Archives pour la catégorie GAZ

Dernières nouvelles des stream

Dernières nouvelles des stream

10 Février 2020

Alors que l’armée syrienne est sur le point de remettre intégralement la main sur l’artère vitale reliant Damas à Alep et que cinq soldats turcs auraient à nouveau été tués, il se passe des choses tout aussi importantes dans le Grand jeu énergético-eurasien. Les Chroniques n’ayant pas abordé le sujet depuis décembre, un petit point de la situation n’est peut-être pas inutile sur les gigantesques tubes qui intègrent le continent-monde…

Le fidèle lecteur sait à quel point la connexion énergétique entre le Heartland et le Rimland fait s’arracher les cheveux des stratèges américains et les dernières nouvelles ne sont guère faites pour les rassurer. Dans le grand match gazier entre l’ours et l’empire, le premier a déjà planté deux essais dans l’en-but et un troisième est dans la balance, analysé par l’arbitre vidéo.

Inauguré en janvier, le Turk Stream (2) a fêté son premier milliard de m3 de gaz (dont une moitié vers la Turquie, l’autre vers la frontière bulgare, c’est-à-dire vers les Balkans). C’est évidemment cette extension vers l’Europe qui cristallise toutes les rancœurs impériales et l’on se rappelle qu’en son temps, McCainistan avait réussi à torpiller le monumental South Stream russe, justement en allant de balader du côté de Sofia.PUBLICITÉ

Depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts et les Bulgares ont amèrement regretté d’avoir succombé aux pressions US comme nous l’expliquions il y a un an et demi :

La victoire présidentielle du russophile Ramen Radev en 2016 a sans doute quelque chose à y voir. Cependant, même le Premier ministre Boyko Borissov, pourtant bon petit soldat de la clique atlantiste et qui a saboté le South Stream contre les intérêts de son pays, semble ne plus savoir quoi faire pour rattraper sa trahison.

Il s’était publiquement humilié fin mai en présentant ses excuses à Poutine lors d’une visite à Moscou et, depuis, mendie la possibilité de recevoir une branche du Turk Stream. Peu rancunier, car grand gagnant en fin de compte, le Kremlin considère sérieusement la possibilité, même si rien n’a été signé encore. Dans ce contexte, une portion de gazoduc d’une vingtaine de kilomètres, commencée en juin, vient d’être inaugurée à la frontière turco-bulgare. Objectif évident : raccorder la Bulgarie au Turk Stream.

Non seulement c’est fait, mais la Serbie voisine, très impatiente, propose même d’aider Sofia à accélérer les travaux !

Inauguré un mois avant le Turk Stream, le pharaonique Sila Sibirii (3), bien connu de nos lecteurs, commence gentiment à alimenter le dragon. Cette jonction entre les deux géants eurasiatiques est un tel crève-cœur pour l’empire que l’on assiste à des scènes ubuesques jusqu’à… Oslo. Dans un grand exercice de délire collectif, les services de renseignement de la Norvège, membre de l’OTAN faut-il rappeler, viennent en effet de placer la Chine et la Russie sur la liste des principales menaces pour le placide pays scandinave, citant notamment le gazoduc ourdi par les deux vilains. Quand le péril jaune menace les fjords…

A Moscou, on s’amuserait presque de ces pitreries si les nouvelles de la Baltique n’étaient venues partiellement assombrir le tableau. Alors que le Danemark avait, après un feuilleton digne d’une télénovela brésilienne, fini par donner son accord à l’achèvement du Nord Stream II (1), les sanctions du Congrès américain ont poussé vers la sortie la compagnie suisse de pose de tubes Allseas, abandonnant en rase campagne le chantier déjà réalisé à 94%. Il ne manquait plus que 80 km, soit environ… deux semaines de travail !

Si d’aucuns auraient souhaité que Gazprom poursuive en justice l’entreprise suisse pour rupture abusive de contrat, Poutine puis le ministère russe de l’Energie ont assuré que le projet serait terminé, mais avec un retard d’un an :

Le chantier étant gelé, Gazprom doit désormais avoir recours à ses propres équipements, beaucoup moins performants. Une mission a priori réaliste car la fin du chantier n’est plus en eaux profondes. Un premier bateau, le Fortuna, pourrait déjà être à l’oeuvre dans les eaux allemandes. Mais sa capacité est de seulement 3 kilomètres de tuyaux posés par jour. Et il n’est pas autorisé à fonctionner dans les eaux danoises où demeure l’essentiel du chantier à achever. 

Gazprom, qui n’a pas précisé l’ampleur des surcoûts provoqués par ces changements, dispose d’un autre navire de construction, l’Akademik Tchersky. Mais celui-ci serait pris pour le moment sur un autre chantier près de… Vladivostok, à l’autre bout de la Russie. Son transfert prendra plusieurs mois. Selon l’agence russe Interfax, il est en fait en cours de reconstruction pour modernisation. D’où les multiples délais et donc un retard final d’au moins un an pour ce projet qui, sans les nouvelles sanctions américaines, devait être terminé tout début janvier, avec une mise en exploitation prévue dès ce printemps. 

A défaut de pouvoir empêcher durablement les pipelines russes de gagner le Rimland, la thalassocratie fait tout pour en retarder l’échéance. Une lutte à mort dont dépend sa survie en tant que superpuissance…Tag(s) : #Gaz#Russie#Etats-Unis

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/02/dernieres-nouvelles-des-stream.html

Fièvre énergétique en Asie

Fièvre énergétique en Asie

27 Novembre 2019

Ca bouge sur le grand continent, et pas tout à fait dans le sens souhaité par l’empire américain…

Alors que le monstrueux Sila Sibirii devrait entrer en fonction le 2 décembre, avec en prime une vidéo conférence en direct entre Poutine et Xi, son petit frère de l’Altaï commence à pousser derrière. Rappelons que cette route occidentale est censée doubler le Sila Sibirii afin d’abreuver le dragon en gaz. Les 2 600 kilomètres de tubes en Russie feraient la jonction avec le réseau chinois dans le Xinjiang.

Ce qui n’est encore qu’un projet a reçu un sérieux coup de « boost » de la part du Kazakhstan, très désireux d’entrer dans la danse. De quoi accélérer la signature d’un autre contrat pharaonique entre les deux poids-lourds eurasiens ? A suivre…

Plus au Sud, Pékin, décidément inarrêtable, a provoqué l’ire impériale en planifiant de développer le corridor économique Nord-Sud qui traverse le Pakistan. partant de la fameuse base stratégique de Gwadar pour arriver à la frontière chinoise.

Si tonton Sam est tellement nerveux, c’est qu’un vieil ami revient sur le devant de la scène : le gazoduc iranien. Autrefois connu sous le nom d’IPI, ce tube initialement prévu pour relier l’Iran, le Pakistan et l’Inde a été partiellement torpillé par les Etats-Unis au début de la décennie. L’Inde circonvenue, mais qui émet de temps en temps des bouffées de regret, reste le Pakistan, régulièrement « conseillé » par Washington de se tenir à l’écart du projet.

Si Islamabad seule n’aurait sans doute pas la force de résister aux pressions, l’équation est bouleversée par l’entrée en scène du dragon, qui regarde avec les yeux de Chimène l’or bleu iranien. Ce n’est pas nouveau mais c’est de plus en plus pressant, et les stratèges américains soupçonnent avec rage que le redéveloppement du corridor pakistanais n’est que le faux-nez d’une future liaison gazière entre Téhéran et Pékin.Tag(s) : #Gaz#Russie#Asie centrale#Sous-continent indien

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Moscou en roue libre

Moscou en roue libre

24 Novembre 2019

Il est des périodes bénies des Dieux où tout ou presque fonctionne, où les fondamentaux géopolitiques et l’événementiel concordent pour aller dans la direction voulue. C’est ce qu’est en train de vivre le Kremlin. Une flopée de bonnes nouvelles pour Moscou, soigneusement cachées par notre chère MSN, a en effet fleuri ces derniers temps…

En Ukraine, le rapprochement entre le nouveau président et la Russie, que nous avons évoqué à plusieurs reprises, inquiète les officines médiatiques occidentales. Le nom d’Igor Kolomoiski n’est pas inconnu des lecteurs de nos Chroniques : autrefois grand argentier des bataillons nationalistes, il avait au fil du temps mis de l’eau dans son bortsch, comme en mai dernier où, dans un discours remarqué, il se lâchait en diatribes contre le FMI et les Occidentaux : « C’est votre jeu, votre géopolitique. Vous n’en avez rien à faire de l’Ukraine. Vous voulez atteindre la Russie et l’Ukraine n’est qu’un prétexte. »

Il a remis ça il y a dix jours, au grand dam du New York Times qui s’en étrangle de rage : « Les Russes sont plus forts, nous devons améliorer nos relations avec eux. Les gens veulent la paix et une bonne vie, ils ne veulent plus être en guerre. Et vous, Américains, vous nous forcez à être en guerre, sans même nous en donner les moyens. Vous [l’UE et l’OTAN] ne nous aurez pas, il n’y a aucun intérêt à perdre du temps en discussions vides. Les prêts du FMI pourraient facilement être remplacés par des prêts russes. Nous prendrons 100 milliards de dollars de la Russie, je pense qu’elle serait ravie de nous les donner aujourd’hui (…) S’ils sont intelligents avec nous, nous irons du côté des Russes. Leurs tanks seront positionnés près de Varsovie, votre OTAN chiera dans son froc et devra acheter des Pampers. » Clair et sans ambages…

On ne peut tout à fait exclure un coup de pression vis-à-vis de l’empire pour obtenir plus d’argent, mais le ton et le fait que ces sorties commencent à se répéter ne trompent pas. Le « paradis » post-maïdanite est un merdier sans fond qui en a dégrisé plus d’un. Aux Russes de faire effectivement preuve d’intelligence ; six ans après le putsch US, ils disposent d’une fenêtre afin de récupérer l’Ukraine en douceur ou, du moins, de la neutraliser durablement. Les discussions actuelles sur l’or bleu entre Gazprom et Naftogaz pourraient éventuellement servir ce dessein.

Puisque l’on parle énergie, le moins que l’on puisse dire est que ça gaze pour Moscou. Le Turk Stream en est aux derniers réglages et les premiers flux gaziers devraient circuler le mois prochain… au moment même où, de l’autre côté de l’Eurasie, le Sila Sibirii entrera en fonction. Deux gazoducs sinon rien, et c’est soudain l’échiquier de Brzezinski qui se met à trembler.

