Archives pour la catégorie GAFA

Le plan des Gafa face aux pressions de Washington

ENQUÊTE

Le plan des Gafa face aux pressions de Washington

Attaqué par 50 procureurs aux Etats-Unis, Google renforce ses équipes à Washington dans l’espoir d’éteindre la fronde antitrust. Comme Amazon, Facebook et Apple, il dépense des millions de dollars en lobbying et n’hésite pas à s’offrir les services… d’anciens hauts fonctionnaires.

0601865254123_web_tete.jpg
0601865254123_web_tete.jpg

Le Capitole de Washington, lieu emblématique des luttes d’influence entre l’Etat et les GAFA (Photo SAUL LOEB / AFP)

AFPPar Nicolas RaulinePublié à 07h00Mis à jour à 13h28

Le 22 mai dernier, l’Internet Association organise en toute discrétion, dans un salon de Washington, son sixième gala de charité. La « voix de la nouvelle économie », comme elle se présente, fondée il y a sept ans pour défendre les intérêts des plus grandes entreprises technologiques (Google, Amazon, eBay…), remet à cette occasion ses récompenses annuelles. Le trophée de la liberté sur Internet est remis à… Ivanka Trump. « Ce prix reconnaît les contributions extraordinaires de Mme Trump à la politique publique et à l’économie d’Internet, souligne alors le patron de l’organisation, Michael Beckerman. Nous sommes impatients de travailler avec elle pour atteindre notre objectif commun : augmenter le nombre de formations en informatique et combler les déficits de compétences dans notre économie. »

Le lendemain, c’est le tollé sur les réseaux sociaux. La fille et conseillère du président américain a certes soutenu des programmes de formation et obtenu quelques centaines de millions de dollars pour le ministère de l’Education, afin de développer des filières technologiques. Mais de là à en faire l’égérie des libertés sur Internet…

Ivanka Trump@IvankaTrump

I am honored to receive the ⁦Internet Association’s 2019 Internet Freedom Award.

Voir l'image sur Twitter
Voir l'image sur Twitter

20,7 k03:16 – 23 mai 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité5 671 personnes parlent à ce sujet

Ivanka Trump n’est pas la seule à être célébrée ce soir-là. La  leader de l’opposition Nancy Pelosi , qui préside la Chambre des représentants, est aussi honorée pour l’ensemble de son oeuvre. Séduire les républicains et l’administration Trump, tout en ménageant les démocrates, qui pourraient revenir au pouvoir l’an prochain, c’est la stratégie adoptée depuis quelques mois par les lobbyistes des Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple). Le tout dans un contexte brûlant : la pression de l’opinion publique et les scandales qui ont émaillé les derniers mois (Cambridge Analytica, etc.) ont fortement terni l’image des géants américains. De nouvelles réglementations les menacent de tous les coins de la planète : une  taxe en France et dans plusieurs pays européens pour compenser la faiblesse de leurs contributions fiscales, un projet de loi américain sur les données personnelles et même, chose impensable il y a encore quelques années, des enquêtes pour d’éventuelles pratiques anticoncurrentielles aux Etats-Unis, au niveau fédéral et dans  une cinquantaine d’Etats …

« Régulez-nous ! »

« C’est le lot de toute industrie qui se structure, défend Jason Oxman, patron de l’Information Technology Industry Council, un groupe représentant 70 des plus grosses entreprises technologiques présentes aux Etats-Unis (Google, Facebook, Amazon, Apple, Microsoft, Qualcomm, HP, Twitter, Samsung…). Nous avons grandi dans un environnement largement dérégulé, qui a favorisé l’innovation. Aujourd’hui, nous sommes plus matures et nous ne pensons pas que la régulation soit forcément une mauvaise chose. Nous disons même : ‘Régulez-nous !’ Avouez que ce n’est pas courant ! »

 En quelques années, les Gafa sont passés de rien du tout à l’une des organisations les plus puissantes de Washington. Craig Holman Public Citizen

Mais le secteur veut avoir son mot à dire. Il s’est organisé, au point de devenir, aujourd’hui, l’un des plus représentés à Washington. Les Google, Amazon et autres Facebook ont levé une véritable armée de lobbyistes pour défendre leurs intérêts. « Je n’ai jamais vu ça, résume Craig Holman, de Public Citizen, une organisation qui surveille les dépenses de lobbying, l’éthique et le financement des campagnes électorales. En quelques années, ils sont passés de rien du tout à l’une des organisations les plus puissantes de Washington. Ils jouent désormais dans la même cour que les industries pharmaceutique et pétrolière. »

K Street, la rue symbole du lobbying dans la capitale, abrite des mutants d’un nouveau genre : des geeks à l’aise dans les relations publiques. « Ce sont plusieurs centaines de personnes qui sont employées directement par ces entreprises, affirme Pawel Popiel, de l’université de Pennsylvanie, qui compare la situation à celle des banques après la crise de 2008. Et il faut ajouter à cela le personnel des organisations professionnelles, comme l’Internet Association ou la Computer & Communications Industry Association, qui travaillent aussi pour elles, ainsi que les cabinets d’avocats. »

Google, Amazon, Facebook et Apple sont prêts à payer des fortunes pour éteindre la fronde antitrust. L’an dernier, ils ont consacré plus de 55 millions de dollars à leurs actions de lobbying, selon les chiffres du Center for Responsive Politics, et même 65 millions avec Microsoft. C’est plus du double de 2016. Moins que l’industrie pharmaceutique, mais plus que les banques, par exemple. Un nouveau record devrait encore être franchi cette année.

Culture du secret

Adeptes de la transparence, les Gafa ont plutôt tendance à entretenir le culte du secret lorsqu’ils sont à Washington. « Ils ne veulent plus que l’on sache où ils sont, ce qu’ils font et qui se trouve dans leurs bureaux. C’est très tendu. C’est une attitude commune chez les grandes entreprises mais celles de la tech sont particulièrement nerveuses », révélait il y a peu un agent immobilier de Washington au  site spécialisé Bisnow .

 Ils ne veulent plus que l’on sache où ils sont, ce qu’ils font et qui se trouve dans leurs bureaux. Un agent immobilier de washington

Tous ont pourtant ouvert des bureaux flambant neufs. Selon le réseau immobilier JLL, les dix sociétés technologiques présentes dans le Fortune 100 ont doublé leurs surfaces de bureaux à Washington, ces cinq dernières années. L’an dernier, Facebook a ainsi déménagé dans le centre d’affaires de Terrell Place, en plein centre de la capitale, à mi-chemin entre la Maison-Blanche et le Capitole. Au passage, il a triplé sa surface, avec près de 7.000 mètres carrés. Il cherche encore à s’étendre : une soixantaine de postes y sont ouverts, dont une majorité dans le conseil et le juridique, qui s’ajouteront aux quelque 350 salariés que le géant compte déjà dans la capitale.

Les bureaux de Google se trouvent, eux, à quelques rues du Congrès. Quant à Apple, il vient de louer plus de 2.000 mètres carrés sur K Street, à quelques blocs des principaux ministères et juste en face du magasin que la société a ouvert dans la bibliothèque Carnegie, un bâtiment qui date de 1903.

Google, qui a fait l’objet d’une offensive spectaculaire de 50 procureurs américains la semaine dernière, est le plus actif. Attaqué pour des pratiques concurrentielles potentiellement illégales, il a déjà consacré 21,7 millions de dollars à ses actions de lobbying l’an dernier. Amazon n’est plus très loin derrière et rattrape peu à peu son retard. La firme de Jeff Bezos pratique un lobbying un peu différent de celui des autres sociétés tech, plus traditionnel et porté directement sur les affaires, quand les Google, Facebook ou Apple visent avant tout des sujets fiscaux et réglementaires. L’un de ses buts est en effet de convaincre les pouvoirs publics de lui louer des services de stockage de données. Il est notamment  candidat au cloud du Pentagone , un contrat de 1 milliard de dollars. « Ce n’est pas un hasard si Amazon a choisi Washington pour implanter son deuxième siège », souligne Craig Holman. A la clef : la  création, à terme, de 25.000 emplois .

« Revolving door »

Tous ont adopté une méthode redoutable : le « revolving door » ou « porte tambour ». Il s’agit de s’offrir les services d’anciens hauts fonctionnaires. « C’est le lobbying le plus efficace. Leurs lobbyistes ont le numéro des gens qui comptent, au département de la Justice, à la Maison-Blanche… Et on leur répond », explique Craig Holman.

Amazon a engagé Jay Carney, ancien porte-parole de Barack Obama, pour diriger ses affaires publiques, à un moment où l’entreprise commençait à  être attaquée de toutes parts . Facebook a recruté Catlin O’Neill, ex-chef de cabinet de Nancy Pelosi, pour diriger sa politique publique aux Etats-Unis. Quant à Google, son nouvel homme fort est Karan Bhatia. Cet avocat passé par l’administration Bush souhaite coller aux transformations du pays et  réorganiser le lobbying de la société pour viser l’ensemble du spectre politique et non plus l’establishment des partis.

Selon un  rapport de Public Citizen , 75 % des commissaires ayant travaillé pour le régulateur du commerce américain (FTC) ces vingt dernières années venaient du secteur privé, ou l’ont rejoint après leur mandat. « 60 % présentent des conflits d’intérêts, en raison de leur travail sur le secteur technologique. […] Ce qui pourrait expliquer la réticence chronique de la FTC à renforcer la protection des consommateurs et les lois antitrust. » Le chef de la division antitrust de la FTC Makan Delrahim a même travaillé, un temps, pour le compte de… Google. Les appels se multiplient pour qu’il se récuse des enquêtes en cours.

