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Haïr la Russie est un travail à temps plein

Haïr la Russie est un travail à temps plein


Les néocons ressuscitent les souvenirs de conflits tribaux pour attiser les flammes


Jewish Bolsheviks
Un bolchevik fermant un service de minuit à Pâques. Détail d’une peinture monumentale de 1999 par Ilya Glazunov.

Par Philip Giraldi – Le 5 juin 2018 – Source Unz Review

Je viens de rentrer d’un voyage en Russie, et je suis heureux d’annoncer que le peuple russe et la bureaucratie que j’ai rencontrés ne tenaient aucun propos au vitriol contre les Américains, propos auxquels je m’attendais moyennement en raison de la diffamation de Moscou et de toutes ses actions, qui inondent les médias américains et l’Establishment. Bien sûr, beaucoup de Russes avec qui j’ai parlé ont été prompts à critiquer l’administration Trump pour ses actions erratiques vis-à-vis des relations bilatérales avec Moscou, tout en exprimant leur stupéfaction sur la raison pour laquelle la relation s’était dégradée aussi rapidement. Mais cette colère contre la politique étrangère ne s’est pas nécessairement traduite par du mépris pour le peuple américain et le mode de vie qui caractérisait la période soviétique. Du moins pas encore.

Un peu à ma grande surprise, les Russes ordinaires n’hésitent pas à critiquer ouvertement le président Vladimir Poutine pour ses tendances autocratiques et sa volonté de continuer à tolérer la corruption, mais tous ceux auxquels j’ai parlé ont reconnu qu’il avait généralement agi de manière constructive et amélioré considérablement la vie des gens. Poutine reste incroyablement populaire.

Une question fréquente revenait : « Qui pousse aux hostilités envers la Russie ? ». J’ai répondu que la réponse n’est pas si simple et qu’il y a un certain nombre de factions qui, pour une raison ou une autre, ont besoin d’un ennemi puissant pour justifier des politiques qui seraient autrement insupportables. Les entreprises de la défense ont besoin d’un ennemi pour justifier leur existence tandis que les membres du Congrès ont besoin de ces entreprises pour financer leurs campagnes. Les médias ont besoin d’une bonne histoire de croquemitaine pour pousser l’audience et le public est aussi habitué à vivre dans un monde où de terribles menaces se cachent juste derrière l’horizon, renforçant ainsi le contrôle gouvernemental sur la vie quotidienne pour assurer la sécurité de tous.

Et puis il y a les néocons. Comme toujours, ils sont une force qui se distingue pour son concept de destruction créative, comme ils disent, certainement tout d’abord pour obtenir le financement de leurs fondations et think tanks à peu de frais, mais aussi idéologiquement, ce qui a fait d’eux l’avant-garde intellectuelle du parti de la guerre. Ils fournissent le cadre intellectuel acceptable pour justifier la main mise de l’Amérique sur le monde, métaphoriquement parlant, et constituent la force de frappe qui est toujours prête à apparaître dans les talk-shows télévisés, ou à se faire citer dans les médias, avec le vernis d’expertise approprié qui peut être utilisé pour justifier l’impensable. En retour, ils sont généreusement récompensés à la fois par l’argent et le statut.

Les néocons croient en deux choses seulement. Premièrement que les États-Unis sont la seule superpuissance mondiale à avoir reçu licence d’une entité divine pour exercer un leadership mondial, par la force si nécessaire. Cela s’est traduit pour le public par l’expression « exceptionnalisme américain ». En effet, l’interventionnisme américain s’est manifesté, en pratique, de préférence par la force, car cela laisse peu de place au débat ou à la discussion. Et le deuxième principe directeur des néocons est que tout doit être fait pour protéger et promouvoir Israël. En l’absence de ces deux croyances, vous n’avez pas de néocons.

Les pères fondateurs de l’idéologie des néocons étaient des intellectuels juifs new-yorkais qui ont évolué – ou déchu – pour passer de l’attitude de trotskystes poseurs de bombes à conservateurs, un processus qu’ils définissent comme « l’idéalisme rattrapé par la réalité ». La seule réalité est qu’ils ont toujours été de faux conservateurs, adoptant un certain nombre de positions agressives en matière de politique étrangère et de sécurité nationale, tout en soutenant en privé la ligne libérale juive standard sur les questions sociales. Le fanatisme des néocons sur les questions qu’ils promeuvent suggère aussi qu’une bonne dose  de trotskisme demeure dans leur caractère, d’où leur ténacité et leur capacité à se faufiler entre les partis démocrate et républicain tout en apparaissant sans complexes dans des médias disparates, considérés comme libéraux ou conservateurs, c’est-à-dire à la fois sur Fox News et sur les programmes MSNBC mettant en vedette Rachel Maddow.

Je crois depuis longtemps que la principale raison de la haine de la Russie chez les néocons est, dans une large mesure, tribale ou, si vous préférez, ethno-religieuse. Pourquoi ? Parce que si les néocons étaient, comme ils le disent, des réalistes en politique étrangère, il n’y a aucune bonne raison d’exprimer une quelconque aversion viscérale pour la Russie ou son gouvernement. Les allégations selon lesquelles Moscou a interféré dans l’élection présidentielle de 2016 aux États-Unis sont clairement une imposture, comme le sont les récits de l’empoisonnement présumé des Skripal à Winchester en Angleterre et, plus récemment, de l’assassinat du journaliste Arkady Babtchenko à Kievm qui a été démasqué comme un coup monté. Même l’examen le plus superficiel des événements de la dernière décennie en Géorgie et en Ukraine révèle que la Russie réagissait légitimement à des menaces majeures contre sa sécurité provenant des États-Unis, soutenus par Israël et d’autres pays. La Russie n’a pas, depuis la fin de la guerre froide, menacé les États-Unis, et sa volonté de récupérer ses anciens satellites d’Europe de l’Est est un fantasme. Alors, pourquoi tant de haine ?

En fait, les néocons s’entendaient bien avec la Russie quand, avec leurs oligarques très majoritairement juifs et internationaux, et leurs amis financiers, ils étaient en train de piller les ressources de l’ancienne Union soviétique sous l’infortuné Boris Eltsine pendant les années 1990. Les alarmistes de la prétendue menace russe ont fait leur réapparition dans les médias et les groupes de réflexion, dominés par les néocons, seulement lorsque le nationaliste à l’ancienne mode, Vladimir Poutine, a pris le pouvoir et décidé de fermer le robinet de l’argent.

Les néocons et leurs amis n’avaient plus aucune raison de la jouer gentils, alors ils ont utilisé leurs ressources considérables dans les médias et dans les couloirs du pouvoir dans des lieux comme Washington, Londres et Paris pour se tourner contre Moscou. Et ils ont peut-être aussi perçu qu’il y avait une menace imminente encore pire. Le gouvernement Poutine semblait ressusciter ce que les néocons pouvaient percevoir comme la Sainte Russie des pogroms ! Les vieilles églises rasées par les bolcheviks étaient en cours de reconstruction et les gens allaient de nouveau à la messe et affichaient leur croyance en Jésus-Christ. L’ancienne place Rouge accueille désormais un marché de Noël tandis que la tombe voisine de Lénine n’est ouverte qu’une seule matinée de la semaine et attire peu de visiteurs.

Je voudrais suggérer qu’il est tout à fait possible que les néocons, fins connaisseurs de l’histoire, ne souhaitent que le retour des bons vieux jours de l’époque bolchevique en Russie. Le fait est qu’une grande partie de l’athéisme de l’État bolchevik était motivée par la forte surreprésentation des juifs dans le parti à ses débuts. Le journaliste britannique Robert Wilton, dans ses recherches méticuleuses sur 1920 intituléesLes derniers jours des Romanov, a décrit comment David R. Francis, ambassadeur des États-Unis en Russie, a prévenu dans un message adressé à Washington en janvier 1918 : «Les dirigeants bolcheviques ici, dont la plupart sont juifs, et 90% sont de retour d’exil, se soucient peu de la Russie ou de tout autre pays mais sont internationalistes et tentent de lancer une révolution sociale mondiale. »

L’ambassadeur néerlandais William Oudendyke a fait écho à ce sentiment : «Si le bolchevisme n’est pas immédiatement étouffé dans l’œuf, il est appelé à se répandre sous une forme ou une autre sur l’Europe et le monde entier, car il est organisé et mis en œuvre par des juifs sans nationalité dont le seul but est de détruire, pour eux-mêmes, l’ordre existant des choses. »

Le plus grand écrivain russe du XXe siècle, Alexandre Soljenitsyne, fêté en Occident pour sa résistance farouche à l’autoritarisme soviétique, s’est soudainement trouvé sans amis dans les médias et dans le monde de l’édition lorsqu’il a écrit Deux siècles ensemble : une histoire russo-juive jusqu’en 1972, relatant certains aspects obscurs de l’expérience russo-juive. En particulier, Soljenitsyne a cité la surreprésentation significative des juifs russes à la fois chez les bolcheviks et, avant cette époque, chez les propriétaires de serfs.

Les juifs ont notamment joué un rôle particulièrement disproportionné dans la police secrète soviétique, qui a commencé avec la Tchéka pour devenir ensuite le KGB. L’historien juif, Leonard Schapiro, a noté que « quiconque a eu la malchance de tomber entre les mains de la Tchéka » avait de très bonnes chances de se retrouver confronté un enquêteur juif, et peut-être abattu par lui. En Ukraine,  « 80% des agents de base de la Tchéka étaient juifs ».

À la lumière de tout cela, personne ne devrait s’étonner que le nouveau gouvernement russe en 1918 ait publié un décret quelques mois après la prise du pouvoir faisant de l’antisémitisme un crime en Russie. Le régime communiste est devenu le premier au monde à punir criminellement tout sentiment anti-juif.

Wilton a utilisé les documents officiels du gouvernement russe pour identifier la composition du régime bolchevique en 1917-1919. Sur les 62 membres du Comité central, 41 étaient juifs tandis que la Commission extraordinaire de la Tchéka de Moscou comptait 23 membres juifs sur un total de 36. Le puissant Conseil des commissaires du peuple comptait 17 juifs. Selon les données fournies par les autorités soviétiques, sur les 556 fonctionnaires les plus importants de l’État bolchevik en 1918-1919, il y avait 17 Russes, 2 Ukrainiens, 11 Arméniens, 35 Lettons, 15 Allemands, un Hongrois, 10 Géorgiens, 3 Polonais, 3 Finlandais, un Tchèque et 458 juifs.

En 1918-19, le pouvoir central russe résidait au sein du Comité central du parti bolchevik. En 1918, ce corps comptait douze membres, dont neuf d’origine juive et trois Russes. Les neuf juifs étaient : Trotsky, Zinoviev, Larine, Uritsky, Volodarski, Kamenev, Smidovitch, Yankel et Steklov. Les trois Russes étaient : Lénine, Krylenko et Lounacharski.

La diaspora communiste en Europe et en Amérique était aussi largement juive, y compris la cabale des fondateurs du néoconservatisme à New York. Le Parti communiste des États-Unis était dès le début principalement juif. Il était, dans les années 1930, dirigé par le juif Earl Browder, grand-père de l’actuel marchand de pétrole, le serpent Bill Browder, qui a sanctimonieusement proclamé son désir de punir Vladimir Poutine pour des crimes importants allégués. Browder est un hypocrite total qui a fabriqué et vendu au Congrès un récit largement faux, allant dans le sens de ses intérêts, concernant la corruption russe. Il n’est pas étonnant de le voir chouchou des médias néocons aux États-Unis. Il est plus que plausible que Browder était un des principaux pilleurs des ressources russes dans les années 1990, et les tribunaux russes l’ont condamné pour évasion fiscale, entre autres crimes.

L’affinité historique indéniable des juifs avec le communisme bolchevique, associée à la judéité des soi-disant oligarques, suggère plutôt que la haine pour une Russie qui a tourné le dos à ces aspects particuliers de l’héritage juif peut, à tout le moins, faire partie de ce qui motive quelques néocons. Tout comme dans le cas de la Syrie que les néo-conservateurs préfèrent voir dans le chaos, certains pourraient souhaiter un retour au bon vieux temps du pillage par des intérêts étrangers majoritairement juifs, comme sous Eltsine, ou mieux encore pour les jours grisants du bolchevisme de 1918-1919, lorsque les juifs ont gouverné toute la Russie.

Philip Giraldi est un officier retraité de la CIA qui a passé 20 ans en mission en Europe et au Moyen-Orient. Il est directeur exécutif du Conseil pour l’intérêt national, un groupe de défense basé à Washington qui cherche à changer la nature, centrée sur Israël, de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient.

Traduit par jj, relu par cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/hair-la-russie-est-un-travail-a-temps-plein

 

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Derrière la légende Colin Powell – My Lai, par Robert Parry et Norman Solomon

12.mai.2018 // Les Crises

Derrière la légende Colin Powell – My Lai, par Robert Parry et Norman Solomon

Source : Robert Parry & Norman Solomon, Consortium News, 17-03–2018

Dans nos archives : Comme les médias se concentrent sur le 50e anniversaire du massacre de My Lai de la guerre du Vietnam, le rôle de Colin Powell en tant que conseiller militaire a continué d’échapper à tout examen minutieux, nous republions donc un article de Robert Parry et Norman Solomon de 1996.

Le 16 mars 1968, une unité sanguinaire de la 23ème Division d’infanterie (Americal) a pris d’assaut un hameau connu sous le nom de My Lai 4. Avec des hélicoptères militaires tournoyant au-dessus de leur tête, des soldats américains en quête de vengeance ont brutalement délogé des civils vietnamiens – pour la plupart des hommes âgés, des femmes et des enfants – de leurs huttes de chaume et les ont rassemblés dans les fossés d’irrigation du village.

Alors que la rafle se poursuivait, des Américains ont violé les filles. Puis, sous les ordres d’officiers subalternes sur le terrain, les soldats ont commencé à vider leurs M-16 sur les paysans terrifiés. Certains parents ont désespérément utilisé leur corps pour essayer de protéger leurs enfants des balles. Des soldats ont marché parmi les cadavres pour achever les blessés.

