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Naissance de la Pesco, fille de l’Otan

« L’art de la guerre »

Naissance de la Pesco, fille de l’Otan

La création de la Pesco clarifie définitivement le projet de l’« Europe de la Défense » : en aucun cas, il ne pourra s’agir d’une entité souveraine qui puisse entrer en compétition avec l’Otan, mais uniquement la compléter. En principe, la prochaine étape devrait placer cette « Europe de la Défense » sous contrôle français pour sa force nucléaire, et allemand pour ses forces conventionnelles ; cet ensemble ne pouvant être utilisé que sous commandement du Pentagone pour sous-traiter certains de ses objectifs militaires.

| Rome (Italie)

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Les 23 ministres de la Défense de l’Union européenne membres de l’Otan célèbrent unanimement leur soumission au Pentagone.

Après 60 années d’attente, annonce la ministre de la Défense Roberta Pinotti, la Pesco va naître en décembre, « Coopération structurée permanente » de l’Union européenne, dans le secteur militaire, initialement établie entre 23 des 27 États membres.

C’est le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, qui explique ce que c’est. Participant au Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne, il souligne « L’importance, mise en évidence par de nombreux leaders européens, que la Défense européenne soit développée de manière à ne pas être compétitive, mais complémentaire à l’Otan ».

La première façon de le faire est que les pays européens accroissent leur propre dépense militaire : la Pesco stipule que, parmi « les ambitieux et les plus contraignants engagements communs » il y a « l’augmentation périodique en termes réels des budgets pour la Défense afin d’atteindre les objectifs convenus ». Au budget en continuelle augmentation de l’Otan, dont font partie 21 des 27 États de l’UE, s’ajoute maintenant le Fonds européen de la Défense à travers lequel l’UE accordera 1,5 milliard d’euros annuels pour financer des projets de recherche en technologies militaires et acheter des systèmes d’armes communs. Ce chiffre sera celui de départ, destiné à augmenter au cours des années.

En plus de l’augmentation de la dépense militaire, parmi les engagements fondamentaux de la Pesco se trouvent « le développement de nouvelles capacités et la préparation pour participer ensemble à des opérations militaires ». Capacités complémentaires aux exigences de l’Otan qui, lors du Conseil de l’Atlantique-Nord du 8 novembre, a décidé l’adaptation de la structure de commandement pour accroître, en Europe, « la capacité de renforcer les Alliés de façon rapide et efficace ».

À cet effet deux nouveaux commandements sont institués. Un Commandement pour l’Atlantique, avec la mission de garder « libres et sûres les lignes maritimes de communication entre l’Europe et les États-Unis, vitaux pour notre Alliance transatlantique ». Un Commandement pour la mobilité, avec la mission d’« améliorer la capacité de mouvement des forces militaires de l’Otan à travers l’Europe ».

Pour que les forces et armements puissent se déplacer rapidement sur le territoire européen, explique le secrétaire général de l’Otan, il faut que les États européens « éliminent de nombreux obstacles bureaucratiques ». On a beaucoup fait depuis 2014, mais il reste encore beaucoup à faire pour que soient « pleinement appliquées les législations nationales qui facilitent le passage de forces militaires à travers les frontières ». L’Otan, ajoute Stoltenberg, a en outre besoin d’avoir à disposition, en Europe, une capacité suffisante de transport de soldats et d’armements, fournie en grande partie par le secteur privé.

Plus important encore : qu’en Europe soient « améliorées les infrastructures civiles —comme des routes, ponts, voies ferrées, aéroports et ports— de façon à être adaptées aux exigences militaires de l’Otan ». En d’autres termes, les États européens doivent effectuer à leurs frais des travaux de conformité des infrastructures civiles pour un usage militaire : par exemple, un pont suffisant pour la circulation de cars et poids lourds devra être renforcé pour permettre le passage de chars d’assaut.

Voilà la stratégie dans laquelle s’insère la Pesco, expression des cercles dominants européens qui, bien qu’ayant des conflits d’intérêts avec les cercles états-uniens, se re-compactent dans l’Otan sous commandement US quand entrent en jeu les intérêts fondamentaux de l’Occident mis en danger par un monde qui change. Voilà alors que pointe la « menace russe », face à laquelle se lève cette « Europe unie » qui, alors qu’elle fait des coupes dans les dépenses sociales et ferme ses frontières intérieures aux migrants, augmente les dépenses militaires et ouvre les frontières intérieures pour faire circuler librement soldats et chars d’assaut.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

http://www.voltairenet.org/article198916.html

http://www.voltairenet.org/article198916.html

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UE Afrique… ca coince

UE Afrique… ca coince

(B2) Entre l’Union européenne et l’Union africaine, loin des flonflons et des embrassades, le courant n’est pas rétabli apparemment. Et il « y a toujours des problèmes de clims » (pour paraphraser la formule du président français à Ouagadougou).

Quatre jours sans déclaration

Près de quatre jours après la fin du 5e sommet Europe – Afrique d’Adbidjan, on a beau scruter. Aucune déclaration commune à l’horizon. Cependant, comme il est d’habitude, ce type de documents est préparé longtemps d’avance par les différents sherpas des organisations et des pays membres. Ceux-ci étaient d’ailleurs à Abidjan en début de semaine dernière pour préparer les différents éléments. Mais rien n’y a fait. L’accord ne semble pas parfait …

Silence prudent

B2 a posé la question à plusieurs interlocuteurs : mur complet. C’est « en cours » répond l’un. « Voyez à Adbidjan » indique un autre. Une « déclaration finale a été adoptée. Elle est en cours d’ajustement… de traduction » a affirmé, sans l’ombre d’un sourire Catherine Ray, la porte parole de la Haute représentante de l’Union, interrogée par nos soins au briefing de midi ce lundi (4 septembre). (écoutez ici)

Un problème politique

Pour un texte négocié, en amont, dans une seule langue (anglais), problème de traduction signifie « problème politique ». Apparemment les dirigeants africains sont légèrement agacés du ton comminatoire des Européens qui leur font régulièrement la leçon notamment sur l’immigration. A suivre

(Nicolas Gros-VErheyde)

Après le Sommet Afrique-UE, le polisario nu comme un ver !

Politique

Après le Sommet Afrique-UE, le polisario nu comme un ver !

le 4 décembre 2017

 

Quelques jours après la fin du sommet Afrique-Union européenne d’Abidjan, il paraît opportun d’en dresser le bilan.

Il sera forcément partiel et sommaire tant nos responsables gouvernementaux répugnent à informer amplement la presse nationale sur les actions et réalisations de notre diplomatie, laquelle préfère se confier à des agences de presse étrangères ou susurrer quelques bribes d’informations par sources non indentifiables à certains supports à leur dévotion !

A partir donc des éléments de presse recueillis ça et là, des discours et actes officiels du sommet, des photographies et leurs commentaires, il est indéniable que le Royaume et tout particulièrement le Roi Mohammed VI ont remporté un réel succès diplomatique à la faveur de cet session du dialogue euro-africain tenu dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire.

Au-devant de la scène

On dira, en premier que le Souverain a été la vedette incontestable du sommet, aux côtés du Président Macron et de son homologue ivoirien, M. Alassane Ouattara.

Les trois chefs d’Etat ont été au-devant de la scène et ont montré à la fois leur expérience dans leur rôle, le charisme qu’ils ont su dégager et, surtout, la maîtrise parfaite des successives séquences de cette manifestation cardinale, reléguant au second plan toutes les autres personnalités présentes.

En arrivant quarante-huit heures avant l’ouverture du sommet, en procédant à plusieurs inaugurations de projets sociaux et économiques en Côte d’Ivoire, en soulignant l’étroitesse des liens qui unissent les deux pays, leurs peuples et dirigeants, SM Mohammed VI a montré que sa venue n’était pas seulement celle du chef d’un Etat membre de l’Union Africaine, mais tout particulièrement celle d’un acteur majeur dans le concert africain.

La seconde victoire du Maroc s’est exprimée à travers la mise en évidence que le point nodal des relations afro-européennes aujourd’hui n’était pas tant la question de la jeunesse du continent et de son avenir, mais l’angoissant problème des migrations humaines vers l’Europe.

Ce sujet a constitué l’axe principal de ce sommet, mis en relief, malheureusement, par les dramatiques situations que vivent des migrants africains réduits à l’esclavage en Libye ou proies permanentes des réseaux criminels de passeurs.

Et, partant de sa responsabilité conférée par l’UA sur les questions migratoires, le Roi du Maroc a occupé avec brio, à travers un message faits de vérités et de constats irréfutables, la place centrale au cours de cette rencontre bi-continentale. `

De plus, en marge des débats officiels, le Maroc a pris part à plusieurs réunions dédiées à la mise en œuvre de solutions urgentes destinées à secourir les migrants en situation de détresse, mais aussi et surtout porter des coups d’arrêt définitif aux actions criminelles des passeurs.

