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Les sociétés militaires privées ou visage de la mondialisation de la Défense

Les sociétés militaires privées ou visage de la mondialisation de la Défense

Pierre Lacroix 15 octobre 2019 Géopolitique & Relations InternationalesMondialisation et enjeuxSituations décryptées Leave a comment

Les sociétés militaires privées (SMP) ou entreprises militaires et de sécurité privée (EMSP) sont des entreprises à but commercial qui fournissent des prestations à des forces armées étatiques. Souvent à la marge des opérations, leur action est parfois plus directe. L’emploi d’anciens membres de forces spéciales prend pour certains la forme d’un « mercenariat moderne » sous le visage des « contractors ». Ce phénomène officiel ou officieux devient cependant récurrent sur les grands théâtres d’opérations.

Ce logo de la firme Blackwater , visuellement percutant, fut remanié en 2007. Deux années avant le changement de nom pour Xe Services LLC - qui deviendra ensuite Academi
Logo de l’entreprise américaine Blackwater, devenue Academi

La banalisation du fait militaire privé

La privatisation de la sécurité est aujourd’hui affaire courante et dépasse parfois l’externalisation de certains services. La fin de la Guerre Froide et la baisse des budgets de Défense sont à l’origine de l’apparition et de la prolifération, au cours des années 1990, des sociétés militaires privées (SMP). Leur poids a été croissant au cours des années et leurs activités sont liées notamment aux conflits irakiens et afghans. Certaines firmes privées américaines avaient joué un rôle important dans l’action stratégique américaine. On pense notamment à DynCorp, KBR ou Blackwater (devenue Academi) aux Etats-Unis. Les américains ne sont pas les seuls à faire parler en ce domaine. En effet, le groupe Warner, russophone, est plus d’actualité car il aurait participé au conflit du Donbass.

Plus largement, les missions de maintien de la paix ou les ONG ont largement recours à ce type de sociétés pour parvenir à leurs besoins de sécurité. La privatisation de la sécurité et de la guerre a ouvert le champ à un secteur économique fleurissant.

Nous parlons essentiellement du recrutement de « mercenaires » ou de soldats privés et non plus seulement d’externalisations ou d’outsourcing (transports, repas, habillement, armements…). Les SMP peuvent se spécialiser soit sur la sécurité, soit sur la Défense. L’objet est ici de se centrer sur la seconde catégorie. Ce sont bien souvent d’anciens membres de forces spéciales ou d’armées spécialisées, qui rejoignent les rangs d’une société gérée par des fonds privés. Des sociétés privées au service de l’intérêt étatique : une situation pouvant parfois amener à une confusion d’intérêts.

Quel statut des acteurs des SMP dans le Droit International Humanitaire (DIH) ?

La participation d’acteurs privés dans les opérations militaires n’est pas chose nouvelle. Depuis l’Antiquité, des « mercenaires » participent à des campagnes militaires. Leur reconnaissance juridique s’est néanmoins faite avec le temps. Il y a trois enjeux majeurs à la reconnaissance légale des acteurs de SMP selon Nicolas Haupais, auteur des Enjeux de la « privatisation de la guerre » : déterminer la protection à laquelle les acteurs ont le droit ; définir les devoirs auxquels les acteurs doivent se conformer ; et définir les poursuites possibles en cas d’actes litigieux.

Bien que le statut de mercenaire soit défini dans l’article 47 du Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949, relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux, du 8 juin 1977 (Protocole I), celui des employés des SMP est bien plus incertain. De nos jours, le mercenariat est réprimé par certains textes internationaux. La frontière nébuleuse qui existe actuellement dans l’activité de certaines SMP nous permet cependant de dire que les textes actuels ne sont plus adaptés à notre époque.

Selon le droit international, il existe deux principaux statuts envisageables pour les employés de SMP : civils ou combattants. Ces statuts sont définis dans les Conventions de Genève et la distinction semble assez simple dans les textes. Un combattant peut ainsi légalement participer au combat. A l’inverse, les civils bénéficient de la protection contre les dangers liés aux opérations militaires.

La responsabilité comme enjeu principal

Au regard de la 3ème Convention de Genève, on remarque que les contractors ou autres acteurs des SMP ne remplissent pas toujours toutes les conditions pour obtenir le statut de combattant. A savoir le fait « d’avoir à leur tête une personne responsable pour ses subordonnés ; d’avoir un signe distinctif fixe et reconnaissable à distance ; de porter ouvertement les armes ; de se conformer, dans leurs opérations, aux lois et coutumes de la guerre ». Aussi, la question de la responsabilité des entreprises qui emploient les acteurs est posée. Egalement, la responsabilité de l’Etat entre en jeu quand un critère organique peut s’appliquer. Ces questions mettent bien souvent en lumière les zones grises du droit international.

Une partie de la communauté internationale entreprend depuis plusieurs années une tentative d’adoption d’une convention internationale. Une telle décision est de plus en plus évoquée et semble être une nécessité pour contrôler l’activité de ces sociétés dont il est illusoire de vouloir prohiber l’activité. Signalons le mérite du Document de Montreux sur les entreprises militaires et de sécurité privées mené par la Suisse et le CICR. Ce travail juridique non contraignant finalisé en 2008, présente un ensemble de potentielles obligations juridiques et de bonnes pratiques. Son caractère officiel ouvre la voie et pose une juridiction plus adaptée au contexte actuel.

Sources :

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About Pierre Lacroix

Pierre Lacroix est diplômé d’une Licence de Géographie (Université de Nantes), d’un Master de Relations Internationales, Intelligence Stratégique et Risques Internationaux (Lyon III), puis d’un Master Coopération Internationale et ONG (Paris XIII). Il est rédacteur depuis Mars 2019.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/situations-decryptees/41686-societes-militaires-privees-visage-mondialisation-defense

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Alexandroupolis, nouvelle base US contre la Russie

L’ART DE LA GUERRE

Alexandroupolis, nouvelle base US contre la Russie

par Manlio Dinucci

Geoffrey R. Pyatt fut ambassadeur des États-Unis en Ukraine de 2013 à 2016. Il organisa avec Victoria Nuland le coup d’État d’EuroMaidan. Nommé par Barack Obama ambassadeur en Grèce, en 2016, il organisa un schisme au sein de l’Église orthodoxe et est désormais en charge faire échouer la livraison de gaz naturel russe à l’Union européenne.RÉSEAU VOLTAIRE | ROME (ITALIE) | 24 SEPTEMBRE 2019 ITALIANOESPAÑOL

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« Je reviens juste d’Alexandroupolis, visite stratégique importante qui a mis au point à la fois les exceptionnelles relations militaires entre les États-Unis et la Grèce, et l’investissement stratégique que le gouvernement des États-Unis est en train de faire à Alexandroupolis »
Geoffrey Pyatt, ambassadeur des États-Unis en Grèce, 16 septembre 2019.

Le port d’Alexandroupolis, dans la Grèce nord-orientale frontalière avec la Turquie et la Bulgarie, est situé sur la mer Egée au bord du détroit des Dardanelles qui, reliant en territoire turc la Méditerranée et la mer Noire, constitue une fondamentale voie de transit maritime surtout pour la Russie.

L’importance géostratégique de ce port, que Pyatt a visité avec le ministre grec de la Défense, Nikolaos Panagiotopoulos, est expliquée par l’Ambassade même des USA à Athènes : « Le port d’Alexandroupolis, grâce à son emplacement stratégique et à ses infrastructures, est bien positionné pour appuyer des exercices militaires dans la région, comme l’a démontré le récent Saber Guardian 2019 ».

L’« investissement stratégique », que Washington est déjà en train d’effectuer dans ports, vise à faire d’Alexandroupolis une des plus importantes bases militaires US dans la région, en mesure de bloquer l’accès des navires russes en Méditerranée. Cela est rendu possible par les « exceptionnelles relations militaires » avec la Grèce, qui depuis longtemps a mis ses bases à disposition des USA : en particulier Larissa pour les drones armés Reapers et Stefanovikio pour les chasseurs F-16 et les hélicoptères Apache. Cette dernière, qui va être privatisée, sera achetée par les USA.

L’ambassadeur Pyatt ne cache pas l’intérêt que portent les USA à renforcer leur présence militaire en Grèce et dans d’autres pays de la région méditerranéenne : « Nous travaillons avec d’autres partenaires démocratiques dans la région pour repousser des acteurs maléfiques comme la Russie et la Chine qui ont des intérêts différents des nôtres », notamment « la Russie qui utilise l’énergie comme instrument de son influence maléfique ». Puis il souligne l’importance prise par la « géopolitique de l’énergie », en affirmant qu’« Alexandroupolis a un rôle crucial de liaison pour la sécurité énergétique et la stabilité de l’Europe ». La Thrace Occidentale, la région grecque où est situé le port, est en effet « un carrefour énergétique pour l’Europe centrale et orientale ».

Pour comprendre ce que veut dire l’ambassadeur il suffit de regarder la carte. La Thrace Orientale limitrophe —c’est-à-dire le petite partie européenne de la Turquie— est le point où arrive, après avoir traversé la mer Noire, le gazoduc Turk Stream provenant de Russie, en phase finale de réalisation. De là, à travers un autre gazoduc, le gaz russe devrait arriver en Bulgarie, en Serbie et dans d’autres pays européens. C’est la riposte russe à la manœuvre réussie des États-Unis qui, avec la contribution déterminante de la Commission européenne, bloquèrent en 2014 le gazoduc South Stream qui aurait dû amener le gaz russe en Italie et de là dans d’autres pays de l’UE.

Les États-Unis essaient maintenant de bloquer aussi le Turk Stream, objectif plus difficile parce qu’entrent en jeu les rapports, déjà détériorés, avec la Turquie. À cet effet ils s’appuient sur la Grèce, à qui ils fournissent de croissantes quantités de gaz naturel liquéfié en alternative avec le gaz naturel russe.

On ne sait pas ce que sont de train de préparer en Grèce les États-Unis, y compris contre la Chine qui entend faire du Pirée une importante escale de la nouvelle Route de la Soie. Mais il n’y aurait pas à s’étonner si, sur le modèle de l’« Incident du Golfe du Tonkin », se déroulait en mer Égée un « Incident d’Alexandroupolis ».Manlio Dinucci

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

https://www.voltairenet.org/article207725.html

Proposition indécente ? Ce que l’idée de Trump d’acheter le Groenland nous dit sur l’OTAN

Proposition indécente ? Ce que l’idée de Trump d’acheter le Groenland nous dit sur l’OTA

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22 septembre, 2019
NoteHajnalka Vincze

En jetant son dévolu sur l’île de Groenland, le président Trump a provoqué, comme à l’accoutumée, un mélange de consternation, d’opprobre et de franche rigolade sur la scène internationale. La plupart des commentaires se contentaient de critiquer son style et sa bouderie : il a parlé d’une « grosse transaction immobilière » et, face au refus de vente, il a annulé sa visite prévue et traité les propos du Premier ministre danois de « méchants ». Des observateurs plus avisés ont fait remarquer que l’initiative de Trump est moins fantasque qu’elle n’y paraît au prime abord – elle s’inscrit dans une politique américaine poursuivie de longue date dans la région. Quoi qu’il en soit, pour l’Europe l’essentiel n’est pas là. Il est plutôt dans la mise à nu, pour la énième fois depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, d’un raisonnement américain aussi implacable qu’inconfortable.

