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En France, une anglicisation à outrance

En France, une anglicisation à outrance

Publié par Gilles Munier sur 6 Novembre 2019, 21:07pm

Revue de presse :  Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone (CERMF)

La France meilleure en anglais que 17 ex-colonies britanniques, au péril de ses intérêts de grande puissance. Une grave erreur stratégique.

Contrairement à une idée entretenue par certains, les Français excellent presque en anglais, dans une France qui subit une anglicisation à marche forcée. Une situation pourtant clairement contraire à ses intérêts de grande puissance.

Selon la dernière édition du classement international annuel EF EPI (Education First, English Proficiency Index), publiée ce mardi 05 novembre, la France se classe 35e pour ce qui est du niveau en anglais de sa population. L’Hexagone fait ainsi mieux que de nombreux pays pouvant être considérés comme anglophones, et non des moindres, et dépasse également de nombreuses puissances économiques et géopolitiques.

La France loin devant de nombreux pays anglophones et autres puissances

Comme le révèle ce classement annuel, la France dépasse ainsi non moins de 17 anciennes colonies britanniques ayant toutes l’anglais pour langue co-officielle, de jure ou de facto, comme Hong Kong (33e), l’Inde (34e), les Émirats arabes unis (70e), la Jordanie (75e) ou le Sri Lanka (78e). Elle fait donc encore « mieux » que lors des trois précédentes éditions du classement, lorsqu’elle dépassait à chaque fois dix ou onze ex-colonies britanniques.

Mais la France est également la grande puissance non anglophone la plus anglicisée au monde, et se classe largement devant les chefs de file des autres principaux espaces géolinguistiques, à savoir la Chine (40e), la Russie (48e), le Brésil (59e), le Mexique (67e) et l’Arabie saoudite (98e, ou l’Égypte, 77e). Elle devance aussi le Japon (49e), dont la société est technologiquement la plus avancée au monde, et qui exporte largement plus que l’Hexagone (+ 27 % en 2018 selon l’OMC, soit + 156 Mds de dollars).

Une anglicisation à outrance…

Cette situation ubuesque est en bonne partie la conséquence de cette anglicisation à outrance que l’on observe en France depuis plusieurs années, et où se multiplient les dérives, légales ou illégales, que l’on ne rencontre nullement ailleurs dans le vaste monde francophone, en dehors de sa partie européenne et sans repères. Une France où l’on ne compte plus les entreprises au site internet exclusivement en langue anglaise, ainsi que les manifestations et salons internationaux où le français est banni de l’affichage. Chose impensable au Québec ou encore en Afrique francophone, Maghreb inclus. Une France où l’on ne compte plus les Grandes écoles au site internet majoritairement en anglais. Chose, là encore, impensable en Afrique francophone et au Québec, grande province où, et contrairement à la France, tous les intitulés de fonction et de formation diplômantes sont également en langue française, tout comme les noms des établissements d’enseignement supérieur francophones, très majoritaires (ou encore les slogans publicitaires….). Un Hexagone qui accueille avec insuffisamment de respect les touristes francophones et francophiles, de l’intérieur du reste du monde, en mettant de plus en plus à leur disposition des documents d’information exclusivement en anglais, ou avec une version quasi « microscopique » en français. Là encore, à l’inverse de ce qui se fait au Québec et en Afrique francophone. Une France dont de nombreux diplomates affichent désormais des messages d’absence uniquement en anglais, contrairement à leurs confrères francophones du Québec ou d’Afrique, et ce, sans aucune sanction disciplinaire.

À cette attitude s’ajoute également celle des institutions de l’Union européenne qui mènent, au mépris des traités européens et avec la constante et bienveillante complicité des acteurs économiques et politiques français, une politique active d’éradication de la langue française, anglicisant encore davantage une France ayant perdu une bonne partie de ses repères. À titre d’exemple, la récente réglementation européenne « SERA – Partie C » qui vise à imposer l’anglais comme unique langue de communication entre les pilotes privés français et les six principaux aéroports métropolitains. Aberration qui n’existe ni au Québec ni en Afrique francophone, où il faudra alors, à l’entrée en vigueur de cette réglementation, s’exiler afin de vivre sa passion en français. Une France repliée sur l’Union européenne, zone la plus anglicisée au monde, et qui ne cesse donc de se comparer aux autres de ses pays membres, vassaux culturels et, in fine, politiques des puissances anglo-saxonnes.

Pourtant, le fait de vivre d’abord en français n’empêche nullement d’autres pays et territoires francophones d’être parmi les plus dynamiques au monde. Ainsi, il convient de rappeler la puissance économique du Québec, qui compte de nombreuses entreprises mondialement connues, comme Bombardier (numéro un mondial de la construction ferroviaire et numéro quatre de la construction aéronautique), Hydro-Québec (quatrième producteur mondial d’hydroélectricité), la SNC-Lavalin (un des leaders de l’ingénierie et de la construction, avec plus de 51 000 employés à travers le monde) ou encore le Cirque du Soleil, numéro un dans son domaine avec ses près de 4 000 salariés. Une vaste province, dont la capitale économique, Montréal, est un centre majeur de la haute technologie en étant le troisième pôle mondial pour l’aéronautique (derrière Seattle et Toulouse) et l’industrie du jeu vidéo, et le quatrième pour le secteur des effets spéciaux cinématographiques. Une ville-monde de plus en plus francophone (avec un pourcentage ne cessant d’augmenter pour les résidents ayant le français pour première langue officielle canadienne, et s’établissant à 78,1 % selon le dernier recensement de 2016), et qui a été élue meilleure ville étudiante au monde, en 2017, par le classement international QS Best Soudent Cities (établi par le cabinet britannique Quacquarelli Symonds), ainsi que « Communauté intelligente de l’année 2016 » (par l’organisme américain Intelligent Community Forum, en raison, notamment, de son avance en matière de technologie numérique et d’intelligence artificielle). Enfin, le Québec, c’est également un vaste territoire au taux de chômage le plus faible du Canada (4,7 % en août 2019, contre 5,7 %), et à la « capitale nationale » (la ville de Québec) affichant toujours le taux de chômage le plus faible parmi les dix principales villes canadiennes (seulement 2,6 % en août 2019 !) … et qui commence à concurrencer Montréal en matière d’innovation technologique. Un Québec sans lequel le Canada serait donc presque un pays quelconque…

Et concernant l’Afrique subsaharienne francophone, il convient là aussi de rappeler que ce vaste espace est le moteur de la croissance économique du continent, dont il a réalisé les meilleurs performances pendant six des sept années de la période 2012-2018, avec une croissance annuelle de 4,2 % en moyenne (4,9 % hors cas très particulier de la Guinée équatoriale), contre 2,9 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne (et ce, notamment grâce aux nombreuses réformes accomplies par une majorité de pays afin d’améliorer le climat des affaires et de progresser en matière de bonne gouvernance). De bonnes performances en partie dues au dynamisme particulier de l’espace UEMOA (en Afrique de l’Ouest francophone), qui continue à être la plus vaste zone de forte croissance du continent (6,3 % en moyenne annuelle sur la période 2012-2018, et 6,4 % en 2018).

…et contraire aux intérêts de la France

Contribuer activement au recul de la langue française constitue pourtant une grave erreur stratégique. Loin d’être un simple passe-temps pour passionnés de dictées, de mots croisés ou encore de poèmes, la langue est avant tout une question d’influence culturelle et géopolitique, et de parts de marché.

Ainsi, toutes les études économiques démontrent bien que les échanges peuvent être potentiellement bien plus importants entre pays, peuples ou communautés partageant une même langue, comme le rappelait si bien le rapport Attali sur la francophonie, publié en 2014. Ainsi, ce n’est pas un hasard si les touristes québécois sont proportionnellement quatre fois plus nombreux que les Américains à venir chaque année en France…et à y dépenser. Dans un autre registre, ce n’est pas non plus un hasard si les premiers pays au monde à avoir interdit le niqab étaient francophones, en Europe comme en Afrique (France, Belgique, Sénégal, Tchad, Congo…), et qu’ils aient été suivis, dans un premier temps, par des pays connus pour leur francophonophilie, et dans la plupart desquels le français est appris par la majorité des élèves, sinon par la totalité (Pays-Bas, canton suisse italophone du Tessin…). De même, on ne peut s’empêcher de constater, par exemple, que le Canada est toujours plus pacifiste lorsqu’il est dirigé par un Québécois… 

Les pays du monde francophone sont d’ailleurs, globalement, des sociétés moins inégalitaires, moins violentes et plus paisibles que les sociétés anglophones ou hispanophones, comme le confirment les différents classements internationaux en la matière (l’indice de GINI, selon lequel sept des dix pays les plus inégalitaires au monde sont anglophones, dont six en Afrique, contre un seul pays francophone, ou encore les statistiques sur les taux d’homicides). Par ailleurs, et en ce qui concerne la démocratie sur le continent africain (qui compte déjà de nombreux pays démocratiques, au passage), il convient de rappeler que la liberté d’expression est globalement plus étendue en Afrique francophone que dans le reste du continent, où se trouvent notamment les régimes les plus totalitaires, qui sont au degré « zéro » de liberté d’expression (l’Égypte, l’Érythrée, le Rwanda et le Eswatini, dernière monarchie absolue du continent).

Ces valeurs véhiculées par la langue française, et dont les pays francophones, parmi lesquels la France, peuvent être fiers. La France, justement véritable patrie des droits de l’Homme, et où s’appliquent le plus les principes – pourtant censés être universels – de l’égalité et de la fraternité. Chose que la plupart des Français, eux-mêmes, ne savent suffisamment (et notamment les professeurs de l’Education nationale, qui se doivent de connaître et de transmettre un certain nombre d’éléments cruciaux et nécessaires à l’unité et à la « solidité » de la nation). Parmi les exemples les plus importants et les moins connus à la fois, l’on peut citer le fait que tous les citoyens français aient exactement les mêmes droits civiques où qu’ils se trouvent, en métropole ou en outre-mer, dont ceux de participer à l’ensemble des élections nationales et d’être représentés au sein de toutes les institutions politiques nationales. Ce qui n’est absolument pas le cas des ultramarins britanniques et américains, pour qui il n’est guère permis de participer aux scrutins nationaux et d’être représentés, et auxquels interdiction est donc faite de prendre part à la gestion des affaires de la nation, et d’avoir la moindre possibilité d’influer sur son avenir. Un schéma de type colonial, une approche ségrégationniste, qui sont encore en vigueur dans ces deux pays anglo-saxons, à l’attitude radicalement différente de celle de la France.

