Archives pour la catégorie INTERVIEW

Soros et la Société Ouverte

Soros et la Société Ouverte

 

Entretien avec Pierre-Antoine Plaquevent auteur de : “SOROS et la société ouverte : Métapolitique du globalisme” aux éditions LE RETOUR AUX SOURCES.

https://stratpol.com/soros-et-la-societe-ouverte/

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Vladimir Poutine répond en exclusivité aux questions de RT France (VIDEO)

 

11 novembre 2018

En marge du Centenaire, Vladimir Poutine a accordé un entretien exclusif à RT France. Il a évoqué la proposition française d’«armée européenne», l’OTAN, les relations entre la France et la Russie, ainsi que ses futurs entretiens avec Donald Trump.

En marge de son hommage au Corps expéditionnaire russe le 11 novembre, dans le cadre des commémorations du centenaire de l’Armistice à Paris, Vladimir Poutine a répondu en exclusivité aux questions de Xenia Fedorova, présidente de RT France.

La proposition d’«armée européenne» de Macron ? Une évolution «positive», selon Poutine

Vladimir Poutine a commenté la proposition française de création d’une «armée européenne», qui pourrait être une alternative à l’OTAN. Il a notamment estimé que cette «évolution» était «positive» dans un monde «multipolaire».

«D’une manière générale, l’Europe est une formation économique puissante, une alliance économique puissante, et il est tout à fait naturel que ces pays souhaitent être indépendants et souverains dans le domaine de la sécurité et de la défense», a-t-il affirmé.

Auteur: RT France

Pas de rencontre officielle à Paris avec Donald Trump

Le chef d’Etat russe a expliqué de pas s’être encore entretenu avec son homologue américain Donald Trump, mais qu’il pourrait le faire de manière informelle au moment du déjeuner.

Pour cause, il a rappelé que le président français Emmanuel Macron avait souhaité qu’aucun entretien bilatéral ne soit organisé en marge des commémorations du Centenaire. «Nous nous sommes mis d’accord [avec Donald Trump] sur le fait que nous n’allions pas rompre l’emploi du temps des commémorations, à la demande du pays organisateur», a-t-il ainsi expliqué. «Nous aurons la possibilité d’échanger en marge du G20 [en Argentine le 30 novembre] ou plus tard», a poursuivi le président russe.

 

Le «principe essentiel de la démocratie» est «la liberté de circulation de l’information»

Concernant la situation de RT France, qui s’est vu refuser à plusieurs reprises des demandes d’accréditation à l’Elysée, le chef d’Etat russe a regretté «la constitution de listes d’autorisations d’accès», qui sépareraient les médias que le pouvoir français estime «bons» et ceux qui «seraient mauvais».

Il a également estimé que cela n’avait «rien à voir avec la démocratie» et jugé cet état de fait «inacceptable». Le locataire du Kremlin a en outre estimé que le «principe essentiel de la démocratie» était «la liberté de circulation de l’information».

 

L’interview intégrale est à retrouver bientôt sur RT France.

Alors que la censure s’abat sur Eric Zemmour et que le service public interdit d’antenne l’auteur de l’essai le plus important de la rentrée

Alors que la censure s’abat sur Eric Zemmour et que le service public interdit d’antenne l’auteur de l’essai le plus important de la rentrée, TV Libertés est allée à la rencontre du journaliste et écrivain. Il est interrogé par Elise Blaise.

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Leïla Shahid : « En reconnaissant l’État de Palestine, la France serait à la hauteur de ce qu’elle veut être »

Interview

Leïla Shahid : « En reconnaissant l’État de Palestine,
la France serait à la hauteur de ce qu’elle veut être »

Pierre Barbancey

Née à Beyrouth, au Liban, où une partie de sa famille a été déportée,
Leïla
Shahid consacre sa parole publique à défendre la cause palestinienne.
©Stephan
Agostini/AFP

Samedi 6 octobre 2018

Ancienne ambassadrice de Palestine en France puis auprès de l’Union européenne, Leïla Shahid analyse la situation au Proche-Orient et dénonce certaines postures internationales.

Au niveau européen, la question de la reconnaissance de l’État de Palestine est soutenue par l’Espagne, tandis que la France semble encore attentiste. À l’ONU, le président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, demande qu’on reconnaisse le statut d’un État sous occupation. Sur le terrain, la colonisation et la répression du gouvernement Nétanyahou se poursuivent, contre toute résistance palestinienne mais également contre les associations israéliennes de défense des droits de l’homme.

Entretien avec Leïla Shahid, déléguée générale de l’Autorité palestinienne en France de 1994 à 2005, puis ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg jusqu’en 2015.

Vingt-cinq ans après les accords d’Oslo qui étaient censés finaliser la création d’un État, quelle est la situation du peuple palestinien ?

Je dirais que nous sommes dans la situation d’une deuxième Nakba (la catastrophe). C’est-à-dire une situation aussi grave qu’il y a soixante-dix ans lorsque la Palestine a été retirée au peuple palestinien et que nous sommes devenus des réfugiés. Nous avons néanmoins fait un chemin assez important. L’OLP a ressuscité une identité nationale palestinienne, a défini un but, à savoir la création d’un État palestinien aux côtés de celui d’Israël…

Mais aujourd’hui, ce gouvernement israélien, le plus raciste et le plus criminel que nous ayons vu depuis 1948, a voté une loi en juillet dernier définissant clairement Israël comme un État d’apartheid, puisqu’elle établit deux sortes de citoyens : les juifs qui ont un statut, le reste de la population un autre, avec moins de droits. Il y a également un Premier ministre qui dit ouvertement qu’il ne veut pas d’un État palestinien et qui, sur le terrain, a tout fait pour détruire la possibilité de création d’un État palestinien avec l’expansion de la colonisation, l’annexion officielle de Jérusalem-est, la séparation totale de la Cisjordanie d’avec Jérusalem, la déclaration de guerre aux réfugiés avec la complicité des États-Unis afin de couper les vivres à l’organisme de l’Onu en charge des réfugiés, l’UNRWA.

Parallèlement, la situation mondiale relève du chaos. Vous avez des États arabes qui soudain deviennent les alliés d’Israël contre les Iraniens. Et l’Irak et la Syrie, qui étaient des piliers du monde arabe et sont maintenant décomposés. L’Union européenne se noie dans un verre d’eau – si je peux me permettre l’expression – pour quelques milliers de migrants, la guerre commerciale fait rage… Et la situation palestinienne intérieure est très grave avec une population qui ne se retrouve pas dans sa direction politique, qu’elle soit Hamas ou qu’elle soit Fatah. Tout cela fait que personne ne se préoccupe de notre problème et qu’il s’agit d’un feu vert pour Benjamin Nétanyahou. Cela ne signifie pas que les Palestiniens n’ont pas d’avenir. Mais ils se trouvent à un moment charnière où ils doivent redéfinir tous les critères de leur combat.
La solidarité internationale à l’égard des Palestinien·nes s’exprime
grâce à des collectifs comme Boycott Désinvestissement Sanctions.
©A. Katz/Shutterstock.com

Historiquement, les Palestiniens ont tenté la lutte armée puis la voie diplomatique. Les deux ont échoué. Que reste-t-il ?

Je ne suis pas d’accord avec les termes. La lutte armée n’a pas échoué dans la mesure où elle n’était pas conçue comme seul instrument de libération de la Palestine. Les fedayins [les combattants palestiniens, ndlr] étaient trop intelligents et trop lucides pour penser qu’ils allaient battre la quatrième puissance militaire du monde. La lutte armée avait pour but – comme toutes les luttes de libération nationale qui en sont passées par là – de montrer la volonté d’un peuple à revendiquer son droit à l’autodétermination. Cette lutte armée a permis à l’OLP d’exister et de recomposer les morceaux du corps palestinien disséminés un peu partout depuis 1948.

L’OLP n’a donc pas échoué dans son projet de représentation nationale palestinienne. Je dirais même que les accords d’Oslo, c’est-à-dire la tentative de négociations liée aux changements du système bipolaire du monde dans le contexte suivant la chute du mur de Berlin, devaient représenter d’une certaine manière ce nouvel ordre mondial. L’échec d’Oslo n’est pas notre échec, mais celui de cet ordre censé remplacer l’ancien. En fait, c’est un désordre mondial, qui sert la guerre et pas la paix, qui n’a plus de logique. Il y a une totale perte de repères. Il n’y a plus d’instruments de rapports politique et économique pour décider d’une vision. L’échec d’Oslo, c’est celui des Palestiniens, des Israéliens, des Occidentaux, des Arabes et des Nations unies. Tous ont échoué.

Comment jugez-vous l’attitude de l’Union européenne et singulièrement celle de la France qui fait beaucoup de déclarations mais passe peu à l’acte ?

L’Union européenne n’a jamais été très courageuse ni à l’égard de la Palestine ni à l’égard d’autres pays. Parce qu’elle a avant tout posé comme base de ses relations stratégiques le commerce international. Ce qui la cimente, c’est l’euro. Ce qui l’intéresse, c’est d’augmenter les richesses. Mais elle n’a pas vraiment de vision politique. Le repli sur l’extrême-droite auquel on assiste marque d’ailleurs l’échec de l’Europe des citoyens.

Les citoyens peuvent-ils agir pour qu’enfin un État palestinien voie le jour aux côtés d’Israël ?

Il faut d’une part se mobiliser et garder un contact direct avec les forces vives palestiniennes. Il faut aller sur place, inviter les gens là-bas à venir ici. D’autre part, il faut intervenir sans excès, avec un discours serein, sur le droit universel de tous, y compris des Israéliens. Et sur le fait que la France a des devoirs à l’égard de la Palestine et avant tout le devoir de reconnaître l’État palestinien. Même si aujourd’hui nous voyons la difficulté de sa mise en œuvre réelle, cela ne doit pas empêcher celle du droit. La Suède, qui ne s’est jamais impliquée au Moyen-Orient, a reconnu l’État de Palestine l’année dernière. Ce n’est pas le cas de la France qui, elle, a pourtant colonisé le Liban, la Syrie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Mauritanie…

Or qu’est-ce qui empêche aujourd’hui Emmanuel Macron de reconnaître l’État de Palestine dans les frontières de 1967 ? D’ailleurs seule la création d’un État palestinien pourrait garantir à Israël un avenir dans la région. La France serait alors à la hauteur de ce qu’elle veut être. C’est cette reconnaissance que doivent exiger tous ceux qui sont attachés aux droits du peuple palestinien. Je serais vraiment heureuse si la France pilotait cette demande de reconnaissance. Si elle le fait, beaucoup d’États européens la suivront, j’en suis convaincue.

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.pierre_barbancey.061018.htm

Interview avec Edward Snowden, par Martin Knobbe et Jörg Schindler

11.août.2018 // Les Crises

Interview avec Edward Snowden, par Martin Knobbe et Jörg Schindler

Source : Der Spiegel, Martin Knobbe & Jörg Schindler, 12-08-2017

« Il y a encore de l’espoir même pour moi. »

Dans une interview, le lanceur d’alerte Edward Snowden parle de sa vie en Russie, de la puissance des structures de renseignement et comment il compte continuer à se battre contre tous les aspects de la surveillance par les gouvernements

Interview menée par Martin Knobbe et Jörg Schindler

12 septembre 2017

Faire une interview avec Edward Snowden relève du parcours du combattant. Pour DER SPIEGEL, ce parcours a commencé il y a plus d’un an par de nombreux échanges avec ses avocats à New York et Berlin. Il s’est achevé un mercredi, il y a deux semaines, dans la suite d’un hôtel de Moscou surplombant sur la Place Rouge.

L’ancien employé des services de renseignements états-uniens, qui a révélé l’existence du système de surveillance mondiale mis en place par la National Security Agency (NSA), vit quelque part dans la capitale russe. Depuis qu’il a lancé l’alerte, il a été déclaré ennemi de l’État dans son propre pays. Il est également devenu l’icône des défenseurs des libertés civiles et c’est aussi un homme en fuite. Le parcours jusqu’à lui fut presque d’autant plus long qu’il attrapa un mauvais rhume et qu’il fallut presque reporter l’interview. Finalement, il arriva – donnant une impression de modestie et d’incroyable optimisme lors d’une interview qui dura plus de trois heures.

DER SPIEGEL : Mr Snowden, il y a quatre ans, vous apparaissiez dans une vidéo filmée dans une chambre d’hôtel à Hong Kong. C’était le début de la plus grosse fuite de renseignements de l’histoire. Aujourd’hui, nous sommes dans cette chambre d’hôtel à Moscou, vous ne pouvez pas quitter la Russie car le gouvernement américain a émis un mandat d’arrestation à votre égard. Pendant ce temps, la machine de surveillance mondiale des services de renseignements continue de tourner, sans doute encore plus vite. Est-ce que tout cela en valait vraiment la peine ?

Snowden : La réponse est oui. Regardez ce qu’étaient mes objectifs. Je n’ai pas essayé de changer la loi ou de ralentir la machine. Peut-être que j’aurais dû. Mes critiques disent que je n’ai pas été suffisamment révolutionnaire. Mais ils oublient que je suis un produit du système. J’ai travaillé dans ces bureaux, je connais les gens qui y travaillent et je crois en eux, je crois que ces services peuvent changer pour le mieux.

DER SPIEGEL : Mais ces gens vous considèrent comme leur pire ennemi aujourd’hui.

