Archives pour la catégorie Finance

Après Alstom énergie et Technip, Airbus est-il menacé de passer sous contrôle américain ?

Après Alstom énergie et Technip, Airbus est-il menacé de passer sous contrôle américain ?

Après Alstom énergie et Technip, Airbus est-il menacé de passer sous contrôle américain ?© Pascal Rossignol Source: Reuters

De noirs nuages s’amoncellent au-dessus d’Airbus empêtré dans plusieurs enquêtes sur des soupçons de corruption. Un audit interne, confié à un cabinet d’avocats new-yorkais, pourrait-il menacer le groupe d’une prise de contrôle américaine ?

Avec la prise de contrôle sans bourse délier du programme CSeries, l’activité moyen-courriers du canadien Bombardier, annoncée le 16 octobre au soir et saluée par la bourse, tout semble sourire au géant européen de l’aéronautique Airbus. Mais de sérieuses menaces planeraient pourtant sur son avenir, selon son président, l’Allemand Tom Enders. Dans une lettre envoyée le 6 octobre aux 134 000 salariés du groupe il annonçait : «Préparez-vous à vivre une période turbulente et déroutante». Il prévenait aussi que le groupe pourrait être amené à payer des amendes importantes dans le cadre de plusieurs enquêtes ouvertes en Europe (Autriche, Allemagne, France et au Royaume-Uni), sur diverses irrégularités dans des contrats de ventes d’appareils civils ou militaires.

Au Royaume-Uni, le groupe lui-même s’est signalé, en juillet 2016, auprès de l’UK Export Finance (UKEF) pour de possibles «anomalies» dans l’élaboration de dossiers de demande de financement auprès de cet organisme de crédit à l’export, cousin britannique de la COFACE française. Le groupe aurait omis de mentionner des intermédiaires commerciaux, ce qui est contraire à une loi britannique adoptée en 2006. Mais l’UKEF s’étant déclaré non-compétent, le dossier a été repris par le Serious Fraud Office (SFO) un organisme plus spécifiquement chargé de la lutte contre la corruption, en collaboration avec le parquet national financier (PNF) français. Airbus a depuis été privé de crédits de financement pour ses exportations au Royaume-Uni, mais aussi en France et en Allemagne.

La stratégie visant à aller au-devant de la justice européenne, soi-disant pour éviter des poursuites américaines, est mise au compte de l’anglais John Harrison. Cet ancien du groupe Airbus l’avait quitté quelques années auparavant pour rejoindre Technip, un fleuron français de l’ingénierie pétrolière, avant de revenir chez Airbus en 2015. Mais le nom de John Harrison, est justement associé à la fusion de Technip, à la suite de déboires avec la justice américaine, à 50/50 avec l’américain FMC pourtant trois fois plus petit que lui. Un scénario qui rappelle celui du passage de l’activité énergie d’Alstom, sous le contrôle de l’américain General Electric en 2015.

La direction d’Airbus s’est-elle jetée dans la gueule du loup ?

En août 2017, notre confrère Marianne consacrait une importante enquête titrée «Airbus risque de tomber aux mains des Américains». On y apprenait que Tom Enders avait confié au cabinet américain Hughes Hubbard & Reed un audit interne sur les pratiques commerciales du groupe aéronautique. Or, la loi américaine impose à tout cabinet d’avocats américain qui aurait connaissance d’irrégularités chez ses clients d’en informer la justice américaine. La direction d’Airbus ne s’est-elle pas jetée dans la gueule du loup ? Contacté par RT, le service communication d’Airbus a dit n’avoir pas connaissance d’une enquête américaine en cours sur ses activités commerciales sans toutefois en exclure la possibilité.

De lourdes pénalités financières en vue, comme Technip et Alstom

Pourtant, on imagine mal qu’ayant eu à soumettre tous ses documents internes liés à la conclusion de contrats de ventes sur lesquels la direction du groupe elle-même a montré qu’elle avait des soupçons, Airbus pourrait éviter de passer par la case «lourdes pénalités financières américaines». De nombreuses entreprises françaises comme Technip et Alstom l’ont connue avant lui. En effet, pour la justice américaine, il suffit qu’une entreprise étrangère utilise le dollar dans ses transactions pour qu’elle soit justiciable devant les tribunaux américains.

Les américains sont en train de prendre le contrôle d’Airbus

Difficile de savoir à quoi faisait allusion Tom Enders dans sa lettre aux salariés du 6 octobre quand il écrivait : «N’écoutez pas les discours simplistes ou nationalistes, n’alimentez pas les rumeurs.» Mais, pour certains, la prise de contrôle d’Airbus a, en réalité déjà commencé. Ainsi, en juillet 2016, dans le magazine Causeur, Roland Hureaux, haut-fonctionnaire français et essayiste s’alarmait déjà de ce qu’Airbus ait cessé, selon lui, d’être français. Il s’intéressait à la nomination de l’Américain Paul Eremenko à la direction technique du groupe, après une partie importante de sa carrière au DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency), l’agence de recherche du Pentagone. Tout aussi inquiétante avait paru à l’essayiste haut-fonctionnaire la vente en mars de la même année de la division d’électronique de défense du groupe au fonds américain KKR dirigé par l’ancien directeur de la CIA, le général David Petraeus.

Invité de l’émission le Grand jury sur RTL, le 15 octobre, Jean-Luc Mélenchon, président du groupe La France insoumise (LFI) à l’Assemblée nationale s’alarmait : «Les Américains sont en train de prendre le contrôle d’Airbus. On a viré tous les Français des postes de commandement, maintenant on commence à y mettre des Américains.» Même s’ils ne mentionnent pas le cas spécifique d’Airbus, évoquant en revanche ceux d’Alcatel, d’Alstom et de STX France, les députés Les Républicains (LR) s’alarment aussi de l’accumulation de passages sous-contrôle étranger de grand groupes industriels français. Selon l’AFP, les députés ont demandé, le 17 octobre la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la politique industrielle de l’Etat et sur les moyens de protéger ses «fleurons industriels».

Lire aussi : Alstom : à la date butoir, le gouvernement confirme sa sortie du capital de l’ex-fleuron français

https://francais.rt.com/economie/44675-apres-alstom–technip-airbus-sous-controle-americain

La Chine figure en tête de la liste des partenaires commerciaux de l’électronique de Dubaï au premier semestre de 2017

La Chine figure en tête de la liste des partenaires commerciaux de l’électronique de Dubaï au premier semestre de 2017

© Chine Nouvelle (Xinhua)Zheng Bin, le 14/10/2017 22:51

Lors du premier semestre de cette année, la Chine a figuré en tête de la liste des partenaires commerciaux de l’électronique de Dubaï, avec un total de 53,3 milliards de dirhams (14,54 milliards de dollars américains) d’importations, a rapporté samedi l’agence de presse officielle des Emirats arabes unis, WAM.

Sultan Bin Sulayem, PDG de DP World Group, opérateur portuaire mondial, a déclaré que la valeur de la technologie de l’information de Dubaï avait atteint 134,5 milliards de dirhams au premier semestre de 2017.

Sultan Bin Sulayem a précisé que la Chine représentait 39,63% des importations totales de produits électroniques de Dubaï, suivie par le Vietnam avec 14,4 milliards de dirhams d’importations et les États-Unis avec 2,3 milliards de dirhams.

Le volume du commerce de téléphones portables à Dubaï a atteint 75,9 milliards de dirhams, tandis que le commerce des ordinateurs portables s’est élevé à 11 milliards de dirhams et celui des ordinateurs de bureau a atteint 2,3 milliards de dirhams.

Sultan Bin Sulayem a déclaré qu’il s’attendait à « plus de dynamisme et une croissance énorme dans le secteur des technologies de l’information dans les prochaines années ».

Il a évoqué les ambitieux projets que Dubaï avait entrepris pour préparer l’Exposition Universelle 2020 qui aura lieu à Dubaï.

Les projets comprenaient le développement de nouvelles villes et d’installations touristiques et commerciales.

 

https://chine.in/actualite/cn/figure-tete-liste-des-partenaires_103007.html

La BCE nous annonce des faillites bancaires

Un Krach Boursier Annonciateur De R Cession

La BCE nous annonce des faillites bancaires

Marc Rousset, économiste, ancien haut dirigeant d’entreprise

♦ Ça va « barder » dans le secteur bancaire…

Mis à part l’erreur grotesque de Macron dans la fusion Alstom/Siemens, tout va toujours très bien en matière économique selon les médias… Cependant, une dépêche du 27 septembre de l’agence Reuters, retransmise par l’AGEFI (Agence économique et financière), nous informe « que le secteur bancaire européen est surdimensionné et pourrait avoir besoin d’une cure d’amaigrissement, probablement à travers des fusions ou des fermetures ».


Ces propos ont été tenus par Madame Danièle Nouy, qui n’est autre que la responsable de la supervision bancaire au sein de la Banque centrale européenne. Et d’ajouter : « Au final, il semblerait que le secteur bancaire européen soit devenu trop gros. Et nous pouvons en voir au moins l’une des conséquences : de nombreuses banques dans la zone euro ne gagnent pas leurs coûts du capital. Il semble que beaucoup trop de banques se font concurrence pour attirer des clients. Il y a de bonnes chances que la taille du secteur bancaire doive en effet diminuer. » Propos de vérité mais propos lénifiants de haut fonctionnaire européen qu’il importe de traduire aux Européens : ça va « barder » dans le secteur bancaire, des faillites sont à venir.

Il suffit de voir la vérité en face et d’écouter son bon sens : pourquoi la directive BRDD de l’Union européenne qui permet de chypriser et de ponctionner les comptes des clients ? Pourquoi la loi Sapin 2, qui permet de bloquer les comptes de l’assurance-vie s’il n’y a pas des dangers imminents ou des risques d’incendie un de ces jours prochains à la demeure ?

Les premiers feux annonciateurs se sont, en fait, déjà subrepticement déclarés : la Deutsche Bank qui a été sauvée par des fonds d’investissement des pays du Golfe, des rumeurs de rachat de la Commerzbank par la BNP, le rachat de deux banques vénitiennes par Intesa Sanpaolo avec 4.000 suppressions d’emplois et 17 milliards d’euros d’engagements pour l’État italien, le sauvetage de Monte Paschi avec sa perte abyssale de trois milliards d’euros, les 350 milliards d’euros de créances douteuses dans les actifs des banques italiennes.

En Espagne, Banco Popular avait renforcé à trois reprises son capital pour cinq milliards d’euros et cela n’a pas empêché son sauvetage en hâte par Banco Santander. Et voilà que maintenant, nonobstant les problèmes en Catalogne qui augmentent les risques économiques, bancaires et financiers, on parle de Liberbank comme d’une nouvelle banque en difficulté ! Or, Liberbank, créée en 2011, n’est rien d’autre que le mariage forcé de trois « cajas » (banques d’épargne) : Cajastur, Caja de Extremadura, Caja Cantabria. Le titre, qui valait encore 1,7 euro à fin août, ne vaut plus aujourd’hui que quelques centimes.

Quant à la Grèce, pays en faillite qui ne tient que par des prêts nouveaux européens, son système bancaire détient des titres de la dette souveraine grecque, ce qui fait que les banques grecques seraient immédiatement en faillite si l’État grec devenait insolvable.

Le comble, c’est le Crédit agricole, qui a fait une expérience catastrophique en Grèce et a essuyé de très lourdes pertes pour se retirer à tout prix de ce pays. Attiré par l’appât du gain, il recommence la même erreur en Italie ! Il vient d’acheter, le 29 septembre 2017, trois caisses d’épargne italiennes pour 130 millions d’euros après que le Fonds interbancaire de garantie des dépôts italiens a décidé de prendre à sa charge trois milliards d’euros de créances douteuses.

C’est Napoléon qui disait : « L’argent n’a pas de patrie ; les financiers n’ont pas de patriotisme et n’ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain. »

Marc Rousset
9/10/2017

Source :Boulevard Voltaire.fr

Correspondance Polémia – 11/10/2017

Image : un krach boursier annoncé

 

 

https://www.polemia.com/la-bce-nous-annonce-des-faillites-bancaires-a-venir/

Relations économiques alternatives et mort de l’argent


Katasonov

Par Valentin Katasonov – Le 2 octobre 2017 – Source katehon

Les banques centrales des principaux pays occidentaux inondent l’économie mondiale avec de l’argent. Cela se voit surtout dans le fait qu’après la crise financière de 2007-2009, la Réserve fédérale américaine, la Banque d’Angleterre, la Banque centrale européenne (BCE) et d’autres banques centrales ont commencé à adopter des politiques appelées assouplissement quantitatif (QE). Elles ont commencé à acheter des titres de créance – y compris beaucoup de mauvaise qualité – en injectant des centaines de milliards de dollars, d’euros, de livres sterling et d’autres devises sur les marchés.

Les banques centrales ont adopté simultanément une politique de réduction continue des taux d’intérêt sur les transactions actives et passives. En conséquence, les taux d’intérêt sur les dépôts auprès des banques centrales de Suède, du Danemark, de la Suisse, du Japon et de la Banque centrale européenne ont plongé en taux négatif. L’argent est devenu non seulement abondant, mais presque gratuit.

Le paradoxe est que cette expansion monétaire, orchestrée par les principales banques centrales de l’Ouest n’a pas conduit à l’expansion de l’économie réelle, mais a plutôt commencé à entraîner celle-ci vers le bas. Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, une part croissante de ce qui est généré par les planches à billets se dirige vers les marchés financiers pour servir la spéculation, car le secteur de l’économie réelle ne peut pas offrir des bénéfices aussi rapides et impressionnants. Deuxièmement, l’argent produit par la planche a billets ressemble de moins en moins à de la monnaie traditionnelle. La monnaie ne peut plus servir à mesurer la valeur des biens et des services. Le prix du pétrole est un exemple notable de cette réalité. Le fait est que les prix du pétrole sont maintenant mesurés avec un outil que nous appelons l’argent, uniquement par habitude. C’est en fait un outil de spéculation, de manipulation et de redistribution de la richesse en faveur des détenteurs de capitaux – ceux qui contrôlent les planches à billets. On peut dire avec certitude que nous assistons à la mort de l’argent.

Les producteurs du secteur réel de l’économie sont rendus douloureusement conscients de tout cela. Les entreprises impliquées dans la fabrication, l’agriculture, la construction et les transports sont incapables de réaliser des investissements et de conclure des contrats à long terme, ou de s’engager dans des travaux prometteurs de recherche et de développement. Ils ne peuvent même pas s’engager dans un commerce normal. Le fonds de roulement est insuffisant – tout l’argent est absorbé par les jeux financiers des spéculateurs – et même lorsqu’il est disponible, il comporte désormais des risques associés aux fortes fluctuations des taux de change, à la dépréciation inflationniste et aux hausses et baisses des prix des produits de base. Les producteurs modernes sont dans la même position que nos ancêtres il y a des milliers d’années, alors qu’aucun moyen d’échange universel n’existait.

Naturellement, les fournisseurs de produits de base tentent de s’adapter à cette ère de la mort de l’argent – concevoir de nouvelles relations économiques. Ces nouvelles relations s’appellent indifféremment : alternatives, non traditionnelles, hors espèces, swaps, échanges…

Des formes alternatives de relations économiques peuvent exister à plusieurs niveaux :

– Local : commerce dans une seule ville, région ou communauté.

– National : commerce dans un seul pays.

– International : échanges entre acteurs appartenant à différentes juridictions nationales.

Le développement de relations économiques alternatives fait l’objet d’une résistance très active de la part des propriétaires de l’argent. Ce n’est pas une surprise, étant donné que toutes les relations économiques alternatives compromettent le monopole détenu par les banques centrales sur la monnaie émise et le monopole détenu par les banques privées lors de l’émission de monnaie scripturaire à partir des comptes de dépôt. Sous différents prétextes, les banques centrales et les gouvernements de divers pays mènent une bataille féroce contre ce genre de créativité de la part des agents économiques. Par ailleurs, cela explique le fait que beaucoup de ces relations économiques alternatives peuvent être trouvées dans l’économie de l’ombre.

L’ensemble des relations économiques alternatives peut être divisé en trois groupes principaux :

1. Transactions impliquant seulement le simple échange de produits et sans l’utilisation d’argent sous quelque forme que ce soit. Le troc est l’exemple classique d’une telle transaction. En plus des formes classiques de troc, le négoce multiproduits gagne en popularité – un accord dans lequel des dizaines, des centaines ou des milliers d’agents économiques peuvent jouer un rôle.

