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Hong Kong : déjà la fin du principe « un pays, deux systèmes » ?

Hong Kong : déjà la fin du principe « un pays, deux systèmes » ?

Interview1 juillet 2020Le point de vue de Barthélémy Courmont

Alors que le gouvernement chinois se refusait d’adopter cette loi après des mois d’opposition, la loi sur la sécurité nationale a été promulguée le 30 juin à Hong Kong. Dans un contexte où les manifestations s’intensifient, l’opposition redoute que cette loi musèle les voix dissidentes. Entretien avec Barthélémy Courmont, directeur de recherche à l’IRIS.

La loi sur la sécurité nationale a été promulguée par le Parlement chinois à Hong Kong le 30 juin. Dans quelles mesures la semi-autonomie de Hong Kong, ainsi que ses libertés fondamentales, s’en trouvent-elles menacées ? Quelle est la stratégie du gouvernement chinois ?

La date sonne comme un symbole, puisque cette loi a été votée la veille de l’anniversaire de la rétrocession de 1997, le 1er juillet. Et si son annonce a été largement commentée depuis quelques semaines, son contenu est resté secret jusqu’au vote. Selon ses termes, cette loi vise à réprimer le « séparatisme », le « terrorisme », la « subversion » et la « collusion avec des forces extérieures et étrangères », avec des peines pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement à perpétuité, au prétexte de la nécessité de consolider la sécurité nationale. Mais les détails ne sont pas encore connus. Ce texte a été adopté par le Parlement chinois, contournant ainsi l’Exécutif hongkongais, les prérogatives de ce territoire et la semi-autonomie dont il dispose depuis plus de vingt ans. Il s’agit donc d’un coup très grave porté à ce statut spécial et le principe du « un pays, deux systèmes » qui semble désormais appartenir au passé. La semi-autonomie de Hong Kong aura donc duré exactement 23 ans, soit à peu près la moitié de la liminalité prévue selon les termes de la rétrocession, soit 50 ans. Le gouvernement chinois a une certaine interprétation de cette liminalité, très différente de celle du mouvement prodémocratie et des démocraties occidentales. Pékin estime ainsi que cette période de 50 ans doit être ponctuée de mesures progressivement mises en place et tendant à faire disparaître le principe « un pays, deux systèmes ». Mais de l’autre côté, on cherche à pérenniser ce système, d’où l’impasse que nous rencontrons depuis un an, et même au-delà, si on considère que le mouvement des parapluies de 2014 était le premier acte du bras de fer auquel nous assistons.

Quelles sont les réactions des partis d’opposition hongkongais ? Peut-on s’attendre à une résurgence des manifestations ?

Le militant Joshua Wong, l’une des figures du mouvement prodémocratie, a annoncé par un message sur Twitter, dès le vote, qu’il quittait ses fonctions de chef du groupe Demosisto, craignant d’être directement visé par cette loi dont l’entrée en application se fera dès qu’elle aura été annoncée au journal officiel de Hong Kong. Dans la foulée, le groupe a annoncé sa dissolution, les militants Nathan Law, Jeffrey Ngo et Agnes Chow ayant également annoncé leur mise en retrait. Un coup très dur pour le mouvement qui n’a pas d’autre alternative sinon à entraver une loi punitive. C’est évidemment l’effet recherché par Pékin, qui, en criminalisant le mouvement prodémocratie, souhaite en couper les têtes. En entrant de facto dans la clandestinité, le mouvement risque de perdre en visibilité, mais il risque aussi de se radicaliser. Difficile, en effet, d’imaginer un militant comme Joshua Wong jeter définitivement l’éponge et rentrer dans le rang. Il est trop tôt pour savoir si ce changement de nature du mouvement lui permettra de bénéficier d’un large soutien populaire – ce qui est le cas depuis plus d’un an – et surtout, quelles seront les réactions populaires une fois que des personnes seront arrêtées et jugées en vertu de cette loi. Les manifestations pourraient ainsi être « contenues » dans un premier temps, car les représailles contre tous ceux qui ne respecteront pas la loi seront terribles, mais Pékin prend un risque élevé en rendant le dialogue impossible, et en ouvrant donc la porte à une violence que cette loi a paradoxalement pour objet de limiter…

La décision de promulguer cette loi devrait-elle avoir des conséquences sur les relations extérieures de la Chine ?

Elle en a déjà, même s’il faut déplorer des actions trop timides. C’est Taïwan qui se montre le plus actif en soutenant depuis des mois et de manière officielle le mouvement prodémocratie, dans un contexte de relations très tendues avec Pékin. Les États-Unis ont manifesté leur soutien au mouvement au cours des dernières semaines, mais celui-ci semble répondre à l’impératif de désigner la Chine comme un adversaire systémique, en réponse à une crise profonde plus qu’à une adhésion au combat des démocrates hongkongais, qui n’ont pas été soutenus activement au cours des dernières années. Le mouvement est plus un faire-valoir permettant de justifier des mesures de rétorsion qui s’inscrivent dans le cadre des trade wars de Donald Trump. Côté britannique, on a eu cette annonce spectaculaire de Boris Johnson il y a quelques semaines, annonçant offrir la citoyenneté britannique aux Hongkongais qui en ferait la demande. Mais comment imaginer un exode massif ? Les Européens se montrent indignés, mais impuissants. Tout cela traduit une forme d’hypocrisie, car chacun est prêt à condamner, mais personne ne semble disposé à prendre des mesures fortes pouvant altérer la relation avec Pékin. Ce qui était possible en 1989 ne l’est visiblement plus aujourd’hui

.https://www.iris-france.org/148237-hong-kong-deja-la-fin-du-principe-un-pays-deux-systemes/

Les manifestations de Hong Kong touchent à leur fin par Moon of Alabama

Les manifestations de Hong Kong touchent à leur fin par Moon of Alabama

samedi 23 novembre 2019, par Comité Valmy

Les émeutes parrainées par les États-Unis à Hong-Kong sont quasiment terminées. Elles ont pourtant duré beaucoup plus longtemps que nous ne l’avions prévu.

La campagne de « violence marginale » menée par des étudiants « pro-démocratie » n’a pas réussi à rassembler plus de soutien. Le Hongkongais moyen est de plus en plus déterminé à s’opposer à d’autres provocations :Les manifestants se sont rassemblés vers 12h30 sur un pont à l’extérieur d’Exchange Square, qui abrite la bourse de Hong Kong dans le centre financier de la ville, pour une autre série de manifestations programmées à l’heure du déjeuner comme celles qui ont eu lieu au cours des deux dernières semaines.

Des échauffourées ont éclaté après qu’un groupe d’une cinquantaine de personnes en faveur de la police se soit présenté environ une heure plus tard, mais la police est arrivée peu après pour vider la zone.

Au cours d’au moins deux altercations entre certains membres des deux groupes, un contingent antigouvernemental a crié « retournez en Chine » à leurs adversaires, et l’un d’eux a donné un coup de pied à une femme marchant vers le plus petit groupe.

Il y a dix jours, les émeutiers vêtus de noir les plus acharnés ont commencé à paralyser la circulation à Hong-Kong pendant les jours de semaine. Ils ont saccagé presque toutes les stations de métro et barricadé les grandes artères et les tunnels. Des écoles ont été fermées, des entreprises et des travailleurs ont été gravement touchés.

Un éboueur de 70 ans a été tué lorsqu’il a été frappé par une pierre lancée par les émeutiers contre des civils qui tentaient d’enlever une barricade. Un homme de 44 ans a été arrosé d’essence et brûlé après avoir verbalement manifesté son désaccord envers le saccage d’une station de métro par des émeutiers. Un policier a été touché par une flèche.