En œuvrant constamment à réduction de la présence et de la visibilité de la langue française dans les différentes instances internationales ainsi que sur son propre sol, face aux étrangers de passage (hommes d’affaires, étudiants, touristes…), la France, qui est probablement la seconde puissance mondiale après les États-Unis, en combinant tous les critères de puissance (économie, capacités militaires, influence géopolitique et culturelle), seule base de comparaison possible et rationnelle entre pays, et qui est 27 fois plus étendue que l’Allemagne en incluant son immense territoire maritime (le deuxième plus vaste de la planète, avec ses près de 10,2 millions de km2), ne fait que diffuser au reste du monde un message disant clairement que le Français est une langue inutile à apprendre. Et de priver, ainsi, de nombreux peuples non francophones d’accès à la langue française et aux valeurs qu’elle véhicule.

De ce fait, elle s’emploie activement à entraver la dynamique favorable dont bénéficie l’apprentissage du français à travers le monde, grâce à l’émergence économique et démographique de l’espace francophone, vaste comme près de quatre fois l’Union européenne tout entière dans sa définition géographique la plus stricte, et regroupant désormais plus de 510 millions d’habitants. Tel un enfant, qui sur une plage, prendrait un malin plaisir à venir régulièrement détruire un château de sable patiemment édifié par d’autres enfants. Une augmentation constante du nombre d’apprenants du français dans le monde, dont l’ampleur pourrait être encore bien plus importante, mais qui dans le même temps échappe complètement au continent européen. Ce continent qui est le seul où l’enseignement de la langue de Molière en tant que langue étrangère baisse de manière constante, comme le mettent en évidence les trois derniers rapports de l’Organisation internationale de la Francophonie (publiés en 2010, 2014 et 2018).

Une baisse essentiellement – voire exclusivement – due à l’attitude de la France vis-à-vis de sa langue, et qui nuit gravement à son influence culturelle, économique et politique en Europe. Et dont les conséquences se traduisent jusqu’au niveau des flux migratoires, en réduisant considérablement l’importance de l’immigration d’origine européenne en France, constamment minoritaire (et qui se dirige alors massivement vers le Royaume-Uni – Brexit ou non – et vers l’Allemagne, dont l’influence culturelle demeure très forte dans l’ensemble de l’Europe de l’Est). Un déséquilibre qui ne facilite guère l’intégration des immigrés extra-européens, lorsqu’ils ont essentiellement, pour voisins, d’autres immigrés aux mêmes origines.

Mais ce manque d’intérêt vis-à-vis de la langue française explique également, en bonne partie, le manque d’intérêt de l’Hexagone vis-à-vis du monde francophone, dont les Français ignorent pratiquement tout. À titre d’exemple, la quasi-intégralité de la population française ne sait rien des Jeux de la Francophonie qui se sont tenus en juillet 2017 à Abidjan (contraste saisissant avec la couverture médiatique dont jouissent les Jeux du Commonwealth au Royaume-Uni), de la Basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro en Côte d’Ivoire (qui n’est autre que le plus grand édifice chrétien au monde, quasi-réplique de la basilique Saint-Pierre de Rome), du concours musical « The Voice Afrique francophone » (qui fût dans sa saison 2017-2018 le plus grand concours musical au monde en termes d’audience cumulée, avec son équivalent arabophone), ou encore du peuple acadien et de son drapeau, qui n’est autre que le drapeau tricolore orné d’une petite étoile aux couleurs papales et symbole de la Vierge Marie. Un attachement historique à la France, mère patrie, qui y répond par une grande indifférence.

Une ignorance dont la responsabilité est à imputer en premier aux responsables politiques, à un certain nombre de hauts fonctionnaires de l’Éducation nationale et aux médias, et qui s’oppose radicalement à la plus grande culture qu’ont les Britanniques au sujet des pays du Commonwealth. Cette bien meilleure connaissance, qui est en bonne partie à l’origine de leur attachement viscéral à leur langue, à sa défense et à sa diffusion. Et ce, contrairement à une majorité de Français qui, maintenus dans une certaine ignorance, se désintéressent consciemment ou inconsciemment de la leur, car ignorant sa dimension mondiale. D’où l’existence d’un véritable cercle vicieux, où le fait de ne pas s’intéresser à sa propre langue conduit, in fine, à ne pas s’intéresser au monde francophone, et où ne pas s’intéresser au monde francophone conduit à son tour à négliger sa langue et à la dévaloriser. Et donc à ne pas chercher à la défendre et à la promouvoir, et par conséquent à l’affaiblir en France et dans le monde, au détriment des intérêts supérieurs du pays (ainsi que de ceux de l’ensemble des pays et peuples ayant le français en partage).

Un double désintérêt vis-à-vis de la langue française et du monde francophone qui se traduit alors par la faiblesse des aides au développement allouées chaque année par la France à l’espace francophone, dont le montant est environ trois fois inférieur aux sommes allouées au seuls pays d’Europe orientale membres de l’UE (2,7 milliards d’euros versés, en 2016, aux 27 pays francophones du Sud et à leur 385 millions d’habitants environ, cette année-là, contre 8,2 milliards versées aux 13 pays appartenant au second ensemble et totalisant une population de 115 millions d’habitants. Soit 10,1 fois moins d’aides par habitant). Une politique défiant pourtant toute logique économique et géopolitique. D’un point de vue géopolitique, parce que ces pays votent régulièrement contre les positions françaises au sein des grandes instances internationales (contrairement à la majorité des pays francophones, avec qui sont souvent partagées des valeurs et une approche communes en matière d’affaires internationales). À cela, s’ajoute également bien d’autres exemples d’attitude contraire aux intérêts de la France, comme par exemple, le refus de la grande majorité des pays de l’UE d’utiliser à des fins militaires le projet Galileo, afin de ne pas déplaire aux États-Unis (un « GPS européen », entré en service fin 2016 et qui devrait être pleinement opérationnel en 2020, mais uniquement pour un usage civil. Un projet que la France aurait, de toute façon, pu faire seule si elle était encore gaulliste, le coût annuel du projet ne dépassant pas celui de l’extension et de l’entretien du réseau des TGV. Un niveau d’investissement unique au monde pour des trains à grande vitesse, pourtant dépourvus de tout intérêt stratégique, et dont l’intérêt écologique est négligeable sur long terme, compte tenu des travaux pharaoniques et terriblement polluants que nécessitent la construction des lignes, et de la baisse constante du niveau de pollution engendré par les automobiles).

Quant au niveau économique, premièrement parce que la France ne jouit que d’une part de marché marginale dans les pays d’Europe orientale membres de l’UE, située à 3,9% en 2016 contre 20,8% pour l’Allemagne. Un pays à qui profite donc essentiellement les aides françaises allouées à l’Europe orientale, et dont les exportations sont alors pratiquement subventionnées par l’Hexagone, qui mène ainsi une politique qui pourrait être résumée par la célèbre expression « travailler pour le roi de Prusse ». Deuxièmement, parce que c’est bien dans le monde francophone qu’il faut massivement investir, d’une part afin de tirer pleinement profit des opportunités et du dynamisme que l’on y trouve, et d’autre part, parce que c’est en accélérant l’émergence économique de l’espace francophone que l’apprentissage du français à travers le monde augmentera encore davantage. Une augmentation qui ne peut être que bénéfique à la France, à son influence culturelle, économique et géopolitique, ainsi qu’à l’ensemble des pays et peuples du monde francophone.

Ce monde francophone dont l’Afrique est aujourd’hui la pièce maîtresse, mais où certaines personnalités s’appuyent sur la grave dérive anglomane de la France d’aujourd’hui afin de demander l’installation de l’anglais comme première langue étrangère (pays de Maghreb), ou comme seconde langue officielle (Burkina Faso, Gabon, Madagascar). Et ce, au grand mépris des intérêts supérieurs, économiques et géopolitiques, de leur propre pays, et alors même que le français n’a jamais été autant parlé dans le monde. Dans un très long article publié le 26 octobre 2018, un ancien ambassadeur du Burkina Faso exhortait, ainsi, l’ensemble des pays d’Afrique francophone à faire de l’anglais une de leurs langues officielles, en égrenant une longue liste d’exemples de ce qu’il observait lui-même en France, dans ses rues, ses écoles et ses entreprises (dans une tribune intitulée « Francophones d’Afrique : speak English as well… and honni soit qui mal y pense ! », publié sur le site d’information lefaso.net, par son Excellence M. L. D. Ouédraogo). La France « principal promoteur de la langue anglaise dans l’espace francophone », selon ses propres termes. Un exemple concret de la menace que représente l’Hexagone, et désormais une partie non négligeable de sa population, pour la langue française, et donc pour l’ensemble des pays et peuples ayant le français en partage.

Alors que tous les autres grands pays non anglophones, et en particulier la Russie, la Chine, le Brésil et le Japon, s’emploient ouvertement à maintenir une certaine distance avec la culture anglo-saxonne et la langue qui s’y rattache, notamment pour ne pas s’affaiblir et afin de pouvoir continuer à exister et à peser sur la scène internationale (la Chine impose, par exemple, un quota annuel sur les productions cinématographiques américaines, de même qu’elle a développé son propre « Facebook », à l’instar de la Russie pour l’espace russophone), alors que les Anglo-Saxons n’ont toujours communiqué entre eux que dans leur propre langue, ne laissant guère de place à tout autre idiome dans l’espace public (faisant ainsi preuve, et ce depuis au moins les années 1600, d’une véritable intelligence stratégique qui a souvent fait cruellement défaut à la France), certains souhaitent que l’Hexagone aille encore plus loin sur la voie de l’absurde, de la défrancisation et de la trahison, en ayant rendu désormais obligatoire l’apprentissage d’une langue étrangère – donc neuf fois sur dix l’anglais -dès le CP (chose que même trois des quatre pays scandinaves n’ont osé faire), en encourageant la multiplication des classes bilingues (anglais-français), ou encore, pour d’autres, en proposant que les films américains soient diffusés en version originale à la télévision. Une fuite en avant aux conséquences gravissimes, dans un pays ayant perdu une bonne partie de ses repères.

La France d’aujourd’hui est donc bel et bien la principale menace qui pèse sur la langue et la culture françaises dans le monde. Cette langue qui est l’un des piliers de son identité et de sa puissance mondiale. Un de ses piliers auxquels l’on s’attaque sans retenue, afin, parfois, de servir certains intérêts.

