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Société L’araméen, quand la langue de Jésus renaît dans le New Jersey

Société L’araméen, quand la langue de Jésus renaît dans le New Jersey

Fuyant le Moyen-Orient et installés aux États-Unis, les exilés syriaques apprennent à leurs descendants la langue araméenne, quasi disparue.

Un centre commercial, à un quart d’heure de Manhattan. Voilà bien le dernier endroit où je m’attendais à entendre parler la langue du Christ. Et pourtant, c’est là, dans le nord du New Jersey, que des chrétiens syriaques, chassés du Moyen-Orient par les violences et les persécutions, sont venus poser leurs valises il y a quelques décennies. Si Jacob Hanikhe voit son vœu exaucé, cela restera aussi l’un des rares endroits où l’araméen, langue ancienne que l’on retrouve tout au long du Talmud [un ouvrage fondamental du judaïsme rabbinique] et des Évangiles, est une langue vivante.

Les chrétiens syriaques, assyriens et chaldéens (le nom qu’ils se donnent peut varier mais la plupart reconnaissent appartenir au même groupe ethnique) sont originaires du Moyen-Orient au départ, où leurs dialectes araméens furent un temps dominants. Poussés à la diaspora par des conflits à la fois ethniques et religieux, les chrétiens syriaques du New Jersey, soit environ 2 000 familles, pour la plupart membres de l’Église orthodoxe syriaque, se sont dotés de structures propres, comme des écoles de langue ou des restaurants.

Je retrouve Jacob Hanikhe dans un marché aux bijoux grouillant, où l’on entend parler presque autant araméen qu’anglais, dans la ville de Paramus. Joaillier de métier, il est aussi le fondateur et le directeur de l’école araméenne Saint Gabriel de Haworth, un borough du comté de Bergen, dans le New Jersey. Le fond d’écran de son ordinateur est une photo d’Eavardo, son village natal, dans la région du Tur Abdin, dans l’est de la province de Mardin, en Turquie. Le Tur Abdin, étymologiquement “la montagne des serviteurs de Dieu”, est au cœur de la vie syriaque depuis des siècles. Mélancolique, le joaillier nous montre sa maison natale et l’église dans laquelle il a été baptisé.

Les chrétiens syriaques de Turquie, des souffre-douleur

Minorité religieuse visible dans un pays à majorité musulmane, les chrétiens syriaques de Turquie ont longtemps été des souffre-douleur. “Nos affaires tournaient nettement mieux, mais on n’avait aucun droit”, raconte Jacob Hanikhe. Selon un article publié dans la revue Ethnic and Racial Studies, la communauté chrétienne de Turquie a fondu, pour ne plus représenter que 0,1 % de la population, contre près d’un cinquième au début de la Première Guerre mondiale.

Les pires attaques perpétrées contre la communauté syriaque datent de la boucherie mécanisée que fut la Grande Guerre. À l’approche du conflit, l’Empire ottoman – qui englobait alors l’essentiel de ce qui est aujourd’hui le Moyen-Orient – a redoublé d’hostilité à l’égard des communautés arméniennes et syriaques situées sur son territoire. À l’effondrement de la dynastie, à la fin de la guerre, les troupes turques et les milices kurdes ont massacré près de 2 millions de civils chrétiens, dont plusieurs centaines de milliers de Syriaques.

Bien que plusieurs groupes kurdes se soient excusés pour le rôle joué par les Kurdes [dans les tueries], la loi turque interdit de qualifier de “génocide” “l’année de l’épée”, Shato d’Sayfo en araméen. Des familles et des villages ont d’ailleurs été rebaptisés pour effacer leur histoire. Le village d’Eavardo, par exemple, est appelé Gülgöze sur les cartes officielles. Si la langue araméenne attire, c’est en partie du fait de l’histoire du peuple syriaque, qui remonte à l’époque biblique, confie Melek Yildiz, diacre de l’église orthodoxe syriaque Mor Gabriel de Haworth.

Une langue internationale sous l’Empire perse

Langue sémitique au même titre que l’arabe et l’hébreu, l’araméen trouve son origine dans les villes-États des environs de Damas, près de mille ans avant Jésus-Christ. Son usage s’est propagé à travers le Croissant fertile (aujourd’hui la Syrie et l’Irak) sous l’Empire assyrien, jusqu’à devenir une langue internationale sous l’Empire perse et rester prédominante pendant une bonne partie de l’époque islamique.

Après que les successeurs d’Alexandre le Grand ont imposé le grec comme la langue des affaires et de l’administration dans le bassin méditerranéen, l’homme de la rue a continué à parler araméen dans la vie de tous les jours. Certains noms et passages des Évangiles – comme “Eloï, Eloï, lama sabachthani” (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Marc 15:34) – figurent tels quels, en araméen, dans le texte grec. Au Moyen-Orient, chrétiens, juifs et mandéens (disciples de Jean-Baptiste) se sont mis à parler des dialectes araméens distincts les uns des autres, et même les zoroastriens (les “mages”) se sont servis d’une écriture inspirée de l’araméen pour la langue perse.

Après la diffusion de l’islam et la montée en puissance du califat des Omeyyades, l’araméen s’est vu supplanter par son cousin arabe. Les nouveaux convertis à l’islam jugeaient à la fois politiquement et culturellement plus approprié d’adopter la langue du Coran, dont l’apprentissage ne pose guère de difficultés quand vous parlez déjà une autre langue sémitique. C’est ainsi que les dialectes syriaques de l’araméen sont devenus, jusqu’à nos jours, le symbole de l’identité chrétienne. Comme Jacob Hanikhe prend soin de me le rappeler, l’araméen est la “langue du Christ”.

Laissés libres de s’autogouverner – du moment qu’ils restaient subordonnés aux souverains musulmans –, les chrétiens de langue araméenne ont forgé des identités distinctes, syriaque, assyrienne ou chaldéenne. Pendant ce temps, bon nombre des textes grecs antiques recueillis par la “Maison de la sagesse”, l’équivalent médiéval, à Bagdad, de ce que serait une université de l’Ivy League [prestigieuses universités américaines], entraient dans la tradition littéraire arabe grâce aux traductions de moines de langue araméenne.

“On n’a pas d’État, on n’a que notre Église”

Certaines populations ont adopté la langue et l’identité arabes sans pour autant se convertir à l’islam (et quelques communautés de Syrie ont conservé l’araméen même après leur conversion à l’islam), mais pour les chrétiens syriaques, l’héritage araméen et la foi chrétienne sont indissociables. “Notre histoire est différente de toutes les autres [communautés du Moyen-Orient]. On n’a pas d’État, on n’a que notre Église”, observe Melek Yildiz. Ces liens entre la langue, l’origine ethnique et la religion syriaques leur ont valu d’être opprimés sur plusieurs fronts. Les fondamentalistes musulmans se sentaient menacés par la langue araméenne, associée à une religion extérieure à leur tradition, et les ultras turcs et arabes voyaient d’un mauvais œil les Églises de langue araméenne, expressions d’une identité ethnique à part.

C’est en Irak que l’hostilité fut la plus forte. À la répression d’État orchestrée par Saddam Hussein et son régime nationaliste panarabe ont succédé des violences religieuses aveugles après 2003, l’occupation américaine, mal gérée, ayant déclenché une guerre civile religieuse. Pendant que les milices chiites et sunnites s’écharpaient, la plupart des chrétiens, n’étant pas armés, étaient exposés aux enlèvements et aux meurtres perpétrés par des extrémistes religieux ou des gangs opportunistes. Quand ils ont proclamé la formation de l’État islamique en 2014, les salafistes ont dévasté la plaine de Ninive, le berceau historique des Syriaques en Irak, déplaçant des villages entiers et détruisant des églises séculaires.

Les archives officielles de l’archevêché syriaque de la région est des États-Unis révèlent qu’un diacre de Mossoul du nom de Micha Al-Nakkar “s’est sans doute installé à Boston ou dans les environs” dans les années 1840. De nombreux Syriaques lui ont emboîté le pas, dont des tisserands du Tur Abdin s’installant au Rhode Island pour travailler dans les soieries locales. Les archives de l’archevêché montrent que leurs enfants ont souvent fait des études de droit ou d’ingénieur.

Melek Yildiz précise que la communauté syriaque du New Jersey remonte au milieu du XIXe siècle et qu’elle a laissé sa marque. Taw Mim Semkath, une école assyrienne de Beyrouth, au Liban, refondée par des migrants du New Jersey, est ainsi “le plus vieil établissement syriaque orthodoxe encore en activité”, selon l’archevêché.

Naum Faiq, grande figure du monde littéraire néoaraméen et penseur nationaliste assyrien, est arrivé dans le New Jersey en 1912, où il a créé et alimenté plusieurs publications araméennes. L’une d’elles, appelée Huyodo, est toujours publiée par la diaspora en Suède sous le nom d’Hujådå. Cependant, beaucoup de Syriaques ont embrassé la foi d’un conjoint américain et la communauté syriaque a fondu comme neige au soleil, relève Melek Yildiz.

Akram Fouad Khater, de l’université de Caroline du Nord, évalue à environ 100 000 le nombre de sujets de l’Empire ottoman ayant émigré aux États-Unis entre 1889 et 1919. Une immense majorité d’entre eux étaient des chrétiens, dont bon nombre de Syriaques. Mais, coincés entre des nativistes hostiles et des bons samaritains paternalistes, les immigrants du Moyen-Orient ont souvent été contraints de troquer une culture jugée “peu civilisée” contre “les normes d’une classe moyenne majoritairement protestante, blanche et anglo-saxonne”.

La jeune génération est aussi celle qui a le plus soif d’apprendre

Aujourd’hui, la chain migration [à rapprocher de notre regroupement familial], qui permet à des familles entières d’obtenir un titre de séjour permanent, fait débat aux États-Unis. Pourtant, c’est ce type d’immigration qui a permis à des immigrés durs à la tâche comme Jacob Hanikhe et Melek Yildiz, de faire du New Jersey un haut lieu de la renaissance araméenne. Six mois seulement après l’ouverture de classes d’araméen, les cours de Melek Yildiz étaient pris d’assaut, et l’afflux de nouveaux arrivants a permis à la communauté de fonder plusieurs églises.

Tous les vendredis de l’année scolaire, quelque 500 enfants de la congrégation de Mor Gabriel consacrent quatre heures à l’apprentissage à la fois des dialectes syriaques et de l’araméen littéraire des textes sacrés (il existe également un dialecte assyrien, mais Jacob Hanikhe explique qu’il n’est pas très différent du syriaque). À quoi il faut ajouter les cours de catéchisme dominicaux, prodigués en araméen, et un camp d’été qui associe loisirs et enseignement religieux.

Jacob Hanikhe m’explique que la plupart des structures syriaques ne touchent aucune aide de l’État et que la revitalisation de la religion chrétienne syriaque dans le New Jersey a été autofinancée par la communauté. Le retour en force de l’araméen bénéficie également du soutien de Suroyo TV, une chaîne satellite qui diffuse des émissions en araméen dans le monde entier.

L’arrivée dans me New Jersey

Jacob Hanikhe, qui parle également anglais, turc, arabe et kurde, confie qu’il ne “déteste aucune langue” mais qu’il préfère l’araméen. Il regrette qu’il soit si difficile de toucher les jeunes Américano-Syriaques qui “tournent le dos à leur culture”, mais se réjouit de constater que la jeune génération est aussi celle qui a le plus soif d’apprendre.

Cet enthousiasme s’explique en partie par la longue histoire de cette langue, mais aussi par le fait que c’est une question de survie pour les Syriaques. Quand les générations précédentes se sont détournées de la culture araméenne au cours de leur processus d’intégration, il se trouvait encore des communautés syriaques prospères au Moyen-Orient : les atrocités à répétition du XXe siècle sont venues renforcer le rôle de la diaspora dans la préservation de leur culture.

Une vague d’immigrés syriaques en provenance de Palestine est arrivée dans le New Jersey après qu’Israël a pris la Cisjordanie et Gaza lors de la guerre des Six-Jours, en 1967, suivie par un nouvel exode de Syriaques pendant la guerre civile libanaise dans les années 1980. Melek Yildiz précise que ces Syriaques avaient déjà abandonné l’araméen au profit de l’arabe. Beaucoup d’immigrés originaires d’autres pays, comme la Turquie et l’Iran, ont également adopté les langues nationales de ces pays. Certaines familles n’ont pas parlé l’araméen pendant des générations, mais leur participation à la vie de la communauté syriaque américaine amène leurs enfants à revenir vers la langue de leurs ancêtres.

Pour autant, la tournure que prend la situation politique aux États-Unis plonge de nombreux Syriaques dans l’incertitude. Si Donald Trump s’est posé en protecteur des chrétiens du Moyen-Orient, il n’en a pas moins été élu grâce à une vague d’hostilité anti-immigrés, et les Syriaques ont compris que le discours nativiste [s’opposant à toute nouvelle immigration] du président américain ne les distinguait pas forcément des autres peuples du Moyen-Orient.

Cela dit, quelle que soit la politique migratoire des États-Unis, la communauté syriaque américaine n’est sans doute pas près de disparaître. Malgré les persécutions et les affres de l’immigration. “Si vous pensez que c’est facile, ça ne l’est pas, observe Jacob Hanikhe, mais on n’a pas le choix.”

Cet article a été publié dans sa version originale le 26/01/2018
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1972 : Fischer – Spassky, les échecs au cœur de la Guerre froide

1972 : Fischer – Spassky, les échecs au cœur de la Guerre froide

Il y a quarante-six ans, du 11 juillet au 1er septembre 1972, l’affrontement entre les États-Unis et l’URSS en pleine Guerre froide prit un aspect bien singulier. Loin de la crise des missiles ou de la course aux armements, la compétition pour l’hégémonie mondiale eut cette fois lieu sur un simple échiquier, symbolisée par le duel entre deux hommes. Réputé comme le « match du siècle », voire de l’Histoire des échecs, le combat entre l’étasunien Robert Fischer – dit Bobby – et le soviétique Boris Spassky connut une ampleur sans commune mesure de par les enjeux qui l’entourèrent au point de devenir un véritable fait géopolitique.

