Archives pour la catégorie INTERVIEW

L’interview de Maduro par Sputniknews

L’interview de Maduro par Sputniknews


Dans une grande interview exclusive à Sputnik, le Président vénézuélien, Nicolas Maduro, s’est livré à propos de la crise en cours dans son pays.


Par Sputnik News – Le 30 janvier 2019

Selon le Président vénézuélien, Washington aspire à s’emparer du pétrole et d’autres ressources.

« Il y a plusieurs raisons. La principale raison est d’obtenir du pétrole vénézuélien parce que nous avons les plus grandes réserves de pétrole certifiées au monde. Nous certifions que nous possédons ce qui sera les plus grandes réserves d’or au monde, nous avons la quatrième plus grande réserve de gaz du monde, de grandes réserves de diamants, d’énormes réserves d’eau potable, d’aluminium, de fer et de coltan. Nous sommes une puissance dans le domaine des ressources énergétiques, des ressources naturelles », a-t-il déclaré.

« Trump a donné l’ordre au gouvernement colombien de me tuer »

Nicolas Maduro estime que Donald Trump a ordonné au gouvernement colombien de l’assassiner, ajoutant que la Colombie et les États-Unis seront responsables si cela se produit, précisant que cela ne sera pas facile.

« Tout d’abord, mon destin est entre les mains de Dieu, je suis chrétien, je crois dans la protection du Seigneur. Je suis constamment protégé par le peuple du Venezuela, nous avons un bon service de renseignement », a-t-il signalé.

« Il ne fait pas de doute que Donald Trump a donné l’ordre de me tuer, il a dit au gouvernement colombien et aux mafias de l’oligarchie colombienne de me tuer. Si cela a lieu, Donald Trump et le Président colombien Ivan Duque seront responsables de ce qui m’arrivera », a indiqué le Président vénézuélien.

Il a cependant souligné une fois de plus qu’il était bien protégé.

« Cependant je suis bien protégé. Nous avons un bon système de protection. Plus encore, nous avons une protection plus substantielle : c’est la défense de Dieu qui me donnera une vie longue », a affirmé M. Maduro.

Ouverture au dialogue avec l’opposition

Nicolas Maduro s’est dit disposé au dialogue avec l’opposition pour le bien du pays.

« Je suis prêt à rencontrer, avec un ordre du jour ouvert, des secteurs de l’opposition pour évoquer le bien du Venezuela, la paix et l’avenir », a-t-il déclaré.

En ce qui concerne la possible participation de médiateurs internationaux, le Président vénézuélien a noté qu’il y avait « plusieurs gouvernements et organisations mondiales, faisant montre de leur sincère préoccupation concernant les développements au Venezuela, qui avaient appelé au dialogue ».

Il a ajouté qu’il voudrait que ces gouvernements et organisations « soutiennent le dialogue au Venezuela ».

Maduro revient sur les notes de Bolton : de l’infantilisme et de la clownerie

Nicolas Maduro trouve que le conseiller étasunien à la sécurité nationale, John Bolton, a fait montre d’infantilisme en laissant à la portée de journalistes ce qui était écrit sur son bloc-notes.

« Ce qu’a fait John Bolton, c’est quelque chose d’infantile, c’est de la clownerie. Sortir avec un bloc-notes pour qu’on lise que lui, John Bolton, enverra des troupes en Colombie, comme s’il était président des États-Unis. C’est une sottise, c’est de la clownerie. Cela a été démenti même par le gouvernement colombien, via une déclaration officielle des ministères des Affaires étrangères et de la Défense. C’est de la clownerie, de la provocation, c’est de l’infantilisme sot de la part de M.Bolton, qui traduisent sa déception et sa haine du Venezuela », a signalé M.Maduro.

Des élections présidentielles anticipées ? Le Venezuela n’accepte pas les ultimatums

Nicolas Maduro a déclaré que les élections présidentielles au Venezuela se sont tenues et que si les impérialistes voulaient de nouvelles élections, ils n’avaient qu’à attendre 2025 et que le pays n’acceptait pas des ultimatums.

« La présidentielle a eu lieu il y a moins d’un an, il y a dix mois, elle s’est tenue conformément à tous les paramètres légaux et constitutionnels », a-t-il rappelé.
Selon lui, le fait qu’une part de la communauté internationale insistait sur de nouvelles élections présidentielles était synonyme de néocolonialisme, alors qu’une capitale européenne ou Washington donne des ordres à tout pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine ou des Caraïbes.

« Qui sont-ils pour décider ici ? J’ai raflé 68% des voix. J’ai vaincu de façon légitime. Nous avons organisé les élections avec l’utilisation d’un système électronique transparent sous l’observation internationale », a-t-il relevé.

« Nous n’acceptons d’ultimatum de personne au monde. Nous n’acceptons pas le chantage. Les élections présidentielles au Venezuela se sont tenues et si les impérialistes souhaitent de nouvelles élections, qu’ils attendent jusqu’en 2025 », a martelé le Président vénézuélien.

Sur les élections législatives anticipées

Par contre, il a donné son aval à l’idée d’avancer les élections législatives, fixées pour 2020, afin de mettre fin à la grave crise politique que traverse son pays.

« Ce serait très bien s’il y avait des élections anticipées au parlement vénézuélien, ce serait une bonne forme de débat politique et une solution par le biais du vote populaire. J’accepterais les élections législatives, par un décret de l’Assemblée nationale constituante, ce qui servirait de soupape de sécurité à la tension créée par le coup d’état impérialiste au Venezuela », a déclaré le président.

Maduro a révélé qui avait empêché le dialogue entre lui et Trump

Selon Nicolas Maduro, le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, n’a pas permis l’établissement de contacts entre l’administration de Donald Trump et le gouvernement vénézuélien, malgré les nombreuses tentatives de ce dernier pour y parvenir.

« Toutes ces années, j’ai fait des tentatives au niveau personnel – en envoyant des messages qui parvenaient à Trump, en public, par le biais des médias – pour instaurer des liens, le respect et le dialogue avec le gouvernement étasunien, en dépit des divergences idéologiques, culturelles et politiques, malgré les particularités nationales si différentes soient-elles entre Donald Trump et Nicolas Maduro. Il semblait qu’une possibilité s’était offerte, qu’une porte s’était ouverte », a révélé le dirigeant vénézuélien.

Cependant, selon lui, John Bolton a défendu à Donald Trump d’engager le dialogue.

« Je dispose d’informations selon lesquelles il l’a interdit », a affirmé le Président vénézuélien.

Mandat d’arrêt contre Guaido : c’est du ressort du procureur général et de la Cour suprême

Alors que le parquet vénézuélien a annoncé la prise de certaines mesures à l’encontre de Juan Guaido, le Président a fait savoir que lancer un mandat d’arrêt contre ce dernier était de la compétence du procureur général et de la Cour suprême.

« À ma connaissance, cette mesure n’a pas été prise. Attendons les résultats des processus constitutionnels et judiciaires internes », a-t-il déclaré.

