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La Grèce détecte l’arrivée massive de jihadistes

La Grèce détecte l’arrivée massive de jihadistes

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Alors que l’arrivée de jihadistes mêlés au flot de migrants entrant dans l’Union européenne par la Grèce était jusqu’ici anecdotique, l’alerte vient d’être lancée face à une arrivée plus massive.

Depuis la signature de l’accord russo-turc de Sotchi, plus d’un millier de combattants de Daesh et d’Al-Qaïda ont été discrètement exfiltrés d’Idleb par le Millî İstihbarat Teşkilatı (services secrets turcs).

La police grecque a détecté au moins 120 jihadistes parmi les nouveaux immigrants, notamment dans le camp de Moria, sur l’île de Lesbos.

Ces individus ne figurent pas sur le fichier des 5 000 jihadistes dont disposent les autorités européennes. Ils ont été identifiés grâce aux dénonciations d’autres migrants qui en ont été victimes en Syrie et en Iraq.

http://www.voltairenet.org/article203448.html

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Douguine : « Poutine est entouré de libéraux »

Douguine :
« Poutine est entouré de libéraux »


Un entretien avec Alexandre Douguine est toujours fascinant, ici il parle du Moyen-Orient, de l’Eurasie et de la Grèce


Alexander DuginPar Alexandre Douguine – Le 18 juin 2018 – Source Russia Insider

Cet entretien est accordé au portail géopolitique grec Geopolitics & Daily News

Question : – Dr. Douguine, ces dernières années, nous avons été témoins d’une tension croissante entre les États-Unis, l’UE et la Russie. Certains disent que cela rappelle « l’époque de la guerre froide ». Partagez-vous la même opinion ou y a-t-il quelque chose de plus ?

Alexandre Douguine : – La guerre froide était la confrontation entre deux camps idéologiques. Maintenant, il n’y a plus de distinction claire dans le domaine de l’idéologie, mais plutôt deux versions de la même démocratie libérale – avancée dans le cas des États-Unis et de l’UE et retardée dans le cas de la Russie.

Nous supposerions donc que cela devrait réduire considérablement la tension. Mais ce n’est pas le cas. Nous devons alors chercher la raison des tensions croissantes dans un autre domaine que l’idéologie. Le plus probable est que les raisons de la « nouvelle guerre froide » sont cette fois géopolitiques.

Mais il est légitime de poser la question.

Est-ce qu’en réalité ce n’était pas une guerre froide idéologique entre le capitalisme et le socialisme, mais plutôt dans le contexte historique beaucoup plus large du moment, une Grande Guerre des Continents (GWoC) ?

Cette GWoC est la base même de la compréhension géopolitique de l’histoire – pouvoir maritime contre pouvoir continental, Eurasiste contre Atlantique. Si nous pouvons nous accorder là-dessus, tout devient logique et clair. Il y a la bataille éternelle entre deux types de civilisations – la civilisation de la mer dynamique (progressiste et marchande) et la civilisation territoriale statique (conservatrice et héroïque) : Carthage contre Rome, Athènes contre Sparte [dans ces deux cas la victoire est revenue aux forces territoriales, NdT ].

Ainsi, la nouvelle escalade est le résultat de la renaissance de la Russie après le coup mortel qu’elle a reçu dans les années 1990. C’est le retour du pouvoir tellurique, la nouvelle montée en puissance de l’Eurasie qui est le principal fait expliquant cette nouvelle guerre froide. C’est, en fait, la vieille guerre froide, la guerre froide « éternelle ». Dans la décennie  1990, il y avait un semblant de victoire irrévocable du pouvoir maritime – d’où la mondialisation et l’unipolarité.

Mais maintenant nous pouvons voir que c’était juste un moment, une occasion qui s’est présentée. La reprise du pouvoir par la Russie, ainsi que la résistance de la Chine, du monde islamique et la vague de populisme en Occident prouvent que cette occasion est perdue. Les élites mondialistes sont sur la défensive. Le dragon est blessé mais il est toujours là. Il essaie de se défendre et c’est la principale cause des nouvelles hostilités.

Quel est votre point de vue sur les récents événements qui se déroulent au Moyen-Orient ? Voyez-vous des chances d’équilibrage ou devons-nous faire l’expérience d’un conflit « total » entre tous les participants ?

Je vois la région du Moyen-Orient comme la principale région où l’architecture du monde futur et le nouvel équilibre des pouvoirs sont en jeu. Ce n’est pas un jeu chaotique « tous contre tous », c’est un épisode décisif de la GWoC (Grande Guerre des Continents).

D’un côté il y a la Russie, l’Iran et en partie la Turquie (se distanciant de plus en plus des États-Unis) avec un soutien discret de la Chine. C’est le camp multipolaire – le bloc eurasien. De l’autre côté, il y a les États-Unis et leurs mandataires – les États de l’OTAN, Israël et l’Arabie Saoudite. Ils représentent le pôle mondialiste, les forces unipolaires.

Ce n’était pas exactement ce que Trump avait promis à ses électeurs (il promettait d’arrêter les interventions et de retirer des troupes du Moyen-Orient), mais plutôt un ordre du jour néoconservateur classique. Trump est pris en otage par les néocons. Peut-être que c’était le prix d’un accord politique : Trump a donné la politique étrangère aux néocons et a gagné un certain soutien dans ses réformes intérieures.

Mais le Moyen-Orient est un espace de la plus grande importance. Si l’Eurasie gagne, il y aura un ordre mondial multipolaire et le moment unipolaire sera terminé une fois pour toutes – au moins pour très longtemps. Si les atlantistes l’emportent, ils gagneront du temps un certain délai avant leur inévitable chute. Le dragon blessé survivra un peu plus longtemps.

Mais de toute façon, le Moyen-Orient est crucial. C’est là que le sort de l’humanité est décidé.

Ces derniers mois, nous avons assisté à un « changement de position » de la Russie vis-à-vis de la Turquie, passant d’une confrontation directe à un soutien total à tous les niveaux. Quels sont, selon vous, les caractéristiques de cette nouvelle situation entre les deux pays ?

C’est le problème majeur de la multipolarité. La Turquie est rejetée par le système unipolaire et condamnée à être scindée. Donc, elle ne peut survivre que dans le camp eurasien.

La Turquie est entrée dans l’OTAN dans des circonstances historiques spéciales, c’était alors un pas raisonnable face à une éventuelle agression de Staline. La décision était basée sur des calculs rationnels. Dans les années 1990 du XXe siècle et surtout en 2000, la situation a radicalement changé.

La Russie ne représente plus une menace existentielle pour la Turquie, mais les États-Unis et l’OTAN en général sont devenus le défi. Avec la politique américaine au Moyen-Orient et sa stratégie concernant les Kurdes, la Turquie en tant qu’État national est condamnée.

Donc, la Turquie et la Russie ont tous les arguments rationnels pour s’allier.

Il est évident que dans les deux pays le lobby atlantiste est très influent. Il essaie de saboter ce processus – c’est la destruction de l’avion russe, le meurtre de notre ambassadeur (russe) et d’autres provocations qui ont été préparées afin de détruire cette alliance. Quand les atlantistes ont compris qu’ils ne pouvaient pas arrêter cela, ils ont tenté de renverser Erdogan par un coup d’État en juillet 2016.

À ce moment crucial, la Russie a apporté à la Turquie un soutien discret mais décisif.

– Les relations entre la Grèce et la Russie ont connu beaucoup de « hauts et de bas » ces dernières années. Où en est cette relation maintenant, à votre avis ?

– La Grèce est un pays orthodoxe fraternel. Les Russes sont les héritiers de Byzance et de la culture grecque, nous sommes des descendants civilisationnels des Grecs. Le Mont Athos est toujours la capitale sainte de notre spiritualité. Donc, culturellement, nous sommes les meilleurs amis.

