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Où l’on reparle de la Caspienne…

Où l’on reparle de la Caspienne…

Publié le 18 Avril 2019 par Observatus geopoliticus in Asie centraleGazRussie

Le Warsaw Institute est un think tank polonais pro-US comme tant d’autres dans la « Nouvelle Europe » si chère à l’attelage Bush-Cheney. Pourtant, contrairement à ses confrères, il fait preuve d’une certaine objectivité et d’une pertinence bienvenue. Ses écrits n’en ont que plus de poids…

Dans un article publié il y a une dizaine de jours, il revient sur le fameux gazoduc transcaspien, TCP pour les intimes, épisode à suspense bien connu du fidèle lecteur :

Avec la Russie, l’Iran et le Qatar, le Turkménistan fait en effet partie du carré d’as de l’or bleu, quatuor dont les fabuleuses réserves de gaz représentent jusqu’à 2/3 des réserves mondiales selon certaines estimations. Dès la chute de l’URSS, les Américains, soucieux d’enfoncer un coin au coeur du Heartland, ont vu dans le pays des Turkmènes une carte à jouer pour leur grand projet de désenclavement des richesses énergétiques de la Caspienne. N’est-ce pas Dick Cheney, futur vice-président de Bush junior et grand pétrolier devant l’éternel, qui déclarait en 1998 :

« A ma connaissance, l’émergence soudaine d’une région comme la Caspienne en tant qu’acteur stratégique n’a pas d’équivalent historique. »

Le plan US consistait (et consiste toujours si tant est qu’il se réalise un jour) à créer deux routes d’évacuation – une à l’ouest et l’autre au sud-est (en bleu sur la carte), court-circuitant comme de bien entendu la Russie et l’Iran et divisant l’Eurasie :

La route ouest, vieux serpent de mer, est connue aujourd’hui sous le nom de corridor caspien, auquel font toujours semblant de croire les euronouilles. Seul problème et de taille : pour que le gaz turkmène suive le chemin du BTC et aille alimenter l’Europe via l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie, il faudrait construire un pipeline sous-marin, ce que refusent absolument deux des cinq pays riverains, à savoir la Russie et l’Iran.

Votre serviteur suit avec intérêt chaque Sommet de la Caspienne qui réunit, outre Moscou et Téhéran, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan et le Turkménistan, donc. On y discute de divers points et, lors du sommet de 2014, Poutine a réussi l’exploit de couper l’herbe sous le pied de l’empire en faisant signer un accord interdisant toute présence militaire étrangère autour de la Caspienne. Bye bye OTAN… Quand on sait qu’au temps de sa splendeur, Washington avait déclaré la zone d’importance stratégique nationale, envisageait d’établir une base en Azerbaïdjan et pensait plus généralement pouvoir détacher l’Asie centrale de Moscou, on mesure la dégringolade impériale (…)

Le point d’achoppement entre les cinq pays riverains est le statut à donner à l’étendue d’eau : lac ou mer ? De là découle en effet la possibilité ou non d’y faire passer des pipelines. On comprend aisément que Achgabat et Bakou militent pour un droit maritime s’appliquant intégralement et permettant des négociations bilatérales pour la construction du fameux gazoduc transcaspien. Mais les deux vrais patrons – l’Iran et la Russie – s’y opposent, Téhéran allant même plus loin que Moscou en demandant à ce que toute décision concernant la Caspienne soit prise à l’unanimité. En 2008 déjà, les Iraniens avaient mis leur veto, torpillant de fait le projet Nabucco, arguant du « danger écologique ». L’argument prête à sourire mais montre que notre passionnant Grand jeu relève aussi de considérations juridiques (le droit de la mer) ou environnementales.

NB : Sur toutes ces questions du statut de la Caspienne et l’historique de la dispute, on lira avec profit cette excellente analyse.

En août 2018, le sommet de la Caspienne accouchait d’une véritable bombe énergético-géopolitique :

Après 21 ans de disputes sur le statut juridique de la Caspienne, un accord sera vraisemblablement signé demain dimanche, entre les cinq pays riverains, lors du sommet du même nom à Aktau. La question est d’importance car, bien plus que les richesses énergétiques à se partager, le point crucial est le passage ou non du pipeline Turkménistan-Azerbaïdjan.

Surprise, l’accord de demain semblerait – le conditionnel reste de mise – indiquer que les deux gros bras de la Caspienne, Russie et Iran, ont lâché du lest. Le Kremlin est vu comme le grand vainqueur de l’affaire. L’interdiction de toute présence militaire étrangère (tss tss l’OTAN…) est actée tandis que la flotte russe aura accès à toute la mer (on se rappelle les ondes de choc provoquées par le déKalibrage des barbus syriens à partir de la Caspienne).

Et pourtant… Votre serviteur ne peut s’empêcher de revenir, encore et toujours, à ce fameux pipeline. L’accord d’Aktau permettra-t-il enfin au Turkménistan de construire son gazoduc à destination de l’Europe via l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie ? Si oui, pourquoi les Russes ont-ils soudain accepté ?

Répondre à la première question n’est pas aisé. Si un site azéri crie déjà victoire, il est en réalité difficile de dire ce que contient l’accord et si des clauses spéciales – l’interdiction du tube par exemple – n’y sont pas rattachées. Un officiel russe a parlé d’une « nouvelle » juridiction, la Caspienne acquérant son « propre statut légal ». L’on sait également qu’environ 70% des disputes seulement seront réglées par cet accord, des points de discorde subsistant, parmi lesquels le gazoduc trans-caspien (TCP) ?

Répondre à la deuxième question est tout aussi malaisé. Une officine impériale bien connue des spécialistes penche également pour l’autorisation du TCP et s’interroge sur le retournement de Moscou. Parmi les diverses raisons évoquées, la construction du pipe sera difficile, notamment financièrement ; elle prendra du temps et vient trop tard alors que les tubes russes sont déjà lancés (Turk Stream) ou en voie de l’être (Nord Stream II) ; Poutine tente ainsi d’amadouer l’UE pour débloquer les dernières résistances au Nord Stream II ; Gazprom pourra de toute façon tuer dans l’oeuf le TCP en reprenant ses achats de gaz turkmène.

Deux mois plus tard, nos prédictions se révélaient exactes :

Bingo ! On a appris il y a quelques jours que Gazprom devrait très vite reprendre ses achats de gaz turkmène :

Le russe Gazprom devrait reprendre à partir de début 2019 les importations de gaz en provenance du Turkménistan, qu’il avait arrêtées en 2016, a annoncé mardi son patron lors d’une visite dans la capitale turkmène. « Nous parlons d’une reprise des achats de gaz turkmène par Gazprom dans un futur très proche, à partir du 1er janvier 2019″, a indiqué M. Miller en soulignant que les détails du nouvel accord allaient bientôt être finalisés.

A peine les Russes lèvent-ils leur veto sur la construction du TCP qu’ils reprennent leurs importations de gaz turkmène, vidant de sa substance le gazoduc transcaspien. Malin comme un ours…

Chose promise, chose due : Gazprom vient de reprendre, il y a quatre jours, ses importations d’or bleu en provenance du Turkménistan, sans que le prix et surtout les quantités ne soient d’ailleurs précisées. Entre les 40 Mds de m3 de gaz turkmène qui partent annuellement en Chine et la reprise des achats par Gazprom, il ne reste plus grand chose pour remplir les projets américains (TAPI et TCP).

C’est dans ce contexte que prend place l’analyse du Warsaw Institute. au ton passablement désabusé. On y apprend que Trump, qui semble réellement s’être converti au catéchisme « deepstatique », a envoyé fin mars une lettre de voeux au président turkmène, l’improbable Gurbanguly Berdimuhamedov, pour lui souhaiter un joyeux Norouz. Le nouvel an perse, issu de l’immémoriale et attachante tradition zoroastrienne, n’est en effet pas seulement fêté en Iran mais au chez ses voisins, dont le Turkménistan.

