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Liban: une «grande victoire» pour le Hezbollah, un revers pour Saad Hariri

 

Liban: une «grande victoire» pour le Hezbollah, un revers pour Saad Hariri

media Des habitants de Marjayoun suivent le discours du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, à la télévision, le 7 mai 2018. REUTERS/Aziz Taher

Le Hezbollah chiite et ses alliés disposeraient de 42 sièges, soit le tiers de blocage au Parlement libanais, selon les résultats des élections législatives annoncés lundi soir 7 mai par le ministre de l’Intérieur. Dans une allocution télévisée, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a salué « une victoire politique et morale de la Résistance ». Quant au Premier ministre Saad Hariri, il annonce selon ses propres termes « de lourdes pertes » pour son parti.

reportage
A Beyrouth, les partisans du Hezbollah satisfaits des résultats aux législatives 08/05/2018 – par Laure Stephan Écouter

Dans le quartier de Zoqaq Al-Blat, dans l’ouest de Beyrouth, l’intervention de Hassan Nasrallah a été accueillie par des pétards par les sympathisants du Hezbollah et de son allié Amal, rapporte notre correspondante à Beyrouth Laure Stephan. C’est un classique, à chaque fois que le chef du Parti de Dieu s’exprime. Mais ce lundi, cette célébration marquait aussi la satisfaction de ses partisans, après les bons résultats enregistrés.

Hassan Nasrallah a déclaré que son parti avait progressé en termes de sièges au Parlement, mais il n’a pas donné de chiffres. Une lecture des résultats officiels montre que le Hezbollah et ses alliés de toutes les confessions disposent de 42 sièges, soit le tiers de blocage au Parlement, indique notre correspondant à Beyrouth Paul Khalifeh. Le chef du parti pro-iranien s’est félicité du taux de participation dans ses fiefs à majorité chiite, qui a parfois dépassé les 60%, alors qu’au niveau national, il était de 49,2% seulement.

Cette mobilisation est un revers cinglant, selon Hassan Nasrallah, pour tous ceux qui pensaient que le parti pouvait être sanctionné au sein de la communauté. « La Resistance », a-t-il dit – en utilisant le surnom que se donne le Hezbollah, en référence à sa lutte contre Israël – a enregistré, une « grande victoire morale et politique ». Il a aussi appelé à la formation rapide d’un gouvernement. Comme le précédent exécutif, le cabinet devrait rassembler les principales forces politiques du pays.

Les élections législatives libanaises se sont déroulées alors que les tensions ne cessent de croître entre Israël et les Etats-Unis d’une part, et l’Iran d’autre part. L’Iran, dont le Hezbollah est un allié. Dans les rangs des partisans du Hezbollah, on voulait écarter le risque d’une nouvelle guerre au Liban, en estimant que le parti, qui s’est renforcé militairement par son intervention en Syrie aux côtés du régime syrien, a démontré sa force de dissuasion.

Le Premier ministre libanais Saad Hariri pendant sa conférence de presse, ce lundi 7 mai, au lendemain du scrutin des législatives. REUTERS/Mohamed Azakir

« De lourdes pertes » pour le parti de Saad Hariri

Dans le camp sunnite, le Premier ministre, Saad Hariri, a dû reconnaître le net recul de son parti au Parlement, avec la perte d’un tiers des sièges. Mais, en conférence de presse, il a tout de même énuméré les victoires décrochées.

« Dans [les résultats] que nous avons vus, nous sommes en tête au Akkar, à Tripoli, à Beyrouth, à Eklim et Saïda, et même à l’est et au nord de la Bekaa, ce qui donne au Mouvement du futur un gros bloc de 21 députés au Parlement », a-t-il déclaré avant l’annonce officielle des résultats.

21 députés sur 128, contre 33 dans le précédent Parlement. Saad Hariri a admis que son parti « avait parié sur un meilleur résultat et un bloc plus large ».

Concernant le faible taux de participation – 49,2% – le Premier ministre estime que beaucoup n’ont pas compris la nouvelle loi électorale. Restant la force la plus importante au sein du camp sunnite, Saad Hariri devrait être reconduit au poste de Premier ministre, mais la forte poussée du Hezbollah le met en difficulté et il devra sûrement faire des concessions aux autres forces politiques.

Le parti chrétien du président Michel Aoun arrivé deuxième, et jusque-là allié du Hezbollah, devrait quant à lui jouer un rôle d’arbitre, avec environ 28 sièges.

Analyse : le prix à payer pour Saad Hariri

Saad Hariri est affaibli politiquement, mais toujours donné favori à sa propre succession. Il a toutes les chances d’être reconduit dans ses fonctions de chef du gouvernement. Sauf que ce ne sera pas gratuit, selon la chercheuse Aurélie Daher.

