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ASSURER SEUL SA DÉFENSE ?

ACTUS – NEWSDÉFENSEG2S ASSOCIATION

G2SGénéral Desportes

ASSURER SEUL SA DÉFENSE ?


G2S

G2S5 JUILLET 2019

Soldats belges. Crédit : DR.

Pour le GDI (2S) Vincent DESPORTES, l’OTAN, tel que nous la connaissons, vit ses dernières années. Pris individuellement aucun pays, y compris la France, n’a les moyens d’assurer seul sa défense dans tous les domaines Il y a donc urgence à bâtir une défense de l’Europe avec les pays qui en partagent notre vision des enjeux.

LA DÉFENSE, OUTIL IMPÉRATIF DE L’AUTONOMIE EUROPÉENNE

Les Européens ont longtemps cru que, pour avoir éliminé la guerre sur leur propre sol, ils l’avaient éradiquée. La montée des tensions internationales, la renaissance des politiques de puissance, l’explosion du terrorisme les ramènent à la raison. La guerre a toujours un bel avenir et les rapports humains demeurent des rapports de force. Dès lors, raisonner seulement économie en acceptant le nanisme politique et militaire est une faute : on ne peut penser l’Europe sans espérer sa maturité stratégique, donc sans vouloir son autonomie, donc sans bâtir sa défense.

POURQUOI FAUT-IL CONSTRUIRE L’EUROPE DE LA DÉFENSE ?

C’est impératif d’abord, parce que, en termes de défense, l’échelle des nations européennes est dépassée. Une puissance moyenne ne peut plus se doter d’un système de défense cohérent, comme ce fut le cas jusqu’au milieu du XXe siècle. Pour deux raisons.

  • La première relève de l’expansion continue des domaines de conflictualités. La guerre n’abandonne jamais un espace dont elle s’est emparée. Il fallait hier être capable de combattre sur terre, puis sur mer ; les évolutions technologiques du XXe siècle ont imposé aux armées de détenir des capacités de combat dans la troisième dimension, air puis espace, et – pour certaines – nucléaires. Le XXIe siècle rajoute le cyberespace et il faudra demain se défendre dans tout nouvel espace conquis par l’homme. À l’expansion des espaces de guerre ne correspond nullement celui des budgets militaires de plus en plus chichement comptés. A supposer qu’il en ait la volonté politique, un État européen n’est plus en mesure de constituer en solo une capacité d’action substantielle dans les cinq espaces d’affrontement.
  • La deuxième raison relève de l’accroissement exponentiel du coût des équipements. Chaque nouvelle génération d’armement multiplie par 10 (et parfois davantage) le coût des systèmes d’armes alors même que les équipements sophistiqués fabriqués en petite série ont un coût prohibitif. Tout État est donc contraint de réduire son parc à chaque saut générationnel… ou d’accepter le décrochage technologique.

La conséquence ? Sauf pour les superpuissances dotées de vastes moyens budgétaires, le choix se fait entre un système de défense échantillonnaire, affaibli de déficiences capacitaires béantes, et le rétablissement de la cohérence et de l’exhaustivité à un niveau supranational. Pour les nations européennes, il est donc techniquement nécessaire de retrouver à ce niveau
les capacités manquantes au niveau national.

C’est ici qu’apparaît à nouveau la nécessité de l’Europe de la défense : ce niveau supranational doit être fiable. Or, si cela a été longtemps le cas de l’Alliance atlantique, c’est fini. Les Européens savent que leur défense ne vaut que par la garantie américaine… mais elle est devenue un mythe pernicieux.

Ils tentent de se rassurer : « la défense collective, c’est l’OTAN ». Exact, pour un certain temps encore… mais hasardeux !

Les États-Unis assurent la part majeure du budget de l’OTAN et quand ils seront définitivement tournés vers leur Ouest, il n’y aura plus de défense collective de l’Europe ! Ce « pivot stratégique » de l’Atlantique vers le Pacifique reflète la réalité du monde. Dans moins de vingt ans, la population américaine d’origine européenne sera devenue minoritaire et le vieux réflexe de défense de la « terre des ancêtres » aura disparu. Les États-Unis, affranchis de leur dépendance énergétique à l’égard du Proche-Orient, pourront certes connaître de brefs regains d’intérêt pour l’Europe mais soyons sans illusions : jamais plus le soldat RYAN ne viendra mourir sur une plage d’Europe… d’autant qu’il s’appellera RAMIREZ ! N’imaginons pas qu’une fois la page TRUMP tournée, le flot s’inversera : il s’agit d’une tendance lourde. Le découplage États-Unis/Europe est inéluctable : TRUMP n’est pas un accident de l’histoire.

Ne pouvant lier son destin à une puissance dont les intérêts stratégiques s’éloignent des siens, l’Europe doit prendre acte que l’OTAN n’est plus son assurance tous risques et réagir, vite : elle ne dispose plus que de quelques années pour construire son propre système de défense. À défaut, elle se trouvera fort démunie lorsque le dernier navire de l’US Navy aura quitté Anvers pour ramener à Baltimore le dernier soldat américain.

Enfin, soyons en sûrs, le monde a besoin d’Europe. Qu’on le veuille ou non, notre monde né le 26 juin 1945 à San Francisco est aujourd’hui moribond. Or, notre planète en ébullition, en mutation profonde, de moins en moins régulée par des organisations faiblissantes, notre planète a besoin d’Europe.
Une Europe née de l’entrechoquement sanglant des ambitions nationales, puis des Lumières, puis de massacres encore, une Europe devenue pôle de sagesse et d’équilibre, une Europe creuset et porteuse des valeurs humanistes, une Europe aux ambitions désormais raisonnables, facteur d’apaisement dans un monde qui court à nouveau vers le gouffre.

L’Europe doit jouer son rôle dans le monde. Mais pour cela elle doit être entendue, donc militairement forte. Car depuis que le monde existe, son histoire est ainsi faite : les valeurs ne valent que par la puissance de l’épée, la voix ne porte qu’en fonction du calibre des canons. Or aujourd’hui l’Europe, privée de puissance militaire commune, est un continent aphone. Cela explique que la France joue aujourd’hui un rôle plus important que l’Europe sur la scène internationale : elle peut s’engager concrètement, au cœur des crises. Sa voix porte bien davantage que celle de l’Europe.

QUEL MODÈLE POUR LA DÉFENSE DES PAYS EUROPÉENS ?

L’armée européenne est-elle la solution ? Elle est plutôt une Vision, mais une vision à long terme. En effet, une armée démocratique est nécessairement une armée de citoyens : tant qu’il n’y aura pas de citoyens européens, il n’y aura pas d’armée européenne. Celle-ci suppose une autorité politique légitime décidant pour les nations de l’intérêt stratégique commun, donc, si nécessaire, de l’engagement des forces – et de la mort… – au combat. Nous en sommes loin. Mais c’est une vision utile, un jalon ultime.

Il faut donc construire auparavant – et urgemment : il nous reste vingt ans tout au plus – une armée des nations européennes. Pas des 27 nations : nous n’avons plus le luxe du rêve. L’élargissement européen a été poussé par l’Oncle Sam pour dissoudre l’Europe dans l’espace : résultat brillamment atteint. De Paris à Budapest, les perceptions des menaces et des intérêts stratégiques, les cultures opérationnelles, sont trop divergentes pour que les pays de l’Union acceptent d’une seule voix de subordonner leur défense à la mise en commun de moyens dont ils auraient perdu la liberté d’emploi.

Le réalisme veut donc que l’on parte d’un noyau de nations souveraines capables de compromis stratégiques et d’érosion de leur autonomie au nom d’un intérêt supérieur accepté, dépassant les égoïsmes nationaux. Ce qui suppose une conscience claire de ce qui a été écrit plus haut, un volontarisme sans faille et un façonnage obstiné des opinions publiques pour le bien commun des citoyens. La solution aujourd’hui la plus prometteuse a fait ses preuves dans d’autres domaines – celui de la politique monétaire en particulier. C’est celle d’un Eurogroupe de défense, porté par les volontés conjointes de la France et de l’Allemagne, dans lequel les décisions seraient prises à la majorité qualifiée.

Dans un monde aux évolutions belligènes et en l’absence de capacité régulatrice internationale, il revient à l’Europe d’assumer sa défense commune. S’ils tiennent à leur civilisation, les Européens doivent se doter au plus tôt de moyens propres de défense : de manière réaliste, fermement mais pas à pas, en cessant de rêver à un ordre ancien définitivement disparu.

Peu importe, au fond, l’appellation. Ce dont l’Europe a besoin, c’est une défense de l’Europe, par l’Europe et pour l’Europe, disposant d’une capacité militaire autonome et intégrée, apte à défendre en autonomie ses intérêts et sa capacité à vivre comme elle l’entend.DéfenseÉtats-UnisEuropeG2SGénéral Desportes

https://theatrum-belli.com/assurer-seul-sa-defense/

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Commission Européenne : Ursula von der Leyen choisie pour la présidence

Europe

Commission Européenne : Ursula von der Leyen choisie pour la présidence

Par Challenges.fr le 02.07.2019 à 19h28

Les chefs d’Etat et de gouvernement européens ont décidé mardi de proposer la candidature d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission.

Commission Européenne : Ursula von der Leyen choisie pour la présidence

Commission Européenne : Ursula von der Leyen choisie pour la présidencePOOL

Les chefs d’Etat et de gouvernement européens ont décidé mardi de proposer la candidature d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission et choisi Charles Michel comme président du Conseil, Josep Borrell comme Haut représentant aux Affaires étrangères et Christine Lagarde comme présidente de la Banque centrale européenne (BCE), a annoncé le président du Conseil, Donald Tusk.PUBLICITÉDÉCOUVRIR

Un road-trip sous le soleil écrasant du Mexique

Dans cette histoire exubérante et décalée, Jean-Baptiste Maudet, avec son premier roman « Matador Yankee » (Le Passage), entraine le lecteur dans une aventure rocambolesque où rien ne se passe comme prévu !LECTEURS.COMPROPOSÉ PAR LECTEURS.COM

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde, 63 ans, se dit « très honorée d’avoir été nominée pour la présidence » de la Banque centrale européenne (BCE).

« Au vu de ce qui précède, et en consultation avec le Comité d’éthique du Conseil d’administration, j’ai décidé de quitter provisoirement mes fonctions de DG (directrice générale) du FMI durant la période de nomination », a-t-elle ajouté dans un tweet.

Pour l’heure, l’institution de Washington n’a pas indiqué qui pourrait la remplacer pendant cette période. Cela pourrait être le numéro 2, David Lipton.

Les dirigeants européens se sont entendus mardi sur leur casting pour diriger l’Union européenne, qui verra deux femmes aux postes-clés: une ministre allemande, Ursula von der Leyen, à la Commission, et la Française Christine Lagarde à la BCE.

Première femme à piloter le prestigieux cabinet d’avocats d’affaires Baker McKenzie, première à occuper le poste de ministre français de l’Economie et des Finances (2007-2011) sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Mme Lagarde avait été nommée directrice générale du Fonds monétaire international en 2011 avant d’être reconduite dans ses fonctions en juillet 2016. Son second mandat devait s’achever en 2021.

(Avec AFP)

https://www.challenges.fr/monde/europe/commission-europeenne-ursula-von-der-leyen-choisie-pour-la-presidence_661883#xtor=CS4-92[Commission+Europ%C3%A9enne+%3A+Ursula+von+der+Leyen+choisie+pour+la+pr%C3%A9sidence]-661883

UE: Macron propose la ministre allemande de la Défense pour la Commission

UE: Macron propose la ministre allemande de la Défense pour la Commission

Par Challenges.fr le 02.07.2019 à 08h05, mis à jour le 02.07.2019 à 14h35

Les chefs d’Etat et de gouvernement européens tentent de se mettre d’accord sur la désignation des nouveaux dirigeants aux postes clés de l’UE.

