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L’UE tient enfin tête aux USA sur l’Iran

L’UE tient enfin tête aux USA sur l’Iran

Bruxelles met en place une « structure spéciale » pour contourner le dollar américain et permettre la poursuite des transactions financières avec Téhéran

L’histoire pourrait un jour décider que ce moment a été celui où l’Union européenne a décroché son doctorat en politique étrangère.

La semaine dernière, la responsable de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, et le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, ont annoncé à l’ONU un « special purpose vehicle » (SPV, « véhicule spécial ») pour contourner les sanctions de l’administration Trump contre l’Iran, après le retrait unilatéral des États-Unis du JCPOA, l’accord nucléaire iranien.

Mogherini a insisté sur le fait que « concrètement, cela signifie que les États membres de l’UE vont créer une entité juridique spéciale pour ses transactions financières légitimes avec l’Iran, qui permettra aux entreprises européennes de continuer à commercer avec ce pays, conformément au droit de l’Union européenne, et qui pourrait s’étendre à d’autres partenaires dans le monde « .

Le SPV, qui, selon Mogherini, « vise à préserver les échanges commerciaux avec Téhéran, pendant la durée d’application des sanctions américaines », pourrait entrer en vigueur avant le début de la deuxième phase des sanctions américaines, début novembre.

Cette seule initiative suffit à démontrer que Bruxelles tente de se positionner en acteur géopolitique sérieux, en défiant ouvertement les États-Unis et en annihilant l’impact de la campagne de diabolisation de l’Iran lancée par la Maison Blanche, la CIA et le Département d’État.

Il ne suffit pas de rappeler que le JCPOA est un accord multilatéral approuvé par l’ONU et signé après des années de négociations ardues. Les autres signataires du JCPOA, outre l’Iran et les États-Unis — la Russie, la Chine et les « 3 de l’UE » (la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne) — ont toujours été déterminés à préserver l’accord et à soutenir l’Iran dans le domaine du nucléaire civil.

Cela a certes pris quelques mois, mais les « 3 de l’UE » ont fini par réaliser ce que Moscou et Pékin savaient déjà : tout business avec l’Iran – qui est dans l’intérêt de tous les acteurs — doit contourner le dollar américain.

Nous en arrivons donc maintenant à une situation où les 3 de l’UE vont mettre en place un mécanisme financier multinational, soutenu par les États, pour aider les entreprises européennes à faire du business avec l’Iran en euros — donc hors d’atteinte des autorités financières des États-Unis.

Parallèlement, la Russie et la Chine feront leur commerce avec l’Iran en roubles et en yuans.

Les négociants en énergie qui connaissent leur métier savaient que Moscou et Pékin, deux membres des BRICS, continueraient à faire leur business pétrolier et gazier avec Téhéran. Sous la pression américaine, l’Inde, membre des BRICS, a toutefois capitulé.

Le SPV permettra à l’Iran de préserver au moins ses 40% d’exportations pétrolières destinées au marché de l’UE et permettra même à des géants européens de l’énergie d’investir dans les infrastructures iraniennes. Il ouvre également une issue de secours aux pays consommateurs d’énergie facilement effarouchés, comme l’Inde.

Et d’une manière totalement symbiotique, le SPV ouvre également une autre voie au combo Russie-Chine. Après tout, le mécanisme du SPV contournera le réseau financier belge SWIFT, dans lequel les États-Unis interviennent à volonté. De sorte que le SPV pourrait devenir un mécanisme post-SWIFT de choix, ce qui permettrait un accroissement des activités transfrontalières à travers l’Eurasie et une extension vers les pays du Sud.

Le Dollar, une arme émoussée ?

A Bruxelles, des diplomates de l’UE ont confié leur exaspération à l’égard de l’administration Trump à Asia Times. Un diplomate la résume : « Nous n’allons plus nous laisser intimider par des ingérences extra-territoriales. Le JCPOA a été la première réussite de la politique étrangère de l’UE. Nous avons travaillé très dur pour l’obtenir et nous sommes déterminés à ce que l’accord ne soit compromis en aucune circonstance. »

Par ailleurs, le Conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton — qui n’est pas vraiment populaire à Bruxelles — a promis de continuer à exercer une « pression maximale » sur Téhéran et menace l’UE si elle s’avise d’appliquer le SPV.

Pour Bruxelles, la préservation du JCPOA est sacrée. L’accord est directement lié à la crédibilité des institutions bruxelloises, qui sont en état de siège. S’il s’effondre, une catastrophe potentielle peut s’ensuivre lors des prochaines élections du Parlement européen, en mai 2019 .

Le jeu révèle toute sa complexité si l’on considère le rôle de catalyseur de l’Iran, qui a permis à l’UE de tenir enfin tête aux États-Unis — et potentiellement de se rapprocher de la Russie et de la Chine.

Ce que nous voyons émerger, ce sont les contours d’une éventuelle alliance trans-eurasienne, sur de multiples fronts, entre la Russie, la Chine et l’Iran — les trois pays-clés de l’intégration eurasiatique — et les 3 de l’UE.

C’est un coup digne d’un maître d’échecs persan, qui englobe les guerres énergétiques, l’équilibre des puissances en Asie du Sud-Ouest, le pouvoir absolu du système financier mondial sous contrôle américain et le statut du dollar américain — soutenu par le pétrodollar — de monnaie de réserve mondiale.

Tous ces thèmes se tenaient aux aguets dans l’ombre des couloirs de l’UE, à Bruxelles, depuis des années – avec des commissaires et des diplomates qui militaient pour un euro plus présent dans le commerce mondial (comme Pékin avec le yuan).

On peut estimer qu’une offensive concertée du SPV mènera l’euro, le yuan et le rouble à devenir, à terme, des monnaies de réserve crédibles. L’instrumentalisation politique du dollar se fait à ses risques et périls.

Par Pepe Escobar

Paru sur Asia Times sous le titre EU finally stands up to US ‘bullying’ over Iran sanctions

Traduction Entelekheia

Photo Pixabay

http://www.entelekheia.fr/2018/10/03/lue-tient-enfin-tete-aux-usa-sur-liran/

http://www.afrique-asie.fr/lue-tient-enfin-tete-aux-usa-sur-liran/

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Les missiles lancés par l’Iran vers l’Irak au cours d’une frappe anti-terroriste portaient plusieurs messages importants

Les missiles lancés par l’Iran vers l’Irak au cours d’une frappe anti-terroriste portaient plusieurs messages importants


Andrew Korybko
Andrew Korybko

Par Andrew Korybko – le 25 septembre 2018 – source orientalreview.org

L’Iran a reconnu avoir procédé à une frappe de missiles contre des militants kurdes en Irak.

Cette frappe s’est produite il y a presque deux semaines, le 8 septembre, et s’était vue confirmée juste après par le corps des Gardiens de la révolution islamique (GRI), mais le général de division Mohammad Ali Jafari est revenu dessus jeudi dernier [le 20 septembre 2018, NdT], en faisant la remarque que « la revanche récente des GRI sur les terroristes porte un message lourd de sens aux ennemis, en particulier aux super-puissances pensant être en mesure de nous imposer leurs machinations diaboliques et de nous intimider ». Ces propos indiquent que Téhéran ne voulait pas uniquement décapiter le commandement des deux organisations militantes kurdes qu’elle considère comme terroristes pour leur participation aux attaques transfrontalières de ces dernières années, mais également signaler à ses adversaires que la République islamique est plus que capable de mener des attaques défensives de missiles sol-sol.

Quant à la première de ces intentions, il est clair que l’Iran considère l’hébergement au nord de l’Irak de groupes militants kurdes anti-gouvernementaux comme une menace pressante à sa sécurité, surtout dans le contexte d’aggravation de la situation économique du pays faisant suite à la réimposition de sanctions énergétiques par les USA dès novembre. L’Iran s’est donc senti obligé de lancer une action préventive contre ces organisations, sans leur laisser l’initiative de capitaliser encore plus sur les problèmes du pays, et possiblement d’aggraver la guerre hybride qui est menée contre lui pour le compte des USA et de leurs alliés. L’Iran sait qu’elle serait réduite en poussière si elle lançait une attaque conventionnelle contre n’importe lequel de ces derniers, mais espère que la démonstration de ses capacités militaires suffira à les dissuader, en apportant la preuve qu’elle est en mesure de leur infliger des dégâts significatifs si ce scénario devait se réaliser.

L’Iran frappe les kurdes en Irak

Cette dernière frappe de missiles portait donc une signification au sens des guerres conventionnelle et non conventionnelle, qui restent inséparables dans le contexte géostratégique dans lequel ces frappes s’inscrivent. L’Irak est au cœur d’une crise intérieure multi-facette, qui ne fait que s’empirer, qui porte à faux les réflexions « conventionnelles » sur ses lignes de fracture habituelles, et il est tout à fait envisageable que ce pays se transforme en « nouvelle Syrie » si ses nombreux problèmes ne trouvent pas de solution rapidement. Cette situation serait cauchemardesque pour l’Iran, les dynamiques d’instabilité pouvant se propager assez facilement entre les deux pays, ce qui explique pourquoi Téhéran a pris la décision d’une approche musclée face à ces menaces latentes à ce moment précis. Au risque de le répéter, la bonne lecture de cette frappe de missiles iranienne est plutôt une dissuasion qu’une agression.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le vendredi 21 septembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-missiles-lances-par-liran-vers-lirak-au-cours-dune-frappe-anti-terroriste-portaient-plusieurs-messages-importants

 

 

L’Inde, objet de toutes les convoitises

L’Inde, objet de toutes les convoitises

Publié le 9 Octobre 2018 par Observatus geopoliticus in Sous-continent indien, Russie, Pétrole, Etats-Unis, Chine

Des nombreuses fois où Poutine est passé par l’India Gate de New Delhi, celle-ci restera assurément dans les annales.

