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«La situation s’aggrave» : Vladimir Poutine propose un sommet international sur le dossier iranien ….

«La situation s’aggrave» : Vladimir Poutine propose un sommet international sur le dossier iranien 15 août 2020, 13:15 © Alexey NIKOLSKY / SPUTNIK Source: AFP Le président russe Vladimir Poutine préside une réunion par visioconférence avec des membres du gouvernement, près de Moscou, le 11 août 2020 (image d’illustration). Face à une «hausse des tensions» et aux «risques élevés d’un conflit», Vladimir Poutine a appelé le 14 août à un sommet des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, plus l’Allemagne et l’Iran, afin d’évoquer le dossier iranien. Estimant que «la question est urgente», le président russe, Vladimir Poutine, a proposé ce 14 août d’organiser «dans les plus brefs délais une rencontre en ligne» des chefs d’Etats ou de gouvernement des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Russie, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Chine), ainsi que des dirigeants de l’Allemagne et de l’Iran, dans le but de discuter du dossier iranien. C’est dans cette configuration dite «5+1» qu’avait été négocié et conclu avec l’Iran en 2015 l’accord sur le nucléaire iranien, que Washington a ensuite dénoncé en 2018. Pour Moscou, l’accord de Vienne de 2015 «a permis d’éliminer la menace d’un conflit armé» «Les discussions au Conseil de sécurité de l’ONU sur la question iranienne deviennent de plus en plus tendues. La situation s’aggrave», a ainsi estimé Vladimir Poutine dans un communiqué rendu public, le 14 août. Dénonçant des «accusations sans fondement contre l’Iran», le chef d’Etat russe a fustigé des «projets de résolution visant à détruire les précédentes décisions unanimes du Conseil de sécurité». Lire aussi Emmanuel Macron et Vladimir Poutine s’inquiètent d’une aggravation des tensions au Moyen Orient Soulignant également une «hausse des tensions» et les «risques élevés d’un conflit», le locataire du palais des Térems a fait savoir que ce sommet aura pour objectif «de définir les mesures à prendre pour éviter la confrontation et l’aggravation de la situation au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies». Nous invitons nos partenaires à examiner attentivement notre proposition Et de poursuivre : «Nous invitons nos partenaires à examiner attentivement notre proposition. L’alternative est une intensification des tensions et l’accroissement du risque de conflit. Une telle évolution doit être évitée. La Russie est ouverte à une coopération constructive avec tous ceux qui sont intéressés à s’éloigner du seuil de risque.» Vladimir Poutine a également rappelé que Moscou demeurait «attaché au Plan d’action global commun relatif au programme nucléaire iranien (JCPoA) [l’accord de Vienne signé en 2015]», qui, selon lui, «a permis d’éliminer la menace d’un conflit armé et a renforcé le régime de non-prolifération nucléaire». La France se dit ouverte et disponible à l’initiative russe Ce 14 août, l’Elysée a fait savoir que la France était ouverte à l’initiative proposée par le président russe. «Nous confirmons notre disponibilité de principe», a ainsi déclaré la présidence française, citée par Reuters. Et d’ajouter : «Nous avons déjà par le passé déployé des initiatives dans le même esprit».  Cette initiative russe d’un sommet international sur le dossier iranien intervient alors que plus tard le 14 août, le Conseil de sécurité de l’ONU a rejeté une résolution proposée par Washington visant à prolonger l’embargo sur les ventes d’armes à l’Iran, vieux de 13 ans, et qui expire le 18 octobre. Lire aussi Les Etats-Unis appellent au maintien de l’embargo sur la vente d’armes à l’Iran La Russie et la Chine sont les deux seuls pays à avoir voté contre la proposition américaine sur les 15 membres du Conseil de sécurité. Onze membres du Conseil se sont abstenus, parmi lesquels la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, alliés européens des Etats-Unis. Depuis 75 ans d’histoire des Nations Unies, l’Amérique n’a jamais été si isolée «L’incapacité du Conseil de sécurité à agir de manière décisive pour défendre la paix et la sécurité internationales est inexcusable», a réagi dans un communiqué le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo. De son côté, le président iranien a déclaré lors d’une conférence de presse retransmise à la télévision : «Les Etats-Unis ont échoué dans cette conspiration, humiliés.» Et de continuer : «A mon avis, ce jour restera dans l’histoire de notre pays et dans l’histoire de la lutte contre l’arrogance mondiale.» «Depuis 75 ans d’histoire des Nations Unies, l’Amérique n’a jamais été si isolée», a tweeté de son côté le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Abbas Moussavi, après que seulement deux pays ont approuvé le projet de prolongation de l’embargo : les Etats-Unis et la République dominicaine. «Malgré tous les voyages, pressions et colportages, les Etats-Unis n’ont pu mobiliser qu’un petit pays [à voter] avec eux», a-t-il ensuite lancé, faisant allusion aux efforts de Mike Pompeo pour rallier des soutiens à la résolution américaine. «Je pense que c’est le pire accord jamais négocié», jugeait Donald Trump Les tensions entre Washington et Téhéran se sont considérablement accrues depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis en 2016. En mai 2018, les Etats-Unis décidaient de se retirer de l’accord international de Vienne sur le nucléaire iranien. Donald Trump avançait alors : «Je pense que c’est le pire accord jamais négocié», considérant le texte trop avantageux pour Téhéran. En septembre 2019, en réponse au retrait américain, la République islamique a mis en activité des centrifugeuses avancées, avec pour objectif de produire de l’uranium enrichi à 4,5%, taux prohibé par l’accord de Vienne. Les tensions ont passé un nouveau cap lorsque l’armée américaine a abattu à Bagdad en Irak, par une attaque de drone le 3 janvier 2020, Qassem Soleimani, chef de la force al-Quods, branche des Gardiens de la Révolution iranienne chargée des opérations extérieures. Washington avait accusé Soleimani d’être l’instigateur d’attaques de milices liées à l’Iran contre les forces américaines dans la région.  Pour autant, le président américain a récemment déclaré que s’il venait à être réélu novembre, il passerait des accords avec l’Iran et la Corée du Nord, autre bête noire des Etats-Unis : «Si nous gagnons, no

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L’alliance sino-iranienne, un tournant majeur

L’alliance sino-iranienne, un tournant majeur

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Chronique de Renaud Girard* publiée dans le Figaro le 21/07/2020

Xi Jinping, le président à vie de la République populaire de Chine, est un stratège. Il agit dans le temps long. Son objectif suprême est de placer son pays à la première place mondiale d’ici 2049, afin de fêter dignement le centième anniversaire de la prise de l’Empire du Milieu par le Parti communiste chinois (PCC). Sa politique intérieure consiste à sortir l’ensemble de la paysannerie de la pauvreté et à bâtir une société urbaine policée par un contrôle numérique omniscient. Il estime que la démocratie ne correspond pas à la mentalité chinoise et qu’elle est mère de tous les désordres. Sa politique extérieure consiste à renforcer sa « route de la soie » (aussi appelée BRI Belt and Road Initiative), afin d’imposer une hégémonie commerciale chinoise sur l’ensemble du continent euro-asiatique. En bon disciple de Sun Tsu, Xi Jinping souhaite, sans livrer bataille, gagner la guerre froide que lui impose la première puissance mondiale actuelle. Le maître du PCC sait que les Chinois sont bien meilleurs commerçants que soldats.

