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Mer de Chine : Pékin se dit « prêt à contrer les États-Unis » dans leurs exercices militaires

GÉOPOLITIQUE11.juillet.2020 // Les Crises

Mer de Chine : Pékin se dit « prêt à contrer les États-Unis » dans leurs exercices militaires

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Source : South China Morning Post
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

La Chine a accusé les États-Unis d’avoir des « arrière-pensées » en envoyant deux groupes d’attaque de porte-avions dans la mer de Chine méridionale contestée, alors que les médias d’État chinois ont rapporté que Pékin était prêt à relever le défi posé par Washington.

Les États-Unis ont envoyé deux porte-avions, les USS Ronald Reagan et USS Nimitz, dans les eaux contestées de la mer de Chine méridionale pour des exercices militaires qui débuteront ce samedi 11 juillet – chevauchant les exercices que la Chine tient dans la région.

Ces exercices sont parmi les plus importants de la marine américaine ces dernières années, et il est rare que les principaux exercices militaires américains et chinois se déroulent dans la même région au même moment.

« Ils nous ont vus et nous les avons vus« , a déclaré le contre-amiral James Kirk depuis le USS Nimitz. « Les contacts avec les navires chinois se sont déroulés sans incident« , a déclaré Kirk.

« Nous espérons que nos interactions seront toujours professionnelles et sûres« , a-t-il déclaré. « Nous opérons dans des eaux assez encombrées, avec beaucoup de trafic maritime de toutes sortes. »

Le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Zhao Lijian, a déclaré lundi que la situation dans la mer de Chine méridionale était stable, mais a affirmé que les États-Unis visaient à attiser les troubles entre Pékin et les nations du sud-est asiatique.

« Les États-Unis ont intentionnellement envoyé un déploiement militaire pour des exercices à grande échelle en mer de Chine méridionale, et pour montrer leurs muscles« , a déclaré Zhao. « Ils ont des arrière-pensées. Les États-Unis créent des divisions entre les nations de la région et militarisent la mer de Chine méridionale« .

La décision des États-Unis intervient quelques jours après le début des exercices de la Chine, près des îles Paracel qui font l’objet d’un litige.

Le contre-amiral George Wikoff, commandant du groupe dirigé par le USS Ronald Reagan, a déclaré dans une interview que le but de ces exercices était de « montrer à nos partenaires et alliés que nous sommes engagés dans la sécurité et la stabilité régionales« .

Wikoff a refusé de préciser la zone dans laquelle les transporteurs opéreraient. Il a déclaré que les derniers exercices américains étaient une réponse non pas aux exercices chinois mais à l’affirmation militaire croissante de Pékin dans la région.

L’armée américaine a déclaré sur Twitter que des bombardiers B52 étaient également impliqués dans l’exercice, et que les deux groupes d’attaque ne seraient pas intimidés par la Chine.

Au début du mois de juin, le USS Nimitz a effectué des exercices dans la mer des Philippines, juste à l’extérieur de la mer de Chine méridionale, avec le USS Theodore Roosevelt.

Wang Yunfei, un officier de marine retraité de l’Armée de libération du peuple (ALP), a déclaré que la Chine était prête à contrer les « menaces » posées par les États-Unis.

« La Chine a plusieurs fois fait l’expérience des menaces posées par les États-Unis en mer avec son déploiement de multiples porte-avions« , a déclaré Wang dans un article sur le site web de Phoenix Television, un réseau de télévision partiellement détenu par l’État.

« La détermination de la Chine à sauvegarder son intégrité territoriale, sa souveraineté et ses intérêts maritimes ne faiblira pas [après] la dernière menace posée par les États-Unis. L’armée chinoise est prête et fera face à cette menace avec facilité« .

Le tabloïd chinois nationaliste Global Times a également cité des analystes militaires affirmant que Pékin avait le contrôle total de la situation.

« La Chine dispose d’une large sélection d’armes anti-aériennes comme les missiles DF-21D et DF-26, qui tuent les porte-avions », a déclaré le journal, citant des analystes. « La mer de Chine méridionale est entièrement à la portée de l’ALP ; tout mouvement de porte-avions américain dans la région est au gré de l’ALP« .

Wang a déclaré que la Chine avait mené des exercices avec des missiles balistiques, des missiles air-mer et des missiles antinavires au cours de l’année dernière dans la région centrale de la mer de Chine méridionale pour préparer les frappes contre les porte-avions de pays étrangers.

Les derniers exercices américains dans la région permettraient à la marine de l’ALP de tester ses capacités en situation réelle, a déclaré M. Wang, ajoutant que la Chine pourrait mener une autre série d’exercices en mer en août.

Collin Koh, chercheur à l’école d’études internationales S. Rajaratnam de l’université technologique Nanyang à Singapour, a déclaré que le risque d’escalade restait faible car les deux parties s’abstiendraient d’en « venir aux mains« .

« Actuellement, la Chine essaie toujours de se remettre économiquement de la pandémie, et bien que la récente loi sur la sécurité nationale ait pu donner à Pékin l’espoir d’avoir bientôt une épine de moins dans le pied, la situation n’est pas du tout rose dans un avenir proche« , a-t-il déclaré.

« Mais même si nous voyons un faible risque d’affrontement prémédité, à partir du moment où les forces opposées opèrent à proximité les unes des autres dans la mer de Chine méridionale, on ne peut pas exclure la possibilité d’un affrontement par inadvertance« .

Source : South China Morning Post – 06/07/2020
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

https://www.les-crises.fr/mer-de-chine-pekin-se-dit-pret-a-contrer-les-etats-unis-dans-leurs-exercices-militaires/

Autres temps, autres terreurs…

Autres temps, autres terreurs…

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   mardi 30 juin 2020

   Forum

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Autres temps, autres terreurs…

30 juin 2020 – Pour en rajouter une petite couche très-modeste, je vais :faire un commentaire plus personnel sur la nouvelle traitée le jour d’avant-aujourd’hui, sur  le déclin de l’AIPAC qui semble accélérer irrésistiblement, qui est documenté dans ce sens d’une façon convaincante par l’article cité dans ce texte. Donc, un bref historique personnalisé…

En 2007, lorsque John Mearsheimer, professeur de sciences politiques à l’université de Chicago, et Stephen Walt, professeur de relations internationales à la Kennedy School of Government de l’université d’ Harvard, publièrent ‘The Israel Lobby and the U.S. Foreign Policy’, décrivant toutes les capacités d’influence israéliennes avec l’AIPAC comme matrice, ce fut l’occasion d’une très forte polémique, avec des aspects hystériques déjà repérés lors de la publication d’un article sur le même sujet par le même duo en 2006. Cela faisait des années, des décennies, que l’influence israélienne à Washington était à la fois un facteur fondamental du pouvoir washingtonien, connu de tous mais respecté par le silence de tous, une force quasiment légitime et irrésistible, effrayante et même terrorisante.

J’avais connu de loin, mais suffisamment précisément, ce phénomène qui ne cessait de déclencher des rumeurs complotistes, des appréciations chuchotées, des regards terrorisés jusqu’à presque se signer. En 2007, en général, on ne donnait pas cher de la peau des Mearsheimer-Walt dans le monde universitaire, et l’on attendait leur disparition dans les oubliettes de l’infamie. La polémique dura longtemps : par exemple, en février 2009 on faisait encore des émissions sur le bouquin, et  dans celle-ci justement on a beaucoup de détails et de précisions sur les aventures des deux auteurs. 

Mearsheimer-Walt tinrent bon et survécurent. Ils ont poursuivi leurs carrières respectives sans véritable handicap du fait de cette activité, bien au contraire. Leur travail avait levé un tabou sans pour autant restreindre la puissance de l’AIPAC. Les rapports entre les USA et Israël en furent-ils affectés ? Difficile de répondre, mais il est remarquable qu’avec Obama puis Trump, les relations entre les deux pays prirent une tournure très particulière ; très difficiles et presque hostiles, et publiquement affichées, entre Obama et Netanyahou, notamment dues à la très forte antipathie réciproque des deux personnages ; bombastiques et bruyantes avec Trump, serrant avec effusion son “ami Benjamin” sur son cœur et rendant ainsi le Premier ministre israélien de moins en moins populaire aux USA. Netanyahou, qui ne manque ni de finesse ni de duplicité, accéléra sa politique d’entretien des meilleures relations possibles avec la Russie.

Pendant tout ce temps, on ne parlait plus guère de l’AIPAC, sauf pendant les fameux rassemblements d’allégeance du début du printemps (justement, celui qui n’a pas eu lieu cette année). Pendant tout ce temps également, il est vrai qu’on releva des incartades de moins en moins dissimulées de tel(le) ou tel(le) parlementaire. On doit se souvenir comme d’un fait révélateur et significatif de  l’aventure opposant (en août 2019) les députées Ilhan Omar et Rashida Tlaib, du fameux Squad de la Chambre des Représentants, au gouvernement israélien, suivie  d’un article du Washington Post signalant la détérioration des relations entre le parti démocrate et le gouvernement israélien sans sacrifier une seconde à l’ode au gouvernement israélien qui accompagnait traditionnellement toute analyse où Israël tient un des rôles principaux.

Cela aurait dû faire sonner un tocsin significatif dans nos oreilles, mais nous étions occupés à tant d’autres choses. (Moi le premier, certes.)

Et maintenant, cet article de Grant Smith, qui a toutes les garanties d’une  vérité-de-situation nouvelle, remarquable, avec une documentation et une déduction extrêmement convaincantes. Cela devrait maintenant faire sonner à toutes volées un tocsin lugubre sur tout le champ des relations internationales, où les relations vraiment très-très-spéciales entre Washington et Israël tiennent (tenaient ?) une place considérable.

J’ai beau tendre l’oreille, je n’entends rien de ce tocsin, nothingnada, mais plutôt un silence indifférent entrecoupé de tel ou tel constat sans alarme particulière. Certes, les choses changent, doivent distraitement penser certains, mais bon il y a bien plus urgent et important à s’entretenir et s’occuper, et les voilà qui retournent à leur besogne d’alimenter les vitupérations qui leur tiennent lieu de commentaires : haine de Trump et Covid19, haine de Trump-Covid19 et le soulèvement de communication de BLM, haine de Trump-Covid19 et les présidentielles, haine de Trump-Covid19 et les balbutiements informes de Joe Biden…

Voilà, nous y sommes, et c’est bien le plus stupéfiant de l’affaire : l’éventuel naufrage de l’AIPAC et du “très-très-spécial” aspect des relations USA-Israël n’intéresse pas grand’monde. L’on dit même que la sacro-sainte aide financière énorme (autour de 3 $milliards l’an) des USA à Israël pourrait bien en sortir, en 2021, notablement amaigrie, sans là aussi que ces bruits ne déclenchent le moindre concert d’indignation préventive-dissuasive.

Il n’est question ici ni de formalisme ni d’analyse rationnelle, y compris celles que l’on fait quand l’on cite les liens “secrets” entre Israéliens et américanistes, le “complot permanent” plaçant Washington aux ordres de Tel-Aviv (Jerusalem ?).

(Je dis bien “analyse rationnelle” car, contrairement à ce qu’on est en général conduit à penser dans l’émotion de la première réaction, le “complotisme” n’est nullement irrationnel mais  au contraire rationalisme pur, jusqu’à la subversion complète que la Raison peut introduire dans notre jugement sur l’évaluation des actes, des faits, des effets et des conséquences, et surtout des multiples “causes premières” de ces artefacts du brio historico-politique.)

Il est alors plutôt question d’une humeur, d’une atmosphère, d’un effet de communication, et tout cela qui apparaît aujourd’hui complètement différent de ce que cela était il y a un tiers de siècle, il y a15 ans, il y a 5 ans, et même il y a un an bien que les choses avaient déjà changé ; c’est-à-dire que je vous parle d’une humeur et d’une atmosphère bien différentes même de l’immédiat avant-Covid19.

(Pour le tiers de siècle j’en témoigne puisque je l’ai ressentie dans l’attitude américaniste, cette puissance du tabou israélien, la puissance et l’impunités de l’AIPAC, la terreur que ces forces diffusaient dans les psychologies des élitesSystème, il s’agissait d’un poids et d’une pression considérables et gigantesques, et tout cela semble se dissiper, flotter et se désintégrer…)

Au reste, et pour montrer la pureté de mes intentions et mon absence de comportement israélo-centré/obsédé, je ferais la même remarque concernant deux autres événements, de deux autres grands domaines de ce que furent les relations internationales, qui connaissent aujourd’hui des bouleversements considérables par rapport à ce qu’ils furent, sans que cela ne semble déclencher en aucune façon de grandes préoccupations, donc un peu de la même façon que je décris pour l’AIPAC.

• C’est le cas des négociations stratégiques pour un nouveau traité START entre les USA et la Russie (auxquels les USA voudraient rajouter la Chine, qui refuse catégoriquement). Ces négociations ont commencé à Vienne et personne, au fond, ne les prend au sérieux et personne, autour d’elles, ne s’en préoccupe. Même les Russes, qui y tiennent tant par goût prononcé de la stabilité, savent au fond d’eux-mêmes qu’il vaut mieux n’y pas trop compter.

