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Bras de fer géopolitique entre la France et l’Italie en Libye

Bras de fer géopolitique entre la France et l’Italie en Libye

L’appel à la réconciliation, lancé par Emmanuel Macron dimanche à la télévision italienne, ne fera pas disparaître les approches rivales de Rome et de Paris qui conditionnent l’avenir politique de la Libye
De gauche à droite : le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini (dirigeant de la Ligue du Nord, extrême droite), Emmanuel Macron, et le vice-Premier ministre aussi chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, qui gouverne en coalition avec la Ligue du Nord), Luigi Di Maio (AFP)

Les relations franco-italiennes sont loin d’être au beau fixe par les temps qui courent. Il y a quelques jours, Paris demandait le rappel de son ambassadeur à Rome à la suite d’une série de fausses notes du côté italien : soutien public des Gilets jaunes par le vice-Premier ministre et dirigeant du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, critique de la politique migratoire française, inflexibilité sur le projet d’ouverture d’une ligne TGV entre Lyon et Turin…

Mais derrière ces querelles diplomatiques, essentiellement protocolaires, un véritable bras de fer géopolitique se déroule entre Paris et Rome de l’autre côté de la Méditerranée. La Libye est aujourd’hui le théâtre d’une véritable bataille diplomatique entre la France et l’Italie.

Le démembrement de l’État libyen de Kadhafi à la suite des opérations militaires engagées en 2011 par les forces de l’OTAN, où la France a eu un rôle prééminent, a occasionné de profondes répercussions géopolitiques. La destruction de l’appareil étatique libyen a entraîné une déstabilisation de son environnement régional tout en livrant le pays aux différentes factions politiques armées revendiquant chacune leur prétention à l’exercice du pouvoir.

Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi à Paris en décembre 2007, sous la tente bédouine que le dirigeant libyen avait installée dans la résidence officielle de l’hôtel Marigny (AFP)

Dans ce contexte particulièrement instable, où les négociations pour l’institution durable d’un gouvernement consensuel et légitime peinent à avancer depuis 2011, la France et l’Italie se livrent à une discrète guerre d’influence afin de préserver leurs intérêts respectifs au sein d’un territoire aux portes de l’Europe qui constitue, à plusieurs titres, un enjeu stratégique pour les deux puissances.

Libye année zéro

La Libye du colonel Kadhafi présentait un inconvénient de taille pour les puissances occidentales : elle disposait de la pleine maîtrise étatique de ses ressources naturelles, ce qui a longtemps permis au régime libyen de disposer d’importants capitaux économiques qui pouvaient être employés sous forme d’investissements sur tout le continent.

Durant la seconde moitié des années 1970, la Libye était particulièrement active dans le développement d’une politique panafricaine affranchie de toute ingérence étrangère. Cette période assigna au pays un statut de puissance régionale qui s’exerça en particulière aux confins sud de ses frontières, le long de la bande d’Aouzou, disputée avec le Tchad voisin soutenu par la France. Sur le plan interne, la solidité du régime reposait sur quatre piliers essentiels : l’appareil de sécurité, les comités révolutionnaires, la compagnie pétrolière nationale (NOC) et le fond d’investissement libyen.

La France a clairement manqué sa stratégie de post-conflit dans la mise en place d’un gouvernement national de transition à partir de 2012

C’est précisément l’essentiel de cette structure qui disparaît sous les bombes lors des opérations de la coalition en mars 2011. Kadhafi meurt en emportant son régime avec lui. Les conséquences d’un tel effondrement sont connues (guerre civile, fuite d’importants stocks d’armes dont une partie alimenteront les groupes armés qui combattront les troupes françaises au Mali en 2013, accroissement de l’immigration clandestine…).

La France, qui a contribué dans une large mesure aux opérations aériennes au-dessus de la Libye, a clairement manqué sa stratégie de post-conflit dans la mise en place d’un gouvernement national de transition à partir de 2012.

De son côté, l’Italie a vu d’un très mauvais œil l’intervention militaire française de 2011. Certains hommes politiques italiens pointaient d’ailleurs du doigt, dès 2011, le risque encouru pour la recrudescence de l’immigration clandestine vers l’Europe en provenance d’Afrique. Il est intéressant de souligner qu’à l’époque, cet argument était déjà mis en avant par la Ligue du Nord, parti dont est issu l’actuel ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini, en partie à l’origine du refroidissement des relations diplomatiques entre Rome et Paris.

Un eldorado pétrolier fortement convoité

Le contentieux franco-italien en Libye n’est donc pas une affaire récente. Pour Rome, l’ancien territoire libyen, qui fut d’abord et avant tout une colonie administrée à partir de 1911 et abandonnée en 1947, représente son pré carré africain traditionnel.

Sous Kadhafi, malgré le caractère fluctuant des relations diplomatiques, les deux pays surent conserver des relations économiques durables de sorte que l’Italie demeura le premier partenaire économique du pays. Sur ce plan, l’économie pétrolière a historiquement constitué un ciment géopolitique durable qui n’a jamais été altéré par les différentes crises diplomatiques qui survinrent entre Rome et Tripoli.

La déstabilisation de l’économie pétrolière libyenne n’a cependant pas fait que des malheureux. Le géant français Total a ainsi pu profiter de la situation, au grand dam de l’Italie (AFP)

Le groupe italien ENI était d’ailleurs présent dès 1959 en Cyrénaïque, position qui lui a permis d’obtenir une situation privilégiée en matière d’exportation d’hydrocarbures et de gaz. Au moment de la chute de Kadhafi, en 2011, l’Europe importait 80 % du pétrole libyen dont 32 % pour l’Italie, premier client du pays.

Jusqu’en 2011, l’économie libyenne reposait en grande partie sur ses exportations pétrolières de sorte que 65 % du PIB national était tiré des exportations d’hydrocarbures.

Avec une production oscillant de 1,3 à 1,6 million de barils par jour, la Libye de Kadhafi était ainsi le second exportateur africain de pétrole après le Nigeria. Par ailleurs, du fait de sa qualité (peu sulfureux) et de la proximité des sites d’extraction par rapport aux terminaux maritimes d’exportation, le coût de production du baril libyen représentait l’un des moins chers du marché (de 3 à 5 dollars par baril).

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Pour Rome, la manne pétrolière libyenne a donc représenté historiquement une aubaine stratégique puisqu’elle permettait à l’Italie de conserver une relative autonomie énergétique. Aux côtés de la National Oil Company libyenne, le groupe italien ENI représentait le premier producteur étranger de pétrole en Libye.