Xi est également un redoutable tacticien, sachant saisir les bonnes occasions, lorsqu’elles se présentent à lui. Il a compris que l’unique rivale de la Chine, l’Amérique, divisée politiquement et racialement comme jamais, traversait un période de faiblesse, dont il fallait profiter au maximum. Il a constaté l’atonie de l’Union européenne, qui ne parvient toujours pas à concevoir une stratégie industrielle à la hauteur du marché qu’elle représente, et qui n’a pas réussi à déployer une politique étrangère digne de ce nom. Alors, souhaitant accentuer le déclin occidental, Xi avance sur l’échiquier mondial des pièces qu’il n’aurait jamais osé bouger en temps normal. L’alliance de 25 ans qu’il est en train de nouer avec les Iraniens incarne cette nouvelle audace en politique extérieure.

Le 16 juillet 2020, le ministre iranien des affaires étrangères, Javad Zarif, s’exprimant devant le Parlement de Téhéran, a reconnu qu’il avait reçu un mandat du Guide de la Révolution et du gouvernement pour entrer dans la phase finale de négociation avec les Chinois. Compte tenu de l’opacité habituelle des diplomaties iranienne et chinoise, on ne connaît pas tout du contenu du futur traité, dont certains protocoles devraient de toute façon rester secrets. On sait que les Chinois envisagent d’investir plus de 400 milliards de dollars dans les infrastructures iraniennes, en échange d’un pétrole et un gaz vendus avec un rabais de 30%. L’idée des Iraniens est simple : comme le rapprochement qu’ils ont cherché avec l’Occident a échoué, il convient maintenant de se tourner vers la Chine pour obtenir à la fois de la technologie ; des débouchés sûrs pour leur production de pétrole et de gaz ; des garanties de sécurité face aux Etats-Unis et à Israël, notamment en termes de cyberdéfense.

Les Chinois quant à eux ne se font plus aucune illusion à l’égard des Etats-Unis. Ils savent qu’ils n’échapperont pas aux sanctions que Washington estime devoir leur infliger. Ils veulent un approvisionnement énergétique sûr et bon marché. L’Iran est en mesure de le leur fournir. Il ne leur déplaît pas non plus de mettre un pied dans cette vieille Perse, charnière irremplaçable entre le Moyen-Orient et l’Asie centrale. L’année dernière, ils ont fait des manœuvres navales avec la marine iranienne. Avec ce traité, ils bénéficieront carrément de facilités portuaires et aéroportuaires en Iran. Ils auront des bases leur donnant un accès privilégié à la fois au Golfe Persique et à la Mer Caspienne.

La nouveauté est que cette alliance militaro-économique – à laquelle les Russes auraient la faculté de se joindre sur le volet défense – a été portée en Iran par les modérés comme Zarif, pas par les Gardiens de la Révolution. En Chine, elle est une initiative de Xi Jinping, qui ravira une jeunesse au nationalisme toujours plus exacerbé. Les jeunes Chinois s’enthousiasment pour la montée en puissance de leur marine, pour ses succès en mer de Chine méridionale, pour ses bases construites aussi loin que Djibouti ou Ceylan. Les oligarques de Shanghai sont plus réservés, tant ils considèrent vital pour eux le maintien du commerce avec l’Amérique.

Par cette initiative diplomatique, la Chine veut-elle seulement envoyer un dernier avertissement à Washington ? Je ne le crois pas. Pékin a depuis longtemps compris l’utilité des « faits accomplis » dans les relations internationales.

Ce recul stratégique majeur des Etats-Unis met en lumière la faute commise par Trump lorsqu’il remit en cause l’accord nucléaire du 14 juillet 2015 avec l’Iran, qu’avait si patiemment négocié John Kerry. Trump a agi par haine de l’œuvre d’Obama. Dans l’histoire des nations, il a toujours été dangereux de mener une politique extérieure pour des raisons de politique intérieure…

*Renaud Girard est membre du Conseil d’orientation stratégique de Geopragma

http://geopragma.fr/lalliance-sino-iranienne-un-tournant-majeur/

Les USA appellent ouvertement l’Europe à ne pas collaborer avec la Russie, déclare Lavrov

Sergueï Lavrov

Les USA appellent ouvertement l’Europe à ne pas collaborer avec la Russie, déclare Lavrov

© Sputnik . Alexandre SherbakINTERNATIONAL20:34 22.08.2020(mis à jour 07:20 23.08.2020)URL courte4411225S’abonner

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a constaté dans une interview à la télévision russe que Washington ne se gênait «pas vraiment» en demandant aux pays européens de cesser leur coopération économique avec Moscou.

Les autorités américaines appellent ouvertement leurs collègues européens à ne pas développer de collaboration dans le domaine économique avec la Russie, a constaté le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dans une interview à la chaîne de télévision Rossia-1.

«Les Américains ne se gênent pas vraiment quand ils ont besoin de promouvoir leurs intérêts économiques. Les subtilités diplomatiques, les sous-entendus, les demi-mots ont été rejetés depuis longtemps. Vous avez parlé du secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, avec qui je communique régulièrement, la dernière conversation téléphonique remontant au 16 août. Il revenait alors d’Europe où il avait notamment fait campagne pour que les pays européens, y compris ceux qu’il a visités, ne développent pas de collaboration économique et commerciale mutuellement avantageuse avec la Russie», a-t-il indiqué.

Sergueï Lavrov (photo d'archives)

© SPUTNIK . LE SERVICE DE PRESSE DU MINISTÈRE RUSSE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRESLavrov explique comment la pandémie devrait changer la politique internationaleAinsi, en République tchèque, il a déclaré sans ambages que tous les projets de développement de l’électronucléaire dans le pays devaient être orientés vers les États-Unis et non la Russie, a fait remarquer Sergueï Lavrov.

Les USA et l’Iran

Continuant de d’analyser la politique des États-Unis, il a souligné que les tentatives du pays pour rétablir les sanctions contre l’Iran ne feraient que nuire au Conseil de sécurité de l’Onu. Il a souligné que, dans ce contexte, la Russie tenterait de dissuader Washington d’appliquer le snapback.

«Les États-Unis ne seront pas en mesure de violer la résolution du Conseil de sécurité et de déformer grossièrement le sens de la décision inscrite au registre juridique international, mais ils peuvent porter préjudice au Conseil de sécurité. Nous essaierons d’empêcher nos collègues américains de faire de telles démarches irréfléchies», a-t-il conclu.

https://fr.sputniknews.com/international/202008221044299754-les-usa-appellent-ouvertement-leurope-a-ne-pas-collaborer-avec-la-russie-declare-lavrov/?utm_source=push&utm_medium=browser_notification&utm_campaign=sputnik_fr

DiplomatieLes États-Unis défient l’ONU sur le nucléaire iranien

DiplomatieLes États-Unis défient l’ONU sur le nucléaire iranien

3 MINCOURRIER INTERNATIONAL (PARIS)Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain, a officiellement réclamé jeudi aux Nations unies le retour de sanctions contre l’Iran, qu’il accuse de ne pas respecter les termes de l’accord sur le nucléaire signé en 2015. Selon de nombreux experts, le plan a peu de chances d’aboutir puisque les États-Unis se sont retirés de cet accord en 2018. 

