Archives pour la catégorie Inde

La mode Modi continue en Inde

La mode Modi continue en Inde

Lors des élections législatives d’avril et mai 2019 en Inde, le Bharatiya Janata Party (BJP, Parti nationaliste hindou) a remporté 301 des 542 sièges de la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement indien. Le parti de Narendra Modi remporte ainsi une victoire écrasante, avec 20 sièges de plus qu’en 2014.

Les élections en Inde, remportées par le BJP et Narendra Modi
Narendra Modi, vainqueur une nouvelle fois des élections en Inde

Une victoire écrasante du BJP et de son dirigeant Narendra Modi

Alors que le parti historique du Congrès, mené par Rahul Gandhi, ne remporte que 52 sièges, Narendra Modi réalise l’exploit, inédit depuis l’indépendance, de porter la droite indienne sur le chemin d’un deuxième mandat consécutif.

Le BJP présentait pourtant un bilan quinquennal en demi-teinte. Malgré des promesses de développement économique mirobolant, le chômage est à son acmé (6,1%) et la croissance en ralentissement (7%). Par ailleurs, les revendications du peuple indien se font nombreuses. C’est le cas par exemple de la grogne agricole en réponse à l’augmentation du prix de l’engrais.

Les raisons d’une telle réussite du BJP

Tout d’abord, Modi a su tirer avantage du quadrillage de fond du territoire indien effectué depuis quelques années pour convaincre une partie de l’électorat. En effet, le parti s’est efforcé de s’actualiser et de s’adapter aux réalités locales dans chaque circonscription. Des réformes microéconomiques ont été menées, telle que la mise en place d’une connexion électrique. De plus, sa parfaite maîtrise des réseaux sociaux et le budget faramineux (supérieur à celui d’Obama) dont le parti a bénéficié lors de la campagne ont joué en sa faveur. C’est surtout la stratégie de son parti qui lui a permis un tel score. Grâce à la faiblesse de l’opposition, et une liberté relativement réduite des instituts de statistiques, Modi n’a pas subi les conséquences de son bilan économique très moyen, dû notamment à ses réformes de réformes de démonétisation, au cœur de son programme en 2014.

Ces échecs macroéconomiques ont été passés sous silence, les questions stratégiques et nationalistes occupant la scène. Modi a ainsi axé sa campagne sur la sécurité nationale, dans un contexte de crise grave au Cachemire. Il a également insisté sur les questions d’hindouité, se posant alors comme le protecteur de la nation. En conséquence, le dirigeant politique a acquis une véritable aura de leader, séduisant l’électorat qui vote par conviction, ou par confiance en ce chef charismatique.

Enfin, une telle réussite s’explique également par l’échec de l’opposition, et notamment du Parti du Congrès. La présidentialisation de la vie politique n’a pas joué en sa faveur. Rahul Gandhi ne semble en effet pas correspondre au rôle qui lui est demandé et ne séduit pas les foules. Cette absence de leader convaincant et son image de parti « dynastique » ont donc poussé l’électorat à se tourner vers un choix de stabilité.

L’Inde entre démocratie illibérale et source d’opportunités

Une telle victoire est-elle signe de stabilité ou de coup d’Etat démocratique ? C’est la question que se pose le sociologue Arjun Appadurai, qui évoque une érosion démocratique au sein du pays. Les chiffres flous au sujet du bilan économique, la démission de certains statisticiens comme acte de désolidarisation, les droits plus ou moins respectés de la minorité musulmane ; tous ces éléments semblent selon lui discréditer l’Inde en tant que « plus grande démocratie du monde ».

Mais a contrario, cette victoire pourrait être vue comme une volonté de stabilité de la part de la population, refusant les coalitions « branlantes ».

Les nombreux défis de Narendra Modi 

Après cette victoire écrasante, Modi devra donc tenir ses promesses d’il y a cinq ans, récemment renouvelées. Les réformes économiques sont urgentes. La mise en place d’une TVA unifiée lors du dernier mandat est un premier pas. De nombreux changements sont cependant attendus pour faciliter les achats de terres et réformer les lois sociales, coûteuses mais inefficaces.

Ce n’est pas tout : le secteur financier, source trop souvent de connivence entre politique et économie, doit être restructuré. Les réformes en matière environnementale doivent devenir une priorité. À titre d’exemple, selon les prévisions, en 2030, la demande indienne en eau dépassera le double des stocks disponibles. Enfin, dans le domaine géopolitique, après des relations délicates avec ses voisins lors de son premier mandat, Modi doit, entre autres, faire face à la friction de ses relations avec les Etats-Unis au regard de ses liens étroits avec l’Iran (exportation de pétrole) et la crise au Cachemire.

Enfin, un défi majeur pour Modi et son parti est son ancrage dans la vie politique régionale. En effet, le BJP a du mal à gagner les élections régionales, ce qui l’oblige à constituer des coalitions avec de plus petits partis. Cela remet ainsi en question sa capacité à accomplir certaines réformes.

Les dés sont désormais jetés et les jeux lancés. Le gouvernement est dans l’élaboration d’un plan de 100 jours. Il devra être à la hauteur de la confiance des Indiens exprimée lors de ces élections envers leur leader.

Sources

http://www.rfi.fr/hebdo/20161216-inde-le-pari-risque-demonetisation-hebdo-modi-billet-economie-recession

LOLA NAYAR, “En pleine période électorale, Inde affronte un chômage record”, Courrier International, 12/04/2019, https://www.courrierinternational.com/article/legislatives-en-pleine-periode-electorale-inde-affronte-un-chomage-record

“Narendra Modi, diriger pour mieux régner”, Courrier International, 10/05/2019, https://www.courrierinternational.com/une/inde-narendra-modi-diviser-pour-mieux-regner

GUILLAUME DELACROIX, “En Inde, le succès triomphal de Narendra Modi”, Courrier International, 23/05/2019, https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/elections-legislatives-en-inde-le-succes-triomphal-de-narendra-modi

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20190410-inde-2019-legislatives-indiennes-bjp-narendra-modi-congres-rahul-gandhi

About Manon REGNOUF

Etudiante à HEC Paris, après deux années de classe prépa ECS à Stanislas.
Publicités

Trump et le premier ministre pakistanais viennent-ils de ruiner les relations irano-indiennes ?

Trump et le premier ministre pakistanais viennent-ils de ruiner les relations irano-indiennes ?


Par Andrew Korybko – Le 22 avril 2019 – Source eurasiafuture.com

andrew-korybkoChacun des deux dirigeants étasunien et pakistanais ont pris une décision très importante, sans que cela soit coordonné, mais quasiment en même temps. Ces décisions pourraient avoir pour effet de ruiner les relations irano-indiennes.

