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Patrick Lawrence : Les États-Unis en action sur le marché iranien du pétrole ou un exemple de politique étrangère irrationnelle

GÉOPOLITIQUE29.juin.2019 // Les Crises

Patrick Lawrence : Les États-Unis en action sur le marché iranien du pétrole ou un exemple de politique étrangère irrationnelle

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Source : Consortium News, Patrick Lawrence

Patrick Lawrence évalue le potentiel retour de flamme de l’annulation de Pompeo pour 8 importateurs majeurs des dérogations quant aux sanctions américaines.

Une défaite décisive dans une bataille de longue haleine avec des cerveaux de la politique étrangère

L’annonce faite la semaine dernière par le Secrétaire d’État Mike Pompeo, selon laquelle aucun importateur de pétrole iranien ne bénéficiera désormais de dérogations quant aux sanctions américaines, est aussi risquée que malavisée. Le retrait des dérogations à compter de ce jeudi donne effectivement à huit importateurs dépendants du brut iranien – Inde, Japon, Corée du Sud, Chine, Turquie, Taïwan, Italie et Grèce – un préavis de 10 jours pour revoir leurs achats pétroliers. C’est maintenant une stratégie globale : L’intention est de couper l’accès de l’Iran à tout marché pétrolier dans le cadre de la campagne de « pression maximale » de l’administration contre Téhéran. « Nous allons vers zéro », a déclaré M. Pompeo lorsqu’il a dévoilé cette nouvelle politique.

Personne ne va vers zéro. La décision de l’administration nuira encore davantage à l’économie iranienne, certes, mais peu de gens en dehors de l’administration pensent qu’il est possible d’isoler l’Iran aussi complètement que Pompeo semble l’espérer. La Turquie a immédiatement rejeté les « sanctions et impositions unilatérales sur la façon de conduire les relations avec ses voisins », comme l’a dit le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Çavusoglu dans un message Twitter. La Chine pourrait faire de même, mais moins brutalement. D’autres importateurs de pétrole sont susceptibles d’envisager des opérations de troc, des transactions en monnaie locale et d’autres « solutions de contournement » similaires. Dans le voisinage immédiat, l’Irak ignore jusqu’à présent les demandes des États-Unis de cesser d’acheter du gaz naturel et de l’électricité à l’Iran.

Pompeo se joint à une réunion de la diaspora iranienne à Dallas, le 15 avril 2019. (Département d’État/Ron Przysucha via Flickr)

Aperçus sur un abus de pouvoir

Il y a quelques enseignements à tirer de ce cas inhabituellement agressif d’abus de pouvoir.

Tout d’abord, le nouveau tournant dans la politique de l’administration vis à vis de l’Iran semble marquer une défaite décisive pour le président Donald Trump dans sa lutte de longue date avec ses responsables de la politique étrangère. Il est maintenant très peu probable que Trump atteigne l’un ou l’autre de ses objectifs politiques, un certain nombre d’entre eux représentant des alternatives utiles aux stratégies étonnamment arbitraires avancées par Pompeo, John Bolton, conseiller à la sécurité nationale, et d’autres fanatiques de l’administration Trump.

Ainsi, affaibli par les enquêtes implacables sur le « Russia-Gate », le président a désormais peu de chances d’améliorer ses liens avec Moscou ou de négocier avec des adversaires comme l’Iran et la Corée du Nord, comme il s’en est longtemps fait l’avocat.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a déclaré dimanche, lors d’une interview accordée à Face the Nation, que si les conditions étaient réunies, Téhéran serait ouverte à des négociations bilatérales. C’était la deuxième fois en une semaine que Zarif s’exprimait ainsi. Mais ceux qui entourent Trump, notamment Bolton et Pompeo, ont la certitude de pouvoir bloquer de telles éventualités – ou les saboter si elles avaient lieu, comme ils l’ont fait fin février, lors du deuxième sommet de Trump avec Kim Jong-un, le dirigeant de la Corée du Nord.

Deuxièmement, la politique étrangère de ce gouvernement a constamment adopté un aspect irrationnel qui pourrait être sans précédent dans l’histoire des États-Unis. C’est périlleux. L’hostilité quasi paranoïaque de l’administration envers Pyongyang et Moscou en est une illustration. Il en est de même quand il s’agit de s’aliéner, en toute indifférence des alliés de longue date de l’autre côté de l’Atlantique et en Asie. Depuis cette semaine, cependant, la politique de Pompéo, qui consiste à « aller jusqu’à zéro », fait de l’Iran le danger le plus immédiat.

Le goulot d’étranglement du golfe Persique

Des responsables iraniens, dont Zarif, menacent maintenant de fermer le détroit d’Ormuz, goulot d’étranglement du golfe Persique, si les pétroliers iraniens sont empêchés d’y passer. Il s’agit d’un avertissement indirect qui pourrait voir l’armée iranienne affronter la cinquième flotte américaine, qui opère dans le golfe et les eaux limitrophes.

Un autre danger auquel l’administration se retrouve aujourd’hui confrontée vient de la forte flambée du prix du pétrole. Conjuguées, les sanctions américaines contre le Venezuela et l’Iran visent à retirer du marché environ 2 millions de barils de pétrole par jour.

L’Arabie saoudite s’est engagée à compenser la perte d’approvisionnement, mais de nombreux analystes s’interrogent sur sa capacité à soutenir une augmentation de la production compte tenu de l’épuisement progressif de son champ de Ghawar, longtemps productif. La capacité de réserve des producteurs est déjà très faible. Faut-il prendre le risque d’une nouvelle crise pétrolière, compte tenu de l’essoufflement de l’économie mondiale ?

En Iran, Zarif : ouvert aux pourparlers bilatéraux. (YouTube)

Les responsables de la politique étrangère de Trump risquent aussi de se mettre à dos des alliés – la Corée du Sud, le Japon, l’Inde, les Européens – alors même que leur coopération sur de nombreuses autres questions politiques est nécessaire. Dans le cas de la Chine, l’administration met en péril les progrès d’un accord commercial presque achevéet compromet l’influence de Pékin sur la Corée du Nord.

Il y a d’autres cas qui démontrent l’indifférence apparemment totale de l’administration Trump à l’égard des dommages collatéraux et de l’animosité des alliés. Depuis que les États-Unis ont abandonné les accords de Paris sur le climat et l’accord de 2015 sur le programme nucléaire iranien, les Européens ont peine à contenir leur colère; ils sont maintenant ouvertement furieux que les des sanctions contre l’Iran se fassent plus sévères. Les Sud-Coréens, contrariés par la position intransigeante de Washington à l’égard de Pyongyang, cherchent maintenant les moyens de nouer des accords avec le Nord au mépris des nombreux degrés de sanctions imposées par l’ONU et les États-Unis.

La question est de savoir pourquoi la politique étrangère de cette administration est si déconcertante et relève de l’amateurisme. Question subsidiaire: Pourquoi le président s’entoure-t-il de conseillers politiques qui vont totalement à l’encontre de ceux de ses objectifs qui en valent la peine ?

