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Dernières évolutions en Syrie, après la libération de la Ghouta, la reprise de Deraa et de la région du Golan

Dernières évolutions en Syrie, après la libération de la Ghouta, la reprise de Deraa et de la région du Golan

En février 2018, une poussée de fièvre s’était à nouveau emparée de nos médias avec des reportages et articles presqu’exclusivement en faveur des « rebelles » de la Ghouta. A chaque fois que l’étau se resserre sur les enclaves djihadistes, Etats-Unis, Royaume-Uni et France, relayés par la plupart des médias occidentaux, ont rendu l’Etat syrien responsable d’une nouvelle crise humanitaire. Après Alep, la Ghouta était devenue le lieu emblématique de la tromperieconsistant à faire des bras armés de l’Islamisme des « rebellesmodérés », alors même que ce sont des milices financées par l’islamisme combattant. Parmi cette mosaïque de factions, on trouve Jaïsh al-Islam, de loin la plus puissante, soutenue par l’Arabie Saoudite. On peut également mentionner Faylaq Al-Rahmane, proche du Qatar et des Frères musulmans qui financent entre autres le pseudo observatoire syrien des droits de l’Homme, Hayat Tahrir al-Cham, ex Front al-Nosra et émanation d’al-Qaïda.

C’est le général Souhail al-Hassan dit le Tigre qui s’est chargé de l’assaut terrestre sur la Ghouta orientale. Les groupes arméshostiles à l’armée syrienne avaient tout intérêt à maintenir la population en otage avec pression médiatique pour dénoncer la barbarie du « régime. Cela pouvait aller jusqu’aux montages vidéodiffusés dans le monde entier ou les reprises d’accusations de gazage alors qu’ils ont été eux-mêmes approvisionnés en gaz sarinvia la Turquie. Les différents groupes armés avaient en effet parfaitement intégré que pour contraindre les occidentaux à intervenir militairement, il leur fallait produire les preuves d’un franchissement de la fameuse « ligne rouge » par des attaques chimiques. Et à nouveau, dans un tohubohu médiatique identique à celui des derniers combats d’Alep présentée comme ville martyre, journaux, radios et télés avaient repris le cliché de la population assassinée. La pseudo ONG auto-proclamée observatoire syrien des droits de l’homme créé par les Frères musulmans, assisté des « casques blancs » créés par le service britannique du renseignement extérieur, n’ont cessé d’alimenter la désinformation générale.

Le 14 avril 2018 à la suite des fameuses « preuves » fabriquées par les casques blancs et l’OSDH, désignant le « régime » comme responsable d’attaques chimiques, USA, France et Grande Bretagne ont engagé une opération « punitive » sur la Syrie. Les démonstrations de force et les communiqués triomphants des états-majors, auront permis à Donald Trump de redorer son blason à 6 mois des élections de mi-mandat. Sur les 30 missiles ayant visé des cibles désignées comme « entrepôts chimiques », 23 avaientatteint leurs objectifs sans faire de victimes, car vidés de présence militaire. Ces installations désaffectées avaient été rebaptisées « dépôts chimiques » pour justifier les frappes occidentales. Le Major Général Jonathan Shaw, ancien chef des forces spéciales britanniques, dans un entretien à l’hebdomadaire The mail on Sunday, avait posé la question essentielle : « pourquoi la Syrie se donnerait-elle la peine de mener des attaques à l’armement chimique alors même qu’elle vient de remporter militairement la bataille de la Ghouta ? ». Aucune attaque chimique de l’armée n’avait été prouvée. Par contre, des preuves de mise en scèneavaient bien été apportées.

Le 23 juin a été lancée la reconquête de la partie Sud-Ouest de la Syrie, à environ 50 km de Damas, avec Deraa comme cible majeure et Quneitra sur le Golan. Il faut se souvenir que c’est de Deraa, proche de la Jordanie, que sont partis les soulèvements de mars 2011, orchestrés par la CIA, avec l’appui des pouvoirs occidentaux résolus à se débarrasser du président syrien. Le QG de cette opération avait été intégré au Centre des Opérations Militaires de la CIA basé à Amman, composé d’agents des USA, Grande Bretagne, France, Jordanie et Israël. Ce centre opérationnel était chargé du financement des salaires, des armements et du renseignement pour le compte de la nébuleuse des « rebelles modérés ». Les négociations récentes ont été difficiles avec les groupes armés de la mouvance al-Nosra en raison des injonctions américano-jordano-israéliennes de ne pas accepter de reddition ou de repli vers Idlib dans le Nord. Jusqu’au moment où ils ont dû admettre la défaite. C’est alors que les services secrets se sont activés pour exfiltrer grâce aux Israéliens ceux qu’ils qualifient de « défense civile syrienne » et qui ne sont autres que les casques blancs. Les USA et la Grande Bretagne qui ont instrumentalisé ces combattants sous couvert d’aide humanitaire ne voulaient pas prendre le risque de les voir capturés et passer aux aveux. C’est le 29 juillet que les combattants du Front al-Nosra ont remis leurs armes avant d’être escortés vers Idlib.

La voie est désormais ouverte pour la dernière et grande bataille d’Idlib qui est devenue le point de rassemblement de toutes les factions armées qui se sont rendues après les défaites successives. La Russie attend cette « mère des batailles » pour pouvoir passer aux étapes suivantes, la reconstruction du pays et le règlement politique de la crise syrienne. La Turquie, tout en cherchant à ménager la Russie, ne restera pas inactive dans la mesure où Idlib touche à sa frontière du Nord-Ouest et que la reconquête pourraprovoquer un afflux de dizaines de milliers de djihadistes. L’aviation russe n’hésitera pas à prendre la main avec desbombardements modèle Grozny au cas où les négociations aboutiraient à une impasse.

Reste enfin la question kurde dans le Nord de la Syrie. Le 28 juillet, les lignes semblent avoir bougé avec l’accord conclu entre le conseil démocratique syrien, constitué principalement de Kurdes et le gouvernement de Damas. Ces forces qui contrôlent près d’un quart du territoire jusqu’à Raqa et Der Ez-Zor dans le Nord-Est, bénéficiaient jusqu’à présent du soutien américain. La délégation qui pour la première fois depuis le début du conflit s’est rendue à Damas, a avancé la possibilité de confier le contrôle de l’Est de l’Euphrate au gouvernement syrien, précisément là où les Américains ont créé des bases militaires sans autorisation internationale.

