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Recyclage du plastique : l’Europe avance… en ordre dispersé

Pollution

Recyclage du plastique : l’Europe avance… en ordre dispersé

Les Européens s’intéressent de plus en plus au sort de leurs déchets plastiques et c’est une bonne nouvelle. Mardi 10 juillet à Bruxelles, la commission environnement du Parlement a adopté une « stratégie européenne sur les matières plastiques dans une économie circulaire ». Ce rapport d’initiative parlementaire sera ensuite voté en assemblée plénière dès la session de rentrée, en principe le 13 septembre.

Il met entre autres en avant la nécessité de réduire les déchets à la source en développant l’écoconception des objets et, en aval, il préconise le développement d’un marché unifié du recyclage du plastique. Ce texte fait suite au projet de « stratégie européenne sur les matières plastiques » présentée le 16 janvier dernier par la Commission, qui a par ailleurs présenté le 28 mai une proposition de directive visant à interdire l’usage de certains produits plastiques à usage unique, tels que pailles, cotons-tiges ou couverts jetables qui finissent en bonne partie à la mer.

Chaque année, les Européens jettent la moitié du plastique qu’ils consomment, soit 27,1 millions de tonnes en 2016

Il y a en effet urgence. Selon la Commission, les Européens achètent chaque année quelque 49 millions de tonnes de plastique sous toutes les formes, en particulier dans les équipements électriques et électroniques (5,8 %), dans les automobiles (8,9 %), le bâtiment et la construction (19,7 %) et, surtout, les emballages (39,9 %). Et chaque année, ils jettent la moitié du plastique qu’ils consomment, soit 27,1 millions de tonnes en 2016, d’après les chiffres publiés par PlasticsEurope, le syndicat européen des plasturgistes.

La Mediterranée, dépotoir sauvage

Du moins s’agit-il des volumes collectés recensés. Car une partie des déchets disparaît dans des filières clandestines de récupération (automobiles, déchets électroniques…), quand ils ne sont pas purement et simplement abandonnés dans la nature. Un nouveau rapport du WWF a consacré un rapport alarmant sur la Méditerranée, devenue un dépotoir sauvage de déchets plastiques, surtout en période estivale avec l’afflux de vacanciers sur les côtes. Selon l’organisation écologiste, les Européens y déverseraient entre 220 et 630 milliers de tonnes de déchets de toutes tailles, avec des impacts dramatiques pour la vie sous-marine.

S’il progresse, le recyclage reste encore minoritaire : en 2016, il représentait 31,1 % des déchets collectés en Europe

Pour autant, l’Europe a nettement progressé ces dernières années dans la gestion de ses déchets (graphique ci-dessous). Sur un total de 27,1 millions de tonnes de déchets plastique collectés en 2016, l’Europe en a valorisé 19,7 millions de tonnes, soit 72,7 %, sous forme d’énergie (par incinération) et via les filières de recyclage. Cette valorisation a nettement progressé au cours des dix dernières années : en 2006, 11,7 millions des 24,5 millions de tonnes alors collectées avaient été valorisées, soit 47,7 %.

Ce mouvement a fait reculer d’autant la mise en décharge. Toutefois, le recyclage reste encore minoritaire : il représentait en 2016 31,1 % des déchets collectés en Europe, quand 41,6 % de la collecte sont incinérés pour valorisation énergétique.

La valorisation des plastiques collectés est en net progrès en Europe

Volume des déchets plastiques collectés, valorisés (recyclage et valorisation énergétique) et mis en décharge, en millions de tonnes

Des pays aussi riches que le Royaume-Uni, la France, l’Italie, l’Espagne se distinguent par des taux de valorisation inférieurs à la moyenne européenne

Si les pays d’Europe centrale et de l’Est affichent a contrario les plus forts taux de mise en décharge, ils ne sont pas les seuls à être à la traîne. Des pays aussi riches que le Royaume-Uni, la France, l’Italie, l’Espagne se distinguent par des taux de valorisation inférieurs à la moyenne européenne.

Valorisation des déchets plastiques : les bons et les mauvais

Taux de valorisation énergétique (incinération) et de recyclage des déchets plastiques collectés en 2016, en %

Plus on est gros, plus on jette

Distribution géographique des déchets plastiques collectés en Europe, en 2016, en %

La principale source de déchets plastique réside dans les emballages

Mais il ne faut pas perdre de vue que la principale source de déchets plastique réside dans les emballages : 61,6 % de l’ensemble en 2016. C’est à ce niveau qu’il est prioritaire d’agir, d’une part en limitant la consommation d’emballage plastiques (dans le secteur alimentaire et la distribution, notamment), d’autre part en développant les filières de recyclage des emballages.

La boulimie des emballages

Distribution sectorielle des déchets plastiques collectés en Europe, en 2016, en %

Un frein important au recyclage de la matière plastique est le prix des hydrocarbures. Outre les coûts de collecte, recycler du plastique est une opération qui consomme de l’énergie. Il sera difficile de développer le recyclage sans neutraliser l’écart de coûts entre la matière vierge et la matière recyclée via la fiscalité environnementale et des mesures réglementaires. Un sujet qui fâche et il reste à savoir si la « stratégie plastique » que l’Europe tente de mettre actuellement en place se donnera les moyens de ses ambitions.

https://www.alternatives-economiques.fr//recyclage-plastique-leurope-avance-ordre-disperse/00085629?utm_source=emailing&utm_medium=email&utm_campaign=NL_Quotidienne%2F13072018

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Les États-Unis laminent l’Europe

Les États-Unis laminent l’Europe


Par Eric Zuesse – Le 2 juillet 2018 – Source Countercurrent

Le 28 juin, PwC (PriceWaterhouseCoopers) a publié son palmarès  annuel des entreprises : « Global Top 100 (2018) : Classement des 100 premières entreprises mondiales d’après le montant de leur capitalisation boursière », avec le commentaire suivant : « L’augmentation de la capitalisation boursière de la Chine a presque atteint celle des États-Unis cette année. …. La contribution de la Chine aux 100 premières capitalisations boursières a augmenté de 57 %, pour s’élever à 2 822 milliards de dollars. (…) Les entreprises européennes ne se sont jamais complètement remises de la crise financière de 2009. L’Europe n’est aujourd’hui représentée  au palmarès que par seulement 23 entreprises (contre 31 en 2009) et ne représente que 17% des 100 premières capitalisations boursières (contre 27% en 2009). »

La richesse de l’Europe peut-elle encore diminuer ? Et dans quelle mesure ?

Les investissements internationaux s’étiolent en Europe au moment même où elle est submergée par les réfugiés venant des nations que le régime américain bombarde et dont il détruit les infrastructures, transformant en enfer la vie de ses habitants qui s’enfuient alors principalement vers l’Europe voisine, et y provoquent la crise des réfugiés. La plupart du temps, les États-Unis ne sont pas les seuls envahisseurs : ils essaient de rassembler le plus d’alliés possible – principalement les régimes fondamentaliste-sunnites arabes, et la théocratie d’apartheid d’Israël, mais aussi quelques régimes européens – pour les aider à créer un enfer sur terre pour les rescapés et les immigrants en Europe. Mais, comme l’a dit Barack Obama, « les États-Unis sont et restent la seule nation indispensable. C’était vrai au siècle passé et ce sera vrai au siècle à venir ». L’aristocratie étasunienne a l’intention de faire en sorte que rien ne change, et ses alliés se contentent de lui emboîter le pas.

Le régime américain est profondément néoconservateur, ou impérialiste, et il accroît sa richesse et son pouvoir aux dépens de l’Europe. Les chiffres le montrent.

Au cours des derniers siècles, l’Europe a mené le monde, mais maintenant ce sont les États-Unis, et ils le font aux dépens de l’Europe, mais surtout aux dépens des peuples qui vivent dans les endroits que nous bombardons. C’est un fait, mais que font les Européens à ce sujet ? Jusqu’à présent, rien. Est-ce que cela va changer ? Peut-être, si les choses empirent suffisamment.

À la page 31 du rapport de PwC, il est indiqué qu’en 2009, les États-Unis comptaient 42% des entreprises du « Top 100 », alors qu’en 2018, ce chiffre est de 54% – 54 entreprises, au lieu de 42 entreprises auparavant.

La Chine en a 12 au lieu de 9.

Mais la plupart des pays d’Europe ont enregistré une baisse au lieu d’une hausse.

Le Royaume-Uni en a maintenant 5 au lieu de 9.

La France en compte désormais 4 au lieu de 7.

Et l’Allemagne 4 au lieu de 5.

La Russie a été frappée de plein fouet par les sanctions américaines ; elle en avait deux, elle n’en a plus du tout.

Trois pays européens en avaient une en 2009 et n’en ont plus – plus aucune – et ces trois pays sont l’Italie, la Norvège et la Finlande.

Personne ne peut raisonnablement nier, à la lumière de ces données, que l’aristocratie américaine – les individus qui contrôlent les multinationales étasuniennes et le gouvernement étasunien et les médias « d’information » étasuniens (dont le rôle est de contrôler le public) – l’a emporté sur les aristocraties européennes (les homologues des Étasuniens dans le sous-continent européen). Ce qui est étonnant, c’est que les aristocrates européens ne protestent pas sauf (pour certains d’entre eux) en ce qui concerne l’afflux de réfugiés chassés de leurs pays par les invasions et les coups d’État étasuniens (et en s’opposant à ces afflux de réfugiés ils ne s’attaquent pas à la racine du problème économique de l’Europe). Même si les citoyens en Europe sont impuissants, les milliardaires qui y vivent encore ne le sont pas. Pendant combien de temps encore vont-ils attendre sans rien faire que les milliardaires étasuniens leur tirent une balle et les mangent ?

L’Europe risque bien de perdre presque toute sa puissance internationale si elle n’opère pas un virage à 180 degrés dans sa politique étrangère et ne se retourne pas contre les États-Unis et leurs alliés, au lieu de soutenir ces fanatiques du changement de régime contre ses propres intérêts.

L’Europe ne décline pas à cause d’un problème quelconque que les Européens auraient, leur seul problème est leur incapacité à se battre de manière intelligente contre la véritable source du déclin de l’Europe. Les États-Unis, après tout, ne sont définitivement pas une démocratie.

