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Les détroits, un enjeu géopolitique

Les détroits, un enjeu géopolitique

Avec l’essor de la mondialisation et du commerce maritime international, les détroits situés sur les principales routes maritimes sont devenus des points stratégiques essentiels au point de susciter de vives tensions entre certains pays. Retour en carte sur l’importance des détroits dans les relations internationales.

Carte : enjeux et tensions du commerce maritime mondial

Un détroit est un bras de mer resserré entre deux côtes et permettant la mise en relation de deux espaces maritimes. Certains ont été créés artificiellement par l’homme afin de raccourcir considérablement les distances pour les navires marchands : c’est le cas notamment des canaux de Suez et de Panama. Il s’agit d’un couloir de circulation maritime où le libre passage est garanti par le droit international lorsqu’il relie deux espaces de haute mer. En effet, même si le détroit est situé sur les eaux territoriales d’un État, il est contraint de respecter les principes édictés lors de la Convention de Montego Bay (1982) comme la libre-circulation des navires ou obligation d’assurer la sécurité de ces derniers. Du fait de l’étroitesse de ces lieux, en général plusieurs États en partagent la souveraineté territoriale comme au détroit de Malacca, situé entre l’Indonésie, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande.

Avec l’accroissement considérable des échanges commerciaux liés à la mondialisation, le transport maritime a acquis au cours des dernières décennies une expansion impressionante pour représenter aujourd’hui 75% du commerce total en terme de poids transporté. Le trafic maritime a explosé, en particulier dans certains détroits comme celui du Bosphore – principale voie d’exportation des ressources énergétiques russes – où plusieurs accidents ont été recensés ces dernières années. Plus de 20.000 navires transitent par le canal de Suez, ce qui a obligé le gouvernement égyptien à effectuer un élargissement dudit canal. Les navires toujours plus gigantesques ont également poussé à un élargissement significatif du canal de Panama, faisant entrer le commerce maritime dans une ère post-Panamax, ces navires dont la dimension maximale avait été adaptée à la largeur du canal. Contrôler une route maritime s’avère essentiel pour l’affirmation de certains pays, et des projets pharaoniques qui se multiplient pour en ouvrir de nouvelles : la Thaïlande a élaboré des études pour percer une voie à travers l’isthme de Kra pour contourner le détroit de Malacca et plusieurs projets sont sur la tables au Nicaragua créer un canal susceptible de concurrencer le canal de Panama.

Des passages stratégiques, sources de tensions internationales

Certains détroits constituent ainsi des passages obligés pour les navires marchands et peuvent devenir sources de tensions de par leur importance stratégique pour le commerce international. Par exemple, une grande partie du pétrole produit par les pays du Golfe transite par le détroit d’Ormuz, soit environ 30% de la production mondiale. Or, un différend oppose l’Iran – qui contrôle le détroit – aux Émirats Arabes Unis au sujet d’îles situés dans la région. En 2011, après le renforcement des sanctions contre l’Iran au sujet de son programme nucléaire, ce pays a annoncé son intention de fermer le détroit si des mesures étaient prises à l’encontre de ses exportations pétrolières. Ce à quoi les puissances occidentales (les États-Unis en particulier, qui possèdent des bases militaires dans le Golfe Persique) ont répondu par l’envoi de navires. Depuis, l’Iran mène régulièrement des exercices militaires dans la zone. Autre exemple, celui des litiges entre les pays bordant la mer de Chine Méridionale à propos des archipels Paracels et Spratleys. Les zones économiques exclusives de plusieurs pays (Chine, Malaisie, Brunei, Philippines, Vietnam entres autres) s’y chevauchent, et des craintes pèsent quant-à un possible blocage de cette route permettant le passage au détroit de Malacca reliant toute l’Asie de l’Est au Moyen-Orient et à l’Europe. Toutefois, ce phénomène est loin d’être nouveau dans la mesure où dans l’histoire le contrôle de passages-clés du commerce a toujours attisé les convoitises, comme l’ont illustré la dispute russo-ottomane pour le les détroits du Bosphore et des Dardanelles à la fin du XIXe siècle ou l’intervention franco-britannique à Suez en 1956. Enfin, les troubles internes aux pays bordant les détroits peuvent avoir un impact significatif sur le transit des navires comme au Golfe d’Aden (au bord du détroit de Bab-el-Mandeb) où les actes de pirateries se sont multipliés.

Ces exemples illustrent donc l’importance des détroits dans les relations internationales, que ce soit concernant le commerce, le déploiement de forces navales, ainsi que pour la gestion de la sécurité territoriale et des migrations. Leur contrôle pourrait s’avérer être l’un des facteurs géopolitiques majeurs du XXIe siècle du fait de la nouvelle puissance économique politique et militaire acquise par des pays comme la Chine ou la Turquie. 

http://les-yeux-du-monde.fr/actualite/mondialisation-enjeux/27999-les-detroits-enjeux-geopolitiques-du-xxie-siecle

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Les détroits, un enjeu géopolitique

Les détroits, un enjeu géopolitique

Avec l’essor de la mondialisation et du commerce maritime international, les détroits situés sur les principales routes maritimes sont devenus des points stratégiques essentiels au point de susciter de vives tensions entre certains pays. Retour en carte sur l’importance des détroits dans les relations internationales.

Carte : enjeux et tensions du commerce maritime mondial

Un détroit est un bras de mer resserré entre deux côtes et permettant la mise en relation de deux espaces maritimes. Certains ont été créés artificiellement par l’homme afin de raccourcir considérablement les distances pour les navires marchands : c’est le cas notamment des canaux de Suez et de Panama. Il s’agit d’un couloir de circulation maritime où le libre passage est garanti par le droit international lorsqu’il relie deux espaces de haute mer. En effet, même si le détroit est situé sur les eaux territoriales d’un État, il est contraint de respecter les principes édictés lors de la Convention de Montego Bay (1982) comme la libre-circulation des navires ou obligation d’assurer la sécurité de ces derniers. Du fait de l’étroitesse de ces lieux, en général plusieurs États en partagent la souveraineté territoriale comme au détroit de Malacca, situé entre l’Indonésie, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande.

Avec l’accroissement considérable des échanges commerciaux liés à la mondialisation, le transport maritime a acquis au cours des dernières décennies une expansion impressionante pour représenter aujourd’hui 75% du commerce total en terme de poids transporté. Le trafic maritime a explosé, en particulier dans certains détroits comme celui du Bosphore – principale voie d’exportation des ressources énergétiques russes – où plusieurs accidents ont été recensés ces dernières années. Plus de 20.000 navires transitent par le canal de Suez, ce qui a obligé le gouvernement égyptien à effectuer un élargissement dudit canal. Les navires toujours plus gigantesques ont également poussé à un élargissement significatif du canal de Panama, faisant entrer le commerce maritime dans une ère post-Panamax, ces navires dont la dimension maximale avait été adaptée à la largeur du canal. Contrôler une route maritime s’avère essentiel pour l’affirmation de certains pays, et des projets pharaoniques qui se multiplient pour en ouvrir de nouvelles : la Thaïlande a élaboré des études pour percer une voie à travers l’isthme de Kra pour contourner le détroit de Malacca et plusieurs projets sont sur la tables au Nicaragua créer un canal susceptible de concurrencer le canal de Panama.

Des passages stratégiques, sources de tensions internationales

Certains détroits constituent ainsi des passages obligés pour les navires marchands et peuvent devenir sources de tensions de par leur importance stratégique pour le commerce international. Par exemple, une grande partie du pétrole produit par les pays du Golfe transite par le détroit d’Ormuz, soit environ 30% de la production mondiale. Or, un différend oppose l’Iran – qui contrôle le détroit – aux Émirats Arabes Unis au sujet d’îles situés dans la région. En 2011, après le renforcement des sanctions contre l’Iran au sujet de son programme nucléaire, ce pays a annoncé son intention de fermer le détroit si des mesures étaient prises à l’encontre de ses exportations pétrolières. Ce à quoi les puissances occidentales (les États-Unis en particulier, qui possèdent des bases militaires dans le Golfe Persique) ont répondu par l’envoi de navires. Depuis, l’Iran mène régulièrement des exercices militaires dans la zone. Autre exemple, celui des litiges entre les pays bordant la mer de Chine Méridionale à propos des archipels Paracels et Spratleys. Les zones économiques exclusives de plusieurs pays (Chine, Malaisie, Brunei, Philippines, Vietnam entres autres) s’y chevauchent, et des craintes pèsent quant-à un possible blocage de cette route permettant le passage au détroit de Malacca reliant toute l’Asie de l’Est au Moyen-Orient et à l’Europe. Toutefois, ce phénomène est loin d’être nouveau dans la mesure où dans l’histoire le contrôle de passages-clés du commerce a toujours attisé les convoitises, comme l’ont illustré la dispute russo-ottomane pour le les détroits du Bosphore et des Dardanelles à la fin du XIXe siècle ou l’intervention franco-britannique à Suez en 1956. Enfin, les troubles internes aux pays bordant les détroits peuvent avoir un impact significatif sur le transit des navires comme au Golfe d’Aden (au bord du détroit de Bab-el-Mandeb) où les actes de pirateries se sont multipliés.

Ces exemples illustrent donc l’importance des détroits dans les relations internationales, que ce soit concernant le commerce, le déploiement de forces navales, ainsi que pour la gestion de la sécurité territoriale et des migrations. Leur contrôle pourrait s’avérer être l’un des facteurs géopolitiques majeurs du XXIe siècle du fait de la nouvelle puissance économique politique et militaire acquise par des pays comme la Chine ou la Turquie. 

Vidéo. A. Taithe : Quelle géopolitique de l’Arctique ?

Vidéo. A. Taithe : Quelle géopolitique de l’Arctique ?

Par Alexandre TAITHE, Fabien HERBERT, Pierre VERLUISE, le 17 novembre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Alexandre Taithe, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS). Propos recueillis par Pierre Verluise, docteur en géopolitique, fondateur du Diploweb.com. Images, son et montage : Fabien Herbert. Résumé : Estelle Ménard, Diploweb.com.

Chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) Alexandre Taithe présente très clairement la géopolitique de l’Arctique, un enjeu majeur de la planète dans le contexte du changement climatique. Il répond aux questions de Pierre Verluise, docteur en géopolitique, fondateur du Diploweb.com.

QUESTIONS :

. Quelles sont les idées fausses à propos de l’Arctique ?

. Quelles sont les notions incontournables à connaître sur l’Arctique ?

. Quels sont les enjeux autours de l’Arctique ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Résumé par Estelle Ménard pour Diploweb.com

L’Arctique est une aire dont le réchauffement dépasse la moyenne mondiale. Elle traverse ainsi des changements brutaux. Les conséquences sont visibles, notamment par leur impact sur la banquise, en perte de surface et d’épaisseur, faisant craindre sa disparition saisonnière dans les dix prochaines années. Alexandre Taithe, chargé de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique, nous explique ce qu’il faut retenir de la situation géopolitique de l’Arctique à l’heure actuelle.

Il existe trois idées répandues, bien que fausses, sur la région. A. Taithe conteste l’idée selon laquelle l’Arctique serait un el dorado d’hydrocarbures et de terres rares. Certes, une exploitation des sols existe déjà et une étude américaine de 2008 voudrait qu’un tiers des ressources en hydrocarbures se trouve dans l’Arctique. Or, plusieurs forages se sont avérés peu probants, sans compter les difficultés que le climat pose pour l’exploitation des ressources. Ensuite, si l’Arctique est une aire militarisée, elle l’est par défaut, car les militaires sont les seuls à avoir des forces et des équipements suffisamment adaptés pour protéger la région, étant donné les rudes conditions climatiques. La situation militaire pourrait néanmoins évoluer en raison du regain d’intérêt stratégique pour la région, notamment de la part de la Russie. Finalement, certains croient, à tort, que l’on peut trouver un statut de protection de l’Arctique analogue au traité de l’Antarctique, signé durant la Guerre froide, un symbole d’entente pacifique et de promotion de la science. Ce serait toutefois de confondre un pôle sud continent non approprié, entouré par tous les océans, avec un pôle nord bordé de terres et de mers appropriées par des États disposant de droits souverains. S’il existe certaines revendications, elles sont exemptes de graves différends territoriaux, les potentielles ressources d’hydrocarbures étant situées dans des zones économiques exclusives.

Pour mieux comprendre et définir l’espace arctique, A. Taithe identifie les acteurs qui le régulent. Il y a un premier cercle composé des riverains (États-Unis, Canada, Danemark, Norvège et Russie) qu’on appelle « l’Arctic 5 ». Il devient « l’Arctic 8 » si l’on ajoute les pays de l’aire arctique (Suède, Finlande, Islande). Enfin, il y a tous les pays dont l’intérêt pour l’Arctique dépasse les intérêts nationaux. C’est le cas de la France, dont les scientifiques considèrent que les changements de l’Arctique ont un impact sur le climat des deux hémisphères. Aujourd’hui, on s’inquiète d’une appropriation politique de la région par le conseil de l’Arctique, un acteur informel composé de « l’Arctic 8 » et d’observateurs sans droit de parole. En découle le risque d’une appropriation juridique à travers un droit mou qui s’impose à certains États par des pratiques actuelles, devenant modèles de référence, comme la régulation de la pêche par « l’Arctic 5 ». En contrepartie, des débats existent, comme au sujet du statut des passages maritimes. Si le Canada et la Russie revendiquent un statut archipélagique (accord préalable pour le passage des bateaux), les États-Unis, la France et la Chine veulent un libre passage, tel que garanti par la convention de Montego Bay. Enfin, il y a le risque d’appropriation économique. Par exemple, les Russes font actuellement payer un droit d’accompagnement par brise-glace, peu importe la saison, plus cher encore que les péages des canaux de Panama et de Suez.

