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Alliance germano-japonaise contre « America First » : des retours de flamme importants à venir ?

Alliance germano-japonaise contre « America First » : des retours de flamme importants à venir ?


Par Andrew Korybko – Le 9 février 2019 – Source orientalreview.org

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Le Japon vient de s’allier à l’Allemagne contre Trump. Le premier ministre Abe a reçu la chancelière Merkel en début de semaine, et s’est engagé à approfondir ce qu’il a décrit comme l’« alliance de multilatéralistes », en place entre les deux pays, et surtout entre les deux dirigeants. Ces deux grandes puissances s’opposent à l’idéologie de Trump « America First », qui vise à prioriser les intérêts de son pays dans toutes les décisions de politique étrangère et économiques, au lieu de « se sacrifier pour les autres » au nom d’un soi-disant « bien général » de ses « alliés » supposés et du reste du monde.

La chancelière allemande Angela Merkel, à gauche, accueillie par le premier ministre japonais Shinzo Abe, à son arrivée à la résidence officielle de ce dernier à Tokyo, au Japon, le 4 février 2019.

Abe et Merkel se rangent parmi les libéro-mondialistes, idéologiquement opposés aux visions hyper-réalistes de Trump des relations internationales, et c’est pour cela qu’ils mettent en commun leurs efforts pour entraver ses ambitions mondiales.

Les marges de manœuvre de ces deux pays occupés par les USA sont en réalité fortement limitées en la matière, mais le fait qu’ils aient signé ensemble récemment un Accord de partenariat économique [Economic Partnership Agreement, NdT], qui donne à l’Allemagne et au reste de l’UE un point d’ancrage dans le Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership (CPTPP, ou TPP sans les USA) : cela montre à quel point ils veulent défier les dimensions économiques de la vision « America First » de Trump. Et sur le plan géopolitique, l’Allemagne avance fièrement son projet de Nord Stream II, malgré les fortes résistances étasuniennes, tandis que le Japon s’engage dans des pourparlers avec la Russie pour enfin signer un traité de paix concluant la seconde guerre mondiale.

Ce n’est pas tout : l’initiative allemande de créer une soi-disant « Armée européenne », et les différents latents entre le Japon et la Corée du Sud montrent à qui veut le voir que les USA sont en train de perdre le contrôle de leurs partenaires mineurs, ou plutôt, n’ont plus le niveau de contrôle absolu qu’ils ont connu, et doivent s’adapter en conséquence à ces changements, en usant du stratagème « Diriger Depuis l’Arrière », qui consiste à sous-traiter les responsabilités du contrôle régional à des partenaires de même sensibilité. Mais même dans ce nouvel environnement, les deux grandes puissances peuvent essayer d’employer leur partenariat, en cours d’approfondissement, et les possibilités qu’elles partagent, comme leviers dans leurs relations individuelles avec les USA.

Économiquement, et sur le plan géopolitique, les USA ont encore la main sur chacun des deux pays : leur niveau de dépendance envers le marché étasunien est important, et ils sont tous deux désespérément incapables de se débarrasser de la présence militaire étasunienne sur leur sol ; mais Washington pourrait se voir néanmoins contrainte à « trouver des compromis » avec eux sur les sujets commerciaux, s’ils jouent leur jeu intelligemment et de manière coordonnée. Par exemple, les deux pays étendent en ce moment leurs relations avec la Chine, au travers des Routes de la soie, et cela pourrait être interprété par les USA comme à leur désavantage, dans un jeu à somme nulle, sauf si ces derniers acceptent de négocier des accords plus favorables à l’Allemagne et au Japon pour les empêcher de remplacer l’importance stratégique étasunienne dans leurs économies.

Mais dans le même temps, cet affront stratégique pourrait provoquer l’ire de Trump, et le faire doubler la mise avec les rivaux régionaux des deux pays, ici la Pologne et la Corée du Sud. Washington veut diriger « l’initiative des trois mers », constituée des États d’Europe Centrale et de l’Est, et Séoul a prouvé aux USA qu’elle constituait un allié fiable, et sans désir de trop « secouer la barque » en cas de désaccord avec Washington. Les USA pourraient donc essayer de les « récompenser » pour leur « loyauté », en leur accordant des avantages géopolitiques pour la Pologne et économiques pour la Corée du Sud.

Pour ces raisons, l’alliance germano-japonaise pourrait bien engendrer des retours de flamme vers ces deux grandes puissances, si Trump décidait de les punir plutôt que d’essayer de négocier un accord pragmatique avec elles. Leurs marges de manœuvres stratégiques sont déjà très limitées en l’état, et un soutien étasunien accordé à leurs rivaux géostratégiques respectifs pourrait leur compliquer la tâche encore davantage. Les USA ne permettraient jamais que ni l’un ni l’autre n’en appelle à un soutien russe ou chinois, dans l’hypothèse improbable où un tel soutien serait demandé, mais ils peuvent quand même essayer de faire jouer leurs partenariats stratégiques à des fins constructives.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Sputnik News le vendredi 8 février 2019.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/alliance-germano-japonaise-contre-america-first-des-retours-de-flamme-importants-a-venir

 

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La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ?

La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ?

La bataille d’Hajin (septembre 2018 – janvier 2019) du nom d’une petite localité située sur la rive Est de l’Euphrate aux confins de la Syrie et de l’Irak mérite de laisser son nom dans l’histoire militaire à plus d’un titre. Elle est d’abord la dernière « bataille rangée » contre le pseudo État islamique et semble mettre un point final à sa volonté de contrôler un territoire. Elle est ensuite, pour nous Occidentaux, riche d’enseignements sur la guerre, et tout spécialement les limites de la guerre par procuration et de notre approche tournée vers la suprématie technologique.

Au XIXe siècle, le sort d’une bataille mettant en jeu quelques milliers d’hommes était réglé en une journée – Austerlitz par exemple ; au XXe siècle, il faut compter en semaines – que l’on pense à la poche de Dunkerque en 1940 ; au XXIe siècle, il faut près de cinq mois et une accumulation de destructions pour venir à bout de 2 000 combattants ne disposant ni d’appui aérien, ni de moyens de guerre électronique, ni de forces spéciales, ni de satellites. Telle est la réalité de la guerre aujourd’hui qui doit nous conduire, décideurs politiques et chefs militaires à un examen critique salutaire sur notre façon de concevoir et faire la guerre.

Certes, la bataille d’Hajin a été gagnée mais de façon très poussive, à un coût exorbitant et au prix de nombreuses destructions. Certes, les Occidentaux, en refusant d’engager des troupes au sol, ont limité les risques et notamment celui d’avoir à s’expliquer devant l’opinion. Mais ce refus interroge : pourquoi entretenir une armée que l’on n’ose pas engager ? Si la réduction du dernier bastion de l’État islamique ne vaut pas la peine d’engager des troupes conventionnelles, quelle cause sera assez importante pour le faire ? Extrêmement à l’aise pour remplir les grands états-majors multinationaux d’une ribambelle d’officiers, les nations occidentales n’ont pas eu la volonté politique d’envoyer 1 000 combattants aguerris régler en quelques semaines le sort de la poche d’Hajin et épargner à la population plusieurs mois de guerre.

Par ailleurs, en sous-traitant aux Forces démocratiques syriennes (FDS), c’est-à-dire à des proxys – des troupes soutenues par les Américains qui leur ont délégué le droit de se battre à leur place – la conduite des opérations au sol, la Coalition (1) a renoncé à sa liberté d’action et perdu la maîtrise du tempo stratégique. Prise en étau entre la décision de Donald Trump de se retirer du Nord-Est syrien et le bon vouloir des FDS, elle n’a pas trouvé de meilleure solution que d’intensifier les bombardements pour en finir au plus vite, compromettant ainsi durablement l’avenir de cette province.

In fine, la question qui se pose est de savoir si la libération d’une région ne peut se faire qu’au prix de la destruction de ses infrastructures (hôpitaux, lieux de culte, routes, ponts, habitations, etc.). C’est là, l’approche assumée sans complexe, hier et aujourd’hui, par les Américains ; ce n’est pas la nôtre et nous souhaitons ici indiquer ce qui aurait pu être fait pour mettre l’ennemi hors de combat sans transformer la poche d’Hajin en champs de ruines.

Caractéristiques de la bataille d’Hajin : un concentré de tous les types de guerre

Située au cœur du « Grand Jeu » entre puissances régionales et grandes puissances, la poche d’Hajin regroupe en septembre 2018 environ 2 000 combattants islamistes dont une majorité d’étrangers. S’étirant sur une trentaine de kilomètres le long de l’Euphrate en territoire arabo-kurde syrien et large d’une dizaine de kilomètres, elle est le dernier bastion du soi-disant Califat « État islamique », autant dire pas grand-chose. En réalité, nous allons voir que la bataille déborde largement de son cadre géographique pour se répandre dans le champ des perceptions, autre enjeu essentiel du combat.

La zone d’action est une bande de terrain en V coincée entre l’Euphrate à l’Ouest et la frontière irako-syrienne à l’Est avec une zone rurale (champs et villages) le long du fleuve et une zone désertique. Soulignons que la rive Ouest de l’Euphrate est plus ou moins sous contrôle du régime syrien et des milices irakiennes qui contrôlent également une partie de la frontière. La population est estimée à quelques milliers de personnes, surtout présente dans la partie Nord de la poche (localité d’Hajin).

Au Sud de la poche (pointe du V) et au bord de l’Euphrate, en territoire irakien, la ville d’Al-Qaïm. Au Nord de cette ville, la frontière est tenue par l’armée irakienne et légèrement en retrait se trouve la position de tir des moyens feux sol-sol de la coalition. Au Sud, la frontière est tenue par une milice affiliée à l’Iran (Katiba Hesbollah), véritable petite armée avec ses chars et ses canons. Si la frontière est globalement étanche au Nord, elle est très poreuse au Sud, la milice se livrant à la contrebande.

Le combat au sol a été confié à des proxys, les FDS, alliance arabo-kurde conseillée par les forces spéciales américaines et bénéficiant du soutien des moyens feux sol-sol et sol-air de la Coalition. D’un volume sensiblement équivalent à celui de Daech, leur valeur combative est toute relative sachant que les combattants kurdes viennent du Nord-Est syrien où ils sont régulièrement pris à partie par les Turcs, alliés des Américains au sein de l’Otan. Ainsi, fin octobre 2018, les FDS ont annoncé la suspension des opérations suite à des frappes turques et il a fallu plusieurs semaines de négociation pour qu’ils reprennent le combat. Le même scénario a failli se répéter mi-décembre et compromettre à nouveau la prise d’Hajin pourtant bien engagée.

Au sol, les traits distinctifs de cette bataille sont assez proches de ceux des batailles de la Première Guerre mondiale : une ligne de front entre combattants où chaque gain de 500 mètres ou 1 kilomètre de territoire représente un succès ; des contre-attaques violentes et répétées de la part d’un ennemi cerné de toute part et qui cherche à desserrer l’étau des FDS ; un emploi massif de l’artillerie, seule capable de délivrer des feux par mauvaises conditions météorologiques et qui, à plusieurs reprises, a sauvé la mise aux FDS violemment prises à partie ; des pertes importantes au regard du volume de combattants (plusieurs centaines au total de part et d’autre).

Sur un plan purement tactique, cette bataille a fait redécouvrir toutes les vertus d’un appui-feu sol-sol (2) alliant effets de saturation par obus explosif et effets de destruction par munition de précision et surtout opérationnel par tout temps.

Ainsi, c’est le 3 décembre 2018 qu’ont été tirés avec succès pour la première fois en opération, les obus antichars à effet dirigé Bonus détruisant une colonne de pickup lancée à l’assaut des lignes de défense FDS.

Dans les airs, la suprématie occidentale est évidemment totale. Comme dans le film de Gavin Hood, Eye in the Sky (3), c’est la quintessence de la haute technologie qui se déploie quasiment sans limite avec l’emploi massif de moyens de surveillance et de renseignement, et d’avions pour observer et frapper. En l’espace de six mois, plusieurs milliers de bombes ont été déversées sur quelques dizaines de kilomètres carrés avec comme résultat principal la destruction des infrastructures.

L’ennemi a-t-il été détruit par ces frappes ? Oui, mais pas autant qu’on a bien voulu le faire croire dans les comptes rendus alignant un BDA (4) impressionnant calculé de façon statistique et non pas par observation visuelle.

L’ennemi a-t-il été atteint dans son moral et sa volonté de combattre ? À l’évidence, non. Il a déployé jusqu’au bout une combativité inébranlable mettant à profit les périodes de mauvaise météo, le préservant de la menace aérienne, pour contre-attaquer violemment et infliger à plusieurs reprises de sérieux revers tactiques aux FDS. La défaite devenue inéluctable, il s’est exfiltré vers des zones refuges pour poursuivre la lutte en mode insurrectionnel ne laissant sur place qu’une poignée de combattants étrangers.

Ainsi, cette bataille illustre à merveille les propos du général Desportes : « Des systèmes d’armes toujours plus performants produisent des résultats toujours plus décevants » (5). Entendons-nous bien. Ils ne sont pas décevants parce que performants mais parce que mal employés ; nous y reviendrons.

Enfin, la bataille d’Hajin dépasse largement le cadre géographique pour s’inscrire plus largement dans le champ infini des perceptions.

Force est de constater que dans ce domaine, Daech a su exploiter le moindre succès tactique pour le valoriser et en faire un succès stratégique. De même, les frappes occidentales et leurs dommages collatéraux réels ou fictifs ont aussi été largement médiatisés avec succès. En effet, à plusieurs reprises, la Coalition trop souvent en réaction sur le champ des perceptions, a dû renoncer à ses frappes face à la pression médiatique. Il y a ici tout un champ de réflexion à explorer et notamment le décalage des perspectives : là où Daech, dans une vision stratégique, s’adresse aux opinions publiques occidentales, la Coalition, outil militaire sans réelle pensée politique, est contrainte de rester au niveau tactique et ne peut exploiter ses succès dans le champ informationnel avec la même réactivité que l’ennemi.

Les limites de la guerre par procuration et de notre approche techno-centrée

La guerre par procuration ou comment perdre la main sur le plan stratégique

En s’en remettant à des proxys pour conduire la bataille au sol, les Occidentaux en ont certes retiré un avantage politique à court terme : celui d’éviter des pertes et un mouvement d’opinion contre leur politique. En revanche, sur le moyen-long terme, ce choix s’est avéré désastreux.

En affirmant que la poche était la Main Battle Area (6) tout en refusant d’y engager des moyens terrestres ou même des hélicoptères d’attaque, les Américains ont laissé planer un doute sur leurs intentions réelles d’en finir rapidement. Il est donc permis de penser que la poche d’Hajin constituait un excellent alibi pour maintenir une présence dans le Nord-Est syrien et surtout prévenir un éventuel délitement trop rapide de la Coalition. Ainsi, au fur et à mesure de la bataille, le discours s’est articulé de la façon suivante : « il faut détruire Daech » vers « oui, Daech est bientôt éliminé en Syrie mais il se reconstitue en Irak et reste tout aussi dangereux », ce qui pose la question de la pertinence de la stratégie suivie depuis des années. Où est le véritable enjeu ? Détruire Daech ou contenir l’Iran ?

Par ailleurs, la conséquence la plus immédiate d’une telle approche est la perte de la maîtrise du temps : l’opération avance au gré de la volonté des proxys et selon leur propre agenda et elle traîne en longueur quelle que soit l’ampleur des moyens consentis. Cela s’appelle un enlisement.

Pour compliquer les choses, est apparue au grand jour la divergence de vues entre Donald Trump et son état-major. Fidèle en cela à une promesse de campagne, le Président des États-Unis a saisi l’occasion de la reprise d’Hajin mi-décembre pour annoncer la victoire sur Daech et le retrait des forces américaines de Syrie montrant ainsi, certes de façon brutale, que c’est bien le tempo politique qui détermine la stratégie et non pas l’inverse.

En refusant d’inscrire dans leur stratégie du Moyen-Orient cette volonté de retrait pourtant annoncée depuis deux ans, l’Administration américaine et les états-majors se sont mis d’eux-mêmes en porte à faux. Bousculés par le décideur politique d’un côté, ayant perdu la main sur le tempo des opérations au sol de l’autre, c’est-à-dire privés de toute marge de manœuvres, la seule réaction a été d’intensifier les frappes aériennes et donc d’augmenter encore le nombre de destructions. Hajin a subi le même sort que Mossoul et Raqqa : une destruction quasi complète.