Traduction : Dominique Muselet

http://lesakerfrancophone.fr/les-etats-unis-laminent-leurope

 

De l’EaU dans le gaz entre Washington et Moscou

De l’EaU dans le gaz entre Washington et Moscou

01 juillet, 2018
Note d’analyse

Bruno Husquinet

Dans un article récent de géo-économie, le spécialiste de la Russie Gordon Hahn dénonce une guerre du gaz, dans laquelle les trois protagonistes, l’Europe, la Russie et les Etats-Unis ont des intérêts différents. Comme l’avait déclaré le ministre belge des Affaires Etrangères Didier Reynders, le 14 novembre 2016, l’élection de Donald Trump représentait une occasion pour l’Europe de s’unir et de définir ses propres priorités face à une économie américaine pesant dix-neuf billions de dollars.

 

 

Mais la maison européenne peine à s’entendre, dans un contexte économique difficile, sur les questions épineuses liées au Moyen orient, et à la crise migratoire. L’Europe est de plus en plus mal à l’aise, coincée entre le Brexit, un voisinage proche instable et une Russie repositionnée sur la scène internationale, sans oublier l’ombre chinoise. Ainsi, malgré les tensions russo-occidentales des dernières années, l’Europe a besoin des immenses réserves naturelles russes et veut conserver une relation diplomatique et économique. Selon le site Connaissances des énergies, les exportations de Gazprom vers l’Europe pourrait d’ailleurs atteindre les 200 milliards de mètres cubes en 2018.

Le nerf de la guerre, c’est donc l’énergie. A juste titre, tous les Etats se préoccupent de leur approvisionnement en énergie et essaient de diversifier leurs sources pour éviter la dépendance envers un seul fournisseur. Selon la Stratégie Européenne pour la Sécurité Economique publiée en mai 2015, « six États membres dépendent de la Russie en tant que fournisseur extérieur unique pour la totalité de leurs importations de gaz […]. La Russie a exporté 71 % de son gaz en Europe, ses deux principaux clients étant l’Allemagne et l’Italie. »

Malgré la guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie, les importations de gaz russe ont augmenté pour atteindre 35% des parts de marchés, selon Les Echos. Ceci ne se déroule pas sans son lot d’embuches. Suite aux sanctions contre la Russie en 2014, le projet South Stream a été frappé de plein de fouet, les projets de construction stoppés net, enterrant les investissements et les emplois liés ; la Bulgarie a été la première victime. Pour la Russie, il s’agissait de trouver un autre partenaire que les pays européens et la Turquie y a vu son intérêt. Certes, les dents ont grincé pour accorder les violons turcs et russes car les négociations se sont déroulées sur fond de crise syrienne. Mais la realpolitik l’a emportée. South Stream a été ressuscité en Turkish Stream et le gaz russe rentrera donc en Europe par les Balkans.

North Stream II, quant à lui, n’a pas encore vu le jour, le projet tant défendu par l’Allemagne est honni par les Américains. Plusieurs sénateurs dont Ted Cruz, Marco Rubio et John Mc Cain tentent de miner ce projet en utilisant l’Acte de sanctions pour lutter contre les adversaires des Etats-Unis (CAATSA). Cependant, la saga du pipeline a des chances de prendre une tournure positive suite à l’accord entre Gazprom et la Commission européenne concernant la position dominante de Gazprom dans les accords gaziers. Cet accord stipule que Gazprom ne peut plus imposer de restrictions sur les pays acheteurs, mais en contrepartie le géant russe est libéré d’une amende de plusieurs milliards. Selon l’analyste Tim Daiss, c’est une victoire de la Russie sur les producteurs de GNL.

Cet accord est une nouvelle pomme de discorde entre les pays de l’Union européenne. D’abord, la Lituanie qui tente de sortir de sa dépendance totale envers la Russie, s’y est fortement opposée. Sa position est cohérente puisqu’elle est le premier pays ex-socialiste à avoir importé du gaz liquéfié américain en 2017. Les amateurs d’intrigues se demanderont par ailleurs si c’est une coïncidence que Vilnius abrite le Centre d’excellence pour la sécurité énergétique de l’OTAN. L’autre grand pourfendeur de l’accord, est la Pologne, Varsovie se militarise à grands pas pour contrer la Russie, proclame-t-elle. En parallèle, la Pologne s’aligne sur les intérêts gaziers américains en Europe, comme en témoigne sa proximité avec le lobbyiste américain, LNG Allies. La fidèle alliée américaine rêve de devenir le port d’entrée du gaz américain en Europe avec son terminal de LNG à Świnoujście. Quelques travaux sont certes nécessaires pour la connecter aux réseaux européens existants, dont slovaque, et desservir l’Europe. L’ironie veut que ces travaux se fassent grâce aux 100 millions de subsides de l’Union européenne. Ici encore, les afficionados de cabales se régaleront de savoir que la société polonaise de gaz et pétrole (la PGNiG) a signé un accord avec Cheneire Energy, la seule société américaine ayant à ce jour les permis nécessaires pour exporter la gaz naturel américain.

North Stream II doit aussi faire face à une résistance ukrainienne. La compagnie ukrainienne Naftogaz a décidé de forcer l’application de la décision du tribunal de Stockholm exigeant de Gazprom le versement de 2,6 milliards de dollars, notamment en demandant la saisie des biens des opérateurs de North Stream I et II en Suisse. Même le dilettante en magouilles appréciera le fait que le fils de l’ancien vice-président américain Joe Biden, Hunter Biden est directeur de la société Burisma, une entreprise proche de la Naftogaz.

Certes Gazprom est le fournisseur dominant de gaz en Europe ; mais au vu de l’attitude américaine, est-il raisonnable de miser sur les Etats-Unis ? D’autant que le gaz russe reste le plus compétitif. Enfin, s’il est légitime de tenir compte du risque que représente la dépendance de l’Europe face à la Russie, l’approvisionnement de gaz russe n’a jamais été interrompu, comme le remarque un analyste de la Deutsche Bank, si ce n’est avec l’Ukraine dans un cadre politico-économique très spécifique.

En résumé, North Stream II va d’Est en Ouest et le GNL américain d’Ouest vers l’Est. Deux courants à polarité inverse qui risquent de faire des étincelles. Pour paraphraser Clausewitz, la guerre économique est la continuation d’une politique concurrentielle, mais avec d’autres moyens.

 

Bruno Husquinet

https://www.iveris.eu/list/notes_danalyse/357-de_leau_dans_le_gaz_entre_washington_et_moscou/

Les USA et l’Otan évincent l’UE en crise

« L’art de la guerre »

Les USA et l’Otan évincent l’UE en crise

Le président Trump reste contraint par le système US de défendre l’Otan, principal outil actuel de l’impérialisme transnational. Malgré ses tentatives, ses vassaux refusent de s’affranchir et de voler de leurs propres ailes. Il poursuit donc la politique de ses prédécesseurs : infantiliser les Européens et les tourner contre la Russie. Anticipant une possible dissolution de l’Union européenne, une partie de ses membres s’est un peu plus engagé dans l’Otan.

| Rome (Italie)

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Refusant à la fois de prendre son indépendance des États-Unis et de tomber sous la coupe des contestataires européens, un groupe d’États conduit par la France a choisi de renforcer sa subordination à l’Otan.

Deux sommets, tous deux à Bruxelles à deux semaines de distance, représentent le statu quo de la situation européenne. La réunion du Conseil européen, le 28 juin, a confirmé que l’Union, fondée sur les intérêts des oligarchies économiques et financières à commencer par celles des plus grandes puissances, est en train de s’effriter à cause de conflits d’intérêt ne se limitant pas à la question des migrants.

Le Conseil de l’Atlantique-Nord —auquel participeront les 10-11 juillet les chefs d’État et de gouvernement des 22 pays UE (sur un total de 28) membres de l’Alliance (avec la Grande-Bretagne sortant de l’Union)— renforcera l’Otan sous commandement US. Le président Donald Trump aura ainsi en main des cartes plus fortes au Sommet bilatéral qu’il tiendra cinq jours plus tard, le 16 juillet à Helsinki, avec le président russe Vladimir Poutine.

De ce que le président US stipulera à la table des négociations dépendra fondamentalement la situation de l’Europe. Que les USA n’aient jamais voulu une Europe unie comme allié d’égal à égal n’est pas un mystère. Pendant plus de 40 ans, durant la Guerre froide, ils la tiennent subordonnée comme première ligne de la confrontation nucléaire avec l’Union Soviétique. En 1991, la Guerre froide finie, les États-Unis redoutent que les alliés européens puissent mettre en question leur leadership ou juger désormais inutile l’Otan, dépassée par la nouvelle situation géopolitique. D’où la réorientation stratégique de l’Otan toujours sous commandement US, reconnue par le Traité de Maastricht comme « fondement de la défense » de l’Union européenne, et son élargissement à l’Est liant les ex-pays du Pacte de Varsovie plus à Washington qu’à Bruxelles.

Au cours des guerres de l’après-Guerre froide (Irak, Yougoslavie, Afghanistan, à nouveau Irak, Libye, Syrie), les États-Unis traitent en sous-main avec les plus grandes puissances européennes (Grande-Bretagne, France, Allemagne) en partageant avec elles les zones d’influence, tandis que des autres (Italie comprise) ils obtiennent ce qu’ils veulent sans substantielles concessions.

L’objectif fondamental de Washington est non seulement de garder l’Union européenne en position subordonnée mais, à plus forte raison, d’empêcher la formation d’une aire économique qui embrasse toute la région européenne, Russie comprise, en se reliant à la Chine par l’intermédiaire de la naissante « nouvelle route de la soie ». D’où la nouvelle Guerre froide qu’on a fait exploser en Europe en 2014 (durant l’administration Obama), les sanctions économiques et l’escalade de l’Otan contre la Russie.