Le grand enjeu aujourd’hui est celui de la connaissance scientifique. La climatologie, mais aussi les sciences sociales (posant la question qu’est-ce que l’autochtonie ?) sont des connaissances essentielles pour la gouvernance et la diplomatie. La France doit pouvoir coordonner ses moyens de recherche, exercer sa liberté de navigation, et bien sûr avoir les moyens de circuler, communiquer et observer, pour s’affranchir d’une dépendance des autres États comme la Russie, très secrète sur ses données océanographiques. A. Taithe relève de nombreuses lacunes dans la cartographie de l’archipel arctique canadien, et si les fonds marins russes sont cartographiés, ils bougent et nécessitent un suivi constant, nécessaire à la pratique de routes qui seront de plus en plus utilisées ainsi qu’à l’anticipation des changements des usages du territoire. Par ailleurs, il faut penser l’Arctique dans sa relation avec le reste du monde et non comme une entité séparée. L’Union européenne pourrait s’imposer en toute légitimité dans le dialogue des pays arctiques à travers sa politique nordique. La France gagnerait quant à elle à renforcer la coopération entre ses scientifiques, son secteur public et ses entreprises aéronautiques, pétrolières, touristiques pour avoir une vision cohérente de l’espace arctique et garantir son libre-accès.

Copyright pour le résumé Novembre 2017-Ménard/Diploweb.com

https://www.diploweb.com/Video-A-Taithe-Quelle-geopolitique-de-l-Arctique.html

« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 2/2

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« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 2/2


Publié par Grégoire Athanase le 17 Novembre 2017


Pour une fois, même s’il en a ramené une salvatrice pluie de pétrodollars, ça n’est pas la virée de Donald J. Trump dans le Golfe Persique qui aura le plus marqué les esprits. En fait, les deux stars géopolitiques de la semaine passée sont : 1- le ministre séoudien de la Défense (& désormais successeur du roi Salmān) Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd ; 2- le président français, Emmanuel Macron. Le premier imposant sa marque au royaume & le second, tentant de poser les fondement d’une diplomatie – qu’on espère, enfin, indépendante – vis-à-vis de l’Orient compliqué. 2ème Partie.



"Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe." Entretien avec Jacques Borde 2/2

| Q. Comment qualifieriez-vous le rôle joué par Riyad ?

Jacques Borde. En l’espèce, il ne s’agit pas tellement de Riyad, mais de celui qui s’y comporte comme un hêgêmon avec foi (le wahhabisme) mais guère de loi : Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd. Je ne sais si l’Iran voisin avec qui MBS a fort peu d’atomes crochus, est bien l’État voyou dont nous parle certains, mais MBS, lui, ressemble de plus en plus à un chef d’État voyou.

Saad Hariri doit pouvoir être libre de ses mouvements, non pas pour ce qu’il est, mais pour le poste qui est toujours le sien celui de Premier ministre libanais. À ce stade les admonestations qu’Hariri a adressé à Téhéran doivent être traités avec beaucoup de circonspection.

| Q. Quid, alors, du rappel d’Hariri à Riyad qui serait à l’origine de l’affaire ?

Jacques Borde. C’est la thèse en vue. Là, si elle est vraie, Saad Hariri mérite notre mépris pour son comportement de dhimmî vis-à-vis des ses voisins wahhabî. Mais pas d’être ainsi soumis au bon vouloir des Néo-barbaresques wahhabî qui n’ont aucun droit de le retenir. Le temps des rezzous n’est plus. Même si en cette matière, les Séoud ont délaissé le sabre pour la bombe à guidage laser pour massacrer des civils innocents comme ils le font au Yémen.

| Q. En ce cas Macron à Riyad : pourquoi et pour quel résultats?

Jacques Borde. Ne confondons pas les choses. La nature fantasque, pour ne pas dire despotique du nouveau maître de Riyad, ne fait pas de ce pays un endroit à éviter. Tout au contraire. Le royaume reste le primus inter pares du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCEAG) et doit être traité comme tel.

Ça n’est pas d’être allé à Munich qui sera toujours reproché à Daladier et Chamberlain, mais de s’y être couchés devant Hitler…

D’ailleurs, avant de se projeter diplomatiquement à Riyad, le chef de l’État :

1- n’a pas manqué de rappeler quels points, géostratégiquement parlant, nous séparaient de Ryad.
2- qu’il comptait bien se rendre à Téhéran prochainement. Si, bien sûr, d’ici là, les Iraniens maintiennent leur invitation…

En l’espèce, même s’il eut été appréciable que Macron effectuât son vol retour accompagné de l‘otage (sic) Hariri, ses échanges sur place ne furent marqués par aucune reculade. On a, désolé, de le dire, connu ses prédécesseurs moins heureux en pareil cas.

Après Trump et Poutine, il fallait bien qu’Emmanuel Macron, prît contact avec Mohamed Ibn-Salmān Āl-Séʻūd.

| Q. Oui, mais MBS n’est que prince héritier ?

Jacques Borde. Ne chipotons pas. C’est bien MBS qui est le boss et non le roi d’Arabie Séoudite, Salmān Ibn-ʻAbd al-ʻAzīz Āl-Séʻūd.

| Q. Ne cautionnons-nous pas une révolution de palais ?

Jacques Borde. Non. Parce que ça n’est pas du tout ce à quoi nous assistons. La dévolution du pouvoir (ou le passage de relais si vous préférez) est bien réelle entre les deux hommes. Salmān Ibn-ʻAbd al-ʻAzīz Āl-Séʻūd passe bien la main, et en toute connaissance de cause, à son protégé de toujours Mohamed Ibn-Salmān Āl-Séʻūd.

Bon, le coup de purge de MBS est tout aussi réel. Mais c’est un coup de balai. Mais pas un golpe. MBS a pris simplement son monde par surprise. Une sorte de 18 Brumaire des sables. Techniquement, c’est plutôt bien joué.

| Q. Et, au fait, qu’ont retenu les Séoudiens des conseils éclairés (sic) de la France ?

Jacques Borde. Pour le moment, peu de choses effectivement.

Loin d’arrêter ses bombardement sur le Yémen, rien que dans la nuit du 10 au 11 novembre 2017, l’Al-Qūwāt al-ğawwiyyah al-Malakiyyah as-Suʿūdiyyah (RSAF)1 a mené deux séries de frappes.

Si Paul prit un jour le chemin de Damas, Emmanuel celui de Riyad, de son côté MBS n’a, de toute évidence, pas pris celui de Paris…

| Q. Mais, pour revenir aux tous débuts de notre discussions, le monde arabe existe bel et bien, vous exagérez…

Jacques Borde. Géographiquement, oui. Mais, pour le reste.

En fait, si nous comparons avec l’Europe qui a, espérons définitivement, enterré la hache de guerre (entre ses membres évidemment) ; le monde arabe a strictement fait le chemin inverse. Moins d’unité, moins d’entente et des guerres en série. Guerre soit chaudes, tièdes, asysmétrique et/ou d’usure :

1- guerre religieuses, ou sectaro-religieuses, si vous préférez. C’est en partie le cas au Yémen où les factions takfirî à la solde de Riyad ont cherché (et obtenu) la rupture avec les Houthis, compagnons de route du chî’îsme.
2-
guerres de libération au motif des prétendus printemps arabes. En fait, plus des des périodes de glaciation nazislamiste. Mais en l’absence de pouvoir colonial, des guerres tournées contre son propre magistère par des régnicoles instrumentalisés : Guerre de Libye (réussie), Guerre du Sinaï (ratée)
3-
guerres de conquête. Celle du double califat de Mossoul et de Raqqa.
4-
guerres de suprématie régionale. Heureusement, pour l’instant par proxies. Celle qui oppose désormais la RI d’Iran et le Royaume d’Arabie Séoudite.

Les typologies ci-dessus (1à 4) se mélangeant allègrement les unes aux autres.

| Q. Comment expliquez-vous l’irruption de l’Arabie Séoudite dans le champ de la guerre. Elle qui, malgré un armement non-négligeable, a toujours su se tenir à l’égard des guerres israélo-arabes ?

Jacques Borde. Principalement par sa sidération vis-à-vis de l’Accord 5+1 sur le nucléaire iranien dont elle aura été tenu totalement à l’écart du début jusqu’à la fin. Une des fautes géostratégiques majeures – une de plus, direz-vous – de l’administration Obama et de son incompétentissime Secretary of State, John F. Kerry.

Quant à sa tenue à l’écart des guerres israélo-arabes, malgré une doxa obstinément antisémite, notamment chez les têtes pensantes (sic) du wahhabisme, un sens de la survie (ou un manque de courage) face à la 1ère puissance militaire du Proche-Orient : Tsahal.

Ensuite, les Séoudiens ont cru leur heure venue. C’est aussi simple que cela.

Pour lire la suite, cliquer sur le lien.


Historien de formation et spécialiste des questions internationales, ancien journaliste de la presse multimédia, Jacques Borde a longtemps collaboré au site quotidien d’intelligence stratégique geostrategie.com.

Spécialisation en Histoire des religions, Jacques Borde est titulaire d’une Licence d’Histoire (Paris IV Sorbonne). A été Consultant auprès du Neda Institute for Political & Scientific Studies (Téhéran).

Familier des capitales du Moyen-Orient (Amman, Bagdad, Beyrouth, Téhéran, et Tripoli) avec la pratique suivie des cercles dirigeants et entités (ministères, fondation, armées, milices & formations paramilitaires, etc.) des pays, Jaques Borde est également spécialisé dans les questions de Défense & d’armements

http://www.enderi.fr/Remakes-d-Automne-18-Brumaire-a-Riyad-Macron-Bonaparte-dans-le-Golfe-Entretien-avec-Jacques-Borde-2-2_a344.html

« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 1/2

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« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 1/2

 

Publié par Grégoire Athanase le 17 Novembre 2017

 

Pour une fois, même s’il en a ramené une salvatrice pluie de pétrodollars, ça n’est pas la virée de Donald J. Trump dans le Golfe Persique qui aura le plus marqué les esprits. En fait, les deux stars géopolitiques de la semaine passée sont : 1- le ministre séoudien de la Défense (& désormais successeur du roi Salmān) Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd ; 2- le président français, Emmanuel Macron. Le premier imposant sa marque au royaume & le second, tentant de poser les fondement d’une diplomatie – qu’on espère, enfin, indépendante – vis-à-vis de l’Orient compliqué. 1ère Partie.

 

 

| Q. Désolé d’être aussi pragmatique, mais ramenons-nous quelque-chose de palpable du périple d’Emmanuel Macron dans le Golfe ?

Jacques Borde. Oui, rassurez-vous. Les Émirats arabes unis (EAU) vont nous prendre deux corvettes Gowind, de Naval Group, l’ex-DCNS. Un projet d’acquisition assorti d’une option pour deux bâtiments supplémentaires. L’annonce en a été faite par Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse.

« Nous sommes fiers que les autorités des Émirats arabes unis aient sélectionné les corvettes Gowind de Naval Group. Avec notre partenaire industriel émirien ADSB, les discussions vont maintenant se poursuivre avec les Forces armées pour nous permettre de finaliser le contrat relatif à cette acquisition. Ces corvettes Gowind sont des navires de combat de dernière génération, polyvalents, et adaptés pour répondre aux besoins de la marine des Émirats arabes unis », a expliqué, de son côté, le pdg de Naval Group, Hervé Guillou.

« Cette décision renforce encore le partenariat stratégique et militaire entre la France et les Émirats arabes unis et constitue un nouveau succès à l’export pour la France », a noté, quant à elle, la ministre des Armées, Florence Parly.

Emmanuel Macron n’a donné aucun détail sur l’accord ni son montant, mais il est à rappeler que Naval Group tenait, et tient toujours, la corde face à ses concurrents.

| Q. Pourquoi cette commande ?

Jacques Borde. Pour trois raisons, en fait.

Comme l’a écrit Michel Cabirol, « Abu Dhabi a exprimé un vif intérêt pour ce type de corvettes de haute mer et lourdement armée dans un contexte régional tendu non seulement avec l’Iran mais également avec la Turquie, qui a installé sa première base militaire en Afrique (près de Mogadiscio en Somalie). Déjà en guerre contre les Houthis au Yémen, les EAU semblent également très soucieux de défendre l’accès du Détroit de Bab-el-Mandeb ‘gardé’ par Aden et Mogadiscio. C’est d’ailleurs également l’une des priorités de l’Égypte, l’allié des EAU ».

Bon, évidemment, nous ne sommes pas au niveau des milliards de dollars ramenés par Donald J. Trump, mais nous n’allons pas nous plaindre…

| Q. Plus généralement, quid des propos successives d’Emmanuel Macron tenus dans le Golfe ?

Jacques Borde. Intéressants, mais souvent trop génériques, je dirais. Je ne sais ce qu’il peut y avoir d’inclusif (sic) quant à ce qui se passe en Syrie et en Irak et ce nous y faisons et avons bien pu y faire.

Quant à la Syrie, plus précisément, je note surtout, Raqqa or not Raqqa, que le régime de Paris (sic) n’a, officiellement, rien à y faire, n’y étant en rien invité par le régime de Damas (sic) qui est, que cela plaise ou non à certains, l’autorité légale de ce pays. Et, là, je ne vous parle pas du soutien que nous avons pu accorder à des groupes comme Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām. À propos de qui Laurent Fabius disait qu’ils faisaient du « bon travail ».

| Q. Alors, en ce cas, selon vous, sommes-nous toujours l’ami du monde arabe ?

Jacques Borde. Oui et non.

