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Rétrospective 2018: L’Europe face à l’extraterritorialité du droit américain

Rétrospective 2018: L’Europe face à l’extraterritorialité du droit américain

Au sein d’un marché globalisé où la puissance économique américaine est contestée, le caractère unipolaire du monde qui prévalait depuis l’effondrement du bloc soviétique cède inéluctablement au profit d’une nouvelle forme de multilatéralisme. Dans ce cadre concurrentiel, les États-Unis entendent affirmer leur hégémonie grâce à une composante essentielle du soft-power : l’extraterritorialité de leurs lois. L’utilisation pernicieuse du droit comme mode alternatif à l’action militaire permet à l’administration étasunienne de jouir de sa puissance, en confondant ses alliés historiques avec ses ennemies. En son temps, le général de Gaulle affirmait déjà que « les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Force est de constater qu’en 2018 rien n’a changé et l’Europe doit en prendre la mesure pour subsister.

Définitions et enjeux de l’extraterritorialité du droit américain

Affiche officielle éditée dans un climat d’espionite en février 1940 par le gouvernement français de la IIIe République, désireux d’avertir la population sur le danger que représente la cinquième colonne dans la drôle de guerre.

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) définit l’extraterritorialité du droit américain comme « une grande variété de lois et mécanismes juridiques conférant aux autorités américaines la capacité de soumettre des entreprises étrangères à leurs standards […] de capter leur savoir-faire, d’entraver les efforts de développement des concurrents […] contrôler ou surveiller des sociétés étrangères gênantes ou convoitées […]. ». En d’autres termes, cette notion correspond à l’application d’une norme juridique américaine, adoptée par ses représentants nationaux,  à  un acteur économique étranger au-delà de ses frontières. Les États-Unis s’attribuent ainsi une compétence judiciaire universelle grâce à l’application extensive de critères de rattachement territoriaux. A titre d’exemple, le 30 septembre 2016, au cours de l’affaire SEC v. Straub, la U.S. District Court for the Southern District of New York a retenu que le routage de mails sur le territoire des États-Unis suffisait à retenir la compétente judiciaire américaine. Le motif retenu par les magistrats est extrêmement révélateur de la certitude étasunienne de disposer de la pleine propriété du réseau informatique mondial : « Internet est un réseau énorme et complexe, mais c’est une raison de plus pour qu’un défendeur puisse prévoir que le trafic Internet ne sera pas nécessairement de nature entièrement locale. ». D’autres critères de rattachement territoriaux sont applicables tel que le recours au dollar lors d’une transaction litigieuse; l’utilisation d’un serveur ou hébergeur localisés aux Etats-Unis, d’une puce électronique de nationalité américaine, ou encore d’un réseau, service de messagerie, et satellite de télécommunication étasunien.

Or, sous couvert de lutte contre les manquements à la probité, plusieurs pans de l’administration américaine (U.S. Department of Justice (DoJ), Central Intelligence Agency (CIA), National Security Agency (NSA), Federal Bureau of Investigation (FBI), U.S. Securities and Exchange Commission (SEC), etc) agissent de concert avec ses entreprises nationales de manière à créer un rapport de force en faisant pression sur une société étrangère concurrente. Le cas échéant, après avoir condamné la société cible à une amende disproportionnée, un rival étasunien peut exploiter cet état de fragilité afin de procéder à son acquisition stratégique simplifiée. En la matière, « l’opération manipulée » (1) dont Alstom fut victime est un exemple probant, dans la mesure où l’achat de sa branche énergie par General Electric a entériné le privilège français consistant à disposer d’une filière nucléaire complète. L’impuissance de la classe politique dirigeante fut telle, qu’elle frisa la trahison alors que l’État perdit un élément de contrôle de sa sécurité nationale.

L’Europe, une cible privilégiée dépourvue d’autonomie stratégique

Au cours de l’année 2018, le retrait américain de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (ou Joint Comprehensive Plan of Action) n’a pas exclusivement visé à isoler l’Iran par le biais de l’instauration concomitante de sanctions économiques à l’égard de son système financier et bancaire, des secteurs énergétique et pétrochimique, du transport maritime, du secteur automobile, etc. Par crainte de représailles en raison de l’application extraterritoriale du droit américain, la dénonciation de cet accord a également permis d’entraver la bonne marche des affaires que l’Iran entretenait jusqu’alors avec les sociétés et États européens. Hormis l’Italie et la Grèce qui ont directement négocié avec les États-Unis en contournant Bruxelles, aucun autre État européen n’a pu bénéficié des exemptions américaines sur les exportations iraniennes de pétrole. En outre, ce retrait unilatéral a engendré des répercussions économiques désastreuses pour les entreprises européennes et en particulier françaises tel que PSA, Renault, Total et Airbus. Ces quatre sociétés ont engagé des investissements importants et subissent des pertes pécuniaires non négligeables (2). Par exemple, suite au retrait de Total en Iran, la China National Petroleum Corp (CNPC) a remplacé la susdite société française avec une participation de 80,1 % dans la phase 11 du gisement gazier de South Pars (3). Faisant preuve d’un aveu d’impuissance, l’Union européenne n’a pas su enrayer la fuite de ses entreprises malgré l’annonce de l’instauration d’une entité légale tendant à faciliter les transactions financières avec l’Iran (4). Aucun établissement financier européen ne souhaite mettre en place ce système de troc via l’importation de pétrole et l’évitement corrélatif du dollar par crainte de subir des sanctions ainsi que la fermeture du marché américain pour non conformité à son droit.

De surcroît, l’imputation étasunienne d’amendes considérables à l’encontre des banques européennes est devenue monnaie courante. Si bien que ces dernières anticipent leur règlement par le biais de provisions pour litiges inscrites dans leurs comptes. A titre d’exemple, par un communiqué de presse (5) en date du 19 novembre 2018, la Société Générale a annoncé avoir conclu des accords transactionnels avec des autorités américaines afin de mettre un terme à leurs enquêtes relatives à des opérations en dollar effectuées malgré des sanctions économiques affectant certains États tel que Cuba. En contrepartie, la banque française a accepté de verser des pénalités d’un montant total d’environ 1,3 milliard de dollars aux susdites autorités américaines dont 53,9 millions à l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), 717,2 millions au U.S. District Court for the Southern District of New York (SDNY), 162,8 millions au New York County District Attorney’s Office (DANY), 81,3 millions à la Federal Reserve System (FED) et 325 millions au New York State Department of Financial Services (DFS).

En outre, par le biais de l’insertion du Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act (« Cloud Act ») au sein du projet de loi de finances pour l’année 2018, les États-Unis ont étendu le champ d’application de leurs critères de rattachement territoriaux. Les autorités de poursuites américaines outrepassent les règles de coopération judiciaire internationale en s’arrogeant le droit universel de s’accaparer les données hébergées par des fournisseurs de services de communication électroniques étasuniens. « Toute entreprise américaine, quelle que soit la localisation géographique de ses serveurs, a l’obligation de divulguer des informations aux autorités sur simple demande d’un juge fédéral. ». Ces dispositions permettent d’annihiler l’article 48 du règlement général sur la protection des données (RGPD) relatif aux transferts ou divulgations non autorisés par le droit de l’Union. Si l’érection d’un cloud étatique français constitue une velléité de protection de son pré carré numérique, il apparaît que les effets salutaires de cette mesure locale soient lacunaires lorsqu’il s’agit de s’opposer à l’hégémonie des GAFAM et des Five Eyes (l’alliance des services de renseignement de l’Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et des États-Unis) dans une perspective de sécurisation optimale du patrimoine informationnel secret des entreprises.

En avril 2018, la DGSI a adressé une note au profit de l’exécutif, au sein de laquelle l’agence de renseignement explique que les États-Unis favorisent Boeing sur des marchés porteurs en se servant des enquêtes diligentées par le Parquet National Financier (PNF) en France et le Serious Fraud Office (SFO) en Grande-Bretagne pour présomption de violation de lois anticorruption. En effet, par l’intermédiaire de John Harrison, le groupe industriel européen a procédé à un audit interne de conformité en matière de lutte anticorruption en engageant des cabinets d’avocats américains qui sont suspectés d’avoir bénéficié de leur accès privilégié aux données stratégiques du groupe, puis de les avoir transmis à destination de l’administration étasunienne. En décembre 2018, le Department of Justice (DoJ), bras armé des États-Unis, a annoncé poursuivre Airbus pour violation du Foreign Corrupt Practices Act (FCPA). Pour seul espoir, le groupe aéronautique européen se repose sur le principe classique « non bis in idem » prévoyant que nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement une seconde fois à raison des mêmes faits. Airbus espère conclure une convention judiciaire d’intérêt public (CJIP) avec un procureur de la République de façon à éviter les pressions du DoJ en privilégiant le versement d’une amende au profit du Trésor Public français. Cette transaction assurerait également la conservation de marchés nationaux et internationaux en évitant l’inscription d’une condamnation judiciaire au casier d’Airbus. Enfin, cette CJIP permettrait l’évitement de la procédure de Discovery, qui est une phase d’investigation préalable au procès civil ou commercial quasi systématique dans les pays de Common Law, au cours de laquelle chaque partie au procès est tenue de s’auto-incriminer en divulguant à l’autre, l’ensemble des renseignements susceptibles de faciliter l’établissement de preuves, dont ceux qui lui sont défavorables.

Or, le droit américain est largement inspiré de la common law et n’intègre pas la règle non bis in idem issue du système juridique romano-germanique. Il convient de rappeler que l’extraterritorialité est une doctrine étasunienne émanant d’une volonté politique désireuse de s’affranchir d’un principe romain contrevenant à ses intérêts économiques et géostratégiques. Par conséquent, le désintérêt volontaire américain à l’égard du principe non bis in idem rend inopérable tout modus vivendi, de telle sorte que les États-Unis pourront passer outre la conclusion d’une CJIP en vue de recourir à des procédures intrusives contre des entreprises européennes.