Dans sa lettre au style très brzezinskien, le Donald n’a évidemment pas pu s’empêcher d’insister pour que les richesses gazières du pays soient écoulées vers l’Europe. Traduction : construisez le TCP pour squizzer les Russes. Mais derrière les belles déclarations d’intention, les obstacles demeurent. Les disputes territoriales entre Achgabat et l’Azerbaïdjan, par où doit transiter le tube, ne sont par exemple toujours pas réglées, les incertitudes sont légion et la concurrence de l’or bleu russe rend ce projet peu rentable, ce qui n’est pas la meilleure manière d’attirer les énormes investissements nécessaires des majors occidentales. Avec la captation du gaz turkmène par le dragon et l’ours, le TCP semble condamné à rester une coquille vide. On en connaît deux qui ont le sourire…

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/04/ou-l-on-reparle-de-la-caspienne.html

 

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Pourquoi l’Europe tente-t-elle de saboter l’accord nucléaire iranien ?

Pourquoi l’Europe tente-t-elle de saboter l’accord nucléaire iranien ?

2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 14 avril 2019

L’accord nucléaire iranien, dit Plan d’action global conjoint (JCPOA), limite les activités nucléaires de l’Iran pendant 15 ans. Passé ce délai, l’Iran serait toujours lié par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et son Protocole additionnel. Mais l’Iran serait libre de produire de l’uranium enrichi pour ses réacteurs nucléaires.

En octobre 2017, les États-Unis ont quitté le traité et réintroduit des sanctions économiques contre l’Iran. Mais les signataires européens, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, ont déclaré qu’ils respecteraient l’accord. Gérard Araud, ambassadeur de France aux États-Unis, tweetait à cette époque :

Gérard Araud @GerardAraud - 19:25 utc - 8 sept 2017 

La France ne soutient aucune renégociation du traité JCPOA, qui devrait être mis en œuvre tel quel.

La France et l’Allemagne ont créé une structure complexe pour permettre certaines transactions commerciales avec l’Iran tout en échappant aux menaces de sanctions américaines secondaires. Le Guide suprême iranien Khamenei a qualifié cette structure de « blague » car elle ne permettra guère un commerce sérieux.

La semaine dernière, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France ont également intensifié leurs pressions sur l’Iran au sujet de ses programmes de missiles balistiques. L’Iran rejette sévèrement (vidéo, recommandé) toute critique de ce genre. Elle a depuis longtemps volontairement limité la portée de ses missiles à 2 000 kilomètres. N’ayant pas d’armée de l’air moderne, les missiles sont le seul moyen de menacer les biens de ses ennemis au Moyen-Orient. Il ne les abandonnera jamais.

De son côté, l’Iran respecte le JCPOA. Il limite ses activités nucléaires tout en permettant à l’AIEA d’inspecter le pays. Alors que les sanctions américaines s’accumulent et que les Européens refusent de soutenir des échanges commerciaux réguliers et continuent leur pression sur le sujet des missiles balistiques iraniens, il devient de plus en plus difficile pour les politiciens iraniens de justifier l’accord. Si, de leur côté, les États-Unis et l’UE ne respectent pas l’accord, pourquoi l’Iran devrait-il le faire ?

Les Européens continuent de traîner les pieds. La semaine dernière, la poste britannique a déclaré qu’elle n’accepterait plus de colis à destination de l’Iran. Aucune raison valable n’a été donnée. Hier, Gérard Araud, qui défendait l’accord nucléaire en 2017, a voulu le remettre en cause :

Gérard Araud @GerardAraud - 19:10 utc - 13 avr 2019

Il est faux de dire qu'à l'expiration du JCPOA, l'Iran sera autorisé à enrichir de l'uranium. En vertu du TNP et de son protocole additionnel, elle devra prouver, sous un contrôle strict, que ses activités nucléaires sont civiles.

Gérard Araud @GerardAraud - 19:17 utc - 13 avr 2019

Comme nous le disions en 2002, l'enrichissement de l'uranium sans programme civil crédible est illégal en vertu du TNP, nous dirons la même chose en 2025 si nécessaire. Des sanctions ont été imposées. Des sanctions pourraient être réimposées. Il n'y aura pas de "trêve" après le JCPOA.

Gérard Araud @GerardAraud - 19:20 utc - 13 avr 2019

La Russie fournit de l'uranium enrichi à la centrale nucléaire de Busheer. Il n'y aura donc aucune raison concevable pour l'Iran d'enrichir massivement de l'uranium après la fin du JCPOA.

L’Allemagne devrait cesser de construire le gazoduc Nord Stream II parce qu’il est supposé dangereux de dépendre des importations de gaz en provenance de Russie. Mais l’Iran devrait faire confiance à la Russie pour fournir de l’uranium à ses centrales nucléaires ? Pourquoi l’Allemagne est-elle autorisée à enrichir de l’uranium pour ses centrales nucléaires ? La Russie pourrait certainement lui en fournir aussi.

Après la fin du moratoire de 15 ans imposé par le JCPOA, l’Iran est bien sûr libre de produire son propre uranium pour ses propres centrales nucléaires. Rien dans les lois internationales n’exige que l’Iran continue de l’acheter à la Russie. La déclaration d’Araud n’a aucun sens.

Ce matin, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères a répondu à Araud :

Seyed Abbas Araghchi @araghchi - 9:02 utc - 14 avr 2019

Si les tweets de @GerardAraud représentent la position française, nous sommes confrontés à une violation majeure de l'objet et du but du JCPOA et de la résolution 2231 des Nations Unis. Besoin d'une clarification immédiate par Paris, ou nous agirons en conséquence.

Il semble que l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France aient tendance à rendre de plus en plus difficile pour l’Iran le respect de l’accord JCPOA. Ils font le jeu des néocons américains qui veulent que l’Iran se retire de l’accord pour ensuite prétendre avoir des raisons de l’attaquer [pour le compte d’Israël, NdT].

Comme dans le cas de la guerre contre la Syrie, ce sont les Européens qui souffriraient d’un conflit entre les États-Unis et l’Iran. Pourquoi jouent-ils ce jeu ?

Mise à jour.

Il semble que Gérard Araud ait reçu un appel urgent du Quai d’Orsay ou du Palais de l’Elysée et qu’on lui ait demandé de supprimer ses tweets :

Mohammad Ali Shabani @mashabani - 15:46 utc - 14 avr 2019

L'ambassadeur de France aux États-Unis (récemment à la retraite) a supprimé les tweets reniant les fondations de la JCPOA et impliquant la réimposition de sanctions si l'Iran poursuit l'enrichissement (comme autorisé par la JCPOA) après 2025.

Espérons une nouvelle approche française face à l’Iran. L’actuel est un navire en train de couler.

Je ne savais pas qu’Araud avait pris sa retraite. Sa fête d’adieu était le 3 avril. Sa biographie sur Twitter le désigne cependant toujours comme ambassadeur actuel.

Alors pourquoi tweeterait-il ça ? Le contenu était-il correct mais publié prématurément ? Ou est-ce que ces tweets étaient fait pour favoriser sa candidature à un poste bien payé dans tel ou tel groupe de réflexion va-t-en-guerre ?

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

https://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-leurope-tente-t-elle-de-saboter-laccord-nucleaire-iranien

Pour la libre circulation des marchandises au Levant

Pour la libre circulation des marchandises au Levant

  

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L’Iran, l’Iraq et la Syrie ont élaboré un projet de chemin fer régional reliant le port de Khorramshahr au Nord du Golfe arabo-persique au port méditerranéen de Basra, via Bagdad.

La construction avait été décidée en 2010 dans le cadre du marché commun régional d’alors. Le projet avait été interrompu par la guerre, la dissolution du marché commun, et la partie syrienne de cette voie a été détruite par l’« Armée syrienne libre ».

Ce chemin chemin de fer, qui est un droit de ces trois pays souverains, se heurte aux sanctions états-uniennes qui le leur interdisent formellement.

Cette voie ferrée devrait permettre des échanges industriels, agricoles et commerciaux en tous genres, multipliant par quatre le commerce entre les trois pays dans les cinq années de sa mise en service. Elle pourrait sauver les populations aujourd’hui menacées par la famine à venir.

