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Dassault a livré son premier Rafale à l’Inde

Dassault a livré son premier Rafale à l’Inde

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Publié par Jean-Baptiste Le Roux le 9 Octobre 2019

Mieux vaut tard que jamais. C’est à Bordeaux que l’Inde a pris possession de son premier chasseur Rafale. Le premier d’une commande de 36 appareils.

Le premier de 36 chasseurs Rafale

Dassault a livré son premier Rafale à l’Inde

La boucle est presque bouclée. Après avoir acheté 36 chasseurs Rafale à la France en 2016, l’Inde a pris possession de son premier appareil, mardi 8 octobre dernier. C’est à Bordeaux, sur l’un des sites de Dassault Aviation, que les « clés » de l’avion ont été remises à l’État indien, en présence du ministre indien de la Défense, mais également de Florence Parly, la ministre des Armées.

A cette occasion, Eric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, a fait remarquer que le premier contrat à l’export de l’avionneur avait été conclu avec l’Indian Air Force, en 1953. Une manière de préciser que les relations entre Dassault Aviation, l’Inde et la France ne sont pas si mauvaises que cela. Même si le dossier du chasseur Rafale indien a bien failli achopper à plusieurs reprises.

L’Inde pourrait commander d’autres chasseurs français

Il aura en effet fallu compter dix années entre le premier appel d’offre du gouvernement indien, et la livraison de ce chasseur. Dix ans de discussions parfois houleuses qui ont finalement abouti à ce contrat de huit milliards d’euros. Un passé délicat que l’Inde et la France vont tenter de laisser derrière elles. Quant à l’avionneur, il devrait poursuivre les recrutements sur ses sites de production de Nouvelle Aquitaine.

L’Inde pourrait en effet commander de nouveaux appareils. La dernière demande officielle de juillet 2018 portait sur 110 chasseurs. Les discussions entre la France, l’Inde et l’avionneur ont repris l’été dernier. Outre l’Inde, Dassault Aviation a déjà vendu 24 chasseurs Rafale à l’Egypte, et 36 au Qatar, pour un total de 96 appareils.

https://www.enderi.fr/Dassault-a-livre-son-premier-Rafale-a-l-Inde_a553.html

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Pendant ce temps, le Grand jeu énergétique…

Pendant ce temps, le Grand jeu énergétique…

7 Septembre 2019

Alors que la situation se réchauffe en plusieurs points du globe, le bras de fer énergétique entre l’empire et ses adversaires irréconciliables n’est pas en reste. Au vu des dernières nouvelles fort intéressantes, un état des lieux s’impose mais, auparavant, un rappel fondamental n’est peut-être pas inutile pour les nouveaux lecteurs du blog :

Pipelineistan ou la guerre des tubes

En plus d’être le pivot du monde, le point névralgique du globe, l’Eurasie est également terre de richesses, d’immenses richesses. Les soieries, le jade, les épices, les tapis persans ou le caviar ont été remplacés par les hydrocarbures, pétrole et gaz, principalement en Russie et autour de la Caspienne

Aussi important sinon plus que les ressources elles-mêmes, c’est leur acheminement par les gazoducs et oléoducs et le moyen d’influence qui en découle qui cristallise les tensions et les grandes manœuvres, ce que d’aucuns nomment la géopolitique des tubes. Complétant la pensée de Mackinder, un nouvel axiome est apparu : « Qui contrôle les sources et les routes d’approvisionnements énergétiques mondiales contrôle le monde. » C’est particulièrement vrai pour les Etats-Unis dont les stratèges sont conscients de l’inévitable déclin américain : le monde est devenu trop vaste, trop riche, trop multipolaire pour que les Etats-Unis puissent le contrôler comme ils l’ont fait au XXème siècle. Du Projet pour un nouveau siècle américain des néo-conservateurs au Grand échiquier de Brzezinski, une même question prévaut en filigrane : comment enrayer ce déclin, comment le retarder afin de conserver aux Etats-Unis une certaine primauté dans la marche du monde ? La réponse, qui n’est certes pas ouvertement explicitée, passe par le contrôle de l’approvisionnement énergétique de leurs concurrents. « Contrôle les ressources de ton rival et tu contrôles ton rival », Sun Tzu n’aurait pas dit autre chose. Et c’est toute la politique étrangère américaine, et subséquemment russe et chinoise, de ces vingt-cinq dernières années qui nous apparaît sous un jour nouveau.

Les pipelines jouent ainsi un rôle crucial, leur tracé étant la matérialisation sur le terrain des objectifs stratégiques de leur promoteur. Les tubes russes sont autant de flèches visant à percer le Rimland afin de gagner les marchés de consommation européen ou asiatique. Ceux promus par les Américains courent le long de ce même Rimland et tentent d’isoler la Russie tout en contrôlant l’approvisionnement énergétique de leurs « alliés », européens notamment, pour garder un levier de pression sur eux.

La bataille pour les sources et les routes énergétiques combinée à la domination du Heartland et du Rimland, sont les éléments constitutifs de ce nouveau Grand jeu qui définira les rapports de force mondiaux pour les siècles à venir.

Ceci posé, que nous offrent ces derniers jours ? Un florilège de nouvelles importantes…

Les habituels contempteurs de la « perfidie moscovite » en sont une nouvelle fois pour leurs frais. On ne compte plus, ces dernières années, les articles de la presstituée occidentale ou israoudienne annonçant que, cette fois c’est sûr, Poutine est sur le point de lâcher ses alliés : au choix, Assad, l’Iran ou encore le Venezuela. En échange de xxxxx, le Kremlin va abandonner Maduro… Manque de bol pour nos petits propagandistes en herbe, la réalité ne colle jamais à leurs fantasmes infantiles.

Washington sanctionne les exportations de pétrole de Caracas ? Qu’à cela ne tienne : Rosneft est devenu le principal acquéreur d’or noir du Venezuela (40% en juillet, 66% en août) et fait office d’intermédiaire entre sa compagnie nationale (la PDVSA) et ses acheteurs internationaux, notamment indiens et chinois. Le géant russe abandonne de plus en plus le dollar, le monde continue d’acheter du pétrole vénézuélien, le gouvernement légal de Caracas continue de recevoir des dividendes ô combien précieux, les sanctions impériales sont contournées et Bolton en mord sa moustache de rage…

Il ne doit pas non plus être fou de joie d’apprendre que les Russes vont construire, en coopération avec les Sud-Coréens de Samsung, une flotte de 17 méthaniers brise-glace pour transporter le GNL arctique de la péninsule de Yamal. Un nom qui n’est pas inconnu du fidèle lecteur :

L’eldorado gazier actuel s’appelle Yamal, en Sibérie arctique :

Total par exemple y mène un projet GNL pharaonique et financé par les banques russes et chinoises pour cause de sanctions occidentales – titre de l’épisode : Les euronouilles ou comment se tirer une balle dans le pied. Le tour de table est intéressant : outre la major française, on retrouve Novatek (second producteur russe derrière Gazprom), le géant chinois CNPC et le Silk Road Fund (Fonds de la Route de la Soie).

On le voit, le plan est bien ficelé et englobera l’Eurasie grâce au transport par méthaniers brise-glace, dont le premier (intelligemment appelé par les Russes Christophe de Margerie en hommage au PDG de Total tué en 2014) vient d’être livré.

Tout cela fait dire à Vladimirovitch que la Russie deviendra bientôt le premier producteur mondial de gaz naturel liquéfié. Mais le GNL ne constitue qu’une partie du trésor d’or bleu du Yamal : plus de 26 000 Mds de m3 de réserves de gaz et une production qui pourra atteindre 360 Mds de m3. Brzezinski en a des sueurs dans le dos…

Le fait que Samsung participe à la construction de cette nouvelle flotte n’est pas anecdotique. Coréens et Japonais sont très intéressés par le gaz naturel liquéfié du Yamal, région de plus en plus stratégique pour Moscou qui y prévoit d’ailleurs des investissements colossaux et installe ses S-400. Les compagnies chinoises ne sont pas en reste, même si Pékin recevra également l’or bleu russe par pipeline.

A ce propos, le Sila Sibirii, chantier pharaonique bien connu de nos lecteurs, est quasiment terminé et Gazprom commence à y faire ses premiers essais. La coopération entre les deux géants eurasiatiques dans la région touche également l’industrie pétrochimique, à grands coups de milliards. Et l’on apprend que le forum de Vladivostok dont nous avons parlé dans le dernier billet a déjà accouché d’une bombe : un autre gazoduc reliant les deux géants eurasiatiques et passant par la Mongolie est peut-être dans les tuyaux. Au même moment, et ce n’est sans doute pas un hasard, une délégation de Gazprom était à Pékin pour discuter entre autres de la « route Ouest », c’est-à-dire le tracé d’un second tube…

La grande kermesse énergétique du continent-monde, qui donne tant de vertiges aux stratèges de Washington, ne serait pas complète sans les Indiens. Ca tombe bien, Modi (invité d’honneur à Vladivostok) et Poutine en ont longuement discuté et des pré-accords ont déjà été signés. Une sorte de « Route de la Soie maritime » russo-indienne s’additionnant aux voies chinoises pour arrimer encore un peu plus Heartland et Rimland.

