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Re-Colonisation

Re-Colonisation

Pour Thierry Meyssan, une des conséquences de la fin successive du monde bipolaire et du monde unipolaire est le rétablissement des projets coloniaux. Successivement, des dirigeants français, turcs et anglais ont publiquement déclaré le retour de leurs ambitions. Reste à savoir quelles formes elles pourraient prendre au XXIème siècle.

| Damas (Syrie)

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L’Empire britannique sur lequel le soleil ne se couche jamais

L’empire français

Depuis une décennie, nous avons relevé, comme une incongruité, la volonté française de rétablir son autorité sur ses anciennes colonies. C’était la logique de la nomination par le président Nicolas Sarkozy de Bernard Kouchner comme ministre des Affaires étrangères. Il substitua la notion anglo-saxonne de « Droits de l’homme » à celle des Révolutionnaires français de « Droits de l’homme et du citoyen » [1]. Plus tard, son ami, le président François Hollande déclara, lors d’une conférence de presse en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, qu’il était temps de rétablir un mandat sur la Syrie. C’est encore plus clairement que le petit neveu de l’ambassadeur François George-Picot (celui des accords Sykes-Picot), l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing, en parla. Et c’est évidemment de cette manière qu’il faut comprendre la volonté du président Emmanuel Macron de continuer la guerre contre la Syrie, sans les États-Unis.

Il y a toujours eu en France un « parti colonial » qui traversait les partis politiques et agissait comme un lobby au service de la classe possédante. Comme à chaque période où il devient difficile à des capitalistes sans scrupules d’écraser la main d’œuvre nationale, le mythe de la conquête coloniale ressurgit. Si les « Gilets jaunes » se révoltent, alors poursuivons « l’exploitation de l’homme par l’homme » sur le dos des Syriens.

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L’empire français « apporte » la civilisation

Jadis cette forme de domination se cachait, selon les mots de Jules Ferry —sous les auspices duquel François Hollande consacra son mandat [2]—, derrière « le devoir d’apporter la civilisation ». Aujourd’hui, elle vise à protéger les peuples dont les élus sont qualifiés de « dictateurs ».

La France n’est pas la seule ancienne puissance coloniale a réagir ainsi. La Turquie n’a pas tardé à suivre.

L’empire ottoman

Trois mois après la tentative d’assassinat et le coup d’État avorté de juillet 2016, le président Recep Tayyip Erdoğan prononçait le discours inaugural de l’université qui porte son nom (RTEÜ). Il dressait alors un aperçu des ambitions de la République turque depuis sa création et de celles de son nouveau régime [3]. Faisant explicitement référence au « Serment national » (Misak-ı Millî) [4], adopté par le Parlement ottoman le 12 février 1920, il justifiait son irrédentisme.

Ce serment, qui fonde le passage de l’Empire ottoman à la République turque, revendique les territoire du Nord-Est de la Grèce (la Thrace Occidentale et le Dodécanèse) [5], de tout Chypre, du Nord de la Syrie (y compris Idleb, Alep et Hassakeh), et du Nord de l’Iraq (y compris Mossoul).

Actuellement l’empire en re-formation occupe déjà le Nord de Chypre (la pseudo « République turque de Chypre du Nord »), le Nord-Ouest de la Syrie et une petite partie de l’Iraq. Pour toutes ces zones, où la langue et la monnaie turques s’appliquent, un préfet (« wali ») a été nommé dont le bureau se trouve au Palais blanc d’Ankara.

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L’empire ottoman se fonde sur l’ignorance de ses sujets. Il a fermé les écoles du monde arabe.

L’empire britannique

Le Royaume-Uni, quant à lui, hésite depuis deux ans sur son avenir après le Bréxit.

Peu après l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, le Premier ministre Theresa May s’était rendue aux États-Unis. S’adressant aux responsables du Parti républicain, elle avait proposé de rétablir le leadership anglo-saxon sur le reste du monde [6]. Mais le président Trump avait été élu pour liquider les rêves impériaux, pas pour les partager.

Déçue, Theresa May voyagea en Chine pour proposer au président Xi Jinping de contrôler avec lui les échanges internationaux. La City, disait-elle, est prête à assurer la convertibilité des monnaies occidentales en Yuan [7]. Mais le président Xi n’avait pas été élu pour faire affaire avec l’héritière de la puissance qui démantela son pays et lui imposa la guerre de l’opium.

Theresa May tenta une troisième formule avec le Commonwealth [8]. Certaines des anciennes colonies de la Couronne, comme l’Inde, connaissent aujourd’hui une forte croissance et pourraient devenir de précieux partenaires commerciaux. Symboliquement le dauphin de la Couronne, le prince Charles, fut porté à la présidence de cette association. Madame May annonça que l’on allait enfin se diriger vers un Royaume-Uni global (Global Britain)

Dans un entretien au Sunday Telegraph du 30 décembre 2018, le ministre britannique de la Défense, Gavin Williamson, a dressé son analyse de la situation. Depuis le fiasco du Canal de Suez, en 1956, le Royaume-Uni mène une politique de décolonisation et retire ses troupes du reste du monde. Il ne conserve aujourd’hui de bases militaires permanentes qu’à Gibraltar, à Chypre, à Diego Garcia et aux Malouines (« Falklands » selon leur dénomination impériale). Depuis 63 ans, Londres se tourne vers l’Union européenne, que Winston Churchill a imaginé, mais à laquelle il ne pensait pas initialement que l’Angleterre adhérerait. Le Brexit « déchire cette politique ». Désormais, « le Royaume-Uni est de retour en tant que puissance globale ».

D’ores et déjà Londres envisage d’ouvrir deux bases militaires permanentes. La première devrait être en Asie (à Singapour ou à Brunei), la seconde en Amérique latine. Probablement au Guyana de manière à participer à la nouvelle étape de la stratégie Rumsfeld-Cebrowski de destruction des régions du monde non-connectées à la globalisation. Après les « Grands lacs africains », le « Moyen-Orient élargi », le « Bassin des Caraïbes ». La guerre commencerait avec une invasion du Venezuela par la Colombie (pro-US), le Brésil (pro-Israélien) et le Guyana (pro-Britannique).

Ne s’embarrassant pas du discours lénifiant des Français, les Anglais édifièrent un empire avec le concours de multinationales au service desquelles ils placèrent leur armée. Ils divisèrent le monde en deux, résumé par ce titre : le souverain était roi d’Angleterre (donc soumis ici à la tradition politique) et empereur des Indes (c’est-à-dire succédant à la Compagnie privée des Indes et pur autocrate là-bas).

La décolonisation était un corolaire de la Guerre froide. Elle a été imposée aux États d’Europe occidentale par le duopole des USA et de l’URSS. Elle s’est maintenue durant le monde unipolaire, mais ne rencontre plus d’obstacle depuis le retrait états-unien du « Moyen-Orient élargi ».

Il est difficile d’anticiper quelle forme la colonisation future prendra. Jadis, elle était rendue possible par d’importantes différences de niveau d’éducation. Mais aujourd’hui ?

Documents joints

[1] La différence des deux furent le principal sujet de débats durant la Révolution française. Leur incompatibilité fut notamment le thème du livre éponyme de Thomas Paine, le plus vendu durant la Révolution.

[2] « La France selon François Hollande », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 30 juillet 2012.

[3] « La stratégie militaire de la nouvelle Turquie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 11 octobre 2017.

[4] « Serment national turc », Réseau Voltaire, 28 janvier 1920.

[5] « La Turquie annonce préparer l’invasion de la Grèce », Réseau Voltaire, 20 février 2018.

[6] “Theresa May addresses US Republican leaders”, by Theresa May, Voltaire Network, 27 January 2017.

[7] « Le Brexit redistribue la géopolitique mondiale », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 27 juin 2016.

[8] « La nouvelle politique étrangère britannique », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 juillet 2016.

https://www.voltairenet.org/article204637.html

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Pendant ce temps, autour des Kouriles… (Pacifico I)

Chroniques du Grand jeu

La géopolitique autrement, pour mieux la comprendre…

Pendant ce temps, autour des Kouriles… (Pacifico I)

Publié le 14 Janvier 2019 par Observatus geopoliticus in Extrême-Orient, Chine, Etats-Unis, Russie

Lorsque Magellan le découvrit et le nomma « Pacifique » en raison du temps calme qu’il y rencontra durant sa traversée, il ne pouvait imaginer que le digne océan deviendrait une composante du Grand jeu un demi-millénaire plus tard…

Plusieurs nouvelles très intéressantes nous en parviennent ces derniers temps. Aussi engageons-nous une série en plusieurs épisodes sur les grandes manœuvres géopolitiques et stratégiques qui s’y déroulent. Mais auparavant, un petit rappel est nécessaire :

Une carte vaut parfois tous les discours. Nous sommes évidemment en plein Grand jeu, qui voit la tentative de containment du Heartland eurasien par la puissance maritime américaine. Les disputes territoriales dans les différentes mers de Chine ne concernent pas une quelconque volonté de mettre la main sur d’éventuelles ressources énergétiques ou routes stratégiques, ou alors seulement en deuxième instance. Il s’agit avant tout pour le Heartland, la Chine en l’occurrence, de briser l’encerclement US et de s’ouvrir des routes vers le Rimland et vers l’océan, exactement comme la Russie le fait sur la partie ouest de l’échiquier avec ses pipelines et ses alliances de revers.

La présence américaine en Extrême-Orient est l’héritage de l’immédiat après-guerre (tiens, tiens, justement la période des père fondateurs de la pensée stratégique états-unienne, MacKinder et Spykman). Japon (1945), Taïwan (1949), Corée (1950) : la boucle était bouclée et l’Eurasie cernée à l’est, comme elle l’était à l’ouest par l’OTAN, au Moyen-Orient par le CENTO et en Asie du sud et sud-est par l’OTASE. La guerre froide entre les deux Corées ou entre Pékin et Taïwan sont évidemment du pain béni pour Washington, prétexte au maintien des bases américaines dans la région.

Le double plan de la puissance maritime – diviser le continent-monde à l’intérieur, l’encercler à l’extérieur – a atteint son acmé avec la rupture sino-soviétique de 1960. Un demi-siècle plus tard, que d’eau a coulé sous les ponts… L’Eurasie n’a jamais été aussi unie (symbiose russo-chinoise, Organisation de Coopération de Shanghai), rendant caduque la première partie du plan. Quant au deuxième axiome, il fuit de partout.

Washington ayant à peu près abandonné ses folles prétentions d’infiltration du Heartland, tout ce qui reste aux stratèges US est le second paradigme : maintenir coûte que coûte l’encerclement de l’Eurasie. C’est sur cette ceinture de plusieurs milliers de kilomètres que les frictions ont lieu, se doublant d’ailleurs parfois de considérations historiques qui n’ont rien à voir avec les menées impériales.

Le meilleur exemple est le point chaud le plus septentrional : les îles Kouriles. La dispute territoriale entre la Russie et le Japon pour ce petit archipel est tout sauf nouvelle.

Reconnues comme soviétiques au traité de San Francisco de 1951, les îles, plus exactement les quatre plus méridionales, sont néanmoins revendiquées par le Japon qui les appellent « Territoires du nord ». Cette dispute empoisonne quelque peu les relations russo-japonaises depuis lors et ont empêché les deux pays de signer un traité de paix trois-quart de siècle après la fin de la guerre.

La question est revenue sur le devant de la scène depuis quelques temps. Poutine, très populaire au Japon où « son » calendrier (!) est plus vendu que celui des stars nippones de la chanson, a semblé ouvert à la rétrocession. Notamment lorsque, au Forum économique de Vladivostok en septembre, il s’est subitement tourné vers le Premier ministre japonais, Abe, et lui a déclaré devant les caméras qu’il était prêt à signer un traité de paix sans préconditions.