Non, parce qu’à l’évidence, et en dépit de l’existence d’usines à gaz comme la Ligue arabe, le Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCEAG), plus quelques autres machins que j’oublie, le monde arabe a cessé d’exister en tant qu‘entité géopolitique.

Quant à l’Organisation de la coopération islamique (OCI), elle déborde largement du monde arabe.

Oui, car ce que nous sommes sans hésiter c’est bien les amis de plusieurs pays arabes, arabo-musulmans (sans parle de pays musulmans non-arabes). D’ailleurs par toujours nécessairement amis entre eux, c’est le moins qu’on puisse dire…

| Q. Qu’entendez-vous par là ?

Jacques Borde. Qu’en cette mi- novembre 2017, nous sommes – ou essayons d’être, et ce par tous les moyens possibles – les amis de l’Arabie Séoudite [sic], des Émirats arabes unies, de l’Égypte. Mais, car il y a un mais, « s’immiscer dans des affaires intrarégionales », pour reprendre une des phrases d’Emmanuel Macron, semble encore être la vulgate de nos administrations successives. En Irak et en Syrie notamment.

Donc aussi non.

| Q. Vous mettez l’Irak et la Syrie sur le même plan ?

Jacques Borde. Pratiquement. Je vous explique pourquoi.

Primo, concernant la Syrie, vous aurez noté que :

1- le président syrien, le Dr. Bachar el-Assad, a dit et répété la défiance qui était la sienne et celle de son administration à notre égard.
2- en dépit des nos gesticulations, nous ne sommes toujours pas associés aux pourparlers dits d’Astana. De là à dire que nos exploits aéroterrestres ne sont peut-être pas aussi remarquables que le laisse entre le
discours élyséen…

En un mot comme en cent nous ne sommes donc résolument pas les amis de la Syrie. Sauf à considérer comme représentants de ce ce pays quelques groupuscules d’opposition armée tenus à Bagdad, Damas, Moscou et Téhéran (et généralement au Caire également) pour des terroristes takfirî.

Secundo, concernant l’Irak, il est à noter que bien que l’administration Maliki ne tienne pas à l’égard de la France des propos aussi tranchés que le président syrien :

1- Bagdad ne nous associe à aucun de ses pourparlers sérieux avec qui que ce soit. Nous prêtons nos bras, où plutôt nos ailes, aux forces syriennes. Mais, au-delà, pas de quoi pavoiser.
2- l’administration irakienne, lorsqu’elle écoute quelqu’un tend plus l’oreille en direction de Moscou ou de Washington.
3- l’Irak, géostratégiquement, a quand même ses deux pieds ancrés dans l’
arc chî’îte, l’alliance politico-militaire conduite par l’Iran voisin.

| Q. Nous avons fait le tour ?

Jacques Borde. Non pas encore, hélas.

Restent encore deux de nos plus anciens amis arabes : le Liban et le Yémen. Nos liens étaient jadis très fort avec ces deux-là. Mais, nous avons, sous de précédents mandats présidentiels, abandonnés ces deux amis historiques de la France à leur triste sort. L’or du Golfe ayant eu raison de nos sentiments.

| Q. Pour vous la France n’est plus la puissance protectrice du Levant ?

Jacques Borde. (Soupir) Non. Et depuis longtemps déjà.

Je vous rappelle, ici, l’épisode honteux de l’ancien Sandjak d’Alexandrette – volé à sa mère-patrie syrienne et livré à la Turquie – grâce aux entourloupes de… Paris. Il y a donc un bout de temps que nous avons pris cette habitude de trahir, pour des dinars à défaut de deniers, nos rares et vrais amis dans cette partie de l’Orient compliqué.

À ce sujet, le livre de Lucien Bitterlin : Alexandrette, le ‘Munich’ de l’Orient ou Quand la France capitulait, même s’il remonte à 1999, me semble une lecture indispensable.

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Historien de formation et spécialiste des questions internationales, ancien journaliste de la presse multimédia, Jacques Borde a longtemps collaboré au site quotidien d’intelligence stratégique geostrategie.com.

Spécialisation en Histoire des religions, Jacques Borde est titulaire d’une Licence d’Histoire (Paris IV Sorbonne). A été Consultant auprès du Neda Institute for Political & Scientific Studies (Téhéran).

Familier des capitales du Moyen-Orient (Amman, Bagdad, Beyrouth, Téhéran, et Tripoli) avec la pratique suivie des cercles dirigeants et entités (ministères, fondation, armées, milices & formations paramilitaires, etc.) des pays, Jaques Borde est également spécialisé dans les questions de Défense & d’armements.

http://www.enderi.fr/Remakes-d-Automne-18-Brumaire-a-Riyad-Macron-Bonaparte-dans-le-Golfe-Entretien-avec-Jacques-Borde-1-2_a343.html

Les pays du Golfe arabo-persique depuis 2011 : persistance d’une géopolitique conflictuelle

Les pays du Golfe arabo-persique depuis 2011 : persistance d’une géopolitique conflictuelle

Par Pascal Le PAUTREMAT, le 11 novembre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Docteur en Histoire contemporaine et Relations internationales. Pascal Le Pautremat est le Président fondateur de la SAS Actiongeos. (Conseils et Aides aux entreprises publiques et privées, tournées vers l’international (Cf : www.actionsgeos.com). Chargé de cours dans l’Enseignement supérieur en géopolitique et économie internationale, ainsi qu’en sociologie politique.

Quelle est la situation du Golfe arabo-persique depuis la période des dits « Printemps arabes » ? Pascal Le Pautremat démontre que les antagonismes ethniques et confessionnels sont particulièrement intenses, tandis que les logiques stratégiques du lobbying persistent et s’adaptent à la conjoncture. Celle-ci est, de surcroît, marquée par un jihadisme transversal dont le socle s’est édifié à partir d’un axe syro-irakien. Conjointement, les grandes puissances, notamment occidentales, s’appliquent à perpétuer des jeux d’influence – et de concurrence – tandis que les pétromonarchies, enfin, se projettent pour se positionner de manière convaincante dans une économie des énergies renouvelables.

SEPT ans après les débuts des « Printemps arabes » [1], inquiétudes et interrogations, mêlées de perplexité, restent prégnantes à l’égard de la situation du Golfe arabo-persique. Certes, cette région intercontinentale – et stratégique – de quelque 251 000 km², est au cœur des préoccupations géopolitiques, de manière récurrente, depuis des siècles. Mais elle focalise bien des tensions à la fois politiques, religieuses et économiques.

Le Golfe persique constitue un espace maritime, à la fois comme zone d’échanges maritimes et espace frontaliers, sur fond de richesses gazières et de pétrolières. Les pays du Golfe, conscients de leur atout énergétique si convoité, ont su – malgré leurs différences – s’organiser au sein de l’Organisation des Pays exportateurs de Pétrole (OPEP), née en 1960 [2]. Peut lui être associée l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP), créé en 1968, dont le siège est à Koweït et qui tente de coordonner les politiques énergétiques des pays arabes, afin de favoriser leur développement économique [3].

Aux enjeux économiques et sociaux, se superposent les sempiternels – et lassants – antagonismes dogmatiques entre sunnisme et chiisme. Face au constat d’un regrettable bras de fer entre l’Arabie saoudite et la puissance perse, accusée de tous les maux et de toutes les turpitudes du Golfe arabo-persique, les puissances occidentales n’ont de cesse de jouer officiellement une même partition tactique, en s’associant avec des intensités variables, dans la lutte contre le terrorisme. Mais, stratégiquement, la partition est bien diversifiée lorsqu’il s’agit de se positionner économiquement dans la région considérée. Car deux concepts de mises en valeur et d’exploitation commerciale des ressources économiques se font face : d’un côté, le jeu des Anglo-saxons, à partir de l’axe Arabie-saoudite-Turquie, à destination de l’Europe. De l’autre, un axe associant la Russie, l’Iran, l’Irak et la Syrie s’est mis en place, sur fond de concurrence pour un marché acéré des hydrocarbures.

Quelle est la situation du Golfe arabo-persique depuis la période des dits « Printemps arabes » ?

Nous verrons que les antagonismes ethniques et confessionnels sont particulièrement intenses, tandis que les logiques stratégiques du lobbying persistent et s’adaptent à la conjoncture. Celle-ci est, de surcroît, marquée par un jihadisme transversal dont le socle s’est édifié à partir d’un axe syro-irakien. Conjointement, les grandes puissances, notamment occidentales, s’appliquent à perpétuer des jeux d’influence – et de concurrence – tandis que les pétromonarchies, enfin, se projettent pour se positionner de manière convaincante dans une économie des énergies renouvelables.

L’empreinte des « Printemps arabes » dans une région stratégique : crispations identitaires et dogmes religieux

Sur le plan didactique, lorsque l’on parle des Etats du Golfe, il s’agit de ceux de la péninsule arabique mais aussi ceux disposant d’une bande littorale qui ouvre sur le Golfe arabo-persique. Si bien que l’on y intègre, globalement les pays arabes, majoritairement sunnites, que sont l’Arabie saoudite (2,1 millions de km²) monarchie wahhabite née en 1932 et toujours dirigée par la dynastie séoudienne [4], les Emirats arabes unis (EAU), le Qatar, Oman, le Yémen, le Koweït, ainsi que Bahreïn, monarchie sunnite pour une majorité de chiites, l’Irak et l’Iran, puissance perse et chiite par excellence.

Trois groupes ethniques majoritaires ont façonné l’histoire du Moyen-Orient : les Perses (30% de la population de la région), les Arabes (40%) et, enfin, les Turcs et populations de langues ouralo-altaïques (25%). Conjointement, il y a de fortes diversités ethnico-religieuses dans cette vaste région, puisqu’il faut y ajouter les 30 à 40 millions de Kurdes [5], répartis entre l’Est de la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran, et, enfin, le peuple israélien (8,5 millions de personnes en 2017 dont 1/5e d’Arabes israéliens [6]). Globalement, selon les prévisions avancées pour 2025, le poids démographique des pays du Golfe arabo-persique pourrait être de l’ordre de 280 à 290 millions de personnes.

Lobbying, jeux d’alliances et rapports de force

Sans remonter trop loin dans le temps, rappelons qu’au XIXème siècle, le Moyen-Orient perpétue son statut de zone relais ou intermédiaire, entre Occident et Asie, au cœur de rivalités et jeux d’influences entre grandes puissances impérialistes. Citons, notamment, la Grande-Bretagne, soucieuse de préserver tant l’accès à son Empire des Indes que son existence même, et de contrôler la région face à la Russie, désireuse, pour sa part, d’élargir son influence en Asie centrale, d’avoir un accès aux mers chaudes, notamment à l’Océan Indien via la Mer Rouge. Les progrès techniques, le développement de la motorisation et la dépendance énergétique aux hydrocarbures n’ont fait qu’attiser, fin XIXème siècle-début XXème siècle, les aspirations au contrôle du Hearthland, au cœur des réflexions géopolitiques, dans le sillage des théories du Britannique Halford John Mackinder (1861-1947), de l’Américain Alfred Mahan (1840-1914) reprises ensuite par tant d’autres.

Gardons à l’esprit qu’en dehors des vicissitudes inhérentes aux conjonctures conflictuelles (Première et Seconde Guerres mondiales), c’est bien la Grande-Bretagne qui, de manière globale, apparaît comme la puissance dominatrice entre la fin du XIXème siècle et les années 1930. Elle perd peu à peu son assise, à la fin de la première moitié du XXème siècle, pour être supplantée par les Etats-Unis. L’historiographie contemporaine retient que l’alliance intéressée entre Washington et l’Arabie saoudite se concrétise par le Pacte du Quincy, le 14 février 1945. Les sujets abordés ne sont d’ailleurs pas ceux auxquels on croit communément, comme le rappelait, en 2016, l’historien Henry Laurens [7].

Le contexte de Guerre froide (1947-1991) fait le reste, dans un processus de tentatives diverses et parfois aléatoires d’alliances sporadiques entre grandes puissances et Etats de la région, avec une constante double : le rapport de force entre Juifs et Arabes, les dissensions entre Arabes et Perses, sur fond de rivalité entre sunnisme et chiisme.

Une nouvelle phase de mutations est apparue en 2011, lorsque les régimes du monde arabo-musulman subissent les mécontentements populaires, longtemps réfrénés.

Au-delà de la montée en puissance puis du jeu spectral du terrorisme islamique à partir des années 1990, des opérations militaires menées en Afghanistan et en Irak, respectivement à partir d’octobre 2001 et mars 2003, une nouvelle phase de mutations est apparue en 2011, lorsque les régimes du monde arabo-musulman subissent les mécontentements populaires, longtemps réfrénés, qui conduisent à des situations hétérogènes, au cœur de bien des supputations et de jeux diplomatiques.

Paradoxalement, les facteurs explicatifs de cette situation ne sont pas nouveaux. Ils sont même au cœur des réalités géopolitiques tout au long du XXème siècle. De surcroît, la sempiternelle – et lassante – guerre entre chiisme et sunnisme, tragique reflet d’une culture d’intolérance pluriséculaire, a conduit des pays, tels l’Arabie saoudite et le Qatar (11 586 km²), à s’impliquer dans des crises régionales qui tournent au désastre pluridimensionnel : humain, politique et économique.

2011-2017 : entre répressions, guerres confessionnelles et interethniques

Les crises tragiques de 2011 conduisent, en effet, à des situations de guerres civiles d’intensité variable en Afrique du Nord, avec des changements de régimes plus ou moins crédibles (Tunisie, Libye et Egypte), au Moyen-Orient (Syrie, Yémen) – nous y reviendrons – et à des processus de négociations afin de maintenir une certaine paix sociale (Maroc, Algérie), sans que les problèmes de fond ne soient réglés pour autant.

