels : la guerre gagnée, les estimations occidentales du nombre de morts albanais passent de six à cinq chiffres. Le 17 juin, le Foreign Office britannique déclare que « 10 000 personnes ont été tuées dans plus de 100 massacres » ; le 25, le président Clinton confirme le chiffre de 10 000 kosovars tués par les Serbes (cité par The Nation, 8 novembre). Nommé représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, M. Bernard Kouchner parlera, le 2 août, de 11 000 Kosovars exhumés des fosses communes – le Tribunal de La Haye démentira dans la journée. Même Le Monde diplomatique affirmera bien imprudemment à la « une » de son numéro d’août que « la moitié des 10 000 victimes présumées ont été exhumées ».

Or, neuf mois après l’entrée de la KFOR au Kosovo, rien, dans les conclusions des envoyés du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) comme des autres organisations internationales, n’est venu étayer l’accusation de « génocide ». Sauf à banaliser ce terme, en en faisant le simple synonyme de « massacre ».

(…)

Deux mois plus tard, John Laughland confirme dans The Spectator (20 novembre) : « Même si l’on estime que tous [les 2018 cadavres retrouvés par le TPIY] sont des Albanais assassinés pour des raisons ethniques, c’est un cinquième du nombre avancé par le Foreign Office en juin ; un cinquantième du nombre avancé par William Cohen en mai ; et un deux cent cinquantième du nombre suggéré par le département d’Etat en avril. Et pourtant même cette appréciation n’est pas justifiée. Premièrement, dans la grande majorité des cas, les corps étaient enterrés dans des tombes individuelles et non collectives. Deuxièmement, le Tribunal ne dit pas quel est l’âge et le sexe des victimes, sans parler de leur nationalité. Les causes de mort violente étaient nombreuses dans la province : plus de 100 Serbes et Albanais ont été tués lors d’attaques terroristes par l’UCK albanaise depuis le début de son insurrection en 1998 ; 426 soldats serbes et 114 policiers du ministère serbe de l’intérieur ont été tués pendant la guerre ; l’UCK, qui avait des dizaines de milliers d’hommes armés, a aussi subi des pertes, comme l’attestaient, dans les villes du Kosovo, les faire-part annonçant leur mort au combat ; et enfin plus de 200 personnes sont mortes depuis la guerre en marchant sur des bombes à fragmentation de l’OTAN qui n’avaient pas encore explosé. »

Mme Del Ponte, le procureur du TPIY, poursuit John Laughland, « insiste sur le fait que le chiffre [de 2 108] n’est pas un décompte définitif des victimes ni même un recensement complet des morts. (…) En fait, elle implique que le nombre final de cadavres pourrait être plus élevé lorsque les exhumations sur les « lieux de crimes » restants reprendront au printemps. Paul Risley [le porte-parole de Mme Del Ponte] explique que les exhumations ont été reportées « parce que le sol est gelé ». Or, il n’y a pas eu de gel au Kosovo et le sol n’est pas gelé : le jour où cet article était écrit (15 novembre), il pleuvait fortement sur la province et la température était de 10 degrés. On peut soupçonner l’arrivée de l’hiver de servir de prétexte pour repousser de plusieurs mois la question embarrassante du faible nombre de cadavres, dans l’espoir que les gens oublient. »

Le 22 novembre 1999, l’hebdomadaire américain Newsweek publie à son tour un article intitulé « Mathématiques macabres : le décompte des atrocités diminue ». On y lit : « En avril dernier, le département d’Etat américain disait que 500 000 Albanais ethniques avaient disparu au Kosovo et craignait qu’ils ne soient morts. Un mois plus tard, le secrétaire à la défense William Cohen affirmait à un journaliste de télévision que « près de 100 000 hommes en âge de porter les armes » avaient disparu. « Ils pourraient avoir été assassinés », disait-il. Après la fin de la guerre (…), l’OTAN a produit une estimation beaucoup plus basse du nombre d’Albanais tués par les Serbes : juste 10 000. Maintenant il apparaît que même ce chiffre, malgré quelques véritables atrocités commises par les Serbes, pourrait être un peu trop élevé. »

Les journalistes Daniel Pearl et Robert Block enquêtent à leur tour à Trpeca. Publié le 31 décembre à la « une » du Wall Street Journal, leur article choque – au point que le quotidien se rattrapera, le lendemain, avec un éditorial embarrassé justifiant malgré tout la guerre de l’OTAN. « A la fin de l’été, écrivent les reporters, des histoires d’installation de crémation comparable à celles des nazis étaient si répandues que les enquêteurs envoyèrent une équipe de trois gendarmes spéléologues français rechercher des cadavres dans la mine. Ils n’en ont trouvé aucun. Une autre équipe a analysé les cendres dans le fourneau. Elle n’a trouvé aucune dent ni autre signe de corps brûlés. Au Kosovo, au printemps dernier, les forces yougoslaves ont fait des choses atroces. Elles ont expulsé des centaines de milliers de Kosovars albanais, brûlant des maisons et se livrant à des exécutions sommaires. (…) Mais d’autres allégations – meurtres de masse indiscriminés, camps de viols, mutilation des morts – n’ont pas été confirmées (…). Des militants kosovars albanais, des organisations humanitaires, l’OTAN et les médias se sont alimentés les uns les autres pour donner crédibilité aux rumeurs de génocide. »

Pour expliquer une telle distance entre information et réalité, Pearl et Block insistent sur le rôle joué par l’UCK. « Un ancien correspondant de radio, Qemail Aliu, (…) et cinq autres journalistes se cachaient avec l’UCK dans les montagnes centrales du Kosovo, utilisant des téléphones portables pour s’informer auprès des commandants régionaux de la guérilla. Les émissions de radio étaient juste assez puissantes pour atteindre (…) Pristina, où un correspondant traduisait en anglais les reportages pour le site Internet de Kosova Press, l’agence de l’UCK. Quand le campement de la guérilla avait de l’électricité, M. Aliu écoutait les briefings de l’OTAN à la télévision. « Souvent, nous avons vu Jamie Shea parler à propos du nombre de morts, et c’étaient les chiffres donnés par Kosova Press », dit-il. »

Pour décrire ce qu’ils qualifient d’« obsession des tombes collectives », Pearl et Block donnent l’exemple de Ljubenic, un pauvre village de deux cents maisons à l’ouest du Kosovo. « Le 9 juillet, sur la base d’un « rapport d’opération » des Italiens, le major néerlandais Jan Joosten mentionne, durant un briefing de presse à Pristina, la découverte d’une tombe de masse où pourraient se trouver 350 corps. Les journalistes, explique-t-il, « ont commencé à faire leurs bagages pour partir à Ljubenic avant même la fin du briefing ». Le lendemain, à Londres, l’Independent proclamait : « La plus grande fosse commune contient 350 victimes ». (…) En fait, les enquêteurs ne trouvèrent aucun cadavre dans le champ. » Sur les affiches imprimées par l’UCK en guise de mémorial figurent soixante-cinq noms.

