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USA-CHINE DES BUDGETS MILITAIRES EN FORTE CROISSANCE, POURQUOI FAIRE ?

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USA-CHINE DES BUDGETS MILITAIRES EN FORTE CROISSANCE, POURQUOI FAIRE ?

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Publié par Jean-Bernard PINATEL, le 27 Juil 2019, dans AnalysesChine

ATLANTICO : Alors que le budget militaire américain pour 2020 est estimé à 718 milliards de dollars et qu’il reste supérieur à celui des autres pays de la planète réunis, la supériorité militaire américaine semble incontestable. Pour autant, la Chine augmente de manière impressionnante son budget de défense et se place comme potentiellement compétitive de l’hégémonie américaine sur le long-terme. La toute-puissance américaine pourrait-elle être contestée en cas de conflit ouvert ? Quelles seraient les doctrines respectives des Etats-Unis et de la Chine ?

Général Jean-Bernard PINATEL : Je vais répondre simultanément à ces deux questions car elles sont intimement liées.

Un budget militaire s’évalue en fonction des objectifs politiques qui le sous-tend.

Pour les Etats-Unis l’objectif est clair. Ils veulent conserver la suprématie mondiale qu’ils ont acquise à la chute de l’URSS. On doit néanmoins se poser une question. Est-ce que ce montant de 718 milliards de dollars est nécessaire ? N’est-il pas, en partie, le résultat de l’influence qu’exerce le complexe militaro-industriel sur démocratie américaine et dont le Président Eisenhower avait déjà dénoncé le risque en avril 1953 à la fin de son second mandat?

En effet quand on lit la propagande récurrente sur la menace militaire Russe alimentée par les publications d’organisations financées par ce budget, comment ne pas penser que l’Etat amplifie sciemment les menaces pour justifier les sommes extravagantes qu’il prélève dans les poches des américains.
L’exemple de la désinformation sur les armes de destruction massive soi-disant possédées par Saddam Hussein pour justifier l’agression contre l’Irak y incite fortement.

Un autre fait permet de crédibiliser cette hypothèse : le budget des 17 agences de renseignement américaines est supérieur au total du budget militaire russe qui est du même ordre de grandeur que celui de la France : environ le dixième du budget des Etats-Unis !

La motivation chinoise pour accroître son budget militaire est d’une toute autre nature.

La Chine est, en effet, dans une position de vulnérabilité croissante par rapport au risque que représente pour elle la puissance maritime des Etats-Unis et la propension de Washington à décréter unilatéralement un embargo sur le pétrole et à le faire respecter comme cela se passe actuellement avec le Venezuela et l’Iran.

En effet, malgré ses efforts, la dépendance énergétique nette de la Chine est de l’ordre de 15% en croissance constante avec une vulnérabilité particulière vis à vis du pétrole puisque les deux tiers du pétrole consommé en Chine sont aujourd’hui importés. Et 85% de ces importations transitent par la mer, avec un tonnage en croissance rapide comme le montrent le graphique et la liste des pays fournisseurs.


Cliquer sur l’image pour plus de détails.

Ces chiffres expliquent la crainte dans laquelle vivent les dirigeants chinois vis-à-vis des Etats-Unis. Une fermeture du détroit d’Ormuz ou du détroit de Malacca plongerait l’économie et la société chinoises dans une crise profonde. Dans ce contexte de vulnérabilité, on assiste à une double évolution des dépenses militaires chinoises. D’une part elles augmentent fortement. La Chine a annoncé le 5 mars 2019 une croissance de 7,5% de son budget de défense le portant à 1,19 trillions de yuan soit 177,6 milliards de dollars. D’autre part, et c’est une évolution qui a commencée à la chute de l’URSS, la part de la marine s’accroit fortement.

ATLANTICO : Bien qu’une guerre ouverte entre Etats-Unis et Chine semble hautement improbable, certains scénarios comme une possible invasion de Taïwan pourraient-ils dégénérer en réelle escalade ?

Général Jean-Bernard PINATEL :Il ne peut y avoir que des crises locales et, le plus souvent, par puissances interposées entre deux puissances nucléaires. En effet, à l’ère nucléaire, le bénéfice espéré d’une agression est bien inférieur au risque d’escalade nucléaire qui peut résulter d’une confrontation directe. L’Inde et le Pakistan s’affrontent depuis leur indépendance. Tant que ces deux puissances n’étaient pas nucléaires, elles se sont opposées directement dans trois guerres qui ont fait des dizaines de milliers de morts. Depuis la fin des années 80, devenues puissances nucléaires, il n’y a eu que des affrontements limités et par milices interposées.
La Chine sait très bien que si elle décidait par un coup de force militaire de s’emparer de Taiwan, elle ne pourrait pas le faire par surprise du fait de la concentration de forces que cela impliquerait. Même si elle réussissait et que les Etats-Unis évitaient de riposter directement, le bénéfice de cette action serait largement moins grand que les dommages que pourraient lui faire subir une riposte indirecte américaine.

En effet, pour longtemps encore, la marine américaine est en capacité d’interdire toutes les importations maritimes de pétrole de la Chine et de stopper une grande partie de ses exportations qui s’effectuent par mer et ainsi de plonger le pays dans une crise économique profonde qui mettrait en cause la survie du régime actuel. La Chine, malgré l’augmentation impressionnante de sa flotte, ne peut espérer réussir à briser un blocus américain avant au moins deux décennies car le gap de puissance entre leurs forces aéronavales ne se mesure pas en termes de tonnage mais de capacités opérationnelles et il reste aujourd’hui considérable.

Des experts américains cités dans l’article de The Atlantic, lesquels affirment qu’une défaite américaine est envisageable face à la Chine dans les cinq ans à venir et que le pays représente la plus grande menace pour les Etats-Unis.

L’auteur de cette déclaration devant de comité sécurité de l’Aspe Institute est l’amiral Philip Davidson qui est le commandant des forces américaines dans le Pacifique (USPACOM).

Il n’est donc que le chef que d’un des six commandements des Etats-Unis. Son propos est donc limité à sa zone de responsabilité et il n’envisage en aucun cas l’hypothèse d’une confrontation totale et mondiale entre la Chine et les Etats-Unis.

Il ne traite que du rapport des forces en présence dans sa zone de responsabilité, le Pacifique. Et il le fait pour moi avec une phrase ambiguë « China’s capabilities don’t outnumber America’s in the region for now, it’s possible they could overtake the United States’ within the next five years ». En effet, le début de sa phrase que l’on peut traduire par « Les capacités de la Chine ne sont pas plus nombreuses que celles de l’Amérique dans la région pour l’instant » fait penser qu’il parle plutôt du nombre de bateaux, d’avions ou de forces terrestres que de leurs réelles capacités opérationnelles.

A l’opposé la grande majorité des forces aéronavales chinoises est déployée dans la mer de chine, le golfe du Bengale jusqu’à Djibouti pour assurer la sécurité de ses approvisionnements.

Aussi il est tout à fait possible que l’amiral Davidson ait raison et que, dans cinq ans, le nombre de bâtiments ou d’avions chinois déployés dans sa zone de responsabilité ( USPACOM) puisse dépasser (« overtake ») le nombre des avions et bâtiments américains. Mais en termes de capacités à mener une bataille aéronavale les américains disposent d’une expérience que n’ont pas les chinois et ils conserveront probablement pour une ou deux décennies encore des capacités opérationnelles bien supérieures.


Général (2S) Jean-Bernard PINATEL
Secrétaire Général du Think Tank GEOPRAGMA
Auteur de « Histoire de l’Islam radical et de ceux qui s’en servent », Lavauzelle, Mai 2017

http://www.geopolitique-geostrategie.fr/

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Notes sur un durcissement général

Notes sur un durcissement général

Analyse

   vendredi 02 août 2019

   Forum

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Notes sur un durcissement général

2 août 2019 – La situation générale de la Grande Crise de l’Effondrement du Système présente actuellement plusieurs facteurs, extérieurs et intérieurs, indiquant la poursuite de la montée de la tension entre les acteurs principaux. Nous insistons sur le fait de facteurs extérieurs et intérieurs, car les situations extérieures et intérieures de ces acteurs sont de plus en plus intimement liées et répondent à la même logique de cette montée de la tension.

• Dans le domaine extérieur, la crise iranienne est le centre de l’activité crisique. En fait de “crise iranienne”, il s’agit désormais d’une crise générale d’une zone stratégique géopolitique et géoéconomique, — le Golfe persique et le détroit d’Ormouz, – où les acteurs impliqués ont des positions de plus en plus diverses et indépendantes des habituelles sources de tension, principalement les USA qui perdent de plus en plus leur capacité d’imposer leur politique anti-iranienne.

• Cette diversité et cette indépendance se manifestent sous la forme d’un durcissement général à l’encontre de la poussée belliciste constante des USA. Ce durcissement est le fait de l’Iran, qui confirme sa position déjà affirmée avec force ; de la Russie, qui s’engage de plus en plus nettement au côté de l’Iran ; des pays européens, qui repoussent les injonctions US à participer à une “coalition” navale indirectement anti-iranienne dans le Golfe (France et Allemagne), ou qui tempère un engagement initial imposé par les USA (le Royaume-Uni).

• Dans le domaine intérieur, il y a un durcissement perceptible, du côté russe et chinois, face à des troubles internes ou très-voisins qui sont perçus comme des tentatives de déstabilisation venues de l’extérieur, que ce soit ou non le cas. Il s’agit d’une position d’opposition désormais active à ce qui est supposé être une agression du type regime changeévidemment développée par les USA.

L’arraisonnement du Stena Impero

L’arraisonnement le 19 juillet du Stena Impero, pétrolier britannique passant le détroit d’Ormouz, par un commando héliporté des forces spéciales des Gardiens de la Révolution iraniens, a marqué une étape importante dans la montée de la tension de la crise iranienne mais aussi, comme nous l’avons signalé, de l’élargissement de cette crise à une zone stratégique, géopolitique et géoéconomique.

(L’action iranienne vient après la saisie du pétrolier iranien Grace 1 par les Britanniques dans le détroit de Gibraltar, et constitue évidemment une riposte dans une situation où les Iraniens tiennent une ligne d’action inflexible, correspondant au maximalisme de la politique américaniste contre eux.)

On observera que cet “élargissement” de la crise, promptement accéléré par les USA, directement ou indirectement (par Britanniques interposés), n’est pas nécessairement un avantage pour ces mêmes USA. En un sens, l’élargissement revient à accepter les règles du jeu stratégiques de l’Iran qui, dès le début de cette phase crisique, a averti que toute attaque aérienne (des USA et/ou d’Israël essentiellement) déclencherait une riposte asymétrique, par diverses actions dont la plus probable et la plus importante du point de vue international serait très probablement la fermeture du détroit d’Ormouz et l’interruption de l’acheminement du pétrole. Ensuite, cet avertissement a été nuancé par des hypothèses de scénarios alternatifs (attaque des champs pétroliers saoudiens notamment) mais l’effet de communication est resté fixé sur Ormouz, qui est un point géographique à l’extrême signification symbolique.

Par cette simple mécanique de communication, effectivement, le champ de la crise s’est “élargi” vers l’espace naval Ormouz/Golfe avec les divers incidents qu’on a vus, dont la prise du Stena Impero est le dernier en date.

Le résultat de la perception qu’on a de l’évolution de la crise est que l’Iran s’est sorti de la position de pays assiégé et isolé qu’il avait au tout début de la séquence. Nous ignorons si quelqu’un l’a voulu ainsi, mais nous croyons que c’est bien le résultat : l’Iran n’est plus pressé sur ses côtes et dans son espace aérien, la crise se joue dans l’espace naval Ormouz/Golfe, et l’Iran y marque des points devant les pays du bloc-BAOqui se découvrent de plus en plus extrêmement divisés, et même entre USA et UK dans la mesure où les Britanniques ont été lancés dans l’affrontement par les USA, puis abandonnés par eux selon une habitude bien américaniste :

« Dans un mouvement auquel on est habitué, la mosaïque du pouvoir US a doublé l’incitation faite aux Britanniques de s’engager dans la “piraterie légale” anti-iranienne selon les conceptions de Bolton par une attitude plusieurs fois réaffirmé du secrétaire d’État Pompeo selon laquelle les USA se lavent les mains de la question des pétroliers arraisonnés, du seul ressort du Royaume-Uni. »

On peut se demander si les circonstances, et l’habituelle grossièreté de l’action maximaliste et faussaire des Bolton-Pompeo n’ont pas donné un avantage stratégique imprévu à l’Iran en desserrant l’étau autour de ce pays sans qu’il abandonne sa position extrêmement dure mais justifiée. Cette évolution a “internationalisé” la crise dans sens le plus critique, c’est-à-dire en offrant une aire stratégique importante où la discorde entre alliés peut se développer et ainsi conforter la position iranienne.

