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L’Iran va dévoiler un nouvel avion de combat

L’Iran va dévoiler un nouvel avion de combat

L’Iran va dévoiler dans les prochains jours un nouvel avion de combat et améliorer ses capacités balistiques pour répondre aux « menaces » d’Israël et des Etats-Unis, ses ennemis jurés, a annoncé Le ministre de la Défense Amir Hatami cité dimanche par l’agence Tasnim.

« Notre priorité est notre capacité balistique et nous devons la renforcer (…) au vu des efforts (fournis par) nos ennemis dans le domaine de la défense antimissiles », a affirmé M. Hatami dans une interview télévisée tard samedi soir, selon l’agence de presse iranienne Tasnim.

Le programme balistique de l’Iran est une question épineuse avec les grandes puissances, particulièrement les Etats-Unis, mais Téhéran estime qu’il est crucial pour ses capacités défensives dans une région instable.

Selon M. Hatami, une démonstration de vol du nouvel avion de combat aura lieu « pendant la Journée nationale de l’Industrie de la Défense » en Iran, qui tombe mercredi.

Il a affirmé que le programme de défense iranien était motivé par le souvenir des attaques aux missiles dont son pays avait été la cible pendant la guerre contre l’Irak (1980-1988), ainsi que par les menaces répétées d’Israël et des Etats-Unis, qui répètent que « toutes les options sont sur la table » quand il s’agit de traiter avec l’Iran.

« Nous avons appris pendant la guerre (Iran-Irak) que nous ne pouvions compter que sur nous-mêmes (…) et que personne ne ferait preuve de clémence envers nous », a souligné M. Hatami.

« Nos ressources sont limitées », mais « nous mettons à niveau nos missiles en fonction des menaces et des actions de nos ennemis, comme moyen de dissuasion ou de riposte dévastatrice », a-t-il ajouté.

(©AFP / (19 août 2018 10h57)

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Iran: « pas de guerre, ni de négociations avec les Etats-Unis », affirme Khamenei

Iran: « pas de guerre, ni de négociations avec les Etats-Unis », affirme Khamenei

Téhéran – Le guide suprême iranien, Ali Khamenei, a affirmé lundi qu’il n’y aurait ni guerre ni négociations avec les Etats-Unis, les problèmes de son pays étant le résultat d’une mauvaise gestion du gouvernement plutôt que du rétablissement des sanctions.

Les propos de l’ayatollah Khamenei accroissent la pression sur le président, modéré, Hassan Rohani qui peine à répondre à l’effondrement de la monnaie nationale, le rial, et aux récentes manifestations contre l’inflation et la corruption.

Ils semblent aussi écarter tout espoir de dialogue avec Washington après le retrait unilatéral du président américain Donald Trump de l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015, suivi du rétablissement des sanctions américaines la semaine dernière.

« Des responsables américains parlent de nous avec cynisme depuis quelque temps. Outre les sanctions, ils parlent de guerre et de négociations », a dit le guide suprême iranien sur son compte Twitter en anglais.

« Laissez-moi dire à ce propos quelques mots au peuple: IL N’Y AURA PAS DE GUERRE, NI DE NEGOCIATIONS AVEC LES ETATS-UNIS ».

Au même moment, le ministre de la Défense Amir Hatami a dévoilé un missile de courte portée de nouvelle génération et promis de renforcer les capacités balistiques de l’Iran.

La radiotélévision d’Etat IRIB a indiqué que la nouvelle version du missile Fateh Mobin avait « bien passé les tests » et qu’il est capable d’atteindre des cibles au sol et en mer.

Les sanctions américaines ne sont pour de nombreux Iraniens –même dans les plus hautes sphères de l’establishment– qu’un facteur aggravant pour des problèmes internes de longue date.

– « Problèmes internes » –

« Les problèmes de subsistance (que l’Iran affronte) aujourd’hui ne viennent pas de l’extérieur, ils sont internes », a affirmé l’ayatollah Khamenei.

« Je ne dis pas que les sanctions n’ont pas d’impact, mais il s’agit principalement de la manière dont nous y faisons face », a-t-il souligné.

Ces propos font écho aux critiques dont a déjà fait l’objet le président Rohani de la part notamment des Gardiens de la révolution, la puissante armée d’élite de la République islamique.

Elu pour un premier mandat en 2013, le président Rohani a été le principal moteur, côté iranien, de l’accord international sur le nucléaire conclu à Vienne en juillet 2015 entre Téhéran et le Groupe 5+1 (Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne).

Par cet accord, l’Iran a bridé considérablement son programme nucléaire en échange de la levée d’une partie des sanctions internationales qui asphyxiaient son économie. Selon le dernier rapport de l’Agence internationale pour l’énergie atomique Téhéran a tenu ses engagements et hormis les Etats-Unis, les autres parties sont restées dans l’accord.

M. Rohani a été réélu pour un mandat de quatre ans en mai 2017, avec le soutien des réformateurs.

Depuis sa première élection, il n’a cessé de faire les frais des attaques des ultraconservateurs, qui ont vu dans la dénonciation de l’accord de Vienne par les États-Unis, la preuve, à posteriori, du bien-fondé de leur méfiance vis-à-vis de l’Occident.

Après la contestation ayant éclaté face aux difficultés économiques, M. Rohani s’est vu reprocher par ses adversaires d’avoir abandonné les couches sociales les moins favorisées.

– « Accomplir ses fonctions » –

L’économie iranienne est à la peine depuis de longs mois, souffrant d’un taux de chômage élevé et d’une nette inflation. Et le rial a dégringolé au fur et à mesure que se rapprochaient la première vague de sanctions entrées en vigueur le 7 août.

Le commandant des Gardiens de la Révolution, Ali Jafari, a demandé il y a deux semaines à M. Rohani d’engager des « actions révolutionnaires pour contrôler les prix et prévenir l’énorme augmentation des prix des devises étrangères et de l’or », dans une lettre ouverte publiée par l’agence de presse Tasnim, proche des conservateurs.

Mais l’ayatollah Khamenei a critiqué ceux qui ont appelé au départ du président Rohani, affirmant qu' »ils font le jeu des ennemis ».

« Le gouvernement doit rester en place et accomplir vigoureusement ses fonctions pour régler les problèmes », a-t-il insisté.

Dans le cadre de cette stratégie, les autorités ont lancé une campagne contre la corruption, que le guide suprême a décrit comme une « hydre à sept têtes ».

Le pouvoir judiciaire a annoncé dimanche l’arrestation de 67 personnes soupçonnées de corruption et interdit à 100 fonctionnaires de quitter le territoire. Le guide suprême a autorisé la création de tribunaux révolutionnaires pour juger les plus rapidement les suspects de crimes économiques.

Mais une nouvelle salve de sanctions touchant le secteur des hydrocarbures en novembre devrait maintenir la pression sur Téhéran. Des analystes estiment que les ventes de brut iranien pourraient baisser de 700.000 barils par jour par rapport à leur niveau actuel qui est de 2,3 millions de barils par jour.

L’agence de presse officielle Irna a indiqué lundi que l’Iran offrait ses hydrocarbures à prix réduits à ses clients asiatiques dans l’espoir de maintenir ses ventes.

(©AFP / 13 août 2018 13h16)

https://www.romandie.com/news/Iran-pas-de-guerre-ni-de-n-gociations-avec-les-Etats-Unis-affirme-Khamenei/944930.rom

Le Premier ministre irakien annule sa visite en Iran

Le Premier ministre irakien annule sa visite en Iran

Bagdad – Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a annulé sa visite à Téhéran « en raison d’un calendrier chargé », a indiqué son bureau dimanche, le jour où le chef du gouvernement a été violemment critiqué par l’Iran sur sa position concernant les sanctions américaines.

Mardi, M. Abadi, dont le pays est l’allié des Etats-Unis et de l’Iran, deux pays ennemis, a déclaré qu’il allait à contrecoeur appliquer les sanctions américaines contre son grand voisin iranien. « Nous ne soutenons pas les sanctions car elles sont une erreur stratégique, mais nous sommes contraints de les respecter ».

La visite de M. Abadi à Téhéran était prévue mercredi au lendemain d’un autre déplacement en Turquie, mais son bureau de presse a annoncé dimanche qu’elle avait été annulée « en raison d’un calendrier chargé ». Il se rendra uniquement en Turquie, a dit à l’AFP ce bureau sans autres précisions.

Le jour même, le représentant à Bagdad de l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême d’Iran, a lancé un véritable réquisitoire contre M. Abadi.

« Les propos irresponsables (de M. Abadi, ndlr) ont déjà été condamnés par beaucoup. Il s’agit d’une attitude déloyale envers la position honnête de l’Iran et du sang des martyrs que ce pays a versé pour défendre la terre d’Irak face au groupe Etat islamique », a dit Moujtaba al-Hussein dans un communiqué.

Il faisait référence à l’aide militaire de l’Iran dans la « victoire » de l’Irak contre l’organisation jihadiste.

« Nous sommes attristés par cette position qui montre que (M. Abadi, ndlr) est défait psychologiquement face aux Américains », a poursuivi le responsable iranien.

Plus tôt à Téhéran, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Bahram Ghassemi, a dit à l’agence semi-officielle ISNA, qu’il n’avait « reçu jusqu’à présent aucune notification officielle d’une visite » de M. Abadi en Iran.

