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Traité d’Aix-la-Chapelle: Une Assemblée parlementaire franco-allemande va voir le jour dans deux mois

Traité d’Aix-la-Chapelle: Une Assemblée parlementaire franco-allemande va voir le jour dans deux mois

Publié par wikistrike.com sur 24 Mars 2019, 17:30pm

Catégories : #Politique intérieure#Politique internationale

Traité d'Aix-la-Chapelle: Une Assemblée parlementaire franco-allemande va voir le jour dans deux mois

Deux mois après la signature du traité d’Aix-la-Chapelle par Emmanuel Macron et Angela Merkel, une assemblée parlementaire franco-allemande s’apprête à voir le jour. En quoi consiste cette chambre binationale ?

Présentée le 22 septembre 2018 par le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, la nouvelle assemblée parlementaire franco-allemande s’est depuis matérialisée et se réunit pour la première fois le 25 mars à Paris.

Cette instance binationale voit donc le jour deux mois après la signature par Emmanuel Macron et Angela Merkel le 22 janvier 2019 du traité d’Aix-la-Chapelle, dont le texte précise : «Le rôle essentiel de la coopération entre l’Assemblée nationale et le Deutscher Bundestag […] constitue une dimension importante des liens étroits entre les deux pays.»

Approuvée respectivement par les deux Parlements, cette nouvelle chambre commune sera composée de 100 parlementaires (50 députés français, 50 allemands) et sera amenée à siéger au moins deux fois par an, alternativement en France et en Allemagne, «pour veiller à l’application des décisions communes des exécutifs, suivre les affaires internationales d’intérêt commun et encore travailler à améliorer la vie des populations transfrontalières», comme le rapporte l’AFP.

Reste que ses attributions concrètes restent quelque peu imprécises. «La nouvelle chambre sera notamment chargée du suivi des questions de sécurité d’intérêt commun pour la France et l’Allemagne, ainsi que des questions internationales et européennes. L’Assemblée commune devra donc traiter, entre autres sujets, de questions économiques et fiscales», analysait l’économiste Lucas Chancel le 8 mars dans les colonnes de Libération.

La possibilité de déroger aux règles du droit national ?

La mission de cette nouvelle instance binationale consiste en tout cas à organiser «la convergence des droits français et allemand dans le but de favoriser la cohésion européenne», explique LCP avant de préciser : «C’est l’équivalent législatif du conseil des ministres franco-allemands, créé en 2003».

En outre, rappelant les liens étroits entre le traité d’Aix-la-Chapelle et la création d’une d’une chambre commune, la chaîne parlementaire explique que la nouvelle assemblée est «le fruit d’un accord préparé par des députés français et allemands» qui acte la possibilité de «déroger aux règles du droit national» dans les régions transfrontalières, une possibilité qui ne devrait toutefois pas conduire à abaisser «les standards en vigueur».

Le traité d’Aix-la-Chapelle évoque en effet, dans son chapitre consacré à la coopération régionale et transfrontalière, la création d’«eurodistricts de compétences appropriées, de ressources dédiées et de procédures accélérées permettant de surmonter les obstacles à la réalisation de projets transfrontaliers».

Si l’initiative correspond à une volonté des deux chancelleries de «renforcer» le projet européen, l’inauguration de cette nouvelle assemblée s’inscrit dans des contextes nationaux délicats alors que ni Emmanuel Macron, ni Angela Merkel n’ont pour l’heure réussi à endiguer les crises politiques auxquelles ils sont tous deux confrontés. En outre, les relations entre les deux pays traversent actuellement une phase de crispation, notamment à cause de leurs divergences quant au gazoduc Nord Stream 2 ou de leur approche sensiblement différente de l’agenda du Brexit.

Fabien Rives

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“Nos” drôles de guerres civiles !

T.C.-70 : “Nos” drôles de guerres civiles !

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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T.C.-70 : “Nos” drôles de guerres civiles !

21 mars 2019 – Avez-vous vu cette formidable similitude de pensée entre deux géants de l’époque ? D’un côté, le président Donald Trump, restitué en français dans dedefensa.org, donc inondé par la langue de la lumière de l’intelligence séculaire de la “Grande Nation” en forme olympique, Trump suggérant qu’il pourrait bien “y avoir guerre civile” (comme un arbitre dirait : “il pourrait bien y avoir penalty”) si les hystériques-USA continuent à hystériser “D.C.-la-folle” ; de l’autre, l’ondulant, froufroutant, souriant-clignotant et suggérant Michel Apathie, – et chuchotant comme un vrai complotiste “Je ne prends pas position, je ne le souhaite pas n’est-ce pas, je fais un constat”, – observant comme une vraie vigie ce même 20 mars (LCI) que l’appel à l’Armée du Roi dont Sa Majesté venait de nous aviser en solennelle clôture de Son Haut-et-Grand Conseil, eh bien cela vous a un petit air de Civil War, non mais sans rire… (les sondages disent de même, Apathie est toujours du côté des sondages.)

Car le mois de mars, vous pouvez m’en croire, – et pour cause !, – c’est bien le mois des fous…

Ainsi faut-il que ces choses soient considérées sérieusement. Il faut dire que ces deux historiques compères-complices-adversaires que sont la France et l’Amérique-USA, la première ayant permis que l’Histoire pourtant rétive accouchât la seconde, semblent aujourd’hui suivre un destin similaire ; comme on se retrouve… Certes, et ce sont de bien étranges retrouvailles alors que les deux pays sont conduits par deux personnalités remarquables, parfaitement illustratives, chacune leur tour et chacune à leur façon, de l’étonnant hyper-narcissisme et de la surpuissance du simulacre de communication caractérisant l’ère postmoderne.

Dotés d’une égale ultra-satisfaction d’eux-mêmes, Macron et The-Donald dansent tous deux sur un volcan grondant qu’ils ont largement contribué à choyer et à réveiller sans mesurer, – mais que leur importe ? – combien cette agitation fait d’eux des pompiers pyromanes, combien leurs folies se répandent dans les structures et les élites de ce qu’ils sont censés réparer et conduire. Venus du cœur du Système, tous deux ébranlent le Système par les effets de leurs actes inconsidérés ; ils sont ainsi des personnages historiques, véritables “bouffons du roi” d’eux-mêmes puisqu’ils sont rois, activant la mécanique de la connexion surpuissance-autodestruction qui est en vérité la véritable fonction du code nucléaire dont les charge leurs très-hautes responsabilités.

Y “aura-t-il guerre civile” ou pas ? Là n’est pas la question, puisque dans cette époque de la communication et du simulacre, l’évocation seule de la chose suffit à la substantiver. D’ores et déjà, ces deux puissants pôles historiques que sont ces deux pays, symboles chacun à leur façon des puissances et des contradictions inouïes de la modernité, sont entrés dans des phases d’agitation extrême qui contribuent à l’accélération de l’autodestruction de l’ensemble-modernité qui est le nécessaire habillage du Système. Nous sommes en guerre-civile.

C’est dans cette conjonction significative de psychologies exacerbées au plus haut sommet de l’État, d’événements créés par leur seule évocation et dont toutes les populations semblent à la fois les craindre et les appeler comme dans un paroxysme libérateur, que se tient un des enjeux essentiels de la Grande Crise d’Effondrement du Système. Nous ne sommes plus, ni dans la géopolitique, ni même dans la communication ; nous sommes à la jointure finale d’un cycle métahistorique, là où les forces suprahumaines développent leur élan ; et les si faibles psychologies de nos dirigeants réduites aux soubresauts de la communication sont les plus affectées, et plongées dans la folie des temps par où nous sommes obligés de passer.

Enfin, il s’avère que l’on pourrait être conduit à penser que Macron-Trump (MacTrump ?) ne sont pas moins que deux fous débridés et leurs guerres civiles des fictions narratives qui peuvent percer le continuum espace-temps aujourd’hui si vulnérables et survenir dans la vérité-du-monde, – qui vont venir peut-être, et brutalement… On “pourrait être conduit”, certes, et l’on n’aurait pas tort, et cela ne serait pas méditer dans la dérision que semblent être ces deux fous. Leurs folies sont nécessaires, elles sont quasiment leur vertu-centrale, parce que, par leur outrance, par leur extrémisme spécifique d’être une folie en plus, elles contribuent puissamment à détruire la folie en place, cette sorte de folie extraordinaire devenue “folie ordinaire” qu’est le Système

Somme toute, l’Histoire, qui sait ce qu’elle fait bien mieux que nos bavardes cohortes de communicants, fait bien de donner une telle importance à ces deux pays, avec leurs présidents-fous. Ces deux-là tiennent leurs rôles, montrant avec éclat l’inversion catastrophique où nous sommes plongés. Ces deux pays sont d’un poids symbolique considérable et leur malheur exprimant le désordre infini de la subversion dont ils ont eux-mêmes accouchée est le signe fulgurant de l’immense crise de la Chute.

