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Synthèse de l’actualité internationale de décembre 2018

12/18 Actualité internationale

Synthèse de l’actualité internationale de décembre 2018

Par Axelle DEGANS, le 30 décembre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Agrégée d’histoire, Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Elle est notamment auteure de A. Degans, « Réussite aux concours 2019 ! La synthèse de l’actualité internationale 2018 », éd. Diploweb, via Amazon, 2019.

Voici une synthèse de l’actualité internationale de décembre 2018 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (+ de 12 000 followers)

Le sort des urnes

En Géorgie, Salomé Zourabichvili est devenue en décembre 2018 la nouvelle présidente de la Géorgie, république du Caucase. C’est la dernière élection présidentielle qui procède du suffrage universel direct, la prochaine sera indirecte, le président étant choisi par les parlementaires. La nouvelle présidente est connue en France pour avoir précédemment embrassé une carrière au Quai d’Orsay.

Andry Raejolina a remporté en décembre 2018 les élections présidentielles malgaches avec un peu plus de 55 % des suffrages exprimés pour une participation d’un peu moins de 50%. La commission électorale doit confirmer les résultats alors que son challenger dénonce des fraudes électorales. Cette élection a été l’occasion de dépenses somptuaires alors que le revenu moyen des malgaches est aujourd’hui inférieur à celui du moment de l’indépendance. Le pays est gangréné par la corruption et le système de la « rapine », c’est-à-dire des prélèvements effectués sur les produits exportés.

En République démocratique du Congo (RDC) les élections présidentielles prévues pour décembre 2018 ont de nouveau été repoussées, ce qui laisse planer de fortes inquiétudes. Une vingtaine de candidats se présentent pourtant à ces élections. … L’Eglise catholique, une des rares structures qui maille encore l’ensemble du territoire congolais, promet d’être vigilante et de veiller à ce que le scrutin puisse se dérouler dans les meilleures conditions possibles. Joseph Kabila est président depuis la mort de son père – le seigneur de guerre Laurent-Désiré Kabila -en 2001. Il a été élu en 2006 puis en 2011. Les élections présidentielles auraient dû se tenir en 2016, mais elles sont depuis sans cesse ajournées, le président – qui ne peut se présenter pour un troisième mandat – restant au pouvoir. Le report partiel des élections, qui doivent se tenir le 30 décembre, n’est pas un bon signe.

Les nouvelles d’Afrique

En Tunisie, huit années presque jour pour jour après l’immolation du jeune Mohamed Bouazizi (décembre 2010) qui a été le point de départ de la « révolution du jasmin » et plus généralement des révoltes arabes, un autre jeune, journaliste cette fois-ci, s’est immolé en décembre 2018 à Kasserine. Il a voulu, par son geste désespéré, dénoncer l’absence de perspective d’avenir dans son pays. Des heurts ont éclaté dans plusieurs villes tunisiennes, montrant que rien n’est réglé depuis la chute du président Ben Ali (2011) et la transition vers la démocratie. La situation économique et sociale reste bloquée, pour le malheur d’une jeunesse nombreuse et diplômée. L’islamisme radical monte dans ce pays où l’avenir semble sombre.

Le danger djihadiste est loin d’avoir disparu au Sahel comme le rappelle les récents affrontements au Mali. Le président Emmanuel Macron est allé réveillonner avec les troupes françaises au Tchad, réaffirmant ainsi son soutien à l’engagement militaire au côté du G5 Sahel (Tchad, Burkina Faso, Mali, Niger et Mauritanie). Il demande à l’Union européenne de contribuer au plus vite au financement de cette action commune visant à éloigner le danger djihadiste de l‘UE.

Au Maroc, deux jeunes touristes scandinaves ont été assassinées en décembre 2018 par des djihadistes. Une révélation perturbante pour le royaume chérifien. Au Niger, une centaine d’écoles ont été fermées en raison de menaces djihadistes.

Les Etats-Unis de Donald Trump

Synthèse de l'actualité internationale de décembre 2018
Général James Mattis
Source : Wikipédia

Le président Donald Trump annonce en décembre 2018 le retrait les troupes américaines de Syrie, déclarant que l’Etat islamique a définitivement été battu… mais rien n’est moins sûr. Il tient ainsi une de ses promesses électorales. C’est une décision assez populaire au sein de la population américaine, attachée à l’« America first ». Les effectifs militaires engagés (2 000 en Syrie et 14 000 en Afghanistan) devraient être divisés par plus de deux, mais les effectifs en Irak (5 200 hommes) devraient être maintenus. Cette décision, essentiellement décidée pour des considérations internes aux Etats-Unis n’est pas étrangère à la démission du secrétaire à la Défense, le général James Mattis. Elle pénalise les Kurdes que Washington avait jusque là soutenus mais satisfait grandement la Turquie qui ne veut pas de la création d’un Kurdistan indépendant.

Les Etats-Unis sont de nouveau confrontés en décembre 2018 à un « shut down », comme ils l’ont déjà été sous les mandatures de Bill Clinton ou Barack Obama. Le Congrès américain doit donner son accord pour un dépassement de budget – creusant donc davantage le déficit – pour financer la politique voulue par le président. Sinon, les fonctionnaires arrêtent d’être payés et des administrations ferment leurs portes. Il s’agit du troisième « shut down » de l’année 2018 après ceux des mois de janvier et février. Le bras de fer avec les parlementaires se cristallise autour du financement du mur que Donald Trump a promis d’ériger à la frontière avec le Mexique.

Le quarante-et-unième président des Etats-Unis, Georges Herbert Bush est décédé. Il a reçu des hommages nationaux et même internationaux. Il a été le président de la fin de la Guerre froide et de la guerre du Golfe, deux guerres gagnées par les Etats-Unis. L’actuel président a ostensiblement marqué une certaine indifférence à cette occasion.

La bulle qui s’est formée avec les cryptomonnaies – comme le bitcoin – au cours de l’année 2017 a fini par éclater en 2018. Ainsi, l’indice Bloomberg des cryptomonnaies les plus importantes a baissé de 80%, pour le plus grand malheur des spéculateurs qui y ont cru. Le krach des cryptomonnaies correspond aussi à une très mauvaise année boursière

Quelques nouvelles d’Asie

Le Japon est confronté à un environnement qu’il perçoit comme de plus en plus dangereux. Moscou a décidé de construire des bâtiments pour accueillir des soldats russes sur les iles Kouriles revendiquées par le Japon. Inquiet face à une Chine dont l’affirmation ne lui apparait pas pacifique, de l’imprévisibilité de la Corée du Nord, le Japon vient d’accroitre en décembre 2018 son budget militaire de plus de 200 milliards d’euros sur les cinq prochaines années, pour acquérir de nouveaux avions de chasse auprès de Washington et transformer deux porte-hélicoptères en porte-avions.

