Archives pour la catégorie INTERVIEW

Un cadre supérieur de Twitter fait partie de la brigade de trolls de l’armée britannique

Un cadre supérieur de Twitter fait partie de la brigade de trolls de l’armée britannique


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama − Le 30 septembre 2019

Ian Cobain a déjà écrit la longue histoire de l’implication britannique dans la torture. Il enquête maintenant sur l’implication britannique dans la manipulation des médias. Voici une de ses importantes trouvailles :

Un cadre supérieur de Twitter, le responsable de la rédaction pour le Moyen-Orient, est également officier à temps partiel dans l'unité de guerre psychologique de l'armée britannique, a révélé Middle East Eye.

Gordon MacMillan, qui a rejoint le bureau britannique de l'entreprise de médias sociaux il y a six ans, a également servi pendant plusieurs années au sein de la 77e brigade, une unité créée en 2015 afin de développer des moyens "non létaux" de faire la guerre.

La 77e brigade utilise des plateformes de médias sociaux telles que Twitter, Instagram et Facebook, ainsi que des podcasts, des analyses de données et des études d'audience pour mener ce que le général Nick Carter, chef de l'armée britannique, qualifie de "guerre de l'information".

La 77e Brigade est une ferme à trolls :

Ils l'appellent la 77e brigade. Ce sont les troupes qui mènent les guerres de l'information britanniques ...
D'un bureau à l'autre, j'ai trouvé diverses sections de la brigade occupées au travail. L'une des salles était axée sur l’étude du public : sa composition, sa démographie et les habitudes des personnes qu'ils veulent atteindre. Une autre était plus centrée sur l’analytique, se concentrant sur la création d'une "prise de conscience des attitudes et des sentiments" à partir d'un vaste ensemble de données recueillies sur les médias sociaux. Une autre était remplie d'agents produisant du contenu vidéo et audio. Ailleurs, des équipes de spécialistes du renseignement analysaient de près la façon dont les messages étaient reçus et discutaient des moyens de les rendre plus percutants.

La 77e Brigade a pour mission de produire de la propagande discrète en appui des opérations (militaires) britanniques :

Que savons-nous de la 77e Brigade ? Permettez-moi de citer une réponse écrite du ministère de la défense au Parlement, publiée en mars 2015. La Brigade existe "pour fournir un appui, en collaboration avec d'autres organismes gouvernementaux, aux efforts visant à établir la stabilité à l'étranger et à élargir la diplomatie de défense et l'engagement à l'étranger". C'est une mission bien plus politique que militaire.

La réponse au Parlement poursuit en disant que la Brigade "dirige les méthodes d'influence spéciale, notamment en fournissant des informations sur les activités, l'engagement des principaux dirigeants, la sécurité des opérations et l'engagement des médias". Notez l'expression "méthodes d'influence spéciales", tout droit sortie de 1984, l'ouvrage d'Orwell. Et remarquez la référence à "l'engagement des médias". Depuis quand l'armée britannique a-t-elle un rôle légitime à jouer pour essayer d'influencer les médias ?

Un aspect vraiment intéressant, et dangereux, de la 77e Brigade est son caractère mixte, militaro-civil :

Nous arrivons ici à un aspect vraiment insidieux de la 77e Brigade. Elle dispose d'un effectif d'environ 440 personnes dévouées, selon cette réponse au Parlement. Selon la nouvelle doctrine organisationnelle de l'Armée de terre, les unités combinent à la fois des soldats à plein temps et des réservistes territoriaux. La 77e brigade recrute ses réservistes parmi les journalistes et les professionnels britanniques de la publicité et des relations publiques. Il ne s'agit pas seulement de spécialistes de l'informatique et des technologies de l'information, mais aussi de professionnels des médias. Il en résulte que les frontières nécessaires entre les médias militaires et civils ont été compromises. Cela représente une menace potentielle pour les normes démocratiques.

Le fait qu’un cadre de Twitter ayant une responsabilité éditoriale travaille également pour une unité de propagande militaire britannique montre clairement que les médias sociaux « occidentaux » ne sont pas aussi neutres ou libres que ce que les pouvoirs le prétendent.

Le cadre de Twitter, Gordon MacMillan, est maintenant capitaine de réserve de l’armée britannique et travaille parfois dans son unité de propagande. Le 20 septembre, Twitter a supprimé un grand nombre de comptes, y compris dans le domaine de responsabilité de MacMillan. Combien d’entre eux ont été désignés par l’État britannique ?

En décembre 2018, nous avions parlé d’une autre organisation de manipulation des médias gérée par le gouvernement britannique, Integrity Initiative :

Cette organisation, financée par le gouvernement britannique, est chargée de diffuser de la propagande anti-russe pour influencer le public, les militaires et les gouvernements d'un certain nombre de pays. Ce qui suit est une analyse contextuelle du troisième lot de documents internes de cette organisation, qui ont été divulgués par un anonyme, hier.

Christopher Nigel Donnelly (CND) est le co-directeur de l'Institute for Statecraft et le fondateur de sa filiale, Integrity Initiative. Cette dernière prétend "Défendre la démocratie contre la désinformation".

Elle le fait en diffusant de la désinformation sur l'influence présumée de la Russie par le biais de groupes de journalistes dans toute l'Europe et aux États-Unis.

Institute for Statecraft et Integrity Initiative prétendent toutes deux être des organisations non gouvernementales indépendantes. Mais elles sont financées par le gouvernement britannique, l'OTAN et d'autres donateurs étatiques.

Parmi les documents fuités des serveurs de l'Institut par une personne anonyme, nous trouvons plusieurs documents sur Donnelly ainsi que des notes de service rédigées par lui. Ils montrent un esprit russophobe et un manque de pensée stratégique réaliste.

Le codirecteur de Donnelly à l’Institute for Statecraft est Daniel Lafayeed. Parmi les documents publiés par le compte-rendu anonyme se trouvent ses notes d’allocution lors de réunions en Israël en juin 2018. Ils mentionnent la 77e brigade :

Une grande partie de notre travail visant à améliorer l'efficacité de nos forces armées pour toutes les formes de guerre moderne est, bien sûr, très sensible, car nous l'envoyons aux plus hauts niveaux du ministère de la Défense et des forces armées.

Ce que nous cherchons à faire, c'est d'aider les Forces canadiennes à devenir plus compétentes pour mener une guerre moderne avec toutes sortes d'armes, et ce, dans le cadre du budget que l'État prévoit.

A cette fin, nous avons soutenu la création d'unités spéciales de réserve de l'armée de terre (par exemple la 77 Bde et SGMI - Specialist Group Military Intelligence - avec lesquelles nous entretenons désormais une relation étroite et informelle. En tant que réservistes dotés d'un statut spécial, ces personnes sont des experts civils de très haut niveau dans un domaine pertinent, comme des gestionnaires de fonds de pensions, des banquiers de haut niveau, des chefs de sociétés, etc. C'est-à-dire des gens que l'armée ne pourrait jamais se permettre d'embaucher, mais qui donnent de leur temps et de leur expertise en tant que patriotes.

Avec ces collègues, nous organisons des séminaires et préparons des études pour aider les forces armées à trouver de nouvelles façons de combattre dans la guerre moderne.

Ces documents décrivent notre compréhension de ces guerres modernes, comment nous devons nous y préparer et comment les Russes vont la combattre, au-delà des étapes de la guerre de l'information pour en faire une guerre classique. J'inclus également un document de réflexion sur une autre façon de structurer nos Marines pour une guerre moderne à faible coût. Cela pourrait particulièrement vous intéresser.

Integrity Initiate et Institute for Statecraft ont pris de fortes positions anti-Corbyn. Certains tweets de MacMillon sont aussi fortement dirigés contre Corbyn.

Il ne faut pas considérer la 77  brigade comme une voie à sens unique dans laquelle l’État transmet des messages que des civils contribuent à diffuser. Lorsque les gérants de fonds de pensions, les haut responsables de banque, les responsables de sociétés de relations publiques sont invités à participer à ses opérations, ils auront aussi tout intérêt à faire passer leurs propres messages pour tenter de vaincre leurs propres ennemis. L’exécutif de Twitter, en tant que membre de la brigade de propagande, l’utilisera également pour diffuser les messages et les souhaits de son entreprise.

Il s’agit d’un mariage des pouvoirs entre grandes entreprises et gouvernement pour manipuler l’opinion publique. C’est dangereux.

Addendum :

Kit Klarenberg vient de publier ses articles sur le sujet : « Notre homme infiltré : Un cadre supérieur de Twitter exposé en tant que guerrier de l’information de l’armée britannique. »

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/un-cadre-superieur-de-twitter-fait-partie-de-la-brigade-de-trolls-de-larmee-britannique

Publicités

Xavier Moreau – L’Ukraine ne sera jamais une nation

Xavier Moreau – L’Ukraine ne sera jamais une nation

Xavier Moreau est analyste politique et fondateur de Stratpol. Il commente régulièrement l’actualité concernant la Russie et l’Ukraine, et analyse dans cette interview la situation de la liberté de la presse en Ukraine, et ce qui attend le pays en 2019, tant sur le plan politique qu’économique.

Bonjour Xavier Moreau.

Bonjour Christelle.

Merci de nous accorder un peu de votre temps pour cette interview. Ces derniers mois la situation des journalistes en Ukraine, y compris celle des journalistes étrangers s’est fortement dégradée, avec beaucoup de journalistes qui se sont vu refuser l’accès au territoire ukrainien. Entre autre, le cas très médiatisé du journaliste de la chaîne autrichienne ORF, Christian Wehrschütz, qui finalement, on a eu la nouvelle hier, est enfin autorisé à revenir en Ukraine, après une forte pression de la ministre autrichienne des Affaires étrangères, Karine Kneissl. Mais d’autres journalistes n’ont pas cette chance. Entre autre, quatre journalistes tchèques, qui se sont vu refuser la semaine dernière l’accès à l’Ukraine. Il y a eu plusieurs journalistes italiens aussi qui venaient pour couvrir les élections ukrainiennes. Que pouvez-vous nous dire au sujet de la situation de la liberté de la presse en Ukraine, et qu’est-ce qui explique cette évolution très négative dans le cadre des élections ukrainiennes ?

Je parlerais moins d’une évolution que d’une permanence. Il faut se rappeler que dès le lendemain du Maïdan, la chasse aux journalistes dissidents a été lancée. Ça s’est traduit par l’assassinat de Bouzina, qui était un journaliste pro-russe, qui ne le cachait pas. Ça a été l’enfermement de Kotsaba, juste parce qu’il avait dit (et il avait raison), que la guerre dans le Donbass était inconstitutionnelle. Puisque pour envoyer l’armée, c’est comme en France. Vous ne pouvez pas envoyer l’armée sans accord… À moins d’être en situation de guerre.

Quand vous envoyez l’artillerie et les chars, et les avions même, à une époque, c’est que vous êtes en situation de guerre. Et pour ça, Kotsaba avait fait, je crois, un an et demi de prison ferme plus ou moins sans jugement, et avait fini, sous la pression internationale, par être libéré.