« Mais c’est un avis du chef de l’État. C’est au procureur général de la République d’agir et il a déjà agi, c’est à la Cour suprême de justice d’agir, et elle agit. Et les ordonnances du parquet et des tribunaux seront respectées par le système judiciaire vénézuélien », a-t-il signalé, ajoutant qu’ « un coup d’État [était] en cours au Venezuela et [que] la Constitution [avait] été violée ».

Sputniknews

http://lesakerfrancophone.fr/linterview-de-maduro-par-sputniknews

Publicités

Soros, Maïdan et les Gilets Jaunes

Share to LinkedInShare to ViadeoShare to VkontakteShare to MessengerShare to TelegramShare to WhatsAppShare to Copy LinkShare to FavorisShare to ImprimerShare to Pocket

https://stratpol.com/soros-maidan-et-les-gilets-jaunes/

Conspirationnisme et analyse

Entretien avec Thierry Meyssan (1/3)

Conspirationnisme et analyse

Pour Thierry Meyssan, les Relations internationales sont exclues aujourd’hui en France du débat démocratique —c’est la doctrine du « domaine réservé du président de la République »—. Par conséquent toute analyse qui ne s’inscrit pas dans la lignée du discours officiel sera qualifiée de « conspirationniste ». Or, c’est précisément le rôle de vrais journalistes, non pas de relayer la communication présidentielle, ni même de la décrypter, mais de chercher les faits et de les analyser.

| Damas (Syrie)

+

Avant que l’Otan ne qualifie de « conspirationniste » toute recherche sur les attentats du 11 septembre 2001, les questions posées par Thierry Meyssan étaient considérées comme légitimes. Ici, une émission de la chaîne d’information continue LCI, en 2002.

Question / Éditions Demi-Lune : Tout d’abord, merci M. Meyssan d’avoir accepté cet entretien dont l’objet est d’expliquer à vos lecteurs, et au-delà, la cohérence de votre production éditoriale. Suite à la parution l’année dernière de Sous nos yeux, il nous a semblé important de rééditer L’Effroyable Imposture 2, ouvrage majeur mais malheureusement épuisé ; c’est chose faite depuis octobre dernier, et vos 3 derniers ouvrages sont donc maintenant disponibles dans la collection Résistances. Les internautes qui lisent le Réseau Voltaire connaissent l’importance de votre travail et sa portée considérable, mais pour les autres vous êtes le « polémiste » du 11-Septembre, et pour vos détracteurs, (c’est-à-dire les médias atlantistes dans leur ensemble, ou pour être plus précis, les directeurs de publication, les rédacteurs en chef et les éditocrates), vous êtes un dangereux « conspirationniste », voire le « pape des théories du complot ». Comment vous définiriez-vous ?

Thierry Meyssan : Comme un analyste des relations internationales. Je suis issu du monde politique français. J’ai été secrétaire national durant 12 ans d’un parti de gouvernement, celui de Jean Moulin. Comme lui, je suis radicalement républicain au sens de « dévoué à l’intérêt général ». C’est pourquoi je ne me suis pas tu lorsque le gouvernement de George W. Bush a présenté sa version des attentats du 11-Septembre. J’ai immédiatement fait l’objet de pressions et j’ai refusé de me soumettre. J’ai d’abord eu la chance d’être protégé par le président Chirac, mais suite à l’élection de Nicolas Sarkozy, un service de l’État a reçu l’ordre de m’éliminer. Plutôt que de baisser la tête, j’ai préféré tout perdre et m’exiler. Après quelques mois, j’ai cherché à comprendre le pouvoir que j’avais troublé. J’ai poursuivi les relations que j’avais établies avec des leaders comme le président vénézuélien Hugo Chavez et j’en ai noué de nouvelles avec d’autres comme le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Petit à petit, j’ai acquis une reconnaissance dans les milieux professionnels du monde entier —diplomatiques, militaires et politiques—. Il existe certainement quantité de meilleurs experts que moi, mais ils sont au sein de gouvernements et ne publient pas leurs travaux. Je suis le seul à avoir eu des expériences de gouvernement dans des pays différents et à avoir écrit dans la presse de nombreux pays.

Question : Il y a une mauvaise foi inouïe à qualifier de « théoriciens du complot » ceux qui doutent de la véracité de la « version officielle » sur ces attentats, laquelle énonce précisément que les attaques terroristes contre les USA sont l’œuvre d’un complot dont le responsable est l’al-Qaïda de Ben Laden ! Sans forcer le trait, on peut dire que pour les médias, quiconque n’adhère pas aveuglément au récit d’une administration criminelle, qui a mené 2 guerres illégales, instauré la détention permanente et la torture, et menti de manière compulsive et répétée à l’ensemble de la communauté mondiale, est un « théoricien du complot ».

Thierry Meyssan : Dès le début, je n’ai pas admis que l’on prétende que la chute des Tours jumelles avait été provoquée par des avions de ligne, qu’un avion avait percuté le Pentagone, que des individus ne figurant pas sur les listes d’embarquement avaient piraté des avions, et qu’une troisième Tour s’était effondrée par mimétisme. Cela n’a rien à voir avec ce que les universitaires d’avant le 11-Septembre appelaient la « théorie du complot », c’est-à-dire le refus par principe que les événements puissent prendre un cours que l’on estime contraire à sa vision du monde. C’est la volonté de rester, non pas rationnel, mais raisonnable qui m’a poussé à réfléchir.

Question : Cependant, en sous-titrant votre dernier livre Du 11-Septembre à Donald Trump, vous semblez donner raison à vos ennemis qui aiment à vous présenter comme un théoricien du complot qui fait une fixette sur les attentats du 11-Septembre… Pourtant, c’est un fait indéniable — même si on a parfois tendance à l’oublier — que ces attentats ont « changé le monde ».

Thierry Meyssan : Tous les historiens s’accordent à dire que le 11-Septembre marque un changement radical de la politique internationale aussi important que le fut la dislocation de l’Union soviétique.

JPEG - 38.8 ko

Question : Quoi qu’il en soit, pour la plupart, (supporters comme détracteurs), vous restez celui qui a permis la médiatisation planétaire du doute sur la responsabilité de ces événements, celui qui a affirmé qu’aucun Boeing n’avait percuté le Pentagone… Nous n’avons pas repris cette phrase-choc de l’éditeur original dans notre réédition de L’Effroyable Imposture & Le Pentagate, car il nous a semblé qu’elle avait totalement occulté le propos général de l’ouvrage, qui était bien plus vaste et riche. En effet, dès mars 2012, soit un an avant l’invasion illégale de l’Iraq par les États-Unis, vous aviez prédit ce qui allait se passer, de l’invasion de l’Iraq à la mise en place de cette « guerre sans fin ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela n’a pas été porté à votre crédit…

Thierry Meyssan : D’abord, mon travail était méconnu aux USA, où les gens ont attendu plusieurs années avant de se poser les questions que j’ai formulées. Ensuite, distinguons deux choses : la manière dont j’ai attiré l’attention de l’opinion publique mondiale sur le mensonge de l’administration Bush et l’étude que j’ai faite de la direction impériale que prenait cette administration.

