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Comment briser la spirale de la dette

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Comment briser la spirale de la dette

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5509 Le 06/05/2019 | Partager

Vigilance quant à la soutenabilité des trajectoires
Mettre de l’ordre dans les finances publiques
Grand débat au Forum de Paris le 7 mai 2019

Alors que les dettes publiques atteignent des niveaux historiques partout dans le monde, la vigilance s’impose quant à la soutenabilité de ces trajectoires d’endettement. Le sujet sera débattu à l’occasion du Forum de Paris qui se tient le mardi 7 mai 2019 à Bercy en France.

L’événement ayant pour thème «Une dette soutenable pour une croissance durable» réunit plus d’une trentaine de ministres des Finances et de gouverneurs de Banque centrale. Si les besoins de financement des pays en développement sont très importants pour atteindre les objectifs du développement durable à horizon 2030, comment s’assurer que ces financements contribuent durablement à la croissance? Comment définir des règles du jeu équitables pour que ces financements bénéficient à tous? Les participants au Forum devront  relancer le débat sur ces questions.

Le choix du sujet intervient au moment où les alertes sur la dette mondiale s’amplifient. Après la mise en garde de la Banque mondiale, de la Banque des règlements internationaux (BRI), de l’Institut de la finance internationale (IIF) ou encore de la Cnuced et de l’OCDE… c’est au tour du FMI de remettre une couche sur la question.

L’endettement global (public et privé) des 190 pays membres de l’institution internationale a atteint la somme de 184.000 milliards de dollars, soit 225% de leur PIB cumulé. En moyenne, la dette mondiale dépasse 86.000 dollars par habitant, soit plus de deux fois et demie le revenu moyen par habitant. Elle est concentrée notamment aux Etats-Unis, en Chine et au Japon qui en représentent plus de la moitié. Les pays émergents ont également vu leur endettement s’accroître, en raison de la montée en flèche de la dette chinoise.

Dans la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan (MOANAP), les inquiétudes grandissent aussi sur le plan budgétaire. La hausse de la dette publique empêche de plus en plus les pays de répondre à des besoins structurels pressants (cf. notre édition N° 5506 du 30/04/2019).

La croissance économique ralentit et la dette publique reste élevée dans le monde. Que devraient faire les dirigeants? Dans le nouveau «Moniteur des finances publiques», les experts (1) du FMI (https://www.imf.org) soutiennent qu’ils peuvent adopter une vision à long terme pour favoriser une croissance plus forte et inclusive. Dans ce but, ils doivent mettre de l’ordre dans leurs finances publiques en réduisant progressivement la dette pour se préparer au prochain ralentissement économique et en modernisant la politique budgétaire pour investir dans l’avenir de la population. Par conséquent, il est nécessaire de mieux répartir les dépenses, de dégager plus de marges budgétaires et d’améliorer la politique fiscale.

Un endettement élevé peut limiter la capacité des dirigeants d’augmenter les dépenses ou de réduire les impôts pour compenser une faible croissance économique. Car les créanciers peuvent se montrer moins disposés à financer des déficits budgétaires croissants. En outre, le paiement des intérêts sur la dette a pour effet d’évincer les dépenses d’éducation, de santé et d’infrastructure, à savoir des investissements qui contribuent à la croissance des pays à long terme.

Sur la liste des recommandations du FMI, chaque pays devra mettre au point une stratégie appropriée pour dégager plus de marges budgétaires.     Les pays fortement endettés devront augmenter leurs recettes ou limiter leurs dépenses excessives. Surtout ceux où la croissance économique actuelle dépasse la croissance potentielle à long terme (comme les Etats-Unis) ou ceux dont les coûts d’emprunt sont élevés et les besoins de financement importants (comme le Brésil et l’Italie).

Pourtant, ces pays devraient maintenir leurs investissements dans l’éducation, la santé et les infrastructures, soit en redéfinissant les priorités en matière de dépenses, soit en élargissant l’assiette fiscale (par exemple en supprimant les exonérations fiscales et en améliorant l’administration fiscale).

Dans les pays où le financement pose moins problème, comme en Allemagne et en Corée, les dirigeants pourraient augmenter les investissements dans les infrastructures et l’éducation pour soutenir l’économie à court terme. Ils peuvent favoriser une croissance inclusive au cours des prochaines décennies.

Le FMI recommande enfin aux pays d’adopter des politiques plus intelligentes et plus souples en vue de faciliter le changement. Dans ce but, ils doivent améliorer la politique budgétaire sur trois fronts: réorienter les dépenses, dégager plus de marges budgétaires et améliorer les politiques fiscales.

Chiffres vertigineux

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  • Début 2018, le stock de la dette mondiale n’était pas loin de 250.000 milliards de dollars (soit trois fois le revenu mondial)
  • Contre 142.000 milliards de dollars dix ans plus tôt
  • Le ratio dette/PIB mondial est plus élevé de presque un tiers qu’en 2008
  • La dette privée a explosé en particulier dans les pays émergents et pays en développement dont:
  • La part de l’encours de la dette mondiale a augmenté de 7% en 2007 à 26% en 2017, tandis que le ratio crédit aux sociétés non financières/PIB des pays émergents à économie de marché a enregistré une hausse de 56% en 2008 à 105% en 2017

Source: Estimations de la Cnuced

Fatim-Zahra TOHRY

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(1) «L’endettement élevé des pays freine leur adaptation à l’évolution rapide de l’économie mondiale», Vitor Gaspar, John Ralyea et Elif Ture, https://www.imf.org

https://www.leconomiste.com/article/1044721-comment-briser-la-spirale-de-la-dette

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Sur fond de scandales de corruption et d’accords avec le FMI et Washington, le gouvernement équatorien trahit Assange

Sur fond de scandales de corruption et d’accords avec le FMI et Washington, le gouvernement équatorien trahit Assange

 

    https://www.investigaction.net/fr/sur-fond-de-scandales-de-corruption-et-daccords-avec-le-fmi-et-washington-le-gouvernement-equatorien-trahit-assange/La décision prise par le gouvernement équatorien du président Lenín Moreno d’inviter la police britannique dans son ambassade de Londres à enlever Julian Assange, ouvrant la voie à l’extradition du fondateur de WikiLeaks vers les États-Unis, constitue une violation flagrante du droit international et un honteux nouveau chapitre de la lâcheté et de la soumission de la bourgeoisie de l’Amérique latine à l’impérialisme américain.

    Le gouvernement équatorien a non seulement ouvert les portes de son ambassade au peloton d’intervention policière britannique, mais il a annoncé jeudi que le jour précédent, sans notification à Assange ni à ses avocats, le ministère des affaires étrangères du pays avait sommairement déchu le journaliste de sa citoyenneté équatorienne, qui lui avait été accordée en 2017 dans le but d’obtenir sa liberté de l’ambassade sous couverture diplomatique.

    Des responsables gouvernementaux ont affirmé que la décision d’octroyer la citoyenneté à Assange avait été entachée «d’irrégularités» non spécifiées. Le motif de l’abrogation de la décision était clair: la constitution équatorienne interdit l’extradition des ses citoyens et exige qu’ils soient jugés pour tout crime en conformité avec ses propres lois.

    Le président Lenín Moreno a annoncé son sale marché avec l’impérialisme américain et britannique dans une vidéo publiée sur son compte Twitter, dans laquelle il affirmait avoir obtenu la garantie de Londres que Assange ne serait pas extradé vers «un pays où il pourrait être torturé ou condamné à mort». Ce mensonge a été immédiatement contredit du fait que le ministère américain de la Justice ait publié un acte d’accusation, et les autorités britanniques ont clairement indiqué qu’elles attendaient de mettre à exécution l’extradition d’Assange vers un pays où la peine de mort est en vigueur et qui pratique la torture à l’échelle internationale.

