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“RIDE-ON KING”: LES COMBATS DE VLADIMIR POUTINE ET LA CONQUÊTE DU MONDE MAGIQUE DANS UNE NOUVELLE SÉRIE DE MANGAS

“RIDE-ON KING”: LES COMBATS DE VLADIMIR POUTINE ET LA CONQUÊTE DU MONDE MAGIQUE DANS UNE NOUVELLE SÉRIE DE MANGAS

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 6 faire un don"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Le discours médiatique traditionnel et l’obsession pure et simple du «puissant» président russe Vladimir Poutine et de ses tentatives présumées n’est pas un secret, mais ils ont fourni des résultats intéressants dans la culture moderne.

Ce n’est un secret pour personne que le « cerveau diabolique » Vladimir Poutine est un « dictateur » et peut-être même le diable, si l’on demande aux diplomates occidentaux et aux MSM.

Malgré tout, il semblerait également que la tentative de construire une image négative de Poutine l’ait transformé en une sorte d’icône opposée au mondialisme.

L’une des incarnations les plus récentes et les plus intéressantes du «puissant» Vladimir Poutine est le personnage principal d’un manga (l’équivalent japonais de la bande dessinée américaine).

CONSEIL: Les panneaux de manga sont lus de droite à gauche.

Le manga s’appelle «Isekai Poutine» ou «le roi du ride», et il met en vedette Vladimir Poutine, mais sous le nom d’Alexandre Puchinov. La ressemblance ne peut être confondue et il est bien évident que le «puissant» dirigeant russe se situe dans une réalité alternative.

Le résumé du travail de fiction est le suivant:

Le président musclé de Pursia, Alexander Purchinov, s’ennuie de la politique et veut de nouveaux défis. Après un incident, il se réveille dans un monde magique où abondent les animaux et les créatures indomptables.

Le pays de Pursia est sous le choc, tandis que son président explore avec bonheur un monde fantastique. Après tout, à l’instar du discours des HSH selon lequel la Russie est sous le contrôle total et complet de Poutine, Pursia est également en désarroi depuis que sa seule force motrice a disparu.

Pursia, à l’instar de la Russie dans le discours de l’establishment dirigé par Washington, est un pays régi par la violence et la poigne de fer de son gouvernement, dont Alexander Purchinov est président à vie.

«Alexander désire toujours être dominant et« piloter »les choses, que ce soit au sens propre ou figuré. Maintenant qu’il est déjà monté dans son pays, sa prochaine cible est un monde fantastique peuplé d’orques, de wyvernes et de centaures ».

Passons maintenant au contenu réel du manga. Dans ses premières pages, la scène est posée: Prusia est un pays d’Asie centrale ( ? ), Fondé il ya 15 ans et qui s’est affranchi des superpuissances mondiales grâce à sa puissance militaire.

Alexander Purchinov (Poutine) est l’unique raison de l’indépendance du pays, il l’a «conduit» vers la liberté et un ordre autoritaire.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Mais Alexandre est malheureux, il a trop de responsabilités à la tête du pays, mais dans son cœur il souhaite aller explorer, seulement s’il en a le temps.

Au début, le processus politique de Pursia est montré, la force aérienne doit être modernisée car ses ennemis pourraient tirer parti de la faiblesse de la force aérienne purgée. Mais le système de santé a aussi besoin d’une refonte.

Finalement, un consensus est atteint: Purchinov décide que le pays devrait se concentrer sur la construction de vaisseaux spatiaux, puisqu’il n’en a pas monté et qu’il doit le faire de son vivant.

Malgré sa nature égoïste, les citoyens de Pursia le respectaient:

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Par la suite, cela montre que Pursia est tellement autoritaire que les armes à feu sont réglementées. Lorsque des terroristes, qui étaient très probablement des «rebelles modérés», ont essayé de le tuer, ils ont dû recourir à un camion.

Naturellement, le puissant Alexandre s’est attaqué au camion et l’a détruit, tout en tapant si fort qu’il a égaré le trottoir dans la rue.

Mais c’est à ce moment-là que le désastre a eu lieu: la tête de sa propre statue s’est brisée sous l’impact des camions et est tombée sur lui.

Et c’est à ce moment que l’histoire vraie commence: Alexander Purchinov s’est réveillé dans un monde fantastique. La première de ses aventures a été celle du puissant président, qui a vaincu un dragon, puis l’a chevauché. Il se sentait excité car il n’avait jamais participé à cette aventure.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Vous trouverez ci-dessous un bref résumé de l’histoire jusqu’à présent, avec 10 chapitres publiés et quelques-uns des panels les plus intéressants:

Les habitants de Pursia commencent à s’inquiéter du sort de leur président. Pendant ce temps, dans le monde fantastique, Alexander Purchinov s’est lié d’amitié avec deux femmes, un chevalier et un magicien.

Même les personnages du monde fantastique savent que «Poutine» est un démon, appelant la tête de sa statue qui est aussi en quelque sorte dans le monde fantastique une «statue de démon», ce que Purchinov doit préciser, il ne s’agit que d’une «statue de moi». . « 

Après cela, nos héros sont allés dans une ville et ont dû charger une lanterne magique, Purchnov ayant maîtrisé le karaté utilisant son ki pour le mettre sous tension, mais il était trop fort pour être manipulé, ainsi la lanterne a éclaté.

Dans le monde fantastique, Alexander Purchinov ne semble pas être aussi pervers que dans le monde réel et aide les races asservies telles que les centaures à recouvrer leur liberté, mais surtout parce qu’il souhaite chevaucher un centaure plutôt que par le bien de son cœur.

Il a même refusé de tuer l’ennemi, il l’a simplement assommé, essayant de compenser le «meurtre et la supercherie» qu’il avait à faire chez lui.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Ses aventures ne s’arrêtent pas là. Il aide ensuite d’autres habitants du monde fantastique à être sauvés de certains orcs et ogres, en utilisant un «art martial de style présidentiel», car être président est absolument tout ce qui doit être expliqué une personne.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Il est également préoccupé par le fait que l’ennemi se bat contre lui 6 à 1, non pas parce qu’il pourrait perdre, mais parce qu ‘ »épargner sa vie est un peu difficile ».

Enfin, il parvient également à chevaucher un ogre, en utilisant un mouvement spécial «à la présidentielle».

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Naturellement, il ne s’agirait pas d’une fiction liée à la Russie sans un ours, que «Poutine» défait facilement, avec un lancer de judo, bien sûr.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

À sa première entrée dans un cachot, il doit se battre contre un énorme dragon en os et son maître. Pour la première fois, Purchninov rencontre un ennemi sur lequel il ne peut pas lancer de judo. Il se souvient donc des enseignements de son ancien maître qui avait déclaré avoir malheureusement le corps d’un «homme ordinaire» et qu’il devait utiliser «le pouvoir de la terre» pour vaincre de plus grands ennemis.

Ce qu’il fait quand la Terre donne à Alexander Purchninov la force de vaincre le dragon ennemi.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

La grandeur du président ne s’arrête pas là, au lieu de détruire le dragon en os, mais en raison de son pouvoir spirituel, le dragon renaît et Purchinov exprime l’espoir de pouvoir se rencontrer en tant qu ‘«amis».

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Dans les 10 chapitres qui ont été publiés, Alexander Purchinov s’est fait de nombreux amis et a vaincu de nombreux monstres, protégeant ainsi les plus démunis. Ainsi, le travail de fiction a commencé comme une sorte de commentaire politique, établissant une ligne de démarcation entre le discours du MSM selon lequel la Russie est un régime autoritaire, puis a développé le «puissant Poutine» en un personnage positif qui semble être le sauveur du monde fantastique.

“Ride-On King”: Vladimir Putin Contests And Conquers Magic World In New Manga Series

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Vladimiroir ou l’aveuglement

Vladimiroir ou l’aveuglement

Publié le 26 Mai 2019 par Observatus geopoliticus in RussieMoyen-Orient

Il y a près de deux ans, nos Chroniques se sont attardées sur la surprenante poutinade consistant à vendre les S-400 à la Turquie d’Erdogan, ce qui provoqua une kyrielle de commentaires parfois indignés. Un petit rappel de ce billet polémique :

« Le ciel rabaisse toujours ce qui dépasse la mesure » disait Hérodote. Aucune homme, aucune femme ne peut prétendre à trop de chance, de beauté ou de gloire sans que les Dieux ne remettent l’audacieux pris d’hybris à sa place, avertissaient les Anciens. La sanction pouvait prendre différentes formes : foudroyage, désastre ou coup de folie.

C’est sans doute dans cette dernière catégorie qu’il faut placer la cagade du président russe. Constamment victorieux ces dernières années sur l’échiquier du Grand jeu eurasiatique, gazier ou moyen-oriental, assistant au déclin et aux fractures internes de l’empire, débauchant les uns après les autres les alliés/vassaux de celui-ci, avançant ses pions partout, participant de la dédollarisation et de la multipolarisation de la planète… Tout cela est sans doute trop et les Dieux ont placé un grain de déraison dans la cervelle de Vladimirovitch.

En avril, nous faisions part de notre…

(…) incompréhension devant une incongruité absolue. Ce blog a suffisamment démontré les talents stratégiques de Poutine pour ne pas relever l’énorme connerie – désolé, il n’y a pas d’autre mot – qu’il s’apprête à faire en autorisant semble-t-il la livraison de S-400 à la Turquie !

Certes la vente n’est pas encore faite, certes il y a des protocoles, certes la Syrie pourrait aussi en bénéficier, mais enfin… Comment avoir une seule seconde confiance en Erdogan ? Comment être sûr qu’il ne refilera pas certains secrets à l’OTAN ou n’utilisera pas les S-400 contre des alliés de Moscou ? Comme oser placer la Turquie du führerinho sur le même pied que des alliés stratégiques comme la Chine ou l’Inde, seuls pays avec l’Algérie à avoir reçu ces systèmes ? Ca nous dépasse.

Eh bien voilà, nous y sommes, c’est là que les Athéniens s’atteignirent… Selon un officiel turc – notons que Rosoboronexport, la société russe d’exportations militaires, garde le silence (de honte ?) – un accord préliminaire a été trouvé pour la livraison dès l’année prochaine de deux batteries S400 ainsi que la production de deux autres batteries sur le territoire turc, impliquant donc des transferts de technologie, ce dont même des alliés traditionnels comme la Chine ou l’Inde n’ont bénéficié. Le tout pour la ridicule somme de deux malheureux milliards et demi.

En lisant l’information, votre serviteur n’a pu s’empêcher ce cri du coeur : mais comment peut-on être aussi c.. ?!

Bien sûr, on nous dira que les protocoles seront stricts, qu’il y a plusieurs niveaux de transferts de technologie et qu’ils seront limités dans le cas turc, que rien n’est encore signé et que la finalisation définitive peut prendre une bonne année, que depuis le temps les Américains doivent maintenant de toute façon connaître les secrets du S400, que cela accélère le divorce entre Ankara et l’OTAN…

Il n’empêche, nos interrogations d’avril restent les mêmes. Comment décemment transférer ce fleurondans les mains du sultan, qui reste un membre de l’alliance atlantique et un adversaire en Syrie ? Pour protéger la Turquie de qui ? Et que dire aux alliés historiques rabaissés au niveau d’Ankara (Chine et Inde) ou en dessous (l’Iran n’a reçu que des S300) ?