En 2011, à l’issue des opérations militaires contre Kadhafi, l’économie pétrolière libyenne s’effondre avec une production journalière qui chute à 200 000-300 000 barils par jour. Dans un premier temps, le groupe ENI s’est ainsi vu dans l’obligation d’arrêter sa production de pétrole tout en maintenant, malgré tout, l’extraction de gaz, secteur moins touché par les opérations militaires.

Cette déstabilisation de l’économie pétrolière libyenne n’a cependant pas fait que des malheureux. Le géant français Total a ainsi pu profiter de la situation, au grand dam de l’Italie, pour réinvestir le secteur pétrolier en profitant de la vacance du pouvoir occasionnée par les opérations militaires. Quelques jours après la fin des bombardements de la coalition, une lettre rédigée par le Conseil national de transition (CNT) libyen évoquait ainsi la possibilité d’octroyer 35 % des futures concessions pétrolières libyennes au groupe Total. Une aubaine pour cet opérateur qui disposait, avant la chute de Kadhafi, d’une implantation relativement modeste (55 000 barils par jours) par rapport au groupe italien ENI (244 000 barils par jours). Une nouvelle donne géopolitique qui constitue aujourd’hui l’un des facteurs déterminants dans la rivalité franco-italienne en Libye.

Des stratégies d’influence au cœur de l’avenir politique de la Libye

L’avenir politique de la Libye est aujourd’hui en partie conditionné par les approches géopolitiques rivales de la France et de l’Italie. Dans un pays où plus d’une vingtaine de groupes politiques armés se disputent encore le contrôle de l’État ainsi que celui des puits pétroliers, Rome et Paris défendent deux visions diamétralement opposées.

Le gouvernement italien s’est aligné sur la position officielle des Nations unies en reconnaissant le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez el-Sarraj, basé à Tripoli et institué en 2016, comme seul légitime. Un choix qui semble cohérent par rapport aux intérêts et à l’influence italienne à l’ouest de la Libye.

En soutenant le pouvoir de Tripoli, l’Italie sécurise également son important terminal pétrolier de Melittah, cogéré par la NOC et le groupe ENI. Par ailleurs, la Cyrénaïque est historiquement plus réfractaire à la puissance italienne, souvent renvoyée à son identité coloniale.

La France a clairement projeté son influence à l’est du pays, en Cyrénaïque

Enfin, le gouvernement italien est particulièrement pressé par la question migratoire puisqu’une grande partie des migrants qui débarquent sur les côtes de la péninsule provient du littoral tripolitain, en particulier de Sabratha, considérée aujourd’hui comme une capitale de la migration clandestine où les passeurs règnent en maîtres et qui n’est qu’à 300 kilomètres des côtes italiennes.

La France, de son côté, a clairement projeté son influence à l’est du pays, en Cyrénaïque. Un choix qui peut s’avérer judicieux du point de vue de la géopolitique des hydrocarbures. Le croissant pétrolier libyen qui s’étire le long du bassin de Syrte concentre en effet 85 % des réserves de pétrole et 70 % des réserves de gaz tandis que cinq des six terminaux pétroliers se situent également à l’Est du pays.

En mars 2018, le groupe Total annonçait d’ailleurs le rachat, à auteur de 16,3 %, des concessions pétrolières détenues par l’américain Marathon Oil sur les champs de Waha. Un positionnement français, à l’Est du pays, qui s’explique également d’un point de vue militaire : Paris considère en effet que le sud-est libyen est une zone grise particulièrement instable et où les groupes terroristes armés bénéficient d’une réelle assise menaçant la force Barkhane déployée au Sahel. Un tel positionnement, de la part de la France, ne pouvait cependant être obtenu sans un allié local lui permettant de maintenir une relative stabilité de ses intérêts à l’est.

Le Premier ministre Fayez el-Sarraj, le président français Emmanuel Macron et le maréchal Khalifa Haftar en conférence de presse près de Paris le 25 juillet 2017 (AFP)

Or, depuis 2016, le maréchal Haftar, un ancien officier de l’armée de Kadhafi, a pris le contrôle de l’est de la Libye et de ses principaux champs pétroliers, malgré un revers militaire rapidement récupéré en juin 2018. Il a par ailleurs décidé de transférer la gestion des ressources pétrolières, contrairement aux années précédentes, à la Compagnie nationale pétrolière de Benghazi, rivale de Tripoli. Une position qui accentue encore plus la division du pays.

Haftar n’en demeure pas moins particulièrement attractif aux yeux de la France qui le considère comme l’homme fort de l’est et qui l’a désormais intégré dans le processus de négociation, notamment lors du sommet de Paris en mai 2018, pour l’établissement d’élections libres en Libye, alors même que le général boudait le sommet de Palerme organisé par l’Italie quelques mois plus tard. L’avenir de la Libye est donc aujourd’hui conditionné en partie par le règlement du conflit d’intérêt qui oppose la France à l’Italie.

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Actuellement, les différents partis libyens ne parviennent pas à s’entendre sur le projet d’une nouvelle Constitution. Le sommet de Paris devait déboucher sur des élections en décembre 2018 qui n’ont jamais eu lieu. Mais la reconstruction de l’État libyen souverain implique, au minimum, la fin de l’antagonisme entre Tripoli et Benghazi, antagonisme qui ne pourra être dépassé tant que les deux puissances européennes alimenteront les conditions d’une politique de division nationale en Libye.

Le 27 février dernier, Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar se sont rencontrés lors d’un sommet organisé par les Nations unies à Abou Dabi. Les deux hommes se sont entendus sur un nouvel accord de principe pour la tenue d’élections libres d’ici l’été prochain. Peut-être une lueur d’espoir pour l’avenir de la Libye.

 

https://www.middleeasteye.net/fr/news/bras-de-fer-geopolitique-entre-la-france-et-litalie-en-libye

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Refroidissement climatique sur l’Atlantique

Refroidissement climatique sur l’Atlantique (éditorial paru dans l’édition du 26/02/19)

Conférence de Munich sur la sécurité

Février 2019, Munich. La 55ème édition de la Conférence annuelle sur la Sécurité a laissé beaucoup de participants occidentaux désemparés. Jamais les tensions entre alliés de part et d’autre de l’Atlantique n’avaient paru aussi fortes.