Permanence américaine

Il est vrai que la proposition du président Trump n’est pas venue de nulle part – pour ce qui est de l’île la plus large au monde (l’Australie mise à part), les Etats-Unis ont de la suite dans les idées. Et des intérêts stratégiques bien précis. Ce n’est pas un hasard si le gouvernement américain avait tenté d’acheter le Groenland dès 1867, pour revenir à la charge sous le président Truman à la fin de la Seconde guerre mondiale. Ce territoire immense a toujours été considéré comme l’un des deux piliers de défense des USA dans l’Arctique (avec le même rôle de rempart naturel à l’Est que celui de l’Alaska à l’Ouest). En effet, depuis le début des années 50, c’est sur le Groenland que se trouve l’installation militaire américaine située le plus au Nord, la base aérienne de Thulé, qui remplit également des missions de surveillance spatiale et d’alerte anti-missile.

A cette importance géostratégique immuable s’ajoute maintenant la fonte des glaces qui facilite l’ouverture de nouvelles voies de navigation et l’accès à des ressources naturelles, dont les terres rares – et exacerbe ainsi la compétition internationale. Le discours du secrétaire d’Etat US, Mike Pompeo, devant le Conseil de l’Arctique en mai dernier, signale clairement un intérêt accru de la part Etats-Unis, aiguisé par l’activisme arctique des autres puissances (en premier lieu la Russie et la Chine) : « Nous entrons dans une nouvelle ère d’engagement stratégique dans l’espace arctique, avec des menaces à nos intérêts dans la région. C’est le moment pour l’Amérique de se lever en sa qualité de nation arctique. Sous le président Trump, nous renforçons la présence sécuritaire et diplomatique des Etats-Unis dans la région. »[1]

(Crédit photo: D. Kinsley/USAF)

Fixette de Trump

Ce n’est donc pas tant l’idée de Trump d’acheter le Groenland qui devrait être surprenante, mais plutôt la candeur avec laquelle il affiche son raisonnement. Pour l’Europe, cet exposé a valeur d’exemple – et d’avertissement. Interrogé pour la première fois sur une éventuelle offre d’achat, le président américain l’a tout de suite liée à la protection militaire US dont bénéficie le Danemark : « Nous sommes de très bons alliés avec le Danemark. Nous protégeons le Danemark comme nous protégeons une grande partie du monde. Du coup, l’idée est venue ».[2] Surtout, après le refus du Premier ministre danois qui a qualifié cette même idée « d’absurde », Trump, très remonté, s’offusque de cette ingratitude, et son courroux est, du coup, étendu à l’ensemble des alliés : « Le Danemark est à seulement 1,35% de son PIB pour les dépenses OTAN. Ils sont un pays très riche et devrait être à 2%. Nous protégeons l’Europe et pourtant, seuls huit membres de l’OTAN sur les vingt-huit atteignent le seuil de 2%. Ces pays restent loin en deçà de ce qu’ils devraient payer pour la protection incroyable dont ils bénéficient. Désolé ! »[3]

Ce procès en ingratitude sonne très familier aux Européens, l’actuel président US le ressort à intervalles réguliers, en particulier quand il s’agit d’affaires : « Les Etats-Unis paient pour les 90% de l’OTAN, alors que beaucoup de pays ne sont même pas près de leur engagement de 2%. En plus de cela, l’Union européenne a un excédent commercial de 151 milliards de dollars avec les USA, avec de grandes barrières douanières sur les produits américains. NON ! ».[4] Inutile ici de rectifier ses chiffres[5] ou de rappeler les innombrables concessions et abdications européennes en échange (ou au prétexte) du « parapluie » militaire des Etats-Unis.[6] Ce qui importe c’est l’insistance sur le lien entre protection militaire et contreparties attendues dans d’autres domaines (en l’occurrence, commercial) : « L’Union européenne fait en sorte qu’il est impossible pour nos paysans, nous ouvriers et nos sociétés d’y faire des affaires (les USA ont un déficit commercial de 151 milliards de dollars) et après ils veulent que nous les défendions allègrement à travers l’OTAN, en payant pour le tout. Ça ne marche pas comme ça ! »[7]

Constantes transatlantiques

Loin d’être une lubie du président Trump, il s’agit d’une vision des choses largement partagée outre-Atlantique, et ce depuis fort longtemps. Déjà en plein milieu de la guerre froide, entre alliés c’était la « guerre des poulets » qui fit des ravages. En 1962, Lyndon Johnson, vice-président des Etats-Unis alors en visite à Berlin, avait brandi la menace d’un retrait des troupes américaines d’Allemagne si le Marché Commun freinerait les exportations de poulets américains vers le vieux continent. D’après Jean-François Deniau – négociateur français du Traité de Rome et premier Commissaire européen chargé de relations extérieures – c’était le début de pressions dans tous les domaines, divers et variés, « chaque fois avec l’argument massif, celui de la défense commune assumée par les Etats-Unis ».[8]

Sous le président Clinton, un document officiel du Pentagone n’hésite pas à préciser les attentes de l’Amérique: « Nos alliés doivent être sensibilisés au lien qui existe entre le soutien américain à leur sécurité et leurs actions dans les domaines tels que la politique commerciale, le transfert des technologies et la participation aux opérations de sécurité multinationales ».[9] Bref, il faut des contreparties. Robert Cooper (ancienne éminence grise du Service d’action extérieure européenne et ex-conseiller du Premier ministre britannique Tony Blair) a lui aussi fait le constat que « Il n’y a pas de défense gratuite. A un moment ou à un autre, les Européens vont devoir payer pour ces arrangements ».[10] Inévitablement. Se mettre à la merci d’un tiers, c’est de s’exposer à des chantages et des pressions multiples – et on peut toujours compter sur le président Trump pour en faire la démonstration en public.



[1] Looking North: Sharpening America’s Arctic Focus. Discours de Michael R. Pompeo à Rovaniemi, Finlande, le 6 mai 2019.
[2] @CBS News, Twitter, 18 août 2019.
[3] @realDonaldTrump, Twitter, 21 août 2019.
[4] @realDonaldTrump, Twitter, 9 juillet 2018.
[5] Donald Trump misleads on US defense spending, NATO budget, Politifact, 12 juillet 2018.
[6] Voir les articles de l’auteur sur, entre autres, les sanctions extraterritoriales, les écoutes de la NSA, les « restitutions extraordinaires », le nucléaire, les questions d’armement, l’avion Joint Strike Fighter F-35, le système de navigation Galiléo, l’Europe de la défense. Sur le caractère illusoire de ce « parapluie » voir : Un pour tous, tous pour un ? (Partie 1 : l’OTAN et ses garanties en trompe-l’œil ; Partie 2 : interrogations dans l’Alliance).
[7] @realDonaldTrump, Twitter, 10 juillet 2018.
[8] Jean-François Deniau, La découverte de l’Europe, Seuil, 1994, p.97.
[9] Report on the Bottom-Up Review, Département de la défense, octobre 1993, p.3.
[10] Robert Cooper, The Breaking of Nations, Order and Chaos in the Twenty-First Century, London, Atlantic Books, 2004, p.165.Tags:
etats-unis;otanrelations transatlantiques

https://www.iveris.eu/list/notes/444-proposition_indecente__ce_que_lidee_de_trump_dacheter_le_groenland_nous_dit_sur_lotan

Existe-t-il une solution pour sortir des tensions géostratégiques au Moyen-Orient ? Par Alastair Crooke

4.septembre.2019 // Les Crises

Existe-t-il une solution pour sortir des tensions géostratégiques au Moyen-Orient ? Par Alastair Crooke

Conflitsguerre au Proche-OrientMerci16Je TweetJe commenteJ’envoie

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 06-05-2019

Alastair Crooke

Le 6 mai 2019

La ligne de faille entre la Turquie et les États du Golfe – avec les États-Unis et Israël en coulisses – vient de s’élargir de façon menaçante. Les pressions sur Erdogan augmentent. C’est un combattant de rue susceptible de réagir avec ses poings. L’Iran – comme la Turquie – fait l’objet d’un « blitz du Trésor » à outrance. Cela aussi pourrait, d’une manière ou d’une autre, renvoyer dans leurs bancs ceux qui ont encouragé l’esprit belliciste du président Trump et de ses faucons. Ils savent qui est à blâmer, qui a attisé le feu : MbZ et son acolyte, MbS [Mohammed ben Zayed, prince héritier des Émirats arabes unis et Mohammed ben Salmane, prince héritier saoudien NdT]. Cette tension aggravée se manifestera vraisemblablement dans le nord et la Corne de l’Afrique.

Cette ligne de faille s’ajouter à celles qui fracturent déjà le Proche-Orient. La situation est extrêmement tendue. Le langage belliqueux de Trump est souvent compris comme étant de la fanfaronnade calculée, dans le but de tirer parti d’un avantage dans les négociations. Mais le président n’avait peut-être pas prévu que son agressivité allait se propager à Washington et dans les groupes de réflexion qui y gravitent . Tout carriériste espérant une promotion, ou un poste au sein de l’exécutif, veut maintenant s’inspirer de la rhétorique intransigeante du « pistolero » Bolton [conseiller à la sécurité nationale de Trump depuis 2018 NdT] (et idéalement, la pratiquer sur Fox News).

Ce qu’il importe de souligner ici, c’est que est que dans l’immobilier de Trump ; le « retournement » est possible, quand cela est nécessaire. Il le pratique. Il l’a pratiqué en affaires. Les volte-face ne le dérangent pas. C’est comme ça qu’il gère ses affaires. Mais son équipe ? Ce n’est pas si clair. Certains d’entre eux, à l’occasion, peuvent voir l’agressivité rhétorique de Trump comme le levier nécessaire pour engager le Président dans une voie de plus en plus étroite, dans laquelle « se retourner » ne serait plus une option.

Les pressions exercées par les États-Unis sur Erdogan sont réellement intenses : les sanctions, certes, mais aussi les appels répétés des grandes banques américaines de Wall Street à court-circuiter la lire jusqu’à la « mort » ; la promesse d’une nouvelle punition américaine (c’est-à-dire davantage de « guerre » par le Trésor), si la Turquie devait recevoir les SAM S 400 de Russie ; et maintenant, le retrait de la « dérogation » américaine concernant le pétrole « léger » que la Turquie importe d’Iran – et pour lequel les raffineries de Turquie sont calibrées (i.e. leur production est réglée pour le pétrole léger iranien et les re-régler serait coûteux).

Ensuite, il y a les pressions stratégiques. La première d’entre elles est l’intention déclarée de Trump d’inscrire les Frères musulmans (FM) sur la liste des groupes terroristes. Cela n’est toujours qu’un projet de la « machine » politique de Washington, mais on s’attend à ce que cela se produise.

Et alors? Alors rappelons que l’AKP [Parti au pouvoir en Turquie, NdT] est officieusement consubstantiel aux Frères Musulmans (au moins dans le sens qu’ils en sont une composante majeure) ; Erdogan est culturellement un Frère Musulman, et se considère comme leur mécène ; enfin l’AKP facilite le financement des organisations sociales des Frères Musulmans en Turquie (c’est-à-dire par des subventions de la municipalité d’Istanbul). Les commentateurs turcs reprochent directement à certains États du Golfe d’avoir lancé Trump sur la voie de l’ostracisation. Ils ont raison. Et ce n’est pas à prendre à la légère.