Snowden : Mon combat personnel n’était pas de réduire à néant la NSA ou la CIA. Je pense même qu’elles ont un vrai rôle à tenir dans la société si elles s’en tiennent aux menaces vraiment importantes auxquelles nous sommes confrontés et si elles limitent le caractère intrusif des moyens qu’elles utilisent. On ne largue pas une bombe atomique sur les mouches qui atterrissent sur la table du dîner. Tout le monde comprend ça, sauf les services de renseignements.

DER SPIEGEL : Qu’avez-vous accompli ?

Snowden : Depuis l’été 2013, le public a pris connaissance de ce qu’il n’avait pas le droit de savoir. C’est-à-dire que le gouvernement américain peut obtenir tout ce qu’il veut de votre compte Gmail et qu’il n’a même pas besoin d’un mandat pour cela si vous n’êtes pas un citoyen américain, mais que vous êtes par exemple, Allemand. Si vous parlez de droits fondamentaux, vous n’avez pas le droit de faire de discrimination entre les citoyens de votre pays et ceux d’autres pays. Mais de plus en plus de pays, pas seulement les États-Unis, se permettent de faire cela. J’ai voulu donner à l’opinion publique la chance de décider de l’endroit où cette frontière devrait s’établir.

DER SPIEGEL : Vous considérez que la surveillance de masse est une violation de la loi. Pourtant, autant que nous le sachions, pas une seule des personnes responsables n’est en prison.

Snowden : C’est ce que j’appelle la loi secrète. Ces activités de la NSA étaient illégales. Dans un monde juste, les personnes qui autorisaient ces programmes seraient en prison aujourd’hui. Nous parlons ici, par exemple, des violations sans nombre découvertes puis confirmées par une enquête parlementaire autorisé par la loi allemande G10 (note 1)…

DER SPIEGEL : … qui limite les droits des services de renseignements en matière d’accès aux communications téléphoniques ou aux e-mails des personnes dans le cadre du secret de la correspondance et des communications.

Snowden : Mais au lieu de sanctions, de démissions, de modifications des activités d’espionnage, nous n’avons eu droit qu’à une loi, qui nous a dit que tout était légal.

DER SPIEGEL : Avez-vous été surpris lorsque vous avez appris que les services de renseignements étrangers allemands, le BND, surveillait « des amis », comme le premier ministre israélien, ou avait 4000 « sélecteurs » dirigé sur des cibles américaines ?

Snowden : J’ai été déçu, mais pas surpris. En fait c’est pareil en France, en Allemagne et dans tous ces pays. Tous ces gouvernements ne veulent que plus de pouvoir quand il s’agit d’espionnage économique, de manipulation diplomatique et d’influence politique.

DER SPIEGEL : Le principal but de la surveillance est de prévenir les attaques à notre encontre. En principe, il n’y a aucun mal à cela.

Snowden : Nous n’avons aucune preuve que ces programmes de surveillance massive permettent d’éviter les attaques terroristes. Alors, pourquoi ces mesures seraient-elles nécessaires si vous ne pouvez pas démontrer qu’elles ont permis de débusquer des cellules terroristes ? C’est parce qu’elles sont super intéressantes pour d’autres aspects de l’espionnage. Comme mettre sur écoute un appel entre Kofi Annan et Hillary Clinton …

DER SPIEGEL : … ce qu’a fait le BND.

Snowden : Cet enregistrement n’a probablement pas permis de prévenir beaucoup d’attaques terroristes.

DER SPIEGEL : Alors, quelle est la différence entre le BND et la NSA?

Snowden : La différence la plus importante est le budget. De combien d’argent disposent-t’ils pour aller jouer dans le bac à sable ? C’est ce qui dicte véritablement leurs capacités. Mais l’Allemagne a des capacités considérables de par sa situation tellement centrale et vous êtes situés au centre de points géographiques qui vous sont très favorables, comme l’internet Nexus DE-CIX à Francfort. C’est comme pêcher des poissons dans un baril. Peu importe que vous sachiez pêcher ou pas, peu importe que vous soyez pauvre, si pour attraper un poisson il vous suffit juste de plonger un verre dans le baril.

DER SPIEGEL : Les autorités allemandes affirment qu’elles seraient sourdes et muettes sans la NSA ou la CIA.

Snowden : C’est vrai, l’Allemagne n’est pas comme les États-Unis, qui dépensent sans compter près de 70 milliards de dollars par an dans des programmes de renseignements. Mais l’Allemagne est un pays très riche. En 2013 ils ont dépensé autour d’un demi milliard d’euro dans le BND. Aujourd’hui s’ajoute à cette somme plus de 300 millions d’euros supplémentaires. Quand vous cumulez ça avec le fait que le système éducatif allemand est déjà l’un des meilleurs au monde, il est clair que vous avez un potentiel technique de talent en Allemagne.

DER SPIEGEL : A Berlin, la commission d’enquête parlementaire sur la NSA a passé trois ans et demi à examiner la coopération entre la NSA et le BND. Leur rapport final affirme que l’on ne vous a pas appelé comme témoin, comme il était prévu au départ, parce que, entre autre chose, vous aviez posé comme condition l’obtention du droit d’asile en Allemagne.

Snowden : C’est un mensonge. A aucun moment je n’ai exigé le droit d’asile comme condition. Je ne crois pas que nous ayons quoi que ce soit qui contienne le mot asile.

DER SPIEGEL : Alors, comment expliquez-vous que cette information ait été rapportée partout

Snowden : C’est du politique. La coalition au pouvoir qui composait la majorité de l’instruction a pris publiquement position en disant qu’elle empêcherait mon entrée en Allemagne afin d’apaiser la Maison Blanche. Mais quand les révélations de surveillance injustifiée à l’encontre de personnes dans le monde entier, y compris d’Allemands, ont commencé à s’accumuler dans les mois qui ont suivi, cette prise de position a suscité du mécontentement et aurait rendu inévitable une enquête. A ce stade, les orthodoxies politiques ont poussé la majorité à trouver un moyen d’empêcher l’enquête de mettre au jour des choses trop embarrassantes, tout en démontrant que les promesses que l’Allemagne fait à la Maison Blanche sont sa loi suprême. Peu importe ce que vous pensez d’eux, les politiciens ne sont pas idiots et je pense qu’ils savaient que la seule justification qu’ils pouvaient donner pour expliquer une issue peu reluisante était qu’ils n’avaient pas le choix. Alors ils ont inventé la demande d’asile. Ça ne va peut être pas impressionner les historiens, mais pour l’instant, ça marche. Et bien trop souvent, en politique aujourd’hui, ce « pour le moment » est la seule chose qui compte.

DER SPIEGEL : Qu’auriez-vous apporté à la commission ? Les documents que vous avez fournis avaient déjà été rendus publics.

Snowden : Je sais, ils pensent que je n’étais qu’un administrateur système. C’est vrai, j’étais un administrateur système à différents stades de ma carrière, mais je n’ai pas fait que ça. Dans mon dernier poste à Hawaï, j’utilisais XKeyscore littéralement à longueur de journée pour pister des pirates informatiques chinois. XKeyscore était le programme que les Allemands ont reçu de la NSA et qu’ils utilisaient.

DER SPIEGEL : Vous avez lu en partie le rapport final de l’enquête. Quelle en est votre opininon ?

Snowden : Nous avons tous tellement espéré que ce serait un rapport sérieux, que ce serait une vraie enquête. Mais le rapport, mené par la coalition, est décevant. Pour eux c’était comme un exercice de style. Le public allemand était en colère concernant la politique de surveillance mise en place par le gouvernement, donc, ce dernier se devait de faire quelque chose. Mais pas ce que l’opposition avait héroïquement tenté de faire, qui consistait à comprendre ce qu’il s’était passé, établir les responsabilités pour ensuite structurer les activités de ces services de renseignements afin qu’ils se conforment à la loi. Au lieu de cela, ces politiciens ont dit : rendons la loi plus souple, comme ça ils ne l’enfreindront pas.

DER SPIEGEL : Vous semblez résigné.

Snowden : Pas du tout. Je pense que nous avons fait d’énormes progrès en tant que société – Nous utilisons les maths et la science pour limiter les abus des gouvernements.

DER SPIEGEL : Vous parlez du cryptage de nos communications.

Snowden : Avant qu’il ne prenne sa retraite, James Clapper, l’ancien directeur de la National Intelligence, a déclaré que j’avais contribué à accélérer de sept ans l’adoption du cryptage. Il se voulait insultant, mais pour moi, c’était une sorte de compliment. On observe une dynamique, comme l’adaptation au chiffrement de bout en bout (note 2) qui se met en place par défaut – vous n’avez même pas à y penser. Avant 2013, la plupart des sites d’informations ne savaient même pas ce qu’était le cryptage. Aujourd’hui quasi toutes les rédactions sérieuses sont capables de crypter.

DER SPIEGEL : Mais les terroristes utilisent aussi le cryptage.

Snowden : Si vous avez trois terroristes dans une ville, l’un d’eux utilise un ordinateur portable et il se fait descendre par un drone, un autre utilise son téléphone portable et il se fait descendre par un drone. Le type qui n’envoie que des messages écrits sur papier par l’intermédiaire de son cousin, qui est coursier à moto, ne se fait jamais descendre par un drone. Ils comprennent très vite. Ils n’ont pas besoin de DER SPIEGEL, ils n’ont pas besoin de moi pour leur expliquer ce qui marche et ce qui ne marche pas.

DER SPIEGEL : N’admettez-vous pas, au moins, que certaines des informations qui ont été publiées aient aidé des criminels ou des États voyous en les éclairant sur la manière dont les services de renseignements fonctionnent.

Snowden : Non, c’est une affirmation particulièrement facile pour les gouvernements. Leur principe de base pour classer ces informations est de dire qu’elles seraient préjudiciables si elles étaient révélées. J’ai envoyé des menus déjeuner de la cafétéria qui sont classés top secret. Je ne plaisante pas.

DER SPIEGEL : Mais les fichiers comprenaient aussi de vrais secrets, des programmes et des techniques.

Snowden : Je me suis manifesté en 2013. Nous sommes aujourd’hui en 2017 et, malgré la requête du Congrès américain et deux ans passés à enquêter, ils n’ont démontré aucun préjudice. Même le directeur de la NSA a dit : Le ciel n’est pas en train de nous tomber sur la tête, nous faisons encore notre travail. Oui, ça nous a un peu déstabilisés, mais la vie continue.

DER SPIEGEL : Pourquoi n’y-a-t’il pas plus de lanceurs d’alerte comme vous ? Ont-ils peur de finir en Russie ?

Snowden : Il y a une réponse pessimiste à votre question. Le gens pensent que les conséquences sont trop sévères s’ils se font prendre. Mais il y a aussi une réponse optimiste. Les événements de 2013 ont été un avertissement pour les services de renseignements – à savoir que leur tour pourraient venir.

DER SPIEGEL : Nous pensons que la version pessimiste est plus proche de la réalité.

Sonwden : Je pense qu’il y a un mélange des deux. Prenez les fichiers Vault 7, par exemple, publiés par WikiLeaks. Il s’agissait d’une révélation sans précédent d’informations très sensibles, provenant clairement des serveurs même de la CIA. Ça s’est passé il y a des mois, pourtant il n’y a eu aucune arrestation à ce jour. On peut en conclure deux choses : d’abord, que ça reste assez facile de mettre à nu les services de renseignements. Et qu’ensuite, vu que, de toute évidence, je n’étais pas impliqué, il y en a d’autres que moi sur le terrain.

DER SPIEGEL : Les fichiers que vous avez divulgués ont quelques années maintenant tout comme les mesures qu’ils décrivent. N’ont-ils aujourd’hui rien de plus qu’une valeur historique ?

Snowden : Le système n’a pas changé. Ce n’est qu’en comprenant le mécanisme de base utilisé pour espionner des innocents que l’on peut commencer à le corriger. Donc, l’enjeu consiste à savoir ce qui se prépare et savoir comment y faire face.

DER SPIEGEL : Et alors ? Qu’est-ce qu’il se prépare ?

Snowden : Les gouvernements ont compris que la surveillance de masse n’est pas vraiment efficace. Ils sont en train de passer de la surveillance de masse à ce qu’ils espèrent être leur nouvelle panacée : le piratage informatique. Mais il s’agit de piratage informatique de masse, et non pas d’un piratage ciblé comme ils disent en général. On l’a vu dans le démantèlement de marchés de réseaux de darknet (note 3) et à travers d’autres opérations communes entre l’Union Européenne et les États-Unis.

DER SPIEGEL : Donc, aujourd’hui il s’agit surtout de décoder le cryptage ?

Snowden : Non, pas du tout – ces services essaient de contourner le cryptage. Ils cherchent les points faibles de l’appareil que vous utilisez pour voir ce que vous écrivez avant que vous n’ayez chiffré votre message. En fait ils prennent le contrôle d’un site internet, l’infectent à l’aide d’un logiciel malveillant et lorsque vous accédez à ce site parce que, par exemple, vous avez reçu un lien, vous vous faites pirater. Après quoi, ils contrôlent votre ordinateur ou votre téléphone. C’est vous qui avez payé, mais ils s’en servent. Je pense que c’est beaucoup mieux que la surveillance de masse.

DER SPIEGEL : Pourquoi ?

Snowden : La surveillance de masse était incroyablement bon marché. Elle se fait plus ou moins librement, de manière invisible et constante – et on ne pouvait pas se défendre autrement que par l’utilisation de programmes de cryptage. S’attaquer à des navigateurs d’internet, des téléphones et des ordinateurs est fort coûteux.

DER SPIEGEL : Mais vous venez de dire vous-même que le manque d’argent n’était pas le problème principal de ses services.

