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Netanyahou aux Arabes : « Faites avancer l’intérêt commun de la guerre avec l’Iran »

Netanyahou aux Arabes :
« Faites avancer l’intérêt commun de la guerre avec l’Iran »


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama − Le 13 février 2019

Les États-Unis avaient appelé à une réunion anti-iranienne de haut niveau en Pologne. Le but de la réunion était de mettre leurs alliés et leurs caniches en conformité avec l’ordre du jour américain sur l’Iran, pour au moins les inciter à adopter des sanctions plus sévères. Mais les Européens ont rejeté la proposition.

Le département d’État a ensuite modifié l’ordre du jour :

« L’idée était d’organiser une conférence, une réunion ministérielle et de briser notre isolement diplomatique sur l’Iran », a déclaré une personne familiarisée avec la planification de cet événement. « Cela a commencé comme une conférence déguisée sur l'Iran, mais a probablement dû assumer un contenu plus vaste et plus actuel sur le Moyen-Orient. »

La personne a ajouté : « Ils ont modifié certains points de l'agenda et ont été contraints de se contenter de débats sur la Syrie et le Yémen en particulier. »

La réunion a eu lieu aujourd’hui, mais les puissances européennes ne sont pas tombées dans le piège. Elles veulent conserver l’accord nucléaire avec l’Iran :

Même la Pologne a déclaré mardi qu'elle n'était pas d'accord avec l'approche américaine vis-à-vis de l'Iran. Le ministre des Affaires étrangères, Jacek Czaputowicz, a déclaré à la presse que l'accord sur le nucléaire était précieux et a exprimé l'espoir que la conférence pourrait aider les participants à trouver un terrain d'entente.

Bien que la délégation américaine comprenne le vice-président Mike Pence, le secrétaire d’État Mike Pompeo et le conseiller principal de la Maison Blanche Jared Kushner, d’autres acteurs importants ont refusé de participer ou ont envoyé des délégations de niveau inférieur. Federica Mogherini, responsable de la politique étrangère de l'UE, a déclaré qu'elle avait d'autres engagements.

L’Allemagne et la France n’ont envoyé que du personnel de niveau inférieur. Le ministre britannique des Affaires étrangères ne participera qu’à une séance parallèle sur le Yémen.

Le département d’État s’est donné du mal pour brouiller l’objectif réel de la conférence. Son communiqué de presse dit aujourd’hui :

L'ordre du jour est vaste et comprendra une discussion sur les efforts déployés par l'administration US pour promouvoir une paix globale et durable entre Israël et les Palestiniens, ainsi qu'une discussion sur la manière de faire face aux crises humanitaires régionales en cours. Le Secrétaire US fera le point sur la situation en Syrie et discutera des autres priorités des États-Unis dans la région, notamment des préoccupations concernant les activités destructrices de l’Iran.

Des séances plus restreintes permettront aux ministres de se concentrer sur des domaines de préoccupation spécifiques tels que le développement et la prolifération des missiles, la cybersécurité et les menaces émergentes, ainsi que le terrorisme et les financements illicites.

Cet effort du Département d’État visant à dissimuler quelque peu le véritable agenda a été saboté lorsque le Premier ministre israélien est arrivé et a précisé le sens de la réunion :

« Je vais à une réunion avec soixante ministres des Affaires étrangères, et des envoyés des pays du monde entier contre l'Iran. Ce qui est important dans cette réunion - et cette réunion n’est pas secrète, car il y en a beaucoup de semblables - c’est qu’il s’agit d’une réunion ouverte avec les représentants des principaux pays arabes, réunis en Israël pour promouvoir l’intérêt commun d'une guerre avec l'Iran ».

[Mise à jour 15h40]

La déclaration a maintenant été changée en « combattre l’Iran ». Mais ce n’est pas ce que Netanyahou a déclaré à Varsovie et il existe une vidéo pour le prouver. Il y avait aussi des témoins :

Aron Heller @aronhellerap 18:44 utc - 13 fév 2019

Est-ce que @netanyahu a vraiment dit « guerre » avec l'Iran ? J'étais là et le mot était « milchama » = guerre.

[Fin de mise à jour]

Pourquoi Netanyahou fait-il cela ?

Aucun autre pays, à l’exception peut-être des États-Unis, n’a intérêt à faire la guerre à l’Iran. Certainement pas les pays arabes proches du golfe Persique. En cas de guerre, ils sont tous extrêmement vulnérables aux représailles iraniennes. Leurs installations pétrolières et gazières seraient sérieusement en danger. Les usines de dessalement qui fournissent leur eau potable sont facilement accessibles aux missiles iraniens.

En affirmant que la conférence avait pour objet de faire la guerre à l’Iran, Netanyahou n’embarrasse pas seulement le département d’État et le secrétaire américain Mike Pompeo. Il rend également extrêmement difficile pour les autres participants de justifier leur présence. Les Arabes seront particulièrement furieux d’être présentés dans une alliance aussi ouverte avec Israël et son hostilité à l’Iran. Il est bon de faire des arrangements avec Israël en douce. Mais être publiquement associé à un Israël belliciste est difficile à vendre à leur peuple. Il ne serait pas surprenant de voir certains d’entre eux partir.

L’ensemble de la conférence était une initiative propre à l’administration Trump. Au lieu de montrer l’unité avec ses alliés, elle n’a fait maintenant que montrer la profondeur de leur désaccord. La déclaration de Netanyahou pourrait l’aider à gagner des voix lors des prochaines élections en Israël. Mais l’alliance espérée avec les Arabes du Golfe est plus éloignée qu’elle ne l’a jamais été.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/netanyahou-aux-arabes-faites-avancer-linteret-commun-de-la-guerre-avec-liran

 

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Conférence sur la sécurité de Munich : la France ne se donne pas les moyens de ses justes ambitions

Défense
Conférence sur la sécurité de Munich : la France ne se donne pas les moyens de ses justes ambitions

Atlantico: Si Emmanuel Macron ne s’y rend pas, il avait présenté son projet de « force commune d’intervention » pour l’Europe. Alors que l’échéance électorale européenne approche et semble brouiller les cartes, la stratégie de la France en termes de sécurité vous semble-t-elle adaptée ?

Florent Parmentier: La conférence de Munich apparaît depuis le début des années 1960 comme le Forum de Davos de la défense. Une quinzaine d’années après la fin de la Seconde Guerre mondiale et en pleine Guerre froide, il s’agissait de débattre des grands enjeux mondiaux dans un pays en train de se relever et de se tourner non vers une volonté de revanche, mais vers la voie de l’intégration européenne. Le traité de Rome n’a que cinq ans au moment de son lancement.