Bref… Stay tuned, comme l’on dit.

http://www.dedefensa.org/article/tc-70-nos-droles-de-guerres-civiles

Zone euro : quelle riposte face au risque de crise économique

12/03/201904:38

Le risque de récession est élevé aujourd’hui en Europe. Les prévisions pessimistes se succèdent. L’histoire n’est pas écrite pour autant. A première vue, le panorama des conjonctures nationales demeure hétérogène. Les pays du Sud sont encore dans une séquence de rattrapage, l’Espagne ou le Portugal notamment. Et plus de la moitié des pays de l’UE se maintiennent sur les rythmes supérieurs à 2% de croissance, notamment les PECO. La mayonnaise de la récession européenne, synchrone, n’a donc pas encore pris. En revanche, il est clair que le noyau dur, Allemagne, France et Italie, est à la peine. Et que son affaissement spectaculaire depuis un an risque d’embarquer l’ensemble de la dynamique européenne, si rien n’est fait.


Des choses vont dans le bon sens en Europe

C’est à ce moment que l’Europe peut jouer son rôle. Le président de la Banque centrale européenne ne s’y est pas trompé, lors ses annonces du 7 mars. Il sait que c’est lorsque la mer se retire que surgissent tous les problèmes bancaires et financiers. Il prend les devants côté bancaire en relançant le dispositif de refinancement à long terme, fléché sur les banques, et maintient les taux à leur plancher car il sait aussi que le coût d’un sauvetage sera collectivement bien plus élevé que celui d’une impulsion lancée à temps pour éviter que la dynamique récessive ne s’enclenche.


Alors l’Europe, aujourd’hui plus pragmatique, peut-elle être cette fois-ci au rendez-vous de l’histoire ? Peut-elle jouer son rôle protecteur capitalisant sur les erreurs du retard à l’allumage de l’ère Trichet ? Et mobiliser à temps l’arme budgétaire pour relayer l’arme monétaire ?


A priori, on se dit que les choses ne sont pas mal parties. Clairement, la solution est entre les mains du noyau dur. Et de ce côté, pour des raisons variées, les choses vont dans le bon sens. L’heure est plutôt au relâchement de la discipline budgétaire. En France, après l’inflexion socialo-fiscale mise en place en réponse au mouvement des gilets jaunes. En Italie, avec le changement de cap budgétaire initié par la coalition anti-système issue des élections de mars 2018. Et même en Allemagne, où le gouvernement a lâché du lest sur les fonctionnaires. Et a promis à partir du 1er janvier 2021 la suppression de l’impôt de solidarité finançant la réunification, pour 90% de la population imposable.


Recentrage des économies : le modèle allemand vacille


Mais est-ce suffisant ? Clairement l’Europe, ne réitère pas l’erreur de la pro cyclicité de ses politiques. Clairement, l’inflexion, légère certes, ce produit là où elle doit être opérée en priorité. Et a minima, elle devrait jouer un rôle amortisseur. Mais il faut s’interroger aussi sur les racines de la crise pour prendre la mesure d’un ajustement qui dépasse de beaucoup les simples considérations conjoncturelles.


Si l’Europe est à la peine, et si l’Allemagne est au cœur de son marasme, c’est que la donne de la mondialisation est en passe d’être bouleversée. L’heure est à la croissance autocentrée, c’est-à-dire au repli sur les zones de croissance régionales. Des États-Unis, à la Chine en passant par le Japon, il est clair que les grandes régions du monde jouent la préférence locale. Les États-Unis au premier chef, ne veulent plus être le consommateur en dernier ressort du reste du monde. Leur croissance, doit d’abord bénéficier à leur industrie nationale. Trump porte la croissance américaine, en étendard. Il tempère les tensions à la hausse du pétrole pour ménager le pouvoir d’achat de ses concitoyens. Il baisse les impôts. Et érige des barrières pour se protéger des intrusions étrangères. Et en lançant les hostilités, il oblige tous les autres modèles extravertis à se repositionner. Côté chinois, cela se traduit par un double impératif : la conquête du marché intérieur, et surtout, la conquête du ventre mou de la mondialisation que constitue le marché européen. Une Europe qui fait figure de nouveau consommateur en dernier ressort de l’offre du monde.


Et sous ces coups de butoir, le modèle allemand vacille. Il s’est tout entier bâti sur la constitution d’excédents colossaux pour le financement de ses retraites. Elle n’a eu de cesse d’œuvrer pour consolider sa compétitivité et celle de ses partenaires pour partir à la conquête des marchés extra-européens. Or le nouveau design de la mondialisation invalide toute la stratégie de long terme de la principale économie européenne. Et c’est bien plus qu’une politique de relance, encore balbutiante, qu’il lui faudra pour relever le défi de la nouvelle donne mondiale. Le risque, c’est que arrimée à sa quête d’excédent, l’Allemagne ne transforme l’Europe en champ de bataille de la guerre commerciale qu’elle livre à la Chine. Et que les économies qui demeurent arrimées à leur modèle social ne soient les grandes perdantes de la lutte à mort des grandes économies extraverties. 

En savoir plus

Mots clés :BCEAllemagneFranceMondialisationItalieEuropePolitique budgétaireRécession

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Olivier-Passet-Zone-euro-quelle-riposte-face-au-risque-de-crise-economique_3746973.html

La confrontation sociale se durcit en France

La confrontation sociale se durcit en France

Pour Thierry Meyssan, le Grand débat national est parvenu à distraire les Français de la question de la désindustrialisation posée par les Gilets jaunes. Aussi intéressantes quelles soient, les problématiques abordées par ces bavardages sont absolument secondaires au vu du prodigieux dépassement économique de l’Union européenne par l’Organisation de coopération de Shanghai.

 | DAMAS (SYRIE)  

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Les Gilets jaunes et la réponse d’Emmanuel Macron

Pour répondre au mouvement des Gilets jaunes, le président français Emmanuel Macron avait annoncé des mesures sociales et organisé un débat national de trois mois.

À l’issue de celui-ci, il apparaît que non seulement les positions n’ont pas changé, mais se sont durcies.

Les mesures sociales effectivement mises en œuvre ont consisté à augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs les moins bien payés via la revalorisation d’allocations et non pas par la juste rémunération de leur travail.

Le Grand débat a permis à deux millions de Français de s’exprimer, mais a été largement ignoré par les Gilets jaunes. De très nombreux sujets y ont été abordés (baisse du pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes ; inefficacité de l’État en province, politique énergétique), mais absolument jamais la cause de la crise. Rappelons que celle-ci, loin d’être uniquement française, concerne tous les pays occidentaux depuis la disparition de l’Union soviétique et a été singulièrement aggravée par l’effondrement financier de 2008 [1].

Les Français ont notamment pris conscience du déclassement de la moyenne bourgeoisie, contrainte à quitter les villes et reléguée en « périphérie urbaine ». Ils n’ont toujours pas assimilé la rapide disparition des classes moyennes en Occident et leur soudaine apparition en Asie. Par conséquent, ils n’ont pas encore compris que les maux qui les atteignent sont la conséquence du succès des acteurs capitalistes débarrassés des règles politiques. Ils persistent à tenir les super-riches pour responsables et non pas les leaders politiques qui ont aboli leurs contraintes.

Les délocalisations des entreprises occidentales recourant à un savoir-faire basique sont profitables à tous dans la mesure où de nouvelles entreprises sont créées utilisant un savoir-faire plus élaboré. L’Asie n’a donc pas volé la richesse de l’Occident, mais a bénéficié des investissements occidentaux. L’anomalie, c’est que les responsables politiques occidentaux ont renoncé à réguler ce processus depuis la fin de l’URSS, autorisant non seulement les transferts de technologie en raison des différences de niveau de vie entre pays, mais aussi pour échapper aux responsabilités sociales.

Les Gilets jaunes ont soigneusement évité de se choisir des leaders, laissant la classe dirigeante sans interlocuteur.

