Archives pour la catégorie Iran

Les succès de la diplomatie russe au Moyen-Orient

Les succès de la diplomatie russe au Moyen-Orient

par Thierry Meyssan

Les changements politiques qui transforment le Moyen-Orient depuis deux mois sont la résultante non pas de l’écrasement de protagonistes, mais de l’évolution des points de vue iranien, turc et émirati. Là où la puissance militaire états-unienne a échoué, la finesse diplomatique russe a réussi. Refusant de se prononcer sur les crimes des uns et des autres, Moscou parvient à pacifier lentement la région.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 20 AOÛT 2019 عربيESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEΕΛΛΗΝΙΚΆРУССКИЙENGLISH

+
JPEG - 32.1 ko

Depuis cinq ans, la Russie a multiplié les démarches pour rétablir le Droit international au Moyen-Orient. Elle s’est particulièrement appuyée sur l’Iran et la Turquie dont elle ne partage pourtant pas la manière de penser. Les premiers résultats de ce patient exercice diplomatique redessinent les lignes de partage au sein de plusieurs conflits.

De nouveaux rapports de force et un nouvel équilibre se mettent discrètement en place dans la vallée du Nil, au Levant et dans la péninsule arabique. Au contraire, la situation se bloque dans le Golfe persique. Ce changement considérable et coordonné touche différents conflits apparemment sans lien entre eux. Il est le fruit de la patiente et discrète diplomatie russe [1] et, dans certains dossiers, de la relative bonne volonté US.

À la différence des États-Unis, la Russie ne cherche pas à imposer sa vision du monde. Elle part au contraire de la culture de ses interlocuteurs qu’elle modifie par petites touches à son contact.

Recul des jihadistes et des mercenaires kurdes en Syrie

Tout à commencé le 3 juillet : un des cinq fondateurs du PKK, Cemil Bayik, publiait une tribune libre dans le Washington Postappelant la Turquie à ouvrir des négociations en levant l’isolement de son prisonnier le plus célèbre : Abdullah Öcalan [2]. Soudain, les visites en prison du leader des Kurdes autonomistes de Turquie, interdites depuis 4 ans, furent à nouveau autorisées. Cette ouverture fut immédiatement considérée comme une trahison par le Parti républicain du peuple qui manqua à l’appel de l’AKP le 23 juin à Istanbul, infligeant une sévère défaite électorale au candidat du président Erdoğan.

Simultanément, les combats reprenaient dans la zone occupée par Al-Qaïda au Nord de la Syrie, le gouvernorat d’Idleb. Cet Émirat islamique n’a pas d’administration centrale, mais une multitude de cantons affectés à des groupes combattants divers. La population est nourrie par des « ONG » européennes affiliées aux services secrets de ces pays et la présence de l’armée turque dissuade les jihadistes de tenter de conquérir le reste de la Syrie. Cette situation étant peu avouable, la presse otanesque présente l’Émirat islamique d’Idleb comme le paisible refuge des « opposant modérés à la dictature d’Assad » Soudain, Damas, appuyé par un soutien aérien russe, a commencé à reconquérir le territoire et l’armée turque à se retirer en silence. Les combats sont extrêmement meurtriers, en tout premier lieu pour la République. Cependant, après plusieurs semaines, l’avancée est notable, de sorte que si rien ne l’arrête, la province pourrait être libérée en octobre.

Le 15 juillet, à l’occasion du troisième anniversaire de la tentative de l’assassinat dont il fut l’objet et du coup d’État improvisé qui suivit, le président Erdoğan annonçait la redéfinition de l’identité turque, non plus sur une base religieuse, mais nationale [3]. Il révélait aussi que son armée allait balayer les forces du PKK en Syrie et transférer une partie des réfugiés syriens dans une zone frontalière de 30 à 40 kilomètres de profondeur. Cette zone correspond à peu près à celle dans laquelle le président Hafez el-Assad avait autorisé, en 1999, les Forces turques à réprimer d’éventuels tirs d’artillerie kurde. Après avoir annoncé que le Pentagone ne pouvait pas abandonner ses alliés kurdes, des émissaires états-uniens vinrent à Ankara faire le contraire et approuver le plan turc. Il s’avère que, comme nous l’avons toujours dit, les chefs du « Rojava », ce pseudo État autonome kurde en terre syrienne, sont presque tous de nationalité turque. Ils occupent donc la région qu’ils ont nettoyée ethniquement. Leurs troupes, de nationalité syrienne, envoyèrent alors des émissaires à Damas pour demander la protection du président Bachar el-Assad. Rappelons que les Kurdes sont une population nomade sédentarisée au début du XXème siécle. Selon la Commission King-Crane et la conférence internationale de Sèvres (1920), un Kurdistan n’est légitime que dans l’actuel territoire turc [4].

Il est peu probable que la France et l’Allemagne laisseront la Syrie reconquérir la totalité de l’Émirat islamique d’Idleb et abandonneront leur fantasme de Kurdistan, n’importe où (en Turquie, en Iran, en Iraq ou en Syrie, mais pas en Allemagne où ils sont pourtant un million). Ils pourraient y être contraints.

De même, malgré les discussions actuelles, il est peu probable que si la Syrie se décentralise, elle accorde la moindre autonomie à la région qui fut occupée par les Kurdes turcs.

Après plusieurs années de blocage, la libération du Nord de la Syrie repose uniquement sur le changement de paradigme turc, fruit des erreurs états-uniennes et de l’intelligence russe.

Partition de facto du Yémen

Au Yémen, l’Arabie saoudite et Israël soutiennent le président Abdrabbo Mansour Hadi en vue d’exploiter les réserves pétrolières qui sont à cheval sur la frontière [5]. Ce dernier doit faire face au soulèvement des zaïdites, une école du chiisme. Avec le temps, les Saoudiens ont reçu l’aide des Émiratis, et la Résistance zaïdites de l’Iran. Cette guerre, alimentée par les Occidentaux, provoque la pire famine du XXIème siècle.

Cependant, contrairement à l’organisation des deux camps, le 1er août, les gardes-côtes émiratis ont signé un accord de coopération transfrontalier avec la police des frontières iranienne [6]. Le même jour, le chef de la milice yéménite financée par les Émirats (dite « Conseil de transition du Sud » ou « Ceinture de sécurité » ou encore « séparatistes »), Abu Al-Yamana Al-Yafei, a été assassiné par les Frères musulmans du parti Islah financé par l’Arabie saoudite [7].

À l’évidence l’alliance entre deux princes héritiers d’Arabie et des Émirats, Mohammed ben Salmane (« MBS ») et Mohammed ben Zayed Al Nahyane (« MBZ »), est malmenée.

Le 11 août la milice soutenue par les Émirats prenait d’assaut le palais présidentiel et divers ministères à Aden, malgré le soutien de l’Arabie au président Hadi ; lequel était déjà réfugié depuis longtemps à Riyad. Le lendemain, « MBS » et « MBZ » se rencontraient à La Mecque en présence du roi Salmane. Ils rejetaient le coup d’État et appelaient leurs troupes respectives au calme. Le 17 août les pro-Émiratis évacuaient en bon ordre le siège du gouvernement.

Durant la semaine où les « séparatistes » avaient pris Aden, les Émirats contrôlaient de facto les deux rives du très stratégique détroit de Bab el Mandeb reliant la mer Rouge à l’océan Indien. Maintenant que Riyad a préservé son honneur, il va falloir accorder une contrepartie à Abou Dhabi.

Sur ce champ de bataille, le changement est imputable aux seuls Émirats qui, après avoir payé un lourd tribu, tirent la leçon de cette guerre ingagnable. Prudents, ils se sont d’abord rapprochés des Iraniens avant d’envoyer ce coup de semonce à leur puissant allié et voisin saoudien.

Chaises musicales au Soudan

Au Soudan, après que le président Omar el-Béchir (Frère musulman dissident), ait été renversé par des manifestations de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC) et que la hausse du prix du pain ait été annulée, un Conseil militaire de transition était placé au pouvoir. Dans la pratique, cette révolte sociale et quelques milliards de pétro-dollars permettait à l’insu des manifestants de faire passer le pays d’une tutelle qatarie à une autre saoudienne [8].

Le 3 juin, une nouvelle manifestation de l’ALC était dispersée dans le sang par le Conseil militaire de transition, faisant 127 morts. Face à la condamnation internationale, le Conseil militaire engageait des négociations avec les civils et concluait un accord le 4 août, qui fut signé le 17. Pour une période de 39 mois, le pays sera gouverné par un Conseil suprême de 6 civils et de 5 militaires, dont l’accord ne précise pas les identités. Ils seront contrôlés par une Assemblée de 300 membres nommés et non pas élus, comprenant 67 % de représentants de l’ALC. Il n’y a évidemment rien de démocratique là dedans et aucune des parties ne s’en plaint.

