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Le leurre de Trump au Gabon relève-t-il d’un coup d’ État de l’AFRICOM ?

Le leurre de Trump au Gabon relève-t-il d’un coup d’ État de l’AFRICOM ?


Par Andrew Korybko − Le 7 janvier 2019 − Source eurasiafuture.com

andrew-korybkoTrump a fait déployer 80 militaires au Gabon la semaine dernière, pour préparer une réponse aux « manifestations violentes » qui se sont déroulées dans le pays voisin, la République démocratique du Congo ; il pourrait s’agir d’une ruse couvrant la complicité étasunienne dans la tentative de coup d’État au Gabon qui vient de se produire en début de semaine, et qui a constitué une prise de pouvoir bien travaillée de l’AFRICOM dans la zone stratégique du Golfe de Guinée. Les USA ont à y gagner l’établissement d’une base d’opérations d’où ils pourront étendre leur « sphère d’influence » sur la région, que l’opération de changement de régime parvienne à ses fins ou non.

Le lendemain-même du jour où était confirmé l’assassinat du responsable de l’attentat contre le Cole Bomber au Yémen, Trump était déjà à l’œuvre pour remporter une seconde victoire en politique étrangère dans un autre pays du « Grand Sud », cette fois-ci dans l’État centre-africain du Gabon. La nouvelle est tombée récemment : des membres des forces armées du pays ont tenté un coup d’État contre le président Ali Bongo, qui recevait ces derniers mois des soins au Maroc après avoir subi une attaque en octobre [2018]. Le gouvernement gabonais déclare que la plupart des conspirateurs ont été arrêtés et que la « situation reste sous contrôle ». Même s’il semble donc bien que l’État a réussi à contrer le putsch, les USA restent en position de tirer des bénéficies géopolitiques de la situation, en manipulant le dénouement en faveur de leur AFRICOM.

Rappel de quelques fondamentaux sur le Gabon

Bongo a réussi à se faire réélire avec une courte avance de moins de 6000 voix, chose que l’opposition a pris comme prétexte pour incendier le parlement, ce qui a fait basculer le pays, qui jusqu’alors constituait un havre de paix historique, dans un chaos de guerre hybride. L’auteur du présent article avait décrit la crise alors en développement dans l’article « Le déploiement de la guerre hybride au Gabon », où les fondamentaux en politique intérieure et étrangère du Gabon étaient notamment abordés. Le Gabon est dirigé par la famille Bongo depuis la prise de pouvoir par le père du président en exercice en 1967, soit 7 années après son accès à l’indépendance. Avant cela, le pays était considéré comme l’une des « possessions » françaises néo-coloniales les plus précieuses du continent, car il est connu comme très riche en matières premières. C’est pour cette dernière raison que le pays a été membre de l’OPEP sur la période 1975-1995, puis y est revenu en 2016, soit – de manière intéressante – un an après avoir grossi les rangs de la « coalition anti-terroriste » des Saoud.

On peut se trouver surpris de voir une nation majoritairement chrétienne de la côte Atlantique sub-saharienne d’Afrique rejoindre cette organisation militaire basée au Moyen-Orient ; l’une des raisons pourrait en être l’appartenance de Bongo à la minorité musulmane du Gabon, et au fait qu’il a pu succomber au chant des sirènes de la « diplomatie personnelle » saoudienne, qui voulaient séduire son pays. Une autre explication possible serait que le pays avait entamé un « ré-équilibrage » de sa politique étrangère à ce moment : le pays avait connu la transition de constituer une « possession » néo-coloniale française au statut d’État plus souverain avec son partenariat avec la Chine dans la période suivant la fin de la Guerre froide, et comprenait donc bien l’importance de disposer d’un troisième partenaire stratégique pour maintenir un « équilibre » entre les deux pays extra-continentaux les plus importants pour lui, alors que démarraient les premières phases de la Nouvelle guerre froide.