Comme l’avait dit le général de Gaulle, « le snobisme anglo-saxon de la bourgeoisie française est quelque chose de terrifiant. […] Il y a chez nous toute une bande de lascars qui ont la vocation de la servilité. Ils sont faits pour faire des courbettes aux autres. » Quels qu’ils soient et où qu’ils soient, les responsables de ce processus d’éradication du français doivent être écartés. Il ne peut y avoir de place, en France, pour des individus hostiles à la langue française, et donc à la France et au monde francophone.

Le Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone (CERMF) est présidé par Ilyes Zouari

http://www.france-irak-actualite.com/2019/11/en-france-une-anglicisation-a-outrance.html

*Source : cermf

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Le français en Iran entre tradition historique et élitisme

Société

Le français en Iran entre tradition historique et élitisme

Si la francophonie existe en Iran et ce depuis plusieurs siècles, on ne peut pas la comparer à celle de pays tels que l’Algérie. Mais dans certaines couches aisées de la société iranienne, tout comme dans les départements de linguistique de plusieurs universités, le français reste encore vivant et attractif. L’interaction entre le français et le persan, témoin de multiples emprunts, et l’admiration en Iran pour la culture française, sont autant d’éléments qui permettent d’évoquer une francophonie « à l’iranienne ».


Inalco

Comme le rappelle le professeur Ahmad Kamyabi Mask, de l’Université de Téhéran, spécialiste de l’œuvre d’Ionesco, l’entrée du français en Iran s’est faite via les premiers missionnaires franciscains et dominicains envoyés en Perse ilkhanide au 13ème siècle. Des missions sont établies à Sultaniya, Maragha, Tabriz et Tbilissi. Puis c’est au 15ème siècle, sous la dynastie des Safavides, que l’on trouve les premières traces d’une fascination mutuelle entre les deux civilisations, avec notamment l’envoi par Richelieu de deux moines franciscains à la cour du Chah Abbas, installée à Ispahan. L’un d’eux, Jacques Dutertre vivra cinquante-deux ans au sein de la cour et y sera même inhumé. Ces moines joueront les rôles de traducteurs et de négociateurs, très importants à cette période. Antoine Isaac Silvestre de Sacy (1758-1838) et Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron (1731-1805) sont les premiers orientalistes à étudier le persan et à en traduire les textes fondateurs en français. Mais c’est aux Qâdjârs qu’il faut remonter pour trouver l’origine des relations culturelles franco-iraniennes, à une époque où le voyage des étudiants iraniens en France a joué un rôle primordial dans l’influence subie par le persan. Nasseredin Shah (1831-1896) parlait un français « impeccable », selon les fonction- naires français en poste en Iran.
Des écoles françaises sont créées dès 1860 (Saint-Louis, à Téhéran), puis d’autres voient le jour au début du 20ème siècle, telles Jeanne d’Arc, à Téhéran, ou encore le lycée Razi, qui ouvre dans la capitale après le passage du Général De Gaulle, sans omettre le rôle des instituts français répartis sur le territoire, qui dispensent des cours de français.
Cet intérêt pour le français en Iran, en dehors des effets de mode du 18ème siècle, vient de la présence de consonances dans les deux langues, qui facilitent la prononciation des mots français en langue persane. Le voyage des mots entre la Perse et la France, de par son intensité, n’a certainement que peu d’équivalent. Les mots persans empruntés au français concernent tous les domaines, scientifique, politique, journalistique, littéraire, etc. À titre d’exemples, citons Bomb’e pelâstiki, kârt’e vizit, kârt postâl, rob do châmr, orkestr samfonik, mikrob, vaksin, karton, diplomasi, etc.
DE MULTIPLES TERRAINS D’INTERACTION
Si le français en tant que langue n’est pas la première langue étrangère, son influence a modelé la société intellectuelle iranienne. Au 19ème, puis au 20ème siècle, parmi les fondateurs de la culture et civilisation persanes modernes, nombreux sont ceux qui ont effectué leurs études supérieures en Suisse et/ou en France. L’admiration qui demeure en Iran pour la culture et les arts de l’Hexagone favorise l’intérêt pour la langue française. Une grande majorité d’artistes la maîtrise parfaitement, ce qui reste peut-être plus vrai pour ceux qui ont plus de 44 ans. La traduction en persan de bon nombre d’ouvrages littéraires français familiarise notamment les enseignants avec la culture française. Récemment, une collection dédiée au théâtre français contemporain a vu le jour avec près de 40 titres, grâce à l’opiniâtreté de Tinouche Nazmjou. Ahmad Kamyabi Mask a pour sa part traduit en persan toute l’œuvre d’Eugène Ionesco. En 1851, à la fondation de l’École Polytechnique (Dâr-ol-Fonoun Amir-Kabir) à Téhéran, l’essentiel de l’enseignement scientifique se faisait en français par des enseignants français. Des bourses impériales étaient attribuées à des étudiants qui partaient étudier la médecine en France, tradition qui sera reprise par le Professeur Gousheh, jusqu’au blocage des visas étudiants en 2011. Enfin, pendant une longue période, le français fut enseigné comme langue principale dans les écoles et les collèges iraniens.
QUEL AVENIR POUR LE FRANÇAIS EN IRAN AUJOURD’HUI ?
En 1979, la fermeture des écoles françaises, la plupart religieuses, marque une récession de la langue française. Cependant, on assiste à un véritable renouveau dans les années 1990-2010. 20 établissements privés ou publics enseignent le français jusqu’au niveau du doctorat, sous l’angle de la linguistique, de la didactique et de la littérature comparée. On retrouve la langue dans les établissements secondaires de Téhéran et de plusieurs grandes villes de province. Aujourd’hui, le français reste la langue partagée par les élites mais un certain engouement naît peu à peu chez les étudiants des classes moyennes, qui voient dans son apprentissage une chance pour l’émigration vers le Canada ou une manière de marquer sa différence avec la majorité, qui reste anglophone à l’université. D’ailleurs, la floraison des instituts privés proposant des cours de français dans tout le pays en atteste.
Les professeurs Gashmardi et Salimikouchi affirment que « si le français a des usages de plus en plus limités, il n’est pas en déclin. Le bilinguisme persan-français donne la possibilité aux locuteurs universitaires de recourir, en fonction de la situation de communication académique et interculturelle, à deux langues différentes pour enrichir leurs acquisitions et leurs productions. Dans des domaines tels que le droit, la philosophie ou la sociologie, un consensus sous-jacent accrédite une francophonie culturelle qui s’impose. »
La présence médiatique francophone reste timide mais elle tend à se développer. La Revue de Téhéran, magazine mensuel traitant des sujets de culture générale, et la Revue des Presses Universitaires de Téhéran en sont des exemples. L’Institut Français de Recherche en Iran (IFRI) supervise et accompagne quant à lui les recherches universitaires sur de très nombreux domaines, tant des sciences humaines, de l’archéologie, que de l’histoire des sciences et des techniques. Radio et TV Sahar, et tout récemment Press TV, filiales de la télévision d’État IRIB, émettent des programmes en français.
Et les professeurs Gashmardi et Salimikouchi de conclure : « L’importance de la diversité linguistique et culturelle face aux défis de la mondialisation est parmi les vraies questions ouvertes. L’élite iranienne croit que la France contemporaine en particulier et le monde francophone en général ne semblent pas souffrir d’un déficit d’idées. Pour l’élite iranienne, cet alliage, qui fait de la langue et de la pensée francophone un équivalent de sens, d’esprit de valorisation, de dignité, de créativité et de partage, est un appel au respect d’autrui et à une manière d’être au monde. Grace à cette élite francophone, qui a joué un rôle important dans la vie socioculturelle du pays et qui a conservé l’usage de cette langue, la francophonie culturelle est aujourd’hui encore considérée comme un instrument privilégié de formation intellectuelle, d’échanges, d’accès à l’information et à la connaissance. Le souvenir toujours vivace de grands intellectuels, traducteurs, écrivains et poètes francophones iraniens, entretient l’image positive du français comme langue de la pensée et de la culture. Cette image constitue une base solide pour relancer la pratique du français. »
Des actes politiques viennent en outre stimuler cette relance. Ainsi, en septembre 2015, l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) signait une convention de coopération avec l’Université Allameh Tabataba’i de Téhéran, la plus grande université de lettres et sciences humaines d’Iran, avec 17 000 étudiants. En décembre 2015 se tenait à l’université Shahid Beheshti, et à l’initiative de l’Ambassade de France en Iran, le premier Forum international sur l’enseignement du français en Iran.
Toutefois, comme le rappellent les professeurs Gashmardi et Salimikouchi, « si le statut particulier du français en Iran n’est pas nettement défini, la question de la francophonie est une question qui touche encore l’esprit des universitaires et des élites iraniens. Bien que cette élite ne tienne pas majoritairement à choisir le français pour écrire ou parler, cette langue n’est pas aussi étrangère que d’autres car elle jouit d’un statut particulier ». Mais la francophonie en Iran, bien que privilégiée, parviendra-t-elle à sortir de cette situation incertaine ?

Par Rédaction ParisTeheran le 16 octobre 2017

http://paristeheranmag.com/francais-iran-entre-tradition-historique-elitisme/

L’anglais en Europe malgré le Brexit : The Economist est-il toujours libéral ?

L’anglais en Europe malgré le Brexit : The Economist est-il toujours libéral ?

Breakfast table By: Anders Sandberg – CC BY 2.0

Pour The Economist, l’Union Européenne est trop fragile et trop récente pour ce plurilinguisme !

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Par Yves Montenay.

En général, les libéraux ne se passionnent pas pour les guerres entre langues, étant partisans du « laisser-faire » dans ce domaine. Sauf si leur sentiment identitaire prime sur leur libéralisme.

Ce domaine est cependant plus réglementé qu’on ne le dit, d’abord par la notion de « langue officielle », par ailleurs très variable d’un pays à l’autre.

Quelques cas extrêmes sont l’éradication du français de la Flandre belge par, à mon avis, un « abus de majorité » démocratique, ou au Vietnam, pour éliminer tout vecteur de contestation politique. La plupart des pays ont des législations linguistiques plus ou moins modérées.

Contrairement à sa réputation, la France est assez libérale dans ce domaine à en juger par exemple par la langue des enseignes commerciales. Les États-Unis le sont également, à en juger par les facilités accordées à l’espagnol. Et l’Angleterre n’a pas de langue officielle, ni même d’ailleurs de constitution.