La stratégie du « diviser pour régner », c’est-à-dire du diviser pour dominer, d’abord camouflée sous des habits diplomatiques, se trouve désormais mise en lumière. En rencontrant en avril le président Macron, Trump a proposé que la France sorte de l’Union européenne, en lui offrant des conditions commerciales plus avantageuses que celles de l’UE. On ne sait pas ce qui est en train de se décider à Paris. Mais significatif est le fait que la France ait lancé un plan qui prévoit des opérations militaires conjointes d’un groupe de pays de l’UE indépendamment des mécanismes décisionnels de l’UE : l’accord a été signé à Luxembourg, le 25 juin, par la France, l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas, l’Espagne, le Portugal, l’Estonie et le Royaume-Uni, qui pourra ainsi y participer même après la sortie de l’UE en mars 2019. L’Italie, a précisé la ministre française de la défense Florence Parly, n’a pas encore apposé sa signature pour « une question de détails, pas de substance ».

Le plan a été en fait approuvé par l’Otan, car « il complète et potentialise la rapidité des forces armées de l’Alliance ». Et, souligne la ministre italienne de la défense Elisabetta Trenta, comme « l’Union européenne doit devenir un producteur de sécurité au niveau mondial, pour le faire elle doit renforcer sa coopération avec l’Otan ».

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

http://www.voltairenet.org/article201797.html

Virulente charge de Trump contre l’Allemagne au sommet de l’Otan

Virulente charge de Trump contre l’Allemagne au sommet de l’Otan

Bruxelles – Donald Trump a lancé mercredi, au premier jour du sommet de l’Otan, une attaque frontale contre l’Allemagne, accusée d’être « prisonnière » de la Russie pour ses approvisionnements en énergie et d’enrichir un pays considéré comme l’ennemi de l’Alliance.

Très remonté, le président américain est resté sourd aux tentatives d’explications du secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg qu’il a rencontré avant l’ouverture officielle du sommet à Bruxelles à 12H30 GMT.

« L’Allemagne enrichit la Russie. Elle est prisonnière de la Russie », a-t-il martelé dans une longue diatribe contre la première puissance économique de l’UE.

« L’Allemagne est complètement contrôlée par la Russie. Elle paie des milliards de dollars à la Russie pour ses approvisionnements en énergie et nous devons payer pour la protéger contre la Russie. Comment expliquer cela ? Ce n’est pas juste », a-t-il encore asséné. Le président américain a dénoncé à plusieurs reprises le projet de doublement du gazoduc Nord Stream reliant directement la Russie à l’Allemagne et exige son abandon. Ce projet divise les Européens.

Les pays de l’UE importent deux tiers (66%) de leurs besoins de consommation. En 2017, ceci a représenté 360 milliards de m3 de gaz, dont 55 milliards de m3 de gaz naturel liquéfié (GNL), pour une facture de 75 milliards d’euros, selon les statistiques européennes. A ce jour, la moitié du gaz acheté est russe, mais les Européens cherchent à briser cette dépendance.

Les Etats-Unis sont engagés dans une stratégie de conquête de marchés pour leur gaz naturel. Ils ont exporté 17,2 milliards de m3 en 2017, dont 2,2% par méthaniers vers les terminaux de l’Union européenne.

De fait, les Européens appréhendaient un sommet de l’Otan acrimonieux et difficile.

Le président des Etats-Unis avait quitté Washington d’humeur belliqueuse, déclarant, avec le goût de la provocation qui est le sien, que sa rencontre avec le président Russe Vladimir Poutine prévue lundi à Helsinki pourrait être « plus facile » que le sommet de l’Otan.

Ce comportement exaspère sur le Vieux continent.

Rompant avec le ton policé de ses prédécesseurs, le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, l’a interpelé mardi pour lui dire combien ses critiques presque quotidiennes étaient déplaisantes et l’a invité à « mieux considérer » ses alliés « car l’Amérique n’en a pas tant que ça ».

Il lui a également rappelé que l’Europe avait été « la première à réagir » après les attentats du 11 septembre 2001 sur le sol américain.

– « Discussions franches » –

Le secrétaire général de l’Otan, le Norvégien Jens Stoltenberg, est embarrassé par cette tension et n’a pas caché son appréhension sur le déroulement du sommet.

« Je ne serais pas surpris qu’il y ait des discussions vigoureuses, notamment sur les dépenses de défense », a-t-il reconnu mardi.

Les Alliés se sont engagés en 2014 à consacrer 2% de leur PIB à leur défense en 2024, mais une quinzaine d’Etats membres, dont l’Allemagne, le Canada, l’Italie, la Belgique et l’Espagne sont sous la barre de 1,4% en 2018 et seront incapables de respecter leur parole, ce qui ulcère Donald Trump.

« Les pays de l’Otan doivent payer PLUS, les Etats-Unis doivent payer MOINS. Très injuste ! », a-t-il tweeté avant son départ pour Bruxelles. « Ce n’est pas juste pour le contribuable américain ». Sa charge contre l’Allemagne mercredi matin s’est inscrite dans cette logique. « L’Allemagne est un pays riche. Elle peut augmenter sa contribution dès demain sans problème », a-t-il affirmé.

Jens Stoltenberg est apparu dépassé par la violence de la diatribe du président américain dont l’humeur va peser sur la réunion.

Leur entretien avait pourtant bien débuté. « Je crois que le secrétaire général aime Trump. Il est sans doute le seul, mais ça me va… », avait ironisé Donald Trump en lui serrant la main.

M. Stoltenberg a confirmé que les Alliés souhaitaient avoir des éclaircissements sur les intentions de Donald Trump avant sa rencontre avec son homologue russe.

« Il est absolument essentiel que le président Trump rencontre Vladimir Poutine », a-t-il répété. « Nous serons en mesure de discuter avec lui pendant le sommet de la relation entre l’Otan et la Russie. Il est important que l’Otan reste unie », a-t-il insisté.

Toutes les décisions qui seront souscrites durant le sommet visent à renforcer la capacité de dissuasion de l’Alliance, selon Jens Stoltenberg.

« Les Alliés ne doivent pas augmenter leurs dépenses pour plaire aux Etats-Unis, mais parce que c’est dans leur intérêt », a-t-il plaidé.

Dans le cadre de l’initiative américaine « 4×30 », les membres de l’Otan vont s’engager à être en mesure en 2030 de déployer sous 30 jours 30 bataillons mécanisés, 30 escadrilles et 30 navires de combat pour pouvoir faire face à une opération militaire de la Russie, identifiée comme un potentiel agresseur.

« Nous avons augmenté la préparation de nos forces sur le flanc Est et nous prenons des décisions pour acheminer rapidement des renforts le cas échéant. Tout cela contribue à rendre notre dissuasion crédible », estime le secrétaire général de l’Alliance.

(©AFP / 11 juillet 2018 08h38)

https://www.romandie.com/news/Virulente-charge-de-Trump-contre-l-Allemagne-au-sommet-de-l-Otan_RP/935480.rom

Vers un nouveau Yalta

Vers un nouveau Yalta

L’Europe va mal et c’est de sa faute. Elle persiste dans l’aveuglement, signe son effacement progressif de la nouvelle carte du monde et se laisse glisser dans une sorte de coma inquiétant. Elle aurait besoin d’un vigoureux massage cardiaque, d’une séance de défibrillation radicale. Elle préfère tirer nerveusement sur sa pompe à morphine, croire aux contes de fées et attendre le baiser salvateur, en l’espèce d’une Amérique… dont le président est tout sauf un prince charmant. Elle doit pourtant échapper toute seule à la prise en tenaille qui va la broyer. Mais ses sauveteurs eux-mêmes sont ambivalents. Ils s’indignent beaucoup, se réunissent sans cesse et cherchent des parades à une offensive… à laquelle ils ne veulent toujours pas croire. Ils se trompent de diagnostic et donc de recommandation thérapeutique. Nos élites communautaires prennent en effet chaque manifestation de bon sens et de santé démocratique des peuples européens (comme récemment le scrutin italien, ou la crise politique déclenchée en Allemagne par le ministre de l’Intérieur qui implore la chancelière de traiter enfin sérieusement le défi migratoire) pour une attaque contre « Leur Europe », celle de l’utopie initiale, celle de l’incomplétude d’une création qui se meurt de n’avoir jamais osé exister vraiment, et qui s’étouffe toute seule, empêtrée dans ses bons sentiments. Attitude typique d’une confusion entre les effets et les causes.

L’Europe est en manque de souveraineté, de clairvoyance et d’audace. Les pulsions dites populistes ‒ terme qui mélange à dessein des sensibilités diverses pour disqualifier globalement toute résistance à la doxa européenne ‒ ne menacent pas son unité ; elles révèlent combien celle-ci est fragile et peut conduire l’Union européenne (UE) à sa perte si l’on continue à nier des évidences. L’Europe est parvenue au bout du mensonge dans lequel elle s’est complu si longtemps, celui d’un ensemble de plus en plus vaste, disparate et prospère, mais sans colonne vertébrale politique ni stratégique, élevé au bon lait d’un globalisme désormais battu en brèche partout ailleurs par un retour en force des États et des peuples. Une Europe consentant docilement à la tutelle psychologique et normative d’une Amérique qui n’a plus le temps, désormais, de lui raconter des histoires à dormir debout, toute entière occupée à s’affirmer face à son nouveau Peer Competitor chinois. Depuis toujours, et surtout depuis les années 1990, Washington lui a coupé les ailes stratégiquement, l’a entravée dans l’Organisation du traité de l’Atlantique nord ( OTAN) qui ne défend que très marginalement les intérêts communautaires, l’a méthodiquement isolée de sa part orientale (la Russie), diabolisée à outrance pour délégitimer tout rapprochement qui aurait pu faire exister une masse critique stratégique continentale autonome. Et depuis un an, c’est pire : un mépris ouvert, une guerre commerciale radicale, l’ordre de se soumettre à l’extraterritorialité du droit américain, de rentrer dans le rang sans céder aux avances de l’autre Grand, qui propose avec un aplomb chaque jour grandissant un autre type de sujétion, un imperium inédit et déroutant.