Cela justifie d’autant plus de connaître les détails de l’arraisonnement du Stena Imperoque nous donne Elijah J. Magnier le 31 juillet. On sait combien ce commentateur est proche, par ses sources, des Iraniens comme il est proche des Syriens. Les détails qu’il donne rendent compte à notre sens, de la position iranienne, comme s’il s’agissait d’une version “officieuse” ; où l’on voit que l’Iran veut montrer que son intervention a été délibérée, décidée au plus haut niveau, dans une parfaite coordination, et s’inscrivant dans un plan de riposte dure aux “pression maximales” des USA. On note qu’il est affirmé “en passant” que les sabotages de pétroliers, premier acte étendant la crise au Golfe et d’abord mise au crédit de la politique de provocation de Bolton-Pompeo/USA, sont présentés sans la moindre hésitation comme une initiative iranienne (« Le Corps des gardiens de la révolution islamique [CGRI] a envoyé de nombreux messages, en abattant un drone américain, en sabotant des tankers et en en capturant un»). Les Iraniens ont admis et conclu que l’extrême dureté de leur position est extrêmement payante …

Ci-dessous une partie du texte de E.J. Magnier (traduction de Dominique Muselet).

Pourquoi le HMS Montrose n’a-t-il pas tiré ?

« […] …“Je vous ordonne de ne pas intervenir dans mon opération. Le pétrolier est sous mon contrôle. Ne mettez pas votre vie en danger”. Voilà exactement ce que l’officier de la marine iranienne des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a dit au commandant du Foxtrot 236 [le HMS Montrose]lorsque les forces spéciales iraniennes s’apprêtaient à aborder le pétrolier Stena Impero. Mais pourquoi a-t-il averti la marine britannique de “ne pas risquer la vie de ses soldats” ?
» Les radars de la marine britannique avaient découvert que des radars actifs de guidage de missiles les suivaient au moyen de radars semi-actifs depuis différentes plates-formes de lancement – des radars principaux qui pouvaient facilement engendrer une attaque intensive pour rendre le navire impuissant et éventuellement le détruire. Les missiles iraniens étaient prêts à être lancés si le commandant du navire britannique avait décidé d’ouvrir le feu sur les rapides vedettes iraniennes.
» Les lanceurs de missiles iraniens répartis tout au long de la côte iranienne qui surplombe le détroit d’Ormouz ciblaient quatre navires de guerre américains et le navire de guerre britannique et étaient prêts à attaquer. D’autres drones armés iraniens étaient dans les airs, également prêts à attaquer les cibles prévues. L’Iran n’a pas révélé, à ce jour, d’autres missiles plus sophistiqués qu’il a fabriqués et qu’il pourrait mettre en service en cas de guerre.
» Le commandant britannique du Foxtrot 236 de la Royal Navy a décidé de renoncer au Stena Impero et de laisser la diplomatie de son pays prendre la relève pour éviter les grandes pertes humaines inévitables dans une confrontation militaire.
» Cependant, le gouvernement britannique veut sauver la face. Il doit donc rejeter tout échange de pétroliers. La Royal Navy avait auparavant confisqué un superpétrolier iranien, Grace 1, à Gibraltar. Londres avait exacerbé le conflit avec l’Iran avec la décision du tribunal de Gibraltar de prolonger d’un mois l’arraisonnement du superpétrolier iranien à la demande des États-Unis.
» La seule solution envisageable est que le tribunal de Gibraltar s’abstienne de jeter encore plus d’huile sur le feu en mettant fin à la détention du Grace 1, une fois le délai d’un mois écoulé. Cela permettra à l’Iran de libérer Stena Impero du port de Bandar Abbas et de mettre fin à la crise.
» Pourquoi l’officier du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a-t-il ordonné au commandant britannique de se tenir à l’écart alors que le HMS Montrose était à portée de main, avec quatre autres frégates américaines bien armées et prêtes à attaquer ?
» Lorsque les autorités britanniques ont décidé de prolonger la saisie du “Grace 1”, cela a sonné le glas de l’initiative d’Emanuel Bonne (l’envoyé présidentiel français) pour obtenir la libération du super tanker iranien. La décision du Royaume-Uni de torpiller l’initiative de son partenaire européen et de se conformer à la position étasunienne a montré la fragilité de l’unité de l’Europe. Londres a accepté d’être un instrument de la politique de Trump.
» C’est alors que le leader iranien Sayyed Ali Khamenei a ordonné au commandant du CGRI Hussein Salameh d’arrêter le premier navire britannique et de rendre coup pour coup. Après un soigneux passage en revue de tous les navires naviguant dans la zone, Salameh a été informé à propos du Stena Impero, mais aussi des cinq navires militaires occidentaux naviguant à proximité. Le commandant du CGRI a informé Sayyed Khamenei qui a répondu, selon une source bien informée: “N’aie pas peur, Dieu est avec toi. Ils n’oseront pas nous attaquer”.
» C’est ainsi que la décision a été prise, au plus haut niveau de la hiérarchie iranienne avec les directions spirituelle, militaire et politique toutes rassemblée sous le drapeau de la “protection de l’intérêt national et la sécurité du pays.”
» Malgré la position du Royaume-Uni, l’Europe ne tombera pas dans le piège américain et ne jouera pas le rôle de bouclier dans une guerre que Washington voudrait imposer au continent. Les compagnies pétrolières britanniques sont en train de modifier les immatriculations de leurs navires et de retirer le pavillon britannique pour pouvoir traverser le détroit d’Ormuz en toute sécurité. BP, le géant pétrolier britannique qui a été le premier à le faire, évite d’envoyer des navires dans la région, en utilisant des sous-traitants. C’est une manifestation flagrante de son manque de confiance dans la décision de son propre gouvernement, qui n’est pas dans l’intérêt du Royaume-Uni mais reflète plutôt un dévouement servile à la politique de l’administration Trump.
» Les propriétaires de pétroliers qui naviguent dans le golfe Persique s’assurent contre les risques de guerre. Ils doivent maintenant payer $185 000 de plus pour les super tankers, suite aux évènements de ces derniers mois.
» Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a envoyé de nombreux messages, en abattant un drone américain, en sabotant des tankers et en en capturant un. On peut les résumer en un seul : si l’Iran ne peut pas exporter pas son pétrole, aucun pays ne le fera. L’arrivée d’un nouveau navire de la Royal Navy britannique, le HMS Duncan, ne changera rien : il s’ajoutera à la liste des cibles dont les Iraniens disposeront dans le golfe Persique en cas de guerre. La décision américaine de révoquer l’accord nucléaire a non seulement rendu le Moyen-Orient moins sûr, mais elle a également provoqué l’entrée de la Russie dans les mers chaudes de la région : L’Iran a annoncé un exercice naval conjoint avec la Russie dans les prochains mois. L’Iran fait entrer les Russes dans ce qui était autrefois le “terrain de jeu naval” des États-Unis. De toute évidence, la “pression maximale” de Washington ne donne pas les résultats escomptés par les Américains.
» Tant que Trump sera au pouvoir, la situation au Moyen-Orient ne se stabilisera pas. Rares sont ceux qui, dans le monde, ont cru le secrétaire d’État Mike Pompeo quand il a dit que les sanctions étasuniennes paralysaient l’Iran à hauteur de 95 % et que l’influence de l’Iran au Moyen-Orient était sérieusement affectée par les mesures étasuniennes.
» L’Iran défie l’hégémonie américaine et est prêt à la guerre ; il défie ouvertement les États-Unis et le Royaume-Uni. Téhéran se félicite du soutien de la Chine et de la Russie et développe sa capacité de missiles pour compenser son manque de supériorité en mer et dans les airs.
» L’Iran compte sur ses missiles pour imposer ses règles d’engagement et défie les États-Unis ainsi que le Royaume-Uni et sa tradition impériale.
» Les États-Unis ne sont plus en mesure de dicter leur loi à l’Iran ni de lui “couper les ailes”. Téhéran est en train de développer sa technologie de missiles et sa capacité nucléaire. Il est prêt pour l’étape suivante, qui consiste en un nouveau retrait partiel de l’accord nucléaire en dépit des efforts de la France et de l’Allemagne pour se distancier de la position étasunienne. Le monde continuera à concentrer son attention sur cette partie du monde et à suivre anxieusement l’évolution du bras de fer entre les États-Unis et l’Iran. »

L’Europe en croisière

L’évolution crisique (passage à la zone Ormouz/Golfe) touche donc également les pays européens dans le sens où ils sont obligés de prendre des positions plus actives que de simples déclarations soutenant le traité JCPOA sans trop mettre en accusation les USA, pourtant porteurs massifs de l’essentiel sinon de l’exclusivité de la faute. Désormais, ils doivent se déterminer par rapport aux “pressions maximales” as usualdes USA, mais exercées sur eux-mêmes cette fois, pour qu’ils participent à la coalition que les USA rêvent d’établir dans le Golfe pour protéger sur la sacro-sainte liberté de navigation, c’est-à-dire exercer des “pressions (militaires) maximales” sur l’Iran, cela avec les navires de guerre des autres qu’ils commanderaient néanmoins.

Placés devant cette sollicitation pressante des USA, les Européens sont donc obligés de prendre position, c’est-à-dire de refuser une telle option qui serait aussitôt interprétée par les Iraniens comme une sorte de préparation à la belligérance. Les Européens se trouvent coincés entre les diverses “pressions maximales” et leur engagement sans aucun doute sincère dans le traité JCPOA. Il n’est nullement assuré que le calcul US (c’est-à-dire la dynamique habituelle de la brutalité sans le moindre discernement) donne le résultat exigé par l’exceptionnalisme américaniste… Pour l’instant, les Européens tiennent et il leur sera difficile de céder à leur habituel exercice de servilité volontaire, avec un partenaire américaniste qui fait tout pour que l’éventuelle acceptation de leur proposition ressemble à une humiliation maximale et une trahison de tous leurs engagements :

« Mais la stratégie décidée par Washington, consistant à mettre la pression sur ses alliés, ne semble pas porter ses fruits. Le 31 juillet, lors d’une conférence de presse à Berlin, Ulrike Demmer, une porte-parole du gouvernement allemand, a mis fin aux espoirs étasuniens. “La priorité doit être à notre avis les efforts diplomatiques et la désescalade”, a-t-elle rappelé, précisant que “le gouvernement allemand est réticent face à la proposition concrète des États-Unis et c’est pourquoi il n’a pas proposé d’y participer”.
» [Demmer] a par ailleurs indiqué que “l’approche globale” de la politique allemande vis-à-vis de l’Iran “différ[ait] nettement de l’approche actuelle des États-Unis”. Le ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, avait enfoncé le clou dans la soirée alors qu’il se trouvait en visite à Varsovie. “[L’Allemagne] ne participera pas à la mission maritime présentée et planifiée par les États-Unis”, a-t-il martelé, considérant que “la stratégie de pression maximale est erronée”. Il a ajouté ne pas vouloir d’“une escalade militaire”, préférant continuer “à compter sur la diplomatie”. Une affirmation confirmée le même jour par le vice-chancelier allemand et ministre des Finances, Olaf Scholz, qui, dans un entretien à la  ZDF, avait estimé que cette opération n’était “pas une bonne idée”.
» De leur côté, les Français ne semblent pas non plus emballés par le projet américain. “Nous ne voulons pas contribuer à une force qui pourrait être perçue comme aggravant les tensions”, avait expliqué le ministre des Armée, Florence Parly, soulignant, le 26 juillet, qu’il ne s’agirait en aucun cas de déployer des moyens militaires supplémentaires dans la région. Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, avait lui assuré que Paris, Londres et Berlin travaillaient conjointement à la mise en place d’une “mission de suivi et d’observation de la sécurité maritime dans le Golfe”. Une grande partie des Européens semblent donc préférer sauvegarder l’accord sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015, duquel les États-Unis s’étaient retirés de manière unilatérale en mai 2018, plutôt que de se lancer à corps perdu dans une entreprise susceptible de déboucher sur un désastre. »

… Pour les Britanniques, ils sont engagés dans ce qu’un de nos lecteurs nous signale être une “aporie”. (Voir le Forum d’un autre texte décrivant « un labyrinthe terminé par une impasse » [l’aporie en question], où l’on retrouve effectivement le parcours récent de l’intermède May-Johnson et de la Royal Navy.) Malgré les liens qui unissent Trump et Johnson, il nous paraît bien difficile que le Royaume-Uni risque une belligérance en accompagnant la coalition US dont les USA seraient par ailleurs, semble-t-il, opérationnellement absents sinon pour les commander… Par contre et connaissant les règles surprenantes de ce simulacre déguisé en tragédie-bouffe, Johnson pourrait peut-être s’entendre avec Trump, qui n’est pas insensible à la manœuvre distraiyante de faire trébucher ses principaux conseillers (Bolton-Pompeo) lorsque ces deux-là croient être en vue de la réalisation catastrophique d’une de leurs infamies.