    L’avocat équatorien d’Assange, Carlos Poveda, a dénoncé les actions arbitraires, antidémocratiques et extrajudiciaires du gouvernement. «Au minimum, nous aurions dû être informés afin que nous puissions exercer le droit de la défense», a-t-il déclaré. Il a insisté sur le fait que la loi stipule que tout arrêt d’asile doit d’abord être examiné avec le demandeur d’asile, qui a le droit de plaider sa cause.

    Le ministre des affaires étrangères d’Équateur, Jose Valencia, s’est présenté jeudi devant l’Assemblée nationale du pays pour justifier l’acte illégal commis par le gouvernement visant à priver Assange sommairement de son asile.

    La présentation de Valencia, qui a été interrompue par des cris de «traître» et de vendepatria, de la part des législateurs de l’opposition, comprenait neuf points, composés de mensonges et d’absurdités.

    Il a affirmé qu’Assange, qui avait été détenu dans des conditions de plus en plus draconiennes dans l’ambassade, en grande partie coupé du monde extérieur, s’était livré à «d’innombrables actes d’ingérence dans les affaires intérieures d’autres États», s’était mal comporté envers les représentants de l’ambassade et avait «proféré des menaces insultantes» contre le gouvernement équatorien, y compris l’accusation «infâme et diffamatoire» selon laquelle il «agissait sous la pression de pays étrangers».

    Ce même Valencia avait, la semaine dernière, dénoncé l’avertissement « insultant » de WikiLeaks selon lequel son gouvernement était parvenu à un accord avec les autorités britanniques pour confier Assange à la police britannique.

    Valence alla jusqu’à prétendre que la remise d’Assange avait été effectuée en partie pour préserver sa santé. Il s’est ensuite plaint des dépenses considérables que l’ambassade avait encourues pour sa nourriture, ses frais médicaux et sa lessive.

    Le contexte immédiat de l’action du gouvernement équatorien est un scandale de corruption qui fait rage et qui implique le président Moreno et sa famille. Les «papiers INA», un vaste ensemble de documents, courriels et autres communications via les médias sociaux, ont impliqué Moreno dans des crimes allant de la corruption officielle au parjure en passant par le blanchiment d’argent.

    Au centre du scandale se trouve un projet dans lequel la société chinoise Sinohydro, qui a construit un barrage hydroélectrique en Équateur, a versé 18 millions de dollars de pots de vin à une société offshore, qui a ensuite transféré les fonds à un ensemble de 10 sociétés-écran comprenant INA Investments Corp, appartenant à Edwin Moreno, le frère du président. Le nom de la société est tiré de la syllabe commune aux noms des trois filles du président, Irina, Cristina et Karina.

    Le législateur de l’opposition Ronny Aleaga, qui a déclaré avoir reçu le dossier anonymement, a insisté pour que les documents établissent que la société avait été placée sous la direction de prête-nom afin de dissimuler les liens du président avec la combine.

    Les documents ont été publiés pour la première fois en février 2019, suscitant une enquête du Congrès. Le 26 mars, le compte Twitter de WikiLeaks a attiré l’attention sur l’enquête, citant un reportage du New York Times selon lequel Moreno était en discussion avec l’administration Trump – via un voyage à Quito en mai 2017 de l’ancien président de la campagne de Trump, Paul Manafort – de la remise d’Assange en échange d’un allégement de la dette.

    Le ministre des affaires étrangères, Valencia, a réagi immédiatement au tweet, le traitant «de mensonge absurde afin de porter atteinte à la dignité de notre pays», et a juré que le gouvernement prendrait des mesures.

    Par la suite, Moreno et ses subordonnés ont tenté de déformer le tweet des informations de Wikileaks, déjà diffusées et bien éventées en Equateur comme la preuve qu’Assange, dans l’isolement quasi-total à l’ambassade de Londres, était personnellement responsable du piratage du téléphone et des courriels du président.

    Dans les deux jours qui ont suivi le tweet de WikiLeaks, l’Assemblée nationale équatorienne, dans laquelle le parti de Moreno et les autres partis de droite détiennent la majorité, a adopté une résolution appelant le ministère des affaires étrangères à exercer des représailles contre Assange à propos la fuite des papiers INA.

    Le président équatorien a mené une campagne cynique, affirmant qu’il était victime d’une atteinte à la vie privée et que les documents de l’INA comprenaient des «photos privées» de lui-même et de sa famille, dans le but de détourner l’attention du public des nombreuses preuves de sa corruption sans bornes.

    A travers l’expulsion d’Assange de l’ambassade de Londres, le gouvernement de Moreno a intensifié sa campagne. Maria Paula Romo, ministre équatorienne de l’Intérieur, a déclaré qu’Assange et WikiLeaks étaient impliqués dans un complot visant à «déstabiliser» le gouvernement Moreno, qui impliquait prétendument deux «pirates informatiques russes» travaillant en Équateur, Ricardo Patiño, ancien ministre équatorien des affaires étrangères, et éventuellement, le gouvernement vénézuélien du président Nicolas Maduro. Elle a affirmé que les preuves de ce complot seraient bientôt transmises aux procureurs équatoriens.

    Tout cela est un tas de mensonges destinés à détourner l’attention des accusations de corruption portées contre Moreno et à détourner la colère populaire croissante contre son gouvernement de droite. Les sondages récents ont placé sa popularité à peine 17 pour cent.

    Moreno a clairement indiqué son intention de trahir Assange dès son entrée en fonction en 2017. Il a qualifié le journaliste né en Australie de «pirate informatique», de «problème hérité» et de «cailloux dans notre chaussure».

    Le précédent gouvernement du président Rafael Correa avait accordé l’asile à Assange en 2012 en raison des preuves évidentes de ses persécutions politiques pour avoir révélé les crimes de guerre impérialistes du gouvernement américain, la surveillance de masse et les complots antidémocratiques perpétrés par Washington, d’autres gouvernements et des sociétés transnationales.

    Lorsque le gouvernement de Quito a décidé d’accorder l’asile à Assange dans son ambassade à Londres, son ministre des affaires étrangères de l’époque, Ricardo Patiño, déclara que la vendetta de Washington contre le journaliste «pourrait mettre en danger sa sécurité, son intégrité et même sa vie». Il continua : «Les preuves montrent que si M. Assange est extradé aux États-Unis, il ne bénéficiera pas d’un procès équitable. Il n’est absolument pas impossible qu’il puisse être soumis à des traitements cruels et dégradants et condamné à la réclusion à perpétuité ou même à la peine capitale.»

    Qu’est-ce qui a changé depuis presque sept ans qu’Assange s’est retrouvé pris au piège dans l’ambassade équatorienne? L’administration Trump n’a fait qu’expliciter les menaces qui pèsent sur le journaliste. L’ancien directeur de la CIA et secrétaire d’État américain Mike Pompeo a déclaré que WikiLeaks était un «service de renseignement non-étatique hostile» dont les activités ne sont pas protégées par le premier amendement de la constitution. L’ancien procureur général Jeff Sessions a insisté sur le fait que ramener Assange aux États-Unis enchaîné pour faire face à un procès truqué était une «priorité» pour le ministère de la justice des États-Unis.

    Le changement ne réside pas dans la menace qui pèse sur Assange, mais plutôt dans le virage à droite brutal du gouvernement de Lenín Moreno, qui fait partie d’une vague de réaction qui a accompagné le reflux de la fameuse marée rose dans toute l’Amérique latine.

    Nulle part cela n’a été plus évident que dans les politiques suivies par Moreno, successeur trié sur le volet par l’ancien président Correa qui s’était déclaré partisan de la «révolution bolivarienne» et du «socialisme du XXIe siècle».