Le massacre a fait rage pendant quatre heures. Un total de 347 Vietnamiens, y compris des bébés, sont morts dans ce carnage qui entachera la réputation de l’armée américaine. Mais, ce jour-là à My Lai, il y a aussi eu des héros américains . Certains soldats ont refusé d’obéir aux ordres directs de tuer.

Un pilote, Hugh Clowers Thompson Jr. de Stone Mountain, en Géorgie, furieux des meurtres qu’il voyait commettre sur le terrain a fait atterrir son hélicoptère entre un groupe de civils en fuite et des soldats américains qui les poursuivaient. Thompson a ordonné à son mitrailleur embarqué de tirer sur les Américains s’ils essayaient de blesser les Vietnamiens. Après une confrontation tendue, les soldats ont reculé. Plus tard, deux hommes de Thompson sont montés dans un fossé rempli de cadavres et ont sorti un garçon de trois ans qu’ils ont emmené en lieu sûr.

Un contre-modèle de brutalité

Bien qu’il s’agisse d’un horrible exemple de crime de guerre commis au Vietnam, le massacre de My Lai n’a pas été le seul. Il s’inscrivait dans une longue série de violences aveugles contre les civils qui ont ruiné la contribution des États-Unis à la guerre du Vietnam depuis ses débuts, lorsque les Américains agissaient principalement comme conseillers.

En 1963, le Capitaine Colin Powell était l’un de ces conseillers, servant pour une première affectation dans une unité de l’armée sud-vietnamienne. Le détachement de Powell cherchait à décourager le soutien aux Viet Cong en incendiant des villages dans toute la vallée de A Shau. Alors que d’autres conseillers américains ont qualifié cette stratégie appliquée à tout le pays de brutale et contre-productive, Powell a défendu cette stratégie dite « de la terre brûlée » à l’époque – et a continué à la défendre dans ses mémoires de 1995, My American Journey. [NdT : la stratégie « drain-the-sea » vient d’une citation attribuée à Mao qui disait que pour qu’une guérilla soit efficace elle doit pouvoir circuler parmi la masse des gens comme un poisson dans l’eau]

Après sa première affectation d’un an et une série d’affectations en formation réussies aux États-Unis, le major Powell est revenu pour sa deuxième affectation au Vietnam le 27 juillet 1968. Cette fois, il n’était plus un officier subalterne se frayant un chemin dans la jungle, mais un officier d’état-major prometteur affecté à la division Americal.

Fin 1968, Powell est passé par-dessus des officiers supérieurs et a accédé à l’important poste de G-3, chef des opérations du commandant de division, le Major-général Charles Gettys, à Chu Lai. Powell a été « choisi par le général Gettys plutôt que parmi plusieurs lieutenants-colonels pour le poste G-3 lui-même, ce qui fait de moi le seul commandant à tenir ce poste au Vietnam », écrit Powell dans ses mémoires.

Mais le major Powell a été rapidement confronté à un test. Une lettre avait été écrite par un jeune spécialiste de quatrième classe, Tom Glen, qui servait dans un peloton de mortiers américains et approchait de la fin de son affectation dans l’armée. Dans une lettre au Général Creighton Abrams, le commandant de toutes les forces américaines au Vietnam, Glen a accusé la division américaine de brutalité systématique contre les civils. La lettre de Glen a été envoyée au quartier général américain de Chu Lai où elle a atterri sur le bureau du major Powell.

« L’attitude du GI moyen envers le peuple vietnamien et le traitement qui lui est réservé est trop souvent un déni complet de tout ce que notre pays tente d’accomplir dans le domaine des relations humaines », a écrit Glen. « Loin de se contenter de qualifier les Vietnamiens de “sale jaune” ou de “bridés”, tant dans les actes que dans la pensée, trop de soldats américains semblent ignorer leur humanité même ; et avec cette attitude infliger aux citoyens vietnamiens des humiliations, tant psychologiques que physiques, qui ne peuvent avoir qu’un effet débilitant sur les efforts pour unifier le peuple dans la loyauté envers le gouvernement de Saïgon, en particulier lorsque de tels actes sont effectués au niveau des unités et acquièrent ainsi l’aspect d’une politique approuvée. »

La lettre de Glen soutenait que beaucoup de Vietnamiens fuyaient les Américains qui « pour le simple plaisir, tirent indistinctement dans les maisons vietnamiennes et, sans provocation ou motif, tirent sur les gens eux-même ». Ceux suspectés d’être des Viet Cong étaient également traités avec une cruauté gratuite, a rapporté Glen.

« Emportés par des émotions exacerbées qui trahissent une haine révoltante, et armés d’un vocabulaire composé d’un “Toi, espèce de Viet Cong”, les soldats “interrogent” couramment au moyen de la torture qui a été présentée comme une habitude particulière de l’ennemi. Les coups violents et la torture avec la pointe d’un couteau sont des moyens habituels pour interroger les prisonniers ou convaincre un suspect qu’il est, en effet, un Viet Cong… »

« Il serait en effet terrible de devoir croire qu’un soldat américain qui abrite une telle intolérance raciale et un tel mépris de la justice et des sentiments humains est un prototype de tout le caractère national américain ; pourtant, la présence de tels soldats donne de la crédibilité à de telles croyances… Ce qui a été décrit ici, je l’ai vu non seulement dans ma propre unité, mais aussi dans d’autres avec lesquelles nous avons travaillé, et je crains que cela soit général. Si tel est bien le cas, c’est un problème qui ne peut être négligé, mais qui peut peut-être être éradiqué par une mise en œuvre plus ferme des codes du MACV (Commandement pour l’Assistance Militaire au Vietnam – Military Assistance Command Vietnam) et des Conventions de Genève. »

La lettre de Glen faisait écho à certaines des plaintes exprimées par les premiers conseillers, comme le colonel John Paul Vann, qui protestait contre cette stratégie autodestructrice consistant à traiter les civils vietnamiens comme des ennemis. En 1995, lorsque nous avons interrogé Glen au sujet de sa lettre, il a dit qu’il avait entendu parler du massacre de My Lai, bien qu’il ne l’ait pas mentionné spécifiquement. Le massacre n’était qu’une partie du comportement violent qui était devenu la routine dans la division, a-t-il dit.

Réponse du Major Powell

Les allégations troublantes de la lettre n’ont pas été bien reçues au quartier général de l’Americal [NDT: l’americal est la 23ème division américaine d’infanterie]. Le major Powell s’est chargé de l’examen de la lettre de Glen, mais il l’a fait sans poser de questions à Glen ni demander à qui que ce soit d’autre de s’entretenir avec lui. Powell a simplement accepté l’affirmation de l’officier supérieur de Glen selon laquelle Glen n’était pas assez près des lignes de front pour savoir de quoi il parlait, affirmation que Glen nie.

Après cette enquête sommaire, Powell a rédigé une réponse le 13 décembre 1968. Il n’a pas reconnu qu’il y ait eu aucune forme d’actes répréhensibles. Powell prétendait que les soldats américains au Vietnam avaient appris à traiter les Vietnamiens avec courtoisie et respect. Les troupes de l’Americal avaient également suivi un cours d’une heure sur la façon de traiter les prisonniers de guerre en vertu des Conventions de Genève, a fait remarquer M. Powell.

« Il peut y avoir des cas isolés de mauvais traitements de civils et de prisonniers de guerre », écrivait Powell en 1968. Mais « cela ne reflète en aucun cas l’attitude générale de toute la Division ». En fait, la note de Powell reproche à Glen de ne pas s’être plaint plus tôt et de ne pas avoir été plus précis dans sa lettre.

Powell a rapporté exactement ce que ses supérieurs voulaient entendre. « En réfutation directe de ce tableau [de Glen] », conclut Powell, « il y a le fait que les relations entre les soldats de l’Americal et le peuple vietnamien sont excellentes ».

Les conclusions de Powell, bien sûr, étaient fausses. Mais il faudra un autre héros américain, un fantassin nommé Ron Ridenhour, pour reconstituer la vérité sur les atrocités commises à My Lai. De retour aux États-Unis, Ridenhour a interviewé des camarades américains qui avaient participé au massacre.

De son propre chef, Ridenhour a consigné ces informations choquantes dans un rapport qu’il a transmis à l’inspecteur général de l’Armée de terre. Le bureau de l’Inspecteur Général a mené une enquête officielle énergique et l’armée a finalement fait face à l’horrible vérité. Des procès en cours martiales ont été intentés contre des officiers et des hommes enrôlés impliqués dans le meurtre des civils de My Lai.

Mais le rôle secondaire de Powell dans la dissimulation de My Lai n’a pas ralenti son ascension dans l’échelle de l’armée. Powell a plaidé l’ignorance au sujet du massacre de My Lai, qui a précédé son arrivée à l’Americal. La lettre de Glen a disparu dans les Archives nationales – pour être déterrée seulement quelques années plus tard par les journalistes britanniques Michael Bilton et Kevin Sims pour leur livre Four Hours in My Lai [Quatre heures à My Lai, NdT]. Dans ses mémoires à succès, Powell n’a pas mentionné qu’il avait balayé la plainte de Tom Glen.

La chasse aux MAM (Military Age Man : hommes en âge d’être militaire)

Powell a cependant inclus un souvenir troublant qui démentait sa dénégation officielle de 1968 à propos de l’allégation de Glen selon laquelle les soldats américains « tirent sur les gens eux-mêmes sans provocation ni justification ». Après avoir mentionné le massacre de My Lai dans My American Journey, Powell a écrit une justification partielle de la brutalité de l’Americal. Dans un passage effrayant, Powell a décrit la pratique courante du meurtre d’hommes vietnamiens non armés.

« Je me souviens d’une expression que nous utilisions sur le terrain, MAM, pour les hommes d’âge militaire », a écrit Powell. « Si un hélico apercevait un paysan en pyjama noir qui avait l’air un peu suspect, un MAM possible, le pilote tournoyait en rond et tirait devant lui. S’il bougeait, son mouvement était jugé comme la preuve d’une intention hostile, et la prochaine rafale n’était pas devant, mais sur lui. Brutal ? Peut-être que oui. Mais un commandant de bataillon compétent avec lequel j’avais servi à Gelnhausen (Allemagne de l’Ouest), le lieutenant-colonel Walter Pritchard, a été tué par un tireur d’élite ennemi alors qu’il observait les MAM depuis un hélicoptère. Et Pritchard n’était qu’un parmi tant d’autres. La nature du combat, tuer ou être tué, a tendance à ternir la perception du bien et du mal. »

S’il est vrai que le combat est brutal, faucher des civils non armés n’est pas un combat. Il s’agit en fait d’un crime de guerre. La mort au combat d’un camarade soldat ne peut pas non plus être invoquée comme excuse pour assassiner des civils. Ce qui est troublant, c’est précisément la rationalisation que les tueurs de My Lai ont citée dans leur propre défense.

Mais de retour du Vietnam une deuxième fois en 1969, Powell a prouvé qu’il était le meilleur joueur de l’équipe.

Pour en savoir plus sur le vrai dossier de Colin Powell, veuillez consulter la série Behind Colin Powell’s Legend.

Source : Robert Parry & Norman Solomon, Consortium News, 17-03–2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/derriere-la-legende-colin-powell-my-lai-par-robert-parry-et-norman-solomon/

L’histoire méconnue de la campagne de John Bolton pour la guerre avec l’Iran, Par Gareth Porter

12.mai.2018 // Les Crises

L’histoire méconnue de la campagne de John Bolton pour la guerre avec l’Iran, Par Gareth Porter

Source : The American Conservative, Gareth Porter, 22-03-2018

Tout le monde sait que Bolton est un faucon. On en sait moins sur la façon dont il a travaillé en secret pour diviser Washington et Téhéran.

Dans mes reportages sur la politique israélo-américaine, j’ai suivi de nombreux épisodes au cours desquels les États-Unis et/ou Israël ont pris des mesures qui semblaient indiquer des préparatifs de guerre contre l’Iran. Chaque fois – en 2007, en 2008 et de nouveau en 2011 – ces manœuvres, présentées dans les médias institutionnels comme annonçant des attaques contre Téhéran, étaient en fait des bluffs visant à faire pression sur le gouvernement iranien.

Mais la forte probabilité que Donald Trump choisisse maintenant John Bolton comme son prochain conseiller en matière de sécurité nationale crée une perspective de guerre avec l’Iran qui est très réelle. Bolton n’est pas un faucon néoconservateur ordinaire. Il est obsédé depuis de nombreuses années par le désir de faire la guerre à République islamique, appelant à plusieurs reprises à bombarder l’Iran dans ses apparitions régulières à Fox News, sans la moindre indication qu’il soit conscient des conséquences d’une telle politique.

Il ne s’agit pas seulement d’une posture rhétorique : Bolton a activement conspiré pendant son mandat en tant que responsable politique de l’administration Bush sur l’Iran, de 2002 à 2004, afin de créer les conditions politiques nécessaires pour que l’administration mène une action militaire.

Plus que quiconque à l’intérieur ou à l’extérieur de l’administration Trump, Bolton a déjà incité Trump à rompre l’accord nucléaire iranien. Bolton s’est servi de ses liens avec le principal financier derrière Benjamin Netanyahou et Donald Trump lui-même – le magnat des casinos et sioniste militant Sheldon Adelson – pour se faire entendre de Trump en octobre dernier, au moment même où le président s’apprêtait à annoncer sa politique sur l’accord nucléaire iranien, le Plan d’action global conjoint [Joint Comprehensive Plan of Action ou JCPOA, NdT]. Il a parlé avec Trump par téléphone depuis Las Vegas après avoir rencontré Adelson.

C’est Bolton qui a persuadé Trump de tenir des propos précis en s’engageant à se retirer de la JCPOA si le Congrès et les alliés européens de l’Amérique n’acceptaient pas les demandes de changements majeurs qui étaient clairement calculées pour s’assurer que l’accord échouerait.

Bien que Bolton n’ait pas été choisi pour le poste de secrétaire d’État, il semble maintenant avoir eu la priorité pour le poste de conseiller en matière de sécurité nationale. Trump a rencontré Bolton le 6 mars et lui a dit : « Nous avons besoin de vous ici, John », selon un associé de Bolton. Bolton a dit qu’il ne prendrait que le poste de secrétaire d’État ou de conseiller à la sécurité nationale, après quoi Trump a promis : « Je t’appellerai très bientôt ». Trump a ensuite remplacé le secrétaire d’État Rex Tillerson par l’ancien directeur de la CIA Mike Pompeo, après quoi des sources de la Maison-Blanche ont divulgué aux médias l’intention de Trump de remplacer H.R. McMaster dans un délai de quelques semaines.