Ensuite, il y a les Kurdes de Syrie que les États-Unis disent vouloir armer de missiles sol-air Stinger. Vraiment ? Est-ce que l’EI utilise des hélicoptères de nos jours ? Ensuite, il y a la récente déclaration d’un fonctionnaire du département d’État américain selon laquelle les États-Unis occuperont le tiers est de la Syrie pour une « longue durée » – et y investiront (traduction : armeront davantage les Kurdes). Et l’envoyé américain, James Jeffry, fait pression sur Erdogan pour qu’il accepte une police des frontières kurde armée le long de la frontière sud de la Turquie avec la Syrie pour la contrôler.

Il n’est pas surprenant que les cercles proches d’Erdogan voient le nœud coulant se resserrer autour du cou de la Turquie, et considèrent ce « projet » kurde comme une « plate-forme » à partir de laquelle pénétrer et affaiblir la Turquie elle-même. Pour les dirigeants, tout cela équivaut à une conspiration, à ciel ouvert, visant à ébranler la Turquie.

Enfin, dans la catégorie du « front » direct du Golfe contre la Turquie, se trouve le changement de régime monté au Soudan contre un président lié aux Frères musulmans ; l’expulsion probable de la Turquie de sa base navale soudanaise installée en face de Djeddah – et enfin et surtout – l’assaut du général Haftar contre Tripoli et Misrata (qui sont défendues par des forces soutenues par la Turquie et le Qatar). Une proportion importante de la population du nord de la Libye est d’origine turque.

Ainsi, comme le rapporte Abdel Bari Atwan dans Rai al-Youm (en arabe), « le développement le plus important au niveau de la scène libyenne est l’intervention du président turc … [par] un appel à M. Al-Sarraj lui indiquant qu’il, [Erdogan], consacrera toutes les capacités de son pays à empêcher ce qu’il appelle “la conspiration” de nuire au peuple libyen. Il a ensuite loué le rôle d’Al-Sarraj et de son gouvernement pour repousser l’attaque contre Tripoli. A notre avis, cela signifie un soutien militaire et pas seulement politique », conclut Bari Atwan.

En bref, Erdogan (allié au Qatar) se dresse contre les EAU et les forces de Haftar soutenues par l’Arabie saoudite et les États-Unis – et en soutien au Gouvernement d’union nationale soutenu par l’ONU (et l’Italie).

L’assaut de Haftar s’est déjà enlisé à la périphérie de Tripoli. Il semble peu probable maintenant que le Qatar comme la Turquie acceptent le coup d’État monté par les EAU et les Saoudiens, sans livrer un combat sanglant. Pour l’instant, le Gouvernement d’union nationale – par l’intermédiaire de la Banque centrale – contrôle les recettes pétrolières (bien que Haftar tienne les champs sous sa garde). Il pourrait essayer de renverser la situation et de s’approprier les revenus. La Banque centrale qui contrôle l’accès à ces fonds, détenus sur un compte séquestre à New York, est située à Tripoli.

Le fait est que, bien que la Turquie subisse d’énormes pressions, internes (avec son économie fragile et le nouveau maire d’Istanbul contestant les principes mêmes de la politique de l’AKP) comme externes, les États du Golfe en subissent également, bien que de nature différente.

Premièrement, la guerre au Yémen ne se déroule pas bien pour l’Arabie saoudite. Le front méridional saoudien semble se désintégrer gravement, et les forces yéménites s’enfoncent dans le sud de l’Arabie saoudite. Deuxièmement, la tentative du Golfe d’installer des régimes militaires sécuritaires au Soudan, en Algérie et en Libye n’est nullement réussie. Le risque est ici que l’instabilité générée par ces tentatives de coups d’État ne fasse tache d’huile dans toute l’Afrique du Nord. Le Tchad est inquiet (Haftar y a tenté un coup d’État il y a quelques années) ; la Mauritanie pense que les EAU sont en train de lorgner sur ses ressources ; et le Maroc est en désaccord avec les EAU sur son attitude envers le Qatar. Le résultat final de ce « trio de coups d’État » est en suspens.

Ce qui nous ramène au tableau d’ensemble : Trump est résolu à déclencher une refonte du Proche-Orient. Kushner et les envoyés n’hésitent pas à le dire : leur objectif est de reconstruire la région au gré d’Israël : Israël doit devenir le Grand Israël (qui englobe quelque 6,5 millions de Palestiniens) ; et pour faciliter ce plan, trois nations historiques – les piliers de la région – doivent être réduites : La Grande Syrie le serait encore plus (perdant un tiers de son territoire déjà diminué) ; et les nations iranienne et turque doivent être contenues, affaiblies, et leurs gouvernements actuels renversés, si possible, pour être remplacés par des dirigeants plus dociles.

Cette initiative ambitieuse comporte toutefois des lacunes évidentes. La première est expliquée par une source on ne peut plus directe en matière de sanctions : David Cohen, ancien sous-secrétaire au Trésor américain pour le terrorisme et le renseignement financier. C’est-à-dire de l’ancien « M. Sanctions » lui-même :

Au cours des dernières décennies, les sanctions sont devenues un outil clé de la politique étrangère américaine. L’administration Trump en a fait un usage particulièrement intensif, spécialement dans ses efforts pour provoquer des changements de régime au Venezuela et en Iran … Et bien que l’administration ait été moins frontale dans son appel au renversement du régime clérical iranien, les demandes qu’elle a adressées à Téhéran sont si excessives que, comme l’a affirmé l’ancien ambassadeur américain Robert Blackwill, il est « effectivement impossible pour l’Iran de s’adapter sans changer fondamentalement sa direction et son système gouvernemental ». Le président américain Donald Trump, en d’autres termes, « exige un changement de régime en Iran sans l’appeler ainsi. »

« Mais pour que les sanctions fonctionnent… elles doivent viser un comportement que la cible peut, même à contrecœur, changer. La partie visée doit également croire que les sanctions seront levées si elle abandonne le comportement en question.

« La logique des sanctions coercitives ne s’applique toutefois pas lorsque l’objectif des sanctions est un changement de régime. Dit simplement, parce que le coût de l’abandon du pouvoir dépassera toujours le bénéfice de l’allègement des sanctions, un État ciblé ne peut raisonnablement accéder à une demande de changement de régime… »

« Il n’y a guère de raison de s’attendre à un résultat différent aujourd’hui au Venezuela ou en Iran. Les sanctions unilatérales américaines font des ravages, mais cet impact économique ne doit pas être confondu avec le succès politique, surtout lorsque le changement de régime est l’objectif. »

Et un autre expert, le colonel américain Pat Lang, note que les derniers remous d’une tentative de soulèvement par l’armée locale au Venezuela pour évincer le président Maduro sont, à bien des égards, aussi ineptes que le débarquement de la « Baie des Cochons » de 1961 à Cuba (fondé sur la croyance erronée que le peuple cubain, là aussi, se soulèverait pour apporter immédiatement son soutien).

Cet épisode vénézuélien souligne combien la rhétorique macho américaine est souvent plus de la prétention que de l’action (i.e. que l’image de dur est inversement proportionnelle au rendement réel dans ce ministère.). Bien sûr, tout le monde au Proche-Orient en aura pris note.

Donc, si les sanctions n’aboutissent pas, et que les États-Unis s’emmêlent probablement en tentant un coup d’État secret de type Maidan en Iran ou en Russie, n’y a-t-il rien à craindre ?

Eh bien, pas tout à fait. La tentative de faire de l’« avant-poste de l’Occident » au Proche-Orient la force dominante d’ensemble va faire vaciller toute la région – que les États-Unis s’emmêlent ou non – et pourtant, l’essentiel est ailleurs : l’escalade de l’agressivité verbale des États-Unis émanant des officiels n’est pas une lubie. Il s’agit de la notion de « guerres éternelles » de l’Amérique : la guerre interminable et générationnelle – dans la doctrine dominante – contre la Russie et l’Iran. Le terme de « mal cosmique » utilisé pour désigner l’Iran et le président Poutine est délibéré. Cela fait partie de la rupture progressive des axes d’engagement et de communication entre l’Occident et la Russie et l’Iran (le public américain n’a pas encore pris l’habitude de considérer le peuple chinois comme « le mal »).

Progressivement, les canaux d’intercommunication se sont atrophiés ; les domaines de coopération construits au fil des ans sont coupés ; les accords en matière d’armement et de sécurité, soigneusement assemblés, sont abandonnés. Et la formule selon laquelle il n’y a personne à qui parler – car « leur » nature est de mentir, de tricher et d’être malhonnêtes – est établie.

Bien sûr, ceux qui considèrent le langage guerrier de Bolton et de Pompeo comme une simple stratégie de négociation sont parfaitement libres de garder cette opinion, mais on peut aussi le considérer comme la construction pièce par pièce d’un tunnel qui se rétrécit et se termine par une seule issue : une escalade permanente contre « la malignité ».

La vraie question est de savoir si Trump le voit et le comprend. Ou s’est-il convaincu lui-même que les fanfaronnades plus nombreuses de l’administration sont vraiment en train de gagner : qu’« elle rendent sa grandeur à l’Amérique » ? C’est sur cette question que repose notre avenir commun.

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 06-05-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici.

 https://www.les-crises.fr/existe-t-il-une-solution-pour-sortir-des-tensions-geostrategiques-au-moyen-orient-par-alastair-crooke/

Regarder le monde tel qu’il est

Regarder le monde tel qu’il est. Editorial n°23

Jean-Baptiste Noé

 De Jean-Baptiste Noé31 août 2019 Dans Éditoriaux 3 Minute de lectureRegarder le monde tel qu’il est. Editorial n°23

« Premier numéro, grandes ambitions » écrivait Pascal Gauchon en ouverture du premier numéro de Conflits en avril 2014. Trente-deux numéros plus tard, nos ambitions demeurent toujours aussi grandes : regarder le monde tel qu’il est. Depuis cinq ans, Conflits s’est imposé comme une revue de référence, défendant une vision réaliste et critique de la géopolitique. Réaliste, parce que nous prenons en compte tous les éléments dans nos analyses : politiques et militaires, mais aussi énergétiques, culturels, religieux, criminels et artistiques. Critique, parce que Conflits se veut une revue ouverte à la liberté de penser et d’analyser, et de déranger aussi parfois nos lecteurs dans leurs certitudes. Conflits veut donner la parole aux auteurs et aux universitaires confirmés et reconnus, et nous remercions ceux qui nous ont précédés de s’y exprimer régulièrement. Mais nous souhaitons aussi faire émerger la génération intellectuelle de demain, faire connaître de nouveaux talents, ouvrir de nouveaux horizons de la recherche et de l’investigation. C’est ce que fit Pascal Gauchon au printemps 2014 en ouvrant ses colonnes à des auteurs alors peu connus. Dans ce numéro où nous prenons la suite de cette aventure humaine et intellectuelle, nous souhaitons lui exprimer notre reconnaissance pour cette audace. On dit la presse en crise. Pourtant, nous ne manquons pas de talents pour exprimer simplement, mais avec précision, les soubresauts du monde. Nous ne manquons pas non plus de lecteurs désireux de comprendre, de voyager, de découvrir. Conflits se veut résolument une revue de vulgarisation, c’est-à-dire une passerelle entre le monde de la recherche et l’université et le monde des professionnels, des étudiants, des professeurs. La géopolitique est la culture générale de notre temps ? Eh bien aidons-la en portant notre regard sur le monde entier et sur tout le monde, sur ce qui plaît et sur ce qui déplaît. La France dispose d’une longue et riche tradition intellectuelle dans les domaines de la géographie, de l’histoire, de la réflexion militaire, de la pensée des relations internationales. Avec Conflits, c’est un maillon de cette longue chaîne que nous souhaitons sculpter.