Le 14 avril 2019, les trois pays ont confirmé la relance de ce projet.

https://www.voltairenet.org/article206066.html

Hassan Rohani en Irak : un rapprochement bilatéral nécessaire

Hassan Rohani en Irak : un rapprochement bilatéral nécessaire

Le 11 mars, Hassan Rohani s’est rendu en Irak dans le cadre d’une visite officielle de trois jours. Pour la première fois depuis son élection en 2013, Rohani se déplace dans son pays voisin, permettant ainsi l’affirmation du rapprochement politique et économique indéniable des deux Etats. Si cette visite est majeure pour l’Iran, elle l’est aussi pour l’Irak. En effet, Bagdad joue un jeu dangereux puisque ses deux principaux partenaires, l’Iran et les Etats-Unis, entretiennent des relations exécrables depuis le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien en mai 2018.

Le président iranien Hassan Rohani en 2018.
Le président iranien Hassan Rohani en 2018.

La relation Iran/Irak : de la normalisation au véritable partenariat stratégique

Suite au cessez-le-feu du 18 juillet 1988 ayant mis fin à la guerre sanglante entre l’Irak et l’Iran, la relation entre les deux Etats fut très froide jusqu’à la chute du régime de Saddam Hussein, en 2003. Depuis, leur relation tumultueuse s’est muée pour devenir un partenariat majeur dans la région. En effet, une grande proximité lie les deux pays : l’Iran comme l’Irak sont des pays majoritairement chiites, alors que la plupart de leurs voisins sont des Etats musulmans sunnites. La présence de plusieurs dirigeants chiites au cœur du pouvoir irakien post-Hussein favorise d’ailleurs l’influence grandissante de l’Iran en Irak, qui se traduit notamment par le soutien à divers groupes armés irakiens.

Signe de ce lien religieux indéfectible, Hassan Rohani avait prévu de se rendre à Kerbala et Najaf, deux lieux saints du chiisme, puis de rencontrer l’ayatollah Ali al-Sistani, figure centrale des chiites irakiens. Le but implicite est notamment de faire front face à l’Arabie Saoudite, qui pourrait chercher à semer la discorde entre l’Iran et l’Irak.

L’économie et l’énergie comme fer de lance de ce partenariat

Depuis le retrait des Etats-Unis de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, l’Iran cherche à tout prix à relancer son économie pour faire face à la recrudescence des sanctions économiques. Alors que les échanges commerciaux entre l’Iran et l’Irak s’élèvent déjà à 12 milliards de dollars par an, Rohani affiche un objectif de 20 milliards de dollars. La volonté affichée par Téhéran est que l’Irak favorise les entreprises iraniennes pour la reconstruction du pays s’inscrit dans ce sens.

De plus, l’Iran cherche aussi à sceller les contrats énergétiques signés entre Téhéran et Bagdad, alors que l’Irak s’est engagé auprès des Etats-Unis à réduire ses importations iraniennes en gaz et en électricité. L’Irak importe à ce jour 1300 MW d’électricité et 28 millions de m3 de gaz, et il semble toutefois difficile que la situation évolue. En effet, l’inefficacité des barrages irakiens en période de sécheresse rend les importations iraniennes primordiales pour pallier à l’urgence des besoins énergétiques. Le comportement des Etats-Unis face à ce rapprochement indéniable devra donc être scruté avec attention.

Sources :

– IMBERT Louis, “En visite à Bagdad, le président iranien défie la pression américaine”, Le Monde (https://www.lemonde.fr/international/article/2019/03/14/en-visite-a-bagdad-le-president-iranien-defie-la-pression-americaine_5436039_3210.html)

– “Visite hautement politique et symbolique du président iranien Hassan Rohani en Irak”, France 24 (https://www.france24.com/fr/20190311-visite-iran-hassan-rohani-irak)

– “Le président Hassan Rohani visite l’Irak”, Tribune de Genève (https://www.tdg.ch/monde/president-hassan-rohani-visite-irak/story/22567299)

About Xavier BERNAUD

Je suis diplômé d’une double-licence Droit/Science politique à l’Université Jean Moulin Lyon III, et d’un master 1 International Relations and Security Studies à York University à Toronto. J’étudie aujourd’hui à l’IRIS SUP’ à Paris.

L’échec de la politique américaine ouvre la frontière Irako-syrienne et la route Iran-Beyrouth.

L’échec de la politique américaine ouvre la frontière Irako-syrienne et la route Iran-Beyrouth.

par Elijah J. Magnier: @ejmalrai
“Un dinosaure avec une cervelle d’oiseau”. C’est en ces termes que l’ex-Président de l’Iran a décrit les Etats-Unis d’Amérique, opposant leur grande puissance militaire à leur manque de vision stratégique en politique étrangère. De fait, la rencontre tout à fait étonnante des chefs d’état-major de Syrie, d’Irak et d’Iran à Damas cette semaine n’aurait pas pu avoir lieu sans la dernière opération étasunienne en Syrie.
L’establishment américain a rendu service aux trois pays de l’”Axe de la résistance” en anéantissant le groupe “État islamique” (EI) retranché dans son dernier bastion à l’est de l’Euphrate. Suite à l’attaque contre Baghuz (à l’est de la Syrie), que les Etats-Unis ont menée conjointement avec leurs mercenaires Kurdes, les trois commandants militaires ont décidé de rouvrir la route entre la Syrie et l’Irak (la route Téhéran-Baghdad-Damas-Beyrouth est maintenant dégagée), qui permettra d’aller, par voie terrestre et en toute sécurité, d’Iran en Irak et en Syrie. Ce n’est pas la première fois que l’establishment américain fournit un soutien stratégique substantiel à l’Iran du fait de ses mauvaises décisions.

Photo by Bulent KILIC / AFP) (Photo credit should read BULENT KILIC/AFP/Getty Images
Photo by Bulent KILIC / AFP) (Photo credit should read BULENT KILIC/AFP/Getty Images

 

Lorsque le président américain Donald Trump a décidé de se retirer de la Syrie, une terre de “sable et de mort” selon lui, il était sérieux. Mais les Etats-Unis ne pouvaient pas partir sans avoir d’abord éliminé la poche de l’EI dans la zone sous contrôle étasunien à l’est de la Syrie, car ils auraient alors laissé subsister ce qui leur avait servi d’excuse pour occuper la zone. C’est pourquoi on a conseillé à Trump d’éliminer l’EI avant de retirer ses troupes. Il a finalement ordonné à ses forces à le faire après de longs mois d’inaction, au cours desquels les Etats-Unis ont en fait offert leur protection au groupe terroriste et ont laissé des dizaines de milliers de militants de l’EI attaquer l’armée syrienne et ses alliés le long de l’axe Deir-ezzour al-Bukamal.
La décision de Trump d’attaquer finalement l’EI doit être appréciée à sa juste valeur. Depuis 2014, les Etats-Unis faisaient semblant d’être en guerre contre le brutal groupe Takfiri tout en favorisant son expansion, en le laissant tuer des soldats de l’armée syrienne qui, eux, se battaient contre le groupe terroriste, et en utilisant la présence de de dernier pour justifier la leur. Les Etats-Unis ont bombardé Raqqa et l’ont détruite ; puis ils ont conclu un accord avec le groupe pour évacuer plusieurs milliers de ses membres. La campagne de Baghus est la première des Etats-Unis contre l’EI. C’est tout à l’honneur de Trump de faire ce que les Etats-Unis prétendent faire depuis 5 ans sans le faire : à savoir se battre contre l’EI.
Cette longue campagne spectaculaire a permis à Trump de s’attribuer le mérite de la défaite de l’EI, alors qu’en réalité depuis 5 ans les forces qui l’ont combattu sont les forces syriennes, la Russie, les Unités de Mobilisation Populaire (UMP)/Hashed al-Shaabi, l’armée irakienne, le Hezbollah libanais et l’Iran. A Baghuz les forces étasuniennes (et leurs alliés européens) ont bombardé l’EI pour les refouler dans un seul petit village. Elles ont réussi à ouvrir un passage sûr pour les femmes, les enfants, les personnes âgées, les combattants blessés de l’EI, et tous ceux qui étaient prêts à se rendre. Plus de 35 000 combattants de l’EI et leurs familles sont sortis de ce petit village. 9000 combattants ont été blessés ou tués. Les Etats-Unis et leurs forces mercenaires kurdes ont réussi à enfermer les restes du groupe terroriste dans une petite zone de moins d’un kilomètre carré et se préparent à lancer le dernier assaut dans les prochains jours. Ce n’est qu’une question de temps avant que l’EI abandonne son dernier bastion à l’est de l’Euphrate.