A l’Ouest, du nouveau. Si, cette année, les exportations d’or bleu russe à destination de l’Europe vont échouer à quelques longueurs du record absolu de l’année dernière, Gapzrom, qui engrange d’ailleurs de jolis bénéfices, n’a pas à se plaindre. Malgré les atermoiements dus à la valse danoise, le Nord Stream II est aux trois-quarts construit et le consortium insiste sur le fait qu’il sera terminé dans les délais (en fait, avec un peu de retard par rapport aux plans initiaux). Il se pourrait même que les gogoleries du Donald à propos du Groenland poussent Copenhague à se ranger finalement du côté russe.

Zelinsky peut bien pousser l’habituelle chansonnette sur le « danger » du Nord Stream II pour conserver à Kiev quelques royalties sur le passage du gaz russe, le président ukrainien en est réduit à quémander quelques gouttes de GNL américain bien plus cher et transitant par la Pologne.

Bon prince, l’ours pourrait tendre la main à son turbulent voisin et lui lâcher un peu de lest lors des négociations gazières tripartites UE-Russie-Ukraine prévues plus tard dans le mois. L’échange inédit de prisonniers entre Kiev et Moscou, qui doit bien faire grincer quelques dents du côté de Washington et du baby Deep State ukrainien, est clairement à mettre au crédit de Zelinsky. Celui-ci a largement dévié de la ligne fanatiquement russophobe de son prédécesseur, ayant même dû lutter contre son propre Ministère des Affaires étrangères pour pouvoir passer son premier appel téléphonique à Poutine il y a quelques semaines !

Fin juillet, nous nous posions une question fondamentale à la fin de notre billet sur l’arraisonnement d’un bateau russe sur le Danube :

En Ukraine, pièce centrale du grand échiquier de Brzezinski et de tout stratège américain digne de ce nom, le mois d’avril fut un petit séisme. L’élection de Zelensky et la gifle monumentale reçue par Tapiocachenko ont quelque peu rebattu la donne et marqué la fin d’une époque. Nous l’expliquions alors :

Russophone, proposant un référendum conditionnant l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN ou l’UE (entrée qui n’est de toute façon qu’hypothétique), ne promettant rien sur la Crimée ou le Donbass, Zelensky semble plus disposé à reprendre langue avec Moscou.

Cependant, il ne faut pas exagérer la portée de l’élection du comédien. D’abord parce que, comme chacun sait, il officiait sur les plateaux-télé de Kolomoiski. On se rappelle que cet oligarque s’était certes retourné contre Chocochenko dès 2015, mais que cela ne l’empêchait pas de financer certains bataillons néo-nazis férocement russophobes. Bref, un personnage bien peu recommandable dont l’ombre plane au-dessus du néo-président, même si l’on ne connaît pas tout à fait le niveau réel de leurs relations…

Ensuite parce que le nouveau venu n’a pas de plateforme politique. Il vient de créer, le mois dernier, un parti attrape-tout portant le même nom que la série télévisée dans laquelle il joue. Pas sûr que cela suffise pour gagner la Rada en octobre. Or, le baby Deep State ukrainien mis en place par Washington après le Maïdan y tient les rênes du pouvoir et s’est d’ailleurs précipité, juste après l’élection, pour passer une loi renforçant l’usage de l’ukrainien. Même le Figaro, inhabituellement objectif, voit la grossière manœuvre :

Le Parlement ukrainien a adopté ce jeudi une loi renforçant l’usage de la langue ukrainienne, au risque de crisper des populations russophones du pays au moment où le président élu Volodymyr Zelensky dit vouloir leur tendre la main. Le but, évident : savonner la planche du nouveau président et torpiller toute possibilité de rapprochement.

Bingo ! Nous ne pouvions pas mieux pressentir l’avenir, le schéma des événements s’étant presque déroulé comme prévu.

Zelensky lui-même n’est sans doute pas un mauvais bougre et l’a montré d’emblée, le 8 mai, en honorant les vétérans soviétiques de la Seconde Guerre Mondiale. Son prédécesseur, Poroclown, aurait préféré voire fondre ses palais en chocolat plutôt que de serrer la main d’un vieillard décoré du ruban de Saint-Georges…

Au fil des semaines, un certain dégel des relations a vu le jour (…) Le fait que Zelensky ait passé sa vie d’acteur sur les plateaux de la télé de Kolomoiski ne semble pas non plus avoir joué un grand rôle, finalement. Comme beaucoup, l’oligarque est d’ailleurs revenu de ses mirages maïdanites, rompant dès 2015 avec Porochenko. Fin mai, dans un discours remarqué, il se lâchait en diatribes contre le FMI et les Occidentaux : « C’est votre jeu, votre géopolitique. Vous n’en avez rien à faire de l’Ukraine. Vous voulez atteindre la Russie et l’Ukraine n’est qu’un prétexte. »

Aussi, c’est avec une fébrilité de plus en plus grande que le système impérial a assisté au lent rapprochement entre Moscou et Kiev, la conversation téléphonique du 11 juillet entre les deux présidents ayant même fait couler quelques gouttes de sueur du côté du Deep State US ou de son avorton ukrainien. Il faut dire que Zelensky a fait montre d’une certaine indépendance d’esprit (…) Sans surprise, certains think thanks de l’empire tentent, déjà (!), de discréditer Zelensky, le montrant sous un jour pusillanime. Des cris d’orfraie assurent le bon public que cette conversation est une victoire de Poutine qui ouvre la voie au plan de Moscou : un Donbass rattaché formellement à l’Ukraine mais avec une grande autonomie, empêchant l’intégration de l’Ukraine dans la communauté euro-atlantique (…)

Quoi qu’en disent les habituelles officines, dont la paranoïa atteint des niveaux étonnants, ce n’est certes pas un simple appel téléphonique qui règlera le conflit. Mais il symbolise, il est vrai, une (très) relative normalisation des relations interrompues depuis le putsch de 2014. Il matérialise également le désir de paix, très majoritaire (69%) dans la population ukrainienne qui en a assez des excès guerriers de la junte post-Maïdan. On imagine les signaux d’alarme clignoter frénétiquement sur l’écran de contrôle impérial…

La vieille garde maïdanite, qui a tout de même récemment réussi à empêcher une prometteuse émission intitulée « Nous devons nous parler », organisée par des chaînes ukrainienne et russe, est d’autant plus sur les nerfs que les élections législatives, initialement prévues pour octobre, viennent d’avoir lieu. Nous le disions, la marge de manœuvre de Zelensky restait forcément réduite jusqu’à ce vote crucial. L’éclatante victoire de son parti lui donne désormais les mains libres ; du fait d’un mode de scrutin particulier, celui-ci obtient même la majorité absolue, une grande première dans l’histoire de la Rada.

Le fait qu’une liste pro-russe arrive en deuxième position met encore plus de sel sur la plaie du McCainistan qui croit deviner, sans rire, la main de Moscou. Quant aux chouchous de l’Occident, mis en place par lui au lendemain en 2014, ils sont humiliés, même s’ils arrivent quand même à passer la barre symbolique des 5%. Les années en 9 sont décidément maudites pour Washington : en 2009, Yanukovitch remporte les élections et met fin à la première « révolution de couleur » organisée par Bush & Co. En 2019, la victoire de Zelensky enterre le Maïdan, fomenté par qui vous savez.

En mai, le petit gang des ONG made in Soros/USAID/NED, inquiet des premiers pas du néo-président, l’avait déjà averti de manière surréaliste d’un certain nombre de lignes rouges à ne pas franchir. Entre autres joyeusetés : mener des négociations bilatérales avec la Russie sans la participation des « partenaires occidentaux, retarder ou saboter la marche à l’OTAN, initier un processus qui pourrait mener à la levée des sanctions contre Moscou…

On a vu que ce singulier avertissement, qui confine presque à une menace de renversement, n’a pas empêché Zelensky d’appeler Poutine. Avec sa victoire de dimanche, il est largement conforté dans son choix, au grand dam de la clique impériale qui doit trouver d’autres expédients. Est-ce tout à fait un hasard si, juste avant la mise en place du nouveau gouvernement, la junte de Kiev a arraisonné un bateau russe sur le Danube ?