Il se passe des choses extrêmement intéressantes en Asie du Sud-est, symbolisant à merveille la lente mais sûre passation de pouvoir entre l’empire américain déclinant et la multipolarité menée par la Russie. Sur l’exemple du Vietnam, le fougueux président philippin Duterte a profité de son voyage à Moscou, début octobre, pour inviter Rosneft à s’établir en Mer de Chine méridionale afin d’y explorer les richesses énergétiques.

On connaît l’importance de ces zones maritimes dans le Grand jeu :PUBLICITÉ

En mer de Chine méridionale, la dispute tourne autour de deux archipels inhabités mais stratégiquement de la plus haute valeur : les Paracels et surtout les Spratleys, également revendiqués par le Vietnam, les Philippines, la Malaisie, Brunei et le gouvernement chinois nationaliste de Taïwan. En mer de Chine orientale, on se rappelle la dangereuse querelle sino-japonaise des îles Senkaku/Dyaoshu, culminant en 2012-2013 mais toujours latente.

Si les journaux ont narré l’événement, certains faisant même parfois un effort pour « comprendre » la situation, analysant la lutte pour le contrôle de l’une des routes maritimes les plus stratégiques du globe, la toile de fond est malheureusement totalement occultée. Elle explique pourtant tout…

Une carte vaut parfois tous les discours. Nous sommes évidemment en plein Grand jeu, qui voit la tentative de containment du Heartland eurasien par la puissance maritime américaine. Les disputes territoriales autour des Spratleys, des Paracels ou des Senkaku/Dyaoshu ne concernent pas une quelconque volonté de mettre la main sur d’éventuelles ressources énergétiques ou routes stratégiques, ou alors seulement en deuxième instance. Il s’agit avant tout pour le Heartland, la Chine en l’occurrence, de briser l’encerclement US et de s’ouvrir des routes vers le Rimland et vers l’océan, exactement comme la Russie le fait sur la partie ouest de l’échiquier avec ses pipelines et ses alliances de revers.

La lutte de Pékin contre Washington dans les mers de Chine a pour effet secondaire d’effrayer les autres pays riverains qui, s’ils n’ont pas d’appétence particulière pour l’aigle américain, ne veulent pas non plus voir le dragon débouler jusqu’à eux. C’est notamment le cas du Vietnam ou des Philippines, et nous en revenons à Duterte : ses appels du pied à Rosneft sont une manière de contrer la convoitise chinoise.

Mais là où les choses prennent une tournure étonnante, c’est que c’est désormais à la Russie et non plus aux Etats-Unis qu’on fait appel. Fut un temps pas si lointain où n’importe quel président philippin aurait encouragé Exxon ou une autre major anglo-saxonne à prospecter ces mers, avec l’US Navy pour sécuriser le tout. L’empire a vécu et c’est maintenant vers Moscou que les regards se tournent.

Les Russes engrangent les dividendes d’une politique qui, bien loin des effets de com’ à l’occidentale, ne transige ni sur ses valeurs ni sur ses alliés, tout en ne fermant la porte à personne (Iraniens, Saoudiens, Palestiniens ou Israéliens passent par exemple leur temps à Sochi). Il y a quatre ans, nous résumions cette approche par une parabole quelque peu exotique :

La pensée russe en matière de stratégie extérieure fait penser à un rhinocéros qui dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit, avançant lentement mais fermement, inexorablement, et finissant par mettre tout le monde d’accord.

De fait, à l’opposé des simagrées américains qui suscitent le doute y compris parmi les composantes impériales, l’inamovible ours russe inspire la confiance. On l’a vu en Syrie, on le voit maintenant jusqu’en Asie du Sud-est.

Reste à savoir quelle sera la réaction du Kremlin qui, assurément, prendra la chose avec des pincettes. Contrarier la Chine est en effet hors de question. La symbiose entre les deux poids-lourds eurasiatiques est telle que Stratfor va jusqu’à évoquer l’Entente cordiale du début du XXème siècle entre la France et l’Angleterre, assez solide pour survivre aux deux guerres mondiales. Début octobre, Poutine a même lâché une bombe lors de la seizième édition du toujours intéressant Club Valdaï : « Nous sommes en train d’aider nos collègues chinois à créer un système d’alerte précoce pour la défense antimissile. Cela va fondamentalement, drastiquement muscler la défense de la République populaire. Aujourd’hui, il n’y a que les États-Unis et la Russie qui disposent de ce type de système. »

De quoi mettre encore plus sur les nerfs les stratèges de Washington, déjà passablement inquiets du partenariat sino-russe. Les kriegspiel simulés du Pentagone se terminent invariablement par une déculottée américaine face à l’une ou l’autre de ses bêtes noires et Foreign Policy s’alarme : avec leurs nouvelles technologies (dont les fameux missiles hypersoniques), Russes et Chinois mettent fin à deux siècles d’American way of war, basé sur l’attaque à partir de points invulnérables.

Pour en finir sur les questions d’armement, Vladimirovitch vient de lever un (petit) coin du voile sur la mystérieuse explosion du 8 août sur une base militaire du grand Nord russe : les scientifiques tués travaillaient à une arme « sans équivalent ». Si l’hypothèse de plusieurs observateurs se révèle juste, il s’agit du développement d’un missile à propulsion nucléaire, c’est-à-dire un projectile à portée illimitée car mû par un moteur dit éternel.« Une autonomie qui pourrait lui permettre de prendre des trajectoires inattendues, de faire des détours et de sortir des schémas de déplacement prévisibles », comme l’explique un spécialiste de l’université de Princetown. Les Américains s’y étaient bien essayé dans les années 60 mais avaient, devant l’inextricable complexité de la chose, rapidement abandonné le projet…

En Iran, Moscou est également vue comme une planche de salut. Décision de se passer du SWIFT pour les échanges inter-bancaires en septembre, accords commerciaux avec l’Union Economique Eurasienne en octobre, prêt de quelques milliards à l’Iran en novembre. La Russie, dont la santé financière insolente ravit d’ailleurs jusqu’à Wall Street, fait tout pour maintenir son allié à flot et pourrait peut-être en être récompensée dans les énormes projets pétroliers du South Pars.

Or noir toujours au Venezuela, qui a vu sa production bondir de manière étonnante en octobre. Le Kremlin n’y est évidemment pas étranger, comme nous l’expliquions il y a deux mois :

Washington sanctionne les exportations de pétrole de Caracas ? Qu’à cela ne tienne : Rosneft est devenu le principal acquéreur d’or noir du Venezuela (40% en juillet, 66% en août) et fait office d’intermédiaire entre sa compagnie nationale (la PDVSA) et ses acheteurs internationaux, notamment indiens et chinois. Le géant russe abandonne de plus en plus le dollar, le monde continue d’acheter du pétrole vénézuélien, le gouvernement légal de Caracas continue de recevoir des dividendes ô combien précieux et les sanctions impériales sont contournées…

Le pauvre auto-proclamé en est tout retourné. Celui qui se voyait devenir président par la grâce de Bolton n’y arrive décidément plus, ses appels à manifester étant une suite de flops retentissants :

À peine une centaine de personnes ont manifesté lundi à Caracas contre le président socialiste Nicolas Maduro, à l’appel du chef de l’opposition Juan Guaido, qui peine à mobiliser. Malgré les drapeaux jaune, bleu et rouge du Venezuela, les slogans, ou les panneaux affichant des messages comme « Rue sans retour », le cœur n’y est plus. « On n’arrive à rien avec ça », se lamente Antonio Figueroa, en référence aux rassemblements contre le chef de l’État. Samedi, quelque 5000 personnes, selon l’AFP, ont manifesté dans les rues de Caracas, soit bien moins que les dizaines de milliers de personnes que Juan Guaido réunissait juste après s’être proclamé président par intérim le 23 janvier.   

On imagine les dents grincer du côté de Washington, qui voit désormais ses manigances presque systématiquement et partout contrées par l’ours. Comme si cela ne suffisait pas, le sommet Russie-Afrique, le premier du genre, a marqué tous les esprits. Il y a un mois, quarante-trois chefs d’Etat et de gouvernement ont fait le déplacement de Sochi, qui devient une véritable plaque-tournante mondiale. Si aucune annonce majeure n’a été faite, le sommet a été un succès diplomatique indéniable et symbolise l’entrisme russe sur le continent auquel on assiste depuis quelques années, y compris dans le pré carré français comme en Centrafrique.

Europe, Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Afrique… Défendant bec et ongles ses alliés, retournant ceux de l’empire, profitant de l’inexorable reflux américain, le provoquant parfois, jouant habilement de la diplomatie, de l’énergie ou de la guerre, Moscou donne le la de la politique internationale et se pose de plus en plus en patron.Tag(s) : #Russie#Ukraine#Gaz#Pétrole#Extrême-Orient#Chine#Etats-Unis#Moyen-Orient#Amérique latine

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Docteur Jekyll et mister Hyde

Docteur Jekyll et mister Hyde

30 Octobre 2019

Décidément, les Anciens nous avaient prévenus. Un mortel ne peut prétendre s’élever trop haut sans que les Dieux, par une ironie malicieuse, ne rabaissent l’outrecuidant en lui faisant prendre des décisions calamiteuses.

Notre dernier billet gazier se demandait si le Danemark allait enfin autoriser la construction du Nord Stream II dans ses eaux territoriales, 147 petits kilomètres pour terminer le gazoduc qui apportera 55 Mds de m3 supplémentaires à l’Europe. Aussitôt dit, aussitôt fait. Le feu vert est tombé, au grand dam des médias impériaux qui appellent le Congrès US à voter des sanctions pour tenter de torpiller le projet.

En visite officielle à Budapest, Poutine s’est félicité de la (tardive) indépendance d’esprit du pays scandinave tandis qu’il préparait dans le même temps l’extension du Turk Stream vers la Hongrie. La bonne entente d’Orban avec Vladimirovitch rend notre bonne presstituée très nerveuse (témoin, cet invraisemblable fatras de RFI) tandis que l’avance inexorable des tubes russes vers le Vieux continent fait s’arracher les cheveux aux stratèges américains.

