Archives pour la catégorie INTERVIEW

Interview avec Edward Snowden, par Martin Knobbe et Jörg Schindler

11.août.2018 // Les Crises

Interview avec Edward Snowden, par Martin Knobbe et Jörg Schindler

Source : Der Spiegel, Martin Knobbe & Jörg Schindler, 12-08-2017

« Il y a encore de l’espoir même pour moi. »

Dans une interview, le lanceur d’alerte Edward Snowden parle de sa vie en Russie, de la puissance des structures de renseignement et comment il compte continuer à se battre contre tous les aspects de la surveillance par les gouvernements

Interview menée par Martin Knobbe et Jörg Schindler

12 septembre 2017

Faire une interview avec Edward Snowden relève du parcours du combattant. Pour DER SPIEGEL, ce parcours a commencé il y a plus d’un an par de nombreux échanges avec ses avocats à New York et Berlin. Il s’est achevé un mercredi, il y a deux semaines, dans la suite d’un hôtel de Moscou surplombant sur la Place Rouge.

L’ancien employé des services de renseignements états-uniens, qui a révélé l’existence du système de surveillance mondiale mis en place par la National Security Agency (NSA), vit quelque part dans la capitale russe. Depuis qu’il a lancé l’alerte, il a été déclaré ennemi de l’État dans son propre pays. Il est également devenu l’icône des défenseurs des libertés civiles et c’est aussi un homme en fuite. Le parcours jusqu’à lui fut presque d’autant plus long qu’il attrapa un mauvais rhume et qu’il fallut presque reporter l’interview. Finalement, il arriva – donnant une impression de modestie et d’incroyable optimisme lors d’une interview qui dura plus de trois heures.

DER SPIEGEL : Mr Snowden, il y a quatre ans, vous apparaissiez dans une vidéo filmée dans une chambre d’hôtel à Hong Kong. C’était le début de la plus grosse fuite de renseignements de l’histoire. Aujourd’hui, nous sommes dans cette chambre d’hôtel à Moscou, vous ne pouvez pas quitter la Russie car le gouvernement américain a émis un mandat d’arrestation à votre égard. Pendant ce temps, la machine de surveillance mondiale des services de renseignements continue de tourner, sans doute encore plus vite. Est-ce que tout cela en valait vraiment la peine ?

Snowden : La réponse est oui. Regardez ce qu’étaient mes objectifs. Je n’ai pas essayé de changer la loi ou de ralentir la machine. Peut-être que j’aurais dû. Mes critiques disent que je n’ai pas été suffisamment révolutionnaire. Mais ils oublient que je suis un produit du système. J’ai travaillé dans ces bureaux, je connais les gens qui y travaillent et je crois en eux, je crois que ces services peuvent changer pour le mieux.

DER SPIEGEL : Mais ces gens vous considèrent comme leur pire ennemi aujourd’hui.

Snowden : Mon combat personnel n’était pas de réduire à néant la NSA ou la CIA. Je pense même qu’elles ont un vrai rôle à tenir dans la société si elles s’en tiennent aux menaces vraiment importantes auxquelles nous sommes confrontés et si elles limitent le caractère intrusif des moyens qu’elles utilisent. On ne largue pas une bombe atomique sur les mouches qui atterrissent sur la table du dîner. Tout le monde comprend ça, sauf les services de renseignements.

DER SPIEGEL : Qu’avez-vous accompli ?

Snowden : Depuis l’été 2013, le public a pris connaissance de ce qu’il n’avait pas le droit de savoir. C’est-à-dire que le gouvernement américain peut obtenir tout ce qu’il veut de votre compte Gmail et qu’il n’a même pas besoin d’un mandat pour cela si vous n’êtes pas un citoyen américain, mais que vous êtes par exemple, Allemand. Si vous parlez de droits fondamentaux, vous n’avez pas le droit de faire de discrimination entre les citoyens de votre pays et ceux d’autres pays. Mais de plus en plus de pays, pas seulement les États-Unis, se permettent de faire cela. J’ai voulu donner à l’opinion publique la chance de décider de l’endroit où cette frontière devrait s’établir.

DER SPIEGEL : Vous considérez que la surveillance de masse est une violation de la loi. Pourtant, autant que nous le sachions, pas une seule des personnes responsables n’est en prison.

Snowden : C’est ce que j’appelle la loi secrète. Ces activités de la NSA étaient illégales. Dans un monde juste, les personnes qui autorisaient ces programmes seraient en prison aujourd’hui. Nous parlons ici, par exemple, des violations sans nombre découvertes puis confirmées par une enquête parlementaire autorisé par la loi allemande G10 (note 1)…

DER SPIEGEL : … qui limite les droits des services de renseignements en matière d’accès aux communications téléphoniques ou aux e-mails des personnes dans le cadre du secret de la correspondance et des communications.

Snowden : Mais au lieu de sanctions, de démissions, de modifications des activités d’espionnage, nous n’avons eu droit qu’à une loi, qui nous a dit que tout était légal.

DER SPIEGEL : Avez-vous été surpris lorsque vous avez appris que les services de renseignements étrangers allemands, le BND, surveillait « des amis », comme le premier ministre israélien, ou avait 4000 « sélecteurs » dirigé sur des cibles américaines ?

Snowden : J’ai été déçu, mais pas surpris. En fait c’est pareil en France, en Allemagne et dans tous ces pays. Tous ces gouvernements ne veulent que plus de pouvoir quand il s’agit d’espionnage économique, de manipulation diplomatique et d’influence politique.

DER SPIEGEL : Le principal but de la surveillance est de prévenir les attaques à notre encontre. En principe, il n’y a aucun mal à cela.

Snowden : Nous n’avons aucune preuve que ces programmes de surveillance massive permettent d’éviter les attaques terroristes. Alors, pourquoi ces mesures seraient-elles nécessaires si vous ne pouvez pas démontrer qu’elles ont permis de débusquer des cellules terroristes ? C’est parce qu’elles sont super intéressantes pour d’autres aspects de l’espionnage. Comme mettre sur écoute un appel entre Kofi Annan et Hillary Clinton …

DER SPIEGEL : … ce qu’a fait le BND.

Snowden : Cet enregistrement n’a probablement pas permis de prévenir beaucoup d’attaques terroristes.

DER SPIEGEL : Alors, quelle est la différence entre le BND et la NSA?

Snowden : La différence la plus importante est le budget. De combien d’argent disposent-t’ils pour aller jouer dans le bac à sable ? C’est ce qui dicte véritablement leurs capacités. Mais l’Allemagne a des capacités considérables de par sa situation tellement centrale et vous êtes situés au centre de points géographiques qui vous sont très favorables, comme l’internet Nexus DE-CIX à Francfort. C’est comme pêcher des poissons dans un baril. Peu importe que vous sachiez pêcher ou pas, peu importe que vous soyez pauvre, si pour attraper un poisson il vous suffit juste de plonger un verre dans le baril.

DER SPIEGEL : Les autorités allemandes affirment qu’elles seraient sourdes et muettes sans la NSA ou la CIA.

Snowden : C’est vrai, l’Allemagne n’est pas comme les États-Unis, qui dépensent sans compter près de 70 milliards de dollars par an dans des programmes de renseignements. Mais l’Allemagne est un pays très riche. En 2013 ils ont dépensé autour d’un demi milliard d’euro dans le BND. Aujourd’hui s’ajoute à cette somme plus de 300 millions d’euros supplémentaires. Quand vous cumulez ça avec le fait que le système éducatif allemand est déjà l’un des meilleurs au monde, il est clair que vous avez un potentiel technique de talent en Allemagne.

DER SPIEGEL : A Berlin, la commission d’enquête parlementaire sur la NSA a passé trois ans et demi à examiner la coopération entre la NSA et le BND. Leur rapport final affirme que l’on ne vous a pas appelé comme témoin, comme il était prévu au départ, parce que, entre autre chose, vous aviez posé comme condition l’obtention du droit d’asile en Allemagne.

Snowden : C’est un mensonge. A aucun moment je n’ai exigé le droit d’asile comme condition. Je ne crois pas que nous ayons quoi que ce soit qui contienne le mot asile.

DER SPIEGEL : Alors, comment expliquez-vous que cette information ait été rapportée partout

Snowden : C’est du politique. La coalition au pouvoir qui composait la majorité de l’instruction a pris publiquement position en disant qu’elle empêcherait mon entrée en Allemagne afin d’apaiser la Maison Blanche. Mais quand les révélations de surveillance injustifiée à l’encontre de personnes dans le monde entier, y compris d’Allemands, ont commencé à s’accumuler dans les mois qui ont suivi, cette prise de position a suscité du mécontentement et aurait rendu inévitable une enquête. A ce stade, les orthodoxies politiques ont poussé la majorité à trouver un moyen d’empêcher l’enquête de mettre au jour des choses trop embarrassantes, tout en démontrant que les promesses que l’Allemagne fait à la Maison Blanche sont sa loi suprême. Peu importe ce que vous pensez d’eux, les politiciens ne sont pas idiots et je pense qu’ils savaient que la seule justification qu’ils pouvaient donner pour expliquer une issue peu reluisante était qu’ils n’avaient pas le choix. Alors ils ont inventé la demande d’asile. Ça ne va peut être pas impressionner les historiens, mais pour l’instant, ça marche. Et bien trop souvent, en politique aujourd’hui, ce « pour le moment » est la seule chose qui compte.

DER SPIEGEL : Qu’auriez-vous apporté à la commission ? Les documents que vous avez fournis avaient déjà été rendus publics.

Snowden : Je sais, ils pensent que je n’étais qu’un administrateur système. C’est vrai, j’étais un administrateur système à différents stades de ma carrière, mais je n’ai pas fait que ça. Dans mon dernier poste à Hawaï, j’utilisais XKeyscore littéralement à longueur de journée pour pister des pirates informatiques chinois. XKeyscore était le programme que les Allemands ont reçu de la NSA et qu’ils utilisaient.

DER SPIEGEL : Vous avez lu en partie le rapport final de l’enquête. Quelle en est votre opininon ?

Snowden : Nous avons tous tellement espéré que ce serait un rapport sérieux, que ce serait une vraie enquête. Mais le rapport, mené par la coalition, est décevant. Pour eux c’était comme un exercice de style. Le public allemand était en colère concernant la politique de surveillance mise en place par le gouvernement, donc, ce dernier se devait de faire quelque chose. Mais pas ce que l’opposition avait héroïquement tenté de faire, qui consistait à comprendre ce qu’il s’était passé, établir les responsabilités pour ensuite structurer les activités de ces services de renseignements afin qu’ils se conforment à la loi. Au lieu de cela, ces politiciens ont dit : rendons la loi plus souple, comme ça ils ne l’enfreindront pas.

DER SPIEGEL : Vous semblez résigné.

Snowden : Pas du tout. Je pense que nous avons fait d’énormes progrès en tant que société – Nous utilisons les maths et la science pour limiter les abus des gouvernements.

DER SPIEGEL : Vous parlez du cryptage de nos communications.

Snowden : Avant qu’il ne prenne sa retraite, James Clapper, l’ancien directeur de la National Intelligence, a déclaré que j’avais contribué à accélérer de sept ans l’adoption du cryptage. Il se voulait insultant, mais pour moi, c’était une sorte de compliment. On observe une dynamique, comme l’adaptation au chiffrement de bout en bout (note 2) qui se met en place par défaut – vous n’avez même pas à y penser. Avant 2013, la plupart des sites d’informations ne savaient même pas ce qu’était le cryptage. Aujourd’hui quasi toutes les rédactions sérieuses sont capables de crypter.

DER SPIEGEL : Mais les terroristes utilisent aussi le cryptage.

Snowden : Si vous avez trois terroristes dans une ville, l’un d’eux utilise un ordinateur portable et il se fait descendre par un drone, un autre utilise son téléphone portable et il se fait descendre par un drone. Le type qui n’envoie que des messages écrits sur papier par l’intermédiaire de son cousin, qui est coursier à moto, ne se fait jamais descendre par un drone. Ils comprennent très vite. Ils n’ont pas besoin de DER SPIEGEL, ils n’ont pas besoin de moi pour leur expliquer ce qui marche et ce qui ne marche pas.

DER SPIEGEL : N’admettez-vous pas, au moins, que certaines des informations qui ont été publiées aient aidé des criminels ou des États voyous en les éclairant sur la manière dont les services de renseignements fonctionnent.

Snowden : Non, c’est une affirmation particulièrement facile pour les gouvernements. Leur principe de base pour classer ces informations est de dire qu’elles seraient préjudiciables si elles étaient révélées. J’ai envoyé des menus déjeuner de la cafétéria qui sont classés top secret. Je ne plaisante pas.

DER SPIEGEL : Mais les fichiers comprenaient aussi de vrais secrets, des programmes et des techniques.

Snowden : Je me suis manifesté en 2013. Nous sommes aujourd’hui en 2017 et, malgré la requête du Congrès américain et deux ans passés à enquêter, ils n’ont démontré aucun préjudice. Même le directeur de la NSA a dit : Le ciel n’est pas en train de nous tomber sur la tête, nous faisons encore notre travail. Oui, ça nous a un peu déstabilisés, mais la vie continue.

DER SPIEGEL : Pourquoi n’y-a-t’il pas plus de lanceurs d’alerte comme vous ? Ont-ils peur de finir en Russie ?

Snowden : Il y a une réponse pessimiste à votre question. Le gens pensent que les conséquences sont trop sévères s’ils se font prendre. Mais il y a aussi une réponse optimiste. Les événements de 2013 ont été un avertissement pour les services de renseignements – à savoir que leur tour pourraient venir.

DER SPIEGEL : Nous pensons que la version pessimiste est plus proche de la réalité.

Sonwden : Je pense qu’il y a un mélange des deux. Prenez les fichiers Vault 7, par exemple, publiés par WikiLeaks. Il s’agissait d’une révélation sans précédent d’informations très sensibles, provenant clairement des serveurs même de la CIA. Ça s’est passé il y a des mois, pourtant il n’y a eu aucune arrestation à ce jour. On peut en conclure deux choses : d’abord, que ça reste assez facile de mettre à nu les services de renseignements. Et qu’ensuite, vu que, de toute évidence, je n’étais pas impliqué, il y en a d’autres que moi sur le terrain.

DER SPIEGEL : Les fichiers que vous avez divulgués ont quelques années maintenant tout comme les mesures qu’ils décrivent. N’ont-ils aujourd’hui rien de plus qu’une valeur historique ?

Snowden : Le système n’a pas changé. Ce n’est qu’en comprenant le mécanisme de base utilisé pour espionner des innocents que l’on peut commencer à le corriger. Donc, l’enjeu consiste à savoir ce qui se prépare et savoir comment y faire face.

DER SPIEGEL : Et alors ? Qu’est-ce qu’il se prépare ?

Snowden : Les gouvernements ont compris que la surveillance de masse n’est pas vraiment efficace. Ils sont en train de passer de la surveillance de masse à ce qu’ils espèrent être leur nouvelle panacée : le piratage informatique. Mais il s’agit de piratage informatique de masse, et non pas d’un piratage ciblé comme ils disent en général. On l’a vu dans le démantèlement de marchés de réseaux de darknet (note 3) et à travers d’autres opérations communes entre l’Union Européenne et les États-Unis.

DER SPIEGEL : Donc, aujourd’hui il s’agit surtout de décoder le cryptage ?

Snowden : Non, pas du tout – ces services essaient de contourner le cryptage. Ils cherchent les points faibles de l’appareil que vous utilisez pour voir ce que vous écrivez avant que vous n’ayez chiffré votre message. En fait ils prennent le contrôle d’un site internet, l’infectent à l’aide d’un logiciel malveillant et lorsque vous accédez à ce site parce que, par exemple, vous avez reçu un lien, vous vous faites pirater. Après quoi, ils contrôlent votre ordinateur ou votre téléphone. C’est vous qui avez payé, mais ils s’en servent. Je pense que c’est beaucoup mieux que la surveillance de masse.

DER SPIEGEL : Pourquoi ?

Snowden : La surveillance de masse était incroyablement bon marché. Elle se fait plus ou moins librement, de manière invisible et constante – et on ne pouvait pas se défendre autrement que par l’utilisation de programmes de cryptage. S’attaquer à des navigateurs d’internet, des téléphones et des ordinateurs est fort coûteux.

DER SPIEGEL : Mais vous venez de dire vous-même que le manque d’argent n’était pas le problème principal de ses services.

Snowden : Mais même eux ne peuvent pas ce servir de ça pour espionner l’ensemble de la planète. La nouvelle manière de procéder rend les choses plus difficiles pour les services de renseignements mais en bien. Elle crée une discipline naturelle qui les contraint à ce demander : est-ce que cette personne que je veux espionner en vaut la peine financièrement ? Par exemple, il y avait ce groupe jihadiste qui utilisait un progiciel de chiffrement appelé Mujahedeen Secrets. C’est le genre de choses qu’ils devraient s’efforcer de surveiller car si vous installez Mujahedeen Secrets il y a des chances que vous fassiez partie des moudjahidin, non ?

2ème partie : « Défaillance systémique de la rationalité »

DER SPIEGEL : Même si la marge de manœuvre des services de renseignements reste limitée à l’avenir, les gens donnent sans contrepartie aux entreprises privées comme Facebook, Google, Youtube et Instagram, une quantité immense d’informations très personnelles. Ne devons-nous pas accepter le fait que nous sommes entrés dans une ère de transparence totale ?

Snowden : Je fais des conférences dans des établissements d’enseignement supérieur et j’ai l’impression que les jeunes générations se préoccupent en fait beaucoup plus que les anciennes de leur informations personnelles. Tout simplement parce qu’elles partagent constamment des informations de leur plein gré.

DER SPIEGEL : Pourtant, une quantité énorme d’informations circulent et peuvent être utilisées ou aussi être détournées.

Snowden : Vous avez raison, sans avoir jamais vraiment débattu sur la question, nous avons décidé que ce gigantesque univers de tiers peut détenir de parfaites histoires et archives de nos vies privées. Parallèlement, on voit apparaître ce nouveau noyau fait de pouvoir des grandes sociétés et de politique, où l’on voit des personnalités du monde économique qui se mettent à faire des discours sur des sujets comme l’économie, les programmes d’aide à l’emploi et l’éducation – des sujets qui normalement étaient réservés aux politiciens.

DER SPIEGEL : Trouvez-vous acceptable que les pouvoirs publics et les grandes sociétés coopèrent dans la lutte contre la criminalité, le terrorisme ou la haine ?