Cet acte de piraterie ne trompe personne, surtout pas à Moscou : il s’agit d’une ultime provocation de la vieille garde sur le départ visant à savonner la planche de la nouvelle direction ukrainienne et tenter de torpiller tout rapprochement avec la Russie. Un grand classique, quoique désespérément routinier : Obama avait fait la même chose avant d’être remplacé par Trump, de même que la Rada avec sa loi linguistique provocatrice juste après l’élection de Zelensky… Le Deep State, démocratiquement balayé, mine d’avance le chemin de l’équipe qui lui succède. Après moi, le déluge. Si on repassera pour l’originalité de la manœuvre, qu’en sera-t-il de son efficacité ?

Si l’on en croit l’échange de prisonniers et l’optimisme de Zelensky de parvenir à un accord de paix, la manœuvre a échoué. Au Kremlin, maintenant, d’éviter de mettre le pas-si-comique-que-ça président ukrainien en difficulté et de laisser un peu de gaz russe transiter par l’Ukraine en guise d’ouverture. D’autant que le Turk Stream entre, lui, dans sa phase terminale et que la Serbie a déjà construit une partie des branches du tube qui irriguera les Balkans.

Les concurrents sont, comme nous l’avons expliqué maintes fois, illusoires et ce n’est certainement pas la chimère du gaz israélien qui risque de déranger l’ours. Que n’avait-on entendu sur le bassin oriental de la Méditerranée ? Découverte historiqueRéserves extraordinaires, Changer la donne géopolitique… Ces absurdités sensationnalistes, typiques de la basse-cour médiatique inculte mais également reprises, avec effroi, par une certaine presse alternative qui a tendance à voir partout la main d’Israël, ne méritaient pourtant pas autant d’attention. Cela aussi, nous l’expliquions il y a bien longtemps :

Ca gaze pour Moscou. Et ce n’est pas une « trouvaille » de dernière minute qui empêchera le tsar des hydrocarbures de dormir. Une délégation européenne a en effet rendu une petite visite à Israël pour discuter la construction d’un éventuel pipeline Israël-Chypre-Grèce susceptible de fournir du gaz à partir de Léviathan (…)

Les réserves ont été revues à la baisse (500 Mds de m3 au lieu de 620 Mds), ce qui explique peut-être le soudain désintérêt de Gazprom, et ces quantités sont de toute façon bien faibles pour alimenter aussi bien la consommation domestique israélienne et l’exportation vers l’Europe. Pour donner un ordre de grandeur, les réserves totales de Léviathan sont cinquante-deux fois moins importantes que celles de Yamal et équivalent à ce que transporte le Nord Stream pendant dix petites années.

Dans ces conditions, construire un gazoduc sous-marin long de 1 300 km passant au-dessus d’une faille géologique pour transporter une douzaine de malheureux Mds de m3 paraît pour le moins alambiqué.

Votre serviteur est maintenant rejoint dans son analyse par Foreign Policy, rien que ça. Dans un article remarqué, la revue se pose la question de savoir si, en réalité, un seul mètre cube sera exporté en Europe au vu des coûts énormes du projet et des réserves somme toute modestes. Que quelques malheureuses gouttes de gaz israélien atteignent finalement l’Europe ou pas ne changera de toute façon strictement rien à l’échiquier énergétique.

On ne peut pas en dire autant de l’Iran, géant des hydrocarbures harcelé par l’empire. Après avoir versé dans la piraterie du côté de Gibraltar, les petits génies de Washington n’ont pas peur de sombrer dans le ridicule en proposant de corrompre les capitaines des pétroliers iraniens afin d’amener leur bateau dans des ports où il pourra être saisi. Même Barbe-Noire n’avait pas pensé à ça…

Le degré d’exaspération impuissante des Américains, obligés de s’abaisser à ce genre de manigance pathétique, laisse rêveur et Téhéran a beau jeu de moquer ces méthodes de gangsters. Toujours est-il que les Iraniens ne se démontent pas, continuant à affirmer leur stature de patron du Golfe en saisissant un tanker transportant du pétrole de contrebande. Relâché de Gibraltar, l’Adryan Darya I a tranquillement débarqué ses millions de barils en Syrie, ce pour la plus grande rage de Bolton.

Mais c’est dans l’arc chiite lui-même que des choses fort intéressantes se passent. Les habitués de nos Chroniques connaissent la valeur stratégique du poste d’Al Bukamal/Al Qaïm, que nous expliquions notamment début mai :

Aujourd’hui, attardons-nous sur une petite info lourde de conséquence. Dans un billet intitulé Arc chiite an I, nous écrivions il y a vingt mois :

C’est dans ce contexte que l’on apprend, et c’est tout sauf un hasard, que le 4+1 a décidé de passer la vitesse supérieure le long de la frontière syro-irakienne, pierre angulaire de l’arc chiite potentiellement (re)constitué.

Du côté syrien, l’armée et le Hezbollah ont, avec le précieux soutien de l’aviation russe, relancé les opérations vers Al Bukamal / Al Qaïm, point nodal crucial de la recomposition moyen-orientale. Dans le même temps et en parallèle, de l’autre côté de la frontière, l’armée irakienne et les UMP chiites ont libéré la zone d’Akashat.

La coordination avec Damas semble évidente. A ce rythme et au vu de l’effondrement daéchique, l’alliance chiite ne devrait pas tarder à arriver en vue d’Al Bukamal / Al Qaïm. La prise de ce dernier bastion califal ne sera certes pas chose aisée, mais c’est la grande image qu’il faut prendre en compte : suppression définitive du corridor sunnite nord-sud et mise en place de l’arc chiite est-ouest. Au grand dam de qui vous savez.

Bingo ! Depuis qu’Al Bukamal est revenue, fin 2017, dans le giron loyaliste, les Iraniens y sont présents. Le noeud stratégique est en effet fondamental pour la marche de Téhéran vers le ponant :

L’arc chiite, en partie reconstitué après la victoire des syro-russo-iraniens en Syrie, (re)devient le cauchemar stratégique de Washington, Tel Aviv et Riyad. Les Iraniens s’établissent sur la Méditerranée tandis que la construction d’une autoroute Iran-Irak-Syrie a commencé (elle finira par relier Téhéran à Beyrouth) et qu’un projet de voies ferrées ressort du sable. Les futures routes de la Soie chinoises doivent passer par là…

Or, qu’apprend-on ? Les Iraniens ont entrepris des travaux pour ouvrir un nouveau passage près d’Al Bukamal (l’ancien étant totalement détruit par la guerre). Il n’en fallait pas plus pour que le système impérial entre en mode panique et imagine déjà les cargaisons d’armes à destination du Hezbollah ou de pétrole pour alléger les sanctions US.

Avec ténacité, Téhéran joue sa carte et avance ses pions pour rejoindre la Méditerranée, profitant de la reconstitution partielle de l’arc chiite. Un bémol toutefois, cette route doit serpenter entre les bases américaines en Irak, puis les zones occupées par l’empire en Syrie (zone « kurde » et Al Tanaf), sans compter les régions où la présence de Daech n’a pas été totalement éliminée :

On ne sait pas très bien ce que seraient censés faire les soldats US si un convoi iranien leur passait sous le nez, ni le cadre légal (vote du Congrès ?) d’une éventuelle intervention. Pour compliquer encore un peu la situation, se pose d’ailleurs toujours la question de la présence états-unienne en Irak. Ces bases sont en tout cas un moyen de pression visant à contrôler et à contrarier l’arc chiite renaissant.

Une chose est sûre : des sables du désert aux corridors du pouvoir à Bagdad, l’affrontement à fleurets mouchetés entre Téhéran et Washington n’est pas prêt de s’arrêter. Un petit jeu dans le Grand…

Nous y sommes. Après cinq ans, Bagdad et Damas vont rouvrir le poste-frontière dans les heures qui viennent. Plusieurs officines occidentales s’alarment, sans doute à juste titre pour le coup, de la construction d’une grande base iranienne en ce lieu stratégique entre tous de l’arc chiite.

Comme par magie, un projet de pipeline revient sur le devant de la scène, accompagnant les évolutions géostratégiques sur le terrain. Vous l’avez deviné, il s’agit de l’oléoduc Iran-Irak-Syrie, dont l’acceptation par Assad au détriment des tubes pétromonarchiques fut une des principales raisons du conflit syrien.

Enterré dans les cartons pour cause de guerre et de sunnistan daéchique, le projet est remis au goût du jour par Téhéran qui tente de convaincre les Irakiens de son bien-fondé. Une nouvelle fois, beaucoup sinon tout se jouera dans les couloirs du pouvoir à Bagdad, où Iraniens et Américains ont engagé depuis longtemps une sourde lutte d’influence et s’affrontent par factions interposées.

