Archives pour la catégorie Géostrategie

Le risque de guerre avec la RPDC « augmente de jour en jour » (conseiller américain à la sécurité nationale)

Le risque de guerre avec la RPDC « augmente de jour en jour » (conseiller américain à la sécurité nationale)

© Chine Nouvelle (Xinhua)Yang Ling, le 03/12/2017 09:43

Le conseiller américain à la sécurité nationale, H.R. McMaster, a estimé samedi que le risque de guerre avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC) augmentait chaque jour après le récent essai de missile balistique par Pyongyang.

« Je pense que cela augmente de jour en jour, ce qui signifie que nous sommes dans une course. Vraiment, nous sommes dans une course pour être capable de résoudre ce problème », a déclaré ce haut responsable de la sécurité lors du Forum sur la défense nationale de la Fondation Ronald Reagan à Simi Valley en Californie.

Ces propos de M. McMaster interviennent quelques jours après un essai réussi de missile intercontinental balistique (ICBM) nouvellement développé par la RPDC, qui a été vivement condamné par la communauté internationale.

La RPDC représente « la plus grande menace immédiate pour les Etats-Unis« , a ajouté M. McMaster, ajoutant que le président américain Donald Trump demeurait attaché à la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne.

Le conseiller à la sécurité nationale a également noté qu’il existait des moyens non militaires de régler le problème.

Le dernier essai de missile de la RPDC a eu lieu une semaine après que les Etats-Unis ont réinscrit la RPDC sur la liste des « pays soutenant le terrorisme » et ont imposé une nouvelle série de sanctions contre le pays asiatique.

https://chine.in/actualite/asie/risque-guerre-avec-rpdc-augmente_17854.html

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11/17 Actualité internationale Synthèse de l’actualité internationale de novembre 2017

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11/17 Actualité internationale
Synthèse de l’actualité internationale de novembre 2017

Par Axelle DEGANS, le 1er décembre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Elle est notamment co-auteure chez Ellipses de Les 50 cartes à connaître, Coll. Atout concours, Paris, 2016 ; Histoire, Géographie, Géopolitique. Concours d’entrée aux grandes écoles, Coll. Atout concours, Paris, 2015.

Voici une synthèse de l’actualité internationale de novembre 2017 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (plus de 10 000 followers)

Le sort des urnes

Au Kenya, Uhuru Kenyatta a été réélu en novembre 2017 avec plus des 98 % des suffrages exprimés, mais un taux de participation inférieur à 40% (contre près de 80 % cet été) car l’opposition a appelé à boycotter cette élection.

Les dernières élections législatives en Allemagne fédérale n’ont pas donné de majorité confortable à un parti. La CDU-CSU d’Angela Merkel est arrivée en tête mais ne parvient pas à tisser une alliance courant novembre 2017 avec les Libéraux et les Écologistes – « coalition Jamaïque ». De son côté, le SPD reconnait avoir perdu les élections. L’Allemagne, avec des excédents de compte-courant, une croissance économique réelle et un taux de chômage qui en fait rêver plus d’un en Europe semble dans une impasse politique. Un terrible camouflet pour la chancelière qui était prête pour un nouveau mandat. Ses électeurs ne lui ont pas pardonné l’accueil de plus d’un million de réfugiés et l’inexplicable, et inexcusable, silence au lendemain des milliers d’agressions de femmes lors du réveillon de la nouvelle année. Ces difficultés d’A. Merkel pèsent sur les perspectives d’une relance de la construction européenne par une coopération entre Paris et Berlin, espérée voici quelques semaines.

Les anniversaires

En Russie, Vladimir Poutine a fêté en novembre 2017 le centenaire de la révolution bolchévique. Un exercice assez délicat. V. I. Lénine est devenu davantage un repère historique qu’une figure tutélaire. L’actuel chef du Kremlin n’entend pas non plus célébrer une révolte populaire… D’autant que le poids économique de la Russie dans le monde en 1913 était supérieur, d’après Angus Maddisson, à celui de la Russie dans le monde d’aujourd’hui.

11/17 Actualité internationale
Les 95 thèses de Luther, à l’origine du protestantisme

L’Allemagne célèbre les 500 ans des 95 thèses de Luther qui sont à l’origine du protestantisme. La chancelière Angela Merkel fait, à cette occasion, le lien entre christianisme et goût du travail. Ce n’est pas sans rappeler la thèse défendue par Max Weber dans « L’Éthique du protestantisme et l’esprit du capitalisme » (1904-1905).

Un nouveau scandale d’évasion fiscale

Les « Paradise papers », révélés par des journalistes indépendants, font écho au « Panama papers » d’il y a dix-huit mois. Ils dénoncent un vaste système d’optimisation fiscale, pour ne pas dire de dissimulation fiscale. Ce scandale éclabousse des proches du président américain, du premier ministre canadien, de grandes fortunes, de grandes entreprises, des sportifs de renommée internationale. Au cœur du scandale – comme de la mondialisation financière – on retrouve les paradis fiscaux. Les personnes les plus fortunées et les firmes multinationales cherchent à ne pas payer d’impôt, laissant aux classes moyennes le soin de le faire. En outre, les divergences d’intérêts sont grandissantes entre les plus riches et les plus pauvres dans un monde où les inégalités progressent.

Les tergiversations européennes

Le scandale des « Paradise papers » relance une énième fois le débat sur la « liste noire » des paradis fiscaux. Il est bien difficile de trouver un accord entre tous les membres de l’Union concernant ceux qui doivent apparaitre sur cette liste – le consensus est de ne trouver aucun pays européen inscrit sur une « liste noire » – ou même s’il faut les sanctionner – le Luxembourg est contre toute autre sanction que celle de figurer sur la dite liste noire – et sur les éventuelles mesures à prendre … Luxembourg étant lui-même un territoire de dissimulation fiscale, comme l’Irlande et quelques autres pays de l’UE.

De même les tergiversations concernant l’utilisation du glyphosate (herbicide toxique) dans l’agriculture ne font que souligner les puissantes fractures au sein de l’Union européenne. Elles renvoient à une certaine forme d’impuissance des Etats face au lobbying d’une multinationale.

Les attentats…

En novembre 2017, aux Etats-Unis, un attentat à Manhattan (N-Y) a provoqué la mort de huit personnes.

Au Nigéria, un nouvel attentat attribué à Boko Haram, fait une cinquantaine de victimes.

L’Egypte est de nouveau endeuillée après un attentat perpétré dans la région du Sinaï à l’encontre de la communauté soufie. Plus de trois cent morts parmi les fidèles venus participer à la célébration du vendredi. Le Caire peine à contrôler cette région du pays aux mains des djihadistes, en particulier de l’EI.

Les soubresauts catalans

Carles Puigdemont s’est, à la surprise de son entourage, enfui, en Belgique courant novembre 2017. Il ne s’est donc pas rendu à la convocation de la justice espagnole mais ne peut prétendre à un quelconque asile politique. Il veut « internationaliser » la crise catalane, en mettant dans l’embarras son pays hôte, jouant sur les divisions internes à la Belgique, voire de l’UE. Huit responsables de la région catalane ont été placés en détention provisoire pour « rébellion et sédition ». Les indépendantistes catalans sont aujourd’hui divisés.

La COP 23 se réunit à Bonn

Cette réunion pour lutter contre le réchauffement climatique s’ouvre sous de bien piètres auspices. Les progrès réalisés depuis la COP 21 de Paris sont bien minces. En outre la promesse des 100 milliards de dollars alloués chaque année aux pays pauvres à partir de 2020 pour les aider à maitriser leurs émissions de gaz à effet de serre a été rappelée aux pays européens par les pays du Sud, inquiets. L’Allemagne n’est pas en position de réduire de 40 % ses rejets en gaz à effet de serre d’ici 2020, du fait de la relance du charbon pour pallier à la sortie du nucléaire. Une décision en partie liée à l’accident de la centrale japonaise de Fukushima (2011).

Un reflux de la vague migratoire ?

Les entrées sur le sol italien entre l’été 2016 et l’été 2017 ont baissé de 75%. A cela plusieurs raisons. La première est une plus grande efficacité du dispositif européen Sophia qui vise à intercepter les bateaux en mer. La deuxième est une plus forte rétention des flux sur les côtes libyennes, on peut peut-être y voir le résultat du déplacement en Lybie de plusieurs dirigeants européens. La troisième est une action au niveau du Sahel, comme au Niger, pour essayer de limiter les départs.

Si l’Italie n’a enregistré « que » 100 000 entrées sur son territoire depuis janvier 2016, elle a déjà accueilli plus de 600 000 migrants en provenance de la côte libyenne. Ceux-ci, comme ceux qui choisissent la route des Balkans sont, d’après l’UNHCR, pour quatre cinquième des migrants économiques qui ne proviennent pas de régions en guerre ou en crise majeure : Bangladesh, Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée, Mali, Sénégal…. Ils ne sont donc pas des réfugiés politiques.

La France d’E. Macron s’est engagée à accueillir quelques 10 000 réfugiés, notamment à partir de bases tchadiennes et nigériennes. La politique migratoire doit être repensée notamment à l’aune de l’actuelle équation démographique entre une Europe vieillissante – et la France n’y échappe pas – et une Afrique dont la population devait doubler d’ici la fin du XXIe siècle. La révélation récente du scandale des marchés aux esclaves en Lybie, des meurtres et viols pratiqués par les passeurs invite aussi l’Union européenne à se positionner clairement sur le problème migratoire. Ne rien faire par démagogie reviendrait à alimenter les mouvements politiques anti-immigrés.

Donald Trump imprime sa marque en politique

Courant novembre 2017, le président américain vient de remplacer, à la tête de la banque centrale américaine (la Fed) Janet Yellen par Jérôme Powell. Très riche ancien banquier d’affaire, il est classé comme républicain modéré et connait très bien la Fed dont il est l’un des gouverneurs depuis 2012. S’il s’inscrit dans la continuité de Janet Yellen, dont D. Trump a tenu à vanter les mérites, il n’en reste pas moins rarissime de ne pas reconduire dans ses fonctions le président sortant de la Fed. Le président américain D. Trump tient ici à faire un acte d’autorité en politique intérieure, alors que jusqu’à présent il est en difficulté sur de nombreux dossiers (réforme de l’Obama care ou manque de soutien dans les rangs républicains par exemple). La nomination de « Jay » Powell doit encore être entérinée par le Sénat.

Donald Trump entame en novembre 2017 une première tournée en Asie sur fond de fortes tensions avec la Corée du Nord. Il se rend au Japon, puis en Corée du Sud, en Chine au Vietnam et aux Philippines. Il s’agit pour lui d’affirmer une nouvelle fermeté diplomatique face à Pyongyang, mais aussi face à la Chine de Xi Jinping. Il resserre les liens avec les Philippines de Duterte.

Les inquiétudes

En novembre 2017, le Venezuela est au bord du défaut de paiement, comme l’avait été avant lui l’Argentine en 2001. L’Union européenne décide d’une sanction mesurée contre Caracas : un embargo sur les armes, sans geler les avoirs de personnalités vénézuéliennes. Il s’agit pour Bruxelles d’amener le président Nicolas Maduro à négocier avec l’opposition. Moscou a signifié sa solidarité avec Caracas en procédant à une restructuration de sa dette pour un montant de 3 milliards de dollars ce qui soulage le Venezuela, sans régler les problèmes de fonds.

Au Zimbabwe, le vice-président Emmerson Mnangagwa (74 ans) a préféré quitter le pays après avoir été évincé par son vieux compagnon de route, le président Robert Mugabe (93 ans) probablement conseillé par son épouse Grace à qui on prête de nouvelles ambitions politiques. Un putsch de l’armée, dont le vice-président est proche, écarte en novembre 2017 Robert Mugabe du pouvoir qu’il détenait depuis 37 ans. Son parti, la ZANU-PF confirme son éviction, alors que la population manifeste son ras-le-bol du système Mugabe. Il est remarquable que cette transition politique – non démocratique – se fasse sans effusion de sang, mais le retour de E. Mnangagwa – le « crocodile » – ne doit pas faire illusion. Il a représenté l’aile dure de son parti pendant des décennies, associé au pouvoir – inamovible ministre – et a contribué au naufrage économique de son pays. Un pays qui était le grenier de l‘Afrique australe, dont le sous-sol regorge de richesses (or, platine, diamants, nickel…) et qui a été mis en coupe-réglée par le pouvoir.

L’Argentine reste sans nouvelle depuis la mi-novembre 2017 d’un de ses sous—marins, le Ara San Juan, avec 44 marins. L’inquiétude est forte en raison de l’épuisement des réserves en oxygène. Fin novembre, leur disparition est entérinée.

