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11 novembre 2018 : le centenaire d’un conflit de portée immense [Replay]

11 novembre 2018 : le centenaire d’un conflit de portée immense [Replay]

Battle of the Argonne Forest-Lest we forget by Cam Miller(CC BY-NC-ND 2.0) — Cam Miller, CC-BY

La Grande Guerre, qui marque le recul du libéralisme, est notamment à l’origine des régimes totalitaires et des problèmes actuels du Moyen-Orient.

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Par Gérard-Michel Thermeau.

C’était il y a cent ans. Nous commémorons, ce 11 novembre, le centenaire d’un conflit qui a joué un rôle considérable dans l’histoire de la France et du monde.

Bien que les participants en aient tous disparu, cette date du 11 novembre conserve toute sa signification à la différence du 8 mai, date qui ne renvoie pas à grand-chose.

Le 8 mai ne marque ni la libération de la France, ni la capitulation allemande, ni la fin de la seconde guerre mondiale. Et puis les Français, pour des raisons diverses, ne peuvent guère célébrer un conflit qui a vu le pays s’effondrer et la population se diviser. Non, le 8 mai est un de ces nombreux jours qui décorent le calendrier des jours fériés. Et c’est bien le seul intérêt qu’il conserve.

Le 11 novembre, célébration de l’armistice de 1918, c’est autre chose. Cette date renvoie à l’arrêt des combats, la fin d’une longue boucherie inaugurée le 28 juin 1914 par un attentat qui faisait trois orphelins dans une obscure ville des Balkans.

UNE GUERRE ABSURDE AUX CONSÉQUENCES TRAGIQUES

Ce centième anniversaire est l’occasion de se souvenir d’une guerre, absurde par bien de ses aspects, et dont les conséquences furent tragiques. Mais aussi d’une guerre qui a engendré la plupart des guerres qui ont suivi.

Pour la dernière fois, la France l’emportait dans un conflit majeur. Ce fut le chant du cygne de notre pays comme puissance mondiale. En 1944-1945, la magie du verbe gaullien devait masquer, par son éclat, le rôle mineur de la participation française à la victoire alliée, conséquence de la débâcle de 1940. L’hécatombe de cette première guerre mondiale, 1,4 million de morts, avait pesé lourdement dans l’enchaînement des événements qui devait déboucher sur « l’affreuse aventure », pour reprendre le mot de Pétain.

Que l’on y songe, sans la Grande Guerre, ni communisme, ni fascisme, ni nazisme. Les valeurs libérales étaient ainsi durablement remises en question. La Grande guerre a également semé au Moyen-Orient les graines de tous les problèmes qui l’agitent encore.

En somme, si le prétexte en fut insignifiant — un banal assassinat politique —, les conséquences en furent immenses.

LA NAISSANCE DU COMMUNISME MODERNE

Le socialisme, qui avait tant effrayé durant les dernières décennies du XIXe siècle, était en voie de parlementarisation dans les pays avancés, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne.

Le poids du vote ouvrier poussait les gouvernements à faire voter des lois sociales qui donnaient satisfaction à d’anciennes revendications. Les ouvriers ne voulaient pas la révolution. Ils voulaient travailler moins, gagner plus, être mieux considérés. Bref, leur horizon était empreint de cette « médiocrité bourgeoise » que dénonçaient les zélateurs de la Révolution. On ne pouvait décidément pas compter sur le « prolétariat » pour renverser l’ordre social.

Lénine, cet obscur agitateur d’avant 1914, rêvait de la guerre salvatrice. N’avait-il pas écrit en 1906 :

Cacher aux masses la nécessité d’une guerre exterminatrice, sanglante, désespérée comme objectif immédiat de l’action future, c’est se tromper soi-même et tromper le peuple.

Les dirigeants européens devaient exaucer ses vœux.

Sans la guerre, la Russie tsariste aurait peut-être connu une lente évolution réformatrice. En tout cas, sans la guerre, jamais les Bolcheviks n’auraient pu s’emparer du pouvoir. Le communisme, sous sa forme moderne, prenait un visage : le marxisme-léninisme.

La peur du « péril rouge » devait, par ailleurs, favoriser l’arrivée au pouvoir de leurs concurrents aux chemises noires et brunes.

FASCISME ET NAZISME, ENFANTS DE LA GRANDE GUERRE

Sans la guerre, Hitler serait resté un de ces innombrables artistes ratés qui ruminent leur médiocrité leur vie durant. La guerre le révéla à lui-même et lui permit de développer le génie maléfique qui ne pouvait s’extérioriser que dans des circonstances exceptionnelles.

Le génocide arménien, dont l’Allemagne impériale devait se faire le complice, devait par ailleurs lui servir de source d’inspiration. « Qui s’en souvient encore ? », devait-il faire remarquer à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

La guerre servit tout autant de révélateur à Benito Mussolini, ce socialiste révolutionnaire qui rêvait avant guerre, comme Lénine, à la prise du pouvoir par une élite résolue. Combattant exemplaire de l’armée italienne, il puisa dans son expérience du front les fondements de ce qui deviendra le fascisme.

Le fascisme et le nazisme, au-delà de leurs divergences idéologiques, partageaient quelques points communs et notamment le rejet du libéralisme sous toutes ses formes.

LE MARCHÉ REMIS EN QUESTION PAR L’ÉTAT

La Grande Guerre a, en effet, contribué au déclin du libéralisme. La guerre totale exigeait des moyens sans commune mesure avec les guerres traditionnelles. Pour la première fois, l’État va intervenir de façon importante dans l’économie.

Comme le déclare, en Allemagne, l’industriel Rathenau :

L’activité économique n’est plus une responsabilité privée mais une responsabilité sociale.

En Allemagne, l’État fixe les prix maximum et contrôle les bénéfices. En France, le socialiste Albert Thomas devient ministre de l’Armement et réunit régulièrement les principaux industriels. Même au Royaume-Uni où l’opinion est hostile à toute « mobilisation économique », l’État ne va cesser d’étendre son contrôle sur la main d’œuvre. Partout, l’État se mêle désormais de la fixation des salaires.

Le marché va cesser de fonctionner au profit d’une économie administrée provoquant pénurie et rationnement. Les entreprises privées doivent reconvertir leurs activités pour participer à l’effort de guerre.

Cette situation présentait d’ailleurs des avantages pour les entreprises : moins de concurrence, des débouchés assurés, des profits faciles. Mais les productions n’étaient plus orientées par la satisfaction de besoins réels. Il s’agissait de produire pour détruire. La rancœur à l’égard des « profiteurs de guerre », dans un temps où beaucoup de gens souffraient, devait rendre la population plus perméable au discours anticapitaliste.

Rapidement abandonné une fois la guerre terminée, l’expérience du dirigisme de guerre ne devait pas être oubliée. Et la grande crise des années 30 devait amener les États à recourir aux recettes expérimentées pendant le conflit.

LES LIBERTÉS INDIVIDUELLES SUSPENDUES

Le libéralisme économique s’effaçait dans le même temps où le libéralisme politique prenait de rudes coups. Les libertés individuelles se trouvaient remises en question au nom des nécessités de la guerre. La liberté de la presse disparaissait, les journaux étant soumis à une censure tatillonne.

L’autoritarisme du pouvoir exécutif ne cessa de se renforcer et connut son apogée, en France, sous le gouvernement de Georges Clemenceau (1917-1919). Le « Tigre », farouche défenseur des libertés dans l’opposition, était un dictateur en puissance, une fois au pouvoir.

Clemenceau porte sa responsabilité, parmi d’autres, dans l’échec de la paix manifesté par les divers traités signés suite à la Conférence de paix de Paris. Si l’éclatement de l’Autriche-Hongrie se révéla catastrophique en Europe centrale, la chute d’un autre empire affectait le Moyen-Orient.

LA POUDRIÈRE DU MOYEN-ORIENT

Les circonstances de l’effondrement final de l’Empire Ottoman, déjà fort affaibli, vont faire du Moyen-Orient une nouvelle poudrière.

Pendant la guerre, politiciens britanniques et français s’étaient cru fort habiles dans leurs manœuvres au Moyen-Orient. Ils avaient incité les Arabes à se soulever contre les Turcs en agitant, aux yeux des Hachémites, le rêve du grand royaume arabe. Dans le même temps, ils se partageaient les dépouilles de l’empire ottoman en établissant leur zone d’influence. Les anciennes provinces turques devaient se métamorphoser en mandats de la SDN après guerre.

Loin d’obtenir leur indépendance, les Arabes se voyaient ainsi tomber sous la coupe des deux anciens rivaux impérialistes. Aux Français la Syrie et le Liban, aux Britanniques l’Irak, la Jordanie et la Palestine. De surcroît, Lord Balfour, par une déclaration fameuse, avait promis la création d’un foyer national juif, source de complications futures.

Discrédités par la trahison des Alliés, les Hachémites devaient être chassés de la Mecque par Ibn Séoud. Aux descendants du prophète succédaient des fanatiques, promoteurs du wahhabisme, incarnation d’un Islam sectaire.

LES EMPIRES COLONIAUX FRAGILISÉS

Pendant le conflit, les Alliés puisèrent dans leurs empires ressources, main d’œuvre et troupes. Des Indiens, des Africains, des Maghrébins se trouvèrent à se battre, bien loin de chez eux, dans des tranchées boueuses.

De fait, les colonisateurs se trouvaient pris aux pièges de leurs propres conceptions. Inférieurs en droit, les colonisés ne pouvaient donc être mobilisés comme les citoyens des métropoles. Aussi, les effectifs coloniaux ne furent-ils qu’une force d’appoint.

Sept millions et demi de Français furent mobilisés mais seulement 520 000 soldats dans tout l’Empire, pour une population légèrement supérieure. Ainsi, le nombre de Corses tués fut-il supérieur à celui des pertes des troupes de l’Afrique occidentale française.

Mais en engageant les troupes coloniales en métropole, les colonisateurs sciaient la branche sur laquelle reposait leur domination. L’artillerie ennemie tuait, par exemple, sans distinction « dominants » et « dominés ». Le discours inégalitaire allait devenir de plus en plus difficile à tenir.

À la conférence de paix, en dépit des 14 points de Wilson, les vainqueurs restèrent aveugles et sourds aux timides demandes de réformes dans les colonies. Mais les principes wilsoniens, avec l’idée du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, n’étaient pas restés lettre morte aux yeux d’intellectuels en Tunisie comme en Indochine. Le temps, là aussi, ferait son œuvre.

LES LEÇONS DE L’HISTOIRE ?

C’était il y a cent ans. Et c’était hier.

Le 11 novembre 1918 à 11 heures, sur la ligne de front les clairons sonnaient le « cessez le feu ».

Ce n’était pas la paix, certes, c’était l’arrêt des combats. Et c’était déjà beaucoup.

Cette guerre atroce et absurde était enfin terminée. Ce devait être la « der des der », seule justification de tant de souffrances et de tant de vies sacrifiées jusqu’à la dernière heure.

Mais ce n’était pas la paix, oh non ! C’était un armistice de vingt ans. La « der des der » était la préfiguration des tragédies à venir.

Article initialement publié en novembre 2018.

https://www.contrepoints.org/2019/11/11/329042-11-novembre-2018-le-centenaire-dun-conflit-de-portee-immense

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Guerre : Les américains sont à l’ouest ! Par Guillaume Berlat

GÉOPOLITIQUE29.octobre.2019 // Les Crises

Guerre : Les américains sont à l’ouest ! Par Guillaume Berlat

OTANUSAMerci88Je TweetJe commenteJ’envoie

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat,

« Les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir jamais connu la civilisation » (Oscar Wilde). Quel décalage abyssal entre l’image de puissance et de clairvoyance intellectuelle que projettent les États-Unis à l’extérieur de leur pays (« row » pour « the rest of the world » ainsi désigné de manière méprisante) et la réalité moins reluisante d’une certaine forme d’impuissance et d’aveuglement (avec une constance qui mérite louange) sur la compréhension des questions internationales ! Et, pourtant, l’Amérique exerce une fascination sans limite sur nos centres des recherche (« think tanks », cela fait plus chic et plus sérieux ») – sans parler de l’école néoconservatrice (« la secte » ou « la meute ») qui fait la pluie et le beau temps dans la diplomatie française – qui ont les yeux de Chimène pour tous les concepts provenant d’Outre-Atlantique. À tel point que l’on peut se demander si le pays des Lumières ne manquerait pas de bons esprits capables de réfléchir de manière indépendante sur les évolutions du monde d’aujourd’hui, voire de les anticiper. Et cela est d’autant plus préoccupant que les dernières décennies sont truffées d’exemples de la faillite intellectuelle américaine sur le plan géostratégique : Vietnam, Afghanistan, Irak, Libye, Yémen, Irak-Syrie … Un véritable inventaire à la Prévert. Notre Oncle Sam (démocrate ou républicain), qui ose encore se présenter comme l’inspirateur d’essence divine du ou des progrès de la planète, apparait de plus en plus comme un marchand d’illusions de haut vol auquel il est hasardeux de faire confiance.

VIETNAM : LA GROSSE CLAQUE ASIATIQUE

Il est indispensable de revenir au siècle dernier pour apprécier la constance dans l’erreur des États-Unis dans les crises où ils ont décidé de s’impliquer. Après s’être félicités de la débâcle de Dien Bien Phu en 1954, les Américains entendent reprendre la place laissée libre par la France – la nature ayant horreur du vide – en déroute de la Quatrième République en Indochine. Petit à petit, ils constatent que l’affaire est moins simple que prévu. Ils y dépêchent d’abord quelques conseillers militaires pour épauler les Vietnamiens du Sud (sorte de rempart de l’Occident) en proie à un harcèlement constant des Vietnamiens du Nord (sorte de cheval de Troie du communisme). Cela n’étant pas suffisant, ils y envoient un véritable corps expéditionnaire pléthorique censé infliger une véritable correction à ces pouilleux du général Giap. L’affaire tourne mal. En dépit d’une guerre sans merci, de l’utilisation à outrance de l’aviation, de défoliants et autres armes intelligentes, l’aventure tourne à la débandade pour l’invincible Amérique. Les accords de Paris signent la fin de la récréation et l’une des plus grandes défaites militaire et idéologique des États-Unis de l’après Seconde Guerre mondiale. On se souvient du départ en catastrophe de l’ambassadeur des États-Unis de Saïgon à l’arrivée des troupes du Viêt-Cong. Pas très glorieux de se faire rosser par plus petit que soi. Ce serait du genre humiliant à y regarder de plus près.