2. Transactions payées en partie par l’échange de produits. Ceux-ci sont conçus pour minimiser l’utilisation de l’argent officiel. En règle générale, une large catégorie de transactions internationales – accords de compensation – inclut une certaine utilisation de la monnaie. Les accords de compensation impliquent un paiement monétaire pour des biens ou des services échangés entre deux pays, mais l’objectif principal est d’essayer d’équilibrer la valeur de ces échanges. Les mécanismes utilisés pour effectuer les transactions peuvent être très variés. Par exemple, les revenus d’exportation encaissés par les fournisseurs du pays A peuvent être stockés dans leurs comptes bancaires, puis dépensés pour importer des marchandises du pays B. Dans cet exemple, il serait possible de contourner l’utilisation de devises fortes − le dollar américain, l’euro ou la livre sterling − en évaluant la transaction avec les devises des pays impliqués dans l’accord de compensation

Même si l’accord de compensation ne comporte pas d’engagement tel que le versement des revenus d’exportation dans un compte bancaire pour payer les importations, le principe de compensation reste important pour les pays concernés, car cela leur permet de contrôler l’équilibre des comptes commerciaux extérieurs et la balance des paiements, ce qui est important pour maintenir la stabilité du taux de change de la monnaie nationale.

Certaines des formes les plus largement reconnues de commerce extérieur sont : la compensation sur une base commerciale ; les achats au comptoir ; la compensation fondée sur des accords de coopération industrielle ; le rachat de produits usés ; les transactions impliquant des matières premières fournies par le client, etc. La forme la plus complexe est la compensation fondée sur des accords de coopération industrielle. En réalité, ce n’est pas seulement un échange de produits, mais un accord pour échanger des investissements pour un produit. En règle générale, ce type d’accord nécessite un prêteur qui fournit le capital de l’investissement.

Divers mécanismes pour gérer les arrangements de compensation devraient également être notés ici, permettant de prendre en compte les créances et passifs financiers mutuels de chaque partie dans une relation économique. Habituellement, une banque sert de centre de compensation. Dans un arrangement de compensation, le solde des créances par rapport aux passifs est enregistré périodiquement. Le solde peut être réglé (remboursé) dans une devise prédéterminée (la devise de compensation). Il est possible d’étendre le financement à un participant, si cette entité se trouve dans le rouge. Un solde négatif peut également être remboursé en fournissant des biens. La destruction délibérée des accords de compensation de devises a commencé dans les années 1970, car ceux-ci réduisaient la demande pour les produits financiers de la Réserve fédérale américaine. Aujourd’hui, nous constatons une fois de plus un intérêt croissant pour les accords de compensation de devises, comme une alternative à la dictature du dollar de Washington.

3. Opérations de troc, basées sur des formes alternatives de monnaie. Une façon de survivre dans le monde moderne, où le dollar américain est imposé par la force à tous les acteurs des relations économiques, réside dans la création de formes alternatives de monnaie qui pourraient véritablement remplir leurs fonctions économiques (principalement comme mesure de valeur et moyen d’échange). Dans divers pays du monde, une importante quantités de monnaies locales sont utilisées dans les villes et les régions. Bien sûr, cette monnaie locale ne remplace pas entièrement l’argent officiel, mais dans certains cas, le besoin d’argent officiel de la population locale peut être réduit de moitié ou même plus. Cette monnaie locale, que ce soit sous la forme d’une monnaie papier ou d’un enregistrement dans un ordinateur, encourage l’échange de produits manufacturés fabriqués dans une zone circonscrite. Le troc se distingue particulièrement dans la grande variété des types d’argent alternatif. De nombreux experts reconnaissent que, compte tenu de l’instabilité mondiale croissante, le sujet des approches alternatives (non traditionnelles) des échanges et des règlements devient de plus en plus pertinent.

Valentin Katasonov

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

www.pdf24.org    Send article as PDF   

La Chine et la Russie ont un plan pour détrôner le dollar. Si elles réussissent, le monde se réjouira

La Chine et la Russie ont un plan pour détrôner le dollar. Si elles réussissent, le monde se réjouira


Dans un monde où le choix consiste trop souvent à se soumettre à la domination impériale, ou à souffrir du chaos provoqué par la vengeance de l’empire, les changements financiers qui se produisent sont pour une grande partie du globe un développement bienvenu, et depuis longtemps attendu.


Par Federico Pieraccini – Le 6 octobre 2017 – Source Strategic Culture via Russia Insider

Si nous voulions identifier le seul carburant qui alimente l’impérialisme américain et ses aspirations à l’hégémonie mondiale, le rôle du dollar américain prendrait une place évidente.

Une exploration en profondeur des effets du dollar sur l’économie mondiale est donc nécessaire pour comprendre les développements géopolitiques conséquents survenus au cours des dernières décennies.

La raison pour laquelle le dollar joue un rôle aussi important dans l’économie mondiale est due aux trois facteurs principaux suivants : le pétrodollar ; le dollar comme monnaie de réserve mondiale ; et la décision de Nixon, en 1971, de supprimer la convertibilité du dollar en or.

Comme il est facile de le deviner, le pétrodollar a fortement influencé la composition du panier de DTS [droits de tirages spéciaux] du FMI, ce qui a amené le dollar à devenir la monnaie de réserve mondiale, entraînant de graves implications pour l’économie mondiale en raison de la décision de Nixon de supprimer la convertibilité du dollar en or. La plupart des problèmes pour le reste du monde ont commencé par une combinaison de ces trois facteurs.

Dollar – Pétrodollar – Or

Le plus grand changement géoéconomique au cours des cinquante dernières années a eu lieu en 1973 avec l’accord entre l’OPEP, l’Arabie saoudite et les États-Unis pour vendre le pétrole exclusivement en dollars.

Plus précisément, Nixon s’est arrangé avec le roi saoudien Fayçal pour que les Saoudiens n’acceptent que des dollars pour payer les investissements pétroliers et connexes, recyclant ainsi des milliards d’excédent en dollars américains et d’autres ressources financières en dollars.

En échange, l’Arabie saoudite et d’autres pays de l’OPEP étaient sous la protection militaire américaine. Cela rappelle un arrangement de style mafieux : les Saoudiens sont obligés de mener des affaires en dollars américains selon les termes et conditions fixés par les États-Unis avec peu d’arguments, et en échange, ils reçoivent une protection généreuse.

Le deuxième facteur, peut-être encore plus important pour l’économie, est que le dollar est devenu la monnaie de réserve mondiale et maintient un rôle prédominant dans le panier des réserves internationales du FMI depuis 1981.

Le rôle du dollar, lié évidemment au pétrodollar, a presque toujours maintenu une part de plus de 40% dans le panier des DTS, tandis que l’euro a maintenu une part stable de 29% à 37% depuis 2001.

Afin de comprendre les changements économiques en cours, il suffit de constater que le yuan est enfin inclus dans le panier des DTS, avec une part initiale de 10% qui est légèrement supérieure au yen (8,3%) et à la livre sterling (8,09%) mais nettement inférieure au dollar (41%) et à l’euro (31%). La monnaie yuan, lentement mais significativement, devient de plus en plus utilisée dans le commerce mondial.

La raison pour laquelle les États-Unis ont pu alimenter cette demande mondiale de dollars est liée à la nécessité pour d’autres pays d’utiliser cette monnaie afin d’acheter du pétrole et d’autres biens.

Par exemple, si une entreprise bolivienne exporte des bananes vers la Norvège, la procédure de paiement nécessite l’utilisation de dollars. La Norvège doit donc acquérir la monnaie américaine pour payer et recevoir les biens achetés en Bolivie.

De même, les dollars que reçoit la Bolivie seront utilisés pour acheter d’autres produits de première nécessité comme le pétrole du Venezuela. Cela peut sembler incroyable, mais pratiquement tous les pays, jusqu’à il y a quelques années, utilisaient des dollars américains pour échanger entre eux, même avec des pays qui étaient anti-américains et contre les politiques impérialistes américaines.

Cette utilisation continue du dollar a eu des effets dévastateurs sur le globe. Tout d’abord, l’utilisation intense de la monnaie américaine, associée aux décisions de Nixon, a créé une norme économique basée sur le dollar qui a rapidement remplacé les métaux précieux comme l’or, qui était la norme pour l’économie mondiale depuis des années.

Cela a entraîné une instabilité majeure pour les systèmes économiques qui, au cours des années, ont créé des politiques financières désastreuses, comme on l’a vu en 2000 et 2008, par exemple. La principale source de fiabilité économique est transférée de l’or au dollar, en particulier par les bons du Trésor américains.

Ce changement majeur a permis à la Réserve fédérale d’imprimer des dollars pratiquement sans limite (comme on l’a vu ces dernières années avec des taux d’intérêt pour emprunter de l’argent à la FED proches de 0%), bien consciente que la demande de dollars ne cesserait jamais, ce qui permet la survie d’énormes secteurs d’entreprises privées et publiques (comme l’industrie du fracking [fracturation hydraulique du pétrole de schiste]).

Cela a ouvert la voie à un système économique mondial basé sur des instruments financiers comme les dérivés et autres titres, au lieu de biens réels et tangibles comme l’or. En faisant cela pour leur propre bénéfice, les États-Unis ont créé les conditions d’une nouvelle bulle financière qui pourrait même détruire l’économie mondiale lorsqu’elle éclatera.

Les États-Unis se trouvent dans la position enviable de pouvoir imprimer des morceaux de papier, simplement des IOU [I owe you = je vous dois = reconnaissance de dette] sans aucun support en or, puis les échanger contre des biens réels. Cet arrangement économique a permis à Washington d’obtenir un avantage stratégique sans égal sur ses adversaires géopolitiques – initialement l’URSS, maintenant la Russie et la Chine – à ​​savoir une capacité pratiquement illimitée de dépenser en dollars, même si elle accumule une dette publique astronomique d’environ 21 000 milliards de dollars.

Le facteur déstabilisant pour l’économie mondiale a été la capacité de Washington d’accumuler d’énormes dettes publiques, sans avoir à se soucier des conséquences, ni même de la défiance possible des marchés internationaux envers le dollar. Les pays ont simplement besoin de dollars pour le commerce et achètent des bons du Trésor américains pour diversifier leurs actifs financiers.

L’utilisation continue du dollar comme moyen de paiement pour presque tout, associée à la capacité quasiment infinie de la FED d’imprimer de l’argent et du Trésor US d’émettre des obligations, ont conduit le dollar à devenir le principal refuge sûr pour les organisations, les pays et les individus, en légitimant ce système financier pervers qui a affecté la paix mondiale pendant des décennies.

Des dollars et des guerres, bientôt la fin ?

Les problèmes pour les États-Unis ont commencé à la fin des années 1990, à un moment d’expansion pour l’empire américain, suite à la disparition de l’Union soviétique.

L’objectif géopolitique annoncé était l’hégémonie mondiale. Avec une capacité de dépense illimitée et une idéologie basée sur l’exceptionnalité américaine, cette tentative semblait être à la portée des décideurs, au Pentagone et à Wall Street.

Un élément clé pour parvenir à une hégémonie globale consistait à empêcher la Chine, la Russie et l’Iran de créer une zone eurasienne intégrée. Pendant de nombreuses années, et pour diverses raisons, ces trois pays ont continué à mener des échanges à grande échelle en dollars américains, se pliant aux prescriptions économiques d’un système financier frauduleux créé au profit des États-Unis.

La Chine devait continuer dans son rôle pour devenir l’usine du monde entier, ayant toujours accepté des paiements en dollars et acheté des centaines de milliards de bons du Trésor aux États-Unis.

Avec Poutine, la Russie a commencé presque immédiatement à dédollariser, remboursant ses dettes étrangères en dollars, en essayant de se décharger du fardeau de la pression économique. La Russie est aujourd’hui l’un des pays du monde ayant le moins de dettes publiques et privées libellées en dollars, et l’interdiction récente de l’utilisation du dollar américain dans les ports maritimes russes est le dernier exemple.

Pour l’Iran, le problème a toujours été les sanctions, créant de grandes incitations à contourner le dollar et à trouver d’autres moyens de paiement.

Le facteur décisif qui a changé la perception de pays comme la Chine et la Russie a été la crise financière de 2008, ainsi que l’agression croissante des États-Unis depuis les événements de Yougoslavie en 1999. La guerre en Irak, entre autres facteurs, empêchait Saddam de vendre son pétrole en euros, ce qui aurait menacé l’hégémonie financière du dollar au Moyen-Orient.

La guerre et la présence continue de l’Amérique en Afghanistan ont souligné l’intention de Washington de continuer à encercler la Chine, la Russie et l’Iran afin d’éviter toute intégration eurasienne.

Naturellement, plus le dollar était utilisé dans le monde, plus Washington avait le pouvoir de dépenser pour ses armées. Pour les États-Unis, le paiement d’une facture de six mille milliards de dollars (c’est le coût des guerres en Irak et en Afghanistan) s’est fait sans effort, ce qui constitue un avantage inégalé sur des pays comme la Chine et la Russie dont les dépenses militaires en comparaison sont un cinquième et un dixième, respectivement.

Les tentatives infructueuses répétées de conquérir, subvertir et contrôler des pays comme l’Afghanistan, la Géorgie, l’Irak, la Libye, la Syrie, le Donbass, la Corée du Nord, l’Égypte, la Tunisie, le Yémen et le Venezuela ont eu des effets importants sur la perception du pouvoir militaire américain.

En termes militaires, Washington a fait face à de nombreuses défaites tactiques et stratégiques, avec la péninsule de Crimée retournée à la Russie sans un coup de feu, et avec l’Occident incapable de réagir. Dans le Donbass, la résistance a infligé d’énormes pertes à l’armée ukrainienne soutenue par l’OTAN.

En Afrique du Nord, l’Égypte est maintenant sous le contrôle de l’armée, suite à une tentative de transformer le pays en un État dirigé par les Frères musulmans. La Libye, après avoir été détruite, est maintenant divisée en trois entités et, comme l’Égypte, semble regarder favorablement vers Moscou et Pékin.

Au Moyen-Orient, la Syrie, la Turquie, l’Iran et l’Irak coopèrent de plus en plus dans la stabilisation des conflits régionaux ; ils sont soutenus par la puissance militaire russe et la force économique chinoise.

Et bien sûr, la Corée du Nord continue d’ignorer les menaces militaires américaines et a pleinement développé sa dissuasion conventionnelle et nucléaire, ce qui rend ces menaces américaines nulles et vides.

Les révolutions de couleur, la guerre hybride, le terrorisme économique, et les tentatives de supplétifs pour déstabiliser ces pays ont eu des effets dévastateurs sur la crédibilité et l’efficacité militaire de Washington.

Les États-Unis sont maintenant vus par beaucoup de pays comme un appareil de guerre massif qui lutte pour obtenir ce qu’il veut, se démène en vain pour atteindre des objectifs cohérents, et manque même de la capacité de contrôler des pays comme l’Irak et l’Afghanistan, en dépit d’une supériorité militaire écrasante.

Personne ne vous craint !

Jusqu’à quelques décennies en arrière, toute idée de s’éloigner du pétrodollar était considérée comme une menace directe pour l’hégémonie mondiale américaine, nécessitant une réponse militaire.

En 2017, compte tenu de la baisse de la crédibilité des États-Unis en raison du déclenchement de guerres contre des pays plus petits – en ignorant les pays comme la Russie, la Chine et l’Iran qui ont des capacités militaires auxquelles les États-Unis n’ont pas fait face depuis plus de soixante-dix ans – un éloignement général du système basé sur le dollar se constate dans de nombreux pays.

Au cours des dernières années, cet éloignement est devenu, pour de nombreuses nations qui s’opposent à Washington, la seule façon de contenir adéquatement les retombées d’un empire américain qui s’écroule est d’abandonner progressivement le dollar.

Cela sert à limiter la capacité de Washington pour les dépenses militaires en créant les outils alternatifs nécessaires dans les domaines financiers et économiques qui élimineront la domination de Washington.

Ceci est essentiel dans la stratégie russo-sino-iranienne pour unir l’Eurasie et mettre ainsi les États-Unis hors-jeu.

La dédollarisation est devenue une priorité stratégique pour Pékin, Moscou et Téhéran. L’élimination de la capacité de dépenses illimitée de la FED et de l’économie américaine signifie la limitation de l’expansion impérialiste des États-Unis et diminue la déstabilisation mondiale.

Sans la puissance militaire américaine habituelle pour renforcer et imposer l’utilisation de dollars américains, la Chine, la Russie et l’Iran ont ouvert la voie à des changements importants dans l’ordre global.

Les États-Unis se sont tiré une balle dans le pied en accélérant ce processus par l’exclusion de l’Iran du système SWIFT [réseau électronique de transactions financières internationales] (ouvrant la voie à l’alternative chinoise, CIPS) et l’imposition de sanctions à des pays comme la Russie, l’Iran et le Venezuela.

Cela a également accéléré l’extraction et l’acquisition d’or physique en Chine et en Russie, ce qui contraste directement avec la situation aux États-Unis, où court la rumeur que la FED ne possède plus d’or. Ce n’est pas un secret que Pékin et Moscou visent une monnaie soutenue par l’or, quand le dollar s’effondrera, si cela arrive. Cela a poussé les pays inflexibles à commencer à opérer dans un environnement hors dollar et à travers des systèmes financiers alternatifs.

Un exemple parfait de la façon dont cela se réalise peut être vu avec l’Arabie saoudite, qui représentait le centre du pétrodollar.