Je pense qu’il [Saad Hariri] va devoir payer un prix très cher pour être reconduit. D’abord qu’il surveille son langage […] S’il veut redevenir Premier ministre, il va falloir de nouveau qu’il s’engage à faire baisser le volume des tensions confessionnelles, changer de discours […] éviter les sujets qui fâchent notamment les sujets régionaux.
Aurélie Daher, chercheuse à Paris-Dauphine et Sciences Po Paris 07/05/2018 – par Vincent Souriau Écouter

(Re) lire : Liban: des élections législatives aux multiples enjeux

http://www.rfi.fr/moyen-orient/20180507-liban-grande-victoire-hezbollah-gifle-saad-hariri-hezbollah

 

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Quand le « Washington Post » charge le Qatar

Quand le « Washington Post » charge le Qatar


Mardi 1 Mai 2018 modifié le Mardi 1 Mai 2018 – 23:34


par Mustapha Tossa


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Les révélations du journal américain le « Washington Post » sur le financement du Qatar de certains groupes terroristes sur fond de libération d’otages qataris en Irak sont venues relancer la grande accusation lancée par les pays du Golfe contre Doha de couver et de financer des organisations terroristes et qui justifient aux yeux de l’opinion internationale son boycott et sa mise en quarantaine politique et diplomatique.

L’influent journal américain vient de publier des échanges de messages hackés entre l’ambassadeur du Qatar en Irak Zayed ben said Al Khayareen et sa hiérarchie dans lesquels il se plaint du déroulement de cette opération d’échange et des sommes d’argent engagées pour la libération de 25 otages qataris dont certains appartiennent à la famille régnante à Doha. L’ambassadeur donne aussi des détails sur le déroulement de cette opération, les sommes en jeu ainsi que les acteurs qui ont bénéficié de cette juteuse opération de prise d’otages.

Ces révélations montrent une négociation entre l’ambassadeur du Qatar et des groupes qui veulent profiter de cette situation pour s’emparer du maximum d’argent. Dans ses messages, l’ambassadeur décrit ses interlocuteurs de la manière suivante : » « Ils sont tous des voleurs , les Syriens, le Hezbollah libanais, les milices du Hezbollah irakien… tous veulent profiter de l’occasion pour avoir de l’argent et c’est leur occasion »

Dans cette négociation, le Qatar s’est engagé à leur remettre 275 millions de dollars pour libérer les neuf membres de la famille régnante et les 16 citoyens qataris enlevés en Irak pendant une partie de chasse. Et selon les messages révélés par le « Washington Post », l’ampleur de ce contrat destiné à libérer les otages s’élevait à 150 millions de dollars destinés à des groupes intermédiaires dont certains étaient catalogués par l’administration américaine comme des organisations terroristes. Le journal américain précise que parmi ces intermédiaires qui se sont enrichis à travers les négociations de ce contrat digne des grands films d’espionnage se trouvent de membres de milices de la garde révolutionnaire iranienne, du Hezbollah libanais et des groupes miliaires irakiens impliqués dans des attaques contre les forces américaines.

Ces révélations ne montrent pas uniquement que des groupes terroristes ont pu profiter de la manne financière du Qatar pour se renforcer mais plus grave encore il pourrait s’agir dans l’ensemble d’un grand deal dans lequel des pays comme l’Irak, la Turquie ou l’Iran seraient impliqués, dans parler de deux factions de l’opposition syrienne dont la célèbre Front Al Nussra. D’ailleurs l’intervention de ces pays ont donné une autre ampleur à ce contrat qui selon les sources du Washington Post s’élève à un milliard de dollars qui englobe aussi la libération de détenus iraniens en Syrie.

Les documents du Washington Post montrent en effet que de l’argent a été remis à des organisations terroristes par des responsables qataris allant de cinq à cinquante millions de dollars à des responsables iraniens et irakiens. Sans parler de la rondelette somme de 50 millions de dollars remise à une personne nommée Qassem, qui pourrait être Qassem Souleimani, l’iconique patron de la brigade al Quds de la brigade révolutionnaire iranienne. D’autre documents, selon le Washington post, montrent que le Qatar a remis 150 millions de dollars aux brigades du Hezbollah irakien ainsi que dix millions de dollars à un intermédiaire nommé Abou Mohammed Saadi.

Les révélations du Washington post tombent très mal pour la diplomatie du Qatar qui tente de convaincre la communauté internationale qu’elle n’a jamais inscrit son action dans une stratégie de financement des groupes terroristes. Elles révèlent aussi bien les sommes astronomiques en jeu que les organisations bénéficiaires d’une telle manne. Cette affaire qui poursuit le Qatar comme une malédiction donnent un éclairage intéressant sur les voies qu’utilisent certains acteurs de cette crise régionale pour s’enrichir et assoir leurs pouvoirs.

Le Qatar, qui a toujours nié avoir financé des organisations terroristes, est confronté à ces révélations basés sur des enregistrements hackés de son ambassadeur et va devoir s’expliquer sur cette démarche. Et il le fait sous la pression internationale.

Récemment s’est tenu à Paris un sommet sous la houlette d’Emmanuel Macron dont l’objectif est d’assécher les sources du financement du terrorisme. La communauté internationale engagée fermement dans la lutte contre les organisations terroristes voit dans l’assèchement de leurs sources de financement un objectif stratégique indispensable à réaliser pour affaiblir, voire éradiquer les groupes terroristes.

Mardi 1 Mai 2018 – 11:55