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Les représailles asymétriques du Yemen

Les représailles asymétriques du Yemen …


… Une attaque massive de drones, bien ciblée, cause des dégâts considérables au complexe pétrolier le plus important d’Arabie Saoudite


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama − Le 16 septembre 2019

L’attaque de samedi contre le complexe de traitement de pétrole et de gaz saoudien à Abqaiq a touché ses capacité de stabilisation du brut :

Le processus de stabilisation est une forme de distillation partielle qui adoucit le pétrole brut acide, en éliminant le sulfure d'hydrogène, et réduit la pression des vapeurs, rendant ainsi le pétrole brut sans danger pour l'expédition dans les pétroliers. Les stabilisants optimisent la production d'hydrocarbures liquides de valeur tout en rendant ceux-ci sûrs pour le stockage et le transport, en réduisant les émissions atmosphériques d'hydrocarbures volatils. En résumé, les équipements de stabilisation sont utilisés pour réduire la volatilité du pétrole brut et du condensat stockés.

Peu de temps après l’attaque, le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, est passé en mode blâmer l’Iran :

Secrétaire Pompeo @SecPompeo - 21h59 UTC · 14 septembre 2019
 
Téhéran est à l'origine de près de cent attaques contre l'Arabie saoudite, tandis que Rouhani et Zarif prétendent s'engager dans la diplomatie. Au milieu de tous les appels à la désescalade, l’Iran a lancé une attaque sans précédent contre l’approvisionnement énergétique mondial. Il n'y a aucune preuve que les attaques sont venues du Yémen.
 
Nous appelons toutes les nations à condamner publiquement et sans équivoque les attaques de l'Iran. Les États-Unis collaboreront avec leurs partenaires et alliés pour faire en sorte que les marchés de l'énergie restent bien approvisionnés et que l'Iran soit tenu pour responsable de son agression.

Le complexe d’Abqaiq est au cœur de l’infrastructure pétrolière saoudienne. Il traite plus de la moitié de sa production pétrolière.

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Le gouvernement américain a publié deux images détaillées du résultat de l’attaque.

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Les images montrent environ 17 points d’impact. Une voiture visible dans la seconde image, plus détaillée, permet de constater la taille gigantesque de l’endroit. Les cibles ont été soigneusement sélectionnées. Au moins 11 d’entre elles étaient des réservoirs ovoïdes d’un diamètre d’environ 30 mètres. Ce sont probablement des réservoirs de gaz sous pression – liquide – qui reçoivent les vapeurs de condensat provenant du processus de stabilisation. Ils ont tous maintenant des trous assez nets dans leur coquille supérieure.

La tuyauterie qui va et vient des réservoirs en forme d’œuf montre que ceux-ci ont été configurés en groupes à double redondance. Deux réservoirs l’un à côté de l’autre partagent un système de tuyauterie. Deux de ces réservoirs jumeaux sont adjacents avec des tuyaux allant au système de traitement. Il existe au total trois groupes de ce type. Les dommages causés à un réservoir ou à un groupe n’arrêteraient pas le processus de production. Les produits seraient acheminés vers un autre réservoir ou groupe similaire. Mais avec tous les réservoirs de ce type particulier inutilisables, la chaîne de production est maintenant interrompue.

Deux zones de traitement ont été touchées et présentent des dégâts d’incendie. L’équipement de contrôle des deux a été probablement complètement détruit :

Rapidan Energy Group, société de conseil, a déclaré que les images de l'installation d'Abqaiq après l'attaque montraient qu'environ cinq tours de stabilisation semblaient avoir été détruites et qu'il faudrait des mois pour les reconstruire, ce qui pourrait réduire la production pendant une période prolongée.
 
«Cependant, Aramco conserve une certaine redondance dans le système pour maintenir la production pendant la maintenance», a ajouté Rapidan, signifiant que les opérations pourraient revenir plus tôt au niveau précédant l'attaque.

Le ciblage de cette attaque a été réalisé avec une connaissance détaillée du processus et de ses dépendances.

La flèche indiquant le nord, en haut à droite de ces images, pointe vers la gauche. Les ombres visibles confirment la direction. Les trous dans les réservoirs sont du côté ouest. Ils ont été attaqués de l’ouest.

Les frappes étaient extrêmement précises. Les forces armées yéménites ont affirmé avoir attaqué l’installation avec dix drones ou missiles de croisière. Mais les résultats sur ces cibles ne ressemblent à rien de tel. Un total de 17 résultats avec un ciblage aussi précis laisse supposer qu’il s’agissait d’une sorte de drone ou de missile avec un contrôle humain dans le processus. Ils peuvent avoir été lancés à partir de l’Arabie saoudite.

Il n’y a pas encore d’information sur les dégâts causés à Khurais, la deuxième cible des attaques.

Les États-Unis et Israël peuvent réaliser de telles attaques. L’Iran probablement aussi. Le Yémen semble peu susceptible de disposer de cette capacité sans s’appuyer sur un soutien important ailleurs. La planification de cette opération a dû prendre des mois.

Un producteur de la BBC au Moyen-Orient a déclaré :

Riam Dalati @Dalatrm - 22h44 UTC · 15 sept. 2019
 
17 points d'impact. Aucun drone ou missile n'a été détecté / intercepté. Les Saoudiens et les Américains ne savent toujours pas d'où l'attaque a été lancée. #KSA a sérieusement besoin de se fournir ailleurs et de remplacer le Patriot ou de le renforcer avec un réseau de canons AA à commande radar tels que le Oerlikon.
 
Une source familière avec la situation de #Aramco nous a dit dans la journée qu’il s’agissait d’une «attaque en essaim», d’un mélange de plus de 20 drones et missiles, dont au moins la moitié étaient des drones suicides. #USA & #KSA, a-t-il dit, sont "certains" que l'attaque a été lancée depuis #Iraq mais "une preuve indiscutable est toujours manquante"
 
Ils sont également "à peu près certains" que #IRGC [Gardiens de la révolution en Iran] était derrière l'opération car, même si les missiles utilisés étaient identiques à ceux des #Houthis, une inspection des débris trouvés dans le désert a révélé "deux nouvelles mises à jour" et un "savoir-faire nettement meilleur"

Le Wall Street Journal commente les dégâts :

Les frappes ont détruit 5,7 millions de barils de production quotidienne, et les responsables ont déclaré croire toujours pouvoir la compenser dans les prochains jours. Cela nécessiterait de puiser dans les stocks et d'utiliser d'autres installations pour traiter le pétrole brut. L’une des principales cibles de l’attaque était une grande usine de traitement du brut à Abqaiq. ...
 
"C’est certainement pire que ce à quoi nous nous attendions dans les premières heures qui ont suivi l’attaque, mais nous veillons à ce que le marché ne connaisse aucune pénurie jusqu’à ce que notre système soit de nouveau en ligne", a déclaré un responsable saoudien. ...

Même si les autorités saoudiennes réussissent à rétablir la totalité ou la quasi-totalité de la production perdue, l'attaque témoigne d'une nouvelle vulnérabilité des lignes d'approvisionnement dans le Golfe, une région riche en pétrole.
 
Les pétroliers doivent payer des primes d’assurance nettement plus élevées, tandis que les coûts de transport ont grimpé en flèche dans la région après une série d’attaques maritimes contre des navires chargés de pétrole, que les États-Unis ont imputées à l’Iran. ...
 
Khurais produit environ 1,5 million de barils par jour et Abqaiq, la plus grande installation de stabilisation du brut au monde, traite sept millions de barils de pétrole saoudien par jour, transformant le brut en produits spécifiques plus légers, tels que l'Arabian Extra Light.

Les réparations à Abqaiq prendront probablement des semaines, pas des jours. Les contrats à terme sur le Brent ont augmenté de 19,5% à 71,95 dollars le baril, soit la plus forte hausse depuis le 14 janvier 1991 :

Aramco n'a donné aucun calendrier pour la reprise de la production. Une source proche du dossier a confié à Reuters que le retour à la pleine capacité pétrolière pourrait prendre "des semaines, pas des jours".
 
Riyad a indiqué qu'il compenserait les dommages subis par ses installations en puisant dans ses stocks, qui s'élevaient à 188 millions de barils en juin, selon les données officielles.

Le président américain Donald Trump était beaucoup plus prudent dans l’attribution de la responsabilité de la frappe que son secrétaire d’État.

Donald J. Trump @realDonaldTrump - 00h50 UTC · 16 sept. 2019
 
L’approvisionnement en pétrole de l’Arabie saoudite a été attaqué. Il y a des raisons de croire que nous connaissons le coupable, nous sommes l'arme au pied en attendant les vérifications, le Royaume nous dira qui, selon lui, est la cause de cette attaque et dans quelles conditions nous allons agir !

Toute attaque directe de l’Iran aurait pour conséquence que des essaims de missiles frapperaient des installations militaires américaines aux Émirats arabes unis et au Qatar. Les usines de dessalement d’eau saoudiennes, les raffineries et les ports seraient également visés.

Il est peu probable que Trump ou les Saoudiens soient prêts à risquer une telle réponse.

L’attaque sur Abqaiq n’était pas la dernière et toutes les installations saoudiennes sont extrêmement vulnérables :

Les rebelles houthis du Yémen ont déclaré que les installations pétrolières en Arabie Saoudite restaient parmi leurs cibles après que les attaques contre deux sites majeurs aient réduit de moitié la production du royaume et provoqué une flambée des prix du brut.

Le groupe rebelle soutenu par l’Iran, cité par la chaîne de télévision Houthi, a déclaré que ses armes pouvaient atteindre n’importe quelle cible en Arabie saoudite. Les attaques de samedi ont été menées par des "avions" utilisant de nouveaux moteurs, a précisé le groupe, faisant probablement référence aux drones.

Middle East Eye, un média financé par le Qatar, a annoncé hier que l’attaque avait été lancée depuis l’Irak par les forces alignées avec l’Iran pour se venger des attaques israéliennes en Syrie. L’auteur, David Hearst, est connu pour ses reportages diffamatoires. Le rapport est basé sur une source de renseignement irakienne anonyme et unique. Le Qatar, en dispute avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pour son soutien aux Frères musulmans, aimerait voir un conflit plus important opposer ses rivaux à l’est et à l’ouest du golfe Persique. Le rapport devrait donc être ignoré.