Et aujourd’hui encore, il suffit d’aller sur Youtube, plusieurs fois il est victime de violences, il se fait attaquer, mais il continue courageusement à faire son travail.

Vous avez encore Anatoli Charii, qui lui vit en exil, on ne sait pas trop où en Pologne ou dans les Pays Baltes, pour pouvoir continuer à faire ses vidéos de réinformation. Donc, de toute manière il n’y a pas de liberté de la presse en Ukraine. Dès le lendemain du Maïdan c’est une des premières choses qui s’est effondrée.

Alors il y a quand même une presse dissidente qui essaye de faire un peu le travail. Notamment quelqu’un que j’avais repéré dès le début, et qui a créé sa chaîne, le député Mouraev de Kharkov, qui a créé la chaîne NewsOne. Mais qui est censurée, sans l’être directement, puisqu’elle a perdu le fait d’être retransmise sur certains bouquets de chaînes ukrainiennes. C’est arrivé il y a deux mois comme par hasard, peu de temps avant les élections.

Donc, ce que je veux dire c’est que je ne vois pas quelque chose de vraiment nouveau. L’Ukraine est un pays où depuis le Maïdan on tue les journalistes. Il y a des journalistes qui ont été délibérément abattus par l’armée ukrainienne et ce dès le début. Il y a un Français qui a failli y laisser la vie. Et qui d’ailleurs, si je me souviens bien, a décidé de porter plainte contre le régime kiévien. Donc on est dans la permanence.

Évidemment que tous les journalistes qui doivent être accrédités font l’objet d’une vérification par les services ukrainiens, qui sont une véritable police politique. Et puis, je vous rappelle aussi qu’il y a un site internet sur lequel vous et moi nous avons l’honneur de figurer, qui est Mirotvorets. Qui non seulement désigne les gens à abattre, ça a été le cas de Bouzina, mais en plus donne leurs coordonnées.

Beaucoup d’informations personnelles qui peuvent être très dangereuses quand ça tombe entre de mauvaises mains. Mais on a l’impression dans le cadre de ces élections que les journalistes étrangers, entre autre, venant de pays occidentaux, ont été beaucoup plus la cible de cette censure qui ne dit pas son nom, puisqu’en fait on ne les laisse même pas rentrer sur le territoire ukrainien. Par rapport à avant on a vu beaucoup plus de cas quand même, dans le cadre de ces élections.

Je crois que c’est ça un peu la nouveauté en fait. C’est que, effectivement vous avez raison de le souligner, les journalistes étaient essentiellement soit les journalistes ukrainiens qui étaient qualifiés de traîtres ou de pro-russes, soit des journalistes occidentaux mais qui étaient vraiment reconnus comme des pro-russes également.

Et la finalement c’est un peu général, c’est-à-dire qu’il y a vraiment une peur du régime kiévien que ce qui se passe réellement en Ukraine soit révélé à la presse occidentale. Ce qui montre aussi la fébrilité du régime de Kiev. C’est-à-dire qu’il n’est pas exclu que Porochenko pense à sauver son futur quinquennat, par la force, par un nouveau Maïdan, quoi que je sois quand même très sceptique. Si jamais c’est ce qu’il décide de lancer, dans ce cas il faut chasser les journalistes.

Après il faut voir, ce n’est pas forcément que Porochenko. Porochenko a fait le choix de la guerre. Il faut rappeler au passage qu’il y a cinq ans, parmi les dix points qu’il avait cités pour se faire élire, il avait dit qu’en trois mois il ferait la paix avec la Russie.

Il est parti sur un programme de paix et à partir de la prise de Slaviansk il a cru qu’il pourrait l’emporter par la guerre. Et il est resté dans un programme de guerre, sans doute par choix… Un mauvais conseil qui a dû être fait soit par ses alliés, moi je pense beaucoup à la diaspora ukrainienne – canadienne ou américaine – car les diasporas sont toujours plus radicales que les gens sur place. Et puis malgré tout, il a fait le choix de s’entourer des Nazis, et finalement aujourd’hui il est coincé.

Le problème c’est que le premier tour a montré que le parti de la guerre pèse, allez à tout casser en additionnant Gritsenko, Porochenko et Liachko ça fait même pas 25 %. Donc en fait ça veut dire que 75 % du peuple ukrainien en a assez. En plus on voit la répartition géographique du vote, comme d’habitude, c’est les fous de l’Ouest du pays qui veulent continuer la guerre, et Porochenko fait moins de 10 % à Odessa, à Kharkov, à Dnipropetrovsk. Voilà, c’est l’échec complet du parti de la guerre. C’est l’échec complet de l’ukrainisation forcée.

Donc effectivement, quand on en est à ce point là, soit il s’en va, je dirais même il s’enfuit. C’est ce qu’il a de mieux à faire. Un peu à la Saakachvili. Soit il tente le coup de force.

Est-ce que vous ne pensez pas qu’il pourrait tenter… Parce qu’on a vu clairement qu’il y a eu des fraudes massives déjà lors du premier tour pour lui permettre d’arriver jusqu’au second tour. Entre autre dans le Donbass, où on a vu des taux de participation dans les parties contrôlées par Kiev qui sont littéralement impossibles, puisqu’en fait on a plus de la moitié de la population qui se trouve dans les territoires non-contrôlés par Kiev, en République Populaire de Donetsk et de Lougansk. On a vu des bourrages d’urnes, la présence des agents du SBU, les achats de voix sur les fonds de l’État, tout y est passé. Est-ce que vous ne craignez pas qu’il pourrait carrément, malgré les sondages qui le donnent clairement perdant – les derniers sondages que j’ai vus, Zelensky est à 61 % et Porochenko à 24 % – qu’il pourrait tenter le coup et frauder massivement pour gagner le second tour ?

Ça ferait quand même une sacrée fraude. J’avais démarré ma série d’articles sur l’Ukraine en l’appelant république bananière d’Ukraine. Et c’est vrai que c’est une république bananière, notamment dans le traitement des journalistes. Ça rappelle beaucoup l’Afrique de la décolonisation. Mais je ne pense pas qu’il aille jusque-là.

Il faut voir quand même une chose, c’est que derrière il y a les bailleurs internationaux, qui valideraient je pense un petit coup d’État à 1 ou 2 % de manipulation. Mais là, quand on en est à manipuler plus de 10 %, ça me paraît énorme. À moins de doubler ou tripler la population du Donbass occupé par Kiev et la faire voter… J’ai du mal à y croire.

Et en plus il faut voir que toutes les grandes villes du Sud-Est de l’Ukraine ont à leur tête des partis pro-russes, ou du moins russo-compatibles. Et même Nikolayev, qui était la seule grande ville du Sud-Est où il y avait eu un pro-occidental, finalement il y a eu une coalition, c’est intéressant, il y avait des gens du bloc Porochenko et du bloc d’Opposition qui se sont mis d’accord pour le chasser.

Ce que je veux dire c’est que dans toutes ces grandes villes où ça mobilise les électeurs, la puissance de Porochenko n’est pas suffisante. Il y a même des villes… Ce n’est un secret pour personne, que Dnipropetrovsk est contrôlée par Kolomoïski. Qui va même plutôt jouer en sa défaveur. Kharkov est contrôlée par Kernes. Toutes ces grandes villes, qui sont des gros fournisseurs de voix, Porochenko peut pas y faire ce qu’il veut.

Et il y a quand même des observateurs internationaux. Et puis, je crois qu’on l’a bien compris, tout le monde est fatigué de l’Ukraine, et la perspective de supporter un nouveau Maïdan, une nouvelle instabilité ne réjouit personne.

Il y aura peut-être des tentatives, je dirais spontanées, ou alors ce à quoi on peut assister aussi c’est que Porochenko perde les élections et que des gens comme Avakov ou Parouby, qui ont du sang jusqu’aux coudes, même jusqu’à la nuque, jouent leur va-tout en essayant de mettre la pression à Zelensky via les bataillons de représailles. Ça c’est un scénario que j’avais évoqué dans une de mes vidéos, c’est tout à fait possible.

L’homme qu’il faut garder à l’œil, celui qui contrôle une bonne partie des bataillons, c’est Avakov. Et lui, c’est comme Parouby, il porte la responsabilité des tirs de sniper sur le Maïdan, du massacre d’Odessa, du massacre de Marioupol, de tous les massacres qui ont eu lieu, la guerre c’est eux. Des gens comme Tourtchynov, Parouby ou Avakov n’ont rien à perdre.

Et si Zelensky est élu, la seule solution pour eux c’est de lui mettre la pression par la rue. Et il faut voir de toute manière qu’au lendemain de l’élection, si Zelensky est élu, en tant que président il ne pourra choisir que le ministre de la Défense, le procureur général et le ministre des Affaires étrangères. Donc, quoi qu’il arrive, ses capacités seront encore limitées. Ce qui va être, à mon avis, décisif, ce sont les élections parlementaires à la fin de l’année, à l’automne. Et là tout devient possible.

Porochenko a dit que si jamais il perdait les élections, il se lancerait dans la bataille des élections législatives.

Pour essayer d’obtenir un siège de parlementaire qui lui assurerait une certaine immunité.

C’est l’idée. Et puis, il ne faut pas oublier que les réformes qu’avait faites Ianoukovitch, qui visaient à transformer la république ukrainienne en cinquième république on va dire, avec un fort exécutif, ces réformes ont été annulées par le Maïdan, par l’assemblée issue du Maïdan.

Porochenko a eu tous les pouvoirs parce qu’il avait également le parlement. Mais ça ne sera pas le cas de Zelensky. Ça va quand même le limiter dans sa capacité d’action.

À mon avis ce qu’il va tenter de faire c’est de nommer les juges de ces cours anti-corruption, de ces structures qui sont réclamées par les occidentaux, qui vont s’attaquer à Porochenko. Puisque Zelensky, lui sa fortune a priori il n’y a pas de magouilles. Il a fait fortune en étant un showman (homme de spectacle) en Ukraine ou en Russie. Donc lui à la limite il n’a rien à redouter d’une cour anti-corruption Y compris d’une cour contrôlée par des étrangers. Ce qui est le but.

Je pense que le plan américain, le plan occidental, c’est de mettre l’Ukraine en coupe réglée par les juges, par le truchement des juges étrangers qui tiendront tout le personnel politique, qui est entièrement corrompu en Ukraine.

Il l’a dit d’ailleurs, il l’a annoncé. Je pense que c’est ce qu’il va essayer de faire, en attendant les résultats de l’élection législative, qui vont être à mon avis vraiment intéressants. Est-ce que Zelensky, qui est une espèce de Macron ukrainien, arrivera à transformer l’essai de l’élection présidentielle de la même manière que Macron a réussi à créer un mouvement à partir de rien, avec des nouveaux députés, des gens, un espèce de mouvement « En marche » derrière Zelensky ?