Ainsi, cette victoire tactique, par la façon dont elle a été acquise, a compromis l’avenir de cette province sans ouvrir de perspectives stratégiques intéressantes pour la Coalition.

L’avenir du Nord-Est syrien est plus que jamais incertain et Daech, s’il a perdu son territoire, ne semble pas atteint dans sa volonté de continuer la lutte.

La leçon est la suivante : il n’y a pas de stratégie et donc de victoire durable sans liberté de manœuvre. Celle-ci est au croisement du politique et du militaire.

Le stratège doit impérativement inscrire son action dans une politique et doit garder la main sur les opérations dans tous les domaines, y compris les opérations terrestres s’il veut être en mesure de présenter plusieurs options stratégiques au décideur politique. Il n’y a pas d’autres solutions possibles.

 

L’approche techno-centrée ou l’illusion de la puissance

En s’en remettant principalement à des moyens air inopérants sur un plan tactique lorsque les conditions météo se dégradent et aux forces spéciales, la Coalition a perdu beaucoup de temps, d’énergie et de crédibilité, Daech ayant beau jeu de se vanter d’avoir tenu en échec la première puissance mondiale pendant des mois.

Il faut être rentré dans une Strike Cell (7) par temps couvert pour comprendre toutes les limites de notre approche techno-centrée. En effet, en cas de pluie, de brouillard, de nuages, les écrans deviennent noirs, les gens jouent aux cartes ou regardent un film : la guerre s’arrête pour eux en attendant la prochaine fenêtre météo. Lors des violentes contre-attaques de Daech en octobre 2018 et le repli des FDS, le premier constat d’un officier général a été de dire : « C’est à cause de la météo, nous n’avions plus l’appui aérien. » Sous-entendu, Daech ne respecte pas les règles du jeu, il attaque par mauvais temps !

Non, nous n’avons pas été tenus en échec par la météo mais par notre refus de nous adapter à notre ennemi et au réel. La guerre par procuration, c’est-à-dire ce refus d’engager des troupes au sol aptes au combat pour s’en remettre uniquement aux forces spéciales et à l’arme aérienne est l’un des facteurs principaux de nos échecs actuels. Les forces spéciales sont faites… pour les opérations spéciales et non le combat conventionnel en zone urbaine ou désertique.

Encore une fois, ne nous y trompons pas, il ne s’agit nullement ici de critiquer l’apport indispensable aux opérations que constitue l’arme aérienne ou les forces spéciales mais de rappeler que c’est une erreur que de s’en remettre uniquement à elles pour gagner une bataille. Ce concept ultra-technologique conçu pour réduire le format des troupes conventionnelles et séduire le politique en lui faisant croire qu’on peut faire mieux avec moins est un leurre séduisant mais un leurre quand même.

Alors que fallait-il faire ?

La réponse est simple : comprendre que si la bataille se gagne au niveau tactique – adaptation au terrain et à l’ennemi – la guerre se gagne au niveau stratégique et politique, et qu’elle est une dialectique des volontés et non une éradication « des méchants » impossible à réaliser.

En l’occurrence, il fallait resituer la bataille d’Hajin dans un cadre plus global : celui d’empêcher Daech de se reconstituer d’une part et de préserver l’avenir de la moyenne vallée de l’Euphrate en évitant des destructions inutiles d’autre part.

Au niveau tactique, une bataille se gagne en disposant les moyens adéquats au bon endroit et au bon moment (principe d’économie des forces et de concentration des efforts) pour créer un rapport de force favorable. Ainsi, tout en s’appuyant sur les FDS, il fallait, en sus des moyens d’appui-feux, engager a minima un groupement tactique interarmes motorisé capable de s’emparer rapidement de la poche d’Hajin en limitant autant que faire se peut la destruction des infrastructures.

En effet, une bataille ne se résume pas à détruire des cibles comme au champ de foire. C’est la combinaison de la manœuvre et du feu qui permet de disloquer le dispositif ennemi et de le mettre dans l’impossibilité de poursuivre la bataille par la conquête des points clés du terrain, et de ses moyens de commandement et logistique. La prise d’Hajin, en décembre, en est l’illustration tardive : l’ennemi, ayant perdu son centre de commandement, n’a plus été en mesure d’opposer une résistance coordonnée par la suite.

Enfin, la bataille doit être menée en temps imminent dans le champ informationnel, c’est-à-dire avec un temps d’avance. Est cru par le plus grand nombre ce qui est affirmé en premier : c’est une loi immuable dont il faut tenir compte.

Une plus grande réactivité aurait été nécessaire pour valoriser nos succès et disqualifier le comportement de l’adversaire quitte à assumer, et non pas justifier après coup, les dommages collatéraux.

L’évocation de la bataille dans le champ des influences nous permet de faire la transition avec les parties hautes de la guerre, la stratégie et la politique.

Au lieu de se focaliser de façon excessive sur la poche d’Hajin, la Coalition aurait dû l’intégrer dans une approche stratégique et ainsi découper son espace de bataille non pas en fonction de ses structures internes (répartition entre commandement des forces spéciales en Syrie et commandement conventionnel en Irak) mais en fonction de l’espace de bataille ennemi allant de Kirkuk au Nord-Est de l’Irak au désert d’Al-Anbar à l’Ouest, en passant par Hajin et Al-Qaïm.

Seule une vue globale du problème aurait permis d’ébaucher une stratégie globale et d’éviter le constat amer de voir Daech resurgir là où on l’a chassé il y a deux ans. Seule une stratégie globale laissant entrevoir une résolution politique durable aurait permis au politique de comprendre la nécessité du temps long au lieu de brusquer les choses pour sortir de ce qui s’apparente à une impasse et un échec.

Il faut donc rappeler avec le général Desportes que la victoire militaire doit toujours être pensée au prisme de son objectif politique et qu’elle ne peut se passer d’un engagement au contact : « La guerre à distance est un leurre : elle produit un effet militaire mais pas d’effet politique. La “projection de puissance”, c’est-à-dire la projection de destruction, sans “projection de forces”, de soldats sur le terrain ne fonctionne pas ; elle détruit sans maîtriser la reconstruction et crée le chaos. Il y a une vraie illusion de l’efficience aérienne : certes, elle permet quelques économies initiales mais elle ne conduit jamais au résultat espéré. À la fin des fins, il est toujours nécessaire, d’une manière ou d’une autre, de contrôler l’espace. » (8)

Conclusion

Oui, la bataille d’Hajin a été gagnée, au moins sur le terrain mais en refusant l’engagement au sol, nous avons prolongé inutilement le conflit et donc contribué à augmenter le nombre de victimes au sein de la population. Nous avons détruit massivement les infrastructures et donné à la population une détestable image de ce que peut être une libération à l’occidentale laissant derrière nous les germes d’une résurgence prochaine d’un nouvel adversaire. Nous n’avons en aucune façon gagné la guerre faute d’une politique réaliste et persévérante et d’une stratégie adéquate.

Combien d’Hajin faudra-t-il pour comprendre que nous faisons fausse route ?

Source : Revue Défense Nationale n° 817 – Février 2019

*Colonel. Chef de corps du 68e régiment d’artillerie d’Afrique. Commandant la Task Force Wagram au Levant d’octobre 2018 à février 2019. Auteur de Si tu veux la paix prépare la guerre aux Éditions Via Romana.

Notes

(1) Operation Inherent Resolve (OIR) : coalition dirigée par les Américains.

(2) Il faut également souligner l’emploi massif par Daech de roquettes et de mortiers allant parfois à des consommations de 100 munitions par jour.

(3) Sorti en 2016 : montre les ambiguïtés politico-juridiques d’une prise de décision d’une frappe aérienne.

(4) Battle Damage Assessment : estimation des pertes ennemies.

(5) Vincent Desportes : « Leçons d’aujourd’hui pour les guerres de demain », Le Casoar n° 231, p 19.

(6) L’espace de bataille prioritaire.

(7) Centre d’opérations couvert d’écrans permettant une recopie des images fournies par les drones ou les avions. C’est à partir de là que s’effectuent les frappes aériennes et les tirs d’artillerie d’où son nom de Strike Cell.

(8) Vincent Desportes : « Leçons d’aujourd’hui pour les guerres de demain », op. cit.

Courriel de l’auteur : frlegrier@gmail.com

Pour aller plus loin :

Michel Goya : Un article remarquable !

Je remercie le cabinet de madame la ministre des Armées d’avoir attiré mon attention sur cet excellent article en voulant s’en prendre à son auteur.

Dans le dernier numéro de la Revue Défense Nationale, le colonel François-Régis Légrier signe un excellent article dans la rubrique Opinions (rappelez-vous, cet espace nécessaire où on peut s’exprimer librement sans engager aucune institution !). Cet article disponible ici (p. 65), est intitulé : La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ? Il s’agit peut-être, assez loin des éléments de langage habituels, de l’exposé le plus clair fait de la manière dont nous faisons la guerre sur ce théâtre d’opérations, avec ses points forts mais aussi ses grandes limites.

À la frontière entre l’Irak et la Syrie Hajin était la dernière localité tenue par l’État islamique. Sa prise constitue donc de fait la fin de l’ennemi en tant que territoire, mais certainement pas en tant qu’organisation. Le colonel Légrier, qui commandait le groupement d’artillerie français sur place, a été aux premières loges de cette victoire. Son analyse et son témoignage n’en ont que plus de valeur.

L’auteur part d’une interrogation simple : comment un point tenu par 2 000 combattants équipés légèrement armés a-t-il pu tenir pendant cinq mois face à une telle coalition de forces ? Rappelons juste que si on fait le total des ressources des nations engagées dans la lutte contre l’État islamique, en termes de centaines de milliards d’euros de budget, de dizaines de milliers d’avions de combat, d’hélicoptères, de canons, de chars, de millions de soldats, on obtient la plus grande puissance militaire de toute l’histoire de l’humanité. Comment donc cette puissance colossale ne parvient-elle pas à écraser en quelques jours, sinon en quelques heures, 2 000 hommes équipés de Kalashnikovs ? La réponse est évidente : parce que cette coalition refuse de faire prendre des risques à ses propres soldats.

En novembre 2015, le président de la République s’engageait solennellement à « mettre en œuvre tous les moyens afin de détruire l’armée des fanatiques qui avait commis cela [les attaques du 13]. Il mentait (c’est ici moi qui m’exprime). Le « tous les moyens » a consisté dans l’immédiat à augmenter le nombre de frappes aérienne (qui dans l’urgence du besoin de montrer avaient surtout frappé du sable) et à l’envoi du groupement d’artillerie évoqué plus haut (et au passage, pourquoi avoir attendu plus d’un an pour le faire ?). C’était donc là « tous les moyens » dont disposait la France ?

La description politique de cette guerre contre l’État islamique (oui, l’« État islamique » et non Daesh, terme devenu étrangement obligatoire dans le langage officiel) est un village Potemkine, mais c’est un village Potemkine transparent. Nous voyons bien en réalité que nous ne combattons pas vraiment l’ennemi, que nous préférons montrer nos soldats dans les rues de Paris plutôt que de les envoyer sur l’ennemi, ce qui est normalement leur raison d’être ; que nous préférons conseiller et bombarder, ce qui nous place dans la dépendance des Américains, les seuls à pouvoir frapper de loin en grande quantité ; que nous préférons que ce soient les autres qui se battent plutôt que nous, ce qui là encore nous rend dépendants de leurs propres agendas.

Tactiquement, tout cela est d’une grande stérilité quand ce n’est pas négatif. Quand des puissants mettent des mois pour vaincre une poignée de combattants, qui sont symboliquement les vainqueurs ? L’État islamique n’est pas mort avec la chute d’Hajin, et les symboles vont demeurer. Quand on détruit Mossoul, Raqqa et Hajin, « pour les sauver » selon les mots d’un colonel américain au Vietnam, a-t-on vraiment fait progresser la cause des vainqueurs ? Car bien entendu ces ravages ne sont pas neutres, le refus de prendre des risques importants pour les soldats, relatif pour les Irakiens ou les FDS qui y vont quand même, mais presque total pour nous, implique un transfert vers les civils. Malgré toutes les précautions prises, le « zéro mort » pour nous implique « beaucoup de morts » parmi la population civile locale, le bassin de recrutement de nos ennemis.

Au bout du compte, on ne peut s’empêcher, comme l’auteur, de se poser cette question : pourquoi entretenir une armée que l’on n’ose pas engager contre l’ennemi le plus dangereux que nous ayons ? Nous l’avons bien fait en 2013 au Mali. Si Hajin était un objectif aussi important, et il l’était au moins symboliquement, pourquoi, comme le demande l’auteur avec une certaine évidence, ne pas avoir envoyé un groupement tactique interarmes (GTIA) s’en emparer ? L’affaire aurait été réglée infiniment plus vite et avec moins de dégâts locaux. Il ne nous a fallu que quelques semaines pour détruire sur l’ensemble du nord Mali les bases d’un ennemi du même volume supérieur à l’EI à Hajin. Nous avons à l’époque accepté d’avoir sept morts au combat. Est-ce la peur d’un enlisement ? Soyons sérieux. Si le politique le décide, un ou quatre GTIA, comme au Mali, peuvent se dégager aussi vite qu’on les engage. Ce n’est pas un problème technique, c’est juste une décision politique.

J’ai tendance à considérer, comme l’auteur, que c’est à nous de mener nos combats. En Irak et en Syrie, nous avons suivi les Américains et leur manière. Ce n’était pas forcément une bonne idée, ce qui était assez clair très rapidement. Maintenant la guerre n’est pas terminée, tant s’en faut. Il est plus que temps d’avoir une vision stratégique et une action autonomes, et ne pas se contenter de dire que nous faisons des choses formidables alors que nous imitons à petite échelle des manières discutables et d’annoncer régulièrement des dates de victoire finale toujours démenties (la dernière était…février 2018), preuve que nous ne maitrisons pas grand-chose.

On me dit que l’article du colonel Légrier n’est plus disponible à la vente depuis hier sur le site de la RDN et je ne le vois plus dans le sommaire de la revue en ligne. Je n’ose imaginer une seule seconde qu’une expression intelligente et soucieuse de l’efficacité des armes de la France puisse faire l’objet d’une quelconque censure, du cabinet ministériel par exemple. Je n’ose imaginer que l’on revienne à ces sottes pratiques qui dans le passé ont toujours constitué le prélude à de grandes déconvenues. Je conseille donc encore plus la lecture de cet exemplaire et sa diffusion. Plus le cabinet, qui n’a visiblement jamais entendu parler de l’effet Streisand, s’opposera à sa diffusion et plus j’en ferai la publicité.

Colonel François-Régis Légrier, La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ? Revue Défense Nationale n° 817 – Février 2019

 

Le colonel Légrier est aussi l’auteur de Si tu veux la paix, prépare la guerre. Essai sur la guerre juste, aux éditions Via Romana (2018).

Mots clés : Hajin, coalition, Irak, Syrie, Daech.

http://www.afrique-asie.fr/la-bataille-dhajin-victoire-tactique-defaite-strategique/

La Mongolie, un « petit pays » innovant face à ses défis géopolitiques

La Mongolie, un « petit pays » innovant face à ses défis géopolitiques

Par Antoine MAIRE, le 17 février 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Antoine Maire est docteur associé au CERI-Sciences Po. Il se rend régulièrement en Mongolie pour étudier les évolutions politiques, économiques et sociales de ce pays. Il est l’auteur de « La Mongolie en quête d’indépendance », paru en 2013 chez L’Harmattan et en 2016 de l’ouvrage « Les Mongols, insoumis » aux Ateliers Henry Dougier.

Alors que les « petits pays » sont traditionnellement considérés dans la littérature scientifique comme des spectateurs plus que comme des acteurs de la vie internationale, la Mongolie fait figure d’exception. Elle a développé une politique stratégique innovante et dynamique pour tenter de répondre aux défis géopolitiques auxquels le pays est confronté. Cet article est accompagné d’une carte réalisée par l’auteur : « La Mongolie, entre enclavement et dépendance aux ressources naturelles ».