Il y a d’abord la guerre commerciale que le président américain entend mener contre l’Europe, contre l’Allemagne en particulier. Ensuite, sur le plan diplomatico-militaire, les défenseurs d’une « autonomie stratégique » du « pilier européen » au sein de l’Alliance atlantique se sont une nouvelle fois confrontés aux partisans d’un monopole de l’OTAN. Autre empoignade : Washington voudrait contraindre Paris, Berlin et Londres à dénoncer l’accord nucléaire signé en 2015 avec Téhéran. Par ailleurs, le bras de fer se poursuit entre dirigeants américains et allemands sur le doublement du gazoduc Nord Stream qui fournit du gaz russe à l’économie d’outre-Rhin. Enfin, les Etats-Unis jettent aux orties le traité signé avec Moscou en 1987 interdisant les missiles à moyenne portée en Europe. Les dirigeants européens reprennent certes l’argument américain accusant la Russie de violer ledit accord, mais trouvent tout de même saumâtre d’être mis devant le fait accompli alors même qu’il s’agit de la sécurité du Vieux continent.

A Munich, Angela Merkel a choisi un ton peu diplomatique pour mettre en cause la politique de la Maison-Blanche. Pour sa part, le vice-président Michael Pence a affiché une ostensible arrogance : « aujourd’hui, l’Amérique est plus forte qu’elle ne l’a jamais été, et est redevenue le leader mondial ». Le caractère de Donald Trump, provocateur et imprévisible, donne à ces contradictions une virulence inédite. Les responsables européens vivent dans la frayeur du prochain Tweet présidentiel.

Qui plus est, les oppositions ne se situent pas seulement entre les deux rives de l’Atlantique, mais au sein même de chaque camp. Plusieurs pays orientaux de l’UE, par exemple, se rangent plus volontiers dans le camp de Washington que dans celui de Bruxelles. A l’inverse, Joseph Biden, le prédécesseur démocrate de M. Pence, également présent dans la capitale bavaroise, a rêvé d’organiser avec l’UE « le monde des cinquante prochaines années ».

Entre les deux rives de l’Atlantique, il y n’y a pas de contradiction idéologique, mais bien choc des intérêts

En réalité, entre Occidentaux, les contradictions ne sont pas idéologiques. Tous accusent Moscou d’être la cause des malheurs du monde (du reste, sans la Russie, comment pourrait-on justifier l’OTAN ?). Tous redoutent l’émergence de la Chine. Tous communient dans le culte du marché et de la gouvernance globale faisant fi des souverainetés des Etats. Tous s’inscrivent dans une logique de domination mondiale incluant le « droit d’ingérence » (aujourd’hui brandi contre Caracas). En revanche, il y a bel et bien choc des intérêts dans de nombreux domaines. Dans deux en particulier : les marchés d’armements, et l’énergie.

Les marchands de canons européens veulent accroître leur part du gâteau sonnant et trébuchant face à leurs homologues américains peu enclins à laisser mettre en cause leur suprématie. C’est à cette aune qu’il faut comprendre les affrontements en matière d’« Europe de la Défense ». Les projets et marchés des systèmes d’armes du futur se chiffrent en milliers de milliards de dollars.

Le secteur de l’énergie n’est pas moins considérable, d’autant qu’il joue un rôle crucial dans les dépendances de demain. Ce n’est peut-être pas un hasard si se trouvent aujourd’hui dans l’œil du cyclone l’Iran et le Venezuela, membres fondateurs de l’OPEP ; si le gazoduc Nord Stream II oppose si violemment Washington et Berlin ; si les dirigeants américains et européens s’écharpent à propos du combat contre le réchauffement climatique (une « bataille » pour laquelle les élites européennes mobilisent des milliers d’« idiots utiles ») : alors que l’Oncle Sam a atteint l’autosuffisance pétrolo-gazière, c’est loin d’être le cas pour le Vieux continent dont les dirigeants souhaitent donc réduire leur dépendance aux hydrocarbures.

En toile de fond, un dernier facteur torture les chefs de l’Union européenne et les médias qui leur sont fidèles : la « montée des populismes », terme convenu qui recouvre les insurrections populaires latentes ou tâtonnantes contre la régression sociale et la mise en cause toujours plus drastique des souverainetés (Brexit, Gilets jaunes, tsunami électoral italien…). De fait, si les dirigeants européens voient des rivaux à Washington, leurs véritables ennemis n’avaient pas été invités à Munich – mais étaient dans toutes les têtes.

Les peuples.

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L’Europe, usine à gaz

BOUGER LES LIGNES - C. Galactéros

[LCDR/Geopoly] L’Europe, usine à gaz

5 Mars 2019 , Rédigé par Caroline Galactéros

La toute récente révision, permise par le revirement français, de la « Directive gaz » de 2009 étendant l’applicabilité des normes communautaires à l’extérieur du territoire de l’Union européenne (UE) est un nouveau coup (auto)porté par le Conseil européen à l’indépendance énergétique de l’UE. Les motifs invoqués sont, comme toujours, au cœur des « valeurs » européennes : concurrence loyale et accès équitable au marché européen. C’est beau comme l’Antique ! Exactement le corpus idéologique idéal qui a motivé, quelques jours auparavant, l’avis négatif de la Commission sur la fusion Siemens-Alstom… Sur deux chantiers d’importance stratégique évidente, Bruxelles s’est donc une fois encore trompée de cible, d’ennemi, d’enjeu et d’alliés…

L’Europe est décidément hors sol, et surtout, se croit seule au monde ! Nous agissons comme si notre marché était strictement européen, comme si nous avions la vie devant nous et nul besoin de nous mettre en ordre de bataille pour projeter notre puissance de frappe commerciale collective vers le reste de la planète, afin de ne pas nous faire dévorer tout crus par Pékin et Washington. Bref, on a tout faux, mais on fonce dans le mur avec l’assurance d’un taureau au front court se précipitant sur une muleta rouge pour finir lardé de banderilles meurtrières. Aucune vision stratégique, plutôt une myopie suicidaire angoissante de la technocratie communautaire, paralysée par ses propres règlementations anachroniques. L’Europe, une nouvelle fois, consent à son effacement de la carte des grands ensembles.

Cette révision vise évidemment le projet North Stream 2, affligé, aux yeux de Washington, donc de Paris, d’une tare insupportable : il permet à Moscou de contourner l’Ukraine…qui vient d’inscrire dans sa Constitution, cinq ans après « la révolution-coup d’État » de Maïdan, son intégration dans l’UE et l’OTAN comme objectifs prioritaires de sa politique étrangère…. La « guerre froide » n’a jamais été aussi brûlante et stupide.