En Arabie saoudite, au Koweït comme à Oman, les mouvements de contestation sont rapidement désamorcés. La contre-révolution est nettement plus violente dans le micro-royaume insulaire de Bahreïn (765,3 km²) où 65% des 550 000 habitants nationaux sont chiites [8]. Le 14 mars 2011, l’Arabie saoudite envoie un millier de soldats, renforcé de 500 militaires émiratis et qataris, avec l’accord du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) [9], pour y réprimer, dans la capitale, Manama, la « révolution de la place des Perles », engagée depuis le 14 février 2011 contre le roi Hamad al-Khalifa, sur le trône depuis 2002 [10]. Les régimes sunnites ont tôt fait de légitimer cette répression en agitant le leitmotiv du jeu souterrain de l’Iran, accusé une fois encore – mais sans preuve tangible – d’avoir initié le mouvement de rébellion qui avait pourtant associé chiites et sunnites aux aspirations laïques.

Au Yémen et en Syrie, les évènements ont engendré des guerres confessionnelles, pluriethniques à caractère international compte tenu des jeux d’alliance et des coalitions intervenantes. Dans les deux cas, la tragédie s’est imposée.

Le Yémen subit ainsi, depuis la nuit du 24 au 25 mars 2015, bombardements aériens, destructions d’infrastructures, luttes fratricides et drames humanitaires (plus de 4 500 civils tués par les bombardements aériens) et sanitaires (épidémie de choléra). En juillet 2017, les rapports internationaux font état de plus de 7 800 tués, plus de 44 000 blessés et deux millions de personnes déplacées, des dizaines de milliers de blessés, sans oublier plus de 180 000 exilés.

Le président Ali Abdallah Saleh a dû quitter le pouvoir en février 2012, sous la pression d’une vive opposition populaire et de la communauté internationale. Après des années de guerre intestines, de mutation du pouvoir exécutif sur place, Saleh, qui ne s’était pas résolu à renoncer définitivement, a trouvé en l’Arabie saoudite, un allié de taille et assez opportuniste qui fait valoir son mépris à l’égard des Houthis, zaïdites – le Zaïdisme est dérivé du chiisme – pour lancer une vaste coalition sunnite en mars 2015 (Opération Tempête décisive) en s’associant huit autres Etats : le Maroc, le Soudan, l’Egypte, la Jordanie, le Koweït, Bahreïn et le Qatar et les Emirats arabes unis. Les Etats-Unis apportent aussi leur contribution sur le plan logistique et en matière de renseignement. Une fois de plus, Riyad accuse Téhéran d’être derrière le sursaut houthiste et d’avoir des visées sur sa frontière sud. Et là encore, le soutien de l’Iran n’est pas certain. Et s’il existe, il demeure assez marginal.

Le conflit s’enlise, les négociations en faveur de la paix sont vaines, tout comme les cessez-le-feu qui ne sont pas respectés. La coalition sunnite souffre aujourd’hui d’une image de marque ternie par les crimes de guerre enregistrés et la dimension contre-productive de l’intervention ; même si les médias, occidentaux, ne sont guère prolixes sur ce conflit.

Si la guerre au Yémen est minimisée pour des raisons de stratégies économiques parallèles – il s’agit de ne pas irriter les pétromonarchies parties prenantes – la situation est toute autre pour la crise syrienne.

La Syrie, depuis 2011, voit perdurer une guerre confessionnelle, à la fois civile et internationale, au-delà de multiples trêves sans portée, de tentatives vaines d’accords entre les diverses parties prenantes [11]. Nous ne reviendrons pas ici sur les atermoiements français et américains, notamment entre 2011 et l’été 2013, pour fixer une politique claire vis-à-vis d’une rébellion hétérogène autant que disparate dont le panel « modéré » s’est fait annihiler peu à peu par les mouvances jihadistes, soutenues sur les plans logistiques et financiers par les réseaux saoudiens et qataris.

L’hydre du jihadisme

Il existe bien des mouvances à caractère jihadistes, dont les ambitions sont parfois en concurrence. Nombre d’entre elles s’affrontent depuis 2011. L’Arabie saoudite soutient, en Syrie, la rébellion protéiforme à consonnance wahhabite [12], tandis que le Qatar associé à la Turquie soutiennent les réseaux salafistes [13] et proches des Frères musulmans.

Le tout est couronné par la lutte d’influence entre l’Etat islamique (EI) [14] et ses groupes affiliés, d’une part, et Al Qaeda, d’autre part, représenté par le mouvement Front al-Nosra devenu, au cours de l’été 2016, le Front Fatah al-Cham puis, en janvier 2017, Hayat Tahrir al-Cham (HTS – Organisation de Libération du Levant) à partir d’un agglomérat de diverses factions implantées dans le nord-ouest de la Syrie.

L’EIIL change de nom en 2013 pour devenir l’Etat islamique et proclame, en 2014, l’instauration d’un Califat.

L’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) a profité des troubles occasionnés par les « printemps arabes » de 2011 pour percer dans la région. Véritable hydre régionale, il égrène des réseaux qui souhaitent étendre et généraliser l’implosion des Etats, notamment l’Arabie saoudite et la Jordanie, au nom d’un hypothétique califat.

Fort de ses complicités transfrontalières, en Turquie, de ses capacités à établir des filières d’approvisionnements logistiques, en armes et munitions, tout en vendant du pétrole au marché noir, l’EIIL change de nom en 2013 pour devenir l’Etat islamique et proclame, en 2014, l’instauration d’un Califat destiné à rayonner sur le territoire historique de la Grande Syrie – Bilad el-Cham – qui, historiquement englobe l’Irak et la Syrie. Sa finalité étant, à terme de s’étendre à une large partie de l’Afrique du Nord, de l’Europe méditerranéenne et occidentale.

Sur le sol irakien, l’extension de l’EI n’est stoppée qu’à partir de 2015, au niveau de Tikrit, avant que ne soit engagée, depuis, un long processus de reconquête et de sécurisation des zones que les jihadistes tenaient sous leur joug.

Le Moyen-Orient, et principalement l’arc syro-irakien, demeure donc miné par la toile d’un jihadisme transfrontalier. Les divers jeux d’influence et d’alliance avec des courants islamiques dans plusieurs pays arabo-musulmans, tant au Moyen-Orient que dans certains Etats africains de la zone pansahélienne, sont de notoriété publique, désormais, quoique longtemps minimisés ou niés.

L’Arabie saoudite et le Qatar sont rattrapés par leurs politiques de soutiens polymorphes apportés à une rébellion syrienne hétéroclite. Les deux pays paient le prix fort en matière d’image de marque, victimes à la fois du jeu de certains membres des familles royales, Al Saoud et Al Thani, et de l’ultra conservatisme des régimes en place.

En même temps, cette situation a sans doute contribué à ce que la branche réformiste de la famille régnante, en Arabie saoudite, sorte de l’ombre et se lance dans une nouvelle dynamique, particulièrement osée ; comme en témoigne la politique de purge lancée, début novembre 2017, par le prince héritier Mohammed Ben Salman, âgé de 32 ans – surnommé MBS – fils favori du roi Salman, sur le trône depuis janvier 2015 [15].

La commission de lutte contre la corruption, placée sous la direction de Mohammed Ben Salman, a ainsi fait arrêter 11 princes, dont le milliardaire Al-Walid ben Talal [16], et des dizaines de ministres et hommes d’affaires, reconnus coupables d’abus divers en profitant de leurs statuts. En outre, Mohammed Ben Salman se veut l’architecte d’un islam modéré, loin du rigorisme wahhabite. Il ose ainsi prôner une politique de distanciation à l’égard des personnalités partisanes d’une religiosité ultra-conservatrice et compte bien concrétiser diverses mesures, par étapes, en faveur de l’émancipation des femmes, toujours considérées comme des mineures sur le plan juridique.

Ce bouleversement majeur dans la vie politique et religieuse de l’Arabie saoudite est considéré comme le plus important depuis l’ère médiévale. Il vient aussi rappeler combien rien n’est figé et peut-être l’objet de mutations que l’on souhaite prometteuses et constructives.

Quant aux jeux d’influence en provenance du Qatar, en direction des courants islamistes, Riyad tente désormais de s’en démarquer de manière claire. Le régime a ainsi pris ses distances avec le Qatar accusé de soutenir les groupements paramilitaires rigoristes aux motivations jihadistes, tout en semblant promouvoir une nouvelle phase de rapprochement avec Washington.

Jeux d’influence et d’attractivité internationales

La stratégie saoudienne vise à assurer à la monarchie un repositionnement constructif sur l’échiquier mondial. Elle s’applique dès lors à renouer avec les nations les plus influentes, au premier chef desquelles se trouvent les Etats-Unis. La venue à Riyad du président Donald Trump, le 20 mai 2017, témoigne de l’intérêt réciproque des deux pays pour redynamiser une alliance stratégique de laquelle chacun compte tirer profit. Cette visite s’est soldée par la signature d’accords commerciaux dont le montant global annoncé est de 380 milliards de dollars dont plus du tiers en matière d’armement.

Dans cette valse des jeux diplomatiques et économiques, l’Arabie saoudite, comme les Emirats arabes unis – très hostiles au Frères musulmans et au jihadisme [17]– ont décidé d’engager un rapport de force avec le Qatar mis à l’amende, surtout pour faire cavalier seul et peut-être aussi, pour le contraindre à mettre un terme à sa politique d’appui et de soutien aux mouvements jihadistes. L’enchainement des évènements a d’ailleurs de quoi susciter une interrogation dans la mesure où la rupture des relations avec le Qatar intervient près de 15 jours après la visite du président Trump, à Riyad. La démarche des pays du Golfe dénonçant la politique qatarie de financement de réseaux jihadistes témoigne aussi, il est vrai, d’antécédents. En 2014, l’Arabie saoudite, Bahreïn et les EAU avaient ainsi rappelé leurs ambassadeurs.

Le Qatar : le micro-Etat arabe jugé trop proche de l’Iran et de la Russie

À l’été 2017, donc, le ton des sanctions s’est durci. En juin 2017, le Qatar a essuyé un véritable blocus des pays du Golfe, diligenté par l’Arabie saoudite [18] ; démarche facilitée par leur regroupement stratégique au sein du Conseil de Coopération du Golfe. Au point même que non seulement l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn mais aussi le Yémen, les Maldives et l’Egypte ont rompu leurs relations diplomatiques, le 6 juin 2017, avec le micro-Etat. Le cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, à la tête du Qatar, a fermement condamné ces diverses mesures et dénoncé une volonté collégiale d’étouffer économiquement le pays.

L’Arabie saoudite reproche aussi au Qatar d’entretenir des liens économiques avec l’Iran. Le Qatar partage en effet, avec la puissance perse, la gestion et exploitation du South Pars / North Dome, gigantesque gisement gazier off-shore situé dans le Golfe persique [19].
L’Arabie saoudite et l’Iran avaient déjà rompu leurs relations diplomatiques le 3 janvier 2016, suite à l’exécution du cheikh chiite saoudien, Al-Nimr, la veille. L’exécution a engendré des troubles à Téhéran, qui ont conduit à la destruction partielle de l’ambassade saoudienne. Dans le sillage de l’Arabie saoudite, plusieurs pays arabes du golfe ont rompu, eux aussi, leurs relations diplomatiques avec l’Iran : les EAU, le Soudan, Bahreïn et le Koweït.

Depuis son installation à la Maison Blanche le 20 janvier 2017, la démarche âpre, vis-à-vis de l’Iran, du nouveau président américain, Donald Trump, satisfait Riyad qui déplorait le rapprochement amorcé par Barack Obama avec l’Iran. Les efforts et négociations de l’Administration Obama avec le régime des Mollahs ont permis la signature, le 14 juillet 2015, de l’Accord sur le nucléaire iranien, et, par voie de conséquence, le retour de l’Iran dans le jeu de la diplomatie et de l’économie mondiales, avec la levée progressive des sanctions internationales. Or, l’Arabie saoudite comme Israël estiment cet accord de mauvais aloi et entretiennent une forte suspicion à l’égard du régime iranien. D’où leur satisfaction quant au scepticisme – c’est peu dire – partagé avec le président Trump à l’égard de Téhéran.

L’Arabie saoudite et ses alliés du CCG, outre les Etats-Unis, n’apprécient guère non plus que le Qatar se soit rapproché de la Russie, pour des raisons économiques, et ait renoncé à son projet des années 2000, visant à établir un gazoduc à destination de l’Europe transitant par la Syrie, en collaboration avec l’Arabie saoudite et la Jordanie, Etats que le gazoduc projeté aurait traversé. Et surtout, depuis la Syrie, et la ville de Homs en particulier, étaient prévus trois axes d’approvisionnement, respectivement à destination du Liban, en débouchant à Tripoli, de la Turquie et de Lattaquié ; projet qui aurait essuyé le refus du régime syrien.

La Russie et le Qatar ont renforcé leurs relations, motivées par les questions énergétiques, industrielles et de coopération militaire.

Pour le Qatar, il ne s’agit pas, en effet, de tourner le dos à Moscou, au-delà des positionnements contraires dans la crise syrienne. Le potentiel russe et ses capacités d’investissement régionaux, n’est pas boudé, d’autant que la région du Golfe est l’objet de nombreux programmes d’investissements, à l’instar de ceux de la Chine, notamment en Iran [20].

Ainsi, la Russie et le Qatar ont-ils renforcé leurs relations, motivées par les questions énergétiques, industrielles et de coopération militaire [21]. Cela s’est notamment traduit par un accord signé à cet effet, le 6 septembre 2016, au terme d’échanges qui se sont étalés sur plusieurs mois, d’abord entre le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov et l’émir Tamim ben Hamad al-Thanin, puis le ministre qatari de la Défense, Khalid bin Mohammad Al Attiyah, et son homologue russe, Sergueï Choïgou.