Au Proche-Orient, l’étau se resserre autour de l’EI. Après avoir perdu Mossoul en Irak et sa capitale autoproclamée, Raqqa, l’armée syrienne, aidée par l’allié russe, vient de reprendre en novembre 2017 Deir ez-Zor. Il s’agit d’une victoire très importante pour le régime de Damas qui a toujours tenu certains quartiers de cette ville qui est une des portes d’accès à l’Irak voisin. Un axe vital pour l’EI vient donc d’être perdu pour lui. Cela annonce la fin du califat, mais certainement pas du djihadisme.


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Les enjeux de pouvoir au Moyen-Orient

Le nouveau prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, fils du roi Salman, procéde en novembre 2017 à une opération « mains propres » qui s’est traduite par l’arrestation de 38 anciens ministres et hommes d’affaires ainsi que onze princes et quatre ministres. Cette opération anticorruption, qui n’est pas sans rappeler ce qui se passe dans la Chine de Xi Jinping, est aussi une « révolution de palais » qui permet au nouvel homme fort de Riyad – dont on dit que le père est malade – de mettre à l’écart de potentiels rivaux comme le richissime Walid Ben Talal (cinquième fortune mondiale) ou le prince Miteb. Cette purge est d’abord un moyen politique pour le prince héritier d’imprimer sa marque sur un royaume miné par une corruption endémique et handicapé par un cours du pétrole assez bas. Il a déjà entrepris une forme de diversification économique car son pays reste très dépendant de la rente de l’or noir.

Le premier ministre libanais sunnite, Saad Hariri – fils de Rafic Hariri assassiné en 2005 – annonce en novembre 2017 sa démission, depuis l’Arabie saoudite. La surprise est totale aussi bien parmi les siens qu’au niveau de la présidence libanaise car Michel Aoun n’a pas été prévenu. Autre source d’étonnement, Saad Hariri a fait part de sa démission alors qu’il se trouve à Riyad. Il faut savoir que S. Hariri est à la tète d’un gouvernement constitué après une longue crise institutionnelle, gouvernement qui comprend le Hezbollah chiite proche de l’Iran. Cette démission s’inscrit dans un nouveau bras de fer qui oppose l’Arabie saoudite et l’Iran pour le leadership régional, on peut comprendre cette démission comme une exigence de l’allié saoudien qui veut affaiblir le Hezbollah libanais, ce qui va dans le sens attendu par Tel Aviv.

Saad Hariri a été accueilli à Paris fin novembre 2017, après une visite du président français à Riyad. Une sortie de crise honorable pour tous. Il est retourné au Liban pour la fête nationale auprès du résident Aoun qui n’avait pas entériné sa démission.



Bonnes nouvelles

Le Tribunal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), qui juge les crimes perpétrés lors de la guerre civile en Yougoslavie, condamne en novembre 2017 Ratko Mladic à la prison à vie. Celui qui est surnommé le « boucher des Balkans » est reconnu coupable des massacres de Sarajevo et Srebrenica en Bosnie qui ont fait chacun plusieurs milliers de victimes.

En novembre 2017, la croissance économique se consolide en Union européenne. Elle devait s’établir autour de 2,4% pour la zone euro et de 1,8% pour l’année 2017 en France, les économistes sont assez optimistes pour 2018. La croissance économique européenne est plus élevée qu’aux États-Unis, une première depuis longtemps. Elle est tirée par la consommation des ménages.

Une ancienne start up française, YellowKorner, s’exporte à l’international avec à peine 10 ans d’existence. Désormais présente sur les cinq continents, elle emploie près de 250 salariés, elle vend les œuvres de 300 photographes. Les fondateurs Alexandre de Metz et Paul-Antoine Briat ont choisi de proposer des photographies d’art à des prix très raisonnables. Ils ont été aidés dans le projet par des business angels comme Pierre Kosciusko-Morizet.

Le textile redémarre dans les Hauts de France, qui en a été un berceau lors de la première révolution industrielle, avec Fibres techniques et origine France. Cette renaissance se fait grâce aux textiles dits « intelligents », les textiles techniques utilisés dans l’habillement mais aussi dans d’autres secteurs comme la santé. Un nouveau label vient d’être créé en novembre 2017, « Nord terre textile ». Des emplois se recréent progressivement dans une branche réputée, il y a peu, pour être sans avenir ; un gage d’espoir donc.

Airbus signe un contrat record lors du salon de Dubaï de novembre 2017. Indigo Partners, fonds d’investissement américain, a commandé 430 moyen-courriers de type A320, et 90 autres appareils de même classe par CDB Aviation Lease Finance ( une commande de plus de 4 milliards d’euros).

Les découvertes archéologiques se multiplient en Égypte. Une nouvelle cavité vient d’être découverte au cœur de la grande pyramide de Gizeh. Le Caire espère que cette actualité archéologique, qui alimente le versant mystérieux de l’Égypte, aidera à relancer le tourisme, secteur essentiel pour l’économie du pays.

Copyright Décembre 2017-Degans/Diploweb.com

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ENQUÊTE EXCLUSIVE : Quels liens unissent Sebastian Kurz et les réseaux Soros ?

ENQUÊTE EXCLUSIVE : Quels liens unissent Sebastian Kurz et les réseaux Soros ?

Nous publions ici en une enquête inédite sur les liens existants entre l’ECFR -European Council on Foreign Relations et l’Open Society Foundations de George Soros. Le prochain chancelier autrichien Sebastian Kurz étant membre de l’ECFR, il est nécessaire de se pencher sur l’action d’influence que joue l’ECFR auprès de l’Union-Européenne, notamment en ce qui concerne la question migratoire. Un dossier réalisé par Pierre-Antoine Plaquevent, journaliste indépendant.

Les dernières élections législatives autrichiennes, ont vu la victoire du Parti Populaire Autrichien (ÖVP) avec un peu plus de 31 % des voix devançant ainsi le Parti Social-Démocrate (SPÖ), et le Parti de la Liberté (FPÖ), la formation populiste menée par Heinz-Christian Strache.
Une alliance historique avec la droite nationale autrichienne se profilant à l’horizon : le jeune leader de l’ÖVP, Sebastian Kurz, travaillant actuellement à la création d’une coalition de gouvernement avec le FPÖ. Agé d’à peine 31 ans, le prochain chancelier autrichien a mené tambour battant une campagne axée sur la thématique de l’immigration et de la sécurité. Réussissant ainsi à mobiliser l’électorat de droite dans un contexte européen marqué par la crise migratoire et préparant le terrain pour une alliance stratégique entre conservateurs et populistes.
Une victoire saluée par l’ensemble des forces conservatrices et souverainistes en Europe. Forces qui voient dans cette victoire un rejet par l’Autriche des politiques migratoires catastrophiques menées jusqu’ici par l’Union Européenne. Les analystes de la droite conservatrice française, tel Eric Zemmour (1), se félicitant d’une prochaine alliance entre libéraux et conservateurs autrichiens. Alliance illustrant selon eux la formule électorale gagnante que représenterait une « union des droites » contre l’immigration.
Pourtant, certaines informations disponibles sur le jeune leader libéral-conservateur projettent déjà quelques ombres sur le tableau idyllique qu’en dressent la droite conservatrice et les partisans d’une union entre droite libérale et nationaux-populistes.

Sebastian Kurz contre George Soros ?

Le résultat des élections autrichiennes a immédiatement été suivi par la propagation d’une rumeur médiatique faisant état d’une confrontation entre Sebastian Kurz avec le milliardaire militant George Soros.
Une allégation complètement fausse, reprise et citée sans vérification par de nombreux médias souverainistes de tous types (2). L’origine de la diffusion de cette rumeur étant constituée par un unique article sans sources ni références, issu du site anglophone yournewswire.com. Un site internet dont le patron est l’histrion Sean Adl-Tabatabai (3), célèbre en Angleterre pour avoir été l’un des premiers homosexuels à s’être marier publiquement au Royaume-Uni. Un site qui est connu pour être à l’origine de nombreux articles infondés. A toutes fins utiles, rappelons que ce Sean Adl-Tabatabai fut auparavant le webmestre du site tristement célèbre : davidicke.com. David Icke étant l’individu qui cherchera à discréditer l’anti-globalisme par ses conceptions délirantes sur un supposé complot international d’hommes reptiles extra-terrestres.
On peut légitimement penser que des sites tels que yournewswire.com jouent en fait un rôle précis dans la guerre de l’information dont l’internet contemporain est devenu l’arène. Yournewswire est typiquement le genre de sites conçus pour discréditer la réinformation sérieuse en diffusant un discours absurde, mêlant le vrai au faux. Ce genre de site étant aussi utilisé par les géants de l’internet et des médias pour justifier toutes les législations liberticides mises en place contre la diffusion de fausses nouvelles (fake news).

Sebastian Kurz et l’ECFR

Mais revenons à Sebastien Kurz, car le plus étonnant n’est pas dans cette « fake news ». Car non seulement Sebastian Kurz n’a pas menacé George Soros et l’Open Society de mesure de rétorsions de la part de son gouvernement mais le futur plus jeune chef d’État du monde appartient en fait à l’ECFR : European Council on Foreign Relations. Un think-tank européiste de haut niveau, fondé sous l’impulsion de George Soros lui-même et financé en grande partie par l’Open Society Foundations. Une information confirmée par la simple lecture du portail internet de l’EFCR où l’on retrouve son nom parmi la liste des membres autrichiens :

« http://www.ecfr.eu/council#austria – Sebastian Kurz – Federal Minister for Europe, Integration and Foreign Affairs »

Parmi les membres de l’ECFR on retrouve aussi Wolfgang Schüssel, ancien chancelier fédéral d’Autriche, qui avait lui aussi réalisé en 1999 une entente gouvernementale entre libéraux conservateurs et populistes. Populistes dirigés à l’époque par le célèbre Jörg Haider. Une alliance qui avait fait grand bruit et avait entraîné une campagne médiatique massive contre l’Autriche.
La réalité se trouve donc à rebours de la rumeur venue brouiller récemment la réinfosphère. Mais il ne s’agit pas de tomber dans l’excès inverse et d’imaginer Sebastian Kurz comme un simple pion de George Soros, ceci dans une vision complotiste de la politique. En tant que ministre d’un gouvernement européen, il est assez logique que Sebastian Kurz participe de think-tank d’importance comme l’ECFR. Pour autant, il est aussi crucial de rappeler le rôle central que jouent les réseaux Soros au sein de l’ECFR et plus encore le rôle que joue ce think-tank dans la politique européenne actuelle, notamment en matière d’immigration massive et imposée.

L’ECFR un think-tank fondé par George Soros

Un article du journal Libération d’octobre 2007, intitulé « Soros milite pour une politique étrangère européenne » exposait à l’époque les origines de l’ECFR (4) :

« Le richissime financier américain d’origine hongroise, George Soros, estime nécessaire que l’Union européenne devienne un acteur de poids sur la scène mondiale. Violemment critique de l’administration Bush, opposant à la guerre en Irak, l’homme qui a eu la peau de la livre Sterling en septembre 1992, estime que seuls les Européens peuvent offrir une alternative crédible à la puissance impériale américaine. Il parraine donc le lancement, aujourd’hui, d’un « think tank » paneuropéen qui est aussi un lobby dont le but est de contribuer à créer une politique étrangère véritablement commune : le « European Council on Foreign Relations » (ECFR) »

L’ECFR se veut être un lobby pan-européiste puissant, rassemblant des membres influents du monde de la politique, des affaires, des médias et du monde militaire :

« Le Conseil de l’ECFR est l’expression la plus forte et la plus visible de notre identité paneuropéenne. Il est composé de ministres des affaires étrangères, d’anciens premiers ministres, de parlementaires nationaux et du parlement européen, de commissaires européens, d’anciens secrétaires généraux de l’OTAN, de penseurs, journalistes et chefs d’entreprise. Les membres du Conseil nous aident à européaniser les conversations nationales sur les priorités et les défis de la politique étrangère de l’UE. » (5)

Parmi ses membres français on y retrouve des personnalités politiques et médiatiques influentes telles que : Bernard Kouchner, Pascal Lamy, Bruno Le Maire, Pierre Moscovici, Christine Ockrent ou Laurence Parisot. (6)
L’ECFR présentait dès sa fondation une profession de foi européiste et globaliste sans équivoque :

« * coopérer de manière plus efficace au sein des institutions multilatérales telles que l’ONU, la Banque Mondiale, le FMI et l’OMC, afin de renforcer la puissance collective de l’Union européenne
* respecter l’engagement de l’UE à maintenir une perspective d’intégration pour la Turquie et les pays des Balkans occidentaux afin d’encourager leur développement politique, économique et social;
* renforcer les incitations – tels l’octroi de visas et l’accès au marché – offertes aux proches voisins de l’UE pour mieux les ancrer dans la sphère d’influence de l’Union européenne;
* conditionner d’avantage les échanges commerciaux et l’aide européenne – comme les douze milliards d’euros versés au titre de la politique de voisinage et les 22 milliards d’euros d’aide au développement dans le cadre des accords de Cotonou – aux réformes politiques dans les pays concernés;
* soutenir les valeurs européennes par tous les leviers du pouvoir européen, sans exclure, en dernier recours, la force militaire pour arrêter un génocide ou prévenir une catastrophe humanitaire en Europe ou ailleurs dans le monde. » (7)

