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Présidentielle russe : l’économie éclipsée par la politique étrangère ? Par Jean de Gliniasty

Source : IRIS, Jean de Gliniasty, 21-12-2017

Alors que les élections présidentielles russes auront lieu le 16 mars 2018, Vladimir Poutine a récemment confirmé son intention de se porter candidat à sa propre succession. En cas de victoire, l’homme fort du Kremlin pourrait se maintenir au pouvoir jusqu’en 2024. Si la stagnation économique touche le pays depuis peu et la faible croissance est structurelle à la Russie, les questions internationales tendent à minorer l’impact électoral de la question économique. L’analyse de Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS, ancien ambassadeur de France en Russie.

Vladimir Poutine bénéficie d’une popularité et d’un taux d’intention de vote exceptionnels. Est-ce à dire qu’il s’agit d’une élection sans enjeux ?

Effectivement, le taux de popularité de Vladimir Poutine est resté très élevé. On impute cela à « l’effet Crimée » ou au « consensus de Crimée ». De fait, l’écrasante majorité de la population considère que le président a géré habilement le dossier. D’une manière générale, les dossiers de politique étrangère sont au bénéfice du régime. Il y a une conjonction particulière à laquelle s’ajoute le contexte économique qui, jusqu’à ces deux derniers mois, laissait prévoir une croissance de 2% avec nombre d’indicateurs positifs en matière de salaires, d’investissements et d’exportations.

Le président a bénéficié jusqu’à ces dernières semaines d’un ensemble de facteurs qui fait qu’effectivement il sera réélu sans problème. La seule véritable interrogation est le taux de participation et, sur ce point, on voit émerger au sein de l’Etat-major politique une préoccupation. A partir du moment où les jeux sont faits, même les personnes décidées à voter pour Vladimir Poutine ne seront finalement pas très incitées à se déplacer. Or, si le taux de participation passe sous la barre des 50%, cela serait considéré comme un élément négatif voir une critique de l’actuelle présidence et donc Vladimir Poutine verrait sa légitimité érodée pour son prochain mandat.

Comment se porte le pays sur le plan socio-économique ? La période de stagnation économique qui touche actuellement le pays peut-elle avoir un impact dans les urnes ?

2017 a été l’année de la reprise pour l’économie russe. Cela s’est traduit par un retour à la hausse des investissements, des salaires réels, une diminution de l’inflation jusqu’aux alentours de 3% permettant une progression du pouvoir d’achat. C’est un ensemble d’éléments qui, appuyé sur la remonté du prix du baril de Brent, a conduit à penser que l’économie nationale aller croître de plus de 2% en 2017.

En fait cette embellie s’est arrêtée assez vite et ces deux derniers mois ont été plutôt négatifs. Les revenus réels ont continué à décroître, l’investissement a stagné ainsi que la consommation et les ventes de détail ont même eu tendance à diminuer. Actuellement nous sommes dans une phase qui infirme les espérances que les économistes plaçaient dans le développement du pays.

Mais cela ne jouera pas lors des élections car, comme l’a rappelé Vladimir Poutine lors de sa conférence de presse, les performances économiques depuis son accession au pouvoir en 2000 sont telles que cela lui donne matière à faire face à ses contradicteurs. Le PIB a augmenté de 75%, la production industrielle de 70%, les salaires ont été multipliés par 3,5, les retraites par 3,6, la mortalité infantile a été divisée par 3,6, l’espérance de vie est passée de 65 à 73 ans.

Tous ces indicateurs lui donnent un crédit suffisant pour passer cette période décevante. Le problème c’est qu’elle s’annonce ainsi mais personne ne sait exactement pourquoi. Les prix du pétrole ont augmenté, le budget russe a été calculé avec un baril de Brent à 40$ alors qu’il est actuellement proche des 65$ ce qui devait constituer une marge de manœuvre appréciable.
Mais le rouble reste très bas, l’économie ne redémarre pas et pour des économistes comme Alexeï Koudrine, ministre des Finances, la cause de cette atonie est l’absence de réformes structurelles. Il s’agira donc d’en mettre en place pour sortir de cette période de croissance faible qui, comme le ministre se plaît à le faire remarquer, avait une existence antérieure à la baisse du prix du baril et la crise ukrainienne.

Toute la question sera donc de savoir si pour son dernier mandat, Vladimir Poutine lancera des réformes structurelles ou non. S’il ne le fait pas, beaucoup de spécialistes considèrent que la Russie restera sur des taux de croissance très modestes.

Quel peut être l’impact des questions internationales sur la campagne électorale ?

Vladimir Poutine a déclaré, peu avant l’annonce de sa candidature, que les troupes russes se retireraient de Syrie hormis une couverture non chiffrée qui restera sur place. Cela correspond à une demande de l’opinion publique car les opérations en Syrie sont perçues différemment de celles en Ukraine.

Pour les Russes, l’Ukraine c’est affectif et émotionnel, la Crimée ayant toujours été russe depuis le début du 18ème siècle. Pour la plupart de l’opinion russe, c’était une erreur commise par Khrouchtchev que de céder la Crimée à l’Ukraine en 1954, puis par ses successeurs de ne pas être revenus sur ce décret ; le président ne sera donc pas critiqué. En revanche, que des citoyens russes aillent mourir en Syrie, c’est moins évident pour l’opinion russe. En annonçant le rappel des troupes, Vladimir Poutine donne un signal très clair : la guerre a été gagnée et le processus diplomatique de sortie de crise est en marche.

Ainsi, les dossiers internationaux jouent incontestablement un rôle important dans la popularité de Poutine. Pour les Russes le président a rendu à la Russie son statut de grande puissance. Pour l’heure, il s’agit d’un élément important et positif de la popularité de Vladimir Poutine.

Source : IRIS, Jean de Gliniasty, 21-12-2017

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2 réponses à Présidentielle russe : l’économie éclipsée par la politique étrangère ? Par Jean de Gliniasty

  1. Nerouiev Le 10 janvier 2018 à 07h02

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    Poutine ce n’est pas que la Russie mais aussi la défense d’un monde multipolaire contre un monde Atlantiste hégémonique auquel il avait pourtant fait confiance à ses tout débuts. C’est aussi des conférences de presse entièrement ouvertes sans faux fuyant. Pour cela son économie militaire a toujours fait ses preuves sans oublier qu’elle était aussi destinée à des fins industrielles civiles. Et ça, meme le peuple Russe commence à s’en apercevoir après un rêve américain de courte durée.

  2. Nicolas Le 10 janvier 2018 à 07h06

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    Autre point : tout “analyste” qui parle de régime” pour désigne le gouvernement d’un pays désigné comme ennemi par les psychopathes de Washington perd immédiatement toute crédibilité.

     

    https://www.les-crises.fr/presidentielle-russe-leconomie-eclipsee-par-la-politique-etrangere-par-jean-de-gliniasty/

La crise libyenne au prisme de la réalité tribale

La crise libyenne au prisme de la réalité tribale Le conflit libyen est un parangon de complexité géopolitique où la communauté internationale se déchire autour des figures médiatiques de l’Ouest et de l’Est du pays : entre Fayez al-Sarraj, le Premier Ministre du Gouvernement d’Entente Nationale (GEN), et le Maréchal Khalifa Haftar, chef de l’Armée Nationale Libyenne (ANL).

Le 25 juillet 2017, Emmanuel Macron avait convié ces deux protagonistes à la Celle-Saint-Cloud dans l’espoir de trouver une issue favorable à la crise en réaffirmant les accords de Skhirat de 2015. Or, quatre mois plus tard, on n’observe aucune avancée significative à l’horizon : la Libye demeure le théâtre de l’esclavage moderne.

A ce titre, la complexité libyenne ne se limite pas à la dualité des chefs de file Sarraj et Haftar. En effet, elle met aux prises des leaders politiques et militaires, des terroristes de l’Etat Islamique en Libye (EIL) et des figures salafistes, des villes puissantes comme Zintan et Misrata, des réseaux criminels transnationaux et des tribus. Parmi cette myriade d’acteurs, la tribu occupe une place prépondérante dans le tissu social libyen.

Cette instance sociale est souvent perçue comme un élément exotique, fantasmée par l’œil occidental. Ainsi, pour écarter ce travers, il est nécessaire de rappeler que la clé de la crise libyenne n’est pas exclusivement dans la compréhension de la dimension tribale du pays. Néanmoins, ignorer cette base sociale fondamentale, c’est manquer une partie de la complexité de la question libyenne.

En effet, en Libye, environ 90 % du total de la population relève de ces groupes sociaux. Cette majorité est répartie au sein d’une centaine de tribus différentes dont seule une trentaine possède un poids social et politique significatif. Outre l’importance démographique de la tribu, il convient de préciser que le système mis en place par le colonel Kadhafi a réifié l’identité tribale en réalité sociale, à partir de laquelle les Libyens se réfèrent dans leur rapport au monde. Cette double dynamique détermine l’instance tribale comme un élément non-négligeable de compréhension de la complexité évoquée.

