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De Catherine II à Vladimir Poutine

De Catherine II à Vladimir Poutine

Depuis le début de la guerre contre la Syrie, en 2011, la Russie soutient ce pays face à ce qu’elle considère être une agression extérieure. Alors que la presse occidentale explique ce comportement par une solidarité entre des dictatures, Thierry Meyssan en expose les vrais motifs historiques. Il observe que la victoire, qui est aussi celle de Moscou, ouvre une nouvelle période pour la culture orthodoxe en Europe.

| Mexico (Mexique)

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Pour construire la Russie moderne, la Tsarine Catherine II décida de faire de sa capitale, Saint-Pétersbourg, le premier centre culturel du monde. Elle enracina son pays dans son fond culturel chrétien orthodoxe, développa l’usage de la langue française et invita les plus grands intellectuels et artistes européens à sa cour, qu’ils soient catholiques, protestants ou orthodoxes, et même musulmans.

Consciente de la perte culturelle que représentait pour l’orthodoxie, donc pour la Russie, le recul du christianisme au Moyen-Orient face à l’intolérance de l’Empire ottoman, elle entra en guerre contre le Sultan. Elle annexa la Crimée, transforma la mer Noire en mer orthodoxe et commença à délivrer la Grande Syrie en prenant Beyrouth [1]. Elle déclara alors que « La Grande Syrie est la clé de la Maison Russie ».

Ce rêve fut repoussé par les Français et les Britanniques lors de la guerre de Crimée (1853) et plus encore par les Bolcheviks qui rejetaient la place de l’orthodoxie en Russie. En 1918, ils jouèrent le jeu de Mustafa Kemal Atatürk pour le compte du trafiquant d’armes Alexandre Parvus, sponsor de Lénine.

Le rêve de la Grande Catherine aura attendu 2017 pour trouver un début de réalisation. Le président Poutine a lui aussi annexé la Crimée et délivré la Syrie, non pas de l’Empire ottoman, mais des jihadistes encadrés par les Français, les Britanniques et les Etats-uniens. La Russie est devenue la puissance protectrice de toutes les populations, quelle que soit leur religion, des rives du Nil aux monts Elbourz.

Le sommet de Sotchi marque le rôle de la Russie au Moyen-Orient élargi. Elle est désormais la puissance protectrice de l’Iran, de la Syrie et de la Turquie ; ces deux derniers Etats ayant basculé du camp de Washington en 1991 à celui de Moscou en 2017.

Le réveil de la culture orthodoxe aura d’importantes conséquences en Europe. Le continent est historiquement divisé entre une zone catholique et protestante à l’Ouest et orthodoxe à l’Est. On discute et on marchande avec Dieu à l’Ouest, on est soumis à sa Grandeur et on L’adore à l’Est. Les structures familiales sont plus inégalitaires à l’Ouest et plus égalitaires à l’Est. Depuis le XIème siècle, cette différence culturelle fracture l’Europe. Durant la Guerre froide, le « rideau de fer » ne respectait pas cette division, la Grèce orthodoxe ayant été rattachée à l’Otan et la Pologne catholique incorporée au Pacte de Varsovie. Aujourd’hui, l’élargissement de l’Union européenne vise prioritairement à imposer le modèle Ouest-Européen aux pays de culture orthodoxe. On peut dés aujourd’hui prévoir la dissolution de l’Union européenne et le triomphe du modèle culturel ouvert de Saint-Petersbourg.

Les chrétiens d’Orient ne se sont jamais sentis concernés par les différences culturelles intra-européennes, mais les Européens les ont toujours perçus soit comme catholiques, soit comme orthodoxes. Dès 1848, la France avait ainsi imaginé de déplacer les catholiques et maronites de Syrie en Algérie et d’exterminer les orthodoxes. Paris pensait utiliser ces arabes chrétiens fidèles à Rome pour surveiller les musulmans algériens. A défaut, il finit par s’appuyer sur les juifs locaux (décret Crémieux) et leur confier cette mission (1870). Plus récemment, durant les guerres d’Iraq et de Syrie, les Européens de l’Ouest accueillirent de nombreux chrétiens d’Orient, en réalité exclusivement des catholiques, jamais des orthodoxes.

Pour la Syrie, l’œuvre du président Poutine est l’occasion de revenir à ses propres fondamentaux après l’expérience des jihadistes qui souhaitaient imposer à tous leur unique modèle culturel : la Syrie n’est grande que lorsqu’elle prend soin de toutes ses populations, sans exception. Au départ, Vladimir Poutine pensait organiser un « Congrès des Peuples syriens » à Sotchi. Il a finalement reconnu qu’en Syrie, à la différence de la Russie, aucune communauté n’a de territoire à elle, toutes vivent mélangées dans leur unique patrie. Ce sera donc un « Congrès du dialogue syrien ».

Source
Al-Watan (Syrie)

[1] Beyrouth comme Jérusalem font partie de la Syrie historique. Le Liban n’a été créé que par les accords Sykes-Picot, durant la Première Guerre mondiale. Israël fut initié un peu plus tard par la Déclaration Balfour et proclamé en 1948.

 

http://www.voltairenet.org/article198910.html

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Bonaparte, la Russie, ou comment rien ne change.

Bonaparte, la Russie, ou comment rien ne change.

Franco-russe, je me souviens encore de ce sentiment de gêne qui me travaillait, enfant, à chaque fois que j’entendais parler de la guerre partiotique de 1812. Si j’avais eu le malheur de naître à cette époque, qu’aurais-je fait ? Comme, en certains cas, le sens des réalités n’est pas négociable, je finissais par me ranger du côté russe car, après tout, qui était l’envahisseur ? Le barbare ? Je me souviens des réflexions que m’avaient inspirée la biographie de la bonne vieille Comtesse de Ségur dont le père, Fédor Rostopchine, gouverneur de Moscou entre 1812 et 1814, ordonna la mise à feu de Moscou. Si j’avais été à sa place, me demandais-je, aurais-je pu épouser un Français ? Prenant un peu plus de recul, 25 ans plus tard, je me repose la question mais en d’autres termes : est-ce que les Russes ont bien raison de ravaler une rancune normalement indigeste alors que, si l’on inverse un certain nombre de scénarios, on se rend compte que jamais l’Occident n’aurait absous la Russie. Imaginons que les trois-quarts de Paris eussent été brûlés pour éviter que l’envahisseur russe ne s’en empare ! Imaginons que plus de 10.000 Français auraient trouvé la mort sur les champs d’honneur russes pendant la I GM et que le roi (le président, l’Empereur …) qui les y aurait envoyé aurait fini trahi par le gouvernement russe de l’époque ! Imaginons que deux divisions SS russes aient été aux portes de Paris mais que Paris, au lendemain de l’armistice, ait décidé de passer l’éponge ! Imaginons que le gouvernement russe ait soutenu une guerre civile menée par un gouvernement fantoche contre des régions ethniquement françaises et francophones et qu’ils aient imposé des sanctions à la France parce qu’elle osait soutenir ces régions ! Cette dernière remarque vaut aussi pour l’Allemagne qui pourtant, vu un passé peu glorieux, ferait mieux de la mettre en veilleuse. Dois-je poursuivre ?

J’entends être claire : il ne s’agit pas de dénigrer le bercail, d’opposer une Patrie à une autre, mais bien de supposer, observations empiriques à l’appui, que la Russie n’est pas assez rancunière. Que le gouvernement russe actuel n’est pas assez lucide lorsqu’il estime que l’on peut se permettre de raisonner le gangster étasunien et de séduire la ravissante’Europe qui, dans l’esprit d’un grand nombre de Russes auxquels j’ai l’immense plaisir d’enseigner notre langue que j’affectionne, reste l’Europe des châteaux forts, des cathédrales, des blés mûrs et des champs moissonnés.

Le fait que le gouvernement russe ait ENFIN décidé de voter une loi sur les médias « agents de l’étranger » en réponse aux poursuites délirantes qui accablent aujourd’hui RT est, à mon sens, un bon début. Encore faut-il persévérer sans craindre de ne pas être « assez démocrates » aux yeux des gouvernements occidentaux qui s’en soucient comme d’une guigne.

On doit bien sûr respecter les règles du jeu … jusqu’au moment où votre adversaire les respecte. Or, le droit international, aujourd’hui, c’est le droit du plus fort. Lorsque les schémas classique ne fonctionnent plus et que le discours politique tourne à l’impasse, il faut parfois oser prendre des décisions inattendues comme en avait pris, il y a 215 ans, le tsar Alexandre I et ses hauts-fonctionnaires.

Ainsi, et là encore, à mon humble sens, la présence fantasmée d’une armée russe dans le Donbass restera telle tant que Kiev ne se décidera pas – s’il s’y décide ! – à un blitzkrieg mettant en jeu la survie de la région et de ses peuples. Ce qui sépare le droit de son sosie, l’action vraie du discours hypocrite, c’est précisément cette ligne rouge qui, si elle est franchie, mettra un terme à cette diplomatie de façade de plus en plus ridicule incarnée par les accords de Minsk. Les Russes se sont bien décidés à en découdre avec Daesh et sa sordide constellation, pourtant, on essayait de l’en empêcher arguant l’existence d’une opposition modérée. Ils le firent quand ils n’avaient plus le choix. Je ne suis pas dans le secret de Dieu et j’ignore comment se fera la libération du Donbass et dans quelle mesure la Russie s’inverstira si elle s’investit. Ce qui pour moi est clair, c’est que nous entrons dans une période où il faudra oublier le droit et adopter des tactiques de circonstances, là encore, comme le firent les aïeux russes il y a 215 ans car, au fond, à travers le Donbass, c’est toute la Russie, tout le monde slave orthodoxe qui est dans le collimateur.