Celle-ci, qui au départ était conciliante avec les protestataires, s’est brusquement durcie lorsqu’elle a compris qu’il ne serait pas possible de résoudre la crise sans atteindre directement son propre mode de vie. Elle a alors pris le parti de l’oligarchie contre le peuple, et lancé une répression policière causant de nombreux blessés et invalides. Puis, elle a laissé le champ libre aux anarchistes pour qu’ils troublent l’ordre public durant les manifestations et discréditent ainsi la contestation.

La société française se trouve, à l’issue de ces trois mois, plus consciente du problème et plus profondément fracturée. Deux lectures de la période sont possibles :
- Soit on considère que les événements actuels (augmentation des inégalités, affaiblissement des institutions nationales et passage à un État répressif, concurrence pour représenter le peuple uni) ressemblent à ceux qui conduisirent à la Seconde Guerre mondiale.
- Soit on considère que ces mêmes événements ressemblent à ceux qui suscitèrent le mouvement des Communes libres (dont la plus célèbre est la Commune de Paris).
Ces deux interprétations ne sont pas contradictoires dans la mesure où la Seconde Guerre mondiale fut aussi une manière de répondre à la crise financière de 1929 sans avoir à en tirer les conséquences économiques et sociales.

Un sondage Ifop-Atlantico du 20 mars 2019 montre que si 50 % des Français attendent des réformes, 39 % jugent une révolution nécessaire ; un chiffre deux fois plus important que dans les autres pays occidentaux sondés. Cette appétence révolutionnaire s’explique à la fois par la tradition historique française et par le blocage très particulier des institutions rendant impossible toute solution réformiste (les réformes actuelles sont toujours au service de ceux qui contrôlent les institutions et non de l’Intérêt général).

La situation de la France dans le monde

Considérant que la classe dirigeante française est plus préoccupée de préserver son mode de vie que de résoudre la crise, et que la cause de cette crise est transnationale, nous pouvons anticiper que son évolution dépendra principalement des facteurs extérieurs.

Depuis plusieurs années, un débat agite la classe dirigeante sur un éventuel déclin français. Il n’est pas possible de le trancher puisque la notion de déclin renvoie à des valeurs relatives. Cependant ce qui est certain, c’est que l’Occident en général et la France en particulier ont été largement dépassés par d’autres acteurs.

Depuis 2009 (c’est-à-dire postérieurement à l’effondrement financier de 2008) les États-Unis ont réalisé une croissance de +34%, l’Inde de +96%, la Chine de +139%, tandis que l’Union européenne a décru de -2%.

Durant la même période, les États-Unis, qui ont gouverné le monde unilatéralement après la disparition de l’Union soviétique, ont conservé leur déploiement militaire à l’étranger et leur capacité de production d’armement, mais ont perdu leur supériorité technologique militaire. Ils se sont donc spécialisés dans la guerre asymétrique, c’est-à-dire dans l’encadrement de groupes armés non-étatiques qu’ils arment et financent. Dans la même période, la Russie, dont l’armée post-soviétique était en loques, a été réorganisée et est devenue grâce à sa recherche scientifique la première puissance à la fois en termes de guerre conventionnelle et de guerre nucléaire.

Au plan des Droits de l’homme et du citoyen, les États-Unis sont le seul pays à pratiquer à grande échelle l’assassinat sans jugement, tandis que les pays membres de l’Union européenne (y compris le Royaume-Uni sur le départ) sont les seuls États à convoquer des référendums et à ne pas tenir compte de l’avis exprimé par leurs citoyens. Le taux d’incarcération, qui est de 385 prisonniers pour 100 000 habitants en Russie, est de 655 aux États-Unis, soit 70 % de plus.

Le monde d’aujourd’hui n’a donc plus aucun rapport avec celui d’il y a dix ans. Les États-Unis sont toujours à l’avant-garde de l’Occident, mais celui-ci n’est plus à l’avant-garde du reste du monde. Il est dépassé par la Russie et la Chine aussi bien en termes économiques, que militaires et politiques. Nous continuons pourtant à regarder des blockbusters hollywoodiens, à apprendre l’anglais et à souhaiter passer nos vacances à New York comme si rien n’avait changé.

De ce point de vue, il est illusoire de croire qu’une meilleure répartition des richesses en Occident résoudra le problème comme ce fut le cas au cours des cinq cent dernières années. Il existe bien sûr un conflit de classe qui doit être réglé, mais celui-ci est très secondaire par rapport aux changements internationaux. Toutes les luttes sociales classiques seront insuffisantes parce que l’Occident a perdu sa prééminence.

Comment débloquer la situation ?

Le dépassement de l’Occident par la Russie et la Chine n’est pas une fatalité. Il ne s’agit pas ici de défendre la stratégie énoncée par Paul Wolfowitz à la chute de l’Union soviétique visant à empêcher les concurrents des États-Unis de se développer plus vite qu’eux, mais d’affirmer que le monde serait meilleur si tous pouvaient se développer librement. Il ne s’agit pas non plus de prétendre que tout développement doit se conformer à l’American Way of Life car les ressources de la planète ne le permettent pas, mais d’encourager chaque civilisation à suivre sa voie en respectant son propre environnement.

Tout changement structurel ne peut être ordonné que par un Pouvoir souverain. La seule échelle de gouvernement qui permette de promouvoir l’Intérêt général est la Nation. Il convient donc prioritairement de rétablir la souveraineté nationale. Simultanément, la démocratie doit être instituée dans le cadre national, mais cette question reste secondaire par rapport à celle du service de l’Intérêt général.

Pour la France, cela signifie à la fois l’affranchissement d’un pouvoir politique supranational et d’un commandement militaire étranger, c’est-à-dire la sortie non pas nécessairement de l’Union européenne mais des principes du Traité de Maastricht et non pas de l’Alliance atlantique mais du commandement intégré de l’Otan.

Ce n’est qu’en redevant souveraine que la France pourra jouer un rôle dans le concert des nations. Pour le moment, elle prétend défendre le multilatéralisme là où en réalité, elle pratique une politique de bloc, s’alignant systématiquement sur les positions allemandes.

La première décision à prendre devrait être de mettre fin à la libre-circulation des capitaux. Il ne s’agit pas du tout d’interdire les mouvements d’argent, de remettre en cause le commerce international et de se diriger vers l’autarcie, mais de reprendre le contrôle des richesses nationales qui doivent rester dans le pays qui les a produites.

La seconde décision devrait être de réduire le champ et la durée de la propriété intellectuelle, brevets et droits d’auteur. Les découvertes, les inventions, les créations, les idées en général ne ressortissent pas du droit de propriété individuelle, mais appartiennent à tous. Les exclusivités et les royalties sont des mesures provisoires qui doivent être réglementées au regard du seul Intérêt général.

La troisième décision sera de revoir un à un les accords commerciaux internationaux. Il ne s’agira pas d’instaurer des règles protectionniste au risque d’interrompre le perfectionnement de la production de biens et de services, mais de veiller à l’équilibre des échanges. Ce sont deux objectifs complétement différents.

Les États-Unis eux-mêmes reconquièrent leur souveraineté en renonçant partiellement à leur suprématie impériale et en retournant à une position hégémonique. Identiquement, ils rééquilibrent leur balance commerciale. Par contre, ils maintiennent les abus de propriété intellectuelle qui leur assurent de confortables rentes.

Conclusion

Les réformes sont toujours moins douloureuses que les révolutions. Quoi qu’il en soit, ces changements de longue haleine devront être opérés d’une manière ou d’une autre. Le refus actuel de la classe dirigeante française ne parviendra pas à les empêcher et ne peut qu’espérer faire durer son confort au mépris de la souffrance des autres. Il cessera au plus tard lorsque le Système, dont elle profite pour le moment, commencera à broyer aussi leur mode de vie.

[1] « Comment l’Occident dévore ses enfants », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 décembre 2018

.https://www.voltairenet.org/article205738.html

La révolte du public” : interview exclusive avec Martin Gurri, l’analyste de la CIA qui annonçait la crise des Gilets jaunes dès 2014

PROPHÉTIQUE
“La révolte du public” : interview exclusive avec Martin Gurri, l’analyste de la CIA qui annonçait la crise des Gilets jaunes dès 2014

Atlantico : Votre livre The Revolt of The Public and the Crisis of Authority in the New Millennium (Stripe Press), publié initalement en 2014 et ressorti en décembre 2018 dans une version augmentée, a été présenté comme une forme de prophétie du mouvement des Gilets jaunes en France. Dans quelle mesure pensez-vous que les idées développées dans votre livre correspondent à la situation française ?