• C’est le cas des relations transatlantiques, avec les tensions Allemagne USA, le retrait de 9 000 soldats US d’Allemagne (ou leur transfert dans la fidèle et subtile Pologne), les déclarations de Merkel qui nous apprennent que cette dame se permet de penser que les USA “ne sont plus une puissance mondiale”. Cela nous vaut des déclarations allemandes  très-très sophistiquées sur les “chères”  relations transatlantiques qui sont « extraordinairement importantes », qui ne peuvent pas continuer comme ça (alliance), et qui continueront tout de même (alliance), qui à la fois ne sont plus et à la fois sont toujours, et tralala, dansons Folleville, sur le pont du Titan-Hic.

« Les jours du bon vieux “partenariat transatlantique” sont passés, a admis le ministre allemand des affaires étrangères du gouvernement Merkel Heiko Maas… […]
» “Quiconque croit que le partenariat transatlantique sera à nouveau ce qu’il était avec un président démocrate sous-estime les changements structurels”, a déclaré le ministre à l’agence de presse allemande dpa, laissant entendre que les relations entre les deux alliés ne seront jamais les mêmes, même sans le président Donald Trump à la tête de l’État à Washington.
» Néanmoins, il a également admis que Berlin n’est pas encore prêt à renoncer à son alliance de longue date avec Washington. “Les relations transatlantiques sont extraordinairement importantes, elles le resteront et nous travaillons pour qu’elles aient un avenir”, a-t-il déclaré. »

L’absurdité extrêmement postmoderne du propos de ce ministre (nous ne sommes plus ensemble mais nous restons ensemble), est bien là pour faire le minimum syndical face à des liens qui ne cessent de se défaire, sans que personne ne puisse rien faire. Sur ce point, il y a beaucoup de larmes sincères, surtout du côté européen où l’on se sent d’autant plus fort et “d’autant plus européen, enfer et damnation !”, – enfin, d’autant plus libres que l’on est soumis aux USA. Mais sur le fond, tout cela importe-t-il encore ? Je crois que nous sommes dans le même cas que celui de l’éventuelle disparition de l’AIPAC… Ne parlons pas de rupture, ni de brutale décision, mais de dissolution, – paradoxalement car à la fois, – dissolution imperceptible mais dissolution ultra-rapide.

Je n’ai rien pour prouver ni substantiver ce que j’avance mais je ressens comme une évidence de plus en plus affirmée que la pandémie Covid19 est l’explication abrupte de ce phénomène… Covid19 a été une fantastique rupture, – brutale celle-là, visible, cruelle, comme quelque chose qui vient du fond des âges où l’on craignait les terribles épidémies de la “Mort Noire”, pour nous rappeler à nos destins que nous avons trahis, pour susciter chez nous des terreurs nouvelles de notre culpabilité pour cette trahison ; Covid19 qui a concrétisé tout ce qui s’est assimilé depuis au moins douze ans (depuis 2008), depuis même 19 ans (9/11), dans nos inconscients et dans nos subconscients, et qui a touché les populations également avec cette pandémie qui nous révèle la crise  « extraordinairement importante » où nous nous trouvons… Et alors tout le reste, qui comptait tant, qui constituait les références de nos pensées et de nos efforts, passe au second plan, se réduit de plus en plus, – et si vite malgré tout ! – comme une peau de chagrin, comme la tête d’un ennemi juré des Jivaros que les Jivaros lui ont coupée en lui jurant une réduction qui lui vaudrait l’enfer…

Tout le reste, stratégie, géostratégie, complots et ambitions de conquête, de domination, tous nos plans et calculs, nos rapports de force, nos hypothèses audacieuses et soupçonneuses, nos grands desseins et nos Grands Jeux, notre futur de puissance et de croissance, notre schizophrénie technologique plongée dans notre paranoïa de communication, notre folle certitude  « to create our own reality », tout le reste qui prétend répondre à des démarches maîtrisées par la puissance humaine, tout le reste qui se dissout, qui disparait, qui n’importe plus, qui ne laisse pas le moindre souvenir de nostalgie…

https://www.dedefensa.org/article/autres-temps-autres-terreurs

Annexion de la Cisjordanie : Tensions entre Israël et les monarchies du Golfe

GÉOPOLITIQUE24.juin.2020 // Les Crises

Annexion de la Cisjordanie : Tensions entre Israël et les monarchies du Golfe

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Source : ConsortiumNews
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

La plupart des États arabes du Golfe persique n’ont pas d’autre choix que de se prononcer fermement contre les annexions en cours, écrivent Giorgio Cafiero et Claire Fuchs.

Malgré le réchauffement des relations avec Israël, les monarchies arabes du Golfe s’opposent au moins publiquement à la décision unilatérale de Tel-Aviv d’annexer 30 à 40 % de la Cisjordanie le mois prochain. La raison principale tient au fait que l’opinion publique des pays du Golfe et du monde islamique en général reste fermement pro-palestinienne.

Confrontés il y a tout juste neuf ans à une révolte régionale qui a alimenté les troubles au Bahreïn, et toujours à une guerre en cours au Yémen et à la faiblesse des prix du pétrole, les dirigeants du Golfe ne veulent pas que leur partenariat tacite avec Israël crée de nouvelles sources de colère internes qui pourraient nuire à leur légitimité perçue par les citoyens du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

Malgré des années d’abandon des Palestiniens et d’établissement de liens à peine voilés avec Israël, la plupart des États arabes du Golfe n’ont d’autre choix que de s’opposer fermement aux annexions en cours.

Le 1er juin, le ministre d’État aux affaires étrangères des Émirats arabes unis (EAU), Anwar Gargash, a tweeté : « Les Israéliens doivent cesser de parler de l’annexion des terres palestiniennes. »

Neuf jours plus tard, l’ambassadeur d’Abou Dhabi à Washington, Yousef al-Otaiba, a écrit une tribune libre pour le journal israélien Yedioth Ahronoth dans laquelle il lançait un appel aux Israéliens pour qu’ils ne procèdent pas à l’annexion.

Il a déclaré que son pays pourrait servir de « porte ouverte reliant les Israéliens à la région et au monde » mais que l’annexion de la Cisjordanie pourrait nuire au processus d’amélioration des liens entre Tel-Aviv et les États arabes tels que les Émirats arabes unis.

Otaiba a également produit un message vidéo en anglais, qui accompagnait son éditorial. « Nous voulions parler directement aux Israéliens. Le message portait sur tous les progrès que vous avez vus et les attitudes qui ont changé à l’égard d’Israël, les gens devenant plus tolérants et moins hostiles à l’égard d’Israël, tout cela pourrait être sapé par la décision d’annexer« .

Début juin, l’ambassadeur des Émirats a averti que l’annexion rendrait le Moyen-Orient « encore plus instable » et « exercera une pression politique incroyable sur nos amis de Jordanie« .

Le 10 juin, le ministre saoudien des affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, s’est adressé aux ministres des affaires étrangères lors d’une réunion de l’Organisation de coopération islamique (OCI), au cours de laquelle il a déclaré qu’une telle annexion constituerait une « escalade dangereuse » et un « défi pour tous ces traités, normes, lois, conventions et résolutions internationales [qui] ne prennent pas en considération les droits du peuple palestinien« .

Bin Farhan a souligné que Riyad s’oppose à l’annexion et maintient son engagement à « la paix comme option stratégique« . Le conflit israélo-arabe doit être résolu « conformément aux résolutions internationales pertinentes, au droit international et à l’initiative de paix arabe de 2002« , a-t-il déclaré.

Lors de cette même réunion de l’OCI, le ministre koweïtien des affaires étrangères, Cheikh Ahmad Nasser Al-Mohammad Al-Sabah, a déclaré « Il est important que la communauté internationale se rende compte que ces menaces et provocations d’annexion israéliennes constituent une escalade dangereuse qui menace tous les efforts et les initiatives déployés pour établir une paix globale, juste et durable dans la région« .

Quatre jours plus tôt, le vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères du Qatar, Cheikh Mohamed bin Abdelrahman Al-Thani, s’était opposé à l’offensive israélienne. L’annexion « équivaut à planter le dernier clou dans le cercueil du processus de paix » tout en « enterrant toute possibilité de règlement du conflit à l’avenir« . Il a également averti que de telles « implications sécuritaires, économiques et sociales seront catastrophiques pour toute la région« .

Ces déclarations rappellent que malgré leur volonté de cultiver des liens plus étroits avec Israël, les gouvernements du Golfe ne peuvent être considérés comme totalement indifférents à la lutte palestinienne. Si les Israéliens procèdent à l’annexion de certaines parties de la Cisjordanie le mois prochain, personne ne sait comment la « rue arabe » réagira.

Tous les régimes arabes sont préoccupés par les réactions de l’opinion publique contre des dirigeants considérés comme indifférents ou complices des actions israéliennes qui laisseraient aux Palestiniens un « bantoustan » dans leur pays.

Aucun chef d’État arabe n’a oublié comment ou pourquoi la vie du président égyptien Anouar El-Sadate s’est terminée. Par conséquent, l’annexion par Israël de la vallée du Jourdain et des colonies juives changera probablement les relations entre le Golfe et Israël en surface, les rendant plus confidentielles et moins transparentes.

Mais cela signifierait-il que les États du Golfe, qui se sont rapprochés d’Israël au cours des cinq dernières années, modifieraient fondamentalement la substance de leurs partenariats tacites avec l’État juif ? Probablement pas.

En raison de la frontière de la Jordanie avec la Cisjordanie, de l’importante population palestinienne et des partis islamistes qui s’opposent ouvertement à ce qu’Amman reste dans le traité de paix du Wadi Araba, il y a toutes les raisons de considérer les plans d’annexion israéliens comme une menace pour la stabilité du Royaume hachémite.

Les États du Golfe, cependant, sont plus éloignés des troubles que cette mesure unilatérale de la part de Tel-Aviv devrait déclencher.

En outre, les gouvernements du Golfe considèrent que leurs relations avec Israël dans les domaines de l’économie, des affaires, des renseignements et de la sécurité sont bénéfiques pour leurs intérêts, ce qui incitera davantage les Émirats et les Saoudiens à ne pas se défaire des liens qu’ils ont récemment renforcés avec Israël, même s’ils décident de faire davantage pour masquer ces relations encore taboues.

Le 16 juin, le ministre d’État aux affaires étrangères des Émirats arabes unis est allé jusqu’à déclarer qu’Abu Dhabi pouvait encore « travailler avec Israël dans certains domaines, notamment la lutte contre le nouveau coronavirus et la technologie » malgré ses « divergences politiques« .

Il a souligné que le maintien de lignes de communication avec Israël est essentiel, suggérant qu’une annexion de certaines parties de la Cisjordanie n’empêchera pas les Émirats de continuer à coopérer avec Israël dans divers domaines.

Dans un contexte géopolitique plus large, les dirigeants d’Abou Dhabi et de Riyad considèrent que les efforts pour contrer les programmes turcs et iraniens au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sont bien plus prioritaires que la défense des Palestiniens.

Ainsi, les Émirats et le royaume saoudien se trouvent alignés sur Israël, qui partage leurs convictions quant à la nécessité de contrer la Turquie, les Frères musulmans et la République islamique d’Iran. Ces dynamiques, les perceptions communes des menaces et les intérêts qui se chevauchent ne changeront pas de sitôt, quoi qu’Israël fasse en Cisjordanie le mois prochain.

Israël n’a jamais eu de relations diplomatiques formelles avec un État du CCG. Officiellement, chaque monarchie arabe dans le Golfe Persique est « l’ennemi » d’Israël.

En réalité, cependant, la plupart des membres du CCG – à l’exception notable du Koweït, qui est fermement pro-palestinien dans sa politique étrangère actuelle – se sont considérablement rapprochés de Tel-Aviv au cours des cinq dernières années. Dans le même temps, la plupart de leurs programmes de politique étrangère ont réduit la priorité accordée au soutien de la lutte palestinienne.

En avril 2018, le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman (MbS) s’est rendu à New York pour prendre la parole lors d’une réunion à huis clos à laquelle auraient participé des dirigeants de diverses organisations juives. Selon Axios, MbS a déclaré « Il est temps que les Palestiniens acceptent les propositions et acceptent de venir à la table des négociations ou se taisent et cessent de se plaindre« .

En octobre 2018, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a rendu une visite officielle au défunt sultan Qaboos d’Oman à Mascate. Quatre mois plus tard, lors de la conférence de Varsovie sur la paix et la sécurité au Moyen-Orient, Netanyahu a rencontré les principaux diplomates d’Arabie Saoudite et d’Oman.

Les Israéliens ont également participé à des compétitions d’athlétisme aux EAU et au Qatar. AGT International (une société israélienne basée en Suisse) a récemment signé un accord de 800 millions de dollars avec les Émirats. Le grand rabbin de Jérusalem s’est rendu à Bahreïn, où des responsables ont fait des efforts pour toucher la communauté juive des États-Unis afin de se rapprocher d’Israël. La longue liste d’autres exemples d’engagement entre le CCG et Israël se poursuit.