Ou, est-ce que c’est les forces plutôt traditionnelles qui vont l’emporter ? Quel va être le poids du parti des régions, des partis pro-russes ? On a bien vu dans les élections de novembre 2015 qu’en Nouvelle Russie (on part d’Odessa jusqu’à Kharkov), tout le monde a voté pro-russe ou en tout cas russo-compatible. Ça c’est des choses qui vont surtout, à mon avis, se confirmer. Contrairement à ce qu’a affirmé Cyrille Bret dans le Figaro, qui expliquait que l’élection présidentielle allait démontrer que la coupure fondamentale entre les Ukraines (principalement l’Ukraine du Sud-Est et l’Ukraine de l’Ouest) n’existait plus.

On voit que la carte du premier tour déjà est extrêmement flagrante. On voit une différence fondamentale entre le vote de la partie Ouest, la partie centrale de l’Ukraine, et de la partie Sud- Sud Est. Si on regarde un petit peu les analystes russophones, la plupart s’accordent à dire que, que ce soit Zelensky ou que ce soit Porochenko, l’Ukraine fonce vers le gouffre, et que Zelensky ne ferait que retarder l’agonie de l’Ukraine. Ce qui ressort de pas mal d’analystes, c’est en gros « de toute façon l’Ukraine est foutue, avec Porochenko ça sera juste plus rapide, et comme ça on en finit une bonne fois pour toute ».

De toute manière, le processus qui se produit actuellement, il a commencé il y a cinq ans, et je crois que nous faisions partie de ceux qui l’ont à peu près tout de suite analysé. On ne peut pas construire une Ukraine contre la Russie. C’est impossible. C’est historiquement impossible. Staline a essayé dans les années 20, ça a échoué. Donc on sait que ça ne marchera pas, et c’est ce qu’ils ont essayé de faire.

Le seul moyen aujourd’hui de reconstruire l’Ukraine, si on ne veut pas admettre comme le dit Vladimir Poutine que les Ukrainiens et les Russes c’est « один народ », un seul peuple, eh bien c’est de reprendre le mythe soviétique, c’est-à-dire en fait que c’est deux peuples séparés mais « братские народы », que ce sont des peuples frères. On pourrait reconstruire quelque chose là-dessus.

Le problème : est-ce qu’il est temps de faire ça ? Je n’y crois pas. De toute manière Zelensky n’aura pas les mains libres, il risquera même sans doute de se faire assassiner si jamais il décide de faire ça. Et de toute manière ce que j’avais analysé dès ma vidéo sur les élections ukrainiennes avant Noël, c’est que le grand vainqueur dans une semaine c’est Vladimir Poutine. C’est la Russie.

Que ça soit madame Tymochenko, Zelensky ou Porochenko, le résultat sera le même. Soit Zelensky décide d’appliquer les accords de Minsk, auquel cas c’est l’autonomie du Donbass, et ça va lancer le signal de l’autonomisation générale de l’Ukraine. C’est-à-dire que l’Ukraine utile, les ports et l’industrie, toutes ces régions-là vont vouloir devenir autonomes. Il n’y aura plus d’impôt qui va remonter à Kiev, donc on aura une espèce de Suisse extrêmement décentralisée. Et puis surtout Kiev cessera de pomper la richesse de l’Ukraine utile. Il ne faut pas oublier le slogan à Kharkov, on fêtait récemment le soulèvement de Kharkov qui était le premier après Maïdan, c’était « хватить кормить Киев », arrêtons de nourrir Kiev.

Donc par ce processus, ça sauvera je pense dans ce cas là l’Ukraine en tant qu’entité. Mais l’Ukraine ne sera jamais une nation, ça c’est clair, ça sera définitif. Elle ne rentrera dans aucun accord international, que ce soit l’Union Européenne ou l’OTAN. Et donc dans ce cas-là c’est une victoire russe, l’économique ukrainienne, de l’Ukraine utile encore une fois, va naturellement de nouveau se tourner vers la Russie. Et donc ce sera une victoire russe.

Deuxième solution, effectivement, soit Porochenko l’emporte, soit Zelensky l’emporte, mais il est contrôlé par les radicaux. Eh bien le processus va continuer jusqu’à la banqueroute ukrainienne. Parce que, encore une fois, on est dans ce que j’ai appelé « le mur de 2019 ». Il va falloir rembourser….

Il va sans doute y avoir des pressions, il y aura un accord qui va être trouvé. Mais ce que je veux dire c’est que toute la richesse produite par l’Ukraine, et il n’y a pas grand-chose, va être utilisée pour payer les intérêts de la dette, ou la dette.

L’Ukraine va perdre entre 3 et 4 % de son PIB à la fin de l’année, puisque Nord Stream 2 va être construit. Non seulement il y a Nord Stream, mais il y a également Turkish Stream. Donc finalement l’Ukraine n’aura sans doute même pas assez… Elle devra payer pour continuer à avoir du gaz russe pour s’approvisionner elle-même. Donc tout ce système de chantage qu’il y avait vis-à-vis des occidentaux, vis-à-vis de la Russie, tout ça va disparaître d’ici huit mois.

Donc voilà c’est la fin. J’avais choqué énormément les Russes en 2014 quand je leur avais dit : « Vous finirez par dire merci Maïdan  ». Et je pense que là autour de moi j’ai des amis qui ne comprenaient pas pourquoi je disais ça, et là ils comprennent. Et on comprend là aussi toute l’intelligence de la stratégie du Kremlin. Parce que le Kremlin c’est à l’ancienne, c’est les tendances lourdes historiques.

L’Ukraine c’est la Russie, qu’on le veuille ou non. Sauf cette partie de l’Ouest qui a connu une histoire totalement différente depuis la chute de la Rus’ de Kiev, qui a évolué au sein de la Pologne, Pologne-Lituanie, Autriche-Hongrie. Ethniquement ce ne sont plus des héritiers de la Rus’ voilà. Mais en dehors de cette partie qu’on peut redonner à la Pologne ou rebaptiser Ukraine, ils en feront ce qu’ils voudront, mais le reste est voué à être rattaché à la Russie.

Cette partie, cette Ukraine utile, qui va d’Odessa à Kharkov se rattachera naturellement, pas forcément au sein de l’État russe, je veux dire, on parle d’espace, d’étranger proche comme on disait dans les années 90. Et puis l’Ukraine du centre, autour de Kiev, comme d’habitude, ira du côté du plus fort et du plus riche et donc se rattachera à cette Ukraine utile.

Je verrais bien une ville comme Kharkov avec un destin d’espèce de grande capitale régionale. Il ne faut pas oublier que jusqu’en 1934 je crois, Kharkov a été la capitale de la république Socialiste Soviétique d’Ukraine. Je verrais bien Kharkov avec un gros rôle de capitale régionale.

Un Donbass réunifié, pas forcément rattaché à la Russie, mais en tout cas rattaché de facto. Un peu comme l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Vous l’aviez vous-même évoqué, l’intégration économique se poursuit. Et en plus c’est facile parce que le Donbass a toujours été intégré économiquement soit dans la Russie, soit dans l’URSS.

Je pense que les choses évoluent plutôt dans le bon sens, malheureusement il y a toujours des morts, il y a toujours des bombardements et heureusement que vous êtes là pour en témoigner. Mais le processus continue, et ce que nous avons analysé ces cinq dernières années se produit parce qu’il y a des tendances lourdes contre lesquelles vous ne pouvez rien, à moins, encore une fois, d’organiser l’épuration ethnique de l’Ukraine. Ce qui reste le fantasme des élites « porochenkiennes », « paroubiennes » et « avakoviennes ». La fameuse solution croate qui a encore été exprimée…

Ou encore récemment par Irina Farion qui a déclaré qu’il n’y a pas de russophones en Ukraine, que ce sont soit des esclaves soit des occupants.

On est toujours dans cette même dialectique. Ce qui est pas mal pour une ancienne membre du parti communiste, du département idéologique. Une belle reconversion, du bolchevisme au national-socialisme. Comme quoi il y a des proximités entre ces deux totalitarismes. C’est assez délirant. Mais ce qui est délirant c’est qu’elle puisse le dire sur une chaîne de télévision ukrainienne. Ce qui est aussi intéressant c’est que Porochenko a quand même réagi en disant que lui-même était russophone. Parce que la leçon qu’on tire du premier tour, c’est que Zelensky, qui a fait sa carrière en russe (dont d’ailleurs la fameuse série télévisée, très drôle, où il joue le rôle du président ukrainien, c’est en russe) s’est exprimé contre l’interdiction de la langue russe, etc. Et donc Porochenko a été obligé, pour essayer de ne pas perdre totalement tout cet électorat, de se déclarer en tant que russophone. Ça valait son pesant de cacahuètes.

Oui c’est assez intéressant. En tout cas merci beaucoup Xavier pour cette interview. Merci de nous avoir accordé un petit peu de votre temps. Je pense qu’on refera régulièrement ce genre d’interview sur l’analyse de la situation, puisque cette année beaucoup de choses vont bouger l’Ukraine. Donc il y aura besoin de votre éclairage. Merci à vous.

C’est clair. Je vous dis bientôt à Donetsk pour les fêtes de mai.

Voir l’interview complète en vidéo :

Interview faite par Christelle Néant pour Donbass Insider via Skype le 15 avril 2019

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/xavier-moreau-l-ukraine-ne-sera-214425

Éric Zemmour : « Nous devrions nous allier au groupe de Visegrád pour protéger notre identité »

Éric Zemmour : « Nous devrions nous allier au groupe de Visegrád pour protéger notre identité »

Éric Zemmour : « Nous devrions nous allier au groupe de Visegrád pour protéger notre identité »

Europe, l’heure des frontières. 6e colloque de l’Institut ILIADE le 6 avril à Paris. Billetterie en ligne : institut-iliade.com

Le 22 mars 2019, Éric Zemmour était l’invité à Budapest d’un colloque organisé par le Mathias Corvinus Collegium intitulé « Immigration : le plus grand défi de notre époque ? » Ferenc Almássy, rédacteur en chef du Visegrád Post et correspondant de TV Libertés en Europe centrale l’a interrogé à cette occasion.


Source : TV Libertés.com

https://www.polemia.com/eric-zemmour-nous-devrions-nous-allier-au-groupe-de-visegrad-pour-proteger-notre-identite/

Arnaud Montebourg balance sur l’Union européenne et sur la trahison des élites françaises

Arnaud Montebourg balance sur l’Union européenne et sur la trahison des élites françaises

Dommage qu’il n’aille pas au bout de son raisonnement et s’arrête au seuil de la seule solution qui vaille, le Frexit. Il n’y a rien à renégocier. Renégocier les traités est impossible, c’est la garantie d’être toujours « couillonnés »comme le disait le général De Gaulle. L’Union européenne et l’oligarchie financière qu’elle incarne (les décisions se prennent « quelque part, on ne sait pas trop où »…) ne sont pas réformables. Il faut en sortir, point à la ligne. Ce qui ne se fera évidemment avec la clique de dirigeants mafieux qui vendent le pays à la découpe, en se servant au passage. OD

(BFM TV, 24 mars 2019)

Rappels :

Affaire Alstom-GE : un « pacte de corruption » impliquant Emmanuel Macron ?