L’échiquier, nouveau terrain de confrontation mondiale

Une décennie après l’effervescence de la crise de Cuba, s’ouvre une période de détente entre les deux superpuissances, illustrée notamment par la signature des accords SALT 1 en 1972 visant la réduction des arsenaux nucléaires. Le contexte fait dès lors la part belle au soft power qui occupe une place majeure dans cet affrontement latent. Les compétitions sportives sont de véritables batailles où chaque camp espère démontrer sa supériorité sur l’autre. En 1972 donc, la propagande par le sport ne se jouera pas sur l’habituel terrain de la performance physique, mais davantage sur celui de la performance cérébrale, du combat de l’esprit.

Les échecs sont, depuis 1948, sous la domination complète de l’URSS avec une succession de neuf championnats du monde remportés par des joueurs soviétiques. Cette prééminence est pour l’URSS la preuve de la supériorité intellectuelle fournie par son modèle sur l’Occident décadent. Malgré ses bons joueurs, les États-Unis ne parviennent pas à surpasser l’école échiquéenne soviétique. L’émergence d’un jeune prodige va toutefois faire naître des espoirs de revanche à l’Ouest. Le talentueux Bobby Fischer parvient à se hisser seul au sommet de l’élite mondiale et rivalise avec les grands maîtres de l’Est. Malgré des relations tumultueuses entre Fischer et les instances internationales d’échecs, celui-ci s’engage dans la voie pour le titre mondial, poussé par les hautes sphères de l’administration étasunienne. En 1971, lors des phases éliminatoires, Fischer démontre sa supériorité en écrasant deux des meilleurs joueurs soviétiques1. Vainqueur, il devient alors l’adversaire déclaré de l’actuel champion du monde Boris Spassky, dans un match qui sera porté au plus haut niveau médiatique comme le symbole de la poursuite de la compétition totale que se livrent les États-Unis et l’URSS.

Le choc des représentations

À l’image des litiges antiques se réglant par le combat de deux champions, le duel entre les deux superpuissances se personnifie à travers l’opposition de deux hommes, avec pour seules armes leur vision stratégique et leur puissance de calcul. La rencontre a lieu en terrain « neutre », dans la capitale islandaise Reykjavík, pour un match en 24 parties qui durera 53 jours. L’ensemble des médias internationaux sont présents et relayent l’événement. L’enjeu transcende la performance purement sportive entre deux grands maîtres, et au-delà des hommes, ce sont bien des systèmes, des idées et des représentations qui s’affrontent sur l’échiquier. D’un côté, ce qui est présenté comme un modèle d’organisation rationnelle permettant le plein accomplissement de l’individu. Une véritable école soviétique où les échecs sont partie intégrante du système politique et où d’importants efforts financiers et humains sont consentis pour la conception en chaîne de champions dont Spassky est l’ultime représentant. De l’autre, un monde davantage organisé autour de la croyance en un pouvoir fécondateur de la liberté, où l’absence de contraintes idéologiques révélerait le génie de l’homme, et dont Fischer, l’enfant autodidacte de Brooklyn, serait le parfait exemple.

Émaillé de nombreux rebondissements et de plusieurs controverses, notamment du fait de l’attitude provocatrice de Fischer, le match est finalement remporté par ce dernier, sur le score de 12,5 à 8,5. Pour la première fois depuis 24 ans, le titre de champion du monde échappe à un Soviétique, véritable rupture dans le milieu échiquéen. Au-delà de la victoire de Fischer, sur la scène internationale, il s’agit d’une victoire symbolique des États-Unis en matière de représentations et d’images sur l’URSS que l’appareil de propagande étasunien ne manquera pas de diffuser. Celle d’un Bobby élevé au rang de héros national et de son triomphe sur la terrible, mais sclérosée, machine soviétique, schématisant in fine la victoire inéluctable du « monde libre » sur l’URSS. Si cet événement sportif n’est évidemment pas un tournant au sein de la chronologie de la Guerre froide, il reste l’illustration de l’affrontement total, protéiforme et le plus souvent indirect que se sont livrés les deux superpuissances, ainsi que la place notable du sport et de l’image dans cette compétition acharnée.

S’intéresser au sujet par l’écran : Le récent film Le Prodige (Pawn Sacrifice en version originale) retrace, en s’autorisant beaucoup de liberté quant à la véracité de certains faits, des pans de la vie de Fischer à travers son duel contre Spassky.

1Il bat confortablement en quart de finale et en finale du tournoi des candidats les grands maîtres soviétiques Mark Taïmanov et Tigran Pétrossian sur les scores de 6–0 et 6,5–2,5 respectivement. Sort identique pour le danois Bent Larsen éliminé par Fischer en demi-finale sur le score de 6-0.

About Axel CARROT

Axel CARROT est diplômé d’un master 2 en Relations internationales – Sécurité et Défense. Il s’intéresse plus particulièrement au Moyen-Orient et aux représentations identitaires en géopolitique

Céline envoie dinguer Hitler, fascisme et modernité (1933)

Céline envoie dinguer Hitler, fascisme et modernité (1933)

Les Carnets de Nicolas Bonnal

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Céline envoie dinguer Hitler, fascisme et modernité (1933)

On a fait de Céline un nazi et on l’insulte du soir au matin. Cette époque de misère ne sait qu’insulter tout le passé pour imposer  au monde sa merde morale et culturelle.

L’homme venait de la gauche libertaire et il était évidemment plus subtil. Son pacifisme l’a rendu enragé comme je l’ai expliqué. Il est facile de lui jeter la pierre quand tout le monde aujourd’hui reconnait le rôle de Netanyahou ou d’Adelson pour pousser Trump et sa clique d’animaux à la guerre d’extermination contre l’Iran.

Voici ce que Céline écrit en 1933 dans un hommage à Emile Zola qui fourmille de vues passionnantes et vivantes sur notre monde moderne. Comme je l’ai montré dans mon livre, le diagnostic de Céline est terrible et se rapproche de celui des grands chrétiens comme Chesterton ou Bernanos, ou des grands critiques de postmarxistes de la modernité libérale (Debord, Boorstin, Mumford).

On l’écoute :

« La position de l’homme au milieu de son fatras de lois, de coutumes, de désirs, d’instincts noués, refoulés est devenue si périlleuse, si artificielle, si arbitraire, si tragique et si grotesque en même temps, que jamais la littérature ne fut si facile à concevoir qu’à présent, mais aussi plus difficile à supporter. Nous sommes environnés de pays entiers d’abrutis anaphylactiques ; le moindre choc les précipite dans les convulsions meurtrières à n’en plus finir.

Nous voici parvenus au bout de vingt siècles de haute civilisation et, cependant,aucun régime ne résisterait à deux mois de vérité. Je veux dire la société marxiste aussi bien que nos sociétés bourgeoises et fascistes. »

Ici c’est presque freudien. J’ai déjà expliqué que le texte de Freud sur la guerre est très politiquement incorrect. Freud méprisait royalement le président Wilson (voyez son texte co-écrit avec Bullit) et il envoya un de ses livres dédicacés à un certain Benito Mussolini. On le brûle ?…

« L’homme ne peut persister, en effet, dans aucune de ces formes sociales, entièrement brutales, toutes masochistes, sans la violence d’un mensonge permanent et de plus en plus massif, répété, frénétique, « totalitaire » comme on l’intitule. Privées de cette contrainte, elles s’écrouleraient dans la pire anarchie, nos sociétés. »

Céline dit même qu’on descendra plus bas qu’Hitler (en effet : guerre nucléaire US contre Chine, Russie, Iran, Syrie, tout le bataclan) :

« Hitler n’est pas le dernier mot, nous verrons plus épileptique encore, ici, peut-être. Le naturalisme, dans ces conditions, qu’il le veuille ou non, devient politique. On l’abat. Heureux ceux que gouvernèrent le cheval de Caligula !

Les gueulements dictatoriaux vont partout à présent à la rencontre des hantés alimentaires innombrables, de la monotonie des tâches quotidiennes, de l’alcool, des myriades refoulées ;tout cela plâtre dans un immense narcissisme sadico-masochiste toute issue de recherches, d’expériences et de sincérité sociale. »

Il règle son compte à la jeunesse avant Instagram :

« On me parle beaucoup de jeunesse, le mal est plus profond que la jeunesse !Je ne vois en fait de jeunesse qu’une mobilisation d’ardeurs apéritives, sportives, automobiles, spectaculaires, mais rien de neuf.Les jeunes, pour les idées au moins, demeurent en grande majorité à la traîne des R.A.T. bavards, filoneux, homicides. A ce propos, pour demeurer équitables, notons que la jeunesse n’existe pas au sens romantique que nous prêtons encore à ce mot. Dès l’âge de dix ans, le destin de l’homme semble à peu près fixé dans ses ressorts émotifs tout au moins ; après ce temps, nous n’existons plus que par d’insipides redites, de moins en moins sincères, de plus en plus théâtrales.Peut-être, après tout, les « civilisations » subissent-elles le même sort ? La nôtre semble bien coincée dans une incurable psychose guerrière. »

Adoration de la guerre et du fanatisme :

« Nous ne vivons plus que pour ce genre de redites destructrices. Quand nous observons de quels préjugés rancis, de quelles fariboles pourries peut se repaître le fanatisme absolu de millions d’individus prétendus évolués, instruits dans les meilleures écoles d’Europe, nous sommes autorisés certes à nous demander si l’instinct de mort chez l’homme, dans ses sociétés, ne domine pas déjà définitivement l’instinct de vie. Allemands, Français, Chinois, Valaques. Dictatures ou pas. Rien que des prétextes à jouer à la mort. »

Fascination de la mort comme pour le nazisme impérial actuel :

« Le sadisme unanime actuel procède avant tout d’un désir de néant profondément installé dans l’homme et surtout dans la masse des hommes,une sorte d’impatience amoureuse à peu près irrésistible, unanime pour la mort. »

Après la guerre, Céline agonisera longtemps dans la solitude et l’aigreur de son enragement très raté et il dira :

« Je ne me sens coupable d’aucun crime. Je n’ai voulu qu’empêcher la guerre. Je ne recommencerai pas. Ils pourront la prochaine fois comme ils sont en train de s’y préparer, s’assassiner jusqu’au dernier homme. Je les assure d’avance de mon parfait silence. »

 

Sources

Céline – Hommage à Zola (1933) ; Bagatelles pour un massacre.

Nicolas Bonnal – Le pacifiste enragé (Amazon.fr)

http://www.dedefensa.org/article/celine-envoie-dinguer-hitler-fascisme-et-modernite-1933

 

Pourquoi les anglo-saxons haïssent-ils la Russie ?

Pourquoi les anglo-saxons haïssent-ils la Russie ?


Par Emmanuel Leroy − le 7 Juillet 2018

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Pour entrer directement dans le cœur du sujet, j’irai au fait et je dirai que si l’on ne prend pas conscience que la guerre en cours contre la Russie aujourd’hui est la même guerre que l’oligarchie anglo-saxonne a mené depuis l’époque élisabéthaine contre l’Espagne et le Portugal, puis contre la Hollande, puis contre la France, définitivement vaincue à Waterloo, puis contre l’Autriche-Hongrie vaincue en 1918 et enfin contre l’Allemagne vaincue en 1945, on ne peut comprendre intimement aucun des grands événements qui se sont déroulés sur le continent européen depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Tous ces peuples européens ont courbé la tête et leurs élites sont passées sous les fourches caudines de la City, aujourd’hui renforcée par Wall Street.


Dans cette lecture rapide de l’histoire de l’Europe des 5 derniers siècles, force est de constater qu’il ne reste qu’un peuple sur le continent eurasiatique qui n’a jamais été vaincu définitivement par les puissances anglo-saxonnes et c’est le peuple russe. Voilà pourquoi ce que les Anglais ont appelé « Le Grand jeu » continue et il continuera jusqu’à ce que la Russie s’incline à son tour ou jusqu’à ce que Mammon tombe de son piédestal.

Si l’on ne rentre pas dans cette logique, on ne peut rien comprendre à la chute du mur de Berlin en 1989, ni aux sécessions programmées des pays baltes, de la Biélorussie, de l’Ukraine et des régions d’Asie centrale ni aux révolutions de couleur en Yougoslavie ni à celle de Géorgie en 2008, ni bien sûr à la crise ukrainienne que nous connaissons aujourd’hui.

La crise ukrainienne

Dans une première analyse, on pourrait dire que la cause première de la guerre résulte de la chute du Président Viktor Yanoukovitch à la suite des manifestations de Maïdan qui a conduit à la mise en place d’un régime néo-bandériste à la solde de l’occident. Puis de manière concertée et volontariste, ce régime manipulé et tenu à bout de bras par le FMI, les USA et la Commission européenne, a créé délibérément les conditions d’une sécession dans l’est de l’Ukraine, comme si on avait voulu créer un abcès purulent aux frontières de la Russie.

Première question : l’agression contre la Russie en Ukraine est-elle une mesure de rétorsion consécutive aux défaites successives subies par les terroristes islamistes manipulés par l’occident sur le front syrien depuis l’intervention russe à l’automne 2015 ? Peut-être, sans doute même, mais cela n’a pas une grande importance dans l’analyse des causes profondes de cette guerre, car ceux qui font la guerre à la Russie aujourd’hui, je ne parle pas des marionnettes de Kiev bien entendu, la font depuis très longtemps et ils n’ont pas besoin d’un prétexte aussi futile qu’une défaite marginale au moyen-orient pour poursuivre inexorablement le but qu’ils poursuivent depuis des siècles. Nous reviendrons sur cet aspect en détail un peu plus loin.