« Devons-nous à toute force nous accrocher à un occidentalisme discrédité

ou devenir des Eurasiens sinophiles malgré nous ? »

Mais, le choix d’une allégeance est-il nécessaire et fatal ? Devons-nous à toute force nous accrocher à un occidentalisme discrédité ou devenir des Eurasiens sinophiles malgré nous ? Devons-nous ad vitam aeternam admettre ce statut de zone coloniale disputée auquel ce choix nous réduit ? Sans aucun doute, si nous continuons à jouer en ordre dispersé. L’Union européenne n’aura bientôt d’autre choix que de constituer la péninsule d’achalandage des « Nouvelles Routes de la Soie ». La Chine est en train d’enserrer l’Europe au nord et au sud et semble encore hésiter sur le sort à réserver à la France dans ce sandwich. Le Français sera-t-il un consommateur de première classe, avec des produits chinois acheminés par train jusqu’à lui, ou un client de second ordre, achalandé par voie maritime ? C’est encore à nous de choisir… pour l’instant.

Dans cette course de vitesse avec Pékin pour gober par petits bouts une proie qui tragiquement se croit à l’abri, Washington se gausse de notre incapacité à gérer le défi migratoire qui est aussi sécuritaire et, n’ayons pas peur des mots, identitaire. Il est vrai qu’en misant sur la division des Européens et leur manque de lucidité sur les lignes de forces du nouveau monde et les alternatives qui pourraient se proposer à eux, Washington prend un risque mesuré. En effet, tandis que le partage du monde autour de ce nouveau duopole structurant se fait à toute vitesse, avec une réaffectation des clientèles, des tutelles, des États bascule ou tampon, l’Europe se sent, elle, soudainement orpheline. Il lui faut « tuer le père » et grandir enfin. Les occasions de s’affirmer sans se sentir coupable ne manquent pourtant pas : dénonciation de l’Accord sur le climat, du Partenariat transpacifique, de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien(JCPOA), guerre commerciale ouverte, mépris total des positions européennes sur les questions nord-coréenne, palestinienne, syrienne et, bien sûr, iranienne, etc. Il lui faut simplement oser la rupture. Même le patron allemand d’Airbus implore Paris et Berlin de structurer d’urgence une vision industrielle stratégique commune, afin que l’Europe spatiale ne se laisse pas distancer décisivement par l’offensive de Space X qui prend l’Agence spatiale européenne de vitesse et engage une guerre des prix des lanceurs menaçant notre supériorité.

« Le mythe d’un Occident univoque aux intérêts convergents a vécu. »

Alors, qu’attend-on ? De pouvoir dire qu’il est trop tard, que l’on a encore raté une belle occasion mais que l’on saura saisir la prochaine ? Ou bien veut-on à toute force croire au discours ambiant sur « un mauvais moment à passer », sur Donald Trump, « père » tyrannique, abusif et indifférent qui ne sera pas réélu, ce qui nous permettra de retrouver bientôt le giron rassurant d’une domination traditionnelle ? C’est un vœu pieu, de l’ordre de la pensée magique. Quels que soient ses bien réels défauts, le président américain est aussi l’incarnation d’une part de la vérité américaine et l’on perd un temps précieux à le stigmatiser comme un irrationnel incompétent au lieu de saisir le fond de ses messages tonitruants. Chacune de ses prises de position, chaque revirement nous démontrent qu’il n’a cure de nos intérêts ou de nos avis. Et les siens ne sont pas tous naïfs ou inutiles. C’est « l’Amérique d’abord », contre tous s’il le faut. L’Europe doit obéir ou tomber. Le problème est qu’on ne lui accorde aucun crédit, même lorsqu’il fait des propositions qui pourraient indirectement nous désenclaver ; par exemple, lorsqu’il propose habilement (pour dissocier Moscou de Téhéran dont il s’agit d’entraver le rayonnement régional) que l’on réintègre la Russie dans le G7, on s’insurge à Paris et Berlin, tremblant pour la crédibilité de nos propres chantages, sur l’ Ukraine notamment… qui ne mènent pourtant à rien depuis des années. Moscou a beau jeu de faire la moue en expliquant que le G7 n’est pas représentatif de la diversité mondiale actuelle et qu’en être ou pas n’a plus d’importance. Le mythe d’un Occident univoque aux intérêts convergents a vécu. Il nous faut grandir enfin, prendre la mesure de notre solitude et tout faire pour qu’elle ne finisse pas en isolement irrattrapable.

Le nouveau Yalta, c’est donc une course effrénée pour la domination des régions du monde, via le hard, le soft, le smart ou le sharp power. Il faut convaincre des clientèles qu’elles seront mieux loties avec Pékin qu’avec Washington. La démonétisation radicale de « la signature américaine » ne joue pas en faveur de notre Grand Allié. La convertibilité du yuan est en route. Elle va encore prendre quelques années mais on mesurera un beau jour l’ampleur de la bascule économico-politique réalisée par Pékin. Dans ce jeu de go mené à la hussarde, l’Europe n’est qu’une cible commerciale, et chacun des deux nouveaux Grands joue ses membres en bilatéral. La Russie lui a été ravie et n’a d’autre choix que de faire ami-ami avec Pékin autour d’un « eurasisme » qu’il lui sera très difficile de dominer à moyen terme. Donald Trump espère encore, si son entourage le laisse faire, offrir l’illusion à Moscou d’une relation privilégiée avec l’Amérique à laquelle Vladimir Poutine tient toujours. Mais, là encore, cela ne se fera qu’au détriment de l’Europe qui va progressivement découvrir le prix douloureux de son mépris entêté pour Moscou. Ne pas penser par et pour soi-même est toujours lourd de conséquences.

« Quelqu’un a-t-il tiré un bilan lucide

des bientôt dix ans de réintégration de

la France dans le commandement intégré de l’OTAN ? »

Ce Yalta sera aussi normatif, dessinant les contours d’une nouvelle carte mondiale des influences et des pratiques sur le plan du droit, des monnaies, des référentiels de normalité politique et démocratique. Là encore, Pékin a de l’avance, car la Chine a toujours soigneusement évité la posture de donneuse de leçons qui fait haïr l’Occident dans toute une partie du monde. Elle ne conditionne pas son soutien financier au respect formel de quelconques droits ou valeurs. Elle pousse des États en difficulté à faire défaut sur des prêts trop importants qu’elle leur accorde pour les soumettre ensuite, achète des dettes souveraines, des pans entiers d’économies nationales, des ressources énergétiques ou minières, des terres rares, et offre à ses nouveaux obligés le développement rapide de leurs infrastructures. Quel que soit le niveau d’activité actuel de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII), la priorité accordée à ce type d’investissement signe une vision de très long terme. Tandis qu’on se gargarisait d’un G7 dissonant où s’étalait le divorce américano-européen, Pékin a accueilli à Qingdao, dans l’Est chinois, les huit chefs d’États membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (Chine, Inde, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Pakistan et bientôt Iran). L’ OCS monte en puissance et s’affirme, bien au-delà des enjeux sécuritaires, comme l’un des véhicules structurants du « contre-monde » chinois. Qui s’en est inquiété en Europe ou en a seulement parlé ?

Enfin, il faut bien comprendre que les nouvelles formes de la gouvernance mondiale vont jumeler un duo de tête sino-américain et, en dessous, une arborescence de mécanismes régionaux ou thématiques « multilatéraux », accompagnés d’un discours autour de la nécessaire pluralité des centres de décision et de souveraineté. En somme, on habille la bipolarité structurante d’un multilatéralisme rassurant…

Le sommet de l’OTAN des 11 et 12 juillet (en marge duquel les présidents Trump et Poutine arriveront peut-être enfin à se rencontrer) pourrait bien donner une nouvelle impulsion à l’Alliance et éloigner décisivement l’Europe de toute perspective d’autonomie stratégique salutaire. Quelqu’un a-t-il tiré un bilan lucide des bientôt dix ans de réintégration de la France dans le commandement intégré de l’Alliance ? Notre influence est-elle plus grande à Washington, à Mons, à Bruxelles, à Pékin, à Berlin ? Des centaines d’étoiles brillent sur les larges épaules de nos généraux mais… le Commandement allié Transformation est-il vraiment le lieu de la décision ? L’OTAN défend-elle les intérêts des Européens et contribue-t-elle au poids géostratégique de l’UE… ? Toute refondation crédible d’une Europe des nations respectueuse de leurs souverainetés mais aussi désireuse de se faire entendre et prendre enfin au sérieux sur la scène internationale, passe par l’affirmation et la mise en œuvre d’un projet stratégique autonome. Cela ne signifie pas être contre les États-Unis, cela signifie qu’il n’est de meilleur allié que libre.

N’en déplaise aux moutons bêlants du panurgisme ambiant, la Russie est un bout d’Europe et d’Occident. Ce n’est pas pour rien que l’Amérique a tout fait pour nous en dissocier, et que le pragmatisme d’un Trump, après que ses prédécesseurs ont poussé Moscou dans les bras étouffants de Pékin, le conduit aujourd’hui à jouer sur les deux tableaux : celui d’une dérive russe contrainte vers Pékin afin qu’aucun rapprochement russo-européen ne menace la domination stratégique américaine, celui de la Russie « avec » Washington, comme un vieux couple devisant des affaires du monde par-dessus la tête de l’Europe et contre la Chine.

Depuis 1991, les États-Unis ont commis une erreur stratégique cardinale en mettant la Russie au ban de l’Occident. Nous devons les convaincre de l’urgence d’en réunir les diverses composantes. La diplomatie religieuse actuellement à l’œuvre entre Églises romaine et orthodoxe peut utilement servir ce rapprochement. Il ne s’agit évidemment pas de se retrouver enfin entre Américains, Européens et Russes pour attaquer la Chine, mais pour, ensemble, faire le poids face à une offensive tous azimuts dont l’Union Européenne sera sinon la prochaine victime.

Caroline Galacteros

20 juin 2018

Docteur en Science politique, Caroline Galactéros est la présidente du think tank Géopragma. Elle dirige également le cabinet d’intelligence stratégique « Planeting ». Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a publiéManières du monde. Manières de guerre (Nuvis, 2013) et Guerre, Technologie et société (Nuvis, 2014).

Source : Le Courrier de Russie

http://www.afrique-asie.fr/vers-un-nouveau-yalta/

[RussEurope-En-Exil] UE, le début de la fin ? par Jacques Sapir

30.juin.2018 // Les Crises

[RussEurope-En-Exil] UE, le début de la fin ? par Jacques Sapir

Le sommet de l’Union européenne qui s’est tenu jeudi 28 juin a confirmé ce que l’on pouvait en escompter. Si les pays de l’UE se sont efforcés de sauver les apparences, la vacuité du communiqué final et les difficultés extrêmes rencontrées pour aboutir à ce communiqué sont les preuves de la profonde crise que traverse l’Union européenne. Un pays sort à l’évidence victorieux de ce sommet, et c’est l’Italie au gouvernement issu de l’alliance entre le M5S et la Lega.

