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Les étranges relations de Macron avec le Liban…

Les étranges relations de Macron avec le Liban…

Olivier PiacentiniCatégorie : Editoriaux Il y a 9 heures 2 minutes de lecture

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Au lendemain de la catastrophe de Beyrouth, Macron s’est précipité sur place pour rencontrer le peuple libanais et constater les dégâts. Adoptant, en cela, une posture mitterrandienne : le Président socialiste avait derechef pris l’avion pour se rendre sur les lieux de l’attentat du Drakkar, en 1983. Sauf que cet attentat visait l’armée française, et le Président avait ainsi accompli avec majesté son devoir de Président, comme tous les partis l’avaient salué à l’époque (et jusqu’au FN de Jean-Marie Le Pen).

Dans la situation présente, rien ne s’imposait. D’autant que Macron a largement outrepassé le cadre de sa fonction en pointant sur place les manquements du gouvernement libanais, alors même que les circonstances du drame sont encore assez floues : l’éventualité d’un attentat ne peut être écartée. Dans ce cas, en quoi le gouvernement libanais pourrait-il être tenu pour responsable du drame ? N’y a-t-il pas de la précipitation déplacée de la part de notre Président ?

Pour éclairer sous un autre angle les circonstances de cette suractivité présidentielle, il serait peut-être bon de rappeler certains faits, assez mal connus du grand public. Dans mon dernier livre, OPA sur l’Élysée, je révélais que parmi les 1.800 grands donateurs qui ont contribué à sa campagne de 2017 en lui apportant 9 millions d’euros, 180 étaient des Libanais : les virements partaient directement de comptes bancaires ouverts dans ce pays. Par ailleurs, Bernard Mourad, ancien du groupe Altice (groupe de Patrick Drahi propriétaire de SFR, BFM TV et RMC) et franco-libanais de nationalité, faisait partie de l’équipe de campagne du candidat Macron et était notamment chargé de la collecte de fonds.

On peut alors tout de même s’interroger sur l’empressement d’Emmanuel Macron à venir sur place, et surtout à humilier le président Aoun et le gouvernement, se poser en solution de recours si les choses n’avançaient pas comme il le souhaite : une telle posture a été largement dénoncée comme du néocolonialisme dans la presse française, mais également libanaise.

On nous dira que Macron a déjà souvent, par le passé, fait preuve d’une attitude cavalière à l’endroit des dirigeants étrangers sur leur propre sol : voir la visite au Burkina Faso, en 2018… On ne peut, aussi, tout à fait oublier ses liens avec des intérêts privés, qui l’ont puissamment soutenu en 2017.

Affaire à suivre…

https://www.bvoltaire.fr/les-etranges-relations-de-macron-avec-le-liban/

Le Roi Mohammed VI ordonne l’envoi d’aide humanitaire au Liban

Hautes Instructions Royales pour l’acheminement d’une aide médicale et humanitaire d’urgence à la République LibanaisePOLITIQUE

Le Roi Mohammed VI ordonne l’envoi d’aide humanitaire au Liban

LE 6 AOÛT 2020
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Le Roi Mohammed VI a donné ses instructions pour l’envoi d’une aide médicale et humanitaire d’urgence à la République libanaise, suite à l’explosion tragique survenue dans le port de Beyrouth, faisant plusieurs victimes et des dégâts matériels importants.PUBLICITÉAds by Teads

Le Souverain a ainsi donné instructions pour l’envoi et le déploiement à Beyrouth d’un hôpital militaire de campagne en vue d’apporter les soins médicaux d’urgence aux populations blessées dans cet incident.

Cet hôpital de campagne est composé de 100 personnes, dont 14 médecins de diverses spécialités (réanimateurs, chirurgiens, traumatologues, ORL, ophtalmologues, traitement des brûlés, neurochirurgiens, pédiatres, pharmacien), des infirmiers spécialisés et des éléments de soutien. Il abritera un bloc opératoire, des unités d’hospitalisation, de radiologie et de stérilisation, un laboratoire et une pharmacie.

L’aide marocaine comprend également un lot de médicaments de première urgence, des produits alimentaires (des conserves, des légumineuses, du lait en poudre, de l’huile, du sucre, etc…), des tentes et des couvertures pour l’hébergement des sinistrés. Elle comporte aussi du matériel médical de prévention contre le Covid-19, notamment des masques de protection, des visières, des charlottes, des blouses et du gel hydro-alcoolique. Le Roi Mohammed VI avait adressé, mardi, un message de condoléances et de compassion au Président de la République libanaise, M. Michel Aoun, dans lequel le Souverain exprimait, en son nom et au nom du peuple marocain, ses sincères sentiments de compassion et de solidarité avec le Liban en ces moments difficiles, l’assurant que le Royaume du Maroc se tient de manière constante aux côtés du peuple libanais frère.POUR ALLER PLUS LOIN

L’Ambassadeur Benmoussa souligne la qualité des relations maroco-françaises

Les retombées économiques et sociales de la pandémie au centre du discours royal

LNT avec MAP

https://lnt.ma/le-roi-mohammed-vi-ordonne-lenvoi-daide-humanitaire-au-liban/?utm_source=sendinblue&utm_campaign=Newsletter_jeudi_6_aot_2020_alerte_2&utm_medium=email

Macron : « Si des réformes ne sont pas faites, le Liban continuera de s’enfoncer »

Macron : « Si des réformes ne sont pas faites, le Liban continuera de s’enfoncer »

En visite à Beyrouth dévastée et en deuil, le président français va proposer un « nouveau pacte » politique aux responsables libanais.

OLJ / le 06 août 2020 à 12h10, mis à jour à 15h00

Macron :

Le président français, Emmanuel Macron, sur le site des explosions dans le port de Beyrouth, jeudi 6 août 2020. AFP / POOL / Thibault Camus

Le président français, Emmanuel Macron, qui est arrivé jeudi à Beyrouth, deux jours après la double explosion qui a ravagé le port de la capitale, faisant au moins 137 morts, 5.000 blessés et plusieurs centaines de milliers de sans-abris, a annoncé qu’il voulait « organiser l’aide internationale » pour le Liban. Il a appelé dans le même temps les dirigeants libanais à des réformes sans plus tarder, les exhortant à « changer de système ». Fait notoire, le président français a réuni à la Résidence des Pins les représentants des principaux partis politiques, dont le Hezbollah, ainsi que des figures de la société civile, autour d’une même table.

« Je souhaite organiser la coopération européenne et internationale dans les prochains jours pour aider le Liban. Pendant les heures qui viennent, je vais me rendre au port, échanger avec les sauveteurs, les ONG », a expliqué le chef de l’Etat français aux journalistes qui l’attendaient à sa sortie du salon d’honneur de l’aéroport où il a été accueilli par son homologue libanais, Michel Aoun. « Nous allons organiser les choses pour que l’aide puisse arriver sur le terrain. Le plus important, c’est cette solidarité fraternelle à l’égard du peuple libanais. On sera là, et on ne vous lâchera pas », a lancé le président Macron en s’adressant aux Libanais. « Aujourd’hui, la priorité c’est l’aide et le soutien à la population, sans condition. Mais il y a l’exigence que la France porte depuis des mois, des années, de réformes indispensables dans certains secteurs », a ajouté le chef de l’Etat français, citant notamment le secteur de l’électricité. « Si ces réformes ne sont pas faites, le Liban continuera de s’enfoncer », a-t-il averti, alors que le pays connaît sa pire crise en trente ans. M. Macron a indiqué qu’il souhaitait avoir « un dialogue de vérité » avec les responsables libanais, « car au-delà de l’explosion, nous savons que la crise ici est grave, elle implique une responsabilité historique des dirigeants en place ».  » J’ai souhaité aussi rencontrer la société civile, des intellectuels, (…) afin d’avoir une autre voix et un autre regard sur le Liban contemporain et sa crise. C’est un autre dialogue que nous devons avoir et que je souhaite mener aujourd’hui », a enfin indiqué le chef de l’Etat français.

Le président français Emmanuel Macron (g) à son arrivée jeudi à l’AIB où il a été accueilli par son homologue libanais Michel Aoun. Dalati Nohra/Handout via REUTERS

« De bons espoirs » de retrouver des survivants
Après sa brève déclaration à la presse, M. Macron s’est rendu sur le site des explosions, accompagné de la délégation française dont son chef de la diplomatie Jean-Yves Le Drian. Sur place, interrogé par le président français, un colonel de la sécurité civile française, engagé dans les recherches de disparus au port, a estimé qu’il y avait de « bons espoirs » de retrouver « des personnes vivantes ». « On recherche sept ou huit personnels disparus, qui seraient coincés dans une salle de commande enterrée par l’explosion », a indiqué le colonel Vincent Teissier. « On pense qu’il y a de bons espoirs de retrouver (…) des personnes vivantes », a-t-il dit.https://platform.twitter.com/embed/index.html?dnt=false&embedId=twitter-widget-0&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1291322465315098630&lang=en&origin=https%3A%2F%2Fwww.lorientlejour.com%2Farticle%2F1228456%2Femmanuel-macron-est-arrive-a-beyrouth.html&siteScreenName=LOrientLeJour&theme=light&widgetsVersion=223fc1c4%3A1596143124634&width=550px

« Changer le système »
M. Macron a par la suite effectué une tournée auprès des riverains dans les quartiers durement affectés de Mar Mikhaël et Gemmayzé.  S’offrant un bain de foule, il a assuré qu’il allait proposer un « nouveau pacte » politique aux responsables du Liban, où la colère populaire gronde contre les autorités après le drame meurtrier du port. Les habitants, ainsi que des manifestants sur place, ont accueilli le président français en scandant des slogans hostiles au chef de l’État libanais, le qualifiant de « terroriste ».  M. Macron s’est arrêté à plusieurs reprises afin d’échanger avec les riverains. Il a écouté leurs doléances, promettant l’aide de la France. « Je suis là aussi pour lancer une nouvelle initiative politique. C’est ce que je vais exprimer cet après-midi aux dirigeants et forces politiques libanaises », a lancé M. Macron à une foule qui scandait « le peuple veut la chute du régime ». Il a assuré qu’il proposerait « un nouveau pacte politique » aux dirigeants libanais et leur demanderait de « changer le système, d’arrêter la division (…), de lutter contre la corruption ».

Une « initiative politique forte »
Au palais de Baabda, M. Macron s’est entretenu avec le président Aoun, le Premier ministre Hassane Diab et le chef du Parlement Nabih Berry.  « Je suis ici pour affirmer la solidarité des Français après les explosions du 4 août », a-t-il déclaré lors d’un bref point presse à l’issue de la réunion. « Je suis aussi venu dire et apporter le soutien de la nation française et du peuple français au peuple libanais », a-t-il ajouté, insistant sur le mot « peuple ». Après être revenu sur les différentes aides déjà envoyées par Paris, il a souligné que ces soutiens se poursuivraient, avec notamment l’envoi de vivres et de matériel de reconstruction.
Déclarant avoir « ressenti la colère dans les rues » de la capitale, le président français est revenu sur la question de la « crise politique et morale » que traverse le Liban « depuis des mois, voire des années ». Il a dans ce cadre estimé que la résolution de cette crise réside dans une « initiative politique forte » et a indiqué avoir présenté « avec beaucoup de franchise » cette « initiative » aux trois présidents. Celle-ci sera développée plus tard dans la journée, lors d’une conférence de presse à 18h30, à l’issue d’une série de réunions avec les chefs de partis et blocs parlementaires ainsi qu’avec des représentants de la société civile à la Résidence des Pins, dernière étape de la visite du président français.

Selon un communiqué publié par Baabda, lors de la réunion, le président Aoun a affiché sa détermination à identifier « les causes de cette tragédie, de ce crime », afin de demander des comptes aux responsables. Michel Aoun a dans ce cadre demandé au président français des images-satellite de la capitale le jour de la double explosion, et M. Macron a promis de lui en fournir. MM. Berry et Diab ont, de leur côté, quitté le palais de Baabda sans faire de commentaire. Le ministre français Jean-Yves Le Drian, qui s’est entretenu avec son homologue libanais Charbel Wehbé, a également refusé de s’exprimer devant la presse.
Selon des informations rapportées par notre correspondante Hoda Chédid, Emmanuel Macron a affirmé au cours de ce sommet que le programme CEDRE était toujours d’actualité et que la France attend les réformes que les Libanais se sont engagés à mener.