Parmi ses soutiens financiers et donateurs on y retrouve des ministères des affaires étrangères et des ambassades de nombreux pays européens, des organismes européens tels que le Commissariat à l’Energie Atomique et aux énergies alternatives (CEA) mais aussi l’OTAN ou l’Atlantic Council et bien sûr des fondations non gouvernementales comme l’Open Society de George Soros ou la fondation Rockfeller. Font aussi partie des donateurs de l’EFCR, de grandes sociétés privées tels que Orange ou Allianz. L’Open Society étant l’un des principaux contributeurs initiaux de l’ECFR. (8)

L’ECFR : un CFR pan-européiste

George Soros est l’un des principaux créateurs de l’EFCR qu’il a conçu dès le départ comme une version européenne du célèbre Coucil On Foreign Relations (CFR). CFR américain dont fait aussi partie George Soros.
En avril 2016, l’analyste et géopoliticien américain William Engdahl évoquait l’ECFR et le CFR dans l’un de ses articles :

« Le CFR est le think-tank créé par les banquiers Rockefeller et JP Morgan pendant les pourparlers de paix du traité de Versailles, en 1919, afin de coordonner une politique étrangère mondiale anglo-américaine. » (9)

Le CFR regroupe en fait certaines des personnalités les plus importantes du monde américain de la finance et de la politique et donne le ton de la politique étrangère depuis la fin de la première guerre mondiale. Il peut être considéré comme l’une des instances les plus influentes de la puissance impériale américaine depuis près d’un siècle. Version européenne du CFR, l’ECFR est basé à Londres et a comme co-président Joschka Fischer, l’ancien ministre allemand des Affaires étrangères du Parti Vert. « Celui qui a obligé son parti à soutenir le bombardement illégal par Bill Clinton de la Serbie, sans l’aval du Conseil de sécurité des Nations unies. » comme le rappelle judicieusement Engdahl. (10)
Et Engdahl de poursuivre : « Les autres membres de l’ECFR sont l’ancien secrétaire général de l’OTAN, Xavier Solana ; le plagiaire déshonoré et ancien ministre allemand de la Défense, Karl-Theodor zu Guttenberg ; Annette Heuser, directrice exécutive de la Bertelsmann Stiftung à Washington DC ; Wolfgang Ischinger, président de la Conférence sur la sécurité de Munich ; Cem Özdemir, président de Bündnis90 / Die Grünen ; Alexander Graf Lambsdorff du Parti libéral allemand (FDP) ; Michael Stürmer, correspondant en chef de Die Welt ; Andre Wilkens, directeur de la Fondation Mercator ; Daniel Cohn-Bendit du Parlement européen. »
L’ECFR, à l’image de son parrain américain (CFR), se révèle ainsi être un lieu de collusion d’élite entre journalistes influents, banquiers, hommes politiques et militaires de l’OTAN. Le concevoir comme un outil pour l’indépendance européenne, tel que le présentait George Soros à sa création s’avère dès lors une gageure voire une pure mystification.

L’ECFR et l’agenda immigrationiste de l’Union-Européenne

Dans ce même article, William Engdahl évoquait le rôle joué par l’ECFR dans la crise migratoire en méditerranée au travers de l’ESI (European Stability Initiative) ; un autre think-tank euro-globaliste lié de près à l’EFCR et à l’Open Society de Soros :

« Le 8 octobre 2015, au milieu de la vague créée par des centaines de milliers de réfugiés inondant l’Allemagne, la chancelière allemande Angela Merkel proclama, au cours d’un programme populaire de télévision allemande : « J’ai un plan » (…) Ce que la chancelière allemande n’a pas dit aux téléspectateurs, c’est que son plan lui avait été fourni seulement quatre jours plus tôt, le 4 octobre, dans un document déjà intitulé le plan Merkel, par un think-tank international nouvellement créé et largement financé, appelé : l’Initiative de stabilité européenne ou ISE (ESI – European Stability Initiative). (11)

Le site internet de l’ISE indique qu’il possède des bureaux à Berlin, Bruxelles et Istanbul. L’actuel président de l’ISE, qui est directement responsable du document intitulé Plan Merkel, est un sociologue autrichien basé à Istanbul, Gerald Knaus. Knaus est également membre de l’ECFR – Conseil européen des relations internationales ( European Council on Foreign Relations ) et membre de l’Open Society. »

La lecture de nombreux articles du site de l’ECFR confirme les liens entre ESI et EFCR :

« (…) Gerald Knaus, Président fondateur de l’European Stability Initiative (ESI) et membre du conseil de l’ECFR. (…) Gerald Knaus a également participé à deux événements organisés par les bureaux de Berlin et de Varsovie de l’ECFR, dans le cadre des séries sur les migrations. C’est pour faire suite à ces deux événements que le bureau de Paris aura le plaisir d’accueillir M. Knaus dont la présentation portera essentiellement sur les itinéraires empruntés par les migrants en mer Egée et en mer Méditerranée. » (12)

L’ESI qui se définit comme « le think-tank européen pour l’Europe du Sud-Est et l’élargissement de l’UE » ne cache pas ce qu’elle doit à l’Open Society :

« L’Open Society Foundations soutient notre travail visant à promouvoir la réforme des principales institutions européennes ainsi qu’à assurer une réponse plus solide aux violations des droits de l’homme, notamment les détentions à motivation politique ou encore la torture (…) L’Open Society Institute était un bailleur de fonds majeur, soutenant également le renforcement des capacités dans le Caucase. » (13)

Rappelons ici les points principaux du plan Merkel / ESI visant à accueillir les migrants qui fuyaient la Syrie mise à feu et à sang par les « rebelles » que soutenaient les gouvernements occidentaux :

« Nous proposons un accord immédiat entre l’Allemagne et la Turquie sur les points suivants:

– L’Allemagne devrait accepter d’accorder l’asile à 500 000 réfugiés syriens enregistrés en Turquie au cours des 12 prochains mois.

– L’Allemagne s’attend déjà à ce que de nombreux réfugiés arrivent chez elle. Mais plutôt que d’attendre qu’ils entreprennent un voyage périlleux à travers la mer Egée et les Balkans occidentaux, l’Allemagne devrait accepter les revendications de la Turquie à travers un processus ordonné et assurer un transport sécurisé aux candidats retenus. L’offre devrait être limitée aux réfugiés syriens déjà enregistrés auprès des autorités turques, Afin d’éviter de créer des incitations pour de nouveaux flux migratoires en Turquie. D’autres États membres de l’UE devrait participer à ce plan.

– En contrepartie, à partir d’une date spécifiée, la Turquie devrait accepter de reprendre tous les nouveaux migrants cherchant à atteindre la Grèce depuis son territoire. Cela réduirait rapidement le flot de bateaux traversant la mer Égée à un ruisseau.

– L’Allemagne devrait accepter d’aider la Turquie à obtenir un statut de voyage sans visa pour 2016. » (14)

Peu de temps auparavant, George Soros avait lui-même proposé sur son site officiel un plan à l’origine de l’Initiative de Stabilité Européenne repris ensuite par Angela Merkel et influencé par l’ECFR. Le plan de Soros intitulé « Rebâtir le système du droit d’asile » donnait en fait les directives à suivre pour que l’Europe ne soit plus qu’un couloir de passage ouvert à tous les vents de toutes les migrations possibles venues d’Afrique et d’Orient.

Le but de ce plan n’était pas du tout de freiner les flux migratoires mais au contraire de les accompagner depuis leur source jusqu’à leur arrivée. Soros demandant à l’Union-Européenne de s’organiser pour aller quasiment chercher elle-même les migrants :

« L’UE a désormais besoin d’un plan global de réponse à cette crise, qui réaffirme l’efficacité de la gouvernance sur les flux de demandeurs d’asile, afin que les migrations puissent s’effectuer dans l’ordre et la sécurité, à un rythme adapté aux capacités européennes d’absorption des réfugiés. Afin d’être complet, ce plan devra s’étendre au-delà des frontières de l’Europe. » (15)

On peut retrouver ce plan sur le site de George Soros. Il y explique comment l’union européenne devra accepter au moins 1 million de demandeurs d’asile par an, répartis équitablement entre les pays membres mais aussi comment elle doit bâtir une « Agence des migrations et du droit d’asile » commune à tous les pays de l’UE et comment elle doit apporter son financement au pays du Moyen-Orient, comme le Liban, la Jordanie et la Turquie enfin de les aider à gérer les flux migratoires. Il y développe enfin l’idée que des couloirs humanitaires sécurisés doivent être établis afin d’aider les migrants à parvenir à leur destination finale en Europe. Couloirs humanitaires passant par la Grèce et l’Italie. L’étape suivante étant d’étendre ces couloirs jusqu’aux régions frontalières de l’UE. Tout ceci devant se faire en coopération avec l’agence de l’ONU pour les réfugiés (l’UNHCR). (16)

C’est le fameux « plan Soros » que dénonce régulièrement le gouvernement conservateur hongrois de Viktor Orbán. Ce dernier ayant récemment lancé une consultation nationale sur le plan Soros (17). Entamant ainsi un bras de fer avec l’Union Européenne et l’État parallèle que constituent les instances globalistes telles que l’EFCR, l’ESI ou même l’Open Society. Une confrontation opposant deux visions de l’avenir politique de l’Europe : celle d’une Europe où les États-Nations et la souveraineté ont encore leur mot à dire et celle d’une Europe de la « gouvernance » où des instances non élues planifient la vie de millions d’Européens et de migrants, ceci en dehors de tous les processus politiques et électoraux en vigueur.

Les libéraux-conservateurs contre la Société Ouverte ?

Dans ce contexte, la participation du prochain chancelier autrichien Sebastian Kurz à des instances comme l’ECFR pose question. Comment dès lors, l’Autriche pourrait-elle imposer un agenda anti-immigrationniste sans se heurter aux vues et objectifs et aux intérêts transnationaux de lobbys tels que l’EFCR ?
Un clivage se fait-il jour à l’intérieur du leadership européiste entre les partisans d’une société ouverte intégrale et ceux qui, par réalisme économique ou sécuritaire, en viendraient à soutenir un « aggiornamento » en matière de politique migratoire ? Sebastian Kurz et son gouvernement chercheront-ils à s’émanciper de l’idéologie et des objectifs globalistes qui pilotent l’UE ou assisterons-nous à l’une des nombreuses démissions à laquelle la droite libérale nous a habitué en Europe Occidentale ?
Est-il même seulement possible pour l’Autriche de techniquement s’opposer aux injonctions immigrationnistes de l’Union-Européenne ? Peut-être que de bénéficier de leviers internes au sein d’instances comme l’EFCR pourrait justement l’y aider. A l’image de Viktor Orbán et de son parti le Fidesz qui avaient bénéficié à l’époque du communisme de l’appui des fondations Soros et qui aujourd’hui se confrontent durement aux réseaux Soros (18). Identifiant désormais l’ennemi des libertés non plus dans le communisme mais bien dans le libéralisme sans frontières et sans contrôle des tenants de la société ouverte.
L’avenir nous dira quelle option l’emportera. Toujours est-il qu’il est de plus en plus visible que les destinées européennes se décident ailleurs qu’au sein des institutions politiques validées par les processus électoraux. La classe politique européenne apparaissant toujours plus comme le simple organe de transmission de décisions prises au sein d’institutions d’influence non élues. Au sein de ce que l’on peut considérer être, si ce n’est un « État profond » euro-globaliste, au moins un État parallèle.
État parallèle qui rapproche toujours plus le spectacle de la politique parlementaire aux ombres vaines de la caverne de Platon. Spectacle dont il s’agit de s’extraire afin de sonder les véritables instances de décisions de notre époque.