Les États-Unis n’allaient pas rester sur ce que Slate appelle une “défaite humiliante”. Jeudi 20 août, leur secrétaire d’État, Mike Pompeo, a officiellement réclamé à l’ONU le retour des sanctions contre l’Iran, une semaine après un vote très défavorable (deux voix pour sur quinze votants) demandant une prolongation de l’embargo sur les armes frappant le pays.

“Les États-Unis font part de cette notification au Conseil uniquement après les efforts substantiels des États membres pour remédier aux manquements significatifs de l’Iran”, a justifié M. Pompeo, présent en personne à New York. Il cite notamment l’enrichissement de l’uranium au-delà des niveaux autorisés par l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015.

Cette initiative n’a rien d’une surprise, remarque le Washington Post. Le secrétaire d’État a menacé d’un retour des sanctions depuis le printemps, poursuit le quotidien. Les quinze membres du Conseil ont désormais dix jours pour introduire une éventuelle résolution contrant le plan américain.

”Là où les choses se compliquent”, note NBC, c’est que les membres du Conseil vont probablement s’y opposer. Après tout, les États-Unis sont sortis de l’accord en mai 2018. Un souhait de Donald Trump. Cette demande de snapback – un retour sur les conditions de l’accord – ouvre donc la voie à “une bataille diplomatique” (Jerusalem Post), “une dispute juridique” (The Wall Street Journal) ou encore à une “collision” avec les partenaires américains à l’ONU (The Guardian).

L’action menée par les États-Unis va sans doute “pousser” l’administration Trump vers “une confrontation” avec la Russie et la Chine, “isoler plus encore les États-Unis de l’Europe” et “tester la crédibilité des Nations unies, déjà en difficulté”, suggère The National, un quotidien émirati.

“Les États-Unis ont unilatéralement cessé de participer” à l’accord, rappelle Josep Borrell, haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères, cité par Politico. La Russie a utilisé l’adjectif “absurde”. L’E3, le groupe formé par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni – les pays européens signataires du document – ne semble en tout cas pas souhaiter un retour des sanctions.

Une épine dans le pied de Joe Biden s’il est élu ?

Le secrétaire d’État a accusé les Européens d’avoir choisi “le camp des ayatollahs”, dénonçant un “échec de leadership”. Il considère, selon la BBC, que la résolution 2231 votée aux Nations unies pour valider l’accord donne le droit aux États-Unis de déclencher le snapback en tant que membre de l’ONU.

Mais John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump et faucon notoire, ne voit pas ce plan aboutir, tandis que Slate déplore “un piètre argument”. Le ministre des Affaires étrangères assure également que l’Iran a violé les termes de l’accord. Sauf que, observe le site, le pays respectait ces conditions jusqu’à ce que les États-Unis se retirent de cet accord. “En d’autres termes, Pompeo veut punir l’Iran pour prendre une mesure de défense légitime. […] Vous ne pouvez pas violer la loi quand ça vous arrange et insister pour que les autres respectent cette même loi.”

Pour la Süddeutsche Zeitung, l’Iran représente bien un danger et l’Europe ne peut pas faire preuve de complaisance. Mais le quotidien allemand souligne que c’est l’Amérique qui a “de nouveau rejeté la diplomatie multilatérale”. Désormais, “la seule diplomatie que connaît Washington est la menace de sanctions”, regrette le journal, invitant l’Europe “à résister à cette pression, même si elle laissera une profonde fracture dans les relations transatlantiques”.

Les critiques pleuvent également dans une tribune publiée par The Hill. Se moquant de ses qualités de négociateur, les auteurs du texte constatent que l’approche du président Trump conduira “à un Moyen-Orient plus dangereux, un Conseil de sécurité ravagé et des relations endommagées avec des gouvernements alliés de plus en plus méfiants face à l’intimidation et l’incompétence américaine”.

Donald Trump y voit peut-être le prix à payer pour son objectif principal. Le locataire de la Maison-Blanche dénonce l’accord sur le nucléaire iranien depuis des années. Il en parle régulièrement comme d’un “désastre”.

Aux yeux de Ned Price, spécialiste des relations internationales à l’université de Georgetown, interrogé par le Jerusalem Post, il cherche d’abord à empêcher autant que possible Joe Biden – s’il remporte l’élection – de relancer l’accord.” C’est un projet animé par la rancune plus que par une volonté réelle de restreindre le programme nucléaire irakien”, dénonce cet ancien porte-parole de l’administration Obama

https://wordpress.com/block-editor/post/ombre43.com

https://reveil.courrierinternational.com/#/edition/1983617/article/1983707

ACCORD IRAN/CHINE, IDIOTS UTILES ET INUTILES !


ACCORD IRAN/CHINE, IDIOTS UTILES ET INUTILES !

Placé, comme la Syrie sous sanctions économiques américaines, le Liban – du moins certaines voix libanaises, dont celle du secrétaire du Hezbollah Hassan Nasrallah, appellent à une coopération « nouvelle » et « renforcée » avec la Chine, la Russie, l’Irak et d’autres pays afin de « préserver le Liban de la famine ». Dans un contexte de pression américaine maximale, l’Iran vient de finaliser un accord historique avec la Chine pour les 25 prochaines années !

En fait, ce « partenariat stratégique » – concernant les secteurs énergétiques, bancaires, les télécommunications, les transports et la coopération militaire – était en discussion depuis 2016. Pour les vingt-cinq prochaines années, la Chine obtiendrait pétrole et gaz à prix réduit contre des investissements lourds dans nombre d’infrastructures vitales pour l’Iran. Aujourd’hui sous sanctions américaines, le pays exporte de 100 à 200 000 barils par jour contre plus de 2,5 millions en avril 2018 – avant que Donald Trump ne déchire l’accord sur le nucléaire.

En fait, tout a commencé le 14 juillet 2015 (date de la signature de cet accord), au moment où l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) était au zénith de sa puissance, alors que Paris était la cible d’attentats jihadistes. Les Etats européens étaient inquiets et, à Washington, Barack Obama pensait qu’il fallait constituer une nouvelle alliance contre la terreur qui réintègrerait l’Iran sur la scène internationale. En échange, Téhéran renoncerait à un enrichissement de l’uranium à des fins militaires, autrement dit à la bombe atomique. L’accord est signé et les échanges commerciaux avec l’Iran reprennent, tandis que s’élaborent des projets communs d’envergure. A l’automne 2017, Dae’ch est militairement vaincu. La Russie a, puissamment aidé la Syrie à résister aux jihadistes et à préserver son intégrité territoriale et politique. L’Iran retrouve progressivement son rôle de puissance régionale au grand dam du régime de Tel-Aviv.

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Quand Donald Trump arrive à la Maison Blanche, il estime que l’accord sur le nucléaire iranien doit être déchiré, ce qu’il fait en mai 2018, imposant des sanctions à toutes les sociétés qui continuent à travailler avec Téhéran. Le front occidental – voulu par Obama – se fracture. A nouveau, l’Iran est étranglé par des sanctions dont elle connaît bien les conséquences et les méthodes de contournement. Se rejoue la partie des années 1980, lorsque les intérêts iraniens étaient gravement menacés par la guerre avec l’Irak (soutenu par les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la France et l’Allemagne) et la guerre civile du Liban.

