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Petites et grandes manoeuvres

Petites et grandes manoeuvres

14 Septembre 2019

Temps incertains et passionnants, faits de continuités et de recompositions, d’alliances inamovibles ou d’étonnants retournements de veste…

Le limogeage de John Bolton continue de faire couler de l’encre. Peut-être trop d’ailleurs car, malgré l’erratisme du Donald, il n’est pas du tout sûr que Washington change de ligne du jour au lendemain. Ces précautions d’usage formulées, le toujours excellent Bhadrakumar s’essaie au petit jeu du qui gagne/qui perd. A première vue, le débarquement du néo-con moustachu est une bonne nouvelle pour l’Iran et pour la Chine, une mauvaise pour Israël. Quant à la Russie, c’est business as usual.

Curieusement, et contrairement à la grande majorité du Deep State US, Bolton n’a en effet jamais présenté Moscou comme l’ennemi absolu à abattre. Ceci ne devrait nous étonner qu’à moitié, tant il est vrai que l’Etat profond, constitué de courants variés, n’est pas un tout homogène. Si sa stratégie fondamentale – diviser l’Eurasie – est forgée dans le bronze, les moyens pour y arriver font l’objet de débats et de divisions parfois importantes.

A ceux (establishment de la CIA, hauts pontes Démocrates) qui considèrent l’ours comme la Némésis suprême s’oppose la branche « kissingérienne », souhaitant au contraire jouer la Russie contre la Chine. Cette ritournelle est dans l’air depuis quelques années, autour de revues influentes (The National Interest), depuis que la folie des grandeurs impériale de la fin des années 90 puis les gaffes bushesques et obamesques ont fortement rapproché Moscou et Pékin.

Cette stratégie consistant à diviser les deux poids lourds continentaux est un grand classique de la thalassocratie anglo-saxonne. En 1900, âge d’or de l’Angleterre victorienne, Joseph Chamberlain (père de Neville, signataire des fameux accords de Munich en 1938), résumait parfaitement l’objectif fondamental de l’empire maritime : « Il est de notre intérêt que l’Allemagne s’oppose aux Russes. Notre principale crainte est de les voir s’allier. Nous devrions faire tout notre possible pour accentuer la cassure entre l’Allemagne et la Russie, ainsi qu’entre la Russie et le Japon« . Londres tentait tour à tour, selon ses gouvernements, de s’allier avec l’Allemagne contre la Russie ou avec la Russie contre l’Allemagne, l’essentiel étant que ces deux-là demeurent dans des camps opposés.

Après la Seconde Guerre Mondiale, les Etats-Unis reprennent le flambeau laissé par un Royaume-Uni déclinant, l’Eurasie remplace l’Europe et le Grand jeu passe à l’échelle-monde. Les fondamentaux, eux, ne changent guère. Dans les années 70, Kissinger (déjà) est l’artisan de la visite de Nixon en Chine populaire pour profiter de la rupture sino-soviétique et soutenir Mao contre l’URSS. Si le vénérable vieillard a aujourd’hui changé son fusil d’épaule et préfère jouer la carte russe, le scénario reste le même : séparer les deux géants eurasiatiques.

Ainsi va la pieuvre à tentacules multiples qu’est le Deep State US, uni par un même but stratégique fondamental mais divisé quant aux moyens pour y parvenir. La situation est encore compliquée par des électrons du type Soros, qui veulent s’attaquer aussi bien à la Russie qu’à la Chine tout en défendant les intérêts de sa caste oligarchique en promouvant l’afflux de réfugiés, point sur lequel Bolton et son Gatestone Institute ont toujours été, par contre, en désaccord total.

En parlant des « élites » financières de la planète, un article détonnant de William Engdahl se pose la question de savoir si elles ne vont pas abandonner le dollar. Certes, ce n’est pas la première fois qu’on le murmure mais les signes commencent à s’accumuler. Voir le gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre, la patronne du FMI Christine Lagarde ou le récent président de la New York Federal Reserve Bank évoquer, sous des angles différents, la nécessaire dédollarisation de l’économie mondiale laisse rêveur… et prouve une fois de plus que l’empire américain, dont le pilier est la prééminence du billet vert, ne peut être confondu avec les lobbies dont on parle souvent, qu’il soient pétrolier, pro-israélien ou, en l’occurrence, financier. Ce n’est ni Exxon, ni Nétanyahou, ni Wall Street qui font la politique étrangère américaine, même s’ils peuvent l’influencer ponctuellement…

Sur la Chine, les multinationales sont également vent debout contre les sanctions commerciales voulues par les stratèges de Washington afin de torpiller l’envol du dragon et ses Routes de la Soie. Les petits génies du Potomac continuent d’ailleurs d’appuyer sur le bouton Hong Kong qui, à en croire notre bonne vieille presstituée, serait un merveilleux symbole de « révolution démocratique », rien que ça. La réalité est quelque peu différente, comme nous l’expliquions fin juillet :

Est-ce tout à fait un hasard si Russie et Chine ont récemment vu l’éclosion de manifestations qui fleurent bon la révolution colorée si chère à Soros ? Le « philanthrope », comme l’appellent amoureusement nos petits plumitifs, prévenait d’ailleurs au début de l’année : « La Chine est notre ennemi le plus dangereux ».

Fin mars, des manifestations éclatent à Hong Kong contre un amendement permettant l’extradition vers la Chine. Si le projet de loi est certes maladroit et l’inquiétude bien réelle chez beaucoup de Hongkongais, sourcilleux quant à l’indépendance de leur système judiciaire, il est impossible de ne pas voir que plusieurs meneurs protestataires sont financés par le N.E.D.

Rappelons que le National Endowment for Democracy, fondation bipartisane créée au début des années 80 par le Congrès américain, a repris officiellement à sa charge les coups tordus de la CIA. Comme le disait l’ancien directeur de l’agence, William Colby : « Il n’est plus nécessaire de faire appel à des méthodes clandestines. Nombre des programmes qui étaient menés en sous main, peuvent désormais l’être au grand jour, sans controverse ».

Cette dangereuse proximité des manifestants avec les officines de l’empire et le fait que les protestations continuent et s’amplifient malgré le retrait de l’amendement ne trompent personne, et surtout pas les Chinois. Pour Pékin, c’est clair : tonton Sam est à la manœuvre.

Le but, évident : mettre une épine dans le pied du dragon et le fixer sur un point sensible (Hong Kong est la cinquième bourse mondiale) afin d’entamer son prestige en Asie et entraver sa marche.

Les drapeaux étoilés régulièrement et fièrement brandis par les manifestants ainsi que les appels au « sauveur américain » ne devraient pas nous étonner. Il y a cinq ans, un think tank reconnaissait déjà les énormes sommes déversées chaque année par le N.E.D à Hong Kong. La participation d’un des leaders du mouvement, Joshua Wong, à une petite sauterie récemment organisée en compagnie du dirigeant des Casques blancs et du putschiste ukrainien Klitschko n’est évidemment pas pour nous surprendre…

A plusieurs milliers de kilomètres de là, le Moyen-Orient est en feu, littéralement. Les drones houthis, et peut-être quelques missiles les accompagnant, se sont abattus sur les principales raffineries saoudiennes, obligeant le royaume wahhabite à stopper la moitié de sa production pétrolière, soit 5% de la production mondiale ! Les systèmes de défense anti-aérienne américains, eux, n’ont rien vu passer.

On se rappelle avec délice ce grassouillet prince saoudien, un petit comique celui-là, qui assurait la bouche en cœur il y a quelques jours que son pays pourrait annihiler l’Iran en huit heures. Apparemment, les Houthis en pyjama ne sont pas encore au courant de cette toute-puissance saoudienne et, à Téhéran, on en rit encore…

La seule chose que Riyad semble réaliser à peu près correctement, c’est manigancer contre ses adversaires diplomatiques. Enlisés jusqu’à la moelle au Yémen, incapable de faire quoi que ce soit contre l’Iran sans geindre pour que leurs parrains américains viennent à la rescousse, les Saoudiens ne trouvent rien de mieux à faire que tenter d’isoler… la Turquie à Chypre.

On sait qu’entre le sultan néo-ottoman tendance Frères musulmans et le Seoud wahhabite, ça n’a jamais été le grand amour. Le grand écart a encore été accentué par le fiasco de toute ce joli monde en Syrie, conflit qui pendant un temps a pu les rabibocher. L’alliance turco-qatarie après la rupture de juin 2017 au sein du Conseil de Coopération du Golfe et la bonne entente entre Ankara et Téhéran n’ont évidemment rien fait pour arranger les choses. Qu’il semble loin le temps, pas si lointain en réalité (40 ans), où l’empire américain avait sous sa coupe Saoudiens, Iraniens, Turcs, Qataris et Israéliens.

Tell Aviv justement. En pleine campagne de réelection, Bibi la Terreur a une nouvelle fois pris le chemin de Sochi pour rencontrer Poutine et montrer sa stature internationale à son électorat. Il a dû déchanter… Vladimirovitch l’a fait attendre trois heures et lui aurait opposé un niet abrupt aux futures incursions aériennes israéliennes en Syrie. Le conditionnel reste de mise tant le Moyen-Orient est habitué aux retournements de situation, mais l’info, d’abord donnée par l’édition en arabe de The Independent avant d’être reprise par la presse israélienne puis par Zero Hedge, semble solide.

Les Russes auraient d’ailleurs, à trois reprises, empêché des frappes israéliennes sur des cibles chiites/iraniennes. Cela fait d’ailleurs écho à ce qu’a rapporté un site russe d’aviation il y a quelques jours : des Sukhois-35 déployés dans la province de Deraa pour empêcher un bombardement israélien.

Toujours est-il que Poutine aurait remis (conditionnel toujours de mise) les pendules à l’heure en traçant une ligne rouge devant Nétanyahou : désormais, tout avion bombardant la Syrie sera abattu par les chasseurs russes ou les S-400. Apparemment, le maître du Kremlin est même allé, fait nouveau, jusqu’à condamner « l’agression israélienne au Liban » (l’incident du drone la semaine dernière, ndlr) et a prévenu son interlocuteur de se garder de renouveler la chose.

Israël qui pleure, Iran qui rit ? Oui et non. Si l’un et l’autre peuvent se lamenter/se réjouir de la disgrâce de Bolton et de la nouvelle intransigeance russe (si elle est confirmée), les choses ne sont pas si simples. Malgré le départ du moustachu fou, le Donald ne va pas lâcher Israël et envisage même de discuter un possible traité de défense mutuelle. Proposition sérieuse ou simple manière de faire passer la pilule du renvoi de son conseiller très pro-israélien ainsi que ses légères ouvertures à l’Iran ? Impossible de le dire à ce stade…

Du côté de Téhéran, les sanctions continuent leur travail de sape et ont réussi à éloigner l’Inde, qui a pourtant des relations traditionnellement excellentes avec son presque voisin. L’ambassadeur iranien à New Delhi a exprimé sa frustration devant ce lâchage : « Il est maintenant acté que l’Inde a arrêté ses importations de pétrole iranien à cause de ce qu’elle appelle ses intérêts nationaux. C’est son droit, mais d’autres ont agi différemment [Chine, Russie, Turquie]. L’Inde a lutté difficilement pour son indépendance et ne devrait pas se plier devant les décisions unilatérales des Etats-Unis« .

Le plus étrange est que le gouvernement Modi renâcle même à développer Chabahar, pourtant exempt du régime de sanctions américaines. Pour mémoire, ce port est le pendant de ce que fait la Chine à Gwadar et que le fidèle lecteur connaît par cœur. Le projet irano-indien de Chabahar était, pour New Delhi, une manière de prendre l’axe sino-pakistanais de revers.

Dans la grande Eurasie qui se met en place sous l’égide de l’OCS, marquée par le spectaculaire réchauffement des relations entre Pékin et New Delhi, ces deux projets devenaient moins concurrents que complémentaires. Si rien n’est encore perdu, encore faut-il que l’Inde se réveille et décide à quel camp elle appartient… sous peine de voir Chabahar lui filer sous le nez et terminer dans l’escarcelle chinoise.

Cette affaire, notamment les propos de l’ambassadeur, permettent en tout cas de confirmer en creux la véracité du plan gargantuesque d’investissements chinois dans le secteur énergétique iranien à hauteur de 280 milliards d’équivalent-dollars, pour le plus grand malheur des stratèges US qui ont d’ailleurs bien d’autres raisons de s’arracher les cheveux.