Plusieurs organisations chiites irakiennes proches de l’Iran ont critiqué aussi la position de M. Abadi. « Le gouvernement agit sans appui parlementaire », a affirmé samedi un communiqué de Asaïb Ahl al-Haq.

La formation Badr, principale composante de l’Alliance de la Conquête, qui est arrivé en seconde position aux élections, a appelé le gouvernement à « soutenir et défendre l’Iran ». « Nous sommes sûrs que la volonté américaine injuste se brisera face à la résistance opiniâtre des Iraniens »

Selon des sources politiques irakiennes, il y avait initialement un accord sur la visite de M. Abadi mais les Iraniens ont ensuite changé d’avis, mécontents des propos du Premier ministre.

C’est un responsable irakien qui avait annoncé la veille la prochaine visite en Iran de M. Abadi.

Pris en tenaille entre ses deux alliés américain et iranien, l’Irak est la première victime des sanctions de Washington contre l’Iran qui pourraient le priver de biens vitaux et même de milliers d’emplois.

L’autre partenaire commercial de l’Irak, la Turquie a aussi maille à partir avec les Etats-Unis et sa monnaie a subi une chute brutale de sa valeur face au dollar.

(©AFP / 12 août 2018 15h03)

https://www.romandie.com/news/Le-Premier-ministre-irakien-annule-sa-visite-en-Iran/944708.rom

L’Iran à nouveau sous pression américaine

L’Iran à nouveau sous pression américaine

Depuis le 7 août dernier, Washington impose de nouvelles sanctions économiques à l’Iran. Un retour aux politiques des années 2000, menées par G.W Bush et largement critiquées aujourd’hui en Europe et en Asie. Continuer ou non à avoir des relations économiques avec Téhéran devient un choix diplomatique, puisque les États-Unis exercent une pression sur les autres nations afin d’être suivi dans leur démarche.

Le retour à une politique anti-iranienne

La stratégie de Donald Trump concernant l’Iran est agressive mais cohérente. Le président américain souhaite conforter ses positions et celle de ses alliés au Moyen-Orient : Israël et l’Arabie saoudite, aujourd’hui mis en difficulté par Téhéran. En sortant de l’accord sur le nucléaire iranien en mai dernier, Donald Trump a décidé de remettre la pression sur l’Iran. Washington reste toutefois ouvert à un nouvel accord, qui engloberait la question nucléaire mais également les activités iraniennes en Syrie, au Yémen, en Palestine (soutien au Hamas) et au Liban (soutien au Hezbollah). Les autorités iraniennes ont déjà décliné cette invitation, affirmant que le seul accord possible est celui du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPoA) de 2015.
Le président américain reprend également le discours des années Bush sur la volonté d’un « Regime change » en Iran. Un vocabulaire qui séduit une partie de l’opinion publique occidentale, hostile au régime des mollahs. Cependant, si la contestation monte dans les villes iraniennes, le régime conserve ses nouvelles alliances et ses nouveaux partenaires acquis depuis l’accord de 2015. Ainsi, Téhéran pourra compter sur la Chine, l’Inde, la Russie et peut-être même la Corée du Sud, pour continuer à commercer.

Réactions en Asie et en Europe

La Chine a déjà profité des défections européennes pour récupérer plusieurs contrats. Ainsi, la CNPC (China National Petroleum Corporation) prend la place de Total dans le domaine de l’énergie. Pékin a annoncé vouloir honorer les contrats signés à hauteur de 600 milliards de dollars sur les 25 prochaines années. La Russie, comme la Chine, continuera de faire des affaires avec l’Iran, au moins pour des raisons politiques, par anti-américanisme principalement. Pour ce qui concerne la Russie, le Kremlin a déjà invité l’Iran à rejoindre l’union douanière de l’Union eurasiatique. L’Inde, de son côté, voit en Téhéran un potentiel partenaire stratégique pour contrer la relation Pékin-Islamabad. En 2016 déjà, l’Inde avait signé avec l’Iran et l’Afghanistan un accord sur le développement du port iranien de Chabahar, afin de concurrencer les investissements chinois dans le port pakistanais de Gwadar.

De même, l’Union européenne et ses membres sont aujourd’hui confrontés à un dilemme. Suivre la politique américaine et abandonner une partie de leur souveraineté ou continuer à respecter l’accord, au risque d’être qualifié, outre-Atlantique, comme soutien du régime iranien. La Commission européenne a donné une indication sur la marche qu’elle souhaitait suivre en mai dernier. En effet, elle a activé une loi autorisant les entreprises européennes à ne pas se conformer aux sanctions américaines contre l’Iran. La banque centrale européenne a également mis en place des outils financiers pour faciliter les investissements des entreprises européennes en Iran.

Le détroit d’Ormuz pour faire pression sur Washington ?

Carte du détroit d’Ormuz. Source : La Croix.

De son côté et comme à chaque grande crise diplomatique, le gouvernement iranien brandit la menace d’une fermeture du détroit d’Ormuz. Cette manœuvre, si elle avait lieu, bloquerait une large partie des exportations pétrolières saoudiennes, koweïtiennes et émiraties. Cependant, la fermeture du détroit pourrait aboutir à une escalade militaire dans la région qui ne bénéficierait pas à Téhéran. En effet, si cette situation de blocage arrivait, une riposte de la marine américaine serait possible et mettrait certainement à genou les forces navales iraniennes. Même en l’absence d’une réponse occidentale, le blocage d’Ormuz pénaliserait en premier lieu l’économie iranienne déjà en difficulté, puisque Téhéran verrait ses exportations pétrolières largement diminuer. Enfin, la montée des cours du pétrole qui s’en suivrait serait de nature à froisser plusieurs partenaires de l’Iran et en premier lieu la Chine. Ainsi, la carte diplomatique de la fermeture du détroit d’Ormuz est bien plus utile aux iraniens en tant que menace. Cependant, celle-ci semble semble aujourd’hui inefficace face au président américain Donald Trump, qui s’est donné pour mission de faire plier l’Iran.

About Fabien HERBERT

Rédacteur géopolitique pour Les Yeux du Monde. Formé à l’Université Catholique de Louvain, Fabien Herbert est journaliste et analyste spécialisé en relations internationales. Il s’intéresse notamment au monde russophone et au Moyen-Orient.

Iran : Ahmadinejad appelle le président Rohani à démissionner

Iran : Ahmadinejad appelle le président Rohani à démissionner

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L’ancien président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, actuellement en résidence surveillée, a appelé dans une vidéo —diffusée via son compte Telegram— à la démission de son successeur, cheikh Hassan Rohani.

Le président Rohani avait réagi au retrait US de l’accord 5+1 (JCPoA) en assurant qu’il maîtrisait la situation. Mais c’est le contraire qui s’est passé : son gouvernement avait tout misé sur un rapprochement économique avec Washington et avait liquidé le système de contournement des sanctions mis au point par le président Ahmadinejad.

Depuis le début de l’année, la monnaie iranienne s’est effondrée de 60 % par rapport au dollar et le taux de chômage approche les 40 %. Plusieurs services publics ne fonctionnent plus : en de nombreux endroits du pays, l’eau est devenue impropre à la consommation, etc.

Des manifestations anti-gouvernementales ont débuté il y a huit mois, en décembre 2017, et se sont progressivement étendues à presque tout le pays. Les mots d’ordre sont d’abord dirigés contre le soutien financier au Hamas et à certaines milices iraquiennes, parfois mais beaucoup plus rarement contre le soutien à la Syrie et au Hezbollah. Les manifestants exigent le départ non seulement du président Hassan Rohani, mais aussi et c’est nouveau du Guide de la Révolution Ali Khamenei.

L’ayatollah Ali Khamenei était entré en conflit avec Mahmoud Ahmadinejad à la fin de son second mandat. Il l’avait qualifié de « mauvais musulman » ; raison pour laquelle, son candidat à sa succession n’avait pas été autorisé à se présenter à l’élection présidentielle.

Mahmoud Ahmadinejad entend poursuivre la Révolution anti-impérialiste de l’imam Khomeiny, mais sans le clergé.

http://www.voltairenet.org/article202372.html

L’Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?

L’Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?

Par Pierre VERLUISE, le 31 juillet 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Docteur en géopolitique de l’Université Paris IV – Sorbonne. Fondateur associé de Diploweb. Chargé d’un cours semestriel de Géographie politique au sein du M.R.I.A.E de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, chercheur associé à la FRS. Auteur, co-auteur ou directeur d’une trentaine de livres, dont « Histoire, Géographie et Géopolitique du Proche et du Moyen-Orient », éd. Diploweb, diffusion Amazon.

Que nous apprend le revirement américain du 8 mai 2018 de la puissance de l’Iran, des Etats-Unis et de l’Union européenne ? L’Iran a été pendant un temps en capacité de « faire » et à « faire faire », jusqu’à perdre la main. Les Etats-Unis ont été en capacité de « faire et de faire faire » puis en « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Et l’Union européenne a été en incapacité d’ « empêcher de faire ».

LE 14 juillet 2015, un accord sur le nucléaire iranien est signé à Vienne par l’Iran [1] et les pays du « P 5+1 » (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne). Cet événement semble alors marquer le retour sur la scène régionale, voire mondiale, d’un Etat paria depuis de nombreuses années.

