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11 novembre 2018 : le centenaire d’un conflit de portée immense [Replay]

11 novembre 2018 : le centenaire d’un conflit de portée immense [Replay]

Battle of the Argonne Forest-Lest we forget by Cam Miller(CC BY-NC-ND 2.0) — Cam Miller, CC-BY

La Grande Guerre, qui marque le recul du libéralisme, est notamment à l’origine des régimes totalitaires et des problèmes actuels du Moyen-Orient.

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Par Gérard-Michel Thermeau.

C’était il y a cent ans. Nous commémorons, ce 11 novembre, le centenaire d’un conflit qui a joué un rôle considérable dans l’histoire de la France et du monde.

Bien que les participants en aient tous disparu, cette date du 11 novembre conserve toute sa signification à la différence du 8 mai, date qui ne renvoie pas à grand-chose.

Le 8 mai ne marque ni la libération de la France, ni la capitulation allemande, ni la fin de la seconde guerre mondiale. Et puis les Français, pour des raisons diverses, ne peuvent guère célébrer un conflit qui a vu le pays s’effondrer et la population se diviser. Non, le 8 mai est un de ces nombreux jours qui décorent le calendrier des jours fériés. Et c’est bien le seul intérêt qu’il conserve.

Le 11 novembre, célébration de l’armistice de 1918, c’est autre chose. Cette date renvoie à l’arrêt des combats, la fin d’une longue boucherie inaugurée le 28 juin 1914 par un attentat qui faisait trois orphelins dans une obscure ville des Balkans.

UNE GUERRE ABSURDE AUX CONSÉQUENCES TRAGIQUES

Ce centième anniversaire est l’occasion de se souvenir d’une guerre, absurde par bien de ses aspects, et dont les conséquences furent tragiques. Mais aussi d’une guerre qui a engendré la plupart des guerres qui ont suivi.

Pour la dernière fois, la France l’emportait dans un conflit majeur. Ce fut le chant du cygne de notre pays comme puissance mondiale. En 1944-1945, la magie du verbe gaullien devait masquer, par son éclat, le rôle mineur de la participation française à la victoire alliée, conséquence de la débâcle de 1940. L’hécatombe de cette première guerre mondiale, 1,4 million de morts, avait pesé lourdement dans l’enchaînement des événements qui devait déboucher sur « l’affreuse aventure », pour reprendre le mot de Pétain.

Que l’on y songe, sans la Grande Guerre, ni communisme, ni fascisme, ni nazisme. Les valeurs libérales étaient ainsi durablement remises en question. La Grande guerre a également semé au Moyen-Orient les graines de tous les problèmes qui l’agitent encore.

En somme, si le prétexte en fut insignifiant — un banal assassinat politique —, les conséquences en furent immenses.

LA NAISSANCE DU COMMUNISME MODERNE

Le socialisme, qui avait tant effrayé durant les dernières décennies du XIXe siècle, était en voie de parlementarisation dans les pays avancés, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne.

Le poids du vote ouvrier poussait les gouvernements à faire voter des lois sociales qui donnaient satisfaction à d’anciennes revendications. Les ouvriers ne voulaient pas la révolution. Ils voulaient travailler moins, gagner plus, être mieux considérés. Bref, leur horizon était empreint de cette « médiocrité bourgeoise » que dénonçaient les zélateurs de la Révolution. On ne pouvait décidément pas compter sur le « prolétariat » pour renverser l’ordre social.

Lénine, cet obscur agitateur d’avant 1914, rêvait de la guerre salvatrice. N’avait-il pas écrit en 1906 :

Cacher aux masses la nécessité d’une guerre exterminatrice, sanglante, désespérée comme objectif immédiat de l’action future, c’est se tromper soi-même et tromper le peuple.

Les dirigeants européens devaient exaucer ses vœux.

Sans la guerre, la Russie tsariste aurait peut-être connu une lente évolution réformatrice. En tout cas, sans la guerre, jamais les Bolcheviks n’auraient pu s’emparer du pouvoir. Le communisme, sous sa forme moderne, prenait un visage : le marxisme-léninisme.

La peur du « péril rouge » devait, par ailleurs, favoriser l’arrivée au pouvoir de leurs concurrents aux chemises noires et brunes.

FASCISME ET NAZISME, ENFANTS DE LA GRANDE GUERRE

Sans la guerre, Hitler serait resté un de ces innombrables artistes ratés qui ruminent leur médiocrité leur vie durant. La guerre le révéla à lui-même et lui permit de développer le génie maléfique qui ne pouvait s’extérioriser que dans des circonstances exceptionnelles.

Le génocide arménien, dont l’Allemagne impériale devait se faire le complice, devait par ailleurs lui servir de source d’inspiration. « Qui s’en souvient encore ? », devait-il faire remarquer à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

La guerre servit tout autant de révélateur à Benito Mussolini, ce socialiste révolutionnaire qui rêvait avant guerre, comme Lénine, à la prise du pouvoir par une élite résolue. Combattant exemplaire de l’armée italienne, il puisa dans son expérience du front les fondements de ce qui deviendra le fascisme.

Le fascisme et le nazisme, au-delà de leurs divergences idéologiques, partageaient quelques points communs et notamment le rejet du libéralisme sous toutes ses formes.

LE MARCHÉ REMIS EN QUESTION PAR L’ÉTAT

La Grande Guerre a, en effet, contribué au déclin du libéralisme. La guerre totale exigeait des moyens sans commune mesure avec les guerres traditionnelles. Pour la première fois, l’État va intervenir de façon importante dans l’économie.

Comme le déclare, en Allemagne, l’industriel Rathenau :

L’activité économique n’est plus une responsabilité privée mais une responsabilité sociale.

En Allemagne, l’État fixe les prix maximum et contrôle les bénéfices. En France, le socialiste Albert Thomas devient ministre de l’Armement et réunit régulièrement les principaux industriels. Même au Royaume-Uni où l’opinion est hostile à toute « mobilisation économique », l’État ne va cesser d’étendre son contrôle sur la main d’œuvre. Partout, l’État se mêle désormais de la fixation des salaires.

Le marché va cesser de fonctionner au profit d’une économie administrée provoquant pénurie et rationnement. Les entreprises privées doivent reconvertir leurs activités pour participer à l’effort de guerre.

Cette situation présentait d’ailleurs des avantages pour les entreprises : moins de concurrence, des débouchés assurés, des profits faciles. Mais les productions n’étaient plus orientées par la satisfaction de besoins réels. Il s’agissait de produire pour détruire. La rancœur à l’égard des « profiteurs de guerre », dans un temps où beaucoup de gens souffraient, devait rendre la population plus perméable au discours anticapitaliste.

Rapidement abandonné une fois la guerre terminée, l’expérience du dirigisme de guerre ne devait pas être oubliée. Et la grande crise des années 30 devait amener les États à recourir aux recettes expérimentées pendant le conflit.

LES LIBERTÉS INDIVIDUELLES SUSPENDUES

Le libéralisme économique s’effaçait dans le même temps où le libéralisme politique prenait de rudes coups. Les libertés individuelles se trouvaient remises en question au nom des nécessités de la guerre. La liberté de la presse disparaissait, les journaux étant soumis à une censure tatillonne.

L’autoritarisme du pouvoir exécutif ne cessa de se renforcer et connut son apogée, en France, sous le gouvernement de Georges Clemenceau (1917-1919). Le « Tigre », farouche défenseur des libertés dans l’opposition, était un dictateur en puissance, une fois au pouvoir.

Clemenceau porte sa responsabilité, parmi d’autres, dans l’échec de la paix manifesté par les divers traités signés suite à la Conférence de paix de Paris. Si l’éclatement de l’Autriche-Hongrie se révéla catastrophique en Europe centrale, la chute d’un autre empire affectait le Moyen-Orient.

LA POUDRIÈRE DU MOYEN-ORIENT

Les circonstances de l’effondrement final de l’Empire Ottoman, déjà fort affaibli, vont faire du Moyen-Orient une nouvelle poudrière.

Pendant la guerre, politiciens britanniques et français s’étaient cru fort habiles dans leurs manœuvres au Moyen-Orient. Ils avaient incité les Arabes à se soulever contre les Turcs en agitant, aux yeux des Hachémites, le rêve du grand royaume arabe. Dans le même temps, ils se partageaient les dépouilles de l’empire ottoman en établissant leur zone d’influence. Les anciennes provinces turques devaient se métamorphoser en mandats de la SDN après guerre.

Loin d’obtenir leur indépendance, les Arabes se voyaient ainsi tomber sous la coupe des deux anciens rivaux impérialistes. Aux Français la Syrie et le Liban, aux Britanniques l’Irak, la Jordanie et la Palestine. De surcroît, Lord Balfour, par une déclaration fameuse, avait promis la création d’un foyer national juif, source de complications futures.

Discrédités par la trahison des Alliés, les Hachémites devaient être chassés de la Mecque par Ibn Séoud. Aux descendants du prophète succédaient des fanatiques, promoteurs du wahhabisme, incarnation d’un Islam sectaire.

LES EMPIRES COLONIAUX FRAGILISÉS

Pendant le conflit, les Alliés puisèrent dans leurs empires ressources, main d’œuvre et troupes. Des Indiens, des Africains, des Maghrébins se trouvèrent à se battre, bien loin de chez eux, dans des tranchées boueuses.

De fait, les colonisateurs se trouvaient pris aux pièges de leurs propres conceptions. Inférieurs en droit, les colonisés ne pouvaient donc être mobilisés comme les citoyens des métropoles. Aussi, les effectifs coloniaux ne furent-ils qu’une force d’appoint.

Sept millions et demi de Français furent mobilisés mais seulement 520 000 soldats dans tout l’Empire, pour une population légèrement supérieure. Ainsi, le nombre de Corses tués fut-il supérieur à celui des pertes des troupes de l’Afrique occidentale française.