Trump est arrivé à Washington sans être issu du corpus politique: c’est probablement là que commencent les réponses à ces questions. Le décideur new-yorkais avait un choix très limité à partir duquel il pouvait bâtir son administration. Son interminable problème avec le « Russia-Gate » l’handicape encore plus. Cette administration est l’une des plus opaques de l’histoire récente, ce qui fait que les certitudes quant à son fonctionnement interne sont difficiles à obtenir. Mais il est fort possible que Trump n’ait pas choisi son équipe de politique étrangère et que les membres de celle-ci lui aient été imposés.

Cependant, ses conseillers font maintenant partie de l’administration, ils forment une combinaison toxique de néoconservateurs, dont nombre proviennent de la Heritage Foundation, et des chrétiens évangéliques. Bolton est emblématique de la première, Pompeo de la seconde. C’est la couleur actuelle de la politique étrangère américaine.

Zélotes et Croisés

Les deux camps sont peuplés de fanatiques et de croisés; tous deux cultivent des visions du monde irrationnelles enracinées dans une idéologie et des positions extrémistes. L’obsession de Bolton est la restauration d’une suprématie américaine incontestée. On dit que Pompeo considère des adversaires tels que la Corée du Nord et l’Iran comme George W. Bush l’a fait : Les États-Unis sont dans une guerre de “fin des temps” avec Gog et Magog [référence à l’eschatologie biblique, NdT], manifestations bibliques du mal à l’étranger dans le monde.

Pour être clair, il y a plus de mal que de bien dans la façon de penser du président en matière de politique étrangère. Il était évidemment derrière la décision de déplacer l’ambassade des États-Unis à Jérusalem ainsi que l’annonce en mars que Washington reconnaissait la juridiction israélienne sur le plateau du Golan.

« C’est très important stratégiquement pour la victoire, les sommets, parce que vous êtes très haut, très important », a déclaré Trump ce week-end. « Il y a cinquante-deux ans, cela a commencé [quand Israël a capturé le Golan en Syrie pendant la guerre de 1967] et je l’ai fait rapidement. C’est fait. C’est fini. »

Il est peu probable que l’on fasse quoi que ce soit en ce qui concerne le déménagement de l’ambassade et la décision concernant le plateau du Golan. Tous deux sont diamétralement contraires au droit international et tous deux ont considérablement entamé la crédibilité des États-Unis au Moyen-Orient. En bref, Trump fait ses propres erreurs de calcul, et elles sont aussi graves que celles faites par l’axe Pompeo-Bolton. Il y a peu de sages dans cette administration.

En même temps, le désir de Trump de négocier avec ses adversaires – Russie, Iran, Corée du Nord – est entièrement défendable. Mais la politique iranienne « vers le degré zéro » qui entrera en vigueur cette semaine peut être interprétée comme une preuve de l’échec du président à contrer la politique étrangère des manichéens qui l’entourent.

Il y aura peut-être des escarmouches à venir, mais la bataille est terminée. Nous devons maintenant regarder les idéologues extrémistes accélérer le déclin déjà évident de l’Amérique en tant que puissance mondiale – ainsi que son isolement croissant.

Patrick Lawrence, correspondant à l’étranger depuis de nombreuses années, principalement pour l’International Herald Tribune, est chroniqueur, essayiste, auteur et conférencier. Son livre le plus récent est « Time No Longer : Americans After the American Century » (Yale) [« La fin d’une époque: les Américains après le siècle Américain » (Yale), NdT]. On peut le suivre à @thefloutist. Son site Web est www.patricklawrence.us. Soutenez son travail via www.patreon.com/thefloutist.

Source : Consortium News, Patrick Lawrence, 29-04-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus

]https://www.les-crises.fr/patrick-lawrence-les-etats-unis-en-action-sur-le-marche-iranien-du-petrole-ou-un-exemple-de-politique-etrangere-irrationnelle/

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Qui sont les incendiaires de pétroliers dans le Golfe ?

« L’ART DE LA GUERRE »

Qui sont les incendiaires de pétroliers dans le Golfe ?

Manlio Dinucci invite à prendre du recul. Il replace les sabotages de pétroliers dont Washington accuse Téhéran dans le cadre de la politique énergétique globale des États-Unis. Ce faisant, il montre que, contrairement aux apparences, Mike Pompeo ne vise pas l’Iran, mais bien l’Europe.

 | ROME (ITALIE)  

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Tandis que les États-Unis préparent une nouvelle escalade au Moyen-Orient, en accusant l’Iran d’attaquer les pétroliers dans le golfe d’Oman, le vice-premier ministre italien Matteo Salvini rencontre à Washington le secrétaire d’État Mike Pompeo, un des artisans de cette stratégie, en l’assurant que « l’Italie veut redevenir dans le continent européen le premier partenaire de la plus grande démocratie occidentale ». Ainsi accroche-t-il l’Italie à l’opération lancée par Washington.

L’« incident du golfe d’Oman », casus belli contre l’Iran, calque « l’incident du golfe du Tonkin » du 4 août 1964, utilisé comme casus belli pour bombarder le Nord Vietnam, accusé d’avoir attaqué un torpilleur US (accusation qui s’est ensuite révélée fausse).

Aujourd’hui une vidéo diffusée par Washington montre l’équipage d’une présumée vedette iranienne qui, en plein jour, décroche du flanc d’un pétrolier une mine non explosée pour effacer sa provenance (car la mine aurait porté l’inscription « made in Iran »).

Avec ces « preuves », qui constituent une véritable insulte à l’intelligence, Washington cherche à camoufler le but de l’opération. Celle-ci relève de la stratégie pour le contrôle des réserves mondiales de pétrole et de gaz naturel et de leurs couloirs énergétiques [1]. Ce n’est pas un hasard si dans le viseur des États-Unis se trouvent l’Iran et l’Irak, dont les réserves pétrolifères totales dépassent celles de l’Arabie Saoudite et sont cinq fois supérieures à celles des USA. Les réserves iraniennes de gaz naturel sont environ 2,5 fois celles des USA. Pour la même raison se trouve dans le viseur états-unien le Venezuela, pays qui a les plus grandes réserves pétrolifères du monde.

Le contrôle des couloirs énergétiques est de première importance. En accusant l’Iran de vouloir « interrompre le flux de pétrole à travers le détroit d’Ormuz », Mike Pompeo annonce que « les États-Unis défendront la liberté de navigation ». Autrement dit, il annonce que les États-Unis veulent contrôler militairement cette zone clé pour l’approvisionnement énergétique y compris de l’Europe, en empêchant avant tout le transit du pétrole iranien (à qui l’Italie et d’autres pays européens ne peuvent pas de toutes façons accéder librement à cause de l’interdit états-unien).

D’Iran aurait pu aussi arriver en Europe du gaz naturel à bas prix par un gazoduc traversant l’Irak et la Syrie ; mais le projet, lancé en 2011, a sauté à la suite de l’opération USA/OTAN pour démolir l’État syrien.