Snowden : Mais même eux ne peuvent pas ce servir de ça pour espionner l’ensemble de la planète. La nouvelle manière de procéder rend les choses plus difficiles pour les services de renseignements mais en bien. Elle crée une discipline naturelle qui les contraint à ce demander : est-ce que cette personne que je veux espionner en vaut la peine financièrement ? Par exemple, il y avait ce groupe jihadiste qui utilisait un progiciel de chiffrement appelé Mujahedeen Secrets. C’est le genre de choses qu’ils devraient s’efforcer de surveiller car si vous installez Mujahedeen Secrets il y a des chances que vous fassiez partie des moudjahidin, non ?

2ème partie : « Défaillance systémique de la rationalité »

DER SPIEGEL : Même si la marge de manœuvre des services de renseignements reste limitée à l’avenir, les gens donnent sans contrepartie aux entreprises privées comme Facebook, Google, Youtube et Instagram, une quantité immense d’informations très personnelles. Ne devons-nous pas accepter le fait que nous sommes entrés dans une ère de transparence totale ?

Snowden : Je fais des conférences dans des établissements d’enseignement supérieur et j’ai l’impression que les jeunes générations se préoccupent en fait beaucoup plus que les anciennes de leur informations personnelles. Tout simplement parce qu’elles partagent constamment des informations de leur plein gré.

DER SPIEGEL : Pourtant, une quantité énorme d’informations circulent et peuvent être utilisées ou aussi être détournées.

Snowden : Vous avez raison, sans avoir jamais vraiment débattu sur la question, nous avons décidé que ce gigantesque univers de tiers peut détenir de parfaites histoires et archives de nos vies privées. Parallèlement, on voit apparaître ce nouveau noyau fait de pouvoir des grandes sociétés et de politique, où l’on voit des personnalités du monde économique qui se mettent à faire des discours sur des sujets comme l’économie, les programmes d’aide à l’emploi et l’éducation – des sujets qui normalement étaient réservés aux politiciens.

DER SPIEGEL : Trouvez-vous acceptable que les pouvoirs publics et les grandes sociétés coopèrent dans la lutte contre la criminalité, le terrorisme ou la haine ?

Snowden : Une société ne devrait pas être chargée de faire le travail du gouvernement. Ils ont des rôles complètement différents, et quand vous commencé à franchir ces lignes de démarcation cela a des conséquences inattendues et des coût imprévus. Bien sûr, une société peut assister le gouvernement dans le cadre d’enquêtes sur le terrorisme. Mais pour accéder au données d’une société, par exemple, les autorités devront convaincre un juge. Je pense que c’est là que ça devient dangereux, quand on dit : « Google, c’est toi le shériff maintenant, c’est toi qui fait la loi ».

DER SPIEGEL : Ce qui n’est pas loin d’être la réalité.

Snowden : Et ensuite, on va découvrir que le fondateur et PDG de Facebook à l’intention de se présenter à la présidence des États-Unis aux prochaines élections. Est-ce que l’on veut que la société qui a la plus large présence sur les réseaux sociaux et des ambitions clairement politiques, commence à décider quel discours politique est acceptable et quel discours ne l’est pas.

DER SPIEGEL : En parlant d’ambitions politiques : avez-vous une explication à propos de l’implication croissante des services de renseignements dans les processus d’élections démocratiques?

Snowden : Je pense que c’est quelque chose qui s’est toujours produit. Ce que l’on peut noter aujourd’hui, c’est que cela se produit de plus en plus ouvertement. On sait, par exemple, grâce à des documents déclassifiés, que les États-Unis se sont ingérés dans des élections tout au long du XXème siècle. Tout les gouvernements qui ont un service de renseignements essaient de faire la même chose. En fait je serais vraiment très surpris si le gouvernement allemand faisait exception. Ils le font sûrement de manière plus discrète et plus polie. Mais il me semble que nous tournons plus particulièrement autour de la question russe ici, non ?

DER SPIEGEL : Comment avez-vous deviné ?

Snowden : Ce n’était pas difficile. Tout le monde montre les Russes du doigt en ce moment.

DER SPIEGEL : A juste raison ?

Snowden : Je ne sais pas. Ils ont probablement piraté les systèmes du parti Démocrate de Hillary Clinton, mais nous devrions en avoir des preuves. Dans le cas de la cyberattaque contre Sony, le FBI a fourni des preuves de l’implication de la Corée du Nord. Pour les Russes, elle n’a pas fourni de preuve, quoique je sois convaincu qu’ils en aient. Il faut se demander pourquoi?

DER SPIEGEL : Avez-vous une réponse ?

Snowden : Je pense que la NSA a quasi certainement vu qui étaient les intrus. Pourquoi ne les aurait-elle pas vus ? Mais je suis également convaincu qu’ils ont aussi vu beaucoup d’autres cyberpirates qui se trouvaient là. Il y avait probablement six ou sept groupes. Le Democrate National Committee est une grosse cible et apparemment leur sécurité est mauvaise. Le DNC a refusé de remettre ses serveurs au FBI, ce qui est vraiment bizarre. Donc je pense, qu’en fait, il s’agissait de créer une histoire sur les Russes.

DER SPIEGEL : Y-a-t’il un moyen d’être absolument certain de l’identité des cyberpirates ? Il semble assez facile de manipuler les dateurs automatiques, d’utiliser certains serveurs et de créer des opérations sous « faux pavillon ».

Snowden : Les trucs sous faux pavillon existe – Je sais comment ça fonctionne. Je me suis occupé de ça dans le cas de la Chine, C’était eux les suspects habituels avant, personne ne parlait des Russes alors. Les Chinois ne se préoccupaient pas vraiment de bien dissimuler leurs activités. Ils étaient plutôt du genre à briser une vitre, ramasser tout ce qu’ils pouvaient et se casser en riant. Mais même eux n’ont jamais attaqué depuis la Chine. Ils émettaient depuis des serveurs en Italie, en Afrique ou en Amérique du Sud. Mais vous pouvez retracer leur parcours – ce n’est pas sorcier.

DER SPIEGEL : Vous êtes au courant que des personnes relativement influentes, et même de hauts fonctionnaires de l’État allemand, essaient de faire croire que vous avez une relation étroite avec les Russes.

Snowden : Oui, surtout ce gars qui s’appelle Hans en Allemagne.

DER SPIEGEL : Vous parlez de Hans-Georg Maassen, le chef des services de renseignements intérieur. Il a insinué à deux reprises que vous seriez un espion russe. Est-ce le cas ?

Snowden : Non. Il n’a même pas la force morale de dire « Je pense que ce type est un espion ». En revanche, il dit « Que Mr Snowden soit un espion russe ou pas ne peut être prouvé ». Vous pouvez littéralement affirmer ça de n’importe qui. Je croyais, j’espérais, que dans une société ouverte, on avait dépassé le stade où les services de police secrète dénonçaient essentiellement leurs critiques. Je ne suis même pas en colère. Je suis simplement déçu.

DER SPIEGEL : Il n’en reste pas moins que beaucoup de gens en Allemagne se sont demandés quels genres de compromis vous avez fait pour devenir l’invité des Russes.

Snowden : Je suis heureux que vous me posiez la question parce que encore une fois, c’est vrai, il est en Russie alors forcément il a bien dû sacrifier quelque chose, non ? Mais quand on commence à examiner cette question, elle n’a plus de sens. Je n’ai et je ne peux accéder à aucun document. Les journalistes les ont et c’est la raison pour laquelle les Chinois comme les Russes n’ont pas pu me menacer lorsque j’ai traversé la frontière. Je n’aurais pas pu les aider, même s’ils m’avaient arraché les ongles.

DER SPIEGEL : Beaucoup trouvent encore difficile à croire que les Russes vous aient laissé entrer comme ça.

Snowden : Je sais, vous vous dites : Poutine, ce grand humanitaire, bien sûr qu’il le laisse entrer gratuitement. Personne n’y croit, il doit y avoir un arrangement, une sorte de contrepartie. Mais ils ne comprennent pas. Si vous réfléchissez un peu : je tentais d’entrer en Amérique Latine, mais le gouvernement américain a annulé mon passeport et m’a coincé dans un aéroport russe. Le président américain faisait des démarches quotidiennes auprès des Russes pour exiger mon extradition. Réfléchissez à l’état de la politique intérieure en Russie. L’image que Poutine a de lui-même, l’image que les Russes ont de Poutine et de l’impression que cela donnerait si le président russe avait dit : « Oui, nous sommes vraiment désolés – tenez, voilà votre homme ». Il y a peut-être une explication encore plus simple : le gouvernement russe s’est régalé tout simplement de l’occasion rare de pouvoir dire « non ». Le vrai drame ici, est que j’ai fait une demande d’asile en Allemagne, en France et dans vingt-et-un autres pays à travers le monde et ce n’est qu’après que tous ces pays aient dit « non » que les Russes ont finalement dit « oui ». On avait presque l’impression qu’ils ne voulaient pas dire « oui », en tout cas, je n’ai certainement rien demandé.

DER SPIEGEL : Le nouveau chef de la CIA, Mike Pompeo, a accusé Wikileaks, dont les avocats vous ont aidé, d’être un porte-parole pour les Russes. Cela ne nuit-il pas aussi à votre image ?

Snowden : D’abord, il faut être juste sur la teneur des accusations. Je ne crois pas que le gouvernement américain, ou quiconque dans le monde du renseignement, accuse carrément Julian Assange ou Wikileaks de travailler directement pour le gouvernement russe. Les allégations, d’après ce que j’ai compris, concernent essentiellement leur instrumentalisation afin de relâcher des documents volés par le gouvernement russe. Et, bien sûr c’est préoccupant. Je ne considère pas que cela me touche directement parce que je ne suis pas Wikileaks et qu’il n’y a aucun doute sur la provenance des documents que j’ai traité.

DER SPIEGEL : En ce moment, il y a un autre américain qui est accusé d’être trop proche de Poutine.

Snowden : Ah (rires).

DER SPIEGEL : Votre président. Est-il votre président ?

Snowden : L’idée que la moitié des électeurs américains ait cru que Trump était le meilleur de nous tous est quelque chose que j’ai du mal à comprendre. Et je pense que nous allons avoir du mal avec ça dans les prochaines décennies.

DER SPIEGEL : Peut-être servira-t’il votre cause en nuisant accidentellement aux services de renseignements américains ?

Snowden : Je ne crois pas qu’un président, à lui tout seul, ait la capacité d’endommager sérieusement les services de renseignements. Ces groupes sont bien représentés au Congrès, dans les médias, dans la culture et à Hollywood. Certains appellent ça « l’État profond », mais ça existait avant Trump. Donald Trump n’a rien à voir avec l’État profond. Donald Trump ne sait même pas ce qu’est l’État profond. L’État profond, c’est cette classe de fonctionnaires de l’État qui survivent gouvernement après gouvernement.

DER SPIEGEL : N’est-ce pas juste une autre théorie conspirationniste ?

Snowden : J’aurais aimé que cela en soit une. Prenez l’élection de Barack Obama, que les électeurs considéraient, à tous points de vue, comme un homme authentique, qui voulait poursuivre les réformes pour fermer Guantanamo, en finir avec la surveillance de masse de l’époque, enquêter sur les crimes de l’ère Bush et faire beaucoup d’autres choses. Dans les 100 jours qui ont suivis sa prise de fonction, il a fait un virage à 180 degrés sur ces promesses et a dit nous allions nous tourner vers l’avenir et non vers le passé. L’État profond a conscience que s’il ne peut pas élire les présidents, il peut les formater très rapidement – et cela, avec les mêmes moyens qu’ils utilisent pour nous formater.

DER SPIEGEL : Que voulez-vous dire ?

Snowden : La peur. Pourquoi croyez-vous que toutes ces lois anti-terroristes sont adoptées sans vrai débat sur la question ? Pourquoi avons nous un état d’urgence maintenu de manière indéfinie, même dans des sociétés libérales comme la France ? Je pense que l’on peut voir aussi cette dynamique se refléter en Allemagne, où, je crois, que généralement les services de renseignements et d’espionnage sont peu appréciés du fait de l’histoire du pays. Pourtant, l’enquête sur les fichiers de la NSA n’a pas accordé beaucoup d’importance à la surveillance de masse. Les membres de la coalition ont prétendu qu’ils ne pouvaient pas confirmer qu’il y avait eu surveillance de masse malgré le fait qu’il y avait des preuves littéralement partout et qu’il était impossible de les louper. Ils ne se sont même pas donnés la peine de m’entendre. Tout ceci montre que les services secrets exercent leur influence par le biais de menace implicite. Ils sont efficaces et persuasifs. Ils ont créé une politique de la peur. Chaque fois que leurs choix politiques sont menacés, ils alimentent la presse et le public avec tous les dangers que nous courons. En tant que société, nous finissons par être terrorisés.

DER SPIEGEL : Mais n’y-a-t’il pas de raisons de craindre le terrorisme ?

Snowden : Bien sûr qu’il y en a. Le terrorisme est un vrai problème. Mais quand on regarde le nombre de décès qu’il a causé dans pratiquement tous les pays autres que dans les zones de guerre comme l’Irak ou l’Afghanistan, il contribue pour beaucoup moins de décès que, par exemple les accidents de la route ou les crises cardiaques. Même si on avait un 11 septembre chaque année aux États-Unis, le terrorisme resterait une menace faible comparé à beaucoup d’autres choses.

DER SPIEGEL : Ce n’est pas vraiment comparable.