Tout irait donc pour le mieux du côté de Moscou si, une nouvelle fois, la faiblesse du tsar envers le sultan ne venait menacer le fragile édifice brillamment bâti en Syrie. Dans notre toute dernière livrée sur la Syrie, nous expliquions que la récré était finie dans le Nord :

L’aventure ottomane est terminée. L’accord de Sochi concocté par Vladimirovitch donne ses premiers fruits. Le cessez-le-feu est globalement respecté et les Kurdes, après deux jours d’hésitation, ont accepté le plan et commencé à battre en retraite de la frontière. Ils sont remplacés par l’armée syrienne qui se déploie à vitesse grand V pour contenir toute avance future des Turcs.

Notamment à l’Est de la zone d’invasion ottomane :

Rompant sans vergogne le relatif cessez-le-feu (précisons que les Kurdes ont leur part de responsabilité, ne s’étant pas retirés partout), les barbus pro-Ankara ont repris l’offensive en direction de Tall Tamir, tuant plusieurs soldats syriens, exécutant ou humiliant les prisonniers. Si, stratégiquement parlant, le fait est mineur, le dommage peut se révéler immense en terme de crédibilité et d’image.PUBLICITÉ

Crédibilité de Damas vis-à-vis des Kurdes, car les loyalistes sont obligés de battre en retraite et abandonner des postes qu’ils étaient venus occuper dans l’euphorie il y a quelques jours. Comment aborder les négociations futures, par exemple le démantèlement des SDF et leur intégration dans l’armée, en position de force si, sur le terrain, cette même armée fait déjà demi-tour ? Et crédibilité des Russes vis-à-vis de ses alliés, car il est incompréhensible pour beaucoup qu’ils laissent leurs protégés syriens, relativement désarmés en ce point, se faire tuer sans réagir. Où sont les Sukhois censés vaporiser les modérément modérés ? Où est le coup de poing sur la table de l’état-major russe vis-à-vis de son homologue turc ? 

Pire, il semble que les Russes aient demandé à Damas de ne pas envoyer d’équipement lourd ni de couverture aérienne à ses troupes sous le feu. Pour certains, il s’agit de ne pas indisposer le sultan au moment où les patrouilles russo-turques commencent leurs tournées et où, à la demande d’Ankara, les barbus rendent quelques villages au nord de Raqqa. Pour d’autres, les Américains, qui gardent encore le contrôle du ciel au-dessus d’une partie du Rojava n’autoriseraient pas les avions syriens à voler dans la zone. Toujours est-il qu’en termes d’image, tout cela est assez désastreux pour la Russie.

L’instant est pourtant capital. Les flip flop américains ont fait perdre à l’empire son crédit au Moyen-Orient alors que la solidité des alliances russes est louée. Pour Moscou, ce n’est pas le moment de se montrer pusillanime. La notoire mollesse de Poutine envers Erdogan risque, si elle perdure, de lui coûter très cher…Tag(s)

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/10/docteur-jekyll-et-mister-hyde.html#Russie#Gaz#Europe#Moyen-Orient

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Déclaration turque au sujet des hydrocarbures au large de Chypre

Déclaration turque au sujet des hydrocarbures au large de Chypre

RÉSEAU VOLTAIRE | ANKARA (TURQUIE) | 20 SEPTEMBRE 2019 

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Les informations faisant état de la signature par l’administration chypriote grecque d’accords avec la société française Total et la société italienne ENI aux fins de l’exploration en mer des hydrocarbures du prétendu « secteur d’exploration no 7 » de la zone économique exclusive, que ladite administration a délimité unilatéralement au mépris des droits légitimes des Chypriotes turcs sur l’ensemble de l’île, montrent que l’administration chypriote grecque ne comprend pas notre détermination, malgré toutes nos mises en garde.

Comme nous l’avons souligné à maintes reprises et fait savoir à la communauté internationale, une section du prétendu « secteur d’exploration no 7 » fait partie du plateau continental turc, dont les limites ont été enregistrées auprès de l’Organisation des Nations Unies.

Comme cela a été le cas jusqu’à présent, la Turquie ne permettra en aucun cas à un pays, à une société ou à un navire étrangers de mener sans autorisation des activités d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures dans les espaces maritimes relevant de sa juridiction et continuera de prendre les mesures qui s’imposent pour protéger ses droits et ses intérêts.

Nous réaffirmons avec insistance que les actes unilatéraux de l’administration chypriote grecque, qui visent à usurper les droits des Chypriotes turcs, ne contribuent nullement à la paix et à la stabilité en Méditerranée orientale. La proposition formulée par les Chypriotes turcs en faveur d’une répartition équitable des ressources naturelles de l’île demeure d’actualité. Malheureusement, la récente signature des accords susmentionnés montre que l’administration chypriote grecque persiste dans son comportement irresponsable en refusant de tenir compte des droits égaux et inaliénables des Chypriotes turcs sur les ressources naturelles de l’île et de ses environs.

Une fois de plus, nous recommandons aux sociétés intéressées de s’abstenir de mener toute activité liée aux hydrocarbures sur le plateau continental turc et de considérer les licences délivrées par l’administration chypriote grecque comme nulles et non avenues.

https://www.voltairenet.org/article207780.html

Négociations sur le transit du gaz russe à Bruxelles : comment l’UE se chauffera-t-elle cet hiver ?

Négociations sur le transit du gaz russe à Bruxelles : comment l’UE se chauffera-t-elle cet hiver ?

20 sept. 2019, 16:30

Négociations sur le transit du gaz russe à Bruxelles : comment l'UE se chauffera-t-elle cet hiver ?

© Sergei Karpukhin Source: ReutersProduction de tuyaux de grand diamètre pour le géant gazier russe Gazprom à l’usine de tuyaux de Zagorsk , près de Moscou, le 29 mai 2017 (image d’illustration).

Kiev et Moscou ont eu à Bruxelles de nouvelles négociations qualifiées de «constructives», mais qui n’ont pas abouti à un accord sur le transit du gaz russe vers l’UE via l’Ukraine, ce qui suscite des inquiétudes sur l’approvisionnement cet hiver.

Une réunion trilatérale entre la Russie, l’Ukraine et l’Union européenne pour de nouvelles négociations autour du transit de gaz russe s’est déroulée à Bruxelles le 19 septembre.

Notre envoyée spéciale Katia Pecnik était sur place pour rendre compte de l’événement.

Malgré des discussions qualifiées de «constructives» par les participants, ces derniers n’ont cependant pas pu aboutir à un accord sur l’acheminement du gaz russe dans les pays de l’Union européenne via l’Ukraine, suscitant des inquiétudes sur l’approvisionnement de l’Europe cet hiver.

L’enjeu : chauffer l’Europe cet hiver

«Le sentiment d’urgence était très présent dans la salle», a commenté le Commissaire européen en charge de l’Energie, Maros Sefcovic, lors d’une conférence de presse. Et pour cause. L’accord de transit entre la Russie et l’Ukraine arrive à son terme fin 2019 et ces deux pays, dont les relations étaient tendues ces dernières années – mais qui semblent se réchauffer récemment – ne parviennent pas à se mettre d’accord pour la suite. 

L’arrivée au pouvoir à Kiev de Volodymyr Zelensky en mai a enclenché une nouvelle dynamique entre les deux pays. Mais comme l’explique notre journaliste, ces tensions conjuguées à des «dettes importantes» de Kiev ont entraîné une diminution des livraisons de gaz russe passant par l’Ukraine.Lire aussiPoutine et Zelensky ont discuté de la résolution du conflit en Ukraine, selon le Kremlin

Fin 2019, deux gazoducs contournant le territoire ukrainien – le germano-russe Nord Stream 2 et le turco-russe Turkish Stream – sont censés entrer en service, ce qui priverait Kiev d’une manne financière conséquente.

«Je suis sûr que nous trouverons toutes les solutions pour que l’approvisionnement en gaz ne soit pas interrompu à compter du 1er janvier», a déclaré de son côté le ministre russe de l’Energie Alexandre Novak.

Le ministre ukrainien de l’Energie, Oleksiy Orjel, a lui averti ce 19 septembre que «le risque de ne pas signer d’accord restait d’actualité». Il a souligné qu’en cas d’absence d’accord avec les Russes, l’Ukraine «serait prête à approvisionner ses consommateurs cet hiver grâce à ses réserves de gaz».

Se voulant rassurant, le Commissaire européen en charge de l’Energie a fait savoir que l’Union européenne et l’Ukraine étaient «bien préparées à toute éventualité» à propos des risques de perturbation dans l’approvisionnement de l’Europe. «Nous avons des stocks importants», a-t-il déclaré.

Lire aussi : Pour le patron de Gazprom, Nord Stream 2 a passé «un point de non-retour» et sera bientôt en service

International

Raconter l’actualité

https://francais.rt.com/international/65933-negociation-sur-transit-gaz-russe-bruxelles-comment-ue-se-chauffera-cet-hiver

Pendant ce temps, le Grand jeu énergétique…

Pendant ce temps, le Grand jeu énergétique…

7 Septembre 2019

Alors que la situation se réchauffe en plusieurs points du globe, le bras de fer énergétique entre l’empire et ses adversaires irréconciliables n’est pas en reste. Au vu des dernières nouvelles fort intéressantes, un état des lieux s’impose mais, auparavant, un rappel fondamental n’est peut-être pas inutile pour les nouveaux lecteurs du blog :

Pipelineistan ou la guerre des tubes

En plus d’être le pivot du monde, le point névralgique du globe, l’Eurasie est également terre de richesses, d’immenses richesses. Les soieries, le jade, les épices, les tapis persans ou le caviar ont été remplacés par les hydrocarbures, pétrole et gaz, principalement en Russie et autour de la Caspienne

Aussi important sinon plus que les ressources elles-mêmes, c’est leur acheminement par les gazoducs et oléoducs et le moyen d’influence qui en découle qui cristallise les tensions et les grandes manœuvres, ce que d’aucuns nomment la géopolitique des tubes. Complétant la pensée de Mackinder, un nouvel axiome est apparu : « Qui contrôle les sources et les routes d’approvisionnements énergétiques mondiales contrôle le monde. » C’est particulièrement vrai pour les Etats-Unis dont les stratèges sont conscients de l’inévitable déclin américain : le monde est devenu trop vaste, trop riche, trop multipolaire pour que les Etats-Unis puissent le contrôler comme ils l’ont fait au XXème siècle. Du Projet pour un nouveau siècle américain des néo-conservateurs au Grand échiquier de Brzezinski, une même question prévaut en filigrane : comment enrayer ce déclin, comment le retarder afin de conserver aux Etats-Unis une certaine primauté dans la marche du monde ? La réponse, qui n’est certes pas ouvertement explicitée, passe par le contrôle de l’approvisionnement énergétique de leurs concurrents. « Contrôle les ressources de ton rival et tu contrôles ton rival », Sun Tzu n’aurait pas dit autre chose. Et c’est toute la politique étrangère américaine, et subséquemment russe et chinoise, de ces vingt-cinq dernières années qui nous apparaît sous un jour nouveau.