L’économiste Abdallah Hamdok, ancien responsable de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique deviendra Premier ministre. Il devrait obtenir la levée des sanctions dont le Soudan fait l’objet et réintégrer le pays dans l’Union africaine. Il fera juger l’ancien président Omar el-Béchir dans le pays afin de lui garantir de ne plus pouvoir être extradé à La Haye, devant le Tribunal pénal international.

Le véritable pouvoir sera détenu par le « général » Mohammed Hamdan Daglo (dit « Hemetti »), qui n’est pas général, ni même soldat, mais chef de la milice employée par « MBS » pour mater la Résistance yéménite. Durant ce jeu de chaises musicales, la Turquie —qui dispose d’une base militaire sur l’île soudanaise de Suakin pour encercler l’Arabie saoudite— n’a rien dit.

De fait la Turquie accepte de perdre à Idleb et au Soudan pour gagner contre les mercenaires pro-US kurdes. Seul ce dernier enjeu est vital pour elle. Il aura fallu beaucoup de discussions pour qu’elle se rende compte qu’elle ne pouvait pas gagner sur tous les tableaux à la fois et qu’elle hiérarchise ses priorités.

Les États-Unis contre le pétrole iranien

Londres et Washington poursuivent leur concurrence, entamée il y a soixante dix ans, pour contrôler le pétrole iranien. Comme à l’époque de Mohammad Mossadegh, la Couronne britannique entend décider seule ce qui lui appartient en Iran [9]. Tandis que Washington, ne veut pas que ses guerres contre l’Afghanistan et l’Iraq profitent à Téhéran (conséquence de la doctrine Rumsfeld/Cebrowski) et entend fixer le prix mondial de l’énergie (doctrine Pompeo) [10].

Ces deux stratégies se sont télescopées lors de la saisie du pétrolier iranien Grace 1 dans les eaux de la colonie britannique de Gibraltar. L’Iran a, à son tour, arraisonné deux tankers britanniques dans le détroit d’Ormuz prétendant —insulte suprême— que le principal transportait du « pétrole de contrebande », c’est-à-dire du pétrole subventionné iranien acheté par Londres au marché noir [11]. Lorsque le nouveau Premier ministre, Boris Johnson, réalisa que son pays était allé trop loin, il eut la « surprise » de voir la justice « indépendante » de sa colonie libérer le Grace 1. Immédiatement Washington émit un mandat pour le saisir à nouveau.

Depuis le début de cette affaire, les Européens font les frais de la politique états-unienne et protestent sans grandes conséquences [12]. Seuls les Russes défendent non pas leur allié iranien, mais le Droit international comme ils l’ont fait à propos de la Syrie [13] ce qui leur permet d’avoir une ligne politique toujours cohérente.

Dans ce dossier, l’Iran fait preuve d’une très grande ténacité. Malgré le virage clérical de l’élection de cheik Hassan Rohani, en 2013, le pays se réoriente vers la politique nationale du laïque Mahmoud Ahmadinejad [14]. Son instrumentation des communautés chiites en Arabie saoudite, à Bahreïn, en Iraq, au Liban, en Syrie, au Yémen pourrrait se transformer en un simple soutien. Là encore, c’est des longues discussions d’Astana que ce qui est évident pour les uns l’est devenu pour les autres.

Conclusion

Avec le temps, les objectifs de chaque protagoniste se hiérarchisent et leurs positions se précisent.

Conforme à sa tradition, la diplomatie russe ne cherche pas, à la différence de l’états-unienne, à redessiner les frontières et les alliances. Elle tente de démêler les objectifs contradictoires de ses partenaires. Ainsi a t-elle aidé l’ancien Empire ottoman et l’ancien Empire perse à s’éloigner de leur définition religieuse (les Frères musulmans pour le premier, le chiisme pour le second) et à revenir à une définition nationale post-impériale. Cette évolution est extrêmement visible en Turquie, mais suppose un changement de têtes en Iran pour se réaliser. Moscou ne cherche pas à « changer les régimes », mais certains aspects des mentalités.

Thierry Meyssan

[1] Voir les paragraphes 3, 4, 5 et 10 de la « Déclaration conjointe de la Russie, de l’Iran et de la Turquie relative à la Syrie », Réseau Voltaire, 2 août 2019, et les comparer avec les déclarations des réunions précédentes.

[2] “Now is the moment for peace between Kurds and the Turkish state. Let’s not waste it”, by Cemil Bayik, Washington Post (United States) , Voltaire Network, 3 July 2019.

[3] « La Turquie ne s’alignera ni sur l’Otan, ni sur l’OTSC », « La Turquie renonce une seconde fois au Califat », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 et 13 août 2019.

[4] « Les projets de Kurdistan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 septembre 2016.

[5] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[6] « إيران والإمارات توقعان اتفاقا للتعاون الحدودي« , RT, 01/08/19.

[7] “Missile fired by Yemen rebels kills dozens of soldiers in port city of Aden”, Kareem Fahim & Ali Al-Mujahed, The Washington Post, August 1, 2019.

[8] « Le renversement d’Omar el-Béchir », par Thierry Meyssan ; « Le Soudan est passé sous contrôle saoudien », « La Force de réaction rapide au pouvoir au Soudan », Réseau Voltaire, 16, 20 & 24 avril 2019.

[9] « Londres défend ses lambeaux d’Empire face à l’Iran », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 23 juillet 2019.

[10] « La nouvelle Grande stratégie des États-Unis », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 26 mars 2019. “Advancing the U.S. Maximum Pressure Campaign On Iran” (Note : The graph was distributed with the text !), Voltaire Network, 22 April 2019.

[11] « Royaume-Uni/Iran : « Grace 1 » et « British Heritage » », Réseau Voltaire, 11 juillet 2019.

[12] « Déclaration conjointe des chefs d’État et de gouvernement de France, d’Allemagne et du Royaume-Uni à propos de l’Iran », Réseau Voltaire, 14 juillet 2019.

[13] “Russian comment on the seizure of the Panama-flagged tanker by Gibraltar authorities ”, Voltaire Network, 5 July 2019.

[14] Par laïque, nous entendons que le très mystique président Ahmadinejad voulait séparer les institutions religieuses et politiques et mettre fin à la fonction platonicienne du Guide de la Révolution.

https://www.voltairenet.org/article207362.html

<img src="https://www.voltairenet.org/rien.gif" alt="
Facebook
Twitter
Delicious
Seenthis
Digg
RSS

[1] Voir les paragraphes 3, 4, 5 et 10 de la « Déclaration conjointe de la Russie, de l’Iran et de la Turquie relative à la Syrie », Réseau Voltaire, 2 août 2019, et les comparer avec les déclarations des réunions précédentes.

[2] “Now is the moment for peace between Kurds and the Turkish state. Let’s not waste it”, by Cemil Bayik, Washington Post (United States) , Voltaire Network, 3 July 2019.

[3] « La Turquie ne s’alignera ni sur l’Otan, ni sur l’OTSC », « La Turquie renonce une seconde fois au Califat », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 et 13 août 2019.

[4] « Les projets de Kurdistan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 septembre 2016.

[5] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[6] « إيران والإمارات توقعان اتفاقا للتعاون الحدودي« , RT, 01/08/19.

[7] “Missile fired by Yemen rebels kills dozens of soldiers in port city of Aden”, Kareem Fahim & Ali Al-Mujahed, The Washington Post, August 1, 2019.

[8] « Le renversement d’Omar el-Béchir », par Thierry Meyssan ; « Le Soudan est passé sous contrôle saoudien », « La Force de réaction rapide au pouvoir au Soudan », Réseau Voltaire, 16, 20 & 24 avril 2019.

[9] « Londres défend ses lambeaux d’Empire face à l’Iran », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 23 juillet 2019.

[10] « La nouvelle Grande stratégie des États-Unis », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 26 mars 2019. “Advancing the U.S. Maximum Pressure Campaign On Iran” (Note : The graph was distributed with the text !), Voltaire Network, 22 April 2019.

[11] « Royaume-Uni/Iran : « Grace 1 » et « British Heritage » », Réseau Voltaire, 11 juillet 2019.

[12] « Déclaration conjointe des chefs d’État et de gouvernement de France, d’Allemagne et du Royaume-Uni à propos de l’Iran », Réseau Voltaire, 14 juillet 2019.

[13] “Russian comment on the seizure of the Panama-flagged tanker by Gibraltar authorities ”, Voltaire Network, 5 July 2019.

[14] Par laïque, nous entendons que le très mystique président Ahmadinejad voulait séparer les institutions religieuses et politiques et mettre fin à la fonction platonicienne du Guide de la Révolution.

