Archives pour la catégorie Gaz de schiste

Alors qu’une nouvelle cargaison arrive en France, Total mise gros sur le gaz de schiste américain

ÉNERGIES FOSSILES

Alors qu’une nouvelle cargaison arrive en France, Total mise gros sur le gaz de schiste américain

 PAR OLIVIER PETITJEAN

Un nouveau navire méthanier en provenance des États-Unis arrive en France, porteur d’une cargaison largement issue de l’exploitation du gaz de schiste. Au même moment, le groupe Total annonce un important investissement dans un nouveau projet de gazoducs et de terminal d’exportation de gaz de schiste sur la côte de Louisiane.

Il y a quelques semaines, l’Observatoire des multinationales révélait que la France a commencé à importer du gaz naturel liquéfié américain – en grande partie du gaz de schiste – à partir de l’automne 2018 (lire notre article : Le gaz de schiste américain arrive discrètement en France).

Depuis, ces importations se poursuivent bon train, comme le montrent les chiffres rendus publics par [l’agence étatsunienne d’information sur l’énergie]. Un nouveau navire méthanier, le Oak Spirit, devait accosterce vendredi 5 avril au petit matin au terminal de Montoir-en-Bretagne, en provenance de celui de Sabine Pass aux États-Unis. Un paradoxe alors que la France a interdit depuis huit ans la fracturation hydraulique, et donc l’exploitation du gaz de schiste, sur son propre territoire.

Sur fond de relance du Tafta (lire notre article), les milieux d’affaires ont parié sur le fort développement des exportations du gaz de schiste américain vers l’Europe. Plusieurs dizaines de terminaux méthaniers sont en cours de construction ou en projet sur les côtes du Golfe du Mexique (pour exporter le gaz de schiste extrait au Texas), ainsi que sur la façade Atlantique des États-Unis (pour exporter celui extrait en Pennsylvanie et dans l’Ohio). Les banques françaises, et en particulier la Société générale, sont d’ailleurs étroitement impliquées dans ces projets (lire notre article).

Les géants du pétrole misent sur les exportations de gaz de schiste

C’est aussi un marché sur lequel le groupe Total, comme les autres géants du pétrole, est en train de miser gros. La major française possédait déjà des actifs dans l’exploitation du gaz de schiste dans l’Ohio et au Texas (lire notre enquête). Il a récemment investi dans des nouvelles unités pétrochimiques au Texas. En rachetant les activités GNL d’Engie, il a acquis des parts dans le terminal d’exportation Cameron LNG, sur les côtes de Lousiane. Et enfin et surtout, Total a misé beaucoup d’argent sur l’entreprise Tellurian, spécialisée sur ce créneau de l’exportation du gaz de schiste américain, dont elle détiendrait aujourd’hui environ 25% du capital.

Le groupe français vient d’annoncer qu’il injectait 700 millions de dollars supplémentaires dans Tellurian et notamment dans son projet de terminal d’exportation de GNL de Driftwood, également en Louisiane. Le projet Driftwood LNG, qui comprend le terminal mais aussi un réseau de gazoducs pour faire venir le gaz de schiste extrait au Texas, affiche un coût total de 30 milliards de dollars.

Au final, investir ainsi dans l’exportation du gaz de schiste américain présente probablement un double avantage pour Total. D’abord, certes, se positionner sur un marché en plein développement. Mais aussi s’assurer que la France et l’Europe resteront abreuvées de gaz pour les années à venir, ce qui est nettement moins menaçant pour les intérêts du groupe d’une transition énergétique ambitieuse.