Une année charnière

« Il est très difficile de mesurer l’impact de ces transferts, note Pawel Popiel. Peut-être que sans lobbying, les résultats auraient été les mêmes. Mais quand vous passez du public au privé et inversement, vous apportez avec vous un peu de la culture de l’autre camp. » Un cas, toutefois, a été mis sur la place publique. En 2013, la FTC classe sans suite son enquête antitrust sur Google. Deux ans plus tard, le « Wall Street Journal » publie un  document préliminaire de la FTC que celle-ci lui a envoyé par erreur. Les notes sont très critiques envers le moteur de recherche. Toutes les fautes de Google y sont recensées. Mais les conclusions de la FTC en seront complètement expurgées. Aussitôt ce document révélé, Johanna Shelton, chargée de la politique publique de Google, envoie un e-mail – qui sera lui aussi publié plus tard – à la FTC, lui demandant de réagir. Urgemment. Deux jours plus tard, c’est chose faite : l’agence affirme que le document n’était que partiel et ne reflétait pas ses positions ! Avant d’entrer chez Google, Johanna Shelton, qui aura obtenu 128 rendez-vous à la Maison-Blanche sous Barack Obama – plus que n’importe quel autre lobbyiste – avait été la conseillère à la commission fédérale des Communications (FCC), puis à la commission de l’Energie et du Commerce de la Chambre des représentants…

Cela ne s’arrête pas là. Ces dernières années, les Gafa ont incité leurs employés à faire des dons lors des campagnes électorales – très largement côté démocrate. Ils financent aussi des travaux de recherche et des think tanks, progressistes ou conservateurs. Au besoin, ils n’hésitent pas à faire appel à leur masse d’utilisateurs pour défendre leurs causes. « C’est une pratique qui s’est étendue aux sociétés plus petites, qui ont des moyens plus limités, note Elizabeth Pollman, professeure de droit à la Loyola Law School de Los Angeles. Uber, par exemple, a appelé ses utilisateurs à protester contre la limitation de ses véhicules à New York. »

Des méthodes défendues par l’industrie, pour qui les accusations relèvent du fantasme. « L’écrasante majorité de notre travail consiste à expliquer comment fonctionne une entreprise tech. Et nous avons les meilleurs experts pour cela », affirme Jason Oxman.

En cette année électorale, les efforts des Gafa devraient redoubler pour sauver leur avenir. En plus de ménager l’administration Trump, il faut choyer les candidats démocrates, favoris des sondages… Le scénario catastrophe serait qu’Elizabeth Warren ou Bernie Sanders soient désignés pour porter les couleurs de la gauche. « Ils demandent un démantèlement de ces entreprises. C’est leur cauchemar ! » confie Craig Holman.

https://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/le-plan-des-gafa-face-aux-pressions-de-washington-1131320#utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_thematique-20190913

Cryptomonnaie : le Libra sera libre comme les démocraties populaires sont démocratiques et populaires…

Cryptomonnaie : le Libra sera libre comme les démocraties populaires sont démocratiques et populaires…

facebook data security By: Book Catalog – CC BY 2.0

Ah, tiens, finalement, les cryptomonnaies, ce n’est pas si pourri que ça ! Regardez, même Facebook se lance dans l’aventure ! Avec l’arrivée d’un tel poids lourd dans l’espace des cryptomonnaies, pas de doute, cette invention financière majeure vient de faire un grand bond en avant… Mais avant de crier victoire, assiste-t-on réellement à la naissance d’une nouvelle cryptomonnaie ?

Pour le moment, c’est l’agitation sur la toile.

Du côté des médias traditionnels, c’est même la bousculade de petits articles pour détailler la nouvelle : pour les uns, Facebook veut bousculer les monnaies, pour d’autres, l’arrivée d’un tel géant doit même faire peur aux États.

Bref, on en parle un peu partout, les médias trépignent et c’est pour eux l’occasion de revenir à la fois sur le concept des monnaies et de s’interroger sur la place de cette technologie si vieille et pourtant si indispensable dans notre économie. La vulgarisation aidant, le lecteur le plus chanceux comprendra que la proposition de Facebook est essentiellement une nouvelle forme de coupons adossés à un groupe d’entreprises partenaires, à l’instar des miles aériennes ou d’autres jetons proposés par des chaînes ou des alliances commerciales.

Plus concrètement cependant, ceux qui voudront éplucher les caractéristiques du nouveau joujou de Zuckerberg pourront aller voir le joli site de la cryptomonnaie Libra, aux couleurs moyennement vitaminées de Facebook. On y notera les déclarations de principes, onctueuses comme un onguent sophistiqué, dans lesquelles on découvre que le but est d’offrir un moyen simple à des centaines de millions, que dis-je, des milliards d’individus de disposer d’avoirs numériques, de manipuler de la monnaie, et de faire des opérations bancaires.

Car si de moins en moins d’êtres humains meurent de faim, beaucoup trop sont encore exclus de l’accès aux services des banques et plus prosaïquement de la possibilité de recevoir ou d’échanger de la valeur de façon rapide, simple, efficace et sans danger. Avec un téléphone portable, une connexion au réseau et une cryptomonnaie qui fonctionne, « bancariser » ces personnes devient possible et le Libra de Facebook entend jouer ce rôle.

Cependant, une fois passées les présentations trendy et les jolies photos de banques d’images, les vidéos inspirantes à la musique neutre produites au kilomètre, l’épluchage du whitepapertechnique refroidit quelque peu l’enthousiasme que cette initiative pouvait avoir déclenché.

En termes de caractéristiques techniques, il s’agit d’une chaîne de blocs dont les principes se rapprochent un peu d’Ethereum plus que de Bitcoin, avec un système de paiement de la transaction intégré, un consensus basé apparemment sur une preuve d’enjeu plutôt qu’une preuve de travail même si, comme Ethereum, les détails sur l’implémentation de cette preuve d’enjeu restent flous.

Pour fonctionner, Libra disposera d’un langage de script permettant de faire fonctionner les transactions (et par la suite de mettre en place des contrats automatisés, à l’instar d’Ethereum là encore). Le langage, « Move« , n’est pas détaillé et personne n’a idée ni de ses capacités, ni de sa solidité, ni des caractéristiques importantes (à commencer par sa vérification formelle).

Faisant fi des mécanismes de consensus déjà explorés par les cryptomonnaies existantes, Libra propose un nouveau mécanisme tolérant aux fautes byzantines, construit sur l’algorithme « HotStuff » produit par une chercheuse israélienne, Dahlia Malkhi. Si on peut admettre que sur le papier l’algorithme en question est plein de promesse en termes de performances et de facilité d’implémentation, force est de constater qu’on n’a pour le moment aucun recul sur sa résistance et sa capacité de monter en charge.

À ces éléments qui laissent penser que les personnes embauchées par Facebook pour créer une nouvelle cryptomonnaie ne sont pas complètement à côté de la plaque, on doit cependant ajouter quelques points qui laissent plus que perplexes sur l’avenir de cette aventure.

La lecture des documents fournis par la firme de Zuckerberg ne donne en effet qu’assez peu d’indications sur la nature publique des informations de transactions qui seront disponibles. Si, on le comprend, une centaine de grandes firmes participeront à la validation des transactions et à leur écriture dans le « grand livre général », on peine à voir où ce grand livre sera lisible, sachant que cette caractéristique – une publication au su et au vu de tous – est la base essentielle pour garantir la validité de ces transactions…

De la même façon, s’il est clairement indiqué que le protocole autorise chaque utilisateur à conserver un pseudonyme et plusieurs adresses pour effectuer des transactions sur la chaîne, on comprend malgré tout que les transactions, elles, seront hautement traçables, à l’instar de Bitcoin mais avec votre compte Facebook au bout. Question anonymat et fongibilité, ce n’est vraiment pas ça.

La Libra Fundation, qui se charge d’accueillir les premiers fondateurs, ces sociétés aptes à payer le ticket d’entrée de 10 000 000 de dollars pour participer, peut a priori refuser n’importe qui. Dès lors, il est naïf de penser que les 100 premiers participants de cette blockchains seront neutres. Leurs intérêts ne recouperont peut-être d’ailleurs pas celui des consommateurs…

Afin de contrebalancer la volatilité frénétique des cryptomonnaies, Libra propose un jeton adossé à un panier de monnaie. Ces monnaies – fiat, émises par des États – étant toutes inflationnistes, on peut donc garantir que le libra sera lui-même inflationniste et intrinsèquement manipulable par les États, ainsi que par ricochet, soumis aux règles qu’ils mettent en place à commencer par les contraintes parfois exorbitantes que le dollar impose. À ce titre, si le dollar fait partie du panier, le libra ne sera donc pas accessible aux Iraniens, par exemple…

En somme, cette monnaie sera donc centralisée, censurable sur un claquement de doigt étatique, inflationniste et reposant intégralement sur les marges de manœuvre laissées par des États. On peut donc ainsi garantir qu’il y aura des KYC et des AML, ce qui fera voler par la fenêtre les belles présentations précédentes expliquant vouloir offrir cette monnaie à ces milliards d’individus non bancarisés : comment être reconnu de façon crédible et passer ces filtres alors que dans beaucoup de pays l’acte de naissance, la carte d’identité ou les moyens d’identification ou de gestion de propriété privée (comme le cadastre par exemple) sont au mieux naissants, au pire inexistants ou complètement sujets à corruption ?

En réalité, on comprend surtout que pour Facebook, cette nouvelle aventure est l’occasion de mesurer son impact réel puisque, la fondation Libra l’explique directement, l’un des buts est de développer un véritable « standard d’identité » :

« An additional goal of the (Libra) association is to develop and promote an open identity standard. We believe that decentralized and portable digital identity is a prerequisite to financial inclusion and competition. »

Un monde où la monnaie, devenue globale, est à la merci des États qui n’auront aucun mal à tordre le bras de toutes les sociétés privées acoquinées dans cette fondation, où les identités de tous et de chacun sont connues et traquées efficacement, et où absolument tous les actes marchands sont potentiellement disséqués par des entreprises qui ont fait fort de mettre le Big data et l’Intelligence Artificielle à leur service, voilà qui vend du rêve, non ?

On peut cependant raisonnablement parier sur une réussite (au moins à court terme) de cette nouveauté : c’est nouveau, c’est facile d’emploi, cela donne quelques opportunités supplémentaires d’échanger (de l’argent ici) avec des connaissances, des amis, etc, et ça utilise la puissance du réseau social Facebook, autant d’ingrédients qui garantissent que la masse foncera allègrement vers les promesses dorées portées par Libra…

Avant de clore ce billet, il serait dommage de ne pas noter la réaction immédiate, quasi compulsive et réflexive des autorités françaises, avec Tracfin en tête (dont le directeur, paniqué, croit encore qu’il va falloir réguler cette cryptomonnaie), rapidement suivi de notre Bruno Le Maire national, égal à lui-même c’est-à-dire à pas grand chose de valable.