Commission européenne

Les 28 n’ont pas réussi à s’accorder sur le quartet des postes clés de l’UE: présidence de la Commission européenne, du Conseil, du Parlement, Haut représentant pour les affaires étrangères.EMMANUEL DUNAND / AFP

Emmanuel Macron a proposé lundi soir à Angela Merkel de désigner Ursula von der Leyen, actuelle ministre allemande de la Défense, pour la présidence de la Commission européenne, a indiqué à l’AFP une source européenne. Cette proposition fait partie des options envisagées, a ajouté cette source. Selon le quotidien allemand Die Welt paru mardi, le président du Conseil, Donald Tusk, aurait également proposé le nom de cette ministre de droite, membre du PPE.PUBLICITÉinRead invented by Teads

Le président français a également proposé à la chancelière allemande la Française Christine Lagarde, actuellement directrice générale du FMI, comme présidente de la BCE, a ajouté cette même source. Mme Merkel n’est pas contre, a-t-elle continué.

Les 28 dirigeants de l’UE sont réunis à Bruxelles pour choisir les nouveaux dirigeants de l’Union, dont celui ou celle qui présidera la Commission. Ils se retrouvaient dès 11h00 (09h00 GMT) à Bruxelles, qu’ils ont quitté lundi après 18 heures de négociations infructueuses.

Les 28 n’ont pas réussi à s’accorder sur le quartet des postes clés de l’UE: présidence de la Commission européenne, du Conseil, du Parlement, Haut représentant pour les affaires étrangères. Autant de postes à renouveler après les élections de mai, qui ont vu le tandem PPE (droite) et social-démocrate perdre le contrôle de la majorité qu’il détenait au Parlement européen.

Dimanche, un compromis soutenu par l’Allemagne, la France, l’Espagne et les Pays-Bas était pourtant en passe de faire consensus: le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans pour la Commission, l’Allemand Manfred Weber, chef de file du PPE, pour le Parlement et un couple PPE-libéral pour le Conseil et le Haut représentant.

En outre, la France pouvait, elle, demander la gouvernance de la BCE. Pour une femme, parité oblige. Une nomination pour 8 ans sur un poste qui arrive également à échéance. Mais ces arrangements entre amis, fût-ce par le couple franco-allemand, ne suffisent plus pour emporter l’adhésion d’Européens divisés.

Blocage de petits pays

Une partie du PPE refuse le compromis Macron-Merkel qui prive son chef de file Manfred Weber de la présidence de la Commission. D’autres pays ont rejeté une combinaison conclue sans eux. Proche dans la nuit, l’accord a été bloqué par de petits pays, selon une source européenne: Irlande, Lettonie, Croatie et plusieurs pays de l’est du « groupe de Visegrad » qui s’estimaient insuffisamment représentés.

Vers midi, le sommet a été interrompu avec un nouveau rendez-vous le lendemain matin, rare décision qui contraint 28 chefs d’Etat et de gouvernement à chambouler leur agenda. Fatigué après une semaine au Japon, Emmanuel Macron s’est emporté contre cet « échec », conscient que cet aveu d’impuissance allait à l’encontre de son ambition d’une UE plus forte.

« Cela donne une très mauvaise image de l’Europe, une image pas sérieuse », « pas crédible au plan international », a-t-il fustigé, regrettant « des heures passées en palabres » qui transforment l’UE en « un club de 28 qui se réunit sans jamais se décider ». Il en a profité pour réclamer une réforme de la gouvernance pour que l’UE ne soit plus « l’otage de petits groupes ».

Angela Merkel a au contraire cherché à minimiser le report, estimant que prendre son temps valait la peine pour éviter « cinq ans de tensions » en raison de mauvais choix.

Effet domino

La situation n’est pas pire qu’en 2014, où il avait fallu trois sommets pour attribuer la présidence de la Commission à Jean-Claude Juncker (PPE) et celle du Parlement à Martin Schulz, chef de file des sociaux-démocrates. Un quatrième sommet fin août avait porté sur le poste de président du Conseil et de Haut représentant.

Les consultations se sont poursuivies lundi soir entre les 28 ainsi qu’entre groupes politiques à Strasbourg, où le nouveau Parlement ouvre sa session ce mardi. Emmanuel Macron et Angela Merkel ont tous deux dit espérer un accord rapide mardi matin. Selon une source européenne, un compromis pourrait être trouvé sur le casting Timmermans-Weber.

Si les 28 échouaient de nouveau mardi à s’accorder sur des noms qui doivent respecter des équilibres géographiques, politiques et femmes/hommes, un effet domino risque de se faire sentir jusqu’à Strasbourg.

Les eurodéputés pourraient en effet choisir de retarder l’élection de leur président, l’une des variables de l’équation de Bruxelles.

(Avec AFP)

https://www.challenges.fr/monde/europe/ue-nouvelle-tentative-pour-choisir-la-nouvelle-equipe-dirigeante_661710

Qui sont les incendiaires de pétroliers dans le Golfe ?

« L’ART DE LA GUERRE »

Qui sont les incendiaires de pétroliers dans le Golfe ?

Manlio Dinucci invite à prendre du recul. Il replace les sabotages de pétroliers dont Washington accuse Téhéran dans le cadre de la politique énergétique globale des États-Unis. Ce faisant, il montre que, contrairement aux apparences, Mike Pompeo ne vise pas l’Iran, mais bien l’Europe.

 | ROME (ITALIE)  

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Tandis que les États-Unis préparent une nouvelle escalade au Moyen-Orient, en accusant l’Iran d’attaquer les pétroliers dans le golfe d’Oman, le vice-premier ministre italien Matteo Salvini rencontre à Washington le secrétaire d’État Mike Pompeo, un des artisans de cette stratégie, en l’assurant que « l’Italie veut redevenir dans le continent européen le premier partenaire de la plus grande démocratie occidentale ». Ainsi accroche-t-il l’Italie à l’opération lancée par Washington.

L’« incident du golfe d’Oman », casus belli contre l’Iran, calque « l’incident du golfe du Tonkin » du 4 août 1964, utilisé comme casus belli pour bombarder le Nord Vietnam, accusé d’avoir attaqué un torpilleur US (accusation qui s’est ensuite révélée fausse).

Aujourd’hui une vidéo diffusée par Washington montre l’équipage d’une présumée vedette iranienne qui, en plein jour, décroche du flanc d’un pétrolier une mine non explosée pour effacer sa provenance (car la mine aurait porté l’inscription « made in Iran »).

Avec ces « preuves », qui constituent une véritable insulte à l’intelligence, Washington cherche à camoufler le but de l’opération. Celle-ci relève de la stratégie pour le contrôle des réserves mondiales de pétrole et de gaz naturel et de leurs couloirs énergétiques [1]. Ce n’est pas un hasard si dans le viseur des États-Unis se trouvent l’Iran et l’Irak, dont les réserves pétrolifères totales dépassent celles de l’Arabie Saoudite et sont cinq fois supérieures à celles des USA. Les réserves iraniennes de gaz naturel sont environ 2,5 fois celles des USA. Pour la même raison se trouve dans le viseur états-unien le Venezuela, pays qui a les plus grandes réserves pétrolifères du monde.

Le contrôle des couloirs énergétiques est de première importance. En accusant l’Iran de vouloir « interrompre le flux de pétrole à travers le détroit d’Ormuz », Mike Pompeo annonce que « les États-Unis défendront la liberté de navigation ». Autrement dit, il annonce que les États-Unis veulent contrôler militairement cette zone clé pour l’approvisionnement énergétique y compris de l’Europe, en empêchant avant tout le transit du pétrole iranien (à qui l’Italie et d’autres pays européens ne peuvent pas de toutes façons accéder librement à cause de l’interdit états-unien).

D’Iran aurait pu aussi arriver en Europe du gaz naturel à bas prix par un gazoduc traversant l’Irak et la Syrie ; mais le projet, lancé en 2011, a sauté à la suite de l’opération USA/OTAN pour démolir l’État syrien.

De Russie aurait pu arriver directement en Italie, et de là être distribué dans d’autres pays européens avec de notables avantages économiques, du gaz naturel, au moyen du South Stream à travers la Mer Noire ; mais le gazoduc, déjà en phase avancée, a été bloqué en 2014 sous la pression des États-Unis et de l’Union européenne même, avec de gros dommages pour l’Italie.

C’est par contre le redoublement du Nord Stream qui s’est poursuivi, faisant de l’Allemagne le centre de triage du gaz russe. Puis, sur la base de l’accord de « coopération stratégique USA-UE dans le domaine énergétique » stipulé en juillet 2018, les exportations états-uniennes de gaz naturel liquéfié (Lng) dans l’UE ont triplé. Le centre de triage est la Pologne, d’où le « gaz de la liberté » arrivera aussi en Ukraine.

L’objectif de Washington est stratégique : frapper la Russie en remplaçant en Europe le gaz russe par celui des USA. Mais on n’a aucune garantie, ni sur les prix, ni sur la durée des fournitures US de gaz, extrait des schistes bitumineux par la technique du fracking (fracturation hydraulique), désastreuse pour l’environnement.

Que dit de tout cela Matteo Salvini qui, arrivé dans la « plus grande démocratie du monde occidental », a fièrement déclaré : « Je fais partie d’un gouvernement qui en Europe ne se contente plus des miettes » ?

Manlio Dinucci

Manlio DinucciGéographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016 ; Guerra nucleare. Il giorno prima. Da Hiroshima a oggi : chi e come ci porta alla catastrofe, Zambon 2017 ; Diario di guerra. Escalation verso la catastrofe (2016 – 2018), Asterios Editores 2018.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

[1] « Géopolitique du pétrole à l’ère Trump », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 9 avril 2019.

 

https://www.voltairenet.org/article206742.html

Général Daniel Schaeffer : « L’Europe est tiraillée autant par les Américains que par les Chinois » [Interview]

Général Daniel Schaeffer : « L’Europe est tiraillée autant par les Américains que par les Chinois » [Interview]

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Général Daniel Schaeffer : « L’Europe est tiraillée autant par les Américains que par les Chinois » [Interview]

Pendant que l’Union européenne se montre incapable – pour le moment – de s’affirmer comme une grande puissance économique et militaire, s’imposant au reste du monde, d’autres pays, et notamment la Chine et les États-Unis, ont une vision de l’histoire à court, moyen, et long terme. Et défendent leurs intérêts, en usant de toutes les cartes possibles.

Pour mieux comprendre la situation internationale actuelle, et notamment les conflits liant la Chine à l’Europe, aux USA, à d’autres régions du monde, nous avons interrogé un spécialiste de la question : le général Daniel Schaeffer. Un entretien passionnant, et une leçon de géopolitique, nécessaire.

Breizh-info.com : Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Général Daniel Schaeffer : En réserve de la République. Saint-Cyrien. La première partie de ma carrière a été celle d’un officier du génie. La deuxième a été consacrée aux relations internationales en tant que titulaire des diplômes requis, dont une maîtrise de chinois. J’ai occupé trois postes d’attaché de défense en Asie : Thaïlande, Vietnam où j’ai été le premier attaché français, et Chine. Aujourd’hui chercheur indépendant, je travaille essentiellement sur la Chine et ses relations internationales. Je suis membre du groupe de réflexion Asie21 (www.asie21.com).

