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« Projet Daphne » : comment les oligarques azerbaïdjanais passent par Malte pour prendre le contrôle d’entreprises françaises

« Projet Daphne » : comment les oligarques azerbaïdjanais passent par Malte pour prendre le contrôle d’entreprises françaises

L’enquête de 18 médias internationaux, réunis par l’organisation Forbidden stories, sur la corruption à Malte révèle qu’une banque suspecte a permis l’entrée en Europe de capitaux liés à la dictature azerbaïdjanaise. Une partie de ces fonds a servi à acheter trois entreprises en France.

Drapeau de la Pilatus Bank sur le fronton du bâtiment  de l\'établissement bancaire, à Malte.
Drapeau de la Pilatus Bank sur le fronton du bâtiment  de l’établissement bancaire, à Malte. (MONTAGE A PARTIR DE LA PHOTO DE DARRIN ZAMMIT LUPI / REUTERS)

Comment une fabrique de porcelaine de Limoges (Haute-Vienne), un atelier de linge de maison de Cambrai (Nord) et un fabricant de figurines de Neufchâtel-en-Bray (Seine-Maritime) ont-ils pu tomber dans l’escarcelle d’une famille d’oligarques parmi les plus puissantes d’Azerbaïdjan sans que personne ne le sache ? La réponse passe par Malte.

L’enquête menée par les 45 journalistes du Projet Daphne, qui ont poursuivi le travail de la journaliste Daphne Caruana Galizia, mène à la Pilatus Bank. Cette banque maltaise, ouverte à La Valette en décembre 2013, a été créée par Ali Sadr Hashemi Nejad. Fils d’un milliardaire iranien, il n’aurait jamais dû pouvoir ouvrir une banque en raison des sanctions qui frappent son pays. Il a contourné ce problème en acquérant cinq passeports de Saint-Kitts-et-Nevis. Le petit État des Caraïbes s’est fait une spécialité d’en délivrer en échange de quelques centaines de milliers d’euros.

Deux ou trois clients représentaient 80% des actifs.Maria Efimova
ex-salariée de la Pilatus Bank

La Pilatus Bank ne dispose que d’une centaine de clients. D’après Maria Efimova, ancienne salariée de l’établissement, Ali Sadr lui aurait dit que la banque avait été créée selon la règle des « 3F : friends, family and fools ! » (« les amis, la famille et les idiots »). Cette jeune femme russe est aujourd’hui considérée comme une lanceuse d’alerte par plusieurs députés européens qui connaissent bien le contexte maltais. Après son renvoi de la banque, elle a contacté Daphne Caruana Galizia.

Maria Efimova raconte à la journaliste maltaise que la Pilatus Bank aurait hébergé le compte d’une société offshore, dénommée Egrant, récipiendaire d’un virement d’un million d’euros en provenance d’Azerbaïdjan. Selon l’ex-salariée, la véritable bénéficiaire de cette société serait Michelle Muscat, la femme du Premier ministre maltais Joseph Muscat. Daphne Caruana Galizia publie cette information le 20 avril 2017.

Des soupçons de blanchiment d’argent

Joseph Muscat a immédiatement démenti les révélations de Daphne Caruana Galizia. À ce jour, aucune preuve formelle n’a été publiée selon laquelle Michelle Muscat serait la bénéficiaire d’Egrant. « Si tel était le cas, je démissionnerais », assure Joseph Muscat.

En revanche, la Pilatus Bank est soupçonnée d’avoir blanchi des capitaux douteux en provenance d’Azerbaïdjan. D’après des informations obtenues par les journalistes du Projet Daphne, la banque abriterait au moins une vingtaine de comptes liés à des sociétés suspectées d’appartenir aux familles Aliyev et Heydarov. Il s’agit des deux plus puissantes du pays. Ilham Aliyev vient d’être réélu président de la République dans des conditions contestées. Kamaladdin Heydarov, son « ministre des situations d’urgence », règne quant à lui sur un empire allant de la production de jus d’orange à l’immobilier.

Un rapport pointe des irrégularités à la Pilatus Bank

En mars 2016, un rapport de l’Agence anti-blanchiment maltaise (FIAU) dénonce de graves irrégularités au sein de la Pilatus Bank. Il pointe notamment le fait que la banque accepte des clients à risque et ne semble pas se soucier de vérifier l’origine des fonds. Des agissements contraires à la réglementation de l’Union européenne, dont fait partie Malte. Ce rapport, comme tous les autres, est transmis à la police. Peu après l’avoir lu, le chef de la police maltaise démissionne sans engager de poursuites. En mai 2016, le rapport fuite sur le blog de Daphne Caruana Galizia. En septembre, la FIAU annonce qu’une nouvelle inspection a conclu à l’absence de griefs contre la Pilatus Bank. Sa licence est maintenue. Un mois plus tard, Daphne Caruana Galizia est assassinée.

Le 20 mars 2018, Ali Sadr est arrêté et emprisonné aux États-Unis. Le banquier est accusé d’avoir organisé le transfert de 115 millions de dollars du Venezuela vers l’Iran, via la Suisse et la Turquie. Cela constitue une violation des sanctions américaines. Il risque 125 ans de prison. Sous la pression, l’autorité bancaire maltaise annonce le gel des transactions de la Pilatus Bank.

Trois entreprises françaises rachetées par la société Héritage Collection

L’autorité bancaire européenne s’en mêle et lance à son tour une enquête. « Nous savons que les Azerbaïdjanais cherchent des relais pour blanchir des fonds en Europe », affirme l’eurodéputée écologiste et ancienne juge d’instruction Eva Joly. La Pilatus Bank offrait un paravent efficace. C’est sans doute pour cela que les dirigeants de trois sociétés françaises se demandent depuis des mois qui est leur véritable propriétaire.

À Saint Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne), la maison Coquet s’enorgueillit d’avoir Bill Gates, Bernard Arnault ou des émirs du Golfe comme clients. Pourtant, cette fabrique de porcelaine haut de gamme a bien failli disparaître en 2014, à cause de la crise. Elle est alors rachetée par Héritage Collection. Dirigée par l’homme d’affaires Philippe Nguyen, cette société annonce avoir 50 millions d’euros à sa disposition pour créer un groupe de sociétés du patrimoine à fort savoir-faire. En 2015, elle rachète également les Ateliers Porthault, référence dans le linge de maison installée à Cambrai (Nord). Elle reprend ensuite la société Leblon Delienne, spécialisée dans les figurines, à Neufchâtel-en-Bray (Seine-Maritime).

Des investisseurs très discrets

Philippe Nguyen quitte la direction du groupe en 2017. Nous l’avons eu au téléphone. Il a promis de rappeler, mais ne l’a jamais fait. L’actuel dirigeant d’Héritage Collection, Frédéric Saint-Romain, a répondu. Il nous a expliqué ignorer l’identité des investisseurs qui se trouvent derrière la société qu’il dirige. Trois jours plus tard, nous recevions une lettre de ses avocats nous enjoignant de ne plus contacter de salariés du groupe. Ils ont quand même répondu. Nous leur avons appris qui étaient leurs véritables propriétaires : Nijat et Tale Heydarov. Ce sont les deux fils du ministre le plus riche d’Azerbaïdjan.

Héritage Collection est en réalité propriété d’une société luxembourgeoise, elle-même propriété d’une société maltaise officiellement dirigée par un certain Robert Baker. Tout en haut de la pyramide se trouve un trust situé en Nouvelle-Zélande. Officiellement, il est dirigé par des gestionnaires anglo-saxons. Les informations que nous avons obtenues permettent d’affirmer qu’il agissait en réalité pour le compte des frères Heydarov. D’après nos sources, la cellule anti-blanchiment du ministère des Finances, Tracfin, avait été alertée sur un virement suspect à Héritage Collection, fin 2017. Les vérifications ayant montré que l’opération était justifiée, l’affaire en était restée là.

Cette révélation n’a qu’à moitié étonné Laurent Buob, le patron de Leblon Delienne. « J’ai souvent demandé qui étaient les investisseurs à Philippe Nguyen, raconte-t-il, mais on m’a toujours répondu qu’ils étaient à l’étranger et qu’on ne pouvait pas les voir. » Quant à Christian Le Page, PDG de la fabrique de porcelaine Coquet, il a eu vent un jour « d’héritiers du pétrole ».