Le 8 mai 2018, le président des Etats-Unis – Donald Trump – annonce unilatéralement le retrait des Etats-Unis de cet accord, au grand dam des pays de l’Union européenne. Si la puissance peut se définir selon Serge Sur comme « la capacité de faire, de faire faire, d’empêcher de faire ou de refuser de faire », que nous apprend ce revirement au sujet de la puissance des uns et des autres ?

Considérons successivement l’Iran, les Etats-Unis et l’Union européenne.

L’Iran

Dans les années 1970, pour combler le vide laissé par le départ des Britanniques de la région, les Etats-Unis élaborent la stratégie des « deux piliers » intronisant Iraniens et Saoudiens comme garants de la sécurité régionale [2]

Cette position de partenaire privilégié des Occidentaux connaît un coup d’arrêt brutal avec la Révolution islamique de 1979. Les dirigeants iraniens cherchent alors à exporter la révolution dans les pays voisins ce qui participe à leur isolement sur la scène internationale. L’Iran n’a cependant jamais renoncé à ses ambitions régionales et une véritable réorientation stratégique a lieu, favorisée par la fin de la Guerre froide (1990) et par les conséquences du 11 septembre 2001 au Moyen-Orient. Le pays s’impose comme le leader de la résistance contre les Etats Unis et Israël… qui disposent chacun de l’arme nucléaire mais dans des proportions différentes.

Afin d’appuyer son retour diplomatique et stratégique, Téhéran décide de développer son programme nucléaire. L’énergie atomique n’est pas une idée neuve dans ce pays. Dès les années 1950, Washington et Téhéran développent des partenariats dans le cadre du programme « atoms for peace ». Avec la Révolution de 1979, le programme nucléaire est arrêté puis réactivé à la fin de la guerre Iran Irak (1980-1988). L’objectif est double, il s’agit de garantir les frontières du pays et d’offrir une protection au régime.

A Téhéran deux camps se font face. Le premier, plus conservateur, souhaite développer son programme quitte à être mis au ban des nations. Ses partisans estiment que la « Bombe » est la seule assurance vie du régime, en tant que source de prestige, et qu’elle permettrait de développer autour de l’Iran et de ses alliés un dôme protecteur. De l’autre, un camp dit « modéré » craint que l’isolement de l’Iran ne soit un handicap économique et stratégique. Ils souhaitent se servir du programme comme argument de négociation pour être réintégré au concert des nations. Ils estiment par ailleurs que le simple fait d’être capable d’obtenir la bombe suffit à se prémunir de toute agression.

L'Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?
Carte géopolitique de l’Iran dans les tensions de son environnement, fin 2015, selon Jean-Paul Budry
La légende de cette carte de l’Iran dans les tensions de son environnement comprend trois parties : L’arrière plan confessionnel ; Facteurs et forces stratégiques vus d’Iran ; L’Iran acteur des conflits et ses alliés. Réalisation Sciences Po Atelier de cartographie pour Dila Questions internationales n°77.

La signature de l’Accord de Genève en 2015 marque ainsi une victoire symbolique et diplomatique de l’Iran, lui permettant d’espérer consolider sa place d’acteur incontournable dans la stabilisation de la région. Ce qui suscite une grande inquiétude en Arabie Saoudite. L’Iran mise sur son ouverture économique en renonçant partiellement à son programme nucléaire jusqu’en 2040. Cet accord vise à ce que soit limitée l’accumulation de matière nucléaire fissile pour que l’Iran ne puisse pas développer d’arme nucléaire. L’espoir de la rapide levée des sanctions génère rapidement des flux d’entreprises étrangères dans l’intention de décrocher des contrats d’exploitation et de commercialisation des hydrocarbures ou d’accéder à un marché de 80,6 millions d’habitants en demande de consommation.

L’Iran en quelques chiffres

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L’Iran en quelques chiffres
L’Iran en quelques chiffres : superficie, population mi-2017, projection population en 2050, accroissement naturel, accroissement migratoire, indicateur de fécondité, PNB/h PPA US dollars. Source : Population et Avenir, décembre 2017, n°735, p. 21.

Ainsi, l’Iran a mis en place une stratégie axée autour de l’énergie nucléaire afin d’assurer son retour sur la scène géopolitique et stratégique internationale. Celle-ci a permis, d’une part, de contraindre les Occidentaux à accepter la réémergence du pays et de les amener à la table des négociations, illustrant ainsi la capacité de l’Iran à « faire » et à « faire faire ». Du moins jusqu’à ce que les Etats-Unis de Donald Trump se retirent de l’accord de 2015.

Les Etats-Unis

En 2002, des opposants iraniens exilés aux Etats-Unis révèlent l’existence de deux sites nucléaires cachés. Une part de la société internationale prend alors conscience que l’Iran pourrait chercher à se doter de l’arme atomique. Suivent de nombreuses années de sanctions contre l’Iran, notamment soutenues par la France.

Cependant, le président des Etats-Unis, Barack Obama, engage secrètement des approches avec l’Iran au moins un an avant que la négociation d’un accord ne parvienne sur la place publique. A l’époque, la France du président François Hollande est réticente et apparaît souvent plus dure que Washington dans ses exigences, notamment en la personne de son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Il se dit alors que « les néoconservateurs sont à Paris ».

Quoi qu’il en soit, la capacité d’entraînement des Etats-Unis de B. Obama conduit le 14 juillet 2015 à la signature d’un accord sur le nucléaire iranien par l’Iran et les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies plus l’Allemagne (« P 5+1 »). Ce qui indique, à cet instant et durant quelques années que les Etats-Unis disposent d’une « capacité de faire et de faire faire ».

Cependant, durant la campagne présidentielle de 2016 aux Etats-Unis, le candidat républicain – Donald Trump – critique vertement ce qu’il présente comme un mauvais accord. Il annonce que s’il est élu – hypothèse qui semble peu probable à beaucoup d’Européens – il dénoncera cet accord. Après avoir été élu, il entre à la Maison Blanche en janvier 2017. Et poursuit ses diatribes contre Téhéran. En octobre 2017, le président Donald Trump déclare devant le Congrès américain que l’Iran viole ses engagements, contrairement à ce que dit l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Le 8 mai 2018, le président des Etats-Unis dénonce unilatéralement l’accord de 2015. Ce qui réactive les sanctions américaines à l’encontre de l’Iran et les menaces pour les entreprises qui travailleraient avec l’Iran. Ce qui illustre à cet instant leur « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Au grand désarroi des pays de l’Union européenne.

L’Union européenne

Pensée pour construire la paix, l’Europe communautaire n’a pas dans son ADN la quête de puissance. Cependant, un début de stratégie se met en place à l’orée du XXIe siècle. Le mérite en revient au Haut représentant de l’UE pour la Politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana. Il fait adopter en 2003 par le Conseil européen la « Stratégie européenne de sécurité ». Cette stratégie vise principalement à mieux identifier les menaces, définir les objectifs stratégiques de l’Union et en dégager les implications politiques pour l’UE. La crise financière de 2008, puis les « Printemps arabes » à compter de 2011 réduisent sa concrétisation. Cependant, la mise en œuvre par étape du traité de Lisbonne (2007) à compter du 1er décembre 2009 se traduit par l’entrée en fonction d’une Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton. Sans expérience de la diplomatie, celle-ci laisse une œuvre modeste : la normalisation provisoire des relations Serbie-Kosovo et sa participation à la finalisation de l’accord au sujet du nucléaire iranien.

La deuxième Haute représentante, Federica Mogherini fait adopter le 28 juin 2016 un nouveau document de doctrine, « La Stratégie globale de l’Union européenne », dans une indifférence quasi-totale des médias, encore sous le choc du référendum en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’UE (23 juin 2016). Ce texte fait plusieurs fois explicitement référence à l’accord de 2015 comme l’alpha et l’oméga de la conception européenne du « soft power » par le multilatéralisme et la concertation.

En dépit des efforts des diplomates iraniens – notamment à Paris – pour mobiliser les pays européens afin qu’ils exercent des pressions sur D. Trump pour l’empêcher de dénoncer l’accord de 2015 [3], le président des Etats-Unis s’est pourtant retiré de cet accord le 8 mai 2018.

Ce qui indique pour l’Union européenne la mise en échec de son « soft power » et une incapacité à « empêcher de faire ». Soit tout le contraire de la puissance. En dépit des annonces faites dans les jours suivants par l’UE pour déclarer que Bruxelles allait continuer de porter l’accord de 2015, les entreprises européennes – dont Total – ont vite compris qu’elles manquaient de garanties si elles restaient en Iran. Courant juillet 2018, D. Trump s’occupe une nouvelle fois à souffler le chaud et le froid, tentant de rejouer la scène nord-coréenne. Avec des résultats à évaluer aussi bien pour la Corée du Nord que pour l’Iran…

*

Que nous apprend le revirement américain du 8 mai 2018 de la puissance des uns et des autres ? L’Iran a été pendant un temps en capacité de « faire » et à « faire faire », jusqu’à perdre la main. Les Etats-Unis ont été en capacité de « faire et de faire faire » puis en « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Et l’Union européenne a été en incapacité d’ « empêcher de faire ».

Nul doute que le coup a porté, reste à savoir les leçons que l’UE saura en tirer et les actions qu’elle pourra mettre en œuvre.