Cette victoire se mesure à plusieurs points. Le Premier ministre Italien, M. Giuseppe Conte avait annoncé ne pas vouloir signer un texte qui ne la soulagerait pas, vite et concrètement, l’Italie de sa mission de première ligne en Méditerranée, face à la Libye. Le texte qui est finalement issu de ce sommet laisse planer un flou sur l’organisation adoptée par les pays de l’UE, mais garantit en fait à l’Italie qu’elle pourra continuer sa politique actuelle[1]. Derrière le paravent des mesures « volontaires », cet accord signe aussi la fin de l’accord de Dublin et donne raison aux pays d’Europe centrale qui étaient arrivés à ce sommet vent debout contre l’idée de « quota » imposés par Bruxelles. Cet accord entérine aussi les décisions de groupes de pays au détriment de décisions prises par les 27. Il signe donc, en réalité, le début du démantèlement de la mécanique européenne. C’est en cela que ce sommet mérite d’être retenu.

La crise dite des « migrants » révèle la crise politique de l’UE

La crise que connaît l’UE vient de loin. Mais, elle a connu un incontestable coup d’accélérateur avec la question des migrants clandestins.

Le nouveau gouvernement italien, et son Ministre de l’intérieur, s’appuie sur une logique incontestable. Les pays de l’UE, par l’accord de Dublin, avaient décidé que les « pays d’accueil » enregistraient les clandestins, en faisaient le tri, et que les migrants éligibles seraient répartis sur l’ensemble du territoire de l’Union. Dans les faits, et compte tenu du refus des pays (y compris la France) de remplir leurs obligations, on avait abouti à une accumulation de ces clandestins sur le territoire de l’Italie, accumulation qui a créé une situation aujourd’hui intenable. En acceptant désormais que l’ensemble de ce processus se fasse sur la base du « volontariat » des pays concernés, en se refusant même à nommer les dits « pays concernés », l’accord de la nuit du 28 au 29 juin enregistre la décomposition d’une partie du cadre européen, qui est désormais réduit à un accord volontaire entres pays membres. Il ne semble pas que l’on ait encore mesuré toutes les conséquences de cela, mais ces conséquences pourraient aller for loin.

Le gouvernement italien a de plus était conforté dans son refus opposé aux ONG qui affrétaient les navires comme l’Aquarius ou le Lifeline de pouvoir débarquer les migrants, arguant, et ceci a été confirmé, que ces navires se faisaient les complices objectifs des passeurs mafieux qui exploitent ces gens, ce que le Président français, Emmanuel Macron, a bien été forcé de reconnaître[2].

Le gouvernement italien et son ministre de l’intérieur ont donc fait éclater l’hypocrisie massive du discours des « bien-pensants », cette hypocrisie si présente dans de nombreux pays de l’UE. Ils ont aussi provoqué une crise, tant dans l’UE qu’en Allemagne, où la position de Mme Angela Merkel apparaît durablement fragilisée. L’ambiguïté de ses rapports avec son propre Ministre de l’intérieur, membre de la CSU, un parti qui est l’allié historique de la CDU mais qui n’a pas, et de loin, la même culture politique, le montre.

Aujourd’hui, avec le communiqué final du sommet des 28-29 juin[3], c’est l’ensemble de l’architecture de l’accord de Dublin qui est à l’évidence frappée de caducité. Les pays cherchent désormais des solutions soit dans des accords négociés avec d’autres pays, soit de manière individuelle. Quoi qu’en dise Emmanuel Macron, ceci ne pourra-t-être que renforcé par le caractère « volontaire » des mesures annoncées par le communiqué. Emmanuel Macron s’est présenté comme le chantre d’une UE intégrée et fédérale. Il doit aujourd’hui accepter le principe d’accords bilatéraux entre pays. Même si ceci n’est pas (encore) relevé dans la presse, c’est une défaite massive, une défaite publique pour lui et pour tous ceux qui sont sur sa position. Cette situation montre parfaitement l’état de désagrégation de l’UE aujourd’hui. Mais, au-delà,

Giuseppe Conte

Le vainqueur du sommet?

Que reste-t-il de la déclaration franco-allemande de Merseberg ?

Car, et il faut le savoir, cette crise politique de l’UE dépasse de loin la question des « migrants ». C’est le cœur même du processus de constitution de l’UE qui est atteint. L’échec des tentatives françaises de parvenir à des avancées significatives sur la gestion de la zone Euro le démontre. La France et l’Allemagne avaient abouti à un accord avec la « déclaration de Merseberg »[4]. Mais, il s’agissait d’un accord à minima. Cette déclaration était très en retrait par rapport aux demandes de la France. Cette « déclaration » en effet prévoyait que le mécanisme européen de stabilité (MES) soit renforcés, changeant même de nom et devenant un véritable Fonds monétaire européen (FME). Tant que l’état du patient ne serait pas considéré comme « sérieux », il serait confié aux soins « attentionnés » de la Commission, mais si la situation se détériorait, il irait alors en soins intensifs, c’est-à-dire le FEM. En quoi cela consisterait-il? Le document dit explicitement: “Rappelez-vous que toute décision de fournir le soutien de la stabilité du Fonds à un État membre doit inclure l’analyse DSA (Debt Sustainability Analysis)“. Il y a là un message dépourvu de toute ambiguïté. Si la dette publique d’un pays en difficulté est déclarée “insoutenable” par le Fonds, il n’y aura pas d’accès à l’aide tant qu’une restructuration de la dette ne sera pas effectuée, conformément aux principes du FMI. Autrement dit, le traitement d’un pays en difficulté se ferait dans les règles internationales c’est-à-dire comme si l’Union Economique et Monétaire (la zone Euro) n’existait pas. On retrouve ici la logique qui substitue le « volontariat » à un accord réellement contraignant et engageant l’ensemble des pays partenaires.

Dès lors, on voit que cette déclaration de Merseberg, loin de constituer un pas dans la résolution progressive de la crise politique de l’UE, ne fait que l’amplifier.

Emmanuel Macron, le grand perdant?

Une explosion programmée ?

Cette déclaration est cependant restée un projet mort-né. Douze pays de l’UE se sont déclarés opposés tant à cette déclaration qu’aux ambitions du Président français qui entendait faire évoluer vers un statut plus « fédéral » tant l’UE que la zone Euro[5]. Après l’envoi d’une lettre très ferme du ministre des Finances néerlandais Wopke Hoekstra au président de l’Eurozone Mario Centeno pour afficher publiquement sa désapprobation, ce sont onze autres pays qui ont décidé de signer cette lettre[6].

D’ailleurs, la réunion de l’Eurogroupe du 21 juin devait décider de la mise en place d’une taxe sur les transactions financières pour subventionner une partie des propositions contenues dans la déclaration de Merseberg. De fait, l’idée d’un « budget fédéral » est morte. Or, toute la construction française, à laquelle l’Allemagne avait été associée non sans réticences ni arrières pensées pour cette dernière, reposait sur cette idée. Par ailleurs, Mme Angela Merkel n’est clairement plus en état de défendre en Allemagne même un tel projet, si tant est qu’elle l’ait réellement voulu…

 

Vers un nouvel épisode de la crise de l’Euro ?

Les tensions vont rapidement réapparaître au sein de la Zone Euro. Car, il y a une réalité qui s’imposera, encore et toujours, par-delà les discours. La mise en place de l’Euro a entrainé une accentuation des divergences au sein des pays membres de l’UEM[7]. Ces divergences se sont aggravées considérablement depuis une dizaine d’années[8]. Les travaux du FMI[9], mais aussi une récente étude de l’OFCE[10], en témoignent. Cette divergence, sauf mécanismes budgétaires de redistribution du surplus commercial de l’Allemagne, conduira l’Euro à exploser. Tel est d’ailleurs la conclusion des auteurs de l’étude de l’OFCE, une conclusion récemment partagée par Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie[11].

Face à de telles perspectives de crise, les dirigeants politiques sont sommés d’anticiper ou alors ils sont condamnés à périr. Emmanuel Macron pourrait prendre acte de la crise que ravage l’Union Européenne et de celle qui va emporter l’Euro et proposer une dissolution ordonnée de ce dernier. Sur ce point, il aurait certainement le soutien tant de l’Italie que de certains pays de l’Europe du Nord. Cette dissolution ordonnée est la solution de loin la meilleure. Une sortie de l’Italie de l’Euro, alors que la France se cramponnerait à l’Allemagne et à l’Euro, aurait des conséquences épouvantables sur l’économie française, et l’on peut estimer entre 500 000 et 800 000 chômeurs de plus dans les deux ans qui suivraient. Les déficits exploseraient, et le gouvernement serait contraint de baisser dramatiquement les dépenses publiques, entraînant un chômage supplémentaire (qualifié de « chômage de deuxième tour » dans les analyses économiques) qui pourrait s’élever à 200 000 – 400 000 chômeurs de plus. A la fin des fins, la France serait obligée de quitter l’Euro mais non sans avoir été au préalable dévastée par une crise économique d’une ampleur inédite.

On peut cependant craindre qu’Emmanuel Macron soit trop imprégné d’idéologie européiste comme de théologie économique, se gargarisant tous les jours d’un discours vide de sens, pour être capable de prendre les décisions qui s’imposent. Ces décisions seront quant à elles sans doute prises par le gouvernement italien qui, lui, a une véritable stratégie d’alliance à l’échelle européenne, et une compréhension de la nature irrémédiable de la crise de l’UE.

Par ses décisions, il a déjà porté la discorde au cœur de ses adversaires, provoquant une coagulation d’un « front conservateur » au sein des pays de l’UE, la reconnaissance de mesures non-contraignantes (sur la question des migrants), la reconnaissance du bilatéralisme au sein de l’UE et une crise politique en Allemagne même.