Les pipelines jouent ainsi un rôle crucial, leur tracé étant la matérialisation sur le terrain des objectifs stratégiques de leur promoteur. Les tubes russes sont autant de flèches visant à percer le Rimland afin de gagner les marchés de consommation européen ou asiatique. Ceux promus par les Américains courent le long de ce même Rimland et tentent d’isoler la Russie tout en contrôlant l’approvisionnement énergétique de leurs « alliés », européens notamment, pour garder un levier de pression sur eux.

La bataille pour les sources et les routes énergétiques combinée à la domination du Heartland et du Rimland, sont les éléments constitutifs de ce nouveau Grand jeu qui définira les rapports de force mondiaux pour les siècles à venir.

Ceci posé, que nous offrent ces derniers jours ? Un florilège de nouvelles importantes…

Les habituels contempteurs de la « perfidie moscovite » en sont une nouvelle fois pour leurs frais. On ne compte plus, ces dernières années, les articles de la presstituée occidentale ou israoudienne annonçant que, cette fois c’est sûr, Poutine est sur le point de lâcher ses alliés : au choix, Assad, l’Iran ou encore le Venezuela. En échange de xxxxx, le Kremlin va abandonner Maduro… Manque de bol pour nos petits propagandistes en herbe, la réalité ne colle jamais à leurs fantasmes infantiles.

Washington sanctionne les exportations de pétrole de Caracas ? Qu’à cela ne tienne : Rosneft est devenu le principal acquéreur d’or noir du Venezuela (40% en juillet, 66% en août) et fait office d’intermédiaire entre sa compagnie nationale (la PDVSA) et ses acheteurs internationaux, notamment indiens et chinois. Le géant russe abandonne de plus en plus le dollar, le monde continue d’acheter du pétrole vénézuélien, le gouvernement légal de Caracas continue de recevoir des dividendes ô combien précieux, les sanctions impériales sont contournées et Bolton en mord sa moustache de rage…

Il ne doit pas non plus être fou de joie d’apprendre que les Russes vont construire, en coopération avec les Sud-Coréens de Samsung, une flotte de 17 méthaniers brise-glace pour transporter le GNL arctique de la péninsule de Yamal. Un nom qui n’est pas inconnu du fidèle lecteur :

L’eldorado gazier actuel s’appelle Yamal, en Sibérie arctique :

Total par exemple y mène un projet GNL pharaonique et financé par les banques russes et chinoises pour cause de sanctions occidentales – titre de l’épisode : Les euronouilles ou comment se tirer une balle dans le pied. Le tour de table est intéressant : outre la major française, on retrouve Novatek (second producteur russe derrière Gazprom), le géant chinois CNPC et le Silk Road Fund (Fonds de la Route de la Soie).

On le voit, le plan est bien ficelé et englobera l’Eurasie grâce au transport par méthaniers brise-glace, dont le premier (intelligemment appelé par les Russes Christophe de Margerie en hommage au PDG de Total tué en 2014) vient d’être livré.

Tout cela fait dire à Vladimirovitch que la Russie deviendra bientôt le premier producteur mondial de gaz naturel liquéfié. Mais le GNL ne constitue qu’une partie du trésor d’or bleu du Yamal : plus de 26 000 Mds de m3 de réserves de gaz et une production qui pourra atteindre 360 Mds de m3. Brzezinski en a des sueurs dans le dos…

Le fait que Samsung participe à la construction de cette nouvelle flotte n’est pas anecdotique. Coréens et Japonais sont très intéressés par le gaz naturel liquéfié du Yamal, région de plus en plus stratégique pour Moscou qui y prévoit d’ailleurs des investissements colossaux et installe ses S-400. Les compagnies chinoises ne sont pas en reste, même si Pékin recevra également l’or bleu russe par pipeline.

A ce propos, le Sila Sibirii, chantier pharaonique bien connu de nos lecteurs, est quasiment terminé et Gazprom commence à y faire ses premiers essais. La coopération entre les deux géants eurasiatiques dans la région touche également l’industrie pétrochimique, à grands coups de milliards. Et l’on apprend que le forum de Vladivostok dont nous avons parlé dans le dernier billet a déjà accouché d’une bombe : un autre gazoduc reliant les deux géants eurasiatiques et passant par la Mongolie est peut-être dans les tuyaux. Au même moment, et ce n’est sans doute pas un hasard, une délégation de Gazprom était à Pékin pour discuter entre autres de la « route Ouest », c’est-à-dire le tracé d’un second tube…

La grande kermesse énergétique du continent-monde, qui donne tant de vertiges aux stratèges de Washington, ne serait pas complète sans les Indiens. Ca tombe bien, Modi (invité d’honneur à Vladivostok) et Poutine en ont longuement discuté et des pré-accords ont déjà été signés. Une sorte de « Route de la Soie maritime » russo-indienne s’additionnant aux voies chinoises pour arrimer encore un peu plus Heartland et Rimland.

A l’Ouest, du nouveau. Si, cette année, les exportations d’or bleu russe à destination de l’Europe vont échouer à quelques longueurs du record absolu de l’année dernière, Gapzrom, qui engrange d’ailleurs de jolis bénéfices, n’a pas à se plaindre. Malgré les atermoiements dus à la valse danoise, le Nord Stream II est aux trois-quarts construit et le consortium insiste sur le fait qu’il sera terminé dans les délais (en fait, avec un peu de retard par rapport aux plans initiaux). Il se pourrait même que les gogoleries du Donald à propos du Groenland poussent Copenhague à se ranger finalement du côté russe.

Zelinsky peut bien pousser l’habituelle chansonnette sur le « danger » du Nord Stream II pour conserver à Kiev quelques royalties sur le passage du gaz russe, le président ukrainien en est réduit à quémander quelques gouttes de GNL américain bien plus cher et transitant par la Pologne.

Bon prince, l’ours pourrait tendre la main à son turbulent voisin et lui lâcher un peu de lest lors des négociations gazières tripartites UE-Russie-Ukraine prévues plus tard dans le mois. L’échange inédit de prisonniers entre Kiev et Moscou, qui doit bien faire grincer quelques dents du côté de Washington et du baby Deep State ukrainien, est clairement à mettre au crédit de Zelinsky. Celui-ci a largement dévié de la ligne fanatiquement russophobe de son prédécesseur, ayant même dû lutter contre son propre Ministère des Affaires étrangères pour pouvoir passer son premier appel téléphonique à Poutine il y a quelques semaines !

Fin juillet, nous nous posions une question fondamentale à la fin de notre billet sur l’arraisonnement d’un bateau russe sur le Danube :

En Ukraine, pièce centrale du grand échiquier de Brzezinski et de tout stratège américain digne de ce nom, le mois d’avril fut un petit séisme. L’élection de Zelensky et la gifle monumentale reçue par Tapiocachenko ont quelque peu rebattu la donne et marqué la fin d’une époque. Nous l’expliquions alors :

Russophone, proposant un référendum conditionnant l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN ou l’UE (entrée qui n’est de toute façon qu’hypothétique), ne promettant rien sur la Crimée ou le Donbass, Zelensky semble plus disposé à reprendre langue avec Moscou.

Cependant, il ne faut pas exagérer la portée de l’élection du comédien. D’abord parce que, comme chacun sait, il officiait sur les plateaux-télé de Kolomoiski. On se rappelle que cet oligarque s’était certes retourné contre Chocochenko dès 2015, mais que cela ne l’empêchait pas de financer certains bataillons néo-nazis férocement russophobes. Bref, un personnage bien peu recommandable dont l’ombre plane au-dessus du néo-président, même si l’on ne connaît pas tout à fait le niveau réel de leurs relations…

Ensuite parce que le nouveau venu n’a pas de plateforme politique. Il vient de créer, le mois dernier, un parti attrape-tout portant le même nom que la série télévisée dans laquelle il joue. Pas sûr que cela suffise pour gagner la Rada en octobre. Or, le baby Deep State ukrainien mis en place par Washington après le Maïdan y tient les rênes du pouvoir et s’est d’ailleurs précipité, juste après l’élection, pour passer une loi renforçant l’usage de l’ukrainien. Même le Figaro, inhabituellement objectif, voit la grossière manœuvre :

Le Parlement ukrainien a adopté ce jeudi une loi renforçant l’usage de la langue ukrainienne, au risque de crisper des populations russophones du pays au moment où le président élu Volodymyr Zelensky dit vouloir leur tendre la main. Le but, évident : savonner la planche du nouveau président et torpiller toute possibilité de rapprochement.

Bingo ! Nous ne pouvions pas mieux pressentir l’avenir, le schéma des événements s’étant presque déroulé comme prévu.