            La géopolitique est une méthode d’analyse qui part du terrain et qui traite des réalités. Nous nous enracinons dans le temps long et nous portons notre regard vers les horizons lointains. Nous reconnaissons l’existence des identités et des cultures, qui œuvrent pour leur survie et leur développement.

Notre géopolitique est celle du conflit. « Le véritable sujet d’étude de la géopolitique, c’est l’antagonisme sous toutes ses formes, les plus innocentes, les plus sournoises, mais aussi les plus brutales, ainsi que les équilibres que ces rivalités finissent par générer et qui restent toujours fragiles[1]» Nos militaires morts au combat, les civils tués lors des attentats, les régions qui sombrent dans la guerre civile et les guerres larvées témoignent du fait que la paix n’est jamais acquise ni gagnée. Nous ne nous appelons pas Conflits parce que nous aimons la guerre, mais parce que nous souhaitons la paix véritable. « Sans aimer l’affrontement en tant que tel, mais parce que ceux qui veulent vraiment la paix et la stabilité se doivent de connaître toutes les menaces[2]. »

C’est pourquoi nous souhaitons ouvrir la revue à des auteurs étrangers amis de la France, afin de vous faire découvrir les débats intellectuels qui agitent nos alliés, les livres qui suscitent la réflexion. De même, Conflits est ouvert à tous les continents et à toutes les thématiques, la géopolitique se devant d’aborder de nombreux champs du savoir pour saisir la complexité du monde. Après 32 numéros, nos ambitions demeurent toujours aussi grandes pour répondre à vos besoins et votre curiosité. Il n’y a pas de revue sans ses lecteurs. Que ce premier éditorial soit aussi l’occasion de vous remercier pour votre fidélité et votre soutien, que vous lisiez Conflits depuis le numéro 1 ou depuis des numéros plus récents. Vous êtes la partie essentielle de cette histoire humaine et intellectuelle.

Editorial du numéro 23. Dossier : « La guerre du droit ».

Notes

[1] Éditorial, no1, 2014.

[2] Idem.Tags:Conflitséconomiegéopolitiqueguerre économiqueJean-Baptiste Noé

https://www.revueconflits.com/jean-baptiste-noe-guerre-du-droit-editorial-numero23-conflits/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=conflits_n023_la_guerre_du_droit_les_dernieres_mises_en_ligne&utm_term=2019-09-03

USA-CHINE DES BUDGETS MILITAIRES EN FORTE CROISSANCE, POURQUOI FAIRE ?

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USA-CHINE DES BUDGETS MILITAIRES EN FORTE CROISSANCE, POURQUOI FAIRE ?

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Publié par Jean-Bernard PINATEL, le 27 Juil 2019, dans AnalysesChine

ATLANTICO : Alors que le budget militaire américain pour 2020 est estimé à 718 milliards de dollars et qu’il reste supérieur à celui des autres pays de la planète réunis, la supériorité militaire américaine semble incontestable. Pour autant, la Chine augmente de manière impressionnante son budget de défense et se place comme potentiellement compétitive de l’hégémonie américaine sur le long-terme. La toute-puissance américaine pourrait-elle être contestée en cas de conflit ouvert ? Quelles seraient les doctrines respectives des Etats-Unis et de la Chine ?

Général Jean-Bernard PINATEL : Je vais répondre simultanément à ces deux questions car elles sont intimement liées.

Un budget militaire s’évalue en fonction des objectifs politiques qui le sous-tend.

Pour les Etats-Unis l’objectif est clair. Ils veulent conserver la suprématie mondiale qu’ils ont acquise à la chute de l’URSS. On doit néanmoins se poser une question. Est-ce que ce montant de 718 milliards de dollars est nécessaire ? N’est-il pas, en partie, le résultat de l’influence qu’exerce le complexe militaro-industriel sur démocratie américaine et dont le Président Eisenhower avait déjà dénoncé le risque en avril 1953 à la fin de son second mandat?

En effet quand on lit la propagande récurrente sur la menace militaire Russe alimentée par les publications d’organisations financées par ce budget, comment ne pas penser que l’Etat amplifie sciemment les menaces pour justifier les sommes extravagantes qu’il prélève dans les poches des américains.
L’exemple de la désinformation sur les armes de destruction massive soi-disant possédées par Saddam Hussein pour justifier l’agression contre l’Irak y incite fortement.

Un autre fait permet de crédibiliser cette hypothèse : le budget des 17 agences de renseignement américaines est supérieur au total du budget militaire russe qui est du même ordre de grandeur que celui de la France : environ le dixième du budget des Etats-Unis !

La motivation chinoise pour accroître son budget militaire est d’une toute autre nature.

La Chine est, en effet, dans une position de vulnérabilité croissante par rapport au risque que représente pour elle la puissance maritime des Etats-Unis et la propension de Washington à décréter unilatéralement un embargo sur le pétrole et à le faire respecter comme cela se passe actuellement avec le Venezuela et l’Iran.

En effet, malgré ses efforts, la dépendance énergétique nette de la Chine est de l’ordre de 15% en croissance constante avec une vulnérabilité particulière vis à vis du pétrole puisque les deux tiers du pétrole consommé en Chine sont aujourd’hui importés. Et 85% de ces importations transitent par la mer, avec un tonnage en croissance rapide comme le montrent le graphique et la liste des pays fournisseurs.


Cliquer sur l’image pour plus de détails.

Ces chiffres expliquent la crainte dans laquelle vivent les dirigeants chinois vis-à-vis des Etats-Unis. Une fermeture du détroit d’Ormuz ou du détroit de Malacca plongerait l’économie et la société chinoises dans une crise profonde. Dans ce contexte de vulnérabilité, on assiste à une double évolution des dépenses militaires chinoises. D’une part elles augmentent fortement. La Chine a annoncé le 5 mars 2019 une croissance de 7,5% de son budget de défense le portant à 1,19 trillions de yuan soit 177,6 milliards de dollars. D’autre part, et c’est une évolution qui a commencée à la chute de l’URSS, la part de la marine s’accroit fortement.

ATLANTICO : Bien qu’une guerre ouverte entre Etats-Unis et Chine semble hautement improbable, certains scénarios comme une possible invasion de Taïwan pourraient-ils dégénérer en réelle escalade ?

Général Jean-Bernard PINATEL :Il ne peut y avoir que des crises locales et, le plus souvent, par puissances interposées entre deux puissances nucléaires. En effet, à l’ère nucléaire, le bénéfice espéré d’une agression est bien inférieur au risque d’escalade nucléaire qui peut résulter d’une confrontation directe. L’Inde et le Pakistan s’affrontent depuis leur indépendance. Tant que ces deux puissances n’étaient pas nucléaires, elles se sont opposées directement dans trois guerres qui ont fait des dizaines de milliers de morts. Depuis la fin des années 80, devenues puissances nucléaires, il n’y a eu que des affrontements limités et par milices interposées.
La Chine sait très bien que si elle décidait par un coup de force militaire de s’emparer de Taiwan, elle ne pourrait pas le faire par surprise du fait de la concentration de forces que cela impliquerait. Même si elle réussissait et que les Etats-Unis évitaient de riposter directement, le bénéfice de cette action serait largement moins grand que les dommages que pourraient lui faire subir une riposte indirecte américaine.

En effet, pour longtemps encore, la marine américaine est en capacité d’interdire toutes les importations maritimes de pétrole de la Chine et de stopper une grande partie de ses exportations qui s’effectuent par mer et ainsi de plonger le pays dans une crise économique profonde qui mettrait en cause la survie du régime actuel. La Chine, malgré l’augmentation impressionnante de sa flotte, ne peut espérer réussir à briser un blocus américain avant au moins deux décennies car le gap de puissance entre leurs forces aéronavales ne se mesure pas en termes de tonnage mais de capacités opérationnelles et il reste aujourd’hui considérable.

Des experts américains cités dans l’article de The Atlantic, lesquels affirment qu’une défaite américaine est envisageable face à la Chine dans les cinq ans à venir et que le pays représente la plus grande menace pour les Etats-Unis.

L’auteur de cette déclaration devant de comité sécurité de l’Aspe Institute est l’amiral Philip Davidson qui est le commandant des forces américaines dans le Pacifique (USPACOM).

Il n’est donc que le chef que d’un des six commandements des Etats-Unis. Son propos est donc limité à sa zone de responsabilité et il n’envisage en aucun cas l’hypothèse d’une confrontation totale et mondiale entre la Chine et les Etats-Unis.

Il ne traite que du rapport des forces en présence dans sa zone de responsabilité, le Pacifique. Et il le fait pour moi avec une phrase ambiguë « China’s capabilities don’t outnumber America’s in the region for now, it’s possible they could overtake the United States’ within the next five years ». En effet, le début de sa phrase que l’on peut traduire par « Les capacités de la Chine ne sont pas plus nombreuses que celles de l’Amérique dans la région pour l’instant » fait penser qu’il parle plutôt du nombre de bateaux, d’avions ou de forces terrestres que de leurs réelles capacités opérationnelles.

A l’opposé la grande majorité des forces aéronavales chinoises est déployée dans la mer de chine, le golfe du Bengale jusqu’à Djibouti pour assurer la sécurité de ses approvisionnements.

Aussi il est tout à fait possible que l’amiral Davidson ait raison et que, dans cinq ans, le nombre de bâtiments ou d’avions chinois déployés dans sa zone de responsabilité ( USPACOM) puisse dépasser (« overtake ») le nombre des avions et bâtiments américains. Mais en termes de capacités à mener une bataille aéronavale les américains disposent d’une expérience que n’ont pas les chinois et ils conserveront probablement pour une ou deux décennies encore des capacités opérationnelles bien supérieures.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL
Secrétaire Général du Think Tank GEOPRAGMA
Auteur de « Histoire de l’Islam radical et de ceux qui s’en servent », Lavauzelle, Mai 2017

http://www.geopolitique-geostrategie.fr/

Notes sur un durcissement général

Notes sur un durcissement général

Analyse

   vendredi 02 août 2019

   Forum

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Notes sur un durcissement général

2 août 2019 – La situation générale de la Grande Crise de l’Effondrement du Système présente actuellement plusieurs facteurs, extérieurs et intérieurs, indiquant la poursuite de la montée de la tension entre les acteurs principaux. Nous insistons sur le fait de facteurs extérieurs et intérieurs, car les situations extérieures et intérieures de ces acteurs sont de plus en plus intimement liées et répondent à la même logique de cette montée de la tension.

• Dans le domaine extérieur, la crise iranienne est le centre de l’activité crisique. En fait de “crise iranienne”, il s’agit désormais d’une crise générale d’une zone stratégique géopolitique et géoéconomique, — le Golfe persique et le détroit d’Ormouz, – où les acteurs impliqués ont des positions de plus en plus diverses et indépendantes des habituelles sources de tension, principalement les USA qui perdent de plus en plus leur capacité d’imposer leur politique anti-iranienne.

• Cette diversité et cette indépendance se manifestent sous la forme d’un durcissement général à l’encontre de la poussée belliciste constante des USA. Ce durcissement est le fait de l’Iran, qui confirme sa position déjà affirmée avec force ; de la Russie, qui s’engage de plus en plus nettement au côté de l’Iran ; des pays européens, qui repoussent les injonctions US à participer à une “coalition” navale indirectement anti-iranienne dans le Golfe (France et Allemagne), ou qui tempère un engagement initial imposé par les USA (le Royaume-Uni).