Le Qatar, qui est l’objet d’un boycott de ses voisins emmenés par l’Arabie saoudite, a décidé de façon très symbolique de sortir en décembre 2018 de l’OPEP, le cartel des exportateurs de pétrole. C’est une manière de montrer sa résistance face à la politique de Riyad.

Une angoissante nouvelle vient de se produire, la naissance de bébés – des jumelles – génétiquement modifiées. Elles le sont pour résister au Sida, une maladie qui n’afflige pas sa famille et qui n’empêche pas de naissance viable. Le chercheur et généticien français Axel Kahn a des mots très durs vis-à-vis de celui qui a permis cette naissance, qui ne relève d’aucune avancée scientifique mais d’une simple « audace » pour entrer dans l’Histoire. Il ajoute que le Sida ne sera peut-être même plus un fléau du monde quand ces petites chinoises parviendront à l’âge adulte, par contre, le code génétique de ces enfants est modifié sans en avoir la maitrise complète. Le médecin a une terrible responsabilité envers elles, qu’il ne pourra jamais assumer. Un terrible précédent pour une humanité qui n’a rien à gagner à jouer aux apprentis-sorciers avec la génétique.

L’Indonésie est de nouveau frappée en décembre 2018 par des catastrophes naturelles après celles qui ont endeuillé l’archipel durant l’été 2018. Cette fois-ci l’activité du volcan Krakatoa est responsable d’un tsunami qui a frappé la région du détroit de la Sonde – le détroit le plus utilisé dans la région après celui de Malacca – et provoqué la mort de plus de quatre cent trente personnes.

Une gouvernance mondiale contestée

La COP 24 s’est tenue en décembre 2018 en Pologne, à Katowice. Après les engagements pris à Paris lors de la COP 21 concernant la limitation des gaz à effet de serre (GES) pour contenir le réchauffement climatique, force est de constater que ceux-ci n’ont pas réellement été tenus. Les ambitions affichées en Pologne sont bien plus modestes. Un sommet pour rien ?

L’ONU a fait signer en décembre 2018 un pacte sur les migrations qui est dénoncé par certains pays. Ainsi, les Etats-Unis, certains pays européens (Autriche, la Bulgarie, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Pologne la République tchèque ou la Suisse), l’Australie, le Chili, ou Israël ont refusé de le ratifier. La signature apposée par Bruxelles a provoqué une crise gouvernementale en Belgique. Si l’ONU met en valeur que les Etats signataires conservent leur souveraineté en matière migratoire, les Etats non signataires craignent, eux, que ce texte devienne un argument de droit pour de futurs et possibles recours en justice alors que ce texte ne fait pas suffisamment la part entre migrations légales et migrations illégales.

La réunion du G20 – les vingt premières économies mondiales – s’est tenue en décembre 2018 à Buenos Aires, en Argentine. Elle n’a débouché sur « aucun recul », manière très diplomatique de ne pas dire que rien n’a fait plier Donald Trump, moins enclin au libre-échange multilatéral que ses prédécesseurs. Les entretiens bilatéraux se sont en revanche multipliés en marge de cette réunion.

Une Europe agitée

Dans l’Union européenne, les manifestations se multiplient en décembre 2018. En Hongrie contre le pouvoir de Viktor Orban [1]. En France, les gilets jaunes manifestent tous les samedi depuis le milieu du mois de novembre. A Bruxelles contre le pacte migratoire signé sous l’égide de l’ONU. Ces manifestations témoignent d’un vrai malaise qui saisit les Européens.


Bonus vidéo. L’Union européenne est-elle condamnée à l’impuissance ?


Le sommet de Bruxelles de décembre 2018 aboutit à la décision de créer un instrument budgétaire de la zone euro pour parvenir à un budget d’investissement.

En France, l’indice de fécondité s’élève désormais à 1,92 enfant par femme après s’être stabilisé autour de 2 enfants pour la période 2006-2014. Les générations ne sont donc plus renouvelées, ce qui accentue le vieillissement de la population.

Dans les Balkans, le Kosovo annonce en décembre 2018 sa volonté de créer une armée d’environ 5000 hommes pour remplacer les 2 500 hommes des forces de sécurité du Kosovo. Celui-ci est sous perfusions internationales, et la KFOR – dépendant de l’OTAN – assure sa sécurité. Si les aspirations du Kosovo sont soutenues par Washington, le Secrétaire général de l’ONU appelle à la retenue et la Serbie manifeste son mécontentement.

A Cuba, l’après Castro en désenchantement ?

A Cuba, la situation économique continue à se dégrader après le revirement de la politique de Washington. Les pénuries alimentaires s’aggravent, y compris pour les produits de première nécessité comme la farine et donc le pain. La situation de décembre 2018 n’est pas sans rappeler la crise sévère – la « période spéciale » – qu’a traversé l’ile au lendemain de la chute de l’URSS (décembre 1991) qui finançait le régime castriste. Le président cubain Miguel Diaz-Canel s’est récemment fâché avec le nouveau président brésilien Bolsonaro, et donc l’un de ses importants partenaires économiques. Russie et Chine pourraient être des recours pour la Havane, dont le régime quasi autistique se préoccupe aujourd’hui de l’informatisation de l’ile…

La Havane a aussi décidé d’encadrer davantage les entrepreneurs privés pour lutter contre le travail illégal. Or près de 13% de la population travaille désormais à son compte, les « cuentapopistas », souvent de petits artisans ou commerçants. Il s’agit aussi pour le pouvoir d’inciter les étrangers à investir dans l’ile.

Bonnes nouvelles

En France, la ville de Grasse vient d’être classée en décembre 2018 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO pour ses savoir-faire, déjà mondialement reconnus, dans le domaine du parfum.

Un bien fragile cessez-le-feu est signé en décembre 2018 entre les protagonistes de la guerre du Yémen. Ce conflit a déjà tué près de 100 000 civils et causé l’une des pires catastrophes humanitaires de ce nouveau siècle. Plus de 15 millions de Yéménites sont en situation d’ « urgence alimentaire ».

Les Françaises sont en décembre 2018 championnes du monde de handball, un véritable exploit, qu’elles réitèrent après leur premier titre mondial décroché en 2003.

Je vous présente mes meilleurs vœux pour 2019 en espérant une belle année géopolitique !