Ces réunions ont compté, outre notre pays, les principales puissances européennes et les représentants qualifiés des organisations régionales et internationales.

Enfin, sur le plan des relations bilatérales du Royaume avec plusieurs Etats africains, des entretiens très remarqués et pleinement positifs ont eu lieu avec des chefs d’Etat qui, jusque-là, comptaient parmi les soutiens les plus fermes de l’Algérie et de ses mercenaires de Tindouf.

Ce fut le cas avec le Sud-africain Jacob Zuma, pour une normalisation entre Pretoria et Rabat qui ne sera sans doute pas sans conséquences pour l’Algérie et le Polisario, mais aussi avec l’Angolais Joao Lourenço, avec les mêmes objectifs que ceux poursuivis pour le pays natal du regretté Nelson Mandela.

Bien évidemment, on ne devra pas s’attendre à des avancées spectaculaires avec ces deux dirigeants, mais la normalisation, le retour d’un dialogue franc et direct entre le Maroc et ces deux Etats servira, à terme à conforter la politique mise en œuvre depuis plusieurs années et magnifiée par le retour de notre pays dans l’enceinte commune, l’Union Africaine.

L’Algérie ensablée…

Ces initiatives royales, au demeurant, auront a priori souligné avec force le grave isolement qui caractérise désormais notre voisin de l’Est, l’Algérie, en perte de vitesse très rapide sur un continent qu’elle considérait comme son pré carré !

Car si le Maroc a brillé par ses actions à Abidjan, l’Algérie et le polisario y ont brillé par leur absence, leur insignifiance, leur isolement !

En effet, Alger et ses séides ont voulu présenter la présence au sommet Afrique-UE de Brahim Ghali, chef des mercenaires et « président » d’une entité fantomatique, comme une victoire sur le Maroc et sa cause sacrée d’unité nationale matérialisée par le retour de nos provinces du Sud dans le giron de la mère-patrie.
Belle victoire que celle-ci !

Comme si on pouvait ignorer que le retour du Maroc à l’UA signifiait qu’on serait forcément amené à côtoyer quelques fois des agents stipendiés d’un Etat voisin manipulés depuis plus de quarante ans pour porter atteinte à notre intégrité territoriale…
En revenant à l’UA, le Royaume savait que ces situations se produiraient, mais tout a été fait pour en limiter la portée et l’exploitation par nos adversaires.

Ainsi, au terme de la rencontre euro-africaine, il n’y a pas eu de signature solennelle d’un document où auraient pu figurer de concert le Maroc et la fantomatique RASD.

Mieux encore, la diplomatie européenne, par la voix de sa représentante la plus qualifiée, Mme Frederica Mogherini, avait bien pris soin de préciser, avant les assises d’Abidjan, que la présence des mercenaires du polisario ne signifiait pas reconnaissance de leur existence par l’UE.

Par ailleurs, alors que le Royaume était représenté par sa plus haute autorité, le Roi, l’Algérie n’avait d’autre choix que d’y envoyer un Premier ministre accompagné d’un ministre des AE incapable de tenir un langage diplomatique !

Enfin, le polisario, son chef et ses acolytes furent accueillis à l’aéroport d’Abidjan quasiment en catimini, par des responsables ivoiriens de rang subalterne et logés dans un hôtel éloigné de l’hôtel Sofitel Ivoire où se tenait le Sommet et où résidaient toutes les délégations officielles !

Ainsi, sur la base de ces éléments successifs, il est juste d’affirmer que le sommet Afrique-Union européenne a constitué une réelle victoire diplomatique du Royaume, tant sur le plan continental que celui des rapports euro-africains, le Maroc v occupant avec succès les premières places et s’affirmant comme l’acteur incontournable et privilégié du dialogue entre les deux ensembles continentaux.

Enfin, par une stratégie soigneusement définie et clairement affirmée, Rabat s’est appliqué à un rapprochement positif avec deux des Etats parmi les plus fermes soutiens jusque-là de l’Algérie et du polisario.
Alors, qui pourra claironner à Alger ou Tindouf ?

Le Maroc, petit à petit, déshabille les mercenaires de tous leurs oripeaux !

Fahd YATA

https://lnt.ma/apres-sommet-afrique-ue-polisario-nu-ver/

ENQUÊTE EXCLUSIVE : Quels liens unissent Sebastian Kurz et les réseaux Soros ?

ENQUÊTE EXCLUSIVE : Quels liens unissent Sebastian Kurz et les réseaux Soros ?

Nous publions ici en une enquête inédite sur les liens existants entre l’ECFR -European Council on Foreign Relations et l’Open Society Foundations de George Soros. Le prochain chancelier autrichien Sebastian Kurz étant membre de l’ECFR, il est nécessaire de se pencher sur l’action d’influence que joue l’ECFR auprès de l’Union-Européenne, notamment en ce qui concerne la question migratoire. Un dossier réalisé par Pierre-Antoine Plaquevent, journaliste indépendant.

Les dernières élections législatives autrichiennes, ont vu la victoire du Parti Populaire Autrichien (ÖVP) avec un peu plus de 31 % des voix devançant ainsi le Parti Social-Démocrate (SPÖ), et le Parti de la Liberté (FPÖ), la formation populiste menée par Heinz-Christian Strache.
Une alliance historique avec la droite nationale autrichienne se profilant à l’horizon : le jeune leader de l’ÖVP, Sebastian Kurz, travaillant actuellement à la création d’une coalition de gouvernement avec le FPÖ. Agé d’à peine 31 ans, le prochain chancelier autrichien a mené tambour battant une campagne axée sur la thématique de l’immigration et de la sécurité. Réussissant ainsi à mobiliser l’électorat de droite dans un contexte européen marqué par la crise migratoire et préparant le terrain pour une alliance stratégique entre conservateurs et populistes.
Une victoire saluée par l’ensemble des forces conservatrices et souverainistes en Europe. Forces qui voient dans cette victoire un rejet par l’Autriche des politiques migratoires catastrophiques menées jusqu’ici par l’Union Européenne. Les analystes de la droite conservatrice française, tel Eric Zemmour (1), se félicitant d’une prochaine alliance entre libéraux et conservateurs autrichiens. Alliance illustrant selon eux la formule électorale gagnante que représenterait une « union des droites » contre l’immigration.
Pourtant, certaines informations disponibles sur le jeune leader libéral-conservateur projettent déjà quelques ombres sur le tableau idyllique qu’en dressent la droite conservatrice et les partisans d’une union entre droite libérale et nationaux-populistes.

Sebastian Kurz contre George Soros ?

Le résultat des élections autrichiennes a immédiatement été suivi par la propagation d’une rumeur médiatique faisant état d’une confrontation entre Sebastian Kurz avec le milliardaire militant George Soros.
Une allégation complètement fausse, reprise et citée sans vérification par de nombreux médias souverainistes de tous types (2). L’origine de la diffusion de cette rumeur étant constituée par un unique article sans sources ni références, issu du site anglophone yournewswire.com. Un site internet dont le patron est l’histrion Sean Adl-Tabatabai (3), célèbre en Angleterre pour avoir été l’un des premiers homosexuels à s’être marier publiquement au Royaume-Uni. Un site qui est connu pour être à l’origine de nombreux articles infondés. A toutes fins utiles, rappelons que ce Sean Adl-Tabatabai fut auparavant le webmestre du site tristement célèbre : davidicke.com. David Icke étant l’individu qui cherchera à discréditer l’anti-globalisme par ses conceptions délirantes sur un supposé complot international d’hommes reptiles extra-terrestres.
On peut légitimement penser que des sites tels que yournewswire.com jouent en fait un rôle précis dans la guerre de l’information dont l’internet contemporain est devenu l’arène. Yournewswire est typiquement le genre de sites conçus pour discréditer la réinformation sérieuse en diffusant un discours absurde, mêlant le vrai au faux. Ce genre de site étant aussi utilisé par les géants de l’internet et des médias pour justifier toutes les législations liberticides mises en place contre la diffusion de fausses nouvelles (fake news).