Le président français Emmanuel Macron entouré du président Michel Aoun, du Premier ministre Hassane Diab et du président du Parlement Nabih Berry, jeudi au palais de Baabda. REUTERS/Mohamed Azakir

« Le Liban n’est pas seul »
Quelques minutes après son arrivée au Liban, le président Macron avait écrit sur Twitter, en arabe et en français : « Le Liban n’est pas seul ».https://platform.twitter.com/embed/index.html?dnt=false&embedId=twitter-widget-1&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1291300375803449344&lang=en&origin=https%3A%2F%2Fwww.lorientlejour.com%2Farticle%2F1228456%2Femmanuel-macron-est-arrive-a-beyrouth.html&siteScreenName=LOrientLeJour&theme=light&widgetsVersion=223fc1c4%3A1596143124634&width=550px

Le président français est en effet le premier chef d’Etat étranger à se rendre au Liban après cette catastrophe, causée, selon les premiers éléments de l’enquête des autorités, par l’explosion d’un stock de 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium entreposé au port de Beyrouth depuis 2014. Au moins 40 Français ont été blessés dans la double explosion au port de Beyrouth, selon un bilan provisoire communiqué jeudi par le parquet de Paris, qui a élargi son enquête après le décès d’un ressortissant français, l’architecte Jean-Marc Bonfils, installé au Liban où il avait pris part notamment à des projets de restauration de bâtiments détruits par la guerre.Lire aussiAvant Macron, plusieurs chefs d’Etat français au chevet du Liban

Les énormes déflagrations, les pires vécues par le Liban, ont été déclenchées par un incendie qui s’est déclaré dans un entrepôt abritant depuis six ans quelque 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium, « sans mesures de précaution », selon les autorités. Elles ont pratiquement détruit le port et dévasté des quartiers entiers de Beyrouth, soufflant les vitres des kilomètres à la ronde.

« La situation est apocalyptique, Beyrouth n’a jamais connu ça de son histoire », a lancé le gouverneur de la ville, Marwan Abboud, qui avait éclaté en sanglots mardi devant les caméras face au port dévasté. Jusqu’à 300.000 personnes sont sans abri selon lui. L’état d’urgence a été décrété pendant deux semaines.Lire aussiLettre ouverte du Bloc national au président français

Plusieurs pays dont la France ont déjà dépêché des équipes de secouristes et du matériel pour faire face à l’urgence.

Invité sur la radio française Europe 1, le chef de la diplomatie libanaise, Charbel Wehbé, a fait état jeudi de la création d’une commission d’enquête « qui a quatre jours pour donner un rapport détaillé sur les responsabilités ». « Il y aura des décisions judiciaires », a-t-il dit.

https://www.lorientlejour.com/article/1228456/emmanuel-macron-est-arrive-a-beyrouth.html

Explosions à Beyrouth : la classe politique française multiplie les messages de soutien

Explosions à Beyrouth : la classe politique française multiplie les messages de soutien 4 août 2020, 22:48 © MARTIN BUREAU Source: AFP L’Assemblée nationale en juillet (image d’illustration). La classe politique française a fait part de son émotion après les explosions du 4 août dans la capitale libanaise, adressant de nombreux messages de compassion et de solidarité. De tous bords, la classe politique française a réagi sur les réseaux sociaux aux deux explosions successives survenues ce 4 août dans le port de la capitale libanaise, Beyrouth, et qui a fait de nombreuses victimes.  Le président français a réagi dans la soirée pour proposer l’aide de la France : «J’exprime ma solidarité fraternelle avec les Libanais après l’explosion qui a fait tant de victimes et de dégâts ce soir à Beyrouth», a déclaré Emmanuel Macron, assurant que des «secours et moyens français sont en cours d’acheminement sur place».  Même promesse de soutien rapide de la part du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, qui a assuré que la «France se [tenait] et se [tiendrait] toujours aux côtés du Liban et des Libanais», et était «disposée à apporter son assistance en fonction des besoins qu’exprimeront les autorités libanaises». «Nos pensées fraternelles vont au peuple libanais qui vient d’être frappé au cœur de sa capitale», a déclaré pour sa part le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand sur le réseau social.  Le Délégué général de La République en marche Stanislas Guerini a adressé «toute [sa] solidarité aux Libanais après ces terribles explosions et [ses] pensées émues aux victimes et à leurs proches» dans un message. «J’adresse ce soir mes sincères condoléances aux familles endeuillées et à l’ensemble du peuple libanais», a posté de son côté le député et Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure.  «Effroi total devant les images qui nous viennent de Beyrouth. Solidarité avec les victimes et leurs familles», a fait savoir pour sa part le porte-parole du Parti communiste français, Ian Brossat. «Horrible explosion à Beyrouth. La France doit se porter à la rescousse. Le Liban est notre ami», a estimé le chef de file de la France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon. Le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti a quant à lui exprimé sa «stupéfaction face à l’explosion qui vient de frapper Beyrouth», adressant également «une pensée forte pour le Liban et l’ensemble des Français attachés au pays du Cèdre avec lequel nos liens sont historiques et uniques». «De tout cœur avec les Beyrouthins et le peuple libanais suite aux terribles explosions qui ont touché leur capitale. Pensées émues pour les familles et les proches des victimes», a exprimé le député de l’Essonne et président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan. La présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, a déclaré pour sa part sur Twitter : «Terrible explosion sur le port de Beyrouth. Les images sont terrifiantes».  «En ces temps difficiles pour le Liban déjà durement éprouvé par la crise, j’adresse mes condoléances aux familles des victimes et tout mon soutien aux Libanais face à cette tragédie», a-t-elle ajouté.  Le bilan était encore incertain en fin de soirée, mais estimé selon un dernier bilan à 50 morts et plus de 2 700 blessés. 

En savoir plus sur RT France :

 https://francais.rt.com/france/77481-explosions-beyrouth-classe-politique-francaise-multiplie-soutiens-apr%C3%A8s-drame

https://francais.rt.com/france/77481-explosions-beyrouth-classe-politique-francaise-multiplie-soutiens-apr%C3%A8s-drame

Corymbe, une mission à double facette (cap. vaisseau Tranchant)


Corymbe, une mission à double facette (cap. vaisseau Tranchant)

 Nicolas Gros-VerheydeGolfe de Guinéeopération CorymbePHA Tonnerre  6 min read

(B2) Avant la pause estivale, j’ai choisi de donner la parole au commandant du porte-hélicoptères Tonnerre, le capitaine de vaisseau Arnaud Tranchant, qui vient de boucler une présence dans le golfe de Guinée

Le CV Tranchant à bord du PHA Tonnerre (crédit : Marine nationale)

Déclenchée début juin, cette mission est désormais un classique pour la marine nationale. Depuis 1990, un bâtiment est présent dans la zone (1). Cette fois, avec des conditions d’exécution un peu différentes, compte-tenu de la crise du Covid-19.

Corymbe, c’est une mission à multiples facettes en fait ?

— On peut le dire. Notre présence a deux volets. Premièrement, assurer la sécurité des intérêts stratégiques français. Nous réalisons des patrouilles du fond du golfe de Guinée, dans la zone où nos opérateurs industriels sont présents, en interaction avec les forces françaises prépositionnées en Côte d’Ivoire et au Gabon. C’est un volet purement national. Deuxièmement, nous venons en appui aux marines du Golfe (Sénégal, Côté d’Ivoire, Bénin, Togo, Nigeria et Gabon). Nous faisons des patrouilles en commun ou effectuons des vols à leur profit avec notre hélicoptère de bord Caïman (2) pour surveiller la zone économique exclusive, ou lutter contre la piraterie et contre la pêche illégale. Nous faisons des entraînements conjoints et procédons à de multiples échanges.

Cette collaboration est un point important ?

— Bien sûr. Cela permet de partager l’appréciation de la situation. Ensuite le fait que la marine française soit présente régulièrement nous donne de la crédibilité, nous permet de tisser des liens fraternels assez intimes avec ces marines de manière à nous parler comme de vrais frères d’armes.

La crise du Covid-19 a-t-elle entraîné une modification du cours de la mission ?

— En effet. Cette mission a connu des modalités inédites avec six semaines de mer, en quasi autonomie. Nous avons fait juste deux escales de ravitaillement en gasoil à Dakar. Mais sans ravitaillement en vivres, ni en eau [Le Tonnerre est équipé pour produire sa propre eau potable]. C’était exigeant pour les équipages. Mais nous avons réussi à trouver des modalités, pour faire face à la fatigue induite par ces conditions.

Ce n’est pas la première fois que vous êtes dans la zone. La septième si j’ai bien compté. Quelle leçon en tirez-vous ?

— C’est ma septième mission en zone Corymbe. Il y a ici une densité en mer et une grande diversité des acteurs. Entre les pêcheurs locaux, les pêcheurs plus hauturiers, souvent asiatiques, la présence des plate-formes pétrolières, sans oublier les acteurs de la sécurité, privés ou étatiques, on voit bien ici la maritimisation du monde. Il y a énormément de monde sur l’eau. En vingt ans, j’ai pu assister à la densification des activités, avec du coup une évolution de la sécurité, liée à l’augmentation de ces activités, licites ou illicites.

Les marines locales sont-elles en état, à même de contrer cette menace ?

— Je ne porterai pas de jugement sur l’état des marines. Ce que je vois c’est qu’elles produisent des effets opérationnels. Elles ont déjà des capacités et montent en puissance. Elles naviguent, patrouillent, interviennent. Sur le plan du partage de l’information, le processus [de Yaoundé] produit de l’effet. Maintenant, l’intervention maritime reste un enjeu de taille. Il reste toujours des axes d’effort.

La crise du coronavirus a-t-elle aussi fait évoluer les modes d’action des pirates et bandits de mer ?

— La chute du cours de pétrole a produit une évolution du mode d’action des pirates, comme géographique. Le détournement de pétrole (bunkering) devenant moins rentable dans le golfe du Nigeria, ils se sont tournés vers la prise d’otages, lucratif avec les rançons. Les bunkerings étaient auparavant très concentrés dans les zones pétrolières. Mais cette activité d’otages se produit hors de ces zones, beaucoup plus loin des côtes. Ce qui augmente les zones à risque. Il faudra veiller à l’avenir si cette évolution persiste.

Ces attaques restent plutôt violentes, comparé avec ce qui se produit en Afrique de l’Est ?

— Le caractère très violent des actes pirates dans cette zone persiste. Cela n’a pas changé. Ce ne sont pas des pêcheurs reconvertis comme en Somalie. Ici, ce sont des organisations criminelles, organisées dans cet objectif, dont c’est le revenu principal, avec un impératif de résultat. Ce sont des attaques rapides. Ils montent à bord très vite, repartent avec des otages choisis très vite aussi, pour réintégrer leurs bases cachées [d’où ils négocient le versement d’une rançon]. Ils sont armés, avec des capacités d’autodéfense et d’agression importantes. Cela nous oblige à adapter nos modes : l’attaque étant rapide, il faut agir rapidement.

Vous êtes intervenus ?

— À chaque fois que nous avons pu apporter un appui, nous l’avons fait. Nous avons ainsi pu observer [à distance] trois attaques pirates (3). Toutes trois ont débouché sur des prises d’otages. Pour deux sur trois, nous étions trop loin pour intervenir. Une était davantage à portée. Nous avons déployé notre hélicoptère Caïman pour permettre le pistage de tous les navires à proximité. Les informations ont été transmises aux marines partenaires pour leur permettre d’agir. Nous nous sommes ensuite approchés du navire piraté, pour réconforter les marins, voir s’il y avait des blessés, recueillir les informations. C’est toujours utile pour connaître les modalités d’action des pirates.

Après Corymbe, quel est votre programme ?

— Retour à Toulon, où nous serons en alerte en métropole. En fin année, le navire connaitra un arrêt technique. Et l’année prochaine (2021), nous assurerons la mission ‘Jeanne d’arc’ de formation des jeunes officiers…

(Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde)

Entretien réalisé le 11 juillet 2020, par téléphone alors que le PHA Tonnerre était dans le Golfe de Guinée par une mer plutôt forte.