Après le séisme produit dans le pays profond par la guerre du Vietnam, l’on pensait l’Amérique vaccinée contre le mal des expéditions coloniales aventureuses pensées et conduites par le très célèbre lobby militaro-industriel dictant sa loi au Pentagone mais aussi et surtout à la Maison Blanche. Mais, c’était mal le connaître. Après une accalmie d’une vingtaine d’année, l’Amérique est rattrapée par ses vieux démons qui vont la conduire en Afghanistan d’où elle avait largement contribué à chasser l’occupant soviétique en armant le bras des Talibans (Cf. les livraisons des missiles Stingersaux Talibans). La fable de l’arroseur arrosé, du retour du boomerang, toutes choses qu’Américains mal dégrossis ne veulent ou ne peuvent pas comprendre tant l’Amérique ne veut entendre les critiques de ses alliés sur leurs aventures hasardeuses. Elle préfère faire la sourde oreille, au mieux, clouer au pilori l’intrépide qui se permet de la critiquer, au pire. C’est la diplomatie du silence dans les rangs serrés des idiots utiles, des courtisans serviles qui sont légions à Evere, le siège de l’église atlantiste qui a pour nom Alliance atlantique ou NATO dans la langue de Shakespeare.

AFGHANISTAN : LE CIMETIÈRE DES EMPIRES

L’histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement en Afghanistan où les puissances étrangères (Britanniques, Soviétiques et Américains, épaulés par leurs idiots utiles) subissent échec après échec comme si régnait une sorte de malédiction sur ce pays ? Après avoir été éliminés par la coalition des suppos de Washington, les Talibans sont aujourd’hui de retour à Kaboul et ailleurs dans le pays.

L’élimination des Talibans

Plus près de nous, après les évènements tragiques du 11 septembre 2001, l’administration républicaine se lance dans une « guerre contre le terrorisme » en Afghanistan, enrôlant au passage ses idiots utiles d’alliés – plutôt alignés – de l’OTAN pour bouter le barbare (ami de la veille) hors de Kaboul et des principaux centres stratégiques du pays. Une fois encore, elle met le paquet, pour employer cette expression triviale. L’ennemi abandonne ses positions mais pas son idéologie. Peu après, elle décrète que l’ennemi islamiste est terrassé et que l’Afghanistan va entrer dans une nouvelle ère de paix, de prospérité et de démocratie heureuse (la mise en place des équipes de reconstruction provinciales ou PRT). Tout va très bien madame la marquise mais à part çà un petit rien… Les choses ne tournent pas dans le sens souhaité.

Le retour des Talibans

Presque vingt après le début de l’intervention militaire, le bilan est catastrophique. Les Talibans chassés de leurs fiefs reprennent le terrain perdu en infligeant de lourdes pertes aux troupes de la coalition et en faisant à nouveau régner la terreur dans le pays. Les femmes sont les victimes expiatoires de ces fous furieux. Donald Trump, qui comprend que la force ne paie pas, négocie avec eux, se promettant de quitter ce « cimetière des empires » avant 2020, élections obligent1. Fait intéressant à noter, les États-Unis se montrent d’une grande magnanimité avec l’Arabie saoudite (son grand allié depuis le Pacte du Quincy) alors même que les terroristes impliqués dans les attentats du 11 septembre 2001 sont en majorité originaires de ce pays comme du reste leur cerveau Oussama Ben Laden et qu’elle diffuse dans le monde un islam rigoriste (le wahhabisme) mortifère qui inspire les apprentis terroristes de tout poil, y compris ceux qui vivent en Occident. En termes d’indignation à géométrie variable, les Américains sont hors compétition. Bien évidemment, les alliés de l’oncle Donald (y compris le gouvernement fantoche de Kaboul) ne sont pas conviés aux négociations secrètes entre Américains et Talibans. Ils seront informés le moment venu du résultat des discussions et n’auront pas leur mot à dire. Merci pour tous les morts inutiles qu’ils laisseront derrière eux et qui se seront battus pour le roi de Prusse. Mais, ne nous arrêtons pas à de pareils détails mesquins. Les fameux alliés ont l’habitude d’avaler des couleuvres, des boas sans coup férir. Ils seraient même du genre masochistes et auraient même tendance à en redemander à l’occasion. Tournons notre regard vers l’Irak, objet de toutes les attentions de l’administration républicaine.

IRAK : GUERRES SANS FIN

L’élimination de Saddam Hussein

Dans sa grande sagesse, l’Amérique décrète, au début des années 2000, qu’elle va faire du « Grand Moyen-Orient » une sorte de laboratoire de la démocratie et de la loi du marché qui va étendre ses effets bénéfiques, de proche en proche, à la région au sens large par effet de domino à l’envers. Mais, il existe dans la zone un fauteur de troubles (« trouble maker ») désigné à la vindicte publique qui aurait la fâcheuse tendance à occuper l’un de ses voisins (le Koweït) en violation du droit international (il en sera puni), à aider en sous-mains les terroristes Al-Qaeda (pour se venger de la défaite qui lui a été infligée après l’invasion du Koweït) et, pire encore, à se doter illégalement d’armes de destruction massives, les fameuses ADM ou WMD en anglais (que l’on a du reste jamais trouvées même en cherchant bien). Occasion rêvée de lui rendre gorge, une bonne fois pour toutes et au passage de mettre la main sur ses ressources pétrolières. Chose dite, chose faite. En un tournemain, en dépit de l’opposition française (Cf. le discours de Dominique de Villepin de 2003 devant le Conseil de sécurité de l’ONU) et de l’absence d’autorisation du machin (dont l’Amérique n’a que faire), on règle son compte au tyran Saddam Hussein, on élimine tout ce qui, de près ou de loin, a collaboré avec le parti Bath et la bataille est, une fois de plus gagnée. Au passage, toute l’infrastructure administrativo-politique est mise à terre. Le pays est un bateau ivre sans capitaine, si ce n’est quelques marionnettes désignées à et par Washington mais qui ne représentent pas le pays réel. Sunnites et Chiites, sans parler des Kurdes, s’en donnent à cœur joie en commettant attentats sur attentats, plus horribles les uns sur les autres. Une sorte de surenchère permanente dans l’atrocité.

Les bégaiements de l’histoire

Mais, l’histoire semble inexorablement bégayer : bataille gagnée signifie immanquablement guerre perdue. Force est de constater que l’Irak entre dans une période de chaos indescriptible dont elle ne s’est toujours pas remise. Où l’Amérique passe, la paix trépasse. Un vieux classique des relations internationales que notre clergé médiatique a trop tendance à perdre de vue… sans parler de notre élite dirigeante, La Caste qui ignore tout des fondamentaux de la diplomatie. Nos braves inspecteurs des Finances qui confondent les règles de Bercy et celles du Quai d’Orsay. Il est toujours plus facile d’instaurer la pagaille que de rétablir l’ordre dans un pays morcelé et fragmenté entre différentes obédiences de l’Islam qui traine comme un boulet, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, le problème kurde. Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour rendre toute réconciliation impossible et l’insurrection possible, voire automatique. Nous n’apprenons décidément rien des leçons de l’expérience.

Non content de cette nouvelle déculottée, les masochistes américains en redemandent et tournent leur regard vers la Libye et le Yémen. Attention, les pyromanes sont de retour. Danger imminent en perspective. Et, c’est bien le cas à la lumière de ce qui se passe et non de ce qui se dit dans nos gazettes et dans nos chancelleries diffuseuses de « bobards » à jet continu. Et cela dans la plus grande indifférence.

LIBYE, YÉMEN : DEUX AFFREUX BOURBIERS

Prenons deux exemples tirés d’une actualité récente pour éclairer notre lanterne et mieux comprendre la politique extérieure américaine ! Les crises en Libye et au Yémen2 en disent long sur l’indigence de la pensée stratégique occidentale en ce début de XXIe siècle, sur l’incapacité de nos bons apôtres à ne pas tomber à pieds joints dans les pièges qu’ils ont eux-mêmes armés volontairement en pensant y piéger l’ennemi.

Libye, un État failli

Il n’est nul besoin de s’appesantir sur la pagaille monstre qui prévaut actuellement en Libye (dans le pays, au sud et au nord pour faire bonne figure) à la suite de l’intervention d’une coalition à laquelle les États-Unis ont prêté main forte même si la France du Petit Nicolas et du grand BHL a joué le rôle de mauvais génie. Une fois encore, bataille gagnée sur le très court terme, guerre perdue sur le long terme. Souvenons-nous des propos lyriques de Nicolas Sarkozy après la mise à mort du guide suprême (celui qui aurait financé sa campagne électorale). Nous en mesurons les multiples conséquences négatives aujourd’hui encore sur le continent africain mais aussi en Europe à travers la crise migratoire. Qu’est-ce que l’Occident a gagné dans cette guerre stupide que nous n’avions pas réfléchie autant qu’elle le méritait ?

Yémen, la « pire catastrophe humanitaire »

Il n’est pas plus besoin de s’arrêter sur l’aide logistique énorme fournie par l’Amérique à son grand allié saoudien3 pour écraser les rebelles houthis avec le succès que l’on sait4. Aujourd’hui, les Emirats arabes unis (EAU) prennent la poudre d’escampette, pour tenter d’échapper, un jour prochain qui sait, aux foudres de la Cour pénale internationale (CPI) en raison des crimes de guerre et autres crimes contre l’humanité (quelques peccadilles) commis dans cette « Arabie heureuse » par l’Arabie saoudite de MBS5. Pour sa part, la France éternelle n’est pas exempte de tout reproche dans cette sale guerre. Une fois n’est pas coutume, les Européens, Allemands en tête refusent de se laisser entraîner dans une improbable nouvelle coalition destinée à jouer les gendarmes du monde dans le détroit d’Ormuz comme le souhaitent les Américains pour punir les Iraniens6. Un sursaut de bon sens et d’orgueil de l’Europe est si rare pour être relevé. Il devrait se prolonger par une construction de sa puissance, condition de son autonomie stratégique. Mais, nous en sommes encore loin.

IRAK-SYRIE : LA FIN DE L’ÉTAT ISLAMIQUE

Après le temps de la guerre la fleur au fusil, vient le temps de la divine surprise, à savoir que la guerre n’aurait servi à rien en dépit des morts ayant donné leur vie pour la bonne cause. Mais, cela ne fait pas la une des grands quotidiens ou des actualités télévisées, ni même des réseaux prétendument sociaux.

La guerre la fleur au fusil

Dans la foulée des « révolutions arabes » au début de la deuxième décennie du XXIe siècle, l’EIIL s’empare d’une portion importante des territoires irakien et syrien pour y installer un califat, pour y faire régner une terreur sans précédent, pour s’accaparer des ressources pétrolières et financières, pour diffuser une propagande mortifère, pour semer la terreur dans la zone (en particulier contre les Kurdes et les Chrétiens) mais aussi en Europe (multiplication des attentats en particulier en France)… C’en est trop pour l’Amérique et ses fidèles affidés dont la France hollandaise et macronienne ! Il faut aller guerroyer pour bouter hors des villes et des campagnes la soldatesque de l’État islamique et ses nébuleuses bien aimées de Laurent Fabius obnubilé par le départ de Bachar Al Assad. Une fois encore, la bataille est rapidement remportée grâce à la supériorité technologique indiscutable occidentale. Les combattants, qui n’ont pas été éliminés, s’évaporent dans la nature. On les dit épuisés et peu désireux de reprendre le combat. Mais, c’est mal connaître les fanatiques de la région. Au début de l’année 2019, Américains, mais aussi nos Pieds Nickelés français (Macron-Parly-Le Drian), clament que la « bête immonde » a été vaincue. Alléluia ! Nous allons enfin pouvoir dormir sur nos deux oreilles. L’ordre occidental règne sur l’Orient compliqué en dépit d’une réinstallation de la Russie en Syrie. Comment en aurait-il pu être autrement tant nos élites sont certaines de leur fait ? La force l’a emporté contre le mal incarné par l’état islamique et sa folie destructrice. Tout va très bien dans le meilleur des mondes des bisounours que nous servent régulièrement nos perroquets à carte de presse qui sévissent quotidiennement sur les chaînes d’abrutissement en continu. Mais, patatras…

La divine-mauvaise surprise

Oh, surprise en ce début du mois d’août 2019, quelques informations aussi baroques qu’inquiétantes nous parviennent du Pentagone, une sorte d’usine à bobards. Tel Lazare, l’EIIL renaitrait de ses cendres, envisagerait de reprendre ses opérations militaires en Irak et en Syrie, de commettre quelques attentats en Europe pour bien démontrer qu’il n’a rien perdu de sa vigueur et de son audience en dépit de sa mise à l’écart des grands centres urbains. Dans la foulée, et comme un seul homme, la communauté du renseignement occidentale reprend les saintes écritures américaines en les psalmodiant à longueur de journée sur les chaînes d’abrutissement en continu. La peste islamiste pourrait de nouveau sévir dans nos villes et dans nos campagnes dès la rentrée de septembre. Qu’on se le dise ! Il est plus facile de gagner une bataille sur le terrain qu’une guerre idéologique.