Entendant que Facebook allait lancer sa propre monnaie, ne comprenant ni la technologie sous-jacente, ni même le concept de monnaie en général, notre Minustre de l’Économie En Déroute s’est donc fendu d’une remarque, parfaitement idiote comme il se doit :

« Que Facebook crée un instrument de transaction, pourquoi pas. En revanche, que ça devienne une monnaie souveraine, il ne peut pas en être question »

Autrement dit, Bruno a fermé ses petits poings et déclaré qu’il entendait fixer des limites à Facebook. Ce qui revient à croire qu’il a son mot à dire ; c’est déjà comique au niveau de l’euro, c’est hilarant pour une cryptomonnaie en général, c’est juste consternant concernant ce projet en particulier. Évidemment, si le panier de monnaie comprend des dollars, le dernier mot appartiendra de toute façon au pouvoir fédéral américain qui se fera un plaisir de passer sur le corps frêle du petit Bruno, dont les petits couinements n’attireront aucune pitié.

Le Libra est annoncé pour débuter en 2020. Il reste donc encore plusieurs mois pour collecter des informations sur ce que veut être cette nouvelle cryptomonnaie. Mais tout indique que derrière les buts sucrés présentés à grands renforts d’images colorées se cache un mécanisme redoutable pour étendre encore un peu plus la domination des États sur les individus.

Du reste, ce sera un excellent test : si ces derniers laissent Facebook continuer, s’ils poussent même à la roue, vous pouvez être certains que ce ne sera pas pour votre plus grand bien. S’ils s’y opposent, s’ils paniquent et ruent dans les brancards, alors peut-être sera-t-il temps de s’y intéresser.

Restons prudents.
—-
Sur le web

https://www.contrepoints.org/2019/06/19/347186-cryptomonnaie-le-libra-sera-libre-comme-les-democraties-populaires-sont-democratiques-et-populaires

LES GAFA VONT-ILS PRÉCIPITER LA CHUTE DES BANQUES ?

LES GAFA VONT-ILS PRÉCIPITER LA CHUTE DES BANQUES ?

PUBLIÉ PAR PHILIPPE HERLIN | 2 MAI 2019 | ARTICLES2197 

La question n’a rien de saugrenu : les GAFA investissent les services bancaires, ainsi qu’une floppée de fintechs. Apple s’est lancé dans le paiement en 2014 et vient de s’allier avec Goldman Sachs pour proposer une carte de crédit. Facebook autorise le paiement sur sa messagerie et devrait lancer cet été une cryptomonnaie. Amazon regarde de près le secteur et Google cherche à étendre son service de paiement, Google Pay. Parallèlement, une multitude de fintechs à travers le monde proposent l’ouverture de comptes bancaires avec des frais de fonctionnement réduits.

La technique est toujours la même : commencer par le paiement, y compris en partenariat avec les banques, qui ainsi ne se doutent de rien, puis renforcer le contact avec le client, lui proposer d’autres services, et enfin prendre son autonomie vis-à-vis des banques, qui se retrouvent le bec dans l’eau. Apple illustre parfaitement cette stratégie.

Facebook envisage même de lancer sa propre cryptomonnaie cet été, le Facebook Coin. Rien d’officiel pour l’instant, mais les confidences du top management indiquent que le projet avance. Les virements transnationaux seraient à la portée de tous et très bon marché alors que les prestataires actuels exigent de confortables commissions. De plus, non seulement les banques, mais aussi Visa et Mastercard, seraient mis sur la touche avec le Facebook Coin.

Bien sûr, ces nouveaux acteurs ne représentent que quelques pourcents de part de marché aujourd’hui, mais il faut regarder la situation au niveau mondial et en termes de dynamique. Presque la moitié de la population mondiale n‘est pas bancarisée et ces acteurs technologiques sont les mieux placés pour répondre à ce besoin (un smartphone + une appli, et voici un compte en banque). Les perspectives de croissance des banques traditionnelles sont sérieusement obérées. D’autre part, dans les pays développés, les jeunes générations n’ont pas les craintes de leurs aînés pour les services bancaires dématérialisés, au contraire, ils baignent dedans.

On peut aussi prévoir qu’une question deviendra cruciale dans les années à venir, face aux prévisions d’un nombre croissant d’économistes d’une prochaine crise financière : où préférez-vous déposer votre cash ? Dans une banque au bilan perclus de dettes, ou chez Apple qui dispose d’un matelas de 200 milliards de dollars de liquidités ? Les gens vont se rendre compte que déposer ses économies à la Deutsche Bank, par exemple, relève d’une prise de risque insensée. Puis, que peuvent proposer les banques classiques pour garder leurs clients ? Des placements ? Ils ne rapportent plus rien à cause des taux zéro ! Du crédit immobilier, c’est tout, et il finira certainement un jour ou l’autre par être « ubérisé ».

Les épargnants vont apprendre à devenir résilients face aux crises financières et bancaires qui ne manqueront pas de survenir tellement les dettes publiques et privées gonflent partout dans le monde : du cash dans un établissement capable de résister aux crises (donc pas une banque), de l’immobilier, un peu de cryptomonnaie, et de l’or physique pour se protéger contre les risques bancaire et monétaire. Le dernier cri de la technologie et la monnaie la plus ancestrale, voici la bonne formule !

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée dès lors qu’elle est accompagnée d’un lien vers la source originale.


PHILIPPE HERLIN CHERCHEUR EN FINANCE / MEMBRE DE L’ÉQUIPE ÉDITORIALE D’OR.FR

https://or.fr/actualites/gafa-vont-ils-precipiter-chute-des-banques-1528

Quand l’Ecole de guerre économique relaie la propagande israélienne…

Quand l’Ecole de guerre économique relaie la propagande israélienne…

Le 25 février dernier, l’excellent Cercle Aristote – espace d’intelligence, de liberté et de rigueur – nous a convié à une soirée qui s’annonçait des plus passionnantes : « Israël, le 6ème GAFAM ? ».

Comme à son habitude, Pierre-Yves Rougeyron introduit la soirée avec toutes les hauteurs et l’humour qui le caractérisent précisant bien qu’il ne s’agira pas de dévier sur les sujets classiquement tendus du conflit israélo-palestinien. Rien de plus raisonnable, dont acte !

Les trois intervenants du soir co-signent un opuscule dont la quatrième de couverture précise : « les auteurs, Eloïse Brasi, Eric Laurençon, Patrick Nouma Anaba sont experts en intelligence économique et titulaire d’un MBA en management Stratégique et Intelligence Economique de l’Ecole de Guerre Economique. Ils occupent de hautes fonctions dans le secteur privé et l’administration qui les amènent à s’interroger, notamment sur les enjeux et les perspectives de demain (NDLR : sic). Cette richesse de parcours leur a permis d’explorer avec un prisme nouveau, le développement de la puissance d’Israël au travers des NBIC. Le préfacier : Dominique Bourra, expert en stratégie et cybersécurité, préside la commission Cybersécurité de commerce France-Israël ».

Un peu plus haut, on peut lire aussi : « Israël est un pays singulier par sa géographie, sa culture et son histoire. La culture israélienne s’est construite au rythme de conflits récurrents et autour de l’émergence d’un Etat démocratique et prospère dans le morceau de désert qu’est la Terre Promise » (NDLR : re-sic). Hosanna au plus haut des cieux…

D’emblée, les jeunes gens annoncent la couleur en plongeant dans l’essentialisme le plus éculé à l’antienne toute aussi rebattue : Israël, seul pays démocratique du Proche-Orient, assiégé par une bande de méchants au couteau entre les dents, pays élu et miraculeux qui arrive à faire pousser des roses dans le désert grâce à son intelligence unique, son abnégation et sa « résilience inouïe ».

TROIS DRÔLES DE MOUSQUETAIRES

Logiquement, on cherche dans la bibliographie de fin, La formation de l’esprit scientifique de Gaston Bachelard ou quelques autres solides références épistémologiques, en vain… Bref, honneur aux dames, à son tour Eloïse Bras de nous mettre en garde, mais beaucoup plus laborieusement et sans habiller ses préjugés idéologiques : « son existence physique (d’Israël) est menacée en permanence et doit chercher à gagner les guerres en cas d’attaque ». On l’a compris : l’Etat en question est « menacé » en permanence et ne saurait mener aucune espèce de guerre offensive d’annexion ou d’occupation. Après nous avoir prévenu qu’il s’agissait de faire fi de tout égarement géopolitique pour se concentrer sur les miracles technologiques de l’Etat hébreu, cet a priori ainsi posé referme la question sur des affirmations « fermées » qui feraient hurler, non seulement Karl Popper, mais bien d’autres experts de la région, sans parler des femmes et des enfants des Territoires occupés quotidiennement assassinés par la soldatesque du pays en question.

Mais le meilleur restait à venir avec le jeune Eric Laurençon – deuxième intervenant – nous assénant avec arrogante certitude une autre vérité historique des plus curieuses – reprise quelque part dans le livre par le préfacier de la Chambre de commerce France-Israël : le grand bond en avant technologique israélien a eu lieu (à cause ou plutôt grâce) et je cite « au blocus décrété par la France au début des années 1960 ». Là, les bras nous en tombent… et faut-il conseiller à ce jeune impertinent de lire quelques bons ouvrages d’histoire pouvant rappeler notamment que les plus hauts responsables de notre IVème République ont transféré – dès 1957 – les hautes technologies permettant à Israël de construire la centrale de Dimona pour la mise au point de sa bombe nucléaire… dont il nie toujours officiellement l’existence. Ce n’est qu’à partir de la guerre d’annexion de juin 1967 que le général de Gaulle a effectivement et légitimement instaurer un strict embargo sur les armes à destination de ce pays. Nulle trace dans la « conférence », ni dans le livre des résolutions 242 et suivantes de conseil de sécurité des Nations unies qui condamnent ces annexions. L’ONU, qui n’est pas encore une Start-up, n’intéresse visiblement pas nos jeunes gens…

Troisième intervenant : Patrick Nouma Anaba, qui se présente d’emblée comme « philosophe ». Bigre ! Emmanuel Kant et Hegel n’ont certainement qu’à bien se tenir. N’ayant visiblement pas lu une ligne de L’Emile, le garçon nous transmet une autre vérité transcendantale : « l’or brut d’Israël, c’est sa concentration d’intelligence » et « son pari sur l’éducation » avec cette merveilleuse alliance de l’armée, des universités et du secteur privé !