Snowden : Je dis simplement que la terreur est un exemple idéal de cette culture grandissante de la peur. Le monde des renseignements a utilisé la terreur pour engager une nouvelle dynamique de surveillance de masse. Et l’aspect le plus tragique dans tout ça est qu’en la fin de compte c’est cette démarche elle-même qui crée la terreur. Cela devient systémique et nous a conduit où nous sommes aujourd’hui. Comment peut-on expliquer autrement l’élection de Donald Trump que par une défaillance systémique de la rationalité ? On voit des choses arriver dans des pays comme la Hongrie ou Pologne qui ont des gouvernements plus autoritaires. Je pense que c’est le résultat de cette atmosphère de peur, et que rien ne changera tant que nous, le public, nous n’exercerons pas une sorte d’alchimie afin de reconnaître la peur quand on nous la présente. Il faut qu’on apprenne à en manger, à la transformer en une énergie que nous pourrons utiliser pour améliorer la société plutôt que la terroriser et l’affaiblir. Mais même Obama ne peut pas faire ça.

DER SPIEGEL : Au moins, Obama a pardonné Chelsea Manning, le lanceur d’alerte qui a fournit des documents américains à Wikileaks, dont, des câbles diplomatiques.

Snowden : Je l’applaudis pour cela.

DER SPIEGEL : Est-ce que vous espériez la même clémence ?

Snowden : Je n’ai jamais cru que c’était quelque chose qui pourrait arriver. Obama s’est senti offensé personnellement par ses révélations parce que c’est lui qui a été tenu pour responsable. Il a perçu cela comme une sorte d’attaque contre lui et contre son legs, c’est un peu déprimant.

DER SPIEGEL : Est-ce que vous espérez toujours pouvoir rentrer aux États-Unis un jour ?

Snowden : Oui, absolument. Je ne vais pas porter de jugement sur cette éventualité, mais, vous avez mentionné un peu plus tôt les allégations qui ont été faites contre moi – vous les entendez de moins en moins au fur et à mesure que le temps passe. Je pense que cela signifie qu’il y a de l’espoir à l’avenir, même pour moi.

DER SPIEGEL : Quelle est votre situation juridique aujoud’hui en Russie ?

Snowden : J’ai un statut légal de résident permanent – En gros c’est comme la carte verte (Green Card) aux États-Unis. Ce n’est pas un statut de réfugié, il est renouvelable indéfiniment environ tous les trois ans, mais en théorie, il n’est pas garanti. J’ai été assez critique du gouvernement russe sur Twitter et dans mes communiqués et ça ne m’a probablement pas permis de me faire des amis. Ils ne m’ont pas embêté jusqu’à présent mais qui sait la tournure que cela prendra dans le futur.

DER SPIEGEL : Dans le film « Citizenfour », on voit cette jolie scène avec votre copine en train de faire la cuisine. Si je peux me permettre, est-ce ce à quoi ressemble votre vie aujourd’hui ?

Snowden : Nous sommes toujours ensemble, oui.

DER SPIEGEL : A quoi passez-vous votre temps ?

Snowden : Je voyage beaucoup. Je suis allé à Saint Petersbourg. Mes parents me rendent visite de temps en temps.

DER SPIEGEL : Comment gagnez-vous votre vie ?

Snowden : Je donne des conférences – principalement dans des universités américaines par transmission vidéo. Je fais beaucoup des trucs bénévoles pour la Fondation pour la liberté de la presse. Je suis le président élu de son conseil.

DER SPIEGEL : Il semble que la surveillance soit un problème qui vous hantera à jamais.

Snowden : Ma vie tourne autour de la technologie. Je suis ingénieur, je ne suis pas politicien. Alors, les discours publics ou cette interview avec vous, aussi sympas que vous soyez, c’est difficile pour moi. Ça me met mal à l’aise.

DER SPIEGEL : Avez-vous peur du moment où votre notoriété mondiale commencera à s’émousser ?

Snowden : Non ! Je vais adorer ce moment !

DER SPIEGEL : Ça peut être une drogue, la notoriété.

Snowden : Ouais, pour certains types de personnalité. Mais pour moi ? Vous devez comprendre que la préservation de ma vie privée dicte ma conduite. Le pire qui puisse m’arriver aujourd’hui est l’idée d’entrer dans une épicerie et d’être reconnu par quelqu’un.

DER SPIEGEL : Ça vous est arrivé ?

Snowden : Il y a quelque jours, j’étais à la galerie Tretyakov et il y avait une jeune femme. Et cette femme me fait « Vous êtes Snowden ? ». Je crois qu’elle était Allemande. Et j’ai dis « Ouais » et elle a fait un selfie. Et vous savez quoi ? Elle ne l’a jamais mis en ligne.

DER SPIEGEL : Mr Snowden, nous vous remercions pour cette interview.

Note 1 : G 10 (secret de la correspondance et des communications téléphoniques) : application de l’article G-10, loi précisant l’article 10 de la Loi Fondamentale, entrée en vigueur le 13 août 1968 (BGBl. I p. 949), qui détermine les compétences des services secrets allemands en matière d’empiétements sur le secret de la correspondance, le secret postal et des télécommunications, garantis par l’article 10 de la Loi Fondamentale. Dans la langue courante, le G10 est également dénommé « loi sur les écoutes » (Abhörgesetz). (Source Wikipedia)

Note 2 : Le chiffrement de bout en bout (en anglais, End-to-end encryption ou E2EE) est un système de communication où seules les personnes qui communiquent peuvent lire les messages échangés. En principe, il empêche l’écoute électronique, y compris par les fournisseurs de télécommunications, par les fournisseurs d’accès Internet et même par le fournisseur du service de communication. Avec le chiffrement de bout en bout, personne n’est en mesure d’accéder aux clés cryptographiques nécessaires pour décrypter la conversation 1. Les systèmes de chiffrement de bout en bout sont conçus pour résister à toute tentative de surveillance ou de falsification, car aucun tiers ne peut déchiffrer les données communiquées ou stockées. En particulier, les entreprises qui offrent un service de chiffrement de bout en bout sont incapables de remettre une version déchiffrée des messages de leurs clients aux autorités. (Source Wikipedia)

Note 3 : Un darknet est un réseau superposé (ou réseau overlay) qui utilise des protocoles spécifiques intégrant des fonctions d’anonymisation. Certains se limitent à l’échange de fichiers comme RetroShare, d’autres permettent la construction d’un écosystème anonyme complet (web, blog, mail, irc) comme Freenet. ( Source Wikipedia)

Source : Der Spiegel, Martin Knobbe & Jörg Schindler, 12-08-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/interview-avec-edward-snowden-par-martin-knobbe-et-jorg-schindler/

[Transcription] Interview de Sergueï Lavrov par la BBC

23.avril.2018 // Les Crises

[Transcription] Interview de Sergueï Lavrov par la BBC

Interview du Ministre des Affaires Étrangères russe – à prendre avec esprit critique…

Source : S. Hasan, 19-04-2018

Transcription :

Journaliste : Sergueï Lavrov, bienvenu à Hard Talk. La semaine dernière, le monde entier était profondément préoccupé par l’éventualité d’un conflit armé direct entre les USA et la Russie. D’après vous, dans quelle mesure avons-nous frôlé un tel scénario ?

Sergueï Lavrov : Je ne pense pas que nous ayons été très proches. Je pense que cette situation a été créée par nos collègues occidentaux qui se sont comportés de manière très irresponsable. Ils ont accusé les autorités syriennes d’avoir utilisé des armes chimiques contre la population civile et en même temps ils nous ont accusés en tant qu’alliés du gouvernement syrien. Sachant qu’ils l’ont fait sans attendre que les inspecteurs de l’OIAC visitent les lieux. En réalité, c’est au moment précis où les représentants de l’OIAC étaient prêts à se rendre du Liban en Syrie que ces frappes ont eu lieu. Comme l’ont expliqué nos militaires, le canal de liaison pour empêcher des incidents imprévus (ce qu’on appelle le ‘deconflicting’) fonctionne en permanence.

Journaliste : Donc pour être clair et éviter le jargon, ai-je bien compris que les Etats-Unis et leurs alliés vous ont préalablement informés des frappes en préparation, et vous, de votre côté, vous avez assuré que la Russie ne riposterait pas ?

Sergueï Lavrov : Je préférerais ne pas entrer dans les détails concernant ces contacts de travail entre nos militaires. Les militaires russes et américains ont un canal de liaison aussi bien entre les deux capitales qu’en Syrie même, et nos militaires discutent très professionnellement entre eux toutes ces questions. Ils se comprennent très bien. Ils comprennent probablement mieux que personne tout le risque de telles aventures.

Journaliste : Monsieur Lavrov, cette crise n’est pas terminée, n’est-ce pas ?

Sergueï Lavrov : Cela dépend de ceux qui ont organisé toute cette crise.

Journaliste : En regardant les déclarations de vos diplomates, la conclusion s’invite d’elle-même. Par exemple, votre ambassadeur aux USA a déclaré que ces frappes aériennes ne resteraient pas sans conséquences. Vladimir Poutine l’a qualifié d’acte illégal d’agression. Le monde veut savoir ce que la Russie a l’intention de faire ?

Sergueï Lavrov : C’est un constat des faits. Et il y a forcément des conséquences. Je dirais que nous avons perdu les restes de confiance à nos amis occidentaux qui préfèrent s’appuyer dans leurs actions sur une logique très étrange – ‘il n’y a pas de punition sans culpabilité’. Par exemple, ils nous punissent d’abord pour Salisbury et ensuite attendent que Scotland Yard termine l’enquête. D’abord ils punissent pour Douma en Syrie et ensuite ils attendent que les experts de l’OIAC viennent et examinent les lieux. Autrement dit, cette ‘troïka’ de pays occidentaux agit selon le principe ‘si vous êtes punis, vous êtes coupables’.

Journaliste : En ce qui concerne les incidents que vous avez mentionnés – Douma et l’affaire Skripal – nous en reparlerons en détail avec vous. Mais d’abord je voudrais encore parler avec vous de l’état de nos relations diplomatiques. La Représentante permanente des USA auprès de l’ONU Nikki Haley a déclaré que les Etats-Unis restaient ‘en état opérationnel’. Comment pouvez-vous réagir à ce genre de déclarations ?

Sergueï Lavrov : Il me semble qu’il leur faudrait d’abord remettre de l’ordre à la maison, à Washington. Nous pensons que les déclarations de ce genre peuvent être faites seulement par le chef des armées ou la direction militaire. Comme je l’ai dit, les militaires russes et américains disposent d’un canal de liaison pour prévenir les incidents imprévus, mais c’est une information confidentielle.

Journaliste : Vous parlez de déficit de confiance, plus exactement vous parlez d’une absence totale de confiance entre la Russie et les Etats-Unis.

Sergueï Lavrov : J’ai dit que nous sommes en train de perdre les restes de confiance, nous ne sommes pas encore à 0.

Journaliste : Pas encore 0. Je me demande simplement, au niveau le plus basique, quand vous, Ministre russe des Affaires étrangères, vous vous levez le matin et vous lisez sur Twitter que le Président américain et chef des armées vous menace de facto et vous dit : ‘La Russie, tiens-toi prête ! Des missiles beaux neufs et intelligents arrivent !’, que pensez-vous à ce sujet ?

Sergueï Lavrov : Eh bien je me dis que le Président américain a publié un Tweet.

Journaliste : Et comment réagissez-vous à ses Tweets ?

Sergueï Lavrov : Comme on dit, il faut juger sur pièces. Nous avons décidé de voir comment ces missiles ‘beaux, neufs et intelligents’ se montreront pendant les frappes, et nous avons calculé que les deux tiers des missiles n’ont pas atteint leur cible parce qu’ils ont été interceptés.

Journaliste : Mais vous n’avez aucune preuve, n’est-ce pas ?

Sergueï Lavrov : Le Ministère russe de la Défense a présenté son appréciation et il est prêt pour une discussion professionnelle à ce sujet.

Journaliste : Nous reviendrons encore sur la véracité de l’information fournie par tous les acteurs de ce conflit, mais à présent parlons un peu de diplomatie. La Première ministre britannique Theresa May et le Président français Emmanuel Macron ont très clairement souligné dans leurs déclarations que l’unique objectif de cette opération était de diminuer et d’empêcher l’usage de l’arme chimique par les autorités syriennes. L’opération n’avait pas pour but d’influencer le déroulement du conflit syrien et ne visait certainement pas à renverser le régime syrien à Damas.

Sergueï Lavrov : C’est ce qu’ils disent.

Journaliste : Et vous n’êtes pas d’accord ?

Sergueï Lavrov : Non, nous ne sommes pas d’accord. Votre émission s’appelle ‘Hard talk’ (discussion difficile), or nous avons besoin de ‘hard facts’ (des faits concrets). Et toutes ces déclarations sur le ‘highly likely’ (très probablement) sont tout simplement ridicules.

Journaliste : Pardon, quand vous dites ‘très probablement’, vous faites allusion à l’analyse selon laquelle les forces gouvernementales d’Assad ont utilisé l’arme chimique à Douma ?

Sergueï Lavrov : Non, quand je parle de l’expression ‘highly likely’, je veux dire que c’est une nouvelle invention de la diplomatie britannique derrière laquelle se cache le Royaume-Uni quand il punit les gens. Il déclare que ces gens sont ‘très probablement’ coupables. Vous savez, dans Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll il y a la scène du procès, et quand le roi demande : ‘Faut-il d’abord écouter les jurés ?’, la reine crie : ‘Non ! D’abord la condamnation et le verdict des jurés ensuite !’ Voilà ce qu’est la logique du ‘très probablement’.