La presse allemande, elle aussi, a su prendre du recul. Le 10 janvier dernier, dans le Spiegel, Erich Follath constate au terme d’une longue enquête : « Pour remporter des succès sur le front de la propagande, les dirigeants démocrates de l’Ouest ont de temps en temps eu recours à des moyens douteux. Le ministre allemand de la défense se fait particulièrement remarquer par son utilisation inconsidérée de nouvelles sensationnelles. » Et de raconter comment « début avril, Scharping parle d’ »indications à prendre au sérieux sur des camps de concentration au Kosovo « Que le stade de Pristina ait été transformé en camp de concentration avec 100 000 hommes, voilà qui, d’emblée, ne paraît pas digne de foi aux experts. Des images prises par des drones allemands de surveillance réfutent d’ailleurs rapidement les affirmations de propagande du chef UCK Thaci. » Le même ministre recommence en exhibant, le 27 avril, « une nouvelle preuve des atrocités commises par les Serbes : les images d’un massacre de Kosovars. Il s’avère rapidement que l’agence de presse Reuters a déjà publié, trois mois auparavant des photos aussi horribles de ce massacre commis dans le village de Rugovo (…) Selon Reuters, les morts n’étaient pas des civils, mais des combattants de l’UCK, tués pour venger la mort d’un officier serbe. » Démenti, M. Scharping continuera néanmoins « à présenter comme des faits les récits horribles des victimes : les assassins « jouent au football avec des têtes coupées, dépècent des cadavres, arrachent les fœtus des femmes enceintes tuées et les font griller. » »

(…)

Comparaison valorisante avec un passé médiatique lamentable, soupçon infamant sur les intentions des analystes critiques : le terrain ainsi déblayé, l’autosatisfaction pouvait s’épanouir. Particulièrement suspectée dans le passé, la télévision fut la première propagandiste de sa propre excellence. Le présentateur du journal de France 2 s’esbaudit : « Depuis le début du conflit, il existe un grand choix de prudence et de modestie de la part de la presse française, et notamment chez nous. Il y a une attitude de vigilance à l’égard de toutes les sources d’informations. Nous avons un traitement radicalement différent de celui de la guerre du Golfe » (L’Humanité, 5 mai). Le directeur de l’information de TF1 fit chorus : « Les images du faux charnier en Roumanie, relayées par toutes les télévisions en 1989, ont créé une prise de conscience sur la puissance du média audiovisuel. Désormais, nous indiquons systématiquement dans quelles conditions nous obtenons les images, avec un effort permanent de rigueur et d’explication (…) La couverture du conflit est plus resserrée, mais plus sobre et plus rigoureuse. »

Le ton ainsi donné, chaque média tressa ses propres louanges. Le Point : « Nous avons évité les erreurs des conflits précédents, il n’y a eu ni désinformation, ni naïveté spectaculaire dans le suivi du Kosovo. La vigilance vis-à-vis des informations fournies par l’OTAN a été constante. » L’Express : « On a envoyé beaucoup de reporters sur place. On a essayé de donner une information précise, vérifiée, et de jouer notre rôle en fournissant l’analyse et la mise en perspective du conflit. » LCI : « Aujourd’hui, on sait prendre du recul. Par rapport à Jamie Shea, le porte-parole de l’OTAN, on relativise. On met tout en doute, puisqu’on ne peut rien prouver, on s’en tient à l’émotion des récits. » RTL : « On a appris deux choses : pas de glose pour occuper l’antenne sans informations et un soin extrême dans la façon dont on répercute ces informations en donnant précisément leur source. » Le Monde : « Ayant en mémoire les pièges dans lesquels étaient tombés certains médias lors de la guerre du Golfe, la rédaction se méfiait de la communication officielle (…) Montrer, expliquer, débattre : malgré quelques hésitations inévitables face à ce genre d’événement, Le Monde a largement rempli son contrat. » Le Journal du dimanche : « Echaudés par la guerre du Golfe, les médias français peuvent être cités en exemple, qui font – pour les deux camps – la traque à la désinformation. » La Tribune : « Nos médias ont bien raison d’être d’une prudence de lynx face à toutes les entreprises de désinformation. »

Franz-Olivier Giesbert eut beau dénoncer dans un éditorial le « bourrage de crane otanien » (Le Figaro Magazine, 17 avril) et Marianne fustiger à plusieurs reprises une « otanisation » de l’information, le consensus autocélébrateur devint à ce point contagieux qu’il déteignit sur quelques-uns des rares périodiques hostiles à la guerre. L’hebdomadaire Politis concéda imprudemment : « On est loin cette fois de l’unanimisme patriotard de la guerre du Golfe, et des confrères tenant micro sous le nez d’experts militaires en uniforme » (1er avril.) L’Humanité embraya : « Exit la guerre grand spectacle, le règne de l’information en continu synonyme de directs creux, les dérives journalistiques répétées. Les journalistes rendent compte de la guerre du Kosovo de manière beaucoup plus précautionneuse que lors du conflit irakien » (8 avril).

« Précautionneuse », le terme est assurément trop fort. Même si, pour être efficace, la manipulation doit tenir compte de la conscience de la manipulation et emprunter d’autres recours que les ruses éventées du passé. Avec une candeur presque émouvante, le correspondant de France Inter à Bruxelles auprès de l’OTAN expliqua ainsi : « Je pense n’avoir jamais été manipulé ou alors je l’étais tellement bien que je ne m’en suis pas rendu compte. (…) En gros, mentir ne sert à rien car tôt ou tard, tout se sait (…) Je n’ai pas perçu autre chose que des erreurs [de l’OTAN] qui ont été, loyalement je pense, corrigées. Et aussi, certains scrupules qui ne pouvaient que les desservir, c’est-à-dire, après chaque frappe sur une cible autre que celle qui était souhaitée, le temps nécessaire à l’enquête militaire et technique interne. Pour dire : « Hé bien oui, c’est bien nous qui avons démoli tel hôpital ou tel pont au moment où un convoi de chemin de fer s’engageait sur ce pont » » (Conférence, Press Club de France, Paris, 28 juin 1999.)

Dans ce dernier cas d’espèce, on sait à présent que l’OTAN a accéléré le film des images du train s’engageant sur le pont pour pouvoir prétexter la « bavure ». Et on sait aussi comment l’organisation atlantique manipulait la presse : « Pour les bavures, nous avions une tactique assez efficace, explique un général de l’OTAN. Le plus souvent, nous connaissions les causes et les conséquences exactes de ces erreurs. Mais pour anesthésier les opinions, nous disions que nous menions une enquête, que les hypothèses étaient multiples. Nous ne révélions la vérité que quinze jours plus tard, quand elle n’intéressait plus personne. L’opinion, ça se travaille comme le reste » (Le Nouvel Observateur, 1er juillet 1999).

A la fin de la guerre, Bruxelles pouvait donc se déclarer satisfait. M. Shea avoua même : « Beaucoup de journalistes sont venus me dire ces jours-ci qu’ils avaient apprécié les efforts que nous avions faits pour les informer » (LCI, 15 juin 1999). A Washington, on n’avait pas davantage eu motif à se plaindre. Pour M. Richard Holbrooke, l’un des architectes de la politique américaine dans les Balkans : « La couverture médiatique du New York Times, du Washington Post, de NBC, CBS ABC, CNN et des magazines a été extraordinaire et exemplaire » (Cité par Znet, 27 mai.)

On avait déjà entendu un de ces adjectifs enthousiastes lors de la guerre du Golfe. Le 26 mars 1991, sur CNN, M. Marlin Fitzwater, alors porte-parole de la Maison Blanche, n’avait-il pas reconnu : « Le président Bush trouve que la couverture médiatique de ce conflit est extraordinaire » ?

A l’époque, la guerre du Kosovo n’était elle-même qu’un maillon d’un ensemble bien plus vaste :

En mars 1999, au moment même où les premières bombes s’abattaient sur la Serbie et quelques jours avant que la Pologne, la Hongrie et la République tchèque ne deviennent membres de l’OTAN, le Congrès américain approuva le Silk Road Strategy Act, ciblant ni plus ni moins huit ex-républiques de l’URSS – les trois du Caucase et les cinq -stan d’Asie centrale. Derrière la novlangue de rigueur, le but était de créer un axe énergétique Est-Ouest et d’arrimer fermement ces pays à la communauté euro-atlantique. Dans le collimateur, même si cela n’était pas dit explicitement : Moscou et Pékin.

Mars 1999 ou la folie des grandeurs américaine… Europe de l’est, Balkans, Caucase, Asie centrale : la Russie serait isolée sur tout son flanc sud et l’Eurasie divisée pour toujours.

Vingt ans après, les mirages de Washington se sont écroulés les uns après les autres, mais l’armée américaine caserne toujours au Camp Bondsteel, sa deuxième plus grande base militaire en Europe, et le Kosovo est devenu une sorte de minuscule protectorat US. Qu’est-ce qu’a encore fait le Donald ?