Non décidément, les grands de ce monde, même les plus brillants comme le maître du Kremlin, sont parfois pris d’égarement et aveugles à ce que commande le bon sens le plus élémentaire…

25 mai 2019, Syrie. Au terme d’une contre-attaque éclair, les loyalistes, bien appuyés par l’aviation russe, reprennent Kafr Nabudah en bordure de l’Idlibistan. Il n’en fallait pas plus pour que le sultan ouvre à nouveau le robinet des livraisons d’armes à destination des barbus afin de contrer l’avance de l’armée syrienne.

Non seulement les Turcs, contrairement à ce qu’ils avaient promis il y a déjà bien longtemps, n’ont strictement rien fait contre HTS à Idlib, mais ils se permettent même maintenant de fournir des armes susceptibles de tuer les soldats russes présents sur le front !

On reste pantois devant l’aveuglement godiche de Moscou. Les titres ironiques ne manquent évidemment pas de fleurir (« Erdogan, le copain de Poutine, mène une guerre de proxy contre lui en Syrie« ), tandis qu’un bon observateur résume parfaitement la situation :

Errare poutinum est

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/05/vladimiroir-ou-l-aveuglement.html

Le Dessous des cartesMer rouge : guerre froide en eaux chaudes

Le Dessous des cartesMer rouge : guerre froide en eaux chaudes

12 min
Disponible du 25/05/2019 au 23/07/2019
Prochaine diffusion le mercredi 29 mai à 00:25
Sous-titrage malentendant
Ce programme est disponible en vidéo à la demande ou DVD.

Depuis l’ouverture du canal de Suez en 1869, la mer Rouge est devenue une zone de passage et une aire de contacts entre trois continents : l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Axe névralgique du commerce, c’est l’une des mers les plus fréquentées par les pétroliers et les porte-conteneurs, au point d’attiser la convoitise des grandes puissances. Sur ses rives, les armées du monde prennent position.

  • Réalisation :
  • Benoît Laborde
  • Présentation :
  • Emilie Aubry
  • Pays :
  • France
  • Année :
  • 2018

https://www.arte.tv/fr/videos/082241-004-A/le-dessous-des-cartes/

LUCMICHEL.ORG2/ LES BASES DE MA PENSEE GEOPOLITIQUE

# LUCMICHEL.ORG2/ LES BASES DE MA PENSEE GEOPOLITIQUE

 

LM.ORG2 - instagramm 123 geopol

 

Le géopoliticien Luc MICHEL :
« L’Axe Moscou-Pékin contre Washington de 2018 fait irrésistiblement penser aux deux blocs américain et soviétique de la Guerre froide. Comment analyser sur des bases géopolitiques les deux confrontations : celle de 1943-1989 et l’actuelle ?
Pourquoi, plus que jamais, les bases de la Science géopolitique expliquent seules la réalité et la future évolution de ce conflit, qui perdure depuis 2.250 ans : celui de la Terre contre la Mer, de la puissance continentale contre Carthage, de Rome contre Carthage, de Washington (la nouvelle Carthage) contre l’Eurasie en marche (la 4e Rome) ? »

* Video (1) sur EODE-TV/ LUC MICHEL:
TERRE ET MER AU XXIe SIÈCLE (I). L’AXE MOSCOU-PEKIN AU CŒUR DE LA CONFRONTATION GEOPOLITIQUE FONDAMENTALE
https://vimeo.com/290231638

* Video (2) sur EODE-TV/ LUC MICHEL:
TERRE & MER AU XXIe SIÈCLE (II). COMMENT LES FONDEMENTS DE LA GEOPOLITIQUE VONT DETERMINER LE XXIe SIECLE
https://vimeo.com/298220805

* Video (3) sur EODE-TV/ LUC MICHEL :
TERRE ET MER AU XXIe SIÈCLE (III). L’AFRIQUE DANS LA GEOPOLITIQUE MONDIALE
https://vimeo.com/298233255

# VOIR AUSSI :

PAGE SPECIALE Luc MICHEL’s Geopolitical Daily
https://www.facebook.com/LucMICHELgeopoliticalDaily/
PAGE OFFICIELLE III – GEOPOLITIQUE
https://www.facebook.com/Pcn.luc.Michel.3.Geopolitique/

>> NOUVEAU !
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La contrefaçon de marchandises et le rôle des territoires : la géographie mouvante d’un trafic illicit

Mondialisation criminelle

La contrefaçon de marchandises et le rôle des territoires : la géographie mouvante d’un trafic illicite

Par Jérémy LACHARTRE, le 19 mai 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Docteur en géopolitique de l’Institut Français de Géopolitique – Paris 8. Les travaux de Jérémy Lachartre ont porté sur l’analyse des stratégies des pouvoirs publics et des entreprises en matière de lutte contre la contrefaçon de marchandises. Il est l’auteur de plusieurs articles sur ce sujet.

Parmi les aspects de la « face noire de la mondialisation », les trafics illicites transcontinentaux demeurent grâce au décloisonnement du monde, avec une ouverture des frontières favorisant les espaces de libre-échange. Le trafic de contrefaçon de marchandises profite en effet des moyens de transport modernes – notamment maritimes – et s’immisce dans le flux croissant des marchandises licites à travers le monde. Le difficile contrôle de la sous-traitance, le gigantisme des projets de développement des infrastructures logistiques et l’accroissement des zones franches testent toujours un peu plus la résilience des pouvoirs publics face aux mécanismes de la mondialisation économique. Illustré de deux cartes.

CONSIDEREE par certains comme le trafic du XXIéme siècle [1], la contrefaçon de marchandises préoccupe par son efficacité à prospérer à l’échelle planétaire. Portant atteinte aux droits de propriété intellectuelle (DPI), le commerce du faux nuit à la capacité d’innovation, met en péril des industries qui font face à une concurrence déloyale, entraînant des pertes économiques pour les entreprises et les États. Outre les enjeux économiques, les experts et les entités institutionnelles mettent en garde contre une activité liée à la criminalité organisée, qui permet de mettre sur le marché des produits de consommation courante nuisibles pour la santé des consommateurs. Jouissant des outils de la mondialisation tels que le libre-échange, l’intensification de la sous-traitance internationale, le développement des transports, le phénomène profite également de la présence des frontières politiques. Celles-ci sont utilisées par les trafiquants-contrefacteurs pour profiter des avantages de la mondialisation économique en termes de différence de coût de production ou de fluidité du commerce international selon le cadre national. Cela leur permet de contourner aussi – et surtout – les contraintes, en bénéficiant des disparités législatives entourant le DPI, des inégalités de la réponse publique face à la contrefaçon selon les États, pour produire, acheminer et écouler des contrefaçons en quantité industrielle.

En quoi le territoire peut-il être ainsi un lieu de profitabilité pour le trafic de contrefaçon de marchandises ?

Cet article propose de mettre en lumière des territoires qui expliquent la prospérité de ce trafic illicite en raison de leurs rôles dans la mondialisation économique. Il s’agit également de considérer la présence de territoires qualifiés d’ « espaces de non-contrôle » sur lesquels l’autorité de l’État (et de ses institutions) est fragilisée notamment par des conflits armés, des phénomènes de corruption, ou encore l’omniprésence d’une influence criminelle. Cet article veut ainsi apporter quelques éléments de réflexion sur une « géographie de la contrefaçon » dont les dynamiques territoriales sont liées à l’évolution de la mondialisation et aux interventions limitées des services en charge de l’application de la loi sur le territoire.

I. La mondialisation économique : une aubaine pour le trafic de contrefaçons

Parmi les nombreux outils de la mondialisation économique, l’internationalisation des entreprises et la multiplication des sous-traitants à travers le monde permettent à la contrefaçon de marchandises de se développer. La progression des échanges mondiaux de marchandises conteneurisées est également à l’avantage d’un trafic qui s’immisce allègrement dans le flux croissant des produits licites. Malgré l’explosion du Fret express et postal, l’essor du Fret aérien et la progression des transports routiers et ferroviaires, la voie maritime – premier mode de transport international de marchandises – figure encore aujourd’hui comme un des moyens d’acheminement privilégié de la contrefaçon. Dans un contexte de compétitivité entre structures portuaires, des États en faveur du commerce mondial de marchandises participent à la diffusion de biens contrefaits à l’échelle du monde.

Pays de sous-traitance et leurs évolutions : vers l’éclatement de territoires à risques en matière de contrefaçon ?

On fait ici référence à « l’accélération sans précédent de la liberté de délocalisation des firmes dans l’espace mondial [2] ». Les stratégies de délocalisation ont accentué le « risque contrefaçon » dans certains pays de production dans lesquels les législations sont faibles ou contournables en matière de Propriété intellectuelle (PI). Principal fournisseur de produits manufacturés contrefaisants à l’échelle du monde, la République populaire de Chine demeure un exemple probant. Si de nombreuses unités de production de faux subsistent sur son territoire, celles-ci suivent les tendances de la délocalisation vers ses pays voisins. L’apparition de « pays satellites » résulte effectivement des moyens anti-contrefaçons mis en place par les autorités chinoises depuis une dizaine d’années, mais aussi (et surtout ?) d’une montée des coûts de production avec notamment une augmentation des salaires en Chine, ce qui revient pour les entreprises à délocaliser les usines au Cambodge, au Bangladesh, au Vietnam, au Myanmar, à Taiwan où le prix de revient est désormais plus avantageux. Ces pays de sous-traitance sont encore peu soucieux du phénomène de contrefaçon et du respect de la propriété intellectuelle : « Actuellement au Myanmar, la protection de DPI est quasi inexistante en réalité  [3] ». D’autres pays pourraient également devenir des Etats sensibles en matière de contrefaçon sur le continent Africain. Bénéficiant d’une main d’œuvre moins chère et d’une logistique peu coûteuse, des sociétés et usines de produits manufacturés chinoises s’implantent en Éthiopie, où les autorités locales sont encore très peu sensibilisées aux infractions des DPI. L’État chinois pourrait-il ainsi ne plus devenir le principal point noir de la contrefaçon dans les prochaines décennies ? Avec une très forte demande de brevets et d’enregistrements de marques ces dernières années, la Chine compte désormais parmi les pays les mieux classés en matière d’innovation et de création de marques à l’échelle mondiale [4]. Avec l’émergence d’une classe moyenne plus exigeante, la propriété intellectuelle et sa protection tendent à devenir des sujets de plus en plus préoccupants pour les décideurs politiques chinois. Néanmoins, l’existence de l’industrie de la contrefaçon est nécessaire, car elle permet de répondre à des enjeux sociaux. L’industrie du faux permet encore de sédentariser des populations rurales dans des provinces chinoises reculées, en proie à des difficultés économiques.