De Russie aurait pu arriver directement en Italie, et de là être distribué dans d’autres pays européens avec de notables avantages économiques, du gaz naturel, au moyen du South Stream à travers la Mer Noire ; mais le gazoduc, déjà en phase avancée, a été bloqué en 2014 sous la pression des États-Unis et de l’Union européenne même, avec de gros dommages pour l’Italie.

C’est par contre le redoublement du Nord Stream qui s’est poursuivi, faisant de l’Allemagne le centre de triage du gaz russe. Puis, sur la base de l’accord de « coopération stratégique USA-UE dans le domaine énergétique » stipulé en juillet 2018, les exportations états-uniennes de gaz naturel liquéfié (Lng) dans l’UE ont triplé. Le centre de triage est la Pologne, d’où le « gaz de la liberté » arrivera aussi en Ukraine.

L’objectif de Washington est stratégique : frapper la Russie en remplaçant en Europe le gaz russe par celui des USA. Mais on n’a aucune garantie, ni sur les prix, ni sur la durée des fournitures US de gaz, extrait des schistes bitumineux par la technique du fracking (fracturation hydraulique), désastreuse pour l’environnement.

Que dit de tout cela Matteo Salvini qui, arrivé dans la « plus grande démocratie du monde occidental », a fièrement déclaré : « Je fais partie d’un gouvernement qui en Europe ne se contente plus des miettes » ?

Manlio Dinucci

Manlio DinucciGéographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016 ; Guerra nucleare. Il giorno prima. Da Hiroshima a oggi : chi e come ci porta alla catastrofe, Zambon 2017 ; Diario di guerra. Escalation verso la catastrofe (2016 – 2018), Asterios Editores 2018.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

[1] « Géopolitique du pétrole à l’ère Trump », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 9 avril 2019.

 

https://www.voltairenet.org/article206742.html

Cette satanée multipolarité

Cette satanée multipolarité

Publié le 16 Juin 2019 par Observatus geopoliticus in Asie centrale

Un mélancolique article du Jerusalem Post intitulé « Les sommets d’Asie centrale qui montrent que Washington perd prise » nous rappelle une nouvelle fois, si l’en était besoin, que derrière les strass et paillettes de l’événementiel, l’empire américain est inexorablement engagé sur la pente descendante.

A Bichkek, au Kirghizstan, a eu lieu la grand-messe annuelle de l’Organisation de Coopération de Shanghai, incluant désormais l’Inde et le Pakistan. On y a vu Modi et Khan échanger des blagues, Xi et Rouhani renforcer leur coopération, Poutine rencontrer ses homologues chinois, iranien, indien ou pakistanais. Si le président iranien, Etat observateur, s’est fait remarquer en critiquant vertement l’unilatéralisme US et en offrant des privilèges économiques aux membres de l’OCS qui investiraient en Iran, il n’a pas été le seul. A Bichkek, on a parlé multipolarité, Routes de la Soie et intégration de l’Eurasie, pour le plus grand malheur de qui vous savez…

Le jour suivant, au Tadjikistan voisin, le sommet CICA (Conférence pour l’Interaction et la Confiance en Asie) a réuni du beau monde. Les représentants d’une trentaine de pays y participaient dont Poutine, Xi (qui a fêté son 66ème anniversaire avec le président russe), Rouhani, Erdogan ou encore Al Thani, l’émir du Qatar. On sait que ce dernier, depuis la rupture avec l’Arabie saoudite, a une furieuse tendance à se rapprocher de Téhéran et des géants de l’Eurasie. Ses multiples rencontres bilatérales d’hier sont là pour le prouver, notamment avec la Chine et l’Iran, qui a par ailleurs également reçu le soutien turc face au harcèlement américain.

L’hybris impériale – sanctions contre la Russie et l’Iran, guerre économique contre la Chine, menaces contre la Turquie, sanctions saoudiennes contre le Qatar – tend naturellement à rapprocher ces pays et accélère l’inévitable mouvement d’intégration du grand continent, bientôt irrigué par le gaz russe et les Routes de la Soie chinoises. Le monde multipolaire du XXIème émerge sous nos yeux..

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/06/cette-satanee-multipolarite.html

Enjeux économiques et sécuritaires de la production de gaz naturel en Méditerranée orientale

Enjeux économiques et sécuritaires de la production de gaz naturel en Méditerranée orientale

Tribune
14 juin 2019

Depuis 2009, l’activité d’exploration d’hydrocarbures offshore en Méditerranée orientale a permis la découverte de plusieurs gisements de gaz naturel, et de nouvelles campagnes d’exploration sont en cours. La mise en production dépend en revanche de la rentabilité financière attendue, et notamment des possibilités de transporter le gaz vers des marchés de consommation attractifs.

Les relations entre les différents pays impliqués au niveau de la production et du transport (Égypte, Israël, potentiellement Chypre, Liban, Turquie et Grèce) posent des défis au parfait développement de cette filière.

Rappels historiques

Les premiers succès significatifs de l’exploration d’hydrocarbures offshore en Méditerranée orientale se sont produits entre 2009 et 2011, avec trois découvertes importantes : les champs Tamar et Leviathan, au large d’Israël, et Aphrodite, au large de la côte sud de Chypre, dans la zone économique exclusive (ZEE) de la République de Chypre (RC)[1].

Est venu ensuite, en 2015, Zohr, le champ gazier géant au large des côtes de l’Égypte, considéré comme le plus important jamais découvert en Méditerranée, avec des réserves estimées à 850 milliards de m3. Il a fait l’objet d’une mise en service très rapide, dès la fin de 2017. D’autres gisements ont été mis au jour, au large de l’Égypte, dans les zones dénommées West Nile Delta et Greater Nooros.

En 2018, de nouvelles explorations ont été couronnées de succès au large de la côte sud de Chypre, dans le Bloc 6 (Calypso-1) et dans le Bloc 10 (Glaucus-1), dont les réserves sont en cours d’évaluation.

2018 a également marqué l’entrée en jeu du Liban, avec la signature de deux accords d’exploration et de production entre Beyrouth et un consortium international. Un deuxième round d’attribution de licences d’exploration et de production d’hydrocarbures offshore est prévu en 2019.

Enjeux économiques

Les découvertes n’ont de sens que si les réserves sont ensuite converties en capacités de production, elles-mêmes dépendantes du prix du gaz, de la disponibilité d’options d’exportation et de moyens de transport, ainsi que de la stabilité de l’environnement réglementaire, fiscal et politique des pays. En prenant en compte ces divers aspects, les enjeux économiques pour les trois pays principaux (Égypte, Israël et Chypre) diffèrent significativement.