« Où manque la force, le droit disparaît ; où apparaît la force, le droit commence de rayonner. » (6)

Sources :
(1) Intervention d’Alain Juillet (Ancien Directeur du Renseignement au sein de la DGSE et Haut Responsable pour l’Intelligence Économique en France auprès du premier Ministre), Documentaire I Guerre fantôme : la vente d’Alstom à General Electric
(2) https://infoguerre.fr/2018/08/recherche-de-liberte-strategique/
(3) https://www.capital.fr/entreprises-marches/total-abandonne-south-pars-11-en-iran-a-moins-dune-derogation-1288307
(4) https://www.france24.com/fr/20180925-iran-troc-europeens-ue-sanctions-americaines-nucleaire
(5) https://www.societegenerale.com/sites/default/files/communique-societe-generale-accord-avec-les-autorites-americaines_0.pdf
(6) Maurice Barrès, Revue des Deux Mondes, 1914

About Adrien GUYOT

Adrien GUYOT est Juriste Droit des Affaires Alternant chez Michelin | Étudiant en Master 2 Droit et Fiscalité de l’Entreprise GEFIRE. Il est également titulaire d’une Licence en droit privé, d’un Diplôme Universitaire en Gouvernance, Risques et Conformité, ainsi que d’un Master 1 en Droit des Affaires à l’Université Clermont Auvergne. Il est rédacteur pour les Yeux du Monde depuis novembre 2018.
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Les exportations de gaz russe vers l’Europe à un nouveau record en 2018

Les exportations de gaz russe vers l’Europe à un nouveau record en 2018

Moscou (awp/afp) – Les exportations de gaz russe vers l’Europe ont atteint un nouveau record en 2018 malgré les tensions diplomatiques et la volonté de l’Union européenne (UE) de réduire sa dépendance à la Russie, a indiqué vendredi le groupe russe Gazprom.

Gazprom, qui détient le monopole des exportations par gazoducs, a vendu dans la région Europe et Turquie 201 milliards de mètres cubes de gaz sur l’année écoulée, soit environ 3,5% de plus qu’en 2017, a indiqué aux agences russes son directeur général Alexeï Miller.

Ces exportations représentent la plus grande partie des ventes vers l’Europe, une autre partie, ouverte à la concurrence, se réalisant par gaz naturel liquéfié.

La progression constante de la demande européenne pour le gaz russe est mise en avant par la Russie pour défendre ses nouveaux projets de gazoducs, via la Turquie ou la Baltique, malgré les réticences de l’Union européenne qui affirme depuis des années vouloir diversifier ses sources d’approvisionnement.

Gazprom, héritier du ministère du Gaz soviétique, couvre environ le tiers de la consommation européenne.

La production de gaz totale du groupe, qui avait atteint il y a quelques années ses plus bas niveaux depuis la chute de l’URSS sur fond de concurrence accrue, s’est redressée de plus de 5% en 2018, à 497,6 milliards de m3, a précisé M. Miller.

afp/rp

(AWP / 28.12.2018 15h45)

https://www.romandie.com/news/Les-exportations-de-gaz-russe-vers-l-Europe-un-nouveau-record-en-2018/983371.rom

En images : les plus belles bibliothèques monastiques au monde

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L’autonomie militaire de l’UE: les motivations et les obstacles

Force de l'Union européenne (EUFOR)

L’autonomie militaire de l’UE: les motivations et les obstacles

© AP Photo / Amel Emric
Lu dans la presse

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Nezavissimaïa gazeta
Traduction de la presse russe (décembre 2018) (31)
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Emmanuel Macron et Angela Merkel ont annoncé en novembre la nécessité de créer une «armée européenne» autonome, ce qui a provoqué une forte réaction politique en Europe et aux États-Unis.

La volonté européenne d’obtenir une indépendance militaire par rapport aux États-Unis suscite chez les politiciens et les experts des pays différents une réaction plutôt sceptique, à la limite d’une attitude manifestement méprisante envers l’Europe qui s’approche, selon eux, de son déclin, écrit le quotidien Nezavissimaïa gazeta.

Il semble que les critiques de ces aspirations européennes ne prennent pas en considération l’envergure des changements profonds survenus en Europe et dans le monde depuis 25 ans. L’élimination de la menace d’un conflit global a encouragé l’intégration européenne ce qui signifie le développement pratiquement inéluctable de sa composante militaire. Ainsi, on constate un progrès constant de la politique de défense commune malgré le fait qu’il s’agit d’un processus très lent qui fait régulièrement face à des retraits et à des zigzags, selon le média.Dans le contexte de la crise actuelle des relations euro-atlantiques, les dirigeants de l’UE sont notamment préoccupés par la hausse de l’instabilité et la présence de conflits ouverts et gelés à la périphérie de l’Union, notamment en Ukraine, dans les Balkans et en Méditerranée orientale. Ces derniers non seulement nourrissent le terrorisme international, mais aussi créent une menace directe d’escalade de conflits non-résolus.

Ainsi, l’UE ne peut pas et ne veut pas dépendre des affrontements, de l’amitié, ni d’autres aspects des relations entre les acteurs-clés: la Chine, les États-Unis et la Russie.

La Chine voudrait dépasser l’Amérique. Elle aspirerait au moins à un monde bipolaire, dans le cadre duquel elle disposerait d’une influence politique incontestable. Les relations entre la Chine et l’Europe sont celles de coopération et de rivalité, que Pékin gagne visiblement. L’UE s’inquiète également de l’expansion militaire croissante de la Chine сe qui encourage son autonomie militaire.Le nationalisme populiste américain peut être présenté comme un nationalisme égocentrique lié aux idées de l’administration de Donald Trump qui estime que tout le monde (y compris ses alliés européens) vit aux frais des États-Unis et l’utilise à ses propres fins. Comme les relations transatlantiques sont actuellement au plus bas, les Européens constatent qu’il leur faut désormais compter uniquement sur leurs propres forces.

En Russie, il s’agit tout d’abord d’une réaction à une blessure psychologique causée par les relations avec l’Occident dans les années 1990 et 2000. Dans ce contexte, l’UE considère le rattachement de la Crimée à la Russie comme une indication de sa volonté de construire un nouvel empire, alors que Moscou est présenté comme un trublion et une menace potentielle contre la stabilité en Europe.

Le nationalisme populiste au sein de l’UE peut être interprété comme un nationalisme antieuropéen, estime toujours le quotidien. Ce nationalisme constitue donc la menace principale contre l’intégration européenne et le développement de son élément militaire. S’agit-il d’une tendance durable ou d’une déviation temporaire? La réponse à cette question définira l’avenir du projet européen.En général, le développent de la politique de défense de l’UE sera surtout défini par ses relations avec ses partenaires principaux. L’Otan évoluera probablement vers un partage de fonctions entre les alliés: l’Europe jouera un rôle régional, alors que les USA s’occuperont des questions globales, conclut Nezavissimaïa gazeta.

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur de l’article repris d’un média russe et traduit dans son intégralité en français

 

https://fr.sputniknews.com/presse/201812241039421796-defense-europe-otan-usa/.

L’extrême droite européenne s’allie contre le Pacte sur la migration

L’extrême droite européenne s’allie contre le Pacte sur la migration

Marine Le Pen et Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump, ont dénoncé le Pacte de l’ONU pour les migrations lors d’un événement organisé par le Vlaams Belang au parlement flamand à Bruxelles le 8 décembre.

Pour Marine Le Pen et Steve Bannon, le Pacte de l’ONU pour les migrations est un pacte avec le diable. Signé le 10 décembre, le texte de l’ONU a soulevé une vague d’opposition en Europe, notamment du côté de l’extrême-droite.

Lors d’un événement organisé par le Vlaams Belangu au parlement flamand à Bruxelles le 8 décembre, l’ancien gourou qui a orchestré la campagne de Donald Trump et la présidente du Rassemblement national se sont opposés de concert au Pacte mondial, qui a déstabilisé la coalition gouvernementale belge ce week-end.

« Le but de cette rencontre est clair : mettre ce pacte suicidaire à la poubelle, où il devrait être », a commenté le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, avant d’accuser la N-VA de « ne rien faire » pour empêcher le pacte sur la migration. Le parti a pourtant quitté la coalition gouvernementale pour signifier son opposition à la décision du Premier ministre Charles Michel d’approuver le texte.

Le Pacte sur les migrations déchire le gouvernement belge

Le Premier ministre belge a pris la tête d’un gouvernement minoritaire, après la démission des ministres nationalistes flamands de la coalition gouvernementale, en raison d’une divergence profonde sur le Pacte de l’ONU sur les migrations.

« Le pays qui signe le pacte signe forcément un pacte avec le diable », a commenté Marine Le Pen. La responsable de l’extrême droite française, très applaudie pendant son discours, a assuré que les vents de l’histoire étaient favorables à sa force politique pour les élections européennes du 26 mai. Pour la première fois, il est possible d’envisager une alternative au leadership actuel de l’Europe et de remplacer les « dirigeants chancelants » comme Jean-Claude Juncker, a-t-elle dit.

« Le Pacte sur la migration est mort avant même d’avoir été signé », a déclaré Steve Bannon sur l’estrade du parlement flamand, avant de se réjouir d’avoir des leaders comme Donald Trump, Marine Le Pen ou Viktor Orbán « qui osent dire qu’ils ne veulent pas de ce pacte ».

Depuis plusieurs mois, l’Américain tente de rassembler les forces populistes de toute l’Europe, y compris la Ligue de Matteo Salvini en Italie, le VVD de Geerts Wilders aux Pays-Bas, le Rassemblement national de Marine Le Pen en France, et le parti séparatiste belge Vlaams Belang.

Cet été, il a annoncé qu’il mettait sur pied une fondation en Europe appelée Le Mouvement, avec laquelle il espère mener une révolte populiste de droite à travers le continent, à commencer lors des élections européennes de mai prochain.

Steve Bannon débarque en Europe pour épauler les populistes

L’ancien conseiller du Président Donald Trump compte se mettre au service de l’extrême-droite à l’occasion des prochaines élections européennes.

Le Pacte mondial pour des migrations sûres ordonnées et régulières a été approuvé en juillet par les 193 membres de l’ONU à l’exception des États-Unis, qui se sont retirés de l’accord l’année dernière. Le Pacte doit être formellement ratifié le 10 décembre.

Ce dernier a été élaboré alors que l’Europe assistait au plus grand afflux de migrants depuis la Seconde Guerre mondiale. Nombre d’entre eux fuyant les conflits et la pauvreté au Moyen-Orient, en Afrique et au-delà.

Ces derniers mois, l’opposition au pacte a pris de l’ampleur. Ses détracteurs affirment qu’il ne fait aucune distinction entre immigration légale et illégale.