Pour le coup, l’affaire est assez compliquée. Le Kosovo est aujourd’hui grosso modo divisé entre deux camps politiques et deux leaders : Thaci et Kurti. Le premier, président depuis 2016, est un ancien de l’UCK, la guérilla islamo-mafieuse qui luttait contre Belgrade en 1999 (les « rebelles modérés » de l’époque). Il traîne toutes les casseroles possibles et imaginables : crimes de guerre et vente d’organes de prisonniers serbes, corruption, pion de l’empire etc. Mais il est paradoxalement favorable aujourd’hui à un rapprochement avec la Serbie et veut enterrer la hache de guerre afin de normaliser les relations.

Le second était Premier ministre depuis deux mois quand il a été débarqué fin mars après une motion de censure du parlement. Champion du combat contre la corruption, il est très critique envers l’influence américaine sur son pays mais est également animé d’une serbophobie presque primaire. On le voit, les habituelles lignes de fracture sont ici brouillées…

Or l’administration Trump, qui souhaiterait un succès diplomatique (en l’occurrence un accord de paix entre Serbie et Kosovo) avant l’élection de novembre, a « stimulé » la destitution de Kurti, principal obstacle à l’accord. Rien de moins. L’establishment des affaires étrangères à Washington pousse les hauts cris tant il est vrai que les petits bidouillages de Donaldinho risquent encore de créer un maelstrom improbable.

Sur le plan humanitaire, cette crise est particulièrement malvenue en ces temps pandémiques. Sur le plan diplomatique, Paris et Berlin ont très mal pris la chose, creusant encore un peu plus l’écart entre les deux rives de l’Atlantique. Sur le plan intérieur, les professionnels du Département d’Etat sont excédés d’être court-circuités par des amateurs. Enfin, même si cela reste très hypothétique pour le moment, cela pourrait bien avoir des conséquences sur le plan stratégique ; à supposer que Kurti prenne un jour le pouvoir, ces manigances américaines pourraient éventuellement sonner le glas du Camp Bondsteel, refermant avec fracas la fenêtre ouverte en fanfare en 1999.

Un souci de plus pour le Deep State qui, décidément, doit attendre avec impatience une victoire de Biden pour ne plus avoir à se réveiller chaque matin en se demandant quelle catastrophe la Houppette blonde a encore provoquée…

Tag(s) : #Etats-Unis#Extrême-Orient#Amérique latine#Europe

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Tempête autour d’un académicien

Tempête autour d’un académicien

29 Mars 2020

L’Histoire nous réserve de ces clins d’œil…

Polonais sans pays (la Pologne était alors divisée entre les empires russe, prussien et autrichien), Jan Czerski participa très jeune à la grande révolte indépendantiste de 1863. Arrêté comme bons nombres de ses compatriotes rebelles par les autorités russes, il fut intégré de force dans l’armée et exilé en Sibérie. Autodidacte, il se passionna alors pour les sciences et finit par devenir géologue et explorateur au service des tsars. Ses nombreuses explorations sibériennes lui valurent les médailles de la Société russe de Géographie et de l’Académie des sciences et il mourut, comblé d’honneurs, lors d’une équipée dans le grand Nord.

Son nom fut donné à des montagnes, à une ville et, plus récemment, à un bateau. Pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de l’Académicien Czerski, censé poser les derniers tubes du Nord Stream II auquel s’oppose de toutes ses forces… la Pologne ! Ironie, quand tu nous tiens.PUBLICITÉ

Nous avions déjà mentionné ce navire début février :

Alors que le Danemark avait, après un feuilleton digne d’une télénovela brésilienne, fini par donner son accord à l’achèvement du Nord Stream II, les sanctions du Congrès américain ont poussé vers la sortie la compagnie suisse de pose de tubes Allseas, abandonnant en rase campagne le chantier déjà réalisé à 94%. Il ne manquait plus que 80 km, soit environ… deux semaines de travail !

Si d’aucuns auraient souhaité que Gazprom poursuive en justice l’entreprise suisse pour rupture abusive de contrat, Poutine puis le ministère russe de l’Energie ont assuré que le projet serait terminé, mais avec un retard d’un an :«

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/73332-catastrophe-vue-dans-ehpad-temoignage-glacant-aide-soignant

« Le chantier étant gelé, Gazprom doit désormais avoir recours à ses propres équipements, beaucoup moins performants. Une mission a priori réaliste car la fin du chantier n’est plus en eaux profondes. Un premier bateau, le Fortuna, pourrait déjà être à l’œuvre dans les eaux allemandes. Mais sa capacité est de seulement 3 kilomètres de tuyaux posés par jour. Et il n’est pas autorisé à fonctionner dans les eaux danoises où demeure l’essentiel du chantier à achever. 

Gazprom, qui n’a pas précisé l’ampleur des surcoûts provoqués par ces changements, dispose d’un autre navire de construction, l’Akademik Tchersky. Mais celui-ci serait pris pour le moment sur un autre chantier près de… Vladivostok, à l’autre bout de la Russie. Son transfert prendra plusieurs mois. Selon l’agence russe Interfax, il est en fait en cours de reconstruction pour modernisation. D’où les multiples délais et donc un retard final d’au moins un an pour ce projet qui, sans les nouvelles sanctions américaines, devait être terminé tout début janvier, avec une mise en exploitation prévue dès ce printemps.  »

A défaut de pouvoir empêcher durablement les pipelines russes de gagner le Rimland, la thalassocratie fait tout pour en retarder l’échéance. Une lutte à mort dont dépend sa survie en tant que superpuissance.

L’académicien a finalement largué les amarres et se trouve maintenant au niveau du Cap de Bonne espérance, en route vers la Baltique où il devrait arriver d’ici peu.

La question à un million est de savoir s’il sera capable de poser les dernières dizaines de kilomètres de tubes…

Dans un billet récent, nous évoquions la politique d’auto-suffisance russe qui lui permet maintenant de tenir bon dans la tempête :

La presse américaine regrette que les sanctions impériales d’hier contre la Russie lui aient permis d’être bien mieux armée, aujourd’hui, que l’immense majorité des États de la planète face à la pandémie. Nous avons montré à plusieurs reprises (ici ou ici par exemple) que ces sanctions, parfois gênantes à court terme, étaient en réalité une bénédiction à long terme pour l’ours, réduisant sa dépendance vis-à-vis de l’Occident et l’obligeant à ne compter que sur lui-même.

Auto-suffisante sur le plan agricole, libre de dette et disposant de réserves considérables, la Russie va désormais empocher les dividendes de cette politique clairvoyante. « Gouverner, c’est prévoir » : personnifié par Colbert qui, en son temps, fit planter un million d’hectares d’arbres pour servir de bois de construction à la marine pour les siècles à venir, ce célèbre adage est repris avec sérénité du côté de Moscou.

Aussi curieux que cela puisse paraître, cette approche perspicace n’a pas été étendue au domaine de la pose sous-marine de pipelines. Le Kremlin a peut-être pensé, avec une certaine logique, que le jeu (investir massivement dans ce secteur technologique si particulier) n’en valait pas la chandelle (les gazoducs offshore ne sont pas légion dans le monde). M’enfin, il était tout de même difficile d’ignorer l’obsession de la thalassocratie impériale. En juin 2017, nous rapportions :

Si quelqu’un doutait encore que les Américains tentèrent, tentent et tenteront de torpiller l’intégration de l’Eurasie et d’isoler énergétiquement la Russie, une membre du comité des Affaires étrangères du Congrès a rappelé fin mai les fondamentaux de la politique étrangère de son pays :

« Les Etats-Unis devraient agir contre le projet russe de gazoduc afin de soutenir la sécurité énergétique de l’Union européenne [défense de rire ; qui eut cru que la novlangue pouvait être amusante ?] L’administration Obama et l’UE ont travaillé contre le Nord Stream II (…) L’administration Obama a fait de la sécurité énergétique européenne une question de haute priorité de la politique étrangère américaine. L’administration Trump serait bien avisée de continuer sur cette voie. »

Dans ce dossier, Donaldinho s’est sagement rangé derrière son Deep State et les sanctions sont tombées, effrayant la compagnie suisse chargée de poser les derniers kilomètres de tubes et laissant les Russes face à eux-mêmes. L’académicien, sans expérience dans ce domaine, pourra-t-il relever le défi ? Les avis sont partagés même si l’on sait que Poutine, qui n’est pas adepte des promesses en l’air, a assuré que le pipeline serait terminé sous un an. Le feuilleton continue…Tag(s) : #Gaz#Histoire#Russie#Europe

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Un nouveau monde en gestation

Un nouveau monde en gestation

21 Mars 2020

Les rédacteurs de Foreign Policy lisent-ils nos Chroniques ? Quelques jours après notre billet sur la montée en puissance du soft power humanitaire chinois en ces temps pandémiques, la revue néo-impériale a publié un article qui fera peut-être date, intitulé « Le coronavirus pourrait remodeler l’ordre mondial« . Le chapeau – « La Chine manœuvre vers le leadership mondial pendant que les Etats-Unis fléchissent » – annonce clairement la couleur et les auteurs se lamentent :

Le statut des Etats-Unis en tant que leader global durant les sept dernières décennies a été bâti non seulement sur la richesse et la puissance mais également, tout aussi important, sur la légitimité d’une bonne gouvernance intérieure, la fourniture au monde de biens et la capacité de rassembler et coordonner une réponse globale aux crises. Le coronavirus teste ces trois éléments et Washington est en train de rater l’examen.