AVEC un territoire d’une superficie trois fois supérieure à la France, peuplée de seulement 3,2 millions d’habitants, la Mongolie est souvent associée à ses paysages et à la persistance du pastoralisme nomade, mode de vie qui concerne encore environ un tiers de la population. Sur le plan géopolitique, la Mongolie est marquée par sa situation d’enclavement entre la Chine et la Russie. Cette caractéristique constitue la principale constante géopolitique à laquelle sont confrontées les autorités mongoles. Elle a une influence majeure tant sur les échanges extérieurs du pays, sur son positionnement stratégique, mais aussi plus largement sur son histoire et sur les difficultés qu’ont éprouvées les autorités à affirmer l’indépendance et la souveraineté mongole sur la scène internationale.

Sur le plan politique, la Mongolie constitue une exception dans la sphère post-soviétique. Après avoir bâti le plus vaste empire terrestre jamais constitué au XIIIe siècle sous l’impulsion de Gengis Khan, l’histoire mongole a ensuite été marquée par un long déclin, marqué par d’incessantes divisions intestines. Celles-ci ont finalement conduit la Mongolie à devenir partie intégrante de l’empire sino-mandchou des Qing au XVIIe siècle. Privées de leur indépendance et de leur souveraineté, les autorités ont profité de l’effondrement de la dynastie des Qing au début XXe siècle pour proclamer à nouveau leur indépendance. Elles se sont alors rapprochées de la Russie pour se prémunir contre les velléités irrédentistes chinoises. Ce choix les a conduites à adopter un mode de développement socialiste dès 1924 qui a inscrit le pays dans la sphère d’influence soviétique, faisant de ce dernier un satellite de l’Union soviétique (1922-1991). La Mongolie a finalement recouvré son indépendance et une souveraineté pleine et entière à l’occasion de la révolution démocratique de l’hiver 1989/1990.

Ce processus révolutionnaire constitue un moment charnière dans l’histoire mongole. Il a servi de creuset à l’émergence de cette nouvelle Mongolie. Les dynamiques qu’il a engendrées ont façonné le système politique mongol, ses logiques de fonctionnement, mais aussi plus largement le positionnement diplomatique singulier adopté par le pays après 1990 (I). Le passage à l’économie de marché a également eu des conséquences majeures sur la structure de l’économie mongole en provoquant un recentrage du pays sur ses avantages comparatifs, notamment ses ressources naturelles, et une réorientation de ses échanges extérieurs, aujourd’hui très majoritairement orientés vers la Chine (II). Ces évolutions ont conduit les autorités mongoles à formaliser une nouvelle stratégie de sécurité pour répondre au défi de l’enclavement et assurer la protection de leur indépendance et de leur souveraineté (III). Alors que les « petits pays » sont traditionnellement considérés dans la littérature scientifique comme des spectateurs plus que comme des acteurs de la vie internationale, la Mongolie fait figure d’exception en ayant développé une politique stratégique innovante et dynamique pour tenter de répondre aux défis géopolitiques auxquels le pays est confronté. L’évolution du contexte international, en particulier le rapprochement sino-russe, conduit néanmoins la Mongolie à envisager une évolution de sa stratégie de sécurité et un recentrage de ses efforts diplomatiques sur son environnement immédiat (IV).

La Mongolie, un « petit pays » innovant face à ses défis géopolitiques
Carte. La Mongolie, entre enclavement et dépendance aux ressources naturelles
Cliquer sur la vignette pour agrandir cette carte de « La Mongolie, entre enclavement et dépendance aux ressources naturelles », conçue par Antoine Maire, Laurent Chamontin et Pierre Verluise. Réalisée par Antoine Maire. La carte localise les nombreuses ressources minières, met en évidence l’enclavement de la Mongolie mais aussi les lignes et projets ferroviaires, ainsi que les efforts du pays pour s’affirmer.

I. L’affirmation d’une exception démocratique en Mongolie

Les principales dynamiques politiques et économiques observables en Mongolie trouvent leur origine dans les orientations qui se sont dégagées de la révolution démocratique de l’hiver 1989/1990 et du processus de transition économique et politique qui l’a suivie. Celle-ci se distingue par sa nature apaisée et consensuelle. Il a conduit la Mongolie à adopter un système politique démocratique et à mettre en place un processus de transition pour permettre le passage au capitalisme et à l’économie de marché. Selon l’adage, la révolution démocratique mongole s’est déroulée « sans qu’une vitre n’ait été brisée, sans qu’un coup de feu n’ait été tiré et sans qu’une goutte de sang n’ait été versée ». La singularité du processus révolutionnaire mongol mérite d’être soulignée. Rien ne prédestinait le pays à connaître une telle évolution, alors que l’Union soviétique ne s’était pas encore effondrée et que la Chine populaire avait, quelques mois plus tôt, écrasé la révolte de sa jeunesse sur la place Tienanmen.

La facilité relative avec laquelle la révolution s’est déroulée s’explique par une convergence de vues entre les réformateurs des mouvements démocrates et ceux qui s’exprimaient à l’intérieur de l’ancien parti unique, le Parti populaire et révolutionnaire mongol (PPRM). Beaucoup partageaient l’idée que le changement devait être profond alors que le pays venait de traverser une décennie de stagnation économique et alors que l’Union soviétique venait d’annoncer le retrait de ses troupes stationnées en Mongolie. Surtout, beaucoup ont perçu dans cet événement une opportunité historique pour permettre à la Mongolie de rompre avec la tutelle soviétique et reconquérir une indépendance et une souveraineté pleine et entière, parachevant ainsi un processus entamé au début du siècle. Les événements de l’hiver 1989/1990 constituent donc une révolution nationale, à travers laquelle le peuple mongol a affirmé pleinement son indépendance et a initié un processus lui permettant de se doter d’un système politique et économique propre afin d’exercer sa souveraineté. Le passage à la démocratie et à l’économie de marché constituait un moyen de rompre les liens de dépendance qui unissaient le pays à l’Union soviétique.

Sur le plan économique, les autorités mongoles ont fait le choix d’opter pour une transition radicale, basée sur la « théorie du choc ». L’objectif était de provoquer un choc pour permettre l’apparition du marché. Outre des considérations idéologiques, une transition graduelle était difficilement envisageable du fait de la dépendance structurelle qui unissait l’économie mongole à l’économie soviétique et au Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM). Pour provoquer ce choc, le processus de transition s’est appuyé sur : 1) de vastes privatisations et notamment la dissolution des coopératives agricoles ; 2) une libération rapide des prix et du commerce extérieur avec l’adoption d’un taux de change flottant et la suppression de l’ensemble des tarifs douaniers ; 3) une restructuration du système financier avec une dissolution des banques d’État et une ouverture du secteur aux banques privées. Le processus de transition s’est accompagné d’une violente crise économique. Elle s’est traduite par un effondrement de l’appareil productif, des échanges extérieurs, l’apparition du chômage, une hyperinflation et un retour des tickets de rationnement au début des années 1990. Symbole de la violence de cette crise, l’économie mongole a mis plus de dix ans pour atteindre à nouveau les niveaux de production atteints en 1990.

Sur le plan politique, l’évolution connue par la Mongolie depuis 1990 contraste avec celle de nombre d’anciens pays socialistes, notamment avec celle de ses voisins russe et chinois. Alors que ces derniers ont eu tendance à être marqués par un retour à l’autoritarisme, la Mongolie s’est au contraire ancrée dans un système démocratique qui a fait la preuve de sa résilience en résistant à plusieurs alternances politiques et à des crises majeures (assassinat du député Zorig en 1998, imposition de l’état d’urgence en 2008). La Constitution mongole n’a que peu évolué depuis son adoption en 1992, les élections sont organisées régulièrement et leurs résultats sont considérés comme légitimes par les acteurs. Les alternances politiques sont régulières, les dernières ayant eu lieu pour les élections législatives et présidentielles en 2016 et en 2017. Outre ces aspects formels, un approfondissement de la démocratie est également notable avec la mise en place de budgets participatifs à l’échelon local ou avec des expérimentations remarquées, comme l’organisation d’un référendum par SMS en 2015, destiné à fixer la ligne économique du gouvernement, ou plus récemment avec la mise en application d’une expérience de « démocratie délibérative » en 2017 pour proposer un nouveau projet de Constitution.

Cette évolution politique a fait de la Mongolie une exception dans son environnement régional. Le pays est régulièrement présenté comme un exemple, une « oasis de démocratie » selon les mots de l’ancien secrétaire d’État américain John Kerry. Cette singularité constitue un élément structurant. Elle est souvent présentée comme la clé de voûte de la préservation de l’indépendance et de la souveraineté mongole face à d’éventuelles pressions et au risque d’un alignement ou d’un suivisme trop marqué du pays par rapport à ses voisins.

II. La Mongolie face à la « malédiction des ressources »

La sortie de l’économie planifiée a provoqué une profonde crise. Celle-ci a conduit à une destruction du tissu industriel, privé de marchés de débouchés après le retrait de la Mongolie du CAEM et incapable de faire face à la nouvelle compétition internationale après la suppression de l’ensemble des tarifs douaniers. Le processus de désindustrialisation qui a suivi la transition a conduit à un recentrage de l’économie mongole sur ses avantages comparatifs. L’ouverture du pays s’est accompagnée d’une redécouverte du potentiel minier, le territoire mongol étant perçu comme l’une des dernières zones frontière où des découvertes d’importance étaient encore possibles. Régulièrement présenté comme un « coffre-fort » géologique, le sous-sol mongol est connu pour l’abondance et la diversité de ses ressources, mais aussi pour leur facilité d’exploitation qui les rend particulièrement rentables.

Cette importance croissante du secteur minier a conduit à une réorientation complète du commerce extérieur. En l’espace d’une décennie, l’économie mongole est passée d’une situation de dépendance à l’autre, en l’occurrence d’une dépendance à l’égard de l’Union soviétique à une dépendance à l’égard de la Chine. Cette dernière résulte à la fois de la structure du marché, la demande et la proximité du marché chinois en faisant un espace de débouché naturel, mais aussi de raisons structurelles, l’absence d’infrastructures combinée à l’enclavement du pays. À cette situation s’ajoute une dépendance sectorielle à l’égard du voisin russe. Alors que le pays exporte du pétrole brut en Chine, l’absence de capacité de raffinage le contraint à importer l’essentiel de ses carburants de Russie.

Cette situation constitue une vulnérabilité stratégique majeure. Elle limite la capacité des entreprises à négocier leurs prix de vente. La dépendance au secteur extractif expose par ailleurs le pays aux variations du cours des matières, responsables notamment de la crise de 2008 et en partie du ralentissement, puis de la crise économique, qui ont frappé le pays entre 2013 et 2016. Plus généralement, elle pose la question de la capacité de la Mongolie à échapper aux conséquences de la « malédiction des ressources », symptôme propre aux pays riches en matières premières, qui se traduit notamment par une concentration de l’économie autour du seul secteur extractif et qui peut s’accompagner d’une instabilité politique.

Cette double dépendance est par ailleurs susceptible d’être utilisée par Pékin et Moscou pour faire pression sur le processus décisionnel mongol. Par exemple, en 2002, les autorités chinoises ont décidé de la fermeture de leur frontière avec la Mongolie pour protester contre la venue du Dalaï-Lama à Oulan-Bator. Des mesures de rétorsion économiques ont également été prises en 2016 à l’occasion d’une nouvelle visite du Dalaï-Lama dans le pays. La Russie a pour sa part décidé de la suspension de ses exportations de carburants à la Mongolie au printemps 2011 pour faire pression sur les autorités mongoles dans le cadre de l’appel d’offres mis en place pour la valorisation du gisement de charbon géant de Tavan Tolgoi.

La prise en compte de ces éléments de vulnérabilité a conduit les autorités mongoles à formaliser une nouvelle stratégie de sécurité pour répondre à ces défis. Son objectif est double : permettre le développement économique du pays, notamment la diversification de son appareil productif, et préserver l’indépendance et la souveraineté mongole alors que le pays a fait le choix d’un système politique démocratique et libéral quand ses voisins russe et chinois et ont adopté un système politique autoritaire et dirigiste.

III. Une stratégie de sécurité innovante

La révolution démocratique a provoqué un bouleversement de l’équation sécuritaire que doivent résoudre les autorités mongoles. Elle a privé le pays des garanties de sécurité que lui apportait l’Union soviétique et l’a contraint à assurer seul son indépendance et la protection de sa souveraineté. Cette situation a conduit les autorités à formaliser une réponse stratégique innovante et originale qui joue notamment sur la spécificité démocratique que revendique la Mongolie. Les questions économiques jouent un rôle central dans cette stratégie dans la mesure où les vulnérabilités de l’économie mongole, précédemment évoquées, sont susceptibles d’être utilisées par les voisins pour faire pression sur le pays.

Après la transition démocratique, les autorités mongoles ont formalisé une nouvelle approche stratégique baptisée « stratégie de troisième voisin ». Cette approche, formalisée dans le cadre du concept de sécurité nationale de 2010 et du concept de politique étrangère de 2011, s’articule autour de trois priorités :

1. la diplomatie mongole cherche à développer des relations approfondies et amicales avec ses deux voisins géographiques. Les autorités mongoles tentent de conserver de bonnes relations avec la Russie et de développer leurs relations avec la Chine. L’objectif est de maintenir la Mongolie à équidistance de ses deux voisins pour se ménager des marges de manœuvre. Cette volonté politique s’est traduite par la signature d’accords de partenariat stratégique avec ces deux pays ;

2. la diplomatie mongole s’attache également à bâtir des relations privilégiées avec des pays démocratiques et développés, les « troisièmes voisins ». Ces voisins théoriques constituent autant de partenaires susceptibles de contribuer à la préservation du modèle politique adopté par la Mongolie, donc à la protection de son indépendance et de sa souveraineté. Les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, la France, l’Allemagne ou encore le Royaume-Uni sont reconnus par les autorités mongoles comme des « troisièmes voisins ». Le « troisième voisin » avec lequel les relations sont les plus développées est le Japon. Les autorités mongoles ont conclu avec ce pays un accord de partenariat stratégique adossé à un accord de partenariat économique ;

3. les autorités mongoles jouent, par ailleurs, un rôle remarqué dans la vie internationale. Cela se traduit par un activisme important au sein des organisations internationales et par une implication remarquée au sein des opérations de maintien de la paix. Cela passe également par une contribution active à la stabilité en Asie du Nord-Est. La Mongolie joue notamment un rôle de médiateur sur le dossier nord-coréen en organisant chaque année le « dialogue d’Oulan-Bator », seul mécanisme de dialogue fonctionnel qui réunit l’ensemble des acteurs concernés par ce dossier.

Outre ce volet, la stratégie mongole comporte également une forte composante économique. En la matière, l’objectif poursuivi par les autorités mongoles est le même : la préservation d’un équilibre entre leurs partenaires afin d’éviter au pays de « devenir une simple annexe de matières » pour l’un de ses voisins. Cette approche stratégique existe sous le vocable de la stratégie des « trois tiers ». Elle vise à équilibrer les investissements étrangers qui s’implantent en Mongolie pour que ceux-ci s’équilibrent à tiers égaux entre ceux de la Russie, de la Chine et des « troisièmes voisins ».

La mise en œuvre de cette stratégie a posé la question du contrôle des investissements étrangers, qui s’opposait à la volonté d’attractivité mise en avant par les autorités. Cette volonté de contrôle a été renforcée par une série d’acquisitions d’entreprises considérées comme stratégiques par des entreprises chinoises, dans le domaine pétrolier en 2005, uranifère en 2010 puis charbonnier en 2012. Pour y répondre, les autorités mongoles ont adopté à la veille des élections législatives de 2012 un projet de loi controversé sur les investissements étrangers dans les secteurs stratégiques. Ce dernier, qui prévoyait un contrôle parlementaire sur les projets d’acquisitions d’entreprises opérant dans ces secteurs, a suscité de vives critiques des investisseurs. Son adoption a contribué à l’effondrement du flux d’investissements étrangers dans le pays entre 2012 et 2016. Cette expérience a poussé les autorités mongoles à revenir à un cadre plus libéral avec l’adoption de la loi sur l’investissement à l’automne 2013. Celle-ci conserve certains aspects relatifs au contrôle, mais cible uniquement les entreprises étatiques étrangères. Cela a permis de rassurer les investisseurs tout en préservant les capacités de contrôle des autorités mongoles sur les investissements étrangers chinois, ces derniers étant majoritairement le fait d’entreprises étatiques.