Outre ses ressources en énergie et dans les domaines de la pêche et de l’exploitation forestière, le Gabon constitue également une pièce maîtresse pour des raisons géostratégiques. Comme décrit par l’auteur dans son précédent article, qui visait à expliquer pourquoi la France maintenait 1000 hommes dans ce petit pays :

Paris peut garder ces militaires prêts à un déploiement éclair sur les points chauds en Afrique centrale, comme en République centre-africaine et dans la République démocratique du Congo. Le Gabon, de par sa position géographique clé, permet également à la France de disposer d’un positionnement à mi-chemin entre les deux puissances africaines montantes que sont le Nigeria et l’Angola, et Paris est prête à en exploiter tous le potentiel si la situation l’y invite.

Voilà qui était bien vu, puisque c’est précisément sous le motif « officiel » de répondre à des « manifestations violentes » qui pourraient éclater dans la République Démocratique du Congo voisine (qui se trouve constituer également être le premier producteur mondial de cobalt) à l’issue des dernières élections, que Trump a déployé 80 militaires dans ce même pays en fin de semaine dernière.

Les raisons du déploiement étasunien

Avec le recul, l’annonce de Trump du déploiement de soldats dans un pays d’Afrique centrale, soi-disant en réponse à des « manifestations violentes » en RDC pourrait s’apparenter à une ruse pour couvrir le rôle qu’ont joué les USA pour essayer d’empêcher les mêmes manifestations au Gabon, par suite de ce qui ressemble fortement à une tentative toute récente de coup d’État au Gabon assisté par l’AFRICOM. La situation n’est pas totalement éclaircie pour l’instant, mais il semble bien que le gouvernement a réussi à arrêter la plupart des conspirateurs, et a repris le contrôle de la situation. Reste que les dissensions internes connues par le Gabon depuis deux ans et demi – c’est à dire depuis les dernières élections – auraient pu constituer le terreau pour l’éclosion de rumeurs quant à la santé de Bongo. Ces rumeurs auraient pu amener l’armée à agir préventivement, au vu du soutien manifesté par les organisateurs des agitations envers les partisans de l’opposition tués pendant ces émeutes.

Les soldats étasuniens ont été envoyés au Gabon sous le prétexte à peine plausible d’une préparation à l’évacuation des ressortissants des USA en RDC, au cas où ce pays verrait éclater des violences par suite des annonces imminentes des résultats d’élections. Le positionnement de ces soldats pouvait tout aussi bien être considéré par les conspirateurs gabonais comme signe d’un soutien tacite des USA, et par les loyalistes à Bongo comme une dissuasion à toute réaction de leur part – ce qui semble n’avoir pas fonctionné. Les USA ne voulaient pas s’impliquer trop directement, pour optimiser leur positionnement vis à vis du pays quelle que soit l’issue du coup d’État. Il reste que cet événement est d’une importance de premier plan pour l’AFRICOM : les USA ont à présent une raison de s’intégrer d’avantage au Gabon, pays disposant d’un positionnement stratégique privilégié dans le Golfe de Guinée. Le pays est également entouré de plusieurs États faibles mais tout aussi importants stratégiquement, présidés par des dirigeants au long court vieillissants, et qui ont tous connu des troubles civils récemment, à des degrés divers.

Pour exprimer les choses différemment, on peut considérer le déploiement de soldats étasuniens comme un « appât », positionné pour encourager les conspirateurs à lancer leur tentative. Quel que soit le résultat de cette tentative, les USA pouvaient tirer parti de la situation en utilisant le Gabon comme point d’entrée de l’AFRICOM sur le continent, chose qu’ils désiraient depuis longtemps. Si le coup d’État avait réussi, les USA auraient pu s’allier au gouvernement « paria », qui se serait naturellement vu boudé par l’Union africaine et la plupart des acteurs internationaux ; ils l’auraient aidé à stabiliser la situation intérieure et à restaurer dès que possible un sentiment de « normalité ». Si le coup échouait, et en dépit de la réussite apparente des forces gouvernementales à maîtriser ce coup d’État, ce grave incident démontrait à l’État que des tensions politiques intérieures étaient bien en train d’infuser jusqu’aux couches de son appareil d’« État profond », et le besoin d’un nouveau partenariat en sécurité devenait patent aux yeux des autorités en place, pour prévenir toute nouvelle occurrence de ce type d’incident.