Si les Etats-Unis n’ont plus besoin du pétrole produit dans le Golfe, essentiellement destiné à la Chine et l’Asie, Donald Trump s’est entouré d’une bande de faucons (évangélistes inconditionnellement pro-israéliens) qui cherche toujours à renverser le régime iranien. Ainsi, dans la perspective des prochaines élections présidentielles de novembre prochain, Washington multiplie les provocations à l’encontre de Téhéran (un avion de chasse américain vient de pourchasser un vol de ligne iranien Téhéran/Beyrouth, causant plusieurs blessés à bord), qui sait qu’il doit faire le dos rond jusqu’à une défaite électorale attendue de Trump.

Dans ce contexte, il n’est guère surprenant d’assister à la finalisation d’un véritable partenariat stratégique entre l’Iran et la Chine. Du reste, il est assez significatif de voir ainsi Pékin entrer de plein pied aux Proche et Moyen-Orient au moment même où Washington cherche à en sortir, sans vraiment esquisser une politique régionale de remplacement.

« Indéniablement, cet accord avec la Chine représente une très bonne affaire pour les Iraniens », estime un diplomate européen en poste à Téhéran, « mais bien qu’ils considèrent désormais Pékin comme leur premier partenaire, les dirigeants iraniens n’en conservent pas moins d’intenses relations avec d’autres partenaires comme Moscou et New Delhi. C’est justement avec l’Inde que Téhéran coopère pour l’extension des infrastructures du port stratégique de Chabahar ».

LA GRANDE PORTE DE CHABAHAR

Situé à l’extrême sud-est de l’Iran – à seulement une centaine de kilomètres de la frontière pakistanaise – Chabahar est le seul port iranien échappant aux sanctions économiques américainres. C’est aussi le plus grand port de la côte sud de l’Iran en dehors du Golfe. En bordure de l’océan Indien, Chabahar s’est vu octroyer une dispense lui permettant d’échapper aux sanctions. Pour le département d’Etat, ce régime spécial est justifié par la nécessité de soutenir « l’assistance à la reconstruction de l’Afghanistan et le développement économique de ce pays ». Selon plusieurs sources officielles, Téhéran a investi un milliard de dollars dans le développement du port Chahid-Béhechti de Chabahar.

Les autorités espèrent en faire une plaque tournante qui désenclaverait l’Afghanistan et permettrait à l’Inde de commercer avec ce pays en contournant le Pakistan, son voisin et rival. Les ambitions de la République islamique ne s’arrêtent pas là : à terme, l’idée est de créer une nouvelle route commerciale en reliant Chabahar à l’Asie centrale par le rail. Ce projet de voie ferrée a été baptisé « couloir Nord-Sud ».

« Nous continuerons de développer ce port (…). Le réseau ferroviaire, le réseau routier et l’aéroport sont tous en train d’évoluer pour permettre la mise en oeuvre du couloir Nord-Sud, qui est d’une importance stratégique capitale pour nous », déclare à l’AFP le ministre du Transport et du Développement iranien, Mohammad Eslami.

La première phase du projet d’agrandissement du port, situé entre océan et désert, a déjà permis de gagner plus de 200 hectares de terrain sur la mer et 17,5 millions de mètres cubes ont été dragués pour créer un tirant d’eau de 16,5 mètres, selon les données officielles. Les autorités affichent leur optimisme : au cours des 11 premiers mois de l’année iranienne 1397 (commencée le 21 mars 2018), le volume des marchandises chargées ou déchargées au port a augmenté de 56% par rapport à l’année précédente ».

Encore : « nous avons une hausse de 25% du nombre de navires ayant relâché au port », ajoute – toujours pour l’AFP – Hossein Chahdadi, adjoint au directeur des affaires maritimes et portuaires de la province du Sistan-Baloutchistan, estimant que la « porte de Chabahar change la donne géopolitique du pays, sinon de l’ensemble de la région ».

Toujours est-il que l’augmentation des échanges avec l’Inde s’accommode parfaitement du dernier accord avec la Chine, même si celle-ci privilégie le Pakistan dans le déploiement de son plan des Routes de la soie.

CHRISTIAN MALARD : « IDIOT INUTILE »

Ces avancées iraniennes nourrissent nombre de commentaires de la presse occidentale. Ainsi, Renaud Girard insiste sur « un tournant majeur »1, qui confirme un « certain déclin américain » : « Par cette initiative diplomatique, la Chine veut-elle seulement envoyer un dernier avertissement à Washington ? Je ne le crois pas. Pékin a depuis longtemps compris l’utilité des ‘faits accomplis’ dans les relations internationales. Ce recul stratégique majeur des Etats-Unis met en lumière la faute commise par Trump lorsqu’il remit en cause l’accord nucléaire du 14 juillet 2015 avec l’Iran, qu’avait si patiemment négocié John Kerry. Trump agi par haine de l’œuvre d’Obama. Dans l’histoire des nations, il a toujours été dangereux de mener une politique extérieure pour des raisons de politique intérieure ».

Ancien « journaliste » du service étranger de France-3, Christian Malard – soudainement élevé à la dignité de « consultant diplomatique » par une chaîne de télévision israélienne – a lancé, lundi dernier, un avertissement solennel au monde entier, avertissement beaucoup moins sophistiqué : « l’accord irano-chinois est une affaire extrêmement grave pour l’Occident tout entier et pour Israël… ». Il a conclu son intervention en reprochant au président Emmanuel Macron de trop parler avec Vladimir Poutine…

Non content de croire que tout ce qui est bon pour l’« Occident » – avec un grand « O » – est forcément bon pour Israël et inversement, ce pauvre Malard n’a même pas la décence de rappeler que c’est quand même Donald Trump qui a commencé par déchirer l’accord sur le nucléaire iranien – à l’issue d’une décennie d’âpres négociations en format cinq plus un (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et l’Allemagne). Quant au fait de travailler pour une chaîne de propagande du Likoud, c’est plutôt moyen pour un ancien journaliste du service audiovisuel public, même s’il a dit tout et son contraire, accordant toujours ses faveurs aux puissants du moment.

Enfin, entendre Christian Malard remonter les bretelles d’Emmanuel Macron prête plutôt à sourire et nous rend soudainement le président de la République extrêmement sympathique, en l’occurrence repoussoir bienvenu d’une bêtise abyssale… proprement abyssale.

Le concept « d’idiots utiles » s’est imposé à partir de 1929, au moment où l’URSS adressait moult invitations aux intellectuels de l’Ouest pour visiter la Russie des Soviets. Calquée de l’anglais « useful idiot », l’expression fut utilisée pour la première fois dans un article du New York Times, signé par son correspondant à Rome l’ayant empruntée au journal L’Umanità en 1948. En pleine Guerre froide, elle fut attribuée à Lénine lui-même, sans qu’on en retrouve trace dans ses écrits ou le compte-rendu de ses nombreux discours et propos politiques. A l’origine, l’expression « idiots utiles » servit à qualifier les sympathisants occidentaux du communisme soviétique, reprenant sans beaucoup de discernement les thèses officielles de Moscou à l’image – par exemple – d’Edouard Herriot, revenu d’Ukraine en 1933 et annonçant qu’il n’avait « vu que des gens bien nourris ».

Trop fort ce Christian Malard, et en rupture avec cette longue tradition de pied-nickelés, il invente, à lui tout seul, le concept « d’idiot inutile ». C’est-à-dire qu’il nous livre des propos du café du commerce sans rien apprendre, ni sur le fond, ni sur la forme des sujets qu’il aborde… Et puis tout de même… passer de France-3 à une chaîne de propagande du Likoud israélien : quel destin professionnel !