 

L’élimination imminente de la menace que représente l’EI a donné lieu à une rare rencontre. Le chef d’état-major iranien, le général Mohammad Baqeri, le ministre syrien de la Défense Ali Abdullah Ayyoub, et le chef d’état-major irakien, le général Othman al-Ghanmi, se sont réunis à Damas, la capitale syrienne, et ont décidé de rouvrir les frontières entre l’Irak et la Syrie.
Trump et ses généraux se sont rendu compte qu’ils avaient fait une erreur en créant un passage sûr pour l’Iran et l’Irak vers Syrie, en éliminant l’EI de la zone. Avec l’EI dans les parages, il aurait été impossible aux ressortissants iraniens et irakiens et aux marchandises de passer en Syrie en toute sécurité. C’est pourquoi, les Etasuniens ont décidé de laisser derrière eu plusieurs centaines de soldats.

Grâce à l’initiative américaine, l’Iran peut maintenant envoyer tout le soutien nécessaire en Syrie et reprendre son commerce avec ce pays. Israël bombarde l’aéroport de Damas pour tenter de ralentir le processus de réapprovisionnement de l’armée syrienne en missiles de précision et autres équipements militaires nécessaires pour reconstituer la force de défense de l’armée. Avec l’ouverture d’un nouveau point de passage frontalier entre l’Irak et la Syrie, l’occupation étasunienne du point de passage d’al-Tanf devient secondaire. Si les États-Unis essaient de faire pression sur l’Irak pour que le pays cesse de commercer avec l’Iran ou la Syrie, Bagdad demandera le départ des forces de Trump de Mésopotamie.
L’erreur de Trump permettra également à l’économie syrienne de retrouver un peu de vigueur avec la réouverture de la route terrestre vers Irak. La politique des États-Unis et leurs opérations en Syrie font bien rigoler les trois commandants militaires. Ils profitent régulièrement des erreurs stratégiques de Washington depuis son occupation de l’Irak en 2003 et son élimination du plus féroce ennemi de l’Iran, Saddam Hussein.

 

L’EI demeure un danger pour la sécurité, mais pas une menace militaire. Ce qu’il reste du groupe peut encore attaquer des convois ou des cibles faciles, même après la décision conjointe des trois pays de patrouiller les frontières, de partager leur technologie, leurs renseignements de mettre le poste frontière d’Al-Bu Kamal sous protection militaire et de lutter ensemble contre l’EI. Les États-Unis n’ont généralement qu’une vue globale des choses, car leurs conseillers et leurs planificateurs ont pour objectif de redessiner les frontières, de changer les régimes et de créer des États faillis. De ce fait, ils négligent parfois des éléments de détail qui peuvent renverser les situations à l’avantage de leurs ennemis supposés, en l’occurrence l’Iran. Comme Rafsanjani l’a dit un jour, les États-Unis sont “un dinosaure avec une cervelle d’oiseau”.
Rafsanjani n’a pas l’exclusivité des remarques caustiques. A une récente cérémonie de la Force Al-Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique pour célébrer le succès du commandant major général Qassem Soleimani en Irak et en Syrie, Sayyed Ali Khamenei, le leader de la révolution, a dit en parlant des États-Unis (et de l’Arabie saoudite) : “Nous remercions Allah d’avoir rendu nos ennemis complètement idiots”

 

Traduction : Dominique Muselet
source:https://ejmagnier.com/2019/03/21/lechec-de-la-politique-americaine-ouvre-la-frontiere-irako-syrienne-et-la-route-iran-beyrouth/

https://philippehua.com/2019/03/28/lechec-de-la-politique-americaine-ouvre-la-frontiere-irako-syrienne-et-la-route-iran-beyrouth/

Vents d’Est

ANALYSIS

Vents d’Est

Après avoir reconquis militairement ses territoire du sud-ouest, réduit l’antre de la bête ; placé ses troupes faces aux unités d’élite israéliennes au Golan et encerclé les bases étrangères au nord-est, Damas vise désormais la province rebelle septentrionale d’Idleb sous un protectorat turc qui ne dit pas son nom.

A cet effet, la restructuration des forces armées syriennes en une force nouvelle, compacte, plus mobile et plus flexible de termes d’intégration et de coordination interarmes et/ou avec les forces auxilliaires, supplétives ou amies, menée en partenariat avec les russes,  les iraniens et le Hezbollah libanais, devrait permettre à Damas de poursuivre sa série d’offensives ciblées et par dessus tout d’éviter toute  confrontation armée directe avec la Turquie.

La guerre en Syrie a transformé la topographie stratégique du monde. Elle a divisé les pays du Golfe qui ont dépensé presque 4% du PIB mondial pour financer ce que l’on appelle le printemps Arabe, une opération de guerre hybride à grande échelle menée par les néoconservateurs pro-sionistes influançant la politique étrangère de Washington et de ses alliés,  avec un résultat égal à zéro. Pire, Israël se retrouve non seulement plus isolé que jamais mais son obssession à semer le chaos dans ses environnements proches et immédiats pour assurer sa supériorité stratégique a grandement renforcé ce que l’on appelle l’Axe de la résistance et si les avions de combat israéliens pouvaient en 2007 pénétrer en profondeur dans l’espace aérien syrien pour bombarder un réacteur nucléaire situé en plein Deir Ezzor, ils ne peuvent plus envoyer le moindre drone dans le ciel syrien et se contentent de mener des raids aériens à partir de l’espace aérien libanais voisin.

Certaines puissances qui ont allumé et entretenu le feu en Syrie ont tenté de faire du business avec ce conflit. D’autres ont en profité pour écouler leur vieux stocks d’armes ou de créer des besoins à partir du néant.

La guerre en Syrie a mis fin au cycle du mensonge. La propagande atlantiste n’a plus les moyens de son influence. Ce discrédit est total. Au point où le président US Donald Trump lui même qualifie des médias comme le Washington Post, le New York Times ou encore CNN de « Fake News ».

A quoi ont servi tous ces troubles au Proche et Moyen-Orient ayant hanté nos journaux télévisés depuis huit années?

Le maintien et la survie de la suprématie israélienne dans la région au delà du centenaire de sa création en 2048? Avec le vote sur le caractère juif raciste, exclusif  et fasciste de l’Etat d’Israël, la survie de cette entité est désormais une chimère qu’aucune force au monde ne pourra réaliser.

L’affaiblissement de la région MENA? Cette région du monde n’est pas du tout affaiblie puisque certains pays de cette région se sont totalement sanctuarisés d’un point de vue militaire. Les cas irakien, libyen et syrien ont servi de leçon mais l’éclatante  leçon nord-coréenne a fini par mettre fin à la perception d’une hégémonie basée sur le mythe de la surpuissance.

Par contre, une grande migration humaine s’est déclenchée: des millions d’individus fuyant les zones de guerre et d’instabilité se ruent sur l’Europe. Au point où des centaines de personnes débarquent sur les plages et les rivages tous les jours sans aucune solution en perspective.

Tandis qu’à Washington on se chamaille comme de vulgaires chiffoniers au sein même de l’Etat profond alors que certains Etats de l’Union s’écroulent et  alors que l’Europe se noie sous le poids d’une nouvelle grande migration humaine, la Chine tisse en toute quiétude ses liens de coopération avec l’Eurasie, l’Afrique et les Amériques. C’est d’ailleurs les chinois qui vont reconstruire la Syrie comme ils le font en Irak.