Emballement passager dans l’euphorie du moment ? Connaissant le sang-froid et l’intelligence du bonhomme, on serait tenté de répondre non. Mais certaines réactions poutinesques à chaud ont surpris cette année, comme l’invraisemblable high five goguenard au boucher de Riyad lors du sommet du G20 en novembre, qui en a mis plus d’un mal à l’aise… Notons en passant que ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le maître du Kremlin semble en porte-à-faux avec le reste de la direction russe dernièrement (voir la dissonance avec le Ministère russe de la Défense sur le rôle d’Israël en Syrie, par exemple) mais ceci est un autre sujet.

Toujours est-il que Moscou a vite tempéré les espoirs japonais en précisant que si les îles les plus méridionales pouvaient être rétrocédées à Tokyo, cela n’impliquait pas un transfert de souveraineté. En fait de précision, ces déclarations ajoutaient à la confusion.

Le Ministère russe des Affaires étrangères, lui, n’a jamais varié de position et a souvent montré son irritation devant la méthode Coué japonaise qui surinterprétait les déclarations venant de Moscou. Pour Lavrov, la question de la souveraineté russe sur les îles Kouriles n’est pas négociable, point à la ligne. Et quand des responsables nippons ont lancé l’idée que les Etats-Unis pourraient être impliqués dans les négociations, la réponse, sèche, ne s’est pas fait attendre : « Nous avons adressé aujourd’hui un avertissement très sérieux à ce sujet. Dans quelle mesure le Japon peut être indépendant sur de telles questions, lui qui a une telle dépendance à l’égard des Etats-Unis ? » Aux dernières nouvelles, Abe en a avalé son sushi de travers…

Car en filigrane, l’empire US, suzerain de Tokyo depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, n’est évidemment jamais loin. Selon le Traité de coopération mutuelle et de sécurité, signé en 1960, les militaires américains auraient théoriquement le droit de se déployer sur les îles Kouriles si celles-ci étaient rendues au Japon. Et ça, pour Moscou, il n’en est évidemment pas question.

Nous retrouvons ici notre Grand jeu et la tentative de containment de l’Eurasie par les Etats-Unis. Leurs bases en Extrême-Orient (Japon, Corée du Sud, VIIème flotte autour de Taïwan) enserrent déjà le dragon chinois. Que les Américains s’établissent dans les Kouriles et c’est la base navale de Vladivostok, l’un des joyaux de la flotte russe, qui se retrouve dans la nasse ! A Moscou, le calcul est vite fait. Avec des Kouriles russes, l’ours peut aller barboter comme il l’entend dans le Pacifique et il n’est pas concevable qu’il lâche cet avantage stratégique majeur. Même au prix de quelques calendriers invendus…

 

Temporel et spirituel

Cette vidéo arrive, comme promis, en suite à celle faite sur la crise de l’église orthodoxe en Ukraine. Nous ne reviendrons pas sur cette crise. Nous referons une vidéo quand le cycle sera définitivement terminé. Mais ce que l’on peut dire aujourd’hui c’est que ce qui se passe en Ukraine depuis 2014 est toujours entre le tragique et le grotesque, sachant que le grotesque l’emporte plutôt.

Je voudrai profiter de cette crise, qui finalement correspond à l’immixtion du pouvoir temporel, du pouvoir de l’Etat dans la vie d’une Eglise, pour tirer des leçons du point de vue historique et des éléments de comparaison avec des événements de l’histoire de la Russie ou de l’Europe en général.

 

En Europe Occidentale, la séparation du temporel et du spirituel date d’il y a à peu près 1000 ans dans ce qu’on a appelé la Réforme Grégorienne. On ne reviendra pas sur cette Réforme mais je vous recommande, pour ceux que cela intéresse, le livre de Sylvain Gouguenheim (La Réforme Grégorienne, De la lutte pour le sacré à la sécularisation du monde), qui est un excellent médiéviste, d’avantage connu pour un autre ouvrage, Aristote au Mont Saint-Michel, que je vous recommande également même si ce n’est pas le sujet de notre vidéo, qui traite de la manière dont l’héritage philosophique grec nous est parvenu en Europe occidentale.

 

Revenons à la séparation du temporel et du spirituel caractéristique de la civilisation chrétienne en tant qu’elle illustre le fameux « rendez à César ce qui est à César ».

On peut dire que paradoxalement, la France s’est construite en opposition aux tentatives impériales et aux tentatives d’hégémonie temporelle de Rome sur les Nations. Ainsi, un roi pourtant sanctifié comme Saint Louis, s’est affirmé contre les pouvoirs de la Papauté. En France, nous n’avons pas attendu 1905, pour avoir une séparation du temporel et spirituel. A cette époque, il n’y a avait pas de guerre de religion, donc aucune raison de s’en prendre à la religion catholique comme l’a fait la IIIème République, sauf pour des raisons idéologiques, ce qui était le cas.

Ce qui est intéressant également, c’est que ce qu’il se passe en ce moment en Ukraine a aussi eu lieu en France car dès l’instant que le pouvoir temporel a été indépendant de Rome en France, il a voulu contrôler aussi sa propre Eglise, d’où la Déclaration de quatre articles qui a échoué à mettre en place l’Eglise Galicane. Plus tard, au moment de la Révolution Française, un événement a lieu, lequel correspond exactement à ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine : on exige des prêtres qu’ils prêtent serment sur la Constitution, ce qui est problématique du point de vue de la liberté de la foi, d’où l’apparition des prêtres jureurs et prêtres réfractaires, fidèles à Rome et à leur foi. Soulignons par ailleurs, ce qui est utile pour anticiper ce qui va se passer en Ukraine, que ces prêtres jureurs, une fois que l’Etat a cessé de les payer, ont laissé place à l’Eglise légitime catholique qui l’a emportée.

L’Eglise orthodoxe de Russie donne un exemple plus profond de l’empiétement du temporel sur le spirituel qui ne date d’ailleurs pas de l’URSS mais de Pierre Le Grand, qui était sous l’influence d’une éminent théologien de l’époque, Théophane Prokopovitch, qui lui-même est passé par le Vatican et a ensuite été très attiré par la Réforme, où il n’y a pas de véritable séparation entre temporel et spirituel. Tout est systématiquement sur le principe du cujus regio, ejus religio, qui est un peu la règle qui sort des guerres de religions et de la Guerre de Trente Ans, c’est-à-dire la règle disant que les peuples ont la foi du Prince, ce qui s’oppose à la liberté de la foi.

Ainsi, par exemple, dans le Royaume de Suède, quand Bernadote s’en empare, sa femme et ses enfants catholiques doivent avoir une dérogation spéciale du Parlement suédois pour garder leur religion. De la même manière, la séparation du temporel et du spirituel pour la Suède protestante date de l’année 2000.

Si on regarde l‘Angleterre, le chef de l’Etat est aussi le chef de l’Eglise, c’est la Reine d’Angleterre. L’Eglise anglicane peut être assimilée aux églises réformées.

Aux Etats-Unis, on prête serment sur la Bible et sur les billets, il est inscrit « In God We Trust ». On peut éventuellement discuter de quel Dieu il s’agit, mais le fait est qu’il y a un aspect fusionnel entre le temporel et le spirituel qui est amené par la Réforme Protestante.

 

Ainsi, Théophane Prokopovitch parvient à convaincre Pierre Le Grand qu’il doit appliquer la même méthode et que le Patriarcat n’est pas nécessaire, puisque le Patriarcat, c’est lui et qu’il ne reste que la concilirité, avec une Assemblée qui prend les décisions mais qui demeure contrôlée par l’Empereur. D’où, jusqu’en février 1917, il n’y a pas de Patriarche dans les territoires de la Russie. Il ne revient donc qu’en février 1917 quand Nicolas II abdique et que la Ière République Russe est proclamée. De nouveau, il y a un Patriarche, mais il ne dure pas longtemps puisque les Bolcheviques arrivent et pendant les années 1920-1930, les chrétiens orthodoxes deviennent des martyrs dans un des pires moments de la chrétienté entre 1918 et 1941.

L’invasion allemande change la donne puisque Staline comprend que la population russe n’a pas envie de mourir pour le Bolchevisme ou Staline, mais plutôt pour la Patrie et pour Dieu. Staline envoie donc chercher dans les camps de concentration les prêtres et évêques qui ne sont pas encore morts et les fait venir à Moscou pour leur proposer une alliance contre l’envahisseur, ce qui se traduit par un retour d’une certaine liberté religieuse en échange d’un appui dans la lutte contre les nazis. Ce qui reste du Clergé accepte.

Cette liberté donnée sera reprise en partie après la guerre parce que Staline essaie de faire oublier la Grande Guerre Patriotique pour réveiller la Russie (voir à ce propos le livre de Jean Lopez sur les questions militaires, Joukov, l’homme qui a vaincu Hitler). Même les vétérans ne sont pas pris en compte et c’est seulement Joukov qui leur accordera un traitement digne. On célébrera alors vraiment la Grande Guerre Patriotique.

L’arrivée de Khrouchtchev permet également un assouplissement et une pratique religieuse plus ou moins tolérée même si l’Eglise orthodoxe est étroitement contrôlée par le Parti Communiste et le KGB et qu’on y inclut de force les gréco-catholiques. Mais contrairement à l’époque impériale, il y a donc un patriarche, bien qu’étroitement contrôlé et la question religieuse perd de son importance, à tel point qu’à la fin des années 1980, alors qu’on est dans une période d’ouverture et d’euphorie, Gorbatchev autorise les fidèles orthodoxes à célébrer le millénaire de la Russie (de la Rus’ de Kiev). Il y a des processions partout et les gens veulent se faire baptiser. On baptise dans la Neva et partout où l’on peut. On s’aperçoit qu’après 70 ans de communisme, la foi n’est pas morte. L’Eglise orthodoxe et le Patriarcat de Moscou bénéficient pour la première fois depuis Pierre Le Grand d’une liberté presque totale. Tout en étant une Eglise autocéphale, elle est libre du temporel puisque le pouvoir d’Eltsine puis de Poutine n’a aucun droit vis-à-vis de la conciliarité, ce qui n’empêche pas que Poutine et Medvedev s’affichent dans les cérémonies religieuses pour montrer que la Russie est un pays orthodoxe.

Malheureusement, cette liberté aura un prix. En 1990, pour la première fois, le Patriarcat de Moscou est autorisé à présenter des candidats qui ne seront pas présélectionnés par le PC. Ils sont trois : Alexis II, d’origine Balte, qui sera élu ; un ukrainien de Donetsk ; mais aussi Lenitsenko, qui lui était très ambitieux mais ne parviendra même pas au 2e tour et retourne en Ukraine humilié où il est lié au président Kravtchouk qui lui propose de créer une église nationale indépendante de l’Eglise de Russie.

 

En conclusion, on peut dire que ce n’est pas nouveau que le temporel tente d’empiéter sur le spirituel. C’est arrivé dans notre histoire et dans l’histoire russe et cela arrive encore en Angleterre constitutionnellement. Mais systématiquement, on constate que ce sont les Eglises indépendantes qui l’emportent. Donc si on se fonde sur les précédents historiques, à n’en pas douter, le Patriarcat de Moscou l’emportera en Ukraine.

https://stratpol.com/temporel-et-spirituel/

Les GJ et l’État

Les GJ et l’État

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Les GJ et l’État

Henri Guaino, qui fut conseiller de Sarkozy et qui mériterait mieux comme référence pour le situer, est un des rares personnages d’une certaine qualité dans le monde politique français. Pour cette raison, ses possibilités d’affirmation publique, et par là d’influence, sont restées limitées ; sa grande affaire, finalement, fut d’être un “homme secret”, c’est-à-dire la plume et le conseil d’un président de la République plutôt douteux, et par conséquent autant pour l’affirmation publique et l’influence.