Alors remontons plus avant dans l’analyse des causes de cette guerre. Le magazine russe Zavtra a publié le 15 mars 2015 le compte rendu d’une table ronde organisée autour de la situation actuelle en Russie et en Ukraine, de ses causes et de son impact pour l’avenir. Alexander Nagorny, Secrétaire exécutif du club d’Izborsk implique la perestroïka de Gobatchev dans la genèse de la guerre civile en Ukraine. Il a parfaitement raison d’intégrer cette période de l’histoire russe comme une des causes de la situation de crise qui existe aujourd’hui dans le Donbass, mais à la condition de ne pas oublier d’analyser la pérestroïka et la glasnost gorbatchévienne pour ce qu’elles étaient, à savoir des mesures de déstabilisation et de réorientation politique suscitées par l’occident.
Si l’on se refuse à admettre cette hypothèse, on ne peut rien comprendre aux conditions de la dislocation du régime soviétique et au pillage généralisé qui a suivi durant l’ère Eltsine.

Si l’on remonte encore plus loin dans le temps, on peut considérer que le financement pendant la première guerre mondiale de Trotsky par la City et certaines banques new-yorkaises d’une part et de Lénine par l’Allemagne de Guillaume II d’autre part, afin de renverser la dynastie des Romanov et d’établir un régime totalitaire et spécifiquement antichrétien constituent là encore, une cause ancienne mais probable de la guerre en Ukraine.

Et enfin, si l’on remonte encore un peu le fleuve de l’histoire, on peut considérer que la guerre de Crimée de 1853 s’inscrit aussi dans la même logique, avec les mêmes motivations, que la guerre d’Ukraine qui se déroule actuellement dans le bassin du Don. Que peut-on retenir de significatif dans cette guerre de Crimée menée au XIXème siècle, au-delà du prétexte fallacieux de la question des lieux saints de Jérusalem et du contrôle de la mer Noire pour lequel la France n’avait aucun intérêt stratégique ni même commercial ? Qu’il s’agit là de la première guerre que la France fit au service exclusif des intérêts anglo-saxons, car depuis Waterloo, une grande partie des élites françaises, aristocratie et bourgeoisie confondues, se sont progressivement détournées de l’intérêt national pour servir la cause du maître dominant de l’époque, hier Londres et aujourd’hui Washington.

D’une manière différente, mais toujours en poursuivant le même but, la finance anglo-saxonne, après avoir soutenu l’émergence du nazisme en Allemagne comme elle avait soutenu la révolution bolchevique en Russie, est parvenue à l’un de ses buts en brisant les reins de la puissance germanique, et là encore en amenant les élites allemandes à Canossa, à réduire un autre grand peuple européen au servage idéologique et à le priver de sa souveraineté.

Autrement dit, et pour résumer mon propos, depuis la fin du XVIème siècle au moins, l’oligarchie anglaise, c’est-à-dire aristocratie et finance réunies, a conçu le projet de dominer le monde par tous les moyens, y compris légaux : la guerre, le vol, la corruption, la subversion, le boycott, le blocus, les sanctions économiques, l’assassinat, le chantage, la désinformation… La liste n’est pas exhaustive.

Lorsque certains historiens qualifient de volonté d’équilibre entre grandes puissances la politique de Londres depuis Henry VIII jusqu’à la première guerre mondiale, ils n’ont que partiellement raison. Derrière le jeu des alliances successives avec l’Autriche, la Prusse, la Russie, la France, la Suède ou d’autres, se dessinait toujours la volonté de faire tomber l’une après l’autre toutes les puissances qui dominaient le continent européen et qui pouvaient compromettre le grand projet thalassocratique. D’abord il fallut briser l’empire de Charles Quint et sa suprématie maritime dans le commerce des Amériques, puis briser la puissance française qui domina l’Europe de la fin du XVIIème siècle jusqu’à Waterloo.

Puis il fallut à l’oligarchie anglo-saxonne deux guerres mondiales pour réduire à néant la puissance germanique en mobilisant pour cela toutes les énergies des nations qu’elle avait subjuguées. Pour abattre la puissance allemande, il était vital dans le plan des anglo-saxons que l’URSS s’oppose à l’Allemagne nazie et que ces deux géants de la scène européenne s’affrontent et s’épuisent dans une lutte mortelle ce qui advint. Cet éclairage permet avec le recul de mieux comprendre l’intelligence politique du pacte Molotov-Ribbentrop dont Hitler et les dirigeants nazis n’ont pas compris la réelle portée, ainsi que l’a montré l’expédition à Londres que fit Rudolf Hess en 1941.

Alors aujourd’hui où en est-on ?

L’oligarchie anglo-saxonne a gagné la guerre idéologique puisque depuis la fin de l’Union soviétique aucune puissance dans le monde n’offre d’alternative à son discours libéral et libertaire. Or, il s’agit d’une lutte à mort dont l’enjeu, le Grand Enjeu, est la domination mondiale, ce dont les néo-conservateurs américains ne se cachent même plus. Le monde unipolaire qu’ils souhaitent instaurer est celui que George Orwell dénonçait dans son roman 1984. Ces gens-là rêvent d’une humanité réduite en esclavage et dont ils seront les maîtres tous puissants.
La dernière forteresse qu’il leur reste à conquérir se trouve sur les rives de la Moskova. Et la guerre qu’ils feront, qu’ils font, pour conquérir le Kremlin est une guerre totale : Idéologique, culturelle, religieuse, économique, technologique et bien sûr militaire.

Ils se serviront des centaines d’organisations non-gouvernementales comme celles de Monsieur Soros et de ses amis, ils appliqueront la politique des sanctions, ils achèteront les esprits et les âmes et ils donneront leurs directives aux agents de la 5ème colonne afin de saboter et d’affaiblir la puissance slave. Ils paieront des Femen, des Pussy Riot ou des Navalny pour salir et faire tomber la Sainte Russie.

Face à cette volonté de conquête de la part du monde anglo-saxon et de son oligarchie financière, face à des êtres pour qui la Russie traditionnelle représente tout ce qu’ils haïssent et qu’ils veulent voir disparaître, les Russes ne peuvent se contenter de contester leurs mensonges à la tribune de l’ONU. La responsabilité de la Russie aujourd’hui est historique et l’enjeu va bien au-delà d’une Sainte Alliance telle que celle dont rêvait le Tsar Alexandre 1er, car si la Russie tombe demain, c’est toute l’humanité qui tombera avec elle sous la férule du monde abject de l’argent.

En conclusion, je dirais que le courage et la volonté ne suffiront pas pour gagner cette guerre. Cette fois-ci, il ne faudra pas compter sur le général Hiver pour l’emporter. Car l’arme principale utilisée par nos ennemis est l’arme culturelle et les batailles qu’ils sont en train de livrer se déroulent déjà depuis un quart de siècle de Pskov à Vladivostok. Le cinéma, la musique, les concerts de rock, la peinture, le théâtre, la littérature, l’enseignement, les médias, Internet, tous ces vecteurs sont utilisés pour transformer l’âme du peuple russe et le subvertir, comme ils sont toujours utilisés en occident pour maintenir les populations dans l’adoration de leurs maîtres et des régimes pseudo démocratiques qu’ils nous ont imposés.

Il découle de cela que le pragmatisme et le bon sens utilisés comme moyens de défense en réplique aux attaques que la Russie subit de manière croissante ne sont pas des armes suffisantes face à l’hégémonie idéologique et culturelle de notre adversaire commun. Contre l’idéologie des droits de l’homme et du libre marché il faut opposer une vision du monde alternative qui démontre la nocivité des buts poursuivis par l’oligarchie anglo-saxonne. Pour contrer cette idéologie mortifère qui se sert de l’individualisme pour tuer les peuples et les asservir, il faut promouvoir la liberté des peuples et la pluralité des cultures contre le totalitarisme rampant de l’hegemon anglo-saxon. Le conservatisme et le patriotisme sont sans doute des armes qu’il faudra utiliser, mais je ne suis pas certain qu’elles seront suffisantes pour l’emporter. C’est une guerre de religion que mène le Système et l’un de ses buts primordiaux est d’achever l’éradication de la religion chrétienne sur le continent européen. Et la Russie est l’un des lieux où renaît cette foi. Voilà un crime impardonnable.

Emmanuel Leroy

Président de l’association humanitaire
Urgence Enfants du Donbass

 

http://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-les-anglo-saxons-haissent-ils-la-russie

 

 

Le crépuscule de la guerre

Le crépuscule de la guerre

Si l’on considère la guerre en Syrie non pas comme un événement en soi, mais comme l’aboutissement d’un conflit mondial d’un quart de siècle, on doit s’interroger sur les conséquences de la cessation à venir des hostilités. Son achèvement marque la défaite d’une idéologie, celle de la globalisation et du capitalisme financier. Les peuples qui ne l’ont pas compris, notamment en Europe occidentale, se placent eux-mêmes à l’écart du reste du monde.

| Damas (Syrie)

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Donald Trump et Vladimir Poutine lors du sommet bilatéral d’Helsinki, le 16 juillet 2018.

Les guerres mondiales ne se terminent pas simplement par un vainqueur et un vaincu. Leur fin trace les contours d’un nouveau monde.

La Première Guerre mondiale s’est conclue par la défaite des empires allemand, russe, austro-hongrois et ottoman. La cessation des hostilités a été marquée par l’élaboration d’une organisation internationale, la Société des nations (SDN) chargée d’abolir la diplomatie secrète et de régler par l’arbitrage les conflits entre les États-membres.

La Seconde Guerre mondiale s’est conclue par la victoire de l’Union soviétique sur le Reich nazi et l’Empire nippon du hakkō ichi’u [1] [2], suivie d’une course poursuite entre les Alliés pour occuper les dépouilles de la Coalition vaincue. Elle a donné naissance à une nouvelle structure, l’Organisation des Nations unies (Onu), chargée de prévenir de nouvelles guerres en établissant le Droit international autour d’une double légitimité : l’Assemblée générale où chaque État dispose d’une voix quelle que soit sa taille, et un directoire des cinq principaux vainqueurs, le Conseil de sécurité.

La Guerre froide n’était pas la Troisième Guerre mondiale. Elle ne s’est pas terminée par la défaite de l’Union soviétique, mais par son effondrement sur elle-même. Elle n’a pas été suivie de la création de nouvelles structures, mais par l’intégration des États de l’URSS au sein d’organisations préexistantes.

La Troisième Guerre mondiale aura débuté en Yougoslavie, se sera poursuivie en Afghanistan, en Irak, en Géorgie, en Libye, au Yémen, pour se terminer en Syrie. Son champ de bataille s’est circonscrit aux Balkans, au Caucase et à ce que l’on appelle désormais le « Moyen-Orient élargi ». Elle aura coûté la vie à d’innombrables populations musulmanes ou chrétiennes orthodoxes, sans trop déborder dans le monde occidental. Elle est en train de se conclure depuis le sommet Poutine-Trump d’Helsinki.

Les profondes transformations qui ont modifié le monde durant les 26 dernières années ont transféré une partie du pouvoir des gouvernements vers d’autres entités, soit administratives, soit privées, aussi bien que l’inverse. Par exemple, on a vu une armée privée, Daesh, se proclamer État souverain. Ou encore, le général David Petraeus organiser le plus vaste trafic d’armes de l’Histoire lorsqu’il dirigeait la CIA, et le poursuivre après sa démission au nom d’une société privée, le fonds spéculatif KKR [3].

Cette situation peut être décrite comme un affrontement entre, d’une part, une classe dirigeante transnationale et, d’autre part, des gouvernements responsables devant leurs peuples.

Contrairement aux imputations de la propagande qui attribuent la cause des guerres à des circonstances immédiates, celles-ci se trouvent dans des rivalités ou des ambitions profondes et anciennes. Les États mettent des années à se dresser les uns contre les autres. Ce n’est souvent qu’avec le temps que nous pouvons comprendre les conflits qui nous dévorent.

Par exemple, très peu de gens ont compris ce qui se passait lors de l’invasion japonaise de la Mandchourie (1931) et ont attendu l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne (1938) pour comprendre que les idéologies racistes allaient mener à la Seconde Guerre mondiale. Identiquement, rares sont ceux qui ont compris dès la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992) que l’alliance entre l’Otan et l’islam politique ouvrait la voie à la destruction du monde musulman [4].

Aujourd’hui encore, malgré les travaux des journalistes et des historiens, beaucoup n’ont toujours pas réalisé l’énormité de la manipulation dont nous avons tous été victimes. Ils refusent d’admettre que l’Otan coordonnait alors des supplétifs saoudiens et iraniens sur le continent européen. C’est pourtant un fait impossible à contester [5].

De même, ils refusent d’admettre qu’Al-Qaïda, accusé par les États-Unis d’avoir perpétré les attentats du 11-Septembre, a pu combattre sous les ordres de l’Otan en Libye et en Syrie. C’est pourtant un autre fait impossible à contester [6].

Le plan initial qui prévoyait de dresser le monde musulman contre le monde orthodoxe s’est transformé en cours de route. Il n’y a pas eu de « guerre des civilisations ». L’Iran chiite s’est retourné contre l’Otan qu’il servait en Yougoslavie et s’est allié à la Russie orthodoxe pour sauver la Syrie multiconfessionnelle.

Nous devons ouvrir les yeux sur l’Histoire et nous préparer à l’aube d’un nouveau système mondial où certains de nos amis d’hier sont devenus nos ennemis et vice-versa.

À Helsinki, ce ne sont pas les États-Unis qui ont conclu un accord avec la Fédération de Russie. Ce n’est que la Maison-Blanche. Car l’ennemi commun est un groupe transnational exerçant une autorité aux États-Unis. Considérant que c’est lui et non pas le président élu qui représente les USA, il ne s’est d’ailleurs pas gêné pour accuser immédiatement le président Trump de trahison.