Les anciennes puissances peuvent toujours menacer. Le monde a profondément changé. Le soleil se lève à l’Est.

https://strategika51.org/archives/21292

Les prétentions de l’Empire de prendre le contrôle du Venezuela : La table est mise

Les prétentions de l’Empire de prendre le contrôle du Venezuela : La table est mise

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Les prétentions de l’Empire de prendre le contrôle, par tous les moyens, de l’État vénézuélien, sont incontournables. Toutes les options sont sur la table pour que cet objectif  devienne réalité. Si le dialogue  peut conduire à une transition pacifique du socialisme bolivarien au capitalisme impérial, il sera le bienvenu.  Si les sanctions, sous ses diverses formes, en arrivent à soulever le peuple contre son gouvernement, elles seront maintenues jusqu’au changement de régime. Si ces actions ne conduisent pas aux objectifs poursuivis, ce sera alors l’intervention militaire. Il pourra compter sur le groupe de Lima et sur la participation  militaire des gouvernements de Colombie et du Brésil.

D’autre part, le peuple majoritaire du Venezuela accompagne, avec déterminations, son gouvernement légitime, sous la présidence de Nicolas Maduro. L’organisation civique militaire  se veut une réponse percutante à toutes les initiatives interventionnistes de l’Empire. Nicolas Maduro peut compter sur une armée qui a su résister aux offres alléchantes de l’ennemi et sur l’adhésion d’un peuple conscient à la révolution bolivarienne. Il ne saurait être question de se soumettre à l’Empire et encore moins d’en devenir les sujets. La souveraineté et l’indépendance sont du peuple et de personne d’autre. Dans ce combat, ils ne sont pas seuls. La Russie et l’Iran, entre autres, répondent oui à la requête du Président légitime du Venezuela, Nicolas Maduro, de se joindre à cette confrontation qui s’avère inévitable.

La rencontre toute récente (19 mars)  d’Elliot Abrams, représentant de Washington pour le Venezuela,  avec le vice-ministre russe des Affaires extérieures, semble avoir porté certains fruits. C’est à tout le moins ce qu’on peut comprendre de la déclaration d’Elliot Abrams, suite à cette rencontre.

« «Nous ne sommes pas arrivés à une « rencontre des esprits », mais je crois que les négociations ont été positives dans le sens que les deux parties ont désormais une meilleure compréhension de leurs positions respectives», a fait savoir le diplomate. »

https://fr.sputniknews.com/international/201903191040417058-venezuela-russie-etats-unis-positions-negociations/

Le même jour de cette rencontre, la Russie et l’Iran faisaient également une déclaration commune. 

« Dans le document, l’Iran et la Russie se méfient de la légitimité de l’autoproclamation de Juan Guaidó en tant que président en charge et réitèrent leur rejet des agressions constantes menées par le gouvernement américain contre le Venezuela.

Pour sa part, la Russie a annoncé que l’ingérence des États-Unis compliquait encore la situation au Venezuela. Pendant ce temps, l’Iran a manifesté sa coopération militaire et défensive au gouvernement de Nicolás Maduro, si nécessaire. Les deux nations reconnaissent le présidentMaduro comme président légitime, élu par le peuple en mai 2018. » (Traduction Google)

https://www.telesurtv.net/news/iran-rusia-reiteran-apoyo-dialogo-paz-venezuela-20190319-0008.html

À QUOI PEUT-ON S’ATTENDRE?

Tout est évidemment possible avec de tels interlocuteurs (Empire).  Il faut toutefois prendre en compte certains facteurs de nature à ralentir le processus. Tout le monde sait que la position du président Trump est plutôt fragile et que ses ennemis, à l’interne, se font toujours plus menaçants. L’aventure d’une guerre incertaine contre le Venezuela, fortement soutenu entre autres par la Russie, l’Iran et Cuba peut dégénérer en un véritable désastre. Nous n’en sommes plus  à 1962, au temps des missiles à Cuba. Dans le contexte d’aujourd’hui, les États-Unis sont bien mal placés pour se plaindre de cette présence militaire russe et iranienne dans les eaux du Venezuela. Ils sont eux-mêmes les responsables d’un chapelet de missiles entourant la Russie et en Asie, entourant la Chine et la Corée du Nord.

Je me demande si les déclarations récentes du New York Times sur les auteurs qui ont mis à feu les camions d’aide humanitaire et celle de CNN, sur l’homicide ratée du 4 août  visant l’assassinat du président et de ses principaux collaborateurs,  ne sont pas liées à la campagne de dénigrement  et de destitution du président Trump. Ces deux médias, de très grande importance, mettent à nue les mensonges et les ratés de ses interventions au Venezuela.

Chose certaine, le Venezuela ne baissera pas la garde et, en tout temps, il sera là pour contrer tous les coups bas d’interventions de cet Empire aux décisions imprévisibles. Il est toujours possible que Trump, devant les présidentielles de 2020, réajuste son tir et remette à plus tard ses ambitions de conquêtes.

Oscar Fortin

20 mars 2019

 

Cretinho pour de bon ?

Cretinho pour de bon ?

Publié le 23 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisMoyen-OrientAmérique latine

Qui pourrait oublier les ondes de choc provoquées par l’élection de Donald Trump à la présidence américaine en novembre 2016 ?

Le système impérial est en pleine crise de nerf : banksters, volaille médiatique, euronouilles et néo-conservateurs sont en émoi. Ce ne sont que sanglots dans la voix, yeux mouillés et regrets éternels.

Après le Brexit, voilà un nouveau coup dur pour l’establishment qui nous assurait pourtant que l’abominable Donald des neiges n’avait aucune chance. Comme pour le Brexit, comme pour le référendum de 2005… A l’Elysée, Flamby n’avait préparé qu’une seule lettre de félicitations (pour Clinton !) tandis que la clique américanisante est sous le choc en Allemagne. Quant à la boboïtude médiatique, n’en parlons pas… Les soutiens internationaux de Clinton, eux, font grise mine et l’on imagine aisément les visages tirés et soucieux à Riyad, Kiev ou Doha.

En un mot comme en cent :

Depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts. Il était prévisible que le Deep State ferait tout pour harceler, pressurer et finalement récupérer l’indélicat occupant de la Maison Blanche, et torpiller le possible rapprochement américano-russe. A plusieurs reprises, nos Chroniques se sont demandées si le Donald s’était couché devant le marais qu’il était censé drainer : démission forcée de Flynn en février 2017, false flagchimique de Khan Cheikhoun et débarquement de Bannon en avril 2017, menaces ubuesques et cyniques contre Assad en juin 2017, nouveau false flag chimique de Douma et nomination du moustachu néo-con Bolton en avril 2018, retrait de l’accord sur le nucléaire iranien et transfert de l’ambassade US à Jérusalem en mai 2018, soumission à la junte ukrano-américaine lors de l’incident de Kertch en décembre 2018, tentative flagrante de putsch au Venezuela depuis janvier 2019, attaques répétées contre le Nord Stream II, multiplications des sanctions contre à peu près tout le monde… Ca fait beaucoup.

Et pourtant, subsistait toujours un doute. Le Donald faisait de la résistance, par exemple en rencontrant (se soumettant à, selon le système impérial) Poutine par deux fois (juillet 2017 et juillet 2018), en insistant plusieurs fois sur un retrait américain de Syrie, ou encore en critiquant sans gants l’OTAN et l’UE.