Guaino a quelque chose, avec un “petit quelque chose”, qui le rapproche de Philippe Séguin (et peut-être de Michel Jobert, lui-même avec un lien secret avec Séguin) : un de ces hommes foncièrement honnêtes en politique, avec une belle hauteur de vue, un sens très patriotique du devoir et du service qui n’empêche nullement l’indépendance de l’esprit et du jugement, une croyance dans la vertu de l’État, – si possible de facture gaulliste, – mais finalement l’absence de ce “petit quelque chose” qui permet de combiner tout cela en une action politique qui peut espérer la victoire. Comme Séguin et Jobert, Guaino est un loser de belle facture, du genre qui peut vous dire sans avoir l’air de se défiler devant l’argument : “C’est un honneur que d’être un loser dans une époque telle que la nôtre”.

Par conséquent, il importe de lire avec attention lorsqu’un article de Guaino se présente à votre regard, surtout lorsqu’il concerne une crise en cours, et dans ce cas celle des Gilets-Jaunes (GJ). Dans cet article qu’il a judicieusement donné à RT-France dont la qualité du travail tente de rattraper la médiocrité de notre presseSystème, Guaino nous met en garde contre certaines initiatives dont il est beaucoup question aujourd’hui, plus ou moins venues des GJ, plus ou moins reprises par les autorités certifiées légitimes, plus ou moins acclamées par la rumeur publique et le rimeur médiatique, etc. On parle du Référendum d’Initiative Citoyenne, les grands débats sur la démocratie participative, les questions de représentativité, bref tout ce que Guaino nomme « Le pouvoir à la base ».

On comprend aisément ses arguments, qu’il renvoie aussi bien aux outrances et aux atrocités de la Très-Grande Révolution Française, ou à la technique des Soviets si judicieusement exploitée par les Bolchéviques. A tout cela, il oppose ce qu’il juge être la permanence de l’État comme principal outil de résistance à la démagogie et au désordre qui s’ensuit. S’il ne dit rien des GJ principalement et directement, on le sentirait mal à l’aise à cet égard, et l’on comprendrait les causes de ce malaise.

Le problème est évidemment, non pas du côté des GJ, mais du côté de l’État dont il fait la promotion. Si l’État avait été et serait encore l’État dont parle Henri Guaino, il n’y aurait sans doute pas de GJ. On atteint clairement les limites de l’argument lorsqu’il écrit :

« Mais, sans l’État, qu’aurions-nous à dresser face aux grandes forces économiques et financières ? Comment combattrons-nous tous les déterministes qui asservissent les gens si  nous n’avons plus les États à leur opposer ? Que serions- nous devenus sans les États en 2008 ? »

Malheureusement, il s’agit de l’argument inverse. Lorsque Guaino écrit « L’État, dans ce monde de violence économique, sociale, culturelle, psychologique, physique, il faut le rétablir dans ses prérogatives, son autorité et sa volonté, non l’abattre et faire ainsi le jeu des grandes féodalités qui n’attendent que ça », on sent que ce qui l’intéresse c’est la première patrie (très théorique) de la proposition, – avec laquelle on ne peut être que d’accord, – alors que la seule importante, parce que définissant faussement une tragique et concrète vérité de ces temps, c’est la chute de cette phrase. Les “grandes féodalités” n’attendent pas “que ça” (“abattre l’État”) puisqu’elles sont très satisfaites de l’État en place, ô combien, puisqu’il s’agit de l’État qu’il leur faut et qu’elles l’ont puissamment aidé à évoluer sans qu’il (l’État) ne les repousse un instant. Ce sont d’ailleurs bien elles (les “grandes féodalités”) qui, via leurs médias et autres relais divers, tirent à boulets rouges sur les Gilets-Jaunes. Tout le monde sait bien, ou devrait savoir, que l’État ne nous protège pas aujourd’hui des « grandes forces économiques et financières », mais qu’il leur ouvrent toutes grandes ses portes ; que l’État ne nous a pas sauvés de la grande crise de 2008 qu’il a lui-même permise en favorisant les évolutions financières qu’on connaît, mais qu’il a plutôt sauvé les banques. C’est l’État qui, aujourd’hui, parraine partout une doctrine centralisatrice jusqu’à la globalisation, qu’on devrait nommer “socialisme hypercapitaliste”.

Lorsque Guaino donne comme exemple de la folie de donner tous les pouvoirs “à la base ” cet Article 35 de la Constitution de 1793 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs », on se dit que cela aurait pu servir de synthèse théorique du discours de l’homme du 18-juin ; et cela dit, tout est dit, puisque l’on sait bien que le même homme du 18-juin ne concevait pas d’autre moyen de conquérir et d’affirmer sa légitimité que de consulter le “pouvoir à la base” pour lui demander son aval, et même lui demander son aide dans les moments de grande détresse. Après tout, c’est bien de Gaulle qui s’est battu comme un beau diable pour obtenir le référendum père de tous les référendums, – l’élection du président de la République au suffrage universel, – institué par référendum en octobre 1962.

On ne peut que partager les souhaits de Guaino de restauration d’un État légitime, souverain, indépendant, et c’est justement au nom de ce souhait qu’on doit s’étonner du procès qu’il fait implicitement à un mouvement dont le but est justement la restauration d’un État perdu en attaquant l’État en place. L’État n’est pas, si l’on veut bien permettre ce jeu de mots, un état de faits immuables qui devrait être l’objet d’une religion, mais un phénomène mouvant issu d’un principe qui est chaque jour de notre époque odieuse l’objet d’attaques vicieuses et subversives qui le menacent jusqu’à l’inversion et à l’entropisation.

L’État d’aujourd’hui, dans nos démocraties agonisantes, est une subversion complète du principe qui doit régir un État. Voilà le véritable état de faits, correspondant évidemment à la Grande Crise d’Effondrement du Système. La bataille n’est pas entre le désordre de “la base” et l’ordre régalien de l’État ; elle est entre les GJ et Macron, et cela n’est pas la faute des GJ mais de l’État devenu ersatz d’État puisque, au travers de toutes ses machineries, ses complicités, ses manipulations, sa censure, etc., il a permis à Macron de devenir ce qu’il prétend être.

On ignore ce à quoi va nous mener l’aventure des GJ ; mais on ne peut ignorer qu’à laisser aller l’État tel qu’il est devenu, et à défendre un principe qui est totalement subverti sans proclamer que le premier danger c’est cette subversion, le pire sera probable si ce n’est déjà fait. A ce point, effectivement, il vaut mieux détruire cette caricature faussaire et pourrie d’État, avec tous les risques qui vont avec, parce qu’il n’y a pas d’autres choix. A l’instar du mot fameux du vieux Caton l’Ancien, le mot d’ordre est plus que jamais Delenda Est Systemum, – puisqu’aujourd’hui “l’État c’est lui”, – c’est le Système, à visage découvert, absolument sans fard. On ne peut s’aveugler sur cette vérité au nom de la religion de l’État, comme un croyant au nom de la religion d’une Église qui a complètement trahi sa mission.

dedefensa.org

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Le risque du grand défoulement

Pour calmer la première révolte du pouvoir d’achat de l’après-guerre on a redonné un peu d’argent aux smicards et aux retraités. Aux Gilets jaunes on a dit que c’était beaucoup, à la Commission européenne, et à nos partenaires qui s’inquiétaient des déficits on a dit que c’était moins qu’il paraissait et que l’on se rattraperait sur d’autres dépenses. On verra bien quand chacun fera ses comptes.

En attendant, au milieu du torrent de démagogie que les chaînes de télévision laissent s’écouler sur leur plateau avec délectation, on organise un grand débat national en forme de thérapie collective. Mais l’on ne soigne pas les sociétés démocratiques malades en organisant des groupes de parole comme on le fait pour soigner l’addiction à l’alcool. En guise de débat on risque plutôt d’avoir le grand déballage de toutes les rancœurs les haines et les jalousies que 40 ans d’insécurités économique, sociale et culturelle ont nourri chez tous ceux qui en souffrent. Et ce défoulement qui s’annonce ne va pas guérir toute cette violence accumulée, il risque, au contraire, de l’exacerber. Chacun, aux prises avec ses propres difficultés, ne sera-t-il pas tenté de voir dans l’autre un privilégié et criant «à bas les privilèges!», les vrais et les faux, de nourrir ainsi la guerre qui couve de tous contre tous : citoyens contre élus, salariés du privé contre fonctionnaires, travailleurs contre chômeurs, actifs contre retraités,  non- diplômés contre diplômés, campagnes contre villes, jeunes contre vieux…

Et cette guerre ne rendra à personne les fin de mois plus faciles et la vie moins dure. Le système qui fait souffrir tant de gens continuera à broyer les vies. Et si la guerre n’a pas lieu, que sortira-t-il de cette parole libérée, sinon les contradictions de millions de gens qui peuvent se coaliser dans le ras le bol mais qui au fond ne sont d ‘accords sur rien pour ce qui concerne les solutions. Ainsi va la vie démocratique d’une nation comme la nôtre : il y faut sans cesse dépasser les contradictions de 65 millions de Français, chacun pétri lui-même de ses propres contradictions. L’idée qu’une telle nation peut être gouvernée par un système où chacun à chaque instant a son mot à dire sur chaque décision est une illusion peut être séduisante en théorie mais dangereuse au regard des leçons de l’Histoire. Le pouvoir à la base est une vieille promesse qui finit toujours mal, c’est celle du pouvoir aux soviets que la révolution russe promettait aux ouvriers et qui devait accoucher de la dictature du prolétariat en attendant le gouvernement du peuple tout entier. Il y eu bien la dictature mais pas celle du prolétariat qui subit la tyrannie totalitaire comme toutes les autres catégories sociales.

Ce fut la même chose avec Mao ou Castro qu’avec Staline. Ce fut pareil avec la Convention et la belle constitution de 1793, adoptée par référendum, qui proclamait (Article 29) que «chaque citoyen a un droit égal de concourir à la formation de la loi et à la nomination de ses mandataires ou de ses agents», qui prévoyait qu’un projet de loi, une fois adopté par le Corps législatif était (Article 58, 59, 60). «envoyé à toutes les communes de la République, sous ce titre: loi proposée. Que, quarante jours après l’envoi de la loi proposée, si, dans la moitié des départements, plus un, le dixième des Assemblées primaires de chacun d’eux, régulièrement formées, n’a pas réclamé, le projet est accepté et devient loi. Et que s’il y a réclamation, le Corps législatif convoque les Assemblées primaires». Elle posait enfin comme principe (Article 35) que : «Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.» Constitution inapplicable et inappliquée : et la Convention laissa le pouvoir du petit peuple des cahiers de doléances de 1789 entre les mains du Comité de Salut Public et du tribunal révolutionnaire.

Écartons l’hypothèse que tout cela finisse aussi mal, quoiqu’il ne faille jamais en sous-estimer le risque dans une époque où l’Homme qui se croit, à tort, devenu meilleur que ses aïeux, demeure, comme eux, capable du meilleur comme du pire. Que peut-il sortir de tout cela, sinon tous les nœuds de contradictions de tous les intérêts, de tous les sentiments et de toutes les idées? On verra, on voit déjà, le refus de la dette, le refus des déficits et, en même temps, le refus de l’impôt et une demande accrue de services publics comme on a vu beaucoup de ceux qui dénoncent les fermetures de lignes ou la suppression des arrêts de TGV dans les villes moyennes approuver le changement de statut et la mise en concurrence de la SNCF. On verra dénigrer l’État et tout attendre de lui. On verra réclamer à corps et à cris plus de participation citoyenne par ceux qui n’ont jamais voté de leur vie…

Pour sanctionner une classe dirigeante qui n’a pas été à la hauteur, on réussira seulement à affaiblir l’État. Mais, sans l’État, qu’aurions-nous à dresser face aux grandes forces économiques et financières. Comment combattrons-nous tous les déterministes qui asservissent les gens si  nous n’avons plus les États à leur opposer ? Que serions- nous devenus sans les États en 2008 ? L’État, dans ce monde de violence économique, sociale, culturelle, psychologique, physique, il faut le rétablir dans ses prérogatives, son autorité et sa volonté, non l’abattre et faire ainsi le jeu des grandes féodalités qui n’attendent que ça. La Ve République a permis à la France d’être gouvernable. Depuis des décennies, elle est abîmée par des réformes inconséquentes pour suivre l’air du temps, comme le quinquennat, et souvent mal servie par ceux qui en ont la mission, ce n’est pas une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain et retourner aux errements des Républiques passées en refaisant la IVe République sous le couvert de la VIe.