L’Arabie saoudite ne dispose d’aucun moyen de défense contre ce type d’attaque. Les États-Unis ne disposent d’aucun système pouvant être utilisé à cette fin. La Russie est le seul pays à pouvoir fournir le matériel nécessaire. Il serait extrêmement coûteux, et toujours insuffisant, de protéger toutes les installations vitales des Saoudiens contre des attaques d’essaims similaires.

Des attaques de ce type ne prendront fin que lorsque l’Arabie saoudite conclura la paix avec le Yémen et lorsque les États-Unis mettront un terme à leurs sanctions concernant les exportations de pétrole iranien. Il est grand temps que les faucons comme Pompeo le reconnaissent.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/les-represailles-asymetriques-du-yemen

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L’Irak au cœur de la tourmente (2/3) : le duel des ayatollahs Sistani et Khamenei

L’Irak au cœur de la tourmente (2/3) : le duel des ayatollahs Sistani et Khamenei

Arnaud FORAY 15 septembre 2019 Actualités analyséesIrakIranProche et Moyen-Orient Leave a comment

L’Irak se retrouve malgré lui au cœur de la montée des tensions géopolitiques régionales. Dans ce nouveau « Grand Jeu » qui se dessine aujourd’hui, les ayatollahs Sistani et Khamenei incarnent deux influentes visions stratégiques opposées.

Irak, le cœur de la mobilisation islamique chiite

Militaires durant le pèlérinage d'Arba'in.
Militaires durant le pèlerinage d’Arba’in

Depuis 1958, l’Irak constitue le cœur de la mobilisation islamique chiite. Cette mobilisation est fondée par de hauts dignitaires chiites réformistes. Elle soutient un projet d’éducation populaire à la religion et assure un soutien social aux chiites défavorisées. Historiquement, cette mobilisation a également visé à contenir l’expansion du communisme auprès de ces classes populaires chiites.

L’Irak voit les principaux mouvements islamiques chiites se développer sur son territoire. Cependant, l’influence idéologique est partagée par les dignitaires issus des écoles religieuses d’Irak et d’Iran. Muhammad Bâqir al-Sadr, l’un des cadres fondateurs, développe la théorie controversée du wilaya al-fiqh[1] qui va irriguer en profondeur ces mouvements.

Cette théorie, appliquée en Iran, accorde aux autorités religieuses une prééminence dans le gouvernement des hommes et a une portée fondamentalement transnationale. À l’opposé, le clergé irakien conservateur se cantonne majoritairement à un rite chiite apolitique. Les deux héritiers contemporains de ces théories antagonistes sont les ayatollahs Khamenei en Iran et Ali al-Sistani en Irak. Leur opposition au regard du rôle des dignitaires religieux dans la vie politique conditionne une large partie des enjeux géopolitiques de la région du Golfe.

Depuis 2003, le renforcement de l’autorité de Sistani

La guerre Iran-Irak (1980-1988) a vu la consécration des milices chiites inspirées par le wilaya al-fiqh. Formés, entraînés et financés par l’Iran khomeyniste, les mouvements chiites ont dès lors commencé à prospérer en Irak. Paradoxalement, l’invasion de la coalition internationale menée par les États-Unis en 2003 a considérablement renforcé les mouvements chiites. Ces milices constituent le versant armé d’une mobilisation islamique chiite à vocation à la fois sociale, politique et religieuse.

À l’opposé, l’ayatollah Ali al-Sistani devient à ce moment une figure de ralliement pour de nombreux chiites irakiens. Les États-Unis ne comprennent que trop tard l’influence majeure que peut jouer le clerc sur la vie politique nationale. S’il se refuse à participer activement à la vie politique irakienne, ses avis et commentaires constituent une précieuse source d’inspiration pour ses nombreux fidèles.

Depuis 2003, le clerc irakien s’est ainsi affiché comme un opposant constant à l’immixtion de l’Iran dans la vie politique nationale. L’édile privilégie la voie diplomatique et les fatwas appelant au désarmement des milices chiites dont une majorité suit un agenda fixé par les Gardiens de la révolution iraniens. Sistani est un acteur central, quoique distant, de la vie politique irakienne. Il incarne un nationalisme renouvelé et le défenseur de la démocratie. Adversaire idéologique, théologique et politique des ayatollahs iraniens, sa voie est aujourd’hui l’une des plus influentes pour endiguer les ingérences étrangères dans son pays.

Irak, le terrain des luttes d’influences

Depuis 2018 l’Iran est asphyxié économiquement par le retour des sanctions américaines à son encontre. Dès lors, l’Irak apparaît comme la principale échappatoire à l’isolement de son voisin. Tant économiquement que militairement ou politiquement, les liens entre les deux pays sont partic,ulièrement intenses. À la croisée de ces domaines, les ayatollahs Sistani et Khamenei se livrent à une confrontation intense, quoique discrète.

Nationalisme contre transnationalisme, démocratie contre théocratie, pacifisme contre milicianisation de la société, tout oppose ces deux édiles. L’Irak est aujourd’hui le terrain d’affrontement entre ces courants de pensée antagonistes. Toutes les décisions politiques majeures en Irak sont ainsi le produit d’un subtil jeu de balancier entre ces forces. L’actuelle montée des tensions entre l’Iran et les pays de la Péninsule arabe alliés aux États-Unis se traduit ainsi par une concurrence accrue entre ayatollahs. Chacun d’entre eux cherche à préserver son pays des désordres régionaux en mobilisant ses forces dans ce pays ravagé par quarante années de ravages.

Dans ce contexte, l’actualité politique irakienne est par conséquent la traduction visible de cette opposition feutrée. Elle permet ainsi d’observer le poids relatif de chacun de ces acteurs sur la balance des pouvoirs. Alors que les tensions régionales paraissent s’éloigner de l’apaisement, l’Irak constitue le meilleur indicateur des capacités d’action de l’Iran. En ce sens, l’ayatollah Ali al-Sistani semble être l’un des rares acteurs capables de modérer les passions bellicistes dans cette région du Golfe.

[1] Reprise et développée par l’ayatollah Khomeiny sous le nom de wilayet e-faqih : « gouvernement des jurisconsultes ».

Sources

– Faleh Abdul Jabar, The Shi’ite Movement of Iraq, Sadiq Book, 2003.

– AP, “Once again, Iraq caught up in tensions between US and Iran”. https://www.apnews.com/62be4d0567144d5eb7ed194ccb87b7aa

– Orient XXI, “L’Irak déchiré entre l’Iran et l’Arabie Saoudite”. https://orientxxi.info/magazine/bagdad-enjeu-regional-majeur,3174Share

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About Arnaud FORAY

Diplômé en Sociologie et philosophie politique à l’Université Paris 7 ainsi qu’en Défense, sécurité et gestion de crise à l’institut IRIS Sup’, Arnaud Foray est spécialisé en analyse politique et géopolitique sur la région Moyen-Orient, en particulier sur la pensée d’Ibn Khaldûn et les mouvements islamiques en Irak, au Liban et sur la Palestine.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/41401-irak-ayatollahs-sistani-khamenei

L’Irak au cœur de la tourmente (1/3) : le « Grand jeu »

L’Irak au cœur de la tourmente (1/3) : le « Grand jeu »

Arnaud FORAY 7 septembre 2019 ActualitéActualités analyséesIrakIranProche et Moyen-Orient Leave a comment

L’Irak se retrouve malgré lui au cœur de la montée des tensions géopolitiques régionales. Un nouveau “Grand jeu” se dessine aujourd’hui avec pour cadre la “guerre froide” Iran – Arabie Saoudite. L’Irak, au cœur de l’échiquier, est le pays où tous les pions se déplacent.

Iran et Irak, une intime connexion

Carte Iran Irak Arabie
L’Irak au coeur du Grand jeu

L’Iran et l’Irak sont deux pays voisins à l’histoire intimement mêlée. Sanctuaires de l’islam chiite, ils abritent chacun certains des plus hauts lieux saints de cette branche de l’Islam. Najaf et Kerbala en Irak, Qom en Iran abritent des tombeaux révérés par les chiites. Ensemble, via la « wilayet e-faqih connection »[1] une partie des élites religieuses ont su nouer des liens transfrontaliers étroits. Ceux-ci s’étendent du Liban à l’Iran jusqu’au Yémen et font l’objet d’intenses spéculations.

L’Iran et l’Irak entretiennent en de nombreux domaines une relation faite de rivalité et de complémentarité. Les huit années de guerre qui ont vu ces voisins s’affronter à partir de 1980 ont démontré la résistance d’un profond nationalisme chez les chiites irakiens pourtant gouvernés par un représentant de la minorité sunnite. L’armée de Saddam Hussein était alors majoritairement chiite tant parmi les soldats du rang que les officiers. Elle avait pourtant combattu l’Iran accusé de vouloir répandre la fièvre insurrectionnelle chez les chiites irakiens.

A l’inverse, l’Iran a activement soutenu les milices irakiennes dans la lutte contre l’État Islamique (EI). L’ombre – parfois fantasmée – du parrain iranien en Irak agit comme une bête noire pour de nombreux gouvernements de la région. En premier lieu, l’Arabie Saoudite, Israël et leur allié états-unien tentent par divers moyens de contenir cette expansion au pays des deux fleuves. L’Irak, écartelé entre ses alliés qui s’entre-déchirent, est le théâtre d’un nouveau « Grand Jeu » sur ses terres qui consiste pour chacun des acteurs à étendre son empire sur ce pays ravagé par quarante années de conflits.

La stratégie d’influence Saoudienne

L’avènement du prince héritier Mohammed Ben-Salman (dit MBS) en Arabie Saoudite a marqué un tournant dans les relations géopolitiques régionales. Il soutient une politique active d’endiguement de l’Iran et tient un discours belliciste à son égard. Toute confrontation armée directe étant peu probable – alors que l’Arabie Saoudite dispose du 3ème budget militaire mondial, loin devant l’Iran – le terrain de confrontation privilégié est donc l’Irak.