Sur le plan politique, la Grèce n’est pas un pays souverain car elle est maintenant totalement contrôlée par l’UE et les mondialistes. Les populistes de gauche de Syriza ont essayé de briser cet esclavage mais ont échoué malgré l’énorme soutien populaire. Les populistes de droite sont marginalisés et réprimés par l’élite mondialiste empêchant ainsi leur expansion naturelle.

Ainsi, la Grèce en tant que pays est prise en otage par l’UE, elle n’est pas libre. Ce n’est pas un sujet de la géopolitique, mais un objet. La Russie pourrait aider à libérer la Grèce de l’occupation atlantiste mais la tâche principale devrait être accomplie par les Grecs eux-mêmes.

Les relations entre deux États sont une chose et les relations entre leurs citoyens sont tout autre chose.

Les relations entre les États sont définies par l’OTAN et l’UE. Donc elles ne peuvent pas être bonnes, car elles ne reflètent pas la volonté des grecs, mais la position consolidée du pouvoir maritime. Par contre la relation entre les peuples est assez bonne, car les Russes aiment les Grecs, ils ont une dette envers la culture grecque qui a donné leur identité orthodoxe chrétienne, leur grammaire, leur langue et leur style spirituel.

Mais la vraie Grèce pour nous est la Grèce du peuple pas des élites. C’est le Mont Athos en Grèce – notre bien-aimée Montagne Sainte – de Saint Cosmas d’Étolie, Saint Paisios du Mont Athos et Geronda Ephraim de Vatopedi.

Ce n’est que depuis quelques semaines que V. Poutine a été réélu à la présidence de la Russie avec un pourcentage significatif de votes. Cependant, il y a des voix, même en Russie, qui soulignent son incapacité à sortir le pays de l’isolement et à offrir aux citoyens russes un meilleur mode de vie. Que pensez-vous de la situation de la Russie à l’intérieur des frontières et que pensez-vous que les citoyens russes attendent de leurs dirigeants dans les années à venir ?

J’ai écrit un livre spécial sur Poutine – Poutine contre Poutine. Là, j’explique la dualité essentielle de Poutine. Il a un double aspect. D’une part, il a sauvé la Russie de la décadence qui semblait inévitable et a rétabli la souveraineté et l’indépendance de l’État russe. Il est donc un héros et notre peuple comprend bien que pour notre grandeur nous sommes obligés de payer le prix fort. Donc, il n’y a pas de critiques de Poutine pour la Crimée ou les sanctions.

Tout cela est au contraire une raison pour le soutenir davantage. Il est donc principalement soutenu par les Russes pour les mêmes raisons que l’Occident (les mondialistes) le déteste.

D’autre part, il est entouré de libéraux (nous les appelons la sixième colonne) qui lui restent fidèles personnellement mais essaient d’imposer à la société des politiques suicidaires. C’est la deuxième face de Poutine, qui est bicéphale, comme l’aigle impérial byzantin et russe.

Le niveau de justice sociale dans la Russie actuelle est proche de zéro, la corruption sauvage est florissante, la vie spirituelle et la culture sont dans un état de profonde dépression. Et c’est la préoccupation de l’autre face de Poutine.

Alors nous sommes forts et unis avec Poutine devant ses ennemis à l’étranger – ils le détestent précisément pour les raisons qui nous le font aimer, mais nous ne sommes pas heureux de la confiance qu’il accorde aux libéraux, dans le gouvernement et ailleurs.

– Merci Dr. Douguine pour cette interview.

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

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Les tensions montent à la veille d’une réunion extraordinaire sur la migration

Les tensions montent à la veille d’une réunion extraordinaire sur la migration

L’invitation de Jean-Claude Juncker à une poignée de dirigeants européens pour un mini-sommet informel le 27 juin soulève plus de questions que la réunion ne pourra en résoudre.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a annoncé la tenue d’une « réunion de travail informelle » dimanche 24 juin. Il invite les Premiers ministres grec, italien, maltais, espagnol, autrichien, allemand, français et bulgare. Le but de la réunion, selon lui, est de travailler à des solutions européennes sur la migration et l’asile en vue du sommet européen des 28 et 29 juin.

Le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, a dit avoir accepté l’invitation sur Twitter.

La Grèce, l’Italie, Malte et l’Espagne sont considérés comme des « pays de première ligne », puisqu’ils sont exposés plus que les autres à l’arrivée de migrants depuis la Méditerranée. Ils n’attendent qu’une chose : conclure un accord qui allègera leur fardeau.

C’est aussi le cas d’Angela Merkel, la chancelière allemande, à qui l’allié conservateur bavarois, l’Union chrétienne sociale (CSU), a donné deux semaines pour trouver une solution paneuropéenne à la crise migratoire. Cet ultimatum sur la migration menace de faire s’effondrer une coalition gouvernementale formée il y a à peine trois mois.

Quant à Emmanuel Macron, le président français, il appelle aussi de ses vœux un accord rapide sur la migration, afin de permettre aux dirigeants de se concentrer sur les réformes de la zone euro.

Pourtant, les tensions sur les questions de migration ne cessent de monter entre la France et l’Italie, surtout depuis que le nouveau gouvernement a pris ses fonctions et que le chef de file du parti d’extrême droite la Ligue du nord, Matteo Salvini, est devenu ministre de l’Intérieur.

Conte et Macron lissent leurs différends après la tempête

Réunis à Paris, Emmanuel Macron et Giuseppe Conte, le nouveau président du conseil des ministres italien, ont fait montre d’amitié et de coopération après une semaine de déclarations acides au sujet de l’Aquarius.

 

Le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, a déclaré le 21 juin qu’une première version d’accord européen avait été supprimée suite à un désaccord avec Angela Merkel.

La déclaration éliminée contenait des éléments clés dont la chancelière a besoin pour apaiser le CSU et son leader, Horst Seehofer, qui est aussi son ministre de l’Intérieur. Mais Rome s’oppose aux dispositions selon lesquelles les demandeurs d’asile devront être renvoyés dans le pays où ils ont été enregistrés pour la première fois : souvent l’Italie.

Ces cinq dernières années, l’Italie a accueilli quelque 650 000 bateaux de migrants, alimentant ainsi le sentiment anti-immigration et la montée de l’extrême droite, qui se retrouve au gouvernement depuis un mois.

Giuseppe Conte, qui a menacé de ne pas se rendre à Bruxelles dimanche si l’ébauche d’accord n’était pas modifiée, s’est entretenu avec Angela Merkel le 21 juin.

La crise politique à Berlin menace les projets d’Emmanuel Macron

Le président français Emmanuel Macron a volé au secours de la chancelière Angela Merkel en matière de politique migratoire, sachant très bien que la crise politique à Berlin pourrait l’affecter. Un article de notre partenaire, le Tagesspiegel.

Malentendu

« La chancelière a clarifié qu’il y avait eu un malentendu. Le projet de texte publié hier sera enterré », a écrit Giuseppe Conte sur Facebook, ajoutant qu’il se rendrait bel et bien à la réunion.

Autre exemple de la ligne dure du nouveau gouvernement populiste italien : Rome a refusé d’accepter un navire de sauvetage transportant 226 personnes sauvées en mer, lui disant de plutôt se rendre aux Pays-Bas.

Les États membres de l’UE sont coincés dans un véritable bras de fer au sujet de l’immigration depuis 2015, année où plus d’un million de migrants ont atteint les côtes européennes après avoir traversé la Méditerranée. Les données indiquent que depuis le début de l’année 2018, 41 000 personnes sont arrivées par la mer.

Pendant ce temps, les États membres de l’Est continuent de refuser d’accueillir des migrants. Le Premier ministre nationaliste hongrois, Viktor Orbán, a organisé une réunion avec les anciens pays communistes du « groupe de Visegrad » (Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie), le 21 juin.

Les quatre pays ont confirmé qu’ils ne participeraient pas aux discussions dimanche.