La véritable démocratie, c’est une délégation de pouvoir légitimée par le suffrage universel qui permet au peuple de choisir entre des personnalités, des systèmes de valeurs, des projets pour une durée déterminée au terme de laquelle l’élu revient devant les électeurs. Des mandats trop courts empêchent d’inscrire la politique dans la durée. Mais à la démocratie représentative, celle de Condorcet qui disait que les électeurs ne l’avaient pas élu pour qu’il agisse en fonction de leurs opinions mais en fonction des siennes, il faut des respirations. Celles de la cinquième République étaient dans la possibilité de la cohabitation que le quinquennat a quasiment abolie et dans le référendum trop peu utilisé. Faute de donner la parole au peuple par le référendum, tel qu’il est prévu à l’article 11 de la Constitution, on a créé la frustration qui risque d’engendrer une forme ingérable du référendum d’initiative populaire, devenu le sujet à la mode, si à tout moment un petit nombre de citoyens peut en provoquer un sur n’importe quel sujet car, il faut avoir le courage de le dire, on ne réussira alors qu’à mettre du désordre dans les institutions et encore plus d’incohérence dans les politiques ce qui au bout du compte n’améliorera le sort de personne. Mettons en place le référendum d’initiative populaire pour modifier la constitution, révoquer le Président de la République, le gouvernement, les députés, abroger les impôts, et nous aurons plus sûrement le chaos que l’augmentation du pouvoir d’achat.

Si l’on veut que le peuple ait le dernier mot sur le contrat social et civique qu’on l’interroge sur un vrai service militaire obligatoire ou sur une réforme de la justice. Si l’on avait voulu que le peuple ait directement la parole, on aurait dû la lui donner sur le mariage, on la lui donnerait sur la PMA pour toutes, on modifierait la Constitution pour que les traités qui par l’une, au moins, de leurs dispositions portent atteinte à la souveraineté de la nation ne puissent être ratifiés que par référendum. Si l’on veut réellement donner la parole au peuple pour qu’il puisse peser sur sa destinée que l’on ratifie le CETA  par référendum. Mais, bizarrement, personne ne le propose, peut-être parce qu’un rejet du CETA par référendum porterait un grand coup au cœur même de la pensée unique. Et que cela, les grands démocrates qui veulent punir les Anglais pour le Brexit et cherchent par tous les moyens à les faire revoter, ces grands démocrates refusent catégoriquement d’en prendre le risque.

La démocratie ne gagnera rien à ce genre de défoulement que risque d’être le «grand débat national». De celui-ci, les communicants politiques sortiront quelques mots pour confectionner les discours creux qui sont leur spécialité et qui nourriront un peu plus le discrédit de la politique. Les démagogues sortiront ce qu’il y aura de plus démagogique qui minera un peu plus la démocratie. Mais les politiciens seront satisfaits : ils auront pour un temps noyé le poisson, ce qui était leur but, comme dans la vieille politique. A quel prix et jusqu’à quand ?

Henri Guaino

http://www.dedefensa.org/article/les-gj-et-letat

Comment voir le monde avec des yeux différents

Comment voir le monde avec des yeux différents


« Le pétrole, le pouvoir et la guerre » par Matthieu Auzanneau


Par Ugo Bardi – Le 23 novembre 2018 – Source CassandraLegacy

Or noir - Matthieu AUZANNEAUCe livre, Le pétrole, le pouvoir et la guerre, [L’Or Noir en édition française, NdT] est vraiment incroyable : Matthieu Auzanneau a fait un travail énorme en creusant et en rapportant toute l’histoire de la première moitié de l’ère pétrolière, depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui, alors que nous atteignons le pic global (et la chute pourrait être beaucoup plus rapide que la croissance comme Lucius Annaeus Seneca l’a remarqué il y a longtemps).

Je dois vous dire qu’après avoir étudié l’épuisement du pétrole pendant une vingtaine d’années et après avoir écrit au moins trois livres à ce sujet, je pensais en savoir beaucoup sur le pétrole. Mais ce livre m’a étonné par le nombre de choses que j’avais manquées.

Juste un exemple : saviez-vous que les avions britanniques de la Bataille d’Angleterre, pendant la Seconde Guerre mondiale, avaient un indice d’octane plus élevé que les avions allemands ? C’était un avantage important pour la Grande-Bretagne : quelques points d’octane supplémentaires obtenus en pouvant utiliser une autre source de pétrole peuvent avoir permis aux alliés de gagner la guerre !

La lecture d’un livre aussi volumineux vous prendra des heures, mais cela en vaut la peine. Après, vous verrez le monde avec des yeux différents. Félicitations à Matthieu Auzanneau et aussi à Chelsea Green pour l’avoir traduit en anglais (ce qui est très inhabituel sur le marché américain du livre).

Ugo Bardi

Note du Saker Francophone

Même si Matthieu Auzanneau a troqué son status de blogueur pour un poste de responsable du « Shift Project » autour de JM Jancovici, il reste un des meilleurs spécialiste du pétrole en France et son livre, que j'ai lu et annoté avec beaucoup d'intérêt, est vraiment une mine d'or, très lucide sur la situation et relu par notamment Jean Laherrère de l'ASPO. Noël arrive ...

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/comment-voir-le-monde-avec-des-yeux-differents

Rappelez-vous l’incident de Crimée en 1988

Rappelez-vous l’incident de Crimée en 1988

Washington a annoncé son intention d’envoyer un de ses navires en mer d’Azov pour y faire respecter les droits des Ukrainiens. Cependant, au vu du passé récent, cette opération pourrait mal tourner. Valentin Vasilescu revient sur un incident méconnu survenu entre les États-Unis et l’Union soviétique en 1988.

| Bucarest (Roumanie)

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L’incident du 25 novembre 2018 a été résolu par les petits navires Izumrud et Don de la police des frontières sans la participation des navires de la Flotte russe de la mer Noire.

Le secrétaire d’État états-unien Mike Pompeo a dit qu’il envoyait un grand navire de guerre pour forcer les autorités russes à respecter la liberté de navigation dans le détroit de Kertch. Ils vont probablement essayer de passer de la mer Noire à la mer d’Azov. Le navire en question devrait être un destroyer de classe Arleigh Burke ou un croiseur de classe Ticonderoga de la 6ème flotte en Méditerranée.

Si le navire états-unien ne sollicite pas une autorisation d’entrée de 48 heures aux autorités portuaires russes ou si l’autorisation n’est pas approuvée, il sera dans la même situation que les navires militaires ukrainiens, le 25 novembre. Dans le pire des cas, nous pourrions assister à la répétition de l’incident du 12 février 1988, un épisode honteux pour les États-Unis, gardé secret par le Pentagone.

Il y a 30 ans, le croiseur porteur de missiles USS Yorktown (CG-48) de la classe Ticonderoga (9 800 tonnes) et le destroyer USS Caron (DD-970) ont traversé secrètement le détroit des Dardanelles et le Bosphore et ont navigué en silence radio dans la mer Noire, profitant du déploiement en Méditerranée, lors d’un exercice naval, du croiseur Moskova et trois destroyers de la Flotte de la mer Noire de l’URSS. Cependant, les deux bâtiments états-uniens avaient été suivis à distance par plusieurs petits navires soviétiques. Les navires US n’ont pas répondu aux sommations radio des autorités soviétiques leur demandant de changer de direction et se sont infiltrés de sept miles à l’intérieur des eaux territoriales de l’URSS, près de Sébastopol.

Ce que le Pentagone avait décidé, c’était d’exercer un « droit de passage inoffensif » dans les eaux territoriales soviétiques. Devant cette situation, les frégates soviétiques Bezzavetniy (3 300 tonnes) et SKR-6 (1 150 tonnes) se sont approchées à grande vitesse, ont choisi des positions d’approche optimales et sont entrées en collision avec les navires US.

Bien que les frégates soviétiques soient 3 à 4 fois plus petites que les navires états-uniens, elles étaient plus robustes et mieux placées. L’accident a causé d’importants dégâts au croiseur Yorktown : 4 des 8 missiles mer-mer Harpoon et le hangar pour hélicoptères ont été démolis. Un incendie s’est déclaré sur le pont de Yorktown. Les navires US sont repartis, quittant immédiatement les eaux territoriales soviétiques et ont foncé vers le détroit du Bosphore. Après cet incident, il a été ordonné aux navires de la 6ème flotte états-unienne de rester à plus de 120 milles de la Crimée.

Traduction
Avic
Réseau International

http://www.voltairenet.org/article204271.html

Porochenko a tout faux : papa Bush, l’Ukraine et la réécriture de l’Histoire

Porochenko a tout faux : papa Bush, l’Ukraine et la réécriture de l’Histoire


2015-09-15_13h17_31-150x112Par Moon of Alabama – Le 1er décembre 2018

Au début de la semaine, Petro Porochenko, président de l’Ukraine, a tenté de provoquer une guerre avec la Russie afin de rester au pouvoir en annulant les prochaines élections.

Aujourd’hui, il tente de gagner les faveurs des États-Unis en faisant des remarques sur le décès de l’ancien président américain George H.W. Bush.

Петро Порошенко @poroshenko – 10:59 utc – 1 Dec 2018

L’ancien président américain George W. Bush est décédé. Vrai leader et homme d’État. Cet homme – une légende – sous la présidence duquel le monde a vu la fin de la guerre froide. Cet homme – une époque – qui a ensuite vu le rétablissement de l’indépendance de l’Ukraine.

Porochenko a non seulement pleuré le mauvais président Bush, il a également induit en erreur à propos de la réalité historique. Bush le père a en effet “assisté au rétablissement de l’indépendance de l’Ukraine”. Mais cela s’est produit contre son ferme avis.

Bush avait craint que le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev ne soit trop faible et qu’une dissolution de l’Union soviétique ne débouche sur un chaos total. Il s’est rendu à Moscou et à Kiev pour tenter de maintenir la cohésion de l’union des deux pays. Le 1er août 1991, quelques mois avant le référendum de décembre, au cours duquel l’Ukraine avait voté en faveur du retrait de l’Union soviétique, il s’était rendu à Kiev et avait prononcé un discours devant le parlement ukrainien.

Les phrases fondamentales :

Je viens ici pour vous dire que nous soutenons la lutte de ce grand pays pour la démocratie et la réforme économique. À Moscou, j’ai présenté notre approche. Nous soutiendrons ceux qui, au centre et dans les républiques, recherchent la liberté, la démocratie et la liberté économique. Les Américains ne soutiendront pas ceux qui cherchent l’indépendance afin de remplacer une tyrannie lointaine par un despotisme local. Ils n’aideront pas ceux qui font la promotion d’un nationalisme suicidaire fondé sur la haine ethnique.

Bush a dit aux membres de la Verkhovna Rada [Parlement ukrainien] de ne pas chercher l’indépendance, mais de rester dans une union avec la Russie et d’autres républiques soviétiques. Bush était conseillé par le réaliste Brent Scowcroft et cela se voyait. Le discours a été rédigé par Condoleeza Rice, mais Bush l’a personnellement modifié pour souligner ce point majeur : l’indépendance de l’Ukraine était dangereuse car elle conduirait au fascisme.

[Bush le savait parce qu’il avait été directeur de la CIA. La CIA a travaillé avec ou contrôlé les organisations fascistes ukrainiennes tout au long de la guerre froide. (Voir “Collaborateurs: les renseignements alliés et l’organisation des nationalistes ukrainiens”  Hitler’s Shadows – Nazi War Criminals, U.S. Intelligence and the Cold War (pdf).)]

