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Covid-19 : Ségolène Royal retire ses tweets de soutien au traitement à la chloroquine 25 mai 2020

Covid-19 : Ségolène Royal retire ses tweets de soutien au traitement à la chloroquine 25 mai 2020, 15:09 © Christophe SIMON Source: AFP Ségolène Royal à Marseille en janvier. Des internautes ont relevé que Ségolène Royal avait supprimé deux tweets favorables à l’utilisation de la chloroquine pour traiter les malades du Covid-19, après la publication d’une nouvelle étude remettant en cause son efficacité à cette fin. L’ancienne ministre et candidate malheureuse à la présidentielle Ségolène Royal semble ne plus croire aux bienfaits des traitements à base de chloroquine contre le Covid-19 promus notamment, en France, par le professeur Didier Raoult. Le compte Twitter «Fallait pas supprimer», qui épingle les tweets supprimés des personnalités publiques, relève que l’ancien éléphant du PS a fait disparaître ses tweets qui faisaient la promotion du célèbre antipaludique.  «Pourquoi encore toutes ces hésitations bureaucratiques incompréhensibles ?», s’était notamment interrogée l’ancienne présidente socialiste du conseil régional de Poitou-Charentes, en pleine polémique sur les hésitations des autorités sanitaires au sujet de l’emploi d’hydrochlorique pour traiter les malades du Covid-10.  Ces suppressions interviennent après la parution dans la revue médicale The Lancet le 22 mai d’une vaste étude concluant à la non-efficacité des traitements à base de chloroquine contre cette maladie. Pire, les effets secondaires cardiaques du médicament représenteraient un danger supplémentaire, potentiellement mortel, pour les malades. En France, le ministre de la Santé, qui avait autorisé, sous des conditions spécifiques, l’utilisation de l’hydroxychloroquine contre l’infection au coronavirus, a réagi à la publication en demandant au Haut conseil de la santé publique (HCSP) de proposer «sous 48 heures», de nouvelles conditions de prescription du médicament.  Pour autant l’étude de The Lancet, basée sur l’examen de données hospitalières du monde entier et sur des personnes ayant reçu des traitements différents, n’a pas complètement clos le débat sur l’efficacité de la molécule, des scientifiques estimant que seule une «étude prospective randomisée» (validée en prenant en compte un échantillon choisi au hasard) pouvait le démontrer. Le professeur Didier Raoult, directeur de l’IHU Méditerranée Infection, a contesté sur la chaîne YouTube de l’institut la pertinence de l’étude de The Lancet, la qualifiant de «fantaisie complètement délirante qui prend des données dont on ne connaît pas la qualité et qui mélange tout».   En Europe, l’essai clinique Discovery qui a inclus l’hydroxychloroquine sur le tard, n’a toujours pas donné de résultats, notamment faute de patients.  LIRE AUSSI Après une étude, Olivier Véran veut modifier les conditions de prescription de l’hydroxychloroquine France

En savoir plus sur RT France : 

https://francais.rt.com/france/75349-covid-19-segolene-royal-retire-tweets-chloroquine

Querelle virale

Querelle virale

6 Mai 2020

On s’en doutait, la poussée chinoise suite au coronavirus ne pouvait qu’entraîner une réaction impériale sous forme de guerre de l’information. Alors que les causes de la pandémie ne sont pas encore connues, la petite musique du labo chinois est maintenant reprise par toutes les officines médiatiques de service qui insistent un peu lourdement sur « le vent qui tourne » pour Pékin.

Sans présager de la plausibilité de la chose, contentons-nous de noter que le procédé est connu, on l’a vu à l’œuvre à de multiples reprises, notamment en Ukraine avec le MH17 : quelques fuites des désormais légendaires « sources anonymes » de la CIA, reprises avec micro et haut-parleur par les responsables politiques de Washington et la rumeur devient vérité universelle. Quant aux preuves, on pourra les attendre encore longtemps…

L’opération a parfaitement fonctionné, en tout cas aux Etats-Unis où l’image de la Chine s’est fortement dégradée dans l’opinion, déjà échaudée par la guerre commerciale :PUBLICITÉ

Notons que, dans sa croisade anti-chinoise, le Donald est en accord complet avec une partie de son Deep StateNous l’expliquions dès son investiture quand il décida de…

passer le fameux coup de fil à la présidente taïwanaise, diversement apprécié par le système impérial et sa presse – « erreur » pour le New York Times, « coup de génie » pour le Washington Post. Cette décision montre en tout cas que pour Trump, la cible chinoise n’est peut-être pas seulement économique.

Les observateurs avisés de la chose internationale sont dans l’expectative. The National Interest évoque un possible « Nixon à l’envers » : jouer cette fois la Russie contre la Chine. Fait qui ne manque pas de sel, ce retournement est soutenu par le vénérable Kissinger, l’officieux conseiller de Trump et l’éminence grise de Nixon qui avait conseillé le pivot vers Pékin. De quoi faire baver de rage le docteur Zbig, toujours pas guéri de sa russophobie maladive et qui préférerait jouer la carte chinoise contre Moscou.

Dans le grand jeu du bouc émissaire qui passionne les élites américaines, la Chine est en passe de remplacer (temporairement, ne rêvons pas) l’abominable ours des neiges. Cette évolution n’est cependant pas du goût de tout le monde ; c’est évidemment le cas de l’école bzrezinskienne ainsi que des multinationales US, toujours désireuses de faire des affaires avec le dragon et de profiter de sa main d’œuvre bon marché. Preuve que ce ne sont pas elles non plus qui mènent la politique étrangère américaine. Elles décident par contre de la ligne éditoriale des médias qu’elles possèdent, ce qui explique sans doute la grande hétérogénéité de leurs commentaires sur la « responsabilité chinoise » dans la pandémie.

Divorce partiel entre la MSN et l’Etat profond, au sein de la MSN et au sein de l’Etat profond… La situation est assez chaotique mais s’inscrit finalement dans une certaine continuité. On l’a vu plus haut lors de l’intronisation de Trump, l’establishment était de toute façon déjà très divisé sur la place à donner à la Chine : à ceux qui la considéraient comme un ennemi définitivement arrimé à la Russie répondent les optimistes qui, de manière quelque peu illusoire, espèrent encore se l’attacher pour la retourner contre le Heartland. Avec la crise coronavirienne, cette illusion devient mirage, d’autant que la solidarité sino-russe joue à plein.

Jusqu’où ira la dangereuse escalade de mots entre Washington et Pékin ? Sans doute jusqu’aux élections de novembre, la tactique du Donald étant de lier Biden à la Chine pour les attaquer tous deux. A moins que, d’ici là, de nouveaux éléments ne voient le jour…

Nous n’allons pas nous lancer ici dans un grand débat sur les origines du coronavirus ni prendre parti dans cette querelle scientifique qui n’est pas le propos du blog, mais une information importante est tombée qui pourrait (restons prudents) avoir des répercussions dans l’empoignade américano-chinoise. Le fidèle lecteur se rappelle sans doute que :

Zhao Lijian, porte-parole du MAE chinois, a jeté un pavé dans la mare jeudi dernier en affirmant que le coronavirus pourrait avoir été apporté en Chine par l’armée US lors des Jeux mondiaux militaires de Wuhan en octobre. Il s’appuie notamment sur les déclarations du directeur du Centers for disease control and prevention américain qui a révélé, devant le Congrès, que plusieurs patients que l’on croyait morts d’une simple grippe étaient en réalité porteurs du coronavirus. 