L’avion sur le Pentagone
n’était pas le sujet de mon livre

Montrer à tous qu’aucun avion n’avait percuté le Pentagone, c’était un moyen simple et vérifiable de mettre en évidence la manipulation à laquelle se livrait l’administration Bush. Mais ce n’était pas le sujet de mon livre. Le sujet, c’était l’imposition d’un système de surveillance aux États-Unis, le Patriot Act, et la poursuite d’une « Guerre sans fin » selon l’expression du président Bush lui-même ; guerre que nous voyons se dérouler sous nos yeux depuis lors.

Il me manquait beaucoup d’éléments que j’ai analysés depuis, mais j’en avais assez à l’époque pour anticiper ce qui se passe aujourd’hui. Beaucoup de gens ont été heurtés, non pas par mon raisonnement, mais par mes seules conclusions. Par exemple, Le Monde m’a reproché de prétendre par « anti-américanisme » que Washington allait attaquer Bagdad. Selon ce quotidien, les États-Unis avaient déjà attaqué l’Iraq sous Bush père, et je faisais une fixation en estimant qu’ils allaient recommencer. Oubliant ses premières accusations, le même journal m’accuse aujourd’hui d’être pro-Trump, donc « pro-américain ».

Surtout, certains de mes détracteurs ont tiré des conclusions absurdes de mes travaux, qu’ils n’avaient probablement pas lus. Selon eux, en réfutant l’idée qu’Al-Qaïda ait conçu ces attentats, je cherchais à minimiser la menace islamiste. Ce dernier livre, Sous nos yeux, montre exactement le contraire : je pense qu’il faut combattre les islamistes pour ce qu’ils font, et non pas pour ce qu’on leur attribue faussement. Par « islamiste », j’entends non pas les croyants de religion musulmane, mais l’idéologie politique de la Confrérie des Frères musulmans.

Question : En fait, il semble que personne n’a pris le président Bush au sérieux quand il a déclaré que les États-Unis allaient s’engager dans une « guerre contre la terreur » qui, contrairement aux guerres modernes, pourrait s’étendre sur une génération ou plus. De fait, cela semblait alors complètement délirant, et pourtant, nous voilà 17 ans plus tard, dans un monde où les conflits et les théâtres d’opération n’ont fait que s’accumuler.

Thierry Meyssan : On ne connaissait pas à l’époque les travaux de l’amiral Arthur Cebrowski. Certes, il donnait déjà des conférences dans toutes les académies militaires US, mais sa pensée n’a été exposée au public qu’en 2003 dans Vanity Fair, et plus encore en 2004 par un livre de son assistant, Thomas Barnett.

L’idée générale est que, une fois l’Union soviétique disparue, il n’y aura plus d’amis et plus d’ennemis, uniquement des gens qui accepteront de faire des affaires avec les États-Unis ou pas. Le Pentagone ne devra plus livrer de guerre contre de grandes puissances, mais instaurer un ordre du monde compatible avec la globalisation financière. Cebrowski divise le monde en deux parties : d’un côté les États stables connectés à l’économie globale, de l’autre tous les autres. Il décide que les États-Unis ne mèneront plus de guerres de ressources pour eux-mêmes, mais contrôleront l’accès des pays globalisés aux ressources naturelles de la zone non-globalisée. Puis, il conclu qu’il reste à détruire les structures étatiques de la partie exploitable du monde afin qu’elle ne puisse pas se défendre.

Lorsque j’ai lu l’ouvrage de Barnett —qui prend des pincettes pour arriver à sa conclusion— je n’y ai pas cru. Cela me paraissait cynique et cruel. Lorsque je l’ai relu quelques années plus tard, j’y ai vu décrite ce que j’avais vu de mes propres yeux : la destruction du Moyen-Orient élargi.

Question : Dans L’Effroyable Imposture & Le Pentagate, vous rappeliez que le renversement des Talibans et même l’invasion de l’Afghanistan, présentés comme une réponse aux attentats, avaient en fait été conçus et préparés antérieurement à ceux-ci.

Thierry Meyssan : Tout le monde a noté que le leader tadjik Ahmed Chah Massoud a été assassiné juste avant les attentats. Mais personne n’a eu le temps de se demander « Pourquoi ? », car les attentats frappaient déjà les États-Unis, puis Washington et Londres attaquaient l’Afghanistan. En fait, il y avait eu dans les mois précédents des négociations à Berlin et à Genève qui avaient échouées. En rentrant chez lui, le représentant du Pakistan avait annoncé que son pays devait se préparer à la guerre en Afghanistan devenue inévitable. Washington et Londres ont amassé leurs troupes dans la région. Puis est survenu le 11-Septembre qui a fourni une justification acceptable pour la guerre coloniale qui se préparait.

Question : De la même manière, les déclarations publiques du général Wesley Clark, en mars et octobre 2007 au sujet des 7 pays qui devaient être attaqués et détruits par les USA, révèlent que cette liste avait été établie au lendemain des attentats. Or chacun de ces pays (Iraq, Syrie, Liban, Libye, Somalie, Soudan et Iran) a depuis été l’objet qui d’une guerre, qui d’une tentative de changement de régime, ou d’une invasion, de bombardements, de destruction, de partition, de déstabilisation ou d’embargo… M. Clark, ancien commandeur suprême de l’Otan, ne pouvant être accusé de « conspirationnisme » par les médias, ses propos ont simplement été passés sous silence, et seuls des sites alternatifs les ont relayés. C’est-à-dire qu’ils sont restés ignorés du grand public…


Enregistrement, en 2006, de la première fois où le général Wesley Clark, ancien commandeur Suprême de l’Otan, témoigna en public des plans du Pentagone pour les années à venir.

Thierry Meyssan : Clark faisait référence à une discussion tenue au Pentagone juste après le 11-Septembre. Il s’agissait d’appliquer la doctrine Cebrowski au Moyen-Orient élargi. Lui non plus n’y a pas cru à ce moment-là. Lui aussi l’a compris après coup.

J’avais écris des horreurs sur le général Clark lorsqu’il bombardait la Yougoslavie. J’ai découvert par la suite un homme respectable ayant fait carrière dans un système effrayant. Il m’a sauvé la vie en 2011.

Question : D’ailleurs, en revoyant cette vidéo, j’ai été frappé par ce qu’il assène au tout début (et à la fin) ! Il parle littéralement d’un coup d’État politique, qui a eu lieu juste après le 11-Septembre, par les membres du PNAC. Cela est très proche de votre analyse, sauf que vous pensez que le coup d’État est le 11-Septembre lui-même…

Thierry Meyssan : Le général Clark pensait se présenter à l’élection présidentielle US. Il ne pouvait donc pas s’exprimer franchement.