Breizh-info.com : Quelles sont les vraies raisons du conflit entre Taïwan et la Chine ? Qui est en position de force à l’heure actuelle ?

Général Daniel Schaeffer : Le conflit entre Taïwan et la Chine remonte à 1949, lorsque le parti nationaliste, défait par le parti communiste sur le continent se réfugie sur l’île. Depuis Taïwan, les nationalistes espéraient bien repartir à la reconquête du continent, mais déjà à ce moment-là ils n’en avaient pas la capacité militaire. Et inversement la Chine communiste espérait réaliser la réunification de l’île par la force des armes mais ses moyens militaires n’étaient pas non plus suffisants. Plusieurs crises ont éclaté dans le détroit de Taïwan par la suite mais n’ont abouti à rien. Jusqu’en 1964, la Chine nationaliste, donc de Formose, a été l’État chinois. Elle avait des relations diplomatiques avec la quasi-totalité du monde et tenait une place au sein du conseil permanent de sécurité de l’ONU où siègent les cinq États vainqueurs de l’Allemagne nazie et du Japon.

Après 1964, derrière les premiers pays qui avaient reconnu la Chine dès 1949-1950 et derrière la décision du général de Gaulle de reconnaître la Chine populaire, presque tous les autres pays du monde ont suivi. Aujourd’hui la république populaire de Chine a pris la place de la Chine nationaliste dans toutes les institutions internationales. Celle-ci n’a plus que le soutien de quelque 11 petits pays dans le monde. Les puissances autrefois officiellement représentées à Taïwan y conservent toutefois une représentation para-officielle. Mais à l’époque où le transfert de reconnaissance s’est fait de Taïwan à la Chine communiste, tous les États qui ont reconnu la République populaire ont dû en même temps reconnaître que Taïwan était une province chinoise. Nous sommes donc aujourd’hui, sous une autre forme, dans une perpétuation du conflit de 1949, en moins violent mais avec la menace permanente communiste de reprendre possession de Taïwan par la force si l’île décidait unilatéralement de se déclarer indépendante.

La Chine communiste, montant en puissance depuis 1979, est parvenue aujourd’hui à un niveau militaire suffisant pour tenter d’entreprendre une conquête militaire de Taïwan, avec plusieurs problèmes : 1 – savoir si cela vaudrait la peine de retrouver un territoire économiquement prospère qui serait ravagé par la guerre ; 2 – savoir quel soutien militaire les États-Unis se montreraient capables d’apporter à l’île pour se défendre.

À l’heure actuelle la comparaison des forces militaires des deux côtés du détroit donne manifestement la supériorité à la Chine populaire avec cependant un élément d’incertitude, dissuasif d’une tentative de passage à l’acte : le degré de soutien militaire que les États-Unis pourraient apporter à Taïwan. Limité à la diplomatie ? Limité à des livraisons de matériels militaires ? Limité à un appui logistique opérationnel ? Limité à un conseil opérationnel ? Engagé en appui opérationnel (missiles, drones, marine, aviation) ?

Breizh-info.com : Quelles sont les intentions chinoises dans ce secteur-là du monde ?

Général Daniel Schaeffer : Conserver la domination sur la mer de Chine du Sud ; tenter d’y faire le vide stratégique en essayant d’y interdire l’accès aux marines militaires étrangères notamment celle des États-Unis, ce qu’elle ne parvient pas à faire ; contrôler la mer de Chine de l’Est ; récupérer Taïwan si possible sans passer par la voie militaire ; s’ouvrir les meilleurs accès possibles pour sa marine et son aviation en direction de l’océan Pacifique et de l’océan Indien ; exercer une influence majeure sur l’Asie du Sud-Est ; contrôler l’influence du Japon sur l’Asie du Nord-Est ; étendre son influence sur le Pacifique ; rivaliser d’influence avec l’Inde en océan Indien ; assurer la pleine sécurité de ses voies commerciales maritimes en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient, notamment des hydrocarbures et pour ces derniers celle de leur acheminement par voie terrestre depuis la Russie et l’Asie centrale. Tout cela pour ne pas entrer davantage dans les détails.

Breizh-info.com : Alors que les grandes puissances de ce monde semblent à pied d’œuvre au service de stratégies qui leur sont propres, l’Union européenne et la France semblent totalement hors jeu. Comment expliquez-vous cela ?

Général Daniel Schaeffer : Pour faire le plus bref possible, je n’irai pas jusqu’à dire que l’Europe et la France sont hors jeu même si la France a pris le risque de se ré-inféoder complètement à l’OTAN sous la présidence de Nicolas Sarkozy et celui de se laisser ensuite entraîner dans les divagations stratégiques de l’ère Obama au Moyen-Orient sous l’ère François Hollande. À l’inverse, sous Jacques Chirac et Dominique de Villepin nous avons eu la sagesse de ne pas suivre les Américains dans la catastrophique aventure irakienne qui laisse aujourd’hui tant de pauvres gens dans la situation où ils sont aujourd’hui.

Et dans ce suivisme européen et français de la stratégie américaine en Europe, largement inspirée des théories russophobes de Zbigniew Brzezinski, nous avons complètement raté notre rendez-vous avec la Russie. Là aussi nous nous sommes laissés manipuler par les Américains jusqu’au risque de courir à la guerre du siècle dernier, qui n’a pas eu lieu Dieu soit loué, mais toujours avec pour champ de bataille l’Europe ! Accessoirement j’ajouterai que, comme conséquence de cette hasardeuse réflexion stratégique, les Américains ont réussi l’exploit de jeter la Russie dans les bras de la Chine alors que la méfiance russe à l’égard des Chinois est historique. Résultat, du côté Pacifique, au lieu d’avoir un seul adversaire en face d’eux, les Américains en ont deux : les Chinois et les Russes. Sans compter le désordre que cela a créé par répercussion dans les relations entre Russes et Japonais qui reprenaient un dialogue pacifique entre eux.

Quant aux Chinois, s’ils ne sont pas nos ennemis, ils ne sont pas nos amis non plus. Ce sont des partenaires au sens le plus neutre ou le plus froid du terme. Il n’y a pas dans leur esprit idée de domination militaire sur l’Europe, ni idée de domination culturelle. Leur seule idée de domination est économique et faute d’unité au niveau européen, la Chine continuera à obtenir des Européens pratiquement tout ce qu’elle veut. La pensée stratégique de Sun Zi est peut-être devenue une tarte à la crème comme le critiquent certains, mais elle est pleine de bon sens et il est bien d’y revenir de temps en temps pour se rappeler notamment que pour lui la meilleure des victoires est celle qui est obtenue sans avoir à faire la guerre. C’est le destin qui s’annonce à tous les pays qui s’égrènent le long des nouvelles routes de la soie ou qui en sont les terminaux, comme l’Europe tout entière.

Pour en revenir au début de votre question, la France n’est pas totalement hors jeu dans tous les domaines. Il lui arrive tout de même de pouvoir encore avoir voix au chapitre sur le plan international et parvient même parfois à se rendre indépendante des États-Unis, ce qui est effectivement rare. Elle fait fortement entendre sa voix, avec peu de moyens cependant, sur la question du respect du droit de la mer. Mais elle est bien entendue sur ce point. Elle le fait aussi dans la lutte avancée en Afrique contre le terrorisme. Là, avec peu de moyens mais avec courage, abnégation, haut niveau professionnel et avec l’humilité des vrais grands vainqueurs, elle réussit à juguler le fléau.

Breizh-info.com : Comment analysez-vous le conflit entre la Chine et les USA actuellement ? Quelles conséquences, pour les Européens ?

Général Daniel Schaeffer : Comme précédemment pour répondre à toutes les questions que vous me posez, il est difficile de faire sans trop de nuances.

Pour vous répondre ici il y a deux conflits entre la Chine et les USA : un conflit commercial et une rivalité stratégique. Le conflit commercial vise de la part des États-Unis à rétablir la balance commerciale largement déséquilibrée en faveur de la Chine. La Chine n’accepte pas la démarche du président Trump et se heurte à sa fermeté, une fermeté dont l’Europe serait bien avisée de s’inspirer aussi puisque notre déficit commercial avec ce pays se creuse de plus en plus en notre défaveur. Pour la France, en 2016 et en 2017 il était de 30 milliards de dollars. Le problème est que l’Europe est divisée sur une attitude commune à tenir face à la Chine parce que les intérêts particuliers des uns et des autres priment sur l’intérêt collectif.

Contentieux également à cause des équipements de la téléphonie 5G que propose Huawei. Les États-Unis ne l’acceptent pas en raison de la présomption de piégeage des produits, notamment des routeurs. Sur ce point-là aussi il faut arrêter d’être naïfs et de se poser la question de savoir si les Européens doivent accepter ces équipements ou pas. Il faut avoir le courage de les refuser car le risque de piégeage est réel. Maintenant si l’on veut avoir toutes nos communications captées par les Chinois, on peut céder, pourquoi pas ? Enfin, on ne va pas me faire croire que nos entreprises européennes de télécommunications ne sont pas capables de fournir de la 5G, même si c’est un peu plus cher et un peu moins performant que les produits Huawei, ce qui resterait toutefois à démontrer.

Rivalité stratégique USA-Chine. Nous sommes là dans une phase de montée en puissance de la Chine qui entend étendre son influence partout dans le monde essentiellement pour le dominer économiquement et qui, par voie de conséquence, se trouve face à une puissance en perte de vitesse, les États-Unis. La force de la Chine est sa puissante capacité d’influence par les voies économiques et diplomatiques et pas encore par les voies militaires, au contraire des Américains. La Chine n’a pas besoin de déployer ses armements puisqu’elle sait que, quoiqu’il arrive, nous allons bien finir par lui céder.

Conséquences pour l’Europe : l’Europe est au milieu. Elle est tiraillée autant par les Américains que par les Chinois. Or elle n’a pas à choisir. Dans certains cas elle peut donner la préférence aux États-Unis et dans d’autres à la Chine. Le problème est qu’elle ne sait pas afficher son indépendance de décision ni face à l’un, ni face à l’autre. Sa souveraineté est en quelque sorte en partie assujettie aux Chinois et aux Américains.

Breizh-info.com : Autre question : pourquoi l’Europe laisse-t-elle la Chine pénétrer allègrement au sein de ses frontières économiques, dérobant de la technologie et du savoir-faire d’une part, et laissant nos entreprises incapables de faire face à cette concurrence déloyale (et de mauvaise qualité très souvent)… ?

Général Daniel Schaeffer : En 1976, à la mort de Mao, la situation économique chinoise est catastrophique. En 1979, lorsque Deng Xiaoping prend le pouvoir, il lance sa politique de modernisation et fait largement appel à l’Occident qui accourt pour faire des affaires. Les premières années ont été très fructueuses pour les compagnies occidentales. Mais au fur et à mesure des progrès en Chine, notamment sur le plan technologique, celle-ci présente des exigences toujours plus fortes en termes de cessions de technologies et les sociétés continuent à répondre dans la perspective de continuer à faire de substantiels bénéfices. Ça c’est au niveau des sociétés, et lorsqu’elles crient que les Chinois viennent leur voler leurs technologies, c’est de leur faute. Elles n’ont qu’à prendre les dispositions nécessaires pour éviter les transferts non voulus : mieux négocier les contrats, savoir rompre les négociations quand cela s’avère nécessaire, prendre les mesures de protection du patrimoine technologique de l’entreprise. Ça demande un peu de travail, de volonté et de cohésion dans l’entreprise.