Notre bonne presse qui, pendant des années, a traqué sans relâche les sombres conspirations que les abominables Russes ne manquaient pas d’ourdir sur les élections américaines, hurle cette fois sa douleur devant ce cas patenté de « complotisme » qui met en cause la tête impériale. Dans les salles de rédaction, la théorie du complot, c’est comme le chasseur des Inconnus : il y a la bonne et la mauvaise…

Elle a toutefois raison sur un point : à ce stade, il est évidemment impossible d’apporter le moindre début de preuve à la thèse de l’ami Zhao qui ne reste, pour l’instant, que simple conjecture. Mais cet esclandre a au moins le mérite de montrer que, pandémie ou pas, l’affrontement titanesque entre Pékin et Washington n’est jamais très loin.

Or, il se trouve que des athlètes français ayant participé à ces jeux auraient contracté la maladie, soit bien avant l’apparition officielle du virus. Encore une fois, restons prudents. Mais si la chose se confirme, elle est susceptible de bousculer sérieusement la narration jusque-là admise et, partant, le bras de fer entre Washington et Pékin. Wait and see…Tag(s) : #Etats-Unis#Chine

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Le gourou de l’investissement Buffett ne croit plus au secteur de l’aviation

Le gourou de l’investissement Buffett ne croit plus au secteur de l’aviation

BUSINESS

04/05/2020 | Willem De Maeseneer | 2 min de lecture

Warren Buffett. – AP

Berkshire Hathaway, la société d’investissement de Warren Buffett, a vendu ses intérêts dans quatre compagnies aériennes américaines. Selon le légendaire investisseur, le Covid-19 a ‘recréé en profondeur’ le terrain de jeu.https://tpc.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

C’est ce qu’il a déclaré lors de l’assemblée générale annuelle des actionnaires, qui s’est déroulée en ligne. Berkshire Hathaway s’est approvisionné auprès des quatre compagnies aériennes en 2016, après avoir évité le secteur aérien pendant des années.

Buffett a maintenant admis à ses actionnaires qu’il avait eu tort d’investir dans l’industrie aérienne. ‘Nous n’allons pas financer d’autres entreprises dont nous pensons qu’elles seront déficitaires à l’avenir.’

Le conglomérat détenait 11 % de Delta Air Lines, 10 % d’American Airlines, 10 % de Southwest Airlines et 9 % de United Airlines, selon l’agence de presse Reuters.

L’entreprise de Buffett a enregistré une perte nette de près de 50 milliards de dollars au cours du premier trimestre. Le bénéfice d’exploitation, qui est la mesure à laquelle Buffett attache la plus grande importance, a toutefois augmenté de 5,7 % pour atteindre 5,9 milliards de dollars.

Plus encore qu’en Europe, le secteur de l’aviation américain connaît une crise existentielle à cause de la pandémie de coronavirus. Les compagnies ont annulé des centaines de milliers de vols et immobilisent des milliers d’avions au sol.

‘C’est un coup dur de voir la question se tarir ainsi’, a déclaré M. Buffett. ‘Il s’agit de dire adieu au transport aérien dans ce pays.’

Lire aussi:

https://fr.businessam.be/le-gourou-de-linvestissement-buffett-ne-croit-plus-au-secteur-de-laviation/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=newsletter_warren_buffet_ne_croit_plus_au_secteur_de_laviation_deconfinement_mode_demploi&utm_term=2020-05-04Source: BusinessAM

Rubrique DÉSINFOX Coronavirus : Et le contrôle étatique de l’information s’étend, s’étend…

Rubrique DÉSINFOX Coronavirus : Et le contrôle étatique de l’information s’étend, s’étend…

 / NATHALIE MP MEYER

Initiative bien intentionnée mais maladroite qui finira par disparaître avec le Coronavirus, simple « faux pas de communication » comme veut le croire le quotidien Libération… ou nouvelle enjambée assumée en direction d’un encadrement gouvernemental de plus en plus étroit de l’information et des organes de presse ? C’est la question qui se pose alors que la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye vient d’annoncer l’ouverture d’un espace gouvernemental dédié aux « sources d’information sûres et vérifiées » concernant le Coronavirus :Sibeth Ndiaye@SibethNdiaye

La crise du #COVID19 favorise la propagation de #fakenews. Plus que jamais, il est nécessaire de se fier à des sources d’informations sûres et vérifiées. C’est pourquoi le site du @gouvernementFR propose désormais un espace dédié. https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/desinfox …info coronavirus covid 19 – désinfoxDes journalistes spécialisés démêlent le vrai du faux du COVID-19. Cet espace dédié vous donne accès aux articles de médias français luttant, dans le cadre de la crise sanitaire, contre la désinfor…gouvernement.fr1 494Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité7 341 personnes parlent à ce sujet

Concrètement, la page internet des communications officielles du gouvernement sur le Covid-19 a été complétée récemment d’une rubrique Désinfox alimentée par une sélection d’articles de presse jugés « fiables » par le Service d’information du gouvernement :

La rubrique « Désinfox Coronavirus » en trois clics
(captures d’écran, 2 mai 2020)

                       gouvernement.fr                       gouvernement.fr/info-coronavirus

                         gouvernement.fr/info-coronavirus/desinfox

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Et n’allez surtout pas dire au gouvernement qu’un tel tri médiatique présente toutes les apparences d’une labellisation ultra-politisée des médias.

Il vous rétorquera d’abord qu’en cette affaire, il n’a d’autre souci que de protéger les Français contre des « fake news » qui, en cette période de forte inquiétude des citoyens, pourraient si facilement « engendrer des comportements à risque » (comme ingérer de l’eau de javel ou de la cocaïne en croyant se protéger du virus, précise-t-on au gouvernement).

Et il pensera vous renvoyer définitivement à votre mauvais esprit en vous expliquant ensuite que la sélection des médias référencés est basée sur trois critères techniques indiscutables qui excluent toute odieuse possibilité de copinage et/ou de propagande : les médias en question doivent disposer d’une rubrique de « fact checking » ainsi que d’une équipe spécialisée dans ce type de décryptage depuis au moins deux ans, et ils doivent proposer un accès gratuit au contenu.

Moyennant quoi, le gouvernement se flatte de réunir sur son site la fine fleur des journalistes et des médias spécialisés qui « luttent contre la désinformation » et « démêlent chaque jour le vrai du faux » en relation avec la crise sanitaire.

Il n’empêche qu’au final, seuls cinq titres de presse répondent aux critères choisis : Libération, l’AFP, France Info, Le Monde et 20 Minutes. De là à vouloir implanter dans l’esprit des Français le sentiment que ceux-là seuls sont « fiables » et aptes à dégager la « vérité » tandis que tous les autres, Le Figaro, Les Echos, Le Point, etc. ne le seraient pas, il n’y a qu’un tout petit pas qu’un État libéral devrait s’abstenir absolument de franchir.

Sans compter que le simple fait de figurer sur le site du gouvernement dans une rubrique dont le thème monopolise actuellement toutes les attentions du public constitue à l’évidence un véritable coup de pouce pour la fréquentation des sites de presse sélectionnés. Une nouvelle forme d’aide indirecte à la presse, en quelque sorte, mais limitée à certains titres par décision gouvernementale discrétionnaire. Autrement dit, une rupture de concurrence sciemment organisée par l’État.

Malgré cela, la position des médias sélectionnés n’est pas forcément très confortable. Il semblerait en effet qu’ils n’aient été ni consultés ni prévenus de cette initiative. Mis à part France Info qui, en tant qu’élément de l’audiovisuel public, peut difficilement se prétendre totalement indépendant de la volonté de l’État, les autres encourent maintenant le risque d’être perçus comme les relais officiels de la parole gouvernementale, ce qui ne fait pas forcément leurs affaires et les place en porte-à-faux vis-à-vis de leurs lecteurs.