Snowden : Une société ne devrait pas être chargée de faire le travail du gouvernement. Ils ont des rôles complètement différents, et quand vous commencé à franchir ces lignes de démarcation cela a des conséquences inattendues et des coût imprévus. Bien sûr, une société peut assister le gouvernement dans le cadre d’enquêtes sur le terrorisme. Mais pour accéder au données d’une société, par exemple, les autorités devront convaincre un juge. Je pense que c’est là que ça devient dangereux, quand on dit : « Google, c’est toi le shériff maintenant, c’est toi qui fait la loi ».

DER SPIEGEL : Ce qui n’est pas loin d’être la réalité.

Snowden : Et ensuite, on va découvrir que le fondateur et PDG de Facebook à l’intention de se présenter à la présidence des États-Unis aux prochaines élections. Est-ce que l’on veut que la société qui a la plus large présence sur les réseaux sociaux et des ambitions clairement politiques, commence à décider quel discours politique est acceptable et quel discours ne l’est pas.

DER SPIEGEL : En parlant d’ambitions politiques : avez-vous une explication à propos de l’implication croissante des services de renseignements dans les processus d’élections démocratiques?

Snowden : Je pense que c’est quelque chose qui s’est toujours produit. Ce que l’on peut noter aujourd’hui, c’est que cela se produit de plus en plus ouvertement. On sait, par exemple, grâce à des documents déclassifiés, que les États-Unis se sont ingérés dans des élections tout au long du XXème siècle. Tout les gouvernements qui ont un service de renseignements essaient de faire la même chose. En fait je serais vraiment très surpris si le gouvernement allemand faisait exception. Ils le font sûrement de manière plus discrète et plus polie. Mais il me semble que nous tournons plus particulièrement autour de la question russe ici, non ?

DER SPIEGEL : Comment avez-vous deviné ?

Snowden : Ce n’était pas difficile. Tout le monde montre les Russes du doigt en ce moment.

DER SPIEGEL : A juste raison ?

Snowden : Je ne sais pas. Ils ont probablement piraté les systèmes du parti Démocrate de Hillary Clinton, mais nous devrions en avoir des preuves. Dans le cas de la cyberattaque contre Sony, le FBI a fourni des preuves de l’implication de la Corée du Nord. Pour les Russes, elle n’a pas fourni de preuve, quoique je sois convaincu qu’ils en aient. Il faut se demander pourquoi?

DER SPIEGEL : Avez-vous une réponse ?

Snowden : Je pense que la NSA a quasi certainement vu qui étaient les intrus. Pourquoi ne les aurait-elle pas vus ? Mais je suis également convaincu qu’ils ont aussi vu beaucoup d’autres cyberpirates qui se trouvaient là. Il y avait probablement six ou sept groupes. Le Democrate National Committee est une grosse cible et apparemment leur sécurité est mauvaise. Le DNC a refusé de remettre ses serveurs au FBI, ce qui est vraiment bizarre. Donc je pense, qu’en fait, il s’agissait de créer une histoire sur les Russes.

DER SPIEGEL : Y-a-t’il un moyen d’être absolument certain de l’identité des cyberpirates ? Il semble assez facile de manipuler les dateurs automatiques, d’utiliser certains serveurs et de créer des opérations sous « faux pavillon ».

Snowden : Les trucs sous faux pavillon existe – Je sais comment ça fonctionne. Je me suis occupé de ça dans le cas de la Chine, C’était eux les suspects habituels avant, personne ne parlait des Russes alors. Les Chinois ne se préoccupaient pas vraiment de bien dissimuler leurs activités. Ils étaient plutôt du genre à briser une vitre, ramasser tout ce qu’ils pouvaient et se casser en riant. Mais même eux n’ont jamais attaqué depuis la Chine. Ils émettaient depuis des serveurs en Italie, en Afrique ou en Amérique du Sud. Mais vous pouvez retracer leur parcours – ce n’est pas sorcier.

DER SPIEGEL : Vous êtes au courant que des personnes relativement influentes, et même de hauts fonctionnaires de l’État allemand, essaient de faire croire que vous avez une relation étroite avec les Russes.

Snowden : Oui, surtout ce gars qui s’appelle Hans en Allemagne.

DER SPIEGEL : Vous parlez de Hans-Georg Maassen, le chef des services de renseignements intérieur. Il a insinué à deux reprises que vous seriez un espion russe. Est-ce le cas ?

Snowden : Non. Il n’a même pas la force morale de dire « Je pense que ce type est un espion ». En revanche, il dit « Que Mr Snowden soit un espion russe ou pas ne peut être prouvé ». Vous pouvez littéralement affirmer ça de n’importe qui. Je croyais, j’espérais, que dans une société ouverte, on avait dépassé le stade où les services de police secrète dénonçaient essentiellement leurs critiques. Je ne suis même pas en colère. Je suis simplement déçu.

DER SPIEGEL : Il n’en reste pas moins que beaucoup de gens en Allemagne se sont demandés quels genres de compromis vous avez fait pour devenir l’invité des Russes.

Snowden : Je suis heureux que vous me posiez la question parce que encore une fois, c’est vrai, il est en Russie alors forcément il a bien dû sacrifier quelque chose, non ? Mais quand on commence à examiner cette question, elle n’a plus de sens. Je n’ai et je ne peux accéder à aucun document. Les journalistes les ont et c’est la raison pour laquelle les Chinois comme les Russes n’ont pas pu me menacer lorsque j’ai traversé la frontière. Je n’aurais pas pu les aider, même s’ils m’avaient arraché les ongles.

DER SPIEGEL : Beaucoup trouvent encore difficile à croire que les Russes vous aient laissé entrer comme ça.

Snowden : Je sais, vous vous dites : Poutine, ce grand humanitaire, bien sûr qu’il le laisse entrer gratuitement. Personne n’y croit, il doit y avoir un arrangement, une sorte de contrepartie. Mais ils ne comprennent pas. Si vous réfléchissez un peu : je tentais d’entrer en Amérique Latine, mais le gouvernement américain a annulé mon passeport et m’a coincé dans un aéroport russe. Le président américain faisait des démarches quotidiennes auprès des Russes pour exiger mon extradition. Réfléchissez à l’état de la politique intérieure en Russie. L’image que Poutine a de lui-même, l’image que les Russes ont de Poutine et de l’impression que cela donnerait si le président russe avait dit : « Oui, nous sommes vraiment désolés – tenez, voilà votre homme ». Il y a peut-être une explication encore plus simple : le gouvernement russe s’est régalé tout simplement de l’occasion rare de pouvoir dire « non ». Le vrai drame ici, est que j’ai fait une demande d’asile en Allemagne, en France et dans vingt-et-un autres pays à travers le monde et ce n’est qu’après que tous ces pays aient dit « non » que les Russes ont finalement dit « oui ». On avait presque l’impression qu’ils ne voulaient pas dire « oui », en tout cas, je n’ai certainement rien demandé.

DER SPIEGEL : Le nouveau chef de la CIA, Mike Pompeo, a accusé Wikileaks, dont les avocats vous ont aidé, d’être un porte-parole pour les Russes. Cela ne nuit-il pas aussi à votre image ?

Snowden : D’abord, il faut être juste sur la teneur des accusations. Je ne crois pas que le gouvernement américain, ou quiconque dans le monde du renseignement, accuse carrément Julian Assange ou Wikileaks de travailler directement pour le gouvernement russe. Les allégations, d’après ce que j’ai compris, concernent essentiellement leur instrumentalisation afin de relâcher des documents volés par le gouvernement russe. Et, bien sûr c’est préoccupant. Je ne considère pas que cela me touche directement parce que je ne suis pas Wikileaks et qu’il n’y a aucun doute sur la provenance des documents que j’ai traité.

DER SPIEGEL : En ce moment, il y a un autre américain qui est accusé d’être trop proche de Poutine.

Snowden : Ah (rires).

DER SPIEGEL : Votre président. Est-il votre président ?

Snowden : L’idée que la moitié des électeurs américains ait cru que Trump était le meilleur de nous tous est quelque chose que j’ai du mal à comprendre. Et je pense que nous allons avoir du mal avec ça dans les prochaines décennies.

DER SPIEGEL : Peut-être servira-t’il votre cause en nuisant accidentellement aux services de renseignements américains ?

Snowden : Je ne crois pas qu’un président, à lui tout seul, ait la capacité d’endommager sérieusement les services de renseignements. Ces groupes sont bien représentés au Congrès, dans les médias, dans la culture et à Hollywood. Certains appellent ça « l’État profond », mais ça existait avant Trump. Donald Trump n’a rien à voir avec l’État profond. Donald Trump ne sait même pas ce qu’est l’État profond. L’État profond, c’est cette classe de fonctionnaires de l’État qui survivent gouvernement après gouvernement.

DER SPIEGEL : N’est-ce pas juste une autre théorie conspirationniste ?

Snowden : J’aurais aimé que cela en soit une. Prenez l’élection de Barack Obama, que les électeurs considéraient, à tous points de vue, comme un homme authentique, qui voulait poursuivre les réformes pour fermer Guantanamo, en finir avec la surveillance de masse de l’époque, enquêter sur les crimes de l’ère Bush et faire beaucoup d’autres choses. Dans les 100 jours qui ont suivis sa prise de fonction, il a fait un virage à 180 degrés sur ces promesses et a dit nous allions nous tourner vers l’avenir et non vers le passé. L’État profond a conscience que s’il ne peut pas élire les présidents, il peut les formater très rapidement – et cela, avec les mêmes moyens qu’ils utilisent pour nous formater.

DER SPIEGEL : Que voulez-vous dire ?

Snowden : La peur. Pourquoi croyez-vous que toutes ces lois anti-terroristes sont adoptées sans vrai débat sur la question ? Pourquoi avons nous un état d’urgence maintenu de manière indéfinie, même dans des sociétés libérales comme la France ? Je pense que l’on peut voir aussi cette dynamique se refléter en Allemagne, où, je crois, que généralement les services de renseignements et d’espionnage sont peu appréciés du fait de l’histoire du pays. Pourtant, l’enquête sur les fichiers de la NSA n’a pas accordé beaucoup d’importance à la surveillance de masse. Les membres de la coalition ont prétendu qu’ils ne pouvaient pas confirmer qu’il y avait eu surveillance de masse malgré le fait qu’il y avait des preuves littéralement partout et qu’il était impossible de les louper. Ils ne se sont même pas donnés la peine de m’entendre. Tout ceci montre que les services secrets exercent leur influence par le biais de menace implicite. Ils sont efficaces et persuasifs. Ils ont créé une politique de la peur. Chaque fois que leurs choix politiques sont menacés, ils alimentent la presse et le public avec tous les dangers que nous courons. En tant que société, nous finissons par être terrorisés.

DER SPIEGEL : Mais n’y-a-t’il pas de raisons de craindre le terrorisme ?

Snowden : Bien sûr qu’il y en a. Le terrorisme est un vrai problème. Mais quand on regarde le nombre de décès qu’il a causé dans pratiquement tous les pays autres que dans les zones de guerre comme l’Irak ou l’Afghanistan, il contribue pour beaucoup moins de décès que, par exemple les accidents de la route ou les crises cardiaques. Même si on avait un 11 septembre chaque année aux États-Unis, le terrorisme resterait une menace faible comparé à beaucoup d’autres choses.

DER SPIEGEL : Ce n’est pas vraiment comparable.

Snowden : Je dis simplement que la terreur est un exemple idéal de cette culture grandissante de la peur. Le monde des renseignements a utilisé la terreur pour engager une nouvelle dynamique de surveillance de masse. Et l’aspect le plus tragique dans tout ça est qu’en la fin de compte c’est cette démarche elle-même qui crée la terreur. Cela devient systémique et nous a conduit où nous sommes aujourd’hui. Comment peut-on expliquer autrement l’élection de Donald Trump que par une défaillance systémique de la rationalité ? On voit des choses arriver dans des pays comme la Hongrie ou Pologne qui ont des gouvernements plus autoritaires. Je pense que c’est le résultat de cette atmosphère de peur, et que rien ne changera tant que nous, le public, nous n’exercerons pas une sorte d’alchimie afin de reconnaître la peur quand on nous la présente. Il faut qu’on apprenne à en manger, à la transformer en une énergie que nous pourrons utiliser pour améliorer la société plutôt que la terroriser et l’affaiblir. Mais même Obama ne peut pas faire ça.

DER SPIEGEL : Au moins, Obama a pardonné Chelsea Manning, le lanceur d’alerte qui a fournit des documents américains à Wikileaks, dont, des câbles diplomatiques.

Snowden : Je l’applaudis pour cela.

DER SPIEGEL : Est-ce que vous espériez la même clémence ?

Snowden : Je n’ai jamais cru que c’était quelque chose qui pourrait arriver. Obama s’est senti offensé personnellement par ses révélations parce que c’est lui qui a été tenu pour responsable. Il a perçu cela comme une sorte d’attaque contre lui et contre son legs, c’est un peu déprimant.

DER SPIEGEL : Est-ce que vous espérez toujours pouvoir rentrer aux États-Unis un jour ?

Snowden : Oui, absolument. Je ne vais pas porter de jugement sur cette éventualité, mais, vous avez mentionné un peu plus tôt les allégations qui ont été faites contre moi – vous les entendez de moins en moins au fur et à mesure que le temps passe. Je pense que cela signifie qu’il y a de l’espoir à l’avenir, même pour moi.

DER SPIEGEL : Quelle est votre situation juridique aujoud’hui en Russie ?

Snowden : J’ai un statut légal de résident permanent – En gros c’est comme la carte verte (Green Card) aux États-Unis. Ce n’est pas un statut de réfugié, il est renouvelable indéfiniment environ tous les trois ans, mais en théorie, il n’est pas garanti. J’ai été assez critique du gouvernement russe sur Twitter et dans mes communiqués et ça ne m’a probablement pas permis de me faire des amis. Ils ne m’ont pas embêté jusqu’à présent mais qui sait la tournure que cela prendra dans le futur.

DER SPIEGEL : Dans le film « Citizenfour », on voit cette jolie scène avec votre copine en train de faire la cuisine. Si je peux me permettre, est-ce ce à quoi ressemble votre vie aujourd’hui ?

Snowden : Nous sommes toujours ensemble, oui.

DER SPIEGEL : A quoi passez-vous votre temps ?

Snowden : Je voyage beaucoup. Je suis allé à Saint Petersbourg. Mes parents me rendent visite de temps en temps.

DER SPIEGEL : Comment gagnez-vous votre vie ?

Snowden : Je donne des conférences – principalement dans des universités américaines par transmission vidéo. Je fais beaucoup des trucs bénévoles pour la Fondation pour la liberté de la presse. Je suis le président élu de son conseil.

DER SPIEGEL : Il semble que la surveillance soit un problème qui vous hantera à jamais.

Snowden : Ma vie tourne autour de la technologie. Je suis ingénieur, je ne suis pas politicien. Alors, les discours publics ou cette interview avec vous, aussi sympas que vous soyez, c’est difficile pour moi. Ça me met mal à l’aise.

DER SPIEGEL : Avez-vous peur du moment où votre notoriété mondiale commencera à s’émousser ?

Snowden : Non ! Je vais adorer ce moment !

DER SPIEGEL : Ça peut être une drogue, la notoriété.

Snowden : Ouais, pour certains types de personnalité. Mais pour moi ? Vous devez comprendre que la préservation de ma vie privée dicte ma conduite. Le pire qui puisse m’arriver aujourd’hui est l’idée d’entrer dans une épicerie et d’être reconnu par quelqu’un.

DER SPIEGEL : Ça vous est arrivé ?

Snowden : Il y a quelque jours, j’étais à la galerie Tretyakov et il y avait une jeune femme. Et cette femme me fait « Vous êtes Snowden ? ». Je crois qu’elle était Allemande. Et j’ai dis « Ouais » et elle a fait un selfie. Et vous savez quoi ? Elle ne l’a jamais mis en ligne.

DER SPIEGEL : Mr Snowden, nous vous remercions pour cette interview.

Note 1 : G 10 (secret de la correspondance et des communications téléphoniques) : application de l’article G-10, loi précisant l’article 10 de la Loi Fondamentale, entrée en vigueur le 13 août 1968 (BGBl. I p. 949), qui détermine les compétences des services secrets allemands en matière d’empiétements sur le secret de la correspondance, le secret postal et des télécommunications, garantis par l’article 10 de la Loi Fondamentale. Dans la langue courante, le G10 est également dénommé « loi sur les écoutes » (Abhörgesetz). (Source Wikipedia)

Note 2 : Le chiffrement de bout en bout (en anglais, End-to-end encryption ou E2EE) est un système de communication où seules les personnes qui communiquent peuvent lire les messages échangés. En principe, il empêche l’écoute électronique, y compris par les fournisseurs de télécommunications, par les fournisseurs d’accès Internet et même par le fournisseur du service de communication. Avec le chiffrement de bout en bout, personne n’est en mesure d’accéder aux clés cryptographiques nécessaires pour décrypter la conversation 1. Les systèmes de chiffrement de bout en bout sont conçus pour résister à toute tentative de surveillance ou de falsification, car aucun tiers ne peut déchiffrer les données communiquées ou stockées. En particulier, les entreprises qui offrent un service de chiffrement de bout en bout sont incapables de remettre une version déchiffrée des messages de leurs clients aux autorités. (Source Wikipedia)

Note 3 : Un darknet est un réseau superposé (ou réseau overlay) qui utilise des protocoles spécifiques intégrant des fonctions d’anonymisation. Certains se limitent à l’échange de fichiers comme RetroShare, d’autres permettent la construction d’un écosystème anonyme complet (web, blog, mail, irc) comme Freenet. ( Source Wikipedia)

Source : Der Spiegel, Martin Knobbe & Jörg Schindler, 12-08-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/interview-avec-edward-snowden-par-martin-knobbe-et-jorg-schindler/

Publicités

[Transcription] Interview de Sergueï Lavrov par la BBC

23.avril.2018 // Les Crises

[Transcription] Interview de Sergueï Lavrov par la BBC

Interview du Ministre des Affaires Étrangères russe – à prendre avec esprit critique…

Source : S. Hasan, 19-04-2018

Transcription :

Journaliste : Sergueï Lavrov, bienvenu à Hard Talk. La semaine dernière, le monde entier était profondément préoccupé par l’éventualité d’un conflit armé direct entre les USA et la Russie. D’après vous, dans quelle mesure avons-nous frôlé un tel scénario ?