Pierre-Antoine Plaquevent


Pierre-Antoine Plaquevent est journaliste indépendant. Il anime le site métapolitique Les-non-alignes.fr, site pionnier de la réinfosphère depuis sa création en 2010. Reporter pour TV-Libertés, il collabore aussi avec les principaux sites de réinformation francophone comme Égalité et Réconciliation. Il s’intéresse particulièrement aux domaines du « soft-power » et de l’infoguerre, ainsi qu’à ceux de l’identité, de la géopolitique et de l’étude comparée des religions.

https://stratpol.com/enquete-exclusive-quels-liens-unissent-sebastian-kurz-et-les-reseaux-soros/

(1) http://premium.lefigaro.fr/vox/monde/2017/10/20/31002-20171020ARTFIG00071-eric-zemmour-kurz-n-est-pas-en-meme-temps-de-gauche-et-de-droite-mais-franchement-de-droite.php
(2) https://meta.tv/autriche-kurz-chasserait-soros-tu-as-28-jours-pour-partir-2
http://www.medias-presse.info/lopen-society-de-george-soros-chassee-dautriche/81967/
http://www.ilgiornale.it/news/cronache/se-kurz-sfratta-george-soros-dallaustria-1454939.html
http://resistancerepublicaine.eu/2017/10/23/autriche-kurz-chasserait-soros-tu-as-28-jours-pour-partir/
(3) http://yournewswire.com/youngest-leader-george-soros/
https://www.thetimes.co.uk/article/mother-churns-out-stories-for-master-of-fake-news-fcmzc05sx
(4) http://bruxelles.blogs.liberation.fr/2007/10/02/soros-milite-po/
(5) http://www.ecfr.eu/council/members
http://www.ecfr.eu/about
(6) http://www.ecfr.eu/council/members
(7) http://bruxelles.blogs.liberation.fr/2007/10/02/soros-milite-po/
(8) http://www.ecfr.eu/about/donors
(9) http://lesakerfrancophone.fr/complots-a-ciel-ouvert
(10) http://lesakerfrancophone.fr/complots-a-ciel-ouvert
(11) http://lesakerfrancophone.fr/complots-a-ciel-ouvert
(12) http://www.ecfr.eu/events/event/itineraires_de_migrants_a_travers_les_mers_egee_et_mediterranee
(13) http://www.esiweb.org/index.php?lang=en&id=65
(14) Le plan Merkel : http://www.esiweb.org/index.php?lang=en&id=156&document_ID=170
https://www.balcanicaucaso.org/aree/Turchia/ESI-ecco-Il-piano-Merkel-164860
http://www.esiweb.org/pdf/ESI%20-%20The%20Merkel%20Plan%20-%20Compassion%20and%20Control%20-%204%20October%202015.pdf
(15) et (16) Le plan Soros : https://www.project-syndicate.org/commentary/rebuilding-refugee-asylum-system-by-george-soros-2015-09/french
https://www.georgesoros.com/2015/09/26/rebuilding-the-asylum-system/
(17) https://visegradpost.com/fr/2017/10/05/hongrie-consultation-nationale-contre-le-plan-soros/
(18) https://www.lesechos.fr/18/01/2012/LesEchos/21104-036-ECH_viktor-orban–l-infrequentable.htm

Les avions américains planent sur l’Europe

Les avions américains planent sur l’Europe



Publié par Grégoire Athanase le 15 Novembre 2017


Début novembre, Marillyn Hudson, la présidente de Lockheed Martin, déclarait à Reuters que la compagnie américaine était sur le point de vendre à l’Allemagne ses controversés F-35. Pourtant en Juillet 2017 Berlin et Paris affirmaient leur volonté de développer un système de combat aérien européen. L’Allemagne s’est-elle laissé séduire par les Etats-Unis ?



Les avions américains planent sur l'Europe

Le 8 novembre 2017, un officier de l’aviation allemande déclarait que le F-35 américain est leur « choix préféré » pour remplacer leurs Panavia Tornado. Moins de six mois plus tôt, Angela Merkel rencontrait à Paris Emmanuel Macron et tenait avec lui un conseil franco-allemand de défense et de sécurité. A cette occasion les deux chefs d’État avaient pourtant convenu de développer un système de combat aérien européen. Le Président français déclarait même lors de la conférence de presse : « Notre souhait, c’est en effet de pouvoir avoir une nouvelle génération d’avions de combat communs. » Mais depuis, c’est le F-35 qui semble retenir les faveurs de l’armée de l’air allemande.

Le F-35 a déjà fait couler beaucoup d’encre depuis le lancement de son programme en 1996. Donald Trump avait même critiqué ce programme dans un tweet de Décembre 2016 en disant que son coût était « hors de contrôle. » En dépit d’années de retard et de milliards de dollars de dépassement de budget, le F-35 a déjà séduit onze pays, dont cinq européens. Le général André Lanata, chef d’état-major de l’armée de l’Air française s’en inquiétait, prophétique, devant l’Assemblée nationale le 19 juillet 2017, déclarant : « Le F-35 va constituer rapidement un standard de référence dans les armées de l’air mondiales, pas uniquement aux États-Unis mais aussi chez nos principaux partenaires. Que l’on soit surclassé par les États-Unis n’est pas surprenant, que l’on commence à l’être par des partenaires équivalents est une autre affaire. » Le revirement de l’Allemagne semble lui donner raison.

Coup dur pour l’industrie européenne ? Pas vraiment, affirme le lieutenant-général Karl Muellner, commandant en chef des forces aériennes allemandes. En effet le programme de développement franco-allemand est « un projet à beaucoup plus long terme qui vise à remplacer l’Eurofighter à partir de 2045 » a-t-il précisé , tandis que les F-35 américains remplaceraient les Tornado de la Luftwaffe d’ici 2025. Les deux questions seraient donc disjointes officiellement.

Quoi qu’il en soit, d’autres facteurs, notamment économiques, sont certainement en jeux alors que les États-Unis ont le déficit commercial le plus important du monde. Ce contrat que serait sur le point d’emporter Lockheed Martin entre certainement dans une volonté des États-Unis de rééquilibrer la balance commerciale avec l’Allemagne, pays qui arrive à la troisième place de ceux avec lesquels les Etats-Unis ont le déficit commercial le plus déficitaire (après la Chine et le Japon). Dans un autre de ces fameux tweet le président américain fustigeait en effet l’Allemagne déclarant « Nous avons un énorme déficit commercial avec l’Allemagne […] cela va changer. »

On peut toutefois partager l’inquiétude du général Lanata de voir les principaux partenaires européens de la France préférer se doter d’avions américains alors que le projet franco-allemand n’a pas encore été officiellement lancé. Peut-être faut-il aussi voir derrière cette « capitulation » allemande une stratégie de riposte face au volontarisme renouvelé de la France sur la question d’une Europe de la Défense. Compte tenu du retrait programmé de la Grande-Bretagne de la scène européenne, la France est en effet en bonne position pour prendre le leadership de la défense européenne. Il est tout à fait possible que l’Allemagne, locomotive économique de l’Europe, ait voulu se rappeler au bon souvenir de la France sur cette question, en fragilisant d’emblée un projet qui laisse trop peu de place à l’Allemagne à son goût.


Les détroits, un enjeu géopolitique

Les détroits, un enjeu géopolitique

Avec l’essor de la mondialisation et du commerce maritime international, les détroits situés sur les principales routes maritimes sont devenus des points stratégiques essentiels au point de susciter de vives tensions entre certains pays. Retour en carte sur l’importance des détroits dans les relations internationales.

Carte : enjeux et tensions du commerce maritime mondial

Un détroit est un bras de mer resserré entre deux côtes et permettant la mise en relation de deux espaces maritimes. Certains ont été créés artificiellement par l’homme afin de raccourcir considérablement les distances pour les navires marchands : c’est le cas notamment des canaux de Suez et de Panama. Il s’agit d’un couloir de circulation maritime où le libre passage est garanti par le droit international lorsqu’il relie deux espaces de haute mer. En effet, même si le détroit est situé sur les eaux territoriales d’un État, il est contraint de respecter les principes édictés lors de la Convention de Montego Bay (1982) comme la libre-circulation des navires ou obligation d’assurer la sécurité de ces derniers. Du fait de l’étroitesse de ces lieux, en général plusieurs États en partagent la souveraineté territoriale comme au détroit de Malacca, situé entre l’Indonésie, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande.

Avec l’accroissement considérable des échanges commerciaux liés à la mondialisation, le transport maritime a acquis au cours des dernières décennies une expansion impressionante pour représenter aujourd’hui 75% du commerce total en terme de poids transporté. Le trafic maritime a explosé, en particulier dans certains détroits comme celui du Bosphore – principale voie d’exportation des ressources énergétiques russes – où plusieurs accidents ont été recensés ces dernières années. Plus de 20.000 navires transitent par le canal de Suez, ce qui a obligé le gouvernement égyptien à effectuer un élargissement dudit canal. Les navires toujours plus gigantesques ont également poussé à un élargissement significatif du canal de Panama, faisant entrer le commerce maritime dans une ère post-Panamax, ces navires dont la dimension maximale avait été adaptée à la largeur du canal. Contrôler une route maritime s’avère essentiel pour l’affirmation de certains pays, et des projets pharaoniques qui se multiplient pour en ouvrir de nouvelles : la Thaïlande a élaboré des études pour percer une voie à travers l’isthme de Kra pour contourner le détroit de Malacca et plusieurs projets sont sur la tables au Nicaragua créer un canal susceptible de concurrencer le canal de Panama.

Des passages stratégiques, sources de tensions internationales

Certains détroits constituent ainsi des passages obligés pour les navires marchands et peuvent devenir sources de tensions de par leur importance stratégique pour le commerce international. Par exemple, une grande partie du pétrole produit par les pays du Golfe transite par le détroit d’Ormuz, soit environ 30% de la production mondiale. Or, un différend oppose l’Iran – qui contrôle le détroit – aux Émirats Arabes Unis au sujet d’îles situés dans la région. En 2011, après le renforcement des sanctions contre l’Iran au sujet de son programme nucléaire, ce pays a annoncé son intention de fermer le détroit si des mesures étaient prises à l’encontre de ses exportations pétrolières. Ce à quoi les puissances occidentales (les États-Unis en particulier, qui possèdent des bases militaires dans le Golfe Persique) ont répondu par l’envoi de navires. Depuis, l’Iran mène régulièrement des exercices militaires dans la zone. Autre exemple, celui des litiges entre les pays bordant la mer de Chine Méridionale à propos des archipels Paracels et Spratleys. Les zones économiques exclusives de plusieurs pays (Chine, Malaisie, Brunei, Philippines, Vietnam entres autres) s’y chevauchent, et des craintes pèsent quant-à un possible blocage de cette route permettant le passage au détroit de Malacca reliant toute l’Asie de l’Est au Moyen-Orient et à l’Europe. Toutefois, ce phénomène est loin d’être nouveau dans la mesure où dans l’histoire le contrôle de passages-clés du commerce a toujours attisé les convoitises, comme l’ont illustré la dispute russo-ottomane pour le les détroits du Bosphore et des Dardanelles à la fin du XIXe siècle ou l’intervention franco-britannique à Suez en 1956. Enfin, les troubles internes aux pays bordant les détroits peuvent avoir un impact significatif sur le transit des navires comme au Golfe d’Aden (au bord du détroit de Bab-el-Mandeb) où les actes de pirateries se sont multipliés.

Ces exemples illustrent donc l’importance des détroits dans les relations internationales, que ce soit concernant le commerce, le déploiement de forces navales, ainsi que pour la gestion de la sécurité territoriale et des migrations. Leur contrôle pourrait s’avérer être l’un des facteurs géopolitiques majeurs du XXIe siècle du fait de la nouvelle puissance économique politique et militaire acquise par des pays comme la Chine ou la Turquie. 

http://les-yeux-du-monde.fr/actualite/mondialisation-enjeux/27999-les-detroits-enjeux-geopolitiques-du-xxie-siecle

Les détroits, un enjeu géopolitique

Les détroits, un enjeu géopolitique

Avec l’essor de la mondialisation et du commerce maritime international, les détroits situés sur les principales routes maritimes sont devenus des points stratégiques essentiels au point de susciter de vives tensions entre certains pays. Retour en carte sur l’importance des détroits dans les relations internationales.

Carte : enjeux et tensions du commerce maritime mondial

Un détroit est un bras de mer resserré entre deux côtes et permettant la mise en relation de deux espaces maritimes. Certains ont été créés artificiellement par l’homme afin de raccourcir considérablement les distances pour les navires marchands : c’est le cas notamment des canaux de Suez et de Panama. Il s’agit d’un couloir de circulation maritime où le libre passage est garanti par le droit international lorsqu’il relie deux espaces de haute mer. En effet, même si le détroit est situé sur les eaux territoriales d’un État, il est contraint de respecter les principes édictés lors de la Convention de Montego Bay (1982) comme la libre-circulation des navires ou obligation d’assurer la sécurité de ces derniers. Du fait de l’étroitesse de ces lieux, en général plusieurs États en partagent la souveraineté territoriale comme au détroit de Malacca, situé entre l’Indonésie, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande.