Durcissement discret mais effectif de la Russie

Un événement important qui vient prendre discrètement sa place, c’est ce qui semble bien être un réel engagement opérationnel des Russes avec l’Iran. Comme le signale Magnier, il y a l’annonce de manœuvres navales conjointes entre Russes et Iraniens, “d’ici la fin de l’année” selon une source iranienne (sans que l’on sache s’il s’agit de la fin de l’année du calendrier grégorien, ou du calendrier iranien qui commence en mars) ; et ces manœuvres qui auront lieu dans l’Océan Indien, dans le Golfe Persique, et peut-être bien en Mer Caspienne, – ce qui implique un accord de réciprocité : la Russie soutient l’Iran dans sa crise dans le Golfe, l’Iran soutient la Russie sur son flanc Sud-Ouest avec ses embarras ukrainien et géorgien.

Spoutnik-français précise ceci : « La Russie et l’Iran ont signé un mémorandum de compréhension mutuelle visant à élargir les relations bilatérales, a annoncé Hossein Khanzadi, commandant de la Marine de la République islamique d’Iran. En visite officielle en Russie il a en outre souligné qu’un accord de ce type était sans précédent et que sa signature pouvait être qualifiée de “moment charnière dans les relations militaires entre Moscou et Téhéran”. »

Malgré sa discrétion et son profil réduit aux “opérationnels”, cet accord apparaît important dans les circonstances actuelles, et surtout il se place dans un contexte où nous distinguons un réel durcissement en Russie, vis-à-vis des pressions extérieures et de nouvelles pressions intérieures. La répression de la manifestation du 27 juillet a Moscou a été particulièrement lourde (plus de 1 000 interpellations), et les réactions aux critiques extérieures singulièrement vives quoique non sans argument, notamment après l’expression tweetée des préoccupations de la diplomatie française avec son cortège de Gilets-Jaunes (« En ce qui concerne les actions ‘disproportionnées’ de la police lors de manifestations, la France est malheureusement l’une des premières du monde »).

Cette réaction à l’encontre des Français a été répétée à plusieurs reprises, avec les précisions des “bavures” policières contre des journalistes, aussi bien que la mise à l’index de RT et de SpoutnikCela fait beaucoup de la part de la Russie de Poutine, souvent critiquée par ses opposants de droite pour la mollesse de ses réactions vis-à-vis des pressions extérieures portant sur les vertus nécessaires de la démocratie universelle. Il est possible de voir dans toutes ces circonstances, parallèlement à l’accord avec l’Iran, un durcissement russe qui s’accorde à l’évolution de la situation générale ; dans ce cas, on discutera un peu moins des vertus de la démocratie, pour agir un peu plus vivement contre ce qui est perçu comme une menace ontologique contre la sécurité et la souveraineté nationales de la Russie. Si c’est le cas, cela nous signale que l’on passe aux choses sérieuses.

De Hong Kong au Vénézuela

Ainsi mettrions-nous dans la même catégorie d’un “durcissement général” l’attitude chinoise d’une possible réaction contre les événements en cours à Hong Kong depuis une quinzaine. Cette réaction pourrait, dans certaines circonstances, prendre la forme d’une intervention armée. Que ceci soit fondé ou pas importe peu, mais il y a une similitude d’interprétation des Russes et des Chinois des événements signalés, tous perçus entièrement ou en partie comme des opérations de déstabilisation selon la technique du regime change ; et cette interprétation induit un durcissement, de la même sorte que celui des Iraniens, face à une direction américaniste perçue non seulement comme subversive mais comme étant devenue folle, d’une folie qui ne connaît plus de bornes ni de répit parce qu’elle est liée à la perception inconsciente (non reconnue et non acceptable) du déclin américaniste.

Le professeur à l’Université de Téhéran Seyed Mohammad Marandi, qui faisait partie de la délégation iranienne qui a aidé à négocier le traité JCPOA de 2015, explique rationnellement le cercle vicieux confinant à la folie (le “sentiment d’insécurité” conduisant à une paranoïa sans frein)qui affecte la direction US prise comme un tout, hors de toute question de personnes : « Les États-Unis, qui sont dans la dynamique d’un empire en déclin, sont de moins en moins tolérants à l’égard des voix dissidentes, mais je pense que cela expose aussi plus clairement le déclin des États-Unis et leur sentiment croissant d’insécurité »… Plus ils sont en déclin, plus ils veulent s’affirmer en voyant partout des menaces contre leur puissance, plus ils montrent combien ils sont devenus faibles du fait de leur déclin, plus leur déclin accélère : un tourbillon crisiqueprécipitant dans le trou noir de l’effondrement.

Cette dynamique explosive semble atteindre les limites de la tolérance pour ceux qui la subissent directement, – et même pour ceux qui la subissent indirectement, comme les Européens. A cause des actions US déclenchées sans aucune précaution ni la moindre conception tactique pour un but stratégique qui peut se rapporter soit au nihilisme soit à l’entropisation, sans aucune attention pour la légalité, sans aucune précaution pour les effets et les conséquences sur les équilibres et sur les alliances, naît et grandit ce phénomène constaté plus haut d’“élargissement” des crises conduisant à la confusion des faiseurs de crise (USA & le reste quand c’est le cas) et au désenclavement des situations d’assiégé et de solitaire de celui qui subissent l’agression. C’est le cas de l’Iran, ce pourrait être demain le cas du Vénézuela si Trump met sa menace à exécution de déployer un blocus naval contre ce pays, qui le conduirait à un risque d’une possible confrontation navale avec des pays tels que la Chine, la Russie et l’Iran ; là aussi, il y aurait “élargissement” de la crise comme on a vu plus haut pour l’Iran.

La situation intérieure des USA ne peut non plus, bien évidemment, être ignorée dans cette évolution, alors que la tension monte à l’approche de l’élection USA-2020 dans un climat de fracture du pays sans précédent, alors que les réflexions concernent désormais de manière ouverte des options de démembrement, de guerre civile ou de dictature des États-Unis. Ce climat agit d’une façon indirecte mais extrêmement puissante sur les pulsions paranoïaques de la politique extérieure. La dégradation de la situation depuis USA-2016 est proprement stupéfiante, alors que les avis des analystes capables de garder un peu de sang-froid étaient, durant la campagne échevelée USA-2016, qu’une fois l’élection faite s’opérerait un retour à un certain calme à l’intérieur du système politique et institutionnel des USA. Ainsi peut-il être admis qu’une étape importante, voire gigantesque, a été franchie entre USA-2016 et USA-2020, et bien entendu avec les conséquences de cet ébranlement sismique sur la direction US, et sur ce qui tient lieu de “politique extérieure” sont considérables.

La question de plus en plus pressante est de savoir jusqu’où les victimes de ce phénomène cosmique d’effondrement de l’“Empire” (dito, du Système) vont tenir avant de décider qu’il devient préférable, plutôt que de contenir les effets de la folie, plutôt de les accélérer dans l’espoir que la folie détruira le fou avant de déclencher des événements imprévisibles. L’attitude de l’Iran, qui n’est nullement passionnée ni affective, mais bien froidement calculée, n’est pas loin d’atteindre ce point, et les Russes et les Chinois ne sont plus très loin de l’Iran à cet égard. Lorsque nous y serons, il ne restera alors plus à l’Europe et à ses divers galopins qu’à singer l’un des épisodes d’Apollo : “Allo Bruxelles, nous avons un problème… ”