Une heure et demi durant nos mousquetaires vont rivaliser d’enthousiasme pour nous décrire le meilleur des mondes israéliens, non seulement devenu l’admirable « start-up nation » dont la France devrait mieux s’inspirer, mais aussi pour nous faire partager avec émotion comment « Israël ouvre une nouvelle ère, celle des cyber-Etats en s’inspirant du modèle de développement supranational des GAFAM1 ». Encore mieux, Israël – selon nos mousquetaires – dont la suprême obsession est de « se rendre utile », de « réparer », sinon d’« améliorer » notre triste monde est, aussi devenu l’un des champions du « transhumanisme », cette idéologie technologique proprement délirante qui veut produire voitures, métros et avions sans chauffeur pour « augmenter » l’humain, pour nous vendre le consommateur et le soldat « augmentés » dans le monde merveilleux où les hommes seront enfin devenus les animaux des robots. En effet, ce sera tellement mieux…

Et cette soupe nous fut servie sans le moindre doute (n’osons pas dire cartésien), ni la moindre mise à distance, en nous promettant tous les délices d’un monde mondialisé, néo-libéral et, enfin libéré de toutes frontières (ne parlons pas non pas des murs, ce n’était vraiment pas le soir !) où enfin, les hommes et les femmes – hors sol – pourraient enfin se dépasser pour être… meilleurs. S’il faut obtenir un MBA de l’Ecole de Christian Harbulot (remercié en fin de volume) pour débiter ce genre de fadaises, c’est bien à désespérer de l’éducation actuelle. Effectivement, on se dit qu’une salutaire lecture ou relecture de Rousseau serait bien nécessaire à ces jeunes gens…

UN MANIFESTE A LA GLOIRE DE NETANYAHOU

Après une telle conférence, l’auteur de ces lignes ne pouvait que se mettre courageusement à la lecture de la plaquette des trois mousquetaires. Et là, c’est encore plus grandiose. Passé l’apologie boursouflée du sens inné du peuple d’Israël pour les nouvelles technologies orwelliennes, les start-up, l’armée, le capital-risque, les fonds de pension et toutes les joies du capitalisme new-look, plusieurs messages sublimi-novlangue sont bien à l’ouvrage, citations à l’appui de Benjamin Netanyahou, un type… formidable !

C’est un peu laborieux, mais les têtes de chapitre méritent d’être citées tant elle traduisent à elles seules le traitement apologétique au détriment d’une approche critique minimale conforme aux critères de base des sciences humaines : chap 1) Mesure de la puissance de l’Etat d’Israël au travers du développement du secteur des nouvelles technologies ; chap 2) La performance des start-ups israéliennes : une garantie de puissance pour l’Etat hébreu ?; chap 3) Les facteurs clés de construction de la matrice israélienne ; chap 4) Une culture fortement axée sur l’esprit d’entreprise, la prise de risque et l’innovation : la stratégie du bouclier d’Israël ; chap 5) Une base éducative intégrée et initiée dès la création d’Israël ; chap6) L’immigration un élément central du développement de l’Etat hébreu ; chap7) Tsahal « incubateur » de la Start-up Nation ; chap8) ; chap 9) Du 6ème GAFAM à l’Etat « d’E-sraël » ? Et le préfacier qui nous dit qu’« Israël ne joue pas aux dés », ajoute : « les Israéliens aiment sans limites l’information, le traitement de l’information et l’intelligence au sens anglo-saxon du terme, ils aiment « savoir pour prévoir, afin de pouvoir ».

D’autres perles : « en tant qu’éclaireurs et phalange avancée du peuple du Livre, ils savent les limites de l’emprise humaine sur le cours des choses (…) Le sionisme est paradoxal, métal pur et alliage complexe à la fois ». Encore : « on ne voit bien Israël qu’avec le cœur (…) Les learning expeditions de succèdent, on vient à Herzliya en exploration comme Livingstone remontant le Zambèze (…) les Israéliens ont toujours préféré les questions aux réponses et répondent aux questions, avec un sourire désarmant ». Bref, ces drôles de jésuites « ne jurent que par l’unité 8200, devenue la plus importante de l’armée israélienne ». En résumé, et c’est la première ligne du chap 1) : « L’innovation israélienne sert de modèle pour le monde entier ». Que c’est beau !

Mais pourtant, « l’existence d’Israël ne fait pas l’unanimité. 21 Etats n’ont jamais reconnu Israël ou n’ont pas entretenu de relations diplomatiques avec l’Etat hébreu ». On se demande pourquoi, mais nos trois mousquetaires ont trouvé et évacué l’explication en trois lignes : « Israël fait régulièrement l’objet d’appel aux boycotts. L’opinion publique est sensible à la cause palestinienne et des appels aux boycotts des produits israéliens sont régulièrement lancés ». Le monde est méchant et nous n’en sauront pas plus !

Quand même, mais en pointillé il est vaguement suggéré qu’Israël constitue la tête de pont des intérêts américains au Proche-Orient : « L’Etat hébreu multiplie les intérêts américains pour son bien-être et sa survie », mais arrive à « transformer progressivement la dépendance en interdépendance ». Ouf, nous voilà rassuré !

Page 48 : « l’actuel Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou déclarait lors de la septième conférence annuelle sur la cybersécurité de l’Université de Tel-Aviv : la cybersécurité est un secteur florissant. Il prend de plus en plus d’ampleur, car la cybersécurité n’est jamais une solution permanente, c’est un business sans limite (…) en 2016, nous détenions environ 20% de l’investissement mondial de la sécurité privée ». Il est précisé que ce miracle s’inscrit dans la continuité d’une politique développée depuis les années 1990 par un autre criminel de guerre : Ariel Sharon.

En fait, ce miracle technologique remonte, dès l’origine dans un autre miracle théologicio-politique (page 153) : « l’Etat d’Israël est définitivement proclamé le 14 mai 1948. L’objectif principal du sionisme est alors réalisé. Néanmoins, cette notion reste encore très prégnante puisque, en 2009, Benjamin Netanyahou posait, comme préalable à la création d’un Etat palestinien, la reconnaissance d’Israël comme Etat-nation du peuple juif, par la communauté internationale, l’Autorité palestinienne et l’ensemble des Etats arabes. Il a déposé un projet de loi en novembre 2014 qui, dans les Lois fondamentales qui servent de constitution, remplacerait la définition d’Israël, Etat juif et démocratique par celle d’Etat-nation du peuple juif ». Belle justification d’un nouvel apartheid qui instaure deux catégories très inégales de citoyens : les Juifs et les autres, un vrai cyber-progrès en effet !

Mais comme l’explique encore Dominique Bourra : « il suffit de chercher dans le Livre pour comprendre et analyser sur quelles bases reposent les actions menées aujourd’hui par l’Etat d’Israël. Il s’agit en fait d’un long processus… » Amen, si c’est le Livre qui le dit !

ORANGE COLLABORE

Créée par des anciens du Mossad en 2014 et basée à Beer-Sheva dans le sud d’Israël, la start-up MORPHISEC ouvre un bureau à Boston en 2016. Page 42 : « en outre, sa croissance a été accélérée et financée notamment par le fonds JVP à Jérusalem, GE Capital, Deutsche Telekom. Depuis le 20 février 2018, ORANGE Digital Ventures a annoncé sa participation au financement de MORPHISEC ». Avec La Maison et Kodem Growth Partners, ORANGE rejoint ainsi les investisseurs historiques de la start-up et prend part à son développement.

Page 43 : « l’investissement de ORANGE Digital Ventures va permettre à MORPHISEC d’accélérer ses réductions de coûts et, en France, d’acquérir un positionnement dans le haut de gamme dans le mobile et l’Internet haut débit (40% du marché français) ». Question : comment MORPHISEC va-t-elle pouvoir suivre l’évolution potentielle de sa valeur, notamment au sein du groupe ORANGE dont il est dit de sa stratégie que « l’Etat français y exerce une forte intervention » ?

Réponse : « l’évolution des tensions avec TF1 à propos de la poursuite de la diffusion des chaînes du groupe TF1 sur les box Orange est un véritable enjeu ; la poursuite des acquisitions dans le secteur de la sécurité, après l’achat du français Lexsi ; le lancement de la banque mobile Orange Bank, avec pour objectifs deux millions de clients et 400 millions d’euros de produit net bancaire à fin 2018 ».

Chaque année à Tel-Aviv, dans la plus grande discrétion, le groupe ORANGE participe à une semaine de colloque consacré à la cybersécurité et au renseignement numérique, touchant évidemment à des secteurs sensibles de la défense nationale. Au sein du groupe ORANGE, cette politique est animée notamment par un certain Luc Bretones2et Roseline Kalifa dont le profil Linkedin indique qu’elle consacre principalement sa vie à des partenariats d’ORANGE en Israël.

Interrogé par nos soins sur ses activités en Israël, ORANGE n’a pas jugé utile de nous répondre, nous renvoyant aux bons soins de l’ambassade d’Israël à Paris ! Vive la communication…

Dans leur plaquette, les trois mousquetaires – qui, décidément fâchés avec l’histoire n’en ratent pas une -, citent aussi lord Alfred Balfour comme un héros de l’Ancien Testament. On ne peut que les renvoyer à la lecture du livre définitif de Philippe Simonnot – Le Siècle Balfour – 1917/20173 -, qui démontre (archives à l’appui) comment Balfour fut l’un des principaux architectes et responsable de la catastrophe qui provoqua l’exil de plus de 800 000 Palestiniens en 1948, avant de servir de référence à un demi-siècle de guerres israéliennes contre ses voisins.

La dernière guerre en date – durant l’été 2006 – contre le Liban fut une vraie déculottée. Le Hezbollah détruisit plusieurs centaines de chars Merkava réputés invincibles, des dizaines d’hélicoptères en donnant quelques fessées aux forces spéciales israéliennes chargées d’enlever Hassan Nasrallah dans la région de Baalbek au nord de la plaine de la Bekaa.

Il est vrai que le Mossad et l’Aman (services du renseignement militaire) ne sont plus ce qu’ils étaient, d’autant que les soldats startupers passent plus de temps sur leurs portables à parler aux copains et copines qu’à faire la guerre. Désolant, mais vrai.