Dans tous les cas de figure, l’accord Irano-chinois ne constitue pas une surprise et illustre l’aboutissement logique de la politique étrangère américaine, faite d’interventions militaires unilatérales, de sanctions économiques et de menaces, comme celles de Mike Pompeo déclarant dernièrement « qu’il faut forcer la Chine à changer… ».

Et si on demandait à ce Monsieur et aux autres faucons de la Maison Blanche de commencer par changer de ton, afin d’être plus respectueux des réalités internationales, des pays et des pauples…

En attendant, bonne lecture et bon été.
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A la semaine prochaine.

Richard Labévière
27 juillet 2020

1 Le Figaro, 21 juillet.

https://prochetmoyen-orient.ch/accord-iran-chine-idiots-utiles-et-inutiles/

Washington veut mettre fin à la crise au sein du CCG pour relancer le financement de ses projets stratégiques dans la région

Washington veut mettre fin à la crise au sein du CCG pour relancer le financement de ses projets stratégiques dans la région

Strategika51   27/07/2020

Les États-Unis veulent mettre fin à la crise ouverte entre les pays membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) et le blocus imposé au Qatar par l’Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis (EAU) et l’Egypte depuis 2017 {en considérant cette situation comme l’une des principales raisons ayant entravé la mise en œuvre de la stratégie US dans la région}.

Dans les faits, la dispute entre Doha et Ryad a totalement désorganisé les efforts d’endiguement contre l’Iran et anéanti tout ce qui avait été fait en Syrie. Depuis la grande dispute des pays du CCG, la rébellion syrienne avait perdu ses sources de financement et beaucoup de groupes disparurent aussi vite qu’ils étaient apparus. Seuls les groupes sous la houlette de la Turquie parviennent à se maintenir encore dans la province rebelle d’Idleb, devenue de facto un protectorat turc où stationnent des forces militaires et paramilitaires turques et où la lire turque y est la principale monnaie d’échange.https://googleads.g.doubleclick.net/pagead/ads?client=ca-pub-8611929323778758&output=html&h=280&adk=3347466463&adf=2455610273&w=674&fwrn=4&fwrnh=100&lmt=1595860275&num_ads=1&rafmt=1&armr=3&sem=mc&pwprc=1718975997&tp=site_kit&psa=1&guci=1.2.0.0.2.2.0.0&ad_type=text_image&format=674×280&url=https%3A%2F%2Fstrategika51.org%2F2020%2F07%2F27%2Fwashington-veut-mettre-fin-a-la-crise-au-sein-du-ccg-pour-relancer-le-financement-de-ses-projets-strategiques-dans-la-region%2F&flash=0&fwr=0&pra=3&rh=169&rw=673&rpe=1&resp_fmts=3&wgl=1&fa=27&adsid=ChAI8Pb5-AUQu7-39cXN2chAEkwAK4FkN2oRRZ4-oz7u_iwMMK7lDConuleSbEbEAS8aNe95XCR1TVcbpnlO5lER2gNnNBpcok7ANpvTMVPF5l-G5fbAgWstw6It3ng2&dt=1595860275710&bpp=13&bdt=3454&idt=13&shv=r20200723&cbv=r20190131&ptt=9&saldr=aa&abxe=1&prev_fmts=0x0&nras=2&correlator=6303932945684&frm=20&pv=1&ga_vid=621496474.1578223226&ga_sid=1595859569&ga_hid=632604318&ga_fc=1&iag=0&icsg=3378799231107120&dssz=125&mdo=0&mso=0&u_tz=120&u_his=1&u_java=0&u_h=768&u_w=1366&u_ah=728&u_aw=1366&u_cd=24&u_nplug=3&u_nmime=4&adx=60&ady=2287&biw=1063&bih=456&scr_x=0&scr_y=0&eid=21066154&oid=3&pvsid=1789635134208335&pem=378&ref=https%3A%2F%2Fmessageriepro3.orange.fr%2FOFX&rx=0&eae=0&fc=1408&brdim=70%2C70%2C70%2C70%2C1366%2C0%2C1096%2C576%2C1080%2C456&vis=1&rsz=%7C%7Cs%7C&abl=NS&fu=8320&bc=31&jar=2020-7-26-14&ifi=4&uci=a!4&btvi=1&fsb=1&xpc=qquqx343ta&p=https%3A//strategika51.org&dtd=248

Ce manque de financement dans ce contexte de guerre totale préoccupe au plus haut point Washington. La visite de Brian Hook, l’Envoyé spécial US pour l’Iran à Doha au Qatar a pour objectif affiché de tenter de mettre fin à la crise déchirant les pays membres du Conseil de Coopération du Golfe et qui est perçue par Washington comme une menaçant les efforts « communs » visant à « contenir » l’Iran d’autant plus que toutes les médiations américaines dans ce dossier sensible avaient lamentablement échoué jusqu’ici.

Le Qatar a bien amorti le choc du blocus imposé par ses voisins et l’Égypte et a renforcé ses liens de coopération militaire avec la Turquie tout en ouvrant des canaux économiques et commerciaux avec l’Iran. Cela s’est traduit par l’octroi à la Turquie de sa plus grande base militaire à l’étranger et l’entrée de denrées et de produits agricoles iraniens au Qatar. Simultanément le Qatar met fin au financement de certaines factions de la rébellion syrienne et signe avec la Turquie un pacte de défense renforcé. En réaction, les Emirats Arabes Unis ouvrent deux canaux de négociations secrètes avec Damas et réduisent de 89% l’aide allouée à certaines factions de la rébellion en Syrie. Les Émiratis et les Qataris changent de projet et croisent le sabre en Libye, un véritable Eldorado au potentiel prodigieux.

Cette crise a privé Washington du financement de la subversion au Levant et cela explique l’interruption de l’afflux de combattants étrangers de France, de Grande Bretagne, des Pays-Bas, de Suède, d’Allemagne, du Canada et du Xinjiang en Syrie. Ce n’était point l’attrait de la guerre sainte ou « juste » mais celui du dollar car à un certain moment, Daech avait son propre système bancaire virtuel et chaque combattant recevait une carte bancaire pré-payée en dollars USD.

La visite de Hook indique selon toute vraisemblance que Washington a décidé de revenir en force au Levant et au Moyen-Orient : multiplication des camps militaires US en Syrie et en Irak, report sine die de toute réduction des effectifs militaires d’Afghanistan malgré la promesse de Trump pour les prochaines présidentielles, multiplication par un facteur de 20 de l’aide militaire à Israël et redéploiement en Jordanie, en Irak, dans la mer Rouge, dans le Golfe et en Méditerranée orientale. Demeure le nerf de la guerre qui fait défaut malgré le plein régime des planches du billet vert et la reconstruction d’une alliance dans un monde impacté durement par la manipulation d’un virus à des fins d’hégémonie.

https://strategika51.org/2020/07/27/washington-veut-mettre-fin-a-la-crise-au-sein-du-ccg-pour-relancer-le-financement-de-ses-projets-strategiques-dans-la-region/

Le Liban face à ses responsabilités

Le Liban face à ses responsabilités

par Thierry Meyssan

L’économie libanaise s’est effondrée en sept mois. Les habitants commencent à souffrir de la faim. Une solution est possible si l’on analyse correctement les causes du problème. Encore faut-il accepter de reconnaître ses erreurs et de distinguer ce qui est structurel de ce qui ressort des problèmes régionaux. Il est vain et diffamatoire d’accuser l’ennemi traditionnel (Israël) ou l’allié brutal (les États-Unis) d’avoir causé un problème qui dure depuis des siècles et devient à ce point anachronique. Il est également dangereux d’ignorer l’évolution du principal allié actuel du Hezbollah (l’Iran).RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 21 JUILLET 2020عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆESPAÑOLITALIANOPORTUGUÊSTÜRKÇEJPEG - 33.2 koLe général Chamel Roukoz est la personnalité libanaise la plus légitime à réformer le pays. Cependant les États-Unis préfèreraient que le général Joseph Aoun (sans lien de parenté proche avec le président de la République) joue le rôle du « dictateur » (au sens romain antique du terme).