La volte-face française est un « coup de pied de l’âne » de Paris à Berlin, sous prétexte de « ne pas accroître la dépendance vis-à-vis de la Russie et nuire ainsi aux intérêts de pays de l’Union européenne tels que la Pologne et la Slovaquie ». Comme si Paris était en charge de la défense des intérêts de ces deux pays… Pour l’Allemagne, cette révision est dramatique. Avec North Stream 2, Berlin doublait la quantité de gaz déjà acheminée. Gerhard Schröder, à la tête du projet, témoigne de l’importance stratégique pour l’Allemagne de la construction d’une seconde ligne de pipelines. Le ministre allemand de l’Économie, Peter Altmeier, a d’ailleurs rapidement réagi en rappelant que « chaque pays de l’Union européenne a le droit de maintenir les relations économiques et commerciales qu’il estime de son intérêt. »

Ainsi, pourquoi cette agression française ? Alors que le couple franco-allemand est déjà au bord du divorce, Paris cherche-t-elle à nuire à son ancienne dulcinée, quelques jours seulement après la signature laborieuse du Traité d’Aix-la-Chapelle, dont l’article 1 stipule que « Les deux États approfondissent leur coopération en matière de politique européenne » ?

Sur le plan diplomatique, soutenir les Allemands dans un projet qui leur tient à cœur revenait à accompagner d’actes concrets nos grandes envolées lyriques sur « le couple franco-allemand » et nous permettait également d’entretenir des relations, certes vigilantes mais des relations tout de même, avec la Russie. Même sur les plans strictement énergétique et économique, cette renégociation de dernière minute n’est pas dans notre intérêt. North Stream 2 nous sert objectivement. Nous en attendons une baisse du prix du gaz, nous anticipons l’épuisement des réserves norvégiennes dans deux décennies (la Norvège est notre premier fournisseur de gaz naturel, à hauteur de 40 %), nous nous positionnons pour bénéficier de la production du deuxième exploitant de gaz au monde, la Russie, et de pouvoir pallier une éventuelle coupure des exportations de gaz algérien.

Qu’a-t-on cru pouvoir gagner, à Paris, en tombant dans le piège grossier de Washington, qui nourrit la division européenne pour asseoir son influence et empêcher tout rapprochement de l’UE avec Moscou ? Quid de nos motivations ? Un besoin de nous faire « pardonner » notre refus de participer au récent sommet de Varsovie, voulu par Washington pour réunir une coalition ouvertement anti-iranienne, prélude à une agression de la République islamique dont le projet gagne du terrain dans les esprits et les États-majors ? Un entêtement suicidaire dans une politique étrangère frappée d’inconséquence chronique ? Une tentative maladroite de prise d’ascendant dans le cœur de Washington- (évidemment vouée à l’échec) ? Un peu de tout cela sans doute. Mais il semblerait que ce changement radical de position soit surtout le fruit de la peur. D’une part, celle de l’augmentation de la dépendance par rapport à la Russie, entretenue par la diabolisation lancinante et interminable de ce pays ; d’autre part, la peur des pressions américaines considérables qui se manifestent depuis le début du projet.

Tout récemment encore, Richard Grenell, ambassadeur des États-Unis à Berlin, mettait en garde les entreprises allemandes contre toute participation au financement du North Stream 2. Elles prenaient le « risque de sanctions importantes », avertissait-il. L’extraterritorialité dans toute sa splendeur ! Puis il déclarait que le Parlement européen, la Commission et seize pays d’Europe « partageaient le point de vue des États-Unis ». Enfin, le 7 février, les ambassadeurs américains auprès du Danemark, de l’Union européenne et de l’Allemagne s’exprimaient dans la Deutsche Welle en ces termes : « Nord Stream 2 augmentera la sensibilité de l’Europe aux tactiques de chantage énergétique de la Russie. » Nouveau rappel à l’ordre pour une Allemagne jugée décidément un peu trop « autonome ». Paris crut-il déceler là une chance à saisir de plaire au « maitre » ? On voit ici combien l’Europe est l’outil direct (et la victime) de la manœuvre américaine contre Moscou, et combien la desservir sert la convergence objective des intérêts américains et chinois. Rappelons que les États-Unis sont les premiers producteurs de gaz au monde, les troisièmes exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL), mais que ce produit n’est pas encore suffisamment compétitif sur les marchés européen et asiatique pour rivaliser avec le gaz russe. Les États-Unis cherchent donc à se positionner pour s’insérer prochainement sur le marché européen…et chinois.

Tout en portant le fer dans la plaie, les diplomates français ont cherché à s’entendre avec leurs homologues allemands sur une directive qui réunirait leurs deux votes. Le cœur du compromis finalement adopté par le Conseil européen est le suivant : « l’application des règles européennes pour les gazoducs avec des pays tiers comme la Russie incombe aux pays de l’Union européenne où ils sont reliés pour la première fois au réseau européen ». En d’autres termes, l’Allemagne peut, par exception, décider de ne pas appliquer la directive révisée au projet North Stream 2 sans que la Commission soit en mesure de s’y opposer. Si ces pourparlers ultimes n’avaient pas abouti, il aurait fallu revoir la distribution du contrôle sur les pipelines avec les Russes, ce qui aurait entraîné un retard important dans la réalisation du projet, des coûts et une renégociation ardue des termes du contrat pour toutes les parties. Ces risques ne seront pas écartés tant que la directive ne sera pas entérinée par le Parlement européen. Certains acteurs intéressés pourraient en profiter pour jouer la montre et utiliser ce répit pour mieux se positionner sur le marché européen.

On en comprend moins encore l’attitude de la France. Pourquoi avoir pris un tel risque vis-à-vis de l’Allemagne en cherchant à empêcher ou limiter l’expansion du North Stream 2, lorsque, in fine, on signe un accord en demi-teinte et que l’on n’atteint pas la moitié de son objectif initial tout en en recueillant l’opprobre ?

L’Allemagne, en effet, garde la main sur le projet et les Russes ne semblent pas traumatisés par cette péripétie, comme en témoignent les déclarations du porte-parole de la présidence russe, Dimitri Peskov : « Nous sommes catégoriquement en désaccord avec l’affirmation selon laquelle cela entraînerait une augmentation de la dépendance de l’Europe vis-à-vis du gaz russe, car de tels projets n’engendreraient pas la dépendance (…) mais assureraient principalement une interdépendance. Les Européens dépendent du gaz russe, et la Russie, en tant que fournisseur, dépend de la demande européenne ». Et Igor Chatrov, directeur adjoint de l’Institut national pour le développement de l’idéologie moderne, de dire : « En fait, le tout début de la mise en œuvre du projet Nord Stream 2 a montré à lui seul que l’Allemagne définissait elle-même sa politique énergétique. Et, plus encore, que cela ne dépendrait pas des États-Unis. » Sublime coïncidence ‒ et ultime affront pour Paris ‒, le 12 février, Peter Altmaier recevait à Berlin le Secrétaire américain adjoint à l’Énergie, Dan Brouillette. Les deux intéressés juraient n’avoir conclu aucun deal quant à une prochaine exportation de GNL en Allemagne, mais Peter Altmaier insistait sur la nécessité pour l’Europe de « se protéger, d’être moins vulnérable et, par conséquent, de se diversifier », citant, outre les États-Unis, l’Égypte, le Qatar et Israël.