Pour faire face à la dépendance économique qui unit le pays à la Chine, les autorités mongoles ont également recherché une diversification des marchés de débouchés offerts à leurs produits miniers. Cette volonté s’est traduite par l’élaboration d’un projet ferroviaire géant qui visait à raccorder les principaux gisements miniers du sud du pays au réseau ferroviaire russe, offrant ainsi un accès aux ports russes de l’Extrême-Orient. Faute de financement et alors que sa rentabilité économique posait question, ce projet a finalement été abandonné. Outre cet aspect, les autorités mongoles se sont également attachées à négocier des accords de transit avec leurs deux voisins afin de simplifier leur accès à la mer et au marché mondial. Un accord a été conclu en 2014 avec la Chine et en 2018 avec la Russie. Ils devraient faciliter à terme une diversification des échanges extérieurs du pays. Ces démarches se sont combinées à la négociation d’accords de libre-échange conclus avec le Japon, l’Union européenne ou encore avec le « third neighbor trade act », actuellement discuté aux Etats-Unis. Il devrait permettre, une fois adopté, à certains produits mongols comme le cachemire ou les textiles d’être exemptés de taxes. Face à la dépendance aux carburants russes, les autorités mongoles développent un projet de raffinerie sur le territoire mongol grâce à un prêt préférentiel fourni par l’Inde en 2015.

L’évolution du contexte international, en particulier le rapprochement à l’œuvre entre Moscou et Pékin, conduit cependant les autorités mongoles à mener une réflexion sur leur stratégie et à envisager un éventuel recentrage de leur politique extérieure sur leur environnement géographique immédiat.

IV. La Mongolie face à son environnement stratégique

La Mongolie a été confrontée récemment à une évolution significative de son environnement régional. Tout d’abord, la détérioration des relations entre ses voisins géographiques et ses « troisièmes voisins », notamment après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, a conduit les autorités mongoles à adopter une position de neutralité. Ensuite, le développement des projets de connectivités régionales, notamment le projet des nouvelles routes de la soie ( Belt & Road Initiative BRI ) suscite l’intérêt du pays qui y voit une opportunité de développement et de désenclavement. Enfin, le rapprochement entre la Chine et la Russie a conduit les autorités à ne pas vouloir en être exclues pour profiter des opportunités économiques qui en découleront.

Cette volonté mongole s’est traduite par l’organisation régulière de sommets trilatéraux avec la Russie et la Chine. Ceux-ci se tiennent au niveau politique (chefs d’État) et au niveau technique pour favoriser le développement d’une coopération trilatérale et la coordination des politiques économiques mises en œuvre par les trois pays. Elle s’est également traduite par l’élaboration d’un projet de connectivité propre à la Mongolie, baptisé « routes de la steppe », destiné à faire le lien entre les projets de connectivité russe et chinois. Cet activisme a permis aux autorités mongoles de signer en juin 2016 un accord visant à la création d’un corridor économique entre les trois pays. La mise en œuvre de ce projet reste néanmoins incertaine et aucun projet concret n’a pour le moment vu le jour.

Plus généralement, ce rapprochement sino-russe conduit également les autorités mongoles à envisager une évolution de leur positionnement stratégique dans la région. La Mongolie étudie actuellement la possibilité de rejoindre l’Union économique eurasiatique (UEE) portée par la Russie. Elles envisagent également de demander un changement de statut au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS). Depuis les milieux des années 2000, la Mongolie dispose du statut d’observateur au sein de l’organisation. Les autorités mongoles ont longtemps refusé d’intégrer cette organisation perçue comme un « club de pays autoritaires ». Les autorités faisaient notamment valoir que les objectifs poursuivis par l’organisation, la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, ne concernaient la Mongolie qu’à la marge.

Reste que les autorités mongoles font face à des demandes insistantes de leurs deux voisins pour intégrer l’organisation. Ces demandes se combinent au sentiment que la position mongole sur l’OCS constitue un point de blocage qui limite le développement de coopérations économiques, en particulier pour ce qui est de l’inclusion de la Mongolie dans les programmes de connectivité chinois et russe, notamment dans le cadre du projet Belt and Road Initiative (BRI). Par ailleurs, l’intégration de l’Inde et du Pakistan et l’affirmation progressive d’un programme de coopération économique, même s’il tarde à se concrétiser, constituent autant d’évolutions qui pourraient conduire les autorités mongoles à demander à terme une adhésion pleine et entière à l’organisation.

Plus généralement, ces réflexions et les débats qui les accompagnent traduisent une forme de rupture du consensus qui existait jusqu’alors sur les orientations stratégiques adoptées par la Mongolie depuis 1990. Plusieurs éléments témoignent de cette évolution : le débat qui ont eu lieu sur l’adoption d’un « statut de neutralité permanente » en 2015-2016, les discussions autour de l’accession au statut de membre de plein exercice au sein de l’OCS ou plus récemment les appels du Président Khaltmaagiyn Battulga à une refonte du concept de sécurité nationale au motif que les résultats de la politique de « troisième voisin » étaient insuffisants. Outre les éléments inhérents à la vie politique mongole, ces débats sont également le fruit d’une évolution marquée du contexte géostratégique dans lequel s’insère la Mongolie. Le rapprochement à l’œuvre entre la Chine et la Russie combiné à la dégradation des relations entre les voisins géographiques de la Mongolie et ses « troisièmes voisins » réduisent les marges de manœuvre des autorités mongoles. Ils se traduisent naturellement par un recentrage progressif de la politique étrangère mongole sur son environnement proche.

Celui-ci risque néanmoins de s’opérer au détriment des coopérations développées avec les « troisièmes voisins » du pays.

Copyright Février 2019-Maire/Diploweb.com


Plus

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Prise en étau entre la Russie et la Chine, la Mongolie cherche à consolider son indépendance, acquise après 1990. Entre l’accroissement des tensions géopolitiques et la richesse en matières premières de son sous-sol, les convoitises de ses deux puissants voisins ne cessent de s’attiser. Misant sur ses ressources considérables, le pays du ciel bleu met en ouvre une stratégie de désenclavement pour poursuivre son développement économique rapide et consolider sa jeune démocratie.

Dans ce pays, aux paysages qui semblent infinis, chaque Mongol cultive la liberté comme un art de vivre hérité du nomadisme pastoral. Cet attachement à la liberté se retrouve partout, à chaque échelon de la société, à chaque moment de la vie : autant chez les femmes, véritable pilier de la société, que chez les hommes, qu’ils soient ministres, artistes, éleveurs, sportifs. Ce livre part à leur rencontre et rend compte de ce profond attachement. Les Mongols forment un peuple fier et rebelle, un peuple d’hommes libres. Mais sauront-ils préserver cette indépendance face aux appétits de leurs voisins ? Et sauront-ils garantir l’équilibre social et environnemental déjà mis à mal ?

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Géopolitique et Bitcoin : la technologie blockchain dans le monde arabe (1/2)

Géopolitique et Bitcoin : la technologie blockchain dans le monde arabe (1/2)

Tribune
14 février 2019
Par Romain Aby, doctorant à l’Institut français de géopolitique, Public Sector Blockchain Advocate for Seal Network

Durant la crise financière mondiale de 2007-2008, une personne ou un groupe de personnes se présentant sous le nom de Satoshi Nakamoto diffuse sur internet le 31 octobre 2008 un document technique présentant le concept d’une nouvelle technologie portant le nom de blockchain. Quelques mois plus tard, le 3 janvier 2009, la devise virtuelle Bitcoin est créée sur la première blockchain, donnant ainsi vie au concept présenté quelques mois auparavant.

Presque dix ans plus tard, la flambée des cours du Bitcoin et de la grande majorité des autres cryptomonnaies durant les mois de décembre 2017 et janvier 2018 a accentué une vague d’enthousiasme internationale autour de la technologie blockchain qui sous-tend la quasi-totalité de ces cryptomonnaies. Malgré l’effondrement des cours durant le reste de l’année 2018, une bonne partie des investisseurs préservent leur optimisme à l’égard du marché des cryptomonnaies. Ces derniers sont également dithyrambiques sur la technologie de la blockchain qui est perçue comme révolutionnaire à tout égard.

L’émergence de cette nouvelle technologie s’accompagne, néanmoins, d’une multitude de représentations erronées tendant à fondre différents débats dans un ensemble très abstrait et difficile d’accès pour les néophytes. Ainsi, disons-le tout d’abord et sans détour, l’avenir de la technologie blockchain semble radieux au regard de la multiplication des applications concrètes de la technologie (que nous verrons par la suite) et du fort investissement de firmes technologiques majeures sur tous les continents. Concernant les cryptomonnaies le débat est tout autre et il mérite d’être détaché du débat initial sur l’utilité de la technologie blockchain.

En effet, la multiplication incontrôlée de projets de cryptomonnaies en 2017[1] s’est incontestablement accompagnée de campagnes de levée de fonds (ICO) mensongères ou de surévaluation avec des investissements indécents de plusieurs centaines de millions de dollars sur des projets parfois très peu fiables technologiquement et ne comptant parfois qu’un ou deux salariés à temps plein. Ces inquiétudes ont offert des arguments supplémentaires aux analystes critiques des cryptomonnaies qui les voient comme des investissements à haut risque s’inscrivant dans une bulle spéculative pouvant à tout moment éclater. Ces arguments, considérés comme anxiogènes, sont rejetés en bloc par la communauté des investisseurs en cryptomonnaies, qui arguent à raison que de nombreux projets sont le fruit d’un véritable travail de développement technologique.

Une fois cette distinction faite entre les cryptomonnaies et la blockchain, il est dès lors possible de pousser plus loin l’analyse de la technologie blockchain. Parmi les différentes publications (francophones, anglophones et arabophones) ayant couvert l’émergence de cette technologie, il est possible de distinguer deux grandes thématiques traitées dans les articles : 1/ des articles techniques qui expliquent le fonctionnement de la technologie blockchain 2/ des articles dédiés aux investissements et à l’évolution des cours dans le secteur des cryptomonnaies. Dans cet ensemble dominé par ces deux blocs, bien peu d’articles s’intéressent à l’adoption de cette technologie dans la zone Afrique du Nord / Moyen-Orient et à ses différents cas d’usage.

Afin d’offrir toutes les clés de lecture nécessaires à la compréhension de cette technologie, dite révolutionnaire, et de ces différents cas d’usage, il convient tout d’abord de relever les fondamentaux technologiques de la blockchain tout en démêlant le lien entre celle-ci et la prolifération de plusieurs milliers de cryptomonnaies sur internet. Par la suite, il conviendra de mener un état des lieux du clivage des acteurs étatiques dans le monde arabe, avec d’un côté des acteurs se présentant comme de fervents défenseurs de la technologie blockchain et des cryptomonnaies, tandis que d’autres s’opposent farouchement aux cryptomonnaies tout en regardant avec méfiance la technologie blockchain. Malgré les divergences, l’analyse des différents cas d’usage de la technologie blockchain montre tous les bénéfices que les États arabes pourraient tirer des nouvelles méthodes innovantes développées au sein de ce nouvel écosystème.

Brève introduction à la blockchain

La blockchain est une technologie qui permet de stocker et de transmettre des données numériques d’un point A à un point B de manière transparente et sécurisée sans avoir recours à un tiers de confiance. L’ensemble de ces transactions sont contenues dans un registre infalsifiable et mis à jour en temps réel par un ensemble d’utilisateurs, ce qui permet au réseau d’être totalement décentralisé. Les transactions sont inscrites dans le registre après validation, par blocs de données pour constituer une chaîne inaltérable de blocs. Cette chaîne, ne pouvant être modifiée, permet de consulter, de façon totalement transparente, la totalité des échanges effectués entre les différents utilisateurs depuis le bloc original du registre.

Pour faire simple, l’image la plus représentative est celle d’un ensemble de voisins qui détiennent au sein de leur domicile une copie de vos transactions sans le savoir. En cas de doute sur une transaction, il est possible de vérifier si vos voisins ont les mêmes informations que vous. Cette communauté, répartie sur internet, rend cette technologie quasiment impossible à pirater puisqu’il faudrait modifier chacune des copies présentes partout sur le réseau au même moment sous peine d’être détecté.

À titre d’exemple, il est possible de présenter trois types d’usage de base de la blockchain :

– Cette technologie permet d’initier des transferts d’actifs en utilisant par exemple des monnaies virtuelles comme le Bitcoin ou le Litecoin entre autres. Ainsi, un internaute ‘A’ peut transférer à un internaute ‘B’ une monnaie virtuelle sur la blockchain sans avoir recours à acteur intermédiaire comme une plateforme d’échange (l’équivalant d’une banque pour un transfert de monnaie fiduciaire). L’absence d’un tiers de confiance réduit ainsi considérablement le coût d’une telle transaction, tandis que l’émergence de la technologie blockchain accroît considérablement la rapidité du transfert qui peut s’effectuer en quelques minutes voire quelques secondes pour les blockchains les plus rapides (Bitshares, Stellar Lumens, Ripple…). Le marché mondial des transferts d’actifs représentait en 2015 la somme de 440 milliards de dollars sur l’année. Certaines plateformes d’échanges imposent des commissions pouvant s’élever à 10% du montant transféré ce qui est conséquent. Ainsi, selon l’ONG Overseas Development Institute, la diaspora africaine a perdu 2 milliards d’euros par an en raison des coûts de transferts. L’utilisation de la blockchain permet de régler les frais de transactions qui dépassent rarement les quelques centimes d’euros et qui ont l’avantage d’être des tarifs unitaires facturés à la transaction. Ainsi, un émetteur paiera un prix fixe de quelques centimes d’euros,[2] peu importe le montant envoyé (1000 euros ou un million).

Le transfert d’actifs monétaire est un exemple concret d’utilisation de la blockchain qui peut également être utilisable dans le transfert d’autres types d’actifs, par exemple, les actions, les obligations, les titres de propriété, les votes en ligne, etc.

– La blockchain peut également être utilisée en tant que registre numérique. En effet, en raison de sa transparence et de son inaltérabilité, cette technologie est d’une aide considérable dans l’effort de traçabilité et de certification. La référence d’un produit peut ainsi être intégrée dans le registre, ce qui va donner la possibilité de vérifier des données comme le lieu d’origine ou de fabrication d’un produit, sa date de production et les différentes localisations géographiques du produit dans la chaîne de distribution (l’entreprise Seal Network offre par exemple ce type de services).

– Le troisième usage majeur de la blockchain est la possibilité d’intégrer des « Smart contrats » ou « contrats intelligents » qui sont des programmes autonomes qui s’exécutent de façon automatique dès que certaines conditions définies au préalable sont remplies. L’intérêt d’intégrer ces contrats intelligents est que ceux-ci ne peuvent dès lors plus être modifiés en raison du caractère inaltérable de la blockchain.

Les bénéfices potentiels de la blockchain dans le monde arabe

La technologie de la blockchain qui est encore jeune et en plein développement promet d’offrir des solutions concrètes à divers problèmes rencontrés par les États arabes. À cet effet, l’utilisation de cette technologie se fera, très certainement, de manière graduelle, toutefois, il convient de réfléchir dès à présent sur ses bénéfices potentiels. Une analyse multiscalaire (donc à différentes échelles géographiques) permet de mieux relever les différents cas d’usage de cette technologie.

1- À l’échelle régionale, l’utilisation de la blockchain permet d’initier des transferts de fonds entre États à coûts réduits. Ainsi, un État arabe ayant été touché par une guerre destructrice ou une catastrophe naturelle pourra recevoir encore plus rapidement des fonds de la part des autres États.

Il est par ailleurs primordial de rappeler que les fonds d’aide à la reconstruction (pour les États en guerre ou à peine sortis d’un conflit) sont souvent détournés par des politiciens corrompus. Cette corruption endémique est un facteur majeur du délabrement des offres du service public dans les États arabes. Ainsi, l’utilisation des contrats intelligents, via la blockchain, pourrait permettre d’allouer des fonds ou des aides internationales en conditionnant, par exemple, l’utilisation de ces fonds à certains types de dépenses et auprès de certaines entreprises considérées comme transparentes et non corrompues. De plus, la transparence du registre de la blockchain offre également la possibilité d’auditer les transferts de fonds qui sont tous publics et traçables. Par conséquent, ce système pourrait considérablement réduire les cas de corruption et offrir une meilleure identification des mouvements de fonds.