L’Irak sort aujourd’hui dévasté de sa seconde guerre civile en moins de dix ans. Peu actif pour soutenir son voisin dans la lutte contre l’EI, l’Arabie Saoudite se livre à une compétition d’influence majeure. En effet, le royaume cherche à contrebalancer le pouvoir de ses rivaux, Iran et Qatar, au pays des deux fleuves. L’Irak en pleine reconstruction, le soutien financier apparaît ainsi comme le meilleur canal d’immixtion dans le jeu irakien.

Campant sur une ligne commune avec les Etats-Unis du gouvernement Trump, le royaume milite pour une démobilisation et intégration des milices chiites. Celles-ci, par leur proximité avec l’Iran, constituent une menace sérieuse eu égard à la sécurité des intérêts saoudiens. Pourtant, le royaume dispose de peu d’atouts pour influencer  la destinée de son voisin. En outre, l’Irak a tout intérêt à ne pas prendre de position dans le conflit qui oppose l’Iran à l’Arabie Saoudite.

Terrain de jeu de la « Guerre froide » moyen-orientale

« La guerre [est] cet espace de temps pendant lequel la volonté d’en découdre par un combat est suffisamment connue » selon Hobbes[2]. Cette définition, reposant avant tout sur une intention, trouve à s’appliquer aux grands voisins qui entourent l’Irak. Les discours et actes démontrant cette volonté sont légion.

Le « Grand Jeu » désigne cet affrontement indirect entre trois empires (perse, tsariste et britannique) pour le contrôle de la zone tampon à leurs bordures : l’Afghanistan. Aujourd’hui, d’autres formes d’empires tentent de sécuriser leurs frontières et intérêts, en Irak. En schématisant, trois groupes d’adversaires se rencontrent dans ce pays. D’une part, les États-Unis, Israël et l’Arabie Saoudite pour lesquels les enjeux sécuritaires et financiers sont trop importants en Irak. D’autre part, l’Iran, avec le Qatar, sécurisent leur espace via l’Irak. Enfin, la Turquie au nord, qui se rêve en puissance incontournable de la région, traque ses opposants kurdes jusque dans le Kurdistan irakien.

Affaibli économiquement, politiquement et diplomatiquement, l’Irak, qui a été le pays le plus dynamique de la région dans les années 1970 est aujourd’hui moribond. Face à ce vide de puissance, les grands voisins ont tôt fait d’investir cette faille. Aujourd’hui, une multiplicité d’acteurs hétérogènes influe sur ce pays qui, plus que jamais, devrait se concentrer sur sa reconstruction.

Parallèlement, l’Irak devrait mobiliser ses forces à refonder un pacte social entre ses composantes qui se sont entre-déchirées depuis 2006 au moins. Cependant, le « Grand jeu » a défini ce pays pour plateau, au mépris de l’intérêt des irakiens. Duels des ayatollahs et désarmement des milices sont autant d’enjeux cruciaux pour lesquels l’Irak devra trouver sa voie, en situation de perpétuel exercice d’équilibre entre puissances en situation de « Guerre froide ».

[1] Aurélie Daher, Le Hezbollah, mobilisation et pouvoir, PUF, coll. Proche-Orient, 2016.

[2] Thomas Hobbes, Léviathan, Gallimard, folio, p. 224.Share

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About Arnaud FORAY

Diplômé en Sociologie et philosophie politique à l’Université Paris 7 ainsi qu’en Défense, sécurité et gestion de crise à l’institut IRIS Sup’, Arnaud Foray est spécialisé en analyse politique et géopolitique sur la région Moyen-Orient, en particulier sur la pensée d’Ibn Khaldûn et les mouvements islamiques en Irak, au Liban et sur la Palestine.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/41585-irak-tourmente-grand-jeu

Le Hezbollah Décide De Riposter À L’attaque De Drones Israeliens, Renforts Militaires Israéliens Vers La Frontière Avec Le Liban


Le Hezbollah Décide De Riposter À L’attaque De Drones Israeliens, Renforts Militaires Israéliens Vers La Frontière Avec Le Liban

Posted on 31/08/2019 AuthorStrategika51Comments(9)

Après la disparition des patrouilles militaires israéliennes des frontières libanaise et leur remplacement par des leurres, des unités d’artillerie lourde se dirigent vers le nord.

Des chars se positionnent le long de la frontière et des renforts militaires ne cessent d’affluer vers le Nord.

Le mouvement politico-militaire du Hezbollah libanais a pris la décision de riposter aux attaques de drones israéliens ayant visé son fief au sud de Beyrouth. Cette riposte sera certainement stratégique.

Damas a très vite réagi à l’annonce du Hezbollah en affirmant que la Syrie était concernée par l’axe de la résistance et qu’elle sera partie prenante dans un conflit militaire avec Israël.

La décision du Hezbollah est moins motivée par des représailles que par la nécessité de recadrer l’équilibre stratégique dans l’ensemble de la région, notamment après l’engagement militaire israélien en Irak. Les raids israéliens en Irak confirment de façon définitive l’influence prépondérante d’Israël dans le Kurdistan irakien et expliquent pourquoi Israël soutient sans aucune réserve la création de zones autonomes ou séparatistes dans les zones à majorité kurde en Irak, en Iran et en Syrie.

Sur le terrain, l’Armée israélienne est en alerte maximale et ses unités se sont retirées de la frontière libanaise. La panique semble s’être emparée des analystes militaires israéliens et Netanyahou ne compte plus que sur le soutien des États-Unis d’Amérique et de l’ensemble de l’OTAN pour le sortir du fond de la bouteille dans laquelle il s’est engouffré sans vraiment y réfléchir vu qu’il ne raisonne plus qu’en termes de basse logique politicienne.

Le Hezbollah semble être sûr de sa force. Les heures qui viennent seront déterminantes.

https://strategika51.org/archives/67839

GUERRE : LES AMÉRICAINS SONT À L’OUEST !

GUERRE : LES AMÉRICAINS SONT À L’OUEST !

« Les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir jamais connu la civilisation » (Oscar Wilde). Quel décalage abyssal entre l’image de puissance et de clairvoyance intellectuelle que projettent les États-Unis à l’extérieur de leur pays (« row » pour « the rest of the world » ainsi désigné de manière méprisante) et la réalité moins reluisante d’une certaine forme d’impuissance et d’aveuglement (avec une constance qui mérite louange) sur la compréhension des questions internationales ! Et, pourtant, l’Amérique exerce une fascination sans limite sur nos centres des recherche (« think tanks », cela fait plus chic et plus sérieux ») – sans parler de l’école néoconservatrice (« la secte » ou « la meute ») qui fait la pluie et le beau temps dans la diplomatie française – qui ont les yeux de Chimène pour tous les concepts provenant d’Outre-Atlantique. À tel point que l’on peut se demander si le pays des Lumières ne manquerait pas de bons esprits capables de réfléchir de manière indépendante sur les évolutions du monde d’aujourd’hui, voire de les anticiper. Et cela est d’autant plus préoccupant que les dernières décennies sont truffées d’exemples de la faillite intellectuelle américaine sur le plan géostratégique : Vietnam, Afghanistan, Irak, Libye, Yémen, Irak-Syrie … Un véritable inventaire à la Prévert. Notre Oncle Sam (démocrate ou républicain), qui ose encore se présenter comme l’inspirateur d’essence divine du ou des progrès de la planète, apparait de plus en plus comme un marchand d’illusions de haut vol auquel il est hasardeux de faire confiance.

VIETNAM : LA GROSSE CLAQUE ASIATIQUE

Il est indispensable de revenir au siècle dernier pour apprécier la constance dans l’erreur des États-Unis dans les crises où ils ont décidé de s’impliquer. Après s’être félicités de la débâcle de Dien Bien Phu en 1954, les Américains entendent reprendre la place laissée libre par la France – la nature ayant horreur du vide – en déroute de la Quatrième République en Indochine. Petit à petit, ils constatent que l’affaire est moins simple que prévu. Ils y dépêchent d’abord quelques conseillers militaires pour épauler les Vietnamiens du Sud (sorte de rempart de l’Occident) en proie à un harcèlement constant des Vietnamiens du Nord (sorte de cheval de Troie du communisme). Cela n’étant pas suffisant, ils y envoient un véritable corps expéditionnaire pléthorique censé infliger une véritable correction à ces pouilleux du général Giap. L’affaire tourne mal. En dépit d’une guerre sans merci, de l’utilisation à outrance de l’aviation, de défoliants et autres armes intelligentes, l’aventure tourne à la débandade pour l’invincible Amérique. Les accords de Paris signent la fin de la récréation et l’une des plus grandes défaites militaire et idéologique des États-Unis de l’après Seconde Guerre mondiale. On se souvient du départ en catastrophe de l’ambassadeur des États-Unis de Saïgon à l’arrivée des troupes du Viêt-Cong. Pas très glorieux de se faire rosser par plus petit que soi. Ce serait du genre humiliant à y regarder de plus près.

Après le séisme produit dans le pays profond par la guerre du Vietnam, l’on pensait l’Amérique vaccinée contre le mal des expéditions coloniales aventureuses pensées et conduites par le très célèbre lobby militaro-industriel dictant sa loi au Pentagone mais aussi et surtout à la Maison Blanche. Mais, c’était mal le connaître. Après une accalmie d’une vingtaine d’année, l’Amérique est rattrapée par ses vieux démons qui vont la conduire en Afghanistan d’où elle avait largement contribué à chasser l’occupant soviétique en armant le bras des Talibans (Cf. les livraisons des missiles Stingersaux Talibans). La fable de l’arroseur arrosé, du retour du boomerang, toutes choses qu’Américains mal dégrossis ne veulent ou ne peuvent pas comprendre tant l’Amérique ne veut entendre les critiques de ses alliés sur leurs aventures hasardeuses. Elle préfère faire la sourde oreille, au mieux, clouer au pilori l’intrépide qui se permet de la critiquer, au pire. C’est la diplomatie du silence dans les rangs serrés des idiots utiles, des courtisans serviles qui sont légions à Evere, le siège de l’église atlantiste qui a pour nom Alliance atlantique ou NATO dans la langue de Shakespeare.