Copyright décembre 2018-Degans/Diploweb.com

https://www.diploweb.com/Synthese-de-l-actualite-internationale-de-decembre-2018.html?utm_source=sendinblue&utm_campaign=NL221Lactualit_internationale&utm_medium=email

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Emmanuel Macron a chargé Nicolas Sarkozy de le représenter à l’investiture de la présidente géorgienne

Emmanuel Macron a chargé Nicolas Sarkozy de le représenter à l’investiture de la présidente géorgienne

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Emmanuel Macron entretient des relations cordiales avec Nicolas Sarkozy. (image d’archives) © Valery HACHE / AFP
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L’Elysée a fait savoir mardi que Nicolas Sarkozy a été chargé de représenter Emmanuel Macron dimanche prochain à l’investiture de la nouvelle présidente géorgienne.

Emmanuel Macron a chargé son prédécesseur Nicolas Sarkozy de le représenter dimanche à l’investiture de la nouvelle présidente géorgienne Salomé Zourabichvili, a indiqué l’Elysée mardi, confirmant une information du Parisien.

Le lien de Nicolas Sarkozy avec la Géorgie.L’ex-diplomate française Salomé Zourabichvili, élue fin novembre première femme présidente de Géorgie, a été investie dimanche lors d’une cérémonie au cours de laquelle elle a promis de poursuivre le virage pro-occidental de ce pays du Caucase. Le choix de Nicolas Sarkozy pour représenter la France lors de cette cérémonie relève d’une « démarche pragmatique et ponctuelle, dont la raison est le lien de Nicolas Sarkozy avec la Géorgie », où il a agi comme médiateur lors du conflit avec la Russie en 2008, a expliqué l’Elysée.

Des relations cordiales, mais pas de missions régulières. L’Elysée a souligné qu’il n’était pas question de confier à l’ancien président des missions régulières de représentations. Emmanuel Macron entretient des relations cordiales avec son prédécesseur, qu’il a reçu vendredi 7 décembre à déjeuner à l’Elysée, trois jours avant son allocution sur les mesures en faveur du pourvoir d’achat. Selon Le Figaro, les deux hommes ont notamment discuté de la défiscalisation des heures supplémentaires, mesure mise en place par Nicolas Sarkozy, supprimée par François Hollande et qu’Emmanuel Macron a décidé de rétablir.

https://www.europe1.fr/politique/emmanuel-macron-a-charge-nicolas-sarkozy-de-le-representer-a-linvestiture-de-la-presidente-georgienne-3823490

Les expériences du Pentagone en Géorgie provoquent une épidémie de peste porcine en Belgique

Les expériences du Pentagone en Géorgie provoquent une épidémie de peste porcine en Belgique

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Les 100 000 pages de documents rendus publiques par l’ancien ministre géorgien de la Sécurité nationale, Igor Guiorgadze, laissent apparaître que le laboratoire de Gilead Sciences du Centre Richard Lugar de Tbilisi (Géorgie) poursuivait des tests d’armes chimiques et biologiques pour le Pentagone [1].

Ces expériences, prétendument destinées à lutter contre l’hépatite C, ont coûté la vie à 73 patients dont au moins 49 ont été délibérément sacrifiés.

Selon le responsable de la lutte biologique, chimique et nucléaire au ministère russe de la Défense, le général Igor Kirillov, les souches des animaux morts en 2007-18 de l’épidémie de peste porcine en Russie sont les mêmes que celles du centre Richard Lugar connues sous le nom de Georgie-2007.

L’épidémie de peste porcine qui s’est propagée au cours de la décennie depuis la Géorgie vers la Chine d’une part, la Russie et les pays baltes d’autre part proviendrait donc, accidentellement ou volontairement, des expériences de Gilead Sciences.

L’épidémie de peste porcine qui sévit actuellement en Belgique ne semblait pas liée à ce phénomène puisqu’elle est encore loin des zones contaminées. Cependant, le ministre wallon de l’Agriculture René Collin a révélé que l’origine de l’épidémie belge est la base militaire de Lagland, dans la province belge du Luxembourg. Des militaires ayant participé à des manœuvres de l’Otan dans les pays baltes y séjournent.

Les documents en cours d’étude pourraient également permettre d’établir un lien entre les expériences de Gilead Sciences et les tiques porteuses de la fièvre hémorragique Crimée-Congo qui se propagent actuellement au Sud de la Russie.

Parmi les documents révélés par Igor Guiorgadze figure également un brevet pour un drone capable de disséminer des insectes infectés ; une découverte à rapprocher des travaux du Darpa sur l’infection des cultures [2].

La Russie a demandé des explications aux États-Unis et se prépare à saisir l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).

Caspia

Caspia

Publié le 11 Août 2018 par Observatus geopoliticus in Asie centrale, Russie, Gaz, Caucase, Etats-Unis, Europe

Après 21 ans de disputes sur le statut juridique de la Caspienne, un accord sera vraisemblablement signé demain dimanche, entre les cinq pays riverains, lors du sommet du même nom à Aktau :

Les cinq États s’affrontent sur la question depuis 1991, chacun affichant des vues divergentes, voire changeantes, au fil des années et de leurs intérêts. Le principal enjeu étant de savoir comment se partager équitablement la mer Caspienne, riche en gaz et en pétrole.

En termes purement juridiques, trois statuts sont envisageables: celui de mer ouverte, de mer fermée ou de lac frontalier; chaque régime implique des prérogatives et des devoirs propres, lesquels pouvant léser, ou au contraire, favoriser les intérêts des uns et des autres. D’où la lenteur des négociations.

La question est d’importance car, bien plus que les richesses énergétiques à se partager, le point crucial est le passage ou non du pipeline Turkménistan-Azerbaïdjan comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Avec la Russie, l’Iran et le Qatar, le Turkménistan fait en effet partie du carré d’as de l’or bleu, quatuor dont les fabuleuses réserves de gaz représentent jusqu’à 2/3 des réserves mondiales selon certaines estimations. Dès la chute de l’URSS, les Américains, soucieux d’enfoncer un coin au coeur du Heartland, ont vu dans le pays des Turkmènes une carte à jouer pour leur grand projet de désenclavement des richesses énergétiques de la Caspienne. N’est-ce pas Dick Cheney, futur vice-président de Bush junior et grand pétrolier devant l’éternel, qui déclarait en 1998 :

« A ma connaissance, l’émergence soudaine d’une région comme la Caspienne en tant qu’acteur stratégique n’a pas d’équivalent historique. »

Le plan US consistait (et consiste toujours si tant est qu’il se réalise un jour) à créer deux routes d’évacuation – une à l’ouest et l’autre au sud-est (en bleu sur la carte), court-circuitant comme de bien entendu la Russie et l’Iran et divisant l’Eurasie :

La route ouest, vieux serpent de mer, est connue aujourd’hui sous le nom de corridor caspien, auquel font toujours semblant de croire les euronouilles. Seul problème et de taille : pour que le gaz turkmène suive le chemin du BTC et aille alimenter l’Europe via l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie, il faudrait construire un pipeline sous-marin, ce que refusent absolument deux des cinq pays riverains, à savoir la Russie et l’Iran.