Sergueï Lavrov : Je ne pense pas que nous ayons été très proches. Je pense que cette situation a été créée par nos collègues occidentaux qui se sont comportés de manière très irresponsable. Ils ont accusé les autorités syriennes d’avoir utilisé des armes chimiques contre la population civile et en même temps ils nous ont accusés en tant qu’alliés du gouvernement syrien. Sachant qu’ils l’ont fait sans attendre que les inspecteurs de l’OIAC visitent les lieux. En réalité, c’est au moment précis où les représentants de l’OIAC étaient prêts à se rendre du Liban en Syrie que ces frappes ont eu lieu. Comme l’ont expliqué nos militaires, le canal de liaison pour empêcher des incidents imprévus (ce qu’on appelle le ‘deconflicting’) fonctionne en permanence.

Journaliste : Donc pour être clair et éviter le jargon, ai-je bien compris que les Etats-Unis et leurs alliés vous ont préalablement informés des frappes en préparation, et vous, de votre côté, vous avez assuré que la Russie ne riposterait pas ?

Sergueï Lavrov : Je préférerais ne pas entrer dans les détails concernant ces contacts de travail entre nos militaires. Les militaires russes et américains ont un canal de liaison aussi bien entre les deux capitales qu’en Syrie même, et nos militaires discutent très professionnellement entre eux toutes ces questions. Ils se comprennent très bien. Ils comprennent probablement mieux que personne tout le risque de telles aventures.

Journaliste : Monsieur Lavrov, cette crise n’est pas terminée, n’est-ce pas ?

Sergueï Lavrov : Cela dépend de ceux qui ont organisé toute cette crise.

Journaliste : En regardant les déclarations de vos diplomates, la conclusion s’invite d’elle-même. Par exemple, votre ambassadeur aux USA a déclaré que ces frappes aériennes ne resteraient pas sans conséquences. Vladimir Poutine l’a qualifié d’acte illégal d’agression. Le monde veut savoir ce que la Russie a l’intention de faire ?

Sergueï Lavrov : C’est un constat des faits. Et il y a forcément des conséquences. Je dirais que nous avons perdu les restes de confiance à nos amis occidentaux qui préfèrent s’appuyer dans leurs actions sur une logique très étrange – ‘il n’y a pas de punition sans culpabilité’. Par exemple, ils nous punissent d’abord pour Salisbury et ensuite attendent que Scotland Yard termine l’enquête. D’abord ils punissent pour Douma en Syrie et ensuite ils attendent que les experts de l’OIAC viennent et examinent les lieux. Autrement dit, cette ‘troïka’ de pays occidentaux agit selon le principe ‘si vous êtes punis, vous êtes coupables’.

Journaliste : En ce qui concerne les incidents que vous avez mentionnés – Douma et l’affaire Skripal – nous en reparlerons en détail avec vous. Mais d’abord je voudrais encore parler avec vous de l’état de nos relations diplomatiques. La Représentante permanente des USA auprès de l’ONU Nikki Haley a déclaré que les Etats-Unis restaient ‘en état opérationnel’. Comment pouvez-vous réagir à ce genre de déclarations ?

Sergueï Lavrov : Il me semble qu’il leur faudrait d’abord remettre de l’ordre à la maison, à Washington. Nous pensons que les déclarations de ce genre peuvent être faites seulement par le chef des armées ou la direction militaire. Comme je l’ai dit, les militaires russes et américains disposent d’un canal de liaison pour prévenir les incidents imprévus, mais c’est une information confidentielle.

Journaliste : Vous parlez de déficit de confiance, plus exactement vous parlez d’une absence totale de confiance entre la Russie et les Etats-Unis.

Sergueï Lavrov : J’ai dit que nous sommes en train de perdre les restes de confiance, nous ne sommes pas encore à 0.

Journaliste : Pas encore 0. Je me demande simplement, au niveau le plus basique, quand vous, Ministre russe des Affaires étrangères, vous vous levez le matin et vous lisez sur Twitter que le Président américain et chef des armées vous menace de facto et vous dit : ‘La Russie, tiens-toi prête ! Des missiles beaux neufs et intelligents arrivent !’, que pensez-vous à ce sujet ?

Sergueï Lavrov : Eh bien je me dis que le Président américain a publié un Tweet.

Journaliste : Et comment réagissez-vous à ses Tweets ?

Sergueï Lavrov : Comme on dit, il faut juger sur pièces. Nous avons décidé de voir comment ces missiles ‘beaux, neufs et intelligents’ se montreront pendant les frappes, et nous avons calculé que les deux tiers des missiles n’ont pas atteint leur cible parce qu’ils ont été interceptés.

Journaliste : Mais vous n’avez aucune preuve, n’est-ce pas ?

Sergueï Lavrov : Le Ministère russe de la Défense a présenté son appréciation et il est prêt pour une discussion professionnelle à ce sujet.

Journaliste : Nous reviendrons encore sur la véracité de l’information fournie par tous les acteurs de ce conflit, mais à présent parlons un peu de diplomatie. La Première ministre britannique Theresa May et le Président français Emmanuel Macron ont très clairement souligné dans leurs déclarations que l’unique objectif de cette opération était de diminuer et d’empêcher l’usage de l’arme chimique par les autorités syriennes. L’opération n’avait pas pour but d’influencer le déroulement du conflit syrien et ne visait certainement pas à renverser le régime syrien à Damas.

Sergueï Lavrov : C’est ce qu’ils disent.

Journaliste : Et vous n’êtes pas d’accord ?

Sergueï Lavrov : Non, nous ne sommes pas d’accord. Votre émission s’appelle ‘Hard talk’ (discussion difficile), or nous avons besoin de ‘hard facts’ (des faits concrets). Et toutes ces déclarations sur le ‘highly likely’ (très probablement) sont tout simplement ridicules.

Journaliste : Pardon, quand vous dites ‘très probablement’, vous faites allusion à l’analyse selon laquelle les forces gouvernementales d’Assad ont utilisé l’arme chimique à Douma ?

Sergueï Lavrov : Non, quand je parle de l’expression ‘highly likely’, je veux dire que c’est une nouvelle invention de la diplomatie britannique derrière laquelle se cache le Royaume-Uni quand il punit les gens. Il déclare que ces gens sont ‘très probablement’ coupables. Vous savez, dans Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll il y a la scène du procès, et quand le roi demande : ‘Faut-il d’abord écouter les jurés ?’, la reine crie : ‘Non ! D’abord la condamnation et le verdict des jurés ensuite !’ Voilà ce qu’est la logique du ‘très probablement’.

Journaliste : D’accord, c’est votre avis. Parlons de ce qui s’est passé à Douma. Permettez-moi de commencer d’abord par une question très simple. La Russie s’oppose à l’usage de l’arme chimique et pense que ceux qui utilisent l’arme chimique doivent être sanctionnés, n’est-ce pas ?

Sergueï Lavrov : Est-ce une question ? Je pensais que vous étiez bien mieux informé concernant la position russe à ce sujet. Vous posez une question avec une réponse évidente.

Journaliste : C’est évident, vous êtes d’accord. Parce que vous avez signé des accords appropriés, vous partagez la détermination de la communauté internationale à faire interdire et à éliminer complètement les armes chimiques.

Sergueï Lavrov : Oui, et bien plus, en 2017, nous avons terminé le programme de destruction de l’arme chimique en Russie, et cela a été officiellement confirmé par l’OIAC. Tout le Comité exécutif de l’OIAC a salué cette démarche. Alors que les USA, malheureusement, n’ont pas encore tenu leurs engagements, et au lieu de cela ils préfèrent le repousser éternellement.

Journaliste : Mais si je viens d’affirmer une évidence et que l’engagement de la Russie à ce sujet est clair, vous voulez donc certainement que les coupables de l’usage des armes chimiques à Douma (et leur usage est confirmé par des preuves accablantes) soient punis ?

Sergueï Lavrov : Attendez, attendez. Vous allez trop vite en besogne concernant les ‘faits’, encore une fois.

Journaliste : Je ne pense pas.

Sergueï Lavrov : Il n’y a aucune preuve de l’usage des armes chimiques à Douma le 7 avril, et vous avez déjà…

Journaliste : Mais il y a des preuves

Sergueï Lavrov : Pouvez-vous… Pouvez-vous [arrêter de m’interrompre] ?

Journaliste : Emmanuel Macron et les Français ont clairement dit qu’ils disposaient d’informations sur les vols d’hélicoptères syriens gouvernementaux au-dessus de Douma. Ils ont des photos de bouteilles de gaz retrouvées sur les lieux de l’attaque. Ils ont également enregistré tous les usages d’armes chimiques par le gouvernement syrien durant les dernières années. Si vous combinez tout ces éléments, dans la mesure ou les Français, les Américains, les Britanniques…

Sergueï Lavrov : Je ne peux pas me permettre d’être impoli envers d’autres chefs d’Etat (ni envers le chef de mon Etat, évidemment), mais vous avez cité des dirigeants de la France, du Royaume-Uni et des Etats-Unis. Mais franchement, toutes les preuves auxquelles ils se réfèrent sont tirées des médias et des réseaux sociaux. Par exemple, les bouteilles de gaz. J’ai vu cette photo – une bouteille de gaz sur un lit, alors que le lit est intact, la vitre de la fenêtre n’est pas brisée. Ecoutez, vous devez être un peu plus sérieux. Pouvez-vous m’expliquer pourquoi frapper (la Syrie) si le lendemain, les inspecteurs de l’OIAC vont se rendre sur les lieux pour examiner ce qu’ils affirment s’être passé ?

Journaliste : Le représentant américain de l’OIAC dit qu’il y a de sérieuses raisons de craindre que la Russie tentait de détruire les preuves à Douma. Pouvez-vous affirmer de votre côté que la Russie ne faisait rien de tel ?

Sergueï Lavrov : Oui, je peux le garantir, mais vous savez, c’est absolument la même logique que Theresa May concernant Salisbury. Quand nous avons posé des dizaines de questions, quand nous avons demandé d’organiser une enquête conjointe, quand nous avons demandé un accès au processus de prélèvement d’échantillons, elle a répondu non, qu’ils ne répondront à aucune question tant que la Russie ne répondra pas aux leurs. Or la seule question qui nous était posée était celle-ci : “Expliquez nous comment vous l’avez fait. Est-ce Vladimir Poutine qui a ordonné d’empoisonner ces deux malheureuses personnes ? Ou est-ce dû au fait que vous avez perdu le contrôle de vos réserves d’armes chimiques ?” Pour toute personne raisonnable, c’est une situation particulièrement étrange… Mais revenons à Douma.

Journaliste : Oui, je reviendrai aux Skripal, mais revenons à Douma et à la question de la crédibilité. Vous avez d’abord déclaré que l’incident (chimique) à Douma n’avait pas eu lieu. Puis la Russie a changé de position et déclaré que quelque chose s’est effectivement produit, mais que c’était une mise en scène fabriquée par des pays russophobes.

Sergueï Lavrov : En effet, il n’y a pas eu d’incident (chimique). Ce qu’il y a eu, c’est une mise en scène. Aucune arme chimique n’a été utilisée.

Journaliste : Vous pensez que le Royaume-Uni est impliqué dans cette fausse attaque à l’arme chimique à Douma, n’est-ce pas ?

Sergueï Lavrov : L’Histoire a connu plusieurs tels précédents de ces dernières décennies. Ce que nous pensons effectivement, et nos renseignements pourraient partager les informations nécessaires avec leurs collègues britanniques, c’est…

Journaliste : Mais vous dites que vous avez des preuves irréfutables que c’est un faux, une mise en scène. Vous dites que les volontaires des Casques blancs y sont impliqués. Où sont vos preuves irréfutables ?

Sergueï Lavrov : Pour obtenir les preuves irréfutables il faut se rendre sur les lieux, et le…

Journaliste : Où sont les preuves irréfutables que tout cela a été mis en scène par les Casques blancs avec le soutien du gouvernement britannique ? Nous parlons de crédibilité. Où est votre crédibilité ?

Sergueï Lavrov : Ce que j’ai dit, c’est que les Casques blancs, on le sait, travaillent uniquement sur le territoire contrôlé par l’opposition, notamment le groupe Front al-Nosra. On sait que les Casques blancs tirent (régulièrement) la sonnette d’alarme concernant des prétendus incidents chimiques, comme il y a un an à Khan Cheikhoun, qui s’est avéré être un faux du début à la fin. Tout le monde sait que les Casques blancs sont financés par plusieurs pays, le Royaume-Uni y compris.

Journaliste : Mais ce ne sont pas des preuves irréfutables.

Sergueï Lavrov : Une seconde. Des preuves irréfutables de quoi ?

Journaliste : Vous avez dit avoir des preuves irréfutables qu’un pays russophobe, et vous vouliez dire le Royaume-Uni, travaillait conjointement avec les Casques blancs pour mettre en scène l’incident.

Sergueï Lavrov : Une seconde. Pourquoi dites-vous que j’ai désigné les Royaume-Uni ? Il ne faut pas me faire dire ce que je n’ai pas dit. J’ai dit ‘un Etat qui cherche à être le premier dans les rangs de la campagne russophobe’. Alors essayez de me citer sans déformer, sinon ce n’est pas très professionnel.

Alors, en parlant de preuves irréfutables, les inspecteurs de l’OIAC ont accepté de mener une enquête pour savoir ce qui s’est passé à Douma. Ils sont venus au Liban. Les autorités syriennes leur ont dit qu’ils obtiendraient immédiatement leur visa en arrivant à la frontière. Sept heures après cela la Syrie a été frappée. Pourquoi le faire à la veille de l’arrivée des inspecteurs ?

Journaliste : S’il s’avérait que les gouvernements de la France, du Royaume-Uni et des USA avaient raison et que vous aviez tort, et si le Président syrien Bachar al-Assad continuait d’utiliser l’arme chimique, comme il l’a fait en 2013 dans la Ghouta faisant jusqu’à un millier de morts, comme il l’a fait il y a un an à Khan Cheikhoun ou comme il vient de le faire à Douma, selon les Américains et leurs alliés. S’il s’avérait qu’ils ont raison et que vous avez tort, reconnaitrez-vous que le Président Bachar al-Assad doit être puni ?

Sergueï Lavrov : Vous savez, vous ne m’entendez pas. Plus exactement vous ne m’écoutez pas. Je viens de dire que l’acte d’agression a été commis moins d’une journée avant l’arrivée sur les lieux de l’attaque chimique supposée des inspecteurs internationaux, dont des citoyens américains, si je comprends bien.

Maintenant, en ce qui concerne ce qui s’est passé il y a un an à Khan Cheikhoun. C’était le 4 avril. Le lendemain le Secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson m’a téléphoné et a demandé d’obtenir des autorités syriennes un accord pour permettre aux inspecteurs internationaux d’examiner la base aérienne d’où a décollé l’avion qui aurait embarqué cette bombe chimique. Le lendemain matin nous avons dit aux Américains que l’accord était obtenu. Ils ont répondu, ‘non, merci’ et ont frappé le lendemain. Nous avons demandé que les inspecteurs de l’OIAC se rendent sur les lieux, mais on nous a répondu que c’était très dangereux et que dans tous les cas ce n’était pas nécessaire parce que les Britanniques et les Français possédaient déjà tous les échantillons nécessaires. Nous avons alors demandé aux Britanniques et aux Français de nous expliquer comment ils avaient réussi à obtenir les échantillons dans un endroit aussi dangereux. Peut-être qu’ils ont des contacts avec les Casques blancs qui contrôlent ce territoire. Ils ont répondu que ces informations étaient confidentielles.

Il y a bien plus de faits que nous voudrions éclaircir et bien plus de questions légitimes en réponse de la seule question que nous entendons de la part des dirigeants et des médias occidentaux : ‘Pourquoi l’avez-vous fait ? Pourquoi avez-vous utilisé l’arme chimique au Royaume-Uni ? Pourquoi couvrez-vous Bachar al-Assad ?’ Et maintenant vous vous appuyez sur ces déclarations pour dire : ‘Et s’il s’avérait que vous aviez tort, alors quoi ?’ C’est très intéressant comme…

Journaliste : Vous êtes le chef de la diplomatie russe. Si d’autres incidents chimiques se produisaient et que les USA, le Royaume-Uni, la France et d’autres pays considéraient que c’est l’œuvre de Bachar al-Assad, il est certain qu’il y aurait de nouvelles frappes encore plus massives. Quel pourrait être le résultat ? Est-ce que la Russie prendra des contremesures ?

Sergueï Lavrov : Avant de parler de ‘nouveaux incidents’ il faut d’abord prouver que Bachar al-Assad a effectivement utilisé l’arme chimique. Puis-je vous donner un bref…

Journaliste : J’ai seulement posé une question très simple parce que le monde veut savoir. Selon Nikki Haley, les USA sont “chargés et prêts à faire feu”, et s’ils estiment – peu importe ce que vous pouvez penser de votre côté – que Bachar al-Assad a à nouveau utilisé des armes chimiques, il est clair qu’il y aurait une réponse militaire de leur part encore plus massive. Comment réagirait la Russie face à cela ?

Sergueï Lavrov : Vous savez, je ne travaille pas dans la voyance. Ce que je sais, c’est qu’il y a quelque temps, trois pays occidentaux, qui dirigent actuellement cette campagne hystérique, ont averti qu’en cas d’utilisation par Bachar al-Assad de l’arme chimique, ils utiliseraient la force. Je le considère comme un signal aux ‘méchants’, notamment aux Casques blancs, pour organiser des provocations. Maintenant, après la frappe aérienne du 14 avril, ils disent à nouveau qu’en cas de nouvel incident, ils réutiliseront la force. Et cela constitue un autre signal adressé aux combattants et aux extrémistes pour qu’ils relancent les activités militaires, ce qu’ils ont déja fait. Immédiatement après la frappe aérienne, ils ont tenté de lancer une offensive contre Damas. Ce que je veux dire, c’est que lorsque certains disent que la Russie est responsable de (l’accomplissement des engagements) de Bachar al-Assad dans le cadre de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, c’est tout simplement révoltant. Nous avons mené ce travail conjointement avec les USA.

Journaliste : Une dernière question sur la diplomatie avant d’aborder d’autres thèmes. Aujourd’hui les USA proposeront au Conseil de sécurité des Nations unies d’examiner une nouvelle résolution qui est selon eux nécessaire pour avertir Bachar al-Assad au nom de la communauté internationale qu’il ne peut pas utiliser à nouveau des armes chimiques. Êtes-vous prêt à coopérer avec les USA à l’ONU ? Cesserez-vous d’opposer votre veto à toutes les résolutions proposées par les USA et leurs alliés ?

Sergueï Lavrov : Pas toutes les résolutions. S’il est question de la reprise du mécanisme d’enquête qui n’est pas transparent ni indépendant et qui lui-même émet la sentence sans attendre le verdict du Conseil de sécurité des Nations unies, alors nous ne pourrons évidemment pas l’accepter. D’ailleurs, …

Journaliste : Vous n’accepterez pas.