Si nous comprenons bien, vérité de janvier ne serait plus vérité d’août ! Curieux. De deux choses l’une, soit la propagande officielle occidentale éhontée (pour une fois, les « fake news » ne viendraient pas ou plus du Kremlin) nous avait trompés en nous disant que la bataille contre l’EIIL avait été gagnée pour nous enfumer avec de bonnes paroles rassurantes, soit nos éminents stratèges avaient mal analysé la situation sur le terrain en dépit de leurs immenses capacités de renseignement, ce qui ne serait pas très glorieux pour la puissante Amérique. Dans tous les cas, tout ceci ne serait pas très rassurant en termes de garantie de notre sécurité. Le moins que l’on puisse dire est que la Syrie a été une défaite pour l’Occident dont les conséquences sont graves sur le plan mondial. Mais, en France, on préfère sanctionner le colonel Legrier qui a eu l’immense tort de dire ce qu’il pensait de l’alignement de la stratégie française sur celle des États-Unis en Irak et en Syrie que ceux qui encensaient Jupiter. Le militaire a dit la vérité, il doit être exécuté. Au passage, nous subissons les foudres de l’ONU pour renvoyer en Irak quelques illuminés7. La fessée est magistrale8. Décidément, le machin ne manquera pas de nous surprendre… en mal au moment même où il est incapable de s’acquitter de sa mission de maintien de la paix et de la sécurité internationales sur terre. Rôle qui serait d’autant plus opportun alors que les relations internationales sont basées sur la puissance. La force prime désormais le droit.

La suite au prochain numéro. C’est bien connu la puissante Amérique ne s’épanouit qu’en se trouvant de nouveaux ennemis que l’on va abattre définitivement sous le poids de bombes de plus en plus sophistiquées et intelligentes (« smart » pour les experts). C’est surtout bon pour les vendeurs d’armes qui n’ont rien à faire de la paix dans le monde9. Il lui a fallu de nombreuses années pour se remettre de la perte de l’ennemi héréditaire que fut l’Union soviétique après la chute du Mur de Berlin. Les terroristes ont fait et continuent de faire encore l’affaire. Mais, la liste s’est allongée depuis : Russie de nouveau, Chine qui découvre la fée sanction10 comme la Corée du nord et l’Iran punie d’avoir respecté ses engagements nucléaires souscrits dans l’accord de Vienne du 14 juillet 2015, déchiré par Donald Trump. Tout va très bien, le lobby des armes a des arguments pour vendre des armes manu larga et se remplir les poches. Drôle de conception de la paix dans le monde que celle qui nous vient d’Outre-Atlantique ! Au passage, la montée des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine ainsi que les tensions artificielles dans le détroit d’Ormuz font monter les cours du baril de pétrole. Encore, une excellente occasion d’en tirer profit pour certains attirés par le lucre11.

« L’histoire se répète toujours deux fois, la première en tragédie, la seconde en farce »12. Et, c’est bien ce que nous constatons aujourd’hui à propos de nos amis et alliés d’Outre-Atlantique. L’Amérique est décidément indécrottable. Elle galope d’échec militaire en échec militaire sans qu’elle n’en tire les conclusions qui s’imposent. En dehors de ses questions intérieures (et l’on peut en douter à l’aune d’affaires récentes de toutes natures13, en particulier les récentes tueries14), l’Amérique ne comprend rien au monde extérieur. Il lui est tout à fait étranger, pour ne pas dire totalement étranger. Les Américains ne comprennent rien au passé, au présent et encore moins à l’avenir. Rappelons que l’éternité est faite de trois dimensions, celle du passé, celle du présent, celle de l’avenir !

Les Américains estiment, à tort, que le monde va se plier à leurs désirs, à leurs exigences de cowboys, de shérifs du monde. Mais, cela ne fonctionne pas ainsi. Ce serait plutôt le contraire. Ils sont contraints de tirer les conséquences de leurs défaites en laissant des États au bord du chaos généralisé. Mais, ils ne sont pas spécialement adeptes du retour d’expérience (« retex » chez les militaires) pour éviter de reproduire les mêmes erreurs. Cela leur éviterait de graves déconvenues.

Quand les Européens voudront-ils bien reconnaître que l’OTAN, c’est-à-dire les États-Unis, est une menace pour l’Europe parce qu’elle est un instrument de déresponsabilisation et un outil de maintien et de renaissance des tensions en Europe ?15 Ils e peuvent attendre la fin des divisions entre l’est et l’ouest pour agir. Mais, trêve de plaisanterie. L’honneur est sauf. L’Amérique est à l’Ouest géographiquement mais elle l’est aussi sur le plan géostratégique.

Guillaume Berlat
19 août 2019

1 Jacques Follorou, Afghanistan : les Américains pourraient partir fin 2020. Washington et les talibans sont engagés depuis onze mois à Doha dans des négociations de paix, Le Monde, 10 août 2019, p. 4.
2 Hélène Sallon, Yémen : des fissures dans le front antihoutistes, Le Monde, 13 août 2019, p. 3.
3 Renaud Girard, L’incroyable fiasco saoudien au Yémen, Le Figaro, 13 août 2019, p. 19.
4 Delphine Minoui, Yémen : le front anti-houthiste vole en éclats, Le Figaro, 12 août 2019, p. 8.
5 Trump parrain de la bombe saoudienne ?, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 3.
6 Norbert Röttgen, Dans la crise du détroit d’Ormuz, l’Europe doit se détacher des États-Unis, Le Monde, 11-12 août 2019, p. 27.
7 Inès Daif, L’ONU critique le traitement des djihadistes français, Le Figaro, 12 août 2019, p. 8.
8 Allan Kaval/Hélène Sallon, Transfert des djihadistes : l’ONU interpelle Paris, Le Monde, 13 août 2019, p. 2.
9 Alain Joxe, Les guerres de l’empire global, éditions La Découverte, 2012.
10 Claude Angeli, Course à la guerre froide entre Pékin et Washington, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 3.
11 Nabil Wakim, Le marché mondial de l’or noir au bord de la crise, Le Monde, 13 août 2019, p. 9
12 Régis Debray, L’Europe fantôme, Gallimard, 2019, p. 41.
13 Mathieu Bock-Côté, Les racines de la violence aux États-Unis, Le Figaro, 10-11 août 2019, p. 19.
14 États-Unis : plus de 250 tueries depuis janvier… Et Trump défend toujours les armés ricains !, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 1.
15 Général Desportes : « L’OTAN est une menace pour l’Europe », Le Figaro, 25-26 mai 2019, p. 20.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 19-08-2019

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/guerre-les-americains-sont-a-l-ouest-par-guillaume-berlat/

Le nouveau monde surgit devant nous

Le nouveau monde surgit devant nous

par Thierry Meyssan

Thierry Meyssan souligne l’extrême gravité, non pas du retrait US de Syrie, mais de l’effondrement des repères actuels du monde. Nous entrons, selon lui, dans une courte période de transition, au cours de laquelle les actuels maîtres du jeu que sont les « capitalistes financiers » —et ceux qu’il désigne par là n’ont aucun rapport avec ni avec le capitalisme originel, ni avec la banque originelle— vont être écartés au profit des règles de droit énoncées par la Russie en 1899.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 22 OCTOBRE 2019 عربيDEUTSCHENGLISHITALIANOPORTUGUÊSROMÂNĂРУССКИЙTÜRKÇEΕΛΛΗΝΙΚΆESPAÑOLفارسى

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Le roi Salmane reçoit le président Vladimir Poutine, le pacificateur.

C’est un moment qui n’arrive qu’une ou deux fois par siècle. Un nouvel ordre du monde surgit. Toutes les références antérieures disparaissent. Ceux qui étaient voués aux gémonies triomphent tandis que ceux qui gouvernaient sont précipités aux enfers. Les déclarations officielles et les interprétations que livrent les journalistes ne correspondent manifestement plus aux événements qui s’enchainent. Les commentateurs doivent au plus vite changer leur discours, le renverser en totalité ou être happés par le tourbillon de l’Histoire.

En février 1943, la victoire soviétique face au Reich nazi marquait le basculement de la Seconde Guerre mondiale. La suite des événements était inéluctable. Il fallut pourtant attendre le débarquement anglo-états-unien en Normandie (juin 1944), la conférence de Yalta (février 1945), le suicide du chancelier Hitler (avril 1945) et enfin la capitulation du Reich (8 mai 1945) pour voir se lever ce monde nouveau.

En un an (juin 44-mai 45), le Grand Reich avait été remplacé par le duopole soviéto-US. Le Royaume-Uni et la France, qui étaient encore les deux premières puissances mondiale, douze ans plus tôt, allaient assister à la décolonisation de leurs Empires.

C’est un moment comme celui-là que nous vivons aujourd’hui.

Chaque période historique a son propre système économique et construit une super-structure politique pour le protéger. Lors de la fin de la Guerre froide et de la dislocation de l’URSS, le président Bush père démobilisa un million de militaires US et confia la recherche de la prospérité aux patrons de ses multinationales. Ceux-ci firent alliance avec Deng Xiaoping, délocalisèrent les emplois US en Chine qui devint l’atelier du monde. Loin d’offrir la prospérité aux citoyens US, ils accaparèrent leurs profits, provoquant progressivement la lente disparition des classes moyennes occidentales. En 2001, ils financèrent les attentats du 11 septembre pour imposer au Pentagone la stratégie Rumsfeld/Cebrowski de destruction des structures étatiques. Le président Bush fils transforma alors le « Moyen-Orient élargi » en théâtre d’une « guerre sans fin ».

La libération en une semaine d’un quart du territoire syrien n’est pas seulement la victoire du président Bachar el-Assad, « l’homme qui depuis huit ans doit partir », elle marque l’échec de la stratégie militaire visant à établir la suprématie du capitalisme financier. Ce qui paraissait inimaginable a eu lieu. L’ordre du monde a basculé. La suite des événements est inévitable.

La réception en très grande pompe du président Vladimir Poutine en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis atteste du spectaculaire revirement des puissances du Golfe qui basculent dès à présent dans la camp russe.

La tout aussi spectaculaire redistribution des cartes au Liban sanctionne le même échec politique du capitalisme financier. Dans un pays dollarisé où l’on ne trouve plus de dollars depuis un mois, où les banques ferment leurs guichets et où les retraits bancaires sont limités, ce ne sont pas des manifestations anti-corruption qui stopperont le renversement de l’ordre ancien.

Les convulsions de l’ordre ancien s’étendent. Le président équatorien, Lenín Moreno, attribue la révolte populaire contre les mesures imposées par le capitalisme financier à son prédécesseur, Rafael Correa qui vit en exil en Belgique, et à un symbole de la résistance à cette forme d’exploitation humaine, le président vénézuélien Nicolás Maduro, bien qu’ils n’aient aucune influence dans son pays.

Le Royaume-Uni a déjà replié ses forces spéciales de Syrie et tente de sortir de l’État supranational de Bruxelles (Union européenne). Après avoir pensé conserver le Marché commun (projet de Theresa May), il décide de rompre avec toute la construction européenne (projet de Boris Johnson). Après les erreurs de Nicolas Sarkozy, de François Hollande et d’Emmanuel Macron, la France perd subitement toute crédibilité et influence. Les États-Unis de Donald Trump cessent d’être la « nation indispensable », le « gendarme du monde » au service du capitalisme financier pour redevenir eux-mêmes une grande puissance économique. Ils retirent leur arsenal nucléaire de Turquie et s’apprêtent à fermer le CentCom au Qatar. La Russie est reconnue par tous comme le « pacificateur » en faisant triompher le droit international qu’elle avait créé en convoquant, en 1899, la « Conférence internationale de la paix » de La Haye, dont les principes ont été depuis foulés aux pieds par les membres de l’Otan.

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La Conférence internationale pour la paix de 1899. Il aura fallu plus d’un siècle pour comprendre ses implications.

Comme la Seconde Guerre mondiale a mis fin à la SDN pour créer l’Onu, ce monde nouveau va probablement accoucher d’une nouvelle organisation internationale fondée sur les principes de la Conférence de 1899 du tsar russe Nicolas II et du Prix Nobel de la paix français, Léon Bourgeois. Il faudra pour cela d’abord dissoudre l’Otan, qui tentera de survivre en s’élargissant au Pacifique, et l’Union européenne, État-refuge du capitalisme financier.

Il faut bien comprendre ce qui se passe. Nous entrons dans une période de transition. Lénine disait, en 1916, que l’impérialisme était le stade suprême de la forme de capitalisme qui disparut avec les deux Guerres mondiales et la crise boursière de 1929. Le monde d’aujourd’hui est celui du capitalisme financier qui ravage une à une les économies pour le seul profit de quelques super-riches. Son stade suprême supposait la division du monde en deux : d’un côté les pays stables et mondialisés, de l’autre des régions du monde privées d’États, réduites à n’être que de simples réserves de matières premières. Ce modèle, contesté aussi bien par le président Trump aux États-Unis, les Gilets jaunes en Europe occidentale ou la Syrie au Levant agonise sous nos yeux.

Thierry Meyssan

Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux – Du 11-Septembre à Donald Trump (2017)

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Espagne : le gouvernement de gauche a fait exhumer la dépouille du général Franco

Publié le 24 octobre 2019 Auteurpar RédactionCatégoriesInternational

Espagne : le gouvernement de gauche a fait exhumer la dépouille du général Franco

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Les gauchistes aiment déterrer les morts : ils s’en sont donné à cœur joie pendant la guerre d’Espagne  ou pendant la Révolution française…

Près de Madrid, le général Franco, qui avait sauvé l’Espagne du communisme, avait fait ériger un majestueux mausolée, dans le Valle de los Caïdos (« vallée de ceux qui sont tombés »).

Il avait voulu ce bâtiment impressionnant, surmontée d’une immense croix, en mémoire des morts de la guerre civile (1936-1939) et en signe de réconciliation nationale : les corps de milliers de combattants des deux côtés y reposent.
Le Caudillo y fut aussi enterré.

Mais, paradoxalement, plus on s’éloigne de cette période, plus la gauche est revendicative et haineuse.

Et le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez avait présenté le retrait de la tombe de Franco comme priorité gouvernementale…
Incapable de répondre aux besoins – nombreux et graves – de l’Espagne, son gouvernement se cantonne à des combats idéologiques aussi surréalistes que mesquins.

Ainsi, à l’issue d’une longue bataille judiciaire, la dépouille embaumée de Francisco Franco est sortie, le 24 octobre, de l’imposante basilique creusée dans la roche du mausolée du Valle de los Caidos où il a été exhumé, selon les images diffusées par la télévision nationale.