Voici, ci-dessous, le petit texte qui m’a inspirée ce billet d’humeur et qui prouve qu’en deux centenaires, bien peu de choses ont changé. Chacun en tirera ce qu’il jugera bon d’en tirer.

Les sept petites merveilles qui ont choqué Bonaparte.

1. La tactique déployée par l’armée russe.

La tactique déployée par les troupes russes avait impressionné Bonaparte. Impressionné dans tous les sens du terme! Placée sous le commandement du général Barclay de Tolly, l’armée russe recourait sans discontinuer au retrait tactique. Les troupes purent ainsi reculer au-delà de Vitebsk, Smolensk, et Moscou. Avant le redéploiement de Tollay et de Koutouzov, les Français ne purent engager que deux batailles.

Le regard que porta Bonaparte sur le retrait des troupes russes était équivoque. Au début de la campagne, le choix d’une telle tactique profitait à l’Empereur français car il espérait progresser jusqu’à Smolensk sans grandes effusions de sang. Néanmoins, les Français ne prirent pas Smolensk puisqu’ils trouvèrent cette ville dans un état lamentable. S’y cantonner n’avait donc aucun sens, quant à pousser plus loin, le risque était bien trop grand. Cette armée française qui misait sur une opération fulgurante, une sorte de blitzkrieg, s’enfonçait jusqu’au menton dans les tréfonds d’un pays incernable, égrenant des terres qui n’en finissaient pas, s’enlisant.

Les soldats entraient dans des villes désertes, achevant piteusement les provisions qui leur restait alors qu’un sentiment de panique gagnait progressivement les rangs. Exilé à Sainte-Hélène, retranché dans ses souvenirs, Bonaparte avait fait cette confidence :

«Consternées de voir sans cesse s’éloigner puis se perdre les fruits de leurs efforts conquis au terme de traversées si difficiles et si périlleuses, mes troupes en vinrent à mesurer, non sans angoisse, la distance qui les séparait de la France», 

(NdT. N’ayant pu retrouver l’original de cette confidence, j’ai dû me contenter d’une traduction approximative. Idem pour les confidences qui suivront).

2, Des murailles (trop) épaisses.

Bonaparte consacra toute une page de ses Mémoires aux murailles inexpugnables de Smolensk. La description qu’il y fait commence par un éloge des beautés de la ville auquel succède l’énumération de tous les procédés insensés mis à l’oeuvre pour s’en emparer :

« J’ai dû utiliser toutes les réserves de mon artillerie pour essayer de défoncer la courtine, mais en vain: nos boulets finissaient coincés dans l’épaisseur des murailles qui résistaient comme si de rien n’était. Il n’y avait qu’un moyen de percer : focaliser tous nos tirs sur deux tours rondes. L’inconvénient, c’est que nous en ignorions l’épaisseur comparée à celle de l’ensemble de la muraille ».

3, Les incendies.

Si ce n’était les Mémoires de Bonaparte, on aurait pu croire que les villes russes avaient été mises à feu par l’armée française. L’avancée napoléonienne s’accompagnait en effet d’incendies spectaculaires : le feu ravageait non seulement les villes, mais aussi les routes ! A Smolensk, à Gzatsk (actuellement, Gagarine, NdT), à Maly Jaroslavets, c’était les Français qui éteignaient le feu ! Les Russes brûlaient tout : les maisons, les magazins, les rues, les champs. Au beau milieu d’un Moscou cerné de flammes, Bonaparte ne parvenait pas à comprendre d’où venait un tel brasier. On en retrouve le témoigage à travers ces lignes imprégnées de poésie et de tristesse :

« Moscou n’était plus qu’un océan de flammes. La vue qui s’offrait à moi depuis un balcon du Kremlin aurait épaté Néron mettant Rome à feu ; en ce qui me concerne, jamais je n’ai ressemblé à ce monstre, et le coeur me saignait à la vue de cet horrible spectacle dont je fus alors le triste témoin »

4, Les villes.

Bonaparte se montrait admiratif du talent des architectes russes. Pour se consoler de l’échec cuisant de son artillerie, il consacra plusieurs pages de ses Mémoires aux tours de Smolensk. Mais ce fut Moscou qui, plus que d’autres villes rebelles à l’invasion, impressionna l’Empereur à tel point qu’il écrivit ceci :

« Bâtie, à l’instar de Rome, sur sept collines, Moscou est pittoresque. Il faudrait voir ne serait-ce qu’une image de cette ville où Orient et Occident fraternisent, ses deux-cents églises avec les milliers de dômes multicolores les surplombant, pour imaginer quelles furent nos impressions lorsque nous la vîmes, pour la première fois, depuis les hauteurs du mont Poklonnaïa ».

5, Les routes

Les routes que Bonaparte dut sillonner lors de sa campagne russe étaient loin de l’avoir satisfaites. En l’occurence, ce n’était pas le climat qu’il mettait en cause – il en parlera amplement mais ailleurs –  mais le fait que celles-ci se soient révélées impraticables :

« Faute d’avoir assez d’informations sur l’état des routes, et vu que les cartes dont nous disposions étaient incomplètes ou fausses, je décidai de ne pas disperser mes unités, car rien ne garantissait qu’elles allaient prendre des routes praticables ».

6, La météo.

Bonaparte lança sa campagne au début de l’été, alors que le retrait eut lieu vers le printemps. L’Empereur avait donc tout loisir de se faire une idée de ce qu’était le climat en Russie. Ainsi, l’automne était d’une « exceptionnelle beauté dans ces rudes contrées ». Mais c’est au pire moment de sa campagne, en rebroussant chemin, qu’il se heurta au véritable froid russe :

« Au-delà du 7 novembre, les températures se mirent à dégringoler aussi vite que l’angoisse gagnait mes hommes, un sentiment qui ne les quittait plus depuis la bataille de Viazma ».

7, Les partisans.

Comment ne pas être fier en constatant que c’est bien le courage exemplaire du peuple russe qui choqua jusqu’à l’admiration la plus franche un Bonaparte pourtant assez peu sentimental ? De cette guerre patriotique (populaire selon les termes de l’original, NdT), Bonaparte dit ceci : « La plus redoutable des armées ne saurait guerroyer contre un peuple unanimement résolu à vaincre ou à mourir. Ce n’était plus au peuple lituanien, témoin indifférent des grands cataclysmes de l’Histoire, que nous avions affaire. Chaque habitant de ce pays, produit organique du peuple russe, quittait sa demeure à notre approche. Des logis désertés et des villages carbonisés, voici le spectacle sinistre qui se déployait sur toutes les routes que nous prenions. Les habitants qui avaient pris la fuite s’organisaient en bandes et s’en prenaient à nos fourrageurs. Sans jamais troubler l’avancée des troupes, ils n’hésitaient pas à enlever les maraudeurs et les soldats à la traîne ».

Françoise Compoint

Texte original de Anna Fomenkova :

 

http://nrt24.ru/fr/news/bonaparte-la-russie-ou-comment-rien-ne-change

La Révolution d’Octobre par Alexander Douguine

La Révolution d’Octobre par Alexander Douguine


Alexander DuginPar Alexandre Douguine – Le 7 novembre 2017 – Source Katehon

Aujourd’hui 7 novembre est le jour de la Révolution bolchevique d’Octobre – une date terrible et importante.

Il y a beaucoup à dire sur la Révolution d’Octobre. Cela fait indubitablement partie de notre histoire et nous en assumons la responsabilité. Par conséquent, nous sommes simplement obligés de comprendre le sens de cet événement.

Premièrement, à l'époque soviétique, la Révolution d'Octobre était vénérée comme quelque chose de presque sacré, comme un événement marquant le début du cycle soviétique.

En URSS, cette date était considérée comme le début d’une période infinie conduisant finalement au communisme. Mais il s’est avéré que ce n’était qu’une époque qui a commencé en octobre 1917 et s’est terminée en 1991. Cela signifie que la compréhension soviétique de la Révolution d’Octobre est profondément incorrecte. Nous avons pris une chose pour une autre et nous sommes follement attachés à une vieille interprétation. Nous devons trouver une nouvelle explication pour cet événement, car l’ancienne, la soviétique, s’est révélée fausse.

Deuxièmement, cette évaluation positive et idéalisée d'Octobre 1917 a prévalu dans notre société comme étant la seule possible depuis 70 ans.

C’était faux, ce qui signifie que nous devons chercher une autre explication. Et il est important de prendre en compte la position de l’autre moitié du peuple russe, qui n’était pas en faveur des Rouges, mais des Blancs. Pour les Blancs, la révolution était le résultat de la conspiration monstrueuse d’une secte infernale, purement satanique, qui utilisait la tromperie et la violence pour s’emparer du pouvoir et abandonner radicalement toute légitimité après la dissolution de l’Assemblée constituante. De plus, les Blancs ont surtout souligné que les bolcheviks étaient largement constitués de minorités nationales et comptaient sur des brigades étrangères, telles que des fusiliers lettons ou même des soldats chinois. En d’autres termes, Octobre a été vu comme une prise de pouvoir violente par une organisation terroriste russophobe. Cette évaluation, purement négative, est probablement tout aussi loin de la vérité que celle de l’Union soviétique. En effet, ça l’est. La théorie de la conspiration des gardes blancs est tout aussi inacceptable que le culte soviétique de la révolution d’Octobre.