    Moreno a poursuivi une politique visant à subordonner l’Équateur aux banques et institutions financières internationales sur le plan économique et à l’impérialisme américain sur le plan politique. Plus tôt cette année, il a conclu des accords avec le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et d’autres institutions financières internationales pour un crédit de 10 milliards de dollars en échange de la mise en œuvre de mesures d’austérité draconiennes qui ont entraîné la suppression de plus de 10.000 emplois dans le secteur public, ainsi que la moitié des ministères du gouvernement, ainsi que la réduction des impôts sur les riches, la destruction du droit de travail et la suppression des subventions aux prix du carburant.

    Ces politiques ont provoqué des manifestations de masse et une grève générale contre le gouvernement Moreno.

    En même temps, Moreno a sollicité l’approbation du département d’État américain et du Pentagone, devenant l’un des partisans les plus enthousiastes du coup d’État impulsé par les États-Unis au Venezuela et du prétendu «président par intérim» Juan Guaidó.

    Correa, l’ancien président de l’Équateur, a condamné l’action du gouvernement Moreno. «Lenín Moreno, le plus grand traître de l’histoire de l’Équateur et de l’Amérique latine, a autorisé la police britannique à pénétrer dans notre ambassade à Londres pour arrêter Assange», a-t-il déclaré. Moreno, a-t-il ajouté, «a démontré son manque d’humanité devant le monde en rendant Julian Assange – non seulement un demandeur d’asile, mais aussi un citoyen équatorien – à la police britannique», ce qui a mis à la fois sa vie «en danger» et a «humilié l’Équateur».

    De même, l’ancien ministre des affaires étrangères équatorien, Guillaume Long, a publié jeudi une déclaration dans laquelle il dénonçait cette arrestation. «La reddition de Julian Assange, traîné par la police britannique après être entrée dans notre mission diplomatique pour l’enlever, est une honte nationale et une erreur historique qui laissera une marque profonde sur l’Équateur pendant longtemps», a-t-il déclaré.

    Long a ajouté que la décision du gouvernement violait les décisions des Nations Unies et de la Cour interaméricaine des droits de l’homme et que «les générations futures d’Équatoriens s’en souviendront comme un acte infâme, de servilité, et de dégradation éthique.»

    La trahison d’Assange fait partie intégrante du virage à droite du gouvernement Moreno et de l’adaptation à l’impérialisme américain, qui a jeté les bases d’une attaque frontale contre la classe ouvrière équatorienne. La défense d’Assange et des droits démocratiques fondamentaux dépend de la lutte pour unifier les travailleurs en Équateur, en Grande-Bretagne, aux États-Unis et dans le monde entier dans la lutte contre le système capitaliste.

     

    Source: https://www.investigaction.net/fr/sur-fond-de-scandales-de-corruption-et-daccords-avec-le-fmi-et-washington-le-gouvernement-equatorien-trahit-assange/

    NOPEC, dédollarisation et le casse-tête de l’or noir

    NOPEC, dédollarisation et le casse-tête de l’or noir

    Publié le 5 Avril 2019 par Observatus geopoliticus in PétroleEtats-UnisMoyen-OrientEconomie

    Achtung, achtung, les alarmes retentissent à nouveau dans les corridors du système impérial. Les stratèges affolés du Washingtonistan se précipitent à leur table de contrôle global. Interdits, il fixent un voyant rouge qui ne cesse de clignoter : Arabie Saoudite. Eh merde… Sur un mur, un écran affiche la signification première de l’alerte : Pétrodollar en danger.

    Avant de continuer le feuilleton, un assez long rappel est nécessaire. En octobre 2017, dans un article qui fit date, intitulé Seoud yuanisé ou l’empire en péril, nous expliquions l’importance colossale (n’ayons pas peur des mots) de la question :

    Il est de ces répétitions de l’Histoire… Il y a plus de deux ans – sous le titre Pétrodollar : le début de la fin ? – nous écrivions un billet prémonitoire qui n’a pas pris une ride :

    A Washington, on doit beaucoup écouter les Doors en ce moment : This is the end, my only friend, the end… Certes, il ne faut pas vendre la peau de l’aigle avant de l’avoir plumé, mais ce n’est pas vraiment un futur radieux qui se profile à l’horizon pour l’empire 2.0.

    Le système financier issu de la Seconde guerre mondiale – notamment les prêts en dollars du FMI ou de la Banque mondiale – assurait l’hégémonie de la monnaie américaine, permettant aux Etats-Unis de vivre au-dessus de leurs moyens en faisant financer leur dette par des pays étrangers tenus d’accumuler des réserves de titres libellés en dollars pour commercer. Ce « privilège exorbitant » (dixit Giscard) fut encore renforcé en 1973 lorsque Nixon se mit d’accord avec les Saoudiens pour que ceux-ci vendent leur pétrole uniquement en billets verts, créant de facto le pétrodollar. L’OPEP suivra deux ans après. Pour les Etats-Unis, des décennies d’argent facile et de guerres financées par des pays tiers…

    Jusqu’à ce que ces pays tiers disent stop. Certains d’entre eux du moins. La fronde a commencé vers la fin des années 2000. En Amérique latine, Argentine et Brésil décident de commercer dans leurs monnaies respectives, puis c’est au tour de la Chine et du Brésil, tandis que les pays émergents se rebellent au sein même des instances du FMI et de la Banque mondiale. Curieusement, Poutine était d’abord en retrait dans ce mouvement jusqu’à ce que la nouvelle Guerre froide subséquente à la crise ukrainienne fasse de lui le chevalier blanc de la dé-dollarisation de la planète. C’est, depuis 2014, une avalanche de défections auxquelles fait face le billet vert, contrairement à la fable médiatique hollywoodienne qui voudrait nous faire croire à une « communauté internationale » réunie autour de l’Occident. Russie, Chine, Brésil, Argentine, Afrique du Sud, Inde, Turquie, Uruguay, Iran, Equateur, Egypte, Venezuela, Vietnam, Paraguay, Kazakhstan… tous ces pays ont renoncé au dollar ou sont en voie de le faire dans leurs échanges commerciaux bilatéraux au profit de leur monnaie ou de l’or. Pire ! les propres alliés de Washington (Canada, Corée du sud, Qatar) quittent le navire et s’en vont sifflotant passer des accords SWAP (échanges de devises) avec la Chine.

    Comme si cela ne suffisait pas, les BRICS ont décidé au sommet de Fortaleza la création d’un système financier parallèle concurrençant le FMI et la Banque Mondiale d’obédience américaine tandis que la Chine y allait de sa propre banque personnelle vers laquelle se sont précipités les alliés intimes de l’oncle Sam (Angleterre, Australie) comme des enfants turbulents désobéissant au majordome. Il paraît qu’Obama en a interrompu sa partie de golf…

    Une chose demeurait, stoïque et inébranlable : le pétrodollar. Saddam avait bien tenté de monter une bourse pétrolière en euros mais il fut immédiatement tomahawkisé. Kadhafi avait lancé l’idée mais les bombes libératrices de l’OTAN tombaient déjà sur Tripoli avant qu’il ait eu le temps de passer un coup de fil. Les stratèges américains pouvaient dormir du sommeil du juste, leurs charmants alliés pétromonarchiques du Golfe resteraient le doigt sur la couture du pantalon.

    Sauf que… Une info extrêmement importante, donc passée inaperçue dans la presse française, est sortie il y a quelques jours. La Russie et l’Angola ont dépassé l’Arabie saoudite comme premiers fournisseurs de pétrole à la Chine. Chose intéressante d’après les observateurs, c’est le fait que la Russie (encore ce diable de Poutine !) accepte désormais les paiements en yuans chinois qui a motivé ce changement tectonique. D’après un analyste, si l’Arabie veut reprendre sa part de marché, il faudrait qu’elle commence à songer sérieusement à accepter des paiements en yuans… c’est-à-dire mettre fin au pétrodollar.