Le cercueil était porté par huit membres de sa famille dont son arrière petit-fils Louis de Bourbon, cousin éloigné du roi d’Espagne Felipe VI et considéré par certains royalistes français comme l’héritier du trône de France. Il doit être désormais transféré au cimetière de Mingorubbio dans le nord de Madrid, où repose l’épouse de Franco.https://youtu.be/zOOpRIfTPdk

Louis de Bourbon a toujours considéré que la mémoire de Franco était bafouée en Espagne : « Le gouvernement espagnol actuel fait tout pour effacer son héritage. On abat des statues, on rebaptise des rues, et c’est regrettable. Franco a créé la classe moyenne en Espagne, il a créé des forêts, des lacs et des routes, il a empêché que le pays n’entre dans la guerre et que le communisme s’installe. Évidemment il y a eu la guerre civile, mais il ne l’a pas voulue. Il ne faut pas gommer l’Histoire. Ce n’est pas parce qu’on n’aime pas la monarchie qu’il faut la faire oublier ».

https://www.contre-info.com/espagne-le-gouvernement-de-gauche-sen-prend-a-la-sepulture-de-franco#more-59835

https://youtu.be/zOOpRIfTPdk

OUTRE LES KURDES : DECHIFFRER LES MINORITES D’ORIENT…

OUTRE LES KURDES : DECHIFFRER LES MINORITES D’ORIENT…

Le dernier livre de Tigrane Yégavian1 arrive à point nommé pour nous aider à comprendre les tenants et les aboutissants de la dernière intervention turque dans le nord de la Syrie. Non seulement, l’ouvrage déconstruit méthodiquement la « kurdolâtrie » parisienne ambiante, mais il remet en perspective historique les dernières carabistouilles de notre politique étrangère. La rédaction de prochetmoyen-orient.ch l’écrit sur tous les tons depuis plusieurs années : depuis le début, le Quai d’Orsay a tout faux sur le dossier syrien. Nos décideurs politiques et diplomatiques ont pris les mauvaises décisions et n’ont pas défendu correctement les intérêts de la France éternelle. Tigrane Yégavian nous démontre – preuves à l’appui – que ces erreurs prolongent une tradition désastreuse, ancienne et profonde. Notre actuel ministre des Affaires étrangères aurait été bien inspiré de lire ce livre lumineux avant d’entreprendre son dernier voyage à Canossa…

Après la « claque Sylvie Goulard », le dernier revers essuyé par Jean-Yves Le Drian à Bagdad discrédite encore un peu plus notre diplomatie. Que s’est-il passé ? Avec tambours, trompettes et équipes de télévision, notre ministre des Affaires étrangères s’est rendu à Bagdad pour demander le transfert et le jugement en territoire irakien des jihadistes français détenus par des factions kurdes de Syrie sur le territoire syrien. Orient compliqué : malgré une excellente relation bilatérale, les autorités irakiennes ont vertement éconduit notre ministre en lui expliquant qu’elles avaient bien d’autres priorités en ce moment.

Un peu peu capon, Jean-Yves Le Drian s’est donc abstenu de tout commentaire et les envoyés spéciaux de France-3, France-2 et des autres télévisions ont dû remballer leurs outils. Le Quai d’Orsay, comme l’Elysée, sont restés muets comme des carpes de l’Euphrate. « Il est clair qu’on ne touche plus une bille dans tout ce qui concerne de près ou de loin les évolutions de la guerre civilo-globale de Syrie, et encore moins celles qui touchent à la reconstruction économique du pays », déplore un haut fonctionnaire du Quai, « alors l’Irak… ».

TROIS REMARQUES

1) Il eût été plus judicieux – comme l’avaient proposé les services de l’ambassade de France à Bagdad – de mener cette mission discrètement, sinon selon les modalités de la « diplomatie secrète ». Mais l’Elysée tenait absolument à communiquer pour bien montrer au peuple français que le pouvoir exécutif se souciait, au plus haut point, de sa sécurité.

2) Comme l’a illustré le dernier attentat de l’abruti de la Préfecture de police de Paris, la principale menace terroriste à laquelle est désormais confronté notre pays est principalement endogène et domestique. Elle est le fait de « loups » – plus ou moins solitaires ou en meute -, à la suite de différents processus d’auto-radicalisation numérique ou d’autres formes de recrutement actionnées dans certaines mosquées, madrassas (écoles coraniques) et ONGs islamiques. Une menace persistante concerne le déploiement de l’opération Barkhane (4 500 soldats français) dans la bande sahélo-saharienne. Les groupes jihadistes de cette vaste région disposent de réseaux dormants en Europe et tout particulièrement en France. Par conséquent, la menace terroriste la plus préoccupante ne concerne pas les quelques dizaines jihadistes français cantonnés entre la Syrie et l’Irak (dont une majorité de femmes et d’enfants) mais bien les « radicalisés » qui poussent sur notre propre sol.

3) Plutôt que d’aller quémander à Bagdad, nous aurions pu nous tourner vers les autorités syriennes pour qu’elles jugent elles-mêmes ces jihadistes ayant commis des crimes en Syrie. Mais depuis qu’Alain Juppé a fermé l’ambassade de France à Damas en mars 2012, depuis que Laurent Fabius a fait livrer des armes à la rébellion syrienne et depuis qu’Emmanuel Macron persiste à ne pas rouvrir notre ambassade, il est effectivement bien difficile de reprendre toute espèce de coopération anti-terroriste avec les services syriens.

TROIS MALEDICTIONS

En lisant Tigrane Yégavian, on comprend mieux aussi que l’Orient reste victimes de trois grandes malédictions historiques : imminemment redondante, la première est organiquement liée au pétrole et au gaz, notamment depuis la signature du Pacte du Quincy – premier accord pétrole contre sécurité – (14 février 1945) signé par le président des Etats-Unis Franklin Delano Roosevelt et le roi d’Arabie saoudite Ibn Séoud.

La deuxième s’inscrit dans une géographie qui place l’Orient sur la route des Indes, obsession centrale et durable de l’empire britannique. Et les effets induits par cette malédiction profonde n’en finissent pas de perdurer puisque la plupart des « merdiers actuels » sont bel et bien des séquelles de l’héritage colonial britannique : Palestine, Egypte, Soudan, Irak, Iran, Afghanistan, Inde, Pakistan, Bangladesh, Afrique du Sud, Malouines, Gibraltar, Irlande, Hong Kong et Brexit… Ca fait beaucoup quand même !

La troisième des malédictions de l’Orient est d’avoir été le creuset commun des trois religions du Livre. Celles-ci ont généré d’innombrables « minorités » confessionnelles, politique, théologico-politiques, théocratiques et terroristes ! Et c’est là que Tigrane Yégavian fait merveille en nous rappelant que les tragédies récentes des Yézidis du Sinjar ou des Chrétiens de la plaine de Ninive fuyant l’organisation « Etat islamique », constituent autant de répétitions de 1915 et de la fameuse « Question d’Orient ». En la matière, on a la mauvaise impression que nos grands penseurs du Quai et de l’Elysée sont parfaitement amnésiques et – ce qui serait plus grave – ignorants, oublieux de l’Histoire – et souvent pétris d’une arrogance tellement française !

Revenant sur une « instrumentalisation historique », Tigrane Yégavian puise aux meilleures sources : « L’exploitation des minorités, placées bon gré mal gré au centre d’enjeux géopolitiques par les puissances régionales et internationales, a sapé les fondements séculaires de ces sociétés plurielles, les rendant davantage vulnérables. Telle est la thèse soutenue par l’historien du Proche-Orient Georges Corm, pour qui la perception et la conception des minorités religieuses ou ethniques ont été façonnées par le jacobinisme français2. Suivant cette logique, toute forme de particularisme mettrait en péril l’Etat-nation naissant, une fois les empires multi-ethniques et pluri-confessionnels disparus. Il revient alors aux Etats en mesure de projeter leur puissance de se trouver une communauté dont ils s’érigeront en ‘protecteur’ ».

Plus loin : « un siècle après le génocide des Arméniens, des Assyro-Chaldéens, des Syriaques et des Grecs pontiques perpétré par le gouvernement Jeune turc et parachevé par le pouvoir kémaliste, il convient de proposer un examen critique sur la responsabilité morale accablante des puissances occidentales dont les atermoiements n’ont fait qu’accroître la souffrance de ceux qu’elles prétendaient protéger ».

UNE SERIE D’ABANDONS

L’abandon par la France de territoires comme la Cilicie, les territoires de l’Est, le Sandjak d’Alexandrette, et l’abandon massif du Hakkâri par les Britanniques, constituent autant de plaies béantes dans la mémoire des communautés chrétiennes et de leurs diasporas. Dans ses mémoires, l’officier français Paul du Véou3 – ayant servi en Cilicie dans les rangs de la Légion d’Orient – rappelle : « l’Arménie expire, dit Anatole France, mais elle renaîtra. Après la victoire de nos armées qui combattent pour la justice et la liberté, les Alliés auront de grands devoirs à remplir. Et le plus sacré de ces devoirs sera de rendre la vie aux peuples martyrs, à la Belgique, à la Serbie. Alors ils assureront la liberté et l’indépendance de l’Arménie. Penchés sur elle, ils lui diront : ‘Ma sœur lève-toi’. Deschanel, Briand, Clémenceau, Poincaré, Millerand renouvelaient la promesse solennelle… ».

Citant Aristide Briant : « pour la première fois notre pays s’est trouvé impuissant à poursuivre en Turquie sa mission civilisatrice et à s’y dresser en face de la barbarie de ses gouvernants, mais quand l’heure aura sonné des réparations légitimes, il ne mettra ps en oubli les douloureuses épreuves de la nation arménienne et d’accord avec ses alliés, il prendra les mesures nécessaires pour lui assurer une vie de paix et de progrès ».

Le second acte de la tragédie s’est joué dans l’immédiat après-guerre. Une nouvelle donne s’impose avec la montée en puissance du kémalisme, bien décidé à bouter les troupes étrangères hors d’Anatolie, considéré par les partisans de Mustafa Kémal comme l’ultime sanctuaire de la « turcité ». L’année 1922 parachève en Anatolie occidentale l’entreprise de destruction systématique et programmée de l’élément non-musulman avec la prise de Smyrne par les nationalistes turcs et le martyr de ses populations arméniennes et grecque sous le regard placide des alliés dont les 28 bateaux de guerre restent à quai sans broncher.

Grigoris Balakian4 : « qui pouvait imaginer qu’on fermerait lâchement les yeux sur l’expulsion d’Asie mineure du reste des Chrétiens et que les grands Etats alliés protecteurs des minorités chrétiennes changeraient tout à coup de langage et diraient : ‘qu’est-ce qu’on peut y faire ? Comme la cohabitation avec le Turc n’est plus possible pour vous, il n’y a pas d’autre solution pour vous que de quitter le territoire de l’Etat turc’ ».

Les descendants de l’ancien royaume médiéval arménien (saignés à blanc par les massacres proto-génocidaires de 1895 – 1896, ceux d’Adana en 1909 et le génocide de 1915), avaient placé leurs espoirs en une victoire alliée. Les dispositions de l’accord Sykes-Picot scellent le partage de l’aire syro-mésopotamienne, plaçant sous influence française directe la Cilicie au même titre que la Syrie littorale, les régions d’Alep et de Damas. La suite est malheureusement connue : « les tractations secrètes entre le très turcophile général Gouraud, en poste à Beyrouth depuis novembre 1919, comme Haut-commissaire de la France au Levant et les Kémalistes – considérés hors-la-loi – commencent. De fait, un canal de communication a été ouvert par son prédécesseur Georges Picot qui avait rencontré les dirigeants nationalistes turcs à Konya et à Sivas ».

En avril 1920, la conférence de San Remo statue sur le tracé définitif de la frontière syro-turque qui est déplacée plus au sud, actant l’abandon définitif de Marache. En 1921, la conférence de Londres révise le traité de Sèvres qui projetait la création d’un Etat arménien adossé à un Kurdistan indépendant mais enclavé.

Tigrane Yégavian : « changeant son fusil d’épaule, la France abandonne à leur sort les Arméniens – Grecs et Syriaques. Ce qui fera dire au colonel Brémond que l’histoire de l’abandon de la Cilicie par la France ‘est la digne continuation des trahisons qui ont fait perdre à la France les Indes, le Canada et l’Egypte’. Les officiers français qui ne cautionnent pas cette nouvelle politique sont remerciés ou mutés. La France brade tout sans la moindre contrepartie ou presque : en échange de ses abandons, elle décroche un lot substantiel de consolation : l’établissement d’un ‘régime administratif spécial’ pour la région d’Alexandrette, un transfert de la ligne de chemin de fer de Bozanti-Nousseibine pour un groupe de financiers désigné par Paris. Il n’est pas question de défendre l’intérêt national mais bien celui de quelques groupes capitalistes qui font le pari d’une Turquie nationaliste, pro-occidentale et partenaire économique de la France ».

Cent ans après, les leçons n’ont toujours pas été retenues. La France a fait plus que légitimer, sinon faciliter la concrétisation de la révolution kémaliste. Ce faisant, notre pays s’est retrouvé perdant sur tous les plans. L’indulgence française appréhendée comme une politique d’abdication et de faiblesse aux yeux des Turcs desservira ses véritables intérêts. Situation pour le moins inattendu, à partir de 1922, les intérêts français en Turquie sont systématiquement ciblés : fermeture d’écoles, d’hôpitaux et de missions en Anatolie, confiscations de bien appartenant à des Français, intimidations, gel des avoirs, tout est employé pour encourager le départ des ressortissants français.

GUERRES MARONITES

Le dernier acte de cette série d’abandon se joue en 1938 lorsque Paris cède le Sandjak d’Alexandrette, sans la moindre contrepartie si ce n’est une vague assurance que la Turquie restera à l’écart du conflit qui s’annonce. La suite est aussi connue et cette amputation est encore vécue par les Syriens comme une humiliation. Aux côtés de l’indiscutable et non moins accablante culpabilité morale des Occidentaux, les historiens ne s’attardent que rarement sur un sujet aussi sensible qu’ignoré : la part de responsabilité des élites minoritaires dans leur funeste destin.