Le cœur économique de la Libye en terre tribale, chronique d’une énième guerre du pétrole Avec un stock avoisinant les 41,5 milliards de barils, la Libye est le pays africain qui possède les plus grandes réserves de pétrole. Ce capital énergétique colossal est extrêmement concentré, puisque 80% des réserves de pétrole et 70% des réserves de gaz sont réunies dans le bassin de Syrte, à cheval sur l’Est de la Tripolitaine et le Nord-Ouest de la Cyrénaïque. Cette réalité géographique fait de cette région, appelée « croissant pétrolier libyen », un enjeu stratégique pour les belligérants qui souhaitent présider aux destinées du pays. La région est donc le théâtre d’affrontements répétés depuis 2011.

Géographiquement, le bassin coïncide avec le territoire de tribus puissantes de Cyrénaïque comme Magharba et Awaqir. Jusqu’à il y a peu, les tribus avaient trouvé dans la personne d’Ibrahim Jadhran de la tribu Magharba, un défenseur apprécié des réserves et des installations pétrolières sur leur territoire. Or, en 2013, une instabilité s’installe dans la région. Ibrahim Jadhran, l’ancien chef de la milice responsable de la garde des installations pétrolières, défia le gouvernement intérimaire de Tripoli, en juillet 2013. Il l’accusait de corruption et d’une mauvaise répartition des ressources de la région. Grâce à ses capacités matérielles et humaines considérables ainsi qu’à la confiance des populations tribales, le rapport de force a tourné en faveur du chef tribal. Jadhran disposait en effet de 10 000 hommes pour bloquer les installations pétrolières et de gaz de Ras Lanouf, Brega, al-Sider et Zuitena et était soutenu notamment par les tribus Magharba et Awaqir.

L’importance de la tribu dans l’équation libyenne est ici révélée puisqu’un seul chef tribal contrôlait alors près de 80% des réserves de pétrole de la première puissance énergétique d’Afrique. Jadhran n’a pour autant pas pu rivaliser avec l’homme fort de l’Est du pays, le Maréchal Khalifa Haftar. Ce dernier, déjà soutenu par les membres de la tribu Zouaï, venue de Koufra, et celle d’Obeidat, venue des régions de Tobrouk, Dernaa et Al-Baïda, a conclu des alliances avec les tribus qui soutenaient Jadhran pour le renverser en 2016. Jadhran, sentant la convoitise du Maréchal et donc de l’Armée Nationale Libyenne s’amplifier, s’était rapproché du Gouvernement d’Entente Nationale. Pourtant, ce rapprochement n’a pas empêché l’opération « surprise foudroyante » de réussir, le 11 septembre. Le soutien de Sarraj, le Premier Ministre du GEN, à Jadhran n’a été d’aucun secours face à la force d’Haftar et au soutien des tribus du bassin. Néanmoins, la donne a encore changé le 3 mars 2017, lorsque Haftar a perdu le croissant pétrolier conséquemment aux attaques des Brigades de Défense de Benghazi (BDB). Ces brigades islamistes étaient parvenues à s’infiltrer dans les tribus, fragilisant l’allégeance à Haftar. Le 14 mars, le chef de l’ANL est parvenu à reprendre le bassin aux islamistes. Cet enchaînement de tensions et de conflits autour du croissant pétrolier de Syrte apporte deux enseignements à propos de l’importance des tribus pour l’avenir économique du pays. Le premier est que le contrôle du bassin et donc de l’économie du pays ne s’est fait, depuis la chute de Kadhafi, qu’avec le soutien des tribus de la région. Le second enseignement est que les tribus sont extrêmement versatiles. Le rapport de force autour du bassin est donc à la fois militaire et économique puisque les tribus fonctionnent suivant une logique de mercenariat – donnant le contrôle de la région au plus offrant. L’avenir de la Libye semble donc reposer, en partie, sur une guerre économique interne dont l’enjeu est le financement du réseau tribal pour le contrôle des lieux stratégiques du pays.

Nicolas Quintin

Retrouvez cet article et l’info alternative sur :

 

http://www.contre-info.com/la-crise-libyenne-au-prisme-de-la-realite-tribale

Jupiter et la fin de la politique africaine de la France ? Par Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 04-12-2017

JUPITER ET LA FIN DE LA POLITIQUE AFRICAINE DE LA FRANCE ? Guillaume Berlat. Alors que l’Union européenne lui inflige un camouflet sur le glyphosate (grâce aux Allemands)1, que le pape François sillonne la Birmanie et le Bangladesh (pour s’informer sur le sort des Rohingyas2) et que la Corée du nord effectue un nouveau tir de missile intercontinental (elle déclare être puissance nucléaire)3, l’infatigable Emmanuel Macron arrive en Afrique (il avait rendu visite aux forces françaises au Mali au tout début de son mandat). Adresse à la jeunesse à Ouagadougou, « renouvellement du partenariat Europe-Afrique » au sommet d’Abidjan (écologie et sécurité) et incursion en Afrique anglophone pour faire bonne mesure à Accra sont au menu de la première tournée africaine du chef de l’Etat. Avant son arrivée au Burkina Faso, les forces françaises sont visées par une grenade. Ses communicants précisent, qu’une fois n’est pas coutume, le président adoptera une posture « d’humilité » dans son adresse à l’Afrique par laquelle il entend redorer l’image d’une France écornée4 et dont l’influence est partout en recul sur le continent5. Il est accompagné de trois ministres (Affaires étrangères, Éducation et Sports) ainsi que de sa représentante personnelle pour la Francophonie, Leïla Slimani6. Revenons sur les trois étapes de cette visite officielle !

LE DISCOURS DE OUAGADOUGOU : LA FIN DU NÉO-COLONIALISME ?

Le contexte général : une ambiance chaude. Arrivé à Ouagadougou le 27 novembre 2017, le président français s’entretient avec son homologue Roch Marc Christian Kaboré au palais de Kosyam. Il séjourne deux nuits dans ce pays qui n’est pas à l’abri du terrorisme islamiste7. Après son intervention à Ouagadougou, le président français inaugure à Zagtouli la plus grande centrale solaire d’Afrique de l’Ouest. Ce chantier a été financé par l’Union européenne (UE) et l’Agence française de développement (AFD). Il visite ensuite une start-up avant d’aller à la rencontre de la communauté française du Burkina Faso. Le président français a souhaité d’adresser à la jeunesse. Une demande qui a donné des sueurs froides aux autorités du pays. Le président burkinabè s’est rendu à plusieurs reprises sur le campus pour s’enquérir de l’organisation et de la sécurité en raison de l’agitation ambiante récurrente de la jeunesse. Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes au Burkina-Faso. Comme dans bien d’autres pays africains.

Rappelons que lors de sa tournée, le chef de l’Etat a fait une série d’annonces, dont certaines étaient attendues de longue date par ses partenaires africains. Il s’est notamment engagé à déclassifier l’intégralité des documents français relatifs à l’assassinat de l’ancien président burkinabé Thomas Sankara. Il a également fait savoir qu’il ferait « tout pour faciliter » l’extradition au Burkina Faso de François Compaoré, le frère du président déchu burkinabé Blaise Compaoré, arrêté en octobre dernier en France dans l’enquête sur l’assassinat d’un journaliste en 1998. Autre mesure à forte portée symbolique, il a annoncé la restitution « temporaire » ou « définitive » dans les cinq ans d’œuvres d’art africaines, soulignant qu’il ne pouvait « accepter » qu’elles demeurent en France ou ailleurs en Europe.

Le long discours à l’université Joseph Ki-Zerbo : un image rajeunie de la France. Rien d’étonnant à ce qu’Emmanuel Macron ait insisté pour s’adresser à la jeunesse africaine dans l’enceinte même de l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou dans un discours présenté comme « fondateur » de sa politique africaine devant un millier d’étudiants triés sur le volet8. Discours interminable (deux heures trente avec étudiants assoupis), décomplexé par rapport à la décolonisation (critiquée mais assumée), appel à la responsabilisation (natalité, démocratie, immigration, sécurité…), impair avec son homologue (il encourage les élèves à se plaindre au président burkinabe du fonctionnement défectueux de la climatisation et frôle l’incident diplomatique)… La prestation est particulièrement réussie9. Elle s’organise autour des quelques axes suivants en guise des défis à relever par l’Afrique : lutte contre les routes de la nécessité (migrations) ; contre le terrorisme ; les conflits internes ; l’obscurantisme ; les changements climatiques ; contrôle de la démographie. Au titre des remèdes qu’il soumet à l’Afrique, figurent la culture, le sport et la langue française. Il en restera au moins une phrase : « je ne vous parlerai pas de la politique africaine de la France parce qu’il n’y a pas de politique africaine de la France »10. Emmanuel Macron se situe plus dans une logique de partenariat avec un continent que dans une logique de domination qu’il résume par la formule : « ni ingérence, ni indifférence ». Avec lui, la forme fait le fonds et l’on évolue entre idéal et réel.