La campagne que vient de lancer dans ce domaine The Economist, journal longtemps britannique et maintenant anglo-américain est d’autant plus étonnante. En effet ce journal de l’élite anglophone mondiale fait campagne dans son numéro daté du 15 juin 2019 pour que l’anglais devienne la seule langue officielle de l’Europe après le Brexit. Le principal argument est que ce serait une langue neutre permettant de mieux travailler.

En fait cela cache soit une ignorance de l’Europe, soit un mépris pour les cultures  des autres, soit un cheval de Troie pour détruire une Europe devenue étrangère et donc concurrente.

Ou tout simplement l’habitude britannique de demander le beurre et l’argent du beurre.

LES ARGUMENTS DE THE ECONOMIST : UNE LANGUE DE TRAVAIL NEUTRE

Remarquons que le journal hésite entre 2 formules : « langue commune » dans le titre, et « seule langue officielle » dans le texte, donc une formule beaucoup plus dure. Soit les journalistes n’ont pas été attentifs, soit ils ont volontairement repris un titre masquant partiellement la révolution qu’ils proposent.

Leur raisonnement est simple : puisqu’il n’aura plus de Britanniques en Europe, l’anglais ne sera la langue de personne et sera donc neutre. Et puis les dernières élections ont montré que les alliances entre partis politiques au Parlement européen se faisaient par-dessus les frontières, ce qui implique une langue commune au parlement, rôle pour lequel l’anglais serait, selon eux, « le candidat logique ».

Ce serait d’ailleurs la position de Joachim Gauck, l’ancien président allemand, et de Mario Monti, l’ancien Premier ministre italien.

Le journal évacue les exemples des États-Unis, du Canada et de la Suisse qui ont plusieurs langues officielles (pour les États-Unis, le journal pense probablement à l’espagnol, qui bénéficie de lois locales, et non au français devenu symboliquement langue co-officielle en Louisiane).

Pour The Economist, l’Union Européenne est trop fragile et trop récente pour ce plurilinguisme !

Le journal évacue aussi l’accusation d’élitisme. Certes aujourd’hui une bonne maîtrise de l’anglais est limitée à une caste supérieure, mais cela pourrait disparaître si l’on impose fermement l’usage de cette langue dans chaque pays.

Enfin, pour le journal, l’argument le plus puissant est le réalisme : l’anglais est déjà de fait la langue de travail à Bruxelles et 97 % des enfants de 13 ans l’étudient à l’école, tandis que les cours en anglais se multiplient dans toutes les universités du continent.

Accessoirement, cela aiderait à diminuer l’énorme budget de traduction qui pèse sur l’Union Européenne.

Une clause de style : l’anglais ne serait qu’un complément aux langages nationaux qu’il faudra protéger, pour affirmer et non trahir l’idéal d’une Europe cosmopolite.

DES ARGUMENTS QUI EN CACHENT D’AUTRES ?

La plupart de ces arguments sont légers par rapport à l’enjeu, ou peuvent être retournés.

Par exemple, il est disproportionné de justifier cette énorme question linguistique par la commodité des échanges entre chefs de partis au parlement européen.

Écarter le fait que les États-Unis, le Canada ou la Suisse aient plusieurs langues officielles me paraît un peu rapide, ainsi que l’évocation du budget de traduction qui est surtout le résultat d’une mauvaise organisation à l’heure où la traduction automatique est presque parfaite pour les textes écrits, surtout s’ils ne sont pas littéraires, ce qui est le cas, et que les progrès sont rapides en matière de traduction automatique orale.

Écarter l’accusation d’élitisme en préconisant comme « solution » d’imposer « fermement » l’enseignement de l’anglais, donc en pratique au moins partiellement en anglais, est tout à fait contradictoire avec la clause de style selon laquelle l’anglais ne serait qu’un complément aux langages nationaux que l’on protégerait par ailleurs.

Quant à la neutralité, cela fait sourire les partisans de l’espéranto et surtout les connaisseurs de la mécanique bruxelloise que nous décrirons plus loin.

L’argument le plus puissant reste celui du « réalisme », c’est-à-dire le fait que l’anglais soit déjà répandu. À cela je répondrai que rien n’est gravé dans le marbre : le français était largement en usage à Bruxelles il n’y a pas si longtemps, comme d’ailleurs rappelé par The Economist.

En fait, ces arguments me semblent en cacher d’autres, plus intéressés, ou une certaine ignorance, voire un mépris pour les cultures des autres.

UN CHEVAL DE TROIE POUR DÉTRUIRE L’EUROPE ?

The Economist présente son idée de l’anglais comme seule langue officielle de l’Europe comme devant la renforcer. À mon avis c’est l’inverse qui se produira : l’Europe sortirait affaiblie d’une telle folie.

Une bonne partie des Européens est déjà dégoûtée de l’Union, et le serait encore plus si elle devenait ainsi étrangère et d’une certaine façon coloniale, en l’obligeant à utiliser de plus en plus souvent une autre langue que la leur.

Cela va en sens tout à fait inverse du courant ancien et puissant de « l’Europe des patries » ainsi que du courant identitaire actuel. On peut défendre son village, voire mourir pour la patrie, mais certainement pas pour Bruxelles !

Et si vraiment l’anglais devait rendre l’Union plus attractive et efficace, pourquoi diable la Grande-Bretagne a-t-elle voulu la quitter ?

En partie justement pour des raisons nationales… dont l’immigration des Polonais !

Enfin l’élitisme de cette idée est patent : la frange mondialisée de l’Europe oublie que la quasi-totalité de la population, si elle a souvent appris l’anglais à l’école, ne le parle pas, ou très mal.

C’est donc une manière de tenir à l’écart « le bas peuple » à un moment où il rappelle qu’il faut le respecter. Le forcer à apprendre l’anglais au lieu de l’histoire locale ou de l’informatique ne ferait qu’empirer le mécontentement !

Et du mécontentement contre l’Europe, il y en a ! En France les Gilets jaunes, le Rassemblement National, la France insoumise… En Allemagne et dans le reste de l’Europe également ! Ajouter une utilisation plus générale et obligatoire de l’anglais et ce serait la révolte contre cette « colonisation apatride » !

Dès maintenant, « le bas peuple » constate que les dossiers destinés à l’Union européenne préparés en langue nationale et obligatoirement traduits plus ou moins bien en anglais, ce qui est déjà exaspérant, sont plus souvent rejetés par technocratie anglophone que ceux concoctés dans les cercles anglophones privilégiés au détriment des besoins du terrain, comme en témoigne le rapport Grin.

Les Britanniques sont-ils si ignorants de ce que sont les pays européens ? Ou au contraire ceux d’entre eux le sachant ne se livrent-ils pas à une sorte de sabotage de l’Union pour voir dépérir un concurrent, ou tout simplement quelque chose qui ne les intéresse plus ?

Il est permis de penser que pour les Britanniques cette campagne pour l’anglais est en réalité tout à fait intéressée, car l’usage de leur langue en Europe leur rapporte beaucoup. Et ils risquent d’y perdre si le Brexit décide d’entamer le rôle dominant de l’anglais à Bruxelles.

LES ANGLAIS ET L’EUROPE : DEMANDER LE BEURRE ET L’ARGENT DU BEURRE !

Revenons en effet au « rapport Grin » qui décrit un écosystème anglophone regroupant les instances dirigeantes de l’Union et de nombreux groupes d’intérêts.

Cet écosystème a réussi à faire passer toute étude, projet ou financement par des textes en anglais faisant intervenir de nombreux Britanniques ou leurs obligés.

Des milliards d’euros sont en jeu qui pourraient être menacés par une diminution progressive du rôle de l’anglais suite au Brexit.

D’où l’intérêt pour les Britanniques de consolider cet écosystème en officialisant l’usage de l’anglais malgré leur départ, et si possible de l’étendre à l’ensemble de l’Europe, et non plus aux seules instances dirigeantes de l’Union, en faisant de l’anglais la seule langue officielle sur l’ensemble du territoire.

LES RAISONS INTELLECTUELLES DU REJET D’UNE LANGUE UNIQUE ET ÉTRANGÈRE

Mon expérience de l’international rejoint les constatations des linguistes : les idées se forment et s’expriment différemment dans chaque langue, et obliger à les formuler dans une langue étrangère entraîne une perte importante de qualification et plus généralement d’idées, au bénéfice justement des dits étrangers.

Voir notamment les travaux rassemblés par l’Observatoire Européen du Plurilinguisme, et illustrés par l’analyse des malentendus entre Renault et Nissan, lorsque ces entreprises communiquent en anglais, langue étrangère pour les deux parties.

Quelques interprètes franco–japonais compétents en automobile et exploitant les très bons résultats de la traduction automatique pour les matières techniques auraient peut-être évité la crise qui s’est révélée depuis. Car au-delà du cas personnel de Carlos Ghosn, le problème est la méfiance des Japonais envers les Français, exacerbée par une série de malentendus linguistiques.

UNE IDÉE NÉFASTE ET INTÉRESSÉE

Bref cette idée de l’anglais langue officielle de l’Europe car « neutre » après le départ des Britanniques, est d’abord intéressée ! Elle est de plus néfaste aussi bien pour la construction européenne que pour chaque pays en particulier. Sur le plan économique d’abord, mais également sur le plan culturel.

Je ne parle pas des Britanniques et des Américains cultivés, souvent francophones, mais de l’historique « John Bull » (l’Anglais honni par les sans-culottes français), de la perfide Albion (l’Angleterre, ennemi acharnée de la Révolution et de Napoléon) et de « l’Oncle Sam », aux foucades dévastatrices bien avant son actuel avatar.

Soyons indulgents, dans le cas de The Economist, journal anti Brexit, il s’agit peut-être d’une tentative de garder une porte ouverte sur l’Europe.

Mais plus de 50 ans d’observation, dont quelques négociations commerciales délicates avec des Britanniques, m’ont fait constater qu’ils cherchent à torpiller toute solution logique ou d’intérêt mutuel, s‘ils la jugent contraire à leurs intérêts.

À nous donc de veiller aux nôtres !

Yves Montenay est l’auteur du livre La langue française, arme d’équilibre de la mondialisation(Les Belles Lettres, 2015).

https://www.contrepoints.org/2019/07/03/348225-langlais-en-europe-malgre-le-brexit-the-economist-est-il-toujours-liberal

MANIFESTE AU TRAITRE MACRON POUR LA DEFENSE DU FRANCAIS ET DE LA FRANCOPHONIE !