Journaliste : D’accord, c’est votre avis. Parlons de ce qui s’est passé à Douma. Permettez-moi de commencer d’abord par une question très simple. La Russie s’oppose à l’usage de l’arme chimique et pense que ceux qui utilisent l’arme chimique doivent être sanctionnés, n’est-ce pas ?

Sergueï Lavrov : Est-ce une question ? Je pensais que vous étiez bien mieux informé concernant la position russe à ce sujet. Vous posez une question avec une réponse évidente.

Journaliste : C’est évident, vous êtes d’accord. Parce que vous avez signé des accords appropriés, vous partagez la détermination de la communauté internationale à faire interdire et à éliminer complètement les armes chimiques.

Sergueï Lavrov : Oui, et bien plus, en 2017, nous avons terminé le programme de destruction de l’arme chimique en Russie, et cela a été officiellement confirmé par l’OIAC. Tout le Comité exécutif de l’OIAC a salué cette démarche. Alors que les USA, malheureusement, n’ont pas encore tenu leurs engagements, et au lieu de cela ils préfèrent le repousser éternellement.

Journaliste : Mais si je viens d’affirmer une évidence et que l’engagement de la Russie à ce sujet est clair, vous voulez donc certainement que les coupables de l’usage des armes chimiques à Douma (et leur usage est confirmé par des preuves accablantes) soient punis ?

Sergueï Lavrov : Attendez, attendez. Vous allez trop vite en besogne concernant les ‘faits’, encore une fois.

Journaliste : Je ne pense pas.

Sergueï Lavrov : Il n’y a aucune preuve de l’usage des armes chimiques à Douma le 7 avril, et vous avez déjà…

Journaliste : Mais il y a des preuves

Sergueï Lavrov : Pouvez-vous… Pouvez-vous [arrêter de m’interrompre] ?

Journaliste : Emmanuel Macron et les Français ont clairement dit qu’ils disposaient d’informations sur les vols d’hélicoptères syriens gouvernementaux au-dessus de Douma. Ils ont des photos de bouteilles de gaz retrouvées sur les lieux de l’attaque. Ils ont également enregistré tous les usages d’armes chimiques par le gouvernement syrien durant les dernières années. Si vous combinez tout ces éléments, dans la mesure ou les Français, les Américains, les Britanniques…

Sergueï Lavrov : Je ne peux pas me permettre d’être impoli envers d’autres chefs d’Etat (ni envers le chef de mon Etat, évidemment), mais vous avez cité des dirigeants de la France, du Royaume-Uni et des Etats-Unis. Mais franchement, toutes les preuves auxquelles ils se réfèrent sont tirées des médias et des réseaux sociaux. Par exemple, les bouteilles de gaz. J’ai vu cette photo – une bouteille de gaz sur un lit, alors que le lit est intact, la vitre de la fenêtre n’est pas brisée. Ecoutez, vous devez être un peu plus sérieux. Pouvez-vous m’expliquer pourquoi frapper (la Syrie) si le lendemain, les inspecteurs de l’OIAC vont se rendre sur les lieux pour examiner ce qu’ils affirment s’être passé ?

Journaliste : Le représentant américain de l’OIAC dit qu’il y a de sérieuses raisons de craindre que la Russie tentait de détruire les preuves à Douma. Pouvez-vous affirmer de votre côté que la Russie ne faisait rien de tel ?

Sergueï Lavrov : Oui, je peux le garantir, mais vous savez, c’est absolument la même logique que Theresa May concernant Salisbury. Quand nous avons posé des dizaines de questions, quand nous avons demandé d’organiser une enquête conjointe, quand nous avons demandé un accès au processus de prélèvement d’échantillons, elle a répondu non, qu’ils ne répondront à aucune question tant que la Russie ne répondra pas aux leurs. Or la seule question qui nous était posée était celle-ci : “Expliquez nous comment vous l’avez fait. Est-ce Vladimir Poutine qui a ordonné d’empoisonner ces deux malheureuses personnes ? Ou est-ce dû au fait que vous avez perdu le contrôle de vos réserves d’armes chimiques ?” Pour toute personne raisonnable, c’est une situation particulièrement étrange… Mais revenons à Douma.

Journaliste : Oui, je reviendrai aux Skripal, mais revenons à Douma et à la question de la crédibilité. Vous avez d’abord déclaré que l’incident (chimique) à Douma n’avait pas eu lieu. Puis la Russie a changé de position et déclaré que quelque chose s’est effectivement produit, mais que c’était une mise en scène fabriquée par des pays russophobes.

Sergueï Lavrov : En effet, il n’y a pas eu d’incident (chimique). Ce qu’il y a eu, c’est une mise en scène. Aucune arme chimique n’a été utilisée.

Journaliste : Vous pensez que le Royaume-Uni est impliqué dans cette fausse attaque à l’arme chimique à Douma, n’est-ce pas ?

Sergueï Lavrov : L’Histoire a connu plusieurs tels précédents de ces dernières décennies. Ce que nous pensons effectivement, et nos renseignements pourraient partager les informations nécessaires avec leurs collègues britanniques, c’est…

Journaliste : Mais vous dites que vous avez des preuves irréfutables que c’est un faux, une mise en scène. Vous dites que les volontaires des Casques blancs y sont impliqués. Où sont vos preuves irréfutables ?

Sergueï Lavrov : Pour obtenir les preuves irréfutables il faut se rendre sur les lieux, et le…

Journaliste : Où sont les preuves irréfutables que tout cela a été mis en scène par les Casques blancs avec le soutien du gouvernement britannique ? Nous parlons de crédibilité. Où est votre crédibilité ?

Sergueï Lavrov : Ce que j’ai dit, c’est que les Casques blancs, on le sait, travaillent uniquement sur le territoire contrôlé par l’opposition, notamment le groupe Front al-Nosra. On sait que les Casques blancs tirent (régulièrement) la sonnette d’alarme concernant des prétendus incidents chimiques, comme il y a un an à Khan Cheikhoun, qui s’est avéré être un faux du début à la fin. Tout le monde sait que les Casques blancs sont financés par plusieurs pays, le Royaume-Uni y compris.

Journaliste : Mais ce ne sont pas des preuves irréfutables.

Sergueï Lavrov : Une seconde. Des preuves irréfutables de quoi ?

Journaliste : Vous avez dit avoir des preuves irréfutables qu’un pays russophobe, et vous vouliez dire le Royaume-Uni, travaillait conjointement avec les Casques blancs pour mettre en scène l’incident.

Sergueï Lavrov : Une seconde. Pourquoi dites-vous que j’ai désigné les Royaume-Uni ? Il ne faut pas me faire dire ce que je n’ai pas dit. J’ai dit ‘un Etat qui cherche à être le premier dans les rangs de la campagne russophobe’. Alors essayez de me citer sans déformer, sinon ce n’est pas très professionnel.

Alors, en parlant de preuves irréfutables, les inspecteurs de l’OIAC ont accepté de mener une enquête pour savoir ce qui s’est passé à Douma. Ils sont venus au Liban. Les autorités syriennes leur ont dit qu’ils obtiendraient immédiatement leur visa en arrivant à la frontière. Sept heures après cela la Syrie a été frappée. Pourquoi le faire à la veille de l’arrivée des inspecteurs ?

Journaliste : S’il s’avérait que les gouvernements de la France, du Royaume-Uni et des USA avaient raison et que vous aviez tort, et si le Président syrien Bachar al-Assad continuait d’utiliser l’arme chimique, comme il l’a fait en 2013 dans la Ghouta faisant jusqu’à un millier de morts, comme il l’a fait il y a un an à Khan Cheikhoun ou comme il vient de le faire à Douma, selon les Américains et leurs alliés. S’il s’avérait qu’ils ont raison et que vous avez tort, reconnaitrez-vous que le Président Bachar al-Assad doit être puni ?

Sergueï Lavrov : Vous savez, vous ne m’entendez pas. Plus exactement vous ne m’écoutez pas. Je viens de dire que l’acte d’agression a été commis moins d’une journée avant l’arrivée sur les lieux de l’attaque chimique supposée des inspecteurs internationaux, dont des citoyens américains, si je comprends bien.

Maintenant, en ce qui concerne ce qui s’est passé il y a un an à Khan Cheikhoun. C’était le 4 avril. Le lendemain le Secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson m’a téléphoné et a demandé d’obtenir des autorités syriennes un accord pour permettre aux inspecteurs internationaux d’examiner la base aérienne d’où a décollé l’avion qui aurait embarqué cette bombe chimique. Le lendemain matin nous avons dit aux Américains que l’accord était obtenu. Ils ont répondu, ‘non, merci’ et ont frappé le lendemain. Nous avons demandé que les inspecteurs de l’OIAC se rendent sur les lieux, mais on nous a répondu que c’était très dangereux et que dans tous les cas ce n’était pas nécessaire parce que les Britanniques et les Français possédaient déjà tous les échantillons nécessaires. Nous avons alors demandé aux Britanniques et aux Français de nous expliquer comment ils avaient réussi à obtenir les échantillons dans un endroit aussi dangereux. Peut-être qu’ils ont des contacts avec les Casques blancs qui contrôlent ce territoire. Ils ont répondu que ces informations étaient confidentielles.

Il y a bien plus de faits que nous voudrions éclaircir et bien plus de questions légitimes en réponse de la seule question que nous entendons de la part des dirigeants et des médias occidentaux : ‘Pourquoi l’avez-vous fait ? Pourquoi avez-vous utilisé l’arme chimique au Royaume-Uni ? Pourquoi couvrez-vous Bachar al-Assad ?’ Et maintenant vous vous appuyez sur ces déclarations pour dire : ‘Et s’il s’avérait que vous aviez tort, alors quoi ?’ C’est très intéressant comme…

Journaliste : Vous êtes le chef de la diplomatie russe. Si d’autres incidents chimiques se produisaient et que les USA, le Royaume-Uni, la France et d’autres pays considéraient que c’est l’œuvre de Bachar al-Assad, il est certain qu’il y aurait de nouvelles frappes encore plus massives. Quel pourrait être le résultat ? Est-ce que la Russie prendra des contremesures ?

Sergueï Lavrov : Avant de parler de ‘nouveaux incidents’ il faut d’abord prouver que Bachar al-Assad a effectivement utilisé l’arme chimique. Puis-je vous donner un bref…

Journaliste : J’ai seulement posé une question très simple parce que le monde veut savoir. Selon Nikki Haley, les USA sont “chargés et prêts à faire feu”, et s’ils estiment – peu importe ce que vous pouvez penser de votre côté – que Bachar al-Assad a à nouveau utilisé des armes chimiques, il est clair qu’il y aurait une réponse militaire de leur part encore plus massive. Comment réagirait la Russie face à cela ?

Sergueï Lavrov : Vous savez, je ne travaille pas dans la voyance. Ce que je sais, c’est qu’il y a quelque temps, trois pays occidentaux, qui dirigent actuellement cette campagne hystérique, ont averti qu’en cas d’utilisation par Bachar al-Assad de l’arme chimique, ils utiliseraient la force. Je le considère comme un signal aux ‘méchants’, notamment aux Casques blancs, pour organiser des provocations. Maintenant, après la frappe aérienne du 14 avril, ils disent à nouveau qu’en cas de nouvel incident, ils réutiliseront la force. Et cela constitue un autre signal adressé aux combattants et aux extrémistes pour qu’ils relancent les activités militaires, ce qu’ils ont déja fait. Immédiatement après la frappe aérienne, ils ont tenté de lancer une offensive contre Damas. Ce que je veux dire, c’est que lorsque certains disent que la Russie est responsable de (l’accomplissement des engagements) de Bachar al-Assad dans le cadre de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, c’est tout simplement révoltant. Nous avons mené ce travail conjointement avec les USA.

Journaliste : Une dernière question sur la diplomatie avant d’aborder d’autres thèmes. Aujourd’hui les USA proposeront au Conseil de sécurité des Nations unies d’examiner une nouvelle résolution qui est selon eux nécessaire pour avertir Bachar al-Assad au nom de la communauté internationale qu’il ne peut pas utiliser à nouveau des armes chimiques. Êtes-vous prêt à coopérer avec les USA à l’ONU ? Cesserez-vous d’opposer votre veto à toutes les résolutions proposées par les USA et leurs alliés ?

Sergueï Lavrov : Pas toutes les résolutions. S’il est question de la reprise du mécanisme d’enquête qui n’est pas transparent ni indépendant et qui lui-même émet la sentence sans attendre le verdict du Conseil de sécurité des Nations unies, alors nous ne pourrons évidemment pas l’accepter. D’ailleurs, …

Journaliste : Vous n’accepterez pas.

Sergueï Lavrov : Vous savez ce que je pense ? Steve, s’il vous plaît, laissez-moi m’exprimer. Je pense que le seul but de cette résolution et de donner l’apparence, si la Russie et la Syrie acceptent de coopérer, ce qui est impossible du fait du contenu, mais si nous acceptions ils voudraient le présenter de sorte que ce sont les bombes nous ont contraint à négocier. C’est pourquoi la résolution exige que les autorités syriennes doivent accepter les négociations. Tout en faisant l’impasse sur le fait que le principal groupe d’opposition qu’ils soutiennent, ce qu’on appelle le groupe de Riyad en la personne de son président Nasser al-Hariri, qui a récemment appelé les USA à utiliser la force pas seulement en cas d’utilisation de l’arme chimique, mais partout où l’opposition lutte contre les forces gouvernementales.

Journaliste : Quelques brèves questions. Premièrement, pensez-vous que Bachar al-Assad est sorti vainqueur de cette interminable guerre syrienne ?