Olivier Petitjean

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Photo : Le terminal de Sabine Pass, par Roy Luck.

http://multinationales.org/Alors-qu-une-nouvelle-cargaison-arrive-en-France-Total-mise-gros-sur-l

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Shell se lance dans le pétrole de schiste en Chine

Finance et marchés

Shell se lance dans le pétrole de schiste en Chine

SHELL SE LANCE DANS LE PÉTROLE DE SCHISTE EN CHINE

Royal Dutch Shell a conclu un partenariat, annoncé lundi, avec la compagnie publique chinoise Sinopec par lequel le groupe anglo-néerlandais va participer aux efforts balbutiants de la Chine pour exploiter ses ressources, potentiellement immenses, en pétrole de schiste. /Photo prise le 30 janvier 2019/REUTERS/Yves Herman YVES HERMAN

par Chen Aizhu

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SINGAPOUR (Reuters) – Royal Dutch Shell a conclu un partenariat, annoncé lundi, avec la compagnie publique chinoise Sinopec par lequel le groupe anglo-néerlandais va participer aux efforts balbutiants de la Chine pour exploiter ses ressources, potentiellement immenses, en pétrole de schiste.

Shell devient ainsi l’un des rares grands groupes pétroliers internationaux à s’aventurer dans le secteur du pétrole de schiste en Chine.

Il a confirmé lundi un accord annoncé auparavant par Sinopec sur une collaboration en vue d’examiner le site de Dongying dans la province orientale de Shandong. Les deux groupes n’ont fourni aucune autre précision.

La Chine a déjà franchi les premières étapes lui permettant d’exploiter ses vastes ressources en gaz de schiste, qui ont contribué l’an dernier à hauteur de 6% à sa production totale de gaz. L’exploitation de ses réserves en pétrole de schiste en est à un stade encore plus précoce en raison, selon les experts, d’une géologie défavorable et de coûts de développement élevés.

Après plusieurs années d’efforts, le pétrole de schiste représente toujours moins de 1% de la production totale de brut de la Chine, dit Angus Rodger, directeur de recherche dans les activités « amont » pour la région Asie-Pacifique chez Wood Mackenzie.

« Le pétrole de schiste chinois a une très faible perméabilité, ce qui signifie une production par puits très faible rendant difficile de parvenir à une viabilité sur le plan économique », a dit de manière anonyme un responsable du secteur des hydrocarbures au sein du ministère chinois des Ressources naturelles.

L’essentiel des ressources chinoises en pétrole de schiste se situent dans l’est du pays, comme les bassins de Songliao et de Bohai Rim, où se trouve le site de Dongying. Les bassins d’Ordos et de Junggar, dans le nord de la Chine, pourraient aussi abriter d’importantes réserves, pensent les experts.

Les réserves en gaz de schiste sont en revanche concentrées dans la province du Sichuan, dans le centre du pays, où Total collabore avec Sinopec. Le groupe français envisage de se lancer aussi à l’avenir dans le pétrole non conventionnel en Chine.

Shell a en revanche renoncé à ses activités d’exploitation de gaz de schiste dans le Sichuan après avoir investi au moins un milliard de dollars sans obtenir de résultats satisfaisants.

(Bertrand Boucey pour le service français, édité par Catherine Mallebay-Vacqueur)

 

https://www.challenges.fr/finance-et-marche/shell-se-lance-dans-le-petrole-de-schiste-en-chine_652768

D’ici 2024, les USA pourraient devenir le principal exportateur mondial de pétrole, ce qui changerait la donne géopolitique

D’ici 2024, les USA pourraient devenir le principal exportateur mondial de pétrole, ce qui changerait la donne géopolitique


L’Agence internationale de l’énergie prévoit que les USA deviennent le principal exportateur mondial de pétrole d’ici 2024.


Par Andrew Korybko – Le 19 Mars 2019 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoElle a émis un rapport, qui attribue cette montée en puissance à« l’incroyable force de l’industrie du gaz de schiste », ajoutant que le phénomène constitue « un jalon majeur qui apportera une plus grande diversité de l’offre sur les marchés ». Le rapport complet de l’agence n’est pas distribué en accès libre, mais il reste possible de tirer les conséquences les plus importantes au niveau de l’industrie énergétique mondiale, et dans les relations internationales en général.

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Les USA se retrouveront en position de défier l’alliance de l’OPEP+, constituée entre la Russie et l’Arabie Saoudite. Cela sera d’autant plus plausible si le Congrès adopte la loi dénommée « NOPEC » d’ici là, ce qui donnerait le droit au gouvernement d’attaquer les Grandes puissances précitées en justice, pour s’en prendre à leur coordination sur le marché du pétrole, et d’aller jusqu’à leur imposer des sanctions en réponse.