Pendant que les Etats-Unis fléchissent, Pékin avance rapidement pour profiter des erreurs américaines, comblant le vide pour se positionner en tant que leader global. Les Chinois vantent leur propre système, fournissent une assistance matérielle aux autres Etats et aident même les gouvernements à s’organiser (…) La Chine comprend que, si elle est vue comme leader dans cette crise et que Washington donne l’impression d’être incapable de le faire, cette perception pourrait fondamentalement affaiblir la posture américaine dans les relations internationales et grandement modifier la lutte pour le leadership mondial au XXIème siècle.

Des dizaines de pays bénéficient maintenant de l’aide chinoise et les euronouilles, totalement perdus par le reflux du suzerain US, ne savent plus à quel saint se vouer. Pendant que certains tentent encore maladroitement de sauver les meubles en pointant du doigt la « propagande chinoise », d’autres sont pris d’une nostalgie résignée :

L’histoire retiendra peut-être ces journées de mars 2020, lorsque la Chine est venue au secours de l’Europe. La semaine dernière, c’était en Italie, et hier, la Chine a envoyé un million de masques en France, où il existe un risque de pénurie.

Geste symbolique d’un pays devenu une grande puissance et qui le montre à la manière dont nous, les puissants du monde d’hier, le faisions autrefois, par l’action humanitaire. Il y a, au-delà du symbole, le reflet d’un nouveau rapport de force international qui change tout.

Un article de The Intercept résume parfaitement la situation : « Pendant que les Etats-Unis incriminent la Chine pour la pandémie du coronavirus, le reste du monde lui demande son aide » Le renversement de paradigme est en effet saisissant. L’hyperpuissance américaine n’est plus que l’ombre d’elle-même et se claquemure pour contenir une épidémie dont la courbe prend une dangereuse tangente (aucun autre pays n’a connu une telle progression après autant de semaines) :

Ce qui n’empêche d’ailleurs pas les illuminés de Washington-sur-Potomac de débattre d’une escalade contre l’Iran, pourtant très durement touché par le corona. Les faucons, où l’on retrouve sans surprise Pompeo et O’Brien, le Conseiller à la Sécurité nationale, se sont toutefois cognés au mur des militaires (Esper, supremo du pentagone, ou encore Milley, le chef d’état-major), bien moins enthousiastes d’aller en découdre avec Téhéran, ce qui est d’ailleurs la ligne de Donaldinho lui-même.

Fidèle à elle-même, l’inénarrable Union européenne brille, quant à elle, par sa mollesse impuissante. Même ses thuriféraires habituels ne peuvent cacher le fiasco monumental. Comme le dit un autre article de Foreign Policy, le virus a réduit en cendres l’héritage de Merkel. Quatorze années d’européisme acharné, de péroraisons sur la « solidarité européenne » ou l’austérité financière parties en fumée en quelques jours…

Nous avions déjà vu dans un billet précédent que le président serbe ironisait sur le « conte de fée » eurocratique. Clou dans le cercueil, la Lombardie, région la plus touchée d’Italie, a fait une croix sur le soutien de Bruxelles et vient de demander l’aide de la Chine, de Cuba et… du Venezuela ! Ô ironie.

Un dernier mot sur la Russie qui, bien que de manière moins spectaculaire que Pékin, aide aussi son (proche) prochain. Des dizaines de milliers de kits de dépistage ont été fournis à tous les membres de l’Union économique eurasienne (où la solidarité semble mieux fonctionner que chez sa consœur européenne) et de l’Organisation du traité de sécurité collective, regroupant plusieurs ex-républiques de l’URSS. D’autres alliés/pays amis ont bénéficié ou bénéficieront dans les prochains jours de l’aide de Moscou : Iran, Serbie, Venezuela, Mongolie, Egypte, Italie

La presse américaine, elle, regrette que les sanctions impériales d’hier contre la Russie lui aient permis d’être bien mieux armée, aujourd’hui, que l’immense majorité des États de la planète face à la pandémie. Nous avons montré à plusieurs reprises (ici ou ici par exemple) que ces sanctions, parfois gênantes à court terme, étaient en réalité une bénédiction à long terme pour l’ours, réduisant sa dépendance vis-à-vis de l’Occident et l’obligeant à ne compter que sur lui-même.

Auto-suffisante sur le plan agricole, libre de dette et disposant de réserves considérables, la Russie va désormais empocher les dividendes de cette politique clairvoyante. « Gouverner, c’est prévoir » : personnifié par Colbert qui, en son temps, fit planter un million d’hectares d’arbres pour servir de bois de construction à la marine pour les siècles à venir, ce célèbre adage est repris avec sérénité du côté de Moscou.

Ce vieux fond de sagesse russe, ou chinoise, contraste avec le spectacle de dirigeants occidentaux sautant en tout sens comme de petites puces affolées tentant de se raccrocher aux branches. Le temps long face à l’esclavage de l’immédiateté, encore et toujours…Tag(s) : #Chine#Etats-Unis#Europe#Russie

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Pendant ce temps, dans la pampa…

Pendant ce temps, dans la pampa…

24 Mars 2020

Alors que plusieurs maires ou entreprises d’Italie retirent les drapeaux de l’euronouillerie pour les remplacer par ceux des pays qui ont lui apporté une aide considérable – Russie, Chine, Cuba – et qu’un journal anglais va jusqu’à prédire une sortie du pays de l’UE après la crise, partons aujourd’hui sous d’autres cieux.

Une nouvelle prédiction de nos Chroniques est en passe de se réaliser. A la fin de l’année dernière, nous évoquions à propos du sommet brésilien le…

… regain d’énergie des BRICS, d’autant que le grand voisin argentin pourrait à nouveau être de la partie. Nous l’expliquions en août :PUBLICITÉ

En Argentine, le président Mauricio Macri, gentil toutou des USA, vient de se prendre une volée aux élections primaires, répétition générale de l’élection présidentielle du mois d’octobre. Pour Washington, c’est une bien mauvaise nouvelle, d’autant que le grand vainqueur est le parti de l’ancienne présidente Cristina Kirchner, égérie de la multipolarité face à un Macri qui, dans la plus pure tradition des leaders latino-américains dévoyés, est l’homme de paille des Etats-Unis en Argentine, permettant l’installation de deux bases US dans son pays, plaçant sa fortune chez son maître, s’attirant les louanges de son suzerain et acceptant avec gloutonnerie tout accord avec le FMI visant à esclavagiser un peu plus son pays. Sans surprise, la Cristina, maintenant sénatrice, s’y oppose résolument. Le combat continue entre la pasionaria et le vassal. Macri est largement devancé par C.K dans les projections du premier tour (39%-30%).