Votre serviteur suit avec intérêt chaque Sommet de la Caspienne qui réunit, outre Moscou et Téhéran, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan et le Turkménistan, donc. On y discute de divers points et, lors du sommet de 2014, Poutine a réussi l’exploit de couper l’herbe sous le pied de l’empire en faisant signer un accord interdisant toute présence militaire étrangère autour de la Caspienne. Bye bye OTAN… Quand on sait qu’au temps de sa splendeur, Washington avait déclaré la zone d’importance stratégique nationale, envisageait d’établir une base en Azerbaïdjan et pensait plus généralement pouvoir détacher l’Asie centrale de Moscou, on mesure la dégringolade impériale (…)

Le point d’achoppement entre les cinq pays riverains est le statut à donner à l’étendue d’eau : lac ou mer ? De là découle en effet la possibilité ou non d’y faire passer des pipelines. On comprend aisément que Achgabat et Bakou militent pour un droit maritime s’appliquant intégralement et permettant des négociations bilatérales pour la construction du fameux gazoduc transcaspien. Mais les deux vrais patrons – l’Iran et la Russie – s’y opposent, Téhéran allant même plus loin que Moscou en demandant à ce que toute décision concernant la Caspienne soit prise à l’unanimité. En 2008 déjà, les Iraniens avaient mis leur veto, torpillant de fait le projet Nabucco, arguant du « danger écologique ». L’argument prête à sourire mais montre que notre passionnant Grand jeu relève aussi de considérations juridiques (le droit de la mer) ou environnementales.

NB : Sur toutes ces questions du statut de la Caspienne et l’historique de la dispute, on lira avec profit cette excellente analyse.

 

Surprise, l’accord de demain semblerait – le conditionnel reste de mise – indiquer que les deux gros bras de la Caspienne, Russie et Iran, ont lâché du lest.

Pour Téhéran, c’est sans doute à mettre en parallèle avec les sanctions américaines, conséquence directe du coup de menton de la houppette blonde ; les Iraniens ont besoin d’autres ouvertures économiques, notamment une entente avec Bakou sur le partage de certains gisements à cheval sur les eaux territoriales des deux pays.

Quant au Kremlin, il est vu comme le grand vainqueur de l’affaire. L’interdiction de toute présence militaire étrangère (tss tss l’OTAN…) est actée tandis que la flotte russe aura accès à toute la mer (on se rappelle les ondes de choc provoquées par le déKalibrage des barbus syriens à partir de la Caspienne).

Et pourtant… Votre serviteur ne peut s’empêcher de revenir, encore et toujours, à ce fameux pipeline. L’accord d’Aktau permettra-t-il enfin au Turkménistan de construire son gazoduc à destination de l’Europe via l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie ? Si oui, pourquoi les Russes ont-ils soudain accepté ?

Répondre à la première question n’est pas aisé. Si un site azéri crie déjà victoire, il est en réalité difficile de dire ce que contient l’accord et si des clauses spéciales – l’interdiction du tube par exemple – n’y sont pas rattachées. Un officiel russe a parlé d’une « nouvelle » juridiction, la Caspienne acquérant son « propre statut légal ». L’on sait également qu’environ 70% des disputes seulement seront réglées par cet accord, des points de discorde subsistant, parmi lesquels le gazoduc trans-caspien (TCP) ?

Répondre à la deuxième question est tout aussi malaisé. Une officine impériale bien connue des spécialistes penche également pour l’autorisation du TCP et s’interroge sur le retournement de Moscou. Parmi les diverses raisons évoquées, la construction du pipe sera difficile, notamment financièrement ; elle prendra du temps et vient trop tard alors que les tubes russes sont déjà lancés (Turk Stream) ou en voie de l’être (Nord Stream II) ; Poutine tente ainsi d’amadouer l’UE pour débloquer les dernières résistances au Nord Stream II ; Gazprom pourra de toute façon tuer dans l’oeuf le TCP en reprenant ses achats de gaz turkmène.

Cela aussi, nous l’avions expliqué :

Afin de déjouer les plans de l’empire et ne pas perdre ses parts de marché européen, Gazprom avait pris l’habitude d’acheter d’importantes quantités de gaz turkmène. Mais à mesure que les routes soutenues par Washington (pipeline transcaspien et TAPI) se révélaient de plus en plus illusoires et que l’or bleu d’Achgabat prenait le chemin de la Chine, Gazprom a peu à peu réduit ses achats qui approchent maintenant du 0 absolu.

On le voit, Octopoutine a encore quelques flèches à son arc dans ce dossier, mais il sera intéressant de voir en détail les clauses de l’accord de demain, si tant est qu’elles sortent à la lumière. Le Grand jeu énergético-eurasien continue…

 

Notes sur Poutine à la recherche du temps perdu

Notes sur Poutine à la recherche du temps perdu

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Notes sur Poutine à la recherche du temps perdu

19 décembre 2017 (05H34) – Nous allons tenter une expérience d’analyse concernant la situation des relations internationales, et particulièrement l’attitude de la Russie comme acteur le plus cohérent mais aussi, par logique contraire, le plus révélateur de cette situation. Il s’agit de deux évènements en quelque sorte géographiquement contigus, parallèles, simultanés, et pourtant extraordinairement différents jusqu’à définir un antagonisme quasiment de l’ordre de l’ontologie. Ces deux évènements permettent d’envisager deux perspectives, deux façons de raisonner et d’exercer son éventuelle intuition, de les comparer indirectement et juger de leurs qualité respectives de vérités-de-situation de cette époque pour contribuer à tenter d’un peu mieux comprendre cette époque ; c’est-à-dire en tentant de mieux l’apprécier telle qu’elle est au fond d’elle-même, mais avec un réalisme éclairé, c’est-à-dire sans aucun espoir d’influer fondamentalement sur son cours.

