Archives pour la catégorie F.E.D

Que se cache-t-il derrière l’effondrement du dollar?

Dollars américains. Image d'illustration

Que se cache-t-il derrière l’effondrement du dollar?

© Fotolia / Zwiebackesser
Economie

URL courte
3190

Le dollar chute par rapport à pratiquement toutes les monnaies mondiales. Jeudi dernier, les positions de la devise américaine ont été ébranlées par la déclaration du ministre des Finances des USA Steven Mnuchin, qui a dit soutenir son affaiblissement.

Un nouveau coup a été porté au dollar par le quotidien Wall Street Journal, qui s’est joint aux attaques de Donald Trump contre la Réserve fédérale (Fed) en appelant cette dernière à «se calmer» et à cesser d’augmenter ses taux. Les investisseurs ont immédiatement réagi, mais les analystes sont convaincus que la vraie chute de la monnaie américaine reste à venir.

Le taux directeur de la Fed continue de grimper

En octobre, la bourse américaine a été secouée par une vague de ventes. L’indice de l’important marché S&P 500 a fléchi de 8%, et le Nasdaq-100 Technology Sector Index de 9,2%. S’en est suivi un effet domino en Europe et en Asie, qui a conduit à des pertes totales avoisinant les 5.000 milliards de dollars. Ces ventes massives sur les places boursières américaines sont avant dues tout aux craintes des investisseurs face à la hausse des taux d’intérêt.Le durcissement de la politique monétaire de la Fed a conduit à une hausse du rendement des obligations à long terme du gouvernement américain, à l’augmentation des taux d’intérêt pour les prêts immobiliers et, par conséquent, à la diminution des achats immobiliers.

Cette année, le régulateur américain a revu à la hausse son taux directeur à trois reprises, et il ne semble pas avoir l’intention de s’arrêter. Selon les prévisions de l’une des plus grandes banques d’investissement américaines, Goldman Sachs, d’ici fin 2019 la Fed devrait augmenter encore cinq fois son taux directeur — soit deux fois plus que ce qu’attendent actuellement les acteurs du marché. Principaux arguments invoqués: l’économie américaine se rétablit, il ne doit donc pas rester de traces de la politique de stimulation.

L’inflation accroît la probabilité d’augmentation des taux d’intérêt. Selon les chercheurs de l’université de Yale, une période de hausse commence actuellement dans le cycle d’inflation aux USA, notamment à cause des complications commerciales qui s’aggravent.Selon Stephen Roach, chercheur en chef à l’université et ancien patron de Morgan Stanley Asia, dès l’an prochain l’inflation augmentera jusqu’à 3-3,5% aux USA. Ce qui signifie que la Fed devra augmenter son taux directeur.

Trump se révolte contre la Fed

Le locataire de la Maison-Blanche est en désaccord avec la politique actuelle du régulateur financier. En octobre, Donald Trump a qualifié la Fed de «principale menace pour l’économie» américaine. Il a également déploré le fait que la Fed, qui remplit les fonctions d’une banque centrale, soit une structure indépendante et que la Maison-Blanche ne dispose pas de leviers de pression sur elle.

Quand la Fed revoit à la hausse son taux directeur ou prend d’autres mesures pour durcir la politique monétaire, le volume d’«argent bon marché» diminue dans le système financier.Plus le taux directeur est élevé, plus le coût des emprunts pour les grandes entreprises l’est. Cela signifie que les entrepreneurs n’augmentent pas les salaires, investissent moins, et que les actionnaires perçoivent moins de bénéfices. Au final, les compagnies deviennent moins attractives.

Les entreprises avaient activement profité des taux bas pour s’élargir et absorber d’autres compagnies. Mais quand le taux a commencé à augmenter, le remboursement des dettes est devenu très difficile.

Les premières victimes

Selon les statistiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la part des «compagnies-zombies» qui ne génèrent pas de revenus et vivent à crédit a augmenté ces dernières années jusqu’à 6%, ce qui est un signe «très alarmant», déclare Andreï Kotchetkov, analyste d’Otkrytie broker.General Electric, l’une des plus grandes compagnies américaines, est l’une des premières victimes de l’augmentation systématique des taux d’intérêt.

«Non seulement les indices financiers du géant se sont considérablement détériorés, mais sa capitalisation est descendue en-dessous de la dette corporative de 110 milliards de dollars. La compagnie a de moins en moins d’argent pour se développer parce que des sommes conséquentes servent à rembourser la dette. Par conséquent, la croissance économique va ralentir», explique Andreï Kotchetkov.