Les USA étaient donc positionnés pour tirer les marrons du feu de la situation et faire progresser leur agenda régional, quelle que soit l’issue du coup d’État.

Pourquoi le Gabon

Au cœur de toute action

Comme expliqué dans l’article du même auteur cité ci-avant, le pays dispose d’une proximité très importante avec les grandes puissances montantes en Afrique que constituent le Nigeria et l’Angola, ainsi que la République démocratique du Congo – qui dispose de trésors en gisements. Le Gabon est en outre à très faible distance de la République centre africaine (RCA), dont l’importance a été croissante au cours des 12 derniers mois – depuis l’intervention sur base de « mercenaires » organisée par la Russie et approuvée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies – et qui constitue le composant clé de la stratégie d’« équilibrage » de la Russie sur le continent africain. La France ayant perdu pour de bon la RCA en tant que possession néo-coloniale, et semblant en bonne passe de perdre également le Gabon suite au putsch, on peut penser que la « Ruée vers l’Afrique » dont l’auteur avait prédit qu’elle allait s’intensifier cette année amène à des changements géopolitiques profonds dans la région de l’Afrique centrale : l’ancienne domination française se voit supplantée par la Russie, les USA et la Chine.

Entouré de dirigeants vieillissants

C’est une chose importante : les dirigeants des pays avoisinants, que sont le Cameroun, la République du Congo, ainsi que la Guinée équatoriale, sont tous d’âge avancé, et ont tous subi récemment des tentatives de changement de régime, sous des formes diverses. Le premier de ces pays est dirigé par Paul Biya (en poste depuis 36 années consécutives), et subit officieusement un état de guerre civile entre le gouvernement central et la région anglophone qui jouxte la frontière avec le Nigeria. La République du Congo est dirigée par Denis Nguesso (en poste pour la première fois il y a 34 ans – il a dirigé le pays pendant 13 années, puis 21 années, avec 5 années d’intérim entre-temps), qui n’a réussi à restaurer la paix avec le département rétif du Pool au sud du pays que récemment. Le dirigeant de Guinée équatoriale est quant à lui Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (au pouvoir depuis 39 années), qui a réussi l’an dernier à faire échouer un coup d’État monté par des mercenaires.

Plaque tournante pour Guerre Hybride

Si l’on raisonne en fonction de la dynamique des Guerres hybrides régionales, le Gabon représente pour les USA l’endroit idéal pour encourager et guider des mouvements de changement de régime partout en Afrique centrale, afin de se façonner une « sphère d’influence » dans l’Est du Golfe de Guinée. Si les USA réussissent à transformer le Gabon en base d’opérations de l’AFRICOM sur le continent, ils pourront s’en servir pour exercer des influences vers les pays d’Afrique de l’Ouest, du Centre et du Sud, comme le Nigeria, la RDC et l’Angola. Dans cette hypothèse, on verra probablement les autorités nouvellement imposées justifier les changements en arguant d’un « équilibrage », alors que l’on verra le pays se tourner totalement vers les USA, et se détourner en même temps de la France, de la Chine et de l’Arabie Saoudite. Il n’est même pas nécessaire qu’AFRICOM soit formellement invitée dans le pays pour voir tout ceci arriver : il suffit que les USA gardent leur proverbial   « pied dans la porte », et le reste suivra « naturellement ».

Conclusions

Le putsch au Gabon a pris nombre d’observateurs par surprise, mais rétrospectivement, « c’était écrit » depuis un moment, et deux importants signaux avaient été émis avant son occurrence, qui auraient pu mettre la puce à l’oreille. Le discours de nouvelle année de Bongo à son peuple, enregistré depuis le Maroc, où il est toujours en soins suite à son attaque d’octobre [2018], montrait qu’il restait diminué physiquement, surtout après la controverse autour de sa réélection de justesse en 2016 – cela fait presque un demi-siècle que sa dynastie familiale administre le pays. Le déploiement de 80 soldats étasuniens en fin de semaine dernière, sous prétexte de répondre à des violences après les élections dans la RDC voisine, constituait clairement une ruse : le Gabon n’a même pas de frontière commune avec la RDC ; la simple présence de ces soldats ressemblait donc fortement à un encouragement pour les conspirateurs et à un avertissement préventif face aux réactions de l’État.