Pour compliquer encore un peu les choses, la fameuse province d’Anbar, dans l’Ouest irakien, possède des réserves non négligeables de pétrole et de gaz. Il y a un mois et demi, cette région revenait sous les feux de l’actualité :

Alors que les Iraniens ont mis en ligne la spectaculaire vidéo de l’arraisonnement du pétrolier britannique dans le Golfe persique, il se passe des choses intéressantes dans la province d’Anbar, fondamentale pour la reconstitution de l’arc chiite :

Un coup de théâtre a éclaté début juillet, le commandant militaire de la région, le général Falahi, étant pris la main dans le sac en train de fournir à la CIA des renseignements sur les bases des Unités de Mobilisation Populaire chiites pro-iraniennes de la zone. Ces informations servaient à orienter les raids aériens US qui, de temps en temps, frappent les milices de la région sans aucun rapport avec l’amusante « guerre contre Daech ». La trahison de Falahi a déclenché un tollé et est remontée jusqu’à Bagdad, où le ministre de la Défense a ordonné l’ouverture d’une enquête officielle.

Relation de cause à effet ? Les forces américaines se seraient (conditionnel de mise) retirées de la base de Rutba, en plein désert d’Anbar et à 175 km à l’Est de la fameuse Al Tanaf, bien connue des lecteurs.

Ce que nous écrivions en mai 2017, après le bombardement par l’USAF d’une colonne chiite qui se dirigeait vers Al Tanaf et avant que les loyalistes syriens n’aient rejoint la frontière, n’a pas perdu une ride :

Empêcher la jonction chiite à la frontière syro-irakienne a toujours été le grand but des principaux alliés de l’empire – Israël, Saoudie, Turquie, Jordanie même – et le Donald n’a jamais caché sa sympathie pour au moins l’un d’entre eux (le premier cité). Il n’aura également échappé à personne que cette attaque intervient deux jours après la rencontre Trump-Erdogan, même si celui-ci est plus préoccupé par le soutien US aux YPG kurdes.

Quoi qu’il en soit, la course pour le contrôle de la frontière syro-irakienne est le nouveau chapitre important du grand et interminable livre de la guerre syrienne et c’est évidemment dans ce contexte qu’il faut replacer ce bombardement. Et peut-être un autre d’ailleurs, si l’info est confirmée : des avions américains auraient attaqué des Unités de Mobilisation Populaire irakiennes chiites de l’autre côté de la frontière.

Le conditionnel reste de mise car, pour l’instant, un seul média irakien en parle ; de plus, le lieu évoqué (« près d’Al Boukhamal ») est difficilement possible, Daech contrôlant la zone. Toutefois, cela collerait parfaitement avec le tableau général : empêcher Bagdad et Damas de reconstituer l’arc terrestre chiite. Coïncidence, cela intervient au moment même où un envoyé irakien discute avec Assad de « coopération dans la lutte anti-terroriste », c’est-à-dire évidemment de la reprise du territoire de l’EI qui sépare encore les deux pays.

Si les Américains persistent à vouloir remplacer Daech par leurs hommes de paille et couper l’axe Damas-Bagdad, ils prennent le risque d’entrer en collision directe avec l’Iran, ce dont s’inquiète jusqu’à The Atlantic. C’est en effet la politique de Téhéran, non de Moscou, de reconstituer l’arc chiite et la poussée loyaliste vers la frontière est plus d’obédience perse que russe.

Dix jours plus tard, Moon of Alabama allait dans le même sens, ajoutant d’ailleurs que les Américains avaient confié à une compagnie privée de sécurité, héritière de la sinistre Blackwater, la mission de sécuriser l’autoroute Bagdad-Amman qui traverse la province d’Anbar et dont une branche court jusqu’à Al Tanaf. Le but, évident : couper l’arc chiite, problématique principale de la guerre syrienne.

Comme souvent, les plans disneylandiens des stratèges de Washington se sont fracassés sur la réalité. Les UMP chiites restent fortement présentes à Anbar, au grand dam de la CIA qui doit débaucher des généraux irakiens pour en savoir plus (voir plus haut), et Soleimani se permet régulièrement des visites impromptues et provocatrices. Selon un bon observateur, s’il est confirmé, le retrait US de Rutba pourrait, dans le contexte particulier de scandale suite à la haute trahison de Falahi, signifier le renoncement des Américains devant l’inexorable avancée iranienne.

Si peu d’informations nous parviennent des sables d’Anbar et s’il est quelque peu difficile de savoir où en sont exactement les forces américaines, les réserves en hydrocarbures de la province attirent un nouvel acteur dans la danse, sous forme de pied de nez à Washington. Le ministre du Pétrole irakien a en effet décidé de confier l’exploration et le développement d’un bloc pétrolier et gazier prometteur à… une société russe !Tag(s) : #Pétrole#Gaz#Russie#Etats-Unis#Amérique latine#Europe#Ukraine#Moyen-Orient#Sous-continent indien#Extrême-Orient#Chine

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L’Europe de l’Atlantique à l’Oural «n’a jamais été aussi nécessaire et urgente»

La ville de Goubkinsky dans l’Oural

L’Europe de l’Atlantique à l’Oural «n’a jamais été aussi nécessaire et urgente»

© Sputnik . Yevgeny BiyatovINTERNATIONAL16:54 08.08.2019(mis à jour 17:02 08.08.2019)URL courte6233

Compte tenu des transformations observées aujourd’hui à l’échelle internationale, le rapprochement entre la Russie et l’UE est «nécessaire et urgent» pour sauvegarder cette dernière, estime Caroline Galactéros, la Présidente de Geopragma dans un article publié dans Marianne.

La crise du détroit d’Ormuz, la politique états-unienne et d’autres événements de l’actualité internationale rendent possible un «nouveau partage du monde», écrit Caroline Galactéros, Présidente de Geopragma, Pôle français de géopolitique réaliste, dans son article publié dans le magazine d’actualité hebdomadaire Marianne. Selon elle, cela devrait «mobiliser les chancelleries occidentales» et «leur faire élaborer des politiques nouvelles».

L’Europe de l’Atlantique à l’Oural

D’après Mme Galactéros, l’une de ces politiques est le rapprochement entre Moscou et l’Union européenne.

« »L’Europe de l’Atlantique à l’Oural » — englobant la partie européenne de la Russie — n’a jamais été aussi nécessaire et urgente pour la sauvegarde de l’Union européenne, si cette dernière espère compter entre États-Unis et Chine et éviter le dépècement et la dévoration», explique-t-elle.

Néanmoins, selon Caroline Galactéros, un tel rapprochement demeure «ignominieux, inconcevable, indéfendable» aux dirigeants européens «piégés par une vision idéologique et faussée de leurs intérêts comme des nouveaux rapports de force du monde».

«L’angle mort»?

«C’est l’impensé, l’impensable, l’angle mort de la projection stratégique de l’Europe», écrit-elle, expliquant que l’avis des élites et institutions européennes est tel que la Russie, assimilée toujours à l’URSS, est «par principe vouée aux Gémonies, l’Amérique idéalisée, le péril chinois minimisé, l’Inde ignorée, le Moyen-Orient déformé et l’Afrique sous-estimée».

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© SPUTNIK . VLADIMIR TREFILOVLa diplomatie russe se prononce sur un passage à l’euro dans les transactions avec l’Europe«Les ravages de « la pensée magique » touchent malheureusement aussi la politique extérieure», estime Mme Galactéros.

Elle qualifie donc d’«urgent» d’établir «des bases d’une coexistence optimale entre les grands acteurs et ensembles régionaux» et d’arrêter de «croire en la chimère d’un magistère moral occidental ou simplement européen qui a volé en éclats».

«Dans un saisissant paradoxe, le dogmatisme moralisateur ne passe plus la rampe et une révolution pragmatique et éthique de la pensée stratégique occidentale s’impose», affirme-t-elle.

Ainsi, Mme Galactéros estime que la France est encore capable d’ «en prendre la tête et entrer en cohérence avec elle-même pour se protéger, compter et convaincre»

https://fr.sputniknews.com/international/201908081041898706-leurope-de-latlantique-a-loural-na-jamais-ete-aussi-necessaire-et-urgente/?utm_source=push&utm_medium=browser_notification&utm_campaign=sputnik_fr

La mode Modi continue en Inde

La mode Modi continue en Inde

Lors des élections législatives d’avril et mai 2019 en Inde, le Bharatiya Janata Party (BJP, Parti nationaliste hindou) a remporté 301 des 542 sièges de la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement indien. Le parti de Narendra Modi remporte ainsi une victoire écrasante, avec 20 sièges de plus qu’en 2014.

Les élections en Inde, remportées par le BJP et Narendra Modi
Narendra Modi, vainqueur une nouvelle fois des élections en Inde

Une victoire écrasante du BJP et de son dirigeant Narendra Modi

Alors que le parti historique du Congrès, mené par Rahul Gandhi, ne remporte que 52 sièges, Narendra Modi réalise l’exploit, inédit depuis l’indépendance, de porter la droite indienne sur le chemin d’un deuxième mandat consécutif.