J’ai fouillé, la secrétaire du comité d’entreprise également, et nous pensions que c’était le prince héritier d’Arabie saoudite.Christian Le Page
PDG de Coquet

D’après nos informations, les frères Heydarov auraient investi 10 millions d’euros dans les trois sociétés. Leblon Delienne a déposé le bilan et cherche un repreneur pour ses quatre salariés. Coquet et Porthault ne sont guère rentables. Les oligarques azerbaïdjanais auraient-ils été abusés sur les perspectives réelles qu’offraient ces investissements ? Leur paravent maltais devenant de moins en moins opaque, l’avenir de leur aventure dans le patrimoine industriel français paraît aujourd’hui très incertain.

« Projet Daphne » : 18 médias internationaux, 45 journalistes, réunis dans l’organisation Forbidden Stories ont poursuivi les enquêtes de Daphne Caruana Galizia. Parmi eux, trois médias français : la Cellule investigation de Radio France, Le Monde et France Télévisions à travers la société de production Premières Lignes. Leurs révélations sont à retrouver sur franceinfo.fr, les antennes de Radio France, dans les médias partenaires et dans « Envoyé spécial », jeudi 19 avril, sur France 2.

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Le plan secret des USA visant Damas a été déjoué

Le plan secret des USA visant Damas a été déjoué

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15 avril, 2018
Note d’analyse

Elijah J. Magnier

Donald Trump a dû redescendre du piédestal sur lequel il était monté il y a quelques jours en rassemblant une force militaire imposante et une puissance de feu rappelant « l’opération Tempête du désert », sans toutefois engager les forces terrestres. Le « plan A » prévoyait une attaque dévastatrice sur la Syrie afin de détruire son armée, le palais présidentiel, ses centres de commandement et de contrôle, ses troupes d’élite, ses entrepôts militaires et de munitions stratégiques, ses radars, ses systèmes de défense et les institutions de ses dirigeants politiques.
Le centre de recherche syrien de Barzé bombardé pendant la nuit du 14 avril 2018

 Le rôle de la Russie avant et après, l’attaque des USA, du Royaume-Uni et de la France, révélé

Avant la triple attaque contre la Syrie par les USA, la Grande-Bretagne et la France, la Russie et le président Vladimir Poutine, en personne, ont maintenu des contacts intensifs jusqu’à 4 heures du matin, afin de réduire la portée de l’attaque et passer à un « plan B » sans conséquence. Dans ses prises de contact avec plusieurs chefs d’État, la Russie a rejeté toute frappe susceptible de paralyser l’armée syrienne, et a informé les dirigeants de Damas que l’Occident allait dorénavant mûrement réfléchir avant de changer radicalement l’équilibre du pouvoir au Levant.

Mais quelle est la véritable raison de ces frappes ? Est-ce la prétendue « attaque chimique » à Douma ? L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques était déjà à Damas et ses membres sont allés à Douma samedi pour inspecter le lieu où l’attaque chimique en question aurait eu lieu. Pourquoi alors n’ont-ils pas attendu de connaître les résultats avant de frapper ?

Des sources à Damas expliquent qu’avant l’intervention militaire des USA, du Royaume-Uni et de la France, l’armée syrienne et ses alliés, avec l’appui de la Russie, étaient en train de mener une attaque d’envergure dans la région rurale d’Idlib et avaient atteint l’aéroport d’Abou al-Duhur lorsque subitement ils ont cessé leur opération pour ce diriger vers la Ghouta.

En effet, la Russie avait informé les dirigeants syriens d’un grand rassemblement de troupes sur la base militaire occupée par les USA à Al-Tanf, à la frontière syro-irakienne, où des dizaines de milliers de mandataires des USA suivent un entraînement militaire continu. Les Russes avaient décelé des mouvements inhabituels et compris que les USA se préparaient à dépêcher leurs mandataires vers la Ghouta orientale, afin d’établir un lien avec les quelque 30 000 djihadistes qui se trouvaient encore dans la Ghouta. Une attaque était planifiée en même temps qu’une diversion provenant de Daraa, au sud de la Syrie, de façon à attaquer le sud de Damas pour duper l’armée syrienne et ses alliés en les amenant à réduire le nombre de leurs combattants autour de la capitale.

Selon les sources, le plan consistait à soutenir leurs mandataires et les djihadistes de la Ghouta pour qu’ils atteignent Damas et en prennent le plein contrôle. Sauf que le déplacement de l’opération militaire de la région rurale d’Idlib à la Ghouta a contrecarré le plan américain qui consistait à imposer à la Russie un confinement forcé à Lattaquié et Tartous pour parvenir enfin à un changement de régime. Ce « plan de génie » aurait gâché tous les efforts déployés par la Russie après presque trois ans de participation soutenue à la guerre en Syrie, tout en permettant aux USA de prendre le dessus, au moment même où Moscou et l’armée syrienne étaient sur le point de mettre fin à la guerre en Syrie, il ne reste que quelques poches de résistance à libérer.

La riposte de la Russie dans la Ghouta a réduit le plan des USA en miettes, en imposant le retrait de dizaines de milliers de militants de la Ghouta avec leurs familles, vers le nord de la Syrie. La capitale est dorénavant beaucoup plus sûre et il ne reste plus qu’une zone au sud de Damas occupée par al-Qaeda et le groupe armé « État islamique » (Daech), au camp de Yarmouk et à al-Hajar al-Aswad.

Aujourd’hui, la Russie a vidé la frappe des USA, du Royaume-Uni et de la France de son contenu et de son objectif en imposant une « attaque restreinte » sans valeur, qui a très peu de chance de changer quoi que ce soit sur le terrain en Syrie.

Lorsque la Russie a promis d’abattre tout missile lancé contre la Syrie, Trump a répondu ceci : « Tiens-toi prête Russie, parce qu’ils arrivent, beaux, nouveaux et intelligents ». Après la frappe, la Russie a répliqué : « Nous avons utilisé de vieux systèmes de défense antiaérienne soviétique contre ces missiles intelligents, nouveaux et très coûteux lancés par les Américains ». Mais ce n’est pas tout. Les frappes des USA et du Royaume Uni.ont atteint des objectifs qu’Israël bombarde pratiquement à partir d’une base régulière. En ayant réussi à intercepter les deux tiers des missiles, comme l’a affirmé la Russie, la Syrie perçoit l’attaque comme une sorte « d’entraînement avec des munitions réelles, en préparation à une éventuelle attaque israélienne sur le territoire syrien ». Israël est très déçu et ne semble pas du tout apprécier le résultat final.

Faisant preuve de retenue et de maîtrise de soi, le secrétaire à la Défense James Mattis, qui avait dit « le Pentagone n’a toujours pas de preuves indépendantes pour confirmer qu’il y a eu une attaque chimique en Syrie la semaine dernière », a signalé que toute attaque de grande envergure en Syrie pouvait provoquer un engagement direct de la Russie et une riposte mortelle contre des objectifs des USA. Mattis a accepté une « frappe honorable » pour sauver la face de son patron inexpérimenté. La frappe du trio en Syrie semble avoir redoré le blason du président syrien Bachar al-Assad. Les gens sont sortis célébrer dans les rues de Damas, en se moquant de l’attaque de l’Occident contre leur pays !

Le trio a évité de provoquer directement la Russie, en contournant les bases et les théâtres opérationnels des Russes au lieu de les survoler. La Russie a imposé sa présence et a provoqué la marine américaine et la marine française en effectuant des simulations d’attaques aériennes, afin de montrer qu’elle était prête à rétorquer. La marine russe était positionnée à l’opposé de la côte libanaise afin de couvrir cette partie et d’éviter les angles morts.