Bien que les dernières informations en date semblent indiquer que le gouvernement aurait récupéré le contrôle de la situation, ce putsch reste une victoire de la politique étrangère étasunienne : les USA sont à présent en bonne position pour en manipuler les retombées et faire valoir leurs propres intérêts. Un « gouvernement révolutionnaire » serait resté en marge sur le plan international, et donc totalement dépendant des USA, mais l’affaiblissement que subit l’État à l’issue de ce putsch favorise également le positionnement des USA comme partenaires en sécurité, et leur donne un grand rôle à jouer dans la stratégie d’« équilibrage » du pays. Dans les deux scénarios de sortie de crise, la relation USA-Gabon se trouvait renforcée, et s’apparentait plus à une réorientation qu’à une évolution de l’« exercice d’équilibrage » du Gabon : l’implantation de soldats étasuniens sur le sol gabonais aura inévitablement des conséquences régionales.

Certes, que ce pays de deux millions d’habitants, relativement prospère et riche en ressources naturelles, tombe « dans l’escarcelle » d’une des grandes puissances, dans le cadre de la « Ruée vers l’Afrique », épisode de la Nouvelle guerre froide, constitue un événement en soi. Mais l’importance du Gabon réside également dans son positionnement géopolitique entre les grandes puissances régionales montantes que constituent le Nigeria et l’Angola, sa proximité avec la République démocratique du Congo et la République centre africaine (dont la Chine et la Russie, rivaux des USA, constituent les protectrices principales, respectivement) ; son emplacement au barycentre de trois pays affaiblis dirigés par des hommes d’âge avancé, qui ont tous subi des tentatives de changement de régime ces derniers temps. Il est trop tôt pour dire si le putsch gabonais aura changé la donne régionale ou non, mais il saute aux yeux, au vu des raisons élaborées plus haut, que les stratèges étasuniens comptent là-dessus : si leur opération réussit même partiellement, nous assisterons au retour de l’Afrique au cœur du positionnement international étasunien.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-leurre-de-trump-au-gabon-releve-t-il-dun-coup-detat-de-lafricom

 

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Les News d’Afrique de la semaine du 7 au 13 janvier 2019

Les News d’Afrique de la semaine du 7 au 13 janvier 2019

le 10 janvier 2019

 

L’économie en Afrique en 2019

La croissance économique de l’Afrique enregistrée en 2018 se poursuivra en 2019 en Afrique sub-saharienne pour atteindre les 3,6 % en moyenne au cours des deux prochaines années, selon les estimations de la Banque mondiale.

Baisse de la valorisation boursières des principales banques d’Afrique

La valorisation boursière des 30 plus importantes banques cotées sur les bourses africaines, a atteint 119,8 milliards à la fin de l’année 2018, a pu constater l’Agence Ecofin des données disponibles sur ces marchés financiers.

Plus de 4500 milliards FCFA de crédits au premier semestre par les banques de la Cemac

Dans l’espace communautaire, note le rapport de la Banque centrale sur l’évolution des taux débiteurs pratiqués par les banques dans la zone Cemac, les établissements bancaires ont de manière globale accordé 4500,22 milliards FCFA à l’économie sous-régionale sur les six premiers mois de l’exercice 2018.

Fairfax Africa Holdings injecte 51,2 millions $ dans le sud-africain Consolidated Infrastructure Group

Fairfax Africa Holdings, une société d’investissement canadienne, axée sur l’Afrique a annoncé l’acquisition de 178,99 millions d’actions ordinaires du groupe sud-africain Consolidated Infrastructure Group pour 715,9 millions de rands (environ 51,2 millions de dollars).