    Et là, cela risque de poser un sérieux dilemme aux Saoudiens : faire une croix sur leur prééminence pétrolière mondiale ou faire une croix sur le pétrodollar au risque de voir les Américains le prendre très mal et éventuellement fomenter un changement de régime.

    Y a-t-il un lien avec la visite de haut niveau des Saoudiens à St Pétersbourg la semaine dernière, quelque chose du genre « Cher Vladimir, vous nous protégerez le cas échéant si on change de devise ? » A suivre…

    On ne pouvait pas taper plus dans le mille. Octobre 2017 : un économiste de renom prévoit le remplacement par Riyad du dollar par le yuan, le roi saoudien effectue une visite historique à Moscou et les Russes vont vendre des batteries S400 à l’Arabie saoudite.

    Carl Weinberg ne s’est pas souvent trompé dans ses analyses. Aussi, quand il déclare que Riyad est fortement encouragée par Pékin à lui vendre son pétrole en yuans et prédit que d’ici peu, les Saoudiens succomberont à la pression, il vaut mieux le prendre au sérieux :

    « D’ici deux ans, la demande chinoise en pétrole écrasera la demande américaine. Je pense que la cotation des cours en yuans est pour bientôt. Dès que les Saoudiens l’accepteront – comme les Chinois les y contraignent – le reste du marché [les pétromonarchies, ndlr] suivra le mouvement. »

    En filigrane, l’effondrement du pétrodollar mis en place il y a plus de quarante ans et pilier du système impérial américain. Les liaisons dangereuses entre Bush Junior et l’establishment wahhabite, le tendre baiser de Barack à frites sur le royal arrière-train du Seoud, tout cela n’aura finalement servi à rien…

    Ca doit sérieusement grincer des dents le long des corridors néo-cons de Washington et il n’est pas impossible que quelques plans sur la « remodélisation » du royaume saoudien soient soudain sortis des tiroirs. Coïncidence (ou pas), le facétieux Vladimirovitch a justement ironisé sur la chose lors de la réunion annuelle du Club Vadaï à Sotchi (…)

    Est-ce tout à fait un hasard si, dans ces conditions, Salman a débarqué à Moscou il y a deux semaines, la première visite officielle d’un monarque saoudien en Russie. Cela fait des décennies que l’ours et le chameau sont opposés sur à peu près tous les dossiers brûlants de la planète, le second finançant le djihadisme mondial pour le bénéfice de son parrain US afin de diviser l’Eurasie et mettre le premier en difficulté. Que cache donc cette visite historique ?

    Au-delà des nécessaires relations entre ces deux poids lourds du pétrole (accord OPEP+), le Seoud suit les pas des autres acteurs du Moyen-Orient, délaissés par l’inexorable reflux de l’empire et qui vont tous rendre visite au nouveau boss de la région. Comme le dit sans ambages Bloomberg :

    « Les Israéliens, les Turcs, les Egyptiens, les Jordaniens – tous prennent le chemin du Kremlin dans l’espoir que Vladimir Poutine, le nouveau maître du Moyen-Orient, puisse assurer leurs intérêts et résoudre leurs problèmes. »

    Le Seoud ne fait pas autre chose, allant à Canossa, mangeant son keffieh en rabaissant très sérieusement ses folles prétentions syriennes (tiens, Assad ne doit plus partir finalement). Mais il y a peut-être plus, beaucoup plus, et plusieurs voix (ici ou ici) y décèlent un changement tectonique. Nous en revenons à notre pétrole yuanisé et à nos S400…

    Certains ont dû avoir le hoquet en lisant qu’après la Turquie, Moscou allait également vendre son inégalable système anti-aérien à son ex-Némésis wahhabite. On le comprendrait mieux s’il s’agit de créer un environnement favorable à une transition saoudienne vers la dédollarisation et la multipolarité eurasienne, voire d’assurer la future défense du pays face aux réactions hystériques de l’empire trahi. L’avenir nous le dira…

    L’avenir sourit à qui sait attendre et nous n’avons pas encore la réponse à cette interrogation aux conséquences tectoniques. Mais si nos petits stratèges de DC la Folle sont en alerte rouge, c’est que la question revient avec acuité sur le devant de la scène. Riyad vient de menacer Washington d’abandonner la vente de son pétrole en dollars si le NOPEC passe. Traduction : la fin du pétrodollar, l’un des principaux piliers de la puissance impériale depuis un demi-siècle.

    NOPEC, quézako ? Dans un article au titre quelque peu neuneu – NOPEC, l’arme de destruction massive de Trump contre l’OPEP – et n’analysant évidemment pas le désastre stratégique que cela constituerait pour les Etats-Unis, la presse nous l’expliquait néanmoins clairement il y a quelques mois :

    Alors que Donald Trump veut à tout prix faire baisser les cours du brut, une sous-commission du Sénat va étudier mercredi la loi Nopec qui aurait pour effet de lever l’immunité souveraine des Etats membres de l’Opep aux Etats-Unis.

    Donald Trump sera-t-il prêt à tout pour faire baisser les cours du brut ? Le président américain, qui tente sans succès depuis l’été d’obtenir des pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) qu’ils augmentent encore davantage leur production afin de faire baisser les prix, pourrait sortir l’artillerie lourde, selon la presse américaine.

    Baptisée Nopec, la « loi sur les cartels ne produisant et n’exportant pas de pétrole », va faire l’objet d’une audition ce mercredi 3 octobre devant le Sénat. Celle-ci modifierait la législation antitrust pour permettre de poursuivre pour collusion les pays de l’Opep et elle interdirait de restreindre la production d’hydrocarbures ou d’en fixer les prix. Rejetée jusqu’ici par Washington soucieux de ménager l’allié saoudien, leader du cartel, la proposition, régulièrement évoquée ces dix dernières années, serait, si elle aboutissait, un véritable coup de force des États-Unis. « L’Opep est la bête noire de Trump qui pourrait soutenir le Nopec ».

    Les Saoudiens sont vent debout contre cette loi. Le mois dernier encore, ils annonçaient l’apocalypse lors de rencontres avec l’establishment financier de Wall Street. Il semble qu’ils aient maintenant passé la vitesse supérieure si l’on en croit leur menace d’abandonner le pétrodollar, « l’option nucléaire » comme elle est surnommée, et auprès de laquelle « l’arme de destruction massive » si chère à nos petits binoclards journalistiques fait figure de plaisanterie douteuse. Quand on connaît le poids de l’or noir, dont le commerce (principalement en dollars jusqu’à présent) est plus important que celui de tous les métaux bruts combinés, on comprend la portée de la chose…

    Les Chinois sont extrêmement attentifs, eux qui font chaque jour un peu plus pression sur l’Arabie saoudite pour qu’elle leur vende son pétrole en yuans. Les Russes n’en perdent pas une miette non plus, l’option nucléaire saoudienne valant en l’occurrence bien plus que leurs derniers bijoux hypersoniques pourtant redoutables.