• Dans le domaine intérieur, il y a un durcissement perceptible, du côté russe et chinois, face à des troubles internes ou très-voisins qui sont perçus comme des tentatives de déstabilisation venues de l’extérieur, que ce soit ou non le cas. Il s’agit d’une position d’opposition désormais active à ce qui est supposé être une agression du type regime changeévidemment développée par les USA.

L’arraisonnement du Stena Impero

L’arraisonnement le 19 juillet du Stena Impero, pétrolier britannique passant le détroit d’Ormouz, par un commando héliporté des forces spéciales des Gardiens de la Révolution iraniens, a marqué une étape importante dans la montée de la tension de la crise iranienne mais aussi, comme nous l’avons signalé, de l’élargissement de cette crise à une zone stratégique, géopolitique et géoéconomique.

(L’action iranienne vient après la saisie du pétrolier iranien Grace 1 par les Britanniques dans le détroit de Gibraltar, et constitue évidemment une riposte dans une situation où les Iraniens tiennent une ligne d’action inflexible, correspondant au maximalisme de la politique américaniste contre eux.)

On observera que cet “élargissement” de la crise, promptement accéléré par les USA, directement ou indirectement (par Britanniques interposés), n’est pas nécessairement un avantage pour ces mêmes USA. En un sens, l’élargissement revient à accepter les règles du jeu stratégiques de l’Iran qui, dès le début de cette phase crisique, a averti que toute attaque aérienne (des USA et/ou d’Israël essentiellement) déclencherait une riposte asymétrique, par diverses actions dont la plus probable et la plus importante du point de vue international serait très probablement la fermeture du détroit d’Ormouz et l’interruption de l’acheminement du pétrole. Ensuite, cet avertissement a été nuancé par des hypothèses de scénarios alternatifs (attaque des champs pétroliers saoudiens notamment) mais l’effet de communication est resté fixé sur Ormouz, qui est un point géographique à l’extrême signification symbolique.

Par cette simple mécanique de communication, effectivement, le champ de la crise s’est “élargi” vers l’espace naval Ormouz/Golfe avec les divers incidents qu’on a vus, dont la prise du Stena Impero est le dernier en date.

Le résultat de la perception qu’on a de l’évolution de la crise est que l’Iran s’est sorti de la position de pays assiégé et isolé qu’il avait au tout début de la séquence. Nous ignorons si quelqu’un l’a voulu ainsi, mais nous croyons que c’est bien le résultat : l’Iran n’est plus pressé sur ses côtes et dans son espace aérien, la crise se joue dans l’espace naval Ormouz/Golfe, et l’Iran y marque des points devant les pays du bloc-BAOqui se découvrent de plus en plus extrêmement divisés, et même entre USA et UK dans la mesure où les Britanniques ont été lancés dans l’affrontement par les USA, puis abandonnés par eux selon une habitude bien américaniste :

« Dans un mouvement auquel on est habitué, la mosaïque du pouvoir US a doublé l’incitation faite aux Britanniques de s’engager dans la “piraterie légale” anti-iranienne selon les conceptions de Bolton par une attitude plusieurs fois réaffirmé du secrétaire d’État Pompeo selon laquelle les USA se lavent les mains de la question des pétroliers arraisonnés, du seul ressort du Royaume-Uni. »

On peut se demander si les circonstances, et l’habituelle grossièreté de l’action maximaliste et faussaire des Bolton-Pompeo n’ont pas donné un avantage stratégique imprévu à l’Iran en desserrant l’étau autour de ce pays sans qu’il abandonne sa position extrêmement dure mais justifiée. Cette évolution a “internationalisé” la crise dans sens le plus critique, c’est-à-dire en offrant une aire stratégique importante où la discorde entre alliés peut se développer et ainsi conforter la position iranienne.

Cela justifie d’autant plus de connaître les détails de l’arraisonnement du Stena Imperoque nous donne Elijah J. Magnier le 31 juillet. On sait combien ce commentateur est proche, par ses sources, des Iraniens comme il est proche des Syriens. Les détails qu’il donne rendent compte à notre sens, de la position iranienne, comme s’il s’agissait d’une version “officieuse” ; où l’on voit que l’Iran veut montrer que son intervention a été délibérée, décidée au plus haut niveau, dans une parfaite coordination, et s’inscrivant dans un plan de riposte dure aux “pression maximales” des USA. On note qu’il est affirmé “en passant” que les sabotages de pétroliers, premier acte étendant la crise au Golfe et d’abord mise au crédit de la politique de provocation de Bolton-Pompeo/USA, sont présentés sans la moindre hésitation comme une initiative iranienne (« Le Corps des gardiens de la révolution islamique [CGRI] a envoyé de nombreux messages, en abattant un drone américain, en sabotant des tankers et en en capturant un»). Les Iraniens ont admis et conclu que l’extrême dureté de leur position est extrêmement payante …

Ci-dessous une partie du texte de E.J. Magnier (traduction de Dominique Muselet).

Pourquoi le HMS Montrose n’a-t-il pas tiré ?

« […] …“Je vous ordonne de ne pas intervenir dans mon opération. Le pétrolier est sous mon contrôle. Ne mettez pas votre vie en danger”. Voilà exactement ce que l’officier de la marine iranienne des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a dit au commandant du Foxtrot 236 [le HMS Montrose]lorsque les forces spéciales iraniennes s’apprêtaient à aborder le pétrolier Stena Impero. Mais pourquoi a-t-il averti la marine britannique de “ne pas risquer la vie de ses soldats” ?
» Les radars de la marine britannique avaient découvert que des radars actifs de guidage de missiles les suivaient au moyen de radars semi-actifs depuis différentes plates-formes de lancement – des radars principaux qui pouvaient facilement engendrer une attaque intensive pour rendre le navire impuissant et éventuellement le détruire. Les missiles iraniens étaient prêts à être lancés si le commandant du navire britannique avait décidé d’ouvrir le feu sur les rapides vedettes iraniennes.
» Les lanceurs de missiles iraniens répartis tout au long de la côte iranienne qui surplombe le détroit d’Ormouz ciblaient quatre navires de guerre américains et le navire de guerre britannique et étaient prêts à attaquer. D’autres drones armés iraniens étaient dans les airs, également prêts à attaquer les cibles prévues. L’Iran n’a pas révélé, à ce jour, d’autres missiles plus sophistiqués qu’il a fabriqués et qu’il pourrait mettre en service en cas de guerre.
» Le commandant britannique du Foxtrot 236 de la Royal Navy a décidé de renoncer au Stena Impero et de laisser la diplomatie de son pays prendre la relève pour éviter les grandes pertes humaines inévitables dans une confrontation militaire.
» Cependant, le gouvernement britannique veut sauver la face. Il doit donc rejeter tout échange de pétroliers. La Royal Navy avait auparavant confisqué un superpétrolier iranien, Grace 1, à Gibraltar. Londres avait exacerbé le conflit avec l’Iran avec la décision du tribunal de Gibraltar de prolonger d’un mois l’arraisonnement du superpétrolier iranien à la demande des États-Unis.
» La seule solution envisageable est que le tribunal de Gibraltar s’abstienne de jeter encore plus d’huile sur le feu en mettant fin à la détention du Grace 1, une fois le délai d’un mois écoulé. Cela permettra à l’Iran de libérer Stena Impero du port de Bandar Abbas et de mettre fin à la crise.
» Pourquoi l’officier du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a-t-il ordonné au commandant britannique de se tenir à l’écart alors que le HMS Montrose était à portée de main, avec quatre autres frégates américaines bien armées et prêtes à attaquer ?
» Lorsque les autorités britanniques ont décidé de prolonger la saisie du “Grace 1”, cela a sonné le glas de l’initiative d’Emanuel Bonne (l’envoyé présidentiel français) pour obtenir la libération du super tanker iranien. La décision du Royaume-Uni de torpiller l’initiative de son partenaire européen et de se conformer à la position étasunienne a montré la fragilité de l’unité de l’Europe. Londres a accepté d’être un instrument de la politique de Trump.
» C’est alors que le leader iranien Sayyed Ali Khamenei a ordonné au commandant du CGRI Hussein Salameh d’arrêter le premier navire britannique et de rendre coup pour coup. Après un soigneux passage en revue de tous les navires naviguant dans la zone, Salameh a été informé à propos du Stena Impero, mais aussi des cinq navires militaires occidentaux naviguant à proximité. Le commandant du CGRI a informé Sayyed Khamenei qui a répondu, selon une source bien informée: “N’aie pas peur, Dieu est avec toi. Ils n’oseront pas nous attaquer”.
» C’est ainsi que la décision a été prise, au plus haut niveau de la hiérarchie iranienne avec les directions spirituelle, militaire et politique toutes rassemblée sous le drapeau de la “protection de l’intérêt national et la sécurité du pays.”
» Malgré la position du Royaume-Uni, l’Europe ne tombera pas dans le piège américain et ne jouera pas le rôle de bouclier dans une guerre que Washington voudrait imposer au continent. Les compagnies pétrolières britanniques sont en train de modifier les immatriculations de leurs navires et de retirer le pavillon britannique pour pouvoir traverser le détroit d’Ormuz en toute sécurité. BP, le géant pétrolier britannique qui a été le premier à le faire, évite d’envoyer des navires dans la région, en utilisant des sous-traitants. C’est une manifestation flagrante de son manque de confiance dans la décision de son propre gouvernement, qui n’est pas dans l’intérêt du Royaume-Uni mais reflète plutôt un dévouement servile à la politique de l’administration Trump.
» Les propriétaires de pétroliers qui naviguent dans le golfe Persique s’assurent contre les risques de guerre. Ils doivent maintenant payer $185 000 de plus pour les super tankers, suite aux évènements de ces derniers mois.
» Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a envoyé de nombreux messages, en abattant un drone américain, en sabotant des tankers et en en capturant un. On peut les résumer en un seul : si l’Iran ne peut pas exporter pas son pétrole, aucun pays ne le fera. L’arrivée d’un nouveau navire de la Royal Navy britannique, le HMS Duncan, ne changera rien : il s’ajoutera à la liste des cibles dont les Iraniens disposeront dans le golfe Persique en cas de guerre. La décision américaine de révoquer l’accord nucléaire a non seulement rendu le Moyen-Orient moins sûr, mais elle a également provoqué l’entrée de la Russie dans les mers chaudes de la région : L’Iran a annoncé un exercice naval conjoint avec la Russie dans les prochains mois. L’Iran fait entrer les Russes dans ce qui était autrefois le “terrain de jeu naval” des États-Unis. De toute évidence, la “pression maximale” de Washington ne donne pas les résultats escomptés par les Américains.
» Tant que Trump sera au pouvoir, la situation au Moyen-Orient ne se stabilisera pas. Rares sont ceux qui, dans le monde, ont cru le secrétaire d’État Mike Pompeo quand il a dit que les sanctions étasuniennes paralysaient l’Iran à hauteur de 95 % et que l’influence de l’Iran au Moyen-Orient était sérieusement affectée par les mesures étasuniennes.
» L’Iran défie l’hégémonie américaine et est prêt à la guerre ; il défie ouvertement les États-Unis et le Royaume-Uni. Téhéran se félicite du soutien de la Chine et de la Russie et développe sa capacité de missiles pour compenser son manque de supériorité en mer et dans les airs.
» L’Iran compte sur ses missiles pour imposer ses règles d’engagement et défie les États-Unis ainsi que le Royaume-Uni et sa tradition impériale.
» Les États-Unis ne sont plus en mesure de dicter leur loi à l’Iran ni de lui “couper les ailes”. Téhéran est en train de développer sa technologie de missiles et sa capacité nucléaire. Il est prêt pour l’étape suivante, qui consiste en un nouveau retrait partiel de l’accord nucléaire en dépit des efforts de la France et de l’Allemagne pour se distancier de la position étasunienne. Le monde continuera à concentrer son attention sur cette partie du monde et à suivre anxieusement l’évolution du bras de fer entre les États-Unis et l’Iran. »

L’Europe en croisière

L’évolution crisique (passage à la zone Ormouz/Golfe) touche donc également les pays européens dans le sens où ils sont obligés de prendre des positions plus actives que de simples déclarations soutenant le traité JCPOA sans trop mettre en accusation les USA, pourtant porteurs massifs de l’essentiel sinon de l’exclusivité de la faute. Désormais, ils doivent se déterminer par rapport aux “pressions maximales” as usualdes USA, mais exercées sur eux-mêmes cette fois, pour qu’ils participent à la coalition que les USA rêvent d’établir dans le Golfe pour protéger sur la sacro-sainte liberté de navigation, c’est-à-dire exercer des “pressions (militaires) maximales” sur l’Iran, cela avec les navires de guerre des autres qu’ils commanderaient néanmoins.