Ce groupe transnational est parvenu à nous faire croire que les idéologies sont mortes et que l’Histoire est finie. Il a présenté la globalisation, c’est-à-dire la domination anglo-saxonne à travers l’extension de la langue et du mode de vie états-unien, comme la conséquence du développement des techniques de transport et de communication. Il nous a assuré qu’un système politique unique était idéal pour tous les hommes, la démocratie (c’est-à-dire le « gouvernement du Peuple, par le Peuple, pour le Peuple »), et qu’il était possible de l’imposer à tous par la force. Enfin, il a présenté la liberté de circulation des personnes et des capitaux comme la solution à tous les problèmes de main d’œuvre et d’investissement.

Ces assertions, que nous acceptons tous dans notre quotidien, ne résistent pourtant pas une minute à la réflexion.

Derrière ces mensonges, ce groupe transnational a systématiquement érodé le Pouvoir des États et amassé des fortunes.

Le camp qui sort vainqueur de cette longue guerre défend au contraire l’idée que, pour choisir leur destin, les hommes doivent s’organiser en Nations définies soit à partir d’une terre, soit d’une histoire ou d’un projet commun. Par conséquent, il soutient les économies nationales contre la finance transnationale.

Nous venons d’assister à la Coupe du monde de football. Si l’idéologie de la globalisation avait gagné, nous aurions du soutenir non seulement notre équipe nationale, mais aussi celles d’autres pays en fonction de leur appartenance à des structures supra-nationales communes. Par exemple, les Belges et les Français auraient dû se soutenir mutuellement en agitant des drapeaux de l’Union européenne. Mais ce n’est venu à l’idée d’aucun supporter. Nous mesurons là le fossé qui sépare d’une part la propagande qu’on nous assène et que nous répétons et, d’autre part, notre comportement spontané. Malgré les apparences, la victoire superficielle du globalisme n’a pas modifié ce que nous sommes.

Ce n’est évidemment pas un hasard si la Syrie où fut imaginée et façonnée l’idée d’État, il y a plusieurs milliers d’années, est la terre où cette guerre s’achève. C’est parce qu’ils avaient un véritable État, qui n’a jamais cessé de fonctionner, que la Syrie, son peuple, son armée et son président ont pu résister à la plus gigantesque coalition de l’Histoire, constituée par 114 États membres des Nations unies.

[1] Le hakkō ichi’u (les huit coins du monde sous un seul toit) est l’idéologie de l’Empire japonais. Elle pose la supériorité de la race nipponne et son droit à dominer l’Asie.

[2] Les armées soviétiques déferlaient sur la Mandchourie laissant penser que Tokyo allait présenter sa reddition à Moscou lorsque le président Truman fit usage d’une seconde bombe atomique à Nagasaki. Il contraignit ainsi les Japonais à se rendre au général McArthur, permettant ainsi au Pentagone d’occuper ce pays. NdlR

[3] « Des milliards de dollars d’armes contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 juillet 2017.

[4] Les Dollars de la terreur : Les États-Unis et les islamistes, Richard Labévière, Grasset, 1999.

[5] Wie der Dschihad nach Europa kam. Gotteskrieger und Geheimdienste auf dem Balkan, Jürgen Elsässer, Kai Homilius Verlag, 2006. Version française : Comment le Djihad est arrivé en Europe (préface de Jean-Pierre Chevènement), Xenia, 2006.

[6] Sous nos yeux. Du 11-septembre à Donald Trump, Thierry Meyssan, Demi-Lune 2017.

 

De Trajan à Lawrence

De Trajan à Lawrence

Publié le 30 Juin 2018 par Observatus geopoliticus in Moyen-Orient, Histoire, Europe

L’Histoire a de ces coïncidences… L’actuelle bataille pour le sud-ouest syrien place sur le devant de la scène deux sites qui ont connu leur heure de gloire ou d’infortune en d’autres temps : Bosra et Deraa.

Déjà mentionnée au XIVème siècle avant JC dans les tablettes de Tell el-Amarna, Bosra se développa réellement à partir du IIème siècle avant notre ère lorsqu’elle devint la capitale du nord du Royaume nabatéen. Surtout, en 106, elle devient la capitale de la province romaine d’Arabie créée par Trajan après l’annexion des Nabatéens. Agrandie et embellie d’édifices publics, Bosra est rebaptisée Nova Trajana Bostra par l’empereur et un magnifique théâtre de 17 000 place, demeuré presque intact, est construit.

C’est cette petite ville que prennent les rebelles modérément modérés en 2015, forçant à l’exil la moitié chiite de la population.

Autre époque, même région. Durant la Première Guerre Mondiale, les Britanniques sont en guerre contre l’empire ottoman, allié de l’Allemagne, et le fameux Lawrence d’Arabie a un rôle clé dans le soulèvement des tribus arabes contre la Sublime Porte.

Après avoir pris Aqaba en juillet 1917 lors d’une audacieuse attaque terrestre, il lance un petit raid sur Deraa à l’automne, au cours duquel il se fait prendre. S’il ne l’a jamais explicitement dit, il y est vraisemblablement torturé et violé à cette occasion par des officiers turcs.

Après 1918, Lawrence ne quittera pas tout à fait les affaires moyen-orientales, comme nous l’expliquions il y a trois ans :

L’histoire d’amour entre le monde anglo-saxon et l’islamisme remonte à plus d’un siècle, lorsque la Grande-Bretagne commença à se mêler des affaires de la péninsule arabique. Mais Londres était tiraillée entre deux visions, plus exactement deux départements de ses affaires étrangères, chacun supportant son poulain (ou son pur-sang arabe en l’occurrence). Par l’entremise de son agent sur place, John Philby – le père du célèbre espion qui trahira pour le compte du KGB -, l’India Office soutenait Abdulaziz Ibn Saoud, allié aux wahhabites, ce courant ultra rigoriste de l’islam. De l’autre côté, l’Arab Bureau du Caire et le légendaire Lawrence (oui, oui, d’Arabie) jouaient la carte du chérif Hussein de la Mecque, bien plus modéré. Malheureusement pour le monde, le premier prit le pas sur le second sur le terrain et Philby sur Lawrence dans les corridors du Foreign Office. Le Saoud monta sur le trône de l’Arabie, on en paye encore les conséquences…

Mais revenons à Deraa, ville départ en 2011 de la vraie-fausse révolte syrienne et de la guerre en général. La ville est depuis lors plus ou moins divisée en deux, une partie fidèle aux loyalistes, l’autre aux mains des « rebelles ».

C’est dans toute cette zone historiquement chargée qu’a maintenant lieu l’une des dernières batailles du conflit finissant. Nous en étions restés il y a cinq jours sur la dérouillée des barbus qui ont perdu l’importante plaine de Lajat. Depuis, les loyalistes ont encore avancé et les lignes de défense rebelles s’écroulent :

Comme souvent lorsqu’ils prennent une fessée, nos petits amis barbus sont soudain prêts à discuter avec l’impie gouvernement Assad et faire des concessions. L’idée d’un cessez-le-feu est d’abord venue d’Amman avant de faire son chemin dans les esprits.

Le centre de réconciliation mis sur pied par les Russes fonctionne à plein régime et la plupart des groupes sont enclins à déposer les armes. Ils n’ont certes pas trop le choix étant donné que des manifestations pro-gouvernementales éclatent un peu partout dans les zones tenues par les rebelles, dont Bosra.

Si la zone à l’est de Deraa devrait rapidement revenir dans le giron de Damas, restera la partie occidentale, accolée au petit territoire daéchique et au Golan occupé par Israël. Etincelles en perspective, à moins que Poutine et Trump ne nous sortent un petit tour de leur chapeau lors du sommet le 16 juillet à Helsinki.

Le Donald veut-il réellement retirer les troupes US de Syrie et donner la main au Kremlin ? Si oui, le Deep State le laissera-t-il faire ? Quid de la réaction de Bibi la Terreur ? Le Hezbollah participera-t-il à la fête ? Toutes ces questions auront leur réponse dans les semaines à venir…

Terminons par une anecdote qui n’en est finalement pas une, la petite histoire rejoignant ici la grande. Bosra Sham, du nom de la ville sous les feux de l’actualité, était une grande pouliche des années 90. Elle appartenait à Wafic Saïd, homme d’affaires syro-saoudien.

Or, c’est lui qui a facilité, à partir de 1985 entre le Royaume-Uni et l’Arabie saoudite, une série de contrats record d’armement appelée Al Yamanah, que l’on peut traduire par « colombe » mais aussi « pigeon », nom ô combien prédestiné. On y retrouve les noms de Margaret Thatcher, Bandar bin Sultan (ambassadeur à Washington entre 1983 et 2005 puis chef des services secrets saoudiens jusqu’en 2014) ou encore Tony Blair (qui a stoppé en 2006, pour « raison d’Etat », l’enquête officielle sur les énormes soupçons de corruption).

Lawrence a dû se retourner dans sa tombe, même s’il aurait sans nul doute apprécié la maestria de la pouliche…

Haïr la Russie est un travail à temps plein

Haïr la Russie est un travail à temps plein


Les néocons ressuscitent les souvenirs de conflits tribaux pour attiser les flammes


Jewish Bolsheviks
Un bolchevik fermant un service de minuit à Pâques. Détail d’une peinture monumentale de 1999 par Ilya Glazunov.

Par Philip Giraldi – Le 5 juin 2018 – Source Unz Review

Je viens de rentrer d’un voyage en Russie, et je suis heureux d’annoncer que le peuple russe et la bureaucratie que j’ai rencontrés ne tenaient aucun propos au vitriol contre les Américains, propos auxquels je m’attendais moyennement en raison de la diffamation de Moscou et de toutes ses actions, qui inondent les médias américains et l’Establishment. Bien sûr, beaucoup de Russes avec qui j’ai parlé ont été prompts à critiquer l’administration Trump pour ses actions erratiques vis-à-vis des relations bilatérales avec Moscou, tout en exprimant leur stupéfaction sur la raison pour laquelle la relation s’était dégradée aussi rapidement. Mais cette colère contre la politique étrangère ne s’est pas nécessairement traduite par du mépris pour le peuple américain et le mode de vie qui caractérisait la période soviétique. Du moins pas encore.

Un peu à ma grande surprise, les Russes ordinaires n’hésitent pas à critiquer ouvertement le président Vladimir Poutine pour ses tendances autocratiques et sa volonté de continuer à tolérer la corruption, mais tous ceux auxquels j’ai parlé ont reconnu qu’il avait généralement agi de manière constructive et amélioré considérablement la vie des gens. Poutine reste incroyablement populaire.

Une question fréquente revenait : « Qui pousse aux hostilités envers la Russie ? ». J’ai répondu que la réponse n’est pas si simple et qu’il y a un certain nombre de factions qui, pour une raison ou une autre, ont besoin d’un ennemi puissant pour justifier des politiques qui seraient autrement insupportables. Les entreprises de la défense ont besoin d’un ennemi pour justifier leur existence tandis que les membres du Congrès ont besoin de ces entreprises pour financer leurs campagnes. Les médias ont besoin d’une bonne histoire de croquemitaine pour pousser l’audience et le public est aussi habitué à vivre dans un monde où de terribles menaces se cachent juste derrière l’horizon, renforçant ainsi le contrôle gouvernemental sur la vie quotidienne pour assurer la sécurité de tous.

Et puis il y a les néocons. Comme toujours, ils sont une force qui se distingue pour son concept de destruction créative, comme ils disent, certainement tout d’abord pour obtenir le financement de leurs fondations et think tanks à peu de frais, mais aussi idéologiquement, ce qui a fait d’eux l’avant-garde intellectuelle du parti de la guerre. Ils fournissent le cadre intellectuel acceptable pour justifier la main mise de l’Amérique sur le monde, métaphoriquement parlant, et constituent la force de frappe qui est toujours prête à apparaître dans les talk-shows télévisés, ou à se faire citer dans les médias, avec le vernis d’expertise approprié qui peut être utilisé pour justifier l’impensable. En retour, ils sont généreusement récompensés à la fois par l’argent et le statut.

Les néocons croient en deux choses seulement. Premièrement que les États-Unis sont la seule superpuissance mondiale à avoir reçu licence d’une entité divine pour exercer un leadership mondial, par la force si nécessaire. Cela s’est traduit pour le public par l’expression « exceptionnalisme américain ». En effet, l’interventionnisme américain s’est manifesté, en pratique, de préférence par la force, car cela laisse peu de place au débat ou à la discussion. Et le deuxième principe directeur des néocons est que tout doit être fait pour protéger et promouvoir Israël. En l’absence de ces deux croyances, vous n’avez pas de néocons.

Les pères fondateurs de l’idéologie des néocons étaient des intellectuels juifs new-yorkais qui ont évolué – ou déchu – pour passer de l’attitude de trotskystes poseurs de bombes à conservateurs, un processus qu’ils définissent comme « l’idéalisme rattrapé par la réalité ». La seule réalité est qu’ils ont toujours été de faux conservateurs, adoptant un certain nombre de positions agressives en matière de politique étrangère et de sécurité nationale, tout en soutenant en privé la ligne libérale juive standard sur les questions sociales. Le fanatisme des néocons sur les questions qu’ils promeuvent suggère aussi qu’une bonne dose  de trotskisme demeure dans leur caractère, d’où leur ténacité et leur capacité à se faufiler entre les partis démocrate et républicain tout en apparaissant sans complexes dans des médias disparates, considérés comme libéraux ou conservateurs, c’est-à-dire à la fois sur Fox News et sur les programmes MSNBC mettant en vedette Rachel Maddow.

Je crois depuis longtemps que la principale raison de la haine de la Russie chez les néocons est, dans une large mesure, tribale ou, si vous préférez, ethno-religieuse. Pourquoi ? Parce que si les néocons étaient, comme ils le disent, des réalistes en politique étrangère, il n’y a aucune bonne raison d’exprimer une quelconque aversion viscérale pour la Russie ou son gouvernement. Les allégations selon lesquelles Moscou a interféré dans l’élection présidentielle de 2016 aux États-Unis sont clairement une imposture, comme le sont les récits de l’empoisonnement présumé des Skripal à Winchester en Angleterre et, plus récemment, de l’assassinat du journaliste Arkady Babtchenko à Kievm qui a été démasqué comme un coup monté. Même l’examen le plus superficiel des événements de la dernière décennie en Géorgie et en Ukraine révèle que la Russie réagissait légitimement à des menaces majeures contre sa sécurité provenant des États-Unis, soutenus par Israël et d’autres pays. La Russie n’a pas, depuis la fin de la guerre froide, menacé les États-Unis, et sa volonté de récupérer ses anciens satellites d’Europe de l’Est est un fantasme. Alors, pourquoi tant de haine ?