2- À l’échelle nationale, chaque État arabe pourrait grandement bénéficier de l’utilisation de la blockchain. Ainsi, l’effort de numérisation des documents officiels qui a été entrepris par de nombreux États arabes (comme les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite) pourrait s’appuyer sur la blockchain pour stocker les documents de manière décentralisée. Cette démarche permettrait de réduire considérablement les risques de perte de documents puisque ceux-ci ne seraient pas stockés dans un ou deux lieux, mais dans une multitude de milliers ou centaines de milliers d’emplacements (machines) sur le réseau. Selon Mohammad Abdullah Al Gergawi[3], l’utilisation de la blockchain dans les départements des ministères émiratis devrait, par exemple, permettre chaque année d’économiser des millions d’heures de travail dans l’intégration de données et la vérification de leur véracité.

Certains États arabes, comme le Yémen et le Liban, où la prolifération des armes à feu échappe complètement au contrôle de l’État pourraient également bénéficier d’un meilleur recensement grâce à la blockchain. Pour ce faire, il est possible d’imaginer la mise en place d’une base de données permettant de recenser les numéros de série de ces armes qui contribuent grandement à la déstabilisation de la sécurité intérieure de ces États.

Les États arabes sont également souvent en proie à des difficultés pour percevoir les paiements mensuels liés à la fourniture d’électricité ou d’eau. Concernant le Liban, certaines régions comme les banlieues sud de Beyrouth sont notoirement connues pour les irrégularités dans le paiement des factures à l’EDL (Électricité du Liban). L’utilisation couplée de compteurs intelligents et de contrats intelligents sur la blockchain pourrait dans ce cas assurer une limitation substantielle de la fraude et ainsi bonifier la santé économique des entreprises nationales comme EDL.

L’utilisation de la blockchain peut également être un atout de poids dans la lutte contre la contrefaçon de médicaments, un fléau qui touche particulièrement les États arabes. Selon différentes enquêtes, 10 à 30% des médicaments vendus dans les pays en développement sont contrefaits. Ce marché de la contrefaçon est estimé chaque année à 200 milliards de dollars dans le monde et la majorité de ces produits est originaire de Chine ou d’Inde. À titre d’exemple, durant l’été 2017, les autorités égyptiennes avaient saisi des milliers de médicaments contrefaits censés soigner l’hépatite C. L’Égypte n’est bien évidemment pas le seul État touché puisque ces produits de contrefaçon sont distribués dans des réseaux transfrontaliers sur une zone incluant une bonne partie des États arabes comme la Tunisie, l’Algérie, la Libye, l’Égypte, le Liban, la Syrie, l’Irak, la Jordanie ou le Yémen. Le recensement des médicaments authentiques et non périmés sur le registre décentralisé de la Blockchain pourrait, ainsi, aider les différents ministères de la Santé des États arabes à mettre en place une politique d’amélioration du système de santé, et poursuivre, dans un même temps, une politique de lutte contre les réseaux de contrefaçon, à l’échelle nationale et régionale.

Les États pourront également utiliser cette technologie afin de mener des élections libres et transparentes. Jusqu’ici, le vote électronique dans un point de vote fixé par le gouvernement et le vote en ligne butaient tous les deux sur la faillibilité et la corruptibilité de l’administrateur du vote. L’utilisation de la blockchain permet ainsi d’envisager un système décentralisé où le vote serait inviolable, transparent et auditable par tous. Ainsi, grâce à ce mécanisme, la destruction des bureaux de vote ou la disparition des urnes ne seront plus possibles. Il est utile de rappeler ici que les élections législatives irakiennes de 2018 ont été marquées par l’incendie d’un dépôt contenant une partie des votes du district Est de la capitale irakienne Bagdad. Au vu de cet évènement et des nombreux incidents similaires dans le monde arabe, il est légitime de souhaiter l’intégration, la plus rapide possible, des votes sur la blockchain. Par ailleurs, il est intéressant de souligner que le recours à un vote sur la blockchain permettrait également de réduire drastiquement le coût d’une élection, ce qui est une véritable bénédiction pour certains États à l’économie nationale exsangue. Bien que certains obstacles psychologiques et techniques se dressent devant l’adoption de la blockchain dans les processus de vote, certains États ont déjà franchi le pas, comme la Sierra Leone qui est le premier pays à avoir utilisé la blockchain lors de l’élection présidentielle.

L’utilisation de la blockchain pourrait également aider tout État réellement décidé à enrayer les phénomènes de corruption et de clientélisme politique. Pour cela, il est possible d’imaginer un système ou chaque ministère se verrait allouer un montant, en cryptomonnaie, équivalent au budget annuel du ministère. Dès lors que ce budget est versé dans le portefeuille numérique du ministère, chaque transaction (dépense) pourra être suivie avec précision et auditée en temps réel, voire en différé (à la fin du mandat) afin de ne pas entraver les actions du gouvernement avec une multiplication de débats pour chaque dépense. De plus, l’existence de contrats intelligents sur la blockchain permet même d’imaginer l’intégration au préalable de promesses de campagne d’un candidat à une élection, permettant par exemple au moment de son élection de déclencher automatiquement ses décisions inscrites dans le programme comme des budgets spécifiques.

L’adoption (bien que futuriste) d’un tel système démontrerait un véritable effort de transparence de la part des gouvernants et permettrait à la population de mieux jauger de la compétence du gouvernement sortant.

3- À l’échelle locale, chaque individu peut également tirer un grand bénéfice de l’adoption de la blockchain. Le premier avantage serait de pouvoir bénéficier d’un enregistrement général de tous les documents officiels, de l’acte de naissance au titre de propriété en passant par les diplômes universitaires. De la sorte, même en cas de guerre ou de catastrophe naturelle, des réfugiés pourraient facilement prouver leur identité, leurs compétences professionnelles et seraient protégés contre la spoliation de leurs biens en raison d’un départ hâtif lors d’un début de guerre par exemple.

En étendant cette logique à d’autres secteurs, il est également possible d’envisager une intégration des bilans médicaux de chaque individu sur un registre personnalisé au sein de la blockchain. De la sorte, un patient n’aurait pas à se soucier de la perte de documents en raison de sa propre inattention ou même de la destruction de l’hôpital dans lequel il aurait été soigné. Peu importe le pays dans lequel il se trouvera, ce patient pourra, dorénavant, accéder à une copie de ses données médicales avec sa clé cryptographique[4] privée, dès lors, qu’il possède une connexion internet. L’application de la blockchain dans les hôpitaux publics permettrait également de renforcer la sécurité des données des patients puisque ces établissements sont victimes de piratages informatiques et de demandes de rançon.

En parcourant les médias arabophones, il apparaît clairement que ces derniers s’intéressent de plus en plus à la blockchain. Ainsi, un article publié dans Al Jazeera pose même, dès son intitulé, la question suivante : « Est-ce que la technologie blockchain peut venir à bout de la pauvreté ? ». Cet enthousiasme débordant, presque euphorique de la part des plus fervents supporters de cette technologie s’appuie en réalité sur une idée phare, la possibilité de créer des portefeuilles individuels de cryptomonnaies pour un grand nombre d’habitants défavorisés non bancarisés. Les différents obstacles administratifs auxquels se heurtent les populations les plus isolées[5] et les coûts d’entretien d’un compte bancaire seraient ainsi supprimés, puisque l’unique condition serait l’ouverture et la gestion d’un portefeuille de cryptomonnaies et une connexion à internet ou au réseau téléphonique.

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[1] Cet accroissement a encore continué en 2018 avec 1527 cryptomonnaies le 1er mars 2018 et 2082 fin décembre de la même année.

[2] Le transfert de la cryptomonnaie Bitcoin s’élève généralement à plusieurs euros par transaction lors des périodes de pic d’activité sur le réseau. D’autres cryptomonnaies comme Stellar Lumens ou Ripple ont en revanche des frais de transfert se comptant en centimes d’euros.

[3] Directeur en management à la Dubaï Future Foundation.

[4] C’est une clé de chiffrement qui permet d’accéder à des données sur la blockchain, cette clé peut prendre plusieurs formes comme des mots, des phrases ou des données codées sous une forme binaire (cryptologie moderne).

[5] Comme avoir un accès géographique à la banque, fournir des documents administratifs lors de l’ouverture du compte, sans oublier les refus réguliers d’ouvertures de compte pour des personnes n’ayant pas de revenus suffisants.

http://www.iris-france.org/130564-geopolitique-et-bitcoin-la-technologie-blockchain-dans-le-monde-arabe-1-2/

Vassaux et résistants

Vassaux et résistants

Publié le 8 Février 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-Unis

Depuis l’élection trumpienne, la tête de l’empire tangue. On sait que le Donald doit louvoyer avec son Deep State au bord de la crise de nerfs, donnant là (Iran, Israël, Chine, Venezuela) ce qu’il souhaite retirer ici (Russie, Syrie, Asie centrale). Mais si le système impérial pensait reprendre la Maison Blanche en 2020, il voit avec horreur émerger un présidentiable plus dangereux encore.

Nous avons plusieurs fois évoqué Tulsi Gabbard, notamment sur la Syrie :

Des membres clairvoyants du Congrès (si si, il y en a) ont très vite réagi en introduisant le Stop Arming Terrorists Act. Le nom parle de lui-même… La proposition a été présentée par la délicieuse Tulsi Gabbard, qui en plus d’être jolie est intelligente :

“Si vous ou moi finançons, armons ou supportons Al Qaeda ou l’EI, nous serions mis en prison selon la loi. Or le gouvernement américain viole cette loi depuis des années, en soutenant avec de l’argent, des armes et des renseignements* les partenaires d’Al Qaeda, de Jabhat Fateh al Sham et d’autres groupes terroristes qui luttent pour renverser le gouvernement syrien. Il est temps d’arrêter cette folie. »

Elle était même allée plus loin en janvier 2017 :

A la stupéfaction de la volaille médiatique états-unienne, elle vient de passer quatre jours en Syrie et a osé rencontrer « le monstre ». A son retour, pas repentante pour un sou, elle a doublé la mise sur la nécessité de voter le Stop Arming Terrorist Act avec cet argument de simple bon sens : « Beaucoup de Syriens m’ont demandé pourquoi Washington et ses alliés soutiennent les groupes terroristes alors que c’est Al Qaeda qui a attaqué les Etats-Unis le 11 septembre, pas la Syrie. Je ne pouvais rien leur répondre… »

Dans ces conditions, on imagine aisément que l’annonce de sa candidature à la présidentielle de 2020 a envoyé des ondes de choc dans l’Etat profond et la presstituée à son service. Il n’en fallait pas plus pour qu’un torrent de boue et de propagande s’abatte sur elle. Tout y passe : groupies des dictateurs, nationaliste hindoue, islamophobe, suprémaciste blanche (!), anti-LGBT (la grande mode bobo occidentale). Mais évidemment, l’accusation suprême, celle qui doit faire trembler Hollywood et frissonner dans les chaumières, n’est jamais loin : a-g-e-n-t   r-u-s-s-e.

Tulsi ne se démonte pas et double la mise en dénonçant les désastreuses opérations de changement de régime, en refusant la tentative de putsch au Venezuela et en déclarant tout de go qu’Assad n’est pas un ennemi des Etats-Unis. CNN en a avalé sa parabole de travers…

La journaloperie a d’ailleurs fort à faire par ailleurs. Pour vous donner une idée du niveau d’hystérie outre-Atlantique, la dernière en date est d’ors et déjà à classer au rang des perles rares. Sachez, bonnes gens, que Poutine et les Chinois menacent de faire mourir de froid les habitants… du Dakota ! Eh oui, vous ne le saviez pas, eux non plus, mais les andouilles de la MSN nous l’assurent la bouche en cœur. Mais après tout, n’est-ce pas Mika Brzezinski, la fifille de l’éminence grise lui-même, qui, dans un lapsus merveilleusement révélateur, confirmait que le rôle des médias était de « contrôler la pensée des gens » ?

A mesure qu’il dégringole et que les voix dissidentes sont chaque jour plus nombreuses, le système impérial s’arc-boute. L’Europe symbolise admirablement cet état de chose. Morts de trouille devant la montée des z’horribles populistes, les euronouilles se sont engagées dans une fuite en avant éperdue. Dans le rôle du parfait vassal, Micron excelle. Non content de brader les atouts de la France (fleurons industriels, siège à l’ONU etc.), il semble carrément vouloir hypothéquer son stock d’or ! Alors que les grands pays de la planète amassent le précieux métal pour se prémunir de la crise monétaire qui pointe son nez ou ne plus dépendre du dollar, Paris fait exactement l’inverse… en toute discrétion. Volonté d’entraîner la France dans une voie de non-retour et de ligoter tout futur gouvernement qui aurait des tendances souverainistes ? Connaissant l’eurolâtrie bêlante du pensionnaire de l’Elysée, c’est tout sauf impossible.

A l’inverse, l’Italie ne cesse d’étonner par son indépendance. Nous avons déjà vu que la nouvelle direction transalpine fait frémir l’euronouillerie et refuse de se soumettre aux diktats de Washington, notamment sur le Venezuela. Rome n’arrête pas de faire souffler le chaud et l’effroi sur l’échine impériale. La présidente du Sénat remet par exemple ouvertement en cause les sanctions anti-russes, ce que Salvini avait déjà fait publiquement en Pologne (!) lors d’une visite officielle le mois dernier.

Cerise sur le gâteau, la récente visite du vice Premier ministre italien aux Gilets Jaunes a offusqué le pygmée élyséen, scandalisé devant cette « ingérence inacceptable ». Il était une fois un certain hôpital et une certaine charité Blessé dans son incommensurable orgueil, il a rappelé son ambassadeur à Rome, du jamais vu depuis 1940. Enième exemple de l’hystérisation d’un système qui se dirige vers sa fin.

L’Iran mène-t-elle une politique étrangère irrationnelle ?

L’Iran mène-t-elle une politique étrangère irrationnelle ?

Dans le contexte de la remise en question de l’accord sur le nucléaire de 2015, il est intéressant de se pencher sur la question de la politique étrangère pratiquée par l’Iran. En effet, ce pays suscite souvent de nombreuses interrogations, voire incompréhensions, du fait des grandes différences culturelles qui le sépare de nos coutumes occidentales. Maintes fois présenté comme un acteur erratique et dangereux du jeu mondial, notamment par les médias américains, l’Iran est en réalité guidé par une recherche d’un équilibre entre idéologie et pragmatisme.

Deux hommes manifestent durant la révolution iranienne
La révolution de 1979 est-elle encore un déterminant majeur de la politique étrangère iranienne ?

La révolution islamique de 1979 a créé une véritable rupture entre l’ancienne Perse et le reste du monde. Ce retour au religieux, dont les causes sont toutefois bien plus complexes qu’un simple repli conservateur, est apparu, aux yeux de beaucoup d’Occidentaux, comme un retour en arrière. En effet, le précédent dirigeant, le shah Mohammad Reza Pahlavi, avait entrepris, dès les années 60, une modernisation du pays, « la Révolution blanche ». Celle-ci s’était accompagnée d’une occidentalisation des mœurs, l’un des facteurs qui mena à la révolution de 1979. Ainsi, depuis la création de la République Islamique, l’Iran a longtemps été considérée comme un pays paria.

La perception d’une menace extérieure, l’Iran contre tous ?

Mise au ban par la communauté internationale, elle a souhaité défendre son modèle de gouvernement. Aussi, la politique étrangère iranienne a été fortement marquée par la perception d’une menace extérieure et la nécessité de survivre. Cela se traduit notamment par la peur d’une intervention américaine qui viserait à faire basculer le régime en place. De fait, le guide suprême, Khamenei, a, par maintes occasions, accusé les Etats-Unis de tenter de déstabiliser son pouvoir en soutenant l’opposition, en affaiblissant l’économie à l’aide de sanctions ou en armant les ennemis régionaux de l’Iran. De plus, la forte présence militaire américaine dans le Golfe persique est perçue comme un étau inquiétant. Enfin, certains médias officiels soutiennent la thèse selon laquelle Washington apporterait son soutien financier et militaire à des groupes sunnites extrémistes tels que l’Etat islamique dans le but de fragiliser l’Iran.