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Plus

Vidéo. J-F Daguzan (FRS) L’UE face au retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien

QUESTIONS :
. Quelle est la nouvelle stratégie européenne en terme de défense et de politique extérieure commune ?
. Quelles sont les conséquences de la remise en cause de l’accord sur le nucléaire iranien pour l’Union européenne ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

 

L’évacuation des Casques blancs en Syrie est-elle le prélude de l’ultime bataille ?

L’évacuation des Casques blancs en Syrie est-elle le prélude de l’ultime bataille ?

Trahis par les Etats-Unis à l’issue des discussions entre Trump et Poutine, les rebelles syriens seraient-ils sur le point d’essuyer l’assaut final? Le grand reporter Robert Fisk en pointent les signes. Mais la fin de la guerre dépend aussi d’autres facteurs, notamment le retour des millions de refugiés… (IGA)


S’agira-t-il de la dernière bataille ? Pendant trois ans, Idlib a été le dépotoir de toutes les milices islamistes syriennes en retraite, la dernière citadelle de tous les combattants qui ont préféré continuer le combat plutôt que de se rendre à l’armée syrienne et à l’armée de l’air russe – et au Hezbollah et, dans une moindre mesure, aux Iraniens.

Le général de brigade Suheil al-Hassan, le « Tigre » de la légende et du mythe militaire syrien – qui peut citer le poète Mutanabi par cœur mais préfère être comparé à Erwin Rommel plutôt qu’à Bernard Montgomery – conduira sûrement ses « Forces du Tigre » vers le dernier combat, le combat qui soldera les comptes entre le régime de Damas et les islamistes salafistes, armés par les occidentaux, qui ont osé essayer de renverser Bachar al-Assad. et ont échoué.

Grâce à Donald Trump, c’en est fini pour les « rebelles » de Syrie qui ont été trahis par les Américains – sûrement en fin de compte par Trump lui-même au cours des discussions secrètes qu’il a eues avec Vladimir Poutine à Helsinki, peut-être le plus important des « inconnus » de ces conversations à laquelle seuls les interprètes étaient présents- comme ils ont été trahis par les Arabes du Golfe.

Trois semaines plus tôt, les Américains avaient dit aux  » rebelles  »  qui se trouvaient au sud-ouest de la Syrie, près du plateau du Golan occupé par Israël, qu’ils ne devaient plus compter que sur leurs propres forces et qu’ils n’auraient plus de soutien militaire étasunien. Même les Casques blancs, les premiers intervenants, secouristes héroïques ou propagandistes de la guerre menée par les  » rebelles  » (faites votre choix, mais soyez sûrs qu’ils seront bientôt qualifiés de  » controversés « ) ont été évacués avec leurs familles des lignes rebelles par les Israéliens et mis à l’abri en Jordanie.

Les Israéliens sont un peu contrariés de ne pas avoir été remerciés par les unités de défense civile des Casques blancs pour leur aide humanitaire – mais qu’espèrent-ils, eux qui ont passé leur temps à attaquer les forces iraniennes, syriennes et du Hezbollah pendant la guerre, à fournir une aide médicale aux combattants islamistes de Nusrah et n’ont jamais – jamais – bombardé l’EI? Les Casques blancs veulent-ils être associés à Israël en ce moment ?

Mais les Israéliens ont obtenu ce qu’ils voulaient vraiment : une promesse russe que les Iraniens resteraient loin du plateau du Golan syrien occupé par Israël. Cela semble un peu étrange, puisqu’il y a peu de troupes iraniennes en Syrie – et ne prêtez pas attention aux sottises des  » experts  » de Washington – mais cela correspond à la conviction morbide et théâtrale de Benjamin Netanyahou que l’Iran est  » un nœud coulant terroriste  » autour du cou d’Israël. Quoi qu’il en soit, Poutine sait tout ce qu’il faut savoir sur la guerre de Syrie : les bombes ont leur mot à dire, mais le cash aussi.

Pour quelle autre raison Poutine viendrait-il d’annoncer un investissement russe de 43 milliards d’Euros dans l’industrie pétrolière et gazière iranienne ? Ne s’agirait-il pas tout simplement de rétribuer l’Iran pour son investissement dans la guerre de Syrie ? Un cadeau de Moscou qui signifierait  » merci de ce que vous avez fait mais vous pouvez partir maintenant  » qui serait couronné par la marche triomphale à Téhéran des forces  » victorieuses « , de retour en Iran après avoir fait leur devoir révolutionnaire islamique en Syrie ?

Après avoir rencontré Poutine au Kremlin il y a moins de deux semaines, Ali Akbar Velayati, le conseiller principal du  » Guide suprême  » Khamenei pour les affaires étrangères, a convenu que leurs entretiens  » concernaient la coopération russo-iranienne… ainsi que la situation dans la région, y compris l’évolution de la situation en Syrie « . Et voilà ! La Russie soutient l’économie iranienne, et en échange Poutine décide pour l’Iran en Syrie.

Il est temps pour les Iraniens, je pense. J’ai été fort choqué de voir les Iraniens de la classe moyenne, riches et très riches, arriver en masse à Belgrade le mois dernier, apportant à l’Ouest avec eux leur argent et leurs objets de valeurs à travers l’un des rares pays européens qui autorise encore l’entrée sans visa des Iraniens sanctionnés. Des vols bon marché en provenance de Téhéran et d’autres villes iraniennes atterrissent quotidiennement en Serbie, et les hôtels de Belgrade regorgent de clients parlant farsi, tous prêts – vraisemblablement – à entamer une nouvelle vie en occident. L’Union européenne, évidemment, menace le président de Belgrade de supprimer le droit qu’ont les citoyens serbes de circuler sans visa dans le reste de l’Europe, si la Serbie n’empêche pas les lucratifs  » touristes  » iraniens d’entrer sur son territoire.

Pendant ce temps, l’armée syrienne, qui combat les derniers groupes islamistes qui ne veulent pas se rendre autour de Deraa, va revenir au bord de la zone tampon des Nations Unies sur le Golan où elle était basée avant le début de la guerre civile en 2011. En d’autres termes, le « Front Sud » va tomber, ne laissant que la citadelle d’Idlib et la ville de Raqqa aux mains des milices encore fidèles aux Etats-Unis – sans doute plus pour très longtemps vu que Trump les a abandonnées à leur sort. Poutine peut probablement résoudre ce problème, s’il ne l’a pas déjà fait pendant son pow-wow avec Trump.

Mais Idlib est une autre paire de manches. Il ne fait aucun doute que nous assisterons à d’autres pourparlers de « réconciliation » parrainés par la Russie entre les autorités syriennes et les groupes rebelles à l’intérieur de la province. Il y aura des accords, privés et publics, grâce auxquels ceux qui souhaitent revenir en territoire gouvernemental pourront le faire. Mais étant donné qu’Idlib abrite les islamistes et leurs familles qui avaient auparavant rejeté de telles offres dans d’autres villes – beaucoup d’entre eux ont été évacués de la Ghouta et de Yarmouk à Damas, de Homs et d’autres villes où ils ont déposé les armes, vers la province d’Idlib – leur avenir semble plutôt sombre.

Nous voulons tous que les guerres se terminent par une « bataille finale », bien sûr. Jérusalem et Bagdad – assez étrangement – ont été les seules « capitales » ennemies envahies par les Alliés pendant la Première Guerre mondiale. Et nous savons que la prise de Berlin par les Russes a mis fin à la Seconde Guerre mondiale. On laissera de côté la chute de Saigon pour des raisons évidentes (le mauvais camp a gagné), et les différentes conquêtes des « capitales » du Moyen-Orient (Jérusalem en 1967, Beyrouth en 1982, le Koweït en 1990, Bagdad en 2003), parce qu’elles ont toutes engendré des conflits meurtriers qui perdurent jusqu’à ce jour.

Mais il ne faut pas oublier que l’armée syrienne est habitée à se battre. Tout comme l’armée de l’air russe. Il est certain que le siège par Al Nusrah de l’hôpital militaire de Jisr al-Shugour à Idlib – et le massacre de nombreux soldats syriens et de leurs familles il y a trois ans – sera dans toutes les têtes au moment de l’assaut. Moscou ne va pas laisser les islamistes rentrer « chez eux » en Tchétchénie. Et Ankara ne voudra pas laisser les vétérans d’Idlib s’installer dans les plaines d’Anatolie – surtout qu’Erdogan est toujours obsédé par le souvenir du  coup d’Etat « islamiste » d’il y a deux ans, et que des dizaines de milliers de prétendus soutiens du coup d’état languissent encore dans les luxueuses prisons turques.

L’Occident ne fera rien pour les aider. Il y a la vieille ONU à tout faire, qui pourrait, je suppose, être envoyé à Idlib dans le cadre d’une mission « temporaire » de maintien de la paix – mais cela ne plaira pas du tout à un président syrien qui a l’intention de remettre chaque kilomètre carré du pays sous le contrôle exclusif du régime. Les rebelles d’Idlib pourraient être repoussés dans un dépotoir encore plus petit dans l’enclave nord d’Afrin – déjà largement contrôlée et peuplée par les anciens amis turcs de l’EI. L’Occident ne voudra pas sûrement pas récupérer les restes de l’armée islamiste qu’il a contribué à armer. L’asile politique aux Casques blancs sera le maximum de sa générosité, avec l’aide habituelle aux réfugiés.