Sergueï Lavrov : Il ne faut pas penser aux vainqueurs et aux vaincus, ni à Bachar al-Assad ou ses opposants. Il faut penser avant tout au peuple syrien qui a besoin d’un répit des horreurs de 8 ans de conflit.

Journaliste : Quel est l’objectif final de la Russie en Syrie ? Ces derniers temps Moscou y envoie de plus en plus de matériel et d’effectifs. Est-ce que cela signifie que vous avez l’intention d’aider Bachar al-Assad tant qu’il ne contrôlera pas chaque centimètre du territoire syrien ?

Sergueï Lavrov : Notre objectif consiste à protéger la Syrie contre l’agression qui a commencé le 14 avril et laquelle ces trois pays, comme ils déclarent, ont l’intention de poursuivre.

Journaliste : Avez-vous l’intention de livrer au Président syrien Bachar al-Assad votre tout nouveau système antiaérien S-300 ? Si oui, cela pourrait préoccuper sérieusement Israël.

Sergueï Lavrov : Le Président russe Vladimir Poutine a déjà répondu à cette question. Il a rappelé qu’il y a quelques années, à la demande de nos partenaires, nous avions décidé de ne pas livrer les S-300 à la Syrie. A présent, après un acte d’agression révoltant des USA, de la France et du Royaume-Uni, nous étudierons les options pour assurer la sécurité de l’Etat syrien.

Journaliste : Si je comprends bien, les événements de ces derniers jours vous ont poussé à revoir votre position et maintenant vous êtes enclins à fournir ces systèmes de défense antiaérienne modernes en Syrie ?

Sergueï Lavrov : Cela nous convainc que nous devons fournir à la Syrie tout ce qui est nécessaire pour aider aider l’armée syrienne à prévenir toute agression.

Journaliste : Au moins 500 000 personnes ont été tuées en sept ans de guerre en Syrie. Au moins 12 millions de personnes ont dû quitter leur foyer. Au moins 5 millions d’entre elles se sont retrouvés en dehors de la Syrie. Vous pensez sérieusement que Bachar al-Assad est vraiment capable d’unir le pays, de guérir les blessures et de diriger la Syrie ?

Sergueï Lavrov : Nous n’avons jamais rien dit de tel. Notre approche se reflète dans la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies – ce sont les Syriens eux-mêmes qui doivent décider du sort de la Syrie. Il faut une nouvelle Constitution, des élections, et que les Syriens décident eux-mêmes. Les tentatives incessantes de faire éclater la Syrie en morceaux vont à l’encontre de ce qui est dit publiquement et au niveau officiel. D’ailleurs la Syrie n’est pas la seule à souffrir des terribles conséquences de la guerre civile. Regardez l’Irak et la Libye. Et maintenant ceux qui ont mis ces pays dans un tel état veulent que la même chose soit faite en Syrie.

Journaliste : Maintenant parlons un peu de l’affaire de Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia qui ont été empoisonnés dans la ville de Salisbury au sud de l’Angleterre. Aujourd’hui, dans cette interview, vous avez dit que la confiance était importante. Vous, Ministre russe des Affaires étrangères, affirmez que les services britanniques connus pour leur ‘autorisation de tuer’ sont impliqués dans cet incident. Peut-être que ces derniers propos étaient une plaisanterie de votre part. Dites, vous pensez vraiment que votre version sera prise au sérieux ?

Sergueï Lavrov : On nous a dit que ‘très probablement’ les Skripal ont été empoisonnés par les Russes parce qu’il n’existe aucune autre explication plausible. C’est pourquoi nous avons répondu qu’il existait d’autres versions plausibles.

Journaliste : Mais votre version n’est pas crédible.

Sergueï Lavrov : Et pourquoi donc ?

Journaliste : Avez-vous le moindre soupçon de preuve que les services britanniques ont essayé de tuer Sergueï Skripal ?

Sergueï Lavrov : Les Romains avaient déjà un critère : ‘Cherchez à qui profite le crime’. Je pense que la provocation aussi bien en Syrie que sur le territoire britannique a été on ne peut plus bénéfique pour le Royaume-Uni. Aujourd’hui le Royaume-Uni se retrouve sur le devant de la scène de la politique mondiale par un tel moyen très négatif, agressif et étrange.

Journaliste : Permettez-moi de relever l’incohérence de votre position. Pendant l’interview vous avez souligné avec force l’attachement de la Russie à toutes les conventions et accords internationaux sur l’interdiction des armes chimiques, y compris en soutenant l’activité de l‘OIAC.

Sergueï Lavrov : C’est exact.

Journaliste : Et vous soutenez notamment l’activité de l‘OIAC

Sergueï Lavrov : C’est exact

Journaliste : Vous savez mieux que moi que l’OIAC a envoyé les échantillons de la substance neuro-paralytique utilisée à Salisbury à quatre laboratoires différents, et tous ont confirmé qu’il s’agissait de ‘Novitchok’ (comme le disait le gouvernement britannique) de niveau de pureté élevé.

Sergueï Lavrov : Et c’est précisément le problème. La présence même de la substance A-234 à un niveau de pureté élevé et à très forte concentration est suspecte car…

Journaliste : Il est clair qu’elle vient de Russie, de l’ex-URSS. Tout le monde sait que c’est vous qui avez inventé ce gaz neuro-paralytique.

Sergueï Lavrov : Restons-en aux faits. Vous êtes peut-être un as pour poser des questions dures, mais il faut aussi savoir écouter ! En effet, cette substance a été élaborée en Union soviétique, mais ensuite l’un de ses inventeurs s’est enfui aux USA et a publié la formule en accès libre. Vous devriez vous-même vérifier cette information d’évoquer la question. Les USA ont même breveté cette formule et cette substance est officiellement en service dans les renseignements américains ou l’armée, je ne sais plus. L’A-234 est une substance qui tue rapidement et ensuite elle s’évapore rapidement. C’est pourquoi nos chercheurs disent que les échantillons prélevés deux semaines plus tard ne peuvent en aucun cas contenir une ‘très forte concentration’ de cette substance.

Journaliste : Nous revenons à nouveau à la question de savoir qui l’on croit ou non. Peut-être que ce que vous dites est crédible en Russie, mais en aucun cas dans le reste du monde. Plus de 100 diplomates russes ont été expulsés de plus de 20 pays occidentaux parce qu’ils estiment que c’est la Russie qui est coupable.

Sergueï Lavrov : Si vous voulez tout de même parler sur le fond, permettez-moi d’ajouter ceci. Samedi nous avons présenté un document avec les conclusions du Centre suisse d’analyse radiologique et chimico-biologique de Spiez (l’un des laboratoires que vous avez mentionnés) qui a effectivement découvert une ‘forte concentration’ d’A-234, mais hormis ça…

Journaliste : Je vous demande : faites-vous ou non confiance à l’OIAC ? La question est très simple. Vous semblez ne pas leur faire confiance.

Sergueï Lavrov : Mince ! Pour un Britannique vous avez d’horribles manières. Le rapport du laboratoire suisse affirme aussi qu’ils ont d’abord découvert la substance BZ, inventée, si je ne m’abuse, en 1955 aux USA, et mise en service dans les armées américaine et britannique. Nous avons envoyé à l’OIAC, à laquelle nous faisons confiance, une requête pour confirmer ou réfuter qu’en plus de l’A-234, le laboratoire suisse aurait découvert dans les échantillons du BZ. Maintenant nous attendons une réponse de l’OIAC, à laquelle nous faisons confiance, évidemment. Mais comme on dit, faisons confiance mais vérifions quand même.

Journaliste : Il ne nous reste pratiquement plus de temps et je dois encore vous poser une question sur les sanctions. Le ministère américain des Finances s’apprête à annoncer de nouvelles sanctions contre des personnes et des compagnies russes qui, estime-t-on, sont liées à l’armée syrienne. Le marché boursier russe avait sérieusement fléchi à cause des sanctions précédentes décrétées par le gouvernement américain. La Russie est au pied du mur.

Sergueï Lavrov : Merci pour votre compassion. Mais ne vous inquiétez pas, nous allons nous en sortir. Et ce n’est pas…

Journaliste : Le marché boursier s’est effondré de 10%, le rouble a chuté par rapport au dollar.

Sergueï Lavrov : N’avez-vous pas connu de périodes difficiles par le passé ? Vous vous souvenez, George Soros avait joué contre votre marché boursier et avait fait effondrer la Livre Sterling ? Mais ils ne s’agit pas simplement des menaces de punir ceux qui ont des contacts avec le gouvernement syrien. En fait, ils veulent punir tout le peuple russe pour avoir fait le ‘mauvais’ choix à l’élection présidentielle. Ils déclarent qu’ils ne nuiront jamais aux Russes du quotidien, mais seulement aux oligarques, aux politiciens et aux militaires qui déstabilisent soi-disant le monde, mais ils mentent. Leur véritable souhait consiste à causer des problèmes aux centaines de milliers de Russes, ceux qui ont été employés à…

Journaliste : Et c’est votre point faible.

Sergueï Lavrov : Oui, oui.

Journaliste : Et c’est votre point faible. Vous disposez peut-être du plus puissant arsenal nucléaire au monde, comme s’en vantait le Président russe Vladimir Poutine, mais votre économie est faible et vulnérable.

Sergueï Lavrov : Oui, c’est le cas et nous le savons. Mais notre économique a traversé de nombreuses épreuves depuis la Seconde Guerre mondiale. Je peux vous assurer que le gouvernement et le Président veillent attentivement à mettre en place les réformes nécessaires, et c’était le thème principal de la première partie de l’allocution du Président russe à l’Assemblée fédérale. Dans la deuxième partie, lorsqu’il a parlé de nouveaux armements, il a conclu par l’idée que nous sommes toujours prêts au dialogue sur la base du respect réciproque et de l’équilibre des intérêts.

Journaliste : Et dernière question. Le Secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres a déclaré récemment que le monde était à nouveau plongé dans une guerre froide, mais si auparavant il existait des mécanismes qui prévenaient la possibilité d’escalade entre les USA et l’URSS, aujourd’hui ces mécanismes semblent absents. Cette conclusion est terrifiante. Vous travaillez à votre poste depuis 13 ans. Peut-on qualifier la période actuelle de la plus terrible dans votre mémoire ?

Sergueï Lavrov : L’un des mécanismes est d’avoir des canaux de communication normaux. Les canaux de communications entre Moscou et Londres ont été fermés à l’initiative britannique. Les contacts entre les militaires et entre toutes les agences chargées de la lutte antiterroriste ont été stoppés il y a longtemps, toujours à l’initiative de Londres. Le Conseil OTAN-Russie, qui était un mécanisme très utile pour promouvoir la confiance et la transparence dans les relations, a de facto été fermé par l’OTAN. A présent l’OTAN ne veut parler que de l’Ukraine sur cette plateforme. L’UE a également fermé toutes les voies de coopération avec la Russie et communique avec nous uniquement sur la Syrie et d’autres…

Journaliste : Mais avez-vous le sentiment qu’une nouvelle guerre froide a commencé ?

Sergueï Lavrov : Selon moi, la situation actuelle est pire que pendant la Guerre froide parce qu’à l’époque, il y avait au moins des canaux de communication, et il n’y avait pas une telle russophobie hystérique, qui ressemble à une sorte de génocide par les sanctions.

Journaliste : Vous pensez qu’aujourd’hui la situation est pire qu’à l’époque de la Guerre froide ?

Sergueï Lavrov : Oui, précisément à cause de l’absence de canaux de communication. Du moins il n’en reste pratiquement plus.

Journaliste : Cela rend la situation très dangereuse.

Sergueï Lavrov : J’espère que vous ne serez pas le seul d’entre vos compatriotes à s’en rendre compte, et que votre gouvernement en particulier le reconnaitra.

Journaliste : C’est difficile d’imaginer ou de se rappeler une période historique où la Russie ressemblait plus à un pariah et était aussi isolée qu’aujourd’hui. Vous avez la Coupe du monde de football cet été, et le Ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson l’a déjà comparée à l’organisation par Adolf Hitler en 1936 des Jeux olympiques à Berlin.

Sergueï Lavrov : En 1938, c’est-à-dire après cette Olympiade, a été joué le match entre le Royaume-Uni et l’Allemagne. Vous pouvez trouver sur internet la photo de ce match où avant le jeu les joueurs allemands et britanniques font le salut nazi.

Journaliste : Que voulez-vous dire ?

Sergueï Lavrov : Je n’ai pas l’intention de parler de Boris Johnson. Nous avons déjà parlé avec lui pendant sa récente visite à Moscou. Qu’il se divertisse.

Journaliste : Notre temps est écoulé. Sergueï Lavrov, merci beaucoup d’avoir participé à l’émission ‘Hard Talk’.

Source : S. Hasan, 19-04-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/transcription-interview-de-serguei-lavrov-par-la-bbc/

Vos mensonges signifient une seule chose : l’Armée syrienne avance !

Syrie

Vos mensonges signifient une seule chose :
l’Armée syrienne avance !

Bachar al-Assad

Mercredi 7 mars 2018

À la demande du Royaume-Uni et suite à une convocation décidée à l’issue d’un vote, dans la matinée du 2 mars courant, le Conseil des droits de l’homme tenait, dans l’après-midi même, un « débat urgent »  sur la situation en Syrie.