Le seul autre candidat possible pour le poste mentionné dans les médias est Keith Kellogg, un lieutenant-général à la retraite qui était conseiller par intérim en matière de sécurité nationale après l’éviction du général Michael Flynn en février 2017.

Le plaidoyer très médiatisé de Bolton en faveur de la guerre avec l’Iran est bien connu. Ce que l’on ne sait pas du tout, c’est que lorsqu’il était sous-secrétaire d’État à la maîtrise des armements et à la sécurité internationale, il a employé une stratégie complexe et sournoise visant à justifier une attaque américaine contre l’Iran. Bolton a cherché à faire condamner la République islamique devant le tribunal de l’opinion publique internationale pour possession d’un programme secret d’armes nucléaires en utilisant une combinaison de pressions diplomatiques, de propagande grossière et de preuves fabriquées.

Malgré le fait que Bolton était techniquement sous la supervision du secrétaire d’État Colin Powell, son véritable patron dans l’élaboration et la mise en œuvre de cette stratégie était le vice-président Dick Cheney. Bolton était également le principal point de contact de l’administration avec le gouvernement israélien et, avec l’appui de Cheney, il a pu bafouer les règles normales du département d’État en effectuant une série de voyages en Israël en 2003 et 2004 sans avoir l’autorisation requise du Bureau des affaires du Proche-Orient du département d’État.

Ainsi, au moment même où Powell disait que la politique de l’administration n’était pas d’attaquer l’Iran, Bolton travaillait avec les Israéliens pour jeter les bases d’une telle guerre. Lors d’une visite en février 2003, Bolton a assuré aux responsables israéliens lors de réunions privées qu’il n’avait aucun doute que les États-Unis attaqueraient l’Irak et qu’après avoir abattu Saddam, ils s’occuperaient également de l’Iran et de la Syrie.

Au cours de multiples voyages en Israël, Bolton a eu des réunions improvisées, y compris avec le chef du Mossad, Meir Dagan, sans faire les rapports habituels par câble au secrétaire d’État et à d’autres bureaux pertinents. À en juger par ce rapport sur une première visite de Bolton, ces réunions ont clairement traité d’une stratégie commune sur la manière de créer les conditions politiques d’une éventuelle frappe américaine contre l’Iran.

Le Mossad a joué un rôle très offensif en influençant l’opinion mondiale sur le programme nucléaire iranien. Au cours de l’été 2003, selon les journalistes Douglas Frantz et Catherine Collins dans leur livre The Nuclear Jihadist, Meir Dagan a créé un nouveau bureau du Mossad chargé d’informer la presse mondiale sur les efforts présumés de l’Iran pour se doter d’une capacité nucléaire. Selon Frantz et Collins, les fonctions de la nouvelle unité comprenaient la diffusion de documents provenant de l’intérieur de l’Iran ainsi que de l’extérieur.

Le rôle de Bolton dans une stratégie conjointe américano-israélienne, comme il le souligne dans ses mémoires de 2007, était de faire en sorte que la question nucléaire iranienne soit transférée de l’Agence internationale de l’énergie atomique au Conseil de sécurité des Nations Unies. Il était déterminé à empêcher le directeur général de l’AIEA, Mohamed El Baradei, de parvenir à un accord avec l’Iran qui rendrait plus difficile pour l’administration Bush de diaboliser Téhéran en tant que menace nucléaire. Bolton a commencé à accuser l’Iran d’avoir un programme d’armes nucléaires secrètes au milieu de 2003, mais il s’est heurté à la résistance non seulement d’El Baradei et d’États non alignés, mais aussi de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Allemagne.

La stratégie de Bolton était basée sur les allégations selon lesquelles l’Iran cachait son programme nucléaire militaire à l’AIEA et, au début de 2004, il a inventé un stratagème de propagande spectaculaire : il a envoyé à l’AIEA un ensemble d’images satellites montrant des sites du complexe militaire iranien de Parchin qui, selon lui, étaient utilisés pour des essais de simulation d’armes nucléaires. Bolton a exigé que l’AIEA demande l’accès pour inspecter ces sites et a transmis sa demande à l’Associated Press en septembre 2004. En fait, les images satellitaires ne montraient rien de plus que des bunkers et des bâtiments pour les essais d’explosifs conventionnels.

Bolton espérait apparemment que l’armée iranienne n’accepterait pas d’inspections de l’AIEA basées sur de telles allégations mensongères, jouant ainsi son thème de propagande sur « l’intransigeance » de l’Iran dans son refus de répondre aux questions sur son programme nucléaire. Mais en 2005, l’Iran a permis aux inspecteurs d’entrer sur ces sites et même de choisir plusieurs autres sites à inspecter. Les inspecteurs n’ont trouvé aucune preuve d’activités liées au nucléaire.

Cependant, la stratégie américano-israélienne a plus tard remporté le jackpot lorsqu’un grand nombre de documents censés provenir d’une source secrète au sein du programme d’armement nucléaire iranien a fait surface à l’automne 2004. Les documents, prétendument trouvés sur l’ordinateur portable de l’un des participants, comprenaient des dessins techniques d’une série de travaux visant à redessiner le missile Shahab-3 de l’Iran pour qu’il puisse transporter ce qui semblait être une arme nucléaire.

Mais toute l’histoire de ce que l’on appelle les « documents d’ordinateur portable n’était qu’une invention. En 2013, un ancien haut fonctionnaire allemand a révélé la vérité à l’auteur : les documents avaient été remis aux services de renseignements allemands par les moudjahidin E Khalq, le groupe armé anti-iranien qui était bien connu pour avoir été utilisé par le Mossad pour « blanchir » des informations que les Israéliens ne voulaient pas s’attribuer à eux-mêmes. De plus, les dessins montrant la reconfiguration qui ont été cités comme preuve d’un programme d’armes nucléaires ont été clairement réalisés par quelqu’un qui ne savait pas que l’Iran avait déjà abandonné le cône nasal du Shahab-3 pour une conception entièrement différente.

Il est clair que le Mossad travaillait sur ces documents en 2003 et 2004, lorsque Bolton rencontrait Meir Dagan. Que Bolton ait su que les Israéliens préparaient de faux documents ou non, c’était la contribution israélienne à la création des bases politiques d’une attaque américaine contre l’Iran dont il était l’homme de pointe. Bolton révèle dans ses mémoires que cette stratégie dirigée par Cheney a été inspirée par les Israéliens, qui ont dit à Bolton que les Iraniens se rapprochaient du « point de non-retour ». Un point, a écrit Bolton, où « nous ne pouvions pas arrêter leur progrès sans utiliser la force ».

Cheney et Bolton ont fondé leur stratégie de guerre sur la présomption que l’armée américaine serait en mesure de consolider rapidement le contrôle de l’Irak. Au lieu de cela, l’occupation américaine s’est enlisée et ne s’est jamais complètement ressaisie. M. Cheney a proposé de profiter d’un événement très meurtrier en Irak qui pourrait être imputé à l’Iran pour attaquer une base IRGC [corps des Gardiens de la révolution islamique, NdT] en Iran à l’été 2007. Mais le risque que les milices chiites pro-iraniennes en Irak riposteraient contre les troupes américaines fut un argument clé contre la proposition.

Le Pentagone et les chefs d’état-major interarmées étaient également bien conscients que l’Iran avait la capacité de riposter directement contre les forces américaines dans la région, y compris contre les navires de guerre dans le détroit d’Ormuz. Ils n’avaient aucune tolérance à l’égard des idées folles de Cheney sur une nouvelle guerre.

La prudence du Pentagone reste inchangée. Mais deux esprits à la Maison-Blanche, détachés de la réalité, pourraient contester cette circonspection – et pousser les États-Unis vers une guerre dangereuse avec l’Iran.

Gareth Porter est journaliste d’investigation et contribue régulièrement du TAC [The American Conservative, NdT]. Il est également l’auteur de Manufactured Crisis:The Untold Story of the Iran Nuclear Scare. Suivez-le sur Twitter @GarethPorter.

Source : The American Conservative, Gareth Porter, 22-03-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Le récit du « jour de la Victoire » des Russes (ou l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale rarement évoquée en Occident)

Le récit du « jour de la Victoire » des Russes (ou l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale rarement évoquée en Occident)

Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Montréal, Michael Jabara Carley raconte ici le rôle de l’Union soviétique contre le nazisme. Puis il analyse la manière dont cette histoire a été volontairement déformée par les Anglo-Saxons et est malhonnêtement enseignée dans le monde occidental.

| Montréal (Canada)

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Chaque année, le 9 mai, la Fédération de Russie commémore un événement historique majeur : le jour de la Victoire. Ce même jour de l’année 1945, le maréchal Georgy Konstantinovich Youkov, commandant du 1er front biélorusse, qui avait ravagé Berlin, recevait l’acte de reddition inconditionnelle des Allemands. Au final, la Grande Guerre patriotique aura duré 1418 jours, d’un niveau inimaginable de violence, de destruction et de brutalité. De Stalingrad et du Caucase septentrional en passant par le Nord-Ouest de la périphérie de Moscou aux frontières occidentales de l’Union Soviétique, à Sébastopol au sud et jusqu’à Léningrad et la frontière finnoise au nord : le pays a été ravagé. On estime à 17 millions les pertes civiles — hommes, femmes et enfants — bien qu’il soit impossible de déterminer le chiffre exact. De nombreuses villes et villages ont été détruits ; des familles entières ont disparues sans personne pour se souvenir de leurs membres ou les regretter.

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La plupart des citoyens russes ont perdu de la famille durant la guerre. Personne n’a été épargné.

Plus de dix millions de soldats russes ont péri dans les combats visant à repousser le terrible envahisseur nazi et dans l’offensive finale conduisant à l’occupation de Berlin à la fin d’avril 1945. Les soldats de l’Armée Rouge morts au combat, ont été abandonnés sans sépulture — ou dans des fosses anonymes — lors de la marche vers l’Ouest, faute de temps. La plupart des citoyens russes ont perdu de la famille durant la guerre. Personne n’a été épargné.

La Grande Guerre patriotique a débuté le 22 juin 1940 à 3h30 du matin, quand la Wehrmacht a envahi l’Union Soviétique sur le front qui s’étend de la mer Baltique à la mer Noire avec 3,2 millions de soldats, répartis en 150 divisions, accompagnés par 3 350 tanks, 7 184 pièces d’artillerie, 600 000 camions et 2 000 avions de guerre. Les armées finnoises, italiennes, roumaines, hongroises, espagnoles, et slovaques, entre autres, ont rejoint l’armée allemande. Le Haut Commandement allemand a estimé que l’opération « Barberousse » aboutirait à la capitulation de l’Union Soviétique dans un délai de 4 à 6 semaines. À l’ouest, les états majors états-uniens et britanniques validaient ces prédictions. De surcroit, quelle armée pouvait se targuer d’avoir défait la Wehrmacht ? L’Allemagne nazie était un colosse invincible. La Pologne avait été balayée en quelques jours. La tentative franco-anglaise visant à défendre la Norvège avait été un fiasco. Quand la Wehrmacht a attaqué à l’ouest, la Belgique se hâta de quitter la zone de combat. La France a rendu les armes en quelques semaines. L’armée britannique a été éconduite de Dunkerque, nue, sans armes ni véhicules. Au printemps 1941, La Yougoslavie et la Grèce ont été éliminé à moindre coût pour les Allemands.

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Les pertes au sein de l’Armée Rouge ont été colossales, deux millions de soldats morts au bout de 3 mois et demi de combat.

L’armée allemande a balayé toute résistance en Europe jusqu’à ce qu’elle atteigne la frontière soviétique. L’Armée Rouge a été prise par surprise, partiellement mobilisée, car le dictateur soviétique Joseph Staline n’a pas pris au sérieux les avertissements de ses propres services de Renseignement, ou ne voulait pas provoquer l’Allemagne hitlérienne. Au final, ce fut une catastrophe. Mais contrairement à la Pologne ou à la France, l’Union Soviétique ne s’est pas rendue au bout de 4 à 6 semaines. Les pertes au sein de l’Armée Rouge ont été colossales, deux millions de soldats morts au bout de 3 mois et demi de combat. Les États baltes étaient perdus. Smolensk est tombée, puis Kiev : défaite la plus cuisante de toute la guerre. Léningrad était encerclée. Un vieil homme a demandé aux soldats « D’où vous retranchez-vous ? » Le chaos régnait partout. Mais, dans des lieux comme la forteresse de Brest-Litovsk, ainsi que dans des centaines de bois, de champs, de jonctions routières, de villes et de villages anonymes, l’Armée Rouge s’est battue jusqu’au bout. Elle a réussi à éviter l’encerclement et a pu rejoindre ses propres lignes ou bien disparaître dans les forêts ou les marais de Biélorussie et du nord de l’Ukraine, s’organisant en unités de résistance pouvant mener des raids contre l’arrière-garde allemande. À la fin de 1941, les pertes militaires soviétiques s’élevaient à 3 millions (la majorité étant des prisonniers de guerre, tués par des mains allemandes) ; 177 divisions ont été anéanties. Pourtant, L’Armée Rouge continuait de se battre, faisant même reculer les Allemands à Ielnia, au sud-est de Smolensk, à la fin du mois d’août. La Wehrmacht a pu ressentir la morsure d’une Armée Rouge ébranlée mais pas abattue. Les forces allemandes recensaient, en moyenne, dans leurs rangs, 7 000 victimes par jour : une nouveauté pour eux.

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A certains endrois comme la forteresse de Litovsk, les soldats de l’Armée Rouge se sont battus jusqu’au dernier.

Sur les traces de la Wehrmacht, les escadrons de la mort SS (Einsatzgruppen) éliminaient les Juifs, les Tziganes, les communistes, les prisonniers de guerre soviétiques ou n’importe quel individu se trouvant sur leur chemin. Ils ont bénéficié de l’assistance de collaborateurs nazis, baltes et ukrainiens, pour ces crimes de masse. Les femmes et enfants soviétiques étaient dépouillés de leurs vêtements et alignés sur le peloton d’exécution. En plein hiver, les soldats allemands abattaient les villageois ou les forçaient à sortir de leur maison, tout de haillons vêtus, leur confisquant leur foyer, vêtements d’hiver et nourriture.