Les émeutiers ont occupé l’Université chinoise et l’Université polytechnique (PolyU) qui se trouvent à côté de grandes rues et de l’important tunnel qui passe sous le port. Utilisant les universités comme bases logistiques et fortifications, ils ont réussi à maintenir de nombreuses routes fermées jour et nuit. Après quelques négociations avec le président de l’Université chinoise, les émeutiers ont évacué les lieux en laissant derrière eux quelque 8 000 coktails Molotov. Ils se sont rassemblés à PolyU, à côté du tunnel passant sous le port.

Ce fut une erreur.

Dimanche dernier, la police a encerclé la PolyU et n’a laissé personne en sortir. Ceux qui voulaient sortir ont été arrêtés ou, lorsqu’ils avaient moins de 18 ans, identifiés et remis à leurs parents. Il y a eu plusieurs batailles violentes lorsque les émeutiers ont tenté de percer le cordon policier, mais seuls quelques-uns ont réussi à s’échapper.

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Au bout de quelques jours, la plupart de ceux qui se trouvaient à l’intérieur de PolyU se sont rendus à la police.

Aujourd’hui, subsistent encore une trentaine d’émeutiers terrés dans un bâtiment de PolyU. La police les attend à l’extérieur. Elle a déclaré qu’elle avait procédé à plus d’un millier d’arrestations. L’université est saccagée et il y a eu d’importants dégâts dus aux combats. Les émeutiers ont encore une fois laissé derrière eux des milliers de cocktails Molotov et d’autres armes.

Le blocage de la circulation urbaine et les dégâts croissants causés par le vandalisme des émeutiers ont même rebuté ceux qui les soutenaient auparavant. Comme la police a arrêté la plupart des principaux émeutiers, il y a peu de chances que de telles manifestations violentes se poursuivent.

Dimanche, il y aura des élections municipales du conseil de district à Hong-Kong. La Chine a fait pression pour que les élections aient lieu quelles que soient les circonstances. La police anti-émeute gardera tous les bureaux de vote.

Il y a quelques semaines, les candidats « pro-démocratie », qui soutenaient les émeutiers, étaient encore prêts à remporter plus de sièges qu’avant les manifestations. Mais ils craignent aujourd’hui que le public ne les punisse pour les ravages qu’ils ont causés et choisissent les candidats de l’establishment :Le politologue de l’Université chinoise Ivan Choy Chi-keung a déclaré que si le taux de participation pouvait établir un nouveau record, la situation générale était plus imprévisible qu’auparavant.

« Les pro-démocraties auraient pu remporter une victoire écrasante si les élections avaient eu lieu pendant l’été, lorsque les manifestations ont éclaté », dit M. Choy. « Mais après les récents affrontements dans deux universités, les électeurs indécis peuvent s’inquiéter de l’ordre public et être découragés de voter pour eux.« 

Il faisait référence aux féroces batailles que des manifestants ont livrées contre la police à l’extérieur de l’université chinoise, le 12 novembre, suivies d’autres affrontements à l’extérieur de l’université polytechnique la semaine dernière.

« Il sera difficile pour ce camp de remporter plus de la moitié des sièges, comme certains l’avaient prévu à l’origine », a déclaré Choy.

Le gouvernement de Hong-Kong n’a accepté aucune des « cinq revendications » des manifestants. La seule chose que les manifestants ont gagnée, c’est l’adoption d’une loi par le Congrès américain :Mercredi, la Chambre des représentants a suivi l’exemple du Sénat en approuvant à une écrasante majorité deux projets de loi : La loi de Hong-Kong sur les droits de l’homme et la démocratie, qui exige que le président examine chaque année le statut commercial favorable que les États-Unis accordent à Hong-Kong, en menaçant de le révoquer et d’imposer des sanctions aux responsables s’il est établi que des libertés ont été supprimées, et la loi Protect Hong-Kong, qui bloquera la vente des gaz lacrymogènes et autres articles policiers.

La première, bien que largement symbolique, pourrait modifier les relations de Washington avec Hong-Kong et Pékin.

Le président américain Donald Trump a un choix simple à faire sur la législation qui lui a été transmise par le Congrès américain pour soutenir les protestations qui ont englouti Hong-Kong – approuver ou opposer son veto. Au milieu de négociations difficiles dues à sa guerre commerciale contre la Chine, il pourrait être tenté d’inclure sa décision dans les négociations. …
Mais Pékin considère ces mesures comme frappant au cœur de la souveraineté chinoise. Les manifestants radicaux pourraient être poussés à une plus grande violence. Des contre-mesures non spécifiées sont promises si Trump donne son approbation. …
Mais la guerre commerciale, la violence et la législation ont nui au climat des affaires à Hong-Kong. Que cette loi soit approuvée ou non, le pessimisme et l’incertitude ont déjà été renforcés. Il ne peut pas y avoir de gagnants.

Trump veut un accord commercial avec la Chine et opposera donc probablement son veto au projet de loi :S’exprimant pendant l’émission matinale « Fox & Friends », le président a déclaré qu’il recherchait un équilibre entre les priorités concurrentes dans les relations américano-chinoises.

« Nous devons soutenir Hong-Kong, mais je suis aussi aux côtés du président Xi [Jinping], un ami à moi. C’est un type incroyable, mais nous devons résister… J’aimerais les voir régler le problème, d’accord ? », a déclaré le président. « Je soutiens la liberté, je tiens à tout ce que je veux faire, mais nous sommes aussi en train de conclure l’un des plus importants accords commerciaux de l’histoire. Et si on pouvait y arriver, ce serait génial.« 

Un veto n’aurait qu’un impact temporaire puisque la loi a été adoptée à la Chambre et au Sénat par des majorités qu’un veto ne peut contrecarrer.

L’idée derrière les protestations et les émeutiers à Hong-Kong était depuis le début de provoquer un autre incident du genre Tian An Men. C’était évident depuis le début de la manifestation. C’est maintenant reconnu publiquement :BBC Newsnight @BBCNewsnight – 11:00 UTC – 19 nov 2019

« Certains manifestants semblent avoir pour objectif de provoquer une confrontation militaire avec la Chine. Ils semblent vouloir répéter ce qui s’est passé sur la place Tiananmen. »

Le secrétaire aux affaires étrangères @Jeremy_Hunt dit qu’il est « préoccupé par la tactique » de certains des manifestants de #HongKong

Si la Chine avait envoyé des troupes à Hong-Kong, ou laissé utiliser plus de force contre les manifestants, les États-Unis en auraient profité pour faire pression sur leurs alliés afin qu’ils imposent des sanctions sévères à la Chine. La violence des manifestants visait à obtenir ce résultat. Ce plan s’inscrivait dans le cadre de la stratégie de découplage entre les États-Unis et la Chine.

Le plan a échoué parce que la Chine était trop intelligente pour accorder aux États-Unis ce qu’ils voulaient. Maintenant, c’est Trump qui est sous pression. Il a besoin de l’accord commercial avec la Chine parce que la guerre commerciale actuelle nuit à l’économie américaine et met en péril sa réélection.

C’est probablement la vraie raison pour laquelle les protestations se sont apaisées.


22 novembre 2019
 

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11565

Hong Kong : derrière les manifestants, un réseau de solidarité structuré

Récit.