Les victoires militaires de la Syrie et politique de la Russie, conduisent à reconsidérer la prospective géostratégique. Deux articles récents de Fabrice Balanche, chercheur à l’Université de Stanford et de l’historien Kamal Alam donnent le ton. Le premier s’intitule « la défaite de l’Occident ». Dans le second, on lit que« pour la première fois dans l’histoire moderne, une intervention militaire étrangère triomphe au Moyen-Orient ». Et Roland Lombardi, célèbre analyste chez JFC-conseil, conclut en affirmant que la Russie est devenue le maître du jeu. Que reste-t-il dès lors de la diplomatie française dans tout cela ? Il semblerait qu’après des années d’échecs, Paris envisagerait de reconsidérer sa politique. Une mission de « conseiller sur le Syrie » vient d’être confiée à François Sénémaud, ancien directeur du Renseignement, ambassadeur à Téhéran. Son expérience et sa vision globale du dossier Moyen-Orient pourrait contribuer à une révision générale de la « grille de lecture » du Quai d’Orsay et de l’Elysée. Pour l’instant, le président Macron paraît vouloir se rapprocher de Vladimir Poutine sans garantie d’être admis en interlocuteur sur la Syrie. Un communiqué conjoint vient d’être publié le 20 juillet. Il semblerait que l’Elysée ayant compris que la question syrienne est désormais entre les mains de la Russie, a jugé qu’une aide humanitaire conjointe pourrait assurer, le moment venu, un strapontin à la table des négociations sur l’avenir de la Syrie, dans ce pays si proche du nôtre, où depuis 7 ans, la France a perdu tout son crédit.

J. M. Schléret  

Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur

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Comment Poutine et Trump mettent fin à la guerre contre la Syrie

Comment Poutine et Trump mettent fin à la guerre contre la Syrie

La presse occidentale continue à soutenir les élites financières transnationales et à tenter de déconsidérer l’action du président Trump. Cette attitude rend difficilement compréhensibles les progrès entrepris vers la paix en Syrie. Thierry Meyssan revient sur les accords conclus au cours des cinq derniers mois et les avancées rapides sur le terrain.

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C’est avec prudence et détermination que la Fédération de Russie et le président Trump mettent définitivement fin à la domination du monde par des intérêts transnationaux.

Convaincu que l’équilibre des puissances ne dépend pas de leurs capacités économiques, mais militaires, le président Poutine a certes restauré le niveau de vie de ses concitoyens, mais il a développé l’Armée rouge avant de les enrichir. Le 1er mars, il révélait au monde les principales armes de son arsenal et le début de son programme de développement économique.

Dans les jours qui suivirent, la guerre se concentra sur la Ghouta orientale. Le chef d’état-major russe, le général Valeri Guérassimov, téléphona à son homologue US, le général Joseph Dunford. Il lui annonça qu’en cas d’intervention militaire US, les forces russes cibleraient les 53 navires US de la Méditerranée et du Golfe, y compris leurs 3 portes-avions à propulsion nucléaire. Surtout, il lui enjoignit d’informer le président Trump des nouvelles capacités militaires de son pays.

En définitive, les États-Unis laissèrent l’Armée arabe syrienne et quelques fantassins russes libérer la Ghouta des jihadistes qui l’occupaient.

Seul le Royaume-Uni tenta d’anticiper les événements en organisant l’« affaire Skripal » : si l’ordre mondial actuel s’effondre, il faut rétablir la rhétorique de la Guerre froide opposants les gentils cow-boys et les méchants ours russes.

En juin, lorsque l’Armée arabe syrienne, soutenue par l’aviation russe, se déplaçait vers le Sud du pays, l’ambassade US en Jordanie prévenait les jihadistes que, désormais, ils devraient se défendre seuls, sans aide ni soutien du Pentagone et de la CIA.

Le 16 juillet à Helsinki, les présidents Poutine et Trump allaient beaucoup plus loin. Ils abordaient la question de la reconstruction, c’est-à-dire des dommages de guerre. Donald Trump, nous l’avons souvent écrit ici depuis deux ans, est opposé à l’idéologie puritaine, au capitalisme financier et à l’impérialisme qui en découle. Il estime à juste titre que son pays n’a pas à endosser les conséquences des crimes de ses prédécesseurs dont son peuple a lui aussi été victime. Il affirme que ces crimes ont été commis à l’instigation, et au profit, des élites financières transnationales. Il considère donc que c’est à elles de payer, même si personne ne sait précisément comment les y contraindre.

Les deux présidents sont également convenus de faciliter le retour des réfugiés. Ce faisant, Donald Trump a renversé la rhétorique de son prédécesseur selon laquelle ils fuyaient la « répression de la dictature » et non pas l’invasion des jihadistes.

Alors que dans le Sud du pays, les jihadistes fuyaient à leur tour devant les forces syriennes et russes, et que quelques unités désespérées de Daesh commettaient des atrocités inimaginables, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, et le chef d’état-major russe, Valeri Guérassimov, entreprenaient une tournée européenne et moyen-orientale.

Ils étaient reçus le plus discrètement possible dans l’Union européenne. En effet, selon le discours occidental le général Guérassimov est un conquérant qui a envahi et annexé la Crimée. Il est donc interdit d’accès dans l’Union, défenseuse auto-proclamée de « l’état de droit ». Malheureusement comme il était trop tard pour retirer son nom de la liste des sanctions, l’Union décida de fermer les yeux sur ses grands principes et de laisser exceptionnellement entrer le héros de la réunification de la Crimée et de la Russie. La honte qui saisit les dirigeants ouest-européens face à leur hypocrisie explique l’absence de photographies officielles des audiences accordées à la délégation russe.

À chacun de ses interlocuteurs, la délégation russe résuma quelques décisions du sommet d’Helsinki. Faisant preuve de sagesse, elle s’abstint de demander des comptes sur le rôle de chaque État durant la guerre et les appela au contraire à aider à sa fin : retrait des forces spéciales, arrêt de la guerre secrète, suppression de l’aide aux jihadistes, retour des réfugiés, réouverture des ambassades. Elle affirma notamment que chacun pourrait participer à la reconstruction sans exclusive.

Sitôt la délégation partie, la chancelière Angela Merkel et le président Emmanuel Macron firent ingénument interroger le Pentagone pour savoir s’il était vrai que le président Donald Trump comptait faire payer certaines compagnies transnationales (KKR, Lafarge, etc.) —juste pour semer le trouble outre-Atlantique—. Cette attitude du président Macron, ancien cadre bancaire, est d’autant plus déplorable qu’il avait tenu à symboliser sa bonne foi en offrant 44 tonnes d’aide humanitaire à la population syrienne, transmises par l’armée russe.

Au Moyen-Orient, le voyage de la délégation russe fut plus couvert par les médias. Lavrov et Guérassimov purent annoncer la création de cinq commissions pour le retour des réfugiés. Chacune, en Égypte, au Liban, en Turquie, en Iraq et en Jordanie, comprend des représentants de l’État hôte et des délégués russes et syriens. Personne n’a osé poser la question qui fâche : pourquoi une telle commission n’a-t-elle pas été constituée avec l’Union européenne ?

Concernant la réouverture des ambassades, les Émirats arabes unis ont pris les « Occidentaux » et leurs alliés de court en négociant la réouverture de la leur.