Le Pacte sur les migrations, un texte non contraignant qui suscite la panique

Peu ambitieux et déjà validé, le Pacte sur les migrations de l’ONU qui doit être signé le 10 décembre prochain à Marrakech génère un vent de panique en Europe. Notamment en France et en Belgique.

 

« En élargissant son arène politique au niveau international avec Steve Bannon et Marine Le Pen, le Vlaams Belang gagne en crédibilité politique », a déclaré l’analyste de la RTBF Régis Dandoy, qui a déclaré que ce mouvement était habituellement centré sur la Flandre. « Le [Vlaams Belang] veut montrer aux électeurs qu’il est capable d’avoir des relations avec d’autres pays, comme les États-Unis, la France ou la Hongrie », a expliqué Régis Dandoy.

L’extrême droite européenne s’allie contre le Pacte sur la migration

Sanchez annonce « un accord sur Gibraltar », Madrid votera en faveur du Brexit

Sanchez annonce « un accord sur Gibraltar », Madrid votera en faveur du Brexit

Madrid – Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a annoncé officiellement samedi à Madrid que l’Espagne avait obtenu « un accord sur Gibraltar » et voterait « en faveur du Brexit ».

« Je viens d’annoncer au roi d’Espagne que l’Espagne est parvenue à un accord sur Gibraltar » après avoir obtenu du Royaume-Uni et de ses partenaires européens les garanties qu’elle réclamait, a dit M. Sanchez, dans une allocution télévisée.

« Par conséquent, le Conseil européen aura lieu demain (dimanche). L’Europe et le Royaume-Uni ont accepté les exigences qu’avaient posées l’Espagne. L’Espagne lèvera son veto et votera en faveur du Brexit », a-t-il ajouté très clairement.

Madrid voulait s’assurer que les accords conclus entre Londres et les 27 n’affaibliraient pas sa revendication sur ce territoire d’à peine 6 km2 et où vivent 30.000 personnes, à l’extrême sud de la péninsule ibérique, qu’elle a cédé à la Grande Bretagne en 1713.

La détermination de l’Espagne à obtenir ces « garanties » avait fait planer le doute sur la réussite du sommet européen de dimanche sur le Brexit, qui doit sceller un accord historique de divorce entre l’UE et le Royaume-Uni.

Après 17 mois de négociations, les deux parties ont réussi à finaliser un « traité de retrait » du Royaume-Uni puis une « déclaration politique » ébauchant les futures relations de Londres avec l’UE.

Mais l’Espagne avait menacé de voter contre ce traité si elle n’obtenait pas noir sur blanc un droit de veto à l’application de tout accord futur entre l’UE et Londres à Gibraltar.

« Une fois que le retrait du Royaume-Uni de l’UE se sera produit, la relation de Gibraltar avec l’UE (…) passera par l’Espagne », a affirmé le dirigeant socialiste espagnol, au pouvoir depuis juin.

« Nous avons obtenu les garanties suffisantes pour pouvoir envisager une solution à un conflit qui dure depuis plus de 300 ans entre le Royaume-Uni et l’Espagne », a-t-il ajouté.

Selon M. Sanchez, la position de l’Espagne sort ainsi renforcée pour de futures négociations, quand il s’agira de « parler de souveraineté partagée et d’autres choses avec le Royaume-Uni ».

Au nombre des garanties, il a cité « une déclaration conjointe du Conseil européen et de la Commission européenne dans le cadre de l’accord de retrait » et le fait que « le gouvernement britannique reconnaît par écrit cette interprétation ».

A Londres, le porte-parole du gouvernement britannique a réaffirmé la souveraineté britannique sur Gibraltar mais a, dans le même temps, fait savoir dans un communiqué qu’il ne chercherait pas à régler les relations entre l’UE et Gibraltar sans l’accord de Madrid.

Londres précise ainsi qu’il ne considère pas que l’article 184 du traité sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE « préjuge de la portée territoriale des accords » qui régiront à l’avenir les relations entre l’UE et Londres.

Madrid craignait que, sans cette précision, l’article 184 permette à Londres et Bruxelles de régler les relations entre l’UE et les territoires britanniques, sans consulter l’Espagne sur les aspects qui touchent à Gibraltar.

(©AFP / 24 novembre 2018 16h00)

https://www.romandie.com/news/Sanchez-annonce-un-accord-sur-Gibraltar-Madrid-votera-en-faveur-du-Brexit/973722.rom

La sécession de l’Union européenne

La sécession de l’Union européenne

Pour Thierry Meyssan, la manière dont l’Allemagne et la France refusent au Royaume-Uni le droit de sortir de l’Union européenne montre que celle-ci n’est pas uniquement un carcan. Elle atteste aussi que les Européens sont toujours aussi peu soucieux de leurs voisins qu’ils le furent durant les deux Guerres mondiales. Manifestement, ils ont perdu à l’esprit que gouverner, ce n’est pas simplement défendre les intérêts de son pays à court terme, c’est aussi penser à long terme et prévenir les conflits avec ses voisins.

| Damas (Syrie)

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Les peuples membres de l’Union européenne ne semblent pas conscients des nuages qui s’amoncellent au-dessus de leurs têtes. Ils ont identifié les graves problèmes de l’UE, mais les traitent avec désinvolture et ne comprennent pas ce qui se joue avec la sécession britannique, le Brexit. Ils s’enfoncent lentement dans une crise qui pourrait ne pas avoir d’autre solution que la violence.

L’origine du problème

Lors de la dissolution de l’Union soviétique, les membres de la Communauté européenne ont accepté de se plier aux décisions des États-Unis et d’intégrer les États d’Europe centrale, bien que ceux-ci ne correspondaient aucunement aux critères logiques d’adhésion. Sur cette lancée, ils ont adopté le Traité de Maastricht qui a fait basculer le projet européen d’une coordination économique des États européens vers un État supra-national. Il s’agissait de créer un vaste bloc politique qui, sous la protection militaire des États-Unis, allait s’engager, avec eux, sur la voie de la prospérité.

Ce super-État n’a rien de démocratique. Il est administré par un collège de hauts fonctionnaires, la Commission, dont les membres sont désignés un à un par chacun des chefs d’État et de gouvernement. Jamais dans l’Histoire un Empire n’avait fonctionné de cette manière. Très vite, le modèle paritaire de la Commission accoucha d’une gigantesque bureaucratie paritaire, dans laquelle certains États sont « plus égaux que d’autres ».

Le projet supra-national s’est avéré inadapté au monde unipolaire. La Communauté européenne était issue du volet civil du plan Marshall, dont l’Otan était le volet militaire.
Les bourgeoisies ouest-européennes, inquiètes du modèle soviétique, l’avaient soutenue depuis le congrès convoqué par Winston Churchill à La Haye en 1948. Elles n’avaient plus d’intérêt à poursuivre ce chemin après la disparition de l’URSS.
Les ex-États du Pacte de Varsovie hésitaient à s’engager dans l’Union ou à s’allier directement aux États-Unis. Par exemple, la Pologne acheta des avions de guerre US qu’elle engagea en Iraq avec les fonds que l’Union lui accorda pour moderniser son agriculture.

Outre la création d’une coopération policière et judiciaire, le Traité de Maastricht créait une monnaie et une politique étrangère uniques. Tous les États membres devaient adopter l’euro dès que leur économie nationale le leur permettrait. Seuls le Danemark et le Royaume-Uni, flairant les problèmes à venir, se tinrent à l’écart. La politique étrangère semblait aller de soi dans un monde devenu unipolaire et dominé par les États-Unis.

Compte-tenu des écarts au sein de la zone euro, les petits États allaient devenir la proie du plus gros, l’Allemagne. La monnaie unique qui, au moment de sa mise en circulation, avait été ajustée sur le dollar, se transformait progressivement en une version internationalisée du mark allemand. Incapables de rivaliser, le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne étaient symboliquement qualifiés de PIGS (« cochons ») par les financiers. Tandis que Berlin pillait leurs économies, il proposait à Athènes de restaurer la sienne s’il lui cédait une partie de son territoire.

Il s’avéra que l’Union européenne, tout en poursuivant sa croissance économique globale, était dépassée par d’autres États dont la croissance économique était plusieurs fois plus rapide. L’adhésion à l’Union européenne, tout en étant un avantage pour les ex-membres du Pacte de Varsovie, était devenue un boulet pour les Européens de l’Ouest.

Tirant les leçons de cet échec, le Royaume-Uni décida de se retirer de ce super-État (Brexit) pour s’allier avec ses partenaires historiques du Commonwealth et, si possible, avec la Chine. La Commission prit peur de ce que l’exemple britannique ouvre la voie à d’autres retraits, au maintien du Marché commun mais à la fin de l’Union. Elle décida donc de fixer des conditions dissuasives de départ.

Les problèmes internes du Royaume-Uni

L’Union européenne servant les intérêts des riches contre les pauvres, les paysans et ouvriers britanniques ont voté pour en sortir, tandis que le secteur tertiaire a souhaité s’y maintenir.

Si la société britannique dispose comme les autres pays européens d’une haute-bourgeoisie qui doit son enrichissement à l’Union européenne, elle a aussi, à la différence des grands pays européens, une puissante aristocratie. Celle-ci disposait avant la Seconde Guerre mondiale de tous les avantages que procure l’Union européenne, mais aussi d’une prospérité qu’elle ne peut plus espérer de Bruxelles. L’aristocratie a donc voté pour le Brexit contre la haute-bourgeoisie, ouvrant une crise au sein de la classe dirigeante.

En définitive, le choix de Theresa May comme Premier ministre était censé préserver les intérêts des uns et des autres (« Global Britain »). Mais cela ne s’est pas du tout passé comme prévu.
- D’abord Mme May n’est pas parvenue à conclure un accord préférentiel avec la Chine et éprouve des difficultés avec le Commonwealth dont les liens ont été distendus par le temps.
- Ensuite, elle rencontre une difficulté avec ses minorités écossaise et irlandaise, d’autant que sa majorité comprend des protestants irlandais arcboutés à leurs privilèges.
- En outre, elle se heurte à l’intransigeance aveugle de Berlin et de Bruxelles.
- Enfin, elle doit faire face à la remise en cause de la « relation spéciale » qui liait son pays aux États-Unis.