Mais en engageant les troupes coloniales en métropole, les colonisateurs sciaient la branche sur laquelle reposait leur domination. L’artillerie ennemie tuait, par exemple, sans distinction « dominants » et « dominés ». Le discours inégalitaire allait devenir de plus en plus difficile à tenir.

À la conférence de paix, en dépit des 14 points de Wilson, les vainqueurs restèrent aveugles et sourds aux timides demandes de réformes dans les colonies. Mais les principes wilsoniens, avec l’idée du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, n’étaient pas restés lettre morte aux yeux d’intellectuels en Tunisie comme en Indochine. Le temps, là aussi, ferait son œuvre.

LES LEÇONS DE L’HISTOIRE ?

C’était il y a cent ans. Et c’était hier.

Le 11 novembre 1918 à 11 heures, sur la ligne de front les clairons sonnaient le « cessez le feu ».

Ce n’était pas la paix, certes, c’était l’arrêt des combats. Et c’était déjà beaucoup.

Cette guerre atroce et absurde était enfin terminée. Ce devait être la « der des der », seule justification de tant de souffrances et de tant de vies sacrifiées jusqu’à la dernière heure.

Mais ce n’était pas la paix, oh non ! C’était un armistice de vingt ans. La « der des der » était la préfiguration des tragédies à venir.

Article initialement publié en novembre 2018.

https://www.contrepoints.org/2019/11/11/329042-11-novembre-2018-le-centenaire-dun-conflit-de-portee-immense

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Mort de l’OTAN ? Blaguons un peu avec Macron

Mort de l’OTAN ? Blaguons un peu avec Macron

Bloc-Notes

   jeudi 07 novembre 2019

   Forum

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Mort de l’OTAN ? Blaguons un peu avec Macron

Décidément, le jeune Emmanuel M. reste, malgré ses multiples avatars, ses casseroles idéologiques et ses conceptions politico-économiques stupides, une boîte à surprise. Ainsi pouvait-on en juger (“boîte à surprise”) lors de son intervention du 27 août où, après des recherches minutieuses, des commentateurs hors-Système et même antiSystème découvrirent des pépites que les grrrrrrands professionnels de la grrrrrrande presseSystème du bloc-BAO avaient ratées. (Si l’on parlait d’un film on dirait que la presseSystème montra dans ce cas une attitude qu’on nommerait “une connerie chorale” en jugeant qu’on se trouve là devant l’archétype de la chose.) Il s’agit bien sûr de cette déclaration selon laquelle il est notamment question de la fin de l’hégémonie occidentale, dont on mit du temps à comprendre l’importance :

« …Bref, et comme disait l’avisé Macron : « Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l’hégémonie occidentale sur le monde. » (Le temps de traduire ce texte du discours macronien, d’une forme infâme cachant les pépites reposant sur le fond, nos amis anglophones de la communication antiSystème commencent à réaliser le caractère historique de la chose : iciiciici, etc.) »

Cette fois, Macron nous dit, via The Economist qui est certainement l’une de ses lectures de chevet, que l’OTAN est cliniquement kaput, ou dit autrement « en état de mort cérébrale ». C’est dans une interview du célèbre hebdo qui défend depuis bien plus d’un siècle l’Anglosphère, le libre-échange et le néo-ultralibéralisme, le suprémacisme anglo-saxon même déguisé en Jokey progressiste-sociétal, – et, par conséquent, l’OTAN elle-même.

Dans le viseur de Macron, outre l’OTAN kaput mais qu’on pourrait ressusciter si certains voulaient bien changer d’attitude, et notamment accepter de devenir le serviteur fidèle d’une “vraie défense européenne”, les USA de Trump avec des pincettes, et la Turquie d’Erdogan avec une artillerie extrêmement lourde.

Lisons le compte-rendu qu’en fait RT-France, qui vaut bien largement toutes les salades congelées que vont nous servir Le MondeLibé et Jacques Attali (qui est cité justement, au moment où il nous régale de sa petite vesse mensuelle) :

« “Ce qu’on est en train de vivre, c’est la mort cérébrale de l’OTAN” : le jugement, particulièrement sévère, est celui du président de la République française. Dans un entretien accordé au magazine ‘The Economist’, Emmanuel Macron a expliqué ce constat par le désengagement américain vis-à-vis de ses alliés de l’alliance atlantique et le comportement de la Turquie, également membre de l’organisation militaire.
» Le chef d’État ne souhaite pas pour autant la fin de l’OTAN, appelant au contraire à “clarifier maintenant quelles sont [ses]finalités stratégique ”. En même temps, le président français a plaidé à nouveau pour “muscler” l’Europe de la Défense – une idée pourtant  peu appréciée par l’alliée américain au sein de l’OTAN.
» La décision de la Turquie de lancer en octobre une offensive militaire contre la milice kurde des Unités kurdes de protection du peuple (YPG), qu’elle considère comme terroriste, a mis mal à l’aise ses partenaires de l’OTAN – les États-Unis et la France, entre autres, condamnant de leur côté fermement cette intervention.
» L’OTAN est apparu à cette occasion divisée sur une question d’ordre stratégique, au point que des commentateurs ont ni plus ni moins annoncé la “mort” de l’organisation militaire. “L’OTAN est mort[e]puisqu’une puissance de l’OTAN [la Turquie]a décidé de se battre, totalement librement, en achetant d’ailleurs des armes russes sans l’accord des autres membres”, avait par exemple jugé le mois dernier l’économiste Jacques Attali sur France Info. »

Outre la “mort cérébrale” de l’OTAN, qu’il est nécessaire rapidement de mettre aux soins intensifs pour la faire revenir dans ce bas-monde, Macron parle de la « “fragilité extraordinaire de l’Europe” qui “disparaîtra” selon lui, si elle ne “se pense pas comme puissance dans ce monde”. » Et de revenir bien entendu sur l’idée d’“armée européenne” qu’il est vital sous peine de mort de développer, mais selon une perspective si ambitieuse qu’on finirait par croire que l’OTAN, même ranimée et regonflée aux stéroïdes, ne serait que la supplétive de l’Europe super-ranimée (elle aussi). Le texte qui fait rapport de l’interview rappelle qu’en novembre 2018,  « Donald Trump avait exprimé  son indignation face à la proposition d’Emmanuel Macron de créer une “vraie armée européenne” pour “protéger[l’Europe] de la Chine, de la Russie et même des États-Unis d’Amérique” ».

Cela nous ramène à l’OTAN et, sur cette question des USA ainsi mentionnée, Macron fait quelques remarques nullement dénuées de sens sur ce qu’il perçoit des conceptions de Trump, terminant sur un clin d’œil vers la Russie, – selon l’arrangement du texte de RT-France qui est loin d’être de simple opportunité, – qui ferait croire qu’après tout il (Macron) préférerait peut-être bien la Russie aux USA comme partenaire stratégique : 

« Dans son entretien à ‘The Economist’, Emmanuel Macron estime que le président américain et la France ne partagent pas la même philosophie de l’alliance atlantique. “Le président Trump, j’ai beaucoup de respect pour cela, pose la question de l’OTAN comme un projet commercial. Selon lui c’est un projet où les États-Unis assurent une forme d’ombrelle géopolitique, mais en contrepartie, il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain. La France n’a pas signé pour ça”, a-t-il déclaré.
» Enfin, le président français juge que l’affirmation de la puissance européenne passera par la réouverture d’“un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie”. Une position affichée de longue date par le président français. »

Pour cette fois, ne dissimulons pas notre sérieux : l’humeur exécrable de Macron contre l’OTAN ne rencontre pas une opposition sourde et puissante de la part de l’“État-profond”à la française, comme c’est le cas pour sa volonté de rapprochement de la Russie. L’hostilité française à la Turquie, et indirectement à l’OTAN qui a plutôt et aussitôt soutenu la position turque dans l’affaire syrienne (la pseudo-“invasion” turque de la Syrie), est très répandue et extrêmement radicale dans les milieux et les bureaucraties diplomatiques et de la sécurité français, à Evere comme à Paris. Lorsqu’on remarque devant un haut-fonctionnaire français du domaine que cette hostilité à la Turquie implique, chose gravissime, le souhait du départ ou de l’expulsion de ce pays de l’Alliance, certains peuvent entendre comme réponse : « Qu’est-ce qui est plus grave, une OTAN sans la Turquie ou une OTAN sans la France ? ».

Cela ferait penser qu’il y a dans des esprits très échauffés l’idée d’un “c’est eux ou c’est nous”, avec comme conclusion d’une telle situation de confrontation qu’il y aurait de toutes les façons une crise gravissime et inévitable de l’OTAN. C’est bien entendu le sentiment de l’Attali cité, qui conclut déjà, et d’ailleurs pas faussement, que “l’OTAN est mort[e]”. Son allusion aux armes russes de la Turquie, – les S-400 et peut-être des Su-35 demain, – est par contre un peu déplacée et montre que cet esprit un peu trop embrumé suit mal le raisonnement puisqu’il transforme un argument anti-Trump de Macron (« l’OTAN comme un projet commercial […] il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain. ») en un argument anti-Turquie. (Il y a déjà eu des cas du genre, comme les S-300 russes achetés par la Grèce, qui n’ont pas provoqué de crise.)