« Nous comprenons que certains pays aient des difficultés politiques au niveau national, mais cela ne doit pas mener à de la précipitation », a déclaré Viktor Orbán.

Préparations à la hâte

En réalité, les pays de Visegrad n’ont pas été invités. Le 21 juin, la Commission était incapable de dire qui était invité à la réunion, qui avait confirmé sa participation et si les pays européens non invités pouvaient participer.

Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a déclaré que les quatre pays avaient parlé « d’une seule et même voix » sur la question des migrants. « Disons juste que nous n’appartenons pas à ce groupe de pays pro-migrants et que nous ne voulons pas y participer », a-t-il clairement affirmé.

Les quatre pays ont été rejoints par le chancelier autrichien Sebastian Kurz, qui appelle aussi à une politique migratoire plus stricte.

« Nous avons besoin d’une Europe capable de nous défendre », a-t-il déclaré après la rencontre. « Nous devons renforcer Frontex pour protéger nos frontières extérieures et garantir la liberté à l’intérieur. »

Bruxelles menace de sanctions les pays de Visegrád

La Commission a prévenu qu’elle pourrait sanctionner les États qui ne respectent pas les quotas sur l’accueil des réfugiés en lançant des procédures d’infraction dans les prochains jours.

Une véritable police des frontières

Le projet de conclusions du sommet européen sur la question contient des propositions pour plus de sécurité aux frontières, y compris des contrôles d’identité aux aéroports, dans les gares et sur les routes.

L’agence européenne de protection des frontières, Frontex, serait aussi transformée en une « véritable police européenne des frontières », et serait dotée d’un personnel de 10 000 personnes d’ici à 2020.

Pendant ce temps, les demandeurs d’asile déjà présents dans l’UE seraient « sanctionnés » s’ils ne restent pas dans le pays où ils ont été enregistrés.

L’UE envisage aussi de mettre en place des « plateformes de débarquement » en dehors de l’UE pour traiter les demandes des migrants, selon le projet de communiqué.

https://www.euractiv.fr/section/migrations/news/tensions-build-ahead-of-hastily-prepared-migration-meeting/

Adhésion de la Macédoine à l’Otan et l’UE, encore loin de la coupe aux lèvres

Adhésion de la Macédoine à l’Otan et l’UE, encore loin de la coupe aux lèvres

CC BY-SA 2.0 / Zé Valdi / Patriotism
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Louis Doutrebente
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L’OTAN et l’UE vont-elles s’étendre encore plus? Depuis l’annonce de Skopje ce mardi 12 juin d’un changement de nom du pays, l’adhésion de la «République de Macédoine du Nord» à l’OTAN et l’UE ne serait plus bloquée par Athènes. Mais les oppositions sont nombreuses et cette annonce pourrait entraîner une nouvelle crise régionale. Analyse.

L’annonce fait grand bruit: Athènes et Skopje, après vingt-sept années d’opposition se mettent d’accord pour un changement de nom de la Macédoine. L’«Ancienne République Yougoslave de Macédoine» pourrait donc s’appeler «République de Macédoine du Nord». Si le nom du pays est loin d’être anodin, notamment pour la Grèce et la Macédoine, la résolution de cet antagonisme pourrait entraîner quelques bouleversements régionaux. Pour autant, certains préfèrent plutôt y voir une sortie de crise. La raison? La possible adhésion de la Macédoine à l’UE et à l’OTAN.

Le 2 avril 2008, la Grèce utilise son droit de veto contre la candidature de la Macédoine à l’OTAN, sous prétexte d’un différend entre Athènes et Skopje sur le «nom» de ce pays limitrophe. En échec, la Macédoine avait alors vu ses voisins intégrer l’Alliance et ses perceptives d’adhésion à l’UE s’éloigner. Si le nom a son importance dans cette crise régionale —outre la Grèce, la Bulgarie et l’Albanie sont aussi touchées- l’Histoire et les territoires et donc la Nation sont totalement concernés, rendant le différend presque existentiel.Et si les premières impressions pourraient laisser penser que cet accord entre gouvernements permettrait, de facto, à l’OTAN et à l’UE de compter un nouveau membre, les étapes sont encore nombreuses et surtout compliquées.
Objectif premier du gouvernement de Skopje depuis le début de son mandat en mai 2017, cet accord avec Athènes est discuté depuis des mois. Pour autant, les négociations se sont intensifiées ces dernières semaines. Et si rien ne semble précipité dans cette annonce, il convient d’analyser l’accord entre les deux parties, encore très flou, avant d’imaginer que ce règlement s’inscrira dans le temps. Ce manque d’information ne permet ainsi pas de savoir si tous les objectifs fixés sont atteints.

De plus, cet accord n’est qu’une première étape. En effet, le gouvernement de Skopje doit maintenant faire valider cet accord par le Parlement. Si la coalition actuelle a obtenu 62 des 120 sièges dans l’Assemblée en juin 2017, et donc une majorité absolue, il serait prudent d’attendre ce vote parlementaire. Cette ratification sera donc une nouvelle étape pour que la Grèce soutienne la candidature/présence de la Macédoine du Nord aux prochains sommets européen et otanien.Puis, Skopje devra s’atteler à la révision de la Constitution. Cependant, pour entériner ce changement, le gouvernement ne possède pas la majorité qualifiée nécessaire à la validation d’une nouvelle Constitution nationale.

L’accord devra ensuite passer aux mains du peuple. En effet, à l’automne prochain, il sera soumis à un référendum pour être totalement accepté en Macédoine du Nord. Et enfin, à supposer que ce processus se déroule sans anicroche, le texte sera soumis au Parlement grec. De là à ce que le peuple grec demande aussi un référendum… Le parcours législatif s’annonce donc extrêmement ardu.

Mais il le sera d’autant plus qu’il existe de réelles et fortes oppositions. En Macédoine, tout d’abord, le parti d’opposition qui a perdu les dernières élections législatives, le VMRO-DPMNE, parti dont est issu le Président Nikola Gruevski, est farouchement opposé à l’accord passé entre les Premiers ministres Zoran Zaev (Macédoine) et Alexis Tsípras (Grèce). Considéré comme une «capitulation», cet accord entraîne beaucoup de critiques chez les nationalistes du parti d’opposition. Son chef, Hristijan Mickoski a déclaré que le Premier ministre avait mené les négociations «de manière incompétente et accepté toutes les revendications de la Grèce». Il a de plus ajouté que son parti «n’acceptera pas les changements du nom constitutionnel» du pays. Ces critiques sont d’autant plus fortes qu’elles sont approuvées par de nombreux citoyens qui ont largement manifesté ces derniers mois. Le contexte politique est véritablement instable en Macédoine depuis de nombreux mois et cet accord ne risque pas de calmer le jeu.

La Macédoine renonce à Alexandre le Grand!
© REUTERS / Ognen Teofilovski

Au-delà de la Macédoine, chez son voisin grec, l’opposition à Tsípras est aussi virulente. En effet, à Thessalonique, près de 100.000 personnes, considérées comme nationalistes, ont pris possession de la rue en janvier dernier pour faire comprendre leur opposition au choix du Premier ministre.Le vice-président du Parlement européen, Dimitrios Papadimoulis, résume et complète cette opposition, qui n’existe pas seulement en Macédoine et en Grèce, mais aussi en Europe:

«Kyriakos Mitsotakis, le nouveau dirigeant de Nouvelle Démocratie [parti nationaliste, d’opposition à Tsípras, ndlr], devrait finalement décider de la ligne de son parti. Est-il d’accord avec Joseph Daul [Président du PPE, ndlr] et Kóstas Karamanlís [ancien Premier ministre grec, ndlr] ou avec la fraction Viktor Orbán [Premier ministre hongrois, ndlr]- Spyrídon-Ádonis Georgiádis [ancien ministre de la Santé, parlementaire grec, ndlr]?»