Hong Kong : derrière les manifestants, un réseau de solidarité structuré

Publié le 23/11/2019 – 06:04

Le 12 novembre, près de l’Université chinoise de Hong Kong.  Photo Lam Yik Fei/The New York Times
Le 12 novembre, près de l’Université chinoise de Hong Kong.  Photo Lam Yik Fei/The New York Times

Cet article est issu du Réveil Courrier. Chaque matin à 6h, notre sélection des meilleurs articles de la presse étrangère.OUVRIR DANS LE RÉVEIL COURRIER

Derrière ceux qui manifestent en première ligne, toute une population s’organise pour soutenir la contestation : de nouvelles solidarités et une véritable révolution des esprits portent haut les slogans “Récupérons Hong Kong, révolutionnons l’époque !” et “Hongkongais, résiste !”. Agnès Gaudu, chef du service Asie à Courrier international, a rencontré ceux qui agissent dans

RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

Ils sont jeunes et moins jeunes, tous très impliqués dans la vie sociale. Loin de la “ligne de front” des manifestations et de ses affrontements physiques, ils se sont sentis redevables vis-à-vis de ceux et celles qui prennent des risques pour ce qu’ils estiment être le bien commun. Ils ont apporté leur aide et leur soutien matériel et financier à l’organisation informelle qui sous-tend le mouvement depuis des mois. La chaîne de solidarité relie les “braves”, ces combattants de première ligne que l’on voit vêtus de noir, courir et lancer des pavés ou des cocktails Molotov, aux simples citoyens de toutes conditions et de toutes origines, comme aux acteurs traditionnels de la politique locale.

Ils ont pour point commun de se définir comme Hongkongais d’abord, et de placer au cœur de leurs préoccupations la défense des libertés spécifiques au territoire. Ils ont senti leur colère monter face à l’absence prolongée de réponse du gouvernement à leurs revendications, face à la multiplication des interdictions de manifester et au refus persistant du gouvernement de lancer une enquête indépendante sur les violences policières. “Dès le 12 juin, le jour où la police a clairement outrepassé ses droits (voir encadré ci-dessous), nous avons pensé nécessaire de collecter des fonds, et les avons placés dans un trust spécialement créé, le ‘trust du 12 juin’”, explique Lee Cheuk-yan, secrétaire général du syndicat HKCTU, ancien député démocrate et membre du Front civique pour les droits de l’homme (Civil Human Rights Front, CHRF).

Cette coalition de partis, de syndicats et d’ONG a déposé la plupart des demandes d’autorisation de manifester contre la loi sur l’extradition depuis le mois de juin. “Notre fonds servira à l’aide juridique aux personnes poursuivies, lorsqu’ils devront comparaître. Très rapidement, nous avons récolté 80 millions de HK dollars [plus de 9 millions d’euros].” L’argent provient tout aussi bien d’individus offrant de petites sommes que de cadres d’entreprise versant des montants considérables, et qui prennent de grandes précautions pour rester anonymes, explique Lee.

Des gens normaux en colère

Malgré l’incertitude qui plane sur le destin de Hong Kong, une sorte d’exaltation émane des discours, faite de la conviction qu’il s’agit d’un combat de tous pour le droit d’expression et la justice. Malgré le déferlement de violences, 70 % des Hongkongais pensaient encore, à la mi-novembre, que le gouvernement de la région administrative spéciale (RAS) est le principal responsable de la situation. L’opposition à Pékin est une évidence, et la peur de la répression est présente mais peu exprimée. Sporadiquement, l’angoisse apparaît pourtant dans la description des mesures prises pour préserver la sécurité physique ou l’anonymat de chacun.

Elvira, employée d’une ONG et mère de deux enfants, apporte sa contribution en achetant des équipements et en les distribuant autour d’elle. Elle parle d’un “mouvement formidablement innovant, un challenge quotidien pour ses participants” par son manque de prévisibilité. “En un sens, c’est effrayant”, remarque-t-elle. Pour elle, “le mouvement est multiforme, mais il y a au moins un consensus en son sein : ne pas se laisser diviser”. Les personnes violentes “sont juste des gens normaux en colère”, ajoute-t-elle.

À la fin d’octobre, les échauffourées éparses continuaient tous les soirs, dans les quartiers populaires de Kowloon. Le mouvement semblait s’essouffler, sans vouloir vraiment prendre fin. “Nous trouvons en nous-mêmes des graines anciennes”, explique Elvira.

On fait beaucoup référence dans le mouvement au manga japonais des années 90 ‘Slam Dunk’, dans lequel une équipe de basket accueille un joueur très peu expérimenté. L’équipe perd mais continue. Le coach leur dit : ‘Tant que vous continuez à jouer, vous ne perdez pas. Il faut juste veiller à continuer la partie.’ C’est ce que nous faisons.”

Certains financent les soins médicaux apportés aux blessés, ou l’aide juridique pour les personnes arrêtées. D’autres prennent l’initiative de se rendre aux rassemblements les bras chargés de cartons remplis de tee-shirts imprimés des mots d’ordre du mouvement, de masques professionnels ou de gants, et ils les distribuent gratuitement. Hong Kong, au passé pas si ancien de centre manufacturier, reste capable de sortir en un éclair de ses entrepôts masques, casques et autres articles en grande quantité. Des résidents apportent des sacs remplis d’objets d’usage quotidien. Le 13 novembre, après que l’Université chinoise de Hong Kong (CUHK) a été le théâtre de deux jours d’affrontements avec la police, les étudiants retranchés sur le campus ont vu venir à eux une file ininterrompue de personnes apportant nourriture, vêtements et biens de première nécessité, aussitôt empilés et triés, mis à la disposition de chacun. Ils ont tenu quatre jours avant d’être finalement convaincus par le directeur de l’université de quitter le campus, pour éviter le pire.

Un slogan “La mort ou la liberté”, le 7 septembre dernier à Hong Kong, en solidarité avec des manifestants victimes de violences policières.  Photo Laurel Chor/The New York Times
Un slogan “La mort ou la liberté”, le 7 septembre dernier à Hong Kong, en solidarité avec des manifestants victimes de violences policières.  Photo Laurel Chor/The New York Times

Travailleuse sociale et enseignante dans un lycée catholique, Alice récolte elle aussi les contributions individuelles et spontanées de son entourage. “Au début, je me suis rendu compte que certains jeunes ne mangeaient qu’une fois par jour, pour économiser sur leur argent de poche. Et que d’autres s’étaient fait couper les vivres par leurs parents espérant les empêcher d’aller manifester. C’est peine perdue.”

Elle porte sur elle une carte de travailleuse sociale et, le cas échéant, s’en sert pour accompagner des mineurs arrêtés par la police. Elle reste toujours le plus en avant possible, afin de pouvoir s’interposer, observer, questionner. Elle compare son “travail” à celui de l’“association des têtes argentées” – des personnes de plus de 60 ans qui s’interposent quand elles le peuvent.

“Nous sommes prêts à mourir”

Pour sa part, Alice explique par son altruisme son changement d’opinion sur la question de la violence. “Au début, j’étais contre la violence, et uniquement pour la liberté et la démocratie. Mais j’ai vu comment la police elle-même contrevient à la loi, est injuste, et blesse les gens, comme cela a été le cas le 12 juin. J’ai bien vu qu’il fallait se protéger. Le gouvernement fait du mal à la population”, s’insurge-t-elle.

Par exemple, rappelle-t-elle, dans un premier temps, les manifestants payaient leur ticket de métro. “Puis le 21 juin, tous ont pu voir les images de policiers tabassant les passagers dans une rame. Le lendemain, MTR a refusé de rendre publiques les vidéos de surveillance. On a vu sortir de stations fermées des policiers tout harnachés !” Le lendemain, les dégradations de stations de métro commençaient. Peu à peu, Alice a observé que les jeunes de son entourage prenaient de plus en plus de risques, sans la moindre protection. “J’ai admis que je pouvais leur en fournir. Les ‘braves de première ligne’ ne s’en prennent pas aux personnes, seulement aux objets”, plaide-t-elle.