Le chroniqueur (néo) conservateur du New York Times, William Safire, l’a qualifié de discours de “Poule mouillée de Kiev”. Safire pensait que Bush avait mal jugé la question. L’histoire a prouvé que la vision des néocons, qui infestent jusqu’à nos jours la politique étrangère américaine, est fausse et que la vision réaliste est juste.

Les habitants de la moitié orientale de l’Ukraine sont d’origine et de culture russes, tandis que la moitié occidentale est habitée par les Ruthènes de Galicie et par diverses autres nationalités. Les Galiciens s’étaient déjà montrés enclins à un “nationalisme suicidaire basé sur la haine ethnique” lorsqu’ils s’étaient alliés aux envahisseurs nazis et avaient immédiatement commencé à massacrer des Polonais, des Juifs et des Russes. L’Ukraine, qui signifie littéralement «la région des frontières», est intrinsèquement instable :

L’Ukraine occidentale n’a été rattachée à la Russie qu’à l’époque de Staline. Pendant des siècles, elle était sous le contrôle culturel, religieux et / ou politique de l’empire austro-hongrois et de la Pologne.

L’Ukraine occidentale est unifiée dans son hostilité envers les Russes, qu’ils considèrent comme des envahisseurs et des occupants. Au cours des vingt dernières années, alors que l’Ukraine tentait de se démarquer de son passé et de son idéologie soviétiques, elle a choisi le nationalisme de l’Ukraine occidentale comme alternative.

Les habitants de l’est sont fâchés que des bannières, des affiches et des graffitis pro-Bandera apparaissent dans toute l’Ukraine, et par la réécriture de l’histoire en général, où les nationalistes violents qui ont combattu aux côtés des Nazis sont traités comme des héros tandis que les Russes, qui ont souffert sous Staline pas moins que les Ukrainiens, sont dénigrés.

Tout ce qui s’est passé après l’indépendance de l’Ukraine, et particulièrement après le coup d’État inconstitutionnel de 2014, contrôlé par les États-Unis, prouve que H.W. Bush avait raison. Une Ukraine dans une Fédération de Russie beaucoup plus grande ne serait pas une poudrière et certainement beaucoup mieux lotie qu’aujourd’hui.

Le régime carrément fasciste qui est maintenant promu dans la Kiev de Porochenko, avec le soutien des néocons américains et l’aide des forces spéciales américaines, ne fera que séparer davantage le pays.

Il y a peu de choses à dire sur Bush père. C’était un criminel de guerre, tout comme d’autres présidents américains. En tant que directeur de la CIA, il a supervisé et couvert le terrorisme parrainé par l’État. En tant que président, il a attaqué l’Irak sous un faux prétexte. Il a ordonné la destruction complète du réseau électrique irakien, dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui. Il s’agissait d’un crime de guerre, toutes les infrastructures de base étant protégées par les Conventions de Genève. Il a ensuite détruit le pays avec des sanctions punitives qui ont tué un demi million d’enfants irakiens.

En plus de cela, il a engendré des fils médiocres.

Bon débarras.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/jjporochenko-a-tout-faux-papa-bush-lukraine-et-la-reecriture-de-lhistoire

 

Siège permanent de la France à l’ONU : la tentative de l’Allemagne de remettre en cause l’équilibre international Karine Bechet-Golovko

Russie politics

Siège permanent de la France à l’ONU :
la tentative de l’Allemagne de remettre en cause
l’équilibre international

Karine Bechet-Golovko

Jeudi 29 novembre 2018

Avec la grandeur d’âme de ceux qui proposent d’offrir ce dont ils ne disposent pas, l’Allemagne insiste pour que la France cède son poste permanent au Conseil de sécurité de l’ONU … à l’UE. Cette démarche n’est pas anodine et constitue la suite directe du cours politique mené à tambours battants par Macron conduisant à la réécriture de l’histoire puisqu’il n’y a pas d’agresseurs, à la négation de la puissance internationale de la France puisqu’il n’existe de pouvoir légitime qu’européen et finalement à la reconfiguration des équilibres internationaux au détriment des Etats européens, sous le feu nourri des globalistes. Si Macron accepte, ce sera son premier véritable acte ouvert de trahison nationale, lui ôtant toute possibilité de recourir au traditionnel « en même temps« . Il restera alors dans l’histoire non seulement comme ce Président qui a désavoué son peuple, mais qui a trahi son pays. Une chance reste, un suicide de cette ampleur exige une carrure peu commune.

Le vice-chancelier allemand, Olaf Scholz, vient de proposer à la France de céder son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, incitant ainsi Macron à avoir un comportement logique avec ses déclarations:

« Si nous prenons l’Union européenne au sérieux, l’UE devrait également parler d’une seule voix au sein du Conseil de sécurité des Nations unies […] À moyen terme, le siège de la France pourrait être transformé en siège de l’UE »Aussi choquant que cela puisse paraître, ce n’est pas la première tentative de l’Allemagne. L’arrivée de Macron à la présidence a relancé les appétits allemands, sentant que le terrain est prêt pour mettre fin au couple franco-allemand et inscrire le primat allemand dans l’UE, utiliser cette coquille vide structurelle de l’UE pour la remplir de sa propre volonté politique, même si des résistances existent encore, car à côté de Macron et de ses favoris, restent encore des professionnels :

Le projet de mutualisation du siège au conseil de sécurité semble emballer l’Allemagne : en juin dernier, Angela Merkel avait déjà évoqué la possibilité de mettre le veto français à disposition de dix Etats européens « tournant » et travaillant avec la Commission européenne. Le 6 octobre, lors d’une conférence à Harvard, c’était au tour de l’ambassadeur allemand à l’ONU, Christoph Heusgen, d’annoncer carrément des négociations entre lui et l’ambassadeur français François Delattre au sujet d’un siège franco-allemand au conseil de sécurité. Il avait vite été refroidi par Gérard Araud, l’ambassadeur français aux Etats-Unis, qui avait rappelé que la mesure était « politiquement inconcevable« . Olaf Scholz semble d’ailleurs conscient des difficultés de la tâche : il a reconnu qu’il restait « un certain travail de conviction à faire à Paris« .Cette tentative allemande s’inscrit dans la démarche de réécriture de l’histoire récente conduisant à nier le rôle d’agresseur de l’Allemagne nazie. Ce qui avait été illustré à merveille lors de cette dernière cérémonie, autant qu’il soit possible de la dénommer ainsi, de l’armistice du 11 novembre (voir notre texte ici).

Après la guerre, la France, qui avait baissé les armes dès 1940, n’était absolument pas pressentie pour faire partie du Conseil de sécurité de l’ONU regroupant les vainqueurs et les puissances, elle n’a même pas été invitée à participer aux discussions devant conduire à sa fondation et c’est uniquement grâce au combat diplomatique acharné de De Gaulle, qui a réussi à capitaliser politiquement son combat de résistance, que la France a pu obtenir cette distinction.

Le droit international retranscrit dans les textes l’état des rapports de force politique à moment donné, les pérennisant … pour une certaine période. Or, cette situation ne convient pas à l’Allemagne, qui peut ici compter sur le soutien de ces nombreux pays membres de l’UE qui ont soit fait partie de l’Axe Allemagne – Italie – Japon et qui ont signé le Traité tripartite (Hongrie, Roumanie, Slovaquie, Bulgarie), soit ont été co-belligérants (Finlande et Espagne avec la division Azul), soit ont été annexés et ont participé au conflit aux côtés de l’Axe (Autriche, Albanie), soit ont mis en place des gouvernements « nationaux » de collaboration active (France, Croatie, une partie de la Serbie, la Grèce, le Danemark).

Il est vrai qu’il rentre tout à fait dans l’intérêt des pays européens de faire oublier ces heures sombres, où en tant qu’Etat, ils n’ont pas brillé par la résistance. Il faut dire que la collaboration, notamment de la France, avec l’Allemagne nazie avait commencé bien avant 1940 :

En 1938, Hitler brandit la menace d’une guerre en Europe si la région des Sudètes, zone frontalière de Tchécoslovaquie comprenant une majorité d’Allemands, n’était pas cédée à l’Allemagne. Les Premiers ministres français et britannique, le Duce italien et Hitler se réunirent lors d’une conférence à Munich, en Allemagne, les 29 et 30 septembre 1938, pendant laquelle ils acceptèrent l’annexion de la région des Sudètes par l’Allemagne en échange d’une promesse de paix d’Hitler. La Tchécoslovaquie, qui n’avait pas participé aux négociations, accepta sous la forte pression de la Grande-Bretagne et de la France.Mais il faut encore remonter plus loin. En 1933, la France accepte le Pacte à Quatre proposé par Mussolini entre l’Allemagne d’Hitler, la France, l’Italie et la Grande-Bretagne qui a permis de court-circuiter la Société des Nations (ancêtre de l’ONU) et de légitimer le réarmement. C’est aussi pour cela que Hitler, lors de l’annexion des Sudètes, s’est tourné vers la France et la Grande-Bretagne, les puissances européennes dominantes, pour faire pression sur les autres pays. Et ça a marché.

Mais grâce à la force politique et diplomatique de De Gaulle, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France a pu changer de camp et passer dans celui des vainqueurs, malgré Pétain et Vichy. Car si la France est entrée en guerre le 3 septembre 1939, le Gouvernement de Vichy et le régime de collaboration ont été instaurés très rapidement, dès le 10 juillet 1940, après que l’armistice ait été signée le 22 juin. C’est justement cela que l’Allemagne propose d’oublier et de remettre en cause, cette victoire politique de la France de De Gaulle.

Il faut dire que si l’attention est focalisée sur le Pacte germano-soviétique, c’est peut-être aussi pour faire oublier tous les autres Pactes conclu entre les nations européennes et Hitler. Car après le Pacte à Quatre, qui a reconfiguré les relations européennes et légitimé Hitler, d’autres ont suivi : 1934 entre l’Allemagne nazie et la Pologne un accord de non-agression est conclu suivis d’accords commerciaux; 1935 entre l’Allemagne nazie et la Grande-Bretagne un Accord maritime reconnaît à Hitler le droit d’avoir une flotte correspondant à 35% de la puissance de la flotte britannique, égale en matière de sous-marins, mais sans dépasser 45% du tonnage – en cas de violation de ces proportions il suffisait à l’Allemagne nazie d’en informer la Grance-Bretagne (ce qui a mis fin aux limitations du Traité de Versailles); 1938 c’est l’année de la conclusion de l‘Accord de Munich sur les Sudètes dont nous parlions; ensuite, la Grande-Bretagne, le 30 septembre 1938, signe un Accord de non-agression avec l’Allemagne; cette même année 1938, la France conclue également un Pacte de non-agression avec l’Allemagne; en mars 1939, ce sont les pays Baltes et le Danemark qui signent un Pacte de non-agression. Après cela, en août, les Soviétiques, pour gagner du temps face à une guerre inévitable, ont effectivement conclu un accord avec Hitler, avant d’entrer en guerre le 22 juin 1941.

Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, avec les discussions autour des droits de veto au Conseil de sécurité, notamment la remise en cause du droit de veto de la Russie, et au sujet d’une re-répartition des sièges permanents, rappelle cette époque, lorsqu’en 1933, certains pays se sont considérés comme des puissances au-dessus des lois et ont entraîné le monde dans la guerre.

L’Allemagne, aujourd’hui, veut faire transmettre le siège français à une organisation régionale, l’UE, qui n’est pas un Etat, qui est en crise de légitimité, qui est de plus en plus contestée. Ce qui au minimum ressemble à une fuite en avant. Mais c’est aussi une organisation dans laquelle l’Allemagne est de facto dominante. Si Macron cède sur ce point, il renie définitivement De Gaulle, la puissance de la France, il commet ni plus ni moins qu’un acte de haute trahison, rendu envisageable par ces processus tout en douceur de réécriture de l’histoire, par ce renoncement constant.