Si Cristina ne s’est pas finalement présentée elle-même, son parti a gagné par 47% contre 32%. Un retour du clan Kirchner à la Casa Rosada apporterait à coup sûr un regain d’activité au processus de multipolarité en Amérique du Sud, un temps mis à mal par la destitution de Dilma au Brésil et l’élection de Macri. On se rappelle que l’Argentine de Cristina, bien que ne faisant pas officiellement partie des BRICS, y faisait souvent figure de membre associé, ce qui sera sans doute à nouveau le cas dans deux petits mois…

Bingo. Le 27 octobre, Alberto Fernández, protégé de Cristina, a gagné dès le premier tour, renvoyant Macri à ses chères études. Si sa prise de fonction se fera en décembre, les stratèges américains commencent déjà à se ronger les ongles. Dans un geste ô combien symbolique, Fernández a accordé sa première interview internationale à Correa, l’ancien président équatorien et bête noire de l’imperium US, sur la chaîne russe RT.

Nous y sommes. Fin février, la nouvelle ambassadrice argentine en Russie a demandé le soutien de Moscou pour favoriser l’entrée de son pays dans les BRICS. Si la pandémie coronavirarienne risque de retarder quelque peu les plans, la chose est dans les tuyaux, au grand dam de qui vous savez…

Et ce n’est pas la décision uruguayenne de quitter TeleSur qui consolera grandement les stratèges du Potomac. TeleSur, quézako ?

Lancée officiellement par Hugo Chavez le 24 juillet 2005, jour anniversaire de la naissance de Simon Bolivar, la chaîne « anti-impérialiste » est, vous l’aurez compris, très critique envers Washington. Elle constitue ainsi un thermomètre assez sûr des évolutions politiques du continent latino-américain.

Un gouvernement qui souhaite prendre ses distances avec les Etats-Unis aura tendance à entrer dans son capital (Cuba, l’Argentine de Kirchner et l’Uruguay de Vazquez lors de sa création en 2005 ; la Bolivie d’Evo quelques années plus tard). A l’inverse, que vienne au pouvoir un pion de l’empire et sa participation est remise en cause : sortie de l’Argentine de Macri en 2016 et, donc, de l’Uruguay il y a quelques jours.

Montevideo n’ayant pas le poids de Buenos Aires, le baume au cœur de Washington est tout relatif…

En Bolivie, la situation était dans la balance jusqu’à ce que les élections prévues pour le 3 mai soient reportées sine die pour cause de coronavirus. En attendant, quel est l’état des forces en présence ? Il y a deux semaines, un sondage établissait la hiérarchie suivante :

  1. MAS : 32,6 %
  2. Carlos Mesa : 19,2 %
  3. Jeanine Áñez (présidente de facto) : 18,2 %
  4. Luis Fernando Camacho et Marco Antonio Pumari : 12,5 %
  5. Chi Hyung Chung évangéliste d’origine sud-coréenne) : 8,6 %

Le parti d’Evo Morales est donc largement en tête mais ne regroupe qu’un tiers de la population, ce qui semble confirmer notre analyse qui en a irrité certains à la fin de l’année dernière :

Ce blog s’est toujours efforcé de faire la part des choses et de rapporter les faits tels qu’ils sont pour une meilleure compréhension des événements. Si l’empire américain et ses filiales s’y font régulièrement esquinter, ce n’est jamais aux dépens de la vérité. Ainsi, ce que nous écrivions le 12 novembre a pu causer une certaine gêne :

A peine notre dernier billet sur le recul impérial en Amérique latine était-il publié que la Bolivie était le théâtre d’un coup d’Etat qui fleure bon la CIA. Les ressemblances avec le Maïdan ukrainien sont d’ailleurs assez frappantes : un président quelque peu naïf, une opposition violente, liée à Washington, des pontes de la police et de l’armée qui trahissent leur gouvernement et retournent leur veste, une chasse aux sorcières qui débute…

Un coup d’Etat, donc ? Oui mais… Ce blog se doit avant tout d’être objectif et il faut reconnaître que l’ami Evo n’est pas non plus blanc comme neige. Personne n’a bien compris pourquoi le comptage des voix a soudain été arrêté pour finalement désigner Morales gagnant alors qu’il n’était qu’en ballotage favorable. Certaines vidéos montrent que ses partisans n’avaient rien à envier non plus à l’opposition sur le plan de la violence. Plus généralement, on peut difficilement contester que la Bolivie, y compris parmi sa propre base électorale, était lasse d’un président qui s’accrochait de plus en plus au pouvoir.

C’est lui-même qui, en 2009, avait inscrit dans la Constitution la limitation à deux mandats présidentiels. Pourtant, il se présentait là pour la quatrième fois ! Il avait déjà fait un tour de passe-passe en obtenant de la justice que son premier mandat (2006-2010) ne soit pas pris en compte. Puis, en 2016, il a perdu le référendum l’autorisant à se représenter mais une nouvelle et commode décision de justice a purement et simplement annulé le résultat du vote ! Dans un remake digne de l’euronouillerie, le tribunal a considéré que briguer une fonction est un droit de l’homme supérieur à la Constitution ou au résultat d’un référendum. Bref, vous l’aurez compris, Evo a quand même donné le bâton pour se faire battre…

Géopolitiquement, qu’est-ce que ça nous donne ? Pas grand chose à vrai dire. La Bolivie de Morales était une voix anti-impérialiste assumée mais, petit pays, elle n’a jamais beaucoup pesé sur la scène internationale. Comme nous le disions il y a trois jours, la perte de l’Argentine et la tangente prise par le Brésil, les deux poids-lourds du continent, sont autrement plus dramatiques pour Washington que le gain éventuel, somme toute modeste, de la Bolivie. Chose très intéressante, le Brésil a ouvert son espace aérien à l’avion d’Evo qui rejoignait l’exil mexicain. De quoi s’interroger, du côté de DC la Folle, sur les véritables intentions de Bolsonaro qui a d’ailleurs eu des paroles inhabituellement modérées  concernant les événements boliviens.

Quoi ? Rendre l’immaculé Evo Morales partiellement responsable de la situation ? Ne pas se lâcher en imprécations contre Bolsonaro mais, au contraire, lui reconnaître une évolution intéressante ? Vous n’y penser pas, voyons, cachez ce billet que je ne saurais voir. Et de fait, certains sites qui ont l’habitude de republier nos articles se sont curieusement abstenus cette fois-ci. Et pourtant…

Une très intéressante interview a été accordée par Andrónico Rodriguez, leader cocalero et héritier présomptif d’Evo. S’il ne se gêne pas pour appeler un chat, un chat (et un putsch, un putsch), il n’est pas tendre non plus envers le Movimiento Al Socialismo, son propre parti. Selon lui, une autocritique est absolument nécessaire car le MAS a perdu les masses (jeu de mot non voulu) : népotisme, copinage, conformisme, éloignement de la base… Et encore ne mentionne-t-il pas, ou seulement en filigrane, le non respect du référendum de 2016 et le viol flagrant de la Constitution par Evo.

Depuis, on a appris que le décompte des voix n’avait finalement pas connu de fraudes et que ce n’est pas Andrónico qui reprendrait le flambeau, mais le fond du problème reste le même. La scène politique bolivienne est extrêmement divisée. Si le MAS est en tête, il ne peut prétendre gouverner avec un tiers des votants. Quant à l’autre « camp », si tant est qu’il n’y en ait qu’un seul, il est éclaté et se crêpe régulièrement le chignon.

Si le corona a au moins le mérite de désamorcer temporairement la crise qui se prépare en renvoyant tout ce joli monde dans ses foyers, il suffira, le jour de l’élection, d’une étincelle pour que la Bolivie ne tombe dans le chaos…Tag(s) : #Amérique latine#Europe

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Le coronavirus, ou la preuve de la fracture culturelle entre l’Europe et l’Asie ?

– Société – 21 mars 2020

Le coronavirus, ou la preuve de la fracture culturelle entre l’Europe et l’Asie ? 