En fait, les néocons s’entendaient bien avec la Russie quand, avec leurs oligarques très majoritairement juifs et internationaux, et leurs amis financiers, ils étaient en train de piller les ressources de l’ancienne Union soviétique sous l’infortuné Boris Eltsine pendant les années 1990. Les alarmistes de la prétendue menace russe ont fait leur réapparition dans les médias et les groupes de réflexion, dominés par les néocons, seulement lorsque le nationaliste à l’ancienne mode, Vladimir Poutine, a pris le pouvoir et décidé de fermer le robinet de l’argent.

Les néocons et leurs amis n’avaient plus aucune raison de la jouer gentils, alors ils ont utilisé leurs ressources considérables dans les médias et dans les couloirs du pouvoir dans des lieux comme Washington, Londres et Paris pour se tourner contre Moscou. Et ils ont peut-être aussi perçu qu’il y avait une menace imminente encore pire. Le gouvernement Poutine semblait ressusciter ce que les néocons pouvaient percevoir comme la Sainte Russie des pogroms ! Les vieilles églises rasées par les bolcheviks étaient en cours de reconstruction et les gens allaient de nouveau à la messe et affichaient leur croyance en Jésus-Christ. L’ancienne place Rouge accueille désormais un marché de Noël tandis que la tombe voisine de Lénine n’est ouverte qu’une seule matinée de la semaine et attire peu de visiteurs.

Je voudrais suggérer qu’il est tout à fait possible que les néocons, fins connaisseurs de l’histoire, ne souhaitent que le retour des bons vieux jours de l’époque bolchevique en Russie. Le fait est qu’une grande partie de l’athéisme de l’État bolchevik était motivée par la forte surreprésentation des juifs dans le parti à ses débuts. Le journaliste britannique Robert Wilton, dans ses recherches méticuleuses sur 1920 intituléesLes derniers jours des Romanov, a décrit comment David R. Francis, ambassadeur des États-Unis en Russie, a prévenu dans un message adressé à Washington en janvier 1918 : «Les dirigeants bolcheviques ici, dont la plupart sont juifs, et 90% sont de retour d’exil, se soucient peu de la Russie ou de tout autre pays mais sont internationalistes et tentent de lancer une révolution sociale mondiale. »

L’ambassadeur néerlandais William Oudendyke a fait écho à ce sentiment : «Si le bolchevisme n’est pas immédiatement étouffé dans l’œuf, il est appelé à se répandre sous une forme ou une autre sur l’Europe et le monde entier, car il est organisé et mis en œuvre par des juifs sans nationalité dont le seul but est de détruire, pour eux-mêmes, l’ordre existant des choses. »

Le plus grand écrivain russe du XXe siècle, Alexandre Soljenitsyne, fêté en Occident pour sa résistance farouche à l’autoritarisme soviétique, s’est soudainement trouvé sans amis dans les médias et dans le monde de l’édition lorsqu’il a écrit Deux siècles ensemble : une histoire russo-juive jusqu’en 1972, relatant certains aspects obscurs de l’expérience russo-juive. En particulier, Soljenitsyne a cité la surreprésentation significative des juifs russes à la fois chez les bolcheviks et, avant cette époque, chez les propriétaires de serfs.

Les juifs ont notamment joué un rôle particulièrement disproportionné dans la police secrète soviétique, qui a commencé avec la Tchéka pour devenir ensuite le KGB. L’historien juif, Leonard Schapiro, a noté que « quiconque a eu la malchance de tomber entre les mains de la Tchéka » avait de très bonnes chances de se retrouver confronté un enquêteur juif, et peut-être abattu par lui. En Ukraine,  « 80% des agents de base de la Tchéka étaient juifs ».

À la lumière de tout cela, personne ne devrait s’étonner que le nouveau gouvernement russe en 1918 ait publié un décret quelques mois après la prise du pouvoir faisant de l’antisémitisme un crime en Russie. Le régime communiste est devenu le premier au monde à punir criminellement tout sentiment anti-juif.

Wilton a utilisé les documents officiels du gouvernement russe pour identifier la composition du régime bolchevique en 1917-1919. Sur les 62 membres du Comité central, 41 étaient juifs tandis que la Commission extraordinaire de la Tchéka de Moscou comptait 23 membres juifs sur un total de 36. Le puissant Conseil des commissaires du peuple comptait 17 juifs. Selon les données fournies par les autorités soviétiques, sur les 556 fonctionnaires les plus importants de l’État bolchevik en 1918-1919, il y avait 17 Russes, 2 Ukrainiens, 11 Arméniens, 35 Lettons, 15 Allemands, un Hongrois, 10 Géorgiens, 3 Polonais, 3 Finlandais, un Tchèque et 458 juifs.

En 1918-19, le pouvoir central russe résidait au sein du Comité central du parti bolchevik. En 1918, ce corps comptait douze membres, dont neuf d’origine juive et trois Russes. Les neuf juifs étaient : Trotsky, Zinoviev, Larine, Uritsky, Volodarski, Kamenev, Smidovitch, Yankel et Steklov. Les trois Russes étaient : Lénine, Krylenko et Lounacharski.

La diaspora communiste en Europe et en Amérique était aussi largement juive, y compris la cabale des fondateurs du néoconservatisme à New York. Le Parti communiste des États-Unis était dès le début principalement juif. Il était, dans les années 1930, dirigé par le juif Earl Browder, grand-père de l’actuel marchand de pétrole, le serpent Bill Browder, qui a sanctimonieusement proclamé son désir de punir Vladimir Poutine pour des crimes importants allégués. Browder est un hypocrite total qui a fabriqué et vendu au Congrès un récit largement faux, allant dans le sens de ses intérêts, concernant la corruption russe. Il n’est pas étonnant de le voir chouchou des médias néocons aux États-Unis. Il est plus que plausible que Browder était un des principaux pilleurs des ressources russes dans les années 1990, et les tribunaux russes l’ont condamné pour évasion fiscale, entre autres crimes.

L’affinité historique indéniable des juifs avec le communisme bolchevique, associée à la judéité des soi-disant oligarques, suggère plutôt que la haine pour une Russie qui a tourné le dos à ces aspects particuliers de l’héritage juif peut, à tout le moins, faire partie de ce qui motive quelques néocons. Tout comme dans le cas de la Syrie que les néo-conservateurs préfèrent voir dans le chaos, certains pourraient souhaiter un retour au bon vieux temps du pillage par des intérêts étrangers majoritairement juifs, comme sous Eltsine, ou mieux encore pour les jours grisants du bolchevisme de 1918-1919, lorsque les juifs ont gouverné toute la Russie.

Philip Giraldi est un officier retraité de la CIA qui a passé 20 ans en mission en Europe et au Moyen-Orient. Il est directeur exécutif du Conseil pour l’intérêt national, un groupe de défense basé à Washington qui cherche à changer la nature, centrée sur Israël, de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient.

Traduit par jj, relu par cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/hair-la-russie-est-un-travail-a-temps-plein

 

Derrière la légende Colin Powell – My Lai, par Robert Parry et Norman Solomon

12.mai.2018 // Les Crises

Derrière la légende Colin Powell – My Lai, par Robert Parry et Norman Solomon

Source : Robert Parry & Norman Solomon, Consortium News, 17-03–2018

Dans nos archives : Comme les médias se concentrent sur le 50e anniversaire du massacre de My Lai de la guerre du Vietnam, le rôle de Colin Powell en tant que conseiller militaire a continué d’échapper à tout examen minutieux, nous republions donc un article de Robert Parry et Norman Solomon de 1996.

Le 16 mars 1968, une unité sanguinaire de la 23ème Division d’infanterie (Americal) a pris d’assaut un hameau connu sous le nom de My Lai 4. Avec des hélicoptères militaires tournoyant au-dessus de leur tête, des soldats américains en quête de vengeance ont brutalement délogé des civils vietnamiens – pour la plupart des hommes âgés, des femmes et des enfants – de leurs huttes de chaume et les ont rassemblés dans les fossés d’irrigation du village.

Alors que la rafle se poursuivait, des Américains ont violé les filles. Puis, sous les ordres d’officiers subalternes sur le terrain, les soldats ont commencé à vider leurs M-16 sur les paysans terrifiés. Certains parents ont désespérément utilisé leur corps pour essayer de protéger leurs enfants des balles. Des soldats ont marché parmi les cadavres pour achever les blessés.

Le massacre a fait rage pendant quatre heures. Un total de 347 Vietnamiens, y compris des bébés, sont morts dans ce carnage qui entachera la réputation de l’armée américaine. Mais, ce jour-là à My Lai, il y a aussi eu des héros américains . Certains soldats ont refusé d’obéir aux ordres directs de tuer.

Un pilote, Hugh Clowers Thompson Jr. de Stone Mountain, en Géorgie, furieux des meurtres qu’il voyait commettre sur le terrain a fait atterrir son hélicoptère entre un groupe de civils en fuite et des soldats américains qui les poursuivaient. Thompson a ordonné à son mitrailleur embarqué de tirer sur les Américains s’ils essayaient de blesser les Vietnamiens. Après une confrontation tendue, les soldats ont reculé. Plus tard, deux hommes de Thompson sont montés dans un fossé rempli de cadavres et ont sorti un garçon de trois ans qu’ils ont emmené en lieu sûr.

Un contre-modèle de brutalité

Bien qu’il s’agisse d’un horrible exemple de crime de guerre commis au Vietnam, le massacre de My Lai n’a pas été le seul. Il s’inscrivait dans une longue série de violences aveugles contre les civils qui ont ruiné la contribution des États-Unis à la guerre du Vietnam depuis ses débuts, lorsque les Américains agissaient principalement comme conseillers.

En 1963, le Capitaine Colin Powell était l’un de ces conseillers, servant pour une première affectation dans une unité de l’armée sud-vietnamienne. Le détachement de Powell cherchait à décourager le soutien aux Viet Cong en incendiant des villages dans toute la vallée de A Shau. Alors que d’autres conseillers américains ont qualifié cette stratégie appliquée à tout le pays de brutale et contre-productive, Powell a défendu cette stratégie dite « de la terre brûlée » à l’époque – et a continué à la défendre dans ses mémoires de 1995, My American Journey. [NdT : la stratégie « drain-the-sea » vient d’une citation attribuée à Mao qui disait que pour qu’une guérilla soit efficace elle doit pouvoir circuler parmi la masse des gens comme un poisson dans l’eau]

Après sa première affectation d’un an et une série d’affectations en formation réussies aux États-Unis, le major Powell est revenu pour sa deuxième affectation au Vietnam le 27 juillet 1968. Cette fois, il n’était plus un officier subalterne se frayant un chemin dans la jungle, mais un officier d’état-major prometteur affecté à la division Americal.

Fin 1968, Powell est passé par-dessus des officiers supérieurs et a accédé à l’important poste de G-3, chef des opérations du commandant de division, le Major-général Charles Gettys, à Chu Lai. Powell a été « choisi par le général Gettys plutôt que parmi plusieurs lieutenants-colonels pour le poste G-3 lui-même, ce qui fait de moi le seul commandant à tenir ce poste au Vietnam », écrit Powell dans ses mémoires.

Mais le major Powell a été rapidement confronté à un test. Une lettre avait été écrite par un jeune spécialiste de quatrième classe, Tom Glen, qui servait dans un peloton de mortiers américains et approchait de la fin de son affectation dans l’armée. Dans une lettre au Général Creighton Abrams, le commandant de toutes les forces américaines au Vietnam, Glen a accusé la division américaine de brutalité systématique contre les civils. La lettre de Glen a été envoyée au quartier général américain de Chu Lai où elle a atterri sur le bureau du major Powell.

« L’attitude du GI moyen envers le peuple vietnamien et le traitement qui lui est réservé est trop souvent un déni complet de tout ce que notre pays tente d’accomplir dans le domaine des relations humaines », a écrit Glen. « Loin de se contenter de qualifier les Vietnamiens de “sale jaune” ou de “bridés”, tant dans les actes que dans la pensée, trop de soldats américains semblent ignorer leur humanité même ; et avec cette attitude infliger aux citoyens vietnamiens des humiliations, tant psychologiques que physiques, qui ne peuvent avoir qu’un effet débilitant sur les efforts pour unifier le peuple dans la loyauté envers le gouvernement de Saïgon, en particulier lorsque de tels actes sont effectués au niveau des unités et acquièrent ainsi l’aspect d’une politique approuvée. »

La lettre de Glen soutenait que beaucoup de Vietnamiens fuyaient les Américains qui « pour le simple plaisir, tirent indistinctement dans les maisons vietnamiennes et, sans provocation ou motif, tirent sur les gens eux-même ». Ceux suspectés d’être des Viet Cong étaient également traités avec une cruauté gratuite, a rapporté Glen.