Restait la préoccupation des Israéliens d’obtenir le départ de Syrie des conseillers militaires iraniens et des milices pro-iraniennes, dont le Hezbollah. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a multiplié les allers-retours à Moscou et Sotchi pour plaider sa cause. On se souvient que Guérassimov avait ironisé sur le culot des vaincus israéliens exigeant le départ des vainqueurs iraniens. Lavrov, quant à lui, s’était diplomatiquement retranché derrière un refus de principe de ne pas s’ingérer dans la souveraineté syrienne.

La Russie a résolu le problème : la police militaire russe a réinstallé les forces de l’Onu le long de la ligne de démarcation syro-israélienne, dont elles avaient été chassées il y a quatre ans. Durant toute cette période, elles avaient été remplacées par Al-Qaïda, soutenu par Tsahal. La Russie a en outre installé en arrière de la ligne de démarcation, en territoire syrien, huit postes d’observation militaire. De la sorte, Moscou peut à la fois garantir à l’Onu et à la Syrie que les jihadistes ne reviendront pas et à Israël que l’Iran ne l’attaquera pas depuis la Syrie.

Israël, qui jusqu’ici misait sur la défaite de la République arabe syrienne et qualifiait son président de « boucher », a subitement admis par la voix de son ministre de la Défense, Avigdor Liberman, que la Syrie sortait vainqueur du conflit et que le président el-Assad était son chef légitime. Pour manifester sa bonne volonté, Liberman a fait bombarder un groupe de Daesh que jusqu’ici il soutenait en sous-main.

Petit à petit, la Fédération de Russie et la Maison-Blanche remettent de l’ordre dans les relations internationales et convainquent divers protagonistes de se retirer de la guerre, voire de postuler pour la reconstruction. De son côté, l’Armée arabe syrienne poursuit la libération de son territoire. Il reste au président Trump à parvenir à retirer ses troupes du Sud (Al-Tanf) et du Nord du pays (Est de l’Euphrate) et au président Erdoğan à abandonner à leur sort les jihadistes réfugiés au Nord-Ouest (Idleb).

Thierry Meyssan

Thierry Meyssan Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux – Du 11-Septembre à Donald Trump (2017).

 

Le crépuscule de la guerre
De quoi la bataille de Deraa est-elle le symbole ?

Le crépuscule de la guerre

Le crépuscule de la guerre

Si l’on considère la guerre en Syrie non pas comme un événement en soi, mais comme l’aboutissement d’un conflit mondial d’un quart de siècle, on doit s’interroger sur les conséquences de la cessation à venir des hostilités. Son achèvement marque la défaite d’une idéologie, celle de la globalisation et du capitalisme financier. Les peuples qui ne l’ont pas compris, notamment en Europe occidentale, se placent eux-mêmes à l’écart du reste du monde.

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Donald Trump et Vladimir Poutine lors du sommet bilatéral d’Helsinki, le 16 juillet 2018.

Les guerres mondiales ne se terminent pas simplement par un vainqueur et un vaincu. Leur fin trace les contours d’un nouveau monde.

La Première Guerre mondiale s’est conclue par la défaite des empires allemand, russe, austro-hongrois et ottoman. La cessation des hostilités a été marquée par l’élaboration d’une organisation internationale, la Société des nations (SDN) chargée d’abolir la diplomatie secrète et de régler par l’arbitrage les conflits entre les États-membres.

La Seconde Guerre mondiale s’est conclue par la victoire de l’Union soviétique sur le Reich nazi et l’Empire nippon du hakkō ichi’u [1] [2], suivie d’une course poursuite entre les Alliés pour occuper les dépouilles de la Coalition vaincue. Elle a donné naissance à une nouvelle structure, l’Organisation des Nations unies (Onu), chargée de prévenir de nouvelles guerres en établissant le Droit international autour d’une double légitimité : l’Assemblée générale où chaque État dispose d’une voix quelle que soit sa taille, et un directoire des cinq principaux vainqueurs, le Conseil de sécurité.

La Guerre froide n’était pas la Troisième Guerre mondiale. Elle ne s’est pas terminée par la défaite de l’Union soviétique, mais par son effondrement sur elle-même. Elle n’a pas été suivie de la création de nouvelles structures, mais par l’intégration des États de l’URSS au sein d’organisations préexistantes.

La Troisième Guerre mondiale aura débuté en Yougoslavie, se sera poursuivie en Afghanistan, en Irak, en Géorgie, en Libye, au Yémen, pour se terminer en Syrie. Son champ de bataille s’est circonscrit aux Balkans, au Caucase et à ce que l’on appelle désormais le « Moyen-Orient élargi ». Elle aura coûté la vie à d’innombrables populations musulmanes ou chrétiennes orthodoxes, sans trop déborder dans le monde occidental. Elle est en train de se conclure depuis le sommet Poutine-Trump d’Helsinki.

Les profondes transformations qui ont modifié le monde durant les 26 dernières années ont transféré une partie du pouvoir des gouvernements vers d’autres entités, soit administratives, soit privées, aussi bien que l’inverse. Par exemple, on a vu une armée privée, Daesh, se proclamer État souverain. Ou encore, le général David Petraeus organiser le plus vaste trafic d’armes de l’Histoire lorsqu’il dirigeait la CIA, et le poursuivre après sa démission au nom d’une société privée, le fonds spéculatif KKR [3].

Cette situation peut être décrite comme un affrontement entre, d’une part, une classe dirigeante transnationale et, d’autre part, des gouvernements responsables devant leurs peuples.

Contrairement aux imputations de la propagande qui attribuent la cause des guerres à des circonstances immédiates, celles-ci se trouvent dans des rivalités ou des ambitions profondes et anciennes. Les États mettent des années à se dresser les uns contre les autres. Ce n’est souvent qu’avec le temps que nous pouvons comprendre les conflits qui nous dévorent.

Par exemple, très peu de gens ont compris ce qui se passait lors de l’invasion japonaise de la Mandchourie (1931) et ont attendu l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne (1938) pour comprendre que les idéologies racistes allaient mener à la Seconde Guerre mondiale. Identiquement, rares sont ceux qui ont compris dès la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992) que l’alliance entre l’Otan et l’islam politique ouvrait la voie à la destruction du monde musulman [4].

Aujourd’hui encore, malgré les travaux des journalistes et des historiens, beaucoup n’ont toujours pas réalisé l’énormité de la manipulation dont nous avons tous été victimes. Ils refusent d’admettre que l’Otan coordonnait alors des supplétifs saoudiens et iraniens sur le continent européen. C’est pourtant un fait impossible à contester [5].

De même, ils refusent d’admettre qu’Al-Qaïda, accusé par les États-Unis d’avoir perpétré les attentats du 11-Septembre, a pu combattre sous les ordres de l’Otan en Libye et en Syrie. C’est pourtant un autre fait impossible à contester [6].

Le plan initial qui prévoyait de dresser le monde musulman contre le monde orthodoxe s’est transformé en cours de route. Il n’y a pas eu de « guerre des civilisations ». L’Iran chiite s’est retourné contre l’Otan qu’il servait en Yougoslavie et s’est allié à la Russie orthodoxe pour sauver la Syrie multiconfessionnelle.