À l’ouest, ceux qui avaient prédit une débâcle russe, les sempiternels soviétophobes, n’eurent pas l’air malin et durent revoir leurs prévisions. L’opinion publique comprit qu’Hitler avait mis là le pied dans un bourbier ; aucune commune mesure avec la campagne de France. Bien que la résistance soviétique bénéficiait du soutien du citoyen anglais, le gouvernement britannique, lui, ne fut pratiquement d’aucune aide. Certains membres de l’exécutif étaient même réticents à considérer l’Union Soviétique comme un allié. Churchill a interdit à la BBC de diffuser le dimanche soir, l’hymne national soviétique, l’Internationale, en compagnie des autres hymnes alliées.

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L’opinion publique comprit qu’Hitler avait mis là le pied dans un bourbier ; aucune commune mesure avec la campagne de France.

L’Armée Rouge tout en battant en retraite continuait désespérément de se battre. Ce n’était pas une guerre ordinaire, mais un combat d’une violence exceptionnelle contre un envahisseur cruel, pour la défense de sa maison, de sa famille, de son pays, et de sa vie elle-même. En novembre, l’Armée Rouge, largua un pamphlet au dessus des lignes allemandes citant Carl von Clausewitz, le stratège militaire prussien : « Il est impossible d’occuper la Russie ou de la conquérir ». Bien que tentative d’intimiditation, vu les circonstances ; cette assertion n’était pas moins vraie. Finalement, aux portes de Moscou, en décembre 1941, l’Armée Rouge, sous le commandement de Gueorgui Joukov repoussa une Wehrmacht épuisée, environ trois cents kilomètres plus au sud. Le mythe de l’invincibilité nazie volait en éclat. « Barberousse » était trop ambitieux, l’offensive éclair (blitzkrieg) avait échoué, et la Wehrmacht subissait son premier échec sur le plan stratégique. À Londres, Churchill accepta, à contrecœur, de laisser jouer l’hymne soviétique par la BBC.

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Le mythe de l’invincibilité nazie volait en éclat.

En 1942, l’Armée Rouge continuait de subir des défaites et d’énormes pertes, dans la mesure où elle était livrée à elle-même. Cependant, en novembre de cette année, à Stalingrad, sur la Volga, l’Armée Rouge lança une contre offensive qui se conclut par une victoire historique et par la retraite de la Wehrmacht, en ce printemps 1942, à sa position d’origine ; exception faite pour le 6e corps d’armée allemande, pris au piège dans le chaudron de Stalingrad. Là, 22 divisions allemandes, parmi les meilleures, furent détruites. Stalingrad fut le Verdun de la Seconde Guerre mondiale. « Mais c’est un véritable enfer ! » ; « Non… C’est dix fois pire ! ». À la fin de la campagne hivernale de 1943, du côté de l’Axe, les pertes se démultipliaient : une centaine de divisions allemandes, italiennes, roumaines, hongroises étaient anéanties ou ravagées. Le président des États-Unis, Franklin Roosevelt, reconnut que le conflit venait de basculer : la dernière heure de la grande Allemagne avait sonné.

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Des femmes au front lors de la bataille de Stalingrad.

Février 1943. Pas une seule division britannique, états-unienne ou canadienne ne se bat en Europe contre la Wehrmacht, seize mois avant le débarquement en Normandie. Les Britanniques et les États-uniens combattaient alors 2 ou 3 divisions allemandes en Afrique du Nord : un divertissement comparé au front russe. L’opinion publique occidentale savait qui portait à lui seul tout le fardeau de la guerre contre la Wehrmacht. En 1942, 80 % des divisions de l’Axe étaient engagées dans le combat contre l’Armée Rouge. Au début de 1943, il y avait 207 divisions allemandes postées sur le front est. Les Allemands jouant leur va tout, lancèrent une dernière offensive contre la « citadelle » de Koursk en juillet 1943. L’opération sera un échec. L’Armée Rouge lancera une contre offensive à travers l’Ukraine conduisant à la libération de Kiev en novembre. Plus au nord, Smolensk avait été libérée un mois auparavant.

L’état d’esprit des Soviétiques était admirable, ainsi que leur Armée Rouge. Le correspondant de guerre Vasilii Semenovich Grossman en a capturé l’essence dans son journal intime, Nuit, tempête de neige. Il écrit en 1942, « Les véhicules, l’artillerie, avancent en silence. Soudain, une voix rauque se fait entendre. « Hé, quel est le chemin pour se rendre à Berlin ? ». EÉclat de rire. »

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L’opinion publique occidentale savait qui portait à lui seul tout le fardeau de la guerre contre la Wehrmacht.

Les soldats n’étaient pas toujours braves. Parfois, ils désertaient. « Un chef de bataillon armés de deux revolvers se mit à hurler, « Où courez-vous comme ça, sales fils de ***. En avant marche, pour la Mère patrie, pour Jésus-Christ, bande d’enc*** ! Pour Staline, merdeux !… » » Ils retournèrent à leur poste. Ces types furent chanceux ; l’officier aurait pu les abattre. Ça arrivait parfois. Un soldat s’est porté volontaire pour exécuter un déserteur. « Avez-vous ressenti de la pitié pour lui ? » demanda Grossman. « Comment peut-on parler de pitié ?! » répondit le soldat. À Stalingrad, sept Ouzbeks ont été accusés d’auto-mutilation. Ils ont tous été exécutés. Grossman lit une lettre retrouvée dans la poche d’un soldat soviétique mort. « Tu me manques beaucoup. Viens me rendre visite, s’il te plait… À l’instant où j’écris ces mots, mes larmes coulent sur le papier. Papa, s’il te plait, viens me voir… »

Les femmes ont combattu aux côtés des hommes en tant que snipers, armurières, conductrice de tanks, pilotes, infirmières, dans les mouvements de résistance. Elles ont aussi apporté de l’aide aux armées postées en Russie. « Les villages sont devenus le royaume des femmes » écrit Grossman « Elles conduisaient des tracteurs, gardaient les entrepôts, les écuries… Les femmes assumaient une énorme charge de travail. Elles prenaient toutes sortes de responsabilités, expédiaient du pain, des avions, des armes et des munitions au front. » Quand les combats ont fait rage sur la Volga, elles n’ont pas reproché à leurs hommes d’avoir céder tant de terrain. « Un regard mais pas un mot » écrit Grossman, « … pas une pointe d’amertume. » Bien que parfois, dans les villages près du front, ce soit arrivé.

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La fin de l’Allemagne nazie n’était plus qu’une question de temps.

Pendant ce temps, les alliés occidentaux attaquèrent l’Italie. Staline a longtemps exigé un second front en France, mais Churchill s’y opposa. Il voulait attaquer l’Axe en son point faible, non pas pour aider l’Armée Rouge, mais pour contrecarrer son avancée dans les Balkans. L’idée était de traverser rapidement le nord de la péninsule italienne, puis les Balkans, afin de de stopper la progression de l’Armée Rouge. Cependant, Berlin se trouvait au nord-nord est. Le plan de Churchill était un fiasco ; les Alliés occidentaux ne sont pas entrés dans Rome avant juin 1944. Il y avait approximativement 20 divisions allemandes en Italie se battant contre des forces alliées plus conséquentes. À l’est, il restait encore plus deux cents divisions de l’Axe, soit dix fois plus qu’en Italie. Le 6 juin 1944, quand l’opération Overlord débuta en Normandie, l’Armée Rouge stationna sur les frontières polonaises et roumaines. Une quinzaine de jours après le débarquement en Normandie, l’Armée Rouge lança l’opération Bagration, une offensive massive qui aboutit à une percée en plein milieu de la ligne de front allemande à l’est et à une avancée de plus de 500 kilomètres vers l’ouest, pendant que les alliés occidentaux restaient bloqués dans la péninsule du Cotentin, en Normandie. L’Armée Rouge était irrésistible. La chute de l’Allemagne nazie n’était plus qu’une question de temps. Quand le conflit prit fin en mai 1945, il s’avéra que l’Armée Rouge avait été responsable de 80 % des pertes de la Wehrmacht et plus si on considère la période qui précède le débarquement en Normandie. « Ceux qui n’ont pu vivre la rudesse de l’été 1941 » écrit Vasily Grossman, « ne pourront apprécier complétement la joie procurée par cette victoire ». Les troupes comme le peuple chantaient de nombreux hymnes pour garder le morale. Sviashchennaia voina, « sacrée guerre » était une des plus populaires. Les Russes se lèvent toujours lorsqu’ils l’entendent.

Une polémique persiste chez les historiens. Quel est le moment clé de la guerre en Europe ? Certains proposent le 22 juin 1941, le jour où la Wehrmacht a franchi la frontière soviétique. D’autres mettent le doigt sur les batailles de Moscou, Stalingrad ou Koursk. Durant la guerre, l’opinion publique occidentale semblait plus acquise à la cause de l’Armée Rouge que certains dirigeants occidentaux, comme Winston Churchill. Roosevelt, lui, qui était un dirigeant politique bien plus pragmatique, a volontiers reconnu le rôle prépondérant joué par les Soviétiques dans la guerre contre l’Allemagne nazie. L’Armée rouge, déclarait-il à un général dubitatif en 1942, a tué plus de soldats allemands et détruit plus de chars allemands que tout le reste de la coalition alliée réunie. Roosevelt savait que l’Union Soviétique était la clé de voûte de la grande coalition contre l’Allemagne nazie. J’appelle FDR (Franklin Delano Roosevelt) : le parrain de la « grande alliance ». Néanmoins, les principaux détracteurs de l’Union soviétique restaient tapis dans l’ombre attendant le bon moment pour refaire surface. Plus la victoire sur l’Allemagne nazie semblait assurée, plus les opposants à la grande alliance se faisaient entendre.

Les États-uniens peuvent être un peu « soupe au lait » lorsque l’on évoque le rôle essentiel joué par l’Armée rouge dans la destruction de la Wehrmacht. « Que faites-vous du prêt-bail ? » répondent-ils, « sans notre soutien logistique, l’Union soviétique n’aurait pas battu les Allemands. » En réalité, la plupart du matériel fourni dans le cadre du prêt-bail n’arriva en URSS qu’après Stalingrad. Les soldats de l’Armée Rouge, facétieux, aimaient appelés les boites de conserve, reçues par le biais du prêt-bail, « le deuxième front » dans la mesure où le vrai se faisait un peu tardif. En 1942, l’industrie soviétique produisait déjà bien plus d’armes que l’Allemagne nazie. Le T-34 était-il un char états-unien ou russe ? Staline a toujours su être reconnaissant envers le gouvernement US pour les Jeeps et les camions Studebaker. Ils ont accru la mobilité de l’Armée rouge. Vous avez fourni l’aluminium, aiment à répondre les Russes, nous avons fourni… le sang. Des rivières de sang…

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Tout un chacun, en Europe et aux États-Unis, savaient très bien à qui attribuer le succès contre la Wehrmacht.

À peine la guerre fut-elle terminée que le Royaume-Uni et les États-Unis commencèrent à envisager une autre guerre, cette fois contre l’Union Soviétique. En mai 1945, le haut commandement britannique élabore le plan « unthinkable » (impensable), une offensive top-secrète, avec le renfort des prisonniers de guerre allemands, contre l’Armée Rouge. Les salauds ! Les ingrats ! En septembre 1945, les États-uniens envisagèrent l’utilisation de 204 bombes atomiques afin de rayer l’Union Soviétique de la carte. Le président Roosevelt venait de décéder en avril et en quelques semaines les États-uniens soviétophobes appliquaient déjà une politique diamétralement opposée. La Grande Alliance n’était qu’une trêve au milieu de la guerre Froide, qui avait pour origine la prise du pouvoir par les Bolcheviks en novembre 1917 ; cette dernière redevenait d’actualité en 1945 maintenant le conflit terminé.

À ce moment là, les gouvernements états-uniens et britanniques avaient toujours l’opinion publique contre eux. Tout un chacun, en Europe et aux États-Unis, savaient très bien à qui attribuer le succès contre la Wehrmacht. Il n’était pas possible d’adopter à nouveau, comme si de rien n’était, la stratégie éculée de la haine envers l’Union Soviétique sans faire oublier le rôle prépondérant de l’Armée Rouge dans la victoire commune contre l’Allemagne hitlérienne. Les Occidentaux ont donc ressorti le dossier sur le pacte de non-aggression d’août 1939 entre Hitler et Staline en omettant volontairement de mentionner certains faits antécédents, comme l’opposition franco-anglaise à la proposition soviétique d’un traité de sécurité collective contre l’Allemagne nazie et, surtout, la trahison envers la Tchécoslovaquie, livrée aux Allemands (Accords de Munich, 1938). Comme des cambrioleurs en pleine nuit, Londres et Washington s’attribuèrent le crédit de la victoire contre l’Allemagne nazie.

Déjà en décembre 1939, les Britanniques prévoyaient de publier un livre blanc attribuant la responsabilité de l’échec des négociations (printemps-été 1939) à Moscou en vue d’une alliance entre Anglais, Français et Soviétiques. Les Français se sont opposés à ce projet car le livre blanc risquait de permettre à l’opinion publique de prendre conscience du caractère effectif de la résistance soviétique contre le nazisme, ce qui n’a pas été le cas côté anglais ou français. Ainsi, le livre blanc a terminé sur une étagère. En 1948, Le département d’État états-unien a diffusé une série de documents attribuant la responsabilité de la Seconde Guerre mondiale à Hitler et Staline. Moscou a riposté en publiant à son tour des documents mettant en évidence les liens étroits entre le monde occidental et le régime nazi. Beaucoup d’énergie fut déployée pour que l’on se souvienne de l’Union Soviétique comme signataire du pacte de non-aggression et non comme le principal responsable de la destruction de la Wehrmacht.

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Les Occidentaux ont ressorti le dossier sur le pacte de non-aggression d’août 1939 entre Hitler et Staline.