L’Égypte bénéficiait d’une situation d’indépendance énergétique jusqu’à la fin de la première décennie du XXIe siècle et pouvait même exporter du gaz grâce à deux usines de liquéfaction, situées à Idku et Damiette et aux gazoducs la reliant à Israël (gazoduc East Mediterranean Gas – EMG) et à la Jordanie (Arab Gas Pipeline). Par la suite, la réduction de la production et l’augmentation de la demande domestique l’ont rendue importatrice nette. La découverte de Zohr en 2015 a été donc accueillie très positivement et le lancement rapide du développement du champ a été rendu possible par l’existence d’une forte demande intérieure. La production de Zohr est l’un des facteurs principaux de la reprise économique du pays, avec une croissance du PIB réel pour l’année 2018 de 5,3 % selon les estimations de la Banque mondiale. Le Caire devrait recommencer à exporter du gaz de façon régulière en 2019, en utilisant l’infrastructure existante des terminaux de liquéfaction. Le pays aspire aussi à devenir un hub gazier, en centralisant des flux destinés à l’exportation en provenance d’Israël et de Chypre.

En Israël, le potentiel des différents champs dépasse la consommation locale. L’accès à des marchés étrangers est donc une condition nécessaire au plein développement de la production. Des accords ont été signés avec l’Autorité palestinienne et la Jordanie, mais ils rencontrent l’opposition des opinions publiques locales. La possibilité d’exporter du gaz d’Israël vers l’Égypte pour satisfaire la demande locale et/ou pour exporter le gaz vers les marchés internationaux à travers les terminaux GNL paraît plus prometteuse, en particulier depuis l’acquisition en 2018 d’une participation dans le capital du gazoduc EMG par l’entreprise Noble Energy, principale actionnaire du consortium qui gère le champ Leviathan.

Pour Chypre, du fait du faible potentiel de la demande domestique, l’existence de marchés d’exportation est une condition nécessaire pour la mise en production des découvertes gazières. Différentes hypothèses ont été étudiées :

    • la construction d’un gazoduc vers l’Égypte dans le but d’utiliser les usines de liquéfaction pour réexporter le gaz vers les marchés internationaux sous forme de GNL. Ce projet a fait l’objet de plusieurs déclarations politiques, mais il se heurte au développement de la production égyptienne, qui réduira la disponibilité d’utilisation des installations de GNL ;
    • la construction d’une usine de liquéfaction a également été envisagée. Soit sous la forme d’un terminal onshore construit sur la côte sud de Chypre, soit via une installation flottante (Floating LNG). Si transformer le gaz en GNL permet d’avoir accès au marché mondial, avec des cargaisons allant vers l’Europe, l’Asie ou l’Amérique du Sud, la faisabilité de cette option est actuellement rendue difficile par les coûts de construction élevés et par la surcapacité actuelle sur le marché du GNL ;
    • le projet Eastern Mediterranean Natural Gas Pipeline (Israël-Chypre-Grèce-Italie), qui prévoit quant à lui de relier Israël et Chypre aux marchés européens, a été approuvé par la Commission européenne comme un projet d’intérêt commun, ce qui le rend ouvert à un financement de l’Union. Cependant, un tel projet est coûteux, techniquement difficile et pourrait causer de sérieux problèmes politiques avec la Turquie en raison de différends sur la délimitation maritime.

Enjeux sécuritaires

L’exploitation et l’exportation des ressources gazières en Méditerranée orientale présentent de nombreux enjeux sécuritaires liés aux relations politiques instables entre les pays de la région et aux risques d’actions terroristes.

La localisation de certains champs pourrait réanimer des disputes préexistantes au sujet de la délimitation des frontières maritimes et des zones économiques exclusives (ZEE), notamment concernant la frontière maritime entre le Liban et Israël, qui n’a jamais été agréée officiellement. Des différends ne sont pas à exclure non plus au sujet de la délimitation des structures géologiques des gisements de gaz – notamment lorsqu’elles se situent près des limites des ZEE, puisqu’elles pourraient alors les chevaucher. Il est intéressant de noter que le champ Zohr se trouve dans la ZEE égyptienne, à seulement quelques milles de la ZEE de Chypre, et qu’Aphrodite est situé dans la ZEE de Chypre et se prolonge légèrement dans les eaux israéliennes. Dans le cas de réservoirs à cheval entre différentes ZEE, il faudrait envisager une exploitation conjointe du champ, mais des tensions entre les pays concernés sont aussi à attendre.

Un cas particulièrement complexe concerne la Turquie, la République de Chypre (RC) et la République turque de Chypre du Nord (RTCN). Outre la question des délimitations maritimes illustrée par l’épisode de février 2018 qui a vu le navire de forage Saipem 12000, affrété pour effectuer des travaux sur le Bloc 3, au sud-est de l’île, être bloqué par un navire militaire turc et finalement contraint de quitter la zone, Ankara s’oppose plus généralement, à toute activité de recherche et de production tant qu’aucun accord entre la RC et la RTCN n’est trouvé. La Turquie et la RTCN estiment que les éventuels revenus dérivant de la production d’hydrocarbures devraient être partagés entre toute la population de l’île de Chypre, ce qui implique une résolution du conflit entre la RC et la RTCN.

La situation d’Israël est aussi particulière. Les conflits persistants entre Israël et ses voisins – état de guerre formel avec le Liban, antagonisme avec le Hezbollah, tensions avec les Palestiniens, instabilité en Syrie – exposent les installations gazières à des risques d’attaques militaires ou terroristes. Ces mêmes risques d’attaques terroristes pèsent aussi sur les installations énergétiques en Égypte, pays qui connaît de façon régulière des actions menées par des groupes islamistes, présents notamment dans le Sinaï (région par laquelle transite le gazoduc EMG).

De manière générale, la prolifération de plates-formes d’extraction, de pipelines, de navires, voire de terminaux méthaniers implique une multiplication de cibles sensibles et des besoins de surveillance croissants. En Israël, par exemple, les champs de production sont situés dans des zones relativement proches des côtes. Ainsi, le champ Tamar est situé à 56 milles à l’ouest d’Haïfa et le champ Leviathan à 80 milles, près de la frontière avec le Liban. Le gaz de Tamar est transporté par pipeline jusqu’à Ashkelon, à quelques kilomètres de la frontière avec Gaza. Toutes ces installations industrielles sont donc exposées au risque d’attaques terroristes ou militaires de l’extérieur. Les risques de sabotage et de frappe militaire ou terroriste représentent ainsi de nouveaux défis pour les appareils de sécurité des différents pays, en particulier pour les forces navales.

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La découverte et l’exploitation d’hydrocarbures seront un élément important de l’avenir des pays de la Méditerranée orientale. Ils pourront agir comme facteurs de coopération régionale tout comme alimenter des affrontements et ajouter des frictions à une région déjà volatile.