Question : Depuis 2002, vous n’existez plus pour les médias et les politiques en France… Vous avez été banni du débat public. Nous en reparlerons plus tard, au sujet des Fake News. Un autre point essentiel abordé dans L’Effroyable Imposture & Le Pentagate, est le rôle que la religion a subitement pris dans la (géo)politique états-unienne au lendemain du 11-Septembre…

Thierry Meyssan : Non. J’existe toujours pour les responsables politiques en France. La plupart d’entre eux me combat, mais beaucoup entretiennent des relations épistolaires avec moi.

Pour ce qui est du rôle de la religion, elle a remplacé les idéologies politiques de la Guerre froide. Nous sommes plus attentifs au rôle du Judaïsme et de l’Islam qu’à celui du Bouddhisme et du Shintoïsme, mais ce sont toutes les religions qui servent aujourd’hui de vecteurs aux ambitions politiques.

Ne parlons pas des Évangéliques qui soutiennent toutes les décisions du Likoud au nom de leurs croyances en citant des passages de l’Ancien Testament, alors même que ces thèmes sont absents des Évangiles. Ou encore des musulmans qui condamnent les crimes de Daesh tout en considérant que cette organisation est musulmane.

Question : Le contrôle des ressources en énergies fossiles a joué un rôle majeur dans la décision d’envahir l’Iraq (puis la Libye et même la Syrie). L’administration Bush-Cheney était alors convaincue de l’imminence du pic pétrolier. Wesley Clark, encore, a exprimé son opinion à ce sujet, mais aussi Alan Greenspan, l’ancien directeur de la Réserve Fédérale (« Déposer Saddam Hussein était essentiel pour garantir l’approvisionnement mondial »). Dans Sous nos yeux, vous rappelez non sans ironie que le premier nom de l’invasion US de l’Irak avait été Operation Iraqi Liberation, mais qu’à cause de son acronyme par trop révélateur, (OIL signifie pétrole), elle fut rapidement renommée « Operation Iraqi Freedom ». Pourtant, dans l’inconscient collectif des journalistes, comme pour l’Histoire ou en tout cas la narration officielle, cette guerre est soit le fruit des erreurs de jugement (voire des mensonges) du couple Bush-Blair sur les armes de destruction massive, ou de son aveuglement politique à « vouloir exporter la démocratie en Irak ».


Alan Greenspan, ancien directeur de la Réserve fédérale, assume que les armes de destruction massive furent un prétexte à la guerre contre l’Iraq. Selon lui, si le mobile était ailleurs, le pétrole était un élément central.

Thierry Meyssan : Ce n’est pas là que résidèrent les erreurs de jugement. La guerre d’Iraq n’a aucun rapport avec les justifications que l’on a évoquées en public. Et le souvenir que l’on en a est lui-même altéré.

Les raisons présentées par le secrétaire d’État Colin Powell devant les Nations unies ne comprenaient pas simplement les prétendues armes de destruction massive iraquiennes menaçant directement les États-Unis, mais aussi la responsabilité de ce pays dans les attentats du 11-Septembre. Ce mensonge là a été éradiqué des mémoires, il n’existe plus qu’à propos de la guerre contre l’Afghanistan.

Certes, les guerres d’Iraq, de Libye et de Syrie ont un enjeu pétrolier. L’administration Bush était persuadée que le pétrole allait manquer dans un avenir très proche, deux ou trois ans. Cette crainte est aujourd’hui dissipée. Les dirigeants états-uniens étaient aveuglés par le malthusianisme qu’ils professent depuis le Club de Rome.

Mais ces conflits n’étaient pas des guerres de ressources pour les États-Unis. D’ailleurs, dans la phrase de Greenspan que vous citez, il parle de garantir l’approvisionnement mondial, pas celui des États-Unis, ni même de leurs alliés, comme l’avait fait le président Carter en 1979. Il s’agit bien de la doctrine Cebrowski de contrôle par le Pentagone de l’accès des pays riches (Chine et Russie inclus) aux ressources naturelles de cette région du monde.

Les journalistes constituent le clergé de la religion dominante

Question : Mais enfin, tout le petit monde médiatique et politique français semble oublier (ou feint d’ignorer) que cette guerre était illégale au regard du droit international ! C’est l’une des raisons principales qui m’ont pousser à publier Les Guerres illégales de l’OTAN, de l’historien Daniele Ganser. Le concept de droit international n’est tout simplement jamais traité dans les médias français (et cela vaut aussi pour la guerre contre la Libye et celle en Syrie).

Thierry Meyssan : Il est très difficile pour un gouvernement allié des États-Unis de qualifier les guerres US d’illégales. Charles De Gaulle se l’était permis dans son discours de Phnom Penh, Jacques Chirac a préféré souligner que les guerres sont « les pires des solutions ».

La plupart des médias français n’ont manifestement pas la capacité de penser par eux-mêmes. Au demeurant leurs journalistes ne sont plus des analystes, juste des commentateurs. Par le passé, « journaliste » n’était pas un métier, mais un moyen de diffuser une pensée. Depuis les années 1980, les patrons de presse ont créé des « écoles » de journalisme. Leurs futurs employés y sont formés pour traiter les dépêches d’agence sans les contester. Ces « journalistes » professionnels constituent une caste homogène qui est devenue le clergé de la religion dominante. Ils ignorent beaucoup de choses, dont le Droit international, bien qu’il ait été construit par des Français et des Russes. Nous avons assisté à une chute drastique du niveau intellectuel des élites dans notre pays ; un processus qui est en train de se renverser sous l’effet de la révolte actuelle. Désormais les citoyens débattent à nouveau de notre intérêt commun. Ils manifestent une maturité politique dont aussi bien les journalistes que nos dirigeants sont dépourvus. Il faudra bien que les médias recrutent de nouveau, comme journalistes, des personnes compétentes.

Ce problème est récurrent dans notre Histoire. Le premier journal français, La Gazette, au XVIIème siècle était rédigée par Théophraste Renaudot pour le compte du cardinal de Richelieu. C’était un « journaliste professionnel ». Mais seules des personnalités comme Voltaire dénonçant la condamnation du chevalier de La Barre ou Zola celle du capitaine Dreyfus sont à mes yeux de vrais journalistes.

Question : Toute naïveté mise à part, on ne peut qu’être atterré que Bush, Cheney, Rumsfeld et Blair n’aient jamais été inquiétés pour leurs crimes ; mais ce qui est vraiment scandaleux, c’est que ce dernier soit reçu avec tous les honneurs sur la radio nationale où il est présenté en novembre 2014, comme « l’invité exceptionnel de Patrick Cohen ». C’est parfaitement abject. Les décisions de cet homme ont contribué à la mort de centaines de milliers de personnes !

Thierry Meyssan : Je ne pense pas que juger et condamner personnellement des dirigeants politiques pour des crimes commis pour le compte de groupes d’intérêt soit juste. D’autre part, je pense qu’il est indispensable de déballer le linge sale en public, mais pas de tenir telle ou telle personnalité personnellement responsable des erreurs structurelles.