[1] http://www.lefigaro.fr/international/2018/06/29/01003-20180629ARTFIG00012-union-europeenne-un-accord-trouve-sur-les-migrations.php

[2] Voir la déclaration faite à Rome le 26 juin par Emmanuel Macron où il indique que le navire de l’ONG Lifeline : “a coupé le signal et elle est intervenue en contravention de toutes les règles et des garde-côtes libyens” rejoignant ainsi certaines des critiques du gouvernement italien sur le rôle des ONG en Méditerranée. Il a ajouté : “On ne peut pas accepter durablement cette situation car au nom de l’humanitaire cela veut dire qu’il n’y plus aucun contrôle. A la fin on fait le jeu des passeurs en réduisant le coût du passage pour les passeurs. C’est d’un cynisme terrible“. Voir AFP via https://actu.orange.fr/france/lifeline-la-france-accueillera-une-partie-des-migrants-mais-macron-critique-l-ong-CNT0000014pSvn.html

[3] http://www.consilium.europa.eu/media/35943/28-euco-final-conclusions-fr.pdf

[4] https://www.france-allemagne.fr/Europe-Declaration-commune-de-la-France-et-de-l-Allemagne-19-juin-2018.html

[5] https://francais.rt.com/economie/51866-12-pays-europeens-s-opposent-a-un-futur-budget-de-la-zone-euro

[6] Soit la Belgique, le Luxembourg, l’Autriche, le Danemark, la Suède, l’Irlande, Malte, la Finlande, l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie.

[7] Voir Sapir J., « La Crise de l’Euro : erreurs et impasses de l’Européisme » in Perspectives Républicaines, n°2, Juin 2006, pp. 69-84 et Sapir J., « Krizis evrozony i perspektivy evro », [La crise de la zone Euro et les perspectives de l’Euro] in Problemy Prognozirovanija, n° 3 (126), 2011, pp. 3-18.

[8] iAGS, 2014, « The independent Annual Growth Survey 2015: A Diverging Europe on the Edge », téléchargeable à l’adresse http://www.iags-project.org/documents/iags_report2015.pdf

[9] Voir http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2017/07/27/2017-external-sector-report et http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2016/12/31/2016-External-Sector-Report-PP5057

[10] Villemot S., Ducoudré B., Timbeau X., « TAUX DE CHANGE D’ÉQUILIBRE ET AMPLEUR DES DÉSAJUSTEMENTS INTERNES À LA ZONE EURO », Revue de l’OFCE, 156 (2018), pp. 1-32.

[11] https://www.project-syndicate.org/commentary/next-euro-crisis-italy-by-joseph-e–stiglitz-2018-06

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-ue-le-debut-de-la-fin-par-jacques-sapir/

Laurent Wauquiez aux Echos : « sauver l’Europe, c’est avoir le courage de la refonder »

29 juin 2018

Préférence communautaire, remise à plat de la doctrine de la concurrence et des compétences des Etats et de la Commission… Avant le sommet européen, qui commence ce jeudi, et le conseil national de LR sur l’Europe, samedi, Laurent Wauquiez détaille ses propositions dans « Les Echos ».

Une partie des Républicains ont conditionné leur maintien dans le parti à votre ligne sur l’Europe. Le projet des Républicains en 2019 sera-t-il pro-européen ?

Qu’est-ce qu’être pro-européen aujourd’hui ? C’est toute la question. Je comprends très bien qu’il soit difficile pour Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin de voir que la construction de l’Europe que leur génération a portée n’arrive plus à faire la démonstration de son efficacité et à parler aux peuples. Mais mon devoir, c’est de ne pas en rester à ce constat d’échec en tirant les leçons de ce désenchantement. Sauver l’Europe, c’est avoir le courage de la refonder, c’est avoir la lucidité de dénoncer ce qui ne marche pas pour enfin pouvoir tourner la page des aveuglements successifs qui ont conduit l’Europe dans une impasse.

Depuis des années, quand on était pro-européen, on nous intimait d’être totalement béats sur ce que faisait la Commission, nécessairement pro-fédéraliste et de préférence utopique. Il y a cinq ans, quand j’ai écrit un livre tirant la sonnette d’alarme, j’ai été très critiqué. Aujourd’hui, qui peut encore contester ce constat que l’élargissement a fragilisé l’Europe, que l’incapacité à répondre à la crise migratoire est un talon d’Achille majeur et que nous n’avons pas de stratégie industrielle. Les eurosceptiques sont ceux qui persistent à ne pas ouvrir les yeux sur ce qui ne marche plus en Europe. Ceux qui sauveront l’Europe sont ceux qui auront eu le courage et la lucidité de la changer.

Mais diriez-vous que l’Europe est une nécessité vitale pour la France ?

Oui. Ma conviction, c’est que l’on a trahi l’esprit initial des pères fondateurs de l’Europe. On a laissé l’esprit européen se perdre, dans l’élargissement, dans le droit de la concurrence aveugle, dans notre naïveté dans les rapports de force avec le monde. Je suis impressionné de voir la vitesse à laquelle les choses se sont détricotées. Plus personne ne peut exclure une catastrophe dans la construction européenne. Prenons garde, sur la durée, au danger qu’il y a à ne pas écouter les peuples.

Pour moi, il y a deux dangers équidistants. D’une part la position de Marine Le Pen, qui prône la sortie de l’euro , l’isolement de la France et donc l’affaiblissement du continent européen. Et de l’autre, l’utopie fédéraliste et technocratique portée par Emmanuel Macron , qui, de plus en plus coupé des réalités, veut continuer tout ce qui a amené l’Europe dans le mur : l’élargissement, l’extension de Schengen à la Bulgarie et à la Roumanie, l’augmentation sans contrôle des pouvoirs de la Commission, la poursuite d’une construction technocratique et peu opérationnelle de l’Europe. Le chemin des Républicains, entre ces deux dangers tout aussi extrêmes, c’est de porter le seul projet lucide qui peut permettre une renaissance de la construction européenne.

Macron et Le Pen, sur l’Europe, sont donc « bonnet blanc et blanc bonnet » ?

Ce sont deux postures diamétralement opposées mais qui conduisent l’une comme l’autre à l’échec de l’Europe. Le projet européen que nous voulons porter, c’est au contraire une Europe réaliste, capable d’assumer à la fois sa mission de protection et d’être à l’offensive. Je pense très profondément que l’on n’a jamais eu autant besoin de l’Europe. Et je pense, dans le même temps, que l’Europe que nous connaissons n’a jamais semblé à ce point incapable d’apporter des réponses aux défis que nous avons.

A vous entendre, on peut être à la fois proeuropéen et eurosceptique…

Tout cela est dépassé. Vouloir sauver l’Europe – donc être proeuropéen -, n’empêche pas d’être sévère sur ce que l’Europe est devenue. Oui je crois à l’Europe, mais pas à ce qu’elle est devenue. C’est pour cela que je veux la changer. Mais prenez garde à ne pas regarder la droite et le centre actuels avec les lunettes du passé ! Contrairement à ce que voudraient faire croire quelques voix de plus en plus marginales, les esprits ont beaucoup évolué. Plus personne à LR ne songerait à porter la parole d’un fédéralisme naïf, pas plus que celle d’un isolationnisme souverainiste. La nouvelle droite sera unie dans sa ligne européenne.

Concrètement, que proposez-vous ?

D’abord l’arrêt de tout élargissement, tant il a miné l’Europe de l’intérieur. Ensuite construire une Europe qui fait clairement le choix du travail et des entreprises. Je ne peux pas accepter qu’un commissaire européen continue à nous dire qu’il ne fait pas la différence entre une entreprise chinoise et une entreprise européenne, au moment où l’on a, face à nous, les barrières protectionnistes de Trump et l’habileté des chinois à protéger leur marché intérieur. Il faut remettre à plat notre doctrine de la concurrence, qui est totalement folle.

Nous ne devons pas être les ravis de la crèche de la compétition mondiale. Il faut donc faire de la réciprocité le principe fondateur de notre politique commerciale. Et mettre en oeuvre la préférence communautaire pour réserver la préférence à nos propres entreprises sur un certain nombre de marchés publics. Pensez-vous un seul instant que l’armée américaine va se mettre à acheter autre chose que des avions de combats américains ? La préférence communautaire doit devenir la pierre angulaire de la construction européenne. L’Europe doit rapprendre à chasser en meute.

L’Europe à laquelle je crois et j’aspire, ce n’est pas celle du consommateur qui pousse son chariot au milieu de supermarchés dans lesquels les produits ont été fabriqués hors d’Europe. C’est une Europe qui a la fierté de défendre un continent, avec une vraie stratégie industrielle. Une Europe du concret, avec de vrais projets.

Par exemple ?

Le déploiement de la 4G et de l’implantation d’un internet très haut débit partout permettrait à l’Europe de refaire la démonstration de son efficacité et de reprendre un lien concret avec des réalisations emblématiques.

Que devrait faire l’Europe face à la crise des migrants ?

Déjà il faut reconnaître qu’il y a une crise migratoire, et ne pas être dans le déni comme Emmanuel Macron qui explique que ce n’est qu’une crise politique. Il est dans l’aveuglement. Le premier devoir d’une construction politique, observait déjà Montesquieu, est d’assurer la protection de ses compatriotes. La crise migratoire est le révélateur de l’incapacité européenne à protéger. La première urgence, c’est de reconduire systématiquement dans leurs ports de départ les embarcations de migrants afin d’éviter les catastrophes en mer et de neutraliser les filières mafieuses d’immigration clandestine. Cela nécessite la mise en place d’une force navale européenne pour contrôler la Méditerranée.

Enfin, il est évident que les demandes d’asile doivent être traitées en amont en dehors de l’espace européen. Créer des centres d’accueil sur notre sol serait catastrophique : nous savons très bien qu’une fois les migrants sur notre sol, ils ne repartent pas. Ce serait donc créer un nouvel appel d’air.

Voulez-vous toujours changer les institutions européennes ?

Les priorités ne sont plus là. Quand il y a le feu dans la maison, ce n’est plus le moment de revoir les plans. Les deux priorités sont d’arrêter la vague migratoire de masse – en conditionnant notamment une aide plus vigoureuse au développement de l’Afrique à une politique de lutte, dans les différents pays, contre le départ d’une immigration clandestine et illégale à destination de l’Europe – et de retrouver une stratégie économique et industrielle permettant de jouer le rapport de force sur la scène mondiale.