Sebastian Kurz et l’ECFR

Mais revenons à Sebastien Kurz, car le plus étonnant n’est pas dans cette « fake news ». Car non seulement Sebastian Kurz n’a pas menacé George Soros et l’Open Society de mesure de rétorsions de la part de son gouvernement mais le futur plus jeune chef d’État du monde appartient en fait à l’ECFR : European Council on Foreign Relations. Un think-tank européiste de haut niveau, fondé sous l’impulsion de George Soros lui-même et financé en grande partie par l’Open Society Foundations. Une information confirmée par la simple lecture du portail internet de l’EFCR où l’on retrouve son nom parmi la liste des membres autrichiens :

« http://www.ecfr.eu/council#austria – Sebastian Kurz – Federal Minister for Europe, Integration and Foreign Affairs »

Parmi les membres de l’ECFR on retrouve aussi Wolfgang Schüssel, ancien chancelier fédéral d’Autriche, qui avait lui aussi réalisé en 1999 une entente gouvernementale entre libéraux conservateurs et populistes. Populistes dirigés à l’époque par le célèbre Jörg Haider. Une alliance qui avait fait grand bruit et avait entraîné une campagne médiatique massive contre l’Autriche.
La réalité se trouve donc à rebours de la rumeur venue brouiller récemment la réinfosphère. Mais il ne s’agit pas de tomber dans l’excès inverse et d’imaginer Sebastian Kurz comme un simple pion de George Soros, ceci dans une vision complotiste de la politique. En tant que ministre d’un gouvernement européen, il est assez logique que Sebastian Kurz participe de think-tank d’importance comme l’ECFR. Pour autant, il est aussi crucial de rappeler le rôle central que jouent les réseaux Soros au sein de l’ECFR et plus encore le rôle que joue ce think-tank dans la politique européenne actuelle, notamment en matière d’immigration massive et imposée.

L’ECFR un think-tank fondé par George Soros

Un article du journal Libération d’octobre 2007, intitulé « Soros milite pour une politique étrangère européenne » exposait à l’époque les origines de l’ECFR (4) :

« Le richissime financier américain d’origine hongroise, George Soros, estime nécessaire que l’Union européenne devienne un acteur de poids sur la scène mondiale. Violemment critique de l’administration Bush, opposant à la guerre en Irak, l’homme qui a eu la peau de la livre Sterling en septembre 1992, estime que seuls les Européens peuvent offrir une alternative crédible à la puissance impériale américaine. Il parraine donc le lancement, aujourd’hui, d’un « think tank » paneuropéen qui est aussi un lobby dont le but est de contribuer à créer une politique étrangère véritablement commune : le « European Council on Foreign Relations » (ECFR) »

L’ECFR se veut être un lobby pan-européiste puissant, rassemblant des membres influents du monde de la politique, des affaires, des médias et du monde militaire :

« Le Conseil de l’ECFR est l’expression la plus forte et la plus visible de notre identité paneuropéenne. Il est composé de ministres des affaires étrangères, d’anciens premiers ministres, de parlementaires nationaux et du parlement européen, de commissaires européens, d’anciens secrétaires généraux de l’OTAN, de penseurs, journalistes et chefs d’entreprise. Les membres du Conseil nous aident à européaniser les conversations nationales sur les priorités et les défis de la politique étrangère de l’UE. » (5)

Parmi ses membres français on y retrouve des personnalités politiques et médiatiques influentes telles que : Bernard Kouchner, Pascal Lamy, Bruno Le Maire, Pierre Moscovici, Christine Ockrent ou Laurence Parisot. (6)
L’ECFR présentait dès sa fondation une profession de foi européiste et globaliste sans équivoque :

« * coopérer de manière plus efficace au sein des institutions multilatérales telles que l’ONU, la Banque Mondiale, le FMI et l’OMC, afin de renforcer la puissance collective de l’Union européenne
* respecter l’engagement de l’UE à maintenir une perspective d’intégration pour la Turquie et les pays des Balkans occidentaux afin d’encourager leur développement politique, économique et social;
* renforcer les incitations – tels l’octroi de visas et l’accès au marché – offertes aux proches voisins de l’UE pour mieux les ancrer dans la sphère d’influence de l’Union européenne;
* conditionner d’avantage les échanges commerciaux et l’aide européenne – comme les douze milliards d’euros versés au titre de la politique de voisinage et les 22 milliards d’euros d’aide au développement dans le cadre des accords de Cotonou – aux réformes politiques dans les pays concernés;
* soutenir les valeurs européennes par tous les leviers du pouvoir européen, sans exclure, en dernier recours, la force militaire pour arrêter un génocide ou prévenir une catastrophe humanitaire en Europe ou ailleurs dans le monde. » (7)

Parmi ses soutiens financiers et donateurs on y retrouve des ministères des affaires étrangères et des ambassades de nombreux pays européens, des organismes européens tels que le Commissariat à l’Energie Atomique et aux énergies alternatives (CEA) mais aussi l’OTAN ou l’Atlantic Council et bien sûr des fondations non gouvernementales comme l’Open Society de George Soros ou la fondation Rockfeller. Font aussi partie des donateurs de l’EFCR, de grandes sociétés privées tels que Orange ou Allianz. L’Open Society étant l’un des principaux contributeurs initiaux de l’ECFR. (8)

L’ECFR : un CFR pan-européiste

George Soros est l’un des principaux créateurs de l’EFCR qu’il a conçu dès le départ comme une version européenne du célèbre Coucil On Foreign Relations (CFR). CFR américain dont fait aussi partie George Soros.
En avril 2016, l’analyste et géopoliticien américain William Engdahl évoquait l’ECFR et le CFR dans l’un de ses articles :

« Le CFR est le think-tank créé par les banquiers Rockefeller et JP Morgan pendant les pourparlers de paix du traité de Versailles, en 1919, afin de coordonner une politique étrangère mondiale anglo-américaine. » (9)

Le CFR regroupe en fait certaines des personnalités les plus importantes du monde américain de la finance et de la politique et donne le ton de la politique étrangère depuis la fin de la première guerre mondiale. Il peut être considéré comme l’une des instances les plus influentes de la puissance impériale américaine depuis près d’un siècle. Version européenne du CFR, l’ECFR est basé à Londres et a comme co-président Joschka Fischer, l’ancien ministre allemand des Affaires étrangères du Parti Vert. « Celui qui a obligé son parti à soutenir le bombardement illégal par Bill Clinton de la Serbie, sans l’aval du Conseil de sécurité des Nations unies. » comme le rappelle judicieusement Engdahl. (10)
Et Engdahl de poursuivre : « Les autres membres de l’ECFR sont l’ancien secrétaire général de l’OTAN, Xavier Solana ; le plagiaire déshonoré et ancien ministre allemand de la Défense, Karl-Theodor zu Guttenberg ; Annette Heuser, directrice exécutive de la Bertelsmann Stiftung à Washington DC ; Wolfgang Ischinger, président de la Conférence sur la sécurité de Munich ; Cem Özdemir, président de Bündnis90 / Die Grünen ; Alexander Graf Lambsdorff du Parti libéral allemand (FDP) ; Michael Stürmer, correspondant en chef de Die Welt ; Andre Wilkens, directeur de la Fondation Mercator ; Daniel Cohn-Bendit du Parlement européen. »
L’ECFR, à l’image de son parrain américain (CFR), se révèle ainsi être un lieu de collusion d’élite entre journalistes influents, banquiers, hommes politiques et militaires de l’OTAN. Le concevoir comme un outil pour l’indépendance européenne, tel que le présentait George Soros à sa création s’avère dès lors une gageure voire une pure mystification.

L’ECFR et l’agenda immigrationiste de l’Union-Européenne

Dans ce même article, William Engdahl évoquait le rôle joué par l’ECFR dans la crise migratoire en méditerranée au travers de l’ESI (European Stability Initiative) ; un autre think-tank euro-globaliste lié de près à l’EFCR et à l’Open Society de Soros :

« Le 8 octobre 2015, au milieu de la vague créée par des centaines de milliers de réfugiés inondant l’Allemagne, la chancelière allemande Angela Merkel proclama, au cours d’un programme populaire de télévision allemande : « J’ai un plan » (…) Ce que la chancelière allemande n’a pas dit aux téléspectateurs, c’est que son plan lui avait été fourni seulement quatre jours plus tôt, le 4 octobre, dans un document déjà intitulé le plan Merkel, par un think-tank international nouvellement créé et largement financé, appelé : l’Initiative de stabilité européenne ou ISE (ESI – European Stability Initiative). (11)

Le site internet de l’ISE indique qu’il possède des bureaux à Berlin, Bruxelles et Istanbul. L’actuel président de l’ISE, qui est directement responsable du document intitulé Plan Merkel, est un sociologue autrichien basé à Istanbul, Gerald Knaus. Knaus est également membre de l’ECFR – Conseil européen des relations internationales ( European Council on Foreign Relations ) et membre de l’Open Society. »

La lecture de nombreux articles du site de l’ECFR confirme les liens entre ESI et EFCR :

« (…) Gerald Knaus, Président fondateur de l’European Stability Initiative (ESI) et membre du conseil de l’ECFR. (…) Gerald Knaus a également participé à deux événements organisés par les bureaux de Berlin et de Varsovie de l’ECFR, dans le cadre des séries sur les migrations. C’est pour faire suite à ces deux événements que le bureau de Paris aura le plaisir d’accueillir M. Knaus dont la présentation portera essentiellement sur les itinéraires empruntés par les migrants en mer Egée et en mer Méditerranée. » (12)

L’ESI qui se définit comme « le think-tank européen pour l’Europe du Sud-Est et l’élargissement de l’UE » ne cache pas ce qu’elle doit à l’Open Society :

« L’Open Society Foundations soutient notre travail visant à promouvoir la réforme des principales institutions européennes ainsi qu’à assurer une réponse plus solide aux violations des droits de l’homme, notamment les détentions à motivation politique ou encore la torture (…) L’Open Society Institute était un bailleur de fonds majeur, soutenant également le renforcement des capacités dans le Caucase. » (13)

Rappelons ici les points principaux du plan Merkel / ESI visant à accueillir les migrants qui fuyaient la Syrie mise à feu et à sang par les « rebelles » que soutenaient les gouvernements occidentaux :

« Nous proposons un accord immédiat entre l’Allemagne et la Turquie sur les points suivants:

– L’Allemagne devrait accepter d’accorder l’asile à 500 000 réfugiés syriens enregistrés en Turquie au cours des 12 prochains mois.