Publicités

Malgré la pression des Etats-Unis, le pétrolier iranien « Grace 1 » a quitté Gibraltar

Malgré la pression des Etats-Unis, le pétrolier iranien « Grace 1 » a quitté Gibraltar

Soupçonné de transporter du pétrole vers la Syrie en violation d’un embargo, le navire était immobilisé depuis un mois dans le territoire sous souveraineté britannique.

Le Monde avec AFP Publié hier à 16h07, mis à jour à 15h00

Temps deLecture 3 min.

Le « Grace 1 » a été arraisonné le 4 juillet par la police de Gibraltar et les forces spéciales britanniques.
Le « Grace 1 » a été arraisonné le 4 juillet par la police de Gibraltar et les forces spéciales britanniques. MARCOS MORENO / AP

L’événement avait précipité le Royaume-Uni dans la crise qui oppose Washington et Téhéran. L’immobilisation du Grace 1, pétrolier iranien croisant au large de Gibraltar, par les autorités britanniques début juillet, a pris fin jeudi 15 août malgré la pression des Etats-Unis. La Cour suprême de Gibraltar a en effet autorisé le navire à quitter le territoire britannique malgré la demande américaine de prolonger l’immobilisation du navire, soupçonné de vouloir livrer sa cargaison à la Syrie, frappée par un embargo européen.

Cette décision a fait suite à la prise par l’Iran d’un engagement écrit assurant que la cargaison du navire n’était pas destinée à un port syrien. « Nous avons privé le régime d’Assad en Syrie de plus de 140 millions de dollars de pétrole brut », s’est félicité le chef du gouvernement de Gibraltar, Fabian Picardo, dans un communiqué.

Téhéran a toutefois démenti vendredi avoir donné des garanties quant à la destination du navire. « La destination du pétrolier n’était pas la Syrie (…) et même si c’était le cas, cela n’est l’affaire de personne », a déclaré le porte-parole de la diplomatie iranienne, Abbas Moussavi, sur la chaîne de télévision d’Etat, Irib.

« Tentative de piraterie »

Initialement attendue dans la matinée, la décision prévue depuis des semaines avait dû être repoussée de plusieurs heures après l’annonce surprise par le ministère public de Gibraltar d’une demande des Etats-Unis de prolonger l’immobilisation du pétrolier, déposée dans la nuit.

« Le ministère américain de la justice a demandé la saisie du Grace 1en mettant en avant un certain nombre de motifs qui sont en train d’être examinés », avait précisé un porte-parole du gouvernement de Gibraltar. Le président de la Cour, le juge Anthony Dudley, a cependant déclaré qu’il n’avait pas été saisi par écrit d’une demande américaine de prolonger l’immobilisation du pétrolier.

La « tentative de piraterie » américaine a échoué, s’est réjoui de son côté et sur Twitter le ministre iranien des affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, fustigeant « le niveau de mépris qu’a l’administration Trump pour la loi ». Les Etats-Unis, a-t-il ajouté, avaient selon lui tenté d’abuser du système judiciaire et de voler les biens iraniens en haute mer. Rien n’empêche toutefois les Etats-Unis de reformuler leur demande d’entraide judiciaire, afin de bloquer le navire avant qu’il ne quitte les eaux territoriales de Gibraltar, dans les heures ou les jours qui viennent.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Entre Donald Trump et l’Iran, l’arme du pétrole

Washington menace l’équipage d’interdiction de visa

Une demande d’entraide judiciaire consiste généralement à demander à un tribunal tel que celui de Gibraltar d’appliquer une décision d’un tribunal étranger, dans ce cas, d’un tribunal américain. Entre-temps, le capitaine et les trois officiers du Grace 1, qui étaient en liberté sous caution, ont été formellement libérés, a annoncé un porte-parole du gouvernement de Gibraltar.

L’équipage du pétrolier iranien est désormais menacé d’interdiction de visa par Washington. « Les Etats-Unis affirment que le Grace 1 aidait le corps des Gardiens de la Révolution islamique en transportant du pétrole depuis l’Iran vers la Syrie », a déclaré le département d’Etat dans un communiqué. « Les membres d’équipage de bateaux aidant les Gardiens de la Révolution en transportant du pétrole depuis l’Iran pourraient ne plus pouvoir bénéficier de visas ou être admis sur le territoire américain ».

Le Grace 1 a été arraisonné le 4 juillet par la police de Gibraltar et les forces spéciales britanniques, provoquant une crise diplomatique entre Téhéran et Londres. Téhéran assure que le pétrolier naviguait dans les eaux internationales et accuse le Royaume-Uni d’acte de« piraterie », réclamant depuis le début que les Britanniques le laissent repartir. Le 19 juillet, l’Iran a pour sa part immobilisé dans le détroit d’Ormuz un pétrolier britannique, le Stena Impero,soupçonné de « non-respect du code maritime international ».Lire aussi  De Gibraltar à Ormuz, les incidents en mer avec l’Iran se multiplient

L’immobilisation du pétrolier et le regain de tensions diplomatiques qui en a découlé ont brouillé les efforts des Etats européens, qui tentent de sauver l’accord nucléaire avec l’Iran, dont les Etats-Unis se sont retirés l’an dernier, imposant de lourdes sanctions à la République islamique.

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/08/15/les-etats-unis-bloquent-la-liberation-du-petrolier-iranien-par-gibraltar_5499739_3210.html

La Chine prête à l’«option nucléaire» dans sa guerre commerciale avec les États-Unis

dollar et yuan

La Chine prête à l’«option nucléaire» dans sa guerre commerciale avec les États-Unis

© REUTERS / Thomas WhiteECONOMIE16:31 16.08.2019(mis à jour 18:16 16.08.2019)URL courte11490

Se rendant compte que les États-Unis ne visent pas à mettre fin à la guerre commerciale, la Chine a décidé de reprendre la coopération avec l’Iran sur trois projets. En cas de blocage, Pékin est prêt à recourir à l’«option nucléaire» pour nuire aux États-Unis.

La Chine a repris sa coopération avec l’Iran sur trois projets énergétiques clés malgré les sanctions américaines, annonce le site international sur l’énergie OilPrice.com en se référant à une source collaborant avec le ministère iranien du Pétrole.

Selon le portail, Pékin s’est également préparé à une possible confrontation avec les États-Unis sur ces questions.

«Si l’un des projets chinois en Iran se heurte de nouveau aux États-Unis, Pékin va recourir à l’option « nucléaire », consistant à vendre la totalité ou une partie importante de sa détention de bons du Trésor américain», est-il indiqué sur OilPrice.com.

US-Dollar

© SPUTNIK . NATALYA SELIVERSTOVATrump prépare-t-il un scénario radical pour faire chuter le dollar?La Chine était le plus gros détenteur étranger de bons du Trésor américains jusqu’en juin, date à laquelle elle a été dépassée par le Japon. Selon les données du département du Trésor américain, elle détenait 1,11 billion de dollars de dette américaine en juin.

La vente à grande échelle de ces bonsest susceptible de provoquer un krach du dollar, une énorme hausse des rendements obligataires, l’effondrement du marché immobilier et le chaos boursier, ont prévenu de hauts responsables des groupes de réflexion chinois. De nombreux analystes ont toutefois rejeté cette suggestion, affirmant qu’une telle démarche nuirait également à la Chine.

Trois projets clés

La phase 11 du champ gazier de South Pars a été gelée après que l’entreprise française Total a officiellement quitté l’Iran à la suite du rétablissement des sanctions américaines contre Téhéran. N’ignorant pas la position américaine, la Chine a accepté un compromis avec Washington en échange de la cessation des travaux. Ainsi, Pékin a reçu le droit de poursuivre ses opérations dans le nord d’Azadegan et d’exploiter les gisements de pétrole de Yadavaran.

La bourse de Hong Kong a fermé sa salle de marchés aux courtiers

© AFP 2019 PHILIPPE LOPEZL’économie mondiale survivra-t-elle au mois d’août?Face aux pressions commerciales américaines, les Chinois envisagent maintenant de reprendre les travaux sur la phase 11, indique OilPrice.com.

Les travaux dans le nord d’Azadegan sont justifiés par le fait que la China National Petroleum Corporation (CNPC) avait déjà dépensé des milliards de dollars pour développer une deuxième phase du champ de 460 km carrés. Les activités à Yadavaran s’expliquent par le contrat initial signé en 2007, bien avant le retrait américain de l’accord nucléaire en mai 2018.