En effet, aussi bien du côté de l’Union européenne que de l’OTAN, les autorités cherchent à renforcer le pouvoir de leur institution en s’élargissant et en intégrant de nouveaux membres. Précisions par ailleurs que la Macédoine a adhéré au Partenariat pour la paix de l’OTAN en 1995, a accepté un plan d’action pour son adhésion en 99, et «apporte un précieux soutien aux opérations et aux missions dirigées par l’OTAN en Afghanistan et au Kosovo».Si on s’aperçoit que ces possibles adhésions trouvent un écho favorable au sein de l’UE et de l’OTAN, la critique et l’opposition du Premier ministre hongrois, Viktor Orban, sont loin d’être insignifiantes. La figure de l’opposition à Bruxelles s’est récemment exprimée par vidéo en demandant sagesse et courage aux dirigeants de son parti afin de «ne pas céder à la pression des puissances étrangères».

Si la Grèce et la Macédoine sont directement visées dans les propos d’Orban, qu’en est-il de l’Allemagne et de la France, principales puissances européennes? La réaction de la Russie est aussi fortement attendue.

https://fr.sputniknews.com/international/201806131036782705-macedoine-otan-ue-adhesion/

Les pays qui n’ont pas rejoint le flashmob d’expulsions de diplomates russes

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Les pays qui n’ont pas rejoint le flashmob d’expulsions de diplomates russes

© Sputnik. Oleg Lastochkin

International

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Affaire Skripal (106)
411541

Cette semaine, plus de vingt pays dont de nombreux états membres de l’UE ont annoncé l’expulsion de diplomates russes dans le cadre de l’affaire Skripal. Toutefois, il y a des pays qui n’ont pas rejoint ce flashmob qualifié par Moscou de provocation.

Lancée par le Royaume-Uni, la campagne d’expulsions de diplomates russes à la suite de l’empoisonnement de l’ex-agent double Sergueï Skripal au Royaume-Uni dure depuis deux jours. Certains pays se sont prononcés contre cette méthode de communication avec la Russie ou se sont abstenus.Autriche

Vienne a pris la décision de ne pas procéder à des expulsions. Le chancelier Sebastian Kurz a noté que l’Autriche était un pays neutre et souhaitait dialoguer avec la Russie.

«Il faut poursuivre le dialogue surtout en ces temps difficiles. L’expulsion des diplomates doit être décidée par chaque État au niveau bilatéral. Les pays de l’UE ont pris des décisions différentes. Nous avons décidé de ne pas prendre cette mesure», a déclaré mardi la ministre autrichienne des Affaires étrangères Karin Kneissl sur les ondes de radio Ö1.

Slovénie

La Slovénie s’est prononcée contre l’expulsion de membres des missions diplomatiques russes.

«Le Premier ministre par intérim Miro Cerar a déclaré que Ljubljana n’expulserait aucun diplomate et ne prendra pas d’autres mesures» dans le cadre de l’affaire Skripal, a annoncé lundi le site Delo.

Slovaquie

Le ministère slovaque des Affaires étrangères a convoqué mardi l’ambassadeur de Russie Alexeï Fedotov pour lui annoncer que Bratislava n’avait pas l’intention d’expulser des diplomates avant la fin de l’enquête sur l’empoisonnement de Sergueï Skripal.

«Nos partenaires slovaques ont déclaré qu’ils agissaient dans un esprit de solidarité européenne, mais qu’ils n’allaient pas prendre de mesures concrètes avant la fin de l’enquête», a indiqué un représentant de l’ambassade de Russie en Slovaquie.

Luxembourg

Le chef de la diplomatie luxembourgeoise Jean Asselborn a annoncé mardi que son pays n’expulserait pas de diplomates russes.

​«En ce qui concerne le Luxembourg, nous comptons un nombre très limité de diplomates russes et, malgré tous nos efforts, on ne peut pas prouver qu’un espion ou une personne travaille contre les intérêts luxembourgeois», a expliqué M.Asselborn sur les ondes de la radio RTL.

Il a noté que le Luxembourg était «à 100% solidaire avec la Grande-Bretagne».

Israël

L’État hébreu a pris ses distances vis-à-vis de l’action coordonnée des pays ayant décidé d’expulser des diplomates russes après l’empoisonnement de l’ex-agent double Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia.Israël préfère appliquer sa politique de non-participation aux campagnes antirusses de l’Occident pour ne pas exposer la coopération bilatérale en matière de sécurité nationale, a déclaré à Sputnik l’ex-ambassadeur israélien à Moscou Zvi Magen.

Chypre

Selon le porte-parole du gouvernement chypriote Prodromos Prodromou, Nicosie n’expulsera pas de diplomate russe dans le cadre de la campagne actuelle.

«Chypre se trouve parmi les pays qui ne prendront pas de telles mesures. C’était aussi la position de Chypre au COREPER, que nous sommes en accord [avec les conclusions et décisions de l’UE, ndlr], mais que notre pays n’est pas en mesure de prendre des mesures contre les pays membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies», a indiqué M.Prodromu cité par les médias.

Bosnie-Herzégovine

«Nous n’allons certainement pas prendre des mesures comme l’expulsion de diplomates», a déclaré mardi le ministre bosniaque des Affaires étrangères du pays, Igor Crnadak, d’après les médias locaux.

​Il a noté que les pays membres de l’UE n’étaient pas unanimes concernant la décision d’expulser des diplomates russes.

Selon M.Crnadak, les institutions bosniaques suivaient de près l’évolution de cette affaire, mais qu’elles n’avaient pas de demandes officielles d’adopter des sanctions.

Bulgarie

Sofia ne compte pas expulser des diplomates russes, a annoncé lundi le ministère bulgare des Affaires étrangères à la radio nationale BNR. Mardi, le gouvernement bulgare a annoncé avoir rappelé son ambassadeur à Moscou pour consultations.

Malte

Malte ne figure pas non plus parmi les pays qui expulsent des diplomates russes.

Selon le porte-parole du gouvernement maltais Kurt Farrugia, la mission diplomatique de ce pays en Russie est «trop petite» et cette mesure, qui entraînera une réaction symétrique de la part de Moscou, risque de «mettre fin aux relations diplomatiques» entre les deux pays.

Turquie

Ankara s’est montré ferme en refusant d’expulser des diplomates ou de prendre d’autres mesures contre Moscou malgré la campagne d’expulsions initiée par le Royaume-Uni et appuyée par les États-Unis.

«La Turquie et la Russie ont actuellement de bonnes relations. Dans cette optique, la Turquie n’envisage pas de prendre des décisions contre la Russie», a indiqué lundi le vice-Premier ministre turc Bekir Bozdag devant les journalistes après une réunion du gouvernement.

Nouvelle-Zélande

La Nouvelle-Zélande a déclaré qu’elle n’arrivait pas à trouver des espions russes pour les expulser. La Première ministre néozélandaise Jacinda Ardern et le ministre des Affaires étrangères Winston Peters ont fait des déclarations en ce sens.

«Alors que d’autres pays ont annoncé qu’ils expulsaient des agents de renseignement russes non déclarés, nos responsables ont indiqué qu’il n’y avait personne ici en Nouvelle-Zélande qui correspond à ce profil. S’il y en avait, nous aurions déjà pris des mesures», a déclaré Mme Ardern.

Portugal

Les autorités portugaises ont déclaré avoir «pris note» de la position conjointe de plusieurs pays européens et du Royaume-Uni qui expulsent des diplomates russes, sans toutefois exprimer leur propre position à ce sujet, ont annoncé les médias portugais.

Selon le ministre portugais des Affaires étrangères Augusto Santos Silva, le gouvernement du pays réfléchit sur la décision à prendre sur l’affaire Skripal, pour défendre «les intérêts nationaux, européens et de l’Otan», mais aussi pour faire preuve d’«autonomie, de prudence et de fermeté».