L’UNION EUROPÉENNE À ABIDJAN : AU SECOURS DE L’AFRIQUE

A Abidjan, dès le lendemain, une intervention est prévue au sommet Union européenne (UE)-Afrique autour d’un partenariat « revisité ». Pour ce cinquième sommet (le premier s’est tenu au Caire en 2000) réunissant 83 chefs d’État et de gouvernement sont réunis pour traiter de plusieurs sujets : question migratoire ; sécurité, processus de paix ; gouvernance et jeunesse11. Mais, c’est surtout la question migratoire qui va principalement occuper les débats après les révélations de CNN qui étaient, faut bien le reconnaître, un secret de polichinelle tant la situation en Libye est chaotique. Il est évident que l’on ne peut traiter sérieusement de ce genre de sujets dans des formats aussi larges. L’important est la photo de famille qui sera prise à l’issue de la réunion. Elle fera un bon souvenir pour les participants lorsqu’ils écriront leurs Mémoires.

Mais, omniprésent, Emmanuel Macron annonce la décision de mener des « opérations d’évacuation d’urgence » des migrants victimes des trafiquants d’êtres humains ainsi que la création d’une « task force » avec partage « d’intelligence » (en français dans le texte, il aurait pu parler de partage de renseignement) pour lutter contre les passeurs avec l’aide de la Libye (de quoi parle-t-il avec des « évacuations d’urgence » ?12), à l’issue d’une réunion d’urgence en marge du sommet Union européenne-Union africaine à Abidjan13. Il fait un pas en avant et un pas en arrière14. Soulignons en passant que la problématique du traitement des personnes déplacées sur le territoire africain (de l’Afrique de l’ouest et de l’est vers la Libye) est avant tout un problème africain qui devrait en priorité être traité par les Africains dans le cadre de l’Union africaine. L’Union européenne devrait limiter son rôle à mieux calibrer son aide au développement pour fixer les populations sur leur territoire d’origine15. Elle n’a pas à prendre parti sur ces questions qui relèvent de la souveraineté des pays africains, souvent prompts à dénoncer le néo-colonialisme occidental. Elle ferait mieux d’adopter une approche globale et intégrée de la question de ses relations avec l’Afrique. Elle ferait mieux de se concentrer sur l’adoption d’une politique migratoire commune16. Ce qui constituerait déjà un excellent début ! Mais, l’Europe préfère l’approche procédurale à l’approche fonctionnelle, plus exigeante mais plus efficace sur le long terme.

LA CONCLUSION DE LA VISITE À ACCRA : UN PIED DE NEZ AUX ANGLOPHONES

Puis le Ghana le 30 novembre 2010, avant un retour en France. Outre célébrer le soixantième anniversaire de l’Alliance francophone, cette escale vise à sortir du pré-carré francophone et à saluer l’enracinement démocratique de ce pays17. Économie encore, pays incontournable en Afrique de l’Ouest, mais peu « familier » pour les Français. Emmanuel Macron l’a bien compris, pour reconquérir des parts de marché sur le continent africain, il faut avoir une approche continentale (toutes les études le disent, comme la dernière menée par l’AFD) et ne plus forcément dissocier anglophones et francophones, il faudrait même trouver des passerelles pour mieux profiter de ces immenses opportunités. Le président français est d’autant plus à l’aise au Ghana pour parler affaires que c’est un pays qui a démontré son ancrage démocratique en organisant la dixième élection présidentielle de son histoire ! Il parle de start-up et de sports.

Cette première tournée africaine de Jupiter, cette première épreuve du terrain18, peut sans conteste être qualifiée de succès surtout en termes de communication19. Il a parfaitement réussi à effacer de la mémoire de bien des Africains l’échappée du discours de « l’homme africain pas assez entré dans l’Histoire », de Nicolas Sarkozy en 2007. Le président de la République est un excellent acteur qui sait parfaitement se mettre en scène, excellant dans l’improvisation. Au fil des mois, Emmanuel Macron apparaît de plus en plus comme une sorte de « père spirituel de la diplomatie mondiale ». Il n’a pas les prudences verbales reprochées au pape lors de son voyage en Birmanie. Le 2 décembre 2017, le chef de l’État déjeunera avec Barack Obama à Paris20. Dès le 7 décembre 2017, la diplomatie économique retrouvera ses droits. Jupiter arrivera au Qatar (qui vient d’acheter 12 Rafale pour plus de 6 milliards d’euros), État accusé de financer le terrorisme par l’Arabie saoudite. Délicate visite dans le climat de tension actuel entre Riyad21 et Doha au moment où la France se qualifie de médiateur dans le différend entre Chiites et Sunnites et organisera en avril 2018 à Paris une conférence sur le financement du terrorisme !22 Vaste programme… Pour ce qui est du continent africain, Jupiter annonce implicitement la fin de la Françafrique ou de la politique africaine de la France. Reste désormais à passer des bonnes et fortes paroles aux actes ! Mais, cela, c’est une autre histoire.

1 Glyphosate : un scandale européen, Le Monde, 28 novembre 2017, pp. 1-6-7.
2 En Birmanie et au Bangladesh, le pape François veut promouvoir le dialogue, La Croix, 27 novembre 2017, p. 4.
3 Philippe Mesmer/Gilles Paris, La Corée du nord défie de nouveau Washington, Le Monde, 30 novembre 2017, p. 5.
4 Ava Djamshidi, La tournée initiatique de Macron, Le Parisien, 27 novembre 2017, p. 4.
5 Rachdia El Azzouzi, Achille Mbembe : « L’influence française est partout en recul », http://www.mediapart.fr , 28 novembre 2017.
6 Notons que la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF qui a son siège à Paris), la canadienne Michaëlle Jean est régulièrement soupçonnée d’effectuer des dépenses somptuaires.
7 Antoine d’Abbundo, Au Burkina, Ouahigouya sous la menace islamiste, La Croix, 30 novembre 2017, pp. 28-29.
8 Discours du président de la République, Emmanuel Macron à l’université Ouga I, professseur Joseph Ki-Zerbo, Ouagadougou, http://www.elysee.fr , 28 novembre 2017.
9 Laurent Larcher, Emmanuel Macron en Afrique, un style et des propositions, La Croix, 1er décembre 2017, p. 11.
10 François Bonnet, À Ouagadougou, Macron veut une rupture, mais les difficultés sont toujours là, http://www.mediapart.fr , 28 novembre 2017.
11 Amélie Poinsot, Sommet Afrique-UE : il manque « une cohérence d’ensemble », http://www.mediapart.fr , 28 novembre 2017.
12 Jean-Baptiste François/Marie Verdier, « Vers des « évacuations d’urgence en Libye », La Croix, 1er décembre 2017, p. 11.
13 Cyril Bensimon/Jean-Pierre Stroobants, L’UE et l’UA veulent agir sur l’esclavage en Libye, Le Monde, 1er décembre 2017, p. 3.
14 Carine Fouteau, Migrants : Macron prône une action militaire en Libye, puis recule, http://www.mediapart.fr , 1er décembre 2017.
15 Martine Baumard, Dans un Tchad ruiné, le mirage européen, Le Monde, 29 novembre 2017, p. 2.
16 Jean-Pierre Stroobants, Entre l’Europe et l’Afrique, la sécurité conditionne le développement, Le Monde, 29 novembre 2017, p. 2.
17 Diplomatie. Afrique. Tournée d’Emmanuel Macron : La Lettre du Continent, n° 765, 22 novembre 2017, p. 2.
18 Viviane Forson, Tournée africaine d’Emmanuel Macron : l’épreuve du terrain, http://www.LePoint.fr , 27 novembre 2017.
19 Éditorial, Macron et l’Afrique : les promesses d’un discours, Le Monde, 30 novembre 2017, p. 27.
20 Richard casse la Barack, Le Canard enchaîné, 29 novembre 2017, p. 1.
21 Ludovic Lamant, Les eurodéputés pour un embargo des ventes d’armes à l’Arabie saoudite, http://www.mediapart.fr , 1er décembre 2017.
22 Claude Angeli, Macron bien vu au Qatar et mal vu au Burkina, Le Canard enchaîné, 29 novembre 2017, p. 3

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 04-12-2017

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Le détroit de Bab el-Mandeb au coeur des enjeux stratégiques de l’Egypte ?

Publié par Bob Woodward

Le détroit de Bab el-Mandeb au coeur des enjeux stratégiques de l'Egypte ?

L’Egypte s’inquiète de la situation au Yémen après la mort de l’ex-président Saleh.