Moscou est parvenu à éviter une confrontation directe avec Washington à l’extérieur de son territoire. La Syrie est entourée de bases militaires US (Israël, Jordanie, al-Tanf, Hassaké, Arabie saoudite, Koweït, Qatar, Bahreïn, Irak, Turquie). La Russie se souvient comment Leonid Brejnev est tombé dans le piège que lui avait tendu la CIA en 1979, en soutenant les moudjahidines six mois avant l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Zbigniew Brzezinski a dit que l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques avait été délibérément provoquée par les USA : « C’était une excellente idée. Elle a entraîné les Soviétiques dans la guerre afghane et nous leur avons procuré une guerre du Vietnam. » Presque 40 ans plus tard, Poutine a évité de tomber dans le même piège. Quelle sera la prochaine étape ?

Maintenant que la sécurité de Damas est assurée, tous les yeux sont tournés vers la ville d’Idlib, au nord de la Syrie, qui est sous le contrôle d’Al-Qaeda. Pourquoi Idlib?

La situation dans le camp de Yarmouk, au sud de Damas, semble liée directement à celle qui prévaut à Foua et Kafraya. Lors des négociations de Zabadani, Al-Qaeda et les alliés de Damas se sont entendus pour qu’al-Yarmouk d’une part, et les deux villes assiégées au nord de la Syrie d’autre part, ne soient pas attaquées. Cependant, Damas fait pression pour nettoyer la capitale complètement, en tentant de persuader ses alliés de revenir sur leurs engagements précédents.

En ce qui concerne Daraa et Quneitra dans le sud, il semble que personne en Syrie n’est prêt à provoquer les USA et Israël en ce moment de tension. Il se pourrait qu’ils ne s’en occupent qu’à la toute fin. Dans la Badia (les steppes syriennes), Daech est complètement encerclé et n’a d’autre choix que d’attendre son extermination dans les prochains mois.

Idlib demeure un problème malgré l’entente économique et financière entre les Turcs, les Russes et les Iraniens. Il ne fait aucun doute que des différences marquées de nature économique existent entre ces partenaires à propos de la Syrie.

Le président turc Erdogan a exprimé son soutien, puis sa satisfaction, à l’égard des frappes américaines en Syrie. La Russie a répondu en lui demandant de remettre la ville d’Afrin au gouvernement syrien. L’envoyé spécial iranien pour les affaires syriennes, Ali Akbar Velayati, a dit ouvertement qu’Idlib est le prochain objectif. Il est donc possible que la Turquie se retire des dizaines de postes d’observation qu’elle possède autour d’Idlib, comme les Russes l’ont fait à Afrin avant l’attaque turque. La Russie s’attend aussi à ce qu’Erdogan annule d’un jour à l’autre la vente précédemment convenue de missiles S-400.

Ainsi, l’aiguille de la boussole pointe vers Idlib, Rastan et Jisr al-Shoughour et les forces armées syriennes se rassemblent dans la région rurale de Lattaquié, en étant prêtes à diviser Idlib après avoir libéré les nombreux villages qui l’entourent.

Ce qui nous amène à la prochaine représentation d’une « attaque chimique » sur le théâtre opérationnel de l’armée syrienne et de ses alliés. Les USA vont-ils défendre Al-Qaeda ? Pourquoi pas ? Il n’a jamais vraiment été question d’utilisation d’armes chimiques, puisque ce sont les USA, eux-mêmes, qui possèdent le plus gros arsenal d’armes chimiques au monde. Le véritable enjeu, c’est la défaite des USA et la domination du Levant par la Russie.

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etats-unis, russie, syrie, royaume-uni

Pierre Vermeren : «Ces causes du “populisme” qu’on préfère oublier»

mardi, avril 17, 2018

Etat de la France : Pierre Vermeren

Au fond, le problème tient dans la boutade de Warren Buffett : « Oui, il y a une lutte des classes et c’est ma classe, celle des riches, qui l’a gagnée ». Exactement ce que pourrait dire Macron s’il avait une once de franchise (on ne risque rien).

Pierre Vermeren : «Ces causes du “populisme” qu’on préfère oublier»