Zelensky lui-même n’est sans doute pas un mauvais bougre et l’a montré d’emblée, le 8 mai, en honorant les vétérans soviétiques de la Seconde Guerre Mondiale. Son prédécesseur, Poroclown, aurait préféré voire fondre ses palais en chocolat plutôt que de serrer la main d’un vieillard décoré du ruban de Saint-Georges…

Au fil des semaines, un certain dégel des relations a vu le jour (…) Le fait que Zelensky ait passé sa vie d’acteur sur les plateaux de la télé de Kolomoiski ne semble pas non plus avoir joué un grand rôle, finalement. Comme beaucoup, l’oligarque est d’ailleurs revenu de ses mirages maïdanites, rompant dès 2015 avec Porochenko. Fin mai, dans un discours remarqué, il se lâchait en diatribes contre le FMI et les Occidentaux : « C’est votre jeu, votre géopolitique. Vous n’en avez rien à faire de l’Ukraine. Vous voulez atteindre la Russie et l’Ukraine n’est qu’un prétexte. »

Aussi, c’est avec une fébrilité de plus en plus grande que le système impérial a assisté au lent rapprochement entre Moscou et Kiev, la conversation téléphonique du 11 juillet entre les deux présidents ayant même fait couler quelques gouttes de sueur du côté du Deep State US ou de son avorton ukrainien. Il faut dire que Zelensky a fait montre d’une certaine indépendance d’esprit (…) Sans surprise, certains think thanks de l’empire tentent, déjà (!), de discréditer Zelensky, le montrant sous un jour pusillanime. Des cris d’orfraie assurent le bon public que cette conversation est une victoire de Poutine qui ouvre la voie au plan de Moscou : un Donbass rattaché formellement à l’Ukraine mais avec une grande autonomie, empêchant l’intégration de l’Ukraine dans la communauté euro-atlantique (…)

Quoi qu’en disent les habituelles officines, dont la paranoïa atteint des niveaux étonnants, ce n’est certes pas un simple appel téléphonique qui règlera le conflit. Mais il symbolise, il est vrai, une (très) relative normalisation des relations interrompues depuis le putsch de 2014. Il matérialise également le désir de paix, très majoritaire (69%) dans la population ukrainienne qui en a assez des excès guerriers de la junte post-Maïdan. On imagine les signaux d’alarme clignoter frénétiquement sur l’écran de contrôle impérial…

La vieille garde maïdanite, qui a tout de même récemment réussi à empêcher une prometteuse émission intitulée « Nous devons nous parler », organisée par des chaînes ukrainienne et russe, est d’autant plus sur les nerfs que les élections législatives, initialement prévues pour octobre, viennent d’avoir lieu. Nous le disions, la marge de manœuvre de Zelensky restait forcément réduite jusqu’à ce vote crucial. L’éclatante victoire de son parti lui donne désormais les mains libres ; du fait d’un mode de scrutin particulier, celui-ci obtient même la majorité absolue, une grande première dans l’histoire de la Rada.

Le fait qu’une liste pro-russe arrive en deuxième position met encore plus de sel sur la plaie du McCainistan qui croit deviner, sans rire, la main de Moscou. Quant aux chouchous de l’Occident, mis en place par lui au lendemain en 2014, ils sont humiliés, même s’ils arrivent quand même à passer la barre symbolique des 5%. Les années en 9 sont décidément maudites pour Washington : en 2009, Yanukovitch remporte les élections et met fin à la première « révolution de couleur » organisée par Bush & Co. En 2019, la victoire de Zelensky enterre le Maïdan, fomenté par qui vous savez.

En mai, le petit gang des ONG made in Soros/USAID/NED, inquiet des premiers pas du néo-président, l’avait déjà averti de manière surréaliste d’un certain nombre de lignes rouges à ne pas franchir. Entre autres joyeusetés : mener des négociations bilatérales avec la Russie sans la participation des « partenaires occidentaux, retarder ou saboter la marche à l’OTAN, initier un processus qui pourrait mener à la levée des sanctions contre Moscou…

On a vu que ce singulier avertissement, qui confine presque à une menace de renversement, n’a pas empêché Zelensky d’appeler Poutine. Avec sa victoire de dimanche, il est largement conforté dans son choix, au grand dam de la clique impériale qui doit trouver d’autres expédients. Est-ce tout à fait un hasard si, juste avant la mise en place du nouveau gouvernement, la junte de Kiev a arraisonné un bateau russe sur le Danube ?

Cet acte de piraterie ne trompe personne, surtout pas à Moscou : il s’agit d’une ultime provocation de la vieille garde sur le départ visant à savonner la planche de la nouvelle direction ukrainienne et tenter de torpiller tout rapprochement avec la Russie. Un grand classique, quoique désespérément routinier : Obama avait fait la même chose avant d’être remplacé par Trump, de même que la Rada avec sa loi linguistique provocatrice juste après l’élection de Zelensky… Le Deep State, démocratiquement balayé, mine d’avance le chemin de l’équipe qui lui succède. Après moi, le déluge. Si on repassera pour l’originalité de la manœuvre, qu’en sera-t-il de son efficacité ?

Si l’on en croit l’échange de prisonniers et l’optimisme de Zelensky de parvenir à un accord de paix, la manœuvre a échoué. Au Kremlin, maintenant, d’éviter de mettre le pas-si-comique-que-ça président ukrainien en difficulté et de laisser un peu de gaz russe transiter par l’Ukraine en guise d’ouverture. D’autant que le Turk Stream entre, lui, dans sa phase terminale et que la Serbie a déjà construit une partie des branches du tube qui irriguera les Balkans.

Les concurrents sont, comme nous l’avons expliqué maintes fois, illusoires et ce n’est certainement pas la chimère du gaz israélien qui risque de déranger l’ours. Que n’avait-on entendu sur le bassin oriental de la Méditerranée ? Découverte historiqueRéserves extraordinaires, Changer la donne géopolitique… Ces absurdités sensationnalistes, typiques de la basse-cour médiatique inculte mais également reprises, avec effroi, par une certaine presse alternative qui a tendance à voir partout la main d’Israël, ne méritaient pourtant pas autant d’attention. Cela aussi, nous l’expliquions il y a bien longtemps :

Ca gaze pour Moscou. Et ce n’est pas une « trouvaille » de dernière minute qui empêchera le tsar des hydrocarbures de dormir. Une délégation européenne a en effet rendu une petite visite à Israël pour discuter la construction d’un éventuel pipeline Israël-Chypre-Grèce susceptible de fournir du gaz à partir de Léviathan (…)

Les réserves ont été revues à la baisse (500 Mds de m3 au lieu de 620 Mds), ce qui explique peut-être le soudain désintérêt de Gazprom, et ces quantités sont de toute façon bien faibles pour alimenter aussi bien la consommation domestique israélienne et l’exportation vers l’Europe. Pour donner un ordre de grandeur, les réserves totales de Léviathan sont cinquante-deux fois moins importantes que celles de Yamal et équivalent à ce que transporte le Nord Stream pendant dix petites années.

Dans ces conditions, construire un gazoduc sous-marin long de 1 300 km passant au-dessus d’une faille géologique pour transporter une douzaine de malheureux Mds de m3 paraît pour le moins alambiqué.

Votre serviteur est maintenant rejoint dans son analyse par Foreign Policy, rien que ça. Dans un article remarqué, la revue se pose la question de savoir si, en réalité, un seul mètre cube sera exporté en Europe au vu des coûts énormes du projet et des réserves somme toute modestes. Que quelques malheureuses gouttes de gaz israélien atteignent finalement l’Europe ou pas ne changera de toute façon strictement rien à l’échiquier énergétique.

On ne peut pas en dire autant de l’Iran, géant des hydrocarbures harcelé par l’empire. Après avoir versé dans la piraterie du côté de Gibraltar, les petits génies de Washington n’ont pas peur de sombrer dans le ridicule en proposant de corrompre les capitaines des pétroliers iraniens afin d’amener leur bateau dans des ports où il pourra être saisi. Même Barbe-Noire n’avait pas pensé à ça…

Le degré d’exaspération impuissante des Américains, obligés de s’abaisser à ce genre de manigance pathétique, laisse rêveur et Téhéran a beau jeu de moquer ces méthodes de gangsters. Toujours est-il que les Iraniens ne se démontent pas, continuant à affirmer leur stature de patron du Golfe en saisissant un tanker transportant du pétrole de contrebande. Relâché de Gibraltar, l’Adryan Darya I a tranquillement débarqué ses millions de barils en Syrie, ce pour la plus grande rage de Bolton.

Mais c’est dans l’arc chiite lui-même que des choses fort intéressantes se passent. Les habitués de nos Chroniques connaissent la valeur stratégique du poste d’Al Bukamal/Al Qaïm, que nous expliquions notamment début mai :

Aujourd’hui, attardons-nous sur une petite info lourde de conséquence. Dans un billet intitulé Arc chiite an I, nous écrivions il y a vingt mois :

C’est dans ce contexte que l’on apprend, et c’est tout sauf un hasard, que le 4+1 a décidé de passer la vitesse supérieure le long de la frontière syro-irakienne, pierre angulaire de l’arc chiite potentiellement (re)constitué.

Du côté syrien, l’armée et le Hezbollah ont, avec le précieux soutien de l’aviation russe, relancé les opérations vers Al Bukamal / Al Qaïm, point nodal crucial de la recomposition moyen-orientale. Dans le même temps et en parallèle, de l’autre côté de la frontière, l’armée irakienne et les UMP chiites ont libéré la zone d’Akashat.

La coordination avec Damas semble évidente. A ce rythme et au vu de l’effondrement daéchique, l’alliance chiite ne devrait pas tarder à arriver en vue d’Al Bukamal / Al Qaïm. La prise de ce dernier bastion califal ne sera certes pas chose aisée, mais c’est la grande image qu’il faut prendre en compte : suppression définitive du corridor sunnite nord-sud et mise en place de l’arc chiite est-ouest. Au grand dam de qui vous savez.

Bingo ! Depuis qu’Al Bukamal est revenue, fin 2017, dans le giron loyaliste, les Iraniens y sont présents. Le noeud stratégique est en effet fondamental pour la marche de Téhéran vers le ponant :

L’arc chiite, en partie reconstitué après la victoire des syro-russo-iraniens en Syrie, (re)devient le cauchemar stratégique de Washington, Tel Aviv et Riyad. Les Iraniens s’établissent sur la Méditerranée tandis que la construction d’une autoroute Iran-Irak-Syrie a commencé (elle finira par relier Téhéran à Beyrouth) et qu’un projet de voies ferrées ressort du sable. Les futures routes de la Soie chinoises doivent passer par là…

Or, qu’apprend-on ? Les Iraniens ont entrepris des travaux pour ouvrir un nouveau passage près d’Al Bukamal (l’ancien étant totalement détruit par la guerre). Il n’en fallait pas plus pour que le système impérial entre en mode panique et imagine déjà les cargaisons d’armes à destination du Hezbollah ou de pétrole pour alléger les sanctions US.

Avec ténacité, Téhéran joue sa carte et avance ses pions pour rejoindre la Méditerranée, profitant de la reconstitution partielle de l’arc chiite. Un bémol toutefois, cette route doit serpenter entre les bases américaines en Irak, puis les zones occupées par l’empire en Syrie (zone « kurde » et Al Tanaf), sans compter les régions où la présence de Daech n’a pas été totalement éliminée :

On ne sait pas très bien ce que seraient censés faire les soldats US si un convoi iranien leur passait sous le nez, ni le cadre légal (vote du Congrès ?) d’une éventuelle intervention. Pour compliquer encore un peu la situation, se pose d’ailleurs toujours la question de la présence états-unienne en Irak. Ces bases sont en tout cas un moyen de pression visant à contrôler et à contrarier l’arc chiite renaissant.