Le problème révélé par la mise en œuvre du Brexit

Après avoir vainement tenté divers aménagements des traités, le Royaume-Uni a démocratiquement voté pour le Brexit, le 23 juin 2016. La haute-bourgeoisie, qui n’y croyait pas, tenta immédiatement de remettre ce choix en cause. On parla alors d’organiser un second référendum comme on l’avait fait avec le Danemark lors du Traité de Maastricht. La chose paraissant impossible, on distingue désormais un « Brexit dur » (sans nouveaux accords avec l’UE) d’un « Brexit mou » (avec le maintien de divers engagements). La presse assure que le Brexit sera une catastrophe économique pour les Britanniques. En réalité, les études antérieures au référendum, et donc à ce débat, attestent toutes que les deux premières années de la sortie de l’Union seront récessives, mais que le Royaume-Uni ne tardera pas à redémarrer et à doubler l’Union. L’opposition au résultat du référendum —et donc à la volonté populaire— parvient à faire traîner sa mise en application. La notification du retrait britannique n’est effectuée par le gouvernement à la Commission qu’avec neuf mois de retard, le 29 mars 2017.

Le 14 novembre 2018 —soit deux ans et quatre mois après le référendum—, Theresa May capitule et accepte un mauvais accord avec la Commission européenne. Cependant lorsqu’elle le présente à son gouvernement, sept de ses ministres démissionnent, dont celui en charge du Brexit. Manifestement, il ignorait des éléments du texte que le Premier ministre lui attribue.

Ce document comprend une disposition parfaitement inacceptable pour un État souverain, quel qu’il soit. Il institue une période de transition, dont la durée n’est pas fixée, durant laquelle le Royaume-Uni ne sera plus considéré comme membre de l’Union, mais sera contraint de se plier à ses règles, y compris celles qui seront alors adoptées.

Derrière cette sournoiserie se cachent l’Allemagne et la France.

Dès le résultat du référendum britannique connu, l’Allemagne avait pris conscience que le Brexit provoquerait une chute de plusieurs dizaines de milliards d’euros de son propre PIB. Le gouvernement Merkel s’attela donc non pas à adapter son économie, mais à saboter la sortie du Royaume-Uni de l’Union.

Quant au président français Emmanuel Macron, il représente la haute bourgeoisie européenne. Il est donc par nature opposé au Brexit.

Les hommes derrière les politiques

La chancelière Merkel pouvait compter sur le président de l’Union, le Polonais Donald Tusk. Celui-ci en effet n’est pas à ce poste car ancien Premier ministre de son pays, mais pour deux raisons : durant la Guerre froide, sa famille appartenant à la minorité cachoube a fait le choix des États-Unis contre l’Union soviétique et, d’autre part, c’est un ami d’enfance d’Angela Merkel.

Tusk a commencé par poser la question de l’engagement britannique dans les programmes pluriannuels adoptés par l’Union. Si Londres devait payer ce qu’il s’est engagé à financer, il ne pourrait pas quitter l’Union sans verser un droit de sortie compris entre 55 et 60 milliards de livres.

L’ancien ministre et commissaire français Michel Barnier est nommé négociateur en chef avec le Royaume-Uni. Barnier a déjà de solides inimitiés à la City qu’il a maltraitée durant la crise de 2008. De plus, les financiers britanniques rêvent de gérer la convertibilité du yuan chinois en euros.

Barnier accepte comme adjointe l’Allemande Sabine Weyand. C’est en réalité cette dernière qui mène les négociations avec la mission de les faire échouer.

Simultanément, l’homme qui a « fait » la carrière d’Emmanuel Macron, l’ancien chef de l’Inspection des finances, Jean-Pierre Jouyet, est nommé ambassadeur de France à Londres. C’est un ami de Barnier avec qui il a géré la crise monétaire de 2008. Pour faire échouer le Brexit, Jouyet s’appuie sur le leader conservateur de l’opposition à Theresa May, le président de la Commission des Affaires étrangères à la Chambre des Communes, le colonel Tom Tugendhat.

Jouyet choisit comme adjointe à l’ambassade de France à Londres, l’épouse de Tugendhat, l’énarque française Anissia Tugendhat.

La crise se cristallise lors du sommet du Conseil européen de Salzbourg, en septembre 2018. Theresa May y présente le consensus qu’elle était parvenue à établir chez elle et que bien d’autres auraient intérêt à prendre pour exemple : le plan des Chequers (maintenir uniquement le Marché commun entre les deux entités, mais pas la libre circulation des citoyens, des services et des capitaux, ne plus être soumis à la justice administrative européenne du Luxembourg). Donald Tusk le rejette brutalement.

Un retour en arrière est ici nécessaire. Les accords qui mirent fin à la révolte de l’IRA contre le colonialisme anglais n’ont pas résolu les causes du conflit. La paix ne s’est installée que parce que l’Union européenne a permis d’abroger la frontière entre les deux Irlandes. Tusk exige que pour prévenir la résurgence de cette guerre de libération nationale, l’Irlande du Nord soit maintenue dans l’Union douanière. Ce qui implique la création d’une frontière contrôlée par l’Union, coupant le Royaume-Uni en deux, séparant l’Irlande du Nord du reste du pays.

Lors de la seconde session du Conseil, devant tous les chefs d’État et de gouvernement, Tusk fait fermer la porte au nez de May, la laissant seule à l’extérieur. Une humiliation publique qui ne pourra pas rester sans conséquences.

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Réflexions sur la sécession de l’Union européenne

Toute cette petite cuisine atteste de l’habileté des dirigeants européens à donner le change. Ils paraissent respecter des règles d’impartialité et décider collectivement dans le seul but de servir l’intérêt général (même si cette notion est réfutée par les seuls Britanniques). En réalité, certains défendent les intérêts de leur pays au détriment de leurs partenaires et d’autres ceux de leur classe sociale au détriment de toutes les autres. Le pire est évidemment le chantage exercé contre le Royaume-Uni : qu’il se soumette aux conditions économiques de Bruxelles ou l’on ravivera la guerre d’indépendance de l’Irlande du Nord.

Ce comportement ne peut que conduire à réveiller les conflits intra-européens qui ont provoqué les deux Guerres Mondiales ; des conflits que l’Union a masqués sur son territoire, mais qui n’ont pas été résolus et persistent en dehors de l’Union.

Conscients de jouer avec le feu, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont soudain évoqué la création d’une armée commune incluant le Royaume-Uni. Certes, si les trois grandes puissances européennes s’alliaient militairement, le problème serait résolu. Mais cette alliance est impossible car on ne construit pas une armée avant d’en avoir déterminé qui en sera le chef.

L’autoritarisme de l’État supra-national est devenu tel que, durant les négociations sur le Brexit, il a créé trois autres fronts. La Commission a ouvert deux procédures de sanctions contre la Pologne et la Hongrie (à la demande du Parlement européen), accusées de violations systémiques des valeurs de l’Union ; des procédures dont l’objectif est de placer ces deux États dans la même situation que le Royaume-Uni durant la période de transition : être contraints de respecter les règles de l’Union sans pouvoir les déterminer. En outre, indisposé par les réformes en cours en Italie qui vont à l’encontre de son idéologie, l’État supra-national refuse à Rome le droit de se doter d’un budget pour mener sa propre politique.

Le Marché commun de la Communauté européenne avait permis de réconcilier les Européens de l’Ouest entre eux et d’affermir la paix. Son successeur, l’Union européenne, détruit cet héritage, divise à nouveau les Européens et les oppose les uns aux autres.

Thierry Meyssan

Thierry Meyssan Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux – Du 11-Septembre à Donald Trump (2017).

L’Europe face à son destin

L’Europe face à son destin


Le piège du nationalisme israélo-compatible


Par Youssef Hindi − Le 2 octobre 2018 − Source youssefhindi.fr

Le Brexit, les crises économiques et politiques à répétition que connaissent les pays membres de l’Union européenne, et l’élection de Donald Trump, sont les symptômes avant-coureurs du décès de la globalisation. Ce qui laisse naturellement place à une remontée en puissance de l’idée de nation en Occident. Dans un article du 14 novembre 2016 – titré « L’élection de Trump : mort de la globalisation et renaissance de la nation ? » – j’annonçais que l’élection du protectionniste et isolationniste Donald Trump à la tête des États-Unis indiquait un tournant idéologique majeur qui aurait à terme un impact, d’une manière ou d’une autre, sur la réalité matérielle, car les structures et l’idéologie qui les sous-tend sont interdépendantes. Et j’ajoutais que cette fenêtre historique qui venait de s’ouvrir offrait à l’Europe une marge de manœuvre qui permettrait éventuellement au continent de s’émanciper de la tutelle américaine et de réorienter sa politique.

J’émettais cette hypothèse partant du fait que les États-Unis sont, dans le monde occidental contemporain, à l’avant-garde idéologico-politique, puisqu’ils sont au centre de la production « culturelle » de l’Occident. Si le président américain Donald Trump est favorable à un démantèlement de l’Union européenne (voire de l’OTAN), ce n’est pas uniquement pour servir sa politique relativement isolationniste – Trump a suggéré, en avril 2018, au président français Emmanuel Macron de quitter l’UE – mais surtout parce que l’oligarchie sioniste et anglo-américaine a pris acte de la renaissance en Europe de l’idée de nation sur fond de décomposition de l’Union européenne. Aujourd’hui, le danger pour l’Europe n’est pas la montée du populisme et du nationalisme, mais plutôt leur reprise en mains par Israël. La présente analyse exposera comment l’État hébreu, via ses relais aux États-Unis et en Europe, tente de récupérer et détourner la vague souverainiste qui balaye le Vieux Continent.

Vers la fin de l’Union européenne ?

La première fissure idéologique dans l’édifice globaliste a été le Brexit de juin 2016. Je posais alors la question, dans un article du 26 juin 2016 : « La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union va-t-elle entraîner un effet domino ? » L’oligarchie semblait alors commencer à paniquer. Georges Soros avait déclaré (pour ne pas dire menacé) que les Britanniques seraient appauvris en cas de Brexit (il faut rappeler que ce financier judéo-américain s’était considérablement enrichi, en 1992, en spéculant contre la monnaie britannique). D’ailleurs, dès l’annonce du résultat du vote, la bourse de Londres avait chuté.