Sergueï Lavrov : Vous savez ce que je pense ? Steve, s’il vous plaît, laissez-moi m’exprimer. Je pense que le seul but de cette résolution et de donner l’apparence, si la Russie et la Syrie acceptent de coopérer, ce qui est impossible du fait du contenu, mais si nous acceptions ils voudraient le présenter de sorte que ce sont les bombes nous ont contraint à négocier. C’est pourquoi la résolution exige que les autorités syriennes doivent accepter les négociations. Tout en faisant l’impasse sur le fait que le principal groupe d’opposition qu’ils soutiennent, ce qu’on appelle le groupe de Riyad en la personne de son président Nasser al-Hariri, qui a récemment appelé les USA à utiliser la force pas seulement en cas d’utilisation de l’arme chimique, mais partout où l’opposition lutte contre les forces gouvernementales.

Journaliste : Quelques brèves questions. Premièrement, pensez-vous que Bachar al-Assad est sorti vainqueur de cette interminable guerre syrienne ?

Sergueï Lavrov : Il ne faut pas penser aux vainqueurs et aux vaincus, ni à Bachar al-Assad ou ses opposants. Il faut penser avant tout au peuple syrien qui a besoin d’un répit des horreurs de 8 ans de conflit.

Journaliste : Quel est l’objectif final de la Russie en Syrie ? Ces derniers temps Moscou y envoie de plus en plus de matériel et d’effectifs. Est-ce que cela signifie que vous avez l’intention d’aider Bachar al-Assad tant qu’il ne contrôlera pas chaque centimètre du territoire syrien ?

Sergueï Lavrov : Notre objectif consiste à protéger la Syrie contre l’agression qui a commencé le 14 avril et laquelle ces trois pays, comme ils déclarent, ont l’intention de poursuivre.

Journaliste : Avez-vous l’intention de livrer au Président syrien Bachar al-Assad votre tout nouveau système antiaérien S-300 ? Si oui, cela pourrait préoccuper sérieusement Israël.

Sergueï Lavrov : Le Président russe Vladimir Poutine a déjà répondu à cette question. Il a rappelé qu’il y a quelques années, à la demande de nos partenaires, nous avions décidé de ne pas livrer les S-300 à la Syrie. A présent, après un acte d’agression révoltant des USA, de la France et du Royaume-Uni, nous étudierons les options pour assurer la sécurité de l’Etat syrien.

Journaliste : Si je comprends bien, les événements de ces derniers jours vous ont poussé à revoir votre position et maintenant vous êtes enclins à fournir ces systèmes de défense antiaérienne modernes en Syrie ?

Sergueï Lavrov : Cela nous convainc que nous devons fournir à la Syrie tout ce qui est nécessaire pour aider aider l’armée syrienne à prévenir toute agression.

Journaliste : Au moins 500 000 personnes ont été tuées en sept ans de guerre en Syrie. Au moins 12 millions de personnes ont dû quitter leur foyer. Au moins 5 millions d’entre elles se sont retrouvés en dehors de la Syrie. Vous pensez sérieusement que Bachar al-Assad est vraiment capable d’unir le pays, de guérir les blessures et de diriger la Syrie ?

Sergueï Lavrov : Nous n’avons jamais rien dit de tel. Notre approche se reflète dans la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies – ce sont les Syriens eux-mêmes qui doivent décider du sort de la Syrie. Il faut une nouvelle Constitution, des élections, et que les Syriens décident eux-mêmes. Les tentatives incessantes de faire éclater la Syrie en morceaux vont à l’encontre de ce qui est dit publiquement et au niveau officiel. D’ailleurs la Syrie n’est pas la seule à souffrir des terribles conséquences de la guerre civile. Regardez l’Irak et la Libye. Et maintenant ceux qui ont mis ces pays dans un tel état veulent que la même chose soit faite en Syrie.

Journaliste : Maintenant parlons un peu de l’affaire de Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia qui ont été empoisonnés dans la ville de Salisbury au sud de l’Angleterre. Aujourd’hui, dans cette interview, vous avez dit que la confiance était importante. Vous, Ministre russe des Affaires étrangères, affirmez que les services britanniques connus pour leur ‘autorisation de tuer’ sont impliqués dans cet incident. Peut-être que ces derniers propos étaient une plaisanterie de votre part. Dites, vous pensez vraiment que votre version sera prise au sérieux ?

Sergueï Lavrov : On nous a dit que ‘très probablement’ les Skripal ont été empoisonnés par les Russes parce qu’il n’existe aucune autre explication plausible. C’est pourquoi nous avons répondu qu’il existait d’autres versions plausibles.

Journaliste : Mais votre version n’est pas crédible.

Sergueï Lavrov : Et pourquoi donc ?

Journaliste : Avez-vous le moindre soupçon de preuve que les services britanniques ont essayé de tuer Sergueï Skripal ?

Sergueï Lavrov : Les Romains avaient déjà un critère : ‘Cherchez à qui profite le crime’. Je pense que la provocation aussi bien en Syrie que sur le territoire britannique a été on ne peut plus bénéfique pour le Royaume-Uni. Aujourd’hui le Royaume-Uni se retrouve sur le devant de la scène de la politique mondiale par un tel moyen très négatif, agressif et étrange.

Journaliste : Permettez-moi de relever l’incohérence de votre position. Pendant l’interview vous avez souligné avec force l’attachement de la Russie à toutes les conventions et accords internationaux sur l’interdiction des armes chimiques, y compris en soutenant l’activité de l‘OIAC.

Sergueï Lavrov : C’est exact.

Journaliste : Et vous soutenez notamment l’activité de l‘OIAC

Sergueï Lavrov : C’est exact

Journaliste : Vous savez mieux que moi que l’OIAC a envoyé les échantillons de la substance neuro-paralytique utilisée à Salisbury à quatre laboratoires différents, et tous ont confirmé qu’il s’agissait de ‘Novitchok’ (comme le disait le gouvernement britannique) de niveau de pureté élevé.

Sergueï Lavrov : Et c’est précisément le problème. La présence même de la substance A-234 à un niveau de pureté élevé et à très forte concentration est suspecte car…

Journaliste : Il est clair qu’elle vient de Russie, de l’ex-URSS. Tout le monde sait que c’est vous qui avez inventé ce gaz neuro-paralytique.

Sergueï Lavrov : Restons-en aux faits. Vous êtes peut-être un as pour poser des questions dures, mais il faut aussi savoir écouter ! En effet, cette substance a été élaborée en Union soviétique, mais ensuite l’un de ses inventeurs s’est enfui aux USA et a publié la formule en accès libre. Vous devriez vous-même vérifier cette information d’évoquer la question. Les USA ont même breveté cette formule et cette substance est officiellement en service dans les renseignements américains ou l’armée, je ne sais plus. L’A-234 est une substance qui tue rapidement et ensuite elle s’évapore rapidement. C’est pourquoi nos chercheurs disent que les échantillons prélevés deux semaines plus tard ne peuvent en aucun cas contenir une ‘très forte concentration’ de cette substance.

Journaliste : Nous revenons à nouveau à la question de savoir qui l’on croit ou non. Peut-être que ce que vous dites est crédible en Russie, mais en aucun cas dans le reste du monde. Plus de 100 diplomates russes ont été expulsés de plus de 20 pays occidentaux parce qu’ils estiment que c’est la Russie qui est coupable.

Sergueï Lavrov : Si vous voulez tout de même parler sur le fond, permettez-moi d’ajouter ceci. Samedi nous avons présenté un document avec les conclusions du Centre suisse d’analyse radiologique et chimico-biologique de Spiez (l’un des laboratoires que vous avez mentionnés) qui a effectivement découvert une ‘forte concentration’ d’A-234, mais hormis ça…

Journaliste : Je vous demande : faites-vous ou non confiance à l’OIAC ? La question est très simple. Vous semblez ne pas leur faire confiance.

Sergueï Lavrov : Mince ! Pour un Britannique vous avez d’horribles manières. Le rapport du laboratoire suisse affirme aussi qu’ils ont d’abord découvert la substance BZ, inventée, si je ne m’abuse, en 1955 aux USA, et mise en service dans les armées américaine et britannique. Nous avons envoyé à l’OIAC, à laquelle nous faisons confiance, une requête pour confirmer ou réfuter qu’en plus de l’A-234, le laboratoire suisse aurait découvert dans les échantillons du BZ. Maintenant nous attendons une réponse de l’OIAC, à laquelle nous faisons confiance, évidemment. Mais comme on dit, faisons confiance mais vérifions quand même.

Journaliste : Il ne nous reste pratiquement plus de temps et je dois encore vous poser une question sur les sanctions. Le ministère américain des Finances s’apprête à annoncer de nouvelles sanctions contre des personnes et des compagnies russes qui, estime-t-on, sont liées à l’armée syrienne. Le marché boursier russe avait sérieusement fléchi à cause des sanctions précédentes décrétées par le gouvernement américain. La Russie est au pied du mur.

Sergueï Lavrov : Merci pour votre compassion. Mais ne vous inquiétez pas, nous allons nous en sortir. Et ce n’est pas…

Journaliste : Le marché boursier s’est effondré de 10%, le rouble a chuté par rapport au dollar.

Sergueï Lavrov : N’avez-vous pas connu de périodes difficiles par le passé ? Vous vous souvenez, George Soros avait joué contre votre marché boursier et avait fait effondrer la Livre Sterling ? Mais ils ne s’agit pas simplement des menaces de punir ceux qui ont des contacts avec le gouvernement syrien. En fait, ils veulent punir tout le peuple russe pour avoir fait le ‘mauvais’ choix à l’élection présidentielle. Ils déclarent qu’ils ne nuiront jamais aux Russes du quotidien, mais seulement aux oligarques, aux politiciens et aux militaires qui déstabilisent soi-disant le monde, mais ils mentent. Leur véritable souhait consiste à causer des problèmes aux centaines de milliers de Russes, ceux qui ont été employés à…

Journaliste : Et c’est votre point faible.

Sergueï Lavrov : Oui, oui.

Journaliste : Et c’est votre point faible. Vous disposez peut-être du plus puissant arsenal nucléaire au monde, comme s’en vantait le Président russe Vladimir Poutine, mais votre économie est faible et vulnérable.

Sergueï Lavrov : Oui, c’est le cas et nous le savons. Mais notre économique a traversé de nombreuses épreuves depuis la Seconde Guerre mondiale. Je peux vous assurer que le gouvernement et le Président veillent attentivement à mettre en place les réformes nécessaires, et c’était le thème principal de la première partie de l’allocution du Président russe à l’Assemblée fédérale. Dans la deuxième partie, lorsqu’il a parlé de nouveaux armements, il a conclu par l’idée que nous sommes toujours prêts au dialogue sur la base du respect réciproque et de l’équilibre des intérêts.

Journaliste : Et dernière question. Le Secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres a déclaré récemment que le monde était à nouveau plongé dans une guerre froide, mais si auparavant il existait des mécanismes qui prévenaient la possibilité d’escalade entre les USA et l’URSS, aujourd’hui ces mécanismes semblent absents. Cette conclusion est terrifiante. Vous travaillez à votre poste depuis 13 ans. Peut-on qualifier la période actuelle de la plus terrible dans votre mémoire ?

Sergueï Lavrov : L’un des mécanismes est d’avoir des canaux de communication normaux. Les canaux de communications entre Moscou et Londres ont été fermés à l’initiative britannique. Les contacts entre les militaires et entre toutes les agences chargées de la lutte antiterroriste ont été stoppés il y a longtemps, toujours à l’initiative de Londres. Le Conseil OTAN-Russie, qui était un mécanisme très utile pour promouvoir la confiance et la transparence dans les relations, a de facto été fermé par l’OTAN. A présent l’OTAN ne veut parler que de l’Ukraine sur cette plateforme. L’UE a également fermé toutes les voies de coopération avec la Russie et communique avec nous uniquement sur la Syrie et d’autres…

Journaliste : Mais avez-vous le sentiment qu’une nouvelle guerre froide a commencé ?

Sergueï Lavrov : Selon moi, la situation actuelle est pire que pendant la Guerre froide parce qu’à l’époque, il y avait au moins des canaux de communication, et il n’y avait pas une telle russophobie hystérique, qui ressemble à une sorte de génocide par les sanctions.

Journaliste : Vous pensez qu’aujourd’hui la situation est pire qu’à l’époque de la Guerre froide ?

Sergueï Lavrov : Oui, précisément à cause de l’absence de canaux de communication. Du moins il n’en reste pratiquement plus.

Journaliste : Cela rend la situation très dangereuse.

Sergueï Lavrov : J’espère que vous ne serez pas le seul d’entre vos compatriotes à s’en rendre compte, et que votre gouvernement en particulier le reconnaitra.

Journaliste : C’est difficile d’imaginer ou de se rappeler une période historique où la Russie ressemblait plus à un pariah et était aussi isolée qu’aujourd’hui. Vous avez la Coupe du monde de football cet été, et le Ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson l’a déjà comparée à l’organisation par Adolf Hitler en 1936 des Jeux olympiques à Berlin.

Sergueï Lavrov : En 1938, c’est-à-dire après cette Olympiade, a été joué le match entre le Royaume-Uni et l’Allemagne. Vous pouvez trouver sur internet la photo de ce match où avant le jeu les joueurs allemands et britanniques font le salut nazi.

Journaliste : Que voulez-vous dire ?

Sergueï Lavrov : Je n’ai pas l’intention de parler de Boris Johnson. Nous avons déjà parlé avec lui pendant sa récente visite à Moscou. Qu’il se divertisse.

Journaliste : Notre temps est écoulé. Sergueï Lavrov, merci beaucoup d’avoir participé à l’émission ‘Hard Talk’.

Source : S. Hasan, 19-04-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/transcription-interview-de-serguei-lavrov-par-la-bbc/

Vos mensonges signifient une seule chose : l’Armée syrienne avance !

Syrie

Vos mensonges signifient une seule chose :
l’Armée syrienne avance !

Bachar al-Assad

Mercredi 7 mars 2018

À la demande du Royaume-Uni et suite à une convocation décidée à l’issue d’un vote, dans la matinée du 2 mars courant, le Conseil des droits de l’homme tenait, dans l’après-midi même, un « débat urgent »  sur la situation en Syrie.

Un débat auquel ont participé une cinquantaine d’États membres et d’observateurs du Conseil, ainsi que des représentants de plusieurs ONG, afin d’examiner un projet de résolution soumis par le Royaume-Uni en raison de la détérioration de la situation des droits de l’homme dans la « Ghouta orientale » ; projet aux termes duquel « le Conseil condamnerait fermement toutes les violations du droit international humanitaire et les violations flagrantes, généralisées et systématiques des droits de l’homme et des libertés fondamentales en République arabe syrienne ».

Il a été décidé que le Conseil se prononcerait sur ce projet et sur huit amendements présentés par la Russie et l’Afrique du Sud ce lundi 5 mars.

Mis à part les prises de position des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, désormais connues de tous les observateurs, nous notons les précisions suivantes  dans le compte-rendu destiné à l’information [1] :

  • « La Syrie doit être traduite devant la Cour pénale internationale » ! Ceci, en conclusion du plaidoyer du jordanien et Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme, M. Zeid Ra’ad al-Hussein.
  • Tout en compatissant avec les souffrances du peuple syrien et condamnant toute violence à l’encontre des civils, le Venezuela, Cuba, l’Iraq et la Chine, qui s’étaient opposés à la convocation de ce débat, ont estimé que le Conseil avait tendance à la politisation des questions des droits de l’homme, ce qui risquait de saper sa crédibilité.
  • L’Afrique du Sud a déploré que le Royaume-Uni, membre permanent du Conseil de sécurité, en présentant aujourd’hui un tel projet, veuille faire « sous-traiter » son mandat par le Conseil des droits de l’homme. Cela n’est pas acceptable et ne doit pas être accepté. L’Afrique du Sud a également déclaré que si les membres du Conseil de sécurité estiment que des armes chimiques ont été utilisées en Syrie, ils doivent tomber d’accord sur le fait que la Convention sur l’interdiction des armes chimiques [CIAC] est la base légale pour aborder de cette question. 

Pour le Royaume-Uni, il est donc évident que seule l’histoire de la Ghouta damascène pose un « problème humanitaire » ; une histoire pourtant tellement bien racontée, en partie, par Le Monde, le 27 février 2018 [2]. Elle se résumerait à dire que les prétendus amis soucieux du peuple syrien négocieraient depuis des mois pour la conclusion d’un « accord de réconciliation entre les rebelles et le régime, les premiers baissant les armes en échange d’une forme d’autonomie ».

Une « forme d’autonomie » non seulement pour les terroristes du Front al-Nosra, une fois qu’ils auraient quitté la Ghouta orientale pour accepter de tous se regrouper dans la province d’Idlib ; mais aussi, pour les terroristes de Jaych al-Islam [obédience saoudienne] dans la Ghouta orientale, une fois réglées leurs querelles réelles ou simulées avec ceux de Faylaq al-Rahmane [obédience qatarie].

Ceci, sans reparler des « administrations autonomes » proposées dans la partie Est d’Alep par l’émissaire onusien, M. Staffan de Mistura, pour les terroristes qui ont martyrisé les Aleppins pendant des années. Et, sans parler d’autres formes d’autonomie pour des Syriens kurdes à l’Est de l’Euphrate et des Syriens turkmènes, ou autres fans d’Erdogan au sein de ladite « armée libre » [ASL], à l’Ouest de l’Euphrate.

C’est dans ce contexte que le Président de la République arabe syrienne répond aux questions des journalistes, dans la soirée du 4 mars 2018 [NdT].

  1. Al-Fadaiya TV (Mme Alissar Maala) : Monsieur le Président, ces derniers temps, nous observons une fréquence accrue des visites des délégations iranienne et russe. Cela indiquerait une coordination accrue, ou est-ce pour répondre aux rumeurs de désaccords entre les alliés ?

Le président Al-Assad : Comme c’est clair pour tous, il y a actuellement une attaque médiatique et politique. Je ne veux pas dire qu’elle est inédite, parce que des précédents ont surgi de temps à autres, en fonction des circonstances, accompagnés d’un soutien continu aux terroristes et d’une offensive militaire et sécuritaire permanente sur la Syrie, depuis des années.

Une attaque menée sous des slogans humanitaires, aux titres de la défense des civils ou autres ; slogans repris par les médias et les responsables occidentaux ; la campagne actuelle visant principalement à mobiliser le terrorisme et les terroristes, suite aux récents coups répétés [qu’ils ont subis].

Nous nous rencontrons d’abord pour traiter de la situation actuelle, suivre les résultats de la Conférence de Sotchi et, en même temps, discuter de la réunion tripartite turco-irano-russe qui se tiendra dans quelques jours au sujet de la situation en Syrie. Vu les circonstances, il est normal qu’il y ait plus de coordination et une fréquence accrue des rencontres entre les responsables syriens, iraniens et russes.