Faut-il parler au passé de ce regimbement contre l’Etat profond ? Creinho a-t-il définitivement remplacé Donaldinho ? L’évolution récente pousse en ce sens. Trump semble une nouvelle fois (une fois de trop ?) avoir flanché en renonçant au retrait syrien. Certaines rumeurs prétendent qu’un millier de soldats US (la moitié du contingent actuel) resterait dans les zones reprises par les Kurdes à Daech dans l’Est du pays, toujours dans l’optique de couper l’axe chiite, objectif principal de l’empire au Moyen-Orient. A noter tout de même que le général Dunford, chef d’état-major des armées, a réfuté le chiffre, déclarant qu’il n’y avait « aucun changement au plan annoncé en février » et que les militaires continuaient « à mettre en œuvre le plan du président pour n’y laisser qu’une présence résiduelle ». Résiduelle, certes, mais pas absente comme il était prévu initialement. Et le renouvellement de l’aide financière aux inénarrables Casques blancs, « héroïques » selon la terminologie orwellienne de Washington, pourrait indiquer un prochain false flag chimique. Douce coïncidence, ils ont souvent lieu en avril…

La reconnaissance du plateau du Golan comme faisant partie d’Israël n’est pas trumpienne en soi et le Congrès planche déjà sur la question depuis quelques mois. La chose peut d’ailleurs être vue sous deux angles différents : On continue à rogner l’arc chiite en restant en Syrie et on vous donne en plus le Golan ou, au contraire, Prenez le Golan en compensation de notre retrait de la région. Toujours est-il que, si cette annonce a évidemment été reçue avec contentement à Tel Aviv, elle a provoqué un tollé partout ailleurs : Russie, Iran, Chine, Turquie, Tulsi, euronouilles etc., tous s’opposent à cette décision illégale et dangereuse. Les justifications délirantes qui accompagnent l’oukase de Washington – Dieu a envoyé Trump pour sauver Israël de l’Irandixit Pompeo – est représentative des visions eschatologiques des grands empires finissants à travers l’histoire.

Puisque l’on parle de délire, la tragi-comique visite de Bolsonaro aux Etats-Unis figure également en bonne place. Excursion surprise au QG de la CIA, déclarations infantiles du neuneu Ministre de l’économie (« We love Disneyland and Coca Cola ») et surtout, proposition du Donald d’intégrer le Brésil dans l’OTAN ! Pour celui qui, il y a deux ans, pensait sérieusement mettre fin à l’Alliance atlantique, quel retournement de veste… Il y a peu de chance que ce scénario illusoire, d’ailleurs immédiatement remis en cause par les euronouilles (il n’y a que nous, les Européens, qui pouvons être vos vassaux au sein de l’OTAN), aboutisse. En sus des raisons déjà invoquées, il ne prendra pas parmi l’establishment militaire brésilien, passablement énervé par les génuflexions de Bolsonaro devant l’empire et inquiet de l’utilisation du Brésil comme base arrière d’une éventuelle intervention au Venezuela.

Puisque nous en parlons, des bruits font de plus en plus état d’une possible opération militaire américaine contre Maduro. Si tel est le cas, ce qui reste quand même à vérifier, les Follamours du Potomac sont-ils tout à fait sérieux ? Veulent-ils réellement engager l’empire déclinant dans un énième bourbier ? Rien n’est moins sûr, mais le fait même que l’on évoque la possibilité en dit long sur la mue d’un président qui s’était fait élire sur un programme dénonçant les coûteuses et pathétiques guerres de Washington. Les zélotes impériaux de la guerre froide contre Moscou se portent à merveille et claironnent sur tous les toits leur désir d’en découdre, tandis que des pans entiers de l’électorat du Donald, échauffés par ses multiples trahisons, intérieures comme internationales, se détournent de lui.

On en saura plus très bientôt, alors que le point final a été mis au rapport Mueller, censé enquêter sur la supposée collusion entre Trump et Moscou. Rien ne dit qu’il sera rendu public, mais il a été remis à la justiceet ses principales conclusions le seront sans doute au Congrès ces prochaines heures. L’absence de révélations fracassantes ou d’inculpations serait un coup énorme porté au Deep State qui, depuis deux ans, pourrit la présidence du Donald, peut-être ainsi obligé de donner des gages guerriers à son adversaire. Verra-t-on alors un nouveau retournement de veste de la Houppette blonde, revenant aux sentiments relativement pacifistes qui l’habitaient à ses débuts ? Les jours prochains nous en diront plus…

Paradoxales incertitudes iraniennes

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Paradoxales incertitudes iraniennes

En ce moment, si vous envisagez une guerre américaniste, – puisqu’enfin, l’américanisme doit être toujours gros d’au moins une guerre possible/probable, – ce serait plutôt avec l’Iran. Le casting est excellent : Trump, Bolton et Pompeo sont des Iran-haters pur sucre et certifiés, tandis que les obstacles à une telle entreprise, notamment les trois généraux (McMaster, Kelly et Mattis) en poste au gouvernement l’année dernière et qui étaient tous trois très prudents vis-à-vis de l’Iran, sont partis. L’hostilité à l’Iran permet en plus de faire de l’European-bashing et d’interférer en toute exterrorialité et en pratiquant le sport national des sanctions sur les affaires, le commerce et la finance de ces chers “alliés” aussi bien que contre l’Iran… Mais justement, au-delà ?

Au-delà, il y a Israël, en pleine campagne électorale, avec un Netanyahou dont on connaît la rhétorique guerrière contre l’Iran. Mais la stratégie de Netanyahou a été depuis plusieurs années, de concert avec celle de MbS d’Arabie Saoudite, d’appeler à la guerre contre l’Iran à condition que ce soit essentiellement les USA qui la fassent pour lui (pour eux). Ce que montre le texte d’Alastair Crooke ci-dessous, c’est que l’extrême complexité de la situation au Moyen-Orient, comme à l’habitude d’ailleurs, place les USA plutôt en position de manipulateurs qu’en position de manipulés à cet égard, et peut-être d’ailleurs sans intention, par simple nature. L’administration Trump agit surtout par les mesures que Trump affectionne par-dessus tout, qui sont des mesures de rackets, de pressions commerciales de de communication, d’influence, d’agitation et de subversion, et finalement dans des conditions telles que, par le jeu des dispositifs de dissuasion antagonistes sur le théâtre qui nous intéresse, ce serait Israël d’abord qui pourrait se trouver engagé directement dans une guerre régionale de grande dimension, avec confrontation avec l’Iran

D’où la question de Crooke : est-ce que les USA ne vont pas pousser Israël vers un conflit qu’Israël aimerait bien voir les USA prendre à leur compte ? Israël n’a jamais eu de “meilleur allié” (de meilleure “marionnette”, diront certains) à la Maison-Blanche que Trump. Mais Trump est un “allié-marionnette” qui réserve des surprises, très manipulable mais dont la manipulation peut provoquer cez lui des attitudes inattendues, y compris lorsqu’il soutient à fond un de ses propres “alliés”, et même dira-t-on, surtout lorsqu’il le soutient à fond…

Ci-dessous, une traduction-adaptation du texte d’Alistair Crooke mis en ligne le 11 mars sur Strategic-Culture.org.

dde.org

http://www.dedefensa.org/article/paradoxales-incertitudes-iraniennes

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Les faucons de Trump risqueront-ils Israël ?

C’était la onzième et peut-être la plus importante rencontre entre le président Poutine et le premier ministre Netanyahou le 27 février, écrit le journaliste bien informé, Elijah Magnier : “Le visiteur israélien a clairement entendu de son hôte l’affirmation que Moscou n’a pas assez d’influence pour convaincre l’Iran de quitter la Syrie, – ou d’arrêter le flux d’armes vers Damas … Moscou [a également] informé Tel Aviv de la détermination de Damas à répondre à tout bombardement futur ; et que la Russie ne se considère pas concernée [c’est-à-dire une partie au conflit]”.

Cette dernière phrase nécessite un peu plus d’explication. Ce qui se passe ici, c’est la montée en puissance de la prochaine phase de la stratégie sino-russe visant à contenir la politique américaine d’entretien du désordre hybride et de soutien aux diverses guerres en cours dans la région. Ni la Chine ni la Russie ne veulent entrer en guerre avec les États-Unis. Le président Poutine a averti à plusieurs reprises que si la Russie devait être poussée au bord du gouffre, elle n’aurait d’autre choix que de réagir, – et que les conséquences possibles vont au-delà de l’imaginable.

Les récentes guerres américaines ont clairement démontré leurs limites politiques. Oui, ils sont militairement très destructeurs, mais ils n’ont pas produit les dividendes politiques escomptés ; ou plutôt, les dividendes politiques se sont manifestés sous la forme d’une érosion de la crédibilité des USA et de leur attrait comme “modèle” à imiter pour le monde. Nulle part dans la région il n’y a de de “nouveau” Moyen-Orient qui émerge, qui suive le modèle américain.