Une chose est sûre : des sables du désert aux corridors du pouvoir à Bagdad, l’affrontement à fleurets mouchetés entre Téhéran et Washington n’est pas prêt de s’arrêter. Un petit jeu dans le Grand…

Nous y sommes. Après cinq ans, Bagdad et Damas vont rouvrir le poste-frontière dans les heures qui viennent. Plusieurs officines occidentales s’alarment, sans doute à juste titre pour le coup, de la construction d’une grande base iranienne en ce lieu stratégique entre tous de l’arc chiite.

Comme par magie, un projet de pipeline revient sur le devant de la scène, accompagnant les évolutions géostratégiques sur le terrain. Vous l’avez deviné, il s’agit de l’oléoduc Iran-Irak-Syrie, dont l’acceptation par Assad au détriment des tubes pétromonarchiques fut une des principales raisons du conflit syrien.

Enterré dans les cartons pour cause de guerre et de sunnistan daéchique, le projet est remis au goût du jour par Téhéran qui tente de convaincre les Irakiens de son bien-fondé. Une nouvelle fois, beaucoup sinon tout se jouera dans les couloirs du pouvoir à Bagdad, où Iraniens et Américains ont engagé depuis longtemps une sourde lutte d’influence et s’affrontent par factions interposées.

Pour compliquer encore un peu les choses, la fameuse province d’Anbar, dans l’Ouest irakien, possède des réserves non négligeables de pétrole et de gaz. Il y a un mois et demi, cette région revenait sous les feux de l’actualité :

Alors que les Iraniens ont mis en ligne la spectaculaire vidéo de l’arraisonnement du pétrolier britannique dans le Golfe persique, il se passe des choses intéressantes dans la province d’Anbar, fondamentale pour la reconstitution de l’arc chiite :

Un coup de théâtre a éclaté début juillet, le commandant militaire de la région, le général Falahi, étant pris la main dans le sac en train de fournir à la CIA des renseignements sur les bases des Unités de Mobilisation Populaire chiites pro-iraniennes de la zone. Ces informations servaient à orienter les raids aériens US qui, de temps en temps, frappent les milices de la région sans aucun rapport avec l’amusante « guerre contre Daech ». La trahison de Falahi a déclenché un tollé et est remontée jusqu’à Bagdad, où le ministre de la Défense a ordonné l’ouverture d’une enquête officielle.

Relation de cause à effet ? Les forces américaines se seraient (conditionnel de mise) retirées de la base de Rutba, en plein désert d’Anbar et à 175 km à l’Est de la fameuse Al Tanaf, bien connue des lecteurs.

Ce que nous écrivions en mai 2017, après le bombardement par l’USAF d’une colonne chiite qui se dirigeait vers Al Tanaf et avant que les loyalistes syriens n’aient rejoint la frontière, n’a pas perdu une ride :

Empêcher la jonction chiite à la frontière syro-irakienne a toujours été le grand but des principaux alliés de l’empire – Israël, Saoudie, Turquie, Jordanie même – et le Donald n’a jamais caché sa sympathie pour au moins l’un d’entre eux (le premier cité). Il n’aura également échappé à personne que cette attaque intervient deux jours après la rencontre Trump-Erdogan, même si celui-ci est plus préoccupé par le soutien US aux YPG kurdes.

Quoi qu’il en soit, la course pour le contrôle de la frontière syro-irakienne est le nouveau chapitre important du grand et interminable livre de la guerre syrienne et c’est évidemment dans ce contexte qu’il faut replacer ce bombardement. Et peut-être un autre d’ailleurs, si l’info est confirmée : des avions américains auraient attaqué des Unités de Mobilisation Populaire irakiennes chiites de l’autre côté de la frontière.

Le conditionnel reste de mise car, pour l’instant, un seul média irakien en parle ; de plus, le lieu évoqué (« près d’Al Boukhamal ») est difficilement possible, Daech contrôlant la zone. Toutefois, cela collerait parfaitement avec le tableau général : empêcher Bagdad et Damas de reconstituer l’arc terrestre chiite. Coïncidence, cela intervient au moment même où un envoyé irakien discute avec Assad de « coopération dans la lutte anti-terroriste », c’est-à-dire évidemment de la reprise du territoire de l’EI qui sépare encore les deux pays.

Si les Américains persistent à vouloir remplacer Daech par leurs hommes de paille et couper l’axe Damas-Bagdad, ils prennent le risque d’entrer en collision directe avec l’Iran, ce dont s’inquiète jusqu’à The Atlantic. C’est en effet la politique de Téhéran, non de Moscou, de reconstituer l’arc chiite et la poussée loyaliste vers la frontière est plus d’obédience perse que russe.

Dix jours plus tard, Moon of Alabama allait dans le même sens, ajoutant d’ailleurs que les Américains avaient confié à une compagnie privée de sécurité, héritière de la sinistre Blackwater, la mission de sécuriser l’autoroute Bagdad-Amman qui traverse la province d’Anbar et dont une branche court jusqu’à Al Tanaf. Le but, évident : couper l’arc chiite, problématique principale de la guerre syrienne.

Comme souvent, les plans disneylandiens des stratèges de Washington se sont fracassés sur la réalité. Les UMP chiites restent fortement présentes à Anbar, au grand dam de la CIA qui doit débaucher des généraux irakiens pour en savoir plus (voir plus haut), et Soleimani se permet régulièrement des visites impromptues et provocatrices. Selon un bon observateur, s’il est confirmé, le retrait US de Rutba pourrait, dans le contexte particulier de scandale suite à la haute trahison de Falahi, signifier le renoncement des Américains devant l’inexorable avancée iranienne.

Si peu d’informations nous parviennent des sables d’Anbar et s’il est quelque peu difficile de savoir où en sont exactement les forces américaines, les réserves en hydrocarbures de la province attirent un nouvel acteur dans la danse, sous forme de pied de nez à Washington. Le ministre du Pétrole irakien a en effet décidé de confier l’exploration et le développement d’un bloc pétrolier et gazier prometteur à… une société russe !Tag(s) : #Pétrole#Gaz#Russie#Etats-Unis#Amérique latine#Europe#Ukraine#Moyen-Orient#Sous-continent indien#Extrême-Orient#Chine

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/09/pendant-ce-temps-le-grand-jeu-energetique.html

Offensive russophobe du gouvernement polonais.

04 septembre 2019

Offensive russophobe du gouvernement polonais.

Signature de l'accord gazier USA-Pologne-Ukraine

Le 29 août, la société pétrolière et gazière polonaise PGNiG et le groupe «ressources Énergétiques de l’Ukraine  » (ERU) ont signé un accord selon lequel la Pologne prévoit de fournir à l’Ukraine du gaz naturel liquéfié (GNL), acheté aux États-Unis.

Le contrat de dix ans entre le russe Gazprom et l’ukrainien Naftogaz expire le 31 décembre 2019. Au début de 2020, il est également prévu d’achever la construction du gazoduc « North Stream-2 », qui contournera l’Ukraine, et il existe donc un risque que le système de transport de gaz du pays ne soit plus utilisé. La partie ukrainienne a déclaré à plusieurs reprises qu’elle ne pouvait pas accepter la demande de la Russie de prolonger le contrat selon les conditions financières précédentes. Gazprom, à son tour, est prêt à poursuivre sa coopération à court terme avec l’Ukraine jusqu’en 2020.

Les représentants de la Pologne, des États-Unis et de l’Ukraine ont signé samedi 31 août à Varsovie un « accord de coopération visant à renforcer la sécurité régionale de l’approvisionnement en gaz naturel ». Ce document porte sur la coopération dans le domaine des réformes du marché du gaz ukrainien, de la création d’une infrastructure d’importation de gaz naturel polonais, d’une infrastructure ukrainienne de stockage et d’exportation de GNL américain, ainsi que d’autres produits du gaz dans la région.

La radio polonaise a annoncé le 30 août que les implantations des nouvelles bases américaines en Pologne seront bientôt annoncées. 6 des 7 bases promises ont déja fait l’objet d’un accord entre les deux ministères de la défense.

Selon une déclaration signée précédemment par les présidents Polonais et américain, le nombre de soldats américains déployés en Pologne devrait augmenter d’au moins mille personnes.

Le document confirme le déploiement en Pologne de 4500 soldats américains, ce qui portera la présence américaine dans ce pays au niveau de la division.

Aviateurs américains stationnés en Pologne

Le 1er septembre, le gouvernement polonais a organisé la commémoration du début de la seconde guerre mondiale. Jusqu’en 2019, ces commémorations avaient toujours lieu sur la péninsule de Westerplatte à Gdańsk — c’est ici qu’ont tirées les premières salves des navires de guerre allemands à l’aube du 1er septembre 1939.

Cependant, à l’occasion du 80ème anniversaire du début de la guerre, où plus de 60 pays ont été impliqués, les autorités polonaises ont décidé de transférer des événements commémoratifs à Varsovie et à la ville de veluń, également une ancienne arène de résistance aux nazis.

Tribune des 80ans du début de la guerre

Au total, dimanche, Varsovie a accueilli un débarquement d’environ 40 délégations étrangères, dont la moitié étaient représentées par des chefs d’Etat et de gouvernement. Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, a finalement eu le droit de prononcer un discours, tout comme l’hôte de l’événement, le président polonais Andrzej Duda.

Cependant, l’attention principale des médias a été attirée Vladimir Poutine, le président du pays qui a apporté, sans exagération, la contribution la plus importante à la défaite des nazis. Le leader russe était absent de Varsovie le 1er septembre.

Malgré le fait qu’en 1945, la Pologne a été libérée en grande partie par les forces de l’armée rouge soviétique, Varsovie préfère se souvenir d’un autre épisode historique : l’invasion par l’URSS le 17 septembre 1939. Les Polonais considérent cela comme une conséquence de la collusion entre Moscou et Berlin dans le cadre du pacte Molotov-Ribbentrop. Les documents soviétiques de l’époque le motivaient par la nécessité de protéger la population biélorusse et ukrainienne sur le territoire de «l’Etat Polonais, victime de dissolution interne».