Nous devons ouvrir les yeux sur l’Histoire et nous préparer à l’aube d’un nouveau système mondial où certains de nos amis d’hier sont devenus nos ennemis et vice-versa.

À Helsinki, ce ne sont pas les États-Unis qui ont conclu un accord avec la Fédération de Russie. Ce n’est que la Maison-Blanche. Car l’ennemi commun est un groupe transnational exerçant une autorité aux États-Unis. Considérant que c’est lui et non pas le président élu qui représente les USA, il ne s’est d’ailleurs pas gêné pour accuser immédiatement le président Trump de trahison.

Ce groupe transnational est parvenu à nous faire croire que les idéologies sont mortes et que l’Histoire est finie. Il a présenté la globalisation, c’est-à-dire la domination anglo-saxonne à travers l’extension de la langue et du mode de vie états-unien, comme la conséquence du développement des techniques de transport et de communication. Il nous a assuré qu’un système politique unique était idéal pour tous les hommes, la démocratie (c’est-à-dire le « gouvernement du Peuple, par le Peuple, pour le Peuple »), et qu’il était possible de l’imposer à tous par la force. Enfin, il a présenté la liberté de circulation des personnes et des capitaux comme la solution à tous les problèmes de main d’œuvre et d’investissement.

Ces assertions, que nous acceptons tous dans notre quotidien, ne résistent pourtant pas une minute à la réflexion.

Derrière ces mensonges, ce groupe transnational a systématiquement érodé le Pouvoir des États et amassé des fortunes.

Le camp qui sort vainqueur de cette longue guerre défend au contraire l’idée que, pour choisir leur destin, les hommes doivent s’organiser en Nations définies soit à partir d’une terre, soit d’une histoire ou d’un projet commun. Par conséquent, il soutient les économies nationales contre la finance transnationale.

Nous venons d’assister à la Coupe du monde de football. Si l’idéologie de la globalisation avait gagné, nous aurions du soutenir non seulement notre équipe nationale, mais aussi celles d’autres pays en fonction de leur appartenance à des structures supra-nationales communes. Par exemple, les Belges et les Français auraient dû se soutenir mutuellement en agitant des drapeaux de l’Union européenne. Mais ce n’est venu à l’idée d’aucun supporter. Nous mesurons là le fossé qui sépare d’une part la propagande qu’on nous assène et que nous répétons et, d’autre part, notre comportement spontané. Malgré les apparences, la victoire superficielle du globalisme n’a pas modifié ce que nous sommes.

Ce n’est évidemment pas un hasard si la Syrie où fut imaginée et façonnée l’idée d’État, il y a plusieurs milliers d’années, est la terre où cette guerre s’achève. C’est parce qu’ils avaient un véritable État, qui n’a jamais cessé de fonctionner, que la Syrie, son peuple, son armée et son président ont pu résister à la plus gigantesque coalition de l’Histoire, constituée par 114 États membres des Nations unies.

[1] Le hakkō ichi’u (les huit coins du monde sous un seul toit) est l’idéologie de l’Empire japonais. Elle pose la supériorité de la race nipponne et son droit à dominer l’Asie.

[2] Les armées soviétiques déferlaient sur la Mandchourie laissant penser que Tokyo allait présenter sa reddition à Moscou lorsque le président Truman fit usage d’une seconde bombe atomique à Nagasaki. Il contraignit ainsi les Japonais à se rendre au général McArthur, permettant ainsi au Pentagone d’occuper ce pays. NdlR

[3] « Des milliards de dollars d’armes contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 juillet 2017.

[4] Les Dollars de la terreur : Les États-Unis et les islamistes, Richard Labévière, Grasset, 1999.

[5] Wie der Dschihad nach Europa kam. Gotteskrieger und Geheimdienste auf dem Balkan, Jürgen Elsässer, Kai Homilius Verlag, 2006. Version française : Comment le Djihad est arrivé en Europe (préface de Jean-Pierre Chevènement), Xenia, 2006.

[6] Sous nos yeux. Du 11-septembre à Donald Trump, Thierry Meyssan, Demi-Lune 2017.

 

Les signaux de paix éthiopiens vers l’Érythrée et l’Égypte vont changer la donne géopolitique régionale

Les signaux de paix éthiopiens vers l’Érythrée et l’Égypte vont changer la donne géopolitique régionale


Par Andrew Korybko – le 18 juin 2018 – Source Oriental Review

Le président érythréen Isaias Afewrki, à gauche, serre la main du président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi dans le palais présidentiel du Caire, en Égypte

Le nouveau Premier ministre éthiopien a créé la surprise en tendant la main à ses deux rivaux régionaux éthiopiens que sont l’Érythrée et l’Égypte.

La première des deux décisions prises ce week-end par le premier ministre Ahmed a été d’annoncer que l’Éthiopie allait unilatéralement se conformer à une décision de la Cour de Justice Internationale en date de 2002, précisant que la ville disputée de Badme était à présent rattachée à l’Érythrée ; les deux voisins avaient fait la guerre dans les années 1998-2000 en raison de ce différend. Ce conflit, larvé depuis longtemps, avait été allumé au moment de cette guerre plutôt en raison de la défiance mutuelle entre les deux États que pour des raisons stratégiques – la ville en question ne présente en effet qu’un très faible intérêt géographique. L’Éthiopie, État sans accès à la mer, voulait garder son ancienne province d’Érythrée en état de faiblesse, afin de la contrôler par procuration et de reprendre son accès historique à la mer Rouge ; alors que l’Érythrée trouve depuis longtemps un intérêt à soutenir divers groupes « rebelles » contre Addis-Abeba, le but étant d’engluer l’Éthiopie dans suffisamment de crises domestiques pour la distraire de jamais reconsidérer le statut indépendant d’Asmara.

Situation des États d’Égypte (bleu), d’Érythrée (vert) et d’Éthiopie (orange) sur la carte d’Afrique. Carte originale MarginalCost – Own work, CC BY-SA 4.0, modifiée par lesakerfrancophone

 

La prolongation interminable du statut de « paix froide » sur laquelle avait débouché le conflit depuis une quinzaine d’année – au cours duquel plus de cent mille personnes avaient péri, pour des enjeux territoriaux ridiculement faibles – est considérée comme la raison du sous-développement de l’État d’Érythrée. Le petit État se trouvait de fait astreint de maintenir une politique controversée de conscription forcée et indéfinie de ses citoyens aux fins d’assurer sa sécurité nationale, alors même que ces conscriptions forcées provoquaient dans une large mesure l’exode de milliers de personnes chaque année. En outre, le soutien prétendu d’Asmara au groupe terroriste Al Shabaab, utilisé comme mandataire pour attaquer l’armée Éthiopienne en Somalie – par suite de l’invasion de ce dernier pays par Addis-Abeba au milieu des années 2000 – avait provoqué l’application de sanctions de la part du Conseil de sécurité des Nations Unies envers l’Érythrée, sanctions qui perdurent jusqu’à ce jour. L’Érythrée commençait tout juste à sortir de son isolement international, ayant rejoint la guerre contre le Yémen, et ayant selon les rumeurs fait alliance avec l’Égypte ; les gestes de paix récents de l’Éthiopie envers l’Égypte pouvant d’ailleurs venir saper cette relation essentielle.