AFGHANISTAN : LE CIMETIÈRE DES EMPIRES

L’histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement en Afghanistan où les puissances étrangères (Britanniques, Soviétiques et Américains, épaulés par leurs idiots utiles) subissent échec après échec comme si régnait une sorte de malédiction sur ce pays ? Après avoir été éliminés par la coalition des suppos de Washington, les Talibans sont aujourd’hui de retour à Kaboul et ailleurs dans le pays.

L’élimination des Talibans

Plus près de nous, après les évènements tragiques du 11 septembre 2001, l’administration républicaine se lance dans une « guerre contre le terrorisme » en Afghanistan, enrôlant au passage ses idiots utiles d’alliés – plutôt alignés – de l’OTAN pour bouter le barbare (ami de la veille) hors de Kaboul et des principaux centres stratégiques du pays. Une fois encore, elle met le paquet, pour employer cette expression triviale. L’ennemi abandonne ses positions mais pas son idéologie. Peu après, elle décrète que l’ennemi islamiste est terrassé et que l’Afghanistan va entrer dans une nouvelle ère de paix, de prospérité et de démocratie heureuse (la mise en place des équipes de reconstruction provinciales ou PRT). Tout va très bien madame la marquise mais à part çà un petit rien… Les choses ne tournent pas dans le sens souhaité.

Le retour des Talibans

Presque vingt après le début de l’intervention militaire, le bilan est catastrophique. Les Talibans chassés de leurs fiefs reprennent le terrain perdu en infligeant de lourdes pertes aux troupes de la coalition et en faisant à nouveau régner la terreur dans le pays. Les femmes sont les victimes expiatoires de ces fous furieux. Donald Trump, qui comprend que la force ne paie pas, négocie avec eux, se promettant de quitter ce « cimetière des empires » avant 2020, élections obligent1. Fait intéressant à noter, les États-Unis se montrent d’une grande magnanimité avec l’Arabie saoudite (son grand allié depuis le Pacte du Quincy) alors même que les terroristes impliqués dans les attentats du 11 septembre 2001 sont en majorité originaires de ce pays comme du reste leur cerveau Oussama Ben Laden et qu’elle diffuse dans le monde un islam rigoriste (le wahhabisme) mortifère qui inspire les apprentis terroristes de tout poil, y compris ceux qui vivent en Occident. En termes d’indignation à géométrie variable, les Américains sont hors compétition. Bien évidemment, les alliés de l’oncle Donald (y compris le gouvernement fantoche de Kaboul) ne sont pas conviés aux négociations secrètes entre Américains et Talibans. Ils seront informés le moment venu du résultat des discussions et n’auront pas leur mot à dire. Merci pour tous les morts inutiles qu’ils laisseront derrière eux et qui se seront battus pour le roi de Prusse. Mais, ne nous arrêtons pas à de pareils détails mesquins. Les fameux alliés ont l’habitude d’avaler des couleuvres, des boas sans coup férir. Ils seraient même du genre masochistes et auraient même tendance à en redemander à l’occasion. Tournons notre regard vers l’Irak, objet de toutes les attentions de l’administration républicaine.

IRAK : GUERRES SANS FIN

L’élimination de Saddam Hussein

Dans sa grande sagesse, l’Amérique décrète, au début des années 2000, qu’elle va faire du « Grand Moyen-Orient » une sorte de laboratoire de la démocratie et de la loi du marché qui va étendre ses effets bénéfiques, de proche en proche, à la région au sens large par effet de domino à l’envers. Mais, il existe dans la zone un fauteur de troubles (« trouble maker ») désigné à la vindicte publique qui aurait la fâcheuse tendance à occuper l’un de ses voisins (le Koweït) en violation du droit international (il en sera puni), à aider en sous-mains les terroristes Al-Qaeda (pour se venger de la défaite qui lui a été infligée après l’invasion du Koweït) et, pire encore, à se doter illégalement d’armes de destruction massives, les fameuses ADM ou WMD en anglais (que l’on a du reste jamais trouvées même en cherchant bien). Occasion rêvée de lui rendre gorge, une bonne fois pour toutes et au passage de mettre la main sur ses ressources pétrolières. Chose dite, chose faite. En un tournemain, en dépit de l’opposition française (Cf. le discours de Dominique de Villepin de 2003 devant le Conseil de sécurité de l’ONU) et de l’absence d’autorisation du machin (dont l’Amérique n’a que faire), on règle son compte au tyran Saddam Hussein, on élimine tout ce qui, de près ou de loin, a collaboré avec le parti Bath et la bataille est, une fois de plus gagnée. Au passage, toute l’infrastructure administrativo-politique est mise à terre. Le pays est un bateau ivre sans capitaine, si ce n’est quelques marionnettes désignées à et par Washington mais qui ne représentent pas le pays réel. Sunnites et Chiites, sans parler des Kurdes, s’en donnent à cœur joie en commettant attentats sur attentats, plus horribles les uns sur les autres. Une sorte de surenchère permanente dans l’atrocité.

Les bégaiements de l’histoire

Mais, l’histoire semble inexorablement bégayer : bataille gagnée signifie immanquablement guerre perdue. Force est de constater que l’Irak entre dans une période de chaos indescriptible dont elle ne s’est toujours pas remise. Où l’Amérique passe, la paix trépasse. Un vieux classique des relations internationales que notre clergé médiatique a trop tendance à perdre de vue… sans parler de notre élite dirigeante, La Caste qui ignore tout des fondamentaux de la diplomatie. Nos braves inspecteurs des Finances qui confondent les règles de Bercy et celles du Quai d’Orsay. Il est toujours plus facile d’instaurer la pagaille que de rétablir l’ordre dans un pays morcelé et fragmenté entre différentes obédiences de l’Islam qui traine comme un boulet, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, le problème kurde. Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour rendre toute réconciliation impossible et l’insurrection possible, voire automatique. Nous n’apprenons décidément rien des leçons de l’expérience.

Non content de cette nouvelle déculottée, les masochistes américains en redemandent et tournent leur regard vers la Libye et le Yémen. Attention, les pyromanes sont de retour. Danger imminent en perspective. Et, c’est bien le cas à la lumière de ce qui se passe et non de ce qui se dit dans nos gazettes et dans nos chancelleries diffuseuses de « bobards » à jet continu. Et cela dans la plus grande indifférence.

LIBYE, YÉMEN : DEUX AFFREUX BOURBIERS

Prenons deux exemples tirés d’une actualité récente pour éclairer notre lanterne et mieux comprendre la politique extérieure américaine ! Les crises en Libye et au Yémen2 en disent long sur l’indigence de la pensée stratégique occidentale en ce début de XXIe siècle, sur l’incapacité de nos bons apôtres à ne pas tomber à pieds joints dans les pièges qu’ils ont eux-mêmes armés volontairement en pensant y piéger l’ennemi.

Libye, un État failli

Il n’est nul besoin de s’appesantir sur la pagaille monstre qui prévaut actuellement en Libye (dans le pays, au sud et au nord pour faire bonne figure) à la suite de l’intervention d’une coalition à laquelle les États-Unis ont prêté main forte même si la France du Petit Nicolas et du grand BHL a joué le rôle de mauvais génie. Une fois encore, bataille gagnée sur le très court terme, guerre perdue sur le long terme. Souvenons-nous des propos lyriques de Nicolas Sarkozy après la mise à mort du guide suprême (celui qui aurait financé sa campagne électorale). Nous en mesurons les multiples conséquences négatives aujourd’hui encore sur le continent africain mais aussi en Europe à travers la crise migratoire. Qu’est-ce que l’Occident a gagné dans cette guerre stupide que nous n’avions pas réfléchie autant qu’elle le méritait ?

Yémen, la « pire catastrophe humanitaire »

Il n’est pas plus besoin de s’arrêter sur l’aide logistique énorme fournie par l’Amérique à son grand allié saoudien3 pour écraser les rebelles houthis avec le succès que l’on sait4. Aujourd’hui, les Emirats arabes unis (EAU) prennent la poudre d’escampette, pour tenter d’échapper, un jour prochain qui sait, aux foudres de la Cour pénale internationale (CPI) en raison des crimes de guerre et autres crimes contre l’humanité (quelques peccadilles) commis dans cette « Arabie heureuse » par l’Arabie saoudite de MBS5. Pour sa part, la France éternelle n’est pas exempte de tout reproche dans cette sale guerre. Une fois n’est pas coutume, les Européens, Allemands en tête refusent de se laisser entraîner dans une improbable nouvelle coalition destinée à jouer les gendarmes du monde dans le détroit d’Ormuz comme le souhaitent les Américains pour punir les Iraniens6. Un sursaut de bon sens et d’orgueil de l’Europe est si rare pour être relevé. Il devrait se prolonger par une construction de sa puissance, condition de son autonomie stratégique. Mais, nous en sommes encore loin.

IRAK-SYRIE : LA FIN DE L’ÉTAT ISLAMIQUE

Après le temps de la guerre la fleur au fusil, vient le temps de la divine surprise, à savoir que la guerre n’aurait servi à rien en dépit des morts ayant donné leur vie pour la bonne cause. Mais, cela ne fait pas la une des grands quotidiens ou des actualités télévisées, ni même des réseaux prétendument sociaux.