Martin Gurri : La thèse de mon livre est que le conflit décisif du XXIe siècle n’est pas un conflit entre gauche et droite, ni entre Islam et Occident, ni même entre démocratie et tyrannie. Aujourd’hui, la lutte cruciale oppose un public en colère, renforcé par la panoplie nouvelle et impressionnante des technologies de l’information, aux élites qui dirigent les grandes institutions de la société moderne, gouvernement compris.

Ces institutions ont reçu leur forme et leur esprit pendant l’ère industrielle. Elles ont un fonctionnement vertical, hiérarchique, procédural et lourd. Elles sont obsédées par les plans quinquennaux et les publications pseudo-scientifiques. Elles revendiquent haut et fort certaines compétences : elles pensent par exemple pouvoir lutter contre le chômage et les inégalités. Pour conserver leur légitimité, ces institutions industrielles ont par conséquent besoin d’avoir le monopole de l’information dans leurs domaines respectifs. Aujourd’hui ce monopole a été balayé par le tsunami d’informations provoqué par la révolution numérique apparue au tournant du millénaire. Un rugissement de nouvelles voix étranges couvre désormais les déclarations et les explications du gouvernement. Or la surabondance d’informations nuit à toutes les formes d’autorité.

Les élites possèdent encore toutes les armes et la plus grande partie de la richesse – mais elles savent qu’elles ont perdu leur autorité, leur capacité à commander et elles sont désorientées et démoralisées. Le public révolté s’organise sur internet et surgit tout d’un coup, à n’importe quel moment, avec des manifestations sur la voie publique qui ont l’air de venir de nulle part. Et les élites sont toujours surprises : de la place Tahrir aux Gilets jaunes en passant par le Brexit, les gouvernements ont été choqués par le changement radical et soudain du paysage politique. Les élites n’avaient aucune idée de ce qui allait se passer et elles n’ont pas encore compris la leçon.

Néanmoins, je ne crois pas aux prophéties. Je pense qu’en principe nous ne pouvons pas connaître l’avenir de systèmes complexes comme le sont les sociétés humaines. Les observateurs doivent avoir pour tâche de décrire avec précision le présent : c’est déjà suffisamment compliqué.

Cela étant, les gilets jaunes et leur mouvement correspondent, dans une très grande mesure, à ma description (et non à ma prophétie) du public révolté. En premier lieu, ils se sont rassemblés en-dessous de la ligne d’horizon numérique, dans des « groupes de colères » sur Facebook, où ils ont pu se déchaîner en une frénésie de revendications et de rejets, et rester quand même à l’abri de la surveillance des médias et des hommes politiques. Après cela, des dizaines de milliers de personnes sont apparues dans les rues, comme par magie, avec, en signe de reconnaissance, le gilet jaune et une puissante rhétorique anti-Macron. Ils n’ont pas de chefs. En fait, ils sont contre tout type de chefs – caractéristique super-égalitaire de tous les mouvements qui naissent en ligne. Ils n’ont pas de programmes. Les programmes proviennent du gouvernement et il ne faut jamais faire confiance au gouvernement. Ils n’ont pas d’idéologie cohérente. Ils ne sont ni à gauche ni à droite, et leur identité est une sorte de non-identité : ce sont des gens venus de rien qui veulent qu’on les reconnaisse comme quelque chose.

Surtout, avec une conviction absolue, ils s’opposent. Le web politique est un lieu fracturé, peuplé de sectes et de groupes d’opinion dissidents. Le public n’est pas un mais plusieurs. Les propositions positives le divisent et le frustrent. Le public ne peut devenir un acteur politique, unifié dans ses objectifs, que dans l’acte de rejet : dans la négation de l’ordre social et politique établi. Et c’est la passion qui imprègne les messages du public sur internet – la rhétorique de la rage attire davantage l’attention, plus elle est violente et véhémente. En fin de compte, une révolte entièrement fondée sur la négation risque à chaque instant de basculer dans le nihilisme. Le vandalisme est pour elle une vertu. La destruction apparaît comme une forme de progrès – comme la démolition de structures d’exploitation corrompues.

Les gilets jaunes sont l’illustration quasi idéale de cette trajectoire et de ces attitudes. Ils ont commencé par les discours de colère sur des groupes Facebook et ont fini par attaquer l’Arc de Triomphe et par mettre des banques en feu. Ils sont également typiques à un autre égard. Le public ne considère jamais qu’un « oui » est une bonne réponse à ses revendications. Il n’y a pas une seule des manifestations de rues que j’ai étudiées qui ait été désarmée suite à des concessions politiques du gouvernement. Le grief qui a enflammé la colère des gilets jaunes était une taxe sur les carburants – mais la rage et les manifestations se sont poursuivies après le retrait de la taxe.

Emmanuel Macron a démarré sa campagne présidentielle en 2017 en publiant un livre, Révolution, afin de convaincre les citoyens français de sa capacité à apporter un changement réel. Ironiquement, un sondage IFOP / Atlantico publié cette semaine montre que 39% des français pensent qu’une révolution est la solution adaptée à la situation française. C’est beaucoup plus qu’en Italie (28%), qu’en Allemagne (20%) ou qu’en Espagne ( 13%). Ne pourrions-nous pas y voir une autre pièce du puzzle décrit dans The Revolt of the Public ?

Ma réponse à cette question est simple : non.

Faire une révolution consiste à conquérir le pouvoir, et le public n’a montré aucune volonté de le faire. Le penseur le plus clair sur ce sujet (comme sur beaucoup d’autres) est Pierre Rosanvallon. DansLa Contre-Démocratie, il écrit : « Le radicalisme n’attend plus un « grand soir » de soulèvement révolutionnaire… Être radical, c’est pointer chaque jour le doit pour blâmer ; c’est retourner le couteau dans les plaies de la société. » C’est bien sûr la rhétorique de la colère qui est la forme privilégiée de discours du public à l’ère numérique.

Personne, public ou élite, ne croit qu’une révolution est souhaitable. Pire, personne ne croit qu’elle est possible. Quelles sont les alternatives à la démocratie libérale ? Quel serait le nouvel ordre ? Le « modèle » chinois ? Le poutinisme ? La démocratie libérale perdure malgré la colère et la méfiance du public car il n’existe actuellement aucune alternative imaginable. Cela lui procure un minimum de stabilité politique mais alimente également le courant du nihilisme : mieux vaut rien, une page blanche, que le statu quo. Notre stérilité conceptuelle a également permis à certains d’embrasser les cadavres d’idéaux anciens, tels que le socialisme et le nationalisme, qui ont été mis de côté par l’histoire.

Je soupçonne que les 39% de Français qui ont voté pour la révolution dans le sondage voulaient dire des choses très diverses par ce geste. Ils avaient sûrement l’intention d’envoyer un message de rejet, mais il y a probablement aussi une cause culturelle. Je suis Américain, mais je suis né à Cuba et j’ai observé qu’en France comme à Cuba, le mot «révolution» est presque synonyme de «patriotisme».

Dans le même sondage, 81% des Français déclarent que l’opposition entre les élites et « le peuple » devrait être forte à court terme. Vous avez fait la différence entre « le peuple » et « le public » dans votre livre. Aujourd’hui, qui est le public en France et quel rapport ce public entretient-il avec les élites ?

Quand j’utilise ce terme « public », je veut montrer que le public n’est pas «le peuple», bien qu’il le prétende souvent. Le public, ce n’est pas non plus « les masses », ce concept qui nous vient du siècle dernier. Ce n’est pas exactement « la foule » non plus, bien qu’à l’heure du téléphone mobile, la foule et le public partagent une relation intime. J’ai tiré ma définition de Walter Lippmann, qui a défini le public non pas comme une classe ou un groupe fixé d’individus, mais seulement comme des personnes qui ont été mobilisées par intérêt commun dans une affaire spécifique. Les gilets jaunes se rassemblent par exemple parce qu’ils veulent se débarrasser de Macron. Les Brexiteers ont été mobilisés par la sortie de l’UE. Les électeurs de Trump ont été mobilisés par la volonté « d’évacuer la vase » de Washington. Il y a toujours un petit intérêt aigu, un irritant, qui donne vie au public. Aujourd’hui, c’est toujours le rejet de quelque chose.