Il existe également des relations croissantes entre les États du CCG et Israël dans les domaines du renseignement et de la sécurité. Ces liens ne sont pas nouveaux. Ils remontent aux années 1960 et 1970. Pourtant, ces dernières années, Tel-Aviv et les États du Golfe ont été plus visibles sur ces liens, dans une période où la plupart des relations des membres du CCG avec Israël ont évolué dans le sens de la normalisation.

Source : ConsortiumNews
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

https://www.les-crises.fr/annexion-de-la-cisjordanie-tensions-entre-israel-et-les-monarchies-du-golfe/

L’Afrique subsaharienne est en passe de déjouer les scénarios catastrophes prédits. Cependant, la gestion de la pandémie par les institutions internationales et les pays européens accentue la crise de confiance envers les Occidentaux et préfigure une nouvelle donne géopolitique.

07 mai, 2020
NoteLeslie Varenne, Union européenne; Etats Unis,

L’Afrique subsaharienne est en passe de déjouer les scénarios catastrophes prédits. Cependant, la gestion de la pandémie par les institutions internationales et les pays européens accentue la crise de confiance envers les Occidentaux et préfigure une nouvelle donne géopolitique.

Cette note d’analyse a été publiée dans le journal en ligne Sputnik

Comme l’ONU et l’OMS, ils ont été nombreux à prophétiser le pire en Afrique. Mélinda Gates, l’épouse de Bill, a déclaré à CNN, avec l’air compassé de ces dames patronnesses d’un autre siècle, qu’elle n’en dormait pas la nuit, elle imaginait les cadavres gisant dans les rues. Mais qui leur a soufflé ce scénario apocalyptique ? Probablement les mêmes qui ont annoncé aux dirigeants français et britannique que leurs États dénombreraient chacun, dans le pire des cas, 500.000 décès : l’impérial Collège de Londres et son mentor Neil Fergusson –qui s’était pourtant déjà lourdement trompé lors de la crise de la vache folle et de la grippe aviaire.

Le logiciel de la bêtise

L’Occident vieillissant continue de prêter attention à des modélisations, à des probabilités mathématiques vides de sens. X décès pour un pays de X habitants, multiplié par 55 États, égale des millions et des millions de morts, dixit Antonio Guterrez. En avril, le très sérieux think tank, Africa Center for Strategic Studies, l’institution universitaire pour l’Afrique du Pentagone, a publié une étude, non moins sérieuse, sur les facteurs de risque liés au coronavirus sur le continent. Ils ont choisi des critères aussi différents que l’âge médian, la liberté de la presse, la transparence gouvernementale, l’état des structures sanitaires. Puis ils ont passé torchons et serviettes au mixeur. Que croyez-vous qu’il en soit ressorti ? Des confettis… Le pays qui aurait dû être le plus impacté est le Soudan du Sud, qui dénombre à ce jour 46 cas, alors que l’Afrique du Sud, qui est en tête du nombre de personnes infectées par le coronavirus (7.220), se retrouve à la 28e place de ce classement. 

C’est un peu comme si un « scientifique » avait calculé le nombre probable de contaminés dans l’Hexagone en fonction de la capacité des Français à subir un confinement draconien sur la base de la popularité de leur Président ! Et pourtant ils l’ont fait…

Pour une fois, Dieu est noir…

L’Afrique subsaharienne francophone se réjouit d’avoir déjoué de si aberrantes et si sombres prédictions. Pour une fois, ce n’est pas sur elle que la foudre est tombée, mais sur la tête des pays riches avec leurs systèmes de santé perfectionnés.

Il fut un temps pas si lointain, en avril 2019, où l’OTAN pressait ses alliés de jouer un plus grand rôle en Afrique pour, entre autres, se prémunir des menaces sanitaires en provenance de ce continent. Mais personne, absolument personne, n’avait envisagé le scénario inverse. 

Bien sûr, il reste une part de méfiance et de doute quant au devenir de l’épidémie. Difficile encore d’appréhender la réalité des chiffres. Dans les pays francophones d’Afrique subsaharienne, certains États gonflent le nombre de cas pour toucher la « rente Covid », d’autres les minorent par manque de tests et/ou pour jouer les bons élèves. D’autres encore pratiquent un savant alliage : un peu mais point trop… Cependant, force est de constater que le virus reste circonscrit dans le milieu des élites et n’atteint pas ou très peu les quartiers populaires densément peuplés. À tel point que les populations se demandent: « Mais où est ce corona ? » Quel est donc ce virus qui ne s’en prend qu’aux grandes puissances et aux nantis de leurs pays ?

Ici et là, au Mali, au Burkina Faso, au Niger, des révoltes éclatent un peu partout pour en finir avec les restrictions des libertés prises pour lutter contre la pandémie. Les manifestants demandent la réouverture des marchés, des lieux de culte et l’abrogation des couvre-feux. L’exaspération est telle que les chefs d’État se voient dans l’obligation de lever une à une les mesures liberticides.

L’effet « Mira »

À cette colère s’en ajoute une autre, celle déclenchée par les propos du chef de service de réanimation de l’hôpital Cochin à Paris, Jean-Paul Mira, qui a émis l’idée de tester des vaccins sur les Africains. Elle a été encore renforcée par la volonté affichée de l’OMS, de Bill Gates et du GAVI (une organisation internationale qui promeut la vaccination), tous deux importants bailleurs de cette institution, de vacciner toute la planète avec le concours de l’Union européenne qui a lancé un téléthon pour financer les recherches. S’il s’avérait que le SARS-COV-2 soit un virus saisonnier et qu’il ne survive pas à l’été, comme le pensent certains scientifiques, ce serait une absurdité, une de plus. Qu’importe, le ridicule ne tue plus…

Le 3 avril, aux côtés de Mike Hamer, l’ambassadeur des États-Unis à Kinshasa, le monsieur Ebola de la République démocratique du Congo annonçait fièrement qu’un vaccin contre le SARS-COV-2 serait testé en été et que son pays avait été choisi pour ces essais cliniques. Quelques jours plus tard, devant la levée de boucliers de ses compatriotes, penaud, le docteur Muyembé rétropédalait.

Toutes ces pitreries risquent fort d’avoir des effets délétères en faisant naître une défiance portant sur l’ensemble des vaccins, dont certains sont pourtant absolument nécessaires comme la fièvre jaune, le BCG, etc. Finalement, le ridicule peut tuer…

Comme en 40

À cette exaspération envers les prophètes de la collapsologie s’est donc ajoutée une violente réaction contre tous ceux qui prônent ce vaccin « miracle et obligatoire ». Le baromètre de la confiance envers les institutions internationales OMS, ONU, de l’Union européenne et de la France, qui n’était déjà pas au beau fixe, a viré à l’avis de tempête. Mais comme d’habitude, les concernés, sûrs d’eux-mêmes, ne mesurent pas l’intensité du rejet et ne changent surtout rien.

Ces signaux forts viennent se greffer à d’autres, plus faibles mais qui pourraient avoir des conséquences majeures à plus ou moins long terme. La « séquence coronavirus » a été le révélateur des fragilités des grandes puissances. L’Afrique francophone a vu ses anciens colonisateurs, français et belges, compter leurs morts chaque soir, elle a vu leurs doutes, leurs hésitations et les comportements incohérents de leurs dirigeants.  Elle a vu leurs citoyens subir des incarcérations volontaires et des pénuries. Au passage, en Afrique, il y a des masques « grand public » disponibles partout et pour tout le monde.

Dans les esprits, cela rappelle la guerre de 14-18, lorsque le doute s’est installé quant à l’invincibilité du colonisateur. Un doute qui s’est transformé en conviction avec la défaite de 1940, quand l’occupant est devenu l’occupé… Dès lors, les indépendances devenaient inéluctables.

Les premières pierres d’un début de changement de paradigme sont déjà posées. L’épidémie a permis au Maroc de déployer une intense diplomatie sanitaire, en livrant des masques et des médicaments à d’autres pays du continent. Le Sénégal s’est affiché en pointe sur les recherches et les traitements. Le Président malgache, Andry Rajoelina, a joué un joli coup avec sa potion Covid-Organics qui fait fureur dans toute l’Afrique. La Guinée-Bissau a même affrété un airbus pour transporter le produit afin de le distribuer aux 14 pays de la Cedeao.

Des débats, qui ne sont certes pas nouveaux, sur la dette et l’efficacité de l’aide au développement sont appréhendés à la lumière de l’impuissance qu’ont montrée les grandes puissances et de ce qui est vécu comme le passage d’une époque à une autre. Dans un entretien récent, l’ancien Premier ministre burkinabè, Tertius Zongo, a déclaré : « À plus long terme, il nous faudra raisonner différemment le monde. La crise va donner l’opportunité à une forme, sans doute pas de déglobalisation, mais tout du moins de raisonnement en termes de blocs. » Ce qui signifierait la fin de l’hyperpuissance américaine et celle de l’hégémonie occidentale. Le coronavirus aurait ainsi accéléré l’avènement d’un monde multipolaire. Il n’est pas encore interdit d’être optimiste…

Leslie VarenneTags:
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De la Chine à la Syrie : les premières nouvelles géopolitiques de demain

De la Chine à la Syrie : les premières nouvelles géopolitiques de demain

Publié par: Michel Raimbaud*le: 21 février, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_Moyen_OrientGéopolitiqueNon classéImprimerEmail

De quoi 2020 sera-t-il fait en géopolitique ? Confirmation de la résurrection russe, montée en puissance chinoise et effacement américain pourraient dessiner la politique internationale.

L’exercice de prospective politique est devenu l’un des rites de l’an neuf. S’il promet plus de tempêtes que d’embellies, c’est que la vie commune de milliards d’êtres humains encadrée par deux centaines d’Etats n’est pas un fleuve tranquille. L’avenir n’est pas une science exacte.
Depuis la fin d’un XXème siècle ponctué par des épisodes « messianistes » de courte durée bien qu’ils aient eu l’éternité pour horizon (colonisation, épidémie des reichs, guerre froide, puis moment unipolaire américain), il est légitime de ne plus croire que l’histoire aurait un « sens », comme le professait le marxisme, ou une « fin », comme le fanfaronnait en 1992 Francis Fukuyama, chantre du libéralisme.
S’il n’y a en elle ni fatalité ni éternité, ce qu’elle a d’erratique est polarisé par des constantes naturelles : c’est ce que nous rappelle la géopolitique, politique de la géographie. Née avant 1900 en de brumeux pays avides d’espace vital, reprise par les « empires de la Mer » au temps du colonialisme et des expansionnismes, cette discipline permet de comprendre pourquoi, au-delà des avatars et séismes, l’Histoire continue, en quête de repères et d’équilibre.
En un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître, les devins avides de « prédictions » faisaient de la géopolitique sans le savoir. Mais l’époque où Geneviève Tabouis présentait les dernières nouvelles de demain sur Radio Luxembourg étant révolue, qui oserait dire aujourd’hui de quoi sera fait 2020 ? Mieux vaudra donc ne pas voir des oracles dans ces premières nouvelles de demain. L’exercice – au vu du bilan 2019, entrevoir les évolutions pour 2020 – rappellera le pensum imposé jadis aux bizuts entrant en faculté : « Etant donné le clair de lune, tirer le clair de l’autre »…

Le droit international en ruine

Il est presque minuit, Docteur Folamour. Début février, l’aiguille de l’« Horloge de l’Apocalypse » se trouverait, d’après le Bulletin des Scientifiques Nucléaires américains (qui ne sont pas astrologues), à 100 secondes du minuit de la guerre nucléaire, record d’imminence depuis la création de ce joujou en 1947. La situation ne semble pas inquiéter nos sorciers qui pérorent dans les hautes sphères.
Pas besoin d’être expert pour constater la ruine du droit international. Et après examen des tenants et aboutissants, on y verra un travail de sape programmé, inspiré par le « chaos créateur » de Leo Strauss, recette permettant à l’Empire de neutraliser à moindre coût les obstacles à son hégémonie.
Fustiger l’OTAN « en état de mort cérébrale », comme le fait le porte-voix élyséen de l’école complexiste, est d’un bel effet, mais escamote les responsabilités du « monde civilisé » dans l’effondrement de la vie internationale. Ce qu’il faut bien appeler un naufrage intellectuel et moral se décline de façon multiforme : échec et faillite de l’ONU et de sa charte, fin de la légalité et loi de la jungle, falsification des mots et détournement des concepts, abandon des us et coutumes de la diplomatie, de la courtoisie et du protocole… Autant de marches vers les enfers, là où s’abîme l’Occident, aveuglé par une imposture qui a viré au gangstérisme.
Pourtant, la nature ayant horreur du vide, un nouvel ordre est en gestation. Le bloc eurasien en pleine ascension le veut multipolaire, tandis que l’Empire Atlantique freine des quatre fers.
La géopolitique considère que le monde est structuré en trois « zones », (1) le Heartland russo-sibérien qui constitue le Pivot du monde habité, (2) le Rimland qui tel un glacis ceinture ce « Pivot » de l’Atlantique au Pacifique, (3) la zone des Territoires et Iles Périphériques ou offshore, qui génère des « Empires de la Mer », où le choix du grand large va de soi. C’est le messianisme de ces « peuples élus » qui leur fait voir le « Pivot » comme une terre promise, objet de leurs convoitises. Dans ce schéma, le Rimland (Europe Occidentale, Chine, le monde arabo-musulman) constitue tantôt un glacis, tantôt une proie. La théorie permet de saisir les ressorts des expansionnismes et d’éclairer les conflits.