La guerre la fleur au fusil

Dans la foulée des « révolutions arabes » au début de la deuxième décennie du XXIe siècle, l’EIIL s’empare d’une portion importante des territoires irakien et syrien pour y installer un califat, pour y faire régner une terreur sans précédent, pour s’accaparer des ressources pétrolières et financières, pour diffuser une propagande mortifère, pour semer la terreur dans la zone (en particulier contre les Kurdes et les Chrétiens) mais aussi en Europe (multiplication des attentats en particulier en France)… C’en est trop pour l’Amérique et ses fidèles affidés dont la France hollandaise et macronienne ! Il faut aller guerroyer pour bouter hors des villes et des campagnes la soldatesque de l’État islamique et ses nébuleuses bien aimées de Laurent Fabius obnubilé par le départ de Bachar Al Assad. Une fois encore, la bataille est rapidement remportée grâce à la supériorité technologique indiscutable occidentale. Les combattants, qui n’ont pas été éliminés, s’évaporent dans la nature. On les dit épuisés et peu désireux de reprendre le combat. Mais, c’est mal connaître les fanatiques de la région. Au début de l’année 2019, Américains, mais aussi nos Pieds Nickelés français (Macron-Parly-Le Drian), clament que la « bête immonde » a été vaincue. Alléluia ! Nous allons enfin pouvoir dormir sur nos deux oreilles. L’ordre occidental règne sur l’Orient compliqué en dépit d’une réinstallation de la Russie en Syrie. Comment en aurait-il pu être autrement tant nos élites sont certaines de leur fait ? La force l’a emporté contre le mal incarné par l’état islamique et sa folie destructrice. Tout va très bien dans le meilleur des mondes des bisounours que nous servent régulièrement nos perroquets à carte de presse qui sévissent quotidiennement sur les chaînes d’abrutissement en continu. Mais, patatras…

La divine-mauvaise surprise

Oh, surprise en ce début du mois d’août 2019, quelques informations aussi baroques qu’inquiétantes nous parviennent du Pentagone, une sorte d’usine à bobards. Tel Lazare, l’EIIL renaitrait de ses cendres, envisagerait de reprendre ses opérations militaires en Irak et en Syrie, de commettre quelques attentats en Europe pour bien démontrer qu’il n’a rien perdu de sa vigueur et de son audience en dépit de sa mise à l’écart des grands centres urbains. Dans la foulée, et comme un seul homme, la communauté du renseignement occidentale reprend les saintes écritures américaines en les psalmodiant à longueur de journée sur les chaînes d’abrutissement en continu. La peste islamiste pourrait de nouveau sévir dans nos villes et dans nos campagnes dès la rentrée de septembre. Qu’on se le dise ! Il est plus facile de gagner une bataille sur le terrain qu’une guerre idéologique.

Si nous comprenons bien, vérité de janvier ne serait plus vérité d’août ! Curieux. De deux choses l’une, soit la propagande officielle occidentale éhontée (pour une fois, les « fake news » ne viendraient pas ou plus du Kremlin) nous avait trompés en nous disant que la bataille contre l’EIIL avait été gagnée pour nous enfumer avec de bonnes paroles rassurantes, soit nos éminents stratèges avaient mal analysé la situation sur le terrain en dépit de leurs immenses capacités de renseignement, ce qui ne serait pas très glorieux pour la puissante Amérique. Dans tous les cas, tout ceci ne serait pas très rassurant en termes de garantie de notre sécurité. Le moins que l’on puisse dire est que la Syrie a été une défaite pour l’Occident dont les conséquences sont graves sur le plan mondial. Mais, en France, on préfère sanctionner le colonel Legrier qui a eu l’immense tort de dire ce qu’il pensait de l’alignement de la stratégie française sur celle des États-Unis en Irak et en Syrie que ceux qui encensaient Jupiter. Le militaire a dit la vérité, il doit être exécuté. Au passage, nous subissons les foudres de l’ONU pour renvoyer en Irak quelques illuminés7. La fessée est magistrale8. Décidément, le machin ne manquera pas de nous surprendre… en mal au moment même où il est incapable de s’acquitter de sa mission de maintien de la paix et de la sécurité internationales sur terre. Rôle qui serait d’autant plus opportun alors que les relations internationales sont basées sur la puissance. La force prime désormais le droit.

La suite au prochain numéro. C’est bien connu la puissante Amérique ne s’épanouit qu’en se trouvant de nouveaux ennemis que l’on va abattre définitivement sous le poids de bombes de plus en plus sophistiquées et intelligentes (« smart » pour les experts). C’est surtout bon pour les vendeurs d’armes qui n’ont rien à faire de la paix dans le monde9. Il lui a fallu de nombreuses années pour se remettre de la perte de l’ennemi héréditaire que fut l’Union soviétique après la chute du Mur de Berlin. Les terroristes ont fait et continuent de faire encore l’affaire. Mais, la liste s’est allongée depuis : Russie de nouveau, Chine qui découvre la fée sanction10 comme la Corée du nord et l’Iran punie d’avoir respecté ses engagements nucléaires souscrits dans l’accord de Vienne du 14 juillet 2015, déchiré par Donald Trump. Tout va très bien, le lobby des armes a des arguments pour vendre des armes manu larga et se remplir les poches. Drôle de conception de la paix dans le monde que celle qui nous vient d’Outre-Atlantique ! Au passage, la montée des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine ainsi que les tensions artificielles dans le détroit d’Ormuz font monter les cours du baril de pétrole. Encore, une excellente occasion d’en tirer profit pour certains attirés par le lucre11.

« L’histoire se répète toujours deux fois, la première en tragédie, la seconde en farce »12. Et, c’est bien ce que nous constatons aujourd’hui à propos de nos amis et alliés d’Outre-Atlantique. L’Amérique est décidément indécrottable. Elle galope d’échec militaire en échec militaire sans qu’elle n’en tire les conclusions qui s’imposent. En dehors de ses questions intérieures (et l’on peut en douter à l’aune d’affaires récentes de toutes natures13, en particulier les récentes tueries14), l’Amérique ne comprend rien au monde extérieur. Il lui est tout à fait étranger, pour ne pas dire totalement étranger. Les Américains ne comprennent rien au passé, au présent et encore moins à l’avenir. Rappelons que l’éternité est faite de trois dimensions, celle du passé, celle du présent, celle de l’avenir !

Les Américains estiment, à tort, que le monde va se plier à leurs désirs, à leurs exigences de cowboys, de shérifs du monde. Mais, cela ne fonctionne pas ainsi. Ce serait plutôt le contraire. Ils sont contraints de tirer les conséquences de leurs défaites en laissant des États au bord du chaos généralisé. Mais, ils ne sont pas spécialement adeptes du retour d’expérience (« retex » chez les militaires) pour éviter de reproduire les mêmes erreurs. Cela leur éviterait de graves déconvenues.
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Quand les Européens voudront-ils bien reconnaître que l’OTAN, c’est-à-dire les États-Unis, est une menace pour l’Europe parce qu’elle est un instrument de déresponsabilisation et un outil de maintien et de renaissance des tensions en Europe ?15 Ils e peuvent attendre la fin des divisions entre l’est et l’ouest pour agir. Mais, trêve de plaisanterie. L’honneur est sauf. L’Amérique est à l’Ouest géographiquement mais elle l’est aussi sur le plan géostratégique.

Guillaume Berlat
19 août 2019

1 Jacques Follorou, Afghanistan : les Américains pourraient partir fin 2020. Washington et les talibans sont engagés depuis onze mois à Doha dans des négociations de paix, Le Monde, 10 août 2019, p. 4.
2 Hélène Sallon, Yémen : des fissures dans le front antihoutistes, Le Monde, 13 août 2019, p. 3.
3 Renaud Girard, L’incroyable fiasco saoudien au Yémen, Le Figaro, 13 août 2019, p. 19.
4 Delphine Minoui, Yémen : le front anti-houthiste vole en éclats, Le Figaro, 12 août 2019, p. 8.
5 Trump parrain de la bombe saoudienne ?, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 3.
6 Norbert Röttgen, Dans la crise du détroit d’Ormuz, l’Europe doit se détacher des États-Unis, Le Monde, 11-12 août 2019, p. 27.
7 Inès Daif, L’ONU critique le traitement des djihadistes français, Le Figaro, 12 août 2019, p. 8.
8 Allan Kaval/Hélène Sallon, Transfert des djihadistes : l’ONU interpelle Paris, Le Monde, 13 août 2019, p. 2.
9 Alain Joxe, Les guerres de l’empire global, éditions La Découverte, 2012.
10 Claude Angeli, Course à la guerre froide entre Pékin et Washington, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 3.
11 Nabil Wakim, Le marché mondial de l’or noir au bord de la crise, Le Monde, 13 août 2019, p. 9
12 Régis Debray, L’Europe fantôme, Gallimard, 2019, p. 41.
13 Mathieu Bock-Côté, Les racines de la violence aux États-Unis, Le Figaro, 10-11 août 2019, p. 19.
14 États-Unis : plus de 250 tueries depuis janvier… Et Trump défend toujours les armés ricains !, Le Canard enchaîné, 7 août 2019, p. 1.
15 Général Desportes : « L’OTAN est une menace pour l’Europe », Le Figaro, 25-26 mai 2019, p. 20.

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Rédacteur en chef : Richard Labévière
Rédaction: Michel Annequin, Jean-Claude Bainville, Bouchra Belguellil, Guillaume Berlat, Jacques-Marie Bourget,
Alain Chouet, Bernard Cornut, François Nicoullaud, Etienne Pellot, Bertrand Renouvin.


https://prochetmoyen-orient.ch/guerre-les-americains-sont-alouest/

Les États-Unis disent qu’Israël a bombardé l’Irak

Les États-Unis disent qu’Israël a bombardé l’Irak


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama − Le 23 août 2019

Le 30 juillet, nous avons écrit : Non, Israël n’a pas attaqué des cibles iraniennes en Irak. Nous avons PEUT-ÊTRE eu tort :

Les journaux israéliens répètent un reportage selon lequel des avions israéliens auraient touché des cibles iraniennes en Irak.

Haaretz : Par un acte majeur, Israël frappe deux fois des cibles iraniennes en Irak 'en utilisant le F-35'
 
Ynetnews : Rapport: Les avions de guerre israéliens ont attaqué des cibles iraniennes en Irak
 
Jerusalem Post : Rapport: Israël a lancé deux attaques sur des cibles iraniennes en Irak en juillet
 
Selon ce dernier:

"L’IAF a utilisé ses chasseurs furtifs F-35i pour frapper deux bases irakiennes utilisées par les forces et les mandataires iraniens pour stocker des missiles balistiques, a rapporté mardi le quotidien saoudien londonien Asharq Al-Awsat."