  1. Al-Alam TV (M. Houssein Mourtada) : La Résolution 2401 stipule un cessez-le-feu immédiat, mais nous observons que les obus continuent à tomber sur Damas, en particulier, tandis que l’Armée syrienne a initié une opération en direction de la Ghouta orientale. Qu’est-ce que cela signifie ?

Le président Al-Assad : Abstraction faite de la terminologie utilisée dans les [textes des] résolutions internationales, l’Armée syrienne ne mène pas une agression pour qu’elle ait à cesser une opération. L’Armée syrienne travaille à rétablir la stabilité et à défendre le peuple syrien confronté au terrorisme.

Par ailleurs, la formulation première de la résolution en question [le projet de la résolution 2401], et non sa formulation définitive, a été conçue pour protéger les terroristes à partir du moment où les troupes de l’Armée syrienne ont commencé à se rassembler autour de la Ghouta orientale.

Mais, indépendamment de qui a présenté le projet de cette résolution au Conseil de sécurité, lorsqu’elle a été adoptée dans sa formulation actuelle, inattendue par les États occidentaux, à commencer par les États-Unis, car relativement avantageuse du fait qu’elle permet de protéger les civils tout en continuant à lutter contre le terrorisme, des ordres ont été donnés aux terroristes pour qu’ils continuent à pilonner Damas. Telle est la vérité.

La preuve en est le délai, de quelques jours, entre son adoption et le nouveau projet de résolution présenté par la délégation britannique [du 24 février au 2 mars, NdT]. Le précédent projet n’ayant pas répondu à leurs attentes, ils sont à la recherche d’un autre. Et, entre les deux, il est indispensable que les gangs de terroristes poursuivent leurs frappes sur les civils innocents.

Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie une seule chose : nous continuerons à lutter contre le terrorisme. Nous ne venons pas de juste commencer à le faire dans la Ghouta orientale. Nous avons commencé à lutter contre le terrorisme partout et dès le premier jour. Nous avons commencé à Alep… Nous avons commencé à Homs… Nous avons commencé à Deir ez-Zor… Et l’opération de la Ghouta orientale est la poursuite de cette lutte contre le terrorisme partout où il se trouve. Mais, il semble que la programmation de ces résolutions coïncide, la plupart du temps, avec l’état de dépression des milices armées ; ce qui fait qu’il est habituel qu’un projet de résolution arrive pour les protéger d’une part, et relever leur moral d’autre part.

  1. Al-Fadaiya TV ( Nizar Al-Rafi’) : Monsieur le Président, les pays occidentaux disent que cette dernière résolution de l’ONU concerne uniquement la situation humanitaire, c’est-à-dire secourir et acheminer les aides. Qu’en pensez-vous ?

Le président Al-Assad : La situation humanitaire telle que présentée, de temps à autre et à tous les niveaux en Occident, est un mensonge stupide équivalent à la stupidité des responsables occidentaux qui ne cessent de le répéter. Personne n’y croit.

Plus précisément : de quand daterait l’histoire humanitaire de cet Occident ? De l’époque du néo-colonialisme ? De la Deuxième Guerre mondiale, quand des millions sont tombés en Union soviétique, sans que les Occidentaux ne les aident et ne se décident à débarquer que lorsqu’ils ont pensé que la Russie pouvait la gagner ? De la guerre de Corée  dans les années cinquante ? Et dernièrement, de la guerre en Irak ou en Syrie ?

Que fait quotidiennement l’alliance occidentale de Deir ez-Zor à Raqqa jusque Hassaké ? Des massacres ! Rien qu’en février, il y a eu plus de quatre massacres contre des civils. Par conséquent, l’humanité dont il s’agit est un terme parmi tant d’autres remplissant le « Dictionnaire politique occidental » ; le dictionnaire des mensonges. Mais, vu l’expérience acquise à force de faire avec, non seulement pendant la guerre mais depuis des décennies, nous avons la capacité de traduire ces termes. Pour nous, dans la logique occidentale, le terme « humanitaire » signifie une seule chose en Syrie : l’Armée syrienne avance !

Par conséquent, toute personne qui ne souhaiterait pas perdre son temps à saisir, des nouvelles du jour, ce qui se passe sur le terrain en Syrie, peut se contenter de rechercher, sur Internet, combien de fois ce terme [humanitaire] est répété par les responsables occidentaux dans leurs médias respectifs. Une nette augmentation de sa fréquence signifie que les choses vont dans le bon sens sur le terrain ; c’est là l’unique explication.

  1. Al-Mayadeen (Mohammad Al-Khodr) : Monsieur le Président, nous sommes au 6ème jour de trêve de la Ghouta orientale. Il n’empêche que les violations continuent ainsi que les tirs d’obus. Plus important encore est le fait qu’aucun civil n’en est encore sorti. Combien de temps va-t-elle durer ?

Le président Al-Assad : Tant qu’il y a des personnes et même une seule personne -nous pensons qu’elles sont une majorité- qui veulent quitter le verrou du terrorisme pour rejoindre le giron de l’État, il faut maintenir une trêve leur ouvrant la voie, afin qu’elles passent vers les régions sous autorité de l’État.

Il n’y a aucune contradiction entre la trêve et les opérations de combat. Les avancées de l’Armée arabe syrienne dans la Ghouta orientale, hier et avant-hier, ont eu lieu au cours de cette trêve. C’est pourquoi, comme je viens de vous le dire, la Résolution [2401] est positive par certains aspects. Elle permet, à la fois, de prendre en considération la situation humanitaire, dans un objectif humanitaire, tout en gardant l’objectif de frapper les terroristes. C’est pourquoi, nous devons poursuivre les opérations parallèlement à l’ouverture d’une voie de sortie aux civils.

  1. Al-Ikhbariya TV ( Rana Ismaïl) : Les discussions vont bon train à propos de l’usage de substances chimiques toxiques par le Gouvernement contre les civils, notamment dans la Ghouta orientale et Idlib. En parallèle, nombre de responsables occidentaux -je parle des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France- ont menacé de lancer une attaque militaire contre le Gouvernement syrien en cas de confirmation. Que répondez-vous à ces accusations ? Les prenez-vous au sérieux ?

Le président Al-Assad : Désormais, le terme « chimique » fait aussi partie du dictionnaire occidental des mensonges. Je crois que nous en avons entendu parler pour la première fois en 2012. Depuis, ils n’ont cessé d’en reparler. Aujourd’hui, six ans après, où sont les résultats réels de l’utilisation d’une telle arme de destruction massive ?

Son utilisation est censée nous avoir conduits à nombre de massacres avec des milliers ou, au minimum, des centaines de morts. Ce qui n’a pas eu lieu, ni quand la Syrie possédait l’arme chimique, ni quand elle y a renoncé. Comment serait-il logiquement possible que, dans ce genre de guerre, une telle arme puisse être utilisée sans même nuire aux civils des zones contrôlées par l’État ou à l’Armée syrienne ? C’est illogique, militairement incorrect, en plus du fait que nous avons clairement renoncé à ces armes en 2013 et qu’il existe une organisation chargée de vérifier cette réalité ; laquelle a mené son enquête. S’il existait la moindre preuve, elle l’aurait fait savoir. Mais il semble qu’ils contribuent à des organisations auxquelles ils ne font fondamentalement pas confiance.

Ajoutez à cela que la plupart des fonctionnaires occidentaux ont parlé de l’utilisation d’armes chimiques, avant de déclarer quelques jours plus tard qu’ils n’en avaient pas la preuve. Autrement dit, ils ont sapé leur propre crédibilité en contredisant leurs propres accusations. C’est pourquoi je répète que ce discours est tout simplement du chantage.

Bien sûr que nous le prenons au sérieux, car c’est un discours qui leur sert habituellement de prétexte pour lancer des frappes sur l’Armée syrienne, comme cela s’est passé lorsqu’ils ont bombardé l’aéroport d’Al-Chaayrate. Nous sommes au cœur de la guerre. Il est normal que nous prenions tout au sérieux.

Et bien sûr que l’Occident cherche depuis le premier jour de la guerre de quoi justifier une guerre totale sur le pays. Mais j’affirme que cette arme n’existe pas et que ce mensonge, ou cette supercherie, ne peut pas passer.

  1. SANA (Waël al-Houeïja) : En plus de la destruction des infrastructures, les massacres commis contre les civils par la Coalition internationale, menée par Washington, se répètent dans les gouvernorats de Deir ez-Zor et de Raqqa, sans la moindre condamnation. Comment l’expliquez-vous, Monsieur le Président ?

Le président Al-Assad : Comme je viens de le dire, la Coalition internationale perpétue les massacres contre les civils, contre les Forces arabes syriennes ou contre les Forces qui combattent Daech aux côtés de l’Armée syrienne.

Depuis que les coalisés ont pénétré illégalement l’espace aérien syrien et ont lancé leurs frappes illégitimes, quelqu’un, parmi-nous, aurait entendu parler d’une seule action efficace qu’ils auraient menée contre Daech ? Ont-ils frappé une seule de ses positions ? Certainement pas ! Autrement dit, nous pouvons dire, en toute simplicité, que cette coalition constitue la force aérienne de Daech, quel que soit le nom qu’elle se donne.

D’un autre côté, qui est censé les condamner ? Parler d’une condamnation internationale suppose d’en appeler aux organisations internationales. Dans une large mesure, ils les contrôlent toutes. Au minimum, ils peuvent les empêcher de prononcer la moindre des condamnations contre eux. C’est ainsi qu’ils ont empêché toute condamnation contre les bombardements de civils à Damas, à Alep et ailleurs. Est-il pensable qu’ils permettent une condamnation à leur encontre ? C’est quelque chose qui ne risque pas d’arriver. Et je pense que c’est la fonction naturelle de la Coalition.

Maintenant, nous pouvons dire que le jeu se fait cartes sur table et que tous les masques portés au début de la guerre sont tombés. Chacun joue ouvertement sa partition.

Maintenant, l’Occident soutient Daech et défend Daech, le Frontal-Nosra et les organisations extrémistes terroristes similaires, sans aucune honte, sous des titres qui ne sont même plus convaincants pour son opinion publique.

C’est pourquoi, comme par le passé, nous ne devrions pas nous attendre, ni à présent, ni à l’avenir, à ce que l’Occident ait un lien quelconque avec le droit international, la morale ou l’humanité.

  1. Al-Alam TV (Houssein Mourtada) : Dernières questions, Monsieur le Président. Comment voyez-vous les tentatives turques pour entrer dans Afrin et l’occuper ? Dans quel but les Forces populaires y entreraient ? Et enfin, soyons réalistes, cette région est hors l’autorité de l’État depuis plusieurs années. Qu’est-ce que cela implique ?  

Comme l’Etat syrien l’a déjà déclaré, les tentatives d’invasion turques sont une agression, il n’y a pas d’autre vision possible et même pas de synonyme : il s’agit d’une agression de la Turquie contre la Syrie.

Et plus qu’une agression, il s’agit d’une question liée à ce qu’Erdogan cherchait depuis le début de la crise. Il tentait de créer une zone tampon pour qu’elle serve de base aux terroristes -qu’il protège- afin de les lancer à l’attaque de l’Armée syrienne, de l’État et du peuple syriens.

À l’époque, l’administration américaine ne l’avait pas autorisé à y aller alors que, comme vous le savez, dans toutes ses déclarations, il n’a cessé d’implorer les États-Unis pour qu’ils créent cette zone tampon et lui permettent de jouer ce rôle ; leur refus étant dû au fait qu’ils considéraient que ladite « armée libre » [ASL] était capable d’exécuter les missions qui lui avaient été confiées par l’Amérique et les États occidentaux.

Mais après la libération de Homs, il y a déjà quelques années, suivie de la libération d’Alep, le rôle de la Turquie est devenu nécessaire. La Turquie a donc commencé à peser ouvertement de tout son poids et de celui des terroristes. Et puis, la libération de Deir ez-Zor a fait que son intervention militaire est devenue indispensable, dans le but de rebattre les cartes.

En effet, il est interdit à l’axe de la lutte contre le terrorisme, Syrie-Iran-Russie, de remporter la victoire. Il faut qu’il reste noyé dans les problèmes et qu’une une longue opération le mène jusqu’à son épuisement. C’est pourquoi, il a fallu que la Turquie intervienne.

Par conséquent, tous les titres qui circulent à propos des Kurdes, ou d’autres, restent de simples titres, car la vérité est que lorsqu’Erdogan a soumis le projet de la zone tampon, le sujet des Kurdes ne se posait pas. Il n’y a pas de lien entre les deux. Il parle du problème kurde au nord-ouest, mais n’en parle plus au nord-est. Où est la différence ? Ce sont là des manœuvres qui témoignent de sa duplicité, sans plus.

Quant à l’entrée des Forces populaires dans Afrin, il est normal que toutes les franges de la société s’unissent à partir du moment où il y a une agression étrangère et que l’Armée arabe syrienne est occupée à combattre le terrorisme ailleurs. Normalement, ce combat est du ressort de l’Armée, mais les circonstances que nous traversons imposent qu’il y ait une Armée qui se bat, des Forces populaires qui se battent, et qu’il y ait une coordination entre les deux.

Merci Monsieur le président.

Merci à vous.

Dr Bachar al-Assad
Président de la République arabe syrienne
04/03/2018

Transcription et traduction par Mouna Alno-Nakhal

Source : Présidence syrienne
https://youtu.be/gTNgqeyhuL0

Notes :

[1] Le conseil des droits de l’homme tient un débat urgent sur la situation dans la Ghouta orientale, en République arabe syrienne
https://www.unog.ch/unog/website/news_media.nsf/(httpNewsByYear_en)/BEBA83FCCBAD883CC12582440065ABCC?OpenDocument

[2] Syrie : Échec des tractations secrètes sur la Ghouta orientale
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/02/27/syrie-en-marge-des-bombardements-echec-des-tractations-secretes-sur-la-ghouta-orientale_5263140_3218.html

[3] PS : À l’heure où nous achevons cette traduction, nous apprenons que le Conseil des droits de l’homme a approuvé le projet de résolution du Royaume-Uni par 29 voix pour, 4 voix contre, et 14 abstentions. D’après le correspondant d’Al-Mayadeen à Genève, le Conseil a rejeté tous les amendements proposés par la Russie. En revanche, il n’a pas fait de commentaires sur les amendements proposés par l’Afrique du Sud.
http://www.almayadeen.net/news/politics/863054/%d8%

 

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.mouna_alno-nakhal.070318.htm

Cybermonnaies : Vladimir Poutine affiche sa détermination

Cybermonnaies : Vladimir Poutine affiche sa détermination

Dans une vidéo (non contextualisée) diffusée hier sur Youtube par la chaine Russia Insight, Vladimir Poutine répond à une question de Herman Gref, président de la Sberbank [1], à propos de blockchain et de minage de « monnaie virtuelle ». Dans sa réponse le président russe affirme sa volonté de s’emparer pleinement et rapidement du sujet qui présente des enjeux de souveraineté forts : « L’âge de Pierre ne s’est pas achevé en raison du manque de pierres, mais parce que de nouvelles technologies sont apparues ». [2]

Avertissement : La traduction qui suit, non professionnelle, a été obtenue depuis le texte anglais proposé par Russia Insight. Si un lecteur russophone veut proposer un meilleur texte, il est le bienvenu.

Herman Gref : « La seconde technologie est blockchain. Nous n’avons pas besoin d’aide sur ce sujet, mais nous proposons d’inscrire cette discipline dans la formation des professionnels. Nous allons mettre en œuvre ces technologies mais nous avons besoin d’experts dans ce domaine et d’une règlementation prudente nous assurant qu’il n’y aura pas d’interdictions. La monnaie virtuelle a provoqué l’installation massive à l’étranger de data centers dédiés aux startups minières. Il faut faire preuve de prudence, mais il est clair que nous avons besoin d’une législation en la matière, car cette technologie a un impact énorme. »

Vladimir Poutine : « Ce n’est pas la première fois que nous évoquons ce sujet. [Si nous sommes tous convaincus ici], certains de nos concitoyens pourraient se demander pourquoi nous aurions besoin de tout cela ? Nous avons tout ce qu’il nous faut : du pétrole, du gaz, du charbon, des métaux de toutes sortes – ferreux et non ferreux – de l’or, du platine, des diamants… tout ! Notre industrie se porte bien et la production augmente. Nous disposons également de bonnes ressources intellectuelles… Mais nous devons avancer plus loin. Voilà ce dont nous avons besoin. Et nous devons travailler pour ça. L’un de nos collègues, ex-ministre du pétrole d’un pays arabe, a déclaré que l’âge de Pierre ne s’était pas achevé en raison du manque de pierres, mais parce que de nouvelles technologies étaient apparues [2]. Aujourd’hui de nouvelles technologies apparaissent dans le monde et ceux qui sont en retard dans cette course le paieront […] très rapidement, car ils seront sous la dépendance totale de ceux qui dirigent ces processus. La Russie ne peut pas permettre cela. Le plus important c’est que nous avons l’opportunité et les moyens d’être à jour si nous nous appuyons sur les atouts dont nous disposons. Il est donc important d’en tirer pleinement parti. »

 

Bitcoin en Russie :

– 18 janvier 2014 : rumeur d’une proposition de loi visant à rendre illégal ou, du moins, à freiner l’usage de Bitcoin. L’information n’est cependant pas officielle.

– 27 janvier 2014 : la Banque Centrale de la fédération émet un avis qui stipule que l’échange de bitcoins contre des roubles, des devises, des biens ou des services, sera désormais considéré comme « une implication potentielle dans la mise en œuvre d’opérations suspectes conformément à la législation sur la neutralisation du blanchiment des produits de la criminalité et le financement du terrorisme ».

– 6 février 2014 : le procureur général de la Fédération de Russie publie un communiqué qui annonce la mise en place d’un certain nombre de « solutions spécifiques » pour lutter contre Bitcoin, désormais considéré comme illégal.

– Juillet 2014 : Gueorgui Lountovskiy, vice-président de la Banque centrale de Russie, souhaite un contrôle législatif et une approche prudente à l’égard de Bitcoin qu’il considère comme « un instrument d’avenir ».

– Août 2014 : Le ministère des Finances de la fédération de Russie prépare un projet de loi visant à interdire l’usage des « monnaies virtuelles indépendantes » accusées de faciliter « l’économie de l’ombre » et de permettre « l’achat de marchandises illégales ».

– Octobre 2014 : Le ministère des Finances de la fédération de Russie présente son projet de loi et rend illégal l’utilisation des « substituts de monnaie […] y compris sous forme électronique ».