TRIBUNE – La coupure entre élites et classes populaires dans les démocraties contemporaines est un fait établi, mais les ressorts de ce phénomène dramatique restent trop peu étudiés, argumente l’historien*.
La vague «populiste» qui, après les États-Unis et l’Italie, vient à nouveau de submerger la Hongrie d’Orban, est un phénomène international contemporain. Dans chaque pays concerné, le vote contestataire est le fait d’un électorat composite, populaire en majorité, qui cesse de s’abstenir, ou de suivre les consignes électorales de ses représentants bourgeois habituels, pour faire triompher des leaders qui répondent  à ses préoccupations. Des voix non autorisées imposent ainsi leurs priorités de l’heure.
L’hypothèse qu’on défend ici est que le sort fait aux classes populaires et ouvrières des anciennes nations industrielles – dépossédées par la concurrence de l’Asie et par une mécanisation souvent plus idéologique que nécessaire – crée le terreau favorable de ce phénomène, accentué par le repli sur soi des classes aisées. Claquemurées en France dans des forteresses urbaines, littorales et alpines, dans les métropoles, des institutions et réseaux de sociabilité, dans les TGV et avions, elles ne côtoient plus la France (ou l’Amérique) invisible dont elles n’attendent rien, sauf à en redouter le vote.
La « tiers-mondisation » économique et sociale de l’Occident sape ce qui constituait la spécificité des sociétés industrielles avancées : l’existence d’une classe moyenne majoritaire au centre de la société.
La «tiers-mondisation» économique et sociale de l’Occident sape ce qui constituait la spécificité des sociétés industrielles avancées: l’existence d’une classe moyenne majoritaire au centre de la société. Fragilisation et paupérisation des classes moyennes d’une part, et enrichissement du décile le plus aisé de l’autre rapprochent cette société en sablier des sociétés inégalitaires du Sud. Or cette nouvelle société, déjà établie aux États-Unis et dans l’Europe latine, bute sur le suffrage universel, reliquat des sociétés démocratiques dont les fondations ont été inventées par les révolutions du XVIIIe siècle. Le XIXe siècle a promu l’ascension des classes populaires par l’école et la libre entreprise.
Le XXe siècle a forgé un État social tentaculaire pour élargir la classe moyenne. Mais la belle mécanique est en pleine déréliction, puisque les classes laborieuses de l’Occident n’ont plus d’utilité économique (comme l’a révélé l’économiste Pierre-Noël Giraud dans L’Homme inutile), sauf à installer des produits importés (le syndrome Ikea, qui consiste à assembler des biens fabriqués ailleurs). Pour masquer cette triste évolution, l’audiovisuel, qui n’a jamais été si puissant, fait écran entre les préoccupations ordinaires de la population et le récit qui en est donné, de plain-pied avec la société du spectacle.
Qu’il nous soit permis de lister quelques maux qui dressent les classes populaires des pays riches contre leurs élites, libérales comme socialistes, les deux ayant fini par fusionner dans le renzisme, le trudisme ou le macronisme.
Dans les années 1830, Paris était peuplée de 36 % d’ouvriers, chiffre tombé à 5 % aujourd’hui, les élites sociales les ayant remplacés.
La relégation géographique et l’assignation à résidence sont un phénomène connu. Elles se matérialisent par l’expulsion des classes populaires des métropoles, même si immigrés et migrants sont supposés peupler les «quartiers populaires», et par la concentration des établissements scolaires de la réussite dans le centre des métropoles. Dans les années 1830, Paris était peuplée de 36 % d’ouvriers, chiffre tombé à 5 % aujourd’hui, les élites sociales les ayant remplacés.
Les conséquences sont très diverses et sous-estimées: en médecine, les étudiants étant maintenant recrutés dans les classes supérieures des métropoles, les jeunes médecins refusent d’être affectés en dehors d’elles (là où vivent pourtant les trois quarts de la population). Cela oblige à y recruter des médecins venant de pays pauvres, qui en manquent pourtant (Balkans, Asie, Maghreb, Afrique). Il fut un temps où les élites sociales se sentaient investies d’une mission d’éducation, de formation et d’encadrement du peuple, surtout dans une société cléricale comme la nôtre. Cette situation a laissé place à leur désengagement et à leur désinvolture.
Au lieu d’édifier les masses, les plus cyniques proposent aux jeunes le panem et circenses du XXIe siècle : du sexe, du crime et du néant
L’exemple des médias de masse est édifiant. L’ORTF d’antan était peut-être ennuyeux, mais il s’évertuait à éduquer le peuple, en diffusant ce qui était considéré comme le meilleur de la culture artistique et intellectuelle. Mise à l’école du Berlusconi des années 1980 puis de la sous-culture de masse américaine, la télévision, y compris publique, a sombré dans l’indigence. Au lieu d’édifier les masses, les plus cyniques proposent aux jeunes le panem et circenses du XXIe siècle: du sexe, du crime et du néant (la téléréalité offre à ses auditeurs le spectacle de leur propre vacuité).
La France fut jusqu’aux années 1950 un jardin de 140 millions de parcelles appartenant à 10 millions de propriétaires. Ce trésor était connu, entretenu et cultivé depuis des centaines d’années. Par étapes (remembrement, décentralisation qui a transféré le pouvoir de déterminer les zones constructibles des fonctionnaires de l’État aux maires, effondrement des revenus agricoles), la terre est devenue une stricte source de spéculation marchande, et le grand jardin une «zone» revendue à la découpe. Les Français sont devenus les épiciers de leurs propres terres, monnayant à vil prix ce qui constitua la fierté et la richesse de leurs ancêtres. Certaines sont livrées à une agriculture industrielle (de surcroît désormais en crise) et d’autres cédées aux infrastructures (autoroutes et échangeurs du tout-automobile, parkings) et aux activités commerciales et marchandes (entrepôts géants, déchetteries). Dans ce no man’s land, qui évoque l’organisation de l’espace aux États-Unis, consommation et destruction de l’espace sont désormais sans limite. Ainsi, l’ancien jardin qu’était la France est jonché de centaines de millions de déchets plastiques que plus personne ne ramasse, comme les autoroutes urbaines d’Île-de-France en offrent le triste spectacle.
À l’inverse de Churchill, qui réduisit fortement dès l’été 1940 les taxes sur le tabac et l’alcool pour doper le moral des travailleurs, nos dirigeants veulent des pauvres vertueux.
La caporalisation moralisatrice des masses, doublée de leur intoxication alimentaire et marchande, nourrit le terreau «populiste». Pour les ouvriers français au smic, fumer un paquet de cigarettes par jour coûtera bientôt 25 % du revenu mensuel. Faute d’argent disponible chez ces mêmes clients, la quasi-totalité des bistrots de France a fermé: il en reste 29.000 sur 600.000 il y a cinquante ans (selon France Boisson). Ainsi est mort un des principaux lieux de sociabilité français, une évolution inconnue en Espagne, dont la «modernisation» fut moins brutale et plus tardive.  À l’inverse de Churchill, qui réduisit fortement dès l’été 1940 les taxes sur le tabac et l’alcool pour doper le moral des travailleurs, nos dirigeants veulent des pauvres vertueux.
L’État peut bien promouvoir le sport et les cinq fruits et légumes par jour, la grande distribution ventile ses produits ultra-transformés.
La grande distribution et la restauration de masse ont aussi reconfiguré la société française. On mange de la perche du Nil à Boulogne-sur-Mer, le plus grand port de pêche d’Europe, du cochon est-allemand en Bretagne ou du cèpe des Balkans à Bordeaux! La grande distribution choisit et définit les fêtes en fonction de stricts impératifs commerciaux: le Nouvel An chinois a supplanté le mardi gras. Et le Coca-frites-burger est souverain pour un Français sur deux, bel exploit. L’État peut bien promouvoir le sport et les cinq fruits et légumes par jour, la grande distribution ventile ses produits ultra-transformés.
La destruction de toute culture héritée et des liens anthropologiques est le dernier étage de cet édifice. Les cultures populaires et professionnelles (langues, fêtes) ont été laminées par excès de jacobinisme et par l’exode rural, sauf dans quelques villes ou régions périphériques de l’Hexagone (Bretagne, Vendée, Nord-Pas-de-Calais, Alsace). Le grand Bassin parisien et le centre de la France ont été déculturés au sens propre. La déconstruction de l’école et le refus de la transmission ont laissé le peuple très démuni, d’autant que des phénomènes complexes se sont intriqués: effondrement du maillage catholique dense jusqu’aux années 1970, arrivée de populations aux systèmes culturels les plus divers et diffusion d’une culture marchande de masse dénuée de toute signification. La construction du sens a fait défaut, projetant ses effets sur les structures familiales (effondrement du couple stable et multiplication des enfants ballottés ou sans père).
Aux États-Unis, cette alchimie complexe a conduit à l’élection de Donald Trump, ainsi que l’a précisément décrite à l’époque la correspondante du Figaro, Laure Mandeville. Elle est désormais en train de ronger l’Europe et détourne les pays d’Europe centrale de l’Union européenne. Si ces mêmes lignes sont poursuivies, le risque est parfaitement identifié.
* Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé et docteur en histoire, Pierre Vermeren a notamment publié «Le Choc des décolonisations. De la guerre d’Algérie aux printemps arabes» (Odile Jacob, 2015) et «La France en terre d’islam. Empire colonial et religions» (Belin, 2016).
Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 16/04/2018. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

L’opposition à Theresa May remet en question la légalité des frappes occidentales en Syrie

Theresa May

L’opposition à Theresa May remet en question la légalité des frappes occidentales en Syrie

© REUTERS / Phil Noble
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Frappes des États-Unis et de leurs alliés contre la Syrie (67)
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La décision de la Première ministre britannique de participer avec ses alliés américain et français aux frappes contre la Syrie s’est attirée les foudres de son opposition. Cette dernière a jugé discutable la légitimité d’une telle démarche menée sans l’aval du Conseil de sécurité de l’Onu.

Theresa May s’est retrouvée sous le feu des critiques de l’opposition après les frappes portées samedi par Londres aux côtés de Washington et Paris en Syrie. Le chef du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, a estimé dimanche que la légalité ces frappes était sujette à caution, affirmant qu’une telle initiative aurait dû être soutenue par le Conseil de sécurité de l’Onu.

«Je demande au ministre des Affaires étrangères, je demande à la Première ministre, quelle est la base légale de ceci?» s’est interrogé Corbyn dans un entretien à la BBC.

«La base légale aurait été l’autodéfense ou l’autorité du Conseil de sécurité de l’Onu. L’intervention humanitaire est un concept légalement discutable dans le cas présent», a-t-il indiqué, cité par Reuters.

Les partis d’opposition britanniques et plusieurs ONG ont par ailleurs condamné samedi la décision de Theresa May de mener une opération en Syrie sans consulter le Parlement, rompant avec un usage en vigueur depuis l’intervention en Irak en 2003, qui a laissé de profonds stigmates dans le pays.Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ont attaqué dans la nuit du 13 au 14 avril des sites d’infrastructures militaires de la Syrie. Cette coalition tripartite a tiré 103 missiles, dont 71 ont été abattus à l’approche de leurs objectifs. L’année dernière, l’aérodrome militaire syrien de Shayrat avait déjà été attaqué par 59 missiles.

Pour justifier leurs actions, Washington et ses alliés ont affirmé que ces frappes étaient une riposte à l’attaque chimique présumée dans la ville de Douma.
Les autorités syriennes ont toujours démenti cette attaque alors que le ministère russe de la Défense a déclaré qu’il s’agissait d’une mise en scène.

Dossier:
Frappes des États-Unis et de leurs alliés contre la Syrie (67)

Lire aussi:

Moscou: la frappe portée par Washington en Syrie contrevient à la législation américaine
Plus de 50% des Britanniques désapprouvent les frappes en Syrie sans l’aval du Parlement
La DCA syrienne intercepte 71 missiles sur les 103 lancés
https://fr.sputniknews.com/international/201804151035959312-may-londres-frappes-syrie-legitimite/
https://fr.sputniknews.com/international/201804151035959312-may-londres-frappes-syrie-legitimite/

DIRECT. Frappes occidentales en Syrie : « la mission est un succès », affirme la ministre des Armées Florence Parly

DIRECT. Frappes occidentales en Syrie : « la mission est un succès », affirme la ministre des Armées Florence Parly

Les frappes de la France, des Etats-Unis et du Royaume-Uni en Syrie, dans la nuit de vendredi à samedi, ont visé « le principal centre de recherche » et « deux centres de production » du « programme clandestin chimique » du régime syrien.