Il existe certes de nombreux organismes de référencement, certification, labellisation et que sais-je, en matière de presse comme en de nombreuses autres matières, mais il n’y a rien de comparable entre les évaluations émises par une multitude d’entités privées indépendantes qui n’auront pas forcément les mêmes avis, et un État qui exerce son pouvoir sur les citoyens via sa police, sa fiscalité et les lois qu’il fait voter. S’agissant de presse et d’information, le rôle des journalistes consiste à informer les citoyens sur les actions des gouvernements, pas à servir de faire valoir à ces derniers.

Il se pourrait évidemment que la chute de confiance des Français dans la capacité du gouvernement à gérer la crise du coronavirus et à délivrer des informations de qualité, sur le port du masque notamment, ait l’effet de pousser le public à s’informer encore plus en dehors des sources gouvernementales. Auquel cas l’opération Désinfox pourrait bien tomber à plat, ce dont on ne se plaindra pas.

Mais inutile de dire que cette incroyable prétention du gouvernement à embrigader certains organes de presse, mais pas d’autres, et à vouloir définir officiellement « la vérité » plutôt que de laisser le débat public, avec ses batailles, ses arguments et ses contre-arguments, se développer au sein des médias au sens large – inutile de dire, donc, que cette prétention a suscité une belle volée de réactions mi-navrées mi-moqueuses.

À l’encontre de Sibeth Ndiaye d’abord. Alors qu’il est question ici de dire la « vérité », difficile d’oublier qu’elle s’est fait connaître à jamais du public pour avoir déclaré haut et fort peu après l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir :

« J’assume parfaitement de mentir pour protéger le président. » (L’Express, 12 juillet 2017)

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Mais finalement, si la porte-parole du gouvernement est sans doute prête à défendre bec et ongles cette nouvelle étape dans les relations de plus en plus dangereusement imbriquées entre le gouvernement et les médias, elle n’en est jamais que l’annonciatrice tandis qu’on ne peut s’empêcher de voir en Emmanuel Macron l’instigateur ultime de toute l’affaire.

Rappelons d’abord que le Président de la République entretient manifestement un lien complexe avec la liberté. Convaincu que ce qu’il tient pour « bien » doit absolument triompher de tout, y compris au mépris des libertés individuelles, on l’a vu successivement intégrer la plupart des dispositions administratives de l’état d’urgence dans le droit commun (2017), suggérer et obtenir une loi contre les « fake news » en période électorale (2018) et tenter d’imposer une interdiction de manifester sur la base de soupçons des plus vagues dans la loi anti-casseurs (2019) – disposition heureusement retoquée par le Conseil constitutionnel.

Concernant plus spécifiquement la presse, Emmanuel Macron a dénoncé à plusieurs reprises le « pouvoir médiatique », notamment lors de l’affaire Benalla et à l’occasion de la crise des Gilets jaunes. D’après lui, « nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité ». Quand on sait comment l’un de ses conseillers a bidouillé une vidéo afin de tenter une disculpation de Benalla, on comprend clairement qu’il n’existe qu’une vérité, celle de M. Macron.

Début février 2019, lors d’une rencontre à l’Elysée avec des journalistes, il en est venu à livrer sa conception de l’information :

« Le bien public, c’est l’information. Et peut-être que c’est ce que l’État doit financer. (…) Il faut s’assurer qu’elle est neutre, financer des structures qui assurent la neutralité. Que pour cette part-là, la vérification de l’information, il y ait une forme de subvention publique assumée, avec des garants qui soient des journalistes. » 

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Conception super-étatique qui a rapidement quitté le terrain des idées pour se muer très concrètement en « Conseil de déontologie journalistique » (décembre 2019).

Voulue par le gouvernement et soutenue par un Jean-Luc Mélenchon dont on n’ignore plus rien des théories sur la presse après le retentissant échec déontologique de sa web TV Le Média, cette instance divise profondément la profession. Certains acteurs du secteur y discernent moins un vecteur de qualité qu’une façon détournée de brider la liberté de la presse. Derrière le prétexte de restaurer la confiance dans les médias et de soutenir les bonnes pratiques journalistiques, l’occasion dangereuse d’un contrôle renforcé.

Avec la rubrique « Désinfox Coronavirus », on passe clairement à une nouvelle étape du contrôle de l’information par l’État. Pas d’atteinte apparente à la liberté de la presse en l’occurrence, mais une volonté gouvernementale de canaliser la bonne presse par rapport à la mauvaise presse dans l’esprit du public en s’érigeant en arbitre ultime du vrai et du faux. Ne se croirait-on pas revenu à l’époque de l’ORTF où chaque journal télévisé était validé par le ministre de l’Intérieur avant diffusion ? Ça promet.


Illustration de couverture : Rubrique Désinfox du gouvernement sur le Covid-19. Twitter et capture d’écran.

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Édouard Philippe à l’Assemblée : vous attendiez le 11 mai ? Vous adorerez le 2 juin…

AccueilSantéCoronavirus  Édouard Philippe À L’Assemblée : Vous Attendiez Le 11 Mai ? Vous Adorerez Le 2 Juin…Coronavirus – Editoriaux – Politique – Santé – 28 avril 2020

Édouard Philippe à l’Assemblée : vous attendiez le 11 mai ? Vous adorerez le 2 juin…

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Le « en même temps » au sommet de son art : voici le déconfinement confiné ou le confinement déconfiné. Et l’arroseur arrosé, c’est le Français qui a voté Emmanuel Macron, croyant voir dans sa devise la quintessence de l’équilibre et du juste milieu permettant d’éviter le chaos…

Atteinte à la liberté de culte, atteinte à la liberté de circulation, atteinte à la propriété (pour ceux qui ont une résidence secondaire), reprise de l’école oui-mais-non, bars et restaurants fermés, plages et parcs aussi… La vérité est que le 11 mai sera pour tous, sauf pour certains commerçants, une non-date. Comme le non-anniversaire d’Alice au pays des merveilles. Une échéance artificielle pour donner une ligne d’horizon aux Français dans cette purée de pois. À présent que l’on est arrivé au pied du mur, ou presque, allez hop ! on relance la baballe au chien-chien, pour qu’il reparte en frétillant de la queue : comme le tweete Léa Salamé (en anglais, s’il vous plaît) : « Le 2 juin is the new 11 mai. » Tout cela peut nous emmener à Noël.

Comme toujours depuis le début de cette épidémie, le discours commence par son couplet de justification : le manque de tests, de masques et d’anticipation, c’est la faute des experts, des Français, de pas de bol… Au passage, petits ricanements amers du Premier ministre à l’endroit des yakafokon. Rhétorique classique consistant à excuser son impuissance par la technique du « on aimerait les y voir ». Nous aussi, pour tout dire, on aimerait vachement les y voir. Qui, « les » ? Soyons clairs : n’importe qui d’autre. Pourvu que ceux-ci passent la main.