– Janvier 2015 : les autorités de la fédération de Russie placent les principaux sites parlant de Bitcoin (notamment bitcoin.org) dans la liste de sites que les fournisseurs d’accès ont l’obligation de bloquer.

– Juin 2015 : Banque Centrale de Russie (CBR) organise une rencontre avec les représentants des marchés financiers pour traiter de l’avenir du Bitcoin en Russie. Certains journaux y voient le signe d’un assouplissement de la politique à l’égard de Bitcoin.

– Lors d’un forum éducatif diffusé sur la chaine Rossiya 24, Vladimir Poutine adopte une position très ambiguë, affirmant à la fois que les « monnaies électroniques ne reposent sur rien », qu’elles ne sont « pas garanties », que leur utilisation « pose de réels problèmes » mais qu’elles ne sont pas pour autant illicites en Russie.

– 26 octobre 2015 : la presse russe rapporte que le ministère des Finances propose de punir de quatre ans d’emprisonnement « la production et l’utilisation de crypto-monnaies ».

– 2 février 2016 : Le ministère de l’intérieur de la Fédération du Russie propose de condamner les utilisateurs de Bitcoin à un an de « rééducation par le travail » et  d’une amende d’un demi-million de roubles.

– 10 mars 2016 : Le ministère de l’intérieur de la Fédération du Russie durcit sa proposition de sanction : jusqu’à quatre ans d’emprisonnement pour les simples utilisateurs et six ans pour les membres de groupes organisés.

– Fin mai 2016, les autorités russes annoncent vouloir élaborer leur propre monnaie numérique.

– Août 2016 : les autorités russes suspendent le projet de loi visant à pénaliser l’usage de Bitcoin.

– Août 2017 : Le média russe RBC rapporte que le gouvernement russe envisagerait de développer sur le sol russe des infrastructures de calcul dédiées aux crypto-monnaies.

– Octobre 2017 : Vladimir Poutine appelle à la mise en place d’un environnement réglementaire équilibré pour les crypto-monnaies.

– Janvier 2018 : Le ministère des Finances envisage de restreindre la négociation des cybermonnaies aux investisseurs « qualifiés ».

 


[1] Plus grande banque d’Europe orientale, la Sberbank est le troisième établissement bancaire européen en termes de capitalisation.

[2] La phrase originale est de Sheikh Ahmed Zaki Yamani, ministre du Pétrole en Arabie Saoudite de 1962 à 1986 : « L’âge de pierre ne s’est pas terminé par manque de pierres. L’âge du pétrole ne s’achèvera pas avec le manque de pétrole. »

https://bitcoin.fr/cybermonnaies-vladimir-poutine-affiche-sa-determination/#more-29851

Xavier Moreau : bitcoin et blockchain, menaces ou opportunités ?

Nous sommes le
18 February 2018
2017-year-of-the-bitcoin

Xavier Moreau : bitcoin et blockchain, menaces ou opportunités ?

Nous soutenir : https://www.paypal.me/Metaculture

https://www.tipeee.com/les-non-alignes

Pointé du doigt par certains souverainistes qui voient en lui une menace contre l’un des attributs régaliens de l’Etat, le bitcoin l’est aussi par certains globalistes comme George Soros qui craignent un effritement des monopoles financiers actuels. Qu’en est-il réellement et qu’est-ce que la technologie « blockchain » permet-elle d’envisager comme changements dans un avenir proche ?

L’analyste Xavier Moreau nous livre ici des éléments de prospective quant à l’avenir des monnaies cryptographiques et de la technologie blockchain.

Entretien réalisé par Pierre-Antoine Plaquevent pour les-non-alignés.fr

http://www.les-non-alignés.fr/xavier-moreau-bitcoin-et-blockchain-menaces-ou-opportunites/

Vidéo] Emmanuel Todd sur Macron et les médias

Source : Youtube, Le Média, 25-01-2018

Interview d’Emmanuel Todd par Aude Lancelin sur la chaîne Le Média.

Interview d’Emmanuel Todd par Aude Lancelin sur la chaîne Le Média

31 réponses à [Vidéo] Emmanuel Todd sur Macron et les médias

Commentaires recommandés   Pour lire les 31 réponses , cliquez sur le lien :https://www.les-crises.fr/video-furieux-emmanuel-todd-dezingue-macron-et-les-medias-je-suis-censure-sur-franceinter/

Interview du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov accordée au quotidien Kommersant

La vision russe des événements en cours. A prendre, comme toujours, avec esprit critique et recul.

Source : Ministère des affaires étrangères Fédération de Russie, Kommersant, 21-01-2018

Question: Aujourd’hui, tout le monde attend avec impatience la publication de deux rapports de l’Administration américaine: le “Rapport Kremlin” sur les responsables et oligarques proches des dirigeants russes, et celui sur la nécessité d’introduire de nouvelles sanctions économiques fermes contre Moscou. Si tous ces textes se soldaient par le renforcement de la politique de sanctions de Washington, quelle serait la réaction de Moscou?

Sergueï Lavrov: Cette question est hypothétique. Nous avons déjà indiqué à plusieurs reprises que nous n’aspirions d’aucune manière à la confrontation. A notre avis, l’introduction de sanctions n’a aucun fondement raisonnable. Quant aux objectifs annoncés de ces mesures, ils n’ont aucun sens non plus car depuis plusieurs années que ces sanctions sont en vigueur, leurs auteurs auraient certainement pu se rendre compte du fait que ces initiatives ne modifient en rien la politique honnête, ouverte et constructive de la Russie. Notre position indépendante et autonome dans les affaires internationales s’appuie sur nos intérêts nationaux et ne peut pas être changée sous la pression extérieure. Elle est définie par le Président russe sur la base des intérêts répondant aux besoins du peuple russe. La popularité considérable de notre politique étrangère au sein de la société est, selon moi, la meilleure preuve de l’inutilité de toute tentative de modifier notre politique étrangère en faisant pression sur les élites et certaines entreprises.

Bien que nous n’ayons aucun intérêt à renforcer la spirale de confrontation, nous ne pouvons naturellement pas ignorer les tentatives de punir la Russie – cela concerne notre propriété, les sanctions que vous mentionnez ou les tentatives d’utiliser le sport à ces fins. Beaucoup d’éléments indiquent qu’outre les cas tout à fait réels de dopage chez nos sportifs, ainsi que chez ceux de nombreux autres pays – ces cas sont parfaitement connus mais personne ne fait aucun bruit, on les analyse selon les procédures fixées -, une campagne commandée basée sur le principe utilisé déjà dans d’autres secteurs de la vie internationale en ce qui concerne la communication avec la Russie et ses partenaires est menée contre nous. Si je ne me trompe pas, Richard McLaren a indiqué dans son rapport qu’il n’existait aucune preuve et qu’il ne savait pas comment tout avait été fait, mais que les auteurs savaient comment on «pourrait» le faire. Aucun tribunal normal, dans n’importe quel pays, n’accepterait jamais d’accusations de ce genre. Ces affirmations assez exotiques servent pourtant de base aux décisions de priver notre pays de JO.

Ce contexte rappelle la situation autour du Boeing malaisien: trois jours après cette tragédie les États-Unis ont demandé de lancer une enquête en affirmant qu’ils savaient à qui était la faute, et qu’ils étaient certains que les experts confirmeraient leur point de vue.

On peut également noter le cas plus ancien d’Alexandre Litvinenko. A l’époque, les autorités britanniques affirmaient que l’enquête confirmerait ce qu’elles savaient déjà. Ce manque d’objectivité teinté de russophobie est en effet sans précédent. On n’avait vu rien de tel même pendant la Guerre froide. On avait à l’époque des règles et des normes réciproques de conduite. Aujourd’hui, toutes ces normes ont été rejetées.

Question: La situation est-elle donc pire qu’à l’époque de la Guerre froide?

Sergueï Lavrov: Concernant les normes de conduite, c’est en effet possible. Mais si l’on compare les manifestations concrètes de confrontation, les opinions diffèrent. D’une part, il y avait à l’époque une stabilité négative entre deux blocs rigides, entre deux systèmes mondiaux – socialiste et impérialiste. Aujourd’hui on ne constate plus aucune divergence idéologique. Tout le monde a adopté l’économie de marché et la démocratie. Malgré les différentes attitudes que l’on peut adopter envers ces dernières, dans tous les cas on a les élections, les libertés et les droits fixés dans la Constitution.

Par ailleurs, la concurrence reste présente même en l’absence de divergences idéologiques, ce qui est parfaitement normal. Mais la concurrence doit être honnête. Tous les pays ont évidemment leurs propres moyens de promotion de leurs intérêts, leurs services secrets, leurs lobbyistes employés, leurs ONG qui avancent tel ou tel agenda. C’est normal. Mais si on nous dit que la Russie est obligée d’éviter toute pression sur les ONG financées de l’étranger, mais n’a aucun droit de réagir aux actions du même genre contre ses propres ONG à l’étranger, cela ressemble à un “deux poids deux mesures”.

Je voudrais également souligner un autre élément. Même sans divergences idéologiques on promeut la croissance matérielle du potentiel militaire. Ce qui n’était pas le cas à l’époque de la Guerre froide.

Question: Mais on avait la course aux armements…

Sergueï Lavrov: La course aux armements restait cantonnée au cadre de la géopolitique adoptée par les deux parties. Il existait une certaine ligne de démarcation entre l’Otan et le Pacte de Varsovie, qui développaient leurs armes des deux côtés de cette dernière. En résultat, l’URSS a épuisé ses forces dans cette course. Les “guerres des étoiles” et autres inventions du genre ont joué un rôle, bien que ce dernier n’ait pas été décisif. L’URSS s’est dissoute parce que le pays-même, ses élites, n’ont d’abord pas ressenti la nécessité de réformes. Ensuite, quand ils ont lancé des transformations, ces dernières n’ont pas pris la bonne voie. Mais dans le contexte actuel d’élargissement de l’Otan à l’Est, il n’existe en effet aucune règle. On n’a plus de limite qui serait une “ligne rouge”.

Question: Et la frontière de la Fédération de Russie?

Sergueï Lavrov: Si nous disions n’avoir aucun intérêt dans la région, dans l’espace euroatlantique, alors oui: la frontière de la Fédération de Russie serait cette “ligne rouge”. Mais nous avons des intérêts tout à fait légitimes car des populations russes se sont retrouvées à l’étranger suite à la dissolution de l’URSS, car nous avons des liens culturels, historiques, personnels et familiaux étroits avec nos voisins. La Russie a le droit de défendre les intérêts de ses compatriotes, surtout si ces derniers sont persécutés comme c’est le cas dans beaucoup de pays, ou si l’on viole leurs droits comme en Ukraine où a annoncé tout de suite après le coup d’État qu’il fallait limiter la langue russe.

Question: Mais ils ont fait marche arrière…

Sergueï Lavrov: Oui, mais cela a tout de même été dit. Suite au coup d’État, la première initiative du Parlement a été de montrer “sa place” à la langue russe. Elle devait se trouver à l’arrière-plan, selon les députés. Deux jours après, on a déclaré qu’il fallait expulser les Russes de Crimée car ils n’honoreraient jamais Stepan Badera et Roman Choukhevitch.

Suite à ma conférence de presse, un quotidien allemand a écrit que “Sergueï Lavrov avait altéré les faits” et présenté une “manifestation pacifique des Tatars de Crimée devant le Conseil suprême de la Crimée comme une tentative d’expulser les Russes de la péninsule”. Il suffit pourtant de regarder les vidéos de l’époque où le Conseil suprême était entouré de jeunes gens furieux, sans parler des “trains de l’amitié” que Dmitri Iaroch envoyait en Crimée.

Cette histoire ukrainienne est celle du coup d’État, de la trahison du droit international par l’Occident: l’accord signé par les Ministres des Affaires étrangères des pays principaux de l’Union européenne a tout simplement été piétiné. Ensuite, l’UE s’est mise à nous persuader que cet événement était tout à fait logique et qu’on ne pouvait plus rien faire. Franchement, c’est une honte pour l’Europe. Nous constatons cette réalité historique mais choisissons la mise en œuvre des Accords de Minsk au lieu de l’isolement.

Mais revenons aux “lignes rouges”. Il s’agissait d’une “ligne rouge”, tout comme dans le cas de Mikhaïl Saakachvili qui avait franchi une autre “ligne rouge” en lançant une attaque contre l’Ossétie du Sud, où étaient déployées les forces de maintien de la paix russes, ossètes et géorgiennes. Les troupes géorgiennes ont pourtant été retirées quelques heures avant le début de cette offensive absolument illégitime et provocatrice.

La Russie a ses intérêts, et les autres doivent en tenir compte. Elle a ses “lignes rouges”. A mon avis, les hommes politiques sérieux en Europe comprennent la nécessité de respecter ces “lignes rouges”, tout comme à l’époque de la Guerre froide.

Question: Mais revenons aux Américains. Selon les médias américains, en mars 2017 la Russie a transmis aux États-Unis au format “non-paper” des propositions concernant la normalisation des relations en plusieurs points. Ces propositions restent-elles en vigueur compte tenu du renforcement de la pression des sanctions par la partie américaine et de tout ce qui s’est passé depuis un an dans les relations russo-américaines?

Sergueï Lavrov: Les propositions restent toujours en vigueur. Nous ne faisons jamais une mine indignée mais tentons de comprendre le contexte des actions entreprises par les Américains ou d’autres collègues. Dans ce cas-là, nous comprenons parfaitement qu’un véritable cocktail de facteurs a provoqué cette agressivité inédite de l’establishment américain, comme on dit.

Le facteur principal est que les démocrates ne peuvent pas accepter leur défaite après qu’ils ont fait tellement d’efforts, notamment pour évincer Bernie Sanders – ce qu’on préfère actuellement oublier. Il s’agit pourtant d’une manipulation directe des élections et d’une violation grossière de la Constitution américaine.

Le deuxième facteur est que la plupart des républicains ont hérité d’un Président hors-système qui n’avait de liens avec aucun niveau de l’establishment républicain, mais a obtenu ses voix dans le champ républicain lors des primaires. Quelle que soit votre attitude envers les actions du Président américain Donald Trump ou votre vision de ses actions pas très habituelles pour les diplomates et les politologues traditionnels…

Question: Il casse toutes les ententes internationales comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Sergueï Lavrov: Quelle que soit votre attitude envers ses actions, nous parlons actuellement des raisons de l’indignation inédite des politiciens américains. Les républicains n’ont pas vraiment apprécié l’arrivée au pouvoir d’un homme qui avait montré que le système existant depuis des décennies – plus de 100 ans – dans le cadre duquel deux partis avaient défini les règles du jeu – je prends aujourd’hui le pouvoir pour 4 ans et ensuite encore 4, et tu attends dans le secteur des affaires pour monter ensuite au sommet, alors que je me réorienterai vers le business – s’était écroulé à cause de la victoire de Donald Trump. Son arrivée ne s’explique pourtant pas par son caractère messianique, mais par le fait que la société est fatiguée et ne veut plus tolérer ce changement traditionnel de leader, qui ne signifie rien en réalité.

Si l’on observe la structure de la société américaine, on comprend que cette dernière fait face à des processus démographiques très intéressants. Ce n’est pas par hasard que les éléments ethniques provoquent actuellement des débats longs et profonds sur la renaissance ou le renforcement du racisme, qui a toujours été présent de manière latente ou ouverte au sein de la politique américaine. Il s’agit de processus très compliqués qui prendront beaucoup de temps. Encore une fois, la première raison en est la défaite des démocrates, qu’ils ne peuvent toujours accepter. La deuxième raisons est l’écroulement du système bipartisan. Cette procédure “à l’amiable” était présente lors de beaucoup de campagnes électorales. Le troisième élément – parmi beaucoup d’autres – que je voudrais souligner est le sentiment de la perte des capacités d’influer sur tous les processus mondiaux dans les intérêts des États-Unis. Cela pourrait sembler paradoxal, mais c’est la réalité. On en ressentira encore les effets pendant longtemps.

Même à l’époque de la Guerre froide les États-Unis étaient beaucoup plus puissants, notamment grâce à leur part dans l’économie mondiale et leur rôle absolument dominant dans le système monétaire mondial, car l’euro n’existait pas encore et personne ne savait rien du yuan, sans parler du rouble. Aujourd’hui, les États-Unis assurent de 18% à 20% du PIB mondial. Il ne s’agit plus de la moitié comme par le passé, ni surtout des chiffres d’après la Seconde Guerre mondiale.

Ce sentiment que tout n’est plus décidé par un seul centre se manifeste également dans la campagne russophobe. Il y a encore la Chine et d’autres pays importants dont beaucoup préfèrent ignorer les dérives américaines. Pour nous, il est difficile de le faire car les deux premières raisons – la défaite des démocrates et l’écroulement du système – font qu’on nous montre du doigt. Il y a eu des contacts entre certaines personnes et des représentants des élites politiques américaines, ou entre l’Ambassadeur russe aux États-Unis Sergueï Kisliak et le conseiller du président Donald Trump pour la sécurité nationale Michael Flynn. Cela est absolument normal et n’aurait pas dû provoquer des réactions de ce genre, surtout que c’est bien peu par rapport à ce que les diplomates américains font en Russie et ce dont on tente d’incriminer à l’Ambassadeur et l’Ambassade russes aux États-Unis.

Mais comme nous n’avons pas réagi aux mesures hostiles et coercitives adoptées contre l’Ambassadeur russe qui avait refusé de changer son attitude, de renoncer à son indépendance et de s’excuser pour des événements qui n’avaient jamais eu lieu, cela n’a fait qu’aggraver leur agitation. On s’est naturellement mis à nous accuser de tous les erreurs et échecs américains. On nous utilise comme une sorte de paratonnerre face à ce qui s’est passé au Mexique, en France…

Question: Même à Malte…

Sergueï Lavrov: N’importe où: on parle de la Russie, de la Russie et de la Russie. C’est très simple et facile pour une propagande “stupide”. Les électeurs entendent les slogans très simples de la CNN: “La Russie s’est ingérée encore une fois…” Si on le répète mille fois, cela prend racine dans l’esprit.

Question: Il semble que personnellement, vous justifiiez les choix du Président américain Donald Trump. Mais personne ne l’a obligé à signer la loi sur les livraisons d’armes en Ukraine ou celle sur les sanctions d’août dernier.

Sergueï Lavrov: Je ne tente d’idéaliser personne. Il faut évidemment comprendre que quand on adopte des projets de loi par la majorité des voix – 95% dans ce cas – le Président ne réfléchit pas à la réalité, à la légalité, à la légitimité ou à la justesse de la loi, mais se rend compte du fait que son veto sera surmonté dans tous les cas.