Ce qu’il faut savoirUne « bonne partie de l’arsenal chimique » du régime de Damas a été détruite par les frappes occidentales en Syrie, dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 avril, a assuré le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. « Le but de cette opération, c’était de détruire les outils chimiques clandestins du régime de Bachar Al-Assad et, à cet égard, l’objectif a été atteint », a-t-il déclaré dans une interview à BFMTV. En réaction à ces frappes, la Russie a fait circuler un projet de résolution demandant à l’ONU de condamner « l’agression » armée occidentale contre la Syrie. Suivez en direct sur franceinfo la conférence de presse de la ministre des Armées, Florence Parly.

La Russie convoque une réunion d’urgence à l’ONU. « La Russie convoque une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU pour évoquer les actions agressives des Etats-Unis et de leurs alliés », a indiqué le Kremlin dans un communiqué, samedi 14 avril, après les frappes occidentales. Moscou « dénonce avec la plus grande fermeté l’attaque sur la Syrie, où des militaires russes aident le gouvernement légitime à lutter contre le terrorisme ». Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir à 17 heures (heure de Paris), en réponse à cette demande.

Une opération coordonnée des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la France. C’est Donald Trump qui l’a annoncé, dans la nuit, dans une courte allocution. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France ont mené des frappes ciblées dans la nuit de vendredi à samedi. Elles ont visé « le principal centre de recherche » et « deux centres de production » du « programme clandestin chimique » du régime syrien, a précisé dans la matinée la ministre française des Armées, Florence Parly. Sur Twitter, Donald Trump a salué le « résultat » de ces frappes, qui « n’aurait pu être meilleur »« Mission accomplie », a-t-il lancé sur Twitter.

Des frappes contre les armes chimiques. Cette action militaire coordonnée a été menée en réaction à l’attaque chimique présumée du 7 avril à Douma, dans la Ghouta orientale, dernier bastion rebelle aux portes de la capitale, qui a fait plus de 40 morts, selon des secouristes. Interrogé par BFMTV samedi, Jean-Yves Le Drian a annoncé que si la « ligne rouge était refranchie », une nouvelle intervention pourrait être menée.

https://www.francetvinfo.fr/monde/revolte-en-syrie/direct-les-etats-unis-le-royaume-uni-et-la-france-ont-mene-des-frappes-ciblees-contre-la-syrie-damas-denonce-une-agression-barbare_2705614.html#xtor=EPR-51-[frappes-occidentales-en-syrie-regardez-en-direct-la-conference-de-presse-de-la-ministre-des-armees-florence-parly_2705614]-20180414-[bouton]

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L’escouade d’Hollywood

Cette fois, l’Observatoire des Droits de l’Homme syrien qui, depuis 2011, a donné toute sorte d’informations sur les exactions de l’horrible dictateur Bachar Al Assad contre son peuple à partir de son arrière boutique de Londres n’a pas relayé l’attaque au gaz de Douma ce 7 avril 2018. Ni le Croissant Rouge syrien ni la coordination de l’ONU en Syrie, présents tous deux dans la Ghouta orientale, n’ont été en mesure de confirmer l’existence de victimes d’une intoxication aux armes chimiques.

Seuls les Casques Blancs, primés par le cinématographe mondial d’Hollywood qui a reconnu là l’un des siens, ont diffusé des imagesde corps amoncelés et d’enfants dénudés avec un masque censé délivrer de l’oxygène en guise d’assistance ventilatoire. Ils ont également fourni le filmde la dévastation d’un appartement au toit défoncé par la chute d’un obus intact gisant dans un lit qui n’a pas souffert de dommages de la part d’une masse atterrie brutalement sur lui. Il semble que dans ce cas, la mise en scène a choisi de présenter les effets de gaz suffocants non neurotoxiques. Ceux-ci sont doués  d’un fort pouvoir rémanent, les symptômes cliniques qu’ils produisent sont difficiles à mimer et ils obligent de plus à une protection drastique des sauveteurs, jusque là négligée dans la post production des Casques Blancs. Le chlore et autres agents vésicantsgénèrent des risques de mort immédiate mais aussi des effets retardés de plusieurs heures redoutables liés à l’œdème résultant des brûlures de l’arbre respiratoire et des alvéoles pulmonaires.

Le 7 avril, il aurait été dénombré 48 morts parmi les 500 personnes atteintes par les armes chimiques. La sincérité d’une telle allégation doit être mesurée à l’enquête sur le devenir des 452 personnes rescapées. Les observations diligentées par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques devra s’y intéresser et exposer publiquement et de manière argumentée leur devenir. Plusieurs jours plus tard, les gaz même si plus denses que l’air prétendument utilisés auront été dispersés mais les lésions et séquelles inévitables des désordres anatomiques induits sont identifiables longtemps après.

L’opération faux drapeau prévue et non prévenue

Quelques arguments militent en faveur d’une infiltration des agents de la propagande djihado-occidentales par le renseignement syrien et russe. Au cours du mois de mars, le gouvernement russe a annoncé être au courant d’une préparation en cours d’une provocation sous forme d’attaque chimique sous faux drapeau. Des citoyens syriens et des membres du personnel de l’hôpital de Douma témoignent de l’irruption d’inconnus dans la ville faisant irruption dans l’établissement munis de caméras et arrosant d’eau des personnes présentes. (Ici à partir de la troisième minute.) Des médecins du seul hôpital de la ville attestent n’avoir reçu aucun patient atteint d’une intoxication à des gaz toxiques.

La manipulation

Les Occidentaux comptent sur l’effet d’horreur déclenchée par l’évocation ‘gaz et armes chimiques’ et  liée dans la construction d’un inconscient collectif autour de l’extermination nazie, toujours mise en avant dans les mass medias et les programmes scolaires comme la quintessence du Mal. Un tel effet de sidération n’a jamais été obtenu avec les agents exfoliants fabriqués par Monsanto et délivrés par les bombardiers américains sur le Vietnam, tuant des civils par centaines de milliers et détruisant la végétation et stérilisant les sols pour des siècles. Ni avec l’usage d‘armes chimiques encore plus sophistiquées et non identifiées à Gaza en ce moment pour réprimer une population qui se révolte contre sa situation d’assiégée sous blocus. Pas plus le phosphore blanc étasunien à Fallouja en 2004ni l’israélien à Gaza en 2009n’ont ému en leur temps la communauté internationale de la même manière.

Propagande, l’ascension

L’attaque dans la nuit du 13 au 14 avril de la Syrie par la coalition des Usa et de ses vassaux britanniques et français est venue couronner celle de montée médiatique irrésistible contre le camp syrien et ses alliés. Le mois de mars a été marqué par les condamnations de la Russie dans l’affaire Skripal, dont le père, la fille ainsi que leur chat et leurs deux hamsters ont fait les frais. Les humains ont survécu à l’ingestion de moules contaminées par des saxitoxinesmais pas les animaux domestiques qui ont dépéri dans leur résidence mise sous scellés. Puis vint à point nommé le relai occasionné par les trois obus de chlore largués depuis des hélicoptères de l’armée arabe syrienne.  Celle-ci était en voie d’achever la libération totale de la Ghouta orientale des mercenaires qui l’occupaient depuis 2012 et la soumettaient à une économie de pénurie et de contrebande.

La montée de la propagande et l’agencement des scénarios ont encadré le long périple du successeur auto-désigné au trône du troisième royaume des Séoud en Ocident.

Du bruit

La démonstration de force, menée depuis les bases étasuniennes dans ses quasi-colonies arabes du Golfe, s’est limitée à détruire des sites inoccupés et n’a pas fait de victimes humaines en dehors de quelques blessés.

Elle a pris un soin extrême à ne toucher aucune cible russe.

Elle a démontré l’efficacité de vieux systèmes anti-missiles soviétiques utilisés par l’armée syrienne avec un taux d’efficacité de 71 missiles détruits sur 101.

Elle se devait de punir le succès des forces syriennes qui ont chassé les mercenaires à l’Ouest de Damas, leurs bandes sont désormais cantonnées à Idlib.