Mais, en soi, la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne n’a pas de conséquences directes, car elle n’y avait qu’un pied ; en effet, elle n’a adhéré ni à l’Euro ni à l’espace Schengen. Toutefois, comme je l’expliquais, la crainte affichée des oligarques et des européistes aux ordres venait de ce que pouvait inspirer aux autres peuples d’Europe le Brexit. Et je prévoyais un effet domino s’étendant à toute l’Europe, avec la sortie future de l’Union européenne et de l’Euro d’un important pays d’Europe comme la France ou l’Italie.

Le cas italien

Déjà en 2012, le grand reporter britannique Ambrose Evans-Pritchard, dans un article publié dans le Daily Telegraph 1, expliquait en substance que le principal handicap économique de l’Italie était l’Euro. Et il appuyait notamment son argumentation sur des chiffres qui ne mentent pas : en terme de revenu par habitant, l’Italie est plus riche que l’Allemagne, avec une richesse privée qui s’élève à plus de 9 000 milliards d’Euros. Elle avait, en outre, le plus fort excédent budgétaire primaire des membres du G7 ; et sa dette, publique et privée, de 265% du PNB, était plus basse que celle de la France, de la Hollande, du Royaume-Uni, des États-Unis et du Japon.

Andrew Robert, de RBS (Royal Bank of Scotland) expliquait quant à lui : « Les Italiens ont un secteur d’export très dynamique et un excédent primaire. S’il y a un pays dans l’Union monétaire européenne (UME) qui bénéficierait d’une sortie de l’Euro, c’est évidemment l’Italie. »

Une simulation de la Bank of America concluait que l’Italie gagnerait plus que les autres membres de l’Union monétaire européenne (UME) à se libérer et à restaurer son contrôle souverain sur ses politiques. Evans-Pritchard pointait du doigt Mario Monti, l’homme de la banque américaine Goldman Sachs (pour laquelle il a été consultant) alors président du Conseil des ministres italien (de 2011 à 2013).

Le grand reporter expliquait : « Rome possède une poignée d’atouts. Mais le grand obstacle est son Premier ministre, Mario Monti, installé à la tête d’une équipe de technocrates, lors du putsch de novembre 2011, par la Chancelière allemande Angela Merkel et la Banque centrale européenne, sous les applaudissements de la classe médiatique et politique. M. Monti est peut être un gentilhomme d’Europe mais il est aussi un grand prêtre du projet d’Union européenne et un acteur clé de l’appartenance de l’Italie à l’Euro. Plus vite il partira et plus vite l’Italie cessera de glisser vers la dépression chronique. »

La politique d’austérité qu’a mené Mario Monti était totalement injustifiée : une fiscalité de 3,2% du PNB en 2012, et 4,9% en 2013, ce qui a conduit à une contraction de l’économie et une augmentation du ratio de la dette. Résultat de cette politique ? Un taux de chômage qui a atteint 11,9% en 2015. Ambrose Evans-Pritchard prédisait alors : « Il serait étonnant que les électeurs italiens tolèrent cette débâcle longtemps. »

Plus récemment, l’économiste américain (ancien économiste en chef de la Banque mondiale) Joseph Stiglitz prédisait, lors d’une interview accordée le 5 octobre 2016 au quotidien allemand Die Welt : « À moins de deux mois du référendum constitutionnel, crucial pour l’Italie comme pour Matteo Renzi (Président du Conseil des ministres italien de 2014 au 12 décembre 2016), les signaux d’alarme sur un possible ‘Italexit’ (ou d’un « Quitaly ») se multiplient. Ce pourrait être l’événement cataclysmique qui pulvérisera l’Union européenne », et il précise ainsi sa pensée « Il faut s’attendre à ce que, dans les prochaines années l’Italie quitte la zone euro. Les principaux facteurs économiques responsables de cette débâcle sont l’Allemagne et sa politique d’austérité, ainsi que la monnaie unique, l’Euro. »

Une étape décisive menant probablement à cette sortie attendue de l’Euro a été franchie en mai 2018 avec l’arrivée au pouvoir de la coalition réunissant les deux partis anti-systèmes : le Mouvement 5 étoiles et la Ligue.

Outre les réactions hostiles de la presse ouest-européenne vis-à-vis de ce gouvernement de coalition, l’agence de notation anglo-américaine Fitch Rating (de même que ses consœurs Standard & Poor’s et Moody’s) a dégradé, le 31 août 2018, la note (BBB) de la dette souveraine à long terme de l’Italie, en l’assortissant d’une perspective « négative » contre « stable » auparavant.

L’agence de notation dit s’attendre à un relâchement de la discipline budgétaire ; et par « discipline budgétaire » il faut comprendre « austérité économique menant à un appauvrissement de la population »… Ce qui est donc reproché au nouveau gouvernement italien c’est de vouloir mener une politique de relance économique, par une baisse d’impôts, accompagnée de hausses des dépenses sociales. Les agences de notations ne sont rien d’autre qu’une arme sournoise du système financier international, lequel augmente ainsi les taux d’intérêts sur les emprunts des pays que l’ont veut punir et mettre à genou. Aujourd’hui, dans la zone euro, seule la Grèce emprunte plus cher que l’Italie, avec un emprunt à 10 ans qui se négociait à 4,29%, le 30 août 2018.

Chose intéressante : le quotidien Corriere della Sera affirmait que le président américain « Donald Trump aurait offert à l’Italie une aide des États-Unis pour financer la dette l’année prochaine ». Des propos qui auraient été tenus lors de la visite à Washington début août, du chef du gouvernement italien Giuseppe Conte. La visite (fin août) du ministre italien de l’économie à Pékin fait par ailleurs l’objet de nombreuses spéculations sur la demande éventuelle aux Chinois d’une aide financière. Ce qui indiquerait, si l’information est confirmée, une volonté du gouvernement italien de se défaire de l’emprise de la finance judéo-protestante et de sortir de la sphère d’influence géopolitique anglo-américaine. Tout cela ne peut conduire l’Italie qu’à l’inéluctable sortie de l’Euro.

En juillet 2018, un autre économiste, Charles Gave, affirmait avec aplomb : « L’Italie va sortir de l’Euro. Elle va sortir de l’Euro parce qu’ils (les dirigeants italiens) vont faire l’analyse très rapidement qu’ils ne peuvent pas s’en sortir s’ils ont des taux de change fixe avec l’Allemagne, et donc, qu’est-ce qui va se passer en Italie ? Les deux partis au pouvoir vont demander des choses que l’Europe de Bruxelles ne peut pas accepter. On va donc tout droit vers un clash. Le gouvernement italien à ce moment là démissionnera et fera de nouvelles élections et à ce moment vous aurez probablement un seul candidat pour les deux partis au pouvoir… Et ils auront 90% du Parlement. »

Depuis 2012, les analystes et observateurs cités (et d’autres) arrivent à la même conclusion : l’Italie sortira de l’Euro et la monnaie unique explosera. Il est par conséquent inconcevable que les tenants du système oligarchique occidental n’aient pas anticipé ces événements.

Le plan B de l’oligarchie euro-atlantiste

La question qui se pose aujourd’hui concernant l’avenir de l’Union européenne avec la sortie italienne de l’Euro se posait déjà au moment du Brexit en juin 2016. Au lendemain du Brexit, l’on a entendu des responsables politiques déclarer, à l’instar de Manuel Valls que « c’est le moment d’être digne des pères fondateurs, de refonder une nouvelle Europe » 2.

La même année, en novembre 2016, Hubert Védrine (ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2002), qui bénéficie d’une certaine crédibilité politique et d’une image de démocrate-souverainiste, a publié un livre au titre explicite Sauver l’Europe, dans lequel il propose une rénovation de l’Union européenne pour « préserver la souveraineté des nations »… Sauver l’Union européenne et préserver la souveraineté des nations, c’est là une contradiction politique insoluble. « La nation renaît, feignons d’en être les instigateurs », c’est ainsi que l’on pourrait résumer l’attitude des tenants du système face à l’inéluctable décomposition de l’Union européenne et la renaissance de l’idée de nation. La stratégie proposée par Hubert Védrine aux élites, dès 2016, à la suite du Brexit, est la suivante : il préconisait une réconciliation avec les peuples, pour sauver le projet européen et se prémunir de la colère qui gronde.

Dans son livre Sauver l’Europe ! (paru en novembre 2016 aux éditions Liana Lévi), Hubert Védrine proposait un plan, une stratégie, consistant à se réconcilier avec les peuples pour sauver le projet européen et éviter un inéluctable retour de flamme venant du bas de la société. Une colère qui gronde et qui se traduit par des « insurrections électorales. » 3

Hubert Védrine mettait ainsi en garde : « Le populisme c’est la réaction violente de peuples qui se sentent abandonnés et méprisés… Il faut comprendre les causes du populisme et essayer de les désamorcer. Apporter une réponse raisonnable pour canaliser ces demandes qui, sinon, prendront des formes extrêmes. Mais si le système européen demeure incapable d’entendre ces demandes et de se réformer en conséquence, tout peut arriver… Le risque de divorce remonte à longtemps. La prise de conscience, pour moi, c’est le très faible score du oui dans le résultat du référendum de Maastricht. Plus tard, il y a quinze ans déjà, lors d’un Conseil européen à Laaken, on reconnaissait déjà que certains citoyens européens avaient l’impression que leur identité était menacée par la construction européenne !

Mon essai Sauver l’Europe ! est un appel pour réconcilier les peuples et l’Europe.

Pour cela, il faut une révolution mentale des élites qui ont voulu faire l’Europe par le haut et à marche forcée. Méditons ce qu’a dit récemment Wolgang Schäuble : ‘Cela devient difficile de ne jamais tenir compte des peuples.’

Les chefs d’État doivent donc prendre une initiative spectaculaire. Il faut montrer au peuple qu’on l’a entendu et pour cela faire une pause. Organiser une conférence refondatrice qui commencerait sans les institutions européennes (Commission, Parlement, Cour de justice). Avec une déclaration solennelle qui affirmerait, en substance : nous ne serons plus une usine bureaucratique, notre principal objectif sera de garantir la survie du mode de vie européen dans le monde. On distinguerait mieux ce qui doit être traité au niveau européen et ce qui relève, encore ou à nouveau, de la souveraineté des États membres. Ce préalable permettrait ensuite l’organisation d’un nouveau référendum, en même temps, dans tous les pays qui accepterait ce processus de relégitimation. » 4

Jacques Attali, qui a visiblement bien reçu le message d’alerte envoyé par Hubert Védrine, a fini par revoir sa copie mondialiste pour l’adapter au contexte actuel.