Le troisième des principaux projets non terminés par la Chine en Iran est la construction d’un terminal pétrolier à Jask, qui se situera dans le golfe d’Oman. La capacité de stockage serait d’environ 20 millions de barils par jour. En outre, la construction d’un grand complexe pétrochimique est envisagée dans la même région

https://fr.sputniknews.com/economie/201908161041940071-la-chine-prete-a-loption-nucleaire-dans-sa-guerre-commerciale-avec-les-etats-unis/?utm_source=push&utm_medium=browser_notification&utm_campaign=sputnik_fr.

Le français en Iran entre tradition historique et élitisme

Société

Le français en Iran entre tradition historique et élitisme

Si la francophonie existe en Iran et ce depuis plusieurs siècles, on ne peut pas la comparer à celle de pays tels que l’Algérie. Mais dans certaines couches aisées de la société iranienne, tout comme dans les départements de linguistique de plusieurs universités, le français reste encore vivant et attractif. L’interaction entre le français et le persan, témoin de multiples emprunts, et l’admiration en Iran pour la culture française, sont autant d’éléments qui permettent d’évoquer une francophonie « à l’iranienne ».


Inalco

Comme le rappelle le professeur Ahmad Kamyabi Mask, de l’Université de Téhéran, spécialiste de l’œuvre d’Ionesco, l’entrée du français en Iran s’est faite via les premiers missionnaires franciscains et dominicains envoyés en Perse ilkhanide au 13ème siècle. Des missions sont établies à Sultaniya, Maragha, Tabriz et Tbilissi. Puis c’est au 15ème siècle, sous la dynastie des Safavides, que l’on trouve les premières traces d’une fascination mutuelle entre les deux civilisations, avec notamment l’envoi par Richelieu de deux moines franciscains à la cour du Chah Abbas, installée à Ispahan. L’un d’eux, Jacques Dutertre vivra cinquante-deux ans au sein de la cour et y sera même inhumé. Ces moines joueront les rôles de traducteurs et de négociateurs, très importants à cette période. Antoine Isaac Silvestre de Sacy (1758-1838) et Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron (1731-1805) sont les premiers orientalistes à étudier le persan et à en traduire les textes fondateurs en français. Mais c’est aux Qâdjârs qu’il faut remonter pour trouver l’origine des relations culturelles franco-iraniennes, à une époque où le voyage des étudiants iraniens en France a joué un rôle primordial dans l’influence subie par le persan. Nasseredin Shah (1831-1896) parlait un français « impeccable », selon les fonction- naires français en poste en Iran.
Des écoles françaises sont créées dès 1860 (Saint-Louis, à Téhéran), puis d’autres voient le jour au début du 20ème siècle, telles Jeanne d’Arc, à Téhéran, ou encore le lycée Razi, qui ouvre dans la capitale après le passage du Général De Gaulle, sans omettre le rôle des instituts français répartis sur le territoire, qui dispensent des cours de français.
Cet intérêt pour le français en Iran, en dehors des effets de mode du 18ème siècle, vient de la présence de consonances dans les deux langues, qui facilitent la prononciation des mots français en langue persane. Le voyage des mots entre la Perse et la France, de par son intensité, n’a certainement que peu d’équivalent. Les mots persans empruntés au français concernent tous les domaines, scientifique, politique, journalistique, littéraire, etc. À titre d’exemples, citons Bomb’e pelâstiki, kârt’e vizit, kârt postâl, rob do châmr, orkestr samfonik, mikrob, vaksin, karton, diplomasi, etc.
DE MULTIPLES TERRAINS D’INTERACTION
Si le français en tant que langue n’est pas la première langue étrangère, son influence a modelé la société intellectuelle iranienne. Au 19ème, puis au 20ème siècle, parmi les fondateurs de la culture et civilisation persanes modernes, nombreux sont ceux qui ont effectué leurs études supérieures en Suisse et/ou en France. L’admiration qui demeure en Iran pour la culture et les arts de l’Hexagone favorise l’intérêt pour la langue française. Une grande majorité d’artistes la maîtrise parfaitement, ce qui reste peut-être plus vrai pour ceux qui ont plus de 44 ans. La traduction en persan de bon nombre d’ouvrages littéraires français familiarise notamment les enseignants avec la culture française. Récemment, une collection dédiée au théâtre français contemporain a vu le jour avec près de 40 titres, grâce à l’opiniâtreté de Tinouche Nazmjou. Ahmad Kamyabi Mask a pour sa part traduit en persan toute l’œuvre d’Eugène Ionesco. En 1851, à la fondation de l’École Polytechnique (Dâr-ol-Fonoun Amir-Kabir) à Téhéran, l’essentiel de l’enseignement scientifique se faisait en français par des enseignants français. Des bourses impériales étaient attribuées à des étudiants qui partaient étudier la médecine en France, tradition qui sera reprise par le Professeur Gousheh, jusqu’au blocage des visas étudiants en 2011. Enfin, pendant une longue période, le français fut enseigné comme langue principale dans les écoles et les collèges iraniens.
QUEL AVENIR POUR LE FRANÇAIS EN IRAN AUJOURD’HUI ?
En 1979, la fermeture des écoles françaises, la plupart religieuses, marque une récession de la langue française. Cependant, on assiste à un véritable renouveau dans les années 1990-2010. 20 établissements privés ou publics enseignent le français jusqu’au niveau du doctorat, sous l’angle de la linguistique, de la didactique et de la littérature comparée. On retrouve la langue dans les établissements secondaires de Téhéran et de plusieurs grandes villes de province. Aujourd’hui, le français reste la langue partagée par les élites mais un certain engouement naît peu à peu chez les étudiants des classes moyennes, qui voient dans son apprentissage une chance pour l’émigration vers le Canada ou une manière de marquer sa différence avec la majorité, qui reste anglophone à l’université. D’ailleurs, la floraison des instituts privés proposant des cours de français dans tout le pays en atteste.
Les professeurs Gashmardi et Salimikouchi affirment que « si le français a des usages de plus en plus limités, il n’est pas en déclin. Le bilinguisme persan-français donne la possibilité aux locuteurs universitaires de recourir, en fonction de la situation de communication académique et interculturelle, à deux langues différentes pour enrichir leurs acquisitions et leurs productions. Dans des domaines tels que le droit, la philosophie ou la sociologie, un consensus sous-jacent accrédite une francophonie culturelle qui s’impose. »
La présence médiatique francophone reste timide mais elle tend à se développer. La Revue de Téhéran, magazine mensuel traitant des sujets de culture générale, et la Revue des Presses Universitaires de Téhéran en sont des exemples. L’Institut Français de Recherche en Iran (IFRI) supervise et accompagne quant à lui les recherches universitaires sur de très nombreux domaines, tant des sciences humaines, de l’archéologie, que de l’histoire des sciences et des techniques. Radio et TV Sahar, et tout récemment Press TV, filiales de la télévision d’État IRIB, émettent des programmes en français.
Et les professeurs Gashmardi et Salimikouchi de conclure : « L’importance de la diversité linguistique et culturelle face aux défis de la mondialisation est parmi les vraies questions ouvertes. L’élite iranienne croit que la France contemporaine en particulier et le monde francophone en général ne semblent pas souffrir d’un déficit d’idées. Pour l’élite iranienne, cet alliage, qui fait de la langue et de la pensée francophone un équivalent de sens, d’esprit de valorisation, de dignité, de créativité et de partage, est un appel au respect d’autrui et à une manière d’être au monde. Grace à cette élite francophone, qui a joué un rôle important dans la vie socioculturelle du pays et qui a conservé l’usage de cette langue, la francophonie culturelle est aujourd’hui encore considérée comme un instrument privilégié de formation intellectuelle, d’échanges, d’accès à l’information et à la connaissance. Le souvenir toujours vivace de grands intellectuels, traducteurs, écrivains et poètes francophones iraniens, entretient l’image positive du français comme langue de la pensée et de la culture. Cette image constitue une base solide pour relancer la pratique du français. »
Des actes politiques viennent en outre stimuler cette relance. Ainsi, en septembre 2015, l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) signait une convention de coopération avec l’Université Allameh Tabataba’i de Téhéran, la plus grande université de lettres et sciences humaines d’Iran, avec 17 000 étudiants. En décembre 2015 se tenait à l’université Shahid Beheshti, et à l’initiative de l’Ambassade de France en Iran, le premier Forum international sur l’enseignement du français en Iran.
Toutefois, comme le rappellent les professeurs Gashmardi et Salimikouchi, « si le statut particulier du français en Iran n’est pas nettement défini, la question de la francophonie est une question qui touche encore l’esprit des universitaires et des élites iraniens. Bien que cette élite ne tienne pas majoritairement à choisir le français pour écrire ou parler, cette langue n’est pas aussi étrangère que d’autres car elle jouit d’un statut particulier ». Mais la francophonie en Iran, bien que privilégiée, parviendra-t-elle à sortir de cette situation incertaine ?