Le cauchemar de l’Egypte serait que les rebelles houthis menacent la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb au sud de la mer Rouge. Un détroit vital pour la navigation dans le canal de Suez, une des principales sources de revenus de l’Egypte et que le Caire veut transformer en « hub » industriel et commercial. Le détroit de Bab-el-Mandeb est le quatrième passage maritime le plus important au niveau mondial en termes d’approvisionnement énergétique. L’objectif de cet article est d’analyser les risques de perturbation du trafic naval dans le détroit de Bab-el-Mandeb suite à la crise politique et militaire que traverse actuellement le Yémen.

La situation sécuritaire au Yémen est extrêmement confuse depuis de nombreux mois et surtout depuis la mort du président Saleh, en raison notamment de l’insurrection des Houthis – mouvement composé principalement de musulmans chiites du Nord du Yémen – qui, selon les autorités de Ryad, seraient soutenus par l’Iran. Le 22 mars 2015, ces miliciens chiites ont occupé une majeure partie de la ville de Ta’izz située dans le sud-ouest du pays, à quelques kilomètres du détroit de Bab-el-Mandeb, prenant ensuite le contrôle du port de Mocha.

Le 26 mars 2015, l’Arabie saoudite, à la tête d’une coalition d’États sunnites, a lancé une intervention militaire contre les Houthis, ce qui représente une escalade importante du conflit en cours et des tensions régionales entre l’Arabie saoudite et l’Iran. L’annonce de cette intervention a provoqué des réactions préoccupées sur les marchés financiers – avec notamment une progression de plus de 4,5% des prix du pétrole sur les marchés futurs le même jour.

Le détroit de Bab-el-Mandeb, qui sépare le Yémen de Djibouti, est un point névralgique du commerce maritime entre le golfe d’Aden et la mer Rouge. À son point le plus étroit, il mesure seulement dix-huit milles, limitant la circulation des navires à deux canaux de deux milles de large chacun, un dans chaque direction. Le détroit est surtout important pour le commerce d’hydrocarbures : selon les données de l’Energy Information Administration américaine, en 2013, ce détroit a vu passer chaque jour 3,8 millions de barils de pétrole brut et raffiné, dont 2,1 millions de barils en provenance du golfe Arabo-Persique et à destination du Canal de Suez, du pipeline Sumed (Suez-Méditerranée) puis de l’Europe et de l’Amérique du Nord, et le reste vers les marchés asiatiques. Il est ainsi stratégique pour les pays importateurs, exportateurs et riverains que ce passage maritime reste libre d’accès.

Notons cependant que – même en cas de blocage du détroit – l’approvisionnement énergétique n’en serait pas moins interrompu car au moins deux routes alternatives existent. La première, le pipeline East-West en Arabie saoudite, permettrait d’acheminer 2,5 millions de barils par jour du golfe Arabo-Persique à la mer Rouge. La deuxième route est celle du Cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud, qui permettrait d’acheminer les hydrocarbures vers l’Europe et l’Amérique du Nord avec un rallongement du temps de transport.

Remarquons enfin que ce passage maritime a déjà était sujet à de nombreux incidents dans le passé. En octobre 2000, le destroyer américain U.S.S. Cole a été victime d’un attentat revendiqué par Al-Qaïda dans le port d’Aden. Deux ans plus tard, le pétrolier français Limburg a été à son tour touché dans la région par un bateau piégé d’Al-Qaïda. La corne de l’Afrique connait également depuis plusieurs années une flambée des actes de piraterie maritime, en partie due à la faiblesse de l’autorité étatique en Somalie.

Le détroit de Bab el-Mandeb au coeur des enjeux stratégiques de l'Egypte ?

Nous estimons que le risque d’un blocage prolongé et complet du détroit demeure toutefois faible. Premièrement, les Houthis n’ont aujourd’hui pas fait mention de leur volonté de bloquer ce passage et ne semblent pas avoir les moyens matériels (avions, navires…) pour le faire. Deuxièmement, et parallèlement aux raids aériens menés par la coalition arabe, il semblerait que l’Arabie saoudite et l’Egypte aient envoyé plusieurs frégates dans le détroit de Bab-el-Mandeb pour d’ores et déjà le sécuriser. Enfin, un tel blocage semble impensable compte tenu que le golfe d’Aden, le détroit et la mer Rouge sont en permanence sous la surveillance d’entités internationales telles que l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et les États-Unis. Ces derniers, tout comme la France, possèdent une base militaire à Djibouti leur permettant d’une part, de lutter contre la piraterie dans le golfe d’Aden et d’autre part, d’intervenir rapidement en cas de perturbation du détroit. Les forces françaises, installées depuis 1977 dans le pays, sont le plus gros contingent déployé par Paris sur le continent africain. Outre sa mission de stabilisation de la corne de l’Afrique, la France peut, grâce à sa composante marine (deux chalands) et aérienne (sept Mirage 2000, un C160 et deux hélicoptères Puma), exercer un contrôle sur le détroit de Bab-el-Mandeb et porter secours en mer comme ce fut le cas lors de l’attentat contre le USS Cole.

Le risque de perturbations ponctuelles dans le détroit de Bab-el-Mandeb semble cependant plus élevé. Par exemple dans le cadre d’attaques de pétroliers saoudiens par des miliciens Houthis équipés de petits bateaux rapides chargés d’explosifs. Une situation de ce type pourrait entraîner une réduction du trafic naval dans la région ainsi qu’une hausse des primes d’assurance. En effet, suite à l’attentat mené contre le Limburg en octobre 2002, les primes d’assurance pour les pétroliers avaient triplé.
Le pays potentiellement le plus affecté par une situation d’instabilité autour de Bab-el-Mandeb semble être l’Egypte – dont les finances publiques dépendent fortement des revenus liés au Canal de Suez et au pipeline Sumed (Suez-Méditerranée) – ce qui semble justifier son rôle actif dans l’intervention militaire au Yémen.

L’Egypte qui fait partie de la coalition arabe conduite par l’Arabie saoudite apporte une participation aérienne et surtout navale. Plusieurs bâtiments de la marine patrouillent au large des côtes yéménites pour empêcher les livraisons d’armes et de munitions à la rébellion houthie. Une des pièces maîtresses de cette flotte de mer Rouge est un porte-hélicoptères de type Mistral, le Gamal-Abdel-Nasser. Le Caire a toutefois refusé d’envoyer des troupes combattre la rébellion du fait du traumatisme causé par la guerre du Yémen qui avait couté à l’Egypte des dizaines de milliers de morts au début des années 1960.

Le détroit de Bab el-Mandeb au coeur des enjeux stratégiques de l'Egypte ?

http://www.decryptnewsonline.com/2017/12/le-detroit-de-bab-el-mandeb-au-coeur-des-enjeux-strategiques-de-l-egypte.html

Nouveaux grondements dans la Corne de l’Afrique au sujet du barrage Éthiopien de la Grande Renaissance

Nouveaux grondements dans la Corne de l’Afrique au sujet du barrage Éthiopien de la Grande Renaissance


Par Andrew Korybko – Le 4 décembre 2017 – Source Oriental Review

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Images africa-ontherise.com

Les tensions augmentent entre l’Égypte et l’Éthiopie à cause du barrage éthiopien de la Grande Renaissance.

Le Caire a réitéré récemment sa position de longue date contre la construction par Addis-Abeba de ce méga-projet sur le Nil Bleu grâce auquel elle reçoit la plus grande partie de son eau, estimant que le barrage permettrait à l’Éthiopie de contrôler l’accès de l’Égypte à cette ressource, plaçant ainsi Le Caire dans une position stratégique de vulnérabilité. L’État de la corne de l’Afrique a riposté aux dernières critiques en déclarant qu’il ne se laissera pas contrarier dans la réalisation de ce projet de développement important au niveau national, et il a également réfuté les rumeurs selon lesquelles le Qatar finançait partiellement le barrage. La dernière campagne égyptienne dans cette guerre de l’information contre l’initiative éthiopienne serait alimentée en partie par le réalignement stratégique du Soudan vers Addis Abeba dans ce conflit et plus largement dans le contexte plus vaste de la Route de la Soie, qui a totalement changé la dynamique et placé le Caire sur la défensive.

Egypte-Ethiopie : Partage des eaux du Nil, Accord à Khartoum

Cette situation qui mijote est beaucoup plus sérieuse que son format trilatéral ne le laisse supposer, car elle a pris les contours de la Guerre froide du Golfe au cours des deux derniers mois. Le Qatar a travaillé rapidement pour rafistoler sa relation anciennement difficile avec l’Éthiopie, pour contrer l’effort orchestré en apparence par l’Arabie saoudite mais piloté par les Émirats pour « isoler » Doha sous de prétendus prétextes antiterroristes. Dans le même temps, les EAU, ses anciens partenaires pro-égyptien, renforçaient leur présence militaire chez les rivaux du voisin Éthiopien, en Érythrée et dans l’État autoproclamé du « Somaliland » sous prétexte d’utiliser leurs territoires pour aider à la guerre désastreuse contre le Yémen. Au total, une tendance dangereuse est en train d’émerger : la guerre froide du Golfe s’étend à la Corne de l’Afrique en voyant une Égypte émiratisée, encouragée par ses partenaires du CCG à se comporter de manière plus belliqueuse envers une Éthiopie soutenue par le Qatar, le barrage de la Grande Renaissance devenant un symbole de la discorde trans-régionale par proxy interposés.