Juncker : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens »

https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2019/03/30/arnaud-montebourg-balance-union-europeenne-trahison-elites-francaises/

La révolte du public” : interview exclusive avec Martin Gurri, l’analyste de la CIA qui annonçait la crise des Gilets jaunes dès 2014

PROPHÉTIQUE
“La révolte du public” : interview exclusive avec Martin Gurri, l’analyste de la CIA qui annonçait la crise des Gilets jaunes dès 2014

Atlantico : Votre livre The Revolt of The Public and the Crisis of Authority in the New Millennium (Stripe Press), publié initalement en 2014 et ressorti en décembre 2018 dans une version augmentée, a été présenté comme une forme de prophétie du mouvement des Gilets jaunes en France. Dans quelle mesure pensez-vous que les idées développées dans votre livre correspondent à la situation française ?

Martin Gurri : La thèse de mon livre est que le conflit décisif du XXIe siècle n’est pas un conflit entre gauche et droite, ni entre Islam et Occident, ni même entre démocratie et tyrannie. Aujourd’hui, la lutte cruciale oppose un public en colère, renforcé par la panoplie nouvelle et impressionnante des technologies de l’information, aux élites qui dirigent les grandes institutions de la société moderne, gouvernement compris.

Ces institutions ont reçu leur forme et leur esprit pendant l’ère industrielle. Elles ont un fonctionnement vertical, hiérarchique, procédural et lourd. Elles sont obsédées par les plans quinquennaux et les publications pseudo-scientifiques. Elles revendiquent haut et fort certaines compétences : elles pensent par exemple pouvoir lutter contre le chômage et les inégalités. Pour conserver leur légitimité, ces institutions industrielles ont par conséquent besoin d’avoir le monopole de l’information dans leurs domaines respectifs. Aujourd’hui ce monopole a été balayé par le tsunami d’informations provoqué par la révolution numérique apparue au tournant du millénaire. Un rugissement de nouvelles voix étranges couvre désormais les déclarations et les explications du gouvernement. Or la surabondance d’informations nuit à toutes les formes d’autorité.

Les élites possèdent encore toutes les armes et la plus grande partie de la richesse – mais elles savent qu’elles ont perdu leur autorité, leur capacité à commander et elles sont désorientées et démoralisées. Le public révolté s’organise sur internet et surgit tout d’un coup, à n’importe quel moment, avec des manifestations sur la voie publique qui ont l’air de venir de nulle part. Et les élites sont toujours surprises : de la place Tahrir aux Gilets jaunes en passant par le Brexit, les gouvernements ont été choqués par le changement radical et soudain du paysage politique. Les élites n’avaient aucune idée de ce qui allait se passer et elles n’ont pas encore compris la leçon.

Néanmoins, je ne crois pas aux prophéties. Je pense qu’en principe nous ne pouvons pas connaître l’avenir de systèmes complexes comme le sont les sociétés humaines. Les observateurs doivent avoir pour tâche de décrire avec précision le présent : c’est déjà suffisamment compliqué.

Cela étant, les gilets jaunes et leur mouvement correspondent, dans une très grande mesure, à ma description (et non à ma prophétie) du public révolté. En premier lieu, ils se sont rassemblés en-dessous de la ligne d’horizon numérique, dans des « groupes de colères » sur Facebook, où ils ont pu se déchaîner en une frénésie de revendications et de rejets, et rester quand même à l’abri de la surveillance des médias et des hommes politiques. Après cela, des dizaines de milliers de personnes sont apparues dans les rues, comme par magie, avec, en signe de reconnaissance, le gilet jaune et une puissante rhétorique anti-Macron. Ils n’ont pas de chefs. En fait, ils sont contre tout type de chefs – caractéristique super-égalitaire de tous les mouvements qui naissent en ligne. Ils n’ont pas de programmes. Les programmes proviennent du gouvernement et il ne faut jamais faire confiance au gouvernement. Ils n’ont pas d’idéologie cohérente. Ils ne sont ni à gauche ni à droite, et leur identité est une sorte de non-identité : ce sont des gens venus de rien qui veulent qu’on les reconnaisse comme quelque chose.

Surtout, avec une conviction absolue, ils s’opposent. Le web politique est un lieu fracturé, peuplé de sectes et de groupes d’opinion dissidents. Le public n’est pas un mais plusieurs. Les propositions positives le divisent et le frustrent. Le public ne peut devenir un acteur politique, unifié dans ses objectifs, que dans l’acte de rejet : dans la négation de l’ordre social et politique établi. Et c’est la passion qui imprègne les messages du public sur internet – la rhétorique de la rage attire davantage l’attention, plus elle est violente et véhémente. En fin de compte, une révolte entièrement fondée sur la négation risque à chaque instant de basculer dans le nihilisme. Le vandalisme est pour elle une vertu. La destruction apparaît comme une forme de progrès – comme la démolition de structures d’exploitation corrompues.

Les gilets jaunes sont l’illustration quasi idéale de cette trajectoire et de ces attitudes. Ils ont commencé par les discours de colère sur des groupes Facebook et ont fini par attaquer l’Arc de Triomphe et par mettre des banques en feu. Ils sont également typiques à un autre égard. Le public ne considère jamais qu’un « oui » est une bonne réponse à ses revendications. Il n’y a pas une seule des manifestations de rues que j’ai étudiées qui ait été désarmée suite à des concessions politiques du gouvernement. Le grief qui a enflammé la colère des gilets jaunes était une taxe sur les carburants – mais la rage et les manifestations se sont poursuivies après le retrait de la taxe.

Emmanuel Macron a démarré sa campagne présidentielle en 2017 en publiant un livre, Révolution, afin de convaincre les citoyens français de sa capacité à apporter un changement réel. Ironiquement, un sondage IFOP / Atlantico publié cette semaine montre que 39% des français pensent qu’une révolution est la solution adaptée à la situation française. C’est beaucoup plus qu’en Italie (28%), qu’en Allemagne (20%) ou qu’en Espagne ( 13%). Ne pourrions-nous pas y voir une autre pièce du puzzle décrit dans The Revolt of the Public ?

Ma réponse à cette question est simple : non.

Faire une révolution consiste à conquérir le pouvoir, et le public n’a montré aucune volonté de le faire. Le penseur le plus clair sur ce sujet (comme sur beaucoup d’autres) est Pierre Rosanvallon. DansLa Contre-Démocratie, il écrit : « Le radicalisme n’attend plus un « grand soir » de soulèvement révolutionnaire… Être radical, c’est pointer chaque jour le doit pour blâmer ; c’est retourner le couteau dans les plaies de la société. » C’est bien sûr la rhétorique de la colère qui est la forme privilégiée de discours du public à l’ère numérique.

Personne, public ou élite, ne croit qu’une révolution est souhaitable. Pire, personne ne croit qu’elle est possible. Quelles sont les alternatives à la démocratie libérale ? Quel serait le nouvel ordre ? Le « modèle » chinois ? Le poutinisme ? La démocratie libérale perdure malgré la colère et la méfiance du public car il n’existe actuellement aucune alternative imaginable. Cela lui procure un minimum de stabilité politique mais alimente également le courant du nihilisme : mieux vaut rien, une page blanche, que le statu quo. Notre stérilité conceptuelle a également permis à certains d’embrasser les cadavres d’idéaux anciens, tels que le socialisme et le nationalisme, qui ont été mis de côté par l’histoire.

Je soupçonne que les 39% de Français qui ont voté pour la révolution dans le sondage voulaient dire des choses très diverses par ce geste. Ils avaient sûrement l’intention d’envoyer un message de rejet, mais il y a probablement aussi une cause culturelle. Je suis Américain, mais je suis né à Cuba et j’ai observé qu’en France comme à Cuba, le mot «révolution» est presque synonyme de «patriotisme».

Dans le même sondage, 81% des Français déclarent que l’opposition entre les élites et « le peuple » devrait être forte à court terme. Vous avez fait la différence entre « le peuple » et « le public » dans votre livre. Aujourd’hui, qui est le public en France et quel rapport ce public entretient-il avec les élites ?

Quand j’utilise ce terme « public », je veut montrer que le public n’est pas «le peuple», bien qu’il le prétende souvent. Le public, ce n’est pas non plus « les masses », ce concept qui nous vient du siècle dernier. Ce n’est pas exactement « la foule » non plus, bien qu’à l’heure du téléphone mobile, la foule et le public partagent une relation intime. J’ai tiré ma définition de Walter Lippmann, qui a défini le public non pas comme une classe ou un groupe fixé d’individus, mais seulement comme des personnes qui ont été mobilisées par intérêt commun dans une affaire spécifique. Les gilets jaunes se rassemblent par exemple parce qu’ils veulent se débarrasser de Macron. Les Brexiteers ont été mobilisés par la sortie de l’UE. Les électeurs de Trump ont été mobilisés par la volonté « d’évacuer la vase » de Washington. Il y a toujours un petit intérêt aigu, un irritant, qui donne vie au public. Aujourd’hui, c’est toujours le rejet de quelque chose.

Le public français est le même que partout ailleurs. Il est fracturé sur plusieurs fronts. Il ne peut s’unir et se mobiliser que par opposition à l’ordre établi. Mais il n’a pas d’alternative au système en place et n’a aucun intérêt à prendre le pouvoir : il tombe donc parfois dans le nihilisme.

Les élites françaises, elles, se tiennent difficilement au sommet de la pyramide. Elles avaient autrefois l’autorité suprême dans un système national qui donnait aux puissants un pouvoir supérieur à celui que la plupart des démocraties tolère. À présent, elles sont assiégées par les manifestants et ne savent pas ce qui les attend. Les élites françaises ont, au sens propre, créé le public français, l’ont provoqué par leur aveuglement total et l’ont conduit à son état de malheur actuel. Elles n’ont jamais su que de telles personnes existaient, car celles-ci étaient invisibles du haut de la pyramide.

Bien qu’il soit généralement présenté comme le dernier espoir de maintenir le statu quo, Emmanuel Macron est une des créatures de la révolte du public. En Marche n’existait pas un an avant les élections de 2017. C’est sans précédent dans la Ve République. Macron n’avait jamais été élu avant de remporter la présidence. C’est aussi inédit. Ce sont des personnes neuves – au sens propre puisque de nombreux citoyens sont entrés en politique pour la première fois en soutenant la campagne de Macron. Voilà la marque d’un mouvement populiste. La langue de Macron, qui exhorte les Français à retrouver leur ancienne grandeur, fait souvent écho à celle de Trump.