Placés devant cette sollicitation pressante des USA, les Européens sont donc obligés de prendre position, c’est-à-dire de refuser une telle option qui serait aussitôt interprétée par les Iraniens comme une sorte de préparation à la belligérance. Les Européens se trouvent coincés entre les diverses “pressions maximales” et leur engagement sans aucun doute sincère dans le traité JCPOA. Il n’est nullement assuré que le calcul US (c’est-à-dire la dynamique habituelle de la brutalité sans le moindre discernement) donne le résultat exigé par l’exceptionnalisme américaniste… Pour l’instant, les Européens tiennent et il leur sera difficile de céder à leur habituel exercice de servilité volontaire, avec un partenaire américaniste qui fait tout pour que l’éventuelle acceptation de leur proposition ressemble à une humiliation maximale et une trahison de tous leurs engagements :

« Mais la stratégie décidée par Washington, consistant à mettre la pression sur ses alliés, ne semble pas porter ses fruits. Le 31 juillet, lors d’une conférence de presse à Berlin, Ulrike Demmer, une porte-parole du gouvernement allemand, a mis fin aux espoirs étasuniens. “La priorité doit être à notre avis les efforts diplomatiques et la désescalade”, a-t-elle rappelé, précisant que “le gouvernement allemand est réticent face à la proposition concrète des États-Unis et c’est pourquoi il n’a pas proposé d’y participer”.
» [Demmer] a par ailleurs indiqué que “l’approche globale” de la politique allemande vis-à-vis de l’Iran “différ[ait] nettement de l’approche actuelle des États-Unis”. Le ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, avait enfoncé le clou dans la soirée alors qu’il se trouvait en visite à Varsovie. “[L’Allemagne] ne participera pas à la mission maritime présentée et planifiée par les États-Unis”, a-t-il martelé, considérant que “la stratégie de pression maximale est erronée”. Il a ajouté ne pas vouloir d’“une escalade militaire”, préférant continuer “à compter sur la diplomatie”. Une affirmation confirmée le même jour par le vice-chancelier allemand et ministre des Finances, Olaf Scholz, qui, dans un entretien à la  ZDF, avait estimé que cette opération n’était “pas une bonne idée”.
» De leur côté, les Français ne semblent pas non plus emballés par le projet américain. “Nous ne voulons pas contribuer à une force qui pourrait être perçue comme aggravant les tensions”, avait expliqué le ministre des Armée, Florence Parly, soulignant, le 26 juillet, qu’il ne s’agirait en aucun cas de déployer des moyens militaires supplémentaires dans la région. Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, avait lui assuré que Paris, Londres et Berlin travaillaient conjointement à la mise en place d’une “mission de suivi et d’observation de la sécurité maritime dans le Golfe”. Une grande partie des Européens semblent donc préférer sauvegarder l’accord sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015, duquel les États-Unis s’étaient retirés de manière unilatérale en mai 2018, plutôt que de se lancer à corps perdu dans une entreprise susceptible de déboucher sur un désastre. »

… Pour les Britanniques, ils sont engagés dans ce qu’un de nos lecteurs nous signale être une “aporie”. (Voir le Forum d’un autre texte décrivant « un labyrinthe terminé par une impasse » [l’aporie en question], où l’on retrouve effectivement le parcours récent de l’intermède May-Johnson et de la Royal Navy.) Malgré les liens qui unissent Trump et Johnson, il nous paraît bien difficile que le Royaume-Uni risque une belligérance en accompagnant la coalition US dont les USA seraient par ailleurs, semble-t-il, opérationnellement absents sinon pour les commander… Par contre et connaissant les règles surprenantes de ce simulacre déguisé en tragédie-bouffe, Johnson pourrait peut-être s’entendre avec Trump, qui n’est pas insensible à la manœuvre distraiyante de faire trébucher ses principaux conseillers (Bolton-Pompeo) lorsque ces deux-là croient être en vue de la réalisation catastrophique d’une de leurs infamies.

Durcissement discret mais effectif de la Russie

Un événement important qui vient prendre discrètement sa place, c’est ce qui semble bien être un réel engagement opérationnel des Russes avec l’Iran. Comme le signale Magnier, il y a l’annonce de manœuvres navales conjointes entre Russes et Iraniens, “d’ici la fin de l’année” selon une source iranienne (sans que l’on sache s’il s’agit de la fin de l’année du calendrier grégorien, ou du calendrier iranien qui commence en mars) ; et ces manœuvres qui auront lieu dans l’Océan Indien, dans le Golfe Persique, et peut-être bien en Mer Caspienne, – ce qui implique un accord de réciprocité : la Russie soutient l’Iran dans sa crise dans le Golfe, l’Iran soutient la Russie sur son flanc Sud-Ouest avec ses embarras ukrainien et géorgien.

Spoutnik-français précise ceci : « La Russie et l’Iran ont signé un mémorandum de compréhension mutuelle visant à élargir les relations bilatérales, a annoncé Hossein Khanzadi, commandant de la Marine de la République islamique d’Iran. En visite officielle en Russie il a en outre souligné qu’un accord de ce type était sans précédent et que sa signature pouvait être qualifiée de “moment charnière dans les relations militaires entre Moscou et Téhéran”. »

Malgré sa discrétion et son profil réduit aux “opérationnels”, cet accord apparaît important dans les circonstances actuelles, et surtout il se place dans un contexte où nous distinguons un réel durcissement en Russie, vis-à-vis des pressions extérieures et de nouvelles pressions intérieures. La répression de la manifestation du 27 juillet a Moscou a été particulièrement lourde (plus de 1 000 interpellations), et les réactions aux critiques extérieures singulièrement vives quoique non sans argument, notamment après l’expression tweetée des préoccupations de la diplomatie française avec son cortège de Gilets-Jaunes (« En ce qui concerne les actions ‘disproportionnées’ de la police lors de manifestations, la France est malheureusement l’une des premières du monde »).

Cette réaction à l’encontre des Français a été répétée à plusieurs reprises, avec les précisions des “bavures” policières contre des journalistes, aussi bien que la mise à l’index de RT et de SpoutnikCela fait beaucoup de la part de la Russie de Poutine, souvent critiquée par ses opposants de droite pour la mollesse de ses réactions vis-à-vis des pressions extérieures portant sur les vertus nécessaires de la démocratie universelle. Il est possible de voir dans toutes ces circonstances, parallèlement à l’accord avec l’Iran, un durcissement russe qui s’accorde à l’évolution de la situation générale ; dans ce cas, on discutera un peu moins des vertus de la démocratie, pour agir un peu plus vivement contre ce qui est perçu comme une menace ontologique contre la sécurité et la souveraineté nationales de la Russie. Si c’est le cas, cela nous signale que l’on passe aux choses sérieuses.

De Hong Kong au Vénézuela

Ainsi mettrions-nous dans la même catégorie d’un “durcissement général” l’attitude chinoise d’une possible réaction contre les événements en cours à Hong Kong depuis une quinzaine. Cette réaction pourrait, dans certaines circonstances, prendre la forme d’une intervention armée. Que ceci soit fondé ou pas importe peu, mais il y a une similitude d’interprétation des Russes et des Chinois des événements signalés, tous perçus entièrement ou en partie comme des opérations de déstabilisation selon la technique du regime change ; et cette interprétation induit un durcissement, de la même sorte que celui des Iraniens, face à une direction américaniste perçue non seulement comme subversive mais comme étant devenue folle, d’une folie qui ne connaît plus de bornes ni de répit parce qu’elle est liée à la perception inconsciente (non reconnue et non acceptable) du déclin américaniste.

Le professeur à l’Université de Téhéran Seyed Mohammad Marandi, qui faisait partie de la délégation iranienne qui a aidé à négocier le traité JCPOA de 2015, explique rationnellement le cercle vicieux confinant à la folie (le “sentiment d’insécurité” conduisant à une paranoïa sans frein)qui affecte la direction US prise comme un tout, hors de toute question de personnes : « Les États-Unis, qui sont dans la dynamique d’un empire en déclin, sont de moins en moins tolérants à l’égard des voix dissidentes, mais je pense que cela expose aussi plus clairement le déclin des États-Unis et leur sentiment croissant d’insécurité »… Plus ils sont en déclin, plus ils veulent s’affirmer en voyant partout des menaces contre leur puissance, plus ils montrent combien ils sont devenus faibles du fait de leur déclin, plus leur déclin accélère : un tourbillon crisiqueprécipitant dans le trou noir de l’effondrement.

Cette dynamique explosive semble atteindre les limites de la tolérance pour ceux qui la subissent directement, – et même pour ceux qui la subissent indirectement, comme les Européens. A cause des actions US déclenchées sans aucune précaution ni la moindre conception tactique pour un but stratégique qui peut se rapporter soit au nihilisme soit à l’entropisation, sans aucune attention pour la légalité, sans aucune précaution pour les effets et les conséquences sur les équilibres et sur les alliances, naît et grandit ce phénomène constaté plus haut d’“élargissement” des crises conduisant à la confusion des faiseurs de crise (USA & le reste quand c’est le cas) et au désenclavement des situations d’assiégé et de solitaire de celui qui subissent l’agression. C’est le cas de l’Iran, ce pourrait être demain le cas du Vénézuela si Trump met sa menace à exécution de déployer un blocus naval contre ce pays, qui le conduirait à un risque d’une possible confrontation navale avec des pays tels que la Chine, la Russie et l’Iran ; là aussi, il y aurait “élargissement” de la crise comme on a vu plus haut pour l’Iran.

La situation intérieure des USA ne peut non plus, bien évidemment, être ignorée dans cette évolution, alors que la tension monte à l’approche de l’élection USA-2020 dans un climat de fracture du pays sans précédent, alors que les réflexions concernent désormais de manière ouverte des options de démembrement, de guerre civile ou de dictature des États-Unis. Ce climat agit d’une façon indirecte mais extrêmement puissante sur les pulsions paranoïaques de la politique extérieure. La dégradation de la situation depuis USA-2016 est proprement stupéfiante, alors que les avis des analystes capables de garder un peu de sang-froid étaient, durant la campagne échevelée USA-2016, qu’une fois l’élection faite s’opérerait un retour à un certain calme à l’intérieur du système politique et institutionnel des USA. Ainsi peut-il être admis qu’une étape importante, voire gigantesque, a été franchie entre USA-2016 et USA-2020, et bien entendu avec les conséquences de cet ébranlement sismique sur la direction US, et sur ce qui tient lieu de “politique extérieure” sont considérables.