Beaucoup a été dit et écrit sur la signature du contrat portant sur la livraison des S-400 à l’Inde. C’est la principale information retenue et il est vrai qu’elle est importante, comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Moscou a doté ses deux partenaires du triangle eurasien [Chine et Iran] de systèmes anti-aériens perfectionnés. Après la levée de l’embargo à destination de l’Iran, les premiers S300 sont déjà arrivés à Téhéran, réduisant à peu près à néant tout risque de guerre future irano-américaine.

Quant à la Chine, elle vient d’avancer le paiement et devrait recevoir ses S400 début 2017, sanctuarisant son territoire à un moment où les tensions avec les Etats-Unis s’exacerbent en mer de Chine méridionale et dans la péninsule coréenne.

Le triangle se mue même en carré d’as avec la fourniture de S400 au vieil allié indien. Que le contrait ait été signé ou pas encore importe peu : New Delhi recevra sa part du gâteau pour fêter en fanfare son entrée dans le mouvement qui ne cesse de monter, l’Organisation de Coopération de Shanghai.

Pour Moscou, c’est doublement bénéfique : apaisement des rivalités (notamment sino-indiennes) de ses alliés par la fourniture d’armements sophistiqués qui fait entrer des écus sonnants et trébuchants dans les caisses. Quant aux Américains, quelques années après avoir vu s’effondrer leurs rêves d’établir une présence continue au cœur de l’Eurasie afin de la maintenir divisée, ils voient maintenant avec horreur des pans de plus en plus importants du continent-monde échapper à leur menace potentielle.

Cet apaisement nécessaire à l’intégration de l’Eurasie passe effectivement par la sanctuarisation du territoire des rivaux. N’ayant désormais plus à craindre l’autre, ils n’en négocieront qu’avec plus de sérénité aux sein des structures dont ils font partie :

La date de livraison de ce qui est vraisemblablement le meilleur système SAM du monde devrait bientôt être finalisée. Rappelons que le contrat avait été signé lors du sommet 2016 des BRICS. Ironie de l’histoire, trois régiments (chacun comportant seize lanceurs) devraient être positionnés à l’ouest face au Pakistan et deux régiments à l’est face à la Chine, tous deux désormais partenaires de l’Inde au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai :

Gageons que l’OCS aura pour effet de gommer les différends entre les futurs ex-frères ennemis et rendra, dans quelques années, superflu cet achat de S400…

Depuis plusieurs années, et notamment depuis l’arrivée de Modi au pouvoir, le rapprochement sino-indien est entré dans une nouvelle phase, certes entrecoupée de rechutes comme lors de l’affaire bhoutanaise. Cette tendance générale au réchauffement des relations se constate y compris dans des dossiers mineurs, comme la proposition de Pékin de travailler de concert avec Delhi aux Maldives, archipel où les deux géants asiatiques se tiraient précédemment la bourre.

Par ailleurs, en achetant les S400 russes, l’Inde a envoyé bouler Washington et ses menaces de sanctions. Comme l’explique joliment un connaisseur :

« D’une part parce qu’elle sait que les Américains ont besoin de ne pas se l’aliéner afin de disposer, encore et toujours, d’un éventuel allié de revers contre la Chine. D’autre part parce qu’elle n’a pas besoin, elle, des Etats-Unis pour faire contrepoids aux Chinois. La Russie est là pour ça.

La Russie qui a toujours fourni le meilleur de sa technologie militaire à l’Inde avant de le faire à la Chine. Sauf, pour une fois, sur le système S-400, précisément. La Russie qui est la mieux placée pour assurer la stabilité de l’Asie centrale et y contenir avec l’Inde et la Chine la montée de l’islam radical, dont les risques de propagation inquiètent autant Moscou que Pékin et New Delhi. La Russie qui, elle aussi, continue de commercer avec l’Iran en dépit des sanctions américaines.

Que les Américains l’admettent ou non, ils ne pèsent rien sur la scène asiatique lorsqu’il s’agit du jeu à trois entre Russes, Chinois et Indiens. Ils ne sont qu’un joker éventuel dans le jeu de vieilles puissances pratiquant une autre diplomatie que la leur, sur un autre tempo chronologique, dans un autre champ moral et spirituel que celui des Etats-Unis. A la jonction de l’Altaï, du Pamir et de l’Himalaya, les rodomontades des rednecks ne pèsent rien. »

New Delhi est également en passe d’envoyer paître les menaces américaines dans un autre dossier. Deux compagnies publiques indiennes viennent de signer des contrats pour continuer à importer du pétrole iranien après la mise en place de la deuxième tranche de sanctions US, le 4 novembre. Il est d’ailleurs possible que les paiements soient effectués en roupies (tss tss dédollarisation, quand tu nous tiens…)

Plus généralement, l’Inde étudie très sérieusement la possibilité de court-circuiter le dollar, non seulement avec l’Iran, mais aussi avec le Venezuela et la Russie. Le fidèle lecteur ne sera pas surpris, nous en évoquions la possibilité il y a deux ans et demi.

Mais revenons à la visite de Vladimirovitch. D’autres accords ont été conclus, allant de l’énergie nucléaire à l’exploration de l’espace. Moscou invite également les Indiens à participer aux colossaux projets gaziers dans la péninsule de Yamal et dans l’extrême-Orient russe.

Last but not least, Poutine et Modi ont, dans leur déclaration finale, insisté à plusieurs reprises sur la « nécessité de consolider le monde multipolaire et les relations multilatérales ». Ils ont même évoqué l’idée d’une architecture de sécurité régionale dans la zone indo-pacifique. Décodage : l’unipolarité américaine est rejetée. En un mot :

Pour Moon of Alabama et l’excellent Bhadrakumar dont l’article est cité plus haut, Modi a signé la fin du QUAD. Quézako ? Votre serviteur a déjà eu l’occasion d’expliquer la stratégie américaine des chaînes d’îles afin de contenir l’Eurasie :

Les Philippines sont d’importance : dans l’encerclement de l’Eurasie par les Etats-Unis, elles sont la clé du sud-est.

Elle fait même partie d’un réseau de containment mis en place par les Etats-Unis dans les années 50 : l’Island chain strategy ou, en bon français, stratégie des chaînes d’îles. Si ce fait est très peu connu en Europe et n’est jamais évoqué dans les médias, même les moins mauvais, il occupe pourtant les pensées des amiraux chinois et américains ainsi que les états-majors de tous les pays de la région ou les publications spécialisées (tag spécial dans The Diplomat, revue japonaise par ailleurs très favorable à l’empire).

Petite parenthèse historique : la réflexion stratégique autour des îles du Pacifique-ouest commença dès le début du XXème siècle, quand les Etats-Unis mirent la main sur les anciennes colonies espagnoles de Guam et… des Philippines (1898), tandis que l’Allemagne occupait les îles Marianne et Palau, et que la marine japonaise prenait son essor en dépossédant la Chine de Taïwan (1895). C’est à Haushofer, attaché militaire allemand au Japon de 1908 à 1910, que l’on doit les premières analyses sérieuses, où apparaissent déjà des considérations bien actuelles (rideau de protection, nœuds stratégiques etc.)

Pour Haushofer, cependant, ces chaînes d’îles constituaient pour les Etats continentaux comme la Chine ou l’Inde un rempart face aux menées des puissances maritimes. Les vicissitudes du XXème siècle et l’inexorable extension de l’empire US ont retourné la donne : ces arcs insulaires étaient désormais un rideau de fer contenant l’Eurasie (le bloc sino-soviétique durant la Guerre froide) et « protégeant » le Pacifique américanisé.

Ce qui nous amène au Grand jeu actuel. Que le domino philippin tombe et c’est la première chaîne qui est sérieusement ébréchée. La deuxième ligne étant plus virtuelle (car uniquement maritime, sans armature terrestre véritable), c’est le Pacifique, donc les côtes américaines, qui s’ouvrent partiellement à la Chine :

Pour faire simple, le QUAD est la troisième chaîne de containment de la Chine, composé de puissances économiques importantes, en arrière ligne, inféodées aux Etats-Unis : Japon, Australie et, du moins dans les rêves des stratèges US, Inde. Cette alliance informelle, créée au milieu des années 2000, a traversé diverses vicissitudes et connaît un regain de forme avec la sinophobie primaire du Donald, pour une fois d’accord avec son Deep State. D’aucuns voient dans le QUAD le prémisse d’une OTAN indo-pacifique.

Il y a deux mois, Modi avait déjà mis le holà, montrant ainsi de profondes divergences entre l’Inde et les deux autres valets de l’empire. Son idée de sécurité régionale, avancée lors du sommet avec Poutine, semble enfoncer un clou dans le cercueil du QUAD.

Attention toutefois. Un autre bon spécialiste, Pepe Escobar pour ne pas le nommer, est un peu moins optimiste, se méfiant des atermoiements de New Delhi entre multipolarité eurasienne et rapprochement avec Washington. Cela fait écho à ce que nous écrivions en 2016 après le sommet BRICS de Goa :

Inde-Russie :

L’alliance traditionnelle de la Guerre froide a largement survécu et les deux pays coopèrent toujours militairement, énergétiquement, diplomatiquement, financièrement (dédollarisation). 70% de l’armement indien est d’origine russe et nous apprenons d’ailleurs aujourd’hui que Moscou fournira ses fameux S-400 à l’Inde, la mettant au même rang que la Chine et au-dessus de l’Iran (qui n’a bénéficié « que » de S-300). La Russie est, avec le Japon, le seul pays de la planète à tenir annuellement un sommet bilatéral avec New Delhi. Bref, l’amitié indo-russe est là pour durer et il y a plus de chance qu’un homme mette le pied sur Pluton que de voir ces deux-là se placer dans des camps opposés. Sauf que…

Inde-USA :

Depuis plus de quinze ans, Washington travaille l’Inde pour tenter de la retourner. Cela avait déjà commencé sous Clinton (le mari), puis l’inénarrable « guerre contre le terrorisme » de Bush (le fils) avait pu faire croire à l’Inde que les Américains étaient sérieux. Soyons justes : l’AfPak post-2001 est sans doute le seul endroit du monde où Washington a réellement lutté contre le djihadisme/islamisme/terrorisme, et pour New Delhi, c’est tout ce qui comptait. A mesure que le double-jeu pakistanais apparaissait au grand jour, le rapprochement entre les Etats-Unis et l’Inde était inévitable. Ca ne va pas encore très loin mais quelques signes dérangeants sont apparus ces dernières années.