Le BJP présentait pourtant un bilan quinquennal en demi-teinte. Malgré des promesses de développement économique mirobolant, le chômage est à son acmé (6,1%) et la croissance en ralentissement (7%). Par ailleurs, les revendications du peuple indien se font nombreuses. C’est le cas par exemple de la grogne agricole en réponse à l’augmentation du prix de l’engrais.

Les raisons d’une telle réussite du BJP

Tout d’abord, Modi a su tirer avantage du quadrillage de fond du territoire indien effectué depuis quelques années pour convaincre une partie de l’électorat. En effet, le parti s’est efforcé de s’actualiser et de s’adapter aux réalités locales dans chaque circonscription. Des réformes microéconomiques ont été menées, telle que la mise en place d’une connexion électrique. De plus, sa parfaite maîtrise des réseaux sociaux et le budget faramineux (supérieur à celui d’Obama) dont le parti a bénéficié lors de la campagne ont joué en sa faveur. C’est surtout la stratégie de son parti qui lui a permis un tel score. Grâce à la faiblesse de l’opposition, et une liberté relativement réduite des instituts de statistiques, Modi n’a pas subi les conséquences de son bilan économique très moyen, dû notamment à ses réformes de réformes de démonétisation, au cœur de son programme en 2014.

Ces échecs macroéconomiques ont été passés sous silence, les questions stratégiques et nationalistes occupant la scène. Modi a ainsi axé sa campagne sur la sécurité nationale, dans un contexte de crise grave au Cachemire. Il a également insisté sur les questions d’hindouité, se posant alors comme le protecteur de la nation. En conséquence, le dirigeant politique a acquis une véritable aura de leader, séduisant l’électorat qui vote par conviction, ou par confiance en ce chef charismatique.

Enfin, une telle réussite s’explique également par l’échec de l’opposition, et notamment du Parti du Congrès. La présidentialisation de la vie politique n’a pas joué en sa faveur. Rahul Gandhi ne semble en effet pas correspondre au rôle qui lui est demandé et ne séduit pas les foules. Cette absence de leader convaincant et son image de parti « dynastique » ont donc poussé l’électorat à se tourner vers un choix de stabilité.

L’Inde entre démocratie illibérale et source d’opportunités

Une telle victoire est-elle signe de stabilité ou de coup d’Etat démocratique ? C’est la question que se pose le sociologue Arjun Appadurai, qui évoque une érosion démocratique au sein du pays. Les chiffres flous au sujet du bilan économique, la démission de certains statisticiens comme acte de désolidarisation, les droits plus ou moins respectés de la minorité musulmane ; tous ces éléments semblent selon lui discréditer l’Inde en tant que « plus grande démocratie du monde ».

Mais a contrario, cette victoire pourrait être vue comme une volonté de stabilité de la part de la population, refusant les coalitions « branlantes ».

Les nombreux défis de Narendra Modi 

Après cette victoire écrasante, Modi devra donc tenir ses promesses d’il y a cinq ans, récemment renouvelées. Les réformes économiques sont urgentes. La mise en place d’une TVA unifiée lors du dernier mandat est un premier pas. De nombreux changements sont cependant attendus pour faciliter les achats de terres et réformer les lois sociales, coûteuses mais inefficaces.

Ce n’est pas tout : le secteur financier, source trop souvent de connivence entre politique et économie, doit être restructuré. Les réformes en matière environnementale doivent devenir une priorité. À titre d’exemple, selon les prévisions, en 2030, la demande indienne en eau dépassera le double des stocks disponibles. Enfin, dans le domaine géopolitique, après des relations délicates avec ses voisins lors de son premier mandat, Modi doit, entre autres, faire face à la friction de ses relations avec les Etats-Unis au regard de ses liens étroits avec l’Iran (exportation de pétrole) et la crise au Cachemire.

Enfin, un défi majeur pour Modi et son parti est son ancrage dans la vie politique régionale. En effet, le BJP a du mal à gagner les élections régionales, ce qui l’oblige à constituer des coalitions avec de plus petits partis. Cela remet ainsi en question sa capacité à accomplir certaines réformes.

Les dés sont désormais jetés et les jeux lancés. Le gouvernement est dans l’élaboration d’un plan de 100 jours. Il devra être à la hauteur de la confiance des Indiens exprimée lors de ces élections envers leur leader.

Sources

http://www.rfi.fr/hebdo/20161216-inde-le-pari-risque-demonetisation-hebdo-modi-billet-economie-recession

LOLA NAYAR, “En pleine période électorale, Inde affronte un chômage record”, Courrier International, 12/04/2019, https://www.courrierinternational.com/article/legislatives-en-pleine-periode-electorale-inde-affronte-un-chomage-record

“Narendra Modi, diriger pour mieux régner”, Courrier International, 10/05/2019, https://www.courrierinternational.com/une/inde-narendra-modi-diviser-pour-mieux-regner

GUILLAUME DELACROIX, “En Inde, le succès triomphal de Narendra Modi”, Courrier International, 23/05/2019, https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/elections-legislatives-en-inde-le-succes-triomphal-de-narendra-modi

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20190410-inde-2019-legislatives-indiennes-bjp-narendra-modi-congres-rahul-gandhi

About Manon REGNOUF

Etudiante à HEC Paris, après deux années de classe prépa ECS à Stanislas.

Trump et le premier ministre pakistanais viennent-ils de ruiner les relations irano-indiennes ?

Trump et le premier ministre pakistanais viennent-ils de ruiner les relations irano-indiennes ?


Par Andrew Korybko – Le 22 avril 2019 – Source eurasiafuture.com

andrew-korybkoChacun des deux dirigeants étasunien et pakistanais ont pris une décision très importante, sans que cela soit coordonné, mais quasiment en même temps. Ces décisions pourraient avoir pour effet de ruiner les relations irano-indiennes.

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Le Président iranien Assan Rouhani serre la main du premier ministre du Pakistan, Imran Khan

Les relations irano-indiennes pourraient être sur le point d’entrer dans la période la pire de l’histoire moderne, en réaction à deux décisions, prises de manière non coordonnée mais quasiment en même temps par les dirigeants étasunien et pakistanais. Le premier ministre Khan rentre à peine de son premier voyage officiel en Iran, où lui et son hôte ont annoncé que leurs deux pays entraient dans une nouvelle ère de coopération anti-terroriste que l’analyste géopolitique Adam Garrie a analysée de manière détaillée dans son article récent à ce sujet. La balle était bel et bien dans le camp iranien pour mettre un coup d’arrêt au terrorisme balouch anti-pakistanais, j’y avais consacré un article récemment ; et au crédit de Téhéran, ses dirigeants ont fini par le comprendre et ont décidé d’étendre leur partenariat militaire avec l’État pivot mondial qu’est devenu le Pakistan. Voilà qui va grandement compliquer les possibilités de Guerre hybride indienne utilisant clandestinement le territoire iranien pour mener des attaques contre le Pakistan sous couverture, dans des tentatives effrénées de saboter le Couloir économique Chine-Pakistan (CPEC). La visite du premier ministre Khan aura des conséquences étendues et à long terme en matière de sécurité géostratégique dans la Nouvelle guerre froide.

En parallèle de cet événement, Trump a décidé que les USA ne renouvelleraient pas leurs exemptions de sanctions sur le pétrole iranien, et que l’Arabie saoudite Trump_Modiet les Émirats arabes unis, membres du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCG) et partenaires de Washington allaient aider les acheteurs de pétrole de la République islamique à s’approvisionner en pétrole du Golfe comme substitut. L’Inde s’était faite entendre haut et fort l’an dernier, en exprimant sa volonté de défier les sanctions unilatérales étasuniennes contre l’Iran, mais comme je l’avais écrit dans mon article à l’époque sur l’« illusion Indienne », il ne s’agissait que de gesticulations visant à masquer le fait que New Delhi obéissait en réalité au doigt et à l’œil à son nouveau parrain. Mais Trump vient de faire converger tous les regards sur Modi, et cela pourrait sentir le roussi pour le dirigeant indien, candidat à sa propre succession au cours d’un processus électoral long d’un mois, et dont l’aura pourrait en prendre un sacré coup s’il capitule publiquement face aux exigences étasuniennes et laisse l’or noir du Golfe se substituer au pétrole iranien ; je soupçonne depuis fin 2018 – depuis son sommet en Argentine avec le prince saoudien Mohammed Bin Salman qu’il finira par s’y résoudre. De cet angle, la décision étasunienne pourrait constituer un nouvel épisode de la tactique du « mauvais flic » contre Modi, pour forcer l’Inde à lâcher quelques concessions stratégiques supplémentaires.