L’Allemagne se sort donc de ce traquenard par une belle pirouette concernant ses relations diplomatiques avec les États-Unis, tandis que nous pâtissons d’avoir joué le proxy américain pour ne recueillir, in fine, que le mépris de notre Grand Allié et la défiance de notre indispensable comparse européen. La France s’est démarquée… mais à son détriment. Elle a fait affront à l’Allemagne mais n’a plus un atout en main. Après cet impair, il lui faudra tabler sur la seule patience du grand frère allemand. Qui est à bout.

Source : https://www.lecourrierderussie.com/opinions/2019/03/l-europe-usine-a-gaz/

Hydrocarbures : le Nigeria réclame 20 milliards de dollars aux géants du pétrole

Pétrole & Gaz

Hydrocarbures : le Nigeria réclame 20 milliards de dollars aux géants du pétrole

22 février 2019 à 15h17 | Par Jeune Afrique

L’administration nationale souhaite récupérer plusieurs milliards de dollars d’arriérés d’impôts auprès des compagnies pétrolières étrangères installées sur son territoire. Une réclamation qui s’inscrit dans une vaste campagne de recouvrement lancée par l’État, à la veille des élections présidentielles et législatives.

Abudja, réclame entre 2,5 et 5 milliards de dollars d’arriérés d’impôts à Royal Dutch Shell, Chevron, ExxonMobil, Eni, Total et Equinor. Les entreprises ont été averties au cours de l’année écoulée, par un courrier du service de recouvrement de la compagnie pétrolière nationale, la Nigerian National Petroleum Corporation.

Au total, l’opération doit permettre aux autorités de récupérer près de 20 milliards de dollars auprès compagnies visées. Deux d’entre-elles viennent de rendre l’affaire publique, ce qui soulève des soupçons d’instrumentalisation politique de la part du pouvoir, à la veille des élections présidentielles et législatives prévu le 23 février.

« Plusieurs opérateurs ont reçu des réclamations similaires, en liens avec une affaire entre les autorités nationales et locales du pays », a affirmé un porte-parole du groupe norvégien Equinor, selon lequel cette réclamation « n’a aucun mérite ». De son côté, ExxonMobil « est actuellement en train de plancher sur la question », a commenté un porte-parole du géant américain.

« Une dispute interne » des autorités nigérianes

De leur côté, les autorités nigérianes ont refusé de s’exprimer sur cette affaire. Mais d’après certaines sources gouvernementales et  industrielles contactées par Reuters, l’argument du redressement fiscal ne serait en fait qu’un prétexte pour mobiliser des fonds qui doivent être reversés aux États locaux, pour faire preuve d’une meilleur redistribution des revenus issus de la manne pétrolière.

« Cela ressemble à une dispute interne entre l’administration fédérale et les gouvernements locaux. Le gouvernement central essaie simplement de transférer ses dettes aux compagnies pétrolières », affirme une autre source industrielle.

Un campagne nationale de recouvrement d’impôts

Au-delà des compagnies pétrolières étrangères, les autorités nigérianes sont en pleine campagne de recouvrement fiscal menée par l’organisme public de recouvrement, le Federal Inland Revenue Service (FIRS).

En 2018, selon l’agence de presse nigérienne NAN, la FIRS a identifié et obtenue le recouvrement d’impôts de près de 40 000 entreprises évadées fiscales en 2018, pour un total de 6,4 milliards de dollars (dont 46 % issus d’entreprises liés à l’industrie pétrolières). En continuité de cette campagne, le FIRS envisage pour 2019 de régulariser la situation de 45 000 fraudeurs identifiés.

Controverse entre Israël et Total, qui juge trop « complexe » d’investir dans ce pays

Controverse entre Israël et Total, qui juge trop « complexe » d’investir dans ce pays

  • AFP
  • parue le

Le groupe pétrolier et gazier français Total s’est attiré les foudres d’Israël après avoir estimé qu’il était trop compliqué d’y investir, selon un article du Financial Times paru lundi.

Le PDG de Total Patrick Pouyanné juge qu’il est trop « complexe » d’investir en Israël malgré les importants gisements gaziers du pays, selon des propos rapportés par le quotidien britannique. « Nous aimons les situations complexes… jusqu’à un certain point. Soyons clairs », poursuit-il.

« Nous allons envisager une réaction car il est totalement inacceptable de boycotter » Israël, a répondu le ministre israélien de l’Énergie, Yuval Steinitz, également cité dans le Financial Times. Les entreprises qui refusent d’investir en Israël ont « des décennies de retard » et sont soumises à la « tyrannie et à la dictature » de l’Iran, estime-t-il.

Total, sollicité par l’AFP, n’a pas souhaité faire de commentaire dans l’immédiat. Israël bénéficie de ressources de gaz naturel en mer, avec le gisement Tamar, exploité depuis 2013, et l’important gisement Leviathan.

Total a une présence très limitée en Israël mais est en revanche très actif dans plusieurs pays de la région. Le groupe a été contraint l’an dernier de renoncer à un important projet gazier en Iran en raison du retour des sanctions américaines contre ce pays.


La construction du gazoduc Nord Stream 2 menacée par la France

7 février 2019 / 15:40 / il y a 3 jours

La construction du gazoduc Nord Stream 2 menacée par la France

 

 

PARIS (Reuters) – La France a annoncé jeudi son soutien à la révision de la directive européenne sur le gaz, une position susceptible de remettre en cause la construction du pipeline Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne.

Le logo du projet de gazoduc Nord Stream 2 lors du Forum Economique International de Saint-Pétersbourg 2017. La France a annoncé jeudi son soutien à la révision de la directive européenne sur le gaz, un changement de position susceptible de remettre en cause la construction du pipeline Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne. /Photo d’archives/REUTERS/Sergei Karpukhin

En révisant cette directive, l’exécutif européen souhaite étendre sa juridiction en matière de marchés de l’énergie et avoir son mot à dire sur le gazoduc conçu pour relier la Russie à l’Allemagne à travers la mer Baltique, et voulu par Berlin.