Ce qui fait la caractéristique extrêmement originale de l’époque justement, c’est que ces deux évènements peuvent avoir lieu simultanément, qu’ils sont liés par tant de fils, et en même temps qu’ils sont si complètement différents qu’ils en apparaissent bientôt complètement incompatibles selon le jugement rationnel courant, – lequel manifeste ainsi son insuffisance et son impuissance. Cela nous renforce évidemment dans notre vision selon laquelle, sans le secours de la métaphysique (métahistoire), et un secours immédiat, quotidien, presque heure après heure et sans aucun doute “en temps réel”, ce qui se passe actuellement est totalement incompréhensible et ennemi définitif de la raison comme nous nous sommes habitués à la subvertir à notre “avantage” (!). (C’est-à-dire la subvertir en lui interdisant en général et pour le fondamental l’hypothèse et l’exploration d’évènements historiques suscités et développés par d’autres causes que les actions humaines).

Par conséquent, les deux évènements considérés comme nous le faisons, en tenant compte de tous les facteurs de proximité et de “parenté”, ne s’expliquent rien d’une façon rationnelle limitée aux capacités et aux actes humains. Ils nous confortent dans l’idée que la démarche de compréhension, voire d’explication de la situation doit nécessairement intégrer des facteurs qui leur sont extérieurs, et principalement cette “force supérieure”, supra-humaine, que nous signalons constamment dans le chef d’une dynamique de surpuissance du Système se transmutant nécessairement en autodestruction.

Les aventures de Misha-Tintin en Ukraine

… D’un côté et pour le premier cas, il y a les aventures de Misha Saakachvili, ancien président géorgien et ennemi juré des Russes, devenu ennemi juré de Porochenko et donc présumé-“agent” des Russes par Porochenko ; Misha qui mange sa cravate, dort dans les rues de Kiev, menace de sauter du toit de l’immeuble où il a son appartement à Kiev, fait la grève de la faim ; en bref, Misha comme un simulacre inverti de Tintin… Les aventures de Saakachvili sont effectivement, au sens très précis du mot, inénarrables et font partie de ce que nous nommons “tragédie-bouffe” lorsqu’elle évolue vers le seul côté bouffe.

Certes, Misha est corrompu ; mais il l’est tellement, et de tant de façons à la fois mais toujours avec un œil sur les billets verts, qu’il ne s’y retrouve sans doute plus et qu’il deviendrait presque vertueux (Tintin) à jouer au SDF subversif qui voudrait faire sauter le régime pourri du “roi du chocolat”, le président Porochenko. Accordons-lui cette vertu paradoxale, qui n’est même plus celle du “fou-du-roi”, mais celle, purement et simplement, de clown et de bouffon de communication mettant en évidence le côté bouffe de l’époque.

Voici donc (un peu plus loin) comment Spoutnik-français nous narre les dernières aventures de Misha qui a un mois de décembre chargé, nous démontrant que même “l’inénarrable” peut être narré dans cette étrange époque dont l’Ukraine et “Kiev-la-folle”, schéma originel d’expérimentation de “D.C.-la-folle”, sont l’une des plus justes illustrations. Le plus fort, le plus beau et le plus grand, c’est qu’après tout le clown-bouffe Saakachvili, puisqu’il a des partisans qui seraient presque des “fans”, pourrait bien détenir par inadvertance la formule d’une cure de désintoxication forcée pour l’Ukraine en faisant chuter, également par inadvertance, toute cette étonnante pourriture surréaliste. Quoi qu’il en soit, Spoutnik-français place cette courte chronique de ce 18 décembre 2017 dans sa rubrique “La Main de Moscou”, section Saakachvili, montrant par là que les Russes, entre FakeNews dont ils ont la spécialité et Russiagate où ils excellent selon la narrative du simulacre, se disent qu’après tout un peu d’ironie et de dérision seraient de mise pour parler d’un reliquat des grandes affaires du monde toujours en activités souterraines, – comme un volcan assoupi qui pourrait se réveiller demain.

In Memoriam…

Pour mémoire mais une mémoire qui n’est pas indifférente parce qu’elle est révélatrice de l’évolution du climat et de la dissolution accélérée de la substance des événements de la politique, nous signalerons qu’il y a trois ans et demi, nous ne craignions rien de moins que la Troisième Guerre mondiale, avec échanges nucléaires stratégiques, lorsque nous discourions de l’évolution de la crise ukrainienne. Pour mémoire de la même façon, nous signalerons encore qu’il y a neuf ans, les Russes étant face au Géorgien Saakachvili après une agression initiale contre l’Ossétie du Sud du même Saakachvili qui était aux yeux et au su de tous un agent des organisations frontistes de la CIA et de Washington, nous ne craignions rien de moins qu’un ébranlement général sous la forme conflictuelle la plus haute, avec risque nucléaire, du continent européen …

En parlant de “nous”, nous parlons de tous les commentateurs ayant quelque intérêt pour le “sérieux” de ces situations, – incluant là-dedans et sans la moindre hésitation ni réserve nous-mêmes, à dedefensa.org, – nous croyions absolument et sans réserve à ces alertes épouvantables. A partir de notre seul cas, nous disons que nous n’avons pas le don de double vue, que ces “alertes épouvantables” le furent effectivement, que nul n’échappa à ce jugement. L’essentiel est d’observer ce qu’il en reste aujourd’hui, au travers du destin-bouffe d’un des acteurs centraux, dans l’un des points de fusion majeurs devenu bouffe de cet ensemble crisique. La tragédie-bouffe nous fait danser de la tragédie au bouffe, dans ce sens, sans garantie qu’elle ne bascule pas d’un instant à l’autre dans l’autre sens : c’est un constat qui devrait être plein d’enseignements…

Misha-Tintin vu par Spoutnik

Voici donc un extrait de La Main de Moscou, dans Spoutnik-français : « Les aventures de Mikhaïl Saakachvili, l’ancien Président géorgien et ex-gouverneur de la région d’Odessa devenu apatride, ne cessent de faire la une des médias ukrainiens aussi bien qu’internationaux. Depuis des semaines des milliers de personnes suivent hors d’haleine les péripéties de M. Saakachvili dignes d’un épisode de MacGyver: il évite des tentatives d’attentat, grimpe sur les toits [et menace d’en sauter], échappe aux forces de l’ordre, passe ses nuits dans des tentes en plein centre de Kiev et annonce des grèves de la faim rien que pour restaurer l’ordre en Ukraine et destituer ce “corrompu” de Piotr Porochenko.

» Mais comment cet homme politique pro-américain et pro-Maïdan en est-il arrivé là ? Après avoir fait la guerre contre la Russie en 2008 en tant que Président géorgien, il se reconvertit dans la politique ukrainienne et devient, en 2015, le gouverneur de la région d’Odessa, au sud de l’Ukraine, avant de se transformer en un fervent opposant à Piotr Porochenko.