Le public français est le même que partout ailleurs. Il est fracturé sur plusieurs fronts. Il ne peut s’unir et se mobiliser que par opposition à l’ordre établi. Mais il n’a pas d’alternative au système en place et n’a aucun intérêt à prendre le pouvoir : il tombe donc parfois dans le nihilisme.

Les élites françaises, elles, se tiennent difficilement au sommet de la pyramide. Elles avaient autrefois l’autorité suprême dans un système national qui donnait aux puissants un pouvoir supérieur à celui que la plupart des démocraties tolère. À présent, elles sont assiégées par les manifestants et ne savent pas ce qui les attend. Les élites françaises ont, au sens propre, créé le public français, l’ont provoqué par leur aveuglement total et l’ont conduit à son état de malheur actuel. Elles n’ont jamais su que de telles personnes existaient, car celles-ci étaient invisibles du haut de la pyramide.

Bien qu’il soit généralement présenté comme le dernier espoir de maintenir le statu quo, Emmanuel Macron est une des créatures de la révolte du public. En Marche n’existait pas un an avant les élections de 2017. C’est sans précédent dans la Ve République. Macron n’avait jamais été élu avant de remporter la présidence. C’est aussi inédit. Ce sont des personnes neuves – au sens propre puisque de nombreux citoyens sont entrés en politique pour la première fois en soutenant la campagne de Macron. Voilà la marque d’un mouvement populiste. La langue de Macron, qui exhorte les Français à retrouver leur ancienne grandeur, fait souvent écho à celle de Trump.

Il a fallu un nombre important de péripéties et d’accidents pour conduire à l’élection de Macron, mais une fois au pouvoir, il a eu la possibilité étonnante de fusionner les énergies politiques extraordinaires libérées par le public avec la permanence et la vocation des institutions. Cela n’est jamais arrivé. Je ne prétendrai pas comprendre ce qui se passe dans l’esprit du président français et expliquer ce qui ne va pas. Mais il était inexpérimenté. Peut-être qu’il s’est égaré. Il a écrit un livre intitulé Révolution mais il a tout de même parlé d’une présidence jupitérienne et a prononcé son premier discours majeur au château de Versailles. Il est ambitieux. J’imagine qu’il a été tenté par la couronne du Saint-Empire romain germanique : le rêve de devenir le prochain Angela Merkel. Il était quand même issu d’une élite parmi les élites, diplômé des grandes écoles, et il se joignait à sa classe. Les gens autour de lui parlent au mieux avec ignorance et généralement avec mépris du public. Gilles Le Gendre a déclaré à un intervieweur que le gouvernement était « trop intelligent, trop subtil, trop technique » pour que les citoyens ordinaires comprennent ce qu’il était en train de réaliser.

Les 81% des sondés qui ont parlé d’une forte opposition entre le public et les élites avaient certainement en tête ce genre de déclarations.

Comment pourrions-nous réconcilier le nihilisme du public et la revendication de compétence du gouvernement ?

Je reformulerais plutôt ainsi la question : comment pouvons-nous réconcilier un public indiscipliné avec le système démocratique ? Voici le grand dilemme de notre époque : notre énigme du Sphinx. La réponse est généralement formulée en termes économiques. On dit que le public veut plus d’argent, plus d’emplois et plus de programmes gouvernementaux.

C’est peut-être vrai dans des cas spécifiques. Mais je remarque que, à ma connaissance, les membres les plus pauvres ou les plus marginalisés de la société n’ont pas participé à la révolte du public. Les gilets jaunes ne font pas partie des classes les plus démunies de France. Ils possèdent des ordinateurs portables et des smartphones et savent se rassembler sur Facebook. Les indignés en Espagne étaient principalement des universitaires. De même, la foule sur la place Tahrir était composée des enfants des élites égyptiennes éduquées. Aux États-Unis, les manifestations Occupy Wall Street ont perdu leur pouvoir d’attraction lorsque des sans-abris ont commencé à infiltrer le camp des manifestants.

Je n’ai pas de solution définitive – et je me méfie de quiconque prétend en avoir. Nous sommes au début d’une transformation structurelle massive. Le modèle industriel qui, au cours des 150 dernières années, a fait progressivement partie du paysage naturel pour l’humanité est en train de tomber. Et cela inclue tout le modèle de la démocratie issu de la révolution industrielle : partis politiques hiérarchiques, gouvernement dominé par l’exécutif, arrangements entre politique et médias. Beaucoup d’anciennes manières de faire ont déjà été emportées par la tempête.

Mais la démocratie est antérieure à l’ère industrielle et il n’est pas exagéré d’espérer qu’elle y survivra.

Quand je lis les plaintes du public, pas seulement en France, mais dans le monde entier, je trouve deux thèmes primordiaux : la distance et l’échec.

Le public a le sentiment que les élus grimpent au sommet d’une pyramide très raide, puis disparaissent. Les présidents ne sont pourtant pas des dieux olympiens. Les politiciens ne sont pas des stars hollywoodiennes. C’est contraire à l’esprit démocratique. Lorsque le public demande une proximité accrue, les élites apeurées s’éloignent. Le Gendre dirait néanmoins que les élites politiques sont « trop intelligentes » pour cette conversation. Hillary Clinton observerait que, dans tous les cas, ils ont affaire à des personnes « pitoyables ». Si nous voulons réconcilier le public avec la démocratie, nos élites politiques doivent se comporter comme si elles croyaient en l’égalité. Elles doivent parler en langage clair plutôt que jargonner. Elles doivent participer à cette conversation numérique sans fin. Et elles doivent faire plus que parler : elles doivent écouter. Elles doivent descendre de la pyramide, avec moins de gardes du corps, moins de limousines, et se présenter comme appartenant à la même espèce mortelle que le public.

L’échec est moins une évaluation empirique du fonctionnement de l’État moderne qu’une perception, pas entièrement fausse, que les élites promettent beaucoup et qu’elles font peu. Les politiciens affirment de manière extraordinaire leur capacité à « résoudre » le problème du chômage, par exemple, ou encore celui des inégalités économiques. Mais la société n’est pas une équation mathématique. Des conditions historiques complexes ne peuvent pas être « résolues ». Les candidats se présentent donc aux élections avec des promesses qui vont souvent détruire leur crédibilité une fois élus au gouvernement.

Si nous voulons réconcilier le public avec la démocratie, les élites doivent reconnaître les limites du savoir humain et apprendre à parler avec humilité. Elles ne doivent plus tenter le public en leur promettant tous les royaumes du monde. Elles ne doivent plus affirmer que l’état normal du monde, c’est l’utopie, de sorte que toute chute de la perfection doit être imputée à leurs adversaires, à ces forces égoïstes et corrompues. Elles doivent avoir l’honnêteté de dire la vérité comme elles la voient et elles doivent avoir le courage le courage de dire « j’ai eu tort » si nécessaire.

Cela ne sera pas facile. J’imagine que rien de tout cela ne se fera sans conflit. Les élites aiment leur distance par rapport aux « pitoyables ». C’est un des plaisirs de l’élite. Le public, pour sa part, veut croire aux miracles. Les politiciens qui disent la vérité en toute humilité devront surmonter beaucoup de préjugés et persuader de nombreux cyniques. Est-ce impossible ? J’ai dit que je ne croyais pas aux prophéties : je ne peux donc pas prévoir ce qui se passera. Mais à un moment donné, il faut avancer avec foi. Le système démocratique a déjà traversé des périodes de turbulences – par exemple, dans les années 1930, lorsque les gouvernements totalitaires semblaient maîtres de l’avenir. Il n’y a aucune raison de penser que la démocratie ne pourra pas surmonter la crise actuelle de l’autorité.

Après l’érosion des violences de Gilets Jaunes au début de l’année, de nouvelles violences ont eu lieu samedi dernier en France. Le gouvernement français a choisi de répondre à cette question de sécurité en déployant symboliquement l’armée française contre les Gilets Jaunes au prochain acte. Vers quelle fin nous amène une telle logique ? 

Une fois que les manifestations ont commencé, les gouvernements ont très peu d’options. Leur faiblesse sera exploitée par les manifestants. Les démonstrations de force produiront des images numériques choquantes qui scandaliseront les observateurs indépendants. Le gouvernement actuel en France est pris dans cet étau et continue à se tortiller dans tous les sens. Premièrement, il a offert un certain nombre de concessions, notamment le retrait de la taxe sur les carburants. Ensuite, il a organisé un Grand Débat entre Macron d’un côté et des personnes habituellement invisibles de l’autre. Il évoque maintenant la possibilité de déployer l’armée contre les manifestants.