Finalement, l’humeur antiturque des français est assez peu compréhensible par rapport à l’énormité du sujet qu’elle déplace et des questions qu’elle pose. Elle est d’une intensité peu ordinaire par comparaison au sujet officiel-officieux qui la justifie (attaque des Turcs en Syrie, – Dieu sait si ce n’est pas la première, – défense des Kurdes “lâchement abandonnés” par la soldatesque US, laquelle continue à faire des ronds dans les sables syriens, ici ou là, avec l’odeur du pétrole et les batailles internes des différents centres de pouvoir de “D.C.-la-folle” en sus) ; quant au diagnostic sur “la mort cérébrale de l’OTAN”, on dira qu’il est valable depuis pas loin de tout juste vingt ans, après tout et après la chute du Mur… Aussi y a-t-il peut-être quelque chose de plus profond chez les Français, dont eux-mêmes ne se rendent peut-être pas compte, qui fait qu’on découvre parfois que le roi est nu simplement parce qu’on ouvre les yeux par inadvertance, – car nu, il l’est depuis longtemps. (Autrement dit : cela fait bien longtemps que « l’OTAN [est] un projet commercial […] il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain » ; simplement, –ô surprise, o tempora, o mores, – Trump est plus sincère que ses prédécesseurs, il appelle un chat un chat…)

Dans tous les cas, si Macron poursuit sur ce terrain, une chose est assurée : il doit vite concrétiser son rapprochement avec la Russie, car il trouvera des USA déterminés et impitoyables de quelque que ce soit, et l’Europe en pleine accélération de désintégration. Il ne faut pas non plus se tromper en imaginant qu’une défaite ou une destitution de Trump, c’est-à-dire dans tous les cas une victoire d’un démocrate, ouvrirait de nouvelles perspectives de “coopération” avec les USA (“coopération, kèsako ?” interrogent les USA). Les perspectives devraient être pires, puisque s’ouvrant sans doute sur la perspective d’un conflit avec la Russie, la victoirte démocrate signifiant celle du DeepState.

Sur cette question, le texte de ce jour sur Strategic-Culture.org de Philip Giraldi, excellent commentateur généralement excellemment informé, est du plus haut intérêt. Giraldi s’intéresse au témoignage du colonel Vindman qui vient d’(avoir lieu à la Chambre des Représentants, dans l’instruction de la mise en accusation pour la destitution du président Trump. Vindman est un Ukrainien naturalisé Américain, qui s’occupe présentement du dossier-Ukraine au Conseil National de Sécurité (NSC). Son témoignage est intéressant parce qu’il est complètement indifférent à la polémique de savoir si Trump a demandé au président ukrainien d’impliquer les Biden dans l’affaire de corruption qui les met dans un mauvais cas, parce qu’il ne s’intéresse qu’au blocage de l’aide militaire pour l’Ukraine brandie par les démocrates comme argument prouvant dans ce cas la tentative de corruption du président ukrainien par Trump. Pour Vindman, cela signifie surtout qu’on n’arme pas les Ukrainiens contre les Russes. Giraldi juge que Vindman parle pour le DeepState et que le but du DeepState est non seulement l’armement de l’Ukraine, mais l’entrée de l’Ukraine (et de la Géorgie) dans l’OTAN… Voilà le véritable enjeu de l’Ukraingate parce que les démocrates sont à 200% otages du DeepState.

« Le colonel Vindman, qui dépendait de la détestable et hyper-antirusse Fiona Hill, laquelle dépendait du fou de guerre John Bolton, a été au cœur au milieu de tous les plans pour faire tomber la Russie. Il ne s’inquiète pas vraiment de la polémique Trump vs. Biden. Il s’agit plutôt, pour lui, d’accélérer l’aide militaire de 380 millions de dollars, y compris les armes offensives, qui était en préparation pour Kiev. Et en supposant que les Ukrainiens puissent réellement apprendre à utiliser les armes, l’objectif est de punir les Russes et de prolonger le conflit au Donbass sans autre raison [que la dynamique de désordre à finalité antirusse].
» Notez l’extrait suivant de la déclaration préparée par Vindman : “J’étais inquiet des implications pour le soutien du gouvernement américain à l’Ukraine… Je me suis rendu compte que si l’Ukraine menait une enquête sur les Biden, cela serait probablement interprété comme un jeu partisan qui ferait sans aucun doute perdre à l’Ukraine le soutien bipartisan qu’elle a maintenu jusqu’ici.” […]
» Alexander Vindman ne dit ni n’écrit que l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN est son objectif réel, mais ses commentaires sur “l’intégration dans l’Occident” et la “communauté euro-atlantique” l’indiquent clairement. L’expansion de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie par l’irresponsable Clinton a constitué la destruction d’une des plus importantes occasions d’une stabilisation de sécurité après la Guerre froide. L’ajout de l’Ukraine et de la Géorgie à l’alliance amplifierait cette erreur, car ces deux pays sont des intérêts vitaux pour la sécurité nationale de Moscou compte tenu de leur histoire et de leur géographie. Vindman doit être considéré comme une manifestation de la pensée de l’État profond qui a causé tant de maux aux États-Unis au cours des vingt dernières années… »

Voilà l’alternative qui attend Macron (et les Européens) via l’OTAN si Trump s’en va, alors qu’un président français vient de nous dire que poursuivre dans l’OTAN selon les conceptions de Trump n’est plus guère possible. De tous les côtés et de toutes les façons, tout tourne au pire, – et cette fois, en remontant du Moyen-Orient jusqu’au cœur de l’Europe, là où les dangers de conflit sont infiniment plus graves. Certes, dans cette soupe Erdogan et ses conquêtes grandioses, sous la couverture des S-400 et l’œil attentif d’Attali, ne sont qu’un avant-goût, une mise en bouche.

“D.C.-la-folle” étant effectivement folle, il s’agit d’aller jusqu’au bout de la démence, comme on dit boire le calice jusqu’à la lie, et enfin saisir l’OTAN au corps pour bien vérifier qu’elle n’existe plus. Macron a pris un chemin semé d’embûches en disant ce qu’il a dit, mais cela est après tout préférable à la stratégie de l’autruche habituellement suivie. Dans tous les cas, et malgré ses beaux projets (ceux de Macron), l’Europe dans sa forme actuelle ne survivra pas aux événements tels qu’ils se profilent, – mais les USA non plus, certainement, et peut-être plus vite encore qu’on ne croit, – c’est-à-dire encore plus vite que “les événements tels qu’ils se profilent”…

Mis en ligne le 7 novembre 2019 à 17H55

https://www.dedefensa.org/article/mort-de-lotan-blaguons-un-peu-avec-macron

Quatre blessés dans le sud-est de la France secoué par un fort séisme

Quatre blessés dans le sud-est de la France secoué par un fort séisme

Article2 min de lecture

Quatre personnes ont été blessées, dont l’une grièvement, dans un fort séisme survenu lundi peu avant midi près de Montélimar (Drôme), et ressenti de Lyon à Montpellier sans toutefois provoquer de dégâts majeurs.AFP11/11/2019SéismeAssurances

Quatre blessés dans le sud-est de la France secoué par un fort séisme

Un séisme de magnitude 5,4 sur l’échelle de Richter s’est produit en Ardèche, à « 26km au sud-est de Privas », possiblement à proximité du Teil, à 11h52, a précisé dans un communiqué le Bureau central sismologique Français (BCSF) de Strasbourg. 

Il a été ressenti principalement dans la Drôme et l’Ardèche, notamment dans les environs de Montélimar où une personne a été grièvement blessée dans la chute d’un échafaudage, selon la préfecture de la Drôme.

Trois autres personnes ont été légèrement blessées en Ardèche « suite à une crise de panique », a indiqué sur Twitter le préfet de ce département qui a demandé aux habitants du Teil (Ardèche) de « rester pour le moment à l’extérieur des habitations ».

Le maire de cette ville, limitrophe de Montélimar, a ouvert trois gymnases pour ses administrés, a ajouté le préfet.

« Ca a duré cinq secondes, tout a tremblé autour de moi, les meubles, les murs, comme si un avion s’était écrasé à 800 mètres ou une grosse explosion », a témoigné auprès de l’AFP Kevin Cuer, habitant au 4e étage d’un immeuble de Montélimar.

Selon lui « tout le monde est sorti dans la rue après la secousse, les gens ont eu très peur, on s’est dit +pourvu que ça s’arrête vite+ ».

« Aucun dégât majeur n’a été recensé à ce stade dans le département », ni sur l’ensemble des installations nucléaires du Tricastin, a confirmé dans un communiqué la préfecture de la Drôme.

Les services du SDIS « effectuent actuellement une quinzaine d’interventions pour vérifier l’état des bâtiments et cheminées signalés comme ayant subi de légers dégâts », a-t-elle aussi indiqué.

– « Jambes en coton » –

« La Terre a tremblé à Montélimar. A priori aucun blessé n’est à déplorer », a tweeté le maire de la ville, Franck Reynier. « Il n’y aurait pas de dégâts. Aucune intervention de pompiers n’a été nécessaire », a-t-il ajouté, appelant la population à ne pas saturer les services d’urgences d’appels. « Nous vous tiendrons informés au fur et à mesure », a-t-il conclu.

« J’ai senti mes jambes trembler, j’avais l’impression que j’allais tomber, les jambes en coton, je me suis assise et j’ai compris qu’il y avait eu un tremblement de terre », a témoigné auprès de l’AFP Nathalie Lefèvre, habitante de Vallon Pont d’Arc, dans l’Ardèche.

« J’étais appuyé contre le four de la boulangerie de ma mère quand je l’ai senti trembler. Le vaisselier d’une cliente a bougé et toute sa vaisselle a été cassée », a aussi expliqué Victoria Brielle, une habitante de Privas.

La secousse, d’une intensité rare dans la région, a également été ressentie jusqu’à Saint-Etienne, Lyon, et même dans le sud de la France, ont indiqué des témoins à l’AFP.