19 juin 2019

À : ‘Carl Hubert’ <hubertcarl@gmail.com>; ‘paoli@radiocourtoisie.fr‘ <paoli@radiocourtoisie.fr>
Cc : ‘Amandine RadioCour (secretariat@radiocourtoisie.fr)’ <secretariat@radiocourtoisie.fr>; ‘jmyard@club-internet.fr‘ <jmyard@club-internet.fr>; ‘Jean-Yves LE GALLOU (jylg@jylg.com)’ <jylg@jylg.com>; ‘Forum pour la France (forumpourlafrance@orange.fr)’ <forumpourlafrance@orange.fr>
Objet : RE: À M. Hubert Carl, pour le bulletin de réinfo de RC/TR: Carpette anglaise 2017 : communiqué du Jury

 

Cher collègue responsable de la Réinformation à Radio Courtoisie

 

Le Parisien a publié hier le manifeste de cent personnalités composé et diffusé par nos  associations en synergie pour le français.

Puis-je vous prier de lire ce manifeste à l’antenne de la réinformation, en donnant ce nouvel exemple d’une résistance qu’il ne faut pas occulter, et qui se développe ?

 

Vous pouvez, à titre d’exemples horrifiants de l’entreprise de grand remplacement linguistique à l’œuvre en France comme dans le reste de l’Europe :

  • l’exemple ponctuel de Valérie Pécresse, présidente de la Région Île de France, qui étend le Navigo de Paris à sa Région, et ne trouve rien de mieux que de le baptiser « Navigo easy » au lieu de (par exemple) : « Navigo large » proposé, parmi d’autres possibilités, par nos associations pour le français ;
  • nos établissements d’enseignement supérieur (universités et grandes écoles) qui sont de plus en plus nombreux à offrir – en infraction flagrante de la loi Fioraso – des formations diplomantes exclusivement en anglais, obligatoires aussi pour les étudiants français.

 

Vous avez là, en présence de la monstrueuse entreprise de remplacement linguisitique, soutenue, à haut niveau, par ceux que feu Michel Serres appelait « le collabos de la pub et du fric », une véritable mission de réinformation, que nos associations sont prêtes à vous aider à bien nourrir.

 

Bien cordialement à vous.

 

MANIFESTE ADRESSÉ AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Monsieur le Président de la République,

 

La langue française va mal. Non plus étoffée mais étouffée par l’anglo-américain, elle voit désormais son usage même évincé par cette dernière langue devenue si peu étrangère. Confrontée à cette invasion, notre mémoire renvoie en écho un passé douloureux de soumission et d’oubli de soi. Une majorité capitulatrice plaidera le réalisme, hermétique aux cris sourds d’une identité enchaînée par une pseudo « langue universelle », en réalité servante d’un maître particulier.

 

Le français outragé, le français brisé, le français martyrisé. Mais le français rendu à la dignité si, Monsieur le Président, vous choisissez de suivre enfin la trace laissée par l’esprit de résistance.

 

– Il est demandé au chef de l’État premier contributeur à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), de montrer l’exemple : en renonçant à l’emploi de l’anglo-américain à l’étranger, quand le français demeure l’une des deux premières langues d’usage d’une majorité d’organes internationaux ; en renonçant à l’utilisation peu digne de l’anglo-américain en France même, décourageant ainsi nos visiteurs de pratiquer une langue désertée par ses locuteurs naturels.

 

– Il est demandé au chef de l’État : De faire étudier une loi renforçant le dispositif linguistique présent en en rendant notamment l’application contraignante. De rappeler aux autorités judiciaires leur pouvoir de poursuivre les contrevenants à une loi constamment bafouée. De rappeler, immédiatement, les préfets à leur obligation de contrôle de légalité pour les collectivités en infraction, par défaut, avec l’article 15 de la Loi du 4 août 1994.

 

– Il est demandé au garant de la Constitution d’interrompre la marche suicidaire vers l’intronisation de la langue anglo-américaine comme seconde langue officielle de la nation ; ainsi devrez-vous mettre un terme au projet sacrilège prétendant dispenser dans les établissements scolaires des cours de matières générales en anglo-américain.
Ce manifeste reçoit des signatures venues de France, mais aussi des francophones du monde entier. Du pays source de la langue commune, la Francophonie attend légitimement le signal fort d’une résistance enfin consciente de l’enjeu.

 

– Il est donc attendu du chef de file de l’OIF qu’il mette la politique étrangère de la France en accord avec les revendications humanistes de l’organisation, fidèle à la langue des Lumières, celle de l’égalité et du partage. À cet égard, nous déplorons l’installation au poste de secrétaire générale de l’OIF d’une personnalité rouandaise membre actif d’un régime politique détestable.

 

– Il est attendu du chef de file de l’OIF qu’il défende l’usage de la langue française, non qu’il le rétrécisse. Les francophones se sont particulièrement émus de votre adoubement, lors du dernier Sommet de la Francophonie, de l’anglo-américain comme « langue d’usage » pour le monde. À en juger par le dynamisme économique d’une majeure partie de l’Afrique francophone, comme par la vitalité économique du Canada francophone, terre de créativité et de haute technologie, leur « langue d’usage » – le français – en vaudrait pourtant d’autres.

 

Lors de ce Sommet, nous vous avons également entendu ceindre la langue française du titre de « langue de la création ». Conviendrait-il déjà que l’État encourageât les appellations françaises pour baptiser nouveaux produits et services créés par toute entreprise revendiquant son aide ; mieux, par toute entreprise où entrent des capitaux d’État. Or il se produit très exactement l’inverse.

 

Faute d’avoir su précéder le Québec comme référence mondiale pour la défense du français, du moins sachons nous inspirer de sa pugnacité et abandonner nos comportements serviles. Il y va de notre identité nationale et de l’avenir de la Francophonie.

 

Nous vous remercions de l’attention que vous voudrez bien porter à notre requête.

 

Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, à notre haute considération.

 

 

Signataires

Associations du collectif LANGUE FRANÇAISE

Louis Maisonneuve et Dr Pauline Belenotti, Président et secrétaire d’Observatoire des Libertés, France. Philippe Carron et Jacques Badoux, responsables de l’antenne Suisse romande pour le collectif, Suisse. Jean-Paul Perreault, Président du Mouvement Impératif français, Montréal, Canada.

Associations partenaires

Philippe Reynaud et Lucien Berthet, Président et secrétaire de Défense de la Langue Française-Savoie, France. Pierrette Vachon L’Heureux, Présidente de l’Association pour le soutien et l’usage de la langue française, Québec-ville, Canada. Albert Salon, docteur d’État, ancien ambassadeur, Président d’Avenir de la langue française (ALF), Paris, France. Régis Ravat Président de l’Association Francophonie Avenir (AFRAV), Nîmes, France. Edgar Fonck, directeur de l’Association pour la Promotion de la Francophonie en Flandre, De Haan, Belgique. Alain Ripaux, Président de Francophonie Force Oblige, Appilly, France. Catalina Hadra, secrétaire générale de Dicifran (Association pour la diffusion de la Civilisation Française en Argentine), Buenos Aires, Argentine.

Personnes privées

Ilyes Zouari Président du Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone, France.Jean-Pierre Luminet, astrophysicien, directeur de recherche au CNRS, Marseille, France. Tahar Ben Jelloun, écrivain, Prix Goncourt, France, Maroc. Michel Bühler, auteur-compositeur et chanteur. Sainte- Croix, Suisse. Vladimir Fédorovski, écrivain, Neuilly, France. Rémy Pagani, Maire honoraire de la ville de Genève, Suisse. Zachary Richard,auteur-compositeur et chanteur (« Travailler c’est trop dur »), Louisiane, États Unis d’Amérique. Jean-Marie Rouart, écrivain, membre de l’Académie française, Paris, France.Jean Ziegler, homme politique, écrivain, vice-président du comité consultatif du « conseil des droits de l’homme » de l’ONU, Suisse. Pierre Perret, chanteur, Seine-et-Marne, France. Jeannie Longo, cycliste, championne olympique et du monde, Savoie, France. Boris Cyrulnik, neuro-psychiatre, Toulon, France. Guimba Konate, ingénieur, ex-conseiller au Ministère des Télécommunications du Sénégal, Sénégal. Didier Van Cauwelaertécrivain, Prix Goncourt, France. Jacques Drillon, journaliste-écrivain, Paris, France. Lakhdar Amrani, professeur de français, Algérie. Benoit Bergeron, enseignant en biologie, Montréal, Canada. Anna Maria Campogrande, fonctionnaire européenne, président d’Athena, Association pour la défense et la promotion des langues officielles de la Communauté européenne, résident à Bruxelles, Belgique. Huguette Lemieux, interprète, Ottawa, Canada.Michel Feltin-Palas, journaliste, Paris, France Marianne Périllard, traductrice, Lausanne, Suisse. Erasmia Boutsikari, avocate, Gytheion Grèce. Agnès Rosenstiehl, auteur, illustratrice (« Mimi Cracra »), Paris, France. Ingrid Stromman, professeur de français et d’anglais, Trondheim, Norvège. François Delarue, cardiologue, Paris, France. Jean-Pierre Siméon, poète et dramaturge, directeur de la collection poésie, éditions Gallimard, Clermont-Ferrand, FrancePaul Miédan-Gros, pilote de ligne, ancien Président de la du Syndicat National des Pilotes de Ligne, Santeny, France. Rosana Pasquale, professeur de français, université nationale de Lujan-Buenos Aires, Argentine. Fernand Melgar, cinéaste, Lausanne, Suisse. Yvan Lepère, journaliste, Bruxelles, Belgique. Alexandre Riblet, professeur de français, Mexico, Mexique. Angel Viñas, enseignant, ancien directeur à la Commission européenne, Bruxelles, Belgique. Miltiades Vassilatos, ingénieur, Montréal, Canada.Renato Corsetti, enseignant, Londres. Royaume Uni. Thierry Saladin, médecin, secrétaire de l’AFRAV, Montpellier, France. Paolo Monaco, expert de l’organisation internationale pour la sécurité de la navigation aérienne, Bruxelles, Belgique. Jean-Louis Carpe, professeur de philosophie, Orléans, France. Pia Sylvie Marquart, enseignante, Hurghada Égypte. Monique Phuoeng, directrice de société, Phnom Penh, Cambodge. Rodolphe Clivaz,artiste, directeur de théâtre, Lausanne, Suisse. Alain Borer, écrivain, poète, Los-Angeles (E.U.A.) et Paris, France. Olivier Belle, auteur-compositeur et chanteur, Neuilly, France. Étienne Guilloud, pasteur, Bière, Suisse. Yves Montenay, Président de l’Institut culture, économie et géopolitique, vice-président de l’ALF, France Bérénice Franca Vilardo Irlando, ex fonctionnaire du Ministère des Affaires Étrangères d’Italie, Rome, Italie. Valeria Pancrazzi, professeur de français, Tigre-Buenos Aires, Argentine. Philippe Mougel, conseiller artistique, Clermont-Ferrand, France. René Fournier, maire honoraire de Carignan, Québec, Canada. Louise Chevrier, romancière, Chambly, Québec, Canada. Micheline Khemissa, enseignante, Écublens, Suisse. Daniel Perrenoud, médecin, Lausanne, Suisse. Gérard Laurin, professeur de français, Gatineau, Québec, Canada.Ralph Stehly, professeur émérite de l’Université de Strasbourg, France. Claude Filatrault,conseiller à Hydro-Québec, Québec-ville, Canada. Françoise Carré, enseignante, Landevieille, France. Philippe Prudhomme, professeur de français, Président de l’association « Les amis de Bougainville », Papeete. Tahiti, France. Benoît Cazabon, linguiste, enseignant en biologie, co-fondateur et ex-directeur de l’Institut franco-ontarien, Vernet, Ontario, Canada. Claude Sybers, auteur littéraire, dramaturge Saly, Sénégal. Jean-Louis Brion, ingénieur, Nouvain-la-Neuve, Belgique. Veronica Gebauer, professeur de français, Université nationale de Cordoba, Argentine. Luc Charrette, pédiatre, Gatineau, Québec, Canada. Cyril R. Vergnaud, professeur de langues, Pingtung, Taiwan. Nicolae Dragulanescu, professeur d’université, Président de la Ligue de coopération culturelle et scientifique Roumanie France, Bucarest, Roumanie. Bert Schumann, ingénieur, Rennes, France. Michel Donceel, violoneux, Bertirx, Belgique. Gérard Cartier, ingénieur et auteur, L’Étang-la-Ville, France. Laurent Martin, pianiste, Vollore, France. Madana Gobalane, Président de l’association indienne des professeurs de français, Chennai, Inde. Fara Nume, professeur de français, Temara, Maroc. Alicia Santana, professeur de français, Tigre-Buenos Aires, Argentine. Jean Maisonneuve, pilote de ligne, Billom, France. Évelyne Raimbault, secrétaire, Fontenay sous Bois, France. Daniela L. Martinez, professeur de français, Buenos-Aires, Argentine. Nicolas Bitterlin, ouvrier du livre, Québec-ville, Canada. Bernard Joss, dessinateur, Lausanne, Suisse. Geneviève Despinoy, professeur d’espagnol, Agen, France. Emilie Szczukiecka, enseignante, Wroclaw Pologne. Damien Feron, photographe. Madrid, Espagne. Ines Mensi, enseignante, Tunis, Tunisie. Dominique Lambilotte, fonctionnaire de police, Bertrix, Belgique. Kader Ali Lahmar, inspecteur d’enseignement du français, Oran, Algérie. Johan Nijp, professeur de français, Groningen, Pays-Bas. Mohamed Farhat, enseignant, Joub Jenin, Liban. Nathalie Pacico, technicienne, Courcelles, Belgique. Didier Catineau, journaliste, écrivain, Plassay, France. Jean-Pierre Roy, réalisateur, Montréal, Canada. Roger Rochat, ingénieur, Cottens, Suisse. André Creusot, administrateur, Ottawa, Canada.