Il a fallu un nombre important de péripéties et d’accidents pour conduire à l’élection de Macron, mais une fois au pouvoir, il a eu la possibilité étonnante de fusionner les énergies politiques extraordinaires libérées par le public avec la permanence et la vocation des institutions. Cela n’est jamais arrivé. Je ne prétendrai pas comprendre ce qui se passe dans l’esprit du président français et expliquer ce qui ne va pas. Mais il était inexpérimenté. Peut-être qu’il s’est égaré. Il a écrit un livre intitulé Révolution mais il a tout de même parlé d’une présidence jupitérienne et a prononcé son premier discours majeur au château de Versailles. Il est ambitieux. J’imagine qu’il a été tenté par la couronne du Saint-Empire romain germanique : le rêve de devenir le prochain Angela Merkel. Il était quand même issu d’une élite parmi les élites, diplômé des grandes écoles, et il se joignait à sa classe. Les gens autour de lui parlent au mieux avec ignorance et généralement avec mépris du public. Gilles Le Gendre a déclaré à un intervieweur que le gouvernement était « trop intelligent, trop subtil, trop technique » pour que les citoyens ordinaires comprennent ce qu’il était en train de réaliser.

Les 81% des sondés qui ont parlé d’une forte opposition entre le public et les élites avaient certainement en tête ce genre de déclarations.

Comment pourrions-nous réconcilier le nihilisme du public et la revendication de compétence du gouvernement ?

Je reformulerais plutôt ainsi la question : comment pouvons-nous réconcilier un public indiscipliné avec le système démocratique ? Voici le grand dilemme de notre époque : notre énigme du Sphinx. La réponse est généralement formulée en termes économiques. On dit que le public veut plus d’argent, plus d’emplois et plus de programmes gouvernementaux.

C’est peut-être vrai dans des cas spécifiques. Mais je remarque que, à ma connaissance, les membres les plus pauvres ou les plus marginalisés de la société n’ont pas participé à la révolte du public. Les gilets jaunes ne font pas partie des classes les plus démunies de France. Ils possèdent des ordinateurs portables et des smartphones et savent se rassembler sur Facebook. Les indignés en Espagne étaient principalement des universitaires. De même, la foule sur la place Tahrir était composée des enfants des élites égyptiennes éduquées. Aux États-Unis, les manifestations Occupy Wall Street ont perdu leur pouvoir d’attraction lorsque des sans-abris ont commencé à infiltrer le camp des manifestants.

Je n’ai pas de solution définitive – et je me méfie de quiconque prétend en avoir. Nous sommes au début d’une transformation structurelle massive. Le modèle industriel qui, au cours des 150 dernières années, a fait progressivement partie du paysage naturel pour l’humanité est en train de tomber. Et cela inclue tout le modèle de la démocratie issu de la révolution industrielle : partis politiques hiérarchiques, gouvernement dominé par l’exécutif, arrangements entre politique et médias. Beaucoup d’anciennes manières de faire ont déjà été emportées par la tempête.

Mais la démocratie est antérieure à l’ère industrielle et il n’est pas exagéré d’espérer qu’elle y survivra.

Quand je lis les plaintes du public, pas seulement en France, mais dans le monde entier, je trouve deux thèmes primordiaux : la distance et l’échec.

Le public a le sentiment que les élus grimpent au sommet d’une pyramide très raide, puis disparaissent. Les présidents ne sont pourtant pas des dieux olympiens. Les politiciens ne sont pas des stars hollywoodiennes. C’est contraire à l’esprit démocratique. Lorsque le public demande une proximité accrue, les élites apeurées s’éloignent. Le Gendre dirait néanmoins que les élites politiques sont « trop intelligentes » pour cette conversation. Hillary Clinton observerait que, dans tous les cas, ils ont affaire à des personnes « pitoyables ». Si nous voulons réconcilier le public avec la démocratie, nos élites politiques doivent se comporter comme si elles croyaient en l’égalité. Elles doivent parler en langage clair plutôt que jargonner. Elles doivent participer à cette conversation numérique sans fin. Et elles doivent faire plus que parler : elles doivent écouter. Elles doivent descendre de la pyramide, avec moins de gardes du corps, moins de limousines, et se présenter comme appartenant à la même espèce mortelle que le public.

L’échec est moins une évaluation empirique du fonctionnement de l’État moderne qu’une perception, pas entièrement fausse, que les élites promettent beaucoup et qu’elles font peu. Les politiciens affirment de manière extraordinaire leur capacité à « résoudre » le problème du chômage, par exemple, ou encore celui des inégalités économiques. Mais la société n’est pas une équation mathématique. Des conditions historiques complexes ne peuvent pas être « résolues ». Les candidats se présentent donc aux élections avec des promesses qui vont souvent détruire leur crédibilité une fois élus au gouvernement.

Si nous voulons réconcilier le public avec la démocratie, les élites doivent reconnaître les limites du savoir humain et apprendre à parler avec humilité. Elles ne doivent plus tenter le public en leur promettant tous les royaumes du monde. Elles ne doivent plus affirmer que l’état normal du monde, c’est l’utopie, de sorte que toute chute de la perfection doit être imputée à leurs adversaires, à ces forces égoïstes et corrompues. Elles doivent avoir l’honnêteté de dire la vérité comme elles la voient et elles doivent avoir le courage le courage de dire « j’ai eu tort » si nécessaire.

Cela ne sera pas facile. J’imagine que rien de tout cela ne se fera sans conflit. Les élites aiment leur distance par rapport aux « pitoyables ». C’est un des plaisirs de l’élite. Le public, pour sa part, veut croire aux miracles. Les politiciens qui disent la vérité en toute humilité devront surmonter beaucoup de préjugés et persuader de nombreux cyniques. Est-ce impossible ? J’ai dit que je ne croyais pas aux prophéties : je ne peux donc pas prévoir ce qui se passera. Mais à un moment donné, il faut avancer avec foi. Le système démocratique a déjà traversé des périodes de turbulences – par exemple, dans les années 1930, lorsque les gouvernements totalitaires semblaient maîtres de l’avenir. Il n’y a aucune raison de penser que la démocratie ne pourra pas surmonter la crise actuelle de l’autorité.

Après l’érosion des violences de Gilets Jaunes au début de l’année, de nouvelles violences ont eu lieu samedi dernier en France. Le gouvernement français a choisi de répondre à cette question de sécurité en déployant symboliquement l’armée française contre les Gilets Jaunes au prochain acte. Vers quelle fin nous amène une telle logique ? 

Une fois que les manifestations ont commencé, les gouvernements ont très peu d’options. Leur faiblesse sera exploitée par les manifestants. Les démonstrations de force produiront des images numériques choquantes qui scandaliseront les observateurs indépendants. Le gouvernement actuel en France est pris dans cet étau et continue à se tortiller dans tous les sens. Premièrement, il a offert un certain nombre de concessions, notamment le retrait de la taxe sur les carburants. Ensuite, il a organisé un Grand Débat entre Macron d’un côté et des personnes habituellement invisibles de l’autre. Il évoque maintenant la possibilité de déployer l’armée contre les manifestants.

Il se peut fort bien que les gilets jaunes s’épuisent et que leurs revendications prennent fin. C’est ce qui s’est passé en Espagne avec les indignés et en Israël avec le mouvement de « justice sociale ». Dans ces deux cas, les manifestants sont demeurés inconciliables pendant un certain temps, assez long ; mais à la fin, ils ont perdu tout intérêt pour leur cause commune et sont rentrés chez eux. Cependant les initiatives du gouvernement n’ont que très peu à voir avec ça.

Je suppose que votre question signifie que la guerre civile ou l’autoritarisme militaire pourraient être des menaces immédiates pour la démocratie française. Je peux seulement vous dire que, malgré la rhétorique de la colère si répandue aujourd’hui, la violence organisée entre des partis hostiles – les manifestants et le gouvernement, par exemple – n’a pas encore atteint l’ampleur de la guerre civile dans le monde démocratique. Des nihilistes individuels et de petites sectes ont commis des atrocités, comme au Bataclan et plus récemment à Christchurch. De telles horreurs, planifiées dans un but tactique, peuvent-elles se répandre dans toute la société ? ISIS a réussi à le faire au Levant. Mais soyons clairs : dans les pays démocratiques, les horreurs ont été, jusqu’à présent, seulement verbales et virtuelles.

Et l’image d’un Emmanuel Macron autoritaire est, franchement, risible. Évoquer le recours l’armée est un signe de faiblesse. La maladie des gouvernements démocratiques en cette période de turbulence n’est pas d’être devenus dictatoriaux, mais d’avoir perdu la confiance du public et donc leur autorité. C’est le cas pour tous, que ce soit Macron, Merkel, Salvini et Trump. Ils règnent en haut de leurs pyramides en désintégration et ne peuvent faire preuve que de faiblesse face au nihilisme. Si l’on accepte de dire que réformer le système est nécessaire, on doit d’abord s’assurer que chaque essai de réforme prenne en compte ce constat de faiblesse.

L’interview de Maduro par Sputniknews

L’interview de Maduro par Sputniknews


Dans une grande interview exclusive à Sputnik, le Président vénézuélien, Nicolas Maduro, s’est livré à propos de la crise en cours dans son pays.


Par Sputnik News – Le 30 janvier 2019

Selon le Président vénézuélien, Washington aspire à s’emparer du pétrole et d’autres ressources.

« Il y a plusieurs raisons. La principale raison est d’obtenir du pétrole vénézuélien parce que nous avons les plus grandes réserves de pétrole certifiées au monde. Nous certifions que nous possédons ce qui sera les plus grandes réserves d’or au monde, nous avons la quatrième plus grande réserve de gaz du monde, de grandes réserves de diamants, d’énormes réserves d’eau potable, d’aluminium, de fer et de coltan. Nous sommes une puissance dans le domaine des ressources énergétiques, des ressources naturelles », a-t-il déclaré.

« Trump a donné l’ordre au gouvernement colombien de me tuer »

Nicolas Maduro estime que Donald Trump a ordonné au gouvernement colombien de l’assassiner, ajoutant que la Colombie et les États-Unis seront responsables si cela se produit, précisant que cela ne sera pas facile.

« Tout d’abord, mon destin est entre les mains de Dieu, je suis chrétien, je crois dans la protection du Seigneur. Je suis constamment protégé par le peuple du Venezuela, nous avons un bon service de renseignement », a-t-il signalé.

« Il ne fait pas de doute que Donald Trump a donné l’ordre de me tuer, il a dit au gouvernement colombien et aux mafias de l’oligarchie colombienne de me tuer. Si cela a lieu, Donald Trump et le Président colombien Ivan Duque seront responsables de ce qui m’arrivera », a indiqué le Président vénézuélien.

Il a cependant souligné une fois de plus qu’il était bien protégé.

« Cependant je suis bien protégé. Nous avons un bon système de protection. Plus encore, nous avons une protection plus substantielle : c’est la défense de Dieu qui me donnera une vie longue », a affirmé M. Maduro.

Ouverture au dialogue avec l’opposition

Nicolas Maduro s’est dit disposé au dialogue avec l’opposition pour le bien du pays.

« Je suis prêt à rencontrer, avec un ordre du jour ouvert, des secteurs de l’opposition pour évoquer le bien du Venezuela, la paix et l’avenir », a-t-il déclaré.