Une hausse dangereuse

L’augmentation des taux par la Fed contribue à la hausse du rendement des bons du Trésor, notamment sur dix ans, auxquels sont associés les taux sur les crédits bancaires et les prêts immobiliers. Par conséquent, le pouvoir d’achat de la population diminue.Ce rendement élevé permet d’attirer davantage d’argent des investisseurs des marchés émergents dans l’économie. Mais chaque médaille a son revers.

La Bank of America Merrill Lynch a déjà averti que la hausse des taux d’intérêt aux USA pourrait déclencher une nouvelle crise. Toute l’année, les investisseurs ont vendu leurs actifs dans les marchés en développement à cause de l’augmentation des taux par la Fed, qui a renforcé le dollar.

La situation actuelle, selon les analystes de la banque, «rappelle celle d’il y a vingt ans quand les investisseurs s’étaient retirés massivement des obligations risquées des économies émergentes».

La balance se renverse

A présent que Donald Trump est soutenu par le plus grand journal d’affaires du pays dans ses attaques contre la Fed, le dollar est confronté à la vente. Mais il ne s’agit évidemment pas d’une seule publication.

«Depuis que les économistes ont dit que l’effet des stimulations fiscales était épuisé et que l’économie américaine commencerait à ralentir, des petits poids — sous la forme de déclarations de hauts fonctionnaires et d’experts — se sont mis à tomber sur la balance au profit de la réduction du rythme d’augmentation du taux par la Fed. Résultat des courses: la balance a penché de l’autre côté, ce qui a conduit à l’affaiblissement de la devise américaine», explique Andreï Vernikov, directeur général adjoint pour l’analyse d’investissement de Zerich Capital Management.

De plus, la semaine dernière, le vice-président de la Fed Richard Clarida a déclaré sur CNBC que «certains signes» témoignaient du ralentissement de la croissance économique mondiale. Le nombre d’investisseurs pensant que la Fed augmenterait son taux directeur lors de la réunion de décembre s’est alors réduit.

https://fr.sputniknews.com/economie/201811201038979520-dollar-effondrement-economie-usa/

Publicités

Donald Trump face au pouvoir (abusif) de la Réserve fédérale

ctobre 2018

La Fed – la banque centrale américaine – révèle ces jours-ci l’étendue de son pouvoir sur l’économie américaine, puisqu’elle peut à la fois souffler le chaud et le froid sur les marchés boursiers et qu’elle pourrait, d’un simple trait de plume, mettre un frein brutal aux performances florissantes de l’économie réelle aux Etats-Unis.

Chômage au plus bas, offres d’emploi au plus haut, production industrielle à la hausse : même les médias français sont contraints de saluer le « miracle » Trump.

Mais dans le même temps, Donald Trump est largement accusé de mettre en péril l’économie mondiale – notamment par le FMI qui revoit ses prévisions de croissance à la baisse – en raison de ses décisions à l’égard de la Chine. Le président américain lui-même montre plutôt du doigt cette fameuse Réserve fédérale qui augmente ses taux.

Si les bourses américaines ont beaucoup perdu la semaine dernière, ce n’est pas la faute aux droits de douane, a tempêté Trump : « Si j’ai un problème, c’est avec la Fed. La Fed est déchaînée. Ils augmentent les taux d’intérêt et c’est ridicule. La Fed devient dingue. »

Le pouvoir abusif de la Réserve fédérale lui permet de manipuler l’économie

En effet, la Réserve fédérale a imposé trois hausses de taux en cette seule année 2018, ce qui augmente d’autant le coût de l’argent à la fois pour les sociétés, les industries et les consommateurs.

Le risque associé, c’est une baisse des investissements et des achats coûteux, et donc, fatalement, un ralentissement de l’économie actuellement en plein boom – surtout si la Fed renouvelle l’opération.

Le site anti-socialiste The New American observe que ces soupçons de la part de Trump qui perçoit dans les actions de la Fed une tentative délibérée de lui faire du tort sur le plan politique en freinant l’économie pourraient bien être fondés.

Mais ce qui l’intéresse, c’est aussi de savoir de quel droit une institution ou plutôt un monopole privé possède un tel pouvoir sur les taux d’intérêt, avec toutes les répercussions qu’entraînent les modifications de ces derniers.

Premier point : la Réserve fédérale ne fait pas partie des institutions fédérales visées par la Constitution des Etats-Unis. Pour autant, elle a la capacité de mettre l’économie américaine à genoux : il suffit qu’elle le décide.