Il se peut fort bien que les gilets jaunes s’épuisent et que leurs revendications prennent fin. C’est ce qui s’est passé en Espagne avec les indignés et en Israël avec le mouvement de « justice sociale ». Dans ces deux cas, les manifestants sont demeurés inconciliables pendant un certain temps, assez long ; mais à la fin, ils ont perdu tout intérêt pour leur cause commune et sont rentrés chez eux. Cependant les initiatives du gouvernement n’ont que très peu à voir avec ça.

Je suppose que votre question signifie que la guerre civile ou l’autoritarisme militaire pourraient être des menaces immédiates pour la démocratie française. Je peux seulement vous dire que, malgré la rhétorique de la colère si répandue aujourd’hui, la violence organisée entre des partis hostiles – les manifestants et le gouvernement, par exemple – n’a pas encore atteint l’ampleur de la guerre civile dans le monde démocratique. Des nihilistes individuels et de petites sectes ont commis des atrocités, comme au Bataclan et plus récemment à Christchurch. De telles horreurs, planifiées dans un but tactique, peuvent-elles se répandre dans toute la société ? ISIS a réussi à le faire au Levant. Mais soyons clairs : dans les pays démocratiques, les horreurs ont été, jusqu’à présent, seulement verbales et virtuelles.

Et l’image d’un Emmanuel Macron autoritaire est, franchement, risible. Évoquer le recours l’armée est un signe de faiblesse. La maladie des gouvernements démocratiques en cette période de turbulence n’est pas d’être devenus dictatoriaux, mais d’avoir perdu la confiance du public et donc leur autorité. C’est le cas pour tous, que ce soit Macron, Merkel, Salvini et Trump. Ils règnent en haut de leurs pyramides en désintégration et ne peuvent faire preuve que de faiblesse face au nihilisme. Si l’on accepte de dire que réformer le système est nécessaire, on doit d’abord s’assurer que chaque essai de réforme prenne en compte ce constat de faiblesse.

CE QUE LE GÉNÉRAL DE VILLIERS A RÉELLEMENT DIT 12 JUILLET

CE QUE LE GÉNÉRAL DE VILLIERS A RÉELLEMENT DIT 12 JUILLET

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10.08.2017

Le mercredi 12 juillet, le Général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armés, était auditionné par la Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée Nationale.

Les fuites relatives à cette audition provoquèrent la violente réaction du Président de la République, qui attaqua alors le Général de Villiers, l’accusant d’avoir « porté sur la place publique » un débat qui n’avait pas lieu d’être. La réaction du Général conduisit à une crise, crise qui se solda par sa démission du poste de chef d’état-major des armées. La publication par l’Assemblée Nationale de cette audition permet aujourd’hui de se faire une idée plus nette des propos qui y furent tenus[2]. Les lecteurs pourront se reporter au texte intégral. Ils constateront que jamais le Général de Villiers n’est sorti de son rôle, qui était d’éclairer la représentation nationale sur l’ensemble des problèmes affectant les forces armées.

Devant la longueur, et aussi la densité de cette audition, on en publie ici des extraits choisis.

 

1  La réduction des forces armées n’est plus possible.

L’un des thèmes importants de l’audition du Général de Villiers a été de mettre en lumière le processus de contractions des forces armées, un processus entamé en 2008, soit sous le mandat de Nicolas Sarkozy, mais qui s’est prolongé sous le mandat de François Hollande. Ce processus rend impossible de nouvelles coupes budgétaires, sous peine de déséquilibrer en profondeur l’ensemble de la défense française. C’est un point important qu’il convient de noter. On le constatera dans l’extrait suivant de l’audition du Générale de Villiers :

« Le système a en outre été fragilisé par le processus qui, entre 2008 et 2014, a affecté la totalité des composantes de nos armées, directions et services : le nombre de militaires est passé de 241 000 à 203 000 et l’organisation territoriale des armées a été repensée de fond en comble, principalement selon une logique d’efficience économique et de réduction des dépenses publiques. Depuis 2008, cinquante formations de l’armée de terre, dix-sept bases aériennes, deux bases aéronavales et vingt bâtiments ont été supprimés.

L’impact de ces réformes, menées dans un laps de temps très court, se fait sentir. Faut-il le rappeler ? Le ministère de la Défense a été le plus important contributeur de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Le modèle s’est alors contracté autour d’un cœur de métier minimaliste, fragilisant du même coup sa cohérence d’ensemble, au moment même où il était davantage sollicité. Lorsque les engagements sont en hausse et le budget, en baisse, j’appelle cela un grand écart. À ceux qui en douteraient, je le dis et je le répète : on a déjà donné, on a déjà tout donné. Il faut maintenant revivifier notre modèle, ce qui, d’ailleurs, n’exclut pas de poursuivre notre transformation permanente et nos réformes de structure pour être toujours plus efficients. »

La position du chef d’état-major est ici très claire. Il n’est plus possible de procéder à de nouvelles coupes. La cohérence d’ensemble des forces armées est aujourd’hui atteinte par ces coupes qui les fragilisent. Il faut donc au contraire commencer à préparer la régénération de l’appareil militaire.

2. Les coupes budgétaires ont des conséquences opérationnelles

Le deuxième point sur lequel le Général de Villiers est explicite porte sur les conséquences opérationnelles de ces coupes et des restrictions budgétaires. Les restrictions budgétaires mettent directement en cause la sécurité des militaires, que ce soit directement (absence ou déficience des blindages et des gilets pare-balles) ou que ce soit indirectement du fait d’un manque de moyen qui contraint les unités à entrer en action sans disposer du soutien, que ce soit le soutien aérien, le soutien de reconnaissance ou autre, adéquat. Des opérations doivent ainsi être reportées, ce qui peut avoir des conséquences opérationnelles extrêmement graves.

« La première consiste à régénérer le modèle, en revenant, au plus vite, sur les lacunes capacitaires les plus pénalisantes, c’est-à-dire sur celles qui menacent directement les aptitudes-clés des armées et qui compromettent dès aujourd’hui la réussite de nos opérations. Concrètement, sur le terrain, le manque d’hélicoptères, de drones ou d’avions ravitailleurs a des conséquences lourdes sur la manœuvre générale : report d’opérations, rupture de permanence, opportunités non saisies, prévisibilité accrue. Il ne s’agit là que d’un exemple parmi d’autres. Pour gagner, il nous faut aussi des gilets pare-balles rénovés, des stocks de munitions reconstitués et davantage de véhicules blindés pour protéger nos soldats. Je rappelle que 60 % de nos véhicules utilisés en opération ne sont pas protégés. Le blindage est le moins que l’on puisse demander et obtenir pour les hommes et les femmes de nos armées qui, eux, ne comptent pas leurs efforts. J’ai encore rapatrié trois blessés le week-end dernier.

Notre deuxième priorité est d’aligner les contrats opérationnels sur la réalité des moyens que nous engageons en opérations, aujourd’hui, considérant, je vous l’ai dit, que le niveau de menace ne diminuera pas dans les années qui viennent. Il faut savoir que nos engagements actuels dépassent d’environ 30 % les contrats détaillés dans le Livre blanc. Les nouveaux contrats devront prendre en compte les effectifs nécessaires, le maintien en condition et la préparation opérationnelle. En 2016, 50 % des rotations des unités de l’armée de terre dans les centres d’entraînement ont été annulées. Les pilotes ont volé en moyenne 160 heures – dont 100 en opération, c’est-à-dire pas à l’entraînement  –, au lieu des 180 heures normées. L’entraînement à la mer de la marine a baissé de 25 %. Une telle contraction du temps et des moyens dévolus à l’entraînement est source de vulnérabilités, auxquelles il convient de mettre un terme sans attendre. C’est le chef de guerre qui vous le dit : à la guerre, toute insuffisance se paie « cash » parce qu’en face, l’ennemi ne s’embarrasse pas de procédés. »

On constate aussi que l’entraînement a été sacrifié, que ce soit l’entraînement des forces aériennes ou des forces navales. Or, la qualité de l’entraînement, et cela est su par les militaires depuis des temps immémoriaux, est une des conditions pour minimiser les pertes en opérations. Que l’on se souvienne de l’adage, maintes fois vérifiés, que « la sueur à l’entraînement évite le sang ». Il est donc clair que l’efficacité et la sécurité des femmes et des hommes de nos forces armées ont été mises en péril par les coupes répétées dans le budget de la défense depuis 2008.