Le Qatar a en effet besoin de produits agricoles et du savoir-faire russe pour la mise en valeur industrielle de son potentiel pétrochimique. Ce rapprochement bilatéral montre des intérêts respectifs puisque les Qataris investissent aussi dans les entreprises russes. L’entreprise de production gazière Novatek a ainsi bénéficié d’un investissement de 2 milliards de dollars, en vertu du rôle dynamique, depuis 2014, de la commission intergouvernementale pour le commerce, l’économie, la science et la coopération technique mise en place entre les deux pays. Le Qatar a aussi acquis une partie du capital de la multinationale Rosneft, en décembre 2016, à la fois directement, et indirectement en tant que membre du Comité des actionnaires du fonds d’investissement Glencore qui a obtenu 19,5% du capital.

Le monde des affaires : marchés prometteurs et nouvelles sources d’énergie

De manière générale, les pays du Golfe, conscients de disposer d’une manne financière considérable – via les fonds souverains notamment – s’estiment en position de force pour imposer leurs desiderata aux pays occidentaux, dont les besoins en matière de capitalisation, de financement par l’actionnariat dans les grands groupes multinationaux, et de ressources énergétiques sont conséquents. Le royaume de Bahreïn, même quasi inféodé à l’Arabie saoudite voisine, s’inscrit comme une place financière majeure. Les quelque 400 banques et institutions financières installées sur son territoire font de cet émirat une place financière stratégique, outre le rayonnement d’entreprises de télécommunication et de services de transport.

En même temps, les pays du Golfe, conscients des réalités environnementales, misent sur les nouvelles technologies et les énergies renouvelables.

Les pays du CCG, quoique disposant de près de 29% des réserves prouvées de pétrole et de 22% des gisements gaziers de la planète, se tournent vers l’avenir avec détermination, conscients de l’épuisement, in fine, de ces ressources naturelles en leur possession. D’autant que les prix du pétrole ont connu des baisses sensibles ces dernières années, au point d’engendrer, en 2015, une baisse des recettes de près de 287 milliards de dollars pour les pays du Golfe arabique, soit plus de 20% de leurs PIB [22].

Pour l’instant, leurs ventes et exportations assurent plus de 80% de leurs ressources financières. Mais, ils ont saisi l’importance à la fois salutaire – sur les plan environnemental et climatique – et stratégique des énergies renouvelables : énergie solaire, grâce à la captation photovoltaïque (le prix des panneaux a chuté de près de 80% depuis 2009), permet la production d’électricité via notamment les centrales thermodynamiques à l’instar du site de Shams aux Emirats arabes Unis ; énergie éolienne notamment au Koweït, à Oman et en Arabie saoudite… Ce à quoi, il faut ajouter le secteur croissant de l’industrie de dessalement d’eau de mer puisque, d’ici 30 ans, les besoins des pays du Golfe en eau douce pourraient quintupler. Par le dessalement, le Qatar, par exemple, répond déjà à 87% de ses besoins en eau douce.

En Arabie saoudite, en avril 2016, le fils du roi, Mohammed ben Salmane, lançait officiellement un plan de réforme de la politique économique de la monarchie. Cela se traduit notamment par la constitution d’un fonds souverain d’investissements hors hydrocarbures de 2 000 milliards de dollars, par la création également de 16 réacteurs nucléaires destinés à satisfaire 25% des besoins du pays en électricité d’ici 2032. Ce qui représenterait un investissement de 100 milliards de dollars.

Autant de perspectives qui permettent aux multinationales comme EDF- AREVA, ENGIE, de se positionner pour conclure des partenariats avec l’Arabie saoudite mais aussi les autres pays du Golfe.

Cela n’empêche pas ces mêmes multinationales de se tourner vers l’Iran (80 millions d’habitants) qui affiche un taux de croissance économique annuel d’environ 5% et un PIB de 412 milliards de dollars, soit le deuxième du Moyen-Orient après celui du l’Arabie saoudite. Le potentiel iranien, sur le champ économique, est considérable et perçu comme un vecteur de concurrence directe par la plupart des Etats sunnites [23].

De manière pragmatique, à la fois pour des raisons économiques et sécuritaires, les partenariats des pays du Golfe avec les pays occidentaux se sont accentués depuis le début des années 2000.

L’Iran a des besoins importants dans de nombreux domaines : diversification du secteur tertiaire, développement des infrastructures, productions énergétiques, outre la chimie, les matériaux de base, les transports, les télécommunications, le secteur pharmaceutique, l’informatique, le secteur minier et l’industrie dont l’automobile. Autant d’investissements rendus possibles dans le sillage de la levée des sanctions internationales suite à l’accord sur le nucléaire. Les entreprises françaises, Renault, qui espère contrôler 20% du marché automobile iranien en 2020. PSA et Total, sont bien implantées. Airbus mise aussi sur le marché iranien, tout comme Bouygues et Vinci pour les secteurs des transports et des infrastructures. Le secteur bancaire reste néanmoins frileux pour assurer les financements, d’autant que les Etats-Unis – nous l’avons dit – se montrent suspicieux vis-à-vis de l’Iran en l’accusant d’opérations de blanchiment d’argent et cherchant même des preuves attestant que Téhéran ne respecte pas l’accord du 14 juillet 2015. D’ailleurs, diverses analyses laissent à penser que les Etats-Unis et Israël miseraient sur une nouvelle glaciation des relations avec l’Iran.

De manière pragmatique, à la fois pour des raisons économiques et sécuritaires, les partenariats des pays du Golfe avec les pays occidentaux se sont accentués depuis le début des années 2000. Ces derniers étant déterminés à préserver leurs intérêts géopolitiques, comme en témoigne l’ouverture et la montée en puissances des bases militaires, américaines, britanniques et françaises, dans le Golfe persique. Et la décennie 2010 n’a fait que témoigner de cette constance dans le jeu des échanges avec les pays du Golfe. Cela s’observe notamment sur le champ du secteur de l’armement [24], le Moyen-Orient constituant le principal secteur géographique en tant que premier client mondial.

Selon l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri) [25], les importations d’armes au Moyen-Orient ont augmenté de 86 % entre 2012 et 2016, par rapport à la période 2007-2012. Pour la seule Arabie saoudite, la hausse des achats entre les deux périodes précitées est de 212%, contre un bond 245 % pour le Qatar. Les Etats-Unis dominent 53 % du marché mondial, contre 23% pour la Russie, 8% pour la France (qui effectue près de 40% de ses ventes au Moyen-Orient). Après les Etats-Unis et la Russie, la Chine se positionne au troisième rang mondial en matière de vente d’armements.

Conclusion


Finalement, le concept dit de Guerre froide est loin d’être moribond, tant nous semblons toujours dépendants du rapport de force entre Etats-Unis et Russie, via les pays du Golfe interposés. Et nous semblons, en Occident, nous satisfaire d’ânonner sur un état des faits et des lieux sans que rien ne soit clairement mis en œuvre, à court terme, pour s’engager sur une nouvelle voie des relations interétatiques et humaines. À l’inverse, les crispations semblent à nouveau se renforcer.

La plupart des pays de la région sont minés par leurs propres contradictions, entre aspirations à se moderniser culturellement et économiquement, et pression du conservatisme, sous le poids des traditions et des certitudes dogmatiques. Si au cœur des pouvoirs exécutifs, certains dirigeants et membres de leurs équipes aspirent à pouvoir amorcer des réformes constructives, synonymes d’apaisement, les lobbies rigoristes et tribaux, jouant de la manipulation des foules, bloquent souvent leurs démarches. Aussi, les monarchies des pays du Golfe semblent-elles prises à leur propre jeu.

Il y a pourtant de formidables potentiels et capacités pour s’écarter du champ sclérosant des dogmes et de la culture des peurs entretenues de manière cynique. Les évolutions des pays du Golfe ne sont pas inexistantes. Certes, elles sont lentes et prudentes, tant les garants auto-proclamés d’une orthodoxie jugée immuable, nourrissent les crispations religieuses. Sur le plan de la représentation politique, la féminisation de la vie publique ne progresse que très légèrement. On peut le déplorer mais se rassurer dans le même temps en considérant qu’elle n’est pas au point mort.

Copyright Novembre 2017-Le Pautremat/Diploweb.com

https://www.diploweb.com/Les-pays-du-Golfe-arabo-persique-depuis-2011-persistance-d-une-geopolitique-conflictuelle.html

Critiqué par l’OTAN, Poutine parle longuement de la politique russe en Ukraine

Critiqué par l’OTAN, Poutine parle longuement de la politique russe en Ukraine

NATO Criticism of Russia’s Ukraine Policy Is Answered by Putin


Eric ZuessePar Eric Zuesse – Le 30 octobre 2017 – Source Strategic Culture

Un partisan de l’OTAN a critiqué le président russe Vladimir Poutine pour la politique Ukraine de la Russie, le 19 octobre 2017, lors de la réunion annuelle du Club Valdaï à Sotchi. Poutine a riposté avec la déclaration la plus détaillée à ce jour, décrivant le renversement, en février 2014, du président de l’Ukraine, Viktor Ianoukovitch, démocratiquement élu, comme un « coup d’État » de l’Occident, en particulier de l’UE (qu’il a blâmée pour cela, plutôt que les États-Unis).

Asle Toje, un partisan norvégien de l’alliance militaire anti-russe de l’OTAN, avait soulevé cette question en demandant à Poutine :

« Et l’Ukraine ? Du point de vue européen, la balle est fermement dans le camp de la Russie. Le conflit est semi-gelé et les sanctions censées être dynamiques sont devenues semi-permanentes. Qu’est-ce que la Russie a l’intention de faire à ce sujet ? »

Poutine a répondu :

« Eh bien, nous pensons que la balle est dans le camp de l’Europe, parce qu’en raison de la position totalement non constructive – je choisis mes mots pour ne pas paraître grossier – des anciens membres de la Commission européenne, la situation est allée jusqu’au coup d’État. »

Rappel :

Le 4 février 2014, l’agent que le président américain Barack Obama avait chargé de planifier le coup d’État, Victoria Nuland, amie de longue date de Hillary Clinton, a désigné, à l’ambassadeur des États-Unis en Ukraine, la personne qui devrait diriger le pays à la fin du coup d’État, 23 jours plus tard, le 27 février : « Yats est le gars qui a l’expérience économique et l’expérience du gouvernement, il doit être nommé », a-t-elle dit à l’ambassadeur, Geoffrey Pyatt, et « Yats » Iatseniouk a obtenu le poste de Premier ministre, parce qu’Obama souhaitait que Ioulia Timochenko, farouchement antirusse, soit portée à la présidence de l’Ukraine lors d’une élection, afin de pouvoir qualifier le changement de gouvernement de démocratique, c’est-à-dire élu, non imposé – comme dans le cas de Yats.

Cependant, Timochenko avait trop la réputation publique d’être un agent des États-Unis (et un escroc) pour gagner, et Petro Porochenko a donc remporté l’élection à sa place. Cette élection s’est déroulée dans toutes les régions à majorité ukrainienne du pays, sans permettre le vote des populations dans la plupart des régions majoritairement russophones, où l’homme renversé par Obama, Ianoukovitch, l’avait emporté par plus de 75% des voix lors de la dernière élection démocratique en Ukraine, qui était l’élection présidentielle de 2010 – la dernière élection dans laquelle les Ukrainiens de toutes les régions du pays ont voté. Bien que Porochenko ait été anti-russe, il ne l’était pas autant que Timochenko. Iatseniouk était le subordonné de Timochenko, il avait été choisi par Nuland parce que l’administration Obama pensait qu’après l’élection présidentielle, Yats remettrait le gouvernement à Timochenko, qui dirigeait le parti politique de Yats.

Poutine a blâmé l’UE pour le coup d’État, bien que, en fait, Catherine Ashton, la ministre des Affaires étrangères de l’UE, apprenant le 26 février 2014 que ce renversement avait été un coup d’État et non une révolution démocratique, a exprimé sa stupéfaction et sa déception mais a continué de mener à bien le plan de l’administration Obama pour l’intégration de l’ancienne alliée de la Russie dans l’UE et, comme prévu, dans l’OTAN, afin que des missiles nucléaires américains puissent être installés à la frontière russe aussi près de Moscou que possible, pour une attaque éclair contre la Russie, afin de conquérir le pays. En outre, dans ses instructions à l’ambassadeur à Kiev, Nuland a dit« F-k the UE », car l’aristocratie de l’UE n’était pas aussi désireuse de conquérir la Russie que l’aristocratie américaine. Les aristocraties de l’UE auraient voulu que Vitaly Klitschko dirige l’Ukraine, mais celui-ci n’était pas rageusement anti-russe, comme Timochenko et Iatseniouk. Poutine le savait, il savait que le coup d’État avait été réalisé par les États-Unis et non par l’UE.

Poutine a ensuite décrit le coup d’État ainsi :

« Il y a eu des émeutes soutenues par les États-Unis – à la fois financièrement, politiquement et dans les médias – et dans toute l’Europe.

Ils ont soutenu la prise de pouvoir inconstitutionnelle, sanglante, avec des victimes, et ont poussé les choses jusqu’à une guerre dans le sud-est de l’Ukraine. La Crimée a déclaré son indépendance et sa réunification avec la Russie, et maintenant vous pensez que nous sommes à blâmer pour cela ? Est-ce nous qui avons provoqué le coup d’État anticonstitutionnel ? La situation actuelle est le résultat d’une prise de pouvoir armée anticonstitutionnelle en Ukraine, et l’Europe est à blâmer, parce qu’elle l’a soutenue.