Dans ce cadre, l’UE a tout intérêt à promouvoir toutes les formes possibles de coopération régionale et à défendre son intérêt d’un point de vue énergétique, économique, comme politique. En ce qui concerne l’énergie, le gaz de la Méditerranée orientale peut renforcer sa sécurité et la diversification de l’offre pour un certain nombre d’États membres, en particulier dans l’Europe du Sud-Est et l’Europe centrale – des régions qui dépendent aujourd’hui presque exclusivement du gaz russe. Économiquement, les compagnies européennes sont les plus actives dans l’exploration et la production dans la région (notamment l’italienne ENI, la française Total et l’anglo-néerlandaise Shell) et il serait légitime de défendre leurs intérêts en cas de nécessité. Enfin, du point de vue politique, la République de Chypre est membre de l’Union européenne et la mise en valeur de ses réserves gazières représenterait un puissant atout de développement.

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[1] Sauf indication contraire, le mot « Chypre » dans cet encadré fait référence au nom de l’île et à la République de Chypre (RC), non reconnue par la Turquie. La République turque de Chypre du Nord, qui est seulement reconnue par la Turquie, est mentionnée comme RTCN.

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Ne le dites pas à McCain…

Ne le dites pas à McCain…

Publié le 2 Juin 2019 par Observatus geopoliticus in EuropeGazRussie

Dans le Grand jeu qui consiste, pour l’empire américain, à empêcher à tout prix l’intégration énergétique de l’Eurasie, le fidèle lecteur de nos Chroniques était le premier, dans la sphère francophone, à apprendre que le Nord Stream II était sur les rails. C’était il y a deux ans et demi :

C’est le genre de petite nouvelle banale qui passe totalement inaperçue, pas même digne d’être évoquée dans les fils de dépêches des journaux. Et pour une fois, je ne les en blâme pas, car seuls les initiés peuvent comprendre la portée de l’information sur notre Grand jeu énergético-eurasiatique.

Une première livraison de tubes est arrivée dans la presqu’île de Rügen, sur la côte baltique de l’Allemagne, et il y en aura désormais 148 par jour, acheminés par trains spéciaux (chaque tuyau mesure en effet 12 mètres et pèse 24 tonnes). Vous l’avez compris, il s’agit des composants du Nord Stream II qui devraient commencer à être assemblés au printemps prochain.

Ainsi, même si aucune décision officielle n’a encore été prise, ou du moins annoncée, le doublement du gazoduc baltique semble bien parti. Gazprom prendrait-il le risque d’acheter les tuyaux et de les acheminer à Rügen sans avoir une idée assez sûre du dénouement ?

Trente et un mois plus tard, bis repetita dans le sud-est de l’Europe. La Serbie, via Gastrans, compagnie appartenant à Gazprom, vient de recevoir une première livraison de 7 000 tonnes de tubes afin de construire une connexion avec la Hongrie. Vous l’avez compris, il s’agit de l’extension du Turk Stream vers le Vieux continent.

Quant on connaît la passion obsessionnelle de feu McCainistan pour torpiller le South Stream, on imagine aisément sa rage post mortem devant l’inexorable intégration énergétique de l’Eurasie…

Le Sénégal, puissance pétrogazière en devenir ?

Le Sénégal, puissance pétrogazière en devenir ?

 


Publié par Antoine Vandevoorde le 20 Mai 2019

 

Le pays de la Téranga est peut-être à l’aube d’un âge d’or énergétique. C’est en tout cas ce que laissent présager les récentes découvertes pétrogazières au large de l’ensemble du littoral national. Cette manne semble augurer un avenir radieux pour le pays à court terme, mais interroge sur sa viabilité sur un temps plus long. En effet, le potentiel sénégalais en matière énergétique induit inéluctablement son lot de risques. Quelles sont les conditions sine qua non de l’essor du Sénégal comme acteur majeur de la production pétrogazière ?

 


​Le Sénégal, puissance pétrogazière en devenir ?
Découvertes pétrogazières au large du Sénégal, un potentiel brut à nuancer 

Les découvertes d’hydrocarbures et de gaz au large du Sénégal connaissent leur point culminant au milieu des années 2010, témoignant d’un phénomène extrêmement récent. Concernant les ressources pétrolières, plusieurs dates clés sont à souligner. Soupçonnant un potentiel pétrolier sénégalais, plusieurs juniors (compagnies pétrolières de taille intermédiaire) entament une phase de recherche aboutissant en août et novembre 2014 à la découverte dans le bloc Sangomar profond des gisements FAN-1 et SNE-1. Les expertises font alors état d’une capacité de 4,87 milliards de barils pour ces deux puits. Jusqu’en août 2017, les recherches mettent au jour 11 gisements rien qu’au sein de SNE-1, augurant pour le Sénégal une entrée au classement des pays producteurs de pétrole. Ce chiffre doit pourtant faire l’objet d’une nuance de taille. En effet, malgré l’exploitation actuelle de plusieurs sites (Sangomar, Rufisque, Cayar et Djifere), le potentiel pétrolier sénégalais se situe bien en deçà des capacités vénézuéliennes ou encore saoudiennes (respectivement 300,9 et 266,6 milliards de barils en réserves prouvées). Il serait de fait fallacieux de parler de puissance pétrolière.

Malgré la multiplicité de puits découverts, le total des réserves sénégalaises fait bien pâle figure face aux superpuissances mondiales. Pourtant, aux antipodes de cette capacité limitée, le pays s’est découvert de véritables atouts concernant le gaz. En mai 2015, la junior Kosmos Energy révèle dans le cadre d’une mission de prospection l’existence d’un gisement gazier important au large des côtes sénégalo-mauritaniennes. Le site est baptisé Grand Tortue – Ahmeyim, et acquière rapidement un statut de site majeur à échelle mondiale auprès des observateurs. Il marque en effet la plus grande découverte de gaz au large des côtes africaines, avec des capacités estimées entre 450 et 1400 milliards de mètres cubes selon les acteurs concernés. Pour Francis Perrin, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), il convient d’apporter une nuance : « il est trop tôt pour donner des chiffres de réserves de gaz naturel ». Pourtant, le caractère récent de cette découverte et les missions complémentaires actuellement menées sont susceptibles de révéler des réserves plus importantes. S’il est encore trop tôt pour évoquer un statut de puissance gazière mondiale, le Sénégal est indubitablement en passe de devenir un géant régional.

Des retombées politico-économiques incitant à l’optimisme

Quelles externalités positives dans l’immédiat pour le Sénégal ? Le gisement Grand Tortue – Ahmeyim  représente un tournant crucial dans les relations sénégalo-mauritaniennes, empreintes depuis plusieurs années de tensions. En effet, cette découverte de gaz, à cheval sur les deux pays, est presque parvenue à dissiper les inimitiés issues du conflit de 1989 – 1991, induisant un réel adoucissement des relations entre Dakar et Nouakchott. Les craintes étaient au départ focalisées sur les modalités de répartition de l’exploitation. Ce à quoi les deux États ont répondu de manière harmonisée. Plusieurs accords de partenariat ont en ce sens été signés, dont le plus récent au 21 décembre 2018 en présence des dirigeants sénégalais et mauritanien. Ce texte prévoit notamment un volet sur la fiscalité des cocontractants, un accord de financement des compagnies nationales (Petrosen et la SMHPM) ainsi que les conditions relatives à la commercialisation du gaz. Surtout, celui-ci consacre le début de l’exploitation pour 2021-2022. Un accord salué, comme en témoigne l’ancien ministre du Pétrole mauritanien Mohamed Abdel Vetah : « Mohamed Ould Abdelaziz et Macky Sall ont été d’une sagesse extraordinaire. Ce gaz est une ressource commune ».