Une politique extérieure guidée par l’idéologie ?

Dans le sillage des conséquences de la révolution islamique, l’idéologie qui porta au pouvoir le guide suprême continue d’influencer la politique extérieure iranienne. Dans les années qui suivirent le changement de régime, l’Iran tenta d’ « exporter » sa révolution dans les pays musulmans voisins. En effet, à l’époque, cette dernière était présentée comme un modèle à suivre, la première étape d’un mouvement plus grand. Toutefois, les desseins iraniens ont rencontré une très forte résistance et cette stratégie a été un échec.

Ce revers n’a pas empêché Téhéran de poursuivre une politique étrangère teintée de son idéologie. De fait, elle a souvent dénoncé l’oppression des populations arabes face aux puissances occidentales, américaine tout particulièrement. Ainsi, l’Iran est une fervente défenseure de la cause palestinienne et entretient des relations très tendues avec Israël. De plus, Téhéran estime que l’interventionnisme occidentale au Moyen-Orient est responsable de difficultés politiques et économiques qui n’existeraient pas sans cela. Ainsi, la création de l’état d’Israël est perçue comme l’exemple ultime de cette mainmise extérieure.

L’Iran coopérative, un acteur pragmatique parmi d’autres ?

Néanmoins, malgré les différends idéologiques qui existent entre Téhéran et les occidentaux, la politique étrangère iranienne demeure proche des intérêts nationaux. En effet, de par son passé impérial glorieux, l’Iran est fortement attachée à l’idée que l’ancienne Perse doit demeurer un acteur politique régional majeur. Elle fait valoir son histoire millénaire face aux quelques décennies d’indépendance des monarchies du Golfe comme un élément déterminant. De fait, cette perception entre en contradiction avec le statut de paria qui lui a été accolé.

Ainsi, afin de participer au jeu diplomatique mondial, Téhéran est parvenue à faire des compromis pour faire entendre sa voix. De sorte qu’elle n’a apporté d’aide aux mouvements islamistes d’Asie centrale, comme elle a pu le faire avec le Hezbollah au Moyen-Orient, dans le but de ne pas froisser son allié historique russe. De plus, les dirigeants iraniens ont négocié à plusieurs reprises avec les Etats-Unis afin d’alléger les sanctions économiques, avant de parvenir à l’accord de Vienne en 2015. Enfin, l’Iran souhaite, depuis plus de deux décennies déjà, intégrer l’Organisation Mondiale du Commerce. Cela prouve, une fois de plus, que l’Iran ne souhaite pas être un acteur isolé sur la scène mondiale.

En définitive, la politique étrangère iranienne oscille entre idéologie et pragmatisme. Divisée entre la perception d’une menace extérieure et le désir d’être un acteur mondial important, l’Iran mène une diplomatie qui peut parfois paraître erratique et irrationnelle. Toutefois, cette fausse impression ne doit pas occulter ses motivations réelles, de peur de produire une analyse caricaturale de sa diplomatie.

Sources:

https://www.eurasiareview.com/30092015-irans-foreign-policy-analysis/

https://iranprimer.usip.org/resource/timeline-irans-foreign-relations

https://www.mepc.org/irans-foreign-policy-shifting-strategic-landscape

 

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/39195-iran-mene-politique-etrangere-irrationnelle

L’océan Indien, nouveau centre du monde ?

L’océan Indien, nouveau centre du monde ?

Par Thomas MARRIER D’UNIENVILLE, le 3 février 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Thomas Marrier d’Unienville est diplômé d’un Master 1 Géopolitique et Relations Internationales à l’Institut Catholique de Paris et d’une Licence LEA anglais/allemand, spécialité affaires et commerce à l’université Sorbonne Nouvelle – Paris 3. Cet article a été rédigé dans le cadre d’un stage auprès du Diploweb.

Pourquoi l’océan Indien est-il crucial dans la géopolitique mondiale ? Si régner sur l’océan Indien est l’objectif de beaucoup, la Chine est le pays qui s’en approche le plus. La montée en puissance de l’Inde révèle que la domination par une seule entité semble cependant peu probable. Illustré d’une carte inédite réalisée par Florent Amat.

ALFRED Thayer Mahan, officier de la marine américaine au XIXe siècle s’exprimait en ces mots : « La puissance qui dominera l’océan Indien contrôlera l’Asie et l’avenir du monde se jouera dans ses eaux » [1]. Le Général de Gaulle affirme un siècle plus tard : « L’activité des hommes se tournera de plus en plus vers la recherche de l’exploitation de la mer. Et, naturellement, les ambitions des Etats chercheront à la dominer pour en contrôler les ressources ». Outre ces considérations, nous pouvons aisément parler de l’océan Indien comme clef de voûte dans le rééquilibrage des puissances. Troisième plus grand océan du monde, il est au coeur de bons nombres d’enjeux. Ce territoire maritime est la plaque tournante permettant la projection vers l’Asie, l’Europe, l’Afrique. Il est le centre du marché pétrolier mondial et abrite la plus grande autoroute maritime commerciale [2]. Aussi, ses littoraux sont bordés par de nombreux pays dont les conflits suscitent la crainte de la communauté régionale d’abord, de la communauté internationale ensuite.

Il nous faut donc comprendre en quoi cet océan est crucial dans la géopolitique mondiale afin de démêler les différentes perspectives et réactions engagées par chacun des acteurs.

Dans un premier temps, nous établirons un constat : si régner sur l’océan Indien est l’objectif de tous, la Chine est le pays qui s’en approche le plus. Dans un second temps, nous constaterons qu’un nouveau paradigme semble se mettre en place progressivement. La montée de l’Inde nous révèle que la domination par une seule entité semble peu probable.

L'océan Indien, nouveau centre du monde ?
Carte de l’océan Indien, nouveau centre du monde ?
Cliquer sur la vignette pour agrandir cette carte de l’océan Indien. Un espace maritime hautement stratégique… convoité par des puissances rivales. Conception T. Marrier d’Unienville. Réalisation : F. Amat pour Diploweb.com, 2019.

I. L’océan Indien : prisé par les grandes puissances, dominé par aucune d’entre elles

Chacun pour soi ?

L’océan Indien, espace géostratégique de par ses enjeux économiques et politiques majeurs, connaît une hausse des tensions. Cet espace névralgique regroupe de nombreux enjeux cruciaux notamment pour l’Europe et l’Asie. Il abrite plus de la moitié des réserves mondiales en hydrocarbures et en uranium, plus de trois quarts des ressources en diamants, ainsi que presque la moitié des réserves d’or et de gaz [3] [4]. Par cet espace maritime, transite une part très significative de l’économie mondiale [5]. Les Etats-Unis, disposant de flottes militaires tout autour du globe, sont particulièrement influents sur cette zone géographique, l’île de Diego Garcia représentant leur foyer le plus précieux. Evidemment, ils ne sont pas seuls à couvrir ce vaste territoire : l’Inde, la Chine, le Royaume-Uni et la France sont également des acteurs majeurs.

Les puissances telles que l’Inde, la Chine, les Etats-Unis ou la France, cherchent à protéger leurs intérêts commerciaux et à pérenniser la stabilité sur ce territoire. L’Inde, par exemple, est progressivement devenue un élément incontournable des relations internationales. Elle cherche notamment à contrer la Chine, qui s’investit dans l’océan Indien.

Pour ce faire, elle renforce ses forts maritimes, lui donnant ainsi le statut de puissance mondiale. Elle cherche aussi à obtenir un deuxième porte-avions. De son côté, la France dispose d’une présence permanente sur l’océan Indien. Celle-ci est de facto assurée par ses territoires d’outre-mer, ses bases militaires à Djibouti et à Abu Dhabi, ainsi que par ses accords et coopérations de défense avec les Comores, Madagascar, les Seychelles, Maurice, les Emirats Arabes Unis et l’Inde.

C’est pour cela qu’il leur faut protéger l’axe Shangaï-Rotterdam : les nouvelles routes maritimes de la Soie. Les zones à risques sont notamment le golfe d’Aden et le détroit de Malacca puisque 30% du commerce mondial y transite. En effet, l’océan Indien est fortement touché par la piraterie maritime qui pullule notamment le long des côtes est-africaines, autour de la Corne de l’Afrique, elle sillonne la mer Rouge, et s’étend jusqu’aux littoraux d’Oman. La piraterie somalienne y a été très active. Puisque près d’un tiers de l’approvisionnement en énergie européen y transite, ces cibles sont prisées par leurs navires. Le golfe d’Aden en particulier est qualifié en 2011 comme zone maritime la plus dangereuse au monde, avec 49 navires attaqués dont 1016 marins pris en otage [6].

Cependant, grâce à la présence des forces maritimes européennes Atalante, des Etats-Unis, et de l’OTAN, ces chiffres tendent à baisser. En 2012, l’International Chamber of Commerce rapporte que l’on compte 15 navires attaqués et 62 otages. Ces coalitions contribuent à réduire la piraterie au large des côtes somaliennes.

Autre zone sensible de l’océan Indien ayant un impact sur les relations internationales, le golfe Persique et les ambitions nucléaires iraniennes le long du plus gros foyer pétrolier mondial, n’aident pas à la stabilité de cet espace. L’Iran estime que l’océan Indien est sa zone d’opération principale. Il est donc très actif dans une zone qui s’étend du détroit de Malacca, jusqu’au détroit de Bab El-Mandeb en passant par le détroit d’Ormuz [7].

Sur cette aire géostratégique, les Etats-Unis se placent en garants de la stabilité régionale et leur présence navale à Diego Garcia et au Bahreïn notamment (Ve Flotte) sont des points d’appui. Washington coordonne de nombreux exercices maritimes dans la région avec la participation de forces alliées.

Aussi, à travers l’OTAN, ils font partie de la Combined Task Force 151 et de l’opération Ocean Shield, organes luttant contre la piraterie dans le golfe d’Aden. Les Etats-Unis ne sont donc pas seuls dans la région, au contraire. Le Japon a été un élément précurseur dans la lutte contre la piraterie du golfe d’Aden, en y implantant une base à Djibouti en 2010. L’Australie dispose d’une présence navale significative dans l’océan Indien, où l’essentiel de sa flotte est stationné à la base navale de Stirling, sur le littoral opposé à Brisbane.

Parmi les puissances dites « secondaires » actives dans l’océan Indien, le Pakistan, Singapour, la Malaisie et la Corée du Sud sont en tête. En outre, l’Union européenne est également omniprésente de par la présence française significative à Mayotte et à l’île de la Réunion, ou la présence britannique sur les Chagos. L’Allemagne, les Pays-Bas, l’Italie, la Grèce, la Pologne, la Bulgarie et la Roumanie, Etats membres de l’Union européenne, relèvent du Comité spécial de l’océan Indien des Nations unies. Cet organe a été créé dans le but de faire de l’océan Indien une zone de paix, et ainsi de renforcer la stabilité et la durabilité de la paix régionale.

L’océan Indien regroupe un bon nombre de puissances. Toutes prétendument présentes pour la consolidation de la zone de paix. Si ces puissances servent les intérêts d’autrui, elles servent en premier lieu leurs intérêts. Les enjeux de pouvoir motivent souvent si ce n’est toujours les puissances à rendre hybrides voire discordants leurs dis- cours. Le plus grand porte-conteneurs français – Saint Exupéry – inauguré en septembre 2018, en est la muse. Il témoigne de la volonté de la France de rivaliser avec les navires américains et chinois. Une telle variété de puissances dans une même région dans le but de soutenir leurs intérêts propres et ceux d’autrui est-elle vraiment source de stabilité ?

Cette question trouve une première réponse dans l’absence d’accord global concernant la sécurité maritime dans l’océan Indien, et ce malgré les initiatives de l’Organisation Mari- time Internationale. Nonobstant, les outils de coopération tels que l’Association des Etats riverains de l’océan Indien ou encore l’Indian Ocean Naval Symposium (IONS) [8] prennent le contrepied.

Porte-conteneurs chinois dans l’océan Indien
Source : Pixabay

Essor annoncé de la Chine

L’économie et la sécurité énergétique de la Chine dépendent indéniablement des routes maritimes de l’océan Indien passant par le principal point de passage : le détroit de Malacca, par lequel transitent près de 80% des imports d’hydrocarbures chinois. Cette dépendance suscite la crispation et donc la réaction de la Chine qui décide de gonfler ses forces armées et son poids économique dans la région. Elle peut ainsi contrer l’Inde qui, elle aussi, est en pleine expansion dans la région [9].

Les alliés américains tels que le Japon ou la Corée du Sud dépendent également de ce seul point de passage entre l’océan Indien et la mer de Chine méridionale pour ces mêmes motifs. Seulement, les besoins de la Chine en hydrocarbures étant nettement plus conséquents, des déviations de routes pour la Corée du Sud et le Japon n’ont guère le même impact.

La première utilisation de l’expression « collier de perles » pour nommer les implantations chinoises dans l’océan Indien et ses rives date de 2004. Elle figure dans un rapport du département de la Défense américain. Ce rapport affirme qu’un renforcement de l’influence régionale chinoise pourrait mener à une perturbation des transits d’hydrocarbures vers les Etats-Unis, notamment à cause de la friction concernant Taïwan.

Universitaires et journalistes, entre autres, parlent d’une volonté de Pékin de dominer la région de l’océan Indien. Certains évoquent plutôt une ambition du gouvernement chinois de continuer à élargir le rayon d’intérêts commerciaux et de sécuriser ses lignes maritimes contre toute perturbation [10].

Même si la présence chinoise dans cet océan peut renforcer son influence, dans le même temps, lors de tensions ou conflits, cela expose et fragilise ses infrastructures.

Puisque l’économie chinoise repose essentiellement sur les routes maritimes de l’océan Indien, il paraît logique que le gouvernement cherche à protéger ce lieu de transit, et donc ses intérêts. Entre la piraterie autour du golfe d’Aden par exemple, et de potentielles perturbations commerciales menées par l’Inde ou les Etats-Unis, les dirigeants chinois ont de quoi s’inquiéter.

Ces efforts mis en place par la Chine sont encore embryonnaires mais leur objectif est limpide aux yeux de la communauté internationale : afin de maintenir et soutenir ses forces militaires dans la région, il lui est indispensable d’avoir des points d’accroches terrestres. La base de Djibouti est, quoique les dirigeants chinois disent, un moyen de projeter sa puissance.

II. L’océan Indien : hégémonie(s) régionale(s) ?

L’Inde : un acteur incontournable ?

Le paradigme actuel de l’océan Indien fait l’objet de nombreuses interrogations. Compte tenu du contexte actuel, deux constats peuvent être émis.

Premièrement, l’équilibre des puissances maritimes de la région tend à se modifier. De par l’émergence et la projection de puissance de la Chine et de l’Inde, les Etats-Unis ne seront plus considérés comme la puissance maritime dominante de l’océan Indien. Pour autant, comme le montrent bon nombre d’études, les Etats-Unis se maintiendront en acteur majeur et conserveront la flotte navale la plus avancée [11].

Ensuite, la puissance maritime de la Chine tend à égaler sa puissance économique. Malgré une présence limitée dans le détroit de Malacca et le golfe du Bengale à ce jour, ses investissements à Djibouti, à Gwadar et dans le littoral du nord de l’océan Indien lui permettront de sécuriser son influence maritime régionale [12]. Néanmoins, malgré de lourds investissements dans l’expansion et la modernisation de sa puissance navale, celle-ci tend à devenir opérationnelle lentement.

L’Inde, la plus grande puissance parmi les Etats de la région, cherche à renforcer sa présence militaire. Elle s’investit au détroit de Malacca en érigeant une base navale aux îles Andaman et Nicobar, et afin de garder un point d’appui au détroit d’Ormuz et au canal du Mozambique elle a cherché à s’implanter sur l’île de l’Assomption aux Seychelles. Puisque cela n’a pas abouti, l’Inde va devoir chercher ailleurs.