Deuxième point : pourquoi Donald Trump ne licencie-t-il donc pas l’actuel président de la Fed, Jerome Powell, qu’il a lui-même nommé à ce poste au départ de Janet Yellen ? Interpellé à ce sujet, Trump a laconiquement répondu : « Je ne vais pas le virer. » En vérité, il n’en a pas le droit, puisque la loi l’empêche de remercier un président de la Réserve fédérale autrement que pour faute grave.

Autrement dit, une telle décision lui est interdite dans les faits, et ce d’autant que la banque centrale est « indépendante », comme l’a rappelé le conseil économique de la Maison-Blanche Larry Kudlow jeudi dernier.

Indépendante et incontrôlable, la Réserve fédérale est l’arme de choix contre Donald Trump

De son côté, Jerome Powell a simplement affirmé vouloir « faire ce qui est bien pour le pays »…

Mais quelle que soit l’intention, elle passe clairement par une manipulation, voire plusieurs.

The New American rappelle ainsi que l’ajustement des taux d’intérêt peut s’assortir d’un « taux d’escompte » appliqué au réseau de banques membres de la Fed : plus il est élevé, plus le coût de l’emprunt est élevé, avec pour corollaire une hausse des taux appliqués par ces banques aux emprunteurs, commerciaux ou particuliers.

Après la crise de 2008, la Fed a mis en place une politique de taux très bas afin de soutenir et booster l’activité économique. C’est une manœuvre efficace, à ceci près qu’elle fait augmenter de manière sensible les prix des biens importants –l’immobilier par exemple – notamment parce que les acheteurs sont alors plus nombreux, attirés par les intérêts très modestes. Elle décourage également l’épargne.

Bref, il y a des arguments à la fois contre la baisse des taux et la hausse des taux lorsque celles-ci sont le fruit d’une décision prise par une institution indépendante et puissante qui agit d’autorité, mais en dehors de tout contrôle par le pouvoir et a fortiori sans que l’électeur n’ait son mot à dire.

Laisser les taux d’intérêts se réguler grâce au marché plutôt que de laisser la Fed décider…

« La réalité, c’est que dans un marché libre, les taux d’intérêt fourniraient un moyen naturel de “refroidir” une économie en surchauffe. En même temps que la demande augmenterait pour l’argent fourni à des taux d’intérêt bas, ces taux commenceraient à remonter conformément à la loi de l’offre et de la demande.

Et à mesure que les taux s’élèveraient, la demande d’emprunts chuterait. Cela entraînerait une hausse de l’épargne, avec pour résultat l’entrée d’argent dans les banques.

L’augmentation de l’argent disponible entraînerait à son tour la chute des taux d’intérêt. Et ainsi de suite », estime Steve Byas du New American. « En d’autres termes, sans banque centrale pour fixer les taux d’intérêt, le système de la libre entreprise régulerait les taux d’intérêt en déterminant la masse d’argent disponible pour l’économie. »

Et d’observer que depuis la création de la Réserve fédérale en 1913, l’économie américaine n’a pas été, contrairement aux promesses, préservée des crises économiques dont les plus sévères se sont produites en 1920, 1929 et 2008, en même temps que la valeur de l’argent américain a fortement décru.

La Fed est censée protéger l’économie de l’inflation et de la dépression : aujourd’hui, le dollar vaut moins de 5 cents en dollars de 1913.

Anne Dolhein

 

source

http://www.citoyens-et-francais.fr/-98?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Pour Trump, sa « plus grande menace… c’est la Fed »

Pour Trump, sa « plus grande menace… c’est la Fed »

Par latribune.fr  |   |  259  mots
(Crédits : Jonathan Ernst)
C’est devenu une habitude pour Donald Trump : le président des États-Unis Donald Trump a une nouvelle fois ouvertement critiqué mardi la Banque centrale américaine (Fed), jugeant qu’elle était sa « principale menace » car elle remonte les taux d’intérêt « trop rapidement ».

Le locataire de la Maison-Blanche a, une nouvelle fois, tancé la banque centrale américaine en accusant l’organisme bancaire américain d’être une menace.

« Ma principale menace, c’est la Fed », a déclaré M. Trump sur Fox Business. « Parce que la Fed augmente les taux trop rapidement, et elle est trop indépendante ».

Le locataire de la Maison-Blanche a précisé qu’il ne parlait pas au président de la Fed, Jerome Powel, car l’institution est « indépendante ».

« Mais je ne suis pas content de ce qu’il fait », a-t-il tenu à souligner.

