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Les trois premières leçons de l’affaire Carlos Ghosn

Carlos Ghosn, le patron du groupe Nissan/Renault au mondial de l’auto de 2014.
PHOTO : ©Anthony MICALLEF/HAYTHAM-REA
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Analyse

Les trois premières leçons de l’affaire Carlos Ghosn

Le 19 novembre 2018, on apprend que Carlos Ghosn, à la tête du plus grand constructeur automobile mondial, est retenu en garde à vue au Japon. Il est suspecté de fraude fiscale en ayant dissimulé la moitié de ses revenus durant plusieurs années, et d’avoir piqué dans la caisse ou, en langage plus policé, d’avoir utilisé « des biens de l’entreprise à des fins personnelles ». Concrètement, il aurait utilisé l’argent de l’entreprise pour acheter deux villas, une à Rio, au Brésil, l’autre à Beyrouth, au Liban.

Un lanceur d’alerte a informé la direction qui a discrètement mené une enquête interne révélant les pratiques douteuses de leur patron, arrêté à son arrivée à Tokyo.

En attendant d’en savoir plus sur cette affaire, on peut d’ores et déjà proposer trois leçons inspirées par cet acte de délinquance en col blanc.

Trois clichés

Le livre du sociologue Pierre Lascoumes et de la criminologie Clara Nagels, Sociologie des élites délinquantes, dont la seconde édition vient tout juste de sortir, met en garde dès l’introduction contre les trois clichés qui accompagnent généralement ce genre d’affaire.

Le premier rattache ce type de comportement à des « forbans des affaires », des outsiders, peu implantés dans le monde du business. Une explication qui ne fonctionne pas pour Carlos Ghosn qui dirige sa première usine à l’âge de 26 ans et n’a de cesse de grimper dans la hiérarchie des grandes entreprises, haut responsable chez Michelin, numéro 2 de Renault, numéro 1 de Nissan, grand patron de l’alliance des deux constructeurs. C’est un insider.

« Brebis galeuse » ou « tous pourris », évitons les clichés

Le deuxième cliché est un classique bien connu et renvoie au statut de brebis galeuse ou de pomme pourrie, bref à une exception. De Serge Dassault à Stéphane Richard en passant par Bernard Tapie ou Jean-Claude Mas, plusieurs dirigeants ont eu maille à partir avec la justice. Du travail fondateur de l’Américain Edwin Sutherland aux études les plus récentes résumées par Lascoumes et Nagels, on comprend que les comportements déviants des hauts responsables d’entreprise ne sont malheureusement pas une exception.

Face à ce constat, le dernier cliché est celui du « tous pourris ». Tous les patrons seraient des fraudeurs (ce n’est heureusement pas le cas). Et ces délinquants en col blanc seraient donc les révélateurs des valeurs amorales du capitalisme néolibéral contemporain. C’est oublier les John Law, Fouquet et autres grands « patrons », la liste est longue, de la monarchie, tout autant impliqués que les dirigeants contemporains sans vivre dans une économie libérale. Comme l’écrivait l’économiste libéral anglais John Stuart Mill dès 1848 dans ses Principes d’économie politique, « toutes les classes privilégiées et puissantes ont utilisé leur pouvoir au profit de leur égoïsme ». C’est toujours vrai mais cela fait longtemps que ça l’est.

Les 5 techniques de neutralisation de la faute

Confrontés à leurs comportements délictueux, les grands patrons et cadres dirigeants ont tous recours au même type d’argumentation pour se défendre. En attendant de connaître les résultats de l’enquête sur celle de Carlos Ghosn, on peut s’appuyer sur la présentation qu’en font Lascoumes et Nagels

Première technique : « j’ai été obligé, j’ai reçu l’ordre ». Carlos Ghosn ne pourra pas recourir à cet argument. Hiroto Saikawa, le dirigeant japonais de Nissan qui a révélé l’affaire, affirme ainsi que « trop de pouvoir a été donné à une personne en termes de gouvernance ».