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La francophonie, témoignage de l’unité de l’Église et de la langue française

La francophonie, témoignage de l’unité de l’Église et de la langue française

Le sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, au Québec, est le 2e plus grand sanctuaire marial d’Amérique du Nord. Sur les bords du fleuve Saint-Laurent, il accueille chaque année plus de 500 000 pèlerins.
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Le 20 mars, journée internationale de la francophonie, permet de mettre à l’honneur la langue française. Quelque 300 millions de personnes parlent le Français dans 106 pays. Cette journée est donc l’occasion de découvrir les plus grands sanctuaires catholiques où l’on prie en français.

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La langue française, qui « tisse tant d’amitiés et crée de si belles synergies », est « la langue de l’éducation, de l’accès au savoir », mais aussi « de l’échange », a déclaré Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de la francophonie, à l’occasion de la journée 2019. Elle crée un trait d’union entre des peuples variés dont l’Église bénéficie également puisque l’on peut retrouver partout dans le monde des sanctuaires francophones. En voici quelques exemples, qui témoignent de l’unité de l’Église et de la langue française, mais également de celle de tous les pèlerins qui se rendent en ces lieux pour un seul et même Dieu.

« Si les chrétiens d’Orient ne trouvent pas leur place de citoyens, ils partiront »

 

« Si les chrétiens d’Orient ne trouvent pas leur place de citoyens, ils partiront »

Jean-Matthieu GAUTIER/CIRIC
Dans une église de Mossoul, en Syrie.
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Magistrat à la Cour des comptes et bénévole à l’Œuvre d’Orient, Charles Personnaz a remis début janvier un rapport à Emmanuel Macron sur « l’action de la France dans la protection du patrimoine du Moyen-Orient et le soutien au réseau éducatif des communautés chrétiennes de la région ». « Derrière la question de la protection du patrimoine et du soutien au réseau éducatif des communautés chrétiennes, c’est bien la question de la citoyenneté des chrétiens d’Orient qui est en jeu », affirme-t-il à Aleteia.

Au Moyen-Orient, « les communautés chrétiennes occupent une place singulière et irremplaçable dans le destin des nations auxquelles elles appartiennent, dont elles forment un rameau vivace et fécond », peut-on lire dans le rapport remis le 3 janvier par Charles Personnaz, magistrat à la Cour des comptes et bénévole à l’Œuvre d’Orient, à Emmanuel Macron. « Malgré des désillusions nombreuses, elles maintiennent, envers et contre tout, le combat pour des valeurs qui sont aussi celles de la France : la liberté, l’égalité, la fraternité, l’ouverture, l’esprit critique ». Alors que le président de la République a annoncé il y a quelques semaines la tenue à l’automne d’une nouvelle conférence à Paris sur les chrétiens d’Orient, Charles Personnaz revient sur les enjeux liés à la présence de communautés chrétiennes au Moyen-Orient ainsi qu’à la préservation de leur patrimoine.

Faire avancer la francophonie

Ce document s’inscrit dans les orientations qui ont été celles du président de la République depuis son arrivée à l’Élysée. « Orientations qu’il avait d’ailleurs rappelées lors de son discours inaugural de l’exposition « Chrétiens d’Orient : 2.000 ans d’histoire » à l’Institut du monde arabe fin 2017″, souligne auprès d’Aleteia Charmes Personnaz. « Il y a rappelé l’engagement que devait avoir la France à leur égard et a réaffirmé sa volonté de faire avancer la francophonie dans cette région du monde. Il a également multiplié les prises de position comme quoi la stabilité et la paix passait par des efforts supplémentaires en matière d’éducation et de culture. À titre personnel, j’ai été chargé de mission à l’Œuvre d’Orient pendant sept ans sur les questions culturelles et le patrimoine. Je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles cette mission m’a été confiée ».

Aleteia : À la lecture de votre rapport, on constate que vous vous êtes intéressé principalement à deux domaines : le patrimoine et le réseau éducatif des communautés chrétiennes. Pourquoi les avoir liées ?
Charles Personnaz : La protection du patrimoine du Moyen-Orient comme le soutien au réseau éducation des communautés chrétiennes de la région ont comme pivot commun la question de la citoyenneté des chrétiens d’Orient. Grâce au patrimoine, vous savez que vous êtes un citoyen de plein droit car vous voyez concrètement comment votre communauté a participé, depuis 2.000 ans, à la construction des pays arabes. Par l’éducation vous rentrez pleinement dans le futur de ces sociétés. En d’autres termes, comme je l’écris dans le rapport, en protégeant et en mettant en valeur l’héritage des siècles, les communautés chrétiennes manifestent l’ancienneté de leur vie dans la région et leur rôle historique. Et, en parallèle, en éduquant des centaines de milliers d’enfants, riches et pauvres, filles et garçons, chrétiens et musulmans, dans les grandes villes comme dans les campagnes, leurs écoles construisent la citoyenneté de demain, respectueuse des identités de chacun et favorisant l’égalité entre tous. Si les chrétiens ne trouvent pas leur place de citoyen ils partiront.

Quel rôle particulier ont les écoles des communautés chrétiennes au Moyen-Orient ?
Elles scolarisent 2 millions d’élèves, dont 400.000 parlent ou apprennent le français. Ces écoles, en accueillant tout le monde, c’est-à-dire des chrétiens et des musulmans, des filles et des garçons, des enfants pauvres, des handicapés… fournissent dans ces pays un service public irremplaçable. Je pèse mes mots. Le réseau des écoles chrétiennes au Moyen-Orient offre un triple service public : aux communautés chrétiennes, il donne les moyens de construire un avenir sur place ; aux États arabes, il apporte la qualité d’un enseignement ouvert à tous et ouvert au monde ; à la France, il donne un relais irremplaçable pour le rayonnement de sa culture qu’elle a en partage avec le Proche et le Moyen-Orient.

Que proposez-vous pour soutenir ce réseau éducatif ?
Je crois qu’il faut créer un fonds public-privé doté de deux millions d’euros chaque année (la moitié serait payée par l’État) et qui aurait comme vocation de financer deux choses : les actions du corps enseignants sur place (voyages, projets pédagogiques…), leur formation, et l’envoi de volontaires français. Je propose également d’étendre le réseau Barnabé(réseau de coopération de l’enseignement catholique avec les écoles chrétiennes de Terre sainte, ndlr) au-delà de la Terre sainte. L’urgence est grande pour ces communautés dont on sait l’effort qu’elles font en faveur de l’éducation.

Comment justifier que la France, pays laïc, puisse financer les écoles de communautés chrétiennes ?
Au Moyen-Orient, ces écoles chrétiennes sont des garantes de la laïcité. En accueillant tout le monde, elles font nettement la différence entre ce qui relève du civil et religieux ; elles s’astreignent à une stricte neutralité. Dans un Moyen-Orient où la distinction entre les deux est difficile à faire, elles sont un signe de laïcité. Chaque chose y est à sa place.