Pour moi, la Révolution française s’est terminée avec la décapitation du roi. Louis XVI avait trahi la patrie et méritait le déshonneur, mais il n’était pas responsable des structures héritées de l’Ancien Régime et n’aurait pas dû en être la victime expiatoire. C’était la position de Thomas Paine —l’initiateur de l’indépendance des États-Unis qui était devenu député à la Convention—. Au contraire, en prônant la mort du roi, Robespierre a stoppé la transformation de la société française et s’est lancé dans une course sanglante au Pouvoir.

Question : Dans le même temps, d’une manière générale, tous ceux qui s’opposent aux nouvelles guerres impérialistes sont stigmatisés comme des « conspirationnistes », des individus néfastes, voire dangereux pour la société, et exclus du débat public. Voilà une bien extraordinaire inversion de la réalité !

Thierry Meyssan : C’est moins pénible que les Soviétiques qui envoyaient leurs opposants dans des hôpitaux psychiatriques, mais ce n’est pas différent.

(À suivre…)

 

http://www.voltairenet.org/article204719.html

Interview sans fards de Lavrov avec Radio Komsomolskaïa Pravda

Interview sans fards de Lavrov avec Radio Komsomolskaïa Pravda


Moscou, le 17 décembre 2018 – Source thesaker.is

2015-09-15_13h17_31-150x112Question : Monsieur Lavrov, nous vous avons rencontré dans le même format il y a un an et demi.

Nous avons commencé par déclarer que la situation en matière de politique étrangère autour de la Russie devenait de plus en plus alarmante. Mais vous nous avez assurés qu’il n’y aurait pas de guerre parce que les dirigeants russes étaient absolument contre. « Nos partenaires », comme vous dites, ne s’y intéressaient certainement pas non plus. Maintenant, un an et demi plus tard, nous ne constatons aucune amélioration. Au contraire, les choses deviennent de plus en plus dangereuses. Certains de nos auditeurs ont même peur. D’autres comparent la situation actuelle à la fin des années 1930. Un des lecteurs a même demandé : « S’il vous plaît, soyez honnête et dites à quoi nous devrions nous attendre ? Serons-nous attaqués ? ».

Sergueï Lavrov : Il y a des comparaisons qui remontent plus loin dans l’histoire. Tant dans ce pays qu’ailleurs, des chiffres prédisent qu’une situation semblable à celle de la première guerre mondiale se présentera. Ils font référence aux antagonismes refoulés existant en Europe, y compris d’ailleurs dans les Balkans. Mais je suis fermement convaincu que les politiciens des principaux pays ne peuvent permettre qu’une grande guerre se produise. L’opinion publique et les nations elles-mêmes ne les laisseront pas faire. J’espère que les parlements de tous les pays occidentaux assumeront également une responsabilité maximale.

Mais je suis tout à fait d’accord pour dire que les tensions sont fomentées de manière sans précédent. Nous voyons les accords internationaux s’effondrer. Il n’y a pas si longtemps, les États-Unis ont unilatéralement bouleversé le Traité ABM. Nous avons dû adopter des mesures qui empêcheraient cet événement extrêmement négatif de miner la stabilité stratégique. Vient ensuite le traité INF, que Washington considère comme dépassé, tout en nous accusant de le violer. Ce faisant, elle suggère sans ambiguïté qu’elle aimerait étendre une restriction identique à celle adoptée par l’URSS et les États-Unis, à la Chine et à un certain nombre d’autres pays, notamment la Corée du Nord et l’Iran.

Nous sommes catégoriquement contre cette initiative. Nous sommes en faveur du maintien du traité INF. La communauté internationale toute entière a reconnu à plusieurs reprises que c’était la pierre angulaire de la sécurité internationale et de la stabilité stratégique. Aujourd’hui, à l’ONU, nous tenterons une deuxième fois de soumettre une résolution à l’Assemblée générale en faveur de la préservation de ce traité. [Résolution à nouveau refusée, NdT]……. LA SUITE:   

http://lesakerfrancophone.fr/interview-sans-fards-de-lavrov-avec-radio-komsomolskaia-pravda

 

Vladimir Poutine face à la presse, en pleine crise avec l’Occident

Vladimir Poutine face à la presse, en pleine crise avec l’Occident

Le président russe Vladimir Poutine lors d’un discours à Moscou, le n8 décembre 2018 / © AFP/Archives / Kirill KUDRYAVTSEV

Le président russe Vladimir Poutine se livre jeudi à un face-à-face annuel avec la presse, très attendu dans un contexte de tensions renouvelées avec l’Occident autour des intentions américaines de se retirer d’un traité nucléaire stratégique et d’une confrontation maritime entre Moscou et Kiev.

Plus de 1.700 journalistes en provenance de la quasi-totalité des régions russes, d’Asie, d’Europe et d’Amérique ont été accrédités pour cette « Grande conférence de presse » traditionnelle. Il s’agira de la quatorzième pour M. Poutine depuis son arrivée au pouvoir en 2000.

Mercredi, 24 heures avant la conférence de presse, la chaîne de télévision russe Rossia 24 a lancé un compte à rebours et diffusé de nombreux reportages sur les préparatifs de cet événement qui aura lieu au Centre international du commerce à Moscou et sera traduit en anglais, français et allemand.

Si le début de la conférence de presse est fixé à 09h00 GMT, l’heure de sa fin n’est traditionnellement pas connue à l’avance.

La première conférence de presse organisée dans ce format n’avait duré que 1h35 en 2001, alors qu’en 2008, Vladimir Poutine avait répondu non-stop aux questions en direct pendant quatre heures et 40 minutes.

Depuis 2004, elle n’a jamais duré moins de trois heures.

Parmi les sujets dominants: les relations russo-américaines, au plus bas depuis la fin de la Guerre froide malgré les promesses électorales de Donald Trump d’un rapprochement, et la crise en Ukraine, où un conflit armé entre Kiev et des séparatistes prorusses a fait plus de 10.000 morts depuis 2014.

Fin novembre, Moscou a capturé trois navires de guerre ukrainiens et leurs équipages au large de la Crimée, son pire bras de fer avec l’Ukraine depuis l’annexion de la péninsule criméenne.

Après cette confrontation militaire, le président ukrainien Petro Porochenko a instauré la loi martiale dans plusieurs régions frontalières, tandis que le président américain a annulé sa rencontre avec Vladimir Poutine prévue en marge du sommet du G20 en Argentine.

Cet incident a aggravé les tensions entre Moscou et Washington, déjà importantes en raison de sanctions américaines frappant la Russie pour son rôle présumé dans le conflit ukrainien depuis 2014, et de l’annonce par les Etats-Unis en octobre de leur intention de se retirer du traité nucléaire INF, qui interdit la fabrication d’armes nucléaires de portée intermédiaire.

« L’économie à l’intérieur du pays, tout comme notre économie sur fond d’une conjoncture internationale assez défavorable », sera également abordée, a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, dans une interview à la chaîne de télévision russe NTV.

La hausse attendue des tarifs pour les services communaux, la protection contre les ondes radioactives, l’impopulaire réforme des retraites ou le traitement des cancers en Russie figurent également parmi les questions qui préoccupent les journalistes, selon les médias publics russes.