Dédollarisation

Beijing a commencé a exercer une forte pression sur l’Arabie saoudite pour qu’elle commence à accepter les paiements en yuan pour le pétrole au lieu de dollars, tout comme d’autres pays, dont la Fédération de Russie.

Pour Riyad, il s’agit d’une question presque existentielle. Riyad est dans une situation délicate, quand on sait à quel point elle est dévouée à conserver le lien entre le dollar américain et le pétrole, même si son principal allié, les États-Unis, ont poursuivi au Moyen-Orient une stratégie contradictoire, comme on le voit dans l’accord JCPOA [avec l’Iran].

L’Iran, principal ennemi régional de l’Arabie saoudite, a pu voir levées des sanctions (en particulier des pays européens) grâce à l’accord JCPOA. En outre, l’Iran a pu construire une victoire historique avec ses alliés en Syrie, jouant un rôle prépondérant dans la région et aspirant à devenir une puissance régionale.

Riyad est obligé d’obéir aux États-Unis, un allié qui ne se préoccupe pas de son destin dans la région – l’Iran est de plus en plus influent en Irak, en Syrie et au Liban –, allié qui est même en compétition sur le marché du pétrole [avec le pétrole de schiste].

Pour empirer les choses à Washington, la Chine est le plus gros client de Riyad, et compte tenu des accords avec le Nigeria et la Russie, Pékin peut cesser d’acheter du pétrole en provenance d’Arabie saoudite si Riyad continue d’insister pour ne recevoir le paiement qu’en dollars. Cela nuirait gravement au pétrodollar, un système pervers qui fait surtout du tort à la Chine et à la Russie.

Pour la Chine, l’Iran et la Russie, ainsi que d’autres pays, la dédollarisation est devenue une question urgente. Le nombre de pays qui commencent à voir les avantages d’un système décentralisé, par opposition au système dollar américain, augmente. L’Iran et l’Inde, mais aussi l’Iran et la Russie, ont souvent troqué des hydrocarbures en échange de produits primaires, contournant ainsi les sanctions américaines.

De même, le pouvoir économique de la Chine lui a permis d’ouvrir une ligne de crédit de 10 milliards d’euros à l’Iran pour contourner les sanctions récentes. Même la Corée du Nord semble utiliser des crypto-monnaies comme le bitcoin pour acheter du pétrole en provenance de Chine et contourner les sanctions américaines. Le Venezuela – qui dispose des plus grandes réserves de pétrole du monde – vient de faire un mouvement historique en renonçant complètement à vendre du pétrole en dollars, annonçant qu’il commencerait à recevoir de l’argent dans un panier de devises sans dollars américains. Ceci sans mentionner le plus gros changement qui a eu lieu au cours des 40 dernières années, le projet de la Chine d’amarrer le yuan à l’or.

Pékin achètera du gaz et du pétrole à la Russie en payant en yuans, Moscou pouvant convertir le yuan en or immédiatement grâce à l’échange sur le marché international de l’énergie de Shanghai. Ce mécanisme gaz-yuan-or signale un changement économique révolutionnaire grâce à l’abandon progressif du dollar.

Dans le prochain et dernier article, nous nous concentrerons, d’une part sur la réussite de la Russie, de l’Iran et de la Chine dans la mise en place d’un ordre mondial multipolaire, avec l’objectif de contenir pacifiquement les retombées de l’empire américain qui s’effondre, et d’autre part, sur la manière dont cet autre ordre mondial ouvrira des perspectives géopolitiques nouvelles pour les alliés américains et d’autres pays.

Federico Pieraccini

 

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-chine-et-la-russie-ont-un-plan-pour-detroner-le-dollar-si-elles-reussissent-le-monde-se-rejouira

 

 


Jean-Michel Quatrepoint : « La vente d’Alstom était un scandale écrit d’avance

Source : Le Figaro Vox, Jean-Michel Quatrepoint, 29/09/2017

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Pour Jean-Michel Quatrepoint, la vente d’une partie d’Alstom à Siemens était écrite. Un empire industriel a été détruit en quelques années, faute de volontarisme politique. Selon lui, les promesse d’ «alliance entre égaux» ne seront pas tenues.

Jean-Michel Quatrepoint est journaliste économiste. il a travaillé entre autres au Monde, à La Tribune et au Nouvel Economiste. Il a écrit de nombreux ouvrages, dont La Crise globale en 2008 qui annonçait la crise financière à venir. Son dernier livre, Alstom, scandale d’Etat a été publié en septembre 2015.

FIGAROVOX.- Après la vente des activités énergie d’Alstom à General Electric, vous aviez dénoncé cette opération, en 2015, dans nos colonnes, puis à travers un livre, Alstom, un scandale d’Etat. La fusion d’aujourd’hui entre les activités ferroviaires d’Alstom et celle de Siemens était-elle écrite?

Jean-Michel QUATREPOINT.- Elle l’était. Dès le mois de mars 2015, le patron de Siemens déclarait que «dans le domaine du transport, une consolidation entre entreprises européennes reste encore possible».

À partir de ces propos, j’écrivais dans «Alstom, scandale d’État»: «dans un an, dans cinq ans, c’est inéluctable, Alstom Transport devra acheter ou se faire racheter. Siemens sera peut-être de la partie. Alstom n’ayant pas les moyens financiers, même avec le cash reçu de GE, de procéder à une grande acquisition, il lui en faudra passer par une alliance qui ressemblera fort à une vente. La boucle sera bouclée.»

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que sur ces marchés mondiaux, seuls les conglomérats ont pu, et peuvent s’en sortir. Il faut avoir plusieurs activités, afin d’optimiser les réseaux commerciaux, la gestion financière, les relations avec les donneurs d’ordre. En se démantelant peu à peu, Alcatel Alstom était condamnée, un jour ou l’autre, à disparaître.

Dans les années 90, Alcatel Alstom était un leader mondial, un conglomérat, un empire patiemment construit en quelques décennies. Un conglomérat, un empire patiemment détruit en moins de vingt ans.

Dans les années 90, Alcatel Alstom était un leader mondial dans les Télécoms, les câbles, l’ingénierie (Cegelec), l’énergie, le ferroviaire et les chantiers navals avec les Chantiers de l’Atlantique. Un conglomérat, un empire patiemment construit en quelques décennies. Un conglomérat, un empire patiemment détruit en moins de vingt ans.

Mais on nous annonce un mariage entre égaux dans le ferroviaire, et aussi entre STX et Fincantieri, et l’État se félicite de ces opérations…

C’est à chaque fois, la même comédie de communication. Alliance entre égaux, maintien de l’emploi et des centres de décision, création d’un champion européen, d’un Airbus du ferroviaire, du naval, etc.

Si ce discours stéréotypé, ces éléments de langage ont pu convaincre hier, aujourd’hui cela devient plus difficile. Chat échaudé craint l’eau froide! Car les promesses – je pense à celles autour d’Alcatel faites par Lucent, puis par Nokia ; à celles de General Electric ; à celles, dans un autre domaine, de Holcim dans la fusion avec Lafarge – ne sont généralement jamais tenues.

Là aussi, c’est de la communication pour faire passer la pilule et pour permettre à celui qui se vend, et au gouvernement français, de ne pas perdre la face.

Cependant l’État avait pris 20 % dans Alstom Transport, pour veiller justement à ce que cet accord avec GE dans les co-entreprises soit équilibré?

Encore une fois, ce n’était qu’un habillage médiatique. Pour éviter de faire perdre la face à Arnaud Montebourg. Bercy était contre. L’État n’a d’ailleurs pas acheté les 20 % dans Alstom, mais loué les titres à Bouygues qui détient 30 %, avec une option d’achat qui expire le 17 octobre 2017, au prix de 35 euros l’action. Mais l’État n’a plus d’argent, ou plutôt le gouvernement et surtout Bercy ne veulent en aucun cas débourser 3 milliards d’euros pour être minoritaire.

Il n’y a pas de fusion entre égaux. Il y en a toujours un qui rachète et un qui est racheté. Il y en a toujours un qui dirige, impose sa vision stratégique, et l’autre, minoritaire, qui doit plier.

Bref, l’option ne sera pas levée, Bouygues va garder ses 30 %, le temps d’encaisser le produit de la vente des participations d’Alstom dans les co-entreprises avec GE. Cette opération va se faire d’ici à octobre 2018 et les actionnaires toucheront 8 euros par action.

Ensuite, selon toute vraisemblance, la fusion avec Siemens sera l’occasion pour Bouygues de sortir définitivement d’Alstom, avec même une plus-value et de tirer un trait sur une aventure d’une douzaine d’années.

Il n’y a pas de fusion entre égaux. Il y en a toujours un qui rachète et un qui est racheté. Il y en a toujours un qui dirige, impose sa vision stratégique, et l’autre, minoritaire, qui doit plier. On a essayé de nous faire croire, pendant quelques mois que les co-entreprises créées entre GE et Alstom étaient à 50/50, c’était un mensonge. En réalité, General Electric a tous les pouvoirs et les exerce.

Ainsi, le groupe américain […]

Lire la suite sur : Le Figaro Vox, Jean-Michel Quatrepoint, 29/09/2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

5 réponses à Jean-Michel Quatrepoint : « La vente d’Alstom était un scandale écrit d’avance » POUR LIRE LES 5  réponses , cliquez sur le lien :

 

http://www.les-crises.fr/jean-michel-quatrepoint-la-vente-dalstom-etait-un-scandale-ecrit-davance/

Recommandé] L’effondrement global est-il imminent ? Par Graham Turner

Je vous propose aujourd’hui un article qui m’a passionné.

C’est un article paru en 2014, qui actualise les données du fameux rapport du Club de Rome paru en 1972 : Halte à la croissance ? (consultable ici en anglais).

Celui-ci donnait soixante ans au système économique mondial pour s’effondrer, confronté à la diminution des ressources et à la dégradation de l’environnement.

La conclusion reste très pessimiste, 45 ans après : la situation est confirmée par la formule du Smithsonian Magazine, «The world is on track for disaster…», autrement dit, “tout se déroule comme prévu pour que survienne le désastre”.

Le pire étant sans doute que RIEN n’a été tenté pour limiter les problèmes futurs…

Source : Loïc Steffan, 07-06-2016

Une comparaison actualisée des “Limites de la Croissance” avec les données historiques

Article en anglais :
Turner, G. (2014) ‘Is Global Collapse Imminent?’, MSSI Research Paper No. 4, Melbourne Sustainable Society Institute, The University of Melbourne.

ISBN: 978 0 7340 4940 7

Traduction Patrick Soulignac – Loïc Steffan

Résumé

Le scénario « modèle standard » (business-as-usual ou BAU) des « Limites de la croissance » (« Limits To Growth », LTG), produit il a environ quarante ans, correspond bien avec les données historiques qui ont été mises à jour pour cet article. Le scénario BAU produit un effondrement de l’économie mondiale et de l’environnement (avec des niveaux de vie qui chutent dramatiquement plus vite que ce qu’ils progressèrent historiquement car les fonctions économiques normales cessent de fonctionner), entrainant une chute importante de la population mondiale. Bien que la baisse de la population modélisée survienne après environ 2030 —avec une augmentation des taux de mortalité à partir de 2020, inversant les tendances contemporaines— le début généralisé de l’effondrement apparait vers 2015 quand la production industrielle per capita commence un déclin rapide. Compte tenu de cette synchronisation imminente, une autre question que pose cet article est de savoir si les difficultés économiques de la crise financière mondiale sont potentiellement liées aux mécanismes de disruption mis en avant par le scénario BAU des « Limites de la croissance ». En particulier, les problèmes contemporains sur le pic pétrolier et l’analyse de l’énergie nette, ou rapport entre l’énergie produite et l’énergie investie, vont dans le sens de la modélisation des contraintes de ressources qui sous-tendent l’effondrement dans les « Limites de la croissance ».

Vérification des « limites de la croissance »

Avec plus de quarante ans de recul disponible depuis la publication des limites de la croissance (LTG ; Meadows et al., 1972, Meadows et al., 1974), il est opportun d’examiner la façon dont la société a suivi le chemin dessiné par cette modélisation révolutionnaire de divers scénarii, et d’examiner si l’économie mondiale et la population sont sur le chemin de l’effondrement ou de la soutenabilité. Sur une période identique, des efforts internationaux de recherche basés sur une série de conférences des Nations Unies (ONU) ont produit au mieux des résultats mitigés (Linner et Selin, 2013, Meadowcroft, 2013). En plus des contraintes et problèmes environnementaux critiques non résolus et des contraintes de ressources tels que le changement climatique d’origine anthropique et le pic pétrolier, l’économie mondiale doit faire face aux défis posés par la crise financière mondiale (Global financial crisis, GFC), dont le niveau colossal de dette persistante n’est pas le moindre. Le remède politique classique de sortie de la dette par la croissance de l’économie a des conséquences potentielles pour la stabilité de l’environnement, avec des rétroactions négatives évidentes sur l’économie. Les interdépendances économie-environnement contenues dans le modèle LTG original des années soixante-dix offrent l’occasion d’examiner comment la situation mondiale s’est déployée dans le temps et ce que cela pourrait signifier pour l’avenir.

Grâce à une douzaine de scénarii simulés dans un modèle global (appelé World3) entrelaçant économie et environnement, Meadows et al. (1972, p. 125) ont montré que le « dépassement et effondrement » n’était évitable qu’à condition qu’un changement drastique de comportement social et des progrès technologiques ne soient obtenus bien avant les problèmes environnementaux ou de ressources. Si cela n’était pas atteint dans les scénarii simulés, l’effondrement de l’économie et de la population humaine (c’est à dire une chute relativement rapide) survient au 21ème siècle, détériorant les conditions de vie pour revenir à niveau similaire à celui observé au début du 20ème siècle, selon les conditions mondiales moyennes modélisées. La façon exacte dont cela pourrait survenir dans le monde réel reste ouvert à la conjecture, comme nous le notons ci-dessous.

En dépit du fait que LTG devint un best-seller dès sa publication, le travail fut ensuite largement relégué dans la « poubelle de l’histoire » par de nombreuses critiques (par exemple, Lomborg et Rubin, 2002). Ces critiques ont perpétué le mythe public selon lequel LTG s’était trompé, et disaient que LTG avait prévu que l’effondrement surviendrait bien avant les années 2000, alors que tel n’était absolument pas le cas. Ugo Bardi, dans « Les limites de la croissance revisitées » (2011), détaille de façon exhaustive les divers efforts qui furent entrepris pour discréditer l’étude LTG.

Il établit des parallèles avec les cas documentés des campagnes contre la science du changement climatique, ou celles sur l’impact du tabac sur la santé. Trois économistes – Peter Passel, Marc Roberts, et Leonard Ross – initièrent les critiques dans un article de recension dominicale du New York Times en 1972. Ils firent de fausses affirmations (par exemple « tous les scénarii du modèle mondial Meadows mènent invariablement à l’effondrement »), et affirmèrent de façon inexacte que le livre prédisait un épuisement de nombreuses ressources autour de 1990. L’économiste américain William Nordhaus fit des jugements techniquement erronés (en 1992) en se focalisant sur des équations isolées dans World3 sans tenir compte de l’influence produite par les rétroactions dans le reste du modèle.

En 1973, une critique de LTG, éditée par le physicien Sam Cole et ses collègues de l’Université du Sussex, contenait un examen technique de la modélisation et des résultats de World3 en attaquant personnellement les auteurs sur une base idéologique. Selon Bardi, l’examen technique échoua car il ne pouvait pas être validé par des modélisations linéaires simples, test non probant pour un modèle non-linéaire. L’examen établit aussi que le modèle ne pouvait fonctionner rétroactivement, ce qui est une condition inutile pour que le modèle puisse fonctionner vers l’avenir.

La critique de l’étude a continué pendant environ deux décennies, y compris par des économistes de renom tel Julian Simon, sur le mode de l’incompréhension et des attaques personnelles. Pendant la dernière décennie du 20ème siècle, cependant, les critiques de LTG se centrèrent sur le mythe que les travaux de 1972 avaient prédit un épuisement des ressources et un effondrement mondial à la fin de ce siècle. Bardi identifia comme point de départ de cet opinion un article de Ronald Baley paru dans le magazine Forbes en 1989, et intitulé « Professeur Catastrophe ». Dès lors, elle fut largement diffusée, y compris par des commentateurs populaires comme le statisticien danois Bjørn Lomborg, et même dans des textes d’enseignements, des parutions à comité de lecture, et des rapports d’organisations environnementales.

Durant la dernière décennie, cependant, il y a eu une sorte d’attention et de compréhension renouvelée à l’égard de LTG. Très récemment, Randers (2012a) —un des co-auteurs de LTG— a publié une prévision de la situation mondiale en 2052, et renouvelé les enseignements de la publication originale (Randers 2012b). Un renversement dans le débat a eu lieu en 2000 quand le spécialiste de l’énergie Simmons (2000) a émis l’idée que le modèle était plus précis que la perception qu’on en avait généralement. D’autres auteurs ont émis des évaluations plus complètes des conclusions du modèle (Hall and Day, 2009, Turner, 2008) ; en effet, mon précédent travail montrait que trente ans de données historiques s’alignaient très bien avec les conclusions du « scénario standard » de LTG. Le modèle standard incarne les pratiques économiques et sociales « business-as-usual » (BAU) de la période historique qui servit de calibrage au modèle (1900 à 1970), avec le scénario modélisé à partir de 1970.