L’effet pervers d’une concurrence économique interétatique et d’une rivalité entre places portuaires 

Dans un système économique globalisé, le mot d’ordre est celui de la libre circulation des biens. L’une des conséquences importantes de ce processus de massification des échanges commerciaux est la création de gigantesques lieux de convergence de la marchandise qui permettent au commerce du faux de se développer et de se fondre dans le commerce des biens licites. La concurrence mondiale du commerce de marchandises offre des territoires favorables à la fraude. Des intérêts économiques et commerciaux supplantent l’objectif de lutter contre les trafics illicites et la contrefaçon. Au sein de l’Union européenne, des États membres ont des économies qui reposent sur le commerce – notamment portuaire – et adoptent une politique orientée vers la facilitation des échanges, sur la rapidité du dédouanement. Premier en Europe, le port de Rotterdam se livre à une féroce concurrence avec ceux d’Anvers, Hambourg ou Le Havre sur la façade « Northern Range », ou encore avec le Port du Pirée en Méditerranée. De nombreux investissements ont été réalisés pour agrandir la capacité et la performance du port dans un secteur considéré comme une priorité nationale.

Le taux de contrôle théorique dans le port de Rotterdam oscille entre 0,68% et 0,79%, ce qui laisse entrevoir une efficacité relative du contrôle des marchandises et de l’interception des biens contrefaits dans les zones portuaires…

C’est dans ce contexte de concurrence que certains États sont moins enclins à vouloir faire des contrôles qui entraveraient la fluidité du trafic de marchandises : « Les douanes du Benelux et notamment celle des Pays-Bas sont souvent mises en cause par leurs partenaires européens dans leurs capacités à contrôler les flux de marchandises qui transitent par leurs ports et leurs aéroports. Le phénomène de concurrence entre le port d’Anvers et celui de Rotterdam pour la captation de parts de marché a conduit à la baisse du nombre et de l’efficacité des contrôles  [5] ». Le taux de contrôle théorique dans le port de Rotterdam oscille entre 0,68% et 0,79%, ce qui laisse entrevoir une efficacité relative du contrôle des marchandises et de l’interception des biens contrefaits dans les zones portuaires [6]. Pour ces États, il s’agit de capter des flux de marchandises malgré d’éventuelles contraintes liées aux recommandations et directives européennes [7]. Selon François Lafarge, professeur en droit public, « des États membres comme les Pays-Bas et la Belgique ont essayé et en partie réussi, à jouer sur l’environnement juridique en utilisant les marges de droit qui leur restent  [8] ». Les États membres concernés ont depuis longtemps capitalisé sur des positions géographiques privilégiées et continuent de le faire avec des investissements économiques importants. Cette concurrence entre places fortes de l’activité du commerce portuaire ne favorise pas les contrôles, et in fine la lutte contre la contrefaçon.

La contrefaçon de marchandises et le rôle des territoires : la géographie mouvante d'un trafic illicite
Carte 1. Le commerce de marchandises par voie maritime : une porte d’entrée de la contrefaçon de marchandises au sein de l’UE ?
Cliquer sur la vignette pour voir en grand format la carte « Le commerce de marchandises par voie maritime : une porte d’entrée de la contrefaçon de marchandises au sein de l’UE ? » Réalisation Jérémy Lachartre pour Diploweb.com

Fluctuation des « Shipping lignes » : des routes de la contrefaçon en constante évolution ?

Pour l’acheminement de biens contrefaits, les contrefacteurs utilisent bien volontiers un procédé lié à la conteneurisation et à l’augmentation des échanges de marchandises : « rupture de charge » ou technique de « l’acheminement indirect » [9]. Plusieurs territoires servent en effet de lieux de transit pour les marchandises avant d’être expédiées vers la destination finale. Cette technique permet de casser les routes de la contrefaçon dans l’optique de rendre opaque l’origine de la marchandise. De plus, avec l’émergence de nouveaux hubs [10], les routes du commerce de marchandises changent et celles de la contrefaçon évoluent. On pourrait ainsi traiter de la géopolitique du trafic maritime avec les lignes maritimes qui bougent selon les achats ou les rachats des compagnies d’infrastructures portuaires. La concurrence entre compagnies maritimes – sur fond de rivalités interétatiques – modifie en effet les shipping lignes dans une situation de « guerre tarifaire ». À titre d’exemple, le port de Djibouti et celui de Berbera font l’objet d’un jeu de concurrence entre les Emirats Arabes Unis (EAU) et la République Populaire de Chine pour s’emparer de la – stratégique – côte Est de l’Afrique. La première action concrète remonte à mai 2016, lorsqu’un contrat a été signé entre le géant de l’industrie portuaire Dubaï Ports World et l’Etat autoproclamé du Somaliland. Il s’agit d’investir 400 millions de dollars en trente ans pour développer le port [11]. Spécialisé dans l’export de bétails vers les pays du Golfe, le port de Berbera peut, étant donné sa position stratégique, devenir un hub et une porte d’entrée du commerce de marchandises sur cette façade maritime. L’émergence de Berbera pourrait ainsi concurrencer les infrastructures portuaires de Djibouti qui a très largement bénéficié d’investissement chinois. C’est en tout cas une volonté du Somaliland et de l’Éthiopie dans l’optique de voir une seconde porte d’entrée de la marchandise. Enjeu économique du pays, le port de Berbera – notamment sous l’emprise d’une organisation locale et clanique bien présente depuis longtemps – peut ainsi être à l’avenir une zone à risques pour le transit de la marchandise contrefaisante. En Afrique centrale, d’autres projets d’investissements sur des ports en eaux profondes (rénovation du Port d’Owendo au Gabon, projet d’investissement sur le port de Banana en RDC etc.) pourraient également jouer sur les shipping lignes, ce qui influerait sur de potentielles routes de la contrefaçon.

Ainsi les « nouveaux » pays de délocalisation sont des territoires à risques pour la contrefaçon, tout comme les pays qui – en général – mettent en avant le commerce international dans un contexte de concurrence commerciale entre entités étatiques. Reflet d’une tendance à la globalisation économique, l’essor des zones franches à travers le monde requiert également une attention bien particulière. Comme on le verra par la suite, ces territoires en faveur du commerce mondial de marchandises font partie des espaces qualifiés de « non-contrôle », participant à la prospérité du trafic de contrefaçons.

II. Des « espaces de non-contrôle », des lieux de profitabilité pour le trafic de contrefaçon ?

Peu propices à l’intervention des services en charge du contrôle des marchandises, les territoires ici nommés « espaces de non-contrôle » sont tous favorables aux trafics illicites en général, produits contrefaits compris. Ce terme englobe volontairement des territoires aux caractéristiques différentes (« zones grises », zones franches portuaires), mais ils ont un dénominateur commun : celui d’échapper – totalement ou en partie – à la compétence des acteurs publics chargés de la veille, des contrôles et de l’action répressive au niveau territorial.

Le concept des « zones grises » et « zones blanches » : l’intérêt d’une gouvernance faible (ou complice) en faveur de la contrefaçon

Mis en lumière par l’académicien Jean-Christophe Rufin au début des années 1990, le concept de « zone grise » faisait référence à des espaces géographiques qui deviennent des états de non-droit [12]. Ces espaces représentent « des régions devenues inaccessibles et hostiles à toute pénétration (…), (dans lesquelles) aucun gouvernement n’est en mesure de contrôler la situation ou de faire appliquer les règles minimales du droit [13] ». Encore aujourd’hui en proie à des discussions quant à sa réelle définition [14], cette notion concerne ici des territoires qui échappent à l’emprise (totale ou partielle) des entités étatiques et à leurs services en charge de l’application de la loi sur un espace géographiquement délimité. Ces territoires seraient notamment en prise avec une influence criminelle, permettant le développement des activités illégales et des trafics illicites en général : « Pour le crime organisé, le territoire est un lieu de production, de stockage, de transit, de distribution, bref de trafic qu’il doit impérativement contrôler et « vassaliser » afin de permettre à son activité de s’épanouir, sans être gênée par les forces de l’ordre et les concurrents potentiels. Sans un ancrage territorial fort, les organisations criminelles (ou insurrectionnelles) ne peuvent exercer leur « commerce » en toute liberté, ou presque » [15]. Ceci étant dit, une concentration des activités criminelles sur un territoire ne fait pas forcément de lui une zone grise. Les organisations criminelles ne sont pas toutes « destructrices » de l’État sur lequel elles font leurs activités. Parfois, elles ont même besoin de l’entité étatique et d’une certaine stabilité économique et politique pour développer des activités illicites, voire s’immiscer dans l’économie légale [16]. Pourtant, la présence de l’Etat et le respect du droit national (ou international) peuvent diminuer, laissant la place au délitement des autorités publiques, à l’isolement économique et juridique de la zone, avec un accroissement de la violence et des activités illégales. Dans un rapport de l’organisation Waito, certaines de ces zones grises jouent un rôle dans le trafic de contrefaçon [17]. Il en va ainsi de sous-ensembles ou d’Etats candidats à l’Union européenne. Le territoire de Herceg-Bosna [18]est cité tout comme la République Srpska [19] et le Monténégro, dans lesquels les autorités locales participeraient directement à différents trafics illicites en lien avec la sphère mafieuse. L’Albanie – également candidate à l’Union européenne – serait aussi un territoire à risques tout comme la Transnistrie, république auto-proclamée située entre la Moldavie et l’Ukraine, deux Etats officieusement candidats à l’UE mais sans en avoir le statut. Des territoires en situation de conflits armés – comme la Lybie – influent également sur le trafic [20]. L’opération « Gryphon » de l’Organisation Mondiale des Douanes (OMD) a permis de souligner l’importance des zones instables (Afghanistan, Ukraine et la Syrie) comme points de livraisons de cigarettes illicites (contrebande et contrefaçon). Les conteneurs arrivant sur ces territoires sont difficilement traçables, avec des contrôles douaniers « temporairement désorganisés » [21]. Les trafiquants profitent de ces territoires où la gouvernance est considérée comme faible, avec une forte présence de réseaux criminels organisés ou terroristes [22]. De même, on évoque le rôle joué de « zones blanches », celles-ci seraient des territoires stratégiques qui ne figureraient pas sur la carte [23]. Selon les chercheurs Franck Guarnieri et Eric Przyswa, ces « territoires fantômes » interviendraient dans le trafic de contrefaçon de médicaments, avec l’implication directe de l’armée chinoise ou russe. Si ces informations ne peuvent pas être complètement validées comme nous le rappelle Franck Guarnieri, ce concept est pertinent car plusieurs zones industrielles, notamment en Chine, sont considérées comme des « zones de non droit, dangereuses et difficilement accessibles ».