Ce type de grand forum international vaut autant pour les conférences théâtralisées marquant les évolutions des affaires internationales que pour les discussions informelles qui s’y tiennent en parallèle de ses grands événements. On y décèle les grandes tendances, on y décrypte les futures annonces. Ainsi, Munich a été le lieu fin des discours les plus marquants de Vladimir Poutine, lors du Forum 2007, pendant lequel il dressait un réquisitoire contre l’ordre américain et son unilatéralisme.

En 2017, peu après l’élection du président Trump, le sénateur américain de l’Arizona John McCain faisait un plaidoyer pour une affirmation musclée des valeurs occidentales, craignant pour le risque de décadence de celles-ci. Les dirigeants américains, pour la branche favorable à une relation transatlantique forte, ne manquent pas de signaler l’importance de ces liens pour l’ordre international.

Emmanuel Macron aurait-il pu devenir l’homme de la conférence de Munich de la sécurité en 2019 ? Sa situation sur le plan intérieur s’est singulièrement dégradée depuis la mi-novembre. Le rappel de l’ambassadeur français de Rome a montré la fermeté du président de la République, qui souhaite se positionner comme la seule alternative au populisme nationaliste. Il est certain aujourd’hui que le populisme, quelle que soit la définition qu’on peut mettre derrière ce concept parfois protéiforme, a un réel impact sur les prises de décisions en matière de politique étrangère. Toutefois, comment concilier, chez les populistes, les Italiens qui ne veulent pas porter seul le fardeau financier de l’accueil des réfugiés et les populistes centre-européens qui sont rétifs à toute forme d’accueil de ceux-ci ?

Pour autant, derrière ces divisions spectaculaires et politiques, les états-majors militaires des différents pays de l’Union européenne, les groupements économiques et les administrations peuvent converger vers une prise de conscience commune : le monde tel qu’on l’a connu après 1945 ne reviendra pas. Le chemin pris par Donald Trump ne pourra être dévié facilement ; les thèmes qu’il a imposés à Washington continueront à influencer des débats après son départ.

En 2016, les Ministres de la Défense français (Jean-Yves Le Drian) et allemand (Ursula van der Leyden) ont ouvert la conférence de concert.

Ce n’était sans doute pas le moment de plastronner pour Emmanuel Macron, même si ce serait un lieu idéal pour la montée en puissance des Européens en matière de défense.

 

Un des dossiers chauds de cette conférence est la crise iranienne, avec d’importante pression contre Téhéran. La stratégie de sécurité financière adoptée par la France pour répondre aux sanctions américaines ne risque-t-elle pas d’être vaine en cas d’embrasement ? La France aurait-elle alors son mot à dire ?

Le régime iranien fête cette année les quarante ans de sa révolution. Si l’accord iranien de 2015 a été un des véritables acquis de la diplomatie de Barack Obama, celui-ci a été remis en cause par le président Donald Trump qui a choisi de rompre l’accord négocié. Pour autant, le paradoxe tient dans le fait que le principal objet d’inquiétude du régime iranien n’est pas lié aux sanctions de Washington, mais bien davantage au mécontentement populaire !

Dans ce cadre, et dans la mesure où les transactions en dollars deviennent impossible pour les acteurs économiques européens du fait des sanctions américaines, la France le Royaume-Uni et l’Allemagne ont mis en place un système d’échange complexe s’appuyant sur une logique de troc (Instex pour Instrument in support of trade exchanges). Les Iraniens lancent pour leur part leur propre cryptomonnaie, le PayMon. Cette stratégie n’est donc pas française, elle est beaucoup large – euro-britannique pourrait-on dire – ce qui lui donne une force nouvelle.

 

Les tensions sont aussi fortes autour de la question des conventions d’armement. De quoi s’agit-il ? Va-t-on vers une nouvelle course à l’armement ?

La maîtrise des armements est devenue une des questions centrales dans les relations internationales à compter du 19e siècle. On a cherché au cours du 20e siècle à maîtriser les effets des armes chimiques, bactériologiques et nucléaires. Ce qui était vrai pendant la Guerre froide l’a également été après. Régulièrement, selon leur intérêt stratégique du moment et les vagues d’incompréhension réciproque, les États-Unis comme la Russie se délient volontairement d’un certain nombre d’accords précédemment contractés. Le dernier exemple en date concerne le Traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire.

Si l’on ajoute à cela les effets démultipliés de l’intelligence artificielle alliée à la robotique, la perspective d’une guerre technologique sans homme d’un côté, et de moyens de destruction massive à portée des terroristes de l’autre, une nouvelle course à l’armement est tout à fait possible. A cela il faut ajouter le fait que la montée de la puissance chinoise ne manquera pas d’inquiéter les dirigeants américains.

https://www.atlantico.fr/decryptage/3566056/conference-sur-la-securite-de-munich–la-france-ne-se-donne-pas-les-moyens-de-ses-justes-ambitions-florent-parmentier

Londres tente de saboter la nouvelle route de la soie au Pakistan

Londres tente de saboter la nouvelle route de la soie au Pakistan

Les vieilles méthodes font toujours recette mais pas souvent :  l’attaque du consulat de la République populaire de Chine à Karachi, la plus grande ville du Pakistan (Sind, Sud) par trois éléments de l’Armée de Libération du Balouchistan porte de très vieilles marques, reconnaissables à des milliers de kilomètres à la ronde. Le vieil impérialisme britannique est mort. Restent les miettes.

Nous sommes dans le domaine du Grand Jeu de Kipling, revisité à la sauce chinoise.

La nouvelle route de la Soie chinoise est en marche. Au Pakistan, cela se traduit par d’énormes investissements chinois dans les infrastructures rendant ce pays moins dépendant de l’assistance militaire américaine et l’aide financière  saoudienne. Mais le Pakistan est un pays faisant face à d’immenses défis géostratégiques et l’instabilité n’attirant pas les affaires, il fallait résoudre un certain nombre de problèmes anciens :  restauration de l’autorité dans les zones tribales du Nord, au Waziristan, réduction de la tentation indépendantiste balouche, alimentée par les services britanniques et indiens, surveillance de la situation en Afghanistan et par dessus tout, établir une dissuasion viable face au gigantesque rival indien.

Le Balouchistan est une province frontalière avec l’Iran et où les services secrets des pays occidentaux sont positionnés depuis des décennies à des fins de déstabilisation de l’Iran mais également pour le potentiel minier et fossile de cette zone. Cette présence s’est traduite par la multiplication de groupes armés indépendantistes incapables de faire face à l’Armée pakistanaise mais capables d’instaurer une instabilité chronique et l’insécurité. Or, la ceinture économique chinoise doit impérativement passer par le Balouchistan pour joindre l’Iran en attendant le retrait des forces occidentales d’Afghanistan. Une fois l’Iran atteint, les routes de Baghdad et d’Alep sont ouverts.
C’est à ce niveau qu’interviennent les services britanniques :  maintenir l’insécurité et le cas échéant, passer à l’action comme ce fut le cas ce vendredi matin avec l’attaque armée foireuse ayant visé le consulat de Chine à Karachi.