L’Égypte sait qu’elle restera éternellement dépendante de l’Éthiopie au cas où le projet serait achevé, ce qui placerait l’État arabe le plus peuplé du monde et le premier allié du CCG en dehors du Golfe sous l’influence des alliés du Qatar à Addis-Abeba. C’est inacceptable à la fois pour le président al-Sissi et ses parrains monarchiques tant que Doha est perçue comme un soutien des Frères musulmans qui les menacent tous. En dehors de tout conflit formel d’État à État, l’Égypte et les EAU pourraient utiliser l’Érythrée comme point de départ pour organiser des efforts de déstabilisation contre l’Éthiopie, ce que le Caire est déjà soupçonné de faire du point de vue d’Addis-Abeba, en ayant déjà manipulé à cette fin les Oromos, habitants du centre du pays et ethnie la plus nombreuse.

Si les opérations de guerre par procuration se propageaient dans la Corne de l’Afrique, les implications géopolitiques pourraient être profondes car elles pourraient mettre en danger la Route de la Soie de Djibouti vers la capitale éthiopienne, ce qui pourrait bloquer la propagation de la multi-polarité dans cette région stratégique. Au milieu de tous ces enjeux, la position cruciale du Soudan entre les deux pays les plus directement en concurrence deviendra d’autant plus importante comme force d’équilibrage. Mais il faudra plus que probablement l’implication diplomatique discrète de la Grande Puissance chinoise pour atténuer les tensions interétatiques, tout comme cela s’est passé de manière décisive entre le Bangladesh et le Myanmar la semaine dernière.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

http://lesakerfrancophone.fr/nouveaux-grondements-dans-la-corne-de-lafrique-au-sujet-du-barrage-ethiopien-de-la-grande-renaissance

 

Relations internationales : La fin des dogmes ! Par Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 18-12-2017

« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n’est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d’être » (Henri Poincaré). Mais qu’est-ce au juste que le dogme ? « Point de doctrine établi ou regardé comme une vérité fondamentale, incontestable (dans une religion, une école philosophique) ». Telle est la définition qu’en donne le petit Robert 1 ! Aujourd’hui, le champ des relations internationales est soumis par certains esprits critiques à un questionnement sans précédent – depuis 1989, la chute du mur de Berlin, l’effondrement de l’URSS et l’avènement de l’hyperpuissance américaine (Hubert Védrine), le retour en force de la Russie au Moyen-Orient – après avoir vécu sous le règne incontesté de multiples dogmes venus, le plus souvent, d’outre-Atlantique. Qui n’a pas entendu parler de celui de « la fin de l’histoire » pensée et vulgarisée par le grand expert en prévision, Francis Fukuyama ?

Horresco referens, les dogmes font désormais l’objet d’attaques anti-dogmes – telles celles des hackers informatiques -, par des hérétiques, des déviants qui contaminent par leurs mauvaises pensées les peuples et dont le nombre ne cesse de croitre de façon exponentielle. Que constate-t-on en effet aujourd’hui ? Après le temps des certitudes assénées et des vérités révélées vient celui des interrogations légitimes et des doutes sérieux sur l’intangibilité des dogmes. Vérité d’un jour n’est pas celle de toujours comme dit l’adage. Certaines vérités imposées ad nauseam aux citoyens par les médias « mainstream », au nom d’une fausse transparence, n’auraient-elles été que de grosses contre-vérités, de vulgaires mensonges, de mauvaises fables, de minables bobards ? Heureusement, les médias alternatifs jouent parfois leur rôle de passeurs d’idées, d’éclaireurs de l’obscurantisme, contribuant, avec le temps, le courage, la volonté à démystifier les supercheries de nos dirigeants, nos chercheurs idéologues et autres usurpateurs de haut vol.

Même si la liste est loin d’être exhaustive, cinq exemples récents (libre-échange et mondialisation ; hyperpuissance américaine ; effacement russe ; pérennité de l’Union européenne ; omnipotence de l’OTAN) éclairent notre propos. Rien ne vaut la confrontation de la théorie à la pratique.

LE DOGME DU LIBRE-ÉCHANGE ET DE LA MONDIALISATION1

Que n’a-t-on entendu depuis la chute du mur de Berlin de la part des grands ayatollahs du libéralisme nous assénant le primat incontesté et incontestable du libre-échange, de la mondialisation et son corollaire, la fin des États nations avec l’ouverture des frontières. En dernière analyse, ces augures nous promettent la paix perpétuelle à l’instar de l’ouvrage d’Emmanuel Kant qu’ils n’ont vraisemblablement jamais lu. Leur projet de Grand Moyen-Orient immortalisé par George W. Bush doit être le premier point d’application de leur dada dans le monde du XXIe siècle. Il doit conduire à une occidentalisation/américanisation de la planète que les peuples accueilleront tel un don du ciel2. A tel point qu’ils en redemanderont, supplieront de se vautrer dans la servitude volontaire pour l’éternité. Tel est le nouveau rêve américain relayé urbi et orbi par les amis fidèles, disons les « idiots utiles » de l’administration américaine et de ses « think tanks ». Un remake du meilleur des mondes grâce au « soft power » à l’américaine, voire parfois avec l’aide du « hard power » pour les récalcitrants ! La carotte et surtout le bâton.

Or, quelle est l’une des plus importantes conclusions du sommet du G20 de Hangzhou (4-5 septembre 2016), premier sommet du genre sous présidence chinoise ? Les dirigeants constatent la défiance croissante des peuples à l’égard du libre-échange, de la mondialisation. Ils relèvent, avec objectivité, que ce dogme n’a plus les faveurs de ses géniteurs si l’on en croit les positions tranchées prises sur le sujet par les deux candidats à l’élection présidentielle américaine de novembre 2016. Ils observent également que les négociations des traités de libre-échange entre les États-Unis et l’Union européenne (TAFTA) ; entre les États-Unis et l’Asie (TPP) sont dans l’impasse, si ce n’est menacés par Donald Trump. Enfin, « en dépit des promesses répétées du G20, le nombre des restrictions affectant le commerce et les services a continué à augmenter » (communiqué final) 3. Mieux encore, lors du sommet du G20 au niveau des ministres des Finances de Baden-Baden (17-18 mars 2017), le premier de la présidence de Donald Trump, la délégation américaine s’oppose à toute mention de la défense du libre-échange, de l’interdiction du protectionnisme et des résultats de la COP21 sur le climat4. On sait ce qu’il en est advenu depuis. Elle jette les évangiles dans la poubelle de l’Histoire. Rien ne va plus dans le monde idéal qui nous avait été promis, juré, craché. Il ne s’agissait que d’un remake du Veau d’or. Y compris à l’OMC5.

La pilule est difficile à digérer, certes. Mais, pas le moindre acte de contrition de la part des prêtres du libre-échange et du mondialisme !6 Ils sont aux abonnés absents.

LE DOGME DE L’HYPERPUISSANCE AMÉRICAINE

Que n’a-t-on entendu après la chute de l’empire du mal ? Le monde passerait d’une structure bipolaire à une nouvelle unipolaire marquée par le règne sans partage de l’hyperpuissance américaine. Une sorte de gendarme du monde allant éteindre les feux aux quatre coins du monde, y compris sans l’autorisation du Dieu Conseil de sécurité de l’ONU. Tel Moïse et les Tables de la Loi, l’Amérique s’impose comme une sorte de législateur universel imposant ses normes, ses idées, sa langue, sa cuisine, son mode de vie, son manque d’humour et ses mensonges (sur la présence d’armes de destruction massive en Irak que personne n’a du reste jamais trouvées)… à tout un chacun. Le multilatéralisme se réduit comme peau de chagrin sous les coups de boutoir de l’unilatéralisme américain. A quoi bon entretenir à grands frais le machin qui n’est qu’un vulgaire arbre à palabres inutile ? A quoi bon penser, Washington s’en charge à votre place et gratuitement ?

Or, que constate-t-on aujourd’hui ?7 La superbe n’est plus de mise tant la réalité douche l’hubris américain. Sur le plan économique, la Chine tient la dragée haute aux États-Unis endettés. Sur le plan technique, certains émergents monopolisent le marché du numérique et de la connectique en dépit de la puissance de la « Silicon Valley ». Sur le plan géopolitique, le Moyen-Orient, qui était la chasse gardée et exclusive de l’Amérique, voit quelques braconniers (russes) opérer au vu et au su de tout le monde, voir défier ouvertement l’Oncle Sam en débauchant certains de ses alliés les plus fidèles et les plus historiques. L’Amérique, en pleine campagne électorale, se montre affaiblie face à un quarteron de dirigeants autoritaires lors du G20 de Hanghzou (Chine) qui jettent quelques grains de sable dans la machine yankee8. La situation en Irak, en Syrie semble lui échapper pour employer un euphémisme très diplomatique9. L’allié historique turc rue dans les brancards, faisant ami-ami avec Moscou qui fait la loi sur le théâtre d’opérations syrien, y compris en tançant Israël.