La vérité ici est quelque peu asymétrique. Tout le monde connaît la fausse interprétation communiste, alors que beaucoup moins de nos concitoyens connaissent la version douteuse et simpliste de la Garde blanche. Il faut au moins corriger cette erreur et assimiler ces deux théories, également discutables, l’absurdité rouge de la nature socialiste de la révolution – dans un pays agraire avec un capitalisme sous-développé et presque pas de prolétariat ! Et l’absurdité blanche d’une conspiration juive. Mais puisque l’absurdité rouge est représentée dans des milliers de films et de pièces, alors laissons faire autant de monuments à l’absurdité blanche. Nous avons déjà une explication stupide de la Révolution d’Octobre sous la forme communiste, qui est un mensonge si répandu que toute tentative de publier les théories de la Garde blanche dans l’esprit d’Ataman Krasnov provoque immédiatement une tempête de protestations. Du point de vue de la justice historique, il faut aujourd’hui donner aux Blancs une estrade absolument libre. Ils doivent même être aidés jusqu’à ce que l’équilibre soit rétabli, d’autant plus que la perception d’Octobre comme une catastrophe est entièrement justifiée, car notre peuple l’a payé avec les millions de vies de ses meilleurs fils et filles.

Troisièmement, nous devons chercher à expliquer le sens historique véritablement profond de la Révolution d'Octobre, ou du Coup d’État d'Octobre, au-delà des interprétations incorrectes et simplistes des Rouges et des Blancs.

Cependant, nous rencontrons ici un problème méthodologique très important. L’histoire est la science de l’interprétation des faits, et pas seulement les faits eux-mêmes. Les faits sans interprétation n’existent pas. Par conséquent, il est impossible d’évaluer un événement idéologique tel que la révolution (ou le coup d’État) sans se fonder sur l’une ou l’autre idéologie. Les Rouges et les Blancs ont leurs plates-formes idéologiques. Même leurs explications fausses et contradictoires sont plus fiables que les théories impuissantes de ceux qui réclament l’objectivité. Il n’y a pas d’objectivité dans l’histoire – il ne s’agit que d’une rhétorique. Ainsi, jusqu’à ce que nous déterminions d’où notre société contemporaine contemple le monde [c’est à dire avec quelle idéologie, NdT], et jusqu’à ce que nous nous reconnaissions nous-mêmes aujourd’hui dans cette vision [idéologique], la signification des événements d’octobre 1917 nous restera inaccessible et fermée.

Quatrièmement et pour finir, 1917 était un phénomène intra-russe. Ce fut un drame monstrueux pour certains et une grande réussite pour les autres.

Seuls nous, les Russes, pouvons décider ce que 1917 était en réalité et comment cela correspond à la logique générale de l’histoire russe. C’est notre affaire et notre révolution. Par conséquent, nous sommes seuls chargés de reconstituer ce puzzle. Personne d’autre.

La Révolution d’Octobre a tenté de nombreux grands penseurs et poètes russes qui ont vu dans la révolution un événement eschatologique et même l’avènement de l’Heure russe. Presque tous se sont repentis plus tard. Mais cela ne signifie pas qu’ils ont attendu l’Heure russe en vain. En termes simples, la vraie révolution russe est toujours devant nous.

Alexandre Douguine

http://lesakerfrancophone.fr/la-revolution-doctobre-par-alexander-douguine

 

[RussEurope en Exil] 75ème anniversaire du Normandie-Niemen, par Jacques Sapir

Billet invité

Le 12 novembre 1942 arrivèrent sur la base de Rayack, en Syrie, trois C-47 (appellation militaire du DC-3) qui devaient transporter les pilotes et mécaniciens français, désignés pour constituer le GC-3 (3ème Groupe de Chasse) « Normandie » vers Bagdad, d’où ces personnels rejoindraient Téhéran puis Ivanovo, à 250 km de Moscou. Ainsi débutait ce qui allait devenir l’épopée du Groupe de Chasse le plus connu de Forces aériennes françaises libres (FAFL), le célèbre « Normandie-Niémen ».

Le commandant Delfino, avec des pilotes français et russes

Cette date du 12 novembre est symbolique des difficultés rencontrées des deux côtés, que ce soit du côté des Français Libres ou des Soviétiques. Pour ce derniers, on est en plein dans la bataille de Stalingrad[1]. Si les troupes allemandes de von Paulus, le commandant de la 6ème armée, ne progressent plus dans une ville qu’elles ont conquises à 90%, la contre-offensive, que les soviétiques appellent l’opération « Uranus », n’a pas encore débutée. Elle ne commencera que le 19 novembre 1942. La contribution française, pour symbolique qu’elle soit, est venue non pas dans les temps plus faciles de 1943 et 1944, mais au moment ou tout était en suspens, où se décidait le sort de la guerre.

Pour les Français Libres, la situation n’est pas non plus des plus faciles. Si la France Libre est sortie de la phase d’improvisation et de bricolage qui fut la norme jusqu’à la fin du printemps 1941, elle reste très faible. Les pilotes, puisque l’on est dans le domaine aérien, sont essentiellement des évadés. Il en est ainsi du premier chef « opérationnel » du Normandie, le commandant Jean Tulasne. Le général de Gaulle se bat politiquement pour la reconnaissance de la France Libre comme seul représentant légitime de la France, une bataille gagnée auprès des britanniques, mais bien plus difficile face aux Etats-Unis qui maintiendront, jusqu’au débarquement en Afrique du Nord, des liens étroits avec le régime de Vichy. Dans ce contexte, le projet d’envoyer une unité, aussi faible soit-elle, se battre avec les soviétiques fait sens. Elle symbolise la reconnaissance de la France Libre par le régime soviétique. C’est ce qui explique que les négociations concernant l’envoi de cette unité ont commencé fort tôt, dès décembre 1941, et se sont conclus positivement en juillet 1942.

Le GC-3 « Normandie », au 12 décembre 1942, se compose de 14 pilotes[2], certains très expérimentés (comme Tulasne, Littolff, de La Poype et Albert) et d’autres qui le sont beaucoup moins. Ils se sont entraînés, depuis le mois d’octobre, sur des Dewoitine D-520, survivants des combats fratricides de Syrie, les avions n° 303 et 397.

Le voyage, commencé donc le 12 novembre, s’achèvera le 2 décembre sur le terrain d’Ivanovo. Entre-temps, les pilotes auront pu apprendre le sabordage de la Flotte française à Toulon (le 27 novembre 1942). L’entrainement commence immédiatement et, le 11 mars 1943, l’unité est présentée à la hiérarchie soviétique comme étant opérationnelle. Elle compte alors 14 pilotes, dont 9 sont considérés comme bons ou excellents. Elle est envoyée au combat de 22 mars 1943, et elle opérera durant toute la guerre au sein de la 303ème division de chasse de l’Armée Rouge (VVS-RKKA), commandée par l’une des figures charismatiques de la Chasse soviétique, le général Guéorguy N. Zakharov[3]. Le « Normandie », auquel de nouveaux pilotes sont régulièrement envoyés, combattra au-dessus de Koursk, Smolensk et Ielna. Quand il est (provisoirement) retiré des opérations en novembre 1943, il aura acquis 77 victoires mais au prix de 21 pilotes, tués, prisonniers ou disparus.

Le GC-3 subira de lourdes pertes dans l’ensemble de la guerre, (42 pilotes tués dont 30 en opérations aériennes), mais il deviendra le Groupe de Chasse ayant acquis le plus de victoires de la chasse française durant la seconde guerre mondiale (273 victoires confirmées, 38 probables). Il a acquis une réputation égale à nulle autre auprès des forces armées soviétiques, et le gouvernement de l’URSS lui accordera le nom de « Niémen » pour sa contribution, en 1944, à la couverture aérienne du franchissement de ce fleuve par les forces soviétiques. Le GC-3 sera fait « Compagnon de la Libération » par le général de Gaulle[4]. Il sera re-complété à de nombreuses reprises (1943, 1944 et 1945) pour combler les pertes[5].

Les pilotes survivants connaîtront des sorts divers après-guerre, certains restant dans l’Armée de l’Air, connaissant des belles carrières (comme le général Delfino) ou périssant en mission commandée. D’autres entreront dans la vie civile. C’est le 17 février de cet année qu’est décédé le dernier des pilotes survivants, G. Taburet[6].

Sa contribution fut, certes, symbolique. Mais, certains symboles pèsent lourd. On retiendra l’un de ceux-ci. Le 15 juillet 1944, lors d’un vol de convoyage pour rejoindre un aérodrome plus proche du front, Maurice de Seynes est victime d’une fuite d’huile qui l’aveugle et provoque un début d’incendie de l’avion (Yak-9). Il pourrait sauter. Mais, dans le coffre de l‘avion, situé juste derrière le pilote, il a embarqué son mécanicien personnel, N. Bielozub, qui ne porte pas de parachute. En dépit d’ordres répétés, envoyé à la radio par le commandement soviétique tout comme par le commandant du Groupe, Delfino, de Seynes se refuse de sauter et tente de se poser. A chaque fois, aveuglé, il manque la piste. A la quatrième tentative, l’avion décroche à l’atterrissage et s’écrase, tuant les deux hommes.