Les trois pays concernés par les ventes d’armes aux pays arabes du Golfe ont offert ce spectacle comme garantie de leur engagement en faveur des pétro-monarques de moins en moins enclins à croire en l’efficacité de leur arsenal. Ils se sont ridiculisés. Mais en jouant ainsi leur piètre numéro, ils espèrent maintenir l’atmosphère de tension nécessaire à leur funeste commerce. Ils appliquent ainsi leur doctrine en adéquation avec leurs objectifs et leurs moyens, pas de conflagration mondiale, mais conflits régionaux de moyenne à faible intensité toujours en cours.

En attendant la chute du dollar, beaucoup de pays périphériques risquent encore de souffrir de cette confrontation entre une Eurasie en montée de puissance irrépressible et cet Occident fané et sans crédit, sinon celui du mensonge et de la tromperie terriblement difficiles à contrer tant leurs peuples sont ‘zombifiés’.

Badia Benjelloun

http://www.dedefensa.org/article/pour-quelques-dollars-de-plus

Premiers éléments de la scène du crime

Chroniques du Grand jeu

Premiers éléments de la scène du crime

14 Avril 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie, #Etats-Unis, #Europe

Contrairement à nos prédictions d’hier, le système impérial est donc passé outre toute décence et a récompensé le false flag barbu par une salve de missiles sur la Syrie.

Il est encore trop tôt pour analyser en détail les tenants et les aboutissants de l’affaire susceptible d’embraser (ou pas) le Moyen-Orient voire plus si affinités, mais nous pouvons déjà faire quelques constats.

  • Les cibles sont insignifiantes

D’après les premiers rapports, seuls trois endroits ont été touchés : des centres de recherche et/ou usines prétendument chimiques. Immédiatement, une question surgit que ne semble pas s’être posée la presstituée : si ces centres contenaient des composants chimiques, comment se fait-il qu’aucune émanation toxique ne se soit répandue ? Réponse évidente : ils étaient vides et le programme chimique syrien n’existait pas.

Les barbus modérément modérés sont, eux, dépités.et crient au scandale. S’ils s’attendaient à être aidés par les frappes américaines, ils en ont été pour leurs frais. Pas étonnant qu’ils qualifient toute cette affaire de « farce » tandis que les gens dansent dans les rues de Damas.

On aurait donc assisté à un nouveau false flag au carré après la tragi-comédie de l’année dernière, Trump jouant les gros durs pour finalement détruire deux hangars désaffectés et une cafétéria? C’est la conclusion que tirent plusieurs observateurs. Sauf que…

  • La défense russe

Selon l’état-major russe, 71 missiles sur 103 ont été interceptés, soit 68% (à comparer avec les 61% de Khan Cheikhoun l’année dernière). L’ours est donc bien intervenu et a chopé la majorité des projectiles entre ses crocs.

Ces missiles se dirigeaient bien sur des bases et ont été détruits en vol par les Russes : Dumayr 12/12, Blay 18/18, Chayrat 12/12, Duvali 4/4 etc. On est loin alors d’une opération de relations publiques du Donald envoyant ses Tomahawk sur des endroits sans importance pour les beaux yeux de la ménagère de moins de 50 ans.

  • Les inspecteurs de l’ONU

Coïncidence que n’a évidemment pas relevé la journaloperie au garde-à-vous, ces attaques interviennent au moment même où les inspecteurs de l’OIAC prennent le chemin de Damas afin d’enquêter sur la supposée attaque chimique de Douma. Moscou a beau jeu de dire que les trois clowns ont voulu intimider la mission onusienne. Sans succès, celle-ci devant continuer son périple.

  • Les réactions

Sans surprise, les alliés de la Russie (Chine, Iran etc.) ainsi que les oppositions britanniques et françaises condamnent frappes tandis que les vassaux de l’empire s’en réjouissent, quoique le résultat de l’opération va vite les faire déchanter. Le retournement de veste turc ne passera sans doute pas inaperçu à Moscou et ouvrira peut-être les yeux de Poutine sur la folie de vendre des S-400 à Ankara. Comment avoir un seul instant confiance en la girouette sultanesque ? Bien plus logique est de fournir des S-300 à la Syrie, ce que le Kremlin considère maintenant sérieusement.

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2018/04/premiers-elements-de-la-scene-du-crime.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Suite à la décision solitaire et illégale d’Emmanuel Macron de frapper militairement en Syrie, François Asselineau demande aux parlementaires d’engager la destitution du président de la République, selon l’article 68 de la Constitution.

Suite à la décision solitaire et illégale d’Emmanuel Macron de frapper militairement en Syrie, François Asselineau demande aux parlementaires d’engager la destitution du président de la République, selon l’article 68 de la Constitution.

Publié par Brujitafr sur 14 Avril 2018, 08:47am

Catégories : #ACTUALITES, #POLITIQUE, #CONFLICTS DANS LE MONDE, #3 ème guerre mondiale

Un avion militaire français dans une base britannique à Chypre, le 14 avril 2018. Selon le ministère des Armées, la France a frappé en Syrie avec des frégates et des avions de chasse. (illustration tirée de l’article de RT : https://francais.rt.com/international/49759-syrie-frappee-alors-quelle-avait-chance-avenir-pacifique )

Un avion militaire français dans une base britannique à Chypre, le 14 avril 2018. Selon le ministère des Armées, la France a frappé en Syrie avec des frégates et des avions de chasse. (illustration tirée de l’article de RT : https://francais.rt.com/international/49759-syrie-frappee-alors-quelle-avait-chance-avenir-pacifique )

 Suite à la décision solitaire et illégale d’Emmanuel Macron de frapper militairement en Syrie, François Asselineau demande aux parlementaires d’engager la destitution du président de la République, selon l’article 68 de la Constitution.

Communiqué de presse

Suite à la décision solitaire d’Emmanuel Macron d’intervenir militairement illégalement en Syrie, au risque d’embraser la planète, François Asselineau, président de l’UPR, demande aux parlementaires d’engager la destitution du président de la République, en vertu de l’article 68 de la Constitution.

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Emmanuel Macron vient de décider solitairement d’associer la France à des frappes militaires américaines et britanniques unilatérales en Syrie, alors que l’Allemagne, l’Italie et le Canada s’y sont notamment refusés.

Cette décision d’une exceptionnelle gravité a été décidée par Macron :

  • seul et en toute opacité, probablement après quelques conciliabules téléphoniques avec le président des États-Unis et la Première ministre britannique,
  • sur la base d’une accusation dénuée de toute preuve,
  • sur la base d’une accusation possiblement inventée de toute pièce par Washington, comme le furent les prétendues « armes de destruction massive » de Saddam Hussein en 2003,
  • sans aucun mandat de l’ONU,
  • en violation indiscutable du droit international,
  • et sans avoir obtenu l’aval préalable des parlementaires français, en vertu de l’article 35 alinéa 1 de la Constitution qui pose que « la déclaration de guerre est autorisée par le Parlement ».

Certes, le président de la République a invoqué l’article 35 alinéa 2 pour annoncer que « le Parlement sera informé et un débat parlementaire sera organisé, suite à cette décision d’intervention de nos forces armées à l’étranger ». Mais :cette disposition ne figurait pas dans le texte d’origine de la Constitution de 1958 approuvée par référendum par 82% des Français ; elle n’y a été ajoutée qu’en 2008, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, par la loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008 dite « de modernisation des institutions de la Ve République », adoptée sans l’aval des Français, à leur insu, et par la procédure du Congrès.

  • sauf à vider complètement de sens l’alinéa 1, cette disposition de l’alinéa 2 ne saurait concerner que des interventions militaires à l’impact très limité, à vocation purement humanitaire (notamment pour venir au secours de citoyens français), et ne risquant pas de nous entraîner de facto dans une guerre frontale contre un pays souverain comme la Syrie, a fortiori dans une guerre avec la Russie.

La lecture biaisée que fait Emmanuel Macron de l’article 35 de la Constitution est donc totalement inacceptable en l’espèce. Car l’alinéa 2 de l’article 35 prévoyant seulement « un débat qui n’est suivi d’aucun vote », son application dans le cas syrien reviendrait à accepter que Macron, seul, s’arroge le droit d’entraîner potentiellement le peuple français dans une escalade dévastatrice avec la Russie, qui peut déraper à tout moment dans une guerre mondiale aux conséquences incalculables et peut-être cataclysmiques, et cela sans que les parlementaires, représentants de la souveraineté nationale, puissent même donner leur autorisation !