La remise en cause du dogme par les croyants est toujours, à plus ou moins long terme, annonciatrice de réformes, voire de schismes. Elle a aussi pour corollaire la croissance du nombre des agnostiques déçus par les manquements à la parole du Dieu Amérique. Que dire de la semaine durant laquelle les Chinois refusent de dérouler le tapis rouge, à sa descente d’avion, à Barack Obama (en fin de second mandat présidentiel). En outre, il se fait traiter par le président philippin de « fils de pute » (en tagalog) ?

LE DOGME DE L’EFFACEMENT RUSSE10

Que n’a-t-on entendu en boucle après la transformation de l’URSS en Fédération de Russie sur la sortie de l’Histoire, de la marginalisation économique, politique, géopolitique, culturelle, sécuritaire du gros ours rouge ? Le temps du duopole américano-soviétique est définitivement révolu. Il appartient désormais à une histoire ancienne, celle du XXe siècle. Pire encore, la chute vertigineuse du cours des matières premières de ces dernières années aura à l’évidence raison des velléités de Vladimir Poutine de jouer les empêcheurs de tourner en rond, voire de se prendre pour un nouveau Tsar en annexant la Crimée. Elle le mettra à genoux et le conduira à faire amende honorable la corde au cou tels les Bourgeois de Calais immortalisés par Auguste Rodin. La slavophobie, la russophobie courent partout sur les plateaux de télévision. Personne n’y trouve à redire sauf quelques hurluberlus ou originaux qui croient à l’avenir des nations.

Or, qu’en est-il aujourd’hui ? Prenons deux exemples emblématiques pour mesurer le chemin parcouru depuis le début des « révolutions arabes »11. Hier, les Russes étaient traités en parias, en pestiférés, surtout au Proche et au Moyen-Orient. Aujourd’hui, ils ont droit aux égards américains12. S’agissant du conflit syrien, les choses sérieuses ne se traitent plus dans les conférences des « affinitaires » et autres farfeluteries imaginées dans les usines à penser américaines13. Désormais, c’est Moscou qui mène le branle militairement (en faisant le ménage sur le terrain) et diplomatiquement (en organisant une rencontre à Moscou et Syriens et Turcs au nez et à la barbe des Américains)14. Pour ce qui est du conflit israélo-palestinien, Moscou tente une médiation entre les deux adversaires en les invitant à Moscou pour discuter directement entre eux alors15 que Washington a jeté l’éponge il y a belle lurette et que Paris ne pèse plus rien, y compris avec sa conférence internationale médiatique, à Paris au début 2017. La Russie dispose de plus d’atouts de médiateur que l’Amérique de Donald Trump surtout après sa décision de transfert de son ambassade à Jérusalem.

L’écriture et la lecture des Évangiles se fait de moins en moins à Washington et de plus en plus à Moscou par une curieuse ironie de l’Histoire, au grand désespoir des « ludions médiatiques » anglo-saxons16. « Les mouches ont changé d’âne ».

LE DOGME DE LA PÉRÉNNITÉ DE L’UNION EUROPÉENNE17

Que n’a-t-on entendu au cours des dernières décennies ? La liste de ces vérités incontestables est impressionnante. C’est grâce à la construction européenne que nous vivons en paix depuis 1945. C’est grâce au marché commun, puis à l’Union européenne que le niveau de vie des Européens connaît une croissance permanente et que le chômage recule. C’est grâce à la politique européenne de sécurité et de défense que les 28 comptent dans le concert des nations et que la sécurité, la paix, la concorde règnent dans le monde. C’est grâce à un puissant service européen d’action extérieure (SEAE) que l’Europe est un acteur incontournable dans le concert des nations. C’est grâce à un euro fort que l’Europe s’impose dans le monde économique. C’est grâce à Schengen et à la liberté de circulation que ce traité organise que nous sommes protégés d’incursions extérieures. C’est grâce à une commission indépendante que l’intérêt général européen prévaut sur l’intérêt égoïste des nations18. En un mot, « l’eurobéatitude court partout et transforme toutes les salles de presse en sacristies de la nouvelle religion »19.

Or qu’en est-il aujourd’hui, plus particulièrement après le vote du peuple sur le « Brexit » ? Les certitudes d’hier se transforment aujourd’hui en incertitudes, en interrogations sur les mantras de la technostructure bruxelloise relayés par l’élite parisienne. La guerre est en Ukraine, le terrorisme frappe au cœur de l’Europe, la croissance est atone, le chômage augmente, la PESD est une coquille vide20, l’Europe est spectatrice du monde, l’euro fort est critiqué par les exportateurs, Schengen est vilipendé et remis en cause par certains États membres dans le contexte de la crise migratoire21. Pire encore, les peuples, que l’on avait voulu ignorer et mettre au pas en contournant l’expression de leur malaise (Cf. l’opération inqualifiable de Nicolas Sarkozy sur traité constitutionnel), se rebellent dans les urnes. Certains vont même jusqu’à reprendre les propos de Margaret Thatcher : « les référendums sont les armes des dictateurs et des démagogues ». A ce rythme, il faudra dissoudre les peuples. La béance actuelle donne le vertige22. L’Europe a été bâtie à l’envers. C’est cela qu’il faut changer comme le souligne justement Hubert Védrine.

Les croyants sont de moins en moins nombreux aux offices. Heureusement, les grands prêtres (chefs d’État et de gouvernement des 27/28) se retrouvent régulièrement à Bruxelles pour d’inutiles grands-messes. Mais la foi n’y est plus. Seule reste une liturgie désuète pour tenter de sauver les apparences ! L’hymne à la joie n’a pas les mêmes accents lyriques lors des cérémonies du soixantième anniversaire du traité de Rome (25 mars 2017) qui coïncident avec le lancement du « Brexit ». Aujourd’hui, et plus encore demain, il faut (faudra) sauver le soldat Europe23. Dans tous les cas, le statu quo n’est plus tenable

LE DOGME DE L’OMNIPOTENCE DE L’OTAN24

Que n’a-t-on entendu après l’effondrement de l’URSS à Evere (siège de l’OTAN situé près de l’aéroport de Bruxelles-Zaventem), temple de l’atlantisme, d’une liturgie désuète ? Alors que certains agnostiques (la France) caressent le projet fou de démonter « l’Église » avec la dissolution du Pacte de Varsovie, la mise au point américaine la plus solennelle tombe telle une fatwa. Il n’en est pas question. Au contraire, l’OTAN va s’élargir aux anciens ennemis (la Russie exceptée), oublier le hors-zone en se mêlant de tout et de rien (sécurité, économie, écologie, droits de l’homme…) aux quatre coins de la planète. L’ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN est chargé, par le Dieu Amérique, de réciter la nouvelle religion atlantiste et d’encourager les fidèles à psalmodier sur les nouveaux textes sacrés. Mais, il faut aussi aller remettre de l’ordre manu militari en ex-Yougoslavie, et, plus tard, après les attentats du 11 septembre 2001, en Afghanistan.

Or, qu’en est-il aujourd’hui ? Y compris, parmi les croyants les plus inconditionnels, les aventures militaires américaines – parfois maquillées sous le logo de l’OTAN – sont de plus en plus remises en cause, pire elles agacent. Les batailles gagnées haut la main ne se finissent-elles pas par des débandades peu glorieuses (Irak, Afghanistan, Libye…) que les peuples désavouent majoritairement, découvrant les mensonges sur les prétendues armes de destruction massive en Irak ? Certains voient d’un mauvais œil cette nouvelle guerre froide développée par l’OTAN avec la Russie (déploiement de défenses anti-missiles en Pologne et en Roumanie, de troupes dans les pays baltes, langage belliqueux des secrétaires généraux de l’Alliance). Washington n’inventerait-il pas un nouvel ennemi (grosse ficelle américaine) pour justifier sa présence sur le continent européen ? Manifestement, la défiance éclairée fait place à la confiance aveugle. Cerise sur le gâteau, Donald Trump qualifie le « NATO » d’ « obsolète », allant même jusqu’à accuser les alliés (Allemagne en tête) de ne pas contribuer suffisamment à leur défense commune. Le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson snobe la réunion des 5 et 6 avril 2017 à Bruxelles, nouvel acte de défiance à l’égard de l’Alliance atlantique.

Force est de constater que le dogme atlantiste de l’Amérique – hormis chez ses fidèles relais néo-conservateurs européens – ne fait plus guère recette. Pire encore, les évangiles otaniens sont contestés après avoir longtemps été loués et célébrés lors des sommets de l’Alliance au cours desquels la liturgie servait de bible. Horresco referens ! Le temps est à l’hérésie venue d’Outre-Atlantique ! Qui l’eut cru, il y a quelques années encore ?