Cela fait longtemps que l’Égypte accuse l’Éthiopie d’utiliser l’eau comme arme, en raison du projet éthiopien de construire un barrage le long du Nil Bleu, affluent du Nil qui apporte les plus grands volumes d’eau à l’Afrique du Nord. L’Égypte avait même déjà plusieurs fois menacé de bombarder l’ouvrage, et on peut penser que son alliance présumée avec l’Érythrée était motivée par l’existence de ce projet. La visite surprise du premier ministre Ahmed au Caire ce week-end l’a vu, en accord avec le président Sisi, s’accorder pour trouver un terme pacifique à ce différent hydrique. L’effet de bord en est, cependant, que l’alliance égyptienne avec l’Érythrée en sort affaiblie, sa justification pour l’Égypte ayant été de constituer un revers contre l’Éthiopie. À présent qu’il sait ne plus pouvoir compter sur le Caire qu’il ne l’avait pensé jusqu’ici, le gouvernement d’Asmara se trouve donc sous pression de travailler de manière constructive avec Addis-Abeba, et sa rétrocession de la ville de Badme, et de normaliser les relations entre les deux pays.

Il est sans aucun doute à l’avantage de l’Érythrée de formaliser une paix solide avec l’Éthiopie, et de commencer à sortir de son isolement international, mais cela pourrait porter à conséquences sur la situation politique intérieure du pays. Le « Front populaire pour la démocratie et la justice », parti jusqu’à présent au pouvoir, s’appuyait sur la menace éthiopienne comme excuse au sous-développement érythréen, et cette excuse cessera d’être valable dès lors que les deux pays se seront rapprochés. La pression populaire pourrait monter envers Isaias Afwerki, président vieillissant du pays, de libéraliser son État uni-partite « socialiste » pour faciliter une transformation politique dont cette « réouverture » pourrait constituer le catalyseur, avec la perspective de voir les aides économiques internationales et la levée des sanctions conditionnées par cette réouverture.

La situation a ceci d’ironique qu’après des années passées par l’Érythrée à fomenter un changement de régime en Éthiopie par des moyens militants, ce pourrait bien être au final l’Éthiopie qui réussirait à accomplir ce même tour envers l’Érythrée, au travers des conséquences de ce double geste de paix, le tout en l’espace d’un week-end.

Cet article est une retranscription partielle de l’émission radiophonique « the CONTEXT COUNTDOWN », diffusée sur Sputnik News le 15 juin 2018.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-signaux-de-paix-ethiopiens-vers-lerythree-et-legypte-vont-changer-la-donne-geopolitique-regionale

 

La construction du chemin de fer trans-arabique par la Russie rendra les Saoudiens plus multipolaires

La construction du chemin de fer trans-arabique par la Russie rendra les Saoudiens plus multipolaires


Par Andrew Korybko – Le 5 juin 2018 – Source Oriental Review

Russian RailwaysLe PDG de Russian Railways, leader de cette industrie, a annoncé l’intention de son entreprise de participer au Trans-Arabian Railway lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg de la semaine dernière (SPIEF), attirant ainsi l’attention sur un projet que le Conseil d’administration avait en ligne de mire depuis quelques années mais n’avait pas réussi à faire décoller. Le concept est que les États du CCG resserraient leur intégration économique non-énergétique grâce à un chemin de fer côtier qui serpenterait le long du bord sud du golfe Persique et qui irait du Koweït à Oman, mais cette vision n’a pas encore été priorisée. Cependant, cela pourrait changer dans le futur à la suite d’une coopération trilatérale entre la Russie, l’Arabie saoudite et la Chine.

Pour l’expliquer, l’ambitieux programme Vision 2030 de réformes socio-économiques du Prince héritier Mohammed Bin Salman concorde parfaitement avec la vision globale de la nouvelle Route de la soie chinoise, en ce sens qu’il  vise à positionner le Royaume wahhabite comme une « plateforme d’échange » économique tricontinentale pour l’Afro-eurasie. Certains investissements parmi les plus de 130 milliards de dollars que la Chine a réalisé en Arabie saoudite l’an dernier serviront à moderniser l’économie du pays et à le placer sur la voie d’un avenir post-pétrolier durable.

Saudi Arabia Railways
Chemins de fer d’Arabie saoudite

Russian Railways a travaillé très dur pour s’imposer comme un acteur mondial et le projet de chemin de fer trans-arabique lui fournit l’occasion idéale pour présenter ses services. Non seulement cela, mais c’est une contrepartie pour les investissements saoudiens dans l’économie russe au cours des deux dernières années, et cela aidera aussi à accélérer le rapprochement russo-saoudien.

Image associée

L’approfondissement de la position de Moscou dans les affaires arabes, en particulier avec l’influent CCG, lui permettra de gagner un plus grand respect et acceptation en tant que puissance au Moyen-Orient. Au total, l’implication réussie de la Russie dans le projet du chemin de fer trans-arabique et les investissements chinois dans le royaume pourraient aider l’Arabie saoudite à diversifier sa politique étrangère et finalement la faire devenir plus multipolaire.

L’article présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 01 juin 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-construction-du-chemin-de-fer-trans-arabique-par-la-russie-rendra-les-saoudiens-plus-multipolaires

 

Le refus américain de voir la menace Daech en Asie centrale ne fera que renforcer l’anneau d’or

Le refus américain de voir la menace Daech en Asie centrale ne fera que renforcer l’anneau d’or


Par Andrew Korybko – Le 30 mai 2018 – Source Oriental Review

Les États-Unis ont rejeté les avertissements de la Russie selon lesquels Daech se rassemblait dans le nord de l’Afghanistan et s’apprêtait à constituer une menace pour l’Asie centrale.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Oleg Syromolotov, a attiré l’attention sur cette menace lors d’un discours dans la capitale tadjike de Douchanbé pendant la conférence de deux jours sur le « contre-terrorisme et la prévention de l’extrémisme violent ». Le colonel Kone Faulkner l’a qualifié de « propagande » et a insisté sur le fait que la Russie « ne fait pas assez pour s’attaquer au problème de la radicalisation et du recrutement terroriste à l’intérieur de ses frontières », bien que Syromolotov ait parlé précisément de ces efforts anti-terroristes lors d’une autre conférence de l’OSCE sur le contre-terrorisme, il y a deux semaines.

L’approche américaine autour de la présence accrue de Daech en Afghanistan est restée cohérente, niant continuellement que le groupe grandit et tente de mettre le doute sur tous les avertissements de la Russie afin de montrer que Moscou manipule cette menace terroriste à des fins géostratégiques. Les États-Unis n’aiment pas que les États d’Asie centrale travaillent plus étroitement avec la Russie à travers le traité de défense mutuelle de l’OTSC et avec la Chine via l’OCS afin de contrer cette menace car Washington veut être le seul « fournisseur de sécurité » de cette région.