Un débat auquel ont participé une cinquantaine d’États membres et d’observateurs du Conseil, ainsi que des représentants de plusieurs ONG, afin d’examiner un projet de résolution soumis par le Royaume-Uni en raison de la détérioration de la situation des droits de l’homme dans la « Ghouta orientale » ; projet aux termes duquel « le Conseil condamnerait fermement toutes les violations du droit international humanitaire et les violations flagrantes, généralisées et systématiques des droits de l’homme et des libertés fondamentales en République arabe syrienne ».

Il a été décidé que le Conseil se prononcerait sur ce projet et sur huit amendements présentés par la Russie et l’Afrique du Sud ce lundi 5 mars.

Mis à part les prises de position des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, désormais connues de tous les observateurs, nous notons les précisions suivantes  dans le compte-rendu destiné à l’information [1] :

  • « La Syrie doit être traduite devant la Cour pénale internationale » ! Ceci, en conclusion du plaidoyer du jordanien et Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme, M. Zeid Ra’ad al-Hussein.
  • Tout en compatissant avec les souffrances du peuple syrien et condamnant toute violence à l’encontre des civils, le Venezuela, Cuba, l’Iraq et la Chine, qui s’étaient opposés à la convocation de ce débat, ont estimé que le Conseil avait tendance à la politisation des questions des droits de l’homme, ce qui risquait de saper sa crédibilité.
  • L’Afrique du Sud a déploré que le Royaume-Uni, membre permanent du Conseil de sécurité, en présentant aujourd’hui un tel projet, veuille faire « sous-traiter » son mandat par le Conseil des droits de l’homme. Cela n’est pas acceptable et ne doit pas être accepté. L’Afrique du Sud a également déclaré que si les membres du Conseil de sécurité estiment que des armes chimiques ont été utilisées en Syrie, ils doivent tomber d’accord sur le fait que la Convention sur l’interdiction des armes chimiques [CIAC] est la base légale pour aborder de cette question. 

Pour le Royaume-Uni, il est donc évident que seule l’histoire de la Ghouta damascène pose un « problème humanitaire » ; une histoire pourtant tellement bien racontée, en partie, par Le Monde, le 27 février 2018 [2]. Elle se résumerait à dire que les prétendus amis soucieux du peuple syrien négocieraient depuis des mois pour la conclusion d’un « accord de réconciliation entre les rebelles et le régime, les premiers baissant les armes en échange d’une forme d’autonomie ».

Une « forme d’autonomie » non seulement pour les terroristes du Front al-Nosra, une fois qu’ils auraient quitté la Ghouta orientale pour accepter de tous se regrouper dans la province d’Idlib ; mais aussi, pour les terroristes de Jaych al-Islam [obédience saoudienne] dans la Ghouta orientale, une fois réglées leurs querelles réelles ou simulées avec ceux de Faylaq al-Rahmane [obédience qatarie].

Ceci, sans reparler des « administrations autonomes » proposées dans la partie Est d’Alep par l’émissaire onusien, M. Staffan de Mistura, pour les terroristes qui ont martyrisé les Aleppins pendant des années. Et, sans parler d’autres formes d’autonomie pour des Syriens kurdes à l’Est de l’Euphrate et des Syriens turkmènes, ou autres fans d’Erdogan au sein de ladite « armée libre » [ASL], à l’Ouest de l’Euphrate.

C’est dans ce contexte que le Président de la République arabe syrienne répond aux questions des journalistes, dans la soirée du 4 mars 2018 [NdT].

  1. Al-Fadaiya TV (Mme Alissar Maala) : Monsieur le Président, ces derniers temps, nous observons une fréquence accrue des visites des délégations iranienne et russe. Cela indiquerait une coordination accrue, ou est-ce pour répondre aux rumeurs de désaccords entre les alliés ?

Le président Al-Assad : Comme c’est clair pour tous, il y a actuellement une attaque médiatique et politique. Je ne veux pas dire qu’elle est inédite, parce que des précédents ont surgi de temps à autres, en fonction des circonstances, accompagnés d’un soutien continu aux terroristes et d’une offensive militaire et sécuritaire permanente sur la Syrie, depuis des années.

Une attaque menée sous des slogans humanitaires, aux titres de la défense des civils ou autres ; slogans repris par les médias et les responsables occidentaux ; la campagne actuelle visant principalement à mobiliser le terrorisme et les terroristes, suite aux récents coups répétés [qu’ils ont subis].

Nous nous rencontrons d’abord pour traiter de la situation actuelle, suivre les résultats de la Conférence de Sotchi et, en même temps, discuter de la réunion tripartite turco-irano-russe qui se tiendra dans quelques jours au sujet de la situation en Syrie. Vu les circonstances, il est normal qu’il y ait plus de coordination et une fréquence accrue des rencontres entre les responsables syriens, iraniens et russes.

  1. Al-Alam TV (M. Houssein Mourtada) : La Résolution 2401 stipule un cessez-le-feu immédiat, mais nous observons que les obus continuent à tomber sur Damas, en particulier, tandis que l’Armée syrienne a initié une opération en direction de la Ghouta orientale. Qu’est-ce que cela signifie ?

Le président Al-Assad : Abstraction faite de la terminologie utilisée dans les [textes des] résolutions internationales, l’Armée syrienne ne mène pas une agression pour qu’elle ait à cesser une opération. L’Armée syrienne travaille à rétablir la stabilité et à défendre le peuple syrien confronté au terrorisme.

Par ailleurs, la formulation première de la résolution en question [le projet de la résolution 2401], et non sa formulation définitive, a été conçue pour protéger les terroristes à partir du moment où les troupes de l’Armée syrienne ont commencé à se rassembler autour de la Ghouta orientale.

Mais, indépendamment de qui a présenté le projet de cette résolution au Conseil de sécurité, lorsqu’elle a été adoptée dans sa formulation actuelle, inattendue par les États occidentaux, à commencer par les États-Unis, car relativement avantageuse du fait qu’elle permet de protéger les civils tout en continuant à lutter contre le terrorisme, des ordres ont été donnés aux terroristes pour qu’ils continuent à pilonner Damas. Telle est la vérité.

La preuve en est le délai, de quelques jours, entre son adoption et le nouveau projet de résolution présenté par la délégation britannique [du 24 février au 2 mars, NdT]. Le précédent projet n’ayant pas répondu à leurs attentes, ils sont à la recherche d’un autre. Et, entre les deux, il est indispensable que les gangs de terroristes poursuivent leurs frappes sur les civils innocents.

Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie une seule chose : nous continuerons à lutter contre le terrorisme. Nous ne venons pas de juste commencer à le faire dans la Ghouta orientale. Nous avons commencé à lutter contre le terrorisme partout et dès le premier jour. Nous avons commencé à Alep… Nous avons commencé à Homs… Nous avons commencé à Deir ez-Zor… Et l’opération de la Ghouta orientale est la poursuite de cette lutte contre le terrorisme partout où il se trouve. Mais, il semble que la programmation de ces résolutions coïncide, la plupart du temps, avec l’état de dépression des milices armées ; ce qui fait qu’il est habituel qu’un projet de résolution arrive pour les protéger d’une part, et relever leur moral d’autre part.

  1. Al-Fadaiya TV ( Nizar Al-Rafi’) : Monsieur le Président, les pays occidentaux disent que cette dernière résolution de l’ONU concerne uniquement la situation humanitaire, c’est-à-dire secourir et acheminer les aides. Qu’en pensez-vous ?

Le président Al-Assad : La situation humanitaire telle que présentée, de temps à autre et à tous les niveaux en Occident, est un mensonge stupide équivalent à la stupidité des responsables occidentaux qui ne cessent de le répéter. Personne n’y croit.

Plus précisément : de quand daterait l’histoire humanitaire de cet Occident ? De l’époque du néo-colonialisme ? De la Deuxième Guerre mondiale, quand des millions sont tombés en Union soviétique, sans que les Occidentaux ne les aident et ne se décident à débarquer que lorsqu’ils ont pensé que la Russie pouvait la gagner ? De la guerre de Corée  dans les années cinquante ? Et dernièrement, de la guerre en Irak ou en Syrie ?

Que fait quotidiennement l’alliance occidentale de Deir ez-Zor à Raqqa jusque Hassaké ? Des massacres ! Rien qu’en février, il y a eu plus de quatre massacres contre des civils. Par conséquent, l’humanité dont il s’agit est un terme parmi tant d’autres remplissant le « Dictionnaire politique occidental » ; le dictionnaire des mensonges. Mais, vu l’expérience acquise à force de faire avec, non seulement pendant la guerre mais depuis des décennies, nous avons la capacité de traduire ces termes. Pour nous, dans la logique occidentale, le terme « humanitaire » signifie une seule chose en Syrie : l’Armée syrienne avance !

Par conséquent, toute personne qui ne souhaiterait pas perdre son temps à saisir, des nouvelles du jour, ce qui se passe sur le terrain en Syrie, peut se contenter de rechercher, sur Internet, combien de fois ce terme [humanitaire] est répété par les responsables occidentaux dans leurs médias respectifs. Une nette augmentation de sa fréquence signifie que les choses vont dans le bon sens sur le terrain ; c’est là l’unique explication.

  1. Al-Mayadeen (Mohammad Al-Khodr) : Monsieur le Président, nous sommes au 6ème jour de trêve de la Ghouta orientale. Il n’empêche que les violations continuent ainsi que les tirs d’obus. Plus important encore est le fait qu’aucun civil n’en est encore sorti. Combien de temps va-t-elle durer ?

Le président Al-Assad : Tant qu’il y a des personnes et même une seule personne -nous pensons qu’elles sont une majorité- qui veulent quitter le verrou du terrorisme pour rejoindre le giron de l’État, il faut maintenir une trêve leur ouvrant la voie, afin qu’elles passent vers les régions sous autorité de l’État.

Il n’y a aucune contradiction entre la trêve et les opérations de combat. Les avancées de l’Armée arabe syrienne dans la Ghouta orientale, hier et avant-hier, ont eu lieu au cours de cette trêve. C’est pourquoi, comme je viens de vous le dire, la Résolution [2401] est positive par certains aspects. Elle permet, à la fois, de prendre en considération la situation humanitaire, dans un objectif humanitaire, tout en gardant l’objectif de frapper les terroristes. C’est pourquoi, nous devons poursuivre les opérations parallèlement à l’ouverture d’une voie de sortie aux civils.

  1. Al-Ikhbariya TV ( Rana Ismaïl) : Les discussions vont bon train à propos de l’usage de substances chimiques toxiques par le Gouvernement contre les civils, notamment dans la Ghouta orientale et Idlib. En parallèle, nombre de responsables occidentaux -je parle des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France- ont menacé de lancer une attaque militaire contre le Gouvernement syrien en cas de confirmation. Que répondez-vous à ces accusations ? Les prenez-vous au sérieux ?

Le président Al-Assad : Désormais, le terme « chimique » fait aussi partie du dictionnaire occidental des mensonges. Je crois que nous en avons entendu parler pour la première fois en 2012. Depuis, ils n’ont cessé d’en reparler. Aujourd’hui, six ans après, où sont les résultats réels de l’utilisation d’une telle arme de destruction massive ?

Son utilisation est censée nous avoir conduits à nombre de massacres avec des milliers ou, au minimum, des centaines de morts. Ce qui n’a pas eu lieu, ni quand la Syrie possédait l’arme chimique, ni quand elle y a renoncé. Comment serait-il logiquement possible que, dans ce genre de guerre, une telle arme puisse être utilisée sans même nuire aux civils des zones contrôlées par l’État ou à l’Armée syrienne ? C’est illogique, militairement incorrect, en plus du fait que nous avons clairement renoncé à ces armes en 2013 et qu’il existe une organisation chargée de vérifier cette réalité ; laquelle a mené son enquête. S’il existait la moindre preuve, elle l’aurait fait savoir. Mais il semble qu’ils contribuent à des organisations auxquelles ils ne font fondamentalement pas confiance.

Ajoutez à cela que la plupart des fonctionnaires occidentaux ont parlé de l’utilisation d’armes chimiques, avant de déclarer quelques jours plus tard qu’ils n’en avaient pas la preuve. Autrement dit, ils ont sapé leur propre crédibilité en contredisant leurs propres accusations. C’est pourquoi je répète que ce discours est tout simplement du chantage.

Bien sûr que nous le prenons au sérieux, car c’est un discours qui leur sert habituellement de prétexte pour lancer des frappes sur l’Armée syrienne, comme cela s’est passé lorsqu’ils ont bombardé l’aéroport d’Al-Chaayrate. Nous sommes au cœur de la guerre. Il est normal que nous prenions tout au sérieux.

Et bien sûr que l’Occident cherche depuis le premier jour de la guerre de quoi justifier une guerre totale sur le pays. Mais j’affirme que cette arme n’existe pas et que ce mensonge, ou cette supercherie, ne peut pas passer.

  1. SANA (Waël al-Houeïja) : En plus de la destruction des infrastructures, les massacres commis contre les civils par la Coalition internationale, menée par Washington, se répètent dans les gouvernorats de Deir ez-Zor et de Raqqa, sans la moindre condamnation. Comment l’expliquez-vous, Monsieur le Président ?

Le président Al-Assad : Comme je viens de le dire, la Coalition internationale perpétue les massacres contre les civils, contre les Forces arabes syriennes ou contre les Forces qui combattent Daech aux côtés de l’Armée syrienne.

Depuis que les coalisés ont pénétré illégalement l’espace aérien syrien et ont lancé leurs frappes illégitimes, quelqu’un, parmi-nous, aurait entendu parler d’une seule action efficace qu’ils auraient menée contre Daech ? Ont-ils frappé une seule de ses positions ? Certainement pas ! Autrement dit, nous pouvons dire, en toute simplicité, que cette coalition constitue la force aérienne de Daech, quel que soit le nom qu’elle se donne.