Le volet ‘coopération’ de la mission

La mission Corymbe a débuté par des entraînements conjoints avec les éléments français au Sénégal (EFS) et la marine sénégalaise. Fin juin, il s’est d’abord entraîné avec le patrouilleur ivoirien L’Emergence la lagune d’Abidjan, puis, dans le golfe de Biafra, avec les forces gabonaises avec, à la clé, entraînement amphibie, plongée et exercice anti-piraterie. L’hélicoptère Caïman a patrouillé ensuite à la demande du Nigéria et du Bénin pour repérer des navires. Après une seconde escale logistique à Dakar, sur le chemin du retour, le Tonnerre a mené un exercice de tenue de situation « surface » et un treuillage avec le patrouilleur sénégalais Fouladou. Au total, plus de 16.000 nautiques parcourus par le navire et 63 heures de vol pour l’hélicoptère Caïman, dont 12 missions de surveillance maritime.


  1. La France déploie au moins une fois par an dans la zone un grand navire amphibie ou porte-avions hélicoptères (Tonnerre, Mistral…).
  2. L’usage de l’hélicoptère a un gros avantage : augmenter l’allonge du navire. L’autonomie assez importante du Caïman lui permet d’intervenir dans un rayon de 100 nautiques environ (avec une demi-heure sur place et le trajet retour). Il est surtout doté d’un radar de veille surface « très performant » qui permet le recueil d’images de jour comme de nuit.
  3. Il y a un système de déclenchement d’alerte, à la fois sur radio VHF et satellite (doublée sur plusieurs fréquences). Cela permet à la fois aux navires publics d’intervenir comme aux navires marchands d’être informés et de se prémunir d’une attaque. Les centres de coordination mondiale sont aussi informés (via satellite), permettant de répercuter l’information sur tous les autres navires.

Lire aussi sur le sujet :

Et notre dossier Mica Center :

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l’université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 – Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir)

https://www.bruxelles2.eu/2020/07/corymbe-une-mission-a-double-facette-cap-vaisseau-tranchant/?utm_source=mailpoet&utm_medium=email&utm_campaign=les-newsletter-total-derniers-articles-de-notre-blog_2

SOMMET EUROPÉEN LABORIEUX : REDUCTION DE LA PAC ET DE LA DEFENSE…

SOMMET EUROPÉEN LABORIEUX : REDUCTION DE LA PAC ET DE LA DEFENSE…

Le diable se cache dans les détails, a-t-on coutume de dire lorsque l’on parvient au stade de la conclusion d’une négociation internationale ardue, encore plus lorsque vient le temps de sa mise en œuvre. Nous en tenons un exemple concret avec l’accord au forceps1 sur un plan de relance massif de l’économie européenne malmenée par la pandémie2 auxquels sont parvenus les chefs d’État et de gouvernement, réunis en live à Bruxelles le 21 juillet 2020. Consensus obtenu à l’issue d’un marathon diplomatique éprouvant de quatre jours, le plus long de ces dernières décennies3. Consensus obtenu après des échanges de noms d’oiseaux entre « pays frugaux » et autres conduits par un Emmanuel Macron déchaîné (il aurait tapé du poing sur la table comme un enfant mal appris)4. Telle est la réalité dans ce qu’elle a de plus crue dans une Europe qui manque de plus en plus d’affectio societatis. Qu’en est-il du contenu même de l’accord à vingt-sept ?

Comme toujours, il y a loin de la coupe (les 500 milliards d’euros de subventions proposés par Berlin, Paris et la Commission européenne, relayé par le Conseil européen5) aux lèvres (les 390 milliards d’euros consentis par les « radins », dont 40 milliards d’euros pour la France6, au prix d’autres concessions). C’est ce que l’on appelle un compromis diplomatique. Reconnaissons que nous ne disposons pas encore du texte intégral de l’accord pour en apprécier tous les détails, surtout ceux qui ont leur importance. Nous en saurons plus dans les semaines à venir. Le battage médiatique auxquels se sont livrés les décideurs français relayés par nos perroquets à carte de presse avant cette rencontre n’a pas permis de répondre entièrement aux promesses de l’accord franco-allemand du 18 mai 2020. Les « États frugaux » ont tenu la dragée haute au couple Macron-Merkel qui ne fait plus la loi à Bruxelles. Même s’il a le mérite d’exister, le résultat n’est pas entièrement à la hauteur des attentes françaises. Ne s’agirait-il qu’un plan pour sauver la face ?7

UN INDÉCENT BATTAGE MÉDIATIQUE FRANÇAIS EX ANTE

Comme souvent, la diplomatie jupitérienne excelle dans une pratique significative de l’arrogance à la française, celle qui consiste à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Conséquence de la déception inhérente à cette approche, les responsables français sont conduits à perdre patience et son calme.

Vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué

Dans les semaines précédant le sommet des 17 et 18 juillet 2020 (durée théorique du sommet), nous avons été soumis à un tir de barrage des communicants de l’Élysée sur le caractère historique du sommet européen avant même que les Vingt-Sept ne se soient mis d’accord sur son contenu. Et cela alors même que des États comme la Pologne et la Hongrie ont rappelé qu’il ne pourrait être question de conditionner le versement de fonds européens au respect de l’État de droit (la fameuse « Europe des valeurs »). Et cela alors même que les « États frugaux » (Autriche, Danemark, Pays-Bas8, Suède auxquels est venue se joindre la Finlande) ont fait part de leurs fortes réserves à l’égard d’un mécanisme de solidarité qui bénéficierait notamment à l’Espagne et à l’Italie9, pays considérés comme des cigales indécrottables. Ce qui devait arriver arriva. Ces derniers n’entendaient pas se faire tordre le bras tant sur le montant de l’enveloppe allouée que sur sa répartition entre subventions et prêts et sur les garanties attendues des cigales10. Il était évident, dans ces conditions, que la bataille serait rude et que la proposition franco-allemande ne serait pas adoptée en l’état.

Perdre patience et son calme

C’est ce qui fut le cas : cinq jours de bataille des chiffonniers révélatrices d’une crise profonde de l’Union européenne. Des batailles de communiqués de presse peu utiles si ce n’est pour amplifier l’étendue du dissensus. « Un accord est possible et un accord est nécessaire » à Bruxelles entre Etats européens sur le plan de relance, après trois jours de négociations jusqu’ici sans issue, estime le 20 juillet 2020 le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire. « L’enjeu de la négociation qui se joue aujourd’hui à Bruxelles c’est la présence de l’Europe parmi les grandes puissances mondiales au 21ème siècle, ou non », a-t-il aussi mis en garde sur RMC-BFMTV. « C’est l’avenir de l’Europe au 21ème siècle qui se joue dans les heures qui viennent à Bruxelles », a insisté le ministre français, alors que le président Emmanuel Macron est sorti de ses gonds pour dénoncer dimanche la mauvaise volonté de certains de ses homologues. « Si nous ne sortons pas plus forts de cette crise économique en rassemblant nos forces, en ayant ces 500 milliards de subventions européennes qui vont permettre aux économies de redémarrer, nous prendrons un tel retard que nous ne le rattraperons jamais », a encore averti Bruno Le Maire. Cet ex-diplomate ne sait toujours pas qu’une négociation est un exercice de patience, de compréhension de la position de ses opposants, non un combat de cour d’école. Il ne faut jamais aller plus vite que la musique. Rien ne sert d’élever la voix. Le plus souvent, cela s’avère contreproductif et contribue à compliquer les choses et à figer les positions antagonistes. Le Conseil européen qui s’achève le démontre, s’il en était encore besoin. Autre sujet à l’ordre du jour, le budget européen à long terme de l’Union européenne (2021-2027), de plus de 1.000 milliards d’euros, dont la plupart des dépenses sont destinées aux agriculteurs et aux pays d’Europe de l’Est.

Après un marathon homérique, l’annonce de l’accord est tombée dans la matinée du 21 juillet 2020. Alléluia ! « Deal » tweetait aux premières heures du jour, le président du Conseil européen, le belge Charles Michel suivi d’un « we did it », tout cela en français dans le texte. Bravo pour la pratique de la langue française en perdition face à l’anglais au sein de l’Union européenne ! Ce qui en dit long sur l’influence réelle de la France dans cette structure vénérée par nos fédéralistes indécrottables et aveugles.

UN REPLI DIPLOMATIQUE FRANCO-ALLEMAND EN ORDRE EX POST

Passons en revue les points d’accord, la mise en garde du parlement européen, les réactions du couple franco-allemand à la manœuvre dans ce marathon diplomatique avant d’en venir aux réserves qu’inspire cet accord en trompe-l’œil si l’on veut bien y regarder de plus près.

Les points d’accord

Quels sont les principaux points de consensus obtenus à l’issue du Conseil européen le 21 juillet 2020 ? Les « pays frugaux » ont obtenu une nouvelle répartition entre prêts et subventions dans l’enveloppe globale de 750 milliards d’euros pour le plan de relance qui viendra abonder le budget communautaire 2021-2027 de plus de 1000 milliards d’euros. La part des subventions est ramenée à 390 milliards d’euros. Ils ont engrangé une clause de conditionnalité. Les dirigeants de l’UE ont, pour la première fois, décidé de conditionner l’octroi de financements européens au respect des principes démocratiques dans l’accord. « C’est la première fois dans l’histoire de l’Europe que le budget est lié aux objectifs climatiques et au respect de l’Etat de droit pour l’octroi des financements », a affirmé Charles Michel. « La Commission européenne a proposé un instrument pour prendre des mesures à la majorité qualifiée en cas de violations de l’Etat de droit », a précisé sa présidente, Ursula von der Leyen. « Un engagement très clair a été pris pour protéger les intérêts financiers de l’Union européenne et contrôler plus strictement les fonds européens », a-t-elle ajouté. Or, on ne trouve aucune référence, si ce n’est une référence ambigüe11, de ce lien dans les conclusions du Conseil européen12. En un mot, accroissement des rabais (ils ont progressé de 43 à 56 milliards d’euros pour les sept années à venir), État de droit sur lequel les avis divergent, climat, de nombreuses concessions ont été consenties pour arracher un compromis à l’arraché des « pays frugaux » qui sont parvenus à faire bloc contre Berlin et Paris. Tout accord présente des contreparties ! Notons que pour bénéficier des subventions européennes, les États membres devront soumettre leur programme de relance à la majorité qualifiée des Vingt-Sept. Ce qui confère aux « pays frugaux un levier d’action non négligeable pour la suite, y compris pour la France. Ils ne manqueront pas d’en jouer, le moment venu. Ce dont ne parlent pas notre clergé médiatique qui répète la voix de son maître.

La mise en garde du Parlement européen

Nous sommes en présence d’un compromis a minima qui devra être approuvé par le parlement européen et par les parlements nationaux. Le président du Parlement européen, David Sassoli rappelle les priorités de son assemblée : la fin des rabais, le développement des ressources propres et le respect de l’État de droit. Dès le 23 juillet 2020, es eurodéputés ont adopté une résolution critique de l’accord européen sur le budget, à rebours des célébrations du début de semaine13. Ils contestent notamment les fortes coupes dans la santé ou la recherche. Même si le scénario est très improbable, les élus, qui sont co-décisionnaires sur les questions budgétaires, peuvent encore bloquer l’ensemble du « deal » à l’automne. Avec la résolution au ton musclé qu’il a adoptée, le Parlement européen envoie un signal clair : rien n’est encore fait pour obtenir son feu vert. En vérité, les élus ont abandonné l’idée de peser sur la structure du plan de relance de 750 milliards d’euros, et sa répartition entre prêts et subventions, qui a déjà fait l’objet d’une âpre bataille entre capitales. Mais ils veulent revoir l’architecture du budget européen sur les sept prochaines années, chiffré à 1 074 milliards d’euros, qu’ils « contestent » en l’état – un terme particulièrement raide, pour des résolutions d’ordinaire plus lisses. L’institution « ne cautionnera pas un fait accompli et est prêt à refuser de donner son approbation », lit-on dans la résolution. Dans la ligne de mire des élus : certaines des coupes décidées en début de semaine, dans les secteurs stratégiques comme la santé, la recherche ou l’éducation (Erasmus+), l’absence de garanties sur les « ressources propres » (des impôts qui permettent à l’Union européenne de se financer, indépendamment des contributions des États au budget de l’Union européenne) ou encore la mollesse de certains compromis, par exemple sur le respect de l’État de droit par les pays membres14. Nous sommes loin d’un accord « historique ».