Il y a une semaine, piqué au vif par la lourde chute de la Bourse, Donald Trump avait déjà dénoncé la démarche « trop agressive » de la Banque centrale, rompant avec la tradition de réserve en public adoptée par la plupart de ses prédécesseurs.

Lire aussi : Taux directeurs : Donald Trump s’en prend (encore) à la Fed

La Banque centrale américaine a commencé à remonter progressivement les taux fin 2015 après avoir alimenté pendant près d’une décennie l’économie américaine en argent pas cher pour relancer la machine à la suite de la crise financière de 2008.

Mais l’institution présidée par Jerome Powell souhaite désormais éviter la surchauffe, tout en signalant très clairement ce qu’elle compte faire jusqu’à la fin de l’année prochaine pour n’effrayer personne: une hausse des taux en décembre et deux ou trois en 2019.

Lire aussi : Wall Street et la tech dévissent, Trump accuse la Fed devenue « folle »

(avec l’AFP)

https://www.latribune.fr/economie/international/pour-trump-sa-plus-grande-menace-c-est-la-fed-794231.html

Pourquoi Trump vient-il de déclencher une nouvelle crise financière ?

Pourquoi Trump vient-il de déclencher une nouvelle crise financière ?


Par Dan Glazebrook – Le 17 août 2018 – Source RT

L’attaque de Trump contre la livre turque, combinée aux récentes mesures de la Réserve fédérale pour réduire drastiquement l’offre de dollars, entraînent le monde vers une crise monétaire identique à celle de 1997. C’est peut-être exactement le but recherché.

Vendredi dernier, Donald Trump a annoncé de nouvelles sanctions contre la Turquie, notamment le doublement des droits de douane sur l’acier et l’aluminium qu’il avait introduits plus tôt cette année. La monnaie turque était déjà en difficulté, mais ces nouvelles sanctions « sont la goutte qui fait déborder le vase », selon Edward Park de la société de gestion britannique Brooks Macdonald.

Le même jour, la livre turque est tombée à plus de 6 face au dollar, pour la première fois, atteignant un nouveau bas historique de 7,21 par rapport au dollar, dimanche. Après que la Turquie a mis des plafonds aux swaps de devises, la livre a repris un peu de sa valeur perdue, et elle s’échangeait à 6,12 mercredi, toujours bien en dessous des 4,75 pour un dollar qu’elle valait la semaine dernière.

La réaction turque a eu un certain effet, mais ça ne suffira pas : interdire simplement le commerce de la livre au-dessus d’un certain niveau, comme la Turquie a fait, n’est guère un moyen pérenne de revaloriser la monnaie ; et selon le Financial Times, les investisseurs « continuent d’augmenter leurs paris contre la Turquie à travers d’autres moyens, comme les swaps de défaut qui garantissent le paiement de la dette en cas de défaut ». Les actions des banques turques sont aujourd’hui à leur plus bas niveau depuis 2003.

La vulnérabilité de la monnaie vient surtout du fait que le pays a d’énormes dettes en dollars. Les entreprises turques doivent aujourd’hui près de 300 milliards de dollars de dettes libellées en devises, un chiffre qui représente plus de la moitié de son PIB. Comment cela s’est-il produit et pourquoi cela est-il soudainement devenu un problème ?

Pendant l’ère de l’assouplissement quantitatif (QE), la Réserve fédérale américaine a inondé les institutions financières américaines avec 3 500 milliards  de nouveaux dollars, dont une grande partie a afflué sur les marchés dits « émergents » comme la Turquie. Tant que l’orchestre jouait, tout allait bien – des taux d’intérêt presque nuls, combinés à la faiblesse du dollar, rendaient ces dettes abordables. Mais depuis que la Réserve fédérale a mis fin à son programme d’assouplissement quantitatif l’an dernier – et qu’elle a ensuite commencé à l’inverser en vendant les actifs financiers qu’elle avait achetés (et donc en retirant des dollars du système financier) – la valeur du dollar a recommencé à augmenter, ce qui augmente de prix de la dette.

Cette appréciation du dollar a été aggravée par deux hausses successives des taux d’intérêt de la Réserve ; mais elle a également été aggravée par les décisions de Trump. Paradoxalement, les guerres commerciales de Trump ont conduit à une nouvelle hausse du dollar, car les investisseurs ont considéré ce dernier comme un « refuge » par rapport à d’autres monnaies jugées moins capables de résister aux turbulences aléatoires qu’il a déclenchées. Même le yen et le franc suisse, traditionnellement considérés comme « aussi solides que l’or », se sont affaiblis face au dollar, comme d’ailleurs face à l’or lui-même.