Imran-Rouhani-2
Le Président iranien Assan Rouhani serre la main du premier ministre du Pakistan, Imran Khan

Les relations irano-indiennes pourraient être sur le point d’entrer dans la période la pire de l’histoire moderne, en réaction à deux décisions, prises de manière non coordonnée mais quasiment en même temps par les dirigeants étasunien et pakistanais. Le premier ministre Khan rentre à peine de son premier voyage officiel en Iran, où lui et son hôte ont annoncé que leurs deux pays entraient dans une nouvelle ère de coopération anti-terroriste que l’analyste géopolitique Adam Garrie a analysée de manière détaillée dans son article récent à ce sujet. La balle était bel et bien dans le camp iranien pour mettre un coup d’arrêt au terrorisme balouch anti-pakistanais, j’y avais consacré un article récemment ; et au crédit de Téhéran, ses dirigeants ont fini par le comprendre et ont décidé d’étendre leur partenariat militaire avec l’État pivot mondial qu’est devenu le Pakistan. Voilà qui va grandement compliquer les possibilités de Guerre hybride indienne utilisant clandestinement le territoire iranien pour mener des attaques contre le Pakistan sous couverture, dans des tentatives effrénées de saboter le Couloir économique Chine-Pakistan (CPEC). La visite du premier ministre Khan aura des conséquences étendues et à long terme en matière de sécurité géostratégique dans la Nouvelle guerre froide.

En parallèle de cet événement, Trump a décidé que les USA ne renouvelleraient pas leurs exemptions de sanctions sur le pétrole iranien, et que l’Arabie saoudite Trump_Modiet les Émirats arabes unis, membres du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCG) et partenaires de Washington allaient aider les acheteurs de pétrole de la République islamique à s’approvisionner en pétrole du Golfe comme substitut. L’Inde s’était faite entendre haut et fort l’an dernier, en exprimant sa volonté de défier les sanctions unilatérales étasuniennes contre l’Iran, mais comme je l’avais écrit dans mon article à l’époque sur l’« illusion Indienne », il ne s’agissait que de gesticulations visant à masquer le fait que New Delhi obéissait en réalité au doigt et à l’œil à son nouveau parrain. Mais Trump vient de faire converger tous les regards sur Modi, et cela pourrait sentir le roussi pour le dirigeant indien, candidat à sa propre succession au cours d’un processus électoral long d’un mois, et dont l’aura pourrait en prendre un sacré coup s’il capitule publiquement face aux exigences étasuniennes et laisse l’or noir du Golfe se substituer au pétrole iranien ; je soupçonne depuis fin 2018 – depuis son sommet en Argentine avec le prince saoudien Mohammed Bin Salman qu’il finira par s’y résoudre. De cet angle, la décision étasunienne pourrait constituer un nouvel épisode de la tactique du « mauvais flic » contre Modi, pour forcer l’Inde à lâcher quelques concessions stratégiques supplémentaires.

Il ne serait donc pas exagérer d’écrire que Trump et le Premier ministre Khan viennent peut-être de ruiner les relations irano-indiennes pour de bon, car les effets combinés de leurs décisions respectives pèseront chacun sur ces relations. Le dirigeant pakistanais a exposé les machinations terroristes de Guerre hybride de l’Inde au cours de ses discussions avec les dirigeants iraniens, ce qui explique sans doute pourquoi les deux nations voisines ont décidé d’insuffler un nouvel élan à leur coopération militaire mutuelle. Et cela pendant que le dirigeant étasunien force l’Inde a mettre fin à ses importations de pétrole iranien, sous la  menace de lui infliger des « sanctions secondaires » au potentiel dévastateur, et de remplacer ses ressources énergétiques par les adversaires acharnés de l’Iran, les États du Golfe. Même si l’Iran et l’Inde conservent des intérêts stratégiques en commun dans le couloir de Chabahar et dans le couloir de transport Nord-Sud, la confiance qui jusqu’alors constituait la toile de fond de leurs relations est à présent brisée, et leurs liens ne seront plus jamais les mêmes. Le résultat final est bénéfique aux USA et au Pakistan, pour des raisons différentes, et pourrait d’ailleurs, chose intéressante, résulter par effet de bord de la coopération diplomatique récente de ces deux pays en Afghanistan.

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

La Russie en tête du classement mondial des acheteurs d’or alors qu’elle se détourne du dollar américain

La Russie en tête du classement mondial des acheteurs d’or alors qu’elle se détourne du dollar américain

La Russie en tête du classement mondial des acheteurs d'or alors qu'elle se détourne du dollar américain

Les réserves mondiales d’or ont augmenté de 145,5 tonnes du début de l’année à la fin du mois de mars, soit une augmentation de 68% par rapport à la même période de 2018. C’est la plus forte augmentation des réserves mondiales pour cette période depuis 2013, selon le Rapport du World Gold Council (WSG), publié jeudi.

La banque centrale russe a ajouté 55,3 tonnes à ses voûtes au premier trimestre, portant ses vastes réserves d’or à 2 168,3 tonnes, ce qui en fait de nouveau le premier acheteur d’or, a indiqué le rapport.

AUSSI SUR RT.COMCinq pays avec les plus grandes réserves d’or au monde« La Russie a acheté 274,3 t en 2018 – la quatrième année consécutive d’augmentation de + 200 t – tout en réduisant de manière drastique ses avoirs dans le Trésor américain, dans le cadre de sa campagne de » réduction du dollar « , a déclaré le conseil.

La Chine s’est classée deuxième parmi les plus gros acheteurs au cours de la période, avec 33 tonnes. Beijing a repris ses achats en décembre, après une pause de plus de deux ans. Plusieurs autres pays ont considérablement augmenté leurs réserves d’or, notamment l’Équateur, la Turquie, l’Inde et le Kazakhstan.

AUSSI SUR RT.COMJusqu’à ce que la dette nous SÉPARE: la Russie et la Chine continuent de se débarrasser des trésors américainsLe désir d’acheter le métal précieux a été motivé par «l’incertitude économique causée par les tensions commerciales, une croissance atone et un environnement de taux d’intérêt bas / négatifs» , a noté le WSG.

La Russie est actuellement le cinquième plus grand détenteur d’or au monde et si la tendance haussière actuelle se maintient, elle pourrait devancer la France et l’Italie et entrer parmi les trois premiers détenteurs d’or d’ici un an.

https://www.rt.com/business/458281-russia-leading-gold-buyer/

Après Bibi, Poutine essaye d’aider à la ré-élection de Modi

Après Bibi, Poutine essaye d’aider à la ré-élection de Modi


Par Andrew Korybko – Le 15 avril 2019 – Source eurasiafuture.com

andrew-korybko

Le président Poutine a décoré le premier ministre Modi de la plus haute distinction civile russe, l’Ordre de Saint-André, juste après le lancement du processus électoral d’un mois en Inde : il s’agit d’améliorer ses chances de ré-élection, à l’instar du service rendu il y a peu pour Bibi en « Israël » : Poutine lui a fait remettre les restes de 20 soldats de Tsahal, retrouvés en Syrie par les Russes à la demande de Tel Aviv.