Édouard Philippe épingle aussi les réseaux sociaux « colériques » et les commentateurs de « café du commerce » sur les plateaux télé. C’est logique. Comme le fait remarquer Ivan Rioufol, « le parti de l’ordre sanitaire veut aussi des commentateurs désinfectés. Une pensée saine dans un corps sain. » Et si on pouvait, en sus, leur coller un masque FFP2 sur la bouche bien serré derrière les oreilles en guise de bâillon…

Les messes publiques (sauf enterrements limités à vingt personnes) restent interdites jusqu’au 2 juin. Car le gouvernement fait l’affront aux Français de penser qu’ils ne sont qu’un ventre inanimé. « Et si je célèbre la messe à Intermarché, ça passe ? » s’interroge ingénument l’abbé Guy-Emmanuel Cariot, curé-recteur de la basilique d’Argenteuil. L’Ascension est le 21 mai, la Pentecôte le 31 mai… Cela s’appelle le sens du calendrier. Doit-on leur signaler qu’il restera ensuite l’épineux problème de la Fête-Dieu, sans parler du 15 août… Allez, reprenons le culte le 26 décembre, c’est plus prudent. Une concession, néanmoins, est lâchée : les cimetières ne seront plus fermés. Monsieur est trop bon. La bonté de Monsieur le perdra.

Vient enfin la touche finale, la marque de fabrique, car un discours de notre gouvernement ne serait pas tout à fait authentique s’il ne comportait son ordre suivi de son contre-ordre débouchant sur le désordre : le 23 avril, le site de France Info titrait « Déconfinement : Emmanuel Macron fait marche arrière sur un plan par région » : « le président, [écartait] un déconfinement en fonction des régions ». Le 28 avril, la marche arrière se mue en marche avant avec accélération sur les chapeaux de roue (notre ami Marc Eynaud appelle cela sur Twitter « une décélération disruptive ») : il n’y aura pas de déconfinement pas région mais par… département. Bientôt par pâté de maison ou par cage d’escalier ? À quand l’autorisation d’Édouard Philippe pour passer de la cuisine au salon ? C’est le problème de la ligne de front quand on n’a pas tenu l’ennemi à longueur de gaffe.

Mais tout est prévu : une gommette verte sur les départements peu infectés, une rouge sur les autres, et pas de circulation des uns vers les autres. Un peu comme un contrôle aux frontières, en somme ? Et dire, c’est bête, qu’on n’y a pas du tout pensé au début… entre pays, quand certains étaient rouges et le nôtre encore vert !https://rcm-eu.amazon-adsystem.com/e/cm?o=8&p=26&l=ur1&category=books&banner=1W6VMRS8726RAM8FY702&f=ifr&linkID=732e10e6e666789af671ac2388b44e87&t=bvoltaire-21&tracking_id=bvoltaire-21  12.4kÉTIQUETTES11 maidéconfinementÉdouard Philippe

Gabrielle Cluzel

https://www.bvoltaire.fr/edouard-philippe-a-lassemblee-vous-attendiez-le-11-mai-vous-adorerez-le-2-juin/

Ecrivain, journaliste

Livre – Une guerre perdue, la France au Sahel

Livre – Une guerre perdue, la France au Sahel

Eugène Berg 

De Eugène Berg25 avril 2020 

Dans AfriqueAnalyse et théorieConflits armésFranceLivres 6 Minute de lectureUne guerre de perdue, la France au Sahel, Marc-Antoine Pérouse de Montclos, JC Lattès, 2020 ,312 pagesImprimer l’article

Le Sahel est devenu un théâtre d’opération pour les armées européennes qui, malheureusement, s’y embourbent. La résolution du conflit et des complexités qui l’entourent semblent ne plus être d’actualité. Mais si la France a perdu une bataille, la guerre, elle, n’est pas terminée. 

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Juste au moment où, à la demande d’Emmanuel Macron, les cinq chefs d’Etat du G5 Sahel ( Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad), se réunissaient à Pau, afin de fixer un cadre plus large dans lequel devrait s’inscrire l’opération Barkhane, paraissait  « Une guerre perdue » du chercheur Marc-Antoine Pérouse de Montclos,  directeur de recherche à l’IRD, et chercheur associé au Peace Research Institute , à Oslo. Voilà des années qu’il étudie, en se rendant longuement dans les zones touchées, les guerres et les conflits en Afrique. On lui doit notamment « L’ Afrique, nouvelle frontière du djihad ? » aux éditions La Découverte. À ses yeux, au terme d’une étude complète de la situation sur le terrain, il estime que l’ « on a confié à l’armée française une mission impossible » et que « l’opération Barkhane” prolonge la vie de régimes corrompus ».

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Afin de comprendre le fil de sa pensée il convient de revenir à janvier 2013, aux origines de l’intervention militaire française au Mali, destinée à lutter contre l’expansion de groupes djihadistes. François Hollande avait annoncé que la France n’interviendrait pas au Mali. L’objectif était seulement d’appuyer une éventuelle opération de paix des Nations-Unis pour rétablir l’ordre à Bamako où des mutins avaient pris le pouvoir. Un mois plus tard l’armée française est tout de même intervenue. Cette opération qui aurait dû être courte, s’est éternisée avec des effets dévastateurs. Les fondements de l’intervention au Mali font donc débat. Le récit officiel veut que, le 7 janvier 2013, des pickups chargés de djihadistes se soient ébranlés en direction de Konna. Les combattants viennent du Nord du Mali où ils se sont emparés de Tombouctou, Gao et Kidal quelques mois plus tôt. Il faut agir, disait-on alors en haut lieu, sinon Bamako pourrait tomber et puis Niamey, Ouagadougou, Nouakchott… Tout le « Sahélistan  » serait aux mains des fous de Dieu. La France est la seule à pouvoir intervenir.  Alors, le déploiement des troupes françaises avait débuté avec deux grands objectifs : empêcher l’enracinement des groupes djihadistes dans le nord du Mali et restaurer la souveraineté de l’Etat malien sur l’ensemble de son territoire. Sept ans plus tard, une période presque aussi longue que la guerre d’Algérie, aucun de ces objectifs n’a été atteint. Le pays reste coupé en deux. Dans le nord, des groupes rebelles, souvent Touaregs taxent les populations, les services publics ne fonctionnent pas, ou peu, les rares autorités locales ont déserté le terrain. Le résultat est que les groupes dits djihadistes, qui étaient fragmentés, se sont regroupés autour d’un ennemi commun : la France, dont la présence militaire leur donne une légitimité et leur procure aide et appui de l’extérieur. Mais surtout, spécialistes de la guerre asymétrique, ils se sont dispersés dans ce vaste territoire que forme la Bande sahélo-saharienne, qui couvre près de 5 millions de km2. Profitant de l’impéritie des armées locales, les plus pauvrement dotées du monde, ils ont émergé dans des zones où ils ne se trouvaient pas avant, comme le nord du Burkina Faso, dont ils contrôlent désormais près du tiers du territoire ou le Macina, dans le centre du Mali. Est-ce à dire, comme le soutient Marc-Antoine Pérouse de Monclos que l’armée française se retrouve prise « dans une sorte de piège, qui pourrait devenir notre Afghanistan »,  et donc que la France devrait « annoncer un désengagement ». En fait pour lui on s’est trompé sur le diagnostic : l’usage du qualificatif de « terroriste » introduit beaucoup de confusion. Les rebelles tiennent des bouts de territoire, mais aucun n’a démontré sa capacité à gouverner d’où le fait que la menace d’un nouvel Etat islamique paraît chimérique. Certes,  les divers groupes se revêtissent d’un vernis religieux mais en fait comme  « seigneurs de la guerre, ils poursuivent une logique mafieuse. La motivation religieuse à rejoindre ces groupes n’est d’ailleurs pas déterminante. La plupart des enjeux sont locaux : conflits de bétail d’accès à la terre, à l’eau.