Comme l’a dit Aly-Khan Satchu, fondateur et PDG de Rich Management, « le dollar américain a été transformé en arme – soit délibérément, soit à dessein » (y a-t-il une différence ?), ajoutant que d’autres pays subiront le même traitement « s’ils s’entêtent dans la même politique qu’Erdogan ».

Ainsi, le coup porté par les États-Unis à la Turquie est quadruple – hausses de taux d’intérêt et tarissement des dollars de la Fed ; tarifs douaniers et sanctions de Trump. Il en résulte une perte de près de 40 % de la valeur de la livre depuis le début de l’année.

Les effets se font déjà sentir bien au-delà des frontières de la Turquie ; le rand sud-africain est tombé, lundi, à son plus bas niveau depuis deux ans, et la roupie indienne, le peso mexicain et la roupie indonésienne ont tous été durement touchés. Cela n’est pas surprenant, car le gonflement de la dette libellée en dollars – de 2 000 milliards de dollars il y a 15 ans à 9 000 milliards aujourd’hui, en grande partie par les pays du Sud – combiné à l’inversion de l’assouplissement quantitatif, sont les ingrédients d’une crise qui ne demande qu’à éclater. Toutes les conditions qui avaient précédé la crise monétaire de 1997 en Asie de l’est sont désormais réunies. Il ne manquait qu’un petit coup de pouce – et Trump vient de le donner.

Tout cela est expliqué dans tous les manuels d’économie, ou plutôt ça devrait l’être si les manuels reflétaient la réalité (ce qui est loin d’être le cas). Les dix dernières années sont pratiquement le replay exact de la décennie qui a précédé la crise de 1997. Si la dévaluation du dollar de les Accords du Plaza de 1985 n’était pas exactement de l’assouplissement quantitatif, elle avait le même but et les mêmes résultats – un flot d’argent et de dettes en dollars bon marché, et donc une dépendance et une vulnérabilité mondiales croissantes au dollar et à la politique monétaire et économique des États-Unis.

Cette vulnérabilité a ensuite été effectivement « encaissée » lorsque les Accords du  Plaza a été « inversé », 10 ans plus tard [par les Accords du Louvre, NdT], un renversement qui à l’instar du renversement actuel de l’assouplissement quantitatif, étrangle le crédit et fait monter les taux d’intérêt, rendant les marchés plus instables et les faillites plus probables.

Le déclencheur a finalement été l’effondrement du baht – la monnaie d’un pays (la Thaïlande) qui avait un PIB deux fois moins élevé que celui de la Turquie – qui a provoqué une crise qui s’est étendue à toute l’Asie, sabotant le développement du continent et permettant aux entreprises américaines d’acheter certaines des usines industrielles les plus avancées du monde pour une fraction de leur valeur.

Il n’est donc pas difficile de comprendre pourquoi Trump et la Fed pourraient vouloir déclencher une telle crise aujourd’hui. Plus les monnaies des pays endettés en dollars dégringolent, plus ils doivent céder de biens et de services réels aux États-Unis pour payer les intérêts de leurs dettes en papier-dollars aux États-Unis – et ceux qui ne peuvent pas suivre seront avalés pour trois sous.

Cependant, au-delà du profit purement économique, il y a aussi l’impératif géopolitique de maintenir et d’étendre la domination américaine en écrasant ses rivaux. Trump ne fait rien d’autre, après tout, que d’utiliser toute la puissance dont il dispose pour détruire ses adversaires. Mettre les pays les uns après les autres au bord de la faillite – et donc à la merci du FMI – est un moyen de transformer la dépendance à l’égard du dollar accumulée au cours de la dernière décennie en pouvoir pur et dur.

On peut facilement imaginer ce que les États-Unis pourraient exiger en échange de leur soutien pour obtenir le renflouement du FMI – mettre fin aux importations de pétrole en provenance de l’Iran, cesser de participer à la Route de la soie chinoise… le potentiel est énorme. On entend déjà des menaces directes contre la Turquie pour qu’elle fasse « ce qu’elle doit faire » pour « rassurer les marchés » – le Times de mardi, par exemple, exige que « Erdogan mette fin à son différend avec l’Occident s’il veut éviter une crise plus profonde… sa ligne de conduite devrait être claire : il devrait relever les taux d’intérêt [c’est-à-dire promettre aux spéculateurs internationaux des coupes plus importantes dans l’économie turque], tenir compte des économistes compétents, garantir explicitement l’indépendance de la banque centrale [c’est-à-dire la soustraire au contrôle démocratique], et se réconcilier avec le président Trump » – car, après tout, « le soutien des États-Unis sera nécessaire si le FMI ou la Banque mondiale doit intervenir ».