Mais nous devons aussi nous rappeler que les nations qui ont si longtemps cherché à renverser Assad vont maintenant essayer – tout doucement – de rétablir une certaine forme de relation avec le régime de Damas. Les diplomates français font discrètement des voyages touristiques en Syrie depuis près d’un an à partir du Liban. Il en va de même pour les autres nations européennes. Les Américains voudront aussi faire partie du casting – à la mode Trump – et à ce moment-là Poutine sera à sa disposition.

Mais qu’en est-il des cinq millions de réfugiés syriens dont les pays d’accueil – l’Europe, bien sûr, mais aussi la Turquie, le Liban, la Jordanie, l’Irak, le Koweït, l’Egypte – aimeraient beaucoup qu’ils rentrent « chez eux ». Et c’est peut-être là que se trouve la clé de la « fin de la guerre ».

Les Russes sont prêts à fournir des garanties de passage sûr pour les réfugiés – ce que ces promesses valent reste une question ouverte alors que des milliers de sans-abri craignent le régime – et les hommes de Moscou seraient déjà arrivés au Liban, qui accueille jusqu’à un million et demi de Syriens, pour discuter de la logistique. Les Arabes du Golfe – en particulier le Qatar – seraient intéressés par la reconstruction financière de la Syrie. Donc, s’ils ne se rendent pas militairement, les « rebelles » d’Idlib peuvent-ils être achetés ? Notamment par les nations arabes qui les ont soutenus en premier lieu. Ce sont les premiers jours. Mais toutes les guerres prennent fin. Et alors l’histoire recommence.

 

Source: Arrêt sur Info

https://www.investigaction.net/fr/levacuation-des-casques-blancs-en-syrie-est-elle-le-prelude-de-lultime-bataille/

 

 

 

Un tweet de destruction de masse de Trump attise les tensions avec l’Iran

Un tweet de destruction de masse de Trump attise les tensions avec l’Iran

L’objectif ultime de l’administration Trump est certes un changement de régime à Téhéran, mais s’agissait-il d’un contre-feu destiné à éteindre l’incendie médiatique de la « trahison » d’Helsinki, à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis ? Ou voulait-il simplement déstabiliser les géants eurasiens et leur nouvelle Route de la soie ?

Le tweet nocturne de destruction de masse du président Trump, tout en majuscules, qui menaçait l’Iran mérite une place historique dans les annales de l’art de la diplomatie.

(Au président iranien Rohani : NE RECOMMENCEZ JAMAIS, JAMAIS A MENACER LES USA OU VOUS EN SOUFFRIREZ DES CONSEQUENCES COMME PEU EN ONT SOUFFERT AUPARAVANT AU COURS DE L’HISTOIRE. NOUS NE SOMMES PLUS UN PAYS QUI SUPPORTE VOS PROPOS DEMENTIELS DE VIOLENCE ET DE MORT. SOYEZ PRUDENT!)

Mais reprenons cette affaire depuis le commencement. Après s’être retiré unilatéralement de l’accord nucléaire iranien, l’administration Trump a publié ce qui équivaut à une déclaration de guerre économique contre l’Iran et emploiera tous les moyens pour expulser la République islamique du marché pétrolier mondial – par exemple en menaçant ses alliés européens de sanctions secondaires s’ils manquent à arrêter toutes leurs importations de pétrole iranien d’ici le 4 novembre.

Le week-end dernier, l’Ayatollah Khamenei, chef suprême de l’Iran, a déclaré qu’il soutiendrait le blocage de toutes les exportations de pétrole du Moyen-Orient par le détroit d’Ormuz si les partenaires commerciaux européens de l’Iran cèdent à la pression de Washington et cessent d’acheter du pétrole iranien.

Puis le président Hassan Rouhani a emboîté le pas à Khamenei et averti les États-Unis de ne pas « taquiner la queue du lion ».

Rohani, comme en témoigne son bilan politique, s’est toujours comporté comme l’incarnation de la diplomatie. Contrairement à ce qu’en dit la propagande prévisible des médias américains, il n’a jamais « menacé » d’attaquer les États-Unis. Téhéran était heureux d’offrir à Washington la « mère de toutes les paix ». Mais si Trump préfère attaquer l’Iran, alors (les italiques sont de moi) cela ouvrirait la voie à la Mère de toutes les Guerres.

L’objectif ultime : un changement de régime

Le fait est que l’administration Trump a abandonné un traité multilatéral parrainé par l’ONU et a lancé depuis de dangereuses opérations secrètes dans le but de renverser le régime en Iran.

L’explosion de rage de Trump, associée au discours du secrétaire d’État américain Mike Pompeo, qui a mis en avant les intérêts des « voix longtemps ignorées du peuple iranien », s’est heurtée à la dérision et au mépris de tout l’Iran.

Sur le plan géopolitique, les relations entre la Russie et l’Iran demeurent extrêmement solides, comme en témoigne la récente rencontre entre le président Poutine et le principal conseiller en politique étrangère de Khamenei, Ali Akbar Velayati. Comme me l’a dit le professeur Mohammad Marandi de l’Université de Téhéran : « La réunion Poutine-Velayati s’est très bien passée. Velayati prévoit d’aller à Pékin dans quelques semaines. Les Iraniens détestent Trump, et tous les partis et factions politiques iraniens sont devenus beaucoup plus unis. Le discours de Rohani a été largement regardé et très bien perçu. »

Khamenei et Rohani sont sur la même longueur d’onde — et c’est très important. Ils s’accordent sur le fait que dorénavant, toute négociation avec Washington est futile. Le ministre iranien des Affaires étrangères Javad Zarif a donné le coup de grâce en twittant que l’Iran était là depuis des millénaires et avait vu la chute de nombreux empires. Il a conclu en paraphrasant Trump, tout en majuscules : « SOYEZ PRUDENT ».

(CONSIDÉRÉZ QUE NOUS NE SOMMES PAS IMPRESSIONNÉS : Le monde a entendu des rodomontades encore pires il y a quelques mois. Et les Iraniens en ont entendues — même si elles étaient plus civilisées — pendant 40 ans. Nous sommes là depuis des millénaires & avons vu la chute d’empires, y compris le nôtre, qui avaient perduré plus longtemps que la durée de vie de certains pays. SOYEZ PRUDENT !)

Tout le feuilleton est parasité par des commentaires consternants, par exemple ceux d’une cohorte « d’experts » américains digressant sur deux résultats prévisibles pour l’Iran : la capitulation ou l’implosion du « régime ».

Quiconque imagine que Téhéran capitulera démontre une ignorance totale de l’ambiance générale de défi et de mépris parmi le peuple iranien, alors même qu’il est confronté à des difficultés économiques massives. Et quiconque affirme qu’il y aura un changement de régime à Téhéran ne fait que répéter comme un perroquet une ligne « politique » américaine qui relève du rêve éveillé.

Les néo-conservateurs américains qui ont apporté au monde la guerre ratée de plusieurs billions de dollars en Irak auraient dû être enterrés non pas à six pieds, mais à six kilomètres sous terre. Mais, comme les morts-vivants, ils n’abandonnent jamais.

Pourtant, au Moyen-Orient, en ce moment, il y a trois personnages qui chantent et dansent comme si tout se déroulait comme prévu : Mohamed ben Salmane (MBS) d’Arabie saoudite, son mentor, Mohamed ben Zayed des Émirats Arabes Unis et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou

Certainement, ils n’ont pas entendu les conseils experts de l’ancien chef du Mossad, Meir Dagan, qui a déclaré qu’une attaque militaire contre l’Iran était « la chose la plus stupide que j’aie jamais entendue ».

Un contre-feu ?

Il est toujours possible que les majuscules de Trump soient une ruse pour distraire les Américains du scandale de la trahison d’Helsinki. La théorie tient debout quand on pense aux élections de mi-mandat imminentes, ainsi qu’au besoin absolu de Trump d’avoir l’air d’un dur pour garder les Républicains sous sa coupe. Appelez ça une brillante manœuvre stratégique de Trump. Ou de Poutine?

Mais revenons à la réalité. Les options les plus sombres seraient soit que l’Iran devienne un satellite américain, soit qu’il ferme le détroit d’Ormuz – quelque chose qui, en pratique, détruirait l’économie mondiale.

On m’a assuré que le Corps des gardiens de la révolution islamique a les moyens technologiques de bloquer le détroit et qu’ils n’hésiteraient pas à le faire plutôt que de céder, si les choses se compliquaient. Le président Rohani ne peut pas s’opposer au CGRI.

L’administration Trump a, en fait, forcé Rohani à abattre ses cartes. Toutes les branches du gouvernement iranien sont désormais unies.

L’hystérie belliqueuse actuelle est totalement irresponsable. Dans le pire scénario du détroit d’Ormuz, la marine américaine serait impuissante, car les missiles SS-N-22 Sunburn de fabrication russe pourraient faire des ravages. Washington ne pourrait bombarder qu’à partir de la base aérienne d’Al Udeid au Qatar ou d’Incirlik en Turquie. Or, ni le Qatar ni la Turquie ne semblent disposés à contrarier l’Iran.