La face obscure des zones franches et portuaires

Les zones franches sont également des territoires défavorables aux contrôles (pertinents) de la marchandise. Outils de la mondialisation économique, ces « Free zone » sont des espaces délimités favorisant une réglementation souple, un régime fiscal allégé et un faible coût pour les opérateurs économiques. Ces zones ne bénéficient pas seulement aux activités légales et sont même devenues un véritable problème car les contrôles y sont en réalité très limités. Représentant de l’association « Business Action to stop counterfeiting and piracy » (BASCAP), Jeffrey Hardy estime que « la prolifération des zones franches s’accompagne d’une vulnérabilité accrue à toute une série de délits, commis par des criminels qui tirent profit de la surveillance plus lâche, d’un régime de contrôles douaniers plus souple et du manque de transparence qui y prévaut » [24]. Certaines de ces zones franches sont spécialisées dans la diffusion de biens contrefaits, en jouant le rôle de plaque-tournante, comme Jebel Ali à Dubaï, Tanger Med au Maroc ou Hong-Kong. Pour l’ancien coordinateur de la lutte anti-contrefaçon à l’OMD, Christophe Zimmermann, « ce qui dérange le plus ce sont les ports francs. Aucune organisation, ni administration ne peut contrôler ces zones franches. Les conteneurs peuvent entrer, être déchargés, puis rechargés avec n’importe quoi. Le « connaissement maritime » est alors changé plusieurs fois pour brouiller les pistes  ». Les contrefaçons sont ainsi importées dans ces zones franches par des cargaisons qui y sont blanchies en déguisant l’origine pour apposer la contrefaçon de marque. Les contrefaçons sont ensuite transformées et emballées comme des produits finis avant d’être exportées. À cela s’ajoute la présence d’organisations de type mafieuse installées dans les structures portuaires. La surveillance des trafics est pour le moins aléatoire du fait de phénomènes locaux de corruption. Les autorités portuaires et leurs personnels ne sont pas forcément disposés aux contrôles dans leur zone.

Des « mafias des docks » et autres « confréries » s’adonneraient à des arrangements illicites comme en France, en particulier dans le port de Marseille.

Lors de son enquête de terrain, le gendarme et docteur en Géopolitique Jean-Charles Antoine s’est confronté à des difficultés pour pénétrer les milieux des docks dans les ports européens [25]. Les opérations de chargement et déchargement des cargaisons, qu’elles soient en transit ou non, sont strictement interdites aux personnes étrangères au port. Des « mafias des docks » et autres « confréries » s’adonneraient à des arrangements illicites comme en France, en particulier dans le port de Marseille. Si peu de saisie se font dans ce port, c’est en partie à cause de « certaines organisations syndicales qui ont le monopole du recrutement des dockers, qui contrôlent le régime de travail, leurs horaires et qui assurent des prélèvements libératoires sur les marchandises, qu’elles soient vraies ou fausses pour nourrir la caisse légale ou occulte, surtout occulte de ces organisations quasi-mafieuse  [26] ». Dans ces zones portuaires, les bonnes conditions ne sont pas requises pour un contrôle efficace de la marchandise. Les conteneurs suspects ne sont pas exposés lors des interventions douanières et le travail « en toute discrétion » est quasi-impossible. Un système « de type mafieux » de la gestion de certains ports en serait la cause.

Diploweb.com : De même que la prospérité des « paradis fiscaux »-territoires de dissimulation fiscale interroge sur la volonté des Etats les plus puissants de la réduire, l’essor de la contrefaçon de marchandises questionne sur le manque de moyens alloués à la lutte contre cette forme de criminalité, notamment dans l’espace maritime. Sans parler de la criminalité financière dite « en col blanc ». Quelles sont les parts de l’ignorance, de l’incapacité et celle de la complicité ? Le moment est-il venu d’arrêter de « faire semblant  » ?

Autres « espaces de non-contrôle », les marchés considérés comme « fermés » à toutes intrusions des services de sécurité. À titre d’exemple, le marché de Sankar-Yaaré, situé dans le centre de Ouagadougou au Burkina Faso, est un lieu sensible pour le trafic de faux médicaments avec la présence de grossistes et semi-grossistes. Pour un agent de la force publique, il est difficile d’accéder ou du moins d’opérer dans certains marchés. Les services en charge du contrôle se font lyncher par les commerçants et leurs vies sont véritablement menacées. Ainsi, quelle que soit l’échelle étudiée, ces territoires aux caractéristiques parfois bien différentes contribuent au développement de la contrefaçon de marchandises.

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Carte 2. Des pays a risques pour l’Union européenne en matière de contrefaçon : des specificités territoriales favorables ?
Cliquer sur la vignette pour agrandir la carte « Des pays a risques pour l’Union européenne en matière de contrefaçon : des specificités territoriales favorables ? » Réalisation : Jérémy Lachartre pour Diploweb.com

Conclusion

Parmi les aspects de la « face noire de la mondialisation » du criminologue Xavier Raufer, les trafics illicites transcontinentaux demeurent grâce au décloisonnement du monde, avec une ouverture des frontières favorisant les espaces de libre-échange [27]. Le trafic de contrefaçon de marchandises profite en effet des moyens de transport modernes ou traditionnels et s’immisce dans le flux croissant des marchandises licites à travers le monde. Le difficile contrôle de la sous-traitance, le gigantisme des projets de développement des infrastructures logistiques et l’accroissement des zones franches testent toujours un peu plus la résilience des pouvoirs publics face aux mécanismes de la mondialisation économique. L’insuffisance des dispositifs de contrôle explique la présence de territoires propices au phénomène, dans lesquels des considérations économiques prévalent sur les enjeux sécuritaires. Par ailleurs, l’épanouissement de la contrefaçon réside dans l’inertie des pouvoirs publics à combattre les illégalités, incapables de faire appliquer les lois sur certaines zones de son territoire et ce, que ce soit volontaire ou non. Ces espaces de profitabilité, de par leurs caractéristiques, contribuent à l’essor d’un trafic dont la géographie est mouvante. Le phénomène s’adapte et évolue selon les spécificités territoriales qu’elles soient politiques, sociaux-économiques ou encore culturelles. Le fondement économique d’un pays, l’environnement politique, la fragilité de l’État de droit, les inégalités de richesse, les phénomènes de corruption, l’ancrage criminel, ou encore la vision consumériste sont autant de critères qui conditionnent géographiquement l’implantation des usines de faux, la distribution et de la vente de contrefaçon de marchandises. Opportunistes, les trafiquants savent très bien profiter des failles, et s’adaptent très rapidement aux contextes qu’ils soient locaux, nationaux ou internationaux. En insistant sur la notion de territorialité, le sujet de la contrefaçon de marchandises permet ainsi de contribuer à une réflexion plus large et conceptuelle d’une géographie de l’illégal [28].

Copyright Mai 2019-Lachartre/Diploweb.com



Bibliographie :

Cattaruzza (A.), 2012, « Zones grises », interstices durables de la carte politique ? Relecture critique d’un concept géopolitique », Risque et conflits, Bulletin de l’Association de Géographes français.

Champeyrache (C.), 2009, « Mafia et économie légale : pillage et razzia »,Hérodote, vol. 134, no. 3, pp. 125-137.

Lachartre (J.), 2018, « La contrefaçon de marchandises et ses territoires : modalités et enjeux d’une lutte contre un trafic illicite », Thèse en Géopolitique, CRAG/IFG, Université Paris 8.

Lachartre (J.), 2016, « Contrefaçons, ciblage et contrôle à l’heure de la mondialisation : « Trouver l’aiguille dans une botte de foin ». Cahiers de la Sécurité et de la Justice, Revue de l’INHESJ N°35-36.

Minassian (G.), « Zones grises. Quand les Etats perdent le contrôle  », Biblis, 2018.

Pascallon (P.) (Sous la direction), 2006, « Les zones grises dans le monde d’aujourd’hui : le non-droit gangrène-t-il la planète ? » ; L’Harmattan.

Raufer (X.), 2013, « Géopolitique de la mondialisation criminelle : La face obscure de la mondialisation », Puf.

https://www.diploweb.com/La-contrefacon-de-marchandises-et-le-role-des-territoires-la-geographie-mouvante-d-un-trafic.html

Vidéo. M. Lefebvre Géopolitique des relations franco-allemandes de 1945 à 2019

Vidéo. M. Lefebvre Géopolitique des relations franco-allemandes de 1945 à 2019

Par Fabien HERBERTJoséphine BOUCHERMaxime LEFEBVREPierre VERLUISE, le 8 mai 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Maxime Lefebvre est diplomate, Professeur en Questions internationales à Sciences Po et Professeur affilié à l’ESCP Europe. Auteur de nombreux ouvrages. 
Images et son : Fabien Herbert. Résumé : Joséphine Boucher. Une conférence organisée par Pierre Verluise Diploweb.

L’ Ambassadeur Maxime Lefebvre s’exprime à titre personnel. Il présente clairement l’évolution des relations franco-allemandes depuis 1945, conjuguant les approches géopolitique et historique. La vidéo (54’) est accompagnée d’un résumé.

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Résumé par Joséphine Boucher pour Diploweb.com

L’intervention de M. Lefebvre identifie les traits structurants des relations franco-allemandes depuis 1945, conjuguant les approches géopolitique et historique. La rivalité franco-allemande a été structurante dans le système international et européen à partir de la formation de l’unité allemande. Dès 1871, Otto von Bismarck créé un système d’alliances pour isoler la France à travers un réseau d’alliances diplomatiques visant à empêcher une revanche française. Après le conflit franco-allemand de 1914 et à partir du système de Paris de 1919, l’Allemagne humiliée par le Traité de Versailles fait face à une France qui tente de maintenir sa position de prépondérance. Néanmoins, les années 1920 sont synonymes d’un rapprochement incarné à l’époque par Aristide Briand et Gustav Stresemann, respectivement ministres français et allemand des Affaires étrangères de 1925 à 1932 pour l’un et de 1923 à 1929 pour l’autre. Ils sont en fait les inventeurs du couple franco-allemand, partageant l’idée de promouvoir la paix. En 1945, la défaite de l’Allemagne d’Adolf Hitler marque le début d’une nouvelle période qui peut être divisée en six étapes.

Vidéo. M. Lefebvre Géopolitique des relations franco-allemandes de 1945 à 2019
Maxime Lefebvre
Diplomate, M. Lefebvre s’exprime ici à titre personnel

La première étape est celle de la réconciliation entre les deux pays et du lancement du projet communautaire. Avant 1949 et la création de deux Etats ouest-allemand et est-allemand, la première préoccupation française est d’empêcher la résurgence d’une menace allemande. Elle aboutit à deux traités dirigés contre le danger allemand, le traité franco-britannique de Dunkerque et un accord en 1948 pour souder l’Europe occidentale. La Guerre froide (1947-1990) correspond ensuite à un changement de contexte total. La menace principale devient l’Union soviétique et les Français initient la construction européenne avec la déclaration Schumann du 9 mai 1950 et la proposition de mettre en commun les industries du charbon et de l’acier des pays d’Europe de l’Ouest. Il s’agit alors de mutualiser des industries dédiées à l’origine à l’armement national et d’accomplir des réalisations concrètes créant des solidarités de fait. La Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) naît en 1951 et, dans ce contexte de tensions, le plan Pleven proposé en 1950, signé en 1952 mais disparu en 1954 avait pour objet d’étendre la construction européenne à la défense en créant une communauté européenne de défense (CED). Il convient de noter que cette première Europe à 6 surnommée l’Europe carolingienne reste exclusivement occidentale et n’inclut que Allemagne de l’Ouest (RFA). La signature des traités de Rome en 1957 complète la CECA d’une Communauté économique européenne (CEE) et d’une Communauté européenne de l’énergie atomique (CEEA ou Euratom).