En 2009, l’empire avait fait pression sur l’Inde pour qu’elle abandonne l’IPI, gazoduc Iran-Pakistan-Inde déjà dans les cartons, et choisisse à la place l’aberrant TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde). Alors certes, la situation a un peu évolué depuis. Mais le fait que New Delhi ait pu, comme de vulgaires eurocrates de Bruxelles, succomber aux mirages énergétiques promus par tonton Sam laisse rêveur…

Et il y a deux mois, un accord inédit a été signé entre les marines des deux Etats. Pas de panique à bord, ce LEMAO autorise seulement les navires à faire relâche et à se ravitailler dans les ports du partenaire en cas d’exercices militaires ou de mission humanitaire et ne stipule en aucun cas le déploiement de troupes sur lesdites bases. M’enfin, tout de même… On sait très bien comment fonctionne l’entrisme américain et sa politique des petits pas.

En réalité, l’Inde ne cessera peut-être jamais son tango, ne souhaitant s’aligner sur personne et restant une subtile inconnue dans l’équation du Grand jeu. L’empire ayant déjà cédé tellement de cases sur l’échiquier eurasien, il ne peut se permettre de perdre totalement l’un des derniers pays encore un tant soit peu neutre du continent-monde. C’est sans doute la principale raison pour laquelle, malgré leur rage, les Américains n’oseront pas sanctionner New Delhi pour l’achat des S400 russes ou du pétrole iranien…

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2018/10/l-inde-objet-de-toutes-les-convoitises.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Le pétrole baisse, vers une position moins dure de Washington sur l’Iran

Le pétrole baisse, vers une position moins dure de Washington sur l’Iran

Londres (awp/afp) – Les cours du pétrole reculaient lundi en cours d’échanges européens, le marché espérant une réduction de l’offre iranienne moins marquée alors que Washington envisage de laisser certains pays importer, selon des sources citées par la presse financière.

Vers 14H00 GMT (16H00 HEC), le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en décembre valait 83,71 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en baisse de 45 cents par rapport à la clôture de vendredi.

Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de « light sweet crude » (WTI) pour le contrat de novembre cédait 24 cents à 74,10 dollars une heure après son ouverture.

Alors que la Maison Blanche avait adopté une ligne dure sur les sanctions infligées à l’Iran, qui viseront directement les exportations de pétrole du troisième plus grand producteur de l’Opep à partir de début novembre, l’administration de Donald Trump est toujours en discussion pour accorder des exemptions à certains importateurs, ont affirmé à l’agence Bloomberg deux sources proches du dossier.

« Les sanctions américaines sont très importantes pour le marché, et la raison première de la hausse récente des prix » qui a propulsé les cours à leur plus haut niveau en quatre ans début octobre, ont commenté les analystes de JBC Energy.

Les investisseurs se focalisaient donc sur ces informations, « contradictoires avec l’idée de réduire à zéro les exportations iraniennes » comme l’avait affirmé le conseiller à la sécurité nationale du président Trump John Bolton en août, a souligné Tamas Varga, analyste chez PVM.

Selon cet analyste, « les actions pèsent plus lourd que les mots » et les prix pourraient repartir à la hausse si les exemptions ne se matérialisent pas.

« Le plus gros des sanctions est déjà intégré aux cours », ont en revanche jugé les analystes de JBC Energy, qui estiment que la baisse récente des exportations iraniennes va être compensée par d’autres producteurs.

js/ktr/bp

(AWP / 08.10.2018 16h19)

https://www.romandie.com/news/Le-p-trole-baisse-vers-une-position-moins-dure-de-Washington-sur-l-Iran/960355.rom

Nucléaire iranien. Échec et mat de l’UE face aux États-Unis ? Un bras de fer commercial euro-américain

Nucléaire iranien. Échec et mat de l’UE face aux États-Unis ? Un bras de fer commercial euro-américain

Par Astrid VIAUD, le 7 octobre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Astrid Viaud est docteur en Sciences politiques et sociales de l’Université Catholique de Louvain (UCL, Belgique). Sa thèse porte sur « L’action coercitive de l’Union européenne en matière de sanctions dans l’ordre international : les cas de l’Iran, de la Syrie et de la Russie ».

Que révèle le retrait des Etats-Unis de l’Accord sur le nucléaire iranien à propos de la puissance économique et diplomatique européenne ? L’UE manifeste la volonté de se démarquer des États-Unis sur la question iranienne qui remporte le soutien de la Chine et de la Russie, également considérés comme ennemis commerciaux des États-Unis. Cependant, si l’UE inspire une crainte économique pour ses concurrents, ses moyens politiques en vue de faire respecter l’Accord se limitent-ils à une réponse symbolique aux États-Unis ?

LE retrait des États-Unis du Plan global d’action conjoint, le 8 mai 2018, et la réintroduction de sanctions américaines autonomes, le 7 août 2018, ne sont pas sans révéler le bras de fer diplomatique et économique sous-jacent qui oppose les États-Unis à l’Union européenne (UE). Fleuron et principal succès de la diplomatie européenne, l’Accord sur le nucléaire iranien constitue aussi bien un cas fondateur de la politique étrangère d’une UE devenue trop puissante économiquement, qu’un frein aux ambitions énergétiques américaines au Moyen-Orient. Ce qui peut d’apparence être interprété comme un revers diplomatique essuyé par l’UE, démontre en fait la faiblesse stratégique des États-Unis. Washington est désormais désapprouvé par ses partenaires diplomatiques désireux de maintenir l’Accord. L’extraterritorialité autoproclamée des sanctions économiques américaines, destinées à priver les entreprises mondiales de commercer en Iran, révèlent également la volonté américaine de freiner l’expansion commerciale de l’UE.

L’apparence de la décision américaine de se retirer du Plan global d’action conjoint est flatteuse. Les États-Unis apparaissent aux yeux des pays musulmans sunnites comme ayant conscience de la dangerosité des actions iraniennes de politique extérieure au nom du chiisme et de s’opposer à la montée en puissance économique de l’Iran que permet ce Plan. De surcroît, cet intérêt stratégique coïncide miraculeusement avec celui de l’État d’Israël, que l’Iran menace de manière répétée. Enfin les États-Unis apparaissent vis-à-vis de la communauté internationale comme l’un des gardiens vigilants du Traité de Non-Prolifération des armes nucléaires. Mais un quatrième aspect est tout aussi déterminant dans la prise de décision américaine : celui de réduire par effet de ricochet la désormais trop grande puissance économique de l’Union européenne… Le coup d’échec semble parfait.

Nucléaire iranien. Échec et mat de l'UE face aux États-Unis ? Un bras de fer commercial euro-américain
Astrid Viaud
Astrid Viaud est docteur en Sciences politiques et sociales de l’Université Catholique de Louvain (UCL, Belgique)

Que révèle le retrait des États-Unis à propos de la puissance économique et diplomatique européenne, au sens où Serge Sur définit la puissance : « une capacité de faire ; capacité de faire faire ; capacité d’empêcher de faire ; capacité de refuser de faire » [1] ?

Une politique étrangère américaine avant tout énergétique

La période qui s’ouvre à partir de l’entrée en jeu de Washington dans la résolution de la question iranienne, en 2006, a vu une évolution très scandée de la politique américaine vis-à-vis du monde. Elle passe d’un interventionnisme républicain, à un désengagement démocrate progressif pour revenir à un interventionnisme encore plus marqué mais différent de la part du nouveau locataire républicain de la Maison Blanche, Donald Trump (2017 – ). Les États-Unis, si naturellement précautionneux quant à leurs interventions extérieures depuis l’émergence de la doctrine Monroe, ont néanmoins un formidable moteur qui les déclenche : la course au contrôle de l’énergie. Ce pays dont les deux piliers industriels, en sus du coton et du tabac, ont été le charbon et le pétrole, ne peut être pleinement compris qu’au travers de son appétit énergétique. L’inquiétude dont il fait preuve pour s’assurer un contrôle planétaire des sources d’énergie et pour en façonner les prix, se comprend surtout quant à sa volonté de ne pas puiser dans ses ressources nationales pour les mettre en péril trop tôt, mais bien plutôt d’avoir accès aux ressources de son monde extérieur afin de préserver ses propres réserves et donc d’alimenter sa puissance industrielle tout en la pérennisant.

À cet égard le jeu stratégique américain vis-à-vis de l’Iran doit s’éclairer sous le jour de l’accès aux ressources énergétiques, mais aussi dans un mouvement typique sur l’échiquier planétaire d’aide à ses alliés énergétiques et en premier lieu à l’Arabie Saoudite. Il ne faut pas oublier que les États-Unis et l’Arabie Saoudite honorent encore le Pacte du Quincy, conclu en 1945 entre le Président Franklin Roosevelt et le Roi Ibn Saoud, garantissant la protection militaire américaine à la dynastie régnante du royaume wahhabite, sans ingérence dans sa politique intérieure, contre un accès à ses ressources pétrolières. Il ne faut pas non plus oublier que beaucoup de chancelleries occidentales ont vu dans l’invasion de l’Irak une mesure punitive des États-Unis contre l’Arabie Saoudite voulant maintenir les cours du pétrole à un très haut niveau, en mettant la main sur celui de l’Irak et en en contrôlant le prix à la baisse pour la consommation intérieure américaine.