Mais il s’est avéré que le ressentiment historique de longue date des polonais contre les russes n’a rien à voir avec ce que les dirigeants du pays hôte de la commémoration du 80-ème anniversaire du début de la Seconde guerre mondiale ont décidé. Comme l’a expliqué le porte-parole du président polonais Andrzej Duda, Błażej Spychalski, les invitations à l’événement, bien qu’il soit historique, « n’ont pas été envoyées selon un critère historique, mais selon des critères contemporains ». Par conséquent, a déclaré Błażej Spychalski, seuls les représentants de l’Union européenne, de l’OTAN et des pays du « partenariat oriental » ont été invités.

Cérémonie d'ouverture de la commémoration


C’est cette approche « moderne » qui a évidemment poussé les autorités polonaises à lier la Seconde guerre mondiale et le retour de la Crimée à la Russie. Comme l’a déclaré en juillet le vice-premier ministre polonais Jacek Sasin, « il est inapproprié de célébrer l’anniversaire de l’agression armée contre la Pologne avec la participation d’un dirigeant qui se comporte de cette façon aujourd’hui envers son voisin ».

A Moscou, on a préféré ne pas se concentrer sur les actions des autorités polonaises. Au printemps, le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a seulement noté que toute manifestation commémorative consacrée à l’anniversaire de la grande guerre patriotique et de la Seconde guerre mondiale, sans la participation de son pays, « ne peut être considérée comme complète ».

Déjouant certains pronostics pessimistes sur ses relations avec Moscou, le leader biélorusse Alexandre Loukachenko, qui était invité à Varsovie, a décidé de faire preuve de solidarité avec la Russie en refusant l’invitation des autorités polonaises.

Séparer la contribution de chacune des républiques de l’URSS à la victoire commune est au minimum historiquement incorrect, a expliqué le porte-parole du Président Loukachenko Anatoly Glaz, exprimant le mécontentement de Minsk que non seulement la Russie, mais aussi le Kazakhstan et les pays d’Asie centrale n’aient pas été invités dans la capitale polonaise.

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinyan a décidé, lui aussi, de ne pas venir en Pologne. Le Ministre arménien des affaires Étrangères, Zohrab Mnatsakanian, l’a expliqué par les priorités de la politique intérieure et le calendrier serré des visites du Premier ministre. Mais la plupart des observateurs ont lié cette décision, pas tant au manque de temps qu’à une question de principe.

D’une manière ou d’une autre, d’un événement potentiellement mondial, les commémorations en Pologne se sont transformées en une fête en petit comité au cours de laquelle le président allemand Frank-Walter Steinmeier a une fois de plus demandé pardon au nom de l’Allemagne et s’est « incliné devant les victimes polonaises de la tyrannie allemande ».

Le ministre polonais de la défense nationale en rajouté une couche le lendemain, 2 septembre, a accusé la Russie de ne pas avoir donné à la Pologne sa part des réparations allemandes après la Seconde guerre mondiale. Selon lui, « c’est la Russie qui a pris une telle décision » et « la Pologne n’était pas souveraine ». Le chef du département militaire insiste également sur le fait que le dossier des réparations n’est pas refermé.

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Lors de la conférence de Potsdam en 1945, un accord a été conclu selon lequel la Pologne recevait des réparations sur la part de l’URSS provenant de la zone orientale de l’Allemagne. Depuis 1954, leur versement a cessé par un accord commun entre l’URSS et la République populaire de Pologne.

Le 1er septembre, le président Polonais Andrzej Duda a confirmé l’intention de Varsovie d’obtenir des réparations de Berlin. Selon lui, ces paiements sont « une question de responsabilité et de moralité ». Duda a rappelé que la guerre « a causé d’énormes dégâts » à la Pologne, que le Parlement du pays a l’intention de « facturer ».

Plus tôt en août, le ministre polonais des affaires étrangères Jacek Chaputowicz a qualifié le montant des réparations reçues de l’Allemagne de « minimum ». Selon lui, lors du paiement des indemnités, la Pologne a été « victime de discrimination », même si elle a souffert des actions des nazis plus que certains autres pays.

Or, au lieu d’accuser son allié américain, qui a insisté pour plafonner les réparations réglées par l’Allemagne lors de la Conférence de Potsdam, la Pologne utilisa la solution comode d’accuser, une fois de plus la Russie de tous les mots qui l’ont accablé par le passé. La « courageuse Pologne » ne mord pas la main de ses nouveaux maîtres d’outre-atlantique. C’est complètement risible !

Sources :

https://vpk.name/news/319625_namechenyi_mesta_dislokacii_chasti_novyih_podrazdelenii_ssha_v_polshe.html

https://iz.ru/915955/nataliia-portiakova/istoricheski-neverno-kak-v-polshe-otmetili-80-let-s-nachala-vtoroi-mirovoi

https://iz.ru/916759/2019-09-02/v-polshe-obvinil-moskvu-v-otsutstvii-reparatcii-ot-germaniiPosté par rbessonnet à 10:08 – Commentaires [0] – Permalien [#
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Patrick Lawrence : Les États-Unis en action sur le marché iranien du pétrole ou un exemple de politique étrangère irrationnelle

GÉOPOLITIQUE29.juin.2019 // Les Crises

Patrick Lawrence : Les États-Unis en action sur le marché iranien du pétrole ou un exemple de politique étrangère irrationnelle

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Source : Consortium News, Patrick Lawrence

Patrick Lawrence évalue le potentiel retour de flamme de l’annulation de Pompeo pour 8 importateurs majeurs des dérogations quant aux sanctions américaines.

Une défaite décisive dans une bataille de longue haleine avec des cerveaux de la politique étrangère

L’annonce faite la semaine dernière par le Secrétaire d’État Mike Pompeo, selon laquelle aucun importateur de pétrole iranien ne bénéficiera désormais de dérogations quant aux sanctions américaines, est aussi risquée que malavisée. Le retrait des dérogations à compter de ce jeudi donne effectivement à huit importateurs dépendants du brut iranien – Inde, Japon, Corée du Sud, Chine, Turquie, Taïwan, Italie et Grèce – un préavis de 10 jours pour revoir leurs achats pétroliers. C’est maintenant une stratégie globale : L’intention est de couper l’accès de l’Iran à tout marché pétrolier dans le cadre de la campagne de « pression maximale » de l’administration contre Téhéran. « Nous allons vers zéro », a déclaré M. Pompeo lorsqu’il a dévoilé cette nouvelle politique.

Personne ne va vers zéro. La décision de l’administration nuira encore davantage à l’économie iranienne, certes, mais peu de gens en dehors de l’administration pensent qu’il est possible d’isoler l’Iran aussi complètement que Pompeo semble l’espérer. La Turquie a immédiatement rejeté les « sanctions et impositions unilatérales sur la façon de conduire les relations avec ses voisins », comme l’a dit le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Çavusoglu dans un message Twitter. La Chine pourrait faire de même, mais moins brutalement. D’autres importateurs de pétrole sont susceptibles d’envisager des opérations de troc, des transactions en monnaie locale et d’autres « solutions de contournement » similaires. Dans le voisinage immédiat, l’Irak ignore jusqu’à présent les demandes des États-Unis de cesser d’acheter du gaz naturel et de l’électricité à l’Iran.

Pompeo se joint à une réunion de la diaspora iranienne à Dallas, le 15 avril 2019. (Département d’État/Ron Przysucha via Flickr)

Aperçus sur un abus de pouvoir

Il y a quelques enseignements à tirer de ce cas inhabituellement agressif d’abus de pouvoir.

Tout d’abord, le nouveau tournant dans la politique de l’administration vis à vis de l’Iran semble marquer une défaite décisive pour le président Donald Trump dans sa lutte de longue date avec ses responsables de la politique étrangère. Il est maintenant très peu probable que Trump atteigne l’un ou l’autre de ses objectifs politiques, un certain nombre d’entre eux représentant des alternatives utiles aux stratégies étonnamment arbitraires avancées par Pompeo, John Bolton, conseiller à la sécurité nationale, et d’autres fanatiques de l’administration Trump.

Ainsi, affaibli par les enquêtes implacables sur le « Russia-Gate », le président a désormais peu de chances d’améliorer ses liens avec Moscou ou de négocier avec des adversaires comme l’Iran et la Corée du Nord, comme il s’en est longtemps fait l’avocat.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a déclaré dimanche, lors d’une interview accordée à Face the Nation, que si les conditions étaient réunies, Téhéran serait ouverte à des négociations bilatérales. C’était la deuxième fois en une semaine que Zarif s’exprimait ainsi. Mais ceux qui entourent Trump, notamment Bolton et Pompeo, ont la certitude de pouvoir bloquer de telles éventualités – ou les saboter si elles avaient lieu, comme ils l’ont fait fin février, lors du deuxième sommet de Trump avec Kim Jong-un, le dirigeant de la Corée du Nord.

Deuxièmement, la politique étrangère de ce gouvernement a constamment adopté un aspect irrationnel qui pourrait être sans précédent dans l’histoire des États-Unis. C’est périlleux. L’hostilité quasi paranoïaque de l’administration envers Pyongyang et Moscou en est une illustration. Il en est de même quand il s’agit de s’aliéner, en toute indifférence des alliés de longue date de l’autre côté de l’Atlantique et en Asie. Depuis cette semaine, cependant, la politique de Pompéo, qui consiste à « aller jusqu’à zéro », fait de l’Iran le danger le plus immédiat.

Le goulot d’étranglement du golfe Persique

Des responsables iraniens, dont Zarif, menacent maintenant de fermer le détroit d’Ormuz, goulot d’étranglement du golfe Persique, si les pétroliers iraniens sont empêchés d’y passer. Il s’agit d’un avertissement indirect qui pourrait voir l’armée iranienne affronter la cinquième flotte américaine, qui opère dans le golfe et les eaux limitrophes.

Un autre danger auquel l’administration se retrouve aujourd’hui confrontée vient de la forte flambée du prix du pétrole. Conjuguées, les sanctions américaines contre le Venezuela et l’Iran visent à retirer du marché environ 2 millions de barils de pétrole par jour.