L’acte de de Seynes reste, encore aujourd’hui, un symbole de la fraternité des aviateurs français et des combattants russes.

Jacques Sapir

Notes

[1] Lopez J., Stalingrad : la bataille au bord du gouffre, éditions Economica, coll. « Campagnes & stratégies », 1er octobre 2008, 1e éd., 460 p.

[2] Plus un pilote de l’avion de liaison et de servitude du Groupe.

[3] Le Général Георгий Нефёдович Захаров , né en 1908 et décédé en janvier 1986, aviateur breveté depuis 1933, combattra parmi les « volontaires » soviétiques dans la Guerre d’Espagne sur I-15 puis I-16 (6 victoires). De retour en URSS il est nommé commandant d’escadrille, puis en 1938, prend la tête d’une escadrille au sein du « Groupe de volontaires soviétiques » envoyé pour aider l’armée de Tchiang-Kai-Tchek contre les japonais. Rentré en URSS fin 1938, il est envoyé à l’Académie militaire soviétique du personnel d’Etat-major et il est promu Colonel. Il est nommé alors au poste de commandant de la composante aérienne du District militaire de Sibérie. Le 7 mai 1940, il est nommé au rang de major général et commande une partie de la chasse soviétique lors des combats de Khalkhin-Ghôl. En novembre, il quitte la Sibérie pour commander la 43e Division d’interception, alors stationnée à Minsk. Il effectue plusieurs missions de reconnaissance de nuit au début de juin 1941, où il détecte des concentrations de forces allemandes considérables. Avec le début de la guerre, il remporte plusieurs victoires au dessus de Minsk, puis est envoyé superviser l’entraînement des nouveaux pilotes à Oulan-Oude et revient prendre la commandement de la 303ème Division Aérienne (303 AID) en décembre 1942. Il a écrit un livre de souvenirs Я – истребитель (Moi-Chasseur), publié an 1985 au Voyennizdat (Moscou).

[4] http://www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/les-unites-militaires/le-regiment-de-chasse-_normandie-niemen_

[5] La liste des pilotes peut être trouvée ici : http://normandieniemen.free.fr/les_pilotes_du_Normandie_Niemen.htm

[6] http://www.defens-aero.com/2017/02/normandie-niemen-perd-dernier-pilote-chasse-gael-taburet.html

9 réponses à [RussEurope en Exil] 75ème anniversaire du Normandie-Niemen, par Jacques Sapir

POUR LIRE LES 9 REP0NSES , cliquez sur le lien :

 

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-75eme-anniversaire-du-normandie-niemen-par-jacques-sapir/

 

Le légendaire espion soviétique George Blake appelle les agents russes à «combattre le mal mondial»

Le légendaire espion soviétique George Blake appelle les agents russes à «combattre le mal mondial»

Je ne suis malheureusement pas aussi convaincue que George Blake que la Russie des oligarques sera en mesure de tenir le rôle qu’il lui attribue, mais il est vrai que pour le moment la Russie fait partie des forces d’endiguement, le Capital et son bras armée l’OTAN lui ayant redonné son statut « d’ennemi nécessaire ». Là encore il faut chercher la paix et refuser les faux antagonismes, la paix doit partir de nos exigences avant que d’être une question géostratégique. Cela dit, Georges Blake est sympa et cette manière de donner sens à sa vie me parle… (note et traduction de Danielle Bleitrach)

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L’officier de renseignement soviétique renommé George Blake, un anti-fasciste convaincu connu pour son travail en Grande-Bretagne, aura 95 ans samedi. La veille de son anniversaire, il s’est adressé aux officiers du service de renseignement étranger de Russie, définissant les priorités et la mission clé des espions russes et révélant ce qui lui donne le goût  de vivre.

« Vous êtes confrontés à une mission urgente et difficile : sauver le monde dans une situation où le danger de la guerre nucléaire et l’autodestruction de l’humanité ont été mises à l’ordre du jour par des politiciens irresponsables une fois de plus. Le mal est en train de laisser ses traces sanglantes dans de nombreux coins de la planète, quand il y a une vraie guerre entre le Bien et le Mal, je crois en vous, dans votre service désintéressé et dévoué de notre objectif commun, dans votre professionnalisme. « Cette victoire me donne le goût de vivre », a déclaré George Blake dans son discours aux officiers des renseignements étrangers, qui a ensuite été publié sur le site officiel du Service russe des renseignements extérieurs (SVR).

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© AP PHOTO / BORIS YURCHENKO
George Blake, un transfuge britannique qui espionnait pour les Soviétiques en Grande-Bretagne, est intervenu lors d’une conférence de presse à Moscou, le 15 janvier 1992

L’ancien officier de renseignement britannique, né aux Pays-Bas et qui a déjà travaillé comme agent double pour l’Union soviétique jusqu’à son arrestation à Londres en 1961, ce qui est noté dans sa biographie, qui est «trop bien connue».

LIRE LA SUITE: Ghost Fighters: les opérations les plus importantes du renseignement militaire russe

L’une de ses caractéristiques de l’actualité , a-t-il déclaré, est que ses principaux repères sont étroitement liés au choix qu’il a dû faire à certains moments.

« Le choix que j’avais fait dans des conditions compliquées et contradictoires avait été défini par l’histoire elle-même: j’aurais pu devenir un prêtre pacifique mais j’étais devenu un officier du renseignement, j’aurais pu vivre tranquillement durant la guerre mais je préférais la vie d’un membre du Mouvement de la Résistance. Après avoir miraculeusement évité les camps de concentration nazis, je suis devenu un officier de la Force Spéciale Britannique et j’ai risqué ma vie plus d’une fois … »se souvient-il.

Blake a été recruté par MI6, le service de renseignement étranger britannique en 1944, après avoir rejoint la Royal Navy. Il servait en Corée quand la guerre a éclaté en 1950 et il a été détenu par le Nord. Il a déclaré qu’il s’était porté volontaire pour travailler pour l’Union soviétique après avoir été témoin de l’impitoyable bombardement américain sur les villes et les villages nord-coréens.

Une vue générale montre le bâtiment du MI6 à Londres, le jeudi 5 mars 2015.
© AP PHOTO / MATT DUNHAM
Une vue générale montre le bâtiment du MI6 à Londres, le jeudi 5 mars 2015.

Selon l’officier, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il était encore officier des renseignements britanniques, il était «dans les premiers rangs des ennemis de la Russie», si ce pays est devenu sa patrie. Il se souvient du «vrai visage» de l’horrible guerre de Corée, des corps de civils de ce pays qui souffrait depuis longtemps et qui avaient été tués par la «machine militaire américaine».

« C’est alors que je me suis rendu compte que de tels conflits entraînaient des dangers mortels pour toute l’humanité et j’ai pris la décision la plus importante de ma vie – de coopérer volontairement et gratuitement avec les services soviétiques pour protéger la paix dans le monde ».

En tant qu’agent double, le légendaire militaire a également travaillé à Berlin, où il a transmis à l’Union soviétique certains des secrets britanniques les plus convoités, notamment un plan occidental visant à creuser un tunnel de Berlin-Ouest à l’est.

Il a été dénoncé  par un transfuge polonais en 1961 et a été emprisonné par un tribunal britannique pendant 42 ans. En 1966, cependant, il a pu s’échapper de la prison de Wormwood Scrubs à Londres et s’est enfui à Berlin par la France. À Berlin, il a voyagé d’ouest en est dans une boîte en bois attachée au train d’atterrissage d’une voiture. Il s’est retrouvé en Russie, où il vit depuis.

« 95 ans, c’est trop pour une seule personne et trop peu dans la vie de l’humanité … Les souvenirs de mon passé, qui m’interpellent à plusieurs reprises que je ne regrette pas du tout, me donnent la force de regarder vers l’avenir avec optimisme », a conclu George Blake.

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L’histoire en marche : la Chine et la Russie font, de leurs ennemis, des amis

L’histoire en marche : la Chine et la Russie font, de leurs ennemis, des amis

Making History: China and Russia are Transforming Enemies into Friends


Résultats de recherche d'images pour « Federico Pieraccini »Par Federico Pieraccini – Le 18 octobre 2017 – Source Strategic Culture

Dans les articles précédents, les moyens militaires et économiques par lesquels les États-Unis visaient initialement l’hégémonie mondiale ont été analysés, en détaillant comment ils sont devenus la superpuissance (déclinante) qu’elle est aujourd’hui.

Dans les deux analyses, j’ai souligné pourquoi la menace de la puissance militaire américaine n’est plus crédible et comment les sanctions et le comportement brutal des géants multinationaux et des organismes internationaux (FMI, Banque mondiale, BRI, etc.) ont cessé d’être efficaces.

Cela a mis les États-Unis de plus en plus hors sujet, laissant dans le processus un vide à combler par les puissances émergentes comme la Chine et la Russie, qui introduisent effectivement un nouvel ordre mondial basé sur la multipolarité. Dans cette troisième et dernière partie de la série, je vais analyser les événements spécifiques qui montrent comment la combinaison militaire, économique et diplomatique entre l’Iran, la Russie et la Chine ont forgé, par des moyens connus et moins connus, un ordre mondial alternatif à l’Amérique unipolaire.