Par Rédaction ParisTeheran le 16 octobre 2017

http://paristeheranmag.com/francais-iran-entre-tradition-historique-elitisme/

L’économie mondiale survivra-t-elle au mois d’août?

La bourse de Hong Kong a fermé sa salle de marchés aux courtiers

L’économie mondiale survivra-t-elle au mois d’août?

© AFP 2019 Philippe LopezECONOMIE18:12 12.08.2019(mis à jour 18:25 12.08.2019)URL courteFabien Buzzanca 0 81

Les marchés boursiers ont vécu un début de mois d’août chaotique et les risques se multiplient pour l’économie mondiale. Entre tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, marché pétrolier au bord de la crise et marges de manœuvre réduites du côté des banques centrales, l’heure est à l’inquiétude. Sputnik fait le point.

«Ce serait une erreur d’exclure la possibilité d’un choc comparable à celui qui a suivi l’effondrement de Lehman Brothers.»

Masanari Takada de la banque japonaise Nomura a, comme le rapportent nos confrères du Parisien, exprimé son inquiétude concernant un mois d’août à haut risque sur le terrain économique. Il faut dire que les marchés financiers mondiaux, dopés par une abondance de liquidité ces dernières années, font du yoyo depuis le début du mois d’août. Comme le souligne au Parisien Alexandre Baradez, responsable des analyses marché du courtier IG France, «les indices actions européennes ont effacé deux mois de hausse en quelques jours seulement». La journée du 5 août a été particulièrement rude pour les opérateurs de marché. 500 des hommes d’affaires les plus riches de la planète avaient perdu jusqu’à 117 milliards de dollars (104,5 milliards d’euros) en une seule journée. Signe d’une conjoncture qui se dégrade, le 7 août, l’once d’or a passé le seuil des 1.500 dollars pour la première fois depuis avril 2013, mais que se passe-t-il sur la planète éco?

​L’inquiétude principale concerne la guerre commerciale entre Pékin et Washington. Alors que les négociations semblaient avancer, Donald Trump a considéré que la Chine ne tenait pas ses promesses et a décidé de lancer une nouvelle salve de tarifs douaniers sur 300 milliards de dollars d’importations de produits chinois à partir du 1er septembre. Sans surprise, Pékin a réagi. L’empire du Milieu a laissé se déprécier sa monnaie jusqu’à atteindre le seuil de 7 yuans pour un dollar, un niveau record en dix ans. Et les choses ne semblent pas sur le point de s’arranger. Le 9 août, le Président américain a rappelé que les États-Unis n’étaient «pas prêts» à signer un accord avec Pékin. Une annonce qui avait d’ailleurs fait tanguer momentanément les marchés mondiaux, signe de la tension ambiante.

«Le mois d’août est donc clairement un mois à risque pour les marchés: les prochaines réunions de la Fed et de la BCE n’auront lieu qu’en septembre, de même pour les prochaines phases de négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine…» a expliqué au Parisien Alexandre Baradez.

Le marché du pétrole est quant à lui au bord de la crise et ne sait plus où donner de la tête entre facteurs haussiers et baissiers. Là encore, les tensions commerciales entre les deux plus grandes économies de la planète jouent un grand rôle. «Les chances d’un accord politique entre la Chine et les États-Unis se sont réduites, ce qui pourrait avoir comme conséquences une plus faible activité commerciale et une plus faible croissance de la demande», expliquait le 9 août l’Agence internationale de l’énergie (AIE). De plus, les États-Unis produisent toujours plus d’or noir ce qui a pour effet d’augmenter l’offre.

yuan

© REUTERS / NICKY LOHLe ralentissement économique en Chine fait craindre une nouvelle crise mondiale

D’un autre côté, la situation dans le détroit d’Ormuz représente un risque qui pourrait faire monter les prix. Durant les dernières semaines, pas moins d’une dizaine de tankers ont fait l’objet de divers incidents. Les tensions entre Washington et Téhéran ont failli dégénérer en conflit armé avec l’abattage d’un drone dans chaque camp. Situé entre l’Iran et le Sultanat d’Oman, le détroit d’Ormuz est une zone clé du transport de pétrole qui voit transiter environ 20 % de l’or noir mondial ainsi que 30 % du GNL, le gaz naturel liquéfié. Francis Perrin, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), a préféré relativiser la situation chez nos confrères du Monde: «Les choses sont en partie sous contrôle: aucun navire n’a coulé, aucun marin n’a été tué ou blessé».

​Ce lundi 12 août, le baril de brent s’échangeait autour des 58 dollars. C’est bien en dessous du prix espéré par les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et la Russie qui, en juillet dernier, ont pris la décision de continuer dans la voie des réductions de production afin de soutenir les prix.

Autre point d’inquiétude pour de nombreux experts: les marges de manœuvre limitées des banques centrales.

«En 2008, l’action coordonnée des principales banques centrales, ainsi que les politiques de relance budgétaire dans de nombreux pays (plan de relance en Chine notamment) avaient permis de redresser rapidement l’économie mondiale et soutenir un système financier au bord de l’asphyxie. Actuellement, la donne a changé: les taux d’intérêt sont proches de 0 dans les économies développées, l’endettement public est reparti en forte hausse de par le monde, ce qui limite de facto les possibilités de relance économique par des mesures classiques», analyse Bertrand Schumacher (ING) dans un article publié sur Paperjam.

Reste que malgré ces nuages noirs qui planent au-dessus de l’économie mondiale, plusieurs spécialistes jugent qu’il ne faut pas céder à la panique. C’est notamment le cas de Jean-Jacques Friedman, directeur des investissements de la banque Française NWM, qui a assuré au Parisien que la tempête financière ne sévirait pas au mois d’août:

«La faiblesse des taux d’intérêt nous protège et Trump doit s’éviter une récession pour être réélu l’année prochaine».

https://fr.sputniknews.com/economie/201908121041917618-leconomie-mondiale-survivra-t-elle-au-mois-daout/?utm_source=push&utm_medium=browser_notification&utm_campaign=sputnik_fr

La relation diplomatique entre l’Iran et le Brésil

La relation diplomatique entre l’Iran et le Brésil

Quentin CREURER 12 août 2019 Afrique et Moyen-OrientAmériqueAmérique du SudIranProche et Moyen-OrientSituations décryptées Leave a comment

L’élection de Jair Bolsonaro en octobre 2018 a réchauffé les relations entre le Brésil et Israël. En revanche, l’attitude bienveillante du président brésilien envers Israël affecte la relation bilatérale avec l’Iran. En effet, les précédents gouvernements avaient réussi à tisser des liens étroits avec la République Islamique d’Iran. Dès lors, il est intéressant de s’interroger sur le devenir de la relation entre le Brésil et l’Iran sous la présidence Bolsonaro.

Les convergences diplomatiques du Brésil et de l’Iran sous la présidence Lula

Le Président du Brésil, Lula, sert la main au Président Iranien, en 2010, à Téhéran.
Les présidents Lula et Ahmadinejad à Téhéran en 2010

Dans les années 1990, le Brésil échangeait principalement avec l’Iran des denrées alimentaires en faible volume. Puis, en 2003, la coopération a été accentuée par la cession de champs pétroliers iraniens à l’entreprise brésilienne Petrobras. Cette intensification des relations s’explique par la nouvelle diplomatie mise en place par Lula lors de son mandat. Cette stratégie diplomatique se voulait multipolaire afin d’éviter les rapports de force bilatéraux à son désavantage. En somme, l’ancien président prônait une ouverture vers les pays émergents afin de contourner l’influence américaine.

L’affirmation de l’émancipation des instances internationales s’est perçue dans la convergence diplomatique entre l’Iran et le Brésil. De son côté, l’Iran tentait d’étoffer son éventail diplomatique en acquérant le maximum de soutien quand Brésil apparaissait comme un allié de poids sur le continent américain. A ce titre, le Brésil a soutenu l’Iran quant aux questions liées au nucléaire. Le président Lula a plusieurs fois maintenu sa position en affirmant que les Iraniens avaient le droit de développer un nucléaire pacifique. A l’inverse, il fut très critique envers l’État d’Israël qui n’a pas signé le Traité de Non Prolifération, à l’inverse de l’Iran.

Par ailleurs, les relations économiques entre l’Iran et le Brésil se sont intensifiées grâce au commerce de la viande hallal. Néanmoins, le commerce bilatéral se résument à des échanges de produits alimentaires qui doivent contourner les sanctions économiques. C’est pourquoi l’Iran n’apparaît pas comme un partenaire économique vital du Brésil. En revanche, en novembre 2018, et malgré l’élection de Jair Bolsonaro, une délégation parlementaire brésilienne s’est rendue en Iran. Les délégués brésiliens cherchaient à resserrer les liens économiques et trouver une solution à la crise nucléaire. En résumé, on voit que la relation entre le Brésil et l’Iran s’est tissée grâce à une vision commune de l’indépendance diplomatique. La recherche d’alliés en dehors de la sphère américaine participe également à cette convergence d’intérêt.