Les réactions du couple franco-allemand

Quelles sont les réactions du couple franco-allemand ? La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron ont salué mardi une journée « historique » pour l’Union européenne lors d’une conférence de presse commune à Bruxelles. « C’est un changement historique de notre Europe et de notre zone euro », a estimé Emmanuel Macron. « Une étape majeure a été franchie ». « En deux mois, nous avons réussi à bâtir un consensus pour que ce plan de relance inédit devienne une décision et donc une réalité », s’est-il félicité. Plus sobre, Angela Merkel s’est dite « très soulagée » qu’après des négociations difficiles, l’Europe ait montré qu’elle peut encore agir ensemble ». Il s’agit d’« un signal important qui va au-delà de l’Europe », « une réponse à la plus grande crise de l’Union européenne depuis sa création », a-t-elle affirmé. Le couple franco-allemand estime avoir sauvé l’essentiel, le principe d’un endettement commun, au prix de concessions importantes. À contre-courant, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen a qualifié le plan de relance de l’Union européenne de « pire accord pour la France de toute l’histoire de l’UE », le chef des Insoumis Jean-Luc Mélenchon déplorant lui que le président Emmanuel Macron ait, selon lui, « tout cédé ». Toutes les critiques des deux extrêmes de l’échiquier politiques ne sont pas à ignorer. Parfois, elles sont pleines de bon sens, celui qui manque à notre élite énarchique. Sans parler de celles de Bruno Retailleau (président du groupe LR au Sénat) qui stigmatise : « L’Europe des petites cuisines et des grandes dépendances »

Les réserves à l’égard de cet accord

Quelles sont les réserves que l’on peut formuler sur la base de l’expérience de ces sommets sans parler de la pratique française15 ? Tout ceci est bel et bien beau dans l’absolu mais dans le relatif, la situation est plus contrastée. Rappelons que pour sauver l’enveloppe de subventions, il a aussi fallu accepter un budget communautaire contraint : réduction de la PAC16, du Fonds pour une transition juste et stabilisation de la cohésion. L’on a déshabillé Pierre pour habiller Paul. Tel est le constat d’une majorité de parlementaires européens ! Pense-t-on un seul instant que les « pays frugaux » se priveront de la possibilité de bloquer l’attribution de subventions aux pays cigales si les projets ne sont pas conformes aux critères qu’ils ont posés ? S’ils n’ont pas obtenu de droit de veto, ils ont engrangé un droit de regard des Vingt-Sept (à la majorité qualifiée) sur la manière dont les pays bénéficiaires des subventions les dépenseront. Pense-t-on un seul instant que l’on va contribuer à la relance des économies européennes par un accroissement de l’endettement et sans réforme structurelles des États comme l’Espagne17, l’Italie18 sans parler de la France ?19 Dépenser n’est pas relancer !20 Pense-t-on un seul instant que l’on va pouvoir poursuivre sur cette voie sans une harmonisation fiscale que l’on nous promet depuis des décennies ?21

Les fissures, les déchirures, qui se sont accentuées au cours de ce marathon diplomatique, ne s’effaceront pas d’un coup de baguette médiatique quoi qu’en dise Emmanuel Macron sur TF1 à 20 heures le 21 juillet 2020 (il nous dresse un tableau idyllique de ses exploits diplomatiques tout en maquillant grossièrement la réalité objective)22. Elles demeureront quoi qu’en disent certains. La solidarité européenne n’est toujours pas un acquis communautaire en dépit de toutes les pétitions de principe en ce sens. Comme dans beaucoup de domaines, la pandémie a agi comme un révélateur des fragilités existantes. Elle ne les a pas réduites contrairement à ce que certains Candide voudraient nous faire croire23.

LA DÉFAITE EN CHANTANT24

Méfions-nous de l’inflation des qualificatifs (« sommet historique », « journée historique », « plan de relance historique »25, « changement historique pour notre Europe », « plan Marshall » …) qui agrémente les déclarations finales, venant des participants (reprise par les médias ou par quelques experts qui n’ont jamais participé à la moindre négociation26) souhaitant démontrer à leurs concitoyens sceptiques à l’égard du mantra d’une Europe qui les protège que tel est bien le cas (Cf. les déclarations du président du Conseil italien) !

Souvenons-nous de ce qui est advenu du discours historique sur la refondation de l’Europe d’Emmanuel Macron à l’automne 2017 à la Sorbonne !27 Ce n’est qu’à l’usage que nous pourrons mesurer la pertinence de tels jugements de valeur. Dans le cas d’espèce, il faudra attendre plusieurs mois pour mesurer l’impact des décisions adoptées à Bruxelles le 21 juillet 2020 et avant de parler de « revanche de l’Europe »28. Une hirondelle ne fait pas le printemps. Surtout après la faillite européenne sur la gestion de la crise du coronavirus. C’est sur le temps long de la raison et non sur le temps court de l’émotion que se jugera objectivement la portée de cet accord. Emmanuel Macron, dont la côte de popularité n’est pas au beau fixe, avait bien besoin de ce succès à mettre à son crédit, lui qui procède à un remaniement de son équipe à l’Élysée (surtout la cellule communication) pour préparer l’échéance présidentielle de mai 202029.
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Replaçons cet accord dans son contexte plus global. Il se situe à la veille de la reprise des négociations sur le Brexit alors que les Britanniques sont toujours aussi inflexibles et que la Commission européenne semble moins flamboyante qu’elle ne l’était au départ. Le négociateur européen Michel Barnier juge le 23 juillet 2020 « peu probable » à ce stade que les Vingt-Sept et le Royaume-Uni parviennent à un accord commercial dans le cadre des négociations sur leur relation post-Brexit. Un sénateur italien, Gianluigi Paragone, ex-membre du Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) et ancien journaliste de télévision, a lancé le même jour « l’Italexit », parti souverainiste qui vise à sortir son pays de l’Union européenne sur le mode du Brexit britannique. « L’adhésion (au mouvement) ne fera que croître, au même rythme que les mensonges que l’Europe nous raconte », a-t-il déclaré. Ce accord du 21 juillet 2020 se situe juste après que la Grande Chambre de la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) ait invalidé, dans un arrêt du 6 juillet 2020, la décision 2016/1250 de la Commission déclarant l’ « adéquation » de la protection des données assurée par l’accord Privacy Shield.30  Nouvel exemple de soumission face aux États-Unis31. Ce sommet européen, c’est bien l’été de tous les dangers

Guillaume Berlat
27 juillet 2020

1 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Négociations au forceps à Bruxelles, Le Monde, 21 juillet 2020, pp. 1-2-3.
2 Cécile Bouthelet/Thomas Wieder, Pourquoi Merkel s’est converti au plan de relance, Le Monde, 18 juillet 2020, pp. 1-2-3.
3 Camille Neveux, À Bruxelles, la relance dans la souffrance, JDD, 19 janvier 2020, p. 8.
4 Christophe Nobili, Marché conclu après quatre jours et quatre nuits de tumulte. Merkel à Macron : « Alors, euro ? ». Accord et à cri, Le Canard enchaîné, 22 juillet 2020, p. 1.
5 Virgnie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Plan de relance : un sommet de crise pour Charles Michel et l’UE, Le Monde, 17 juillet 2020, p. 4.
6 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Une percée pour aider les États affaiblis par le virus. L’Italie devra toucher 70 milliards d’euros, l’Espagne une soixantaine, et la France, 40 milliards, Le Monde, 22 juillet 2020, p. 3.
7 Martine Orange, Europe : un plan de relance pour sauver la facewww.mediapart.fr , 21 juillet 2020.
8 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Mark Rutte, l’homme du bras de fer avec l’UE, Le Monde, 18 janvier 2020, p. 2.
9 Cécile Bouthelet, L’Allemagne soucieuse d’aider les pays dont dépend son industrie, Le Monde, 18 juillet 2020, p. 3.
10 Laurent Marchand, Démocraties européennes, Ouest-France, 17 juillet 2020, p. 1.
11 Guillaume Berlat, Diplomatie : du bon usage de l’ambiguïté…www.prochetmoyen-orient.ch , 13 juillet 2020.
12 Jean-Baptiste Chastand, Hongrie et Pologne crient victoire. Un compromis ambigu a été négocié sur le respect de l’État de droit, Le Monde, 22 juillet 2020, p. 3.
13 Virginie Malingre, UE : parcours d’obstacle pour le plan de relance, Le Monde, 25 juillet 2020, p. 3.
14 Ludovic Lamant, Budget de l’UE : le Parlement européen menace de rejeter l’accordwww.mediapart.fr , 23 juillet 2020.
15 Emmanuel Lévy, La note qui dézingue le plan de relance français, Marianne, 24-30 juillet 2020, p. 19.
16 Laurence Girard, Le budget de la politique agricole commune, satisfait les agriculteurs, Le Monde, 23 juillet 2020, p. 7.
17 Sandrine Morel (propos recueillis par), Pablo Iglesias : « Un renoncement historique de l’Europe à l’austérité », Le Monde, 23 juillet 2020, p. 2.
18 Jérôme Gautheret, Retour triomphal à Rome de Giuseppe Conte, Le Monde, 24 juillet 2020, p. 5.
19 Patrick Arthus, L’expansion monétaire ne fait que commencer…, Le Monde, 19-20 juillet 2020, p. 27.
20 Nicolas Baverez, « Dépenser n’est pas relancer », www.lefigaro.fr , 19 juillet 2020.
21 Éditorial, La fiscalité européenne reste à harmoniser, Le Monde, 18 juillet 2020, p. 28.
22 Claire Gatinois/Audrey Tonnelier, Emmanuel Macron vante son action européenne, Le Monde, 23 juillet 2020, p. 6.
23 Jacques Myard, Accord de Bruxelles : une bombe à retardement !, http://www.comite-valmy.org/spip.php?article12035
24 Natacha Polony, La défaite en chantant, Marianne, 24-30 juillet 2020, p. 3.
25 Virginie Malingre/Jean-Pierre Stroobants, Europe : un plan de relance historique. L’Europe arrache un plan de 750 milliards, Le Monde, 22 juillet 2020, pp. 1-2.
26 Sylvain Kahn, L’Union européenne est maintenant un État, Le Monde, 23 juillet 2020, p. 24.
27 Europe : le mensonge par omission du président-Cupidonhttps://www.les-crises.fr/europe-le-mensonge-par-omission-du-president-cupidon/ , 21 juillet 2020.
28 Éditorial, La revanche de l’Europe, Le Monde, 22 juillet 2020, p. 26.
29 Olivier Faye, Le chef de l’État continue de remanier son équipe à l’Élysée, Le Monde, 23 juillet 2020, p. 2.
30 Roseline Letteron, Le Privacy Shield enterré par la CJUEwww.libertescheries.blogspot.com , 19 juillet 2020.
31 Sébastien Grob, Et à la fin c’est le dumping qui gagne, Marianne, 24-30 juillet 2020, p. 25.

https://prochetmoyen-orient.ch/sommet-europeen-laborieux-reduction-de-la-pac-et-de-la-defense/

Les trois premières fautes de Jean Castex

PORTUGUÊSTÜRKÇEJPEG - 31.5 koJean Castex est un gascon aux dents longues qui n’est pas sans rappeler le personnage d’Eugène de Rastignac créé par Honoré de Balzac. Faisant passer son ascension sociale avant toute idéologie, il a démissionné de son parti politique d’opposition le 3 juillet au matin afin de pouvoir être nommé Premier ministre d’Emmanuel Macron l’après-midi. Il est membre du Siècle, le club de l’establishment d’affaire.

L’administration française fonctionne très bien toute seule. En ce sens, c’est une des meilleures au monde. Le rôle des ministres n’est pas de se substituer aux directeurs d’administration centrale qui font tourner la machine. C’est au contraire d’adapter l’administration aux changements du monde ; de l’orienter dans le sens imaginé par le président de la République et approuvé par les citoyens lors de son élection.

Le président de la République ne peut avoir d’avis sur tout. Mais ils doit penser les Affaires étrangères et la Défense, la Police et la Justice, la Monnaie et les Impôts. C’est ce que l’on appelle les fonctions régaliennes. Actuellement, il doit repenser cet ensemble pour rétablir le contrat social face à une modification profonde des structures de la société.

Les inégalités de patrimoine se sont considérablement accrues. Au cours des dernières années, les classes moyennes ont fondu comme neige au soleil et une nouvelle classe sociale est apparue qui s’est présentée à la vue de tous lors des manifestations des Gilets jaunes. L’homme le plus riche du pays dispose d’une fortune égale à ce qu’un smicard ne parvient pas à gagner brut en un million et demi d’années. Cet écart astronomique renvoie le pays à une organisation médiévale et rend impossible tout fonctionnement démocratique.