Sueurs froides américaines riment souvent avec énergie russe et les derniers développements ne démentent pas cet axiome. Après tant d’autres, les Serbes de Bosnie veulent également une branche du Turk Stream qui passera par la Serbie voisine et irriguera les Balkans. Belgrade devrait d’ailleurs se méfier. Premier pays à avoir connu une « révolution de couleur » made in Soros en 2000, la Serbie pourrait bien renouveler ce type de mésaventure. L’achat de drones militaires chinois (une première en Europe), les exercices militaires anti-aériens communs avec la Russie (une autre première) et surtout la volonté de rejoindre l’Union Economique Eurasienne malgré les « avertissements » de l’Union Européenne pourraient donner quelques idées aux excités de Washington et Bruxelles. Tout ressemblance avec des faits, l’Ukraine par exemple, etc. etc.

En parlant de l’UEE, le prochain pays à signer un accord de libre-échange avec le bloc eurasiatique sera Singapour, le1er octobre. Un succès supplémentaire pour cette organisation si décriée par nos experts journalistiques, quand elle n’est pas tout simplement passée sous silence. Il est vrai que nos plumitifs n’en ont que pour leur sacro-sainte UE, bien bancale quant à elle malgré les communiqués officiels. Si l’establishment en place, y compris ce faux rebelle de Jeremy Corbyn, tente par tous les moyens de torpiller le Brexit, le public de Sa Gracieuse Majesté n’est pas dupe. Une majorité de Britanniques veut voir respecté le résultat du référendum.

Le résultat est sans appel et, surprise, un tiers des votants qui ont choisi le Bremain veulent quand même que la décision souveraine du peuple soit mise en oeuvre. Mauvaise nouvelle pour le système impérial, qui n’est décidément pas gâté par les sondages. Une copieuse enquête du Conseil européen des relations internationales apporte d’intéressantes conclusions. La confiance envers tonton Sam s’étiole profondément et une question doit particulièrement faire se retourner dans sa tombe Dr Zbig :

Malgré une désinformation russophobe forcenée, malgré la lobotomisation des cerveaux par Hollywood, malgré une intox médiatique de tous les instants, aucun pays européen, pas même la Pologne, ne soutiendrait majoritairement les Etats-Unis dans une guerre contre la Russie. Les résultats de l’Autriche (!) et même de l’Allemagne (12%-7%) doivent être particulièrement durs à avaler du côté de DC la Folle.

On imagine les éclats de rire dans les couloirs du Kremlin, où l’on sait bien que le principe de réalité finit toujours par rattraper les belles envolées propagando-lyriques de l’empire, comme le montre ce dernier épisode en forme de clin d’œil. La Lituanie, pays bien comme il faut aux yeux de Washington (otanien, anti-russe), avait construit il y a cinq ans un terminal GNL pour échapper au gaz du méchant Poutine et se tourner vers le Freedom gas américain, quitte à le payer beaucoup plus cher. La « liberté » n’a pas de prix, n’est-ce pas. Ce lundi 16 septembre, un méthanier transportant du gaz russe en provenance du Yamal est attendu sur les quais…Tag(s) : #Etats-Unis#Histoire#Russie#Chine#Economie#Moyen-Orient#Pétrole#Sous-continent indien#Gaz#Europe

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Jésus a-t-il existé ? Les preuves dont disposent les historiens

Jésus a-t-il existé ? Les preuves dont disposent les historiens

Portrait de Jésus par Rembrandt

© Domaine publicPortrait de Jésus par Rembrandt, entre 1648 et 1655, Brigham Young University Museum of Art.PartagerAgnès Pinard Legry | 11 septembre 2019

« Il est possible de restituer les grands traits de la vie publique de Jésus et d’en donner des repères chronologiques », assure à Aleteia l’historien et écrivain Jean-Christian Petitfils, qui a récemment collaboré à l’ouvrage collectif dirigé par Jean Sévillia, « L’Église en procès ».

Que sait-on de Jésus ? S’il est impossible de prouver l’existence de Dieu, il n’en va pas de même pour celle de son Fils. « Indépendamment des sources chrétiennes, son existence se trouve attestée par plusieurs auteurs extérieurs au christianisme », affirme à Aleteia Jean-Christian Petitfils, historien et écrivain français. « Tacite, ancien gouverneur de la province d’Asie, Pline le Jeune, proconsul de Bithynie au début du IIe siècle, Suétone, chef du bureau des correspondances de l’empereur Hadrien un peu plus tard… ».

Aleteia : Quelles preuves a-t-on, sur le plan historique, de l’existence de Jésus ?
Jean-Christian Petitfils : L’existence historique au Ier siècle de notre ère d’un rabbi juif nommé Ieschoua (Jésus) — contraction de Yehoshoua (Josué), « Dieu sauve » —, qui attirait les foules par son charisme et son enseignement, et sa crucifixion à Jérusalem par ordre de Ponce Pilate, préfet de Judée de 26 à 36, à la demande des grands prêtres Hanne et de son gendre Joseph dit Caïphe, est un fait que tout historien sérieux, qu’il soit croyant ou non, juif, agnostique ou athée ne peut nier. Indépendamment des sources chrétiennes, son existence se trouve attestée par plusieurs auteurs extérieurs au christianisme : Tacite, ancien gouverneur de la province d’Asie, Pline le Jeune, proconsul de Bithynie au début du IIe siècle, Suétone, chef du bureau des correspondances de l’empereur Hadrien un peu plus tard…

Lire aussi :Pourquoi le Dieu révélé est aussi le Dieu « révélateur »

Un texte très important est celui d’un écrivain juif romanisé du Ier siècle, Flavius Josèphe, qui avait connu à Jérusalem les premières communautés judéo-chrétiennes : il parle d’un « sage » nommé Jésus qui fit un grand nombre d’adeptes. « Pilate le condamna à être crucifié et à mourir. Mais ceux qui étaient devenus ses disciples continuèrent de l’être. Ils disaient qu’il leur était apparu trois jours après sa crucifixion et qu’il était vivant : ainsi, il était peut-être le Messie au sujet duquel les prophètes ont raconté des merveilles. » Le Traité Sanhédrin du Talmud de Babylone évoque également son nom : « La veille de la Pâque, on pendit (à la croix) Yeshû ha-notsri (Jésus le Nazaréen) parce qu’il a pratiqué la sorcellerie, a séduit et égaré Israël. » Même le philosophe platonicien Celse (IIe siècle), violent polémiste qui haïssait le Christ, ne contestait nullement son existence.

« Le christianisme, religion de l’Incarnation, se fonde bien sur l’existence d’un homme véritable et le témoignage de ses disciples. »

Quelques écrivains n’ont pourtant pas hésité à nier l’existence de Jésus…
À partir du XIXe siècle, il est vrai, quelques écrivains qu’on appelle « mythistes », Bruno Bauer, Prosper Alfaric, Arthur Drews, Paul-Louis Couchoud et aujourd’hui Michel Onfray ont nié l’existence de Jésus : celui-ci ne serait qu’une allégorie, un symbole, accomplissant fictivement les prophéties de l’Ancien Testament. Leur théorie ultra-minoritaire traduit en réalité une méconnaissance profonde de l’exégèse moderne, des dernières découvertes archéologiques et, de façon plus générale, de la méthode historique. Comment imaginer que de pauvres pêcheurs du lac de Tibériade, troupeau de fuyards apeurés à la mort de leur maître, aient soudainement lâché leurs filets, abandonné femmes et enfants et parcouru le monde pour un simple mythe, préparé par quelques individus dans l’arrière-salle d’une taverne de Judée ? Le christianisme, religion de l’Incarnation, se fonde bien sur l’existence d’un homme véritable et le témoignage de ses disciples.

Lire aussi :Saint Marc, le premier à avoir raconté la vie de Jésus

Les Évangiles évoquent l’histoire de l’étoile de Bethléem, le massacre des Innocents, le tombeau vide… Ces éléments sont-ils vérifiables ?
L’étoile des mages n’est peut-être pas un pur symbole. Son existence se rattacherait à un phénomène astronomique survenu en l’an 7 avant notre ère. En effet, des tablettes cunéiformes, découvertes sur le site de l’antique Sippar en Mésopotamie (Iraq du Sud), attestent que, cette année-là, une conjonction très rare des planètes Jupiter (symbole de royauté) et Saturne (symbole d’Israël) s’était produite à trois reprises dans la constellation des Poissons (symbole d’Amarru, le pays des Amorrhéens, Syrie et Judée). Le calcul astronomique moderne est venu confirmer cet événement, établi dès le début du XVIIe siècle par l’astronome Kepler. Or, l’évangéliste Matthieu, à propos de l’étoile des mages, parle d’un astre qui apparaît, disparaît puis réapparaît… Cela semble coïncider. À noter aussi qu’au XVIe siècle, le rabbin portugais Isaac Abravanel qui, comme tout maître juif, attendait le Messie, annonçait sa venue lorsque se produirait dans le ciel une telle conjonction planétaire. Bref, dans cette hypothèse, Jésus serait né sept ans avant notre ère.

« Le Massacre des Innocents », huile sur bois (Hauteur. 142 cm ; largeur. 182 cm) d’après Pierre Paul Rubens vers 1610-1612, appartenant aux musées royaux des beaux-arts de Belgique de Bruxelles. – Inv. 3639, photographiée lors de l’exposition temporaire « Rubens et son Temps » au musée du Louvre-Lens.

L’histoire du massacre des Innocents rapportée pareillement par Matthieu n’est pas étayée par un témoignage extérieur, mais elle n’a rien d’impossible si l’on sait qu’Hérode le Grand fut un tyran cruel, rêvant de se faire reconnaître par le peuple juif comme le Messie. La mort d’une dizaine ou douzaine d’enfants de Bethléem et de ses environs a fort bien pu échapper aux observateurs du temps, vu la psychopathie paranoïaque du personnage à la fin de son règne : ne fit-il pas décapiter l’une de ses femmes, Mariamne, son frère Jonathan, sa belle-mère Alexandra, deux de ses propres fils, Alexandre et Aristobule, et nombre d’officiers de sa cour ?
Quant au tombeau vide, il est attesté par les Évangiles comme une expérience forte, réelle, vécue par les apôtres, les disciples et les saintes femmes. La disposition des linges dans le tombeau, restés à plat, selon Jean, comme si le corps du Maître avait disparu de l’intérieur, introduit au mystère même de la Résurrection. La vénération du tombeau au Saint-Sépulcre, redécouvert au temps de l’impératrice Hélène (vers 326-328), montrent l’importance capitale que les chrétiens ont toujours attaché à ce lieu.

Lire aussi :Jésus ressuscité ? L’énigme du tombeau vide

Plus largement, comment lire ces Évangiles ? Constituent-ils des reportages ou sont-ils plutôt à considérer comme des textes romancés ?
Non, les évangiles canoniques ne sont pas des reportages. Ce ne sont pas pour autant des ouvrages romancés, comme les évangiles dits apocryphes (littéralement secrets, cachés), textes tardifs, imprégnés de gnose ou de traditions discutables cherchant à combler les lacunes des évangiles canoniques. Certains relatent des faits manifestement légendaires, des miracles gratuits et superflus. Même la comparaison avec les biographies de l’Antiquité, évoquant la figure d’un maître qui n’est plus et que vénèrent ses disciples, n’est pas adéquate. Les évangiles canoniques sont des témoignages écrits pour susciter ou confirmer la foi des croyants, des catéchèses destinées à montrer que ce Jésus exécuté comme un misérable au moment de la Pâque juive est bien ressuscité le troisième jour et toujours vivant, présent au milieu des siens. Par lui la mort a été définitivement vaincue, et ses disciples sont appelés à le rejoindre dans le royaume de Dieu.

CHRIST WITH DISCIPLES
Jésus et ses disciples.

Vous écrivez que Jésus a grandi à Nazareth au milieu de ses « frères » et de ses « sœurs »… Jésus a-t-il donc eu des frères et sœurs ?
C’est aujourd’hui une mode chez les exégètes protestants et même chez certains de leurs confrères catholiques de l’affirmer. Marie, après la naissance de son « fils premier-né », engendré par l’Esprit saint, aurait eu avec Joseph son époux une vie de couple normal, dont seraient issus d’autres enfants, des garçons — Jacques, Joseph, Simon (ou Siméon) et Jude — et des filles, en nombre inconnu. Ne reste plus alors qu’à se débarrasser de la notion de « virginité réelle et perpétuelle », encore affirmée par le Catéchisme de l’Église catholique de 1992…

Lire aussi :Quelle est la différence entre un apôtre et un disciple ?