« Emportés par des émotions exacerbées qui trahissent une haine révoltante, et armés d’un vocabulaire composé d’un “Toi, espèce de Viet Cong”, les soldats “interrogent” couramment au moyen de la torture qui a été présentée comme une habitude particulière de l’ennemi. Les coups violents et la torture avec la pointe d’un couteau sont des moyens habituels pour interroger les prisonniers ou convaincre un suspect qu’il est, en effet, un Viet Cong… »

« Il serait en effet terrible de devoir croire qu’un soldat américain qui abrite une telle intolérance raciale et un tel mépris de la justice et des sentiments humains est un prototype de tout le caractère national américain ; pourtant, la présence de tels soldats donne de la crédibilité à de telles croyances… Ce qui a été décrit ici, je l’ai vu non seulement dans ma propre unité, mais aussi dans d’autres avec lesquelles nous avons travaillé, et je crains que cela soit général. Si tel est bien le cas, c’est un problème qui ne peut être négligé, mais qui peut peut-être être éradiqué par une mise en œuvre plus ferme des codes du MACV (Commandement pour l’Assistance Militaire au Vietnam – Military Assistance Command Vietnam) et des Conventions de Genève. »

La lettre de Glen faisait écho à certaines des plaintes exprimées par les premiers conseillers, comme le colonel John Paul Vann, qui protestait contre cette stratégie autodestructrice consistant à traiter les civils vietnamiens comme des ennemis. En 1995, lorsque nous avons interrogé Glen au sujet de sa lettre, il a dit qu’il avait entendu parler du massacre de My Lai, bien qu’il ne l’ait pas mentionné spécifiquement. Le massacre n’était qu’une partie du comportement violent qui était devenu la routine dans la division, a-t-il dit.

Réponse du Major Powell

Les allégations troublantes de la lettre n’ont pas été bien reçues au quartier général de l’Americal [NDT: l’americal est la 23ème division américaine d’infanterie]. Le major Powell s’est chargé de l’examen de la lettre de Glen, mais il l’a fait sans poser de questions à Glen ni demander à qui que ce soit d’autre de s’entretenir avec lui. Powell a simplement accepté l’affirmation de l’officier supérieur de Glen selon laquelle Glen n’était pas assez près des lignes de front pour savoir de quoi il parlait, affirmation que Glen nie.

Après cette enquête sommaire, Powell a rédigé une réponse le 13 décembre 1968. Il n’a pas reconnu qu’il y ait eu aucune forme d’actes répréhensibles. Powell prétendait que les soldats américains au Vietnam avaient appris à traiter les Vietnamiens avec courtoisie et respect. Les troupes de l’Americal avaient également suivi un cours d’une heure sur la façon de traiter les prisonniers de guerre en vertu des Conventions de Genève, a fait remarquer M. Powell.

« Il peut y avoir des cas isolés de mauvais traitements de civils et de prisonniers de guerre », écrivait Powell en 1968. Mais « cela ne reflète en aucun cas l’attitude générale de toute la Division ». En fait, la note de Powell reproche à Glen de ne pas s’être plaint plus tôt et de ne pas avoir été plus précis dans sa lettre.

Powell a rapporté exactement ce que ses supérieurs voulaient entendre. « En réfutation directe de ce tableau [de Glen] », conclut Powell, « il y a le fait que les relations entre les soldats de l’Americal et le peuple vietnamien sont excellentes ».

Les conclusions de Powell, bien sûr, étaient fausses. Mais il faudra un autre héros américain, un fantassin nommé Ron Ridenhour, pour reconstituer la vérité sur les atrocités commises à My Lai. De retour aux États-Unis, Ridenhour a interviewé des camarades américains qui avaient participé au massacre.

De son propre chef, Ridenhour a consigné ces informations choquantes dans un rapport qu’il a transmis à l’inspecteur général de l’Armée de terre. Le bureau de l’Inspecteur Général a mené une enquête officielle énergique et l’armée a finalement fait face à l’horrible vérité. Des procès en cours martiales ont été intentés contre des officiers et des hommes enrôlés impliqués dans le meurtre des civils de My Lai.

Mais le rôle secondaire de Powell dans la dissimulation de My Lai n’a pas ralenti son ascension dans l’échelle de l’armée. Powell a plaidé l’ignorance au sujet du massacre de My Lai, qui a précédé son arrivée à l’Americal. La lettre de Glen a disparu dans les Archives nationales – pour être déterrée seulement quelques années plus tard par les journalistes britanniques Michael Bilton et Kevin Sims pour leur livre Four Hours in My Lai [Quatre heures à My Lai, NdT]. Dans ses mémoires à succès, Powell n’a pas mentionné qu’il avait balayé la plainte de Tom Glen.

La chasse aux MAM (Military Age Man : hommes en âge d’être militaire)

Powell a cependant inclus un souvenir troublant qui démentait sa dénégation officielle de 1968 à propos de l’allégation de Glen selon laquelle les soldats américains « tirent sur les gens eux-mêmes sans provocation ni justification ». Après avoir mentionné le massacre de My Lai dans My American Journey, Powell a écrit une justification partielle de la brutalité de l’Americal. Dans un passage effrayant, Powell a décrit la pratique courante du meurtre d’hommes vietnamiens non armés.

« Je me souviens d’une expression que nous utilisions sur le terrain, MAM, pour les hommes d’âge militaire », a écrit Powell. « Si un hélico apercevait un paysan en pyjama noir qui avait l’air un peu suspect, un MAM possible, le pilote tournoyait en rond et tirait devant lui. S’il bougeait, son mouvement était jugé comme la preuve d’une intention hostile, et la prochaine rafale n’était pas devant, mais sur lui. Brutal ? Peut-être que oui. Mais un commandant de bataillon compétent avec lequel j’avais servi à Gelnhausen (Allemagne de l’Ouest), le lieutenant-colonel Walter Pritchard, a été tué par un tireur d’élite ennemi alors qu’il observait les MAM depuis un hélicoptère. Et Pritchard n’était qu’un parmi tant d’autres. La nature du combat, tuer ou être tué, a tendance à ternir la perception du bien et du mal. »

S’il est vrai que le combat est brutal, faucher des civils non armés n’est pas un combat. Il s’agit en fait d’un crime de guerre. La mort au combat d’un camarade soldat ne peut pas non plus être invoquée comme excuse pour assassiner des civils. Ce qui est troublant, c’est précisément la rationalisation que les tueurs de My Lai ont citée dans leur propre défense.

Mais de retour du Vietnam une deuxième fois en 1969, Powell a prouvé qu’il était le meilleur joueur de l’équipe.

Pour en savoir plus sur le vrai dossier de Colin Powell, veuillez consulter la série Behind Colin Powell’s Legend.

Source : Robert Parry & Norman Solomon, Consortium News, 17-03–2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

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L’histoire méconnue de la campagne de John Bolton pour la guerre avec l’Iran, Par Gareth Porter

12.mai.2018 // Les Crises

L’histoire méconnue de la campagne de John Bolton pour la guerre avec l’Iran, Par Gareth Porter

Source : The American Conservative, Gareth Porter, 22-03-2018

Tout le monde sait que Bolton est un faucon. On en sait moins sur la façon dont il a travaillé en secret pour diviser Washington et Téhéran.

Dans mes reportages sur la politique israélo-américaine, j’ai suivi de nombreux épisodes au cours desquels les États-Unis et/ou Israël ont pris des mesures qui semblaient indiquer des préparatifs de guerre contre l’Iran. Chaque fois – en 2007, en 2008 et de nouveau en 2011 – ces manœuvres, présentées dans les médias institutionnels comme annonçant des attaques contre Téhéran, étaient en fait des bluffs visant à faire pression sur le gouvernement iranien.

Mais la forte probabilité que Donald Trump choisisse maintenant John Bolton comme son prochain conseiller en matière de sécurité nationale crée une perspective de guerre avec l’Iran qui est très réelle. Bolton n’est pas un faucon néoconservateur ordinaire. Il est obsédé depuis de nombreuses années par le désir de faire la guerre à République islamique, appelant à plusieurs reprises à bombarder l’Iran dans ses apparitions régulières à Fox News, sans la moindre indication qu’il soit conscient des conséquences d’une telle politique.

Il ne s’agit pas seulement d’une posture rhétorique : Bolton a activement conspiré pendant son mandat en tant que responsable politique de l’administration Bush sur l’Iran, de 2002 à 2004, afin de créer les conditions politiques nécessaires pour que l’administration mène une action militaire.

Plus que quiconque à l’intérieur ou à l’extérieur de l’administration Trump, Bolton a déjà incité Trump à rompre l’accord nucléaire iranien. Bolton s’est servi de ses liens avec le principal financier derrière Benjamin Netanyahou et Donald Trump lui-même – le magnat des casinos et sioniste militant Sheldon Adelson – pour se faire entendre de Trump en octobre dernier, au moment même où le président s’apprêtait à annoncer sa politique sur l’accord nucléaire iranien, le Plan d’action global conjoint [Joint Comprehensive Plan of Action ou JCPOA, NdT]. Il a parlé avec Trump par téléphone depuis Las Vegas après avoir rencontré Adelson.

C’est Bolton qui a persuadé Trump de tenir des propos précis en s’engageant à se retirer de la JCPOA si le Congrès et les alliés européens de l’Amérique n’acceptaient pas les demandes de changements majeurs qui étaient clairement calculées pour s’assurer que l’accord échouerait.

Bien que Bolton n’ait pas été choisi pour le poste de secrétaire d’État, il semble maintenant avoir eu la priorité pour le poste de conseiller en matière de sécurité nationale. Trump a rencontré Bolton le 6 mars et lui a dit : « Nous avons besoin de vous ici, John », selon un associé de Bolton. Bolton a dit qu’il ne prendrait que le poste de secrétaire d’État ou de conseiller à la sécurité nationale, après quoi Trump a promis : « Je t’appellerai très bientôt ». Trump a ensuite remplacé le secrétaire d’État Rex Tillerson par l’ancien directeur de la CIA Mike Pompeo, après quoi des sources de la Maison-Blanche ont divulgué aux médias l’intention de Trump de remplacer H.R. McMaster dans un délai de quelques semaines.

Le seul autre candidat possible pour le poste mentionné dans les médias est Keith Kellogg, un lieutenant-général à la retraite qui était conseiller par intérim en matière de sécurité nationale après l’éviction du général Michael Flynn en février 2017.

Le plaidoyer très médiatisé de Bolton en faveur de la guerre avec l’Iran est bien connu. Ce que l’on ne sait pas du tout, c’est que lorsqu’il était sous-secrétaire d’État à la maîtrise des armements et à la sécurité internationale, il a employé une stratégie complexe et sournoise visant à justifier une attaque américaine contre l’Iran. Bolton a cherché à faire condamner la République islamique devant le tribunal de l’opinion publique internationale pour possession d’un programme secret d’armes nucléaires en utilisant une combinaison de pressions diplomatiques, de propagande grossière et de preuves fabriquées.

Malgré le fait que Bolton était techniquement sous la supervision du secrétaire d’État Colin Powell, son véritable patron dans l’élaboration et la mise en œuvre de cette stratégie était le vice-président Dick Cheney. Bolton était également le principal point de contact de l’administration avec le gouvernement israélien et, avec l’appui de Cheney, il a pu bafouer les règles normales du département d’État en effectuant une série de voyages en Israël en 2003 et 2004 sans avoir l’autorisation requise du Bureau des affaires du Proche-Orient du département d’État.

Ainsi, au moment même où Powell disait que la politique de l’administration n’était pas d’attaquer l’Iran, Bolton travaillait avec les Israéliens pour jeter les bases d’une telle guerre. Lors d’une visite en février 2003, Bolton a assuré aux responsables israéliens lors de réunions privées qu’il n’avait aucun doute que les États-Unis attaqueraient l’Irak et qu’après avoir abattu Saddam, ils s’occuperaient également de l’Iran et de la Syrie.

Au cours de multiples voyages en Israël, Bolton a eu des réunions improvisées, y compris avec le chef du Mossad, Meir Dagan, sans faire les rapports habituels par câble au secrétaire d’État et à d’autres bureaux pertinents. À en juger par ce rapport sur une première visite de Bolton, ces réunions ont clairement traité d’une stratégie commune sur la manière de créer les conditions politiques d’une éventuelle frappe américaine contre l’Iran.

Le Mossad a joué un rôle très offensif en influençant l’opinion mondiale sur le programme nucléaire iranien. Au cours de l’été 2003, selon les journalistes Douglas Frantz et Catherine Collins dans leur livre The Nuclear Jihadist, Meir Dagan a créé un nouveau bureau du Mossad chargé d’informer la presse mondiale sur les efforts présumés de l’Iran pour se doter d’une capacité nucléaire. Selon Frantz et Collins, les fonctions de la nouvelle unité comprenaient la diffusion de documents provenant de l’intérieur de l’Iran ainsi que de l’extérieur.

Le rôle de Bolton dans une stratégie conjointe américano-israélienne, comme il le souligne dans ses mémoires de 2007, était de faire en sorte que la question nucléaire iranienne soit transférée de l’Agence internationale de l’énergie atomique au Conseil de sécurité des Nations Unies. Il était déterminé à empêcher le directeur général de l’AIEA, Mohamed El Baradei, de parvenir à un accord avec l’Iran qui rendrait plus difficile pour l’administration Bush de diaboliser Téhéran en tant que menace nucléaire. Bolton a commencé à accuser l’Iran d’avoir un programme d’armes nucléaires secrètes au milieu de 2003, mais il s’est heurté à la résistance non seulement d’El Baradei et d’États non alignés, mais aussi de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Allemagne.

La stratégie de Bolton était basée sur les allégations selon lesquelles l’Iran cachait son programme nucléaire militaire à l’AIEA et, au début de 2004, il a inventé un stratagème de propagande spectaculaire : il a envoyé à l’AIEA un ensemble d’images satellites montrant des sites du complexe militaire iranien de Parchin qui, selon lui, étaient utilisés pour des essais de simulation d’armes nucléaires. Bolton a exigé que l’AIEA demande l’accès pour inspecter ces sites et a transmis sa demande à l’Associated Press en septembre 2004. En fait, les images satellitaires ne montraient rien de plus que des bunkers et des bâtiments pour les essais d’explosifs conventionnels.

Bolton espérait apparemment que l’armée iranienne n’accepterait pas d’inspections de l’AIEA basées sur de telles allégations mensongères, jouant ainsi son thème de propagande sur « l’intransigeance » de l’Iran dans son refus de répondre aux questions sur son programme nucléaire. Mais en 2005, l’Iran a permis aux inspecteurs d’entrer sur ces sites et même de choisir plusieurs autres sites à inspecter. Les inspecteurs n’ont trouvé aucune preuve d’activités liées au nucléaire.