Il ne serait donc pas exagérer d’écrire que Trump et le Premier ministre Khan viennent peut-être de ruiner les relations irano-indiennes pour de bon, car les effets combinés de leurs décisions respectives pèseront chacun sur ces relations. Le dirigeant pakistanais a exposé les machinations terroristes de Guerre hybride de l’Inde au cours de ses discussions avec les dirigeants iraniens, ce qui explique sans doute pourquoi les deux nations voisines ont décidé d’insuffler un nouvel élan à leur coopération militaire mutuelle. Et cela pendant que le dirigeant étasunien force l’Inde a mettre fin à ses importations de pétrole iranien, sous la  menace de lui infliger des « sanctions secondaires » au potentiel dévastateur, et de remplacer ses ressources énergétiques par les adversaires acharnés de l’Iran, les États du Golfe. Même si l’Iran et l’Inde conservent des intérêts stratégiques en commun dans le couloir de Chabahar et dans le couloir de transport Nord-Sud, la confiance qui jusqu’alors constituait la toile de fond de leurs relations est à présent brisée, et leurs liens ne seront plus jamais les mêmes. Le résultat final est bénéfique aux USA et au Pakistan, pour des raisons différentes, et pourrait d’ailleurs, chose intéressante, résulter par effet de bord de la coopération diplomatique récente de ces deux pays en Afghanistan.

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

La Russie en tête du classement mondial des acheteurs d’or alors qu’elle se détourne du dollar américain

La Russie en tête du classement mondial des acheteurs d’or alors qu’elle se détourne du dollar américain

La Russie en tête du classement mondial des acheteurs d'or alors qu'elle se détourne du dollar américain

Les réserves mondiales d’or ont augmenté de 145,5 tonnes du début de l’année à la fin du mois de mars, soit une augmentation de 68% par rapport à la même période de 2018. C’est la plus forte augmentation des réserves mondiales pour cette période depuis 2013, selon le Rapport du World Gold Council (WSG), publié jeudi.

La banque centrale russe a ajouté 55,3 tonnes à ses voûtes au premier trimestre, portant ses vastes réserves d’or à 2 168,3 tonnes, ce qui en fait de nouveau le premier acheteur d’or, a indiqué le rapport.

AUSSI SUR RT.COMCinq pays avec les plus grandes réserves d’or au monde« La Russie a acheté 274,3 t en 2018 – la quatrième année consécutive d’augmentation de + 200 t – tout en réduisant de manière drastique ses avoirs dans le Trésor américain, dans le cadre de sa campagne de » réduction du dollar « , a déclaré le conseil.

La Chine s’est classée deuxième parmi les plus gros acheteurs au cours de la période, avec 33 tonnes. Beijing a repris ses achats en décembre, après une pause de plus de deux ans. Plusieurs autres pays ont considérablement augmenté leurs réserves d’or, notamment l’Équateur, la Turquie, l’Inde et le Kazakhstan.

AUSSI SUR RT.COMJusqu’à ce que la dette nous SÉPARE: la Russie et la Chine continuent de se débarrasser des trésors américainsLe désir d’acheter le métal précieux a été motivé par «l’incertitude économique causée par les tensions commerciales, une croissance atone et un environnement de taux d’intérêt bas / négatifs» , a noté le WSG.

La Russie est actuellement le cinquième plus grand détenteur d’or au monde et si la tendance haussière actuelle se maintient, elle pourrait devancer la France et l’Italie et entrer parmi les trois premiers détenteurs d’or d’ici un an.

https://www.rt.com/business/458281-russia-leading-gold-buyer/

Après Bibi, Poutine essaye d’aider à la ré-élection de Modi

Après Bibi, Poutine essaye d’aider à la ré-élection de Modi


Par Andrew Korybko – Le 15 avril 2019 – Source eurasiafuture.com

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Le président Poutine a décoré le premier ministre Modi de la plus haute distinction civile russe, l’Ordre de Saint-André, juste après le lancement du processus électoral d’un mois en Inde : il s’agit d’améliorer ses chances de ré-élection, à l’instar du service rendu il y a peu pour Bibi en « Israël » : Poutine lui a fait remettre les restes de 20 soldats de Tsahal, retrouvés en Syrie par les Russes à la demande de Tel Aviv.

L’intervention diplomatique de Poutine

La Russie tient à ce que Modi soit ré-élu, et ne craint pas que cette préférence soit connue du reste du monde en décorant le premier ministre indien sortant de la plus haute et plus prestigieuse distinction civile russe juste après le lancement du processus électoral en Inde. Cette décoration souligne sans ambage le soutien russe pour Modi, à l’instar de la remise par Poutine au premier ministre d’« Israël », Netanyahu (« Bibi ») des restes de 20 soldats de Tsahal retrouvés spécialement par l’armée russe en Syrie à la demande de Tel Aviv. Dans le dernier cas, la mise en place du « Rusraël de Poutinyahu » constituait la motivation évidente de l’aide sans précédent accordée par Moscou à son partenaire du Moyen-Orient ; les motivations poussant Poutine à soutenir la ré-élection de Modi sont moins lumineuses.

Le sauvetage de « frère » Bibi

Soyons clairs : les actions du dirigeant russe ne relèvent pas de l’« ingérence », malgré le fait qu’elles visent clairement à améliorer les résultats électoraux des sortants : elles sont réalisées ouvertement, à la tête de l’État, et non pas de la manière clandestine que les médias établis occidentaux ont conditionné les masses à imaginer quand on utilise ce terme d’ingérence. Il ne fait aucun doute que l’intervention diplomatique de dernière minute consentie par Poutine en faveur de Netanyahu a permis de faire basculer l’élection vers la victoire de ce dernier, mais personne en « Israël » n’accuse sérieusement le premier ministre de constituer une « marionnette russe ». En fait, ceux qui ont voté pour lui à cause de l’énorme faveur que la Russie a faite à « Israël » en restituant les restes des « FDI »l’ont fait précisément parce qu’ils veulent que le titulaire continue à renforcer les relations bilatérales et perpétue indéfiniment l’existence du « Rusraël de Putinyahu ».

La vache à lait russe

Et l’on pourrait de fait assister à quelque chose de très proche en Inde, quoique les raisons diffèrent. Aucun dessein géopolitique profond n’est à constater derrière la décoration par Poutine de Modi : les deux dirigeants ne semblent s’intéresser qu’à poursuivre leurs affaires en matière d’industrie de la défense et en matière d’énergie nucléaire. Les contrats que cela ouvre à la Russie sont plus importants que jamais : ils soulagent le pays de ses sanctions, cependant que les indiens en retirent un accès aux technologies de pointe, malgré la poursuite de leur stratégie de diversification des approvisionnements hors de Russie et vers les nouveaux partenaires occidentaux que constituent les USA, la France, et « Israël ». Mais au train où vont les choses, le remplacement ne sera pas effectif avant une bonne décennie, et la Russie sait que cinq années de Modi supplémentaires lui garantiront beaucoup plus d’affaires à signer au cours de ce mandat.

Les « élites » n’y comprennent plus rien

Mais les experts indiens sont complètement déboussolés : le Pakistangate apparaît comme décisif dans les élections, après que le premier ministre Khan a déclaré qu’une réélection de Modi constituerait la meilleure perspective de paix au Cachemire. Les « intellos » des milieux réactionnaires se sont dès lors mis à propager l’information selon laquelle le BJP [le parti politique de Modi, NdT] et la coalition qu’il dirige, à l’opposé de celle qui tient le Congrès indien, constituerait le « premier choix du Pakistan ». Mais voici que le président Poutine en personne affiche son soutien au sortant, au point de synchroniser la remise d’une distinction honorifique avec le lancement du processus électoral. Il est tabou en Inde pour tous les partis politiques de s’en prendre ouvertement à la Russie et à ce qu’elle défend, mais le fait est là : le « choix de Poutine » coïncide avec le « choix du Pakistan », et le dirigeant russe est peut-être en train de marcher sur les traces du dirigeant pakistanais, en soutenant Modi indirectement.

Des paroles ou des actes

Des influences manipulatrices au seins des médias pourraient commencer à affirmer l’existence d’un complot russo-pakistanais pour exercer une guerre hybride sur le monde entier, mais en réalité, la seule preuve qui est faite est celle du pragmatisme des dirigeants des deux grandes puissances. Le président Poutine veut simplement signer de nouveaux contrats en milliards de dollars lors du possible second mandat de Modi, tandis que le premier ministre Khan anticipe avec sagesse que la résistance de la droite indienne à un accord sur le Cachemire sera moins virulente sous Modi qu’elle ne le serait si la gauche, qui a la main sur le Congrès en Inde, prenait également la tête du gouvernement. Et la différence existe, en outre, entre le Premier ministre Khan qui n’a fait qu’exprimer son opinion sans mener aucune action, alors que le président Poutine a sorti le tapis rouge pour accorder les plus hauts honneurs à Modi, à un instant très stratégique, en vue de lui faciliter la tâche, en jouant sur la nostalgie du « Bhai Bhai russo-indien ».