https://www.dedefensa.org/article/notes-sur-un-durcissement-general

L’été, le temps idéal pour une lecture géopolitique avec Diploweb

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Livres Diploweb
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Plaisir d’offrir un livre de qualité
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    Quand vient la chaleur de l’été, lire au frais un livre géopolitique de qualité est un plaisir assuré. Et offrir un ouvrage de référence, devient la certitude d’un cadeau utile à vos proches passionnés du vaste monde. Rédigés par des auteurs reconnus, voici des livres utiles à un prix raisonnable. Le monde de Trump, La Russie et ses frontières, l’Union européenne à l’heure du Brexit, le Proche et le Moyen-Orient, l’Asie, La mondialisation : vous allez trouver le livre que vous cherchez. Et le monde deviendra plus lisible ! La livraison sera facile et rapide, sans avoir à vous déplacer. Bel été ! P. Verluise 
  Géopolitique du monde de TRUMP.
La stratégie du chaos ?
 Pierre VERLUISE (dir.)       Quand le monde semble se gouverner à coup de tweets, comment comprendre en profondeur les ruptures géopolitiques du monde de Trump ? Après avoir gagné la Guerre froide, les États-Unis voient dans l’émergence de la Chine une menace. Depuis son entrée à la Maison Blanche, Donald Trump remet en question le multilatéralisme auquel l’Union européenne est attachée. Menaçant régulièrement de renverser la table, il stresse ses alliés plus encore que ses adversaires.   D. Trump a non seulement dépassé la moitié de son premier mandat, mais rien n’interdit de penser qu’il se présente à un deuxième mandat. Il devient crucial d’identifier clairement les nouveaux paramètres de la géopolitique des États-Unis pour mieux en comprendre les effets restructurants pour le monde. GEOPOLITIQUE DU MONDE DE TRUMP  
  Histoire, Géographie et Géopolitique de la RUSSIE et de ses frontières  Pierre VERLUISE (dir.)    Presque trois décennies après la disparition de l’URSS (1991), cette immense zone semble tombée dans un trou noir de la connaissance. Cet ouvrage est conçu pour vous en offrir les clés. Nous avons rassemblé ici de véritables experts qui apportent des éclairages sur des fondamentaux de l’Histoire, la Géographie et la Géopolitique de la Russie et de ses frontières.   La première partie présente l’Union des républiques socialistes soviétiques et ses lendemains. La deuxième se penche sur la Russie de Vladimir Poutine. La troisième offre un point approfondi sur ses fronts et frontières Enfin, la quatrième partie présente son hard power et son soft power.  COMPRENDRE LA RUSSIE ET SES FRONTIERES 
  Histoire, Géographie et Géopolitique de l’UNION EUROPEENNE. A l’heure du BREXIT Pierre VERLUISE  (dir.)    Comment comprendre l’Union européenne à l’heure du Brexit ? Longtemps réputée attractive, l’UE paraît parfois répulsive depuis quelques années. Le Brexit en donne une preuve cinglante.  Dans le tourbillon de l’actualité, comment disposer de lignes de compréhension de cet ensemble évolutif ? Nous avons rassemblé ici des experts qui apportent des éclairages sur des fondamentaux de l’Histoire, la Géographie et la Géopolitique de l’Union européenne.   La première partie présente les forces et les ambiguïtés de deux des pays moteurs de la construction européenne, l’Allemagne et la France. La deuxième se penche sur des pays de l’Europe méditerranéenne et balkanique, déjà membres ou candidats. La troisième fait un point approfondi sur le fonctionnement de l’UE avec l’extérieur. Enfin, la quatrième partie présente de grands dossiers de l’UE et de ses partenaires de l’OTAN, dont la relation avec les États-Unis, le Brexit, et la Turquie. PENSER L’UE POST-BREXIT  
  Histoire, Géographie et Géopolitique du PROCHE ET DU MOYEN-ORIENT  Pierre VERLUISE (dir.)    L’espace proche et moyen-oriental est aussi fascinant que complexe. Les tensions dans la région sont au coeur de l’actualité mais nous cherchons à comprendre les racines des crises et la véritable nature des acteurs impliqués. Cet ouvrage s’adresse à tous ceux qui souhaitent aller plus loin dans la réflexion géopolitique sur le Proche et le Moyen-Orient afin d’avoir une compréhension plus juste du terrain pour mettre les événements en perspective.   L’ouvrage présente notamment les axes suivants: l’islamisme, tantôt quiétiste, tantôt guerrier, rendu célèbre par al-Qaïda et Daesh ; la situation géopolitique de la zone syro-irakienne en partie sous le contrôle du groupe État islamique de 2014 à 2017 ; puis le golfe persique, un grand théâtre de la discorde entre sunnites et chiites, où les pétromonarchies oscillent entre modernité et obscurantisme religieux. DECOUVRIR LE PROCHE ET LE MOYEN-ORIENT  
  Histoire, Géographie et Géopolitique de l’ASIE. Les dessous des cartes, enjeux et rapports de forces Pierre VERLUISE (dir.)    L’Asie est un riche panorama d’enjeux géopolitiques. Les prétentions chinoises se font nombreuses entre l’Arctique, la mer de Chine du Sud et ses Nouvelles Routes de la soie. Ce projet commercial, aussi connu sous le nom de « Belt & Road Initiative », place l’Asie centrale ex-soviétique au carrefour des intérêts russes et chinois, d’autant plus que le territoire est menacé par la progression lente mais certaine du terrorisme islamiste. Parallèlement, l’Inde continue de gagner en influence sur la scène internationale avec une démographie dynamique et une diaspora active. Le Japon, vieillissant, tente de redéfinir son rôle au sein de ce système.
   Pour avoir une vision globale de ces phénomènes et pour comprendre leur origine, le Diploweb rassemble des experts pédagogues qui les éclairent en les traitant sous leurs multiples facettes : démographie, migrations, économie, commerce, diplomatie, défense… Les différents niveaux d’analyse géopolitique – local, national, régional et international – se combinent pour donner enfin au lecteur des clés de compréhension lui permettant d’aborder l’actualité avec hauteur et perspective. Avec en bonus des liens vers des vidéos d’experts renommés.  COMPRENDRE L’ASIE D’AUJOURD’HUI 
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 Nous vous souhaitons un très bel été et de très belles lectures. Respectueusement. P. Verluise (Dr.), Directeur des publications du Diploweb.com
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Le Jeu Des Mini-Blocs Peut-Il Éviter Le Pire Ou Au Contraire L’accélerer? Une Brève Réflexion Sur La Tension Actuelle Dans Le Golfe Et Au Moyen-Orient

Le jeu des mini-blocs peut-il éviter le pire ou au contraire l'accélerer? Une brève réflexion sur la tension actuelle  dans le Golfe et au Moyen-Orient 24

Analysis

Le Jeu Des Mini-Blocs Peut-Il Éviter Le Pire Ou Au Contraire L’accélerer? Une Brève Réflexion Sur La Tension Actuelle Dans Le Golfe Et Au Moyen-Orient

Posted on 26/06/2019 AuthorStrategika51Comments(5)    5(7)

L’exacerbation des tensions entre les États-Unis d’Amérique et la République Islamique d’Iran est aggravée par une nouvelle forme de surenchère non-verbale et relevant plus de la symbolique de la puissance figurée que d’une rivalité géostratégique.

C’est l’échec patent de la guerre au Levant, marquant la faillite des révolutions colorées 2.0 et l’inadéquation des guerres hybrides 3.0 qui a exacerbé à son paroxysme la tension actuelle entre Washington, dont la politique étrangère est otage des intérêts stratégiques israéliens et saoudiens, et Téhéran et ses alliés dont ceux acquis durant la longue guerre en Syrie.

Un conflit militaire direct entre les États-Unis d’Amérique et l’Iran comporte beaucoup trop d’impondérables et aura des conséquences totalement imprévisibles en raison de la reconfiguration des alliances régionales dans le sillage des polarisations intervenues lors de la longue guerre syrienne.

?

Le bloc A, de couleur Bleue, comporte les acteurs suivant :

  1. Arabie Saoudite ;
  2. Bahreïn ;
  3. Émirats Arabes Unis
  4. États-Unis d’Amérique
  5. France
  6. Jordanie ;
  7. Israël ;
  8. Maroc ;
  9. Royaume de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord
  10. Les autres pays membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN)

Le bloc B, de couleur Rouge, n’est pas totalement antagoniste du Bloc A mais comporte des pays désignés comme hostiles à l’Empire (il y a une décennie, la tactique de l’État paria ne pouvait s’appliquer que sur des pays faibles et dans l’incapacité de se défendre, ce qui n’est plus le cas en 2019) :

  1. République Populaire de Chine ;
  2. République Démocratique et Populaire de Corée ou Corée du Nord ;
  3. Cuba ;
  4. République Islamique d’Iran ;
  5. République Arabe de Syrie ;
  6. Tous les pays réellement non-alignés

Ce schéma dichotomique très sommaire ne reflète ni la réalité ni la complexité des rapports de force et encore moins les véritables interactions ou implication de pays pivots jouant un rôle assez important dans la dynamique inhérente au phénomène conflictuel dans un ensemble régional plus ou moins défini. L’analyse des positions ou des postures réelles ou simulées de pays comme l’Irak dans le conflit syrien et le bras de fer entre Téhéran et Washington relève de l’impossible tant sont grandes les divergences de fond, les clivages et la multiplicité des allégeances au sein de l’appareil d’État irakien en général et des différentes composantes de la société de ce pays en particulier. Le même constat pourrait s’appliquer à l’Égypte malgré son appartenance au bloc A, ou encore au Liban dont les spécificités, les influences exogènes et les contradictions internes propres à ce pays  le rapprochent à la fois du camp A tout en étant un membre actif du bloc B par l’entremise du mouvement politico-militaire du Hezbollah, l’une des meilleures forces combattantes aux côtés de l’Armée syrienne dans le conflit du Levant.

Cependant, aussi complexes que soient les postures des pays entraînés dans un jeu non déclaré d’alliances et de contre-alliances, aucune n’est aussi complexe que celle de la Turquie.

De par son statut de pays membre à part entière de l’OTAN, la Turquie est nominalement et théoriquement dans le bloc A. De par son rôle dans la mise en œuvre des stratégies militaires de l’Empire au Levant également. Ankara a joué en effet rôle primordial dans la guerre en Syrie en collaboration active avec tous ses alliés de l’Alliance: Destruction de l’intégrité territoriale de la Syrie, acheminement de combattants étrangers et d’armes vers la Syrie avec la complicité des autres pays de l’OTAN et non-OTAN, exploitation,  régulation et militarisation du flux de réfugiés fuyant la guerre en Syrie vers l’Europe occidentale en passant par l’Europe orientale et méridionale en échange d’Accords privilégiant Ankara, et, point de loin le plus important, latitude à exploiter les incohérences et les limites de la politique “impériale” au Moyen-Orient pour élaborer son propre agenda régional en se basant sur le très riche passé de l’Empire Ottoman. La Turquie est donc à la fois un acteur du bloc A mais également un acteur semi-autonome poursuivant sa propre stratégie dans une région qu’elle considère comme sa profondeur stratégique.

Loin des considérations purement spéculatives, l’élite politique US semble figée et incapable de se renouveler lorsqu’il s’agit de politique étrangère. Les sanctions économiques ont très durement frappé l’Iran et ont failli désintégrer sa société et son économie. C’est la focalisation sur l’Iran et son ciblage qui ont paradoxalement réconcilié  une population iranienne meurtrie par la crise avec ses dirigeants, même s’ils n’ont jamais fait l’unanimité aussi bien au sein du régime que parmi les principales composantes de la population. Cet aspect continue à échapper aux observateurs US qui ne prennent en considération les sanctions que sous un angle relatif à la stratégie de changement de régime suivant le cycle crise-désapprobation-perte du consensus-légitimité amoindrie ou disparue-révolte ou révolution permettant d’intervenir.

Les sanctions imposées à l’Iran ont produit l’effet inverse. Un moment ébranlé par des cyberattaques inédites et une crise socio-économique très grave, l’Iran n’a pas On oublie souvent que les images choc de l’invasion de l’Irak par les États-Unis et notamment trois ou quatre photographies du supplice des détenus de la sinistre prison d’Abou Gharib près de Bagdad ont été largement diffusées en Iran, y compris le long des autoroutes et que cela a convaincu le dernier pro-libéral que Washington n’intervient pas dans d’autres pays pour de nobles objectifs.

Mais revenons toutefois à la dynamique des mini-blocs et des grands blocs. L’effet d’entraînement des alliances comme celui ayant amené la première guerre mondiale semble a priori exclu au première abord. Ces jeux de blocs vont-ils contribuer à éviter ou au contraire, à accélérer l’éclatement d’un grand conflit aux conséquences très graves sur la paix et la sécurité mondiales?

Ce jeu n’est-il pas un peu plus subtil avec sa somme de calculs nationaux et d’intérêts bien précis?

C’est à voir. Sinon on se dirige tout droit vers un scénario analogue à celui d’OK Corral…

https://strategika51.org/archives/63990

Dossier géopolitique et stratégique : La puissance

Dossier géopolitique et stratégique : La puissance

Par Pierre VERLUISE, le 19 juin 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Docteur en géopolitique de l’Université Paris IV – Sorbonne. Fondateur associé de Diploweb. Chargé d’un cours semestriel de Géographie politique au sein du MRIAE de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, chercheur associé à la FRS. Auteur, co-auteur ou directeur d’une trentaine de livres. Il vient de diriger « Géopolitique du monde de Trump. La stratégie du chaos ? », éd. Diplowebvia Amazon.

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La puissance est un concept géopolitique et stratégique majeur : mais de quoi s’agit-il vraiment ? Conçu par Pierre Verluise, ce dossier du Diploweb.com vous présente des réponses signés de plusieurs auteurs à travers des liens vers des documents du Diploweb.com

Pierre Verluise, Géopolitique – La puissance. Quels sont ses fondamentaux ? 
Quels sont les fondamentaux de la puissance ? La puissance est concept multiforme, évolutif et complexe qui repose sur des fondamentaux comme le territoire, les hommes et le désir. Il arrive que des ruptures technologiques – hier le nucléaire militaire – plus récemment Internet, redessinent les contours et les moyens de la puissance. L’avenir reste incertain mais nous pouvons parier que ceux qui se détournent de la quête de puissance ont toutes les chances de sortir des premiers rangs.

Dossier géopolitique et stratégique : La puissance
Pierre Verluise
Pierre Verluise est régulièrement sollicité par les médias pour son expertise qu’il met aussi au service de la formation en institution, entreprise et association.

Patrice Gourdin, La volonté de puissance
A travers le temps et l’espace, Patrice Gourdin présente une solide réflexion appuyée sur de nombreux exemples de la volonté de puissance et ses effets.

Pierre Verluise et Thierry Garcin. Quelles sont les dynamiques de la puissance ? Entretien avec Thierry Garcin. 
Comment la notion de puissance a-t-elle été construite ? Comment la notion de puissance a-t-elle été profondément renouvelée ? À l’époque contemporaine, comment la puissance entre-t-elle en synergie avec l’instabilité des sociétés ? L’emploi de la force est-il une garantie de puissance ? Quel est le tableau actuel de la puissance ? Voici les questions auxquelles Thierry Garcin répond.