D’un autre côté, qui est censé les condamner ? Parler d’une condamnation internationale suppose d’en appeler aux organisations internationales. Dans une large mesure, ils les contrôlent toutes. Au minimum, ils peuvent les empêcher de prononcer la moindre des condamnations contre eux. C’est ainsi qu’ils ont empêché toute condamnation contre les bombardements de civils à Damas, à Alep et ailleurs. Est-il pensable qu’ils permettent une condamnation à leur encontre ? C’est quelque chose qui ne risque pas d’arriver. Et je pense que c’est la fonction naturelle de la Coalition.

Maintenant, nous pouvons dire que le jeu se fait cartes sur table et que tous les masques portés au début de la guerre sont tombés. Chacun joue ouvertement sa partition.

Maintenant, l’Occident soutient Daech et défend Daech, le Frontal-Nosra et les organisations extrémistes terroristes similaires, sans aucune honte, sous des titres qui ne sont même plus convaincants pour son opinion publique.

C’est pourquoi, comme par le passé, nous ne devrions pas nous attendre, ni à présent, ni à l’avenir, à ce que l’Occident ait un lien quelconque avec le droit international, la morale ou l’humanité.

  1. Al-Alam TV (Houssein Mourtada) : Dernières questions, Monsieur le Président. Comment voyez-vous les tentatives turques pour entrer dans Afrin et l’occuper ? Dans quel but les Forces populaires y entreraient ? Et enfin, soyons réalistes, cette région est hors l’autorité de l’État depuis plusieurs années. Qu’est-ce que cela implique ?  

Comme l’Etat syrien l’a déjà déclaré, les tentatives d’invasion turques sont une agression, il n’y a pas d’autre vision possible et même pas de synonyme : il s’agit d’une agression de la Turquie contre la Syrie.

Et plus qu’une agression, il s’agit d’une question liée à ce qu’Erdogan cherchait depuis le début de la crise. Il tentait de créer une zone tampon pour qu’elle serve de base aux terroristes -qu’il protège- afin de les lancer à l’attaque de l’Armée syrienne, de l’État et du peuple syriens.

À l’époque, l’administration américaine ne l’avait pas autorisé à y aller alors que, comme vous le savez, dans toutes ses déclarations, il n’a cessé d’implorer les États-Unis pour qu’ils créent cette zone tampon et lui permettent de jouer ce rôle ; leur refus étant dû au fait qu’ils considéraient que ladite « armée libre » [ASL] était capable d’exécuter les missions qui lui avaient été confiées par l’Amérique et les États occidentaux.

Mais après la libération de Homs, il y a déjà quelques années, suivie de la libération d’Alep, le rôle de la Turquie est devenu nécessaire. La Turquie a donc commencé à peser ouvertement de tout son poids et de celui des terroristes. Et puis, la libération de Deir ez-Zor a fait que son intervention militaire est devenue indispensable, dans le but de rebattre les cartes.

En effet, il est interdit à l’axe de la lutte contre le terrorisme, Syrie-Iran-Russie, de remporter la victoire. Il faut qu’il reste noyé dans les problèmes et qu’une une longue opération le mène jusqu’à son épuisement. C’est pourquoi, il a fallu que la Turquie intervienne.

Par conséquent, tous les titres qui circulent à propos des Kurdes, ou d’autres, restent de simples titres, car la vérité est que lorsqu’Erdogan a soumis le projet de la zone tampon, le sujet des Kurdes ne se posait pas. Il n’y a pas de lien entre les deux. Il parle du problème kurde au nord-ouest, mais n’en parle plus au nord-est. Où est la différence ? Ce sont là des manœuvres qui témoignent de sa duplicité, sans plus.

Quant à l’entrée des Forces populaires dans Afrin, il est normal que toutes les franges de la société s’unissent à partir du moment où il y a une agression étrangère et que l’Armée arabe syrienne est occupée à combattre le terrorisme ailleurs. Normalement, ce combat est du ressort de l’Armée, mais les circonstances que nous traversons imposent qu’il y ait une Armée qui se bat, des Forces populaires qui se battent, et qu’il y ait une coordination entre les deux.

Merci Monsieur le président.

Merci à vous.

Dr Bachar al-Assad
Président de la République arabe syrienne
04/03/2018

Transcription et traduction par Mouna Alno-Nakhal

Source : Présidence syrienne
https://youtu.be/gTNgqeyhuL0

Notes :

[1] Le conseil des droits de l’homme tient un débat urgent sur la situation dans la Ghouta orientale, en République arabe syrienne
https://www.unog.ch/unog/website/news_media.nsf/(httpNewsByYear_en)/BEBA83FCCBAD883CC12582440065ABCC?OpenDocument

[2] Syrie : Échec des tractations secrètes sur la Ghouta orientale
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/02/27/syrie-en-marge-des-bombardements-echec-des-tractations-secretes-sur-la-ghouta-orientale_5263140_3218.html

[3] PS : À l’heure où nous achevons cette traduction, nous apprenons que le Conseil des droits de l’homme a approuvé le projet de résolution du Royaume-Uni par 29 voix pour, 4 voix contre, et 14 abstentions. D’après le correspondant d’Al-Mayadeen à Genève, le Conseil a rejeté tous les amendements proposés par la Russie. En revanche, il n’a pas fait de commentaires sur les amendements proposés par l’Afrique du Sud.
http://www.almayadeen.net/news/politics/863054/%d8%

 

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.mouna_alno-nakhal.070318.htm

Cybermonnaies : Vladimir Poutine affiche sa détermination

Cybermonnaies : Vladimir Poutine affiche sa détermination

Dans une vidéo (non contextualisée) diffusée hier sur Youtube par la chaine Russia Insight, Vladimir Poutine répond à une question de Herman Gref, président de la Sberbank [1], à propos de blockchain et de minage de « monnaie virtuelle ». Dans sa réponse le président russe affirme sa volonté de s’emparer pleinement et rapidement du sujet qui présente des enjeux de souveraineté forts : « L’âge de Pierre ne s’est pas achevé en raison du manque de pierres, mais parce que de nouvelles technologies sont apparues ». [2]

Avertissement : La traduction qui suit, non professionnelle, a été obtenue depuis le texte anglais proposé par Russia Insight. Si un lecteur russophone veut proposer un meilleur texte, il est le bienvenu.

Herman Gref : « La seconde technologie est blockchain. Nous n’avons pas besoin d’aide sur ce sujet, mais nous proposons d’inscrire cette discipline dans la formation des professionnels. Nous allons mettre en œuvre ces technologies mais nous avons besoin d’experts dans ce domaine et d’une règlementation prudente nous assurant qu’il n’y aura pas d’interdictions. La monnaie virtuelle a provoqué l’installation massive à l’étranger de data centers dédiés aux startups minières. Il faut faire preuve de prudence, mais il est clair que nous avons besoin d’une législation en la matière, car cette technologie a un impact énorme. »

Vladimir Poutine : « Ce n’est pas la première fois que nous évoquons ce sujet. [Si nous sommes tous convaincus ici], certains de nos concitoyens pourraient se demander pourquoi nous aurions besoin de tout cela ? Nous avons tout ce qu’il nous faut : du pétrole, du gaz, du charbon, des métaux de toutes sortes – ferreux et non ferreux – de l’or, du platine, des diamants… tout ! Notre industrie se porte bien et la production augmente. Nous disposons également de bonnes ressources intellectuelles… Mais nous devons avancer plus loin. Voilà ce dont nous avons besoin. Et nous devons travailler pour ça. L’un de nos collègues, ex-ministre du pétrole d’un pays arabe, a déclaré que l’âge de Pierre ne s’était pas achevé en raison du manque de pierres, mais parce que de nouvelles technologies étaient apparues [2]. Aujourd’hui de nouvelles technologies apparaissent dans le monde et ceux qui sont en retard dans cette course le paieront […] très rapidement, car ils seront sous la dépendance totale de ceux qui dirigent ces processus. La Russie ne peut pas permettre cela. Le plus important c’est que nous avons l’opportunité et les moyens d’être à jour si nous nous appuyons sur les atouts dont nous disposons. Il est donc important d’en tirer pleinement parti. »

 

Bitcoin en Russie :

– 18 janvier 2014 : rumeur d’une proposition de loi visant à rendre illégal ou, du moins, à freiner l’usage de Bitcoin. L’information n’est cependant pas officielle.

– 27 janvier 2014 : la Banque Centrale de la fédération émet un avis qui stipule que l’échange de bitcoins contre des roubles, des devises, des biens ou des services, sera désormais considéré comme « une implication potentielle dans la mise en œuvre d’opérations suspectes conformément à la législation sur la neutralisation du blanchiment des produits de la criminalité et le financement du terrorisme ».

– 6 février 2014 : le procureur général de la Fédération de Russie publie un communiqué qui annonce la mise en place d’un certain nombre de « solutions spécifiques » pour lutter contre Bitcoin, désormais considéré comme illégal.

– Juillet 2014 : Gueorgui Lountovskiy, vice-président de la Banque centrale de Russie, souhaite un contrôle législatif et une approche prudente à l’égard de Bitcoin qu’il considère comme « un instrument d’avenir ».

– Août 2014 : Le ministère des Finances de la fédération de Russie prépare un projet de loi visant à interdire l’usage des « monnaies virtuelles indépendantes » accusées de faciliter « l’économie de l’ombre » et de permettre « l’achat de marchandises illégales ».

– Octobre 2014 : Le ministère des Finances de la fédération de Russie présente son projet de loi et rend illégal l’utilisation des « substituts de monnaie […] y compris sous forme électronique ».

– Janvier 2015 : les autorités de la fédération de Russie placent les principaux sites parlant de Bitcoin (notamment bitcoin.org) dans la liste de sites que les fournisseurs d’accès ont l’obligation de bloquer.

– Juin 2015 : Banque Centrale de Russie (CBR) organise une rencontre avec les représentants des marchés financiers pour traiter de l’avenir du Bitcoin en Russie. Certains journaux y voient le signe d’un assouplissement de la politique à l’égard de Bitcoin.

– Lors d’un forum éducatif diffusé sur la chaine Rossiya 24, Vladimir Poutine adopte une position très ambiguë, affirmant à la fois que les « monnaies électroniques ne reposent sur rien », qu’elles ne sont « pas garanties », que leur utilisation « pose de réels problèmes » mais qu’elles ne sont pas pour autant illicites en Russie.

– 26 octobre 2015 : la presse russe rapporte que le ministère des Finances propose de punir de quatre ans d’emprisonnement « la production et l’utilisation de crypto-monnaies ».

– 2 février 2016 : Le ministère de l’intérieur de la Fédération du Russie propose de condamner les utilisateurs de Bitcoin à un an de « rééducation par le travail » et  d’une amende d’un demi-million de roubles.

– 10 mars 2016 : Le ministère de l’intérieur de la Fédération du Russie durcit sa proposition de sanction : jusqu’à quatre ans d’emprisonnement pour les simples utilisateurs et six ans pour les membres de groupes organisés.

– Fin mai 2016, les autorités russes annoncent vouloir élaborer leur propre monnaie numérique.

– Août 2016 : les autorités russes suspendent le projet de loi visant à pénaliser l’usage de Bitcoin.

– Août 2017 : Le média russe RBC rapporte que le gouvernement russe envisagerait de développer sur le sol russe des infrastructures de calcul dédiées aux crypto-monnaies.

– Octobre 2017 : Vladimir Poutine appelle à la mise en place d’un environnement réglementaire équilibré pour les crypto-monnaies.

– Janvier 2018 : Le ministère des Finances envisage de restreindre la négociation des cybermonnaies aux investisseurs « qualifiés ».

 


[1] Plus grande banque d’Europe orientale, la Sberbank est le troisième établissement bancaire européen en termes de capitalisation.

[2] La phrase originale est de Sheikh Ahmed Zaki Yamani, ministre du Pétrole en Arabie Saoudite de 1962 à 1986 : « L’âge de pierre ne s’est pas terminé par manque de pierres. L’âge du pétrole ne s’achèvera pas avec le manque de pétrole. »

https://bitcoin.fr/cybermonnaies-vladimir-poutine-affiche-sa-determination/#more-29851

Xavier Moreau : bitcoin et blockchain, menaces ou opportunités ?

Nous sommes le
18 February 2018
2017-year-of-the-bitcoin

Xavier Moreau : bitcoin et blockchain, menaces ou opportunités ?

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Pointé du doigt par certains souverainistes qui voient en lui une menace contre l’un des attributs régaliens de l’Etat, le bitcoin l’est aussi par certains globalistes comme George Soros qui craignent un effritement des monopoles financiers actuels. Qu’en est-il réellement et qu’est-ce que la technologie « blockchain » permet-elle d’envisager comme changements dans un avenir proche ?

L’analyste Xavier Moreau nous livre ici des éléments de prospective quant à l’avenir des monnaies cryptographiques et de la technologie blockchain.

Entretien réalisé par Pierre-Antoine Plaquevent pour les-non-alignés.fr

http://www.les-non-alignés.fr/xavier-moreau-bitcoin-et-blockchain-menaces-ou-opportunites/

Vidéo] Emmanuel Todd sur Macron et les médias

Source : Youtube, Le Média, 25-01-2018

Interview d’Emmanuel Todd par Aude Lancelin sur la chaîne Le Média.

Interview d’Emmanuel Todd par Aude Lancelin sur la chaîne Le Média

31 réponses à [Vidéo] Emmanuel Todd sur Macron et les médias

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