Dans sa forme actuelle, le gazoduc détenu par la compagnie d’Etat russe Gazprom et dont la construction a déjà commencé (l’achèvement est prévu en 2020), dérogerait aux nouveaux critères européens renforcés.

Pour éviter de voir le projet contrarié, Berlin oeuvre en coulisses auprès des autres capitales européennes pour réunir une minorité de blocage et empêcher le vote du texte, a-t-on appris de sources diplomatiques.

“La révision de la directive gaz a pour but d’appliquer les règles du troisième paquet énergie à tous les gazoducs avec les pays tiers entrant sur le territoire européen. La directive révisée s’appliquerait au projet Nord Stream 2”, a déclaré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères lors d’un point de presse électronique.

“La France compte soutenir l’adoption d’une telle directive. Les travaux se poursuivent avec nos partenaires, en particulier avec l’Allemagne, sur les modifications qui pourraient être apportées au texte”, a-t-elle ajouté.

UN SOUTIEN DÉCISIF

Les Européens sont divisés sur la question : les pays de l’Est, scandinaves et de la Baltique voient d’un mauvais oeil le gazoduc long de 1.225 kilomètres, soulignant le risque d’une dépendance de l’UE à l’égard de Moscou, tandis que d’autres, comme l’Allemagne, font valoir ses bénéfices économiques.

Jusqu’alors, les alliés de Berlin, dont la France, l’Italie et l’Espagne, semblaient réticents à aller contre la volonté du gouvernement allemand.

“La position francaise était connue des autorités allemandes. On avait pris la décision de ne pas s’exprimer publiquement”, précise-t-on de source diplomatique française.

De source européenne, on estime ce soutien potentiellement décisif, dans la mesure où il rendra plus difficile l’obtention d’une minorité de blocage par Berlin.

Le projet, dénoncé par les Etats-Unis, est financé pour moitié par le russe Gazprom, avec une participation du français Engie, des allemands Uniper et Wintershall, de l’autrichien OMV et de l’anglo-néerlandais Shell, chacun à hauteur de 10%. Autant de groupes pour lesquels la directive entraînerait des incertitudes.

L’Allemagne ne deviendra pas dépendante de la Russie pour son approvisionnement en gaz à cause du gazoduc Nord Stream 2, a assuré jeudi la chancelière allemande Angela Merkel, en visite en Slovaquie.

La révision de la directive a reçu l’aval du Parlement européen en mars, un feu vert qui ouvre la voie à une adoption rapide de la réglementation si le Conseil européen réunissait une majorité pour l’approuver.

John Irish, Jean-Baptiste Vey et Julie Carriat à Paris, Paul Carrel, Andreas Rinke et Markus Wacket à Berlin, édité par Yves Clarisse

 

https://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKCN1PW1PM-OFRTP

Quelques mauvaises nouvelles pour l’empire…

Quelques mauvaises nouvelles pour l’empire…

Publié le 10 Février 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-Unis, Amérique latine, Russie, Europe, Gaz

Si l’empire tente de réagir à son lent mais inexorable déclin et même de contre-attaquer, les tuiles continuent de s’accumuler. Ces derniers jours ont été particulièrement prolixes en mauvaises nouvelles, aussi un rapide tour d’horizon n’est-il pas inutile…

Au Venezuela, Maduro a sorti les S-300 de leur housse. Nul doute que ce geste, qui vise à refroidir les têtes brûlées de Washington si l’envie leur prenait de faire un petit tour dans les cieux bolivariens, sera étudié de près par le Pentagone.

Eh oui, Moscou avait vendu son système à Caracas au début des années 2010, ce que tout le monde avait oublié. Si, à l’époque, cela pouvait paraître quelque peu folklorique, la crise actuelle ramène le sujet sur le devant de la scène. Certes, les S-300 sont théoriquement peut-être un peu justes face aux chasseurs de cinquième génération, même si ce qui se passe dans le ciel syrien tendrait à prouver le contraire. C’est en tout cas une belle épine dans le pied impérial, ce que les spécialistes appellent une « bulle de déni » ou, en termes ronflants, un « environnement non-permissif ».

Les Russes (et les Chinois) iront-ils plus loin et franchiront-ils le Rubicon en s’installant militairement au Venezuela ? Selon certains, cette sanctuarisation d’un pays menacé par Washington ferait tache d’huile et beaucoup se précipiteraient à Moscou et Pékin pour demander leur propre protection. Une opportunité historique pour l’ours et le dragon d’assumer le leadership mondial. A suivre…

En Syrie, Daech est lessivé et le « califat » ne s’étend plus que sur quelques kilomètres carrés. le long de l’Euphrate. La question du retrait US revient donc en force sous les feux de l’actualité. Le Donald, qui donne du mou au Deep State par ailleurs (par exemple au Venezuela), tient tête à ses généraux et à l’hystérique clique impériale. Sauf énorme surprise, le retrait aura bien lieu. Et l’arrivée temporaire de troupes supplémentaires avant le départ ne devra pas être vu comme un reniement mais, au contraire, comme une preuve supplémentaire du repli : il faut du personnel, logistique ou autre, pour plier les bagages.

Le Pentagone tremble. Wall Street aussi… Russes et Européens parlent en effet de la possibilité d’abandonner totalement le dollar dans leurs échanges pour le remplacer par l’euro. Attention, nous n’en sommes encore qu’au stade de la réflexion. Les négociations puis la prise de décision prendraient des mois, voire plus. Pas d’emballement, donc, mais une chose est sûre : ce serait un coup terrible porté à la domination du dollar, donc des Etats-Unis.

Les euronouilles font d’ailleurs montre d’une inhabituelle autonomie vis-à-vis de tonton Sam et, comme nous le prévoyions, le coup de tonnerre de l’élection du Donald n’y est pas étranger, lui qui a brouillé les pistes et mis le système impérial sens dessus dessous. Ainsi, les gazoducs russes avancent eux aussi vers le Vieux continent.

Bruxelles a donné sa bénédiction au passage d’une ligne du Turk Stream par la Serbie, au prix de quelques aménagements mineurs. MacCainistan doit se retourner dans sa tombe, lui qui avait tout fait pour torpiller, avec succès, le South Stream.

Quant au Nord Stream II, une vieille connaissance des habitués du blog, la France de Micron Ier a d’abord créé la surprise jeudi en soutenant la révision d’une directive européenne sur le gaz, susceptible de mettre des bâtons dans les roues du pipeline. Ce coup bas porté à Berlin a fait s’interroger la presse teutonne : l’occupant de l’Elysée se serait-il aplati devant les pressions américaines ? En réalité, le pet du cerveau du président français n’a pas duré bien longtemps et a sans doute plus à voir avec des manœuvres internes à l’UE qu’avec le tube lui-même. Un accord a été trouvé, déblayant les derniers obstacles.