Vidéo. Pierre Buhler, Thierry Garcin, Ivan Sand, Les nouvelles formes de la puissance 
Voici une riche réflexion au sujet de la puissance et de ses nouvelles formes. Les interventions suivantes ont pour but de mêler des expertises autour d’un concept au coeur des relations internationales. Il s’agit de s’intéresser à sa nature, à ses fondamentaux comme à ses nouvelles formes. Les conférenciers présentent les acteurs et ses nouveaux champs de manifestation, autant matériels qu’immatériels. Accompagné d’un résumé.

Pierre Hassner, Guerre, stratégie, puissance
L’auteur livre une réflexion générale sur les notions de guerre, de stratégie et de puissance et sur les rapports complexes qu’elles entretiennent au début du XXIe siècle. A la lumière des engagements récents de la France, il les réinterprète en montrant combien la combinatoire actuelle requiert le sens du bon voisinage, la volonté d’équilibre et de compromis pour préserver ce qu’il ne nomme pas mais qui est au coeur de l’identité : la liberté de choisir son propre destin.

Pierre Buhler, La puissance au XXIème siècle 
Dans la dynamique incessante de la puissance, qui affecte tant sa distribution que ses formes, la variable décisive devient la vitesse, le rythme, de l’adaptation, et plus encore, l’innovation.

Vidéo. Bertrand Badie, Politique de puissance ou politique de faiblesse ?
L’analyse classique des relations internationales repose sur le fameux « power politics ». Aujourd’hui, les puissances ne gagnent plus les guerres et celles-ci, loin de rester des compétitions de puissance, apparaissent comme des compétitions de faiblesses.

Francis Guttman, La puissance n’est plus ce qu’elle était
C’est en balayant avec l’Ambassadeur de France Francis Gutmann l’ensemble des modes d’exercice de la puissance que l’on prend conscience de la relativité de chacun d’eux et de l’incapacité de leur combinaison à établir un pouvoir incontestable et à garantir une sécurité imparable. L’ère de la puissance relative a commencé.

Vidéo. Pierre Verluise, Selma Mihoubi, Hubert Védrine, La France dans le monde : quels débats ?
Cet entretien avec l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine pointe de façon précise les contradictions des Français au sujet de la place de la France dans le monde et de sa quête de puissance.

Laurent Bloch, Hégémonie des États-Unis sur l’Internet
L’auteur présente avec pédagogie ce qu’est l’Internet, le contrôle des normes et de la gouvernance, la domination des infrastructures et des industries… en partie au service de l’hégémonie des Etats-Unis sur l’Internet. Depuis plusieurs décennies, l’Internet est un nouveau vecteur de la puissance des Etats-Unis.

Hébert-Marc Gustave, Un monde en quête de puissance ?
La victoire de D. Trump le 8 novembre 2016 a montré combien la problématique de la puissance – des Etats-Unis – reste un moteur des choix politiques. Dans cet article initialement publié le 9 octobre 2016, l’auteur avance en conclusion : « Dans la perspective d’une victoire de Donald Trump en novembre 2016, on s’acheminera probablement vers le renouveau de l’unilatéralisme américain ».

Patrice Gourdin, Les ambitions de puissance régionale
L’auteur met en perspective plusieurs cas, dont la Russie, l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Inde, le Pakistan, la Libye, le Brésil.

Carte. David Teuscher, L’évolution territoriale du Mexique : entre retrait et influence ?
Une carte pour comprendre les singularités du Mexique, à travers le temps et l’espace, de l’empire à aujourd’hui, entre retrait et influence. Un exemple pour illustrer que la puissance est toujours temporaire et relative.

Carte. Charlotte Bezamat-Mantes, L’Afrique, un continent « riche » miné par les fractures économiques et sociales
De vastes ressources naturelles n’empêchent pas un développement inégal et des zones instables… et une forme d’impuissance en dépit de l’émergence de quelques pays. Voilà qui démontre que les conditions de la puissance sont nombreuses.

Alain Lamballe, L’Inde, puissance mondiale ?
Un long chemin reste à parcourir pour que l’Inde rejoigne les grands mais elle en a l’ambition et s’en donne les moyens. Elle devrait se hisser à la troisième place des puissances économiques mondiales en 2020, loin derrière les Etats-Unis et la Chine, mais son revenu par habitant restera faible. L’Inde veut que le monde reconnaisse son importance. Une admission comme membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU reste un objectif majeur de sa diplomatie. Quoiqu’il arrive, l’Inde comptera de plus en plus dans le monde, surtout si elle trouve un terrain d’entente avec la Chine.

Vidéo. Alain Lamballe. L’Inde, pays émergent ou puissance mondiale ?
Voici un vaste tour d’horizon des forces et des faiblesses de l’Inde. Excellent connaisseur du pays et de la région, le général de brigade (cr) A. Lamballe se fait pédagogue au bénéfice de l’honnête homme comme des candidats aux concours.

Pierre Verluise, L’Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?
Que nous apprend le revirement américain du 8 mai 2018 de la puissance de l’Iran, des Etats-Unis et de l’Union européenne ? L’Iran a été pendant un temps en capacité de « faire » et de « faire faire », jusqu’à perdre la main. Les Etats-Unis ont été en capacité de « faire et de faire faire » puis en « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Et l’Union européenne a été en incapacité d’ « empêcher de faire ».

Carte. Pierre Verluise, Matthieu Seynaeve, L’Union européenne élargie est-elle une puissance ? 
Voici une carte qui répond à une problématique importante pour toute étude de l’Union européenne à la suite des élargissements post-guerre froide : l’Union européenne élargie est-elle une puissance ? Cette carte est disponible en deux formats : PDF et JEPG.

Cartes. Cassini, Nicolas Desgrais, L’opération Barkhane, un impératif de puissance pour la France
Deux cartes : L’opération Barkhane, une régionalisation des moyens engagés face à une régionalisation du terrorisme ; L’Afrique, un partenaire stratégique pour le statut de puissance mondiale française.

Laurent Chamontin, Russie : les risques d’une puissance instable
Quand on prend la peine de regarder au delà des images soigneusement entretenues – celles du « dirigeant puissant à la tête d’un pays à la fierté retrouvée » – on rencontre une Russie bloquée et saturée de violence, minée par la corruption et l’irresponsabilité de ses élites. Cette situation est la source directe d’une politique étrangère erratique qui contribue à aggraver la situation intérieure et à accroitre les risques extérieurs. Sur un autre plan, le déluge de propagande sans alternative auquel est soumise une population entière risque d’entraver pour longtemps la définition d’un nouveau modus vivendi avec les pays voisins.

Charlotte Bezamat-Mantes, La puissance économique norvégienne
Quand le plus grand fonds souverain du monde envisage de doubler ses investissements dans le domaine de la protection de l’environnement, cela ne passe pas inaperçu. Pays prospère et riche en ressources naturelles, érigée en modèle, la Norvège est bien plus intégrée au système européen que ne le laissent croire ses refus d’adhérer à l’Union européenne, mais n’est pas épargnée par les contradictions entre son image verte et son statut de producteur d’hydrocarbures. Illustré de deux cartes et deux graphiques.

Carte. Charlotte Bezamat-Mantes, Laurent Bloch, Pierre Verluise, Internet : quelle hiérarchie des puissances ?
Cette carte de l’Internet présente des acteurs inégaux… et de remarquables moyens de renseignement. Concernant les acteurs, la carte distingue les cyberpuissances, les 4 cyber-dragons, les déserteurs du cyber-espace, un acteur secondaire et un quasi-absent. Les moyens de renseignements sont les câbles sous-marins, les points d’accès de la NSA aux stations d’atterrissage des câbles, et un modèle de sous-marin américain capable de faire des branchements secrets sur des câbles immergés.

Vidéo. Pierre Verluise, Jérémie Rocques, Fabien Herbert, Emilie Dael Causse, B. Hautecouverture (FRS) Un retour de l’arme nucléaire dans les relations internationales ?
L’histoire a-t-elle déjà vu un pays renoncer à l’arme nucléaire ? Si l’Afrique du Sud, l’Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan ont renoncé à la dissuasion nucléaire, c’est à chaque fois après un changement de régime politique. La Corée du Nord fera-t-elle exception ? Et l’Iran ? L’arme nucléaire est un élément de la puissance, c’est pourquoi nous la mentionnons ici, mais nous mettrons aussi à disposition un dossier sur le nucléaire.

Galia Ackerman et Laurent Chamontin, Les manipulations historiques dans la Russie de V. Poutine, un sujet géopolitique. Entretien avec Galia Ackerman 
Après avoir été alliée de l’Allemagne nazie d’août 1939 à juin 1941, l’Union soviétique est attaquée par Hitler. Contrainte et forcée, l’URSS change alors de camp. Quelle relation le pouvoir russe entretient-il avec la Seconde Guerre mondiale et ses zones d’ombres ? Comment expliquer la résurgence actuelle du culte de la « Grande Guerre Patriotique » (1941-1945) et de ses héros ?


Toujours plus sur Diploweb

Ce dossier présente une sélection non exhaustive des ressources du Diploweb disponibles sur la puissance. Plusieurs centaines de documents s’y rapportent. Aussi nous vous invitons à poursuivre et affiner votre exploration de deux façons : 
. par l’utilisation du moteur de recherche interne (en haut à gauche) ; 
. par l’usage des rubriques géographiques du menu, en fonction de votre zone d’intérêt.

https://www.diploweb.com/Dossier-geopolitique-et-strategique-La-puissance.html

“RIDE-ON KING”: LES COMBATS DE VLADIMIR POUTINE ET LA CONQUÊTE DU MONDE MAGIQUE DANS UNE NOUVELLE SÉRIE DE MANGAS

“RIDE-ON KING”: LES COMBATS DE VLADIMIR POUTINE ET LA CONQUÊTE DU MONDE MAGIQUE DANS UNE NOUVELLE SÉRIE DE MANGAS

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 6 faire un don"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Le discours médiatique traditionnel et l’obsession pure et simple du «puissant» président russe Vladimir Poutine et de ses tentatives présumées n’est pas un secret, mais ils ont fourni des résultats intéressants dans la culture moderne.

Ce n’est un secret pour personne que le « cerveau diabolique » Vladimir Poutine est un « dictateur » et peut-être même le diable, si l’on demande aux diplomates occidentaux et aux MSM.

Malgré tout, il semblerait également que la tentative de construire une image négative de Poutine l’ait transformé en une sorte d’icône opposée au mondialisme.

L’une des incarnations les plus récentes et les plus intéressantes du «puissant» Vladimir Poutine est le personnage principal d’un manga (l’équivalent japonais de la bande dessinée américaine).

CONSEIL: Les panneaux de manga sont lus de droite à gauche.

Le manga s’appelle «Isekai Poutine» ou «le roi du ride», et il met en vedette Vladimir Poutine, mais sous le nom d’Alexandre Puchinov. La ressemblance ne peut être confondue et il est bien évident que le «puissant» dirigeant russe se situe dans une réalité alternative.

Le résumé du travail de fiction est le suivant:

Le président musclé de Pursia, Alexander Purchinov, s’ennuie de la politique et veut de nouveaux défis. Après un incident, il se réveille dans un monde magique où abondent les animaux et les créatures indomptables.

Le pays de Pursia est sous le choc, tandis que son président explore avec bonheur un monde fantastique. Après tout, à l’instar du discours des HSH selon lequel la Russie est sous le contrôle total et complet de Poutine, Pursia est également en désarroi depuis que sa seule force motrice a disparu.

Pursia, à l’instar de la Russie dans le discours de l’establishment dirigé par Washington, est un pays régi par la violence et la poigne de fer de son gouvernement, dont Alexander Purchinov est président à vie.

«Alexander désire toujours être dominant et« piloter »les choses, que ce soit au sens propre ou figuré. Maintenant qu’il est déjà monté dans son pays, sa prochaine cible est un monde fantastique peuplé d’orques, de wyvernes et de centaures ».

Passons maintenant au contenu réel du manga. Dans ses premières pages, la scène est posée: Prusia est un pays d’Asie centrale ( ? ), Fondé il ya 15 ans et qui s’est affranchi des superpuissances mondiales grâce à sa puissance militaire.