Une critique serrée du père Pierre Grelot, bibliste réputé, parue en 2003 dans la Revue thomiste, a fait litière de cette prétendue « découverte ». En hébreu et en araméen, ‘ah (ou ) signifiait indifféremment frère de sang, demi-frère, neveu ou cousin, membre du clan. À Nazareth, comme dans les villages africains aujourd’hui, tous les enfants se disaient frères et sœurs. En réalité, ceux qu’on appelle dans les évangiles les « frères de Jésus » étaient, au moins pour deux d’entre eux, Jacques le Petit et Joseph (ou Joset), des cousins germains, fils d’une certaine Marie (femme) de Clopas, qui, à en croire Hégésippe, avait épousé le frère de Joseph, père adoptif de Jésus. Pour les autres, Siméon et Jude, il s’agirait de cousins plus éloignés et beaucoup plus jeunes (Siméon mourra au début du IIe siècle). En tout cas, à aucun moment dans les évangiles Marie n’est présentée comme une femme ayant eu plusieurs enfants. Notons enfin que, sur la croix, Jésus confia celle-ci à Jean l’évangéliste, le disciple bien-aimé qui la prit chez lui, dans sa maison de Jérusalem, ce qui eût été inimaginable dans le contexte culturel du judaïsme de ce temps si elle avait eu d’autres enfants : « Femme, dit-il, voici ton fils » et au disciple : « Voici ta mère » (Jean, 19, 26-27).

Quelles certitudes historiques peut-on avoir concernant Marie et Joseph, les parents de Jésus ?
Joseph et Marie appartenaient à un petit clan juif, les Nazôréens ou Nazaréniens, revenus d’exil au second siècle avant notre ère, qui prétendaient descendre du roi David. Ces gens attendaient la naissance en leur sein d’un messie royal, comme l’avait prophétisé Isaïe (« Un rejeton sortira de la souche de Jessé… ») et avaient fondé sur un éperon rocheux de Basse-Galilée un village appelé Nazara (Nazareth), de netzer le « surgeon » (autrement dit le « rejeton » de Jessé, père de David), ainsi qu’un autre, au nord-est du Golan, Kokhaba, c’est-à-dire « l’étoile », celle — messianique — annoncée au livre des Nombres : « Une étoile sortira de Jacob et un sceptre se lèvera en Israël. » Comme l’observe le père Étienne Nodet, de l’École biblique de Jérusalem, ces deux villages portaient l’un et l’autre « un nom usuel tiré de l’espérance de (leurs) habitants ». De Joseph, le père putatif de Jésus, on sait peu de choses, sinon qu’il était un tektôn, un artisan-ouvrier du bois, ce qui en fait plus qu’un charpentier prolétaire, comme on le dit souvent. Jésus a appris le métier avec lui, et tous deux, probablement, ont travaillé au grand chantier de la région, la reconstruction de la ville de Sépphoris détruite par les Romains en l’an 6 de notre ère.

« L’historien, naturellement, ne saurait se prononcer sur ce qu’on appelle la naissance virginale de Jésus. »

L’historien, naturellement, ne saurait se prononcer sur ce qu’on appelle la naissance virginale de Jésus (sa conception par la puissance de l’Esprit saint), affirmation de foi que l’on trouve dans le Nouveau Testament, le Symbole des apôtres, le Credo de Nicée-Constantinople, admise même par les réformateurs Luther et Calvin. Le fait est que cette donnée, plus gênante que valorisante, a embarrassé les premiers disciples comme pouvant laisser croire à une naissance illégitime de leur maître. Durant sa vie, les adversaires de Jésus ne se privèrent pas de l’accuser d’être « né de la fornication ».
S’ils l’ont maintenue, au risque d’entraver l’annonce de la Bonne Nouvelle, c’est qu’ils l’ont considérée comme particulièrement sûre et importante. Il apparaît clairement dans l’Évangile selon Luc que Marie était à l’origine de ces révélations : « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur », note-t-il à deux reprises. Longtemps on a pensé que dans la tradition juive la virginité d’une femme était perçue de façon négative (« Soyez féconds et multipliez-vous… », dit la Genèse, 1, 28) jusqu’à la découverte à Jérusalem en 1967 par l’archéologue israélien Yigael Yadin d’un texte juridique provenant des manuscrits de la mer Morte (le « Rouleau du Temple », datant du milieu du premier siècle avant notre ère), dans lequel il est question de vierges consacrées et de vœu de virginité perpétuelle au cours même du mariage : « Si une femme mariée prononce un tel vœu sans que son mari le sache, celui-ci peut le déclarer nul. Si toutefois il est d’accord avec une telle mesure, les deux sont dans l’obligation de le garder. » Était-ce la situation à laquelle fut confronté Joseph, l’époux de Marie, qui, nous dit Matthieu, avait résolu de la répudier en secret ?

MARY AND JOSEPH
Joseph et Marie.

Vous soulignez également qu’il y a une certitude historique : Jésus n’est pas né le 25 décembre de l’an 1. Pourquoi donc fête-t-on Noël à cette date ?
Il est sûr que Jésus n’est pas né le 25 décembre de l’an I. Ce ne fut qu’au IVe siècle que l’Église instaura la solennité de la Nativité, afin de christianiser la fête du solstice d’hiver. À en croire les Évangiles de Matthieu et de Luc, il vit le jour sous le règne d’Hérode le Grand, roi de Judée. Or, celui-ci mourut dans son palais d’hiver de Jéricho le 1er avril de l’an 4 avant notre ère. C’est par suite de l’erreur de calcul d’un moine du VIe siècle, Dionysius Exiguus (Denys le Petit), que la date de l’an I a été arrêtée.

Lire aussi :Pourquoi célèbre-t-on Noël le 25 décembre ?

Toujours sur le plan historique, en quoi la personnalité de Jésus (son autorité, l’enthousiasme qu’il a soulevé…) a-t-elle constitué une rupture?
L’autorité inégalée avec laquelle il parle et s’impose — lui, modeste artisan de Nazareth — est stupéfiante : « Moïse vous a dit de faire ceci…, Moi, je vous dis de faire cela… » Non, ce n’est pas un juif ordinaire ! « Il y a ici plus grand que le Temple ! », lance-t-il à ses apôtres (Matthieu 12, 6). Alors que la prière juive est emplie d’une respectueuse déférence à l’égard de Dieu (même si elle reconnaît la paternité divine sur son peuple), il n’hésite pas à appeler son Père « Abba », mot affectueux qui signifie en araméen « Papa chéri » ! Devant ses disciples, il dit « mon Père », jamais « notre Père », sinon pour leur enseigner la prière qu’ils devront réciter. Et le plus inouï est qu’il pardonne les péchés, ce que Dieu seul peut faire ! Le message de Jésus – le royaume de Dieu, l’amour infini du Père, la miséricorde — est intimement lié au messager, car il est lui-même le « royaume » qu’il annonce : « Je suis la Résurrection et la Vie ; celui qui croit en moi, quand même il serait mort, vivra » (Jean, 11, 25). S’affranchissant de la loi juive, il s’affirme comme l’unique médiateur entre Dieu et les hommes : « Je suis la Lumière du monde (Jean, 8, 12) », ou encore « Personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jean 14, 6).
À l’appui de son identité, il accomplit des signes, des miracles, comme celui dont le grand prophète Isaïe, sept siècles plus tôt, a annoncé la venue : « Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent… » (Matthieu 11, 5). D’où l’affluence des foules autour de lui. L’historien ne peut se prononcer sur ces prodiges. Il notera seulement que ces faits ont soulevé l’enthousiasme en leur temps et ont été considérés par les premières communautés chrétiennes comme des signes authentifiant le message et la messianité de Jésus. Sa personne est un mystère, sur lequel bute l’historien.

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L’Église en procèsouvrage collectif dirigé par Jean Sévillia, Tallandier, août 2019, 21,90 euros.

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Conquête spatialeComment la France s’est hissée sur le podium.

Comment la France s’est hissée sur le podium

Pure chimère au début de la Seconde Guerre mondiale, la conquête spatiale est devenue possible grâce aux travaux des Allemands avant de prendre forme dès 1945 avec les Américains et les Soviétiques. La France, soucieuse de son rang, a réussi à se hisser sur le podium aux côtés des deux Supergrands de l’après-guerre. En ce XXIe siècle, le Japon, la Chine ou encore l’Inde, également désireuses d’affirmer leur puissance, entrent à leur tour dans la course à l’espace. 

Retour sur les débuts d’une incroyable épopée…Vanessa Moley

Le module lunaire d'Apollo XI avec les astronautes Neil Armstong et Buzz Aldrin à son bord, est photographié à partir du module de commande en orbite lunaire dans lequel est resté l'astronaute Michael Collins, Reuters, DR.

L’espace, nouveau champ de bataille

Avant l’effondrement du IIIe Reich, les scientifiques allemands ont mis au point le terrifiant V2. En dépit de son caractère rudimentaire et instable, ce « missile balistique autopropulsé » sera le modèle de toutes les fusées mises au point par la suite, y compris celle qui emmènera les premiers hommes sur la Lune, le 20 juillet 1969…

Lancement d'un V2 de White Sands par l'armée américaine, entre 1946 et 1952, NASA, DR.

Sitôt achevée la Seconde Guerre mondiale, les puissances qui ont terrassé l’Allemagne nazie font main basse sur toute la technologie allemande. Dans les ruines du « Reich millénaire », Américains et Soviétiques engagent un contre-la-montre pour récupérer un maximum de documents et retrouver les équipes qui ont mis au point le V2 qui sera la première fusée à usage militaire. La rivalité entre grandes puissances va désormais se jouer dans une nouvelle dimension, inédite dans l’histoire humaine : l’espace.

En France, les acteurs sont divisés. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, certains militaires se montrent d’emblée enthousiastes. Leur noyau dur se trouve parmi les membres du Comité d’action scientifique de la Défense nationale (CASDN). Créé dès 1948, cet organisme a pour but de moderniser les armées en facilitant la coopération avec les scientifiques.

Lancement de la capsule Mercury Freedom 7, le 7 mai 1961, NASA, DR.

Ses dirigeants sont bien conscients que les États-Unis et l’Union soviétique sont déjà engagés dans une course pour faire de l’espace un nouvel outil de puissance. Ils veulent absolument éviter un tête-à-tête auquel la France ne pourrait pas participer, faute d’avoir su mobiliser ses forces scientifiques.

Cette ambition portée par le CASDN ne recueille pourtant pas l’assentiment général. Elle ne suscite que perplexité ou embarras parmi les états-majors militaires et les dirigeants politiques. Quant aux scientifiques, ils ne cachent pas leurs réticences. À leurs yeux, les fusées sont des armes de destruction massives, voire « terroristes », et ils ne veulent en aucun cas y voir un outil scientifique.

Le renfort viendra d’outre-Atlantique. Aux États-Unis, en 1957, une poignée de spécialistes lance le projet de l’Année géophysique internationale (AGI). Son objectif : explorer la haute atmosphère, y compris avec des fusées. Il n’est pas encore question de « conquête de l’espace » et les commentateurs de l’époque comparent l’AGI aux grandes expéditions polaires qui ont marqué le début du XXe siècle. Tout au plus note-t-on le changement de perspective : désormais, il s’agira d’explorer la Terre à « la verticale » plutôt qu’à « l’horizontale ».

Hammaguir, le 23 février 1960, l’équipe d’Étienne et Arlette Vassy, du Laboratoire de physique de la faculté des Sciences de Paris, avec ses instruments de mesure et d’observation, avant le lancement de la fusée Véronique. L'agrandissement montre la fusée Véronique avant son lancement, archives Médihal, DR.

Une France timorée

C’est un physicien français, Étienne Vassy, qui va faire bouger les lignes dans l’Hexagone. Il se fait remarquer en proposant l’emploi de fusées afin de sonder les couches atmosphériques inaccessibles aux ballons traditionnels.

De gauche à droite : Alexandre Dauvillier, Adolphe Lutz, Etienne Vassy sur le site de l'Observatoire du Pic du midi. L'agrandissement est une photographie d'Etienne Vassy, seul, sur le Pic du Midi, 1943, archives, Médihal, DR.

L’idée séduit les militaires du Comité d’action scientifique de la Défense nationale. Son président, le général Maurice Guérin, apporte son soutien à Étienne Vassy en lui permettant d’acquérir quinze « Véronique », de petites fusées-sondes. En 1954, le physicien pourra ainsi mener deux séries d’expériences dans la haute atmosphère. Bien que couronnées de succès, ces expérimentations ne rencontrent que l’incrédulité de ses confrères. Les haut-gradés militaires continuent à ignorer la question de sorte que le CASDN doit continuer à supporter seul le coût du financement des recherches sur les fusées.

Sans le vouloir, l’Union soviétique va remettre au centre de l’attention les recherches de Vassy. Le 4 octobre 1957, elle place en effet en orbite Spoutnik-1. C’est le premier satellite artificiel de l’histoire. Le monde occidental est sous le choc.

Laïka, quelques minutes avant le décollage, AFP, DR.

Un mois plus tard, le 3 novembre, les Russes frappent à nouveau un grand coup en mettant cette fois en orbite un animal vivant, la chienne Laïka, avec Spoutnik-2.