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Mais le problème de fond, c’est l’inanité de cette intervention. Comment la France peut-elle réussir à sauver cette partie de l’Afrique en s’appuyant sur des armées défaillantes. Certes, comme l’a exprimé à plusieurs reprises le chef d’état major des armées, le général Lecointre, l’opération « Barkhane », se situe dans le temps long, un de ses objectifs étant de former les armées locales afin que celles-ci prennent la relève. C’est sur ce  « pari » que repose en grande partie l’engagement français. La France fait de la coopération militaire en Afrique, depuis les années 1960, mais force est de dire que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Les armées nationales manquent de moyens et de  professionnalisme, et se livrent trop souvent à des actions punitives visant les populations civiles, sans le soutien desquelles aucun succès ne saurait être durable. Marc-Antoine de Montclos poursuit sa démonstration en affirmant que la présence militaire française ne sert pas seulement à lutter contre le terrorisme, elle garantit aussi aux gouvernements en place qu’il n’y aura pas de coups d’Etat contre eux. Les forces françaises n’ont-elles pas bombardé une colonne de rebelles tchadiens venant de Libye, en février 2019, pour sauver Idriss Déby, présenté comme l’élément de stabilité de la région? Or à ses yeux le Tchad, est un pays fragile, sur lequel il est difficile de s’appuyer.  Finalement, avec l’appui que leur offre l’armée française, les régimes du G5 Sahel -hors Mauritanie- n’ont aucune incitation à se réformer. Ce constat étant fait, à nuancer ou à relativiser, l’auteur hésite à donner des conseils et des orientations précises, ce qui ne relève après tout pas de son ressort. Il admet pourtant que dans ces guerres asymétriques, il faut une réponse militaire. À ses yeux la seule issue possible est celle d’une solution politique que seule une négociation entre toutes les parties concernées permettra de mettre en œuvre. Pour le moment, la France ne s’oriente pas en direction d’un dégagement progressif de ses forces au Sahel, elle vient de recevoir l’appui militaire de l’Estonie, du Danemark, de la Suède et la Grande-Bretagne. Son action s’inscrit également dans le cadre plus large de la coalition pour le Sahel, où actions militaires et actions de développement s’appuieront.  L’ouvrage franc et direct de Marc-Antoine Pérouse de Monclos est contribue intelligemment à ce débat, où il ne s’agit pas seulement de la France, mais de la sécurité de l’Europe et de la stabilité sur le long terme d’une bonne partie de l’Afrique, dont on ne peut séparer le destin du nôtre.Vous appréciez nos articles ? Partagez-les sur vos réseaux sociaux !

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Eugène Berg

Eugène Berg

Eugène Berg est diplomate et essayiste. Il a été ambassadeur de France aux îles Fidji et dans le Pacifique et il a occupé de nombreuses représentations diplomatiques.

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L’autre virus qui laisse le gouvernement à nu : révélations sur la cyberattaque qui a désorganisé Marseille

BEST OFBest of du 18 au 24 avril

Décryptages » L’autre virus qui laisse le gouvernement à nu : révélations sur la cyberattaque qui a désorganisé MarseillePOLITIQUE27 avril 2020© BORIS HORVAT / POOL / AFPEXCLUSIF

L’autre virus qui laisse le gouvernement à nu : révélations sur la cyberattaque qui a désorganisé Marseille

La ville de Marseille, 2e métropole de France, 12 000 fonctionnaires, 200 pour son seul service informatique, et sa métropole Aix-Marseille en charge des cruciales directions de la voirie, des ordures ménagères, de l’eau… ont toutes deux été frappées par une cyber attaque le mois dernier.AJOUTER AU CLASSEURLECTURE ZEN31877Avec Xavier Raufer

Depuis la nuit des temps, les catastrophes, désastres et calamités frappant l’humanité ; naturels (séismes, tsunamis) ; humains (guerres) ; affectaient forcément le monde physique, pour la parfaite raison que c’était le seul. Or depuis vingt ans désormais – les criminologues, étudiant les deux univers, le savent trop bien – les pannes géantes, le crime, l’espionnage, le sabotage, etc., touchent toujours plus le cybermonde. Ils ont en commun les ravages de terribles virus : COVID-19 (registre biologique) et virus-pirates (numérique). 

Exemple : la grave et méconnue cyber-attaque ayant dévasté, la nuit du vendredi 13 (!) mars, les serveurs de Marseille (ville, communauté urbaine et alentours). Attaque dont les effets locaux sont toujours sévères, quarante jours plus tard.

On comprend que cette ravageuse attaque soit restée inaperçue: assommés, les Français et leurs dirigeants, bientôt confinés, voient leur monde ambiant – le philosophe Martin Heidegger dit « ce qui va de soi pour les masses » ; et du directoire du néo-monde, « le cercle bien arrêté des dispositifs qui organisent la situation de puissance de l’homme » – s’évanouir sous leurs yeux – sans savoir du tout jusqu’à quand. Mais la gravité de l’attaque vaut qu’on s’arrête à Marseille. 

La ville d’abord : 2e métropole de France, l’une des vingt premières de l’Union européenne, 12 000 fonctionnaires ; 200 pour son seul service informatique, qui est énorme : 1 300 serveurs, 6 000 ordinateurs, 450 applications-métiers, etc. Frappée tout autant, la métropole Aix-Marseille, 8 000 agents, en charge des cruciales directions de la voirie, des tunnels, des ordures ménagères, de l’eau, etc. 

Or dans la nuit du 13 mars, une attaque « massive et minutieusement préparée » de pirates encrypte 90% du dispositif – dès lors perdu pour ses utilisateurs. Seul, un ingénieur arrachant au réflexe une prise de courant du mur, empêche l’écran noir total et définitif. L’essentiel des serveurs paralysés : la vie sociale par voie informatique est soudain bloquée dans la métropole de 1,8 million d’habitants. 

Quand débute une crise sanitaire inouïe, 48 heures avant le confinement, sont ainsi inaccessibles : l’état-civil, plus d’enregistrement des naissances et les décès (la crise du COVID-19 débute !) ; les services d’appel du public ; le planning et service des payes de tous les fonctionnaires ; les listes électorales (la nuit du vote du 1e tour des municipales) ; la liste des enfants inscrits en crèche ou à l’école primaire à la prochaine rentrée ; les factures à payer par la mairie à ses prestataires ; les fichiers des permis de construire en cours et des immeubles en péril (à Marseille !), les concessions disponibles dans les cimetières. La police municipale n’enregistre plus les mains-courantes ou procès-verbaux (confinement !). Le 18 avril, la mairie avoue « on est loin d’en être sortis » : il faut « purger » et relancer à la main, un par un, les 1 300 serveurs. Un mois pour rétablir l’application du seul état-civil ; deux mois minimum pour reconstruite un système opérationnel.

À lire également : L’inquiétante impréparation gouvernementale face aux cyberattaques

Pour Marseille, l’attaque est un d’autant plus durable désastre que – erreur confondante – les sauvegardes des fichiers cryptés, elles aussi largement perdues, étaient conservées… sur le même réseau que les serveurs eux-mêmes.

Que s’est-il passé ? « Mespinoza-Pysa » virus-pirate servant à rançonner des villes et entreprises, est connu depuis octobre 2018. Dès juillet 2019, l’entreprise de transferts de fonds Moneygram reste longtemps paralysée, suite à une sauvage attaque de Mespinoza-Pysa. Dès le 16 décembre 2019, le site spécialisé Malware-Warrior avertit ainsi : « Pysa-Ransomware (logiciel-rançonneur) pénètre dans le PC, inaperçu de l’utilisateur, puis encrypte ses fichiers avec un algorithme complexe qui les rend totalement inutilisables. Pysa-Ransomware crypte précisément les fichiers les plus importants pour l’usager : photos, audio, archives et documents de bureau, etc. ». Conclusion claire :  » Supprimez immédiatement Pysa-Ransomware ». 