C’est un peu comme en Afrique, quand les chinois s’approchent un peu trop des gisements d’Areva au Niger et qu’un groupe armé local (sinon un créé ad-hoc) est chargé de kidnapper un ou deux techniciens de l’Empire du Milieu.

C’est une lutte désespérée. Un nouveau monde se met en place et les vieilles recettes n’ont plus cours.

Londres tente de saboter la nouvelle route de la soie au Pakistan

Troc Europe-Iran: ultime solution pour sauver l’accord de Vienne ?

Troc Europe-Iran: ultime solution pour sauver l’accord de Vienne ?

Le 31 janvier 2019, l’Europe a annoncé avoir mis en place un système qui lui permettra de commercer avec l’Iran, sans pour autant se voir imposer des sanctions de la part des Etats-Unis. La forme de cette entité nommée INSTEX,  est une idée novatrice pour les relations Europe-Iran. Pourtant l’initiative soulève de nombreuses problématiques diplomatiques et économiques. Le tout, sur fond de sécurité nucléaire.

L'Iran subit les sanctions américaines et souhaite envoyer un message fort aux américains
L’Europe a annoncé la mise en place d’un système de troc avec l’Iran.  cela devrait permettre de contourner les sanctions américaines. Cette stratégie et vise à sauver l’accord de Vienne

INSTEX : contourner la dollarisation des transactions et maîtriser le nucléaire iranien

En mai 2018, Donald Trump avait retiré les Etats-Unis du traité de Vienne sur le nucléaire iranien, ratifié en 2015. Ce retrait avait obligé des entreprises européennes s’étant réimplanter en Iran à en repartir. Ainsi, plusieurs contrats se chiffrant en milliards de dollars avaient pris fin. En effet, désormais les pays commerçants avec la République islamique d’Iran, tombent sous l’effet de l’extraterritorialité du droit américain et de ses sanctions.

Concrètement, il s’agit d’une entité ad hoc nommée INSTEX (Instrument in Support Of Trade Exchanges), dont la structure juridique est appelée Special Purpose Vehicle. Créée par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, les 28 états membres de l’Union Européenne l’ont acceptée. Cette création est une réaction au rétablissement des sanctions contre l’Iran.  INSTEX fonctionnera comme une chambre de compensation  “dans le cadre d’un troc entre importateurs et exportateurs entre l’Iran et l’Europe. Les entreprises exportant vers l’Iran seront créditées sur INSTEX grâce aux créances des importateurs iraniens, seul le solde de ces flux faisant l’objet de crédits bancaires” (1)

Par INSTEX, l’Europe souhaite convaincre l’Iran de se maintenir dans l’accord de Vienne et donc, limiter une augmentation des tensions au Moyen Orient dûes au programme nucléaire iranien.  La solution est partielle et ne permettra pas de rétablir de véritables flux économiques entre les deux aires. Toutefois, l’Europe montre qu’elle souhaite tenir sa promesse consistant à soutenir le maintien de l’Iran dans l’accord. La mise en place d’INSTEX a été accompagnée de certaines conditions. Par exemple, l’Europe souhaite que l’Iran se conforme aux Gafi (Groupe d’action financière), l’organe qui lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. A terme, l’objectif serait de sortir l’Iran de la liste noire du Gafi et donc des pays soumis à l’embargo américain. Cela serait bénéfique au commerce avec l’Europe.

L’Iran : entre pied-de-nez aux américains et refus de se plier aux normes occidentales

De son coté l’Iran voit en ce mécanisme une nouvelle opportunité de s’opposer aux Etats-Unis.  Par la mise en place du troc, l’Iran estime qu’il y a une « invalidation des sanctions » par les européens. Aussi, Hassan Rohani, le président actuel, voit d’un bon œil cette possibilité de commerce extérieur au moment où la situation économique en Iran se dégrade. Pour autant l’Iran ne compte pas coopérer sur l’aspect Gafi. Le ministère de la justice iranienne a d’ailleurs réaffirmé l’indépendance de la politique étrangère et de défense. Le guide suprême a quant à lui déclaré qu’il n’était pas possible que l’Iran fasse confiance à l’Europe et qu’il s’opposerait à ce projet.

INSTEX, une fausse bonne idée ?

A peine créé, INSTEX est déjà limité. Pour que la chambre de compensation fonctionne, des entreprises doivent se porter volontaires. Or ce sont surtout des PME ne commerçant pas encore en dollars, qui devraient accepter d’intégrer la structure. Ensuite, il faut qu’une entreprise miroir d’INSTEX soit créée en Iran, ce qui pourrait prendre du temps, voir être empêché. Dans la pratique, INSTEX ne permettra pas de débouchés en Europe pour le gaz et le pétrole iraniens, censés doper l’économie iranienne. Cependant INSTEX se concentrera au début sur des produits agroalimentaires et pharmaceutiques, déjà autorisés.

L’Europe affirme que le mécanisme sera prêt à monter en puissance.  D’autres pays pourraient l’intégrer, comme la Russie et la Chine. Ces deux derniers ont par ailleurs des intérêts économiques et diplomatiques en Iran, bien que cela aille à l’encontre de la politique américaine. Or, l’inclusion de telles puissances dans le mécanisme d’initiative européenne pourrait être mal vu par Washington. Effectivement,  la Chine et les Etats-Unis sont sur le point de se livrer une guerre économique tandis que la Russie est accusée d’ingérence dans l’élection présidentielle américaine.

(1) source : Yves Bourdillon, Les Echos, https://www.lesechos.fr/monde/europe/0600655169264-leurope-mise-sur-instex-pour-commercer-avec-liran-2243324.php

About Eléonore Motel

Eléonore est étudiante en master 2 à Sciences Po Lille. Ses thèmes de prédilection sont l’intelligence économique, les problématiques de défense et de sécurité ainsi que les enjeux maritime

L’Iran acculé

L’Iran acculé

Les États-Unis se préparent à organiser le « Moyen-Orient élargi » sans leurs troupes. Ils devraient capitaliser sur les erreurs commises depuis cinq ans par l’Iran pour créer une alliance militaire judéo-sunnite contre les chiites, dénommée « Otan arabe » par la presse.

| Damas (Syrie)

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De gauche à droite : l’ayatollah Ahmad Jannati (président de l’Assemblée des experts, les 86 sages religieux qui président l’Iran) ; l’ayatollah Sadeq Larijani (chef de la Justice islamique) ; l’ayatollah Ali Khamenei (Guide la Révolution) ; le cheikh Hassan Rohani (président de la République islamique) ; Ali Larijani (frère du second et président de l’Assemblée nationale).