Qui n’a pas vu un de ces films hollywoodiens dans lesquels le débarquement en Normandie est présenté comme un tournant de la guerre ? « Que serait-il advenu si le débarquement avait échoué ? » entend-on souvent « Oh…, pas grand-chose… » est la réponse qui convient. La guerre aurait duré plus longtemps, et l’Armée Rouge, venant de l’Est, aurait planté ses étendards sur les plages de Normandie. Puis, il y a les films qui présentent la campagne de bombardement de l’Allemagne par les alliés comme le facteur décisif dans la victoire de ces derniers. Dans les films hollywoodiens sur la Seconde Guerre mondiale, l’Armée Rouge est invisible. C’est comme si les États-uniens (et les Britanniques) se couronnaient de lauriers qu’ils ne méritaient pas.

J’aime posé cette question à mes étudiants lorsque l’on aborde la Seconde Guerre mondiale : qui a entendu parler de l’opération Overlord ? Tout le monde lève le main. Puis je demande : qui a entendu parler de l’opération Bagration ? Quasiment personne ne se manifeste. Je demande, facétieux, qui a gagné la guerre contre l’Allemagne nazie et la réponse est évidemment : « les Américains ». Seuls quelques étudiants, en général ceux qui ont eu d’autres cours avec moi, répondent : l’Union Soviétique.

Difficile pour la vérité de se frayer un chemin vers la lumière dans un monde occidental où les « fakes news » (mensonges) sont la norme. L’OSCE (l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) et le Parlement européen attribuent la responsabilité de la guerre à l’Union Soviétique, sous-entendant la Russie et le président Vladimir Poutine. Hitler est quasiment omis dans ce tohu-bohu d’accusations sans fondements. Soutiennent cette version malhonnête des faits historiques : les États baltes, la Pologne et l’Ukraine, vociférant leur haine de la Russie. Les Baltes et les Ukrainiens célèbrent aujourd’hui, comme gloire nationale, les collaborateurs nazis et leurs agissements. En Pologne, la pilule est dure à avaler pour certains ; ils se souviennent trop bien des collaborateurs nazis ukrainiens qui ont assassiné des dizaines de milliers de Polonais en Volhynie. Malheureusement, de tels souvenirs n’ont pas empêché les hooligans polonais de vandaliser les monuments aux morts de l’Armée Rouge, ainsi que de profaner les cimetières de guerre soviétiques. Les nationalistes polonais ne veulent pas se souvenir de l’Armée Rouge libérant la Pologne de l’Allemagne nazie.

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Les vétérans, de moins en moins nombreux chaque année, continuent de porter des uniformes qui ne leur vont plus guère ou des treillis usés, parsemés de médailles et de récompenses diverses.

En Russie, cependant, la propagande mensongère des Occidentaux n’a aucun effet. L’Union Soviétique, ainsi que la Fédération de Russie, a produit ses propres films sur la Seconde Guerre mondiale, les plus récents sur la défense de la forteresse de Brest-Litovsk et de Sébastopol, et sur la bataille de Stalingrad. Le 9 mai, chaque Russe a une pensée pour les les millions de soldats qui se sont battus et ont perdu la vie ainsi que pour les millions de civils qui ont souffert et sont morts entre les mains de l’envahisseur nazi. Les vétérans, de moins en moins nombreux chaque année, continuent de porter des uniformes qui ne leur vont plus guère ou des treillis usés, parsemés de médailles et de récompenses diverses. « Traitez-les avec tact et respect » écrit Youkov dans ses mémoires : « C’est le moins que vous puissiez faire après ce qu’ils ont fait pour vous entre 1941 et 1945. » Lorsque je les observais en ce jour de commémoration, il y a quelques années, je me demandais comment ils ont pu composer avec la menace de mort permanente, la désolation et toutes ces épreuves.

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Une marche des « immortels » à Moscou.

De nos jours, chaque année en ce 9 mai, le régiment des « immortels » défile. Les Russes, aux quatre coins du pays et à l’étranger, marchent ensemble en portant des photographies grand format de membres de leur famille, hommes ou femmes, qui se sont battus pendant la guerre. « Nous ne vous oublions pas » , ils semblent dire « et ne vous oublierons jamais. »

Traduction
Jean-Marc Chicot

Source
Strategic Culture Foundation (Russie)

 

http://www.voltairenet.org/article201111.html

Mai 68 : Gauchisme infantile et imposteurs joufflus, par Régis de Castelnau

11.mai.2018 // Les Crises

Mai 68 : Gauchisme infantile et imposteurs joufflus, par Régis de Castelnau

Source : Vu du droit, Régis de Castelnau, 12-04-2018

Pour le contemporain, ce que l’on appellera plus tard « les événements de 68 » ont véritablement commencé le vendredi 3 mai dans l’après-midi. J’en ai le souvenir très précis, puisque ce jour-là en début d’après-midi, je passais à la piscine Pontoise dans le Ve arrondissement de Paris, l’épreuve de natation du baccalauréat prévu pour le mois de juin. Pour me retrouver en sortant dans le quartier de la Sorbonne où commençait l’émeute. J’ai toujours eu l’impression de me rappeler les deux mois qui ont suivi heure par heure. Impression en partie illusoire, car les souvenirs sont sélectifs, et l’on retient surtout ce qui a fait sens, même si celui-ci est bien souvent apparu après. Chacun sait qu’il est plus facile de raconter l’Histoire quand on connaît la fin. C’est probablement pour cela que me sont pénibles les cérémonies du 50e anniversaire qui pour partie continuent à véhiculer un mensonge et à promouvoir les imposteurs.

1968, ce fut l’année terrible dont le mai français ne fut qu’un épisode, et dont la nostalgie ne doit pas exagérer l’importance. Rappelons qu’elle avait commencé par l’incroyable événement de « l’offensive du Têt », ou les Bô-Doïs nord-vietnamiens et Viêt-congs, rassemblés en une armée régulière avaient fait trembler la première puissance du monde. Et démontré que celle-ci ne pouvait que perdre la guerre. Il y avait eu « le Printemps de Prague » avec un parti communiste voulant instaurer « un socialisme à visage humain ». Les luttes contre la guerre du Vietnam et pour les droits civiques des Noirs qui secouaient les États-Unis, ponctuées par de violentes et récurrentes émeutes et les assassinats de Martin Luther King et de Robert Kennedy. Les révoltes de la jeunesse en Allemagne et en Italie qui déboucheront au contraire de la France sur un terrorisme mortifère. Le massacre de « la place des trois cultures » au Mexique juste avant les JO marqués par la contestation des athlètes noirs américains. L’intervention soviétique pour mettre fin à l’expérience Tchèque au mois d’août, et pour terminer en beauté, l’envoi pour la première fois d’un vaisseau habité vers la Lune. Finalement, au regard ce contexte, la dimension proprement hexagonale du mai français saute aux yeux, même si ses conséquences politiques et culturelles n’ont pas été négligeables pour notre pays.

Pour en revenir à ma propre expérience, j’ai retenu le caractère étonnant de la première semaine qui suivra l’explosion du vendredi 3 mai et se terminera le 10 avec les affrontements de la rue Gay-Lussac. Un gigantesque et violent monôme, au sein duquel le marais des étudiants et lycéens avait rejoint les groupuscules gauchistes. Le tout au son de l’internationale (!). De retour d’Afghanistan, Georges Pompidou conscient que c’était les fils de bourgeois qui se faisaient matraquer, se rendit à la télévision pour capituler devant les revendications étudiantes. C’est là qu’à mon sens se situe la grande bifurcation entre le mai étudiant qualifié à juste titre par Michel Clouscard de « 14 juillet des couches moyennes » et le « Mai ouvrier » proprement dit. La classe ouvrière au sein de laquelle, quoi qu’on en dise aujourd’hui, le PCF et la CGT étaient hégémoniques, se mit en mouvement pour profiter de la faiblesse ponctuelle du pouvoir. Elle organise une grève générale aussi massive que stupéfiante. Malgré toutes les incantations gauchistes, il n’y aura jamais de convergence entre les ouvriers et les étudiants, les grilles des usines leur resteront fermées.

La petite bourgeoisie va patauger pendant quelques semaines. Ses représentants politiques, de François Mitterrand à Pierre Mendès France en passant par Edmond Maire organisant conférences de presse absurdes et meetings hétéroclites vont manœuvrer et finasser pour tenter de restaurer ce parlementarisme propice aux arrangements dont ils raffolaient. En tenant soigneusement à l’écart les ouvriers et leurs organisations. Ils vont se ridiculiser. Lassés, les étudiants quitteront les facultés occupées et rentreront chez eux pour vaguement préparer les examens et surtout organiser les vacances d’été. Les gauchistes les plus obtus, rejoints parfois par un lumpen violent, poursuivront encore quelque temps leurs délires infantiles.

Charles de Gaulle avait rappelé le 30 mai quel était le rapport de force, les choses se sont donc remises en place avec la chambre introuvable de la fin du mois de juin. Le mouvement ouvrier, quant à lui, sachant qu’il ne devait rien attendre des phraseurs et ne pouvait compter que sur lui-même, entendit profiter de ce qu’il avait gagné et ne pas s’exposer à l’affaiblissement de ses forces politiques et syndicales. Le résultat de Jacques Duclos à la présidentielle de 1969 fut de ce point de vue une démonstration. Je fus personnellement impressionné par cette force et cette intelligence politiques et c’est ce constat qui a déterminé mes choix pour la suite. Qui se déduisent de ce que rien ne peut se faire sans les couches populaires, c’est-à-dire essentiellement les ouvriers et désormais les salariés d’exécution des services. Et qu’il n’y a rien à attendre, aujourd’hui comme hier, de ce gauchisme infantile, et de ces petits-bourgeois phraseurs et inconséquents.

Je les ai tous connus, les Cohn-Bendit, les Goupil, les Glucksmann, les Kessler, les Kouchner, les Geismar, les July, les Plenel, et tant d’autres (1). Je les ai tous entendus ceux qui plastronnent aujourd’hui, petits valets du néolibéralisme, néoconservateurs militants, soutiens indéfectibles de la piraterie américaine au Moyen-Orient. Ayant fait pour certains, de leur vilain métier un apanage héréditaire. Qu’on ne vienne pas me dire qu’ils ont changé, ils ont toujours été comme ça, du côté du manche, pratiquant le diptyque rodé : provocation puis trahison. Le pire étant qu’ils sont tous devenus va-t-en-guerre et réclament régulièrement à grands cris le bombardement et le massacre de populations civiles. Beaucoup de photos de manifestations de 68 ressortent actuellement et j’invite à procéder à un petit jeu amusant. Essayer de reconnaître parmi ceux qui criaient le plus fort, qui encensaient la révolution culturelle, et vous donnaient des leçons de marxisme-léninisme toute la sainte journée, ceux qui ont accompli ensuite les trajectoires les plus goulues.

Alors aujourd’hui, pendant ce conflit des cheminots qui se battent pour le service public de tous, ce combat des employés de Carrefour qui relèvent la tête, quand j’entends ces appels à la « convergence », quand je vois ces petits-bourgeois fragiles et pleurnicheurs, en appeler à la police qu’ils vilipendent par ailleurs, lorsqu’ils aperçoivent le front bas d’un identitaire, j’ai vraiment du mal. Quand j’entends leurs discours débiles, leurs revendications et leurs slogans ineptes, les mêmes que ceux leurs aînés, cela ne me rajeunit pas, mais je suis contraint de constater que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Il n’y a rien à attendre de ces gens-là, parce que je sais bien qu’on les retrouvera dans quelques années aux places occupées par tous les imposteurs joufflus qu’on nous ressort des tiroirs pour le 50eanniversaire.

L’opportunisme politique petit-bourgeois serait-il génétique ?

(1) À la notable et respectable exception d’Alain Krivine. Qui n’aura servi à rien mais sera resté fidèle.

Source : Vu du droit, Régis de Castelnau, 12-04-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/mai-68-gauchisme-infantile-et-imposteurs-joufflus-par-regis-de-castelnau/

[L’enseignement de l’ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ?

[L’enseignement de l’ignorance] Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne en 1945 ?

Billet en hommage aux livres de Jean-Claude Michéa (son fameux L’enseignement de l’ignorance (ou ici)) et de Jean-Paul Brighelli (La fabrique du crétin), que nous ressortons…

Voici une très intéressante étude de l’Ifop (Institut français d’opinion publique), qui est le plus ancien du pays, créé en 1938. Il a donc réalisé des sondages forts intéressants dans la période 1938-1945 dont, hélas, beaucoup ont été détruits par son fondateur Jean Stoetzel lors de l’occupation.

On apprend ainsi deux choses intéressantes.

Les accords de Munich

“À la suite de la signature des accords de Munich le 29 septembre 1938 par la France, la Grande- Bretagne, l’Italie et l’Allemagne, Jean Stoetzel réalise le tout premier sondage politique : 57 % des personnes interrogées déclarent approuver ces accords tandis que 37 % les jugent néfastes. […]

Les autres questions posées dans cette enquête apportent des éléments de compréhension sur l’état d’esprit d’un peuple pris entre deux tensions qui s’avèreront contradictoires. D’un côté, figure la crainte d’un nouvel embrasement mondial, vingt ans seulement après la fin de la Grande Guerre, qui explique cette recherche du compromis avec l’Allemagne nazie et pour finir le « lâche soulagement » après Munich. Pour 73 % des personnes interrogées, une nouvelle guerre mondiale entraînerait la destruction de la civilisation.

De l’autre côté, le sondage de l’Ifop montre que le renoncement de Munich s’accompagne désormais de fortes résolutions pour l’avenir. A la question « pensez-vous que la France et l’Angleterre doivent désormais résister à toute nouvelle exigence de Hitler, 70 % des Français répondent oui, 17 % manifestent leur opposition. Cette adhésion à l’idée que Munich doit être une sorte de « der des der » face à la politique d’expansion du Führer est majoritaire dans tous les segments de la population, à l’exception des professions libérales ainsi que des commerçants et des industriels interrogés rejetant à plus des deux tiers l’idée qu’il faut résister à toute nouvelle exigence allemande. […]

Pour autant, même après l’invasion allemande de la Bohème-Moravie, les Français, tout en prenant la mesure des menaces extérieures, refusent dans leur majorité de croire à la guerre. Seuls 37 % des personnes interrogées par l’Ifop en mai 1939 estiment que le pays sera inévitablement entraîné dans une guerre en 1939 ou en 1940 (63 % ne le pensent pas ou se disent sans opinion). Ce n’est qu’en juillet 1939 soit moins de 40 jours avant l’invasion de la Pologne par l’armée allemande et la déclaration de guerre de la France et de la Grande-Bretagne à l’Allemagne que l’on assiste à un basculement relatif de l’opinion : 45 % des interviewés (contre 34 %) pronostiquent une guerre dès
1939.