La Russie, la Chine et l’Iran ont profité ces dernières années de la puissance militaire et économique déclinante des États-Unis, poussés par une méfiance générale envers les capacités diplomatiques et politiques de Washington, à la fois avec Obama et maintenant avec Trump. Les deux articles précédents montraient que Moscou, Pékin et Téhéran, même s’ils faisaient face à des situations différentes, partageaient des intérêts similaires et coordonnaient leurs stratégies militaire, économique et diplomatique.

Le succès du triptyque euro-asiatique repose sur le principe essentiel de la transformation des ennemis en acteurs neutres, des acteurs neutres en alliés et de l’amélioration des relations avec les anciennes nations alliées. Pour que ce projet puisse se réaliser, les efforts économiques, militaires et diplomatiques sont déployés selon le pays et le contexte régional. La flexibilité dont Moscou et Pékin ont fait preuve dans les négociations a donné lieu à des accords historiques, non seulement dans le secteur de l’énergie, mais aussi dans le domaine militaire, ainsi que dans l’éducation et la réduction de la pauvreté.

L’Arabie saoudite, la Turquie et la Syrie sont trois pays qui, analysés individuellement, révèlent cette stratégie précise de la Russie, de la Chine et de l’Iran. Une attention particulière est concentrée sur le Moyen-Orient pour plusieurs raisons. C’est la région où la puissance militaire déclinante de l’Amérique, incapable d’atteindre ses objectifs géopolitiques en Syrie, révèle la perte progressive de l’influence économique de Washington, accentuée par la position de plus en plus précaire du pétrodollar, qui est sur le point d’être défié par les échanges en pétroyuan entre la Chine et l’Arabie saoudite.

Des ennemis aux neutres

La défaite militaire des ennemis de la Syrie est, pour l’essentiel, due à l’Armée arabe syrienne (AAS), à l’Iran (plus le Hezbollah) et à la coopération militaire de la Russie, ainsi qu’au soutien diplomatique et économique de Pékin. Grâce à la stratégie adoptée par Poutine en Syrie, la Russie a pu stopper le projet engagé par les États-Unis, l’Arabie saoudite, la Turquie, le Qatar, la France, le Royaume-Uni, la Jordanie et Israël pour démanteler la Syrie. La Fédération de Russie est entrée progressivement dans le conflit syrien, et les résultats militaires ont immédiatement favorisé l’axe de la résistance, l’armée américaine étant incapable d’intervenir directement pour changer le cours des événements.

Les conséquences de ce choix ont conduit les alliés historiques de la région à douter de l’engagement réel de Washington et de la capacité militaire américaine à intervenir dans un conflit au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA) et à changer le cours du conflit en faveur de Riyad, de Doha, d’Ankara ou de Tel Aviv. La nouvelle administration Trump s’est montrée incapable de répondre aux attentes des plans hégémoniques régionaux saoudiens, même si le Royaume a accepté d’acheter jusqu’à 110 milliards de dollars d’armes américaines et s’est engagé à investir davantage aux États-Unis.

Riyad est dans une position encore plus difficile qu’on ne le pense habituellement. Il doit supporter seul le poids du pétrodollar, qui est de plus en plus instable grâce à la volonté chinoise d’imposer le paiement en yuans et non en dollars. De plus, Riyad voit peu de bénéfices tangibles dans le soutien militaire des États-Unis à ses politiques anti-iraniennes agressives, même si Trump a affiché des idées différentes de celles d’Obama concernant l’accord sur l’Iran. L’Arabie saoudite a un intérêt commun avec Israël dans la région et tous deux manifestent une colère partagée devant l’efficacité décroissante de Washington dans la région.

Du point de vue saoudien, tout s’est dégradé en une période relativement courte. La défaite en Syrie a coïncidé avec l’accord sur le nucléaire (Plan d’action global commun – JCPOA) entre l’Iran et les pays du 5 + 1. Dans ces deux scénarios, Riyad ressent la profonde trahison par son ancien allié nord-américain. La pression économique chinoise sur Riyad pour qu’il accepte les paiements en yuans pour son pétrole, jointe à la capacité croissante de Moscou d’intervenir efficacement dans la région et au rôle diplomatique et politique renouvelé de l’Iran grâce à l’accord JCPOA, ont engagé Riyad sur une voie menant certainement à la destruction. La seule solution est un changement stratégique qui pourrait affecter la région de manière significative.

La visite du roi saoudien Salman à Moscou pour signer des accords commerciaux (un fonds d’investissement de plus de 1 milliard de dollars a été créé) était d’une importance symbolique. Les actions du roi, menées en personne, reflétaient la reconnaissance du nouveau rôle dominant de la Russie au Moyen-Orient à la suite des intentions américaines d’abandonner leur influence dans la région. La nécessité pour le roi saoudien de paraître personnellement à Moscou concerne également directement la succession au trône, avec Mohammed bin Salman pour hériter des clés du royaume, malgré les désastres au Yémen et la crise du Conseil de coopération du Golfe (CCG) provoquée par le choc avec le Qatar. Dans une situation d’extrême faiblesse, notamment avec des prix du pétrole très bas, la monarchie saoudienne n’a plus que quelques cartes à jouer et doit engager un dialogue avec Moscou et éventuellement entamer une coopération dans divers domaines liés à l’énergie et à l’investissement. Initialement, l’excuse principale pour la rencontre de Moscou entre Poutine et le roi saoudien était de coordonner la production et la vente de pétrole et de gaz, une nécessité pour les deux pays étant donné la chute des prix du pétrole au cours des 24 derniers mois. Le premier objectif atteint par Poutine et le roi saoudien semble être une envolée du prix du pétrole à un niveau acceptable, suite à l’échec de la stratégie de Washington et de Riyad visant à ruiner Moscou en faisant chuter les prix.

En outre, la réunion entre Poutine et le roi saoudien s’est concentrée sur l’acceptation de la défaite de Riyad en Syrie, reconnaissant Assad comme le seul dirigeant légitime de la République arabe syrienne.

Beaucoup de choses se développent en coulisses, ce qui est évident avec la reconnaissance par Riyad d’une solution politique comme seul moyen de mettre fin au conflit, mais cela n’est jamais mentionné par les représentants officiels saoudiens. Il sera très difficile pour ces derniers d’abandonner le projet de changement de régime, même si la pression politique, diplomatique, militaire et économique de la Chine et de la Russie augmentent. Une foi commune habite Riyad et Tel-Aviv, comme le montrent les deux tentatives répétées de persuader Poutine d’abandonner son amitié avec l’Iran et Assad, mais sans succès. La fidélité manifestée par Moscou à Téhéran et à Damas a également eu un effet positif sur les Saoudiens, qui doivent reconnaître que si Poutine peut avoir des points de vue différents sur certaines questions, il est un homme de parole. Contrairement aux États-Unis, où les nouvelles administrations peuvent parfois jeter leurs amis sous les roues de l’autobus, Poutine maintient ses promesses, même sous une pression extrême. En ce sens, la décision de Trump de dé-certifier l’accord avec l’Iran est une démonstration de bonne volonté de la nouvelle administration Trump envers Israël et l’Arabie saoudite.

Cette dernière se retrouve avec des réserves monétaires très faibles en raison de la baisse du prix du pétrole et de son implication dans plusieurs guerres. Il faut ajouter à cela une défaite militaire en Syrie et une débâcle encore plus grande au Yémen. Pour couronner le tout, les États-Unis, leur allié le plus précieux, se désintéressent de plus en plus du sort de la monarchie et du royaume saoudiens, grâce à l’indépendance énergétique croissante résultant de la fracturation hydraulique. Ajoutons à cela le Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui s’est divisé à la suite de la guerre économique contre le Qatar, montrant un autre exemple de Washington ne soutenant pas Riyad dans toute la mesure où la monarchie en Arabie saoudite l’espérait. Le raisonnement pour Riyad est aussi simple que possible. Si Washington n’est pas en mesure de soutenir militairement l’Arabie saoudite, mais que Riyad doit supporter le fardeau économique, alors le royaume est dans une situation extrêmement difficile et a besoin d’alternatives comme la Russie et la Chine. Il est impensable pour l’Arabie saoudite de continuer à soutenir l’hégémonie des pétrodollars alors que l’Iran devient un leader régional au Moyen-Orient.

Le meilleur moyen est de négocier avec les principaux acteurs, et la Russie apparaît comme le médiateur parfait, comme annoncé récemment. La Chine attend que tous ces différends soient réglés pour mettre à profit son pouvoir économique et reléguer définitivement dans le passé les quarante dernières années de chaos dans la région issues de la rivalité saoudo-iranienne.

Pour Riyad, même si la tentative de séparer la Russie et l’Iran échouait, cela créerait néanmoins des relations qui enverraient un signal clair à l’Occident. L’achat de systèmes anti-missiles S-400 est une démonstration éclatante de l’influence russe croissante au Moyen-Orient, et Riyad a peut-être une crainte compréhensible de représailles américaines dans le cas où elle commencerait à changer ses habitudes en vendant son pétrole en yuan plutôt qu’en dollars.