L’intervention diplomatique de Poutine

La Russie tient à ce que Modi soit ré-élu, et ne craint pas que cette préférence soit connue du reste du monde en décorant le premier ministre indien sortant de la plus haute et plus prestigieuse distinction civile russe juste après le lancement du processus électoral en Inde. Cette décoration souligne sans ambage le soutien russe pour Modi, à l’instar de la remise par Poutine au premier ministre d’« Israël », Netanyahu (« Bibi ») des restes de 20 soldats de Tsahal retrouvés spécialement par l’armée russe en Syrie à la demande de Tel Aviv. Dans le dernier cas, la mise en place du « Rusraël de Poutinyahu » constituait la motivation évidente de l’aide sans précédent accordée par Moscou à son partenaire du Moyen-Orient ; les motivations poussant Poutine à soutenir la ré-élection de Modi sont moins lumineuses.

Le sauvetage de « frère » Bibi

Soyons clairs : les actions du dirigeant russe ne relèvent pas de l’« ingérence », malgré le fait qu’elles visent clairement à améliorer les résultats électoraux des sortants : elles sont réalisées ouvertement, à la tête de l’État, et non pas de la manière clandestine que les médias établis occidentaux ont conditionné les masses à imaginer quand on utilise ce terme d’ingérence. Il ne fait aucun doute que l’intervention diplomatique de dernière minute consentie par Poutine en faveur de Netanyahu a permis de faire basculer l’élection vers la victoire de ce dernier, mais personne en « Israël » n’accuse sérieusement le premier ministre de constituer une « marionnette russe ». En fait, ceux qui ont voté pour lui à cause de l’énorme faveur que la Russie a faite à « Israël » en restituant les restes des « FDI »l’ont fait précisément parce qu’ils veulent que le titulaire continue à renforcer les relations bilatérales et perpétue indéfiniment l’existence du « Rusraël de Putinyahu ».

La vache à lait russe

Et l’on pourrait de fait assister à quelque chose de très proche en Inde, quoique les raisons diffèrent. Aucun dessein géopolitique profond n’est à constater derrière la décoration par Poutine de Modi : les deux dirigeants ne semblent s’intéresser qu’à poursuivre leurs affaires en matière d’industrie de la défense et en matière d’énergie nucléaire. Les contrats que cela ouvre à la Russie sont plus importants que jamais : ils soulagent le pays de ses sanctions, cependant que les indiens en retirent un accès aux technologies de pointe, malgré la poursuite de leur stratégie de diversification des approvisionnements hors de Russie et vers les nouveaux partenaires occidentaux que constituent les USA, la France, et « Israël ». Mais au train où vont les choses, le remplacement ne sera pas effectif avant une bonne décennie, et la Russie sait que cinq années de Modi supplémentaires lui garantiront beaucoup plus d’affaires à signer au cours de ce mandat.

Les « élites » n’y comprennent plus rien

Mais les experts indiens sont complètement déboussolés : le Pakistangate apparaît comme décisif dans les élections, après que le premier ministre Khan a déclaré qu’une réélection de Modi constituerait la meilleure perspective de paix au Cachemire. Les « intellos » des milieux réactionnaires se sont dès lors mis à propager l’information selon laquelle le BJP [le parti politique de Modi, NdT] et la coalition qu’il dirige, à l’opposé de celle qui tient le Congrès indien, constituerait le « premier choix du Pakistan ». Mais voici que le président Poutine en personne affiche son soutien au sortant, au point de synchroniser la remise d’une distinction honorifique avec le lancement du processus électoral. Il est tabou en Inde pour tous les partis politiques de s’en prendre ouvertement à la Russie et à ce qu’elle défend, mais le fait est là : le « choix de Poutine » coïncide avec le « choix du Pakistan », et le dirigeant russe est peut-être en train de marcher sur les traces du dirigeant pakistanais, en soutenant Modi indirectement.

Des paroles ou des actes

Des influences manipulatrices au seins des médias pourraient commencer à affirmer l’existence d’un complot russo-pakistanais pour exercer une guerre hybride sur le monde entier, mais en réalité, la seule preuve qui est faite est celle du pragmatisme des dirigeants des deux grandes puissances. Le président Poutine veut simplement signer de nouveaux contrats en milliards de dollars lors du possible second mandat de Modi, tandis que le premier ministre Khan anticipe avec sagesse que la résistance de la droite indienne à un accord sur le Cachemire sera moins virulente sous Modi qu’elle ne le serait si la gauche, qui a la main sur le Congrès en Inde, prenait également la tête du gouvernement. Et la différence existe, en outre, entre le Premier ministre Khan qui n’a fait qu’exprimer son opinion sans mener aucune action, alors que le président Poutine a sorti le tapis rouge pour accorder les plus hauts honneurs à Modi, à un instant très stratégique, en vue de lui faciliter la tâche, en jouant sur la nostalgie du « Bhai Bhai russo-indien ».

De la pakistophobie à la russophobie ?

Quiconque vient dès lors dénoncer une « ingérence » pakistanaise dans les élections indiennes est donc obligé d’en dire autant de la variante russe : le président Poutine a fait bien plus pour faciliter la ré-élection de Modi que le premier ministre Khan. On n’essaye pas d’établir ici qui s’est « ingéré », mais de mettre le doigt sur le deux poids, deux mesures, qui a amené la classe « intellectuelle » indienne en état de dissonance cognitive, et de ne plus savoir à quel saint se vouer. Continuer à s’en prendre au Pakistan pour une variante bien plus légère que celle livrée par les russes impliquerait Moscou par sous-entendu, mais le Pakistan constitue une telle obsession pour nombre d’entre eux lors de cette élection qu’il est quasiment impossible pour les Indiens de cesser d’en parler. Il sera intéressant de voir si la pakistanophobie se tarit ou si elle mute en russophobie d’ici à la fin du processus électoral indien.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

 

https://lesakerfrancophone.fr/apres-bibi-poutine-essaye-daider-a-la-re-election-de-modi

Élections indiennes et campagnes de désinformations

Élections indiennes et campagnes de désinformations

Le 11 avril dernier, avait lieu le lancement des élections législatives indiennes de 2019. Le Premier ministre Narendra Modi du Bharatiya Janata Party (BJP) brigue un second mandat face à Rahul Gandhi du Congrès national indien –  héritier de la famille Nehru-Gandhi. Sept phases de vote réparties sur six semaines (fin le 19 mai) pour élire 543 députés. Les élections législatives indiennes prennent la forme d’un véritable marathon.

Tour d’horizon des spécificités électorales indiennes

Avant toutes choses, petite piqure de rappel : L’Inde élit actuellement la XVIIe législature de la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement. La chambre haute (Rajya Sabha), est elle, élue par voix indirecte. En raison d’un nombre très important d’électeurs, les scrutins ne peuvent tenir en une journée. Plusieurs phases sont alors nécessaires pour élire ces députés qui seront en poste pour 5 ans. Un véritable défi logistique pour ce qui est la plus grande démocratie du monde : une population 1,3 milliard (900 millions d’électeurs potentiels). En 2014, lors de la victoire du BJP, le taux de participation en 2014 fut de 66%. Somme toute, un record depuis les deux scrutins précédents.