Il ne faut enfin pas oublier que l’extraction du gaz de schiste aux États-Unis était, là encore pendant cette période, chargée de faire plier l’OPEP et en son sein l’Arabie Saoudite, afin de faire baisser le prix du baril de pétrole et de ne pas étouffer les économies occidentales avec un deuxième choc pétrolier à l’heure où la crise des subprimes faisait régresser l’économie mondiale dans des proportions inconnues depuis un siècle. L’Iran, par l’embargo imposé sur ses exportations de ressources énergétiques dont les fruits servaient à financer l’effort d’accession duale au nucléaire, a donc restreint sa production. La fin de l’embargo autorisé par l’Accord sur le nucléaire iranien l’a autorisé à produire à nouveau et donc à faire baisser les prix du marché mondial, ce qui satisfaisait les puissances de l’OCDE, dont les États-Unis et les membres de l’Union européenne. Mais, cette menace baissière n’a pas été endiguée par l’adhésion de l’Iran à la cartellisation des prix par le fait de rejoindre l’OPEP comme l’y invitait le Royaume saoudien, mais qu’il a décliné. La volonté depuis des décennies de l’Iran est de devenir une puissance régionale et un acteur majeur du marché énergétique mondial.

L’attitude des États-Unis vis-à-vis de l’Europe communautaire dans ce jeu planétaire est à la fois celui d’un allié réel mais aussi celui d’un concurrent certain.

La confrontation avec l’Arabie Saoudite et ses États liges du Golfe Arabo-Persique ne s’est pas faite attendre, avec la dénonciation de l’Accord par Riyad auprès de son allié du Pacte du Quincy, au motif de la menace nucléaire que ne manquerait pas d’exercer l’Iran contre les puissances arabes sunnites en cas d’accession. Par un concours de circonstances assez impressionnant l’État d’Israël, régulièrement menacé par l’Iran de destruction en cas d’accession au nucléaire et à ses vecteurs balistiques, et allié indéfectible des États-Unis, s’est mêlé à la protestation. L’attitude des États-Unis a rapidement été dans le sens de ces demandes puisque la stratégie affichée par D. Trump, bien avant son élection, était de remettre en cause la participation américaine au JCPOA, au motif qu’il n’était qu’une pause qui permettrait à l’Iran de se reconstruire tout en poursuivant sa course vers un armement nucléaire et à accroitre ses capacités opérationnelles en matière de vecteurs balistiques à longue portée.

L’attitude des États-Unis vis-à-vis de l’Europe communautaire dans ce jeu planétaire est à la fois celui d’un allié réel mais aussi celui d’un concurrent certain. En ce sens, une trop grande autonomie européenne en matière d’énergie qui viendrait à remettre en question les intérêts stratégiques américains en la matière est discrètement mais efficacement contenue. L’Iran et ses immenses réserves énergétiques n’échappe pas à ce jeu. L’Union européenne s’est hissée au rang de puissance mondiale économique et politique. Les États-Unis en conviennent mais le dépassement par la somme des produits intérieurs bruts des pays membres de l’UE du produit intérieur brut des États-Unis ne saurait à leurs yeux donner à l’Europe communautaire la suprématie mondiale que les États-Unis revendiquent. Les États-Unis veillent donc à ce que l’Union européenne ne s’éloigne pas par une action diplomatique trop autonome de la leur.

À cet égard, la réinsertion de sanctions américaines peut être considérée comme un moyen de pression économique destiné à priver les entreprises européennes de débouchés commerciaux en Iran. Entré en vigueur le 16 janvier 2016, l’Accord lève les sanctions internationales sur le nucléaire ayant frappé l’Iran depuis 2006. En contrepartie, le texte prévoit une limitation du programme nucléaire iranien pour au moins dix ans, assorti d’un renforcement des contrôles sur le territoire iranien. Deux ans et près de sept mois après l’entrée en vigueur de l’Accord, les États-Unis recourent à une procédure unilatérale interdite par le point 26 de l’Accord. Les clauses ne tolèrent d’éventuelle réinsertion de sanction qu’à l’échelle du Conseil de Sécurité en cas de violation prouvée par le mécanisme de résolution des différends, prévu au point 36 du texte. Le 7 août 2018, Washington frappe d’interdiction les transactions financières, les importations de matières premières, les achats dans le secteur automobile et de l’aviation commerciale. Appelées à être renforcées en novembre 2018 pour cibler le secteur bancaire ainsi que celui des hydrocarbures, ces nouvelles sanctions s’octroient une extraterritorialité autoproclamée. Elles visent à enrayer l’implantation industrielle européenne en Iran sous peine de poursuites judiciaires et d’exclusion du marché américain. Au-delà des enjeux énergétiques sous-jacents de l’action politique du Président Trump, la volonté de porter atteinte à la puissance économique européenne et au statut d’acteur diplomatique de l’UE sous-tend la politique étrangère des États-Unis.

L’Union européenne : un « ennemi commercial » des États-Unis ?

Le retrait de l’Accord sur le nucléaire iranien par les États-Unis relève d’intérêts sécuritaires, idéologiques et commerciaux. En mars 2016, le Président Trump annonçait, dans le cadre de ses promesses électorales, vouloir « d’abord, […] résister à la percée agressive de l’Iran afin de déstabiliser et de dominer la région […] [et] démanteler le réseau mondial de la terreur de l’Iran. L’Iran a ensemencé des groupes terroristes partout dans le monde » [2]. La position politique du Président Trump vis-à-vis de l’Iran se voit accordée le soutien de l’Arabie Saoudite, sunnite, et d’Israël, deux acteurs régionaux luttant contre l’hégémonie de l’Iran, chiite, au Moyen-Orient. Le 13 octobre 2017, « l’Arabie Saoudite soutient et salue la ferme stratégie proclamée par le président Trump à l’égard de l’Iran et de sa politique agressive » [3].

Le 16 juillet 2018, au lendemain du sommet de l’OTAN à Bruxelles et à la veille de sa rencontre avec le Président russe, Vladimir Poutine, le Président Trump révèle : « Je pense que nous avons beaucoup d’ennemis. Je pense que l’Union européenne est un ennemi, avec ce qu’ils nous font sur le commerce. Bien sûr on ne penserait pas à l’Union européenne, mais c’est un ennemi. »

Cet argument sécuritaire se double d’un intérêt commercial. Le 18 mai 2017, le Président Trump et le Roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud signent une déclaration de vision stratégique commune. Le texte promet une collaboration étroite pour contrer l’extrémisme violent, perturber le financement du terrorisme et faire progresser la coopération en matière de défense. Les contrats d’armement s’élèvent à 110 milliards de dollars sur un total de 380 milliards de dollars d’accords. La décision politique du Président Trump de provoquer l’implosion de l’Accord de Vienne participe également d’une volonté de porter atteinte à la puissance économique concurrentiel des autres signataires du texte et de leurs débouchés commerciaux en Iran.

Le 16 juillet 2018, au lendemain du sommet de l’OTAN à Bruxelles et à la veille de sa rencontre avec le Président russe, Vladimir Poutine, le Président Trump révèle : « Je pense que nous avons beaucoup d’ennemis. Je pense que l’Union européenne est un ennemi, avec ce qu’ils nous font sur le commerce. Bien sûr on ne penserait pas à l’Union européenne, mais c’est un ennemi. La Russie est un ennemi par certains aspects. La Chine est un ennemi économique, évidemment c’est un ennemi. Mais ça ne veut pas dire qu’ils sont mauvais, ça ne veut rien dire. Ça veut dire qu’ils sont compétitifs » [4]. Ce qui peut être interprété comme un échec diplomatique aux retombées commerciales pour l’Union européenne, n’est en fait qu’une résultante de la puissance économique que l’UE représente aux yeux des États-Unis.

L’Union européenne est sans conteste une puissance commerciale avant d’être une puissance politique. Elle est forte d’un bloc économique de quatre cent cinquante millions d’habitants dans le cadre d’une Union de vingt-cinq États membres dotés d’un PIB de 14,676.350 milliards de dollars en 2006 contre un PIB de 13,244.550 milliards de dollars pour les États-Unis, pour la même année [5]. En revanche, on constate qu’en 2015, le PIB de l’Union européenne et des États-Unis s’équilibre. Le nombre des États de l’UE passe de vingt-cinq à vingt-huit pour un PIB de 16,449.172 milliards de dollars contre un PIB américain qui s’élève à 16,589.894 milliards de dollars, pour la même année [6].

La stratégie du Président Trump consiste à enrayer la puissance économique de l’UE. D’ailleurs, il encourage le Brexit… qui diminuerait de 15,16% le PIB de l’UE. Le sommet de l’OTAN qui s’est tenu à Bruxelles du 11 au 12 juillet 2018 a été l’occasion pour le Prédisent Trump de s’attaquer au projet germano-russe du gazoduc Nord Stream 2. Permettant à la Russie de devenir le premier exportateur de gaz de l’Europe, Nord Stream 2 est susceptible de concurrencer les ambitions américaines énergétiques en Europe qui consiste à écouler la production américaine de gaz de schiste. Le Président américain a dénoncé dans un tweet : « A quoi sert l’OTAN si l’Allemagne paie à la Russie des milliards de dollars pour le gaz et l’énergie ? Pourquoi n’y a-t-il que 5 pays sur 29 qui ont respecté leur engagement ? Les États-Unis paient pour la protection de l’Europe, puis perdent des milliards pour le commerce. [L’UE] doit payer 2 % du PIB IMMÉDIATEMENT, pas en 2025 » [7]. Dans leur volonté manifeste de s’octroyer une primauté sur les cours du marché mondial des hydrocarbures, principalement d’un point de vue commercial, les États-Unis signent leur marginalisation diplomatique.