La guerre du Liban (1975 – 1990) illustre de manière paroxystique l’impéritie des dirigeants chrétiens, surtout des Seigneurs maronites de la guerre. Les dégâts atteignent des sommets à la fin du conflit lorsque les affrontements inter-chrétiens opposant les partisans du général Aoun aux Forces libanaises de Samir Geagea se poursuivent pendant quatre mois en 1990, faisant plus de 740 morts et 2400 blessés.

Tigrane Yégavian : « à ces blessures viennent se greffer les plaies profondes héritées de la rivalité entre familles et clans maronites (les Frangié au nord, les Gemayel et les Chamoun au Mont-Liban et dans le Chouf). A cet égard, le souvenir de la tuerie d’Ehden5 lorsqu’en 1978 un commando de Phalangistes, conduit par Samir Geagea – futur leader des Forces libanaises – décapitait la famille Frangié ainsi que vingt-huit villageois demeure vivace, sans oublier le meurtre de membres de la famille Chamoun en 1990 »6.

L’auteur conclut cet examen de la responsabilité centrale des élites maronites à leur propre malheur, écrivant pourtant que « les Chrétiens sont pourtant les meilleurs agents du soft-power français en Orient via leur réseau éducatif porteur des valeurs de la francophonie : « nos dirigeants ont-ils saisi l’importance capitale que représente la diffusion du Français à travers les réseaux d’établissements chrétiens ouverts aux élèves musulmans et qui enseignent notre langue dans la région ? » Rien n’est moins sûr, le Quai d’Orsay ayant abandonné depuis longtemps le dossier de la francophonie à ses collaborateurs les plus mineurs…

QUAND L’HISTOIRE BEGAIE

L’autre grand mérite du livre de Tigrane Yégavian est de braquer toute la richesse des filiations historiques – qu’il a savamment reconstituées – en un puissant éclairage des guerres actuelles qui continuent à ravager les Proche et Moyen-Orient. Il y a d’abord un lâchage progressif des Palestiniens depuis la fin de la dernière présidence de Jacques Chirac et la scandaleuse résolution franco-américaine 1559 du conseil de sécurité des Nations unies (septembre 2004), annulant d’un trait de plume près de quarante années de diplomatie gaullienne en Orient7. Traditionnellement, le Quai d’Orsay renvoyait dos à dos les parties israélienne et palestinienne en cas d’attaques et d’attentats, « condamnant la violence d’où qu’elle vienne ». Aujourd’hui, la communication du ministère des Affaires étrangères ne fait même plus cet effort minimal laissant – de plus en plus – carte blanche à la soldatesque israélienne.

Mais le plus déplorable concerne la guerre civilo-globale de Syrie qui a vu notre pays s’aligner sur les Etats-Unis, les pays du Golfe et Israël voulant démanteler la Syrie comme cela fut fait de l’Irak en 2003 et de la Libye en 2011 ! Nicolas Sarkozy, David Cameron et Barack Obama décrétaient que Bachar al-Assad devait partir pour faire place à une rébellion sunnite, inspirée des idéologies wahhabite et des Frères musulmans. François Hollande et Laurent Fabius – qui félicitaient les « p’tits gars de Nosra (Al-Qaïda en Syrie) pour leur « bon boulot » ! Aujourd’hui, les mêmes reconnaissent fièrement avoir livré des « armes modernes » à la rébellion syrienne « modérée », « laïque » et « démocratique », notamment à l’Armée syrienne libre (ASL), qui constituait l’anti-chambre des groupes jihadistes animés des mêmes mots d’ordre que les assassins ayant sévit dans les rues de Paris, que les terroristes qui tirent sur nos soldats déployés dans la bande sahélo-saharienne. Quelle diplomatie !

La honte – une honte indicible – nous submerge lorsque des Chrétiens de Syrie (Grecs-orthodoxes, Maronites, Syriaques ou autres) et d’autres membres des minorités alaouites, chi’ites et autres nous interpellent pour nous demander pourquoi les autorités françaises soutiennent tellement les factions islamistes qui cherchent à leur faire quitter le pays… Répétons : pourquoi les autorités françaises ont-elles livré des armes à des factions jihadistes criminelles obsédées par le renversement du gouvernement de Syrie ? Pourquoi, après avoir cédé le Sandjak d’Alexandrette à la Turquie, les autorités françaises veulent-elle favoriser l’arrivée des Frères musulmans au pouvoir à Damas ?

Dans le même ordre d’idées – à Paris – les dernières pantalonnades en kurdolâtrie rajoutent une couche d’ignorance et de fausses solidarités clairement opposées aux intérêts vitaux de notre pays. Que Bernard-Henri Lévy soutienne le « Rojava » – pure invention idéologico-géographique -, rien d’étonnant puisque les factions kurdes du YPG sont les meilleurs amis des services spéciaux israéliens. Mais que le Quai d’Orsay et l’Elysée lui emboitent le pas est d’autant plus inquiétant, d’autant que le déploiement de 500 soldats de nos forces spéciales dans ce même « Rojava » n’a jamais fait l’objet de quelque discussion ni évaluation parlementaire… Là-encore la question se pose : pour quels intérêts français cette opération extérieure très onéreuse a-t-elle été diligentée ?

Sur ce dossier aussi le livre de Tigrane Yégavian est des plus précieux puisqu’il nous explique que les mêmes factions kurdes « divinisées » se comportent de façon radicalement liberticide dans les régions sous leur contrôle. Elles n’hésitent pas à déporter des villages chrétiens et alaouites entiers lorsque ceux-ci ne se plient pas à leurs injonctions théologico-politiques.

L’auteur de Minorités d’Orient – Les oubliés de l’Histoire conclut : « les milieux germanopratins, l’essayiste Bernard-Henri Lévy en tête, ont voulu projeter sur la cause kurde, un miroir fantasmé de « l’Islam des lumières ». A en croire toute cette littérature engagée, les Kurdes, maintes fois trahis par leurs alliés occidentaux, constitueraient l’ultime rempart de la civilisation contre la barbarie jihadiste. Ce soutien unanime transcende les clivages politiques ; si les dirigeants français ne soutiennent pas les Kurdes pour les mêmes raisons, ils ont en partage une certaine myopie doublée d’une méconnaissance du sens tragique de l’histoire… ».

Redisons-le : on recommande chaleureusement – bien-sûr – la lecture de ce livre essentiel pour la compréhension de l’Orient à tous nos amis, mais aussi à Jean-Yves Le Drian…
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Bonne lecture et à la semaine prochaine.

Richard Labévière
21 octobre 2019

1 Tigrane Yégavian : Minorités d’Orient. Les oubliés de l’Histoire. Editions du Rocher, septembre 2019.
2 Georges Corm : Géopolitique des minorités au Proche-Orient. In Hommes et Migrations, Numéros 1172 – 1173 – Minorités au Proche-Orient, janvier/février 1994.
3 Paul du Véou : La Passion de la Cilicie 1919-1922. Editions Geuthner, 1954.
4 Grigoris Balakian : Le Golgotha arménien, traduit de l’Arménien par Hratch Bédrossian – Chamigny, Le Cercle d’écrits caucasiens, 2018.
5 Richard Labévière : La Tuerie d’Ehden ou la Malédiction des Arabes chrétiens. Editions Fayard, juin 2009.
6 Régina Sneifer : Guerres maronites. Editions de l’Harmattan, 1994. Et, Une Femme dans la tourmente de la Grande Syrie – D’après les mémoires de Juliette Antoun Saadé. Préface de Georges Corm. Editions Riveneuve, août 2019.
7 Richard Labévière : Le Grand retournement – Bagdad-Beyrouth. Editions du Seuil, 2006.

https://prochetmoyen-orient.ch/outre-les-kurdes-dechiffrer-les-minorites-dorient/

L’Orient se divise au concile de Chalcédoine

8 octobre 451

L’Orient se divise au concile de Chalcédoine

Le 8 octobre 451, tandis que l’Occident romain est mis à sac par les Huns, un grand concile s’ouvre à Chalcédoine, en face de Constantinople, sur la rive asiatique du Bosphore (aujourd’hui Kadiköy). Il va traiter de querelles théologiques très subtiles mais qui auront, pour les chrétiens d’Orient, des conséquences importantes et encore d’actualité.

Chalcédoine est le quatrième et dernier des grands conciles oecuméniques qui mettent en place les structures de la chrétienté, après Nicée (325) : Constantinople (381) et Éphèse (431).

Concile de Chalcédoine (451), icone byzantine

Subtilités théologiques

Marcien, qui vient de succéder à son beau-père Théodose II à la tête de l’empire romain d’Orien, a convoqué à Chalcédoine plusieurs centaines d’évêques orientaux et deux légats du pape en vue d’effacer le souvenir malheureux du précédent concile, convoqué à Éphèse (Asie mineure) deux ans plus tôt, en 449. Ce concile, qui ne sera plus connu que sous le nom de « brigandage d’Éphèse », s’était séparé sans pouvoir se mettre d’accord sur la nature du Christ. 

À Chalcédoine, les évêques conciliaires arrivent enfin à s’accorder sur une définition qui a l’heur de convenir à l’évêque de Rome, le pape Léon 1er. Ils établissent la double nature humaine et divine du Christ dans une parfaite fusion. Ils réaffirment aussi le dogme de la Sainte Trinité (un Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint Esprit).

En conséquence de quoi, le concile renouvelle la condamnation de l’hérésie arienne ainsi que du nestorianisme et du monophysisme. Cette dernière séduit les chrétiens coptes d’Égypte ainsi que les chrétiens d’Arménie et certaines communautés du Proche-Orient. Aujourd’hui encore, elle a cours dans l’Église copte d’Éthiopie et l’Église syrienne de l’Inde.

Voir la version intégralePublié ou mis à jour le : 2019-05-23 12:19:06

https://www.herodote.net/8_octobre_451-evenement-4511008.php

Une monnaie privée en France !

« 93 – Une si belle Banque

– Une monnaie privée en France !

Par Jacques Favier le mardi 1 octobre 2019, 22:28 – de la souveraineté – Lien permanent

L’agenda politique sur la monnaie numérique publique, ainsi que ma récente visite du Musée créé par la Banque de France m’ont conduit à de multiples réflexions. Qu’un ministre ne veuille pas de monnaie privée sur notre sol (curieux, d’ailleurs que ce soit précisément ce mot à double sens qui affleure ici) c’est une chose. Que la chose soit impensable en est une autre.

On va parler ici d’une monnaie privée émise justement par …un ministre, et pas n’importe lequel. Au coeur de l’appareil d’Etat, et en plein centre de la France.

Le double tournois de 1636

L’idée d’un système de référence unique sur toute l’étendue du royaume est au moins aussi vieille que Charlemagne, qui fixa l’antique système de la livre (à l’origine, mais à l’origine seulement, unité de poids) divisée en 20 sous de 12 deniers chacun. Ensuite l’histoire des monnaies émises et circulant, de l’évolution de leur poids, de leur titre en métal fin et de leur rapport tant entre elles qu’à la monnaie de compte est fort longue et complexe.

Le souverain lui-même faisait travailler des dizaines d’ateliers. Comme le précise l’auteur du Catalogue des Fonds de la Monnaie de Paris (*) : « Leur dissémination en grand nombre sur le territoire (une trentaine au milieu du XVIIIe siècle) répondait à des considérations économiques et/ou stratégiques. Plus de la moitié de ces ateliers a disparu à la veille de la Révolution et au cours de la période révolutionnaire. Pour les autres, le progrès technique, notamment en matière de transport, décida de leur suppression progressive à partir de 1837 (Bayonne, La Rochelle, Limoges, Nantes, Perpignan et Toulouse), puis en 1857 (Lille et Rouen), 1858 (Lyon et Marseille), 1870 (Strasbourg) et enfin 1878 (Bordeaux). A cette date, la Monnaie de Paris devint l’unique atelier national».

Au long de l’ancien régime, ces ateliers purent fort bien être opérés pour le compte du roi par les acteurs les plus divers, y compris privés. A l’occasion, ces ateliers privés ou affermés se révélèrent très capables d’activité proche du « faux monnayage », puisque la tentation était évidemment grande d’émettre un supplément de monnaies en tous points semblables et d’en garder pour soi le seigneuriage c’est à dire la prime par rapport à la valeur du métal. Un problème qui affecte la fausse monnaie elle-même ( voir une scène culte dans Le cave se rebiffe). Bref, vraie ou fausse, la tentation existe de tous temps d’en faire encore un peu, beaucoup, trop… mais ceci est une autre histoire.

A côté des ateliers monétaires royaux, il existait des ateliers pour les monnaies que nous appelons féodales.

Là aussi, à travers l’histoire, il en exista des dizaines, frappant de la monnaie pour de grandes principautés, ou de toutes petites. Car cette émission n’était pas tant liée à l’existence d’une zone économique cohérente qu’à celle d’un droit, d’une souveraineté toujours un peu usurpée, notamment après le démembrement de l’état carolingien. Inutile de dire que nos rois eurent à coeur de restreindre (ou de racheter !) ces droits à chaque occasion possible. Il existait pourtant encore, à la veille de la Révolution une quarantaine de ces principautés souveraines dont ne subsiste aujourd’hui que Monaco. Est-ce à dire que leurs propriétaires se considéraient comme étrangers en France ou étaient tenus pour tels ? Nullement. Certains pouvaient être souverains ailleurs (les Orange, les Matignon à Monaco, certains princes alsaciens…) d’autres étaient des petits seigneurs (dont le fameux roi d’ Yvetot) mais la plupart de ces terres d’exception appartenaient à de grandes familles de la Cour de France : Bourbon, Soubise, Rohan, Condé, Conti…

Les Gramont, souverains de Bidache (où ils battirent monnaie sur des bouts de cuir) donnèrent deux maréchaux à la France, comme les La Tour d’Auvergne, qui battaient monnaie à Sedan ; les Grimaldi souverains à Monaco fournirent un amiral et sous les rois, l’empereur ou la république, ses successeurs ont toujours servi dans l’armée française. Battre monnaie n’était donc pas un acte hostile aux intérêts de la couronne et de grands seigneurs le firent, tout en servant le roi.