En effet, c’est là qu’on voit toute l’hypocrisie de la soi-disant opposition entre les « mondialistes » et les « nationalistes économiques » de la Maison Blanche Trump – et du pays dans son ensemble – apparaître au grand jour, une fois de plus. Lorsqu’il s’agit de pousser les pays du Sud à la faillite, leurs intérêts sont absolument les mêmes. Les communiqués de Goldman Sachs qui décrient les tarifs douaniers de Trump sont de l’enfumage, la vérité, c’est que la guerre commerciale est la cerise sur le gâteau de la politique de la Fed dont le but est d’écraser les « marchés émergents ».

Wall Street dépend précisément du type d’instabilité financière que les guerres commerciales de Trump ont déclenchée. Comme l’a noté Peter Gowan, « l’économie américaine dépend … de la reproduction constante des crises monétaires et financières internationales ». Wall Street en particulier « dépend de l’instabilité chaotique des systèmes financiers des marchés émergents ». Mais on dissimule la vraie nature de ces décisions en les drapant dans l’étendard du « nationalisme » et en les présentant comme des solutions aux pseudo-chocs de la « mondialisation ». Les pays du sud se trouvent maintenant au bord du précipice – et les « libéraux de l’establishment » et les « insurgés nationalistes » attendent en ligne le moment de les y pousser.

Dan Glazebrook est un écrivain politique indépendant dont les articles passent sur RT ; Counterpunch ; Z magazine ; le Morning Star ; le Guardian ; le New Statesman ; l’Independent et Middle East Eye, entre autres. Son premier livre, Divide and Ruin : The West’s Imperial Strategy in an Age of Crisis a été publié par Liberation Media en octobre 2013. Il contenait un recueil d’articles écrits à partir de 2009 examinant les liens entre l’effondrement économique, la montée des BRICS, la guerre contre la Libye et la Syrie et l’« austérité ». Il fait actuellement des recherches sur l’utilisation par les États-Unis et le Royaume-Uni d’escadrons de la mort à caractère sectaire contre des États indépendants et des mouvements de l’Irlande du Nord et de l’Amérique centrale dans les années 1970 et 1980 jusqu’au Moyen-Orient et à l’Afrique d’aujourd’hui.

Traduction : Dominique Muselet

http://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-trump-vient-il-de-declencher-une-nouvelle-crise-financiere

Pourquoi Trump vient-il de déclencher une nouvelle crise financière ?

Pourquoi Trump vient-il de déclencher une nouvelle crise financière ?

Publié par wikistrike.com sur 18 Août 2018, 13:06pm

Catégories : #Economie, #Politique internationale

Pourquoi Trump vient-il de déclencher une nouvelle crise financière ?

L’attaque de Trump contre la livre turque, combinée aux récentes mesures de la Réserve fédérale pour réduire drastiquement l’offre de dollars, entraînent le monde vers une crise monétaire identique à celle de 1997. C’est peut-être exactement le but recherché.

Vendredi dernier, Donald Trump a annoncé de nouvelles sanctions contre la Turquie, notamment le doublement des droits de douane sur l’acier et l’aluminium qu’il avait introduits plus tôt cette année. La monnaie turque était déjà en difficulté, mais ces nouvelles sanctions  » sont la goutte qui fait déborder le vase « , selon Edward Park de la société de gestion britannique Brooks Macdonald.

Le même jour, la livre turque est tombée à plus de 6 face au dollar, pour la première fois, atteignant un nouveau bas historique de 7,21 par rapport au dollar, dimanche. Après que la Turquie a mis des plafonds aux swaps de devises, la livre a repris un peu de sa valeur perdue, et elle s’échangeait à 6,12 mercredi, toujours bien en dessous des 4,75 pour un dollar qu’elle valait la semaine dernière.

La réaction turque a eu un certain effet, mais ça ne suffira pas : interdire simplement le commerce de la livre au-dessus d’un certain niveau, comme la Turquie a fait, n’est guère un moyen pérenne de revaloriser la monnaie ; et selon le Financial Times, les investisseurs  » continuent d’augmenter leurs paris contre la Turquie à travers d’autres moyens, comme les swaps de défaut qui garantissent le paiement de la dette en cas de défaut « . Les actions des banques turques sont aujourd’hui à leur plus bas niveau depuis 2003.