Alexander Purchinov (Poutine) est l’unique raison de l’indépendance du pays, il l’a «conduit» vers la liberté et un ordre autoritaire.

"Ride-On King": les combats de Vladimir Poutine et la conquête du monde magique dans une nouvelle série de mangas

Mais Alexandre est malheureux, il a trop de responsabilités à la tête du pays, mais dans son cœur il souhaite aller explorer, seulement s’il en a le temps.

Au début, le processus politique de Pursia est montré, la force aérienne doit être modernisée car ses ennemis pourraient tirer parti de la faiblesse de la force aérienne purgée. Mais le système de santé a aussi besoin d’une refonte.

Finalement, un consensus est atteint: Purchinov décide que le pays devrait se concentrer sur la construction de vaisseaux spatiaux, puisqu’il n’en a pas monté et qu’il doit le faire de son vivant.

Malgré sa nature égoïste, les citoyens de Pursia le respectaient:

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Par la suite, cela montre que Pursia est tellement autoritaire que les armes à feu sont réglementées. Lorsque des terroristes, qui étaient très probablement des «rebelles modérés», ont essayé de le tuer, ils ont dû recourir à un camion.

Naturellement, le puissant Alexandre s’est attaqué au camion et l’a détruit, tout en tapant si fort qu’il a égaré le trottoir dans la rue.

Mais c’est à ce moment-là que le désastre a eu lieu: la tête de sa propre statue s’est brisée sous l’impact des camions et est tombée sur lui.

Et c’est à ce moment que l’histoire vraie commence: Alexander Purchinov s’est réveillé dans un monde fantastique. La première de ses aventures a été celle du puissant président, qui a vaincu un dragon, puis l’a chevauché. Il se sentait excité car il n’avait jamais participé à cette aventure.

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Vous trouverez ci-dessous un bref résumé de l’histoire jusqu’à présent, avec 10 chapitres publiés et quelques-uns des panels les plus intéressants:

Les habitants de Pursia commencent à s’inquiéter du sort de leur président. Pendant ce temps, dans le monde fantastique, Alexander Purchinov s’est lié d’amitié avec deux femmes, un chevalier et un magicien.

Même les personnages du monde fantastique savent que «Poutine» est un démon, appelant la tête de sa statue qui est aussi en quelque sorte dans le monde fantastique une «statue de démon», ce que Purchinov doit préciser, il ne s’agit que d’une «statue de moi». . « 

Après cela, nos héros sont allés dans une ville et ont dû charger une lanterne magique, Purchnov ayant maîtrisé le karaté utilisant son ki pour le mettre sous tension, mais il était trop fort pour être manipulé, ainsi la lanterne a éclaté.

Dans le monde fantastique, Alexander Purchinov ne semble pas être aussi pervers que dans le monde réel et aide les races asservies telles que les centaures à recouvrer leur liberté, mais surtout parce qu’il souhaite chevaucher un centaure plutôt que par le bien de son cœur.

Il a même refusé de tuer l’ennemi, il l’a simplement assommé, essayant de compenser le «meurtre et la supercherie» qu’il avait à faire chez lui.

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Ses aventures ne s’arrêtent pas là. Il aide ensuite d’autres habitants du monde fantastique à être sauvés de certains orcs et ogres, en utilisant un «art martial de style présidentiel», car être président est absolument tout ce qui doit être expliqué une personne.

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Il est également préoccupé par le fait que l’ennemi se bat contre lui 6 à 1, non pas parce qu’il pourrait perdre, mais parce qu ‘ »épargner sa vie est un peu difficile ».

Enfin, il parvient également à chevaucher un ogre, en utilisant un mouvement spécial «à la présidentielle».

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Naturellement, il ne s’agirait pas d’une fiction liée à la Russie sans un ours, que «Poutine» défait facilement, avec un lancer de judo, bien sûr.

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À sa première entrée dans un cachot, il doit se battre contre un énorme dragon en os et son maître. Pour la première fois, Purchninov rencontre un ennemi sur lequel il ne peut pas lancer de judo. Il se souvient donc des enseignements de son ancien maître qui avait déclaré avoir malheureusement le corps d’un «homme ordinaire» et qu’il devait utiliser «le pouvoir de la terre» pour vaincre de plus grands ennemis.

Ce qu’il fait quand la Terre donne à Alexander Purchninov la force de vaincre le dragon ennemi.

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La grandeur du président ne s’arrête pas là, au lieu de détruire le dragon en os, mais en raison de son pouvoir spirituel, le dragon renaît et Purchinov exprime l’espoir de pouvoir se rencontrer en tant qu ‘«amis».

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Dans les 10 chapitres qui ont été publiés, Alexander Purchinov s’est fait de nombreux amis et a vaincu de nombreux monstres, protégeant ainsi les plus démunis. Ainsi, le travail de fiction a commencé comme une sorte de commentaire politique, établissant une ligne de démarcation entre le discours du MSM selon lequel la Russie est un régime autoritaire, puis a développé le «puissant Poutine» en un personnage positif qui semble être le sauveur du monde fantastique.

“Ride-On King”: Vladimir Putin Contests And Conquers Magic World In New Manga Series

La Chine N’a Pas Invité La France Aux Célébrations Du 70e Anniversaire De Sa Marine De Guerre À Cause D’un Acte “Provocateur” Dans Le Détroit De Formose

Analysis

La Chine N’a Pas Invité La France Aux Célébrations Du 70e Anniversaire De Sa Marine De Guerre À Cause D’un Acte “Provocateur” Dans Le Détroit De Formose

La France n’a pas été invitée aux célébrations marquant le 70ème anniversaire de la marine de guerre chinoise en raison d’un acte provocateur commis par une frégate française le 06 avril 2019 pour le compte des États-Unis.Le 06 avril 2019, la frégate de surveillance française de la classe Floréal, baptisée “Vendémiaire” (F734) et basée à Nouméa, aurait traversé le détroit de Formose entre Taïwan et la Chine, suivie de près par des bâtiments de surface de la marine de guerre chinoise. Ce geste fut interprété par Beijing comme inamical et provocateur.La France a donc suivi Washington dans son bras de fer en mer de Chine méridionale. Officiellement, il s’agit de renforcer le principe de la liberté de navigation mais la Chine considère cela comme une prise de position dans une affaire fort sensible : la question de Taïwan que Beijing considère comme une province.Paris garde le silence en se contentant d’affirmer qu’il ne commente jamais une opération de la marine. A Beijing, on voit mal quel intérêt poursuit la France en s’alignant avec Washington dans un conflit dans lequel elle n’a aucun intérêt. Un officiel militaire chinois s’exprimant anonymant sur l’un des plus grands réseaux de microblogging chinois trouve la posture française bizarre, contre-productive à ses propres intérêts et très peu prudente. Aucun pays européen, y compris la Grande-Bretagne, ex-puissance navale mondiale, n’a été aussi imprudent avec la Chine. “On ne crache jamais sur l’avenir” et “apparament [le president] Macron et ses conseillers semblent suivre aveuglément les factions bellicistes de l’État profond US”.Pour un autre analyste chinois, la France a du se tromper de conflit en soulignant que Paris a du subir la pression de Washington pour un acte symbolique dans le détroit [de Fromose] afin d’inciter d’autres alliés comme le Japon ou l’Australie à le faire.Résultat : Beijing a invité les marines indienne, australienne et celles d’autres pays avec lesquelles les relations sont plus ou moins tendues mais pas la marine française.

La Chine n’a pas invité la France aux célébrations du 70e anniversaire de sa marine de guerre à cause d’un acte “provocateur” dans le détroit de Formose

https://strategika51.org/sitrep-et-simulations-sitrep-and-simulation-games

LES DYNAMIQUES DU SYSTÈME MULTIPOLAIRE ENTRE RECONFIGURATION DES ALLIANCES ET ENJEUX DISRUPTIFS.

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INSTITUT EUROPÉEN DES RELATIONS INTERNATIONALES

EUROPEAN INSTITUTE FOR INTERNATIONAL RELATIONS

LES DYNAMIQUES DU SYSTÈME MULTIPOLAIRE

ENTRE RECONFIGURATION DES ALLIANCES ET ENJEUX DISRUPTIFS.

L’EUROPE EN QUÊTE D’UN AVENIR


Irnerio Seminatore

Autonomie stratégique européenne et équilibres multipolaires

A l’approche du renouvellement de leurs élites politiques en mai 2019, les dirigeants européens seront ils en mesure de passer de la revendication « d’autonomie stratégique » vis à vis des États-Unis (Macron, Merkel), au début de sa mise en œuvre opérationnelle?

Parviendront ils à se doter d’une capacité diplomatique constructive, d’atténuation des tensions géopolitiques du système multipolaire?

Et sur la base de quels principes et de quelle vision du monde?

Ces tensions, qui secouent les Pays baltes et l’Europe de l’Est (Ukraine), le Caucase (Géorgie), le Maghreb et l’Afrique sub-saharienne, le Proche et Moyen Orient( Syrie, Liban, Israël, Iran, Turquie), le Golfe (Arabie Saoudite, Yemen, Monarchies sunnites et pays chiites), l’Amérique du Sud et du Nord, la mer de Chine méridionale et l’extrême Orient, forcent les occidentaux à une reconfiguration des alliances militaires, qui lient entr’eux les acteurs essentiels du système (États-Unis, Russie et Chine) et conseillent de dissocier leurs alliances des enjeux disruptifs qui gangrènent de conflits , des régions très vastes de la planète.

Si les équilibres de sécurité entre acteurs majeurs du système résultent des alliances globales et visent à contre-balancer les coalitions adverses et à s’assurer de la stabilité du tout, l’étendue planétaire du système implique la coexistence d’un équilibre général des forces entre pôles reconnus et de multiples équilibres régionaux entre sous-systèmes dissemblables, où se définissent concrètement les relations de rivalités ou d’antagonisme entre les actants locaux.

Pôles et sous systèmes engendrent ainsi des relations complexes et hybrides, tant au plan militaire que civilisationnel et conceptuel et contribuent à donner des réponses partielles à la quête de règlements négociés, d’où dépendent les relations entre l’Europe et l’Amérique et celles de l’Europe avec le reste du monde.

Les rapports de force militaires et la synthèse diplomatique souhaitable

Le but d’empécher un affrontement entre les pôles majeurs du système mondial, exigerait que l’Europe, dépourvue d’unité, de cohésion et de leadership, s’implique dans une nouvelle syntèse des relations diplomatiques, économiques et militaires et conjure les menaces les plus graves, concernant leurs répercussions sur le théâtre européen.

Or, si les lignes de démarcation entre les pôles étaient définies, à l’époque de la bipolarité, par la rigidité des équilibres stratégiques (équilibre dissuasif ou équilibre de la terreur), le facteur militaire, qui avait été relégué au second plan après l’effondrement de l’Union Soviétique, redevient aujourd’hui la principale définition des rapports entre les pôles dans le système international de l’âge planétaire, en pleine transformation (dénonciation du traité INF et START, prolifération des armes nucléaires utilisables-Iran, Corée du Nord – doctrines de subversion et d’intimidation violentes).

Réacquièrent en effet de la plus haute importance les considérations géopolitiques et historiques, en y joutant les dimensions numérique, informatique et spatiale, sans sous-estimer les défis,venant d’acteurs sub-étatiques et exotiques et de philosophies éversives (Djihad, terrorisme islamique).

Les partenariats, les formes variables de coopération et du « Soft Power », les interprétations discordantes de la légitimité et l’ambiguïté de la démarcation intérieur/extérieur, ainsi que la pratique étendue de la diplomatie multilatérale, rentrent dans la définition de l’équilibre actuel des forces et pèsent dans le calcul global de la puissance, activant les dilemmes du risque et l’art de gouverner, bref, l’impact conjoint des opinions et de la volonté politique.

C’est de cette nouvelle synthèse diplomatique que peut être allégée , par une souplesse accrue, la rigidité des blocs et peut être atténué le poids de la hiérarchie de puissance, favorisant les capacités de manœuvre ainsi que l’hardiesse des grands desseins stratégiques, au premier rang desquels, l’ambition hégémonique.