Réélu en mars pour un quatrième mandat présidentiel, Vladimir Poutine se prépare de manière active à cette conférence de presse et « jusqu’à tard la nuit, prend connaissance des tas d’informations préparées pour lui par les ministres et des experts », selon M. Peskov.

Les réponses du président aux médias s’apparentent souvent à des ordres donnés au gouvernement ou aux autorités régionales. Et « le président veille soigneusement » à ce que ces ordres soient dûment fixés et exécutés, assure le porte-parole du Kremlin.

(©AFP / (20 décembre 2018 06h48)

1/10 – « L’EPR, l’atout de la transition énergétique »

L’information de référence sur l’énergie nucléaire

08.11.2018

1/10 – « L’EPR, l’atout de la transition énergétique »

p1801_frj_8394.jpg
Interview de Xavier Ursat, Directeur Exécutif d’EDF en charge de l’ingénierie et du nouveau nucléaire

Avec l’EPR, les difficultés sont-elles derrière nous ?

Xavier Ursat : L’EPR est en train de vivre une phase éminemment importante de son histoire. Taishan 1 est, depuis avril dernier, le premier EPR à avoir été mis en service. Ce réacteur produit depuis une électricité décarbonée, avec un niveau de puissance et de sûreté jamais égalé. Trois autres EPR se préparent à produire leurs premiers mégawatts dans le monde : Taishan 2, Olkiluoto et Flamanville 3. Autant de projets qui aboutissent, gages de crédibilité et de confiance essentiels pour le développement de la filière nucléaire française, à un moment où le nucléaire doit être considéré comme un levier de la lutte contre le réchauffement climatique, aux côtés des énergies renouvelables.

Et même si aujourd’hui nous devons déployer un plan d’actions pour garantir la parfaite réalisation des soudures de Flamanville 3, nous sommes plus que jamais convaincus que l’EPR français, comme Taishan, sera pour nous et nos partenaires une réussite. Nous sommes engagés dans la dernière ligne droite avant la mise en service du réacteur au 4e trimestre 2019. 4 500 personnes s’affairent pour poursuivre les autres activités de montage et d’essais ; le début des essais dits « à chaud » [1] est ainsi programmé avant la fin de cette année.

 

Peut-on s’appuyer sur la technologie EPR pour renouveler le parc français ?

J’en suis absolument convaincu. L’EPR est aujourd’hui le produit dont nous avons besoin pour accompagner l’évolution du parc français actuel ; il s’inscrit dans la continuité des réacteurs existants et offre les meilleurs standards en termes de sûreté ainsi que des performances économiques et environnementales améliorées.

Nous devons néanmoins faire la preuve de sa compétitivité. L’AIEA l’a souligné dans une analyse publiée en septembre 2018 [2]. Cette exigence, la filière nucléaire française peut l’avoir. Les premiers chantiers ont permis à la technologie EPR d’atteindre la maturité et d’initier une dynamique industrielle qui entraîne, de projet en projet, une réduction des coûts et de délais de mise en oeuvre.

Pour renforcer cette dynamique « naturelle » commune à toutes les industries, nous travaillons depuis plusieurs années à intégrer tout le retour d’expérience des chantiers EPR en cours, tant sur le plan industriel que sur celui des méthodes d’ingénierie et des outils. Nous avons ainsi engagé, avec Framatome et les industriels de la filière, le projet « EPR 2 » dont l’ambition est de disposer d’un réacteur EPR au design simplifié, moins coûteux et plus facile à construire, pour renouveler le parc nucléaire français à l’horizon 2030.

Dispose-t-on des compétences nécessaires pour se donner cette ambition ?

X.U. : Nous avons toutes les cartes en main.

Tout d’abord, une filière industrielle structurée et aguerrie. Ses 220 000 salariés assurent chaque année en France 400 TWh d’une production sûre, compétitive, décarbonée ; c’est une formidable vitrine qui convainc les pays qui font le choix du nucléaire.

Ensuite, notre implication dans les chantiers EPR à Flamanville et dans le monde. Ces projets sont de réelles opportunités de renforcer notre savoir-faire. Les milliers d’ingénieurs détachés par EDF, Framatome et toutes les  entreprises françaises y accumulent une expérience précieuse de construction, immédiatement mutualisée et mise à profit. Au-delà, ces projets contribuent à lisser la charge de travail de l’ingénierie et à optimiser les  investissements matériels et humains, indispensables au dynamisme d’une industrie. Autant de leviers susceptibles de réduire significativement le coût des projets et donc de renforcer leur compétitivité.

Pour faire face aux défis du changement climatique, l’urgence absolue est au développement rapide des énergies bas carbone : les énergies renouvelables et le nucléaire

Tout ce travail engagé commence à porter ses fruits. Mais être capables de disposer des compétences nécessaires pour mettre en oeuvre de nouveaux chantiers suppose, aussi, une stratégie industrielle claire. C’est en donnant de la visibilité à nos partenaires sur les projets industriels susceptibles d’être réalisés en France et à l’export que la filière nucléaire pourra engager les recrutements et les formations nécessaires au développement des compétences dont notre industrie se compose.

Vous parlez de projets internationaux ; quelles sont, à ce jour, les perspectives internationales de l’EPR ?

X.U. : Pour faire face aux défis du changement climatique, l’urgence absolue est au développement rapide des énergies bas carbone : les énergies renouvelables et le nucléaire. Dans ce contexte, le raccordement au réseau de Taishan est  un réel gage de crédibilité pour vendre notre savoir- faire partout dans le monde.

La Chine mène de loin l’activité nucléaire la plus intense : 50 % des réacteurs construits dans le monde dans les vingt ans le seront là-bas. La part de production d’électricité d’origine nucléaire dans leur mix représentera près de 10 % en 2030-2035, plus du double d’aujourd’hui. Nos partenaires et le gouvernement chinois souhaitaient attendre la mise en service des deux EPR de Taishan pour parler d’avenir.

Autre marché : l’Inde. Là encore, la dynamique est très forte, avec une ambition de 40 GW de capacité nucléaire installée à horizon 2040, soit six fois plus qu’aujourd’hui où le charbon domine. Pour atteindre cette croissance rapide, les Indiens utilisent deux leviers : accélérer la construction de centrales sur la base de leur propre technologie, d’une part, importer des technologies étrangères d’autre part. L’EPR est à ce jour le seul réacteur de troisième génération au monde à avoir obtenu une licence dans quatre pays différents. C’est un avantage concurrentiel certain, que les Indiens ont bien compris. Ainsi, un accord définitif pour la construction de six réacteurs sur le site de  Jaitapur pourrait être signé dans les prochains mois, faisant de ce site la plus grande centrale nucléaire au monde.