Le déclin des États-Unis

Empire de la Mer malgré leur masse continentale, les Etats-Unis ont un avantage fondamental : loin du cœur du monde (Heartland), ils ne connaissent pas les affres de la guerre. Ils contrôlent les mers, l’espace et le cyberespace, le système financier mondial via le dollar. Ils peuvent envahir sans risquer de l’être. Depuis 1945, une langue invasive aidant, ils ont acquis la mainmise de l’espace médiatique et investissent le domaine « chrétien » par le biais des évangéliques, baptistes et autres chrétiens sionistes.
Toutefois cette puissance est en déclin, ce qui apparaît dans les chiffres, mais aussi dans le recours grandissant à la menace, aux sanctions, aux actions clandestines. S’y ajoutent le statut menacé du dollar, l’érosion de la crédibilité et la perte du magistère moral…. Au sein de l’Etat profond, on est tétanisé.

La Russie a vécu avec Poutine une vraie résurrection.

Depuis vingt ans, la Russie a vécu avec Poutine une vraie résurrection, effaçant l’humiliation subie à la chute de l’URSS et la décennie Eltsine. Elle doit ce retour au dossier qui lui a permis de s’imposer. Par son soutien à la Syrie, elle a contribué à stopper le rouleau compresseur des « révolutions arabes » pilotées par l’Occident et l’islamisme extrémiste. Même si les Occidentaux répugnent à l’admettre, Moscou est le pôle de référence.

La nouvelle puissance chinoise

La Chine est déjà numéro un de l’économie mondiale, devançant les États-Unis en parité de pouvoir d’achat. Elle est en tête pour son palmarès commercial et industriel : après avoir été l’atelier du monde, elle en est devenue « l’usine », en attendant d’en être le banquier. Sa puissance militaire s’accroît rapidement, son budget de défense étant au deuxième rang derrière les Etats-Unis. L’essor de la marine est spectaculaire, visant à sécuriser son environnement (Mer de Chine) et asseoir sa capacité de projection (Méditerranée, voire Arctique).


S’y ajoute le défi sans précédent lancé à l’arrogante Amérique par un Iran sous sanctions, troisième pôle de cette Eurasie qui s’affirme militairement. En témoignent les premières manœuvres maritimes communes organisées en janvier 2020 entre les trois « menaces ».

Le retour aux vieilles méthodes (coups d’État, ingérences, pressions, sanctions, menaces) témoigne de la colère de Washington.

Les Arabo-musulmans ne sont pas seuls à chercher à Moscou et Pékin des contrepoids. Par le biais des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), l’Eurasie étend sa zone d’influence. Si l’Afrique du Sud est restée « un cas » sur le continent noir, l’Amérique Latine secoue le joug : le Brésil de Lula et Dilma Roussef avait entraîné dans son sillage le Venezuela chaviste, la Bolivie de Morales, l’Argentine de Mme Kirschner, rompant la singularité de Cuba. Le retour aux vieilles méthodes (coups d’Etat, ingérences, pressions, sanctions, menaces) témoigne de la colère de Washington face aux intrusions de Moscou.

Un « Amerixit » au sein du camp Atlantique ?

En Asie, on est sensible aux sirènes russes ou aux effluves des Routes de la Soie. L’Inde, membre des BRICS et de l’Organisation de Coopération de Shanghai, montre la voie : l’Indonésie, les deux Corées (la bonne qui aime l’Amérique et la méchante qui brave Trump, et dont Pékin est le protecteur), et d’autres, y compris la Thaïlande et ses voisins indochinois, sont alléchés. Le Japon lui-même desserrerait bien l’étreinte de son ex-vainqueur.
Sur le vieux continent, les « occidentalistes » font la loi. Ils se disent effarouchés par l’arrivée du soudard, mais ils ne s’indignent pas de ses turpitudes, lui reprochant son langage : ne réclame-t-il pas grossièrement le paiement de l’effort de défense. La dégradation est tangible. L’imputer à Trump ? Sa politique est au final celle de ses prédécesseurs.
Devenu réalité au 31 janvier 2020, le Brexit a traumatisé les chefs de l’UE, mais « l’évènement européen sans doute le plus important depuis la chute du Mur de Berlin » ne bouleversera pas l’équilibre. Voilà un grand Ex qui s’alignera encore davantage sur Washington, mais ni plus ni moins que ses anciens partenaires. Aucun n’est prêt à se démarquer d’un mauvais suzerain sur les dossiers qui fâchent, la Syrie, le bras de fer avec l’Iran (traité nucléaire, Soleimani), la « transaction du siècle », Erdogan, le terrorisme. La France encore moins que ses rivaux allemands, de plus en plus dominateurs.
Un Amerixit serait-il impensable au sein du camp atlantique?

Le Grand Moyen-Orient piégé

Théorisé par les neocons israélo-étatsuniens, le Grand Moyen-Orient est au départ un ensemble d’Etats musulmans entre Levant et Asie Centrale, à amadouer ou à détruire. George W. Bush et ses acolytes avaient décrété qu’il fallait les « démocratiser », c’est-à-dire les rendre israélo-compatibles en les bombardant. La technique : exciter les oppositions contre les « régimes » en soutenant discrètement les islamistes, fussent-ils terroristes. On ne rappellera pas ici le bilan des « printemps arabes ».
Le clan des heureux élus s’est avéré extensible au gré des lubies et des lobbies : la frontière génétique imaginée par le colonisateur entre monde arabe et Afrique « noire » a été oubliée, le terrorisme et « l’Etat islamique » envahissant le Sahel (à partir de la Libye ou de zones sanctuarisées), avant de rayonner en direction du Sud. L’Amérique s’y implante à la place de la France. La Russie y fait des incursions (Mali, RCA), investissant par ailleurs les positions moyen-orientales de l’Empire (Arabie, Emirats Arabes Unis, Irak, Egypte…) et les appendices que sont la Turquie et Israël.

Nouvelles routes de la soie, voies nouvelles de puissance

Le « pivotement » de l’Amérique vers l’Asie ne signifie pas qu’elle se désintéresse du Moyen-Orient : dans sa translation, c’est la « ceinture verte musulmane » qu’elle côtoiera sur toute son extension.
Pour le Céleste Empire, pays d’adoption des Ouigours parfois irrédentistes et/ou djihadistes, les Routes de la Soie constituent une riposte au « projet » de Bush. A l’horizon 2049, centenaire de la Chine Populaire, Pékin aura tissé son paradigme multipolaire de nations souveraines/partenaires, reliées par un labyrinthe de ceintures et de routes interconnectées. La vision de Xi Jinping repose sur une étroite coordination entre Moscou et Pékin et implique une planification stratégique à long terme, Poutine dit « communication ». N’en déplaise aux occidentalistes, la « nouvelle ère », fondée sur un partage des rôles, n’est pas une chimère. Les investissements prévus sont gigantesques, par centaines de milliards.

Aux BRICS la tâche de réorganiser le monde.

Le projet russe de Grande Eurasie (Union économique eurasienne, Organisation de Coopération de Shanghai, Banque asiatique d’investissement) est comme un miroir des nouvelles Routes de la Soie. De l’Iran à la frontière mongole, le Grand Moyen-Orient vu de Moscou est une partie de « l’étranger proche » et pour la Russie, avec ses 20 millions de musulmans, il est urgent de recomposer l’Asie Centrale. Aux BRICS la tâche de réorganiser le monde.
Le « cœur » de l’Axe de la Résistance (Iran – Irak – Syrie – Liban) est stratégique. La simple idée d’un corridor offrant à la République Islamique un débouché sur la Méditerranée donne des sueurs froides à Israël et à l’Amérique. Intégré aux Routes de la Soie et à la grande Eurasie, il sera intouchable. Si la question des pipelines est centrale dans cette région flottant sur une nappe de gaz, la libre circulation des personnes et des marchandises ne l’est pas moins.

Guerres économiques invisibles

Comme le Venezuela où, selon le journaliste Jeffrey Sachs, « au nom de la pression maximale, les sanctions américaines sont délibérément conçues pour détruire l’économie », l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban sont des cibles par excellence des guerres économiques invisibles. Celles-ci, enclenchées à la chaîne par les Etats-Unis, ont un effet terrifiant. Prenant la forme de sanctions, d’embargos, cachées par l’omerta, sans coup de feu, elles coûtent moins cher que des interventions militaires directes et permettent de contourner les vétos russo-chinois. Elles empêchent surtout toute vie normale.
Dans l’inventaire des dégâts, on notera la chute brutale de la croissance et la « contraction » des économies visées (de 14% en deux ans pour l’Iran), suite aux difficultés d’accès aux produits de base et matières premières. Autres conséquences : l’effondrement du niveau de vie et la glissade vers la grande pauvreté, la flambée des prix. Partout, les désastres socio-économiques (famine, malnutrition, surmortalité, misère) aggravent les crises sanitaires (ruptures concernant les médicaments et le matériel médical, infrastructures détruites).
Les sanctions financières affectent les banques, mais aussi la vie quotidienne. Dès 2011, les Etats-Unis et l’Europe ont mis en place un régime de sanctions particulièrement sévères contre le peuple syrien, « bloquant l’accès à de nombreuses ressources vitales »…« l’un des régimes de sanctions les plus vastes et compliqués jamais imposés ». La loi César « sur la protection des civils syriens » (sic) inscrite au budget 2020 impose, au nom des Droits de l’Homme, « des sanctions contre les secteurs liés à l’Etat et contre les gouvernements qui soutiennent la reconstruction et l’armée syrienne ». Le prétexte ? « Ouvrir un nouveau front contre l’influence de l’Iran en Syrie ».

La leçon de l’Irak ?

Thomas Nagy, de l’Université George Washington, citant la Defense Intelligence Agency (DIA), évoque « un plan de génocide commis contre les Irakiens (…) permettant de liquider une part importante de la population irakienne ». Dennis Halliday, coordinateur démissionnaire de l’ONU, accuse en septembre 1998 « le système onusien aux ordres de Washington et de l’Occident depuis la chute de l’URSS, qui a « imposé des sanctions génocidaires contre les innocents ». C’est le prix à payer pour la « démocratisation », dira la sublime Albright….
Gavé par neuf années de « printemps », le monde arabe est en piètre condition : la plupart des Etats sont brisés, livrés au chaos et à la sédition. Certains comme la Libye, le Yémen, l’Irak, l’Afghanistan risquent de rester un moment sous le feu des bombardements, des destructions, au gré des ingérences, des terroristes, des luttes inextricables. Le « monde civilisé » regarde avec commisération ce spectacle qu’il a mis en scène.
D’autres Etats, passés entre les balles, se retrouvent sous le feu des forces « populaires » qui veulent « la chute du régime », « le retrait des militaires », la dévolution immédiate du pouvoir, sans concessions et d’ailleurs sans programme. Derrière le tumulte, s’agitent à nouveau ONG, forces du changement, sociétés civiles, le tout saupoudré d’égéries et de diplomates occidentaux. On devine la main de l’étranger, comme en 2011. Et lorsqu’une issue se dégage, elle donne souvent sur la Maison-Blanche et sur Tel-Aviv, on allait dire sur Jérusalem. La recette est partout de normaliser avec Israël (le Soudan), condition sine qua non pour plaire aux régimes du Golfe qui regardent maintenant l’Etat hébreu avec les yeux de Jared Kuschner.

Syrie, cœur battant du monde arabe

La Syrie, cœur battant du monde arabe, a pu tenir neuf années face à l’alliance entre l’Empire israélo-atlantique et les forces du takfirisme et du terrorisme. Elle a fait barrage à la vague des « révolutions », le payant au prix fort. Appartenant au camp des résistants et dotée de puissants alliés, elle est potentiellement victorieuse, un renversement de situation étant improbable. Mais elle doit faire face aux manigances néo-ottomanes d’Erdogan et aux crimes de ses terroristes déguisés en enfants de choeur, supporter les caprices des Kurdes tout en encaissant les insultes et inepties de Le Drian.

Entre Erdogan, Netanyahou, Ben Salman et Trump,
l’échiquier du Moyen Orient est bien loti en rois, en fous et en pions

Désarticulé, le monde arabe est prié d’applaudir à la « transaction du siècle » qui liquide la cause sacrée du peuple palestinien pour une poignée de milliards de dollars, à payer par les Arabes. Rares sont les protestataires : la Syrie, dont la Palestine est une terre perdue, l’Iran droit dans son soutien, le Hezbollah, et la Turquie qui s’érige en défenseur de l’Islam face à la Saoudie.
Le terrorisme est toujours vivant, AlQaida en Syrie, ici et là Da’esh made in USA, et les innombrables groupes qui sévissent au Proche-Orient, en Libye, au Sahel, sous l’égide des Wahhabites (Arabie, Emirats) et/ou des Frères Musulmans (Turquie, Qatar).
Entre Erdogan, Netanyahou, Ben Salman et Trump, en 2020, l’échiquier du Moyen Orient est bien loti en rois, en fous et en pions.