 
Asharq Al-Awsat appartient à Faisal bin Salman, membre du clan au pouvoir en Arabie. Comme d’autres journaux arabes, il est souvent utilisé pour blanchir la désinformation et la propagande israéliennes, qui se répètent ensuite dans la presse israélienne.

A cette époque, il y aurait eu deux incidents présumés en Irak. Un dépôt de munitions avait explosé le 19 juillet. Une enquête officielle a imputé l’incident à du matériel défectueux. Un deuxième incident a seulement été annoncé, mais ne s’est pas produit.

Depuis lors, il y a eu plusieurs incidents liés aux munitions sur les bases des Forces de mobilisation populaires irakiennes (PMF ou Hashed) :

Maya Gebeily @GebeilyM - 19h24 UTC · 21 août 2019
 
#IRAQ: Au moins quatre incidents survenus au cours du dernier mois dans les bases de Hashed:
 
19 juillet - Amerli ; Les opérations conjointes irakiennes disent que c'était un drone, a déclaré Hashed ; le Pentagone a nié toute implication
28 juillet - Diyala
12 août - Saqr; Le Premier Ministre ordonne une enquête sur des explosions massives
20 août - près d'al-Balad
iraqblast-s
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Après le dernier incident, les dirigeants du PMF ont publié des déclarations contradictoires :

Le chef des forces paramilitaires irakiennes, soutenues par l’Iran, a démenti jeudi la déclaration de son adjoint la veille, dans laquelle il accusait les drones israéliens, et tenait les États-Unis pour responsables d’une série d’attaques contre des bases gérées par les milices.

Faleh al-Fayyadh a déclaré que la déclaration de son adjoint, Abou Mahdi al-Muhandis, ne représentait pas le point de vue des milices principalement chiites connues sous le nom de Forces de mobilisation populaire - ni celui du gouvernement irakien. Al-Fayyadh a affirmé que les attaques sur les bases au cours des dernières semaines "étaient le résultat d'actes organisés par une partie étrangère", mais s'est abstenue de nommer cette partie.

Les responsables américains ont nié que les États-Unis aient joué un rôle dans les explosions. ...

Une enquête du gouvernement, dont copie a été obtenue par Associated Press mercredi, a révélé que l'explosion près de Bagdad avait été provoquée par une frappe de drone.

Al-Muhandis, le chef adjoint du PMF qui gère la boutique, a menacé les forces américaines en Irak de représailles.

Il est probable que sa déclaration a amené des responsables américains à dire au New York Times que les frappes aériennes israéliennes présumées avaient bien eu lieu :

Israël a effectué une frappe aérienne sur un dépôt d'armes en Irak qui, selon des responsables, serait utilisé par l'Iran pour acheminer des armes en Syrie, attaque qui pourrait déstabiliser l'Irak et l'impliquer davantage dans le conflit entre les États-Unis et l'Iran. ...
 
Un haut responsable des services de renseignements du Moyen-Orient a déclaré qu’Israël avait bombardé une base au nord de Bagdad le 19 juillet.
 
Deux hauts responsables américains ont toutefois déclaré qu'Israël avait mené plusieurs frappes ces derniers jours contre des entrepôts de munitions de groupes soutenus par l'Iran en Irak. ...
 
L'attaque israélienne du 19 juillet a touché une base qui, selon un agent responsable du renseignement au Moyen-Orient, avait été utilisée par les Gardes de la révolution iraniens pour transférer des armes en Syrie. La frappe israélienne, lancée depuis l’Irak, a annoncé un responsable, a détruit une cargaison de missiles guidés d’une portée de 125 kilomètres.

L’ « agent responsable du renseignement au Moyen-Orient », dont il est question ici, est de toute évidence une source israélienne qui peut, ou non, dire la vérité. Israël ne peut lancer des frappes depuis l’Irak que s’il dispose de ressources sur une base américaine ou dans une zone contrôlée par les Kurdes. Al-Muhandis a affirmé que les frappes avaient été lancées à partir de bases américaines :

La déclaration des Forces de mobilisation populaires (FMP), regroupant des groupes paramilitaires majoritairement chiites et musulmans en Irak, soutenus pour la plupart par l'Iran, indique que les États-Unis ont autorisé quatre drones israéliens à pénétrer dans la région, accompagnant des forces US, et exécutant des missions sur le territoire irakien.

"Nous annonçons que les forces américaines sont les premiers et seuls responsables de ce qui s'est passé, et nous les tiendrons pour responsables de tout ce qui se passera à partir d'aujourd'hui", indique le communiqué, signé par le chef adjoint du PMF, Jamal Jaafar Ibrahimi, connu par son nom de guerre, Abu Mahdi al-Mohandes.

La déclaration du PMF intervient un jour après que plusieurs explosions ont frappé une position occupée par un groupe du PMF situé à proximité de la base aérienne de Balad, à environ 80 kilomètres au nord de Bagdad.

Le 16 août, le Premier ministre Abdul-Mahdi a interdit le trafic aérien américain indépendant en Irak :

Les États-Unis ont accepté de se conformer à la demande d'Abdul-Mahdi, ont déclaré des responsables vendredi, en tant qu'"invités à l'intérieur des frontières souveraines de l'Irak".

Quatre jours plus tard, une autre frappe s’est produite.

L’affirmation israélienne selon laquelle l’Iran utilise les bases irakiennes pour transporter des armes en Syrie et au Liban, est douteuse. Depuis des années, l’Iran transporte des armes et des munitions directement en Syrie, ou par bateau. Il n’a pas besoin de les stocker sur plusieurs bases en Irak.

L’ensemble de l’opération, et sa révélation maintenant, semble conçue pour améliorer les chances de réélection du Premier ministre israélien Netanyahou.

Mais il est probable que les incidents auront de graves conséquences pour l’armée américaine en Irak. Le gouvernement irakien subira d’intenses pressions pour expulser les États-Unis du pays. En Irak, on parlait déjà d’acquérir des armes de défense aérienne russe. L’Iran peut aussi vouloir proposer des systèmes appropriés. L’Iran et les Hashed tenteront probablement de se venger des attaques.

Quelque chose dans toute cette histoire paraît louche. Pourquoi la Maison Blanche laisserait-elle faire un tel imbroglio ? Je ne vois rien que les États-Unis pourraient y gagner.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/les-etats-unis-disent-quisrael-a-bombarde-lirak

Tribunal international pour Daesh : surtout ne pas dévoiler les faits

Tribunal international pour Daesh : surtout ne pas dévoiler les faits

  

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Un douzaine de pays ont envoyé des hauts-fonctionnaires à Stockholm pour une réunion le 3 juin 2019. Sous la présidence du ministre suédois de l’Intérieur, Mikael Damberg (photo), ils ont évalué la possibilité de créer un tribunal international pour juger les crimes de Daesh.

Depuis plusieurs semaines, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont manifesté leur intérêt pour une formule inspirée du Tribunal spécial pour le Rwanda.

De très nombreux problèmes ont été soulevés :
- Opportunité : Juger les seuls crimes de Daesh serait valider les autres crimes commis au Levant.
- Faisabilité : La création d’un tel tribunal international suppose l’accord de l’Iraq et de la Syrie. Or, la constitution irakienne l’interdit et la Syrie —que de nombreux participants ne reconnaissent pas— s’estime capable de juger les crimes commis sur son territoire —et y procède elle-même—.
- Coût : Un tribunal international reviendrait au minimum plusieurs centaines de millions de dollars. À titre d’exemple, l’Iraq réclame 2 milliards de dollars à la communauté internationale pour juger les jihadistes qu’il détient.
- Limitation de compétence : Au moins 17 États —dont plusieurs participaient à la réunion— ont armé Daesh, tandis que d’autres l’ont laissé commettre des crimes (comme le génocide des kurdes yazidis) alors que leur armée était présente sur place.

Selon un participant à cette réunion, des États qui participaient à cette réunion entendent faire durer les concertations préalables et ne jamais aboutir.

Les inénarrables difficultés sont déjà visibles à propos du rapatriement des enfants des jihadistes européens. La Suède et la Norvège sont parvenues à un accord avec le Rojava, État kurde qu’elles ne reconnaissent pas. Tandis que deux autres États traitent directement et en secret avec Damas qu’ils accusent pourtant publiquement de toutes sortes de crimes. Tous les autres États ont abandonné les enfants de leurs ressortissants.

Sur la réalité de Daesh, lire : Sous nos yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump, Thierry Meyssan, Demi-Lune (2017).

https://www.voltairenet.org/article206669.html

Arcum chiitum

Arcum chiitum

Publié le 24 Mai 2019 par Observatus geopoliticus in Moyen-Orient

Nous n’allons pas aborder dans ce billet la démission de dame Teresa en ce fatidique mois de May, même si le départ de la givrée russophobe du 10 Downing Street fait bâiller d’aise l’ours. Nous n’allons pas non plus nous appesantir sur la contre-attaque djihadiste dans l’Idlibistan, qui a fait perdre une des villes récemment gagnées par l’armée syrienne et surtout prouvé, comme nous l’avions prédit, que celle-ci n’avait pas encore engagé les grandes manœuvres pour récupérer la province barbue. Laissons également de côté le quatrième false flag chimique, qui semble d’ailleurs faire pchiiiit, au moment même où émerge enfin le fait que le troisième était une mauvaise farce, ce qui ne surprendra évidemment pas le fidèle lecteur du blog.

Aujourd’hui, attardons-nous sur une petite info lourde de conséquence. Dans un billet intitulé Arc chiite an Inous écrivions il y a vingt mois :

C’est dans ce contexte que l’on apprend, et c’est tout sauf un hasard, que le 4+1 a décidé de passer la vitesse supérieure le long de la frontière syro-irakienne, pierre angulaire de l’arc chiite potentiellement (re)constitué.

Du côté syrien, l’armée et le Hezbollah ont, avec le précieux soutien de l’aviation russe, relancé les opérations vers Al Bukamal / Al Qaïm, point nodal crucial de la recomposition moyen-orientale. Dans le même temps et en parallèle, de l’autre côté de la frontière, l’armée irakienne et les UMP chiites ont libéré la zone d’Akashat.