Grèce

Les autorités grecques n’ont pas encore pris de décision concernant l’expulsion de diplomates russes en lien avec l’attaque de Salisbury du 4 mars.

Monténégro

Le Monténégro se prononcera mardi ou mercredi sur les mesures à prendre à l’égard des diplomates russes sur fond de l’affaire Skripal, a déclaré le Premier ministre de la république Dusko Markovic. Intervenant mardi devant les journalistes à Bar, le Premier ministre n’a pas pu bien indiquer la ville britannique où ont été retrouvés l’ex-agent double Sergueï Skripal et sa fille. Toutefois, il a rappelé que le Monténégro avait des engagements vis-à-vis de l’Otan en tant que candidat à l’adhésion.

Un ancien colonel des services de renseignement militaires russes, Sergueï Skripal, et sa fille Ioulia ont été retrouvés inconscients le 4 mars dernier aux abords d’un centre commercial de Salisbury. Une semaine plus tard, la Première ministre britannique, Theresa May, a accusé la Russie d’être derrière l’empoisonnement des Skripal, sans toutefois présenter de preuves tangibles pour appuyer ses allégations, avant d’expulser 23 diplomates russes du Royaume-Uni.

https://fr.sputniknews.com/international/201803271035699915-expulsion-diplomates-campagne-abstentions/

Nom de la Macédoine : c’est le moment de décider, dit l’émissaire de l’ONU

Nom de la Macédoine : c’est le moment de décider, dit l’émissaire de l’ONU

Le médiateur des Nations unies, Matthew Nimetz à Athènes, le 30 janvier 2018 / © AFP / LOUISA GOULIAMAKI

Le médiateur des Nations unies, Matthew Nimetz, a estimé mardi à Athènes que « le temps de la décision est venu » pour le futur nom de la Macédoine, un différend qui empoisonne les relations entre Athènes et Skopje depuis 27 ans.

« Je crois qu’il y a une volonté ici (à Athènes, ndlr), et je pense aussi à Skopje, d’essayer de régler » cette affaire, a dit aux médias M. Nimetz après des entretiens avec le ministre grec des Affaires étrangères Nikos Kotzias.

« Nous devrions saisir l’occasion. Ralentir les choses n’a pas de sens… Il y a un temps pour prendre une décision et je pense que nous y sommes », a ajouté M. Nimetz, qui à 78 ans essaie en vain depuis 1994 de régler la question.

Il se rendra mercredi en Macédoine pour poursuivre les discussions avec les responsables du pays voisin.

Nikos Kotzias a indiqué mardi, dans un entretien à la télévision publique grecque Ert, qu’Athènes était favorable à un nom en slavo-macédonien qui soit « intraduisible » pour désigner la Macédoine. « La première chose à discuter c’est un nom dans la ou les langues du pays voisin qui ne soit pas traduisible dans une autre langue », a-t-il dit.

Les langues utilisées en Macédoine sont le slavo-macédonien et l’albanais.

Matthew Nimetz avait déjà proposé la semaine dernière quatre noms en slavo-macédonien, a rappelé M. Kotzias, dont « Republika Nova Makedonija » (République de Nouvelle Macédoine).

La Grèce va élaborer « un accord en février » avec ses propositions sur le nom pour servir de base aux discussions, a ajouté le ministre.

La Grèce est en faveur d’un règlement du différend sur le nom de la Macédoine qui remonte à 1991, lors de l’indépendance du petit pays après l’éclatement de l’Etat fédéral de Yougoslavie.

– Patrimoine culturel –

Athènes, qui considère le nom « Macédoine » comme appartenant à son patrimoine culturel, craint des visées macédoniennes sur la province frontalière grecque de Macédoine (nord) considérée comme le centre de l’empire d’Alexandre le Grand (IVe siècle avant JC).

En raison des objections grecques, la Macédoine a été admise à l’ONU sous l’appellation provisoire d' »Ancienne république yougoslave de Macédoine » (Arym en français, Fyrom en anglais).

Des négociations sur ce nom ont été relancées il y a quinze jours sous l’égide de l’ONU, après l’élection en juin 2017 du Premier ministre macédonien, Zoran Zaev, qui s’est dit prêt à régler ce différend. Plusieurs tentatives onusiennes ont échoué par le passé.

M. Zaev a notamment annoncé la semaine dernière à Davos, après une rencontre avec son homologue grec Alexis Tsipras, qu’il acceptait de débaptiser l’aéroport international de Skopje et la principale autoroute du pays, tous deux nommés « Alexandre le Grand », le célèbre roi de l’Antiquité dont le cœur du royaume était en Grèce.

L’affaire est particulièrement sensible en Grèce. Une manifestation il y a dix jours a réuni entre « plus de 90.000 » (police) et 4 à 500.000 manifestants (organisateurs) à Thessalonique (nord, principale ville de la région grecque de Macédoine). Une autre est prévue dimanche à Athènes.

Tout accord sur le futur nom de la Macédoine « doit être approuvé par le Parlement grec », a insisté M. Kotzias, ajoutant que « des changements dans la Constitution du pays voisin doivent également avoir lieu » en cas d’un accord sur le nom.

Pour Skopje, le règlement de ce différend est une condition nécessaire pour l’adhésion du pays à l’Otan et l’Union européenne, Athènes ayant mis son veto à plusieurs reprises en réclamant le changement du nom du pays voisin.

(©AFP / 30 janvier 2018 16h03)

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Quelle lecture géopolitique de la crise grecque ?

Quelle lecture géopolitique de la crise grecque ?

Par Georges PREVELAKIS, Pierre VERLUISE, le 7 janvier 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Georges Prévélakis, professeur à l’université Panthéon-Sorbonne (Paris I) est l’auteur de “Qui sont les Grecs ? Une identité en crise”, Paris, CNRS éditions, 2017, 184 p. Il est membre du laboratoire Géographie-cités et membre associé du CERI (Sciences Po), spécialiste de la géopolitique des Balkans et des diasporas. Pierre Verluise, docteur en géopolitique de l’université Paris IV Sorbonne est le fondateur du Diploweb.com.

Pourquoi la relation entre la Grèce et l’Occident est-elle ambivalente ? Comment cette relation est-elle devenue une rente, particulièrement depuis l’entrée de la Grèce dans le Communauté économique européenne (1981) puis dans la zone euro (2001) ? Dans ce sytème, quelles sont les véritables fonctions des élites politiques grecques ? Le Professeur Georges Prévalakis répond de manière solidement argumentée aux questions de Pierre Verluise.

Pierre Verluise (P. V.) : Pourquoi la relation entre la Grèce et l’Occident est-elle ambivalente ?

Georges Prévélakis (G. P. ) : Il faut chercher l’explication dans le processus de création de la Grèce moderne.

A la fin du XVIIIème siècle et au début du XXème siècle, les sociétés européennes ont subi une profonde transformation politique et idéologique. Leurs élites se sont tournées vers l’antiquité, à la recherche d’une utopie historique capable de légitimer la rupture avec le passé qu’elles préconisaient. Parmi les différents nationalismes qui se sont consolidés pendant cette période en exploitant la référence hellénique, le nationalisme allemand occupe une place particulière. Au-delà d’un modèle politique, il a trouvé dans l’antiquité grecque un précédent géopolitique : de même que l’Allemagne avant son unification en 1871, la Grèce de l’antiquité était un ensemble de cités unies par la culture. C’est pour cette raison que la relation gréco-allemande est tellement passionnelle. La France napoléonienne s’est tournée par contre vers l’antiquité romaine.

Le néoclassicisme, mouvement artistique et architectural, a apporté une expression sensible à ces diverses représentations géo-historiques. Les grandes villes européennes et nord-américaines ont vu se multiplier les monuments conçus selon les règles élaborées par l’archéologie.