La monnaie reproduite ici est celle d’un homme, grand maître de l’artillerie et des trésors de France, qui fut aussi l’un de nos plus grands ministres : Sully (1559-1641). Il ne la fit pas frapper comme surintendant des finances (depuis 1598), ni comme duc de Sully (depuis 1606) mais bien comme prince souverain de Boisbelle, un petit « État » enclavé « près Berry » et non en Berry, et qui depuis des siècles jouissait de diverses franchises fort appréciables : point de taille, point de gabelle, point de d’obligation militaire ou de corvée. En 1605, Maximilien de Béthune, pas encore duc de Sully mais qui s’était acheté trois ans plus tard la baronnie de Sully-sur-Loire, racheta cette terre et quelques autres dans le coin. On a dit que c’était avec l’idée de créer un refuge pour les protestants. Car, comme son maître Henri IV, il était (et resta) huguenot. Mais on peut aussi penser que le rachat de ces terres en soi plutôt ingrates (pardon à mes lecteurs berrichons) était destinée à tenter en toute liberté (et souveraineté) des expériences économiques tendant à prouver que « pâturages et labourages sont les deux mamelles de la France ».

Henrichemont (28) vu du ciel

En tout cas Sully fit renouveler tous ces privilèges par son roi. Puis il entreprit, en 1608, de transformer le village de Boisbelle en une « capitale ». Ce fut la peite ville rebaptisée Henrichemont en l’honneur du roi, et conçue par Salomon de Brosse (l’architecte du Palais du Luxembourg à Paris) suivant un plan carré de 256 toises de côté, avec église catholique, temple protestant, collège, halle, hôtellerie etc. Vu du ciel, encore aujourd’hui c’est beau comme un QR Code :

C’est si beau que son successeur Richelieu se dota lui aussi de sa ville orthogonale (en Indre-et-Loire). On a d’ailleurs décrit le jeu geek Minecraft comme visant à construire « une ville selon Richelieu ».

En 1610, du fait de Ravaillac, Sully perdit la plupart de ses fonctions officielles. Disgracié, il se consacra d’abord à assurer sa sécurité, puis à établir son fils. Celui-ci décédant en 1634, le vieil homme semble être alors retourné vers les rêves de souveraineté qui l’avaient animé un quart de siècle plus tôt et on le vit alors se consacrer durant des années à son petit pays.

Dans sa capitale, Henrichemont, il établit en 1634 un atelier monétaire. En avait-il vraiment le droit ? Il ne semble pas qu’aucun de ses prédécesseurs en aient usé, ce qui peut aussi s’expliquer par le maigre seigneuriage perçu sur de telles émissions. Lui-même aurait envisagé la chose dès 1613, sous forme de concession à un particulier. En 1634, outre l’atelier, il dispose de trois moulins. Quelques rares pièces auraient été frappées dès 1635.

L'atelier monétaire d'Henrichemont

C’est entendu : l’atelier est fort modeste et ne fait pas une concurrence insupportable au Moulin du Louvre et aux autres ateliers royaux ! Mais Sully a tout de même un « général des monnoies », deux gardes, un procureur, un greffier, un graveur, un essayeur. Tout cela fonctionne d’ailleurs expressément « selon les ordonnances de France ». Il sortit en tout cas de cet atelier, en 1636, d’assez beaux doubles tournois, l’une des pièces les plus populaires de l’époque, valant deux deniers, ou le sixième d’un sou tournois.

Une pièce intéressante du fait de son métal : depuis le règne précédent, la pièce était en cuivre pur et non en un mélange douteux d’un peu d’argent et de beaucoup de plomb. Bref le double-tournois, qui était d’un métal qui ne tentait plus de contrefaire l’argent, marqua un tournant : l’apparition d’une monnaie strictement fiduciaire, que l’on assimile trop facilement, en général, au billet de banque.

Remarquons le : qu’un prince local s’amuse à frapper de l’argent, c’est toujours de l’argent. Avec du cuivre, il n’y a que son portrait et sa signature pour conférer de la valeur. Façon de dire qu’il n’exerce pas seulement un droit, mais qu’il manifeste une certaine capacité à inspirer cette fameuse confiance dont on lit partout qu’elle est le seul fondement de la monnaie.

On lit assez clairement au verso : MAX(imilien) D(e) BETHUNE P(rince) S(ouverain) DHENRIC(hemont). Des émissions auront lieu en 1637 et 1641 année de la mort du « souverain ». Son petit fils, Maximilien III lui succède et marque son avènement local d’une frappe en 1642.

un mauvais double de 1642

Moins réussie ? Je ne sais s’il s’agit ici d’un raté ou … d’une fausse monnaie. Car Sully qui s’est battu jadis contre les faussaires en France, comme surintendant, dut ensuite faire face, comme ses descendants, à des faussaires sur ses propres terres. L’atelier ferme en 1656. En 1685 la révocation de l’édit de Nantes provoque le départ des protestants encore nombreux dans le petit « État » de Sully. Son lointain descendant cède la principauté en 1766 au roi… qui en abolit tous les privilèges, à la grande fureur des manants, qui rchignent encore en 1789.

L’une des raisons de cet arrêt tient sans doute à ce que, outre l’obligation de tout faire aux titres, poids et alois de la monnaie de France, le roi imposa, vers 1644, que ces monnayages soient faits « sans que pour raison desdites fabrications, le prince de Boisbelle et ses successeurs, leurs fermiers ou commis puissent enlever aucune matière d’or ou d’argent en ce Royaume ». En gros le roi laissait le prince d’Henrichemont battre monnaie sur du métal qu’il n’avait pas. Précaution inutile ? Sans doute, car s’il semble que l’atelier ait émis quelques demi-francs (d’argent), le prince de Sully ne frappait apparemment que du cuivre, ce qui pouvait rendre plus de service à ses gueux que de grosses pièces de grands prix. Cette disposition était surtout un rappel de ce que le droit de battre l’or n’appartenait en fait qu’au roi. Ce dont au fond tout le monde convenait.

La France n’a tenu rigueur à Sully ni de l’échec économique de son ambition territoriale, ni d’avoir ainsi battu monnaie « privée ».

Statue par Beauvallet 1810

Il a toujours sa statue devant notre Assemblée Nationale. Et cette statue date de… Napoléon, dont on ne rappellera pas lourdement qu’il fut le créateur de la Banque de France. Laquelle ne fut pas plus rancunière puisqu’en 1939 elle fit figurer l’ancien prince monnayeur de Boisbelle et Henrichemont sur une coupure de 100 francs.

le 100 francs Sully de 1939

Que conclure de ce petit voyage ?

  • qu’il n’existe pas de droit exclusif du roi sur la frappe de la monnaie, mais qu’il est bien difficile d’aller contre un si puissant seigneur ?
  • qu’il est bien difficile aussi de battre monnaie en un trop petit pays, et que la monnaie de Boisbelle-Henrichemont n’eut pas plus de succès que les Monnaies locales complémentaires dont des rêveurs contemporains attendent encore un miracle ?
  • que la monnaie de cuivre, qui passionne les numismates, est toujours curieusement absente des fariboles d’économistes sur la monnaie, alors qu’elle est bigrement intéressante, peut-être parce qu’elle participe d’une forme de service plus que de droit ?
sur les marches du Palais

Oui, je me déplace sur le terrain, moi ! Je suis Grand Reporter à la Voie du Bitcoin puisque même les journalistes les mieux rivés aux tabourets des plateaux télé sont devenus Grands Reporters de nos jours…

Pour aller plus loin :

« Les guerres de Syrie » de Michel Raimbaud : résistance, mode d’emploi

« Les guerres de Syrie » de Michel Raimbaud : résistance, mode d’emploi

Publié par: Majed Nehméle: 30 septembre, 2019Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_AmeriquesActualité_Asie_OceanieActualité_Moyen_OrientActualité_OpinionsCultureCulture_Moyen_OrientEconomieEconomie_Moyen_OrientGéopolitiqueGéopolitique_Asie_OceanieGéopolitique_EuropeGéopolitique_OpinionsLivresPoints ChaudsPolitiquePolitique_Moyen_OrientImprimerEmail

La Syrie n’a jamais eu bonne presse auprès des élites politiques dirigeantes de l’Hexagone. Et pour cause : ce pays récalcitrant, farouchement attaché à sa souveraineté, porte-étendard du nationalisme arabe, résolument anti-impérialiste, dernier rempart contre l’entreprise sioniste en Palestine, membre central de ce qu’il est désormais appelé Axe de la Résistance qui l’unit au Hezbollah libanais, à la résistance palestinienne, à l’Iran et à l’Irak, un axe adossé à une Russie ressuscitée sur les décombres de l’Union soviétique. Un pays séculier, attaché aux principes du non-alignement définis par la Conférence de Bandoeng de 1955, qui s’est tenu du côté de tous les mouvements de libération à travers le monde et qui n’a pas hésité à s’engager au côté du peuple algérien dans sa guerre de libération nationale. Last but not least : il a toujours porté la cause palestinienne dans son cœur envers et contre tous, y compris dans la tourmente qui a failli l’emporter depuis 2011. Autant de raisons pour le vouer aux gémonies.

– Michel Raimbaud

Ce n’est pas par hasard si le premier chapitre du livre de Michel Raimbaud, ancien ambassadeur, ancien président de l’OFPRA professeur de sciences politique et écrivain, Les Guerres de Syrie s’intitule, reprenant la célèbre locution de Caton l’Ancien Delenda est Carthago (il faut détruire Carthage), « Delenda est Syria » : une vielle obsession ». Un vieil acharnement sans doute puisque Caton, qui avait coutume de prononcer cette formule à chaque fois qu’il commençait ou terminait un discours devant le Sénat romain, quel qu’en fût le sujet, avait également participé à la guerre contre la Syrie alors dirigée par le roi Antiochos III le Grand ! Ce dernier avait eu l’audace de recevoir Hannibal le fugitif dans sa cour et de contribuer à l’armer contre Rome, alors seule puissance hégémonique montante.

Pourquoi tant d’acharnement ?

Voyant dans cette colonie phénicienne une certaine émanation de l’antique Syrie, Michel Raimbaud rappelle qu’après plus de deux millénaires la Syrie d’aujourd’hui semble être le Carthage de cette Rome des temps modernes qu’est l’Amérique, la vieille obsession étant toujours là (page 26). Réactivée par l’indépendance, dans l’après-guerre, elle est plus encore d’actualité depuis les années 1990 qui ont vu la montée en puissance du Hezbollah libanais avec le soutien actif de la Syrie. Un soutien qui a permis à ce mouvement de contraindre l’occupant israélien à se retirer, en 2000, des territoires libanais qu’il détenait depuis 1978. Un tournant géopolitique majeur et une première dans les annales du conflit israélo-arabe. Depuis la guerre de juin 1967, jamais Israël n’avait été contraint à lâcher un territoire arabe occupé sans contrepartie, ou plus exactement sans capitulation, comme ce fut le cas avec les accords de paix fallacieuse de 1979 résultant des négociations de Camp David avec l’Égypte de Sadate, ou le traité de paix de Wadi Araba en 1994 signé avec la Jordanie ou enfin les accords d’Oslo entre Israël et l’OLP en 1993. Ce marché de dupes n’a abouti qu’à davantage d’occupation et d’annexions de territoires palestiniens sans que le fantomatique État palestinien promis – en contrepartie de la reconnaissance de l’Etat d’Israël – voie le jour ! La Syrie, quant à elle, a refusé catégoriquement ces palabres et ces marchandages sous la houlette des États-Unis, optant pour des négociations multilatérales avec comme ordre de jour : la paix, toute la paix, contre la restitution de tous les territoires arabes occupés en Palestine, en Syrie et au Liban. Bref, le droit international contre le fait accompli. Le refus de l’establishment sioniste de se retirer de tous les territoires arabes occupés, n’a fait que renforcer la détermination de la résistance libanaise, soutenue par l’Iran mais surtout par la Syrie, à libérer le Sud libanais occupé. Ce qui fut fait en 2000. Une défaite israélienne d’un côté et une victoire de l’axe naissant de la résistance de l’autre. Ce retrait sans gloire de l’armée israélienne était ressenti comme une humiliation par les généraux israéliens. En 2006, l’armée israélienne, ouvertement soutenue par les États-Unis, les pays occidentaux et leurs supplétifs arabes (Arabie saoudite, Égypte, Jordanie) a voulu effacer cette humiliation en se fixant pour objectif la destruction du Hezbollah, premier pas pour affaiblir la Syrie qui n’avait pas lésiné sur les moyens pour aider la résistance irakienne contre l’occupation américaine de la Mésopotamie en 2003. Elle en était pour ses frais. A part la destruction des infrastructures civiles libanaises, Israël a dû battre honteusement en retraite, se résignant à accepter un statu quo avec le Hezbollah et à ne plus franchir la frontière terrestre du Liban, même si une petite partie du pays du Cèdre – les fermes de Chaba’a, reste occupée. Le camp des vaincus ne se limitait pas au seul Israël, mais s’étendait à l’Arabie saoudite, à la Jordanie et à l’Égypte qui avaient parié sur la défaite du Hezbollah, prélude à la chute de la Syrie, puis de l’Iran dans l’escarcelle des néoconservateurs américains.

Depuis l’échec du sommet dit de la dernière chance qui a réuni à Genève le président Hafez al-Assad, très amoindri physiquement, et le président américain Bill Clinton, en mars 2000, les États-Unis avaient désespéré de ramener la Syrie au bercail. Le président syrien n’avait pas cédé sur l’intégralité du territoire syrien. Sans retrait israélien de tout le territoire syrien occupé, et d’un règlement du conflit palestinien conforme au droit international, point de paix. La Syrie ne voulait pas tomber dans le piège d’un accord cadre, comme ce fut le cas avec Oslo, où chaque clause devait faire l’objet d’interminables palabres et discussions byzantines. Même si les États-Unis avaient promis à la Syrie la bagatelle de 40 milliards de dollars en contrepartie de la signature d’un accord cadre.