Avec l’accroissement considérable des échanges commerciaux liés à la mondialisation, le transport maritime a acquis au cours des dernières décennies une expansion impressionante pour représenter aujourd’hui 75% du commerce total en terme de poids transporté. Le trafic maritime a explosé, en particulier dans certains détroits comme celui du Bosphore – principale voie d’exportation des ressources énergétiques russes – où plusieurs accidents ont été recensés ces dernières années. Plus de 20.000 navires transitent par le canal de Suez, ce qui a obligé le gouvernement égyptien à effectuer un élargissement dudit canal. Les navires toujours plus gigantesques ont également poussé à un élargissement significatif du canal de Panama, faisant entrer le commerce maritime dans une ère post-Panamax, ces navires dont la dimension maximale avait été adaptée à la largeur du canal. Contrôler une route maritime s’avère essentiel pour l’affirmation de certains pays, et des projets pharaoniques qui se multiplient pour en ouvrir de nouvelles : la Thaïlande a élaboré des études pour percer une voie à travers l’isthme de Kra pour contourner le détroit de Malacca et plusieurs projets sont sur la tables au Nicaragua créer un canal susceptible de concurrencer le canal de Panama.

Des passages stratégiques, sources de tensions internationales

Certains détroits constituent ainsi des passages obligés pour les navires marchands et peuvent devenir sources de tensions de par leur importance stratégique pour le commerce international. Par exemple, une grande partie du pétrole produit par les pays du Golfe transite par le détroit d’Ormuz, soit environ 30% de la production mondiale. Or, un différend oppose l’Iran – qui contrôle le détroit – aux Émirats Arabes Unis au sujet d’îles situés dans la région. En 2011, après le renforcement des sanctions contre l’Iran au sujet de son programme nucléaire, ce pays a annoncé son intention de fermer le détroit si des mesures étaient prises à l’encontre de ses exportations pétrolières. Ce à quoi les puissances occidentales (les États-Unis en particulier, qui possèdent des bases militaires dans le Golfe Persique) ont répondu par l’envoi de navires. Depuis, l’Iran mène régulièrement des exercices militaires dans la zone. Autre exemple, celui des litiges entre les pays bordant la mer de Chine Méridionale à propos des archipels Paracels et Spratleys. Les zones économiques exclusives de plusieurs pays (Chine, Malaisie, Brunei, Philippines, Vietnam entres autres) s’y chevauchent, et des craintes pèsent quant-à un possible blocage de cette route permettant le passage au détroit de Malacca reliant toute l’Asie de l’Est au Moyen-Orient et à l’Europe. Toutefois, ce phénomène est loin d’être nouveau dans la mesure où dans l’histoire le contrôle de passages-clés du commerce a toujours attisé les convoitises, comme l’ont illustré la dispute russo-ottomane pour le les détroits du Bosphore et des Dardanelles à la fin du XIXe siècle ou l’intervention franco-britannique à Suez en 1956. Enfin, les troubles internes aux pays bordant les détroits peuvent avoir un impact significatif sur le transit des navires comme au Golfe d’Aden (au bord du détroit de Bab-el-Mandeb) où les actes de pirateries se sont multipliés.

Ces exemples illustrent donc l’importance des détroits dans les relations internationales, que ce soit concernant le commerce, le déploiement de forces navales, ainsi que pour la gestion de la sécurité territoriale et des migrations. Leur contrôle pourrait s’avérer être l’un des facteurs géopolitiques majeurs du XXIe siècle du fait de la nouvelle puissance économique politique et militaire acquise par des pays comme la Chine ou la Turquie. 

« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 2/2

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« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 2/2


Publié par Grégoire Athanase le 17 Novembre 2017


Pour une fois, même s’il en a ramené une salvatrice pluie de pétrodollars, ça n’est pas la virée de Donald J. Trump dans le Golfe Persique qui aura le plus marqué les esprits. En fait, les deux stars géopolitiques de la semaine passée sont : 1- le ministre séoudien de la Défense (& désormais successeur du roi Salmān) Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd ; 2- le président français, Emmanuel Macron. Le premier imposant sa marque au royaume & le second, tentant de poser les fondement d’une diplomatie – qu’on espère, enfin, indépendante – vis-à-vis de l’Orient compliqué. 2ème Partie.



"Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe." Entretien avec Jacques Borde 2/2

| Q. Comment qualifieriez-vous le rôle joué par Riyad ?

Jacques Borde. En l’espèce, il ne s’agit pas tellement de Riyad, mais de celui qui s’y comporte comme un hêgêmon avec foi (le wahhabisme) mais guère de loi : Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd. Je ne sais si l’Iran voisin avec qui MBS a fort peu d’atomes crochus, est bien l’État voyou dont nous parle certains, mais MBS, lui, ressemble de plus en plus à un chef d’État voyou.

Saad Hariri doit pouvoir être libre de ses mouvements, non pas pour ce qu’il est, mais pour le poste qui est toujours le sien celui de Premier ministre libanais. À ce stade les admonestations qu’Hariri a adressé à Téhéran doivent être traités avec beaucoup de circonspection.

| Q. Quid, alors, du rappel d’Hariri à Riyad qui serait à l’origine de l’affaire ?

Jacques Borde. C’est la thèse en vue. Là, si elle est vraie, Saad Hariri mérite notre mépris pour son comportement de dhimmî vis-à-vis des ses voisins wahhabî. Mais pas d’être ainsi soumis au bon vouloir des Néo-barbaresques wahhabî qui n’ont aucun droit de le retenir. Le temps des rezzous n’est plus. Même si en cette matière, les Séoud ont délaissé le sabre pour la bombe à guidage laser pour massacrer des civils innocents comme ils le font au Yémen.

| Q. En ce cas Macron à Riyad : pourquoi et pour quel résultats?

Jacques Borde. Ne confondons pas les choses. La nature fantasque, pour ne pas dire despotique du nouveau maître de Riyad, ne fait pas de ce pays un endroit à éviter. Tout au contraire. Le royaume reste le primus inter pares du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCEAG) et doit être traité comme tel.

Ça n’est pas d’être allé à Munich qui sera toujours reproché à Daladier et Chamberlain, mais de s’y être couchés devant Hitler…

D’ailleurs, avant de se projeter diplomatiquement à Riyad, le chef de l’État :

1- n’a pas manqué de rappeler quels points, géostratégiquement parlant, nous séparaient de Ryad.
2- qu’il comptait bien se rendre à Téhéran prochainement. Si, bien sûr, d’ici là, les Iraniens maintiennent leur invitation…

En l’espèce, même s’il eut été appréciable que Macron effectuât son vol retour accompagné de l‘otage (sic) Hariri, ses échanges sur place ne furent marqués par aucune reculade. On a, désolé, de le dire, connu ses prédécesseurs moins heureux en pareil cas.

Après Trump et Poutine, il fallait bien qu’Emmanuel Macron, prît contact avec Mohamed Ibn-Salmān Āl-Séʻūd.

| Q. Oui, mais MBS n’est que prince héritier ?

Jacques Borde. Ne chipotons pas. C’est bien MBS qui est le boss et non le roi d’Arabie Séoudite, Salmān Ibn-ʻAbd al-ʻAzīz Āl-Séʻūd.

| Q. Ne cautionnons-nous pas une révolution de palais ?

Jacques Borde. Non. Parce que ça n’est pas du tout ce à quoi nous assistons. La dévolution du pouvoir (ou le passage de relais si vous préférez) est bien réelle entre les deux hommes. Salmān Ibn-ʻAbd al-ʻAzīz Āl-Séʻūd passe bien la main, et en toute connaissance de cause, à son protégé de toujours Mohamed Ibn-Salmān Āl-Séʻūd.

Bon, le coup de purge de MBS est tout aussi réel. Mais c’est un coup de balai. Mais pas un golpe. MBS a pris simplement son monde par surprise. Une sorte de 18 Brumaire des sables. Techniquement, c’est plutôt bien joué.

| Q. Et, au fait, qu’ont retenu les Séoudiens des conseils éclairés (sic) de la France ?

Jacques Borde. Pour le moment, peu de choses effectivement.

Loin d’arrêter ses bombardement sur le Yémen, rien que dans la nuit du 10 au 11 novembre 2017, l’Al-Qūwāt al-ğawwiyyah al-Malakiyyah as-Suʿūdiyyah (RSAF)1 a mené deux séries de frappes.

Si Paul prit un jour le chemin de Damas, Emmanuel celui de Riyad, de son côté MBS n’a, de toute évidence, pas pris celui de Paris…

| Q. Mais, pour revenir aux tous débuts de notre discussions, le monde arabe existe bel et bien, vous exagérez…

Jacques Borde. Géographiquement, oui. Mais, pour le reste.

En fait, si nous comparons avec l’Europe qui a, espérons définitivement, enterré la hache de guerre (entre ses membres évidemment) ; le monde arabe a strictement fait le chemin inverse. Moins d’unité, moins d’entente et des guerres en série. Guerre soit chaudes, tièdes, asysmétrique et/ou d’usure :

1- guerre religieuses, ou sectaro-religieuses, si vous préférez. C’est en partie le cas au Yémen où les factions takfirî à la solde de Riyad ont cherché (et obtenu) la rupture avec les Houthis, compagnons de route du chî’îsme.
2-
guerres de libération au motif des prétendus printemps arabes. En fait, plus des des périodes de glaciation nazislamiste. Mais en l’absence de pouvoir colonial, des guerres tournées contre son propre magistère par des régnicoles instrumentalisés : Guerre de Libye (réussie), Guerre du Sinaï (ratée)
3-
guerres de conquête. Celle du double califat de Mossoul et de Raqqa.
4-
guerres de suprématie régionale. Heureusement, pour l’instant par proxies. Celle qui oppose désormais la RI d’Iran et le Royaume d’Arabie Séoudite.

Les typologies ci-dessus (1à 4) se mélangeant allègrement les unes aux autres.

| Q. Comment expliquez-vous l’irruption de l’Arabie Séoudite dans le champ de la guerre. Elle qui, malgré un armement non-négligeable, a toujours su se tenir à l’égard des guerres israélo-arabes ?

Jacques Borde. Principalement par sa sidération vis-à-vis de l’Accord 5+1 sur le nucléaire iranien dont elle aura été tenu totalement à l’écart du début jusqu’à la fin. Une des fautes géostratégiques majeures – une de plus, direz-vous – de l’administration Obama et de son incompétentissime Secretary of State, John F. Kerry.

Quant à sa tenue à l’écart des guerres israélo-arabes, malgré une doxa obstinément antisémite, notamment chez les têtes pensantes (sic) du wahhabisme, un sens de la survie (ou un manque de courage) face à la 1ère puissance militaire du Proche-Orient : Tsahal.

Ensuite, les Séoudiens ont cru leur heure venue. C’est aussi simple que cela.

Pour lire la suite, cliquer sur le lien.


Historien de formation et spécialiste des questions internationales, ancien journaliste de la presse multimédia, Jacques Borde a longtemps collaboré au site quotidien d’intelligence stratégique geostrategie.com.

Spécialisation en Histoire des religions, Jacques Borde est titulaire d’une Licence d’Histoire (Paris IV Sorbonne). A été Consultant auprès du Neda Institute for Political & Scientific Studies (Téhéran).

Familier des capitales du Moyen-Orient (Amman, Bagdad, Beyrouth, Téhéran, et Tripoli) avec la pratique suivie des cercles dirigeants et entités (ministères, fondation, armées, milices & formations paramilitaires, etc.) des pays, Jaques Borde est également spécialisé dans les questions de Défense & d’armements

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« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 1/2

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« Remakes d’Automne: 18 Brumaire à Riyad & Macron-Bonaparte dans le Golfe. » Entretien avec Jacques Borde 1/2

 

Publié par Grégoire Athanase le 17 Novembre 2017

 

Pour une fois, même s’il en a ramené une salvatrice pluie de pétrodollars, ça n’est pas la virée de Donald J. Trump dans le Golfe Persique qui aura le plus marqué les esprits. En fait, les deux stars géopolitiques de la semaine passée sont : 1- le ministre séoudien de la Défense (& désormais successeur du roi Salmān) Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd ; 2- le président français, Emmanuel Macron. Le premier imposant sa marque au royaume & le second, tentant de poser les fondement d’une diplomatie – qu’on espère, enfin, indépendante – vis-à-vis de l’Orient compliqué. 1ère Partie.

 

 

| Q. Désolé d’être aussi pragmatique, mais ramenons-nous quelque-chose de palpable du périple d’Emmanuel Macron dans le Golfe ?

Jacques Borde. Oui, rassurez-vous. Les Émirats arabes unis (EAU) vont nous prendre deux corvettes Gowind, de Naval Group, l’ex-DCNS. Un projet d’acquisition assorti d’une option pour deux bâtiments supplémentaires. L’annonce en a été faite par Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse.