« J’étais allongé devant mon ordinateur sur mon lit quand j’ai senti un gros bruit derrière la cloison de l’appartement, les meubles ont bougé, ma femme dans la pièce d’à côté a eu l’impression de marcher sur une passerelle », a indiqué à l’AFP Bertrand Maigre, habitant au 5e étage d’un immeuble du 6e arrondissement de Lyon.

« Le chien a aboyé avant la secousse », a par ailleurs témoigné auprès de l’AFP Didier Lévy, qui habite un château du XVe siècle à Lamotte-du-Rhône (Vaucluse). « C’est la première fois que je vis ça, j’ai ressenti la secousse alors que nos murs font un mètre d’épaisseur », a-t-il ajouté. Plusieurs minutes après la secousse, « les lustres bougeaient toujours », a-t-il assuré.

Après la secousse, les pompiers du Vaucluse ont reçu « une cinquantaine d’appels principalement de communes situées au nord du département, notamment Bollène et Valréas », a indiqué un porte-parole à l’AFP.

https://pro.orange.fr/actualites/quatre-blesses-dans-le-sud-est-de-la-france-secoue-par-un-fort-seisme-CNT000001lcVoc.html

La Turquie renvoie des djihadistes étrangers dont plusieurs Français

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La Turquie renvoie des djihadistes étrangers dont plusieurs Français

Les opérations de rapatriement par Ankara ont débuté lundi 11 novembre. La majorité sont des femmes.Par Le Figaro avec AFP et ReutersPublié il y a 6 heures, mis à jour il y a 49 min

Florence Parly, la ministre des Armées, aux coté de Jean-Yves le Drian, le ministre des affaires étrangères qui était à Bagdad en octobre pour discuter du sort des combattants français de Daesh.
Florence Parly, la ministre des Armées, aux coté de Jean-Yves le Drian, le ministre des affaires étrangères qui était à Bagdad en octobre pour discuter du sort des combattants français de Daesh. BERTRAND GUAY / AFP

La Turquie a entrepris de renvoyer dans leur pays d’origine des activistes étrangers du groupe Etat islamique, dont onze Français – en majorité des femmes, selon une source proche du dossier.À lire aussi : Djihadistes: Paris face à l’urgence en Syrie

Certaines de ces personnes sont en prison «depuis longtemps» et d’autres sont arrivées «plus récemment», a précisé la source. Elles seront toutes interpellées et présentées à un juge à leur arrivée en France dans le cadre du «protocole Cazeneuve».

«Les démarches concernant 11 combattants étrangers d’origine française sont en cours», a indiqué le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères Ismail Catakli, annonçant également l’expulsion prochaine de dix Allemands, deux Irlandais, un Danois et un Américain.

Que cela vous fasse plaisir ou non, que vous leur retiriez ou non leur nationalité, nous vous renverrons ces membres de l’EI, vos propres gens, vos propres ressortissantsSüleyman Soylu, ministre turc de l’Intérieur

Le ministre turc de l’Intérieur, Suleyman Soylu, avait annoncé vendredi, cité par l’agence Anadolu, le rapatriement à venir des djihadistes étrangers, même ceux déchus de leur nationalité. «Nous allons vous renvoyer les membres de l’EI. Ils sont à vous, faites-en ce que vous voudrez», avait dit vendredi 8 novembre Süleyman Soylu lors d’un discours à Ankara. «Que cela vous fasse plaisir ou non, que vous leur retiriez ou non leur nationalité, nous vous renverrons ces membres de l’EI, vos propres gens, vos propres ressortissants», avait-il martelé.

La chaîne de télévision publique TRT Haber rapporte que l’Etat turc entend rapatrier quelque 2500 activistes, dont une majorité vers des pays de l’Union européenne, et que 813 djihadistes présumés sont actuellement en attente d’expulsion dans 12 centres de rétention.

Florence Parly démentait la présence de français dans le contingent rapatrié

Florence Parly, la ministre des Armées, avait réagi ce lundi 11 novembre au micro de France Inter avant l’annonce du rapatriement des djihadistes français. «Je n’ai pas connaissance d’un retour précis des terroristes de la part de la Turquie», avait dit la ministre des Armées peu avant 08h.

France Inter@franceinter

.@florence_parly et les djihadistes français en Turquie : « Il y a un protocole pour rapatrier des terroristes; je n’ai pas connaissance d’un retour précis » «  » #le79Inter708:08 – 11 nov. 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité15 personnes parlent à ce sujet

La Turquie appelle régulièrement les pays européens à reprendre leurs ressortissants qui ont intégré les rangs de l’EI en Syrie, mais ceux-ci sont peu enclins à les récupérer, notamment pour des raisons sécuritaires et d’impopularité.

Longtemps soupçonnée d’avoir laissé les djihadistes traverser sa frontière pour rejoindre la Syrie après le début du conflit qui déchire ce pays depuis 2011, la Turquie, frappée par plusieurs attentats commis par l’EI, a rejoint en 2015 la coalition antidjihadiste.

Mais Ankara a été accusé ces dernières semaines d’affaiblir la lutte contre les éléments dispersés de l’EI en lançant, le 9 octobre, une offensive contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), fer de lance du combat contre l’organisation djihadiste.

À voir aussi : Où sont les djihadistes français dans le nord syrien?Où sont les djihadistes français dans le nord syrien?Certains djihadistes retenus par les Kurdes dans le nord de la Syrie ont profité de l’offensive turque pour s’échapper. Notre grand reporter Georges Malbrunot fait le point sur la situation.PartagerPlayUnmuteCurrent Time 0:16/Duration 2:56Loaded: 39.30% Niveaux de qualitéFullscreen

https://www.lefigaro.fr/international/la-turquie-renvoie-des-djihadistes-etrangers-la-france-ne-serait-pas-concernee-20191111?utm_source=CRM&utm_medium=email&utm_campaign=[20191111_NL_ACTUALITES]&mediego_euid=[4726051]&een=07d35d6dfbc7bc24543248fcd9bee521&seen=6&m_i=dStK_2XpQ1xLFZWQ7U3%2Bx10FaA0cx1IH0zKyInAeRg0F5z1wljwB0K9Sx%2BHwiR_%2Bhbi6yKy4F7h5WX14dM8x6YMp9lWYZAGJdU

L’Oncle Sam exige que l’Union européenne intègre tous les pays des Balkans


L’Oncle Sam exige que l’Union européenne intègre tous les pays des Balkans

le 05 novembre 2019

Diplomate US

L’envoyé spécial américain insiste pour accélérer l’adhésion de l’Albanie et de la Macédoine à l’UE, alors que le sujet suscite l’opposition des dirigeants français et néerlandais, inquiets de l’impopularité d’une telle perspective.

L’émissaire spécial des Etats-Unis pour les Balkans est en tournée dans cette région. Après s’être rendu au Kosovo puis en Macédoine du Nord, Matthew Palmer était le 4 novembre à Belgrade, où il a notamment rencontré le président serbe, Aleksandar Vucic.

Le diplomate américain a saisi l’occasion pour critiquer vertement la décision récente de l’Union européenne : lors du Conseil européen des 17 et 18 octobre, les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-sept n’ont pu se mettre d’accord sur le lancement des discussions d’adhésion à l’UE de la Macédoine du Nord et de l’Albanie. Cela revient dans les faits à geler cette perspective.

« L’Amérique souhaite une perspective européenne pour les Balkans occidentaux et nous ferons notre possible afin de convaincre l’UE de changer sa position » – Matthew Palmer

« A notre avis, c’est une erreur historique et un mauvais message pour toute la région » a tancé M. Palmer. Et l’envoyé spécial d’enfoncer le clou : « l’Amérique souhaite une perspective européenne pour les Balkans occidentaux et nous ferons notre possible afin de convaincre l’UE de changer sa position » d’ici le prochain sommet de mai 2020.

En réalité, la position européenne découle d’un veto émis par trois pays : la France, les Pays-Bas et le Danemark. Emmanuel Macron, en particulier, est opposé à un nouvel élargissement de l’Union tant que celle-ci « n’arrive pas à fonctionner correctement à 27 », et, selon lui, ce n’est certainement pas à « 29, 30, ou 32 » qu’on améliorera les choses. En outre, comment plaider pour limiter le budget communautaire, et en même temps vouloir accueillir de nouveaux membres avait persiflé le maître de l’Elysée – une pierre dans le jardin de l’Allemagne.

Ce n’est sans doute pas un hasard si la France et les Pays-Bas sont vent debout contre de nouvelles adhésions

Mais derrière ces arguments se profile la crainte que l’arrivée de nouveaux pays « à bas coûts » soit particulièrement impopulaire dans l’Hexagone. Ce n’est sans doute pas un hasard si la France et les Pays-Bas sont vent debout contre de nouvelles adhésions, deux pays où de mémorables référendums avaient infligé des Non retentissants à une intégration européenne plus poussée, et ce en 2005, soit juste un an après l’adhésion de dix nouveaux Etats (et l’arrivée du fameux « plombier polonais »).

Le dossier des futures adhésions constitue donc un des très nombreux sujets d’affrontement actuels au sein des Vingt-sept. Par  ailleurs, la position franco-néerlandaise a indisposé les gouvernements concernés, non seulement à Skoplje et à Tirana, mais également dans d’autres pays issus de l’ex-Yougoslavie, comme la Serbie. Belgrade, avec qui les « négociations » d’adhésion sont déjà engagées, redoute que ces dernières s’ensablent, du fait de l’état d’esprit « frileux » de certains dirigeants européens.

Du reste, rien n’indique – en Serbie tout particulièrement, où la bienveillance euro-atlantique a laissé quelques souvenirs cuisants en 1999 – que les peuples concernés soient particulièrement enthousiastes pour intégrer l’Union européenne.