Au niveau européen, nous nous laissons impressionner par les Chinois et nous n’avons pas de courage suffisant pour nous opposer à eux quand négociations ou propositions vont dans un sens contraire à nos intérêts. L’Europe, dans certains cas, a bien eu des velléités de vouloir montrer quelques volontés pour défendre sa politique commerciale en demandant l’arbitrage de l’Organisation mondiale du commerce mais cela s’est souvent terminé par des compromis non satisfaisants, bancals. Si un jour, on peut toujours rêver, nous décidions d’adopter, sur le plan économique, une attitude équivalente à celle de Trump, peut-être que les choses pourraient changer. Avec des contrecoups évidemment, mais il faudrait avoir la capacité de les assumer. Cela nécessiterait un énorme chantier de réflexion et de prises communes de décision. Mais là aussi chaque Européen voyant midi à sa porte, la Chine a encore devant elle beaucoup de velours sur lequel jouer à son avantage.

En ce sens il faudra voir quels seront les actes concrets qui devraient découler de la décision européenne de mettre sur pied un système de contrôle des investissements étrangers pour protéger nos entreprises stratégiques. En effet, au début de 2019, l’Union européenne s’est doté « d’outils de filtrage des investissements étrangers ». On ne peut que saluer une telle initiative. Mais ce n’est pas le tout de se doter d’outils. Il faut les utiliser. L’ont-ils été, ou sont-ils en cours de l’être, depuis les annonces du mois d’avril ? Nous aimerions bien savoir où cela en est, preuves concrètes à l’appui.

Pour prolonger sur ce sujet des investissements stratégiques, les Chinois ne semblent pas encore, à ma connaissance, avoir de visées sur les Aéroports de Paris, plateforme stratégique par excellence. Et sur ce point je pense que là nous devons saluer la grande sagesse du Conseil constitutionnel d’avoir validé le 9 mai le projet de référendum d’initiative partagée contre la privatisation. Les débats à ce propos restent consternants puisqu’ils se font tous au travers des seules lorgnettes françaises ou presque. Avec un peu de recul et en prenant conscience de l’ambition qui sous-tend le programme chinois des nouvelles routes de la soie, les Aéroports de Paris leur offriraient une plateforme stratégique de premier ordre, et notre souveraineté nationale s’en trouverait occultée, au moins en partie.

Propos recueillis par YV

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V

 

Général Daniel Schaeffer : « L’Europe est tiraillée autant par les Américains que par les Chinois » [Interview]

Ventes d’armes : la France à la conquête de l’Europe

Ventes d’armes : la France à la conquête de l’Europe

La France prépare notamment une grosse commande d’hélicoptères NH-90 à destination de l’Espagne.

Les commandes d’armes françaises ont augmenté de 30% entre 2017 et 2018 pour atteindre les 9,118 milliards d’euros. L’exportation d’armes progresse surtout en Europe selon le ministère des Armées français.

« Ce résultat est d’abord la conséquence de l’orientation européenne que nous avons donné à notre politique d’exportation », se félicite la ministre des Armées Florence Parly dans le propos liminaire du rapport du ministère de l’Armée sur les ventes d’armes. Pour la première fois, l’Europe représente un quart des prises de commandes de l’industrie de l’armement française pour un total de 2,293 milliards d’euros, contre environ 10% en moyenne les années précédentes. Tout au long du rapport, le ministère des Armées s’applique à lier les intérêts de la France et de l’Europe dans ce domaine.

L’objectif affiché est clair : « Disposer d’une industrie française et européenne apte à équiper nos forces en cohérence avec nos ambitions. »

Les eurodéputés veulent contrôler les exportations d’armes

Les eurodéputés demandent un meilleur contrôle des exportations d’armes et un système de sanctions contre les pays qui ne respectent pas les règles.

Contrats géants en Espagne et en Belgique

D’une année sur l’autre, le socle des contrats de montants de moins de 200 millions évolue peu. Ce sont les contrats exceptionnels, portant sur des armements particulièrement structurants pour les armées clientes, qui font une réelle différence. Sur cinq contrats de plus de 500 millions d’euros signés en 2018, deux concernent des pays européens : celui sur la mobilité terrestre (CaMo), composé de plus de 400 véhicules blindés et divers équipements, à destination de la Belgique ; et celui de 23 hélicoptères NH-90 destinés à l’Espagne. Ces deux pays n’avaient jamais acheté pour plus de quelques dizaines de millions d’euros à la France.

Le Moyen-Orient toujours aussi porteur

Les trois autres contrats majeurs de plus de 500 millions d’euros ont, eux, été passés au Moyen-Orient : les avions de combat Rafale et les 28 NH-90 vendus au Qatar, ainsi que les navires patrouilleurs destinés à l’Arabie Saoudite. Le Moyen et le Proche-Orient continuent de représenter le plus gros groupe de clients de l’industrie française, avec 4,086 milliards d’euros de commandes. La France a notamment continué de livrer des armes aux Emirats Arabes Unis et à l’Arabie Saoudite, ce malgré les polémiques en lien avec la guerre au Yémen et les mises en causes régulières des ONG : 237 millions d’euros pour Abou Dhabi et 1398 millions, soit une très grosse année, pour Riyad.

Un marché mondial qui s’orientalise

Au-delà des tableaux de commandes et de livraisons par pays, le rapport offre un panorama des enjeux liés à l’exportation d’armement. Il note une augmentation de 5% des dépenses mondiales entre 2017 et 2018, pour atteindre les 1780 milliards de dollars. C’est en Asie-Pacifique que la croissance est la plus forte. Dans ce contexte, de nouveaux acteurs émergent et rendent la compétition plus intense que jamais.

De plus en plus de relations entre Etats

Face à cette concurrence accrue, certains des plus gros importateurs au monde travaillent à développer leur propre industrie de défense, notamment en imposant aux entreprises exportatrices d’installer des usines ou de créer des co-entreprises sur place. L’intérêt étant de développer une production locale et diversifier son activité économique. C’est en particulier le cas des deux plus gros importateurs mondiaux, l’Inde et l’Arabie Saoudite, avec leurs stratégies respectives de « Make in India » et de « Vision 2030 ». En parallèle, les clients sont souvent demandeurs de contrats d’État à État, plus engageants politiquement. Pour soutenir son industrie de défense, la France est ainsi de plus en plus obligée de s’impliquer directement dans les négociations.

Les ventes d’armes européennes progressent

La France, l’Allemagne et l’Espagne comptent parmi les principaux exportateurs d’armes au monde. Un article de notre partenaire EuroEfe.

Critique de la critique

Critique de la critique

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Critique de la critique

11 juin 2016 – Je suis sûr qu’Orlov me pardonnera. Ce n’est pas vraiment l’habitude de prendre à parti un chroniqueur, d’en faire ma “tête de Turc” pour une chronique ; encore l’expression “prendre à parti” est très exagéré, ainsi que celle de “tête de Turc”, pour un Russe de si belle eau. Disons que je me sers d’une critique tactiquement justifiée (d’Orlov) et une critique d’humeur sur le ton sarcastique qui le caractérise (Orlov), pour répondre à tout un courant de critique et surtout de désappointement qui a suivi les élections européennes, et qu’il (Orlov) exprime effectivement et avec talent.

Étant Français (on dit que cela se soigne, mais avec grande difficultés), j’ai été particulièrement sensible à cette réaction d’un certain désappointement de ceux qui attendaient un “raz-de-marée” populiste et qui n’ont eu que la grande marée annoncée. C’est particulièrement sensible en France où un histrion minable et absolument quelconque, qui annonce que s’il est battu ce sera une catastrophe, arrive à faire gober à toute sa troupe servile de lèche-bottes qui font profession de commenter les événements du monde en léchant les bottes du nabot déguisé en géant, que cette défaite crainte et dénoncée comme une catastrophe est après tout une victoire extraordinaire qui assure sa réélection pour 2022. Il n’y a pas à s’étonner d’une telle indignité du jugement, d’une telle distorsion du commentaire : ce n’est pas la faute des “foules endoctrinées” que dénoncent si souvent les extrémistes de la critique nihiliste de la crise, mais le travail de la cohorte de commentateurs-zombies qui s’agitent sous les caméras de télévision.

Au contraire de vilipender le peuple, les citoyens, les endormis, au contraire je les trouve incroyablement rétifs malgré tout ce qu’on leur serine chaque jour, chaque heure, chaque minute. Ceux qui disent “c’est 1984”ou “c’est Fahrenheit 451”n’ont pas lu le bouquin d’Orwell ni celui de Bradbury : on n’y trouve pas d’opposition, de révoltés, il y a une foule d’abrutis hallucinés avec un seul rétif ou peut-être deux, ou peut-être quelques-uns qui comprennent secrètement ou confusément l’affreuse situation, mais de toutes les façons ils sont battus d’avance et ne réagissent que d’une façon désespérée, comme des sans-espoir de la fin du monde.

D’une façon très différente, dans la vérité-de-situationde notre crise il y a un intense désordre où les sentiments les plus divers, – peur, angoisse, révolte, haine, fureur, soumission, etc., – s’expriment avec une force considérable ; et où, je le répète, la trouille, sinon la panique, et même la paralysie terrifiée se trouvent du côté des oppresseurs, – comprend-on cela, à la fin ! Comprend-on qu’aller faire les Gilets-Jaunes chaque semaine six mois de suite pour se faire cogner par les flics du Système, en une riposte d’une haute intelligence de nos maîtres-manœuvriers, ce n’est pas se conduire en zombie-consentants, enfin !

Je vais prendre telle et telle citations d’Orlov, mais je le répète, qu’on n’y voit aucune critique d’Orlov ; son talent est grand et je comprends la sorte de réaction qu’il exprime, aussi est-ce quasiment une marque de respect si je le prends comme référence, parce qu’il exprime si bien ce que je veux mettre en question tout en ne condamnant pas ceux qui s’expriment de la sorte. Juste un peu d’agacement, parfois, ici ou là, votre serviteur n’étant pas étranger à l’exaspération…

D’abord, il y a les illusions du passé par rapport au désordre du vide actuel… C’est-à-dire l’état du Système, tel qu’il fut et la façon dont il a évolué.