Cet article présente une actualisation de la comparaison des données de Turner (2008). Une mise à jour est particulièrement pertinente aujourd’hui en raison des questions soulevées par la manière dont la récession actuelle – couramment associée à la crise financière mondiale – peut être liée à l’apparition de l’effondrement dans le scénario BAU de LTG. Est-il possible que ce qui mène à l’effondrement dans le scénario BAU de LGT ait contribué à la crise économique liée à la crise financière mondiale ? Cette récession pourrait-elle être un signe avant-coureur de l’effondrement modélisé dans LTG ?

Pour expliciter le contexte et souligner l’importance d’appréhender les dynamiques globales, cet article résume d’abord les mécanismes en jeu dans le scénario BAU modélisé. Ensuite, la trajectoire modélisée est comparée avec une quarantaine d’années de données historiques (qui sont décrites dans l’appendice). L’appendice fournit aussi la comparaison des données avec deux autres scénarii, à savoir les scénarii « technologie étendue » et « monde stabilisé » (décrits en détail dans l’article Turner, 2012) – qui montre que la comparaison ne correspond fortement qu’au seul scénario BAU.

Sur la base de cette comparaison, nous discuterons les conséquences pour une économie mondiale soumise à des contraintes de ressources limitées. En, particulier, le document a examiné la question du pic pétrolier et le lien entre le retour en énergie de l’investissement (EROI) et le modèle LTG World3. Les résultats obtenus conduisent à une discussion sur le rôle des contraintes pétrolières dans la crise financière (GFC), et à des considérations sur le lien entre ces contraintes et l’effondrement généralisé décrit dans LTG. Cet article n’a pas pour but de répondre à la question d’importance critique, mais controversée, de la gouvernance appropriée ; d’autres recherches éclairent les difficultés qui empêchent le changement (par exemple Harich, 2010, Rickards et al., 2014). A la place, il vise à prévenir d’un effondrement mondial potentiel — peut être plus imminent qu’il n’est généralement admis — dans l’espoir que cela puisse stimuler le changement, ou tout du moins préparer les lecteurs à la survenue du pire.

Modéliser des mondes futurs

Le modèle informatique World3, développé pour l’étude LTG, simulait de nombreuses interactions au sein et entre les sous-systèmes clés de l’économie mondiale : population, capital industriel, pollution, systèmes agricoles et ressources non renouvelables. A son époque, World3 était nécessairement sommaire. Par exemple, il modélisait la population mondiale totale plutôt que des régions ou des nations distinctes. Dans l’approche des dynamiques du système, les liens de causalité ont été modélisés mathématiquement pour refléter l’influence d’une variable sur une autre (pas nécessairement de façon linéaire), à ​​la fois à l’intérieur et entre les différents secteurs du système économique mondial.

De cette façon, des liens de rétroactions positives et négatives ont été établis, où le résultat dans une partie du système aboutit par une chaîne d’influences réciproques à s’affecter lui-même. Lorsque les boucles de rétroaction positives et négatives sont finement réglées, il en résulte des résultats stables (ou des oscillations autour de la moyenne) ; cependant, quand une boucle domine, il en résulte un état instable, tel que par exemple le cas simple de la croissance exponentielle quand il y a une rétroaction positive dominante.

Un autre exemple classique est l’accélération de la croissance d’une population biologique, tels que les bactéries, pour laquelle le taux de natalité à un moment donné est proportionnel à la taille de la population à ce moment-là.

L’effet et le contrôle de ces rétroactions dépend de la présence d’effets retards dans les signaux entre une partie du système mondial et une autre. Par exemple, les effets de l’augmentation des niveaux de pollution sur l’espérance de vie humaine ou la production agricole peuvent ne pas être identifiés pendant plusieurs décennies après l’émission de la pollution.

C’est important à comprendre parce qu’à moins que les effets ne soient anticipés et des mesures préventives prises à l’avance, des niveaux croissants de polluants peuvent se développer dans des proportions qui interdisent l’action corrective. Telles sont les dynamiques qui conduisent au dépassement et à l’effondrement.

Le modèle World3 simulait un stock de ressources non-renouvelables ainsi qu’un stock de ressources renouvelables. La fonction des ressources renouvelables dans World3, comme les terres agricoles ou les arbres, peut s’éroder à cause de l’activité économique, elles peuvent aussi retrouver leur niveau si des mesures délibérées sont prises ou les activités nuisibles réduites. Le taux de récupération par rapport au taux de dégradation affecte le moment où les limites sont dépassées, ainsi que l’ampleur de tout effondrement potentiel.

Pour explorer « les principaux modes de comportement du système population-capital » (Meadows et al. 1972, 91), LTG présentait une douzaine de scénarii explorant les effets de diverses améliorations technologiques et de changements sociétaux ou politiques. La série de scénarii démarrait par un « scénario standard » qui insère les valeurs usuelles (BAU) dans le modèle pour le futur. Les tendances en paramètre pour ce scénario étaient basées sur les données historiques et les comportements (établis pour reproduire approximativement la croissance et les dynamiques observées de 1900 à 1970).

L’effondrement imminent du scénario BAU

Comme nous le décrivons ci-dessous, les données issues des quelques quarante années depuis la parution de l’étude LTG indiquent que le monde suit de près le scénario BAU. Dans celui-ci, au cours du 20ème siècle, l’augmentation de la population et la demande de richesse matérielle conduisent à l’augmentation de la production industrielle, qui croit à un rythme supérieur à celui de la population.

La pollution issue de l’activité économique augmente, mais à partir d’un niveau très bas, et n’affecte pas sérieusement la population ou l’environnement. Cependant, l’activité industrielle accrue demande toujours plus de ressources en intrants (malgré la compensation d’un gain d’efficacité), et l’extraction des ressources nécessite un capital (machines) produit par le secteur industriel (qui produit également des biens de consommation).

Jusqu’à ce que la base de ressources non renouvelables soit réduite à environ 50% du niveau initial ou final, le modèle World3 supposait que seule une faible part du capital (5%) est allouée au secteur de l’extraction des ressources, simulant un accès à des ressources aisément extractibles ou de haute qualité, ainsi qu’à l’amélioration de l’efficacité des techniques d’investigation et d’extraction.

Cependant, lorsque les ressources tombent en dessous du niveau de 50% du stock (moment de la déplétion NDT) au début du 21ème siècle tel que simulé par le modèle, et qu’elles deviennent plus difficiles à extraire et transformer, le capital nécessaire commence à augmenter. Par exemple, à 30% du stock initial de ressource, la proportion du capital total alloué au secteur de l’extraction atteint 50%, et elle continue à augmenter au fur et à mesure que la ressource s’épuise (indiqué dans Meadows et al., 1974).

Avec une part significative du capital qui va vers l’extraction des ressources, il n’y a plus suffisamment de capital disponible pour remplacer entièrement l’obsolescence des machines et du capital dans le secteur industriel lui-même. Par conséquent, malgré une activité industrielle accrue essayant de satisfaire les multiples demandes de tous les secteurs et de la population, la production industrielle réelle (per capita) commence à chuter précipitamment à partir de 2015, alors que la pollution générée par l’activité industrielle continue de croître. La réduction des apports de l’industrie à l’agriculture, combinée aux impacts de la pollution sur les terres agricoles, conduit à une chute des rendements agricoles et de la nourriture produite par habitant.

De même, les services (par exemple, la santé et l’éducation) ne sont pas maintenus à leur niveau par manque de capital et d’intrants. La diminution de l’offre de services et de nourriture per capita induit une augmentation du taux de mortalité aux alentours de 2020 (et une hausse plus faible du taux de natalité, en raison d’un accès réduit aux possibilités de contrôle des naissances).

La population mondiale chute alors, d’environ un demi-milliard d’individus par décennie, à partir de 2030 environ. Après l’effondrement, le résultat du modèle World3 pour le BAU (fig. 1) montre que le niveau de vie moyen de la population totale (richesse matérielle, nourriture et services per capita reflétant essentiellement les conditions de type OCDE) ressemble à celui observé au début du 20ème siècle. Les implications du scénario BAU sont sévères : la fig. 1 illustre l’effondrement global du système économique et de la population. Cet effondrement est essentiellement causé par les contraintes sur les ressources (Meadows et al., 1972), suivant la dynamique et les interactions décrites ci-dessus.

La dynamique étalonnée reflète les réponses observées dans l’économie à des changements de niveau d’abondance ou de rareté (Meadows et al., 1972), rendant superflu la modélisation des prix comme canal de communication des réponses économiques.[1]

[1] Un point particulièrement important réside dans le fait que l’offre de pétrole, d’abord élastique à la demande, devient inélastique, ce qui produit des bouleversements économiques (Murray et King, 2012, Murray et Hansen, 2013), discutés en détail dans les dernières sections.

Le scénario « business As Usual » de LTG suit la réalité

Après quarante années écoulées depuis la modélisation initiale de LTG, il est opportun d’examiner à quel point les scénarii reflètent la réalité. Dans cette partie, nous présentons une comparaison graphique des données historiques avec le scénario BAU décrit ci-dessous (Fig. 1). Il est évident en observant la figure 1 que les données correspondent fortement avec le scénario BAU (pour la plupart des variables); alors que les données ne correspondent pas avec les deux autres scénarii (Turner, 2012, Turner, 2008) (voir appendice 1).

Les variables démographiques fournies dans la fig. 1 indiquent les mêmes comparaisons que celles aperçues par la comparaison sur trente ans (Turner 2008), de telle sorte que la population devrait atteindre un maximum quelque peu supérieur à celui du BAU, vers 2030 ou plus tard si on extrapole à partir des différences entre les taux de natalité et de mortalité. Il est cependant encore plus manifeste aujourd’hui que le taux brut de mortalité s’est stabilisé alors que le taux de natalité continue à chuter, tendance générale observée dans les 3 scénarii, quoique à des niveaux différents. Notamment, le taux de mortalité inverse son déclin monotone et commence à s’élever dans tous les scénarios en l’espace d’une décennie ; de manière significative dans le scénario standard (et le scénario de la technologie étendue) à partir de 2020.

Les résultats du système économique (fig. 1) montrent que les principales tendances sont comparables avec le scénario BAU de LTG. Il est important de noter que le ralentissement de l’activité économique lié à la crise financière mondiale n’a pas été saisi dans les données historiques puisque celles-ci ne sont disponibles que jusqu’en 2007. Néanmoins, la production industrielle per capita illustre un ralentissement du taux de croissance qui est cohérente avec le BAU qui atteint un maximum. Dans ce scénario, la production industrielle par habitant s’inverse puis baisse substantiellement à partir de 2015. La nourriture par habitant observée est généralement conforme au scénario BAU de LTG, avec un approvisionnement alimentaire qui croit seulement marginalement plus vite que la population. Les taux d’alphabétisation montrent une tendance à la saturation, tandis que la production électrique per capita (la courbe supérieure des données) croît plus rapidement et en meilleure adéquation avec le modèle LTG (fig. 1).

La pollution mondiale mesurée par la concentration de CO2 est totalement compatible avec le scénario BAU (fig. 1), mais l’actualisation de ces 10 dernières années montre qu’elle augmente un peu moins vite que ce que nous avons modélisé. Cela peut être lié à plusieurs facteurs, qui ne peuvent pas être identifiés séparément dans cette analyse. Par exemple, en comparaison avec les résultats du modèle BAU, la production industrielle per capita inférieure est cohérente avec une moindre pollution, bien que cet effet soit compensé par l’augmentation légèrement plus rapide observée pour la population. Il est aussi possible que la dynamique de production de pollution persistante par les différentes activités économiques ou son assimilation par l’environnement ne soient pas paramétrées précisément dans le modèle World 3 en termes de dynamique réelle du CO2 (qui constitue toujours un sujet de recherche active). Dans cette éventualité, les données récentes sont cohérentes avec un taux d’assimilation légèrement plus important, ou alternativement, avec une production de pollution plus faible dans l’agriculture que dans l’industrie (puisque le taux relatif de production alimentaire est supérieur à celui de la production industrielle). Quelle que soit l’explication, le niveau de pollution mondiale est suffisamment faible (dans tous les scénarios et les données observées) pour ne pas avoir d’impact trop important sur l’environnement et l’espérance de vie (Turner 2008).

Figure 1. Le scénario BAU (scénario standard) de LTG, lignes en pointillés, comparé aux données historiques de 1970 à 2010 (lignes continues) — pour les variables démographiques: population, taux brut de natalité, taux brut de mortalité; pour les variables économiques: production industrielle per capita, nourriture per capita, services per capita (Courbe supérieure: électricité p.c.; courbes inférieures: taux d’alphabétisation des adultes et des jeunes [la courbe de données la plus basse]); pour les variables environnementales: pollution mondiale persistante, proportion des ressources non-renouvelables restantes (la courbe la plus haute utilise une limite supérieure de 150,000 EJ pour les ressources ultimes d’énergie; la courbe inférieure utilise une limite inférieure de 60,000 EJ [Turner 2008]).

En revanche, des deux courbes de données pour les ressources non renouvelables restantes, l’estimation basse montre un alignement plus fort avec le modèle BAU (alors que l’estimation haute correspond bien au modèle d’une technologie étendue [fig. 1]). L’estimation basse montre aussi une chute importante à partir du point où le modèle World3 intègre une dérivation croissante de capital vers le secteur de l’extraction des ressources naturelles afin d’extraire des ressources moins accessibles. (50 à 60 % de la ressource initiale ; voir Meadows et al, 1974 fig. 5-18). Il s’agit de la cause principale de l’effondrement dans le scénario BAU, comme décrit ci-dessus. Les données observées sont basées sur les ressources énergétiques (voir la discussion dans Turner 2008, P405-407), en supposant de façon prudente un potentiel de parfaite substitution entre les différents types d’énergies primaires. Cette hypothèse peut n’être pas tout à fait exacte (par exemple, dans le cas des carburants pour le transport (principalement du pétrole), essentiels au bon fonctionnement de l’économie). Les sections suivantes traiteront ce problème plus en profondeur.

La confiance par l’étalonnage.

La comparaison frappante décrite ci-dessus indique que le travail initial de LTG ne devrait pas être écarté comme de nombreux critiques ont tenté de le faire, et accroit la confiance en la modélisation de scénario de LTG. Il est notable qu’aucun autre modèle économie-environnement n’ait démontré une adéquation aussi exhaustive et de long terme avec les données. Cependant, cette adéquation n’est pas une validation complète du modèle (en partie à cause de la non linéarité du modèle World3) ni du scénario BAU. Atteindre une telle validation requiert au moins que les principaux paramètres initiaux et les hypothèses de non-linéarité (les seuils) soient aussi vérifiés. Cette vérification est partiellement initiée ci-dessous avec un examen des charges imposées à l’extraction des ressources.

Malgré la non-linéarité du modèle World3, les résultats généraux des scénarii ne sont pas sensibles aux incertitudes raisonnables sur les paramètres clés (Meadows et al. 1974). Cependant, les critiques continuent de remettre en cause la valeur de la modélisation LTG en se basant sur la sensibilité perçue du modèle (Castro, 2012). De façon superficielle, les premières analyses de sensibilité du modèle World3 (De Jongh 1978; Vermeulen et De Jongh, 1976) paraissaient montrer que le modèle est sensible aux modifications des paramètres. Par exemple, en imposant un changement de 10 % à partir de 1970 à trois paramètres dans le secteur industriel, il est possible de modifier substantiellement les résultats du modèle World3. En reproduisant ce changement, j’ai observé que le résultat n’était pas un évitement du dépassement et de l’effondrement, contrairement à ce qu’affirmaient les critiques (Turner 2013). Au lieu de cela, un examen plus large des résultats indique que le dépassement et l’effondrement sont simplement retardés, et que la raison principale pour cela était que la production industrielle per capita (une approximation de la richesse matérielle) restait constante sur plusieurs décennies avant de décliner. En effet, les critiques étaient en réalité en train de créer les éléments du scénario « monde stabilisé », où la consommation matérielle était réduite, mais ils ne le reconnaissaient pas.