Au-delà des communautés chrétiennes, vous rappelez que le maintien de ce réseau éducatif est un enjeu pour la France…
Aujourd’hui, la francophonie couvre l’ensemble de la région. Certains disent qu’elle « vit à crédit », mais elle existe. Le danger est qu’elle se rétracte sur deux pôles : le Liban et deux villes égyptiennes, Alexandrie et Le Caire. L’enjeu — et l’urgence — est de ne pas abandonner ce cercle plus lointain d’écoles qui enseignent le français et qui pourrait basculer dans l’anglais. Ces deux langues, le français et l’anglais, ne véhiculent pas la même chose. Au Moyen-Orient l’anglais est appris dans un sens utilitaire tandis que le français est conçu comme une langue de civilisation. De Paris on juge cela incantatoire mais quand on est sur le terrain, qu’on entre dans ces écoles et qu’on voit des élèves étudier La Vénus d’Ile de Mérimée c’est frappant : le français est une langue qui forme à l’esprit critique.

 

 

 

Prix Simone Veil : Aissa Doumara Ngatansou récompensée pour son engagement

Prix Simone Veil : Aissa Doumara Ngatansou récompensée pour son engagement

Le premier « Prix Simone Veil de la République française », remis par Emmanuel Macron, a été décerné ce vendredi 8 mars à Aissa Doumara Ngatansou pour récompenser son engagement contre les mariages forcés.

Aissa Doumara Ngatansou a reçu le vendredi 8 mars 2019 le premier "Prix Simone Veil"
Aissa Doumara Ngatansou a reçu le vendredi 8 mars 2019 le premier « Prix Simone Veil »Crédit : Thibault Camus / POOL / AFP
ArièleBonte
Arièle Bonte 

et AFP

Aissa Doumara Ngatansou, militante camerounaise engagée contre les mariages forcés, a reçu le premier « Prix Simone Veil de la République française », remis ce vendredi 8 mars à l’Élysée à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Ce prix a été remis par Emmanuel Macron en présence  de la secrétaire d’État en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et de son homologue en charge des Solidarités, Agnès Buzyn.

Devant l’Assemblée nationale, la secrétaire d’État avait précisé mardi 5 mars que ce prix avait été créé pour récompenser « des actions partout dans le monde en faveur des droits des femmes ». Selon son entourage, il serait également doté d’une récompense de 100.000 euros.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la « diplomatie féministe » de la France, « contre les violences sexistes et sexuelles, l’excision, les mariages forcés, pour l’accès à l’éducation des filles et des garçons, pour l’émancipation économique des femmes », avait ajouté Marlène Schiappa devant l’Assemblée nationale.

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Dans ce cadre, le gouvernement a réservé une enveloppe de 120 millions d’euros, portée par l’Agence française de développement, pour « soutenir les actions des ONG féministes et pour l’égalité femmes-hommes, partout dans le monde et particulièrement dans les pays du Sud ».

Selon notre sondage BVA, publié dimanche 3 mars, l’ancienne ministre Simone Veil, décédée en 2017, arrive en tête des personnalités qui « incarnent le plus le féminisme » aux yeux des Français, devant Michelle Obama et Simone de Beauvoir.

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Le français maltraité en Ontario. Les Québécois, les sauveurs de notre belle langue?

Le français maltraité en Ontario avec l’annonce de la suppression du poste de commissaire aux services en français de l’Ontario et l’annulation du projet d’Université de l’Ontario en français. Plus de 600 000 Franco-Ontariens sont concernés. Mais il a suffi de quelques jours pour que le premier ministre de l’Ontario fasse marche arrière.

Le gouvernement fédéral a immédiatement réagi. Mélanie Joly, ministre fédérale des langues officielles et de la Francophonie, a dit s’inquiéter pour les quelque 600 000 Franco-Ontariens. Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré, « J’ai été profondément déçu par la décision du gouvernement de l’Ontario ».

Au Québec, cela a soulevé un tollé général. « La Belle Province» a toujours été prompte à se battre pour la protection du français et des droits des francophones.

En ce qui concerne les autres provinces, le Manitoba pourrait être pris en exemple avec la batterie de lois et mesures mise en place afin de protéger les francophones. Contrairement à ce qu’a affirmé Denise Bombardier, il y a une université francophone au Manitoba. Il est possible pour les Franco-Manitobains de faire toutes leurs études en français, du primaire à l’université en passant par le collégial.

Ces derniers temps, les médias québécois ont redoublé d’efforts afin de nous rappeler que nous, les Québécois, sommes les sauveurs de notre belle langue. Nous allons même imposer un test de français aux immigrants, qui auront trois ans pour le réussir. Passé ce délai, ils seront considérés comme illégaux et le Québec les renverra d’où ils viennent. Mais comme le dit François Legault : « Il faut être humain ». Les arrivants âgés de plus de 65 ans ne devront pas apprendre le français. Quand on sait que les immigrants sont généralement des jeunes ou de jeunes familles…

Je me pose la question, « Dans ce cas, pourquoi faire venir des immigrants qui ne parlent pas français? » Parce qu’on manque de main-d’œuvre? Parce que la population québécoise vieillit? Pourquoi ne pas imposer une connaissance minimale du français au moment de la sélection? Cela serait plus logique et moins onéreux.

En tant que professeure de français langue seconde, j’ai enseigné à de nombreux immigrants au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion et à différentes universités. J’ai même enseigné le français aux Forces canadiennes (les militaires doivent apprendre la deuxième langue officielle).

J’ai pu constater le sérieux et la bonne volonté de mes étudiants. Malgré les difficultés inhérentes à l’immigration, ils mettaient toute leur énergie à apprendre notre langue. J’ai également été témoin de la détresse de nombreux nouveaux arrivants dont on ne reconnaissait pas les compétences ou les diplômes. Pourtant, ils avaient été sélectionnés d’après leurs compétences. Des médecins qui devaient passer de nombreux examens, au coût minimum de 1000 dollars l’examen, des ingénieurs qui ne pouvaient pas faire partie de l’Ordre des ingénieurs tant qu’ils ne réussissaient pas l’examen de français, etc. Certains m’ont confié se sentir floués et m’ont dit, « On nous a menti ».

Notre belle langue

Je suis une amoureuse inconditionnelle du français. Depuis toute petite. J’écris et je suis publiée en français. Mes poèmes, mes romans, mes articles sont rédigés en français. J’ai été traductrice et réviseure principale de l’Encyclopédie du Canada, je traduis encore pour le gouvernement fédéral. Le français est de la musique à mes oreilles. (Mais cela ne m’empêche pas de parler et d’écrire d’autres langues.)

Oui, protégeons le français. Il m’est arrivé à maintes reprises d’être sidérée par la pauvreté de la langue de mes collègues francophones, professeures de français langue seconde. Je me demandais comment elles parlaient en salle de classe.

J’ai oublié mes shoes. Mon petit-fils, c’est moi qui s’en occupe. Ce que je te parle… Ce quoi j’ai dit…

Des enseignantes au niveau universitaire, dont la tâche consiste à enseigner le français à des immigrants. Je me permets de me questionner.

Alors que j’enseignais dans le cadre d’un cours de préparation au TECFÉ – le Test de certification en français écrit pour l’enseignement, dont la réussite est obligatoire pour poursuivre des études dans tous les programmes de formation à l’enseignement des universités francophones au Québec – j’ai pu constater la pauvreté du français maîtrisé par les étudiants. Des étudiants québécois francophones, en deuxième année d’université. Une étudiante m’a demandé ce qu’était un participe passé. Quand je le lui ai expliqué, elle s’est exclamée avec joie, « Ce sont les mots qui se terminent avec un é ! » J’ai regardé mes 43 élèves et je me suis dit que je n’avais pas 43 imbéciles devant moi. J’avais des victimes d’un mauvais enseignement du français depuis le primaire.

Je ne pense pas que le combat à mener soit auprès des immigrants. Il est urgent d’enseigner un français de qualité aux francophones dès le primaire, voire la maternelle. Commençons par protéger la langue de Molière et cessons de la massacrer. Comment enseigner une langue qu’on ne maîtrise pas soi-même? Il faudrait revoir les compétences des enseignants de français langue seconde et faire en sorte qu’ils enseignent un français standard. L’apprentissage des particularités de la langue québécoise se fera après, une fois ces bases acquises. Que je sache, il n’existe pas de grammaire québécoise?

Il y a très longtemps, j’assistais au lancement d’un recueil de poésie dans lequel certains de mes poèmes figuraient. Gaston Miron s’est approché de moi et m’a dit « Vous écrivez cru. Les gens préfèrent qu’on leur parle des petits oiseaux et des fleurs. Mais continuez. Au Québec, le vocabulaire est d’une pauvreté à pleurer. Continuez à écrire. »

Avant de monter aux barricades parce que les Anglo-Canadiens menacent notre belle langue, commençons par faire en sorte que notre français soit de qualité avec un vocabulaire riche et varié et une grammaire bien maîtrisée. Cessons nos poussées d’urticaire au nom d’une identité qui ne repose pas uniquement sur la langue. L’identité d’un peuple c’est aussi son histoire, ses coutumes, sa capacité à vivre avec la différence d’autrui.

Parlons une langue dont nous pourrons être fiers.

Claude Jacqueline Herdhuin

Auteure, réalisatrice, chercheure associée à Mondialisation.ca

Image à la Une : Carte du Canada avec les drapeaux des différentes communautés francophones du pays.


Loïk Le Floch-Prigent : « Retrouver la confiance des peuples africains »

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Loïk Le Floch-Prigent : « Retrouver la confiance des peuples africains »


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Publié par la Rédaction le 23 Novembre 2018


Ex-grand patron (Rhône-Poulenc, Elf, Gaz de France, SNCF), Loïk Le Floch-Prigent se définit lui-même comme ingénieur, industriel… et Africain. En juin 2017, à la sortie de son livre Carnets de route d’un Africain (Elytel Edition), il déclarait : « L’Afrique nous attend […] Si on coopère, on peut réaliser de grandes choses ». Esquisse d’une nouvelle politique africaine de la France.



Thoams Espinosa (c) Elytel éditions

Thoams Espinosa (c) Elytel éditions
Vous vous définissez vous-mêmes comme ingénieur, industriel… et Africain. D’où vous vient ce tropisme ?

Jeune adolescent, à force de lire, je suis devenu Africain dans ma tête. L’Afrique représentait à la fois une vie intérieure et une vie d’aventure. En plus, étant breton, j’étais déjà sensible à la tradition orale ou au culte des morts… Cet imaginaire africain de ma jeunesse est resté en moi : je suis anticonformiste et j’ai besoin d’aventure.