 

 

Les exportations de gaz russe vers l’Europe à un nouveau record en 2018

Les exportations de gaz russe vers l’Europe à un nouveau record en 2018

Moscou (awp/afp) – Les exportations de gaz russe vers l’Europe ont atteint un nouveau record en 2018 malgré les tensions diplomatiques et la volonté de l’Union européenne (UE) de réduire sa dépendance à la Russie, a indiqué vendredi le groupe russe Gazprom.

Gazprom, qui détient le monopole des exportations par gazoducs, a vendu dans la région Europe et Turquie 201 milliards de mètres cubes de gaz sur l’année écoulée, soit environ 3,5% de plus qu’en 2017, a indiqué aux agences russes son directeur général Alexeï Miller.

Ces exportations représentent la plus grande partie des ventes vers l’Europe, une autre partie, ouverte à la concurrence, se réalisant par gaz naturel liquéfié.

La progression constante de la demande européenne pour le gaz russe est mise en avant par la Russie pour défendre ses nouveaux projets de gazoducs, via la Turquie ou la Baltique, malgré les réticences de l’Union européenne qui affirme depuis des années vouloir diversifier ses sources d’approvisionnement.

Gazprom, héritier du ministère du Gaz soviétique, couvre environ le tiers de la consommation européenne.

La production de gaz totale du groupe, qui avait atteint il y a quelques années ses plus bas niveaux depuis la chute de l’URSS sur fond de concurrence accrue, s’est redressée de plus de 5% en 2018, à 497,6 milliards de m3, a précisé M. Miller.

afp/rp

(AWP / 28.12.2018 15h45)

https://www.romandie.com/news/Les-exportations-de-gaz-russe-vers-l-Europe-un-nouveau-record-en-2018/983371.rom

Pétrole US : l’industrie de la fragmentation cannibalise sa propre production…

Pétrole US : l’industrie de la fragmentation cannibalise sa propre production…


 … et augmente les risques à l’environnement


Par Justin Mikulka – Le 10 août 2018 – Source DeSmog

Champ de pétrole de la rivière Kern. Credit : Hamish Reid Attribution 2.0 Générique (CC BY 2.0)

Dans la scène finale de There Will Be Blood – sans doute le plus grand film sur l’industrie pétrolière – le personnage principal joué par Daniel Day Lewis explique comment il a aspiré le pétrole de la parcelle d’un voisin en utilisant le forage horizontal. Pour aider son voisin à comprendre ce qui s’est passé, il l’explique en disant qu’il a pris une très longue paille et qu’il a bu son milk-shake !


Eh bien, devinez ce qui se passe avec la révolution de la fracturation hydraulique construite sur le concept du forage horizontal ? Non seulement les producteurs de pétrole boivent les milkshakes les uns des autres, mais ils boivent les leurs et, ce faisant, perdent encore plus d’argent et augmentent le niveau de risques environnementaux.

Et contrairement au film où le personnage principal savait ce qu’il faisait, l’industrie moderne de la fracturation n’a aucune idée de ce qu’il faut faire face aux problèmes causés par la combinaison du forage horizontal et de la cupidité.

La fracturation face au problèmes posés par les puits secondaires

La première chose à comprendre, c’est qu’il s’agit simplement d’un problème d’avidité de l’industrie. Les producteurs de pétrole forent trop de puits à proximité les uns des autres, et lorsqu’ils creusent des nouveaux puits – appelés puits secondaires – ils « abîment » ou « touchent » les anciens puits et causent des problèmes.

Dans un site de fracturation typique, la production commence par un premier puits d’essai, connu sous le nom de puits primaire. Les puits forés à proximité du puits primaire sont appelés puits secondaires.

Ce qui se passe, c’est que non seulement les puits secondaires cannibalisent la production du puits primaire existant, mais lorsque les puits secondaires sont fracturés, ils peuvent créer des «fractures » qui endommagent le puits primaire. Ces fractures peuvent réduire la pression dans le puits primaire, ce qui entraîne une baisse de production. Elles peuvent aussi l’endommager  au point d’en faire un puits « mort » et, bien sûr, elles peuvent entraîner des déversements et une contamination environnementale.

Claudio Virues, ingénieur de la compagnie pétrolière et gazière Nexen, a expliqué dans le Journal of Petroleum Technology le problème fondamental de ces collisions.

« D’habitude, il y a deux scénarios », a dit Virues. « Il se peut que vous ayez une perte temporaire de production, mais vous retrouverez la tendance que vous aviez auparavant. Mais l’autre scénario sera vraiment mauvais pour votre production et vos réserves. »

Bob Barree, qui dirige la société d’experts-conseils en génie pétrolier Barree & Associates, explique ce scénario « vraiment mauvais ».

« Vous remettez le puits en production et vous avez perdu votre pression, votre vitesse, votre capacité d’injection. Le puits est tout simplement mort », a dit M. Barree.

Et cela signifie que cette industrie déjà en lambeaux perd encore plus d’argent.

Les collisions autour de la fracturation révèle un espacement entre puits trop faible et des volumes extraits trop grands

Dans un autre article du Journal of Petroleum Technology, intitulé « Les collisions autour de la fracturation révèle un espacement entre puits trop faible et des volumes extraits trop grands », l’auteur cite un article technique rédigé par des ingénieurs de Shell qui estime que si un « producteur a un inventaire de 2 000 sections de forage de 640 acres [260 hectares] et que chaque nouveau puits coûte 5 millions $, alors ajouter un seul puits inutile dans chaque section coûterait à l’exploitant 10 milliards $ ».

La réalité, c’est que l’industrie ne connaît pas actuellement les coûts potentiels des fractures et de l’espacement serré des puits, mais il ne fait aucun doute que les fractures coûtent de l’argent à l’industrie et contribuent au déclin de la production.

Les experts de l’industrie admettent qu’ils ne savent pas ce qu’ils font

L’industrie a certainement reconnu que les fractures sont un problème majeur – un problème pour lequel l’industrie n’a actuellement aucune solution.

Le groupe de recherche et de consultation de l’industrie de l’énergie Wood Mackenzie a étudié la question des fractures et des puits secondaires et a conclu ce qui suit :

« Le rendement des puits secondaires rapprochés présente non seulement un risque pour la pérennité des forages en cours, mais aussi pour les perspectives à long terme de l’industrie. Presque tous les exploitants croient que le rendement des puits secondaires est un problème important, mais il n’y a pas de consensus sur la meilleure façon de le régler. »

Un risque pour la viabilité des perspectives à long terme pour une industrie qui n’a jamais fait d’argent n’est pas une perspective très positive.