D’autres pays ont exprimé leur intérêt pour la technologie EPR, dont l’Arabie saoudite. Mais encore une fois, le lancement de tous ces projets dépendra de notre capacité à démontrer la compétitivité du nucléaire face aux autres moyens de production d’électricité. Nous sommes confiants dans notre capacité à y arriver même si cela reste un challenge. C’est pour cela que nous sommes dans une logique de réplication du design pour ne pas avoir à refaire des travaux d’ingénierie, et donc faire des économies.

Au-delà du seul réacteur EPR, où en est EDF sur le développement des réacteurs de moyenne puissance et sur les SMR ?

X.U. : L’EPR est assurément le produit phare de la filière française ; mais nous travaillons en effet également sur une offre de réacteurs à eau pressurisée de « moyenne puissance » (1 000 mégawatts). Ce sont les projets ATMEA (en coopération avec MHI) et Hualong (en coopération avec CGN), pour lesquels nous pouvons bénéficier du retour d’expérience de conception et de construction des projets actuels pour développer le basic design de ces nouveaux modèles, qui offriront un niveau de sûreté équivalent aux réacteurs de 3e génération.

Les SMR offrent également des perspectives très prometteuses sur le marché nucléaire international, sur l’ensemble des continents, y compris en Europe. Nous avons ainsi engagé avec le CEA, Naval Group et Technicatome des études d’avant-projet pour la conception d’un réacteur destiné aux marchés à l’export, avec l’objectif de devenir, là aussi, un des leaders mondiaux.

Finalement, le réacteur EPR sera-t-il capable d’accompagner la montée en puissance des énergies renouvelables ?

X.U. : Le parc nucléaire d’EDF en France a déjà largement démontré sa capacité à accompagner la montée en puissance des énergies renouvelables. Les centrales nucléaires ont, depuis les années 1980, toujours été manoeuvrantes pour pouvoir ajuster en permanence la production d’électricité à la consommation très variable selon les moments de la journée et de la nuit. Ces dernières années, avec le développement des énergies renouvelables intermittentes, EDF a encore renforcé la souplesse de fonctionnement de ses réacteurs. Aujourd’hui, les réacteurs nucléaires sont capables d’ajuster jusqu’à 80 %, à la hausse ou à la baisse, leur puissance en 30 minutes et ce, deux fois par jour. Cela représente plus de 1 000 MW sur un réacteur de 1 300 MW et 700 MW sur un réacteur de 900 MW.

Nous devons donc tout faire pour conserver cet atout et les aléas que nous pouvons rencontrer ne doivent pas nous faire douter que le nucléaire sûr et performant est une énergie majeure pour l’avenir car sans CO2. La filière nucléaire française est aujourd’hui parfaitement en ordre de marche pour conduire de nouveaux projets et continuer ainsi à faire du nucléaire un atout majeur de notre mix bas carbone, à même de fournir, en permanence, sans coupure, l’énergie la plus bas carbone et la plus compétitive possible, tout en assurant son indépendance énergétique.

 

Crédit photo : F. Juery / CAPA Pictures

1.Ces essais seront réalisés dans des conditions de température et de pression similaires aux conditions d’exploitation. Il s’agit d’une répétition générale du fonctionnement de la centrale avant le chargement du combustible nucléaire et sa mise en  service.

2.The 38th edition of Energy, Electricity and Nuclear Power Estimates for the Period up to 2050.

http://www.sfen.org/rgn/1-10-epr-atout-transition-energetique

Soros et la Société Ouverte

Soros et la Société Ouverte

 

Entretien avec Pierre-Antoine Plaquevent auteur de : “SOROS et la société ouverte : Métapolitique du globalisme” aux éditions LE RETOUR AUX SOURCES.

https://stratpol.com/soros-et-la-societe-ouverte/

Vladimir Poutine répond en exclusivité aux questions de RT France (VIDEO)

 

11 novembre 2018

En marge du Centenaire, Vladimir Poutine a accordé un entretien exclusif à RT France. Il a évoqué la proposition française d’«armée européenne», l’OTAN, les relations entre la France et la Russie, ainsi que ses futurs entretiens avec Donald Trump.

En marge de son hommage au Corps expéditionnaire russe le 11 novembre, dans le cadre des commémorations du centenaire de l’Armistice à Paris, Vladimir Poutine a répondu en exclusivité aux questions de Xenia Fedorova, présidente de RT France.

La proposition d’«armée européenne» de Macron ? Une évolution «positive», selon Poutine

Vladimir Poutine a commenté la proposition française de création d’une «armée européenne», qui pourrait être une alternative à l’OTAN. Il a notamment estimé que cette «évolution» était «positive» dans un monde «multipolaire».

«D’une manière générale, l’Europe est une formation économique puissante, une alliance économique puissante, et il est tout à fait naturel que ces pays souhaitent être indépendants et souverains dans le domaine de la sécurité et de la défense», a-t-il affirmé.

Auteur: RT France

Pas de rencontre officielle à Paris avec Donald Trump

Le chef d’Etat russe a expliqué de pas s’être encore entretenu avec son homologue américain Donald Trump, mais qu’il pourrait le faire de manière informelle au moment du déjeuner.

Pour cause, il a rappelé que le président français Emmanuel Macron avait souhaité qu’aucun entretien bilatéral ne soit organisé en marge des commémorations du Centenaire. «Nous nous sommes mis d’accord [avec Donald Trump] sur le fait que nous n’allions pas rompre l’emploi du temps des commémorations, à la demande du pays organisateur», a-t-il ainsi expliqué. «Nous aurons la possibilité d’échanger en marge du G20 [en Argentine le 30 novembre] ou plus tard», a poursuivi le président russe.

 

Le «principe essentiel de la démocratie» est «la liberté de circulation de l’information»

Concernant la situation de RT France, qui s’est vu refuser à plusieurs reprises des demandes d’accréditation à l’Elysée, le chef d’Etat russe a regretté «la constitution de listes d’autorisations d’accès», qui sépareraient les médias que le pouvoir français estime «bons» et ceux qui «seraient mauvais».

Il a également estimé que cela n’avait «rien à voir avec la démocratie» et jugé cet état de fait «inacceptable». Le locataire du Kremlin a en outre estimé que le «principe essentiel de la démocratie» était «la liberté de circulation de l’information».

 

L’interview intégrale est à retrouver bientôt sur RT France.

Alors que la censure s’abat sur Eric Zemmour et que le service public interdit d’antenne l’auteur de l’essai le plus important de la rentrée

Alors que la censure s’abat sur Eric Zemmour et que le service public interdit d’antenne l’auteur de l’essai le plus important de la rentrée, TV Libertés est allée à la rencontre du journaliste et écrivain. Il est interrogé par Elise Blaise.

Acheter le livre :

Leïla Shahid : « En reconnaissant l’État de Palestine, la France serait à la hauteur de ce qu’elle veut être »

Interview

Leïla Shahid : « En reconnaissant l’État de Palestine,
la France serait à la hauteur de ce qu’elle veut être »

Pierre Barbancey

Née à Beyrouth, au Liban, où une partie de sa famille a été déportée,
Leïla
Shahid consacre sa parole publique à défendre la cause palestinienne.
©Stephan
Agostini/AFP

Samedi 6 octobre 2018

Ancienne ambassadrice de Palestine en France puis auprès de l’Union européenne, Leïla Shahid analyse la situation au Proche-Orient et dénonce certaines postures internationales.