Leadership, intégration hiérarchique et déclin hégémonique

La discontinuité entre les deux dynamiques superposées, du mondialisme et du régionalisme, entraîne un changement dans la gestion des intérêts des grandes puissances, favorisant la manœuvre de certains acteurs au détriment d’autres, par le jeu des contre-poids et par le rôle de l’équilibrateur (ex. la Russie en Syrie et en Ukraïne et les États-Unis et la Chine en Corée).

La question qui se pose lorsqu’on passe d’un sous-système régional au système global, est que les dilemmes des choix sont d’ordre civilisationnel et historique, et qu’ils conditionnent les alliances et l’appartenance au camp de l’acteur qui porte le leadership de l’univers planétaire.
Cette question est essentielle, car elle transcende l’option de la politique immédiate et peut comporter le déplacement des allégeances qui feront basculer demain le monde

Le choix d’appartenance implique un soutien, sur les théâtres extérieurs , des identités en conflit et des issues recherchées, et exige une pondération calculée sur l’espérance de gain politico-stratégique, le rapport coût/efficacité, la durée de l’engagement et les problèmes de la stabilité ou de la stabilisation à long terme (ex. Irak, Afghanistan, Syrie).

Le silence de l’Europe à l’égard de ces questionnements est par ailleurs préjudiciable à son camp d’appartenance (le camp occidental) et défavorable au désamorçage des conflits et à la logique de ses propres intérêts fondamentaux.

L’Europe peut elle offrir au monde plus de sécurité et plus de liberté ou ne navigue-t-elle pas en eaux inconnues?

Morton Kaplan, qui avait décrit, dans les années 1970, les règles de comportement des États et les conditions qui peuvent rendre instable le système de l’équilibre dans la transition du système bipolaire au système multipolaire, a affirmé, parmi ses recommandations, que dans un système à cinq pôles (USA, Europe, Russie, Japon, Chine), le rôle de l’équilibrateur (ou du balancier), a une fonction d’intégration fonctionnelle des ressources (USA versus Otan); un rôle qui fut déjà bien compris par Bismark dans sa fonction « d’honnête courtier ».

Or, chaque pôle, fondé sur le principe de l’intégration hiérarchique, comporte une fixité relative des adhésions, ce qui peut constituer une menace pour les acteurs isolés et non membres du bloc (la Serbie au sein des Balkans occidentaux ou l’Ukraine et la Géorgie, considérés comme des pays tampons ou sujets à influence).

Par ailleurs l’intégration hiérarchique comporte souvent un sous-système politique commun, démocratique ou autocratique, qui renforce la stabilité du bloc et lui accorde une élasticité fonctionnelle dans les domaines de la protection et de la solidarité (soutien de l’UE à Porochenko dans les négociations de Minsk 1 et 2, de l’Otan dans l’équipement de l’armée ukrainienne et de Soros dans les opérations de déstabilisation des « migrants » et de »régimes change »).

Union Européenne et Alliance Atlantique.

Deux sous-systèmes concurrents?

Dans le système européen de l’Ouest, successif à la deuxième guerre mondiale, l’Europe a perdu son autonomie stratégique et depuis les années cinquante sa stabilité a été assurée par deux sous-systèmes concurrents, civil (l’Union européenne en ses divers formats et dénominations) et militaire (l’Otan).

La stabilité socio-économique a été surveillée par l’intérêt individuel de la « main invisible » d’Adam Smith et par l’empire des normes d’influence allemande, pendant que la structure de protection et de tutelle sécuritaire a été assuré par les États-Unis d’Amérique.

La fonction d’intégration hiérarchique, désormais duale, trouvait sa parfaite concordance à l’époque de la bipolarité, dans l’opposition , sur le continent, de deux principes de légitimité et d’allégeance, le libéralisme démocratique et le totalitarisme communiste et elle s’exprimait, hors d’Europe et grâce à l’Otan, par un équilibre précaire et global des forces, étendu à un monde pluri-polaire en formation.

Cette même fonction a été assurée de manière élastique et réversible au sein de l’Union Européenne (ex. sortie volontaire de la Norvège et du Royaume Uni), et de manière subalterne et unanimiste au sein de l’Otan.

La distinction entre la pratique de l ‘interdépendance (ou de la négociation multilatérale) et celle du multipolarisme (ou de la logique de système et de l’affrontement éventuel) a joué contre les pressions contraignantes de l’intégration et a conduit à un processus de délégitimation et de désagrégation de l’Union Européenne aux issues imprévisibles (ex. Brexit et tensions euro-atlantiques).

Les dynamiques du système de la multipolarité

D’une manière générale les dynamiques du système de la multipolarité, par rapport au système bipolaire sont signalées :

– par une transformation des règles du jeu (alliances)

– par un accroissement du nombre des acteurs essentiels (leaders de bloc) et une redistribution de la puissance

– par une confirmation du rôle de l’État

– par les modalités et les contenus de leurs relations réciproques (interdépendance de leurs sous-systèmes politiques et des organisations intermédiaires de la société civile)

– retour du révisionnisme territorial (limitation des frontières)

– par une multiplication des crises et faillies d’États et par des conflits asymétriques

Elles ont valorisé l’importance des leaders de bloc par la multiplication des sommets de négociation bilatérales, au détriment des instances de débat multilatérales (ONU, UE, G7), inefficaces, politiquement orientées et en crise d’autorité.

Le grand tournant de la politique mondiale, de l’idéalisme au réalisme

Au tout début de la décennie en cours et au niveau doctrinal est entrée en crise, après les cuisantes déceptions de l’expérience du XXème siècle, la théorie idéaliste de la politique internationale, d’ascendance Wilsonienne, justifiant ainsi le retour à la matrice hobbesienne des relations entre puissances souveraines, jadis dominante.

Dans les palimpsestes des illusions et des échecs répétés nous dénombrons la liste des grands principes de ce courant de pensée et notamment:

l’harmonie naturelle des intérêts et le paradigme de l’équilibre entre l’offre et la demande, garantissant la liberté des marchés et la démocratie des régimes représentatifs

– la diplomatie ouverte et le droit des peuples à disposer d’eux mêmes

– la paix par le droit, ou la codification des règles de la coopération internationale (ONU)

– la réforme des égoïsmes étatiques par la négociation

– les garanties et reconnaissance des minorités dans des cadres étatiques fédéraux

– la perspective de la « gouvernance universelle », comme tendance de fond de l’humanité, dans un monde pacifié et post-historique, dans lequel la vision a dépassé la réalité.

Aux yeux de la perspective réaliste en revanche, les Nations Unies ne constituent en rien une forme de gouvernance mondiale, douée du pouvoir de légiférer et de faire exécuter ses délibérations, car elles contribuent de façon marginale et souvent partisane à la stabilité du système (Pacte de Marrakech sur les migrations).

Stabilité qui est assurée bien davantage par le principe d’équilibre des forces, que par des déclarations et proclamations d’intentions.

L’acteur et le système

Le réalisme politique et conservateur de nos jours n’est plus celui du XIXème et du début du XXème siècle, signalé par l’État-puissance de Rickert, Meinecke et Ranke ou, au delà de l’Atlantique, celui de H.Morgenthau, où les cabinets et les chancelleries diplomatiques n’avaient pas de limites dans leurs libertés d’action, mais celui d’un système international, englobant et complexe, qui accorde un rôle, un rang et des marges de manœuvres différentes, aux opinions et à l’action des dirigeants, au sein d’une morphologie des pouvoirs, contraignante et multipolaire.

Ainsi, le passage de la bipolarité au multipolarisme exprime la capacité des acteurs essentiels de diversifier leur action de contrôle et de maintenir séparées les différentes régions du monde, interdisant à une crise locale de devenir générale et totale.

En effet la cohérence de la « compétition entre pôles, qui s’organise en fonction du conflit » (R.Aron), assigne à l’Europe un rôle qui ne peut être seulement militaire. Ce rôle requiert de la part de l’Europe la conception politique et proactive d’une diplomatie de partenariat ou de synthèse stratégique, pouvant apporter de la souplesse aux alliances eurasiennes et une intégration politique de la Russie dans l’architecture européenne de sécurité.

C’est pourquoi le retour du Léviathan dans la compétition purement militaire entre pôles de puissance impose une autre idée de l’Europe et une véritable Weltanschauung de celle-ci autour des notions d’identité, de survie et de civilisation, exigeant le soutien des peuples.

A cet égard, la triple dynamique de la conjoncture actuelle, de fragmentation,de polarisation et de confrontation, doit se traduire en une reconfiguration des alliances militaires et des équilibres mondiaux, face aux risques du triangle stratégique « Chine-États-Unis-Russie » (ou G3) et au duel du siècle entre les États-Unis et la Chine.

Pour ce faire, cette reconfiguration et révision d’ensemble doivent distinguer clairement entre les vulnérabilités des nations du continent et les enjeux disruptifs des théâtres extérieurs, où les conflits peuvent attiser une guerre régionale ou globale de haute intensité.

C’est également la raison pour laquelle l’expérience récente de la mondialisation (1980-2019) et celle des formes d’intégration régionales remettent à l’ordre du jour les principes d’indépendance et de souveraineté, au cœur de la dialectique entre l’acteur et le système, dans l’analyse des relations de paix et de guerre entre les nations; le moment dans lequel, avec le Brexit et les insurrections françaises, les débuts de réforme de l’Union, devenue étrangère aux peuples d’Europe, marqueront le début de sa fin.

Bruxelles, le 31 mars 2019

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Quel avenir pour l’alliance entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite ?

Quel avenir pour l’alliance entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite ?

L’alliance politico-stratégique entre l’Arabie saoudite et les États-Unis est au cœur du jeu géopolitique moyen-oriental, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. On peut même considérer, encore à l’heure actuelle, que c’est une des alliances les plus puissantes de la région. Pour autant, au cours des dernières décennies, elle a dû faire face à plusieurs crises de légitimité qui ont durablement ébranlé les bases sur lesquelles elle a été construite.

Mohammed bin Salam en manoeuvre sur un navire américain

La puissance stratégique d’un pacte économique et militaire

La relation entre la démocratie américaine et le royaume wahhabite est née du pacte de Quincy, signé entre le roi Ibn Saoud et le président Franklin Delano Roosvelt en 1945. Ce dernier prévoit qu’en échange de relations économiques privilégiés et d’un accès aux hydrocarbures saoudiens, les États-Unis s’engagent à protéger militairement la monarchie pétrolière. A partir de ce moment, les deux pays ont noué le partenariat le plus puissant de la région. Par son biais, l’Arabie saoudite s’est imposée comme une puissance régionale incontournable et a réaffirmé sa place sur la scène internationale.

Alors que 30% de la production mondiale du pétrole est produite dans le Golfe persique, dont un tiers par les saoudiens, les États-Unis ont ainsi pu s’assurer un contrôle stratégique des flux et sécuriser leurs importations. En contrepartie, la protection américaine réduit la vulnérabilité du royaume pétrolier face à ses voisins. Les nombreux accords économiques et les transferts de technologies ont aussi permis au pays de se développer considérablement. Ce sont sur des intérêts communs que repose principalement le pacte mais ces derniers ne sont pas infaillibles.

Le début du XXIème siècle a marqué la première rupture entre les américains et les saoudiens, avec les attentats du 11 septembre 2001. Ces évènements ont mis en lumière les relations troubles que pouvaient entretenir certains notables saoudiens avec des islamistes radicaux. Certains pouvaient être directement affiliés à Al-Qaida. D’ailleurs, sur 19 pirates de l’air, 14 étaient d’origine saoudienne. Pour pouvoir l’expliquer, il est nécessaire de rappeler que l’Arabie saoudite a été fondée sur l’application de la doctrine wahhabite, qui prône un islam rigoriste et l’application de la Charia. Il existe donc des similarités avec l’idéologie djihadiste qui ont favorisé son développement dans la Péninsule Arabique. Les Etats-Unis ont pris conscience à cette époque que l’exportation du wahhabisme, mis en place depuis les années 1970 par la famille Saoud, pourrait représenter un danger.