On parle généralement de l'Inde comme de la plus grande démocratie au monde, au regard du nombre d'électeurs.
L’Inde est une république fédérale composée de vingt-neuf États et sept territoires.

Pour le moment, les deux premières phases de vote ont rassemblées environ 70% des électeurs. C’est une preuve de la ferveur et du niveau d’agitation actuelle, notamment l’émotion liée aux attaques terroristes. Les élections de 2014 avaient été historiques. Aucun parti n’avait obtenu à lui seul une majorité claire de sièges au Lok Sabha depuis 1984, année de l’assassinat de l’ancienne première ministre Indira Gandhi. Dominique Moïsi, dans son livre Géopoltique de l’émotion parlait d’ailleurs d’un Etat fortement marqué par l’espoir, et ce, malgré les évènements tragiques qui ont marqué son histoire.

Rahul Gandhi, le challenger

Principal opposant du premier ministre sortant, Rahul Gandhi est le fils de l’ancien Premier ministre Rajiv Gandhi, ainsi que de l’ancienne présidente du Congrès Sonia Gandhi. Il est l’héritier de la famille Nehru-Gandhi depuis sa prise de poste en tant que président du parti du Congrès depuis décembre 2017. Avec sa soeur Prianka Gandhi, ils incarnent la principale force d’opposition.

Elections sous tension et polémiques contemporaines

Les campagnes actuelles sont les élections les plus chères de l’histoire, après les dernières élections américaines. Le système de financement des partis politiques est très opaque, en particulier à travers les réseaux sociaux qui permettent de rassembler un nombre de plus en plus important d’électeurs.

Divers fumées de corruption soufflent sur le gouvernement de Modi en perte de vitesse. D’abord, dans les affaires d’achat de rafales à la France. En effet, Rahul Gandhi et d’autres grandes figures politiques régionales indiennes ont accusé l’Etat de cacher des détails sur les contrats d’achat. La diffusion de cette affaire auprès de l’opinion publique a entaché la popularité du BJP. Les polémiques et scandales furent affaires courantes durant ces 5 dernières années. Rappelons également que la construction d’une statue haute de 182 mètres dans dans une région reculée du Gujarat fut vivement critiquée.

Autre polémique importante récente, la multiplication de « fake news » sur la toile qui inquiète fortement les observateurs. Les campagnes très intenses des deux partis ont relayé de nombreuses infox – banalisant la désinformation sur Facebook (300 millions d’utilisateurs). Début Avril, le géant américain a supprimé près de 1 000 pages et comptes, liés au Parti du congrès, et dans une moindre mesure au BJP en raison de spams intempestifs. Par la suite, la messagerie WhatsApp s’est transformée en plateforme de propagation de rumeurs. C’est un phénomène qui a déjà déjà repéré au Brésil, deuxième plus grand utilisateur de l’application derrière l’Inde.

La famille Nehru-Gandhi est une grande dynastie politique. Nombre de ses membres ont été au pouvoir au sein du Congrès national et à la tête de l’Inde.

Les candidats aux élections : Narenda Modi à gauche – Rahul Gandhi à droite.

Amplification des faits via les tensions frontalières et  le terrorisme

La désinformation a atteint des sommets sur le net lors de la récente crise au Cachemire avec le Pakistan. Des comptes contrôlés par l’armée pakistanaise ont notamment été effacé – mais pas seulement. La principale raison de cette recrudescence de désinformation est que la majorité des filtres de Facebook sont élaborés pour la langue anglaise. Dès lors, de nombreuses vidéos ou messages malveillants s’échappent à travers la toile indienne.

En conclusion, ces phénomènes ne sont que le prolongement des campagnes de propagande et de décrédibilisation mutuelles qui entravent les débats et les sujets de fonds. Deux registres s’affrontent lors de ces élections. Narenda Modi et le BJP prônent l’aspect sécuritaire et nationaliste. Rahul Gandhi et le parti du Congrès, conseillé par Thomas Piketty, sont eux plus concentrés sur l’aspect économique. Quoi qu’il en soit, ces élections promettent de rassembler à un nombre record d’électeurs.

Sources :

L’Inde, démocratie dynastique ou démocratie lignagère ? Christophe Jaffrelot – https://spire.sciencespo.fr/hdl:/2441/1d1vlhp8p7t3k7k974ogo34qi/resources/2006-jaffrelot-l-inde.pdf

https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-m/l-edito-m-09-avril-2019

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20180722-inde-achat-avions-francais-rafale-parfum-scandale

https://www.france24.com/fr/video/20190423-inde-plus-grandes-elections-histoire

About Pierre Lacroix

Pierre Lacroix est diplômé d’une Licence de Géographie (Université de Nantes), d’un Master de Relations Internationales, Intelligence Stratégique et Risques Internationaux (Lyon III), puis d’un Master Coopération Internationale et ONG (Paris XIII). Il est rédacteur depuis Mars 2019.

Divisions internes de l’« État Profond » russe quant à l’Asie du Sud

Divisions internes de l’« État Profond » russe quant à l’Asie du Sud


Par Andrew Korybko – Le 22 mars 2019 – Source eurasiafuture.com

andrew-korybko

Cela fait déjà quelques années que l’« État profond » russe est profondément divisé au sujet de la situation en Asie du Sud. Mais il est nouveau que la compétition féroce entre les « traditionalistes »indophiles face à la faction « progressiste » menée par Kabulov s’étale aux yeux du public : on assiste à des tentatives d’influence de plus en plus intenses qui risquent de « délégitimer » de l’intérieur la stratégie contemporaine russe d’« équilibrage », alors que le pays traverse des phases de transitions sensibles sur les plan domestique et international.

modi-russia

Les « Traditionalistes » face aux « Progressistes »

Tout observateur objectif aura déjà remarqué qu’une opération d’influence concertée est en cours auprès de l’opinion publique, pour pousser la Russie à revoir sa stratégie d’« équilibrage », constatée jusqu’ici dans le remarquable processus de paix en Afghanistan, et par le rapprochement avec le Pakistan, qui constitue un événement majeur.

Cette opération est menée par les « Traditionalistes » indophiles, qui sont en compétition acharnée face aux influences croissantes de la faction « Progressiste »menée par Kabulov ; j’ai décrit cette compétition dans deux articles publiés au cours des trois dernières années :

Au sens géopolitique large, le triomphe des « Progressistes » sur les « Traditionalistes »a amené à la formulation de la stratégie générale russe du XXIème siècle : il s’agit de jouer l’« équilibrage », et l’on peut à ce jour l’observer à l’œuvre un peu partout dans l’hémisphère Oriental ; j’ai décrit cette stratégie en détail dans mon article « La stratégie générale russe en Afro-Eurasie (et ce qui pourrait mal tourner) ».

Les opérations d’influence des indophiles

Mais sur le théâtre de l’Asie du Sud, la stratégie russe d’« équilibrage » s’est heurtée à une forte résistance institutionnelle de la part des indophiles. Chose nouvelle, cette résistance a récemment commencé à être exposée aux yeux du public, comme le démontre une multitude d’articles publiés dans les médias internationaux et intérieurs, qui s’opposent indirectement (mais de manière flagrante) à cette politique.