Les États-Unis et les autres puissances occidentales sont piqués au vif. La course à l’espace est définitivement lancée et prend le pas sur toute autre priorité. Militaires et scientifiques se mobilisent et disposeront désormais de tous les moyens.

Un autre obstacle freine la France. Durant les années 50, ses élites politiques, militaires et scientifiques concentrent leur attention sur la crise algérienne, si aiguë qu’elle finit par paralyser la IVe République. Ce sont les militaires qui débloqueront la situation. Une première avancée sera faite par le président du CASDN.

Le 23 janvier 1958, le général Guérin propose en effet la création d’un Institut de la haute atmosphère, un organisme chargé de toutes les activités scientifiques et militaires concernant le domaine spatial. Mais là encore, le projet rencontre l’hostilité d’un certain nombre de scientifiques qui redoutent la tutelle de l’armée.

Le Centre spatial de Toulouse, fondé en mars 1968, est le fruit de la décentralisation voulu par le général de Gaulle. Le siège social du CNES fondé en 1961 se situe à Paris (Ier arr.) La Direction technique et scientifique (qui dirige les programmes spatiaux) s’installe au Centre spatial de Brétigny (CSB).

Le général de Gaulle met la France en orbite

Le déblocage viendra du sommet de l’État, avec l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle en juin 1958. Il sait qu’il faut agir vite pour éviter à la France d’être reléguée à une puissance de second rang. C’est alors que le général Guérin en profite pour ressortir son projet de janvier 1958 sous le nom de Haut-Commissariat à l’espace. Toutefois, le nouveau président n’ose pas encore appuyer le projet, de crainte de heurter les autorités scientifiques. Deux ans seront encore nécessaires pour qu’il franchisse le pas.

Le 19 décembre 1961, le général de Gaulle dote enfin la France d’un outil au service d’une politique spatiale nationale : le Centre national des études spatiales (CNES). Cette structure aura pour mission de centraliser l’ensemble des activités françaises liées à la conquête de l’espace… qui sort enfin du domaine de la science-fiction. Mieux : elle focalise désormais l’attention et le soutien des scientifiques, des militaires et des politiques.

Passée largement inaperçu à l’époque, cet événement marque pourtant un tournant. Désormais, la France veut être une puissance spatiale et, pour ce faire, se dote d’outils capables de favoriser le développement d’une industrie appropriée. Le pouvoir politique se veut le catalyseur de cette volonté puisqu’il incite tous les acteurs, scientifiques, militaires et industriels, à s’investir dans ce domaine…

https://www.herodote.net/histoire/synthese.php?ID=2577&ID_dossier=88

Petite leçon d’histoire à Justin Trudeau

Petite leçon d’histoire à Justin Trudeau

par Michael Jabara Carley

Alors que le gouvernement polonais demande, trois quart de siècles plus tard, des dommages de guerre à l’Allemagne, la presse internationale souligne la responsabilité soviétique dans la Seconde Guerre mondiale. C’est oublier que durant six ans, l’URSS essaya de former une alliance contre le nazisme et ne trouva aucun soutien. C’est oublier qu’en 1938, l’alliance de la Grande-Bretagne, de la France et de la Pologne avec l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste lors des accords de Munich dépeça la Tchécoslovaquie au profit de l’Allemagne et de la Pologne. En réalité, l’accord germano-soviétique de 1939, qui partagea la Pologne, n’est que la conséquence de l’anti-soviétisme européen.RÉSEAU VOLTAIRE | MONTRÉAL (CANADA) | 7 SEPTEMBRE 2019 ENGLISHITALIANO

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Le Premier ministre britannique Neville Chamberlain

Le 23 août 2019, le cabinet du Premier ministre canadien a diffusé une déclaration à l’occasion de la « journée du Ruban noir », une journée nationale établie par le Parlement européen en 2008-2009 et dédiée à la commémoration des victimes du « totalitarisme » fasciste et communiste et à la signature, en 1939, du Pacte de non-agression entre l’Allemagne et l’Union soviétique, communément appelé « pacte Molotov-Ribbentrop ». Divers mouvements politiques de centre-droit au sein du Parlement européen ainsi que l’Assemblée parlementaire de l’Otan ont lancé ou soutenu cette idée. En 2009, lors de sa réunion en Lituanie, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a adopté une résolution « comparant les rôles qu’ont joué l’URSS et l’Allemagne nazie dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. »

La déclaration du Premier ministre Justin Trudeau suit ces lignes de façon analogue. En voici quelques extraits : « La journée du Ruban noir marque le sombre anniversaire du pacte Molotov-Ribbentrop. Signé entre l’Union soviétique et l’Allemagne nazie en 1939 pour diviser l’Europe centrale et orientale, ce pacte tristement célèbre a ouvert la voie aux atrocités effroyables perpétrées par ces régimes. Dans les années qui ont suivi, les régimes soviétique et nazi ont dépouillé des pays de leur autonomie, forcé des familles à fuir leur foyer et déchiré des communautés entières notamment des communautés juives et roms. À travers l’Europe, ils ont provoqué des souffrances immenses, alors que des millions de personnes ont été assassinées sans raison ou privées de leurs droits, de leurs libertés et de leur dignité [italiques ajoutées]. »

Déclaration censée résumer les causes et le déroulement de la Seconde Guerre mondiale, elle n’est en fait qu’une parodie des événements réels des années 1930 et des années de guerre. C’est une « histoire falsifiée » qui est motivée par des raisons politiques. Il ne s’agit en réalité que d’un tissu de mensonges.

Commençons par le commencement. Fin janvier 1933, le président Paul von Hindenburg nomma Adolf Hitler chancelier de l’Allemagne. En quelques mois, le gouvernement d’Hitler déclara illégaux les partis communistes et socialistes allemands et commença à mettre en place un État à parti unique. Grâce au traité de Rapallo signé en 1922, le gouvernement soviétique avait jusqu’ici maintenu des relations correctes ou tolérables avec l’Allemagne de Weimar. Toutefois, le nouveau gouvernement nazi renonça à cette politique et lança une campagne de propagande contre l’Union soviétique et ses représentants diplomatiques, commerciaux et d’affaires travaillant en Allemagne. Les nazis vandalisaient parfois des installations commerciales soviétiques et passaient à tabac les employés.

À Moscou, on déclencha la sonnette d’alarme. Des diplomates soviétiques, notamment le commissaire du peuple aux Affaires étrangères avaient lu Mein Kampf d’Hitler, un livre publié au milieu des années 1920 et dans lequel ce dernier détaille son plan pour imposer la domination allemande sur toute l’Europe. Ce bréviaire, devenu un best-seller en Allemagne, constituait dans n’importe quelle maison allemande, l’accessoire indispensable pour étoffer la cheminée ou la table du salon. Dans Mein Kampf, pour ceux d’entre vous qui ne le sauraient pas, les juifs constituent avec les slaves la catégorie des Untermenschen, des sous-hommes voués uniquement à l’esclavage ou qui ne méritent pas de vivre. Mais, le génocide nazi n’allait pas seulement cibler les juifs. Les territoires soviétiques à l’est de l’Oural allaient appartenir aux Allemands. La France faisait également partie des ennemis naturels qu’il fallait éliminer.

« Qu’en est-il du livre d’Hitler ? » Litvinov posait souvent la question aux diplomates allemands qui se trouvaient à Moscou. Oh ça, répondaient-ils, n’y prêtez pas attention. Hitler ne pense pas vraiment ce qu’il a écrit. Litvinov sourit poliment devant de tels propos, mais n’en croyait pas un seul mot !

En décembre 1933, le gouvernement soviétique instaura officiellement une nouvelle politique de sécurité collective et d’assistance mutuelle afin de résister à l’Allemagne nazie. Que signifiait exactement cette nouvelle politique ? L’idée du gouvernement soviétique était de reconstituer les forces de l’entente qui avaient fait face à l’Allemagne lors de la Première Guerre mondiale et qui seraient composées de la France, de la Grande-Bretagne, des États-Unis et même de l’Italie fasciste. Même si on ne le disait pas ouvertement, cette nouvelle politique désignait une stratégie d’endiguement et de préparation à la guerre contre l’Allemagne nazie, au cas où l’endiguement serait un échec.

En octobre 1933, Litvinov fut envoyé par Joseph Staline aux États-Unis pour négocier la reconnaissance diplomatique du gouvernement soviétique par les États-Unis. Il s’est entretenu avec le nouveau président états-unien, Franklin D. Roosevelt, au sujet de la sécurité collective pour faire face au Japon impérial et à l’Allemagne nazie. Les relations américano-soviétiques repartirent alors sur de bonnes bases. Mais en 1934, le département d’État (dont ses membres, à quelques exceptions près, étaient anticommunistes) sabota le rapprochement entrepris par Roosevelt et Litvinov.

Au même moment, des diplomates soviétiques abordaient la question de la sécurité collective avec le ministre français des Affaires étrangères, Joseph Paul-Boncour. En 1933 et 1934, Paul-Boncour et son successeur Louis Barthou développèrent des relations plus étroites avec l’URSS. Ce rapprochement s’expliquait par une raison très simple : les deux nations se sentaient menacées par l’Allemagne nazie. Mais, les très prometteuses relations franco-soviétiques furent sabotées par Pierre Laval, le successeur de Barthou, après la mort de ce dernier en Octobre 1934 à Marseille, lors de l’attentat contre le roi Alexandre 1er de Yougoslavie. Laval était un anticommuniste qui préférait un rapprochement avec l’Allemagne nazie qu’avec l’URSS et sa politique de sécurité collective. Laval n’était pas très favorable au pacte d’assistance mutuelle franco-soviétique, qui fut finalement signé en mai 1935 mais dont il retarda la ratification à l’Assemblée nationale française. J’appelle ce pacte la « coquille vide ». Le mal était déjà fait lorsqu’il fut écarté du pouvoir en janvier 1936. Après la défaite de la France devant l’Allemagne nazie en 1940, Laval collabora avec les Nazis. Condamné à mort pour haute trahison, il est fusillé à l’automne 1945.

Les diplomates soviétiques menaient également des pourparlers en Grande-Bretagne pour un rapprochement entre les deux nations. L’objectif était de jeter les bases pour une sécurité collective contre l’Allemagne nazie. Là aussi, la politique fut sapée, d’abord par la signature en juin 1935 de l’accord naval anglo-allemand. Il s’agissait d’un accord bilatéral, portant autorisation, pour l’Allemagne, du réarmement de sa flotte navale. Il prit de court les Français et les Soviétiques, qui considéraient cet accord comme un acte de trahison. Début 1936, un nouveau ministre britannique des Affaires étrangères, Anthony Eden, mit un terme au rapprochement en raison de « propagande » communiste. Les diplomates soviétiques croyaient qu’il était un « ami ». Il n’en était rien.

À chaque fois, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne coupaient court aux discussions prometteuses avec l’Union soviétique. De ce qu’on sait aujourd’hui, pourquoi ces gouvernements feraient-ils une chose aussi étrange en apparence ? Parce que les dirigeants états-uniens, français et britanniques étaient fortement influencés par l’anticommunisme et la soviétophobie, qu’ils ne percevaient pas la menace nazie. La plupart d’entre eux se montraient plutôt bienveillante à l’égard d’Hitler. Le fascisme constituait un bastion qui défendait le capitalisme contre l’expansion du communisme et l’essor de l’influence soviétique en Europe. La grande question qui se posait dans les années 1930 était : « Qui est notre ennemi n°1 ? » : l’Allemagne nazie ou l’URSS ? Bien souvent, la majorité de ces dirigeants répondit à côté de la plaque. Ils préférèrent amorcer un rapprochement avec l’Allemagne nazie que de se tourner vers la politique de sécurité collective et l’assistance mutuelle proposées par l’URSS. Pour les dirigeants européens, qui craignaient le communisme et manquaient souvent de confiance en eux, le fascisme représentait la force, la puissance et la bravoure. Pour ces dirigeants incertains de leur virilité et de leur sécurité face à l’essor de l’influence soviétique, les uniformes en cuir, l’odeur de sueur qu’exhalaient des dizaines de milliers de fascistes, défilant avec leurs tambours, leurs drapeaux et leurs flambeaux, étaient semblables à des aphrodisiaques. L’éclatement de la guerre civile espagnole en juin 1936 transforma la politique européenne en créant un clivage entre la droite et la gauche et rendit ainsi impossible l’assistance mutuelle contre l’Allemagne.

Le cas de l’Italie était particulier. Le gouvernement soviétique maintenait des relations correctes avec Rome même si l’Italie était un pays fasciste et la Russie, un État communiste. L’Italie avait combattu aux côtés de l’Entente durant la Première Guerre mondiale et Litvinov souhaitait l’attirer dans la nouvelle coalition qu’il tentait de former. Benito Mussolini avait toutefois des ambitions impérialistes en Afrique de l’Est où il déclencha une guerre d’agression contre l’Abyssinie, le dernier territoire n’ayant jamais été colonisé par les puissances européennes. Pour faire court, la crise abyssine marquait le début de la fin des espoirs de Litvinov pour rallier l’Italie à sa cause.