Et, à cette glorieuse occasion qui prétendait alors ramener le Pays du Cèdre à l’âge des cavernes, la hiérarchie militaire israélienne découvrit avec stupeur que ses soldats startupers fumaient plus de pétards que les junkies de Brooklyn…

ESSENTIALISME D’UN MODELE « CYBERLIBERTARIEN »

Au terme de notre édifiante lecture symptômale, on se demande encore comment ce florilège de propagande et de contresens historiques a pu être édité. Page 121 : « dans ‘guerres et contre-guerres’ de Alvin et Heidi Toffler, ces derniers dévoilent que les Etats-Unis d’Amérique ont planifié un renouveau stratégique sur la base des progrès techniques induits par les nouvelles technologies du savoir, mais aussi par l’exemple de Tsahal (NDLR : l’armée israélienne) pendant la guerre du Kippour ». Ca, c’est quand même la meilleure ! En octobre 1973, les forces égyptiennes et syriennes percent les lignes israéliennes dans le Sinaï et sur le plateau du Golan. Sans l’organisation – en catastrophe – d’un pont aérien par les Etats-Unis, la transmission de renseignements militaires stratégiques américains et la trahison de Sadate, la vaillante « armée israélienne de défense » était cuite et recuite. Comme souvent, Washington sauva donc la mise à Tel-Aviv par de nouvelles livraison d’armes, instaurant un versement annuel d’aide civilo-militaire de plus de 3 milliards de dollars.

Mais aux yeux de nos trois zélateurs, ces précisions ne sont sûrement que des détails de l’Histoire parce que la seule grande leçon à retenir est bien que : « la mondialisation fait partie intégrante de l’histoire de ce jeune pays. Israël a toujours eu une vision globale et l’économie et des échanges… »

Mais conclusion finale de nos trois starto-penseurs est des plus paradoxales. D’un côté, ils nous disent que « l’objectif du sionisme est de donner ou de rendre (NDLR : sic) aux Juifs un territoire perdu (NDLR : re-sic) depuis l’Antiquité et les royaumes hasmonéen et hérodien » et de l’autre ils s’émerveillent de « l’a-territorialité » hors-sol de l’Etat israélien plus mondialisé que tout autre. Faudrait savoir !

En s’appuyant sur le « Tikkoum Olam », la « philosophie porteuse de la singularité technologique », les trois rigolos finissent par nous vendre un modèle « cyber-libertarien » selon, – je cite – « une philosophie politique pour laquelle une société juste est une société dont les institutions respectent et protègent la liberté de chaque individu d’exercer son plein droit de propriété sur lui-même ainsi que les droits de propriété qu’il a légitimement acquis sur des objets extérieurs » ! Fort de cette idéologie en bois et en suivant le « Tikkoum Olam », il s’agit en définitive de réparer, sinon d’augmenter l’humain !

Avec Israël, nation pionnière du transhumanisme, à terme, on va « réparer nos organes, à des échelles de plus en plus petites, modéliser et changer notre ADN, réparer nos cellules, créer des organes artificiels entier et mettre des implants électroniques ». Bref, qu’est-ce qu’on va se marrer…

Conclusion, et comme tout le reste c’est écrit à la charrue : « ainsi Israël ne peut se contenter d’être un Etat souverain, il doit aussi se déployer en peuple nation, au travers, notamment de communautés imaginées ». Bien-sûr, le message s’adresse aussi aux femmes et aux enfants des Territoires palestiniens occupés. Inch’Allah…

QUE L’ECOLE DE GUERRE ECONOMIQUE SE RESSAISISSE !

En définitive, une telle « conférence » des trois mousquetaires (qui a dû faire se retourner Aristote dans sa tombe) et la lecture de leur opuscule ne peut qu’amener sur une sage mise en garde : lorsqu’on parle de la Terre promise, il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages… Toujours est-il que les courageuses VA-Editions auraient du mieux relire le manuscrit avant de le mettre en fabrication. Personnellement, on pense avec tristesse aux écureuils expulsés des arbres abattus pour faire la pâte à un tel papier…

Rien d’étonnant à ce que la dernière livraison de la revue Challenges4 fasse sa couverture avec la photo d’un ahuri barbu arborant un sourire niais, casquette de baseball vissée sur la tête, barrée du titre : « Israël, le modèle mondial de la tech – Les Français qui ont réussi ». En revanche, il est assez piquant de voir la même entreprise de propagande relayée par d’anciens extrémistes armés repentis. Peut-être est-ce une partie du prix à payer pour s’acheter leur nouvelle vertu ? Les connaisseurs apprécieront…

Mais qu’une Ecole de guerre économique – qui prétend former les jeunes cadres de l’intelligence économique française – s’adonne ainsi à la banalisation subjuguée d’un régime d’apartheid sous couleurs de nouvelles technologies, constitue une imposture parfaitement lamentable… Ressaisissez-vous les amis, vous en avez les capacités !

Malgré tout, bonne semaine et bonne lecture.

A la semaine prochaine.

Richard Labévière

25 mars 2019

Proche et Moyen-Orient.ch

http://prochetmoyen-orient.ch/quand-lecole-de-guerre-economique-relaie-la-propagande-israelienne/

Notes

1 GAFAM est l’acronyme des géants du Web : Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft.

2 Luc Bretones travaille pour le groupe Orange depuis 1997. En juillet 2013, il prend la direction du Technocentre du groupe, puis en octobre 2013 d’Orange Vallée. Il est administrateur des sociétés SoftAtHome et La cité de l’objet connecté d’Angers. Il est également président de l’association de bénévoles Orange solidarité. Spécialisé dans le business des nouvelles technologies, Luc Bretones est administrateur de divers think tanks, comme l’institut G9+ ou encore Renaissance numérique.

3 Philippe Simonnot : Le Siècle Balfour – 1917/2017. Editions Pierre-Guillaume de Roux, mars 2018.

4 Challenges – numéro 600, du 7 au 13 mars 2019.

Palantir, Huawei, Kaspersky: le cri d’alarme d’un ancien de la DGSE sur la cybersécurité. Par Vincent Lamigeon

 

24.avril.2019 // Les Crises

Palantir, Huawei, Kaspersky: le cri d’alarme d’un ancien de la DGSE sur la cybersécurité. Par Vincent Lamigeon

Merci241

Source : Challenges, Vincent Lamigeon, Gilles Fontaine, 23-03-2019

INTERVIEW – Fondateur de la direction technique de la DGSE, Bernard Barbier, désormais consultant en cybersécurité, dresse un diagnostic sans concession de la dépendance européenne aux nouveaux acteurs du type Palantir ou Huawei. Il appelle à la contre-attaque.

Dans le petit monde du renseignement et de la cybersécurité, son nom est une légende. Centralien passé par le CEA, ancien patron du prestigieux LETI de Grenoble, Bernard Barbier est surtout le fondateur de la direction technique de la DGSE, l’équivalent français de la NSA. Cette division, sur laquelle la dernière saison du Bureau des légendes a jeté un coup de projecteur, est désormais forte de 2.300 agents. Après quatre ans chez Capgemini comme responsable de la cybersécurité, il a créé son cabinet de conseil, BBCyber, pour aider les grands groupes et les start-up de la “cyber” à répondre à la concurrence américaine, chinoise ou israélienne. A quelques jours du sommet des start-up de Challenges, où il interviendra sur le thème de l’IA, Bernard Barbier dresse un diagnostic sans concession de la dépendance européenne aux acteurs comme Palantir, Huawei, Kaspersky ou aux nouveaux champions américano-israéliens du secteur cyber, dans une interview exclusive à Challenges.

Challenges – Entre le poids des GAFA et l’arrivée de nouveaux acteurs de la tech comme Palantir ou Huawei, l’Europe est-elle une colonie numérique des géants américains et chinois ?

Bernard Barbier – Le terme peut choquer, mais il n’est pas loin de la vérité. L’Europe a raté plusieurs virages technologiques, dans les réseaux télécoms, l’analyse big data, le cyber. Il y a urgence à se ressaisir. Je soutiens résolument l’initiative JEDI, qui vise à la création d’une agence d’innovation de rupture, franco-allemande, sur le modèle de la Darpa américaine.

Le débat fait rage pour savoir s’il faut accepter les équipements du chinois Huawei sur les réseaux 5G européens. Un boycott serait-il justifié ?

La montée en puissance de Huawei pose effectivement un vrai problème de souveraineté pour l’Europe. En dix ans, les Chinois ont réussi à changer la donne sur les réseaux télécoms. Ils y ont mis les moyens, avec 80.000 salariés dédiés à la R&D chez Huawei. Résultat : ils ont largué les acteurs européens comme Nokia et Ericsson, et devancent même technologiquement les acteurs américains. Pour autant, il ne faut pas se raconter d’histoires : l’Europe dépendait déjà des acteurs américains pour ses réseaux. On passe d’une dépendance à Cisco à une dépendance à Huawei. Dans les deux cas, nous avons perdu notre souveraineté numérique.

Ce retard européen est-il rattrapable ?

Il faut être réaliste : on ne rattrapera pas Huawei en un jour. Il faut donc mener deux chantiers en parallèle. D’abord, si on intègre des équipements Huawei dans les réseaux 5G européens, il faut développer une couche logicielle pour éviter les risques d’espionnage ou de fuite de données. C’est la stratégie du Royaume-Uni, qui a créé en 2014 un laboratoire commun avec Huawei, le Huawei Cyber Security Evaluation Centre (HCSEC), chargé d’analyser et de corriger les failles des systèmes Huawei. On pourrait s’inspirer de cette stratégie pour bâtir ce que j’appelle une “5G de confiance”. Deuxièmement, il faut dès à présent commencer à travailler sur la 6G, ce que font déjà les Américains sous la pression de Donald Trump. Rien ne serait pire que de faire ce que font les autres avec dix ans de retard, il faut innover et aller vers le futur, pas vers le passé.

Côté cybersécurité aussi, beaucoup s’inquiètent d’une marginalisation de l’Europe face aux acteurs américains, israéliens ou russes…

Ils ont raison ! Il y a un vrai risque que l’Europe disparaisse du secteur cyber. Le tandem Etats-Unis-Israël est en train de prendre toute la place, avec de nouveaux géants comme l’israélien Team 8. Cet incubateur de start-up créé, comme souvent, par des anciens de l’unité 8200 (l’unité de renseignement électronique de Tsahal, la NSA d’Israël), est en train de créer de très nombreuses entreprises innovantes. Ils ont même recruté l’ancien patron de la NSA, Michael Rogers… Les pépites de Team 8 deviennent les licornes de la cyber, comme Claroty, une société américano-israélienne qui mène un lobbying intense en France, ou Cyber-Ark. L’alliance de la puissance financière des fonds américains et du savoir-faire israélien en matière de cyber est redoutable : il se crée des dizaines de start-up cyber, qui ont accès à des moyens financiers considérables.

Faut-il avoir peur du russe Kaspersky, qui a été banni des instances fédérales américaines ?