Le Burkina Faso fait son bilan économique annuel

Le ministère burkinabè du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat a rendu publiques, lundi, ses activités au cours de l’année écoulée. Malgré les circonstances difficiles qui ont prévalu en 2018, marquée, entre autres, par la précarité du contexte sécuritaire, les régulations budgétaires et la faiblesse des appuis budgétaires de la part des partenaires techniques et financiers du Burkina Faso, le ministère indique avoir fait preuve de détermination pour la réalisation des activités programmées. Il s’agit, entre autres, de la couverture de toutes les régions par les CEFORE (Centres de formalités des entreprise), la création de 12 206 entreprises au niveau des CEFORE, l’appui-conseil et la formation de 21 188 entreprises et la réforme de la rencontre gouvernement-secteur privé.

Gabon : 40 millions d’euros de la BAD pour le nouveau terminal du port d’Owendo

Point de passage obligé pour les importations et les exportations gabonaises, le GSEZ New Owendo International Port (NOIP), situé au sud de la capitale Libreville, est en pleine modernisation. Pour en assurer l’expansion, le Conseil d’administration de la Banque africaine de développement a approuvé, le vendredi 14 décembre 2018, un prêt de 40 millions d’euros en faveur du Gabon.

Le groupe bancaire indien Bank of Baroda liquide sa filiale ghanéenne

Le groupe bancaire indien, Bank of Baroda, a procédé à la liquidation de sa filiale ghanéenne, à quelques jours de la date limite du respect du nouveau seuil de capital minimum de 400 millions de cedis (environ 82 millions de dollars), exigé par la Banque centrale du Ghana.

Ghana : Gros coup de boost pour le textile

L’industrie du textile au Ghana vient de bénéficier d’un sérieux coup de boost. Le gouvernement a décidé de réduire à zéro la TVA sur l’approvisionnement en produits textiles locaux et ce pendant trois ans. Cette mesure gouvernementale a pour objectifs de réduire les coûts de fabrication, de rendre les produits textiles locaux plus compétitifs et de les aider à concurrencer l’importation de produits bon marché. En outre, cela devrait réduire le coût de l’habillement pour la population.

 

Mali : la BNDA va décaisser 462 milliards de F CFA pour booster l’économie

Selon le compte-rendu, les administrateurs ont pris connaissance de la situation de la banque au 31 octobre 2018, l’atterrissage au 31 décembre 2018 et d’autres documents relatifs à l’entrée en vigueur des circulaires depuis juillet 2018.

Nigeria : le champ pétrolifère Egina de Total entre en production

Au Nigeria, la société énergétique française Total a annoncé le lancement de la production de pétrole brut sur son champ Egina, situé à environ 1 600 m de profondeur d’eau. Celui-ci devrait permettre d’extraire 200 000 b/j, ce qui équivaudrait à 10% de la production pétrolière du pays.

Niger : Orange et Airtel autorisés à rouvrir leurs bureaux à Niamey

Sous scellés depuis un mois, les locaux d’Orange Niger et d’Airtel ont été réouverts à l’issue de négociations confidentielles. La Direction générale des impôts nigérienne (DGI) et les deux principaux opérateurs téléphoniques du pays, Orange Niger et Airtel, viennent de trouver un accord pour mettre fin au bras de fer qui les oppose depuis plus d’un mois aux autorités. Selon des médias locaux, la filiale du groupe Orange a consenti à régler une partie des 22 milliards francs CFA (34 millions d’euros) que lui réclamait le fisc nigérien pour « non-paiement d’impôt ».

Nigéria : la valeur de marché de l’action Lafarge Africa s’effondre

Sur le Nigerian Stock Exchange, le marché financier nigérian basé à Lagos, la valeur de l’action Lafarge Africa (filiale locale du géant mondial Lafarge-Holcim) a baissé lundi (7 janvier) de 1,7% pour se situer à 11,35 Nairas (monnaie nigériane). En soit cette baisse n’est pas une surprise, car cette tendance a été observée tout au long de l’année 2018.

Sénégal : Appel au renforcement du financement des PME

Le directeur des petites et moyennes entreprises (PME) au Sénégal, Pape Demba Ndao, a plaidé, mardi, pour un renforcement des financements de ces structures, relevant aussi l’importance du secteur privé dans la création de richesses et d’emplois. Le financement des PME reste une problématique majeure, selon M. Ndao qui intervenait au cours d’une conférence de presse, en prélude de la deuxième édition du Forum de la PME sénégalaise, dont l’ouverture est prévue jeudi, à Dakar.