En même temps, dans l’Empire Ottoman, l’élite chrétienne orthodoxe (les Rums), était hellénophone ou employait le grec de l’Eglise comme langue véhiculaire, et avait développé des relations commerciales avec l’Europe. Sous l’influence idéologique européenne, les marchands rums ont commencé à développer une identité nationale. Ce fut le début d’une mutation identitaire qui a transformé une partie importante des Rums en Grecs « modernes ».

En 1821 éclata au sud des Balkans l’insurrection, que l’on connait aujourd’hui en tant que « Révolution grecque ». Cet événement a été perçu par l’Europe comme une chance inespérée pour réaliser une construction néoclassique à l’échelle d’un Etat et, qui plus est, sur la base de la géographie mentale des guerres du Péloponnèse (territoires autour d’Athènes et Sparte).

La contradiction entre une image imposée par les besoins identitaires occidentaux et la réalité du terrain est à l’origine de l’ambivalence de la relation entre la Grèce et l’Occident.

Ce rêve européen supposait d’idéaliser ceux qui devaient l’incarner, les “Grecs”. Les Rums, anciens schismatiques méprisés en tant que serviteurs du Grand Turc, sont devenus, aux yeux de l’Occident, les nobles descendants des Grecs de l’antiquité soumis à la “barbarie turque”. Pourtant ni le changement du regard occidental, ni la construction d’institutions étatiques selon le modèle occidental n’ont suffi à transformer complètement les réalités sociales et culturelles héritées du long passé impérial, byzantin et ottoman.

La contradiction entre une image imposée par les besoins identitaires occidentaux et la réalité du terrain est à l’origine de l’ambivalence de la relation entre la Grèce et l’Occident. Chaque fois que la Grèce donne des signes encourageants, l’ancienne idéalisation revient. Pourtant, la réalité dément tôt ou tard l’exagération des images. Le désenchantement conduit à des ressentiments ou même à l’hostilité, comme si les Grecs trahissaient les attentes de l’Occident.

Il s’agit d’un processus qui se répète de manière cyclique. Beaucoup de Philhellènes (amis des Grecs) de la Révolution grecque sont devenus des Mishellènes (ceux qui haïssent les Grecs) après avoir rencontré les “vrais Grecs”. Plus récemment, au lendemain de la dictature des colonels (1967-1974) l’Europe a idéalisé la Grèce de Constantin Karamanlis, qui a présidé le rétablissement de la démocratie en 1974, et d’Andréas Papandréou, dont l’élection triomphale en 1981 a marqué la fin de l’hégémonie politique des conservateurs, pour découvrir par la suite son visage balkanique pendant les années des guerres en Yougoslavie.

Le dernier épisode concerne évidemment la crise économique, amorcée cinq ans après les triomphalismes qui ont suivi l’organisation des Jeux olympiques d’Athènes de 2004. Quand la crise a joué son rôle révélateur, l’admiration pour l’“européanisation” grecque et ses taux de croissances élevés, s’est muée en mépris, parfois même en haine, comme si les Grecs étaient les seuls responsables d’une gestion économique et politique connue et tolérée par les institutions européennes.

L’Occident a du mal à percevoir les Grecs tels qu’ils sont, c’est à dire un peuple avec ses qualités et ses défauts. Cette difficulté de perception objective, conjuguée à l’importance de l’influence occidentale, se trouve à la source de bien de problèmes de la Grèce depuis le XIXème siècle. La crise actuelle ne constitue pas une exception à cette règle.

Quelle lecture géopolitique de la crise grecque ?
Grèce, Athènes, le Parthénon : une représentation classique de la Grèce transformée en ressource géopolitique ?

P. V. : Comment cette relation entre la Grèce et l’Occident est-elle devenue une rente, particulièrement depuis l’entrée dans le Communauté économique européenne (1981) puis dans la zone euro (2001) ?

G. P. : On imagine l’Empire ottoman comme une “prison de peuples”, comme si les nations y étaient déjà présentes et prêtes à surgir sur la scène de l’histoire une fois libérées de la domination impériale. Si cela était vrai, l’indépendance grecque, suivie des autres indépendances balkaniques, aurait été un simple retour à la normale, donc sans conflits et tensions. Or, comme on sait, le démembrement de l’Empire ottoman a conduit à un processus de terribles conflits, désigné d’ailleurs comme balkanisation.

L’explication de ces contradictions se trouve dans le fait que ce processus de balkanisation, loin d’être une normalisation, consistait au contraire en une transformation de fond en comble des espaces, des sociétés, des identités. La logique géopolitique impériale, qui régissait sociétés et territoires, devait être remplacée par la nouvelle logique westphalienne. Les sociétés balkaniques ont dû accomplir en quelques décennies le parcours que les sociétés occidentales ont mis de siècles à achever, en passant, elles aussi, par des terribles crises, comme la Guerre de Trente Ans (1618-1648).

La Grèce a été pionnière dans ce processus balkanique. Un morceau de l’espace ottoman a été découpé « à la hache » selon une géographie historique imaginée qui n’avait aucun rapport avec les réalités du terrain. Le premier territoire de la Grèce correspondait grosso modo à une ellipse dont les deux centres étaient, sans surprise, Athènes et Sparte. Ce nouvel Etat s’est vite avéré ingouvernable. Une administration étrangère a été importée de Bavière pour remplacer le pouvoir éclaté des notables autochtones par une structure centralisée. Une armée mercenaire a accompagné le roi et les administrateurs bavarois afin de mater les révoltes des “bandits” c’est à dire des anciens “combattants de la liberté” contre les Ottomans.

Pourtant, la logique de rente a des effets pervers puisqu’elle détourne les énergies de la création de richesses, renforce la centralisation partisane et encourage la corruption.

Un tel régime, fondé sur la violence, même légitime, ne pouvait pas être viable à la longue. Ainsi, le pouvoir central a créé un type de rapports entre le centre et la périphérie, dont l’évolution a conduit au clientélisme d’aujourd’hui. A travers ce système, il distribuait des privilèges, monétaires ou autres, à la périphérie. Comment trouver les moyens pour cette distribution ? La réponse est souvent venue de l’extérieur. L’importance de la thématique grecque imposait aux Occidentaux des efforts pour sauver la Grèce de l’implosion en lui apportant protection, soutien et financements. Ainsi s’est établie la tradition de la rente. Le système politique grec a rapidement appris à chercher, voire à revendiquer, la rente de l’Occident.

Pourtant, la logique de rente a des effets pervers puisqu’elle détourne les énergies de la création de richesses, renforce la centralisation partisane et encourage la corruption. En apportant une rente “philosophique”, justifiée par l’image idéalisée de la Grèce, l’Occident a souvent contribué à éloigner la Grèce de l’évolution voulue et espérée. En découvrant les effets sans en comprendre les causes, les Occidentaux se fâchaient avec les Grecs, sans réaliser que c’était leur propre influence qui avait provoqué les problèmes. L’ambivalence de la relation entre la Grèce et l’Occident est ainsi étroitement liée à la rente.

Toutes les périodes de l’histoire de la Grèce moderne n’ont toutefois pas été dominées par la logique rentière.

Ce fut le cas au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, lorsque le pays a bénéficié de très importants financements des Etats-Unis, qui étaient soucieux d’empêcher l’extension du bloc communiste au sud des Balkans. Cette “rente géopolitique”, qui a duré jusque dans les années 1950, a fait entrer la Grèce dans une période de croissance, désignée comme le “miracle économique grec” qui s’est poursuivie malgré les conséquences de la crise pétrolière de 1973, et s’est doublée, dans les années 1970, d’une modernisation institutionnelle et politique.

Ces réussites n’étaient néanmoins pas suffisantes pour justifier l’adhésion de la Grèce à la Communauté économique européenne (CEE), du fait notamment des problèmes structurels persistants de l’économie. L’entrée de la Grèce dans le club européen dès 1981 a été motivée avant tout par l’argument néoclassique. La construction européenne avait en effet toujours besoin de la symbolique grecque.