Ce qu’il aurait été plus facile de dire à l’époque, c’est ceci : ‘Vous avez mis en scène un coup d’État, et pour finir, nous sommes les garants.’ En tant que garants, les ministres des Affaires étrangères de la Pologne, de la France et de l’Allemagne ont signé un document, un accord entre le président Ianoukovitch et l’opposition.

Trois jours plus tard, l’accord a été piétiné et où étaient les garants ? Demandez-leur, où étaient ces garants ? Pourquoi n’ont-ils pas dit : ‘S’il vous plaît, remettez les choses telles qu’elles étaient. Ramenez Ianoukovitch au pouvoir et tenez des élections démocratiques constitutionnelles.’ Ils avaient toutes les chances de gagner, à cent pour cent, sans aucun doute. Non, il fallait plutôt qu’ils le fassent par un coup d’État armé. Eh bien, nous avons été confrontés à ce fait, l’avons accepté et signé les accords de Minsk.

Mais les dirigeants ukrainiens actuels sabotent chaque paragraphe de ces accords, et tout le monde peut parfaitement le voir. Ceux qui sont impliqués dans le processus de négociation sont pleinement conscients de cela, je vous l’assure. Aucun pas n’a été fait pour la mise en œuvre des accords de Minsk. Tout le monde dit : ‘Les sanctions ne seront levées que lorsque la Russie se conformera aux accords de Minsk.’ Tout le monde s’est depuis longtemps rendu compte que les dirigeants actuels de l’Ukraine n’étaient pas en mesure de s’y conformer. Maintenant que la situation dans ce pays a atteint son paroxysme en matière d’économie et de politique intérieure, et que la police utilise le gaz contre les manifestants, attendre que le président ukrainien fasse au moins un petit pas pour appliquer les accords de Minsk est un exercice futile. Je ne suis pas sûr qu’il puisse accomplir ceci. Mais il n’y a pas d’alternative, malheureusement. Par conséquent, nous garderons le format Normandie aussi longtemps que nos collègues le voudront, et nous nous efforcerons de mettre en œuvre les accords de Minsk que vous avez mentionnés. »

Poutine n’a jamais blâmé le gouvernement américain pour ce coup d’État, mais il en connaît au moins autant là-dessus que le dirigeant de la firme Stratfor – la CIA privée – qui a décrit l’événement comme « le coup d’État le plus flagrant de l’histoire » parce qu’il avait été très bien documenté par des conversations téléphoniques fuitées et d’autres preuves solides. Il n’y avait aucun doute que le Département d’État américain l’avait dirigé, et, finalement, la preuve est devenue publique que Google et le Département d’État américain préparaient déjà l’opération depuis 2011.

Poutine a continué sa réponse :

« Il ne suffit pas d’interpeller la Russie, il est également nécessaire d’influencer la position de Kiev. Maintenant, ils ont pris une décision sur la langue, interdisant l’utilisation des langues des minorités ethniques à l’école. La Hongrie et la Roumanie ont soulevé des objections. La Pologne a également fait quelques commentaires à ce sujet. Cependant, l’Union européenne dans son ensemble est silencieuse. Pourquoi ne condamnent-ils pas cela ? C’est le silence.

Maintenant, ils ont érigé un monument à Simon Petlioura. C’était un homme aux opinions nazies, un antisémite qui a tué des juifs pendant la guerre. À part le Congrès juif sioniste, tout le monde est silencieux.Avez-vous peur de blesser vos clients à Kiev, c’est ça ? Ces choses ne sont pas faites par le peuple ukrainien, elles sont faites à l’initiative des autorités compétentes. Mais pourquoi gardez-vous le silence ? »

Poutine demandait à l’UE de rester neutre sur la question ukrainienne, pas au gouvernement américain, car Poutine a compris que le gouvernement américain voulait conquérir la Russie et prendre l’Ukraine pour faire avancer cet objectif. alors que beaucoup de pays dans l’UE veulent plutôt avoir la paix et commercer avec la Russie et ne désirent pas l’envahir. Poutine a laissé tomber l’Amérique, dont le gouvernement est – avec l’Ukraine et le Canada – le seul défenseur du nazisme – c’est-à-dire du fascisme raciste – à l’ONU. Mais il sait que s’il blâme le gouvernement américain pour le coup d’État, cela rendra plus difficile les efforts de l’UE pour s’éloigner des États-Unis vers la neutralité, car une telle accusation ne ferait qu’unifier l’OTAN et non la rompre. Il pourrait être en mesure de sélectionner quelques membres de l’UE, pour les mener vers la neutralité et les éloigner des objectifs de l’OTAN d’envahir la Russie, mais cela ne peut fonctionner que s’il minimise la véritable compétition pour le pouvoir entre le gouvernement US qui veut conquérir la Russie et le gouvernement russe qui veut rester une nation libre et indépendante pour protéger sa souveraineté nationale. La raison pour laquelle Poutine blâme l’UE à la place des États-Unis est donc tactique. Ce qu’il dit est particulièrement intéressant : « Ces choses ne sont pas faites par le peuple ukrainien, elles sont faites à l’initiative des autorités compétentes. Mais pourquoi gardez-vous le silence ? » Là, il interpelle les Européens anti-nazis, pour qu’ils se détachent du régime américain pro-nazi d’aujourd’hui. Il dit : opposez-vous à cela, démarquez-vous publiquement.

Puis, il continue :

« J’espère que cela finira par arriver. Je peux voir l’intérêt de nos partenaires, principalement l’intérêt de nos partenaires européens, à résoudre ce conflit. Je peux voir un réel intérêt. Angela Merkel fait beaucoup de choses, investit son temps, s’implique profondément dans ces questions. L’ancien président de la France et le président Macron sont également attentifs. Ils travaillent vraiment là-dessus. Cependant, il est nécessaire de travailler non seulement techniquement et technologiquement, mais politiquement. Il est essentiel d’exercer une certaine influence sur les autorités de Kiev, les amener à faire au moins quelque chose.En fin de compte, l’Ukraine elle-même a intérêt à normaliser nos relations.

Maintenant, ils sont allés nous imposer des sanctions, comme l’a fait l’UE. Nous avons répondu à notre façon. Le président [ukrainien] me demande : ‘Pourquoi as-tu fait ça ?’ Je dis : ‘Écoute, vous avez introduit des sanctions contre nous.’ C’est juste stupéfiant ! »

Il se réfère ici aux autorités de Kiev, et non aux autorités de Washington, car il sait que les Européens dont il parle savent que l’Ukraine est maintenant une nation vassale des États-Unis. Il sait qu’ils savent ce qu’il sait à ce propos. Ensuite, il s’adresse vraiment, non pas aux dirigeants de l’Ukraine, mais plutôt au peuple de l’Ukraine, quand il dit :

« Je crois que cela devient évident et, surtout, cela devient évident pour l’écrasante majorité des citoyens ukrainiens. Nous aimons l’Ukraine et je considère vraiment le peuple ukrainien comme une nation fraternelle, si ce n’est comme une nation, une partie de la nation russe.

Même si les nationalistes russes n’aiment pas cela et les nationalistes ukrainiens n’aiment pas cela non plus, c’est ma position, mon point de vue. Tôt ou tard, cela se produira – la réunification, non pas au niveau interétatique, mais en termes de restauration de nos relations. »

De nombreux sondages ont montré que beaucoup d’Ukrainiens se sentent fraternels envers les Russes. Il essaie de faire appel à ces personnes, de chercher une restauration de l’alliance précédente : la Russie avec les anti-nazis d’Ukraine, au lieu de l’Amérique avec les pro-nazis ukrainiens.

Le questionneur de Poutine, le pro-OTAN Asle Toje, aurait pu répliquer à ce que disait ce dernier, mais il est resté complètement silencieux, peut-être parce qu’il savait que s’il s’opposait à ce que Poutine disait, celui-ci aurait eu une excellente occasion de réagir en faisant allusion au rôle réel joué par l’OTAN – les États-Unis – en Ukraine, le rôle nazi, et peut-être aussi une allusion à la célèbre déclaration de l’Américaine nazie Victoria Nuland « F-k the UE ! », quand elle a donné ses instructions, le 4 février 2014, pour la composition du prochain gouvernement de l’Ukraine. dirigé par les nazis ukrainiens rageusement anti-russes.

Hamid Karzaï, l’ancien dirigeant de l’Afghanistan – ou du moins de Kaboul – était aussi l’un des participants à cette conférence, et il a parlé de la longue histoire de son pays comme un pion dans le Grand Jeu des aristocraties impériales qui mènent des guerres de conquête pour établir des empires et s’emparer des terres des autres. Ensuite, il a commenté spécifiquement le rôle que la prise de l’Ukraine en 2014 avait joué dans la dernière phase du Grand Jeu :

« Sur l’Ukraine et le conflit là-bas, j’étais dans mes dernières années de gouvernement quand cette crise a émergé en Ukraine. Moi, et mes proches collègues du gouvernement sur les questions de politique étrangère et de sécurité, nous nous sommes réunis. Je leur ai dit que l’Ukraine faisait partie de l’Union soviétique et qu’après l’effondrement de l’Union soviétique et l’émergence des États indépendants, l’Ukraine était l’un des pays les plus proches de la Russie pour les relations ethniques, économiques et culturelles. ainsi qu’en termes de valeur que l’Ukraine représente pour la Russie. Donc, mon approche était celle du sentiment et de la sensibilité, mais en gardant à l’esprit le sentiment russe, en gardant à l’esprit la sensibilité russe dans cette région. Voyons cela de la façon suivante : si la Russie essayait de faire du Canada un allié du pacte de Varsovie contre l’Amérique, que ferait l’Amérique ? Ils agiraient plus agressivement que ce que la Russie a fait. En Crimée : pour ce que je comprends, la Crimée a été donnée à l’Ukraine en 1957, est-ce vrai ? Donc, elle faisait partie du territoire russe ».

Son argument selon lequel « si la Russie essayait de faire du Canada un allié du Pacte de Varsovie contre l’Amérique, que ferait l’Amérique ? » était simplement rhétorique, car dans la crise des missiles cubains de 1962, les États-Unis avaient déjà montré ce qu’ils feraient. Si la Russie plaçait des missiles sur les frontières de l’Amérique, ou à proximité, les États-Unis lanceraient une guerre nucléaire contre la Russie. Pour certaines raisons, les Américains ont estimé que cette réponse – menaçant d’une Troisième guerre mondiale – était justifiée pour l’Amérique d’alors, en 1962, mais par ailleurs ne pense pas que ce serait une réponse justifiée de la part de la Russie, maintenant, quand la symétrie est dans l’autre camp, et encore plus que ce n’était le cas en 1962 – parce que l’Ukraine est juste à la frontière russe. Mais, bien sûr, cela serait encore plus justifié dans le cas présent, car la conquête de la Russie est devenue, en 2006, l’objectif stratégique quasi-officiel de l’Amérique, remplaçant l’ancienne doctrine acceptée par les deux parties d’une politique stratégique de maintien de la paix – sous l’égide de la Destruction Mutuellement Assurée (ou MAD) – qui consistait à maintenir un équilibre des armements nucléaires afin d’éviter une Troisième guerre mondiale, au lieu de vouloir la gagner – comme c’est la doctrine US depuis 2006. La Russie croit toujours à la Destruction Mutuellement Assurée, mais l’Amérique est maintenant en quête de l’or, de la victoire nucléaire. C’était implicitement la politique des États-Unis et de l’OTAN depuis le 24 février 1990, mais elle est devenue, depuis 2006, en objectif  dénommé primauté nucléaire, soit la capacité des États-Unis à gagner un conflit nucléaire contre la Russie – conquérir la Russie.

La récente déclaration – du 19 octobre – de Poutine est la plus large qu’il ait jamais faite sur la question ukrainienne, mais ce n’est pas la seule déclaration qu’il a faite à ce sujet.

Un an avant cette dernière discussion à Valdaï, le 12 octobre 2016, lors du huitième forum d’investissement de VTB Capital La Russie vous appelle ! à la recherche d’investissements étrangers en Russie :

« Vous venez de parler de la crise en Ukraine, mais nous n’avons pas fait un coup d’État en Ukraine, n’est-ce pas ? Ils ont caché que, dans une large mesure, ils ont soutenu une opposition radicale, une façon inconstitutionnelle de changer le pouvoir, bien que cela aurait pu être fait différemment : l’ancien président Ianoukovitch avait accepté toutes les exigences et était prêt à organiser des élections anticipées. Ils ont contribué à un coup d’État, et pour quoi ?

Devant le fait accompli, nous avons été contraints de protéger la population russophone du Donbass, nous avons été contraints de répondre aux aspirations des habitants de la Crimée voulant le retour dans la Fédération de Russie, alors a immédiatement commencé un nouveau déchaînement de politique anti-russe et l’imposition de sanctions.

Vous venez de parler des accords de Minsk. Mais nous ne sommes pas les saboteurs de la mise en œuvre de ces accords. »

À cette occasion, parce qu’il répondait à une question qui avait été soulevée par Rick Boucher, ancien membre du Congrès des États-Unis, et maintenant associé dans un cabinet d’avocats, M. Poutine avait été plus direct, en disant : « Nous n’avons pas apporté un coup d’État en Ukraine. Avons-nous fait cela ? Non. D’autant plus que nos partenaires américains ne cachent pas que, dans une large mesure, ils étaient en coulisse, soutenant et finançant une opposition radicale, pour provoquer un changement de pouvoir inconstitutionnel. » Mais il était ambigu quant à savoir si l’Amérique était simplement derrière, « ils étaient en coulisse » ou au lieu de cela ont agi « pour provoquer un changement de pouvoir inconstitutionnel »  [c’est-à-dire en coup d’État]. De toute façon, il n’y a aucun enregistrement de la réponse de Boucher à la déclaration de Poutine.