En outre, les critiques sur la sensibilité des paramètres sont manifestement contredites par l’adéquation sur 40 ans du modèle LTG avec des données indépendantes ; si le modèle était trop sensible, il ne pourrait prédire les résultats avec succès. Pour résoudre ce paradoxe apparent, il est crucial de reconnaître que le modèle World3 a été calibré comme un système global à partir des données et tendances de 1900 à 1970. Cet étalonnage n’infère pas simplement les valeurs des paramètres à partir des données disponibles —ce que tous, y compris les auteurs du LTG, reconnaissent incorporer des incertitudes — mais, ce qui est plus important, infère que les divers résultats du modèle (population, nourriture, ressources, etc.) doivent fournir simultanément des valeurs compatibles avec les données observées. Un sous-système du modèle peut fonctionner comme contrôle efficace des autres sous-systèmes. L’étalonnage du système global contraint alors les valeurs recueillies que les paramètres peuvent prendre. Cela ne veut pas dire qu’aucun paramètre individuel ne soit alors connu avec plus de précision, ce qui n’est pas le cas. Au contraire, c’est le recueil des interactions qui importe. C’est un élément essentiel que Bardi (2011) a souligné dans sa revue des premières critiques de LTG (c’est-à-dire l’importance d’appréhender le système dans son ensemble et de ne pas isoler des sous-systèmes sans référence au reste du système).

Par ailleurs, il y a des principes généraux de contrôle des systèmes qui s’appliquent malgré la sensibilité aux paramètres ou l’incertitude autour des spécificités des trajectoires futures du système. C’est une propriété générale des systèmes avec des mécanismes d’auto-renforcement ou d’autocorrection (c’est-à-dire les rétroactions positives ou négatives, les premières produisant la croissance) que de dépasser l’équilibre de long terme s’il y a des délais suffisants dans la reconnaissance ou la réponse aux signaux négatifs. Lorsque tel est le cas, il est inévitable que le système se « corrige » en chutant ou en s’effondrant en dessous de cet équilibre.

L’effondrement est-il probable et imminent ? Examen des mécanismes sous-jacents de l’effondrement prochain dans le scénario BAU

En se basant simplement sur la comparaison des données observées et les scénarii LTG présentés ci-dessus, et compte tenu de la correspondance significativement meilleure du scénario BAU par rapport aux deux autres scénarii, il semble que l’économie et la population mondiale soient sur le point de s’effondrer. Cela contraste avec d’autres prévisions pour l’avenir du monde (par exemple Raskin et al 2010, Randers 2012), qui indiquent un période plus longue ou indéterminée avant un effondrement mondial. Randers par exemple prévoit un effondrement après 2050, en se basant largement sur les impacts du changement climatique, qui paraissent proches du scénario « technologie étendue » du modèle LTG. Cette section examine donc plus précisément les mécanismes sous-jacents de l’effondrement à court terme du scénario BAU et explore si ces mécanismes ressemblent à certaines évolutions du monde réel.

Evolution du monde réel – pic pétrolier

Ayant confirmé l’alignement significatif de 40 ans de données avec le scénario BAU, et établi que le modèle n’a pas une sensibilité inappropriée, cette section envisage maintenant si les principales dynamiques qui sous-tendent la rupture décrite ci-dessus ressemblent aux évolutions réelles. Comme l’effondrement dans le scénario BAU est principalement associé à la contrainte de ressources et le transfert de capitaux vers le secteur de l’extraction des ressources, il est pertinent d’examiner le pic pétrolier (ou les autres pics de ressources). Le pic pétrolier se réfère au pic dans la production de pétrole (particulièrement celui de sources conventionnelles), par opposition à la demande qui est généralement supposée augmenter. Les publications sur le pic pétrolier se sont multipliées ces dernières années tandis que la possibilité d’un pic mondial est devenue plus largement acceptée (par exemple par l’Agence Internationale de l’Énergie, pourtant conservatrice) (Alexander, 2014). Ces publications ont tendance à se concentrer sur la question de savoir quand le pic pétrolier va se produire, et ce que sera le volume d’approvisionnement en pétrole. Sorrell et al (2010a, 2010b) examinent un grand nombre de ces rapports et montrent que les chercheurs indépendants attendent généralement le pic dans la décennie qui vient, ou estiment qu’il s’est produit récemment (Sorrell et al., 2010a, Sorrell et al., 2010b, Murray et King, 2012) ; les estimations du pic fournies par les représentants de l’industrie pétrolière tendent à se situer dans plusieurs décennies. Malheureusement, ces profils de production pétrolière ne donnent en eux-mêmes que peu d’éléments analytiques sur les conséquences de la réduction du taux d’approvisionnement en pétrole sur l’économie, bien que qualitativement, une offre limitée du carburant omniprésent dans les transports soit susceptible d’être néfaste pour les économies mondiales et nationales (Hirsch, 2008, Friedrichs, 2010).

Il est utile de comparer la qualité passée et future de la production de pétrole qui découle du scénario BAU de LTG (fig. 2), même s’il y a d’inévitables incertitudes sur les prévisions de productions spécifiques de pétrole. Le taux de production intégré à LTG a été calculé en prenant la dérivée des données sur les ressources non renouvelables.

La courbe de LTG ressemble au profil de celle d’Hubbert, représentée dans la Fig. 2 en utilisant une fonction logistique (normalisée pour la même production cumulative, c’est-à-dire l’aire sous la courbe). Hubbert a supposé une ressource finie, avec une croissance exponentielle de la production dans la phase initiale de production (en se basant sur la tendance des données), et une imitation des taux de découvertes (c’est-à-dire pic et déclin) conduisant finalement à une production nulle (Hubbert, 1956). A l’origine, il a tracé des courbes arbitraires basées sur des postulats de maximum du taux de production, et des estimations de la ressource finale. Par la suite, Hubbert a utilisé la fonction logistique, mathématiquement plus commode (pour la production cumulée) pour appréhender les propriétés qualitatives des profils de production (Hubbert, 1982). En comparaison, les taux de production de pétrole des données réelles et estimées ne croissent pic et chutent pas aussi rapidement, bien que les données indiquent à première vue un maximum nettement inférieur en raison de la production « accélérée » ou pic antérieur entre 1960 et 1985. La production supplémentaire (par rapport à LTG) dans cette période correspond de très près au déficit de production (par rapport à LTG entre 1990 et 2005). De fait, la production cumulée jusqu’à 2005 ne diffère que de 1%. La prévision de la production de pétrole est basée sur un modèle empirique de découverte tardive de production (Gargett et Bittre, 2009), dans lequel la production cumulée ne peut pas être supérieure aux découvertes cumulées. Par conséquent, si les découvertes sont passées par un maximum et ont décru, la production devra faire de même, même si les taux réels peuvent évidemment différer. Elle ne tient pas compte de la façon dont la demande pourrait varier, contrairement au modèle LTG.

Figure 2. Taux de production de pétrole : réel et projeté ; dérivé de LTG ; et courbe « selon Hubbert » basée sur une fonction logistique – toutes normalisées pour correspondre à la ressource totale (c’est-à-dire l’aire sous les courbes).

Contrairement à d’autres prévisions de la production de pétrole, la courbe LTG n’est pas explicitement encodée dans le modèle, mais est le produit d’autres dynamiques. Une croissance exponentielle se produit initialement en raison de la demande de l’activité industrielle, en croissance exponentielle. La production diminue par la suite à cause de l’effondrement de la demande de l’activité industrielle (voir section suivante). La production de ressources non-renouvelables dans le modèle World3 s’ajuste avec la population en utilisant un coefficient d’utilisation des ressources per capita, lequel est une fonction croissante (approximativement linéaire) de la production industrielle per capita. Par conséquent, le taux de production suit la production industrielle. Notablement, la ressource pétrolière n’est pas épuisée lorsque l’effondrement mondial commence ; loin de là, puisque le taux d’extraction maximal se produit à la moitié des ressources totales. En outre, comme l’indiquent des commentateurs respectés (« The Economist » et « The Guardian »), il y a d’immenses réserves supplémentaires de combustibles sous forme de pétrole non conventionnel et de réserves de gaz, telles que celles accessibles par fracturation hydraulique (Maugeri, 2012). (Ces réserves additionnelles ont été incluses dans les données sur les ressources non renouvelables pour la comparaison présentée en Fig. 1).

La vision optimiste exprimée récemment est qu’il y pourrait y avoir une nouvelle surabondance de pétrole et de gaz. A première vue, cela semble contredire la contrainte de ressources qui sous-tend l’effondrement dans le scénario BAU de LTG. Mais les protagonistes de cette surabondance de pétrole et de gaz n’ont pas compris un point crucial. Ils ont confondu un stock et un flux. Le point clé, comme le souligne le modèle LTG, est la vitesse à laquelle la ressource peut être fournie, c’est-à-dire le flux, et les besoins associés en machines, énergie et autres intrants pour pouvoir obtenir ce flux. La recherche contemporaine sur l’énergie nécessaire pour extraire et fournir une unité d’énergie à partir du pétrole montre que les intrants ont augmenté de presque un ordre de grandeur. Peu importe la taille du stock de ressources si elles ne peuvent pas être extraites assez rapidement, ou si d’autres ressources nécessaires par ailleurs dans l’économie sont consommées pendant l’extraction. Les optimistes du pétrole et du gaz notent que l’extraction de carburants non conventionnels n’est économiquement rentable qu’au voisinage de 70 US$ le baril. Ils reconnaissent par là-même que l’époque du pétrole bon marché est révolue, apparemment sans se rendre compte que les carburants chers sont un signe de contraintes sur les taux d’extraction et les intrants nécessaires. Ce sont ces contraintes qui conduisent à l’effondrement dans le scénario BAU de LTG.

La fin du pétrole facile et l’effondrement global ultérieur

Par conséquent, ce qui est plus pertinent que le taux d’approvisionnement en pétrole en lui-même pour notre analyse, c’est le « coût d’opportunité » associé à l’extraction de réserves de pétrole conventionnel en constante diminution, ou avec l’extraction difficile de pétroles non conventionnels (tels que sables bitumineux, extraction en eaux profondes, liquéfaction du charbon, etc.) (Mur­ray et King, 2012). Dans le modèle LTG, la proportion de capital allouée à l’obtention des ressources (FCAOR) représente ce coût d’opportunité.

Dans la littérature sur le pic pétrolier, la mesure pertinente du coût d’opportunité est le retour d’énergie par rapport à l’investissement (EROI) qui correspond à l’énergie nette disponible après avoir retranché l’énergie utilisée à extraire la ressource (Heun et de Wit, 2012, Dale et al., 2011, Heinberg, 2009, Murphy et Hall, 2011). L’EROI est défini comme le rapport entre l’énergie brute produite, TEProd, et l’énergie investie pour obtenir l’énergie produite, ERes.

EROI = Retour en énergie de l’énergie investie form1

Le EROI peut être relié au FCAOR utilisé dans le modèle LTG. Etant donné que le capital (machines telles que pompes, véhicules) utilisé dans le secteur des ressources, CRes, est essentiellement représentatif du stock global de machines, CTtl, l’intensité d’énergie sera similaire et par conséquent, le ratio de capital peut être approximé par le rapport de l’énergie utilisée dans le secteur de l’extraction des ressources, ERes, à l’énergie totale consommée, TECons.

FCAOR = fraction du capital utilisé pour obtenir des ressources form2

Etant donné que l’énergie totale consommée chaque année sera approximativement égale à l’énergie totale produite (parce que les réserves d’énergie stockées sont relativement faibles et ne changent pas significativement d’une année sur l’autre), TECons TEProd, et les équations 1 et 2 donnent : fcaor1

Les données recueillies et le modèle de l’EROI de Dale et al. (2011) peuvent donc être convertis en FCAOR à des valeurs correspondant à la proportion de ressources de pétrole qui reste. Ceci peut alors être comparé avec les données utilisées dans le modèle LTG (par exemple, voir Meadows et al., 1974, figure 5-18).

Si le pic du pétrole conventionnel s’est produit, ou est sur le point de survenir, alors approximativement la moitié des ressources ont été consommées, c’est-à-dire que la part de ressource non-renouvelable restante est NRFR ≈ 0,5. Les estimations actuelles de l’EROI sont dans une fourchette de 10-20 (ou 1/EROI de 0,1 à 0,05). Ceci est en accord avec les valeurs et les tendances du paramètre clé, FCAOR, utilisé dans LTG (voir fig. 3).

Par conséquent, en plus des comparaisons de données faites sur les résultats modélisés, ces informations sur les ressources pétrolières corroborent un facteur clé de la dynamique du scénario BAU de LTG. En d’autres termes, en plus du fait que les résultats du modèle correspondent aux données disponibles, le mécanisme clé qui conduit à l’effondrement dans le scénario BAU de LTG est aussi observé dans les données du monde réel.

Le Rôle des innovations dans les énergies alternatives.

Étant donné que le mécanisme clé qui sous-tend l’effondrement dans le scénario BAU est évidemment le détournement de capitaux vers le secteur de l’extraction de ressources qui s’épuisent, il est pertinent d’examiner la sensibilité du scénario à des modifications de ce facteur. Dans le cas des ressources de pétrole (et de gaz) en particulier, se pourrait-il que l’expansion actuelle des ressources non conventionnelles (pétrole léger de réservoirs étanches, pétrole et gaz de schiste, sables bitumineux, etc.) soit suffisante pour compenser le déclin de la production de pétrole conventionnel ?

Les critiques sur les ressources non conventionnelles portent sur la diminution de l’énergie nette due à la difficulté d’extraction. Dans la modélisation LTG, cela correspond à la proportion de capital allouée pour obtenir des ressources (FOCAR) qui augmente à mesure que le stock de ressource diminue (comme dans le cadre du modèle BAU).

Cependant, nous n’en sommes qu’aux débuts de l’ère des ressources non conventionnelles, de sorte qu’il serait raisonnable d’imaginer que l’expérience accumulée et les nouvelles technologies faciliteront l’extraction, et réduiront ainsi le ratio énergie/capital requis pour chaque baril de pétrole. Cette possibilité a été testée dans le model World3, en utilisant le paramètre (testFOCAR) montré dans la fig.3.

Figure 3. Augmentation de l’efficacité dans l’extraction des ressources non conventionnelles (courbe bleue) au fur et à mesure que la proportion de ressource décline vers zéro, comparé au scénario BAU (rouge).

Figure 4. L’effondrement est retardé de 20 ans, mais est pire (c’est-à-dire en « falaise de Sénèque »), du fait d’une efficacité accrue dans l’accès aux ressources non conventionnelles.

Le FOCAR alternatif (proportion de capital allouée pour obtenir des ressources) est maintenu au niveau actuel et est même légèrement diminué (à mi-chemin entre les 5 % initiaux et le niveau actuel) pour simuler l’effet des technologies permettant des réductions de coût.

Mais lorsque la ressource restante approche 10 %, l’effort d’extraction augmente et doit s’approcher d’un FOCAR de 1 quand la ressource s’épuise (la valeur de 1 empêche de fait la ressource non renouvelable d’être complètement épuisée parce que les coûts d’extraction de la ressource freinent l’extraction elle-même). Ce type de FOCAR a aussi été testé par l’équipe de LTG (voir pp398-405 Meadows et al., 1974), entre autres tests de sensibilité.

Cependant, l’effondrement n’est pas évité mais seulement retardé d’une ou deux décennies (Fig. 4), et lorsqu’il survient la vitesse de déclin est encore plus grande. Des ressources plus faciles à obtenir permettent un regain de croissance après un déclin relativement mineur autour de 2015. Par la suite, la diminution des ressources non renouvelables continue rapidement, et atteint un niveau tellement bas que le système industriel ne peut plus être soutenu et la production s’effondre vers 2030. En conséquence, la population croît un peu haut que ce que ne le prévoit le modèle BAU, mais chute à partir d’environ 2035 à une vitesse plus rapide et jusqu’à un niveau inférieur.

Impact contemporain des contraintes pétrolières : l’effondrement est-il en cours ?

La concordance étroite entre le scénario BAU de LTG et les développements observés au cours des 40 dernières années, tout comme la correspondance au niveau des dynamiques sous-jacentes décrites précédemment, laissent augurer d’un potentiel effondrement mondial. Bien que la plupart des commentaires sur le LTG situent l’effondrement vers le milieu du siècle (et les auteurs de LTG ont insisté pour ne pas interpréter l’échelle de temps trop précisément), le scénario BAU implique qu’un effondrement relativement rapide des conditions économiques et de la population pourrait être imminent. De fait, d’autres aspects des contraintes en approvisionnement pétrolier, explorées dans la suite de cet article, indiquent que la récession économique en cours depuis la crise financière mondiale pourrait être représentative d’un effondrement imminent du type du scénario BAU.

Tout d’abord, l’augmentation du prix du pétrole a correspondu à une augmentation récente du prix des denrées alimentaires (par exemple Alghalith, 2010, Chen et al., 2010). Il y a des liens directs et indirects entre le pétrole et la nourriture (Schwartz et al., 2011, Neff et al., 2011), associés au carburant nécessaire aux machines et au transport, à la fois dans les fermes et dans la transformation et la distribution agroalimentaire, ainsi que des matières premières pour les intrants tels que les pesticides. De même, bien que les engrais azotés soient largement fabriqués à partir de gaz naturel, le prix de ces produits est également lié à celui du pétrole. Plus récemment, la production de bio-carburants comme alternative au carburant de transport, tels que l’éthanol à base de maïs, a transféré une partie de la production agricole et a été un facteur d’augmentation du prix des denrées alimentaires (par exemple, Alghalith, 2010, Chen et al., 2010). Ces évolutions ressemblent à la dynamique du scénario BAU de LTG où la production agricole est impactée négativement par des intrants réduits. Il semble aussi y avoir des preuves que la pollution mondiale commence à impacter la production alimentaire (qui est un effet secondaire dans le scénario BAU), par la récente survenue de sécheresses majeures, tempêtes et incendies (par exemple, en Russie et en Australie) qui sont potentiellement les impacts avant-coureurs du changement climatique induit par l’émission anthropique de gaz à effet de serre.