Vous mettez au second plan votre Europe des cercles concentriques, jugée « irréaliste » et « dangereuse » par Valérie Pécresse ?

Je n’ai pas changé de conviction : on ne peut pas continuer à faire semblant qu’à 27, on partage tous la même vision de l’Union européenne. Certaines critiques des cercles concentriques me font d’ailleurs sourire. L’Europe des cercles existe déjà, les 27 pays ne sont pas tous dans la zone euro ni dans Schengen. Valérie Pécresse juge-t-elle que l’euro est un projet irréalisable et dangereux ? Arrêtons de créer artificiellement des différences entre nous.

Pour changer l’Europe, il faut des partenaires. Où sont les vôtres ?

Un vrai mouvement s’est opéré en quelques mois. Angela Merkel a compris les erreurs dans lesquelles l’avait amenée une politique migratoire non régulée. L’Autriche a bougé, les pays de la Baltique aussi. Les Pays-Bas sont extrêmement vigilants sur cette question. Mais pas seulement sur les questions migratoires. Il y a un an, Emmanuel Macron était porteur d’un grand espoir. Aujourd’hui, il a isolé la France. Souvent, notre pays croit qu’il peut donner des leçons à tout le monde sans se les appliquer à lui-même.

Si la désillusion s’est installée, c’est parce qu’Emmanuel Macron n’a pas fait le travail qui était attendu sur la France, le seul pays de la zone euro à ne pas réduire son endettement cette année, ne pas faire d’effort sur un déficit structurel avec un cycle de croissance aussi élevé, à augmenter encore sa dépense publique. Moi, dans ma région, j’ai baissé de 12 % les dépenses de fonctionnement en deux ans.

La première condition pour être crédible et pouvoir porter un projet européen, c’est que la France nettoie ses écuries d’Augias. Le facteur d’affaiblissement de la France est là mais Emmanuel Macron continue de faire croire qu’il peut effacer son inaction par la magie du verbe.

Emmanuel Macron a tout de même réussi à arracher à Angela Merkel un accord sur un budget de la zone euro…

D’abord je ne crois pas à la capacité du couple franco-allemand à imposer seul sa volonté sur la scène européenne. Ensuite, nous passons à côté des vrais enjeux. A l’heure où nous devons affronter une concurrence déloyale et le défi de la crise migratoire, notre priorité serait un budget de la zone euro ? Une nouvelle construction technocratique une solution à base de dépenses publiques, alimentée directement ou indirectement par de nouveaux impôts. C’est toute l’Europe dont les peuples ne veulent plus. Il faut revoir le fonctionnement de l’Europe et apporter la preuve qu’on peut avoir une Europe plus efficace, moins cher et moins technocratique. Le budget de la zone euro, c’est exactement l’inverse.

Faut-il revoir l’ampleur et la répartition du budget européen ?

Il a évidemment des curseurs à bouger. Plutôt que de saupoudrer les fonds européens, je préférerais qu’on les concentre sur quelques domaines, par exemple les réseaux de communications électroniques ou encore la recherche sur les maladies neurodégénératives. Mais en bon auvergnat, quand on me parle d’économie, j’aime bien qu’on fasse des économies sur le train de vie. L’Europe, c’est 10 milliards d’euros par an de fonctionnement administratif, sans compter ce qui est à la charge des Etats membres Il est urgent de simplifier, pour que cela soit moins cher et plus proche des réalités

Faut-il revoir l’attribution des compétences entre la Commission et les Etats ?

Il faut faire un grand soir des compétences et tout remettre à plat. Il y a des domaines où il faut rendre des compétences aux Etats-membres. La compétence normative donnée à Bruxelles est allée trop loin. Il faut aussi revenir sur le fait de donner toutes les clés des négociations commerciales à la Commission européenne. Notre rôle est de défendre les intérêts français.

Le contraste, d’ailleurs, est souvent énorme entre les deux côtés du Rhin. Quand Alstom a été vendu à Siemens il y a deux ans, les journaux français ont titré sur la naissance d’un géant ferroviaire européen alors qu’en Allemagne, la presse faisait sa une sur « Siemens s’offre le français Alstom ». Quand la France parle de l’Europe, c’est souvent pour oublier la France ; en Allemagne, c’est pour défendre les intérêts allemands.

L’euro est-il une réussite ?

L’abandon de la monnaie unique serait en tout cas une catastrophe. Les salariés et les épargnants seraient les premiers à payer les conséquences de la sortie de l’euro proposée par le Rassemblement national. Je refuse qu’on achemine la France vers ce chaos économique. Imagine-t-on un seul instant ce que serait la France, livrée à l’appréciation des agences financières, et dont l’état des comptes publics démontre notre incapacité à gérer correctement notre monnaie ? L’euro a des lacunes, la construction est imparfaite, mais c’est un bouclier.

Les problèmes de la France ne sont pas liés à l’Europe. L’Europe n’est pas exempte de toute critique mais le manque de compétitivité, le poids de la fiscalité, la dépense publique, ce sont nos problèmes et nous devons les régler.

Quel sera le profil de la future tête de liste de LR aux élections européennes ?

Une des erreurs majeures de la politique, c’est d’être obsédée par les castings et de penser que la communication a remplacé l’action. La tête de liste sera définie en fonction du programme ; pas l’inverse. Cela viendra plus tard.

https://www.republicains.fr/laurent_wauquiez_les_echos_sauver_europe_avoir_courage_refonder_20180629

Diplomatie mondiale du wrassling

Diplomatie mondiale du wrassling


Par James Howard Kunstler – Le 11 juin 2018 – Source kunstler.com

wrassling / child wrestling / catch pour les enfants

Pourquoi ne pas faire la guerre avec le Canada ? Cette insignifiante « nation » encombre la moitié septentrionale de NOTRE continent, pour lequel nous avons lutté puissamment afin de nous libérer de la méchante vieille Europe. Qu’est-ce que Justin Trudeau ne comprend pas à ce propos ? Et quand nous en aurons fini avec lui, que diriez-vous de faire quelques « reprises » avec Frau Merkel et cette petite grenouille de Monsieur Macron ? J’aimerais voir le Golem d’Or de la Grandeur dans un justaucorps et un de ces masques de lutte mexicains, jetant ces méchants nains internationaux hors du ring comme autant de sacs de patates.


Et maintenant c’est parti à Singapour pour un combat de catch avec cet autre adversaire connu sous le nom de « Little Rocket Man ». Il y a une attente étrange que ces deux avatars d’irréalité régleront le hachis qui a mijoté pendant soixante ans entre la Corée divisée et les USA. M. Trump conclura un accord pour transformer la Corée du Nord en paradis pour les golfeurs et M. Kim promettra de réduire son arsenal nucléaire en fers 9 et en putters. Et puis ils vont célébrer cet accord sur Air Force One avec des sacs de Big Macs et du poulet frit. (Laissez les aides et les conseillers se battre pour les nouilles de Singapour et les becs de calmars à la sauce à l’ail.)

Le New York Times a posé un gros caca lundi matin avec un éditorial remettant en scène le plus gros méchant de la collection d’épouvantails internationaux du Times : la Russie.

Si un président des États-Unis devait esquisser un plan secret et détaillé pour rompre l’alliance atlantique, ce plan aurait une ressemblance frappante avec le comportement de Trump. Cela impliquerait une hostilité visible envers les dirigeants du Canada, de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne et du Japon. Spécifiquement, il s’agirait de choisir des combats sur des questions artificielles – pas de gagner de grandes concessions pour les États-Unis, mais de créer des conflits juste pour faire chauffer l’ambiance. Un plan secret visant à diviser l’Occident aurait également pour effet que les États-Unis cherchent de nouveaux alliés pour remplacer ceux qui ont été mis au rebut. Le plus évident serait la Russie, le plus grand rival en Europe de l’Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne. Et tout comme la Russie le recherche, l’intention des États-Unis de détruire l’alliance atlantique se mêlerait de la politique intérieure des autres pays pour installer de nouveaux gouvernements qui rejetaient également l’ancienne alliance.

Ainsi donc … pour « The Times », le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et le Japon ne sont guère plus qu’un club d’ex-épouses vous cassant le cul, la Corée du Nord serait une irrésistible star du porno très bien carrossée, et la Russie un vieux et diabolique proxénète, dans un jeu sans-fin pour fatiguer l’adversaire. Ils ont tous couru après M. Trump depuis avant même qu’il ne descende de sa tour dorée de la Cinquième avenue par son fatidique escalator. Assurément, le méchant Poutine a truffé l’hôtel de Singapour avec ses meilleurs espions et il a chargé les placards du président avec des prostituées et des promoteurs immobiliers pour tenter M. Trump dans toutes sortes d’actes artificiels imaginés dans les laboratoires Kompromat de Iassenevo.

Je suis pour la paix dans le monde, et j’aimerais essayer de prendre la réunion de Kim-Trump au sérieux, mais il est difficile d’imaginer deux personnages moins préparés par les rigueurs de la réalité que cette paire-là. Chacun a vécu dans le royaume magique de sa propre vie. Les deux présentent des comportements typiques d’enfants : bouderie, menaces, fanfaronnades et changements d’humeur mystérieux. Les adultes supposés sérieux autour de M. Trump doivent s’enfiler des Xanax comme des Tic-tacs. Les attachés militaires autour de l’impénétrable Kim se souviendront peut-être de l’exécution en 2016 de deux ministres du NK abattus avec des canons antiaériens pour avoir déplu au chef [C’est probablement une fake news d’État, organisée par les service secrets sud-coréens, NdT] – l’un d’entre eux pour s’être simplement endormi pendant un discours de Kim. Qui a nettoyé les restes, je me le demande.

Peut-être que quelque chose de bon peut sortir de cette configuration improbable. J’attends une sorte d’acte de vaudeville : quelques moments avec les deux prétendant qu’ils comprennent ce que l’autre dit… un communiqué plein d’espoir annonçant la floraison d’un million de fleurs, et un éclatement fatidique quelques heures après la lune de miel quand Kim, Trump et tous les porteurs de lances des deux côtés se rendront compte qu’ils n’avaient aucune idée de ce dont ils parlaient.