La question est de savoir si un groupe russe, même privé, peut vraiment être indépendant du Kremlin… Je n’en suis pas persuadé. Mais le risque de “backdoors” n’est pas plus important sur les logiciels russes que sur les logiciels américains, israéliens ou chinois. D’où la nécessité de réinvestir massivement dans la cybersécurité en Europe.

Que peut faire concrètement l’Europe ?

Il faudrait lever un fonds d’investissement franco-allemand dans la cyber, de l’ordre de 400 à 500 millions d’euros. Il y a actuellement plusieurs projets de fonds en France, l’idéal serait de les fusionner. Il faut absolument éviter une concurrence franco-française.

La DGSI et Airbus utilisent les logiciels d’analyse big data de l’américain Palantir, qui s’était lancé avec le concours financier de la CIA. Est-ce une erreur ? Faut-il créer une alternative européenne ?

Rappelons d’abord que si la DGSI a choisi Palantir, c’est parce qu’il n’y avait aucune alternative française et que dans la situation de la France, il y a deux ans, c’était une faute grave de ne pas le faire. Ni les start-up, ni des grands groupes n’ont pour l’instant assemblé dans un logiciel unique toutes les technologies nécessaires. Tout n’est pas perdu pour autant : il est bien plus facile de développer un Palantir européen aujourd’hui qu’il y a dix ans, car beaucoup de briques logicielles sont désormais en open source. Je pense qu’il est possible d’atteindre un niveau technologique comparable à celui de Palantir en deux ou trois ans, si on y met les moyens humains et financiers. On peut déjà s’appuyer sur des acteurs prometteurs, comme les start-up françaises Saagie, Flaminem.

Vous restez donc confiant ?

On a su développer les meilleures technologies mondiales dans le nucléaire, l’aéronautique, les nanotechnologies : l’exemple de la formidable réussite de MINATEC à Grenoble m’a beaucoup marqué. Il n’y a aucune raison de ne pas y arriver dans la tech : nous avons les cerveaux, les ingénieurs, et, au niveau européen, les moyens financiers. Arrêtons de pleurer, retroussons nos manches et agissons !

Propos recueillis par Vincent Lamigeon et Gilles Fontaine

Source : Challenges, Vincent Lamigeon, Gilles Fontaine, 23-03-2019

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

La taxe GAFA, symptôme de l’impuissance européenne

La taxe GAFA, symptôme de l’impuissance européenne

La taxe GAFA est devenue l’arlésienne de l’Europe. Pourtant, l’ambition d’une imposition harmonisée des géants du web s’est érigée comme un enjeu crucial pour l’unité européenne. Bruxelles ne se veut en ce sens pas défaitiste, ayant proposé en 2018 un panel de politiques volontaristes. Cette aspiration n’est-elle cependant pas vouée à rester de l’ordre du fantasme tant l’omnipotence des GAFA semble grande ?

Un aperçu de Bruno le Maire, promoteur français de la taxe GAFA nationale
Le Ministre de l’économie français Bruno le Maire, défenseur du projet national de taxe GAFA

L’Europe est une terre des possibles pour les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple). C’est du moins ce dont témoignent ces derniers au travers de pratiques d’optimisation fiscale, ayant occasionné une véritable guerre de position face à Bruxelles. En 2017, Google ne s’est par exemple acquitté que de 14,1 millions d’euros au fisc français, pour un chiffre d’affaires de 325 millions d’euros. Pire encore, Apple n’a reversé que 19,1 millions d’euros pour 800 millions de chiffre d’affaire. Malgré l’unité affichée, l’Union européenne a pourtant constitué un terreau fertile à ces pratiques. Chaque état membre peut en effet pratiquer une fiscalité souple pour renforcer son attractivité dans une optique de concurrence intra-européenne.

L’Europe s’est retrouvée prise dans son propre piège. Forts de ce constat, les états membres ont donc fait le pari d’une harmonisation fiscale à échelle continentale : la taxe GAFA. La Commission européenne a dans cette optique dévoilée, le 21 mars 2018, son projet de Taxe sur les services numériques. Celle-ci entend une imposition à hauteur de 3% du chiffre d’affaire des entreprises, et non plus des bénéfices, pour 5 milliards d’euros de gains potentiels annuels.

GAFA et taxe GAFA, creusets de la désunion européenne ?

La taxe GAFA est pourtant un échec aussi fulgurant que cuisant. La Suède, le Danemark et la Finlande opposent dès juin 2018 une fin de non-recevoir au projet, soulignant des externalités néfastes. La réalité met cependant en lumière une situation plus délicate. Ainsi, certains états sont devenus pleinement dépendants de l’activité des GAFA. Le Danemark et la Suède accueillent les data centers de Facebook, quand l’Irlande est redevable envers Apple. Sa filiale de Cork a notamment généré 6000 emplois et dynamisé l’économie locale. De plus, Malte, le Luxembourg et les Pays-Bas tirent profit des activités de holding des GAFA implantées sur leurs territoires.

Face à la primauté parfois forcée des intérêts particuliers, la France se veut à l’inverse pugnace. Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, a en ce sens promu une taxe GAFA nationale, adoptée par la Commission de l’Assemblée et très prochainement soumise au vote. Une initiative néanmoins isolée et sujette à critiques. Le ton est notamment monté avec Washington, le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo exhortant Paris à ne pas choisir cette voie.

Les GAFA sont-ils devenus plus puissants que l’Europe ?

Infographie GAFA

Sources :

AFP – L’EXPRESS, La France veut lancer sa taxe GAFA malgré les résistances américaines, L’Express, 5 avril 2019

DANIEL Justine, Qu’est-ce que la taxe GAFA ? Toute l’Europe, 8 avril 2019

FABRE Thierry, Taxe Gafa : l’Europe sur le point d’échouer à cause de ses divisions, Challenges, 1erdécembre 2018

POINGT Guillaume, Combien d’impôts paient les GAFA en France et comment l’État va-t-il les taxer ? Le Figaro, 5 janvier 2019

TAYLOR Charlie, Apple’s secretive Cork facility opens up – to an extent, The Irish Times, 11 janvier 2018

About Antoine Vandevoorde

Antoine Vandevoorde est analyste en stratégie internationale, titulaire d’un Master 2 Géoéconomie et Intelligence stratégique de l’IRIS et de la Grenoble Ecole de Management depuis 2017. Ses domaines de spécialisation concernent la géopolitique du cyberespace, les relations entreprises – Etats, l’intelligence économique et l’Afrique. Il est rédacteur aux Yeux du Monde depuis mars 2019.

Intelligence artificielle : la compétition mondiale est lancée

Intelligence artificielle : la compétition mondiale est lancée

En seulement quelques années, l’intelligence artificielle (IA) s’est imposée comme un enjeu stratégique impératif pour les grandes puissances. Les Etats-Unis, la Chine et l’Europe multiplie les initiatives. Les multinationales ne sont pas en reste et investissent massivement dans la recherche. Ces avancées technologiques sont à l’origine de phénomènes nouveaux tels que la cyber-colonisation.

Intelligence artificielle
L’encadrement des technologies de l’IA sera crucial pour leur développement futur.

Dans le domaine de l’IA, les Etats-Unis et la Chine s’affrontent pour obtenir le rôle de leader. Cette rivalité est illustrée par la décision américaine, en 2017, de lancer une enquête contre Pékin. Les accusations se portent sur des pratiques commerciales déloyales en matière de propriété intellectuelle, particulièrement dans le domaine technologique. Si Washington domine largement le marché de l’IA, les investissements chinois augmentent d’année en année. De plus, en 2017, le gouvernement chinois a fait vœu de devenir le leader mondial de l’IA d’ici à 2030. Ces ambitions affichées ont poussé le président Donald Trump à signer, en février dernier, un décret présidentiel encourageant la recherche technologique.

Dans cette course à l’IA, l’Europe fait figure de retardataire. En effet, les gouvernements européens ont lancé des initiatives individuelles, qui, bien qu’innovantes, ne parviennent pas à rivaliser avec la taille des programmes chinois et américain. Pour pallier cet écueil, la Commission Européenne a présenté, en décembre 2018, un plan coordonné avec l’objectif d’investir 1,5 milliards d’euros d’ici à 2020.

Le champ de l’IA est également massivement investi par le secteur privé. Les GAFAM américains et les BATX chinois, qui représentent les entreprises du numérique les plus dynamiques des deux puissances, dépensent des sommes astronomiques dans le développement de nouveaux projets. Certains pourvoyeurs dénoncent un monopole inquiétant et de potentiels dérives quant à l’utilisation des données recueillies. Cédric Villani, le député en charge de l’IA en France, est allé jusqu’à parler de « cyber-colonisation » en Afrique, où les géants technologiques captent des ressources sans les réinvestir à l’échelle locale.

L’utilisation de ces nouvelles technologies pose parfois des problèmes éthiques. Ainsi, dans le cadre de son programme de notation de la population, la Chine a créé un logiciel de reconnaissance faciale qui scrute les visages de milliards de passants. Plus préoccupant encore, Pékin exporte ses inventions. Elles sont tout particulièrement appréciées des dirigeants autocratiques. Parmi d’autres, le Zimbabwe a joué le rôle de terrain d’essai pour ce logiciel de surveillance.

Les technologies de l’IA ont connu une émergence fulgurante et leurs usages demeurent encore peu encadrés. La compétition mondiale engendrée par ces innovations pourrait accélérer ce processus désorganisé, si les gouvernements ne s’attachent pas à les encadrer.

Infographie intelligence artificielle

Sources

https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/geopolitique_de_lintelligence_artificielle.pdf

https://www.usinenouvelle.com/editorial/bruxelles-pousse-l-europe-de-l-intelligence-artificielle.N781404

https://theconversation.com/china-is-catching-up-to-the-us-on-artificial-intelligence-research-112119

https://www.nytimes.com/2017/07/20/business/china-artificial-intelligence.html

 

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/40090-intelligence-artificielle-la-competition-mondiale-est-lancee

Il faut accorder l’asile constitutionnel à Edward Snowden


Gage Skidmore – Flickr

Il faut accorder l’asile constitutionnel à Edward Snowden

AVRIL 2019

Edward Snowden a risqué sa vie pour dénoncer un système de surveillance généralisé. Réveillant notre tradition révolutionnaire et suscitant l’enthousiasme des jeunes générations, il mérite l’asile constitutionnel qui, à la différence de l’asile politique, ne requiert pas la présence préalable sur le territoire.