76 % considèrent que « si l’Allemagne tente de s’emparer de la ville libre de Dantzig par la force, nous devrons l’en empêcher au besoin par la force ». L’opinion était désormais prête à mourir pour Dantzig.”

Qui a le plus aidé à battre l’Allemagne ?

Un sondage mené par l’Ifop en mai 1945, sur l’ensemble du territoire français désormais libéré (et confirmant un sondage de septembre 1944 auprès des Parisiens), a montré que les interviewés apparaissent bien conscients du rapport de force et du rôle des alliés dans la guerre, et ce malgré la censure et la difficulté sous l’occupation à accéder à une information fiable.

Ainsi, une très nette majorité (57 %) considèrent que l’URSS est la nation qui a le plus contribué à la défaite allemande alors que les États-Unis et l’Angleterre, pourtant libérateurs du territoire national, ne recueillent respectivement que 20 % et 12 %.

Mais ce qui est proprement sidérant est que cette vision de l’opinion publique s’est inversée de manière très spectaculaire avec le temps, comme l’ont montré deux sondages réalisés en 1994, en 2004 et en mai 2015 :

C’est tout de même formidable : en 1945, les Français qui ont vécu sous la censure ont bien compris qui a vraiment battu l’Allemagne, mais 70 ans plus tard, c’est une Histoire totalement différente qui est dans nos esprits !

Le sondeur britannique ICM a réalisé le même sondage en 2015 dans plusieurs pays d’Europe. Voici le résultat :

Interpellant sur la notion d’Histoire, non ?

“Les vainqueurs sont ceux qui écrivent l’Histoire. C’est celle-là qui est rédigée dans nos livres d’école, pas la vraie Histoire telle qu’elle s’est déroulée, mais une Histoire qui caresse le camp des gagnants. L’Histoire a cessé, depuis longtemps d’être la somme des humanités aujourd’hui elle n’appartient qu’à une poignée d’individus.” [Maxime Chattam, Les arcanes du chaos]

Petit rappel, complétant la série précédente :

Et mieux encore, le sondage de 2004 fournit des informations surprenantes quand on regarde en détail (c’est identique en 2015) :

Les plus désinformés sont les Cadres et les Ouvriers – ceux qui ont fait le plus et le moins d’études !

Et, finalement, l’orientation politique n’a pas une énorme influence…

Tristesse…

“La manipulation des élites est encore plus facile que celle des masses.” [Jean Yanne]

En effet, quelques rappels sur les 80 millions de morts de la seconde guerre mondiale :

 morts de la seconde guerre mondiale décès pertes deuxième

Soulignons que les 25 millions de Soviétiques morts se répartissent principalement par nationalité en :

  • Russie : 14 millions (13 % de la population de 1940) – 7 M de soldats, 7 M de civils ;
  • Ukraine : 7 millions (16 %) – 1,7 M de soldats, 5,3 M de civils (NB. Il s’agit surtout des civils Ukrainiens du Centre et de l’Est, hors Galicie – sauf pour les Juifs) ;
  • Biélorussie : 2,3 millions (25 %) – 0,6 M de soldats, 1,7 M de civils.

Les pertes militaires en Europe durant la deuxième guerre mondiale :

 morts de la seconde guerre mondiale décès pertes deuxième

Et en Asie :

 morts de la seconde guerre mondiale décès pertes deuxième

Et le total des morts militaires par pays :

Ainsi :

 morts de la seconde guerre mondiale décès pertes deuxième

Ceci est cohérent avec la répartition des divisons de l’armée allemande :

___Front Est _Front Ouest _Autres
1942: 179(79%) 38(17%) 9(4%)
1943: 187(73%) 50(20%) 19(7%)
1944: 165(60%) 86(31%) 23(9%)

P.S. L’étude complète de l’IFOP :

https://www.youscribe.com/BookReader/IframeEmbed?productId=2457203&documentId=2434260&token=&width=590&height=886&startPage=1&displayMode=scroll&fullscreen=0

.Chute de l’Empire romain : quelles sont les causes ?

Sciences

Chute de l’Empire romain : quelles sont les causes ?

Question/RéponseClassé sous :histoire , Antiquité , chute de l’Empire romain

Par la rédaction de Futura

Après des siècles de conquêtes, l’Empire romain d’Occident chute en 476 après J.-C. Quelles sont les causes de ce déclin ?

Les conquêtes militaires de la Rome antique (conquête de l’Italie et guerres puniques, avec la destruction de Carthage par l’armée romaine en 146 avant J.-C.) permirent à la civilisation romaine de dominer le bassin méditerranéen, et donc le monde, pendant plus de 600 ans. Pourtant, l’abdication de l’empereur Romulus Augustule le 4 septembre 476 marque la chute de l’Empire romain d’Occident. Alors, pourquoi l’Empire romain (né en 27 avant J.-C.) s’est-il effondré ?

Carte animée de la République romaine puis de l’Empire romain. En rouge, la République romaine ; en violet, l’Empire romain ; en bleu, l’Empire romain d’Occident ; en jaune, l’Empire romain d’Orient. © Roke, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

Économie, administration : pourquoi l’Empire romain s’est-il effondré ?

Depuis plusieurs décennies déjà, les peuples barbares tentent de faire plier la puissance romaine. En outre, l’Empire romain est grandement sujet à la corruption. Les impôts sont très mal perçus et l’économie donne des signes de grande faiblesse.

ACTUALITÉ DES MARQUES

L’étendue de l’Empire romain d’Occident (en bleu sur l’animation ci-dessus) entraîne des difficultés grandissantes en matière d’administration. De plus, les ennemis attaquent sur tous les fronts : les vandales conquièrent ainsi l’Afrique du Nord, la Corse et la Sardaigne tandis qu’en Europe continentale, les Wisigoths et les Suèves gagnent de nouveaux territoires.

Déclin de Rome : un pouvoir trop autoritaire

Même si l’empereur Romulus Augustule manque de charisme et n’a aucune capacité à prendre des décisions importantes, c’est l’autoritarisme de ses ancêtres qui a lentement provoqué le déclin de Rome. À cela vient s’ajouter le fait que les autorités romaines souffrent d’un sentiment de supériorité face aux armées barbares qui se trouvent aux frontières de l’Empire.

À savoir : si des liens d’assistance et d’entraide avaient existé entre Rome et Constantinople à la fin du Ve siècle, Rome ne serait pas tombée aux mains des barbares. En effet, l’Empire romain d’Orient (en jaune sur la carte ci-dessus) a fait preuve d’une neutralité coupable envers son cousin, l’Empire romain d’Occident.

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Sir John Bagot Glubb par Boris Chaliapine

Par Sir John Glubb – 1977 – Source The Organic Prepper

31. Décadence d’un système

Il est intéressant de noter que la décadence est la désintégration d’un système, et non de ses membres individuels. Les habitudes des membres de la communauté ont été corrompues par la jouissance de trop d’argent et de trop de pouvoir pendant trop longtemps. Le résultat a été, dans le cadre de leur vie nationale, de les rendre égoïstes et oisifs. Une communauté de gens égoïstes et oisifs décline, des querelles internes se développent autour de la division de ses richesses en déclin, et le pessimisme s’ensuit, que certains essaient de noyer dans la sensualité ou la frivolité. Dans leur propre environnement, ils sont incapables de rediriger leurs pensées et leurs énergies vers de nouveaux projets.

Mais quand les membres individuels d’une telle société émigrent dans un environnement entièrement nouveau, ils ne restent ni décadents, ni pessimistes ou immoraux parmi les habitants de leur nouvelle patrie. Une fois qu’ils ont rompu avec leurs anciennes influences de pensée, et après une courte période de réajustement, ils deviennent des citoyens normaux de leurs pays d’adoption. Certains d’entre eux, dans les deuxième et troisième générations, peuvent acquérir la prééminence et la direction dans leurs nouvelles communautés.

Cela semble prouver que le déclin de n’importe quelle nation ne sape pas les énergies ou le caractère fondamental de ses membres. La décadence d’un certain nombre de ces nations n’appauvrit pas non plus la race humaine.

La décadence est à la fois une détérioration mentale et morale, produite par le lent déclin de la communauté auquel ses membres ne peuvent échapper, tant qu’ils restent dans leur ancien environnement. Mais, transportés ailleurs, ils abandonnent bientôt leurs modes de pensée décadents et se montrent égaux aux autres citoyens de leur pays d’adoption.

32. La décadence n’est pas physique

La décadence n’est pas non plus physique. Les citoyens des pays en déclin sont parfois décrits comme étant physiquement émasculés, incapable de supporter des difficultés ou de faire de grands efforts. Cela ne semble pas une image vraie. Les citoyens des grandes nations en décadence sont normalement physiquement plus grands et plus forts que ceux de leurs envahisseurs barbares.

De plus, comme cela a été prouvé en Grande-Bretagne lors de la Première Guerre mondiale, les jeunes hommes élevés dans le luxe et la richesse ont eu peu de difficulté à s’habituer à la vie dans les tranchées en première ligne. L’histoire de l’exploration prouve la même chose. Les hommes habitués à vivre confortablement dans des maisons en Europe ou en Amérique étaient capables de montrer autant d’endurance que les indigènes dans la conduite de chameaux à travers le désert ou à se frayer un chemin à travers les forêts tropicales.

La décadence est une maladie morale et spirituelle, résultant d’une trop longue période de richesse et de pouvoir, produisant le cynisme, le déclin de la religion, le pessimisme et la frivolité. Les citoyens d’une telle nation ne feront plus d’effort pour se sauver eux-mêmes, parce qu’ils ne sont pas convaincus que quelque chose dans leur vie mérite d’être sauvé.

33. Diversité humaine

Les généralisations sont toujours dangereuses. Les êtres humains sont tous différents. La variété de la vie humaine est infinie. Si c’est le cas avec les individus, c’est encore plus le cas avec les nations et les cultures. Il n’y a pas deux sociétés, deux peuples, deux cultures qui sont exactement les mêmes. Dans ces circonstances, il sera facile aux critiques de trouver de nombreuses objections à ce qui a été dit et de signaler des exceptions aux généralisations.

Il est utile de comparer la vie des nations à celle des individus. Il n’y a pas deux personnes identiques dans le monde. De plus, leurs vies sont souvent affectées par des accidents ou des maladies, ce qui rend les divergences encore plus évidentes. Pourtant, en fait, nous pouvons généraliser sur la vie humaine à partir de nombreux aspects différents. Les caractéristiques de l’enfance, de l’adolescence, de la jeunesse, de l’âge mûr et de la vieillesse sont bien connues.

Certains adolescents, il est vrai, sont prématurément sages et sérieux. Certaines personnes d’âge moyen semblent encore jeunes d’esprit. Mais de telles exceptions n’invalident pas le caractère général de la vie humaine du berceau à la tombe.

J’ose dire que la vie des nations suit un modèle similaire. Superficiellement, toutes semblent être complètement différentes. Il y a quelques années, on a suggéré à une certaine société de télévision qu’une série de conférences sur l’histoire arabe constituerait une séquence intéressante. La proposition a été immédiatement rejetée par le directeur des programmes avec la remarque suivante : « Quel intérêt terrestre l’histoire des Arabes médiévaux pourrait-elle avoir pour le grand public aujourd’hui ? ».

Pourtant, en fait, l’histoire de l’époque impériale arabe – de la conquête au mercantilisme, en passant par l’abondance, l’intellectualisme, la science et la décadence – est un précurseur exact de l’histoire impériale britannique et a perduré presque autant.

Si les historiens britanniques, il y a un siècle, avaient consacré une étude sérieuse à l’Empire arabe, ils auraient pu prévoir presque tout ce qui s’est passé en Grande-Bretagne jusqu’en 1976.

34. Une variété de chutes

Il a été démontré que, normalement, l’ascension et la chute des grandes nations sont dues à des raisons internes seulement. Dix générations d’êtres humains suffisent à transformer un pionnier hardi et entreprenant en un citoyen captif de l’État providence. Mais alors que les histoires de vie des grandes nations montrent une uniformité inattendue, la nature de leurs chutes dépend largement des circonstances extérieures et montre ainsi un degré élevé de diversité.

La République romaine, comme nous l’avons vu, a été suivie par l’Empire, qui est devenu un super-État, dans lequel tous les indigènes du bassin méditerranéen, indépendamment de la race, ont obtenus des droits égaux. Le nom de Rome, à l’origine une ville-État, est passé à un empire international égalitaire.

Cet empire a éclaté en deux, la moitié occidentale étant envahie par les barbares du nord, la moitié orientale formant l’empire romain oriental ou byzantin.

Au IXe siècle, le vaste empire arabe s’est scindé en plusieurs fragments, dont une ancienne colonie, l’Espagne musulmane, a dirigé son propre cours sur 250 ans en tant qu’Empire indépendant. Les patries de Syrie et d’Irak, cependant, ont été conquises par des vagues successives de Turcs dont elles sont restées les sujets pendant 1 000 ans.

D’autre part, l’Empire mamelouk d’Égypte et de Syrie fut conquis lors d’une simple campagne militaire par les Ottomans, la population indigène se contentant de changer de maîtres.

L’Empire espagnol (1500-1750) a duré les 250 ans conventionnels, se terminant seulement avec la perte de ses colonies. La patrie de l’Espagne est tombée, en effet, de son piédestal de superpuissance, mais elle a survécu en tant que nation indépendante jusqu’à aujourd’hui.

La Russie des Romanov (1682-1916) a suivi le processus normal, mais c’est l’Union soviétique qui lui a succédé.

Il est inutile de travailler sur ce point, que nous pouvons essayer de résumer brièvement. Tout régime qui atteint une grande richesse et une grande puissance semble avec une régularité remarquable se désintégrer en une dizaine de générations. Le sort ultime de ses composantes ne dépend cependant pas de sa nature interne, mais des autres organisations qui apparaissent au moment de son effondrement et parviennent à dévorer son patrimoine. Ainsi, la vie des grandes puissances est étonnamment uniforme, mais les résultats de leurs chutes sont complètement différents.