Le rôle des prix du pétrole (et des denrées) a des implications plus étendues, dans les chocs économiques et politiques plus généraux. Par exemple, d’autres modélisations agrégées du rôle de l’énergie dans l’économie (Nel et Cooper, 2009) constatent que les contraintes énergétiques provoquent un ralentissement économique à long terme, ainsi qu’une réduction des gaz à effet de serre, conclusions qui sont similaires à celles de l’effondrement dans le modèle LTG. Empiriquement, il y a des preuves claires (par exemple, Murray et King, 2012, aperçus dans Murphy and Hall, 2010, Murphy and Hall, 2011) d’une relation entre nombre d’augmentations du prix du pétrole et des récessions économiques (tout comme il existe une forte corrélation entre la consommation d’énergie et la croissance des indicateurs économiques). L’analyse économétrique produite par Hamilton (2009) indique que la dernière récession aux États-Unis, associée à la crise financière mondiale, était différente des précédents chocs pétroliers dans la mesure où elle apparait causée par la combinaison d’une forte demande mondiale confrontée à une production mondiale en stagnation. Son analyse minimise le rôle de la spéculation financière.

Néanmoins, la cause immédiate principale de la crise financière mondiale est évidemment financière : des niveaux excessifs de dette (par rapport au PIB, ou plus précisément, la capacité effective de l’économie réelle à rembourser la dette) (Keen 2009). De telles dynamiques financières n’étaient pas intégrées dans la modélisation LTG. Das (2011) met en lumière les cessations de paiement de dettes à haut risque tels que les sub-primes sur les hypothèques immobilières, comme facteur clé du déclenchement de la crise financière mondiale. Les modèles financiers utilisés n’ont pas correctement pris en compte un nombre élevé de défauts simultanés, en se basant sur les analyses statistiques de périodes antérieures qui suggéraient une moindre corrélation entre les défauts de paiement. Cette corrélation peut être causée par des aspects spécifiques aux instruments financiers créés récemment, incluant par exemple les ajustements à la hausse des taux d’intérêt sur les prêts hypothécaires après une période initiale « attractive » de taux d’intérêts très faibles. Même ainsi, une certaine dissémination des défauts serait attendue dans ce cas. Alternativement, un autre facteur potentiel pourrait être les accroissements des prix du pétrole et des denrées corrélées, qui serait ressenti par tous les ménages simultanément (mais avec un impact disproportionné sur un grand nombre de ménages à bas revenus discrétionnaires).

Indépendamment du rôle que les contraintes pétrolières et les prix du pétrole ont joué dans la crise financière mondiale actuelle, une dernière considération porte sur le fait de savoir s’il y a un espace pour une transition réussie vers les énergies alternatives dédiées au transport, et plus généralement pour les énergies renouvelables.

En raison de la crise financière mondiale, il pourrait y avoir un manque de crédits pour financer toute transition coordonnée (ou spontanée) (Fantazzini et al., 2011). Et la reprise économique peut être interrompue, à plusieurs reprises, par une augmentation des prix du pétrole associée à toute reprise. En outre, même si une transition est initiée, cela peut prendre au moins 20 ans pour mener à bien la transformation pour une nouvelle flotte de véhicules et pour les infrastructures de distribution. (Hirsch, 2008, Hirsch et al., 2005). Le chemin vers la transition nécessite d’introduire de nouveaux carburants pour compenser une possible réduction de la production pétrolière de 4 % (ou plus), tout en satisfaisant une demande supplémentaire associée à la croissance économique. Il n’est pas évident que ces diverses conditions requises pour une transition soient possibles.

Le rôle des réponses sociales

En termes de changements sociaux, il est pertinent de noter que si les auteurs de LTG avertissent que les dynamiques du modèle World3 continuent d’opérer à travers toutes les ruptures, diverses dynamiques sociales pourraient prendre de l’importance soit pour aggraver ou adoucir l’effondrement (par exemple, des réformes issues d’une gouvernance mondiale, des guerres mondiales ou régionales). D’autres chercheurs ont envisagé comment la société pourrait réagir à de graves contraintes de ressources (par exemple Friedrichs, 2010, Fantazzini et al., 2011, Heinberg, 2007, Orlov, 2008, Heinberg, 2011). Divers degrés de conflit sont envisagés, tout comme des modes de vie redevenant plus autarciques dans les pays développés. Les dynamiques du modèle World3 conduisant à un effondrement s’accordent avec certains aspects d’autres descriptions de civilisations qui se sont effondrées (Tainter, 1988, Diamond, 2005, Greer, 2008, Greer, 2005). La proposition de Tainter, que les bénéfices décroissent pour un accroissement de complexité, se rapporte à l’inefficacité croissante de l’extraction de ressources en voie d’épuisement dans la simulation World3. Elle est aussi en adéquation avec l’observation plus générale dans l’étude LTG que les tentatives successives pour résoudre les défis de soutenabilité dans le modèle World3, qui conduisent au scénario de la « technologie globale », ont pour résultat un effondrement encore plus substantiel. L’existence dans World3 de retards dans la reconnaissance et la réponse aux problèmes environnementaux s’accordent avec les éléments clés de la caractérisation de Diamond des sociétés qui ont échoué. Et le mécanisme de Greer « d’effondrement catabolique » – c’est-à-dire, d’augmentations des coûts de maintenance excédant la production de capital, couplées avec un épuisement important de ressources clés – décrit sur un mode plus lent le facteur central du déclin dans le scénario BAU de LTG.

Malheureusement, les preuves scientifiques des graves problèmes environnementaux ou de ressources naturelles se sont heurtées à une forte résistance de la part de forces sociétales puissantes, comme le démontre clairement la longue histoire de LTG ou les oppositions aux initiatives internationales des Nations Unies sur les questions environnementales/de changement climatique. Non sans ironie, la confirmation apparente par cet article du scénario BAU du modèle LTG implique que l’attention des scientifiques et du public pour le changement climatique, quoique d’importance cruciale en elle-même, pourrait avoir été défavorablement détournée du problème des contraintes de ressources, particulièrement celle de l’approvisionnement en pétrole. En effet, si l’effondrement global se produit conformément au scénario LTG, alors les impacts de la pollution se résoudront naturellement – quoique pas dans un sens idéal ! Une des leçons difficiles des scénario de LTG est que les questions environnementales mondiales sont généralement étroitement liées et ne devraient pas être traitées comme des problèmes séparés. Une autre leçon est l’importance de la prise de mesures préventives bien avant que les problèmes ne s’enracinent. Malheureusement, la correspondance des tendances des données avec la dynamique de LTG indique que les premiers stades de l’effondrement pourraient survenir d’ici une décennie, ou pourraient même être déjà en cours. Cela suggère, dans une perspective rationnelle basée sur le risque probable, que nous avons gaspillé les dernières décennies, et que se préparer à un effondrement mondial pourrait être encore plus important que de chercher à éviter l’effondrement.

 

Annexes

Mises à jour des données historiques

Les données présentées ici font suite à la revue à 30 ans (Turner, 2008). Ces données couvrent les variables présentées dans les graphiques de résultat LTG : population (et taux bruts de natalité et de mortalité) ; nourriture per capita ; production industrielle per capita ; proportion de ressources non-renouvelables disponibles ; et pollution mondiale persistante. Les sources de données sont toutes du domaine public, nombre d’entre elles via les diverses agences des Nations Unies (et leurs sites internet). Des détails ont déjà été fournis (Turner, 2008) sur ces sources de données et des aspects tels que l’interprétation, les incertitudes et les agrégations.

Cependant, certaines données supplémentaires et certains calculs ont été nécessaires étant donné que les données mesurées jusqu’en 2010 n’étaient pas toujours disponibles (et même lorsqu’elles l’étaient, il pouvait s’agir de prévisions estimées). Un résumé des données est fourni ci-après.

Les données démographiques sont déjà aisément disponibles de la Division Démographie du Département des Affaires Sociales du Secrétariat de l’ONU (obtenues via la base de données en ligne EarthTrends du World Resources Institute) ; mais les données à partir de 2006 sont des prévisions. Etant donné le faible écart jusqu’à 2010 et l’inertie habituelle dans les dynamiques démographiques, l’estimation de 2010 sera suffisamment précise pour la comparaison faite ici. La production de nourriture est basée sur les données de valeur énergétique (calories) de la FAO, avec l’extension jusqu’à 2009/10 générée par comparaison avec les données de production, qui a été ajustée à la valeur énergétique pour chaque type de nourriture correspondante dans les données de production. La production industrielle n’est disponible que jusqu’en 2007, directement auprès des « Statistical Yearbooks » de l’ONU (2006, 2008), désormais accessibles en ligne. La production industrielle per capita est utilisée comme mesure de la richesse matérielle dans le modèle LTG, mais la production industrielle fournit aussi le capital utilisé dans d’autres secteurs, y compris l’agriculture et l’extraction des ressources.

La fourniture de services (per capita) a été mesurée par des indicateurs indirects : consommation électrique per capita et taux d’alphabétisation. Dans le premier cas, pour les données les plus récentes, il a été nécessaire d’ajuster les données de production d’électricité (issues de Statistical Review 2011) en données de consommation, et donc de prendre en compte les pertes liées au transport de l’électricité. Les taux d’alphabétisation ont été mis à jour à partir de la base de données Statistics de l’UNESCO, qui est la source des données EarthTrends. Les taux d’alphabétisation fournissent un indicateur intermédiaire car ils saturent lorsqu’ils approchent de 100%. Les valeurs sont fournies pour des périodes plutôt que des années uniques.

La proportion de ressources non-renouvelables disponibles est estimée à partir des données de production sur les ressources énergétiques, car les autres ressources sont supposées (de façon conservatrice) être infiniment remplaçables ou en quantités illimitées. Les données de production d’énergie de 2010 ont été obtenues de la BP Statistical Review (2011), qui a été soustraite de la ressource totale disponible à l’origine pour obtenir la quantité de ressource restante. Pour tenir compte de l’incertitude considérable dans la ressource totale, des estimations haute et basse ont été faites basées sur les évaluations optimiste et restreinte, respectivement (Turner, 2008). De ce fait, deux courbes de données sont fournies pour la proportion de ressources non-renouvelables restantes. Finalement, la pollution mondiale persistante a été mesurée par la concentration en gaz à effet de serre CO2, disponible jusqu’en 2008 sur la base de données EarthTrends, les mesures les plus récentes jusqu’en 2010 provenant de Pieter Tans, Na­tional Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) Earth System Research Laboratory (ESRL), Ralph Keeling, Scripps Institution of Oceanography.

Comparaison des données avec trois scénarii limites

Pour permettre de comprendre à quel point les données disponibles s’alignent avec le scénario BAU ou « Standard run » de la modélisation LTG, nous avons élargi la comparaison à deux autres scénarii clés de la modélisation LTG, à savoir « technologie Globale » et « monde stabilisé ». Les trois scénarii ensemble encadrent efficacement l’ensemble du spectre des scénarii produits.

Le scénario « technologie globale » essaie de résoudre les problèmes de développement durable avec un large spectre de solutions techniques. Ce scénario basé sur la technologie intègre des niveaux de ressources qui sont de fait illimités, 75 % des matériels sont recyclés, la pollution est réduite de 25 % par rapport à la valeur en 1970, les rendements des terres agricoles sont doublés et le contrôle des naissances est disponible sur toute la planète.

Pour le scénario « monde stabilisé », des solutions technologiques et des politiques sociales volontaires sont mis en œuvre pour atteindre un équilibre pour les facteurs clés, y compris la population, la richesse matérielle, la nourriture et les services per capita. Les exemples d’actions mise en œuvre dans le modèle World3 comprennent : contrôle des naissances parfait et famille souhaitée de deux enfants ; préférence pour la consommation de services et de structures de santé, et moins pour les biens matériels ; technologie pour réduire la pollution ; maintien des terres agricoles en redirigeant le capital dédié à l’usage industriel ; et augmentation de la durée de vie du capital dans l’industrie.

 

ii L’analyse statistique entreprise dans notre révision sur trente ans (Turner, 2008) n’a pas été reproduite ici car les changements seraient minimes, et n’ajouteraient pas grand-chose à l’évaluation.

iii http://earthtrends.wri.org (source: http://www.un.org/esa/population/ordering.htm)

iv http://faostat3.fao.org/home/index.html#DOWNLOAD_STANDARD

v UN 2006, table 5, p. 22, UN 2008, table 5, p. 14. http://unstats.un.org/unsd/syb/

vi http://stats.uis.unesco.org/unesco/TableViewer/document.aspx?ReportId=136&IF_ Language=eng&BR_Topic=0

vii http://www.esrl.noaa.gov/gmd/ccgg/trends/, scrippsco2.ucsd.edu/

 

Références

Alexander, S. 2014, The New Economics of Oil, MSSI Issues paper No. 2, Melbourne Sustainable Society Institute, The University of Melbourne.

Alghalith, M. 2010,‘The interaction between food prices and oil prices’, Energy Economics, 32, pp.1520-1522.

Bardi U. 2011, The Limits to Growth Revisited, Springer, New York.

Castro, R. 2012, ‘Arguments on the imminence of global collapse are premature when based on simulation models’, Gaia-Ecological Perspectives for Science and Society, 21, pp. 271-273.

Chen, S.T., Kuo, H.I. & Chen, C.C. 2010, ‘Modeling the relationship between the oil price and global food prices’, Applied Energy, 87, pp. 2517-2525.

Dale, M., Krumdieck, S. & Bodger, P. 2011, ‘Net energy yield from production of conventional oil’, Energy Policy, 39, pp. 7095-7102.

Das, S. 2011, Extreme Money: Masters of the Universe and the Cult of Risk, FT Press, New Jersey, US.

De Jongh, D. C. J. 1978, ‘Structural parameter sensitivity of the ‘limits to growth’ world model’, Applied Mathematical Modelling, 2, pp. 77-80.

Diamond J. 2005, Collapse: How Societies Choose to Fail or Survive, Penguin Group, UK.

Fantazzini, D., Höök, M. & Angelantoni, A. 2011, ‘Global oil risks in the early 21st century’, Energy Policy, 39, pp. 7865-7873.

Friedrichs, J. 2010, ‘Global energy crunch: How different parts of the world would react to a peak oil scenario’, Energy Policy, 38, pp. 4562-4569.

Gargett, D. & BITRE 2009, Transport Energy Futures: long-term oil supply trends and projections, Canberra ACT: Bureau of Infrastructure, Transport and Regional Economics.

Greer, J. M. 2005. How Civilizations Fall: a theory of catabolic collapse, WTV.

Greer, J. M. 2008, The Long Descent: A User’s Guide to the End of the Industrial Age, New Society Publishers, Canada.

Hall, C. A. S. & Day J. W. 2009, ‘Revisiting the Limits to Growth After Peak Oil’, American Scientist, 97, pp. 230-237.

Hamilton, J.D. 2009, ‘Causes and Consequences of the Oil Shock of 2007-08’, Brookings Papers on Economic Activity, 1, pp. 215-83.

Harich, J. 2010, ‘Change resistance as the crux of the environmental sustainability problem’, System Dynamics Review, 26, pp. 35-72.

Heinberg, R. 2007, Peak Everything: waking up to the century of declines, New Society Publishers, Canada,

Heinberg, R. 2009, ‘Searching for a miracle: “Net Energy” limits and the fate of industrial society’, A joint report from the International Forum on Globalization, the Post Carbon Institute, accessed: http://www.postcarbon.org/new-site-files/Reports/Searching_for_a_Miracle_web10nov09.pdf

Heinberg, R. 2011, The End of Growth: adapting to our new economic reality, New Society Publishers, Canada.

Heun, M. K. & De Wit, M. 2012, ‘Energy return on (energy) invested (EROI), oil prices, and energy transitions’, Energy Policy, 40, pp.147-158.

Hirsch, R. L. 2008, ‘Mitigation of maximum world oil production: shortage scenarios’, Energy Policy, 36, pp. 881-889.

Hirsch, R. L., Bezdek, R. & Wendling, R. 2005, Peaking of World Oil Production: impacts, mitigation and risk management, National Energy Technology Laboratory (NETL), Department of Energy, West Virginia, US

Hubbert, M. K. 1956, Nuclear Energy and the Fossil Fuels, Shell Development Company, Houston, Texas.

Hubbert, M. K. 1982, Oil and Gas Supply Modeling, U.S. Department of Commerce / National Bureau of Standards (now the National Institute of Standards and Technology, NIST), US.