Le 6 décembre dernier, vous avez organisé une conférence en présence d’Edward Snowden en direct de Russie[1]. Qu’avez-vous retenu de cette rencontre ?

Cette conférence était réservée aux étudiants, aux personnels et aux enseignants de l’université Paris I Panthéon Sorbonne. Elle avait été annoncée à l’avance et les inscriptions avaient été ouvertes à une heure et une date précise. Au bout de trois minutes, l’amphithéâtre de 500 places était rempli ; 11 000 personnes se sont ensuite inscrites sur la liste d’attente. Cette présence et cet enthousiasme, exprimés durant les échanges, dont la grande qualité a bénéficié des questions très pertinentes des étudiants, ont révélé qu’Edward Snowden est, comme l’a titré le Financial Times quelques semaines plus tard en rapportant cette conférence, le héros de cette génération d’étudiants français et européens, les millenials[2].

Nous entrons dans une société dans laquelle nous sommes
en voie d’être
complètement aliénés.

Au cours des débats, Edward Snowden a démonté et dénoncé l’atteinte portée à nos libertés individuelles par la surveillance généralisée pratiquée d’abord par les services de renseignement américains, puis par des entités privées, les Google, Amazon, Facebook et Apple (Gafa). Aujourd’hui, lorsque nous parlons en laissant nos téléphones portables allumés, différentes structures, publiques ou privées, peuvent avoir connaissance de ce que nous disons. Cela a des conséquences réelles, conscientes et inconscientes, sur nos actes. Notre spontanéité de parole va être entravée par ce risque d’être écouté, de devoir se méfier de nos téléphones et de nos ordinateurs. Nos démocraties libérales sont confrontées aujourd’hui à la surveillance de masse qu’elles ont, paradoxalement, combattue dans les régimes totalitaires au moment de la Seconde Guerre mondiale et tout au long de la guerre froide. Certes, nous ne sommes pas dans des régimes de cette nature et nos États ne déportent pas les citoyens au Goulag ou dans des camps d’extermination. Il n’empêche que les prévisions de Georges Orwell sont en train de se réaliser. Nous entrons dans une société dans laquelle nous sommes en voie d’être complètement aliénés.

En juin 2013, Edward Snowden a révélé au monde l’existence de programmes de surveillance administrés dans le plus grand secret par les agences de renseignement américain. Il a par la suite démontré que ces programmes de surveillance, loin d’être orientés exclusivement vers la prévention du terrorisme, servaient d’autres objectifs, comme par exemple le renseignement économique. Depuis lors, il a évolué vers une critique plus générale des plateformes numériques. Quels aspects de ces révélations vous semblent les plus préoccupants ?

Les Gafa utilisent les données que nous envoyons avec nos appareils électroniques et nos conversations pour produire des données qui vont mobiliser notre attention. À la fin du xixe siècle, ère du fordisme, le corps humain était asservi à des activités professionnelles. Aujourd’hui, c’est le temps d’attention disponible que l’on exploite et que l’on réduit ; c’est le cerveau que l’on essaie d’enfermer, par des manipulations subtiles de langage et le martèlement d’informations. C’est le combat contre cette aliénation que nous devons mener.

Edward Snowden est d’abord quelqu’un qui a risqué sa vie pour rendre ce système public. Depuis, il est devenu un guide intellectuel qui le combat au nom de nos libertés. En dehors de lui, on constate une mobilisation très insuffisante des acteurs politiques et sociaux, français, européens, voire mondiaux puisqu’il s’agit d’un problème mondial, pour réguler et réorganiser les pouvoirs de ces plateformes numériques de telle façon que nos droits fondamentaux à la liberté de nous exprimer, de penser, de parler, de partager soient complètement garantis et protégés.

Edward Snowden
doit être libéré pour guider
la jeunesse européenne.

Ce qui était formidable lors de cette conférence, c’était de voir que le combat d’Edward Snowden semble avoir été compris et fait sien par la nouvelle génération. On pourrait la croire séduite, voire embrigadée par les Gafa, c’est peut-être justement elle qui va être capable de se soulever afin de réguler leurs usages. À la fin de la conférence, Edward Snowden explique que ce combat nécessite des réformes profondes et qu’à défaut, il faudra mener une révolution. Chef de file potentiel de ce grand mouvement de réforme, il est pour l’instant enfermé à Moscou pour sa propre protection : il doit être libéré pour guider la jeunesse européenne dans cette lutte. S’il pouvait nous rejoindre de facto comme citoyen européen, il soutiendrait et animerait la mobilisation sociale et politique au sens noble du terme dont nous avons besoin, non pas au service d’un parti mais de nos libertés. Des milliers de jeunes seront prêts à se mobiliser pour cette cause le jour où il arrivera en France. Cela créera une dynamique sans précédent.

À l’été 2013, à la suite de ses révélations, Edward Snowden s’est vu retirer son passeport américain, bloqué dans la zone de transit de l’aéroport de Moscou, puis accueilli à titre temporaire en Russie, où il réside depuis lors. En juin 2014, il a souhaité demander l’asile politique dans plusieurs pays d’Europe, dont la France, mais il en a été dissuadé. Vous avez alors fait partie d’un comité de soutien déterminé à appuyer cette demande[3]. Pouvez-vous expliquer le sens de votre mobilisation ?

Je n’ai pas été sensibilisé et donc mobilisé tout de suite. Mais, grâce à ces révélations, j’ai pris conscience du monde dans lequel nous vivons, gouverné par ce système de surveillance généralisée. C’est alors que j’ai compris l’ampleur du combat d’Edward Snowden. J’ai donc ressenti comme une dette à son égard.

Alors que se profilait le premier anniversaire de son départ, j’ai été contacté par un journaliste de l’Express qui m’a proposé de signer une pétition adressée à François Hollande, alors président de la République, intitulée « Accordez l’asile politique à Edward Snowden[4] »Elle s’inscrivait dans le cadre de l’asile de la Convention de Genève de 1951, qui prévoit que le statut de réfugié politique peut être accordé à toute personne «persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques». Cette protection ne peut s’appliquer que lorsque la personne requérant l’asile est déjà entrée sur le territoire national. Elle n’oblige pas les États signataires à accueillir et à traiter la demande d’asile d’une personne qui se trouve à l’extérieur. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il n’y pas d’obligation légale d’accueil à l’égard de tous les demandeurs d’asile ayant fui de pays comme la Syrie ou la Libye. Les États doivent traiter la demande une fois que la personne se trouve sur leur territoire, et à condition, en application du règlement européen Dublin III du 26 juin 2013, qu’elle ne soit pas passée d’abord par un autre pays d’Europe. Edward Snowden s’est vu refuser par la France l’entrée sur son territoire pour y déposer une demande d’asile, il ne peut prétendre au statut de réfugié politique prévu par la Convention de Genève de 1951.

Mais la France dispose d’une procédure de protection exceptionnelle, prévue à l’article 4 du préambule de la Constitution française du 27 octobre 1946, qui énonce que «tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a le droit d’asile sur le territoire de la République». Cet asile constitutionnel, transcrit dans la Constitution de 1958, est devenu effectif et porteur de droits après le rapport que j’ai remis à Lionel Jospin et à Jean-Pierre Chevènement à l’été 1997[5], permettant son inscription dans la loi du 11 mai 1998 relative à l’entrée et au séjour des étrangers en France et au droit d’asile. Depuis, des dizaines de combattants – journalistes, militants des droits humains, artistes – persécutés pour leur lutte en faveur de la liberté ont pu bénéficier de l’asile constitutionnel en France.

Cette procédure est en un sens plus restrictive que celle prévue par la Convention de Genève de 1951, puisqu’elle prévoit de protéger des personnes en raison de ce qu’elles font activement et non de ce qu’elles sont. L’asile constitutionnel protège des acteurs du combat pour la liberté, et qui sont persécutés pour ce combat, soit peu de personnes. En revanche, il est aussi plus souple en ce qu’il n’est écrit nulle part qu’il impliquerait la présence en France du demandeur persécuté. Quand on se réfère aux débats constitutionnels de la première et de la seconde Assemblées constituantes en 1946, on constate en effet que le constituant s’adressait à des personnes se trouvant en dehors de nos frontières, pour leur signifier que la France leur offrirait dorénavant la protection que leur combat pour la liberté mérite, dans les cas où ils seraient en danger.

Notre Constitution offre donc une place spéciale à Edward Snowden en France. Si l’asile de la Convention de Genève a pu lui être refusé, il peut en être différemment de l’asile constitutionnel ; car jusqu’à présent, le Conseil d’État, juge en cassation de toutes les procédures d’asile rejetées par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), puis par la Cour nationale du droit d’asile (Cnda), n’a jamais stipulé que le demandeur d’asile constitutionnel devait être en France pour faire sa demande.

Edward Snowden pourrait donc déposer aujourd’hui une nouvelle demande d’asile en France, avec de meilleures chances de réussite ?

Effectivement, aujourd’hui toutes les conditions sont réunies pour qu’il entame cette démarche. L’Ofpra, puis le juge d’appel en cas de refus, enfin le juge de cassation, qui rend la justice au nom du peuple français, auront à décider de sa demande d’asile constitutionnel en raison de son combat pour la liberté, s’il décide de la déposer. Ce serait une démarche puis une décision de portée capitale, et du point de vue de la jurisprudence sur l’asile, et du point de vue de l’indépendance des juges qui sera mise à l’épreuve.

Mais les juges, qui ont, comme tous les citoyens, découvert cette surveillance de masse, tiennent compte des principes qui ont fondé les textes qu’ils ont en charge d’interpréter et du contexte, dans leur appréciation souveraine. Or, justement, le contexte a changé : Snowden était quasi seul il y a cinq ans, tandis qu’aujourd’hui, le Parlement et la Cour de justice de l’Union européenne ont intégré dans leurs décisions les leçons qu’il nous a permis d’apprendre sur les Gafa. La situation politique aux États-Unis a aussi changé. Lors de la conférence du 6 décembre dernier, Edward Snowden a d’ailleurs exprimé son espérance de venir à Paris.

L’issue de sa demande éventuelle reposerait sur la mobilisation des juristes et de l’opinion ; il faudrait un grand mouvement citoyen pour demander qu’on lui accorde l’asile, afin de prévenir toute immixtion du gouvernement dans la procédure. Au cours de celle-ci, devront être déterminés si Edward Snowden a combattu pour la liberté au sens de l’article 4 du préambule de 1946, ce qui est indiscutable à mon sens, et s’il est persécuté, ce que je pense aussi, par les États-Unis. Elle devra enfin trancher la question de savoir s’il peut demander l’asile constitutionnel depuis l’étranger. Je déduis de la récente jurisprudence du Conseil d’État que cela est possible.