L’Arabie saoudite s’est engagée à compenser la perte d’approvisionnement, mais de nombreux analystes s’interrogent sur sa capacité à soutenir une augmentation de la production compte tenu de l’épuisement progressif de son champ de Ghawar, longtemps productif. La capacité de réserve des producteurs est déjà très faible. Faut-il prendre le risque d’une nouvelle crise pétrolière, compte tenu de l’essoufflement de l’économie mondiale ?

En Iran, Zarif : ouvert aux pourparlers bilatéraux. (YouTube)

Les responsables de la politique étrangère de Trump risquent aussi de se mettre à dos des alliés – la Corée du Sud, le Japon, l’Inde, les Européens – alors même que leur coopération sur de nombreuses autres questions politiques est nécessaire. Dans le cas de la Chine, l’administration met en péril les progrès d’un accord commercial presque achevéet compromet l’influence de Pékin sur la Corée du Nord.

Il y a d’autres cas qui démontrent l’indifférence apparemment totale de l’administration Trump à l’égard des dommages collatéraux et de l’animosité des alliés. Depuis que les États-Unis ont abandonné les accords de Paris sur le climat et l’accord de 2015 sur le programme nucléaire iranien, les Européens ont peine à contenir leur colère; ils sont maintenant ouvertement furieux que les des sanctions contre l’Iran se fassent plus sévères. Les Sud-Coréens, contrariés par la position intransigeante de Washington à l’égard de Pyongyang, cherchent maintenant les moyens de nouer des accords avec le Nord au mépris des nombreux degrés de sanctions imposées par l’ONU et les États-Unis.

La question est de savoir pourquoi la politique étrangère de cette administration est si déconcertante et relève de l’amateurisme. Question subsidiaire: Pourquoi le président s’entoure-t-il de conseillers politiques qui vont totalement à l’encontre de ceux de ses objectifs qui en valent la peine ?

Trump est arrivé à Washington sans être issu du corpus politique: c’est probablement là que commencent les réponses à ces questions. Le décideur new-yorkais avait un choix très limité à partir duquel il pouvait bâtir son administration. Son interminable problème avec le « Russia-Gate » l’handicape encore plus. Cette administration est l’une des plus opaques de l’histoire récente, ce qui fait que les certitudes quant à son fonctionnement interne sont difficiles à obtenir. Mais il est fort possible que Trump n’ait pas choisi son équipe de politique étrangère et que les membres de celle-ci lui aient été imposés.

Cependant, ses conseillers font maintenant partie de l’administration, ils forment une combinaison toxique de néoconservateurs, dont nombre proviennent de la Heritage Foundation, et des chrétiens évangéliques. Bolton est emblématique de la première, Pompeo de la seconde. C’est la couleur actuelle de la politique étrangère américaine.

Zélotes et Croisés

Les deux camps sont peuplés de fanatiques et de croisés; tous deux cultivent des visions du monde irrationnelles enracinées dans une idéologie et des positions extrémistes. L’obsession de Bolton est la restauration d’une suprématie américaine incontestée. On dit que Pompeo considère des adversaires tels que la Corée du Nord et l’Iran comme George W. Bush l’a fait : Les États-Unis sont dans une guerre de “fin des temps” avec Gog et Magog [référence à l’eschatologie biblique, NdT], manifestations bibliques du mal à l’étranger dans le monde.

Pour être clair, il y a plus de mal que de bien dans la façon de penser du président en matière de politique étrangère. Il était évidemment derrière la décision de déplacer l’ambassade des États-Unis à Jérusalem ainsi que l’annonce en mars que Washington reconnaissait la juridiction israélienne sur le plateau du Golan.

« C’est très important stratégiquement pour la victoire, les sommets, parce que vous êtes très haut, très important », a déclaré Trump ce week-end. « Il y a cinquante-deux ans, cela a commencé [quand Israël a capturé le Golan en Syrie pendant la guerre de 1967] et je l’ai fait rapidement. C’est fait. C’est fini. »

Il est peu probable que l’on fasse quoi que ce soit en ce qui concerne le déménagement de l’ambassade et la décision concernant le plateau du Golan. Tous deux sont diamétralement contraires au droit international et tous deux ont considérablement entamé la crédibilité des États-Unis au Moyen-Orient. En bref, Trump fait ses propres erreurs de calcul, et elles sont aussi graves que celles faites par l’axe Pompeo-Bolton. Il y a peu de sages dans cette administration.

En même temps, le désir de Trump de négocier avec ses adversaires – Russie, Iran, Corée du Nord – est entièrement défendable. Mais la politique iranienne « vers le degré zéro » qui entrera en vigueur cette semaine peut être interprétée comme une preuve de l’échec du président à contrer la politique étrangère des manichéens qui l’entourent.

Il y aura peut-être des escarmouches à venir, mais la bataille est terminée. Nous devons maintenant regarder les idéologues extrémistes accélérer le déclin déjà évident de l’Amérique en tant que puissance mondiale – ainsi que son isolement croissant.

Patrick Lawrence, correspondant à l’étranger depuis de nombreuses années, principalement pour l’International Herald Tribune, est chroniqueur, essayiste, auteur et conférencier. Son livre le plus récent est « Time No Longer : Americans After the American Century » (Yale) [« La fin d’une époque: les Américains après le siècle Américain » (Yale), NdT]. On peut le suivre à @thefloutist. Son site Web est www.patricklawrence.us. Soutenez son travail via www.patreon.com/thefloutist.

Source : Consortium News, Patrick Lawrence, 29-04-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus

]https://www.les-crises.fr/patrick-lawrence-les-etats-unis-en-action-sur-le-marche-iranien-du-petrole-ou-un-exemple-de-politique-etrangere-irrationnelle/

Qui sont les incendiaires de pétroliers dans le Golfe ?

« L’ART DE LA GUERRE »

Qui sont les incendiaires de pétroliers dans le Golfe ?

Manlio Dinucci invite à prendre du recul. Il replace les sabotages de pétroliers dont Washington accuse Téhéran dans le cadre de la politique énergétique globale des États-Unis. Ce faisant, il montre que, contrairement aux apparences, Mike Pompeo ne vise pas l’Iran, mais bien l’Europe.

 | ROME (ITALIE)  

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Tandis que les États-Unis préparent une nouvelle escalade au Moyen-Orient, en accusant l’Iran d’attaquer les pétroliers dans le golfe d’Oman, le vice-premier ministre italien Matteo Salvini rencontre à Washington le secrétaire d’État Mike Pompeo, un des artisans de cette stratégie, en l’assurant que « l’Italie veut redevenir dans le continent européen le premier partenaire de la plus grande démocratie occidentale ». Ainsi accroche-t-il l’Italie à l’opération lancée par Washington.

L’« incident du golfe d’Oman », casus belli contre l’Iran, calque « l’incident du golfe du Tonkin » du 4 août 1964, utilisé comme casus belli pour bombarder le Nord Vietnam, accusé d’avoir attaqué un torpilleur US (accusation qui s’est ensuite révélée fausse).

Aujourd’hui une vidéo diffusée par Washington montre l’équipage d’une présumée vedette iranienne qui, en plein jour, décroche du flanc d’un pétrolier une mine non explosée pour effacer sa provenance (car la mine aurait porté l’inscription « made in Iran »).

Avec ces « preuves », qui constituent une véritable insulte à l’intelligence, Washington cherche à camoufler le but de l’opération. Celle-ci relève de la stratégie pour le contrôle des réserves mondiales de pétrole et de gaz naturel et de leurs couloirs énergétiques [1]. Ce n’est pas un hasard si dans le viseur des États-Unis se trouvent l’Iran et l’Irak, dont les réserves pétrolifères totales dépassent celles de l’Arabie Saoudite et sont cinq fois supérieures à celles des USA. Les réserves iraniennes de gaz naturel sont environ 2,5 fois celles des USA. Pour la même raison se trouve dans le viseur états-unien le Venezuela, pays qui a les plus grandes réserves pétrolifères du monde.

Le contrôle des couloirs énergétiques est de première importance. En accusant l’Iran de vouloir « interrompre le flux de pétrole à travers le détroit d’Ormuz », Mike Pompeo annonce que « les États-Unis défendront la liberté de navigation ». Autrement dit, il annonce que les États-Unis veulent contrôler militairement cette zone clé pour l’approvisionnement énergétique y compris de l’Europe, en empêchant avant tout le transit du pétrole iranien (à qui l’Italie et d’autres pays européens ne peuvent pas de toutes façons accéder librement à cause de l’interdit états-unien).

D’Iran aurait pu aussi arriver en Europe du gaz naturel à bas prix par un gazoduc traversant l’Irak et la Syrie ; mais le projet, lancé en 2011, a sauté à la suite de l’opération USA/OTAN pour démolir l’État syrien.

De Russie aurait pu arriver directement en Italie, et de là être distribué dans d’autres pays européens avec de notables avantages économiques, du gaz naturel, au moyen du South Stream à travers la Mer Noire ; mais le gazoduc, déjà en phase avancée, a été bloqué en 2014 sous la pression des États-Unis et de l’Union européenne même, avec de gros dommages pour l’Italie.

C’est par contre le redoublement du Nord Stream qui s’est poursuivi, faisant de l’Allemagne le centre de triage du gaz russe. Puis, sur la base de l’accord de « coopération stratégique USA-UE dans le domaine énergétique » stipulé en juillet 2018, les exportations états-uniennes de gaz naturel liquéfié (Lng) dans l’UE ont triplé. Le centre de triage est la Pologne, d’où le « gaz de la liberté » arrivera aussi en Ukraine.

L’objectif de Washington est stratégique : frapper la Russie en remplaçant en Europe le gaz russe par celui des USA. Mais on n’a aucune garantie, ni sur les prix, ni sur la durée des fournitures US de gaz, extrait des schistes bitumineux par la technique du fracking (fracturation hydraulique), désastreuse pour l’environnement.

Que dit de tout cela Matteo Salvini qui, arrivé dans la « plus grande démocratie du monde occidental », a fièrement déclaré : « Je fais partie d’un gouvernement qui en Europe ne se contente plus des miettes » ?

Manlio Dinucci

Manlio DinucciGéographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016 ; Guerra nucleare. Il giorno prima. Da Hiroshima a oggi : chi e come ci porta alla catastrofe, Zambon 2017 ; Diario di guerra. Escalation verso la catastrofe (2016 – 2018), Asterios Editores 2018.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

[1] « Géopolitique du pétrole à l’ère Trump », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 9 avril 2019.

 

https://www.voltairenet.org/article206742.html