Néanmoins, cette crise n’a pas brisé la relation entre les deux alliés. Elle a même contribué à forger l’engagement des saoudiens dans la lutte contre le terrorisme, tant sur le plan sécuritaire qu’idéologique. Ostraciser le pays n’aurait pas été une solution efficace, chacun ayant besoin de l’autre pour lutter efficacement contre cette menace.

Une relation désormais marquée par le désengagement américain

L’arrivée au pouvoir du président Obama, en 2008, a marqué un tournant dans la politique extérieure menée au Moyen Orient. En effet, après le désastre de la guerre irakienne et ses conséquences dramatiques, le gouvernement démocrate a décidé d’éviter, le plus possible, de s’impliquer politiquement et militairement dans les conflits au Moyen Orient, et cela, au détriment de la position de son allié.

Après des décennies d’application d’une « diplomatie du chéquier », la stratégie diplomatique saoudienne a elle changé de cap en 2015, lorsqu’ils décidèrent d’intervenir militairement au Yémen. En ne soutenant pas clairement l’Arabie saoudite, le roi a considéré qu’Obama avait trahi le pacte de Quincy. Washington a préféré rester en retrait, n’ayant que très peu d’intérêts à défendre au Yémen et ne souhaitant pas s’associer directement aux conséquences humanitaires. Seul un soutien logistique et technique réduit leur est apporté.

Par ailleurs, le rapprochement initié avec l’Iran, débouchant sur la signature de l’accord sur le nucléaire, a été vécu comme un deuxième coup de poignard pour la famille royale. L’expansionnisme iranien est considéré comme la première menace à la stabilité du royaume. Le roi Salam a toujours pensé, dans ce sens, qu’il était de la responsabilité des américains d’essayer de l’endiguer.

L’arrivée au pouvoir de Donald Trump en 2017 a permis de redistribuer les cartes. Ce dernier a replacé la lutte contre l’influence iranienne au cœur de ses priorités sécuritaires, au plus grand plaisir de la monarchie. En se retirant de l’accord et en imposant de nouvelles sanctions, le président a donné de nouveaux gages de confiance à son allié.  Pour autant, l’équilibre entre les deux pays reste durablement fragilisé. L’absence de valeurs communes pèse de plus en plus dans leur relation. Leur lien repose désormais principalement sur les centaines de milliards de dollars de contrats d’armement qui ont été signés.

Du reste, Donald Trump ne prévoit pas de renforcer sa présence militaire sur le terrain, bien au contraire. Le soutien qu’il a réitéré au prince héritier Mohammed bin Salam, malgré le retentissement de l’affaire Khashoggi, lui a valu un véritable camouflet politique dans son propre camp. De plus, la pression politique américaine contre la participation de Washington, directe ou indirecte, dans le conflit yéménite, est aussi de plus en plus forte. Cette position est donc difficilement tenable sur le long terme et des décisions devront être prises.

Néanmoins, le partenariat qui existe entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite continuera encore longtemps d’exister mais son modèle devra, à terme, être fondamentalement révisé. Un tel niveau d’interdépendance économique et politique, n’est plus viable pour l’un comme pour l’autre.

Le royaume wahhabite cherche déjà à forger de nouvelles alliances, même si elles ne remplaceront jamais la place américaine. Le prince hériter a su impulser une nouvelle politique nécessaire pour le pays mais elle n’en est pas pour autant progressiste. Au-delà de la monarchie pétrolière, c’est la stabilité de toute la région qui est en jeu.

Sources :

https://www.lesclesdumoyenorient.com/L-Arabie-saoudite-et-les-Etats-Unis-une-relation-sur-le-declin-Premiere-partie.html

https://www.lesclesdumoyenorient.com/L-Arabie-saoudite-et-les-Etats-Unis-une-relation-sur-le-declin-Deuxieme-Partie.html

Jacques-Jocelyn Paul, “Arabie saoudite, l’incontournable”, 18 janvier 2016, éditions Riveneuves

About Eva Martinelli

Diplômée d’un Master 2 en Relations internationales spécialité sécurité et défense de l’Université de Grenoble et l’ILERI, Eva s’est spécialisée sur l’étude des problématiques géopolitiques de la Péninsule Arabique, et plus particulièrement sur les enjeux du conflit Yéménite.

S-400, la pomme de discorde de Poutine

 

S-400, la pomme de discorde de Poutine

Publié le 6 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in RussieMoyen-Orient

Quand, furieuse de ne pas avoir été invitée à un banquet sur l’Olympe, Éris, déesse de la Discorde, lance la fameuse pomme sur la table, elle ne s’imaginait peut-être pas la cascade d’événements qu’elle provoquerait. L’inscription gravée sur le fruit – « A la plus belle » – voit d’abord les déesses se crêper le chignon avant de se retourner vers Zeus pour lui demander de les départager. Point téméraire, celui-ci prend ses jambes à son cou et se dépêche de chercher sur terre un jeune homme pour le remplacer dans ce fatal jugement.

Pâris, c’est son nom, n’a que l’embarras du choix : Héra, femme de Zeus, lui propose un empire et Athéna, déesse de la guerre, la victoire éternelle sur les champs de bataille. Mais c’est finalement Aphrodite, déesse de l’amour, qui l’emporte en lui assurant l’affection de la plus belle femme du monde. La belle Hélène, femme du roi de Sparte, tombe ainsi amoureuse de Pâris, prince troyen, qui l’emmène avec lui. C’est le début de la guerre de Troie et des inoubliables exploits d’Achille, Hector, Ulysse…

Véritable Éris des temps modernes, Vladimir Poutine ne s’amuse jamais autant que lorsqu’il sème la discorde dans le camp impérial. Moins poétique, c’est un système antiaérien, le meilleur du monde, qui joue le rôle de la pomme en or. Un petit rappel sur ce bijou technologique n’est pas inutile :

Tout amateur de rugby sait que le noble sport marche par phase : à certaines époques, les attaques prennent le pas sur les défenses ; à d’autres, c’est l’inverse. Au rugby-champagne des années 90, les entraîneurs de ce jeu infini et complexe ont répondu par la mise en place de systèmes défensifs très élaborés. Il en est de même dans l’éternelle course-poursuite de l’armement entre l’attaque (aviation, missiles) et la défense (systèmes anti-aérien et anti-missiles). Amusante coïncidence, les périodes sont relativement similaires.

Les années 90 ont marqué l’apogée de l’attaque, du pouvoir absolu des airs. Durant la première guerre du Golfe (1991), les avions furtifs et missiles américains sont entrés comme dans du beurre irakien ; la guerre du Kosovo (1999) a, pour la première (et dernière ?) fois de l’histoire, vu la victoire de la seule aviation, sans hommes à terre. Cette « dictature du ciel » a provoqué, plus qu’une prise de conscience, une véritable révolution mentale dans les principaux états-major de la planète.

Les Russes ont été les premiers à relever le défi avec la création et la fabrication de systèmes anti-aérien et anti-missiles extrêmement performants : les fameux S300 puis S400. Le bras armé US fait maintenant face à ce que les analystes appellent des « bulles de déni » :

Face à la réalité des systèmes défensifs (S-300 et S-400) et offensifs (sous-marins, missiles balistiques et de croisière) d’origine russe, la question du déni d’accès est désormais l’objet de toutes les attentions, en France, aux Etats-Unis comme à l’Otan. Elle a récemment fait l’objet d’une conférence au Collège de défense de l’Otan et devrait figurer à l’ordre du jour de la prochaine ministérielle de l’Alliance des 15 et 16 juin.

Au comité militaire de l’Otan, on a pris conscience de la vulnérabilité des forces aériennes de l’Alliance en cas de conflit avec Moscou. Et pas seulement. Car les Occidentaux pourraient aussi perdre leur supériorité aérienne en temps de paix, la présence de ces dispositifs d’anti-accès étant, par exemple, susceptible de gêner considérablement le déploiement de moyens d’urgence en Europe de l’Est, tels que ceux préconisés par les Américains. En réduisant la liberté d’action des Alliés sur leur propre zone de responsabilité, le déni d’accès russe deviendrait alors aussi déni d’action à même de contraindre la décision politique. (…) Jamais, depuis la fin de la Guerre froide, l’Otan n’avait été confrontée à des environnements “non-permissifs”.

«Les Russes ne font plus rire», note un observateur, d’autant que leurs systèmes antiaériens, que certains pensaient inefficients, disposent en réalité d’algorithmes très avancés. Qu’il s’agisse du S-300 ou du S-400, ces systèmes complexes utilisent plusieurs types de radars fonctionnant sur différentes fréquences. Ils sont mobiles et disposent d’une maintenance autonome. (…)

Pire : les Russes travaillent à la mise en réseau de leurs dispositifs, afin de mettre en place un système de systèmes intégrés qui leur permettra de gérer plusieurs bulles d’A2/AD en même temps à partir d’un QG unique, voire d’établir des communications entre les différentes bulles pour en créer de plus grosses couvrant de vastes territoires.

La décision russe de vendre le S-400 à la Turquie a fait particulièrement jaser et le fidèle lecteur connaît bien la position de nos Chroniques sur cette question. Dans un article qui fit date et entraîna un record de commentaires, nous exprimions notre effarement devant la vente de ce fleuron au sultan, passé maître dans l’art du retournement de veste et de la trahison. Le seul point positif était, et reste, la fracture créée au sein de l’OTAN.

Deux ans plus tard, rien n’a changé. Malgré les intenses pressions américaines, Erdogan n’en démord pas : il veut son jouet, provoquant une réponse furieuse du Pentagone qui, hier, menaçait la Turquie de « graves conséquences ». Un sénateur US va plus loin et évoque, en termes voilés, l’éventuelle expulsion des Turcs de l’OTAN. Les tenants de la vente des S-400 à Ankara reprendront l’argument selon lequel la vente des S-400 à Ankara est un chef-d’œuvre stratégique du Kremlin divisant l’Alliance atlantique.

En réalité, Turcs et Américains se sont déjà tellement souvent brouillés avant de se rabibocher (Kurdes de Syrie, putschinho etc.) qu’il est difficile de réellement croire à une rupture totale. L’empire a, malgré certaines couleuvres très difficiles à avaler, tout intérêt à ce que la Turquie reste dans l’OTAN. Et il serait tout aussi aberrant pour le sultan de la quitter, d’autant plus qu’il a fait une croix à peu près définitive sur son entrée dans l’Organisation de Coopération de Shanghai.

Toujours est-il que c’est le moment choisi par Moscou pour doubler la mise, toujours au Moyen-Orient. Cette fois, chose très intéressante, c’est le Qatar qui est visé. L’affaire n’est certes pas tout à fait nouvelle. Il y a quelques mois, des rumeurs faisaient déjà état de l’intérêt qatari, provoquant la colère de la camarillasaoudienne qui aurait même menacé de guerre son petit voisin si celui-ci se dotait de l’équipement russe. Où l’on voit que la crise du Golfe n’avait rien de passager…

Ce lundi, Lavrov, qui rencontrait son homologue qatari, en a remis une couche : Moscou est prêt à livrer des S-400 à l’émirat gazier si celui-ci en fait la demande. Et comme Doha est plus qu’intéressé, un accord est dans l’air. Les Saoudiens ont beau en avaler leur keffieh de rage, ils se voient répondre sèchement par leur voisin que ce ne sont pas leurs affaires.

A Washington, on s’étrangle aussi, d’autant que le Qatar est l’hôte de la plus grande base américaine au Moyen-Orient, par ailleurs quartier général du Centcom. Pour l’empire, voilà le casse-tête turc qui recommence ! Mais il y a pire. Le fidèle lecteur sait que, autre décision pour le moins controversée, le Kremlin va vraisemblablement livrer des S-400 à l’Arabie saoudite, peut-être dans l’optique d’un abandon futur du pétrodollar par Riyad.

Or, avec la Turquie, le Qatar, l’Arabie Saoudite, en plus de la Syrie et de l’Iran qui ont déjà des S-300, c’est le Moyen-Orient presque tout entier qui se transformera bientôt partiellement en bulle de déni. Les Américains, dont l’influence dans la région s’est déjà considérablement affaiblie depuis la guerre syrienne, n’avaient vraiment pas besoin de ça…