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Depuis le début de l’hécatombe que provoque le coronavirus en Europe (à ce jour, 450 morts en France, plus de 1.000 en Espagne, mais surtout plus de 4.000 en Italie !), la droite nationale ne cesse de se positionner en faveur d’une fermeture systématique des frontières en cas de crise sanitaire. En effet, le mal est fait quand celle-ci intervient trop tard. Car les voies de l’idéologie étant impénétrables, les leaders politiques de l’Europe auront brillé par leur obsession d’un monde sans frontières. Pire encore dans la mesure où les Asiatiques ont réagi de façon bien plus efficace face à la propagation du Covid-19. C’est ce que remarquent, curieusement, des journalistes de médias mondialistes tels que Le Monde et Le Point : respectivement, Brice Pedroletti qui a relevé que « le dénigrement du masque en Europe suscite la consternation en Asie », le 21 mars, puis Jérémy André qui s’est demandé [Coronavirus :] « comment les Tigres asiatiques ont dompté l’épidémie », le 17 mars.

À l’image de la Corée du Sud, de Taïwan, de Hong Kong et de Singapour, puis surtout du Japon (30 morts uniquement !), le dépistage massif et la fermeture immédiate des portes du territoire auront été, d’ores et déjà, les meilleures armes pour juguler la dissémination d’un virus pourtant aussi létal que la grippe (2 à 3 %, selon les données officielles), même s’il est nettement plus contagieux. Et notons que la Chine, qui est à l’origine de cette pandémie à travers la ville de Wuhan (depuis le 30 décembre), a mis rapidement beaucoup de ses métropoles en coupe réglée, comme Pékin. Résultat : le pic épidémique est passé, bien que le nombre de décès reste substantiel (en dessous de 4.000). Quant à la France, celle-ci a atteint le seuil de 12.000 cas. Pour autant, et eu égard à la multiplication des décès en Italie, le confinement généralisé qu’ont décidé la plupart des États européens (sauf la Suède, par exemple) ne marche pas, si ce n’est à long terme, autrement dit pas en deçà de six semaines.

Parce qu’il s’agit, in fine, non pas d’une crise sanitaire mais ni plus ni moins d’une crise logistique, cette dernière incarnant tragiquement la perte de souveraineté : survivant sous la tutelle de l’Union européenne, l’Italie est un État totalement décentralisé, qui manque de moyens matériels pour soigner le plus de patients possible (masques, appareils de réanimation, solutions hydroalcooliques, médicaments, etc.), et ce, un peu comme la France dont le Président n’arrive pas à asseoir une quelconque autorité en la matière, face aux populations des banlieues en particulier… À l’évidence, le confinement est culturel ou n’est pas.

Seulement, ne croyons pas que le souverainisme et le militarisme, ceux de la Chine ou de la Corée du Sud, constituent des marqueurs consubstantiels à l’Asie. Parce que ces peuples s’inscrivent dans la mondialisation, sans toutefois renoncer à leur identité nationale. Sans doute pour le meilleur et pour le pire… Le philosophe Alain, né en 1868 et disparu en 1951, et donc pétri de culture martiale et catholique à la fois, avait écrit, dans ses Propos sur les pouvoirs : « La cité fut militaire avant d’être économique. » C’est davantage dans l’approche de la maladie, voire de la mort, que les Orientaux et les Occidentaux se séparent, ceci se résumant par ce qu’avait dit le vieux sage chinois Laozi : « Tous les hommes désirent uniquement se délivrer de la mort ; ils ne savent pas se délivrer de la vie. »  3.5k

Henri Feng

Docteur en histoire de la philosophie

https://www.bvoltaire.fr/le-coronavirus-ou-la-preuve-de-la-fracture-culturelle-entre-leurope-et-lasie/?utm_source=La+Gazette+de+Boulevard+Voltaire&utm_campaign=ea11d17b4a-MAILCHIMP_NL&utm_medium=email&utm_term=0_71d6b02183-ea11d17b4a-30450793&mc_cid=ea11d17b4a&mc_eid=d973bb6006

Pétrole et poussée chinoise : ça se précise

Pétrole et poussée chinoise : ça se précise

18 Mars 2020

Deux de nos billets parmi les plus récents annonçaient certaines tendances lourdes de conséquences pour l’avenir géopolitique mondial. Il n’a fallu que quelques jours pour que celles-ci se confirment voire s’amplifient.

L’or noir n’en finit pas de dégringoler et le schiste américain est au bord du gouffre ou, comme le dit poétiquement un analyste de Forbes, « se noie dans le sang et les larmes ». des coupes claires dans les investissements et les budgets ont déjà commencé et ce n’est que le début…

Les critiques de l’establishment oléo-impérial pleuvent depuis quelques jours mais, chose, intéressante, elles ne s’adressent pas à la Russie, pourtant au départ du mouvement ; c’est l’Arabie saoudite qui est dans le viseur. Treize sénateurs Républicains ont même pris leur plume pour écrire au Seoud, lui demandant de revenir sur sa décision. A lire entre les lignes, on se demande même s’il n’y aurait pas un soupçon de menace :PUBLICITÉ«

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/72681-agnes-buzyn-declare-avoir-quitte-ministere-sachant-elections-auraient-pas-lieu-coronavirus«

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« Les leaders saoudiens nous ont répété à plusieurs reprises que le royaume d’Arabie saoudite était une force de stabilité sur le marché mondial. Les récentes décisions saoudiennes ont remis en cause ce rôle.
Nous exhortons le royaume à assurer un leadership constructif pour stabiliser l’économie mondiale en apaisant l’inquiétude dans le secteur pétrolier et gazier
. »

Dans notre dernier billet sur le sujet, nous plantions le décor :

Un intéressant article de Pepe Escobar prévoit une campagne de déstabilisation (voire plus) de MBS par le Deep State impérial. Comme nous le disions hier, le prince Nayef, arrêté, est le chouchou de la CIA et de l’establishment américain, et c’est peut-être justement pour cette raison qu’il a été appréhendé. Les manigances au royaume wahhabite sont proverbiales et le fidèle lecteur se rappelle peut-être quand nous nous demandions, il y a deux ans, si la soudaine et durable disparition de ce même MBS, probablement victime d’une tentative de putsch, n’était pas liée à une possible conversion saoudienne au pétroyuan. Toujours est-il que l’année risque d’être agitée en Arabie saoudite qui, de plus, a besoin d’un baril à 85$ pour équilibrer son budget pléthorique.

La lettre sénatoriale est-elle le premier avertissement ? A suivre de près…

Compère du pétrole dans le marasme économique ambiant, le coronavirus n’en finit pas de progresser. La dernière fois, nous nous étions arrêtés sur les gestes symboliques forts de la Chine vis-à-vis des pays touchés :

A l’heure où l’administration américaine utilise de manière bien peu glorieuse les sanctions contre l’Iran pour maintenir l’embargo sur certains médicaments essentiels – du « terrorisme médical » selon Téhéran – et semble totalement absente de la lutte mondiale contre la pandémie, Pékin envoie des équipes aux quatre coins de la planète pour venir en aide aux Etats qui le demandent (Italie bien sûr, mais aussi Iran, Irak ou Europe orientale). Un soft power très efficace qui ne sera pas oublié de sitôt dans les pays en question.

Depuis, le dragon a doublé la mise. L’aide à l’Iran est massive (plus de vingt millions de masques) mais l’offensive de charme vers l’Europe n’est pas en reste. A l’heure où la flageolante Union européenne est en voie de décomposition, l’aide chinoise afflue partout. En Italie bien sûr, mais aussi en Espagne, en Belgique, en Europe de l’Est etc. C’est le président serbe, Aleksandar Vucic, qui résume le mieux le changement de paradigme :

« Il n’y a pas de solidarité européenne, tout cela n’est qu’un conte de fées. Seule la République populaire de Chine peut nous aider dans cette situation, et j’ai écrit une lettre au président Xi Jinping, dans laquelle j’ai demandé de l’aide et l’ai appelé frère. »

Le monde change…Tag(s) : #Pétrole#Etats-Unis#Moyen-Orient#Chine#Europe

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/03/petrole-et-poussee-chinoise-ca-se-precise.html

L’amour aux temps du corona

L’amour aux temps du corona

14 Mars 2020

Si Gabriel García Márquez était encore parmi nous, c’est peut-être ainsi qu’il aurait appelé son chef-d’œuvre. Avis aux émules du grand écrivain… Le lecteur, lui, ne trouvera point ici de considérations médicales/scientifiques/philosophiques/sociales sur la fameuse pandémie mais une petite analyse de ses conséquences géopolitiques.