Cependant, la stratégie américano-israélienne a plus tard remporté le jackpot lorsqu’un grand nombre de documents censés provenir d’une source secrète au sein du programme d’armement nucléaire iranien a fait surface à l’automne 2004. Les documents, prétendument trouvés sur l’ordinateur portable de l’un des participants, comprenaient des dessins techniques d’une série de travaux visant à redessiner le missile Shahab-3 de l’Iran pour qu’il puisse transporter ce qui semblait être une arme nucléaire.

Mais toute l’histoire de ce que l’on appelle les « documents d’ordinateur portable n’était qu’une invention. En 2013, un ancien haut fonctionnaire allemand a révélé la vérité à l’auteur : les documents avaient été remis aux services de renseignements allemands par les moudjahidin E Khalq, le groupe armé anti-iranien qui était bien connu pour avoir été utilisé par le Mossad pour « blanchir » des informations que les Israéliens ne voulaient pas s’attribuer à eux-mêmes. De plus, les dessins montrant la reconfiguration qui ont été cités comme preuve d’un programme d’armes nucléaires ont été clairement réalisés par quelqu’un qui ne savait pas que l’Iran avait déjà abandonné le cône nasal du Shahab-3 pour une conception entièrement différente.

Il est clair que le Mossad travaillait sur ces documents en 2003 et 2004, lorsque Bolton rencontrait Meir Dagan. Que Bolton ait su que les Israéliens préparaient de faux documents ou non, c’était la contribution israélienne à la création des bases politiques d’une attaque américaine contre l’Iran dont il était l’homme de pointe. Bolton révèle dans ses mémoires que cette stratégie dirigée par Cheney a été inspirée par les Israéliens, qui ont dit à Bolton que les Iraniens se rapprochaient du « point de non-retour ». Un point, a écrit Bolton, où « nous ne pouvions pas arrêter leur progrès sans utiliser la force ».

Cheney et Bolton ont fondé leur stratégie de guerre sur la présomption que l’armée américaine serait en mesure de consolider rapidement le contrôle de l’Irak. Au lieu de cela, l’occupation américaine s’est enlisée et ne s’est jamais complètement ressaisie. M. Cheney a proposé de profiter d’un événement très meurtrier en Irak qui pourrait être imputé à l’Iran pour attaquer une base IRGC [corps des Gardiens de la révolution islamique, NdT] en Iran à l’été 2007. Mais le risque que les milices chiites pro-iraniennes en Irak riposteraient contre les troupes américaines fut un argument clé contre la proposition.

Le Pentagone et les chefs d’état-major interarmées étaient également bien conscients que l’Iran avait la capacité de riposter directement contre les forces américaines dans la région, y compris contre les navires de guerre dans le détroit d’Ormuz. Ils n’avaient aucune tolérance à l’égard des idées folles de Cheney sur une nouvelle guerre.

La prudence du Pentagone reste inchangée. Mais deux esprits à la Maison-Blanche, détachés de la réalité, pourraient contester cette circonspection – et pousser les États-Unis vers une guerre dangereuse avec l’Iran.

Gareth Porter est journaliste d’investigation et contribue régulièrement du TAC [The American Conservative, NdT]. Il est également l’auteur de Manufactured Crisis:The Untold Story of the Iran Nuclear Scare. Suivez-le sur Twitter @GarethPorter.

Source : The American Conservative, Gareth Porter, 22-03-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Le récit du « jour de la Victoire » des Russes (ou l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale rarement évoquée en Occident)

Le récit du « jour de la Victoire » des Russes (ou l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale rarement évoquée en Occident)

Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Montréal, Michael Jabara Carley raconte ici le rôle de l’Union soviétique contre le nazisme. Puis il analyse la manière dont cette histoire a été volontairement déformée par les Anglo-Saxons et est malhonnêtement enseignée dans le monde occidental.

| Montréal (Canada)

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Chaque année, le 9 mai, la Fédération de Russie commémore un événement historique majeur : le jour de la Victoire. Ce même jour de l’année 1945, le maréchal Georgy Konstantinovich Youkov, commandant du 1er front biélorusse, qui avait ravagé Berlin, recevait l’acte de reddition inconditionnelle des Allemands. Au final, la Grande Guerre patriotique aura duré 1418 jours, d’un niveau inimaginable de violence, de destruction et de brutalité. De Stalingrad et du Caucase septentrional en passant par le Nord-Ouest de la périphérie de Moscou aux frontières occidentales de l’Union Soviétique, à Sébastopol au sud et jusqu’à Léningrad et la frontière finnoise au nord : le pays a été ravagé. On estime à 17 millions les pertes civiles — hommes, femmes et enfants — bien qu’il soit impossible de déterminer le chiffre exact. De nombreuses villes et villages ont été détruits ; des familles entières ont disparues sans personne pour se souvenir de leurs membres ou les regretter.

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La plupart des citoyens russes ont perdu de la famille durant la guerre. Personne n’a été épargné.

Plus de dix millions de soldats russes ont péri dans les combats visant à repousser le terrible envahisseur nazi et dans l’offensive finale conduisant à l’occupation de Berlin à la fin d’avril 1945. Les soldats de l’Armée Rouge morts au combat, ont été abandonnés sans sépulture — ou dans des fosses anonymes — lors de la marche vers l’Ouest, faute de temps. La plupart des citoyens russes ont perdu de la famille durant la guerre. Personne n’a été épargné.

La Grande Guerre patriotique a débuté le 22 juin 1940 à 3h30 du matin, quand la Wehrmacht a envahi l’Union Soviétique sur le front qui s’étend de la mer Baltique à la mer Noire avec 3,2 millions de soldats, répartis en 150 divisions, accompagnés par 3 350 tanks, 7 184 pièces d’artillerie, 600 000 camions et 2 000 avions de guerre. Les armées finnoises, italiennes, roumaines, hongroises, espagnoles, et slovaques, entre autres, ont rejoint l’armée allemande. Le Haut Commandement allemand a estimé que l’opération « Barberousse » aboutirait à la capitulation de l’Union Soviétique dans un délai de 4 à 6 semaines. À l’ouest, les états majors états-uniens et britanniques validaient ces prédictions. De surcroit, quelle armée pouvait se targuer d’avoir défait la Wehrmacht ? L’Allemagne nazie était un colosse invincible. La Pologne avait été balayée en quelques jours. La tentative franco-anglaise visant à défendre la Norvège avait été un fiasco. Quand la Wehrmacht a attaqué à l’ouest, la Belgique se hâta de quitter la zone de combat. La France a rendu les armes en quelques semaines. L’armée britannique a été éconduite de Dunkerque, nue, sans armes ni véhicules. Au printemps 1941, La Yougoslavie et la Grèce ont été éliminé à moindre coût pour les Allemands.

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Les pertes au sein de l’Armée Rouge ont été colossales, deux millions de soldats morts au bout de 3 mois et demi de combat.

L’armée allemande a balayé toute résistance en Europe jusqu’à ce qu’elle atteigne la frontière soviétique. L’Armée Rouge a été prise par surprise, partiellement mobilisée, car le dictateur soviétique Joseph Staline n’a pas pris au sérieux les avertissements de ses propres services de Renseignement, ou ne voulait pas provoquer l’Allemagne hitlérienne. Au final, ce fut une catastrophe. Mais contrairement à la Pologne ou à la France, l’Union Soviétique ne s’est pas rendue au bout de 4 à 6 semaines. Les pertes au sein de l’Armée Rouge ont été colossales, deux millions de soldats morts au bout de 3 mois et demi de combat. Les États baltes étaient perdus. Smolensk est tombée, puis Kiev : défaite la plus cuisante de toute la guerre. Léningrad était encerclée. Un vieil homme a demandé aux soldats « D’où vous retranchez-vous ? » Le chaos régnait partout. Mais, dans des lieux comme la forteresse de Brest-Litovsk, ainsi que dans des centaines de bois, de champs, de jonctions routières, de villes et de villages anonymes, l’Armée Rouge s’est battue jusqu’au bout. Elle a réussi à éviter l’encerclement et a pu rejoindre ses propres lignes ou bien disparaître dans les forêts ou les marais de Biélorussie et du nord de l’Ukraine, s’organisant en unités de résistance pouvant mener des raids contre l’arrière-garde allemande. À la fin de 1941, les pertes militaires soviétiques s’élevaient à 3 millions (la majorité étant des prisonniers de guerre, tués par des mains allemandes) ; 177 divisions ont été anéanties. Pourtant, L’Armée Rouge continuait de se battre, faisant même reculer les Allemands à Ielnia, au sud-est de Smolensk, à la fin du mois d’août. La Wehrmacht a pu ressentir la morsure d’une Armée Rouge ébranlée mais pas abattue. Les forces allemandes recensaient, en moyenne, dans leurs rangs, 7 000 victimes par jour : une nouveauté pour eux.

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A certains endrois comme la forteresse de Litovsk, les soldats de l’Armée Rouge se sont battus jusqu’au dernier.

Sur les traces de la Wehrmacht, les escadrons de la mort SS (Einsatzgruppen) éliminaient les Juifs, les Tziganes, les communistes, les prisonniers de guerre soviétiques ou n’importe quel individu se trouvant sur leur chemin. Ils ont bénéficié de l’assistance de collaborateurs nazis, baltes et ukrainiens, pour ces crimes de masse. Les femmes et enfants soviétiques étaient dépouillés de leurs vêtements et alignés sur le peloton d’exécution. En plein hiver, les soldats allemands abattaient les villageois ou les forçaient à sortir de leur maison, tout de haillons vêtus, leur confisquant leur foyer, vêtements d’hiver et nourriture.

À l’ouest, ceux qui avaient prédit une débâcle russe, les sempiternels soviétophobes, n’eurent pas l’air malin et durent revoir leurs prévisions. L’opinion publique comprit qu’Hitler avait mis là le pied dans un bourbier ; aucune commune mesure avec la campagne de France. Bien que la résistance soviétique bénéficiait du soutien du citoyen anglais, le gouvernement britannique, lui, ne fut pratiquement d’aucune aide. Certains membres de l’exécutif étaient même réticents à considérer l’Union Soviétique comme un allié. Churchill a interdit à la BBC de diffuser le dimanche soir, l’hymne national soviétique, l’Internationale, en compagnie des autres hymnes alliées.

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L’opinion publique comprit qu’Hitler avait mis là le pied dans un bourbier ; aucune commune mesure avec la campagne de France.

L’Armée Rouge tout en battant en retraite continuait désespérément de se battre. Ce n’était pas une guerre ordinaire, mais un combat d’une violence exceptionnelle contre un envahisseur cruel, pour la défense de sa maison, de sa famille, de son pays, et de sa vie elle-même. En novembre, l’Armée Rouge, largua un pamphlet au dessus des lignes allemandes citant Carl von Clausewitz, le stratège militaire prussien : « Il est impossible d’occuper la Russie ou de la conquérir ». Bien que tentative d’intimiditation, vu les circonstances ; cette assertion n’était pas moins vraie. Finalement, aux portes de Moscou, en décembre 1941, l’Armée Rouge, sous le commandement de Gueorgui Joukov repoussa une Wehrmacht épuisée, environ trois cents kilomètres plus au sud. Le mythe de l’invincibilité nazie volait en éclat. « Barberousse » était trop ambitieux, l’offensive éclair (blitzkrieg) avait échoué, et la Wehrmacht subissait son premier échec sur le plan stratégique. À Londres, Churchill accepta, à contrecœur, de laisser jouer l’hymne soviétique par la BBC.

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Le mythe de l’invincibilité nazie volait en éclat.

En 1942, l’Armée Rouge continuait de subir des défaites et d’énormes pertes, dans la mesure où elle était livrée à elle-même. Cependant, en novembre de cette année, à Stalingrad, sur la Volga, l’Armée Rouge lança une contre offensive qui se conclut par une victoire historique et par la retraite de la Wehrmacht, en ce printemps 1942, à sa position d’origine ; exception faite pour le 6e corps d’armée allemande, pris au piège dans le chaudron de Stalingrad. Là, 22 divisions allemandes, parmi les meilleures, furent détruites. Stalingrad fut le Verdun de la Seconde Guerre mondiale. « Mais c’est un véritable enfer ! » ; « Non… C’est dix fois pire ! ». À la fin de la campagne hivernale de 1943, du côté de l’Axe, les pertes se démultipliaient : une centaine de divisions allemandes, italiennes, roumaines, hongroises étaient anéanties ou ravagées. Le président des États-Unis, Franklin Roosevelt, reconnut que le conflit venait de basculer : la dernière heure de la grande Allemagne avait sonné.

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Des femmes au front lors de la bataille de Stalingrad.

Février 1943. Pas une seule division britannique, états-unienne ou canadienne ne se bat en Europe contre la Wehrmacht, seize mois avant le débarquement en Normandie. Les Britanniques et les États-uniens combattaient alors 2 ou 3 divisions allemandes en Afrique du Nord : un divertissement comparé au front russe. L’opinion publique occidentale savait qui portait à lui seul tout le fardeau de la guerre contre la Wehrmacht. En 1942, 80 % des divisions de l’Axe étaient engagées dans le combat contre l’Armée Rouge. Au début de 1943, il y avait 207 divisions allemandes postées sur le front est. Les Allemands jouant leur va tout, lancèrent une dernière offensive contre la « citadelle » de Koursk en juillet 1943. L’opération sera un échec. L’Armée Rouge lancera une contre offensive à travers l’Ukraine conduisant à la libération de Kiev en novembre. Plus au nord, Smolensk avait été libérée un mois auparavant.