Outre l’aspect politique, des considérations économiques notables sont à souligner. Avec l’exploitation de Grand Tortue – Ahmeyim mais également du champ pétrolier SNE-1, les autorités sénégalaises estiment des gains totaux à hauteur de 83 760 milliards FCFA (150 milliards USD). Passée la phase de lancement de l’exploitation effective en 2021-2022, le Sénégal table sur une rentabilité étalée sur une trentaine d’années. Le temps semble de fait au beau fixe pour Dakar. Une conception qui tend à s’avérer de plus en plus, eu égard notamment à la confiance en hausse des investisseurs envers le pays. Macky Sall a su habilement mettre à profit cet état de fait. En effet, le Président sénégalais a en marge des accords signés avec la Mauritanie mené campagne pour promouvoir l’attractivité nationale envers les investisseurs étrangers. Cela s’est concrétisé dans le cadre des rencontres de Paris des 17 et 18 décembre pour le financement du Plan Sénégal Emergent, celui-ci ayant recueilli 14 000 milliards FCFA (21,3 milliards d’euros) contre les 5 000 milliards initialement requis. Nul doute que les perspectives offertes par les exploitations pétrogazières prochaines ont été le levier principal de cette levée de fond plus que réussie.

Les défis auxquels Dakar devra faire face

Toute opportunité s’accompagne de son lot de risques. Ce à quoi le Sénégal ne fait pas exception. Après l’annonce concernant les découvertes pétrolières et gazières au large des côtes, le pays a vite dû faire face à son manque d’expertise technique. En cela, de nombreux acteurs étrangers du secteur se sont manifestés, laissant planer chez nombre d’observateurs la crainte d’un néocolonialisme énergétique. Cette situation est néanmoins un aboutissement logique, les capacités financières du Sénégal ne lui permettant pas d’assumer le risque de l’exploration. Le pays a alors fait appel à British Petroleum (détenteur à 65% du projet Grand Tortue – Ahmeyim), Cairn, Oranto, Kosmos Energy, African Petroleum et mobilisé sa compagnie nationale Petrosen. S’il est prématuré de parler d’une mainmise de ces géants sur les ressources sénégalaises, il convient de souligner les pistes pour évacuer cette hypothèse à moyen terme. La structuration d’un modèle d’exploitation à la saoudienne semble alors être la meilleure option. En effet, le pétrole du Golfe était au préalable exploité par des compagnies étrangères jusqu’à l’émergence de Saudi Aramco en tant que champion national. Un scénario similaire pour Petrosen semble la meilleure perspective pour le Sénégal.

D’autre part, des risques existent en matière économique dans un premier temps. Pour le géologue Fary Ndao, le principal écueil est en cela l’installation du pays dans un modèle de rente. Faisant référence à la « maladie hollandaise », ce dernier invite à juste titre à la vigilance quant à un délaissement d’autres secteurs au profit de l’exploitation pétrogazière. L’avertissement est légitime, mais à modérer en ce que Macky Sall, de par la promotion du Plan Sénégal Émergent a affiché son ambition d’investir dans une multiplicité de secteurs clés. Les pouvoirs publics semblent au fait de ce risque. De plus, il existe un risque environnemental. Certains experts craignent en cela une destruction des écosystèmes marins tant le Sénégal semble dépourvu d’une législation précise sur le secteur pétrogazier. Une pierre d’achoppement que l’on retrouve concernant la gouvernance, aucun levier juridique n’existant en matière de corruption dans le domaine. Prenant exemple sur les cas angolais et équato-guinéen, Fary Ndao appelle dans son ouvrage L’or noir du Sénégal à affermir la législation notamment sur les modes d’attribution des contrats de service.

Entre or noir et ce nouvel or bleu gazier, le Sénégal est désormais le détenteur d’une épée à double tranchant. Si cette manne énergétique augure un avenir prometteur pour le pays, il est évident qu’une gestion erratique pourrait nettement assombrir ces perspectives. L’enjeu pour le pays de la Teranga est clair : récupérer dans les prochaines années toutes les cartes de son essor.

Pour approfondir le sujet pétrogazier au Sénégal : 

AID-HATRIT Saïd, « Gaz Mauritanie-Sénégal : le projet d’exploitation d’un champ offshore se développe », Jeune Afrique, 2 juillet 2018

AFP – JEUNE AFRIQUE, « Mauritanie-Sénégal : nouveaux accords pour l’exploitation d’un gisement de gaz commun », Jeune Afrique, 24 décembre 2018

BAYO Ibrahima Jr., « Sénégal/Mauritanie : “Le partage du gaz, une sagesse extraordinaire des deux présidents”, La Tribune Afrique, 13 juillet 2018

BOUESSEL Charles, “Kosmos Energy découvre du gaz près de la frontière mauritano-sénégalaise”, Jeune Afrique, 7 mai 2015

DE SOUZA Olivier, “Les grandes étapes du destin pétrolier du Sénégal”, Agence Ecofin, 9 novembre 2018

DIA Maimouna, “Pétrole et gaz offshore sénégalais : failles et innovations d’un plan inédit de gestion environnementale”, La Tribune Afrique, 24 octobre 2018

DIA Maimouna, “Gisement de gaz de Grand Tortue – Ahmeyim : BP commande ses premiers équipements”, La Tribune Afrique, 12 mars 2019

DIALIMPA BADJI Samba, “Le Sénégal dispose-t-il de la 5e réserve mondiale de gaz ?”, Africa Check, 1er mai 2018

MAILLARD Matteo, “Le Sénégal pourrait entrer dans le top 10 africain des producteurs de gaz’”, Le Monde Afrique, 4 septembre 2018

RFI, “Gaz: Mauritanie et Sénégal en passe de devenir des puissances régionales”, RFI, 23 décembre 2018

VANDEVOORDE Antoine, “L’Afrique de l’Ouest sur les sentiers de l’essor : l’exemple du Plan Sénégal Émergent”, Les Yeux du Monde, 3 avril 2019

VIDZRAKU Sylvain, “Sénégal : l’exploitation des gisements pétro-gaziers rapportera 30 milliards de dollars aux caisses de l’Etat”, La Tribune Afrique, 13 juin 2018

Les défis du gaz en Europe, deux mots d’ordre : diversifier et sécuriser.

​Les défis du gaz en Europe, deux mots d’ordre : diversifier et sécuriser.