En ce qui concerne la possible participation de médiateurs internationaux, le Président vénézuélien a noté qu’il y avait « plusieurs gouvernements et organisations mondiales, faisant montre de leur sincère préoccupation concernant les développements au Venezuela, qui avaient appelé au dialogue ».

Il a ajouté qu’il voudrait que ces gouvernements et organisations « soutiennent le dialogue au Venezuela ».

Maduro revient sur les notes de Bolton : de l’infantilisme et de la clownerie

Nicolas Maduro trouve que le conseiller étasunien à la sécurité nationale, John Bolton, a fait montre d’infantilisme en laissant à la portée de journalistes ce qui était écrit sur son bloc-notes.

« Ce qu’a fait John Bolton, c’est quelque chose d’infantile, c’est de la clownerie. Sortir avec un bloc-notes pour qu’on lise que lui, John Bolton, enverra des troupes en Colombie, comme s’il était président des États-Unis. C’est une sottise, c’est de la clownerie. Cela a été démenti même par le gouvernement colombien, via une déclaration officielle des ministères des Affaires étrangères et de la Défense. C’est de la clownerie, de la provocation, c’est de l’infantilisme sot de la part de M.Bolton, qui traduisent sa déception et sa haine du Venezuela », a signalé M.Maduro.

Des élections présidentielles anticipées ? Le Venezuela n’accepte pas les ultimatums

Nicolas Maduro a déclaré que les élections présidentielles au Venezuela se sont tenues et que si les impérialistes voulaient de nouvelles élections, ils n’avaient qu’à attendre 2025 et que le pays n’acceptait pas des ultimatums.

« La présidentielle a eu lieu il y a moins d’un an, il y a dix mois, elle s’est tenue conformément à tous les paramètres légaux et constitutionnels », a-t-il rappelé.
Selon lui, le fait qu’une part de la communauté internationale insistait sur de nouvelles élections présidentielles était synonyme de néocolonialisme, alors qu’une capitale européenne ou Washington donne des ordres à tout pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine ou des Caraïbes.

« Qui sont-ils pour décider ici ? J’ai raflé 68% des voix. J’ai vaincu de façon légitime. Nous avons organisé les élections avec l’utilisation d’un système électronique transparent sous l’observation internationale », a-t-il relevé.

« Nous n’acceptons d’ultimatum de personne au monde. Nous n’acceptons pas le chantage. Les élections présidentielles au Venezuela se sont tenues et si les impérialistes souhaitent de nouvelles élections, qu’ils attendent jusqu’en 2025 », a martelé le Président vénézuélien.

Sur les élections législatives anticipées

Par contre, il a donné son aval à l’idée d’avancer les élections législatives, fixées pour 2020, afin de mettre fin à la grave crise politique que traverse son pays.

« Ce serait très bien s’il y avait des élections anticipées au parlement vénézuélien, ce serait une bonne forme de débat politique et une solution par le biais du vote populaire. J’accepterais les élections législatives, par un décret de l’Assemblée nationale constituante, ce qui servirait de soupape de sécurité à la tension créée par le coup d’état impérialiste au Venezuela », a déclaré le président.

Maduro a révélé qui avait empêché le dialogue entre lui et Trump

Selon Nicolas Maduro, le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, n’a pas permis l’établissement de contacts entre l’administration de Donald Trump et le gouvernement vénézuélien, malgré les nombreuses tentatives de ce dernier pour y parvenir.

« Toutes ces années, j’ai fait des tentatives au niveau personnel – en envoyant des messages qui parvenaient à Trump, en public, par le biais des médias – pour instaurer des liens, le respect et le dialogue avec le gouvernement étasunien, en dépit des divergences idéologiques, culturelles et politiques, malgré les particularités nationales si différentes soient-elles entre Donald Trump et Nicolas Maduro. Il semblait qu’une possibilité s’était offerte, qu’une porte s’était ouverte », a révélé le dirigeant vénézuélien.

Cependant, selon lui, John Bolton a défendu à Donald Trump d’engager le dialogue.

« Je dispose d’informations selon lesquelles il l’a interdit », a affirmé le Président vénézuélien.

Mandat d’arrêt contre Guaido : c’est du ressort du procureur général et de la Cour suprême

Alors que le parquet vénézuélien a annoncé la prise de certaines mesures à l’encontre de Juan Guaido, le Président a fait savoir que lancer un mandat d’arrêt contre ce dernier était de la compétence du procureur général et de la Cour suprême.

« À ma connaissance, cette mesure n’a pas été prise. Attendons les résultats des processus constitutionnels et judiciaires internes », a-t-il déclaré.

« Mais c’est un avis du chef de l’État. C’est au procureur général de la République d’agir et il a déjà agi, c’est à la Cour suprême de justice d’agir, et elle agit. Et les ordonnances du parquet et des tribunaux seront respectées par le système judiciaire vénézuélien », a-t-il signalé, ajoutant qu’ « un coup d’État [était] en cours au Venezuela et [que] la Constitution [avait] été violée ».

Sputniknews

http://lesakerfrancophone.fr/linterview-de-maduro-par-sputniknews

Soros, Maïdan et les Gilets Jaunes

Share to LinkedInShare to ViadeoShare to VkontakteShare to MessengerShare to TelegramShare to WhatsAppShare to Copy LinkShare to FavorisShare to ImprimerShare to Pocket

https://stratpol.com/soros-maidan-et-les-gilets-jaunes/

Conspirationnisme et analyse

Entretien avec Thierry Meyssan (1/3)

Conspirationnisme et analyse

Pour Thierry Meyssan, les Relations internationales sont exclues aujourd’hui en France du débat démocratique —c’est la doctrine du « domaine réservé du président de la République »—. Par conséquent toute analyse qui ne s’inscrit pas dans la lignée du discours officiel sera qualifiée de « conspirationniste ». Or, c’est précisément le rôle de vrais journalistes, non pas de relayer la communication présidentielle, ni même de la décrypter, mais de chercher les faits et de les analyser.

| Damas (Syrie)

+

Avant que l’Otan ne qualifie de « conspirationniste » toute recherche sur les attentats du 11 septembre 2001, les questions posées par Thierry Meyssan étaient considérées comme légitimes. Ici, une émission de la chaîne d’information continue LCI, en 2002.

Question / Éditions Demi-Lune : Tout d’abord, merci M. Meyssan d’avoir accepté cet entretien dont l’objet est d’expliquer à vos lecteurs, et au-delà, la cohérence de votre production éditoriale. Suite à la parution l’année dernière de Sous nos yeux, il nous a semblé important de rééditer L’Effroyable Imposture 2, ouvrage majeur mais malheureusement épuisé ; c’est chose faite depuis octobre dernier, et vos 3 derniers ouvrages sont donc maintenant disponibles dans la collection Résistances. Les internautes qui lisent le Réseau Voltaire connaissent l’importance de votre travail et sa portée considérable, mais pour les autres vous êtes le « polémiste » du 11-Septembre, et pour vos détracteurs, (c’est-à-dire les médias atlantistes dans leur ensemble, ou pour être plus précis, les directeurs de publication, les rédacteurs en chef et les éditocrates), vous êtes un dangereux « conspirationniste », voire le « pape des théories du complot ». Comment vous définiriez-vous ?

Thierry Meyssan : Comme un analyste des relations internationales. Je suis issu du monde politique français. J’ai été secrétaire national durant 12 ans d’un parti de gouvernement, celui de Jean Moulin. Comme lui, je suis radicalement républicain au sens de « dévoué à l’intérêt général ». C’est pourquoi je ne me suis pas tu lorsque le gouvernement de George W. Bush a présenté sa version des attentats du 11-Septembre. J’ai immédiatement fait l’objet de pressions et j’ai refusé de me soumettre. J’ai d’abord eu la chance d’être protégé par le président Chirac, mais suite à l’élection de Nicolas Sarkozy, un service de l’État a reçu l’ordre de m’éliminer. Plutôt que de baisser la tête, j’ai préféré tout perdre et m’exiler. Après quelques mois, j’ai cherché à comprendre le pouvoir que j’avais troublé. J’ai poursuivi les relations que j’avais établies avec des leaders comme le président vénézuélien Hugo Chavez et j’en ai noué de nouvelles avec d’autres comme le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Petit à petit, j’ai acquis une reconnaissance dans les milieux professionnels du monde entier —diplomatiques, militaires et politiques—. Il existe certainement quantité de meilleurs experts que moi, mais ils sont au sein de gouvernements et ne publient pas leurs travaux. Je suis le seul à avoir eu des expériences de gouvernement dans des pays différents et à avoir écrit dans la presse de nombreux pays.

Question : Il y a une mauvaise foi inouïe à qualifier de « théoriciens du complot » ceux qui doutent de la véracité de la « version officielle » sur ces attentats, laquelle énonce précisément que les attaques terroristes contre les USA sont l’œuvre d’un complot dont le responsable est l’al-Qaïda de Ben Laden ! Sans forcer le trait, on peut dire que pour les médias, quiconque n’adhère pas aveuglément au récit d’une administration criminelle, qui a mené 2 guerres illégales, instauré la détention permanente et la torture, et menti de manière compulsive et répétée à l’ensemble de la communauté mondiale, est un « théoricien du complot ».

Thierry Meyssan : Dès le début, je n’ai pas admis que l’on prétende que la chute des Tours jumelles avait été provoquée par des avions de ligne, qu’un avion avait percuté le Pentagone, que des individus ne figurant pas sur les listes d’embarquement avaient piraté des avions, et qu’une troisième Tour s’était effondrée par mimétisme. Cela n’a rien à voir avec ce que les universitaires d’avant le 11-Septembre appelaient la « théorie du complot », c’est-à-dire le refus par principe que les événements puissent prendre un cours que l’on estime contraire à sa vision du monde. C’est la volonté de rester, non pas rationnel, mais raisonnable qui m’a poussé à réfléchir.

Question : Cependant, en sous-titrant votre dernier livre Du 11-Septembre à Donald Trump, vous semblez donner raison à vos ennemis qui aiment à vous présenter comme un théoricien du complot qui fait une fixette sur les attentats du 11-Septembre… Pourtant, c’est un fait indéniable — même si on a parfois tendance à l’oublier — que ces attentats ont « changé le monde ».

Thierry Meyssan : Tous les historiens s’accordent à dire que le 11-Septembre marque un changement radical de la politique internationale aussi important que le fut la dislocation de l’Union soviétique.