La décision solitaire de Macron est ainsi non seulement contraire à la prudence et à la sagesse dont doit faire preuve un chef d’État lorsque la paix mondiale est en jeu, mais elle est illégale au regard de la Charte de l’ONU et du droit international, et elle bafoue l’esprit même des institutions et de la démocratie.

Le président de la République vient ainsi de faire preuve d’un « manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat », selon les termes précis que requiert l’article 68 de la Constitution pour engager la procédure de destitution du chef de l’État.

François Asselineau demande donc aux parlementaires français de se constituer immédiatement en Haute Cour et d’engager la procédure de destitution du président de la République prévue par l’article 68 de la Constitution.

source

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La coalition américano-franco-britannique frappe quatre sites syriens

La coalition américano-franco-britannique frappe quatre sites syriens (V3)

(B2) Les Américains, Britanniques et Français ont assuré cette nuit (de vendredi 13 à samedi 14 avril), vers 1 heure du matin (heure de Paris *), une série de frappes contre des installations chimiques syriennes. Une réaction à l’attaque chimique sur Douma (La Ghouta) du 7 avril dernier. L’annonce en a été rendue publique à Washington, puis confirmée à Paris et Londres.

Les réunions téléphoniques se sont intensifiées ces derniers jours. La fenêtre de tir était étroite : entre le temps nécessaire à la préparation militaire, et à la coordination des forces entre les trois pays, ainsi que la concertation politique et la négociation diplomatique, d’une part, et l’arrivée des inspecteurs de l’OIAC, d’autre part, le temps était court, avant que ne s’ouvre une autre phase : celle de la vérification a posteriori.

Des cibles contre les sites de production chimique

C’est l’arsenal, clandestin, du régime qui était visé. La première cible visait ainsi « un centre de recherche scientifique dans la grande région de Damas » a indiqué le chef d’état-major des armées US, le général Joe Dunford dans un point de presse tenu vers 3 h du matin (heure de Paris). Le centre de Barzah, non loin de Douma, est « un centre de recherche, de développement, de production et d’essai d’agents chimiques et biologiques ». La deuxième cible était « une installation de stockage d’armes chimiques à l’ouest de Homs », une ancienne base de missiles, situé à 15 miles de la ville. « Nous avons évalué qu’il s’agissait de l’emplacement principal de l’équipement de production de sarin et de précurseur syrien ». Les troisième et quatrième cibles étaient « une installation de stockage d’armes chimiques et un important poste de commandement ».

Des moyens navals et aériens coordonnés

Les frappes ont été menées de façon coordonnée par des moyens navals et aériens, en « étroite synchronisation » entre les différents alliés comme l’a précisé la ministre française de la Défense, Florence Parly samedi matin (14 avril). Du coté américain, des bombardiers B1 et au moins un navire basé en mer rouge ont été mobilisés (avec sans doute des missiles Tomahawh).

Du côté français, une des trois « frégates multimissions (FREMM) déployées en Méditerranée », a assuré le tir a confirmé le ministère des Armées français. Ces bâtiments étaient escortés par une frégate de défense antiaérienne, une frégate anti-sous-marine et un bateau ravitailleur. En l’air, 5 avions de combat Rafale et 4 Mirage 2000-5, « partis de plusieurs bases aériennes » sur le territoire français avaient « rejoint les côtes syriennes », soutenus par 6 avions ravitailleurs et 2 avions de surveillance aérienne Awacs. Tandis que quatre avions Tornado GR4 de la Royal Air Force, partis de la base d’Akrotiri (à Chypre) faisaient de même.

Le  annonce le tir  depuis l’une des trois frégates multimissions (FREMM) déployées en Méditerranée. 20 à 30 minutes après ce tir, selon l’état-major des armées,  frappait à son tour .

Une répartition des cibles

Chaque pays et chaque moyen avait reçu une cible précise. Les avions britanniques se chargeaient du site de stockage de Homs avec des missiles Storm Shadow (version britannique du missile Scalp-EG. Une des trois frégates FREMM a tiré trois « missiles de croisière naval » contre le « site de production d’armes chimiques » (NB : celui de Barzah). Ce qui représente une première en termes technique. C’est, en effet, la première utilisation opérationnelle des missiles MdCN (dits Scalp naval), fabriqués par MBDA depuis une frégate FREMM. « 20 à 30 minutes après ce tir », c’était au tour des avions Rafale et Mirage d’opérer, assurant le tir de neuf missiles Scalp-EG.

Plus d’une centaine de tirs

L’utilisation de missiles de croisière que ce soit à partir d’avions ou de bateaux a permis d’éviter de pénétrer sur le territoire syrien. Selon le général américain, la quantité de munitions (bombes et missiles) utilisées a été « plus de deux fois celles utilisées dans la frappe de l’année dernière » (NB : les USA avaient tiré 58 missiles Tomahawk à l’époque). Tous les avions sont rentrés à bon port. « Il n’y a pas de pertes alliées » précise-t-on du côté du Pentagone. « Tous les avions français – Rafale, Mirage, AWACS, ravitailleurs – se sont bien posés en sécurité à l’issue de leur mission de cette nuit » a confirmé Florence Parly.

Eviter des pertes civiles et… russes

Les planificateurs de la frappe ont « fait de grands efforts pour éviter les pertes civiles et étrangères » a indiqué le secrétaire à la Défense US James Mattis. La frappe était « également prévue pour atténuer le risque pour les forces russes qui soutiennent le régime d’Assad » a ajouté le général Joe Dunford.

Les Russes prévenus ?

Il semble bien que cette frappe a été réalisée sinon en concertation, mais au moins avec une information de Moscou. « Nous avons veillé à ce que les Russes soient prévenus en amont » a indiqué la ministre française Florence Parly. NB : ce qui expliquerait la réaction, assez limitée de Moscou, pour l’instant.

Limiter la contamination chimique

« Une analyse scientifique très minutieuse a été faite afin de déterminer où cibler les Storm Shadows afin de maximiser la destruction des stocks de produits chimiques et de minimiser les risques de contamination de la zone avoisinante » indique, de son côté le ministère de la Défense britannique. « L’installation touchée est située à une certaine distance de toute concentration connue d’habitation civile, ce qui réduit encore davantage ce risque ».

Évaluation en cours

Il est encore « trop tôt pour évaluer l’efficacité » des raids indique-t-on côté américain, même si les « rapports d’actions antiaériennes syriennes » ont été effectués. L’analyse est en cours. Mais déjà à Londres, on estime que les frappes ont réussi. « La planification méticuleuse des cibles ont abouti à une attaque réussie ».

(Nicolas Gros-Verheyde, avec RM à Paris)

* Attaque menée 19 h. Washington, 2 h. Londres

Mis à jour 14.4 10h et 14h sur le détail des moyens aériens et maritimes employés

http://www.bruxelles2.eu/2018/04/14/frappes-sur-la-syrie/

Michel Raimbaud : “La nouvelle guerre froide se transforme progressivement en une guerre ouverte”

Excellente synthèse de Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France au Soudan et en Mauritanie. Il est l’un de nos grands spécialistes du Moyen-Orient, et nous vous renvoyons vers son excellent livre Tempête sur le Grand Moyen-Orient

Halte à la guerre infâme !

Une guerre implacable, sauvage, meurtrière et destructrice, fait rage en Syrie depuis mars 2011. Devenue universelle grâce au renfort venu de 120 pays que l’Empire Atlantique a pu attirer dans sa galère, elle menace ces jours-ci de dégénérer en un conflit mondial au sens plein et entier du terme.

Beaucoup parmi les plus optimistes n’en sont plus à se demander si la guerre des Trois (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne) aura lieu ou non, mais si elle s’allumera demain ou après-demain. On a beau en refuser la perspective tant elle heurte la raison, les réalités sont là. Il est évident que la nouvelle guerre froide que l’on a vu apparaître depuis une décennie entre l’Occident et ses complices d’une part, la Russie et ses alliés d’autre part, vire peu à peu à la guerre ouverte. Si le monde arabo-musulman est le théâtre privilégié et l’enjeu géopolitique de cet affrontement global entre l’Empire Atlantique déclinant et l’Eurasie renaissante ou émergente, la Syrie en est l’épicentre, pour diverses raisons, géopolitiques et stratégiques notamment.