« L’évidence détruit le doute »25. Rien ne pire qu’une fausse évidence, puisqu’elle a tout d’une vraie. Montrer sans démontrer, c’est le mensonge dans lequel nous piège cette frénésie de dogmes venue d’Outre-Atlantique, d’Outre-Tombe, dirait Chateaubriand. Surtout lorsqu’elle s’entoure d’une « névrose de répétition » (Freud) à travers une débauche de communication. « Ainsi dans un monde saturé d’images, on aurait tendance à espérer le triomphe de la transparence. Au contraire, la très grande visibilité a généré une nouvelle forme d’invisibilité »26. Or, cette démarche idéologique et dogmatique, qui nous submerge à travers une information à jet continu, se situe à l’opposé d’une approche scientifique respectueuse de la « vérité des faits » et permettant d’appréhender la réalité au travers de la raison (« libido sciendi » de Saint-Augustin), démarche qui sied, en principe, à l’étude sérieuse des relations internationales. Que sont devenus les authentiques cartésiens au pays de René Descartes ? Vers quel monde allons-nous ? Nul ne le sait, y compris chez nos brillants oracles. Il est vrai que les « prévisions sont difficiles surtout lorsqu’elles concernent l’avenir » comme nous le rappelle l’humoriste Pierre Dac.

Aujourd’hui, les questions ne manquent pas. Oserons-nous opposer l’information au savoir ? Saurons-nous dépasser l’image qui absorbe le regard mais, surtout, neutralise la réflexion sans laquelle rien n’est possible dans une démocratie digne de ce nom ? Aurons-nous le courage de ne plus céder à la tentation facile du panurgisme médiatique et américain ? Tels sont les principaux défis que devront relever les citoyens au XXIe siècle s’ils ne souhaitent pas se transformer en pions d’un totalitarisme médiatique ! Une question de la plus haute importance est désormais aussi sur la table. La liberté d’expression, sans cesse invoquée, n’est-elle plus qu’un leurre ? Les mots ne sont-ils plus désormais que mensonges (Cf. le débat lancé aux États-Unis par Donald Trump sur les informations bidon ou « fake news ») ? Tout semble embrumé dans une langue de bois épaisse. In fine, les crises multiples qui secouent le monde n’auront-elles pas un effet positif sur nos modes d’appréhension de la réalité de notre planète en nous contraignant, lentement mais sûrement, à nous orienter vers la fin des dogmes dans les relations internationales et, peut-être, à imaginer un futur recomposé ?

Guillaume Berlat
18 décembre 2017

1 Guillaume Berlat, La mondialisation c’est comme les trains : elle peut en cacher une autre, www.prochetmoyen-orient.ch , 8 août 2016.
2 Serge Audier (critique de l’ouvrage La démocratie universelle. Philosophie d’un modèle politique de Florent Guénard, Seuil, 2016), La démocratie, ça s’exporte mal, Le Monde des Livres, 9 septembre 2016, p. 8
3 Simon Leplâtre, Commerce, climat, Brexit, fiscalité : les leaders mondiaux dans le flou, Le Monde, 7 septembre 2016, p. 3.
4 20/20 au G20, Le Canard enchaîné, 22 mars 2017, p. 1.
5 Éditorial, L’OMC est morte, vive l’OMC !, Le Monde, 13 décembre 2017, p. 25.
6 Sylvie Kauffmann, La mondialisation en panne, Le Monde, 11-12 septembre 2016, p. 26.
7 Frédéric Chatillon/Célia Belin (sous la direction de), Les États-Unis dans le monde, CNRS éditions, 2016.
8 Brice Pedrolotti/Cédric Pietralunga, Au G20, le triomphe des dirigeants autoritaires. Les chefs d’État chinois russe et turc se sont imposés face à des responsables occidentaux affaiblis, Le Monde, 7 septembre 2016, p. 3.
9 Isabelle Mandraud, Poutine pousse ses pions au Moyen-Orient, Le Monde, 13 décembre 2017, p. 2.
10 Guillaume Berlat, L’étrange victoire ou les clés du succès russe en Syrie, www.prochetmoyen-orient.ch , 25 avril 2016.
11 Yves Aubin de la Messuzière, Monde arabe, le grand chambardement, Plon, 2016.
12 Marc Semo, Accord américano-russe pour une trêve en Syrie, Le Monde, 11-12 septembre 2016, p. 3.
13 Claude Angeli, L’imprévisible Poutine rebat les cartes en Syrie, Le Canard enchaîné, 7 septembre 2016, p. 3.
14 Richard Labévière, Nouvelle donne : Assad et Erdogan bientôt à Moscou, www.prochetmoyen-orient.ch , 5 septembre 2016.
15 Piotr Smolar, Moscou tente une médiation dans le conflit israélo-palestinien, Le Monde, 7 septembre 2016, p. 4.
16 Andreï Gratchev, Un nouvel avant-guerre ? Des hyperpuissances à l’hyperpoker, Alma, 2017.
17 Guillaume Berlat, Union européenne : un nouveau remake de la SDN ? De Stefan Zweig à Romain Gary, www.prochetmoyen-orient.ch , 9 mai 2016.
18 Thierry de Montbrial/Thomas Gomart (sous la direction de), Notre intérêt national. Quelle politique étrangère pour la France ?, Odile Jacob, 2017.
19 Philippe de Villiers, Le moment est venu de dire ce que j’ai vu, Albin Michel, 2016, p. 239-240.
20 Éditorial, L’Europe de la sécurité est une priorité, Le Monde, 9 septembre 2016, p. 22.
21 Pierre Lellouche, Une guerre sans fin, Cerf éditions, 2017, pp. 207-215.
22 Didier Modi, Le rêve européen. Autopsie d’un cauchemar, éditions Europolis, 2017.
23 Hubert Védrine, Sauver l’Europe, Liana Lévi, 2016.
24 Guillaume Berlat, Varsovie : comme un parfum de guerre froide…, www.prochetmoyen-orient.ch , 11 juillet 2016.
25 Mazarine Pingeot, La dictature de la transparence, Robert Laffont, 2016, p. 137.
26 Mazarine Pingeot, précitée, pp 19-20

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Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 18-12-2017

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Une réponse à Relations internationales : La fin des dogmes ! Par Guillaume Berlat

  1. Fritz Le 20 décembre 2017 à 06h49

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    J’apprécie cet article de Guillaume Berlat. Pas d’envolée inutile, pas de référence déplacée à la foudre du petit Jupiter, mais un bon résumé des dogmes qui nous ont pourri la vie depuis plus de vingt-cinq ans. Oui, nous devons oser l’hérésie, et oui, les médias alternatifs comme ce blog nous aident à choisir entre une vérité changeante et les mensonges dogmatiques.

    Concernant l’OTAN, rappelons que la France en était bel et bien sortie en 1966, tout en restant partenaire de l’Alliance atlantique. C’est le pacte atlantique lui-même qu’elle aurait dû dénoncer au début des années 1990, quand il devint manifeste que les États-Unis ne voulaient pas dissoudre cette alliance et cette structure de guerre froide. En 1998, un vétéran de la diplomatie américaine, George Kennan, avait prévenu : l’extension de l’OTAN vers l’Est est “une erreur tragique”.

    http://www.nytimes.com/1998/05/02/opinion/foreign-affairs-now-a-word-from-x.html

    “Je pense que c’est le début d’une nouvelle guerre froide […]. Je pense que c’est une erreur tragique.”

    Quant à l’effondrement des dogmes européistes, atlantistes et libre-échangistes… “C’est une vraie joie de vivre aujourd’hui”, disait Ulrich von Hutten au début de la Réforme.

     

    https://www.les-crises.fr/relations-internationales-la-fin-des-dogmes-par-guillaume-berlat/

Le sempiternel revirement de Jean-Yves le Drian sur l’avenir de Bachar el-Assad (VIDEO)

Le sempiternel revirement de Jean-Yves le Drian sur l’avenir de Bachar el-Assad (VIDEO)

Le sempiternel revirement de Jean-Yves le Drian sur l'avenir de Bachar el-Assad (VIDEO)© LUDOVIC MARIN Source: AFP
Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian

La transition politique en Syrie, avec ou sans Bachar el-Assad ? Sans, si l’on en croit la dernière intervention de Jean-Yves le Drian. Mais la position du ministre sur le sujet, qui oscille au gré du vent, est difficile à suivre…

Les accusations du président syrien Bachar el-Assad contre la France, qui a estimé le 18 décembre que Paris avait été «le porte-étendard du soutien au terrorisme en Syrie dès les premiers jours [du conflit]», n’ont pas vraiment été du goût du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian.