Puis, jeudi, le rapport tant attendu de l’inspecteur général du ministère de la Justice sortira, après un « filtrage » par les gens du FBI dont la conduite fait l’objet de cet examen. Je m’attends à une nouvelle couche dans l’énorme gâteau cuisiné par les chevaliers blancs de la « Résistance ». Celui-ci s’appellera le Redacto-Gate.

James Howard Kunstler

Too much magic : L'Amérique désenchantéePour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/diplomatie-mondiale-du-wrassling

 

vulnérabilité télébancaire nationale

mardi 19 juin 2018

vulnérabilité télébancaire nationale

Avertissement, les considérations qui suivent n’émanant ni d’un banquier ni d’un télématicien, elles peuvent être incomplètes sur le plan technique. La déconnexion de l’Europe du sytème Visa le 1er juin 2018 appelle cependant quelques réflexions stratégiques.
Tout d’abord, il convient de noter que, là encore, la déconnexion a été géographique, pas organique. Ce ne sont pas les banques européennes qui ont été interdites de transaction Visa mais les banques situées en Europe, fussent-elles simples filiales locales de banques non européennes, étatsuniennes ou brésiliennes par exemple, tandis que les filiales hors d’Europe de banques européennes n’ont pas été affectées. Il ne s’agit cependant pas d’une simple avarie de télécommunications, puisqu’aucune autre interruption de communication filaire ou satellitaire (téléphonie, internet…) n’a été rapportée.
D’ailleurs même les transactions opérées à travers le réseau Mastercard n’ont pas été affectées, seulement celles du réseau Visa l’ont été. A ce sujet il peut être utile de rappeler que, pour la quasi-totalité des pays hormis une poignée (France, Japon, Chine, Russie et Inde sauf oubli), toutes les transactions effectuées avec une carte Visa sont traitées, en temps réel, aux Etats-Unis d’Amérique, et il en est de même pour les cartes Mastercard. Cela signifie que lorsqu’un porteur d’une carte Visa émise par une banque italienne introduit sa carte dans le lecteur d’un commerçant italien, mis à sa disposition par sa banque italienne, la transaction entre la banque italienne émettrice de la carte du client et la banque italienne propriétaire du lecteur du commerçant est traitée aux Etats-Unis, par l’entreprise Visa. S’il n’y a pas de télécommunications entre l’Italie et les Etats-Unis ce jour-là (ou si les lignes sont occupées à l’instant requis) le client italien porteur d’une carte émise par sa banque italienne ne peut pas payer le commerçant italien par le terminal mis à la disposition de ce commerçant par sa banque italienne.
La première exception historique est la France, car le réseau intzerbancaire Carte Bleue a été développé et mis en service (en 1967) plusieurs années avant que le développement international du réseau étatsunien homologue Americard (Visa) amène le groupement bancaire français à négocier un accord pour que les porteurs de cartes émises par les banques françaises puissent effectuer des paiements à l’étranger coordonnés par Visa. Mais les transactions entre banques françaises restent traitées en France, par le groupement Carte Bleue, ce qui explique que les Français n’ont pas noté d’interruption de service ce 1er juin, sauf pour leurs paiements à l’étranger voire peut-être pour certains paiements en France envers des commerçants français titulaires d’un compte bancaire à l’étranger (zone euro ou SEPA objet de moulte publicité), bel exemple d’ailleurs d’une « ouverture » européenne qui introduit une dépendance envers les Etats-Unis pour des transactions effectuées en France entre client et fournisseur français.
Sauf erreur la deuxième exception à cette dépendance fut le Japon, pour des raisons historiques similaires, et la troisième fut la Chine évidemment en retard (désormais rattrapé) sur le monde capitaliste en matière de diffusion des comptes bancaires individuels, de la compensation interbancaire et de la technologie de la carte.
Le 1er janvier 2013 sont entrées en application les mesures coercitives envers le Vatican, pour des raisons secrètes (peut-être le rapprochement tectonique envisagé entre les Eglises romaine et russe) évidemment sans rapport avec le prétexte invoqué, et dont les prochaines étapes seraient certainement allées bien au-delà du niveau bancaire puisque guère plus de quarante jours de traversée imposée du désert ont suffi pour obtenir la démission du pape Benoît. Dans la mesure où, dans ce micro-Etat, tous les terminaux de paiement et tous les distributeurs de billets appartiennent à une seule banque (la Deutsche Bank), laquelle envoie les demandes de transaction tant envers le groupement Visa que le groupement Mastercard, tous deux étatsuniens, il a suffi d’une seule décision pour interdire toutes les transactions par carte dans le pays. Pour plus d’efficacité politique cependant, et compte tenu du peu d’impact économique de l’interdiction des cartes bancaires dans un micro-Etat sans grandes entreprises ni grosses transactions commerciales ou salariales (juste quelques touristes dans les magasins de souvenirs bénitiers), la mesure fut doublée d’une interruption des virements interbancaires vers ou de l’étranger, l’entreprise belge Swift ayant accepté, sous des menaces là encore inconnues, d’interrompre ses services de messagerie interbancaire sécurisée comme cela avait été fait quelques années plus tôt pour l’Iran dans le cadre de sanctions, internationalement licites celles-là, décrétées par le Conseil de Sécurité de l’ONU. Pour mémoire, Swift fut encore sollicitée de manière illicite en 2014 contre la Russie et refusa d’obtempérer, ce pays étant un peu plus important que le Vatican. Sous ces pressions visibles, et certainement d’autres invisibles, le chef d’Etat du Vatican Joseph Ratzinger annonça le 11 février 2013 sa démission, certes canoniquement invalide comme pape puisque le canon 332 (deuxième alinéa) invalide toute démission sous la contrainte, et l’élection prochaine d’un nouveau chef d’Etat, certes canoniquement un antipape en la présence d’un pape élu (Benoît) dont la prétendue démission est canoniquement invalide. L’annonce publique de la démission du chef d’Etat fut certainement accompagnée d’une capitulation discrète mais inconditionnelle sur le litige véritable, puisque le Vatican fut reconnecté aux circuits financiers internationaux dès le lendemain même 12 février, d’une part par Swift pour les virements et d’autre part par un groupement bancaire suisse pour les paiements par carte.
Tous les gouvernements de pays souverains auraient dû tirer les conclusions de la prise de contrôle du Vatican et du Saint-Siège au moyen des outils de transactions financières internationales.
L’Inde a alors développé son propre système national afin que les transactions internes ne soient plus traitées à l’étranger.
A son tour la Russie a subi une attaque majeure en mars 2014, suite à son acceptation de la réunification après le referendum d’autodétermination de la Crimée. Sur injonction de leur gouvernement en application de ses mesures de coercition internationalement illicites, les entreprises étatsuniennes Visa et Mastercard ont cessé de traiter toutes les transactions effectuées en Crimée, même par exemple entre un touriste français porteur d’une carte bancaire française et un commerçant criméen détenteur d’un lecteur de carte délivré par une banque ukrainienne ou russe (il y en avait plusieurs). Simultanément cinq banques russes se sont vues également refuser toutes transactions par les entreprises Visa et Mastercard. Du jour au lendemain, un client russe porteur d’une carte Visa délivrée par sa banque russe ne pouvait effectuer de paiement dans un commerce russe équipé d’un lecteur Visa par une banque russe… y compris d’ailleurs si les comptes bancaires du client et du commerçant relevaient d’une même et unique banque russe. Cette situation est à méditer puisque ce 1er juin 2018 il en fut de même non seulement pour les paiements entre la carte Visa d’un client italien et le terminal Visa d’un commerce allemand (y compris sur internet), mais également entre clients et fournisseurs italiens, entre clients et fournisseurs allemands etc. dans toute l’Europe télématiquement dépendante de cette entreprise de compensation étatsunienne.
Le secteur bancaire russe, soutenu par son gouvernement, s’est mis au travail pour construire un système de compensation interbancaire national (comme celui du groupement Carte Bleue français) avant que les gens perdent l’habitude d’utiliser les cartes. Un an après le déni illicite de service (d’ailleurs jamais indemnisé aux banques russes adhérentes aux réseaux Visa et Mastercard), ce système de compensation nationale NSPK entrait en service et les titulaires de cartes Visa émises par des banques russes pouvaient de nouveau les utiliser en Russie (entre client et fournisseur disposant de comptes bancaires russes) puisque les transactions nationales n’étaient plus traitées dans un lointain pays ennemi mais au niveau national, même si ces cartes restaient inutiles pour les transactions internationales. Dès la fin 2015 les banques russes ont émis une carte nationale Mir… et depuis lors les réseaux internationaux ont proposé au groupement interbancaire russe de donner à cette carte un accès aux réseaux internationaux, comme à la Carte Bleue ou maintenant à la Union Pay chinoise, d’abord bien sûr pour les porteurs de cartes russes en déplacement à l’étranger, puis à terme pour les clients des filiales étrangères que les banques russes ouvriront petit à petit.
En ce qui concerne l’inaccessibilité du réseau Visa, seulement à partir ou en direction de l’Europe, ce 1er juin, les communiqués de l’entreprise étatsunienne Visa assurent qu’il s’agissait d’une panne technique (sans autre précision), réparée le lendemain. Qu’il s’agît en réalité d’un litige sur les commissions dites d’interchange récemment réduites par la Commission Européenne, d’une attaque étrangère bancaire, étatique ou délinquante, ou d’une toute autre affaire, les dirigeants bancaires et politiques qui ont apparemment capitulé en vingt-quatre heures ne diront rien.
Mais, dans un contexte où de plus en plus de structures mondialisatrices mises en place au nom de l’ourverture et de la liberté sont désormais détournées pour servir des conflits d’intérêts spécifiques, tous les pays économiquement souverains devraient mettre en place des systèmes nationaux de compensation interbancaire des transactions par carte. Et en ce qui concerne les pays européens, leurs banques devraient particulièrement s’en préoccuper avant de se voir imposer un système uniopéen qui donnerait à la technocratie bruxelloise les moyens de mettre un jour en place des mesures de coercition contre les banques ou les citoyens de tel ou tel pays membre rétif aux directives de la Commission ou de la BCE.
La préservation des capacités de transactions économiques interieures revêt, dans un contexte de disparition progressive des espèces, un intérêt de souveraineté nationale.