Moscou a réalisé un miracle diplomatique avec l’Arabie saoudite, grâce aux efforts militaires en Syrie, à la pression économique chinoise par l’émission de petroyuans et au succès diplomatique iranien, notamment grâce à l’accord sur l’énergie nucléaire qui a permis de réhabiliter Téhéran sur la scène politique internationale.

L’achat de systèmes d’armes russes avancés envoie un signal clair et indique que le royaume saoudien est prêt à assumer une position plus neutre en frappant à la porte du monde multipolaire, en reconnaissant le pouvoir économique chinois et la prédominance militaro-technologique de la Fédération de Russie.

Des neutres aux amis

En se transformant en un pays plus neutre, Riyad pourrait tenter d’équilibrer l’influence économique et militaire américaine par le soutien de la Russie et de la Chine. L’importance pour la Russie et la Chine d’avoir un pays neutre doté d’une grande capacité financière dans la région devrait également être notée. Dans le cas de la Turquie, l’intervention de la Russie en Syrie, associée aux aspirations turques à devenir un centre énergétique euro-asiatique, a progressivement rapproché Moscou et Ankara. Grâce à un travail diplomatique efficace après la destruction d’un avion russe par la Turquie, les relations se sont progressivement améliorées, parallèlement au succès opérationnel de l’armée syrienne et de l’armée de l’air russe contre les terroristes soutenus par la Turquie. La défaite militaire de la Turquie était déjà claire il y a douze mois. Au cours des trois ou quatre derniers mois, Erdogan semble avoir changé de priorités, se concentrant sur la question kurde et sur les relations croissantes avec le Qatar (le mouvement politique des Frères musulmans est essentiel dans les deux pays et dans leurs relations). Entre-temps, la Turquie se distancie de ses alliés de l’OTAN, gravitant de plus en plus dans l’orbite de « l’axe de résistance » que sont l’Iran, l’Irak et la Syrie.

Les pourparlers de paix syriens à Astana ont jeté les bases diplomatiques des efforts de Téhéran et Moscou pour persuader Ankara d’abandonner l’option militaire (même si cela était déjà prévisible une fois que la Russie avait décidé d’intervenir). Au lieu de cela, Ankara serait encouragé à s’engager dans d’importants accords énergétiques avec Moscou. Il semble qu’Ankara ait maintenant décidé de devenir un centre énergétique, transportant du gaz, par le Turkish Stream, de la Russie vers l’Europe ainsi que du gaz du Qatar et de l’Iran. Il semble même que la Chine ait l’intention de se connecter aux installations turques pour l’approvisionnement en gaz et en pétrole, renforçant ainsi le rôle central d’Ankara comme plate-forme de transit énergétique pour la région.

L’autre aspect qui a fermement convaincu Erdogan de céder aux inquiétudes syriennes est la question kurde. Les Forces démocratiques syriennes (FDS), composées principalement de combattants kurdes, opèrent en Syrie sous le commandement et au nom de la coalition internationale dirigée par les États-Unis. Ankara a qualifié les Kurdes du SDF d’extension armée du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), ce dernier est considéré comme un groupe terroriste en Turquie. Cette divergence entre Washington et Ankara n’a cessé de croître, même pendant l’administration Trump, contrairement aux prévisions faites durant la période électorale américaine.

Avec l’utilisation progressive du SDF en Syrie, par la coalition internationale dirigée par les États-Unis, les stratégies de Trump et Erdogan ont fini par se télescoper. Trump a besoin de donner à son public domestique l’impression que les États-Unis sont dévoués à la lutte contre l’État islamique, même si cela signifie qu’il faut compter sur les soldats kurdes, rompant ainsi les relations avec la Turquie. Erdogan considère cela comme une question de sécurité nationale. La situation a dégénéré au point où, il y a quelques jours, un différend diplomatique a conduit à la suspension de la délivrance de visas par les ambassades respectives à Ankara et à Washington. Erdogan considère l’aide américaine aux Kurdes comme une trahison de la pire espèce de la part d’un allié de l’OTAN. Une réaction naturelle contre ces actions des États-Unis a donc été l’accord entre l’Irak, l’Iran, la Syrie et la Turquie pour préserver l’intégrité territoriale face à la question kurde.

La bénédiction des Chinois et des Russes est évidente dans cette situation. Afin de pacifier la région, la reconstruire et l’intégrer dans le projet One Belt One Road  (la route de la soie maritime et le corridor de transport Nord-Sud) les guerres doivent cesser et la diplomatie doit prévaloir. Pour Ankara, c’est une occasion unique de sortir de la guerre en Syrie sans apparaître comme l’une des factions vaincues (d’où la participation turque aux pourparlers d’Astana avec la Russie et l’Iran). Dans le même temps, la Turquie souligne l’importance de sa position géographique en tant que centre de distribution d’énergie sur le supercontinent eurasien. Tout cela se fait au détriment des États-Unis, la Turquie se libérant de la pression de Washington.

Moscou a déjà levé toutes les sanctions contre la Turquie, et vice versa, augmentant considérablement le commerce avec des perspectives de croissance considérables dans les années à venir. En ce qui concerne les ventes d’armes à l’Arabie saoudite, l’influence russe est en pleine expansion, grâce aux systèmes S-400 en cours de vente à Ankara au milieu des protestations véhémentes de nombreux pays de l’OTAN. Le système S-400 est un effort supplémentaire pour décourager l’agression américaine, mais c’est aussi la première indication de la volonté de diversification d’Ankara, cette fois militairement, constituant un pilier du nouvel ordre mondial multipolaire.

Ankara, après de nombreux échecs diplomatiques et militaires, a rétabli son rôle dans la région aux côtés de l’Iran et du Qatar, dans un contexte où son partenariat avec Moscou et Pékin va garantir à Erdogan une marge de manœuvre pour se désengager progressivement du système de l’OTAN qui a causé tant de problèmes au pays. Une entrée future dans l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) pourrait sceller le passage d’Ankara dans le monde multipolaire, devenant ainsi un allié à part entière de Moscou et de Pékin. En attendant, il est déjà possible de dire que Moscou et ses alliés ont réussi dans leur tâche improbable de transformer une nation, la Turquie, qui était sur le point de s’impliquer directement dans l’effort pour abattre Assad, en l’un des plus importants garants de l’intégrité territoriale de la Syrie. Erdogan a accepté qu’Assad reste au pouvoir dans un avenir proche, et a même accepté d’aider à combattre les terroristes en Syrie, comme en témoignent les récentes opérations militaires turques à Idlib.

La profondeur de la sincérité de ces nouvelles amitiés entre Moscou, Riyad et Ankara demande encore à être testée. Erdogan et les monarques saoudiens sont réputés pour ne pas tenir leur parole. Dans son état actuel, cela semble être un chef-d’œuvre économique, politique et militaire de la triade iranienne, russe et chinoise. La guerre en Syrie est presque gagnée, les groupes terroristes soutenus par les Saoudiens et les Turcs ont été neutralisés, et les conditions d’une intégration économique et militaire eurasienne complète de Riyad et Ankara ont été établies.

Soutenir les amis dans le besoin

En fin de compte, il convient de souligner la contribution de la Russie, de la Chine et de l’Iran au gouvernement et au peuple syriens. Au cours des six années d’agression contre la République arabe syrienne, l’Iran n’a jamais manqué de contribuer en termes de main-d’œuvre, d’équipement et de soutien logistique dans la lutte contre le terrorisme. Moscou, au début du conflit, avant même d’intervenir directement, a pris des mesures pour régler la dette extérieure syrienne envers la Russie et a prêté de l’argent en fournissant des armes, de l’énergie et de la logistique pour contribuer activement à la défaite des terroristes.

La République populaire de Chine a déjà ouvert la voie à l’avenir de la Syrie sur le plan économique, déclarant que le pays est une route de transit importante et une destination finale d’une partie de la Route de la soie. Le pouvoir économique chinois permettra à Damas de reconstruire une nation dévastée par six années de terrorisme et d’agression étrangère. Avec les capacités militaires russes, Damas disposera de tous les moyens nécessaires pour mettre fin au conflit et stabiliser le pays, se donnant ainsi les moyens d’empêcher toute future agression occidentale. D’un point de vue politique et diplomatique, les actions conjointes de Téhéran, Pékin et Moscou, avec Damas, font partie intégrante de l’axe qui s’étend de l’Iran à l’Irak et à la Syrie et arrive en Méditerranée, voire en Turquie. Avec la combinaison d’éléments économiques, militaires et politiques, la Syrie a survécu à une agression presque sans précédent, émergeant comme victorieuse, assurant ainsi sa capacité à déterminer son avenir de manière autonome sans intervention externe hostile.

Conclusions générales

La voie tracée par Moscou, Pékin et Téhéran devrait stabiliser le Moyen-Orient, grâce à la résolution du conflit syrien. Certains éléments clés de ce changement global, dont nous sommes témoins, sont : la pression économique chinoise sur les Saoudiens pour qu’ils acceptent le paiement du pétrole en yuan, l’éradication du terrorisme en Irak et dans les pays voisins, le contournement des sanctions imposées à l’Iran par les États-Unis et leurs alliés, la mutation de la Turquie en plate-forme régionale de distribution d’énergie

La Chine intervient économiquement dans un certain nombre de régions, en particulier au Moyen-Orient, pour soutenir la puissance militaire russe par l’argent, la diplomatie, l’investissement économique (Route de la soie) et en fournissant des liquidités aux alliés, comme on l’a vu avec la Russie quand elle a été frappée par des sanctions occidentales. Pour Pékin, le déclin du terrorisme est un facteur clé pour favoriser le développement de l’infrastructure de la Route de la soie en Chine, permettant à la Chine d’investir dans des zones détruites au Moyen-Orient pour faciliter les plans de reconstruction. À l’heure actuelle, la Syrie, l’Égypte, la Libye et le Pakistan semblent avoir une grande importance pour les stratégies futures de la Chine.