– L’Allemagne s’attend déjà à ce que de nombreux réfugiés arrivent chez elle. Mais plutôt que d’attendre qu’ils entreprennent un voyage périlleux à travers la mer Egée et les Balkans occidentaux, l’Allemagne devrait accepter les revendications de la Turquie à travers un processus ordonné et assurer un transport sécurisé aux candidats retenus. L’offre devrait être limitée aux réfugiés syriens déjà enregistrés auprès des autorités turques, Afin d’éviter de créer des incitations pour de nouveaux flux migratoires en Turquie. D’autres États membres de l’UE devrait participer à ce plan.

– En contrepartie, à partir d’une date spécifiée, la Turquie devrait accepter de reprendre tous les nouveaux migrants cherchant à atteindre la Grèce depuis son territoire. Cela réduirait rapidement le flot de bateaux traversant la mer Égée à un ruisseau.

– L’Allemagne devrait accepter d’aider la Turquie à obtenir un statut de voyage sans visa pour 2016. » (14)

Peu de temps auparavant, George Soros avait lui-même proposé sur son site officiel un plan à l’origine de l’Initiative de Stabilité Européenne repris ensuite par Angela Merkel et influencé par l’ECFR. Le plan de Soros intitulé « Rebâtir le système du droit d’asile » donnait en fait les directives à suivre pour que l’Europe ne soit plus qu’un couloir de passage ouvert à tous les vents de toutes les migrations possibles venues d’Afrique et d’Orient.

Le but de ce plan n’était pas du tout de freiner les flux migratoires mais au contraire de les accompagner depuis leur source jusqu’à leur arrivée. Soros demandant à l’Union-Européenne de s’organiser pour aller quasiment chercher elle-même les migrants :

« L’UE a désormais besoin d’un plan global de réponse à cette crise, qui réaffirme l’efficacité de la gouvernance sur les flux de demandeurs d’asile, afin que les migrations puissent s’effectuer dans l’ordre et la sécurité, à un rythme adapté aux capacités européennes d’absorption des réfugiés. Afin d’être complet, ce plan devra s’étendre au-delà des frontières de l’Europe. » (15)

On peut retrouver ce plan sur le site de George Soros. Il y explique comment l’union européenne devra accepter au moins 1 million de demandeurs d’asile par an, répartis équitablement entre les pays membres mais aussi comment elle doit bâtir une « Agence des migrations et du droit d’asile » commune à tous les pays de l’UE et comment elle doit apporter son financement au pays du Moyen-Orient, comme le Liban, la Jordanie et la Turquie enfin de les aider à gérer les flux migratoires. Il y développe enfin l’idée que des couloirs humanitaires sécurisés doivent être établis afin d’aider les migrants à parvenir à leur destination finale en Europe. Couloirs humanitaires passant par la Grèce et l’Italie. L’étape suivante étant d’étendre ces couloirs jusqu’aux régions frontalières de l’UE. Tout ceci devant se faire en coopération avec l’agence de l’ONU pour les réfugiés (l’UNHCR). (16)

C’est le fameux « plan Soros » que dénonce régulièrement le gouvernement conservateur hongrois de Viktor Orbán. Ce dernier ayant récemment lancé une consultation nationale sur le plan Soros (17). Entamant ainsi un bras de fer avec l’Union Européenne et l’État parallèle que constituent les instances globalistes telles que l’EFCR, l’ESI ou même l’Open Society. Une confrontation opposant deux visions de l’avenir politique de l’Europe : celle d’une Europe où les États-Nations et la souveraineté ont encore leur mot à dire et celle d’une Europe de la « gouvernance » où des instances non élues planifient la vie de millions d’Européens et de migrants, ceci en dehors de tous les processus politiques et électoraux en vigueur.

Les libéraux-conservateurs contre la Société Ouverte ?

Dans ce contexte, la participation du prochain chancelier autrichien Sebastian Kurz à des instances comme l’ECFR pose question. Comment dès lors, l’Autriche pourrait-elle imposer un agenda anti-immigrationniste sans se heurter aux vues et objectifs et aux intérêts transnationaux de lobbys tels que l’EFCR ?
Un clivage se fait-il jour à l’intérieur du leadership européiste entre les partisans d’une société ouverte intégrale et ceux qui, par réalisme économique ou sécuritaire, en viendraient à soutenir un « aggiornamento » en matière de politique migratoire ? Sebastian Kurz et son gouvernement chercheront-ils à s’émanciper de l’idéologie et des objectifs globalistes qui pilotent l’UE ou assisterons-nous à l’une des nombreuses démissions à laquelle la droite libérale nous a habitué en Europe Occidentale ?
Est-il même seulement possible pour l’Autriche de techniquement s’opposer aux injonctions immigrationnistes de l’Union-Européenne ? Peut-être que de bénéficier de leviers internes au sein d’instances comme l’EFCR pourrait justement l’y aider. A l’image de Viktor Orbán et de son parti le Fidesz qui avaient bénéficié à l’époque du communisme de l’appui des fondations Soros et qui aujourd’hui se confrontent durement aux réseaux Soros (18). Identifiant désormais l’ennemi des libertés non plus dans le communisme mais bien dans le libéralisme sans frontières et sans contrôle des tenants de la société ouverte.
L’avenir nous dira quelle option l’emportera. Toujours est-il qu’il est de plus en plus visible que les destinées européennes se décident ailleurs qu’au sein des institutions politiques validées par les processus électoraux. La classe politique européenne apparaissant toujours plus comme le simple organe de transmission de décisions prises au sein d’institutions d’influence non élues. Au sein de ce que l’on peut considérer être, si ce n’est un « État profond » euro-globaliste, au moins un État parallèle.
État parallèle qui rapproche toujours plus le spectacle de la politique parlementaire aux ombres vaines de la caverne de Platon. Spectacle dont il s’agit de s’extraire afin de sonder les véritables instances de décisions de notre époque.

Pierre-Antoine Plaquevent


Pierre-Antoine Plaquevent est journaliste indépendant. Il anime le site métapolitique Les-non-alignes.fr, site pionnier de la réinfosphère depuis sa création en 2010. Reporter pour TV-Libertés, il collabore aussi avec les principaux sites de réinformation francophone comme Égalité et Réconciliation. Il s’intéresse particulièrement aux domaines du « soft-power » et de l’infoguerre, ainsi qu’à ceux de l’identité, de la géopolitique et de l’étude comparée des religions.

https://stratpol.com/enquete-exclusive-quels-liens-unissent-sebastian-kurz-et-les-reseaux-soros/

(1) http://premium.lefigaro.fr/vox/monde/2017/10/20/31002-20171020ARTFIG00071-eric-zemmour-kurz-n-est-pas-en-meme-temps-de-gauche-et-de-droite-mais-franchement-de-droite.php
(2) https://meta.tv/autriche-kurz-chasserait-soros-tu-as-28-jours-pour-partir-2
http://www.medias-presse.info/lopen-society-de-george-soros-chassee-dautriche/81967/
http://www.ilgiornale.it/news/cronache/se-kurz-sfratta-george-soros-dallaustria-1454939.html
http://resistancerepublicaine.eu/2017/10/23/autriche-kurz-chasserait-soros-tu-as-28-jours-pour-partir/
(3) http://yournewswire.com/youngest-leader-george-soros/
https://www.thetimes.co.uk/article/mother-churns-out-stories-for-master-of-fake-news-fcmzc05sx
(4) http://bruxelles.blogs.liberation.fr/2007/10/02/soros-milite-po/
(5) http://www.ecfr.eu/council/members
http://www.ecfr.eu/about
(6) http://www.ecfr.eu/council/members
(7) http://bruxelles.blogs.liberation.fr/2007/10/02/soros-milite-po/
(8) http://www.ecfr.eu/about/donors
(9) http://lesakerfrancophone.fr/complots-a-ciel-ouvert
(10) http://lesakerfrancophone.fr/complots-a-ciel-ouvert
(11) http://lesakerfrancophone.fr/complots-a-ciel-ouvert
(12) http://www.ecfr.eu/events/event/itineraires_de_migrants_a_travers_les_mers_egee_et_mediterranee
(13) http://www.esiweb.org/index.php?lang=en&id=65
(14) Le plan Merkel : http://www.esiweb.org/index.php?lang=en&id=156&document_ID=170
https://www.balcanicaucaso.org/aree/Turchia/ESI-ecco-Il-piano-Merkel-164860
http://www.esiweb.org/pdf/ESI%20-%20The%20Merkel%20Plan%20-%20Compassion%20and%20Control%20-%204%20October%202015.pdf
(15) et (16) Le plan Soros : https://www.project-syndicate.org/commentary/rebuilding-refugee-asylum-system-by-george-soros-2015-09/french
https://www.georgesoros.com/2015/09/26/rebuilding-the-asylum-system/
(17) https://visegradpost.com/fr/2017/10/05/hongrie-consultation-nationale-contre-le-plan-soros/
(18) https://www.lesechos.fr/18/01/2012/LesEchos/21104-036-ECH_viktor-orban–l-infrequentable.htm