Question: Mais qu’en est-il avec la loi sur les livraisons d’armes en Ukraine? Barack Obama ne l’avait pas signée…

Sergueï Lavrov: Ma réponse est la même. Il sait parfaitement que le Congrès le forcera à le faire. Si le Président américain Donald Trump refusait de suivre la volonté de la majorité écrasante du Congrès – qui existe en réalité – son veto serait surmonté. Il s’agit de la mentalité de la politique intérieure américaine. Si le veto présidentiel est surmonté – même s’il est tout à fait juste et répond aux intérêts américains à long terme – cela constitue une défaite du Président. C’est tout.

Quand le Président américain Donald Trump m’a accueilli à la Maison blanche, a parlé au Président russe Vladimir Poutine à Hambourg et plus tard par téléphone, je n’ai constaté de sa part aucune volonté de lancer des actions torpillant ses slogans électoraux sur son aspiration à entretenir de bonnes relations avec la Russie. Mais les circonstances ne sont pas favorables. La combinaison des trois facteurs – la défaite d’Hillary Clinton, le caractère hors-système de Donald Trump et la nécessité d’expliquer les échecs américains sur l’arène internationale (et ce n’est pas tout) – explique la situation actuelle. Alors que les États-Unis s’impliquent dans ce processus très répréhensible et constatent une position calme de la Russie qui ne se permet aucune réaction hystérique – nous avons parfois répondu, mais dans le cadre du strict minimum. Nous poursuivons notre politique visant à régler les conflits et à travailler sur les marchés desquels les Américains voudraient nous repousser. Tout cela commence à irriter ceux qui promouvaient un agenda russophobe. C’est dommage. Nous sommes pourtant encouragés par le fait qu’on entend ces derniers temps de la part de certains congressistes, politologues et diplomates américains – de manière discrète, au cours de conversations confidentielles – la confirmation du caractère absolument anormal de cette situation et de la nécessité d’y remédier. Dans tous les cas, tout le monde reconnaît l’erreur de ceux qui ont tenté de nous mettre au pied du mur, car on n’arrive manifestement pas à nous isoler. Il suffit de consulter le calendrier des rencontres et des voyages du Président russe et des membres du Gouvernement pour se rendre compte de l’échec des tentatives d’isolement. Selon eux, ils comprennent qu’ils sont allés trop loin sur cette question mais ils nous demandent de faire le premier pas pour qu’ils puissent dire que la Russie a “bougé”. Cette psychologie crée évidemment le sentiment que la mentalité de superpuissance nuit aux États-Unis. Ils proposent de faire quelque chose dans le dossier ukrainien.

Question: Est-ce que “bouger” veut dire renforcer le contrôle des actions des séparatistes dans le Donbass, les forcer à arrêter les tirs, à assurer le retrait des armes et à respecter absolument tous les points de base des Accords de Minsk?

Sergueï Lavrov: Nous ne nous opposons d’aucune manière au retrait des armes et au cessez-le-feu, qui ne doivent pourtant pas être assurés que par Donetsk et Lougansk mais aussi par l’armée ukrainienne. Beaucoup de témoignages de vos collègues, notamment des journalistes de BBC et d’autres médias qui ont visité en 2018 la ligne de démarcation, indiquent que les bataillons tels que Azov ne sont contrôlés par personne à part leur commandants. L’armée ukrainienne, les forces armées ukrainiennes n’ont aucune influence sur ces derniers. Ils n’écoutent personne. Cela transparaît notamment dans blocus qu’ils ont lancé malgré les dénonciations du Président ukrainien Petro Porochenko, qui avait publiquement promis d’éliminer ce blocus qui contredit absolument les accords de Minsk et même envoyé des forces afin de le lever, mais a échoué. Ensuite, il a décidé que la meilleure solution était de retourner sa veste et d’adopter un décret légalisant ce blocus. Il est donc certainement nécessaire d’arrêter les tirs et de retirer les troupes et les armes lourdes, mais des deux parties.

Comme je l’ai déjà indiqué en conférence de presse, la volonté de réduire tout l’éventail de questions géopolitiques à l’Ukraine – on nous appelle à faire retirer un bataillon de Donetsk ou de Lougansk afin de créer les conditions nécessaires pour l’affaiblissement des sanctions – est indigne des personnes qui occupent des postes très importants mais tiennent de tels propos.

Question: Verra-t-on des forces de maintien de la paix dans le Donbass en 2018?

Sergueï Lavrov: Cela ne dépend pas de nous. Si cela avait été le cas, elles y auraient été déployées il y a longtemps.

Question: Quels obstacles existent encore aujourd’hui? La Russie est-elle prête à des concessions pour les éliminer?

Sergueï Lavrov: Il n’existe qu’un obstacle: personne ne veut examiner concrètement nos propositions.

Question: Mais les Américains ont proposé des amendements. Sont-ils étudiés?

Sergueï Lavrov: Personne ne nous a proposé aucun amendement, même si nous le voulions. J’ai parlé au Ministre ukrainien des Affaires étrangères Pavel Klimkine, à nos collègues français et allemands. Ils affirment qu’il s’agit d’une initiative juste et bonne, mais qu’on a besoin d’encore autre chose. Alors parlons-en. Expliquez-nous vos propositions et nous établirons si ces dernières sont conformes à la mise en œuvre des accords de Minsk. Dans tous les cas, le projet de résolution stipule notre attachement absolu au principe de l’Ensemble de mesures prévoyant la concertation de toutes les actions par Kiev, Donetsk et Lougansk. On nous répond qu’il faut réfléchir car on peut faire autre chose. Mais tout reste limité aux paroles, personne ne débat avec nous de ces problèmes. Les idées avancées hors du travail sur notre projet de résolution ont une orientation tout à fait différente. Notre projet souligne l’immuabilité des Accords de Minsk et la nécessité de protéger la mission d’observation de l’OSCE, dont les conditions de travail sont parfois dangereuses. Les gardes armés de l’Onu doivent suivre les observateurs dans tous leurs déplacements. C’est la logique juridique des Accords de Minsk. On nous dit que si nous acceptons le concept des forces de maintien de la paix, ces dernières doivent assumer la responsabilité de tous les événements à droite de la ligne de démarcation. Laissons-les assurer la sécurité sur ce territoire jusqu’à la frontière russe, disent-ils. Dans ces conditions, on pourrait selon eux organiser les élections et tout irait bien.

Question: N’est-ce pas raisonnable?

Sergueï Lavrov: Raisonnable? Vous le pensez réellement?

Question: Les troupes de maintien de la paix de l’Onu sont une force à laquelle on pourrait confier la sécurité de la région.

Sergueï Lavrov: Les Accords de Minsk stipulent qu’il faut d’abord engager l’amnistie, assurer la mise en œuvre de la loi sur le statut spécial de la région – qui a été adoptée mais n’est pas encore entrée en vigueur – et incorporer cette dernière à la Constitution avant d’organiser les élections. Les citoyens qu’on tente actuellement d’étrangler par un blocus illégal et dont les câbles et les services de téléphonie mobile sont coupés afin de les isoler du monde extérieur, au moins de l’État ukrainien, doivent savoir qu’ils ne sont ni des criminels de guerre ni des terroristes, comme les considère Kiev qui a lancé une opération antiterroriste bien qu’aucun habitant de ces régions n’ait agressé personne. Je voudrais attirer votre attention sur le fait que ce sont eux qui ont été attaqués. Il faut que ces personnes sachent, premièrement, qu’elles ne sont pas en danger et que l’amnistie couvre tous les événements des deux côtés. Deuxièmement, elles doivent être certaines de recevoir la garantie – les Accords de Minsk le stipulent littéralement – de pouvoir conserver leur lien avec la langue et la culture russe, leur relation spéciale avec la Russie indépendamment de la politique des autorités de Kiev, ainsi que leur police populaire et leur propre voix pour la nomination des juges et des procureurs. Ce sont les principes essentiels. Ce n’est pas très compliqué. Qui plus est, si je ne me trompe pas, environ 20 régions ukrainiennes ont envoyé il y a 18 mois à Kiev une proposition officielle de lancer les négociations sur leur décentralisation, pour qu’on leur délègue des pouvoirs et pour qu’elles signent des accords spéciaux avec le centre. Il s’agit donc d’une fédéralisation normale. On peut l’appeler “décentralisation” si l’on a tellement peur du mot “fédéralisation”. Mais quand on nous dit qu’on fera tout – lancer l’amnistie, mettre en place le statut spécial et organiser les élections – mais seulement après qu’on aura transmis la région aux forces internationales pour qu’elles y donnent le “la”, nous ne pouvons pas l’accepter. C’est une ligne rouge. Tout le monde le comprend et avance ces propositions avec l’objectif très répréhensible de profiter du sujet des forces de maintien de la paix.

Les Accords de Minsk ont été adoptés par le Conseil de sécurité de l’Onu. Ils stipulent clairement que toutes les actions nécessaires doivent être concertées par Kiev et certains districts des régions de Donetsk et de Lougansk. Nous faisons confiance à l’Onu et à l’OSCE qui, par ailleurs, fait un bon travail dans un contexte très sérieux. Mais on ne peut pas rayer tout simplement la partie politique des Accords de Minsk. La promesse de la mettre en œuvre après la prise de contrôle de ce territoire par une administration onusienne semble douteuse. Si les auteurs de cette idée arrivent à persuader Donetsk et Lougansk: allez-y, nous ne nous y opposerons pas. Tout cela est prévu par les Accords de Minsk et approuvé par le Conseil de sécurité de l’Onu. Mais je pense que ceux qui avancent ce concept veulent tout simplement étrangler ces deux territoires.

Je vais vous rappeler une chose intéressante: les Accords de Minsk évoquent l’amnistie, le statut spécial et les élections. Dans cet ordre. Dans le cadre du Groupe de contact et du Format Normandie, la partie ukrainienne propose pourtant de l’inverser, c’est-à-dire d’assurer d’abord la sécurité totale, y compris l’accès à l’étranger, pour ensuite résoudre les autres questions. Nous leur expliquons depuis des années que le rétablissement complet du contrôle ukrainien de cette partie de la frontière avec la Fédération de Russie est le dernier point des accords de Minsk. D’abord, il faut assurer ce que nous venons de mentionner. Puis ils disent qu’ils ne peuvent pas accorder de statut spécial à ces populations car ils ne savent pas qui sera élu lors des élections locales. Nous leurs demandons donc s’ils n’accorderont ce statut qu’à ceux qui leur conviendront. Ils répondent que c’est en effet le cas. Cette position n’est pourtant très diplomatique compte tenu du fait que leur président a signé un texte stipulant une succession des événements tout à fait différente. Dans tous les cas, nous avons accepté le compromis baptisé “formule de Frank-Walter Steinmeier”. Il stipule que la loi sur le statut spécial doit entrer en vigueur de manière provisoire le jour des élections pour devenir définitive après la publication du rapport final de l’OSCE qui devrait assurer l’observation au cours de ces élections. Ce travail prend d’habitude deux mois. Les Ukrainiens ont accepté cette façon d’agir. Les chefs d’État se sont entendus sur ce point en octobre 2015 à Paris. On a tenté pendant un an de porter cette formule sur le papier mais les Ukrainiens s’y sont opposés. Ensuite, les parties se sont rencontrées en 2016 à Berlin. Nous avons demandé des explications quant au manque de progrès dans la mise en œuvre de la formule de Steinmeier, et les Ukrainiens ont répondu qu’il était impossible de connaître d’avance le contenu du rapport. D’accord: écrivons donc que la loi sur le statut spécial doit entrer en vigueur de manière provisoire le jour des élections pour devenir définitive après la publication du rapport final de l’OSCE à condition que ce dernier confirme la légitimité et la justesse des élections. Tout le monde l’a accepté. Plus d’un an est déjà passé depuis, mais les Ukrainiens refusent toujours de fixer cette formule noir sur blanc. Ce n’est qu’un exemple. Un autre est aussi très éloquent. Le premier concernait la politique, et celui-là la sécurité. Les parties se sont entendues en octobre 2016 à Berlin pour lancer sérieusement le retrait des armes lourdes et prévenir leur retour vers la ligne de contact. Elles ont choisi trois villes-pilotes: Zolotoïe, Pokrovskoïe et Stanitsa Louganskaïa. A Zolotoïe et à Pokrovskoïe tout a rapidement été accompli, mais on n’arrive toujours pas à le faire à Stanitsa Louganskaïa. Les Ukrainiens affirment qu’ils ont besoin de sept jours de trêve avant de lancer le retrait de leurs armes lourdes. L’OSCE a constaté depuis – y compris de manière publique – plus d’une dizaine de périodes de trêve qui ont duré sept jours voire plus. Les Ukrainiens affirment qu’ils ont d’autres statistiques et qu’ils ont enregistré plusieurs tirs. Les Allemands, les Français et l’OSCE-même comprennent parfaitement qu’il s’agit d’insinuations. L’engagement politique de nos partenaires occidentaux les empêche malheureusement de faire pression sur les autorités de Kiev, de les forcer à mettre en œuvre ce qu’elles ont promis, notamment à la France et à l’Allemagne. C’est triste. Si tu as misé à l’époque sur un politicien, sur le pouvoir qui s’est installé à Kiev suite au coup d’État, il est visiblement très difficile d’abandonner cette position sans “perdre la face”. Nous le comprenons et gardons notre calme. Nous ne faisons pas de scandale à cause du torpillage complet des Accords de Minsk par Kiev, mais tenterons d’obtenir calmement l’accomplissement des ententes obtenues. Trop d’accords obtenus avec tant de peine sont actuellement mis en cause: les Accords de Minsk, l’entente sur l’Iran etc.

Question: La Rada a adopté jeudi la loi sur la réintégration du Donbass. La réaction des capitales européennes a été neutre, alors que Moscou a vivement critiqué ce texte. Pourquoi? Quelles pourraient être, selon vous, les conséquences pratiques de l’adoption de cette loi?

Sergueï Lavrov: D’un point de vue juridique, la loi sur la réintégration tire un trait sur les Accords de Minsk approuvés unanimement par le Conseil de sécurité de l’Onu dans sa résolution adoptée quelques jours après la rencontre des quatre leaders du Format Normandie à Minsk. Pour nous, c’est absolument évident.

Concernant la réaction, comme je l’ai déjà dit, nous n’avons aucun doute – qui plus est, nous avons des preuves tangibles – que l’Europe et Washington comprennent parfaitement le jeu des autorités actuelles de Kiev qui tentent de fuir leurs responsabilités dans le cadre des Accords de Minsk. J’espère que les représentants de Berlin, de Paris, de Washington et d’autres capitales le disent à Kiev en privé, en tête-à-tête. Après avoir pris le parti de ce pouvoir qui n’a aucune aptitude à s’entendre, l’Occident ne peut pas critiquer publiquement les actions de ses protégés. C’est dommage. On comprend parfaitement que tout cela est lié à un faux sentiment de prestige et de réputation, mais c’est la vie. Nous tenterons d’obtenir l’accomplissement total de tous les points des Accords de Minsk. Les tentatives de “détourner le viseur” et de dévoyer les débats, ainsi que de trouver de nouveaux agendas, méthodes et formes sont inacceptables. Nous défendrons calmement, mais fermement, le paquet de mesures honnête signé par le Président Petro Porochenko, ainsi que par les leaders de Donetsk et de Lougansk.

Question: Ma dernière question concerne l’Iran que vous avez déjà mentionné. L’échec éventuel de l’accord iranien à cause des actions américaines pourrait-il s’avérer, de telle ou telle manière, avantageux pour la Russie? Les Américains sembleraient ainsi odieux et isolés, alors que l’Iran pourrait devenir plus conciliant sur certaines questions.

Sergueï Lavrov: Cette école de pensée n’est pas celle des dirigeants russes. Beaucoup de politologues s’interrogent concernant notre inquiétude et défendent la stratégie du pire: selon eux, il faudrait permettre aux États-Unis de prouver leur manque d’aptitude à s’entendre et leur force destructrice dans les affaires internationales, en Iran ou en Syrie, où l’on constate actuellement des actions unilatérales qui ont déjà scandalisé la Turquie.

Question: Qui plus est, l’Iran sera plus accommodant…

Sergueï Lavrov: Ce n’est pas l’essentiel. La destruction du tissu d’accords juridiques concertés par les principaux pays du monde dans tel ou tel conflit pourrait provoquer une confrontation chaotique dans laquelle tout le monde ne défendra que lui-même. Ce qui serait très malheureux. Je le considère comme inacceptable, qu’il s’agisse de l’Iran, de la Syrie, de la Libye, du Yémen ou de la péninsule coréenne qui a également fait l’objet d’un accord en 2005 fixant clairement les obligations de la Corée du Nord et des autres parties. Quelques semaines après la signature, les Américains ont “déterré” une histoire ancienne concernant des comptes dans une banque de Macao et se sont mis à bloquer les comptes nord-coréens. On peut débattre pendant longtemps de ce sujet, de la justesse de la Corée du Nord ou de l’erreur des États-Unis. Les faits restent les mêmes. On a atteint une entente qui signifiait l’arrêt total de la confrontation et des provocations. Elle a échoué. Ainsi, l’aptitude à s’entendre est actuellement le problème systémique le plus important.

Source : Ministère des affaires étrangères Fédération de Russie, Kommersant, 21-01-2018

https://www.les-crises.fr/interview-du-ministre-russe-des-affaires-etrangeres-serguei-lavrov-accordee-au-quotidien-kommersant/

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

10 réponses à Interview du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov accordée au quotidien Kommersant

Pour lire les 10 réponses , cliquez sur le lien :

https://www.les-crises.fr/interview-du-ministre-russe-des-affaires-etrangeres-serguei-lavrov-accordee-au-quotidien-kommersant/

Où va la Russie de Poutine ?

Thomas-Gomart-Thomas-Gomart-Ou-va-la-Russie-de-Poutine--7153
23/01/2018

Xerfi Canal a reçu Thomas Gomart, directeur de l’Institut Français des Relations Internationales, pour parler de la Russie de Poutine.

Une interview menée par Mathias Thépot.