Depuis 2017, l’Agence d’information sur l’énergie étasunienne évalue à 37% la part des exportations de pétrole des USA vers le Canada, le Mexique et le Brésil ; ces exportations pourraient s’étendre dans l’hémisphère américain, les USA s’employant à organiser l’autarcie de leur zone du monde, leur stratégie générale s’employant à présent à bâtir leur projet géostratégique de « Citadelle Amérique ». On peut donc s’attendre à voir les USA faire usage de leur tout nouveau statut de superpuissance énergétique pour promouvoir leurs intérêts géostratégiques : cela passerait par une entrée en compétition sur le marché de pétrole avec la Russie et l’Arabie Saoudite pour la conquête des marchés en croissance que constituent l’Europe et l’Asie – on pourrait assister à une baisse significative des prix du pétrole mondiaux, les quantités de produit déversées sur les marchés rendant impossible à l’OPEP+ de faire monter les prix à volonté comme dans le passé.

Si tel était le cas, les budgets russe et saoudien pourraient se voir grevés de précieuses rentrées de capitaux, aux moments sensibles de leurs calendriers respectifs que sont la « Grande Société » et Vision 2030. Ces deux projets ambitieux pourraient en subir le contrecoup, à moins que les gouvernements des deux pays ne ré-allouent des dépenses d’autres postes (comme vers les complexes militaro-industriels) pour compenser ces manques à gagner. Dans les deux cas, les populations des deux pays pourraient réagir politiquement, ce qui pourrait déstabiliser les deux pays : l’Arabie Saoudite comme la Russie feraient bien d’anticiper ces événements, et pourquoi pas planifier des contre-mesures préventives pour empêcher ce type de scénario. Ajoutons que ces conséquences potentielles sont hypothétiques et restent donc incertaines.

On peut en revanche prédire sans grand risque de se tromper que les USA profiteront des entrées d’argent de ces ventes de pétrole pour combler leurs déficits budgétaires et travailler à se rendre stratégiquement indépendants des pays auxquels ils étaient jusqu’ici liés, au travers d’achats de bons du trésor ou de pétrole. Cette prise d’indépendance répondrait aux intérêts propres étasuniens, mais l’affaiblissement des interdépendances complexes en place entre eux-mêmes et d’autres pays, construite sur des décennies de pratiques mondialistes, pourraient permettre la libération d’une certaine agressivité de la part des USA vers leurs anciens partenaires, chose qui désavantagerait évidemment les pays en question, par un jeu à somme nulle. Quoi qu’il en soit, il faudra sans doute attendre 2030 pour voir ces conséquences se concrétiser, et l’eau aura bien coulé sous les ponts d’ici là.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Sputnik News le vendredi 13 mars 2019.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Note du Saker Francophone

Il semble que l'on trouve deux sortes d'experts en énergie, et notablement en pétrole : ceux qui prédisent que l'industrie du gaz de schiste [étasunienne en particulier, mais en général aussi] est une fumisterie financière dont la fin est proche, et ceux qui pensent qu'elle marque un réel changement. L'Agence internationale de l'énergie, en tous cas, a choisi son « camp »

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/dici-2024-les-usa-pourraient-devenir-le-principal-exportateur-mondial-de-petrole-ce-qui-changerait-la-donne-geopolitique

Mauvaise nouvelle pour le climat : la France commence à importer du gaz de schiste

ENERGIE

Mauvaise nouvelle pour le climat : la France commence à importer du gaz de schiste

PAR OLIVIER PETITJEAN

L’affaire avait fait grand bruit il y a trois ans : la France, qui a interdit l’exploitation du gaz de schiste sur son propre territoire, allait-elle importer du gaz de schiste en provenance des États-Unis ? Cette source d’énergie très controversée, en raison des impacts environnementaux de la fracturation hydraulique, allait-elle quand même alimenter les chaudières et plaques de cuisson françaises ? La réponse est oui.