Cette région stratégique a été récupérée par le camp occidental dans la foulée de l’éclatement de la Yougoslavie

Mais évidemment, ce point importe peu à l’envoyé américain. Ce dernier a tout autre chose en tête : cette région stratégique a été en quelque sorte récupérée par le camp occidental dans la foulée de l’éclatement de la Yougoslavie. Or à Washington, on redoute que l’influence de la Russie (un allié historique traditionnel de la Serbie) ne revienne dans les parages. La Chine elle-même a fait de certains pays balkaniques des partenaires économiques importants.

Les dirigeants américains considèrent qu’il faut vite endiguer cette « menace », un point de vue partagé notamment à Berlin et donc à Bruxelles.

Ce qui explique que, dans ces dernières capitales, on se soit diplomatiquement abstenu de faire remarquer qu’en s’octroyant la responsabilité de définir les frontières européennes, l’Oncle Sam faisait preuve d’une inventive arrogance.

Il est vrai que c’est une habitude – dans cette région en particulier.

https://ruptures-presse.fr/actu/palmer-balkans-adhesion-macedoine-albanie/

Les banlieues subventionnées brûlent, les campagnes délaissées crèvent

 Les banlieues subventionnées brûlent, les campagnes délaissées crèvent

Les banlieues subventionnées brûlent, les campagnes délaissées crèvent

10 NOVEMBRE 2019 | POLÉMIA

Par Julien Dir, contributeur à Breizh-Info ♦ Les récentes émeutes urbaines n’en finissent pas de faire parler. Une contribution récente à Polémia en témoigne. Ces phénomènes sont pourtant paradoxalement courants en France. Mais il semblerait que la multiplication et l’intensification de ces événements dramatiques soit également parallèle à une autre hausse, celle de l’exaspération des Français. La preuve avec cette tribune virulente et virile de Julien Dir.
Polémia


La misère en Bretagne, oubliée par Paris

Il y a des matins où j’aimerais attraper un chargé de communication de l’Élysée par le col, lui mettre quelques claques, et le traîner de force dans la ruralité. En Centre-Bretagne, dans la Creuse, dans ces territoires oubliés, méprisés par les élites, souvent abandonnés à la merci de petits barons locaux qui y font la pluie et le beau temps.

Un chargé de communication (« Mais qui vous dit que c’est un homme ? »), ou bien un de ces élus qui vient pleurer des larmes de crocodile à propos des pauvres banlieusards qui seraient des victimes du système, du racisme, de la pauvreté, du système.

Mais bon sang, venez une journée dans la campagne de Pontivy ! Venez une journée à la rencontre de ces anciens qui crèvent en silence dans la campagne de Carhaix, dans des fermes dont les sols, encore en terre battue, témoignent de l’abandon qu’ils subissent.

Venez une journée, une seule, dans la campagne de Gourin, à la découverte d’une jeunesse elle aussi abandonnée, à qui aucun plan emploi n’est proposée à la sortie de l’école, à qui aucun conseiller en aides sociales n’est dédié. Et qui plonge parfois, dans la drogue, dans l’alcoolisme. Venez découvrir ces logements sociaux pas rénovés depuis plusieurs décennies. Ou ces maisons insalubres dans lesquelles des familles viennent habiter à la recherche d’un calme et d’une sécurité qu’elles ne trouvaient plus à proximité des grandes villes.

Des familles qui finalement, ont troqué la sécurité de leurs enfants contre la mérule, la mauvaise isolation, les fuites diverses et variées. Venez sentir cette puanteur dans certains logements. Ces conditions de vie qui rappellent parfois Germinal, sauf que plus de 100 années ont passé.

En Bretagne, pauvreté ne rime pas avec émeutes

Quand j’entends Édouard Philippe annoncer des mesures pour la Seine-Saint-Denis, département le plus criminogène de France, département dont même les autorités ne sont pas capables de recenser le nombre exact d’habitants tant la pression migratoire y est forte, j’ai envie de sortir ma fourche et de monter à Paris lui apprendre la vie. Ce ne sont pas des millions qu’il faut déverser dans les banlieues qui se moquent éperdument de l’État. Ce sont des soldats en armes qui terroriseraient les islamistes. Ce sont des « Bope » françaises qui mettraient rapidement fin au règne des dealers.

Dans notre ruralité à nous, les déserts médicaux ne se fabriquent pas parce que les médecins y fuient les violences et les caillassages. Ils existent, parce que les autorités n’ont rien fait depuis des années au niveau de la médecine pour inciter à s’installer chez nous. Où est le Mélenchon de la ruralité qui ferait de certains médecins, de certains spécialistes, des fonctionnaires mutés dans la ruralité qui crève ?

Dans nos campagnes à nous, la jeunesse ne crame pas des voitures, alors même qu’elle n’a pas les moyens financiers des incendiaires de banlieue. Notre jeunesse n’attaque pas non plus les postiers, les pompiers, les policiers, les héros qui maintiennent un minimum de service public dans ces territoires abandonnés. Abandonnés par des autorités et des élus qui les méprisent y compris électoralement, le nouveau Dieu métropole étant désormais un réservoir à électeurs suffisamment important pour délaisser paysans et exclus de la ruralité.

Édouard Philippe qui parle d’aider la Seine-Saint-Denis pendant que nos anciens crèvent dans leurs maisons sans chauffage, pendant que certaines familles n’osent pas allumer la lumière à 18h parce que l’électricité coûte trop cher, c’est presque une invitation à le remettre en place dans un octogone. Et encore, eu égard au nombre d’individus en France qui commencent à être énervés (doux euphémisme) contre ces élus qui font le choix d’autres peuples, d’autres communautés, contre le propre peuple dont ils sont issus, l’octogone afficherait complet pendant plusieurs siècles, et le visage d’Édouard Philippe ne ressemblerait plus à grand chose.

Compromission et lâcheté

C’est un pari que font nos décideurs politiques. Celui de récompenser, avec notre argent (celui de nos impôts), des territoires gérés par des caïds, par des factieux, par des assassins (les dealers sont des assassins). Des salles de sport et des médiathèques toutes neuves, pour la troisième fois en dix ans, pendant que le peuple des campagnes peut bien crever. De toute façon il vieillit, il faut le remplacer n’est-ce pas ? Et puis « ce sont des illettrés » comme dirait un certain Emmanuel Macron…

Ce mépris des villes pour les campagnes, des décideurs des métropoles pour le reste du territoire, se paiera toutefois un jour ou l’autre. Ce clientélisme vis-à-vis de groupes criminogènes qui contrôlent certains territoires se paiera aussi, d’une façon ou d’une autre.

« Ne surtout pas opposer la France périphérique à la France des banlieues » disent-ils à longueur de journée sur les plateaux TV, tremblotant dans leurs fauteuils douillets. Bien sûr que si ! Ces deux mondes n’ont rien à voir. N’ont pas les mêmes valeurs, les mêmes cultures, les mêmes langues, les mêmes comportements. Nous n’avons rien en commun, et nous ne voulons pas vivre ensemble !

Les Gilets jaunes étaient un avertissement douillet, un premier cri de révolte d’un peuple qui commence à en avoir marre d’être tenu à la gorge pendant qu’on lui urine sur les pieds. Le message n’a visiblement toujours pas été entendu là-haut, à Paris.

Des millions pour la Seine-Saint-Denis pendant que les miens crèvent dans leurs campagnes ? Bonnets rouges, Gilets jaunes, et demain, colère noire ?

Julien Dir
10/11/2019

Source : Breizh-Info

Crédit photo : Domaine public

https://www.polemia.com/banlieues-subventionnees-brulent-campagnes-delaissees-crevent/

Paris pas si inquiet par la déroute du nouveau réacteur nucléaire français

Paris pas si inquiet par la déroute du nouveau réacteur nucléaire français

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La France souhaite établir de nouveaux standards en matière d’énergie nucléaire avec l’introduction du dernier réacteur à «eau pressurisée européen (EPR)». Le gouvernement français veut mettre en service six nouvelles centrales nucléaires de type EPR et persiste toujours dans cette ambition. Ce projet est, cependant, mis sur la glace en raison de nombreuses pannes en 2007. De nombreuses personnes issues des organisations luttant contre le nucléaire mais aussi des politiques critiquent le projet EPR.

L’EPR, qui devrait lancer une nouvelle étape dans la technologie nucléaire en France, est sur le point de devenir une catastrophe. Ce nouveau type de réacteur est de plus en plus considéré comme étant une bérézina nationale poussant le ministre français des Affaires économiques à intervenir. En juillet 2019, Bruno Le Maire a demandé la réalisation d’un audit sur le chantier de l’EPR d’EDF. Ce chantier de Flamanville accuse des déboires à répétition et le ministre de l’Economie a souhaité obtenir de la «transparence». «Je crois que ces incidents à répétition ne sont pas acceptables, ils ne sont pas compréhensibles. Ils ne sont pas acceptables de la part d’une filière nucléaire qui est un fleuron français» avait alors déclaré le ministre. A la livraison de l’audit Bruno Le Maire parle d’échec: «C’est un échec pour l’ensemble de l’industrie nucléaire française. Nous devons reconnaître cet échec, en tirer les leçons et en tirer toutes les conséquences nécessaires». Le rapport réalisé par  l’ex-PDG de PSA Peugeot Citroën, Jean-Martin Folz,  de 34 pages, qui a été aussi remis à la ministre de la Transition écologique,  montre l’existence de nombreux défauts et incidents qui vont des problèmes de béton aux défauts d’exécution des travaux.  «Le béton a été loupé et il a fallu quatre ans, en gros, pour le réussir» a déclaré Bernard Laponche, polytechnicien et physicien nucléaire, de l’association Global Chance. Des soudures non conformes à la sécurité ont été découvertes dans une zone d’installation importante mais inaccessible. Le chantier de Flamanville, qui devait être terminé en 2010, accuse un gros retard. Actuellement, la livraison du projet est remise à 2022.