Le Pentagone devrait bombarder des sites de missiles côtiers iraniens sur les rivages du golfe Persique. Mais ceux-ci sont très bien camouflés ; les missiles sont mobiles et les USA ne disposent pas de renseignements fiables sur le terrain. L’Iran n’a besoin de tirer qu’un seul missile à la fois. Aucun pétrolier ne pourrait espérer passer.

Les choses n’ont même pas besoin de se dégrader jusqu’à une guerre ouverte. Téhéran n’a qu’à rendre la menace crédible. Les compagnies d’assurance cesseraient d’assurer les transporteurs de pétrole. Et aucun pétrolier ne naviguerait sans assurance.

En ligne de mire, l’axe Russie-Chine-Iran

L’enjeu géopolitique est encore plus complexe. Velayati était à Moscou quelques jours avant Helsinki. Selon des sources diplomatiques, l’Iran et la Russie sont synchronisés — et coordonnent étroitement leur politique. Si la stratégie actuelle de tension persiste, elle fera monter le prix du pétrole, ce qui est aussi bon pour la Russie que pour l’Iran.

Et puis, il y a la Chine. Tsunami de sanctions ou non, Pékin est susceptible d’augmenter ses importations de pétrole en provenance d’Iran. Les « experts » selon qui l’Iran est en passe de devenir un pion de la Russie et de la Chine sont désespérément myopes. La Russie, la Chine et l’Iran sont déjà fermement alignés.

À défaut d’une guerre, la priorité absolue de l’administration Trump est de perturber la nouvelle Route de la Soie – l’Initiative Belt and Road — entre la Chine et l’Europe. Or, son principal corridor de connectivité économique traverse l’Iran.

« L’ennemi » fondamental est la Chine. Mais pour qu’un plan de division-pour-régner fonctionne, encore faudrait-il tenter d’attirer la Russie dans une sorte d’entente cordiale. Et en parallèle, la déstabilisation de la Perse est un must. Après tout, c’est ce que le régime Cheney qualifiait de « grand prix ».

Par Pepe Escobar
Paru sur Asia Times sous le titre Tweet of Mass Destruction ratchets up tension on Iran
Traduction Entelekheia
Image Pixabay

http://www.afrique-asie.fr/un-tweet-de-destruction-de-masse-de-trump-attise-les-tensions-avec-liran/

 

 

Bras-de-fer américano-iranien en Mésopotamie

Bras-de-fer américano-iranien en Mésopotamie

Les forces américaines à Al-Tanf sont en difficulté tant du côté syrien qu’irakien. Téhéran résiste aux manœuvres américaines en Irak et refuse que Haidar Abadi, le nouvel allié de l’imprévisible Moqtada Sadr, soit reconduit à la tête du gouvernement. Abadi est par ailleurs lâché par certains alliés traditionnels et fragilisé par les émeutes dans les principales villes à majorité chiites du Sud et du centre…Quant aux leaders sunnites, ils refusent de voir Moqtada Sadr associé au pouvoir, comme les y invite les émissaires américains.

La fin de l’occupation du tiers de l’Irak par le groupe armé « État islamique » (Daech) et le retour de l’ensemble du territoire sous contrôle des forces gouvernementales n’apportent pas pour autant paix et stabilité en Mésopotamie. Dans bien des provinces du sud, les gens ont investi la rue pour protester contre l’absence de services essentiels dont le pays souffre depuis plus d’une décennie. De plus, malgré l’unanimité de tous les partis par rapport aux résultats des dernières élections parlementaires, le choix d’un premier ministre ne sera pas une tâche facile. Mais il y a autre chose : les problèmes en Mésopotamie se poursuivent en raison du bras de fer qui s’intensifie entre l’Iran et les USA. Haidar Abadi, le premier ministre actuel, a cessé d’être le candidat favori de l’Iran, mais demeure celui des USA et de leurs partenaires régionaux au Moyen-Orient. La grande question reste à savoir qui arrivera à mettre en place « son » candidat. Ce sera l’Iran ou les USA ? Les deux sont résolus à ne pas perdre et tous les moyens sont bons pour promouvoir le candidat de leur choix.

Le premier ministre par intérim Haidar Abadi parvient pour l’instant à absorber la colère de la population. Elle est sortie dans la rue pour protester contre l’absence d’emplois, le rationnement d’eau fraîche à Bassora (dans le sud) et les coupures d’électricité à répétition en pleine chaleur au sud et au centre de l’Irak, tout en se révoltant contre la corruption endémique dont l’Irak souffre depuis l’occupation US en 2003.

Certains manifestants ont détruit des établissements publics (dont l’aéroport de Nadjaf) et incendié des commerces et des maisons appartenant à certains membres du parlement et d’organisations locales, justifiant ainsi l’intervention des services de sécurité. Ceux-ci ont arrêté de nombreuses personnes et ont désigné un endroit précis où faire valoir leur liberté d’expression. Les services de sécurité ont rouvert toutes les routes fermées, y compris celles entre Bassora et le Koweït.

Bassora se démarque par sa situation sur un immense gisement pétrolier, le plus grand au monde, et par ses immenses ressources pétrolières et gazières. La ville produit en moyenne 3,2 millions de barils de pétrole par jour (b/j) et ses exportations sont estimées à 4,6 millions b/j à partir de son port au sud. Le pétrole tiré du gisement pétrolier de Rumaila, l’un des plus grands de Bassora (avec ses 340 puits de pétrole), est le plus pur qui soit. Cependant, malgré le haut rendement pétrolier du sud de l’Irak (dans les provinces de Bassora, Dhi Qar, Maysan, Muthanna et Wasit), la population locale en profite très peu et souffre encore aujourd’hui de l’absence de services essentiels.

L’Irak a vendu 3,84 millions b/j en juin et a augmenté sa production à 4,5 millions b/j le même mois, qui devrait atteindre 4,7 millions b/j en juillet, même si la limite de l’OPEP pour l’Irak a été fixée à 4,35 millions b/j. Les partis politiques en Mésopotamie appellent le gouvernement à quitter l’OPEP et à se lancer dans une production quotidienne illimitée. Le pays a besoin d’argent et a investi des centaines de milliards de dollars pour combattre et défaire le groupe armé « État islamique » (Daech).

Malgré son importante production pétrolière et gazière, le sud de l’Irak a désespérément besoin d’électricité. Bassora et d’autres provinces reçoivent leur électricité de l’Iran, qui fournit des approvisionnements de réserve à l’Irak depuis 2012 : Khoramchehr approvisionne Bassora, Karkhah approvisionne Amara, Mirsad approvisionne Diyalaand, Serpil Zahab approvisionne Khaniqin. L’Irak souffre d’une pénurie d’électricité depuis 1990 {En raison des destructions des infrastructures par les Etats-Unis et leurs alliés et l’imposition d’un embargo total}.

Après l’invasion US en 2003, la corruption au sein du gouvernement central et de nombreuses frappes terroristes sur les installations électriques ont entraîné une hausse considérable de coupures d’électricité variant de 20 à 8 heures par jour tous les jours, dans un pays où la température peut atteindre 58 degrés Celsius (j’ai connu pendant de nombreuses années la température de juillet, où il peut faire jusqu’à 49 degrés Celsius à l’intérieur quand il n’y a pas d’électricité. Les gens dormaient sur les toits pour quelques heures après minuit). À un certain moment, l’Iran a même cessé de fournir 1 200 MW d’électricité à l’Irak en raison de sa dette accumulée, qui dépassait le milliard de dollars.
C’est ici que les choses se gâtent :
L’Irak a remboursé 100 millions de dollars de sa dette à l’Iran, mais se heurte aux sanctions américaines imposées contre l’Iran. L’Irak sous Abadi serait prêt à se conformer aux mesures américaines. Des sources liées au bureau du premier ministre ont indiqué que « les USA cherchent à remplacer l’approvisionnement iranien en électricité en faisant pression sur les deux principaux pays voisins (Arabie saoudite et Koweït) pour qu’ils aident l’Irak à répondre à ses besoins essentiels, et en les invitant à offrir leurs capacités structurelles à Abadi. L’idée, c’est de tasser l’Iran et limiter son influence en Mésopotamie ».

En effet, les ambassadeurs américains basés au Moyen-Orient et l’envoyé spécial du président des USA en Irak Brett McGurk font de leur mieux pour convaincre les pays du Golfe de soutenir Haidar Abadi et Moqtada al-Sadr et promouvoir leur candidature pour qu’ils prennent le pouvoir au sein du nouveau gouvernement qui sera formé et s’opposent à l’Iran et à ses alliés en Irak. Ils demandent aux pays voisins d’approvisionner l’Irak en électricité (à la place de l’Iran) pour que l’économie iranienne n’en profite pas.

« L’envoyé des USA Brett McGurk nous a rendu visite à Bagdad pour nous demander de soutenir Moqtada et Abadi au sein d’une même coalition afin de réélire le premier ministre actuel. Nous lui avons dit que Moqtada al-Sadr est imprévisible et qu’il ne peut être considéré comme fiable. Votre politique (celle des USA) en Irak a toujours échoué et vos choix ne sont pas dans nos intérêts », ont dit deux des plus hautes autorités politiques sunnites en Irak que l’envoyé des USA est allé voir. L’ambassadeur McGurk n’aurait apparemment pas apprécié cette réponse inattendue selon les sources : si les dirigeants irakiens ne se pliaient pas aux « recommandations » des USA, il les a menacés de représailles.