*Par Michel Raimbaud, ancien ambassadeur, auteur de Tempête sur le Grand Moyen-Orient (ed. Ellipses, 2017) et Les guerres de Syrie (ed. Glyphe, 2019)

Source : Ruptures

http://www.afrique-asie.fr/de-la-chine-a-la-syrie-les-premieres-nouvelles-geopolitiques-de-demain/

Des convois militaires de lutte CBRN russes en Italie

jeudi, mars 26, 2020

Strategika 51

 ΠΆΝΤΑ ῬΕΙ͂…

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Des convois militaires de lutte CBRN russes en Italie

Des scènes totalement inconcevables il y a un mois: des convois militaires russes emportant des équipes et du matériel de lutte contre les menaces CBRN (Chimiques, Biologiques, Radiologiques et Nucléaires) sur les autoroutes italiennes en direction du Nord de la péninsule.

L’abandon de l’Italie par l’Union européenne et l’Otan a forcé le gouvernement italiens de demander l’assistance de la Chine, Cuba et la Russie.

En Espagne, Madrid a officiellement demandé l’aide humanitaire de l’Otan. Un abandon de l’Espagne à son sort achèvera la plus vieille alliance militaire contemporaine. La crise du COVID-19 a déjà pulvérisé le mythe de l’Union Européenne et dévoilé l’extrême faiblesse intrinsèque de pays comme la Grande Bretagne et la France.PublicitésPowered by wordads.coSeen ad many timesNot relevantOffensiveCovers contentBrokenREPORT THIS ADPowered by wordads.coSeen ad many timesNot relevantOffensiveCovers contentBrokenREPORT THIS AD

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pour une histoire du traité FNI, de la crise des euromissiles à sa fin

 une histoire du traité FNI, de la crise des euromissiles à sa fin

Par Ilaria PARISI, le 1er mars 2020      

Dr. Ilaria Parisi, chercheuse associée au Centre interdisciplinaire d’études sur le nucléaire et la stratégie (CIENS), ENS-Ulm.

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Voici une remarquable mise en perspective de la fin de l’architecture sécuritaire du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI). Ilaria Parisi présente dans un premier temps le contexte politico-stratégique qui a produit cet accord : la crise des euromissiles entre 1977 et 1987. Ensuite, l’auteure analyse les enjeux de la négociation américano-soviétique qui aboutit au traité de 1987. Enfin, Ilaria Parisi esquisse les mutations dans le système international conduisant les Etats-Unis à se retirer du traité en 2019. Les alliés européens des États-Unis semblent avoir subi la décision américaine et attendent de savoir ce que Washington voudra faire de cette marge de manœuvre retrouvée vis-à-vis des FNI. La fin du traité sur les FNI amène donc les responsables politiques et la communauté stratégique à s’interroger sur l’avenir du régime de la maîtrise des armements dans sa globalité.

LE 2 août 2019, deux ans après son installation à la Maison Blanche en janvier 2017, le président américain Donald Trump retire les Etats-Unis du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI). Il s’agit du premier traité de désarmement nucléaire, conclu en 1987 après six ans de négociations intenses entre les Etats-Unis et l’Union soviétique. La Russie post-soviétique, héritière de l’URSS en termes de droit international, a ensuite souscrit à ce texte le 3 novembre 1994, de même que la Biélorussie, le Kazakhstan et l’Ukraine, qui hébergeaient des armes nucléaires soviétiques. En 2019, l’architecture sécuritaire dessinée par le traité FNI cesse d’exister. Cet acte soulève des réactions partagées dans la classe politique et dans la communauté stratégique américaine mais aussi européenne et asiatique. D’une part, certains appuient la décision de Donald Trump. Les services de renseignement américains ont prouvé que les Russes sont en violation du traité depuis le milieu des années 2010 et qu’ils ne montrent aucune intention de revenir en arrière. D’autre part, certains déplorent la décision américaine. Même si les violations russes sont un fait reconnu, la fin du traité FNI aura pour conséquence de fragiliser plus encore un régime de la maîtrise des armements déjà très affaibli.

La question se pose de savoir si le choix de Donald Trump se fonde sur des bases solides ou si, comme certains commentateurs l’affirment, il n’est que le résultat d’un choix idéologique qui tend à considérer tout accord du passé comme un frein à l’expression de la puissance américaine. Revenir sur l’histoire du traité FNI nous aidera alors à mieux comprendre pourquoi sa fin suscite autant d’émotions. Cela nous amènera à évoquer les enjeux du traité, ses atouts et ses faiblesses dans un contexte international qui est profondément différent avant et après 1987.

Ainsi, nous aborderons dans un premier temps le contexte politico-stratégique qui a produit cet accord : la crise des euromissiles entre 1977 et 1987 (I). Ensuite, nous analyserons les enjeux de la négociation américano-soviétique qui aboutit au traité de 1987 (II). Enfin, nous esquisserons les mutations dans le système international conduisant les Etats-Unis à se retirer du traité (III).

I. L’éclatement de la crise des euromissiles, 1977-1979

La crise des euromissiles est la dernière confrontation américano-soviétique de la Guerre froide (1947-1990 ou 1991). Elle est enclenchée par le déploiement des SS 20, des missiles soviétiques capables de neutraliser les défenses de l’Organisation du Traité de l’Atlantique du Nord (OTAN) en Europe de l’Ouest. Les membres européens de l’OTAN demandent aux Etats-Unis d’apporter une réponse au défi soviétique, ce qui sera fait par la double décision de l’OTAN, le 12 décembre 1979 [1].

A. Bref précis sur la stratégie nucléaire

On ne saurait comprendre l’ampleur politique de la crise des euromissiles sans revenir brièvement sur l’évolution de la stratégie nucléaire américaine depuis les débuts de la Guerre froide.

Les Américains sont la seule puissance nucléaire au monde jusqu’en août 1949, date du premier test atomique soviétique. Néanmoins, un test atomique ne signifie pas que les Soviétiques vont rattraper l’avance militaire et technologique américaine dans de courts délais. Tant que le Président des Etats-Unis peut compter sur la supériorité nucléaire américaine, les Etats-Unis adoptent une stratégie dite « des représailles massives » (1953), ensuite reprise par l’OTAN qui en fait son premier concept stratégique (1954). Par cette doctrine, les Etats-Unis menacent d’utiliser leurs armes nucléaires pour refouler une agression soviétique, qu’elle soit nucléaire ou conventionnelle. Cette stratégie s’étend bien évidemment aux alliés européens. L’OTAN n’a pas les moyens de mettre en place un plan de réarmement conventionnel capable de s’opposer aux forces de l’Armée rouge en Europe de l’Est ; la dissuasion nucléaire américaine est le dernier rempart pour protéger l’Europe de l’Ouest d’une agression soviétique.

La dissuasion américaine s’élargit donc aux alliés de l’Europe de l’Ouest, désemparés face à la menace soviétique. On parle ainsi de dissuasion américaine élargie à l’Europe, toujours un des piliers de la relation transatlantique en 2020.

Le primat nucléaire américain s’érode progressivement face à l’explosion de la première bombe H soviétique (1953, l’américaine explose en 1952) puis suite au lancement du Spoutnik en 1957 et enfin face à la catastrophe évitée de justesse lors de la crise de Cuba de 1962. Les deux Grands ont désormais les moyens de se détruire réciproquement et la certitude qu’une confrontation nucléaire imposerait au gagnant comme au perdant des pertes et des dégâts très importants. Le processus de la détente se met ainsi en place à la fin du mandat, brutalement interrompu, du président John Fitzgerald Kennedy (1961-1963) et continue sous ses successeurs, Lyndon Johnson (1963-1969) et Richard Nixon (1969-1974). Sur le plan stratégique, les deux Grands cherchent à réduire les chances d’entamer un conflit nucléaire. Cela donne lieu, entre autres, au premier traité d’interdiction partielle des essais nucléaires (1963), au traité de démilitarisation de l’espace (1967), au traité de non-prolifération des armes nucléaires (1968), au processus de limitation des forces stratégiques (SALT I, 1972) et au traité sur les antimissiles balistiques (ABM, 1972).

La fin du primat nucléaire américain entraîne un changement dans la doctrine stratégique. À la doctrine des représailles massives fait suite la doctrine de la « riposte graduée » que l’OTAN adopte en 1967. Dans le but d’éviter une guerre nucléaire entre les Etats-Unis et l’Union soviétique, la dissuasion doit désormais agir à tous les niveaux de l’escalade. Le niveau stratégique est représenté par les armes intercontinentales, d’une portée supérieure à 5 500 km, déployées sur les territoires des deux Grands. Le niveau de théâtre ou intermédiaire est représenté par les armes d’une portée comprise entre 500 et 5 500 km, situées sur des espaces en dehors des territoires des deux Grands, tel l’espace européen. Le niveau du champ de bataille correspond aux lieux où se situent des armes d’une portée inférieure à 500 km [2].

La crise des euromissiles émerge au milieu des années 1970 sur la base des discussions entamées à l’OTAN à propos des actions à prévoir pour la mise en œuvre de la doctrine de la riposte graduée. Les SS-20 ne sont que l’étincelle qui enflamme une discussion plus politique que militaire, essentiellement transatlantique.

B. L’apparition des premiers SS-20

En 1975, le Secrétaire général soviétique Léonid Brejnev (1964-1982) approuve le déploiement des SS-20, qui démarre en 1976. Aucune discussion au Politburo ne semble avoir précédé cette décision : c’était une modernisation de routine [3]. Pourtant, dans le bloc occidental, ces missiles semblent introduire une amélioration qualitative de taille ; plus qu’une modernisation, les pays de l’OTAN y voient le déploiement d’armes nouvelles.

Les SS-20 sont des missiles de type sol-sol qui peuvent être déplacés grâce à un lanceur mobile. Ils ont une portée maximale de 5 000 km, ce qui en fait des armes de portée intermédiaire, et peuvent emporter jusqu’à trois têtes nucléaires [4]. Trois caractéristiques de ces missiles font penser qu’ils sont destinés à désarmer les moyens de l’OTAN en Europe de l’Ouest : leur emplacement à proximité de la frontière occidentale soviétique (des sites se trouvent à l’ouest de l’Oural) ; leur portée, qui peut atteindre toute l’Europe occidentale ; et surtout, leur marge d’erreur, estimée à seulement 300 mètres. Les missiles SS-4 et SS-5 que les SS-20 modernisent étaient des armes moins performantes, d’où le saut qualitatif qui intervient en 1976. A l’époque, l’OTAN n’a pas de systèmes de portée intermédiaire aussi performants : seul le recours aux armes stratégiques américaines pourrait constituer un moyen de dissuasion efficace face aux SS-20 soviétiques. Toutefois, l’utilisation des armes stratégiques américaines pourrait provoquer une riposte similaire de la part des Soviétiques, visant le territoire américain.

La question est donc posée : les Etats-Unis sont-ils disposés à risquer des frappes nucléaires soviétiques sur les villes américaines pour protéger les alliés européens ? C’est la question qui hante l’OTAN depuis sa fondation (1949) et qui revient en force lors de la crise des euromissiles.

C. Les incertitudes de l’engagement américain en Europe

Au milieu des années 1970, les Européens doutent déjà de l’efficacité de la dissuasion élargie américaine pour deux raisons. La première a trait à l’évolution des négociations américano-soviétiques sur la limitation des armements stratégiques (« Strategic Arms Limitation Talks » ou SALT). La deuxième raison tient aux difficultés rencontrées par l’OTAN dans la mise en œuvre de la doctrine de la riposte graduée.

Par les traités SALT I (1972) puis SALT II (1979, signé mais non ratifié), les Etats-Unis et l’Union soviétique établissent une parité approximative entre leurs arsenaux stratégiques. Ils s’ôtent ainsi les chances de remporter une confrontation nucléaire et l’intérêt de l’initier. Mais si Moscou et Washington se donnent ainsi le moyen de protéger leurs territoires respectifs d’une frappe nucléaire, aucune mesure de limitation des armements n’existe pour les armes nucléaires non stratégiques telles que les armes de portée intermédiaire. En effet, ces systèmes ne sont pris en compte dans aucune négociation. Ils rentrent dans la « zone grise » de la maîtrise des armements : le risque est de voir les deux Grands s’affronter par ces moyens sur des théâtres périphériques comme l’Europe. Les SS-20 sont bien des armes de la zone grise.

Les membres européens de l’OTAN, la République fédérale d’Allemagne (RFA) en tête, demandent fermement un renforcement de la dissuasion à l’échelon intermédiaire de la riposte nucléaire. La doctrine de la riposte graduée le prévoit depuis 1967 mais les pays de l’OTAN ont échoué à s’accorder sur les moyens de parvenir à cet objectif. Les Etats-Unis proposent de moderniser les armes nucléaires de courte portée, destinées à riposter à une agression soviétique sur le champ de bataille (que pourrait être l’Europe). En revanche, les Européens privilégient plutôt les moyens de longue portée, c’est-à-dire pouvant frapper le plus à l’Est possible, c’est-à-dire loin du territoire ouest-européen, voire du territoire européen tout court. Au milieu des années 1970, l’échelon intermédiaire de la riposte graduée manque encore d’armes adaptées à la mise en œuvre de cette doctrine. Ni les présidences de Richard Nixon (1969-1974) et de Gerald Ford (1974-1977) ni les premiers mois de la présidence de Jimmy Carter, qui s’installe en janvier 1977, ne permettent de trancher le débat [5].