L’état d’esprit des Soviétiques était admirable, ainsi que leur Armée Rouge. Le correspondant de guerre Vasilii Semenovich Grossman en a capturé l’essence dans son journal intime, Nuit, tempête de neige. Il écrit en 1942, « Les véhicules, l’artillerie, avancent en silence. Soudain, une voix rauque se fait entendre. « Hé, quel est le chemin pour se rendre à Berlin ? ». EÉclat de rire. »

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L’opinion publique occidentale savait qui portait à lui seul tout le fardeau de la guerre contre la Wehrmacht.

Les soldats n’étaient pas toujours braves. Parfois, ils désertaient. « Un chef de bataillon armés de deux revolvers se mit à hurler, « Où courez-vous comme ça, sales fils de ***. En avant marche, pour la Mère patrie, pour Jésus-Christ, bande d’enc*** ! Pour Staline, merdeux !… » » Ils retournèrent à leur poste. Ces types furent chanceux ; l’officier aurait pu les abattre. Ça arrivait parfois. Un soldat s’est porté volontaire pour exécuter un déserteur. « Avez-vous ressenti de la pitié pour lui ? » demanda Grossman. « Comment peut-on parler de pitié ?! » répondit le soldat. À Stalingrad, sept Ouzbeks ont été accusés d’auto-mutilation. Ils ont tous été exécutés. Grossman lit une lettre retrouvée dans la poche d’un soldat soviétique mort. « Tu me manques beaucoup. Viens me rendre visite, s’il te plait… À l’instant où j’écris ces mots, mes larmes coulent sur le papier. Papa, s’il te plait, viens me voir… »

Les femmes ont combattu aux côtés des hommes en tant que snipers, armurières, conductrice de tanks, pilotes, infirmières, dans les mouvements de résistance. Elles ont aussi apporté de l’aide aux armées postées en Russie. « Les villages sont devenus le royaume des femmes » écrit Grossman « Elles conduisaient des tracteurs, gardaient les entrepôts, les écuries… Les femmes assumaient une énorme charge de travail. Elles prenaient toutes sortes de responsabilités, expédiaient du pain, des avions, des armes et des munitions au front. » Quand les combats ont fait rage sur la Volga, elles n’ont pas reproché à leurs hommes d’avoir céder tant de terrain. « Un regard mais pas un mot » écrit Grossman, « … pas une pointe d’amertume. » Bien que parfois, dans les villages près du front, ce soit arrivé.

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La fin de l’Allemagne nazie n’était plus qu’une question de temps.

Pendant ce temps, les alliés occidentaux attaquèrent l’Italie. Staline a longtemps exigé un second front en France, mais Churchill s’y opposa. Il voulait attaquer l’Axe en son point faible, non pas pour aider l’Armée Rouge, mais pour contrecarrer son avancée dans les Balkans. L’idée était de traverser rapidement le nord de la péninsule italienne, puis les Balkans, afin de de stopper la progression de l’Armée Rouge. Cependant, Berlin se trouvait au nord-nord est. Le plan de Churchill était un fiasco ; les Alliés occidentaux ne sont pas entrés dans Rome avant juin 1944. Il y avait approximativement 20 divisions allemandes en Italie se battant contre des forces alliées plus conséquentes. À l’est, il restait encore plus deux cents divisions de l’Axe, soit dix fois plus qu’en Italie. Le 6 juin 1944, quand l’opération Overlord débuta en Normandie, l’Armée Rouge stationna sur les frontières polonaises et roumaines. Une quinzaine de jours après le débarquement en Normandie, l’Armée Rouge lança l’opération Bagration, une offensive massive qui aboutit à une percée en plein milieu de la ligne de front allemande à l’est et à une avancée de plus de 500 kilomètres vers l’ouest, pendant que les alliés occidentaux restaient bloqués dans la péninsule du Cotentin, en Normandie. L’Armée Rouge était irrésistible. La chute de l’Allemagne nazie n’était plus qu’une question de temps. Quand le conflit prit fin en mai 1945, il s’avéra que l’Armée Rouge avait été responsable de 80 % des pertes de la Wehrmacht et plus si on considère la période qui précède le débarquement en Normandie. « Ceux qui n’ont pu vivre la rudesse de l’été 1941 » écrit Vasily Grossman, « ne pourront apprécier complétement la joie procurée par cette victoire ». Les troupes comme le peuple chantaient de nombreux hymnes pour garder le morale. Sviashchennaia voina, « sacrée guerre » était une des plus populaires. Les Russes se lèvent toujours lorsqu’ils l’entendent.

Une polémique persiste chez les historiens. Quel est le moment clé de la guerre en Europe ? Certains proposent le 22 juin 1941, le jour où la Wehrmacht a franchi la frontière soviétique. D’autres mettent le doigt sur les batailles de Moscou, Stalingrad ou Koursk. Durant la guerre, l’opinion publique occidentale semblait plus acquise à la cause de l’Armée Rouge que certains dirigeants occidentaux, comme Winston Churchill. Roosevelt, lui, qui était un dirigeant politique bien plus pragmatique, a volontiers reconnu le rôle prépondérant joué par les Soviétiques dans la guerre contre l’Allemagne nazie. L’Armée rouge, déclarait-il à un général dubitatif en 1942, a tué plus de soldats allemands et détruit plus de chars allemands que tout le reste de la coalition alliée réunie. Roosevelt savait que l’Union Soviétique était la clé de voûte de la grande coalition contre l’Allemagne nazie. J’appelle FDR (Franklin Delano Roosevelt) : le parrain de la « grande alliance ». Néanmoins, les principaux détracteurs de l’Union soviétique restaient tapis dans l’ombre attendant le bon moment pour refaire surface. Plus la victoire sur l’Allemagne nazie semblait assurée, plus les opposants à la grande alliance se faisaient entendre.

Les États-uniens peuvent être un peu « soupe au lait » lorsque l’on évoque le rôle essentiel joué par l’Armée rouge dans la destruction de la Wehrmacht. « Que faites-vous du prêt-bail ? » répondent-ils, « sans notre soutien logistique, l’Union soviétique n’aurait pas battu les Allemands. » En réalité, la plupart du matériel fourni dans le cadre du prêt-bail n’arriva en URSS qu’après Stalingrad. Les soldats de l’Armée Rouge, facétieux, aimaient appelés les boites de conserve, reçues par le biais du prêt-bail, « le deuxième front » dans la mesure où le vrai se faisait un peu tardif. En 1942, l’industrie soviétique produisait déjà bien plus d’armes que l’Allemagne nazie. Le T-34 était-il un char états-unien ou russe ? Staline a toujours su être reconnaissant envers le gouvernement US pour les Jeeps et les camions Studebaker. Ils ont accru la mobilité de l’Armée rouge. Vous avez fourni l’aluminium, aiment à répondre les Russes, nous avons fourni… le sang. Des rivières de sang…

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Tout un chacun, en Europe et aux États-Unis, savaient très bien à qui attribuer le succès contre la Wehrmacht.

À peine la guerre fut-elle terminée que le Royaume-Uni et les États-Unis commencèrent à envisager une autre guerre, cette fois contre l’Union Soviétique. En mai 1945, le haut commandement britannique élabore le plan « unthinkable » (impensable), une offensive top-secrète, avec le renfort des prisonniers de guerre allemands, contre l’Armée Rouge. Les salauds ! Les ingrats ! En septembre 1945, les États-uniens envisagèrent l’utilisation de 204 bombes atomiques afin de rayer l’Union Soviétique de la carte. Le président Roosevelt venait de décéder en avril et en quelques semaines les États-uniens soviétophobes appliquaient déjà une politique diamétralement opposée. La Grande Alliance n’était qu’une trêve au milieu de la guerre Froide, qui avait pour origine la prise du pouvoir par les Bolcheviks en novembre 1917 ; cette dernière redevenait d’actualité en 1945 maintenant le conflit terminé.

À ce moment là, les gouvernements états-uniens et britanniques avaient toujours l’opinion publique contre eux. Tout un chacun, en Europe et aux États-Unis, savaient très bien à qui attribuer le succès contre la Wehrmacht. Il n’était pas possible d’adopter à nouveau, comme si de rien n’était, la stratégie éculée de la haine envers l’Union Soviétique sans faire oublier le rôle prépondérant de l’Armée Rouge dans la victoire commune contre l’Allemagne hitlérienne. Les Occidentaux ont donc ressorti le dossier sur le pacte de non-aggression d’août 1939 entre Hitler et Staline en omettant volontairement de mentionner certains faits antécédents, comme l’opposition franco-anglaise à la proposition soviétique d’un traité de sécurité collective contre l’Allemagne nazie et, surtout, la trahison envers la Tchécoslovaquie, livrée aux Allemands (Accords de Munich, 1938). Comme des cambrioleurs en pleine nuit, Londres et Washington s’attribuèrent le crédit de la victoire contre l’Allemagne nazie.

Déjà en décembre 1939, les Britanniques prévoyaient de publier un livre blanc attribuant la responsabilité de l’échec des négociations (printemps-été 1939) à Moscou en vue d’une alliance entre Anglais, Français et Soviétiques. Les Français se sont opposés à ce projet car le livre blanc risquait de permettre à l’opinion publique de prendre conscience du caractère effectif de la résistance soviétique contre le nazisme, ce qui n’a pas été le cas côté anglais ou français. Ainsi, le livre blanc a terminé sur une étagère. En 1948, Le département d’État états-unien a diffusé une série de documents attribuant la responsabilité de la Seconde Guerre mondiale à Hitler et Staline. Moscou a riposté en publiant à son tour des documents mettant en évidence les liens étroits entre le monde occidental et le régime nazi. Beaucoup d’énergie fut déployée pour que l’on se souvienne de l’Union Soviétique comme signataire du pacte de non-aggression et non comme le principal responsable de la destruction de la Wehrmacht.

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Les Occidentaux ont ressorti le dossier sur le pacte de non-aggression d’août 1939 entre Hitler et Staline.

Qui n’a pas vu un de ces films hollywoodiens dans lesquels le débarquement en Normandie est présenté comme un tournant de la guerre ? « Que serait-il advenu si le débarquement avait échoué ? » entend-on souvent « Oh…, pas grand-chose… » est la réponse qui convient. La guerre aurait duré plus longtemps, et l’Armée Rouge, venant de l’Est, aurait planté ses étendards sur les plages de Normandie. Puis, il y a les films qui présentent la campagne de bombardement de l’Allemagne par les alliés comme le facteur décisif dans la victoire de ces derniers. Dans les films hollywoodiens sur la Seconde Guerre mondiale, l’Armée Rouge est invisible. C’est comme si les États-uniens (et les Britanniques) se couronnaient de lauriers qu’ils ne méritaient pas.

J’aime posé cette question à mes étudiants lorsque l’on aborde la Seconde Guerre mondiale : qui a entendu parler de l’opération Overlord ? Tout le monde lève le main. Puis je demande : qui a entendu parler de l’opération Bagration ? Quasiment personne ne se manifeste. Je demande, facétieux, qui a gagné la guerre contre l’Allemagne nazie et la réponse est évidemment : « les Américains ». Seuls quelques étudiants, en général ceux qui ont eu d’autres cours avec moi, répondent : l’Union Soviétique.

Difficile pour la vérité de se frayer un chemin vers la lumière dans un monde occidental où les « fakes news » (mensonges) sont la norme. L’OSCE (l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) et le Parlement européen attribuent la responsabilité de la guerre à l’Union Soviétique, sous-entendant la Russie et le président Vladimir Poutine. Hitler est quasiment omis dans ce tohu-bohu d’accusations sans fondements. Soutiennent cette version malhonnête des faits historiques : les États baltes, la Pologne et l’Ukraine, vociférant leur haine de la Russie. Les Baltes et les Ukrainiens célèbrent aujourd’hui, comme gloire nationale, les collaborateurs nazis et leurs agissements. En Pologne, la pilule est dure à avaler pour certains ; ils se souviennent trop bien des collaborateurs nazis ukrainiens qui ont assassiné des dizaines de milliers de Polonais en Volhynie. Malheureusement, de tels souvenirs n’ont pas empêché les hooligans polonais de vandaliser les monuments aux morts de l’Armée Rouge, ainsi que de profaner les cimetières de guerre soviétiques. Les nationalistes polonais ne veulent pas se souvenir de l’Armée Rouge libérant la Pologne de l’Allemagne nazie.

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Les vétérans, de moins en moins nombreux chaque année, continuent de porter des uniformes qui ne leur vont plus guère ou des treillis usés, parsemés de médailles et de récompenses diverses.

En Russie, cependant, la propagande mensongère des Occidentaux n’a aucun effet. L’Union Soviétique, ainsi que la Fédération de Russie, a produit ses propres films sur la Seconde Guerre mondiale, les plus récents sur la défense de la forteresse de Brest-Litovsk et de Sébastopol, et sur la bataille de Stalingrad. Le 9 mai, chaque Russe a une pensée pour les les millions de soldats qui se sont battus et ont perdu la vie ainsi que pour les millions de civils qui ont souffert et sont morts entre les mains de l’envahisseur nazi. Les vétérans, de moins en moins nombreux chaque année, continuent de porter des uniformes qui ne leur vont plus guère ou des treillis usés, parsemés de médailles et de récompenses diverses. « Traitez-les avec tact et respect » écrit Youkov dans ses mémoires : « C’est le moins que vous puissiez faire après ce qu’ils ont fait pour vous entre 1941 et 1945. » Lorsque je les observais en ce jour de commémoration, il y a quelques années, je me demandais comment ils ont pu composer avec la menace de mort permanente, la désolation et toutes ces épreuves.

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Une marche des « immortels » à Moscou.

De nos jours, chaque année en ce 9 mai, le régiment des « immortels » défile. Les Russes, aux quatre coins du pays et à l’étranger, marchent ensemble en portant des photographies grand format de membres de leur famille, hommes ou femmes, qui se sont battus pendant la guerre. « Nous ne vous oublions pas » , ils semblent dire « et ne vous oublierons jamais. »

Traduction
Jean-Marc Chicot

Source
Strategic Culture Foundation (Russie)

 

http://www.voltairenet.org/article201111.html

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