Les États-Unis tentent déjà de relancer leur partenariat stratégique avec l’Ouzbékistan après que son nouveau président s’est rendu aux USA pour rencontrer Trump la semaine dernière, mais le dirigeant pragmatique de Tachkent ne fera rien qui mettrait en péril les perspectives de connectivité régionale de son pays auxquelles il a travaillé si dur lors cette dernière année et demie pour permettre leurs développements. Cela conduit au scénario cynique où les objectifs stratégiques des États-Unis pourraient être mieux servis en voyant Daech fonctionner comme un moyen de diviser pour mieux régner et indirectement pour semer les graines du chaos régional en Asie centrale et du Sud, comme cela a été fait en Asie occidentale.

Pour l’expliquer plus en détail, l’un des objectifs fondamentaux de la guerre hybride est de provoquer des conflits identitaires sur quelque chose d’aussi polarisant que la religion, par exemple, pour perturber les initiatives connectives transnationales multipolaires telles que les institutions d’intégration comme l’OCS ou les infrastructures comme le projet chinois de corridor économique avec le Pakistan (CPEC). Cela a permis à Daech de se servir de l’Afghanistan comme base pour lancer des campagnes de déstabilisation axées sur le nord et le sud, respectivement, contre ces deux institutions. Tous les voisins de l’Afghanistan ainsi que la Russie sont bien conscients de cette menace, ce qui renforce leur suspicion à l’égard des motifs de l’Amérique d’en nier l’évidence.

10 membres de Daech et 5 membres des talibans capturés par les autorités afghanes.

 

Deux partenaires improbables se sont rendu compte du jeu et ont utilisé leurs intérêts communs pour contrecarrer le scénario chaotique des États-Unis comme base de leur rapprochement rapide et complet, la Russie et le Pakistan. Les deux pays ont depuis courageusement enterré leur relation de méfiance l’un envers l’autre dans une toute nouvelle ère de rapports stratégiques qui a commencé en Afghanistan. Depuis, des perspectives passionnantes se sont développées autour de ces implications continentales pour aboutir finalement à l’Anneau d’or des grandes puissances eurasiennes. L’axe russo-pakistanais avait jusqu’ici été le maillon le plus faible du grand consortium de ces deux pays plus la Chine, l’Iran et la Turquie, mais il est aujourd’hui l’un des plus prometteurs.

En niant la présence croissante de Daech en Asie centrale, les États-Unis ont involontairement renforcé l’Anneau d’Or qu’ils voulaient initialement voir perturbé par les terroristes. Les conséquences de ce retour en arrière sont même pires que ce que le « regretté » Brzezinski pouvait craindre. L’écrivant dans son livre de stratégie-planification maintenant tristement célèbre, le Grand Échiquier, il a dit que les États-Unis devaient faire tout leur possible pour empêcher la Russie et la Chine d’unir leurs forces contre l’Amérique, mais après la débâcle de Washington avec Daech dans sa guerre de l’information en Afghanistan, la patrie d’adoption du penseur polonais doit maintenant se confronter à la perspective de voir ces deux grandes puissances eurasiennes partenaires du CENTO multipolaire des musulmans en Turquie, en Iran et au Pakistan via l’Anneau d’Or.

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 25 mai 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-refus-americain-de-voir-la-menace-daesh-en-asie-centrale-ne-fera-que-renforcer-lanneau-dor

 

Vidéo. B. Hautecouverture (FRS) Un retour de l’arme nucléaire dans les relations internationales ?

Vidéo. B. Hautecouverture (FRS) Un retour de l’arme nucléaire dans les relations internationales ?

Par Benjamin HAUTECOUVERTURE , Fabien HERBERT, Jérémie ROCQUES, Pierre VERLUISE, le 7 juin 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Benjamin Hautecouverture est Maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Propos recueillis par Pierre Verluise, Docteur en géopolitique, fondateur du Diploweb.com. Images et son Jérémie Rocques. Montage : Fabien Herbert. Résumé : Emilie Dael Causse.

L’histoire a-t-elle déjà vu un pays renoncer à l’arme nucléaire ? Si l’Afrique du Sud, l’Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan ont renoncé à la dissuasion nucléaire, c’est à chaque fois après un changement de régime politique. La Corée du Nord fera-t-elle exception ? Et l’Iran ?

QUESTIONS

. Quelles sont les idées fausses concernant la place de l’arme nucléaire dans les relations internationales ?
. Quelles sont les idées fortes à retenir au sujet de l’arme nucléaire dans les relations internationales ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Résumé Emilie Dael Causse pour Diploweb

Nous nous trouvons dans un moment particulier de l’histoire de la planète nucléaire. En effet, en juillet 2018 auront lieu les cinquante ans de l’ouverture à la signature du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. C’est l’occasion pour l’ensemble de la communauté internationale de faire un point sur la place de l’arme nucléaire dans les rapports entre puissances et dans les doctrines de sécurité des grands États aujourd’hui.

Quelles sont les idées fausses sur la place de l’arme nucléaire dans les relations internationales ?

L’idée selon laquelle le monde s’acheminerait vers la fin de l’arme nucléaire est erronée. Elle semble avoir animé certains États pendant la négociation d’un traité d’interdiction signé à New-York à l’été 2017. Bien au contraire, en 2018, nous assistons d’un côté à une re-nucléarisation des politiques de sécurité des États dotés de l’arme nucléaire, et de l’autre au retour des débats autour d’une possible relance des politiques de nucléarisation pour les non dotés. Cette tendance se traduit notamment dans le fait que les États dotés n’ont pas signé le traité de New-York et que beaucoup d’autres se sont abstenus. Pour la centaine d’États non dotés, cette volonté de mettre fin aux armes nucléaires rend compte d’une exaspération croissante à l’égard d’un retour de l’arme nucléaire dans le monde.

L’arme nucléaire n’est pas non plus en train de reprendre la place qui fut la sienne pendant la Guerre froide (1947-1990). Il ne suffit pas de prendre appui sur les stratégies des années 60 à 80 pour comprendre le monde nucléaire actuel. Pour cause, le monde n’est plus bipolaire mais en cours de multipolarisation, ce qui fait que les rapports entre États sont beaucoup plus complexes. En particulier parce que les États ont des politiques d’alliances et de partenariats beaucoup plus opportunistes et pragmatiques qu’avant.

Il ne faut pas non plus croire que la volonté de lutter contre la prolifération de l’arme nucléaire soit en perte de vitesse. Si les années 2000 à 2012 ont été marquées par une érosion de la non-prolifération, il semble désormais nécessaire de repenser ce que doivent être les cadres de l’arme nucléaire, c’est-à-dire la maîtrise de l’armement (ou l’ « arms control »). L’enjeu et de repenser un instrument de maîtrise du volume de la violence.