Dans ce contexte, le déploiement des SS-20 se poursuit et inquiète à double titre. Au plan militaire, il annonce la possibilité d’une guerre nucléaire qui pourrait se dérouler sur le territoire européen, épargnant le territoire des deux Grands. Au plan politique, il pourrait permettre à Moscou de réaliser enfin son dessein politique pour l’Europe : éloigner les Etats-Unis, les amener à ne pas interférer dans les affaires européennes, et cela en maniant la menace d’une riposte nucléaire qu’ils pourraient éviter. Moscou resterait ainsi la seule grande puissance sur le continent. Certes, Washington rassure ses alliés quant au fait que la dissuasion élargie américaine reste l’ultime garantie de sécurité de l’Europe. Néanmoins, les Européens de l’Ouest redoutent que le grand allié ne se refuse le moment venu à risquer des représailles sur son propre territoire si Moscou limitait ses menaces ou son agression au seul territoire européen.

Seul le redressement de l’équilibre militaire, rompu par le nouveau déploiement soviétique, pourra rétablir la sécurité des pays d’Europe occidentale face aux visées de Moscou. L’OTAN est alors appelée à agir en ce sens.

D. Le discours de Londres de Helmut Schmidt et la double décision de l’OTAN de 1979

La République fédérale d’Allemagne est particulièrement inquiète du nouvel équilibre militaire qui est en train de se dessiner en Europe. L’Allemagne est l’objet du contentieux Est-Ouest, l’essence même de la confrontation bipolaire. Sur son territoire, les armées américaines et soviétiques se font face et le risque d’une confrontation s’aiguise à chaque renouveau de la tension Est-Ouest, et à chaque nouveau déploiement d’armes nucléaires. Le déploiement des SS-20 ne fait pas exception.

Au cours des réunions de l’OTAN de 1976 et 1977, le Chancelier Helmut Schmidt (1974-1982) invite les Etats-Unis à prêter une plus grande attention aux revendications sécuritaires de l’Europe de l’Ouest. Ces prises de position restent sans réponse. Le 28 octobre 1977, Schmidt présente publiquement ses réflexions sécuritaires lors du discours prononcé à l’« International Institute for Strategic Studies » (IISS) de Londres. Il demande que l’Europe fasse l’objet d’une plus grande attention lors des discussions de maîtrise des armements, afin que la parité que les deux Grands souhaitent fixer au niveau stratégique concerne aussi les autres niveaux de l’escalade, par la négociation ou, à défaut, la modernisation des armes. C’est le célèbre discours de Londres, qui est désormais connu pour avoir ouvert la crise des euromissiles. Les Etats-Unis prennent ainsi la mesure des inquiétudes de leurs alliés et se décident à agir.

Dès l’automne 1978, Washington élabore une « approche intégrée » au problème de la zone grise. Les Américains acceptent d’envisager la limitation des forces nucléaires intermédiaires dans un futur traité américano-soviétique SALT III, une fois SALT II signé. Si cela ne donnait pas de résultat, ils envisageraient une modernisation de ces armes en Europe. Cette approche se précise lors du sommet de la Guadeloupe du 4 au 6 janvier 1979 et débouche sur la « double décision » de l’OTAN le 12 décembre 1979. Les Etats-Unis s’engagent alors à moderniser les armes de portée intermédiaire de l’OTAN en Europe de l’Ouest par le déploiement au plus tard fin 1983 de missiles balistiques Pershing II et de missiles de croisière [6]. En parallèle, Washington ouvre des négociations avec Moscou pour fixer un plafond au nombre de missiles FNI autorisés au déploiement pour les deux pays. Si les négociations échouent, les premiers missiles seront déployés à l’échéance prévue.

En décembre 1979, la voie pour rétablir l’équilibre militaire en Europe est donc tracée : négocier le retrait des SS 20 et, à défaut d’accord, moderniser les forces de portée intermédiaire de l’OTAN.

II. Vers la signature du traité FNI, 1980-1987

Si la RFA provoque la double décision comme solution au déploiement des SS-20, une position épaulée d’ailleurs par les autres membres européens de l’OTAN, c’est aux Etats-Unis de négocier une limitation de ces systèmes avec l’Union soviétique. Ces négociations se déroulent de 1981 à 1987 et débouchent sur le traité FNI.

A. L’échec des négociations en 1983

Les négociations FNI démarrent à Genève en novembre 1981. Un résultat positif pourrait éviter le déploiement américain mais les conversations tombent vite dans l’impasse à cause des positions rigides des deux protagonistes.

D’une part, l’Union soviétique demande l’annulation du déploiement des missiles américains Pershing II et de croisière, prévu pour 1983, et exige de garder une partie des SS-20 déjà en place. En outre, la délégation soviétique à Genève, suivant les directives du gouvernement soviétique, pose comme condition la prise en compte des forces tierces françaises et britanniques, considérées comme des arsenaux de facto intégrés aux forces de l’OTAN. D’autre part, les Etats-Unis se disent prêts à renoncer au déploiement si Moscou retire tous les SS-20 déjà déployés. Cette proposition, mieux connue sous le nom d’« option zéro », est aussitôt rejetée par les Soviétiques. Quant aux forces tierces, les Etats-Unis refusent de les prendre en compte dans tout accord américano-soviétique, car les arsenaux français et britannique appartiennent à des pays souverains non impliqués dans les négociations.

Au fil des mois, ces positions ne changent pas. Un mouvement pacifiste et anti-nucléaire émerge en Europe, principalement dans la société civile, et demande haut et fort une solution négociée à la crise des euromissiles, mais sans effet. Les négociations sont un échec et l’équilibre militaire en Europe n’est rétabli que par le déploiement des premiers missiles américains fin 1983.

B. Les difficultés de l’après-1983

Suite au début du déploiement américain, les Soviétiques quittent les pourparlers de Genève. Les négociations FNI subissent ainsi un coup d’arrêt et leur reprise est incertaine.

Moscou et Washington ne veulent pas payer un prix politique trop important pour redémarrer leurs négociations en Suisse. D’une part, le gouvernement soviétique redoute qu’un retour hâtif à Genève ne se fasse aux conditions imposées par les Américains. D’autre part, le Président américain Ronald Reagan (1981-1989) ne veut pas faciliter le retour des Soviétiques à la table des négociations : c’est eux qui l’ont quittée, c’est à eux de faire le premier pas. Au plan stratégique, les relations américano-soviétiques se compliquent du fait de l’Initiative de défense stratégique (IDS) que Reagan lance le 23 mars 1983. Le président américain promet un monde libéré de la menace nucléaire grâce au déploiement d’un bouclier spatial. Le traité sur la limitation des systèmes anti-missiles balistiques (ABM) de 1972 pourrait ainsi devenir caduque, ce que les Soviétiques ne sont pas prêts à accepter.

L’inquiétude sur le dossier de l’espace devient finalement la cause du rapprochement américano-soviétique, quitte à devenir ensuite un sujet d’opposition. En mars 1985, les négociations de Genève redémarrent sous une nouvelle formule, les « Nuclear and Space Talks » (NST). Trois tables de négociations sont formées : sur les FNI, sur la réduction des armes stratégiques (START, continuation des SALT) et sur l’espace. L’aboutissement de ces trois négociations est censé déboucher sur la signature d’un seul et unique traité. Les dossiers START et FNI avancent, avec le dossier FNI qui paraît trouver une résolution lors du sommet de Reykjavik des 11 et 12 octobre 1986. À cette occasion, le président américain Ronald Reagan et le Premier secrétaire soviétique Mikhaïl Gorbatchev (1985-1991) se disent d’accord sur l’élimination des FNI d’Europe. Pourtant, le dossier de l’espace soulève des controverses insurmontables et la conclusion d’un accord global est ainsi retardée.

C. Le tournant de 1987

Si le traité sur les FNI a pu être signé en 1987, c’est grâce à une plus grande flexibilité de l’Union soviétique dont l’Alliance atlantique ne peut que profiter.

Après son arrivée au pouvoir en mars 1985, Mikhaïl Gorbatchev s’efforce de créer un climat apaisé dans les relations soviéto-américaines et soviéto-européennes. Cela lui permettrait d’appliquer avec plus de sérénité les politiques de la glasnost (transparence) et de la perestroïka (restructuration), vouées à refonder les bases du système soviétique. Le dossier de la maîtrise des armements lui fournit le moyen de parvenir à cet objectif. Le 27 février 1987, Gorbatchev propose de délier le paquet FNI des autres négociations qui ont cours dans le cadre des NST. Si le sommet de Reykjavik a été un échec, il a tout de même montré la volonté commune des Etats-Unis et de l’Union soviétique de résoudre la crise des euromissiles par l’élimination des FNI d’Europe. Au lieu de signer un traité NST unique, Gorbatchev se résout à signer des traités séparés. En avril 1987, il précise son offre : en plus de l’élimination des missiles intermédiaires de longue portée, objet des négociations qui avaient démarré en 1981, il propose aussi l’élimination des missiles intermédiaires de courte portée, les SRINF (« Short-Range Intermediate Nuclear Forces »). Il ajoute que ces dispositions concernent tous les systèmes FNI des Etats-Unis et de l’Union soviétique, où qu’ils soient : en Europe, mais aussi en Asie, où il y a quelques SS-20 qui pourraient être déplacés en Europe du fait de leur mobilité.

Ronald Reagan réagit positivement aux propositions soviétiques de février et d’avril 1987 mais il ne peut décider seul de la suite à y donner. Après avoir enclenché le processus qui conduisit à la double décision, l’Europe suit de près l’évolution des négociations américano-soviétiques de Genève. Au sein du groupe spécial de consultation (« Special Consultative Group ») de l’OTAN ou dans leurs relations bilatérales avec l’allié américain, les Européens sont informés de la position de Washington dans les négociations et expriment leur opinion sur le déroulement des pourparlers de Genève. Certes, Washington détermine en dernière instance sa position dans les négociations car toute clause approuvée à Genève affecte les forces américaines et non pas celles des Européens. Pourtant, les FNI sont des systèmes affectés à la sécurité européenne : toute décision à leur égard aura inévitablement des répercussions sur la sécurité du continent. D’où l’intérêt américain de s’assurer de l’appui des alliés européens et d’expliquer des prises de position qui pourraient enclencher une crise transatlantique.

L’élimination des FNI pourrait entraîner une telle crise. Les membres européens de l’OTAN s’inquiètent de la présence sur le sol européen d’armes nucléaires d’une portée en dessous du seuil initialement retenu pour les FNI (1 000 kilomètres). À cela s’ajoute la supériorité soviétique persistante en armes conventionnelles, problème auquel l’OTAN avait fait face par le biais de la dissuasion nucléaire. La proposition de Gorbatchev d’avril 1987, consistant à éliminer les SRINF, est censée apaiser les craintes européennes. Or, elle ne fait que les attiser. En premier lieu, les armes du champ de bataille (0-500 kilomètres de portée), restent en place. En deuxième lieu, la question se pose de savoir quel sera le sort de la doctrine de riposte graduée si les armes de portée intermédiaire que l’OTAN avait mises en place pour renforcer la dissuasion à l’échelon intermédiaire de l’escalade nucléaire sont amenées à disparaître.

Ces inquiétudes sont portées à l’attention des Etats-Unis mais elles n’empêchent pas l’Europe de l’Ouest de donner son aval à un accord sur les FNI tel qu’il est proposé en avril 1987 par Gorbatchev. Au fond, ce sont les Etats-Unis qui avaient proposé l’option zéro en 1981 ; ils ne peuvent pas la refuser en 1987.

D. Les dispositions du traité et sa mise en œuvre

Le traité FNI est signé le 8 décembre 1987 lors du sommet américano-soviétique de Washington [7]. Il entre en vigueur en juin 1988.

Il prévoit le démantèlement et la destruction des missiles américains et soviétiques de type sol-sol d’une portée comprise entre 500 et 5 500 kilomètres, dans un délai de trois ans après l’entrée en vigueur du traité, soit 1991. Ces mesures concernent tous les missiles de type FNI, nucléaires ou conventionnels. Les lanceurs et tout équipement associé à ces missiles doivent également être démantelés et détruits. En outre, les deux parties s’engagent à ne plus produire, tester et déployer de tels systèmes. Le traité précise que toutes les phases de la procédure de démantèlement et de destruction doivent être documentées et vérifiables. Chaque pays peut utiliser ses radars pour s’assurer du démantèlement des installations de l’autre. Si une anomalie est détectée, une procédure d’inspection sur place peut être demandée. C’est la première fois que les Etats-Unis et l’Union soviétique acceptent d’inclure une telle clause de vérification dans un traité ; l’Union soviétique s’y était toujours refusée [8]. En 1991, les FNI ont disparu des arsenaux américain et soviétique.
Ces systèmes ne représentent que 5 % des forces nucléaires des deux pays mais l’élimination d’une catégorie entière d’armements fait espérer en 1987 que la voie vers le désarmement nucléaire est enfin ouverte.