Jacques Attali actualise sa stratégie

Le 8 juillet 2018, le Cercle des économistes a organisé une conférence intitulée « Vers un choc des nationalismes ? », où étaient invités, entre autres, Jacques Attali et Mario Monti. Conférence organisée pour répondre à l’inquiétude de ces élites qui voient « la construction européenne menacée par le retour du sentiment de préférence nationale ».

Signe de cette panique, les déclarations de Jacques Attali lors de cette conférence qui contrastent avec l’idéal mondialiste et l’éradication des identités qu’il préconise depuis des décennies. Ainsi, il propose : « Il ne faut pas laisser la nation aux nationalistes… La nation c’est le cœur des choses… Je pense que la francophonie devrait être un espace aussi intégré, aussi puissant politiquement que l’Union européenne. On peut appartenir à deux ensembles structurés… »

Et il termine son raisonnement par cette contradiction dans les termes : « La nation n’est pas un obstacle à la globalisation » Or, la globalisation a pour principe la destruction des nations, ou du moins le transfert de leur souveraineté (politique, juridique, monétaire et militaire) à des institutions supranationales.
La globalisation consiste, en définitive, à faire de la nation une coquille vidée de sa substance.

Israël et l’Union européenne en rupture

Le 11 décembre 2017, la cheffe de la politique étrangère, Fédérica Mogherini, recevait le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou au siège du conseil européen, mais en refusant, au nom des États membres, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État hébreu. Dans la même journée, Netanyahou a rencontré les 28 ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne pour une discussion durant laquelle le Premier ministre israélien a tenté d’assouplir la position de l’UE concernant la politique expansionniste d’Israël au détriment des Palestiniens. Mais les Européens n’ont visiblement pas été convaincus par l’outrecuidant Bibi ; ce dernier a, suite à ce revers, annulé à la dernière minute la rencontre prévue avec le président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Commentant cet épisode, une source diplomatique a affirmé au journal Times of Israël : « Netanyahou a le sentiment que c’est une cause perdue. Nous sommes dans une crise très profonde. C’est une crise réelle, authentique. Et si les choses ne changent pas, on va aller très rapidement dans le mur. »

La crise avait déjà atteint un pic en 2015 lorsque l’Union européenne a pris la décision d’étiqueter les produits provenant des implantations coloniales israéliennes. À tout cela s’est ajouté, en 2018, le refus de Bruxelles de s’aligner sur la décision américaine de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien. Les ministres israéliens, furieux, multiplient depuis lors les attaques contre l’UE, qu’ils accusent de financer le boycott anti-Israël et des organisations liées à des groupes terroristes. Le diplomate israélien cité précédemment a déclaré à ce propos : « L’UE défend encore âprement l’accord sur le nucléaire iranien que nous considérons comme une menace existentielle. Comment sommes-nous supposés la traiter ? »

La crise que connaît l’Union européenne et les relations diplomatiques tendues entre Tel-Aviv et Bruxelles conduisent les dirigeants israéliens à faire un choix évident : favoriser des accords bilatéraux passés avec les États-membres au niveau individuel.

Le repositionnement israélien face à la remontée du nationalisme européen

Dans l’actuelle séquence historique, qui tend vers un retour aux nations, Israël s’est repositionné en vue d’accompagner la vague populiste aux États-Unis et en Europe. Plus que cela, l’État hébreu tente de faire une OPA sur le souverainisme renaissant sur le Vieux Continent, souverainisme qui défie l’Union européenne. La manœuvre de récupération a démarrée dès 2016, comme nous le verrons plus loin.

Et ce processus de récupération est aujourd’hui à un stade avancé, notamment avec un livre écrit par le journaliste israélien Anshel Pfeffer, correspondant de The Economist et éditorialiste au journal israélien Haaretz. Son ouvrage, intitulé Bibi, est une biographie valorisante de Netanyahou, dont Anshel Pfeffer redessine les traits pour en faire un homme cultivé, un brillant visionnaire, un leader mondial et un exemple que suivraient des dirigeants tel qu’Orban, Trump et Poutine.

Dans un entretien – titré « Pour les Trump, Poutine, Orban… Netanyahou fait office de patriarche » – accordé au journal Libération, le journaliste israélien tente de nous faire croire que « pour les Trump, Orban, Salvini, Duterte, Abe ou même Modi et Poutine – toute une génération de leaders qui défient le modèle progressiste occidental fondé sur le respect des droits de l’homme – Netanyahou fait office de patriarche, de modèle. Ils se disent : ‘‘Ce type est en poste depuis si longtemps, gagnant élections après élections, et il fait ce qu’on a toujours voulu faire : dire à la gauche et aux médias d’aller se faire foutre’’. La conséquence, c’est que dans le club des grands de ce monde, les dirigeants à la Macron ou Merkel sont mis en minorité. Il est plus difficile que jamais de peser sur Netanyahou… »

Le but de la manœuvre est de raccrocher au wagon israélien les nations occidentales qui tentent de s’émanciper des structures mondialistes (Union européenne, OTAN…), alors que Netanyahou et son pays sont de plus en plus isolés diplomatiquement, et mis en difficulté sur le plan géopolitique, avec la défaite quasi-totale des groupes terroristes en Syrie et en Irak, et la présence de l’armée iranienne et du Hezbollah à la frontière israélienne.

Mais cette récupération de la vague populiste européenne ne peut pas se faire par Israël seul. L’étude de l’histoire des communautés juives a mis en évidence que leurs élites ont, depuis l’Antiquité, utilisé des tiers, des relais, pour accomplir leur projet eschatologique ; et cette stratégie est aussi usitée sur le court terme, pour prendre le pouvoir politique et économique. 5

Soros/Bannon : une opposition contrôlée

Dans un article du 7 août 2018, titré « Les milliardaires américains s’affrontent pour le contrôle politique de l’Europe », Eric Zuesse rapporte : « Un concours pour le contrôle politique de l’Europe se prépare entre deux camps américains, l’un dirigé par Soros, établi de longue date, et l’autre mis sur pied par Steve Bannon, l’ancien directeur de campagne de Donald Trump. Soros a longtemps conduit les milliardaires libéraux américains à contrôler l’Europe, et Bannon est en train d’organiser une équipe de milliardaires conservateurs américains pour arracher ce contrôle aux milliardaires libéraux… »

Le 20 juillet 2018, le site américain The Daily Beast se faisait l’écho de cette compétition entre Soros et Bannon pour le contrôle de l’Europe. On y apprend que Soros a « donné 32 milliards de dollars a des causes libérales » tandis que Bannon s’installe en Europe pour créer The Movement, une « fondation populiste, afin de rivaliser avec Georges Soros et déclencher une révolte de droite à travers le continent ».

Interviewé par The Daily Beast, Steve Bannon a déclaré qu’il était en train de créer une fondation en Europe appelée The Movement qui, espère-t-il, mènera une révolte populiste de droite à travers le continent à partir des élections du Parlement européen au printemps 2019. Steve Bannon serait alors en mission sur le continent européen pour mener les partis politiques populistes et anti-systèmes d’Europe dans une lutte finale contre le mondialisme.

Depuis le premier trimestre 2018, il fait le tour des pays européens pour coordonner les partis populistes en vue des élections européennes à venir. Ainsi, il fit une grande tournée, en Italie, en Suisse, en Allemagne (pour rencontrer la droite alternative). Il s’est aussi rendu, en mars 2018, au congrès du FN, où il a rencontré Marine Le Pen ; et à cette occasion, il a déclaré à propos de Marion Maréchal : « Elle n’est pas simplement une étoile montante en France, elle est l’une des personnes les plus impressionnantes au monde ».

Une façon d’expliquer à sa tante, Marine, que l’oligarchie qu’il représente en Europe lui ordonne de s’écarter gentiment au profit de Marion. Bannon nous est présenté comme une sorte de philanthrope de droite, nationaliste, opposé au philanthrope libéral, internationaliste, Soros. Mais celui qui a étudié l’histoire du rapport dialectique entre capitalisme et communisme, verra aisément dans cette lutte entre les réseaux de Soros et ceux que représente Bannon une opposition contrôlée.

Qui est Steve Bannon ?

Bannon est un ancien officier de renseignement dans la Marine, qui a eu une grande carrière dans la finance, notamment au sein de la banque américaine Goldman Sachs, pour finir producteur dans le cinéma et la télévision. 6

Il fut le président exécutif (de 2012 à 2016, puis du 18 août 2017 au 9 janvier 2018) du média américain Breitbart News, lequel ambitionne, paraît-il, de « remplacer Fox News » 7

Breitbart, le média de l’alt-right (droite alternative), fut fondé en 2007 en Israël. Et à ce propos, le consultant stratégique, André Archimbaud, explique : « Bannon a relancé Breitbart, organe conçu en Israël pour les États-Unis avec la bénédiction de Netanyahou afin d’utiliser, à droite, les méthodes de disruption de l’extrême gauche »

D’ailleurs, Breitbart a lancé, le 17 novembre 2015, le site Breitbart Jerusalem, qui traite de l’actualité israélienne et proche-orientale.

Bannon et le lobby pro-israélien

Alors que durant la campagne électorale de 2016 Steve Bannon (qui était directeur de campagne de Donald Trump) se voit accusé d’être antisémite, la Zionist Organization of America (ZOA) prend sa défense.

Dans un communiqué publié sur son site internet, Morton A. Klein, le président de ZOA, déclare, en réponse à l’Anti-Defamation League (ADL) : « Steve Bannon est un patriote américain qui défend Israël et qui a une profonde empathie pour le peuple juif… Le site Breitbart News de M. Bannon lutte courageusement contre la haine du Juif et d’Israël…

Est-ce que les extraordinaires conseillers pro-israéliens de Trump, tels que Newt Gringrich, Rudy Giuliani, Mike Pence, Mike Huckabee, Sheldon Adleson, et le gendre juif de M. Trump, Jared Kushner, ou David Friedman, et Jason Greenblatt, permettraient à un antisémite et anti-israélien de travailler avec eux ? Est-ce qu’Ivanka Trump, convertie au judaïsme et dont les enfants vont à l’école juive orthodoxe, permettrait à un antisémite de travailler avec son père ?  ».