« Nous sommes fiers que les autorités des Émirats arabes unis aient sélectionné les corvettes Gowind de Naval Group. Avec notre partenaire industriel émirien ADSB, les discussions vont maintenant se poursuivre avec les Forces armées pour nous permettre de finaliser le contrat relatif à cette acquisition. Ces corvettes Gowind sont des navires de combat de dernière génération, polyvalents, et adaptés pour répondre aux besoins de la marine des Émirats arabes unis », a expliqué, de son côté, le pdg de Naval Group, Hervé Guillou.

« Cette décision renforce encore le partenariat stratégique et militaire entre la France et les Émirats arabes unis et constitue un nouveau succès à l’export pour la France », a noté, quant à elle, la ministre des Armées, Florence Parly.

Emmanuel Macron n’a donné aucun détail sur l’accord ni son montant, mais il est à rappeler que Naval Group tenait, et tient toujours, la corde face à ses concurrents.

| Q. Pourquoi cette commande ?

Jacques Borde. Pour trois raisons, en fait.

Comme l’a écrit Michel Cabirol, « Abu Dhabi a exprimé un vif intérêt pour ce type de corvettes de haute mer et lourdement armée dans un contexte régional tendu non seulement avec l’Iran mais également avec la Turquie, qui a installé sa première base militaire en Afrique (près de Mogadiscio en Somalie). Déjà en guerre contre les Houthis au Yémen, les EAU semblent également très soucieux de défendre l’accès du Détroit de Bab-el-Mandeb ‘gardé’ par Aden et Mogadiscio. C’est d’ailleurs également l’une des priorités de l’Égypte, l’allié des EAU ».

Bon, évidemment, nous ne sommes pas au niveau des milliards de dollars ramenés par Donald J. Trump, mais nous n’allons pas nous plaindre…

| Q. Plus généralement, quid des propos successives d’Emmanuel Macron tenus dans le Golfe ?

Jacques Borde. Intéressants, mais souvent trop génériques, je dirais. Je ne sais ce qu’il peut y avoir d’inclusif (sic) quant à ce qui se passe en Syrie et en Irak et ce nous y faisons et avons bien pu y faire.

Quant à la Syrie, plus précisément, je note surtout, Raqqa or not Raqqa, que le régime de Paris (sic) n’a, officiellement, rien à y faire, n’y étant en rien invité par le régime de Damas (sic) qui est, que cela plaise ou non à certains, l’autorité légale de ce pays. Et, là, je ne vous parle pas du soutien que nous avons pu accorder à des groupes comme Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām. À propos de qui Laurent Fabius disait qu’ils faisaient du « bon travail ».

| Q. Alors, en ce cas, selon vous, sommes-nous toujours l’ami du monde arabe ?

Jacques Borde. Oui et non.

Non, parce qu’à l’évidence, et en dépit de l’existence d’usines à gaz comme la Ligue arabe, le Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCEAG), plus quelques autres machins que j’oublie, le monde arabe a cessé d’exister en tant qu‘entité géopolitique.

Quant à l’Organisation de la coopération islamique (OCI), elle déborde largement du monde arabe.

Oui, car ce que nous sommes sans hésiter c’est bien les amis de plusieurs pays arabes, arabo-musulmans (sans parle de pays musulmans non-arabes). D’ailleurs par toujours nécessairement amis entre eux, c’est le moins qu’on puisse dire…

| Q. Qu’entendez-vous par là ?

Jacques Borde. Qu’en cette mi- novembre 2017, nous sommes – ou essayons d’être, et ce par tous les moyens possibles – les amis de l’Arabie Séoudite [sic], des Émirats arabes unies, de l’Égypte. Mais, car il y a un mais, « s’immiscer dans des affaires intrarégionales », pour reprendre une des phrases d’Emmanuel Macron, semble encore être la vulgate de nos administrations successives. En Irak et en Syrie notamment.

Donc aussi non.

| Q. Vous mettez l’Irak et la Syrie sur le même plan ?

Jacques Borde. Pratiquement. Je vous explique pourquoi.

Primo, concernant la Syrie, vous aurez noté que :

1- le président syrien, le Dr. Bachar el-Assad, a dit et répété la défiance qui était la sienne et celle de son administration à notre égard.
2- en dépit des nos gesticulations, nous ne sommes toujours pas associés aux pourparlers dits d’Astana. De là à dire que nos exploits aéroterrestres ne sont peut-être pas aussi remarquables que le laisse entre le
discours élyséen…

En un mot comme en cent nous ne sommes donc résolument pas les amis de la Syrie. Sauf à considérer comme représentants de ce ce pays quelques groupuscules d’opposition armée tenus à Bagdad, Damas, Moscou et Téhéran (et généralement au Caire également) pour des terroristes takfirî.

Secundo, concernant l’Irak, il est à noter que bien que l’administration Maliki ne tienne pas à l’égard de la France des propos aussi tranchés que le président syrien :

1- Bagdad ne nous associe à aucun de ses pourparlers sérieux avec qui que ce soit. Nous prêtons nos bras, où plutôt nos ailes, aux forces syriennes. Mais, au-delà, pas de quoi pavoiser.
2- l’administration irakienne, lorsqu’elle écoute quelqu’un tend plus l’oreille en direction de Moscou ou de Washington.
3- l’Irak, géostratégiquement, a quand même ses deux pieds ancrés dans l’
arc chî’îte, l’alliance politico-militaire conduite par l’Iran voisin.

| Q. Nous avons fait le tour ?

Jacques Borde. Non pas encore, hélas.

Restent encore deux de nos plus anciens amis arabes : le Liban et le Yémen. Nos liens étaient jadis très fort avec ces deux-là. Mais, nous avons, sous de précédents mandats présidentiels, abandonnés ces deux amis historiques de la France à leur triste sort. L’or du Golfe ayant eu raison de nos sentiments.

| Q. Pour vous la France n’est plus la puissance protectrice du Levant ?

Jacques Borde. (Soupir) Non. Et depuis longtemps déjà.

Je vous rappelle, ici, l’épisode honteux de l’ancien Sandjak d’Alexandrette – volé à sa mère-patrie syrienne et livré à la Turquie – grâce aux entourloupes de… Paris. Il y a donc un bout de temps que nous avons pris cette habitude de trahir, pour des dinars à défaut de deniers, nos rares et vrais amis dans cette partie de l’Orient compliqué.

À ce sujet, le livre de Lucien Bitterlin : Alexandrette, le ‘Munich’ de l’Orient ou Quand la France capitulait, même s’il remonte à 1999, me semble une lecture indispensable.

Pour lire la suite cliquer sur le lien

 

Historien de formation et spécialiste des questions internationales, ancien journaliste de la presse multimédia, Jacques Borde a longtemps collaboré au site quotidien d’intelligence stratégique geostrategie.com.

Spécialisation en Histoire des religions, Jacques Borde est titulaire d’une Licence d’Histoire (Paris IV Sorbonne). A été Consultant auprès du Neda Institute for Political & Scientific Studies (Téhéran).

Familier des capitales du Moyen-Orient (Amman, Bagdad, Beyrouth, Téhéran, et Tripoli) avec la pratique suivie des cercles dirigeants et entités (ministères, fondation, armées, milices & formations paramilitaires, etc.) des pays, Jaques Borde est également spécialisé dans les questions de Défense & d’armements.

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Les pays du Golfe arabo-persique depuis 2011 : persistance d’une géopolitique conflictuelle

Les pays du Golfe arabo-persique depuis 2011 : persistance d’une géopolitique conflictuelle

Par Pascal Le PAUTREMAT, le 11 novembre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Docteur en Histoire contemporaine et Relations internationales. Pascal Le Pautremat est le Président fondateur de la SAS Actiongeos. (Conseils et Aides aux entreprises publiques et privées, tournées vers l’international (Cf : www.actionsgeos.com). Chargé de cours dans l’Enseignement supérieur en géopolitique et économie internationale, ainsi qu’en sociologie politique.

Quelle est la situation du Golfe arabo-persique depuis la période des dits « Printemps arabes » ? Pascal Le Pautremat démontre que les antagonismes ethniques et confessionnels sont particulièrement intenses, tandis que les logiques stratégiques du lobbying persistent et s’adaptent à la conjoncture. Celle-ci est, de surcroît, marquée par un jihadisme transversal dont le socle s’est édifié à partir d’un axe syro-irakien. Conjointement, les grandes puissances, notamment occidentales, s’appliquent à perpétuer des jeux d’influence – et de concurrence – tandis que les pétromonarchies, enfin, se projettent pour se positionner de manière convaincante dans une économie des énergies renouvelables.

SEPT ans après les débuts des « Printemps arabes » [1], inquiétudes et interrogations, mêlées de perplexité, restent prégnantes à l’égard de la situation du Golfe arabo-persique. Certes, cette région intercontinentale – et stratégique – de quelque 251 000 km², est au cœur des préoccupations géopolitiques, de manière récurrente, depuis des siècles. Mais elle focalise bien des tensions à la fois politiques, religieuses et économiques.

Le Golfe persique constitue un espace maritime, à la fois comme zone d’échanges maritimes et espace frontaliers, sur fond de richesses gazières et de pétrolières. Les pays du Golfe, conscients de leur atout énergétique si convoité, ont su – malgré leurs différences – s’organiser au sein de l’Organisation des Pays exportateurs de Pétrole (OPEP), née en 1960 [2]. Peut lui être associée l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP), créé en 1968, dont le siège est à Koweït et qui tente de coordonner les politiques énergétiques des pays arabes, afin de favoriser leur développement économique [3].

Aux enjeux économiques et sociaux, se superposent les sempiternels – et lassants – antagonismes dogmatiques entre sunnisme et chiisme. Face au constat d’un regrettable bras de fer entre l’Arabie saoudite et la puissance perse, accusée de tous les maux et de toutes les turpitudes du Golfe arabo-persique, les puissances occidentales n’ont de cesse de jouer officiellement une même partition tactique, en s’associant avec des intensités variables, dans la lutte contre le terrorisme. Mais, stratégiquement, la partition est bien diversifiée lorsqu’il s’agit de se positionner économiquement dans la région considérée. Car deux concepts de mises en valeur et d’exploitation commerciale des ressources économiques se font face : d’un côté, le jeu des Anglo-saxons, à partir de l’axe Arabie-saoudite-Turquie, à destination de l’Europe. De l’autre, un axe associant la Russie, l’Iran, l’Irak et la Syrie s’est mis en place, sur fond de concurrence pour un marché acéré des hydrocarbures.

Quelle est la situation du Golfe arabo-persique depuis la période des dits « Printemps arabes » ?

Nous verrons que les antagonismes ethniques et confessionnels sont particulièrement intenses, tandis que les logiques stratégiques du lobbying persistent et s’adaptent à la conjoncture. Celle-ci est, de surcroît, marquée par un jihadisme transversal dont le socle s’est édifié à partir d’un axe syro-irakien. Conjointement, les grandes puissances, notamment occidentales, s’appliquent à perpétuer des jeux d’influence – et de concurrence – tandis que les pétromonarchies, enfin, se projettent pour se positionner de manière convaincante dans une économie des énergies renouvelables.

L’empreinte des « Printemps arabes » dans une région stratégique : crispations identitaires et dogmes religieux

Sur le plan didactique, lorsque l’on parle des Etats du Golfe, il s’agit de ceux de la péninsule arabique mais aussi ceux disposant d’une bande littorale qui ouvre sur le Golfe arabo-persique. Si bien que l’on y intègre, globalement les pays arabes, majoritairement sunnites, que sont l’Arabie saoudite (2,1 millions de km²) monarchie wahhabite née en 1932 et toujours dirigée par la dynastie séoudienne [4], les Emirats arabes unis (EAU), le Qatar, Oman, le Yémen, le Koweït, ainsi que Bahreïn, monarchie sunnite pour une majorité de chiites, l’Irak et l’Iran, puissance perse et chiite par excellence.

Trois groupes ethniques majoritaires ont façonné l’histoire du Moyen-Orient : les Perses (30% de la population de la région), les Arabes (40%) et, enfin, les Turcs et populations de langues ouralo-altaïques (25%). Conjointement, il y a de fortes diversités ethnico-religieuses dans cette vaste région, puisqu’il faut y ajouter les 30 à 40 millions de Kurdes [5], répartis entre l’Est de la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran, et, enfin, le peuple israélien (8,5 millions de personnes en 2017 dont 1/5e d’Arabes israéliens [6]). Globalement, selon les prévisions avancées pour 2025, le poids démographique des pays du Golfe arabo-persique pourrait être de l’ordre de 280 à 290 millions de personnes.