 


Publié par Henri Poisot le 6 Mai 2019

 

Les tensions croissantes avec la Russie depuis la crise ukrainienne de 2014, ont accéléré les différents projets européens pour sécuriser et diversifier ses importations de gaz naturel. Elles sont jusqu’à maintenant très dépendantes de Moscou.

 


​Les défis du gaz en Europe, deux mots d’ordre : diversifier et sécuriser.
TAP et TANAP

Un des moyens les plus simples pour l’Union européenne de diversifier et sécuriser son import de gaz naturel et de relier directement par pipelines des zones d’extraction différentes tant par leur pays de production que le chemin utilisé. Le but est celui de la redondance des sources d’approvisionnement.

Le pipeline comporte plusieurs avantages, comparé au transport par bateaux. Contrairement au pétrole, le gaz n’est pas dans le même état dans un gazoduc ou un méthanier. Dans un gazoduc, le gaz naturel est compressé, mais reste à l’état de gaz, alors que pour maximiser la quantité transportée sur un bateau le gaz doit être liquéfié (GNL). Pour liquéfier le gaz, il faut le porter à -161 °C et le détendre à son port d’arrivée. Cette technique a été largement améliorée depuis les années 70, mais le procédé demande de nombreux investissements à égalité ou supérieurs à un gazoduc. Un gazoduc permet de se raccrocher plus facilement au réseau de distribution sans passer par le processus de détente du gaz.

Les pipelines créent aussi une rente pour les pays traversés. Ce sont des investissements à long terme, de nombreuses personnes embauchées et des taxes et impôts supplémentaires. Ils sont pour ces raisons fortement soutenus par les gouvernements.
Les projets de gazoducs TAP et TANAP pour Trans-Adriatic Pipeline et Trans-Anatolien Natural Gas Pipeline visent à amener le gaz extrait en mer Caspienne de l’Azerbaïdjan à l’Italie. Le TANAP se trouve exclusivement sur le territoire Turc, il traverse le pays depuis la frontière géorgienne jusqu’à la frontière grecque et un embranchement s’arrête à la frontière bulgare. Depuis le territoire Grec, le gazoduc se nomme TAP il traverse le nord du pays puis l’Albanie en direction de la mer Adriatique pour finir sa course à côté de la ville de San Focao sur le talon de la botte italienne.

Les deux tubes ont coûté un total de 13,5 milliards de dollars et s’étendent sur 2719 km. Le débit attendu est de 16 milliards de m3 par an pour le TANAP et de 10 milliards m3/an pour le TAP ce qui représente environ 4 % de la consommation annuelle des pays de l’UE.

Ce projet n’a pas pour but de se défaire du gaz russe il s’inscrit dans le but de diversifier les approvisionnements.

Northstream 2 contre GNL, une guerre du gaz

Le projet Northstream 2 vise à construire un second gazoduc suivant le tracé du premier pipeline Northstream en mer Baltique depuis la Russie vers l’Allemagne. Le projet se retrouve entre plusieurs feux européens et américains. La politique de fermeté envers les intérêts russes par les États unis s’amplifie.

La Russie tente avec ce projet de faciliter ses exports depuis le gisement de Shtockman en mer de Barents. C’est aussi un moyen pour elle de se passer de l’Ukraine comme point de passage. Ce transit représente 3 milliards de dollars par an pour l’Ukraine, une somme dont Moscou aimerait bien priver Kiev qui subit déjà un déficit chronique. Les anciens pays du bloc soviétique ont également peur de cette dépendance et gardent en mémoire la politique de restriction du débit et de montée des prix utilisés par la Russie contre l’Ukraine. Elle qui voit passer 48 % du gaz russe consommé par l’Europe.

Les États unis ont proposé d’approvisionner l’Europe grâce à du GNL (gaz naturel liquéfié) provenant de la technique dite de « fracturation », le gaz de schiste. Cette technique rencontre de nombreuses oppositions à travers le monde, elle est accusée de déverser de nombreux produits de synthèse dans la nature ainsi que de fragiliser la structure du sous-sol. Récolter ce gaz a permis aux États unis de redevenir le premier extracteur mondial avec environ 20 % de la production mondiale à ce jour.

Ainsi nombre de pays de l’Est européens très atlantistes (Pologne en tête) soutiennent ce projet américain. Une décision ayant un double effet, sécuriser leur approvisionnement en évitant de possibles pressions russes ainsi que de priver Moscou de recettes qui lui sont vitales.

Le projet Northstream 2 est soutenu principalement par l’Allemagne qui depuis l’arrêt de ses centrales nucléaires a augmenté sa consommation de gaz par un facteur de 10. Berlin a cependant fait récemment des compromis en autorisant la construction d’infrastructures pour recevoir du GNL américain et a fait évoluer sa position sur la nouvelle directive européenne sur le gaz. Ce texte établit que les règles régissant le marché du gaz au sein de l’Union s’appliqueront désormais aussi aux gazoducs. Ce changement est essentiel, permettant aux Européens de mieux contrôler et en plus grande transparence le juteux business du gaz russe.

GÉOPOLITIQUE DES GAZODUCS DE L’UE TOUJOURS PLUS COMPLEXE

GÉOPOLITIQUE DES GAZODUCS DE L’UE TOUJOURS PLUS COMPLEXE

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04.05.2019

Israël envisage de construire le plus long gazoduc sous-marin au monde en collaboration avec Chypre et la Grèce pour acheminer le gaz de la Méditerranée orientale vers l’Italie et les États du sud de l’UE. Le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, vient d’approuver le projet. Il se heurtera à un gazoduc concurrent turco-turc, Turk Stream, à un éventuel pipeline Qatar-Iran-Syrie-Syrie, ainsi qu’à saper de facto la tentative de Washington de fournir davantage de gaz naturel liquéfié à l’UE pour réduire la dépendance de la Russie.

Le projet, en discussion depuis plusieurs années depuis qu’Israël a découvert d’importantes réserves de gaz dans le champ offshore de Leviathan, est connu sous le nom de projet de pipeline East Med. Le gaz naturel viendra de Leviathan via Chypre, la Crète et la Grèce pour atteindre son terminal à Otrante, au sud-est de l’Italie. Les projets prévoient un oléoduc de 2 100 kilomètres traversant trois kilomètres de profondeur sous la Méditerranée. Le coût est estimé à 7 milliards de dollars pour une période de construction de cinq ans  .

Nouvelles lignes de faille

L’East Med fait partie d’un complexe de nouvelles lignes de fracture géopolitiques à travers tout le Moyen-Orient. Le fait que l’Emirat du Golfe, les Emirats Arabes Unis, a déjà investi 100 millions de dollars dans un projet appelé le Jerusalem Post, « une pierre angulaire  secrète  sous-tendant le changement des relations entre certaines parties du monde arabe et l’État juif ». faire référence à la proposition des États-Unis de 2017 de créer une «OTAN arabe» avec l’Arabie saoudite et d’autres États arabes du Golfe, appuyée par les services de renseignement israéliens, afin de contrer l’influence de l’Iran dans la région. On parle peu aujourd’hui de l’OTAN arabe, mais les liens entre Israël de Netanyahou et les principaux pays arabes musulmans sunnites demeurent solides.