Avant l’attaque sur Marseille et malgré ses efforts, l’auteur n’a pas trouvé trace d’une alerte à de possibles victimes, dont les grandes villes. Le 18 mars – cinq jours après le piratage, l’Agence nationale en charge, l’ANSSI, réagit (CERT FR-2020-CTI 002) ; elle a « récemment été informée d’attaques informatiques visant notamment des collectivités territoriales françaises… Des analyses sont en cours ». Pour l’ANSSI toujours, qui « se veut rassurante », « ce phénomène n’est pas nouveau ». Suit un simple rappel des mesures de sécurité – sans nulle précision sur d’analogues attaques perpétrées en 2020. 

Côté officiel, 40 jours après le ciblage de Marseille, rien de pertinent n’est paru sur qui fut son initiateur, ni comment – et surtout, pourquoi, l’attaque. Même flou du côté des sites experts en cyber-malveillance : tous ont attendu le 19 mars pour publier le communiqué de l’ANSSI, sans autres précisions.

Sans cruauté exagérée, rappelons enfin que l’avertissement rétrospectif est un ressort majeur du cinéma comique : « Attention cher ami, le plafond est bas »… Pour la victime déjà au sol, à demi-assommée, l’annonce est-elle bien utile ?

*** Toutes précisions et sources disponibles sur demande.Les commentaires de cet article sont à lire ci-aprèsLe sujet vous intéresse ?Mots-clés :cyber attaqueMarseilleFrance2020Thématiques :HIGH-TECHSCIENCEFAITS DIVERSS

https://www.atlantico.fr/decryptage/3589139/l-autre-virus-qui-laisse-le-gouvernement-a-nu–revelations-sur-la-cyberattaque-qui-a-desorganise-marseille-xavier-raufer

Le risque d’une nouvelle barbarie

Le risque d’une nouvelle barbarie

GeopragmaBillet d’actualitéFrancePostCovid-19Emmanuel Macron

Chronique du Figaro du mardi 21 avril 2020 par Renaud Girard*

Malgré sa faible létalité, le Covid-19 nous pose toujours un problème grave : cette pathologie respiratoire est très contagieuse ; elle crée, dans 5% des cas, des suffocations, qui peuvent entraîner une saturation des services hospitaliers de soins intensifs et de réanimation. En attendant le vaccin, nous devrons donc conserver nos « gestes barrières », voire porter des masques dans les lieux clos.

Mais à la menace de voir notre système hospitalier débordé, vient s’ajouter un autre risque : celui d’une nouvelle barbarie dans la manière dont nous regardons nos anciens. Nous n’utilisons plus le beau mot de vieillards, en raison de notre addiction linguistique aux euphémismes.

Dans un éditorial du Figaro du 25 août 2003, intitulé Barbarie française et écrit pendant la canicule estivale qui tua 15 000 personnes en deux semaines, j’avais déjà pointé du doigt la dérive d’une société individualiste et égoïste, où de nombreuses familles avaient abandonné leurs parents dans la solitude, tant la priorité était pour elles de profiter sans contrainte des plages et des boîtes de nuit. Or certaines scènes que nous voyons aujourd’hui relèvent de la même barbarie.

Le 12 avril, la télévision belge RTL Info diffusait un effrayant reportage sur l’EHPAD du Jardin des Plantes, dans le 5ème arrondissement de Paris. On y voyait des personnes âgées séquestrées dans leur chambre, abandonnées et privées des soins les plus élémentaires. Dans les maisons de retraite, où les visites des familles sont interdites, la dureté du confinement risque de provoquer davantage de morts (du fait du manque de soins et de contacts sociaux) que le Covid-19. La civilisation occidentale individualiste a tort de se croire moralement supérieure aux civilisations africaines et orientales, où il ne viendrait à l’idée de personne d’abandonner ses parents âgés à la solitude.

Chez nous, les règles de confinement ont pendant plusieurs semaines interdit à des milliers de Français de se rendre à des enterrements ou au chevet de leurs proches mourants, qui ont rendu leur dernier soupir dans la plus affreuse solitude. Dans son roman L’Etranger, Albert Camus montrait que l’homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère se rend suspect à toute la collectivité. Dans notre nouvelle société, égoïste et obsédée par son « principe » de précaution, l’inversion des valeurs est telle que le suspect est désormais celui qui accomplit les plus anciens rites humains : assister les mourants ; veiller, puis enterrer les morts. Le sort de l’Antigone de Sophocle, condamnée pour avoir enterré son frère, ne nous paraît plus si étranger.

Fort heureusement, Emmanuel Macron a pris conscience de ce problème. Il a décidé d’autoriser les visites aux patients en fin de vie et même les visites en EPHAD, sous certaines conditions. De même, en annonçant la fin du confinement le 11 mai, le Président de la République a pris une décision courageuse, allant à l’encontre de l’avis de l’INSERM et du Comité scientifique, qui souhaitaient un confinement prolongé sans prendre en compte ses risques économiques, sociaux et psychologiques. Comme l’écrit l’historien Marc Bloch dans son livre L’Etrange défaite, où il analyse les causes du désastre français de 1940, le chef est pleinement le chef lorsqu’il refuse « de capituler devant les techniciens. » Macron a eu raison de refuser d’interdire de sortie les personnes âgées. N’infantilisons pas les citoyens français. Ils sont tout à fait capables de s’imposer un auto-confinement, lorsque nécessaire. Il peut y avoir de la barbarie dans le systématisme d’une administration.

Emmanuel Macron devra aussi surmonter bien des égoïsmes, soutenus parfois par certains syndicats, s’il veut remettre au travail une population française désormais droguée au confinement. Pourquoi tant de bureaux de La Poste sont-ils fermés ? Qu’ils réduisent leurs horaires est compréhensible, mais leur fermeture pure et simple ne correspond nullement à ce qu’on est en droit d’attendre d’un service public. Là encore, on retrouve Marc Bloch qui raconte avoir vu des femmes ne pas pouvoir rentrer chez elles en mai 1940, car «de peur d’infliger quelques heures d’un travail supplémentaire à leurs employés, les gares avaient préféré fermer. » Chez Amazon, des employés ont obtenu de la justice que les entrepôts soient fermés jusqu’au 22 avril au motif d’une « mise en danger de la vie d’autrui », sans même se soucier des PME et des logisticiens qui risquaient de faire faillite. Certains enseignants se mobilisent pour exiger que la reprise des classes n’ait lieu qu’en septembre. Faut-il rappeler qu’en 1944, malgré les combats et les bombes, les examens du baccalauréat ont quand même eu lieu en Normandie ? Heureusement pour les malades, les soignants n’ont pas eux aussi invoqué leur « droit » au confinement !

*Renaud Girard, membre du Conseil d’orientation stratégique de Geopragma

http://geopragma.fr/le-risque-dune-nouvelle-barbarie/

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Entretien avec Caroline Galactéros

Entretien avec Caroline Galactéros

GeopragmaAmérique du NordChineFrancePostRussieChineCovid-19Russie

Entretien avec Caroline Galactéros* réalisé par le Business club franco-russe « Nouveaux horizons » le 17/04/2020

Nouveaux horizons : Face au coronavirus, la Chine isole plusieurs régions pendant 90 jours, l’Europe agit en ordre dispersé, l’Amérique est frappée de plein fouet et la Russie confine sa population. Sur le plan géopolitique, quelle puissance va tirer son épingle du jeu à long terme ? Allons-nous, globalement, vers un nouvel équilibre géopolitique à la sortie de cette crise sanitaire, économique et financière et si oui, quelle place y occuperont la France et la Russie ?