Alors que le Pentagone se retire du « Moyen-Orient élargi » pour s’investir dans le « Bassin des Caraïbes », la Maison-Blanche s’apprête à réorganiser ses alliés dans la région. Dans ce but, les 14 et 15 février se tiendra à Varsovie une «  Réunion ministérielle visant à promouvoir un avenir de paix et de sécurité au Moyen-Orient  ». Tous les alliés des États-Unis y participeront, mais pas leurs partenaires : ni la Russie, ni la Chine.

Le 10 janvier, lors d’une conférence à l’Université américaine du Caire, le secrétaire d’État Mike Pompeo en a fixé les objectifs :
- s’opposer au « régime iranien » et à « ses mandataires » ;
- mettre en place une Alliance stratégique juive-sunnite contre l’Iran chiite [1].

Le retour d’Elliott Abrams

On ne peut qu’être désolé devant la confessionnalisation de la politique extérieure US. Elle doit être rapprochée du retour d’Elliott Abrams [2] au département d’État après 30 ans d’absence. Ce trotskiste, rallié en 1980 au président républicain Reagan, est un des fondateurs du mouvement néoconservateur. Il est aussi l’un des initiateurs de la théopolitique, cette école de pensée alliant juifs et chrétiens sionistes selon qui la Terre sera en paix lorsqu’elle se sera dotée d’un gouvernement mondial basé à Jérusalem [3].

Contrairement à une idée reçue, les néoconservateurs ne sont pas des ennemis de l’Iran, ni des amis d’ailleurs. Ils ont toujours considéré qu’il fallait maintenir un équilibre entre arabes et perses. Ainsi, Elliott Abrams participa à l’« opération Iran-Contras », consistant notamment à vendre des armes israéliennes via cheik Hassan Rohani (l’actuel président iranien) à l’ayatollah Hachemi Rafsandjani (qui devint à cette occasion l’homme le plus riche de son pays) pour résister à l’attaque iraquienne (elle aussi commanditée par Washington). Cette opération étant conduite à l’insu du Congrès, il fut condamné, puis amnistié par le président Bush Sr.

Durant cette période, il fut impliqué dans divers massacres au Guatemala, au Salvador et au Nicaragua.

Les trotskistes de la revue de l’American Jewish Committee, Commentary, qui rallièrent comme lui Reagan, entendaient à la fois lutter contre l’URSS pour poursuivre la lutte de Léon Trotski contre Joseph Staline et réaliser un coup d’État mondial, pour autant que ce concept ait un sens. Elliott Abrams participa donc à la création de l’Institut des États-Unis sur la paix US Institute of Peace – USIP (qui instrumenta l’humanitaire pour promouvoir l’impérialisme) et de du Fonds national pour la démocratie National Endowment for Democracy – NED (qui réalisa les révolutions colorées) dont il est toujours un des directeurs. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la théopolitique, comme une justification religieuse d’une prise de pouvoir mondiale.

Le Congrès fondateur de la théopolitique fut financé par l’Izmaïlovskaya, une organisation criminelle russe dont, selon la Justice espagnole, Michael Cherney, Oleg Deripaska et Iskander Makhmudov faisaient partie à l’époque [4].

Sous la présidence Bush Jr., Abrams revint discrètement à la Maison-Blanche auprès de Liz Cheney (la fille du vice-président Cheney). Au Conseil de sécurité nationale, il supervisa le coup d’Etat contre le président du Venezuela, Hugo Chávez [5]. Il s’opposa, mais un peu tard, au déséquilibre créé par Washington qui, en éliminant à la fois les Talibans et le président Saddam Hussein, permit à Téhéran de s’imposer régionalement. Il travailla au sein du « Groupe pour la Politique et les Opérations en Iran et en Syrie » (Iran Syria Policy and Operations Group), puis il fut chargé de la « Stratégie pour une démocratie globale » (Global Democracy Strategy) [6]. Il fut le principal expert de la conseillère de sécurité nationale, Condoleezza Rice, durant la guerre israélienne contre le Liban de 2006.

La Conférence de Varsovie

La «  Réunion ministérielle visant à promouvoir un avenir de paix et de sécurité au Moyen-Orient  » devrait être coprésidée par le secrétaire d’État US, Mike Pompeo, et par la vice-présidente du gouvernement polonais, Beata Szydło, qui n’a aucune compétence en la matière.

D’ores et déjà, considérant que les États impliqués dans la guerre contre la Syrie seront privilégiés, Israël revendique quantité d’opérations anti-syriennes qu’il s’était refusé jusqu’ici à commenter. Le chef d’état-major des armées, le général Gadi Eisenkot, a ainsi déclaré que l’État hébreu avait soutenu les jihadistes dès le début des événements, leur avait fait parvenir quantité d’armes, et les avaient soutenus militairement en bombardant des forces syriennes. Toutes sortes de choses que nous avons clamé depuis huit ans et qui sont désormais officielles.

Inquiet de ce qui pourrait se décider à Varsovie, Moscou à envoyé une délégation de haut-niveau à Tel-Aviv afin de sonder Israël.

Les fautes iraniennes

Il importe de conserver à l’esprit que les États-Unis n’ont jamais lutté contre l’Iran en général, mais ont presque toujours choisi qui devait le gouverner. Ainsi, en 1941, ils ont aidé les Britanniques à déposer Reza Shah pour installer Mohammad Reza Pahlavi. Ce sont eux qui, en 1953, ont contraint le shah à se séparer du nationaliste Mohammad Mossadegh pour imposer le général nazi Fazlollah Zahedi. Ce sont eux qui ont poussé, en 1979, le shah à se retirer et ont organisé le retour de l’ayatollah Rouhollah Khomeini. Etc.

L’Iran contemporain se trouve emprisonné dans ses contradictions. D’abord entre son discours et la réalité. La République islamique ne cesse de présenter Israël et l’Arabie saoudite comme ses ennemis absolus. Or, les faits contredisent aussi bien la rhétorique de Téhéran, que celle de Tel-Aviv et de Riyad. Par exemple, les trois pays ont combattu ensemble, en 1992-95, aux côtés de l’Otan et des musulmans de Bosnie-Herzégovine. Ou encore, la société EAPC qui gère actuellement le pipe-line Eliat-Ashkelon est la propriété conjointe de l’Iran et d’Israël [7].

Deuxièmement, même s’ils font bloc face aux étrangers, les dirigeants iraniens sont extrêmement divisés entre le Guide de la Révolution (l’ayatollah Ali Khameney), le président de la République (cheikh Hassan Rohani), et le chef de l’opposition (l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad, placé en résidence surveillée depuis un an et dont les principaux collaborateurs ont été emprisonnés à l’issue de procès secrets) [8].