On a considéré que l’aide économique européenne permettrait à la Grèce d’accélérer sa modernisation et de rattraper ses retards. Perçues par les Grecs comme une nouvelle forme de rente, les diverses subventions qui ont irrigué l’économie grecque ont toutefois été utilisées par le système politique en place pour consolider son pouvoir. L’entrée de la Grèce dans l’Eurozone (2001) a amplifié cette la logique, dès lors que la Grèce a pu emprunter facilement et à des taux très avantageux sur les marchés internationaux de capitaux.

La longue période de stabilité politique (1981-2009), rare dans l’histoire de la Grèce, est due à l’abondance de la rente qui a alimenté une société de consommation, sans rapport avec la production de richesses. Derrière l’apparence de prospérité, se cachait la déformation de toutes les structures économiques et sociales. Gérée par l’administration centrale, la rente a renforcé une centralisation déjà excessive. La population a appris à mépriser l’effort et à considérer comme acquis des avantages qui n’avaient pas été mérités. L’économie grecque s’est introvertie : il suffisait d’entretenir ses relations avec les partis au pouvoir pour s’assurer la réussite économique. Le double déficit (budgétaire et commercial) qui se gonflait année après année, était couvert par les subventions et surtout par l’emprunt. On ne s’inquiétait pas du gonflement de la dette, puisque les Européens le toléraient.

Ainsi l’entrée de la Grèce dans la CEE et l’Eurozone a réactivé des anciens réflexes rentiers que les décennies précédentes avaient plus ou moins réussi à maitriser.

P. V. : Dans ce sytème, quelles sont les véritables fonctions des élites politiques grecques ?

G. P. : On peut considérer que les élites politiques ont fonctionné comme une articulation entre un Occident rêvant de l’ “européanisation” de la Grèce et une population qui y résistait. En obtenant la rente de l’étranger, en la distribuant et en imposant une certaine occidentalisation, plus ou moins profonde, ces élites profitaient du rôle de médiation pour servir leurs propres intérêts. Cette image est certes trop schématique. Pendant certaines périodes, les élites politiques ont abandonné ce rôle parasitaire en se concentrant aux efforts pour faire avancer la modernisation du pays.

Après 1981, une partie des élites politiques grecques a misé à nouveau sur la rente pour alimenter le système clientéliste. Cela leur a permis d’exercer une “concurrence déloyale” face à des opposants qui prônaient la voie de l’autonomie et d’un développement économique fondé sur les avantages comparatifs du pays. La rente est ainsi devenue un facteur de “sélection naturelle” négative des élites politiques, dont les éléments sains se sont retrouvés largement marginalisés. L’image désolante de la classe politique grecque au lendemain de la crise n’est donc pas l’expression d’une mauvaise qualité inhérente aux hommes et femmes politiques grecs, mais le résultat de cette forme de sélection. A quelques exceptions près, après trois décennies de domination de la rente et du clientélisme, les meilleurs avaient été éliminés de la scène politique.

La crise de 2009 a mis fin à l’abondance de la rente. Le système politique a été ébranlé. Les citoyens grecs ont découvert avec colère que leurs élites politiques n’étaient plus capables de capter la rente et de la distribuer. Ils se sont sentis trahis.

La gauche radicale, SYRIZA, a promis le retour au paradis de la rente : on obligerait les « banquiers européens » à payer sans poser de conditions et l’Allemagne fédérale à dédommager la Grèce pour l’occupation nazie pendant la Deuxième Guerre mondiale, ou on irait chercher de l’argent chez les Russes en leur proposant une alliance, etc. Se présentant comme force de renouveau face à un système politique vieilli et usé, ce parti a en fait prôné la régression à la logique rentière. Son échec à remplir ses promesses quand il est arrivé au pouvoir explique sa chute dans les sondages.

P. V. : Dans ce contexte, quels sont les rôles de la diaspora grecque, de la marine marchande et des réseaux ecclésiastiques ?

G. P. : La Grèce est une des manifestations d’une importante tradition géopolitique et géoculturelle, difficile à définir mais réelle. On utilise le terme de néo-hellénisme pour la désigner, en ayant conscience de ses limites. Cette tradition est composée d’éléments comme la continuité linguistique, étroitement associée à l’Eglise orthodoxe, la maritimité, la territorialité locale (tradition de la Polis), les réseaux diasporiques, ou encore certaines formes de vie familiale.

Contrairement aux récits de l’historiographie nationaliste, le néohellénisme était à l’aise au sein de l’Empire ottoman. Pourtant, une certaine perspicacité ou intuition de certains de ses membres leur a montré au début du XIXème siècle que l’avenir ne se trouvait pas dans le monde des empires mais dans la modernité, représentée par l’Etat-Nation organisé selon la territorialité westphalienne. Le rôle de la thématique grecque en Europe a joué aussi, comme nous venons de voir, un rôle important dans la décision d’accepter une mutation géopolitique et géoculturelle profonde. Le néohellénisme s’est ainsi habillé avec des vêtements empruntés à l’Europe. Il en a adopté la modernité, même s’il n’y a jamais été vraiment à l’aise. L’Etat grec, malgré ses réussites, n’a pas été à la hauteur des attentes de ses élites fondatrices. Il constitue aujourd’hui un acteur européen marginal, humilié, dépendant, piégé dans une relation malsaine avec l’Occident.

Cette Grèce est le visage le plus connu du néohellénisme, mais pas l’unique. Les structures prémodernes, celles qui lui permettaient de réussir dans les espaces impériaux, n’ont pas disparu. Leur résilience est une des causes de certains blocages de la modernisation. Ainsi, par exemple, la force du lien familial explique les difficultés pour imposer la méritocratie dans l’administration publique. En échange, les liens familiaux ont joué un rôle fondamental pour diminuer le choc social de la crise.

La diaspora, la marine marchande et les réseaux ecclésiastiques sont étroitement liés à la persistance des structures prémodernes. L’Etat grec, comme tout Etat national, a été hostile à la diaspora. Son objectif était de rassembler tous les Grecs au sein de son territoire. Il perçoit la marine marchande comme un acteur trop indépendant de lui, puisque les armateurs peuvent se déplacer sans entrave. Enfin, l’Etat grec a créé sa propre Eglise orthodoxe « nationale » ce qui est contraire aux règles de l’Eglise orthodoxe pour éviter l’influence religieuse du Patriarcat de Constantinople et échapper ainsi à son contrôle.

Ces visages extra-étatiques du néohellénisme ont survécu malgré les persécutions et les difficultés. La diaspora, détruite dans ses foyers traditionnels, a été reconstituée aux Etats-Unis, en Europe et en Australie. La marine marchande a réussi à renouveler sa flotte après les destructions de la Deuxième Guerre mondiale et constitue aujourd’hui la première force dans son domaine sur le plan international. Enfin, le Patriarcat de Constantinople a pu se maintenir à Istanbul en dépit de la politique kemaliste, hostile à toute forme de présence “grecque” sur le territoire turc, et constitue aujourd’hui une institution très respectée par la communauté internationale.

Les évolutions des dernières décennies comme la mondialisation, l’affaiblissement du rôle et de la fonction de la territorialité “westphalienne”, le développement explosif des communications etc., créent des conditions qui favorisent les formes prémodernes du néohellénisme. Les diasporas deviennent à nouveau des acteurs importants de la vie économique et politique globale. La mer se révèle comme le principal enjeu économique, politique et environnemental des décennies qui viennent. Le talent des armateurs grecs leur permettra de profiter de cette nouvelle donne. Enfin, le rôle des réseaux ecclésiastiques orthodoxes hellénophones ou, plus généralement, sous influence hellénique, est très important en Afrique, en Asie et en Amérique. Ils sont sous l’influence spirituelle des patriarcats hellénophones de Constantinople et d’Alexandrie. Ce monde orthodoxe, indépendant de l’Etat grec, est un acteur important de la géopolitique religieuse. Acceptés beaucoup plus favorablement que les autres Européens, les Grecs, à travers leurs réseaux religieux peuvent jouer un rôle de médiation entre l’Europe et les peuples anciennement colonisés.