La volonté d’isoler économiquement l’Iran révèle les appétits énergétiques des États-Unis qui entendent ainsi diminuer les exportations en hydrocarbures iraniennes, dont Téhéran tire ses principaux revenus financiers. La réduction des exportations iraniennes permet ainsi à l’Arabie Saoudite, allié américain et adversaire idéologique de l’Iran, de combler la baisse de l’offre pétrolière iranienne. « « L’Arabie Saoudite est prête à utiliser, au besoin, sa capacité de production pour faire face à l’avenir à toute fluctuation du marché », a précisé [le 3 juillet 2018] le Conseil des ministres via un communiqué, à l’issue de sa réunion ordinaire. Une capacité de production estimée à 2 millions de barils par jour. Un chiffre déjà annoncé par Donald Trump samedi matin » [8].

« Une capacité de refuser de faire »

Le retrait de l’Accord et la réinsertion de sanctions autonomes par les États-Unis peuvent également être considérés comme une stratégie commerciale destinée à ralentir la progression des concurrents commerciaux américains en Iran. La levée des sanctions économiques, le 16 janvier 2016, avait alors permis à des entreprises multinationales européennes tels qu’Airbus, Enel, Saipen, Peugeot, Volkswagen et Renault-Nissan de signer des accords commerciaux et d’investissement avec l’Iran d’une valeur de plusieurs milliards d’euros. Les échanges bilatéraux, au cours des seize premiers mois depuis l’entrée en vigueur de l’Accord, avaient augmenté de 79 % par rapport à 2015, tandis que les exportations iraniennes vers l’UE ont augmenté de 450 % [9]. Les liens commerciaux entretenus par ces sociétés européennes avec les États-Unis sont autant de facteurs déterminants dans leur souhait de se retirer d’Iran afin d’éviter toutes représailles américaines. Ainsi le groupe automobile allemand Volkswagen se verra-t-il obligé d’opter pour les États-Unis, soit son deuxième marché automobile mondial, malgré la reprise de ses ventes en Iran depuis 2017, après dix-sept ans d’absence [10].

Approuvée par les ministres des Affaires étrangères de l’UE, le 16 juillet 2018, cet acte interdit aux entreprises européennes de se conformer aux effets extraterritoriaux des sanctions américaines. Le cas contraire entraînerait de potentielles pénalités fixées par chaque État membre.

Face à l’extraterritorialité autoproclamée des sanctions américaines, l’Union européenne s’attache à défendre les débouchés commerciaux de ses entreprises en Iran. Sa réponse politique consiste en l’adoption d’un mécanisme juridique de protection vis-à-vis des sanctions américaines. Toutefois, l’efficacité de ce mécanisme ne peut être encore évaluée mais il représente une réponse politique symbolisant le refus de l’UE de soutenir ou de valider le retrait des États-Unis, la lutte commerciale livrée à l’UE ainsi que l’isolement de Téhéran prôné par Washington et Riyad. Le 6 juin 2018, la Commission européenne adopte un acte délégué qui consiste à mettre à jour l’annexe du « règlement de blocage » adopté en 1996 pour contourner les sanctions américaines contre Cuba.

Approuvée par les ministres des Affaires étrangères de l’UE, le 16 juillet 2018, cet acte interdit aux entreprises européennes de se conformer aux effets extraterritoriaux des sanctions américaines. Le cas contraire entraînerait de potentielles pénalités fixées par chaque État membre. L’une des dispositions de ce mécanisme consiste à accorder une indemnité aux entreprises européennes ayant subit un préjudice par la personne morale ou physique qui en est responsable, en l’occurrence les États-Unis. Le 16 juillet 2018, la haute représentante de l’UE, Federica Mogherini déclare : « Je ne suis pas en mesure de dire si nos efforts vont suffire, mais nous faisons tout ce que nous pouvons pour éviter que l’accord sur le nucléaire avec l’Iran ne meure car les conséquences seraient catastrophiques pour tous » [11].

L’expansion de la puissance économique de l’UE se voit désormais contrecarrée par les ambitions énergétiques du Président Trump au Moyen-Orient qui considère une conjoncture géopolitique complexe sous l’angle commercial. Si l’UE entend réunir aussi les acteurs du Moyen-Orient à la même table de négociation, dans le cadre du conflit syrien, les États-Unis n’entendent se fonder, à l’échelle régionale, que sur l’Arabie Saoudite qui lui assure un contrôle sur le prix du pétrole. Le cas du retrait du Président Trump d’un Accord pour lequel la diplomatie européenne a lutté et s’est forgée, est révélateur du décalage entre la puissance économique avérée et crainte de l’UE et sa force politique résultant de la somme des politiques étrangères de ses États membres concertés. L’UE est désormais considérée comme un « ennemi commercial » par les États-Unis qui, par ce geste, reconnaissent de facto sa puissance commerciale vis-à-vis de laquelle des mesures d’envergure sont adoptées pour l’empêcher de poursuivre son implantation en Iran. Cependant, le cas de l’Iran révèle également les limites des capacités politiques de l’UE qui adopte un mécanisme juridique de protection de ses entreprises européennes dont la mise en œuvre et l’efficacité réelle ne sont pas encore avérées face à des mesures américaines conséquentes.

La marginalisation diplomatique des États-Unis

En s’inspirant de Raymond Aron, Serge Sur définit la puissance comme étant « une capacité de faire ; capacité de faire faire ; capacité d’empêcher de faire ; capacité de refuser de faire ». Le cas du retrait du Président Trump peut être considéré comme la capacité de l’UE de refuser de faire et de s’aligner sur les décisions américaines dans le cadre de la question iranienne, comme elle l’avait déjà fait en 2003 à la suite du discours sur « l’Axe du mal » (G. W. Bush). L’UE manifeste la volonté de se démarquer des États-Unis sur la question iranienne qui remporte le soutien de la Chine et de la Russie, également considérés comme ennemis commerciaux des États-Unis. Signé à l’issue de douze années d’efforts diplomatiques principalement fournis par l’UE, l’Accord sur le nucléaire iranien est l’un des succès diplomatiques fondateur du statut d’acteur que l’UE entend défendre et protéger.

Cependant, si l’UE inspire une crainte économique pour ses concurrents, ses moyens politiques en vue de faire respecter l’Accord se limitent à une réponse symbolique aux États-Unis, un mécanisme de blocage de l’extraterritorialité des mesures américaines. Toutefois, l’UE peut compter sur le soutien diplomatique de Pékin et de Moscou qui entendent enrayer l’instabilité au Moyen-Orient pour s’assurer leurs propres débouchés commerciaux, maritimes et énergétiques. L’Accord semble maintenu par la volonté des autres signataires du texte, un effet pervers auquel l’Administration américaine ne s’attendait pas. En apparence, les États-Unis semblent gagner, en freinant la puissance économique européenne au sein de l’OTAN ainsi que ses débouchés en Iran. Or, le Président Trump se confronte désormais à l’effet pervers généré par sa décision de se retirer : les autres signataires offrent un front uni pour maintenir l’Accord de 2015 et commercent entre eux, marginalisant à long terme les États Unis…

Copyright Octobre 2018-Viaud/Diploweb.com


Plus

. Sur ce même sujet, une analyse à la fois différente et complémentaire avec l’article de Pierre Verluise, L’Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?

. Vidéo J-F Daguzan (FRS) L’UE face au retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien

QUESTIONS :
. Quelle est la nouvelle stratégie européenne en terme de défense et de politique extérieure commune ?
. Quelles sont les conséquences de la remise en cause de l’accord sur le nucléaire iranien pour l’Union européenne ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Sanctions iraniennes : la loi du Far-West…

Sanctions iraniennes : la loi du Far-West…


Les États Unis répliquent à une décision de justice en annulant le traité qui donne compétence à ce tribunal


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 3 octobre 2018

Aujourd’hui, la Cour internationale de Justice (CIJ) a rendu un jugement provisoire (pdf, 29 pages) contre certaines des sanctions américaines prises contre l’Iran. Il s’agit d’une injonction préliminaire sur des questions humanitaires urgentes qui sera suivie ultérieurement d’un jugement définitif.

Les États-Unis ont réagi en annulant le traité qui donnait compétence au tribunal sur cette affaire.

La CIJ est le principal organe judiciaire des Nations Unies et règle les différends juridiques entre les États membres. Les décisions de la Cour, dont le siège est à La Haye, sont contraignantes. Mais il n’y a aucune force de police mondiale qui puisse faire en sorte que le gouvernement étatsunien soit forcé à suivre la décision du tribunal.

Néanmoins, le jugement établit un précédent que d’autres tribunaux utiliseront lorsque des cas plus spécifiques dus aux sanctions américaines contre l’Iran se présenteront. Une entreprise qui perdra des contrats d’affaire à cause des sanctions pourra poursuivre les États-Unis pour pertes financières. La décision de la CIJ sur l’illégalité des sanctions américaines pourra alors être utilisée comme référence par un tribunal local, même américain.