Elle a aussi vu un nombre croissant de personnes blessées éviter de se rendre aux urgences des hôpitaux publics, de crainte de se faire remarquer par la police. Pour Alice, la coupe est pleine, et l’admiration pour ses jeunes protégés ne fait que grandir. “Les jeunes améliorent chaque jour leur tactique, le peuple de HK grandit, il se protège mieux de jour en jour”, observe-t-elle, ajoutant : “Pour moi, l’attachement à la démocratie va avec la foi, nous sommes tous les mêmes, il doit y avoir de l’équité, il faut lutter pour la liberté, la sienne et celle d’autrui. Pour cela, nous sommes prêts à mourir.”

Un mouvement inclusif

Plus politique, Fermi Wong entretient son optimisme en observant quelques évolutions de la société hongkongaise à travers le mouvement. L’une d’entre elles lui tient à cœur. Fermi est bien connue à Hong Kong pour son combat en faveur de la communauté d’Asie du Sud, forte de quelque 100 000 personnes.

Or l’une des surprises du mouvement est qu’il s’est révélé très inclusif pour ces populations qui étaient toujours restées un peu en retrait. “Les vieilles générations d’Asiatiques du Sud comprennent le cantonais, ils sont comme toute la population de Hong Kong inquiets du recul des libertés. Qui plus est, ils comparent la situation à Hong Kong avec celle de leurs pays d’origine et sont attachés à cette ville. Quant aux jeunes nés ici, ils estiment être chez eux. Certains sont même sur la ‘ligne de front’, avec les jeunes d’origine chinoise, qui constatent qu’il existe bien entre eux une ‘communauté de destin’. Sur les messageries cryptées que nous utilisons, il y a maintenant des messages traduits en hindi et en ourdou”, raconte Fermi Wong avec un large sourire de satisfaction face à cette fraternisation inattendue.

Le syndicaliste Lee Cheuk-yan, par-delà les inquiétudes partagées par tous, a lui aussi quelque raison d’espérer, même si ce mouvement a mis en lumière les failles d’un combat d’une vie pour la démocratie en Chine. “Après l’échec du mouvement des parapluies, en 2014, les jeunes, les localistes, nous ont rejetés, parce qu’ils ont considéré que notre engagement aux côtés des démocrates chinois nous a fait ignorer la nécessité de travailler pour Hong Kong. Ils n’avaient pas entièrement tort”, dit Lee, sur un ton paisible.

Ils ont dépassé les divergences de 2014 et se sont tous retrouvés dans le mouvement contre la loi sur l’extradition et dans les manifestations monstres de juin, auxquelles appelait au départ le CHRF. Certaines professions ont rapidement mis leur grain de sel. Dès le 6 juin, 3 000 avocats et juristes vêtus de noir avaient défilé contre le projet de loi sur l’extradition, devant la Cour d’appel final, la plus haute juridiction de la RAS. “Des avocats n’ont pas cessé depuis d’assister les personnes arrêtées, et une partie des magistrats reste très critique vis-à-vis du gouvernement”, ajoute Lee. “Dès que possible, nous porterons plainte contre la police, nous avons une vingtaine de cas plaidables.”

Les médecins, infirmiers et ambulanciers ne sont pas en reste, qui au fil des jours se sont retrouvés, avec les secouristes et les journalistes, régulièrement pris pour cible par la police, et ont protesté les uns après les autres contre l’impossibilité d’exercer leur métier avec les garanties légales qui lui sont normalement conférées.

Les cols blancs en première ligne aussi

Plus surprenante a été pour Lee Cheuk-yan la participation en nombre aux manifestations, dans la phase pacifiste comme dans les moments plus chauds, des cols blancs qui travaillent dans les bureaux d’affaires du quartier Central. Trentenaires, voire quadragénaires restés jusque-là apolitiques, tous étaient dans les grandes manifestations pacifiques de juin, souvent en compagnie de leurs enfants. En août, on les a vus organiser des flashmobs en plein quartier d’affaires. Et certains sont restés aux côtés des plus jeunes, lorsque les choses se sont envenimées. Rencontrant des difficultés et des pressions au travail du fait de leur engagement, ils seraient selon Lee Cheuk-yan tentés de constituer un syndicat. “Cela serait une première” dans ces milieux, dit-il en souriant.

Une fois de plus, leur forte présence a été notable lors des blocages du quartier Central la semaine du 11 au 15 novembre. Protégés d’un simple masque noir, ils sont descendus de leurs bureaux pour manifester à la pause déjeuner, en costume cravate ou en tailleur, dans le quartier de Central comme dans les autres quartiers d’affaires de l’île de Hong Kong. Beaucoup les croyaient apolitiques, peut-être étaient-ils simplement prudents et pragmatiques ?

Non sans raison. Dans les milieux d’affaires, dans les grandes entreprises, les administrations et les banques, la contestation est mal vue. En août, le licenciement d’une vingtaine d’employés de la compagnie aérienne Cathay Pacific qui avaient fait grève avait démontré à chacun que Pékin a les moyens de faire pression. Les enseignants ont dû faire face à des injonctions de notifier les absences de leurs élèves, qu’ils n’ont pas suivies. À la mi-novembre, les rassemblements de cols blancs en signe de solidarité avec les étudiants retranchés dans des universités ont fait réagir leurs employeurs. Le 14, Citigroup a prié ses employés de rester en retrait des manifestations, alors qu’un cadre du groupe avait été interpellé pendant un incident à proximité de son bureau. Le 15 novembre, le secrétaire à la Fonction publique a averti que les fonctionnaires qui seraient arrêtés pour avoir pris part à des activités illégales pourraient également être suspendus ou subir des sanctions disciplinaires.

“Le choix conscient de quitter la Chine”

À propos de la Chine et de son gouvernement, chacun, à Hong Kong, a son opinion bien arrêtée, nourrie par l’histoire familiale et par celle du territoire. Entre 1950 et 1980, beaucoup sont arrivés de Chine pour échapper aux répressions et persécutions politiques qui s’y déroulaient. “Une grande partie des Hongkongais sont des réfugiés de Chine populaire, ou leurs enfants. Aujourd’hui, parmi les plus de 70 ans, 70 % sont venus eux-mêmes de Chine. Mais, parmi les jeunes, il y a une majorité d’individus nés à Hong Kong”, explique Leung Kai-chi, professeur au département d’études chinoises à l’Université chinoise de Hong Kong (HKCU).À LIRE AUSSIIdentité. Pour la diaspora chinoise, il y a plus d’une seule Chine

“Les anciens ont souvent échappé à la Révolution culturelle (1966-1976), ils ont fait le choix conscient de quitter la Chine. Leur arrivée à Hong Kong a coïncidé avec le boom économique, et ils en ont tiré parti pour eux et leurs enfants.” La colonie britannique connaissait alors une forte croissance, exportant ses textiles puis son matériel électronique et ses jouets dans le monde entier. “La première génération représentait le mythe du self-made-man. Mais il y a eu une évolution dans le sentiment identitaire dans les années 70 et 80. De réfugiés, les Hongkongais sont devenus des locaux. Dans les années 80, les premiers résidents nés à Hong Kong ont fait leur entrée à l’université, et maintenant, c’est la norme.” Dans le même temps, la petite industrie hongkongaise était délocalisée vers la Chine qui s’ouvrait, et Hong Kong se tournait vers le tertiaire, la finance et les services.