JPEG - 38.8 ko

Question : Quoi qu’il en soit, pour la plupart, (supporters comme détracteurs), vous restez celui qui a permis la médiatisation planétaire du doute sur la responsabilité de ces événements, celui qui a affirmé qu’aucun Boeing n’avait percuté le Pentagone… Nous n’avons pas repris cette phrase-choc de l’éditeur original dans notre réédition de L’Effroyable Imposture & Le Pentagate, car il nous a semblé qu’elle avait totalement occulté le propos général de l’ouvrage, qui était bien plus vaste et riche. En effet, dès mars 2012, soit un an avant l’invasion illégale de l’Iraq par les États-Unis, vous aviez prédit ce qui allait se passer, de l’invasion de l’Iraq à la mise en place de cette « guerre sans fin ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela n’a pas été porté à votre crédit…

Thierry Meyssan : D’abord, mon travail était méconnu aux USA, où les gens ont attendu plusieurs années avant de se poser les questions que j’ai formulées. Ensuite, distinguons deux choses : la manière dont j’ai attiré l’attention de l’opinion publique mondiale sur le mensonge de l’administration Bush et l’étude que j’ai faite de la direction impériale que prenait cette administration.

L’avion sur le Pentagone
n’était pas le sujet de mon livre

Montrer à tous qu’aucun avion n’avait percuté le Pentagone, c’était un moyen simple et vérifiable de mettre en évidence la manipulation à laquelle se livrait l’administration Bush. Mais ce n’était pas le sujet de mon livre. Le sujet, c’était l’imposition d’un système de surveillance aux États-Unis, le Patriot Act, et la poursuite d’une « Guerre sans fin » selon l’expression du président Bush lui-même ; guerre que nous voyons se dérouler sous nos yeux depuis lors.

Il me manquait beaucoup d’éléments que j’ai analysés depuis, mais j’en avais assez à l’époque pour anticiper ce qui se passe aujourd’hui. Beaucoup de gens ont été heurtés, non pas par mon raisonnement, mais par mes seules conclusions. Par exemple, Le Monde m’a reproché de prétendre par « anti-américanisme » que Washington allait attaquer Bagdad. Selon ce quotidien, les États-Unis avaient déjà attaqué l’Iraq sous Bush père, et je faisais une fixation en estimant qu’ils allaient recommencer. Oubliant ses premières accusations, le même journal m’accuse aujourd’hui d’être pro-Trump, donc « pro-américain ».

Surtout, certains de mes détracteurs ont tiré des conclusions absurdes de mes travaux, qu’ils n’avaient probablement pas lus. Selon eux, en réfutant l’idée qu’Al-Qaïda ait conçu ces attentats, je cherchais à minimiser la menace islamiste. Ce dernier livre, Sous nos yeux, montre exactement le contraire : je pense qu’il faut combattre les islamistes pour ce qu’ils font, et non pas pour ce qu’on leur attribue faussement. Par « islamiste », j’entends non pas les croyants de religion musulmane, mais l’idéologie politique de la Confrérie des Frères musulmans.

Question : En fait, il semble que personne n’a pris le président Bush au sérieux quand il a déclaré que les États-Unis allaient s’engager dans une « guerre contre la terreur » qui, contrairement aux guerres modernes, pourrait s’étendre sur une génération ou plus. De fait, cela semblait alors complètement délirant, et pourtant, nous voilà 17 ans plus tard, dans un monde où les conflits et les théâtres d’opération n’ont fait que s’accumuler.

Thierry Meyssan : On ne connaissait pas à l’époque les travaux de l’amiral Arthur Cebrowski. Certes, il donnait déjà des conférences dans toutes les académies militaires US, mais sa pensée n’a été exposée au public qu’en 2003 dans Vanity Fair, et plus encore en 2004 par un livre de son assistant, Thomas Barnett.

L’idée générale est que, une fois l’Union soviétique disparue, il n’y aura plus d’amis et plus d’ennemis, uniquement des gens qui accepteront de faire des affaires avec les États-Unis ou pas. Le Pentagone ne devra plus livrer de guerre contre de grandes puissances, mais instaurer un ordre du monde compatible avec la globalisation financière. Cebrowski divise le monde en deux parties : d’un côté les États stables connectés à l’économie globale, de l’autre tous les autres. Il décide que les États-Unis ne mèneront plus de guerres de ressources pour eux-mêmes, mais contrôleront l’accès des pays globalisés aux ressources naturelles de la zone non-globalisée. Puis, il conclu qu’il reste à détruire les structures étatiques de la partie exploitable du monde afin qu’elle ne puisse pas se défendre.

Lorsque j’ai lu l’ouvrage de Barnett —qui prend des pincettes pour arriver à sa conclusion— je n’y ai pas cru. Cela me paraissait cynique et cruel. Lorsque je l’ai relu quelques années plus tard, j’y ai vu décrite ce que j’avais vu de mes propres yeux : la destruction du Moyen-Orient élargi.

Question : Dans L’Effroyable Imposture & Le Pentagate, vous rappeliez que le renversement des Talibans et même l’invasion de l’Afghanistan, présentés comme une réponse aux attentats, avaient en fait été conçus et préparés antérieurement à ceux-ci.

Thierry Meyssan : Tout le monde a noté que le leader tadjik Ahmed Chah Massoud a été assassiné juste avant les attentats. Mais personne n’a eu le temps de se demander « Pourquoi ? », car les attentats frappaient déjà les États-Unis, puis Washington et Londres attaquaient l’Afghanistan. En fait, il y avait eu dans les mois précédents des négociations à Berlin et à Genève qui avaient échouées. En rentrant chez lui, le représentant du Pakistan avait annoncé que son pays devait se préparer à la guerre en Afghanistan devenue inévitable. Washington et Londres ont amassé leurs troupes dans la région. Puis est survenu le 11-Septembre qui a fourni une justification acceptable pour la guerre coloniale qui se préparait.

Question : De la même manière, les déclarations publiques du général Wesley Clark, en mars et octobre 2007 au sujet des 7 pays qui devaient être attaqués et détruits par les USA, révèlent que cette liste avait été établie au lendemain des attentats. Or chacun de ces pays (Iraq, Syrie, Liban, Libye, Somalie, Soudan et Iran) a depuis été l’objet qui d’une guerre, qui d’une tentative de changement de régime, ou d’une invasion, de bombardements, de destruction, de partition, de déstabilisation ou d’embargo… M. Clark, ancien commandeur suprême de l’Otan, ne pouvant être accusé de « conspirationnisme » par les médias, ses propos ont simplement été passés sous silence, et seuls des sites alternatifs les ont relayés. C’est-à-dire qu’ils sont restés ignorés du grand public…


Enregistrement, en 2006, de la première fois où le général Wesley Clark, ancien commandeur Suprême de l’Otan, témoigna en public des plans du Pentagone pour les années à venir.

Thierry Meyssan : Clark faisait référence à une discussion tenue au Pentagone juste après le 11-Septembre. Il s’agissait d’appliquer la doctrine Cebrowski au Moyen-Orient élargi. Lui non plus n’y a pas cru à ce moment-là. Lui aussi l’a compris après coup.

J’avais écris des horreurs sur le général Clark lorsqu’il bombardait la Yougoslavie. J’ai découvert par la suite un homme respectable ayant fait carrière dans un système effrayant. Il m’a sauvé la vie en 2011.

Question : D’ailleurs, en revoyant cette vidéo, j’ai été frappé par ce qu’il assène au tout début (et à la fin) ! Il parle littéralement d’un coup d’État politique, qui a eu lieu juste après le 11-Septembre, par les membres du PNAC. Cela est très proche de votre analyse, sauf que vous pensez que le coup d’État est le 11-Septembre lui-même…

Thierry Meyssan : Le général Clark pensait se présenter à l’élection présidentielle US. Il ne pouvait donc pas s’exprimer franchement.

Question : Depuis 2002, vous n’existez plus pour les médias et les politiques en France… Vous avez été banni du débat public. Nous en reparlerons plus tard, au sujet des Fake News. Un autre point essentiel abordé dans L’Effroyable Imposture & Le Pentagate, est le rôle que la religion a subitement pris dans la (géo)politique états-unienne au lendemain du 11-Septembre…

Thierry Meyssan : Non. J’existe toujours pour les responsables politiques en France. La plupart d’entre eux me combat, mais beaucoup entretiennent des relations épistolaires avec moi.

Pour ce qui est du rôle de la religion, elle a remplacé les idéologies politiques de la Guerre froide. Nous sommes plus attentifs au rôle du Judaïsme et de l’Islam qu’à celui du Bouddhisme et du Shintoïsme, mais ce sont toutes les religions qui servent aujourd’hui de vecteurs aux ambitions politiques.

Ne parlons pas des Évangéliques qui soutiennent toutes les décisions du Likoud au nom de leurs croyances en citant des passages de l’Ancien Testament, alors même que ces thèmes sont absents des Évangiles. Ou encore des musulmans qui condamnent les crimes de Daesh tout en considérant que cette organisation est musulmane.

Question : Le contrôle des ressources en énergies fossiles a joué un rôle majeur dans la décision d’envahir l’Iraq (puis la Libye et même la Syrie). L’administration Bush-Cheney était alors convaincue de l’imminence du pic pétrolier. Wesley Clark, encore, a exprimé son opinion à ce sujet, mais aussi Alan Greenspan, l’ancien directeur de la Réserve Fédérale (« Déposer Saddam Hussein était essentiel pour garantir l’approvisionnement mondial »). Dans Sous nos yeux, vous rappelez non sans ironie que le premier nom de l’invasion US de l’Irak avait été Operation Iraqi Liberation, mais qu’à cause de son acronyme par trop révélateur, (OIL signifie pétrole), elle fut rapidement renommée « Operation Iraqi Freedom ». Pourtant, dans l’inconscient collectif des journalistes, comme pour l’Histoire ou en tout cas la narration officielle, cette guerre est soit le fruit des erreurs de jugement (voire des mensonges) du couple Bush-Blair sur les armes de destruction massive, ou de son aveuglement politique à « vouloir exporter la démocratie en Irak ».


Alan Greenspan, ancien directeur de la Réserve fédérale, assume que les armes de destruction massive furent un prétexte à la guerre contre l’Iraq. Selon lui, si le mobile était ailleurs, le pétrole était un élément central.

Thierry Meyssan : Ce n’est pas là que résidèrent les erreurs de jugement. La guerre d’Iraq n’a aucun rapport avec les justifications que l’on a évoquées en public. Et le souvenir que l’on en a est lui-même altéré.

Les raisons présentées par le secrétaire d’État Colin Powell devant les Nations unies ne comprenaient pas simplement les prétendues armes de destruction massive iraquiennes menaçant directement les États-Unis, mais aussi la responsabilité de ce pays dans les attentats du 11-Septembre. Ce mensonge là a été éradiqué des mémoires, il n’existe plus qu’à propos de la guerre contre l’Afghanistan.

Certes, les guerres d’Iraq, de Libye et de Syrie ont un enjeu pétrolier. L’administration Bush était persuadée que le pétrole allait manquer dans un avenir très proche, deux ou trois ans. Cette crainte est aujourd’hui dissipée. Les dirigeants états-uniens étaient aveuglés par le malthusianisme qu’ils professent depuis le Club de Rome.