L’échec de l’EPR se voit dans l’augmentation des coûts. «La construction du réacteur de Flamanville devrait coûter un peu plus de trois milliards d’euros et durer quatre ans et demi. Maintenant, il coûte quatre fois plus cher et sa construction prend 15 ans» dénonce les associations écologiques. Ce rapport sur l’industrie nucléaire française apporte la preuve que les compétences techniques en France accusent une baisse de qualité. La nouveauté est que ce rapport a été rendu public alors que cela n’était pas le cas avant.  Mycle Schneider, l’activiste anti-nucléaire et expert en politique énergétique, tout comme, par exemple, les activistes de «Sortir du nucléaire», évoquent un «fiasco» du modèle français: «Les mots très inhabituellement clairs et acerbes indiquent clairement qu’il s’agit d’un fiasco et que cela concerne toute la chaîne de responsabilité. En d’autres termes, il n’y a pas un seul phénomène, mais en gros, tout a échoué, des compétences des travailleurs de la construction à la direction générale».

Malgré les nombreuses failles dans le projet, Paris veut toujours mener ses plans ambitieux ce que confirme un article paru ce 6 novembre dans la revue Techniques de l’Ingénieur. On apprend que l’ambition du gouvernement reste ferme et qu’il souhaite continuer la construction de l’EPR. «Le rapport remis aux ministres de l’Economie, Bruno Le Maire, et de la Transition écologique, Elisabeth Borne, par Jean-Martin Folz dresse, certes, un constat accablant «d’échec» du projet de construction d’un premier EPR en France, à Flamanville. Néanmoins, une lecture attentive donne de sérieuses pistes pour une remise en marche de la filière nucléaire… Et à terme, de nouveaux réacteurs» écrit le journal spécialisé. La raison est qu’il existe deux EPR chinois et qu’ils, selon les autorités françaises, fonctionnent normalement. Le gouvernement français a pour «objectif d’améliorer la formation pour les soudures, de rationaliser et de simplifier l’organisation des ressources scientifiques et techniques dans les projets nucléaires» en comptant sur une profonde remise à niveau des capacités industrielles et des ressources humaines» souligne Techniques de l’Ingénieur .

Olivier Renault

source:

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1213

Selon Emmanuel Macron, l’OTAN est en état de «mort cérébrale»

Selon Emmanuel Macron, l’OTAN est en état de «mort cérébrale»

7 nov. 2019, 11:32

Selon Emmanuel Macron, l'OTAN est en état de «mort cérébrale»

© Reinhard Krause Source: ReutersUn drapeau de l’OTAN (image d’illustration)

Dans un entretien accordé à The Economist, le chef d’Etat français a émis un jugement particulièrement sévère sur l’état de l’alliance atlantique. L’opération turque en Syrie, notamment, aurait révélé son état de «mort cérébrale».

«Ce qu’on est en train de vivre, c’est la mort cérébrale de l’OTAN» : le jugement, particulièrement sévère, est celui du président de la République française. Dans un entretien accordé au magazine The Economist, Emmanuel Macron a expliqué ce constat par le désengagement américain vis-à-vis de ses alliés de l’alliance atlantique et du comportement de la Turquie, également membre de l’organisation militaire.

Le chef d’Etat ne souhaite pas pour autant la fin de l’OTAN, appelant au contraire à «clarifier maintenant quelles sont [ses] finalités stratégique». En même temps, le président français a plaidé à nouveau pour «muscler» l’Europe de la Défense – une idée pourtant peu appréciée par l’allié américain.

L’opération turque en Syrie, révélateur des désunions au sein de l’OTAN

La décision de la Turquie de lancer en octobre une offensive militaire contre les Unités kurdes de protection du peuple (YPG), qu’elle considère comme terroristes, a mis mal à l’aise ses partenaires de l’OTAN – les Etats-Unis et la France, entre autres, condamnant de leur côté fermement cette intervention.

«Vous n’avez aucune coordination de la décision stratégique des Etats-Unis [de se retirer des troupes du nord syrien] partiellement avec les partenaires de l’OTAN et nous assistons à une agression menée par un autre partenaire de l’OTAN, la Turquie, dans une zone où nos intérêts sont en jeu, sans coordination», déclare Emmanuel Macron dans l’interview, concluant : «Ce qui s’est passé est un énorme problème pour l’OTAN.» 

Dans ces conditions, le président français s’interroge en particulier sur l’avenir de l’article 5 du traité atlantique, qui prévoit une solidarité militaire entre membres de l’Alliance si l’un d’entre eux est attaqué. «C’est quoi l’Article 5 demain ? Si le régime de Bachar el-Assad décide de répliquer à la Turquie, est-ce que nous allons nous engager ? C’est une vraie question», souligne-t-il.

L’OTAN est apparu à l’occasion de l’opération turque divisé sur une question d’ordre stratégique, au point que des commentateurs avaient, avant Emmanuel Macron, ni plus ni moins annoncé la «mort» de l’organisation militaire. «L’OTAN est morte puisqu’une puissance de l’OTAN a décidé de se battre, totalement librement, en achetant des armes russes sans l’accord des autres membres», avait par exemple jugé le mois dernier l’économiste Jacques Attali sur France Info.

Emmanuel Macron s’inquiète également de la «fragilité» de l’Europe

Outre la «mort cérébrale» de l’OTAN, Emmanuel Macron s’alarme, auprès de The Economist, de la «fragilité extraordinaire de l’Europe» qui «disparaîtra» selon lui, si elle ne «se pense pas comme puissance dans ce monde».Lire aussiLes Etats-Unis reprochent à l’Union européenne de freiner l’adhésion de nouveaux membres à l’OTAN

«Je ne crois pas dramatiser les choses, j’essaye d’être lucide», tient à souligner le président de la République. Il pointe trois grands risques pour l’Europe : qu’elle ait «oublié qu’elle était une communauté», le «désalignement» de la politique américaine du projet européen et l’émergence de la puissance chinoise «qui marginalise clairement l’Europe».

A l’occasion de cette interview, Emmanuel Macron invoque donc le projet de développement d’Europe de la Défense qui lui tient à cœur – au risque de froisser de nouveau Washington et d’accroître les divisions au sein de l’OTAN. L’«Europe […] doit se doter d’une autonomie stratégique et capacitaire sur le plan militaire», estime-t-il. Or en novembre 2018, Donald Trump avait exprimé son indignation face à la proposition d’Emmanuel Macron de créer une «vraie armée européenne» pour «protéger [l’Europe] à l’égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis d’Amérique».

Dans son entretien à The Economist, Emmanuel Macron estime que le président américain et la France ne partagent pas la même philosophie de l’alliance atlantique. «Le président Trump, j’ai beaucoup de respect pour cela, pose la question de l’OTAN comme un projet commercial. Selon lui c’est un projet où les Etats-Unis assurent une forme d’ombrelle géopolitique, mais en contrepartie, il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain. La France n’a pas signé pour ça», a-t-il déclaré.

Enfin, le président français juge que l’affirmation de la puissance européenne passera par la réouverture d’«un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie». Une position affichée de longue date par le président français.

La diplomatie russe salue des paroles «sincères»

Réagissant à cet entretien et en particulier au diagnostic de «mort cérébrale» de l’organisation, la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a commenté : «Ce sont des paroles en or. Sincères et qui reflètent l’essentiel. Une définition précise de l’état actuel de l’OTAN.»

Lire aussi : Emmanuel Macron face au défi de «l’Etat profond»

International

https://francais.rt.com/international/67664-selon-emmanuel-macron-otan-est-en-etat-mort-cerebrale

En France, une anglicisation à outrance

En France, une anglicisation à outrance

Publié par Gilles Munier sur 6 Novembre 2019, 21:07pm

Revue de presse :  Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone (CERMF)

La France meilleure en anglais que 17 ex-colonies britanniques, au péril de ses intérêts de grande puissance. Une grave erreur stratégique.

Contrairement à une idée entretenue par certains, les Français excellent presque en anglais, dans une France qui subit une anglicisation à marche forcée. Une situation pourtant clairement contraire à ses intérêts de grande puissance.

Selon la dernière édition du classement international annuel EF EPI (Education First, English Proficiency Index), publiée ce mardi 05 novembre, la France se classe 35e pour ce qui est du niveau en anglais de sa population. L’Hexagone fait ainsi mieux que de nombreux pays pouvant être considérés comme anglophones, et non des moindres, et dépasse également de nombreuses puissances économiques et géopolitiques.

La France loin devant de nombreux pays anglophones et autres puissances

Comme le révèle ce classement annuel, la France dépasse ainsi non moins de 17 anciennes colonies britanniques ayant toutes l’anglais pour langue co-officielle, de jure ou de facto, comme Hong Kong (33e), l’Inde (34e), les Émirats arabes unis (70e), la Jordanie (75e) ou le Sri Lanka (78e). Elle fait donc encore « mieux » que lors des trois précédentes éditions du classement, lorsqu’elle dépassait à chaque fois dix ou onze ex-colonies britanniques.

Mais la France est également la grande puissance non anglophone la plus anglicisée au monde, et se classe largement devant les chefs de file des autres principaux espaces géolinguistiques, à savoir la Chine (40e), la Russie (48e), le Brésil (59e), le Mexique (67e) et l’Arabie saoudite (98e, ou l’Égypte, 77e). Elle devance aussi le Japon (49e), dont la société est technologiquement la plus avancée au monde, et qui exporte largement plus que l’Hexagone (+ 27 % en 2018 selon l’OMC, soit + 156 Mds de dollars).