L’ambiguïté est la norme dans les discours politiques, on le voit partout, et lorsqu’elle apparaît, des raisons tactiques sont habituellement évoquées.

Encore plus tôt, le 23 mai 2014, quelques mois après le coup d’État américain, Poutine participait à la session plénière du 18e Forum économique international de Saint-Pétersbourg, et répondait à une question de Geoff Cutmore de CNBC :

« Le président Ianoukovitch a décidé de reporter la signature et d’engager des discussions supplémentaires. Qu’est-ce qui vient ensuite ? Un coup d’État. Peu importe comment vous choisissez de l’appeler, une révolution ou autre chose. C’est un coup d’État avec l’usage de la violence et des forces militantes. Qui est de quel côté maintenant ? Qui utilise quels outils du passé ou du futur ?

Il est impératif d’être très prudent en ce qui concerne les institutions publiques des nations émergentes, car sinon les choses peuvent déraper vers le chaos, ce qui est exactement ce qui s’est passé en Ukraine. La guerre civile et le chaos sont déjà là. Qui en profite ? Pourquoi l’ont-ils fait, si Ianoukovitch acceptait tout ? Ils devaient plutôt aller voter, et les mêmes personnes seraient au pouvoir maintenant, mais légalement. Nous, comme des idiots, leur paierions les 15 milliards de dollars que nous avions promis, en maintenant les prix du gaz bas pour eux et en continuant à subventionner leur économie…

Voyons les choses en face. Nous sommes tous des adultes ici, n’est-ce pas ? Des gens intelligents et éduqués. L’Occident a soutenu le coup d’État inconstitutionnel. De fait, n’est-ce pas ? Non seulement par le biais des cookies infâmes [allusion à Nuland distribuant des cookies aux insurgés sur la place Maïdan, NdT], mais à travers le soutien médiatique, politique et que sais-je encore. Pourquoi l’a-t-il fait ?

Très bien. Et maintenant vous pensez que tout est de notre faute ? Nous avons proposé un dialogue et on nous l’a refusé. Et après ? La dernière fois que j’étais à Bruxelles, nous avons convenu de conserver ce dialogue ouvert. C’était avant le coup d’État. M. Ulyukayev – il est assis là en face de moi – un homme respectable, parlant anglais correctement, un esprit absolument axé sur le marché, l’un de nos meilleurs spécialistes de l’économie, a été appelé pour consultation. Demandez-lui ce qu’il en pense, après la fin de la session. Je ne m’y attarderai pas maintenant. Mais il n’y a pas eu de consultations. Rien que des slogans.

Quelle est la suite ? Ils ont fait un coup d’État et ne veulent pas nous parler. Que sommes-nous supposés penser ? La prochaine étape fera entrer l’Ukraine dans l’OTAN. Ils ne nous interrogent jamais sur notre opinion, et nous avons découvert au cours des deux dernières décennies qu’il n’y a jamais de dialogue sur cette question. Tout ce qu’ils nous disent, c’est  : ‘Ce ne sont pas vos affaires, cela ne vous concerne pas.’ Nous leur disons : ‘Une infrastructure militaire approche de nos frontières.’, ils répondent : ‘Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas contre vous.’ Donc, demain, l’Ukraine pourrait finir par être membre de l’OTAN, et la prochaine chose que vous savez, c’est qu’un complexe de défense antimissile américain sera stationné sur son territoire. Personne ne nous parle jamais non plus à ce sujet. Ils nous disent simplement : ‘Ce n’est pas contre vous, et cela ne vous concerne pas’

Si nous n’avions pas fait ce que nous avons fait en Crimée, la Crimée aurait été bien pire qu’Odessa où les gens ont été brûlés vifs. Et il n’y a pas d’explications, pas de vraies condamnations par qui que ce soit. Il n’est pas encore clair qui l’a fait, je veux dire la tragédie à Odessa. »

Il a dit ceci, contre l’Ouest, après que la preuve soit portée à la connaissance du public, hormis à l’Ouest, que c’était en fait le régime américain qui avait fait le coup, et qui avait embauché des nazis ukrainiens pour le réaliser,

En première page du New York Times, le 23 octobre 2017, est paru un reportage sur les efforts déployés par les républicains au Congrès américain pour se concentrer sur autre chose que la prétendue manipulation du Russiagate dans la campagne électorale de 2016 aux États-Unis, et sur les efforts des Démocrates du Congrès pour se concentrer uniquement sur ces allégations. Cette histoire du New York Times en première page employait négligemment l’expression « les efforts extraordinaires d’un pouvoir hostile pour perturber la démocratie américaine », comme si c’était déjà prouvé, au lieu d’être seulement une ligne de propagande incessante du Parti démocrate pour expliquer la défaite électorale d’Hillary Clinton. La propagande des médias américains fait de telles choses pour attiser au maximum la haine de son public contre les Russes, et surtout contre le gouvernement russe, et ainsi promouvoir le scénario de la guerre contre la Russie. Poutine sait quelle est l’origine de cette marche vers la Troisième Guerre mondiale, et qu’elle n’est pas en Europe. Il sait qu’elle a eu plus que sa part de guerres, mais que les Américains sont plus malléables à ce sujet, mieux contrôlés par l’aristocratie qui possède le complexe militaro-industriel de la nation.

Eric Zuesse

 

http://lesakerfrancophone.fr/critique-par-lotan-poutine-parle-longuement-de-la-politique-russe-en-ukraine

 

Arrivée de Donald Trump au Japon, première étape de sa tournée en Asie

Arrivée de Donald Trump au Japon, première étape de sa tournée en Asie

© Chine Nouvelle (Xinhua)Wang Yanan, le 05/11/2017 10:46

Le président américain Donald Trump est arrivé dimanche au Japon pour la première étape de sa tournée de neuf jours en Asie.

L’avion du président américain, l’Air Force One, a atterri dimanche matin à la base aérienne américaine de Yokota, dans la banlieue de Tokyo, où il a prononcé un discours devant des soldats américains et japonais.

Le président américain a déclaré qu’outre le renforcement des relations avec leurs alliés militaires, les Etats-Unis cherchaient à mettre en place des relations de « commerce libre, juste et réciproque » lors de cette tournée.

M. Trump et le Premier ministre japonais Shinzo Abe devraient jouer au golf dimanche après-midi dans un country club de la banlieue de Tokyo avant de dîner ensemble.

Avant de quitter son bureau pour rencontrer M. Trump, M. Abe a déclaré souhaiter « raffermir l’alliance américano-japonaise » à travers cette « visite historique ».

M. Trump rencontrera lundi l’empereur Akihito et l’impératrice Michiko. Plus tard dans la journée, il tiendra un sommet et une conférence de presse conjointe avec M. Abe, lors desquels la sécurité régionale et le commerce seront les principaux sujets abordés.

Alors que Tokyo s’efforce de mettre en place l’accord commercial du Partenariat transpacifique (TPP) dont les Etats-Unis se sont retirés, Washington souhaite conclure un accord commercial bilatéral avec le Japon, qui s’inquiète que celui-ci ne lui soit défavorable.

M. Trump rencontrera également lundi certains des parents des ressortissants japonais qui auraient été enlevés vers la République populaire démocratique de Corée (RPDC).

Le Japon constitue la première étape de la tournée de M. Trump en Asie, qui le conduira ensuite en Corée du Sud, en Chine, au Vietnam et aux Philippines.

Pas moins de 18.000 policiers sont déployés pour assurer la sécurité à l’occasion de la visite de trois jours de M. Trump, un chiffre record, a révélé la police de Tokyo.

M. Trump assistera également au sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) au Vietnam et au sommet de l’Asie de l’Est aux Philippines.

 

https://chine.in/actualite/cn/arrivee-donald-trump-japon-premiere-etape_103678.html

Macron à Saint-Pétersbourg : et si la France proposait la levée des sanctions contre la Russie ?

Macron à Saint-Pétersbourg : et si la France proposait la levée des sanctions contre la Russie ?

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01.11.2017

Ayant accepté l’invitation au Forum économique de Saint-Pétersbourg, Emmanuel Macron envoie un signal fort : la restauration du dialogue avec la Russie se fera notamment dans le domaine économique, où les sanctions restent un obstacle majeur.

Nul doute qu’il s’agit là d’un symbole : selon le ministre russes des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, le président français Emmanuel Macron a accepté l’invitation de son homologue russe Vladimir Poutine à participer au Forum économique de Saint-Pétersbourg qui se tiendra du 24 au 26 mai prochain. S’il faut y voir un nouveau signe de la volonté partagée par Moscou et Paris d’améliorer la qualité du dialogue franco-russe en dépit de divergences importantes, ce déplacement du chef d’Etat français soulèvera indubitablement l’épineuse question des sanctions européennes contre la Russie, dont les Etats européens devront d’ailleurs décider la prolongation ou la levée à peine quelques semaines plus tard.

Le choix de l’événement à l’occasion duquel doit avoir lieu la visite d’Emmanuel Macron n’est donc pas anecdotique. Le Forum économique de Saint-Pétersbourg, créé en 1997, réunit chaque année plus de 10 000 personnalités du secteur économique et du milieu des affaires venues du monde entier. Si la visite de Vladimir Poutine à Versailles en mai 2017 avait tout d’un sommet diplomatique, celle d’Emmanuel Macron à Saint-Pétersbourg sera sans nul doute placée sous le signe de l’économie.

Les relations économiques franco-russes : un argument de poids en faveur d’un dégel

 

Si les tensions politiques peuvent tendre à le faire oublier, la coopération économique entre la France et la Russie donne des signes de reprise. Après une période de net déclin, les échanges commerciaux entre les deux pays ont augmenté de près de 6% au cours du premier semestre 2016, passant à 6,9 milliards de dollars (6,1 milliards d’euros), selon le ministère russe du Développement économique. En 2016, la France était toujours le principal investisseur étranger en Russie avec 2 milliards de dollars en 2016, hors centres offshores (1,72 milliards d’euros).

 

Loin du ton parfois teinté d’hostilité que peuvent adopter les responsables politiques français, comme lorsque Emmanuel Macron assurait que la France «ne partage[ait] pas les mêmes valeurs» que la Russie, les acteurs économiques français se montrent, eux, bien moins défiants. Auchan, premier employeur entièrement non-russe du pays, Renault, qui a recapitalisé AvtoVAZ, Thales, qui équipe l’avion MC-21, Leroy-Merlin, Sanofi… Nombreuses sont les entreprises françaises de premier plan présentes en Russie et ayant des intérêts stratégiques à y défendre.

Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler que, mis à part ERDF, aucun grand groupe français ne s’est retiré de Russie après le vote des sanctions européennes en 2014 en réaction à la crise ukrainienne. Plus édifiant encore : le groupe énergétique Engie, majoritairement détenu par l’Etat français, a annoncé au printemps 2017 qu’il contribuerait au financement de Nord Stream 2, le projet de gazoduc du groupe russe Gazprom, avec l’aval de l’Etat français ; preuve que, face à la réalité économique, les dirigeants politiques savent garder la tête froide.

Vers une levée des sanctions ?

 

Mais la levée des sanctions européennes contre la Russie ne se décidera pas grâce à la seule vitalité des échanges économiques franco-russes. Pour autant, le choix d’Emmanuel Macron de participer au Forum économique de Saint-Pétersbourg témoigne de l’importance des enjeux. D’ailleurs, lorsqu’il était ministre de l’Economie de François Hollande, en janvier 2016, Emmanuel Macron semblait estimer que la rationalité économique devait l’emporter sur les postures diplomatiques : il annonçait même une levée des sanctions avant l’été 2016…

 

Bien sûr, le costume de candidat, puis celui de président de la République, ont contraint Emmanuel Macron à faire quelques aménagements dans son discours. Néanmoins, le haussement de ton de Bruxelles à l’égard de Washington lors du vote des sanctions américaines contre la Russie en août dernier démontre que l’Europe est prête à aborder le sujet des sanctions de manière dépassionnée. «Nous sommes prêts : nous devons défendre nos intérêts économiques vis-à-vis des Etats-Unis et nous le ferons», a expliqué Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. Au même moment, la ministre allemande de l’Economie allait jusqu’à affirmer que les sanctions américaines contre Moscou devaient appeler des contre-mesures de la part de l’Europe.

Certes, dans le cas des sanctions américaines, c’est avant tout l’impact éventuel de ces dernières sur les entreprises allemandes ou françaises qui était décrié. Mais la réaction unanime de Berlin, Bruxelles ou Paris témoigne d’un sensible changement de paradigme. L’UE semble désormais considérer qu’un désaccord avec un autre Etat ne peut s’exprimer en faisant fi de toute considération économique. Et puisque le principe même d’une sanction économique est d’avoir des répercussions économiques… alors peut-être les Etats européens prennent-ils conscience que les sanctions ne doivent plus être un outil de pression coûte que coûte… et que les intérêts économiques partagés peuvent être des éléments efficaces d’une relation diplomatique constructive ?

Participant au Forum économique de Saint-Pétersbourg en 2016, l’ancien président Nicolas Sarkozy avait déjà plaidé en faveur d’une levée des sanctions. Mais il semble plus difficile de soutenir cette idée une fois tenu aux obligations du pouvoir. Le président Macron se rappellera-t-il des volontés affichées lorsqu’il était ministre de l’Economie ? Le rôle de chef d’Etat lui impose de ne plus envisager le sujet des sanctions sous le seul aspect économique. Peut-être n’a-t-il pas les mains aussi libres qu’il le souhaiterait pour faire abstraction des autres paramètres. Considérée sous cet angle, l’éventualité d’un dégel et d’une prise de position en faveur de la levée des sanctions apparaît comme une décision nécessitant un certain courage politique. Reste à savoir dans quelle mesure Emmanuel Macron saura en faire preuve, et s’il osera faire le premier pas.