Keen, S. 2009, ‘Bailing out the titanic with a thimble’, Economic Analysis & Policy, 39, pp. 3-25.

Linner, B.O. & Selin, H. 2013, ‘The United Nations conference on sustainable development: forty years in the making’, Environment and Planning C: Government and Policy, 31, pp. 971-987.

Lomborg, B. & Rubin, O. 2002, ‘The dustbin of history: limits to growth’, Foreign Policy, 133, pp. 42-44.

Maugeri, L. 2012, Oil: The Next Revolution, Discussion Paper 2012-10, Belfer Center for Science and International Affairs, Harvard Kennedy School, Harvard University, US.

Meadowcroft, J. 2013, ‘Reaching the Limits?’, Environment and Planning C: Government and Policy, 31, pp. 988-1002.

Meadows, D. H., Meadows, D. L., Randers, J. & Behrens III, W. W. 1972, The Limits to Growth, Universe Books, New York, US.

Meadows, D. L., Behrens III, W. W., Meadows, D. H., Naill, R. F., Randers, J. & Zahn, E. K. O. 1974, Dynamics of Growth in a Finite World, Wright-Allen Press, Massachusetts, US.

Murphy, D. J. & Hall, C. A. S. 2010, ‘Year in review-EROI or energy return on (energy) invested’, Annals of the New York Academy of Sciences, 1185, pp.102-118.

Murphy, D. J. & Hall, C. A. S. 2011, ‘Energy return on investment, peak oil, and the end of economic growth’, Annals of the New York Academy of Sciences, 1219, pp. 52-72.

Murray, J. & King, D. 2012, ‘Climate policy: Oil’s tipping point has passed’, Nature, 481, pp. 433-435.

Murray, J. W. & Hansen, J. 2013, ‘Peak oil and energy independence: myth and reality’, Eos, Transactions American Geophysical Union, 94, pp. 245-246.

Neff R. A., Parker, C. L., Kirschenmann, F. L., Tinch, J. & Lawrence, R. S. 2011, ‘Peak oil, food systems, and public health’, American Journal of Public Health, 101, pp.1587-1597.

Nel, W. P. & Cooper, C. J. 2009, ‘Implications of fossil fuel constraints on economic growth and global warming’, Energy Policy, 37, pp. 166-180.

Orlov, D. 2008, Reinventing Collapse, New Society Publishers, Canada.

Randers, J. 2012, 2052: A Global Forecast for the Next Forty Years, Chelsea Green Publishing, Vermont US.

Randers, J. 2012, ‘The real message of the Limits to Growth: a plea for forward-looking global policy’, Gaia-Ecological Perspectives for Science and Society, 21 (2), pp. 102-05.

Raskin, P. D., Electris, C. & Rosen, R. A. 2010, ‘The century ahead: searching for sustainability’, Sustainability, 2, pp. 2626-2651.

Rickards, L., Wiseman, J. and Kashima, Y. (In press) ‘Barriers to effective mitigation actions on climate change: the case of senior government and business decision-makers’, Wiley Interdisciplinary Review, Climate Change.

Schwartz, B. S., Parker, C. L., Hess, J. & Frumkin, H. 2011, ‘Public health and medicine in an age of energy scarcity: the case of petroleum’, American Journal of Public Health, 101, pp. 1560-1567.

Simmons, M.R., 2000, ‘Revisiting the Limits to Growth: could the Club of Rome have been correct, after all?’, An Energy White Paper, accessed: http://www.simmonsco-intl.com/files/172.pdf.

Sorrell, S., Miller, R., Bentley, R. & Speirs, J. 2010a, ‘Oil futures: A comparison of global supply fore­casts’, Energy Policy, 38, pp. 4990-5003.

Sorrell, S., Speirs, J., Bentley, R., Brandt, A. & Miller, R. 2010b, ‘Global oil depletion: A review of the evidence’, Energy Policy, 38, pp.5290-5295.

Tainter, J. A. 1988, The Collapse of Complex Societies, Cambridge University Press, Cambridge, UK.

Turner, G. M. 2008, ‘A comparison of The Limits to Growth with 30 years of reality’, Global Environ­mental Change, 18, pp. 397-411.

Turner, G. M. 2012, ‘On the cusp of global collapse? Updated comparison of the Limits to Growth with historical data’, GAiA – Ecological Perspectives for Science and Society, 21, pp.116-124.

Turner, G. M. 2013, ‘The limits to growth model is more than a mathematical exercise; reaction to R. Castro, 2012, Arguments on the imminence of global collapse are premature when based on simulation models’, GAiA 21/4, pp. 271– 273. GAiA, 22, pp.18-19.

Vermeulen, P. J. & De Jongh, D. C. J. 1976, ‘Parameter sensitivity of the ‘Limits to Growth’ world model’, Applied Mathematical Modelling, 1, pp. 29-32.

About MSSI:

La Melbourne Sustainable Society Institute (MSSI) vise à faciliter et permettre les liens, projets et conversations de recherche conduisant à une compréhension accrue des tendances, défis et solutions pour la soutenabilité et la résilience. L’approche du MSSI inclut un accent particulier sur la contribution des sciences sociales et des humanités pour comprendre et faire face aux définis de la soutenabilité et de la résilience.

Source : Loïc Steffan, 07-06-2016

=============================================

Note : les auteurs avaient mis à jour l’étude en 2002 :

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

 

http://www.les-crises.fr/recommande-leffondrement-global-est-il-imminent-par-graham-turner/

Dans le noir

Dans le noir


Par James Howard Kunstler – Le 11 septembre 2017 – kunstler.com

Résultats de recherche d'images pour « aube »

Le marché boursier augmente ce matin au son des informations, seulement 5,7 millions de personnes en Floride devront se passer de l’air conditionné, des douches chaudes et des Korig Mochachinos alors que l’aube se lève en ce lundi 11 septembre 2017. Je suis conscient que le cycle des informations juste après un ouragan est un peu vide pendant un jour ou deux, alors que les citoyens étourdis et confus s’aventurent sur les lieux pour évaluer les dégâts. Pour l’instant, il existe très peu d’informations sur les ondes du Web. Est-ce que Key West existe toujours ? Dur à dire. Nous en saurons plus ce soir.

La double frappe de Harvey et Irma a permis aux gens, chargés des affaires de la nation, d’avoir une chance incroyable de se débarrasser de ce problème de plafond de la dette. C’est la loi qui fixait une limite sur le montant de la dette du gouvernement national que la Réserve fédérale pouvait « acheter ». Certains d’entre vous pensent peut-être : acheter une dette ? Pourquoi quelqu’un voudrait-il acheter la dette de quelqu’un ? Eh bien, vous voyez, c’est une dette titrisée, c’est-à-dire des obligations émises par le Trésor des États-Unis, qui paient des intérêts, et il y a donc une incitation à l’acheter. Quoi qu’il en soit, par le passé, le taux d’intérêt réel était positif après avoir déduit le pourcentage d’inflation courante. C’est là que la situation devient intéressante.

La loi sur le plafond de la dette était supposée fixer des limites quant à la dette sous forme de bons que le gouvernement pouvait émettre (combien il pouvait emprunter), de sorte qu’il ne pouvait pas brûler de l’argent qu’il n’avait pas. Ce qui est exactement ce qui s’est passé malgré la limite de cette dette parce que le « plafond » a été augmenté environ cent fois entre le XXe et le XXIe siècle, de sorte que la dette accumulée s’élève à environ 20 000 milliards de dollars.

Les personnes rationnelles reconnaissent ces 20 000 milliards de dollars pour ce qu’ils sont, un volume surnaturel d’obligations et comprennent qu’elles ne seront jamais remboursées, alors, pourquoi ces artifices ? Pourquoi ne pas simplement laisser tomber ce prétexte, et continuer à faire tourner ce racket du gouvernement empruntant autant d’argent qu’il le veut, avec la Réserve fédérale créant cet argent (ou ce « quasi-argent ») sur ses ordinateurs jusqu’à l’infini. Cela semble fonctionner jusqu’à présent.

Les gens rationnels soupçonneraient également qu’à un moment donné, quelque chose pourrait lâcher. Par exemple, la valeur des dollars dans lesquels la dette est émise. Si la valeur des dollars diminue, la valeur réelle des obligations émises en dollars diminue et, quand cela va se produire, les nombreux détenteurs d’obligations déjà émises − les particuliers , les fonds de pension, les compagnies d’assurance, les fonds souverains des pays étrangers − auront une forte incitation à se débarrasser de ces bons le plus rapidement possible. Surtout si les magiciens de la Fed en coulisses et ses servantes, les banques, « les dealers de terrains », continuent à réduire les taux d’intérêt de ces obligations à tout prix.

La Réserve fédérale va-t-elle alors racheter tous les bons que d’autres déverseraient sur le marché ? Elle va essayer certainement. La Banque du Japon a fait exactement cela avec les bons de son propre gouvernement sans aucun effet néfaste apparent, même si vous vous demandez ce qui se passe quand un serpent mangeant sa propre queue atteint sa tête. Que reste-t-il, exactement, après l’avoir aussi mangé ? Ma propre estimation tient en trois mots : vous gagnez un aller-simple pour le moyen-âge. Je veux dire littéralement. Plus de moteurs, de lumières électriques, de chauffage central …

Dans ce pays, nous sommes confrontés à une situation dans laquelle, à la fois, la valeur de l’argent et le coût de l’emprunt seront en fin de course complètement détachés de la réalité, la réalité étant le coût et la valeur réelle de tous les biens et services échangés contre de l’argent. Voila : une crise monétaire royale nous plongeant vers l’enfer et la perturbation du commerce au niveau le plus macro imaginable. En outre, sûrement, il y aurait une perturbation massive des services gouvernementaux, y compris la sécurité sociale et l’assurance-maladie, mais s’étendant bien au-delà avant … le moyen-âge. Le mulet remplacera le Ford F-150. Mais The New York Times trouvera bien quelque chose à écrire de plus sur la Russie et les trans.

La valeur de l’argent et le coût de l’emprunt est d’une importance plus fondamentale qu’il n’y parait dans une économie dite avancée. Vous pouvez vous moquer de beaucoup de choses qui font tourner une société, mais quand cela dérape, vous flirtez sérieusement avec l’anarchie. En attendant, nous verrons comment la colle sociale maintient les choses ensemble dans les parties de la Floride qui vont avoir un aperçu des attractions médiévales dans les jours sans électricités à venir.

James Howard Kunstler

 

http://lesakerfrancophone.fr/dans-le-noir

 

USA: la Fed va annoncer qu’elle épongera lentement son océan de liquidités

USA: la Fed va annoncer qu’elle épongera lentement son océan de liquidités

La patronne de la Réserve fédérale américaine (FED), Janet Yellen, le 13 juillet 2017 à Whashington / © GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives / CHIP SOMODEVILLA

La banque centrale américaine va annoncer mercredi qu’elle va commencer à doucement éponger l’océan de liquidités qui lui a permis de sauver l’économie américaine de l’effondrement en 2008.

Un exercice attendu pour la présidente, Janet Yellen, au cours de l’avant dernière conférence de presse de son mandat, qui a déjà préparé le terrain pour ne pas effrayer les marchés.

En revanche, la Fed devrait laisser les taux d’intérêt inchangés à l’issue de sa réunion monétaire de deux jours après les avoir relevés d’un quart de point en juin à entre 1% et 1,25%.

Raison de plus pour décortiquer les déclarations de Mme Yellen à la recherche d’un indice sur la date du prochain resserrement de la politique monétaire.

« Je crois que les membres du Comité monétaire penchent toujours pour une hausse des taux en décembre car ils sont suffisamment nombreux à penser que la faible inflation n’est que temporaire » a affirmé à l’AFP Tim Duy, un professeur d’économie à l’Université d’Oregon, spécialiste de la Fed.

Satyam Panday, économiste chevronné pour Standard and Poor’s Global, pense lui que la Fed va rester en mode « pause » jusqu’à la fin de l’année.

Le Comité monétaire (FOMC) publiera un communiqué mercredi à 18H00 GMT ainsi que de nouvelles prévisions économiques tandis que la présidente Janet Yellen, dont le mandat à la tête de la puissante banque centrale expire le 3 février, entamera une conférence de presse à 18H30.

– Détricotage en douceur –

L’événement pour les marchés sera surtout l’annonce attendue du lent détricotage de la politique d’assouplissement quantitatif (QE) que la Fed avait lancé après la crise financière de 2008 en injectant massivement des liquidités dans le système financier pour soutenir la reprise.

La Fed va lentement réduire ses actifs à son bilan: ceux-ci ont grimpé à la somme inouïe de 4.500 milliards de dollars par des achats de bons du Trésor et de titres appuyés sur des créances hypothécaires.

Le long processus qui consiste à cesser de réinvestir dans les titres qui arrivent à maturité devrait dans un premier temps se régler au rythme minime de 10 milliards de dollars par mois et commencer en octobre, estime Satyam Panday.

A l’inverse de ce qu’il s’était passé en 2013 lorsque l’ancien patron de la Fed Ben Bernanke avait fait vaciller les marchés en annonçant au débotté une réduction des achats d’actifs, les places financières « ont largement anticipé » la réduction du bilan de la banque centrale expliqué dans le détail par la Fed en juin, avance Tim Duy. Comme l’avait affirmé Mme Yellen, le processus se veut aussi inoffensif que « de regarder l’herbe pousser ».

– Ouragans: impact passager –

L’impact des ouragans qui ont frappé le Texas et la Floride ne devrait guère peser sur les prévisions économiques du FOMC, estiment les experts. « Ils attacheront peu d’importance à leur impact car ils savent que c’est passager », affirme Marc Zandi, économiste en chef pour Moody’s Analytics.

« Cela va probablement ôter quelques points de base au Produit intérieur brut dans un premier temps, mais l’ironie est que, bien que ce soient des catastrophes naturelles, les gens doivent reconstruire et… c’est bon pour la croissance », a noté Satyam Panday de SP.

Au cours de la conférence de presse, la patronne de la Fed, 71 ans, aura du mal à éviter les questions sur son avenir. « Je n’y ai pas encore réfléchi », a-t-elle répété jusqu’ici. Mais le président Trump, dont c’est la prérogative de désigner le chef de la banque centrale, examine de nombreux candidats pour une nouvelle prise de poste en février.

Certes, l’ex-magnat de l’immobilier, qui « apprécie les taux bas », ne cesse de dire qu’il « aime bien Yellen » mais laisse aussi flotter plusieurs noms d’économistes républicains. « Plein de gens très bien », dit son ministre des Finances, Steven Mnuchin.

Son économiste en chef Gary Cohn, un temps favori, semble hors piste après avoir critiqué l’attitude de la Maison blanche sur les violences racistes intervenues à Charlottesville (Virginie, sud) cet été.

(©AFP / 17 septembre 2017 14h36)

https://www.romandie.com/news/USA-la-Fed-va-annoncer-qu-elle-epongera-lentement-son-ocean-de-liquidites_RP/833746.rom

Gattaz : « Il faut lutter contre le chômage partout pour ne pas laisser des territoires à l’abandon »

Gattaz : « Il faut lutter contre le chômage partout pour ne pas laisser des territoires à l’abandon »

Par Jean-Christophe Chanut et Philippe Mabille  |   |  3090  mots
(Crédits : REUTERS/Benoit Tessier)
Pierre Gattaz, le président du Medef, se réjouit de la réforme du droit du travail, notamment la possibilité dans les PME de conclure des accords directement avec les représentants des élus. En revanche, il est en désaccord sur la méthode employée par le gouvernement pour transformer le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) en baisses de charges pérennes, qui va conduire, selon lui, à un renchérissement du coût du travail. Pierre Gattaz souhaite un plafonnement des cotisations sociales au-delà d’un certain niveau de salaire. Il propose aussi instituer une cinquantaine de zones franches fiscales pour inciter les investisseurs, notamment étrangers, à s’implanter dans les territoires français les plus en difficulté.

LA TRIBUNE – Droit du travail, fiscalité… Plusieurs vieilles revendications du Medef ont été prises en compte depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Vous avez le sentiment d’avoir enfin affaire à un gouvernement pro-business ?

PIERRE GATTAZ – On s’en fiche du Medef ; on s’en fiche de Pierre Gattaz. Ce qui compte c’est le pays, ce sont les jeunes. La priorité des priorités c’est de combattre le chômage, véritable drame humain, social et économique. Le chômage est la cause de tous les maux. Il faut revenir à un taux d’environ 6 %. Et il faut absolument lutter contre le chômage de masse partout pour ne pas laisser des territoires à l’abandon.

Gauche et droite doivent définitivement comprendre que c’est l’entreprise qui crée l’emploi. Et je dois reconnaître qu’il y a eu des avancées sous les précédentes majorités. Les baisses de charges sous Nicolas Sarkozy, le Pacte de responsabilité sous François Hollande.