Mais c’est la situation en 2018 de l’industrie pétrolière. Au début de 2018, des membres de l’industrie se sont réunis au Texas pour discuter de la question. Comme l’a rapporté le Midland Reporter and Telegram, Dick Leonard, l’un des intervenants de la conférence, a expliqué que, en ce qui concerne l’atténuation de l’impact des fractures, « …personne n’a encore les réponses ».

Un autre intervenant, Lance Robertson d’Endeavor Energy Resources, s’est fait l’écho de ce sentiment en déclarant : « Nous en sommes aux premières phases et nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir. Nous et l’industrie avons beaucoup à apprendre. »

Pendant combien de temps l’industrie de la fracturation peut-elle continuer à perdre de l’argent tout en essayant d’apprendre ce qu’elle fait réellement ?

Les impacts de la fracturation hydraulique augmentent les dommages environnementaux

Les risques de fracturation contaminant l’air, l’eau potable et le sol sont bien connus, même lorsque les puits fonctionnent de façon indépendante sans avoir été « touchés » par un autre chantier de fracturation. Aujourd’hui, en raison de l’espacement plus serré des puits et des fractures, le risque de dommages environnementaux augmente.

En Oklahoma, les puits horizontaux percent les puits classiques existants et causent des déversements. Mike Cantrell est un petit exploitant de puits de pétrole classique en Oklahoma qui dénonce les grandes sociétés de fracturation qui endommagent les puits comme le sien. « Ils savent qu’ils vont ruiner notre puits et ils s’en fichent », a dit Cantrell à E&E News.

L’État de l’Oklahoma reconnaît que des déversements se sont produits, mais conteste les affirmations selon lesquelles les eaux souterraines ont été contaminées. C’est la ligne de défense de l’industrie en matière de fracturation.

Pourtant, sur le site Web d’Eagleford Training, sous le thème « Quelles sont les collisions autour de la fracturation », la question des risques environnementaux est détaillée, y compris une section intitulée « Perte de contrôle d’un puits ». Parmi les problèmes potentiels énumérés lorsque le contrôle du puits est perdu, mentionnons « une fuite des fluides ou du contenu des réservoir utilisés ».

Parmi les autres risques, mentionnons le rejet de sulfure d’hydrogène gazeux mortel et le fait que « les rejets des puits de compensation libéreront des fluides du réservoir, qui ont tendance à être extrêmement inflammables », selon le site.

Ainsi, bien que l’industrie aime prétendre que les fractures posent peu de risques pour l’environnement, la question des fractures semble soulever un tout nouvel ensemble de risques environnementaux.

Les collisions autour de la fracturation pourraient être mortelles pour une industrie qui perd de l’argent

Il est bien établi que l’industrie de la fracturation a perdu de l’argent au cours de la dernière décennie. Dans un article récent de Oilprice.com qui décrivait en détail les échecs de l’industrie à faire des paris sur sa couverture financière, elle le reconnaît en affirmant que « le forage au schiste a toujours été une activité déficitaire ».

Aujourd’hui, cette industrie historiquement déficitaire est confrontée à un défi majeur qui pourrait s’avérer être une faille fatale dans un modèle industriel déjà en faillite.

Si les producteurs essaient de concentrer les puits trop près les uns des autres, les puits s’endommageront les uns les autres et la production diminuera, voire s’arrêtera pour certains puits. Si les producteurs doivent recourir à des distances beaucoup plus grandes pour l’espacement des puits, le nombre moins élevé de puits diminuera probablement aussi la production globale.

Qu’est-ce que ça va donner ? Ne posez pas la question aux experts de l’industrie parce qu’ils admettent qu’ils n’en ont aucune idée – ce qui n’est pas rassurant pour les investisseurs qui continuent de perdre de l’argent en attendant que la révolution en cours porte enfin ses fruits.

Justin Mikulka

Note du Saker Francophone

Cet article est tiré d'une série : L’industrie du schiste argileux creuse plus de dettes que de bénéfices.

Traduit par Hervé, relu par jj pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/lindustrie-de-la-fragmentation-cannibalise-sa-propre-production

 

 

Les clauses secrètes de l’accord gazier entre Chypre, la Grèce, l’Italie et Israël

Les clauses secrètes de l’accord gazier entre Chypre, la Grèce, l’Italie et Israël

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Chypre, la Grèce, l’Italie et Israël sont parvenus à conclure un accord sur la construction commune d’un gazoduc en Méditerranée. Il s’agira de l’ouvrage le plus long et le plus profond en mer. Il n’aura qu’une capacité modeste de 12 milliards de m3 par an. Estimé à 8 milliards de dollars, il devrait être mis en service dans 5 ans. Cependant la date de début des travaux n’a pas été annoncée.

L’Égypte, la Palestine, le Liban, la Syrie et la Turquie ne font pas officiellement partie de cet accord alors qu’ils sont concernés par le champ gazier découvert en 2011.

Note : la Turquie n’a aucun rapport avec ce champ, mais occupe Chypre-Nord qui est concerné par lui. En février 2018, la marine militaire turque avait empêché un navire d’exploration italien de sonder les fonds dans les eaux territoriales chypriotes du Nord. En juin, le président Recep Tayyip Erdoğan avait menacé toute entité qui s’aviserait d’entreprendre des recherches sans son autorisation dans cette zone occupée.

En réalité, il semble que le Hamas et l’Égypte soient parties prenantes à cet accord.
- L’autorisation donnée au début du mois par Israël au Qatar de prendre en charge les fonctionnaires de Gaza serait la contrepartie de la reconnaissance par le Hamas de la frontière maritime de la Palestine tracée unilatéralement par Israël. Le gaz palestinien serait donc exploité par Israël et les droits reversés par le Qatar au Hamas.
- Israël a également signé un accord avec l’Égypte pour lui exporter du gaz. Cet accord parallèle a été conclu via la société East Gas, dont les services secrets égyptiens sont l’actionnaire majoritaire. Là encore, du gaz offshore égyptien serait exploité par Israël, puis ré-acheminé en Égypte pour y être liquéfié et exporté.

Ces contournements visent à masquer les contradictions entre les rhétoriques officielles des dirigeants et la réalité de leurs pratiques.

L’ensemble de ces accords a été parrainé par l’Union européenne et le Qatar.

http://www.voltairenet.org/article204084.html