    Sans surprise, le Deep State US ainsi que le lobby pétrolier s’opposent résolument au NOPEC qui, néanmoins, fait son bonhomme de chemin et passe l’un après l’autre les obstacles au Congrès. Car nous touchons là à l’éternelle contradiction historique entre intérêts nationaux et impériaux. La Rome du dernier siècle de la République en savait quelque chose, mais ceci est un autre sujet…

    Ces Sénateurs et Représentants n’ont certes rien contre l’omnipotence américaine dans le monde mais ils ont aussi, petit détail fort incommodant, des électeurs. Eh oui, ces satanés citoyens qui ne s’intéressent, eux, qu’à leur fin de mois difficile et se fichent comme de l’an 40 des bases US dans le Rimland. On se rappelle qu’en 1992, à la grande consternation du Deep State, George Bush Senior, le président qui avait supervisé la chute de l’URSS et pouvait pousser à fond l’avantage de l’empire, avait été battu par un gringalet nommé Bill Clinton, qui ne faisait que promettre des jobs. Si l’Etat profond avait évidemment fini par récupérer ce dernier au bout de quelques années, les néo-cons se sont toujours mordu les doigts de n’avoir pas su placer un des leurs à la Maison Blanche en cette période cruciale du début de la décennie 90.

    Pour les membres du Congrès, tournés vers la situation intérieure, l’équation est simple : NOPEC = pétrole moins cher = consommateurs contents = réélection. Avec, en passant, une petite gifle à l’Arabie Saoudite en prime, dont l’image dans le public américain est aussi écornée qu’un parchemin rassis du XIIIème siècle.

    Le lobby pétrolier, lui, pense évidemment en sens inverse : or moins cher = moins de profits. Dans le même wagon, les producteurs de pétrole de schiste réclament à cor et à cri un baril au-dessus de 70$ pour couvrir les coûts énormes de la fracturation hydraulique. Quant au Deep State, il grince des dents en imaginant la fin du financement facile de ses guerres/bases/invasions/coups d’Etat, marque de fabrique impériale.

    S’il y en a un qui doit être assez désarçonné en ce moment, c’est bien le Donald. Ayant mis un accent sincère durant sa campagne sur le pouvoir d’achat, il se lâche régulièrement en imprécations twitteresques contre l’OPEP, vilipendant le cartel pour cause de pétrole cher. D’un autre côté, au-delà même de savoir s’il a définitivement été drainé par le marais, un président américain peut-il réellement et sciemment laisser tomber le pétrodollar ? Le NOPEC n’est pas nouveau et, en leur temps, Bush Junior et Barrack à frites s’y sont tous deux fortement opposés, brandissant carrément la menace du veto. Si le Donald rêve indéniablement moins de gloire expansionniste que ses deux prédécesseurs et si son inclination personnelle et politique le pousserait à soutenir le NOPEC, va-t-il pour autant franchir le Rubicon ? Rien n’est moins sûr.

    A Moscou et à Pékin, on attend la suite du feuilleton avec impatience. Que le NOPEC passe et que les Saoudiens mettent, pour une fois, leurs menaces à exécution, et c’est tout l’édifice impérial qui s’effrite, avec les gigantesques conséquences que l’on sait. Et même si, finalement, les choses rentrent d’une manière ou d’une autre dans l’ordre à Washington (torpillage du NOPEC au Congrès par le Deep State, veto présidentiel), l’épisode restera comme un coup de canif supplémentaire et indélébile à la majesté du pétrodollar. C’est, à ma connaissance, la première fois que les Seoud évoquent publiquement la possibilité d’abandonner le dollar. Une véritable révolution copernicienne devant laquelle Russes et Chinois se frottent les mains…

    http://www.chroniquesdugrandjeu.com/nopec-dedollarisation-et-le-casse-tete-de-l-or-noir

    LAGARDE (FMI) : « LA ZONE EURO N’EST PAS ASSEZ PRÉPARÉE POUR LA PROCHAINE CRISE »

    LAGARDE (FMI) : « LA ZONE EURO N’EST PAS ASSEZ PRÉPARÉE POUR LA PROCHAINE CRISE »

    PUBLIÉ PAR GOLDBROKER ™ | 28 MARS 2019 | ARTICLES755 

    « Crise ». Le mot ne cesse de revenir dans la bouche des experts. Ce jeudi, c’est la directrice générale du FMI, rien de moins, qui l’a employé. Pour Christine Lagarde, la zone euro n’est pas assez préparée pour affronter la prochaine crise. Elle a appelé à renforcer son système bancaire.

    « L’union monétaire est effectivement plus résiliente qu’il y a dix ans, mais elle ne l’est pas assez », a-t-elle affirmé lors d’une conférence organisée par la Banque de France (BdF), lançant un avertissement d’autant plus sérieux que les perspectives pour l’économie mondiale sont en train de se dégrader.

    Christine Lagarde a rappelé que la zone euro avait « essuyé une violente tempête lors de la crise financière mondiale » de 2008 « puis une autre peu après, lors de la crise de la dette souveraine de la zone euro ». « De nombreux ménages et entreprises portent encore les douloureuses cicatrices de ces événements, sources de disparités économiques entre les pays membres et en leur sein », a indiqué la dirigeante du Fonds monétaire international.

    « Son système bancaire est plus sûr, mais il ne l’est pas assez », a ajouté Mme Lagarde, soulignant qu’il « ne serait pas faux d’affirmer que l’Europe tarde à produire un écosystème financier complètement développé », le qualifiant de « jeune et incomplet ».

    En février dernier, Christine Lagarde avait prévenu que les nuages s’amoncelant dans le ciel économique mondial étaient susceptibles de déclencher une « tempête ».

    Source originale: L’Echo

    La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée dès lors qu’elle est accompagnée d’un lien vers la source originale.

    Le FMI tente d’empêcher les Îles Marshall d’adopter une cryptomonnaie

    Le FMI tente d’empêcher les Îles Marshall d’adopter une cryptomonnaie

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    Le Parlement des Îles Marshall a adopté, le 26 février 2018, le principe d’une cryptomonnaie (Declaration and Issuance of the Sovereign Currency Act 2018). Elle devrait être mise en œuvre par une société israélienne, Neema, sous le nom de Sovereign (SOV).

    Les Îles Marshall, qui n’ont pas d’armée et dont la Défense est assurée par les États-Unis, n’ont pas de monnaie propre et utilisent le Dollar.

    Selon le Fonds monétaire international, le projet de Sovereign n’offre aucune garantie en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Il pourrait donc ne pas obtenir la convertibilité en Dollar.

    Affolé par cette perspective, le Parlement des Îles Marshall devra se prononcer le 12 novembre sur sa mise en application et, éventuellement, censurer le gouvernement d’Hilda Heine.

    Actuellement, le Venezuela est le seul État au monde à disposer d’une crypto-monnaie, le Petro. Cependant, celle-ci n’est pas fixée sur le marché, mais sur les réserves naturelles du pays. Ce système a permis de mettre fin à la dépréciation abyssale du Nouveau Bolivar.

    Depuis le début 2018, le Royaume-Uni, le Canada, Singapour, la Turquie et l’Iran étudient la possibilité de créer leur propre cryptomonnaie.

    Documents joints

    IMF Report
    See page 6 : « Protecting fincial stability ».
    (PDF – 1.4 Mo)

     

    http://www.voltairenet.org/article203813.html

    La Turquie jure de sortir « plus forte », écarte toute aide du FMI

    La Turquie jure de sortir « plus forte », écarte toute aide du FMI

    Le ministre turc des Finances et gendre de Recep Tayyip Erdogan, Berat Albayrak, à Istanbul le 10 août 2018. / © AFP / Yasin AKGUL

    Le puissant ministre turc des Finances s’est efforcé jeudi de rassurer les investisseurs étrangers, assurant que la Turquie n’avait pas besoin de l’aide du Fonds monétaire international pour sortir « encore plus forte » de la crise monétaire qu’elle traverse.

    Berat Albayrak, qui est aussi le gendre du président Recep Tayyip Erdogan, s’est adressé dans l’après-midi à quelques milliers d’investisseurs originaires des Etats-Unis, d’Europe et d’Asie lors d’une téléconférence inédite qui s’annonçait comme un test de crédibilité.