Ce qui est déjà grave et monte l’état de faiblesse dans lequel se trouve notre pays est que cette « proposition » non seulement ait été faite, mais qu’elle ait pu être réitérée avec une telle insistance. Et ce silence d’un Président-fantôche, retranché dans ses slogans, entouré de ses favoris, qui se tait. Pour se parer de l’importance … de la transition écologique.

Renoncer au siège permanent de la France à l’ONU, c’est ouvrir la boîte de Pandore. C’est jeter dans les eaux troubles des intérêts politiciens conjoncturels toute la construction des relations internationales qui s’est faite sur le sang et les cendres de millions d’êtres humains.

Or, l’écroulement de tout ordre international entraîne l’impératif d’une guerre pour remettre à jour les compteurs et la liste des acteurs majeurs. Pas une guerre sur internet. Pas des révolutions en couleur téléguidées. Une guerre, avec des armées, des soldats, des mobilisations. Des Etats qui disparaissent, d’autres qui apparaissent. Mais les commerçants, qui sont aujourd’hui au pouvoir, ne veulent pas la guerre. Ils ne savent pas faire la guerre. Mais ils ne peuvent non plus l’empêcher … Pour empêcher un conflit aussi, il faut de la carrure.

 

 

Le sommaire de Karine Bechet-Golovko
Le dossier Monde
Les dernières mises à jour

Source : Russie Politics
http://russiepolitics.blogspot.fr/…

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.karine_bechet-golovko.291118a.htm

Les gilets jaunes et les « leçons de l’histoire »

Les gilets jaunes et les « leçons de l’histoire »

Dans une tribune publiée par le journal Le Monde (20/11/2018), le sociologue Pierre Merle écrit que « le mouvement des « gilets jaunes » rappelle les jacqueries de l’Ancien Régime et des périodes révolutionnaires ». Et il s’interroge: « Les leçons de l’histoire peuvent-elles encore être comprises ? »

Je suis convaincu, moi aussi, qu’une mise en perspective historique de ce mouvement social peut nous aider à le comprendre. C’est la raison pour laquelle le terme de « jacquerie » (utilisé par d’autres commentateurs et notamment par Eric Zemmour, l’historien du Figaro récemment adoubé par France Culture dans l’émission d’Alain Finkielkraut qui illustre parfaitement le titre de son livre sur « la défaite de la pensée ») ne me paraît pas pertinent. Dans mon Histoire populaire de la France, j’ai montré que tous les mouvements sociaux depuis le Moyen Age avaient fait l’objet d’une lutte intense entre les dominants et les dominés à propos de la définition et de la représentation du peuple en lutte. Le mot « jacquerie » a servi à désigner les soulèvements de ces paysans que les élites surnommaient les « jacques », terme méprisant que l’on retrouve dans l’expression « faire le Jacques » (se comporter comme un paysan lourd et stupide).

Le premier grand mouvement social qualifié de « jacquerie » a eu lieu au milieu du XIVe siècle, lorsque les paysans d’Ile de France se sont révoltés conte leurs seigneurs. La source principale qui a alimenté pendant des siècles le regard péjoratif porté sur les soulèvements paysans de cette époque, c’est le récit de Jean Froissart, l’historien des puissants de son temps, rédigé au cours des années 1360 et publié dans ses fameuses Chroniques. Voici comment Froissart présente la lutte de ces paysans : « Lors se assemblèrent et s’en allèrent, sans autre conseil et sans nulles armures, fors que de bâtons ferrés et de couteaux, en la maison d’un chevalier qui près de là demeurait. Si brisèrent la maison et tuèrent le chevalier, la dame et les enfants, petits et grands, et mirent le feu à la maison […]. Ces méchants gens assemblés sans chef et sans armures volaient et brûlaient tout, et tuaient sans pitié et sans merci, ainsi comme chiens enragés. Et avaient fait un roi entre eux qui était, si comme on disait adonc, de Clermont en Beauvoisis, et l’élurent le pire des mauvais ; et ce roi on l’appelait Jacques Bonhomme ».

Ce mépris de classe présentant le chef des Jacques comme « le pire des mauvais » est invalidé par les archives qui montrent que les paysans en lutte se donnèrent pour principal porte-parole Guillaume Carle « bien sachant et bien parlant ». A la même époque, la grande lutte des artisans de Flandre fut emmenée par un tisserand, Pierre de Coninck décrit ainsi dans les Annales de Gand : « Petit de corps et de povre lignage, il avoit tant de paroles et il savoit si bien parler que c’estoit une fine merveille. Et pour cela, les tisserands, les foulons et les tondeurs le croyoient et aimoient tant qu’il ne sût chose dire ou commander qu’ils ne fissent ».

On a là une constante dans l’histoire des mouvements populaires. Pour échapper à la stigmatisation de leur lutte, les révoltés choisissent toujours des leaders « respectables » et capables de dire tout haut ce que le peuple pense tout bas. D’autres exemples, plus tardifs, confirment l’importance du langage dans l’interprétation des luttes populaires. Par exemple, le soulèvement qui agita tout le Périgord au début du XVIIe siècle fut désigné par les élites comme le soulèvement des « croquants » ; terme que récusèrent les paysans et les artisans en se présentant eux mêmes comme les gens du « commun », Ce fut l’un des points de départ des usages populaires du terme « commune » qui fut repris en 1870-71, à Paris, par les « Communards ».

Les commentateurs qui ont utilisé le mot « jacquerie » pour parler du mouvement des « gilets jaunes » ont voulu mettre l’accent sur un fait incontestable : le caractère spontané et inorganisé de ce conflit social. Même si ce mot est inapproprié, il est vrai qu’il existe malgré tout des points communs entre toutes les grandes révoltes populaires qui se sont succédé au cours du temps. En me fiant aux multiples reportages diffusés par les médias sur les gilets jaunes, j’ai noté plusieurs éléments qui illustrent cette permanence.

Le principal concerne l’objet initial des revendications : le refus des nouvelles taxes sur le carburant. Les luttes antifiscales ont joué un rôle extrêmement important dans l’histoire populaire de la France. Je pense même que le peuple français s’est construit grâce à l’impôt et contre lui. Le fait que le mouvement des gilets jaunes ait été motivé par le refus de nouvelles taxes sur le carburant n’a donc rien de surprenant. Ce type de luttes antifiscales a toujours atteint son paroxysme quand le peuple a eu le sentiment qu’il devait payer sans rien obtenir en échange. Sous l’Ancien Régime, le refus de la dîme fut fréquemment lié au discrédit touchant les curés qui ne remplissaient plus leur mission religieuse, et c’est souvent lorsque les seigneurs n’assuraient plus la protection des paysans que ceux-ci refusèrent de payer de nouvelles charges. Ce n’est donc pas un hasard si le mouvement des gilets jaunes a été particulièrement suivi dans les régions où le retrait des services publics est le plus manifeste. Le sentiment, largement partagé, que l’impôt sert à enrichir la petite caste des ultra-riches, alimente un profond sentiment d’injustice dans les classes populaires.

Ces facteurs économiques constituent donc bien l’une des causes essentielles du mouvement. Néanmoins, il faut éviter de réduire les aspirations du peuple à des revendications uniquement matérielles. L’une des inégalités les plus massives qui pénalisent les classes populaires concerne leur rapport au langage public. Les élites passent leur temps à interpréter dans leur propre langue ce que disent les dominés, en faisant comme s’il s’agissait toujours d’une formulation directe et transparente de leur expérience vécue. Mais la réalité est plus complexe. J’ai montré dans mon livre, en m’appuyant sur des analyses de Pierre Bourdieu, que la Réforme protestante avait fourni aux classes populaires un nouveau langage religieux pour nommer des souffrances qui étaient multiformes. Les paysans et les artisans du XVIe siècle disaient : « J’ai mal à la foi au lieu de dire j’ai mal partout ». Aujourd’hui, les gilets jaunes crient « j’ai mal à la taxe au lieu de dire j’ai mal partout ». Il ne s’agit pas, évidemment, de nier le fait que les questions économiques sont absolument essentielles car elles jouent un rôle déterminant dans la vie quotidienne des classes dominées. Néanmoins, il suffit d’écouter les témoignages des gilets jaunes pour constater la fréquence des propos exprimant un malaise général. Dans l’un des reportages diffusés par BFM-TV, le 17 novembre, le journaliste voulait absolument faire dire à la personne interrogée qu’elle se battait contre les taxes, mais cette militante répétait sans cesse : « on en a ras le cul » , « ras le cul », « ras le bol généralisé ».

« Avoir mal partout » signifie aussi souffrir dans sa dignité. C’est pourquoi la dénonciation du mépris des puissants revient presque toujours dans les grandes luttes populaires et celle des gilets jaunes n’a fait que confirmer la règle. On a entendu un grand nombre de propos exprimant un sentiment d’humiliation, lequel nourrit le fort ressentiment populaire à l’égard d’Emmanuel Macron. « Pour lui, on n’est que de la merde ». Le président de la République voit ainsi revenir en boomerang l’ethnocentrisme de classe que j’ai analysé dans mon livre.

Néanmoins, ces similitudes entre des luttes sociales de différentes époques masquent de profondes différences. Je vais m’y arrêter un moment car elles permettent de comprendre ce qui fait la spécificité du mouvement des gilets jaunes. La première différence avec les « jacqueries » médiévales tient au fait que la grande majorité des individus qui ont participé aux blocages de samedi dernier ne font pas partie des milieux les plus défavorisés de la société. Ils sont issus des milieux modestes et de la petite classe moyenne qui possèdent au moins une voiture. Alors que « la grande jacquerie » de 1358 fut un sursaut désespéré des gueux sur le point de mourir de faim, dans un contexte marqué par la guerre de Cent Ans et la peste noire.

La deuxième différence, et c’est à mes yeux la plus importante, concerne la coordination de l’action. Comment des individus parviennent-ils à se lier entre eux pour participer à une lutte collective ? Voilà une question triviale, sans doute trop banale pour que les commentateurs la prennent au sérieux. Et pourtant elle est fondamentale. A ma connaissance, personne n’a insisté sur ce qui fait réellement la nouveauté des gilets jaunes : à savoir la dimension d’emblée nationale d’un mouvement spontané. Il s’agit en effet d’une protestation qui s’est développée simultanément sur tout le territoire français (y compris les DOM-TOM), mais avec des effectifs localement très faibles. Au total, la journée d’action a réuni moins de 300 000 personnes, ce qui est un score modeste comparé aux grandes manifestations populaires. Mais ce total est la somme des milliers d’actions groupusculaires réparties sur tout le territoire.

Cette caractéristique du mouvement est étroitement liée aux moyens utilisés pour coordonner l’action des acteurs de la lutte. Ce ne sont pas les organisations politiques et syndicales qui l’ont assurée par leurs moyens propres, mais les « réseaux sociaux ». Les nouvelles technologies permettent ainsi de renouer avec des formes anciennes « d’action directe », mais sur une échelle beaucoup plus vaste, car elles relient des individus qui ne se connaissent pas. Facebook, twitter et les smartphones diffusent des messages immédiats (SMS) en remplaçant ainsi la correspondance écrite, notamment les tracts et la presse militante qui étaient jusqu’ici les principaux moyens dont disposaient les organisations pour coordonner l’action collective ; l’instantanéité des échanges restituant en partie la spontanéité des interactions en face à face d’autrefois.