La Turquie d’Erdogan est un acteur régional qui n’est certainement pas satisfait du projet de pipeline dans la Méditerranée orientale. Quand Israël a proposé pour la première fois la Méditerranée orientale il y a deux ans, Erdogan s’est rapidement tourné vers la Russie pour signer un accord portant sur la construction du flux turc de Gazprom pour rivaliser avec Israël. L’East Med serait raccordée à des champs de gaz dans la partie grecque de l’UE appartenant à Chypre. Au cours des derniers mois, Erdogan a rapproché la Turquie de l’Iran et plus particulièrement du Qatar, siège des personnalités des Frères musulmans, alors que les tensions avec l’Arabie saoudite et Israël s’intensifient. Le conflit sunnite / chiite semble céder le pas au pouvoir géopolitique et au contrôle des pipelines.

En été 2017, il y avait une scission dramatique entre les pays arabes du Golfe, l’Arabie saoudite déclarant un embargo contre le Qatar pour son «soutien au terrorisme». En réalité, cette initiative visait à couper court aux pourparlers de plus en plus importants entre le Qatar et l’Iran, partagent le plus grand gisement de gaz naturel au monde dans le golfe Persique. La section du Qatar s’appelle North Field et on dit que son GNL est le moins cher à extraire au monde, faisant du Qatar au cours des dernières années le plus grand exportateur de GNL. La section iranienne voisine s’appelle South Pars.

Après avoir dépensé 3 milliards de dollars pour financer des groupes terroristes anti-Assad et anti-Iran en Syrie, dans le but vain de créer un gazoduc reliant la Syrie à la Turquie et sur le marché gigantesque du gaz de l’UE, il semble que les Qataris hésitants à un moment donné, après l’entrée décisive de la Russie dans la guerre en Syrie fin 2015, il a compris qu’elle pourrait gagner davantage en changeant de camp et en travaillant secrètement avec l’Iran, Assad et Erdogan pour amener le gaz qatari et le gaz iranien sur le marché. C’est la véritable raison de la rupture brutale entre le Qatar et les Saoudiens. Il est à noter que l’Iran et la Turquie sont venus en aide au Qatar lorsque les Saoudiens ont tenté de les mettre sous  embargo  .

Ruisseau Turc de Russie

En plus du cocktail géopolitique d’intérêts concurrents, les tronçons du gazoduc Russie-Turquie situés sur la mer Noire ont été achevés à la fin de 2018 et devraient commencer à fonctionner plus tard en 2019, offrant 31,5 milliards de mètres cubes de gaz par an, la moitié, quelque 16 milliards de m3 , disponible pour les marchés de l’UE. Turk Stream, tout comme North Stream, autorisent tous deux le gaz russe dans l’UE, indépendamment des routes de l’oléoduc en Ukraine, politiquement hostiles. Depuis le terminal de Kiyikoy en Turquie, le gaz russe peut être acheminé vers la Bulgarie ou la Grèce, membre de l’UE, ou les  deux.

La Serbie, qui n’est pas membre de l’UE, vient de commencer la construction de son tronçon du gazoduc TurkStream destiné à acheminer le gaz naturel russe en Europe. Le ministre serbe des Affaires étrangères, Ivica Dacic, a récemment déclaré à Moscou que les projets de la Serbie pour la construction du conduit de gaz ne dépendaient pas du travail de la Bulgarie. TurkStream acheminera du gaz russe via la Bulgarie, la Serbie et la Hongrie. Bruxelles n’est pas folle de joie.

Maintenant, Israël entre en jeu, dans une relation plus étroite avec l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis, soutenue par Washington, avec le financement également d’une société française, IGI Poseidon, une filiale d’Edison, offrant une autre option rivale au Qatar, à l’Iran et à la Turquie, ainsi qu’à en Russie. La Turquie menace de forer pour le pétrole et le gaz dans la partie turque de Chypre tandis que le Liban conteste les revendications offshore du pipeline israélien vers Chypre. Et ExxonMobil vient d’annoncer une découverte majeure de gaz dans les eaux au large de Chypre,  disputée  entre la Turquie et la Grèce ou Chypre.

Il n’est pas nécessaire d’avoir une boule de cristal pour constater que les futurs conflits énergétiques géopolitiques en Méditerranée orientale sont en cours de programmation. Surveillez cet endroit…

http://katehon.com/article/ever-more-complex-eu-gas-pipeline-geopolitics

http://katehon.com/article/ever-more-complex-eu-gas-pipeline-geopolitics

Algérie : Le Patron De La Sonatrach, La Compagnie Nationale Des Hydrocarbures, Limogé…Le Général Major Chentouf En Fuite

Analysis

Algérie : Le Patron De La Sonatrach, La Compagnie Nationale Des Hydrocarbures, Limogé…Le Général Major Chentouf En Fuite

La grande purge continue en Algérie. Abdelmoumen Ould Kaddour, le président directeur général de la Sonatrach, la compagnie nationale des hydrocarbures, a été limogé en ce mardi 22 avril 2019.

Le même sort à été réservé au patron d’Algérie Télécoms.

Le general-major Chentouf, impliqué dans un gigantesque réseau international de trafic de cocaïne, est parvenu à fuir le pays en activant des complicités au niveau de l’aéroport d’Oran. Il s’est dirigé vers la France.

Ces limogeages en série coïncident avec le très fameux discours hebdomadaire du chef d’état-major des Armées, le général major Ahmed Gaid Salah.

Chaque mardi, jour de Mars, ancien dieu de la guerre chez les anciens Romains dont l’influence est encore fort vivace dans les moeurs des Algériens, le chef de l’Armée délivre un message fort attendu, souvent en pleine manoeuvre militaire, qui détermine la vie politique dans ce pays.

https://strategika51.org/archives/62618

L’entreprise ukrainienne Naftogaz et l’entreprise chinoise Sinosure envisagent de coopérer.

L’entreprise ukrainienne Naftogaz et l’entreprise chinoise Sinosure envisagent de coopérer © Chine Nouvelle (Xinhua), Le 19/04/2019 05:35 Naftogaz, l’entreprise publique ukrainienne spécialisée dans l’énergie, et China Export & Credit Insurance Corporation, également dénommée Sinosure, ont discuté de leurs perspectives de coopération, a déclaré jeudi le service de presse de l’entreprise ukrainienne. Lors d’une réunion à Kiev, le président de Sinosure, Wang Tingke, et le président de Naftogaz, Andriy Kobolyev, ont échangé leurs points de vue sur les orientations de la future coopération entre les deux entreprises. Pendant sa visite dans la capitale ukrainienne, M. Wang a également pris connaissance de façon approfondie des activités du groupe Naftogaz. Lire plus sur :

https://chine.in/actualite/cn/entreprise-ukrainienne-naftogaz-entreprise_118575.html