Zbigniew Brzezinski : « À travers la construction européenne, la France vise la réincarnation et l’Allemagne la rédemption. » Le Grand Echiquier (1997)

La deuxième phase correspond à la création d’un couple franco-allemand qui incarne une relation résumée par Zbigniew Brzezinski dans Le Grand Echiquier (1997) comme suit : « À travers la construction européenne, la France vise la réincarnation et l’Allemagne la rédemption. » La construction européenne semble être alors un levier de puissance pour la France et un moyen de reconstruire une souveraineté et une identité pour l’Allemagne. Ce couple si caractéristique est d’abord incarné par le Général C. de Gaulle et le chancelier K. Adenauer qui signent le traité de l’Elysée le 22 janvier 1963. Celui-ci établit un partenariat privilégié entre les deux pays. Malgré cela, il n’est pas le fondement d’une grande politique franco-allemande en raison des réticences allemandes à s’enfermer dans une relation bilatérale avec le voisin français.

Après le départ de C. de Gaulle, il est possible d’étendre la communauté au Royaume-Uni tout en solidifiant l’édifice européen. C’est la troisième phase, celle de l’élargissement et de l’approfondissement. C’est aussi la période de l’Ostpolitik et de Willy Brandt et Georges Pompidou. L’Allemagne fédérale mène alors sa propre politique vis-à-vis de l’URSS, elle veut détendre les relations avec l’Est et rapprocher les deux Allemagne selon une politique dite des transformations par le rapprochement. Cela aboutit à une détente dans le couple franco-allemand et à la reconnaissance des deux Etats allemands l’un par l’autre. Finalement, les changements sont à l’époque plus impulsés par l’Allemagne de l’Ouest que par le couple franco-allemand. Le premier élargissement nordique de 1973 au Danemark, au Royaume-Uni et à l’Irlande ouvre l’Europe communautaire à 9 Etats membres et s’accompagne de progrès avec la création d’une union politique européenne et d’une union monétaire via une coopération monétaire qui annonce la monnaie unique. De 1974 à 1982, deux leaders dominent le couple franco-allemand, ce sont le président Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981) et le chancelier Helmut Schmidt (1974-1982). Les années 1980 sont celles d’un autre couple avec François Mitterrand à partir de 1981 et Helmut Kohl en 1982. Ils établissent une relation de confiance et un partenariat à travers la crise des euro-missiles, qui constitue un moment de solidarité important, et la commémoration de Verdun en 1984 dont la fameuse poignée de main est depuis intégrée dans le pathos franco-allemand. Ce sont les années de l’élargissement méditerranéen et de l’Europe à 12, mais aussi de la centralité française, qu’elle soit géographique ou d’influence. Les nouveaux progrès dans l’approfondissement sont marqués par l’accord de Schengen en 1985 qui ouvre la voie à la libre circulation des personnes entre la France, l’Allemagne et le Benelux. L’Acte unique de 1986 achève le marché intérieur et le passage d’un marché commun à un marché unique. Dans cette relation franco-allemande privilégiée, de nouvelles institutions apparaissent également : ce sont le Conseil franco-allemand économique et financier en 1988 et le Conseil franco-allemand de défense et de sécurité, et une chaîne de télévision commune et bilingue, Arte.

Maxime Lefebvre
Diplomate, M. Lefebvre s’exprime ici à titre personnel

La décennie suivante marque une nouvelle étape de la relation. La réunification allemande en 1990 signe la fin de la Guerre froide, le mur de Berlin est tombé, le communisme vit ses derniers jours à l’est et l’Europe de l’est entre dans une phase de démocratisation. C’est aussi un moment de méfiance entre la France et l’Allemagne surmonté par des progrès comme le traité de Maastricht signé en février 1992 et dont le point central est la monnaie unique, l’euro, mis en circulation le 1er janvier 2002. Par ailleurs, l’instauration d’une politique étrangère commune et d’une coopération en matière de justice et d’affaires intérieures permettent un nouvel élargissement de l’UE aux pays neutres, à savoir la Suède, la Finlande et l’Autriche en 1995. C’est à ce moment-là que le français devient minoritaire dans les institutions européennes au profit de l’anglais, dessinant une Europe plus nordique et plus anglophone. Gerhard Schröder, le successeur de Kohl en 1998 adopte un langage nouveau : il veut défendre les intérêts allemands et mène une politique de basculement vers l’est. La capitale allemande est déplacée de Bonn à Berlin et on constate un changement de l’équilibre géopolitique de l’Allemagne, qui fonde des liens commerciaux forts avec les pays de l’est européen.

Le rapprochement concerne aussi le refus de la guerre en Irak en 2002-2003, formant alors un axe géopolitique Paris-Berlin-Moscou contraire à la politique unilatérale de Georges W. Bush.

Le début du XXIème siècle correspond à une période de tensions dans la relation franco-allemande avec des sommets dont celui de Nice en 2000. Les dirigeants lancent alors le processus de Blaesheim qui consiste à organiser des rencontres régulières, environ tous les deux mois, entre les chefs d’Etat et de gouvernement et les deux ministres des Affaires étrangères. À cette époque là, des dirigeants socialistes français proposent de créer une union franco-allemande, idée reprise en 2003 par Dominique de Villepin. À cette période de tensions en 1999-2000 suit une phase de rapprochement entre 2002 et 2004 qu’incarnent Jacques Chirac et Gerhard Schröder et des accords franco-allemands, notamment sur la Politique agricole commune et son financement en 2002. Celui-ci stipule à la fois un maintien du budget de la PAC et une augmentation progressive des aides aux agriculteurs de l’est. Le rapprochement concerne aussi le refus de la guerre en Irak en 2002-2003, formant alors un axe géopolitique Paris-Berlin-Moscou contraire à la politique unilatérale de Georges W. Bush. En 2003, on parle même de Conseil des ministres franco-allemands. Par ailleurs, le projet de Constitution pour l’Europe pensé en 2004 est un autre moment de travail commun entre Français et Allemands. Cette proximité franco-allemande prend la forme d’une influence modératrice et positive de J. Chirac et G. Schröder auprès de V. Poutine lors de la première crise ukrainienne de 2004-2005. Pourtant, les divergences politico-économiques se développent à partir de 2002 suite aux réformes douloureuses de Schröder et à l’ascendant économique allemand qui fait face à une France qui s’enlise dans l’immobilisme. Malgré tout, le couple franco-allemand est toujours là : lors de la crise économique de 2008, le couple N. Sarkozy -A. Merkel tente de maintenir un équilibre entre solidarité avec les Grecs et responsabilité avec renforcement de la discipline à travers un pacte budgétaire conclu en 2012. Quand surgit une nouvelle crise ukrainienne en 2013-2014, François Hollande et Angela Merkel prennent l’initiative ensemble de créer le “format Normandie“ qui réunit la France, l’Allemagne, l’Ukraine et la Russie pour tenter de régler diplomatiquement la crise.

Enfin, la dernière étape plus contemporaine du Brexit et le départ annoncé des Anglais signent un bouleversement géopolitique européen aussi marqué par le frein allemand. Les blocages actuels concernent la tendance allemande moins intégrationniste et favorable à une Europe supranationale qu’auparavant. Nos voisins d’outre-Rhin semblent plus attentifs à défendre leurs intérêts, plus immobilistes et moins aptes à renforcer le budget européen et à encourager une intervention militaire extérieure.

Alors, quel poids franco-allemand dans l’UE aujourd’hui ? Les deux pays représentent ensemble plus d’1/3 de la population de l’UE à 27 et forment 55% du PIB de la zone euro. Des divergences persistent sur les plans politique, culturel et économique et l’Allemagne reste la puissance centrale de l’Europe par rapport à une France qui semble moins performante et plus demandeuse dans la relation franco-allemande. En témoigne le récent traité d’Aix-la-Chapelle signé le 22 janvier 2019 qui rénove la relation et introduit des nouveautés comme la coopération transfontalière, une clause de défense collective et l’inscription que le but des deux pays est que l’Allemagne ait un siège au Conseil de sécurité de l’ONU.

Finalement, le risque d’une relation franco-allemande détériorée est celui d’une déconstruction européenne. Cette relation est le trait d’union qui permet l’unité européenne. Un véritable levier franco-allemand nécessite alors un besoin de confiance et de volonté mais il ne peut pas s’agir d’une relation exclusive.

Copyright pour le résumé Mai 2019-Boucher/Diploweb.com


Cette conférence de M. Lefebvre était organisée au bénéfice des étudiants d’Hypokhâgne de la CPGE de Blomet (Paris), découvrez son site et sa page Facebook Prépa Blomet


Plus

Quelques ouvrages de Maxime Lefebvre en relation avec le sujet de cette conférence :

Maxime Lefebvre, L’Union européenne peut-elle devenir une grande puissance ? éd. La documentation française

Maxime Lefebvre, La construction de l’Europe et l’avenir des nations, éd. Armand Colin

Maxime Lefebvre, La politique étrangère européenne, éd. PUF

Persica

 

Persica

Publié le 17 Mai 2019 par Observatus geopoliticus in Moyen-OrientHistoirePétroleEtats-Unis

Contre qui donc la guerre doit-elle être faite par les gens qui n’ont en vue que la justice ? N’est-ce pas contre des ennemis naturels et héréditaires qui possèdent beaucoup de biens et sont tout à fait incapables de les défendre ? Or les Perses répondent à toutes ces conditions.

Ces paroles ne sont pas de John Bolton. Elles ont été prononcées par Isocrate il y a 25 siècles. Platon Pompeo en rajoutait une couche : Ils ne se sont pas arrêtés sur la pente de la décadence (…) Leur régime gouvernemental est vicié par un excès de servitude chez le peuple et un excès de despotisme chez les maîtres. Quelques décennies plus tard, Alexandre – qui n’est jamais appelé le Grand en Iran – mettait ces menaces à exécution, envahissait l’empire achéménide et incendiait Persépolis.

Deux millénaires et demi plus tard, l’empire US nous rejoue la pièce bien peu originale de la grande croisade contre la bête noire perse/iranienne, devenue chiite entretemps. On sait que c’est pour casser l’arc du même nom que la guerre syrienne a été préparée :

La problématique centrale du conflit est l’arc chiite Iran-Irak-Syrie-Hezbollah.

Cet arc est, pour diverses raisons, la bête noire des Etats clients/alliés de l’empire américain au Moyen-Orient.

Pour les pétromonarchies du Golfe, Arabie saoudite et Qatar en tête, il empêche de faire passer leurs pipelines vers la Turquie et l’Europe. Cela se double, pour Riyad, d’une véritable obsession religieuse vis-à-vis de l' »hérésie » chiite.

Pour Israël, l’arc, qui se nomme lui-même axe de la Résistance et soutient la cause palestinienne (les sunnites ont depuis longtemps abandonné la lutte), est l’ennemi à abattre. Il est synonyme de continuum stratégique qui ravitaille le Hezbollah au Liban.