L’essentiel de la décision dit :

LA COUR,

annonce les mesures conservatoires suivantes :

(1) À l’unanimité,

Conformément aux obligations qui leur incombent en vertu du Traité d’amitié, de relations économiques et de droits consulaires de 1955, les États-Unis d’Amérique lèveront, par la voie qu’ils auront choisie, tous les obstacles découlant des mesures annoncées le 8 mai 2018 concernant la libre exportation vers le territoire de la République islamique d’Iran de

  1. i) médicaments et dispositifs médicaux ;
  2. ii) denrées alimentaires et produits agricoles ; et

iii) les pièces de rechange, les équipements et les services connexes (y compris la garantie, la maintenance, les services de réparation et les inspections) nécessaires à la sécurité de l’aviation civile ;

(2) A l’unanimité,

Les États-Unis d’Amérique veilleront à ce que les licences et autorisations nécessaires soient accordées et à ce que les paiements et autres transferts de fonds ne soient soumis à aucune restriction dans la mesure où ils concernent les biens et services visés par l’article 1 ;

(3) A l’unanimité,

Les deux parties s’abstiendront de toute action susceptible d’aggraver ou d’étendre le différend devant la Cour ou de le rendre plus difficile à régler.

Ce jugement provisoire, équivalent à une injonction, a été rendu en raison des dommages humanitaires imminents que les sanctions américaines causent à l’Iran. Le jugement définitif pourra prendre un an et sera probablement beaucoup plus étendu. Après la décision unanime d’aujourd’hui, l’orientation générale du résultat ne sera pas remise en question.

Les États-Unis ont prétendu que le tribunal n’avait pas compétence concernant ses sanctions contre l’Iran.

L’Iran a fait valoir que les sanctions américaines contreviennent au Traité d’amitié, de relations économiques et de droits consulaires entre l’Iran et les États-Unis d’Amérique (pdf), qui a été signé à Téhéran le 15 août 1955. Ce traité donnait compétence à la CIJ pour arbitrer les différends entre les deux pays sur toutes les questions qui s’y rapportent.

Le tribunal a accepté le point de vue de l’Iran.

Le secrétaire d’État américain, Pompeo, vient de tenir une conférence de presse au cours de laquelle il a annoncé que les États-Unis annulent dorénavant le traité de 1955. Sa déclaration était remplie de fanfaronnades et de mensonges :

Mercredi, les États-Unis ont qualifié de défaite pour Téhéran la décision d’un tribunal international qui a mis fin à un traité signé en 1955 sur lequel se fondait l’affaire.

……

Le secrétaire d’État Mike Pompeo a noté que le tribunal des Nations unies ne s’était pas prononcé de manière générale contre les sanctions américaines et il a insisté sur le fait que les États-Unis exemptaient déjà les denrées humanitaires de ces sanctions.

“La décision de la cour aujourd’hui a été une défaite pour l’Iran. Elle a rejeté à juste titre toutes les demandes sans fondement de l’Iran “, a déclaré Pompeo aux journalistes.

Cette injonction préliminaire est évidemment une victoire pour l’Iran. Le tribunal n’a pas encore statué sur la question plus large des sanctions américaines. Après avoir lu l’argumentaire, je suis convaincu que le jugement final ne fera que confirmer cette victoire. La décision est une grande perte pour l’administration Trump. Cela montre au monde que les États-Unis sont la seule et unique entité qui viole le traité de 1955 ainsi que l’accord nucléaire avec l’Iran (JCPOA) et la résolution unanime du Conseil de sécurité des Nations Unies approuvant l’accord nucléaire.

L’annonce par Pompeo de l’annulation du traité est quelque peu schizophrène. Il accepte la décision et la transgresse :

  • Les États-Unis n’auraient pas annulé le traité sans le jugement du tribunal qui est fondé sur ce traité. Avec l’annulation d’aujourd’hui, ou l’annonce de son annulation, les États-Unis admettent que l’intervention des tribunaux fondée sur le traité est juridiquement correcte. Cela contredit son précédent argument.
  • L’annulation du traité aujourd’hui transgresse le jugement des tribunaux. L’article trois de la décision du tribunal ordonne aux parties de ne pas rendre la question plus difficile à résoudre. L’annulation du traité rend maintenant le règlement de l’affaire plus difficile, aggrave et étend le différend en violation de l’ordonnance du tribunal.

En fait, les États-Unis se moquent ouvertement du tribunal. Il est peu probable qu’un tribunal accepte l’allégation clairement avancée par les États-Unis selon laquelle le traité n’existe plus, que la CIJ a perdu sa compétence dans cette affaire et que ses décisions peuvent donc être ignorées. On ne peut pas changer un contrat simplement parce qu’on a été reconnu coupable de l’avoir violé. L’affaire fera l’objet d’un jugement définitif en vertu du traité de 1955, car c’est ce traité qui a établi le statut juridique de l’affaire au moment où elle a été portée devant le tribunal.

Pompeo et d’autres diront sans aucun doute que cette décision n’a pas d’importance pour les États-Unis et que sa transgression n’entraînera aucun coût. Il sous-estime l’effet d’une telle décision sur les juridictions nationales inférieures. Ce seront elles qui jugeront de la saisie des biens américains lorsque des réclamations pour dommages économiques seront déposées contre les États-Unis et leur régime de sanctions.

L’affaire pèsera également sur l’opinion mondiale. Cela rend plus risqué pour les autres gouvernements de suivre le régime de sanctions américain.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/sanctions-iraniennes-les-etats-unis-repliquent-a-une-decision-de-justice-en-annulant-le-traite-qui-donne-competence-a-ce-tribunal

 

Entre Merkel et Netanyahu, constat de désaccord sur la méthode vis-à-vis de l’Iran

Entre Merkel et Netanyahu, constat de désaccord sur la méthode vis-à-vis de l’Iran

La chancelière allemande Angela Merkel participe à une cérémonie au mémorial de la Shoa à Jérusalem, le 4 octobre 2018 / © POOL/AFP / DEBBIE HILL

La chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont proclamé jeudi leur objectif commun d’empêcher l’Iran d’acquérir la bombe atomique, tout en constatant leur désaccord sur la méthode.

« Nous croyons très fermement avec Israël (…) qu’on doit tout faire pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire », a dit Mme Merkel au côté de M. Netanyahu devant la presse à Jérusalem. « Là où nous ne sommes pas toujours d’accord, c’est sur le moyen d’y parvenir ».

Objet du différend: l’accord nucléaire conclu en 2015 entre la République islamique et plusieurs grandes puissances, dont l’Allemagne et les Etats-Unis.

Mme Merkel défend l’accord, tout en reconnaissant qu’il n’est pas parfait. M. Netanyahu a milité sans relâche pour son abrogation et ne cesse d’applaudir à la décision de l’administration Trump de s’en retirer.

Israël considère l’Iran comme la principale menace pour sa sécurité, refusant de croire au caractère proclamé civil de son programme nucléaire et s’alarmant de son expansion régionale et de son engagement militaire chez le voisin syrien.

Non seulement l’accord « ouvrait la voie (de l’Iran) à un arsenal nucléaire », mais il mettait des « milliards de dollars » à sa disposition, a dit M. Netanyahu. « Cet argent n’a pas servi à améliorer la vie des Iraniens, mais à financer la machine de guerre iranienne, dédiée à conquérir tout le Moyen-Orient », a-t-il ajouté.

M. Netanyahu et Mme Merkel ont admis leurs divergences sur ce sujet et d’autres, mais ont préféré mettre en exergue leurs convergences.

Mme Merkel a souligné à plusieurs reprises la réalité du « danger » que représentait pour Israël la présence iranienne en Syrie, et affirmé la nécessité de ramener cette influence « le plus près possible de zéro ».

L’Allemagne passe pour le principal allié d’Israël parmi les grandes puissances européennes. Mais les liens ont connu des accrocs, et même une crise ouverte en 2017.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (G) et la chancelière allemande Angela Merkel (C) au musée d’Israël, à Jérusalem le 4 octobre 2018 / © POOL/AFP / ABIR SULTAN

Berlin avait à l’époque annulé les consultations gouvernementales annuelles. L’adoption par Israël d’une loi favorisant la colonisation et l’exaspération devant le comportement du gouvernement réputé le plus à droite de l’histoire d’Israël passent pour avoir motivé la décision allemande.

Ce sont précisément ces consultations, en place depuis dix ans, qui ont repris avec la visite de Mme Merkel, accompagnée pour 24 heures de plusieurs ministres et d’une importante délégation.

Mme Merkel a invoqué la période nazie, pour dire la force de la relation particulière entre les deux pays, largement construite sur les cendres de l’histoire.

– « Conditions impossibles » –

Visitant le mémorial de la Shoah, elle a noté que 80 ans plus tôt presque jour pour jour, l’Allemagne était le théâtre, avec la nuit de Cristal, d’une éruption de violence antisémite préfigurant le génocide juif.

De cette période « découle la responsabilité perpétuelle de l’Allemagne d’entretenir la mémoire de ce crime et de s’opposer à l’antisémitisme, à la xénophobie, à la haine et à la violence », a-t-elle écrit dans le livre d’honneur du mémorial.

La visite de Mme Merkel en Israël intervient dans un contexte d’inquiétude devant une résurgence de l’antisémitisme dans son pays. Mme Merkel ne l’a pas niée, mais M. Netanyahu s’est répandu en éloges sur l’engagement « inflexible » de son hôte pour la reconnaissance de la vérité historique et contre l’antisémitisme.

Lutte contre l’antisémitisme, mais aussi économie, innovation et coopération donnant lieu à la signature de plusieurs accords ont dominé l’agenda des consultations.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (C-D) et la chancelière allemande Angela Merkel (C-G) rencontrent des hommes d’affaires israéliens et allemands à Jérusalem, le 4 octobre 2018 / © POOL/AFP / ABIR SULTAN

Sur le conflit israélo-palestinien, Mme Merkel et M. Netanyahu ont fourni le service minimum, alors que les perspectives diplomatiques sont particulièrement sombres.

Mme Merkel a répété son attachement à une solution dite à deux Etats, c’est-à-dire la création d’un Etat palestinien qui coexisterait avec Israël. Elle a exprimé, sans s’étendre publiquement, sa préoccupation devant la poursuite de la colonisation israélienne dans les Territoires palestiniens.