Quelles sont les idées fortes à retenir au sujet de l’arme nucléaire dans les relations internationales ?

Les grands États dotés de l’arme nucléaire que sont les Etats-Unis, la Russie, la France, la Chine, et le Royaume-Uni sont en cours de modernisation de leur force de dissuasion. Cela se traduit par exemple en France au travers de la présentation en février 2018 de la Loi de programmation militaire 2019-2025 qui prévoit une hausse du budget de dissuasion. Un processus général de réévaluation de l’arme nucléaire dans les arsenaux des États dotés est donc en marche et le rôle de l’arme nucléaire dans les doctrines de sécurité de ces États n’a pas décru.

Dans le contexte de crise de prolifération actuel, il semble important de rappeler que dans l’histoire, aucun État n’a dénucléarisé, désarmé et démantelé son programme sans changement de régime ou rupture historique majeure. C’est seulement le cas de l’Afrique du Sud avec la fin de l’apartheid en 1991 et celui de l’Ukraine, de la Biélorussie et du Kazakhstan dont l’armement été rapatrié en Russie suite à l’implosion de l’URSS le 8 décembre 1991. Voici pourquoi, à moins d’une rupture politique majeure en Corée de Nord dans les années à venir, il n’y a pas de raison de penser que le régime soit sur la voie d’une dénucléarisation.

Enfin, pour comprendre l’importance de l’arme nucléaire dans les relations internationales aujourd’hui, il faut avoir à l’esprit qu’elle reste une clé de lecture déterminante des relations entre puissances. En particulier, dès qu’il y a un conflit ou qu’une rivalité peut s’exacerber, elle va immédiatement prendre le rôle de stabilisateur ou celui d’un facteur qui empêche de débloquer une situation ou bien qui permet d’en rester à une rivalité de basse intensité. Par exemple, cela est vrai pour la crise syrienne qui perdure car l’allié russe empêche que des solutions militaires soient adoptées ou aillent dans le sens d’une escalade nucléaire.

Ainsi l’arme nucléaire reste extrêmement structurante dans les relations entre puissances et ce en particulier dans des cas de crise.

Copyright pour le résumé Juin 2018- Dael Causse/Diploweb.com


Sur le nucléaire, le Diploweb.com vous propose encore les vidéos suivantes :

. Eric Danon : La dissuasion nucléaire a-t-elle un avenir ?

. Emmnanuelle Maitre : Quel avenir pour l’accord nucléaire iranien ?

. Benjamin Hautecouverture : La Corée du Nord et l’arme nucléaire

. François Géré : Un stratège français d’envergure, P.-M. Gallois et le nucléaire

. François Géré : Lucien Poirier, stratège français de la dissuasion nucléaire

. Benjamin Hautecouverture : Quelle prolifération nucléaire ?

L’US PaCom devient US IndoPaCom

L’US PaCom devient US IndoPaCom

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Lors d’une cérémonie à Pearl Harbour, le 30 mai 2018, le secrétaire US à la Défense, James Mattis, a annoncé que l’US PaCom (littéralement Commandement des Etats-Unis au Pacifique) devenait l’US IndoPaCom.

Le général n’a pas précisé les raisons de ce changement se contentant de noter que la zone couverte comprend à la fois les océans Pacifique et Indien.

L’amiral Harry Harris, commandant sortant de ce CoCom (commandement de combat unifié), a précisé que « le temps de la compétition entre les grands puissances était de retour. Dans la zone indo-pacifique, a commencé une course géopolitique entre deux visions, l’une libérale, l’autre oppressive ».

Il semble que le Pentagone fasse référence à la fois au projet chinois de « nouvelles routes de la soie » (Belt & Road Initiative) et à la stratégie chinoise du « collier de perles » visant à endiguer l’Inde.

 

http://www.voltairenet.org/article201372.html

Cauchemar au Nicaragua : ce pourrait n’être que le début

Cauchemar au Nicaragua : ce pourrait n’être que le début


Par Andrew Korybko − Le 28 avril 2018 − Source orientalreview.org

On compte au moins 30 morts à l’issue de plusieurs jours de violences généralisées sur tout le territoire du Nicaragua, après que des émeutiers se sont lâchés dans ce qu’ils prétendaient être une « manifestation pacifique et démocratique » contre les projet du gouvernement de réformer le système de sécurité sociale en faillite. De fait, le gouvernement proposait une faible augmentation des cotisations à sa caisse nationale, mais cette proposition est moins rigoureuse que ce que le FMI et la communauté des affaires du pays voulaient : monter l’âge de la retraite de 5 ans, entre autres choses. Les réformes que le pays s’apprêtait à mettre en œuvre sont donc relativement plus douces, et on n’aurait pas du s’attendre à en voir sortir un tel chaos. On pourrait penser que la situation serait encore pire sur le gouvernement avait suivi la « solution » beaucoup plus dure du FMI, mais on peut aussi supposer que l’ensemble de cet épisode de sécurité sociale avait été prévu à l’avance comme « événement déclencheur » d’un soulèvement plus important, quelles qu’en soient les décisions elles-mêmes.

Après tout, certains émeutiers brandissaient des armes improvisées, et montraient une rage de tuer totalement hors de proportion avec le refus d’une petite augmentation des cotisations de sécurité sociale. La violence qui a explosé au travers du pays, semble-t-il sur commande, ressemble à un nouveau ballon d’essai de guerre hybride, mesurant la réponse de la société à des perturbations de type changement de régime, ainsi que les réponses gouvernementales à ces violences. Le président Ortega, un ancien socialiste qui avait défendu son pays face aux narco-terroristes soutenus par les USA pendant la « première » guerre froide, a pris la sage décision de suspendre les mesures d’augmentation de cotisations, pour faire cesser l’escalade et afin de séparer les vrais manifestants des émeutiers, mais il se peut que ces derniers fassent à présent profil bas et s’intègrent avec les premiers jusqu’à décider de frapper à nouveau. Il ne fait guère de doute qu’ils y reviendront à l’avenir, au vu de l’importance que prend le Nicaragua dans la nouvelle guerre froide ; leurs commanditaires ne sont pas sans ignorer cette importance.

Émeutes au Nicaragua

Le pays, ancienne zone de conflit par proxy [pendant la guerre froide], reprend de l’importance géostratégique, mais pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’ancien modèle « effet domino », sous-jacent à l’ancien conflit. Le Nicaragua d’aujourd’hui héberge le projet chinois de canal trans-océanique, qui devrait entrer en concurrence avec le canal du Panama, mais qui pour l’instant a peiné à avancer concrètement. Comme presque tous les sujets de relations internationales contemporains, le projet chinois présente également des enjeux pour la Russie. Moscou et Managua ont approfondi leurs partenariats militaires et même spatiaux ces dernières années, ce qui a soulevé des commentaires incroyablement négatifs de la part des médias traditionnels occidentaux, enclins à propager des peurs en réalisant des parallèles avec l’ancienne guerre froide. Comme on pouvait s’y attendre, une propagande digne d’une période de guerre a été répandue récemment, dépeignant le pays comme une « dictature corrompue », « ne prêtant aucune considération aux droits environnementaux » et « supprimant les minorités indigènes » le long de sa côte des Caraïbes.