Le président Barack Obama a secrètement négocié, à Oman, à la fin du second mandat d’Ahmadinejad avec l’équipe de Rafsandjani-Rohani. Le principe de l’accord sur le nucléaire a alors été acté. L’ayatollah Khamenei a fait écarter le candidat d’Ahmadinejad à l’élection présidentielle par l’ayatollah Ahmad Jannati et a favorisé l’élection de cheikh Rohani, probablement en ignorant certains aspects de l’accord qu’il avait conclu avec Obama. Cheikh Rohani a misé sur son accord secret avec les Démocrates US. Il a anticipé la levée des sanctions états-uniennes et a promis aux électeurs des jours heureux. Une fois élu, il a démantelé le système de contournement des sanctions, puis a feint de négocier en Suisse avec les grandes puissances ce qui avait déjà été acté avec les seuls USA. Or, la signature de l’accord 5+1 n’a pas été suivie de la levée des sanctions. L’économie iranienne n’ayant plus la possibilité de les contourner s’est effondrée. Lorsque Donald Trump est arrivé à la Maison-Blanche, il a déchiré l’accord avec l’Iran, plongeant l’équipe Rohani dans la panique. Celle-ci a commis l’erreur de croire que ce président serait rapidement destitué et que les Démocrates reviendraient vite au pouvoir. Elle a rejeté l’offre de négociation de Donald Trump et se trouve aujourd’hui étranglée économiquement.

Cheikh Hassan Rohani, qui avait fait campagne en 2013 en ne cessant de répéter que son pays ne devait plus dépenser un rial pour libérer la Palestine et soutenir le Hezbollah et la Syrie, n’a rien entrepris avec ses alliés depuis son élection. Progressivement, les Gardiens de la Révolution ont cessé de défendre la Syrie et n’ont offert leur concours à Damas que pour venir en aide à la minorité chiite. Durant près de deux ans, Téhéran n’a pas désigné d’ambassadeur à Damas. Ce n’est qu’en décembre 2018, qu’il a envoyé de hauts responsables de son gouvernement en Syrie. Ils ont alors signé des accords économiques prêts depuis cinq ans et qui ne correspondent plus du tout aux besoins des Syriens.

Cherchant à convaincre l’ayatollah Ali Khamenei de retirer les Gardiens de la Révolutions de Syrie, le président cheikh Hassan Rohani s’est rapproché de la Turquie (avec laquelle ses amis entretenaient d’excellents relations) et avec la Russie. Pourtant, cheikh Rohani avait par ailleurs négocié avec les États-Unis et l’Autriche la livraison du pétrole iranien aux Européens à la place des hydrocarbures russes. Quoi qu’il en soit, les trois pays ont d’abord effectivement rapproché leurs points de vue. Cependant, la dernière réunion à Téhéran avec les présidents Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdoğan s’est soldée par un échec. Elle a immédiatement été suivie d’une rencontre russo-turque où les différents ont été réglées sans les Iraniens.

Simultanément, l’effondrement économique et financier de l’Iran ne permet plus au Guide de la Révolution de soutenir ses milices en Iraq et le Hezbollah. Celui-ci n’est plus en mesure de verser les soldes de ses combattants. Seuls 60 % des salaires ont été versés en janvier.

Depuis plusieurs mois, Israël bombarde des objectifs iraniens en Syrie sans que la défense russe ne les protège. Au cours des dernières semaines, Moscou a offert à Damas des missiles S-300 lui permettant d’assurer lui-même la défense anti-aérienne du pays. Pourtant les bombardements israéliens contre les Iraniens se sont poursuivis. Fin janvier, selon l’agence turque Anadolu, deux unités de l’armée arabe syrienne se seraient battues entre elles. La première était encadrée par des officiers russes, la seconde par des Iraniens.

La conférence de Varsovie intervient alors que les Démocrates US ont repris la majorité à la Chambre des Représentants, pourtant cheikh Rohani ne sera pas sauvé par eux. Il est probable que son pays va durement payer l’incohérence de sa politique.

[1] “Mike Pompeo’s Remarks at the American University in Cairo”, by Mike Pompeo, Voltaire Network, 10 January 2019.

[2] « Elliott Abrams, le « gladiateur » converti à la « théopolitique » », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 février 2005.

[3] « Sommet historique pour sceller l’Alliance des guerriers de Dieu », Réseau Voltaire, 17 octobre 2003.

[4] Une Commission du Sénat français enquête actuellement pour savoir si le chargé de mission de l’Élysée, Alexandre Benalla, était ou non rémunéré par Iskander Makhmudov alors qu’il travaillait aux côtés du président Emmanuel Macron. À ce stade, seuls sont avérés des versements de Makhmudov à Vincent Crasse, alors que celui-ci travaillait pour En marche !, le parti du président Macron.

[5] « Opération manquée au Venezuela », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 mai 2002.

[6] Sous nos yeux, Du 11-Septembre à Donald Trump, Thierry Meyssan, éditions Demi-Lune, 2017.

[7] « Israël et l’Iran exploitent ensemble le pipeline Eilat-Ashkelon », Réseau Voltaire, 2 janvier 2018.

[8] « Procès secret : 15 ans de prison ferme pour le vice-président d’Ahmadinejad », Réseau Voltaire, 28 mars 2018.

 

https://www.voltairenet.org/article205002.html

La Russie ne veut pas que l’Iran « supprime le régime sioniste de la carte politique »

La Russie ne veut pas que l’Iran « supprime le régime sioniste de la carte politique »


Par Andrew Korybko – Le 4 février 2019 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoLe général de Brigade, Hossein Salami, second personnage du Corps des gardiens de la révolution iranien, a déclaré sur le ton de la confiance : « Nous annonçons que si Israël engage une quelconque action débouchant sur une guerre contre nous, cela amènera à son élimination définitive et à la libération des territoires occupés. La stratégie de l’Iran est de supprimer le régime sioniste de la carte politique, et que les Israéliens eux-mêmes prennent part à ce plan de par leurs activités criminelles ».

Le général de Brigade Hossein Salami

Il s’agissait évidemment d’une réponse aux dernières frappes israéliennes lancées contre les positions supposées du groupe paramilitaire en Syrie, et à la promesse de Netanyahou de faire tout le nécessaire pour forcer leur retrait de la République arabe. Il s’agissait bien entendu également d’une répétition des propos mal traduits (mais fortement diffusés) de l’ancien président iranien Ahmadinejad au milieu des années 2000, s’étant alors agi – dans l’interprétation de travers que les médias dominants propagèrent – « éradiquer Israël de la carte ».