CG : Je ne crois pas que l’on change drastiquement d’équilibre. Le choc des empires nouvelle manière, c’est-à-dire des USA et de la Chine, va se poursuivre tous azimuts avec les mêmes enjeux économiques, énergétiques, stratégiques et de modèle de puissance. Mais la crise sanitaire actuelle va accélérer la bascule amorcée depuis le début de la dernière décennie, du leadership global vers la puissance montante chinoise. Le « contre-monde » chinois a pris de l’avance avec cette crise, car il a démontré qu’il pouvait la contenir au sein d’une population d’1,4 milliards d’individus. Il s’offre le luxe désormais de venir à notre secours, et montre au reste du monde sérénité, crédibilité, et solidarité. Quelles que soient les critiques européennes et américaines sur la « culpabilité de Pékin » dans la propagation de la pandémie, celles-ci traduisent notre vision du monde invariablement ethnocentrée, présomptueuse, punitive, culpabilisante et notre manque d’empathie et de solidarité. C’est en outre une très grossière erreur en termes d’influence. Sans parler de la gabegie et du déficit de préparation de nos Etats qui s’étalent aux yeux du reste du monde auquel nous persistons pourtant à vouloir faire la leçon, alors même que nous pataugeons dans la gestion de la crise. Tout cela masque mal notre impuissance propre et l’obsolescence grandissante de nos démocraties post modernes qui, à force de porter le consensus et horizontalité au pinacle, paient très cher leurs abandons de souveraineté stratégique, sanitaire ou industrielle, et se révèlent incapables de gérer efficacement des
enjeux vitaux pour leurs populations et de remplir le premier devoir d’un Etat : la protection de son peuple.

On peut gager que l’on va entrer dans une phase de mutation du capitalisme libéral, marquée par sa fragmentation autour de pôles régionaux de croissance et de développement avec, en surplomb, le duo-duel sino-américain et des luttes d’influence croisées avec alliances variables sans merci pour la captation de ressources, de marchés et d’ascendant, y compris dans le domaine militaire. Dans ce paysage contraint, la Russie, puissance globale résiliente mais économiquement encore fragile, doit tirer son épingle du jeu entre Washington et Pékin et jouer au mieux de l’effet de levier que constitue sa capacité de protection et de réassurance d’un certain nombre d’Etats que l’impérialisme occidental résiduel met en danger. Elle doit demeurer un interlocuteur incontournable pour les « deux Très Grands » et donc maintenir sa capacité d’influence (et de nuisance) sur les théâtres européen, centrasiatique et moyen oriental, mais aussi en Afrique. La France, elle, demeurera je le crains, très inconfortablement paralysée par ses utopies européistes et son allégeance atlantique, à moins qu’elle n’ait l’audace de s’affranchir décisivement, mentalement et concrètement, de la tutelle américaine, et de se remettre à penser et à agir par elle-même. C’est une révolution de l’état d’esprit que nous devons mener. Cet affranchissement doit se baser sur un pivot stratégique vers l’Est, qui n’a rien à voir avec une allégeance à Moscou ou Pékin mais tout à voir avec une définition de nos positions en fonction de nos seuls intérêts nationaux. Sachant que l’intérêt national, comme la souveraineté, n’excluent nullement la coopération ; ils la permettent et la garantissent. Nous devons redevenir une puissance d’équilibre et sortir de l’ornière manichéenne d’un bloc occidental qui n’a plus de sens et tue l’Europe à petit feu dans un marché de dupes suicidaire.

Le premier pas décisif de ce pivot est un rapprochement pragmatique, assumé et multi-sectoriel (économique, sécuritaire, industriel et plus largement culturel) de la France avec la Russie. Les Russes ne veulent plus de l’Europe qui leur a trop longtemps battu froid, mais ils aiment toujours la France et attendent probablement encore de nous, sans toujours se l’avouer, l’étincelle d’une conscience retrouvée d’une communauté de destin dynamique. De toutes façons, pour sortir de la nasse où elle s’est laissée imprudemment enfermée, l’UE doit se penser à l’échelle de l’Eurasie, et se projeter vers la Russie et l’Asie centrale, en nouant partenariats privés et publics avec les institutions eurasiatiques. C’est cet horizon qui lui donnera progressivement un autre statut continental (plus seulement une excroissance de l’empire américain) et la protégera (comme Moscou !) de l’avancée chinoise via les Routes de la Soie comme d’ailleurs d’autres « offensives » plus ou moins charmantes (je pense à celle de la Turquie, très active en Asie centrale). Pour cela, il nous faut réunir quelques européens lucides et courageux, profiter de l’atmosphère de remise en cause permise par la crise, abattre nos œillères américaines qui nous affaiblissent en prétendant nous protéger, et oser enfin être nous. Sinon ce sera la double dévoration, lente mais certaine de l’UE, par l’Est et par l’Ouest, et nous l’aurons bien cherché.

Nouveaux horizons : Maintenant que l’épidémie touche l’économie mondiale, est-il possible de commencer à chiffrer les conséquences de cette crise ? En général, trouvez-vous que les mesures prises par des gouvernements en France et en Russie soient efficaces pour freiner la faillite des entreprises et l’arrêt des économies nationales ?

CG : Il est très difficile de porter un jugement suffisamment renseigné et je ne veux pas tirer sur l’ambulance tricolore. Le gouvernement essaie d’enrayer la spirale d’une grave récession et de soutenir les entreprises et les particuliers mais on ne voit pas de cohérence dans l’approche de la lutte contre la propagation du virus. Le confinement total, absolument désastreux pour notre économie comme pour notre société, a été décidé non par conviction mais par défaut. Notre système sanitaire ne pouvait faire face à la diffusion massive du virus. C’est lui que l’on a protégé – ce qui était nécessaire- mais en se privant, par tabou idéologique, d’une action curative de masse qu’aurait permis un vaste dispositif de tests appuyé sur le maillage de la médecine de ville, suivi du triage, du confinement partiel et d’un traitement systématique des personnes touchées. Le politique a peur de décider et plus encore d’imposer. Il préfère figer tout un pays en espérant que la vague passe plutôt que de prendre des décisions de bon sens qui demandent fermeté et courage mais sont à même de rassurer véritablement nos concitoyens sans les plonger dans la désespérance. Evidemment, pour cela, il faut accepter d’en finir avec nos tabous idéologiques paralysants que sont le refus de fermer nos frontières (alors que l’Allemagne, l’Espagne, la Suisse pour ne parler que d’elles, l’ont fait tout naturellement), celui de trier les populations pour leur bien individuel et pour la sauvegarde collective et d’appliquer un traitement différencié aux divers groupes empêchant la descente aux enfers économique et sociale de pans entiers de la population. Résultat : on attend tous Godot, et la bureaucratisation terrifiante de notre système, à la fois trop centralisé et sans autorité, achève de paralyser et de diviser le pays. La rentrée sera très douloureuse pour tant de salariés et de petits et moyens patrons que cela
pourrait évoluer en désordre social déstabilisateur. Je ne parle pas de l’absence de solidarité et de coordination intra européenne pendant des semaines entières qui révèle combien l’Europe doit se réveiller… La Russie a fermé sa frontière avec la Chine très rapidement puis annoncé progressivement des mesures sanitaires mais aussi de soutien social et économiques très importantes. Je ne suis pas sur place et ne puis juger de leur efficience, mais les échos qui me reviennent, les divers reportages et le ton des interventions présidentielles laissent transparaître une prise en main déterminée de la protection de la société et de l’économie russes qui se traduit d’ailleurs aussi par l’influence décisive de Moscou sur la crise pétrolière actuelle. C’est cette perception d’une unité, d’un lien entre le peuple et le pouvoir et surtout d’une préoccupation véritable du « haut » pour « le bas » qui transparaît. Une nation qui garde son calme et tient le choc, ayant décidé de faire taire ses divisions y compris politiques (notamment sur la réforme constitutionnelle), pendant l’alerte.