» Alors, à votre avis, qui pourrait se cacher derrière ces changements d’humeur aussi radicaux qu’imprévisibles ? Les autorités ukrainiennes sont en fait parvenues à découvrir que le Rambo ukraino-géorgien avait été attiré par l’odeur des billets verts (à en croire Kiev, il s’agirait de 500.000 dollars) que lui aurait tendus la vilaine Main du Kremlin.

» C’est ainsi que ce nouvel “agent russe” guidé par l’argent de Moscou, a carrément changé ses opinions politiques et s’est engagé dans la guerre sans merci contre Kiev. Il s’agirait, toujours d’après la partie ukrainienne, de fonds versés par l’entourage de l’ex-Président ukrainien Viktor Ianoukovitch et destinés à financer les manifestations organisées par M. Saakachvili dans le but de destituer M. Porochenko…

» “En commençant par manger une cravate jusqu’à grimper sur le toit, il a fait un certain chemin en politique, la voie était épineuse. Sa situation est compliquée” : [ainsi] le Kremlin [a-t-il] à son tour évoqué son “agent” présumé, en ajoutant néanmoins que Moscou ne réagissait pas “aux propos des personnes qui sont assises sur un toit”. Cependant, la Main du Kremlin suit “avec une grande excitation”, comme l’a précisé le porte-parole du Président russe, l’évolution des déclarations de M. Saakachvili. »

Poutine salue avec reconnaissance la CIA

Suivons la même source, la même piste, etc., Spoutnik-français entre FakeNews et Russiagate, célébrant, le même jour exactement, l’enthousiasme de Vladimir Poutine téléphonant à Trump pour le remercier d’avoir orchestré l’aimable coopération de la CIA avec le FSB, et priant le “cher Donald” de transmettre les remerciements fu président russe à la CIA, à son directeur, à ses officiers et ainsi de suite. La collaboration de la CIA fut en effet dit-on extrêmement précieuse sinon décisive pour permettre l’arrestation d’une cellule de Daesh qui s’apprêtait à frapper à Saint-Petersbourg le 18 décembre précisément (et de faire “des milliers de morts”, selon Trump qui n’hésite pas devant l’outrance de l’emphase-bouffe). Très modeste, la CIA vous renvoie à Maison-Blanche lorsque vous téléphonez à son porte-parole pour avoir plus de précision.

Au fait, lorsqu’il fait cette communication des plus chaleureuses, Poutine y met-il quelque ironie ? Après tout, son ministre des affaires étrangères et lui-même ont déjà déclaré publiquement ce que tout le monde sait, – mille sabord ! Savoir, que Daesh est largement financé, organisé, logistiquement soutenu, parfois encadré ou dans tous les cas entraîné par la CIA dès l’origine. Cela ne signifie pas une seconde que nous puissions soupçonner que la CIA a supervisé la préparation de l’attentat de Saint-Petersbourg pour mieux “donner” la cellule au FSB, comme on tend la colombe de la paix ou comme on voudrait à bon compte se faire valoir auprès d’un adversaire devenu compère. Non, nous jugeons que, dans un pays dirigé par “D.C.-la-folle” où les directions politique et militaire ne savent pas exactement comment on ordonne et déclenche un tir des missiles stratégiques nucléaires, la toute-puissante CIA ne peut être que le cœur grondant et bordélique de cet immense bordel, et que par conséquent, qu’une de ses mains qui fait ceci (organiser Daesh, par exemple) ne soit pas instruite de ce que fait une autre de ses mains (donner la cellule de Daesh au FSB, par exemple) constitue une hypothèse acceptable ; cela, d’autant qu’il s’agit avec la CIA, d’une pieuvre à mille tentacules avec autant de mains que de tentacules bien entendu ; par conséquent, rien pour étonner…

Pourtant, toutes ces réflexions ne sont pas de mise. Lorsque “Spoutnik-français entre FakeNews et Russiagate” nous conte l’affaire du coup de fil de Poutine à Trump, le sérieux est de mise, sinon la gravité. Quelques paragraphes suffiront à montrer cela, et surtout à montrer que l’on sent chez Poutine, pour “nos partenaires” (américanistes), une chaleur toute faite d’un enthousiasme bien contenu par cet homme dont le caractère de fer maîtrise aisément les emportements secrets… Ainsi s’expriment cet homme impassible (Poutine) et ceux qui sont chargés de nous faire ressentir et comprendre son humeur. 

Coup de fil de Vlad à Donald

« Grâce à une information de la CIA, les forces de l’ordre russes ont pu arrêter des terroristes qui préparaient un attentat à Saint-Pétersbourg. Lors d’une conversation téléphonique, Vladimir Poutine a exprimé sa gratitude à Donald Trump ce dimanche, selon le Kremlin.

» “Le Président russe a remercié son homologue américain pour les données transmises par l’Agence centrale de renseignement (CIA), qui ont permis de suivre la piste, de découvrir et d’arrêter un groupe de terroristes qui préparaient des attentats dans la Cathédrale Notre-Dame-de-Kazan de Saint-Pétersbourg ainsi que dans d’autres lieux publics de la ville », signale une déclaration du Kremlin.

» Le Président russe a en outre demandé à son homologue américain de transmettre ses remerciements au directeur de la CIA et aux agents du service américain de renseignement, qui avaient reçu cette information. Donald Trump a remercié le dirigeant russe pour son appel et a déclaré que lui-même ainsi que les renseignements américains étaient heureux d’avoir aidé à sauver tant de vies humaines. […]

» “Les contacts entre les services secrets sont sporadiques. Mais vous voyez qu’en l’occurrence, c’était une information assez efficace qui a permis de sauver de nombreuses vies. Il va de soi que cela ne peut pas ne pas susciter la satisfaction et la reconnaissance que notre Président a transmise hier au Président Trump au cours d’un entretien téléphonique. Une telle coopération bilatérale est exemplaire dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, nous devons chercher à parvenir à de tels standards parce qu’ils indiquent la voie à suivre”, a dit le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov. »

Le retour à la “civilisation”

Pourquoi mettre en parallèle ces deux évènements ? Simplement, parce qu’ils constituent le reflet de l’époque crisique que nous subissons. Normalement, le premier évènement devrait être un véritable conte, une narrative grotesque, une fiction grandguignolesque, une sorte de satire “énôôôrme” de la corruption, de la manipulation, de la trahison, de la félonie, de l’irresponsabilité, de la dérision complète, du bouffe en un mot, et nécessairement affabulatrice d’une interprétation subversive de la réalité (mais qui éclaire une vérité-de-situation a contrario). Ce n’est pas le cas, c’en est même l’inverse : Saakachvili est depuis près de vingt ans l’archétype du corrompu sérieux et très actif, penchant nécessairement du côté où se trouvent les billets verts, et aujourd’hui nous le voyons alors que la machination dont il est le pilier central est entrée dans le même “tourbillon crisique” de folie qui a saisi tout le Système, donc conforme au Système qui est la chose la plus sérieuse du monde. Saakachvili est une partie d’une réalité, bien entendu subjective et complètement manipulée mais complètement conforme à la narrative dominante.