Le lecteur devrait avoir à l’esprit la remarque de Poutine lors d’une interview pour RT qu’il donna en 2013, lorsqu’il déclara qu’« il n’est pas si important qu’il s’agisse d’une citation exacte ou non. Retenons-en qu’il vaut mieux éviter des propos qui peuvent être mal cités ou interprétés de plusieurs manières. C’est pour cela que le focus sur l’Iran n’est pas fait sans raison ». La Russie est donc fermement opposée à la position officielle de l’Iran de mener un changement de régime contre les alliés de Moscou à Tel Aviv. Sergey Ryabkov, adjoint au Ministre des affaires étrangères, lors d’une interview sur CNN la semaine dernière, a pris ses distances avec la notion très médiatisée qui veut que la Russie soit également « alliée » de Téhéran. En réponse à une question qui s’enquérait de savoir si la Russie et l’Iran étaient alliés en Syrie, il a secoué la tête et déclaré de manière univoque : « Ce ne sont pas les mots que j’emploierais pour décrire ce que nous sommes avec l’Iran. Nous ne sous-estimons en aucune manière l’importance des mesures qui pourraient garantir une très grande sécurité à l’État d’Israël ».

Considérés ensemble, les propos du président Poutine et de l’adjoint au Ministre des affaires étrangères Ryabkov portent la politique d’État officielle, catégoriquement opposée aux intentions de changement de régime portées par l’Iran en Israël. Clarification est également faite qu’aucune alliance n’est nouée entre les deux grandes puissances, malgré leur coopération pragmatique anti-terroriste en Syrie. Il s’agit d’un signal pour Israël : la Russie n’accourra pas au secours de l’Iran dès que l’« État juif » auto-proclamé bombardera ses positions supposées en Syrie, considérées par Tel Aviv comme une menace à sa propre existence. Mais la Russie tâchera de jouer les intermédiaires et de parvenir à une « compréhension » entre les deux, comme elle l’a fait l’été dernier, en encourageant l’Iran à reculer de 140 kilomètres du plateau du Golan occupé. Tout le monde aura ici compris que l’armée russe ne s’engagera en faveur d’aucune des parties si elles en viennent aux coups.

Mais cela risque ce ne pas arriver de sitôt, les déclarations iraniennes ne constituant rien de plus qu’une ré-affirmation idéologique de sa position déjà exposée, en réponse à la rhétorique pré-électorale de Netanyahou contre le rôle du Corps des gardiens de la révolution iranienne en Syrie ces dernières semaines, et non à la soi-disant « menace » qu’il plaît à certains de décrire. Si les mots en soi sont effectivement menaçants à l’égard de la sécurité d’Israël, ces mots ne suffisent pas en soi à établir la volonté d’action imminente de la part de l’Iran – si tel était le cas, ces actions auraient déjà été lancées. La déclaration du Corps des gardiens de la révolution s’apparente plutôt à une action de se frapper le thorax, pour rallier ses alliés en Syrie contre les dernières attaques subies là-bas par Israël, et pas le début d’une guerre conventionnelle entre l’Iran et Israël.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le 1er février 2019.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-russie-ne-veut-pas-que-liran-supprime-le-regime-sioniste-de-la-carte-politique

 

L’Iran mène-t-elle une politique étrangère irrationnelle ?

L’Iran mène-t-elle une politique étrangère irrationnelle ?

Dans le contexte de la remise en question de l’accord sur le nucléaire de 2015, il est intéressant de se pencher sur la question de la politique étrangère pratiquée par l’Iran. En effet, ce pays suscite souvent de nombreuses interrogations, voire incompréhensions, du fait des grandes différences culturelles qui le sépare de nos coutumes occidentales. Maintes fois présenté comme un acteur erratique et dangereux du jeu mondial, notamment par les médias américains, l’Iran est en réalité guidé par une recherche d’un équilibre entre idéologie et pragmatisme.

Deux hommes manifestent durant la révolution iranienne
La révolution de 1979 est-elle encore un déterminant majeur de la politique étrangère iranienne ?

La révolution islamique de 1979 a créé une véritable rupture entre l’ancienne Perse et le reste du monde. Ce retour au religieux, dont les causes sont toutefois bien plus complexes qu’un simple repli conservateur, est apparu, aux yeux de beaucoup d’Occidentaux, comme un retour en arrière. En effet, le précédent dirigeant, le shah Mohammad Reza Pahlavi, avait entrepris, dès les années 60, une modernisation du pays, « la Révolution blanche ». Celle-ci s’était accompagnée d’une occidentalisation des mœurs, l’un des facteurs qui mena à la révolution de 1979. Ainsi, depuis la création de la République Islamique, l’Iran a longtemps été considérée comme un pays paria.

La perception d’une menace extérieure, l’Iran contre tous ?

Mise au ban par la communauté internationale, elle a souhaité défendre son modèle de gouvernement. Aussi, la politique étrangère iranienne a été fortement marquée par la perception d’une menace extérieure et la nécessité de survivre. Cela se traduit notamment par la peur d’une intervention américaine qui viserait à faire basculer le régime en place. De fait, le guide suprême, Khamenei, a, par maintes occasions, accusé les Etats-Unis de tenter de déstabiliser son pouvoir en soutenant l’opposition, en affaiblissant l’économie à l’aide de sanctions ou en armant les ennemis régionaux de l’Iran. De plus, la forte présence militaire américaine dans le Golfe persique est perçue comme un étau inquiétant. Enfin, certains médias officiels soutiennent la thèse selon laquelle Washington apporterait son soutien financier et militaire à des groupes sunnites extrémistes tels que l’Etat islamique dans le but de fragiliser l’Iran.

Une politique extérieure guidée par l’idéologie ?

Dans le sillage des conséquences de la révolution islamique, l’idéologie qui porta au pouvoir le guide suprême continue d’influencer la politique extérieure iranienne. Dans les années qui suivirent le changement de régime, l’Iran tenta d’ « exporter » sa révolution dans les pays musulmans voisins. En effet, à l’époque, cette dernière était présentée comme un modèle à suivre, la première étape d’un mouvement plus grand. Toutefois, les desseins iraniens ont rencontré une très forte résistance et cette stratégie a été un échec.

Ce revers n’a pas empêché Téhéran de poursuivre une politique étrangère teintée de son idéologie. De fait, elle a souvent dénoncé l’oppression des populations arabes face aux puissances occidentales, américaine tout particulièrement. Ainsi, l’Iran est une fervente défenseure de la cause palestinienne et entretient des relations très tendues avec Israël. De plus, Téhéran estime que l’interventionnisme occidentale au Moyen-Orient est responsable de difficultés politiques et économiques qui n’existeraient pas sans cela. Ainsi, la création de l’état d’Israël est perçue comme l’exemple ultime de cette mainmise extérieure.

L’Iran coopérative, un acteur pragmatique parmi d’autres ?

Néanmoins, malgré les différends idéologiques qui existent entre Téhéran et les occidentaux, la politique étrangère iranienne demeure proche des intérêts nationaux. En effet, de par son passé impérial glorieux, l’Iran est fortement attachée à l’idée que l’ancienne Perse doit demeurer un acteur politique régional majeur. Elle fait valoir son histoire millénaire face aux quelques décennies d’indépendance des monarchies du Golfe comme un élément déterminant. De fait, cette perception entre en contradiction avec le statut de paria qui lui a été accolé.