« Nous avons dit à l’ambassadeur Brett que s’il nous menaçait, il n’obtiendra aucune collaboration de notre part, ce qui entraînera des résultats négatifs pour tous », ont affirmé les sources. Les sunnites ne sont d’ailleurs pas les seuls à refuser de soutenir Moqtada et Abadi. L’envoyé des USA s’est rendu aussi au Kurdistan, où il a obtenu des réponses similaires de la part des responsables kurdes.

Les USA comptent aussi sur les chefs de partis chiites, notamment Sayyed Ammar al-Hakim, qui semble le plus docile de tous ceux qui ont été pressentis en ayant offert sa pleine collaboration.

On dirait bien que les chances de renouveler le mandat d’Haidar Abadi pour quatre autres années s’amenuisent de jour en jour. L’Iran et ses alliés, ou peut-être même les partis opposés aux USA parmi les chiites, les sunnites et les Kurdes, prédominent. Il n’y a pas si longtemps, l’Iran et les USA s’entendaient sur un seul candidat, le premier ministre actuel Haidar al-Abadi. Aujourd’hui, les USA ont déclaré une guerre économique à l’Iran pour compromettre ses capacités et affecter le peuple iranien et sa monnaie locale. L’embargo commencera vraiment à s’imposer en août et s’intensifiera en novembre.

Par conséquent, l’Iran ne peut accepter la formation d’un gouvernement qui lui est hostile à Bagdad et les USA acceptent mal de voir l’Irak du côté de l’Iran, d’autant plus que cela mine l’efficacité de leur embargo « unilatéral ». L’Irak peut aider l’Iran à vendre son pétrole et augmenter ses échanges commerciaux avec Téhéran, ce qui nuit au plan de Donald Trump visant à forcer en quelque sorte la soumission de la « République islamique ».

De plus, les USA sont très préoccupés par les forces de sécurité irakiennes, les Hachd al-Chaabi, créées en 2014 pour combattre Daech, en réponse à l’appel au djihad du grand ayatollah Sistani contre le groupe terroriste (accusées à tort d’être à la solde de l’Iran). Ces forces ont pris position le long de la frontière entre l’Irak et la Syrie.

Le 18 juin, des avions israéliens ont bombardé et détruit le QG des forces de sécurité irakiennes à la frontière avec la Syrie. Les Hachd occupaient cette position pour surveiller les mouvements de Daech entre la Syrie et l’Irak. Étant donné la présence de Daech dans la zone contrôlée par les USA au nord-est de la Syrie, aucune force terrestre régulière, qu’elle soit syrienne ou irakienne, n’est autorisée à attaquer et à poursuivre Daech sur le territoire contrôlé par les USA. C’est ce qui a amené les Hachd al-Chaabi à :

Proférer une menace sans équivoque aux forces US, en promettant de riposter à la frappe contre leurs forces qui a causé la mort de 24 membres de la sécurité irakienne. Les Hachd estiment que ce sont les USA qui contrôlent le ciel au-dessus de l’Irak et qu’à ce titre, aucune attaque israélienne ne peut s’être produite sans autorisation des USA. Les forces irakiennes vont sans aucun doute maintenir leur droit de riposte si jamais la balance du pouvoir en Mésopotamie change et que le gouvernement irakien décide de s’allier aux USA contre l’Iran.
Encercler toute la zone où Daech est basé. Les Hachd ont même poussé plus loin : en accord avec l’armée syrienne, les forces des deux pays ont encerclé la base US à al-Tanf afin de limiter le mouvement des forces rebelles qui s’y trouvent.

L’armée américaine a imposé une zone de sécurité de 50 milles (80 km) autour de ses bases en Syrie et en Irak. Les deux pays la respectent, mais elles ont mis en place des forces statiques autour de ces bases, ce qui donne vraiment l’impression que les forces US ne sont pas les bienvenues, puisque leur rôle se limite à occuper une partie du territoire syrien et à empêcher les échanges commerciaux entre la Syrie et l’Irak. Daech n’est pas présent au poste-frontière d’al-Tanf à l’est.

De plus, les commandants des Hachd croient que les USA cherchent à établir plusieurs bases militaires en Irak, plus particulièrement à proximité de sa frontière avec la Syrie. Les forces de sécurité irakiennes se croient capables de contrecarrer toute résurrection ou attaque de Daech, ce qui rend inutile l’établissement de la moindre base militaire dans le pays. Pour les commandants des Hachd, l’existence d’une coalition militaire dirigée par les USA n’a plus sa place, car la présence d’instructeurs et l’échange d’expériences et de renseignements dans la lutte contre le terrorisme suffisent amplement.

À de nombreuses reprises par le passé, Abadi a voulu limoger le chef adjoint des Hachd al-Chaabi Jamal Jaafar Mohammad Ali, alias Abou Mahdi al-Mohandes. C’est l’homme de l’Iran, « ce qui en dit long ». Cependant, le premier ministre irakien n’est pas aujourd’hui en mesure de provoquer une réaction contre lui au sein des Hachd al-Chaabi, un groupe qui est très populaire en Irak. Voilà pourquoi Abadi s’est rendu au QG des Hachd pour rencontrer Mohandes et faire taire les rumeurs (pour le moment). Chacun sait parmi les décideurs que les USA acceptent le rôle des Hachd et leur inclusion au sein des forces de sécurité irakiennes, sauf qu’ils aimeraient que Mohandes quitte le pouvoir.

Les USA poursuivent constamment leur bras de fer les opposant à l’Iran en Mésopotamie et au Levant. Ils tentent de réduire la marge de manœuvre de l’Iran au Moyen-Orient en vue de l’imposition de leur embargo avant la fin de l’année. Les USA ont même accepté de promouvoir la candidature de Moqtada al-Sadr, celui-là même qui est responsable de la mort de nombreux soldats américains durant leur occupation du pays entre 2003 et 2011!
Si Moqtada a gagné des points, c’est parce qu’il s’est prononcé contre l’Iran à quelques reprises et s’est rendu dans certains pays voisins, l’Arabie saoudite et les Émirats, qui nourrissent une animosité contre l’Iran.

Dans les faits, Moqtada n’est pas plus favorable aux Américains qu’aux Saoudiens, mais cherche à se donner une identité personnelle et à endosser le rôle de guide suprême en Irak. Cependant, s’il s’est imposé en Mésopotamie, ce n’est pas grâce à son charisme (il en manque), mais par la terreur silencieuse qu’inspirent les militants de la « Saraya al Salam » qu’il dirige, par leurs manifestations ou leur intimidation. Cela fait de lui une personnalité que l’on craint.

Moqtada a demandé refuge en Iran à de nombreuses reprises durant l’occupation de l’Irak par les USA et le général Qassem Soleimani du Corps des Gardiens de la révolution islamique l’a financé pendant des années. Aujourd’hui encore, il se réunit avec le général iranien et lui demande de l’inclure, plutôt que l’isoler, dans toute grande coalition qui devrait former le nouveau gouvernement.

Abadi et Moqtada sont en train de créer, de concert avec le parti al-Hikma de Sayyed Ammar al-Hakim, une coalition possible opposée à une autre coalition au sein de la communauté chiite dirigée par Nouri al-Maliki et Hadi al-Ameri. Les chances d’Abadi diminuent progressivement aux yeux de nombreux dirigeants irakiens, qui s’attardent sur deux noms, Ameri et Faleh al-Fay’yad, le chef des Hachd al-Chaabi, pour diriger le nouveau gouvernement.

Le dernier mot n’a pas encore été prononcé, mais cela devrait se faire d’ici la fin de l’été. Qui va l’emporter? Les USA et une partie des voisins de l’Irak, qui soutiennent Abadi, ou l’Iran, qui arrive à détourner des candidats de l’orbite des USA?

Par Elijah J. Magnier (à Bagdad):
Traduction : Daniel G

http://www.afrique-asie.fr/bras-de-fer-americano-iranien-en-mesopotamie/

 

 

Trump : le Déglobalisateur ?

Trump : le Déglobalisateur ?

Par Peter_Koenig-80x80_c Peter Koenig – Le 22 juillet 2018 – Source thesaker.is

On dirait que Trump devient fou furieux avec ses « politiques commerciales ». Non seulement il a contrarié l’Union européenne – qui ne mérite pas mieux, franchement – d’avoir été et d’être encore des vassaux soumis contre la volonté de 90% des Européens ; mais il a aussi réussi à mettre la Chine en rogne. Eh bien, pour la Chine, ce n’est pas très important, car elle a beaucoup d’autres marchés, y compris l’ensemble de l’Asie, et probablement de plus en plus l’Europe, qui ressent sérieusement le besoin de se détacher des États-Unis.

Ce qui est frappant, cependant, c’est que même au début du sommet du G20 en cours à Buenos Aires, en Argentine, les ministres de Trump ont clairement indiqué que faute pour l’Europe d’annuler toutes ses subventions – en se référant principalement aux subventions agricoles – et d’éliminer les représailles nouvellement imposées sur les droits de douane, de nouveaux accords commerciaux ne seront pas discutés. Peu importe que les États-Unis aient les subventions agricoles les plus élevées au monde.