Lobbying, jeux d’alliances et rapports de force

Sans remonter trop loin dans le temps, rappelons qu’au XIXème siècle, le Moyen-Orient perpétue son statut de zone relais ou intermédiaire, entre Occident et Asie, au cœur de rivalités et jeux d’influences entre grandes puissances impérialistes. Citons, notamment, la Grande-Bretagne, soucieuse de préserver tant l’accès à son Empire des Indes que son existence même, et de contrôler la région face à la Russie, désireuse, pour sa part, d’élargir son influence en Asie centrale, d’avoir un accès aux mers chaudes, notamment à l’Océan Indien via la Mer Rouge. Les progrès techniques, le développement de la motorisation et la dépendance énergétique aux hydrocarbures n’ont fait qu’attiser, fin XIXème siècle-début XXème siècle, les aspirations au contrôle du Hearthland, au cœur des réflexions géopolitiques, dans le sillage des théories du Britannique Halford John Mackinder (1861-1947), de l’Américain Alfred Mahan (1840-1914) reprises ensuite par tant d’autres.

Gardons à l’esprit qu’en dehors des vicissitudes inhérentes aux conjonctures conflictuelles (Première et Seconde Guerres mondiales), c’est bien la Grande-Bretagne qui, de manière globale, apparaît comme la puissance dominatrice entre la fin du XIXème siècle et les années 1930. Elle perd peu à peu son assise, à la fin de la première moitié du XXème siècle, pour être supplantée par les Etats-Unis. L’historiographie contemporaine retient que l’alliance intéressée entre Washington et l’Arabie saoudite se concrétise par le Pacte du Quincy, le 14 février 1945. Les sujets abordés ne sont d’ailleurs pas ceux auxquels on croit communément, comme le rappelait, en 2016, l’historien Henry Laurens [7].

Le contexte de Guerre froide (1947-1991) fait le reste, dans un processus de tentatives diverses et parfois aléatoires d’alliances sporadiques entre grandes puissances et Etats de la région, avec une constante double : le rapport de force entre Juifs et Arabes, les dissensions entre Arabes et Perses, sur fond de rivalité entre sunnisme et chiisme.

Une nouvelle phase de mutations est apparue en 2011, lorsque les régimes du monde arabo-musulman subissent les mécontentements populaires, longtemps réfrénés.

Au-delà de la montée en puissance puis du jeu spectral du terrorisme islamique à partir des années 1990, des opérations militaires menées en Afghanistan et en Irak, respectivement à partir d’octobre 2001 et mars 2003, une nouvelle phase de mutations est apparue en 2011, lorsque les régimes du monde arabo-musulman subissent les mécontentements populaires, longtemps réfrénés, qui conduisent à des situations hétérogènes, au cœur de bien des supputations et de jeux diplomatiques.

Paradoxalement, les facteurs explicatifs de cette situation ne sont pas nouveaux. Ils sont même au cœur des réalités géopolitiques tout au long du XXème siècle. De surcroît, la sempiternelle – et lassante – guerre entre chiisme et sunnisme, tragique reflet d’une culture d’intolérance pluriséculaire, a conduit des pays, tels l’Arabie saoudite et le Qatar (11 586 km²), à s’impliquer dans des crises régionales qui tournent au désastre pluridimensionnel : humain, politique et économique.

2011-2017 : entre répressions, guerres confessionnelles et interethniques

Les crises tragiques de 2011 conduisent, en effet, à des situations de guerres civiles d’intensité variable en Afrique du Nord, avec des changements de régimes plus ou moins crédibles (Tunisie, Libye et Egypte), au Moyen-Orient (Syrie, Yémen) – nous y reviendrons – et à des processus de négociations afin de maintenir une certaine paix sociale (Maroc, Algérie), sans que les problèmes de fond ne soient réglés pour autant.

En Arabie saoudite, au Koweït comme à Oman, les mouvements de contestation sont rapidement désamorcés. La contre-révolution est nettement plus violente dans le micro-royaume insulaire de Bahreïn (765,3 km²) où 65% des 550 000 habitants nationaux sont chiites [8]. Le 14 mars 2011, l’Arabie saoudite envoie un millier de soldats, renforcé de 500 militaires émiratis et qataris, avec l’accord du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) [9], pour y réprimer, dans la capitale, Manama, la « révolution de la place des Perles », engagée depuis le 14 février 2011 contre le roi Hamad al-Khalifa, sur le trône depuis 2002 [10]. Les régimes sunnites ont tôt fait de légitimer cette répression en agitant le leitmotiv du jeu souterrain de l’Iran, accusé une fois encore – mais sans preuve tangible – d’avoir initié le mouvement de rébellion qui avait pourtant associé chiites et sunnites aux aspirations laïques.

Au Yémen et en Syrie, les évènements ont engendré des guerres confessionnelles, pluriethniques à caractère international compte tenu des jeux d’alliance et des coalitions intervenantes. Dans les deux cas, la tragédie s’est imposée.

Le Yémen subit ainsi, depuis la nuit du 24 au 25 mars 2015, bombardements aériens, destructions d’infrastructures, luttes fratricides et drames humanitaires (plus de 4 500 civils tués par les bombardements aériens) et sanitaires (épidémie de choléra). En juillet 2017, les rapports internationaux font état de plus de 7 800 tués, plus de 44 000 blessés et deux millions de personnes déplacées, des dizaines de milliers de blessés, sans oublier plus de 180 000 exilés.

Le président Ali Abdallah Saleh a dû quitter le pouvoir en février 2012, sous la pression d’une vive opposition populaire et de la communauté internationale. Après des années de guerre intestines, de mutation du pouvoir exécutif sur place, Saleh, qui ne s’était pas résolu à renoncer définitivement, a trouvé en l’Arabie saoudite, un allié de taille et assez opportuniste qui fait valoir son mépris à l’égard des Houthis, zaïdites – le Zaïdisme est dérivé du chiisme – pour lancer une vaste coalition sunnite en mars 2015 (Opération Tempête décisive) en s’associant huit autres Etats : le Maroc, le Soudan, l’Egypte, la Jordanie, le Koweït, Bahreïn et le Qatar et les Emirats arabes unis. Les Etats-Unis apportent aussi leur contribution sur le plan logistique et en matière de renseignement. Une fois de plus, Riyad accuse Téhéran d’être derrière le sursaut houthiste et d’avoir des visées sur sa frontière sud. Et là encore, le soutien de l’Iran n’est pas certain. Et s’il existe, il demeure assez marginal.

Le conflit s’enlise, les négociations en faveur de la paix sont vaines, tout comme les cessez-le-feu qui ne sont pas respectés. La coalition sunnite souffre aujourd’hui d’une image de marque ternie par les crimes de guerre enregistrés et la dimension contre-productive de l’intervention ; même si les médias, occidentaux, ne sont guère prolixes sur ce conflit.

Si la guerre au Yémen est minimisée pour des raisons de stratégies économiques parallèles – il s’agit de ne pas irriter les pétromonarchies parties prenantes – la situation est toute autre pour la crise syrienne.

La Syrie, depuis 2011, voit perdurer une guerre confessionnelle, à la fois civile et internationale, au-delà de multiples trêves sans portée, de tentatives vaines d’accords entre les diverses parties prenantes [11]. Nous ne reviendrons pas ici sur les atermoiements français et américains, notamment entre 2011 et l’été 2013, pour fixer une politique claire vis-à-vis d’une rébellion hétérogène autant que disparate dont le panel « modéré » s’est fait annihiler peu à peu par les mouvances jihadistes, soutenues sur les plans logistiques et financiers par les réseaux saoudiens et qataris.

L’hydre du jihadisme

Il existe bien des mouvances à caractère jihadistes, dont les ambitions sont parfois en concurrence. Nombre d’entre elles s’affrontent depuis 2011. L’Arabie saoudite soutient, en Syrie, la rébellion protéiforme à consonnance wahhabite [12], tandis que le Qatar associé à la Turquie soutiennent les réseaux salafistes [13] et proches des Frères musulmans.

Le tout est couronné par la lutte d’influence entre l’Etat islamique (EI) [14] et ses groupes affiliés, d’une part, et Al Qaeda, d’autre part, représenté par le mouvement Front al-Nosra devenu, au cours de l’été 2016, le Front Fatah al-Cham puis, en janvier 2017, Hayat Tahrir al-Cham (HTS – Organisation de Libération du Levant) à partir d’un agglomérat de diverses factions implantées dans le nord-ouest de la Syrie.

L’EIIL change de nom en 2013 pour devenir l’Etat islamique et proclame, en 2014, l’instauration d’un Califat.

L’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) a profité des troubles occasionnés par les « printemps arabes » de 2011 pour percer dans la région. Véritable hydre régionale, il égrène des réseaux qui souhaitent étendre et généraliser l’implosion des Etats, notamment l’Arabie saoudite et la Jordanie, au nom d’un hypothétique califat.

Fort de ses complicités transfrontalières, en Turquie, de ses capacités à établir des filières d’approvisionnements logistiques, en armes et munitions, tout en vendant du pétrole au marché noir, l’EIIL change de nom en 2013 pour devenir l’Etat islamique et proclame, en 2014, l’instauration d’un Califat destiné à rayonner sur le territoire historique de la Grande Syrie – Bilad el-Cham – qui, historiquement englobe l’Irak et la Syrie. Sa finalité étant, à terme de s’étendre à une large partie de l’Afrique du Nord, de l’Europe méditerranéenne et occidentale.

Sur le sol irakien, l’extension de l’EI n’est stoppée qu’à partir de 2015, au niveau de Tikrit, avant que ne soit engagée, depuis, un long processus de reconquête et de sécurisation des zones que les jihadistes tenaient sous leur joug.

Le Moyen-Orient, et principalement l’arc syro-irakien, demeure donc miné par la toile d’un jihadisme transfrontalier. Les divers jeux d’influence et d’alliance avec des courants islamiques dans plusieurs pays arabo-musulmans, tant au Moyen-Orient que dans certains Etats africains de la zone pansahélienne, sont de notoriété publique, désormais, quoique longtemps minimisés ou niés.

L’Arabie saoudite et le Qatar sont rattrapés par leurs politiques de soutiens polymorphes apportés à une rébellion syrienne hétéroclite. Les deux pays paient le prix fort en matière d’image de marque, victimes à la fois du jeu de certains membres des familles royales, Al Saoud et Al Thani, et de l’ultra conservatisme des régimes en place.

En même temps, cette situation a sans doute contribué à ce que la branche réformiste de la famille régnante, en Arabie saoudite, sorte de l’ombre et se lance dans une nouvelle dynamique, particulièrement osée ; comme en témoigne la politique de purge lancée, début novembre 2017, par le prince héritier Mohammed Ben Salman, âgé de 32 ans – surnommé MBS – fils favori du roi Salman, sur le trône depuis janvier 2015 [15].

La commission de lutte contre la corruption, placée sous la direction de Mohammed Ben Salman, a ainsi fait arrêter 11 princes, dont le milliardaire Al-Walid ben Talal [16], et des dizaines de ministres et hommes d’affaires, reconnus coupables d’abus divers en profitant de leurs statuts. En outre, Mohammed Ben Salman se veut l’architecte d’un islam modéré, loin du rigorisme wahhabite. Il ose ainsi prôner une politique de distanciation à l’égard des personnalités partisanes d’une religiosité ultra-conservatrice et compte bien concrétiser diverses mesures, par étapes, en faveur de l’émancipation des femmes, toujours considérées comme des mineures sur le plan juridique.

Ce bouleversement majeur dans la vie politique et religieuse de l’Arabie saoudite est considéré comme le plus important depuis l’ère médiévale. Il vient aussi rappeler combien rien n’est figé et peut-être l’objet de mutations que l’on souhaite prometteuses et constructives.

Quant aux jeux d’influence en provenance du Qatar, en direction des courants islamistes, Riyad tente désormais de s’en démarquer de manière claire. Le régime a ainsi pris ses distances avec le Qatar accusé de soutenir les groupements paramilitaires rigoristes aux motivations jihadistes, tout en semblant promouvoir une nouvelle phase de rapprochement avec Washington.

Jeux d’influence et d’attractivité internationales

La stratégie saoudienne vise à assurer à la monarchie un repositionnement constructif sur l’échiquier mondial. Elle s’applique dès lors à renouer avec les nations les plus influentes, au premier chef desquelles se trouvent les Etats-Unis. La venue à Riyad du président Donald Trump, le 20 mai 2017, témoigne de l’intérêt réciproque des deux pays pour redynamiser une alliance stratégique de laquelle chacun compte tirer profit. Cette visite s’est soldée par la signature d’accords commerciaux dont le montant global annoncé est de 380 milliards de dollars dont plus du tiers en matière d’armement.