Le schéma en a été le suivant : les organes de presse internationaux ont porté une attention soutenue aux déclarations des dirigeants indiens sur la débâcle d’après Pulwama avec le Pakistan, ainsi que les commentaires qui ont suivi par leurs substituts, qui essayaient de minimiser l’humiliation de l’État voyou [L’Inde, NdT]. En parallèle, une campagne de guerre de l’information accusait [à tort] le Pakistan d’être un « État soutenant le terrorisme », cependant que les médias indiens relayaient massivement des critiques acerbes d’experts russes des négociations étasuniennes en cours avec les Talibans.

Même si aucune de ces opérations ne s’en est prise directement aux relations stratégiques entre la Russie et l’État pivot mondial que représente le Pakistan, ni à son « parrainage diplomatique » de facto des Talibans, les insinuations qu’elles portaient contre les politiques d’« équilibrage » – liées entre elles – sautent aux yeux de tout observateur de la situation en Asie du Sud.

Le désespoir de la défaite

La publication [dans les médias russes] d’une dissidence si forte par une puissante faction de l’« État profond » et de ses soutiens internationaux porte à faux les allégations « fake news » des médias occidentaux, qui n’ont de cesse de clamer que les médias seraient muselés en Russie ; on pourrait même féliciter la Russie d’impliquer son opinion publique dans ces importants sujets de politique étrangère, car c’est une chose que nombre de démocraties (mais pas toutes…) essaient de faire. Mais une question se pose : pourquoi les indophiles ont-ils ressenti le besoin de rendre leurs pressions publiques ? Les « États profonds » de toutes les nations mènent généralement (mot important) ce genre d’action loin des feux de la rampe, afin de préserver l’illusion que l’ensemble de la communauté des stratèges qui définissent les politiques constitue une unité soudée derrière les choix du gouvernement,

Ce développement, inédit en Russie, a été déroulé par désespoir quand les indophiles ont compris à contrecœur que les réussites avant-gardistes des « Progressistes », menés par Kabulov, n’avaient été rendues possibles que par l’accord des dirigeants du pays au plus haut niveau.

La faction indophile, plutôt que d’admettre que les décideurs politiques de la Russie ne considéraient plus ses approches comme œuvrant dans l’intérêt supérieur de la nation, a refusé de rentrer dans le rang et s’est au contraire employée à faire monter la pression de l’opinion publique, dans une ultime tentative de faire revenir le Kremlin sur ses position : c’est ainsi que s’explique l’opération d’influence en cours dans les médias internationaux et surtout intérieurs du pays.

Un calendrier désastreux

Cet événement constitue une première dans l’histoire de la Russie, et cela risque de « délégitimer » de l’intérieur la stratégie moderne du pays, qui consiste à jouer l’« équilibrage », et ce au moment sensible où doivent se dérouler les transitions délicates vers l’ordre mondial multipolaire en émergence, et vers l’ère post-Poutine (que je dénomme PP24 pour Post-Poutine 2024).

Si les autorités avaient mieux argumenté les raisons sous-jacentes au Partenariat stratégique Russie-Pakistan, ainsi que le « parrainage diplomatique » de facto des Talibans face aux publics domestique et international, les indophiles n’auraient sans doute pas pensé à porter cette opération d’influence dans la sphère publique. C’est précisément la faille que j’exposais dans mon article de l’an dernier sur ce qui pourrait mal tourner dans la grande stratégie afro-eurasienne de la Russie que la faction indophile essaye d’exploiter.

On ne saurait douter des intentions patriotes qui animent les membres de cette faction, mais on peut s’inquiéter sérieusement de ce que les efforts de ce groupe ait un effet désastreux si des forces étrangères hostiles essaient d’en tirer profit en exagérant les divisions de l’« État profond » russe, par l’épandage de « fake news »visant à déstabiliser la situation intérieure d’ici à PP24.

Vérités dérangeantes

Cela étant dit, les probabilités de réussite d’un tel scénario sont minces ; mais les indophiles, s’ils poursuivent leurs tentatives de pression intérieures, risquent de semer les graines maléfiques du cynisme anti-étatique et des soupçons quand à l’« État profond » dans l’esprit du public – ce risque serait d’autant plus avéré qu’une partie du public est réceptive aux fausses accusations quant à leur gouvernement « se vendant » à un « État soutenant le terrorisme » (le Pakistan) et soutenant quasiment « traîtreusement » les successeurs spirituels des mêmes  groupes « terroristes » qui tuaient des soldats soviétiques en Afghanistan (les Talibans).

Répétons-le, nous ne saurions trop insister sur le caractère trompeur de ces fables, et sur le fait qu’elles constituent des armes dans une guerre de l’information, mais c’est le manque d’explications fournies par l’État russe pour justifier sa stratégie d’« équilibrage » derrière le Partenariat stratégique Russie-Pakistan et « parrainage diplomatique » de facto des Talibans qui a permis l’environnement social pour une possible prolifération de ces « fake news » et leur exploitation, tant par les indophiles que par les puissances étrangères (pour des raisons et en poursuite d’objectifs très différents).

Pas d’inquiétudes à avoir

Dans tous les cas, il reste fort peu probable que ces deux politiques se voient contrées à l’avenir, surtout si les partenaires de la Russie au Pakistan ne réagissent pas outre mesure aux campagnes d’influence lancées par les indophiles dans les médias internationaux et domestiques russes, poursuivent la trajectoire positive que les deux pays ont entrepris de partager en confiance, et n’essaient pas de faire pression sur la Russie pour accélérer outre mesure l’établissement des liens entre les deux pays par rapport au rythme que la Russie peut sereinement donner à ces relations.

Après tout, les « Progressistes », Kabulov en tête, ont bel et bien triomphé face aux « Traditionalistes » indophiles, et c’est précisément pour cela que les deux politiques étrangères russes sont menées ; c’est également pour cela que les indophiles ont lancé cette opération sans précédent dans les médias russes.

En outre, les indophiles creusent leur propre tombe dès lors que leurs substituts accordent du « crédit » aux « fake news » indiennes mettant en cause le Pakistan et les Talibans. L’ambassadeur d’Inde en Russie en personne a causé des dégâts irréparables dans les relations russo-indiennes, en mentant publiquement quant au refus de son pays d’accepter une médiation internationale, tout en expliquant pourquoi New Delhi rejetait l’intérêt de Moscou à cet égard.