Depuis l’accident cérébral du président Jacques Chirac, le 2 septembre 2005, il n’y a plus de pilote dans l’avion. Lors des trois élections présidentielles de 2007, 2012 et 2017, aucun des candidats élus n’a présenté de vision du pays, juste des mesures sectorielles. Privée d’un président digne de ce nom, la France est dès lors à la dérive depuis 15 ans.

Le nouveau Premier ministre français, Jean Castex, est un très haut fonctionnaire dont tout le monde loue l’efficacité et l’attention aux autres. Mais ce n’est pas un responsable politique capable de fixer des objectifs nouveaux et de repenser l’architecture du système.

Son directeur de cabinet, Nicolas Revel, est partisan d’un atlantisme féroce. Il est le fils de l’académicien Jean-François Revel et de la journaliste Claude Sarraute. Le premier était le principal agent de la National Endowment for Democracy en France. La seconde était chroniqueuse au Monde. Avec humour, elle s’est appliquée à ridiculiser les syndicats ouvriers et à valoriser les combats sociétaux. Mathieu Ricard, le frère de Nicolas, est un porte-parole du dalaï lama qui ne manque jamais une occasion de dénoncer la Chine.

Le bilan des premiers jours de Jean Castex à Matignon est catastrophique. Dans cet article, je pointerai ses trois premières décisions en matière d’organisation du gouvernement, de réponse à la pandémie et de politique européenne.

1- La réforme des cabinets ministériels

Dès la nomination de son gouvernement, le nouveau Premier ministre a réformé la règle limitative imposée par son prédécesseur à la composition des cabinets ministériels. Il a élargi le nombre des collaborateurs politiques de 10 à 15. En effet, les ministres des gouvernements d’Édouard Philippe se plaignaient de ne pas avoir d’équipe assez nombreuse pour pouvoir contrôler les administrations centrales. À quoi servaient donc leurs 10 collaborateurs ? À répondre au public et à améliorer leur image.

Certes, les ministres ne sont pas élus et n’ont donc de compte à rendre qu’au Premier ministre et au président de la République, pas directement aux électeurs. Mais comme chacun pense d’abord à sa carrière, puis à sa fonction, 10 collaborateurs de relations publiques, ce n’est pas de trop.

Dans ces conditions, il ne fallait pas créer 5 postes supplémentaires auprès de chaque ministre, mais veiller à ce que les collaborateurs engagés le soient dans l’intérêt du gouvernement, pas de l’avenir du ministre. En effet, sans préjuger de ce que chacun fera, il est évident que Jean Castex ne souhaite pas que les conseillers interférent avec l’administration, mais qu’ils informent les ministres sur les aspects techniques des dossiers. Ce n’est qu’un tout petit pas en avant qui ne règlera pas le problème.

2- Les masques obligatoires

Juste avant d’être nommé Premier ministre, Jean Castex fut chargé d’une mission sur le déconfinement après l’épidémie de Covid-19. Il est donc censé avoir réfléchi à la prévention de cette maladie.

Alors que le gouvernement précédent avait déclaré que les masques ne servaient pas à grand chose, Jean Castex les a rendus obligatoires. L’opinion publique a interprété à tort ce changement de consigne en fonction de la disponibilité de ces masques : quand il n’y en avait pas, ils ne servaient à rien, quant ils sont là, ils deviennent obligatoires.

En réalité, huit mois après le début de l’épidémie mondiale, on ne sait toujours pas comment ce virus se transmet et donc comment on peut éviter sa propagation. La différence des consignes n’est pas due à la disponibilité des masques, mais à la volonté du nouveau gouvernement de montrer qu’il prend les choses en main. Ce n’est pas une mesure médicale, mais une manière de se rassurer.

Souvenez-vous, lorsque le virus est arrivé en Occident, toutes les autorités affirmaient qu’il se propageait par contact via des surfaces solides. Une hystérie s’est emparée de l’Europe à propos des poignées de portes. Il suffisait d’en toucher une et de porter sa main au visage pour risquer la mort immédiate.

On avait en effet découvert que le virus pouvait survivre quelques heures sur des poignées de porte et même deux jours sur du carton. On en avait conclu que les lettres et paquets devaient être conservés pendant 48 heures avant de les ouvrir. Aujourd’hui, ces consignes paraissent idiotes et personne ne les suit. Pourtant, au plan scientifique, rien n’a changé. On n’en sait pas plus sur les modes de contamination aujourd’hui qu’hier. On a juste remarqué qu’il ne semble pas y avoir de transmission via des surfaces solides. On « croit » donc qu’elle se fait directement par quelques mystérieux liquides humains. L’« opinion » communément admise affirme que la maladie se transmet par les gouttelettes respiratoires. Il convient donc de porter le masque. Mais cette croyance n’est pas plus sûre que la précédente.

Je me souviens que l’on avait agi de la même manière lors de l’épidémie de sida. Le rétrovirus avait été identifié dans le sang et le sperme. On en avait conclu qu’il pouvait se transmettre par les moustiques et la fellation. Pendant trois ans, les autorités sanitaires de nombreux pays ont multiplié les messages de prévention en ce sens. Aujourd’hui, on sait qu’elles se trompaient. Le sida ne se transmet pas par les moustiques, ni par la fellation.

L’erreur est de croire qu’il suffit d’attraper un virus pour tomber malade. Or, le corps humain est prévu pour vivre avec de nombreux virus. La plupart du temps, il sait comment s’en protéger. La Covid-19 est une maladie respiratoire. Elle se transmet donc a priori comme les autres maladies respiratoires : par l’air. Si c’est le cas, les seuls masques utiles doivent être hermétiques, comme des masques à gaz utilisés par les armées ou les laboratoires P4. Les masques chirurgicaux sont au contraire de fausses protection car ils n’adhèrent pas à la peau et laissent passer l’air en de nombreux endroits.

Dans le cas où la Covid-19 se transmet comme toutes les autres maladies respiratoires —ce qui est a priori l’hypothèse la plus probable—, la prévention doit être d’aérer les espaces fermés. Ce que l’OMS avait déclaré au début de la pandémie.

Cependant, un autre problème surgit. On a installé au cours des dernières années des systèmes de climatisation dans de nombreux immeubles. Si l’air climatisé absorbe des vapeurs d’eau contaminée, toutes les autres personnes respirant cet air risquent d’être contaminées. On se souvient de l’épidémie de légionellose (une infection bactérienne pulmonaire grave) lors de la convention de l’American Legion, en 1976 à Philadelphie. La même maladie fut transmise de la même manière, en 2000, à des patients de l’hôpital européen Georges Pompidou à Paris, peu après son ouverture. Il fallut réformer tout le système de climatisation de ce gigantesque hôpital flambant neuf.

Il faut distinguer les systèmes de climatisation qui expulsent l’air à l’extérieur de ceux qui fonctionnent en circuit fermé, diffusant éventuellement la maladie dans tout l’établissement. Les contaminations dans les abattoirs, espaces climatisés en circuit fermé et à basse température, laissent à penser que cette hypothèse devrait être prise très au sérieux.

Envisager cette hypothèse, c’est envisager d’admettre que de nombreux bâtiments modernes doivent être réhabilités, comme on l’a fait avec l’hôpital Pompidou. Ce sont des budgets conséquents comparables à ceux que l’on dépense pour désamianter des immeubles.

Pour un haut-fonctionnaire, il vaut mieux ignorer cette question. Ne rien changer, agir comme d’autres États et rendre obligatoire le port du masque.

3- Le moment hamiltonien

Le projet franco-allemand du chancelier Helmut Köhl et du président François Mitterrand fut conçu durant la Guerre froide. Énoncé par le Traité de Maastricht, en 1992, il se poursuit inexorablement. L’objectif stratégique est de construire une structure supra-étatique capable de neutraliser les divergences d’intérêt entre les deux pays et de rivaliser économiquement avec les États-Unis, la Russie et la Chine. Inexorablement, les pièces du puzzle se mettent en ordre une à une comme ce fut le cas avec le Traité constitutionnel.

Vu l’opposition de nombreux peuples européens à cette construction sous contrôle US, les étapes actuelles sont difficiles à franchir, mais l’épidémie de la Covid-19 permet aux dirigeants allemands et français d’agir à la faveur de la panique sanitaire. C’est le hamiltonian moment (« moment hamiltonien »), par référence à la manière dont Alexander Hamilton fit basculer son pays d’un système de coopération entre États indépendants à une Fédération. Durant la période 1789-95, lorsqu’il fut le 1er secrétaire au Trésor des États-Unis, il fit reprendre les dettes contractées par les États membres lors de la guerre d’Indépendance par le gouvernement fédéral, créant ainsi leur dépendance. Cependant, ce ne fut que soixante-dix ans plus tard, lorsque les États du Sud refusèrent les droits de douane uniques que le gouvernement fédéral tenta de leur imposer dans l’intérêt des États du Nord que le fédéralisme s’avéra un carcan, provoquant la guerre de Sécession.

À l’issue d’un des plus longs sommets des chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne, un plan de 750 milliards d’euros a été adopté par le Conseil européen pour faciliter la reprise économique post-Covid. Il ne sera pas financé par une dévaluation de l’euro car seuls 19 États en sont membres sur 27, mais par des emprunts de 30 ans. Il devrait donc être sinon impossible du moins très difficile d’organiser des sorties de l’Union sur le modèle du Royaume-Uni durant les 30 prochaines années.

Dans un premier temps, lorsque les entreprises recevront des subventions ou des prêts européens, tout le monde se réjouira. Mais lorsque les choses iront mieux et que l’on constatera s’être aliéné pour 30 ans, la révolte grondera.

Ce plan est présenté comme une mesure d’urgence face à une terrible crise. Il ne s’agit que d’un emballage de communication comme l’atteste le fait qu’une fois adopté par le Conseil des chefs d’État et de gouvernement, il a été renvoyé devant le Parlement européen et les parlements nationaux qui ne se prononceront pas avant des mois. Durant toute cette période l’aide prétendument « d’urgence » sera bloquée.

Ce plan est accompagné d’un nouveau budget de l’UE pour les sept prochaines années. Il révèle la vraie nature de cette union : par exemple, alors que l’on communiquait sur la nouvelle « Défense européenne », son budget de la Défense est divisé par deux sans explication.

C’est ce tour de passe-passe que Jean Castex vient d’avaliser, faisant passer le rêve de puissance de Kohl et Mitterrand, puis de Merkel et Macron, avant la volonté d’indépendance des peuples. Il s’agit d’un choix d’une extrême gravité qui s’est déjà fracassé les deux fois où la France seule, puis l’Allemagne seule, l’ont tenté avec Napoléon et Hitler. Dans la version actuelle, les chefs d’État des deux pays sont d’accord entre eux, mais probablement pas leurs peuples et encore moins ceux des autres pays concernés.

Emmanuel Macron et Jean Castex ont accepté à la place des Français d’enchaîner le pays à l’UE pour 30 ans afin de récupérer 40 milliards d’euros. Mais pour quoi faire ? Pour réformer le mode de rémunération du travail et résorber le gouffre social entre les ultra-riches et les autres ? Pour indemniser les Français dont le travail a été détruit par un confinement imposé ? Ou pour gagner du temps tout en préservant la paix sociale ? Malheureusement, ces deux hommes ne veulent rien changer et cet argent sera dépensé en pure perte.

https://www.voltairenet.org/article210583.html

Covid-19 va induire une réévaluation nécessaire des relations franco-chinoises

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Covid-19 va induire une réévaluation nécessaire des relations franco-chinoises

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Publié par Leslie J.Shaw le 17 Juillet 2020

En 2000, dans les 15 États membres de l’Union européenne de l’époque, 28 millions de travailleurs étaient employés dans le secteur manufacturier (24,3 millions en excluant le Royaume-Uni). En 2019, il y avait 21 millions de travailleurs dans l’industrie manufacturière dans les 14 États membres à l’exclusion du Royaume-Uni. En l’espace de deux décennies, ces 14 États membres, pris dans leur ensemble, ont perdu 3,3 millions d’emplois manufacturiers, dont 864 000 en Espagne, 840 000 en France, 616 000 en Italie, 250 000 au Portugal, 142 000 en Belgique et 98 000 en Grèce. Ces 6 pays représentent 85 % de tous les emplois manufacturiers perdus, le seul grand État membre à maintenir son niveau d’emploi manufacturier, à un peu moins de 8 millions, étant l’Allemagne.