Ainsi, afin de participer au jeu diplomatique mondial, Téhéran est parvenue à faire des compromis pour faire entendre sa voix. De sorte qu’elle n’a apporté d’aide aux mouvements islamistes d’Asie centrale, comme elle a pu le faire avec le Hezbollah au Moyen-Orient, dans le but de ne pas froisser son allié historique russe. De plus, les dirigeants iraniens ont négocié à plusieurs reprises avec les Etats-Unis afin d’alléger les sanctions économiques, avant de parvenir à l’accord de Vienne en 2015. Enfin, l’Iran souhaite, depuis plus de deux décennies déjà, intégrer l’Organisation Mondiale du Commerce. Cela prouve, une fois de plus, que l’Iran ne souhaite pas être un acteur isolé sur la scène mondiale.

En définitive, la politique étrangère iranienne oscille entre idéologie et pragmatisme. Divisée entre la perception d’une menace extérieure et le désir d’être un acteur mondial important, l’Iran mène une diplomatie qui peut parfois paraître erratique et irrationnelle. Toutefois, cette fausse impression ne doit pas occulter ses motivations réelles, de peur de produire une analyse caricaturale de sa diplomatie.

Sources:

https://www.eurasiareview.com/30092015-irans-foreign-policy-analysis/

https://iranprimer.usip.org/resource/timeline-irans-foreign-relations

https://www.mepc.org/irans-foreign-policy-shifting-strategic-landscape

 

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/39195-iran-mene-politique-etrangere-irrationnelle

La force de frappe balistique asymétrique du Hezbollah pourrait entrer en action en cas de nouveaux raids israéliens en Syrie

La force de frappe balistique asymétrique du Hezbollah pourrait entrer en action en cas de nouveaux raids israéliens en Syrie

L’analyse tacite du dernier discours de Hassan Nasrallah, Secrétaire général du Hezbollah libanais, une formation politico-militaire de la résistance libanaise soutenant l’armée régulière syrienne depuis le début du conflit au Levant est que :

  1. La force de frappe balistique du mouvement, considérée comme l’une des plus importantes detenues par une entité non-étatique au monde, est intégrée à la seconde artillerie syrienne (missiles balistiques) et à celle, bien plus conséquente, de la République islamique d’Iran ;
  2. Qu’en cas de nouvelle escalade israélienne, le Hezbollah et la Syrie peuvent répliquer par des frappes balistiques ciblant un grand nombre d’objectifs israéliens listés sur une base de données commune.
  3. Que l’arsenal du Hezbollah en matière de roquettes et de missiles n’a cessé de s’accroître quantitativement et qualitativement au point où la stratégie de ce mouvement est en train de s’adapter à de nouvelles formes de guerre asymétrique impliquant non seulement le « déluge balistique » mais des opérations terrestres sur des fronts larges et étendus avec progression et occupation du terrain.

C’est l’une des très dures leçons acquises dans la longue guerre en Syrie.

Les dirigeants israéliens ne mesurent pas avec exactitude l’ampleur du problème qu’ils se sont créés dans ce qu’ils appellent leur front du Nord en ciblant la Syrie avec une guerre hybride en vue d’y induire un changement de régime dans ce qu’ils percevaient comme le maillon faible dans l’alliance stratégique entre le Hezbollah libanais, Damas et Téhéran.

Une nouvelle ligne rouge vient d’être tracée par le Hezbollah. On verra quelle sera la réaction d’Israël. Dans tous les cas de figures, un scénario similaire à la guerre de juillet 2006 n’est plus à écarter. Avec des conséquences bien plus grandes, vu la nature du conflit en cours au Levant.
En 2006, la Syrie avait soutenu le Hezbollah dans la plus grande discrétion. Aujourd’hui Damas et le Hezbollah sont sur la même ligne de front.

Les voies du Seigneurs sont souvent impénétrables !

La force de frappe balistique asymétrique du Hezbollah pourrait entrer en action en cas de nouveaux raids israéliens en Syrie

 

Syrie : les Israéliens et leurs interminables illusions

Tue Jan 29, 2019 2:32PM
Un soldat israélien patrouille près de la frontière israélo-syrienne sur les hauteurs du Golan occupé. (Photo d'archives)
Un soldat israélien patrouille près de la frontière israélo-syrienne sur les hauteurs du Golan occupé. (Photo d’archives)

L’ancien commandant de l’armée de l’air israélienne estime que « pour mettre fin à la présence iranienne en Syrie, il faudrait conjuguer une opération militaire et des efforts politiques ».

En réaction à la visite en Palestine occupée de deux responsables russes, le général israélien Amir Eshel a affirmé qu’une force militaire capable de faire sortir les Iraniens de Syrie n’existait pas ; « mais la Russie serait capable de le faire », a-t-il ajouté.

Selon le site web Arab48, l’ancien commandant de l’armée de l’air israélienne a précisé :

« Je ne crois pas qu’Israël soit sur le chemin de la guerre, mais l’avenir pourrait me détromper : la guerre n’est pas à exclure totalement. »

Amir Eshel a aussi prétendu qu’Israël était capable de porter un coup dur au gouvernement de Bachar al-Assad ; « mais ce ne serait pas du goût de Moscou ». Et en parlant du front du Nord aussi, l’ancien commandant israélien a reconnu que les agissements israéliens se limitaient à des opérations secrètes, avant de prétendre :

« Il serait également possible d’opter pour une mesure directe : viser la présence iranienne en Syrie et les voies de transfert d’armements à destination du Hezbollah. Mais il y aurait une alternative à cette approche, et cela consisterait à faire sortir l’Iran de Syrie, pas par une opération militaire, mais par une opération politique dirigée par la Russie. »

L’ancien cadre militaire israélien a affirmé que les tensions actuelles ne mèneraient pas à une confrontation de grande ampleur, « parce que la Russie ne le permettra pas ; mais les agissements anti-iraniens d’Israël sont censés soumettre l’Iran à une grande pression ».

Aucun changement ne s’est produit sur la donne des relations russo-iraniennes 

Pour rappel, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a déclaré à CNN qu’il était inexact de classer la Russie et l’Iran dans la catégorie des alliés et que les deux pays ont travaillé ensemble en Syrie. Le vice-ministre russe a aussi évoqué la coopération étroite irano-russe dans les dossiers Sotchi et Astana.

Lire aussi :

Russie-Iran : alliance ou partenariat ?

À ce sujet, l’ambassadeur russe à Téhéran, Levan Jagarian, se déclare étonné de voir qu’un tapage médiatique ait été déclenché suite à l’interview accordée par le vice-ministre russe des Affaires étrangères à la chaîne CNN, car, « aucun changement ne s’est produit concernant les relations russo-iraniennes ».