Conclusion

À la vue des événements discutés dans le cadre de la présente analyse, nous pouvons prédire avec un bon niveau de confiance que les efforts sans précédent auprès du public par les « Traditionalistes » indophiles face aux « Progressistes »  menés par Kabulov vont échouer, et que la Russie va renforcer son partenariat stratégique avec le Pakistan, tout en poursuivant son « parrainage diplomatique »  de facto des Talibans.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/divisions-internes-de-letat-profond-russe-quant-a-lasie-du-sud

LA POLITIQUE INDIENNE DE LA FRANCE SOUS EMMANUEL MACRON PARQIU LIN ENSEIGNANTE À L’UNIVERSITÉ DE QINGDAO, DOCTORANTE À L’UNIVERSITÉ DES LANGUES ÉTRANGÈRES DE BEIJING MARS 2019

RÉSUMÉ
Depuis l’établissement d’un partenariat stratégique entre la France et l’Inde en 1998, les
relations bilatérales se sont progressivement développées. Après avoir pris ses fonctions,
Emmanuel Macron s’est efforcé de renforcer le partenariat stratégique entre les deux pays
dans les domaines militaire, économique et culturel. La politique indienne de M. Macron
est non seulement basée sur les considérations de la recherche d’une influence certaine
dans l’océan Indien, mais aussi sur la nécessité de la protection des intérêts stratégiques
de la France dans cette région et du renforcement des liens économiques entre les deux
pays. La politique indienne lui permet de perfectionner son positionnement en Asie. Dans
le même temps, la politique indienne de M. Macron fait également face à de nombreux
défis.
Mots-clés
Emmanuel Macron; France; Inde; diplomatie française

POUR LIRE LA SUITE / CLIQUEZ SUR LE LIEN :

http://www.iris-france.org/wp-content/uploads/2019/03/Asia-Focus-106.pdf

 

QUAD à trois roues

QUAD à trois roues

Publié le 10 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisSous-continent indienChine

Mauvaise nouvelle pour l’empire, une de plus : tonton Sam a eu un accident de QUAD. Aux dernières nouvelles, il boîte bas et a le moral dans ses rangers. Le fidèle lecteur, lui, était prévenu. Il y a cinq mois, nous écrivions, après la très importante visite de Vladimirovitch à New Delhi :

Poutine et Modi ont, dans leur déclaration finale, insisté à plusieurs reprises sur la « nécessité de consolider le monde multipolaire et les relations multilatérales ». Ils ont même évoqué l’idée d’une architecture de sécurité régionale dans la zone indo-pacifique. Décodage : l’unipolarité américaine est rejetée. En un mot :

Pour Moon of Alabama et l’excellent Bhadrakumar, Modi a signé la fin du QUAD. Quézako ? Votre serviteur a déjà eu l’occasion d’expliquer la stratégie américaine des chaînes d’îles afin de contenir l’Eurasie :

Les Philippines sont d’importance : dans l’encerclement de l’Eurasie par les Etats-Unis, elles sont la clé du sud-est.

Elle fait même partie d’un réseau de containment mis en place par les Etats-Unis dans les années 50 : l’Island chain strategy ou, en bon français, stratégie des chaînes d’îles. Si ce fait est très peu connu en Europe et n’est jamais évoqué dans les médias, même les moins mauvais, il occupe pourtant les pensées des amiraux chinois et américains ainsi que les états-majors de tous les pays de la région ou les publications spécialisées (tag spécial dans The Diplomat, revue japonaise par ailleurs très favorable à l’empire).

Petite parenthèse historique : la réflexion stratégique autour des îles du Pacifique-ouest commença dès le début du XXème siècle, quand les Etats-Unis mirent la main sur les anciennes colonies espagnoles de Guam et… des Philippines (1898), tandis que l’Allemagne occupait les îles Marianne et Palau, et que la marine japonaise prenait son essor en dépossédant la Chine de Taïwan (1895). C’est à Haushofer, attaché militaire allemand au Japon de 1908 à 1910, que l’on doit les premières analyses sérieuses, où apparaissent déjà des considérations bien actuelles (rideau de protection, nœuds stratégiques etc.)

Pour Haushofer, cependant, ces chaînes d’îles constituaient pour les Etats continentaux comme la Chine ou l’Inde un rempart face aux menées des puissances maritimes. Les vicissitudes du XXème siècle et l’inexorable extension de l’empire US ont retourné la donne : ces arcs insulaires étaient désormais un rideau de fer contenant l’Eurasie (le bloc sino-soviétique durant la Guerre froide) et « protégeant » le Pacifique américanisé.

Ce qui nous amène au Grand jeu actuel. Que le domino philippin tombe et c’est la première chaîne qui est sérieusement ébréchée. La deuxième ligne étant plus virtuelle (car uniquement maritime, sans armature terrestre véritable), c’est le Pacifique, donc les côtes américaines, qui s’ouvrent partiellement à la Chine :

Pour faire simple, le QUAD est la troisième chaîne de containment de la Chine, composé de puissances économiques importantes, en arrière ligne, inféodées aux Etats-Unis : Japon, Australie et, du moins dans les rêves des stratèges US, Inde. Cette alliance informelle, créée au milieu des années 2000, a traversé diverses vicissitudes et connaît un regain de forme avec la sinophobie primaire du Donald, pour une fois d’accord avec son Deep State. D’aucuns voient dans le QUAD le prémisse d’une OTAN indo-pacifique.

Il y a deux mois, Modi avait déjà mis le holà, montrant ainsi de profondes divergences entre l’Inde et les deux autres valets de l’empire. Son idée de sécurité régionale, avancée lors du sommet avec Poutine, semble enfoncer un clou dans le cercueil du QUAD.

Bingo ! L’amiral Phil Davidson, chef du commandement indo-pacifique de la flotte américaine, vient de reconnaître que le QUAD est mis en sommeil pour une durée indéfinie. En cause, le refus entêté de New Delhi d’en faire une alliance anti-chinoise, c’est-à-dire un outil de l’impérialisme US dans la région. Et le bonhomme de continuer : « Nous avons remis le sujet sur la table à plusieurs reprises mais le patron de la marine indienne, l’amiral Sunil Lanba, nous a très clairement fait comprendre que le QUAD n’avait pas de potentiel dans l’immédiat ». En décodé : nous ne sommes pas intéressés.

A la Chine maintenant de faire preuve d’intelligence et de renvoyer l’ascenseur à New Delhi, en cessant par exemple de prendre constamment parti pour le Pakistan dans sa guéguerre avec l’Inde. Les toutes dernières déclarations de Pékin, plus équilibrées et appelant les deux frères ennemis au dialogue, vont dans ce sens.

Séléné entre dans le Grand jeu

Séléné entre dans le Grand jeu

Publié le 2 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in ChineRussieEtats-Unis

Cachemire, Iran, Venezuela, Corée, Syrie… Les points chauds du globe se multiplient dans un Grand jeu en perpétuel mouvement, encore compliqué par l’erratisme de la tête impériale suite à l’élection de Trump. L’Inde et le Pakistan sont en crise ouverte et s’échangent joyeusement obus et bisbilles aériennes suite à l’attentat cachemiri. Le Venezuela attend toujours la tentative de putsch de Washington, qui commence à traîner en longueur après le fiasco de Cúcuta où le « concert humanitaire » a fait un flop musical assourdissant et l’aide américaine a été stoppée net. L’auto-proclamé Guaido est sorti du pays et ne sait plus trop comment y rentrer… En Syrie, le califat daéchique vit ses dernières heures et l’incertitude demeure sur la suite des événements qui sous-tendent la grande problématique de la guerre, à savoir la reconstitution totale de l’arc chiite. Le sommet Donald-Kim III d’Hanoï a échoué, laissant lui aussi dans l’expectative la question fondamentale derrière l’événementiel coréen : la présence militaire US en Extrême-Orient et le containment de l’Eurasie dans le Pacifique. Ne parlons même pas de la Baltique, où le Nord Stream II avance à grands pas (déjà 70% de tubes posés !), ni de l’Afghanistan où les Talibans progressent encore et sont l’un des éléments clé de la recomposition de l’Asie centrale et de la Caspienne, zone stratégique entre toutes.