    « Nous sortirons encore plus forts de ces turbulences », a déclaré le ministre, selon des propos rapportés par la télévision d’Etat TRT.

    Affirmant que la Turquie n’envisageait pas d’avoir recours au FMI, il a ajouté que son gouvernement s’efforcerait d’attirer des investissements directs de l’étranger.

    La livre turque, qui s’est effondrée la semaine dernière sur fond de crise diplomatique avec les Etats-Unis, a réagi positivement à ces déclarations, rebondissant jeudi pour le troisième jour de suite.

    Elle gagnait ainsi environ 3,9% de sa valeur face au dollar à 14H10 GMT par rapport à la séance de changes précédente, s’échangeant à 5,72 livres contre un billet vert, même si elle était loin d’effacer l’importante perte de ces derniers jours.

    La livre semble s’être stabilisée depuis mardi sous l’effet de mesures prises par la banque centrale et de nouvelles barrières dressées par le régulateur turc des banques (BDDK) pour limiter la spéculation sur la devise turque.

    – Risque de contraction –

    Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d’un rassemblement public dans la région d’Unye. Le 11 août 2018. / © TURKISH PRESIDENTIAL PRESS SERVICE/AFP / Cem OKSUZ

    Cette dernière, qui a perdu 40% de sa valeur cette année, a connu la semaine dernière une spectaculaire débâcle qui a fait souffler un vent de panique sur les places boursières mondiales redoutant un effet contagieux.

    Cet effondrement a été accéléré par l’escalade des tensions entre la Turquie et les Etats-Unis qui ont pris des sanctions réciproques et augmenté leurs tarifs douaniers respectifs pour certains produits.

    Malgré le rebond de la livre de ces derniers jours, les économistes restent préoccupés par la dispute entre Ankara et Washington, liée notamment à la détention d’un pasteur américain en Turquie, et par la mainmise de M. Erdogan sur l’économie.

    Les marchés ont sévèrement sanctionné le refus de la banque centrale de relever ses taux d’intérêt le mois dernier, en dépit de la chute de la livre et d’une inflation galopante. M. Erdogan, partisan de la croissance à tout prix, s’y oppose fermement.

    M. Albayrak a promis jeudi que son gouvernement aurait deux priorités : combattre l’inflation, qui a atteint près de 16% en glissement annuel en juillet, et la discipline budgétaire.

    – Entretien avec Macron –

    Dans la tourmente financière, la Turquie a reçu un soutien de poids mercredi : l’émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, a promis lors d’un entretien avec M. Erdogan à Ankara que son pays investirait 15 milliards de dollars dans ce pays.

    Le président turc Recep Tayyip Erdogan reçoit l’émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani / © TURKISH PRESIDENTIAL PRESS SERVICE/AFP / Kayhan OZER

    Signe que la crise avec Washington incite par ailleurs Ankara à renouer avec l’Europe, M. Erdogan s’est entretenu au téléphone mercredi avec la chancelière allemande Angela Merkel et avec son homologue français Emmanuel Macron jeudi.

    Selon Ankara, MM. Erdogan et Macron ont souligné, au cours de cet échange, « l’importance de renforcer davantage (leurs) relations économiques ».

    M. Albayrak s’est lui entretenu jeudi avec son homologue allemand, Olaf Scholz, et les deux ministres sont convenus de se rencontrer le 21 septembre à Berlin, selon Ankara.

    Par ailleurs, la justice turque a ordonné mardi la libération de deux soldats grecs et mercredi du président d’Amnesty International en Turquie, des développements inattendus dans deux affaires qui ont contribué à tendre les rapports entre Ankara et l’Europe.

    « Ces libérations ne sont évidemment pas une coïncidence », remarque une source diplomatique européenne.

    « Mais les causes sous-jacentes (de la défiance) sont toujours là: on n’a toujours pas de garantie sur l’indépendance de la banque centrale ou de la justice », poursuit cette source. « Cela montre juste qu’Erdogan est très pragmatique quand il est sous pression économique ».

    (©AFP / (16 août 2018 17h46)

    https://www.romandie.com/news/ZOOM-La-Turquie-jure-de-sortir-plus-forte–carte-toute-aide-du-FMI/945985.rom

    Le FMI estime qu’il n’y a « aucune preuve » que la Chine manipule sa monnaie

    Le FMI estime qu’il n’y a « aucune preuve » que la Chine manipule sa monnaie

    Washington – Il n’y a « aucune preuve » que la Chine manipule sa devise, a estimé mardi Maurice Obstfeld, chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), répondant à une accusation du président américain Donald Trump.

    En dépit des mouvements de devises constatés récemment, « il n’y a pas de preuve de manipulation », a-t-il déclaré lors d’un entretien avec la chaîne américaine CNBC.

    Maurice Obstfeld a également relevé qu’un rapport du Trésor était parvenu à « la même conclusion ».

    Mi-avril, le Trésor américain avait estimé que la Chine ne manipulait pas sa monnaie mais avait placé sous surveillance ce pays de même que la Corée du Sud, l’Allemagne, le Japon, la Suisse et l’Inde.

    « La Chine, l’Union européenne et les autres manipulent leurs monnaies en baissant leurs taux d’intérêt », a accusé vendredi le président américain.

    Mardi, la devise chinoise a touché un plus bas depuis juin 2017 face au billet vert.

    La semaine dernière, Donald Trump a accusé la Chine de dévaluer sa monnaie afin de favoriser ses exportations de marchandises sur le marché américain et de permettre ainsi de compenser en partie les nouvelles taxes douanières américaines.

    (©AFP / 24 juillet 2018 15h23)

    https://www.romandie.com/news/Le-FMI-estime-qu-il-n-y-a-aucune-preuve-que-la-Chine-manipule-sa-monnaie/939317.rom

     

     

     

    La guerre commerciale inquiète le FMI

    La guerre commerciale inquiète le FMI

    Par Grégoire Normand  |   |  797  mots
    La directrice générale du Fonds monétaire international Christine Lagarde.
    La directrice générale du Fonds monétaire international Christine Lagarde. (Crédits : Michele Tantussi)
    Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé ce lundi avoir maintenu sa prévision de croissance mondiale à 3,9% pour 2018 mais l’escalade des tensions commerciales constitue « un risque de dégradation important. »

    Selon les dernières projections du Fonds monétaire international (FMI), la croissance mondiale devrait atteindre 3,9% en 2018 et 2019. Ce qui reste conforme aux dernières prévisions du mois d’avril dernier. La croissance mondiale devrait rester solide, mais elle apparaît moins équilibrée que par le passé. Selon l’institution internationale, la croissance du PIB pourrait rapidement accuser le coup si les menaces sur le commerce mondial se concrétisent. Après la Commission européenne la semaine dernière, les craintes se multiplient dans les institutions internationales.

    > Lire aussi : Guerre commerciale : Bruxelles abaisse ses prévisions de croissance

    Craintes des tensions commerciales

    Les projections du FMI sont assombries par l’escalade des tensions commerciales et l’affaiblissement du soutien à l’intégration économique mondial dans certains pays avancés. La politique économique et commerciale de Donald Trump remplie d’incertitudes suscitent des inquiétudes chez les économistes du Fonds :

    « Une escalade des tensions commerciales pourrait miner la confiance des entreprises et des marchés financiers, ce qui nuirait à l’investissement et au commerce. Au-delà de son impact immédiat sur l’état d’esprit des marchés, la prolifération de mesures commerciales pourrait accroître l’incertitude entourant la portée potentielle des mesures commerciales. »

    Ils estiment que cette montée des tensions pourrait freiner l’investissement tandis que la multiplication des obstacles pourrait rendre les biens échangeables moins abordables, perturbant « les chaînes d’approvisionnement mondiales et ralentirait la propagation des nouvelles technologies, ce qui réduirait la productivité. » Dans ce contexte, les auteurs de la dernière note de prévisions indiquent que le volume du commerce mondial de biens et services pourrait baisser de rythme passant d’une croissance exceptionnelle de 5,1% en 2017 à 4,8% en 2018 et 4,5% en 2019.