Toutefois les réseau sociaux, à eux seuls, n’auraient jamais pu donner une telle ampleur au mouvement des gilets jaunes. Les journalistes mettent constamment en avant ces « réseaux sociaux » pour masquer le rôle qu’ils jouent eux-mêmes dans la construction de l’action publique. Plus précisément, c’est la complémentarité entre les réseaux sociaux et les chaînes d’information continue qui ont donné à ce mouvement sa dimension d’emblée nationale. Sa popularisation résulte en grande partie de l’intense « propagande » orchestrée par les grands médias dans les jours précédents. Parti de la base, diffusé d’abord au sein de petits réseaux via facebook, l’événement a été immédiatement pris en charge par les grands médias qui ont annoncé son importance avant même qu’il ne se produise. La journée d’action du 17 novembre a été suivie par les chaînes d’information continue dès son commencement, minute par minute, « en direct » (terme qui est devenu désormais un équivalent de communication à distance d’événements en train de se produire). Les journalistes qui incarnent aujourd’hui au plus haut point le populisme (au sens vrai du terme) comme Eric Brunet qui sévit à la fois sur BFM-TV et sur RMC, n’ont pas hésité à endosser publiquement un gilet jaune, se transformant ainsi en porte-parole auto-désigné du peuple en lutte. Voilà pourquoi la chaîne a présenté ce conflit social comme un « mouvement inédit de la majorité silencieuse ».

Une étude qui comparerait la façon dont les médias ont traité la lutte des cheminots au printemps dernier et celle des gilets jaunes serait très instructive. Aucune des journées d’action des cheminots n’a été suivie de façon continue et les téléspectateurs ont été abreuvés de témoignages d’usagers en colère contre les grévistes, alors qu’on a très peu entendu les automobilistes en colère contre les bloqueurs.

Je suis convaincu que le traitement médiatique du mouvement des gilets jaunes illustre l’une des facettes de la nouvelle forme de démocratie dans laquelle nous sommes entrés et que Bernard Manin appelle la « démocratie du public » (cf son livre Principe du gouvernement représentatif, 1995). De même que les électeurs se prononcent en fonction de l’offre politique du moment – et de moins en moins par fidélité à un parti politique – de même les mouvements sociaux éclatent aujourd’hui en fonction d’une conjoncture et d’une actualité précises. Avec le recul du temps, on s’apercevra peut-être que l’ère des partis et des syndicats a correspondu à une période limitée de notre histoire, l’époque où les liens à distance étaient matérialisés par la communication écrite. Avant la Révolution française, un nombre incroyable de révoltes populaires ont éclaté dans le royaume de France, mais elles étaient toujours localisées, car le mode de liaison qui permettait de coordonner l’action des individus en lutte reposait sur des liens directs : la parole, l’interconnaissance, etc. L’Etat royal parvenait toujours à réprimer ces soulèvements parce qu’il contrôlait les moyens d’action à distance. La communication écrite, monopolisée par les « agents du roi », permettait de déplacer les troupes d’un endroit à l’autre pour massacrer les émeutiers.

Dans cette perspective, la Révolution française peut être vue comme un moment tout à fait particulier, car l’ancienne tradition des révoltes locales a pu alors se combiner avec la nouvelle pratique de contestation véhiculée et coordonnée par l’écriture (cf les cahiers de doléances).

L’intégration des classes populaires au sein de l’Etat républicain et la naissance du mouvement ouvrier industriel ont raréfié les révoltes locales et violentes, bien qu’elles n’aient jamais complètement disparu (cf le soulèvement du « Midi rouge » en 1907). La politisation des résistances populaires a permis un encadrement, une discipline, une éducation des militants, mais la contrepartie a été la délégation de pouvoir au profit des leaders des partis et des syndicats. Les mouvements sociaux qui se sont succédé entre les années 1880 et les années 1980 ont abandonné l’espoir d’une prise du pouvoir par la force, mais ils sont souvent parvenus à faire céder les dominants grâce à des grèves avec occupations d’usine, et grâce à de grandes manifestations culminant lors des « marches sur Paris » (« de la Bastille à la Nation »).

L’une des questions que personne n’a encore posée à propos des gilets jaunes est celle-ci : pourquoi des chaînes privées dont le capital appartient à une poignée de milliardaires sont-elles amenées aujourd’hui à encourager ce genre de mouvement populaire ? La comparaison avec les siècles précédents aboutit à une conclusion évidente. Nous vivons dans un monde beaucoup plus pacifique qu’autrefois. Même si la journée des gilets jaunes a fait des victimes, celles-ci n’ont pas été fusillées par les forces de l’ordre. C’est le résultat des accidents causés par les conflits qui ont opposé le peuple bloqueur et le peuple bloqué.

Cette pacification des relations de pouvoir permet aux médias dominants d’utiliser sans risque le registre de la violence pour mobiliser les émotions de leur public car la raison principale de leur soutien au mouvement n’est pas politique mais économique : générer de l’audience en montrant un spectacle. Dès le début de la matinée, BFM-TV a signalé des « incidents », puis a martelé en boucle le drame de cette femme écrasée par une automobiliste refusant d’être bloqué. Avantage subsidiaire pour ces chaînes auxquelles on reproche souvent leur obsession pour les faits divers, les crimes, les affaires de mœurs : en soutenant le mouvement des gilets jaunes, elles ont voulu montrer qu’elles ne négligeaient nullement les questions « sociales ».

Au-delà de ces enjeux économiques, la classe dominante a évidemment intérêt à privilégier un mouvement présenté comme hostile aux syndicats et aux partis. Ce rejet existe en effet chez les gilets jaunes. Même si ce n’est sans doute pas voulu, le choix de la couleur jaune pour symboliser le mouvement (à la place du rouge) et de la Marseillaise (à la place de l’Internationale) rappelle malheureusement la tradition des « jaunes », terme qui a désigné pendant longtemps les syndicats à la solde du patronat. Toutefois, on peut aussi inscrire ce refus de la « récupération » politique dans le prolongement des combats que les classes populaires ont menés, depuis la Révolution française, pour défendre une conception de la citoyenneté fondée sur l’action directe. Les gilets jaunes qui bloquent les routes en refusant toute forme de récupération des partis politiques assument aussi confusément la tradition des Sans-culottes en 1792-93, des citoyens-combattants de février 1848, des Communards de 1870-71 et des anarcho-syndicalistes de la Belle Epoque.

C’est toujours la mise en œuvre de cette citoyenneté populaire qui a permis l’irruption dans l’espace public de porte-parole qui était socialement destinés à rester dans l’ombre. Le mouvement des gilets jaunes a fait émerger un grand nombre de porte-parole de ce type. Ce qui frappe, c’est la diversité de leur profil et notamment le grand nombre de femmes, alors qu’auparavant la fonction de porte-parole était le plus souvent réservée aux hommes. La facilité avec laquelle ces leaders populaires s’expriment aujourd’hui devant les caméras est une conséquence d’une double démocratisation : l’élévation du niveau scolaire et la pénétration des techniques de communication audio-visuelle dans toutes les couches de la société. Cette compétence est complètement niée par les élites aujourd’hui ; ce qui renforce le sentiment de « mépris » au sein du peuple. Alors que les ouvriers représentent encore 20% de la population active, aucun d’entre eux n’est présent aujourd’hui à la Chambre des députés. Il faut avoir en tête cette discrimination massive pour comprendre l’ampleur du rejet populaire de la politique politicienne.

Mais ce genre d’analyse n’effleure même pas « les professionnels de la parole publique » que sont les journalistes des chaînes d’information continue. En diffusant en boucle les propos des manifestants affirmant leur refus d’être « récupérés » par les syndicats et les partis, ils poursuivent leur propre combat pour écarter les corps intermédiaires et pour s’installer eux-mêmes comme les porte-parole légitimes des mouvements populaires. En ce sens, ils cautionnent la politique libérale d’Emmanuel Macron qui vise elle aussi à discréditer les structures collectives que se sont données les classes populaires au cours du temps.

Etant donné le rôle crucial que jouent désormais les grands médias dans la popularisation d’un conflit social, ceux qui les dirigent savent bien qu’ils pourront siffler la fin de la récréation dès qu’ils le jugeront nécessaire, c’est-à-dire dès que l’audimat exigera qu’ils changent de cheval pour rester à la pointe de « l’actualité ». Un tel mouvement est en effet voué à l’échec car ceux qui l’animent sont privés de toute tradition de lutte autonome, de toute expérience militante. S’il monte en puissance, il se heurtera de plus en plus à l’opposition du peuple qui ne veut pas être bloqué et ces conflits seront présentés en boucle sur tous les écrans, ce qui permettra au gouvernement de réprimer les abus avec le soutien de « l’opinion ». L’absence d’un encadrement politique capable de définir une stratégie collective et de nommer le mécontentement populaire dans le langage de la lutte des classes est un autre signe de faiblesse car cela laisse la porte ouverte à toutes les dérives. N’en déplaise aux historiens (ou aux sociologues) qui idéalisent la « culture populaire », le peuple est toujours traversé par des tendances contradictoires et des jeux internes de domination. Au cours de cette journée des gilets jaunes, on a entendu des propos xénophobes, racistes, sexistes et homophobes. Certes, ils étaient très minoritaires, mais il suffit que les médias s’en emparent (comme ils l’ont fait dès le lendemain) pour que tout le mouvement soit discrédité.

L’histoire montre pourtant qu’une lutte populaire n’est jamais complètement vaine, même quand elles est réprimée. Le mouvement des gilets jaunes place les syndicats et les partis de gauche face à leurs responsabilités. Comment s’adapter à la réalité nouvelle que constitue la « démocratie du public » pour faire en sorte que ce type de conflit social – dont on peut prévoir qu’il se reproduira fréquemment – soit intégré dans un combat plus vaste contre les inégalités et l’exploitation ? Telle est l’une des grandes questions à laquelle il faudra qu’ils répondent.

Source : Le Blog de Gérard Noiriel

https://www.investigaction.net/fr/les-gilets-jaunes-et-les-lecons-de-lhistoire/

Le Pacte du Quincy ne protège que le roi d’Arabie, pas son héritier

Le Pacte du Quincy ne protège que le roi d’Arabie, pas son héritier

Les Panaméens qui se souviennent de l’arrestation par Washington de son employé, le général Noriega, ne sont pas surpris du sort réservé par Washington au prince héritier saoudien. L’affaire Jamal Khashoggi est l’un des plus petits crimes de MBS, mais ce devrait être son dernier. La famille des Saoud n’est pas protégée par le Pacte du Quincy qui ne s’applique qu’au roi. Les États-Unis devraient récupérer plusieurs milliards de dollars.

| Beyrouth (Liban)

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Recevant le prince héritier saoudien, « MBS », le président Trump avait récapitulé les commandes dispendieuses de Riyad à son pays et conclut en souriant : « C’est dans vos moyens, n’est-ce pas ? ».

L’affaire Khashoggi est un des multiples exemples de l’éthique à géométrie variable des Occidentaux.

L’Arabie des Saoud

Voici soixante-dix ans que l’on ignore un fait criant : l’Arabie saoudite n’est pas un État comme les autres. Il est la propriété privée de son roi et tous ceux qui y résident ne sont que ses serfs. C’est pourquoi il est désigné comme la résidence de ses propriétaires, les Saoud, c’est-à-dire l’Arabie « saoudite ».

Au XVIIIème siècle, une tribu de bédouins, les Saoud, s’allie à la secte des wahhabites et se révolte contre l’Empire ottoman. Ils parviennent à créer un royaume au Hedjaz, la région de la péninsule arabique comprenant les villes saintes de l’islam que sont Médine et La Mecque. Ils sont bientôt réprimés par les Ottomans.
Au début du XIXème siècle, un survivant de la tribu des Saoud lève une nouvelle révolte. Cependant sa famille s’entre-déchire et perd à nouveau.
En définitive, au XXème siècle, les Britanniques misent sur les Saoud pour renverser l’Empire ottoman et exploiter les ressources d’hydrocarbures de la péninsule arabique. Avec l’aide de Lawrence d’Arabie, ils fondent le royaume actuel, le troisième de la tribu.