Mais laissons un instant tout cela et quittons notre bonne vieille Terre pour conter fleurette à cette chère Séléné, déesse grecque de la lune. Dans un billet novateur, un honorable correspondant de nos Chroniquesabordait un point extrêmement important il y a deux ans :

Dans ce contexte de nouvelle ruée vers l’or, il convient de se demander quel cadre juridique est à l’heure actuelle en place pour contrôler l’expansion commerciale terrestre sur les corps célestes comme les planètes. Et à cette question, la réponse est bien mince. Oh, il existe bienun traité poussiéreux de l’ONU datant de 1967, qui interdisait à toute nation de s’approprier tout ou partie d’un corps céleste, ainsi que d’y installer une quelconque présence militaire.

Mais l’administration Obama a décidé de rouler dessus avec le Space Resource Act voté par le Congrès en juin 2015, qui invalide explicitement et unilatéralement les accords de non-appropriation. Son contenu est simple : le Président a toute latitude pour faciliter l’accès aux ressources extra-terrestres, leur transfert ininterrompu et leur libre vente par des entreprises américaines. Il va de soi que de telles opérations seront encadrées, cofinancées et/ou équipées par le complexe militaro-industriel, les enjeux étant trop immenses pour être laissés à la chance.

Comment garantir aux futures colonies minières, sur la Lune ou ailleurs, la sécurité des hommes et des équipements engagés ? À cette question aussi, la réponse est simple, typiquement américaine : on apprenait il y a seulement quelques jours la création d’un corps de Marines de l’espace au sein de l’armée américaine, sous le commandement d’un général 3-étoiles. Le Congrès est plutôt pour ; du côté de l’Air Force par contre, qui s’occupe ordinairement de ces affaires, on n’est pas du tout mais alors pas du tout content. Mais doit-on encore s’étonner des frasques de l’appareil US, prisonnier de ses annonces, annonces d’annonces et annonces d’annonces d’annonces…

Pas de réaction publique côté OCS, comme souvent. Les Chinois sont déjà sur la Lune depuis plusieurs années de toute façon, et les Russes ont toujours le quasi-monopole du marché du vol habité (…) Au-delà de ces considérations politiques, et en l’absence de toute législation solide, comment éviter également la privatisation galopante qui menace à court terme d’envahir la Lune, et au-delà, Mars et la ceinture d’astéroïdes ? Derrière les géants 3.0, c’est une armada d’entreprises de toutes origines qui se précipite pour glaner une part du gâteau. Accès commercial à l’espace, télécommunications, services de fret… C’est toute une logistique qui se met en place, avec pour seul but l’exploitation totale et froidement efficace de toutes les ressources accessibles dans l’espace plus ou moins proche (…)

On comprend mieux dès lors la tendance protectionniste des États-Unis, qui resserrent leurs activités autour du profit strictement national, et le rapprochement Russie/Inde/Chine qui s’établit pour le bloc OCS. La bataille ne fait que commencer, et elle s’annonce âpre.

L’affaire devient sérieuse et ne relève plus de la science fiction. Des scientifiques européens viennent d’annoncer un ambitieux plan d’établissement de mines sur la lune pour la décennie à venir, rejoignant dans la danse Chinois, Américains, Russes et Indiens. Le but : un isotope à la valeur astronomique, très présent dans le régolithe, cette couche de poussière qui recouvre la Lune. Extrêmement rare sur terre, l’hélium 3 sert dans le domaine médical ou sécuritaire (détection des matériaux radioactifs). Surtout, il permettrait une fusion nucléaire propre, révolutionnant le concept d’énergie sur Terre en donnant lieu à la construction d’une foule de petits réacteurs. On comprend dans ces conditions que son prix atteigne des niveaux faramineux : entre 3 et 5 milliards la tonne ! Or la Lune en compte au bas mot 100 000 tonnes…

Pékin, qui accumule les succès spatiaux, prévoit déjà d’y installer des mines. Moscou est depuis longtemps intéressée par la colonisation lunaire. Dans cette question à mille milliards, l’empire répond également présent et la volonté, pour l’instant toute théorique, de créer des Marines de l’espace n’est évidemment pas sans rappeler les centaines de bases US le long des routes pétrolières de la planète. Dans l’espace comme sur Terre, l’axiome de base de la stratégie hégémonique impériale demeure : le contrôle énergétique à des fins de domination. Gageons que, comme ici-bas, Russes et Chinois ne l’entendront pas de cette oreille. De quoi troubler la tranquillité de la douce Séléné…

Islamabad a le pas qui se tend

Islamabad a le pas qui se tend

Publié le 19 Février 2019 par Observatus geopoliticus in Sous-continent indien, Moyen-Orient, Chine, Etats-Unis, Asie centrale

Le Pakistan est à nouveau dans l’œil du cyclone, au centre d’une tempête dont les implications peuvent cette fois aller très loin. Les frères ennemis du sous-continent sont en effet membres de l’Organisation de Coopération de Shanghai désormais, pleinement associés à la multipolarité eurasiatique et aux aléas géopolitiques qui s’y font jour. Le temps de l’innocence est terminé, vient celui de la responsabilité. Or, le « pays des purs » ne semble peut-être pas tout à fait l’avoir compris. Petit rappel des faits…

  • Mercredi 13 février : un attentat en Iran, dans la rétive province du Baloutchistan, fait 27 morts dans un convoi des Gardiens de la Révolution.
  • Jeudi 14 février : un attentat au Cachemire indien touche un convoi de forces de sécurité indiennes et tue 44 paramilitaires.

Le Cachemire et le Baloutchistan ont un point commun : à cheval sur la frontière, ces régions ont toutes deux une portion en territoire pakistanais. C’est précisément là que le bât blesse…

Deux groupes militants sunnites – Jaish-e-Mohammed (JeM) au Cachemire, Jaïch al-Adl au Baloutschistan – ont revendiqué chacun son attaque mais, chose très rare, les deux voisins tiennent Islamabad pour responsable. Que l’Inde accuse le Pakistan après chaque attentat est certes chose courante : pendant des années, Islamabad a été au mieux complice, au pire impliqué. Que l’Iran le fasse est beaucoup plus rare.