De surcroit, l’Inde étend son spectre d’action en se rapprochant des puissances actives dans la région. 2017 est un tournant dans cette expansion indienne. Les Etats-Unis et l’Inde ont conclu un accord dans le but de faciliter l’accès aux bases militaires américaines dans la région, notamment à Diego Garcia, pour la marine indienne et son armée de l’air. Un accord est signé afin d’autoriser l’accès à la base navale de Changi à l’extrémité orientale de Singapour. La France a également autorisé l’accès à ses bases clefs, celles de Djibouti et de la Réunion inclues.

Aussi, l’Inde bâtit des relations stratégiques dans le golfe Persique. Après des années de négociations, l’Inde et l’Iran sont tombés d’accord pour : 1) moderniser, 2) agrandir le port de Chabahar afin de contrôler le détroit d’Ormuz. Ce port peut devenir la nouvelle destination finale de l’autoroute commerciale connectant l’océan Indien, l’Asie centrale et orientale, et la Russie. A terme, ce port pourrait être utilisé à des fins militaires par le sous-continent.

Par ailleurs, le corridor commercial permettant le transit de marchandises entre le golfe Persique et l’Asie centrale avec Oman, l’Iran, le Turkménistan, l’Ouzbékistan et la Russie, décuple l’influence de l’Inde dans la région [13].

Enfin, suite à sa visite de février 2018 à Oman, le Premier ministre Narendra Modi a conclu un accord permettant l’accès au port de Duqm pour les navires de la marine indienne, l’accès aux bases aériennes omaniennes pour l’armée de l’air indienne et une zone de stockage pour les superpétroliers indiens. Grâce à ce point d’appui supplémentaire qui lui permet de projeter sa puissance vers le détroit d’Ormuz, l’Inde peut garder un oeil sur la Chine basée sur la rive opposée, à Gwadar.

Vers un nouvel équilibre des puissances ?

L’océan Indien fait l’objet de nombreuses expansions géopolitiques dans sa région. Elles seront sources de changements considérables dans ce que Joseph Nye nomme « the balance of power » [14]. A ce jour, aucune puissance maritime ne peut être qualifiée comme ayant l’ascendant sur les autres, les Etats-Unis étant une puissance extra-régionale.

En d’autres termes, l’avenir de l’océan Indien est incertain. Si l’on se base sur les études existantes, la majorité anticipe que les Etats-Unis ne seront bientôt plus la puissance dominante de l’océan Indien, et ce de par l’émergence et le renforcement de l’Inde et de la Chine [15].

Dans le même temp, il est aussi clair que les Etats-Unis ne quitteront pas la région et garderont une place significative dans l’échiquier régional. La Chine, elle, tend à croître de la même manière sur le plan maritime que sur le plan économique. Sa croissance et son omniprésence dans la région de l’océan Indien seront équivalentes à celles dans l’économie mondiale.

Même dans le cas de figure où la Chine restreindrait ses positions au golfe du Bengale et dans le détroit de Malacca, ses investissements au port de Gwadar complètent son projet de collier de perles et renforcent son assise aux alentours du golfe d’Oman et donc sur un autre point stratégique de l’océan Indien. Aussi, la Chine est-elle un acteur clef dans la lutte contre la piraterie dans le golfe d’Aden depuis maintenant une dizaine d’années.

En ce qui concerne l’Inde, son émergence en tant que puissance maritime est teintée d’incertitude. L’Inde modernise sa marine créée en 1950 depuis la fin du siècle dernier, soit la même période que pour la Chine, et deux siècles après les Etats-Unis, qui ont créé leur marine à la fin du XVIIIe siècle. L’Inde a donc du retard sur ses adversaires. Hormis le rayon d’action que lui accordent ses bases et ses positions navales dans l’océan Indien, elle a du mal à se projeter au-delà. Ceci étant dit, sa position géographique (sa localisation : entre le Moyen-Orient et l’Asie de l’Est, mais aussi au beau milieu de la plus grande autoroute commerciale, et enfin ses plusieurs îles sur cet océan), qui plus est stratégique dans la région, lui procure un effet de levier considérable auprès des puissances périphériques (France, Chine, Etats-Unis, Iran…). Son avenir en tant que puissance maritime parmi les trois premières puissances maritimes de la région dépend uniquement des capacités et des effectifs de sa flotte navale. Pour la quatrième puissance militaire mondiale, la carte à jouer est celle d’investir dans des infrastructures permettant d’accroître ses capacités expéditionnaires, et ainsi sa projection de puissance dans la région, éléments dont manquent parfois des puissances telles que la Chine et les Etats-Unis.

Si tu veux la paix, prépare la guerre (Si vis pacem, para bellum ?)

Du golfe Persique aux côtes Est-africaines en passant par la Malaisie, les côtes australiennes et enfin l’Antarctique, l’océan Indien couvre plus de soixante-dix millions de kilomètres carrés [16]. Les pays qui forment ses littoraux, au nombre de trente, accueillent un tiers de la population mondiale. Cet immense espace maritime est donc un élément qui ne peut être négligé par l’étude des relations internationales.

En effet, il permet l’accès à l’Europe et l’Asie via le golfe Persique et le Canal de Suez. Un quart de la production mondiale en pétrole transite par le détroit d’Ormuz, mais encore 3,8 millions de barils chaque jour par le détroit de Bab El-Mandeb en 2015 [17]. En d’autres termes, il s’agit d’une Route de la Soie 2.0. Cette agora constitue un lieu de passage phare entre les marchés européens, asiatiques, africains et du Moyen-Orient. Par ailleurs, cet espace maritime, qui manque de cohésion politique et sécuritaire, abrite de nombreux différends territoriaux non-résolus [18]. Ils naissent des cendres de la colonisation et demeurent nonchalamment occultés.

Ses littoraux connaissent la lèpre des réseaux extrémistes, terroristes, tels qu’Al Qaeda, Daesh, et d’autres mouvements satellites. Cette ramification empoisonnée est un enjeu de taille pour la sécurité globale. En haute mer, c’est la loi des pirates qui prévaut. Ces voies maritimes pour les biens, denrées alimentaires et ressources, logent également des trafics d’armes, de drogues et d’humains.

Ce noeud de congestion peut tout à fait être considéré comme source de dissensions, voire une zone propice à un conflit mondial. Ce carrefour stratégique révèle que le pays qui parvient à asseoir son influence au nord de l’océan Indien a la capacité de contrôler la production et le transit du pétrole allant du Moyen-Orient à l’Europe et l’Asie. Il en est de même pour les marchandises, ce qui lui permet d’imposer ses règles au monde. Puisque quête du pouvoir et domination vont de pair avec dissentiment et contestation, il serait irrationnel et déraisonnable de penser qu’aucune friction n’est à venir.

La France qui possède la deuxième Zone Economique Exclusive (ZEE) du monde grâce à ses territoires d’outre-mer, et dont un quart est situé dans l’océan Indien, n’est pas occultée de tous les éléments traités précédemment. La France est de facto parmi les puissances les plus engagées, sur le plan militaire particulièrement, et contribue à la stabilité de la région. Le récent rapprochement auprès de l’Inde indique que cela n’est pas près de cesser. Elle cherche à se rendre indispensable.

Au demeurant, l’océan Indien donne accès au Moyen-Orient, l’Afrique, l’Asie et l’Europe. Qui le contrôle tient le monde, mais qui y parviendra ?

Copyright Février 2019-Marrier d’Unienville/Diploweb.com

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Donald Trump a-t-il été contraint de renoncer ?

Donald Trump a-t-il été contraint de renoncer ?

Le président Donald Trump a-t-il renoncé à changer la politique états-unienne ? S’est-il soumis à l’ex-classe dirigeante de son pays ? Au cours des deux derniers mois, son administration semble avoir recadré l’AfriCom, le CentCom et le SouthCom. Le premier commandement militaire du Pentagone aurait été autorisé à livrer bataille contre les projets chinois sur le continent africain ; le second aurait été engagé dans la voie de la division du Moyen-Orient élargi entre arabes et perses, et le troisième dans celle de la destruction des structures étatiques du Bassin des Caraïbes. Dès lors ces nouvelles missions s’accompagnent d’un retour des néo-conservateurs.

| Damas (Syrie)

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Depuis les élections de mi-mandat, le 6 novembre 2018, le président Trump subit une pression extrêmement forte. Les administrations fédérales ont été fermées le 22 décembre (shutdown), du fait de l’opposition parlementaire au projet de budget qui incluait le financement d’un Mur à la frontière mexicaine. La crise n’a trouvé son dénouement que 35 jours plus tard, le 25 janvier 2019. Le président Trump s’est incliné provisoirement devant les exigences du Parti démocrate. Selon S&P Global Ratings, le shutdown aurait coûté plus de 6 milliards de dollars, soit plus cher que le Mur qu’il était censé économiser [1].

Durant cette période, l’administration Trump a multiplié les signes d’abandon de sa politique étrangère et de Défense et de ralliement à l’impérialisme états-unien. Compte tenu du mode de gouvernance du promoteur immobilier, il est possible que ce revirement complet ne soit qu’apparent et destiné à être remis en question le 15 février, date de la fin de l’accord sur le budget. Quoi qu’il en soit, pour le moment, de nombreux éléments laissent à penser que Donald Trump aurait renoncé à apporter le changement qu’il avait promis.

- Le 13 décembre 2018 à la Heritage Foundation, le conseiller de sécurité nationale John Bolton exposait la nouvelle stratégie US en Afrique [2] :
• (1) développer le commerce,
• (2) lutter contre le terrorisme islamique,
• (3) vérifier l’usage de l’aide états-unienne.
Rien de très nouveau, sauf que les objectifs commerciaux furent longuement exposés non plus comme une rivalité face aux anciennes puissances coloniales (France et Royaume-Uni), mais comme un violent combat contre la Chine et la Russie.

- Le 20 décembre, le secrétaire à la Défense, le général James Mattis, adressait une lettre publique de démission au président Trump [3]. Contrairement à ce qu’en disait la presse, il s’accordait pour le retrait des troupes de Syrie, mais s’inquiétait du message donné aux Alliés de la Coalition anti-Daesh et, partant de là, de la possible fin du leadership états-unien [4]. Considérant qu’il n’avait pas de leçon à recevoir en public, Trump révoqua immédiatement Mattis sans le laisser exercer ses responsabilités le temps de lui trouver un successeur.

Toutefois, cédant à ses critiques, le président Trump revenait en arrière et admettait que le retrait des troupes serait plus long que prévu.

- Le 3 janvier 2019, à l’ouverture de la 116ème session du Congrès, le représentant démocrate Eliot Engels et le sénateur républicain Marco Rubio déposaient deux propositions de loi (H.R. 31 [5] et S. 1 [6]) dont un passage quasi-identique vise à édicter des sanctions empêchant la reconstruction de la Syrie. Par la suite, Engels (déjà auteur du Syria Accountability Act de 2003) était élu président la Commission des Affaires étrangères de la Chambre, tandis que James Rich était élu à la Commission équivalente du Sénat. Ce dernier se ralliait immédiatement à la proposition de loi contre la Syrie.

Les deux textes arguent que la République arabe syrienne, et non les jihadistes, aurait torturé les victimes photographiées dans le « rapport César », ce qui justifierait d’empêcher la reconstruction du pays. Le texte du Sénat va plus loin en soutenant l’aide militaire à Israël au moment où l’État hébreu a admis mener une intense campagne de bombardement de la Syrie.

- Le 10 janvier 2019, le secrétaire d’État Mike Pompeo délivrait la nouvelle stratégie pour le Moyen-orient élargi lors d’une conférence à l’Université américaine du Caire [7]. Il s’agissait :
• (1) de lutter contre le terrorisme islamique,
• (2) de lutter contre l’Iran et ses alliés,
• (3) de se retirer militairement de la région au profit d’une « Otan » israélo-arabe.

Cependant, outre que diviser la région entre arabes et perses est encore plus dangereux que la situation actuelle, il semble improbable de créer une alliance militaire israélo-arabe, certes en s’appuyant sur des gouvernements qui collaborent déjà secrètement, mais contre l’avis des populations. Simultanément, le conseiller de sécurité nationale John Bolton mettait sur pied une internationale terroriste contre l’Iran, incluant des éléments arabes sunnites de Daesh et perses chiites des Moujahidines du Peuple [8].

- Le même jour, 10 janvier, le secrétaire d’État Mike Pompeo rendait publique une déclaration contre le Venezuela donnant le signal à Juan Guaido de s’autoproclamer président par intérim [9]. Il s’ensuivait la crise constitutionnelle que l’on connaît.

Alors que la presse occidentale et les Vénézuéliens interprétaient le conflit comme la mise en cause du gouvernement bolivarien, nous annoncions un peu avant les événements que le Pentagone allait appliquer au Bassin des Caraïbes la même stratégie que celle qu’il appliqua auparavant aux Grands lacs africains, puis au Moyen-Orient élargi [10]. Après de longues discussions en interne, le ministère russe des Affaires étrangères adoptait la même position [11]. Moscou déclarait notamment : « La création délibérée et manifestement bien orchestrée d’un double pouvoir et d’un centre de décision alternatif au Venezuela ouvre la voie au chaos et à l’érosion de l’État vénézuélien ».

- Le 22 janvier, le Parti démocrate fait adopter par la Chambre des Représentants une loi interdisant au président Trump de se retirer de l’Otan [12]. Le texte avait été co-rédigé par Eliot Engels.

Bien que cette loi n’ait pas été discutée durant la campagne des élections de mi-mandat, elle a été considérée par le Parti démocrate comme prioritaire par rapport à ses engagements sur l’Obamacare. Eliot Engels avait co-rédigé avec le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, une tribune libre en juillet 2018 en faveur de l’Alliance [13].

- Le 26 janvier, Mike Pompeo annonçait que le néo-conservateur Elliott Abrams serait son envoyé spécial pour le Venezuela. Or Abrams était, il y a deux ans, le candidat des impérialistes au secrétariat d’État. Son nom reste associé aux pires actions secrètes des États-Unis en Amérique latine durant la Guerre froide.

Le néo-conservatisme est une forme du trotskisme, donc idéologiquement d’extrême-gauche, ralliée à l’appareil d’État US lors de l’administration Reagan. Ses partisans n’ont cessé de basculer de gauche à droite et vice-versa à chaque alternance politique. Toutefois, ils se sont opposés à l’élection de Donald Trump qu’ils rejoignent pourtant maintenant.

Il y a donc eu un recadrage de l’Africom, du CentCom et du SouthCom, les autorisant tous les trois à défendre les intérêts non plus du Peuple états-unien, mais de sociétés transnationales et d’Israël. Toujours associés à cette politique, les néo-conservateurs, tout au moins l’un des plus illustres d’entre eux, sont de retour.

Ces éléments tendent à attester que le Parti républicain et l’administration Trump changent radicalement de politique et reviennent —à l’exception du refus de laisser des organisations terroristes administrer des États— à la politique du Parti démocrate, du président Barack Obama et d’Hillary Clinton : l’impérialisme militaire au service des transnationales.

Ce renoncement semble acté par les principaux donateurs du Parti républicain. Ainsi les Frères Koch viennent d’annoncer qu’ils ne soutiendront pas la réélection de Donald Trump [14].

[1] “US economy lost at least $6 billion to government shutdown : S&P”, Reuters, January 26, 2019.

[2] « Allocution de John R. Bolton sur la nouvelle stratégie de l’administration Trump en Afrique », par John Bolton, Réseau Voltaire, 13 décembre 2018.

[3] “Resignation letter from James Mattis”, by James Mattis, Voltaire Network, 20 December 2018.

[4] « Les États-Unis refusent de se battre pour des financiers transnationaux », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 25 décembre 2018.

[5] “Caesar Syria Civilian Protection Act of 2019”, Eliot Engels, US House of Representatives, January 3, 2019.

[6] “Strengthening America’s Security in the Middle East Act of 2019”, Marco Rubio, US Senate, January 3, 2019.

[7] “Mike Pompeo’s Remarks at the American University in Cairo”, by Mike Pompeo, Voltaire Network, 10 January 2019. Résumé en français, Réseau Voltaire.

[8] « L’usage du terrorisme selon John Bolton », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 janvier 2019.

[9] « Actions des États-Unis à l’encontre du régime vénézuélien corrompu », par Mike Pompeo, Réseau Voltaire, 10 janvier 2019.

[10] « Les États-Unis préparent une guerre entre latino-américains », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 décembre 2018.