Les importations de gaz de schiste américain ont effectivement commencé à l’automne 2018, selon les données rendues publiques par l’agence état-sunienne d’information sur l’énergie. Et cela ne fait que commencer. Le navire méthanier Provalys, revendu l’année dernière par Engie à Total, devait accoster cette semaine au port de Montoir, à proximité de Saint-Nazaire, en provenance du terminal d’exportation de gaz de Sabine Pass. Celui-ci, situé à la frontière entre la Louisiane et le Texas, appartient à la firme américaine Cheniere. Le Provalys semble avoir changé de cap depuis la première publication de cet article (voir précisions ci-dessous).

« Le gaz naturel américain est importé directement en France depuis fin 2018 »

Elengy, filiale d’Engie qui gère le terminal méthanier de Montoir (et deux terminaux similaires à Fos-sur-Mer), a confirmé à l’Observatoire des multinationales que « le gaz naturel américain est importé en Europe depuis 2017 et directement en France depuis fin 2018 ». Tout en ajoutant que « le nom des importateurs et le détail des cargaisons sont des informations commercialement sensibles que nous ne sommes pas autorisés à divulguer ». Même invocation du secret commercial du côté du quatrième et dernier terminal méthanier française, celui construit par EDF à Dunkerque, récemment revendu à l’opérateur belge Fluxys.

L’Observatoire des multinationales, édité par Basta !, a donc sollicité les entreprises susceptibles d’avoir acheté ce gaz pour le distribuer en France, à savoir les fournisseurs EDF, Engie et Total (qui a récemment absorbé Direct Energie et Lampiris sous la marque Total Spring, prenant la troisième place du marché). Aucune n’a souhaité répondre. L’autre possibilité est que ce gaz ait été acheté par des clients industriels, par exemple pour produire… du plastique (lire à ce sujet : Les liens étroits et méconnus entre le gaz de schiste et l’explosion des déchets plastiques).

Contrats d’approvisionnement signés… au moment de la COP 21

En 2015, juste avant la Conférence de Paris sur le climat, Engie et EDF avaient signé des accords d’approvisionnement avec Cheniere, pionnière de l’exportation du gaz de schiste américain avec les terminaux de Sabine Pass et de Corpus Christi (voir ici). Selon les données officielles, la majorité du gaz exporté vers la France transite par le terminal de Sabine Pass, et par celui de Cove Point, dans la baie de Chesapeake, appartenant à Dominion Energy.

L’essor du gaz de schiste aux États-Unis, un pays qui était auparavant un importateur net, a créé une situation de surproduction et une baisse des prix. Les industriels états-uniens se sont donc rapidement intéressés aux marchés d’exportation. La construction de plusieurs dizaines de nouveaux gazoducs et terminaux méthaniers est planifiée le long des côtes du golfe du Mexique et de la façade Atlantique, dont certains financés par des banques françaises, en particulier la Société générale.

Le gaz, aussi nuisible pour le climat que les autres hydrocarbures

La contestation de ces nouvelles infrastructures gazières est aujourd’hui tout aussi virulente aux États-Unis que celle liée aux impacts locaux de la fracturation hydraulique – contamination de l’eau, séismicité, pollution de l’air, etc (voir ici). Le gaz est souvent présenté par les industriels comme une source d’énergie plus « propre » que le pétrole ou le charbon, et donc plutôt bénéfique pour la transition énergétique. Un discours porté en France par Engie et Total.

En réalité, si l’on tient compte de l’ensemble de la filière et notamment des émissions fugitives de méthane, un gaz à effet de serre plus puissant que le CO2, le gaz est tout aussi nuisible pour le climat que les autres hydrocarbures, voire davantage. De ce point de vue aussi, l’arrivée massive de gaz américain en France et en Europe n’est pas une bonne nouvelle.

NOTE : Depuis la première publication de cet article le 8 mars 2019, le Provalys a changé de cap. Même si sa destination officielle est toujours Nantes, il est actuellement (au 13 mars au matin) en train de tourner en rond à proximité de l’archipel des Açores. Il est possible qu’il attende une offre plus lucrative pour sa cargaison.

Olivier Petitjean

https://www.bastamag.net/Mauvaise-nouvelle-pour-le-climat-la-France-commence-a-importer-du-gaz-de