Edward Snowden est un cas particulier, tant pour ce qu’il a révélé qu’en raison de sa personnalité et de son aptitude à formuler les motivations profondes de son action. Peut-on néanmoins faire le lien entre son geste et celui de multiples autres lanceurs d’alerte, qui ont agi dans des domaines très différents ? Dans son film documentaire Meeting Snowden (2016), Flore Vasseur filme une rencontre entre Edward Snowden, le juriste américain Lawrence Lessig, très engagé dans la lutte contre la corruption politique aux États-Unis, et la fondatrice du Parti pirate en Islande, Birgitta Jónsdóttir, au cours de laquelle ils s’accordent sur la nécessité de défendre les libertés fondamentales. Voyez-vous se dessiner un mouvement d’individus courageux, capables de s’unir à travers les frontières pour restaurer la démocratie ?

Dans la conférence du 6 décembre 2018, Edward Snowden a déclaré : «Nous vivons dans un monde que nous n’avons pas choisi, et sur lequel nous sommes en train de perdre le contrôle.» C’est effectivement ce qui se passe. Edward Snowden porte à ce titre un mouvement qui s’inscrit dans la tradition révolutionnaire française. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 énonce, dans son article 2, que «le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression». Cet article, souvent oublié, doit aujourd’hui être relu et réactivé. La liberté de conscience et la liberté d’expression sont des droits naturels et imprescriptibles de chaque être humain, auxquels le développement actuel des technologies porte atteinte. La résistance à l’oppression qu’il symbolise nous est également un droit naturel et imprescriptible, affirmé dans la Déclaration qui fonde les institutions françaises depuis la Révolution. Le combat d’Edward Snowden s’inscrit donc au cœur de notre histoire et la réveille.

Pour résister à l’oppression d’aujourd’hui, il faut fonder une association internationale entre les citoyens d’Europe mais, au-delà, de nombreux pays, car ce système de surveillance fonctionne à l’échelle mondiale. Edward Snowden incarne ce mouvement. Il est américain, exilé en Russie depuis 2013. Avant d’y atterrir, il a choisi de se défaire de toutes ses données, en les transmettant à des journalistes américains et britanniques (Laura Poitras, Glenn Greenwald et Ewen MacAskill), qui ont agi avec un grand sens des responsabilités en rendant certaines données anonymes et en ne révélant pas le contenu d’écoutes qui auraient pu mettre certaines personnes en danger. Ils ont cherché à avoir une influence politique au sens noble du terme, en révélant que des dirigeants comme Angela Merkel, François Hollande ou Lula étaient écoutés. C’était en quelque sorte le début de ce combat politique à l’échelle mondiale, qui est nécessaire et vital. Cette lutte s’inscrit dans une longue histoire. Il faut considérer le rôle d’Edward Snowden dans un esprit de retour à nos valeurs fondamentales. Par son combat, il est devenu comme un héraut mondial qui nous encourage à relever, haut, le drapeau de la liberté. La France, avec l’article 2 de sa Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, a la possibilité de se placer à la disposition et en tête de ce combat ; elle le mènera mieux si elle l’accueille au plus vite.

 

[1] - Patrick Weil, William Bourdon, Paul Cassia et Judith Rochfeld, « Visioconférence avec Edward Snowden », http://www.pantheonsorbonne.fr, 6 décembre 2018.

[2] - Simon Kuper, “Edward Snowden and the millenial conscience”, Financial Times, 23 janvier 2019.

[3] - Patrick Weil, « Edward Snowden a le droit d’asile en France », Le Monde, 3 juin 2014.

[4] - « François Hollande, accordez l’asile politique à Edward Snowden », http://www.change.org, juin 2014.

[5] - Patrick Weil, Mission d’étude des législations de la nationalité et de l’immigration: rapports au Premier ministre, Paris, La Documentation française, décembre 1997.

 

https://esprit.presse.fr/article/patrick-weil/il-faut-accorder-l-asile-constitutionnel-a-edward-snowden-42032

Le blocage persiste sur la taxation européenne des GAFA

Le blocage persiste sur la taxation européenne des GAFA

epa07343186 Le ministre français à l’Économie et à la Finance, Bruno Le Maire, et son homologue suédoise, Magdalena Andersson, lors d’une conférence de presse après leur rencontre Stockholm, en Suède, le 4 février 2019. [EPA-EFE/NAINA HELEN JAMA]

Le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, regrette la persistance d’« obstacles importants » à un compromis européen sur la taxation des géants du numérique, quelques pays, dont la Suède, plaidant pour un accord international plus large.

« Il reste des obstacles importants à franchir mais ils ne sont pas infranchissables, c’est une question de bonne volonté, de sens du compromis », a déclaré le ministre à l’AFP à l’issue d’un entretien avec la ministre suédoise des Finances, Magdalena Andersson, à Stockholm, le 4 février.

Les pays européens discutent depuis l’an dernier d’une directive présentée par la Commission de Bruxelles qui prévoit la mise en place d’une taxe sur le chiffre d’affaires des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), le temps qu’une solution soit négociée à l’échelle mondiale.

La France, à l’origine de cette proposition, espérait faire approuver cette directive avant le 31 décembre.

Pourtant, plusieurs pays européens – comme la Suède, l’Irlande et le Danemark – s’y opposent, alors que l’unanimité des 28 pays membres de l’UE est requise en matière de fiscalité.

L’UE veut abandonner l’unanimité dans le domaine fiscal

La Commission européenne suggère d’adopter les règles fiscales communes à la majorité qualifiée à terme. Un projet qui doit toutefois être adopté…à l’unanimité.

Pour tenter de sauver un accord, Paris a proposé avec Berlin une version édulcorée du projet, prévoyant l’adoption de la directive européenne au plus tard en mars 2019, pour une entrée en vigueur en 2021.

Cette nouvelle proposition réduit considérablement l’assiette de taxation par rapport à ce qui était prévu puisqu’elle propose de se concentrer seulement sur la taxation de la vente de publicités en ligne, par conséquent essentiellement sur Google et Facebook.

« La France a fait preuve de beaucoup de sens de compromis et j’espère que les […] derniers États qui restent aujourd’hui sceptiques feront aussi un pas dans le sens du compromis », a déclaré Bruno Le Maire.

La Suède souhaite un règlement au niveau de l’OCDE, craignant notamment des mesures de rétorsion contre l’UE en cas de décision unilatérale. Après des années de blocage, les pays de l’OCDE, dont les États-Unis, sont tout récemment convenus de relancer les discussions pour trouver un consensus d’ici 2020.

Pour le ministre français, « la meilleure façon d’obtenir une taxation du digital à l’échelle de l’OCDE, ce qui je crois est l’objectif de la Suède, c’est que nous parvenions d’abord à un accord au niveau européen » qui fera « levier pour accélérer les travaux au niveau de l’OCDE ».

Peu avant les élections européennes de fin mai, un accord des Européens dans ce dossier enverrait selon lui un « signal aux citoyens européens ».

« C’est un rendez-vous de vérité pour l’Europe. Soit elle montre qu’elle est capable de s’unir, soit elle reste divisée et elle sera plus faible », a-t-il averti.

Le Maire lance une nouvelle offensive sur la taxation européenne des GAFA

Un nouveau projet de taxation des services numériques voit le jour, et pourrait être validé d’ici fin mars au niveau européen, assure Bruno Le Maire, ministre des Finances français.

https://www.euractiv.fr/section/economie/news/le-blocage-persiste-sur-la-taxation-europeenne-des-gafa/

Amazon devient la plus grosse société cotée du monde, détrônant Microsoft

Amazon devient la plus grosse société cotée du monde, détrônant Microsoft

Par latribune.fr  |   |  343  mots
(Crédits : Reuters)
Le géant américain du commerce en ligne Amazon est devenu l’entreprise privée la plus chère au monde en ravissant à Microsoft la première place à Wall Street. À la clôture des marchés le 7 janvier au soir, la société valait 797 milliards de dollars.

Lundi soir, la société de Jeff Bezos est devenue pour la première fois le numéro un mondial en termes de capitalisation boursière, devançant Microsoft. Sans actualité particulière mais en profitant d’un regain d’optimisme à Wall Street, l’action d’Amazon s’est appréciée de 3,44% lundi, faisant grimper sa valeur boursière à 797 milliards de dollars. Microsoft, avec ses 783 milliards de dollars, perd ainsi la couronne qu’il avait lui-même dérobée à Apple fin novembre.

La performance d’Amazon est toutefois à relativiser

Pour autant, la valeur de l’entreprise a beaucoup reculé depuis qu’elle est parvenue, début septembre, à dépasser le cap des 1.000 milliards de dollars, quelques semaines après Apple. Le petit libraire en ligne fondé en 1994 marquait ainsi avec brio son ascension en un mastodonte de la distribution sur Internet. L’entreprise est aussi devenue entretemps un géant de l’informatique dématérialisée (« cloud« ), un créateur de produits populaires comme les assistants vocaux intelligents Alexa et le gestionnaire d’une populaire plateforme de musique et cinéma via son service Prime.

Grâce à ce succès, Jeff Bezos est devenu l’homme le plus riche au monde selon le classement établi par le magazine Forbes. Sa fortune était estimée lundi à 135 milliards de dollars.

Mais les entreprises du secteur de la technologie ont beaucoup souffert au cours des derniers mois, affectées comme le reste de la place new-yorkaise par les craintes d’un ralentissement de la croissance mondiale.

Apple alerte les investisseurs d’une baisse de son chiffre d’affaires

Le retour sur terre a parfois été brutal, à l’instar de la dégringolade d’Apple. Le groupe, qui avait déjà lâché près de 40% depuis début octobre, a plongé de 10% supplémentaires le 3 janvier après avoir reconnu que ses ventes au dernier trimestre 2018 seraient moins bonnes que prévu, en raison notamment du ralentissement de l’économie chinoise et d’autres pays émergents.

À 702 milliards de dollars, la marque à la pomme est désormais moins valorisée qu’Amazon, Microsoft et Alphabet, la maison mère de Google (748 milliards).

(avec AFP)

https://www.latribune.fr/technos-medias/internet/amazon-devient-la-plus-grosse-societe-cotee-du-monde-detronant-microsoft-803023.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20190108

Revue de presse nationale et internationale.