35. Insuffisance de nos études historiques

En fait, les nations modernes occidentales n’ont tiré qu’une valeur limitée de leurs études historiques, parce qu’elles ne les ont jamais suffisamment approfondies. Pour que l’Histoire ait du sens, comme nous l’avons déjà dit, ce doit être l’Histoire de la race humaine.

Loin d’atteindre un tel idéal, nos études historiques se limitent en grande partie à l’histoire de notre propre pays retraçant le cours de sa vie actuelle. Ainsi, le facteur temps est trop court pour que les très longs rythmes de la montée et de la chute des nations puissent être remarqués. Comme l’a indiqué le directeur de la télévision, il ne nous vient jamais à l’esprit que des périodes plus longues pourraient être intéressantes.

Quand nous lisons l’histoire de notre propre nation, nous trouvons que les actions de nos ancêtres sont décrites comme glorieuses, tandis que celles des autres peuples sont décrites comme méchantes, tyranniques ou lâches. Ainsi, notre histoire n’est (intentionnellement) pas basée sur des faits. Nous sommes émotionnellement réticents à accepter que nos ancêtres aient pu être méchants ou lâches.

Alternativement, il y a des écoles d’histoire « politiques » enclines à discréditer les actions de nos anciens dirigeants, afin de soutenir les mouvements politiques modernes. Dans tous ces cas, l’Histoire n’est pas une tentative de connaître la vérité, mais un système de propagande consacré à l’avancement des projets modernes ou à la satisfaction de la vanité nationale.

Les hommes peuvent difficilement être blâmés de ne pas apprendre de l’histoire qui leur est enseignée. Il n’y a rien à en apprendre, parce quelle n’est pas vraie.

36. Les petites nations

Le mot « Empire » a été utilisé dans cet essai pour désigner les nations qui atteignent le statut de grandes puissances, ou de superpuissances dans le jargon d’aujourd’hui – des nations qui ont dominé la scène internationale pendant deux ou trois siècles. Cependant, à tout moment, il a existé aussi des États plus petits qui sont restés plus ou moins autonomes. Est-ce que ceux-ci vivent les mêmes cycles de vie que les grandes nations et passent-il par les mêmes phases ?

Il semble impossible de généraliser sur cette question. En général, la décadence est le résultat d’une trop longue période de richesse et de pouvoir. Si le petit pays n’a pas partagé la richesse et le pouvoir, il ne participera pas à la décadence.

37. Le modèle émergent

Malgré la variété et les complications infinies de la vie humaine, un schéma général semble émerger de ces considérations. Il révèle de nombreux empires successifs couvrant quelque 3 000 ans, ayant suivi des stades similaires de développement et de déclin, et ayant, dans une mesure surprenante, « vécu » des vies de durée très similaire.

L’espérance de vie d’une grande nation, semble-t-il, commence par une expansion violente d’énergie, généralement imprévue, et aboutit à un abaissement des normes morales, au cynisme, au pessimisme et à la frivolité.

Si l’auteur actuel était millionnaire, il essaierait d’établir un département, dans une université quelconque, consacré uniquement à l’étude du rythme de la montée et de la chute de puissantes nations à travers le monde.

L’histoire remonte à environ 3 000 ans, car avant cette période, l’écriture n’était pas suffisamment répandue pour permettre la survie de documents détaillés. Mais durant ces 3000 ans, le nombre d’empires disponibles pour cette étude est très grand.

Au début de cet essai, les noms de onze d’entre eux ont été énumérés, mais ceux-ci n’ont inclus que le Moyen-Orient et les nations modernes de l’Ouest. L’Inde, la Chine et l’Amérique du Sud n’ont pas été incluses, car l’auteur ne sait rien à leur sujet. Une école fondée pour étudier la montée et la chute des Empires trouverait probablement au moins vingt-quatre grandes puissances disponibles pour la dissection et l’analyse.

La tâche ne serait pas facile, si l’espace était si vaste qu’il devait couvrir pratiquement toutes les grandes nations du monde sur 3 000 ans. La connaissance de la langue seule, pour permettre des recherches approfondies, constituerait un obstacle redoutable.

38. Cela aiderait-il ?

Il est agréable d’imaginer, à partir de telles études, l’apparition d’un modèle standard de vie des nations, y compris une analyse des divers changements qui mènent finalement au déclin, à la décadence et à l’effondrement. Il est tentant de supposer que des mesures pourraient être adoptées pour prévenir les effets désastreux de la richesse et du pouvoir excessifs, et donc de la décadence subséquente. Peut-être que certains moyens pourraient être mis au point pour empêcher l’activiste de l’âge de la Conquête et du Commerce de se détériorer pendant l’âge de l’Intellect, produisant des discours sans fin mais sans plus agir.

Il est tentant de le penser. Peut-être que si le modèle de l’ascension et de la chute des nations était régulièrement enseigné dans les écoles, le grand public en arriverait à la vérité et soutiendrait les politiques pour maintenir l’esprit de devoir et de sacrifice, pour prévenir l’accumulation de richesses excessives par une nation, conduisant à la perte du sens moral de cette nation.

Le sens du devoir et l’initiative nécessaires pour mener ce projet ne pourraient-ils pas être maintenus parallèlement au développement intellectuel et aux découvertes dans les sciences de la nature ?

La réponse est douteuse, bien que nous puissions essayer. Les faiblesses de la nature humaine, cependant, sont si évidentes, que nous ne pouvons pas être trop confiants dans le succès de cette entreprise. Les hommes débordants de courage, d’énergie et de confiance en eux ne peuvent être facilement empêchés de soumettre leurs voisins, et les hommes qui voient s’ouvrir des perspectives de richesse seront difficilement arrêtables.

Peut-être n’est-il pas dans l’intérêt réel de l’humanité d’être ainsi empêchée, car c’est dans les périodes de richesse que l’art, l’architecture, la musique, la science et la littérature font les plus grands progrès.

De plus, comme nous l’avons vu dans les grands Empires, leur création peut donner lieu à des guerres et à des tragédies, mais leurs périodes de puissance apportent souvent la paix, la sécurité et la prospérité à de vastes zones de territoire. Nos connaissances et notre expérience (peut-être nos intellects humains fondamentaux) sont insuffisantes pour dire si oui ou non l’ascension et la chute des grandes nations est le meilleur système pour le meilleur des mondes possibles.

Ces doutes, cependant, ne doivent pas nous empêcher d’essayer d’acquérir plus de connaissances sur l’ascension et la chute des grandes puissances, ou d’essayer, à la lumière de ces connaissances, d’améliorer la qualité morale de la vie humaine.

Peut-être, en effet, arriverons-nous à la conclusion que l’ascension et la chute successives des grandes nations sont inévitables et, en fait, un système divinement ordonné. Mais même cela serait un gain immense. Car nous devrions savoir où nous en sommes par rapport à nos frères et sœurs humains. Dans notre état actuel de chaos mental sur le sujet, nous nous divisons en nations, en communautés qui se battent, se haïssent et se dénigrent les unes les autres au sujets de développements qui peuvent bien être divinement ordonnés mais qui nous semblent, si nous adoptons une vision plus large, totalement incontrôlables et inévitables. Si nous pouvions accepter ces grands mouvements comme échappant à notre contrôle, il n’y aurait aucune excuse pour que nous nous haïssions les uns les autres à cause d’eux.

Si variée, déroutante et contradictoire que puisse être l’histoire religieuse du monde, la plus noble et la plus spirituelle des dévotes de toutes les religions semble parvenir à la conclusion que l’amour est la clé de la vie humaine. Toute expansion de nos connaissances qui peut conduire à une réduction de nos haines injustifiées en vaut donc certainement la peine.

39. Résumé

Comme de nombreux points d’intérêt sont apparus au cours de cet essai, je termine avec un bref résumé, pour rafraîchir l’esprit du lecteur.

  1. Nous n’apprenons pas de l’Histoire parce que nos études sont brèves et préjudiciables.
  2. D’une manière surprenante, 250 ans apparaissent comme la durée moyenne de la grandeur nationale.
  3. Cette moyenne n’a pas varié depuis 3 000 ans. Est-ce que cela représente dix générations ?
  4. Les étapes de l’ascension et de la chute des grandes nations semblent être :
    1. L’âge des pionniers (explosion) ;
    2. L’âge des conquêtes ;
    3. L’âge du commerce ;
    4. L’âge de l’abondance ;
    5. L’âge de l’intellect ;
    6. L’âge de la décadence.
  5. La décadence est marquée par :
    1. Passage en mode défensif ;
    2. Pessimisme ;
    3. Matérialisme ;
    4. Frivolité ;
    5. Un afflux d’étrangers ;
    6. Un État providence ;
    7. Un affaiblissement de la religion.
  6. La décadence est due à :
    1. Période trop longue de richesse et de pouvoir ;
    2. Égoïsme ;
    3. Amour de l’argent ;
    4. Perte du sens du devoir.
  7. Les histoires de vie des grands États sont étonnamment similaires et sont dues à des facteurs internes.
  8. Leurs chutes sont diverses, car elles sont en grande partie le résultat de causes externes.
  9. L’Histoire devrait être enseignée comme l’histoire de la race humaine, bien que l’accent soit bien sûr mis sur l’histoire du pays de l’élève.

Épisode Précédent

Sir John Glubb, mieux connu sous le nom de Glubb Pacha, est né en 1897 et a servi en France pendant la Première Guerre mondiale de 1915 à 1918. En 1926, il a quitté l’armée régulière pour servir le gouvernement irakien. De 1939 à 1956, il commande la fameuse légion arabe jordanienne. Depuis sa retraite, il a publié seize livres, principalement sur le Moyen-Orient, et a donné de nombreuses conférences.

Liens

Dépravation, frivolité et dissidence : assistons-nous à la fin d’un empire ?

Traduit par Hervé relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-sort-des-empires-et-la-recherche-de-leur-survie-55

 

« Éric Zemmour — Itinéraire d’un insoumis », par Danièle Masson

« Éric Zemmour — Itinéraire d’un insoumis », par Danièle Masson

« Éric Zemmour — Itinéraire d’un insoumis », par Danièle Masson

Par Camille Galic, journaliste, essayiste ♦ Après avoir suscité tant de haines et d’attaques virulentes, Eric Zemmour inspire aujourd’hui une étude exhaustive, fine et pleine d’empathie *. Surprise : celle qui l’a rédigée est une intellectuelle catholique, familière d’Emile Poulat, préfacière de Gustave Thibon et biographe du maurrassien Jean Madiran — fondateur du quotidien Présent dans lequel elle écrit toujours.


Tout le monde aime ou déteste le polémiste Zemmour mais l’homme, le philosophe et l’historien sont souvent ignorés. Ce sont à l’évidence ces facettes qui ont intéressé Danièle Masson, elle-même agrégée de lettres classiques et auteur de Dieu est-il mort en Occident ? (éd. Guy Trédaniel, 1998). Une interrogation qui rejoint celles exprimées par Zemmour dans Mélancolie française (2010) et Le Suicide français (2014) : si les civilisations sont mortelles, qu’en sera-t-il demain de la nôtre, minée par la détestation de soi et d’un passé pourtant souvent glorieux comme par l’immigration ? La cause de la chute de l’Empire romain, note l’auteur, « c’était à la fois son déclin démographique et son impuissance à assimiler les populations barbares. Or, si l’on vante aujourd’hui le dynamisme démographique de la France, « la France est un borgne démographique au pays des aveugles européens » **. Surtout, « notre dynamisme est branché sur le moteur à explosion maghrébin et africain”. »

Une population française en exil intérieur

L’itinéraire de l’insoumis commence en 1958 dans une famille de juifs algériens installée à Montreuil —deuxième ville malienne après Bamako —, entre une mère qui lui passe tout, du moins « tant qu’il travaille bien », et un père qui encourrait actuellement les foudres de la loi car il n’hésite pas, en cas de manque, à lui flanquer des coups de ceinture. Traitement inhumain ? Au contraire, estime Danièle Masson, « ce rapport conflictuel est pour lui une manière de se construire ». Ce que confirme l’intéressé : « Quand on affronte son père, on devient un homme. Aujourd’hui, les hommes  n‘ont plus de père à tuer. En me confrontant au mien, je me suis endurci, c’est pour cela que j’aime la bagarre. »

C’est aussi pour celaqu’au rebours de pratiquement tous les intellectuels de sa génération, il déplore la féminisation croissante des sociétés occidentales, phénomène dépeint en 2006 dans Le Premier sexe. Un livre qui contribua à sa légende noire mais lui ouvrit grand les plateaux de télévision appâtés par l’odeur de scandale. Là, « face à la pensée unique qui sature l’espace médiatique, il sent aussi, écrit Danièle Masson, que la population française est en exil intérieur, qu’elle est en sécession mentale, qu’elle zappe les émissions, n’achète plus les journaux, se tourne vers les médias alternatifs. Quant le consensus soixante-huitard ne fait plus recette, vient l’heure d’Eric Zemmour. Il sait qu’il est “au cœur de la fabrication de l’idéologie dominante” et il veut la contester de l’intérieur, pour être “le porte-parole de ceux qui réagissent comme lui”… Cette étonnante performance, utiliser les médias dédiés au formatage des esprits pour les retourner contre eux-mêmes et libérer la parole des classes populaires en se faisant la voix des sans-voix, explique son succès ». Ainsi que les haines qu’il s’est attirées, notamment celles de Bernard-Henri Lévy, son exact contraire, et les nombreux procès qui lui furent intentés, par le biais d’associations et « d’élites autoproclamées conscientes de ne plus tenir en main le peuple français. […] L’“essentialisme” d’Eric Zemmour, qui articule nature et culture, est un péché grave aux yeux des existentialistes contemporains. »

La conjuration des trois D

Sous-titré « Ces quarante années qui ont défait la France » grâce à la conjuration des trois D (Dérision, Déconstruction, Destruction) léguée par Mai 68, Le Suicide français fut le plus grand succès de librairie en 2014. Dans ce massacre à la tronçonneuse, tout y passe : les successeurs de Charles de Gaulle, les héritiers et les profiteurs de  Mai 68 (dont l’imminent cinquantenaire donne actuellement lieu à un matraquage indécent), la technostructure à laquelle Zemmour faillit pourtant appartenir car, diplômé de Sciences Po, il se présenta par deux fois, d’ailleurs en vain, au concours de l’ENA, les associations dites humanitaires, les lois antiracistes et les lois mémorielles dont, au grand scandale des belles consciences, il demanda l’abolition en mars 2011 lors d’une convention UMP et sur lesquelles prospèrent, y compris financièrement, divers lobbies, ou encore l’Europe depuis que celle-ci, fondée à l’origine sur l’aire carolingienne, n’a cessé de s’élargir. Perdant en substance comme en importance politique et financière ce qu’elle gagnait en nombre d’habitants.