Un autre argument largement utilisé consiste à souligner que « tout le monde le fait »

Un autre défense largement utilisée consiste à souligner que « tout le monde le fait ». Que ce comportement délictueux correspond à une pratique traditionnelle du milieu d’affaire concerné. On en a retrouvé un écho dans la chronique économique de Dominique Seux sur France Inter le 20 novembre indiquant « ce qu’on reproche à Ghosn est courant au Japon ». Deux autres raisons sont avancées pour minimiser la faute : ce n’est pas si grave, ce n’est pas un meurtre ou un hold up ; il n’y a pas vraiment de victimes. Les conséquences pour les entreprises concernées, pour leurs salariés, pour le manque de recettes fiscales des Etats ne sont pas prises en compte.

Enfin, le dernier point consiste à dire que les lois sont mal faites et les réglementations tatillonnes, appelant toute personne censée à les contourner. Là encore, l’argument ne tiendra pas pour Carlos Ghosn. Il bénéficiait d’une rémunération hors normes, de 12 à 15 millions d’euros par an, bien au-delà des pratiques japonaises pour la partie Nissan et sans contrainte pour la partie Renault, le conseil d’administration ayant même validé son augmentation de revenu après un vote défavorable des actionnaires.

La sécession des élites

Le comportement d’un dirigeant ultra fortuné pour qui les lois s’appliquent aux autres semble malheureusement refléter une forme de rejet du peuple par certaines élites économiques.

« Je le vois, vous demandez moins à être distingués par vos concitoyens, que vous ne cherchez à être distingués de vos concitoyens » Sièyes, 1788

Dans son Discours sur l’économie politique, publié en 1755 dans l’Encyclopédie, Jean-Jacques Rousseau prévenait déjà : « le plus grand mal est déjà fait quand on a des pauvres à défendre et des riches à contenir ». Mais plus personne n’est là pour contenir les riches. La droite s’en moque, y compris la droite macronienne, qui les encourage à s’enrichir. La gauche a abandonné le combat : c’est désormais ringard et passéiste que de vouloir s’attaquer au sujet. Quant aux patrons du CAC40, payés en moyenne plusieurs siècles de SMIC, ils vivent dans un autre monde. Dans la ferveur révolutionnaire montante de 1788, l’abbé Sièyes dénonçait dans son Essai sur les privilèges cette volonté de rupture des élites : « je le vois, vous demandez moins à être distingués par vos concitoyens, que vous ne cherchez à être distingués de vos concitoyens ».

Nos sociétés finissent par subir les coûts de cet abandon. Comment ne pas y voir l’une des motivations des Gilets jaunes, au-delà de l’écologie ? Tous ceux qui se sentent socialement rejetés ou incapables de franchir les obstacles d’une progression sociale finissent par se rebeller. Leur révolte passe aujourd’hui par des mouvements type Nuit debout ou Gilets jaunes ou bien par le rejet de tout ce qui est étranger – l’immigré, l’Europe, la mondialisation – et de ceux tenus pour responsables de leur situation, dans le désordre, le riche, Bruxelles, le patron, la Chine, l’énarque, l’homme politique, etc. Et par le vote extrême : hier, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Demain en France ?

https://www.alternatives-economiques.fr//trois-premieres-lecons-de-laffaire-carlos-ghosn/00087014?utm_source=emailing&utm_medium=email&utm_campaign=NL_Quotidienne%2F20112018

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Carlos Ghosn arrêté au Japon pour malversations

Carlos Ghosn arrêté au Japon pour malversations

Le patron du groupe Renault et l’un des plus grands industriels au monde a été arrêté au Japon pour malversations.

C’est un fait très rarissime au Japon où l’on ménage souvent les grands patrons industriels, a fortiori étrangers.

C’est après une enquête interne au sein de Nissan que la justice nipponne a ordonné l’arrestation du PDG français d’origine libanaise.