M. Netanyahu a accusé l’Autorité palestinienne et son président Mahmoud Abbas d’essayer d’imposer des « conditions impossibles » à Israël.

Le sort du village palestinien de Khan al-Ahmar semble avoir été mis en suspens pour la circonstance.

La destruction de ce village bédouin de Cisjordanie occupée juste avant ou pendant la visite de Mme Merkel aurait risqué de tourner à l’incident diplomatique, tant les Européens sont soucieux du message qu’elle adresserait, sur le traitement de ces minorités, sur la colonisation et sur l’idée d’un futur Etat palestinien.

Les habitants de Khan al-Ahmar ont signalé qu’ils comptaient sur l’intercession de Mme Merkel.

Mais, selon la chancelière, il est « absolument faux » de dire que Berlin a conditionné sa venue à la non-destruction du village avant ou pendant sa visite.

(©AFP / (04 octobre 2018 17h30)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Entre-Merkel-et-Netanyahu-constat-de-d-saccord-sur-la-m-thode-vis-vis-de-l-Iran/959380.rom

Pipelineistan effréné

Pipelineistan effréné

Publié le 2 Octobre 2018 par Observatus geopoliticus in Gaz, Etats-Unis, Russie, Moyen-Orient, Sous-continent indien

Irrésistible, infatigable, insatiable, le Grand jeu énergétique continue de plus belle…

Peu de gens devaient connaître le sieur Ryan Zinke, obscur secrétaire à l’Intérieur de l’administration Trump, avant sa sortie fracassante qu’il convient de citer :  « Les Etats-Unis ont la capacité, avec notre marine, de sécuriser les lignes maritimes, et, si nécessaire de mettre en place un blocus afin de s’assurer que les exportations d’énergie russes n’atteignent pas leurs marchés. »

Diantre. En réalité, il dit tout haut et avec violence ce que tous les stratèges américains et le Deep State pensent tout bas depuis des lustres. La réaction de Moscou ne s’est pas fait attendre : si les Américains franchissent le dangereux Rubicon, ce sera tout simplement une déclaration de guerre. Le liderisimo tchétchène Kadyrov en remet une couche, ridiculisant en passant les prétentions états-uniennes.

Que cette brusque diatribe impériale ait lieu maintenant est tout sauf un hasard. L’hystérie désespérée de Washington augmente à mesure que les pipelines russes étendent leurs tentacules sur l’Eurasie.

Le mois dernier, nous prévenions :

Les travaux pour la pose du Nord Stream II ont débuté dans le golfe de Finlande, ce qui, selon la presse économique occidentale, signifie que le projet est désormais inarrêtable. Le fidèle lecteur ne sera pas surpris, nous étions les premiers dans la sphère francophone à parier sur l’inéluctabilité du gazoduc baltique il y a deux ans :

C’est le genre de petite nouvelle banale qui passe totalement inaperçue, pas même digne d’être évoquée dans les fils de dépêches des journaux. Et pour une fois, je ne les en blâme pas, car seuls les initiés peuvent comprendre la portée de l’information sur notre Grand jeu énergético-eurasiatique.

Une première livraison de tubes est arrivée dans la presqu’île de Rügen, sur la côte baltique de l’Allemagne, et il y en aura désormais 148 par jour, acheminés par trains spéciaux (chaque tuyau mesure en effet 12 mètres et pèse 24 tonnes). Vous l’avez compris, il s’agit des composants du Nord Stream II qui devraient commencer à être assemblés au printemps prochain.

Ainsi, même si aucune décision officielle n’a encore été prise, ou du moins annoncée, le doublement du gazoduc baltique semble bien parti (…) Gazprom prendrait-il le risque de les acheter et de les acheminer sans avoir une idée assez sûre du dénouement ?

L’empire, obsédé par la perspective d’une intégration énergétique de l’Eurasie, tentera encore par tous les moyens de torpiller le projet mais ses atouts commencent à se faire rares… Et l’on catéchise plus difficilement l’Allemagne que la petite Bulgarie à propos du South Stream.

Renouvelons la question : Gazprom prendrait-il le risque de débuter les travaux dans le golfe de Finlande si Moscou n’avait pas dorénavant l’assurance que rien ne pourra se mettre en travers du tube ? Il semble que tout se soit décidé lors des rencontres Poutine-Merkel et lors du fameux sommet d’Helsinki (coïncidence amusante) entre le Donald et Vlad.

Il est là et, sauf rebondissement (toujours possible) de dernière minute, il est là pour durer. Le starter a tiré le départ et il a fait ses premiers mètres. Car en plus du golfe de Finlande, la construction a également commencé en Allemagne la semaine dernière : 30 km de tubes, 15 par ligne, ont été posés. Pas étonnant que l’ami Zinke ait pété une durite…

Rien n’y a fait, ni les menaces de l’empire, ni les bidouilleries de Bruxelles. Frau Milka, sourcilleuse dès qu’il s’agit des intérêts de son Deutschland über alles, y a veillé.

Autre info que le fidèle lecteur de nos Chroniques aura eu en exclusivité, l’IPI offshore prend de la consistance. Avant d’aller plus loin, retour sur le Grand jeu dans la case Sud-ouest de l’échiquier eurasien :

Un vieil ami, IPI, revient sur le devant de la scène, sur lequel un petit rappel n’est pas inutile :

L’accord sur le nucléaire iranien et la levée des sanctions ont pour conséquence de faire revivre le projet saboté par Washington de gazoduc Iran-Pakistan-Inde (IPI). Dans leur volonté d’isoler l’Iran, les Américains avaient réussi à détourner l’Inde du projet en 2009 et tentaient de promouvoir l’invraisemblable TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde) censé passer au beau milieu des Talibans sans que ceux-ci ne s’en rendent compte. Trêve de délire et retour à la réalité, l’Inde est maintenant de nouveau intéressée par l’IPI et le projet fait sens. Ainsi, la levée des sanctions contre l’Iran n’aurait pas l’effet escompté par l’Occident. Loin de faire concurrence au gaz russe du côté de l’ouest – la route vers l’Europe est compliquée, qui plus est maintenant que le conflit kurdo-turc empêche le passage de pipelines -, le gaz iranien pourrait au contraire participer un peu plus encore à l’intégration de l’Eurasie et de l’Organisation de Coopération de Shanghai sous direction russo-chinoise, dont l’Inde et le Pakistan sont devenus membres cette année et que l’Iran rejoindra très bientôt.

La méfiance entre les frères ennemis indien et pakistanais ne disparaîtra certes pas du jour au lendemain et New Delhi est toujours gênée aux entournures de savoir que le gaz reçu devra d’abord passer par le territoire de sa Némésis. Mais c’est justement dans ce domaine que du nouveau est apparu et ce diable de Poutine n’y est pas étranger.

Fin octobre, la nouvelle est tombée que la Russie, qui possède de vastes réserves de gaz en Iran, était prête à construire une variante offshore de l’IPI pour inonder d’or bleu le Pakistan et l’Inde.

Chose très intéressante, le pipeline passerait par Gwadar, l’un des lieux les plus stratégiques de la planète que nous avions abordé ici ou ici :

La région est d’une importance immense avec le fameux nœud de Gwadar, port « donné » à Pékin au sortir du Golfe persique et autour duquel se tisse l’alliance stratégique et énergétique entre la Chine, le Pakistan et l’Iran […]

Les liens énergétiques entre Téhéran et Pékin sont déjà anciens mais se consolident chaque jour. Ceci en attendant l’oléoduc irano-pakistanais qui verra prochainement le jour, reliant la base chinoise de Gwadar avant, un jour, de remonter tout le Pakistan et rejoindre la Karakoram Highway dans les somptueux décors himalayens.

C’est cette titanesque imbrication eurasiatique que le Kremlin pilote de main de maître. La connexion sino-pakistanaise, que nous avions abordée il y a deux ans :

Moscou risque fort de bientôt construire le pipeline nord-sud que le Pakistan attend depuis des années. Premier pas vers la fameuse connexion Gwadar-Chine ou le projet de gazoduc Pakistan-Russie ? Tout ceci n’empêche d’ailleurs pas les Russes de renforcer de l’autre côté leur coopération énergétique avec l’Inde.

Et maintenant, donc, l’IPI connectant l’Iran, le Pakistan et l’Inde. Un IPI offshore et garanti par l’ours, susceptible par conséquent de balayer les dernières réticences indiennes. Il se pourrait d’ailleurs que ce faisant, la Russie ait réussi à persuader New Delhi de diminuer son soutien à l’insurrection baloutche, talon d’Achille de son voisin comme nous l’expliquions ailleurs :

Le Pakistan fait face à une insurrection nationaliste dans la rétive province du Baloutchistan, au sud du pays, où les tribus cherchent à obtenir leur indépendance. C’est un conflit peu connu du grand public occidental – sans doute parce que les insurgés sont d’obédience marxiste et non islamiste – mais qui peut se révéler pour le Pakistan au moins aussi dangereux que les troubles des zones tribales. Fait très important, c’est dans cette province que se trouve Gwadar, et plusieurs expatriés chinois y ont trouvé la mort au cours de ces dernières années, tués par des bombes ou le mitraillage de leur bus. Cela explique peut-être la légère réticence de Pékin à s’engager de plein pied dans le projet. Comme de bien entendu, le Pakistan accuse l’Inde de financer et d’aider le mouvement indépendantiste baloutche – où l’on retrouve le jeu des grandes puissances – ce qui semble effectivement le cas… New Delhi a en effet tout intérêt à ce que la situation au Baloutchistan s’envenime, faisant ainsi d’une pierre deux coups : empêcher la Chine de s’implanter dans cette zone stratégique tout en déstabilisant le Pakistan déjà englué dans les zones tribales et au Cachemire.