“Je veux que ma vie ait un sens”

Tout au long des années, le sentiment d’identité hongkongaise ou chinoise a évolué, explique Leung. La confiance accordée aux autorités de Pékin a suivi : faible avant 1997, elle a augmenté et connu un pic avec les Jeux olympiques de Pékin en 2008, avant de redescendre en 2012 avec la récession économique. Elle n’est plus jamais remontée. “À ce moment-là, les jeunes ont arrêté de s’intéresser à l’argent, au prix des maisons… Ils ont arrêté de parler d’économie. Ils ont commencé à dire : ‘Je veux que ma vie ait un sens’”, commente Leung.

Or la vie à Hong Kong était véritablement en train de changer. L’influence politique et économique de Pékin et la présence de Chinois du continent se sont fait sentir. Reste que “le mouvement actuel a été inclusif d’une manière presque surprenante, avec les personnes originaires d’Asie du Sud, dont les familles sont parfois là depuis plusieurs générations. Mais aussi avec des jeunes du continent ou leur famille, qui sont installées et qui ne sont pas déconnectées de leur environnement”, remarque Leung Kai-chi.À LIRE AUSSIAnalyse. Hong Kong, ce que Pékin ne comprend pas

Quant à l’avancée supposée des options indépendantistes chez les jeunes, Leung est très circonspect. “Lorsque je demande à mes étudiants de répondre à un questionnaire en bonne et due forme sur leurs options politiques pour Hong Kong, ils ne sont que 20 % à se déclarer en faveur de l’indépendance de Hong Kong”, expose-t-il. “Mais lorsque tous les questionnaires sont terminés, je leur demande d’écrire leur rêve pour Hong Kong. À ce moment-là ils sont 80 % à dire qu’ils rêvent d’un Hong Kong indépendant. Ce qui veut dire qu’ils font très bien la différence entre rêve et réalisme. Lorsqu’il s’agit de choix électoral réaliste, ils savent en majorité qu’il faut composer avec la réalité, et ne se dirigent pas vers l’indépendantisme. Cette option n’est qu’un rêve.”

Pour lui, cependant, la société hongkongaise est extrêmement divisée. “On dirait que les gens vivent dans des univers parallèles”, dit-il. À la fin d’octobre, Leung, comme tous les autres, peinait à voir une issue au cycle d’affrontements. “À mon sens, trois événements pourraient mener à un changement important : s’il y a des victimes innocentes, si les élections de district (prévues le 24 novembre) sont une victoire écrasante pour le camp démocrate, ce qui n’est pas impossible car c’est une majoritaire à un tour, ou sur une initiative de Pékin. L’acceptation par le gouvernement de mener une enquête indépendante sur l’action de la police aiderait à apaiser les choses, mais ne clorait pas le débat.”

Le 17 novembre, près de l’université polytechnique d’Hong Kong.  Photo Lam Yik Fei/The New York Times
Le 17 novembre, près de l’université polytechnique d’Hong Kong.  Photo Lam Yik Fei/The New York Times

“Les jeunes parlent de sacrifice”

Ancien député du camp pandémocrate, Lee Cheuk-yan confirme : “Les élections de district pourraient être un référendum en notre faveur, du moins si les gens se déplacent.” Certes, les élus locaux n’ont pas beaucoup de pouvoir politique, “mais cela donne de la visibilité”. À moyen terme, “Pékin va essayer de conserver l’utilité économique et financière de Hong Kong et va réprimer tout mouvement pour l’indépendance. C’est pourquoi stratégiquement il faut être prudent face aux appels pour quelque chose que nous ne pouvons obtenir. […] Les jeunes de Hong Kong pensent qu’aujourd’hui nous jouons la finale, et ils parlent de sacrifice. J’espère qu’ils pensent un peu moins à se sacrifier et qu’ils se préparent plus pour le long terme. Certains le feront.”À LIRE AUSSIInterview. Hong Kong : “Les jeunes ont perdu toute confiance dans les gouvernements”

Il parlait ainsi à la fin du mois d’octobre, alors que le mouvement semblait finissant. Des combats de rue sporadiques touchaient encore tous les quartiers de l’île de Hong Kong et de la presqu’île de Kowloon, jusque dans les Nouveaux territoires et les localités proches de la frontière chinoise. Mais la mort non élucidée d’un étudiant de 22 ans, tombé le 8 novembre dans un parking, à proximité d’une opération de police, a relancé le territoire dans un engrenage de violence, qui a paralysé le territoire et ses campus universitaires pendant plus d’une semaine.

Et, pour la première fois depuis le début du mouvement, les soldats de l’Armée populaire de libération stationnés dans la RAS sont sortis de la caserne jouxtant l’Université baptiste, armés de seaux et de balais, pour aider au déblaiement des débris des combats entre les étudiants et la police. Une opération qui pourrait paraître dérisoire, mais qui marque une rupture constitutionnelle, cette sortie ayant été réalisée “spontanément”, sans la demande du gouvernement de Hong Kong comme la loi le prévoit.À LIRE AUSSIViolences. Scènes de siège à l’Université polytechnique de Hong Kong

La ville est depuis des mois entrée dans une spirale de violence, avec son cortège de confrontations, d’arrestations et de blessés, sans oublier le siège de plusieurs universités occupées par quelques centaines d’étudiants, toujours en cours. Le 24 novembre, si le scrutin a bien lieu, ce sont des Hongkongais transformés, bouleversés par six mois de conflit, qui se rendront aux urnes.Agnès Gaudu

Le 12 juin : une émeute ?

Le 12 juin, une grève générale et un grand rassemblement contre le projet d’amendement sur l’extradition ont donné lieu aux premiers affrontements violents aux alentours du siège du
gouvernement. La police a qualifié ces événements d’émeute, tandis qu’elle-même est accusée d’avoir fait un usage disproportionné de la force. Le retrait de cette qualification d’émeute – une peine de dix ans de prison est applicable aux personnes y ayant participé – est l’une des cinq grandes revendications du mouvement.

Selon des juristes interrogés par le South China Morning Post, quiconque a pris part à un rassemblement non autorisé et a pris part à des actes “contre la paix” peut être accusé de participation à une émeute. Mais cela veut dire aussi que le rassemblement est une émeute et que ses participants sont des émeutiers, ce qui est passible de 10 ans de prison. Certains juristes estiment que seuls ceux qui ont commis des violences peuvent être accusés d’être des émeutiers, d’autres pensent que le seul fait d’avoir scandé des slogans suffit à les en accuser. Ils peuvent être accusés de soutien à des heurts par leur simple présence. Mais la police ne peut qualifier un rassemblement d’émeute comme elle l’a fait le 12 juin, c’est le tribunal qui le peut.

Pas de ça chez moi !

Un certain nombre de fonds de soutien ont vu le jour, ce qui n’a pas été du goût de toutes les banques. Pour sa part, la banque HSBC, dont la direction a déjà été critiquée dans le passé pour son soutien à Pékin, a annoncé le 16 novembre “avoir l’intention de clôturer le compte d’une société servant à collecter des fonds pour le soutien à des activités liées aux manifestations”, contrairement à son activité annoncée. La banque a donné 30 jours à la société pour retirer ses avoirs, qui servaient à une ONG fournissant aide médicale et juridique à des personnes dans le besoin dans le cadre du mouvement en cours.

https://www.courrierinternational.com/article/recit-hong-kong-derriere-les-manifestants-un-reseau-de-solidarite-structure?utm_source=batch-notif&utm_medium=push-notification&utm_campaign=batch-notif

Les Britanniques et la « révolution colorée » à Hong Kong

Les Britanniques et la « révolution colorée » à Hong Kong

RÉSEAU VOLTAIRE | 10 AOÛT 2019 PORTUGUÊSITALIANOESPAÑOL

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Depuis le transfert de souveraineté de l’Empire britannique à la République populaire de Chine, Hong Kong est —avec Macao— une des deux Régions administratives spéciales chinoises. Conformément aux accords de 1997, Beijing a installé la démocratie occidentale à Hong Kong qui ne l’avait jamais connue auparavant. Pour la première fois, le Parlement a été élu par la population.