La coordination avec Damas semble évidente. A ce rythme et au vu de l’effondrement daéchique, l’alliance chiite ne devrait pas tarder à arriver en vue d’Al Bukamal / Al Qaïm. La prise de ce dernier bastion califal ne sera certes pas chose aisée, mais c’est la grande image qu’il faut prendre en compte : suppression définitive du corridor sunnite nord-sud et mise en place de l’arc chiite est-ouest. Au grand dam de qui vous savez.

Bingo ! Depuis qu’Al Bukamal est revenue, fin 2017, dans le giron loyaliste, les Iraniens y sont présents. Le noeud stratégique est en effet fondamental pour la marche de Téhéran vers le ponant :

L’arc chiite, en partie reconstitué après la victoire des syro-russo-iraniens en Syrie, (re)devient le cauchemar stratégique de Washington, Tel Aviv et Riyad. Les Iraniens s’établissent sur la Méditerranée tandis que la construction d’une autoroute Iran-Irak-Syrie a commencé (elle finira par relier Téhéran à Beyrouth) et qu’un projet de voies ferrées ressort du sable. Les futures routes de la Soie chinoises doivent passer par là…

Or, qu’apprend-on ? Les Iraniens ont entrepris des travaux pour ouvrir un nouveau passage près d’Al Bukamal (l’ancien étant totalement détruit par la guerre). Il n’en fallait pas plus pour que le système impérial entre en mode panique et imagine déjà les cargaisons d’armes à destination du Hezbollah ou de pétrole pour alléger les sanctions US.

Avec ténacité, Téhéran joue sa carte et avance ses pions pour rejoindre la Méditerranée, profitant de la reconstitution partielle de l’arc chiite. Un bémol toutefois, cette route doit serpenter entre les bases américaines en Irak, puis les zones occupées par l’empire en Syrie (zone « kurde » et Al Tanaf), sans compter les régions où la présence de Daech n’a pas été totalement éliminée :

On ne sait pas très bien ce que seraient censés faire les soldats US si un convoi iranien leur passait sous le nez, ni le cadre légal (vote du Congrès ?) d’une éventuelle intervention. Pour compliquer encore un peu la situation, se pose d’ailleurs toujours la question de la présence états-unienne en Irak. Ces bases sont en tout cas un moyen de pression visant à contrôler et à contrarier l’arc chiite renaissant.

Une chose est sûre : des sables du désert aux corridors du pouvoir à Bagdad, l’affrontement à fleurets mouchetés entre Téhéran et Washington n’est pas prêt de s’arrêter. Un petit jeu dans le Grand…

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/05/arcum-chiitum.html

Persica

 

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Publié le 17 Mai 2019 par Observatus geopoliticus in Moyen-OrientHistoirePétroleEtats-Unis

Contre qui donc la guerre doit-elle être faite par les gens qui n’ont en vue que la justice ? N’est-ce pas contre des ennemis naturels et héréditaires qui possèdent beaucoup de biens et sont tout à fait incapables de les défendre ? Or les Perses répondent à toutes ces conditions.

Ces paroles ne sont pas de John Bolton. Elles ont été prononcées par Isocrate il y a 25 siècles. Platon Pompeo en rajoutait une couche : Ils ne se sont pas arrêtés sur la pente de la décadence (…) Leur régime gouvernemental est vicié par un excès de servitude chez le peuple et un excès de despotisme chez les maîtres. Quelques décennies plus tard, Alexandre – qui n’est jamais appelé le Grand en Iran – mettait ces menaces à exécution, envahissait l’empire achéménide et incendiait Persépolis.

Deux millénaires et demi plus tard, l’empire US nous rejoue la pièce bien peu originale de la grande croisade contre la bête noire perse/iranienne, devenue chiite entretemps. On sait que c’est pour casser l’arc du même nom que la guerre syrienne a été préparée :

La problématique centrale du conflit est l’arc chiite Iran-Irak-Syrie-Hezbollah.

Cet arc est, pour diverses raisons, la bête noire des Etats clients/alliés de l’empire américain au Moyen-Orient.

Pour les pétromonarchies du Golfe, Arabie saoudite et Qatar en tête, il empêche de faire passer leurs pipelines vers la Turquie et l’Europe. Cela se double, pour Riyad, d’une véritable obsession religieuse vis-à-vis de l' »hérésie » chiite.

Pour Israël, l’arc, qui se nomme lui-même axe de la Résistance et soutient la cause palestinienne (les sunnites ont depuis longtemps abandonné la lutte), est l’ennemi à abattre. Il est synonyme de continuum stratégique qui ravitaille le Hezbollah au Liban.

La Turquie a une position géographique exceptionnelle et prétend devenir l’interface énergétique par laquelle passeraient les gazoducs et oléoducs des pétromonarchies. De plus, Erdogan a engagé une ambitieuse politique néo-ottomane sunnite qui lorgne vers le Sud.

Pour les Américains, outre le fait de plaire à leurs protégés (c’est le rôle de tout empire) et de mettre des bâtons dans les roues de l’Iran, leur ennemi depuis 1979, cela permettrait de squizzer énergétiquement la Russie et de la remplacer, sur le marché européen, par les hydrocarbures du Golfe.

Ainsi, tout concourt à ce que « quelque chose se passe ». Dès 2007, dans un article prémonitoire intitulé The redirection, Seymour Hersh indiquait que la « guerre contre le terrorisme » avait laissé place à la guerre contre les chiites, pourtant ennemis mortels des terroristes sunnites qui mettaient l’Occident et le monde à feu et à sang. Rien d’étonnant à cela, les Américains avaient déjà profité de l’émotion du 11 septembre pour régler leurs petits comptes géopolitiques et attaquer Saddam, pourtant adversaire d’Al Qaïda…

Quelque chose se prépare donc, mais où ? Attaquer l’Iran de front est impossible après les fiascos irakien et afghan. Ré-attaquer l’Irak « libéré » quelques années auparavant est invendable auprès de l’opinion publique. Quant au Hezbollah libanais, il est par trop excentré et Israël s’y est d’ailleurs cassé les dents en 2006. Le maillon faible est la Syrie. C’est là que les efforts vont se porter.

Dès la fin des années 2000, le plan est prêt, comme l’expliquera Roland Dumas. La vague des « Printemps arabes » de 2011 est un prétexte idéal. Qu’une partie des Syriens se soulève réellement, sans arrière-pensées, contre Assad ne peut être nié. Que d’autres groupes aient été préparés et financés en amont, faisant partie d’une manœuvre élaborée dans des capitales étrangères pour faire tomber Assad, c’est une évidence.

L’arc chiite, en partie reconstitué après la victoire des syro-russo-iraniens en Syrie, (re)devient le cauchemar stratégique de Washington, Tel Aviv et Riyad. Les Iraniens s’établissent sur la Méditerranée tandis que la construction d’une autoroute Iran-Irak-Syrie a commencé (elle finira par relier Téhéran à Beyrouth) et qu’un projet de voies ferrées ressort du sable. Les futures routes de la Soie chinoises doivent passer par là…

Sur cette question, l’élection du Donald n’a guère changé la donne et l’a même, si c’était possible, empirée. Idolâtre des Israoudiens, travaillé au corps par le moustachu Bolton et l’imberbe Kushner, il ne pouvait que souscrire à l’iranophobie ambiante. En se retirant de l’accord nucléaire, il a ouvert la boîte de Pandore dans laquelle sont évidement tombées les euronouilles impuissantes. A la notable exception de la Suisse, les petits génies du Vieux continent vont sagement se coucher devant les diktats du suzerain. Comme le dit Pepe Escobar (bonne traduction ici) :

« Mises à part des platitudes sur leurs « regrets » au sujet des sanctions américaines, les trois de l’UE jouent de facto le jeu des États-Unis, d’Israël, de l’Arabie Saoudite et des Émirats, et travaillent par extension contre la Russie, la Chine et l’Iran. »

Là où l’ami Pepe prend peut-être ses désirs pour des réalités, c’est quand il affirme que l’Iran continuera de vendre sans problème son pétrole, notamment à la Chine. Certes, la délirante sanctionite impériale gêne à peu près tout le monde, y compris des alliés comme la Corée du Sud qui  « fera tout son possible pour obtenir un renouvellement de l’exemption ». Certes, ces menaces de sanctions contre le reste de la planète vont, à terme, précipiter le déclin de l’empire, dont la force repose normalement sur le consentement des autres. Il n’empêche, pour l’instant, cela semble fonctionner…

Si un mystérieux tanker a débarqué son précieux naphte perse en Chine, les principales compagnies pétrolières du dragon – CNPC et Sinopec – ont préféré éviter les sanctions américaines en stoppant leurs importations. A Pékin, Ankara ou New Delhi, ce ne sont que protestations et récriminations mais, pour l’instant, personne ne semble prêt à franchir le pas.

C’est dans ce contexte que survient le fameux « sabotage » du Golfe. Le 12 mai, quatre navires, dont deux pétroliers saoudiens, sont abîmés non loin du détroit d’Ormuz, peut-être par de mystérieuses charges explosives. Si Washington, selon les bonnes vieilles ficelles, en a évidemment profité pour pointer du doigt l’Iran sans l’accuser formellement, les autres sont curieusement restés muets. Voir les Saoudiens se garder d’incriminer Téhéran est aussi courant que de voir une minijupe dans les rues de Riyad…

Certains y voient un énième false flag, une sorte d’Incident du Tonkin version Golfe, visant à justifier une intervention militaire contre l’Iran. Il convient cependant de préciser que l’armée US n’est pas du tout chaude pour une nouvelle aventure. L’amirauté contredit ouvertement Bolton sur la signification de l’arrivée (« prévue depuis longtemps » en réalité) du porte-avion USS Abraham Lincoln dans la zone, ce qui n’empêche d’ailleurs pas l’Espagne de retirer ses billes et de dire adios à la flotille américaine. La rumeur de l’envoi de 120 000 soldats US au Moyen-Orient n’a aucun sens – trop pour une attaque aérienne, bien trop peu pour une invasion terrestre – et il se murmure que les militaires, et pas seulement eux, veulent le scalp de Bolton, dont les jours sont peut-être comptés. Parmi les ennemis du furieux moustachu, Pompeo est tout aussi iranophobe. Mais s’il est un chaud partisan de l’isolement de Téhéran, il ne veut pas entendre parler d’une guerre qui embraserait toute la région.