Les diplomates soviétiques connurent aussi leurs premiers succès en Roumanie. Le ministre roumain des Affaires étrangères, Nicolae Titulescu, était favorable à la sécurité collective et travaillait en étroite collaboration avec Litvinov pour améliorer les relations soviéto-roumaines. C’était lui, en dépit de la fourberie et de la mauvaise foi de Laval, qui avait soutenu Litvinov lorsque ce dernier menait des pourparlers avec la France pour la signature du pacte d’assistance mutuelle. Bien que Titulescu et Litvinov aient abordé la question de l’assistance mutuelle, les discussions n’aboutirent à rien. La Roumanie était gouvernée par des dirigeants d’extrême droite qui s’opposaient à l’amélioration des relations avec les Soviétiques. En août 1936, Titulescu se retrouva écarté de la scène politique et fut contraint de démissionner. Il passa la plupart de son temps à l’étranger, craignant pour sa vie à Bucarest.

Tout comme Titulescu, le président de la Tchécoslovaquie, Eduard Beneš, était favorable à la sécurité collective contre la menace nazie. En mai 1935, il signa le pacte d’assistance mutuelle avec l’URSS, mais l’affaiblit pour éviter d’aller au-delà de celui que les Soviétiques avaient signé avec la France et qui fut saboté par Laval. Les Tchécoslovaques craignaient l’Allemagne nazie et ce, à juste titre. Mais, ils ne s’allieraient pas complètement avec l’URSS sans le soutien total de la Grande-Bretagne et de la France, ce qu’ils n’obtiendraient jamais.

La Tchécoslovaquie et la Roumanie regardaient du côté d’une puissance comme la France et n’iraient pas au-delà des engagements pris par cette dernière à l’égard de l’URSS. La France, quant à elle, regardait du côté de la Grande-Bretagne. Les Britanniques jouaient un rôle essentiel en ces temps-là. S’ils étaient prêts à s’engager, à s’allier avec l’URSS, tous en feraient autant. Sans leur engagement, tout volait en éclats.

L’Union soviétique tenta aussi d’améliorer ses relations avec la Pologne. Là également, les diplomates soviétiques ne parvinrent pas à atteindre leurs objectifs en raison de la signature du pacte de non-agression entre le gouvernement polonais et l’Allemagne nazie en janvier 1934. Les dirigeants polonais n’ont jamais caché leur désir de s’allier avec l’Allemagne nazie. La Pologne renonça à améliorer ses relations avec l’URSS. Elle fit constamment obstruction à la sécurité collective en sabotant les tentatives soviétiques de créer une alliance anti-nazie. Pire encore, les Polonais jouèrent le rôle de complices lors du démembrement de la Tchécoslovaquie par les Nazis en 1938, avant qu’ils ne soient victimes de l’agression de ces mêmes Nazis en 1939. Les diplomates soviétiques avaient prévenu à plusieurs reprises leurs homologues polonais que leur pays se dirigeait tout droit à sa perte s’ils ne changeaient pas leur politique. Au moment propice, l’Allemagne se retournerait contre eux et les anéantirait. Mais ils ne prenaient pas au sérieux ces avertissements et en riaient. Les Russes sont des « barbares », disaient-ils, les Allemands, un peuple « civilisé ». Le choix entre ces deux peuples était donc évident.

Soyons clairs. Les archives montrent nettement que le gouvernement soviétique a proposé sa politique de sécurité collective et une assistance mutuelle à la France, la Grande-Bretagne, la Pologne, la Roumanie, la Tchécoslovaquie et même à l’Italie fasciste. Mais, dans chaque cas, les propositions furent rejetées, voire méprisées, comme c’est le cas de la Pologne, le grand perturbateur de la mise en application de la sécurité collective dans la période qui précède la guerre en 1939. Aux États-Unis, le département d’État sabota l’amélioration des relations avec Moscou. À l’automne 1936, toutes les négociations des Soviétiques pour une assistance mutuelle tombèrent à l’eau et ils se retrouvèrent seuls. Personne ne voulait s’allier avec Moscou pour se mettre ensuite l’Allemagne à dos : toutes les puissances européennes mentionnées ci-dessus, menèrent des pourparlers avec Berlin pour éloigner le loup loin de leurs habitats. Même la Tchécoslovaquie en fit autant. Énoncée ou non, l’idée était de pousser Hitler à réorienter ses ambitions vers l’Est, contre l’URSS.

Survint ensuite « la trahison de Munich » en septembre 1938. La Grande-Bretagne et la France livrèrent la Tchécoslovaquie à l’Allemagne. « La paix à tout prix », déclara Neville Chamberlain, le premier ministre britannique. La Grande-Bretagne et la France abandonnèrent la Tchécoslovaquie, qui fut démembrée au prix de « la paix ». La Pologne obtint une modeste part du butin au titre de cet accord honteux. Winston Churchill la comparait à « un chacal ». En février 1939, on pouvait lire dans le Manchester Guardian que cette conciliation de la part des Britanniques était un plan qui consistait à acheter ses ennemis en vendant ses amis. Cette description est juste.

Il existait toutefois, en 1939, une toute dernière opportunité de signer le pacte d’assistance mutuelle anglo-franco-soviétique contre l’Allemagne nazie. Je l’appelle l’ « alliance qui n’a jamais existé ». En avril 1939, le gouvernement soviétique proposa à la France et à la Grande-Bretagne une alliance militaire et politique contre l’Allemagne nazie. Les conditions relatives à la constitution de cette alliance furent soumises sur papier à Paris et Londres. À l’automne 1939, la guerre semblait inévitable. Ce qui restait de la Yougoslavie disparut en mars, englouti par la Wehrmacht sans coup férir. Au cours de ce mois, Hitler soutenait que les Allemands peuplaient la ville de Memel, en Lituanie. En avril, un sondage de Gallup mené en Grande-Bretagne et en France révéla qu’une très grande partie de la population britannique et française était pour une alliance avec l’Union soviétique. Churchill, qui était alors député ordinaire, déclarait à la Chambre des communes que, sans l’URSS à leurs côtés, ils ne pourraient se défendre contre les Allemands.

Logiquement, on pourrait penser que les dirigeants britanniques et français auraient saisi à deux mains les propositions des Soviétiques. Mais ce ne fut pas le cas. Le ministère britannique des Affaires étrangères rejeta la proposition d’alliance tripartite de l’Union soviétique. La France, à contrecœur, dut s’aligner sur la position britannique. Litvinov fut démis de ses fonctions de commissaire du peuple aux Affaires étrangères et fut remplacé par Viacheslav M. Molotov, fidèle second de Staline. La politique soviétique demeura inchangée pendant un certain temps. En mai, Molotov envoya un message à la Pologne dans lequel il précisait que, si le pays le souhaitait, le gouvernement soviétique lui prêterait main forte s’il était agressé par l’Allemagne. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les Polonais repoussèrent la main tendue de Molotov dès le lendemain.

Malgré le premier refus des Britanniques de s’allier avec les Soviétiques, les pourparlers pour une alliance anglo-franco-soviétique se poursuivirent pendant l’été 1939. Pourtant, au même moment, les dirigeants britanniques furent surpris en train de négocier avec les Allemands pour amorcer une certaine détente au cours de la dernière heure avec Hitler. L’information fut révélée dans les journaux britanniques à la fin du mois de juillet, au moment où la Grande-Bretagne et la France s’apprêtaient à envoyer des délégations militaires à Moscou pour contracter une alliance. La nouvelle provoqua un scandale à Londres, ce qui fit naître chez les Soviétiques, des doutes concernant la bonne foi des Anglais et des Français. Ce fut le moment où Molotov commença à s’intéresser aux propositions d‘accords des Allemands.

C’était le premier scandale d’une longue série à venir. Les délégations militaires franco-britanniques se rendirent à Moscou à bord d’un navire de commerce affrété et naviguant à faible allure, à une vitesse maximale de treize nœuds. Un responsable du ministère britannique des Affaires étrangères avait suggéré qu’on embarque les délégations dans une flotte composée de croiseurs de la Royal Navy pour faire passer un message. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Edward Lord Halifax, trouvait cette idée trop provocatrice. Voilà pourquoi les délégations françaises et britanniques partirent à bord d’un navire de commerce et mirent cinq jours avant d’arriver en URSS. Compte tenu du contexte où une guerre pouvait éclater à tout moment, cinq jours pesait sur la balance.

Cette situation pouvait-elle être devenir plus grotesque ? Elle pouvait bel et bien l’être. Le négociateur en chef britannique, l’amiral Sir Reginald Drax, n’était pas habilité à signer un accord avec le camp soviétique. Son homologue français, le général Joseph Doumenc, ne possédait qu’une vague lettre d’autorisation du président du Conseil. Il était autorisé à négocier mais ne pouvait pas signer un accord. Doumenc et Drax n’appartenaient pas à l’effectif statutaire. À l’inverse, le camp soviétique était composé du commissaire du peuple à la Guerre disposant des pleins pouvoirs. « Tout indique jusqu’ici que les négociateurs militaires soviétiques sont vraiment prêts à faire des affaires », informa l’ambassadeur britannique à Moscou. Contrairement à ces derniers, les délégations britanniques avaient pour instruction d’y « aller très lentement ». Lorsque Drax rencontra le ministre britannique des Affaires étrangères avant leur départ pour Moscou, il lui posa une question sur « les risques de voir les négociations échouer ». « Il y eut un silence bref mais frappant, et le ministre britannique des Affaires étrangères fit alors remarquer que, dans l’ensemble, il serait préférable de prolonger les négociations le plus longtemps possible ». Doumenc nota qu’il était envoyé à Moscou « les mains vides ». Ils n’avaient absolument rien à offrir aux négociateurs soviétiques. Les Britanniques pourraient dépêcher deux divisions en France si une guerre éclatait en Europe. L’Armée rouge pourrait mobiliser très rapidement une centaine de divisions et les forces soviétiques venaient juste de venir à bout des Japonais après de rudes combats à la frontière de la Mandchourie. Staline n’en croyait pas ses oreilles. « Ces gens ne sont pas sérieux », conclut-il. Et il avait bien raison. Les dirigeants français et britanniques pensaient pouvoir se payer la tête de Staline. C’était une grosse erreur de leur part.

Après toute la fourberie et la mauvaise foi dont ils ont fait preuve, qu’auriez-vous fait à la place de Staline ou à la place de n’importe quel dirigeant russe ? Prenons, par exemple, le cas des Polonais. Ils ont contrarié les plans des Soviétiques à Londres, Paris, Bucarest, Berlin et même à Tokyo… Partout où ils pouvaient mettre des bâtons dans les roues des Soviétiques. Ils partagèrent avec Hitler le butin du démembrement de la Tchécoslovaquie. En 1939, ils essayèrent de compromettre, à la dernière minute, une alliance anti-nazie dont l’URSS était signataire. Je sais que tout ceci paraît invraisemblable, comme une histoire sensationnelle dans un mauvais roman, mais c’est la réalité. Et pourtant, les Polonais ont osé accuser le camp soviétique de les avoir poignardés dans le dos. C’était le renard qui prêchait aux poules. Les dirigeants du pays ont causé leur propre perte et celle de leur peuple. Depuis lors, rien n’a changé. Le gouvernement polonais marque le début de la Seconde Guerre mondiale en invitant les anciennes puissances de l’Axe à Varsovie. Il ignore la Fédération de Russie et son Armée rouge, qui pourtant, ont libéré la Pologne en payant au prix fort (plusieurs victimes). C’est un fait historique que les nationalistes polonais ne peuvent tout simplement pas digérer et qu’ils cherchent à effacer de nos mémoires.

Après avoir tenté, pendant près de six ans, de créer en Europe une large coalition anti-allemande (notamment avec la Grande-Bretagne et la France), le gouvernement soviétique revenait les mains vides. Vides. Même si l’URSS s’était retrouvée seule vers la fin de 1936, ses dirigeants tentaient de conclure des accords avec la France et la Grande-Bretagne. Les Britanniques, les Français, les Roumains, les Tchécoslovaques, et surtout les Polonais, avaient saboté, rejeté, esquivé, fragilisé les propositions et accords des Soviétiques et essayé, eux-mêmes, de passer des accords avec Berlin pour sauver leur peau. Sourires polis et complices, c’était comme s’ils rendaient service à Moscou en faisant plaisir aux diplomates soviétiques qui leur parlaient de Mein Kampf et de la menace nazie. Le gouvernement soviétique craignait d’être délaissé et d’être obligé de combattre seul la Wehrmacht, pendant que les Français et les Britanniques joueraient aux arbitres à l’ouest. Après tout, c’est exactement ce qu’ils ont fait quand la Pologne est tombée début septembre, en seulement quelques jours, entre les mains des envahisseurs de la Wehrmacht. Si la France et la Grande-Bretagne ne lèveraient pas le petit doigt pour aider la Pologne, auraient-elles fait plus pour l’URSS ? C’est une question que Staline et ses collègues se sont certainement posée.