La question de plus en plus pressante est de savoir jusqu’où les victimes de ce phénomène cosmique d’effondrement de l’“Empire” (dito, du Système) vont tenir avant de décider qu’il devient préférable, plutôt que de contenir les effets de la folie, plutôt de les accélérer dans l’espoir que la folie détruira le fou avant de déclencher des événements imprévisibles. L’attitude de l’Iran, qui n’est nullement passionnée ni affective, mais bien froidement calculée, n’est pas loin d’atteindre ce point, et les Russes et les Chinois ne sont plus très loin de l’Iran à cet égard. Lorsque nous y serons, il ne restera alors plus à l’Europe et à ses divers galopins qu’à singer l’un des épisodes d’Apollo : “Allo Bruxelles, nous avons un problème… ”

https://www.dedefensa.org/article/notes-sur-un-durcissement-general

L’été, le temps idéal pour une lecture géopolitique avec Diploweb

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Livres Diploweb
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 Pierre VERLUISE (dir.)       Quand le monde semble se gouverner à coup de tweets, comment comprendre en profondeur les ruptures géopolitiques du monde de Trump ? Après avoir gagné la Guerre froide, les États-Unis voient dans l’émergence de la Chine une menace. Depuis son entrée à la Maison Blanche, Donald Trump remet en question le multilatéralisme auquel l’Union européenne est attachée. Menaçant régulièrement de renverser la table, il stresse ses alliés plus encore que ses adversaires.   D. Trump a non seulement dépassé la moitié de son premier mandat, mais rien n’interdit de penser qu’il se présente à un deuxième mandat. Il devient crucial d’identifier clairement les nouveaux paramètres de la géopolitique des États-Unis pour mieux en comprendre les effets restructurants pour le monde. GEOPOLITIQUE DU MONDE DE TRUMP  
  Histoire, Géographie et Géopolitique de la RUSSIE et de ses frontières  Pierre VERLUISE (dir.)    Presque trois décennies après la disparition de l’URSS (1991), cette immense zone semble tombée dans un trou noir de la connaissance. Cet ouvrage est conçu pour vous en offrir les clés. Nous avons rassemblé ici de véritables experts qui apportent des éclairages sur des fondamentaux de l’Histoire, la Géographie et la Géopolitique de la Russie et de ses frontières.   La première partie présente l’Union des républiques socialistes soviétiques et ses lendemains. La deuxième se penche sur la Russie de Vladimir Poutine. La troisième offre un point approfondi sur ses fronts et frontières Enfin, la quatrième partie présente son hard power et son soft power.  COMPRENDRE LA RUSSIE ET SES FRONTIERES 
  Histoire, Géographie et Géopolitique de l’UNION EUROPEENNE. A l’heure du BREXIT Pierre VERLUISE  (dir.)    Comment comprendre l’Union européenne à l’heure du Brexit ? Longtemps réputée attractive, l’UE paraît parfois répulsive depuis quelques années. Le Brexit en donne une preuve cinglante.  Dans le tourbillon de l’actualité, comment disposer de lignes de compréhension de cet ensemble évolutif ? Nous avons rassemblé ici des experts qui apportent des éclairages sur des fondamentaux de l’Histoire, la Géographie et la Géopolitique de l’Union européenne.   La première partie présente les forces et les ambiguïtés de deux des pays moteurs de la construction européenne, l’Allemagne et la France. La deuxième se penche sur des pays de l’Europe méditerranéenne et balkanique, déjà membres ou candidats. La troisième fait un point approfondi sur le fonctionnement de l’UE avec l’extérieur. Enfin, la quatrième partie présente de grands dossiers de l’UE et de ses partenaires de l’OTAN, dont la relation avec les États-Unis, le Brexit, et la Turquie. PENSER L’UE POST-BREXIT  
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  Histoire, Géographie et Géopolitique de l’ASIE. Les dessous des cartes, enjeux et rapports de forces Pierre VERLUISE (dir.)    L’Asie est un riche panorama d’enjeux géopolitiques. Les prétentions chinoises se font nombreuses entre l’Arctique, la mer de Chine du Sud et ses Nouvelles Routes de la soie. Ce projet commercial, aussi connu sous le nom de « Belt & Road Initiative », place l’Asie centrale ex-soviétique au carrefour des intérêts russes et chinois, d’autant plus que le territoire est menacé par la progression lente mais certaine du terrorisme islamiste. Parallèlement, l’Inde continue de gagner en influence sur la scène internationale avec une démographie dynamique et une diaspora active. Le Japon, vieillissant, tente de redéfinir son rôle au sein de ce système.
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 Nous vous souhaitons un très bel été et de très belles lectures. Respectueusement. P. Verluise (Dr.), Directeur des publications du Diploweb.com
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Le Jeu Des Mini-Blocs Peut-Il Éviter Le Pire Ou Au Contraire L’accélerer? Une Brève Réflexion Sur La Tension Actuelle Dans Le Golfe Et Au Moyen-Orient

Le jeu des mini-blocs peut-il éviter le pire ou au contraire l'accélerer? Une brève réflexion sur la tension actuelle  dans le Golfe et au Moyen-Orient 24

Analysis

Le Jeu Des Mini-Blocs Peut-Il Éviter Le Pire Ou Au Contraire L’accélerer? Une Brève Réflexion Sur La Tension Actuelle Dans Le Golfe Et Au Moyen-Orient

Posted on 26/06/2019 AuthorStrategika51Comments(5)    5(7)

L’exacerbation des tensions entre les États-Unis d’Amérique et la République Islamique d’Iran est aggravée par une nouvelle forme de surenchère non-verbale et relevant plus de la symbolique de la puissance figurée que d’une rivalité géostratégique.

C’est l’échec patent de la guerre au Levant, marquant la faillite des révolutions colorées 2.0 et l’inadéquation des guerres hybrides 3.0 qui a exacerbé à son paroxysme la tension actuelle entre Washington, dont la politique étrangère est otage des intérêts stratégiques israéliens et saoudiens, et Téhéran et ses alliés dont ceux acquis durant la longue guerre en Syrie.

Un conflit militaire direct entre les États-Unis d’Amérique et l’Iran comporte beaucoup trop d’impondérables et aura des conséquences totalement imprévisibles en raison de la reconfiguration des alliances régionales dans le sillage des polarisations intervenues lors de la longue guerre syrienne.

?

Le bloc A, de couleur Bleue, comporte les acteurs suivant :

  1. Arabie Saoudite ;
  2. Bahreïn ;
  3. Émirats Arabes Unis
  4. États-Unis d’Amérique
  5. France
  6. Jordanie ;
  7. Israël ;
  8. Maroc ;
  9. Royaume de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord
  10. Les autres pays membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN)

Le bloc B, de couleur Rouge, n’est pas totalement antagoniste du Bloc A mais comporte des pays désignés comme hostiles à l’Empire (il y a une décennie, la tactique de l’État paria ne pouvait s’appliquer que sur des pays faibles et dans l’incapacité de se défendre, ce qui n’est plus le cas en 2019) :

  1. République Populaire de Chine ;
  2. République Démocratique et Populaire de Corée ou Corée du Nord ;
  3. Cuba ;
  4. République Islamique d’Iran ;
  5. République Arabe de Syrie ;
  6. Tous les pays réellement non-alignés

Ce schéma dichotomique très sommaire ne reflète ni la réalité ni la complexité des rapports de force et encore moins les véritables interactions ou implication de pays pivots jouant un rôle assez important dans la dynamique inhérente au phénomène conflictuel dans un ensemble régional plus ou moins défini. L’analyse des positions ou des postures réelles ou simulées de pays comme l’Irak dans le conflit syrien et le bras de fer entre Téhéran et Washington relève de l’impossible tant sont grandes les divergences de fond, les clivages et la multiplicité des allégeances au sein de l’appareil d’État irakien en général et des différentes composantes de la société de ce pays en particulier. Le même constat pourrait s’appliquer à l’Égypte malgré son appartenance au bloc A, ou encore au Liban dont les spécificités, les influences exogènes et les contradictions internes propres à ce pays  le rapprochent à la fois du camp A tout en étant un membre actif du bloc B par l’entremise du mouvement politico-militaire du Hezbollah, l’une des meilleures forces combattantes aux côtés de l’Armée syrienne dans le conflit du Levant.

Cependant, aussi complexes que soient les postures des pays entraînés dans un jeu non déclaré d’alliances et de contre-alliances, aucune n’est aussi complexe que celle de la Turquie.

De par son statut de pays membre à part entière de l’OTAN, la Turquie est nominalement et théoriquement dans le bloc A. De par son rôle dans la mise en œuvre des stratégies militaires de l’Empire au Levant également. Ankara a joué en effet rôle primordial dans la guerre en Syrie en collaboration active avec tous ses alliés de l’Alliance: Destruction de l’intégrité territoriale de la Syrie, acheminement de combattants étrangers et d’armes vers la Syrie avec la complicité des autres pays de l’OTAN et non-OTAN, exploitation,  régulation et militarisation du flux de réfugiés fuyant la guerre en Syrie vers l’Europe occidentale en passant par l’Europe orientale et méridionale en échange d’Accords privilégiant Ankara, et, point de loin le plus important, latitude à exploiter les incohérences et les limites de la politique “impériale” au Moyen-Orient pour élaborer son propre agenda régional en se basant sur le très riche passé de l’Empire Ottoman. La Turquie est donc à la fois un acteur du bloc A mais également un acteur semi-autonome poursuivant sa propre stratégie dans une région qu’elle considère comme sa profondeur stratégique.

Loin des considérations purement spéculatives, l’élite politique US semble figée et incapable de se renouveler lorsqu’il s’agit de politique étrangère. Les sanctions économiques ont très durement frappé l’Iran et ont failli désintégrer sa société et son économie. C’est la focalisation sur l’Iran et son ciblage qui ont paradoxalement réconcilié  une population iranienne meurtrie par la crise avec ses dirigeants, même s’ils n’ont jamais fait l’unanimité aussi bien au sein du régime que parmi les principales composantes de la population. Cet aspect continue à échapper aux observateurs US qui ne prennent en considération les sanctions que sous un angle relatif à la stratégie de changement de régime suivant le cycle crise-désapprobation-perte du consensus-légitimité amoindrie ou disparue-révolte ou révolution permettant d’intervenir.

Les sanctions imposées à l’Iran ont produit l’effet inverse. Un moment ébranlé par des cyberattaques inédites et une crise socio-économique très grave, l’Iran n’a pas On oublie souvent que les images choc de l’invasion de l’Irak par les États-Unis et notamment trois ou quatre photographies du supplice des détenus de la sinistre prison d’Abou Gharib près de Bagdad ont été largement diffusées en Iran, y compris le long des autoroutes et que cela a convaincu le dernier pro-libéral que Washington n’intervient pas dans d’autres pays pour de nobles objectifs.

Mais revenons toutefois à la dynamique des mini-blocs et des grands blocs. L’effet d’entraînement des alliances comme celui ayant amené la première guerre mondiale semble a priori exclu au première abord. Ces jeux de blocs vont-ils contribuer à éviter ou au contraire, à accélérer l’éclatement d’un grand conflit aux conséquences très graves sur la paix et la sécurité mondiales?