Au niveau européen, la question de la reconnaissance de l’État de Palestine est soutenue par l’Espagne, tandis que la France semble encore attentiste. À l’ONU, le président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, demande qu’on reconnaisse le statut d’un État sous occupation. Sur le terrain, la colonisation et la répression du gouvernement Nétanyahou se poursuivent, contre toute résistance palestinienne mais également contre les associations israéliennes de défense des droits de l’homme.

Entretien avec Leïla Shahid, déléguée générale de l’Autorité palestinienne en France de 1994 à 2005, puis ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg jusqu’en 2015.

Vingt-cinq ans après les accords d’Oslo qui étaient censés finaliser la création d’un État, quelle est la situation du peuple palestinien ?

Je dirais que nous sommes dans la situation d’une deuxième Nakba (la catastrophe). C’est-à-dire une situation aussi grave qu’il y a soixante-dix ans lorsque la Palestine a été retirée au peuple palestinien et que nous sommes devenus des réfugiés. Nous avons néanmoins fait un chemin assez important. L’OLP a ressuscité une identité nationale palestinienne, a défini un but, à savoir la création d’un État palestinien aux côtés de celui d’Israël…

Mais aujourd’hui, ce gouvernement israélien, le plus raciste et le plus criminel que nous ayons vu depuis 1948, a voté une loi en juillet dernier définissant clairement Israël comme un État d’apartheid, puisqu’elle établit deux sortes de citoyens : les juifs qui ont un statut, le reste de la population un autre, avec moins de droits. Il y a également un Premier ministre qui dit ouvertement qu’il ne veut pas d’un État palestinien et qui, sur le terrain, a tout fait pour détruire la possibilité de création d’un État palestinien avec l’expansion de la colonisation, l’annexion officielle de Jérusalem-est, la séparation totale de la Cisjordanie d’avec Jérusalem, la déclaration de guerre aux réfugiés avec la complicité des États-Unis afin de couper les vivres à l’organisme de l’Onu en charge des réfugiés, l’UNRWA.

Parallèlement, la situation mondiale relève du chaos. Vous avez des États arabes qui soudain deviennent les alliés d’Israël contre les Iraniens. Et l’Irak et la Syrie, qui étaient des piliers du monde arabe et sont maintenant décomposés. L’Union européenne se noie dans un verre d’eau – si je peux me permettre l’expression – pour quelques milliers de migrants, la guerre commerciale fait rage… Et la situation palestinienne intérieure est très grave avec une population qui ne se retrouve pas dans sa direction politique, qu’elle soit Hamas ou qu’elle soit Fatah. Tout cela fait que personne ne se préoccupe de notre problème et qu’il s’agit d’un feu vert pour Benjamin Nétanyahou. Cela ne signifie pas que les Palestiniens n’ont pas d’avenir. Mais ils se trouvent à un moment charnière où ils doivent redéfinir tous les critères de leur combat.
La solidarité internationale à l’égard des Palestinien·nes s’exprime
grâce à des collectifs comme Boycott Désinvestissement Sanctions.
©A. Katz/Shutterstock.com

Historiquement, les Palestiniens ont tenté la lutte armée puis la voie diplomatique. Les deux ont échoué. Que reste-t-il ?

Je ne suis pas d’accord avec les termes. La lutte armée n’a pas échoué dans la mesure où elle n’était pas conçue comme seul instrument de libération de la Palestine. Les fedayins [les combattants palestiniens, ndlr] étaient trop intelligents et trop lucides pour penser qu’ils allaient battre la quatrième puissance militaire du monde. La lutte armée avait pour but – comme toutes les luttes de libération nationale qui en sont passées par là – de montrer la volonté d’un peuple à revendiquer son droit à l’autodétermination. Cette lutte armée a permis à l’OLP d’exister et de recomposer les morceaux du corps palestinien disséminés un peu partout depuis 1948.

L’OLP n’a donc pas échoué dans son projet de représentation nationale palestinienne. Je dirais même que les accords d’Oslo, c’est-à-dire la tentative de négociations liée aux changements du système bipolaire du monde dans le contexte suivant la chute du mur de Berlin, devaient représenter d’une certaine manière ce nouvel ordre mondial. L’échec d’Oslo n’est pas notre échec, mais celui de cet ordre censé remplacer l’ancien. En fait, c’est un désordre mondial, qui sert la guerre et pas la paix, qui n’a plus de logique. Il y a une totale perte de repères. Il n’y a plus d’instruments de rapports politique et économique pour décider d’une vision. L’échec d’Oslo, c’est celui des Palestiniens, des Israéliens, des Occidentaux, des Arabes et des Nations unies. Tous ont échoué.

Comment jugez-vous l’attitude de l’Union européenne et singulièrement celle de la France qui fait beaucoup de déclarations mais passe peu à l’acte ?

L’Union européenne n’a jamais été très courageuse ni à l’égard de la Palestine ni à l’égard d’autres pays. Parce qu’elle a avant tout posé comme base de ses relations stratégiques le commerce international. Ce qui la cimente, c’est l’euro. Ce qui l’intéresse, c’est d’augmenter les richesses. Mais elle n’a pas vraiment de vision politique. Le repli sur l’extrême-droite auquel on assiste marque d’ailleurs l’échec de l’Europe des citoyens.

Les citoyens peuvent-ils agir pour qu’enfin un État palestinien voie le jour aux côtés d’Israël ?

Il faut d’une part se mobiliser et garder un contact direct avec les forces vives palestiniennes. Il faut aller sur place, inviter les gens là-bas à venir ici. D’autre part, il faut intervenir sans excès, avec un discours serein, sur le droit universel de tous, y compris des Israéliens. Et sur le fait que la France a des devoirs à l’égard de la Palestine et avant tout le devoir de reconnaître l’État palestinien. Même si aujourd’hui nous voyons la difficulté de sa mise en œuvre réelle, cela ne doit pas empêcher celle du droit. La Suède, qui ne s’est jamais impliquée au Moyen-Orient, a reconnu l’État de Palestine l’année dernière. Ce n’est pas le cas de la France qui, elle, a pourtant colonisé le Liban, la Syrie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Mauritanie…

Or qu’est-ce qui empêche aujourd’hui Emmanuel Macron de reconnaître l’État de Palestine dans les frontières de 1967 ? D’ailleurs seule la création d’un État palestinien pourrait garantir à Israël un avenir dans la région. La France serait alors à la hauteur de ce qu’elle veut être. C’est cette reconnaissance que doivent exiger tous ceux qui sont attachés aux droits du peuple palestinien. Je serais vraiment heureuse si la France pilotait cette demande de reconnaissance. Si elle le fait, beaucoup d’États européens la suivront, j’en suis convaincue.

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.pierre_barbancey.061018.htm

Publicités

Revue de presse nationale et internationale.

Publicités