L’idée du Foreign Office était que les Saoud et les wahhabites sont détestés de leurs serfs et incapables de s’entendre avec leurs voisins. Compte tenu de la disproportion des forces militaires entre les sabres des Saoud et les armes modernes des Britanniques, cette famille ne pourrait jamais se retourner contre ses maîtres occidentaux. Cependant, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis profitèrent de l’affaiblissement des Britanniques pour se substituer à eux. Le président Franklin Roosevelt conclut avec le fondateur du royaume le Pacte du Quincy. Les États-Unis s’engageaient à protéger la famille des Saoud en échange de leurs hydrocarbures. En outre, les Saoud ne s’opposeraient pas à la création d’un État juif en Palestine. Ce document a été renouvelé par le président George W. Bush.

Le fondateur du wahhabisme, Mohammed ben Abdelwahhab, considérait que tous ceux qui ne rejoignaient pas sa secte devaient être exterminés. De très nombreux auteurs ont relevé la proximité du mode de vie wahhabite et celui de certaines sectes juives orthodoxes, ainsi que les ressemblances entre les raisonnements des théologiens wahhabites et ceux de certains pasteurs chrétiens puritains. Cependant afin de maintenir leur influence au Moyen-Orient, les Britanniques décidèrent de combattre les nationalistes arabes et de soutenir les Confréries des Frères musulmans et des Nachqbandis. C’est pourquoi ils demandèrent aux Saoud, en 1962, de créer la Ligue islamique mondiale, et en 1969, ce que nous appelons aujourd’hui l’Organisation de la coopération islamique. Le wahhabisme admit l’islam sunnite qu’il avait jusque là combattu. Les wahhabites se présentent désormais comme les protecteurs du sunnisme, mais persistent à combattre les autres formes d’islam.

Soucieux d’éviter les fratricides qui marquèrent l’histoire de sa famille au XIXème siècle, Ibn Saoud institua un système de succession entre ses frères. Le fondateur du royaume avait eu 32 épouses qui lui donnèrent 53 fils et 36 filles. Le plus âgé d’entre les survivants, le roi Salmane, a 82 ans. Pour sauver le royaume, le Conseil de famille admit en 2015 de mettre fin à cette règle adelphique et de désigner les enfants du prince Nayef et du nouveau roi Salmane comme futurs héritiers. En définitive, Mohammed Ben Salmane évinça le fils de Nayef et devint l’unique prince héritier d’Arabie saoudite.

Les mœurs des Saoud

Dans l’Antiquité, le mot « arabe » désignait les peuples araméens vivant du côté syrien de l’Euphrate. Dans ce sens, les Saoud ne sont pas des arabes. Cependant, le Coran ayant été collationné par le Calife à Damas, le mot « arabe » désigne aujourd’hui les peuples parlant la langue du Coran, donc ceux du Hejaz. Ce terme générique masque les civilisations très différentes des bédouins du désert et des peuples des villes dans un ensemble géographique qui va de l’Océan atlantique au Golfe persique.

Passée subitement du chameau à l’avion privé, la famille des Saoud a conservé au XXIème siècle, la culture archaïque du désert. Par exemple sa haine de l’Histoire. Elle détruit tout vestige historique dans son pays. C’est cette mentalité que l’on a vu à l’œuvre avec les jihadistes en Iraq et en Syrie. Il n’existe aucune autre raison à la destruction de la maison de Mahomet par les Saoud ou des tablettes administratives sumériennes par Daesh.

De même que les Occidentaux ont utilisé les Saoud pour repousser les Ottomans —ce que personne ne conteste aujourd’hui—, ils ont utilisé les jihadistes, financés par les Saoud et encadrés par les wahhabites, pour détruire l’Iraq et la Syrie.

On l’a oublié, mais au début de l’agression contre la Syrie, lorsque la presse occidentale inventait le « printemps arabe », l’Arabie saoudite n’exigeait que le départ du président Bachar el-Assad. Riyad acceptait le maintien de ses conseillers, de son gouvernement, de son armée et de ses services secrets, auxquels il n’avait rien à reprocher. Il voulait uniquement la tête d’Assad parce que celui-ci n’est pas sunnite.

Lorsque le prince Mohamed Ben Salmane (dit « MBS ») est devenu le plus jeune ministre de la Défense au monde, il a exigé d’exploiter les champs pétroliers du « Quart vide », cette zone à cheval sur son pays et le Yémen. Face au refus yéménite, il a lancé une guerre pour s’y couvrir de gloire comme son grand-père. En réalité, personne n’est jamais parvenu à se maintenir au Yémen, pas plus qu’en Afghanistan. Peu importe, le prince héritier manifeste sa puissance en privant 7 millions de personnes de nourriture. Si au Conseil de sécurité, tous les membres s’inquiètent de la crise humanitaire, nul ne se permet de critiquer le valeureux prince MBS.

Conseillant son père, le roi Salmane, MBS lui propose d’éliminer le chef de l’opposition intérieure, le cheikh Nimr Baqr al-Nimr [1]. L’homme était certes pacifique, mais c’était un infidèle du point de vue wahhabite, un chiite. Il fut décapité sans provoquer de tollé chez les Occidentaux. Puis, MBS fit détruire Moussawara et Chouweikat dans la région de Qatif. Tous des chiites ! Là encore les Occidentaux n’ont pas vu les villes rasées par des blindés, ni les serfs massacrés.

Ne supportant aucune contradiction, MBS pousse son père à rompre avec le Qatar, en juin 2017, qui a eu l’audace de prendre parti pour l’Iran face à l’Arabie saoudite. Il somme tous les États arabes de le suivre et parvient à faire reculer provisoirement l’Émirat.

Lorsqu’il accède à la Maison-Blanche, le président Trump fait la part du feu. Il laisse les yéménites agoniser à la condition que Riyad cesse de soutenir les jihadistes.

C’est alors que le conseiller du président Trump, Jared Kushner, eut l’idée de récupérer l’argent du pétrole pour renflouer l’économie US. L’immense fortune des Saoud n’est jamais que l’argent que les Occidentaux en général et les États-uniens en particulier lui ont versé mécaniquement pour ses hydrocarbures. Ce n’est pas le fruit de leur travail, juste une rente de leur propriété. Le jeune homme organise donc le coup de Palais de novembre 2017 [2]. 1 300 membres de la famille royale sont assignés à résidence, y compris le bâtard du clan Fadh, le Premier ministre libanais Saad Hariri. Certains sont pendus par les pieds et torturés. Tous doivent « offrir » au prince héritier la moitié de leur fortune. « MBS » encaisse en nom propre au moins 800 milliards de dollars en argent et en actions [3]. Erreur fatale !

La fortune des Saoud, jusqu’ici dispersée entre tous, s’était concentrée en une main qui n’était pas celle du roi et donc de l’État. Il suffit donc de tordre cette main pour récupérer le magot.

Alors que les Occidentaux s’esbaudissent devant la modernité de MBS qui autorise les femmes à conduire, le Canada lui reproche d’arrêter des leaders féministes. Furieux, il rompt les relations diplomatiques entre les deux pays, gèle les échanges commerciaux et rappelle tous ses ressortissants. MBS menace aussi le Koweït du même sort que le Yémen s’il ne lui offre pas ses réserves pétrolières frontalières. Mais le temps s’écoule rapidement.

L’opération Khashoggi

Il suffisait d’attendre. Le 2 octobre 2018, MBS fit assassiner au consulat saoudien d’Istanbul un des hommes de main du prince al-Waleed Ben Talal, le journaliste Jamal Khashoggi, en violation de l’article 55 de la Convention de Vienne sur les relations consulaire [4].

Jamal Khashoggi était le petit-fils du médecin personnel du roi Abdul Aziz. Il était le neveu du marchand d’armes Adnan Khashoggi qui équipa l’armée de l’air saoudienne, puis approvisionna pour le compte du Pentagone l’Iran chiite contre l’Iraq sunnite. Samira Khashoggi, sa tante, est la mère du marchand d’armes Dodi Al-Fayed (éliminé avec sa compagne, la princesse britannique Lady Diana [5]).

Jamal avait été associé au coup de Palais que le vieux prince al-Waleed préparait contre MBS. Des spadassins lui coupèrent les doigts et le démembrèrent avant de présenter sa tête à leur maître, MBS. L’opération avait été soigneusement enregistrée par les services secrets turcs et US.

À Washington, la presse et des parlementaires US demandent au président Trump de prendre des sanctions contre Riyad [6].

Un conseiller de MBS, Turki Al-Dakhil, réplique que si les États-Unis prennent des sanctions contre le royaume, celui-ci est prêt à chambouler l’ordre mondial [7]. Car dans la tradition des bédouins du désert, toute insulte doit être vengée quel qu’en soit le prix.

Selon lui, le royaume prépare une trentaine de mesures dont les plus marquantes sont :
- Descendre la production de pétrole à 7,5 millions de barils/jour, provoquant une hausse des prix aux environs de 200 dollars le baril. Le royaume exigera d’être payé en d’autres monnaies que le dollar, provoquant la fin de son hégémonie ;
- S’écarter de Washington et se rapprocher de Téhéran ;
- Acheter des armes en Russie et en Chine. Le royaume offrira une base militaire à la Russie à Tabuk, au nord-ouest du pays, c’est-à-dire à proximité de la Syrie, d’Israël, du Liban et de l’Iraq ;
- Soutenir du jour au lendemain le Hamas et le Hezbollah.

Consciente des dégâts que le fauve peut provoquer, la Maison-Blanche sonne la curée. Se souvenant tardivement de leur beau discours sur les « Droits de l’homme », les Occidentaux déclarent en chœur qu’ils ne supportent plus ce tyran médiéval [8]. Tous leurs leaders économiques, un à un, se conforment aux instructions de Washington et annulent leur participation au Forum de Riyad. Rappelant que Khashoggi était « résident états-unien », le président Trump et son conseiller Kushner évoquent la confiscation de ses biens au profit des États-Unis pour apaiser leur courroux.

À Tel-Aviv, c’est la panique. MBS était le meilleur partenaire de Benjamin Netanyahu [9]. Il lui avait demandé de constituer un état-major commun au Somaliland pour écraser les Yéménites. Lui-même s’était secrètement rendu en Israël, fin 2017. L’ancien ambassadeur US à Tel-Aviv, Daniel B. Shapiro, prévient ses coreligionnaires israéliens : avec un tel allié, Netanyahu met le pays en danger [10].

Le Pacte du Quincy ne protège que le roi, pas les prétendants à son trône.

[1] « La mort du cheikh El-Nimr fait vaciller le régime des Saoud », par André Chamy, Réseau Voltaire, 3 janvier 2016.

[2] « Coup de Palais à Riyad », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 novembre 2017.

[3] “Saudis Target Up to $800 Billion in Assets”, Margherita Stancati & Summer Said, Wall Street Journal, November 8, 2017.

[4] « Convention de Vienne sur les relations consulaires », Réseau Voltaire, 24 avril 1963.

[5] Lady died, par Francis Gillery, Fayard éd., 2006. « Francis Gillery : « J’ai étudié le mécanisme du mensonge d’État dans l’affaire Diana » », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 23 août 2007.

[6] “The disappearance of Jamal Khashoggi”, by Manal al-Sharif, Washington Post (United States) , 9 October 2018. “Letter by the Senate Foreign Relations Committee on the disappearance of Jamal Khashoggi”, 10 October 2018.

[7] “US sanctions on Riyadh would mean Washington is stabbing itself”, Turki Al-Dakhil, Al-Arabiya, October 14, 2018.

[8] « Déclaration conjointe des ministres des affaires étrangères d’Allemagne, de France et du Royaume-Uni sur la disparition de Jamal Khashoggi », « Déclaration de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni sur la mort de Jamal Khashoggi », Réseau Voltaire, 14 et 21 octobre 2018.

[9] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[10] “Why the Khashoggi Murder Is a Disaster for Israel”, Daniel Shapiro, Haaretz, October17, 2018.

 

http://www.voltairenet.org/article203577.html