Ce jeu n’est-il pas un peu plus subtil avec sa somme de calculs nationaux et d’intérêts bien précis?

C’est à voir. Sinon on se dirige tout droit vers un scénario analogue à celui d’OK Corral…

https://strategika51.org/archives/63990

Dossier géopolitique et stratégique : La puissance

Dossier géopolitique et stratégique : La puissance

Par Pierre VERLUISE, le 19 juin 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Docteur en géopolitique de l’Université Paris IV – Sorbonne. Fondateur associé de Diploweb. Chargé d’un cours semestriel de Géographie politique au sein du MRIAE de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, chercheur associé à la FRS. Auteur, co-auteur ou directeur d’une trentaine de livres. Il vient de diriger « Géopolitique du monde de Trump. La stratégie du chaos ? », éd. Diplowebvia Amazon.

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La puissance est un concept géopolitique et stratégique majeur : mais de quoi s’agit-il vraiment ? Conçu par Pierre Verluise, ce dossier du Diploweb.com vous présente des réponses signés de plusieurs auteurs à travers des liens vers des documents du Diploweb.com

Pierre Verluise, Géopolitique – La puissance. Quels sont ses fondamentaux ? 
Quels sont les fondamentaux de la puissance ? La puissance est concept multiforme, évolutif et complexe qui repose sur des fondamentaux comme le territoire, les hommes et le désir. Il arrive que des ruptures technologiques – hier le nucléaire militaire – plus récemment Internet, redessinent les contours et les moyens de la puissance. L’avenir reste incertain mais nous pouvons parier que ceux qui se détournent de la quête de puissance ont toutes les chances de sortir des premiers rangs.

Dossier géopolitique et stratégique : La puissance
Pierre Verluise
Pierre Verluise est régulièrement sollicité par les médias pour son expertise qu’il met aussi au service de la formation en institution, entreprise et association.

Patrice Gourdin, La volonté de puissance
A travers le temps et l’espace, Patrice Gourdin présente une solide réflexion appuyée sur de nombreux exemples de la volonté de puissance et ses effets.

Pierre Verluise et Thierry Garcin. Quelles sont les dynamiques de la puissance ? Entretien avec Thierry Garcin. 
Comment la notion de puissance a-t-elle été construite ? Comment la notion de puissance a-t-elle été profondément renouvelée ? À l’époque contemporaine, comment la puissance entre-t-elle en synergie avec l’instabilité des sociétés ? L’emploi de la force est-il une garantie de puissance ? Quel est le tableau actuel de la puissance ? Voici les questions auxquelles Thierry Garcin répond.

Vidéo. Pierre Buhler, Thierry Garcin, Ivan Sand, Les nouvelles formes de la puissance 
Voici une riche réflexion au sujet de la puissance et de ses nouvelles formes. Les interventions suivantes ont pour but de mêler des expertises autour d’un concept au coeur des relations internationales. Il s’agit de s’intéresser à sa nature, à ses fondamentaux comme à ses nouvelles formes. Les conférenciers présentent les acteurs et ses nouveaux champs de manifestation, autant matériels qu’immatériels. Accompagné d’un résumé.

Pierre Hassner, Guerre, stratégie, puissance
L’auteur livre une réflexion générale sur les notions de guerre, de stratégie et de puissance et sur les rapports complexes qu’elles entretiennent au début du XXIe siècle. A la lumière des engagements récents de la France, il les réinterprète en montrant combien la combinatoire actuelle requiert le sens du bon voisinage, la volonté d’équilibre et de compromis pour préserver ce qu’il ne nomme pas mais qui est au coeur de l’identité : la liberté de choisir son propre destin.

Pierre Buhler, La puissance au XXIème siècle 
Dans la dynamique incessante de la puissance, qui affecte tant sa distribution que ses formes, la variable décisive devient la vitesse, le rythme, de l’adaptation, et plus encore, l’innovation.

Vidéo. Bertrand Badie, Politique de puissance ou politique de faiblesse ?
L’analyse classique des relations internationales repose sur le fameux « power politics ». Aujourd’hui, les puissances ne gagnent plus les guerres et celles-ci, loin de rester des compétitions de puissance, apparaissent comme des compétitions de faiblesses.

Francis Guttman, La puissance n’est plus ce qu’elle était
C’est en balayant avec l’Ambassadeur de France Francis Gutmann l’ensemble des modes d’exercice de la puissance que l’on prend conscience de la relativité de chacun d’eux et de l’incapacité de leur combinaison à établir un pouvoir incontestable et à garantir une sécurité imparable. L’ère de la puissance relative a commencé.

Vidéo. Pierre Verluise, Selma Mihoubi, Hubert Védrine, La France dans le monde : quels débats ?
Cet entretien avec l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine pointe de façon précise les contradictions des Français au sujet de la place de la France dans le monde et de sa quête de puissance.

Laurent Bloch, Hégémonie des États-Unis sur l’Internet
L’auteur présente avec pédagogie ce qu’est l’Internet, le contrôle des normes et de la gouvernance, la domination des infrastructures et des industries… en partie au service de l’hégémonie des Etats-Unis sur l’Internet. Depuis plusieurs décennies, l’Internet est un nouveau vecteur de la puissance des Etats-Unis.

Hébert-Marc Gustave, Un monde en quête de puissance ?
La victoire de D. Trump le 8 novembre 2016 a montré combien la problématique de la puissance – des Etats-Unis – reste un moteur des choix politiques. Dans cet article initialement publié le 9 octobre 2016, l’auteur avance en conclusion : « Dans la perspective d’une victoire de Donald Trump en novembre 2016, on s’acheminera probablement vers le renouveau de l’unilatéralisme américain ».

Patrice Gourdin, Les ambitions de puissance régionale
L’auteur met en perspective plusieurs cas, dont la Russie, l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Inde, le Pakistan, la Libye, le Brésil.

Carte. David Teuscher, L’évolution territoriale du Mexique : entre retrait et influence ?
Une carte pour comprendre les singularités du Mexique, à travers le temps et l’espace, de l’empire à aujourd’hui, entre retrait et influence. Un exemple pour illustrer que la puissance est toujours temporaire et relative.

Carte. Charlotte Bezamat-Mantes, L’Afrique, un continent « riche » miné par les fractures économiques et sociales
De vastes ressources naturelles n’empêchent pas un développement inégal et des zones instables… et une forme d’impuissance en dépit de l’émergence de quelques pays. Voilà qui démontre que les conditions de la puissance sont nombreuses.

Alain Lamballe, L’Inde, puissance mondiale ?
Un long chemin reste à parcourir pour que l’Inde rejoigne les grands mais elle en a l’ambition et s’en donne les moyens. Elle devrait se hisser à la troisième place des puissances économiques mondiales en 2020, loin derrière les Etats-Unis et la Chine, mais son revenu par habitant restera faible. L’Inde veut que le monde reconnaisse son importance. Une admission comme membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU reste un objectif majeur de sa diplomatie. Quoiqu’il arrive, l’Inde comptera de plus en plus dans le monde, surtout si elle trouve un terrain d’entente avec la Chine.

Vidéo. Alain Lamballe. L’Inde, pays émergent ou puissance mondiale ?
Voici un vaste tour d’horizon des forces et des faiblesses de l’Inde. Excellent connaisseur du pays et de la région, le général de brigade (cr) A. Lamballe se fait pédagogue au bénéfice de l’honnête homme comme des candidats aux concours.

Pierre Verluise, L’Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?
Que nous apprend le revirement américain du 8 mai 2018 de la puissance de l’Iran, des Etats-Unis et de l’Union européenne ? L’Iran a été pendant un temps en capacité de « faire » et de « faire faire », jusqu’à perdre la main. Les Etats-Unis ont été en capacité de « faire et de faire faire » puis en « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Et l’Union européenne a été en incapacité d’ « empêcher de faire ».

Carte. Pierre Verluise, Matthieu Seynaeve, L’Union européenne élargie est-elle une puissance ? 
Voici une carte qui répond à une problématique importante pour toute étude de l’Union européenne à la suite des élargissements post-guerre froide : l’Union européenne élargie est-elle une puissance ? Cette carte est disponible en deux formats : PDF et JEPG.

Cartes. Cassini, Nicolas Desgrais, L’opération Barkhane, un impératif de puissance pour la France
Deux cartes : L’opération Barkhane, une régionalisation des moyens engagés face à une régionalisation du terrorisme ; L’Afrique, un partenaire stratégique pour le statut de puissance mondiale française.

Laurent Chamontin, Russie : les risques d’une puissance instable
Quand on prend la peine de regarder au delà des images soigneusement entretenues – celles du « dirigeant puissant à la tête d’un pays à la fierté retrouvée » – on rencontre une Russie bloquée et saturée de violence, minée par la corruption et l’irresponsabilité de ses élites. Cette situation est la source directe d’une politique étrangère erratique qui contribue à aggraver la situation intérieure et à accroitre les risques extérieurs. Sur un autre plan, le déluge de propagande sans alternative auquel est soumise une population entière risque d’entraver pour longtemps la définition d’un nouveau modus vivendi avec les pays voisins.

Charlotte Bezamat-Mantes, La puissance économique norvégienne
Quand le plus grand fonds souverain du monde envisage de doubler ses investissements dans le domaine de la protection de l’environnement, cela ne passe pas inaperçu. Pays prospère et riche en ressources naturelles, érigée en modèle, la Norvège est bien plus intégrée au système européen que ne le laissent croire ses refus d’adhérer à l’Union européenne, mais n’est pas épargnée par les contradictions entre son image verte et son statut de producteur d’hydrocarbures. Illustré de deux cartes et deux graphiques.

Carte. Charlotte Bezamat-Mantes, Laurent Bloch, Pierre Verluise, Internet : quelle hiérarchie des puissances ?
Cette carte de l’Internet présente des acteurs inégaux… et de remarquables moyens de renseignement. Concernant les acteurs, la carte distingue les cyberpuissances, les 4 cyber-dragons, les déserteurs du cyber-espace, un acteur secondaire et un quasi-absent. Les moyens de renseignements sont les câbles sous-marins, les points d’accès de la NSA aux stations d’atterrissage des câbles, et un modèle de sous-marin américain capable de faire des branchements secrets sur des câbles immergés.

Vidéo. Pierre Verluise, Jérémie Rocques, Fabien Herbert, Emilie Dael Causse, B. Hautecouverture (FRS) Un retour de l’arme nucléaire dans les relations internationales ?
L’histoire a-t-elle déjà vu un pays renoncer à l’arme nucléaire ? Si l’Afrique du Sud, l’Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan ont renoncé à la dissuasion nucléaire, c’est à chaque fois après un changement de régime politique. La Corée du Nord fera-t-elle exception ? Et l’Iran ? L’arme nucléaire est un élément de la puissance, c’est pourquoi nous la mentionnons ici, mais nous mettrons aussi à disposition un dossier sur le nucléaire.

Galia Ackerman et Laurent Chamontin, Les manipulations historiques dans la Russie de V. Poutine, un sujet géopolitique. Entretien avec Galia Ackerman 
Après avoir été alliée de l’Allemagne nazie d’août 1939 à juin 1941, l’Union soviétique est attaquée par Hitler. Contrainte et forcée, l’URSS change alors de camp. Quelle relation le pouvoir russe entretient-il avec la Seconde Guerre mondiale et ses zones d’ombres ? Comment expliquer la résurgence actuelle du culte de la « Grande Guerre Patriotique » (1941-1945) et de ses héros ?


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