Le pacte germano-soviétique ou pacte Molotov-Ribbentrop résulte de l’incapacité des Soviétiques de former une coalition anti-nazie avec les puissances occidentales. Le pacte était affreux. C’était un sauve-qui-peut soviétique, et il contenait un codicille secret qui prévoyait la création de « sphères d’influence » en Europe de l’Est « en cas de… réaménagement(s) territorial ou politique ». Mais ce n’était pas pire que ce que les Français et les Britanniques ont fait à Munich. « C’est la réponse du berger à la bergère », nota l’ambassadeur de France à Moscou. Le démembrement de la Tchécoslovaquie n’était que le prélude des évènements qui suivirent. Comme l’a si bien dit, il y a longtemps, l’historien britannique, feu A.J.P. Taylor : les violentes accusations formulées par les Occidentaux à l’encontre de l’URSS « provenaient de ces mêmes dirigeants politiques qui se sont rendus à Munich…. En réalité, les Russes n’ont fait que ce que les dirigeants occidentaux avaient envisagé eux-mêmes de faire. L’amertume de ces derniers était l’amertume de la déception, mêlée de colère et dont les déclarations communistes n’étaient pas plus sincères que leurs propres déclarations en faveur de la démocratie (leurs négociations avec Hitler le prouvent) ».

Il s’ensuit une période d’apaisement soviétique vis-à-vis de l’Allemagne nazie pas plus attrayante que la politique d’apaisement anglo-française qui l’a précédée. Staline commit alors une énorme erreur de jugement. Il négligea les mises en garde de son propre service de renseignement militaire contre une invasion de l’URSS par l’Allemagne nazie. Il se disait qu’Hitler ne serait pas assez fou pour envahir l’Union soviétique alors que la Grande-Bretagne était toujours une puissance belligérante. Quelle erreur de sa part ! Le 22 juin 1941, les puissances de l’Axe déployèrent une force militaire impressionnante et envahirent l’Union soviétique le long d’un front allant de la mer Baltique à la mer Noire.

Cette invasion marque le début de la Grande Guerre patriotique, une guerre d’une violence inouïe et d’un niveau inimaginable de brutalité et de destruction qui aura duré 1418 jours. L’URSS finit par s’allier avec la Grande-Bretagne et les États-Unis pour combattre l’Allemagne nazie. Ce fut l’Alliance des Trois Grands (Grande-Bretagne, États-Unis, URSS). La France avait bien entendu disparu, à la suite de la débâcle de son armée, écrasée par les troupes allemandes en mai 1940. Pendant les trois premières années de combat, de juin 1941 à juin 1944, l’Armée rouge se battait, presque toute seule, contre la Wehrmacht. Quelle ironie ! Staline avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour éviter de se retrouver seul face à l’Allemagne, et pourtant, son Armée rouge dut affronter, presque toute seule, les troupes allemandes et les puissances de l’Axe. Mais un retournement de situation se produisit à Stalingrad, seize mois avant le débarquement des Alliés occidentaux en Normandie. Voici ce qu’a écrit le président Roosevelt à Staline le 4 février 1943, au lendemain de la reddition des dernières forces allemandes à Stalingrad. « En tant que Commandant en chef des Forces armées des États-Unis d’Amérique, je vous félicite pour la brillante victoire, à Stalingrad, des armées placées sous votre commandement suprême. Les 162 jours de combat épique pour le contrôle de la ville qui a toujours honoré votre nom et le résultat décisif que tous les Américains [États-uniens] célèbrent aujourd’hui, resteront l’une des fiertés des peuples unis contre le nazisme et ses imitateurs. Les commandants et les combattants de vos armées sur les fronts ainsi que les hommes et les femmes qui les ont soutenus, dans les usines comme dans les champs, se sont unis, non seulement pour couvrir de gloire les divisions de leur pays, mais aussi pour insuffler, par leur exemple, une nouvelle détermination à toutes les Nations Unies pour faire plier toute résistance et provoquer ainsi la défaite finale et la capitulation sans condition de l’ennemi commun. » Comme Churchill avait dit à Roosevelt à peu près au même moment : « Dis-moi, qui se bat vraiment aujourd’hui ? Staline tout seul ! Et regarde comment il se débrouille… ». Nous ne devrions pas, en effet, oublier avec quelle ténacité l’Armée rouge a combattu.

De juin 1941 à septembre 1943, aucune division états-unienne, britannique ou canadienne n’a combattu sur le continent européen. Aucune ! Les combats en Afrique du Nord n’étaient qu’un évènement mineur lors duquel les forces anglo-américaines affrontèrent deux divisions allemandes au moment où l’Allemagne déployait plus de deux cents divisions sur le front soviétique. La campagne d’Italie, qui débuta en septembre 1943, fut un fiasco. Elle paralysa plus de divisions alliées que de troupes allemandes. Lorsque les alliés occidentaux débarquèrent enfin en France, la Wehrmacht n’était plus que l’ombre d’elle-même. L’armée allemande n’était plus aussi puissante que lorsqu’elle franchissait les frontières soviétiques en juin 1941. Le débarquement en Normandie, une stratégie rendue possible par les efforts de l’Armée rouge, fut une douche froide. Elle n’a eu, en aucun cas, une influence « décisive » sur l’issue de la Seconde Guerre mondiale, contrairement à ce que prétendent les médias traditionnels occidentaux.

En Union soviétique, le peuple soviétique, les Slaves comme les Juifs furent victimes d’une tentative de génocide perpétrée par les Allemands, qui les pillaient, brûlaient et assassinaient sans relâche. On estime que 17 millions de civils ont péri aux mains des armées nazies et de leurs complices ukrainiens et baltes. Dix millions de soldats de l’Armée rouge ont perdu la vie au cours de la guerre, en libérant l’Union soviétique et les pays de l’Est et en éliminant la brute nazie dans sa tanière à Berlin. Une grande partie de l’Union soviétique, allant de Stalingrad à l’est jusqu’au Caucase et de Sébastopol au sud jusqu’aux frontières roumaine, polonaise et balte, à l’ouest et au nord, fut dévastée. Bien qu’il y ait eu des massacres de civils perpétrés par les nazis à Oradour-sur-Glane (France) et à Lidice (Tchécoslovaquie), on en compte des centaines en Union soviétique, en Biélorussie et en Ukraine, dans des endroits dont les noms nous sont inconnus ou qui ne sont mentionnés que dans des archives soviétiques encore inexplorées ou non publiées. Quels que soient les péchés, les turpitudes et les erreurs commises par le gouvernement soviétique entre septembre 1939 et juin 1941, ce dernier s’est racheté grâce à ses énormes sacrifices et à la victoire de ses divisions sur l’Allemagne nazie.

À la lumière de ces faits, la déclaration du Premier ministre Justin Trudeau le 23 août est une propagande anti-russe motivée par des raisons politiques et qui ne sert aucun intérêt national du Canada. Trudeau a insulté, sans raison, non seulement le gouvernement de la Fédération de Russie, mais aussi tous les Russes dont les parents et grands-parents ont participé à la Grande Guerre patriotique. Il tente d’ôter toute légitimité au caractère émancipateur de la guerre de l’URSS contre l’envahisseur allemand et de discréditer ainsi l’effort de guerre des Soviétiques. La déclaration de Trudeau sert les intérêts de sa ministre des Affaires étrangères à Ottawa d’origine ukrainienne, Chrystia Freeland, une russophobe qui rend hommage à son défunt grand-père, un complice ukrainien des Nazis en Pologne sous occupation allemande. Elle soutient un régime à Kiev qui est issu d’un coup d’État violent contre le président ukrainien élu (le coup d’État du Maïdan). Ce régime est également soutenu par des milices fascistes et, à l’étranger, par l’Union européenne et par les États-Unis. Aussi absurde que cela puisse paraître, ce régime commémore les actes des complices des Allemands lors de la Seconde Guerre mondiale, traités aujourd’hui, en héros nationaux. Il faudrait d’urgence donner une leçon d’histoire au Premier ministre canadien avant qu’il n’insulte de nouveau le peuple russe, et qu’il discrédite en même temps, les sacrifices des soldats et marins canadiens, qui se sont alliés avec l’URSS pour combattre l’ennemi commun.Michael Jabara Carley

Traduction
Mouhamadou Mourtada Fall

Source
Strategic Culture Foundation (Russie)

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 “Only the USSR Has … Clean Hands” : The Soviet Perspective on the Failure of Collective Security and the Collapse of Czechoslovakia, 1934- 1938, by Michael Jabara Carley
Diplomacy & Statecraft, 21 : 2, 202 & 21 : 3, 368 (2010).
(PDF – 406.6 ko)
 
 Fiasco : The Anglo-Franco-Soviet Alliance That Never Was and the Unpublished British White Paper, 1939–1940, by Michael Jabara Carley
The International History Review, 41:4, 701-728
(PDF – 1.9 Mo)
 

Sur les tentatives soviétiques avant les Accords de Munich, lire : “23 August 1939”, by Michael Jabara Carley, Strategic Culture Foundation (Russia) , Voltaire Network, 23 August 2015.

https://www.voltairenet.org/article207566.html

Le 28 août 1944, Marseille libérée par des Tirailleurs algériens

HomeSociété  Le 28 août 1944, Marseille libérée par des Tirailleurs algériens

Le 28 août 1944, Marseille libérée par des Tirailleurs algériens

By La redaction de Mondafrique -28 août 2019

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La ville de Marseille a commémoré le 75 anniversaire de sa libération par des unités de Tirailleurs algériens, de Goumiers et de Tabors marocains composant la 3è D.I.A* commandée par le général de Monsabert , un des chefs de l’héroïque Armée d’Afrique .

Une chronique de Lounès CherifPUBLICITÉinRead invented by Teads

Le débarquement de Provence eut lieu le 15 août 1944 et avait vu déferler dans le Midi les divisions de Tirailleurs, de Zouaves, de Spahis, de Goumiers, de Tabors, de Chasseurs d’Afrique, etc. Le mot d’ordre des combattants de cette armée dont mon père faisait parti était : «vive la France! ».

Le président Macron qui a prononcé des mots forts lors de la commémoration du 75è anniversaire du débarquement de Provence du 15 aout 1944 à Saint-Raphaël et ensuite à Bormes-les-Mimosas, a lancé à propos des combattants africains un appel aux «maires de France pour qu’ils fassent vivre, par le nom de nos rues et de nos places, par nos monuments et nos cérémonies, la mémoire de ces hommes». Il s’agit de ne pas oublier le rôle imminent de l’Armée d’Afrique engagée dans de durs combats à Toulon et à Marseille face à une armée allemande lourdement équipée. 

Après le débarquement, l’Armée d’Afrique, dont les combattants étaient déjà aguerris par les batailles de Tunisie et d’Italie et la libération de la Corse en 1943, prend rapidement Toulon malgré une résistance acharnée des défenseurs allemands. Les régiments indigènes arrivent aux portes de Marseille le 23 août 1944. Après de terribles combats, notamment lors de la prise du mont de Notre Dame de la Garde le 25 août 1944 par les combattants musulmans de la 3è D.I.A et particulièrement les 3è et 7è Régiments de tirailleurs algériens, Marseille est enfin libérée le 28 août 1944. Devant une foule en liesse, un important défilé au son de la nouba se déroule le lendemain sur le Vieux-Port pour fêter la libération de la capitale du sud qui coïncide avec la libération de Paris.

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Des tirailleurs algériens pendant une messe à Notre Dame de la Garde qu’ils viennent de libérer. 

Ensuite, l’épopée des soldats indigènes va se poursuivre tout le long du Rhône, en Franche-Comté et en Alsace, jusqu’à la libération totale de la patrie. Ces hommes du sud traverseront le Rhin et livreront leurs derniers combats jusqu’au Danube. C’est ainsi qu’en hiver 1944 alors que le reste du pays libéré fête chaque jour la paix revenue, au lointain les combats font rage et les soldats africains s’y font toujours tuer. On y entend les récitations coraniques invoquant «Allah» qui accompagnent les rites funéraires des soldats musulmans morts aux combats. 

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Dans son ordre du jour numéro 9, le général de Lattre commandant la 1ère Armée Française écrira à ses soldats africains : «De toute mon âme, je vous dis ma gratitude.»**. Le général de Montsabert écrira de son côté : «C’est grâce à l’Armée d’Afrique que la France a retrouvé non seulement le chemin de la victoire et la foi en son armée, mais aussi et surtout l’honneur et la Liberté.»**.