Le rapprochement du Brésil de Bolsonaro avec Israël

L’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro à la tête du Brésil confirme le changement politique en Amérique Latine. En effet, Bolsonaro incarne le retour de la droite sud-américaine. Il faut noter le soutien des évangélistes dans son élection pour comprendre son positionnement vis-à-vis d’Israël. Les fidèles évangélistes pensent que le retour des Juifs en terre d’Israël est nécessaire pour que le Messie revienne. Dès lors, il sera possible d’établir le Royaume de Dieu à Jérusalem pendant mille ans sur terre. Converti à l’évangélisme, le président auriverde a soutenu la délocalisation de l’ambassade brésilienne à Jérusalem, bien qu’ineffective à ce jour.

De manière symbolique et inédite, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est rendu à l’investiture présidentielle de Jair Bolsonaro. De plus, la diplomatie du Brésil dans les instances internationales a changé. Bolsonaro a affiché son soutien aux initiatives israélites en territoires palestiniens en critiquant le point 7 du Conseil des Droits de l’Homme.

Ce rapprochement du Brésil avec Israël entraîne, de facto, une distension des relations avec l’Iran. Au-delà de ce rapprochement, le clan Bolsonaro est très virulent envers la République Islamique d’Iran. En effet, Jair Bolsonaro a affirmé que les dirigeants iraniens n’avaient aucun égard pour la liberté. Récemment, le député Eduardo Bolsonaro, fils du président, a qualifié l’Iran de problème pour la région du Moyen-Orient. En outre, cette rupture entre le Brésil et l’Iran s’accentue à la vue des nouvelles affinités entre Jair Bolsonaro et Mohamed Ben Salman (MBS). Le développement de liens économiques avec l’Arabie Saoudite viendrait un peu plus court-circuiter les échanges Brésil-Iran.

Le rejet de la politique extérieur de Bolsonaro

In fine, Bolsonaro, maladroitement comparé à Trump par certains, n’en cultive pas moins la même défiance envers l’Iran. Les faibles liens qui existent entre l’Iran et le Brésil ne freineront pas cet éloignement. La diplomatie brésilienne portée par Bolsonaro s’affiche clairement aux côtés d’Israël et des Etats-Unis. Cependant, le président brésilien n’a aucune expérience internationale. Ces balbutiements peuvent porter atteinte à sa politique extérieure si tâtonnante soit-elle. De plus, Bolsonaro s’isole du reste de sa classe diplomatique qui se désole de la tournure pris par la politique extérieure. Il serait alors opportun de s’intéresser à la Chine première partenaire économique du Brésil, également une alliée de l’Iran.Share

  • Share
  • Enregistrer

About Quentin CREURER

Etudiant en sciences politiques dans le cadre d’un master dédié à l’Amérique Latine à l’Université Complutense de Madrid. Auparavant, j’ai étudié au Canada et à Lyon où j’ai obtenu une licence en Développement du Territoire Rural.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/situations-decryptees/41375-relation-diplomatique-iran-bresil

Une attaque contre l’Iran serait une attaque contre la Russie Par Pepe Escobar

Une attaque contre l’Iran 
serait une attaque contre la Russie 
Par Pepe Escobar

samedi 10 août 2019, par Comité Valmy

Une attaque contre l’Iran
serait une attaque contre la Russie

Moscou propose une vision diamétralement opposée aux sanctions, menaces et guerres économiques occidentales, qui la rapproche de Téhéran.

La Russie enchaîne méticuleusement des coups sur l’échiquier eurasien qui doivent être observés conjointement, car Moscou propose au Sud global une approche diamétralement opposée aux sanctions, aux menaces et à la guerre économique occidentales. En voici trois exemples récents.

Il y a dix jours, par le biais d’un document officiellement approuvé par les Nations unies, le ministère russe des Affaires étrangères a proposé un nouveau concept de sécurité collective pour le golfe Persique.

Moscou souligne que « le travail pratique sur le lancement du processus de création d’un système de sécurité dans le Golfe persique » devrait commencer par « des consultations bilatérales et multilatérales entre les parties intéressées, y compris les pays de la région et d’ailleurs », avec en outre des organisations comme le Conseil de sécurité des Nations Unies, la Ligue arabe, l’Organisation pour la coopération islamique et le Conseil de coopération du Golfe.

La prochaine étape devrait être une conférence internationale sur la sécurité et la coopération dans le golfe Persique, suivie de la création d’une organisation spécialisée – ce qui ne ressemblera certainement pas à l’incompétente Ligue arabe.

L’initiative russe doit être interprétée comme une sorte de pendant et surtout de complément de l’Organisation de coopération de Shanghai, qui s’épanouit enfin en tant qu’organe sécuritaire, économique et politique. La conclusion inévitable est que les principaux membres de l’ Organisation de coopération de Shanghai – la Russie, la Chine, l’Inde, le Pakistan et, dans un avenir proche, l’Iran et la Turquie – auront une influence majeure sur la stabilité régionale.

Cela ne va pas amuser le Pentagone.

Exercices conjoints à gogo

Lorsque le commandant de la marine iranienne, Hossein Khanzadi, s’est récemment rendu à Saint-Pétersbourg pour y célébrer la Journée de la marine russe, l’état-major général des forces armées iraniennes et le ministère russe de la Défense ont signé un protocole d’accord sans précédent.

Khanzadi a tenu à souligner que le mémorandum « peut être considéré comme un tournant dans les relations entre Téhéran et Moscou au long de la trajectoire de la défense ».

Il en résulte directement que Moscou et Téhéran, avant mars 2020, organiseront un exercice naval conjoint dans – rien de moins – le détroit d’Ormuz. Comme Khanzadi l’a dit à l’agence de presse IRNA : « L’exercice peut avoir lieu dans la partie nord de l’océan Indien (vers le golfe d’Oman), le détroit d’Ormuz et aussi le golfe Persique. »

La marine américaine, qui prévoit une « coalition internationale » pour assurer la « liberté de navigation » dans le détroit d’Ormuz – ce que l’Iran a toujours garanti historiquement – ne va pas être amusée. La Grande-Bretagne non plus, qui fait pression en faveur d’une coalition dirigée par l’Europe alors même que le Brexit se profile à l’horizon.

Khanzadi a également noté que Téhéran et Moscou sont profondément impliqués dans le renforcement de leur coopération en matière de défense dans la mer Caspienne. Des exercices conjoints ont déjà eu lieu dans la mer Caspienne dans le passé, mais jamais dans le golfe Persique.

Tous ensemble à l’exercice

Le District militaire oriental* de la Russie prendra part à l’exercice antiterroriste de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) en Thaïlande et en Chine, au début du mois prochain. Selon le District militaire oriental, l’entraînement s’inscrit dans le cadre des « préparatifs d’une phase pratique d’exercice antiterroriste de l’ASEAN en Chine ». Cela signifie, entre autres, que les troupes russes utiliseront du matériel militaire chinois.

Les exercices comprennent des groupes tactiques interarmées qui tenteront de libérer des otages de l’intérieur de bâtiments officiels, de la recherche et de l’élimination d’explosifs, ainsi que des activités intérieures et extérieures de reconnaissance d’armes chimiques, biologiques et de radiations.

Cela doit être interprété comme une interaction directe entre les pratiques de l’Organisation de coopération de Shanghai et celles de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), en complément de l’intensification des échanges commerciaux entre l’Union économique eurasiatique et l’ASEAN.

Ces trois développements illustrent la façon dont la Russie est impliquée dans un large spectre allant de la mer Caspienne et du golfe Persique jusqu’à l’Asie du Sud-Est.

Mais l’élément clé reste l’alliance russo-iranienne, qui doit être interprétée comme un noyau du projet d’intégration massive de l’Eurasie au XXIe siècle.

Ce que le secrétaire du Conseil national de sécurité russe, Nikolai Patrushev, a déclaré lors de la récente réunion trilatérale historique avec John Bolton, conseiller de la Maison-Blanche pour la sécurité nationale, et Meir Ben-Shabbat, conseiller du Conseil national de sécurité israélien à Jérusalem, devrait être clair :

« L’Iran a toujours été et demeure notre allié et partenaire, avec lequel nous développons constamment des relations tant sur une base bilatérale qu’au sein de structures multilatérales. »

Il s’agit de mettre un terme aux spéculations sans fondement selon lesquelles Moscou « trahit » Téhéran sur de multiples fronts, depuis la guerre économique générale déclenchée par l’administration Donald Trump jusqu’à la résolution de la tragédie syrienne.