De loin, cela ressemble à la guerre commerciale la plus embrouillée et absurde que les États-Unis, via Trump, mènent contre le reste du monde – à la « Make America Great Again ». Est-ce que ça marchera ? Peut-être. On ne peut jamais prédire la dynamique, surtout pas dans un monde occidental néolibéral habitué au simplisme, qui par définition est toujours faux. Sciemment et délibérément, l’Occident et ses institutions financières clés, le FMI, la Banque mondiale, la FED et la Banque centrale européenne, trompent le grand public en leur faisant croire leurs statistiques et leurs prédictions – qui, si l’on remonte dans l’histoire, ont toujours été hors des clous.

Toute vie est dynamique. Mais pour comprendre cela, il faut une pensée indépendante – que l’Occident a depuis longtemps abandonnée, malheureusement. Ainsi, en réponse au dernier fiasco commercial de Trump au G20 en Argentine, le FMI est sur les dents, estimant que cela pourrait faire baisser le PIB mondial d’au moins 0,5%. Même si c’est vrai, et alors ?

En réalité, il y a un scénario totalement différent dont personne n’ose parler. À savoir : qu’est-ce que la production locale renouvelée et la souveraineté monétaire peuvent apporter à l’économie mondiale ? Précisément ce que M. Trump dit qu’il veut apporter aux États-Unis : la production locale pour les marchés locaux et le commerce avec les pays qui respectent les avantages mutuels. Avantages mutuels qui, bien sûr, ne sont pas facilement au rendez-vous dans un accord commercial avec les États-Unis. Mais pour la question du pouvoir économique, ceux-ci sont un énorme baril de poudre. La stimulation des économies locales par le crédit interne est le moyen le plus efficace pour stimuler l’emploi local et le PIB.

Ensuite, il y a le jeu des sanctions. Ça devient de plus en plus agressif. De nouvelles sanctions contre la Russie, de nouvelles sanctions contre le Venezuela et de nouvelles sanctions lourdes contre l’Iran. Et les marionnettes européennes continuent à suivre, bien qu’elles souffrent le plus des sanctions américaines imposées aux autres, notamment parce que, « stupidité » ou peur, elles ne peuvent pas abandonner l’empire destructeur à l’agonie. Ou peut-être ces faux leaders de la construction bruxelloise sont-ils achetés ? – Oui, je veux dire achetés avec de l’argent ou des faveurs – ce n’est pas impossible, puisque les gens de la Commission européenne, qui dirigent les choses, ne sont pas élus, donc ils ne sont responsables vis-à-vis de personne.

Prenons le cas de l’Iran, Trump et ses pairs, Bolton et Pompeo, ont menacé toutes les compagnies pétrolières du monde entier de lourdes sanctions si elles continuaient à acheter des hydrocarbures en Iran au-delà de novembre 2018. Les géants européens du pétrole sont particulièrement inquiets, comme Total, ENI, Repsol et d’autres. En conséquence, ils ont annulé leurs contrats de plusieurs milliards d’euros avec l’Iran pour se protéger – et, bien sûr, leurs actionnaires. Tout récemment, j’ai parlé à un haut dirigeant de Total. Il a dit : « Nous n’avons pas le choix, car nous ne pouvons pas faire confiance à nos gens à Bruxelles pour nous protéger des sanctions de Washington. Nous devons donc chercher ailleurs pour remplir nos obligations contractuelles vis-à-vis de nos clients. Mais, a-t-il ajouté, nous n’avons pas acheté de pétrole de schiste américain ; nous négocions avec la Russie. Voilà où on en est. »

Le marché européen des hydrocarbures iraniens est estimé à environ 20% de sa production totale. Un montant, facilement pris en charge par la Chine et d’autres qui sont trop grands – et trop fiers – pour être sanctionnés par l’empire. Certains peuvent effectivement revendre des hydrocarbures iraniens, par une porte dérobée, aux sociétés pétrolières européennes autrement sanctionnées.

L’Iran dispose d’une autre arme puissante qu’il a déjà clairement annoncée :  si les États-Unis tentent sérieusement d’empêcher quiconque d’acheter du pétrole et du gaz iraniens, l’Iran peut bloquer le détroit d’Ormuz, par lequel transite quotidiennement environ 30% de tous les hydrocarbures utilisés dans le monde, dont près de la moitié vers les États-Unis. Cela pourrait augmenter le prix du pétrole de manière exponentielle et ruiner les économies de nombreux pays. Cependant, des prix plus élevés profiteraient également à la Russie, à la Chine et au Venezuela, précisément aux pays que Washington veut punir.

Une telle initiative de l’Iran provoquerait-elle une agression américaine directe ? On ne sait jamais avec les profiteurs de guerre aux États-Unis. Ce qui est sûr, c’est qu’une telle intervention ne se passerait pas sans une réponse proportionnée de la Chine et de la Russie.

De l’autre côté du scénario, imaginez : les pays embourbés dans ce gâchis mondial, provoqué par les États-Unis, commencent à nouveau à s’occuper de leurs propres intérêts, de leur propre souveraineté et indépendance vis-à-vis de la mondialisation. Ils se lancent dans des politiques économiques favorisant l’autosuffisance, la sécurité, d’abord dans le domaine alimentaire, puis se concentrent sur leurs recherches scientifiques pour construire leurs propres parcs industriels à la pointe de la technologie. Un exemple frappant est la Russie. Depuis l’imposition de sanctions, la Russie est passée d’un pays totalement dépendant des importations depuis l’effondrement de l’Union soviétique à un pays autosuffisant dans le secteur de l’alimentation et de l’industrie. Selon M. Poutine, les sanctions sont la meilleure chose qui soit arrivée à la Russie depuis la chute de l’Union soviétique. La Russie est le premier exportateur mondial de blé depuis deux ans.

Les Européens ont commencé tranquillement à réorienter leurs activités commerciales vers l’est. Les Européens ont peut-être enfin remarqué – non pas les marionnettes élitistes de Bruxelles, mais le Big Business et le grand public – que l’on ne peut pas faire confiance au partenaire transatlantique, ni à l’administration centrale européenne de Bruxelles que l’Europe s’est imposée elle-même. Ils cherchent leurs propres moyens, chacun de ces pays tente progressivement de se sortir des griffes de Washington, se détachant finalement de la domination du dollar, car ils remarquent, en hommes d’affaires avisés, que l’économie basée sur le dollar est une affaire perdante.

Et il y a le Brexit, le mouvement le plus flagrant pour s’éloigner ouvertement du dictat européen qui « limite la liberté », et qui n’est rien d’autre qu’une copie conforme du dictat économique du dollar, tel qu’il est pratiqué aux États-Unis et partout où le dollar reste la monnaie principale des contrats internationaux et la monnaie de réserve.

Le mouvement Cinq étoiles en Italie a été créé sur des prémisses similaires – se libérer de Bruxelles et des menottes de la politique de l’euro. Lors d’une première tentative de mise à l’écart de l’euro, ils ont reçu une fessée du président italien europhile, Sergio Mattarella, qui refusait d’accepter [dans le gouvernement] un ministre des Finances eurosceptique, Paolo Savona, proposé par le parti Lega Norte, partenaire de la coalition Cinq étoiles. Savona avait déclaré que l’entrée de l’Italie dans la zone euro avait été une « erreur historique ». Cette effort de l’Italie pour retrouver sa souveraineté monétaire n’est pas fini. Au contraire, il a pris de la force et de la détermination. L’Allemagne évolue dans la même direction en ouvrant discrètement ses portes à Moscou et à Pékin.

Malheureusement, ces initiatives ont peu à voir avec une nouvelle conscience, plus humaine et pacifique, mais plutôt avec les intérêts des entreprises. Mais peut-être que la prise de conscience – les retrouvailles avec l’étincelle originelle d’une humanité imprégnée de solidarité – est un processus qui se fera étape par étape.

Et si, compte tenu du mouvement des gens vers l’autodétermination, de la folie furieuse de Trump, de sa plongée dans le chaos – vers plus en plus de chaos – du jeu des sanctions sans fin, des punitions et menaces, amis et ennemis confondus, nous nous dirigions vers une véritable dé-globalisation du monde ?

Si cela devait arriver, alors nous, les 90% de la population mondiale, devrions être très reconnaissants à M. Trump, qui a montré et ouvert la voie des Lumières, celles de la dé-globalisation.

Peter Koenig est économiste et analyste géopolitique. Il est également spécialiste des ressources en eau et de l’environnement. Il a travaillé pendant plus de 30 ans avec la Banque mondiale et l’Organisation mondiale de la santé dans le monde entier dans les domaines de l’environnement et de l’eau. Il enseigne dans des universités aux États-Unis, en Europe et en Amérique du Sud. Il écrit régulièrement pour Global Research, ICH, RT, Spoutnik, PressTV, Le 21ème siècle, TeleSUR, The Saker, et d’autres sites internet. Il est l’auteur du livre  Implosion – An Economic Thriller about War, Environmental Destruction and Corporate Greed  – une fiction basée sur des faits et sur 30 ans d’expérience de la Banque mondiale dans le monde. Il est également co-auteur de The World Order and Revolution ! – Essays from the Resistance.

Note du Saker Francophone

Cet article a fait l'objet d'une analyse sur le site dedefensa.org

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/trump-le-deglobalisateur