 

http://katehon.com/fr/article/macron-saint-petersbourg-et-si-la-france-proposait-la-levee-des-sanctions-contre-la-russie

 

10/17 Actualité internationale Synthèse de l’actualité internationale d’octobre 2017

10/17 Actualité internationale
Synthèse de l’actualité internationale d’octobre 2017

Par Axelle DEGANS, le 1er novembre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Elle est notamment co-auteure chez Ellipses de Les 50 cartes à connaître, Coll. Atout concours, Paris, 2016 ; Histoire, Géographie, Géopolitique. Concours d’entrée aux grandes écoles, Coll. Atout concours, Paris, 2015.

Voici une synthèse de l’actualité internationale d’octobre 2017 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (plus de 10 000 followers)

Un divorce à la catalane ?

En Espagne, la communauté autonome de Catalogne a organisé un referendum illégal le 1er octobre 2017. Sur un corps électoral de 5,3 millions de personnes, 42 % sont venus s’exprimer – les grands partis politiques les conservateurs comme les socialistes et les centristes ont appelés les Catalans à ne pas participer à une élection inconstitutionnelle – et 90 % d’entre eux se sont prononcés pour une indépendance de la région. Ce referendum est un échec à plusieurs titres : il est illégal, la faible participation (42%) lui ôte toute forme de légitimité, il l’est aussi car le premier ministre Mariano Rajoy n’a pas su nouer suffisamment de contacts et un dialogue constructif en amont. Celui-ci a d’ailleurs clairement perdu dans un premier temps la bataille des images, celles des urnes confisquées, celles de violences nées d’interventions visant à empêcher le vote, qui ont abondamment circulées sur les réseaux sociaux. Est-ce pour autant une victoire pour Carles Puidgemont, président de la région catalane ? Rien n’est moins sûr. Que faire d’une élection où la majorité des Catalans ne s’est pas exprimée ? A-t-il réellement un plan pour une Catalogne indépendante ? Ce n’est pas certain au vu de ses tergiversations.

10/17 Actualité internationale
Drapeau en faveur de l’indépendance de la Catalogne

Au regard du droit international, une Catalogne indépendante ne pourrait pas rester membre de l’Union européenne. Elle devrait donc – si elle devenait indépendante – postuler au statut de candidat et donc sortir de l’euro, comme de la garantie offerte par la BCE et du marché unique. Un vent de panique, attisé par Madrid, a déjà soufflé en octobre 2017 sur les investisseurs dont une bonne partie avait choisi la Catalogne pour le marché espagnol et non pas pour le seul marché catalan. Il existe désormais un « risque Catalogne » qui a effet répulsif sur le milieu économique. Cette région représentait en 2016 près du cinquième du PIB espagnol, elle était la quatrième région espagnole pour la richesse par habitant.

Le roi d’Espagne, Felipe VI, a tenu un discours très ferme rappelant l’intégrité du territoire espagnol. L’écrivain Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature, appelle à un maintien de la Catalogne en Espagne. Il s’inquiète de l’hubris ambiante qui fait la part belle aux extrémistes et à l’expression des populismes. La fête de l’Hispanité a eu une résonnance particulière, 65 000 personnes ont défilé à Barcelone pour montrer leur attachement à l’Espagne. Celle-ci voit de nombreux drapeaux attachés aux fenêtres à travers tout le pays. Fait assez inédit – en dehors des rencontres sportives – du fait de la difficulté à exprimer le sentiment national dans l’Espagne postfranquiste.

Les pays européens, comme les États-Unis, affirment leur soutien à Madrid face à Barcelone.

Alors que Mario Rajoy annonce qu’il utilisera l’article 155 de la Constitution espagnole pour lever l’autonomie de la Catalogne et la placer sous tutelle, le 27 octobre 2017 Carles Puidgemont annonce unilatéralement l’indépendance de la Catalogne. Puis il quitte l’Espagne pour la Belgique où il cherche à obtenir un soutien des institutions de l’Union européenne, depuis Bruxelles.

La crise espagnole est inquiétante et plonge le pays dans l’inconnu. Les pays européens, comme les États-Unis, affirment leur soutien à Madrid face à Barcelone. Pour tous, la Catalogne n’est pas un sujet de droit international. Le vrai problème pour la Catalogne n’est pas de se proclamer indépendante mais d’être reconnue comme telle…

… une fragmentation en Europe ?

Le referendum organisé en Catalogne en octobre 2017 donne des idées et risque d’alimenter un phénomène de fragmentation en Union européenne. En Italie, le 22 octobre 2017, Vénétie et Lombardie organisent un referendum pour obtenir davantage d’autonomie vis-à-vis de Rome. Il s’agit encore une fois, des deux régions les plus riches du pays qui ne veulent plus contribuer autant qu’elles le font aujourd’hui au budget du pays. Cela pose encore une fois la question de la solidarité entre régions riches et régions plus pauvres d’un pays, et illustre la montée des égoïsmes régionaux. La Ligue du Nord évoque un « insupportable et inacceptable » transfert de richesse vers le Mezzogiorno méridional. La tenue de ce referendum devrait coûter la somme de 50 millions d’euros… L’issue du scrutin fait peu de doute, seule la participation est intéressante à analyser : en Vénétie elle s’élève à 57 % et à 40 % pour la Lombardie. Le parti nationaliste écossais – le SNP – apporte son soutien aux séparatistes catalans.

Entre Brexit, referendum en Catalogne, en Italie du Nord, de nouvelles aspirations des iles Féroé, c’est le sort de l’Union européenne qui se joue sous nos yeux. Une Union où visiblement la solidarité, sur laquelle est fondée l’œuvre communautaire, n’est plus une valeur qui a le vent en poupe.

… mais une réconciliation ailleurs ?

En Palestine, le Fatah – héritier politique de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat – qui incarne l’Autorité palestinienne installée à Ramallah tend la main en octobre 2017 au Hamas qui tient la bande de Gaza depuis 2007. Les deux frères ennemis n’en sont pas à leur première tentative de réconciliation. D’où l’attitude attentiste d’une population par ailleurs soumise au blocus de ses voisins israéliens – et arabes pour la bande de Gaza – dont les conditions de vie n’ont cessé de se dégrader. Un accord de réconciliation a été signé, l’Autorité Palestine devrait pouvoir rétablir son action sur la bande de Gaza.

Les changements en Europe

Après avoir supprimé les quotas laitiers, avec les conséquences que nous connaissons, l’Union européenne vient de mettre fin le 30 septembre 2017 au quota sucrier, au moment où le marché est offreur. La récolte française s’annonce exceptionnelle, en particulier dans les grandes régions de culture de la betterave que sont les Hauts de France (Nord-Pas-de-Calais-Picardie) et le Grand Est.

Wolfgang Schaüble quitte l’Eurogroupe où il siégeait depuis 2009 (il a donc géré la crise grecque et celle de la zone euro) pour prendre la présidence du Parlement allemand, le Bundestag. Il a mis en garde l’Union européenne sur les risques financiers liés à l’importance des liquidités, des dettes publiques comme privées. Il s’oppose à la vision plus dispendieuse proposée par Emmanuel Macron, le président de la République française.

La réforme du travail détaché est enclenchée fin octobre 2017, alors que les positions polonaise et française semblaient précédemment inconciliables. Les missions seront limitées à 12 mois (ce que voulait Paris), avec la possibilité d’en ajouter 6 (concession arrachée par Varsovie), les travailleurs détachés pourront aussi toucher des primes et des remboursements de frais. Le Parlement doit maintenant approuver cette réforme.


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Le sort des urnes

En Autriche, les élections législatives d’octobre 2017 ont été remportées par Sebastian Kurz à la tête du parti conservateur ÖVP, avec environ 30 % des voix, suivi du parti d’extrême droite, le FPÖ (que dirigeait Jorg Haider en 2000) qui en a recueilli un peu plus de 26%. La campagne électorale s’est polarisée sur la question migratoire. Ce jeune trentenaire décide de s’allier avec le FPÖ.

En République tchèque, le populiste et richissime Andrej Babis recueille, à la tête de son parti ANO, environ 30 % des voix en octobre 2017. Il aura 78 des 200 sièges de la chambre, il doit donc nouer des alliances pour trouver une majorité.

Au Japon, le premier ministre conservateur sortant, Shinzo Abe, a remporté les élections législatives d’octobre 2017 ainsi que deux tiers des sièges de la chambre basse. Le niveau de l’abstention, presque la moitié des électeurs ne s’est pas déplacée, ternit sa victoire.

Au Venezuela, l’élection des gouverneurs confine à la mascarade. Seule la Chine évoque des élections « en douceur », alors que l’ensemble de la communauté internationale conteste son honnêteté.

En Argentine, le président Macri sort renforcé des élections de mi-mandat puisque sa coalition remporte la victoire dans la grande majorité des provinces.

Du nouveau au Sud

La Chine organise, en octobre 2017, le XIXème congrès du parti communiste chinois (PCC), le plus grand parti du monde avec environ 89 millions d’adhérents. Désormais, la pensée de Xi Jinping, sera au même titre que celle de Mao, inscrite dans la charte du PCC, un insigne honneur. Cette décision accroit son pouvoir et sa légitimité et le place dans la lignée de Mao, et surtout de Deng Xiaoping qui a ouvert son pays.

La Chine a accueilli le neuvième sommet des BRIC’s – Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud – à Xiamen, elle appelle à intensifier leurs échanges. Par ailleurs, le roi d’Arabie saoudite se rend à Moscou, une première là aussi pour développer les échanges – somme toute encore modestes – mais aussi opérer un rapprochement diplomatique face à la montée en puissance de l’Iran pour l’un et pour mieux tourner le dos à l’Occident pour l’autre.

La violence encore et toujours…

En Birmanie, l’exode des Rohingyas continue. Fin octobre 2017, plus de 600 000 d’entre eux ont déjà fui les exactions commises avec la complicité du gouvernement : assassinat, incendies des villages, actes de barbarie (enfants brûlés…). L’Union indienne ne veut plus accueillir les réfugiés rohingyas qui sont désormais apatrides.
Les États-Unis ont de nouveau été le théâtre d’un coup de folie d’une rare violence car un homme a tiré en octobre 2017 sur les spectateurs d’un concert de Country à Las Vegas, en tuant près de 60 et en blessant plusieurs centaines. Si les autorités américaines ne croient pas en la nature terroriste de ce geste, ce drame relance la question de la vente et de la circulation des armes aux États-Unis.

La capitale autoproclamée de l’EI est tombée.

Les forces irakiennes, après avoir repris Mossoul, ont mené en octobre 2017 une offensive sur Haouidja, toujours dans la partie nord du pays. La capitale autoproclamée de l’EI est tombée, elle aussi, prise par les Forces démocratiques syriennes (FDS). Ces pertes territoriales affectent durement les finances de l’EI. Aux Philippines, l’armée mène une offensive dans la partie méridionale de l’archipel et Isnilon Hapilon, à la tête de l’EI en Asie du Sud-est aurait été tué.

Alors que le territoire tenu par Daech ne cesse de se rétracter, la promotion de la violence en Occident est une stratégie qu’il encourage comme le montre tragiquement les meurtres de deux jeunes filles à Marseille.

Au Kenya, les tensions restent très vives après l’invalidation, pour fraude, des élections présidentielles remportées cet été par Uhruru Kenyatta. Le nord du Togo est lui aussi endeuillé lors de manifestations d’opposition au pouvoir. A Lomé et à Sokodé les manifestants demandent le départ du président Faure Gnassingbé dont la famille est au pouvoir depuis l’indépendance.

En Somalie, un terrible attentat à Mogadiscio, la capitale, a causé la mort de près de 300 personnes, des civils bien sûr. Il est attribué aux Shebabs, organisation islamiste qui multiplie les attentats. L’Afghanistan est de nouveau victime d’attentats qui ont fait une soixantaine de morts.

A Malte – territoire de l’Union européenne depuis 2004 – la journaliste Daphne Caruana Galizia connue pour son blog, Running Commentary, dans lequel elle dénonce sans ménagement la corruption qui gangrène l’ile, a été assassinée en octobre 2017. Elle avait notamment mis en cause le premier ministre Joseph Muscat pour des comptes au Panama. Cet assassinat provoque l’émoi des dirigeants européens.

Une nature hostile

La Californie affronte en octobre 2017 les pires incendies de son histoire. Des dizaines milliers d’hectares et de maisons ont été détruits, ils ont fait une quarantaine de victimes.
La péninsule ibérique est elle aussi le siège de terribles incendies, en raison d’une forte sécheresse, qui ont tué une quarantaine de personnes. L’été 2017 est particulièrement meurtrier dans la péninsule ibérique. Cela pose en filagramme la question du réchauffement climatique mais aussi de l’efficacité des édiles.

Une gouvernance mondiale bien compliquée

L’Unesco – organisation onusienne pour l’éducation et la culture – voit à regret le départ de deux de ses membres en octobre 2017 : les Etats-Unis puis Israël. Washiington contribue presque au cinquième de son budget. Leur départ est motivé par la reconnaissance de la Palestine comme un pays à part entière et de Hébron comme « zone protégée » du Patrimoine mondiale, la ville est localisée dans la Cisjordanie occupée par Israël.

Selon la Banque mondiale, plus d’un milliard de personnes n’aurait pas d’existence officielle. Ces « invisibles » sont particulièrement nombreux en Asie.

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