Le président Macron a dit en novembre 2017, au Burkina Faso : « Il n’y a plus de politique africaine de la France ». Qu’en pensez-vous ?

C’est malheureusement vrai. La France n’a plus de politique envers l’Afrique, tout un continent ! Mais il n’y a pas de quoi s’en vanter. Car il nous faut absolument une politique africaine. Ce vaste continent n’est-il pas important pour l’avenir ? Alors, accompagnons les pays avec une vraie politique ! Nous pourrions, par exemple, nous inspirer des propos du président ghanéen Nana Akufo-Addo, lorsqu’il a plaidé devant macron, en décembre 2017, pour une Afrique autonome et non en quête de charité.

Est-ce à dire qu’il n’y a plus de Françafrique ?

Je n’ai jamais compris ce concept qui vient, je le rappelle, d’un mot inventé par Houphouët-Boigny… Le passé colonial de la France a de bons et de mauvais côtés. De la même façon, il y a une manière négative et une manière positive de voir cette idée de Françafrique. Pour ma part, je pense simplement que nos liens avec l’Afrique et les Africains méritent d’être conservés.

Vous dites que la politique africaine de la France a été « un mélange honteux de realpolitik et d’hypocrisie ». Est-ce que ça continue ?

Oui, ça continue hélas. Ce qui veut dire qu’il y a une politique africaine cachée… L’hypocrisie règne en maître, notamment sur les élections (trafiquées), ce qui ne peut plus durer. À un moment, il faudra bien s’organiser pour des votes corrects.

En juin 2017, à la sortie de votre livre Carnets de route d’un Africain (Elytel Edition), vous avez déclaré : « L’Afrique nous attend […] Si on coopère, on peut réaliser de grandes choses ». Comment faire ?

Comprenons d’abord une chose essentielle : les Africains savent ce qu’il leur faut. En premier lieu, une industrie africaine de transformation faite par les Africains eux-mêmes, et non une industrie européenne ou occidentale… Nous pouvons nouer des quantités de partenariats dans lesquels nous resterions minoritaires. Nous devons encourager et stimuler l’émergence de centaines et de centaines d’entrepreneurs de talent, à l’image du roi du ciment nigérian, Aliko Dangote… Cessons donc de décider à leur place ce qui est bon ou mauvais pour eux ! C’est pourtant ce que nous continuons à faire, pas seulement la France, mais l’Europe entière. Tout l’argent investi dans l’énergie a été mal dépensé. Prenons l’exemple de la cuisson des aliments dans les maisons ou dans les cases : passer du bois au gaz, c’est un progrès souhaitable (moins de maladies liées aux émanations toxiques, et moins de déforestation). Nous, européens, on continue à dire : « Non aux énergies fossiles ! »… et la déforestation s’aggrave.

La France n’a donc pas la politique africaine que les Africains attendent. Sur quoi devrait miser une nouvelle politique africaine ?

Les choses les plus importantes à réaliser concernent les infrastructures et l’éducation. Pour les infrastructures, les interventions de la Banque mondiale contribuent à retarder les projets, tandis que les Chinois, eux, décident et agissent beaucoup plus vite… L’éducation requiert aussi des investissements très importants. Il faut pour cela des projets adaptés à leur culture et qui leur donnent envie d’entreprendre pour l’essor de leur continent.

Pourquoi le redressement de la France est-il lié à l’essor de l’Afrique ?

L’essentiel de mon raisonnement est fondé sur le fait que nous, les Français, nous avons une empathie réciproque avec les Africains, une sensibilité commune, une proximité culturelle sur une longue durée. Et cela nous donne beaucoup de possibilités. Mais nous avons aussi un énorme boulet aux pieds qui consiste à vouloir à tout prix, dans les hautes instances, faire la même chose chez eux que chez nous. C’est une erreur fondamentale, typique de l’écologie politique, qui prend les traits d’un néo-colonialisme économique. Par exemple, le solaire est loin aujourd’hui de pouvoir régler tous les problèmes en Afrique. Ce qu’il faut en Afrique, c’est de l’énergie bon marché. Il est donc indispensable de recourir aux énergies fossiles, comme nous l’avons fait avant eux.

Entre la France et les pays africains, l’énergie est donc l’enjeu principal ?

Oui, en Afrique l’énergie est l’enjeu principal. L’erreur actuelle est de vouloir éviter l’exploitation des énergies fossiles pour fabriquer l’électricité. Ni le solaire ni l’éolien ne régleront les problèmes de délestage (comme celui que le Congo-Brazzaville connaît en permanence en ce moment), car ces énergies sont à la fois intermittentes et difficiles à stocker. Cessons d’exporter nos problèmes.

Comment retrouver la confiance des peuples africains eux-mêmes ?

Pour retrouver la confiance des peuples africains, il faut être clair sur ce que l’on veut. Avec une politique claire, sans postures. Il faut changer de paradigme et mettre en œuvre une vraie politique, digne de ce nom.

Que souhaitent les jeunesses africaines ?

La jeunesse souhaite surtout des changements de régime. Ils en ont assez. La relève est prête, y compris dans les diasporas, au sein desquelles l’aspiration au retour est de plus en plus partagée. C’est un mouvement énorme. Il faut l’encourager, à condition cependant que ces candidats au retour puissent être bien accueillis, et non pas rackettés par les pouvoirs en place…

Quand vous dites qu’il faut raisonner « unité africaine », que voulez-vous dire ?

Nous savons très bien ce que valent les frontières artificielles héritées du partage colonial. Les pays africains ont du mal à exister en tant que nations séparées et ces frontières sont très poreuses… Comment faire néanmoins face aux dangers réels de l’ethnicisme ou du tribalisme ? Il nous faut une vision pour l’Afrique dans son ensemble.

Comment voyez-vous l’avenir du Franc CFA ?

Je préfère le Franc CFA au désordre qui aurait lieu si on laissait les pays battre monnaie.

Quelle place donnez-vous à la Francophonie dans cette politique africaine que vous appelez de vos vœux ?

Quelle francophonie ? Une francophonie représentée aujourd’hui par le Rwanda, qui pille encore le Kivu, la région voisine de la République démocratique du Congo ?… Je me demande vraiment comment on a pu en arriver là.


Rwanda : raison d’Etat ou nouvelle humiliation nationale ?

dimanche 14 octobre 2018

Rwanda : raison d’Etat ou nouvelle humiliation nationale ?

L’affaire serait cocasse si elle n’était le révélateur du niveau d’abaissement de la France. Lors du sommet de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) qui vient de se tenir en Arménie, le président Macron a, de son propre chef, fait élire une nouvelle présidente en la personne de Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise des Affaires étrangères, une habituée des virulentes et continuelles attaques contre la France.

Voilà donc cet organisme désormais présidé par la représentante d’un pays dont le gouvernement a rasé au bulldozer le centre culturel français à Kigali, un pays qui a déclassé le français au profit de l’anglais, un pays qui, si l’on en croit la presse, ne cotisait plus à l’OIF, un pays qui n’a cessé de traiter de génocidaires ou de complices de génocide, le président Mitterrand et ses ministres, ainsi que MM. Balladur et Juppé ; un pays enfin qui a menacé de traîner en justice plusieurs dizaines d’officiers et de hauts fonctionnaires français…

La raison d’Etat a certes ses impératifs, mais certainement pas au prix d’une nouvelle humiliation nationale.

D’autant plus qu’au même moment, un vice-procureur du Parquet anti-terroriste français signait une insolite réquisition aux fins de non-lieu dans l’affaire de l’assassinat, le 6 avril 1994, de deux chefs d’Etat en exercice, celui du Rwanda et celui du Burundi, assassinat qui fut le déclencheur du génocide du Rwanda.

Or, il est essentiel de savoir que cette réquisition fut prise trois mois après que les magistrats instructeurs eurent eu communication d’un document exclusif émanant du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda). Il s’agit d’un rapport jusque-là gardé secret par le Procureur de ce tribunal, dans lequel ses propres enquêteurs désignent le président Kagamé comme étant le donneur d’ordre de l’assassinat de son prédécesseur Juvénal Habyrimana, meurtre qui, rappelons-le, déclencha le génocide du Rwanda.

Ce rapport confirmait trois autres enquêtes indépendantes qui concluaient toutes à la culpabilité de Paul Kagamé dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, à savoir le « Rapport Hourigan », l’enquête française du juge Bruguière et l’enquête espagnole du juge Merelles.

Puis, venant à l’appui de ce rapport, le 10 octobre 2018, le journal canadien The Globe and Mail révéla, sous le titre « New information supports claims Kagame forces were involved in assassination that sparked Rwandan genocide », qu’au terme d’une enquête rocambolesque, le professeur belge Filip Reyntjens avait réussi à se procurer, preuves photographiques à l’appui, les numéros de série des 40 missiles sol-air livrés par l’URSS à l’Ouganda, pays soutenant Paul Kagamé, ce dernier ayant précédemment été officier des services secrets ougandais. Or, les numéros des deux missiles ayant abattu l’avion du président Habyarimana sont de la même série[1]…

Ces documents seront sans nul doute communiqués à la justice française et aux parties civiles, ce qui fait que la réquisition de non-lieu va être fortement contestée sur ce point et sur bien d’autres. Il va donc être « difficile » aux magistrats instructeurs de suivre les demandes du vice-procureur Ranucci.

D’autant plus que ce dernier accumule les erreurs et les contre-vérités. Ainsi, page 92 de sa réquisition, il écrit, contre toute évidence et contre tout ce que contient le dossier, et cela le jour même où le Globe and Mail publiait une nouvelle preuve de la possession par le FPR de Paul Kagamé des missiles utilisés le jour de l’attentat : « Les investigations menées n’ont pas établi de manière formelle que l’APR (l’armée de Paul Kagamé) disposait en 1994 de missiles sol-air ».

Une justice indépendante ne pourra donc que balayer ce réquisitoire aux fins de non-lieu qui ressemble fortement à un mémoire en défense.

Plusieurs chercheurs anglo-saxons menant actuellement des recherches détaillées, l’on peut donc s’attendre à d’autres révélations. Le tribunal de l’Histoire sera finalement le juge ultime, et du commanditaire du crime, et des tentatives diverses d’étouffement de l’enquête.

Bernard Lugan

[1] Dans son numéro de novembre que les abonnés recevront le 1er novembre, l’Afrique Réelle reviendra longuement sur ces deux documents. Pour l’état des connaissances voir mon livre « Rwanda, un génocide en questions »…

Publié par Administrateur à 22:25

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