• J’aime beaucoup Orlov, mais je diverge de ses observations lorsqu’il est conduit, pour mieux décrire l’absurdité baroque de la situation, à penser par contraste que les partis d’antan étaient de ces temples presqu’“austères” de la réflexion politique, – je veux dire, lorsqu’on pense aux combines des “rad-soc” français, à la corruption dès l’origine des partis US, au caporalisme hyper-aligné des délibérations du Politburoet autres partis uniques, etc., et exemples sans fin« Par le passé, les partis politiques étaient fondés sur une idéologie qui leur permettait de formuler des programmes et des plans d’action. Toutes ces choses étaient discutées au cours de débats au sein des partis et de polémiques entre partis dans la presse. Il s’agissait d’institutions durables, souvent à la limite de l’austère, qui ont persisté pendant des décennies… […] Les fêtes sociales, d’autre part, étaient des occasions joyeuses où les gens se réunissaient pour essayer de s’impressionner mutuellement par leur esprit, leur style, leur sens de la mode et leurs connaissances… »

• Comme il le dit des partis traditionnels qui ont si mal figuré dans ces élections européennes, il n’y a rien de bien nouveau. Ils pensent n’importe quoi dans les limites imposées puisqu’il ne s’agit que de se distribuer places et prébendes, et ils croient que l’Europe existe, ce qui est une des glissades intellectuelles les plus pratiques, une sorte de mille-feuilles de la pensée unique des derniers trois-quarts de siècles pour éviter de s’aventurer en territoire dangereux, en débitant sans risque une multitude de lieux communs qui satisfont la conversationSystème tout en vous donnant fort belle allure. Alors l’on poursuit sur la même pente et l’on se plante parce qu’entretemps les temps ont changé…

« Les partis libéraux et centristes traditionnels ont perdu surtout parce qu’ils sont perdus depuis le début, coincés dans un pays fantasque de poneys volants et de licornes aux pets arc-en-ciel. Ils continuent de penser que la conception originale d’une Europe unie est encore exactement ce qu’il faut, à l’exception peut-être de quelques ajustements. »

Ensuite, vient la description des élections européennes, particulièrement dans le chef des partis dits “populistes”, dont tout le monde attendait beaucoup, – ceux-là qui constituent « la moitié [de ces] partis politiques qui ont participé à ces élections[, qui] n’existaient pas il y a cinq ans. »

Appréciant ces divers pays et partis, Orlov a des jugements de bon sens, essentiellement sur leur éclatement, leur diversité, leurs différences de conceptions, leur incapacité somme toute de s’organiser en un front commun capable d’investir le pouvoir, ou disons de jouer un rôle conséquent, notamment dans ce Parlement Européen…

« La Ligue du Nord en Italie a commencé comme parti séparatiste mais veut maintenant jouer un rôle dans le populisme paneuropéen. Bon nombre d’entre eux ont des orientations idéologiques si confuses qu’elles peuvent paraître schizophréniques : le parti hongrois Fidesz  est anti-communiste mais prosocialiste, contre la centralisation européenne mais pour une Europe unie, contre l’égalité de traitement mais pour la discipline financière allemande et, bien sûr, pour plus d’argent pour Bruxelles et pour une OTAN plus forte. […]
» Voici une carte électorale de l’Europe. Pouvez-vous voir comment cet endroit peut être gouverné sur la base des préférences du fol assemblage de ces partis ? Pouvez-vous voir quelque chose de particulièrement uni à ce sujet, d’un point de vue politique ? Certainement pas moi… »

Après diverses considérations toutes fondées, qu’on retrouve sous la plume des commentateurs antiSystème les plus réalistes, et qui tiennent à prendre leurs distances de l’espèce d’ivresse qui avait envahi certains esprits avant ces élections, au gré des sondages, on choisira cette phrase qui résume tout, qui conclut la réflexion, qui permet enfin d’embrasser l’essentiel :

« Il semble y avoir une seule chose qui les unit tous, c’est l’opposition à la pensée rationnelle. »

Pour Orlov, l’affaire est tranchée et les hypothèses sur l’avenir s’imposent, elles deviennent bien entendu farfelues et ironiques comme son esprit l’incline à traduire la mesure de ce qu’il juge être la situation : « Pour voir où va l’Europe, nous devrions regarder l’Ukraine », « En attendant, continuez à faire la fête jusqu’à ce que vous tombiez, parce que c’est ça la démocratie ».

Nul ne peut véritablement démentir ces divers propos, effectivement si l’on s’en tient à « la pensée rationnelle ». Je pense justement que « la pensée rationnelle » ne suffit plus du tout, si tant est qu’on puisse encore lui faire encore confiance. A « la pensée rationnelle », il m’arrive régulièrement d’opposer la “raison-subvertie” comme l’on sait, c’est-à-dire d’observer que notre « pensée rationnelle » générale, utilisée pour comprendre le monde, s’est gravement détérioré sous les coups de la subversion et qu’elle estdésormais absolument incapable de comprendre le monde puisqu’elle est trompée par le monde tel qu’il est devenu. Il ne sert donc à rien de développer des schémas rationnels et d’offrir des objectifs et des buts qui le soient également, non plus que de se désoler parce qu’un tel ou un tel mouvement, qu’on jugeait antiSystème, s’avère incapable de s’organiser à l’intérieur du Système car c’est le seul espace d’évolution du pouvoir actuellement selon « la pensée rationnelle ». S’il le fait, il s’organisera selon une « pensée rationnelle » qui deviendra automatiquement subvertie par le Système, et donc “raison-subvertie” puisqu’évoluant dans le cadre du Système.

Je ne peux m’inscrire en aucune façon dans cette critique, parce que je n’en accepte ni les règles, ni les prémisses. Je n’attends certainement pas des partis populistes qu’ils s’organisent en un front général, rationnellement structuré, pour s’attaquer à la prise du pouvoir, – au Parlement Européen, puis à la Commission, etc. Cette idée, si on la pèse bien et si on la considère honnêtement, est complètement absurde. Ils ne sont là que pour attaquer, encore attaquer, toujours attaquer, sans autre mission que celle de détruire, – absolument, “Delenda Est Systemum.

… Par conséquent, la phrase d’Orlov, même si elle est juste “rationnellement”, n’a pas de raison d’être, ici et maintenant, et doit se lire comme ceci, et sous la forme d’un constat d’approbation : « Il semble y avoir une seule chose qui les unit tous, c’est l’opposition[au Système]. »

Quand je considère ce qu’étaient la politique, le révérence bienpensante devant l’Europe, la timidité des partis contestataires, la puissance religieuse de la bienpensance, l’allant-de-soi de l’inutilité de discuter de l’évidence de l’Europe il y a quinze ans, vingt ans, trente ans, et que j’observe à quel champs de ruine pour les entreprises européennes aboutissent les élections du même qualificatif, je me dis que de formidables progrès ont été accomplis. Je suis incapable de vous dire pour quel but précis, pour quelle structure, pour quelle conception ces progrès, puisque mon seul mot d’ordre est celui du vieux Caton postmodernisé.

On pourra me dire, enfonçant une porte largement ouverte, qu’il n’est pas constructif de n’avoir pour but que de détruire. Je répondrai que oui, sauf lorsque ce que vous voulez détruire est l’entité qui, d’une façon affichée, sans vergogne, sans hésitation, montre sa volonté absolument sans faille de détruire le monde. Alors, l’heure n’est pas à tenter de comprendre ce qui se passe et de dessiner ce qui va suivre, mais d’observer et de pousser ce qui peut l’être.

https://www.dedefensa.org/article/critique-de-la-critique

Jean-Louis GUIGOU, Président de l’IPEMED : « La Verticale de l’AME serait une [bonne] réponse européenne aux Routes de la soie »

Jean-Louis GUIGOU, Président de l’IPEMED : « La Verticale de l’AME serait une [bonne] réponse européenne aux Routes de la soie »

4 juin 2019
Jean-Louis GUIGOU, Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMED Paris). © AM/AP.P
L’expansionnisme chinois prospère en Europe et talonne celle-ci en Afrique. « Les Routes de la soie » constituent un projet géopolitique bien construit, financé, médiatisé. Face à cela, l’Europe ne doit pas être réactive, mais proactive, et proposer un autre projet : la construction d’un axe intégré Afrique-Méditerranée-Europe – d’où l’acronyme AME. Explications et prospective.

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Une tribune libre de Jean-Louis GUIGOU
Président de l’IPEMED

Institut de prospective économique du monde méditerranéen (Paris)

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Le Président Emmanuel Macron a été clair : « Nous devons arrimer ensemble, enfin, les continents européen et africain, à travers la Méditerranée (…) la stratégie que je veux mettre en œuvre consiste à créer un axe intégré entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe. »

Le Roi du Maroc prône la même idée à sa façon : positionner le Maroc en « hub » entre l’Europe et l’Afrique. L’ancien ministre marocain de l’Économie Fathallah Oualoulou détaille cette ambition : « Il est de notre intérêt, nous Marocains, Magrébins, Sud-méditerranéens, Arabes et Africains, de soutenir toute action qui tourne le dos à la polarisation du monde et ce, pour consolider tous les projets d’intégration dans nos régions.

Il est opportun dans ce cadre de promouvoir le grand projet de la Verticale Afrique-Méditerranée-Europe [AME] parce qu’il accorde une place centrale à la méditerranée, ce qui permettra à cet ensemble dans sa globalité d’entrer dans des rapports équilibrés avec l’espace Asie-pacifique et l’espace Amérique-Atlantique-Pacifique – le concept de la Verticale a été mis en évidence par les travaux que mène l’IPEMED, l’Institut de Prospective économique du monde méditerranéen. » (Extrait de La Chine et nous. Répondre au second dépassement, p. 302. Éditions La croisée des chemins).

Un nécessaire et permanent cadre de réflexion
stratégique entre l’Europe et l’Afrique

Le Président Jean-Claude Juncker de son côté milite pour une Nouvelle Alliance entre les Européens et les Africains. Voilà pourquoi il a mis en place entre « les deux continents, non pas voisins mais cousins germains », le Programme d’Investissement Extérieur (PIE) pour mettre à disposition jusqu’à 44 milliards d’euros de garanties pour des investissements privés.

De son côté, dans une lettre à l’IPEMED, datée du 7 décembre 2015, le Président de la République du Niger, Issoufou Mahmadou, constatait : « L’observation de l’évolution économique et sociale des deux continents montre à quel point ils sont liés et à quel point un cadre permanent de réflexion stratégique est nécessaire pour guider cette évolution. »

Cet axe intégré AME n’est pas une vue de l’esprit : il se construit déjà « à bas bruit ». C’est une tendance lourde fondée sur le retour de la géographie, de la proximité et de la complémentarité des économies Nord/Sud. Ce phénomène s’accélère depuis la crise financière de 2008.

L’ axe AME, une redistribution Nord/Sud
du système productif

C’est la régionalisation de la mondialisation : les chaînes de valeur mondiales deviennent de plus en plus régionales.

Selon la CIA, dans son rapport sur l’état du monde en 2050 « Deux grandes zones d’influences privilégiées apparaissent » l’une liant les deux Amériques et l’autre associant le Japon, la Chine et les pays du sud asiatique (ASEAN). Les travaux du CEPII montrent qu’un troisième axe est en cours de création autour de l’Allemagne, de la France et de l’Union Européenne. [Voir le graphe à la fin de l’article, ndlr].

Reste à construire ce troisième axe AME. Pour réussir à effacer les mauvais souvenirs de la colonisation, cette nouvelle grande région mondiale ne doit en aucun cas ressembler aux deux autres « zones d’influences privilégiées »… sous-entendu dominées par le Nord.

Il s’agit de construire autre chose. 
De nouvelles relations enfin équilibrées, avec un système d’intégration en profondeur incluant la coproduction, le partage de la valeur ajoutée et le transfert de technologie. Cela revient à une redistribution Nord/Sud du système productif faisant de l’Afrique une zone créatrice de valeur et non plus une zone exportatrice des seules matières premières.

Un système productif « écologisé » et inclusif, donnant au monde l’exemple d’une responsabilité économique, sociale et environnementale. 
Un rêve ? Non. La situation chaotique du monde impose, comme le disait – déjà ! –Socrate, de penser autrement, de parler autrement, d’agir autrement.

https://www.africapresse.paris/Jean-Louis-GUIGOU-President-de-l-IPEMED-La-Verticale-de-l-AME-serait-une-bonne

Les sept péchés capitaux de l’Europe

22 mai 2019

Les sept péchés capitaux de l’Europe

L’Europe (l’Union européenne) a la migraine. L’une de ses principales composantes (l’Angleterre) se dispose à la quitter, ses composantes orientales ex-communistes se rebellent au nom de leur liberté fraîchement acquise, sa croissance économique est au plus bas, y compris en Allemagne… L’Europe n’arrive pas à maîtriser les flux d’immigrants en provenance d’outre-Méditerranée. Enfin, elle est devenue le terrain de jeu des principales puissances de la planète, les États-Unis et la Chine, qui usent de ses divisions pour s’emparer de ses marchés, de ses entreprises et de son savoir-faire.