Un problème structurel, hérité du passé

Dès le début des événements au Liban, nous avions souligné que le problème structurel n’était pas la corruption, mais l’organisation de ce pays selon un système communautaire confessionnel [1]. En outre, avant que le problème bancaire ne devienne public, nous l’avions annoncé et avions expliqué que, comme toutes les banques, les libanaises ne possèdent que le dixième de leurs dépôts. Par conséquent, lorsque apparaît un problème politique majeur qui altère la confiance, toutes les banques sont incapables de rembourser leurs clients.

Nous continuons à affirmer que les Libanais se trompent en rejetant la faute sur les corrompus. Le peuple est le seul responsable d’avoir accepté la poursuite de ce système féodal, hérité de l’occupation ottomane, sous l’édredon du communautarisme confessionnel, hérité de l’occupation française. Ce sont toujours les mêmes familles qui contrôlent le pays depuis des siècles ; la guerre civile (1975-90) ne les ayant que peu renouvelées.

Il est ahurissant d’entendre les musulmans dénier la colonisation ottomane et les maronites s’esbaudir devant leur « Mère la France » (sic). Chacun a bien sûr des raisons pour avoir commis ces fautes, mais ce n’est pas en s’aveuglant sur le passé que l’on créera un futur viable.

Washington et Tel-Aviv ne veulent pas détruire le Liban

Les États-Unis font clairement pression contre le Hezbollah. Cependant comme l’a dit le général Kenneth McKenzie, commandant du CentCom, lors de sa récente visite à Beyrouth, il s’agit pour eux d’une pression indirecte contre l’Iran. Personne ne songe à détruire le Hezbollah qui est la première armée non-étatique au monde. Personne n’ourdit de guerre contre le Liban et surtout pas Israël.

Cette mise au point est d’autant plus nécessaire que les États-Unis ont menacé le Liban de rétorsion s’il n’acceptait pas la ligne de partage inique tracée par l’ambassadeur Frederic Hof. Elle délimite les zones maritimes israélienne et libanaise de manière à faciliter l’exploitation des réserves de gaz par Tel-Aviv. Ils ont également fait pression sur le Liban, selon leurs besoins tactiques, contre la Syrie : un jour lui demandant de s’abstenir de toute intervention, le lendemain exigeant qu’il accueille et conserve ses réfugiés pour couler l’économie de Damas.

Quand à Israël, ce pays est désormais gouverné simultanément par deux Premiers ministres. Le premier Premier ministre, Benjamin Netanyahu, est un colonialiste au sens anglo-saxon du terme. Il entend étendre le territoire israélien « du Nil à l’Euphrate » comme cela est symbolisé par les deux bandes bleues du drapeau israélien. Le second Premier ministre, Beny Gantz, est un nationaliste israélien, qui entend vivre en paix avec ses voisins. Les deux hommes se paralysent mutuellement, tandis que Tsahal s’inquiète des ravages que le Hezbollah ne manquerait pas cette fois-ci de causer en Israël en cas de guerre.

Le projet perse dont personne ne veut

Le Liban est un État artificiel dessiné par les Français. Il n’a aucune possibilité de vivre en autarcie et dépend obligatoirement non seulement de ses deux voisins, la Syrie et Israël, mais aussi de toute la région.

La pression US se concentre sur l’Iran. Il y a trois semaines la base militaire de Tarchin (sud-ouest de Téhéran) explosait suscitant des déclarations officielles dilatoires. La semaine dernière, sept petits navires militaires iraniens ont explosé dans le Golfe. Cette fois, ni le Pentagone, ni l’armée iranienne n’ont communiqué à ce sujet.

Depuis 2013, l’Iran (perse et chiite) de cheikh Hassan Rohani a changé de buts. Il s’est donné comme objectif stratégique, officiellement adopté en 2016, la création d’une fédération d’États avec le Liban (arabe à majorité relative chiite), la Syrie (arabe et laïque), l’Iraq (arabe à majorité chiite) et l’Azerbaïdjan (turc et chiite). Le Hezbollah a assimilé ce projet à l’« Axe de la Résistance » qui s’était constitué face aux invasions israéliennes et états-uniennes. Cependant, ce ne sont pas seulement Israël et les États-Unis qui y sont opposés, mais aussi ceux qui devraient constituer cette fédération. Tous sont vent debout contre la reconstitution d’un empire perse.

Sayyed Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, pense que cette fédération serait respectueuse des différents systèmes politiques des États la composant. D’autres au contraire, notamment les partisans du secrétaire général adjoint, Naïm Qassem, pensent que tous devraient admettre la gouvernance par des sages comme décrite par Platon dans son livre La République et instituée en Iran par l’imam Rouhollah Khomeiny (grand spécialiste du philosophe grec) sous l’appellation de Velayat-e faqih. Le Hezbollah n’est plus simplement le réseau de Résistance qui bouta l’occupant israélien hors du Liban. Il est devenu un parti politique avec ses tendances et factions.

Or, le Velayat-e faqih, séduisant sur le papier est devenu dans la pratique l’autorité du Guide de la Révolution, l’ayatollah Ali Khamenei. L’Iran ne parviendra sûrement pas à étendre ce système à ses alliés, surtout au moment où il est contesté chez lui. C’est un fait : tout le monde dans la région, y compris ses ennemis, admire le Hezbollah, mais presque personne ne veut du projet iranien, ni ne peut compter sur l’engagement du seul sayyed Hassan Nasrallah.

La semaine dernière, l’ambassadeur d’Iran à Damas a publiquement déclaré partager les objectifs de la Russie contre les armées jihadistes, mais diverger sur le futur de la région. Pour la première fois, un officiel iranien admettait ce que nous écrivons depuis longtemps : la Russie et les États-Unis, eux aussi, s’entendent sur ce point. Ils ne veulent pas, ni l’un, ni l’autre, de cette prétendue Fédération chiite de la Résistance.

Cette semaine, l’agression de l’Azerbaïdjan (turco-chiite) contre l’Arménie (russo-orthodoxe), en dehors de la zone d’affrontement traditionnel du Haut-Karabakh, atteste que le problème lié à ce projet de Fédération s’étend dans la région.

Le renoncement du Hezbollah à ce fantasme aurait de lourdes conséquences parce qu’il dissoudrait le rêve d’un nouvel empire perse. Mais comme personne n’en veut et qu’il ne risque pas de voir le jour, le Parti de Dieu préfère maintenir le doute sur sa position et profiter le plus longtemps possible de son allié iranien.