3. La question du budget

Ceci conduit, bien entendu, à la question du budget. Le Général de Villiers salue l’objectif fixé par le Président de la République mais précise par ailleurs qu’il n’est pas « un lapin de six semaines ». Il en appelle donc à la transparence de la décision politique, et précise que les engagements pris doivent être impérativement tenus.

« J’en arrive donc à ma deuxième préoccupation : obtenir des moyens financiers en cohérence avec notre projet. C’est tout l’objet de la trajectoire budgétaire qui doit nous amener à l’objectif fixé par le président de la République : 50 milliards d’euros courants, hors opérations extérieures (OPEX) et hors pensions, en 2025. Se dessinent devant nous trois horizons temporels.

Le premier correspond à la fin de gestion 2017 qui doit absolument être préservée. En opérations extérieures comme sur le territoire national, nos armées assurent la sécurité des Français au quotidien, dans des conditions souvent très difficiles. Comment imaginer ne pas leur donner les moyens nécessaires pour remplir leurs missions ? Les exécutions budgétaires ont été préservées en 2015 et 2016. Cela doit être le cas également en 2017, car les armées ne sont pas moins sollicitées, loin s’en faut.

Le deuxième horizon de très court terme est celui de la loi de finances pour 2018. Cette première marche est essentielle. Je ne suis pas un lapin de six semaines : je sais bien que, si l’objectif de 50 milliards est fixé à 2025 et que la courbe d’évolution du budget démarre très bas, l’élévation de cette courbe ne se produira qu’en fin de période. Nous connaissons la ficelle de cette « remontée tardive » et l’avons déjà expérimentée sous les deux quinquennats précédents.

En ce qui concerne la loi de finances pour 2018, l’équation est simple. Après mise sous contrainte, le socle budgétaire ressort à 34,8 milliards d’euros, dont 32,8 milliards ouverts en loi de finances initiale auxquels il faut ajouter, d’une part, le milliard d’euros décidé par le président Hollande lors du conseil de défense du 6 avril 2016 et correspondant aux besoins supplémentaires indispensables pour faire face à la menace terroriste – non-déflation de 18 750 effectifs et mesures afférentes en termes de fonctionnement et d’infrastructure – d’autre part ; plus 200 millions d’euros décidés ces derniers mois pour financer le service militaire volontaire, la garde nationale avec l’augmentation du nombre de réservistes et les mesures de condition du personnel. Ce socle de 34 milliards d’euros sera dépensé, quoi qu’il arrive. Enfin, il convient d’y ajouter les besoins supplémentaires apparus depuis le 6 avril 2016 : 600 millions d’euros pour soutenir le surcroît d’engagement de nos forces et atténuer le sous-dimensionnement chronique de certains soutiens, dont l’infrastructure et enfin, 200 millions d’euros pour renforcer à très court terme la protection de nos hommes, à titre individuel et pour les équipements – Au total, il convient de bâtir d’emblée sur des bases saines une trajectoire de remontée en puissance pour consolider notre modèle.

Le troisième horizon de court terme est la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025. Elle doit être celle de la régénération et de la projection vers l’avenir. L’ordre de grandeur de l’effort à consentir est d’ores et déjà connu : il s’élève globalement à deux milliards d’euros supplémentaires par an à périmètre constant, hors opérations extérieures et hors pensions. Compte tenu de l’urgence, la LPM doit être votée au plus tôt, c’est-à-dire avant le 14 juillet 2018, pour intégrer comme première annuité le projet de loi de finances 2019. Je rappelle que sous les deux quinquennats précédents, il aura fallu environ deux ans pour que la LPM soit adoptée. »

Il indique aussi que la somme prévue par le budget 2018, et que le Président de la République devait, dans la polémique déclenchée par sa réaction (ou peut-être faut-il parler de sur-réaction) à l’audition du Général de Villiers, mettre en avant comme la « preuve » de son engagement sur les questions de défense, représente en réalité le strict minimum de ce qu’il faut alors dépenser.

Et, en réponse à des questions des membres de la commission, le général revient sur la question de l’annulation des 850 millions d’euros de crédits, annulation que venait d’annoncer M. Darmanin :

« Permettez-moi de revenir sur l’annulation de 850 millions d’euros de crédits en gestion 2017 qu’a annoncée M. Darmanin par voie de presse. Que les choses soient claires : il s’agit d’annulations alors qu’à l’heure actuelle, les crédits ont été gelés à hauteur de 2,7 milliards : 1,6 milliard au titre de la réserve de précaution, 715 millions de report de crédits et 350 millions de surgels. Le ministre des Comptes publics a donc cette fois annoncé une annulation de 850 millions d’euros sur la base du montant du budget total, soit 32,8 milliards, et l’ouverture simultanée d’un décret d’avance de 650 millions d’euros hors pensions, c’est-à-dire au titre du programme 178 « Préparation et emploi des forces ». Reste donc un delta net de 200 millions d’euros. Il m’est un peu délicat de parler de ceci ce matin, dans la mesure où le président de la République n’a pas encore rendu son arbitrage : il le fera certainement demain soir à l’occasion du discours qu’il prononcera à l’hôtel de Brienne.

Quoi qu’il en soit, avant d’envisager les conséquences possibles d’une telle annulation de crédits, il m’importe d’abord de savoir si elle ne sera pas suivie en fin d’année d’autres annulations. Autrement dit, pour garantir le fonctionnement des armées, l’exécution budgétaire de fin d’année ne doit pas être inférieure aux montants inscrits en loi de finances initiale, sans quoi nous nous trouverions dans une situation insoutenable. En outre, aucune autre annulation ni aucun gage ne doivent être décidés d’ici au 31 décembre. Puis le reliquat du surcoût des opérations extérieures – de l’ordre de 300 millions d’euros environ – devra être couvert en fin d’année. Ensuite, il faudra déterminer le niveau du report de charge consenti ; je rappelle qu’en 2016, il s’établissait à environ trois milliards d’euros. Enfin, quid des reports de crédits de 715 millions d’euros : seront-ils reportés sur 2018 ou engagés et ouverts ? »

Il montre bien qu’il s’agit d’une réduction nette, qui vient s’ajouter à d’autres. Il précise que le mécanisme des reports de crédits ne permet pas à la représentation nationale de se faire une idée précise de l’impact des réductions de fait que ces reports entraînent. Ceci renvoie à la question des munitions, une question qui est à l’évidence devenue critique : « Un mot sur les munitions : les réductions décidées ces dernières années ont globalement porté sur les flux, celui de l’entretien programmé du matériel et de l’entretien programmé du personnel, celui des munitions et celui des infrastructures – comme toujours. Oui, il faut reconstituer le flux des munitions et nous ne pourrons pas attendre 2019 ou 2020 ! Nous avons beaucoup consommé et continuons de consommer beaucoup, et pour cause : on ne gagne pas la guerre sans munitions – un fait simple que l’on semble pourtant redécouvrir. Je ne vous donnerai pas de détails sur l’état des différents stocks, mais il n’est plus temps de discuter en termes budgétaires, car nous n’avons pas le choix. Je n’y peux rien ; c’est ainsi. Il faut agir dès 2018 pour plusieurs raisons : d’abord parce que nous sommes « au taquet », mais aussi parce qu’il s’écoule parfois beaucoup de temps entre la commande de la munition et le moment où elle peut être tirée. Les pièces des munitions sont en effet fabriquées dans différents lieux et pays. Au fond, la France a redécouvert la guerre. Or, il n’est pas aisé de relancer une chaîne industrielle, surtout de manière accélérée. Nous devons être en mesure de disposer de stocks de munitions suffisants. Je ne le demande pas pour ennuyer tel ou tel, mais parce qu’encore une fois, c’est ainsi : on ne gagne pas la guerre sans munitions suffisantes. »

Cela renvoie à une évidence. Pour disposer des munitions suffisantes, il faut les produire. Il n’en est pas d’un obus de 155-mm comme d’une ligne budgétaire que l’on peut remettre d’un trait de plume sur un budget. Pour produire ces munitions, encore faut-il que l’appareil industriel puisse le faire dans les temps impartis. De fait, dans le domaine militaire, ce qui importe ce n’est pas le « juste à temps » de l’industrie civile mais bel et bien la constitution de capacités excédentaires, capacités qui pourront être mobilisées en temps de crise et d’urgence. On est donc dans une logique parfaitement différente de celle de l’industrie civile, et encore plus à fortiori de celle de la banque et des banquiers.