« J’ai suivi minutieusement son interview. On lui a demandé si l’Iran était l’allié de la Russie en Syrie. Vous savez ; la notion du terme “allié” est différente de celle du terme “partenaire”. Dans notre optique, de point de vue juridique, le terme “allié” veut dire “allié militaire”. À titre d’exemple, en vertu d’un accord signé en 1992 à Tachkent en Ouzbékistan, la Russie et cinq pays de la Communauté des États indépendants (CEI) — à savoir, la Biélorussie, l’Arménie, le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizstan — sont des alliés militaires. Ou encore, les pays membres de l’OTAN sont des alliés militaires. Et puisque sur le plan juridique, il n’y a aucun accord [militaire] entre l’Iran et la Russie, nous ne sommes pas des alliés ; mais nous sommes cependant des partenaires stratégiques.

En ce qui concerne la lutte contre notre ennemi commun qu’est le terrorisme, Daech, le Front al-Nosra ou encore Hayat Tahrir al-Cham, qui a changé de nom, nous sommes infiniment contents de notre coopération avec la RII, en Syrie ou ailleurs. Cette coopération, nous la poursuivrons dans le cadre des collaborations bilatérales, mais aussi, dans le cadre du processus d’Astana qui implique aussi la Turquie. »

L’ambassadeur russe à Téhéran a également affirmé que ceux qui cherchent à nuire aux relations russo-iraniennes n’atteindraient jamais cet objectif.

https://www.presstv.com/DetailFr/2019/01/29/587120/Iran-Syrie-SOS-Isral-Russie

Paris dément avoir proposé à Tel-Aviv d’attaquer le Liban une fois son gouvernement formé !

Tue Jan 29, 2019 10:56AM
Des jeunes portent des drapeaux du Hezbollah sous les yeux de quelques soldats israéliens à Metoula en Galilée, le 10 février 2018. ©The Daily Star
Des jeunes portent des drapeaux du Hezbollah sous les yeux de quelques soldats israéliens à Metoula en Galilée, le 10 février 2018. ©The Daily Star

Le président français, Emmanuel Macron vient d’apposer une fin de non recevoir catégorique depuis Le Caire à tous ceux qui en France comme ailleurs demandaient à ce que Paris mette un terme à sa présence militaire illégale en Syrie et qu’il franchisse le premier pas dans le sens d’une normalisation avec Damas avant qu’il ne soit trop tard, c’est-à-dire avant que les portes du marché de la reconstruction syrienne ne lui soient définitivement fermées. Pourquoi? Pour ceux des commentateurs qui ont suivi la visite de Rivlin à Paris, les premiers éléments de la réponse commencent à se manifester. 

Ce fut vendredi, soit peu après le départ du chef du régime israélien Reuven Rivlin de Paris, que le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a lancé une sévère mise en garde à l’Iran, le menaçant de pires sanctions, s’il continuait à « produire des missiles et à en fournir aux groupes armés du Moyen-Orient ».  Le lendemain, le journal israélien Maariv affirmait que la France aurait prié Israël de retarder son action militaire contre le Hezbollah jusqu’au mois de mars tout en lançant un ultimatum à Beyrouth pour que ce dernier mette au plus vite sur pied le gouvernement libanais.

Le Quai d’Orsay a annoncé, le lundi 28 janvier que les informations rapportées la veille par le quotidien israélien Maariv et selon lesquelles la France aurait demandé à Israël de n’engager aucune action militaire contre le Liban avant la formation d’un nouveau gouvernement n’étaient que des « spéculations sans aucun fondement ».

La porte-parole du Quai d’Orsay, Agnès Von der Mühll l’a indiqué, lors d’un point de presse lundi, démentant, également, l’information rapportée aussi par Maariv selon laquelle la France avait cessé de fournir son aide à l’armée libanaise.

 

« La France est attentive à la situation au Liban et elle souhaite qu’un gouvernement soit maintenant formé au plus vite. Elle considère qu’il s’agit là d’une nécessité pour que la souveraineté, la sécurité et la stabilité du Liban prévalent dans un contexte régional difficile », a ajouté la porte-parole qui a tenu surtout à évoquer à mots couverts la perspective d’un conflit Israël/Hezbollah : « la France appelle en outre au strict respect des résolutions du Conseil de sécurité et elle salue l’engagement de la Finul pour que le calme soit maintenu le long de la Ligne bleue, à la frontière entre le Liban et Israël ».

A quoi joue Israël? Le quotidien Maariv en donne un aperçu. Le journal avait rapporté dimanche que Le Drian avait déclaré que lui et d’autres hauts responsables français avaient « demandé à Israël d’attendre la formation d’un nouveau gouvernement au Liban avant toute action militaire » contre ce pays. Le chef de la diplomatie française aurait également indiqué, selon le quotidien israélien que la France avait récemment cessé de fournir son aide à l’armée libanaise.

« Nous condamnons fermement les envois d’armes par l’Iran à l’aile militaire du Hezbollah », aurait-dit, selon le Maariv, le ministre français, confirmant que le président Emmanuel Macron avait annulé sa visite au Liban prévue en février. Il est clair, relève l’analyste politique Hanif Ghafari, qu’Israël tente de se faire rallier par la France dans la guerre qui est la sienne contre l’axe de la Résistance. Les prises de position de l’Elysée, l’insistance de Paris à vouloir prolonger sa présence militaire illégale dans le pays ont suscité trop d’espoir dans le camp israélien. Après tout, la flotte française en Méditerranée a déjà accompagné Israël dans ses attaques militaires anti-syriennes et le crash l’IL-20 russe a d’ailleurs été le fruit de cette coopération que la Russie a tue pour cause des considérations politiques. Mais au stade actuel des choses, Israël a besoin d’alliés contre l’axe de la Résistance qui lui parait la menace immédiate la plus sérieuse qui soit.

En effet, les propos, désormais démentis par le Quai d’Orsay, et qui selon le Maariv auraient été tenus lors de la visite du président israélien Reuven Rivlin la semaine dernière à Paris, ont été rapportés peu après l’important discours prononcé par le secrétaire général du Hezbollah et alors qu’Israël affirme avoir détruit lors de sa dernière frappe plusieurs sites appartenant au CGRI. Lors de son point de presse avec Rivlin, Macron a d’ailleurs fait part de sa « préoccupation face aux menaces apparues suite à la découverte par l’armée israélienne de tunnels creusés par le Hezbollah depuis le Liban ». Tout ceci laisse peu de doute sur la présence d’un certain courant au sein de l’appareil du pouvoir français qui aimerait en découdre avec la Résistance. Reste à savoir si oui ou non une telle confrontation va dans l’intérêt de la France, se demande l’expert iranien.

https://www.presstv.com/DetailFr/2019/01/29/587098/Isral-veut-inciter-Paris–une-guerre-contre-le-Hezbollah