 

Tanzanie : bailleurs et donateurs perdent patience face à la dégradation des droits de l’homme

Certains ont déjà suspendu des millions de dollars de don ou de crédit tandis que d’autres menacent de passer à l’action : les bailleurs de fonds et donateurs de la Tanzanie perdent patience face à la dégradation des droits de l’homme sous la présidence de John Magufuli.

Le président tanzanien entend tirer profit des crises dans d’autres pays

Le président tanzanien John Magufuli, réputé pour ses déclarations parfois abruptes et controversées, a exhorté vendredi différents ministères de son pays à tirer profit des situations de crises générant des flux de réfugiés, en vendant des vivres destinées à l’aide alimentaire internationale.

Le Togo prend le pouls du marché financier sous régional

Le Togo va renouer dans quelques jours avec le marché financier de la sous-région, avec pour objectif de mobiliser d’ici la fin de l’année, 390 milliards FCFA dont 95 au premier trimestre.

Tunisie: Syphax Airlines obtient le feu vert pour reprendre ses activités

La compagnie aérienne privée Syphax Airlines, qui avait cessé ses activités en 2015 suite à des difficultés financières, a annoncé avoir obtenu un nouveau certificat d’opérateur aérien (Air Operateor’s Certficate/ AOC) auprès du ministère tunisien du Transport.

Tunisie : 7,5% d’inflation en 2019

Le taux d’inflation en Tunisie s’est établi à 7,5%, pour le mois de décembre dernier et pour toute l’année 2018, contre 6,4% en 2017, 4,2% en 2016 et 4,1% en 2015, selon les résultats de l’enquête des prix à la consommation, publiés par l’Institut national des statistiques (INS). Le taux d’inflation a connu des augmentations successives allant de 6,9% en janvier 2018, à 7,8% au mois de juin, suivi d’une stabilité à 7,4% durant la période de septembre à novembre 2018, pour atteindre le niveau de 7,5%, au mois de décembre 2018, précise-t-on. La même source révèle que le taux d’inflation sous-jacente «hors alimentations et boissons et hors énergies » s’est établi à un niveau de 8%. Les prix de produits libres (non administrés) ont évolué de 8,3%, sur une année, contre 4,9% pour les prix administrés. En décembre 2018, l’indice de prix à la consommation a augmenté de 0,5%, par rapport au mois de novembre 2018, et ce en raison notamment de la remontée des prix du groupe alimentation et boissons de 0,5%, suite à la hausse des prix des viandes ovines de 1,8%, des œufs de 1,2% et des chocolats et gâteaux de 0,9%, souligne l’Institut. Et de préciser qu’à partir de janvier 2019, les résultats de l’inflation seront publiés sur l’année de base 2015, au lieu de l’année de base 2010.

 

https://lnt.ma/news-dafrique-de-semaine-7-13-janvier-2019/

La République centrafricaine, « un condensé des malheurs du continent noir

Entretien

La République centrafricaine, « un condensé des malheurs du continent noir »

Jean-Pierre Tuquoi Journaliste

Dans son livre Oubangui-Chari, le pays qui n’existait pas, l’ancien journaliste au Monde Jean-Pierre Tuquoi, brosse le portrait d’une République centrafricaine qui avait tout pour assurer la prospérité de ses habitants – sols riches en matières premières, absence de sécheresses, forêts, savoir-faire etc. -, mais qui a été mené à « l’agonie ». C’est aujourd’hui un pays « en lambeaux », miné par la violence et une pauvreté extrême, qui touche sept habitants sur dix. Mardi 30 janvier, le conseil de sécurité de l’ONU a renouvelé pour un an l’embargo sur les armes imposé à la République centrafricaine, en raison des menaces que constituent les groupes armés, et les craintes d’un risque de nettoyage ethnique.