Faut-il s’étonner dans ces conditions de la poussée des partis « eurosceptiques » dans la plupart des pays de l’Union ?

L’Union européenne, dont les prémices remontent à soixante-dix ans, peut se flatter de nombreux succès et par-dessus tout d’une situation de paix exceptionnelle par sa durée. L’Europe de l’Ouest jouit aussi d’une aisance enviable, sans équivalent dans le monde si l’on met à part quelques pays comme le Japon, la Corée, Taiwan, Singapour, le Canada ou encore l’Australie… Elle le doit à l’effort renouvelé des quarante générations de femmes et d’hommes du précédent millénaire qui ont bâti des communautés nationales fondées sur le droit, la confiance et la solidarité.

Les inquiétudes actuelles tiennent à la crainte de dilapider ces acquis millénaires dans une Union européenne plus que jamais sous tension, du fait de ses dissensions internes et de son impuissance face aux défis extérieurs. On peut nier ces inquiétudes et traquer les partis politiques qui ont le front de s’en servir, de la même façon qu’on casserait un thermomètre pour ne pas voir une montée en température. C’est une approche « optimiste » mais stérile et vaine.

On peut aussi poser un diagnostic sans tabous sur la construction européenne et ses points faibles, en vue d’en tirer un protocole de soins salvateur. C’est une approche « pessimiste » mais constructive. Engageons-nous donc dans cette voie et demandons-nous quels sont les malentendus à l’origine de la crise européenne. Nous en avons distingué sept, comme les péchés capitaux du catéchisme d’antan : (1)l’Europe a été créée pour faire la guerre (froide), (2) elle s’est soumise à Washington, (3) elle prétend effacer les nations, (4) elle n’a généré aucune solidarité entre les citoyens des différents États, (5) elle s’est construite sur une idéologie (néo)libérale, (6) elle tourne le dos à sa diversité culturelle, (7) elle privilégie l’accessoire à l’essentiel.

Joseph Savès et André Larané

1/ L’Europe a été créée pour faire la guerre (froide)

Caressée par maints rêveurs, de Victor Hugo à Aristide Briand, l’idée européenne a été réactivée par Winston Churchill, à Zurich le 19 septembre 1946, et reprise au vol en mars 1947 par le Congrès américain qui se déclara « favorable à la création des États-Unis d’Europe dans le cadre des Nations Unies ».

On était alors en pleine guerre froide. L’URSS de Staline se dotait de la bombe thermonucléaire. La Chine, l’Indochine et la Corée étaient sur le point de tomber sous sa tutelle. Berlin allait faire l’objet d’un blocus et chacun craignait une troisième guerre mondiale entre les deux Super-Grands, États-Unis et URSS.

En rapprochant les pays ouest-européens, Washington souhaitait donc allumer un contre-feu face à la menace soviétique. Mais dans une Europe occidentale où les communistes pesaient jusqu’à 25% du corps électoral (France, Italie), on préféra se convaincre que la construction européenne avait avant tout vocation à réconcilier ses peuples. Cette fable innocente prévaut encore aujourd’hui.

Dans les faits, quand la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) fut créée le 9 mai 1950, cinq ans après la fin du nazisme, il était bien évident que l’Allemagne meurtrie, honteuse, occupée et divisée était pour plusieurs générations hors d’état de reprendre les armes. Ses voisins avaient tout autant perdu l’envie de replonger dans la guerre. De même que Waterloo (1815) avait inauguré un siècle de paix à peine altéré par quelques guerres brèves et limitées, on pouvait raisonnablement espérer un nouveau siècle de paix avec ou sans union politique de l’Europe.

C’est à nouveau le contexte international, le soulèvement de Budapest et la crise de Suez (1956), qui ont permis le traité de Rome l’année suivante. En réactivant la menace soviétique et surtout en démontrant la faiblesse de la Grande-Bretagne et de la France face aux deux Super-Grands, ces crises ont levé les objections de la France au projet de Marché Commun.

La chute du communisme européen en 1989-1991 a remis en question les prémices de l’Europe. La menace soviétique a disparu et la Russie en format réduit qui a succédé à l’URSS s’est montrée soucieuse de seulement protéger les russophones.

C’est dans ce contexte apaisé que l’OTAN et les pays de l’Union européenne ont pris le parti de faire la guerre pour la première fois de leur histoire, en intervenant en Yougoslavie puis en déstabilisant le Caucase et l’Ukraine.

On peut y voir la démonstration que c’est la guerre froide qui assurait la paix en Europe… et poussait les Européens à s’unir. Sitôt qu’elle a pris fin, par KO de l’URSS, l’Europe est redevenue une terre de conflits et de tensions.

2/ L’Europe s’est soumise à Washington

La construction européenne a été rendue possible par le soutien des États-Unis et jusqu’à la chute de l’Union soviétique, ce soutien n’a pas fait défaut. Il s’est aussi accommodé de quelques dissidences : le général de Gaulle ne s’est pas privé de dénoncer l’intervention américaine en Indochine et, dans un souci d’indépendance, il a même suspendu la participation de la France au commandement de l’OTAN.

Il est vrai que l’Amérique flamboyante de l’après-guerre suscitait attirance et fascination jusque chez ses adversaires du camp communiste. Le contexte a changé dans les années 1990 quand s’est effondrée la menace soviétique et que les États-Unis sont apparus comme une économie déclinante face à la percée de la Chine. Misant dès lors sur sa puissance militaire, le gouvernement américain est devenu un facteur d’instabilité : extension de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie, blocus de l’Irak, déstabilisation de l’Iran etc.

En 2003, le gouvernement français s’est une dernière fois permis d’apporter la contradiction au gouvernement américain quand celui-ci s’est mis en tête d’envahir l’Irak. Quinze ans plus tard, il n’est plus question de s’opposer à l’Oncle Sam. L’Europe suit les États-Unis quoi qu’ils fassent et quoi qu’il lui en coûte : diabolisation de la Russie, soutien à l’Arabie dans son agression du Yémen… Elle s’est même couchée quand le président Trump a unilatéralement déchiré l’accord de Paris sur le climat et le traité de Vienne avec l’Iran.

Plus grave que tout, l’Europe s’est soumise au droit intérieur américain en acceptant que soient sanctionnées les entreprises qui viendraient à commercer avec l’Iran. C’est du jamais vu en matière de servitude volontaire de la part d’États naguère indépendants et respectés. « Si nous acceptons que d’autres grandes puissances, y compris alliées, y compris amies dans les heures les plus dures de notre histoire, se mettent en situation de décider pour nous notre diplomatie, notre sécurité, parfois en nous faisant courir les pires risques, alors nous ne sommes plus souverains, » a reconnu Emmanuel Macron à Aix-la-Chapelle, le 10 mai 2018. La conclusion est sans appel et c’est donc le président qui le dit : nous ne sommes plus souverains !

L’Europe, vache à lait des Gafa

Aujourd’hui, les Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple…) pillent impunément les ressources de l’Europe. Ces sociétés de « services » toutes basées outre-Atlantique usent de leur monopole numérique pour rançonner les travailleurs et les consommateurs européens (taxis, hôteliers…) comme les « fermiers généraux » de l’Ancien Régime qui s’étaient appropriés la collecte de l’impôt et en tiraient de juteux profits.

Il serait tout à fait possible de les en empêcher en promouvant nos propres acteurs de l’internet. C’est ainsi que procèdent les Chinois et cela leur permet de demeurer maîtres chez eux. Mais les fonctionnaires et élus européens se l’interdisent car ils ont placé toute leur foi dans la « libre entreprise ». Sauf révolution (improbable), on ne reviendra pas à la « préférence communautaire » des années 1960 et aux politiques intergouvernementales qui ont engendré Airbus et Ariane et défié les monopoles de Boeing et la NASA.

3/ L’Europe prétend effacer les nations

En 1914, au sommet de sa puissance, emportée par un orgueil démesuré, l’Europe a sombré dans une effroyable « guerre de Trente Ans ». D’aucuns en ont rendu responsables les États-Nations. C’est oublier que ceux-ci ont permis aux Européens de bâtir en mille ans une immense civilisation, avec la démocratie en prime. Ces États-Nations ont limité les conflits en permettant à chaque communauté de se développer suivant ses usages et ses mœurs, au contraire de l’empire chinois qui a connu de nombreuses guerres civiles à peu près aussi meurtrières que les guerres mondiales, de la rébellion An Lushan (VIIIe siècle) à la révolution culturelle.

L’Union européenne croit pouvoir faire table rase de son passé, à la différence de la Suisse, par exemple, qui s’est construite dans le respect des différences entre ses cantons. Illustration : en campagne pour la liste présidentielle aux européennes, Nathalie Loiseau plaide pour une « Europe des territoires ». Les territoires ? Des lieux habités par des gens, où les échanges se font avec des billets illustrés par des ponts et des portes sans nom et sans mémoire…

Cette dépersonnalisation de l’Europe vise clairement à gommer l’Europe des nations et des citoyens. Sur les murs du bâtiment Berlaymont qui abrite à Bruxelles la Commission européenne, on voit des cartes d’où les États ont pratiquement disparu au profit des circonscriptions administratives. Les fonctionnaires de Bruxelles ignorent ostensiblement les nations mais débordent d’attentions pour les régions, comtés, départements, communes, corporations, associations etc.

La Commission se fait ainsi un devoir de distribuer à quiconque lui en fait la demande des subventions joliment qualifiées de « fonds européens structurels et d’investissement » (FESI). C’est de l’argent versé à Bruxelles par les différents États et redistribué tous azimuts, pour le financement de ronds-points, de tunnels, de crèches, de musées, d’organisations caritatives etc. Par cette « générosité » faussement innocente et somme toute inutile, l’Union s’immisce dans les politiques nationales et brouille leurs priorités.

La raison voudrait que les FESI soient simplement versés aux États les plus nécessiteux et que l’on s’en tienne là en laissant aux citoyens de chaque État le soin de décider de l’affectation de leurs ressources.

L’illusion impériale

Instruit en histoire, le président Macron a réveillé ses souvenir de l’empire romain comme des empires byzantin, ottoman, mongol ou encore chinois. Il a avancé le souhait que l’Union débouche sur un « Empire européen » ! Un cauchemar en perspective ! La dernière fois qu’une myriade d’États se sont transformés en Empire, ce fut avec l’unification allemande, au XIXe siècle. Divisée en 350 principautés à l’issue des traités de Westphalie, en1648, l’Allemagne se montra prospère, pacifique et créatrice comme jamais. Réunie sous la forme d’un empire en 1871, elle ne tarda pas à devenir le plus effroyable des États…

Ainsi que le rappelle l’historien Gabriel Martinez-Gros, l’empire est par définition l’antithèse de l’État-Nation. C’est une structure autoritaire, qui fonctionne sur l’arbitraire et l’oppression fiscale, et dont l’oligarchie assure sa domination en divisant les populations, avec au final une société sclérosée. Quel citoyen pourrait en rêver ?

4/ L’Europe n’a généré aucune solidarité entre ses citoyens

La construction européenne n’a créé en soixante-dix ans aucune solidarité effective par-dessus les États. En pratique, dans leur vie quotidienne, les Français ne sont pas plus solidaires des Allemands et des Roumains que des Mongols ou des Sénégalais. En matière sociale, fiscale ou civile, les Européens ne partagent strictement rien entre eux et sont même dans plusieurs domaines en concurrence les uns avec les autres.

Il y a aujourd’hui plus de liens entre un habitant d’un bidonville de Mayotte et un bourgeois de Strasbourg qu’entre ce dernier et son voisin de Fribourg-en-Brisgau, si proches qu’ils soient par les mœurs et le mode de vie. Les Strasbourgeois acceptent sans maugréer de financer des aides sociales à destination des Mahorais. Mais on a vu par contre les Fribourgeois et les autres Allemands se soulever avec colère quand il a été envisagé en 2015 d’aider les Grecs victimes de la crise.

L’union monétaire et la libre circulation des capitaux ne compensent pas l’absence de solidarités sociales et humaines. Au contraire, elles exacerbent les conflits entre les citoyens des différents États. C’est ainsi que les paysans français encaissent aujourd’hui de plein fouet la concurrence de l’agro-industrie allemande sans pouvoir se défendre et l’actuel président de la Commission européenne a pu gouverner pendant dix-huit ans le Luxembourg en « pompant » à son seul profit les ressources fiscales des groupes américains installés en Europe.

Notons que les aides aux États les plus pauvres (Roumanie, Bulgarie…), justifiées et nécessaires, ne créent pas davantage de solidarité que l’aide de l’Europe à l’Afrique. Si elles sont mal gérées, elles peuvent induire une situation de dépendance et nourrir les réseaux mafieux et la corruption.

5/ L’Europe s’est construite sur une idéologie (néo)libérale

L’Europe est née en 1950 sur un projet de coopération économique. Rien de plus normal. À mesure qu’elle a grandi, elle a eu soin  d’abattre les barrières douanières et les entraves aux échanges. Normal aussi. Elle s’est aussi associée aux négociations initiées par les États-Unis sous le nom de Kennedy Round(1964-1967) en vue de faciliter les échanges internationaux. Normal également. On est ici dans une démarche pragmatique qui réunit des États souverains également développés.

Un changement s’est produit à la fin des années 1970, avec d’une part la fin de l’expansion d’après-guerre (les « Trente Glorieuses »), d’autre part l’émergence d’une idéologie néolibérale (Milton Friedmann, Friedrich Hayek…) qui n’a plus rien de pragmatique et soutient mordicus que « l’actionnaire sait mieux que quiconque ce qui est bon pour l’entreprise » (Jack Welch, General Electric), « l’État n’est pas la solution à notre problème, l’État est le problème » (Ronald Reagan, président américain) et « le libre-échange, c’est la paix »(Pascal Lamy, président de l’Organisation mondiale du commerce).

À la différence des autres dirigeants de la planète (Américains, Chinois, Japonais…), les Européens se sont convertis sans réserve à la nouvelle religion. Ils ont multiplié les accords de libre-échange dissymétriques (Japon, Chine, États-Unis…) en ouvrant leurs marchés et leurs capitaux sans s’assurer de la réciproque. Il s’en est suivi une perte de marchés et surtout de savoir-faire dont le dernier exemple est le rachat du géant allemand de la robotique, Kuka, par une société chinoise inconsistante mais grassement financée par Monsieur Xi (Xi Jinping).

Fidèles à leur foi, les dirigeants européens ont aussi prohibé toute forme de dirigisme étatique et de coopération intergouvernementale. De fait, depuis la mise en route de l’Acte unique (libre circulation des marchandises et des capitaux) et de la monnaie unique en 1988, l’Europe n’a plus aucune réalisation à son actif, comparable à Airbus (1970), l’Agence spatiale européenne (1975), Erasmus (1985) etc. L’Europe est en panne. Toute son énergie est vouée à la défense de la monnaie unique envers et contre tout, cependant que l’industrie qui a fait la richesse du continent s’étiole, s’évanouit ou s’évade.

Le néolibéralisme est au libéralisme ce que le marxisme-léninisme fut au socialisme, une extrapolation monstrueuse et mortifère. On n’en sort pas impunément et c’est en vain que certains Européens réclament la « préférence communautaire » sur les importations et les contrats publics. Il faut dire qu’il est plus avantageux à titre individuel d’importer un produit de Chine au prix de 20 et de le revendre 90 plutôt que de le fabriquer en Europe au prix de 50 et de le revendre 100.

6/ L’Europe tourne le dos à sa diversité culturelle

Art nouveau, Art déco… Jusque dans les années 1920, l’Europe a donné le la à la culture. Surmontant les divergences politiques et même les conflits, les Européens ont tissé entre eux des rapports étroits et féconds. Dès le XIIe siècle, les étudiants voyageaient sans doute davantage que les étudiants Erasmusdu XXIe siècle ! Il s’ensuit que chez les grands créateurs, Shakespeare, Mozart, Goethe, Hugo… l’inspiration était européenne avant que d’être nationale. Quel Français écrirait aujourd’hui un hymne à la culture allemande (ou italienne ou espagnole) comme autrefois Mme de Staël ou plus près de nous François Mitterrand ?

Nous n’en sommes plus là. Toutes les références culturelles communes aux Européens viennent d’outre-Atlantique, y compris les acteurs de cinéma et la musique. Ces références sont véhiculées par l’anglais international ou globish« À Bruxelles, c’est le globish qui règne en maître, une forme appauvrie à l’extrême de la langue de Shakespeare qui permet à tout le monde de communiquer sans problème », écrit Jean Quatremer, ex-européiste (Les Salauds de l’Europe). Faut-il s’en féliciter ? « La langue n’est pas neutre, rappelle Jean Quatremer. Elle véhicule des valeurs et des concepts et, surtout, seule la langue de naissance permet de communiquer au plus près de sa pensée : ce n’est pas un hasard si un Américain, un Chinois ou un Japonais ne négocie jamais dans une autre langue que la sienne »

Faut-il malgré tout se résigner à la domination de l’anglais ? Serait-ce le prix à payer pour la réconciliation des peuples ? Ce serait un bien mauvais calcul…

Dans quelques années, deux décennies au plus, nous disposerons avec internet d’outils de traduction instantanés d’une extrême fiabilité qui rendront inutile le recours à l’anglais international, y compris à l’oral. Il suffira à chacun de s’équiper d’une oreillette et de tendre son mobile vers son interlocuteur pour que chacun puisse parler et entendre dans sa langue maternelle. L’apprentissage des langues cessera d’être une obligation et redeviendra un pur plaisir. Les Japonais et quelques autres peuples demeurés fidèles à leur langue pourront alors pleinement jouir de leur avantage sur ceux qui auront fait le choix du plus petit dénominateur commun.

7/ L’Europe privilégie l’accessoire à l’essentiel

L’union fait la force, a-t-on coutume de dire. À condition que tous tendent vers le même objectif, faudrait-il ajouter. Autrement, l’union peut mener à la paralysie. C’est ce qui est arrivé à la Pologne au XVIIIe siècle à cause d’une mesure constitutionnelle d’une rare stupidité, le liberum veto, qui permettait à un quelconque député de la Diète de bloquer une loi. En conséquence, les voisins de la Pologne ne se faisaient pas faute de corrompre tel ou tel député pour affaiblir le pays.

De la même façon, en Europe, les intérêts égoïstes de tel ou tel pays viennent régulièrement entraver les intérêts de l’Union. C’est en particulier le cas en matière de fiscalité indirecte, de politique commerciale et de politique étrangère, des domaines dans lesquels est requise l’unanimité des États membres.

En matière de fiscalité indirecte, l’Union est devenue une jungle, chaque État faisant du moins-disant pour attirer chez lui les sièges des grandes sociétés sans qu’il soit possible d’y mettre bon ordre. La Chine a pu bloquer des décisions qui visaient à limiter son pouvoir de nuisance en faisant pression sur la Grèce ou le Portugal, des pays devenus dépendants de ses investissements. Les États-Unis ont pu bloquer la prétention du président Macron de taxer les Gafa (géants de l’internet) en menaçant simplement l’Allemagne de surtaxer ses voitures. Dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, l’Europe, paralysée par ses divisions, figure aux abonnés absents. Le vainqueur ramassera les morceaux.

En matière de diplomatie, les divisions sont encore plus nettes. Pendant les guerres de Yougoslavie (1992-1995), l’Allemagne et la France se sont rangées dans des camps opposés, la première soutenant la Croatie, la seconde la Serbie. À l’ONU et sur le terrain, les Européens étalent régulièrement au grand jour leurs divisions sur les enjeux israélo-arabes, africains, russes etc. Ainsi la France est-elle seule à combattre le djihad dans le Sahel cependant que Polonais, Baltes et Suédois préparent fébrilement leur revanche sur la Russie.

L’immigration et les questions intérieures affectent aussi les relations entre les États, pas seulement entre Européens de l’Est et de l’Ouest. En février 2019, Paris a ainsi rappelé son ambassadeur à Rome, un acte d’hostilité inouï entre deux « alliés » et partenaires aussi proches !

Là-dessus viennent se greffer les déclarations méprisantes de certains responsables allemands à l’égard de leurs partenaires, qu’il s’agisse de la Grèce ou… de la France. Un vice-chancelier a suggéré que la France renonce à son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU cependant que la dauphine de la chancelière exige que le Parlement européen quitte Strasbourg pour Bruxelles (pourquoi pas ? Mais à condition que la Banque centrale européenne quitte Francfort pour Strasbourg !).  Démuni face à cet état de désunion, le président Macron détourne l’attention en dénonçant les « nationalismes ». C’est une rhétorique qui date. On la rencontrait déjà sous la plume de l’écrivain collaborationniste Drieu la Rochelle qui opposait le « nationalisme tardif des jeunes peuples » à la « nouvelle Europe ».

Conscients de leur impuissance dans les domaines régaliens (fiscalité, diplomatie, commerce), les Européens se rattrapent par un surcroît d’activité dans les domaines subalternes : droit civil, droit du travail, environnement, normes etc. Comme si l’uniformisation des règles allait rendre les Européens plus semblables et plus malléables. Cette orientation est en contradiction avec la belle devise de l’Europe : « Unie dans la diversité ». Elle est surtout en rupture avec le principe de subsidiarité inscrit dans tous les traités depuis 1957…

La subsidiarité signifie qu’une entité ne doit s’occuper que des missions dont les entités de rang inférieur sont incapables. Ainsi l’Union ne devrait-elle s’occuper que de ses relations avec le monde extérieur ainsi que de la protection des frontières. Elle devrait garantir la préférence communautaire concernant les biens et services ainsi que les contrats publics. Enfin, elle devrait veiller à l’équité dans les relations commerciales entre les États membres et sanctionner par exemple les États comme l’Irlande qui pratiquent le dumping fiscal ou les États comme l’Allemagne qui privilégient à tout va leurs exportations en sacrifiant leurs investissements intérieurs et déséquilibrant l’économie des pays clients. Tout le reste, environnement, éducation, droit du travail, droit civil et pénal, sécurité intérieure… ne devrait relever que des États et des citoyens (au moins dans un premier temps). Nous en sommes loin.

Publié ou mis à jour le : 2019-05-26 22:05:0

UE: quelles vont être les six dossiers les plus chauds des nouveaux eurodéputés ?

Europe

UE: quelles vont être les six dossiers les plus chauds des nouveaux eurodéputés ?

Le scrutin du 26 mai change les équilibres au Parlement de Strasbourg. Face aux souverainistes, le camp des europhiles va devoir compter avec la percée des Verts et des libéraux. Et tourner la page Brexit.

Les nouveaux eurodéputés ont déjà six dossiers chauds à gérer

Brexit, présidence de la Commission, avenir d’Angela Merkel, place de l’extrême-droite et de LREM… Les dossiers ne manquent pas pour les nouveaux eurodéputés.

Affaiblissement des deux grands partis, victoire modérée des populistes, percée des Verts (spectaculaire en Allemagne et aux Pays-Bas), poussée des centristes, en passe de devenir un groupe charnière. Les élections qui se sont déroulées du 23 au 26 mai sur tout le continent, Royaume-Uni compris, ont donné des tendances comparables à celles observées en France. Moins monolithique, le nouveau Parlement que les 370 millions d’électeurs européens se sont choisi devrait connaître, non pas la révolution dont les extrêmes rêvaient, mais une évolution.  » Le double vote en faveur des libéraux et des Verts paraît témoigner d’un désir de nouveauté politique « , analyse le professeur de sciences politiques à l’Université catholique de Lille Thierry Chopin, pour qui se dessine  » une forme de politisation de l’Europe « . Car, appuie l’expert,  » le débat ne portera finalement pas sur la désintégration de l’Europe, mais sur l’Europe que l’on souhaite (sur les questions d’environnement, de rapport à l’immigration, de valeurs, etc.).  » Décryptage des enjeux d’une mandature de cinq ans qui s’ouvrira le 2 juillet.

1. Quelle majorité pour diriger le Parlement européen ?

C’est une première en quarante ans. Alors que depuis 1979, l’hémicycle était gouverné au centre (centre droit sur les questions économiques, centre gauche sur les questions sociétales), par une alliance entre conservateurs (du Parti populaire européen, PPE) et sociaux-démocrates, dimanche 26 mai, le duopole est mort. Affaiblis, les deux grands partis ont ramassé 43,8 % des voix, un score insuffisant pour former une majorité.

Face à un résultat que le chef économiste d’ING, Julien Manceaux, qualifie de  » glissement historique « , il va falloir trouver des forces d’appoint, en s’appuyant sur trois partis, avec les centristes (qui ont obtenu 14 % des suffrages), voire sur quatre, (avec les Verts qui frisent la barre des 10 %). Une configuration optimale, selon Thierry Chopin.  » Le soutien des libéraux sera nécessaire pour bâtir une coalition. Mais après leur percée, il serait important que les Verts en fassent aussi partie. Arithmétiquement cela ne s’impose pas ; mais le vote a souligné combien les enjeux écologiques sont devenus incontournables. « 

2. Quel président pour la Commission européenne ?

Qui pour remplacer Jean-Claude Juncker ? L’élection du Parlement ayant acté un nouvel équilibre politique, s’ouvre désormais une série de nominations pour les  » top jobs  » de Bruxelles, à commencer par le plus crucial d’entre eux : celui de patron du Berlaymont, le siège de la Commission. Très politique, la question agite la bulle bruxelloise depuis des mois.

Deux visions s’opposent. Celle de la plupart des chefs d’Etat et de gouvernement, à commencer par Emmanuel Macron et les premiers ministres luxembourgeois et néerlandais, Xavier Bettel et Mark Rutte, qui veulent garder la main sur cette nomination stratégique. A l’inverse, les élus du Parlement réclament que s’applique le principe dit du  » Spitzenkandidat  » (tête de liste en allemand), selon lequel le Berlaymont revient au chef du parti arrivé en tête, en l’occurrence Manfred Weber, le président du PPE qui a recueilli presque 24 % des votes. L’Allemand argue de sa légitimité démocratique, même si son score est décevant et qu’il a des faiblesses. Il n’a jamais exercé de fonction gouvernementale, a longtemps soutenu le très autoritaire Premier ministre hongrois Viktor Orban.  » Il est peu charismatique et pas très aimé « , abonde le journaliste irlandais Brian Maguire, un des correspondants les plus influents à Bruxelles.

Dans les jours qui viennent le Bavarois va tenter de constituer une majorité, s’appuyant sur le précédent de 2014, où Jean-Claude Juncker, chef des conservateurs, a pris les rênes de la Commission.  » Ce n’était pas tant le spitzenkandidat que nous avons désigné, s’agace un diplomate français, que l’ancien Premier ministre du Luxembourg, incollable sur les arcanes de Bruxelles. « 

Les capitales ont déjà leurs poulains. Parmi les favoris soutenus par Paris : la Danoise libérale Margrethe Vestager, commissaire à la Concurrence qui a infligé des amendes record aux Gafa, et le Français conservateur Michel Barnier, dont le travail de négociateur du Brexit a fait l’unanimité. L’équation est d’autant plus délicate que cette nomination lance un grand mercato, par lequel seront désignés d’ici à la fin 2019 le président du Parlement et celui de la Banque centrale européenne (BCE). Il est de tradition que les capitales respectent des équilibres entre petits et grands pays et entre zones géographiques (Nord-Sud, Est-Ouest). Désormais, il y a aussi une forte pression pour nommer une femme : la Commission et la BCE n’ont été dirigées que par des hommes. En 2014, il a fallu trois sommets et trois mois pour décider des principaux postes. Cette fois-ci, les 27 veulent aller vite. Une gageure ! Le premier tour de table organisé lors d’un dîner informel à Bruxelles le mardi 28 mai a souligné l’étendue des divergences.

3. Quel pouvoir de nuisance pour l’extrême droite ?

Grand vainqueur dans son pays, l’Italien Matteo Salvini n’a pas réalisé au Parlement de Strasbourg le raz de marée qu’il annonçait. La droite populiste a certes progressé, confirmant une tendance de fond depuis quinze ans. Dans le prochain hémicycle, elle occupera un quart des sièges, mais ne sera pas, comme elle le proclamait, une force motrice capable de  » réformer l’Europe de l’intérieur « . Sa percée va bien sûr lui donner davantage de pouvoir, de moyens, de temps de parole. Professeur au Centre d’histoire de Sciences-Po, Sylvain Kahn estime que  » les populistes de droite et eurosceptiques pourraient présider plusieurs commissions ou encore rédiger plusieurs rapports parlementaires. Ils pourront aussi influencer l’ordre du jour du Parlement et mettre sur la table des projets de résolution.  » Pour Julien Manceaux, chef économiste d’ING, ils pourraient par ailleurs  » ralentir le processus d’intégration européenne « . Pour autant, ils n’ont pas suffisamment de poids pour infléchir les décisions majeures du Parlement. Leur pouvoir de nuisance risque de rester d’autant plus limité qu’il n’est pas certain qu’ils réussissent à s’unir. Pas sûr que Salvini puisse européaniser son parti (La Ligue) et constituer ce qu’il appelle  » la ligue de la ligue « . Car jusqu’ici les souverainistes européens ont été éclatés en trois groupes, irréconciliables pour des problèmes d’ego et sur beaucoup d’enjeux majeurs, comme la relation avec la Russie, les questions de sécurité ou de choix budgétaires. Autre inconnue : qu’adviendra-t-il des 56 sièges raflés par l’eurosceptique britannique Nigel Farage, une fois le Brexit effectif ?

4. La stratégie du coucou de LREM va-t-elle fonctionner ?

Arrivés troisième, les centristes européens vont devenir, comme le souhaitait Renaissance, une  » force charnière  » du Parlement, ce que les Anglo-Saxons appellent le  » swing party  » (le parti pivot). Sans doute l’implication d’Emmanuel Macron dans les dernières semaines de la campagne a-t-elle été décisive. Julien Manceaux, d’ING, observe  » si dans son pays son image s’est ternie, en Europe, il reste une figure très écoutée, capable d’exercer un rôle central « . Mi-mai, un meeting électoral à Strasbourg a rallié autour du projet présidentiel des poids lourds du continent, comme les libéraux de Ciudadanos en Espagne ou encore les sociaux-démocrates du Portugal ou ceux d’Italie, par la voix de l’ancien président du conseil Matteo Renzi.

Consciente que pour compter dans l’hémicycle de Strasbourg, il faut adhérer à un parti, La République en marche a fait le choix de rejoindre le groupe Alde (Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe). Mais cette stratégie du coucou a un prix. Faire disparaître le mot  » libéral  » de l’intitulé de la formation.  » Ce n’est pas une coquetterie, décrypte le site européen Euractiv. En France, mais aussi dans les pays du Sud où le nouveau groupe espère recruter sur la gauche de l’échiquier politique, le libéralisme a mauvaise presse, le terme ayant avant tout une connotation économique.  » En compensation, il faudra offrir un poste au président de l’Alde, le très madré et ambitieux Guy Verhofstadt. L’ancien Premier ministre belge réclame rien de moins que le perchoir du Parlement européen.

5. Quid du Brexit ?

Theresa May vient d’annoncer qu’elle quittait le pouvoir le 7 juin. Que va-t-il se passer, une fois son successeur désigné ? Après avoir souligné le courage de l’actuelle locataire de Downing Street, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, a assuré qu’il  » respecterait et établirait des relations de travail avec le nouveau Premier ministre britannique tout autant qu’avec Theresa May « . Pas question néanmoins pour Bruxelles de revenir sur le traité de divorce signé avec Londres en novembre 2018, mais rejeté trois fois par Westminster. De son côté, Emmanuel Macron appelle les Britanniques à  » une clarification rapide  » sur le Brexit.

Donné favori comme prochain chef du gouvernement, le Brexiter et ancien ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson souhaite non seulement renégocier l’épineuse question de la frontière entre les deux Irlande, mais il se dit prêt à aller jusqu’à un Brexit sans accord, ce qui impliquerait une sortie de l’Union douanière.  » Un scénario catastrophe « , pour Enrico Letta, ancien président du conseil italien et président de l’Institut Jacques- Delors, qui espère  » que la raison va l’emporter. Car, dit-il, si Theresa May a toujours été respectueuse de l’Europe, Johnson, lui, est le modèle du populiste qui détruit sans assumer sa responsabilité. Un cauchemar « . Quel que soit le nom du Premier ministre, Bruxelles a donné aux parlementaires britanniques jusqu’au 31 octobre pour trouver un compromis. Après, c’est le saut dans le vide, ce que les éditorialistes outre-Manche appellent déjà l’ » Halloween Brexit « .

6. Angela Merkel sera-t-elle le joker de l’Europe ?

Les élections du 26 mai ont confirmé que l’heure de l’après-Merkel a sonné. Son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), est certes arrivé en tête, mais avec un score historiquement bas (28 %), relançant les rumeurs de départ anticipé de la chancelière. Affaiblie depuis les législatives de la mi-2017, elle a déjà cédé il y a cinq mois les commandes de la CDU à sa dauphine Annegret Kramp-Karrenbauer. Un remaniement ministériel est annoncé pour les prochains jours. Suivront, cet automne, dans trois Länder de l’ex-RDA, des élections régionales cruciales. Les sondages prédisent l’effondrement des partis traditionnels au profit des populistes. En cas de déroute de la droite modérée, Merkel pourrait bien tirer sa révérence, après quatorze ans de règne. Elle a certes assuré vouloir prendre sa retraite sitôt partie du pouvoir, mais son côté fille de pasteur pourrait l’emporter, face aux dangers qui menacent l’Europe.

A Bruxelles, de plus en plus de monde l’imagine prendre les rênes de l’Union. Le 18 mai, elle déclarait au quotidien Süddeutsche Zeitung  » Nous sommes confrontés à des courants qui veulent détruire nos valeurs. Nous devons y faire face avec détermination.  » Beaucoup d’éditorialistes outre-Rhin ont lu dans cette déclaration une volonté de s’engager. L’ex-président du conseil italien Enrico Letta approuve :  » Elle seule est capable de parler à égalité avec les grands fauves de la scène internationale « , les Trump, Poutine et autres Xi.

https://www.challenges.fr/monde/europe/ue-les-six-dossiers-chauds-des-nouveaux-eurodeputes_656909

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Revue de presse nationale et internationale.

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