[11] “Russian Foreign Ministry statement on the developments in Venezuela”, Voltaire Network, 24 January 2019.

[12] “House aims to prevent Trump from withdrawing from NATO”, Karoun Demirjian, Washington Post, January 22, 2019.

[13] “President Trump, you need NATO more than ever”, Eliot L. Engel & Anders Fogh Rasmussen, CNN, July 10, 2018.

[14] “Koch network tells donors it plans to stay out of 2020 race, once again declining to back Trump”, Josh Dawsey and Michelle Ye Hee Lee, The Washington Post, January 24, 2019.

https://www.voltairenet.org/article204915.html

La Chine dans le monde. Entretien avec Alice Ekman

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La Chine dans le monde. Entretien avec Alice Ekman

Par Alice EKMAN, Ivan SAND , le 13 janvier 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Alice Ekman est chercheur, responsable des activités Chine au Centre Asie de l’Ifri. Elle est également chargée de cours sur la Chine contemporaine à Sciences Po. Parmi ses publications : La Chine dans le monde (dir.), CNRS Editions, 2018.

Responsable des activités Chine au Centre Asie de l’Ifri et reconnue comme l’une des meilleures spécialistes de la Chine en Europe, Alice Ekman a récemment dirigé le livre « La Chine dans le monde », CNRS éditions. Cet ouvrage collectif explore les différentes facettes de la diplomatie chinoise, à l’échelle régionale comme mondiale. Alice Ekman répond aux questions d’Ivan Sand pour le Diploweb.com. En écho au nouveau programme de 1ère spécialité Histoire-Géographie et Géopolitique, la dernière question aborde la langue chinoise comme forme indirecte de la puissance.

Ivan Sand (I. S.) : Quel cheminement intellectuel vous a conduit à la publication de cet ouvrage ?
Alice Ekman (E. K.)
 : Tout d’abord, un constat simple, en toute modestie : la politique étrangère chinoise est complexe, et pour l’analyser avec précision et rigueur dans toutes ses dimensions, il faut être plusieurs. C’est cette nécessité, doublée de l’envie de fédérer et de travailler en équipe, qui m’a amené à rassembler les 7 co-auteurs autour de ce projet : Jean-Pierre Cabestan, Mathieu Duchâtel, Marc Julienne, Antoine Bondaz, Agatha Kratz, Françoise Nicolas et John Seaman. Il s’agit de chercheurs qui sont à la fois spécialistes de la Chine et disposent d’une expertise sectorielle solide (économistes, spécialistes des questions énergétiques, militaires, de politique intérieure, de sécurité…). Ce projet a été conforté par un autre constat simple : celui qu’il n’existait pas, en langue française, d’ouvrage de référence et actualisé sur la politique étrangère chinoise, et que cela pouvait être utile à mes étudiants, mais aussi à toute personne désireuse de mieux comprendre la politique étrangère chinoise et les enjeux géopolitiques contemporains qui en découlent. Chaque auteur a analysé les ambitions de la politique étrangère chinoise dans un domaine précis, de la manière la plus factuelle possible, en prenant en compte l’histoire contemporaine de la Chine et les évolutions les plus récentes sous la présidence de Xi Jinping. Nous avons tous, en définitive, posé une question essentielle : quel rôle la Chine souhaite-t-elle jouer dans le monde ? Cette aventure intellectuelle n’aurait pu être possible sans le soutien de Frédéric Charillon, directeur de la collection chez CNRS Editions, qui m’a fait confiance pour la direction de cet ouvrage.

La Chine dans le monde. Entretien avec Alice Ekman
Alice Ekman
Responsable des activités Chine au Centre Asie de l’Ifri. Alice Ekman a dirigé le livre « La Chine dans le monde », aux éditions du CNRS.

I. S. : Pensez-vous que la politique étrangère chinoise est mal comprise en France ou plus généralement dans les pays occidentaux ?
A. E.
 : Elle est de mieux en mieux comprise, notamment parce que nous sommes de plus en plus nombreux à l’analyser, qu’une diversité d’acteurs (diplomates, journalistes, chefs d’entreprise, chercheurs…) cherchent à comprendre la politique étrangère de la deuxième puissance économique mondiale, et les conséquences sur les rapports de force en Asie-Pacifique et au-delà. En outre, la rivalité entre la Chine et les États-Unis, qui s’est renforcée ces derniers mois et qui perdurera très probablement dans les prochaines années, nécessite que l’on comprenne en profondeur les divergences de vues entre ces deux pays et les questions qu’elles posent à l’Europe. Elles sont profondes et nombreuses – commerciales, géostratégiques (divergences de vue concernant Taiwan, la mer de Chine du Sud, la Corée du Nord, notamment), politiques, conceptuelles, idéologiques. La France dispose d’une relativement bonne capacité d’analyse de la Chine contemporaine aujourd’hui, en comparaison avec d’autres pays européens. Mais la compréhension de la politique étrangère chinoise peut encore être affinée : il est nécessaire de dépassionner davantage le débat pour en revenir aux faits, dans toute leur complexité et, parfois, leurs paradoxes. Il est également utile de revenir aux spécificités du système politique chinois, très différent de celui de la France, pour mieux comprendre le fonctionnement de la diplomatie chinoise en pratique.

IS : Votre ouvrage est scindé en trois parties : les ressorts domestiques, régionaux (Asie-Pacifique) et internationaux de la politique étrangère de la Chine. Cette distinction géographique implique-t-elle une hiérarchie entre ces trois grandes catégories de moteurs de l’action de la Chine dans le monde ?
A. E.
 : Oui, les priorités de la politique étrangère chinoise continuent de suivre une hiérarchie géographique forte : le développement économique du pays, et sa stabilité politique et sociale, demeurent les premières des priorités pour la Chine. Et les dossiers que les autorités chinoises considèrent d’« intérêts fondamentaux » se situent presque tous dans son environnement géographique proche, en Asie-pacifique : Taiwan, mer de Chine méridionale, mer de Chine orientale notamment. La Chine est davantage ferme et à l’initiative concernant ces enjeux. Mais cela ne veut pas dire que la Chine se désintéresse des enjeux plus éloignés. L’augmentation rapide des investissements chinois à l’étranger au cours des deux dernières décennies, et du nombre de ressortissants chinois vivant à l’étranger, amènent la diplomatie et l’armée chinoises à assurer de nouvelles missions : protéger les intérêts économiques chinois à l’étranger, évacuer les ressortissants chinois en cas de conflit (comme ce fut le cas en Lybie ou au Yémen), mieux évaluer le risque de conflit pour anticiper et prévenir les pertes matérielles ou humaines. Pékin suit de plus en plus près les tensions et conflits, y compris ceux situés loin de son territoire. Outre la défense de ses intérêts spécifiques, la diplomatie chinoise défend également avec un activisme renforcé des positions plus générales, à l’ONU ou dans d’autres organisations internationales. Les autorités chinoises se positionnent notamment contre les changements de régime, que ce soit en Syrie ou en Corée du Nord. Ce positionnement est souvent analysé, à tort de mon point de vue, comme une absence d’ambition internationale. Au contraire, promouvoir l’opposition aux changements de régime comme un principe international est une des ambitions de la diplomatie chinoise.

I. S. : Le sujet des « nouvelles routes de la soie » a été largement couvert par la presse française. Dans quelle mesure s’agit-il déjà d’une opération de communication réussie pour le régime chinois ? Les Occidentaux comprennent-ils les différents aspects de ce projet ?
A. E.
 : Le projet chinois dit des « nouvelles routes de la soie » est en partie une opération de communication, mais ce n’est pas que cela. Comme nous le soulignons dans « La France face aux nouvelles routes de la soie », une étude collective que nous venons d’achever avec mes collègues de l’Ifri [1], les nouvelles routes de la soie, ce sont à la fois des projets matériels – infrastructures de transport notamment – mais aussi, et de plus en plus, des projets plus immatériels – plateformes de e-commerce, promotion de nouveaux standards et normes, création de tribunaux d’arbitrages commerciaux, projets de coopération douanière, policière, juridique, etc. Pour les autorités chinoises, il s’agit d’une nouvelle forme de mondialisation concurrente de celle proposée par les États-Unis ou l’Europe. La France et l’Europe comprennent bien les différents aspects de ce projet. L’Union européenne a engagé une réflexion stratégique sur le sujet, et a publié en septembre 2018 une communication conjointe sur une stratégie globale sur la connectivité entre l’Europe à l’Asie. Mais les dimensions immatérielles sont encore sous-estimées. Les nouvelles routes de la soie, ce ne sont pas que des ponts et des routes, c’est une nouvelle offre de gestion des flux de marchandises, de personnes, de données…Quelle type de mondialisation souhaitons-nous pour les trente prochaines années ? C’est la question que le projet chinois pose aujourd’hui, indirectement, à la France et à l’Europe.

IS : La politique étrangère chinoise est souvent présentée comme pragmatique et fondée sur la défense des intérêts économiques du pays. Quelle part occupent les considérations idéologiques dans les orientations diplomatiques de Pékin ? La perception d’un système international injuste est-elle toujours un élément qui guide les décisions des responsables politiques chinois ?
A. E.
 : La défense des intérêts économiques demeure au cœur de la politique étrangère chinoise. Et il est vrai que la diplomatie chinoise continue d’être pragmatique, dans la lignée de l’approche initiée par Deng Xiaoping. Toutefois, ce n’est pas parce que la politique étrangère chinoise est mise en application avec pragmatisme qu’elle n’est pas guidée, dans ses grandes orientations, par des considérations idéologiques. L’un n’empêche pas l’autre. Indéniablement, la politique étrangère chinoise est motivée par un certain ressentiment anti-occidental et une volonté de dépasser ‒ à terme, d’ici 2050 et si possible avant ‒ les États-Unis dans une diversité de domaines : économique, diplomatique, militaire, technologique… Outre les investissements massifs en recherche et développement dans ces domaines, Pékin investit aujourd’hui massivement dans ce que j’appelle les « marqueurs de puissance » [2], c’est-à-dire de nouveaux indicateurs internationaux (classements internationaux, agences de notation, rapports, forums et sommets multilatéraux) qui positionnent progressivement la Chine comme une puissance normative. Ces indicateurs n’ont en effet par vocation à rester des alternatives à ceux développés jusqu’à présent par les États-Unis ou l’Europe, ils ont vocation à faire référence pour le monde. C’est en tous cas le souhait des autorités chinoises, qui en même temps appellent un nombre croissant de pays à apprendre du système économique et politique chinois, par le biais de programmes de formation, de visites officielles ou encore d’échanges entre partis politiques.

IS : Quelles sont les innovations diplomatiques de Xi Jinping depuis son arrivée au pouvoir ? Dans quelle mesure ce dernier a-t-il contribué à accroître le pouvoir du Parti communiste ? Au détriment de quelles institutions s’est fait cet ajustement ?
A. E.
 : Xi Jinping a accéléré l’investissement dans la diplomatie initiée par son prédécesseur Hu Jintao. Le budget de la diplomatie chinoise a doublé en cinq ans : de 30 milliards de Yuan pour l’année 2011, il s’élève désormais à 60 milliards de Yuan pour 2018 (près de 8 milliards d’euros). Forte de ce budget, la Chine organise un nombre croissant de sommets multilatéraux sur son territoire et à l’étranger, et de manière générale investit tous azimuts dans la gouvernance mondiale, qu’elle souhaite restructurer en renforçant son influence dans les organisations internationales existantes, et en en créant de nouvelles en parallèle.
Au niveau conceptuel, Xi Jinping appelle à l’avènement d’un « nouveau type de relations internationales », c’est-à-dire à une reconsidération des rapports entre Etats, qui selon lui ne devraient plus être structurés, à terme, par le système d’alliance américain. En effet, la Chine s’oppose désormais officiellement au système d’alliance et prône l’avènement d’un système de partenariat plus souple, en premier lieu avec les pays en développement et émergents, mais aussi avec les pays alliés des Etats-Unis.
Le Parti communiste, et son secrétaire général Xi Jinping, joue plus que jamais un rôle central dans le processus de décision et de supervision de la politique étrangère. C’est au niveau du Parti que sont prises les décisions les plus importantes, et le Parti lui-même est un canal de communication majeur, et le sera probablement encore davantage, alors que Xi Jinping a appelé l’année dernière au renforcement des relations entre le Parti communiste chinois et les partis politiques étrangers (de tous bords, pas uniquement communistes) pour les cinq prochaines années.
En même temps, Xi Jinping a également renforcé le contrôle politique et idéologique du corps diplomatique, et de la haute fonction publique dans son ensemble. Les diplomates chinois, très professionnels pour la plupart, disposent d’un assez faible degré d’initiatives, ce qui représente parfois une limite dans le déploiement de la politique étrangère chinoise. Par exemple, dans le cas des nouvelles routes de la soie, la communication est très contrôlée, et les diplomates chinois tendent à reprendre des éléments de langage généraux validés par le Parti, ce qui rend plus difficile les discussions spécifiques et concrètes sur ce sujet.

I. S. : L’anglais et le français démontrent depuis longtemps qu’une langue peut être une forme indirecte de la puissance. Dans le cas de la Chine, la langue chinoise est-elle une forme de sa puissance émergente ? Où sont localisés les Instituts Confucius et quelles sont leurs fonctions géopolitiques au sens large ?

E. K. : Oui, la langue est un vecteur de rayonnement international, et dans certains cas d’influence. Depuis 2004, la Chine a multiplié l’ouverture d’Instituts Confucius à travers le monde, en Europe mais aussi en Afrique ou en Asie – en s’inspirant d’initiatives précédemment développées par d’autres pays. On en compte plus de 500 actuellement. Mais leur influence est parfois surestimée – la majorité des étudiants qui apprennent le chinois le font hors instituts Confucius, dans des institutions indépendantes du gouvernement chinois – et ce n’est pas l’unique initiative développée par la diplomatie chinoise pour renforcer son soft power à l’étranger. Le réseau de médias chinois d’Etat s’est rapidement développé à l’étranger, et gagne en influence. La Chine développe également ses programmes de formations aux étudiants et aux professionnels étrangers (ingénieurs, diplomates et autres cadres de la fonction publique). Ces programmes de formation, tout comme le réseau de médias en langue étrangère, représentent des vecteurs d’influence significatifs dans certains pays, alors que leurs contenus promeuvent la Chine comme un modèle de réussite et un exemple à suivre en terme de développement économique comme de gouvernance politique.

Copyright Janvier 2019-Eckman-Sand/Diploweb.com


Plus : Alice Ekman (dir.) « La Chine dans le monde », CNRS éditions, 2018. Via Amazon

Alice Ekman (dir.), « La Chine dans le monde », CNRS éditions
Un livre recommandé par Diploweb.com

4e de couverture

Aujourd’hui, les initiatives internationales de la Chine se multiplient et se diversifient : la Chine investit dans les infrastructures de transport ou de télécommunication à l’étranger, maintient ses revendications territoriales et maritimes, ouvre de nouvelles bases militaires, crée de nouvelles institutions multilatérales, renforce son réseau de médias en langues étrangères…
Xi Jinping a définitivement tourné la page de l’approche « profil bas » de la politique étrangère mise en place par Deng Xiaoping au lendemain de la révolution culturelle, dont l’objectif premier était de sortir le pays de la pauvreté. Si le développement économique demeure une priorité de la diplomatie chinoise – face aux écarts de développement persistant au sein du territoire national et au ralentissement de la croissance –, d’autres enjeux préoccupent également Pékin aujourd’hui : l’approvisionnement en énergie et matières premières, la protection des ressortissants chinois à l’étranger ou encore la lutte contre le terrorisme.
Huit des meilleurs spécialistes francophones de la Chine se sont réunis pour analyser chacun de ces enjeux et la manière dont la Chine y répond actuellement. Les nouvelles initiatives internationales de la Chine constituent-elles uniquement une réponse à ces enjeux, ou sont-elles également motivées par d’autres objectifs ? Cet ouvrage pose en définitive une question essentielle : quelles sont les ambitions de la politique étrangère chinoise ? Sa lecture permet de mieux comprendre la façon dont la Chine perçoit le monde, et surtout, le rôle qu’elle souhaite y jouer.

Se procurer le livre d’Alice Ekman (dir.) « La Chine dans le monde », CNRS éditions, 2018. Via Amazon

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