Désormais, la Syrie est de nouveau désignée comme l’ennemi à abattre.
« Depuis un quart de siècle, écrit joliment Michel Raimbaud, cet aimable pays figure en bonne place au palmarès de l’Axe du Mal (selon l’expression de l’ineffable Debeliou, empereur des bigots et concepteur en chef de massacres en série). État voyou, État paria, État « préoccupant » au choix, il côtoie ou a côtoyé sur cette liste l’Iran, l’Irak de Saddam, la Libye de Kadhafi, Cuba, la Corée du Nord, l’URSS de jadis et la Russie d’aujourd’hui, la Chine de toujours. »

Pour les néoconservateurs il faut « faire saigner la Syrie lentement à mort»

L’auteur cite un article prémonitoire, paru en février 2000, soit un mois avant le sommet Clinton-Assad, signé par le néoconservateur David Wurmser. Ce dernier appelle sans ambiguïté à ne donner aucun répit à la Syrie, à l’empêtrer dans un conflit où « elle sera lentement saignée à mort » ! Tout un programme…

Les guerres de Syrie donne au lecteur une analyse historique et géopolitique inédite par sa clarté, sa profondeur géostratégique et son esprit de synthèse et de dialectique expliquant sans détour les vraies raisons de l’acharnement de l’Occident en général et des États-Unis en particulier contre ce pays pivot. Il se situe dans le droit fil de son précédent ouvrage de géopolitique, Tempête sur le Grand Moyen-Orient, paru en 2015, réédité en 2017, traduit en arabe, et préfacé par Richard Labévière. A travers la guerre contre la Syrie qui avait démarré en février-mars 2011, dans la foulée des mal-nommés printemps arabes, made in USA, comme le démontre notre ami Ahmed Bensaada dans sa magistrale enquête Arabesque$ ou le rôle des États-Unis dans les révoltes arabes (la première édition remonte à 2011, une deuxième édition augmentée est parue à Bruxelles et à Alger en 2016), Michel Raimbaud décèle une multitude de guerres, une quinzaine au moins : une guerre de l’Empire contre les Etats récalcitrants ; une guerre au service d’Israël ; une guerre pour le contrôle des routes de l’énergie ; une guerre contre la Russie, l’alliée traditionnelle, qui a retrouvé, grâce à la résilience de Damas, sa grandeur et son rôle d’acteur majeur sur la scène internationale ; une guerre contre l’Iran, l’autre Etat paria, et contre la résistance libanaise, qui a administré, grâce notamment à la Syrie, une défaite humiliante à l’occupant israélien ; une guerre médiatique sans précédent dans l’histoire et, last but not least, une guerre contre l’internationale jihadiste soutenue par la Turquie, les monarchies du Golfe et l’Occident, sans toutefois occulter la guerre civile elle-même…

– Couverture du livre

Autopsie d’un « complot avoué ».

Préfacé par l’écrivain Philippe de Saint Robert, un gaulliste qui a été au cœur de l’élaboration de la politique arabe de la France, sous de Gaulle et Pompidou, aujourd’hui évaporée, le livre se compose de 15 chapitres, denses, riches, didactiques, expliquant les racines de ces guerres, désignant leurs acteurs, décortiquant leurs modes opératoires et analysant, in fine les raisons objectives de la défaite de cette vaste entreprise criminelle. Elles vont de « la vieille obsession » de détruire la Syrie qui a guidé les pas de ses multiples ennemis, au déroulement de la guerre elle-même, à la fabrication d’une opposition extérieure, au projet que nourrissent les néoconservateurs pour l’asservissement de la Syrie, à la guerre médiatique, à l’instrumentalisation du terrorisme pour abattre un pouvoir séculier, à la genèse de l’axe de la résistance, et, enfin, à la guerre pour la paix, la réconciliation et la reconstruction.

Tout au long des chapitres, l’auteur qui abhorre la novlangue des média mainstream ayant excellé dans l’art de travestir la réalité et de prendre les désirs de leurs commanditaires pour de la réalité, appelle les choses par leurs noms. Il fait partie des rares géopolitologues qui ne s’étaient pas laissé intimider par les médias, les experts, les politologues d’opérette qui, dans un unanimisme qui ne supporte aucune contradiction, avaient voué trop vite l’Etat syrien à un effondrement certain et imminent. Ils s’étaient lamentablement trompés. La Syrie, après neuf années d’une guerre qui a duré plus que les deux grandes mondiales réunies, est certes toujours saignée, martyrisée, détruite, assiégée, mais toujours debout. Sans attendre la libération des dernières portions encore occupées de son territoire par les États-Unis et leurs supplétifs européens, la Turquie et ses marionnettes, les daechistes et les quaidistes, elle se met déjà au travail. A Alep, à Homs, à Palmyre et partout où la vermine terroriste a été écrasée, les chantiers de la reconstruction ont démarré, sans attendre la levée des sanctions occidentales aussi criminelles que contreproductives. Le peuple syrien, qui a étonné le monde entier par sa résilience, va sans doute l’étonner davantage par sa capacité à se reconstruire et à reconstruire son pays en comptant d’abord sur lui-même mais aussi sur ses alliés (Russie, Chine, Iran…). Est-il utile de rappeler que la Syrie, depuis son indépendance, s’est construite et développée, sans l’aide de l’Occident, voire même malgré lui ? Le barrage de l’Euphrate, les grands projets structurants ont été achevés en comptant d’abord sur les compétences et le dynamisme du peuple syrien lui-même avec le soutien de ses vrais amis des pays l’Est et des pays non-alignés.

Cet ouvrage, précise d’emblée Michel Raimbaud « fournira des pistes de réflexion, peut-être des réponses aux interrogations de ceux qui voudraient comprendre. Il est également dédié aux « esprits forts » à qui « on ne la fait pas », aux sceptiques qui après tout ce temps « ne se prononcent pas » entre « le massacreur » et « l’opposition pacifique » qui a pris les armes en Syrie, aux esprits candides carrément incrédules lorsque l’on évoque devant eux l’activisme de nos « grandes démocraties ». « Espérons, écrit-il encore, qu’il pourra nourrir la culture des intermittents du débat télévisé, alimenter l’information des sondés du micro-trottoir. Il sera utile aux nuls tentés par le recyclage, aux intellectuels coincés dans leur impasse « révolutionnelle », aux fabricants de news enferrés dans leur mensonge, à ceux qui auront la mémoire qui flanche et prétendront ne plus se souvenir très bien. »
Le mérite de ce livre ne se limite pas aux seules informations et analyses, à contretemps, sur la réalité de la guerre contre la Syrie qui remettent les pendules à l’heure. L’immense qualité de cet ouvrage réside dans le courage de son auteur qui, à travers ses écrits précédents et surtout son livre de référence sur les enjeux géopolitiques de ce conflit (Tempête sur le Grand Moyen-Orient), a su s’opposer à la folie médiatico-politicienne et à l’aveuglement collectif concernant la Syrie. Car, depuis le déclenchement de la guerre mondiale contre la Syrie, en février-mars 2011, rares étaient ceux qui pariaient un copeck sur la chance de l’Etat syrien de s’en sortir victorieux. Nous faisions partie, autour de la rédaction d’Afrique-Asie, de cette minorité qui avait choisi avec lucidité, arguments à l’appui, de démentir tous les cassandres. Michel Raimbaud en était. Tout comme notre ami Richard Labévière, l’un des rares géopoliticiens français à avoir bien analysé les tenants et aboutissants de la « guerre globale » contre la Syrie, notamment sous l’angle de la lutte contre le terrorisme, et qui a payé un lourd tribut pour son engagement au service de la vérité, qui avait mis en garde, dans une célèbre chronique publiée dans le numéro de février 2015 d’Afrique-Asie sous le titre prémonitoire : « Terrorisme et diplomatie : Droit dans le mur en klaxonnant ». Fondateur et rédacteur en chef du journal en ligne Proche et Moyen-Orient, est aussi un grand spécialiste des relations internationales et particulièrement de la Syrie à laquelle il a consacré de nombreux livres, notamment Le Grand Retournement. Bagdad-Beyrouth, où il décrit le fourvoiement de la diplomatie française et son alignement aveugle sur les néoconservateurs américains et annonce, prémonitoire, (le livre est paru en 2006), la future guerre globale contre la Syrie.

Comment ne pas mentionner également les rares harakiris qui avaient osé s’opposer au lynchage hystérique de la Syrie, comme c’est le cas d’un Frédéric Pichon, auteur de « Syrie, pourquoi l’Occident s’est trompé » ou Bruno Guigue, qui avait consacré d’innombrables analyses pour stigmatiser les mensonges et l’escroquerie intellectuelle de ceux qui s’étaient érigés en « syrialogues » (lire dans http://www.afrique-asie.fr son analyse « Désinformation : Les meilleures perles des charlatans de la révolution syrienne. Septembre 2016).

Les guerres de Syrie paraît au moment où l’issue victorieuse, mais ô combien douloureuse, du conflit ne fait plus de doute. Les éditions Glyphes, qui ont eu le courage de le publier rendent ses lettres de noblesse au métier d’éditeur qui n’hésite pas à prendre des risques au prix de froisser les tenants de la pensée unique. Des risques au service de la vérité et de la liberté d’expression, au service de la démocratie tout court.

Un livre indispensable, magistral. A lire et à faire lire absolument.

*Les guerres de Syrie, par Michel Raimbaud, préface de Philippe de Saint Robert, éditions Glyphe, Paris 2019.

Détails sur le produit

LA « GRANDE SYRIE » D’ANTOUN SAADE : LE LIVRE-EVENEMENTDE REGINA SNEIFER

LA « GRANDE SYRIE » D’ANTOUN SAADE : LE LIVRE-EVENEMENTDE REGINA SNEIFER

Nous reviendrons la semaine prochaine sur la dernière attaque des sites pétroliers saoudiens – qui n’ont pas été ciblés par des « drones » comme l’a répété en boucle la presse. Le moins que l’on puisse dire – et prochetmoyen-orient.ch l’a écrit à maintes reprises – est que cette opération de « légitime défense » était amplement prévisible, sinon souhaitable contre la dictature wahhabite qui s’obstine à détruire méthodiquement le Yémen depuis 2015. Comme annoncé, nous chroniquons aujourd’hui l’un des livres les plus importants des dix dernières années concernant la compréhension des Proche et Moyen-Orient.

La rédaction

Depuis mars 2011, la Syrie est victime d’une « guerre civilo-globale » très meurtrière. Les Etats-Unis, leurs supplétifs européens, les pays du Golfe et leur allié israélien veulent réaliser en Syrie ce qu’ils ont fait en Afghanistan, Irak, Libye et Palestine : destruction de l’Etat-nation, fragmentations territoriales et cristallisations confessionnalo-religieuses au profit d’un ordre mondialisé sous la conduite de Washington et des grandes sociétés transnationales.

Dans ce contexte d’hystérie géopolitique, où les accords internationaux n’ont plus aucune valeur, qui se souvient de l’idéal d’une « Grande Syrie » laïque, démocratique et sociale ? La tragédie d’Antoun Saadé – son inventeur et promoteur – ne se réduit pas à son exécution sommaire mais s’identifie à celle de l’histoire du Croissant fertile, à celle d’une œuvre magistrale de philosophie politique qui fondait – pour la première fois dans le monde arabe – une doctrine sociale et nationale émancipée de toutes considérations ethnico-confessionnelles.

Son épouse – Juliette el-Mir (1900 – 1976) – l’accompagnera et le soutiendra avec la dernière énergie au prix de neuf années d’emprisonnement sévère. Aimante et romantique, elle rédigera ses mémoires, gardienne de l’âme et de l’œuvre de son époux face aux injures du temps et de l’histoire officielle. C’est la vie et le destin de ce couple révolutionnaire que retrace Régina Sneifer1 à partir de ces écrits qui dormaient dans le coffre d’une banque de Genève, publiés en arabe en 2003 et jamais traduits depuis. Pour la première fois, le livre-événement de Régina Sneifer donne accès aux lecteurs francophones à cette séquence culminante de l’histoire des Proche et Moyen-Orient. Tout en restant scrupuleusement fidèle au témoignage de Juliette Antoun Saadé, ce livre exceptionnel intègre nombre de recherches et d’archives historiques mises au service d’une biographie critique. Impressionnante, cette biographie historique s’impose aussi comme un grand roman. Ce qui ne gâche rien !

L’auteure – Régina Sneifer – n’est pas n’importe qui. Journaliste et écrivaine libanaise, on lui doit déjà l’un des meilleurs livres sur la guerre du Liban (1975 – 1990) : Guerres maronites (éditions de l’Harmattan, 1994). En 2006, elle publie le témoignage bouleversant de son engagement et de son évolution personnelle dans la tourmente du Pays du Cèdre : J’ai déposé les armes – Une femme dans la guerre du Liban (éditions de l’Atelier). En 2013, elle nous convie à un voyage plus poétique au cœur des mémoires phéniciennes : Benta’el, fille de l’alphabet (éditions Geuthner).

Avec son dernier ouvrage, elle poursuit cette quête d’intelligence et de compréhension des Proche et Moyen-Orient, saluée par son préfacier, le grand historien et politologue Georges Corm : « aujourd’hui, en nous faisant pénétrer dans l’intimité d’Antoun et de Juliette Saadé et de leur lutte permanente pour réaliser l’unité de la ‘Grande Syrie’, Régina Sneifer apporte enfin un éclairage nouveau et passionnant d’une question, plus que jamais vitale et d’actualité pour l’apaisement des conflits du Proche-Orient et la paix en Méditerranée ».