La Turquie a une position géographique exceptionnelle et prétend devenir l’interface énergétique par laquelle passeraient les gazoducs et oléoducs des pétromonarchies. De plus, Erdogan a engagé une ambitieuse politique néo-ottomane sunnite qui lorgne vers le Sud.

Pour les Américains, outre le fait de plaire à leurs protégés (c’est le rôle de tout empire) et de mettre des bâtons dans les roues de l’Iran, leur ennemi depuis 1979, cela permettrait de squizzer énergétiquement la Russie et de la remplacer, sur le marché européen, par les hydrocarbures du Golfe.

Ainsi, tout concourt à ce que « quelque chose se passe ». Dès 2007, dans un article prémonitoire intitulé The redirection, Seymour Hersh indiquait que la « guerre contre le terrorisme » avait laissé place à la guerre contre les chiites, pourtant ennemis mortels des terroristes sunnites qui mettaient l’Occident et le monde à feu et à sang. Rien d’étonnant à cela, les Américains avaient déjà profité de l’émotion du 11 septembre pour régler leurs petits comptes géopolitiques et attaquer Saddam, pourtant adversaire d’Al Qaïda…

Quelque chose se prépare donc, mais où ? Attaquer l’Iran de front est impossible après les fiascos irakien et afghan. Ré-attaquer l’Irak « libéré » quelques années auparavant est invendable auprès de l’opinion publique. Quant au Hezbollah libanais, il est par trop excentré et Israël s’y est d’ailleurs cassé les dents en 2006. Le maillon faible est la Syrie. C’est là que les efforts vont se porter.

Dès la fin des années 2000, le plan est prêt, comme l’expliquera Roland Dumas. La vague des « Printemps arabes » de 2011 est un prétexte idéal. Qu’une partie des Syriens se soulève réellement, sans arrière-pensées, contre Assad ne peut être nié. Que d’autres groupes aient été préparés et financés en amont, faisant partie d’une manœuvre élaborée dans des capitales étrangères pour faire tomber Assad, c’est une évidence.

L’arc chiite, en partie reconstitué après la victoire des syro-russo-iraniens en Syrie, (re)devient le cauchemar stratégique de Washington, Tel Aviv et Riyad. Les Iraniens s’établissent sur la Méditerranée tandis que la construction d’une autoroute Iran-Irak-Syrie a commencé (elle finira par relier Téhéran à Beyrouth) et qu’un projet de voies ferrées ressort du sable. Les futures routes de la Soie chinoises doivent passer par là…

Sur cette question, l’élection du Donald n’a guère changé la donne et l’a même, si c’était possible, empirée. Idolâtre des Israoudiens, travaillé au corps par le moustachu Bolton et l’imberbe Kushner, il ne pouvait que souscrire à l’iranophobie ambiante. En se retirant de l’accord nucléaire, il a ouvert la boîte de Pandore dans laquelle sont évidement tombées les euronouilles impuissantes. A la notable exception de la Suisse, les petits génies du Vieux continent vont sagement se coucher devant les diktats du suzerain. Comme le dit Pepe Escobar (bonne traduction ici) :

« Mises à part des platitudes sur leurs « regrets » au sujet des sanctions américaines, les trois de l’UE jouent de facto le jeu des États-Unis, d’Israël, de l’Arabie Saoudite et des Émirats, et travaillent par extension contre la Russie, la Chine et l’Iran. »

Là où l’ami Pepe prend peut-être ses désirs pour des réalités, c’est quand il affirme que l’Iran continuera de vendre sans problème son pétrole, notamment à la Chine. Certes, la délirante sanctionite impériale gêne à peu près tout le monde, y compris des alliés comme la Corée du Sud qui  « fera tout son possible pour obtenir un renouvellement de l’exemption ». Certes, ces menaces de sanctions contre le reste de la planète vont, à terme, précipiter le déclin de l’empire, dont la force repose normalement sur le consentement des autres. Il n’empêche, pour l’instant, cela semble fonctionner…

Si un mystérieux tanker a débarqué son précieux naphte perse en Chine, les principales compagnies pétrolières du dragon – CNPC et Sinopec – ont préféré éviter les sanctions américaines en stoppant leurs importations. A Pékin, Ankara ou New Delhi, ce ne sont que protestations et récriminations mais, pour l’instant, personne ne semble prêt à franchir le pas.

C’est dans ce contexte que survient le fameux « sabotage » du Golfe. Le 12 mai, quatre navires, dont deux pétroliers saoudiens, sont abîmés non loin du détroit d’Ormuz, peut-être par de mystérieuses charges explosives. Si Washington, selon les bonnes vieilles ficelles, en a évidemment profité pour pointer du doigt l’Iran sans l’accuser formellement, les autres sont curieusement restés muets. Voir les Saoudiens se garder d’incriminer Téhéran est aussi courant que de voir une minijupe dans les rues de Riyad…

Certains y voient un énième false flag, une sorte d’Incident du Tonkin version Golfe, visant à justifier une intervention militaire contre l’Iran. Il convient cependant de préciser que l’armée US n’est pas du tout chaude pour une nouvelle aventure. L’amirauté contredit ouvertement Bolton sur la signification de l’arrivée (« prévue depuis longtemps » en réalité) du porte-avion USS Abraham Lincoln dans la zone, ce qui n’empêche d’ailleurs pas l’Espagne de retirer ses billes et de dire adios à la flotille américaine. La rumeur de l’envoi de 120 000 soldats US au Moyen-Orient n’a aucun sens – trop pour une attaque aérienne, bien trop peu pour une invasion terrestre – et il se murmure que les militaires, et pas seulement eux, veulent le scalp de Bolton, dont les jours sont peut-être comptés. Parmi les ennemis du furieux moustachu, Pompeo est tout aussi iranophobe. Mais s’il est un chaud partisan de l’isolement de Téhéran, il ne veut pas entendre parler d’une guerre qui embraserait toute la région.

Car nous ne sommes plus au temps de la décadence perse si chère à Platon et dont a bénéficié Alexandre. L’Iran a maintenant du répondant. Prenant le contre-pied de ceux qui ironisent sur le « Tonkin du Golfe », un bon connaisseur du Moyen-Orient (Elijah Magnier pour ne pas le citer) semble accréditer la thèse d’un sabotage iranien :

« Le 11 janvier 2007, les forces US ont perquisitionné le bureau de liaison iranien à Erbil et capturé trois officiers du « Corps des gardiens de la révolution iranienne ». Neuf jours plus tard, un commando dirigé par un officier du Hezbollah et des membres de la résistance irakienne du groupe de Moqtada al-Sadr (Asaeb Ahl al-Haq) ont mené une attaque audacieuse en plein jour dans la province de Kerbala, à bord de voitures blindées appartenant à un ministre irakien. Ils ont alors capturé et tué cinq soldats et officiers américains. C’est le modus operandi de l’Iran pour transmettre des messages aux USA, des messages sans équivoque qui ne laissent aucune trace iranienne.

Dimanche matin à 4 heures, heure locale, une forte explosion s’est fait entendre au port d’al-Fujarah dans les Émirats arabes unis. Cette opération propre, peu coûteuse, rapide et efficace a donné un immense résultat : elle a mis fin non seulement à la perspective d’une guerre entre les USA et l’Iran cet été, mais aussi d’une guerre entre le Hezbollah et Israël. L’acte de sabotage a donné un avant-goût de ce qui pourrait arriver aux économies des pays du Moyen-Orient et aux importations de pétrole si l’Iran était acculé au mur et attaqué. Les USA et leurs alliés du Moyen-Orient ne peuvent pas s’imaginer ce que l’Iran est capable de faire, même si aucune preuve tangible du sabotage ne mène à l’Iran, en cas de guerre. Trump devra bien réfléchir à sa réélection en 2020 s’il se lance dans une guerre sans horizon ou résultat clair.

L’Iran a menacé de fermer le détroit d’Ormuz s’il ne peut vendre son pétrole. L’acte de sabotage d’al-Fujairah s’est produit non loin de la base navale américaine à Fujairah, transmettant ainsi un double message à qui de droit.

L’acte de sabotage, que les autorités émiraties ont d’abord nié dans les heures qui ont suivi, pour ensuite le confirmer plus tard en après-midi, s’est produit peu après l’annonce que les USA envoyaient un porte-avions et des bombardiers B-52 en direction du golfe Persique pour effrayer l’Iran et répondre à toute tentative de s’en prendre au trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Il est peu probable que les USA s’attendaient à ce genre de réaction immédiate et directe. »

Ne donnant pas leur part au chien, le Hezbollah et les milices chiites irakiennes entreront évidemment dans la danse si Téhéran est attaqué, tandis que les Houthis du Yémen commencent à cartonner les pipelinesd’Aramco en Arabie saoudite même. Le rayon d’action de leurs drones couvre la presque totalité du territoire saoudien et ils peuvent maintenant toucher n’importe quelle installation pétrolière. Les grassouillets cheikhs wahhabites semblent quelque peu paniqués de voir leur or noir pris entre l’enclume du détroit d’Ormuz et le marteau houthi.

Quant aux soldats américains en Irak, d’ailleurs lâchés par les alliés allemand et hollandais qui ont suspendu leur opération de soutien aux troupes de la coalition en raison de l’escalade, ils sont en première ligne. Même si les infos sont contradictoires, il se pourrait que leurs bases soient maintenant pointées par des missilesfournis par Téhéran à ses proxies, ce qui aurait poussé Washington à prendre l’étonnante décision d’évacuer tout le personnel diplomatique non essentiel en Irak.

Devant la formidable guerre asymétrique qui peut être déclenchée à tout moment par l’Iran, il n’est pas sûr que l’empire franchisse le Rubicon. Comme le dit un proverbe persan, n’ouvrez pas la porte que vous serez incapable de refermer

Les États-Unis ont contribué à enfoncer le Venezuela dans le chaos et la politique de changement de régime de Trump garantira la persistance de cette situation. Par Mark Weisbrot

 

22.avril.2019 // Les Crises

Les États-Unis ont contribué à enfoncer le Venezuela dans le chaos et la politique de changement de régime de Trump garantira la persistance de cette situation. Par Mark Weisbrot

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Source : The Intercept, Mark Weisbrot, 02-02-2019

Washington essaie de renverser le gouvernement du Venezuela depuis au moins 17 ans, mais l’administration Trump se montre nettement plus agressive que les précédentes. La semaine passée, les responsables de l’administration sont passés à la vitesse supérieure en donnant leur aval à celui qu’ils ont choisi pour succéder au président vénézuélien Nicolas Maduros Moros avant même tout coup d’état. Juan Guaido, 35 ans, membre du congrès vénézuélien s’est proclamé président, et l’administration Trump, comme les gouvernements alliés, l’ont immédiatement reconnu comme tel – selon un plan arrangé à l’avance.

Il est évident que le Président Trump vise un changement de régime ; son administration ne s’en cache même pas. Et ses alliés, comme le vice président Mike Pence et le sénateur Marco Rubio, républicain de l’état de Floride, l’ont clairement annoncé.