Car nous ne sommes plus au temps de la décadence perse si chère à Platon et dont a bénéficié Alexandre. L’Iran a maintenant du répondant. Prenant le contre-pied de ceux qui ironisent sur le « Tonkin du Golfe », un bon connaisseur du Moyen-Orient (Elijah Magnier pour ne pas le citer) semble accréditer la thèse d’un sabotage iranien :

« Le 11 janvier 2007, les forces US ont perquisitionné le bureau de liaison iranien à Erbil et capturé trois officiers du « Corps des gardiens de la révolution iranienne ». Neuf jours plus tard, un commando dirigé par un officier du Hezbollah et des membres de la résistance irakienne du groupe de Moqtada al-Sadr (Asaeb Ahl al-Haq) ont mené une attaque audacieuse en plein jour dans la province de Kerbala, à bord de voitures blindées appartenant à un ministre irakien. Ils ont alors capturé et tué cinq soldats et officiers américains. C’est le modus operandi de l’Iran pour transmettre des messages aux USA, des messages sans équivoque qui ne laissent aucune trace iranienne.

Dimanche matin à 4 heures, heure locale, une forte explosion s’est fait entendre au port d’al-Fujarah dans les Émirats arabes unis. Cette opération propre, peu coûteuse, rapide et efficace a donné un immense résultat : elle a mis fin non seulement à la perspective d’une guerre entre les USA et l’Iran cet été, mais aussi d’une guerre entre le Hezbollah et Israël. L’acte de sabotage a donné un avant-goût de ce qui pourrait arriver aux économies des pays du Moyen-Orient et aux importations de pétrole si l’Iran était acculé au mur et attaqué. Les USA et leurs alliés du Moyen-Orient ne peuvent pas s’imaginer ce que l’Iran est capable de faire, même si aucune preuve tangible du sabotage ne mène à l’Iran, en cas de guerre. Trump devra bien réfléchir à sa réélection en 2020 s’il se lance dans une guerre sans horizon ou résultat clair.

L’Iran a menacé de fermer le détroit d’Ormuz s’il ne peut vendre son pétrole. L’acte de sabotage d’al-Fujairah s’est produit non loin de la base navale américaine à Fujairah, transmettant ainsi un double message à qui de droit.

L’acte de sabotage, que les autorités émiraties ont d’abord nié dans les heures qui ont suivi, pour ensuite le confirmer plus tard en après-midi, s’est produit peu après l’annonce que les USA envoyaient un porte-avions et des bombardiers B-52 en direction du golfe Persique pour effrayer l’Iran et répondre à toute tentative de s’en prendre au trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Il est peu probable que les USA s’attendaient à ce genre de réaction immédiate et directe. »

Ne donnant pas leur part au chien, le Hezbollah et les milices chiites irakiennes entreront évidemment dans la danse si Téhéran est attaqué, tandis que les Houthis du Yémen commencent à cartonner les pipelinesd’Aramco en Arabie saoudite même. Le rayon d’action de leurs drones couvre la presque totalité du territoire saoudien et ils peuvent maintenant toucher n’importe quelle installation pétrolière. Les grassouillets cheikhs wahhabites semblent quelque peu paniqués de voir leur or noir pris entre l’enclume du détroit d’Ormuz et le marteau houthi.

Quant aux soldats américains en Irak, d’ailleurs lâchés par les alliés allemand et hollandais qui ont suspendu leur opération de soutien aux troupes de la coalition en raison de l’escalade, ils sont en première ligne. Même si les infos sont contradictoires, il se pourrait que leurs bases soient maintenant pointées par des missilesfournis par Téhéran à ses proxies, ce qui aurait poussé Washington à prendre l’étonnante décision d’évacuer tout le personnel diplomatique non essentiel en Irak.

Devant la formidable guerre asymétrique qui peut être déclenchée à tout moment par l’Iran, il n’est pas sûr que l’empire franchisse le Rubicon. Comme le dit un proverbe persan, n’ouvrez pas la porte que vous serez incapable de refermer

Pâques à Mossoul, les chrétiens prient pour le retour de leurs proches

 

RELIGION

 

Pâques à Mossoul, les chrétiens prient pour le retour de leurs proches

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Reportage

Un an et demi après la libération de Mossoul, en Irak, une petite poignée de fidèles se sont réunis pour célébrer la résurrection du Christ dans la seule église encore debout. Un acte de résistance, alors que la majorité des chrétiens craignent de retourner dans l’ancienne capitale irakienne de Daech.

  • Noé Pignède (à Mossoul),
Pâques à Mossoul, les chrétiens prient pour le retour de leurs proches

Messe de Pâques à l’église Saint-Paul de Mossoul (Irak).AMMAR SALIH/EPA
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« Célébrer la résurrection du Christ à Mossoul, dans cette cité déchirée, est un symbole fort. » C’est par ces mots que l’archevêque, Mgr Najib Michaeel, commence son office. Une messe chantée en arabe ponctuée d’araméen, la langue du Christ, comme le veut le rite chaldéen.

Plus d’un an et demi après la reprise de cet ancien fief de Daech, une quarantaine de fidèles célèbrent la messe pascale dans la petite église Saint-Paul, seule église réhabilitée de la ville. Vaincue, l’organisation terroriste avait pratiqué une politique de la terre brûlée, incendiant l’ensemble des lieux de culte chrétiens.

« Je viens toujours à Mossoul avec une grande émotion. En juin 2014, les djihadistes nous ont chassés, mais aujourd’hui nous sommes là, sourit Elichoua, petite sœur de Jésus originaire de la région. Il faudra du temps aux chrétiens pour oublier ce traumatisme, mais je garde l’espoir que nous pourrons revenir et vivre en paix avec les autres communautés ».

Avant la prise de la ville par Daech, Mossoul comptait plus de 15 000 chrétiens. Mais malgré la défaite des djihadistes, seule une trentaine de familles aurait regagné la cité. « Il est temps de rentrer sur nos terres, poursuit la religieuse, les musulmans eux-mêmes nous le demandent ! Dieu nous montrera la voie ».

Des fidèles austères

En cette fête de Pâques, l’atmosphère est lourde, les fidèles austères. Un voile noir sur les cheveux, une femme entonne les psaumes dans un nuage d’encens. La maigre assemblée reprend sobrement. La majorité des fidèles ne vivent plus à Mossoul mais l’espoir du retour est sur toutes les lèvres. « En ce jour de fête, j’appelle tous mes frères chrétiens mossouliotes à convaincre leurs proches de rentrer. Nous sommes chez nous ici, assure Youssef, qui s’est réinstallé dans le quartier il y a quelques mois. Lorsque je suis revenu, un voisin musulman m’a tendu mes clés et m’a dit”Tiens, c’est chez toi’’. Il avait veillé sur ma maison. »

Pour la majorité des chrétiens toutefois, le retour semble impossible. Shahed, la soixantaine, cheveux à la garçonne, craint pour sa sécurité. Elle-même s’est réfugiée à Ankawa, le quartier chrétien d’Erbil, au Kurdistan irakien. « Notre communauté a beaucoup souffert. Tant que la situation ne se sera pas stabilisée, que les églises ne seront pas reconstruites et que l’archevêque ne sera pas de retour, je ne reviendrai pas à Mossoul. »

Des réserves partagées par la plupart des fidèles qui ont vu leurs maisons détruites, pillées par les djihadistes et leurs soutiens. Pendant l’occupation, certaines de leurs connaissances, parfois même leurs voisins musulmans, ont collaboré avec Daech.

De nombreux obstacles au retopur

« Il faut rétablir le lien de confiance qui unissait les Mosslaouis, explique Loÿs de Pampelonne, responsable de l’Œuvre d’Orient en Irak. Les chrétiens sont prêts à beaucoup de sacrifices pour retrouver leur terre mais, pour l’instant, les obstacles au retour restent nombreux, à commencer par les conditions sécuritaires et l’absence d’école religieuse. »

Même Mgr Najib ne vit pas, pour l’instant, dans la ville dont il est archevêque. Comme principale raison, il invoque l’absence de presbytère où poser ses valises, les bâtiments mitoyens de l’église Saint-Paul n’étant pas encore rénovés. Autre raison, tue mais évidente : le souvenir des exactions contre les chrétiens et de l’assassinat de son prédécesseur, Mgr Rahho en 2008.

Des crimes qui restent ancrés dans les mémoires et dont les racines idéologiques demeurent. « Daech est toujours vivant. Plus de 30 000 enfants ont subi le lavage de cerveaux des djihadistes, ajoute-t-il. L’éducation des jeunes doit être une priorité. »

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Mossoul, une difficile renaissance

Juin 2014 : La ville de Mossoul tombe aux mains de l’État islamique, après une offensive de grande ampleur dans le nord de l’Irak. 500 000 civils fuient la ville, dont 10 000 chrétiens. Quelques jours plus tard, Abou Bakr al-Baghdadi proclame le « califat » depuis la mosquée mossouliote Al-Nouri.

Octobre 2016 : Le gouvernement irakien annonce le lancement d’une opération pour reprendre la ville. C’est le début de la bataille de Mossoul.

Mars 2017 : Intenses frappes aériennes sur Mossoul sous l’égide de l’armée américaine.

Juillet 2017 : L’Irak annonce la libération de la ville.

24 décembre 2017 : Première messe de Noël célébrée à Mossoul depuis 2014

Septembre 2018 : A Paris, l’Unesco organise une rencontre pour encourager les acteurs de la scène internationale à se mobiliser pour la reconstruction du patrimoine de Mossoul

Décembre 2018 : Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, se rend en Irak, et notamment à Mossoul, en signe de la proximité du pape