La Russie et la Chine dirigent des organisations telles que les BRICS, l’UEE, l’OCS et l’AIIB. La grande stratégie consiste à soutenir la création d’une alternative à l’ordre mondial néolibéral fondé sur le dollar américain et à contenir les effets du déclin de l’empire américain. Les nations auront de plus en plus à choisir entre deux systèmes : l’ordre mondial multipolaire, basé sur l’amitié et la coopération gagnant-gagnant, ou l’ordre unipolaire, basé sur la puissance militaire et économique déclinante de l’Amérique.

Le robuste soutien économique chinois, ainsi que la puissance militaire russe et l’importance de l’Iran au Moyen-Orient, protègent avec succès des pays comme la Syrie des interventions militaires américaines, creusant un fossé entre de vieux alliés américains et ouvrant la voie à l’isolement économique et militaire inéluctable de Washington dans la région. Ainsi, des pays confrontés à la même pression américaine, comme la Corée du Sud, le Mexique et le Venezuela, vont de plus en plus se tourner vers le monde multipolaire dirigé par la Russie et la Chine, accélérant le déclin et l’influence des États-Unis au-delà du Moyen-Orient.

L’ordre mondial multipolaire est là pour rester. Les États-Unis ne sont plus la seule superpuissance, mais plutôt l’une des deux autres puissances nucléaires. Au plus tôt les États-Unis s’en rendront compte, mieux ce sera pour l’humanité et pour la paix dans le monde.

Federico Pieraccini

 

http://lesakerfrancophone.fr/lhistoire-en-marche-la-chine-et-la-russie-font-de-leurs-ennemis-des-amis

 

De Gaulle et la fin du Français

De Gaulle et la fin du Français

Les carnets de Nicolas Bonnal

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De Gaulle et la fin du Français

Fin de l’histoire. Tocqueville, Poe, Chateaubriand l’ont dit les premiers, puis tous les autres, Le Bon, Michels, Sorel, Freud qui annonçait même, à cause du développement de la culture, la disparition démographique des races les plus évoluées…

« Peut-être ce développement de la culture conduit-il à l’extinction du genre humain, car il nuit par plus d’un côté à la fonction sexuelle, et actuellement déjà les races incultes et les couches arriérées de la population s’accroissent dans de plus fortes proportions que les catégories raffinées. »

C’est presque fait, et dans l’indifférence générale. Mon ami historien Guido Preparata qui rentre de la moribonde Italie me dit qu’on n’y pense qu’au restau sushi et à fermer des maternelles ; et d’ajouter qu’en Amérique où il se trouve maintenant les gens sont énormes, et que tout a été dynamité depuis le 11 septembre. Spirituellement, intellectuellement, et même physiquement.

Eric Branca a publié un livre sur le faux ami américain d’où Philippe Grasset ressort le passage suivant :

Le doute sera définitivement levé quand Michel Debré révélera dans ses ‘Entretiens avec le général de Gaulle’ (Albin Michel, 1994) ce que ce dernier lui avait dit, en tête à tête, le 26 mai 1968 : “Je ne souhaite pas que ce référendum réussisse. La France et le monde sont dans une situation où il n’y a plus rien à faire et, en face des appétits, des aspirations, en face du fait que toutes ces sociétés se contestent elles-mêmes, rien ne peut être fait… Je n’ai plus rien à faire là-dedans, donc il faut que je m’en aille. Et, pour m’en aller, je n’ai pas d’autre formule que de faire le peuple français juge de son destin.” Debré ajoute : ‘Ce qui paraît le plus le frapper, c’est le fait que les sociétés se contestent elles-mêmes et n’acceptent plus les règles, qu’il s’agisse de l’Eglise ou de l’université, et qu’il subsiste uniquement le monde des affaires, dans la mesure où [il] permet de gagner de l’argent. Mais sinon, il n’y a plus rien.” »

Tout cela est déjà chez Tocqueville remarquez :

« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. »

Plus personne n’a rien à foutre de rien, à commencer par ce pape et son troupeau de fidèles bidules et tièdes. Les communistes, les socialistes, les nationalistes ? Laisse tomber !

Il ne reste que le fric, mais il permet de se payer de moins en moins de choses. Un appart’ se négocie à cent mille euros du maître carré  à Monaco ou Palm Beach, et une voiture de sport coûte 400 000 euros. Les ciels embouteillés de jets privés noient de smog la Californie, et la vitesse est limitée partout. Le troupeau des néo-riches s’entasse comme des nouveaux pauvres. On le voit partout.

Un peu de Chateaubriand :

« L’empereur nous a laissés dans une agitation prophétique. Nous, l’Etat le plus mûr et le plus avancé, nous montrons de nombreux symptômes de décadence. Comme un malade en péril se préoccupe de ce qu’il trouvera dans la tombe, une nation qui se sent défaillir s’inquiète de son sort futur. De là ces hérésies politiques qui se succèdent. Le vieil ordre européen expire ; nos débats actuels paraîtront des luttes puériles aux yeux de la postérité. Il n’existe plus rien : autorité de l’expérience et de l’âge, naissance ou génie, talent ou vertu, tout est nié ; quelques individus gravissent au sommet des ruines, se proclament géants et roulent en bas pygmées. »

C’est le début du relativisme, l’ère des masses aux terrasses (cf. Ortega Y Gasset), les joyeux débuts du bobo planétaire et jouisseur :

« Des multitudes sans nom s’agitent sans savoir pourquoi, comme les associations populaires du moyen âge : troupeaux affamés qui ne reconnaissent point de berger, qui courent de la plaine à la montagne et de la montagne à la plaine, dédaignant l’expérience des pâtres durcis au vent et au soleil. Dans la vie de la cité tout est transitoire : la religion et la morale cessent d’être admises, ou chacun les interprète à sa façon. »

Avant Andy Warhol, Chateaubriand prévoyait que l’on sera tous célèbres une demi-heure :

Une renommée palpite à peine une heure, un livre vieillit dans un jour, des écrivains se tuent pour attirer l’attention ; autre vanité : on n’entend pas même leur dernier soupir.

Il n’est pas question de terminer sur une note pessimiste. Il faut se prendre en charge et oublier la vieille société catin ; faire sien ce passage si moderne du Zarathoustra par exemple, et l’appliquer à soi et à sa famille, ou à son clan :

« Pourquoi si dur ? – dit un jour au diamant le charbon de cuisine ; ne sommes-nous pas proches parents ? – »

Pourquoi si mous ? Ô mes frères, je vous le demande : n’êtes-vous donc pas – mes frères ?

Pourquoi si mous, si fléchissants, si mollissants ? Pourquoi y a-t-il tant de reniement, tant d’abnégation dans votre cœur ?

Si peu de destinée dans votre regard (So wenig Schicksal in eurem Blicke) ?

Et si vous ne voulez pas être des destinées, des inexorables : comment pourriez-vous un jour vaincre avec moi ?

Et si votre dureté ne veut pas étinceler, et trancher, et inciser : comment pourriez-vous un jour créer avec moi ?

Car les créateurs sont durs. Et cela doit vous sembler béatitude d’empreindre votre main en des siècles, comme en de la cire molle, – béatitude d’écrire sur la volonté des millénaires, comme sur de l’airain, – plus dur que de l’airain, plus noble que l’airain. Le plus dur seul est le plus noble.

Ô mes frères, je place au-dessus de vous cette table nouvelle : DEVENEZ DURS !

 

http://www.dedefensa.org/article/de-gaulle-et-la-fin-du-francais

Ne dites plus « avant Jésus-Christ », mais « avant l’ère commune »

Ne dites plus « avant Jésus-Christ », mais « avant l’ère commune »

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Un article du Dailymail paru le 1er octobre rapporte que les jeunes Anglais pourraient bientôt ne plus apprendre les faits religieux avec une référence à l’ère chrétienne (av. J.-C. et ap. J.-C.) mais avec des dates fixées par une ère commune.

Les élèves britanniques vont devoir s’y faire.  Ce changement intervient suite aux recommandations émises par les SACREs, sorte de commissions locales consultatives dédiées à la politique éducative mises en place Outre-Manche. Leur objectif avec cette recommandation ? Ne pas « offenser les élèves non chrétiens », explique-t-on.

Concrètement, les termes « avant Jésus-Christ » (av. J.-C.) et « après Jésus Christ » (ap. J.-C.) seraient désormais proscrits des cours de culture religieuse. Ils seront respectivement remplacés par « avant l’ère commune » (AEC) et « après l’ère commune » (EC), jugés plus neutres et dépourvus de toute référence religieuse. Avec ces nouvelles dispositions, l’élection de François au Saint-Siège est donc survenue un 13 mars 2013 EC au Vatican…

Surprise en Grande-Bretagne

Est-il utile de préciser que ces bouleversements ont suscité un certain étonnement auprès de la communauté chrétienne britannique. « Je n’ai jamais rencontré un responsable musulman, ou juif, se plaignant d’être offensé », a ainsi déclaré au Telegraph, l’ancien archevêque de Cantorbery, Lord Carey.