III. La fin du traité FNI

La signature du traité FNI en 1987 est due essentiellement à deux facteurs. D’une part, elle est le fruit d’une entente politique entre les Etats-Unis et l’Union soviétique. D’autre part, elle est le résultat de la cohésion de l’OTAN face au défi posé par les SS-20. L’entente américano-russe et la cohésion entre les Etats-Unis et leurs alliés se sont progressivement effritées dans les années qui ont suivi la fin de la Guerre froide (1990-1991) et cela a affecté le traité FNI.

A. La dégradation des relations américano-russes

Avec l’effondrement de l’Union soviétique en 1990-1991, les Etats-Unis semblent se positionner en grands gagnants de la Guerre froide. Pourtant, les relations américano-russes de l’après-Guerre froide sont complexes.
Dans les années 1990, la Russie doit reconstituer les bases de sa légitimité, aux plans politique, économique, social, militaire et surtout international. Pour ce faire, l’entente avec les Etats-Unis et les pays occidentaux reste indispensable, autant pour prévenir une course aux armements qui épuiserait les faibles ressources russes que pour redevenir un acteur international de taille. Le rapprochement russo-américain s’impose comme une nécessité pour le gouvernement russe et certains exemples en témoignent. Au plan stratégique, cela permet la signature des traités de réduction des armes nucléaires stratégiques START I (1990), START II (1993), START III (1997). Au plan politique, l’OTAN ouvre un dialogue avec la Russie, qui s’exemplifie dans le Partenariat pour la paix (1994) et la création du Conseil OTAN-Russie (2002). Les attaques du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et la lutte contre le terrorisme qui s’ensuit renforcent les liens russo-occidentaux, mais cette situation n’est pas destinée à perdurer [9].

Malgré l’effort fait de part et d’autre pour entretenir des relations apaisées, les divergences entre les Etats-Unis et la Russie apparaissent au fil de l’eau. Au plan stratégique, de nouvelles menaces montent en puissance au Moyen-Orient (Iran) et en Asie (Corée du Nord) au début des années 1990. La prolifération de missiles balistiques dans ces pays pourrait affecter les intérêts américains dans ces régions du monde, mais aussi la Russie du fait de leur proximité géographique. Ces menaces sont d’autant plus sérieuses que ces pays cherchent à acquérir des capacités nucléaires. Face à ce qu’on appelle désormais le deuxième âge nucléaire, soit une prolifération nucléaire en dehors du cadre de la confrontation bipolaire américano-soviétique de la Guerre froide [10], la dynamique russo-américaine de désarmement initiée par le traité FNI et poursuivie après la fin de la Guerre froide va s’estomper. Face à l’émergence de ces nouvelles menaces, le Congrès américain revient sur l’opportunité de se doter d’une défense anti-missile dès le début des années 1990. Le président George W. Bush (2001-2009) dénonce le traité ABM en décembre 2001. Au milieu des années 2010, l’évolution de l’architecture du système anti-missiles américain va aiguiser les tensions avec Moscou. Une partie du système ABM américain sera déployée en Roumanie, sous couvert d’une volonté de parer les nouvelles menaces balistiques en provenance de l’Iran. Le site est choisi en 2013 (et devient opérationnel en 2018). Le gouvernement russe accepte avec suspicion les raisons américaines qui voient les installations européennes comme une parade face à la menace iranienne et dénonce en revanche le système comme une atteinte américaine à l’efficacité de la dissuasion russe.

Le rapprochement russo-américain de la fin des années 1990-début 2000 cache ainsi les germes de la rivalité russo-américaine qui explose en 2014 suite à l’annexion russe de la Crimée. Bien que l’entente avec les Américains soit indispensable au gouvernement russe pour redevenir un acteur international, les Russes n’ont pas l’intention de subir les initiatives américaines. Vladimir Poutine est l’homme qui incarne la volonté russe d’une plus grande liberté d’action sur le plan extérieur et d’une plus grande assurance face à l’allié-rival américain. Il devient Président de la Fédération de Russie en 2000 et au fil de ses mandats (Président de 2000 à 2008, Premier ministre de 2008 à 2012, à nouveau Président de 2012 à aujourd’hui), il fait du renforcement de l’outil militaire russe l’un des éléments de la puissance de son pays. La composante nucléaire tient une place de taille dans son discours, comme le prouve son discours très médiatisé du 1er mars 2018, au cours duquel il annonce l’intégration à l’arsenal russe d’une « super-arme » aux contours flous [11].

Ainsi s’installe une dynamique russo-américaine d’affirmation de puissance et de suspicions réciproques à propos des solutions envisagées pour faire face aux menaces émergentes. Le processus de désarmement initié à la fin de la Guerre froide s’en trouve profondément affecté et le traité FNI, après le traité ABM, en paie les frais.

B. Retour sur la décision de 2019

Les Etats-Unis annoncent le 20 octobre 2018 vouloir sortir du traité FNI. Face aux violations russes, que le Département d’Etat dénonce depuis 2014, et à la réticence de Moscou à les reconnaître et y remédier, Donald Trump estime qu’il n’y a plus de raison que les Etats-Unis restent liés à un accord que l’autre partie ne respecte plus.

Pourtant le gouvernement russe avait manifesté le premier ses réserves au sujet du traité FNI. Le 25 octobre 2007, lors de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (ONU), la Russie obtient l’appui des Etats-Unis à sa proposition d’élargir le traité FNI aux puissances productrices de ces missiles. Néanmoins, les Etats-Unis offrent un appui purement formel, qui n’est pas suivi par des initiatives sérieusement vouées à élargir le traité aux puissances qui sont dans la ligne de tir de la proposition russe : la Corée du Nord, la Corée du Sud, l’Inde, l’Iran, le Pakistan, Israël [12] ; certains de ces pays sont des alliés des Américains (Corée du Sud, Israël, Pakistan). Prenant acte de la réticence américaine, Moscou entreprend discrètement la construction d’un missile de type FNI.

En 2015, les Etats-Unis accusent Moscou de tester un missile de croisière d’une portée estimée entre 500 et 5 000 kilomètres. Début 2017, des rumeurs filtrent dans la presse : les Russes seraient en train de déployer le système incriminé, en flagrante violation du traité FNI. En 2019, les Etats-Unis précisent les contours de la violation russe : il s’agit du système 9M729, ou SSC-8 selon la terminologie de l’OTAN, un missile sol-sol d’une portée estimée à 2 500 km [13]. Les violations russes du traité, et le refus d’admettre ces violations, offrent à Donald Trump une raison de sortir du traité FNI et de se donner des options militaires supplémentaires face aux puissances émergentes. Le 2 février 2019, Trump notifie la Russie de sa décision de retirer les Etats-Unis du traité FNI. Moscou rejette les accusations américaines et s’en prend aux installations européennes du système anti-missile américain ; en particulier, Poutine pointe du doigt le site qui se trouve en Roumanie. Le gouvernement russe prétend qu’une composante de ce site, le missile Mk-41, peut être converti en missile sol-sol de portée intermédiaire, ce qui serait une violation américaine du traité FNI [14].

Le 2 août 2019, la décision américaine prend effet. De son côté, la Russie affirme qu’elle n’a plus de raison de se considérer liée par ce traité [15]. Quant aux Etats-Unis, ils n’ont en février 2020 toujours pas annoncé comment ils comptent utiliser cette marge de manœuvre retrouvée au sujet des systèmes FNI.

Les experts stratégiques formulent des hypothèses. D’une part, la décision prise par Donald Trump pourrait permettre aux Etats-Unis de se doter de plus d’options face à la montée de la menace chinoise. Entre 80 et 90 % du parc des missiles chinois est de type FNI, alors que les forces américaines, dont certaines se trouvent dans la région de la mer de Chine, n’en sont pas dotées. Si un déploiement de missiles sol-sol américains dans la région n’est pas encore envisagé, la Chine ne peut pas ignorer que cela pourrait bien se produire un jour. D’autre part, la menace chinoise et les violations russes du traité FNI pourraient être des raisons d’importance secondaire pour sortir du traité. Philippe Gros de la Fondation pour la Recherche Stratégique (Paris) affirme que cette décision pourrait s’inscrire dans le plan de modernisation de l’Armée américaine. Enfin, nous l’avons dit dès l’introduction, les experts soulignent aussi que la décision américaine pourrait avoir essentiellement des contours idéologiques : l’administration Trump, sous l’impulsion du conseiller à la sécurité nationale John Bolton (2018-2019) refuse de se soumettre aux lois des traités internationaux quand ceux-ci fixent une infériorité américaine, comme c’était le cas pour le FNI en 2019 [16].

C. Des relations difficiles entre les Etats-Unis et leurs alliés

Pendant la crise des euromissiles, les pays européens de l’OTAN insistèrent pour que les Etats-Unis s’intéressent à la question de la prolifération des systèmes de portée intermédiaire. En 2019, d’après les sources ouvertes dont nous disposons, Donald Trump et son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, seraient les seuls responsables de la décision américaine de mettre un terme au traité.

Les alliés européens des Américains sont loin d’approuver la décision de Washington. Quand Donald Trump annonce son intention de retirer les Etats-Unis du traité sur les FNI le 20 octobre 2018, les Européens cachent leur surprise et s’en tiennent à des réactions prudentes pour éviter une confrontation avec l’allié. Les violations russes sont certes reconnues mais l’accent est mis sur la nécessité de renforcer le traité au lieu de l’abandonner [17]. Ces espoirs s’évanouissent définitivement le 2 août 2019.

Les alliés des Etats-Unis semblent donc avoir subi la décision américaine et attendent de savoir ce que Washington voudra faire de cette marge de manœuvre retrouvée vis-à-vis des FNI. Tous redoutent une éventuelle décision américaine consistant à déployer des missiles de portée intermédiaire, fût-ce en nombre limité. Le Japon s’en inquiète. Au vu de sa proximité avec la Chine, le gouvernement japonais pourrait être sollicité pour héberger un certain nombre de missiles américains si les Etats-Unis décidaient d’en déployer. Même si l’alliance avec Washington demeure pour le Japon une garantie de sécurité face à un contexte stratégique de plus en plus instable, le gouvernement ferait fort probablement face à une opinion publique hostile à l’installation d’armes américaines. D’ailleurs, si une telle perspective devait se produire en Europe, la réaction des opinions publiques ne serait pas différente.

Lors de la crise des euromissiles, les consultations entre les Etats-Unis et l’Europe avaient permis à l’OTAN de mettre en œuvre la double décision de 1979 dans ses deux volets, la négociation et le déploiement ; de cette consultation naît l’accord européen à l’élimination des armes FNI, malgré les désaccords qui persistent sur la manière de se parer contre les autres menaces nucléaires (armes de 0-500 km de portée) et conventionnelles qui pèsent sur le continent. En 2019, l’administration Trump semble peu intéressée par le bénéfice que les consultations avec les alliés pourraient apporter à la mise en œuvre de la stratégie américaine face aux nouvelles puissances émergentes [18]. La fin du traité FNI a suscité des réactions contrariées, mais tout de même gérées dans les cercles atlantiques. Pour faire un parallèle, il n’y a pas eu un Helmut Schmidt remettant publiquement en cause la stratégie américaine mettant fin au traité FNI. Une décision de Washington qui irait dans le sens d’un déploiement de nouvelles armes, sans en avoir informé au préalable les pays intéressés, pourrait en revanche être la cause d’une crise profonde entre les Etats-Unis et leurs alliés, dont les traces resteraient pour longtemps. Pour l’instant, l’option n’est pas sur la table, mais la communauté des experts stratégiques n’exclut pas cette possibilité.

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Si nous revenons à la question initiale à propos de la légitimité de la décision de Donald Trump d’amener les Etats-Unis à quitter le traité sur les FNI de 1987, nous pouvons affirmer que la signature du traité FNI et la décision américaine d’y mettre fin ont une même cause : la présence d’un changement stratégique susceptible d’affecter les intérêts américains sur les moyen et long termes. Néanmoins, ces deux actions ont une portée très différente. Le traité de 1987 laisse envisager le début d’une nouvelle ère dans les relations entre les deux grands ennemis de la Guerre froide. En revanche, la décision américaine de 2018 de sortir du traité FNI ouvre une période de grande incertitude. Les relations russo-américaines sont à nouveau très difficiles. Le régime de la maîtrise des armements s’affaiblit, pas tant à cause de la fin du traité FNI per se que de l’attitude insouciante de l’un des principaux garants de ce régime, les Etats-Unis. Enfin, les relations entre les Etats-Unis et leurs alliés se tendent du fait du peu d’empathie américaine envers les intérêts de sécurité de ses partenaires.
La signature du traité sur les FNI n’aurait pas été possible en 1987 sans la volonté politique des leaders américain et soviétique de parvenir à cet accord. De même, l’Alliance atlantique ne serait pas arrivée au bout de cette épreuve sans la concertation entre les Etats-Unis et les Européens de l’Ouest sur la réaction à adopter face à la menace des SS-20, puis sur la nécessité de déployer des missiles malgré l’opposition des opinions publiques européennes et enfin sur l’inévitable acceptation des offres de Gorbatchev en 1987.