Mais ces conflits n’étaient pas des guerres de ressources pour les États-Unis. D’ailleurs, dans la phrase de Greenspan que vous citez, il parle de garantir l’approvisionnement mondial, pas celui des États-Unis, ni même de leurs alliés, comme l’avait fait le président Carter en 1979. Il s’agit bien de la doctrine Cebrowski de contrôle par le Pentagone de l’accès des pays riches (Chine et Russie inclus) aux ressources naturelles de cette région du monde.

Les journalistes constituent le clergé de la religion dominante

Question : Mais enfin, tout le petit monde médiatique et politique français semble oublier (ou feint d’ignorer) que cette guerre était illégale au regard du droit international ! C’est l’une des raisons principales qui m’ont pousser à publier Les Guerres illégales de l’OTAN, de l’historien Daniele Ganser. Le concept de droit international n’est tout simplement jamais traité dans les médias français (et cela vaut aussi pour la guerre contre la Libye et celle en Syrie).

Thierry Meyssan : Il est très difficile pour un gouvernement allié des États-Unis de qualifier les guerres US d’illégales. Charles De Gaulle se l’était permis dans son discours de Phnom Penh, Jacques Chirac a préféré souligner que les guerres sont « les pires des solutions ».

La plupart des médias français n’ont manifestement pas la capacité de penser par eux-mêmes. Au demeurant leurs journalistes ne sont plus des analystes, juste des commentateurs. Par le passé, « journaliste » n’était pas un métier, mais un moyen de diffuser une pensée. Depuis les années 1980, les patrons de presse ont créé des « écoles » de journalisme. Leurs futurs employés y sont formés pour traiter les dépêches d’agence sans les contester. Ces « journalistes » professionnels constituent une caste homogène qui est devenue le clergé de la religion dominante. Ils ignorent beaucoup de choses, dont le Droit international, bien qu’il ait été construit par des Français et des Russes. Nous avons assisté à une chute drastique du niveau intellectuel des élites dans notre pays ; un processus qui est en train de se renverser sous l’effet de la révolte actuelle. Désormais les citoyens débattent à nouveau de notre intérêt commun. Ils manifestent une maturité politique dont aussi bien les journalistes que nos dirigeants sont dépourvus. Il faudra bien que les médias recrutent de nouveau, comme journalistes, des personnes compétentes.

Ce problème est récurrent dans notre Histoire. Le premier journal français, La Gazette, au XVIIème siècle était rédigée par Théophraste Renaudot pour le compte du cardinal de Richelieu. C’était un « journaliste professionnel ». Mais seules des personnalités comme Voltaire dénonçant la condamnation du chevalier de La Barre ou Zola celle du capitaine Dreyfus sont à mes yeux de vrais journalistes.

Question : Toute naïveté mise à part, on ne peut qu’être atterré que Bush, Cheney, Rumsfeld et Blair n’aient jamais été inquiétés pour leurs crimes ; mais ce qui est vraiment scandaleux, c’est que ce dernier soit reçu avec tous les honneurs sur la radio nationale où il est présenté en novembre 2014, comme « l’invité exceptionnel de Patrick Cohen ». C’est parfaitement abject. Les décisions de cet homme ont contribué à la mort de centaines de milliers de personnes !

Thierry Meyssan : Je ne pense pas que juger et condamner personnellement des dirigeants politiques pour des crimes commis pour le compte de groupes d’intérêt soit juste. D’autre part, je pense qu’il est indispensable de déballer le linge sale en public, mais pas de tenir telle ou telle personnalité personnellement responsable des erreurs structurelles.

Pour moi, la Révolution française s’est terminée avec la décapitation du roi. Louis XVI avait trahi la patrie et méritait le déshonneur, mais il n’était pas responsable des structures héritées de l’Ancien Régime et n’aurait pas dû en être la victime expiatoire. C’était la position de Thomas Paine —l’initiateur de l’indépendance des États-Unis qui était devenu député à la Convention—. Au contraire, en prônant la mort du roi, Robespierre a stoppé la transformation de la société française et s’est lancé dans une course sanglante au Pouvoir.

Question : Dans le même temps, d’une manière générale, tous ceux qui s’opposent aux nouvelles guerres impérialistes sont stigmatisés comme des « conspirationnistes », des individus néfastes, voire dangereux pour la société, et exclus du débat public. Voilà une bien extraordinaire inversion de la réalité !

Thierry Meyssan : C’est moins pénible que les Soviétiques qui envoyaient leurs opposants dans des hôpitaux psychiatriques, mais ce n’est pas différent.

(À suivre…)

 

http://www.voltairenet.org/article204719.html

Interview sans fards de Lavrov avec Radio Komsomolskaïa Pravda

Interview sans fards de Lavrov avec Radio Komsomolskaïa Pravda


Moscou, le 17 décembre 2018 – Source thesaker.is

2015-09-15_13h17_31-150x112Question : Monsieur Lavrov, nous vous avons rencontré dans le même format il y a un an et demi.

Nous avons commencé par déclarer que la situation en matière de politique étrangère autour de la Russie devenait de plus en plus alarmante. Mais vous nous avez assurés qu’il n’y aurait pas de guerre parce que les dirigeants russes étaient absolument contre. « Nos partenaires », comme vous dites, ne s’y intéressaient certainement pas non plus. Maintenant, un an et demi plus tard, nous ne constatons aucune amélioration. Au contraire, les choses deviennent de plus en plus dangereuses. Certains de nos auditeurs ont même peur. D’autres comparent la situation actuelle à la fin des années 1930. Un des lecteurs a même demandé : « S’il vous plaît, soyez honnête et dites à quoi nous devrions nous attendre ? Serons-nous attaqués ? ».

Sergueï Lavrov : Il y a des comparaisons qui remontent plus loin dans l’histoire. Tant dans ce pays qu’ailleurs, des chiffres prédisent qu’une situation semblable à celle de la première guerre mondiale se présentera. Ils font référence aux antagonismes refoulés existant en Europe, y compris d’ailleurs dans les Balkans. Mais je suis fermement convaincu que les politiciens des principaux pays ne peuvent permettre qu’une grande guerre se produise. L’opinion publique et les nations elles-mêmes ne les laisseront pas faire. J’espère que les parlements de tous les pays occidentaux assumeront également une responsabilité maximale.

Mais je suis tout à fait d’accord pour dire que les tensions sont fomentées de manière sans précédent. Nous voyons les accords internationaux s’effondrer. Il n’y a pas si longtemps, les États-Unis ont unilatéralement bouleversé le Traité ABM. Nous avons dû adopter des mesures qui empêcheraient cet événement extrêmement négatif de miner la stabilité stratégique. Vient ensuite le traité INF, que Washington considère comme dépassé, tout en nous accusant de le violer. Ce faisant, elle suggère sans ambiguïté qu’elle aimerait étendre une restriction identique à celle adoptée par l’URSS et les États-Unis, à la Chine et à un certain nombre d’autres pays, notamment la Corée du Nord et l’Iran.

Nous sommes catégoriquement contre cette initiative. Nous sommes en faveur du maintien du traité INF. La communauté internationale toute entière a reconnu à plusieurs reprises que c’était la pierre angulaire de la sécurité internationale et de la stabilité stratégique. Aujourd’hui, à l’ONU, nous tenterons une deuxième fois de soumettre une résolution à l’Assemblée générale en faveur de la préservation de ce traité. [Résolution à nouveau refusée, NdT]……. LA SUITE:   

http://lesakerfrancophone.fr/interview-sans-fards-de-lavrov-avec-radio-komsomolskaia-pravda

 

Vladimir Poutine face à la presse, en pleine crise avec l’Occident

Vladimir Poutine face à la presse, en pleine crise avec l’Occident

Le président russe Vladimir Poutine lors d’un discours à Moscou, le n8 décembre 2018 / © AFP/Archives / Kirill KUDRYAVTSEV

Le président russe Vladimir Poutine se livre jeudi à un face-à-face annuel avec la presse, très attendu dans un contexte de tensions renouvelées avec l’Occident autour des intentions américaines de se retirer d’un traité nucléaire stratégique et d’une confrontation maritime entre Moscou et Kiev.

Plus de 1.700 journalistes en provenance de la quasi-totalité des régions russes, d’Asie, d’Europe et d’Amérique ont été accrédités pour cette « Grande conférence de presse » traditionnelle. Il s’agira de la quatorzième pour M. Poutine depuis son arrivée au pouvoir en 2000.

Mercredi, 24 heures avant la conférence de presse, la chaîne de télévision russe Rossia 24 a lancé un compte à rebours et diffusé de nombreux reportages sur les préparatifs de cet événement qui aura lieu au Centre international du commerce à Moscou et sera traduit en anglais, français et allemand.

Si le début de la conférence de presse est fixé à 09h00 GMT, l’heure de sa fin n’est traditionnellement pas connue à l’avance.

La première conférence de presse organisée dans ce format n’avait duré que 1h35 en 2001, alors qu’en 2008, Vladimir Poutine avait répondu non-stop aux questions en direct pendant quatre heures et 40 minutes.

Depuis 2004, elle n’a jamais duré moins de trois heures.

Parmi les sujets dominants: les relations russo-américaines, au plus bas depuis la fin de la Guerre froide malgré les promesses électorales de Donald Trump d’un rapprochement, et la crise en Ukraine, où un conflit armé entre Kiev et des séparatistes prorusses a fait plus de 10.000 morts depuis 2014.

Fin novembre, Moscou a capturé trois navires de guerre ukrainiens et leurs équipages au large de la Crimée, son pire bras de fer avec l’Ukraine depuis l’annexion de la péninsule criméenne.

Après cette confrontation militaire, le président ukrainien Petro Porochenko a instauré la loi martiale dans plusieurs régions frontalières, tandis que le président américain a annulé sa rencontre avec Vladimir Poutine prévue en marge du sommet du G20 en Argentine.

Cet incident a aggravé les tensions entre Moscou et Washington, déjà importantes en raison de sanctions américaines frappant la Russie pour son rôle présumé dans le conflit ukrainien depuis 2014, et de l’annonce par les Etats-Unis en octobre de leur intention de se retirer du traité nucléaire INF, qui interdit la fabrication d’armes nucléaires de portée intermédiaire.

« L’économie à l’intérieur du pays, tout comme notre économie sur fond d’une conjoncture internationale assez défavorable », sera également abordée, a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, dans une interview à la chaîne de télévision russe NTV.

La hausse attendue des tarifs pour les services communaux, la protection contre les ondes radioactives, l’impopulaire réforme des retraites ou le traitement des cancers en Russie figurent également parmi les questions qui préoccupent les journalistes, selon les médias publics russes.

Réélu en mars pour un quatrième mandat présidentiel, Vladimir Poutine se prépare de manière active à cette conférence de presse et « jusqu’à tard la nuit, prend connaissance des tas d’informations préparées pour lui par les ministres et des experts », selon M. Peskov.

Les réponses du président aux médias s’apparentent souvent à des ordres donnés au gouvernement ou aux autorités régionales. Et « le président veille soigneusement » à ce que ces ordres soient dûment fixés et exécutés, assure le porte-parole du Kremlin.

(©AFP / (20 décembre 2018 06h48)