Zhao Lijian, porte-parole du MAE chinois, a jeté un pavé dans la mare jeudi dernier en affirmant que le coronavirus pourrait avoir été apporté en Chine par l’armée US lors des Jeux mondiaux militaires de Wuhan en octobre. Il s’appuie notamment sur les déclarations du directeur du Centers for disease control and prevention américain qui a révélé, devant le Congrès, que plusieurs patients que l’on croyait morts d’une simple grippe étaient en réalité porteurs du coronavirus. 

Notre bonne presse qui, pendant des années, a traqué sans relâche les sombres conspirations que les abominables Russes ne manquaient pas d’ourdir sur les élections américaines, hurle cette fois sa douleur devant ce cas patenté de « complotisme » qui met en cause la tête impériale. Dans les salles de rédaction, la théorie du complot, c’est comme le chasseur des Inconnus : il y a la bonne et la mauvaise…

Elle a toutefois raison sur un point : à ce stade, il est évidemment impossible d’apporter le moindre début de preuve à la thèse de l’ami Zhao qui ne reste, pour l’instant, que simple conjecture. Mais cet esclandre a au moins le mérite de montrer que, pandémie ou pas, l’affrontement titanesque entre Pékin et Washington n’est jamais très loin.

Si la Chine se remet peu à peu au travail et que les usines rouvrent, son économie a connu un énorme trou d’air en février qui pourrait lui coûter deux points de croissance annuelle. La fermeture des frontières et autres restrictions de voyage ont fortement touché les Nouvelles routes de la Soie qui sont plus ou moins à l’arrêt :

Ile artificielle au Sri Lanka, pont au Bangladesh ou projets hydroélectriques en Indonésie : à travers l’Asie, les ambitieux chantiers d’infrastructures lancés par la Chine sur ses «routes de la soie» sont à l’arrêt ou extrêmement ralentis, grippés par la propagation du nouveau coronavirus (…)

Conséquence immédiate pour de multiples projets financés par Pékin en Asie : les livraisons de matériaux ont cessé et, surtout, la main d’oeuvre d’ouvriers chinois fait cruellement défaut.

Ainsi, au Sri Lanka, les grands chantiers d’infrastructures financés par la Chine emploient principalement des ouvriers chinois, et se trouvent dans une situation difficile. Le projet gigantesque d’île artificielle de Port City, chantier à 1,4 milliards de dollars près de la capitale Colombo, avance donc au ralenti: un tiers des ouvriers chinois repartis dans leur pays pour les vacances du Nouvel an lunaire ne sont pas revenus (…) Autre chantier affecté: l’ouverture de la plus haute tour de communication d’Asie du Sud, érigée avec des capitaux chinois à Colombo, a été retardée de deux mois.

Plus radical, le Bangladesh a arrêté de délivrer des visas aux ressortissants chinois. Or, la centrale électrique de la Bangladesh China Power Company, infrastructure à 2,5 milliards de dollars financée par la Chine à Payra (sud), emploie quelque 3.000 Chinois. Presque les deux tiers ne sont pas rentrés (…)

Mêmes difficultés sur l’île indonésienne de Sumatra, où la construction de la centrale hydroélectrique Batang Toru est suspendue faute de travailleurs après la décision de l’Indonésie d’interrompre ses vols avec la Chine continentale. Le chantier de la liaison de TGV Jakarta-Bandung (6 milliards de dollars) est également retardé.

Si ces contretemps ne devraient pas s’éterniser, le coronavirus est bel et bien une « peste noire » pour les pharaoniques routes de la Soie et, par contrecoup, du pain béni pour la thalassocratie impériale. C’est d’ailleurs peut-être ce qui a poussé le sieur Zhao à accuser l’armée américaine comme on l’a vu plus haut…

Toutefois, les petits génies de Washington auraient tort de se réjouir trop vite, et l’on ne parle pas ici des multiples limitations qui commencent à toucher le territoire états-unien lui-même (dont le confinement des troupes dans leurs casernes, ordonné par le Pentagone, ou la dégringolade de Wall Street).

Quoi qu’on en dise, Pékin a plutôt bien géré la crise – la contagion commence à être contenue, au contraire de ce qui se passe partout ailleurs – et s’apprête même à retourner la situation à son avantage dans une chorégraphie toute poutinesque :

Plusieurs biographes du président russe ont montré à quel point le judo est, pour lui, bien plus qu’un sport : une philosophie de vie, qu’il applique dans de nombreux domaines, particulièrement en géopolitique. Utiliser la force et la précipitation de l’adversaire pour mieux le retourner et le mettre à terre. Le maître du Kremlin n’est jamais aussi redoutable que lorsqu’il fait d’abord un pas en arrière ; attendez-vous à vous retrouver assez vite le nez sur le tatami. Ippon.

Le coronavirus a fait voler en éclats la « solidarité européenne » si vantée par l’UE, créature de Washington faut-il le rappeler. Entre les réquisitions de matériel décidées par certains pays (Allemagne en tête) au détriment des autres et le manque criant d’aide de l’Union à l’Italie, nous assistons à un sauve-qui-peut généralisé sur le Vieux continent. Quant aux inénarrables kommissar de Bruxelles, ils ne trouvent rien de mieux à faire que de se lamenter sur… les entraves à la sacro-sainte liberté de circulation !

Dans ce marasme digne d’une mauvaise telenovela, la Chine avance subtilement ses pions, envoyant par exemple une équipe d’experts et plusieurs tonnes d’aide sanitaire à Rome. L’image est forte : le pays le plus touché par le virus prétend maintenant aider la planète à faire face, alors que les habituels « sauveurs du monde » occidentaux sont aux abonnés absents. Nul doute que ce geste symbolique restera longtemps dans les mémoires d’une Italie totalement abandonnée par ceux qui sont censés être ses partenaires…

Cela risque notamment de mettre totalement en porte-à-faux le gouvernement européiste actuel de Giuseppe Conte et de préparer un retour en fanfare de Salvini, même si l’on se rappelle que le sémillant Milanais n’était pas tout à fait sur la même longueur d’onde que Pékin l’année dernière lorsque l’Italie est entrée dans la danse des Nouvelles routes de la Soie :

L’analyse pourrait s’arrêter là et conclure à une nouvelle baffe dans la tête impériale. Pourtant, si ce dernier point n’est pas discutable, les choses sont en réalité bien plus compliquées et entrent dans la lignée de ce que nous prédisions au lendemain de l’élection du Donald il y a plus de deux ans :

Le deuxième mandat d’Obama avait sans doute porté à son paroxysme l’affrontement des deux blocs. Entre 2013 et 2015, le système impérial américain, incluant ses dépendances européenne et médiatique, s’est arc-bouté, uni, resserré presque jusqu’à l’étouffement. Un objet trop compressé finit par se fissurer, puis éclater – simple loi physique. Géopolitiquement, cela nous a donné le Brexit et l’élection de Trump.

Nous entrons maintenant dans une ère aléatoire de recomposition, un nouvel ordre mondial que les tenants de l’ordre ancien voient avec horreur et qu’ils tentent désespérément, et avec de moins en moins de succès, de ralentir. Voici venue l’ère des électrons libres, de la restructuration internationale et des nouveaux paradigmes.