Le second événement, qui nous ferait penser que là devrait se trouver la vérité-de-situation que nous restitue ce qui serait la réalité, dans des rapports de coopération à l’apparence policée même si les “partenaires” n’en pensent pas moins parce que la coopération est une nécessité vitale face à des menaces chargée d’un fantastique potentiel de déstabilisation, de déstructuration-dissolution, – eh bien non, cet événement est un accident imprévisible, une réalité faussaire qui dit le contraire d’une vérité-de-situation. Ce qui est remarquable, bien entendu, c’est l’espèce d’enthousiasme qui paraîtrait à beaucoup pathétique, chez Poutine (chez les Russes), l’espèce d’appétit vertueux pour saisir ce qu’il (ils) doit (doivent) distinguer avec quasiment une sorte de satisfaction jubilatoire et reconnaissante bien entendu contenue mais néanmoins puissante, comme la possibilité d’un signe puissant et convaincant d’un retour à des pratiques civilisées.

Recherche désespérément stabilité

Dans ce cas, Poutine, avec toute sa vista stratégique et toute son intelligence tactique, peut apparaître pathétique parce qu’il est tellement évident et manifeste que son espoir est vain et illusoire. Bien entendu, on le comprend parfaitement, on ne peut l’accuser ou le critiquer, il apparaît clairement que la raison l’encourage irrésistiblement à se saisir de ce qu’il croit être une main secourable sortie d’un chaos pour lui dire : “Voilà, l’ordre pourrait commencer à être rétabli”. Il s’agit à première vue d’une circonstance qui présente tous les avantages de ce qui pourrait être la renaissance de la vertu du compromis politique dans un climat civilisé.

Au contraire, c’est la séquence des aventures de Misha-Tintin en UkraLand, à “Kiev-la-folle”, qui s’impose comme ce qui doit être perçu comme la réalité certes subjective mais dominante, complet simulacre bien entendu mais pourtant et même justement à cause de cela, la plus proche de la vérité-de-situation du Système qui a dégénéré en un immense simulacre où tout est inversion. Les Russes, quasi-officiellement, moquent Saakachvili qui couche dans les rues et menace de sauter d’en-haut de l’immeuble, et saluent chaleureusement Trump et la CIA. Mais Saakachvili, comme Trump et comme la CIA, est un enfant du Système qui en son temps nous fit tous trembler par les conséquences possibles sinon probables de ses actes et devient un clown-bouffe sans pourtant n’avoir rien perdu d’une capacité politique de rassemblement. Son comportement nous dit le vrai à propos de l’évolution du Système et de sa situation actuelle, – comme nous disent le vrai d’ailleurs le comportement habituel de Trump et de la CIA à propos duquel Poutine ne cesse de dire son exaspération.

Il y a chez Poutine une sorte de tradition russe, qui exista même chez les Soviétiques poststaliniens (Krouchtchev et surtout Brejnev), de chercher comme désespérément une stabilité dans les inévitables rapports avec l’Occident, comme si l’on voulait retenir une civilisation perdue, ou revenir à elle. Dans le cas de Poutine, le “désespérément” en se débarrassant du “comme” prend tout son sens à cause de l’évolution de cet “Occident” se transmutant en un monstrueux “bloc-BAO” qui se caractérise ontologiquement et jusqu’à la folie par un extraordinaire déséquilibre psychologique.

Emporté par la folie du monde

A côté de sa rondeur bienvenue (il grossit de façon régulière) qui permet à l’aventurier postmoderne Saakachvili de “rebondir” dans tous les sens et n’importe comment, épousant ainsi parfaitement l’informité de son temps et même la symbolisant, Poutine apparaît de plus en plus à notre sens comme l’homme qui a raté son époque. Certes, il est aisément le plus grand dirigeant politique de son temps lorsqu’on le compare aux gens de l’Ouest, mais comment ne le serait-il pas au milieu de nains habités par la seule vanité et la soif de paraître ?

Pour le reste, il est désespérément seul en un sens, confronté et donc emporté par une folie qu’il ne peut raisonner, qui ne lui permet pas d’utiliser comme elles devraient être toutes les vertus d’apaisement et d’organisation dont il est capable. Avec son compère, le brillant Lavrov, Poutine est condamné à regarder défiler les pantins-clowns type-Saakachvili, à écouter et commenter sarcastiquement les délires de “D.C.-la-folle” tout en consolidant les digues et les abris en prévision des jours sombres. On comprendra donc son enthousiasme à remercier Trump et la CIA dans une transaction qui paraît, qui semble structurante et prometteuse, et même on le lui pardonnera mais on lui conseillera de n’en attendre pas grand’chose ; ce n’est qu’un instant, un accident complètement anachronique… (Que n’aurait-il pu faire, Poutine, se prend-on à rêver, s’il avait eu un Nixon en face de lui, ou bien sûr un de Gaulle ?)

… Au reste, ne lui suffit-il pas de lire la “nouvelle stratégie américaine” pour comprendre, ou plutôt pour être ramené à son jugement plus justifié de la folie de ses “partenaires” ? Une stratégie qui, comme d’habitude mais un peu plus (du Bush + et de l’Obama +), développe un modèle insupportable par son absence de logique du monde mais si caractéristique de “D.C.-la-folle”. Les USA y sont cette fois qualifiés de « puissance sans rival possible », comme si rien ne se passait là où tout se passe selon la façon qu’on sait, mais en plus activée selon la vision d’America First, – c’est-à-dire la fiction insupportable d’une puissance qui se croit encore telle, qui ne tient compte que d’elle-même dans un monde qu’elle écrase de sa puissance-simulacre sans pareille comme si les autres n’existaient pas, mais néanmoins avec tous les autres tenus au garde-à-vous. Le document dit que la Chine et la Russie sont des « puissances révisionnistes » (de cette « puissance sans rival possible ») qui veulent « créer un monde antagoniste des valeurs et des intérêts US ». Un commentateur dit qu’« il est difficile de dire que ce document est cohérent, ni qu’il reflète l’apport des principales agences. Il n’y a pas grand’chose qui vienne du département d’État et de la communauté du renseignement… Il rencontre d’abord la narrative de la communication intérieure »

Autrement dit, la stratégie US est d’abord faite pour refléter les élans et les émois de “D.C.-la-folle”, Trump en tête. Voilà la “vraie” Amérique avec laquelle Poutine doit cohabiter, – quant à coopérer… Cette Amérique-là, qui pourrait bien, grâce à une des mille mains de La-Compagnie, faire en sorte que, demain, Misha-Tintin vire le “roi du chocolat” et annexe “Kiev-la-folle”, nous signifiant que le cas sérieux dans cette époque de folie, c’est bien lui et nul autre.