L’Anti-Defamation League, qui a accusé Bannon d’être antisémite, est une organisation juive américaine fondée par la loge maçonnique juive B’naï B’rith (Les enfants de l’Alliance). Cette organisation, qui est l’équivalent américain de la LICRA, se charge de « soutenir les juifs contre toute forme d’antisémitisme et de discrimination ».

L’ADL, qui combat « l’extrême droite », serait, en France, classée à la gauche du spectre politique. Dans ce jeu d’opposition contrôlée, les juifs libéraux (à gauche) diabolisent Bannon, tandis que les juifs conservateurs (à droite) le soutiennent et le défendent. C’est ainsi qu’on borde la voie et qu’on maintient sous contrôle un pion qui aurait des velléités d’indépendance… S’il venait à l’esprit de Steve Bannon de s’émanciper, ses soutiens juifs de droite le jetteraient en pâture à l’ADL et aux grands médias américains. Steve Bannon a participé, en novembre 2017, à la conférence de la ZOA durant laquelle il a déclaré : « Je ne suis pas un modéré, je suis un combattant. Et c’est pourquoi je suis fier de soutenir l’État d’Israël. C’est pourquoi je suis fier d’être un sioniste chrétien. »

Il a aussi profité de l’occasion pour remercier Sheldon Adelson qui a « conseillé et guidé Trump pour surmonter le scandale sexuel » qui l’a touché en pleine campagne électorale. Adelson, qui se trouve être également le principal financier de la ZOA. Sheldon Adelson est un milliardaire juif d’origine ukrainienne. Il est roi des casinos, un des hommes les plus riches des États-Unis ; il est un ami proche de Benjamin Netanyahou, et un des principaux donateurs du parti républicain et de la campagne de Donald Trump : en 2016, il a versé 80 millions de dollars au parti républicain, et 25 millions pour la campagne de Trump. Une des raisons pour laquelle Bannon se montre si reconnaissant : « La victoire de Trump à l’élection ne serait pas advenue sans Sheldon Adelson. »

Toujours à la conférence de l’organisation juive sioniste, Bannon tint des propos contre l’establishment et la « global class » (l’hyper classe mondiale) : « Nous menons un mouvement insurrectionnel contre l’establishment républicain, contre la classe mondiale permanente à Washington. »

Bannon s’oppose verbalement à l’hyper classe, dans une organisation de l’hyper classe… C’est un peu comme si un commissaire politique soviétique tenait des propos anticommunistes devant le Politburo. En toute logique, comme le rapporte le Times of Israel, « cette phrase n’a pas reçu d’applaudissement de la majorité de l’assemblée juive ». Assemblée qui devait se sentir visée.

Sheldon Adelson n’était pas présent à cette conférence où Bannon lui a rendu ce vibrant hommage. Son absence s’explique sans doute par une volonté de ne pas apparaître comme un soutien de Bannon dans le combat que mène ce dernier contre des élus républicains.

Le site américain Politico rapportait (le 13 novembre 2017) que Sheldon Adelson ne soutiendrait pas Bannon en 2018 dans les élections (qui auront lieu le 6 novembre 2018) de mi-mandat (élections des deux chambres du Congrès) contre les Républicains. Mais depuis lors, Steve Bannon est concentré sur le projet de coordination des partis populistes européens.

Israël derrière « The Movement » de Steve Bannon

The Movement a été fondé dès le 9 janvier 2017 – alors que Bannon occupe le poste de conseiller du président des États-Unis à partir du 20 janvier 2017 – à Bruxelles par Steve Bannon et Mischaël Modrikamen, qui en est le directeur exécutif.

Mischaël Modrikamen est un avocat et homme politique belge qui a créé en novembre 2009 un parti politique, le Parti populaire, qui se situe à la droite de l’échiquier politique, plutôt sécuritaire et anti-immigration mais ultra-libéral sur le plan socio-économique. Le vice-président du Parti populaire est Joël Rubinfeld, ancien secrétaire général des amitiés belgo-israéliennes, et ancien président (de 2007 à 2010) du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB).

Il est aussi membre fondateur et président de la Ligue belge contre l’antisémitisme, vice-président du Congrès juif européen (EJC) en 2009 et 2010 et co-président du Parlement juif européen (EJP) de 2012 à 2014. L’on peut d’ailleurs trouver une photo de Joël Rubinfeld, tout sourire, aux côtés d’Avigdor Liberman (l’actuel ministre israélien de la Défense). Mais revenons à l’associé de Steve Bannon, le véritable fondateur de The Movement, Mischaël Modrikamen.

Il fut, de 2000 à 2003, le président de la Communauté israélite libérale de Belgique. Durant cette période, il fut l’avocat de la communauté juive dans les négociations sur les biens spoliés sous l’occupation. Au terme des négociations, les banques, les assurances et l’État belge ont versé plus de 100 millions d’euros aux survivants juifs des déportations nazies.

Information que je livre au passage : M. Modrikamen a été inculpé, le 25 mars 2010, pour faux et blanchiment, dans le cadre de la faillite de la société Donaldson dont il présidait le conseil d’administration. Mischaël Modrikamen est un agent d’Israël en Europe et un relais de la propagande sioniste. En décembre 2016, il participe à l’International Leaders summit à Jérusalem ; il fut reçu, en tant que président du Parti populaire, avec sa délégation, par le chef du Shomron (Samarie) Council et à la Knesset (le Parlement israélien).

À cette occasion, Modrikamen tint un discours qui témoigne bien de la stratégie sioniste de récupération de la vague populiste en Europe : « On me traite de populiste, cela ne me dérange pas. Le populisme c’est exprimer ce que les gens ordinaires souhaitent… Les élites ne se rendent pas compte de ce qui se met en place au niveau mondial. Le Brexit et Trump ont montré la voie. C’est une vraie révolution qui est en marche !  Nous sommes des citoyens du monde et nous ne rejetons personne, mais nous voyons que nous ne sommes pas souvent respectés dans nos pays et dans le monde. Cela nous fait un point commun avec Israël, souvent critiqué par des gens qui n’y ont jamais mis les pieds et se laissent intoxiquer par les médias occidentaux. Non, ce n’est pas un pays en guerre perpétuelle. Beaucoup de gens y vivent et travaillent normalement, Israéliens comme Palestiniens. Tout ne se résume pas à la situation à Gaza. Nous avons beaucoup à apprendre de ce pays, dans la lute contre le terrorisme, mais aussi en matière économique. »

Lors de ce sommet, co-organisé et dirigé par Yasmine Dehaen, qui se trouve être l’épouse de Mischaël Modrikamen, on trouvait des participants américains, belges, indiens, israéliens, et anglais ; des partis eurosceptiques comme le UKIP de Nigel Farage étaient également présents. Je rappelle ici que le principal financier du parti UKIP de Nigel Farage est Richard Desmond, un millionnaire juif anglais, détenteur, entre autres, du journal Daily Express, de OK magazine et de chaînes de télévision pornographiques. Précisons aussi, qu’il apportait son soutien financier au Parti travailliste puis au parti conservateur avant de se tourner vers le parti de Nigel Farage, afin de prendre le contrôle de cette opposition.

D’ailleurs, Richard Desmond avait maintenu l’ambiguïté en déclarant, en 2015, qu’il était favorable au référendum mais qu’il ne savait pas s’il voterait pour ou contre. 8

Le sommet à Jérusalem a été l’occasion, pour les participants, d’exprimer, comme le rapporte Didier Swysen (envoyé spécial à Jérusalem), leur défiance vis-à-vis de l’Union européenne – conformément au repositionnement israélien que j’ai décrit précédemment – et d’ajouter : « Ils ont appelé au respect de l’État de droit trop malmené au goût des orateurs, s’inquiétant de la lutte contre le terrorisme et des flux migratoires incontrôlés, chevaux de bataille du Parti populaire et de ses alliés européens. »

Et le sommet s’est terminé par la signature de la « Déclaration de Jérusalem », un document qui, selon les termes de M. Modrikamen, « Réaffirme l’État de droit, la libre entreprise, les taxes sous contrôle, la défense des valeurs de la société occidentale ou la lutte contre l’islam radical. »

C’est donc à Jérusalem qu’a été officiellement élaborée la nouvelle stratégie attribuée à Bannon, et ce, le mois précédant la création de The Movement. Une stratégie qui ne vise pas à émanciper les peuples d’Europe, mais à les ramener dans l’escarcelle israélienne. Tel est le piège tendu aux peuples d’Europe.

Youssef Hindi

Youssef Hindi est l’auteur du livre Occident et Islam, Le paradoxe théologique du judaïsme Comment Yahvé usurpa la place de Dieu

Loin de remettre en cause le monothéisme, voici un récit historique inédit du dévoiement de l’idée monothéiste par un groupe d’Hébreux qui a cru bon d’adopter puis d’imposer au peuple d Israël une divinité qui lui était alors inconnue, Yahvé. Celui-ci s’est substitué, à la suite d’un lent processus, à El, le Dieu d’Abraham, des Patriarches et des prophètes. Contrairement à une idée répandue, les Hébreux n’ont pas inventé le monothéisme, mais une partie d’entre eux l’a dévoyé. C’est ce que démontre Youssef Hindi, après avoir remonté la trace de la croyance en un Dieu Unique dans l’Antiquité la plus reculée. L’enquête nous mène aux tous débuts de l’Histoire, aux deux extrémités du Croissant fertile, de Sumer à l’Égypte, en passant par Canaan. Il nous fait découvrir les preuves écrites de la croyance en Dieu, Unique et Universel, antérieures à la Torah de plus d’un millénaire. Malheureusement le monothéisme, présent dans la Torah originelle, fut perverti par la confusion opérée entre un dieu tribal, Yahvé, et le Dieu Universel, El. Cette usurpation a donné naissance au judaïsme et à son paradoxe théologique : l’universalisation d’un dieu tribal, avec des conséquences historiquement dévastatrices.

Livre disponible sur Amazon ou à la Librairie française.