Les mots du chef des Gardiens de la Révolution sont importants : « Le gouvernement pakistanais, qui a abrité ces contre-révolutionnaires, sait où ils se trouvent et qu’ils sont soutenus par les forces de sécurité du Pakistan. Le gouvernement pakistanais doit répondre de ce crime. S’il ne les punit pas, nos représailles viseront cette force contre-révolutionnaire et le Pakistan assumera les conséquences de son soutien à ce groupe ».

Un autre général va encore plus loin : « Ces criminels sont d’une tribu du Baloutchistan qui a été entraînée aux opérations suicide par un pays voisin. Ce pays et l’ISI doivent rendre des comptes à l’Iran. Les preuves montrent que ce groupe terroriste est soutenu financièrement par des pays du Golfe, dont un certain prince-héritier qui est au Pakistan en ce moment ». Il fait évidemment allusion à la visite d’Etat du Seoud MBS, nous y reviendrons…

Pour l’instant, Téhéran n’a pris aucune mesure, contrairement à l’Inde qui vient de retirer au Pakistan son statut de « nation la plus favorisée » (bénéficiant de faibles droits de douane). Ce statut avait résisté depuis un quart de siècle aux nombreuses attaques terroristes lancées depuis le Pakistan, c’est maintenant chose révolue. Le ciment, par exemple, est l’un des nombreux produits touchés par une augmentation de 200% (!) des droits de douane. Anecdotiquement, New Delhi pourrait boycotter le match de cricket entre les deux nations cet été (le cricket est au sous-continent ce que le football est à l’Amérique latine).

Loin de condamner l’attentat, le Premier ministre paki Imran Khan, ancienne star de cricket justement, a, au contraire, prononcé un discours tardif, menaçant et presque triomphaliste dans lequel il défie Modi.  Il a plusieurs fois fait référence à l’Afghanistan dans ce qui peut être vu comme un chantage voilé : après la défaite US, les djihadistes tourneront leurs yeux vers le Cachemire. Avec cette gloriole quelque peu infantile, Islamabad n’arrange pas son cas…

Hasard du calendrier, le Seoud est en tournée au Pakistan, en Inde (où il arrive le 20 février) puis en Chine. Et là, nous entrons dans un jeu extrêmement compliqué que l’on peut résumer schématiquement ainsi :

  • L’empire US et l’Arabie saoudite défendent le Pakistan après l’attaque contre l’Iran, beaucoup moins après celle contre l’Inde.
  • La Chine défend Islamabad après l’attaque contre l’Inde, beaucoup moins après celle contre l’Iran.

Comme l’empire, MBS doit se réjouir de voir l’Iran attaqué. Il y a un mois, Asia Times publiait un article prémonitoire, curieusement disparu depuis sur le site, sur le possible réchauffement du front baloutche contre Téhéran en concomitance avec les investissements saoudiens pour alléger le marasme économique pakistanais. Selon un schéma désespérément classique, Riyad finance déjà dans la province des mouvements religieux ultra-rigoristes et profondément anti-chiites. En novembre, c’est un avion israélien qui atterrissait mystérieusement au Pakistan. Après le Yémen, un nouveau front israoudien contre l’Iran ? C’est tout sauf impossible, d’autant que, selon un bon connaisseur, l’ISI et les Saoudiens, cornaqués par l’empire, tenteraient (le conditionnel reste de mise) de noyauter/récupérer le mouvement taliban en Afghanistan voisin pour le lancer lui aussi contre l’Iran.

Cette thèse afghane a tout de même quelques failles. S’il est très friand des espèces sonnantes et trébuchantes saoudiennes, le nouveau leadership pakistanais n’est pas connu pour son amour envers Washington. Par ailleurs, il faudrait, pour que ce plan fonctionne, que les Talibans soient sur la même ligne et, petit détail, prennent le pouvoir en Afghanistan, ce qui est encore assez loin d’être le cas. Il faudrait également, chose difficilement acceptable en termes de relations publiques, que les Américains lâchent le gouvernement afghan qui maintient de bons contacts avec Téhéran. Enfin, les rusés Perses ont pris les devants depuis quelques mois et ont noué de discrets mais réels contacts avec des commandants talibans. A suivre…

Toujours est-il que l’immixtion saoudienne au Baloutchistan est évidemment vue avec grande méfiance par l’Iran ainsi que par le Qatar, dont le principal média, Al Jazeera, encourage le Pakistan à refuser tout net l’argent saoudien. Nous sommes bien sûr ici dans la continuation de la querelle du Golfe entre Riyad et Doha : deux ans après le début de la crise, aucun signe d’apaisement n’est en vue.

L’investissement du Seoud dans la région, dont le joyau est le port sino-pakistanais de Gwadar, ne plaît pas non plus des masses à Pékin et Islamabad serait bien avisée de ne pas jouer avec le feu et irriter son meilleur allié. Car la Chine, par le biais de ses médias d’Etat, continue par ailleurs à défendre vaille que vaille le Pakistan, notamment après l’attentat du Cachemire en demandant à l’Inde de prouver ses accusations. Où l’on retrouve les vieilles alliances/rivalités du temps de la Guerre froide, qui ont bien du mal à disparaître tout à fait…

MBS, lui, est sur une position différente vis-à-vis de l’Inde et fera vraisemblablement office d’improbable émissaire de la paix entre Islamabad et New Delhi. Voir le démembreur de Khashoggi et financeur du djihadisme jouer les militants pacifistes n’est pas le dernier paradoxe de cette histoire.

L’empire US ne sait pas non plus trop sur quel pied danser. Il est clairement irrité par l’Inde suite à l’achat des S-400 à la Russie. La poursuite des relations fructueuses entre New Delhi et Téhéran et la collaboration avec le Venezuela de Maduro font grincer les dents de l’oncle Sam. Il y a quelques jours, Bolton s’est d’ailleurs fendu d’un commentaire menaçant : « Le soutien des nations et des entreprises au vol par Maduro des ressources du Venezuela ne sera pas oublié ».

D’un autre côté, le relativement anti-américain Imran Khan n’a jamais été la tasse de thé de Washington et le Congrès discute même de la possibilité de supprimer le statut du Pakistan en tant que major non-NATO ally. Muet (d’admiration) concernant l’attentat en Iran, l’empire a été pris par surprise sur le Cachemire, obligeant Bolton à retourner sa moustache dès le lendemain de sa menace voilée à New Delhi et à assurer l’Inde du soutien américain.

Last but not least, dans cet invraisemblable maelström, un acteur majeur brille par son silence : la Russie, qui s’est contentée du minimum vital en offrant ses condoléances à tout le monde. Les bisbilles irano-pakistano-indiennes doivent bien embêter le Kremlin au moment où l’empire américain décline et la multipolarité eurasienne prend de l’ampleur. En bon observateur, Vladimirovitch doit méditer cet axiome simple de physique transposable en géopolitique : plus un corps grossit, plus des réactions parfois inattendues et hétérogènes se font jour en son sein.

L’Organisation de Coopération de Shanghai, à laquelle tout ce joli monde est maintenant lié à l’exception de Washington, saura-t-elle ramener la concorde ? Le prochain sommet de juin vaudra son pesant d’or…