Cependant, si la rétrocession de Hong Kong à Chine a marqué une amélioration des conditions de vie de la population, celle-ci est restée culturellement plus britannique que chinoise. Ce qui ne manque pas d’étonner les voyageurs.

Les démonstrations massives actuelles doivent d’abord être comprises comme le constat de l’impossibilité culturelle de l’unification chinoise. Elles sont attisées par le Royaume-Uni et les États-Unis, dont une « diplomate » a rencontré et coaché les leaders des manifestations. On a vu l’élément le plus en pointe des protestations, le Mouvement pour l’indépendance de Hong Kong, brandir l’ancien drapeau colonial en pleine conférence de presse. Le même phénomène avait été observé en Libye et en Syrie où le Conseil national de transition a adopté le drapeau du roi Idriss et l’Armée syrienne libre celui du mandat français

.https://www.voltairenet.org/article207310.html

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À Hong Kong, quel est le rôle des triades dans les manifestations

INTERNATIONAL07/08/2019 18:28 CEST | Actualisé il y a 8 heures

À Hong Kong, quel est le rôle des triades dans les manifestations

Le 21 juillet puis le 5 août, des hommes pour la plupart vêtus de blanc, et soupçonnés d’être des membres de la mafia chinoise, ont surgi et agressé les manifestants à coups de barres de fer.

INTERNATIONAL – Le 21 juillet dernier, les images ont surpris tout le monde, de par leur violence et cette question sans réponse: qui étaient ces hommes, pour la plupart vêtus de blanc, qui ont attaqué frontalement les manifestants hongkongais pro-démocratie qui défilaient dans les rues? Pour de nombreux observateurs, les triades, les mafias chinoises, étaient entrées dans le jeu. Elles sont à nouveau apparues ce lundi 5 août.

Alain Rodier, directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement et auteur d’un livre sur le sujet (“Les Triades, la menace occultée”), a accepté d’éclairer cette intervention dans les manifestations, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête de cet article.

Pour lui, il est de l’ordre du possible que le gouvernement chinois, dépassé par plusieurs mois de contestation, ait tenté d’intimider les manifestants et de les pousser à rester chez eux, par peur des attaques. Le 21 juillet, plus d’une quarantaine de personnes avaient été gravement blessées par ces hommes munis de barres de fer. 

En 2014 déjà, lorsque Hong Kong s’était soulevé une première fois contre Pékin, les triades avaient rejoint les manifestants pro-Pékin pour tenter un retour à l’ordre. À l’époque, la police avait été accusée de passivité, voire de complaisance à l’égard de ces agresseurs, tout comme lors du 21 juillet 2019, où de nombreux manifestants ont témoigné de la lenteur de l’intervention policière. La police de Hong Kong a néanmoins déclaré avoir arrêté 12 personnes au terme de cette journée, dont neuf apparentés aux triades.

Après quelques jours d’accalmie, les manifestants ont de nouveau subi les coups et la violence de plusieurs dizaines de personnes, parfois masquées, sans qu’on sache s’il s’agit réellement des triades.

Pour Alain Rodier, il est clair que cette situation ne convient pas à la mafia chinoise: “C’est particulier à toutes les organisations criminelles d’importance: il faut le calme pour que les affaires puissent tourner rondement”. Ainsi donc, les triades auraient-elles agi sur demande du gouvernement chinois? Impossible à certifier en l’état. Mais Alain Rodier précise: “Les triades pensent d’abord à faire leurs affaires. Quelquefois, elles ont même montré une certaine indépendance vis-à-vis du pouvoir, comme lors de Tiananmen”.

Ainsi, Pékin pourrait-il demander aux triades de traiter le problème des manifestants hongkongais plus durement? Pour Alain Rodier, cela est peu probable: “Les triades sont totalement dépassées, le gouvernement local semble également dépassé et Pékin très embarrassé. (…) La grande question qui se pose, c’est quels ordres vont être donnés à l’armée. Est-ce qu’on va connaître un nouveau Tiananmen? (…) Parce que je ne crois pas que Pékin va pouvoir encore tolérer pendant des semaines, voire des mois cette insurrection.”

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30 Juillet 2019

Le rapprochement sans cesse croissant entre la Russie et la Chine envoie des signaux d’alarme continuels à Washington. Ce blog a montré à de multiples reprises comment la coopération entre Pékin et Moscou fait inexorablement avancer l’unification de l’Eurasie, cauchemar absolu des stratèges de la thalassocratie américaine. L’évolution de ces derniers mois n’est pas faite pour les rassurer…

Invité d’honneur du Forum des Nouvelles routes de la soie en avril à Pékin, Poutine avait mis du sel sur la plaie impériale : « ces routes doivent être un intégrateur politique et social du continent-monde ». La portée stratégique du projet, soutenu aussi fortement par le président russe, n’échappe évidemment à personne.

Contrairement aux dirigeants occidentaux, qui vivent par/pour la communication et dont les effets d’annonce ne sont à peu près jamais suivis d’effets, les leaders russes et chinois n’ont pas l’habitude de parler pour ne rien dire. Trois mois après le discours de Vladimirovitch, Moscou vient d’approuver la construction d’un tronçon d’autoroute long de 2 000 km et faisant la liaison entre les frontières biélorusse et kazakhe. Nommé Méridienne, ce nouvel axe routier favorisera le trafic entre l’Europe et la Chine, reliant deux pôles majeurs du Rimland.

Ce n’est qu’un élément parmi d’autres de la lune de miel sino-russe. Du partenariat dans l’Arctique pour créer une Route de la Soie polaire à une éventuelle entente technologique pour contrer l’embargo US sur Huawei en passant, fait nouveau et très intéressant, par une patrouille aérienne conjointe dans les cieux coréens pour surveiller le THAAD, les terrains de jeu de l’ours et du dragon se multiplient. On comprend que les épigones de Brzezinski et McCain fassent grise mine…

Est-ce tout à fait un hasard si Russie et Chine ont récemment vu l’éclosion de manifestations qui fleurent bon la révolution colorée si chère à Soros ? Le « philanthrope », comme l’appellent amoureusement nos petits plumitifs, prévenait d’ailleurs au début de l’année : « La Chine est notre ennemi le plus dangereux ».

Fin mars, des manifestations éclatent à Hong Kong contre un amendement permettant l’extradition vers la Chine. Si le projet de loi est certes maladroit et l’inquiétude bien réelle chez beaucoup de Hongkongais, sourcilleux quant à l’indépendance de leur système judiciaire, il est impossible de ne pas voir que plusieurs meneurs protestataires sont financés par le N.E.D.

Rappelons que le National Endowment for Democracy, fondation bipartisane créée au début des années 80 par le Congrès américain, a repris officiellement à sa charge les coups tordus de la CIA. Comme le disait l’ancien directeur de l’agence, William Colby : « Il n’est plus nécessaire de faire appel à des méthodes clandestines. Nombre des programmes qui étaient menés en sous main, peuvent désormais l’être au grand jour, sans controverse ».

Cette dangereuse proximité des manifestants avec les officines de l’empire et le fait que les protestations continuent et s’amplifient malgré le retrait de l’amendement ne trompent personne, et surtout pas les Chinois. Pour Pékin, c’est clair : tonton Sam est à la manœuvre.

Le but, évident : mettre une épine dans le pied du dragon et le fixer sur un point sensible (Hong Kong est la cinquième bourse mondiale) afin d’entamer son prestige en Asie et entraver sa marche.