Il est très probable, que cela arrive à court ou à plus long terme, que des perturbations de type guerre hybride reviennent hanter le Nicaragua si le président Ortega ne prend pas ses distances des partenaires multipolaires que constituent la Chine, la Russie, et le groupe ALBA mené par le Venezuela. Il s’agirait d’une concession stratégique qui répondrait à l’agression asymétrique américaine. Il ressort clairement de tout ceci que Trump poursuit l’« Opération Condor 2.0 », lancée par son prédécesseur, opération unipolaire à l’échelle de l’hémisphère, qui vise à reprendre le contrôle de l’Amérique Latine, et qu’il ne mettra pas fin à cette opération avant d’être parvenu à ses fins.

Cet article constitue une retranscription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN, diffusé sur Sputnik News le vendredi 27 avril 2018.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/cauchemar-au-nicaragua-ce-pourrait-netre-que-le-debut

 

L’Europe de la défense – Mind the Map

L’Europe de la défense – Mind the Map

Dans le cadre d’un partenariat bilatéral, Les Yeux du Monde publient à intervalles réguliers des cartes réalisées par Mind the Map, un blog fondé par Christophe Chabert, un passionné de cartographie et de géopolitique.

Cliquez pour voir la carte en haute définition.

Face aux menaces terroristes, face aux nouvelles menaces hybrides, face à l’instabilité politique croissante aux frontières européennes, l’idée d’une Europe de la défense revient sur le devant de la scène. L’idée d’une « Europe qui protège » et d’une défense commune renaît et la volonté de mettre en place une défense commune est visible chez les dirigeants européens alors qu’en 2015 personne n’envisageait de soutenir la proposition[1] de Jean-Claude Juncker lorsqu’il disait vouloir une « armée commune ». L’Europe est-elle prête à se construire sur cette nouvelle base ? Où en est-on aujourd’hui ? La carte de Christophe Chabert, « L’Europe de la défense », représente l’état de l’Europe de la défense aujourd’hui, entre renforcement de la coopération militaire et persistance des inégalités parmi les capacités de défense des États[2].

Il subsiste aujourd’hui plusieurs obstacles à la construction d’une Europe de la défense. Les inégalités entre les capacités de défense des États sont visibles aussi bien en termes d’effectifs que d’industrie. Seules huit armées des 28 membres de l’Union européenne ont des forces armées supérieures à 40000 soldats. Les inégalités d’effectifs s’accroissent même davantage entre ces huit États : la France possède 312 000 soldats, le Royaume-Uni 155 000 et la Roumanie n’en possède que  70 000. Les inégalités technologiques renforcent la dépendance des armées du petit continent aux puissances nucléaires (France et Royaume-Uni) et maritimes (France et Italie). Enfin seulement cinq États (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni et Suède) possèdent un complexe militaro-industriel important. La concurrence entre ces industries de défense limite les possibilités de construction d’une défense commune. Ainsi en 2012, Saab (Gripen), Dassault (Rafale) et de BAE-EADS-Finmeccanica (Eurofighter) se sont concurrencés pour répondre à un appel d’offre émis par la Suisse afin de remplacer ses avions de chasse. L’entretien réalisé avec l’eurodéputé Urmas Paet  met en avant la question de la concurrence des complexes militaro-industriels.

Les prémices d’une coopération s’esquissent malgré ces divergences et la concurrence des complexes militaro-industriels nationaux.  Ainsi les lois de la concurrence se sont immiscées dans le domaine et obligent les pays à lancer des appels d’offre dans toute l’Europe pour se fournir en armement : hors de question de favoriser le marché national. Des sociétés transnationales se constituent par ailleurs : Airbus, société européenne, et MBDA, filiale commune aux entreprises Airbus, Leonardo (Italie) et BAE (Royaume-Uni). Ces exemples montrent le potentiel de la coopération européenne en matière d’industries de défense.

La collaboration entre les forces militaires s’établit selon une logique intergouvernementale et repose sur la bonne volonté des États membres. Plusieurs organes différents sont ainsi créés  EUROMARFOR, EUROGENDFOR, et EUROCORPS, respectivement forces maritime, de gendarmerie et militaire, ne comptent qu’entre 5 et 7 États participants et fonctionnent séparément.

Quel forme pourrait prendre une Europe de la défense dans les mois à venir ?

Le cadre principal de l’action des pays européens en matière de défense reste celui du Traité de l’Atlantique Nord, dont font partie 22 États membres de l’Union européenne et auquel est subordonné tout développement futur.  L’article 42§2 du Traité sur l’Union européenne dispose ainsi que « La politique de l’Union (…) respecte les obligations découlant du traité de l’Atlantique Nord pour certains États membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et elle est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre ». Quelle que soit la forme que prendrait une défense commune, elle ne pourrait se soustraire au cadre imposé par l’OTAN. La mise en place de la coopération structurée permanente (PESCO)[3] apparaît comme le premier pas vers une coopération intégrée en tentant de dépasser les divergences et la dimension intergouvernementale de la défense européenne. Prévue par l’article 42§6 du Traité de Lisbonne, cette mesure permet aux États qui le souhaitent de renforcer leur collaboration en matière de défense. A ce jour, 23 États ont notifié leur volonté de participer à cette coopération renforcée, dont la mise en place a eu lieu lors de la session du Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne le 11 décembre 2017.

Mise à jour du TOP 15 des entreprises européennes de l’armement (CA 2016 publié par le SIPRI le 11/12/2017)

Rang européen 2016 Entreprise Pays Ventes d’armes 2016 (millions de $ US) Part des ventes d’armes sur les ventes totales
1 BAE Systems Royaume-Uni 22,79 95%
2 Airbus Group Trans-européen 12,52 17%
3 Leonardo Italie 8,50 64%
4 Thalès France 8,17 50%
5 Rolls-Royce Royaume-Uni 4,45 24%
6 DCNS France 3,48 99%
7 MBDA Trans-européen 3,26 98%
8 Rheinmetall Allemagne 3,26 52%
9 Babcock Royaume-Uni 2,95 48%
10 Saab Suède 2,77 83%
11 Safran France 2,60 14%
12 CEA France 2,02 44%
13 ThyssenKrupp Allemagne 1,77 4%
14 Fincantieri Italie 1,60 33%
15 Cobham Royaume-Uni 1,55 59%

Source: SIPRI TOP 100 Arms-producing and military services companies, 2016

 

[1] http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/03/10/m-juncker-relance-l-idee-d-une-armee-europeenne_4590561_3214.html

[2] https://legrandcontinent.eu/2017/11/29/nous-avons-rencontre-urmas-paet/
[3] https://eeas.europa.eu/headquarters/headquarters-homepage_en/34226/Permanent%20Structured%20Cooperation%20(PESCO)%20-%20Factsheet