Cependant cette affaire peut très bien en cacher d’autres puisque il pourrait s’agir d’un règlement de comptes sur fond d’espionnage et de sabotage technologique au profit de puissances tierces.

La justice nipponne ira t-elle jusqu’au bout ou est-ce elle devra se taire comme de coutume, raison d’État oblige ?

Carlos Ghosn arrêté au Japon pour malversations

N°20 > Comment la Chine contribue-t-elle au développement industriel des pays africains ?

N°20 > Comment la Chine contribue-t-elle au développement industriel des pays africains ?

– IPEMED

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La Chine est devenue un partenaire écono­mique incontournable de l’Afrique, laquelle est partiellement englobée dans l’ambitieux programme chinois « One Belt One Road ». Son engagement sur le continent africain prend des formes très diverses suivant les sous-régions et les pays considérés comme prioritaires.

La percée chinoise suscite un engouement médiatique et la presse multiplie les annonces de projets dont certains ne sont que des promesses. Citons, par exemple, la construction par le groupe chinois Haite d’une « nouvelle cité industrielle et résidentielle [au Maroc] de 2 000 hectares ».

Ce foisonnement demande à prendre du recul.

Qu’en est-il de l’activité chinoise en Afrique ? La stratégie chinoise contribue-t-elle efficacement au développement industriel des pays concernés ? Les zones économiques spéciales « chinoises » sont-elles adaptées au contexte africain ? Des scénarios alternatifs sont-ils envisageables ?

Le présent document a pour but de décrire les tendances des 15 dernières années, de mettre en perspective certaines idées reçues et de proposer des éléments de réflexion qui contrebalancent, parfois infirment, les trop nombreux effets d’an­nonce.

Auteurs principaux :

Jean-Raphaël CHAPONNIERE, Observatoire Europe-Afrique 2020
Christian DELAVELLE, ‎Observatoire Europe-Afrique 2020
Avec les contributions de :
Jean-Claude BERTHELEMY, Université Panthéon Sorbonne
Imène BASRIRE, IPEMED
Pierre BECKOUCHE, IPEMED
Jean-Louis GUIGOU, IPEMED
Thierry PAIRAULT, CNRS – EHESS
Paulette POMMIER, IPEMED
Kelly ROBIN, IPEMED

S O M M A I R E

  • Chine – Afrique : enjeux économiques et tendances lourdes
  • La Chine en Afrique : une stratégie essentiellement commerciale et une politique d’investissement prudente
  • Les « zones économiques spéciales chinoises » : une solution émergente, qui pour l’instant ne s’avère pas être à la hauteur des enjeux
  • CONCLUSION – Prospective Chine-Afrique : Plusieurs enjeux majeurs et beaucoup d’incertitudes
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Arabie saoudite : confusion autour de la plus grande introduction en Bourse de l’histoire (Aramco)

Arabie saoudite : confusion autour de la plus grande introduction en Bourse de l’histoire (Aramco)

Par latribune.fr  |   |  591  mots
Le ministre saoudien de l’Énergie Khaled al-Faleh a démenti ce jeudi 23 aoûtdans un communiqué le gel de l'introduction en Bourse de la compagnie pétrolière nationale Saoudi Aramco. (Photo : le ministre, lors d'une réunion de l'Opep, en novembre 2017).
Le ministre saoudien de l’Énergie Khaled al-Faleh a démenti ce jeudi 23 aoûtdans un communiqué le gel de l’introduction en Bourse de la compagnie pétrolière nationale Saoudi Aramco. (Photo : le ministre, lors d’une réunion de l’Opep, en novembre 2017). (Crédits : Reuters)
Le ministre saoudien de l’Énergie a démenti jeudi 23 août une annulation du projet d’introduction en Bourse de la compagnie pétrolière Saudi Aramco, contrairement à des informations parues dans la presse hier soir. Pour autant, les doutes des analystes, refroidis par les reports successifs et surtout les réticences de la major saoudienne à se soumettre aux obligations de transparence des sociétés cotées, pourraient avoir raison de l’enthousiasme -et de la convoitise- des marchés alléchés par cette IPO présentée par le Prince comme « la plus importante de l’histoire ».