De Catherine II à Vladimir Poutine

De Catherine II à Vladimir Poutine

Depuis le début de la guerre contre la Syrie, en 2011, la Russie soutient ce pays face à ce qu’elle considère être une agression extérieure. Alors que la presse occidentale explique ce comportement par une solidarité entre des dictatures, Thierry Meyssan en expose les vrais motifs historiques. Il observe que la victoire, qui est aussi celle de Moscou, ouvre une nouvelle période pour la culture orthodoxe en Europe.

| Mexico (Mexique)

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Pour construire la Russie moderne, la Tsarine Catherine II décida de faire de sa capitale, Saint-Pétersbourg, le premier centre culturel du monde. Elle enracina son pays dans son fond culturel chrétien orthodoxe, développa l’usage de la langue française et invita les plus grands intellectuels et artistes européens à sa cour, qu’ils soient catholiques, protestants ou orthodoxes, et même musulmans.

Consciente de la perte culturelle que représentait pour l’orthodoxie, donc pour la Russie, le recul du christianisme au Moyen-Orient face à l’intolérance de l’Empire ottoman, elle entra en guerre contre le Sultan. Elle annexa la Crimée, transforma la mer Noire en mer orthodoxe et commença à délivrer la Grande Syrie en prenant Beyrouth [1]. Elle déclara alors que « La Grande Syrie est la clé de la Maison Russie ».

Ce rêve fut repoussé par les Français et les Britanniques lors de la guerre de Crimée (1853) et plus encore par les Bolcheviks qui rejetaient la place de l’orthodoxie en Russie. En 1918, ils jouèrent le jeu de Mustafa Kemal Atatürk pour le compte du trafiquant d’armes Alexandre Parvus, sponsor de Lénine.

Le rêve de la Grande Catherine aura attendu 2017 pour trouver un début de réalisation. Le président Poutine a lui aussi annexé la Crimée et délivré la Syrie, non pas de l’Empire ottoman, mais des jihadistes encadrés par les Français, les Britanniques et les Etats-uniens. La Russie est devenue la puissance protectrice de toutes les populations, quelle que soit leur religion, des rives du Nil aux monts Elbourz.

Le sommet de Sotchi marque le rôle de la Russie au Moyen-Orient élargi. Elle est désormais la puissance protectrice de l’Iran, de la Syrie et de la Turquie ; ces deux derniers Etats ayant basculé du camp de Washington en 1991 à celui de Moscou en 2017.

Le réveil de la culture orthodoxe aura d’importantes conséquences en Europe. Le continent est historiquement divisé entre une zone catholique et protestante à l’Ouest et orthodoxe à l’Est. On discute et on marchande avec Dieu à l’Ouest, on est soumis à sa Grandeur et on L’adore à l’Est. Les structures familiales sont plus inégalitaires à l’Ouest et plus égalitaires à l’Est. Depuis le XIème siècle, cette différence culturelle fracture l’Europe. Durant la Guerre froide, le « rideau de fer » ne respectait pas cette division, la Grèce orthodoxe ayant été rattachée à l’Otan et la Pologne catholique incorporée au Pacte de Varsovie. Aujourd’hui, l’élargissement de l’Union européenne vise prioritairement à imposer le modèle Ouest-Européen aux pays de culture orthodoxe. On peut dés aujourd’hui prévoir la dissolution de l’Union européenne et le triomphe du modèle culturel ouvert de Saint-Petersbourg.

Les chrétiens d’Orient ne se sont jamais sentis concernés par les différences culturelles intra-européennes, mais les Européens les ont toujours perçus soit comme catholiques, soit comme orthodoxes. Dès 1848, la France avait ainsi imaginé de déplacer les catholiques et maronites de Syrie en Algérie et d’exterminer les orthodoxes. Paris pensait utiliser ces arabes chrétiens fidèles à Rome pour surveiller les musulmans algériens. A défaut, il finit par s’appuyer sur les juifs locaux (décret Crémieux) et leur confier cette mission (1870). Plus récemment, durant les guerres d’Iraq et de Syrie, les Européens de l’Ouest accueillirent de nombreux chrétiens d’Orient, en réalité exclusivement des catholiques, jamais des orthodoxes.

Pour la Syrie, l’œuvre du président Poutine est l’occasion de revenir à ses propres fondamentaux après l’expérience des jihadistes qui souhaitaient imposer à tous leur unique modèle culturel : la Syrie n’est grande que lorsqu’elle prend soin de toutes ses populations, sans exception. Au départ, Vladimir Poutine pensait organiser un « Congrès des Peuples syriens » à Sotchi. Il a finalement reconnu qu’en Syrie, à la différence de la Russie, aucune communauté n’a de territoire à elle, toutes vivent mélangées dans leur unique patrie. Ce sera donc un « Congrès du dialogue syrien ».

Source
Al-Watan (Syrie)

[1] Beyrouth comme Jérusalem font partie de la Syrie historique. Le Liban n’a été créé que par les accords Sykes-Picot, durant la Première Guerre mondiale. Israël fut initié un peu plus tard par la Déclaration Balfour et proclamé en 1948.

 

http://www.voltairenet.org/article198910.html

Le secret bien mal gardé d’Israël : les ventes d’armes à des régimes en guerre

Le secret bien mal gardé d’Israël : les ventes d’armes à des régimes en guerre

#CommerceDesArmes

Yossi Melman's picture
20 novembre 2017

De la Birmanie au Soudan du Sud, en passant plus récemment par les États arabes du Golfe, Israël a essayé de garder secrètes ses ventes d’armes à des régimes engagés dans des conflits brutaux

Israël se targue d’être une société libre et démocratique qui fait partie du monde occidental. Eh bien, pas exactement. Du moins dans deux domaines importants.

Le premier, et le plus important, est l’occupation de la Cisjordanie sous le joug de l’armée israélienne et la privation de droits civils et démocratiques fondamentaux infligée à ses habitants palestiniens.

Les exportations militaires sont en quelque sorte une vache sacrée en Israël. Elles font partie de l’ADN israélien

Le second domaine dans lequel le manque de transparence est évident et dans lequel le gouvernement a tenté d’étouffer des informations concerne les exportations militaires et sécuritaires. Ici aussi, le censeur est omniprésent et réprime toute information susceptible d’embarrasser le gouvernement et l’appareil sécuritaire dans ses ventes d’armes à destination de dictateurs, de régimes voyous, de violateurs des droits de l’homme et d’autres gouvernements douteux.

Le cas birman

La Birmanie en est un exemple typique. En septembre, un groupe d’activistes des droits de l’homme israéliens a demandé à la Cour suprême de mettre fin aux ventes d’armes à la junte militaire de ce pays qui est toujours au pouvoir malgré les élections de 2015.

Selon des groupes de défense des droits de l’homme et des rapports de l’ONU, l’armée birmane est impliquée dans des opérations de nettoyage ethnique et des crimes de guerre systémiques contre les Rohingyas (une minorité musulmane). On estime que près d’un demi-million d’habitants se sont enfuis au Bangladesh voisin après que des milliers de personnes ont été tuées et violées et que des villages ont été incendiés.

Pendant des années, Israël a vendu des armes à la Birmanie, notamment du matériel d’écoute, des équipements de communication et des patrouilleurs fabriqués par Israeli Aerospace Industries (IAI). Tar Ideals Concepts, une société israélienne, a également formé des membres des forces spéciales birmanes. La société n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Les gouvernements israéliens successifs ont eu honte de ces contrats mais ont encouragé les marchands d’armes et les industries publiques à continuer de les fabriquer. Dans le même temps, ils se sont servis du censeur militaire pour réprimer la diffusion d’informations.