Dans cette valse des jeux diplomatiques et économiques, l’Arabie saoudite, comme les Emirats arabes unis – très hostiles au Frères musulmans et au jihadisme [17]– ont décidé d’engager un rapport de force avec le Qatar mis à l’amende, surtout pour faire cavalier seul et peut-être aussi, pour le contraindre à mettre un terme à sa politique d’appui et de soutien aux mouvements jihadistes. L’enchainement des évènements a d’ailleurs de quoi susciter une interrogation dans la mesure où la rupture des relations avec le Qatar intervient près de 15 jours après la visite du président Trump, à Riyad. La démarche des pays du Golfe dénonçant la politique qatarie de financement de réseaux jihadistes témoigne aussi, il est vrai, d’antécédents. En 2014, l’Arabie saoudite, Bahreïn et les EAU avaient ainsi rappelé leurs ambassadeurs.

Le Qatar : le micro-Etat arabe jugé trop proche de l’Iran et de la Russie

À l’été 2017, donc, le ton des sanctions s’est durci. En juin 2017, le Qatar a essuyé un véritable blocus des pays du Golfe, diligenté par l’Arabie saoudite [18] ; démarche facilitée par leur regroupement stratégique au sein du Conseil de Coopération du Golfe. Au point même que non seulement l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn mais aussi le Yémen, les Maldives et l’Egypte ont rompu leurs relations diplomatiques, le 6 juin 2017, avec le micro-Etat. Le cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, à la tête du Qatar, a fermement condamné ces diverses mesures et dénoncé une volonté collégiale d’étouffer économiquement le pays.

L’Arabie saoudite reproche aussi au Qatar d’entretenir des liens économiques avec l’Iran. Le Qatar partage en effet, avec la puissance perse, la gestion et exploitation du South Pars / North Dome, gigantesque gisement gazier off-shore situé dans le Golfe persique [19].
L’Arabie saoudite et l’Iran avaient déjà rompu leurs relations diplomatiques le 3 janvier 2016, suite à l’exécution du cheikh chiite saoudien, Al-Nimr, la veille. L’exécution a engendré des troubles à Téhéran, qui ont conduit à la destruction partielle de l’ambassade saoudienne. Dans le sillage de l’Arabie saoudite, plusieurs pays arabes du golfe ont rompu, eux aussi, leurs relations diplomatiques avec l’Iran : les EAU, le Soudan, Bahreïn et le Koweït.

Depuis son installation à la Maison Blanche le 20 janvier 2017, la démarche âpre, vis-à-vis de l’Iran, du nouveau président américain, Donald Trump, satisfait Riyad qui déplorait le rapprochement amorcé par Barack Obama avec l’Iran. Les efforts et négociations de l’Administration Obama avec le régime des Mollahs ont permis la signature, le 14 juillet 2015, de l’Accord sur le nucléaire iranien, et, par voie de conséquence, le retour de l’Iran dans le jeu de la diplomatie et de l’économie mondiales, avec la levée progressive des sanctions internationales. Or, l’Arabie saoudite comme Israël estiment cet accord de mauvais aloi et entretiennent une forte suspicion à l’égard du régime iranien. D’où leur satisfaction quant au scepticisme – c’est peu dire – partagé avec le président Trump à l’égard de Téhéran.

L’Arabie saoudite et ses alliés du CCG, outre les Etats-Unis, n’apprécient guère non plus que le Qatar se soit rapproché de la Russie, pour des raisons économiques, et ait renoncé à son projet des années 2000, visant à établir un gazoduc à destination de l’Europe transitant par la Syrie, en collaboration avec l’Arabie saoudite et la Jordanie, Etats que le gazoduc projeté aurait traversé. Et surtout, depuis la Syrie, et la ville de Homs en particulier, étaient prévus trois axes d’approvisionnement, respectivement à destination du Liban, en débouchant à Tripoli, de la Turquie et de Lattaquié ; projet qui aurait essuyé le refus du régime syrien.

La Russie et le Qatar ont renforcé leurs relations, motivées par les questions énergétiques, industrielles et de coopération militaire.

Pour le Qatar, il ne s’agit pas, en effet, de tourner le dos à Moscou, au-delà des positionnements contraires dans la crise syrienne. Le potentiel russe et ses capacités d’investissement régionaux, n’est pas boudé, d’autant que la région du Golfe est l’objet de nombreux programmes d’investissements, à l’instar de ceux de la Chine, notamment en Iran [20].

Ainsi, la Russie et le Qatar ont-ils renforcé leurs relations, motivées par les questions énergétiques, industrielles et de coopération militaire [21]. Cela s’est notamment traduit par un accord signé à cet effet, le 6 septembre 2016, au terme d’échanges qui se sont étalés sur plusieurs mois, d’abord entre le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov et l’émir Tamim ben Hamad al-Thanin, puis le ministre qatari de la Défense, Khalid bin Mohammad Al Attiyah, et son homologue russe, Sergueï Choïgou.

Le Qatar a en effet besoin de produits agricoles et du savoir-faire russe pour la mise en valeur industrielle de son potentiel pétrochimique. Ce rapprochement bilatéral montre des intérêts respectifs puisque les Qataris investissent aussi dans les entreprises russes. L’entreprise de production gazière Novatek a ainsi bénéficié d’un investissement de 2 milliards de dollars, en vertu du rôle dynamique, depuis 2014, de la commission intergouvernementale pour le commerce, l’économie, la science et la coopération technique mise en place entre les deux pays. Le Qatar a aussi acquis une partie du capital de la multinationale Rosneft, en décembre 2016, à la fois directement, et indirectement en tant que membre du Comité des actionnaires du fonds d’investissement Glencore qui a obtenu 19,5% du capital.

Le monde des affaires : marchés prometteurs et nouvelles sources d’énergie

De manière générale, les pays du Golfe, conscients de disposer d’une manne financière considérable – via les fonds souverains notamment – s’estiment en position de force pour imposer leurs desiderata aux pays occidentaux, dont les besoins en matière de capitalisation, de financement par l’actionnariat dans les grands groupes multinationaux, et de ressources énergétiques sont conséquents. Le royaume de Bahreïn, même quasi inféodé à l’Arabie saoudite voisine, s’inscrit comme une place financière majeure. Les quelque 400 banques et institutions financières installées sur son territoire font de cet émirat une place financière stratégique, outre le rayonnement d’entreprises de télécommunication et de services de transport.

En même temps, les pays du Golfe, conscients des réalités environnementales, misent sur les nouvelles technologies et les énergies renouvelables.

Les pays du CCG, quoique disposant de près de 29% des réserves prouvées de pétrole et de 22% des gisements gaziers de la planète, se tournent vers l’avenir avec détermination, conscients de l’épuisement, in fine, de ces ressources naturelles en leur possession. D’autant que les prix du pétrole ont connu des baisses sensibles ces dernières années, au point d’engendrer, en 2015, une baisse des recettes de près de 287 milliards de dollars pour les pays du Golfe arabique, soit plus de 20% de leurs PIB [22].

Pour l’instant, leurs ventes et exportations assurent plus de 80% de leurs ressources financières. Mais, ils ont saisi l’importance à la fois salutaire – sur les plan environnemental et climatique – et stratégique des énergies renouvelables : énergie solaire, grâce à la captation photovoltaïque (le prix des panneaux a chuté de près de 80% depuis 2009), permet la production d’électricité via notamment les centrales thermodynamiques à l’instar du site de Shams aux Emirats arabes Unis ; énergie éolienne notamment au Koweït, à Oman et en Arabie saoudite… Ce à quoi, il faut ajouter le secteur croissant de l’industrie de dessalement d’eau de mer puisque, d’ici 30 ans, les besoins des pays du Golfe en eau douce pourraient quintupler. Par le dessalement, le Qatar, par exemple, répond déjà à 87% de ses besoins en eau douce.

En Arabie saoudite, en avril 2016, le fils du roi, Mohammed ben Salmane, lançait officiellement un plan de réforme de la politique économique de la monarchie. Cela se traduit notamment par la constitution d’un fonds souverain d’investissements hors hydrocarbures de 2 000 milliards de dollars, par la création également de 16 réacteurs nucléaires destinés à satisfaire 25% des besoins du pays en électricité d’ici 2032. Ce qui représenterait un investissement de 100 milliards de dollars.

Autant de perspectives qui permettent aux multinationales comme EDF- AREVA, ENGIE, de se positionner pour conclure des partenariats avec l’Arabie saoudite mais aussi les autres pays du Golfe.

Cela n’empêche pas ces mêmes multinationales de se tourner vers l’Iran (80 millions d’habitants) qui affiche un taux de croissance économique annuel d’environ 5% et un PIB de 412 milliards de dollars, soit le deuxième du Moyen-Orient après celui du l’Arabie saoudite. Le potentiel iranien, sur le champ économique, est considérable et perçu comme un vecteur de concurrence directe par la plupart des Etats sunnites [23].

De manière pragmatique, à la fois pour des raisons économiques et sécuritaires, les partenariats des pays du Golfe avec les pays occidentaux se sont accentués depuis le début des années 2000.

L’Iran a des besoins importants dans de nombreux domaines : diversification du secteur tertiaire, développement des infrastructures, productions énergétiques, outre la chimie, les matériaux de base, les transports, les télécommunications, le secteur pharmaceutique, l’informatique, le secteur minier et l’industrie dont l’automobile. Autant d’investissements rendus possibles dans le sillage de la levée des sanctions internationales suite à l’accord sur le nucléaire. Les entreprises françaises, Renault, qui espère contrôler 20% du marché automobile iranien en 2020. PSA et Total, sont bien implantées. Airbus mise aussi sur le marché iranien, tout comme Bouygues et Vinci pour les secteurs des transports et des infrastructures. Le secteur bancaire reste néanmoins frileux pour assurer les financements, d’autant que les Etats-Unis – nous l’avons dit – se montrent suspicieux vis-à-vis de l’Iran en l’accusant d’opérations de blanchiment d’argent et cherchant même des preuves attestant que Téhéran ne respecte pas l’accord du 14 juillet 2015. D’ailleurs, diverses analyses laissent à penser que les Etats-Unis et Israël miseraient sur une nouvelle glaciation des relations avec l’Iran.

De manière pragmatique, à la fois pour des raisons économiques et sécuritaires, les partenariats des pays du Golfe avec les pays occidentaux se sont accentués depuis le début des années 2000. Ces derniers étant déterminés à préserver leurs intérêts géopolitiques, comme en témoigne l’ouverture et la montée en puissances des bases militaires, américaines, britanniques et françaises, dans le Golfe persique. Et la décennie 2010 n’a fait que témoigner de cette constance dans le jeu des échanges avec les pays du Golfe. Cela s’observe notamment sur le champ du secteur de l’armement [24], le Moyen-Orient constituant le principal secteur géographique en tant que premier client mondial.

Selon l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri) [25], les importations d’armes au Moyen-Orient ont augmenté de 86 % entre 2012 et 2016, par rapport à la période 2007-2012. Pour la seule Arabie saoudite, la hausse des achats entre les deux périodes précitées est de 212%, contre un bond 245 % pour le Qatar. Les Etats-Unis dominent 53 % du marché mondial, contre 23% pour la Russie, 8% pour la France (qui effectue près de 40% de ses ventes au Moyen-Orient). Après les Etats-Unis et la Russie, la Chine se positionne au troisième rang mondial en matière de vente d’armements.

Conclusion


Finalement, le concept dit de Guerre froide est loin d’être moribond, tant nous semblons toujours dépendants du rapport de force entre Etats-Unis et Russie, via les pays du Golfe interposés. Et nous semblons, en Occident, nous satisfaire d’ânonner sur un état des faits et des lieux sans que rien ne soit clairement mis en œuvre, à court terme, pour s’engager sur une nouvelle voie des relations interétatiques et humaines. À l’inverse, les crispations semblent à nouveau se renforcer.

La plupart des pays de la région sont minés par leurs propres contradictions, entre aspirations à se moderniser culturellement et économiquement, et pression du conservatisme, sous le poids des traditions et des certitudes dogmatiques. Si au cœur des pouvoirs exécutifs, certains dirigeants et membres de leurs équipes aspirent à pouvoir amorcer des réformes constructives, synonymes d’apaisement, les lobbies rigoristes et tribaux, jouant de la manipulation des foules, bloquent souvent leurs démarches. Aussi, les monarchies des pays du Golfe semblent-elles prises à leur propre jeu.

Il y a pourtant de formidables potentiels et capacités pour s’écarter du champ sclérosant des dogmes et de la culture des peurs entretenues de manière cynique. Les évolutions des pays du Golfe ne sont pas inexistantes. Certes, elles sont lentes et prudentes, tant les garants auto-proclamés d’une orthodoxie jugée immuable, nourrissent les crispations religieuses. Sur le plan de la représentation politique, la féminisation de la vie publique ne progresse que très légèrement. On peut le déplorer mais se rassurer dans le même temps en considérant qu’elle n’est pas au point mort.

Copyright Novembre 2017-Le Pautremat/Diploweb.com

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