C’était il y a trois ans et de l’eau a coulé sous les ponts depuis. Dans l’Eurasie qui se prépare, sous l’égide de l’OCS, des routes de la Soie chinoises et des gazoducs russes, les civilisations se rapprochent, l’animosité fait peu à peu place à l’entente et à l’intégration.

Retour en octobre 2018. La Russie et le Pakistan viennent de signer un mémorandum d’entente sur l’IPI offshore, qui partira d’Iran et dont, selon toute logique, une branche rejoindra l’Inde et l’autre le Pakistan. Cela devrait peu ou prou ressembler à cela :

Certes, nous n’en sommes qu’au tout début, qui commence par une étude de faisabilité. Bien de l’eau peut passer sous les ponts et dans l’océan Indien avant que le projet ne se concrétise. Mais le fait même que ce projet existe et soit abordé sérieusement montre :

  1. que les menaces de sanctions US contre l’Iran ne fonctionnent pas avec des adversaires résolus du type Russie.
  2. que la tendance de fond est au grand rapprochement eurasien, cauchemar de l’empire maritime américain.

Les US en Iran : au loup !

Les US en Iran : au loup !


Les États-Unis poussent des cris d’orfraie au sujet des missiles iraniens mais réduisent leur défense antimissile au Moyen-Orient


Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 26 septembre 2018 – Source moonofalabama

La propagande de l’administration Trump dit que nous devons tous craindre les horribles missiles iraniens :

Le 19 septembre, l’émissaire de Trump a éreinté l’effort de Téhéran au sujet des missiles:

« Brian Hook, l’envoyé spécial américain pour l’Iran, a cité le développement, les essais et l’effort continu dans la technologie des missiles balistiques par ce pays comme étant un défaut majeur de l’accord nucléaire iranien de 2015 dont le président Donald Trump s’est retiré en mai. »

John Bolton met en garde l’Iran : « Vous paierez sous un déluge de feu » si l’agression continue : « Nous irons vous chercher ».

« ‘L’accord sur le nucléaire iranien’, a indiqué mardi M. Bolton, ‘n’a rien fait pour s’attaquer aux activités déstabilisatrices du régime ni au développement et à la prolifération de missiles balistiques’. »

Discours de Trump à l’Assemblée générale des Nations Unies – 25 septembre

« L’accord iranien était une aubaine pour les dirigeants iraniens. Dans les années qui ont suivi l’accord, le budget militaire de l’Iran a augmenté de près de 40%. La dictature a utilisé ces fonds pour construire des missiles à capacité nucléaire, accroître la répression interne, financer le terrorisme et les ravages et les massacres en Syrie et au Yémen. »

Comme avec n’importe quel gouvernement, il faut regarder ce que fait l’administration Trump, pas ce qu’elle dit.

Les États-Unis retirent quelques systèmes de défense antimissile hors du Moyen-Orient – 26 septembre

Le secrétaire à la Défense, Jim Mattis, retirera le mois prochain quatre systèmes de missiles Patriot de Jordanie, du Koweït et de Bahreïn, dans le cadre d’un réalignement des forces et des capacités. … Deux systèmes de missiles Patriot seront redéployés à partir du Koweït, un de Jordanie et un de Bahreïn, ont indiqué des responsables. Les patriotes sont des systèmes de missiles mobiles capables d’abattre des missiles et des avions. Les quatre systèmes ont été mis hors service et seront redéployés d’ici le mois prochain, ont indiqué des responsables. Pour aucun d’entre eux n’est prévu un remplacement.

Les défenses antimissiles Patriot que les États-Unis gardaient dans ces pays protégeaient les bases américaines dans la région. Si ceux-ci étaient réellement menacés par les missiles iraniens, cette réduction des capacités défensives serait irresponsable. Mais la simple vérité est que les maigres capacités de l’Iran ne sont pas une menace du tout :

« ‘Les systèmes Patriot dans le Golfe pourraient ne pas servir le but qu’ils avaient jadis‘, a déclaré Anthony Cordesman, chercheur principal au Centre d’études stratégiques et internationales, un groupe de réflexion à Washington, ‘en partie parce que l’Iran n’a pas les capacités requises pour réaliser des attaques de précision’. ‘En outre, si le déploiement de Patriot dans la région du Golfe était principalement destiné à la défense aérienne, cette menace n’existe tout simplement plus comme avant’, a t-il ajouté. L’Iran n’est plus à la hauteur des alliés américains dans la région du Golfe, qui ont des forces aériennes supérieures.

L’administration Trump sait bien que les capacités de missiles de l’Iran ne constituent pas une menace. Les meilleures capacités de défense de l’Iran résident dans son emplacement à proximité d’une importante voie de transport d’hydrocarbures, le détroit d’Hormuz, et sa capacité à répondre de manière asymétrique par le biais de forces de substitution.

Le battage médiatique sur « les missiles iraniens » est juste une mise en scène. C’est un moyen peu coûteux de convaincre les Saoudiens et les sionistes que Trump fait quelque chose qui leur plait.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-us-en-iran-au-loup

 

Iran: les Européens instaurent un troc pour échapper aux sanctions américaines

Iran: les Européens instaurent un troc pour échapper aux sanctions américaines

La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini, le 24 septembre 2018 à New York / © AFP / MANDEL NGAN

Les Européens ont annoncé la création d’un système de troc afin de préserver leur commerce avec l’Iran tout en échappant aux sanctions américaines, une décision-camouflet à la veille d’un discours mardi à l’ONU de Donald Trump visant à mobiliser contre Téhéran.

Cette initiative vise à sauver l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 malgré la sortie fracassante des Etats-Unis de ce texte en mai.

« Concrètement, les Etats membres de l’Union européenne vont instaurer une entité légale pour faciliter les transactions financières légitimes avec l’Iran », a expliqué la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini dans une déclaration lue lundi soir conjointement avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif.

« Ce système permettra aux compagnies européennes de continuer à commercer avec l’Iran conformément au droit européen et pourrait être ouvert à d’autres partenaires dans le monde », a-t-elle ajouté.

Les représentants des six pays signataires encore membres de l’accord – France, Grande-Bretagne, Chine, Russie, Allemagne et Iran – étaient présents à cette réunion, organisée en marge de l’Assemblée générale annuelle des Nations unies.

Selon des sources européennes, ce « véhicule dédié » (Special purpose vehicle – SPV) fonctionnera comme une bourse d’échanges ou un système de troc sophistiqué à partir de la vente de pétrole iranien, première ressource du pays.

– Chambre de compensation –

Si par exemple l’Iran vend du pétrole à l’Espagne et l’Allemagne des machines-outils à Téhéran, la somme correspondant à la livraison du pétrole servirait directement à payer le fournisseur allemand.

La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini et le ministre iranien des Affaires étrangères (c), le 6 juillet 2018 à Vienne / © APA/AFP/Archives / HANS PUNZ

« Il y aura une sorte de chambre de compensation qui vérifie que la valeur des biens exportés et importés par l’Iran se compensent », explique une source diplomatique française.

Ce mécanisme « immunise » acheteurs et vendeurs en évitant des transactions en dollars qui pourraient les exposer à des sanctions américaines.

« Le pétrole est la seule contrepartie que l’Iran peut donner (…) Il permet aux recettes du pétrole d’être utilisées pour importer des biens », poursuit la source française.

L’accord conclu en 2015 est censé empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique et le sortir parallèlement de son isolement économique grâce à une levée des sanctions qui l’étranglaient.

Mais en sortant de l’accord, Donald Trump a rétabli une série de lourdes sanctions visant aussi les entreprises ou pays étrangers qui continueraient de faire des affaires avec Téhéran. Sous la menace, nombre de grands groupes (Total, Daimler…) très engagés aux Etats-Unis ont depuis cessé toute activité avec l’Iran par craintes de représailles américaines.

Le 4 novembre, une nouvelle vague de sanctions frappera directement les exportations de pétrole iraniennes et les opérations bancaires avec ce pays, qui va se retrouver de facto déconnecté des circuits financiers internationaux.

– Rassurer les entreprises –

Les nouveaux canaux de paiement doivent « rassurer les acteurs économiques », a souligné devant la presse Federica Mogherini.

Echanges commerciaux UE-Iran / © AFP / Jochen GEBAUER

Il s’agit de préserver les bénéfices économiques attendus par l’Iran en échange de son maintien dans l’accord et de son renoncement à un programme nucléaire militaire, a-t-elle expliqué en substance.

Lundi, le président iranien Hassan Rohani a affirmé à la chaîne de télévision NBC que son pays avait choisi de rester pour l’instant dans l’accord nucléaire.

L’Iran détient les quatrièmes réserves mondiales prouvées de pétrole et nombre de pays, en Asie particulièrement, ont besoin de se fournir en brut iranien, d’autant que leurs raffineries sont spécialement conçues pour traiter cette variété de pétrole et pas une autre.

Les Européens sont déterminés à sauvegarder l’accord afin de prévenir une reprise du programme iranien susceptible de déclencher une course à l’arme atomique dans la région.

Ils s’inquiètent aussi d’un affaiblissement du président iranien Hassan Rohani, ardent défenseur de l’accord nucléaire mais qui, pour l’heure, n’en a pas engrangé les bénéfices économiques escomptés, au profit des éléments les plus radicaux du régime.

« La préservation de l’accord est dans l’intérêt de la communauté internationale », a martelé Mme Mogherini.

vl/prh/ple

(©AFP / (25 septembre 2018 10h06)

https://www.romandie.com/news/Iran-les-Europ-ens-instaurent-un-troc-pour-chapper-aux-sanctions-am-ricaines/956483.rom