Les responsables de la politique étrangère de Trump ne sont pas des interventionnistes “libéraux” à l’ancienne, qui cherchent à liquider les monstres tyranniques de la région pour les remplacer par les valeurs américaines. Cette aile du néo-conservatisme américain s’est assimilée, – sans véritable surprise, – au parti démocrate et aux dirigeants européens tentés par les aventures d’une prétendue “vertu morale”, en opposition à l’approche transactionnelle et supposée amorale de Trump.

Bolton & Cie, cependant, sont de l’école néoconservatrice qui croit que si vous avez le pouvoir, vous devez l’utiliser avec toute sa force ou vous le perdez. Ils ne se préoccupent tout simplement pas de toutes ces folles promesses de démocratie ou de liberté (comme Carl Schmitt, ils considèrent l’éthique comme affaire de théologiens et nullement comme leur préoccupation). Si les États-Unis ne peuvent plus imposer directement certains résultats politiques (selon leurs conditions) au monde comme ils le faisaient auparavant, alors la priorité doit être d’utiliser tous les moyens pour s’assurer qu’aucun rival politique ne puisse émerger pour défier les États-Unis. En d’autres termes, l’instabilité et les conflits ouverts et en cours deviennent des outils puissants pour empêcher les blocs de pouvoir rivaux d’accumuler un poids et une position politiques plus larges. (En d’autres termes, si vous ne pouvez pas “faire” de la politique, vous perturbez et empêcher les autres d’en faire.)

Quelle place cette situation a-t-elle dans le message du Président Poutine à Netanyahou ? Tout d’abord, cette rencontre a eu lieu presque immédiatement après la visite du président Assad à Téhéran. Ce dernier sommet a eu lieu dans le contexte des pressions croissantes exercées sur la Syrie (par les États-Unis et l’UE) pour tenter de réduire le succès syrien dans la libération de ses terres (évidemment avec l’aide de ses amis). L’objectif explicite étant de tenir la future reconstruction syrienne en otage de la reconfiguration politique de la Syrie selon les conceptions de l’Amérique et de l’Europe.

Le sommet précédent de Téhéran (avec Assad) s’est lui aussi déroulé dans le contexte d’une possibilité affichée d’une confrontation avec l’Iran à Washington. Il tout d’abord adopté le principe selon lequel l’Iran constitue la profondeur stratégique de la Syrie et, parallèlement, la Syrie constitue la profondeur stratégique de l’Iran.

Le deuxième point à l’ordre du jour était de savoir comment mettre en place une structure de dissuasion pour la partie nord du Moyen-Orient qui pourrait contenir l’impulsion de M. Bolton de perturber cette sous-région, et tenter de l’affaiblir. Et en l’affaiblissant, affaiblir les risques pour la Russie et la Chine (cette dernière ayant un enjeu majeur en termes de sécurité d’approvisionnement énergétique et de viabilité d’une sphère commerciale asiatique).

Le Président Poutine a simplement exposé à Netanyahou les principes du prétendu plan d’endiguement établi à Teheran ; mais les Israéliens avaient déjà compris le message par d’autres sources (de Sayyed Nasrallah et des fuites de Damas). L’essentiel, c’est que la Russie a l’intention de se tenir au-dessus de toute confrontation militaire régionale (c’est-à-dire d’essayer de ne pas être impliquée dans le conflit éventuel). Moscou veut garder les mains libres et le contact avec toutes les parties. Le système de défense aérienne S-300 installé en Syrie est opérationnel mais Moscou, semble-t-il, préservera une ambiguïté constructive quant aux règles d’engagement de ces missiles très sophistiqués.

Dans le même temps, la Syrie et l’Iran ont clairement indiqué qu’il y aura désormais une réponse à toute attaque aérienne israélienne contre des défenses syriennes “stratégiques” importantes. Au départ, il semble que la Syrie réagirait probablement en lançant ses missiles dans le Golan occupé ; mais si Israël intensifie son attaque, ces missiles seraient ciblés sur des centres stratégiques dans la profondeur d’Israël. Enfin, si Israël montait encore un degré dans l’escalade, il serait alors possible d’activer également les missiles iraniens et ceux du Hezbollah.

Pour confirmer ce schéma, l’Iran confirme que ses conseillers se trouvent effectivement partout en Syrie où se trouvent les forces syriennes. Autrement dit, toute attaque visant les forces syriennes sera automatiquement interprétée par l’Iran comme une attaque contre le personnel iranien.

Ce qui se met en place ici, c’est une dissuasion complexe et différenciée, avec une “ambivalence constructive” à tous les niveaux. D’une part, la Russie entretient une complète ambiguïté sur les règles d’engagement de ses S-300 en Syrie. A un autre niveau, la Syrie maintient une certaine ambiguïté indéfinie (en fonction du degré d’escalade israélienne) sur l’emplacement géographique de sa réponse (Golan seulement ; ou l’étendue d’Israël) ; et l’Iran et le Hezbollah maintiennent également une ambiguïté sur leur engagement possible (en disant que leurs conseillers peuvent être partout en Syrie).

Netanyahou est revenu de sa rencontre avec Poutine en disant que la politique d’Israël d’attaquer les forces iraniennes en Syrie était inchangée (il le dit à chaque fois), – bien que Poutine ait dit clairement que la Russie n’est pas en mesure d’imposer un retrait iranien au gouvernement syrien. La Syrie avait, – et a toujours, – le droit de choisir ses propres partenaires stratégiques. Le Premier ministre israélien a cependant été formellement prévenu que de telles attaques pourraient entraîner une réaction qui affecterait gravement l’opinion publique israélienne (c’est-à-dire des missiles dirigés directement sur Israël). Il sait aussi que les systèmes de défense aérienne syriens existants (même sans le soutien du S-300) fonctionnent avec une très grande efficacité (quoique les commentateurs et les militaires israéliens puissent prétendre). Netanyahou sait que les défenses antimissiles israéliennes “Iron Dome” et “David’s Sling” sont considérées comme d’une faible efficacité par l’armée américaine.

Netanyahou risquera-t-il de lancer de nouvelles attaques importantes contre l’infrastructure stratégique syrienne ? Elijah Magnier cite des sources bien informées : “Tout dépend de la direction que prendront les élections israéliennes. Si le Premier ministre Benjamin Netanyahou estime que ses chances de remporter un second mandat sont suffisamment élevées, il ne s’aventurera pas de sitôt dans une nouvelle confrontation avec la Syrie et ses alliés. La date de la prochaine bataille sera reportée. Mais, s’il croit qu’il perdra l’élection, alors la possibilité qu’il engage une bataille devient très élevée. Une bataille sérieuse entre Israël, d’une part, et la Syrie et l’Iran, d’autre part, serait suffisante pour faire reporter les élections. Netanyahou n’a pas beaucoup de choix : soit il gagne les élections et reporte la procédure de corruption contre lui ; soit il va en prison”.

Cette thèse peut sembler convaincante mais le raisonnement sur lequel elle repose peut s’avérer trop limité. Il est clair que le stratagème de dissuasion différenciée, décrit par Poutine, – bien qu’il soit formulé en termes syriens, – a un objectif plus large. Le langage actuel utilisé par les États-Unis et l’Europe indique assez clairement qu’ils en ont largement fini avec les opérations militaires en Syrie. Mais, parallèlement au désaveu de nouvelles opérations militaires en Syrie, nous avons également assisté à une consolidation de la mentalité de l’administration américaine en faveur d’une confrontation avec l’Iran.

Alors que Netanyahou a toujours été véhément en appelant à la confrontation avec l’Iran, il n’est pas connu en Israël comme un homme à prendre des risques militaires (appeler à liquider tous les moyens palestiniens ne comporte aucun risque politique dans la politique intérieure israélienne). De plus, l’establishment militaire et sécuritaire israélien n’a jamais apprécié la perspective d’une guerre totale avec l’Iran, à moins que celle-ci ne soit menée avec les États-Unis en tête. (Il serait toujours très risqué pour n’importe quel Premier ministre israélien de lancer une guerre éventuellement existentielle à travers la région, sans avoir un consensus solide au sein de l’establishment sécuritaire israélien.)