La fin du traité sur les FNI amène les responsables politiques et la communauté stratégique à s’interroger sur l’avenir du régime de la maîtrise des armements dans sa globalité. Les traités conclus pendant la Guerre froide peuvent nécessiter une mise à jour au vu des changements intervenus depuis la fin des années 1980 (nouveaux acteurs, nouvelles menaces, nouvelles technologies). Pourtant, les grandes questions qui étaient valables pendant la Guerre froide le restent en 2020 : y-a-t-il une volonté politique de continuer le dialogue sur la maîtrise des armements ? Comment peut-on impliquer les nouveaux acteurs stratégiques ? Y-a-t-il des sujets d’intérêt commun, si controversés soient-ils, qui puissent jeter les bases d’un nouveau dialogue sur la maîtrise des armements ? À partir du moment où les grandes et moyennes puissances impliquées dans ce renouveau de la confrontation stratégique auront consenti à répondre à ces questions, le processus de la maîtrise des armements pourra reprendre son cours.

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La place du Moyen-Orient dans le grand partenariat eurasien de la Russie

La place du Moyen-Orient dans le grand partenariat eurasien de la Russie


Par Andrew Korybko − Le 11 Février 2020 − Source One World

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Le Grand Partenariat eurasiatique de la Russie envisage le rassemblement pacifique du supercontinent dans l’intérêt commun de la paix, de la stabilité et du développement, grâce à la stratégie d’« équilibre » de Moscou ces dernières années, pratiquée pour la première fois dans la région du Moyen-Orient, l’une des régions les plus importantes du monde pour le succès de cette construction hémisphérique.

The Mideast

Le grand Partenariat eurasiatique

La politique étrangère russe et, plus largement, la grande stratégie fait l’objet de vives discussions entre les experts du monde entier, mais tous les observateurs feraient bien d’accepter quelques faits objectifs sur la vision directrice de la Russie lorsqu’ils écrivent des analyses sur ce sujet. La grande puissance eurasienne poursuit officiellement ce qu’elle appelle son Grand Partenariat eurasiatique, que le président Poutine a décrit lors de son discours d’ouverture du deuxième Forum des Nouvelles Routes de la Soie pour la coopération internationale à Pékin en avril dernier comme « un projet conçu pour intégrer les cadres d’intégration, et donc pour promouvoir un alignement plus étroit des divers processus d’intégration bilatéraux et multilatéraux qui sont actuellement en cours en Eurasie ». Dans la pratique, il est prévu que la Russie profite de sa position centrale en Eurasie pour relier le reste du territoire continental par des solutions créatives qui tirent parti de sa diplomatie classique et militaire.

La stratégie syro-centrée de la Russie

Pour expliquer cela, la Russie met actuellement en œuvre une loi d’« équilibrage » en Eurasie par laquelle elle cherche à établir des relations tout aussi excellentes avec divers duos d’États rivaux, en particulier ceux qui sont ses partenaires non-traditionnels, afin que la paix, la stabilité et le développement puissent venir définir l’avenir du territoire continental. Dans le contexte du Moyen-Orient, cela concerne le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) et l’Iran, le CCG et la Turquie, la Turquie et la Syrie, la Turquie et « Israël »« Israël » et la Syrie, et « Israël » et l’Iran. Cet objectif ambitieux est rendu possible par les nombreuses opportunités stratégiques qui se sont ouvertes dans la région après l’intervention militaire de la Russie en Syrie en 2015. Au lieu d’adopter une approche partisane du conflit comme beaucoup s’y attendaient, les forces aérospatiales russes ont concentré leurs attaques sur les combattants armés anti-gouvernementaux que Moscou et Damas considéraient comme des terroristes, la Russie évitant généralement les attaques contre des groupes qui, selon elle, ne méritaient pas cette désignation, bien que la Syrie ait parfois une opinion différente à leur sujet.

Cette approche « équilibrée » a servi les intérêts de la Russie en matière de sécurité tout en lui permettant de gagner en crédibilité auprès de l’opposition anti-gouvernementale non terroriste, après quoi Moscou a mis à profit son leadership diplomatique sur le conflit pour tenter de rapprocher les deux parties en vue d’un éventuel compromis politique dans lequel elle a commencé à s’investir après le lancement du processus de paix d’Astana en janvier 2017. La participation de la Turquie dans ce cadre, aux côtés de l’Iran, est d’une importance cruciale, même si Moscou et Ankara soutiennent des parties différentes, ce qui est la preuve de l’intention « d’équilibre » de la Russie. Bien que les réunions d’Astana n’aient pas eu une grande signification politique tangible, elles ont néanmoins réussi à réduire considérablement le conflit armé dans le pays grâce à la création de zones dites de désescalade, dont la plus importante se trouve à Idlib. En outre, la Russie a également refusé d’affronter directement les forces américaines dans le nord-est de la Syrie, ce qui a prouvé ses intentions modérées.

La loi d’« équilibrage »

Les actions « équilibrées » de la Russie en Syrie ont montré au reste de la région qu’elle est sérieuse dans sa volonté d’être aussi neutre que possible même en étant la puissance régionale dominante, un rôle très important compte tenu de l’incertitude provoquée ces dernières années par la politique généralement imprévisible des États-Unis. La bonne volonté dont la Russie a fait preuve tout au long de ses interventions militaires et diplomatiques en Syrie est la principale raison pour laquelle elle est aujourd’hui en mesure de s’enorgueillir de relations tout aussi excellentes avec les deux rivaux régionaux susmentionnés. La preuve de cette politique en pratique réside dans les nombreuses interactions du président Poutine avec ses homologues turcs, iraniens et « israéliens », ainsi que dans ses visites officielles en Arabie Saoudite et aux EAU en octobre dernier, qui ont eu lieu deux ans après que le roi saoudien Salman ait marqué l’histoire en étant le premier monarque de son pays à se rendre à Moscou. Rien de tout cela n’aurait été possible si la Russie n’avait pas gagné sa réputation de médiateur honnête.

C’est d’autant plus étonnant s’agissant d’une réussite diplomatique alors que la Russie continue de vendre des armes à certains de ces mêmes duos d’États rivaux. Auparavant, la Russie ne vendait ses marchandises qu’à la Syrie et plus tard à l’Iran, mais elle s’est récemment mise à conclure des accords avec la Turquie, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis également. Du point de vue de la stratégie globale russe, la vente d’armes aux deux parties d’une rivalité régionale n’a pas pour but de soutenir l’une contre l’autre, mais plutôt de maintenir l’équilibre des forces entre elles afin de faciliter les solutions politiques à leurs problèmes. Cela permet également à la Russie de faire des percées importantes avec ses nouveaux partenaires non traditionnels comme le CCG et la Turquie en montrant qu’elle ne laissera pas ses partenariats hérités avec l’Iran et de la Syrie entraver l’amélioration de leurs liens militaires bilatéraux. Une fois de plus, on ne saurait trop insister sur le fait que ce résultat global est le fruit de l’approche « équilibrée » de la Russie après son intervention militaire et diplomatique en Syrie.

Les catalyseurs de l’intégration économique

Dans le contexte gagnant de la diplomatie classique et militaire de la Russie au Moyen-Orient, il est tout à fait naturel qu’elle cherche à institutionnaliser ces relations dans un cadre économique avant de les intégrer globalement dans une vision commune. C’est là que réside l’importance des accords de libre-échange que la Russie veut conclure avec tous ses partenaires concernés sous l’égide de l’Union économique eurasienne. Elle a déjà conclu un accord intérimaire de cette nature avec l’Iran et en négocie actuellement un avec « Israël« , ce qui montre que ces deux ennemis ont au moins un intérêt commun à étendre leurs liens commerciaux avec la Russie. À l’avenir, il ne serait pas imprévisible de s’attendre à ce que la Russie ouvre des négociations similaires avec le CCG, la Syrie et la Turquie, dans le but d’élargir son influence régionale nouvellement acquise d’une manière mutuellement – et potentiellement même multilatéralement – bénéfique.

Le jeu final

Le Grand Partenariat eurasiatique est le cadre dans lequel ces initiatives à multiples facettes sont organisées, mais c’est bien plus qu’une simple vision du libre-échange à l’échelle du supercontinent dans le futur. C’est une composante intégrale de ce que la Russie poursuit, mais certainement pas la seule, car elle a également des projets militaires et politiques qui faciliteraient grandement cette éventualité si jamais ils entraient en pratique. En ce qui concerne le premier, la Russie a proposé l’année dernière un arrangement de sécurité global pour le Golfe, qui, s’il n’a été accueilli que tièdement, a néanmoins constitué un pas dans la direction de ce que Moscou souhaite réaliser, à savoir stabiliser cet espace stratégique afin d’encourager ses membres à se concentrer sur la résolution politique de leurs problèmes. En ce qui concerne ceux et celles de la région, comme l’antagonisme syro-turc, la Russie a offert ses services diplomatiques pour servir de médiateur entre toutes les parties concernées si jamais elles en font la demande.

La finalité est l’établissement de sa vision économique pour la Grande Eurasie, mais les chances que cela se produise sont grandement améliorées grâce au succès de ses efforts militaires et politiques, puisque ces deux derniers permettraient de maintenir le système de libre-échange qui, selon la Russie, créerait un système complexe d’interdépendance entre toutes les parties prenantes. Moscou admet que les désaccords entre certains pays persisteront probablement, mais elle croit que les intérêts communs de chaque partie en matière de paix, de stabilité et de développement font de son Grand Partenariat eurasiatique un objectif réaliste que chacun peut poursuivre. Après tout, le dénominateur politique commun entre tous ces pays est l’excellence de leurs relations avec la Russie, le seul pays, à l’exception peut-être de la Chine, qui peut se vanter d’entretenir des liens aussi privilégiés avec chaque partie. Toutefois, contrairement à la République Populaire de Chine, la Russie ne poursuit pas seulement des objectifs économiques, comme l’explique l’analyse de son Grand Partenariat eurasiatique présentée dans cet article.

Réflexions finales

Dans l’état actuel des choses, la Russie a raisonnablement suffisamment de chances de réaliser sa vision stratégique pour la région du Moyen-Orient. Il reste des obstacles impressionnants à surmonter, mais ils ne sont pas insurmontables. La Russie a déjà réussi à devenir un acteur indispensable dans les affaires régionales grâce à sa domination militaire et diplomatique sur le conflit syrien, qui a permis au pays d’expérimenter sa stratégie d’« équilibrage » qui a finalement donné des résultats très concrets dans les domaines politique, économique, militaire et stratégique jusqu’à présent. Il reste encore beaucoup de travail à faire et on ne sait pas très bien de quel calendrier on peut parler lorsqu’on discute de la mise en œuvre complète du Grand Partenariat eurasiatique, mais le fait est que le Moyen-Orient est l’une des régions les plus importantes du monde pour cette construction hémisphérique, et on peut donc prévoir que la Russie continuera à investir ses efforts dans la poursuite de ce grand objectif stratégique au cours des prochaines années.

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par Michel, relu par Kira pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/la-place-du-moyen-orient-dans-le-grand-partenariat-eurasien-de-la-russie

RT France annonce le lancement de La source, nouvelle émission de géopolitique, avec Alain Juillet.

24 Février 2020

Publié par François 24/02/2020 10H50

RT France annonce le lancement de La source, nouvelle émission de géopolitique, avec Alain Juillet.

RT France annonce le lancement de La source, nouvelle émission de géopolitique, avec Alain Juillet.

Sur RT France, Alain Juillet, ancien haut responsable à l’intelligence économique et dirigeant d’entreprises, présentera deux fois par mois, à compter de mars 2020, La Source, une émission de 13 minutes d’analyse sur des sujets stratégiques pour la France.

« Alain Juillet a un parcours exceptionnel et une expertise reconnue. Je suis très heureuse de compter une personnalité de cette envergure parmi nous. Je suis sûre qu’il apportera à nos audiences un éclairage plus approfondi des processus géopolitiques à l’œuvre dans le monde », déclare Xenia Fedorova, Présidente et directrice de l’information de RT France.

RT France lance une émission sur la géopolitique dans laquelle seront traités des sujets tels que la diplomatie, les conflits, le terrorisme, la sécurité, l’intelligence économique, … Alain Juillet, fort de sa longue expérience au plus haut niveau dans le monde de l’entreprise et du renseignement, aborde les sujets les plus complexes avec un objectif : clarifier pour permettre à chacun de voir plus loin et se forger sa propre opinion.PUBLICITÉ

« Hors de toute considération idéologique, la pratique de la géopolitique doit permettre aux citoyens de mieux comprendre la réalité objective », explique Alain Juillet.

La chaîne est disponible sur la Freebox (Canal 359), Fransat (Canal 55), sur les satellites SES 4, Astra 19.2 et Eutelsat 5WestA et sur la plateforme OTT Molotov. Elle est également présente en ligne à l’adresse rtfrance.tv.

http://www.leblogtvnews.com/2020/02/rt-france-annonce-le-lancement-de-la-source-nouvelle-emission-de-geopolitique-avec-alain-juillet.html