Vous parlez d’un « pays fantôme créé de toutes pièces »  et d’un « immense gâchis ». Peut-on tirer le fil d’une responsabilité française dans cette désolation ?

Elle n’explique pas tout, mais elle est indéniable. Le Centrafrique – l’Oubangui-Chari d’avant l’indépendance – est une création de la colonisation française, au même titre que le Tchad, le Gabon ou le Cameroun. Les frontières, la langue, la religion, la monnaie, la division administrative… Tout ce qui aujourd’hui caractérise le pays a été voulu par la France. Le pays n’existait pas auparavant. C’était une immense tâche blanche au cœur du continent africain, un territoire saigné par la traite négrière arabe.

Le Centrafrique est une immense tâche blanche au coeur du continent africain, un territoire saigné par la traite négrière arabe

Mais si la France a colonisé le pays elle l’a fait a minima, sans se donner les moyens de le développer. Pour comprendre ce désintérêt, il faut remonter le cours de l’Histoire jusqu’à l’épisode de Fachoda en 1898. Fachoda, un village du Soudan du Sud, c’est l’affrontement de deux impérialismes, français et britannique. Les Français  voulaient établir une continuité territoriale entre leurs possessions sur la côte ouest africaine et celles de la côte est.

Si le projet s’était réalisé, l’Oubangui-Chari devenait une position charnière, à mi-chemin. L’opposition britannique a ruiné le projet et enlevé tout intérêt à cette colonie éloignée de tout, sans accès à la mer. Paris s’en est donc désintéressé. Les fonctionnaires coloniaux étaient très rares en Oubangui. Paris s’est déchargé de tout et a, en quelque sorte, privatisé la colonie. Le développement en était confié à des intérêts privés. C’était le pire des choix.

L’histoire coloniale pèse-t-elle toujours beaucoup ?

Oui, bien sûr. On ne gomme pas un demi-siècle de colonisation comme ça. Surtout lorsque de cette colonisation est issue une grande partie de ce qui constitue l’essence moderne du pays.

Paris s’est déchargé de tout et a confié le développement du Centrafrique à des intérêts privés. C’était le pire des choix

J’ajoute que les Centrafricains jouent de ce passé colonial. Ils le mettent en avant pour se dédouaner, et s’exonérer de toute responsabilité dans le drame de leur pays. Face à un problème, leur réflexe immédiat est de se tourner vers Paris et d’attendre de l’ex colonisateur qu’il règle le problème. Un ancien responsable politique centrafricain d’une grande envergure, Jean-Paul Ngoupandé, avait inventé une expression pour qualifier cette attitude. Il parlait du « syndrome Barracuda », du nom de l’opération militaire française qui avait abouti à l’éviction de l’empereur Bokassa. Je crois que le syndrome Barracuda » existe toujours.

Dans votre récit, un seul Président semblait avoir l’envergure nécessaire, Barthélémy Boganda, mort dans un accident en 1959. Qu’est-ce qui a empêché selon vous l’arrivée sur la scène politique d’une personnalité équivalente par la suite ?

Imaginez la situation du pays à la disparition de Boganda. Il est vaste, très peu peuplé, avec une culture traditionnelle omniprésente. Il n’y a pas d’élite locale. La France n’en a pas formé. Combien de bacheliers au total ? Une douzaine, plus deux ou trois diplômés de l’Université ? Barthélémy Boganda, parce que c’était un ancien prêtre, était l’intellectuel de ce pays en gestation. Il était l’homme le plus instruit. A sa disparition, s’affrontent des hommes d’une trentaine d’années, sans expérience, sur fond de guerre froide. C’est ainsi qu’un soudard comme Bokassa va prendre le pouvoir avec, disons-le, la bénédiction de la France.

Le président Boganda voulait que les anciennes colonies de l’Afrique francophone se rapprochent et ne fassent plus qu’un. C’était une belle utopie

Boganda avait conscience de la faiblesse de son pays et des pays voisins.  Pour cette raison il s’était fait le chantre des Etats-Unis d’Afrique. Il voulait que les anciennes colonies de l’Afrique francophone se rapprochent et ne fassent plus qu’un. C’était une belle utopie.