Une anglicisation à outrance…

Cette situation ubuesque est en bonne partie la conséquence de cette anglicisation à outrance que l’on observe en France depuis plusieurs années, et où se multiplient les dérives, légales ou illégales, que l’on ne rencontre nullement ailleurs dans le vaste monde francophone, en dehors de sa partie européenne et sans repères. Une France où l’on ne compte plus les entreprises au site internet exclusivement en langue anglaise, ainsi que les manifestations et salons internationaux où le français est banni de l’affichage. Chose impensable au Québec ou encore en Afrique francophone, Maghreb inclus. Une France où l’on ne compte plus les Grandes écoles au site internet majoritairement en anglais. Chose, là encore, impensable en Afrique francophone et au Québec, grande province où, et contrairement à la France, tous les intitulés de fonction et de formation diplômantes sont également en langue française, tout comme les noms des établissements d’enseignement supérieur francophones, très majoritaires (ou encore les slogans publicitaires….). Un Hexagone qui accueille avec insuffisamment de respect les touristes francophones et francophiles, de l’intérieur du reste du monde, en mettant de plus en plus à leur disposition des documents d’information exclusivement en anglais, ou avec une version quasi « microscopique » en français. Là encore, à l’inverse de ce qui se fait au Québec et en Afrique francophone. Une France dont de nombreux diplomates affichent désormais des messages d’absence uniquement en anglais, contrairement à leurs confrères francophones du Québec ou d’Afrique, et ce, sans aucune sanction disciplinaire.

À cette attitude s’ajoute également celle des institutions de l’Union européenne qui mènent, au mépris des traités européens et avec la constante et bienveillante complicité des acteurs économiques et politiques français, une politique active d’éradication de la langue française, anglicisant encore davantage une France ayant perdu une bonne partie de ses repères. À titre d’exemple, la récente réglementation européenne « SERA – Partie C » qui vise à imposer l’anglais comme unique langue de communication entre les pilotes privés français et les six principaux aéroports métropolitains. Aberration qui n’existe ni au Québec ni en Afrique francophone, où il faudra alors, à l’entrée en vigueur de cette réglementation, s’exiler afin de vivre sa passion en français. Une France repliée sur l’Union européenne, zone la plus anglicisée au monde, et qui ne cesse donc de se comparer aux autres de ses pays membres, vassaux culturels et, in fine, politiques des puissances anglo-saxonnes.

Pourtant, le fait de vivre d’abord en français n’empêche nullement d’autres pays et territoires francophones d’être parmi les plus dynamiques au monde. Ainsi, il convient de rappeler la puissance économique du Québec, qui compte de nombreuses entreprises mondialement connues, comme Bombardier (numéro un mondial de la construction ferroviaire et numéro quatre de la construction aéronautique), Hydro-Québec (quatrième producteur mondial d’hydroélectricité), la SNC-Lavalin (un des leaders de l’ingénierie et de la construction, avec plus de 51 000 employés à travers le monde) ou encore le Cirque du Soleil, numéro un dans son domaine avec ses près de 4 000 salariés. Une vaste province, dont la capitale économique, Montréal, est un centre majeur de la haute technologie en étant le troisième pôle mondial pour l’aéronautique (derrière Seattle et Toulouse) et l’industrie du jeu vidéo, et le quatrième pour le secteur des effets spéciaux cinématographiques. Une ville-monde de plus en plus francophone (avec un pourcentage ne cessant d’augmenter pour les résidents ayant le français pour première langue officielle canadienne, et s’établissant à 78,1 % selon le dernier recensement de 2016), et qui a été élue meilleure ville étudiante au monde, en 2017, par le classement international QS Best Soudent Cities (établi par le cabinet britannique Quacquarelli Symonds), ainsi que « Communauté intelligente de l’année 2016 » (par l’organisme américain Intelligent Community Forum, en raison, notamment, de son avance en matière de technologie numérique et d’intelligence artificielle). Enfin, le Québec, c’est également un vaste territoire au taux de chômage le plus faible du Canada (4,7 % en août 2019, contre 5,7 %), et à la « capitale nationale » (la ville de Québec) affichant toujours le taux de chômage le plus faible parmi les dix principales villes canadiennes (seulement 2,6 % en août 2019 !) … et qui commence à concurrencer Montréal en matière d’innovation technologique. Un Québec sans lequel le Canada serait donc presque un pays quelconque…

Et concernant l’Afrique subsaharienne francophone, il convient là aussi de rappeler que ce vaste espace est le moteur de la croissance économique du continent, dont il a réalisé les meilleurs performances pendant six des sept années de la période 2012-2018, avec une croissance annuelle de 4,2 % en moyenne (4,9 % hors cas très particulier de la Guinée équatoriale), contre 2,9 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne (et ce, notamment grâce aux nombreuses réformes accomplies par une majorité de pays afin d’améliorer le climat des affaires et de progresser en matière de bonne gouvernance). De bonnes performances en partie dues au dynamisme particulier de l’espace UEMOA (en Afrique de l’Ouest francophone), qui continue à être la plus vaste zone de forte croissance du continent (6,3 % en moyenne annuelle sur la période 2012-2018, et 6,4 % en 2018).

…et contraire aux intérêts de la France

Contribuer activement au recul de la langue française constitue pourtant une grave erreur stratégique. Loin d’être un simple passe-temps pour passionnés de dictées, de mots croisés ou encore de poèmes, la langue est avant tout une question d’influence culturelle et géopolitique, et de parts de marché.

Ainsi, toutes les études économiques démontrent bien que les échanges peuvent être potentiellement bien plus importants entre pays, peuples ou communautés partageant une même langue, comme le rappelait si bien le rapport Attali sur la francophonie, publié en 2014. Ainsi, ce n’est pas un hasard si les touristes québécois sont proportionnellement quatre fois plus nombreux que les Américains à venir chaque année en France…et à y dépenser. Dans un autre registre, ce n’est pas non plus un hasard si les premiers pays au monde à avoir interdit le niqab étaient francophones, en Europe comme en Afrique (France, Belgique, Sénégal, Tchad, Congo…), et qu’ils aient été suivis, dans un premier temps, par des pays connus pour leur francophonophilie, et dans la plupart desquels le français est appris par la majorité des élèves, sinon par la totalité (Pays-Bas, canton suisse italophone du Tessin…). De même, on ne peut s’empêcher de constater, par exemple, que le Canada est toujours plus pacifiste lorsqu’il est dirigé par un Québécois… 

Les pays du monde francophone sont d’ailleurs, globalement, des sociétés moins inégalitaires, moins violentes et plus paisibles que les sociétés anglophones ou hispanophones, comme le confirment les différents classements internationaux en la matière (l’indice de GINI, selon lequel sept des dix pays les plus inégalitaires au monde sont anglophones, dont six en Afrique, contre un seul pays francophone, ou encore les statistiques sur les taux d’homicides). Par ailleurs, et en ce qui concerne la démocratie sur le continent africain (qui compte déjà de nombreux pays démocratiques, au passage), il convient de rappeler que la liberté d’expression est globalement plus étendue en Afrique francophone que dans le reste du continent, où se trouvent notamment les régimes les plus totalitaires, qui sont au degré « zéro » de liberté d’expression (l’Égypte, l’Érythrée, le Rwanda et le Eswatini, dernière monarchie absolue du continent).

Ces valeurs véhiculées par la langue française, et dont les pays francophones, parmi lesquels la France, peuvent être fiers. La France, justement véritable patrie des droits de l’Homme, et où s’appliquent le plus les principes – pourtant censés être universels – de l’égalité et de la fraternité. Chose que la plupart des Français, eux-mêmes, ne savent suffisamment (et notamment les professeurs de l’Education nationale, qui se doivent de connaître et de transmettre un certain nombre d’éléments cruciaux et nécessaires à l’unité et à la « solidité » de la nation). Parmi les exemples les plus importants et les moins connus à la fois, l’on peut citer le fait que tous les citoyens français aient exactement les mêmes droits civiques où qu’ils se trouvent, en métropole ou en outre-mer, dont ceux de participer à l’ensemble des élections nationales et d’être représentés au sein de toutes les institutions politiques nationales. Ce qui n’est absolument pas le cas des ultramarins britanniques et américains, pour qui il n’est guère permis de participer aux scrutins nationaux et d’être représentés, et auxquels interdiction est donc faite de prendre part à la gestion des affaires de la nation, et d’avoir la moindre possibilité d’influer sur son avenir. Un schéma de type colonial, une approche ségrégationniste, qui sont encore en vigueur dans ces deux pays anglo-saxons, à l’attitude radicalement différente de celle de la France.

En œuvrant constamment à réduction de la présence et de la visibilité de la langue française dans les différentes instances internationales ainsi que sur son propre sol, face aux étrangers de passage (hommes d’affaires, étudiants, touristes…), la France, qui est probablement la seconde puissance mondiale après les États-Unis, en combinant tous les critères de puissance (économie, capacités militaires, influence géopolitique et culturelle), seule base de comparaison possible et rationnelle entre pays, et qui est 27 fois plus étendue que l’Allemagne en incluant son immense territoire maritime (le deuxième plus vaste de la planète, avec ses près de 10,2 millions de km2), ne fait que diffuser au reste du monde un message disant clairement que le Français est une langue inutile à apprendre. Et de priver, ainsi, de nombreux peuples non francophones d’accès à la langue française et aux valeurs qu’elle véhicule.

De ce fait, elle s’emploie activement à entraver la dynamique favorable dont bénéficie l’apprentissage du français à travers le monde, grâce à l’émergence économique et démographique de l’espace francophone, vaste comme près de quatre fois l’Union européenne tout entière dans sa définition géographique la plus stricte, et regroupant désormais plus de 510 millions d’habitants. Tel un enfant, qui sur une plage, prendrait un malin plaisir à venir régulièrement détruire un château de sable patiemment édifié par d’autres enfants. Une augmentation constante du nombre d’apprenants du français dans le monde, dont l’ampleur pourrait être encore bien plus importante, mais qui dans le même temps échappe complètement au continent européen. Ce continent qui est le seul où l’enseignement de la langue de Molière en tant que langue étrangère baisse de manière constante, comme le mettent en évidence les trois derniers rapports de l’Organisation internationale de la Francophonie (publiés en 2010, 2014 et 2018).