Dans nos « démocraties » occidentales qui unilatéralement se disent grandes, les « élites » qui ont soumis les populations à un lessivage de cerveau sans précédent font semblant de croire encore à la narrative mensongère, immorale et imbécile injectée depuis sept ans dans les méninges ramollies par le « mainstream » médiatique, universitaire et politique. Il serait étonnant que ces esprits pleins de morgue et de suffisance y croient vraiment : ce serait d’ailleurs inquiétant pour leur santé mentale. Ecartant donc l’hypothèse, on retiendra plutôt qu’ils ont trouvé un fonds de commerce gratifiant dans cette gigantesque escroquerie intellectuelle et qu’ils ont réussi à l’acclimater sous nos latitudes où l’on se dit cartésien, puisqu’elle provoque si peu de réactions… Pour l’instant !

Si elles avaient une mémoire collective, les opinions se souviendraient du sort de l’Irak, de la Somalie, de la Libye…peut-être de l’ex-Yougoslavie, voire du Yémen où destructions et massacres se poursuivent sous l’égide de l’ami stratégique imprévu qu’est le jeune Mohammed Ben Salman, étreint avec effusion par notre ministre des affaires étrangères lorsqu’il débarque tel le Messie. Elles reverraient Colin Powell brandissant ses fioles venimeuses et chimiques pour justifier une invasion de l’Irak et son démantèlement. Pas de sa faute : il était, dira-t-il la bouche en cœur, mal informé par ses « services ». Mais les opinions « civilisées » (que l’on appellerait dédaigneusement « rues » si elles étaient « arabes ») sont anesthésiées par le flot de désinfo et de désintox, hébétées par les débats de société qui leur sont proposés ou imposés, toujours anecdotiques et marginaux. La guerre ou la paix ? Bof. Quant aux élus, ils sont superbement ignorés : à quoi pourraient-ils servir ?

Frétillant comme son prédécesseur Hollande à l’idée de participer aux frappes contre la Syrie et le « régime de Bachar », Macron, qui réserve ses pensées complexes à son ami Trump, esprit bien connu pour sa subtilité, ose qualifier cette nouvelle attaque illégitime, arrogante et dépravée de « devoir moral ». Devons-nous nous habituer à voir par les nuits sans lune nos dirigeants se tortiller sur leur fauteuil, le doigt sur le bouton et le petit doigt sur la couture du pantalon, attendant le feu vert des fous du Pentagone ou de la Maison-Blanche pour lancer leurs engins meurtriers sur la Syrie qui ne les a jamais agressés ? Quelle sinistre comédie ! Comme si 400 000 morts, 13 ou 14 millions de réfugiés, exilés ou déplacés, un pays ravagé, ne suffisaient pas à combler le sens moral de ces hautes consciences. Après sept ans de mensonges éhontés, de destructions systématiques, de méfaits innommables, peut-on vraiment dire que « le respect de l’autre » est une « valeur de l’Occident » ?

A la vue des séances consacrées à la Syrie et à l’audition des échanges qui les agrémentent, on peut dire que la prestation – navrante – du Conseil de Sécurité témoigne de la ruine globale du système international. Adieu aux vagues espoirs que l’on pouvait nourrir quant aux capacités des Nations-Unies et à son instance suprême en matière de paix et de sécurité à imposer un ordre pacifique. Les principes fondateurs du droit onusien, tels que les énonce la Charte fondatrice de San Francisco, ne sont plus ni respectés ni admis comme références par l’ensemble des Etats représentés à l’Assemblée Générale et certains des membres permanents du Conseil de Sécurité les bafouent sans même s’en cacher, ou les ignorent superbement. Les Trois Occidentaux, qui osent s’identifier sans complexe à la « communauté internationale » alors qu’ils représentent 7 à 8% de la population mondiale, constituent en effet le corps de bataille du parti de la guerre et du chaos, leurs adversaires – Russie, Chine, Iran, Syrie, etc…– représentant sans ambigüité le camp de la légalité et du droit.

Au-delà du droit, c’est la diplomatie qui est en danger. Bien plus que le clivage Est/Ouest nouveau modèle, il faut incriminer la perte des us et coutumes, des pratiques, des normes et du langage de la diplomatie. Comment justifier le honteux spectacle des représentants occidentaux maniant la menace, l’injure, le mensonge et les propos aberrants dans l’enceinte du Conseil, transformé en parterre d’enragés et de falsificateurs ? Comment qualifier le grossier personnage élu par l’Amérique profonde et soutenu par son Etat profond dès lors qu’il bombarde ? Elephantman dans un magasin de porcelaine, il incarne mieux que tout autre avant lui le système que suggéraient, il y a quasiment un demi-siècle, Nixon et Kissinger dans la théorie du Mad Man : l’Amérique doit compter parmi ses dirigeants des cinglés dont l’imprévisibilité sera de nature à terroriser ses ennemis. M. Trump tweete parmi nous.

La France ne vaut guère mieux. Elle fait partie de ces pays qui « prétendent dire le droit » tout en le violant à l’occasion, comme le reconnaissait implicitement son président en décembre dernier dans une interview à France 2. La voilà qui se joint au régime trumpiste criminel pour clamer qu’elle procédera à des frappes contre la Syrie, avec ou sans résolution du Conseil de Sécurité. Alors que son siège permanent est lorgné par de grands amis comme l’Allemagne, ne risque-t-elle pas de perdre à jamais son statut « privilégié » en s’affichant ainsi prête à bombarder sans mandat un Etat-membre, après avoir contribué à sa destruction et tenté de renverser son président légitime ?

Ne scie-t-elle pas la branche sur laquelle elle est majestueusement assise, cette France qui naguère tenait la Charte onusienne pour une Bible et fondait sa diplomatie sur la légalité internationale, et qui désormais en bafoue régulièrement les principes majeurs : égalité souveraine des Etats, non-ingérence, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et droit des Etats à choisir leur régime politique sans ingérence étrangère ? Cette France que l’on écoutait souvent, la « trouvant juste même lorsqu’elle se montrait injuste ».

Revenons aux fondamentaux. Malgré la phrase sacro-sainte qui, en Occident et dans notre Hexagone, sert de gilet pare-balle aux mieux intentionnés, rappelons que Bachar Al Assad, président légitime d’un pays en guerre, sans qui la Syrie ne serait plus qu’un souvenir, fait seulement son devoir. On servirait moins souvent la rengaine qu’il n’est « pas irréprochable » si l’on posait la question de l’honorabilité de ses ennemis ou détracteurs, qu’ils soient sauvages ou mal dégrossis, ou délicats et donneurs de leçons. Irréprochables, les dirigeants des « grandes démocraties » ? Irréprochables, ceux qui soutiennent l’insoutenable et en masquent l’horreur ? Irréprochables ces retraités aveugles, sourds et muets quant aux crimes inscrits à leur palmarès ?

Nos présomptueux dirigeants qui n’ont cessé de jouer avec le feu et sont responsables de l’embrasement, ne s’émeuvent pas pour autant, sûrs de leur bon droit et de leur aptitude à gérer les évènements entre affinitaires de belles manières. Si nous l’ordonnons, pensent ces va-t-en guerre qui adorent les ordonnances, il faudra bien que la piétaille des braves gens se mette en marche, au pas cadencé, avec tambour et trompette. C’est le métier de la France d’en bas d’obéir sans broncher à celle d’en haut, pensent-ils. Eh bien non ! Il faut leur donner tort. La France est partie prenante dans la nouvelle agression qui se prépare. Si par grand malheur elle est lancée, nul n’en connaît les suites. Il y aura des représailles et nous ne serons pas épargnés. « Pourquoi nous ? » ou « nous ne savions pas » seront de piètre utilité.

Réveillons-nous car il se fait tard.

Michel Raimbaud

34 réponses à Michel Raimbaud : “La nouvelle guerre froide se transforme progressivement en une guerre ouverte”

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