Image : FlickrLes raisons de l’effondrement de l’emploi manufacturier dans ces 6 États membres de l’UE sont variées et complexes et comprennent une croissance lente, des changements dans la structure de la demande mondiale, une compétitivité réduite, l’automatisation, la réduction des barrières commerciales, la logistique mondiale, ainsi que des changements structurels, des politiques fiscales défavorables et une immigration massive. L’industrie européenne a toujours été une source importante d’emplois de qualité pour les travailleurs moyennement ou faiblement qualifiés et la perte d’emplois manufacturiers due à la fermeture d’usines, ainsi que l’augmentation des emplois faiblement rémunérés dans les services, ont eu un impact négatif sur la répartition des revenus du travail dans ces pays. Une analyse détaillée des raisons sous-jacentes de ce déclin dépasse le cadre de cette étude, mais nous soutenons que la délocalisation de l’industrie manufacturière vers des économies à bas salaires, associée à une concurrence accrue par les importations et à la perte de parts de marché résultant de l’arrivée de ces économies à bas salaires sur le marché mondial, a joué un rôle majeur.
L’UE représentait 27 % de l’industrie manufacturière mondiale en 2000, mais seulement 22 % en 2018, malgré l’arrivée de 13 nouveaux États membres. Au cours de la même période, la part de la Chine est passée de 7 à 28 % et celle des États-Unis de 27 à 16,6 %.

Ce gain de puissance économique de la Chine est donc le principal moteur du déclin de la part mondiale de l’UE dans les chaînes de valeur de l’industrie manufacturière. Le déclin de la compétitivité a également contribué à l’érosion de cette part : la présence croissante de la valeur ajoutée étrangère dans la production des entreprises de l’UE n’a pas été compensée par une augmentation correspondante de la participation de l’UE dans les chaînes de valeur servant la demande finale sur les marchés mondiaux. Cet effet a été particulièrement intense pour les produits manufacturés de haute technologie, dont la plupart proviennent désormais de Chine.

La France a toujours été à l’avant-garde de l’engagement européen avec la Chine. En 1964, le président Charles de Gaulle a pris la décision historique de reconnaître la République populaire de Chine et d’établir des relations diplomatiques entre les deux pays. En 1973, le président Georges Pompidou est devenu le premier chef d’État occidental à se rendre en Chine. La France a été le premier pays à entamer une coopération avec la Chine dans le domaine de l’énergie nucléaire – la première centrale nucléaire commerciale de Daya Bay à Shenzhen a été conçue et construite par Framatome entre 1985 et 1993. La France a également été la première puissance occidentale à établir des partenariats économiques avec la Chine, avec des déclarations communes sur un partenariat global en 1997 et un partenariat stratégique global en 2004. En 1964, le commerce bilatéral entre les deux pays s’élevait à environ 100 millions de dollars. En 2018, il a été multiplié par 600 pour atteindre 62,9 milliards de dollars. En termes d’investissements, la France se classe au quatrième rang pour les investissements de l’UE en Chine et au troisième pour les investissements étrangers. En 2018, les IDE vers la Chine ont augmenté de 28 % et les IDE chinois en France ont augmenté de 12 %. L’investissement total entre les deux pays en 2018 s’élève à plus de 40 milliards de dollars.

Cependant, l’examen des chiffres montre que la main-d’œuvre française n’a pas bénéficié de ce partenariat économique. Au cours de la période de 12 mois se terminant en février 2019, la Chine a représenté environ 4 % (19,27 milliards d’euros) du total des exportations françaises, derrière l’Allemagne, les États-Unis, l’Italie, l’Espagne, la Belgique et le Royaume-Uni, tandis que, sur la même période, elle a importé des marchandises pour une valeur de 52,74 milliards d’euros, ce qui donne un déficit commercial avec la Chine de 33,46 milliards d’euros, le plus important de tous les partenaires commerciaux français. L’aéronautique représente plus de 30 % des exportations, les produits pharmaceutiques, les cosmétiques et les machines représentant 20 % supplémentaires. La part des produits manufacturés à forte intensité de main-d’œuvre est négligeable et la part des produits de haute technologie (semi-conducteurs) ne représente que 1 % des exportations totales.

La répartition des importations en provenance de Chine est différente : téléphones (11,3 %), vêtements et textiles (13,2 %), ordinateurs (9,5 %), matériel et machines électriques (14,6 %), chaussures, articles en cuir, articles de sport et jouets (10,3 %), produits blancs, matériel informatique et électronique grand public (12,7 %) et meubles (3 %). Dans l’ensemble, les exportations françaises vers la Chine proviennent de secteurs à forte intensité de capital, tandis que les importations en provenance de Chine se répartissent entre les secteurs de haute technologie et les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre dans lesquels la France était auparavant un acteur important. Les importations bon marché combinées à la concurrence sur les marchés d’exportation ont sans aucun doute contribué de manière importante au déclin de l’emploi dans le secteur manufacturier français et sont en partie responsables des tensions sociales résultant de la baisse des salaires et du niveau de vie, du manque de possibilités d’emploi pour les ouvriers et du transfert de richesse du travail vers les actionnaires et les élites dirigeantes.

Les manifestants en gilet jaune de 2018-2019 étaient dans leur grande majorité des personnes qui avaient un emploi stable, mais n’arrivaient pas à joindre les deux bouts, en particulier les couples de travailleurs avec enfants. Ce sont ces mêmes personnes qui achètent des produits chinois à bas prix dans des magasins comme Décathlon, le premier détaillant français d’articles de sport. En 2017, Décathlon a commencé à transporter directement par rail les produits fabriqués dans son usine de Wuhan vers un centre logistique situé à Dourges, dans le nord de la France. Le train de marchandises hebdomadaire de 41 conteneurs permet aux produits de Decathlon d’atteindre ses magasins en un peu plus de deux semaines, pour être vendus à des clients français soucieux des prix par des vendeurs au salaire minimum.

En ce qui concerne les flux d’IDE, la Chine a intensifié son ciblage des entreprises européennes à la suite de la crise financière de 2008 et, en dix ans, a acquis des entreprises phares telles que Daimler, Volvo, Pirelli, Syngenta et Kuka dans le cadre d’une frénésie d’achats de plus de 300 milliards de dollars. En France, des entreprises d’État chinoises ont pris des participations dans le Club Med, Air France KLM, l’aéroport de Toulouse (vendu par la suite), Marionnaud (détaillant de produits de beauté), Lanvin (mode de luxe), Sonia Rykiel (mode), St. Hubert (alimentation), Axilone (emballage cosmétique), Kidiliz (mode enfantine), Linxens (composants de cartes à puce), SMCP (mode de luxe), Accor (hôtels) et Baccarat (cristal fin, fondé en 1764). Les acheteurs chinois ont également acquis plus de 150 vignobles, pour la plupart dans les prestigieuses régions du Bordelais et de la Bourgogne. Une acquisition qui a tourné au vinaigre est celle de l’usine de lait en poudre Synutra de 38 000 mètres carrés en Bretagne.

Les méthodes draconiennes des dirigeants chinois ont conduit 70 travailleurs à démissionner, dont 4 cadres des ressources humaines. Les nouveaux propriétaires ont essayé, sans succès, de faire venir des travailleurs espagnols et, en 2018, l’usine a été vendue à une coopérative laitière locale. L’agrobusiness est une cible clé pour les entreprises d’État chinoises, tout comme l’accaparement des terres agricoles, ce qui est compréhensible pour un pays qui compte 20 % de la population mondiale, mais seulement 10 % des terres arables du globe. La France est considérée comme une source de denrées alimentaires, notamment de produits laitiers, de farine et de viande. En 2016-18, ils ont réussi à contourner les lois françaises sur la vente de terres agricoles pour acquérir 2 600 hectares qui s’ajoutent aux 10 millions qu’ils possèdent déjà en Afrique, en Australie et en Amérique latine.

Les Chinois ont également ciblé les infrastructures en vue de l’initiative « Belt and Road », un corridor commercial de 10 000 km entre la Chine et l’Europe, d’un montant de 1 000 milliards de dollars, qui leur permettra d’expédier des marchandises, de délocaliser des industries et de conquérir des marchés. La Méditerranée est considérée comme une plaque tournante commerciale stratégique et une porte d’entrée vers l’Europe, l’Afrique et l’Amérique du Nord. À cette fin, les sociétés d’État COSCO Shipping Ports et China Merchants Port Holdings ont ajouté Marseille à leur réseau portuaire méditerranéen existant, qui comprend Istanbul, le Pirée, Malte, Gênes, Valence et Tanger. Sur la côte occidentale de l’Europe, les Chinois ont déjà pris des participations dans les ports de Bilbao, Nantes, Le Havre, Dunkerque, Bruges, Anvers et Rotterdam.

Un autre volet du plan directeur consiste à créer des plateformes logistiques et des débouchés commerciaux. Trois projets de ce type sont prévus en France : (1) le Centre international de la mode de Marseille 68, centre textile sino-européen, 60 000 mètres carrés de showrooms accueillant 200 entreprises chinoises ; (2) Eurosity à Châteauroux, dans le centre de la France, un quartier chinois industriel qui sera construit et géré par la zone de coopération économique sino-française, les Chinois détenant une participation de 60 % et (3) Terra Lorraine, un complexe de 250 000 mètres carrés de showrooms, de bureaux et d’un hôtel qui servira de porte d’entrée en Europe pour les PME chinoises. Ce dernier projet a été lancé en 2012 et, en 2014, 3 845 entreprises chinoises avaient signé des baux, mais, en 2020, le site est toujours une parcelle inoccupée.

Ces projets ont été ardemment soutenus par les responsables politiques français locaux qui cherchent à attirer les investissements chinois pour relancer leurs économies régionales en perte de vitesse. Plus haut dans la chaîne alimentaire du lobby prochinois, on trouve les anciens premiers ministres Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin, les ex-ministres Claude Guéant, Jean-Louis Borloo, Jean-Marie Le Guen. En 2012, Harold Parisot a créé le Chinese Business Club, un réseau VIP de politiciens, diplomates, chefs d’entreprise, investisseurs et entrepreneurs français et chinois visant à promouvoir les partenariats économiques et politiques entre les deux pays. Parmi les orateurs qui se sont exprimés lors de ces événements exclusifs, citons le président Nicolas Sarkozy, la maire de Paris Anne Hidalgo, le Prince Albert de Monaco et Emmanuel Macron lorsqu’il était ministre de l’Économie en 2016.

Le partenariat économique franco-chinois a été considéré comme une relation gagnant-gagnant, la France bénéficiant de l’ouverture du marché chinois à son excellence dans les domaines de l’aéronautique, de l’énergie nucléaire, des télécommunications, de l’automobile, du train à grande vitesse et des énergies renouvelables. Mais les Français n’ont pas su prévoir la stratégie chinoise en matière de technologie, qu’ils divisent en deux catégories. Premièrement, pour les technologies qu’elle maîtrise déjà, la politique consiste à exclure les concurrents étrangers potentiels. Pour les technologies qu’elle ne maîtrise pas, la stratégie consiste à introduire la nouvelle technologie par le biais de joint-ventures pour la production et la gestion de projet, puis à copier la technologie pour créer des acteurs chinois qui finiront par remplacer le partenaire étranger sur le marché intérieur et par concurrencer ce partenaire sur les marchés mondiaux. Ainsi, les Chinois ont obtenu des offres de Kawasaki, Siemens et Bombardier pour la construction d’un train à grande vitesse et ont fini par construire le leur après avoir copié la technologie. Le train à grande vitesse Fuxing, conçu et construit par la CRRC, entreprise d’État chinoise, est entré en service en 2017. La CRRC est désormais un concurrent mondial pour les fabricants de trains européens Siemens et Alstom, qui ont planifié une fusion qui a été bloquée par les autorités antitrust de l’UE. 

Jusqu’au début des années 2000, le marché des avions commerciaux en Chine était dominé par Boeing. Airbus a créé une entreprise commune avec la China Aviation Industry Company et a ouvert une usine d’assemblage à Tianjin en 2008. Le contrat de 10 milliards d’euros prévoyait la fourniture de 150 A320 et une option sur 20 A350. En 2009, la Commercial Aircraft Corporation of China a lancé un programme de construction du C919, une copie de l’A320.
La France s’est tiré une balle dans le pied à de nombreuses reprises. Depuis 1982, le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) a formé plus de 500 ingénieurs nucléaires chinois. Aujourd’hui, le China General Nuclear Power Group est un concurrent majeur d’EDF, qui a même perdu en 2018 face au russe Rosatom dans une tentative de construire 4 centrales nucléaires en Chine.