Quant à Marseille, 75 ans après, il n’y a toujours pas de lieu dédié à l’Armée d’Afrique ni musée ni mémorial ni des noms de rues ou de places portant des noms de soldats musulmans qui ont libéré la citée phocéenne tel le sergent Messaoud Lassani qui fut le premier à se lancer à l’assaut de la colline de Notre Dame de la Garde. Lors de la commémoration du dimanche 25 août 2019, présidée par le sénateur-Maire M. Gaudin, non seulement le communiqué de presse de la ville indiquait le 29 au lieu du 28 août 1944 comme date de la libération de Marseille mais plusieurs élus n’étaient pas présents à ce rassemblement organisé aux pieds de la Basilique ni à la messe qui fut célébrée en hommage à ces combattants venus d’Afrique. Il manquait la présence du député M. Mélenchon et celle de la sénatrice Mme Ghali ainsi que celles d’autres élus locaux et nationaux marseillais. Ces derniers furent probablement excusés mais on notait aussi l’absence des acteurs et des représentants associatifs musulmans y compris ceux qui siègent à «Marseille Espérance» méconnaissant apparemment cette histoire qui les concerne pourtant en premier chef. Les élèves en tenue impeccable de l’Etablissement Lacordaire de Marseille représentaient les nouvelles générations avec à leur tête une jeune fille major de sa promotion portant une fourragère jaune. 

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Les élèves de l’Etablissement Lacordaire 

Lors de la messe, sans la présence notoire de citoyens musulmans hormis la mienne, le fanion de la 3è D.I.A portant un symbole de l’islam formé de 3 Croissants (bleu, blanc, rouge) fut exposé sur l’autel durant toute la cérémonie. Le père Pierre Brunet, vicaire général, prononça une homélie dans laquelle résonnaient les mots de paix et de fraternité et il invoqua avec solennité le rôle et le sacrifice «des Goumiers, des Spahis, des Tabors, des Tirailleurs d’Afrique Noire et d’Afrique du Nord parmi les troupes alliées qui avaient été les principaux artisans de cette libération.».

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Monsieur Gaudin, maire de Marseille, devant le fanion de la 3è D.I.A

La Nation, tout entière liée par les sacrifices consentis pour sa liberté, doit enseigner et évoquer régulièrement l’histoire et le souvenir de l’Armée d’Afrique. 

L’auteur de cet article, Lounès Chérif, ancien réserviste membre honoraire de l’armée, est le fils d’un ancien combattant de l’Armée d’Afrique blessé en Belgique en 1940 et qui participera au débarquement de Provence et à la campagne de la libération jusqu’au Rhin-Danube 

*D.I.A : Division d’Infanterie Algérienne

* L’Armée d’Afrique 1830-1962, sous la direction du Général R. Huré. Editeur Charles Lavauzelle. Paris 1972

https://mondafrique.com/le-28-aout-1945-la-liberation-de-marseile/ 

La colonisation française de Madagascar

La colonisation française de Madagascar

Jean ROQUAIN 1 décembre 2015 Le monde avant 1914Tiers-Monde et émergentsUn peu d’histoire Leave a comment

Madagascar est une île de l’océan Indien de 587 000 Km² (France métropolitaine=551 500 Km²). L’île a d’abord été peuplée par des populations austronésiennes avant de connaitre une très forte immigration entre le Xe et le XVe siècle. Des populations venues d’Afrique de l’Est, d’Indonésie, d’Oman, d’Europe se sont alors mêlées aux deux grandes ethnies Vazimba (vivant à l’intérieur du pays) et Vezo (vivant sur les côtes) en s’intégrant à leur culture.

Madagascar, un territoire plus grand que la France pour une population de 3 millions d'habitants au début du XXe siècle
Madagascar, un territoire plus grand que la France pour une population de 3 millions d’habitants au début du XXe siècle

Au début du XVIe siècle les premiers explorateurs européens découvrent l’île. En 1642, les Français, par l’intermédiaire de la Compagnie de l’Orient, établissent une colonie à Fort-Dauphin dans le sud-ouest de l’île. En 1670 un nouveau gouverneur de l’île, l’amiral Jacob Blanquet de La Haye, est nommé, et par sa dureté envers les populations autochtones va entraîner des soulèvements qui mèneront au massacre des colons français. Après cette entrée en matière catastrophique, l’île sera laissée à son propre sort pendant près d’un siècle. D’un point de vue malgache, les immigrations orientales et africaines vont profondément modifier la géopolitique interne de l’île et de grands royaumes vont se créer, notamment le Royaume réunifié de l’Imerina par Andrianampoinimerina qui règnera de 1787 à 1810 et ne sera rencontré que par un seul Européen pendant cette période. Son fils Radama Ier sera surnommé Le Conquérant par la postérité.

En 1817 Sir Farqahr, gouverneur anglais de l’île Maurice reconnait la légitimité de Radama Ier comme Roi de Madagascar. Radama Ier s’engage alors dans une conquête de l’île sans précédent avec l’aide de la Grande-Bretagne. Il transcrit également le malgache en alphabet latin et apprend à lire à plusieurs milliers de ses sujets. Sous son règne presque toute l’île sera unifiée sous la tutelle des Merina qui va connaître une période faste. Son petit-fils, réputé libéral prend le pouvoir à la mort de sa mère en 1861 et prend le nom de Radama II. Il ouvre le pays et rappelle tous les exilés, proclame la liberté de culte et conforte les intérêts français sur l’île. Napoléon III reconnaitra alors Radama II comme : Roi de Madagascar sous réserve des droits de la France. Titre peu représentatif de la réalité puisque le royaume de Radama II ne s’étend pas à l’époque sur toute la surface de l’île. Mais Radama II est assassiné en 1863 et Rainilaiarivony devient premier ministre et chef d’Etat officieux épousant les trois reines qui gouverneront jusqu’à 1897. Il meurt en 1896.

Le début de la période coloniale

En 1883, Jules Ferry, grand partisan de la colonisation, réclame le nord du pays et occupe les ports. Cependant les efforts coloniaux de la France sont concentrés dans le Tonkin et une résistance efficace du Royaume de Madagascar les oblige à rebrousser chemin. En 1885, deux ans après cette intervention ratée, un traité de paix est signé qui accorde aux Français une concession de 99 ans dans le nord du pays. Le reste du pays est officiellement indépendant. En 1890, l’Angleterre reconnaitra le protectorat français malgré un intense campagne d’opposition du premier ministre malgache.

En septembre 1895, une expédition française arrive à Tananarive. Le général Duchesne fait signer un traité de protectorat à la reine mais des soulèvements dans le pays font prendre à la France la décision d’annexer le pays (Août 1896). En février 1897, la monarchie est définitivement abolie et la reine est exilée. Le général Gallieni, héros militaire français, pacifiera alors l’île faisant ainsi plusieurs dizaines de milliers de morts, étendra la domination française aux zones qui échappaient au contrôle de la monarchie et réorganisera toute l’administration de l’île. Si l’esclavage avait été aboli en 1896, Gallieni fera usage du travail forcé qui dans les faits n’était pas très différent de l’esclavage. Les corvées auxquelles sont soumis les malgaches tuent en moyenne 20% des travailleurs et même les colons iront se plaindre à Gallieni du traitement qui est fait aux malgaches dans un pays qui compte à peine 3 millions d’habitants. Il fera aussi construire des routes, ports, télégraphes, écoles laïques et tous les malgaches deviendront « sujets Français » donc sans aucun droit politique. Il mettra également fin à la domination des merina sur les autres ethnies.

Une colonisation “civilisatrice” au dépens des populations

Si l’œuvre du Général Gallieni a souvent été considérée comme exemplaire dans la mission « civilisatrice » de la France, il faut également voir les milliers de malgaches tués dans la « pacification » de l’île et les milliers d’ouvriers sacrifiés pour la construction de routes. S’il a en effet fait construire de nombreuses écoles, il a lui-même écrit dans ses mémoires que le but était de fournir une main d’œuvre technique qualifiée aux colons français. En 1947, des révoltes contre l’autorité française appelleront à la répression violente des troubles ; les estimations françaises de l’époque sont de 89 000 morts. Le pays accèdera à l’indépendance politique en 1960.Share

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https://les-yeux-du-monde.fr/histoires/23867-la-colonisation-francaise-de-madagascar

Le débarquement de Provence

15 août 1944

Le débarquement de Provence

Le15 août 1944, à 8h, les Alliés débarquent en Provence, sur dix-huit plages entre Toulon et Cannes. Aux côtés des troupes anglo-saxonnes figure un puissant corps d’armée constitué de 260 000 Français sous le commandement du général Jean de Lattre de Tassigny. C’est le troisième débarquement après ceux de Sicile et de Normandie.

Le débarquement proprement dit se déroule plutôt bien, car une bonne partie des troupes allemandes ont été rappelées vers le front de Normandie, ouvert deux mois plus tôt. Toutefois, la prise de Marseille et de Toulon va se heurter à une forte résistance de l’occupant.  

Les troupes françaises remontent vers Toulon après être débarquées près de Saint-Tropez (photo : ECPAD)

Un soutien bienvenu à Overlord et à la libération de la France

Baptisé Anvil (« Enclume ») puis Dragoon (« Dragon »), le débarquement de Provence est placé sous le commandement du général Alexander Patch, qui commande la VIIe Armée américaine. Pour la première fois intervient aussi une véritable armée française, sous les ordres du général  Jean de Lattre de Tassigny

Forte de 260 000 hommes, elle est constituée de volontaires de la France Libre et surtout d’anciens soldats de l’armée d’armistice, qui étaient aux ordres de Vichy. Elle recense aussi des conscrits d’Afrique du Nord, « pieds-noirs » et musulmans à part égale. Pendant que les Anglo-Saxons s’engouffreront dans la vallée du Rhône, c’est elle qui va conduire l’assaut contre Toulon et Marseille.

Une progression plus rapide que prévu

Robert T. Frederick, commandant de la 1st Airborne, le 15 août 1944 (14 mars 1907, San Francisco - 29 novembre 1970, Stanford)

Dans la nuit du 14 au 15 août 1944, neuf mille parachutistes anglo-saxons sous les ordres du général américain Robert T. Frederick, sont largués dans l’arrière-pays, entre les massifs des Maures et de l’Estérel. Ils s’assurent le contrôle des routes et marchent sans attendre vers Cannes.

À l’aube arrivent les premiers navires, avec une solide couverture aérienne qui permettra qu’aucun ne soit coulé. Ces navires sont partis pour certains dès le 4 août, d’Afrique du Nord ou d’Italie du Sud.

En deux jours, 115 000 hommes touchent terre. L’assaut a été si rapide que les Allemands ont eu à peine le temps de réagir et l’on ne comptera que quelques dizaines de victimes parmi les Alliés.

Dès le 19 août 1944, les Allemands reçoivent de leur hiérarchie l’ordre de se replier, à l’exception des garnisons de Toulon et Marseille qui ont ordre de résister coûte que coûte.

Toulon et Marseille libérées

Les Américains du général Patch se dirigent à marches forcées vers la vallée du Rhône et font leur jonction avec l’armée de Patton, venue de Normandie, le 12 septembre 1944, à la hauteur de Dijon.

Pour les Français, le plus dur reste à faire.  À Toulon résistent dix-huit mille soldats de la Wehrmacht. Ils ne se rendront que le 26 août.  À Marseille, la population se soulève dès le 19 août 1944 mais les Allemands, au nombre de 20 000, ne cesseront la résistance que le 28 août. 

Grâce à cette participation de l’armée française à la libération du continent, le général de Lattre ratifiera au nom de son pays la capitulation de l’Allemagne, le 8 mai 1945, à Berlin.Voir la version intégralePublié ou mis à jour le : 2019-08-15 15:59:47

https://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19440815&ID_dossier=125

Là dort l’Armée d’Afrique »

« Là dort l’Armée d’Afrique »

By La redaction de Mondafrique -15 août 2019

42PARTAGES348

Ce 15 Août est un jour de commémoration du débarquement de 
l’Armée d’Afrique il y a 75 ans sur les côtes de Provence. 
Voici un poème en l’honneur de ces soldats libérateurs de la France 
en 1944, écrit par Mme Riche-Muller à Sigolsheim où se trouve une 
nécropole nationale militaire. 