La pression des États-Unis vise à contraindre le Hezbollah à franchir ce pas. Il suffirait que le Parti de Dieu déclare ne pas choisir ce projet de Fédération de la Résistance pour que l’agressivité de Washington et de ses propres alliés à son égard s’apaise.

Comment guérir le Liban ?

Toutefois, cela ne résoudrait aucunement le problème actuel du Liban. Celui-ci suppose que chacun renonce à ses privilèges communautaires confessionnels c’est-à-dire non seulement les maronites à la présidence de la République, les sunnites au poste de Premier ministre et les chiites à la présidence de l’Assemblée nationale ; mais aussi aux sièges réservés à l’Assemblée nationale ; et encore à toutes forme sectaire de répartition des postes dans la fonction publique. Ce n’est qu’à ce moment-là que les Libanais pourront proclamer l’égalité de tous leurs citoyens selon le principe « Un homme, une voix » et devenir enfin la démocratie qu’ils ont toujours prétendu être et qu’ils n’ont jamais été.

Ce chantier gigantesque devrait mettre fin à plusieurs siècles de confessionnalisme sans pour autant provoquer de guerre civile. Il est donc quasiment impossible d’y parvenir sans passer par une phase autoritaire, seule capable de paralyser les antagonismes durant la période de transition. Celui qui jouera le rôle de réformateur doit à la fois disposer du soutien de la majorité et ne pas être en conflit avec l’une ou l’autre des 17 communautés confessionnelles.

Certains penchent pour le général Chamel Roukoz, le vainqueur du groupe jihadiste Fatah al-Islam (bataille de Nahr al-Bared, 2007) et du cheik salafiste Ahmed al-Assir (bataille de Sidon, 2013). Mais ce prestigieux militaire a le malheur d’être un des gendres du président Michel Aoun ce qui, en raison du partage confessionnel, lui a fait manquer sa nomination comme chef des Forces armées. Les États-Unis souhaitent que celui qui a finalement été désigné à ce poste, le général Joseph Aoun (sans lien de parenté avec le précédent), s’empare du Pouvoir. Pour récupérer ses chances, le général Chamel Roukoz vient d’appeler à la démission des « trois présidents » de la République (son beau-père), du gouvernement et de l’Assemblée nationale.

L’armée régulière n’a jamais reçu les armes nécessaires pour défendre le pays et s’appuie donc sur le Hezbollah pour prévenir une nouvelle invasion israélienne. Chamel Roukoz et Joseph Aoun ont toujours entretenu de bonnes relations avec le Parti de Dieu. Ils disposent l’un et l’autre d’une image d’impartialité dans toutes les communautés.

Thierry Meyssan

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[1] « Les Libanais, prisonniers de leur Constitution » et « Liban : les dessous de la crise bancaire du siècle », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 21 octobre et 17 décembre 2019.

https://www.voltairenet.org/article210559.html

L’Iran va exécuter un agent de la CIA

L’Iran va exécuter un agent de la CIA

by Mali 79 juin 2020 in International 0Share on FacebookShare on Twitter

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Le porte-parole de la justice iranienne a indiqué qu’un citoyen du pays, qui a fourni des informations aux Etats-Unis, pour le meurtre du Général Qassem Soleimani, a été arrêté et sera exécuté.

Lors d’une conférence de presse télévisée, le porte-parole, Gholamhossein Esmaili, a indiqué qu’un espion, arrêté par les forces iraniennes, travaillait pour les Etats-Unis et a été condamné à mort par la justice du pays. « Mahmoud Mousavi-Majd, l’un des espions de la CIA et du Mossad a été condamné à mort. Il a indiqué où se trouvait le martyr Soleimani à nos ennemis », a déclaré Gholamhossein.

Le 3 janvier, une frappe de drones américains en Irak a tué le général Qassem Soleimani, le chef de la force d’élite iranienne Al Quds. Ce meurtre, confirmé par la maison blanche, a fait monter les tensions entre les deux pays et la riposte iranienne n’a pas tardé. Téhéran a lancé plusieurs missiles contre une base américaine en Irak. Les tensions entre les Etats-Unis et l’Iran ont augmenté, depuis le retrait de Washington de l’accord sur le nucléaire iranien, en mai 2018.

Source: Bénin Web TV

https://mali7.net/2020/06/09/liran-va-executer-un-agent-de-la-cia/

Pendant que vous dormiezÉtats-Unis, Pologne, Syrie, Égypte, Airbnb : les informations de la nuit

Pendant que vous dormiezÉtats-Unis, Pologne, Syrie, Égypte, Airbnb : les informations de la nuit

3 MINCOURRIER INTERNATIONAL (PARIS) 

Donald Trump va dissoudre sa “task force” dédiée au coronavirus. Le président américain a fait cette annonce mardi, lors de la visite d’une usine de fabrication de masques en Arizona, après que son vice-président Mike Pence a déclaré un peu plus tôt que la Maison-Blanche pourrait confier fin mai à des agences fédérales la coordination de la lutte contre la crise sanitaire. “Alors que la bataille de sa réélection s’annonce rude pour le président américain, la Maison-Blanche semble chercher à mettre les questions relatives au bilan de la pandémie en arrière-plan, pour mettre davantage l’accent sur ses efforts pour relancer la croissance et l’emploi”, analyse le New York Times. Une décision qui suscite de nombreuses interrogations, alors que le rythme de décès quotidiens est reparti à la hausse mardi, avec 2 333 morts supplémentaires en 24 heures.

Le Sénat polonais refuse l’organisation de la présidentielle par correspondance. La chambre basse a rejeté mardi une proposition du gouvernement qui souhaitait organiser le scrutin prévu le 10 mai par voie postale. Droit et Justice (PiS), le parti nationaliste et conservateur au pouvoir en Pologne, tente de maintenir coûte que coûte l’élection malgré la crise sanitaire provoquée par le coronavirus. L’opposition polonaise et les groupes de défense des droits de l’homme estiment que l’organisation d’une élection dans les conditions fixées par le gouvernement ne réunirait pas les garanties requises d’équité et de transparence. “La détermination du parti au pouvoir à organiser ce scrutin est purement opportuniste”estime le Guardian, dans un éditorial. Le PiS “fait le calcul qu’en temps de crise nationale, les populations ont tendance à se rassembler autour de leur gouvernement”, analyse le quotidien qui considère que “dans l’intérêt de la démocratie, cette élection devrait être reportée”.

Israël promet de poursuivre ses opérations en Syrie jusqu’au retrait de l’Iran. Téhéran “n’a rien à faire en Syrie […] et nous n’arrêterons pas tant qu’ils (les Iraniens) n’auront pas quitté” le pays, a déclaré mardi le ministre de la Défense Naftali Bennett, après une série de frappes imputées à l’armée israélienne en territoire syrien. Le dirigeant israélien n’a toutefois pas revendiqué explicitement les raids que médias d’État syriens et ONG ont attribués à l’aviation israélienne et qui ont fait 14 morts, lundi soir, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Naftali Bennett dit craindre de voir les forces pro iraniennes s’enraciner dans le sud de la Syrie, notamment dans le Golan, à la frontière israélienne. Une source issue du renseignement dans la région a déclaré à Al Jazeera qu’Israël avait intensifié ses raids en Syrie à un moment où l’attention du monde et des acteurs de la région “étaient distraits par la pandémie de coronavirus”.