Une baisse essentiellement – voire exclusivement – due à l’attitude de la France vis-à-vis de sa langue, et qui nuit gravement à son influence culturelle, économique et politique en Europe. Et dont les conséquences se traduisent jusqu’au niveau des flux migratoires, en réduisant considérablement l’importance de l’immigration d’origine européenne en France, constamment minoritaire (et qui se dirige alors massivement vers le Royaume-Uni – Brexit ou non – et vers l’Allemagne, dont l’influence culturelle demeure très forte dans l’ensemble de l’Europe de l’Est). Un déséquilibre qui ne facilite guère l’intégration des immigrés extra-européens, lorsqu’ils ont essentiellement, pour voisins, d’autres immigrés aux mêmes origines.

Mais ce manque d’intérêt vis-à-vis de la langue française explique également, en bonne partie, le manque d’intérêt de l’Hexagone vis-à-vis du monde francophone, dont les Français ignorent pratiquement tout. À titre d’exemple, la quasi-intégralité de la population française ne sait rien des Jeux de la Francophonie qui se sont tenus en juillet 2017 à Abidjan (contraste saisissant avec la couverture médiatique dont jouissent les Jeux du Commonwealth au Royaume-Uni), de la Basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro en Côte d’Ivoire (qui n’est autre que le plus grand édifice chrétien au monde, quasi-réplique de la basilique Saint-Pierre de Rome), du concours musical « The Voice Afrique francophone » (qui fût dans sa saison 2017-2018 le plus grand concours musical au monde en termes d’audience cumulée, avec son équivalent arabophone), ou encore du peuple acadien et de son drapeau, qui n’est autre que le drapeau tricolore orné d’une petite étoile aux couleurs papales et symbole de la Vierge Marie. Un attachement historique à la France, mère patrie, qui y répond par une grande indifférence.

Une ignorance dont la responsabilité est à imputer en premier aux responsables politiques, à un certain nombre de hauts fonctionnaires de l’Éducation nationale et aux médias, et qui s’oppose radicalement à la plus grande culture qu’ont les Britanniques au sujet des pays du Commonwealth. Cette bien meilleure connaissance, qui est en bonne partie à l’origine de leur attachement viscéral à leur langue, à sa défense et à sa diffusion. Et ce, contrairement à une majorité de Français qui, maintenus dans une certaine ignorance, se désintéressent consciemment ou inconsciemment de la leur, car ignorant sa dimension mondiale. D’où l’existence d’un véritable cercle vicieux, où le fait de ne pas s’intéresser à sa propre langue conduit, in fine, à ne pas s’intéresser au monde francophone, et où ne pas s’intéresser au monde francophone conduit à son tour à négliger sa langue et à la dévaloriser. Et donc à ne pas chercher à la défendre et à la promouvoir, et par conséquent à l’affaiblir en France et dans le monde, au détriment des intérêts supérieurs du pays (ainsi que de ceux de l’ensemble des pays et peuples ayant le français en partage).

Un double désintérêt vis-à-vis de la langue française et du monde francophone qui se traduit alors par la faiblesse des aides au développement allouées chaque année par la France à l’espace francophone, dont le montant est environ trois fois inférieur aux sommes allouées au seuls pays d’Europe orientale membres de l’UE (2,7 milliards d’euros versés, en 2016, aux 27 pays francophones du Sud et à leur 385 millions d’habitants environ, cette année-là, contre 8,2 milliards versées aux 13 pays appartenant au second ensemble et totalisant une population de 115 millions d’habitants. Soit 10,1 fois moins d’aides par habitant). Une politique défiant pourtant toute logique économique et géopolitique. D’un point de vue géopolitique, parce que ces pays votent régulièrement contre les positions françaises au sein des grandes instances internationales (contrairement à la majorité des pays francophones, avec qui sont souvent partagées des valeurs et une approche communes en matière d’affaires internationales). À cela, s’ajoute également bien d’autres exemples d’attitude contraire aux intérêts de la France, comme par exemple, le refus de la grande majorité des pays de l’UE d’utiliser à des fins militaires le projet Galileo, afin de ne pas déplaire aux États-Unis (un « GPS européen », entré en service fin 2016 et qui devrait être pleinement opérationnel en 2020, mais uniquement pour un usage civil. Un projet que la France aurait, de toute façon, pu faire seule si elle était encore gaulliste, le coût annuel du projet ne dépassant pas celui de l’extension et de l’entretien du réseau des TGV. Un niveau d’investissement unique au monde pour des trains à grande vitesse, pourtant dépourvus de tout intérêt stratégique, et dont l’intérêt écologique est négligeable sur long terme, compte tenu des travaux pharaoniques et terriblement polluants que nécessitent la construction des lignes, et de la baisse constante du niveau de pollution engendré par les automobiles).

Quant au niveau économique, premièrement parce que la France ne jouit que d’une part de marché marginale dans les pays d’Europe orientale membres de l’UE, située à 3,9% en 2016 contre 20,8% pour l’Allemagne. Un pays à qui profite donc essentiellement les aides françaises allouées à l’Europe orientale, et dont les exportations sont alors pratiquement subventionnées par l’Hexagone, qui mène ainsi une politique qui pourrait être résumée par la célèbre expression « travailler pour le roi de Prusse ». Deuxièmement, parce que c’est bien dans le monde francophone qu’il faut massivement investir, d’une part afin de tirer pleinement profit des opportunités et du dynamisme que l’on y trouve, et d’autre part, parce que c’est en accélérant l’émergence économique de l’espace francophone que l’apprentissage du français à travers le monde augmentera encore davantage. Une augmentation qui ne peut être que bénéfique à la France, à son influence culturelle, économique et géopolitique, ainsi qu’à l’ensemble des pays et peuples du monde francophone.

Ce monde francophone dont l’Afrique est aujourd’hui la pièce maîtresse, mais où certaines personnalités s’appuyent sur la grave dérive anglomane de la France d’aujourd’hui afin de demander l’installation de l’anglais comme première langue étrangère (pays de Maghreb), ou comme seconde langue officielle (Burkina Faso, Gabon, Madagascar). Et ce, au grand mépris des intérêts supérieurs, économiques et géopolitiques, de leur propre pays, et alors même que le français n’a jamais été autant parlé dans le monde. Dans un très long article publié le 26 octobre 2018, un ancien ambassadeur du Burkina Faso exhortait, ainsi, l’ensemble des pays d’Afrique francophone à faire de l’anglais une de leurs langues officielles, en égrenant une longue liste d’exemples de ce qu’il observait lui-même en France, dans ses rues, ses écoles et ses entreprises (dans une tribune intitulée « Francophones d’Afrique : speak English as well… and honni soit qui mal y pense ! », publié sur le site d’information lefaso.net, par son Excellence M. L. D. Ouédraogo). La France « principal promoteur de la langue anglaise dans l’espace francophone », selon ses propres termes. Un exemple concret de la menace que représente l’Hexagone, et désormais une partie non négligeable de sa population, pour la langue française, et donc pour l’ensemble des pays et peuples ayant le français en partage.

Alors que tous les autres grands pays non anglophones, et en particulier la Russie, la Chine, le Brésil et le Japon, s’emploient ouvertement à maintenir une certaine distance avec la culture anglo-saxonne et la langue qui s’y rattache, notamment pour ne pas s’affaiblir et afin de pouvoir continuer à exister et à peser sur la scène internationale (la Chine impose, par exemple, un quota annuel sur les productions cinématographiques américaines, de même qu’elle a développé son propre « Facebook », à l’instar de la Russie pour l’espace russophone), alors que les Anglo-Saxons n’ont toujours communiqué entre eux que dans leur propre langue, ne laissant guère de place à tout autre idiome dans l’espace public (faisant ainsi preuve, et ce depuis au moins les années 1600, d’une véritable intelligence stratégique qui a souvent fait cruellement défaut à la France), certains souhaitent que l’Hexagone aille encore plus loin sur la voie de l’absurde, de la défrancisation et de la trahison, en ayant rendu désormais obligatoire l’apprentissage d’une langue étrangère – donc neuf fois sur dix l’anglais -dès le CP (chose que même trois des quatre pays scandinaves n’ont osé faire), en encourageant la multiplication des classes bilingues (anglais-français), ou encore, pour d’autres, en proposant que les films américains soient diffusés en version originale à la télévision. Une fuite en avant aux conséquences gravissimes, dans un pays ayant perdu une bonne partie de ses repères.

La France d’aujourd’hui est donc bel et bien la principale menace qui pèse sur la langue et la culture françaises dans le monde. Cette langue qui est l’un des piliers de son identité et de sa puissance mondiale. Un de ses piliers auxquels l’on s’attaque sans retenue, afin, parfois, de servir certains intérêts.

Comme l’avait dit le général de Gaulle, « le snobisme anglo-saxon de la bourgeoisie française est quelque chose de terrifiant. […] Il y a chez nous toute une bande de lascars qui ont la vocation de la servilité. Ils sont faits pour faire des courbettes aux autres. » Quels qu’ils soient et où qu’ils soient, les responsables de ce processus d’éradication du français doivent être écartés. Il ne peut y avoir de place, en France, pour des individus hostiles à la langue française, et donc à la France et au monde francophone.

Le Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone (CERMF) est présidé par Ilyes Zouari

http://www.france-irak-actualite.com/2019/11/en-france-une-anglicisation-a-outrance.html

*Source : cermf