4. Sur la coopération européenne

Un dernier point important de cette audition porte sur la coopération européenne. Le Général de Villiers s’exprime assez clairement sur cette dimension de l’effort de défense. Il souligne la différence de structure et de situation de la France avec l’Allemagne. Mais, ce que l’on peut lire aussi « en creux », c’est la nécessité d’avoir une politique française forte qui ne soit pas simplement la symétrique de celle de l’Allemagne, et qui ne soit pas non plus dictée par les traités européens. La coopération qu’évoque le Général de Villiers, elle est entre Nations, avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, mais elle n’est pas au sein de l’Union européenne. C’est un point important dont il convient de se souvenir.

« Vous proposez de dégager l’investissement de défense du calcul du déficit public par rapport à la règle des 3 % du PIB. Je soutiens fermement cette mesure, mais je crois que mon soutien ne suffit pas… C’est un sujet exclusivement politique. Mes homologues européens savent toutefois, en toute objectivité, combien nous contribuons à la défense et à la sécurité de l’Europe. On entend déplorer çà et là que bien des choses vont mal en France. Soit, mais permettez-moi de vous dire ceci : nous avons la première armée d’Europe et elle est considérée comme telle lorsque je suis à Bruxelles. La France dispose de la deuxième armée de l’OTAN. En somme, la France est un grand pays quand elle le veut, et elle l’est aujourd’hui sur le plan militaire. J’ai donc, en tant que CEMA, un rôle dans cette dynamique européenne. L’automne dernier, nous sommes parvenus à réunir les Britanniques et les Allemands dans mon bureau, puis nous avons tenu une réunion du même ordre à Londres ! La prochaine réunion aura lieu à Berlin après l’été. Ce sont des signes ! Nous pouvons explorer d’innombrables pistes de coopération. Nous pouvons coopérer avec les Allemands en matière d’environnement des opérations et de capacités – intelligence, surveillance, reconnaissance (ISR), ravitailleurs, transport aérien, drones – ou encore de logistique et de sécurité et développement, car cette économie puissante peut nous aider. Ils participent à la formation des forces locales, dans le cadre de la mission européenne EUTM au Mali par exemple. Avec les Britanniques, notre coopération porte tout à la fois sur les opérations – j’ai mentionné la CJEF – mais aussi sur les programmes, le traité de Lancaster House ayant tracé de nombreuses pistes. On peut aussi envisager à l’avenir un programme de drone MALE européen avec ceux qui voudront nous rejoindre d’ici à 2025. Autrement dit, je suis persuadé qu’il y a des choses à faire, et je sens une dynamique meilleure qu’auparavant, en particulier avec l’Allemagne, dont je rappelle que la part du PIB consacrée à la défense passera de 1,2 % à 1,5 % en quatre ans, sachant que l’Allemagne a un PIB plus élevé que le nôtre et qu’elle n’assume aucune dépense liée à la dissuasion. C’est dire si, à périmètre équivalent, nous allons devoir nous accrocher pour ne pas être dépassés ! »

Au total, l’audition du Général de Villiers apparaît comme extrêmement digne, responsable, et non pas comme une « mise sur la place publique » du linge sale que le Président aurait souhaité laver en famille. Le fait que le Général de Villiers ait été applaudi sur tous les bancs à la suite de son audition montre bien que, au-delà des désaccords qui peuvent légitimement exister, les membres de la Commission avaient été sensibles à l’exercice démocratique que représente l’information honnête des représentants du peuple !

 

 

Source : https://russeurope.hypotheses.org/6198

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GÉNÉRAL VINCENT DESPORTES : « CETTE DÉCISION D’UTILISER SENTINELLE EST POLITIQUEMENT ET HUMAINEMENT DANGEREUSE. »

France-Rwanda : le député Hervé Berville représentera Emmanuel Macron à Kigali le 7 avril

France-Rwanda : le député Hervé Berville représentera Emmanuel Macron à Kigali le 7 avril

21 mars 2019 à 13h22 | Par 

Invité par la présidence rwandaise à participer aux 25e commémorations du génocide des Tutsi au Rwanda, Emmanuel Macron ne se rendra pas à Kigali le 7 avril. C’est le député Hervé Berville qui représentera officiellement le président français, accompagné d’une délégation de parlementaires.

Ce ne sera finalement pas Emmanuel Macron mais Hervé Berville. Selon nos informations, le président français sera officiellement représenté par le député La République en marche (LREM) de la 2e circonscription des Côtes d’Armor lors de la 25e commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda.

L’invitation officielle du président français par les autorités rwandaises, début mars, avait été vue comme une étape supplémentaire dans le rapprochement actuellement en cours entre Paris et Kigali.  Mais, retenu en France en raison « de la proximité des élections européennes », selon une source à l’Élysée, Emmanuel Macron réfléchissait ces derniers jours à la personnalité susceptible de le représenter à Kigali le 7 avril.


>>> À LIRE – Rwanda : Macron officiellement invité à Kigali pour les 25e commémorations du génocide des Tutsi


Plusieurs raisons justifient le choix d’Hervé Berville, jeune député de 29 ans. Orphelin d’origine rwandaise, né à Kigali, il a été adopté en 1994, à l’âge de 4 ans, par une famille bretonne qui comptait déjà quatre enfants. « Il est proche du président. Le choisir lui, plutôt qu’un ministre, permet aussi d’envoyer un signal nouveau », glisse-t-on à l’Élysée.

Lettre de Macron à Kagame

IL FAUT REGARDER L’HISTOIRE EN FACE ET SE TOURNER VERS L’AVENIR

Selon Paris, les autorités rwandaises ont été officieusement informées de ce choix le 20 mars. Côté rwandais, deux sources officielles ont toutefois indiqué à Jeune Afrique n’avoir pas été, pour l’heure, informées de cette décision.

Une lettre d’Emmanuel Macron à Paul Kagame l’informant qu’Hervé Berville serait son « représentant personnel » aux commémorations du 7 avril devait par ailleurs être envoyée à Kigali incessamment.

« Je suis très honoré mais aussi un peu ému, explique le député à JA. Cela montre la volonté des deux présidents de renforcer les liens entre nos deux pays et de s’appuyer sur la jeunesse pour faire avancer nos relations. Il faut regarder l’Histoire en face et se tourner vers l’avenir. »

Le député, qui est aussi le rapporteur du projet de loi sur l’augmentation de l’aide publique au développement, souhaitée par Emmanuel Macron, conduira une délégation de parlementaires français dans la capitale rwandaise. Seront notamment présents plusieurs élus du groupe d’amitié France-Rwanda, présidé par la députée Sira Sylla. Amélia Lakrafi, la députée LREM de la 10e circonscription des Français établis hors de France – qui couvre le Rwanda -, fera également le voyage.

Grand Remplacement : débat interdit

– Grand Remplacement : débat interdit
https://chaine.tvlibertes.com/widget/i-media-n-242-grand-remplacement-debat-interdit

I-Média n°242 – Grand Remplacement : débat interdit

Grand Remplacement : débat interdit

Après l’attentat de Christchurch, les répercussions ont été énormes dans le monde médiatique français. Le Grand Remplacement ne semble pouvoir être évoqué que pour le nier.

https://www.tvlibertes.com/i-media-n242-grand-remplacement-debat-interdit

LA POLITIQUE INDIENNE DE LA FRANCE SOUS EMMANUEL MACRON PARQIU LIN ENSEIGNANTE À L’UNIVERSITÉ DE QINGDAO, DOCTORANTE À L’UNIVERSITÉ DES LANGUES ÉTRANGÈRES DE BEIJING MARS 2019

RÉSUMÉ
Depuis l’établissement d’un partenariat stratégique entre la France et l’Inde en 1998, les
relations bilatérales se sont progressivement développées. Après avoir pris ses fonctions,
Emmanuel Macron s’est efforcé de renforcer le partenariat stratégique entre les deux pays
dans les domaines militaire, économique et culturel. La politique indienne de M. Macron
est non seulement basée sur les considérations de la recherche d’une influence certaine
dans l’océan Indien, mais aussi sur la nécessité de la protection des intérêts stratégiques
de la France dans cette région et du renforcement des liens économiques entre les deux
pays. La politique indienne lui permet de perfectionner son positionnement en Asie. Dans
le même temps, la politique indienne de M. Macron fait également face à de nombreux
défis.
Mots-clés
Emmanuel Macron; France; Inde; diplomatie française

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