Rendez-vous à Noursoultan

Et cela nous amène à la poursuite du processus d’Astana sur la Syrie. Moscou, Téhéran et Ankara tiendront une nouvelle réunion trilatérale à Noursoultan, la capitale kazakhe, peut-être à la date extrêmement significative du 11 septembre, selon des sources diplomatiques.

Ce qui est vraiment important dans cette nouvelle phase du processus d’Astana, cependant, c’est la création du Comité constitutionnel syrien. Cela avait déjà été convenu en janvier 2018 à Sotchi : une commission – comprenant des représentants du gouvernement, de l’opposition et de la société civile – capable d’élaborer la nouvelle constitution syrienne, chaque groupe détenant un tiers des sièges.

La seule solution viable possible à la tragédie qu’est la sale guerre par procuration contre la Syrie sera trouvée par la Russie, l’Iran et la Turquie. Cela inclut l’alliance russo-iranienne. Et elle inclut et élargit la vision russe de la sécurité dans le golfe Persique, tout en faisant allusion à une OCS élargie en Asie du Sud-Ouest, agissant en tant que mécanisme pan-asiatique de rétablissement de la paix et sérieux contre-pouvoir à l’OTAN.

Pepe Escobar 
8 août 2019

Traduction Entelekheia Photo : Vedettes rapides du Corps des gardiens de la révolution islamique/PressTV

*Note de la traduction : La Russie est subdivisée en 5 districts ou régions militaires. Le siège du District oriental, qui couvre 12 sujets de la fédération de Russie (les « sujets » sont des entités : républiques, territoires, régions, villes d’importance fédérale, régions autonomes et districts autonomes) est situé à Khabarovsk, à 30 kilomètres de la frontière chinoise.

Source : 
Attack on Iran would be an attack on Russia

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11478

Non, il n’y aura pas de base russe en Iran

Non, il n’y aura pas de base russe en Iran


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama – Le 8 août 2019

Un rapport quelque peu bizarre publié sur Oilprice.com affirme que la Russie va stationner des troupes, des navires et des avions de combat en Iran. L’article intitulé La Russie s’impose dans le golfe Persique, a été repris par Yahoo.com et Zerohedgealors qu’il est évident qu’il est farfelu.

Dans une escalade potentiellement catastrophique des tensions dans le golfe Persique, la Russie prévoit d'utiliser les ports iraniens de Bandar-e-Bushehr et de Chabahar comme bases militaires avancées pour des navires de guerre et des sous-marins nucléaires, gardés par des centaines de troupes des forces spéciales - Spetsnaz - se faisant passer pour des "conseillers militaires", et une base aérienne près de Bandar-e-Bushehr où seraient basés 35 avions de combat Sukhoi Su-57, selon des renseignements donnés par des sources importantes proches du régime iranien, en exclusivité à OilPrice.com. La prochaine série d'exercices militaires conjoints dans l'océan Indien et le détroit d'Ormuz marquera le début de cette expansion militaire in situ en Iran, puisque les navires russes concernés seront autorisés par l'Iran à utiliser les installations de Bandar-e-Bushehr et Chabahar. En fonction de la force des réactions nationales et internationales, ces navires et Spetsnaz resteront en place et seront augmentés en nombre au cours des 50 prochaines années.

Par où commencer ?

1. Le golfe Persique est un lac dont la profondeur moyenne est inférieure à 50 mètres. C’est un endroit où l’on peut utiliser de petits sous-marins très maniables. Mais personne n’y fera naviguer de sous-marins nucléaires.

2. Les avions de combat Sukhoi Su-57 n’ont pas encore été construits en série. Ceux qui volent actuellement sont des avions d’essai qui n’ont toujours pas les nouveaux moteurs nécessaires. La Russie a récemment commandé le premier lot de Su-57, mais les premières livraisons n’auront lieu qu’en 2022-24. 35 de ces avions pourraient être disponibles dans une dizaine d’années. Quand ils le seront, ils protégeront la mère Patrie russe de l’OTAN et non quelques puits de pétrole iraniens.

3. Les Spetsnaz sont des forces spéciales formées à grands frais. Elles ne servent pas à garder des bases.

4. La constitution iranienne (pdf) n’autorise pas le stationnement de troupes étrangères. L’article 146 est assez clair à ce sujet :

L'installation de tout type de base militaire étrangère en Iran, même à des fins pacifiques, est interdite.

En août 2016, les militaires russes et iraniens ont convenu d’établir une base logistique à Hamedan, en Iran, pour les bombardiers Su-22M3 utilisés au-dessus de la Syrie. Quelques jours après que le déploiement a été rendu public, l’accord a été rejeté:

Le 22 août, Téhéran a mis fin à la coopération militaire et interdit aux Russes d'utiliser ses bases. L'une des raisons de cette tournure surprenante des événements est la lutte politique domestique en Iran, où le ministre de la Défense, le général de brigade Hossein Dehghan, a été accusé de "manque de respect envers le Parlement" et de violation de la constitution du pays.

5. La « prochaine série d’exercices militaires conjoints » entre l’Iran et la Russie dans l’océan Indien et le détroit d’Ormuz sera la toute première. Il a fallu une entente spéciale. C’est pour cela qu’elle fait les manchettes :

MOSCOU, 5 août. /TASS/. Téhéran prévoit de tenir des exercices navals conjoints avec la Russie cette année et les préparatifs pour les manœuvres commenceront bientôt, a déclaré lundi le contre-amiral Hossein Khanzadi, commandant de la marine iranienne.

"Tout à l’heure, nous avons signé un accord [sur des exercices conjoints] avec les forces armées russes et le commandement de la flotte russe. Bientôt, les préparatifs et la planification des manœuvres vont commencer et celles-ci se dérouleront cette année", a déclaré Khanzadi, cité par l'agence de presse Fars. ...
Fin juillet, le commandant de la marine iranienne s'est rendu en Russie. Il a déclaré à l'agence de presse IRNA que des exercices russo-iraniens pourraient bientôt avoir lieu dans le nord de l'océan Indien, y compris dans le détroit d'Ormuz.

Un « expert des relations Iran-Russie » a fait remarquer :

Ariane Tabatabai @ArianeTabatabai - 21:34 UTC - 5 août 2019

Les médias iraniens rapportent que l'Iran et la Russie ont signé un accord de coopération militaire.

Les détails de l'accord ne sont pas publics, mais c'est la première fois qu'un tel accord est conclu entre les deux pays.

Dire que c’est la « première fois qu’un tel accord » est signé, c’est ignorer l’accord de coopération militaire conjoint entre la Russie et l’Iran signé en janvier 2015 ainsi que celui conclu en août 2017. Le nouvel accord n’est que le premier en ce qu’il envisage des exercices conjoints.

Il semble que les « experts » travaillant pour des think tanks occidentaux et d’obscurs journalistes ayant de mystérieuses « sources proches du régime iranien » ne sont pas les mieux informés lorsqu’il s’agit de l’Iran.

Chacun des cinq points ci-dessus démontre que le rapport est absurde et que son auteur n’est pas très familier avec les questions militaires et stratégiques. Il n’est donc pas étonnant que le reste de l’article sur le prix du pétrole soit d’aussi piètre qualité que son premier paragraphe. Des sources mystérieuses donnant de fausses informations sur l’Iran, une méconnaissance des faits, et des interprétations spéculatives ne font pas une histoire fiable.

L’Iran et la Russie ont parfois eu des relations difficiles. En 2010, le président Medvedev a signé les sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU contre l’Iran. Les relations se sont refroidies après ça. L’intense coopération militaire entre les deux pays pendant la guerre contre la Syrie les a ravivées. Mais les relations ne sont certainement pas assez profondes pour permettre la présence d’une base russe en Iran.

L’Iran a besoin d’armes et la Russie cherche à en vendre. C’est à peu près tout. Il peut y avoir des manœuvres communes, mais elles sont symboliques et ne constituent pas une alliance. L’Iran est très fier de son indépendance et son parlement n’en accepterait pas une. De plus, la Russie n’est pas intéressée à trop s’étendre militairement. Seule une attaque américaine contre l’Iran pourrait changer la donne.

Il est facile d’envisager correctement les choses. Il suffit de se poser la question : une base russe dans le golfe Persique ? Pour quoi faire ?

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/non-il-ny-aura-pas-de-base-russe-en-iran

Détroit d’Ormuz: pourquoi Israël a-t-il décidé de participer à une «mission de sécurité maritime»?

Détroit d'Ormuz (image d'illustration)

Détroit d’Ormuz: pourquoi Israël a-t-il décidé de participer à une «mission de sécurité maritime»?