Notes

  1. Ambrose Evans-Pritchard, « Mario Monti’s exit is only way to save Italy », 10/12/2012, Daily Telegraph
  2. Europe 1, Brexit : « révélateur d’un malaise trop longtemps ignoré au sein de l’UE », pour Manuel Valls
  3. Le Monde, « Hubert Védrine : ‘L’ère des insurrections électorales’ », 11/11/2016.
  4. Le Figaro, « Hubert Védrine : ‘Après le coup de gong, que faire ?’ », 12/13 novembre 2016.
  5. Cf. Youssef Hindi, Occident & Islam – Tome II : Le paradoxe théologique du judaïsme. Comment Yahvé usurpa la place de Dieu, 2018, Sigest, chapitre IV.
  6. Cf. André Archimbaud, « Présent au congrès du Front national, Steve Bannon construit patiemment son International populiste », Boulevard Voltaire, 10/03/2018.
  7. L’Observatoire du journalisme (OJIM), 15/09/2017.
  8.  Henry Mance, Ukip donor Richard Desmond unsure over EU exit, FT.com, 12/06/2016.

 

http://lesakerfrancophone.fr/leurope-face-a-son-destin

 

Le retour des euromissiles se prépare

Le retour des euromissiles se prépare

Le Pentagone a finalement admis que le président Poutine ne bluffait pas lorsqu’il a présenté le nouvel arsenal russe aux membres de la Douma, le 1er mars 2018. Moscou est désormais nettement en avance en matière d’armement conventionnel. Or, compte tenu de l’état de leur recherche militaire, les États-Unis ne seront pas en mesure de créer rapidement un équivalent au missile hypersonique Avanguard. Le président Trump se prépare donc à dénoncer le traité INF et rééquiper son pays de missiles nucléaires à moyenne portée, seule solution pour rééquilibrer les forces.

| Damas (Syrie)

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L’annonce que « Trump met à la casse le traité nucléaire historique avec Moscou » —le Traité sur les forces nucléaires intermédiaires (INF en anglais)— n’était pas inattendue. Mais maintenant c’est officiel. Pour comprendre la portée de cet acte, on doit rappeler le contexte historique dont est issu le Traité.

Il est signé à Washington, le 8 décembre 1987, par le président des USA Ronald Reagan et par le président de l’URSS Michail Gorbatchev, mis d’accord l’année précédente au sommet de Reykjavik. Sur la base de ce traité les États-Unis s’engageaient à éliminer les « euromissiles » : les missiles balistiques Pershing 2, basés en Allemagne de l’Ouest, et les missiles de croisière lancés du sol, basés en Grande-Bretagne, en Italie, en Allemagne de l’Ouest, en Belgique et aux Pays-Bas ; l’Union Soviétique s’engageait à éliminer les missiles balistiques SS-20, basés sur son propre territoire.

Le traité FNI (Inf) déterminait non seulement un plafond au déploiement d’une catégorie spécifique de missiles nucléaires, mais l’élimination de tous les missiles de cette catégorie : jusqu’en 1991 il en fut éliminé au total 2 692. La limite du traité consistait dans le fait qu’il éliminait les missiles nucléaires à portée intermédiaire et courte lancés du sol, mais pas ceux qui étaient lancés depuis la mer et l’air. Malgré cela, le Traité FNI constituait un premier pas sur la voie d’un réel désarmement nucléaire.

Cet important résultat était dû substantiellement à l’« offensive du désarmement » lancée par l’Union Soviétique de Gorbatchev : le 15 janvier 1986, elle avait proposé non seulement d’éliminer les missiles soviétiques et états-uniens à portée intermédiaire, mais de mettre au point un programme complet, en trois phases, pour le bannissement des armes nucléaires pour l’an 2000. Projet qui resta sur le papier parce que Washington profita de la crise et de la désagrégation de la super-puissance rivale pour accroître la supériorité stratégique, y compris nucléaire, des États-Unis, demeurés unique super-puissance sur la scène mondiale.

Il n’est pas fortuit que le Traité FNI ait été mis en discussion par Washington quand les États-Unis ont vu diminuer leur avantage stratégique sur la Russie, la Chine et d’autres puissances. En 2014, l’administration Obama a accusé la Russie, sans apporter aucune preuve, d’avoir expérimenté un missile de croisière de la catégorie interdite par le Traité, annonçant que « les États-Unis sont en train de considérer le déploiement en Europe de missiles avec base à terre », c’est-à-dire l’abandon du Traité FNI [1]

Le plan a été confirmé par l’administration Trump : durant l’année fiscale 2018 le Congrès a autorisé le financement d’un programme de recherche et de développement d’un missile de croisière lancé du sol par une plateforme mobile sur route. Le plan est soutenu par les alliés européens de l’Otan. Le récent Conseil Atlantique Nord au niveau des ministres de la Défense, auquel a participé pour l’Italie Elisabetta Trenta (M5S), a déclaré que « le traité FNI est en danger à cause des actions de la Russie », accusée de déployer « un système de missiles déstabilisant, qui constitue un sérieux risque pour notre sécurité ». Moscou nie que ce système de missiles viole le Traité FNI et, à son tour, accuse Washington d’avoir installé en Pologne et en Roumanie des rampes de lancement de missiles intercepteurs (ceux du « bouclier »), qui peuvent être utilisées pour lancer des missiles de croisière à tête nucléaire.

Selon des informations filtrées par l’Administration, les États-Unis se préparent à déployer des missiles nucléaires à portée intermédiaire lancés du sol non seulement en Europe contre la Russie, mais aussi dans le Pacifique et en Asie contre la Chine.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

http://www.voltairenet.org/article203648.html

Le mur de l’OTAN, par Ivan Blot

Le mur de l'OTAN, par Ivan Blot

Le mur de l’OTAN, par Ivan Blot

4ème Forum de la Dissidence le 17/11 à Paris : la billetterie est ouverte !

Par Ivan Blot, ENA, docteur ès sciences économiques, inspecteur général honoraire de l’administration ♦ Le combat. Voilà le mot qui a rythmé la vie d’Ivan Blot autant qu’il a rythmé les hommages qui se sont multipliés à sa mort. Ivan Blot était un combattant. Et il l’est resté jusqu’à ses derniers instants. Décédé le mercredi 10 octobre dernier, il était encore sur le front quelques jours avant son départ. Il a ainsi pu rédiger deux derniers articles. Voici le premier, traitant du nécessaire apaisement entre la Russie et l’Europe. Un sujet fondamental à ses yeux. Son dernier combat.


https://www.polemia.com/ivan-blot-50-ans-de-combat-intellectuel-par-jean-yves-le-gallou/embed/#?secret=Yb4fLS4tZf

Le mur de Berlin est de triste mémoire. Pour qu’il y ait « mur », il faut des conditions au moins chez un partenaire.

1/ Une idéologie « dure », gérée par des oligarques, qui se croit scientifique ou de logique absolutiste. (Les Droits de l’Homme = Nouvelle religion dogmatique). C’est incompatible avec la liberté. On affirme des « valeurs » dont Heidegger dit qu’elles sont une insulte envers l’Etre. Au nom des Valeurs, on attaque l’Etre des Nations.

2/ Une propension à agresser ceux qui pensent autrement avec des sanctions à la clé et à mépriser les votes démocratiques. C’est incompatible avec la souveraineté démocratique.

3/ Un dispositif militaire et policier pour appliquer ces principes dictatoriaux.

L’OTAN répond tout à fait à ces trois critères. A l’origine, traité anti-communiste, il a été modifié pour assurer la défense des « Valeurs occidentales » donc de l’idéologie dure fossilisée. Ainsi, dans un grand paradoxe historique, s’est constituée une nouvelle sorte d’URSS mais fondée sur la dictature idéologique de l’économie de marché dominée par des oligarques.

L’Union Européenne est la version politico-économique de ce système oligarchique qui nie les intérêts des Peuples et veut étouffer leurs voix.
La Commission est une sorte de Soviet suprême bureaucratique qui échappe au contrôle populaire un peu comme la Sainte Alliance de Metternich en 1815 : tout sauf démocratique (mais renversée par les révolutions de 1830 et 1848).
Le Parlement Européen, sélectionné par les partis oligarchiques, est un soviet idéologique intraitable.

Résultat : on a créé un « mur » de l’Estonie à la Mer Noire, entre les pays de l’OTAN d’un côté et la Russie et la Biélorussie de l’autre.

L’Ukraine balance entre les deux car on n’ose pas la faire rentrer dans l’OTAN, par peur des réactions défensives russes. Les Russes et Biélorusses font des manœuvres militaires contre un agresseur virtuel venant de l’Ouest : manœuvres Zapad 2017.

D’autre part, les occidentaux envoient des troupes dans les pays Baltes, la Pologne et la Roumanie principalement.

Si vous voyagez selon cette ligne de fracture, vous notez qu’il faut des heures pour franchir cette frontière et vous longez des clôtures de barbelés comme au bon vieux temps. On fortifie des 2 côtés de ce nouveau « rideau de fer », disons « rideau de barbelés ».

L’OTAN se prétend défensive mais tient des discours idéologiques agressifs et de propagande anti russe. Elle voudrait recréer en Russie et Biélorussie la situation de l’Ukraine. Celle-ci est ruinée. Le PNB par habitant est le tiers du PNB russe ! Il faut donc cesser de croire que la Russie est en continuité avec l’URSS. Ce qui ressemble idéologiquement le plus à l’URSS (plus la prospérité économique certes), c’est l’Europe Occidentale.

Aux USA, Madame Clinton représente parfaitement ce nouveau totalitarisme très répandu dans les élites dirigeantes qui se battent contre Trump.

La Russie vient de faire des exercices militaires géants avec la Chine (Vostok 2018). Veut-on créer un bloc Russie-Chîne de 1,6 milliards de personnes contre l’Europe occidentale (0,4) et les USA (0,3) ? A long terme, c’est stupide.

De même que les pays satellites d’autrefois stagnaient, l’Europe perd peu à peu du poids face à ces trois blocs USA/Russie/Chine.

Il faut donc attaquer l’idéologie mortifère qui justifie ce nouveau mur de Berlin et permettre la liberté de circulation véritable avec l’Europe de l’Ouest. Il faut donc abandonner notamment les sanctions anti-russes. On y gagnerait des points de croissance vitaux pour notre avenir européen commun !

Ivan Blot
24/10/2018

Source : Correspondance Polémia

https://www.polemia.com/le-mur-de-lotan-par-ivan-blot/