Égypte : un jeune critique du pouvoir décède en prison après un empoisonnement à l’alcool. Le procureur général égyptien a affirmé mardi que Chadi Habache, réalisateur d’un vidéoclip d’une chanson engagée contre le chef de l’État Abdel Fattah Al-Sissi, a succombé samedi après avoir bu un produit désinfectant, rapporte Ahram Online“Le défunt a informé le médecin de service qu’il avait bu une certaine quantité d’alcool à midi la veille de sa mort… disant qu’il avait confondu la bouteille qu’il remplissait avec de l’eau”, a précisé le procureur. Des produits désinfectants à base d’alcool ont été distribués aux détenus pour se protéger contre l’épidémie de coronavirus, selon la même source.

Covid-19 : Airbnb licencie un quart de ses salariés. La plateforme de réservation de logements a été “durement touchée” par l’épidémie qui a mis un coup d’arrêt aux voyages dans le monde entier, avec des prévisions de revenus pour cette année “de moins de la moitié” de ceux générés en 2019, a expliqué mardi son co-fondateur Brian Chesky, pour justifier ces près de 1 900 licenciements. Avant que la pandémie ne survienne, Airbnb préparait son entrée en Bourse pour 2020, rappelle le Wall Street Journal.

https://reveil.courrierinternational.com/#/edition/1970906/article/1970975

Un nouveau monde en gestation

Un nouveau monde en gestation

21 Mars 2020

Les rédacteurs de Foreign Policy lisent-ils nos Chroniques ? Quelques jours après notre billet sur la montée en puissance du soft power humanitaire chinois en ces temps pandémiques, la revue néo-impériale a publié un article qui fera peut-être date, intitulé « Le coronavirus pourrait remodeler l’ordre mondial« . Le chapeau – « La Chine manœuvre vers le leadership mondial pendant que les Etats-Unis fléchissent » – annonce clairement la couleur et les auteurs se lamentent :

Le statut des Etats-Unis en tant que leader global durant les sept dernières décennies a été bâti non seulement sur la richesse et la puissance mais également, tout aussi important, sur la légitimité d’une bonne gouvernance intérieure, la fourniture au monde de biens et la capacité de rassembler et coordonner une réponse globale aux crises. Le coronavirus teste ces trois éléments et Washington est en train de rater l’examen.

Pendant que les Etats-Unis fléchissent, Pékin avance rapidement pour profiter des erreurs américaines, comblant le vide pour se positionner en tant que leader global. Les Chinois vantent leur propre système, fournissent une assistance matérielle aux autres Etats et aident même les gouvernements à s’organiser (…) La Chine comprend que, si elle est vue comme leader dans cette crise et que Washington donne l’impression d’être incapable de le faire, cette perception pourrait fondamentalement affaiblir la posture américaine dans les relations internationales et grandement modifier la lutte pour le leadership mondial au XXIème siècle.

Des dizaines de pays bénéficient maintenant de l’aide chinoise et les euronouilles, totalement perdus par le reflux du suzerain US, ne savent plus à quel saint se vouer. Pendant que certains tentent encore maladroitement de sauver les meubles en pointant du doigt la « propagande chinoise », d’autres sont pris d’une nostalgie résignée :

L’histoire retiendra peut-être ces journées de mars 2020, lorsque la Chine est venue au secours de l’Europe. La semaine dernière, c’était en Italie, et hier, la Chine a envoyé un million de masques en France, où il existe un risque de pénurie.

Geste symbolique d’un pays devenu une grande puissance et qui le montre à la manière dont nous, les puissants du monde d’hier, le faisions autrefois, par l’action humanitaire. Il y a, au-delà du symbole, le reflet d’un nouveau rapport de force international qui change tout.

Un article de The Intercept résume parfaitement la situation : « Pendant que les Etats-Unis incriminent la Chine pour la pandémie du coronavirus, le reste du monde lui demande son aide » Le renversement de paradigme est en effet saisissant. L’hyperpuissance américaine n’est plus que l’ombre d’elle-même et se claquemure pour contenir une épidémie dont la courbe prend une dangereuse tangente (aucun autre pays n’a connu une telle progression après autant de semaines) :

Ce qui n’empêche d’ailleurs pas les illuminés de Washington-sur-Potomac de débattre d’une escalade contre l’Iran, pourtant très durement touché par le corona. Les faucons, où l’on retrouve sans surprise Pompeo et O’Brien, le Conseiller à la Sécurité nationale, se sont toutefois cognés au mur des militaires (Esper, supremo du pentagone, ou encore Milley, le chef d’état-major), bien moins enthousiastes d’aller en découdre avec Téhéran, ce qui est d’ailleurs la ligne de Donaldinho lui-même.

Fidèle à elle-même, l’inénarrable Union européenne brille, quant à elle, par sa mollesse impuissante. Même ses thuriféraires habituels ne peuvent cacher le fiasco monumental. Comme le dit un autre article de Foreign Policy, le virus a réduit en cendres l’héritage de Merkel. Quatorze années d’européisme acharné, de péroraisons sur la « solidarité européenne » ou l’austérité financière parties en fumée en quelques jours…

Nous avions déjà vu dans un billet précédent que le président serbe ironisait sur le « conte de fée » eurocratique. Clou dans le cercueil, la Lombardie, région la plus touchée d’Italie, a fait une croix sur le soutien de Bruxelles et vient de demander l’aide de la Chine, de Cuba et… du Venezuela ! Ô ironie.

Un dernier mot sur la Russie qui, bien que de manière moins spectaculaire que Pékin, aide aussi son (proche) prochain. Des dizaines de milliers de kits de dépistage ont été fournis à tous les membres de l’Union économique eurasienne (où la solidarité semble mieux fonctionner que chez sa consœur européenne) et de l’Organisation du traité de sécurité collective, regroupant plusieurs ex-républiques de l’URSS. D’autres alliés/pays amis ont bénéficié ou bénéficieront dans les prochains jours de l’aide de Moscou : Iran, Serbie, Venezuela, Mongolie, Egypte, Italie

La presse américaine, elle, regrette que les sanctions impériales d’hier contre la Russie lui aient permis d’être bien mieux armée, aujourd’hui, que l’immense majorité des États de la planète face à la pandémie. Nous avons montré à plusieurs reprises (ici ou ici par exemple) que ces sanctions, parfois gênantes à court terme, étaient en réalité une bénédiction à long terme pour l’ours, réduisant sa dépendance vis-à-vis de l’Occident et l’obligeant à ne compter que sur lui-même.

Auto-suffisante sur le plan agricole, libre de dette et disposant de réserves considérables, la Russie va désormais empocher les dividendes de cette politique clairvoyante. « Gouverner, c’est prévoir » : personnifié par Colbert qui, en son temps, fit planter un million d’hectares d’arbres pour servir de bois de construction à la marine pour les siècles à venir, ce célèbre adage est repris avec sérénité du côté de Moscou.

Ce vieux fond de sagesse russe, ou chinoise, contraste avec le spectacle de dirigeants occidentaux sautant en tout sens comme de petites puces affolées tentant de se raccrocher aux branches. Le temps long face à l’esclavage de l’immédiateté, encore et toujours…Tag(s) : #Chine#Etats-Unis#Europe#Russie

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