© REUTERS / Royal Navy/HandoutINTERNATIONAL20:25 08.08.2019(mis à jour 11:12 09.08.2019)URL courte211165

Israël prendra part à la coalition que Washington cherche à mettre sur pied dans le Golfe pour protéger les navires marchands empruntant le détroit d’Ormuz, a annoncé Yisrael Katz, chef de la diplomatie israélienne. Un politologue iranien a parlé au micro de Sputnik de l’éventuelle raison de la participation de l’État hébreu à une telle mission.

Après le Royaume-Uni, Israël a fait état de sa participation à une «mission de sécurité maritime» que Washington peine à mettre en place dans le Golfe pour protéger les navires marchands empruntant le détroit d’Ormuz. L’enseignant à l’Université de Téhéran Seyed Hadi Borhani, spécialiste des pays du Proche-Orient, a fait part à Sputnik de ses idées quant aux motivations qui pouvaient animer l’État hébreu.

Les intérêts israéliens dans le Golfe?

«Israël n’a pas d’intérêts énergétiques ou autres dans cette région. Aussi, n’a-t-il rien à y protéger. De toute évidence, l’État hébreu a d’autres objectifs. À mon avis, il cherche tout simplement à attiser un conflit, voire une guerre entre certains pays du Golfe, notamment entre l’Iran et l’Arabie saoudite», suppose l’interlocuteur de l’agence.

Jérusalem

CC BY-SA 2.0 / ALISTAIR / ISRAEL 2009Israël sera détruit en une demi-heure si les USA attaquent l’Iran, selon un parlementaire iranienInterrogé sur la perception par Téhéran de cette démarche de Tel Aviv, l’expert met en garde contre une réaction négative de l’Iran:

«Je pense que le gouvernement iranien va l’interpréter comme une sérieuse menace. Pour l’Iran, Israël est l’ennemi principal,et s’il s’approche de la frontière iranienne ou menace les intérêts de l’Iran, la réaction du gouvernement iranien sera immédiate. Elle sera dure, et une forte pression sera exercée sur Israël. Au bout du compte, les autorités iraniennes définiront leur ligne politique à l’égard de l’État hébreu et feront tout leur possible pour l’empêcher de pénétrer dans la région».

La tension ne cesse de monter dans le golfe Persique depuis le retrait américain de l’accord nucléaire iranien, suivi du rétablissement de lourdes sanctions américaines à l’encontre de l’Iran. Ces crispations se sont intensifiées ces dernières semaines, notamment en raison des incidents impliquant des pétroliers dans le Golfe.

https://fr.sputniknews.com/international/201908081041900825-detroit-dormuz-pourquoi-israel-a-t-il-decide-de-participer-a-une-mission-de-securite-maritime/?utm_source=push&utm_medium=browser_notification&utm_campaign=sputnik_fr

L’Iran a saisi un navire étranger, le troisième en moins d’un mois

Moyen-Orient

L’Iran a saisi un navire étranger, le troisième en moins d’un mois

Par Challenges.fr le 05.08.2019 à 08h54

Dimanche, l’Iran a annoncé l’arraisonnement d’un nouveau navire pétrolier dans le Golfe. Il s’agit de la troisième saisie en moins d’un mois par Téhéran, alors que Donald Trump continue d’accuser le régime de déstabiliser la région.

L'Iran a saisi un navire étranger, le troisième en moins d'un mois

Des Gardiens de la Révolution iraniens patrouillent autour du pétrolier Stena Impero, battant pavillon britannique et saisi par l’Iran, ancré au large du port de Bandar Abbas dans le sud de l’Iran, le 21 juillet 2019MIZAN NEWS AGENCY/AFP/ARCHIVES – HASAN SHIRVANI

L’Iran a annoncé dimanche la saisie d’un pétrolier étranger dans le Golfe, le troisième bateau arraisonné par la République islamique en moins d’un mois dans cette région stratégique au coeur des tensions entre Téhéran et Washington. EN SAVOIR PLUS

Robes Basique Bloc de couleur/Charte des couleurs …35,85 $

Achetez maintenant!FLORYDAY.COMPROPOSÉ PAR FLORYDAY.COM

Les forces navales des Gardiens de la Révolution ont arraisonné le navire-citerne dont la nationalité n’a pas été précisée dans l’immédiat, selon un communiqué de cette armée idéologique du régime diffusé par l’agence officielle Irna. Sept étrangers membres de l’équipage ont été arrêtés lors de l’opération survenue mercredi, a indiqué l’agence de presse Fars.

Le navire transportait « 700.000 litres de carburant de contrebande autour de l’île de Farsi », dans le nord du Golfe, et se dirigeait vers des pays arabes de la région, selon les Gardiens de la Révolution. Il a été transféré vers le port de Bouchehr (sud) et « sa cargaison de carburant de contrebande remise au autorités » en coordination avec la justice iranienne.

Il s’agit du troisième navire saisi par l’Iran depuis le 14 juillet dans le Golfe par où le tiers du pétrole acheminé par voie maritime transite selon l’Agence américaine d’information sur l’Energie. Le 14 juillet, l’Iran a intercepté un pétrolier battant pavillon panaméen, le MT Riah, accusé également de transporter du pétrole de contrebande. Le 19 juillet, il a arraisonné un pétrolier suédois battant pavillon britannique, le Stena Impero, soupçonné de « non-respect du code maritime international ».

L’arraisonnement du Stena Impero a eu lieu 15 jours après la saisie du tanker iranien Grace 1 par les autorités britanniques au large de Gibraltar. Le Grace 1 a été intercepté selon Londres car il violait les sanctions européennes en se dirigeant vers la Syrie en guerre avec du pétrole, ce que Téhéran dément.

Escorte de navires

La Grande-Bretagne a ensuite ordonné à la Royal Navy d’escorter les navires civils battant pavillon britannique dans le détroit d’Ormuz situé dans la région du Golfe. Une source gouvernementale britannique a indiqué à l’AFP qu’aucun navire battant pavillon britannique ne manquait à l’appel dimanche et que rien ne laissait à penser qu’un Britannique faisait partie de l’équipage du dernier navire arraisonné.

Ennemi juré de l’Iran, les Etats-Unis ont eux du mal à mettre sur pied une coalition internationale dans le Golfe pour protéger les navires marchands. L’idée était que chaque pays y escorte militairement ses navires avec le soutien de l’armée américaine qui assurerait la surveillance aérienne et le commandement des opérations.

Les Européens ont décliné l’offre, ne voulant pas s’associer à la politique de « pression maximale » sur l’Iran du président américain Donald Trump, car ils cherchent à préserver l’accord limitant le programme nucléaire iranien conclu en 2015 avec Téhéran.

Cet accord prévoit une levée partielle des sanctions internationales, en échange de la garantie que l’Iran ne se doterait pas de l’arme atomique. L’administration Trump continue d’accuser l’Iran de déstabiliser la région et de chercher à se doter de la bombe atomique, ce que ce pays dément.

La nouvelle saisie risque d’exacerber davantage les tensions qui n’ont cessé de monter depuis le retrait américain en mai 2018 de cet accord nucléaire, suivi du rétablissement des sanctions américaines contre l’Iran, qui font perdre à ce pays la quasi-totalité de ses acheteurs de pétrole.

Comportement « puéril »

Les sanctions ont asphyxié l’économie de l’Iran, puissance régionale membre de l’Opep, qui dispose des quatrièmes réserves de brut au monde et des deuxièmes de gaz. Les tensions dans le Golfe se sont intensifiées avec des attaques et des sabotages en mai et juin derniers contre des pétroliers dans le Golfe, imputés par Washington à Téhéran qui dément toute implication.

La destruction ensuite d’un drone militaire américain a fait craindre un embrasement général. Donald Trump avait affirmé avoir annulé à la dernière minute des frappes de représailles contre l’Iran. Dimanche pourtant, le général iranien Ahmad Reza a affirmé que les risques qu’un conflit éclate dans le Golfe avaient diminué, tout en soulignant que cette région était « comme une poudrière ».

Le même jour, d’autres responsables iraniens ont dit que les Etats-Unis avaient imposé des sanctions contre le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif après, selon eux, le refus de ce dernier d’une invitation à rencontrer M. Trump. Ils ont confirmé des informations du magazine New Yorker selon lesquelles le sénateur américain Rand Paul avait joué en juillet le rôle d’intermédiaire auprès de M. Zarif pour l’inviter à la Maison Blanche.

« Lors d’une rencontre avec un sénateur (américain), (Zarif) a été invité à une réunion et ensuite il a été sanctionné », a déclaré le porte-parole du gouvernement qualifiant le comportement américain de « puéril ».

(Avec AFP)

https://www.challenges.fr/monde/moyen-orient/l-iran-a-saisi-un-navire-etranger-le-troisieme-en-moins-d-un-mois_667700