Il faut donc cesser de percevoir la présence grecque, européenne et globale, uniquement sous le prisme de l’Etat-Nation. Ses formes à la fois prémodernes et post-modernes sont peu visibles mais au moins aussi importantes que la Grèce stricto sensu.

P. V. : Comment imaginez-vous les perspectives géopolitiques de la Grèce d’ici 2020 ?

G. P. : Le territoire grec fait partie d’un grand carrefour composé des Balkans et de l’Anatolie, entre lesquels se situent les ensembles maritimes de la mer Noire, des détroits turcs et de la mer Egée. Ce carrefour liait dans le passé les deux grands foyers économiques de l’Eurasie, le foyer européen et le foyer indo-chinois. Jusqu’au XVIIIème siècle, malgré l’importance croissante des relations entre l’Europe et l’Amérique, le centre de gravité de l’économie mondiale se trouvait encore à l’est du carrefour ottoman. La situation a changé radicalement pendant les deux siècles qui ont suivi. Cette situation change à nouveau par le déplacement du centre de gravité de l’économie mondiale vers l’est. Donc, le carrefour balkano-anatolien est en train de regagner sa centralité. Cette nouvelle réalité a déjà commencé à influencer la géoéconomie et la géopolitique grecque. Le port du Pirée est passé sous contrôle chinois. La réactivation de ce carrefour et la place cruciale du territoire grec en son sein conditionnera la géopolitique grecque dans les prochaines décennies.

La Grèce se trouve en crise, face à un environnement géopolitique instable et fluide.

Pourtant, à plus courte échéance, les facteurs de l’environnement géopolitique qui exerceront une influence sur la Grèce viennent d’autres élements :

1. La stabilité interne de la Turquie et ses orientations géopolitiques.
La vague de déstabilisation qui a évolué d’est en ouest au Moyen-Orient touche maintenant la Turquie. Il paraît difficile de prévoir si la politique de plus en plus autoritaire du Président Recep Tayyip Erdogan réussira à maitriser les tendances centrifuges et les menaces pour l’intégrité territoriale de son pays. Une déstabilisation éventuelle de la Turquie aurait comme conséquence possible un flot massif de réfugiés à partir du littoral anatolien vers les îles grecques. La question kurde peut aussi transformer la Grèce en otage des relations entre la Turquie et l’Occident. L’imprévisibilité de la situation turque pèsera lourdement sur la géopolitique grecque.

2. La relation entre l’Union européenne et les Etats-Unis.
La Grèce dépend économiquement et institutionnellement de l’Union européenne. Il ne faut pourtant pas sous-estimer ses liens avec les Etats-Unis. La défense grecque est garantie par les Etats-Unis, qui disposent d’une importante base en Crète. La diaspora grecque-américaine ainsi que différents réseaux, culturels et autres, lient étroitement la Grèce aux Etats-Unis. Une éventuelle dégradation des relations entre l’Union européenne et les Etats-Unis mettra la politique grecque devant des graves dilemmes.

3. Les ambitions russes.
La russophilie est fortement enracinée en Grèce. La confession orthodoxe commune, l’admiration pour Vladimir Poutine ainsi que le souvenir de l’Union soviétique fédèrent un ensemble hétéroclite de partisans, issus des deux extrêmes de l’échiquier politique, sur lequel peut miser l’influence russe.

4. La situation balkanique.
Les problèmes issus de la décomposition de la Yougoslavie (1991-1992) n’ont été résolus qu’en surface. Plusieurs défis existent encore et menacent la stabilité de la région. La Grèce est particulièrement exposée aux enjeux albanais et à leurs répercussions en Macédoine.

5. Finalement, last but not least, la Grèce est fortement influencée par l’évolution de l’Union européenne. Une Union européenne à deux vitesses renforcerait en l’institutionnalisant la marginalisation que connait la Grèce du fait de la crise économique.

Il est très difficile de prévoir l’évolution de ces facteurs et encore plus la manière dont ils peuvent se combiner. La Grèce se trouve face à un environnement géopolitique instable et fluide.

La situation politique intérieure grecque est naturellement d’importance cruciale. Les prochaines élections législatives sont normalement prévues à l’automne 2019. Les sondages prévoient que SYRIZA en sortira fortement affaibli et n’aura plus les sièges nécessaires pour former un gouvernement, même avec ses partenaires actuels de la droite souverainiste. Deux scénarios se dessinent :
. une nette victoire de la Nouvelle Démocratie (centre-droit), suffisante pour la restructuration de la vie politique sur des nouvelles bases ;
. une situation confuse, sans majorité, qui conduirait à un véritable saut dans l’inconnu.

La Grèce entre ainsi dans une période très critique. Soit elle arrivera à sortir renouvelée de la crise, ce qui lui permettra de gérer à son profit les différents défis géopolitiques pour renforcer son rôle européen et international ; soit elle va être entrainée dans une instabilité politique qui l’exposera à tous les dangers.

Malgré ses problèmes, la Grèce constitue un pôle de stabilité dans une région difficile. Une éventuelle déstabilisation grecque dans les années 2020 aurait de lourdes conséquences pour l’Union européenne. En même temps, l’importance de son territoire, en tant que carrefour énergétique mais surtout comme probable noeud de la route de la soie, rend sa maîtrise et sa gestion dans le cadre européen un enjeu crucial à long terme. Du côté européen, une connaissance de la politique grecque et néohellénique, débarrassée des idées reçues et des stéréotypes, s’impose.

L’Union européenne a aussi intérêt à exploiter les ressources néohelléniques réticulaires et globales (diaspora, marine marchande et réseaux ecclésiastiques) pour sa connexion et son dialogue avec les nouveaux grands foyers économiques et géopolitiques. Un re-équilibrage des représentations géopolitiques, à même de rendre visibles les aspects les moins connus du néohellénisme, est indispensable.

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La négociation européenne selon Yanis Varoufakis, par France culture

Source : France culture, Yanis Varoufakis, 16-10-2017

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Yanis Varoufakis, économiste et ancien ministre des finances du Gouvernement Tsipras, vient nous présenter les coulisses de l’Europe et les négociations au moment de la crise grecque. Rencontre, autour de son dernier livre, Conversations entre amis, dans les coulisses secrètes de l’Europe.

Nous consacrons cette semaine à “la négociation” qui, de Machiavel au dilemme du prisonnier, n’a cessé d’être décryptée et perfectionnée, tant elle recèle en elle les logiques du pouvoir.

Notre intrigue d’aujourd’hui se déroule en Europe, au cœur de la crise grecque. La duplicité des personnages décrits est si stupéfiante qu’on la croirait inventée… Pourtant le préambule du livre est sans équivoque: l’auteur s’est appuyé sur des notes prises lors de réunions officielles et il n’est autre que Yanis Varoufakis.

Le plus fou, c’est que Christine Lagarde m’a dit que j’avais raison, que le programme de “sauvetage” de la Grèce ne pouvait pas fonctionner. Mais le capital politique en jeu était trop important pour revenir dessus.

En étant un insider, il fallait continuer à faire semblant qu’un plan, voué à l’échec, allait marcher.

Je n’ai jamais eu l’intention d’être un lanceur d’alerte. Je voulais simplement trouver un moyen d’améliorer la situation du peuple grec.

Le plan initial que j’avais élaboré pourrait être décrit comme un plan de désobéissance constructive.

Musiques :
“Don’t fall in” de Kate Tempest
“No big deal” par La danse du chien
Générique : “Time is the enemy” de Quantic

Source : France culture, Yanis Varoufakis, 16-10-2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

 

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