A Moscou, c’est une manifestation non autorisée contre le rejet d’une soixantaine de candidatures aux élections locales prévues en septembre qui a permis à la presstituée occidentale de s’en donner à cœur joie. Seuls 3 500 participants s’étaient déplacés à l’appel de l’un des derniers chouchous de Saint-Germain-des-Prés, Alexei Navalny, régulièrement boudé par l’électorat russe (2% d’intentions de vote) et dont la provocation est le seul moyen de sortir de l’anonymat. Cela n’empêche visiblement pas la journaloperie de tomber dans le ridicule le plus achevé en le qualifiant de principal opposant à Poutine, BFM atteignant même le point Godwin : « opposant n°1 ». C’est beau comme du BHL…

Nos plumitifs se gardent bien, par contre, de mentionner le racisme affiché du sulfureux personnage envers les Tchétchènes ou sa croisade pour la légalisation du port d’armes, thèmes moins porteurs dans le camp autoproclamé du Bien.

En maison d’arrêt pour 30 jours suite à ses appels répétés à manifester sans autorisation, le héros de nos salles de rédaction semble avoir été victime d’une allergie. Il n’en fallait pas plus pour que la rumeur se propage comme une traînée de poudre : em-poi-son-ne-ment ! Et peu importe que le bonhomme ait, dès le lendemain, quitté l’hôpital en pleine forme pour retourner dans sa cellule, ce n’est certes pas l’AFP qui écrira une dépêche là-dessus…

Ce nouveau pet de propagande des officines médiatiques, noyautées par qui vous savez, laisse à penser que la guerre de l’information contre le Kremlin a été remise au goût du jour. Mais, contrairement à Hong Kong, il semble que ce soit le maximum que le Deep State puisse faire contre l’ours. Les inénarrables « ONG » américaines ont été expulsées de Russie depuis fort longtemps et la « popularité » de Navalny et de ses comparses libéraux est telle que les grands rassemblements auxquels on assiste en Chine du Sud sont à exclure, même si une manifestation est prévue le 3 août.

En attendant, Moscou a beau jeu de remettre Paris à sa place. Aux « préoccupations » du gouvernement français concernant les arrestations, le facétieux MAE, sous la houlette de Lavrov, a répondu du tac au tac : « Nous exprimons à notre tour notre préoccupation face à l’état de santé des citoyens français (y compris des journalistes) régulièrement victimes de brutalités policières. En ce qui concerne les actions « disproportionnées » de la police lors de manifestations, la France est malheureusement l’un des pionniers du monde ». Aux dernières nouvelles, l’ImMonde et BFM en sont restés muets de stupeur…Tag(s) : #Etats-Unis#Russie#Chine#Europe

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/07/le-deep-state-se-rebiffe.html

LES MANIFESTANTS DE HONG KONG PRENNENT LE BÂTIMENT LEGCO ET SONT REPRIS PAR LA POLICE. SCÈNE ENTIÈRE PRÉVUE DANS LA VIDÉO PUBLIÉE 10 JOURS PLUS TÔT

LES MANIFESTANTS DE HONG KONG PRENNENT LE BÂTIMENT LEGCO ET SONT REPRIS PAR LA POLICE. SCÈNE ENTIÈRE PRÉVUE DANS LA VIDÉO PUBLIÉE 10 JOURS PLUS TÔT

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Hong Kong Protesters Take LegCo Building, Police Retake It. Entire Scene Planned In Video Released 10 Days Earlier

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Aux premières heures du 2 juillet, la police de Hong Kong a repris le bâtiment du Conseil législatif (LegCo) après que les manifestants l’aient prise d’assaut et l’aient emporté vers minuit le 1er juillet .

Mais le bâtiment ne sera pas utilisé pendant un moment, car le chef de la police de la RAS de Hong Kong a déclaré que les manifestants avaient jeté une fumée blanche sur la police et avaient aspergé un liquide suspect.

La directrice générale, Carrie Lam, a tenu une conférence de presse pour répondre à la manifestation violente. Elle y disait que le gouvernement de Hong Kong ne céderait pas aux demandes des manifestants et que les gestes de la nuit étaient « intolérables ».

Lam a déclaré qu’elle était attristée et choquée par le recours à la violence et au vandalisme, soulignant que tout acte illégal commis par les manifestants ferait l’objet d’une enquête.

«C’est quelque chose que nous devrions sérieusement condamner car rien n’est plus important que l’état de droit à Hong Kong», a-t-elle déclaré aux médias. «J’espère que la communauté dans son ensemble conviendra avec nous qu’avec ces actes de violence que nous avons vus, il est juste que nous le condamnions et espérons que la société reviendra à la normale le plus rapidement possible.»

Le bureau de liaison du gouvernement populaire central dans la région administrative spéciale de Hong Kong a également exprimé son choc, son indignation et sa ferme condamnation pour les actes violents de prise d’assaut du complexe du Conseil législatif (LegCo).

«Certains éléments extrêmes ont utilisé une violence excessive pour prendre d’assaut le bâtiment de la législature et se sont livrés à une série d’agressions à grande échelle. C’est choquant, déchirant et énervant », a déclaré le communiqué. «Leurs actes violents constituent un défi extrême à la règle de droit de Hong Kong et ont gravement porté atteinte à la paix et à la stabilité de Hong Kong. C’est totalement intolérable.

Le bureau des affaires de Hong Kong et Macao du Conseil des Affaires d’Etat, ou cabinet chinois, a publié une déclaration de condamnation similaire, s’engageant à soutenir les autorités de Hong Kong dans leurs enquêtes sur la «responsabilité pénale des auteurs violents».

« Ces actes illégaux graves ont bafoué l’état de droit de Hong Kong et porté atteinte à l’ordre social de Hong Kong », indique le communiqué. «C’est un défi flagrant pour le résultat net de la formule« Un pays, deux systèmes ». Nous condamnons fermement cela. « 

Par ailleurs, les MSM continuent de couvrir les manifestations en tant que «pro-démocratie» même si les revendications des manifestants incluent: la démission de la directrice générale, Carrie Lam, une enquête objective et ouverte sur la brutalité politique, principalement le 12 juin, au cours de l’utilisation de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc et pour que la facture d’extradition ne soit pas acceptée.

De plus, les raisons pour lesquelles les manifestants qui ont pris d’assaut le bâtiment de la LegCo ont défiguré l’emblème de Hong Kong et levé le drapeau de Hong Kong d’une colonie britannique. Ce n’était certainement pas une démocratie à l’époque.

Il est à noter que quelques jours avant la prise d’assaut du bâtiment par des manifestants masqués qui menaçaient même les journalistes de ne pas les filmer, une vidéo d’animation réalisée par des professionnels a été publiée montrant «des Hongkongais qui aiment notre ville de très près» prenant d’assaut le bâtiment LegCo.

Séparément de la manifestation violente, plus de 500 000 personnes ont défilé dans les rues, pacifiquement, sans affrontement avec les autorités. Demande toujours une enquête sur les brutalités policières, le blocage du projet de loi sur l’extradition et la démission de Carrie Lam. Aucune mention de la démocratie.

Même les législateurs «démocrates» de Hong Kong n’ont pas mentionné les manifestations , mais ont plutôt exhorté la police à ne pas nuire aux manifestants et ont déclaré qu’ils ne pourraient pas accéder à leurs bureaux à cause des dommages subis par le bâtiment.

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Le délai a expiré, les hongkongais redescendent dans la rue

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Des manifestants devant le quartier général de la police
Des manifestants devant le quartier général de la police 

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REUTERS/Ann Wang

Ce vendredi, le délai qu’avait accordé les manifestants au gouvernement de Hong Kong a expiré. Il réclamaient l’enterrement définitif du projet de loi visant à autoriser les extraditions vers la Chine continentale. Ce matin, ils étaient encore des milliers à se rassembler dans les rues.