Min Aung Hlaing, général en chef de l’armée birmane, prend la parole à l’occasion du deuxième anniversaire de la cérémonie de signature de l’accord de cessez-le-feu national, à Naypyidaw, le 15 octobre 2017 (AFP)

Comment sommes-nous donc au courant de tous ces contrats ? Parce que la junte birmane s’en est vantée sur ses sites officiels et a publié des photos de ses chefs en visite en Israël. Il s’agissait notamment de rencontres organisées en septembre 2015 entre le général Min Aung Hlaing, commandant en chef des forces armées birmanes, qui agit indépendamment du gouvernement civil, accompagné d’autres officiers de haut rang de la junte militaire, et le président israélien Reuven Rivlin, le chef de l’armée israélienne Gadi Eisenkot, les chefs des services de sécurité israéliens ainsi que des hauts responsables de l’industrie israélienne de l’armement.

Hlaing a même écrit sur sa page Facebook que ses collègues et lui avaient visité Israel Aerospace Industries, près de Tel Aviv, ainsi que d’autres entreprises du secteur de la défense.

Les liens avec la Chine

Récemment, j’ai appris que Commtac, un fabricant israélien d’équipements de communication pour drones, a vendu, via Elul (un courtier en armes israélien), des équipements installés sur des drones de fabrication chinoise utilisés par l’armée birmane. Commtac est une filiale du fabricant israélien de drones Aeronautics Defense Systems. Le gouvernement israélien s’est montré particulièrement sensible vis-à-vis de ce contrat, non pas parce qu’il s’oppose aux ventes à la Birmanie, mais parce qu’il craignait que le lien avec des drones chinois n’irrite les États-Unis.

Dès la fin des années 1970, bien avant l’établissement de relations diplomatiques entre Israël et la Chine, des entrepreneurs du secteur israélien de la défense ont secrètement équipé l’armée chinoise, avec l’approbation du gouvernement. Au cours de la dernière décennie, cependant, Israël a cessé ses ventes militaires à destination de la Chine sous la pression des administrations américaines successives.

On ne peut que supposer que la suspension des ventes israéliennes est temporaire et résulte de la pression publique à l’échelle nationale, provenant en particulier de groupes de défense des droits civiques

Si Elul n’a pas répondu aux demandes de commentaires, un porte-parole de Commtac et d’Aeronautics Defense Systems a confirmé que l’entreprise avait vendu des équipements à la Birmanie « conformément à la réglementation du ministère de la Défense et avec son approbation ». Il a ajouté, cependant, que le ministère de la Défense avait récemment changé de politique et suspendu les licences accordées à toutes les sociétés israéliennes qui autorisent les contrats avec la Birmanie, dont Commtac.

Il convient de noter que le ministère n’a fait aucune déclaration à cet égard et espérait passer cette décision sous silence. Le ministère a refusé de développer le sujet, déclarant seulement : « Nous ne formulons aucun commentaire sur les questions relatives aux exportations. » Cette confidentialité vise à ne pas irriter la Birmanie, avec l’espoir que, tôt ou tard, l’interdiction sera levée et les affaires reprendront.

À LIRE : L’alliance israélo-saoudienne bat les tambours de guerre

On ne peut que supposer que la suspension des ventes israéliennes est temporaire et résulte de la pression publique à l’échelle nationale, provenant en particulier de groupes de défense des droits civiques. En septembre, certains d’entre eux ont appelé la Cour suprême d’Israël à ordonner au ministère de la Défense de mettre fin à ses ventes à destination de la Birmanie et de suivre ainsi les politiques américaines et européennes qui ont imposé un embargo sur les armes à ce pays d’Asie du Sud-Est. L’État s’y est opposé et le tribunal a rejeté cet appel.

Toutes les délibérations se sont déroulées à huis clos, signe qu’en Israël, ce n’est pas seulement le censeur, mais aussi les tribunaux qui serrent les rangs avec les forces de sécurité lorsqu’il est question de ventes d’armes.

Les ventes d’armes à des dictateurs

Les exportations militaires sont en quelque sorte une vache sacrée en Israël. Elles font partie de l’ADN israélien, tandis que le public soutient généralement la politique du gouvernement et préfère ne pas en entendre parler, même si ces ventes contrastent fortement avec la morale universelle, les droits de l’homme et l’éthique.

Les exportations d’armes israéliennes vers plus de cent pays sur les cinq continents ont rapporté 6 milliards de dollars en 2016. Bien que celles-ci représentent seulement 6 à 7 % du total des exportations israéliennes de biens et de services, la contribution des entreprises du secteur de la sécurité ne se limite pas aux exportations. Elles sont les principaux fournisseurs d’armes des Forces de défense d’Israël (FDI) et emploient quelque 100 000 travailleurs, ce qui en fait un facteur important de la prospérité économique d’Israël.

Les clients peuvent être divisés en trois groupes. Le premier et le plus grand marché est formé par les pays avec lesquels Israël entretient des relations diplomatiques, comme les États-Unis, l’UE, l’Inde, Singapour et l’Azerbaïdjan.

Des soldats de l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) transportent des armes lourdes près d’Alole, dans le nord du Soudan du Sud, le 16 octobre 2016 (AFP)

Le deuxième groupe se compose des pays avec lesquels Israël entretient des relations diplomatiques mais qui sont dirigés par des dictateurs, sont impliqués dans des guerres civiles ou commettent des violations des droits de l’homme, comme la Birmanie ou, par le passé, des pays d’Amérique centrale et méridionale, ou encore d’Afrique.

Les marchands d’armes israéliens ont vendu des armes aux deux camps pendant la guerre entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Mais le cas le plus inquiétant d’exportations israéliennes vers l’Afrique a été celui du Soudan du Sud. Israël a continué de fournir des armes à cette nation, même après la guerre civile sanglante qui y a éclaté. Ce n’est que récemment, sous la pression des médias locaux et de groupes de défense des droits de l’homme étrangers, que le ministère de la Défense a annoncé qu’il avait cessé toute vente militaire à destination du Soudan du Sud.

La diplomatie par les ventes d’armes

Ici aussi, dans cette deuxième catégorie, le censeur est intervenu pour empêcher la publication de contrats relevant du secteur de la défense, comme c’est le cas avec l’Azerbaïdjan qui, en raison de sa frontière avec l’Iran, est considéré comme un pays d’une importance stratégique.

Le tabou qui régnait sur ce sujet a été rompu en février, lorsque le président azéri Ilham Aliyev a publiquement reconnu que son pays avait conclu des contrats avec Israël évalués à 5 milliards de dollars au cours des deux dernières décennies. Ce faisant, Aliyev a surpris Netanyahou, alors en visite en Azerbaïdjan. Aux côtés des États-Unis, de l’Inde et de l’UE, la nation caucasienne est l’un des plus grands marchés pour les jouets militaires israéliens.

À LIRE : Nettoyage ethnique des Rohingyas : Israël exporte à nouveau sa guerre contre les peuples autochtones

La troisième catégorie de pays bénéficiant d’armes et de technologies israéliennes avancées – qui ont fait leurs preuves en situation de combat après avoir été utilisées par les FDI – regroupe ceux qui n’ont pas de relations diplomatiques avec Israël. Il s’agit principalement de nations arabes et musulmanes.

Dans ce cas, les contrats visent non seulement à générer des gains financiers, mais aussi à prendre pied dans le monde arabe et à recevoir en contrepartie des renseignements ou d’autres faveurs.

Dans les années 1980, Israël a vendu des avions Skyhawk de fabrication américaine qui avaient été mis hors service par l’Armée de l’air israélienne à l’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde. La vente a été approuvée par les États-Unis. En retour, l’Indonésie a accordé des faveurs à Israël, notamment en permettant aux experts israéliens de se renseigner sur les armes sophistiquées de fabrication soviétique utilisées par ses ennemis arabes.

Au cours des dernières années, des armes et des technologies israéliennes ont été utilisées pour venir en aide à la Jordanie (prêt d’hélicoptères et de drones israéliens) et à l’Égypte (renseignements et drones israéliens attaquant occasionnellement des positions de l’État islamique dans le Sinaï).

Comme la Jordanie et l’Égypte entretiennent des relations diplomatiques avec Israël, en surface, les informations faisant état de liens sécuritaires et militaires spéciaux ne devraient pas poser de problème. Mais, encore une fois, le censeur ne permet la diffusion d’informations à l’échelle locale que si les médias d’information étrangers les ont déjà relayées.

Les contrats avec le Golfe

Un autre marché important pour les technologies militaires israéliennes est celui des Émirats arabes unis, menés par Abou Dabi et, selon des informations qui n’ont jamais été confirmées, de l’Arabie saoudite.

Selon ces informations, des entreprises de haute technologie israéliennes ont conclu des contrats pour fournir au royaume des équipements de renseignement, tandis que l’Arabie saoudite envisage d’acheter le système anti-missiles israélien « Dôme de fer ». Il convient de noter que les réseaux sociaux dans le monde arabe ont continuellement répandu des rumeurs selon lesquelles le prince héritier Mohammed ben Salmane se serait récemment rendu en Israël. Les porte-parole saoudiens ont nié les faits.