 

http://www.dedefensa.org/article/notes-sur-poutine-a-la-recherche-du-temps-perdu

Le chemin de fer de BTK est le couloir turc de la route de la soie vers l’Asie centrale

Le chemin de fer de BTK est le couloir turc de la route de la soie vers l’Asie centrale


Par Andrew Korybko – Le 6 novembre 2017 – Source Oriental Review

Baku-Tbilisi-Kars (BTK) Railway
Chemin de fer Bakou-Tbilissi-Kars (BTK)

Le président Erdogan a déclaré que le chemin de fer Bakou-Tbilissi-Kars est « un maillon important dans la nouvelle route de la soie, qui relie l’Asie, l’Afrique et l’Europe » lors de la cérémonie d’ouverture de ce couloir de connectivité transnational.

Les Premiers ministres de la Géorgie, du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan, ainsi que les ministres du Tadjikistan et du Turkménistan ont également assisté à l’événement, démontrant ainsi son large intérêt géographique. Erdogan espère dans l’immédiat qu’il renforcera les relations globales entre la Turquie et ses compatriotes d’ethnie turque en Asie centrale, et que par la suite le chemin de fer BTK pourrait être utilisé par les Européens et les Nord-Africains pour se relier à cette région enclavée. En fin de compte, l’objectif est de transformer ce corridor sud-central en une nouvelle route de la soie bien placée rattachant les coins occidentaux et orientaux de l’Eurasie en reliant l’UE à la Chine. Et si, après un rapide coup d’œil à la carte physique, la route semble un peu tortueuse, la politique dit le contraire.


Les routes les plus directes reliant l’UE à la Chine sont le pont terrestre eurasien prévu à travers la Russie et la route maritime du Nord à travers l’océan Arctique, mais les deux sont comparativement sous-développés pour diverses raisons. En outre, alors qu’il est prévu de construire un chemin de fer à grande vitesse en Asie centrale reliant la Chine à l’Iran, et désormais à la Turquie et à l’UE, cette idée n’a pas encore été étudiée et pourrait en tout cas être mise en péril par le risque régulier d’activités terroristes kurdes dans les régions frontalières du Moyen-Orient partagées par ces deux grandes puissances. Un autre point important est que la nouvelle guerre froide provoquée par les États-Unis a créé des obstacles géopolitiques artificiels à l’intégration eurasienne alors que Washington cherche à “isoler” Moscou et Téhéran. Il est donc possible que les corridors chinois ne se matérialisent pas aussi rapidement que prévu.

Tous ces facteurs font étonnamment du BTK, la voie actuellement la plus efficace permettant à l’UE, la Turquie et l’Afrique du Nord d’accéder à l’Asie centrale et même à la Chine, une fois que la bonne infrastructure de connectivité sera construite dans la région. Pour l’avenir, même s’il est douteux que cette route devienne le principal couloir du commerce UE-Chine, elle renforcera probablement beaucoup l’influence de la Turquie dans les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale, ce dont de nombreux stratèges turcs ont parlé et qu’ils espèrent depuis 1991 mais qui avait à peine fait quelques progrès depuis. Cela pourrait contribuer à diversifier les partenariats étrangers des gouvernements régionaux et, dans le vrai sens du mot, les rendre plus multipolaires.

En établissant une présence plus solide en Asie centrale, qui est historiquement dans la sphère d’influence de la Russie, la Turquie étendrait également l’interdépendance stratégique complexe qui s’est développée entre Moscou et Ankara depuis que leur rapprochement rapide a débuté l’été dernier. Cela resserrerait à son tour leur partenariat bilatéral et réduirait les chances que les États-Unis réussissent à les tourner les uns contre les autres en raison des dommages collatéraux accrus que cela entraînerait pour leurs intérêts, du fait de la situation géopolitique à long terme et des changements introduits par le chemin de fer BTK.

Andrew Korybko

http://lesakerfrancophone.fr/le-chemin-de-fer-de-btk-est-le-couloir-turque-de-la-route-de-la-soie-vers-lasie-centrale

 

L’Azerbaïdjan, la Turquie et la Géorgie inaugurent une nouvelle ligne ferroviaire qui relie l’Europe et l’Asie

L’Azerbaïdjan, la Turquie et la Géorgie inaugurent une nouvelle ligne ferroviaire qui relie l’Europe et l’Asie

© Chine Nouvelle (Xinhua)Zheng Bin, le 30/10/2017 21:39

Les dirigeants de l’Azerbaïdjan, de la Turquie et de la Géorgie ont inauguré lundi à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, une nouvelle ligne de chemin de fer reliant les trois pays.

L’inauguration de la ligne de chemin de fer Bakou-Tbilissi-Kars, d’une longueur de 826 km, marque la réalisation d’un projet de dix ans visant à ouvrir un couloir ferroviaire transportant des marchandises et des passagers entre l’Europe et l’Asie.

La ligne de chemin de fer, qui comprend 105 km de nouvelle voie, aura la capacité de transporter annuellement 1 million de passagers et 6,5 millions de tonnes de fret pendant la phase initiale.

Prenant la parole lors de la cérémonie d’ouverture, le président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, a qualifié l’inauguration de la ligne de chemin de fer d’un événement « historique et stratégique », estimant que le projet jouerait un rôle important pour assurer la stabilité et la sécurité dans la région.

Le projet de construction du chemin de fer a été lancé en 2007 avec un accord entre l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie. Son achèvement a été reporté plusieurs fois depuis 2011.

La ligne de chemin de fer est également conçue pour devenir un élément clé de la route méridionale du réseau émergent de la nouvelle Route de la Soie entre la Chine et l’Europe.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre géorgien Giorgi Kvirikashvili, le Premier ministre kazakh Bakytzhan Sagintayev, le Premier ministre ouzbek Abdulla Aripov étaient présents à la cérémonie d’inauguration.

 

https://chine.in/actualite/cn/azerbaidjan-turquie-georgie-inaugurent_103477.html