Il serait très fâcheux de continuer dans cette voie. Les politiques de Trump ont non seulement aggravé les souffrances des vénézuéliens mais elles ont, en plus, rendu quasiment impossible pour le pays de sortir de la dépression économique et de l’hyperinflation.

Une résolution négociée du conflit politique au Venezuela est nécessaire, mais l’implication de l’administration de Trump dans le renversement illégal du régime en place exclut cette option.

Une résolution négociée du conflit politique au Venezuela est nécessaire, mais l’implication de l’administration de Trump dans le renversement illégal du régime en place exclut cette option. Pire même, la stratégie manifeste de Trump est d’accentuer les souffrances par des sanctions – dont la plupart n’ont été qu’annoncées – jusqu’à ce qu’une partie de l’armée initie un coup de force pour instaurer un nouveau régime pro-Washington.

La régularité des élections présidentielles de 2018, boycottées par l’opposition, reste à débattre, mais les problèmes principaux de la stratégie de renversement de régime découlent d’autres considérations. Le Venezuela est un pays divisé et renverser le gouvernement, même sans l’implication de Washington, ne ferait qu’augmenter cette polarisation et les risques de violences ou même de guerre civile.

Prenons l’exemple du Nicaragua, où en 1990 les Sandinistes de gauche et leurs opposants soutenus par les U.S.A. acceptèrent de résoudre leurs désaccords par une élection. Les parties ont dû accepter certaines conditions pour que les perdants ne soient pas persécutés : les Sandinistes gardèrent l’armée sous contrôle après leur échec aux élections, et la paix a été préservée.

Ce genre de compromis nécessaire serait impossible sous la stratégie de changement de régime entreprise par l’administration Trump.

Le Venezuela est politiquement polarisé et il l’est depuis que Hugo Chavez a été élu président en 1998 et qu’il a lancé sa Révolution bolivarienne. La tentative de coup d’état militaire par l’opposition contre Chavez en 2002, soutenue et encouragée par des cadres de l’administration Bush, ainsi que la volonté vacillante de l’opposition à accepter les résultats d’élections démocratiques les années suivantes ont préparé le terrain pour de longues années de défiance.

La polarisation politique du Venezuela interagit avec un schisme profond qui se retrouve dans pratiquement toute la société de l’Amérique latine : une division selon les classes et les races. Presque partout dans les Amériques, les deux sont corrélées. Cette dernière décennie, il a été facile de deviner, dans les manifestations, en s’attachant simplement aux vêtements et aux nuances du teint des participants si ceux-ci étaient des partisans ou des opposants au gouvernement. Les foules de l’opposition sont visiblement plus blanches et plus aisées que celles des groupes qui soutiennent le gouvernement vénézuélien. Durant les toutes dernières manifestations, les pauvres et les travailleurs de Caracas sont plus souvent intervenus qu’auparavant mais pas assez pour effacer la division de classe et de race entre les Chavistes et l’opposition.

Un autre vecteur de polarisation du Venezuela est la foi dans la souveraineté et l’auto-détermination. Pour les Chavistes, l’indépendance vis-à-vis des USA est centrale et leur gouvernement, quand il en avait les moyens, appliquait des politiques dans son hémisphère tendant vers plus d’indépendance pour toute la région. L’opposition et les ennemis des Chavistes par contre ont collaboré étroitement avec les gouvernements états-uniens durant les deux dernières décennies, comme cela a pu être observé durant la dernière tentative de coup d’état. L’intervention de Washington aggrave la polarisation sur la question de la souveraineté et rend l’opposition suspecte de collaboration avec un pouvoir étranger, un pouvoir qui a historiquement eu un rôle désastreux pour toute la région. Pour juger de l’animosité que cela créerait, il faut penser à ce qui a été généré aux USA par l’interférence russe dans les élections de 2016 et il faut multiplier cela par plusieurs ordres de grandeur.

L’impact polarisant de l’opération de changement de régime de Trump est ce qui la rend si dangereuse.

L’impact polarisant de l’opération de changement de régime de Trump est ce qui la rend si dangereuse. L’inflation annuelle est probablement supérieure à un million de pour cent et l’économie a très probablement diminué de 50 % durant les cinq dernières années. Des millions de personnes ont quitté le pays pour trouver du travail. L’opposition aurait presque certainement gagné les dernières élections présidentielles si elle y avait pris part. (Il faut noter que les USA auraient menacé un candidat de l’opposition, Henri Falcon, de sanctions financières personnelles s’il persistait à poser sa candidature à la présidence.)

Il faut admettre que les politiques économiques gouvernementales ont joué un rôle dans les malheurs du Venezuela mais les sanctions de Trump ont considérablement aggravé les choses depuis août 2017 en détruisant l’industrie pétrolière et en aggravant la pénurie de médicaments, laquelle a tué beaucoup de vénézuéliens. Ces sanctions ont rendu le gouvernement chaviste quasiment incapable de prendre des mesures pour sortir de l’hyperinflation et de la dépression.

Bien que les media américains soient silencieux à ce sujet, il est important de noter que les sanctions de Trump sont, à la fois, violemment immorales – à nouveau, elles tuent – et illégales. Elles sont une violation de la Charte de l’Organisation des États Américains, de celle des Nations Unies et des autres conventions internationales dont les U.S.A. font partie. Ces sanctions violent également les lois des États-Unis puisque, pour pouvoir imposer de telles mesures, le président des USA doit affirmer, et c’est là qu’est l’absurdité, que le Venezuela représente « une menace inhabituelle et extraordinaire à la sécurité nationale » des États-Unis.

Le Venezuela ne pourra pas sortir de cette crise politique avec un camp écrasant l’autre, comme le supposent les promoteurs d’un changement de régime. Le Vatican qui a joué un rôle de médiateur en 2016, l’Uruguay et le Mexique, qui sont restés neutres dans ce conflit politique, ont offert, cette semaine, leur médiation. L’équipe de Trump, qui a une énorme influence sur l’opposition, n’a montré jusqu’à maintenant aucun intérêt pour une solution pacifique.

Source : The Intercept, Mark Weisbrot, 02-02-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

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La géopolitique d’Oman : un acteur légitime (1/3)

La géopolitique d’Oman : un acteur légitime (1/3)

Ce premier volet consacré au statut de médiateur du sultanat d’Oman au Moyen-Orient nous amène à nous questionner sur les attributs de la légitimité. Le passé historique d’Oman, à travers sa domination des mers, sa localisation stratégique au niveau du détroit d’Ormuz, ainsi que sa stabilité étatique nous permettent de mieux comprendre comment cet État parvient à s’affirmer dans une région qui semble écrasée par la rivalité irano-saoudienne.

Sur la carte du Moyen-Orient, nous voyons qu'Oman se trouve à un endroit stratégique : le sultanat contrôle les entrées et sorties du détroit d'Ormuz.
Grâce au contrôle du détroit d’Ormuz, la localisation géographique d’Oman lui permet de jouer un rôle stratégique au Moyen-Orient.

La légitimité historique.

La légitimité d’un État s’appuie en partie sur l’Histoire de celui-ci. Dans le cas d’Oman, le XVIIe siècle marqua son affirmation sur la scène internationale. En janvier 1650, les forces omanaises de Sultan bin Saif al-Said chassèrent les troupes portugaises de Mascate. Cet évènement marqua la fin du protectorat portugais sur Oman, alors constitué en imamat (1). De plus, il permit à Oman de devenir une puissance maritime. Son fils, Saif bin Sultan, continua la lutte contre l’Empire portugais en récupérant la ville de Mombasa en 1698. Oman regardait désormais vers l’Afrique de l’Est. Progressivement, l’Imamat prit l’île de Pemba, Kilwa, puis Zanzibar. Saif encouragea l’exercice de la piraterie contre les Perses et les Européens. Ainsi, les pirates omanais commencèrent à attaquer des possessions portugaises dans l’ouest de l’Inde actuelle. Le golfe Persique fut aussi le théâtre d’attaques omanaises : l’Imamat prit le contrôle de Bahreïn aux Perses, de 1717 à 1738. Au milieu du XIXe siècle, Oman consolida son empire maritime en profitant du commerce d’esclaves.

En 1856, la mort du souverain Said bin Sultan provoqua un conflit de succession parmi ses fils. L’Empire britannique, présent dans la région du fait d’un protectorat sur les États de la Trêve (actuels Émirats arabes unis), servit de médiateur. À travers le Canning Award (2), l’Empire omanais fut divisé en deux entités. Tout d’abord, le sultanat de Zanzibar qui récupéra la côte est-africaine et les territoires autour des Grands Lacs. Puis, le sultanat de Mascate et Oman qui conserva le reste des possessions. Ce dernier fut, de facto, soumis à deux influences internes encore présentes aujourd’hui. La première, venant des côtes, se caractérisait par la personne du sultan et d’une société cosmopolite, voire séculaire. La seconde, venant des terres, s’appuyait sur la personne de l’imam, une société tribale et la prééminence de l’ibadisme (3).

Malgré cette coexistence, les littoraux furent régulièrement la cible d’attaques d’ibadites venus de l’intérieur des terres. À partir de 1892, le territoire passa sous protectorat britannique et y resta jusqu’en 1971.

Une localisation stratégique.

Le sultanat d’Oman est constitué de trois entités territoriales. Tout d’abord, la surface que nous voyons de prime abord sur une carte, composée de dix gouvernorats contigus. Ensuite, le gouvernorat de Musandam qui est situé à la pointe des Émirats arabes unis. Enfin, le territoire de Madha, une exclave du gouvernorat de Musandam, situé dans les Émirats et composé en son centre d’une ville… émiratie.

En-dehors de l’aspect original de son territoire, Oman occupe une position prépondérante au Moyen-Orient. La péninsule de Musandam lui permet d’avoir le contrôle du détroit d’Ormuz, l’un des verrous stratégiques de la région. En effet, les pays moyen-orientaux exportateurs de pétrole doivent tous faire transiter leurs cargaisons par ce passage. Oman contrôle ainsi les entrées et les sorties du golfe Persique. Chaque année, 35 % du pétrole mondial passent donc par les eaux territoriales omanaises.

Par ailleurs, le sultanat d’Oman se situe au croisement de trois régions. Premièrement, l’Afrique de l’Est, dont nous avons vu les liens qui ont pu exister avec Mascate. Deuxièmement, le sous-continent indien, dont de nombreux ressortissants sont partis s’installer à Oman, faisant d’ailleurs quasiment doubler la population totale omanaise entre 2010 et 2018. Troisièmement, le Moyen-Orient, où se joue une lutte d’influence entre l’Arabie saoudite et l’Iran.

La stabilité de l’État.

Sur la période contemporaine, le sultanat d’Oman se démarque par une stabilité dont peu de voisins régionaux peuvent se targuer. Hormis lors de la guerre du Dhofar (1964-1976), l’État omanais a globalement vécu dans une certaine sérénité. Dès sa prise de pouvoir, Qaboos bin Said a tout fait pour instaurer cette stabilité, dont nous parlerons ultérieurement.