    > Lire aussi : La guerre commerciale pourrait coûter près d’un Smic à chaque Français

    Coup de frein pour la zone euro

    Après avoir connu une croissance très favorable en 2017 (2,4%), la zone euro devrait connaître un ralentissement de son activité en 2018 (2,2% et 1,9% en 2019) . Parmi les grandes économies de l’union monétaire, la France devrait voir son PIB sérieusement ralentir dans les deux prochaines années (1,8% en 2018 et 1,7% en 2019) contre 2,3% en 2017. En Allemagne, le coup de frein devrait être moins marqué. La première économie européenne devrait voir sa croissance ralentir à 2,2% en 2018 et 2,1% en 2019 contre 2,5% en 2019.

    Dans l’Europe du Sud, la croissance devrait également marquer le pas pour l’Italie (1,2% en 2018 et 1% en 2019 contre 1,5% en 2017). Au Royaume-Uni, les incertitudes qui pèsent autour du Brexit ont amené les économistes du FMI à prévoir une croissance moindre en 2018 (1,4% en contre 1,7% en 2017) avant de légèrement se redresser en 2019 à 1,5%. Du côté des Etats-Unis, la croissance américaine devrait connaître un pic de croissance en 2018 à 2,9% (contre 2,3% en 2018) avant de retomber à 2,7% en 2019 laissant penser que l’économie outre-Atlantique devrait arriver en fin de cycle cette année.

    Pour les pays émergents et les pays en développement, les experts de l’institution basée à Washington anticipent une croissance de 4,9% pour 2018 et 5,1% pour 2019 avec le pétrole plus cher, la hausse des taux d’intérêt américains, les tensions commerciales et les pressions des marchés sur les devises des pays dont les fondamentaux sont les plus faibles.

    Si le PIB de la Chine devrait ralentir dans les deux années à venir (6,6% en 2018 et 6,4% en 2019 contre 6,9% en 2017, la croissance de l’Inde devrait accélérer à 7,3% en 2018 et 7,5% en 2019). Enfin, concernant l’évolution des prix à la consommation, il existe de fortes divergences entre les grandes régions du monde. L’inflation devrait passer de 1,7% en 2017 à 2,2% en 2018 et se maintenir à ce taux en 2019 sans les pays avancés. Dans les pays émergents, la hausse des prix devrait se maintenir à 4,4% sur les deux prochaines années.

    Incertitudes politiques

    Outre les facteurs économiques, l’organisation internationale note que l’incertitude politique liée à des échéances électorales à venir, comme les élections de mi-mandat aux Etats-Unis en novembre prochain ou les élections européennes au printemps 2019, pourrait décourager l’investissement privé et freiner l’activité économique. La situation politique italienne préoccupe particulièrement l’institution de Bretton Woods :

    « les ventes massives d’obligations italiennes à la fin du mois de mai ont de nouveau mis en évidence les profonds problèmes structurels et les maigres volants de sécurité au niveau national, ce qui représente un risque considérable pour les perspectives. »

    Ils évoquent également la montée des risques géopolitiques, la remise en cause du multilatéralisme et les troubles internes qui pèsent sur les projections de plusieurs pays en particulier au Moyen-Orient ou en Afrique Subsaharienne. Enfin, le dérèglement climatique pourrait encore accroître les flux migratoires et les risques économiques et humanitaires alors que les divisions en Europe sur ces sujets sont particulièrement sensibles actuellement.

    https://www.latribune.fr/economie/international/la-guerre-commerciale-inquiete-le-fmi-785315.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180717

     

     

    Les malheurs de l’empire (I)

    Les malheurs de l’empire (I)

    24 Mai 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Etats-Unis, #Asie centrale, #Chine, #Moyen-Orient, #Russie, #Sous-continent indien, #Gaz, #Pétrole, #Ukraine, #Economie, #Amérique latine

    Paniqués, on le serait à moins à Washington. Pour l’empire, c’est 2016 qui recommence…

    L’Eurasie se rapproche inexorablement, encouragée en ce sens par les gesticulations américaines. Un accord préliminaire en vue de la création d’une zone de libre échange a été paraphé entre l’Union Economique Eurasienne (UEE) et l’Iran, ce qui permettra d’adoucir les éventuelles sanctions US. Inutile de dire que les échanges ne se feront pas en dollars mais en roubles.

    Chose intéressante, la signature a eu lieu quelques jours après la décision unilatérale de Donaldinho sur le nucléaire iranien. On a là un énième exemple du savoir-faire de Vladimirovitch : sans bruit, sans vagues, prendre une décision susceptible d’aider considérablement un allié tout en déminant les effets de l’agitation impériale.

    De leur côté, après deux ans de négociations, les Chinois ont signé avec cette même UEE un accord économique et commercial qui devrait entrer en vigueur dès l’année prochaine. A mettre en relation avec les Nouvelles routes de la Soie qui gagnent déjà quotidiennement en importance bien que le pharaonique projet ait à peine débuté. Le commerce entre les pays concernés – Chine, Russie, Inde, Asie centrale – a considérablement augmenté, pas toujours dans le sens que l’on croit d’ailleurs. Ainsi, les importations du dragon ont bondi de 20% (666 Mds d’équivalents dollars) tandis que ses exportations ont crû de 8,5% (774 Mds). Nous étions plutôt habitués à l’inverse…

    Après une avantageuse visite en Chine fin avril, où les différends frontaliers près du Bhoutan n’ont pas été publiquement abordés, le premier ministre indien Modi a fait un petit tour à Sochi pour rencontrer Poutine afin de « renforcer la relation stratégique spéciale » entre Moscou et New Delhi. Entre autres sujets abordés, la coopération militaire (S-400, Sukhois…)

    Tout ce joli monde se retrouvera à Qingdao le mois prochain pour, non pas boire la délicieuse bière locale, mais inaugurer le nouveau format de l’Organisation de Coopération de Shanghai, la structure qui monte, qui monte… L’Inde et le Pakistan en faisant désormais pleinement partie, l’OCS regroupe la moitié de la population mondiale – dont les deux pays les plus peuplés de la planète -, s’étend sur près de 40 millions de km², compte quatre puissances nucléaires et bénéficie des ressources énergétiques fabuleuses de la Russie et de l’Asie centrale.

    L’hôte a déjà dévoilé l’un des thèmes majeurs, avançant le concept d’une « sécurité commune, globale, coopérative et durable », et la promotion d’un « modèle de gestion de la sécurité résolvant à la fois les symptômes et les causes principales afin de porter la coopération de l’OCS sur la sécurité à un nouveau niveau ». Si l’empire maritime américain ne peut plus mettre le continent-monde à feu et à sang afin de le maintenir divisé, où va-t-on ma bonne dame… L’intégration eurasiatique semble inarrêtable, ce qui ne surprendra pas le fidèle lecteur de nos Chroniques (entre autres ici, ici, ici ou encore ici).

    Cela sans compter la bourde stratégique impériale de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien. Si la décision a sa logique interne – plaire aux derniers clients de l’hégémon déclinant : Arabie saoudite et Israël -, elle risque fort de se révéler à terme catastrophique pour Washington.