Le système anti-missiles israélien « Dôme de fer » (AFP)

Depuis plusieurs années, le censeur s’est servi de sa main de fer pour empêcher les médias israéliens de relayer toute information faisant état de ventes à destination du monde arabe. Cette attitude s’est révélée absurde et ridicule dans la mesure où le principal négociateur dans ces contrats « secrets », le courtier en armes israélien Mati Kochavi, a révélé les contrats conclus avec Abou Dabi lors d’un séminaire public à Singapour par suffisance et égocentrisme.

Comme l’écrivait l’auteur anglais Samuel Johnson, « le patriotisme est le dernier refuge de la crapule ». On peut dire que le ministère israélien de la Défense se montre prompt à invoquer des « raisons de sécurité » pour justifier tous les méfaits possibles commis par des marchands d’armes sans scrupules, des entrepreneurs corrompus du secteur de la défense et des dictateurs impitoyables.

Au cours des deux premières décennies qui ont suivi son indépendance en 1948, Israël espérait être une lumière pour les nations ; malheureusement, il est devenu un fournisseur d’armes pour des régimes douteux.

 

– Yossi Melman est un commentateur spécialiste de la sécurité et du renseignement israéliens. Il est co-auteur de Spies Against Armageddon.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : soldats de l’armée birmane en patrouille dans un village du district de Maungdaw, situé dans l’État d’Arakan, le 21 octobre 2016, alors que les opérations de sécurité se poursuivent après les attaques menées par des militants armés le 9 octobre 2016 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

 

http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/le-secret-bien-mal-gard-d-isra-l-les-ventes-d-armes-des-r-gimes-en-guerre-365797615

Pourquoi Londres ne renoncera pas au Brexit

Pourquoi Londres ne renoncera pas au Brexit

Alexandre Counis / Chef de service Le 17/11 à 12:25
Au Royaume-Uni, l'opinion publique, hommes d'affaires politiques n'envisagent retour arrière : Brexit lieu.
Au Royaume-Uni, ni l’opinion publique, ni les hommes d’affaires ni même les politiques n’envisagent un retour en arrière : le Brexit aura bien lieu. – AFP

Depuis plusieurs semaines, une petite musique laisse parfois croire, dans les capitales européennes, que le Royaume-Uni pourrait revenir en arrière sur le Brexit. Un espoir illusoire. Malgré les difficultés de Theresa May, plus personne au Royaume-Uni ne parle plus, désormais, de renoncer à la sortie de l’Union européenne

« You may say I am a dreamer, but I am not the only one. » Lorsqu’il cite en juin dernier les paroles d’« Imagine », le célèbre tube de John Lennon, pour rêver tout haut d’un Royaume-Uni qui renoncerait au Brexit, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a fait entendre une petite musique que certains entonnent volontiers, aujourd’hui encore, à Bruxelles ou à Paris. « C’est en fait à Londres de décider comment tout cela finira, avec un bon accord, pas d’accord, ou pas de Brexit du tout », glissait encore l’ex-Premier ministre polonais fin octobre.

Même antienne fredonnée il y a quelques jours à Londres par le très respecté Lord Kerr. Alors que le gouvernement conservateur de Theresa May martèle à longueur de temps qu’il n’y a plus d’échappatoire, l’ex-diplomate, qui fut l’un des rédacteurs de l’article 50 du traité de Lisbonne, rectifie : la lettre envoyée par le Royaume-Uni à Bruxelles au titre de cet article pour enclencher son processus de sortie de l’Union n’a rien d’engageant juridiquement. « Ce n’était que la notification d’une intention.  Mais les intentions peuvent changer  », précise-t-il. « Le Brexit est réversible, titre aussitôt le « Guardian ». « Nous ne sommes pas obligés de quitter l’Union », renchérit le « Times ».

Conservateurs divisés

Après tout, c’est vrai : les difficultés sont si grandes, les vents contraires si violents, que Londres pourrait légitimement tout laisser tomber. Le parti conservateur, que David Cameron espérait réunifier grâce au référendum, est au contraire aujourd’hui si divisé sur le Brexit qu’il fait peser un vrai risque sur l’issue des négociations avec Bruxelles. Près de dix-huit mois après le vote qui a vu la  victoire du « leave » en juin 2016, les chances de conclure un accord sur les modalités du Brexit avec l’Union se sont amenuisées.

Et la guérilla qui s’annonce au Parlement sur le Repeal Bill accroît encore les risques d’exécution pour le gouvernement. Les députés travaillistes se sont alliés à une quinzaine de conservateurs rebelles (« Rebel Tories ») pour négocier pied à pied chaque ligne de cet important projet de loi, qui fixe les conditions dans lesquelles seront conservés ou abrogés, après le Brexit, les 12.000 textes d’origine communautaire s’appliquant dans le pays.

Incertitudes

Mais si les incertitudes restent nombreuses, une chose est néanmoins certaine : le Brexit aura bien lieu. Difficile à ce stade de dire s’il sera « soft » ou « hard » dans ses modalités. Tout dépendra de la capacité du gouvernement à résister à la pression de ceux qui, dans son propre camp, poussent pour une sortie rapide et brutale de l’Union. Mais si le pays se déchire encore sur la forme que doit revêtir le Brexit, personne ne parle plus désormais de le remettre en cause. Aucun parti ne propose de rester dans l’Union : seuls les libéraux démocrates pourraient porter cette voix, mais ils ne représentent plus rien sur l’échiquier politique et sont aujourd’hui totalement inaudibles. Aucun leader ne porte un tel message. Et alors que, fin septembre début octobre, certains députés « remainers » osaient encore prendre la parole aux conférences annuelles des deux grands partis pour réclamer l’organisation d’un nouveau référendum, plus personne n’envisage aujourd’hui de retourner aux urnes sur le même sujet, dans le même format.

Décision irrévocable

Le peuple a tranché, et dans une démocratie parlementaire aussi ancienne et solide que le Royaume-Uni, cela veut dire quelque chose. Même si le pays a toujours préféré la démocratie représentative à la démocratie directe, tous considèrent aujourd’hui que la décision est prise. L’homme de la rue, qui regrette d’autant moins d’avoir voté « leave » que les contrecoups de ce choix sur l’économie britannique tardent à se faire sentir. Le monde des affaires, où tous les patrons réclament  plus de clarté sur le processus de sortie, mais où aucun ne remet en cause le Brexit en soi. Et la sphère politique, qui sait bien que mépriser la décision sortie des urnes serait bien plus dangereux encore que de la mettre en oeuvre. Même les « Rebel Tories » : ces conservateurs proeuropéens, que  la une du « Daily Telegraph » dénonçait la semaine dernière comme autant de « Brexit Mutineers », cherchent à obtenir des garanties pour encadrer le Brexit. Mais certainement pas à le remettre en cause.

Période de transition

Reste à savoir, néanmoins, de quel Brexit on parle. Car que diront les patrons britanniques, si, à la fin de l’histoire, ils n’ont plus accès au Marché unique européen ? Que diront les ménages, si la chute de la livre finit par entamer vraiment leur pouvoir d’achat ? Un éventuel accord sur les futures modalités du Brexit, quels qu’en soient les termes, sera de toute façon très vivement critiqué au Royaume-Uni. L’absence d’accord encore plus, si Londres et Bruxelles venaient à échouer dans leurs discussions. Quant à l’éventuelle période de transition que Londres réclame de ses voeux, sa longueur pourrait, elle aussi, être cruciale. Qu’elle dure plus de deux ans, et les mentalités peuvent évoluer, ou la scène politique se renouveler. Bref, les choses peuvent changer. C’est, après tout, le propre des intentions.

Vidéo – Royaume-Uni : 29/03/19, 23h, adieu l’UE

https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01870326/zone/1/showtitle/1/src/v3vplk

Alexandre Counis
Correspondant à Londres

https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/030884753935-pourquoi-londres-ne-renoncera-pas-au-brexit-2131103.php#xtor=EPR-3058-%5Bnl_ideesdebats%5D-20171126-%5BProv_AL_CLO_BOURSE_PU%5D-

L’initiative chinoise « La Ceinture et la Route » apportera des bénéfices aux pays concernés

L’initiative chinoise « La Ceinture et la Route » apportera des bénéfices aux pays concernés

© Chine Nouvelle (Xinhua)Peng Mengyao, le 24/11/2017 11:08

En renforçant l’intégration économique, augmentant les investissements et améliorant la gouvernance, l’initiative chinoise « La Ceinture et la Route » apportera des bénéfices aux pays concernés, estime Sergueï Gouriev, économiste en chef de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

« L’accent continu sur le renforcement des institutions, l’investissement durable dans les infrastructures et l’intégration dans l’économie mondiale devrait rester la priorité des économies de l’Asie centrale », a-t-il déclaré jeudi à Xinhua.

La banque internationale de développement a annoncé mercredi à son siège à Londres la publication de son rapport annuel de transition, qui fait le point sur les progrès économiques et sociaux accomplis dans les pays couverts par la BERD, à savoir les économies émergentes de la Méditerranée occidentale, une grande partie de l’Europe de l’Est et l’Asie centrale.