La cheffe du gouvernement, Carrie Lam, avait déjà procédé à un rétropédalage sur la question, mais ça n’a pas calmé les contestataires pour autant. De nombreux Hongkongais dénoncent depuis des années une ingérence grandissante de ¨Pékin, en violation du principe de « un pays, deux systèmes » qui garantit à Hong Kong, en théorie jusqu’en 2047, une semi-autonomie et des libertés inexistantes ailleurs en Chine.

REUTERS/Tyrone Siu
Carrie Lam pendant une conférence à Hong Kong le 18 juinREUTERS/Tyrone Siu

Hong-Kong est, depuis plusieurs semaines, le théâtre d’une contestation historique à l’encontre d’un projet de loi controversé visant à autoriser les extraditions vers la Chine continentale.

Pour la plupart vêtus de noir – la couleur choisie pour le rassemblement monstre du dimanche 16 juin qui avait réuni deux millions de personnes (pour sept millions d’habitants) -, les hongkongais ont été invités à manifester pacifiquement et à bloquer les routes et les transports en commun. Ils se sont ensuite rassemblés à l’extérieur du quartier général de la police pour exprimer leur mécontentement et leur frustration face à la détermination de Carrie Lam.

Les protestataires ont retrouvé Joshua Wong, figure de la colère à Hong Kong. Fraîchement sorti de prison suite à son rôle dans la révolution des parapluies, l’étudiant de 22 ans est l’un des leaders de cette nouvelle révolte.

REUTERS/Tyrone Siu
Joshua Wong pendant les manifestations du 21 juinREUTERS/Tyrone Siu

Outre la volonté de garder cette indépendance à Hong-Kong, les manifestants demandent la démission de Carrie Lam, la libération des personnes détenues à l’occasion de ces affrontements et une enquête sur les violences policières.

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Hong Kong dans la tourmente des manifestations

Hong Kong dans la tourmente des manifestations

Hong Kong, « le monstre sacré de l’univers », selon l’expression de Joseph Kessel, fait face à des manifestations massives. Celle de dimanche 16 juin fut la plus grande de l’histoire de la ville, rassemblant deux millions de manifestants, soit près d’un quart de la population. Si la contestation visait à l’origine le projet de loi d’extradition, ses requêtes et ses membres s’élargissent, mettant Pékin sous pression.

Hong Kong dans la tourmente des manifestations
Dimanche 9 juin, la première manifestations contre la loi d’extradition a rassemblé un million de Hongkongais.

Un legs de l’histoire

En 1842, à la suite de la première guerre de l’opium, l’Empire britannique s’empare de Hong Kong. Après une deuxième guerre, Pékin accorde au Royaume Uni en 1898 un bail de 99 ans sur Hong Kong. Durant cette période, la ville se libéralise amplement. En 1984, à la suite d’un accord entre Margaret Thatcher et Deng Xiaoping, la rétrocession de Hong Kong en 1997 est acceptée par le gouvernement britannique à condition que la ville bénéficie d’une période de transition de cinquante ans au cours de laquelle elle continuerait de posséder son statut spécial. Depuis 1997, selon le principe « un pays deux systèmes », la cité hongkongaise appartient administrativement à la Chine mais dispose de son autonomie économique, monétaire, politique et judiciaire – domaines dans lesquels elle est bien plus libérale que l’Empire du milieu. Néanmoins, la Chine resserre son emprise sur la ville, en particulier depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012. La population s’y oppose avec véhémence comme en témoignent les manifestations des parapluies en 2014.

Xi Jinping affaibli par un texte de loi

Dimanche 9 juin, se tient une première manifestation à l’encontre d’un projet de loi d’extradition. Il aurait notamment permis les extraditions vers la Chine. La manifestation a rassemblé un million de personne soit un septième de la population. Il s’agit d’un événement d’ampleur inégalée depuis les événement de Tian’anmen en 1989. Mercredi 12 juin, un nouveau rassemblement est réprimé dans la violence et 80 personnes sont blessées. Loin de ralentir la contestation, elle s’en trouve renforcée et élargie. Violences policières et démission de Carrie Lam s’ajoutent à présent à son réquisitoire. En acceptant, samedi 15 juin, le retrait du projet de loi, Xi Jinping réalise une marche arrière inédite. Même si le risque semble limité, la perspective d’une « révolution de couleur » n’est pas à exclure. Elle invite le dirigeant chinois, déjà fragilisé par la guerre commerciale avec les Etats-Unis, à la prudence. D’autant plus que la crise atteint le secteur financier et celui des services pour lesquels Hong Kong demeure un épicentre. Surtout, l’importance de la Zone Administrative Spéciale (ZAS) hongkongaise dans la mondialisation lui offre une visibilité remarquable à l’échelle internationale.

Un retour d’Hong Kong au centre de la politique chinoise ?

Depuis 1990, Hong-Kong est le lieu d’expérimentation de la politique chinoise. Pourtant, son poids dans l’économie de la Chine étant passé de 18% à 3% aujourd’hui et le projet OBOR des routes de la soieentrepris par Xi Jinping semblait affaiblir son importance. De fait, ce projet favorise l’industrie aux services et est essentiellement axé vers l’ouest de la Chine. Les événements récents, qui mettent en exergue une expérimentation du sharp power (pouvoir de nuisance) chinois, pourraient cependant redonner à Hong Kong son rôle d’élaboration d’idées pour l’avenir chinois. Pékin a récemment renommé la région du Delta de la rivière des perles « région de la grande baie de Guangdong-Hong Kong-Macao ». Cela traduit la volonté d’intégrer Hong-Kong à l’ensemble de la région et, plus largement, à la Chine. Si l’absorption économique semble inévitable, la montée en puissance d’une jeunesse pro-démocratie en politique, met à mal les tentatives autoritaires chinoises. Joshua Wong, icône des manifestations des parapluies de 2014, en est un instigateur principal. Néanmoins, comme l’affirme Philippe Le Corre, « la population de Hong Kong a gagné une bataille, elle sait qu’il lui sera difficile de gagner la guerre ».

Sources

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/06/17/la-population-de-hongkong-a-gagne-une-bataille-elle-sait-qu-il-lui-sera-difficile-de-gagner-la-guerre_5477424_3232.html

https://www.franceculture.fr/emissions/les-enjeux-internationaux/chine-hong-kong-un-pays-toujours-deux-systemes

https://www.economist.com/leaders/2019/06/13/the-rule-of-law-in-hong-kong

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/asie-oceanie/41074-hong-kong-dans-la-tourmente-des-manifestations

Le Dessous des cartes Hong Kong : retour en Chine

Le Dessous des cartes
Hong Kong : retour en Chine

13 min
Disponible du 24/11/2018 au 22/01/2019
Disponible en direct : oui
Sous-titrage malentendant
Ce programme est disponible en vidéo à la demande ou DVD.

Vingt et un ans après sa rétrocession à la Chine, où en est Hong Kong, ex­perle de l’Empire britannique ? Après avoir été pendant toute la guerre froide l’une des vitrines de l’Occident capitaliste face à son voisin communiste, la « région administrative spéciale » est aujourd’hui de plus en plus intégrée dans une Chine largement convertie à la mondialisation.

Alors que son régime d’exception devrait prendre fin d’ici moins de trente ans, Hong Kong saura-t-il préserver l’ouverture économique et politique qui a fait sa force depuis près de deux siècles ?

Présentation :

Emilie Aubry

Pays :

France