Bien sûr, le plus grand désastre de la coopération franco-chinoise a été le projet de laboratoire P4 de Wuhan, peut-être le transfert de technologie le plus malavisé de l’histoire.
Lorsque la crise actuelle prendra fin, la France et les autres pays de l’Union européenne devront examiner attentivement où les a menés leur engagement avec la Chine au cours des deux dernières décennies.

Par Leslie J. Shaw, économiste et membre du corps professoral du campus parisien de l’ESCP Business School.

https://www.enderi.fr/Covid-19-va-induire-une-reevaluation-necessaire-des-relations-franco-chinoises_a660.html

Conseil de défense sur la Covid-19 : comment rétablir la confiance ?

 24 JUILLET 2020 

Conseil de défense sur la Covid-19 : comment rétablir la confiance ?

Coronavirus in children By: Nik Anderson – CC BY 2.0

Espérons qu’en sortant du conseil de défense, le gouvernement évolue et fasse confiance aux nouveaux corps intermédiaires que sont les entreprises et les commerces de proximité.

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Par Frédéric Mas.

Aujourd’hui doit se tenir un nouveau conseil de défense afin d’« étudier de nouvelles mesures » pour répondre à la crise sanitaire engendrée par la Covid-19.

Face à l’inquiétude d’une population qui redoute le retour du virus et reste traumatisée par l’expérience du confinement, le gouvernement continue de communiquer et de préparer les Français au pire. S’il n’est pas question de reconfiner au niveau national, l’hypothèse des reconfinements locaux est sur la table.

Partout en Europe, du Royaume-Uni à l’Espagne en passant par le Portugal, les gouvernements ont franchi le pas. La peur paralyse la société française, et jusqu’à présent, l’État a répondu par davantage de réglementations, un contrôle accru de la liberté de circuler et de commercer, et un maintien partiel de l’État d’urgence sanitaire.about:blank

N’est-ce pas le bon moment pour changer de braquet ?

LE TOURISME DE MASSE QUI S’EST RATATINÉ

Dans un pays où le tourisme pèse plus de 34 milliards d’euros de recettes, et qui est visité par plus de 80 millions d’étrangers par an, la crise sanitaire a été une catastrophe qui n’est toujours pas finie. À Paris, qui reste la principale destination des touristes en France, l’été sans l’habituel afflux des visiteurs étrangers déprime les commerçants.

Si le tourisme de masse suscite le mépris des idéologues gauchistes et réactionnaires, il fait concrètement vivre une multitude de personnes, des hôtels jusqu’aux vendeurs de gadgets à la sauvette sur les Champs-Élysées. C’est un écosystème économique vivant et complexe que le confinement et les mesures sanitaires ont touché au cœur.

LES MILLIONS DE CHÔMEURS ET TOUJOURS PLUS DE RÉGLEMENTATIONS

Qui dit un tourisme divisé par deux, dit destruction de richesses, fermeture d’entreprises et des centaines de milliers de personnes au chômage. Emmanuel Macron en a conscience, et a d’ailleurs rappelé à juste titre que la période économique qui s’ouvrait à nous allait être particulièrement difficile.

Seulement, pour éviter l’effondrement économique, l’État a choisi l’injection massive d’aides aux différents secteurs d’activité touchés par la crise, et cela en échange de contraintes toujours plus absurdes et anti-économiques, comme c’est le cas pour le secteur de l’aviation. Alors que les recettes fiscales s’étiolent et que la dette publique explose, le gouvernement ne semble pas changer de cap en matière de méthode.

L’État envoie aussi des signaux inquiétants quant à la reprise du virus. Bien entendu, même si le gros de la crise semble derrière nous, rien n’indique que la pandémie soit définitivement éteinte. Mais rendre obligatoires les masques pour les lieux ouverts au public, n’est ce pas envoyer un signal inquiétant à une population déjà apeurée ?about:blank

Plutôt que la méthode autoritaire, peut-être eut-il fallu laisser commerçants et citoyens s’arranger entre eux. Ce sont ces arrangements spontanés qui tissent les liens de confiance et alimente le capital social dont le pays a besoin.

IL N’Y A RIEN DE PIRE QUE L’INCERTITUDE

En économie, il n’y a rien de pire que l’incertitude qui décourage les clients et les investissements. Le possible retour de la crise sanitaire suscite la peur, et les pouvoirs publics l’entretiennent, souvent malgré eux, en prenant des initiatives administratives et autoritaires qui perpétuent l’esprit de l’État d’urgence.

Espérons qu’en sortant du conseil de défense, le gouvernement évolue et fasse confiance aux nouveaux corps intermédiaires que sont les entreprises et les commerces de proximité. Cela supposerait une vraie introspection et un vrai retournement, celui de la confiance plutôt que l’autoritarisme bureaucratique et le matraquage fiscal.

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Par Frédéric MasVous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.Nos dossiers spéciaux:COVID-19Crise sanitaireEmmanuel Macron

QUE FAIT ENCORE LA FRANCE DANS L’OTAN ?

QUE FAIT ENCORE LA FRANCE DANS L’OTAN ?

« En conséquence, la diplomatie du coup d’éclat d’Emmanuel Macron, et ses saillies contre l’OTAN inquiètent plus encore que l’insolente politique turque en Méditerranée »1. Nous sommes au cœur des mirages de la diplomatie du coup d’éclat du chef de l’État. Le président de la République manque de crédibilité sur la scène internationale tant ses coups de menton sur l’état de l’Alliance atlantique (la désormais célèbre formule sur « la mort cérébrale de l’OTAN » dans The Economist en novembre 2019) ne sont jamais suivis d’actes forts (retrait de certaines opérations, voire plus encore). Avant d’examiner l’évolution de la relation entre la France et l’OTAN de Charles de Gaulle à Emmanuel Macron, il importe de rappeler ce qu’est au juste la justification de cette organisation internationale qui aurait dû disparaitre avec la fin de la Guerre froide. Un outil de sécurité pour les Européens. C’est une vérité d’évidence. Mais aussi, un instrument d’asservissement à la puissance américaine pour ces mêmes Européens. Aujourd’hui plus qu’hier, il importe de prendre conscience des paramètres de la nouvelle équation transatlantique pour la France, faite de la conjugaison de facteurs structurels et conjoncturels, avant de lancer dans un choix qui engage l’avenir : partir ou rester ?

OTAN : OUTIL DE SÉCURITÉ, INSTRUMENT D’ASSERVISSEMENT

Pour être un outil de sécurité, l’OTAN n’en demeure pas moins un instrument d’asservissement.

Un outil de sécurité : l’assurance tout-risque de l’oncle Sam

Avec la fin de la Seconde Guerre mondiale et la défaite de l’Allemagne nazie en mai 1945, la suspicion grandit entre les alliés du temps de la guerre. L’entrisme de Moscou à l’est inquiète à l’ouest. En mars 1946, l’ambassadeur des États-Unis à Moscou, George Kennan incite Washington à contenir (« containment ») l’expansion de la Russie avec vigilance et fermeté. Winston Churchill parle de « rideau de fer descendu à travers le continent de Stettin à Trieste ». Staline l’accuse de « calomnie ». En 1947, « l’année terrible » est marquée par l’entrée dans la « guerre froide » (Walter Lippmann), l’approfondissement des failles idéologiques entre Moscou et Washington. Deux Europe s’affirment sous la tutelle des deux Grands. En 1948, on assiste au « coup de Prague », au blocage des secteurs occidentaux de Berlin. L’antagonisme est-ouest constitue alors l’élément fondamental structurant l’ordre international de l’après-guerre. A l’ouest, la réaction s’organise. Britanniques et Français concluent un traité d’alliance et d’assistance mutuelle le 4 mars 1947 à Dunkerque. Il s’élargit aux trois pays du Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) qui créent « l’Union occidentale » à Bruxelles le 17 mars 1948. Ce traité comporte un engagement d’assistance automatique en cas d’agression. Mais comment convertir la défense européenne en défense occidentale ?

Des négociations se tiennent d’abord entre anglo-saxons, élargies par la suite à plusieurs autres États entre les deux rives de l’Atlantique. Elles débouchent finalement par la signature du traité de l’Atlantique nord le 4 avril 1949 à Washington. Ses parties sont les cinq États du traité de Bruxelles auxquels se joignent le Canada, le Danemark, les États-Unis, l’Islande, l’Italie, la Norvège et le Portugal. Ce sont donc douze États qui forment l’avant-garde de la défense occidentale face à l’URSS2. À l’est, la riposte s’organise. Le pacte de Varsovie est une ancienne alliance militaire groupant les pays d’Europe de l’Est avec l’URSS dans un vaste ensemble économique, politique et militaire. Il est conclu le 14 mai 1955 entre la plupart des pays communistes du bloc soviétique par un traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle. 

Nikita Khrouchtchev, qui en fut l’artisan, l’avait conçu dans le cadre de la guerre froide comme un contrepoids à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) qui avait vu le jour en avril 1949. La principale raison ayant motivé la formation du pacte de Varsovie, selon l’exposé des motifs, fut l’adhésion de la République fédérale d’Allemagne « en voie de remilitarisation » au traité de l’Atlantique nord au moment de la ratification des accords de Paris le 9 mai 1955. Le pacte de Varsovie est dissout en juillet 19913.

Un instrument d’asservissement : les idiots utiles européens

L’adjectif « atlantique » qualifie ce qui concerne l’Océan atlantique et les pays riverains. L’atlantisme désigne une politique extérieure caractérisée par le soutien apporté aux Etats-Unis, notamment dans le cadre de l’OTAN. Conceptualisé au début de la Guerre froide, l’atlantisme prône une étroite coopération entre les Etats-Unis, le Canada et les pays européens dans les domaines politique, militaire, économique et culturel. L’objectif avoué consiste, en principe, à assurer la sécurité des pays membres de l’OTAN (clause de solidarité de l’article 5 qui veut qu’une attaque contre l’un de ses membres est considérée comme une attaque contre tous) et de protéger les valeurs qui les unissent : démocratie, libertés individuelles et Etat de droit). L’atlantisme désigne aussi l’attitude politique, l’opinion, la doctrine de ceux qui font du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) la base de leur action extérieure et qui, au nom de ces principes, s’alignent de manière plus ou moins systématique, idéologique sur la politique extérieure des Etats-Unis qu’elle soit entièrement justifiée ou totalement infondée, ce qui arrive parfois4.

C’est que l’Amérique, le pays à la destinée manifeste, n’est pas une nation sentimentale. Accorder une assurance tout-risque à ses alliés comporte un prix, un prix fort que ces derniers doivent acquitter sous peine d’excommunication. Sur le plan politique, d’abord, cela signifie un alignement inconditionnel sur toutes les positions diplomatiques américaines, y compris les plus critiquables.

On se souvient des foucades du général de Gaulle contre l’impérialisme américain (Cf. le discours de Phnom Penh de 1966 au cours duquel il critique l’intervention américaine au Vietnam) et de sa volonté de ne pas adhérer automatiquement à la politique étrangère de Washington. Sur le plan économique et commercial, ensuite, cela signifie se plier au primat du dollar comme monnaie d’échange et aux règles de droit américain sur le commerce international. Sur le plan militaire, enfin, cela signifie faire sienne, d’endosser la doctrine du Pentagone en matière d’interventions extérieures (Afghanistan, Irak, Syrie…) et surtout acheter exclusivement du matériel américain au nom du sacro-saint principe de l’interopérabilité. L’Amérique, c’est aussi « Buy American First ».

Qu’en est-il de la position de la France à l’égard de l’OTAN ?

OTAN : GRAND MALENTENDU DE CHARLES DE GAULLE À EMMANUEL MACRON

Ce n’est qu’en analysant l’évolution de la relation entre l’OTAN et la France au cours des sept décennies passées que nous pourrons disposer d’une vue globale de la situation actuelle.

Un pied dedans, un pied dehors : le gaullo-mitterrandisme

La faible Quatrième République est marquée par un atlantisme bon teint, faute d’avoir les moyens d’assurer sa sécurité. Elle va régulièrement faire ses exercices de génuflexion devant l’Oncle Sam. L’explosion de sa première bombe nucléaire (1960), la fin de la guerre d’Algérie (1962), le remboursement de ses dernières créances conduisent le général de Gaulle à s’émanciper de la tutelle pesante des États-Unis en quittant la structure militaire intégrée de l’OTAN en 1966. Cette distance vis-à-vis de Washington vaut à la France un capital de sympathie inestimable dans le Tiers-Monde. Ceci va évoluer : « Si tu y pensais un peu plus souvent, tu ne ferais pas tout le temps des propositions idiotes »5. Jacques Chirac amorce un mouvement de rapprochement avec l’Alliance : réintégration du comité militaire, tentative de retour dans certains commandements du flanc sud sans toutefois passer la ligne rouge.