De la pakistophobie à la russophobie ?

Quiconque vient dès lors dénoncer une « ingérence » pakistanaise dans les élections indiennes est donc obligé d’en dire autant de la variante russe : le président Poutine a fait bien plus pour faciliter la ré-élection de Modi que le premier ministre Khan. On n’essaye pas d’établir ici qui s’est « ingéré », mais de mettre le doigt sur le deux poids, deux mesures, qui a amené la classe « intellectuelle » indienne en état de dissonance cognitive, et de ne plus savoir à quel saint se vouer. Continuer à s’en prendre au Pakistan pour une variante bien plus légère que celle livrée par les russes impliquerait Moscou par sous-entendu, mais le Pakistan constitue une telle obsession pour nombre d’entre eux lors de cette élection qu’il est quasiment impossible pour les Indiens de cesser d’en parler. Il sera intéressant de voir si la pakistanophobie se tarit ou si elle mute en russophobie d’ici à la fin du processus électoral indien.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

 

https://lesakerfrancophone.fr/apres-bibi-poutine-essaye-daider-a-la-re-election-de-modi

Élections indiennes et campagnes de désinformations

Élections indiennes et campagnes de désinformations

Le 11 avril dernier, avait lieu le lancement des élections législatives indiennes de 2019. Le Premier ministre Narendra Modi du Bharatiya Janata Party (BJP) brigue un second mandat face à Rahul Gandhi du Congrès national indien –  héritier de la famille Nehru-Gandhi. Sept phases de vote réparties sur six semaines (fin le 19 mai) pour élire 543 députés. Les élections législatives indiennes prennent la forme d’un véritable marathon.

Tour d’horizon des spécificités électorales indiennes

Avant toutes choses, petite piqure de rappel : L’Inde élit actuellement la XVIIe législature de la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement. La chambre haute (Rajya Sabha), est elle, élue par voix indirecte. En raison d’un nombre très important d’électeurs, les scrutins ne peuvent tenir en une journée. Plusieurs phases sont alors nécessaires pour élire ces députés qui seront en poste pour 5 ans. Un véritable défi logistique pour ce qui est la plus grande démocratie du monde : une population 1,3 milliard (900 millions d’électeurs potentiels). En 2014, lors de la victoire du BJP, le taux de participation en 2014 fut de 66%. Somme toute, un record depuis les deux scrutins précédents.

On parle généralement de l'Inde comme de la plus grande démocratie au monde, au regard du nombre d'électeurs.
L’Inde est une république fédérale composée de vingt-neuf États et sept territoires.

Pour le moment, les deux premières phases de vote ont rassemblées environ 70% des électeurs. C’est une preuve de la ferveur et du niveau d’agitation actuelle, notamment l’émotion liée aux attaques terroristes. Les élections de 2014 avaient été historiques. Aucun parti n’avait obtenu à lui seul une majorité claire de sièges au Lok Sabha depuis 1984, année de l’assassinat de l’ancienne première ministre Indira Gandhi. Dominique Moïsi, dans son livre Géopoltique de l’émotion parlait d’ailleurs d’un Etat fortement marqué par l’espoir, et ce, malgré les évènements tragiques qui ont marqué son histoire.

Rahul Gandhi, le challenger

Principal opposant du premier ministre sortant, Rahul Gandhi est le fils de l’ancien Premier ministre Rajiv Gandhi, ainsi que de l’ancienne présidente du Congrès Sonia Gandhi. Il est l’héritier de la famille Nehru-Gandhi depuis sa prise de poste en tant que président du parti du Congrès depuis décembre 2017. Avec sa soeur Prianka Gandhi, ils incarnent la principale force d’opposition.

Elections sous tension et polémiques contemporaines

Les campagnes actuelles sont les élections les plus chères de l’histoire, après les dernières élections américaines. Le système de financement des partis politiques est très opaque, en particulier à travers les réseaux sociaux qui permettent de rassembler un nombre de plus en plus important d’électeurs.

Divers fumées de corruption soufflent sur le gouvernement de Modi en perte de vitesse. D’abord, dans les affaires d’achat de rafales à la France. En effet, Rahul Gandhi et d’autres grandes figures politiques régionales indiennes ont accusé l’Etat de cacher des détails sur les contrats d’achat. La diffusion de cette affaire auprès de l’opinion publique a entaché la popularité du BJP. Les polémiques et scandales furent affaires courantes durant ces 5 dernières années. Rappelons également que la construction d’une statue haute de 182 mètres dans dans une région reculée du Gujarat fut vivement critiquée.

Autre polémique importante récente, la multiplication de « fake news » sur la toile qui inquiète fortement les observateurs. Les campagnes très intenses des deux partis ont relayé de nombreuses infox – banalisant la désinformation sur Facebook (300 millions d’utilisateurs). Début Avril, le géant américain a supprimé près de 1 000 pages et comptes, liés au Parti du congrès, et dans une moindre mesure au BJP en raison de spams intempestifs. Par la suite, la messagerie WhatsApp s’est transformée en plateforme de propagation de rumeurs. C’est un phénomène qui a déjà déjà repéré au Brésil, deuxième plus grand utilisateur de l’application derrière l’Inde.

La famille Nehru-Gandhi est une grande dynastie politique. Nombre de ses membres ont été au pouvoir au sein du Congrès national et à la tête de l’Inde.

Les candidats aux élections : Narenda Modi à gauche – Rahul Gandhi à droite.

Amplification des faits via les tensions frontalières et  le terrorisme

La désinformation a atteint des sommets sur le net lors de la récente crise au Cachemire avec le Pakistan. Des comptes contrôlés par l’armée pakistanaise ont notamment été effacé – mais pas seulement. La principale raison de cette recrudescence de désinformation est que la majorité des filtres de Facebook sont élaborés pour la langue anglaise. Dès lors, de nombreuses vidéos ou messages malveillants s’échappent à travers la toile indienne.

En conclusion, ces phénomènes ne sont que le prolongement des campagnes de propagande et de décrédibilisation mutuelles qui entravent les débats et les sujets de fonds. Deux registres s’affrontent lors de ces élections. Narenda Modi et le BJP prônent l’aspect sécuritaire et nationaliste. Rahul Gandhi et le parti du Congrès, conseillé par Thomas Piketty, sont eux plus concentrés sur l’aspect économique. Quoi qu’il en soit, ces élections promettent de rassembler à un nombre record d’électeurs.

Sources :

L’Inde, démocratie dynastique ou démocratie lignagère ? Christophe Jaffrelot – https://spire.sciencespo.fr/hdl:/2441/1d1vlhp8p7t3k7k974ogo34qi/resources/2006-jaffrelot-l-inde.pdf

https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-m/l-edito-m-09-avril-2019

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20180722-inde-achat-avions-francais-rafale-parfum-scandale

https://www.france24.com/fr/video/20190423-inde-plus-grandes-elections-histoire

About Pierre Lacroix

Pierre Lacroix est diplômé d’une Licence de Géographie (Université de Nantes), d’un Master de Relations Internationales, Intelligence Stratégique et Risques Internationaux (Lyon III), puis d’un Master Coopération Internationale et ONG (Paris XIII). Il est rédacteur depuis Mars 2019.

Divisions internes de l’« État Profond » russe quant à l’Asie du Sud

Divisions internes de l’« État Profond » russe quant à l’Asie du Sud


Par Andrew Korybko – Le 22 mars 2019 – Source eurasiafuture.com

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Cela fait déjà quelques années que l’« État profond » russe est profondément divisé au sujet de la situation en Asie du Sud. Mais il est nouveau que la compétition féroce entre les « traditionalistes »indophiles face à la faction « progressiste » menée par Kabulov s’étale aux yeux du public : on assiste à des tentatives d’influence de plus en plus intenses qui risquent de « délégitimer » de l’intérieur la stratégie contemporaine russe d’« équilibrage », alors que le pays traverse des phases de transitions sensibles sur les plan domestique et international.

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Les « Traditionalistes » face aux « Progressistes »

Tout observateur objectif aura déjà remarqué qu’une opération d’influence concertée est en cours auprès de l’opinion publique, pour pousser la Russie à revoir sa stratégie d’« équilibrage », constatée jusqu’ici dans le remarquable processus de paix en Afghanistan, et par le rapprochement avec le Pakistan, qui constitue un événement majeur.