Même son de cloche auprès du reste des autorités religieuses du pays, qui ont elles aussi eu quelques difficultés à dissimuler leur surprise. « Je ne crois pas que les musulmans soient choqués par l’utilisation d’un tel calendrier » a fait savoir un des imams de Leicester, Ibrahimo Mogra. D’autres préfèrent même ironiser, constatant que malgré le changement de nomenclature, c’est bien la naissance du Christ qui demeurait toujours le seul point de référence.

L’ère commune agite les passions à travers le monde depuis longtemps. Elle a même par le passé trouvé un écho favorable auprès de Kofi Annan, ex-secrétaire général des Nations Unies. En 1999, il avait jugé que « le calendrier chrétien n’appartenait plus exclusivement aux chrétiens ».

Un héritage du VIIe siècle

Avant de s’inviter dans le débat en Grande-Bretagne, où la radio mondiale BBC l’utilise même depuis 2011 au nom de son « impartialité », elle avait déjà séduit d’autres pays nord-européens à l’image du Danemark et de la Finlande. Les nations d’Asie et de l’ex-bloc soviétique ont toujours privilégié l’ère commune pour des motifs religieux ou idéologiques.

En France comme dans l’ensemble des organisations mondiales, l’Anno domini nostri Iesu Christi (« En l’année de notre Seigneur Jésus-Christ »), ou l’an 1, est l’événement historique servant de point de repère au calendrier. Instaurée au VIIIe siècle, elle reste sur le territoire français la seule et unique norme calendaire reconnue par l’État.

 

Ne dites plus « avant Jésus-Christ », mais « avant l’ère commune »

Pour une Europe de l’Atlantique à l’Oural – Les relations franco-soviétiques (1956-1974)

 

Pour une Europe de l’Atlantique à l’Oural – Les relations franco-soviétiques (1956-1974)

par Gaël-Georges Moullec

La politique du général de Gaulle vis-à-vis de l’Union soviétique obéissait à trois axes majeurs : aspiration à l’indépendance et à la grandeur de la France, importance de la Russie et de sa place dans le monde, car la « Sainte Russie » éternelle était, aux yeux du Général, « Bien plus forte que toutes les théories et tous les régimes« .

Dès son arrivée au pouvoir, de Gaulle entreprend de rendre à la France son prestige et de la libérer de l’emprise étrangère, ce qui correspondait aux aspirations des dirigeants soviétiques visant à développer des relations égales et privilégiées avec les pays d’Europe occidentale, tout en jouant des divergences préexistantes entre la France et l’Allemagne, comme entre les Alliés au sein de l’Alliance atlantique.

Durant les deux mandats du Général, les relations entre les deux pays évoluent en fonction de leurs intérêts géopolitiques qui devaient tenir une place prépondérante dans la construction d’un monde futur non encore qualifié de  » multipolaire « . Mais aussi dans la construction européenne dont la Russie aurait dû être un élément indispensable et dont on mesure désormais à quel point l’absence nuit à une Europe aujourd’hui en déconstruction.

D’où la célèbre formule du général de Gaulle aussi incomprise que critiquée :  » de l’Atlantique à l’Oural « . Mû par l’intérêt supérieur de l’Etat, il put, en quelques années, redonner à son pays un statut de puissance mondiale, libérée de toute présence étrangère sur son territoire, indépendante dans ses actes au sein d’un monde occidental dominé sans partage par les Etats-Unis depuis la fi n de la Seconde Guerre mondiale.

Durant les onze années de pouvoir gaulliste, des contacts  » tout azimut  » se développent avec l’Union soviétique, coopération stratégique et active que les successeurs du Général – à commencer par Georges Pompidou – remirent en question. Peu à peu, en effet, disparut la grandeur gaullienne qui laissa place au pragmatisme traditionnel d’une France qui, croyant gagner au jeu de l’Europe, renonçait peu-à-peu à toute chance de trouver une place de choix entre les deux Grands.

 

Biographie de Gaël-Georges Moullec

Spécialiste du mouvement communiste international, de l’histoire de l’URSS/Russie et de ses services de renseignement, Gaël-Georges Moullec a été maître de conférences à l’IEP-Paris et Visiting Assistant in Research à l’université de Yale. Ancien directeur du Développement international à la Fondation Robert Schuman, puis fonctionnaire international. Il a publié : Rapports secrets soviétiques. La société russe dans les documents confidentiels (1921-1991), Paris, Gallimard.
1994 ; Le KGB dans les Pays Baltes. Paris, Belin. 2005 ; Dimitrov, Journal 1933-1949. Paris, Belin. 2006 ; et récemment, en russe : Ot Atlantiki do Urala. Sovetskofrantsouzskie otnocheniia. 1956-1973 [ » De l’Atlantique à l’Oural. Les relations soviétofrançaises, 1956-1973 « ]. M. , MFD, 2015.

Date de parution : 25/01/2016
Editeur : Paris – Max Chaleil
Collection : Essais et documents
ISBN : 978-2-84621-225-0
EAN : 9782846212250
Présentation : Broché
Nb. de pages : 160 pages
Dimensions : 15,0 cm × 23,0 cm × 1,5 cm
Prix : 17 €.

 

http://www.russie.net/Pour-une-Europe-de-l-Atlantique-a-l-Oural-Les-relations-franco-sovietiques-1956

Espagnes La Catalogne nostalgique de sa gloire passée

Espagnes

La Catalogne nostalgique de sa gloire passée

 

Le comté de Barcelone, nom sous lequel fut connue la Catalogne au Moyen Âge, domina longtemps la Méditerranée occidentale. Ses comtes-rois gouvernèrent aussi bien la Provence que Naples.

Ses commerçants, ses marins et ses soldats étendirent l’usage du catalan sur toutes les rives du bassin méditerranéen, jusqu’à Athènes. Ses artistes portèrent à son summum le style roman et ses troubadours firent de la cour de Barcelone un haut lieu de la culture occidentale.

Cette gloire aux multiples facettes déclina très vite après l’union personnelle entre le comte-roi de Barcelone et la reine de Castille et surtout la conquête du Nouveau Monde qui marginalisa la Méditerranée.

La Catalogne, une Espagne à part

drapeau catalan Grande comme la Bretagne (30 000 km2) mais presque deux fois plus peuplée (7,5 millions d’habitants), l’actuelle Généralité de Catalogne recoupe assez précisément l’ancien comté de Barcelone.

C’est un triangle rectangle dont un côté est constitué par la côte, des Pyrénées au delta de l’Èbre, et l’autre par les Pyrénées elles-mêmes, de la côte au val d’Aran, où la Garonne prend sa source.

La région compte quatre provinces, Barcelone, Gérone, Lerida (Lleida en catalan) et Tarragone, avec trois langues officielles, le catalan, le castillan et l’aranais, variante du gascon, une langue d’oc. Le catalan est parlé, lu et écrit par les trois quarts environ de la population. Il est aussi présent aux Baléares, à Valence, dans les Pyrénées orientales (France) et même en Sardaigne.

Portail roman du monastère bénédictin Santa María de Ripoll (DR)

La Catalogne romane

En 878, au concile de Troyes, les souverains carolingiens confient au comte de Barcelone Guifred le Velu la région sise entre les Pyrénées orientales et l’Ebre. Les historiens y voient l’acte de naissance de la Catalogne.

Les apôtres Jude et Jacques (art roman de Catalogne, fin XIe siècle)Pour asseoir son autorité et assurer son salut, Guifred fonde le monastère Notre-Dame de Ripoll, dans les moyennes Pyrénées. Il va devenir un haut lieu de la culture érudite où l’on traduit notamment des livres arabes et grecs.

C’est là que Gerbert d’Aurillac, futur pape Sylvestre II, s’initiera à la science des chiffres.

En 985, le comte de Barcelone appelle à l’aide le lointain successeur de Charlemagne suite à la mise à sac de sa ville par le vizir al-Mansour.

Mais l’empereur, qui a d’autres soucis en tête, fait la sourde oreille et le comte comprend qu’il n’a plus rien à espérer des carolingiens.

Dès lors, il va apprendre à se débrouiller tout seul quitte à nouer des alliances de circonstance avec les roitelets musulmans pour protéger son indépendance.

sarcophage de l'évêque et abbé Oliba La future Catalogne renforce aussi ses liens avec les pays de langue d’oc et la Provence, qui appartiennent à la même communauté linguistique. Ces liens prennent forme aussi dans le domaine religieux à l’initiative de l’abbé Oliba.

Ce noble né vers 971 a renoncé à la vie profane pour entrer comme moine à Notre-Dame de Ripoll. Il en devient l’abbé en 1008.

Il va dès lors accompagner le renouveau de l’Église en embellissant Saint-Michel de Cuxa et en fondant Saint-Martin du Canigou (Pyrénées-Orientales), en fondant aussi le monastère de Sainte-Marie de Montserrat, devenu aujourd’hui un haut lieu du nationalisme catalan (…).

Version intégrale pour les amis d

Publié ou mis à jour le : 2017-10-09 17:22:14

 

https://www.herodote.net/Espagnes-synthese-2066.php

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