Contrairement à des informations diffusées hier soir par l’agence Reuters, l’Arabie saoudite a annoncé ce jeudi 23 août être toujours engagée à mettre en Bourse le géant pétrolier public Aramco, rejetant les informations selon lesquelles elle aurait renoncé à ce projet.

« Le gouvernement reste attaché à l’introduction en Bourse de Saudi Aramco au moment où il le jugera opportun quand les conditions (du marché) seront optimales », a indiqué le ministre saoudien de l’Energie Khaled al-Faleh dans un communiqué.

La veille, citée par Reuters, une source saoudienne informée du projet d’IPO déclarait :

« La décision d’annuler cette IPO a été prise il y a un certain temps mais personne ne peut l’avouer publiquement donc les déclarations vont progressivement dans ce sens: d’abord un report puis un abandon ».

L’Arabie saoudite s’est séparée des conseillers financiers travaillant sur cette opération car elle concentre désormais son attention sur un projet de prise d’une « participation stratégique » par Aramco au capital du groupe pétrochimique Saudi Basic Industries Corporation (Sabic), numéro quatre mondial de son secteur, avaient dit deux sources à Reuters..

Plan de diversification de l’économie lancé par le prince ben Salmane

Le prince avait annoncé en 2016 le projet de cession sur le marché d’environ 5% de Saudi Aramco – via une cotation aussi bien en Arabie saoudite qu’à l’international – disant alors que la transaction valorisait l’entreprise à au moins 2.000 milliards de dollars (1.726 milliards d’euros).

Ce projet est au coeur d’un plan de diversification de l’économie lancé par le prince héritier Mohammed ben Salmane afin de stimuler l’économie du royaume.

Le ministre a refusé d’avancer une date, et réaffirmé que cela dépendait de « plusieurs facteurs, notamment des conditions de marchés favorables ainsi que l’acquisition d’actifs pétroliers dans l’aval prévue dans les prochains mois ».

Une opération dont les reports successifs font douter les analystes

M. al-Faleh n’a pas donné plus de précisions sur les actifs en question. Toutefois le PDG d’Aramco, Amine Nasser, avait confirmé le mois dernier l’existence de pourparlers préliminaires pour une prise de participation dans Sabic, la quatrième plus grande firme de pétrochimie du monde, détenue à 70% par le Fonds d’investissement public du royaume saoudien (PIF). Sabic est la plus grosse firme cotée sur le marché financier de Ryad avec une capitalisation d’environ 100 milliards de dollars (85 milliards d’euros).

La cession d’une part minoritaire dans Aramco (environ 5%) a été reportée à plusieurs reprises depuis son annonce en 2016. Les dirigeants de la société publique ont invoqué officiellement des conditions défavorables sur les marchés financiers pour repousser l’introduction qui devait avoir lieu cette année. Ce qui a poussé les analystes à douter qu’elle ait vraiment lieu.

Un manque de transparence qui pourrait assécher la convoitise des marchés

Ces doutes ont été renforcés mercredi soir par des informations de presse sur un arrêt de ce projet d’IPO de la part des autorités et sur la dissolution de l’équipe de conseillers financiers qui était chargée de le mener.

Les places financières de Londres, New York et Hong Kong espèrent toutes recevoir une partie du gâteau de cette entrée en Bourse tant attendue.

Mais les experts doutent qu’Aramco puisse arriver à être évaluée à 2.000 milliards de dollars comme le souhaite le prince héritier. Et l’entreprise semble réticente à faire l’objet d’un audit approfondi comme l’exigerait une éventuelle entrée en Bourse, ce qui expliquerait les retards de l’opération.

(Avec AFP e tReuters)

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/petrole-aramco-ryad-dement-vouloir-stopper-la-plus-grande-introduction-en-bourse-de-l-histoire-788220.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180823