Cette opération est menée par les « Traditionalistes » indophiles, qui sont en compétition acharnée face aux influences croissantes de la faction « Progressiste »menée par Kabulov ; j’ai décrit cette compétition dans deux articles publiés au cours des trois dernières années :

Au sens géopolitique large, le triomphe des « Progressistes » sur les « Traditionalistes »a amené à la formulation de la stratégie générale russe du XXIème siècle : il s’agit de jouer l’« équilibrage », et l’on peut à ce jour l’observer à l’œuvre un peu partout dans l’hémisphère Oriental ; j’ai décrit cette stratégie en détail dans mon article « La stratégie générale russe en Afro-Eurasie (et ce qui pourrait mal tourner) ».

Les opérations d’influence des indophiles

Mais sur le théâtre de l’Asie du Sud, la stratégie russe d’« équilibrage » s’est heurtée à une forte résistance institutionnelle de la part des indophiles. Chose nouvelle, cette résistance a récemment commencé à être exposée aux yeux du public, comme le démontre une multitude d’articles publiés dans les médias internationaux et intérieurs, qui s’opposent indirectement (mais de manière flagrante) à cette politique.

Le schéma en a été le suivant : les organes de presse internationaux ont porté une attention soutenue aux déclarations des dirigeants indiens sur la débâcle d’après Pulwama avec le Pakistan, ainsi que les commentaires qui ont suivi par leurs substituts, qui essayaient de minimiser l’humiliation de l’État voyou [L’Inde, NdT]. En parallèle, une campagne de guerre de l’information accusait [à tort] le Pakistan d’être un « État soutenant le terrorisme », cependant que les médias indiens relayaient massivement des critiques acerbes d’experts russes des négociations étasuniennes en cours avec les Talibans.

Même si aucune de ces opérations ne s’en est prise directement aux relations stratégiques entre la Russie et l’État pivot mondial que représente le Pakistan, ni à son « parrainage diplomatique » de facto des Talibans, les insinuations qu’elles portaient contre les politiques d’« équilibrage » – liées entre elles – sautent aux yeux de tout observateur de la situation en Asie du Sud.

Le désespoir de la défaite

La publication [dans les médias russes] d’une dissidence si forte par une puissante faction de l’« État profond » et de ses soutiens internationaux porte à faux les allégations « fake news » des médias occidentaux, qui n’ont de cesse de clamer que les médias seraient muselés en Russie ; on pourrait même féliciter la Russie d’impliquer son opinion publique dans ces importants sujets de politique étrangère, car c’est une chose que nombre de démocraties (mais pas toutes…) essaient de faire. Mais une question se pose : pourquoi les indophiles ont-ils ressenti le besoin de rendre leurs pressions publiques ? Les « États profonds » de toutes les nations mènent généralement (mot important) ce genre d’action loin des feux de la rampe, afin de préserver l’illusion que l’ensemble de la communauté des stratèges qui définissent les politiques constitue une unité soudée derrière les choix du gouvernement,

Ce développement, inédit en Russie, a été déroulé par désespoir quand les indophiles ont compris à contrecœur que les réussites avant-gardistes des « Progressistes », menés par Kabulov, n’avaient été rendues possibles que par l’accord des dirigeants du pays au plus haut niveau.

La faction indophile, plutôt que d’admettre que les décideurs politiques de la Russie ne considéraient plus ses approches comme œuvrant dans l’intérêt supérieur de la nation, a refusé de rentrer dans le rang et s’est au contraire employée à faire monter la pression de l’opinion publique, dans une ultime tentative de faire revenir le Kremlin sur ses position : c’est ainsi que s’explique l’opération d’influence en cours dans les médias internationaux et surtout intérieurs du pays.

Un calendrier désastreux

Cet événement constitue une première dans l’histoire de la Russie, et cela risque de « délégitimer » de l’intérieur la stratégie moderne du pays, qui consiste à jouer l’« équilibrage », et ce au moment sensible où doivent se dérouler les transitions délicates vers l’ordre mondial multipolaire en émergence, et vers l’ère post-Poutine (que je dénomme PP24 pour Post-Poutine 2024).

Si les autorités avaient mieux argumenté les raisons sous-jacentes au Partenariat stratégique Russie-Pakistan, ainsi que le « parrainage diplomatique » de facto des Talibans face aux publics domestique et international, les indophiles n’auraient sans doute pas pensé à porter cette opération d’influence dans la sphère publique. C’est précisément la faille que j’exposais dans mon article de l’an dernier sur ce qui pourrait mal tourner dans la grande stratégie afro-eurasienne de la Russie que la faction indophile essaye d’exploiter.

On ne saurait douter des intentions patriotes qui animent les membres de cette faction, mais on peut s’inquiéter sérieusement de ce que les efforts de ce groupe ait un effet désastreux si des forces étrangères hostiles essaient d’en tirer profit en exagérant les divisions de l’« État profond » russe, par l’épandage de « fake news »visant à déstabiliser la situation intérieure d’ici à PP24.

Vérités dérangeantes

Cela étant dit, les probabilités de réussite d’un tel scénario sont minces ; mais les indophiles, s’ils poursuivent leurs tentatives de pression intérieures, risquent de semer les graines maléfiques du cynisme anti-étatique et des soupçons quand à l’« État profond » dans l’esprit du public – ce risque serait d’autant plus avéré qu’une partie du public est réceptive aux fausses accusations quant à leur gouvernement « se vendant » à un « État soutenant le terrorisme » (le Pakistan) et soutenant quasiment « traîtreusement » les successeurs spirituels des mêmes  groupes « terroristes » qui tuaient des soldats soviétiques en Afghanistan (les Talibans).

Répétons-le, nous ne saurions trop insister sur le caractère trompeur de ces fables, et sur le fait qu’elles constituent des armes dans une guerre de l’information, mais c’est le manque d’explications fournies par l’État russe pour justifier sa stratégie d’« équilibrage » derrière le Partenariat stratégique Russie-Pakistan et « parrainage diplomatique » de facto des Talibans qui a permis l’environnement social pour une possible prolifération de ces « fake news » et leur exploitation, tant par les indophiles que par les puissances étrangères (pour des raisons et en poursuite d’objectifs très différents).

Pas d’inquiétudes à avoir

Dans tous les cas, il reste fort peu probable que ces deux politiques se voient contrées à l’avenir, surtout si les partenaires de la Russie au Pakistan ne réagissent pas outre mesure aux campagnes d’influence lancées par les indophiles dans les médias internationaux et domestiques russes, poursuivent la trajectoire positive que les deux pays ont entrepris de partager en confiance, et n’essaient pas de faire pression sur la Russie pour accélérer outre mesure l’établissement des liens entre les deux pays par rapport au rythme que la Russie peut sereinement donner à ces relations.

Après tout, les « Progressistes », Kabulov en tête, ont bel et bien triomphé face aux « Traditionalistes » indophiles, et c’est précisément pour cela que les deux politiques étrangères russes sont menées ; c’est également pour cela que les indophiles ont lancé cette opération sans précédent dans les médias russes.

En outre, les indophiles creusent leur propre tombe dès lors que leurs substituts accordent du « crédit » aux « fake news » indiennes mettant en cause le Pakistan et les Talibans. L’ambassadeur d’Inde en Russie en personne a causé des dégâts irréparables dans les relations russo-indiennes, en mentant publiquement quant au refus de son pays d’accepter une médiation internationale, tout en expliquant pourquoi New Delhi rejetait l’intérêt de Moscou à cet égard.

Conclusion

À la vue des événements discutés dans le cadre de la présente analyse, nous pouvons prédire avec un bon niveau de confiance que les efforts sans précédent auprès du public par les « Traditionalistes » indophiles face aux « Progressistes »  menés par Kabulov vont échouer, et que la Russie va renforcer son partenariat stratégique avec le Pakistan, tout en poursuivant son « parrainage diplomatique »  de facto des Talibans.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/divisions-internes-de-letat-profond-russe-quant-a-lasie-du-sud

LA POLITIQUE INDIENNE DE LA FRANCE SOUS EMMANUEL MACRON PARQIU LIN ENSEIGNANTE À L’UNIVERSITÉ DE QINGDAO, DOCTORANTE À L’UNIVERSITÉ DES LANGUES ÉTRANGÈRES DE BEIJING MARS 2019

RÉSUMÉ
Depuis l’établissement d’un partenariat stratégique entre la France et l’Inde en 1998, les
relations bilatérales se sont progressivement développées. Après avoir pris ses fonctions,
Emmanuel Macron s’est efforcé de renforcer le partenariat stratégique entre les deux pays
dans les domaines militaire, économique et culturel. La politique indienne de M. Macron
est non seulement basée sur les considérations de la recherche d’une influence certaine
dans l’océan Indien, mais aussi sur la nécessité de la protection des intérêts stratégiques
de la France dans cette région et du renforcement des liens économiques entre les deux
pays. La politique indienne lui permet de perfectionner son positionnement en Asie. Dans
le même temps, la politique indienne de M. Macron fait également face à de nombreux
défis.
Mots-clés
Emmanuel Macron; France; Inde; diplomatie française

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