Le rapprochement italo-chinois est éclairant à cet égard et un excellent article de Tom Luongo l’analyse en détail. Résumons la complexité de la situation en quelques points :

  1. Le ralliement de Rome aux Nouvelles routes de la Soie est poussé par le Mouvement 5 étoiles et son leader, Di Maio.
  2. Cette annonce a été accueillie avec des cris d’orfraie par Trump, Merkel mais aussi par la Ligue de Salvini, autre composante essentielle du gouvernement italien, pourtant alliée à Di Maio.
  3. La position de Salvini recoupe grosso modo celle de l’anti-système « de droite » partout en Europe (Le Pen, Wildeers, UKIP etc.) : oui à la multipolarité russo-chinoise sur le plan géopolitique contre l’hégémonie américaine, mais non à l’invasion chinoise sur le plan économique.
  4. Merkel, qui ne veut pas voir l’Italie jouer un rôle important en Europe, s’oppose à l’accord Rome-Pékin. Ce faisant, elle se retrouve curieusement dans le même camp que Salvini, qu’elle déteste par ailleurs (migrants, fédéralisme européen etc.)
  5. Ironie du sort, elle se retrouve également dans le même bateau que le Donald, à qui elle s’oppose sur à peu près tous les autres sujets (gaz russe, paiement pour le stationnement des troupes US, protectionnisme vs libre-échange etc.)
  6. Dans ce maelstrom, l’euronouillerie est complètement perdue, ne sachant que faire avec la Chine. Elle est encore plus désemparée face aux Etats-Unis de Trump, comme le montre la délirante séance du Parlement européen d’il y a trois jours, au cours de laquelle les députés ont d’abord voté une série d’amendements contre la reprise des négociations commerciales avant… de voter dans la foulée pour annuler leur propre résolution !

Dans le nouveau monde aux recompositions complexes créées par le reflux impérial, Bruxelles est déboussolée.

Depuis, Salvini a claqué la porte du gouvernement, attendant d’y revenir seul, sans plus dépendre d’aucune alliance. L’énième crise des migrants déclenchée par Erdogan et le fiasco eurocratique lié au coronavirus devraient jouer en sa faveur. A Bruxelles, on en a déjà des sueurs froides…

Que Pékin et le courant salvinesque européen se rabibochent ou non – et ça sera sans doute non pour des raisons de protectionnisme économique – importe finalement peu. Ce qui compte, géopolitiquement parlant, c’est l’affalement de l’Union européenne (jusqu’où tombera-t-elle ?) et la montée en puissance de la Chine, deux cauchemars pour le Deep State US.

A l’heure où l’administration américaine utilise de manière bien peu glorieuse les sanctions contre l’Iran pour maintenir l’embargo sur certains médicaments essentiels – du « terrorisme médical » selon Téhéran – et semble totalement absente de la lutte mondiale contre la pandémie, Pékin envoie des équipes aux quatre coins de la planète pour venir en aide aux Etats qui le demandent (Italie bien sûr, mais aussi Iran, Irak ou Europe orientale). Un soft power très efficace qui ne sera pas oublié de sitôt dans les pays en question…

Ironie du sort, le monde dépend de la Chine pour la production de masques chirurgicaux et de médicaments. Un intéressant article de National Interest se plaint que, globalisation et libre-échange aidant, les grandes multinationales pharmaceutiques aient massivement délocalisé en Chine, qui produit 90% de la consommation américaine en médicaments selon une audition du Congrès. De quoi faire cesser les coups bas assez infantiles que multiplie l’administration Trump ces derniers temps (critique de la gestion de la crise, « virus de Wuhan » etc.)

Si les Chinois proposent gracieusement leur aide/expertise à la majorité des pays de la planète, un article de Xinhua, l’agence de presse officielle, a pris un ton menaçant vis-à-vis de Washington, évoquant un possible contrôle des exportations qui jetterait l’Amérique dans un « océan de coronavirus ».

Et voici l’empire pris à son propre jeu ! Décidant de régenter le monde au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, les Etats-Unis ont tenté avec un relatif succès d’imposer leur contrôle sur à peu près tout ce qui existait sur Terre (des hydrocarbures aux flux financiers en passant par les organisations internationales, les alliances militaires, les médias ou les ONG). Un temps, dans les années 90, ils ont pu penser qu’ils y étaient arrivés.

Mais la roue historique tourne, invariablement. Selon un schéma classique, le centre impérial choisit alors la voie de la facilité, externalisant la production pour travailler moins et faire plus de profits, confiant ainsi, sans s’en rendre compte, une partie de sa sécurité à des acteurs extérieurs. Aujourd’hui, la santé américaine est presque entièrement aux mains du dragon…Tag(s) : #Chine#Etats-Unis#Economie#Europe

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Le Bel20 plonge à près de 7% et continue de creuser, les marchés européens s’enfoncent

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Le Bel20 plonge à près de 7% et continue de creuser, les marchés européens s’enfoncent

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09/03/2020 | Sonia Romero | 1 min de lecture

Le marché australien des actions a connu sa pire matinée depuis la crise financière mondiale de 2008, alors que l’escalade du coronavirus étouffe la croissance économique internationale. EPA-EFE/BIANCA DE MARCHI AUSTRALIE ET NOUVELLE-ZÉLANDE

Tous les éléments du Bel20 s’inscrivaient dans le rouge à l’ouverture de la Bourse de Bruxelles lundi, dans la foulée des chutes des Bourses asiatiques. L’indice de référence perdait déjà plus de 5,9% à 9h13. Vers 9h30, l’indice vedette de la Bourse de Bruxelles perdait près de 7 %.

Les pertes les plus importantes de l’indice concernent ING, qui perd plus de 12 %, et Aperam, Solvay et Umicore, qui perdent chacun plus de 8 %. Galapagos est aussi durement touché. La raison de ces pertes est la crainte d’une récession due aux effets du coronavirus et d’une guerre des prix dans le secteur pétrolier.

Les marchés boursiers d’autres pays européens commencent également la semaine à perte. À Amsterdam, par exemple, l’AEX perd 7,4 % et l’indice passe sous la barre des 500 points pour la première fois depuis janvier 2019. Une situation similaire en Allemagne, où le Dax perd également 7,4 %. À Paris, les pertes s’élèvent à 7,7 % et à Londres, la bourse perd jusqu’à 8,4 %.

Source: Belga

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La crédibilité de la Cour européenne des droits de l’homme est en ruine après la révélation des liens des juges avec Soros


La crédibilité de la Cour européenne des droits de l’homme est en ruine après la révélation des liens des juges avec Soros

John Laughland

John LaughlandJohn Laughland, titulaire d’un doctorat en philosophie de l’Université d’Oxford et qui a enseigné dans les universités de Paris et de Rome, est historien et spécialiste des affaires internationales.25 févr.2020 15:54/ Updated 1 day agoObtenez une URL courte

La crédibilité de la Cour européenne des droits de l'homme est en ruine après la révélation des liens des juges avec Soros

George Soros, 08.06.2017 © Global Look Press / M. Popow

Suivez RT sur Une étude du Centre européen de droit et de justice de Strasbourg a révélé plusieurs conflits d’intérêts entre des juges de la Cour européenne des droits de l’homme et des ONG financées par George Soros.

Le Centre européen de droit et de justice est une ONG qui se présente souvent devant le tribunal pour faire campagne sur les questions sociales, familiales et religieuses. Je suis fier d’être inscrit comme chercheur à l’ECLJ, mais en réalité, je n’ai écrit qu’un seul article pour le site Web du centre et je ne reçois aucun salaire de celui-ci. Je n’ai joué aucun rôle dans la rédaction du rapport .

L’étude a révélé que, sur les 100 juges qui ont siégé au siège de la Cour européenne des droits de l’homme au cours de la période 2009-2019, près d’un quart (22) ont des liens étroits avec l’Open Society Foundation de George Soros ou avec des ONG. comme Amnesty International et d’autres qui sont financés par elle. Human Rights Watch, par exemple, a reçu 100 millions de dollars de l’Open Society Foundation depuis 2010.

Certaines ONG reçoivent tellement de leur budget de Soros qu’elles sont en fait des filiales à part entière de sa fondation.

Les liens entre les juges et les ONG sont importants. Ils comprennent travailler pendant des années en tant que membres du conseil d’administration ou du conseil exécutif de ces ONG; avoir des postes d’enseignement dans des instituts financés par eux; être directeur de programmes salarié pour l’Open Society Foundation ou des ONG associées; et entreprendre pour eux d’autres formes de travail rémunéré. La liste complète de ces liens se trouve aux pages sept et huit du rapport .

Un bon exemple est celui du Bulgare Yonko Grozev qui, en tant que leader de l’Open Society Justice Initiative, a défendu l’affaire Pussy Riot contre la Russie en 2018 avant d’être élu juge à la Cour peu de temps après.

https://translate.google.com/translate?hl=fr&sl=en&u=https://www.rt.com/&prev=search