La BERD a constaté cette année une accélération du rythme de réforme dans les économies émergentes, quatre ans après avoir signalé que les réformes stagnaient, voire reculaient.

Dans son « Rapport de transition 2017-2018: soutenir la croissance », la banque a dressé le bilan des réussites et des échecs enregistrés par les réformes au cours de l’année écoulée et identifié les multiples défis qui restent à relever.

Dans son rapport de transition annuel de 2013, la BERD avait averti que les économies émergentes ne pourraient pas rattraper leurs voisins développés sans relancer leurs processus de réforme.

Pour les aider à y parvenir, la BERD a renforcé son soutien aux réformes politiques dans les 38 économies où elle investit afin de promouvoir des économies de marché ouvertes et durables.

« Attirer des investissements durables dans les infrastructures de ces pays permettra d’accélérer la croissance économique et de créer des emplois dans leurs régions nationales isolées », a souligné M. Gouriev.

« D’après nos recherches, il y a un fort manque d’investissement dans les infrastructures dans tous nos pays, y compris ceux concernés par l’initiative ‘La Ceinture et la Route' », a fait observer M. Gouriev.

 

https://chine.in/actualite/cn/initiative-la-ceinture-route-apportera_104310.html

La Commission révise timidement son objectif d’énergies renouvelables

La Commission révise timidement son objectif d’énergies renouvelables

La « chute impressionnante » des prix des renouvelables a persuadé la Commission européenne d’adapter ses projections énergétiques pour 2030, a indiqué Maroš Šefčovič, commissaire en charge de l’énergie.

Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission et chargé de l’Union de l’énergie, estime qu’un objectif de 30 % d’énergies renouvelables d’ici 2030 pourrait être discuté dans le cadre d’un paquet de lois sur l’énergie propre. Soit plus des 27 % acceptés en 2014 par les États membres.

L’objectif de 27 % est inclus dans la directive pour les énergies renouvelables présentée par la Commission en novembre 2016, actuellement discutée au Parlement et au Conseil. Ce chiffre pourrait cependant être rehaussé au vu de la chute « impressionnante » des prix du solaire et de l’éolien, ainsi que des progrès technologiques rapides. Ce changement de paramètres force donc une réévaluation de l’ambition européenne, a estimé Maroš Šefčovič.

https://www.euractiv.fr/section/energie/news/eu-commission-to-push-for-30-renewables-in-updated-2030-plan/

Les renouvelables font sombrer en désuétude les objectifs énergétiques européens

Les coûts du solaire et de l’éolien chutent rapidement. Associés à de nouvelles technologies, ces renouvelables pourraient remplacer « plus de la moitié » de l’électricité au gaz ou au charbon en Europe d’ici 2030.

« Atteindre 27 % d’énergies renouvelables ou 30 % couterait à peu près la même chose », explique le commissaire, qui insiste sur le fait que la chute de prix a été « très rapide », perturbant les projections économiques réalisées par la Commission.

« Nous avons donc répondu avec plaisir à la demande du Parlement européen d’ajuster notre modélisation », continue-t-il, espérant que cela « contribuerait aux discussions du trilogue », entre le Conseil, le Parlement et la Commission, qui devraient se dérouler au début de l’année prochaine.

La directive sur l’énergie renouvelable initialement présentée par l’exécutif mentionnait « au moins 27 % » d’énergies renouvelables d’ici 2030. « Aujourd’hui, nous avons de nouveaux arguments pour défendre un objectif de 30 % », se réjouit le commissaire. La nouvelle modélisation a déjà été réalisée et sera transmise au Parlement « dans les jours à venir ».

Jonathan Gaventa, directeur du groupe de réflexion E3G, a salué la réaction de la Commission aux dernières études sur le coût des renouvelables, mais estime qu’elle pourrait aller plus loin. « Il est positif qu’ils ajustent les chiffres existants, qui étaient tout à fait obsolètes », estime-t-il.

« Étant donné la situation du secteur énergétique, nous envisageons plutôt une part de renouvelables s’élevant à environ 35 % », continue-t-il.

Au Parlement, « de nombreux eurodéputés encouragent un objectif de 35 % », fait-il remarquer. De leur côté, les ONG comme WWF et le Réseau Action Climat appellent plutôt à un seuil de 45 %.

En 2016, la Commission estimait en effet que « beaucoup de subventions » seraient encore nécessaires pour augmenter la part des renouvelables en 2030, avec des coûts de production estimés à environ 130 euros par mégawatt/heure. Une évaluation beaucoup trop prudente, puisque les prix de l’électricité éolienne ont chuté drastiquement ces dernières années et oscillaient aux environs de 60 euros par mégawatt/heure lors des dernières enchères en Allemagne.

« Il s’agit d’un changement radical, qui s’est matérialisé très rapidement et qui devrait continuer sur sa lancée », assure Maroš Šefčovič, qui indique également qu’aujourd’hui seuls les Pays-Bas, la France et le Luxembourg pourraient ne pas atteindre leur objectif pour 2020.

Le chemin de fer de BTK est le couloir turc de la route de la soie vers l’Asie centrale

Le chemin de fer de BTK est le couloir turc de la route de la soie vers l’Asie centrale


Par Andrew Korybko – Le 6 novembre 2017 – Source Oriental Review

Baku-Tbilisi-Kars (BTK) Railway
Chemin de fer Bakou-Tbilissi-Kars (BTK)

Le président Erdogan a déclaré que le chemin de fer Bakou-Tbilissi-Kars est « un maillon important dans la nouvelle route de la soie, qui relie l’Asie, l’Afrique et l’Europe » lors de la cérémonie d’ouverture de ce couloir de connectivité transnational.

Les Premiers ministres de la Géorgie, du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan, ainsi que les ministres du Tadjikistan et du Turkménistan ont également assisté à l’événement, démontrant ainsi son large intérêt géographique. Erdogan espère dans l’immédiat qu’il renforcera les relations globales entre la Turquie et ses compatriotes d’ethnie turque en Asie centrale, et que par la suite le chemin de fer BTK pourrait être utilisé par les Européens et les Nord-Africains pour se relier à cette région enclavée. En fin de compte, l’objectif est de transformer ce corridor sud-central en une nouvelle route de la soie bien placée rattachant les coins occidentaux et orientaux de l’Eurasie en reliant l’UE à la Chine. Et si, après un rapide coup d’œil à la carte physique, la route semble un peu tortueuse, la politique dit le contraire.


Les routes les plus directes reliant l’UE à la Chine sont le pont terrestre eurasien prévu à travers la Russie et la route maritime du Nord à travers l’océan Arctique, mais les deux sont comparativement sous-développés pour diverses raisons. En outre, alors qu’il est prévu de construire un chemin de fer à grande vitesse en Asie centrale reliant la Chine à l’Iran, et désormais à la Turquie et à l’UE, cette idée n’a pas encore été étudiée et pourrait en tout cas être mise en péril par le risque régulier d’activités terroristes kurdes dans les régions frontalières du Moyen-Orient partagées par ces deux grandes puissances. Un autre point important est que la nouvelle guerre froide provoquée par les États-Unis a créé des obstacles géopolitiques artificiels à l’intégration eurasienne alors que Washington cherche à “isoler” Moscou et Téhéran. Il est donc possible que les corridors chinois ne se matérialisent pas aussi rapidement que prévu.

Tous ces facteurs font étonnamment du BTK, la voie actuellement la plus efficace permettant à l’UE, la Turquie et l’Afrique du Nord d’accéder à l’Asie centrale et même à la Chine, une fois que la bonne infrastructure de connectivité sera construite dans la région. Pour l’avenir, même s’il est douteux que cette route devienne le principal couloir du commerce UE-Chine, elle renforcera probablement beaucoup l’influence de la Turquie dans les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale, ce dont de nombreux stratèges turcs ont parlé et qu’ils espèrent depuis 1991 mais qui avait à peine fait quelques progrès depuis. Cela pourrait contribuer à diversifier les partenariats étrangers des gouvernements régionaux et, dans le vrai sens du mot, les rendre plus multipolaires.

En établissant une présence plus solide en Asie centrale, qui est historiquement dans la sphère d’influence de la Russie, la Turquie étendrait également l’interdépendance stratégique complexe qui s’est développée entre Moscou et Ankara depuis que leur rapprochement rapide a débuté l’été dernier. Cela resserrerait à son tour leur partenariat bilatéral et réduirait les chances que les États-Unis réussissent à les tourner les uns contre les autres en raison des dommages collatéraux accrus que cela entraînerait pour leurs intérêts, du fait de la situation géopolitique à long terme et des changements introduits par le chemin de fer BTK.

Andrew Korybko

http://lesakerfrancophone.fr/le-chemin-de-fer-de-btk-est-le-couloir-turque-de-la-route-de-la-soie-vers-lasie-centrale

 

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