Pourtant, M. Bolton préconise également depuis longtemps le bombardement de l’Iran (par exemple dans un op-ed du NYT de mars 2015). Jusqu’à récemment, on supposait toujours que c’était Netanyahou qui essayait d’amener les Américains à déclencher une “guerre” avec l’Iran. Est-il possible que ces rôles se soient inversés ? Que ce soit maintenant John Bolton, Mike Pence et Pompeo qui cherchent, non pas à déclencher une guerre totale mais à exercer le maximum de pressions hybrides sur l’Iran, – par des sanctions, en fomentant des insurrections anti-iraniennes parmi les minorités ethniques en Iran, et cela bien qu’Israël s’en prenne régulièrement à l’Iran avec des interventions militaires calibrées (en Syrie), dans l’espoir que l’Iran réagira de manière excessive et tombera dans le piège de M. Bolton qui veut “avoir un Iran exactement où il le souhaite” ?

C’est là l’objectif de l’ensemble des mesures de dissuasion de l’Iran et de la Syrie, – il s’agit avant tout de “contenir” les États-Unis. L’initiative est construite, pour ainsi dire, avec tous ses liens délibérément ambivalents entre acteurs, pour signaler que toute tentative américaine de favoriser le chaos dans le Grand Levant ou en Iran, au-delà d’un certain point indéfini, risque maintenant d’entraîner son protégé, Israël, dans une guerre régionale beaucoup plus vaste, – et aux conséquences imprévisibles. La question n’est pas tant de savoir si Netanyahou “prendra le risque”, mais si Bolton osera “risquer Israël” ?

Alastair Crooke

http://www.dedefensa.org/article/paradoxales-incertitudes-iraniennes

Trump met en garde l’Europe contre la tentation de contourner les sanctions envers l’Iran

13.mars.2019 // Les Crises

Trump met en garde l’Europe contre la tentation de contourner les sanctions envers l’Iran

 

Des nouvelles de “L’Europe puissance”

Source : Associated Press News, Deb Riechmann & Matthew Lee, 28-01-2019

 

WASHINGTON (AP) – L’administration Trump garde un œil attentif sur les efforts que fait l’Europe pour développer un canal de paiement alternatif afin de faciliter les affaires avec l’Iran tout en évitant de transgresser les sanctions que les États-Unis ont imposé à la république islamique

La Maison Blanche donne un avertissement aux Européens, précisant que s’ils essaient de contourner les sanctions américaines contre l’Iran, ils feront l’objet de lourdes amendes et pénalités. Impassible, l’Union Européenne progresse dans l’élaboration de son projet qui, s’il est implémenté, pourrait tendre un peu plus les relations transatlantiques.

Le ministre des Affaires étrangères allemand Heiko Maas a déclaré lundi que l’Union Européenne était sur le point de mettre en place un canal alternatif permettant d’envoyer de l’argent vers l’Iran en esquivant les sanctions américaines contre Téhéran. Il a également déclaré que l’Allemagne a travaillé sur ce projet au cours des derniers mois en collaboration avec la Grande-Bretagne, la France et d’autres partenaires européens.

« Ceci a toujours été notre objectif et nous allons le mettre en œuvre », a déclaré Maas.

L’Union Européenne lutte pour maintenir l’accord nucléaire iranien depuis que le président Donald Trump s’en est retiré l’an dernier. Le bloc a déjà introduit des mesures pour empêcher les compagnies européennes de se conformer aux sanctions américaines sans l’autorisation de Bruxelles.

En avance sur une possible annonce officielle, un haut responsable de l’administration a déclaré vendredi à l’Associated Press que les États-Unis procéderont à l’exécution complète de leurs sanctions et que les individus et entités qui les saperaient devraient en répondre. Ce haut responsable s’est exprimé à ce sujet sous couvert d’anonymat.

« Il faut choisir entre faire des affaires avec l’Iran ou avec les États-Unis », a déclaré le sénateur Tom Cotton, R-Ark. à l’AP. « J’espère que nos alliés européens feront un choix avisé ».

Les États-Unis s’étaient joints à la Chine, la France, l’Allemagne, la Russie et la Grande-Bretagne dans la signature d’un pacte avec l’Iran en 2015 qui offrait une levée des sanctions économiques en échange de l’engagement de Téhéran à mettre un terme à son programme d’armement nucléaire.

Le président Donald Trump l’avait qualifié d’« accord unilatéral épouvantable ». Il s’était retiré du pacte l’année dernière et avait restauré les sanctions punitives américaines contre l’Iran. Téhéran, qui nie vouloir posséder des armes nucléaires, continue de se conformer à l’accord et les cinq autres nations du pacte tentent également de le préserver.

Le rétablissement du régime de sanctions fait partie de la « campagne de pression maximum » de l’administration envers les Iraniens pour les obliger à modifier radicalement leur politique de développement de missiles balistiques, de support de groupes combattants régionaux et de violation des droits humains.

Les États-Unis sont très préoccupés par ce système de paiement alternatif, selon un conseiller extérieur de l’administration Trump. Ce conseiller s’est exprimé sous couvert d’anonymat au sujet des principales préoccupations américaines.

À long terme, les États-Unis craignent que le système de paiement alternatif remporte assez de succès pour entrer en compétition avec le système de transfert bancaire connu sous le nom de SWIFT [Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication, NdT]. La crainte est qu’il puisse à terme supplanter SWIFT en tant que véhicule global principal pour les institutions financières dans l’envoi et la réception de transactions bancaires.

Par ailleurs, les États-Unis sont inquiets que d’autres pays puissent tenter de router leurs transactions via l’Europe uniquement pour contourner les sanctions américaines, a déclaré le conseiller. Enfin, alors que les Européens ont déclaré que le système de transfert d’argent alternatif ne serait utilisé que pour des transactions humanitaires, les États-Unis suspectent qu’il pourrait être utilisé pour des transactions non-humanitaires afin d’éviter les sanctions américaines, a également déclaré le conseiller.

« Nous devons lutter contre les efforts réalisés en vue de créer des canaux financiers étrangers que l’Iran pourrait utiliser pour contourner la campagne de pression maximum déployée par l’Amérique contre lui, d’autant plus que les exceptions humanitaires sont déjà prises en compte par les lois de sanction américaines », a déclaré le sénateur Marco Rubio, R-Fla., à l’AP.

Tandis que l’administration se prépare aux retombées potentielles d’une (possible) action européenne, elle poursuit sa campagne de sanctions contre l’Iran et se prépare à animer avec la Pologne le mois prochain une conférence centrée sur le combat contre les menaces iraniennes.

Jeudi, le Trésor a imposé des sanctions contre deux milices appuyées par l’Iran en Syrie et contre Qeshm Fars Air, une compagnie aérienne civile iranienne qu’il accuse de convoyer des armes et du personnel en Syrie pour apporter son support au gouvernement de Bashar Assad. Les sanctions bloquent tous les actifs que les cibles pourraient avoir dans des juridictions américaines et empêchent les Américains de faire des affaires avec elles.

En même temps, le Département d’État a déclaré au Congrès ce mois-ci qu’il renoncerait à certaines des sanctions contre l’Iran pour permettre à des compagnies américaines de vendre des pièces de rechange à des compagnies iraniennes dont elles ont besoin pour faire fonctionner des avions Boeing vieillissants, construits aux États-Unis.

Ces dérogations ont soulevé des questions sur la colline du Capitole parce que certains législateurs présentent des lois qui visent spécifiquement le secteur de l’aviation civile iranienne. Et certains faucons anti-iraniens en-dehors de l’administration ont exprimé leur inquiétude également.

Mark Dubowitz, le directeur général de la Fondation pour le Défense des Démocraties, a déclaré que le secteur de l’aviation iranien est utilisé par les Gardiens de la Révolution, une branche de l’armée iranienne qui a des liens avec les réseaux combattants, et que l’Iran utilise pour étendre son influence dans la région et à l’étranger.

« Quels contrôles effectifs l’administration a-t-elle mis en place pour s’assurer que les avions recevant ces services autorisés ne sont pas en train de faciliter le soutien de l’Iran en faveur d’activités destructrices ? » se demande-t-il.

Source : Associated Press News, Deb Riechmann & Matthew Lee, 28-01-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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