Alors, oui, depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron, ça va dans le bon sens et ça me rend enthousiaste pour le pays. Les ordonnances sur la réforme du droit du travail, par exemple, vont enfin donner la possibilité aux entreprises de directement dialoguer avec leurs salariés. C’est une belle avancée qui va favoriser la confiance pour le redressement du pays.

Vous pensez que cette réforme va permettre de booster la croissance ?

Je vous le dis, cela va dans le bon sens même s’il faudra surveiller la rédaction des décrets d’application. Mais, comme je l’ai dit lors de notre dernière université d’été, je suis certain que l’on peut viser l’objectif de retrouver au moins 2 % de croissance annuelle en France. Néanmoins, pour cela, il faut rester cohérent et continuer de remettre à plat les règles sur le travail, la fiscalité, la formation professionnelle en remettant en selle l’apprentissage. Et surtout, il faut simplifier drastiquement l’administration. Je rêve d’une administration très facile à comprendre : complexe à l’intérieur mais facile pour l’utilisateur. Un peu comme nos téléphones portables qui sont d’une extrême complexité intérieure mais qu’un enfant de quatre ans sait utiliser.

Revenons sur les ordonnances : vous avez eu la simplification des règles du licenciement ; l’extension possible du contrat de projet, le plafonnement des indemnités prud’homales, davantage de négociations au niveau de l’entreprise… Vous devez être satisfait.

Je ne présenterais pas les choses comme ça, il y a un côté lutte des classes en disant « on a eu ». Ce n’est pas le Medef qui gagne mais le pays.

Soyons réaliste : 95 % des entreprises n’ont pas de syndicats, ce qui les empêche de nouer tout accord par le dialogue social. Pourquoi rester dans un tel statu quo ? C’est une différence que j’ai avec certains syndicats qui ne conçoivent le dialogue social qu’avec des délégués syndicaux alors que des représentants élus sont tout aussi légitimes et capables de mon point de vue dès lors qu’ils sont bien formés. Patronat et syndicats pourraient d’ailleurs bâtir une formation paritaire pour ces élus. Cela va responsabiliser à la fois les chefs d’entreprise et les salariés. Jusqu’à un effectif de 50, les entreprises vont enfin avoir la possibilité de conclure des accords avec eux. Une entreprise, c’est une communauté de travail, il me paraît tout à fait légitime que l’on puisse discuter directement avec les salariés, de l’organisation du travail par exemple. Les syndicats vont avoir avec ces réformes un espace de progression.

À l’inverse, quels sont à vos yeux les points faibles ou les manquements de ces ordonnances ?

D’abord, je regrette que cette faculté de passer des accords directement avec les élus ne concerne pas les entreprises jusqu’à 300 salariés. En limitant cette possibilité à 50 salariés, on renforce encore ce seuil qu’il faudrait à l’inverse lisser. Ensuite, je regrette l’augmentation de 25 % des indemnités légales de licenciement qui vont passer d’un cinquième à un quart de mois de salaire par année d’ancienneté. Enfin, je constate que l’on ne simplifie pas réellement le Code du travail car, si une entreprise ne parvient pas à conclure un accord, alors c’est le droit actuel qui continuera de s’appliquer. J’ajouterai que nous craignons les mauvaises surprises dans la rédaction des décrets d’application. En droit du travail, le diable se cache toujours dans les détails.

Estimez-vous qu’il y a une véritable inversion de la hiérarchie des normes ?

Les branches sont préservées, comme le souhaitait notamment Force ouvrière. Des dispositions décidées au niveau de la branche demeurent incontournables et les entreprises ne pourront pas y déroger. En revanche, il est exact qu’il y a davantage d’espace de libertés pour les entreprises : organisation, primes, salaires, etc.

Sur la fiscalité aussi vous devez être satisfait, avec le calendrier de baisse de l’impôt sur les sociétés, la transformation de l’ISF, l’instauration du prélèvement forfaitaire unique de 30 % environ sur les dividendes…

Il y a trois blocs de fiscalité qui nous préoccupent : le coût du travail, la fiscalité nationale et la fiscalité territoriale. Or, je vous rappelle que malgré le CICE [Crédit d’impôt compétitivité emploi, ndlr], le Pacte de compétitivité, etc. nous gardons encore un différentiel de prélèvements par rapport à l’Allemagne d’environ 80 milliards d’euros (au lieu de 120 milliards auparavant), à savoir 30 milliards d’euros pour le coût du travail et 50 milliards d’euros sur les impôts qui pèsent sur les facteurs de production. CVAE, C3S, taxes locales, etc. Toutes ces taxes n’ont pas cessé d’augmenter, entre 10 % et 20 % chacune entre 2012 et 2017, alors que le PIB n’a progressé que de 6 %. Reste donc la fiscalité nationale. Là, nous disons très bien, le gouvernement a maintenant « cranté » la baisse de l’IS [impôt sur les sociétés] déjà annoncée par François Hollande, ce qui est important pour l’attractivité de la France et pour faire cesser le french bashing encore en cours.

Quant à la flat tax, très importante, avec un taux de 30 %, c’est bien, c’est visible, et l’on se situe à peu près dans la moyenne européenne. Concernant l’ISF, cet impôt ne va être supprimé qu’en partie, sur la partie mobilière. Ce que nous regrettons car il va y avoir des problèmes de frontières entre mobilier et immobilier, ce qui va entraîner des complexités et des contrôles.

Mais, après n’avoir pas cessé de contester le mécanisme du CICE, vous semblez regretter maintenant qu’il soit transformé en baisse pérenne de cotisations sociales.

Ce n’est pas tout à fait cela. Nous avons un désaccord avec le gouvernement car la transformation du CICE telle qu’elle est prévue actuellement, en baisse de charges, risque d’induire une augmentation du coût du travail. Ce qui est absurde alors que la baisse des charges marche : le CICE et le Pacte ont provoqué la création de 300 000 emplois l’année dernière. Ne cassons pas cette dynamique. Donc on préférerait le statu quo. Ou alors, il faut davantage baisser les charges sociales pour compenser la hausse d’IS que va entraîner la transformation du CICE. D’autant plus que le gouvernement va retenir un taux de CICE à 6 % et non de 7 %.

En outre, il n’y a rien de prévu sur les charges sociales des salaires supérieurs à 2,5 Smic.

Résultat, pour les managers, les ingénieurs, les directeurs financiers, etc. les coûts s’envolent. C’est donc non seulement un regret mais c’est aussi une revendication que nous allons beaucoup porter dans les mois à venir. Nous souhaitons un plafonnement des cotisations sociales, salariales et patronales à compter d’un certain niveau de salaire. Nous avons lancé une expertise interne au Medef pour déterminer ce niveau. J’ajoute qu’un tel plafonnement existe chez nos voisins :

Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Espagne. Or, quand vous êtes en pleine discussion sur les conséquences du Brexit et qu’il y a compétition entre Francfort et Paris, cela compte.

Si vous regrettez que l’État récupère 7 milliards d’euros à l’occasion de la transformation du CICE puisque cela va entraîner le versement de davantage d’IS, pourquoi continuer à verser autant de dividendes, en hausse de 6,1 % en un an ?

D’abord, l’explosion des dividendes, comme vous dites, ne concerne que les entreprises du CAC 40 qui ont des actionnaires dans le monde entier… dont l’État français qui est un très gros demandeur de dividendes. Dans les sociétés patrimoniales que je connais, nous sommes beaucoup plus mesurés, on ne redistribue en moyenne que 20 à 25 % des bénéfices. Je ne maîtrise pas l’actionnariat du CAC 40 et cela fait de toute façon partie du capitalisme mondial : des actionnaires investissent et en retour ils veulent des dividendes. J’insiste, il ne faut pas confondre les dividendes du CAC 40 avec les dividendes de milliers d’entreprises en France, PME et ETI [Entreprises de taille intermédiaire].

Autre nouveau combat du Medef, et de son président, la revitalisation des territoires. Comment agir pour que l’emploi se développe partout, y compris dans les bassins d’emploi qui ont le plus souffert de la désindustrialisation ?

Je vous l’ai dit, notre bataille, à nous chefs d’entreprise, c’est le chômage. On ne peut pas vivre dans un pays où, même si l’emploi va mieux dans les zones qui vont bien, les grandes métropoles notamment, on laisse des territoires en déshérence. Nous avons bien regardé cela avec les Medef territoriaux : il y a en France entre 50 et 100 bassins d’emploi en grande difficulté, avec parfois plus de 20 % de chômage. C’est inacceptable ! Dans ces territoires oubliés, les gens sont désespérés parce qu’il n’y a plus d’emplois, les commerces de centre-ville disparaissent, et s’installe un cercle vicieux dont on a le sentiment de ne plus pouvoir sortir, avec toutes les conséquences politiques que l’on voit.

Le Medef travaille donc depuis le mois de janvier sur ces questions. C’est du temps long. Je cite souvent l’exemple de la Bretagne qui, dans les années 1960, était un peu dans cette situation : peu d’emplois, peu de transports, peu de développement économique. De Gaulle puis Pompidou y ont répondu en relançant les infrastructures, des axes routiers, un projet industriel dans les télécoms et cela a permis de changer le cours des choses. Aujourd’hui, on a une France inversée, puisque l’Ouest va mieux alors que c’est l’Est des anciens bassins sidérurgiques qui va moins bien. C’est la preuve qu’il n’y a pas de fatalité : il est possible d’agir. Tout le monde doit s’y mettre : sans revenir aux grands plans pompidoliens, la priorité, c’est de répertorier tout ce qu’on peut faire. Chaque bassin d’emploi est spécifique : il faut donc une action sur-mesure, c’est très important de le comprendre. La Vendée est un exemple à regarder : c’est une région très entrepreneuriale, qui a un très bas taux de chômage. Mais il y a d’autres exemples : la vallée de l’Arve dans le décolletage, Oyonnax dans la plasturgie… la France fourmille d’exemple de succès locaux. Le tourisme aussi est un levier formidable, à l’exemple du Puy-du-Fou en Vendée. Il n’y a pas une recette unique mais il faut s’y mettre pour trouver un avenir à ces bassins d’emploi en grande difficulté.

Il faut les identifier, et répertorier une vingtaine ou une trentaine de solutions. Certaines sont génériques : doper les infrastructures télécom et numérique pour que la connectivité soit assurée, et soutenir l’entrepreneuriat local. Il faut que les jeunes entrepreneurs soient incités à rester, plutôt que de partir parce que la connexion Internet ne fonctionne pas. Il faut aussi mettre l’accent sur le maintien ou le retour des commerces de centre-ville. Il y a trop de villes moyennes qui sont devenues des déserts et où tout se passe à l’extérieur dans des grandes surfaces qui tuent l’activité locale. Enfin, je propose que l’on prenne une mesure fiscale très simple, de type franchise pour inciter à investir localement dans ces bassins d’emploi pour que les investisseurs, notamment étrangers, aillent à Charleville-Mézières ou à La Souterraine dans la Creuse.

Vous voulez créer des zones franches dans toute la France ?

Oui, une franchise sur les impôts locaux ou sur l’IS, très lisible pour les étrangers. Il faut que cela soit simple à comprendre, simple à traduire en anglais, afin que les élus puissent en faire la promotion. Dans tous les pays du monde, quand vous investissez, vous regardez le taux d’IS et les impôts locaux. J’en parle sans filet, sans que nous ayons encore étudié le sujet en détail avec les pouvoirs publics, parce que je crois à cette idée et que cela peut être rapidement efficace.

Oui mais tel que vous le présentez, cela va plutôt coûter de l’argent public au départ. N’est-ce pas contradictoire avec votre demande de diminuer la dépense publique ?

Notre position n’a pas varié : il y a encore 100 milliards d’euros d’économies à faire sur les dépenses publiques, soit 20 milliards par an, pour rétablir notre situation par rapport à la moyenne européenne. Mais cela ne doit pas nous empêcher d’investir dans l’avenir. Ce que nous observons, c’est qu’en réalité, il y a beaucoup d’aides ou de subventions qui se sont accumulées avec le temps au niveau national ou local, mais dans une logique de saupoudrage, illisible pour un investisseur qui regarde de nombreux dossiers dans différents pays. Plus personne n’y comprend rien, dans le millefeuille territorial : ce n’est pas transparent, et même pas « marketé », car rares sont les personnes qui ont accès à l’information. Regroupons toutes ces aides en un dispositif unique et fort, et communiquons dessus puissamment.

C’est un investissement public, je le conçois, mais il faut parfois sortir de la logique budgétaire comptable statique pour adopter une vision économique dynamique. Nous, entreprises, nous sommes dans une dynamique de croissance. Ce qu’il faut faire, c’est allumer tous les moteurs de la création d’emplois sur tout le territoire. Cela va de pair avec une vision à long terme : que faire pour relancer ces territoires à dix ou quinze ans ? C’est pour cela que je parle d’un investissement, comme Pompidou et de Gaulle ont eu une vision à trente ans du pays. C’est cela qui nous fait défaut aujourd’hui. Avec les mutations rapides que nous connaissons, technologiques notamment, il faut avoir une vision de la France en 2030, en regardant en particulier les territoires qui se sentent les plus abandonnés. Car sans vision, toutes ces mutations deviennent des menaces : l’Afrique, le numérique, les robots, ce ne sont pas des risques dont il faut se protéger en se barricadant, mais de formidables opportunités pour créer de l’activité et de l’emploi en France. C’est cela la bonne politique. Arrêtons d’être défensifs. La période que nous vivons est une formidable occasion de rebondir.

Ces mutations sont une bonne chose pour la France, mais aussi à l’échelon local parce qu’avec le numérique, tout le monde peut avoir accès au monde entier, où que l’on soit. Prenez Charleville-Mézières : juste à côté, vous avez la Flandre ou le Luxembourg qui ont à peine 3 % de chômage. Est-ce donc impossible ? Non. Ce qu’il faut, c’est définir une stratégie à quinze ou vingt ans, afin de redonner de l’espoir dans ces territoires et prendre cela en main bassin d’emploi par bassin d’emploi, avec les élus. Quand j’ai lancé cette réflexion en janvier avec les Medef territoriaux, j’ai reçu un accueil enthousiaste. Ils sont très motivés.

Bruno Le Maire a annoncé un plan pour doper les ETI en France, sujet cher au Medef et à Yvon Gattaz [père de Pierre et ancien président du CNPF, l’ancêtre du Medef, Ndlr]. Que lui recommandez-vous de faire pour réussir à faire grandir nos entreprises ?

Les entreprises de taille intermédiaire, c’est notre faiblesse, on le sait. Il n’y en a que 4 500 en France contre 9 000 à 10 000 en Grande-Bretagne ou en Italie et 12500 en Allemagne dont cela fait la force. C’est complètement lié au sujet précédent : ce sont des entreprises stables, qui innovent, qui font attention à leurs salariés et sont ancrées dans le bassin d’emploi. Il faut multiplier par deux le nombre des ETI en France d’ici dix ans. Cela veut dire que toutes les PME en dessous de 250 salariés doivent passer au-dessus. Il suffit de faire grandir nos PME en boostant la chaîne qui va de la startup à la grande entreprise. Et c’est possible. À ce propos, je regrette que l’on n’ait pas remis en cause les seuils sociaux de 9 et surtout celui de 49 salariés car cela bride la croissance des entreprises.

Pour grossir, il faut aussi un mouvement de concentration et que les grands groupes aient une attitude plus constructive avec leurs fournisseurs et sous-traitants. La France n’est pas toujours exemplaire sur ce point ?

Je suis d’accord. Au Medef, nous encourageons autant que possible la chasse en meute, sur le plan géographique, mais aussi sur le plan technologique, afin que des grands groupes accompagnent des PME sur les marchés étrangers et dans leurs projets innovants. Cela passe aussi par une amélioration de nos filières industrielles en suivant le bon exemple de l’industrie aéronautique et le GIFAS. Il y a un travail à faire pour remobiliser nos fédérations. C’est le bon moment.

Propos recueillis par Jean-Christophe Chanut et Philippe Mabille

______

Sa succession : « Restons concentrés »

En juillet 2018, vous passez la main à la tête du Medef. Comment va s’organiser votre succession ? Nous tiendrons un Conseil exécutif en décembre pour préciser les modalités de l’élection. La campagne commencera le 1er janvier 2018. Six mois ça va être déjà long. Aussi je ne voudrais pas que l’on s’éparpille d’ici là. Restons concentrés sur les dossiers de fond, il faut bosser jusqu’au bout. J’ai instauré le mandat unique à la présidence du Medef et je ne le regrette pas. D’ailleurs, cela devrait être la règle partout. Un mandat unique n’a que des avantages : vous ne pensez pas à vous faire réélire, vous ne faites pas de petits calculs et de clientélisme. Ainsi, vous restez libre et concentré jusqu’au bout sur la mission pour laquelle vous avez été élu.

 

http://www.latribune.fr/economie/france/gattaz-depuis-l-arrivee-de-macron-ca-va-dans-le-bon-sens-750152.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20170915

 

Revue de presse nationale et internationale.