    L’objectif réel de Barack à frites en signant l’accord de 2015 n’avait rien de pacifique ou de noble ; il s’agissait de rendre les dirigeants iraniens plus malléables aux concessions (quitter la Syrie ou cesser le soutien au Hezbollah par exemple), et surtout d’éloigner l’Iran du couple sino-russe. La décision donaldienne et les sanctions qui en découlent vont au contraire pousser Téhéran dans les bras de l’Eurasie. L’alliance naturelle Russie-Chine-Iran en sortira renforcée et Spykman doit se retourner dans sa tombe…

    Moscou et Téhéran, qui ne commercent plus en dollars, continueront leurs échanges comme si de rien n’était. Et l’accord voulu par Poutine entre l’UEE et l’Iran, que nous avons évoqué plus haut, le démontre.

    Pour bien signifier que les relations commerciales sino-iraniennes continueront elles aussi contre vents et marées, Pékin vient d’ouvrir une ligne ferroviaire de fret de 8 000 km reliant les deux pays et le mastodonte énergétique chinois CNPC est d’ors et déjà prêt à remplacer Total sur le gisement gazier South Pars. A ce titre, la réaction nounouille de Micron n’est guère surprenante vu le parcours du personnage :

    « Les conséquences indirectes de la décision américaine vont favoriser les positions russes et chinoises dans la région et avantager leurs entreprises. Mais nous n’allons pas déclencher une guerre commerciale avec les Etats-Unis sur l’Iran ou contre-sanctionner des entreprises américaines ».

    Trop émoustillé par ses caresses au Donald lors de son séjour à la Maison Blanche ? La soumission de l’occupant de l’Elysée contraste en tout cas avec la combativité allemande, déjà visible à propos du Nord Stream II. L’eurocratie va-t-elle franchir le Rubicon et abandonner le dollar dans ses transactions pétrolières avec l’Iran ? Connaissant la clique impuissante de Bruxelles, rien n’est moins sûr…

    Mais cette affaire a au moins le mérite de renforcer encore un peu plus la méfiance vis-à-vis du billet vert et de compromettre le pétrodollar sur lequel l’empire base une grande partie de sa puissance. Les Chinois n’en demandaient pas tant, eux qui préparaient depuis longtemps et ont lancé fin mars en fanfare leurs contrats à terme sur le pétrole libellés en yuan :

    Les dernières péripéties ne pourront qu’augmenter l’attrait du pétroyuan, que Pékin encourage vivement. Même si la route est encore relativement longue avant de le voir surpasser le pétrodollar, c’est une menace mortelle pour l’empire.

    D’autant plus que, événement crucial totalement passé sous silence, le paiement des intérêts de la dette américaine va pour la première fois de l’histoire dépasser le budget militaire. Or, c’est grâce à l’utilisation planétaire du dollar, notamment le pétrodollar, que les Etats-Unis ont financé leur dette depuis 1944 comme nous le rappelions il y a trois ans :

    Alors que la poussière du débarquement de Normandie venait à peine de retomber et que la guerre contre l’Allemagne était loin d’être terminée, les Etats-Unis réunirent une quarantaine de pays à Bretton Woods pour préparer leur domination future. Contrairement à la Première guerre, leur intervention dans le second conflit mondial n’avait rien de débonnaire. C’était décidé, ils allaient s’intéresser aux affaires du monde. Et pour ce pays pétri d’idéologie messianique, convaincu d’être « la nation indispensable », s’intéresser au monde équivalait à le dominer.

    Ce 22 juillet 1944, les délégués signèrent ni plus ni moins la domination universelle du dollar pour les décennies à venir, organisant le système monétaire international autour du billet vert. Parmi les nouveautés, un FMI et une Banque mondiale prêtant tous les deux uniquement en dollars, obligeant ainsi les pays demandeurs à acheter de la monnaie américaine, donc indirectement à financer les Etats-Unis. Le dollar était la pierre angulaire de tout le système, intermédiaire unique et indispensable pour demander un prêt, acheter de l’or et bientôt acheter du pétrole (pétrodollar en 1973). De Gaulle s’élevait déjà contre cette capacité inouïe de l’Amérique à « s’endetter gratuitement », donc à faire financer sa domination sur les autres par les autres. Giscard, qui n’avait pourtant rien d’un marxiste anti-impérialiste, parlait de « privilège exorbitant ». Nixon répondait : « notre monnaie, votre problème ».

    On ne peut certes pas résumer les causes de la domination états-unienne de l’après-guerre au seul statut de sa monnaie, mais celui-ci a joué un rôle crucial. C’est ce que Washington est en train de perdre…

    Pour beaucoup, la chute du dollar est désormais inévitable, entraînant avec lui l’empire. Seule la date pose question et les Chinois pourraient avoir leur mot à dire en accélérant le processus. Qu’ils convainquent, comme ils essaient de le faire depuis des mois, les Saoudiens de « switcher » le pétrodollar contre le pétroyuan, ce que nous envisagions en 2015, et l’édifice impérial s’écroule.

    En passant, posons une question audacieuse qui, précisons-le tout de suite, ne s’appuie sur rien d’autre qu’une vague intuition personnelle : y a-t-il un éventuel rapport avec la soudaine disparition du liderissimo de Riyad, le prince héritier MBS, aux abonnés absents depuis plusieurs semaines ? Fin de notre petite parenthèse/hypothèse.

    Le grand mouvement de dédollarisation qui commence à toucher la planète est à mettre en parallèle avec le pari de l’or fait par – qui d’autre ? – l’infernal duo sino-russe qui accumule le métal précieux depuis des années. Objectif : créer un système financier solide basé sur l’or et détruire ainsi la domination du dollar et autres monnaies papier des pays occidentaux endettés jusqu’au cou.

    Déjà, Pékin et Moscou s’entendent comme larrons en foire :

    De fait, le mariage aurifère est assez poussé. La Chine paye en yuans le pétrole russe qu’elle importe. Avec ces yuans, Moscou se précipite… à Shanghai pour acheter de l’or ! Circuit autarcique dont le dollar est totalement absent.

    Assistera-t-on bientôt à un échange direct pétrole contre or ? Nous y allons tout droit. Ce système parallèle s’étendra-t-il ? C’est ce qui se prépare doucement mais sûrement au sein des BRICS, de l’OCS, des banques chinoises, chez certains alliés (Venezuela etc.) Et ce n’est certes pas la frénésie américaine de sanctionner tout ce qui bouge, notamment l’Iran, qui arrangera la confiance dans le système financier impérial, bien au contraire.

    La Turquie a d’ailleurs annoncé en avril le rapatriement de ses réserves d’or aux Etats-Unis, lors d’un discours assez dur d’Erdogan. Le sultan a vertement critiqué l’oppression du billet vert et souhaité que les emprunts soient basés sur l’or. Il y a quelques jours, il a remis une couche contre l’empire en soutenant ouvertement Maduro, la bête noire de Washington au Venezuela. Il paraît que la Turquie est membre de l’OTAN…

    Les dirigeants russe, français, japonais et la DG du FMI seront présents au Forum économique international de Saint-Pétersbourg

    JAPON

    Les dirigeants russe, français, japonais et la DG du FMI seront présents au Forum économique international de Saint-Pétersbourg

    © Chine Nouvelle (Xinhua), le 11/05/2018 05:23

    Le président russe Vladimir Poutine, le président français Emmanuel Macron, le Premier ministre japonais Shinzo Abe et la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde participeront le 25 mai à la session plénière du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF).

    Le thème clé du SPIEF 2018 est la construction d’une économie de la confiance.

    Le SPIEF est une plate-forme internationale d’échanges et de discussions des affaires économiques importantes. Le forum 2018 aura lieu du 24 au 26 mai.

    https://chine.in/actualite/asie/les-dirigeants-russe-francais-japonais_18445.html