Les deux pieds dedans : le sarkozo-macronisme

Nicolas Sarkozy s’enorgueillit de retrouver la « famille occidentale » en rejoignant en 2009 la structure militaire intégrée quittée en 1966 pour démontrer son indépendance face à Washington6. Indépendance par rapport à « l’hybris, la folie des grandeurs, une ignorance condescendante du monde extérieur : ‘The West and the Rest’, dit-on outre-Atlantique »7. Le rapport Védrine ne remet pas en cause ce retour qui s’accompagne de l’émergence d’un courant néo-conservateur au Quai d’Orsay diffusant au sein des plus hauts cercles de l’État8. Manifestement, le plus jeune président de la Cinquième République, Emmanuel Macron s’agite beaucoup (il brandit les mots de défense européenne, d’armée européenne, de souveraineté européenne, d’autonomie stratégique européenne…) mais ne parvient pas, pour l’instant du moins, à emporter les suffrages de ses partenaires européens, qui ne pensent que NATO pour leur sécurité. Mois après mois, le chef de l’État essuie camouflet après camouflet sur tous les terrains. Son illettrisme stratégique fait peine à voir.

Son opération de charme du début de quinquennat auprès de Donald Trump tourne court9. L’Allemagne ne succombe pas aux sirènes jupitériennes sur la problématique de la défense européenne10. Le moins que l’on puisse dire est que rien n’est simple dans la relation entre la France et l’OTAN depuis plusieurs décennies. Ce qui explique qu’il faudra, bientôt de préférence, effectuer le choix qui s’impose pour dépasser l’ambiguïté qui débouche sur une impasse diplomatique et sécuritaire comme celle que nous connaissons actuellement. La diplomatie du en même temps ne constitue pas la meilleure démarche pour trancher le nœud gordien.

OTAN : PARTIR OU RESTER ?

Aucune décision raisonnée et raisonnable sur l’avenir de notre participation à l’Alliance atlantique ne pourra être prise sans que nous ayons pris conscience des problèmes qui grèvent aujourd’hui son fonctionnement normal.

Du sommet de Londres à l’affaire du Courbet : de Charybde en Scylla

Manifestement, l’OTAN se trouve dans une situation inconfortable par la conjugaison de deux facteurs importants : structurel américain et conjoncturel turc.

Tout d’abord, le monde est aux prises à une entreprise américaine systématique de déconstruction du système multilatéral porté, en 1945, sur les fonts baptismaux par les États-Unis. Hier, c’était au tour de l’OMC de passer sous les fourches caudines de Donald Trump. Aujourd’hui, c’est à l’OMS de subir les foudres de l’homme à la mèche blonde11. Nous savons que le 45ème président des États-Unis ne porte pas dans son cœur une institution dont les membres n’assumeraient pas le partage du fardeau financier, en particulier l’Allemagne12. Donald Trump met à nue les fissures d’une organisation, qui était mal en point depuis plusieurs années, mais que tout le monde feignait d’ignorer. Aujourd’hui, le mal est profond. Il est diagnostiqué. Il ne pourra pas être résolu par des remèdes homéopathiques ou par de sympathiques incantations creuses. Les Européens le veulent-ils, le peuvent-ils ? Dans quelle mesure les Européens peuvent-ils faire confiance à un interlocuteur aussi versatile que Donald Trump qui peut dire tout et son contraire à quelques jours d’intervalle sur l’intérêt ou le désintérêt qu’il porte à l’OTAN ?13 Ce ne sont pas quelques déclarations positives de son administration qui changeront le cours des choses. Le sommet du soixante-dixième anniversaire de Londres (2019) qui aura apporté les clarifications nécessaires14. Ce n’est pas le groupe d’expert réuni par le secrétaire général de l’OTAN – la France y est représentée par Hubert Védrine – qui apportera des solutions révolutionnaires à un problème stratégique de substance15.

Ensuite, et si la situation n’était pas suffisamment confuse comme cela, un nouvel irritant est venu s’ajouter à ce problème américain, celui de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. La Turquie est un allié de moins en moins fiable qui préfère jouer sa propre participation. Au mépris de la solidarité atlantique, les Turcs font l’acquisition de systèmes antimissiles russes S-400, provoquant l’ire de Washington qui demande en vain à Ankara d’y renoncer pour prétendre à l’achat d’avions de chasse F-35. En Syrie, les Turcs font la chasse aux Kurdes qui ont été les meilleurs alliés des Occidentaux dans leur lutte contre l’EIIL. Aujourd’hui, les Turcs guerroient, par djihadistes interposés en Libye, et y apportent du matériel en violation de l’embargo de l’ONU censé être contrôlé par l’OTAN sans que cela ne déclenche les foudres d’Evere comme vient de le démontrer l’affaire du Courbet. « Provocation envers le monde civilisé », la transformation de Sainte-Sophie en mosquée est la cerise sur le gâteau16. Les réactions retenues de la fameuse et inexistante communauté internationale n’auront aucun effet sur la décision du « maquereau du Bosphore »17. Avec l’Union européenne, le président Erdogan joue sur la corde sensible du contrôle des flux migratoires pour obtenir ce qu’il veut. L’Allemagne reste silencieuse après chacune de ses provocations. En un mot comme en cent, Ankara, mue par une fièvre nationaliste néo-ottomane, fait ce que bon lui semble au gré des évènements et de ses intérêts bien compris. La crise du Covid-19 a confirmé la mue de la diplomatie turque, suivant le modèle russe et chinois18.

De l’importance d’un choix clair : des paroles aux actes

Le temps est désormais venu d’en finir avec les postures viriles à Paris. Depuis novembre 2019, quelles conclusions le président de la République Emmanuel Macron a-t-il tiré de son diagnostic sur une « OTAN en état de mort cérébrale » hormis un buzz médiatique ? Aucune, à notre connaissance si ce n’est quelques rodomontades. Le moins que l’on puisse dire est qu’aucun de ses alliés – surtout pas ses pleutres homologues de l’Union européenne qui ne jurent que par la défense américaine et ne veulent pas entendre parler d’une quelconque défense européenne – ne l’a suivi dans sa démarche. Sur ce dossier comme sur bien d’autres, la France est isolée et fait cavalier seul. Il s’agit d’un constat objectif dont il faudrait tirer, un jour ou l’autre, les conséquences qui s’imposent. La détérioration des relations franco-turques au cours de l’année écoulée, qui a connu son paroxysme avec l’affaire du Courbet, est venue nous rappeler ce qu’était cette pseudo-Alliance atlantique19 et nous inciter à nous interroger sur ce qu’elle est vraiment20. La non-réponse de l’OTAN à la demande française de condamnation de la Turquie pour trafic d’armes en Libye devrait avoir d’autres conséquences qu’une bouderie consistant à se retirer temporairement d’un programme en cours. Si la France a besoin des Etats-Unis et l’OTAN, de la France, cela s’appelle une alliance. A moins qu’il ne s’agisse que d’un ‘traité d’assistance’, tel celui qui lie la France au Qatar, grand ami de la Turquie ?21

On l’aura compris. La France ne pourra plus faire longtemps l’économie d’une véritable réflexion sur les conditions de sa participation à l’OTAN. Et, les options qui s’offrent à elle ne sont pas si nombreuses : continuer comme si de rien n’était, continuer de ne plus participer à ses opérations de surveillance maritime, cesser de participer à toutes les opérations militaires baroques en particulier celles qui visent la Russie, se retirer une nouvelle fois de la structure militaire intégrée comme l’avait fait le général de Gaulle en 1966, se retirer purement et simplement de l’OTAN22. Dans la vie internationale, il y a toujours une heure de vérité. Saurons-nous la provoquer ou la subir ? Ce que Winston Churchill résumait parfaitement lorsqu’il déclarait : « mieux va prendre le changement par la main avant qu’il nous prenne à la gorge » !
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« On ne fait pas de bonne politique autrement que sur des réalités » (Charles de Gaulle). Les bons sentiments s’accordent mal avec la Realpolitik. Nous sommes ravis qu’Emmanuel Macron, le président de la « start-up nation », comprenne la signification réelle de l’Alliance atlantique, mais il faudra davantage que des déclarations racoleuses pour clarifier la position de la France vis-à-vis de cette survivance d’un passé révolu, celui de la Guerre froide. Retrouver l’esprit, si ce n’est la lettre, de l’approche gaullo-mitterrandienne à l’endroit du NATO devrait être la première priorité du gouvernement de combat et de mission dirigé par Jean Castex. À défaut d’une véritable redéfinition de notre posture sur la problématique plus globale de l’architecture de sécurité en Europe, les saillies de Jupiter ne seront que cataplasme sur une jambe de bois, que rustine sur une chambre à air percée. Un sursaut salutaire. Personne ne pense qu’il adviendra d’ici la fin du quinquennat. Pourquoi ? Parce que le chef de l’État, adepte de la politique du en même temps n’est pas homme à trancher dans le vif comme le fit courageusement le général de Gaulle en quittant la structure intégrée de l’Alliance atlantique en 1966. Dans ces conditions, la relation de la France avec l’OTAN risque fort de ressembler – pour une durée indéterminée – à la chanson de Serge Gainsbourg, je T’aime… Moi non plus.

Guillaume Berlat
20 juillet 2020

1 Jean-Sylvestre Mongrenier, L’erreur serait de penser que la France peut négliger l’OTAN, Le Monde, 10 juillet 2020, p. 26.
2 Guillaume Berlat, Varsovie : comme un parfum de guerre froidewww.prochetmoyen-orient.ch , 11 juillet 2016.
3 https://fr.wikipedia.org/wiki/Pacte_de_Varsovie
4 Guillaume Berlat, L’atlantisme, une passion françaisewww.prochetmoyen-orient.ch , 11 décembre 2017.
5 Romain Gary, Le vin des morts, Gallimard, 2014, p. 186.
6 Amal Mogaïzel (réalisation de), Quai d’Orsay, reportage diffusé sur la chaîne parlementaire (LCP), 8 mai 2016.
7 Régis Debray, De la cohésion à l’arrogance, les forces et les faiblesses du monde de l’Ouest, Le Monde, 18 juillet 2014, pp. 18-19.
8 René Backmann, Hollande et ses guerres (3/3). Comment les néoconservateurs influencent le pouvoirwww.mediapart.fr , 5 juin 2016.
9 Léon Camus, Macron vs Trumpwww.geopolintel.fr , 27 novembre 2018.
10 Guillaume Berlat, OTAN suspend ton volwww.prochetmoyen-orient.ch , 15 avril 2019.
11 Jean-Paul Gaudillière/Christophe Grandman, Les États-Unis sont traditionnellement hostiles à l’OMS, Le Monde, 12-13 juillet 2020, p. 27.
12 Guillaume Berlat, Donald tacle Angela au NATOwww.prochetmoyen-orient.ch , 16 juillet 2018.
13 Guillaume Berlat, L’avenir de l’OTAN selon Donald Trump : NATOME un alliance atlantique au Moyen-Orient !, www.prochetmoyen-orient.ch , 20 janvier 2020.
14 Guillaume Berlat, Londres : 29 membres en OTAN-EXITwww.prochetmoyen-orient.ch , 9 décembre 2019.
15 Guillaume Berlat, Voyage au bout de l’OTAN, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 avril 2020.
16 Jean-François Chapelle/Marina Rafenberg, Sainte-Sophie redevient une mosquée, Le Monde, 12-13 juillet 2020, p. 2
17 Martine Gozlan, Main basse sur Sainte-Sophie, Marianne, 10-16 juillet 2020, pp. 36-37.
18 Jean Daspry, Les États voyous des années vingtwww.prochetmoyen-orient.ch , 6 juillet 2020.
19 Piotr Smolar, La France et la Turquie, aux racines d’un affrontement, Le Monde, 11 juillet 2020, pp. 6-7.
20 Alain Léauthier, Macron, l’OTAN & le Sultan, Marianne, 10-16 juillet 2020, pp 34-35.
21 Dinall’uill, Semaine par 5, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 juillet 2020.
22 Pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré. Appel pluraliste (pétition), www.comite-valmy.org , juillet 2020.

http://prochetmoyen-orient.ch/que-fait-encore-la-france-dans-lotan/