Nouveaux horizons : Quelle est votre vision personnelle de l’après-COVID 19 ? Assisterons-nous à une prise de conscience collective, qui nous entraînera vers un changement du système économique mondial ? Quels en seraient les enjeux, pour la France et la Russie, le cas échéant ? Sommes-nous témoins de la fin idéologique de la Mondialisation ?

CG : Vous me pardonnerez mon manque d’enthousiasme mais je ne crois pas vraiment au « rien ne sera jamais plus comme avant ». La très lourde dépression économique qui nous attend en Europe (car je crois que les Etats Unis – comme la Grande-Bretagne – vont s’en sortir bien plus vite que nous notamment grâce à leurs choix monétaires) va plutôt pousser les gouvernements à faire repartir au plus tôt les systèmes productifs. La fin de l’incontinence économique et financière n’est pas pour demain. Toutefois, cela pourrait aussi raviver les débats autour d’un « salaire universel » car des franges entières de population vont se trouver plus rapidement que prévu projetées hors de l’emploi et l’accélération de la mutation technologique du marché de l’emploi sera irrépressible. La charge de la dette va être terrifiante. Il va évidemment falloir travailler plus, se payer moins de dividendes, investir davantage et pour ce qui est de la France, cesser de râler et revendiquer sans cesse. Bref, chacun doit sortir de ses postures idéologiques et de ses revendications sociales interminables pour contribuer au relèvement national. Notre Etat doit se renforcer, redevenir stratège, élargir le socle du régalien, y mettre les moyens (c’est le moment puisque nous avons ouvert les vannes) protéger des secteurs industriels entiers de la prédation étrangère. Là où cela
peut et doit changer, c’est sur la relocalisation progressive de certaines productions stratégiques dont on a bien vu l’affaiblissement collectif aux conséquences humaines tragiques que leur abandon ou leur sous-traitance à l’étranger avait produit. La France « pays sans usines », c’est dangereux et c’est fini. Ce n’est peut-être pas glamour mais…

Quant à « la fin idéologique de la mondialisation », là encore, je ne pense pas qu’on puisse juste la rêver pour qu’elle advienne. La méthode Coué a ses limites. En revanche, on assistera peut-être au reflux progressif de certaines des utopies agissantes qui la portaient… et l’emportaient : l’abaissement souhaitable des frontières et l’inutilité des Etats, l’imparable vertu de « la main invisible du marché », le droit-de-l’hommisme cynique aux conséquences sanglantes, l’interpénétration des économies comme obstacle à la guerre et moteur de la prospérité des masses, le transhumanisme comme Graal, le multiculturalisme communautarisé comme ferment d’une coexistence harmonieuse, le caractère inépuisable d’une planète que l’on a cru pouvoir impunément essorer et qui se dessèche désormais inéluctablement.

La crise du Coronavirus est une crise de la souveraineté, une crise de l’indifférence, une crise de la gouvernance mondiale désormais gravement dysfonctionnelle. Sans angélisme aucun, je crois profondément que c’est le partage de vertus humaines au premier rang desquelles le respect de l’autre, qui peut forger les plus belles alliances politiques mais aussi économiques et culturelles. C’est au renforcement de ces liens que la France et la Russie, mais aussi, plus prosaïquement, les communautés d’affaires russe et française doivent s’atteler et je serais très heureuse d’y contribuer.

*Caroline Galactéros, Présidente de Geopragma

http://geopragma.fr/entretien-avec-caroline-galacteros/

L’économie française est en perdition, mais Emmanuel Macron demande l’annulation de la dette de l’Afrique !

mercredi 15 avril 2020

L’économie française est en perdition, mais Emmanuel Macron demande l’annulation de la dette de l’Afrique !

Le président Macron appelle à effacer la dette africaine, étape selon lui « indispensable pour aider le continent africain à travers la crise du coronavirus ». Les PME, les TPE, les professions libérales et les commerçants français qui vont, eux, devoir rembourser  les emprunts qu’ils vont être contraints de faire pour tenter de survivre, apprécieront !!!
Trois remarques :
1) Si une telle mesure était réellement prise pour aider l’Afrique à lutter contre la pandémie, l’on pourrait la juger comme légitime. Mais, au moment où cette unilatérale proposition présidentielle était faite, et fort heureusement, le continent africain était quasiment épargné par le coronavirus.
2) Depuis des décennies, les pays « riches » ne cessent de consentir à l’Afrique des allègements et des suppressions de dette. Au début des années 2000, les PPTE (Pays pauvres très endettés) ont ainsi bénéficié de considérables remises par les créanciers bilatéraux. Or, à peine sauvés du gouffre de l’endettement, ils y ont replongé…
3) En plus des remises de dette, l’Afrique engloutit année après année, des sommes colossales versées au titre de l’APD (Aide pour le Développement). De 1960 à 2018, le continent a ainsi reçu en dons, au seul titre de l’APD,près de 2000 milliards de dollars (pour une dette d’environ 400 milliards de dollars dont entre 180 et 200 milliards de dollars de dette chinoise), soit en moyenne 35 milliards de dollars par an.En dollars constants, le continent a donc reçu plusieurs dizaines de fois plus que l’Europe du lendemain de la guerre avec le plan Marshall.
Or, ces prêts, ces allègements de dette, ces aides et ces dons n’ont servi à rien car, en plus de sa suicidaire démographie, le continent est paralysé par son immobilisme. En effet, en dehors du don de la nature constitué par le pétrole et les minerais contenus dans son sous-sol, l’Afrique ne produit rien, sa part de la valeur ajoutée mondiale dans l’industrie manufacturière est en effet de moins de 2% dont les 9/10e sont réalisés par deux pays sur 52, l’Afrique du Sud et l’Egypte…
L’annulation de la dette proposée par le président Macron ne changera donc rien à cet état des lieux. D’autant plus que la Chine, prédatrice souriante, est désormais à la manœuvre. Mue par le seul moteur du profit, elle endette chaque jour un peu plus le continent à travers des prêts généreusement octroyés.Ces derniers font replonger les pays bénéficiaires dans la spirale de l’endettement dont ils commençaient tout juste à sortir après les considérables allègements consentis dans les années 2000 aux PPTE par les Occidentaux. Comme ces prêts ne pourront jamais être remboursés, Pékin va mettre la main sur les grandes infrastructures données en garantie par ses débiteurs. Ainsi en Zambie où le gouvernement,  après avoir été contraint de céder à la Chine la ZNBC, la société radio-télévision, s’est vu contraint d’engager des discussions de cession concernant l’aéroport de Lusaka et la ZESCO, la société  nationale d’électricité.
Morale de l’histoire : quand la Chine endette l’Afrique, la France propose de renoncer à sa propre créance…
Bernard LuganPublié par Administrateur à 16:54

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