OBSTACLES EPISTEMOLOGIQUES

Pourquoi Antoun Saadé, sa vie et son œuvre sont-ils à ce point ignorés, sinon caricaturés par les écoles françaises, anglo-saxonnes et arabes de sciences humaines et de géopolitique ? C’est comme si cet homme et sa pensée politique ne présentaient aucun intérêt, comme si – surtout – il ne fallait pas en parler… Ce blanc, cette impasse, cet impensé sont d’autant plus suspects que les rares allusions à Antoun Saadé – dans la bibliographie francophone- s’accompagnent, la plupart du temps, de noms d’oiseaux ou de différents qualificatifs des plus péjoratifs visant à en faire un admirateur d’Adolf Hitler. Rien n’est plus faux !

Cette torsion idéologique a longtemps été bien commode pour justifier le désintérêt, sinon le silence entretenu sur l’œuvre de Saadé… En l’occurrence et en matière de filiation nazie et fascisante, Pierre Gemayel – le fondateur du parti bien nommé des « Phalanges » – est l’homme politique libanais qui, au retour des jeux olympiques de Berlin en 1936, a le plus ouvertement proclamé son admiration et son allégeance au fondateur du Troisième Reich et au franquisme dont il a copié les mots d’ordre : « Dieu, Patrie, Famille ». Mais de cette filiation-là, les commentateurs politiquement corrects sont beaucoup plus avares.

Hormis ce parti-pris idéologique, ce sont plutôt l’œuvre de philosophie politique et l’action d’Antoun Saadé qui fonctionnent comme autant d’obstacles épistémologiques – au sens donné à ce concept par Gaston Bachelard – : ceci explique partiellement les dédains académiques et politiques dont reste victime ce penseur qui sort aujourd’hui progressivement de l’oubli. Cette justice tardive qui l’exhume d’un purgatoire entretenu n’est pas seulement le fait du livre de Régina Sneifer qui arrive à point nommé, mais aussi la résultante d’une série d’échecs idéologiques qui minent les Proche et Moyen-Orient – des impérialismes occidentaux aux différentes expériences avortées du nationalisme arabe, de l’islamisme politique aux terrorismes islamiques. Antoun Saadé s’est opposé aux uns comme aux autres : aux empires centraux français et britannique, aux inventeurs d’un nationalisme arabe calqué sur celui des puissances européennes, aux activistes religieux (musulmans, juifs et chrétiens) de toutes obédiences.

Cyrano de Bergerac oriental, Antoun Saadé a accumulé les ennemis. Ses rejets multiples ont fini par converger pour aboutir à son exécution en 1949. Cette mise à mort arrangeait tout le monde, du moins les principaux acteurs politiques régionaux et internationaux engagés dans une phase décisive de reconfiguration et de partage de l’Orient au sortir de la Seconde guerre mondiale. Au fil des pages de Régina Sneifer, on comprend mieux pourquoi et comment les concepts majeurs de la philosophie politique d’Antoun Saadé et son action politique ont fonctionné comme autant d’obstacles épistémologiques devenus des menaces pour sa propre vie, celles de sa famille et pour son œuvre. Avec la même passion qui accompagne la lecture des plus grandes tragédies, on découvre les enchaînements terribles de cette vie shakespearienne.

LE PSNS

Antoun Saadé est né le 1er mars 1904 dans le village de Dhour Choueir au Mont Liban. Il entame ses études au Caire et les poursuit à Broumana au Liban. Après la Première guerre mondiale, il émigre au Brésil où il rejoint ses parents et commence à s’intéresser au nationalisme latino-américain, notamment à la « révolution bolivarienne » qui va beaucoup influencer la construction de sa pensée. Celle-ci se structure en proximité de la philosophie d’Auguste Comte et, plus tard, des conceptions nationales naissantes du péronisme argentin. Il participe à la rédaction du magazine littéraire Al-Majalla, un journal fondé par son père Khalil Saadé. Durant cet exil hyper-actif, il apprend aussi à parler le portugais, l’anglais, l’espagnol, l’allemand, le français et le russe.

En 1924, il fonde son premier mouvement politique affichant l’objectif principal de la libération de la Syrie sous mandat français. En 1930 à Damas, il collabore au journal al-Ayam. En 1932, il rentre au Liban et enseigne à l’Université américaine de Beyrouth. Avec cinq de ses étudiants, il crée le 16 novembre 1932 le Parti social national syrien (PSNS), hostile aux occupations européennes du Levant et prônant une unification de l’Orient, similaire à la libération que le général vénézuélien Simon Bolivar revendiquait pour le continent latino-américain autour d’une « Grande Colombie ».

Organisation clandestine dissimulée derrière le paravent d’une société commerciale, le PSNS engrange les succès au point d’inquiéter fortement les autorités mandataires. Le 16 novembre 1935, Antoun Saadé est arrêté et condamné à six mois de prison pour activité subversive. En prison, il écrit un livre fondateur : La Genèse des nations (Nouchoû el Ouman). Le manuscrit d’une deuxième version sera confisqué et sans doute détruit. Retrouvant la liberté, il est de nouveau interpellé en 1937, alors que le PSNS est légalisé. Ses militants combattent violemment les « Phalangistes » de Pierre Gémayel à Bikfaya et dans d’autres localités du Liban.

A cette époque, rapporte Régina Sneifer, Antoun Saadé déclare : « si l’on veut absolument que le Liban constitue une entité, il faut au moins que cette entité soit commune à tous les Libanais et qu’elle ne soit pas accaparée par une secte dominante qui réduit le Liban à elle-même. Nous exigeons la fin des privilèges d’une seule secte confessionnelle et nous dénonçons l’arrogance du parti fasciste qui s’est proclamé son représentant ».

Suite à de nouveaux affrontements avec les « Phalangistes » de la famille Gemayel, Antoun Saadé est devenu l’homme à abattre. En 1938, il doit s’exiler de nouveau en Argentine où il rencontre sa future épouse. En 1939, les autorités françaises interdisent son parti. Durant la Seconde guerre mondiale et les soulèvements contre les autorités mandataires, Saadé est condamné par contumace à vingt ans de prison. En 1946, il rentre au Liban mais doit prendre le maquis pour fuir la justice libanaise qui veut aussi le neutraliser. Le PSNS est à nouveau autorisé en 1947, bien que dénonçant radicalement la partition de la Palestine et la tension fabriquée entre le Liban et la Syrie. Le PSNS condamne radicalement le démembrement du Croissant fertile, imposé par les accords franco-britanniques Sykes-Picot (16 mai 1916) et la déclaration Balfour (2 novembre 1917).

Lors d’élections législatives, Antoun Saadé lance un appel pour mettre fin au confessionnalisme libanais et pour l’instauration d’un Etat « laïc » et « démocratique ». Sa popularité est alors à son comble. Le gouvernement de Riyad el-Solh et les Phalangistes décident de s’unir pour détruire son mouvement qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Les Phalangistes ont mis un contrat sur sa tête. Inlassablement traqué, il réagit en fomentant une insurrection qui va se retourner contre lui : plus de 3000 militants du PSNS sont arrêtés. Antoun Saadé se réfugie à Damas. Dans un premier temps, il est bien accueilli par l’ancien colonel putschiste Zaïm. Mais, soumis à de fortes pressions internationales, le gouvernement syrien le livre aux autorités libanaises.

QU’EST-CE QUE « LA GRANDE SYRIE » ?

Après une parodie de jugement – moins de quarante-huit heures après son transfert – il est exécuté précipitamment le 8 juillet 1949. L’anéantissement de l’amour de sa vie n’apporte pas le point final aux tourments de Juliette. Les ennemis de la « Grande Syrie » vont attenter plusieurs fois à sa vie, multiplier les emprisonnements, la forcer à un nouvel exil européen. Elle doit aussi faire face à de nombreux retournements, sinon aux trahisons de plusieurs cadres du parti. En 1965, elle quitte l’Europe pour l’Afrique. Etablie au Ghana, elle entreprend la rédaction de ses mémoires. Juliette a soixante ans lorsqu’elle met le point final à ce témoignage pour l’Histoire avant de rentrer au Liban en 1970.

Régina Sneifer : « au sortir de sa vie, une nouvelle ruse de l’histoire lui joue encore un tour. Elle s’éteint à Beyrouth le 24 juin 1976 au début d’une guerre qui déchirera le Liban pendant quinze ans. En présence d’une poignée de fidèles, sa dépouille est inhumée au cimetière de Mar-Elias de Beyrouth, à côté de la tombe vide de son mari. Peu importe ! désormais, rien, plus rien, ni la mort, ni aucune autre ruse, ne la séparera de son Zaïm ».

Dans un entretien avec l’auteur de ces lignes Régina Sneifer insiste sur l’une des motivations essentielles de cette écriture passionnée qui a pris plusieurs années : « des mémoires de Juliette subsistent la puissance d’un grand amour mais aussi cette idée de la »Grande Syrie”  qui a donné lieu à tellement de contresens et de caricatures ». En effet, Antoun Saadé était hostile à l’idéologie réductrice du nationalisme arabe parce que – pour lui – une nation ne se fonde pas sur une langue, une religion ou une quelconque ethnie. Au contraire, la nation a vocation d’accueillir plusieurs communautés. Pour lui, l’identité du citoyen c’est le territoire et sa géographie.

Dans la première version de La Genèse des nations, il explique : « une nation résulte du mariage d’un groupe d’hommes et d’une terre ». Encore : « la nation résulte non de l’origine ethnique commune, mais du processus unificateur du milieu social et physique ambiant. L’identité des Arabes ne provient pas du fait qu’ils descendraient d’un ancêtre commun, mais qu’ils ont été façonnés par le milieu géographique : le désert de l’Arabie, l’Assyrie pour la Syrie, le Maghreb… ».

Même s’il admet et intègre l’arabité de la Syrie, il n’en fait pas le facteur dominant qui, selon lui, doit être politique. Renvoyant dos à dos les internationalismes « capitaliste » et « marxiste », de même que les prétentions politiques de toutes les religions, Antoun Saadé anticipe une forme très moderne de multilatéralisme.

En effet, sa « Grande Syrie », n’a rien à voir avec la construction théocratique d’un improbable « Grand Israël », ni avec le « Christianistan » de la bande à Walid Pharès, obsédée de murs et de purification ethnique… Non, la « Grande Syrie » d’Antoun Saadé, c’est l’unification progressive du Croissant fertile. A défaut de toujours servir à faire la guerre, la géographie finit par imposer aux relations internationales d’intangibles réalités. C’est ce que nous sommes actuellement en train de redécouvrir avec la fin prochaine des opérations militaires lourdes en Syrie. Les reconstructions politique et économique du pays concerneront non seulement la Russie et la Chine, mais aussi l’Iran, l’Irak, le Liban, la Turquie et d’autres pays de la région. Et cette dynamique ne sera pas sans conséquence sur les frontières des uns et des autres. Toujours est-il – comme le souligne Georges Corm – que la Grande Syrie de Saadé et sa volonté d’unification pourront inspirer les futurs faiseurs de paix…

HORS DE TOUTES CONSIDERATIONS D’APPAREIL

L’un des autres grands mérites du livre-événement est d’être resté en dehors de toutes espèces de considération d’appareil. S’en tenant aux mémoires de Juliette, pris comme fil rouge, l’auteure a d’emblée écarté toute consultation des militants et cadres du PSNS, afin de ne prêter aucune prise aux inévitables querelles d’appareil qui ne manquent pas d’alimenter l’histoire des formations politiques.

Par contre, son travail de journaliste et d’historienne s’est évertué à vérifier et compléter le récit de Juliette en l’enrichissant de multiples archives et éclairages dont atteste une imposante bibliographie placée en fin de volume.

Régina Sneifer : « disons-le d’entrée de jeu ! La première difficulté est liée au Parti social national syrien, le PSNS, fondé par Antoun Saadé en 1932. Ce parti que Saadé a voulu comme vecteur de changement, s’est heurté à la géopolitique complexe et enchevêtrée des Proche et Moyen-Orient du XXème siècle. Enlisé dans le bourbier de la guerre du Liban où la logique milicienne et la violence avaient envahi l’espace politique, le PSNS avait l’excuse facile. Dans ces conditions extrêmes, le ciment interne s’est lentement fissuré dans une myriade de luttes concurrentielles aux conséquences désastreuses sur le devenir de cette formation auparavant très prometteuse ».

Plus loin : « il est extrêmement rare pour un parti dans cette région du monde de disposer d’une documentation aussi riche et abondante. Pourtant, je n’ai pas tenté d’éplucher la masse de ces traces. L’archive ne dit pas spontanément l’histoire vraie. Je n’aurai pas su faire le tri. Je n’aurai pas su non plus démontrer si le PSNS a mis à exécution efficacement les idées et le projet de Saadé bien que les chefs successifs du parti s’y soient référés ». Pour un livre d’une telle importance, tout va pour le mieux en le disant !

RENDEZ-VOUS LE 26 SEPTEMBRE PROCHAIN

On l’a compris, prochetmoyen-orient.ch recommande chaudement la lecture et la diffusion de ce livre-événement. Elle n’hésite pas à le classer parmi les ouvrages les plus importants des dix dernières années, pour mieux comprendre l’Orient compliqué.

Safia, la fille d’Antoun et de Juliette Saadé sera présente pour la présentation-signature du livre de Régina Sneifer, le 26 septembre dès 18 heures dans les locaux des éditions Riveneuve – 85, rue de Gergovie, 75014 Paris (téléphone : 01 45 42 23 85 – M/Ligne 4/Alésia, M/Ligne 13/Plaisance).

Dans l’esprit d’Antoun Saadé, de nombreuses personnalités libanaises, syriennes, palestiniennes et irakiennes ont déjà confirmé leur venue, de même que les rédactions de prochetmoyen-orient.ch et d’Afrique-Asie.
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Bonne lecture et, donc, à la semaine prochaine chez Gilles Kraemer, le chef de l’orchestre des éditions Riveneuve.

Richard Labévière
23 septembre 2019

https://prochetmoyen-orient.ch/la-grande-syrie-dantoun-saade-le-livre-evenement-de-regina-sneifer/

1 Régina Sneifer : Une Femme dans la tourmente de la Grande Syrie – D’après les mémoires de Juliette Antoun Saadé. Préface de Georges Corm. Editions Riveneuve, août 2019.