« Afin que nul n’oublie »*
Au pied des monts bleutés, en un site historique 
Il est une colline où flottent nos couleurs. 
Endormis à jamais, abattus loin des leurs 
C’est là que sont tombés ceux de l’Armée d’Afrique…
Alignés sous la Croix ou la Stèle hébraïque, 
Arborant le Croissant du soldat musulman,
De modestes tombeaux témoignent de ce sang 
Que versèrent pour nous ceux de l’Armée d’Afrique…
Et sur ce tertre obscure, morne et mélancolique,
Ils ne sont pas tous là : les autres, par milliers, 
Ont jalonné de gloire en usant de leurs souliers 
La route de l’Honneur, chère à l’Armée d’Afrique…
Quand ils ont débarqué, courageux, magnifiques,
Venus de Kabylie, d’Alger, venus d’Oran, 
De Tunis, ou Rabat, de Dakar, d’Abidjan, 
Ils étaient de chez nous, eux de l’Armée d’Afrique!
Ils s’appelaient Muller, Krauth ou 
Bou-Haiche, Fernandez, Ouadi, Ginart ou bien Dardour 
Ayant pour idéal de planter sur Strasbourg 
Leurs drapeaux glorieux, ceux de l’Armée d’Afrique!
A leurs rangs s’ajoutait le peuple nostalgique 
Ayant perdu la France en fuyant l’étranger
Qui dans «Rhin et Danube» accourait s’engager
Fiers de rejoindre aussi ceux de l’Armée d’Afrique…
Leurs grands chefs égalaient les Héros de l’Attique
C’étaient Juin et Leclerc, de Lattre ou Monsabert, 
C’étaient Giraud, Valin, Brosset, de Boislambert, 
Qui menaient au combat ceux de l’Armée d’Afrique…
Ils ont rétabli Rome en sa grandeur antique 
On les a vus à Sienne, à Monté Cassino.
Dans la neige et le froid du Garigliano, 
Dans Mulhouse et Colmar, ceux de l’Armée d’Afrique…
Après avoir vécu l’Aventure Homérique 
Quand ils ont défilé sur les Champs Elysées 
Les foules en délires étaient électrisées. 
Et Paris acclamait ceux de l’Armée d’Afrique
Mais tant d’autres sont morts, en n’ayant pour musique 
Que la voix du canon et la plaine du vent…
Passant, près de ces tombes arrête-toi souvent 
Prie et recueille-toi ; là dort l’Armée d’Afrique. 



Mme Riche-Muller de la Société des Gens de Lettres.  
*Poème publié par une revue réalisée en 1994 par l’Association des Anciens combattants du Corps Expéditionnaire Français en Italie Toulouse Midi-Pyrénées en partenariat avec le Conseil Régional Midi-Pyrénées, le Conseil Général de la Haute Garonne et le Rectorat et l’Inspection Académique.


https://mondafrique.com/la-dort-larmee-dafrique/

Le français en Iran entre tradition historique et élitisme

Société

Le français en Iran entre tradition historique et élitisme

Si la francophonie existe en Iran et ce depuis plusieurs siècles, on ne peut pas la comparer à celle de pays tels que l’Algérie. Mais dans certaines couches aisées de la société iranienne, tout comme dans les départements de linguistique de plusieurs universités, le français reste encore vivant et attractif. L’interaction entre le français et le persan, témoin de multiples emprunts, et l’admiration en Iran pour la culture française, sont autant d’éléments qui permettent d’évoquer une francophonie « à l’iranienne ».


Inalco

Comme le rappelle le professeur Ahmad Kamyabi Mask, de l’Université de Téhéran, spécialiste de l’œuvre d’Ionesco, l’entrée du français en Iran s’est faite via les premiers missionnaires franciscains et dominicains envoyés en Perse ilkhanide au 13ème siècle. Des missions sont établies à Sultaniya, Maragha, Tabriz et Tbilissi. Puis c’est au 15ème siècle, sous la dynastie des Safavides, que l’on trouve les premières traces d’une fascination mutuelle entre les deux civilisations, avec notamment l’envoi par Richelieu de deux moines franciscains à la cour du Chah Abbas, installée à Ispahan. L’un d’eux, Jacques Dutertre vivra cinquante-deux ans au sein de la cour et y sera même inhumé. Ces moines joueront les rôles de traducteurs et de négociateurs, très importants à cette période. Antoine Isaac Silvestre de Sacy (1758-1838) et Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron (1731-1805) sont les premiers orientalistes à étudier le persan et à en traduire les textes fondateurs en français. Mais c’est aux Qâdjârs qu’il faut remonter pour trouver l’origine des relations culturelles franco-iraniennes, à une époque où le voyage des étudiants iraniens en France a joué un rôle primordial dans l’influence subie par le persan. Nasseredin Shah (1831-1896) parlait un français « impeccable », selon les fonction- naires français en poste en Iran.
Des écoles françaises sont créées dès 1860 (Saint-Louis, à Téhéran), puis d’autres voient le jour au début du 20ème siècle, telles Jeanne d’Arc, à Téhéran, ou encore le lycée Razi, qui ouvre dans la capitale après le passage du Général De Gaulle, sans omettre le rôle des instituts français répartis sur le territoire, qui dispensent des cours de français.
Cet intérêt pour le français en Iran, en dehors des effets de mode du 18ème siècle, vient de la présence de consonances dans les deux langues, qui facilitent la prononciation des mots français en langue persane. Le voyage des mots entre la Perse et la France, de par son intensité, n’a certainement que peu d’équivalent. Les mots persans empruntés au français concernent tous les domaines, scientifique, politique, journalistique, littéraire, etc. À titre d’exemples, citons Bomb’e pelâstiki, kârt’e vizit, kârt postâl, rob do châmr, orkestr samfonik, mikrob, vaksin, karton, diplomasi, etc.
DE MULTIPLES TERRAINS D’INTERACTION
Si le français en tant que langue n’est pas la première langue étrangère, son influence a modelé la société intellectuelle iranienne. Au 19ème, puis au 20ème siècle, parmi les fondateurs de la culture et civilisation persanes modernes, nombreux sont ceux qui ont effectué leurs études supérieures en Suisse et/ou en France. L’admiration qui demeure en Iran pour la culture et les arts de l’Hexagone favorise l’intérêt pour la langue française. Une grande majorité d’artistes la maîtrise parfaitement, ce qui reste peut-être plus vrai pour ceux qui ont plus de 44 ans. La traduction en persan de bon nombre d’ouvrages littéraires français familiarise notamment les enseignants avec la culture française. Récemment, une collection dédiée au théâtre français contemporain a vu le jour avec près de 40 titres, grâce à l’opiniâtreté de Tinouche Nazmjou. Ahmad Kamyabi Mask a pour sa part traduit en persan toute l’œuvre d’Eugène Ionesco. En 1851, à la fondation de l’École Polytechnique (Dâr-ol-Fonoun Amir-Kabir) à Téhéran, l’essentiel de l’enseignement scientifique se faisait en français par des enseignants français. Des bourses impériales étaient attribuées à des étudiants qui partaient étudier la médecine en France, tradition qui sera reprise par le Professeur Gousheh, jusqu’au blocage des visas étudiants en 2011. Enfin, pendant une longue période, le français fut enseigné comme langue principale dans les écoles et les collèges iraniens.
QUEL AVENIR POUR LE FRANÇAIS EN IRAN AUJOURD’HUI ?
En 1979, la fermeture des écoles françaises, la plupart religieuses, marque une récession de la langue française. Cependant, on assiste à un véritable renouveau dans les années 1990-2010. 20 établissements privés ou publics enseignent le français jusqu’au niveau du doctorat, sous l’angle de la linguistique, de la didactique et de la littérature comparée. On retrouve la langue dans les établissements secondaires de Téhéran et de plusieurs grandes villes de province. Aujourd’hui, le français reste la langue partagée par les élites mais un certain engouement naît peu à peu chez les étudiants des classes moyennes, qui voient dans son apprentissage une chance pour l’émigration vers le Canada ou une manière de marquer sa différence avec la majorité, qui reste anglophone à l’université. D’ailleurs, la floraison des instituts privés proposant des cours de français dans tout le pays en atteste.
Les professeurs Gashmardi et Salimikouchi affirment que « si le français a des usages de plus en plus limités, il n’est pas en déclin. Le bilinguisme persan-français donne la possibilité aux locuteurs universitaires de recourir, en fonction de la situation de communication académique et interculturelle, à deux langues différentes pour enrichir leurs acquisitions et leurs productions. Dans des domaines tels que le droit, la philosophie ou la sociologie, un consensus sous-jacent accrédite une francophonie culturelle qui s’impose. »
La présence médiatique francophone reste timide mais elle tend à se développer. La Revue de Téhéran, magazine mensuel traitant des sujets de culture générale, et la Revue des Presses Universitaires de Téhéran en sont des exemples. L’Institut Français de Recherche en Iran (IFRI) supervise et accompagne quant à lui les recherches universitaires sur de très nombreux domaines, tant des sciences humaines, de l’archéologie, que de l’histoire des sciences et des techniques. Radio et TV Sahar, et tout récemment Press TV, filiales de la télévision d’État IRIB, émettent des programmes en français.
Et les professeurs Gashmardi et Salimikouchi de conclure : « L’importance de la diversité linguistique et culturelle face aux défis de la mondialisation est parmi les vraies questions ouvertes. L’élite iranienne croit que la France contemporaine en particulier et le monde francophone en général ne semblent pas souffrir d’un déficit d’idées. Pour l’élite iranienne, cet alliage, qui fait de la langue et de la pensée francophone un équivalent de sens, d’esprit de valorisation, de dignité, de créativité et de partage, est un appel au respect d’autrui et à une manière d’être au monde. Grace à cette élite francophone, qui a joué un rôle important dans la vie socioculturelle du pays et qui a conservé l’usage de cette langue, la francophonie culturelle est aujourd’hui encore considérée comme un instrument privilégié de formation intellectuelle, d’échanges, d’accès à l’information et à la connaissance. Le souvenir toujours vivace de grands intellectuels, traducteurs, écrivains et poètes francophones iraniens, entretient l’image positive du français comme langue de la pensée et de la culture. Cette image constitue une base solide pour relancer la pratique du français. »
Des actes politiques viennent en outre stimuler cette relance. Ainsi, en septembre 2015, l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) signait une convention de coopération avec l’Université Allameh Tabataba’i de Téhéran, la plus grande université de lettres et sciences humaines d’Iran, avec 17 000 étudiants. En décembre 2015 se tenait à l’université Shahid Beheshti, et à l’initiative de l’Ambassade de France en Iran, le premier Forum international sur l’enseignement du français en Iran.
Toutefois, comme le rappellent les professeurs Gashmardi et Salimikouchi, « si le statut particulier du français en Iran n’est pas nettement défini, la question de la francophonie est une question qui touche encore l’esprit des universitaires et des élites iraniens. Bien que cette élite ne tienne pas majoritairement à choisir le français pour écrire ou parler, cette langue n’est pas aussi étrangère que d’autres car elle jouit d’un statut particulier ». Mais la francophonie en Iran, bien que privilégiée, parviendra-t-elle à sortir de cette situation incertaine ?

Par Rédaction ParisTeheran le 16 octobre 2017

http://paristeheranmag.com/francais-iran-entre-tradition-historique-elitisme/

La Charte de l’Atlantique

14 AOÛT 1941 > 14 AOÛT 1941

14 août 1941

La Charte de l’Atlantique

Le 14 août 1941, tandis que l’Angleterre résiste seule à l’Allemagne nazie et que celle-ci vient d’envahir l’URSS, le président des États-Unis Franklin Delano Roosevelt et le Premier ministre britannique Winston Churchill se rencontrent à bord du navire de guerre Prince of Wales « quelque part en mer », au large de Terre-Neuve.

Ils proposent une série de principes moraux devant guider les puissances démocratiques et garantir le rétablissement durable de la paix :
• refus de tout agrandissement territorial,
• droit des peuples à choisir leur forme de gouvernement,
• libre accès de chacun aux matières premières,
• liberté des mers,
• renonciation à la force !

Le président américain veut de la sorte préparer son opinion publique, encore très réticente, à une entrée en guerre contre l’Allemagne, aux côtés de l’Angleterre et de l’URSS.

Principes virtuels

Le document signé par les deux dirigeants est connu sous le nom de Charte de l’Atlantique. Il est à l’origine de la charte des Nations Unies

Mais il semble que les généreux principes de la Charte aient été contournés dès l’année suivante, lors de la signature du traité d’assistance anglo-soviétique de Londres, le 26 mai 1942. Par ce traité d’alliance entre le Secrétaire aux Affaires étrangères Anthony Eden et son homologue soviétique Viatcheslav Molotov, le premier concède au second le droit à un glacis de sécurité et à des frontières stratégiques.

De fait, la Charte de l’Atlantique est évoquée à la conférence de Yalta, en février 1945, mais seulement pour la forme, les participants de ladite conférence – Staline le premier – n’ayant eu aucune intention de renoncer aux agrandissements territoriaux ni de laisser aux peuples le droit de choisir leur forme de gouvernement.

Alban DignatPublié ou mis à jour le : 2019-06-19 13:00:17

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