La France n’a eu de cesse de s’immiscer dans les affaires de son ancienne colonie. Comment analysez-vous le rôle de la France, notamment depuis le départ des troupes françaises ?

Dans le contexte de la guerre froide, disposer d’une base militaire au cœur du continent africain avait du sens. C’était une sorte de porte-avion. L’armée française a tout fait pour maintenir cette présence, d’autant que, dans les années 1980, elle affrontait un colonel Kadhafi qui avait des visées sur le Tchad et au-delà.

Aujourd’hui, avec la fin de la guerre froide, le Centrafrique n’a plus d’importance stratégique

Aujourd’hui, avec la fin de la guerre froide, le Centrafrique n’a plus d’importance stratégique. Maintenir une présence militaire française n’est pas une priorité. Sur le plan économique, le Centrafrique est un nain. Les entreprises tricolores sont une poignée sur place. Le chiffre d’affaires global de Total, numéro 1 sur le marché des carburants, ne doit pas dépasser celui d’une station d’autoroute en France.

Vous écrivez que le salut ne viendra pas du président Touadéra, élu en 2016, alors qu’il disposait pourtant d’une vraie légitimité. Pourquoi ?

Je suis convaincu qu’il a gagné l’élection présidentielle à la loyale. J’étais sur place lors du scrutin. Les habitants voyaient surtout en lui un homme non corrompu, un universitaire qui, tout premier ministre qu’il était du chef de l’Etat précédent, avait continué à donner des cours à l’université.

Il fallait un président exceptionnel pour relever ce pays. Touadéra ne l’est pas

Hélas, il n’a pas tenu les promesses. Il s’est révélé pusillanime, faible, sans grande consistance. Il fallait un président exceptionnel pour relever ce pays. Touadéra ne l’est pas. C’est un président « normal » dans le mauvais sens du terme.

L’Eglise pèse-t-elle encore beaucoup ?

Oui, je pense même que c’est l’unique force qui subsiste. Elle a beaucoup d’influence et lorsque les responsables catholiques, protestants et musulmans parlent d’une seule voix, celle-ci porte. Les politiques sont obligés de les entendre.

L’Eglise demeure l’unique force qui subsiste, ce qui ne vaut pas d’ailleurs que pour le Centrafrique

Ca ne vaut pas d’ailleurs que pour le Centrafrique. Observez ce qui se passe dans le pays voisin, en République démocratique du Congo :  c’est l’Eglise qui est la principale force d’opposition au président Kabila.

Qu’y a t-il à attendre de la société civile, encore peu développée ?

En Centrafrique, elle n’existe pour ainsi dire pas. Il y a des individus souvent estimables mais leur écho est faible. Se revendiquer de la société civile, créer une ONG, c’est surtout un moyen pour obtenir des subsides de la communauté internationale. Il faut bien vivre dans ce pays en ruines…

De bien des manières, ce pays semble concentrer les difficultés de plusieurs pays du continent…

Oui, vous avez raison, et c’est pour cette raison qu’il m’intéresse particulièrement.

Le drame de ce pays, c’est d’être situé dans une région on ne peut plus instable

C’est un condensé des malheurs du continent noir. On y retrouve les mêmes problèmes qu’ailleurs mais à une échelle plus importante.

Quelles graines d’espoir entrevoyez-vous ?

A court terme, je n’en vois guère. C’est un pays qui dispose de ressources suffisantes pour se développer. Son agriculture peut nourrir les habitants des pays voisins. Il a du diamant et de l’or, sans doute un peu de pétrole, des ressources forestières importantes.

Sur le plan touristique, il pourrait attirer tous les fous de la forêt tropicale. Son drame, c’est d’être situé dans une région on ne peut plus instable. Et de ne pas disposer d’une classe politique digne de ce nom, de dirigeants soucieux du bien commun.

Ancien journaliste au Monde, Jean-Pierre Tuquoi est l’auteur de plusieurs ouvrages. Il vient de publier « Oubangui-Chari. Le pays qui n’existait pas » aux éditions La Découverte (2017).  

Propos recueillis par Catherine André