Oman fut touché par les révoltes de 2011, qui ont secoué les mondes arabes, sans toutefois plier. Au début des évènements, les autorités omanaises ne s’attendaient pas à faire face à des mouvements contestataires. Des sit-in eurent lieu dans le pays en signe de protestation. Il y eut aussi des manifestations ouvrières pour réclamer une hausse des salaires et pour dénoncer le monde du travail, la corruption et le piston. Dans le Dhofar, des pancartes invitèrent le sultan à dénoncer la corruption. Néanmoins, la monarchie n’était pas en danger. Des réformes furent mises en place et permirent une augmentation des salaires et la création de 50 000 postes publics dans la sécurité.

Notes :

  • (1) L’imamat est un système politique constitué autour de la personne de l’imam, le guide religieux.

 

  • (2) Le Canning Award est un accord visant à régler les différends territoriaux entre le sultan de Mascate et celui de Zanzibar autour des territoires africains de l’empire omanais.

 

  • (3) L’ibadisme est un courant de l’islam se différenciant des deux branches majoritaires que sont le sunnites et le shî’isme. Il fera l’objet d’une analyse plus approfondie dans la suite du présent article.

 

Sources.

GHUBASH Hussein, Oman : une démocratie islamique millénaire, 1998.

KATZMAN Kenneth, « Oman: Reform, Security, and U.S. Policy », Congressional Research Service, novembre 2018.

RODRIGUEZ Sonia et ABIDI Hasni, « Oman : une autre géopolitique dans le monde arabe », IRIS, octobre 2016

About Maxime ONFRAY

Maxime ONFRAY est diplômé d’un master d’Histoire et est actuellement en M2 Géopolitique et Prospective à l’IRIS. Il est spécialiste du Moyen-Orient et s’intéresse fortement aux problématiques liées à l’Afrique et à l’Asie centrale. Ses thématiques de prédilection sont les questions d’ordres politique, , géopolitique et religieux.

La frénésie anti-Trump menace de mettre fin à la diplomatie des superpuissances.

20.avril.2019 // Les Crises

La frénésie anti-Trump menace de mettre fin à la diplomatie des superpuissances. Par Stephen F. Cohen

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Source : The Nation, Stephen F. Cohen, 16-01-2019

Les accusations sans fondement de Russiagate continuent de faire courir un risque de guerre avec la Russie.

Par Stephen F. Cohen

16 janvier 2019

Le Nouvel An a apporté un torrent d’allégations de plus en plus frénétiques selon lesquelles le président Donald Trump entretient depuis longtemps une relation de conspiration avec Vladimir Poutine, dirigeant du Kremlin – pourquoi mâcher ces mots et appeler cela « collusion ».

Pourquoi cette frénésie maintenant ? Peut-être parce que les promoteurs du Russiagate en haut lieu craignent que le conseiller spécial Robert Mueller ne présente pas la « bombe » que l’on espérait pour mettre fin à la présidence de Trump. Certes, le chroniqueur du New York Times David Leonhardt semble inquiet, exigeant que « le président doit partir », sa ligne d’appel exhortant : « Qu’est-ce qu’on attend ? » (Dans certains pays, des articles comme le sien, et il y en a beaucoup, seraient considérés comme appelant à un coup d’état.) Peut-être pour inciter les démocrates qui ont maintenant pris le contrôle des comités d’enquête de la Chambre. Peut-être simplement parce que Russiagate est devenu une secte politico-médiatique qu’aucun fait, ou aucun manque de preuves, ne peut dissuader ou diminuer.

Et il n’y a pas de nouvelles preuves crédibles, nonobstant les allégations grotesques. L’une des récentes « bombes » du New York Times, publiée le 12 janvier, rapportait, par exemple, qu’au printemps 2017, les responsables du FBI « ont commencé à enquêter pour savoir si [le président Trump] avait travaillé pour la Russie contre les intérêts américains ». Aucun des trois journalistes n’a pris la peine de signaler que ces « agents et fonctionnaires » incluaient presque certainement ceux que le FBI lui-même a réprimandés et mis à la retraite pour leurs partis pris politiques. (Comme d’habitude, le Times a enfoui sa dénégation de responsabilité en la noyant dans le récit : « Rien ne prouve publiquement que M. Trump était secrètement en contact avec des représentants du gouvernement russe ou qu’il avait suivi leurs instructions. »)

Quelle qu’en soit l’explication, la frénésie exacerbée est indubitable, canalisant presque quotidiennement les « informations » dans une synergie de parutions et de dépêches des médias de la presse qui font la promotion zélée du Russiagate depuis plus de deux ans, en particulier le TimesThe Washington Post, MSNBC, CNN, et leurs journaux apparentés. Ils disposent d’un grand nombre de collaborateurs enthousiastes, dont le distingué Strobe Talbott, le principal conseiller du président Bill Clinton pour la Russie et jusqu’à récemment président de la Brookings Institution. Selon Talbott, « Nous savons déjà que le Kremlin a aidé à faire entrer Trump à la Maison-Blanche et l’a fait passer pour un gogo… Trump a été de connivence avec une Russie hostile tout au long de sa présidence ». En fait, nous ne « savons » rien de tout cela. Ces soupçons et allégations restent largement diffusés.

Dans ce commentaire sectaire, la « menace » d’une « Russie hostile » doit être gonflée avec les accusations contre Trump. (En vérité, la Russie ne représente aucune menace pour les États-Unis autre que celle que Washington, depuis la fin de l’Union soviétique en 1991, n’ait elle-même provoquée). Pour sa propre inflation de menaces, le Times ne présentait pas un expert avec des références plausibles, mais Lisa Page, l’ancienne avocate du FBI sans expertise connue de la Russie, et qui était une de celles que l’agence avait blâmées pour son parti pris politique contre Trump. Néanmoins, le Times cite longuement Page : « Dans la Fédération de Russie et chez le président Poutine lui-même, vous avez un individu dont le but est de perturber l’alliance occidentale et de rendre la démocratie occidentale plus hargneuse afin d’affaiblir notre capacité… à diffuser nos idéaux démocratiques. Nous aurions peut-être dû deviner que les gènes de promotion de la démocratie de J. Edgar Hoover étaient encore vivants et se reproduisaient au FBI, bien que pour le Times, dans son utilisation du malheureux et légalement en danger Page, cela semble sans importance. »

Ce qui nous amène, ou plutôt les fanatiques du Russiagate, à la « menace » accrue que représente « la Russie de Poutine ». Si c’est vrai, nous nous attendrions à ce que le président américain négocie avec le dirigeant du Kremlin, y compris lors des réunions au sommet, comme tous les présidents l’ont fait depuis Dwight Eisenhower. Mais, nous dit-on, nous ne pouvons pas faire confiance à Trump pour le faire, car, selon le Washington Post, il a rencontré Poutine seul à plusieurs reprises, avec seulement des traducteurs présents, et a caché les enregistrements de leurs entretiens privés, signes certains d’un comportement « perfide » comme les médias pro Russiagate l’ont affirmé lors du sommet Trump-Poutin en Helsinki en juillet 2018.

Il est difficile de savoir s’il s’agit d’ignorance historique ou d’une ruse des pro Russiagate, bien que ce soit probablement les deux. Quoi qu’il en soit, la vérité est très différente. En préparant les sommets américano-russes (soviétique et post-soviétique) depuis les années 1950, les assistants des deux parties ont organisé un « temps privatif » pour leurs patrons pour deux raisons essentielles : pour qu’ils puissent développer des relations personnelles suffisantes pour soutenir tout partenariat politique qu’ils décideraient de mettre en place ; et pour qu’ils se préviennent mutuellement des contraintes sur leurs pouvoirs politiques au pays, qu’exercent leurs ennemis souvent présents dans les services secrets respectifs. (Le KGB a mené des opérations contre la politique de détente de Nikita Khrouchtchev avec Eisenhower et, comme il est bien établi, les services de renseignement américains ont mené des opérations contre l’objectif proclamé de Trump de « coopération avec la Russie »).

C’est-à-dire que dans l’histoire moderne des sommets américano-russes, nous dit un ancien ambassadeur américain qui sait que « le secret des réunions privées présidentielles… a été la règle et non l’exception ». Il poursuivait : « Il n’y a rien d’inhabituel à cacher des informations à la bureaucratie au sujet des rencontres privées du président avec des dirigeants étrangers… Parfois, ils dictaient ensuite un mémo, parfois non ». En effet, le président Richard Nixon, méfiant à l’égard de la « bureaucratie » américaine, a quelquefois rencontré en privé Leonid Brejnev, dirigeant du Kremlin, alors que seul le traducteur de Brejnev était présent.

Nous ne devons pas non plus oublier les avantages en matière de sécurité nationale qui ont découlé des réunions privées entre les dirigeants américains et ceux du Kremlin. En octobre 1986, le président Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev se sont rencontrés avec leurs seuls traducteurs et un fonctionnaire américain qui a pris des notes – les deux dirigeants, malgré leurs désaccords, ont convenu en principe que les armes nucléaires devraient être abolies. Le résultat, en 1987, a été le premier et toujours le seul traité à abolir une catégorie entière de ces armes, les armes à portée intermédiaire, extrêmement dangereuses. (C’est le traité historique que Trump a dit qu’il pourrait abroger.)

Et pourtant, les fanatiques du Congrès menacent maintenant d’assigner à comparaître le traducteur américain qui était présent lors des réunions de Trump avec Poutine. Si cette irresponsabilité prévaut, ce sera la fin de la diplomatie au sommet des puissances nucléaires qui a contribué à protéger les États-Unis et le monde d’une guerre catastrophique pendant près de 70 ans – et alors qu’une nouvelle course aux armements nucléaires plus périlleuse se déroule entre ces deux pays. Cela confirmera amplement une thèse présentée dans mon livre La guerre avec la Russie ? à savoir que les allégations anti-Trump de Russiagate sont devenues la menace la plus grave pour notre sécurité.

Les corrections et clarifications suivantes ont été apportées à la version originale de cet article le 17 janvier : Reagan et Gorbatchev se sont rencontrés en privé avec des traducteurs lors du sommet à Reykjavik, Islande, en octobre 1986, et non février, et Reagan était également accompagné par un représentant américain qui a pris des notes. Et il serait plus précis de dire que les deux dirigeants, malgré leurs désaccords, ont convenu en principe que les armes nucléaires devraient être abolies.

Stephen F. Cohen est professeur émérite de sciences politiques et d’études russes à Princeton et NY Université et auteur du nouveau livre War with Russia ? De Poutine et l’Ukraine à Trump et Russiagate. Ce analyse est basée sur les plus récentes de ses entretiens hebdomadaires sur la nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Russie avec John Batchelor, animateur de l’émission de radio. (Le podcast est ici. Les épisodes précédents, nous en sommes maintenant à la cinquième année, sont sur TheNation.com.)

Source : The Nation, Stephen F. Cohen, 16-01-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/la-frenesie-anti-trump-menace-de-mettre-fin-a-la-diplomatie-des-superpuissances-par-stephen-f-cohen/