En savoir plus sur l’Institut Français des Relations Internationales (Ifri)

 

Mots clés : Economie mondiale, Géopolitique / géostratégie, Russie, , Politique étrangère, Poutine, mandat, opposition

http://www.xerficanal-economie.com/emission/Thomas-Gomart-Ou-va-la-Russie-de-Poutine-_3745483.html

Vote à L’ONU sur Jérusalem : le Saker pose une question juridique à Alexander Mercouris

Vote à L’ONU sur Jérusalem : le Saker pose une question juridique à Alexander Mercouris

[Note : aujourd'hui, j'ai envoyé un courriel à mon ami Alexander Mercouris pour lui poser une question sur le vote de l'Assemblée générale des Nations Unies concernant la reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem comme capitale d'Israël. La réponse d'Alexandre était si intéressante que je lui ai demandé si je pouvais l'afficher ici, il a gentiment accepté. Je lui en suis très reconnaissant. Le Saker]

2015-09-15_13h17_31-150x112Par The Saker – Le 21 décembre 2017 – Source The Saker

Cher Alexander

Je viens de lire ceci.

Lorsque l’auteur mentionne que :

« C’est parce que l’Assemblée générale des Nations Unies s’est réunie aujourd’hui conformément à la procédure extraordinaire créée par la résolution 377 (V) (A) de l’Assemblée générale des Nations Unies le 3 novembre 1950. Cette procédure – appelée ‘Uniting for Peace’ – peut être invoquée si le Conseil de sécurité de l’ONU est incapable de parvenir à un consensus sur toute question qui affecte la paix. »

l’auteur écrit en outre :

« Cependant, bien qu’une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies faite conformément à la procédure ‘Uniting for Peace’ soit juridiquement contraignante pour les États membres de l’ONU, il n’y a pas de mécanisme pour l’appliquer, comme c’est le cas si le Conseil de sécurité de l’ONU vote en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies. »

Je n’étais pas au courant de cette procédure et je voulais vous demander ceci : la protection par la Russie du référendum en Crimée et l’admission ultérieure de celle-ci dans la Fédération de Russie ont-elles déjà été condamnées par l’Assemblée générale des Nations Unies dans le cadre de cette procédure ?

Plus précisément, la Russie viole-t-elle actuellement le droit international indépendamment de toute question de force exécutoire ?

Dernier point, mais non des moindres, connaissez-vous d’autres cas où l’Assemblée générale des Nations Unies a voté selon cette procédure pour passer outre à un vote du Conseil de Sécurité ?

Si vous pouviez clarifier cela pour moi, je vous en serais très reconnaissant.

Sincères amitiés,

Le Saker


Alexander mercourisCher Saker,

Je peux répondre à toutes ces questions.

  1. « Uniting for Peace » était un dispositif sponsorisé par les États-Unis en 1950 afin de contourner les vétos soviétiques pendant la guerre de Corée. À l’époque, c’était controversé sur le plan juridique et, comme l’a souligné le professeur Tomuschal (cité dans l’article), cela contredit en fait la Charte des Nations Unies. Cependant, en 1950, les États-Unis ayant le contrôle des Nations Unies et du système judiciaire international, comme ils l’ont toujours eu depuis (les vétos soviétiques), ils ont réussi à faire accepter la procédure « Uniting for Peace ».
  2. Elle n’a cependant été invoquée que très rarement, au total pas plus de onze fois (le vote de l’Assemblée générale des Nations Unies sur Jérusalem étant la onzième).
  3. Le fait, concernant une résolution « Uniting for Peace » adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies, est qu’elle fait partie du droit international. Elle peut donc être citée comme juridiquement contraignante dans les affaires portées devant la Cour internationale de Justice (« la Cour mondiale ») ou d’autres juridictions internationales. Cependant, elle n’est pas juridiquement exécutoire, sauf par le biais du Conseil de sécurité des Nations Unies. Mais, puisque la procédure de « Uniting for Peace » n’est, par définition, invoquée que lorsque le Conseil de sécurité de l’ONU ne s’est pas mis d’accord, cela la prive de son efficacité.
  4. Vient maintenant le point principal. L’Assemblée générale de l’ONU n’a JAMAIS déclaré illégal le référendum de Crimée et l’unification de la Crimée avec la Russie dans le cadre de la procédure « Uniting for Peace ».

À ma connaissance, la seule fois où la procédure « Uniting for Peace » a été utilisée contre la Russie était en 1980 pour déclarer illégale l’intervention soviétique en Afghanistan. Bien que la Russie soit mise constamment en minorité au Conseil de sécurité des Nations unies, les États-Unis n’ont jamais réussi à mobiliser suffisamment de soutien contre elle à l’Assemblée générale pour obtenir une résolution « Uniting for Peace » sur toute question depuis le vote de 1980 sur l’Afghanistan.

L’Assemblée générale des Nations Unies a voté sur la question du référendum de Crimée en mars 2014, mais la résolution n’était pas contraignante et n’était pas incluse dans la procédure « Uniting for Peace ».

De plus, seulement 100 des 193 États membres de l’ONU l’ont soutenue (11 États, y compris bien sûr la Russie, ont voté contre, 58 États dont l’Inde et la Chine – au total 58% de la population mondiale – se sont abstenus et 11 États dont l’Iran et Israël n’ont pas participé au vote, ce qui est une forme d’abstention.

Ce fut pratiquement une défaite pour les États-Unis et l’Ukraine parce que pour faire passer une résolution à l’Assemblée générale des Nations Unies, elle doit avoir le soutien de plus de la moitié de tous les États membres des Nations Unies. – puisque l’ONU compte 193 États membres, au moins 97 États membres de l’ONU doivent voter pour elle.

En d’autres termes, la résolution sur le référendum de Crimée n’était pas simplement non contraignante, mais elle dépassait à peine le seuil avec seulement 100 voix pour.

Étant donné que les États-Unis ont automatiquement le vote de tous les États membres de l’OTAN / UE, cela montre la faiblesse de la position des États-Unis et de l’Ukraine vis-à-vis de la Crimée en dehors de l’Alliance occidentale, avec des pays clés comme la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud, et d’autres comme  le Pakistan et le Vietnam refusant de soutenir la résolution.

Inutile de dire que les États-Unis n’ont pas risqué un autre vote sur la Crimée depuis lors, alors que pendant les années 1980, ils ont organisé tous les ans, avec la régularité d’une horloge, un vote de l’Assemblée générale critiquant l’intervention soviétique en Afghanistan. Il va sans dire que le vote de l’Assemblée générale des Nations Unies de mars 2014 sur la Crimée n’est pas quelque chose que les commentateurs occidentaux évoquent, précisément parce qu’il était si proche d’être une débâcle.

Le résultat est qu’il n’y a aucune constatation, ni à la Cour internationale de justice, ni à l’Assemblée générale des Nations Unies ou au Conseil de sécurité de d’une violation de la loi internationale sur la question de la Crimée et ceux qui l’affirment ne peuvent arguer d’aucun consensus international sur cette question.

Je présume que vous connaissez l’avis consultatif de la Cour internationale de justice sur le Kosovo qui dit très clairement que les déclarations unilatérales d’indépendance, telles que celle faite par la Crimée en 2014, ne sont pas contraires au droit international, même si elles contreviennent à la Constitution du pays dont la région s’est séparée.

Cela signifie aussi que la déclaration d’indépendance de la Crimée en 2014, et la décision ultérieure de celle-ci de rejoindre la Russie, n’est pas contraire au droit international. Poutine l’a souligné à maintes reprises, mais les États-Unis – qui ont exercé des pressions sur la Cour internationale de Justice pour obtenir l’avis consultatif sur le Kosovo – comme elle l’a fait en 1950 pour la procédure « Uniting for Peace » – préfèrent l’oublier, et vous n’avez jamais vu l’avis consultatif arriver sur le tapis dans aucune discussion occidentale sur la question de la Crimée.

C’est bien sûr à cause de l’avis consultatif sur le Kosovo et de l’échec de l’Assemblée générale de l’ONU à adopter une résolution contraignante « Uniting for Peace » déclarant illégale l’union de la Crimée avec la Russie que l’Ukraine n’a jamais intenté d’action en justice contre la Russie sur la question de la Crimée devant la Cour internationale de Justice. J’espère que cela répond à vos questions. S’il vous plaît n’hésitez pas à me contacter s’il y a un autre point que vous voulez que je clarifie.

Meilleurs voeux,

Alexander

Nos amis de Dedefensa ont commenté ce vote sous le titre American-Zombie à l’ONU

 

http://lesakerfrancophone.fr/vote-a-lonu-sur-jerusalem-le-saker-pose-une-question-juridique-a-alexander-mercouris

 

G5 Sahel : solution ou problèmes ?

G5 Sahel : solution ou problèmes ?

 

Whatsapp
21 décembre, 2017
Entretien

Leslie Varenne; Moussa Ag Assarid

Le 22 décembre 2017, Emmanuel Macron se rend au Niger où il sera question une nouvelle fois de la force G5 Sahel (FC-G5S). Cette force, qui ne cesse d’être à l’agenda médiatique du Président de la République, n’est toujours pas entièrement financée. Le tour de table organisé par la France à la Celle-Saint-Cloud, le 13 décembre dernier, a permis de récolter quelques 300 millions d’euros sur les 423 recherchés [1]. Les deux plus gros bailleurs de fonds sont l’Arabie Saoudite avec 100 millions et les Etats-Unis avec 60 millions d’euros. Ils sont suivis par l’Union européenne 50, les Emirats Arabes Unis, 30, la France, 8 et les Pays-Bas 5 millions d’euros. Le 12 décembre dernier, lors d’une conférence à l’Assemblée Nationale consacrée au G5, l’IVERIS a interrogé le secrétaire permanent de cette organisation, Najim El Hadj, sur la participation de l’Arabie Saoudite au sein de la FC-G5S. Monsieur El Hadj a alors répondu que ce pays ne jouerait aucun rôle. Pourtant quelques jours plus tard, l’Arabie Saoudite annonçait son souhait de tenir une réunion sur le sujet à Ryad en janvier prochain. Dans la foulée, Paris justifiait cette initiative en déclarant : « Il y a une logique d’engagement opérationnel des Saoudiens et une logique d’engagement des Saoudiens et d’autres pays sur la prise en compte et la lutte contre les vecteurs du financement du terrorisme et de l’extrémisme ». Par conséquent, ce qui était annoncé comme une création d’une force militaire africaine, s’apparente de plus en plus à une coalition occidentale/monarchie du golfe à l’instar de celle qui existait en Irak et en Syrie… Cette nouvelle coalition et cette sur-militarisation de la bande sahélo-saharienne questionne d’autant plus que selon les chiffres disponibles, les terroristes agissant dans cette zone seraient entre 500 et 1000 tout au plus. Pour décrypter la situation et évaluer les risques, l’IVERIS a interrogé Moussa Ag Assarid, consultant sur les questions de développement au Sahel.

 

Que pensez-vous de l’hyperactivité du Président français sur le dossier du G5 Sahel, n’est-ce pas contreproductif de promouvoir ainsi des opérations militaires ? Lors du sommet de la Celle-Saint-Cloud, il a annoncé son objectif « avoir des victoires au premier semestre 2018 », cela vous parait-il possible ?

L’hyperactivité du Président français, c’est du déjà-vu. François Hollande avait agi de la même manière, médiatisant et vantant la partie militaire en mettant de côté le volet politique. Il n’y a pas de changement, Jean-Yves Le Drian, ancien ministre de la Défense est devenu Ministre des Affaires étrangères, le militaire est devenu politique mais sur le fond aucune nouveauté. Si l’opération Barkhane avait modifié sa stratégie, cela se saurait. Comme son prédécesseur, au lieu de rechercher une solution politique, Emmanuel Macron s’embourbe dans une solution militaire. Faut-il rappeler que toutes les initiatives seulement armées ont échoué ? En 2011, il y a eu le PSPSDN, financé par l’Union européenne; en 2012 la création de la Misma par la CEDEAO; en 2013, l’opération française Serval qui a mis un coup de pied dans la fourmilière mais n’a pas assuré le reste ; Concomitamment, les Nations unies ont créé la Minusma qui n’arrive pas à maintenir la paix ; enfin, en 2014, a débuté l’opération Barkhane qui est enlisée ; Et maintenant la FC-G5S.. Quand va-t-on cesser de mettre de l’argent dans l’armement ? En outre, plus cette force apparaît comme une coalition occidentale menée par la France, plus elle suscite au mieux la méfiance des populations, au pire le rejet. En cela, oui, cette hyperactivité médiatique est totalement contreproductive. Aucune opération militaire ne peut réussir sans le consentement des autochtones, car ce sont eux qui sont directement concernés, qui vivent la réalité quotidienne et qui sont en mesure de fournir les renseignements.

Quant aux victoires qui devraient avoir lieu au premier semestre 2018, il faudrait savoir ce que le Président français entend par victoire. Comment se chiffreront les résultats attendus ? Selon le nombre de personnes tuées ? De territoires repris ? Mais aujourd’hui il n’y a pas de territoires occupés par les terroristes comme lors de l’opération Serval. Sur quels éléments baser la réussite ? Sur le nombre de kilomètres parcourus ? Ou encore lorsque le chef d’une organisation sera éliminé ? Chasser les terroristes ? Mais où sont-ils ? Ce sont seulement des déclarations. Les objectifs ne sont pas connus, on se retrouve avec la même problématique que celle posée à l’opération Barkhane et qui est la principale cause de son enlisement.

Pensez-vous que la FC-G5S, lorsqu’elle sera opérationnelle, sera capable de rétablir la sécurité au Mali ?

Le régime malien compte sur les armées des autres pour faire régner la paix sur son territoire. Cependant, hormis la Mauritanie, toutes les armées de cette force, Burkina Faso, Tchad, Niger sont confrontées à des problèmes sécuritaires. L’armée burkinabée est en pleine restructuration et connait de plus en plus d’attentats, elle a donc besoin de toutes ses forces pour se sécuriser à ses frontières, elle n’ira donc pas plus loin que celles-ci. Les militaires mauritaniens sont très aguerris au désert, mais eux non plus ne viendront pas au Mali, pour ne pas exporter le terrorisme chez eux. L’armée tchadienne est sur tous les fronts avec Boko Haram et les problèmes à sa frontière libyenne.  En prime, les opposants au Président Deby prennent les armes, cette armée est en surchauffe et ne viendra donc pas sur le sol malien. D’autant que lorsque les militaires tchadiens ont combattu dans l’Azawad (Nord Mali) avec la force Serval, ils ont été envoyés à la boucherie. Ils sont rentrés chez eux avec des syndromes post-traumatiques.

A tous ces problèmes, il faut en ajouter un autre. Les armées de ces cinq pays ne sont pas extensibles. Or, nombre de leurs militaires sont actuellement en service au sein de la Minusma et pour intégrer la FC-G5S, ils devront quitter celle des Nations unies, avec toutes les questions financières à la clé, car l’ONU rétribue les Etats qui contribuent aux opérations de paix et rémunère mieux les militaires que les armées nationales.

En octobre le Département d’Etat et le sénateur John McCain, avaient tenu des propos alarmistes annonçant l’arrivée en Afrique de l’Ouest de membres de l’organisation de l’Etat Islamique qui ont combattu en Irak et en Syrie. En décembre, Smaïl Shergui, le commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union Africaine a repris les mêmes déclarations et évoqué, lui, un chiffre précis de « 6000 djihadistes » s’apprêtant à débarquer en terre africaine. Craignez-vous une arrivée massive de terroristes dans la bande sahélo-saharienne ?

En 2012 déjà, nous avions été alertés sur l’arrivée de combattants en provenance du Pakistan, de l’Afghanistan, de la Turquie, mais nous ne les avons jamais vus. Ces autorités ont peut-être des informations que je n’ai pas, mais sincèrement, je ne crois pas à une arrivée massive de combattants étrangers. Ce qui est certain en revanche, c’est que pendant ce temps, les groupes terroristes se réorganisent, sévissent et éliminent les officiers du MNLA qui ont combattu contre eux avec la force Serval. Par exemple, Baba Ag Adobent, un des responsables militaires de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA), a été assassiné le 19 décembre dernier à Kidal par des hommes non identifiés.

L’élection présidentielle au Mali devrait avoir lieu à l’été 2018, cette consultation électorale ne risque-t-elle pas d’aggraver encore la situation ?

Le Mali a été incapable d’organiser les élections régionales qui devaient avoir lieu le 17 décembre dernier. Elles ont été reportées en avril, sans donner de date plus précise. Ce seront donc deux consultations électorales qui devraient se dérouler à quelques mois d’intervalle. C’est un pari. Politiquement, l’impasse est totale. Avant, les signataires de l’Accord d’Alger s’exprimaient, maintenant nous n’entendons plus personne parler. Cet Accord n’est pas respecté et personne ne fait véritablement pression pour que le Président Ibrahim Boubakar Keita (IBK) le respecte. De ce point de vue, Emmanuel Macron fait le minimum syndical. Aucun agenda n’a été établi point par point. Les réfugiés sont toujours dans des camps en Mauritanie et au Burkina Faso, il n’y a pas une véritable organisation d’aide au retour. Les élections locales n’ont pas eu lieu, les moyens qui devaient revenir aux autorités intérimaires n’ont pas été débloqués et la sécurité de ces autorités n’est pas garantie.

A quelques rares exceptions près, comme au Ghana ou au Bénin, déloger un Président africain en place par la voix des urnes est très difficile. IBK verrouille tout, contrôle tout d’autant qu’au Mali le premier et quasiment le seul employeur du pays est l’Etat. En prime, il y a fort à parier qu’IBK se servira du G5 Sahel et de ses moyens pour assurer sa campagne. Ce sont les militaires maliens étiquetés FC-G5S qui sécuriseront ses déplacements à l’intérieur du pays avec l’aide de Barkhane et de la Minusma. Les forces internationales aideront le régime à faire campagne. Cela s’est déjà produit en 2013. IBK avait été le seul candidat à pouvoir se rendre à Kidal avec l’aide de ces forces, aucun autre candidat n’avait bénéficié de telles faveurs. On se retrouvera donc dans une situation surréaliste où le G5 Sahel contribuera à conforter ce pouvoir et à garder en place le régime d’un Etat failli et sous tutelle, alors que la réélection d’IBK sera contraire aux objectifs de paix et de sécurité prônés par cette même force. Car non seulement le pouvoir en place n’a pas respecté les accords d’Alger mais il n’a pas œuvré à une résolution politique juste et équitable. Il n’a pas investi dans les services sociaux de base qui pourraient tarir le recrutement des divers groupes terroristes ou de banditisme. Aujourd’hui, nous ne sommes pas à l’abri d’un soulèvement populaire pacifique ou violent. Il pourrait y avoir une jonction entre les populations et les mouvements politico-militaires. Plus on prolonge la souffrance des populations, plus on s’éloigne de la solution sécuritaire, de la paix et du développement.

 

[1] Ce budget est annuel, le financement annoncé n’est donc pas pérenne.

 

Tags:
afrique, afrique de l’ouest; arabie saoudite; g5 sahel

Publicités

Revue de presse nationale et internationale.

Publicités