A tel point que celui-ci a sorti l’artillerie lourde contre le président syrien. «Quand on a passé son temps à massacrer son peuple, on a généralement un peu plus de discrétion», a-t-il lancé à l’endroit du chef d’Etat. Le chef de la diplomatie française est même allé jusqu’à laisser entendre que la transition politique dans le pays, récemment libéré des terroristes de Daesh, devrait se faire sans le dirigeant syrien : «Bachar el-Assad ne semble pas vraiment en situation de pouvoir affirmer une prise de position politique tant qu’il est dépendant de la Russie et de l’Iran.»

Revirement ?

Un changement de point de vue total par rapport au 8 septembre dernier, où, à l’occasion d’une visite à Moscou, Jean-Yves le Drian avait jugé possible de pouvoir commencer «la mise en œuvre du processus politique sans préalable». Ou pour être plus clair : «C’est à dire sans le préalable du départ de Bachar el-Assad.»

Mais ce revirement, aussi abrupt soit-il, n’est pas une attitude étrangère au ministre, qui a une certaine expérience en la matière. Une semaine avant sa visite à Moscou, il affirmait en effet avec force sur les ondes de RTL que la transition politique en Syrie ne pouvait se faire avec Bachar el-Assad : «Il ne peut pas être la solution. La solution, c’est de trouver avec l’ensemble des acteurs un calendrier de transition politique qui permettra d’aboutir à une nouvelle Constitution et des élections. Et cette transition ne peut pas se faire avec Bachar el-Assad qui a assassiné une partie de son peuple.»

Alors quelle sera la position du ministre des Affaires étrangères dans les mois à venir ? Les paris sont ouverts.

Lire aussi : Six ans de guerre civile en Syrie et une diplomatie française en zigzags

 

https://francais.rt.com/international/46668-sempiternel-revirement-jean-yves-drian-avenir-bachar-el-assad-video

Non, les États-Unis n’ont pas abandonné les Kurdes syriens

Non, les États-Unis n’ont pas abandonné les Kurdes syriens


Par Andrew Korybko – Le 2 décembre 2017 – Source Oriental Review

Trump Erdogan phone callTrump s’est ostensiblement compromis devant le président turc Erdogan en promettant qu’il va cesser d’armer les Kurdes syriens.

Les dirigeants américains et turcs se sont entretenus par téléphone vendredi dernier, entretien au cours duquel Trump aurait déclaré à son homologue qu’il cesserait de donner des armes aux Kurdes syriens. La partie turque a rapporté que Trump a qualifié la politique de l’administration précédente, armant les YPG, d’« absurdité » et a promis d’y mettre fin, alors que la lecture officielle de la Maison Blanche était plus ambiguë et a dit qu’il « avait informé le président Erdogan des ajustements en cours concernant le soutien militaire fourni à nos partenaires sur le terrain en Syrie ».


L’écart d’interprétation entre les deux côtés de cette conversation a incité le vice-Premier ministre turc à déclarer que les États-Unis « tromperaient le monde entier » s’ils revenaient sur cette promesse, tandis que le Pentagone a réitéré qu’il « examinait les ajustements en cours sur le soutien apporté aux partenaires kurdes selon les exigences militaires après avoir défait ISIS et nos efforts de stabilisation pour empêcher ISIS de revenir ».

En outre, il convient de rappeler que des informations circulent selon lesquelles les États-Unis reconnaîtraient officiellement qu’il y a jusqu’à 2000 de leurs troupes qui se trouvent en Syrie, ce qui serait environ quatre fois plus que ce qui avait été précédemment admis, et que le Pentagone s’oriente vers une mission « sans fin » dans ce pays déchiré par la guerre, maintenant que Daech – qui est la raison avancée pour justifier cette présence – est vaincu. Ce que tout cela signifie, c’est que les États-Unis ne se retireront probablement pas de Syrie, et il est possible que les livraisons d’armes aux Kurdes continuent.

Peu importe ce que Trump a dit ou non au président Erdogan, il a déclaré début avril qu’il avait donné à l’armée américaine « l’autorisation totale » de faire ce qu’elle veut, donc si le Pentagone décide qu’il faut continuer à armer les Kurdes syriens, c’est exactement ce que les États-Unis finiront probablement par faire. En outre, personne ne connaît la terminologie exacte que Trump a pu utiliser lors de son appel téléphonique. Il pourrait donc tenter d’utiliser une « faille technique » en vendant des armes aux Kurdes syriens au lieu de les « prêter » comme le font les États-Unis actuellement.

Quoi qu’il en soit, le fait peu probable que l’armée américaine se retire de Syrie signifierait que le Pentagone pourrait encore étendre son parapluie de défense à ses alliés sur le terrain, conjurant ainsi une intervention militaire turque et créant un prétexte pour former un soi-disant « pont aérien » dans le cas où les États voisins tenteraient de bloquer cette région comme ils l’ont fait avec le Kurdistan irakien. La principale différence entre les Kurdes irakiens et syriens est que les premiers n’avaient pas 2000 troupes américaines et apparemment 10 bases américaines sur leur territoire, d’où la « trahison » de Washington.

En outre, l’Irak est déjà un pays partitionné en raison de son statut « fédéral », alors que la Syrie n’a pas encore officiellement suivi ses traces, donc la présence militaire américaine prolongée indéfiniment est conçue pour faire avancer la « solution politique » préférée de Washington en exerçant une pression sur Damas. En revanche,  le discours de Trump sur les livraisons d’armes aux Kurdes syriens, censées se terminer, est lui censé donner à la Turquie une excuse pour accepter passivement ce qu’elle avait dit refuser précédemment tout en sauvant la face.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/non-les-etats-unis-nont-pas-abandonne-les-kurdes-syriens

 

La Chine s’oppose aux clauses militaires liées à Taiwan présentes dans une loi américaine

La Chine s’oppose aux clauses militaires liées à Taiwan présentes dans une loi américaine

© Chine Nouvelle (Xinhua)Xinhua, le 14/12/2017 12:19

La Chine s’est opposée jeudi aux termes liés à Taiwan dans la Loi d’autorisation de la défense nationale des Etats-Unis pour l’exercice budgétaire 2018, qui a été récemment ratifiée par le président Donald Trump.

« Même si les clauses liées à Taiwan dans la loi américaine concernée ne sont pas juridiquement contraignantes, elles violent gravement la politique d’une seule Chine et les principes des trois communiqués conjoints sino-américains, et interfèrent dans les affaires internes de la Chine », a indiqué Lu Kang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse.

« La Chine est résolument opposée à cela, et a déjà déposé des représentations solennelles auprès des Etats-Unis », a expliqué le porte-parole.

La politique d’une seule Chine est le fondement politique des relations sino-américaines, a précisé le porte-parole, indiquant que la Chine s’opposait à toute forme de contact officiel et d’échange militaire entre les Etats-Unis et Taiwan.

Il a appelé les Etats-Unis à reconnaître la gravité des dommages que les clauses pourraient créer et à traiter correctement les questions liées à Taiwan afin de ne pas nuire à la coopération sino-américaine, à la paix et à la stabilité dans le détroit de Taiwan.

Le président Donald Trump a ratifié mardi la Loi d’autorisation de la défense nationale pour l’exercice budgétaire 2018, dont certaines clauses autorisent des visites mutuelles de navires militaires entre les Etats-Unis et Taiwan.

https://chine.in/actualite/cn/oppose-aux-clauses-militaires-liees-taiwan_104938.html

Le risque de guerre avec la RPDC « augmente de jour en jour » (conseiller américain à la sécurité nationale)

Le risque de guerre avec la RPDC « augmente de jour en jour » (conseiller américain à la sécurité nationale)

© Chine Nouvelle (Xinhua)Yang Ling, le 03/12/2017 09:43

Le conseiller américain à la sécurité nationale, H.R. McMaster, a estimé samedi que le risque de guerre avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC) augmentait chaque jour après le récent essai de missile balistique par Pyongyang.

« Je pense que cela augmente de jour en jour, ce qui signifie que nous sommes dans une course. Vraiment, nous sommes dans une course pour être capable de résoudre ce problème », a déclaré ce haut responsable de la sécurité lors du Forum sur la défense nationale de la Fondation Ronald Reagan à Simi Valley en Californie.

Ces propos de M. McMaster interviennent quelques jours après un essai réussi de missile intercontinental balistique (ICBM) nouvellement développé par la RPDC, qui a été vivement condamné par la communauté internationale.

La RPDC représente « la plus grande menace immédiate pour les Etats-Unis« , a ajouté M. McMaster, ajoutant que le président américain Donald Trump demeurait attaché à la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne.

Le conseiller à la sécurité nationale a également noté qu’il existait des moyens non militaires de régler le problème.

Le dernier essai de missile de la RPDC a eu lieu une semaine après que les Etats-Unis ont réinscrit la RPDC sur la liste des « pays soutenant le terrorisme » et ont imposé une nouvelle série de sanctions contre le pays asiatique.

https://chine.in/actualite/asie/risque-guerre-avec-rpdc-augmente_17854.html

Revue de presse nationale et internationale.