La vulnérabilité de la monnaie vient surtout du fait que le pays a d’énormes dettes en dollars. Les entreprises turques doivent aujourd’hui près de 300 milliards de dollars de dettes libellées en devises, un chiffre qui représente plus de la moitié de son PIB. Comment cela s’est-il produit et pourquoi cela est-il soudainement devenu un problème ?

Pendant l’ère de l’assouplissement quantitatif (QE), la Réserve fédérale américaine a inondé les institutions financières américaines avec 3500 milliards de dollars de nouveaux dollars, dont une grande partie a afflué sur les marchés dits  » émergents  » comme la Turquie. Tant que l’orchestre jouait, tout allait bien – des taux d’intérêt presque nuls, combinés à la faiblesse du dollar, rendaient ces dettes abordables. Mais depuis que la Réserve fédérale a mis fin à son programme d’assouplissement quantitatif l’an dernier – et qu’elle a ensuite commencé à l’inverser en vendant les actifs financiers qu’elle avait achetés (et donc en retirant des dollars du système financier) – la valeur du dollar a recommencé à augmenter, ce qui augmente de prix de la dette.

Cette appréciation du dollar a été aggravée par deux hausses successives des taux d’intérêt de la Réserve ; mais elle a également été aggravée par les décisions de Trump. Paradoxalement, les guerres commerciales de Trump ont conduit à une nouvelle hausse du dollar, car les investisseurs ont considéré ce dernier comme un  » refuge » par rapport à d’autres monnaies jugées moins capables de résister aux turbulences aléatoires qu’il a déclenchées. Même le yen et le franc suisse, traditionnellement considérés comme  » aussi solides que l’or « , se sont affaiblis face au dollar, comme d’ailleurs face à l’or lui-même.

Comme l’a dit Aly-Khan Satchu, fondateur et PDG de Rich Management, « le dollar américain a été transformé en arme – soit délibérément, soit à dessein » (y a-t-il une différence ?), ajoutant que d’autres pays subiront le même traitement  » s’ils s’entêtent dans la même politique qu’Erdogan « .

Ainsi, le coup porté par les Etats-Unis à la Turquie est quadruple  – hausses de taux d’intérêt et tarissement des dollars de la Fed ; tarifs douaniers et sanctions de Trump. Il en résulte une perte de près de 40 % de la valeur de la livre depuis le début de l’année.

Les effets se font déjà sentir bien au-delà des frontières de la Turquie ; le rand sud-africain est tombé, lundi, à son plus bas niveau depuis deux ans, et la roupie indienne, le peso mexicain et la rupiah indonésienne ont tous été durement touchés. Cela n’est pas surprenant, car le gonflement de la dette libellée en dollars – de 2 000 milliards de dollars il y a 15 ans à 9 000 milliards aujourd’hui, en grande partie par les pays du Sud – combiné à l’inversion de l’assouplissement quantitatif, sont les ingrédients d’une crise qui ne demande qu’à éclater. Toutes les conditions qui avaient précédé la crise monétaire de 1997 en Asie de l’est sont désormais réunies. Il ne manquait qu’un petit coup de pouce – et Trump vient de le donner.

Tout cela est expliqué dans tous les manuels d’économie, ou plutôt ça devrait l’être si les manuels  reflétaient la réalité (ce qui est loin d’être le cas). Les dix dernières années sont pratiquement le replay exact de la décennie qui a précédé la crise de 1997. Si la dévaluation du dollar de l’Accord de Plaza de 1985 n’était pas exactement du quantitative easing, elle avait le même but et les mêmes résultats – un flot d’argent et de dettes en dollars bon marchés, et donc une dépendance et une vulnérabilité mondiales croissantes au dollar et à la politique monétaire et économique des États-Unis.

Cette vulnérabilité a ensuite été effectivement ‘encaissée’ lorsque l’accord de Plaza a été ‘inversé’, 10 ans plus tard, (par l’accord du Louvres, ndt), un renversement qui à l’instar du renversement actuel de l’assouplissement quantitatif, étrangle le crédit et fait monter les taux d’intérêt, rendant les marchés plus instables et les faillites plus probables.

Le déclencheur a finalement été l’effondrement du baht – la monnaie d’un pays (la Thaïlande) qui avait un PIB deux fois moins élevé que celui de la Turquie – qui a provoqué une crise qui s’est étendue à toute l’Asie, sabotant le développement du continent et permettant aux entreprises américaines d’acheter certaines des usines industrielles les plus avancées du monde pour une fraction de leur valeur.