Pour Laurent Joly, jeune historien spécialiste de l’antisémitisme, « depuis Barrès et Maurras, aucun autre intellectuel, journaliste ou écrivain, n’avait eu ce statut de passeur des idées d’extrême droite auprès d’un très large lectorat » (et ce n’est pas un compliment dans sa bouche car Joly ne pardonne pas à Zemmour d’avoir exonéré le maréchal Pétain mais aussi le président Laval du péché mortel d’avoir prêté la main à « la folie criminelle de l’occupant », comme les en avait accusés Jacques Chirac en juillet 1995).

Pour Danièle Masson, c’est plutôt de Bainville que se rapproche Zemmour, en raison de son intérêt pour l’histoire et la  géopolitique. Toutefois, nuance notre auteur, « Bainville, qui achève son histoire de France sur les lendemains de la Première Guerre mondiale, garde espoir en une France apte à se redresser » alors que, « même quand il évoque la possibilité d’un sursaut populaire, Zemmour semble parier plus qu’espérer ».
Il est vrai qu’un siècle plus tard, résultat d’un ethnomasochisme camouflé en scrupuleux respect des droits de l’homme (étranger exclusivement, tandis que le bipède blanc et hétérosexuel est chargé de tous les maux), tout est fait pour empêcher ce sursaut, réprimer toute tentative de redressement. Mais, comme disait Bainville justement, citant Calderon, « le pire n’est pas toujours certain ». Riposteà la bombe que constitue la présence chez nous la présence de millions d’islamistes — car, pour Zemmour, l’islamisme est l’essence même de l’islam — et au tsunami migratoire qu’il entrevoyait dès 2008, la belle résistance à la décadence sous tout ses aspects manifestée de la Pologne à l’Italie  par certains pays européens, si justement attachés à leur identité menacée, devrait faire tache d’huile chez nous.  Espoir ou pari ?

Camille Galic
28/03/2018

* Danièle Masson : Eric Zemmour, itinéraire d’un insoumis, 262 pages avec de nombreuses notes. Editions Pierre-Guillaume de Roux. Paris, mars 2018.

** Les citations en italiques sont extraites de livres ou de déclarations de Zemmour lui-même.

Source : Correspondance Polémia – 24/03/2018

Crédit photo : Eric Zemmour – Par Thesupermat [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

Camille Galic

Camille Galic

Diplômée des Langues orientales, directeur de l’hebdomadaire Rivarol de 1983 à 2010, Camille Galic a aussi collaboré à des publications comme Le Spectacle du monde et Le Crapouillot. Sous son pseudonyme Claude Lorne, elle a rédigé en 2012 Les Médias en servitude pour la Fondation Polémia, dont elle est une contributrice régulière depuis 2011. Chroniqueuse au quotidien Présent, elle a publié en 2013 un Agatha Christie (éd. Pardès, coll. « Qui suis-je ? »).

L’expansion de l’OTAN vers l’est, à travers le prisme de l’Histoire

L’expansion de l’OTAN vers l’est, à travers le prisme de l’Histoire

Le 12 décembre dernier, le Congrès américain a voté la loi de finance 2018, cette loi autorise la dépense de 200 millions de dollars quant à la réparation des anciennes structures militaires états-uniennes et elle autorise par là même, la construction de nouvelles structures militaires sur une large partie d’Europe de l’Est. Cette dépense s’inscrit dans le programme European Deterrence Initiative « EDI » -lancé quelques mois après l’annexion de la Crimée par la Russie.

Un document du commandement des forces des Etats-Unis basés en Europe explique que le budget 2018 s’inscrit « à la suite des financements précédents de l’EDI afin de consolider notre dissuasion ainsi que de renforcer notre réactivité en Europe… Le financement de l’EDI accroît notre capacité de dissuasion et de défense contre l’agression russe ».

Si la consolidation de la profondeur stratégique de l’alliance atlantique peut être traduite dans la forme, notamment par l’actuel déploiement du bouclier antimissile de l’alliance en Roumanie et en Pologne ; dans le fond le renforcement de la présence de l’OTAN à l’est et la poursuite de l’agenda anti-russe est à comprendre à travers le prisme de l’histoire.

 

Le détail de l’histoire ou l’erreur de Gorbatchev

« Les Etats-Unis sont en positions défensives et l’union soviétique est en position agressive. » Voilà une phrase porteuse d’histoire. Deng Xiaoping prononça ces mots en 1979, ces derniers rentrent dans un contexte historique de rapprochement entre la chine et les Etats-Unis.  Presque trente-neuf ans plus tard il nous est possible de penser que les rôles se sont inversés et que la position défensive qu’on a naguère prêtée aux Etats-Unis doit aujourd’hui être prêtée à la Russie.

Si les mots de Deng Xiaoping sont porteurs d’histoire, c’est parce qu’ils sont témoins d’une époque où la Chine voulait encore endiguer l’influence soviétique. Finalement la rupture sino-soviétique n’aura même pas durée 30 ans, cette dernière aura eu raison de la chute de l’URSS en 1991. Pour la Chine la menace états-unienne, travaillant alors en faveur d’une indépendance de Taiwan se substitua à la peur d’une agression venant de l’Union soviétique. Enfin entre l’intervention américaine dans le conflit yougoslave et l’ambition de cette première d’étendre sans cesse l’OTAN vers l’est, la Russie a cessé d’incliner son œil entre la chine et les Etats-Unis pour le garder cette fois braqué vers l’ouest.

La conférence annuelle de l’ASEEES du 10 novembre 2017 à Chicago -Who promised what to whom on NATO expansion ? – nous permet d’en apprendre plus sur la promesse qui fut faite par les dirigeants occidentaux à Mikhaïl Gorbatchev, quant à une limitation de la sphère d’influence de l’OTAN à l’ouest du mur de Berlin. Alors que l’Allemagne vient de se réunifier, François Mitterrand et Georges Bush exigèrent dès 1990 une Allemagne membre à part entière de l’OTAN. Gorbatchev, lui, n’était pas d’accord avec l’idée du déséquilibre militaire que provoquerait l’intégration d’un ancien membre du pacte de Varsovie au sein de l’OTAN -la RDA fut membre à part entière du Pacte de Varsovie depuis 1956-. À l’instar du général de Gaulle, Gorbatchev souhaitait la création d’une structure de sécurité nouvelle en Europe, allant de l’Atlantique à l’Oural. Si la majorité du Politburo ne souhaitait pas voir l’Allemagne unifiée intégrer l’OTAN, certains membres du bureau politique russe estimèrent que la RFA, à l’inverse de la RDA ne pourrait jamais quitter l’OTAN et qu’il était inévitable que l’Allemagne unifiée suivrait l’empressement de son gouvernement à intégrer l’OTAN – notamment celui de son ministre des affaires étrangères de l’époque Hans-Dietrich Genscher -.

Si Robert Gates, l’ancien directeur de la CIA a auparavant expliqué que Gorbatchev fut induit en erreur, la déclassification -par les archives de l’Université George Washington- de documents allemands, français, soviétiques, américain, et britanniques ont ajoutés une légitimité scientifique à son propos.

Selon les 30 documents déclassifiés et étudiés par l’université Georges Washington, un accord tacite sur la délimitation des frontières de l’OTAN avait été établie entre Gorbatchev et plusieurs dirigeants occidentaux – Helmut Kohl, Robert Gates, Margaret Thatcher, James Baker, George HW Bush, Hans-Dietrich Gensher et François Mitterrand-. Au cours du mois de Février 1990 le secrétaire d’état américain James Baker déclara à Mikhaïl Gorbatchev que l’OTAN n’avancerait pas d’un pouce en dehors des frontières actuelles de l’alliance. Les documents relatent que le secrétaire d’état américain assura à Edouard Chevardnadze -alors ministre des affaires étrangères de l’Union soviétique- que la guerre froide étant terminée, l’OTAN deviendrait une organisation à caractère politique beaucoup plus que militaire. Au mois de mai de la même année, François Mitterrand a selon ses propre dires, expliqué à Gorbatchev qu’il était trop tard pour s’opposer à une allemagne unifiée au sein de l’OTAN mais qu’il a toujours exprimé le vœu de ne pas engager les formations de l’OTAN vers l’Allemagne de l’Est, car isoler l’Union soviétique dans la nouvelle Europe ne serait bénéfique pour personne. Enfin, c’est en ces mots qu’Helmut Kohl s’adressa à Mikhaïl Gorbatchev le 10 février 1990 « Nous croyons que l’OTAN ne devrait pas étendre la sphère de son activité. Nous devons trouver une solution raisonnable. Je comprends parfaitement les intérêts de sécurité de l’Union Soviétique, et je me rends compte que vous, Monsieur le Secrétaire Général, et les dirigeants soviétiques devront expliquer clairement ce qui arrive au peuple soviétique.

Pour Gorbatchev l’avenir de l’union soviétique procèderait de son intégration en Europe, et cette intégration devait se faire par l’Allemagne nouvellement unifiée. À l’heure d’aujourd’hui nous savons que la position de Gorbatchev quant à ne pas vouloir une Allemagne unifiée membre à part entière de l’OTAN n’était qu’une simple amorce en vue de lui permettre de faire comprendre à l’opinion publique soviétique qu’à partir de maintenant ils devraient compter avec une Allemagne unifiée, et que l’avenir des soviétiques était maintenant européen.

En conséquence de cet accord tacite, l’union soviétique a ordonné le retrait de ses troupes d’Allemagne avant de les retirer des pays membres du pacte de Varsovie. Vladimir Poutine explique -dans conversation avec Poutine- que si Gorbatchev a fait au mieux, son erreur fut de ne pas coucher sur le papier l’accord conclu entre l’Union soviétique et les puissances occidentales. C’est cette erreur qui a permit à l’alliance de prolonger son expansion au sein de la sphère d’influence russe à partir de 1999.

 

La marginalisation de la Russie, l’œuvre de la doctrine Brezinski

En janvier 1994 le sommet de l’OTAN à Bruxelles pose le cadre d’un Partenariat pour la paix, cette structure d’association libre permet à n’importe quel pays d’établir une relation avec l’OTAN, de coopérer et in fine d’adhérer à l’OTAN. Le PPP est signé par trente-quatre pays entre 1994 et 2006, la Russie en fait partie. Si le pacte de Varsovie fut dissous en 1991, en laissant donc entrevoir la possibilité pour la Russie d’intégrer l’alliance, Zbigniew Brezinski élabore alors sa fameuse doctrine qui mit un terme à cette éventualité. Dans le sillage de la théorie du Heartland d’Harold John Mackinder, ou encore de l’influence d’Henry Kissinger, la doctrine Brezinski voudrait qu’une puissance qui dominerait l’Eurasie contrôlerait alors le monde. Brezinski expliqua dans son livre « The Grand Chessboard » que la Russie ne devait pas être admise au sein de l’OTAN car elle ruinerait le caractère euro-atlantique de l’alliance. Une autre raison peut expliquer cet état de fait, Vladimir Poutine explique lors de son entretien avec Oliver Stone que le mode de décision au sein de l’alliance est unilatéral et que tout son processus est mené par les américain. L’influence dont pourrait jouer la Russie, notamment envers les membres européens de l’alliance aurait alors un effet néfaste sur la prépotence américaine.

La pénétration atlantiste sur les décombres du pacte de Varsovie

Une tentative d’approche entre l’Alliance et la Russie le 27 mai 1997 via l’acte Fondateur de la relation Russie-Otan est remis en cause lors du sommet de l’OTAN à Madrid un mois plus tard. En effet malgré les recommandations de Moscou, l’OTAN invita la Hongrie, la Tchéquie, et la Pologne à intégrer l’alliance. Qui plus est, l’intervention de l’OTAN deux ans auparavant en Bosnie et contre les intérêts de l’allié serbe rendit déjà les relations entre la Russie et l’OTAN compliquées. Si une entente de courte durée s’établit à la suite des attentats du 11 septembre 2001 -lorsque Moscou autorisa l’alliance à utiliser les bases militaires d’Ouzbékistan et du Kirghizistan pour qu’elle puisse transiter vers l’Afghanistan-, le sommet de Prague en novembre 2002 a mis fin à cette entente cordiale. Le sommet de Prague a été appréhendé par Moscou comme une énième provocation, car il altère de la plus mauvaise des manières deux symboles très fort pour Moscou. D’abord il s’agit du premier sommet ayant eu lieu dans un pays anciennement membre du pacte de Varsovie, ensuite si l’OTAN invita lors ce sommet 10 pays à rejoindre l’alliance -intégrés en 2004 lors du sommet d’Istanbul- il y eut parmi eux trois états traditionnellement et historiquement intégrés à la Russie.

À partir des années 2000, plusieurs faits nouveaux sont à la cause du discours prononcé par Vladimir Poutine à Munich le 10 février 2007, sonnant alors le durcissement de la politique russe envers les États-Unis et l’OTAN : le retrait par Georges W Bush du traité Anti Balistic Missile de 1972- les États-Unis prétextèrent alors une menace venant d’Irak et de Corée du Nord-, l’inobservation du droit international lors de l’intervention américaine de 2003 en Irak et la fausse légitimation de cette dernière, et enfin le déploiement d’un système antimissile américain en République tchèque et en Pologne marquant l’expansion de l’OTAN jusqu’aux frontières russes.

une contribution libre de Hakim Ouchene

https://stratpol.com/lexpansion-de-lotan-vers-lest-a-travers-prisme-de-lhistoire/

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