Il n’est donc pas difficile de comprendre pourquoi Trump et la Fed pourraient vouloir déclencher une telle crise aujourd’hui. Plus les monnaies des pays endettés en dollars dégringolent, plus ils doivent céder de biens et de services réels aux Etats-Unis pour payer les intérêts de leurs dettes en papier-dollars aux États-Unis – et ceux qui ne peuvent pas suivre seront avalés pour trois sous.

Cependant, au-delà du profit purement économique, il y a aussi l’impératif géopolitique de maintenir et d’étendre la domination américaine en écrasant ses rivaux. Trump ne fait rien d’autre, après tout, que d’utiliser toute la puissance dont il dispose pour détruire ses adversaires. Mettre les pays les uns après les autres au bord de la faillite – et donc à la merci du FMI – est un moyen de transformer la dépendance à l’égard du dollar accumulée au cours de la dernière décennie en pouvoir pur et dur.

On peut facilement imaginer ce que les États-Unis pourraient exiger en échange de leur soutien pour obtenir le renflouement du FMI – mettre fin aux importations de pétrole en provenance de l’Iran, cesser de participer à la Route de la soie chinoise… le potentiel est énorme. On entend déjà des menaces directes contre la Turquie pour qu’elle fasse ‘ce qu’elle doit faire’ pour ‘rassurer les marchés’ – le Times de mardi, par exemple, exige que  » Erdogan mette fin à son différend avec l’Occident s’il veut éviter une crise plus profonde… sa ligne de conduite devrait être claire : il devrait relever les taux d’intérêt [c’est-à-dire promettre aux spéculateurs internationaux des coupures plus importantes dans l’économie turque], tenir compte des économistes compétents, garantir explicitement l’indépendance de la banque centrale [c’est-à-dire la soustraire au contrôle démocratique], et se réconcilier avec le président Trump » – car, après tout, « le soutien des États-Unis sera nécessaire si le FMI ou la Banque mondiale doit intervenir ».

En effet, c’est là qu’on voit toute l’hypocrisie de la soi-disant opposition entre les ‘mondialistes’ et les ‘nationalistes économiques’ de la Maison Blanche Trump – et du pays dans son ensemble – apparaître au grand jour, une fois de plus. Lorsqu’il s’agit de pousser les pays du Sud à la faillite, leurs intérêts sont absolument les mêmes. Les communiqués de Goldman Sachs qui décrient les tarifs douaniers de Trump sont de l’enfumage, la vérité, c’est que la guerre commerciale est la cerise sur le gâteau de la politique de la Fed dont le but est d’écraser les ‘marchés émergents’.

Wall Street dépend précisément du type d’instabilité financière que les guerres commerciales de Trump ont déclenchée. Comme l’a noté Peter Gowan, « l’économie américaine dépend… de la reproduction constante des crises monétaires et financières internationales « . Wall Street en particulier « dépend de l’instabilité chaotique des systèmes financiers des marchés émergents ». Mais on dissimule la vraie nature de ces décisions en les drapant dans l’étendard du ‘nationalisme’ et en les présentant comme des solutions aux pseudo-chocs de la ‘mondialisation’. Les pays du sud se trouvent maintenant au bord du précipice – et les ‘libéraux de l’establishment’ et les ‘insurgés nationalistes’ attendent en ligne le moment de les y pousser.

Dan Glazebrook

Dan Glazebrook est un écrivain politique indépendant dont les articles passent sur RT, Counterpunch, Z magazine, le Morning Star, le Guardian, le New Statesman, l’Independent et Middle East Eye, entre autres. Son premier livre, « Divide and Ruin: The West’s Imperial Strategy in an Age of Crisis » a été publié par Liberation Media en octobre 2013. Il contenait un recueil d’articles écrits à partir de 2009 examinant les liens entre l’effondrement économique, la montée des BRICS, la guerre contre la Libye et la Syrie et l’ »austérité ». Il fait actuellement des recherches sur l’utilisation par les États-Unis et le Royaume-Uni d’escadrons de la mort à caractère sectaire contre des États indépendants et des mouvements de l’Irlande du Nord et de l’Amérique centrale dans les années 1970 et 1980 jusqu’au Moyen-Orient et à l’Afrique d’aujourd’hui.

Article original: Trump just triggered a new financial crisis. Here’s why

Source: https://arretsurinfo.ch/pourquoi-trump-vient-il-de-declencher-une-nouvelle-crise-financiere/

 

Par Dan Glazebrook, RT

Publié le 17 août 2018 sous le titre Trump just triggered a new financial crisis. Here’s why

Traduction : Dominique Muselet

http://www.wikistrike.com/2018/08/pourquoi-trump-vient-il-de-declencher-une-nouvelle-crise-financiere.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail