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Dérive de l’Iran vers le comportement US et israélien

Dérive de l’Iran vers le comportement US et israélien

par Thierry Meyssan

Au-delà de l’épreuve de force à laquelle se livrent Washington et Téhéran, Thierry Meyssan met en évidence le changement profond de comportement de l’Iran. Ce pays, jadis sourcilleux sur le respect du Droit international, l’ignore aujourd’hui, rejoignant ainsi les États-Unis et Israël qui ne l’ont jamais admis.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 21 JANVIER 2020 DEUTSCHENGLISHESPAÑOLITALIANOPORTUGUÊSРУССКИЙTÜRKÇEROMÂNĂفارسى

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JPEG - 29.7 koL’Iran captait l’attention du monde entier lors de ses interventions devant les Nations Unies. Il portait haut les couleurs des peuples face à l’impérialisme. Il ne reste rien aujourd’hui de cet héritage.Le président Mahmoud Ahmadinjed à la tribune de la 65ème session de l’Assemblée générale de l’Onu, le 23 septembre 2010, remet en cause la version officielle des attentats du 11-Septembre 2001 aux USA.

Les 195 États membres de l’Onu prétendent vouloir résoudre leurs conflits sans recourir à la guerre, mais au Droit. Celui-ci repose depuis sa création par la Conférence de La Haye de 1899 sur une idée simple : de même que les particuliers —y compris les dirigeants politiques— acceptent de se préserver de la guerre civile en se soumettant au Droit national, de même les États peuvent se préserver de la guerre en se soumettant volontairement au Droit international.

Par « Droit international » j’entends les procédures qui régissent les relations entre les États, pas celles qui, de Nuremberg au TPI, légalisent le jugement des vaincus par leurs vainqueurs.

Trois membres de l’Onu affichent désormais leur incompréhension du Droit international, tandis que d’autres n’y font plus référence et, après avoir dénaturé le concept de « Droits de l’homme » [1], préfèrent un « multilatéralisme fondé sur des règles » [2].

Trois États hors du Droit

- Le premier, ce sont les États-Unis, qui depuis leur création il y a deux siècles, s’affirment une nation « à nulle autre pareille ». Selon leur mythe national, ils furent un refuge pour la secte puritaine des « Pères pèlerins » du Mayflower et le sont aujourd’hui pour tous les persécutés, religieux et politiques. Au nom de quoi ils ont toujours refusé d’appliquer les traités internationaux en droit interne ; jugent les comportements d’autrui avec sévérité, mais absolvent a priori leurs ressortissants qui agissent de même ; et refusent que toute juridiction internationale s’intéresse à leurs affaires intérieures [3]. C’est la raison profonde pour laquelle ils poussèrent les autres pays à adhérer à la Société des Nations, mais s’y refusèrent. S’ils acceptèrent les principes du Droit international durant la Guerre froide, de la création de l’Onu à la disparition de l’URSS, ils revinrent dès qu’ils le purent à leur comportement antérieur. Ainsi, en 1999, ils attaquèrent en toute illégalité la République fédérale de Yougoslavie, emportant avec eux leurs vassaux de l’Alliance atlantique. Puis, ils lancèrent sous de faux prétextes des guerres en Afghanistan, en Iraq, et en Libye. Leurs attaques contre des Iraniens, dans deux pays du Moyen-Orient, l’Iraq et le Yémen, le 3 janvier 2020, sont toutes aussi illégales.

- Le second fut Israël dès sa proclamation unilatérale, le 14 mai 1948, en violation du processus de partage de la Palestine géographique imaginé par les Nations Unies. Depuis soixante-dix ans, Tel-Aviv observe le Conseil de sécurité voter des résolutions qu’il bafoue. Chaque fois que des sanctions sont envisagées contre lui, il peut compter sur la protection des États-Unis et n’y est pas soumis. Il se considère comme éternellement menacé et ne peut survivre que par la guerre ; une position culturelle qui prendra peut-être fin lorsque ses citoyens se définissant comme juifs (Likoud) seront moins nombreux que ceux se définissant comme Israéliens (Blanc-Bleu).

- Il en existe désormais un troisième : l’Iran. Depuis toujours, Téhéran a exécuté ses leaders opposants à étranger, partout dans le monde, mais jamais des ressortissants étrangers. Par exemple, le shah Mohammad Reza Pahlavi fit assassiner le philosophe Ali Shariati à Londres puis, après 1978, le gouvernement islamique fit assassiner des contre-révolutionnaires en Europe. Jamais ces meurtres n’étaient officiellement revendiqués. Durant la guerre imposée par l’Iraq, l’Iran fit attaquer des intérêts de ses ennemis à l’étranger ; par exemple, l’attentat contre les forces états-uniennes et françaises de l’Onu à Beyrouth en 1983. Mais celui-ci fut réalisé par des proxys libanais (qui plus tard participèrent à la fondation du Hezbollah) et dirigé contre les activités illégales de soldats de cette force (la réunion secrète régionale de la CIA). Or, depuis deux ans, des forces iraniennes ont plusieurs fois tiré, sans le revendiquer, des missiles sur Israël depuis le territoire syrien en violation du cessez-le-feu syro-israélien de 1973. Et, ce mois-ci, des missiles ont officiellement été tirés depuis l’Iran sur des forces états-uniennes en Iraq, en violation de la souveraineté de Bagdad [4].

Les États-Unis se pensent comme la nation des persécutés et ne sauraient donc recevoir de conseils des autres, les persécuteurs. Israël s’imagine comme le refuge d’un peuple menacé et ne saurait donc recevoir de conseils de ceux qui l’ont ignoré ou pire violenté. Mais l’Iran ?

L’évolution de l’Iran

Comment expliquer cette évolution, sinon par un changement profond du Pouvoir ? Tout a commencé à se dérégler fin 2013 et l’on assiste depuis 2017 à des manifestations, non seulement à Téhéran et à Ispahan, mais dans tout le pays. Petit à petit les institutions se sont transformées. Le système judiciaire indépendant de l’Exécutif et du Législatif est devenu un organe de répression politique [5], allant jusqu’à condamner à huis-clos à 15 ans de réclusion pour des motifs secrets l’ancien vice-président nationaliste Hamid Baghaie [6]. Le Conseil des Gardiens, qui —durant la Révolution— devait veiller à écarter des élections les agents de l’étranger, est devenu un organe de censure de l’opposition allant jusqu’à qualifier l’équipe de l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad de « mauvais musulmans » (sic). Alors qu’en islam, la fonction cléricale est de dire le droit, nous assistons à une reprise en main du pouvoir par un clergé qui viole tous les principes juridiques.

Nous ne cessons de le dire depuis 6 ans : ceci n’a rien à voir avec l’opposition entre pro et anti-Occidentaux, ni avec la question des croyances. C’est le retour du problème séculaire des Iraniens : la vénération aveugle de la fonction cléricale, quelque soit la confession dominante. Il n’aura pas de solution sans séparation constitutionnelle des pouvoirs civils et religieux. À toutes les époques, sous toutes sortes de religions dominantes, sous toutes sortes de régimes, il s’est posé.

Je le répète, cela n’a rien à voir avec la Révolution de 1978, laquelle contrairement à une idée reçue en Occident, ne s’est pas faite avec le clergé, mais aussi contre lui. L’ayatollah Khomeiny avait été rejeté par ses pairs qui ne se sont ralliés à lui qu’après sa victoire. Ils ont alors fait du zèle pour faire oublier leurs excès antérieurs. Si nous nous référons aux documents officiels états-uniens déjà déclassifiés [7], le conseiller de Sécurité nationale d’alors, Zbigniew Brzeziński, considérait le clergé comme l’allié des USA face à un shah devenu trop gourmand. Il organisa le retour de l’imam Khomeiny en pensant à tort qu’il était comme les autres religieux. Il fut désappointé dès son discours anti-impérialiste au cimetière Behesht-e Zahra.

De nombreux acteurs du Proche-Orient ont compris cette évolution à commencer par le Hezbollah et la Syrie. Ils ont tous deux pris leurs distances avec la politique intérieure iranienne. En pleine guerre, Damas n’a pas eu d’ambassadeur d’Iran pendant plus d’un an. Les Occidentaux, eux, n’ont pas perçu ce changement parce qu’ils sont prisonniers de leur propre propagande contre la Révolution de 1978. Ils interprètent les mouvements actuels en Iran en fonction de leurs innombrables tentatives de renversement de régime et pas en observant les comportements des Iraniens.

Les explications des USA et de l’Iran devant le Conseil de sécurité

Comme à chaque intervention militaire à l’étranger, après leurs échanges de bombes, les USA et l’Iran ont assuré le Conseil de sécurité qu’ils agissaient dans le respect de la Charte des Nations unies.

La lettre de l’ambassadrice Kelly Craft annonçant l’assassinat du général Qassem Soleimani, le 2 janvier 2020, est surréaliste [8].
- Elle ne fait pas référence à la tentative simultanée d’assassinat de son adjoint, le très secret Abdul Reza Shahlai, au Yémen [9].
- Elle égrène une série d’accusations contre des alliés de l’Iran, mais aucune contre la cible elle-même.
- Les accusations du président Trump d’attaque imminente de quatre ambassades US par Soleimani n’y sont plus évoquées. Elles ont d’ailleurs été infirmées par le secrétaire à la Défense, Mark Esper [10].
Le seule accusation contre l’Iran lui-même est la réplique du 7 janvier.

La lettre de l’ambassadeur Majid Takht Ravanchi est tout aussi affligeante [11].
- Elle établit la légalité d’une réplique iranienne, mais pas de cette réplique. Rien n’autorise l’Iran à frapper le territoire iraquien sans autorisation du gouvernement de Bagdad.

D’ailleurs, l’Iraq a immédiatement protesté contre les agissements des Etats-Unis et de l’Iran [12]

L’intérêt du Droit international

Beaucoup pensent qu’il n’y a pas de raison de respecter le Droit si les autres s’en moquent. C’est qu’ils le perçoivent comme une contrainte et non comme une protection.

Dans son Léviathan, le philosophe Thomas Hobbes, qui avait vécu la guerre civile anglaise (1642-1651), montrait que les individus doivent tout entreprendre pour se protéger du chaos. Ceux qui ont affronté les armées jihadistes savent à quel point il avait raison, les autres, endormis par leur confort, l’ignorent. Hobbes allait même jusqu’à penser qu’il vaut mieux un État autoritaire que les affres du chaos. Il acceptait des dérives de l’État qu’il comparait au Léviathan, la bête monstrueuse qui ferme les enfers.

Au demeurant, le Droit international n’a rien de monstrueux. Il ne heurte aucune conscience. S’en écarter menace la paix et donc notre vie à tous.Thierry Meyssan

https://www.voltairenet.org/article208953.html

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[1] « Théorie et pratique des Droits de l’homme », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 1er octobre 2019.

[2] « Multilatéralisme ou Droit international ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 3 décembre 2019.

[3] Lire les actes du colloque organisé par le Carr Center for Human Rights Policy : American Exceptionalism and Human Rights, Michael Ignatieff, Princeton University Press (2005).

[4] « Estados Unidos / Irán : a propósito de sus recientes cartas remitidas al Consejo de Seguridad de Naciones Unidas relativas a sus acciones militares », Nicolas Boeglin, Derecho Internacional Público. Costa Rica, 13 de enero de 2020.

[5] « La Justice iranienne défie les partis politiques… sauf un », Réseau Voltaire, 15 août 2017.

[6] « Procès secret : 15 ans de prison ferme pour le vice-président d’Ahmadinejad », Réseau Voltaire, 28 mars 2018.

[7Foreign Relations of the United States. Iran : Revolution, January 1977–November 1979 (Under Declassification Review) ; Iran : Hostage Crisis, November 1979–September 1980 (In Production) ; Iran : Hostage Crisis, September 1980–January 1981 (Under Declassification Review), US Secretary of State.

[8] « Notification US de l’élimination de Qassem Soleimani », par Kelly Craft, Réseau Voltaire, 8 janvier 2020.

[9] “On the day U.S. forces killed Soleimani, they targeted a senior Iranian official in Yemen”, John Hudson, Missy Ryan and Josh Dawsey, The Washington Post, January 10, 2020.

[10] “Esper says he « didn’t see » specific evidence showing Iranian threat to 4 U.S. embassies”, Melissa Quinn, Face The Nation, CBS, January 12, 2020.

[11] « Notification iranienne du bombardement de bases US », par Majid Takht Ravanchi, Réseau Voltaire, 8 janvier 2020.

[12] « Violations iraniennes de la souveraineté iraquienne », par Mohammed Hussein Bahr Aluloom‎‎, Réseau Voltaire, 9 janvier 2020.

Chef d'état-major français: tuer le général iranien Soleimani en Irak n'était «pas une bonne idée»

François Lecointre

Chef d’état-major français: tuer le général iranien Soleimani en Irak n’était «pas une bonne idée»

© AFP 2019 CHRISTOPHE ARCHAMBAULTDÉFENSE14:28 22.01.2020(mis à jour 15:15 22.01.2020)URL courte18236S’abonner

Le puissant général iranien Qassem Soleimani était «un véritable agitateur» mais son assassinat par les Américains en Irak n’était «pas une bonne idée», car il a contribué à déstabiliser un peu plus ce pays, a estimé mercredi le chef d’état-major français.

«Soleimani n’était pas un saint, c’était très évidemment un véritable agitateur et un élément de déstabilisation très efficace des Iraniens», mais «aller tuer Soleimani sur le terrain irakien me semble ne pas avoir été une bonne idée», a déclaré le général François Lecointre lors d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense, écrit l’AFP.

«Cela affaiblit la position de l’Irak et très clairement, la volonté de la coalition (internationale anti-Daech, ndlr), des Occidentaux, c’est de consolider l’Irak, c’est de l’aider à se reconstruire comme un état stable et souverain dans la région», a-t-il fait valoir.

Meurtre de Soleimani 

Le 3 janvier, Washington a tué dans une attaque de drone à Bagdad le commandant des Gardiens de la Révolution (armée idéologique) et architecte de la stratégie d’influence régionale iranienne.

Manifestations après la mort de Qassem Soleimani à Téhéran

© REUTERS / EBRAHIM NOROOZITrump raconte la frappe contre Soleimani: un compte à rebours et puis «boum»

Les Etats-Unis et l’Iran, ennemis jurés, ont ensuite paru au bord de l’affrontement militaire direct.

Interrogé sur le risque d’actions du Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires irakiens dominée par des forces pro-Iran et intégrée aux forces régulières irakiennes, le général a répondu: «nous sommes sur le fil du rasoir».

«Est-ce qu’on sera capable de continuer le processus de (leur) intégration progressive à l’armée irakienne, et on travaille dans ce sens-là, ou est-ce qu’au contraire ça va devenir de façon plus ouverte un instrument de déstabilisation à la main de l’Iran? je n’en sais rien», a-t-il admis.

Au Moyen-Orient, la France compte un millier de militaires au sein de l’opération Chammal, volet français de l’opération internationale anti-EI menée en Irak et en Syrie.

https://fr.sputniknews.com/defense/202001221042946144-chef-detat-major-francais-tuer-le-general-iranien-soleimani-en-irak-netait-pas-une-bonne-idee/

Dérive de l’Iran vers le comportement US et israélien

Dérive de l’Iran vers le comportement US et israélien

par Thierry Meyssan

Au-delà de l’épreuve de force à laquelle se livrent Washington et Téhéran, Thierry Meyssan met en évidence le changement profond de comportement de l’Iran. Ce pays, jadis sourcilleux sur le respect du Droit international, l’ignore aujourd’hui, rejoignant ainsi les États-Unis et Israël qui ne l’ont jamais admis.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 21 JANVIER 2020 DEUTSCHENGLISHESPAÑOLITALIANOPORTUGUÊSРУССКИЙTÜRKÇE

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JPEG - 29.7 koL’Iran captait l’attention du monde entier lors de ses interventions devant les Nations Unies. Il portait haut les couleurs des peuples face à l’impérialisme. Il ne reste rien aujourd’hui de cet héritage.Le président Mahmoud Ahmadinjed à la tribune de la 65ème session de l’Assemblée générale de l’Onu, le 23 septembre 2010, remet en cause la version officielle des attentats du 11-Septembre 2001 aux USA.

Les 195 États membres de l’Onu prétendent vouloir résoudre leurs conflits sans recourir à la guerre, mais au Droit. Celui-ci repose depuis sa création par la Conférence de La Haye de 1899 sur une idée simple : de même que les particuliers —y compris les dirigeants politiques— acceptent de se préserver de la guerre civile en se soumettant au Droit national, de même les États peuvent se préserver de la guerre en se soumettant volontairement au Droit international.

Par « Droit international » j’entends les procédures qui régissent les relations entre les États, pas celles qui, de Nuremberg au TPI, légalisent le jugement des vaincus par leurs vainqueurs.

Trois membres de l’Onu affichent désormais leur incompréhension du Droit international, tandis que d’autres n’y font plus référence et, après avoir dénaturé le concept de « Droits de l’homme » [1], préfèrent un « multilatéralisme fondé sur des règles » [2].

Trois États hors du Droit

- Le premier, ce sont les États-Unis, qui depuis leur création il y a deux siècles, s’affirment une nation « à nulle autre pareille ». Selon leur mythe national, ils furent un refuge pour la secte puritaine des « Pères pèlerins » du Mayflower et le sont aujourd’hui pour tous les persécutés, religieux et politiques. Au nom de quoi ils ont toujours refusé d’appliquer les traités internationaux en droit interne ; jugent les comportements d’autrui avec sévérité, mais absolvent a priori leurs ressortissants qui agissent de même ; et refusent que toute juridiction internationale s’intéresse à leurs affaires intérieures [3]. C’est la raison profonde pour laquelle ils poussèrent les autres pays à adhérer à la Société des Nations, mais s’y refusèrent. S’ils acceptèrent les principes du Droit international durant la Guerre froide, de la création de l’Onu à la disparition de l’URSS, ils revinrent dès qu’ils le purent à leur comportement antérieur. Ainsi, en 1999, ils attaquèrent en toute illégalité la République fédérale de Yougoslavie, emportant avec eux leurs vassaux de l’Alliance atlantique. Puis, ils lancèrent sous de faux prétextes des guerres en Afghanistan, en Iraq, et en Libye. Leurs attaques contre des Iraniens, dans deux pays du Moyen-Orient, l’Iraq et le Yémen, le 3 janvier 2020, sont toutes aussi illégales.

- Le second fut Israël dès sa proclamation unilatérale, le 14 mai 1948, en violation du processus de partage de la Palestine géographique imaginé par les Nations Unies. Depuis soixante-dix ans, Tel-Aviv observe le Conseil de sécurité voter des résolutions qu’il bafoue. Chaque fois que des sanctions sont envisagées contre lui, il peut compter sur la protection des États-Unis et n’y est pas soumis. Il se considère comme éternellement menacé et ne peut survivre que par la guerre ; une position culturelle qui prendra peut-être fin lorsque ses citoyens se définissant comme juifs (Likoud) seront moins nombreux que ceux se définissant comme Israéliens (Blanc-Bleu).

- Il en existe désormais un troisième : l’Iran. Depuis toujours, Téhéran a exécuté ses leaders opposants à étranger, partout dans le monde, mais jamais des ressortissants étrangers. Par exemple, le shah Mohammad Reza Pahlavi fit assassiner le philosophe Ali Shariati à Londres puis, après 1978, le gouvernement islamique fit assassiner des contre-révolutionnaires en Europe. Jamais ces meurtres n’étaient officiellement revendiqués. Durant la guerre imposée par l’Iraq, l’Iran fit attaquer des intérêts de ses ennemis à l’étranger ; par exemple, l’attentat contre les forces états-uniennes et françaises de l’Onu à Beyrouth en 1983. Mais celui-ci fut réalisé par des proxys libanais (qui plus tard participèrent à la fondation du Hezbollah) et dirigé contre les activités illégales de soldats de cette force (la réunion secrète régionale de la CIA). Or, depuis deux ans, des forces iraniennes ont plusieurs fois tiré, sans le revendiquer, des missiles sur Israël depuis le territoire syrien en violation du cessez-le-feu syro-israélien de 1973. Et, ce mois-ci, des missiles ont officiellement été tirés depuis l’Iran sur des forces états-uniennes en Iraq, en violation de la souveraineté de Bagdad [4].

Les États-Unis se pensent comme la nation des persécutés et ne sauraient donc recevoir de conseils des autres, les persécuteurs. Israël s’imagine comme le refuge d’un peuple menacé et ne saurait donc recevoir de conseils de ceux qui l’ont ignoré ou pire violenté. Mais l’Iran ?

L’évolution de l’Iran

Comment expliquer cette évolution, sinon par un changement profond du Pouvoir ? Tout a commencé à se dérégler fin 2013 et l’on assiste depuis 2017 à des manifestations, non seulement à Téhéran et à Ispahan, mais dans tout le pays. Petit à petit les institutions se sont transformées. Le système judiciaire indépendant de l’Exécutif et du Législatif est devenu un organe de répression politique [5], allant jusqu’à condamner à huis-clos à 15 ans de réclusion pour des motifs secrets l’ancien vice-président nationaliste Hamid Baghaie [6]. Le Conseil des Gardiens, qui —durant la Révolution— devait veiller à écarter des élections les agents de l’étranger, est devenu un organe de censure de l’opposition allant jusqu’à qualifier l’équipe de l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad de « mauvais musulmans » (sic). Alors qu’en islam, la fonction cléricale est de dire le droit, nous assistons à une reprise en main du pouvoir par un clergé qui viole tous les principes juridiques.

Nous ne cessons de le dire depuis 6 ans : ceci n’a rien à voir avec l’opposition entre pro et anti-Occidentaux, ni avec la question des croyances. C’est le retour du problème séculaire des Iraniens : la vénération aveugle de la fonction cléricale, quelque soit la confession dominante. Il n’aura pas de solution sans séparation constitutionnelle des pouvoirs civils et religieux. À toutes les époques, sous toutes sortes de religions dominantes, sous toutes sortes de régimes, il s’est posé.

Je le répète, cela n’a rien à voir avec la Révolution de 1978, laquelle contrairement à une idée reçue en Occident, ne s’est pas faite avec le clergé, mais aussi contre lui. L’ayatollah Khomeiny avait été rejeté par ses pairs qui ne se sont ralliés à lui qu’après sa victoire. Ils ont alors fait du zèle pour faire oublier leurs excès antérieurs. Si nous nous référons aux documents officiels états-uniens déjà déclassifiés [7], le conseiller de Sécurité nationale d’alors, Zbigniew Brzeziński, considérait le clergé comme l’allié des USA face à un shah devenu trop gourmand. Il organisa le retour de l’imam Khomeiny en pensant à tort qu’il était comme les autres religieux. Il fut désappointé dès son discours anti-impérialiste au cimetière Behesht-e Zahra.

De nombreux acteurs du Proche-Orient ont compris cette évolution à commencer par le Hezbollah et la Syrie. Ils ont tous deux pris leurs distances avec la politique intérieure iranienne. En pleine guerre, Damas n’a pas eu d’ambassadeur d’Iran pendant plus d’un an. Les Occidentaux, eux, n’ont pas perçu ce changement parce qu’ils sont prisonniers de leur propre propagande contre la Révolution de 1978. Ils interprètent les mouvements actuels en Iran en fonction de leurs innombrables tentatives de renversement de régime et pas en observant les comportements des Iraniens.

Les explications des USA et de l’Iran devant le Conseil de sécurité

Comme à chaque intervention militaire à l’étranger, après leurs échanges de bombes, les USA et l’Iran ont assuré le Conseil de sécurité qu’ils agissaient dans le respect de la Charte des Nations unies.

La lettre de l’ambassadrice Kelly Craft annonçant l’assassinat du général Qassem Soleimani, le 2 janvier 2020, est surréaliste [8].
- Elle ne fait pas référence à la tentative simultanée d’assassinat de son adjoint, le très secret Abdul Reza Shahlai, au Yémen [9].
- Elle égrène une série d’accusations contre des alliés de l’Iran, mais aucune contre la cible elle-même.
- Les accusations du président Trump d’attaque imminente de quatre ambassades US par Soleimani n’y sont plus évoquées. Elles ont d’ailleurs été infirmées par le secrétaire à la Défense, Mark Esper [10].
Le seule accusation contre l’Iran lui-même est la réplique du 7 janvier.

La lettre de l’ambassadeur Majid Takht Ravanchi est tout aussi affligeante [11].
- Elle établit la légalité d’une réplique iranienne, mais pas de cette réplique. Rien n’autorise l’Iran à frapper le territoire iraquien sans autorisation du gouvernement de Bagdad.

D’ailleurs, l’Iraq a immédiatement protesté contre les agissements des Etats-Unis et de l’Iran [12]

L’intérêt du Droit international

Beaucoup pensent qu’il n’y a pas de raison de respecter le Droit si les autres s’en moquent. C’est qu’ils le perçoivent comme une contrainte et non comme une protection.

Dans son Léviathan, le philosophe Thomas Hobbes, qui avait vécu la guerre civile anglaise (1642-1651), montrait que les individus doivent tout entreprendre pour se protéger du chaos. Ceux qui ont affronté les armées jihadistes savent à quel point il avait raison, les autres, endormis par leur confort, l’ignorent. Hobbes allait même jusqu’à penser qu’il vaut mieux un État autoritaire que les affres du chaos. Il acceptait des dérives de l’État qu’il comparait au Léviathan, la bête monstrueuse qui ferme les enfers.

Au demeurant, le Droit international n’a rien de monstrueux. Il ne heurte aucune conscience. S’en écarter menace la paix et donc notre vie à tous.Thierry Meyssan

<img src="https://www.voltairenet.org/rien.gif" alt="
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[1] « Théorie et pratique des Droits de l’homme », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 1er octobre 2019.

[2] « Multilatéralisme ou Droit international ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 3 décembre 2019.

[3] Lire les actes du colloque organisé par le Carr Center for Human Rights Policy : American Exceptionalism and Human Rights, Michael Ignatieff, Princeton University Press (2005).

[4] « Estados Unidos / Irán : a propósito de sus recientes cartas remitidas al Consejo de Seguridad de Naciones Unidas relativas a sus acciones militares », Nicolas Boeglin, Derecho Internacional Público. Costa Rica, 13 de enero de 2020.

[5] « La Justice iranienne défie les partis politiques… sauf un », Réseau Voltaire, 15 août 2017.

[6] « Procès secret : 15 ans de prison ferme pour le vice-président d’Ahmadinejad », Réseau Voltaire, 28 mars 2018.

[7Foreign Relations of the United States. Iran : Revolution, January 1977–November 1979 (Under Declassification Review) ; Iran : Hostage Crisis, November 1979–September 1980 (In Production) ; Iran : Hostage Crisis, September 1980–January 1981 (Under Declassification Review), US Secretary of State.

[8] « Notification US de l’élimination de Qassem Soleimani », par Kelly Craft, Réseau Voltaire, 8 janvier 2020.

[9] “On the day U.S. forces killed Soleimani, they targeted a senior Iranian official in Yemen”, John Hudson, Missy Ryan and Josh Dawsey, The Washington Post, January 10, 2020.

[10] “Esper says he « didn’t see » specific evidence showing Iranian threat to 4 U.S. embassies”, Melissa Quinn, Face The Nation, CBS, January 12, 2020.

[11] « Notification iranienne du bombardement de bases US », par Majid Takht Ravanchi, Réseau Voltaire, 8 janvier 2020.

[12] « Violations iraniennes de la souveraineté iraquienne », par Mohammed Hussein Bahr Aluloom‎‎, Réseau Voltaire, 9 janvier 2020.

https://www.voltairenet.org/article208953.html

Lavrov confirme une information de Strategika 51, l'Iran poursuit une nouvelle stratégie asymétrique pour dégager les forces US/OTAN de l'ensemble de la région centrale du monde

 ΠΆΝΤΑ ῬΕΙ͂..

Lavrov confirme une information de Strategika 51, l’Iran poursuit une nouvelle stratégie asymétrique pour dégager les forces US/OTAN de l’ensemble de la région centrale du monde

ON: 18/01/2020  IN: ANALYSIS  WITH: 14 COMMENTS

Le Chef de la diplomatie russe, Serguei Lavrov, a confirmé une information que Strategika 51 a été le seul à rapporter au sujet de l’attaque balistique iranienne du 08 janvier 2020 contre les bases US dans la province irakienne d’Al-Anbar et au Kurdistan irakien selon lesquelles des chasseurs-bombardiers US de type F-35 survolaient les confins irako-iraniens très peu de temps avant la destruction du Boeing 737-800 ukrainien par la défense aérienne iranienne.

«Il y a des informations selon lesquelles, après l’attaque [contre des bases US en Irak], les Iraniens s’attendaient à une nouvelle frappe américaine. Ils ne savaient pas sous quelle forme, mais il y avait au moins six F-35 en vol dans l’espace aérien juste à la frontière iranienne. Ce sont des informations, à mon avis, qui doivent être encore revérifiées. Mais je veux juste souligner que la nervosité est toujours présente dans de telles situations», a affirmé Serguei Lavrov selon le réseau d’informations russe Sputnik.

Strategika 51 a en effet reçu une information le 08 janvier 2020 sur le décollage d’avions de combat US de type Lockheed-Martin F-35 Lightning II et de Lockheed Martin F-22 Raptor de plusieurs bases de pays du Golfe peu après que les premières salves de missiles balistiques iraniens se soient abattus avec une violence inouïe sur la base aérienne d’Ain Assad dans la province irakienne d’Al-Anbar en Irak occidental. Ce qui a non seulement mis en état de combat l’ensemble du dispositif de défense anti-aérienne de la République islamique d’Iran mais a provoqué le décollage téméraire d’avions de combat iraniens pour intercepter la menace. Il est apparu plus tard que des avions de combat US se sont approchés des frontières iraniennes pour simuler une attaque aérienne en concomitance avec une solide cyberattaque et de multiples brouillages électromagnétiques pour leurrer la défense iranienne et lui faire croire à une attaque aérienne. Les radars iraniens étaient totalement saturés d’objets hostiles et il a fallu beaucoup de sang-froid aux officiers de la défense antiaériennes pour ne pas déclencher un tir de barrage massif et décharger la plupart des batteries de missiles SAM. Seule exception, l’équipage d’un système TOR M1 (9M331) modifié dépendant d’une des brigades du dispositif défensif de Téhéran, a lancé deux missiles Sol-Air contre un Boeing 737-800 civil ukrainien, tuant 180 personnes à bord.

La tragédie du Boeing 737-800 ukrainien dont la responsabilité a été courageusement assumée par Téhéran commence à livrer quelques secrets: les dizaines d’arrestations effectuées par les unites de la police militaire iranienne au sein des forces aérospatiales iraniennes ont permis la découverte de saboteurs et il n’est plus exclu à ce stade que l’ordre de tir adressé au chef de l’unité ou son absence soit un sabotage intelligent.

Dans tous les cas de figure, la succession des événements depuis l’assassinat du général-major Qassem Sulaimani indique que:

  1. Aucune défense antimissile ou anti-balistique US ne semble fiable et les performances supposées des systèmes d’armes du type Patriot ne sont que de l’emballage marketing pour booster les ventes à des pays alliés;
  2. Que la force Al-Quds, le petit corps de 15 000 hommes issus des Pasdarans et destinés aux opérations de guerre asymétrique à l’étranger a pu être inflitrée;
  3. Que les Etats-Unis ont déclenché l’une des plus importantes cyberattaques contre l’infrastructure informatique et communicationnelle de la défense iranienne avec des résultats limités;
  4. Que des avions de combat US avaient simulé une attaque contre l’Iran le 08 janvier 2020 pour renforcer la réalité virtuelle d’une attaque aérienne à des fins de déstabilisation;
  5. Que le pouvoir iranien et à sa tête le Guide Suprême de la Révolution iranienne, l’Ayatollah Ali Khamenei s’est mobilisé pour une guerre totale mais asymétrique avec les Etats-Unis et Israël avec pour objectif affiché: dégager l’ensemble des forces US/OTAN du Moyen-Orient et dans la foulée d’Afghanistan et du Golfe.

Que l’on s’y trompe pas. Par un seul acte, Washington s’est embourbé dans un labyrinthe géostratégique qui a déjà entamé l’image des Etats-Unis en tant que superpuissance globale. Le prêche de l’Ayatollah Ali Khamenei du 17 janvier 2020 dans une mosquée de Téhéran, le premier depuis 2012, a très fortement marqué les esprits. C’est le genre de discours que même un observateur très averti des affaires du Moyen-Orient n’aurait jamais cru entendre de son vivant. Le ton de Khamenei ne laisse subsister aucun doute sur la volonté de Téhéran de se doter de tous les moyens possibles de dissuasion face à une menace existentielle.

L’Iran semble avoir pris la mesure de la menace de la guerre de cinquième génération visant à créer des dissensions et des révoltes au sein de sa population par une nouvelle ingénierie du chaos interne, ce que Washington ne cache plus et il est fort probable qu’à ce jeu, le plus faible ne soit pas celui que l’on désigne. Les ennemis de l’Iran comptent beaucoup sur les sanctions économiques et financières dont l’impact sur la population et l’économie iraniennes sont plus qu’effroyables pour aboutir à une révolution colorée d’un nouveau type qui serait appuyé par toute la panoplie diplomatique, militaire et informationnelle de la guerre hybride totale. Mais l’Iran dispose encore de nombreuses cartes: l’Afghanistan est une cause totalement et irrémédiablement perdue pour les Etats-Unis; l’Irak est un terrain d’affrontement idéal et la Syrie et le Liban abritent des forces alliées aguerries par de très longues années de guerre. Cette guerre est celle de la résilience avec des camps non monolithiques ni d’un côté ni de l’autre.

Pour sa part, l’Ayatollah Khamenei, l’un des hommes d’Etat les plus intelligents et les plus fins actuellement au pouvoir, semble poursuivre une stratégie asymétrique d’un nouveau type dont les contours sont totalement étrangers à l’esprit occidental et l’efficacité dans la non-action est plus prononcée que dans l’action. Tout dépendra de la perception des pays Arabes des enjeux colossaux auxquels fait face la région MENA ou la partie centrale du monde et pour le moment tout indique que l’Iran a de grande chances de l’emporter sur le plan stratégique et politique.

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https://strategika51.org/2020/01/18/lavrov-confirme-une-information-de-strategika-51-liran-poursuit-une-nouvelle-strategie-asymetrique-pour-degager-les-forces-us-otan-de-lensemble-de-la-region-centrale-du-monde/comment-page-1/#comment-106011

Les coulisses des relations États-Unis/Iran

Les coulisses des relations États-Unis/Iran

par Thierry Meyssan

En faisant assassiner en Iraq le général iranien Qassem Soleimani, le président Trump aurait failli provoquer la Troisième Guerre mondiale. C’est tout au moins la version de l’opposition US et de la presse internationale. Pour Thierry Meyssan, ce qui se passe en coulisse est très différent du show sur scène. Selon lui, on se dirige vers un retrait militaire coordonné des États-Unis et de l’Iran du Moyen-Orient.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 14 JANVIER 2020 عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆENGLISHفارسىITALIANOROMÂNĂРУССКИЙTÜRKÇE

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JPEG - 31.7 koEn évoquant la « crise des otages » de 1979, qui a opposé le président Carter à l’Iran, le président Trump a réveillé l’orgueil des États-Unis. Mais cette histoire n’est qu’une présentation tendancieuse du journaliste Walter Cronkite. En s’y référant, il lançait un message à l’Iran qui avait su négocier à son profit un heureux dénouement avec le président Reagan.

Deux pays divisés

Les relations entre les USA et l’Iran sont d’autant plus difficiles à comprendre que ces deux États sont profondément divisés :

- Les États-Uns sont gouvernés par le président Donald Trump, mais tous les experts voient que l’administration fédérale lui est vivement opposée, n’applique pas ses instructions et participe à la procédure parlementaire en cours pour sa destitution.
• Il ne s’agit pas là d’une division politicienne entre Républicains et Démocrates, puisque le président Trump n’est pas issu de ce parti même s’il en a obtenu l’investiture, mais d’un clivage culturel : celui des trois guerres civiles anglo-saxonnes (la guerre civile britannique, l’indépendance états-unienne et la guerre de sécession). Elle oppose aujourd’hui la culture des rednecks, héritiers de la « conquête de l’Ouest », et celle des puritains, héritiers des « Pères pèlerins » du Mayflower [1].

- Il existe deux pouvoirs concurrents en Iran : d’un côté le gouvernement de cheikh Hassan Rohani et de l’autre le Guide de la Révolution, l’ayatollah Ali Khamenei. Contrairement à ce que prétendent les médias occidentaux, ce n’est pas tel ou tel groupe qui paralyse le pays, mais la lutte à mort que ces deux groupes se livrent l’un contre l’autre.
• Le président Rohani représente les intérêts de la bourgeoisie de Téhéran et d’Ispahan, des commerçants tournés vers les échanges internationaux et durement frappés par les sanctions US. Cheikh Rohani est un ami de longue date de l’État profond US : il fut le premier contact iranien de l’administration Reagan et d’Israël lors de l’affaire Iran-Contras, en 1985. C’est lui qui introduisit Hachemi Rafsandjani auprès des hommes d’Oliver North, lui permettant d’acheter des armes, de devenir le commandant en chef des armées et accessoirement l’homme le plus riche du pays, puis le président de la République islamique. Cheikh Rohani fut choisi par l’administration Obama et Ali-Akbar Velayati, lors des négociations secrètes d’Oman, en 2013, pour en finir avec le nationalisme laïque du président Mahmoud Ahmadinejad et rétablir les relations entre les deux pays.
• Au contraire le Guide de la Révolution est une fonction créée par l’imam Rouhollah Khomeiny sur le modèle du sage de la République de Platon —il n’y a rien de musulman là-dedans—. L’ayatollah Khamenei est censé veiller à ce que les décisions politiques ne contreviennent pas aux principes de l’islam et à ceux de la Révolution anti-impérialiste de 1978. C’est lui qui dirige la milice des Gardiens de la Révolution, dont le général Qassem Soleimani faisait partie. Il dispose d’un budget extrêmement variable selon les fluctuations imprévues des revenus pétroliers. C’est donc lui —et non pas l’administration Rohani— qui est le plus touché par les sanctions US. Au cours des dernières années, il a tenté de s’imposer comme référence au sein de l’islam en général, invitant à Téhéran tous les chefs religieux et politiques du monde musulman, y compris ses plus féroces adversaires.

La plupart des décisions prises par l’un ou l’autre des pouvoirs, aussi bien aux USA qu’en Iran, est immédiatement contredite par son concurrent.

Une autre difficulté à comprendre ce qui se passe provient des mensonges que ces deux puissances ont accumulé durant des années, dont plusieurs sont encore très présents. Nous ne citerons que ceux qui ont été évoqués ces derniers jours :

- Il n’y a jamais eu de crise des otages, en 1979. Le personnel diplomatique US qui a été fait prisonnier a été arrêté en flagrant délit d’espionnage. L’ambassade de Téhéran était le quartier général de la CIA pour tout le Moyen-Orient. Ce ne sont pas les Iraniens, mais les États-Unis qui ont violé les obligations du statut diplomatique. Deux Marines de la garde de l’ambassade ont dénoncé les agissements de la CIA, le matériel d’espionnage est toujours visible dans les locaux de l’ambassade et les documents ultra-secrets saisis sur place ont été publiés en plus de 80 volumes.
- La République islamique d’Iran n’a jamais reconnu l’État d’Israël, mais n’a jamais eu comme objectif d’en anéantir la population juive. Elle plaide pour le principe « un homme, une voix », tout en persistant à considérer qu’il s’applique aussi à tous les Palestiniens ayant émigré et acquis une nationalité étrangère. Elle a déposé en 2019 un projet de référendum d’auto-détermination en Palestine géographique (c’est-à-dire à la fois en Israël et en Palestine politique) au Conseil de sécurité de l’Onu.
- L’Iran et Israël ne sont pas des ennemis irréductibles puisqu’ils exploitent ensemble le pipeline Eilat-Ashkelon, propriété commune des deux États [2]
- L’Iran a cessé toute recherche sur l’arme atomique, en 1988, lorsque l’imam Khomeiny a déclaré les armes de destruction massive incompatibles avec sa vision de l’islam. Les documents volés par Israël et révélés par son Premier ministre Benjamin Netanyahu en 2018 attestent que les recherches ultérieures n’ont porté que sur un générateur d’onde de choc (pièce entrant dans la fabrication d’un détonateur de bombe atomique) [3]. Il ne s’agit pas d’une pièce nucléaire, mais mécanique pouvant servir à d’autres usages.JPEG - 38.9 koVu d’Occident, le président Trump vient d’ajouter Qassem Soleimani à son tableau de chasse de terroristes assassinés. Mais vu du Moyen-Orient, il vient de changer de camp : après avoir abattu le calife Abou Bakr al-Baghdadi, il a tué le principal ennemi de Daesh, Qassem Soleimani.

L’assassinat du héros

Ces bases étant posées, examinons l’assassinat du général Qassem Soleimani et la crise qu’il a provoquée.

Le général Soleimani était un soldat d’exception. Il a fait ses armes durant la guerre imposée par l’Iraq (1980-88). Ses Forces spéciales, la section Al-Quods (c’est à dire Jérusalem en arabe et en persan), sont venues au secours de toutes les populations du Moyen-Orient victimes de l’impérialisme. Il était par exemple présent aux côtés du sayyed libanais Hassan Nasrallah et du général syrien Hassan Turkmani à Beyrouth, face à l’attaque israélienne en 2006. Il distinguait l’impérialisme et les États-Unis et négocia de nombreuses fois avec Washington, proposant même des alliances circonstanciées, comme par exemple en 2001 avec le président George Bush Jr. contre les Talibans afghans. Pourtant, à partir de mai 2018, il ne fut autorisé qu’à se battre aux côtés des communautés chiites. Violant le cessez-le-feu de la guerre de 1973, il lança des attaques contre Israël depuis le territoire syrien, plaçant Damas dans le plus grand embarras.

Le président Trump avait certes compris le rôle militaire qu’il jouait sous les ordres de l’ayatollah Khamenei, mais pas le symbole qu’il était devenu et l’admiration dont il jouissait dans presque toutes les académies militaires du monde. Il a pris un risque majeur en autorisant son élimination et a atteint sa propre réputation au Moyen-Orient. En effet, alors qu’en tant que président états-unien il n’avait cessé de s’opposer au soutien de son pays à Al-Qaëda et à Daesh, il s’est rendu responsable de la mort d’un homme qui a incarné sur de nombreux théâtres d’opération ce combat par son sang. Il n’est pas nécessaire de s’appesantir sur le caractère illégal de cet assassinat. Cela ne change guère du comportement des États-Unis depuis leur création.

L’assassinat de Qassem Suleimani faisait suite à la désignation par Washington des Gardiens de la Révolution comme une « organisation terroriste » (sic). Les Iraniens partagent le fort sentiment de constituer un peuple, une civilisation. Sa mort a donc provisoirement réunifié les deux pouvoirs politiques dans une unique émotion. Des millions de gens sont descendus dans les rues lors de ses funérailles.

Lorsqu’il est apparu que cette mort ne déclencherait pas de Troisième Guerre mondiale, et uniquement à ce moment là, Israël a revendiqué via CBS avoir confirmé au Pentagone la localisation du général Soleimani et via le New York Times avoir été informé de l’opération à l’avance. Informations invérifiablesJPEG - 73.7 ko

La conflagration n’aura pas lieu

Tous les médias occidentaux ont exposé les plans de riposte iraniens établis depuis plusieurs années. Mais ce n’est pas à partir de ces plans que le président Rohani, ni le Guide Khamenei, ont réfléchi. Les Iraniens ne sont pas des gamins qui se bagarrent dans une cour d’école. Ils forment une Nation. Les deux chefs ont réagi en fonction de l’intérêt supérieur de leur pays, tel qu’ils le conçoivent. Il ne faut donc pas accorder d’importance aux déclarations tonitruantes appelant à la vengeance. Il n’y aura pas de vengeance iranienne pas plus qu’il n’y a eu de vengeance du Hezbollah à l’assassinat illégal par Israël d’Imad Moughniyah en 2008 à Damas.

Pour cheikh Rohani, indépendamment de la mort du général Soleimani, il est indispensable de renouer avec Washington. Jusqu’ici, il a considéré que l’administration Obama était l’interlocuteur qui lui avait permis d’accéder au pouvoir. Donald Trump n’était qu’un accident de parcours appelé à être destitué dès le début de sa présidence (Russiagate et désormais Ukrainegate). Aussi avait-il rejeté ses nombreux appels à la négociation. Or, le président Trump est toujours là et il devrait y rester dans les quatre prochaines années. Touchée par ses sanctions illégales, l’économie iranienne est coulée. La réaction d’empathie internationale à l’assassinat illégal du général Soleimani lui permet donc d’aborder ces négociations non pas en position d’infériorité, mais de force.

Pour l’ayatollah Khamenei, non seulement les États-Unis sont des prédateurs pour l’Iran depuis un siècle, mais Donald Trump n’est pas un homme de parole. Non pas qu’il n’ait pas tenu ses promesses, mais parce qu’il n’a pas tenu celles de son prédécesseur. L’accord 5+1 avait été approuvé par le Conseil de sécurité de l’Onu. L’Iran le considérait comme une loi gravée dans le marbre. Or, Donald Trump l’a déchiré, ce qu’il avait parfaitement le droit de faire. À côté de cet accord public, un autre, secret, précisait la répartition des influences au Moyen-Orient. Ce second texte a été également annulé par le président Trump et c’est lui qu’il entend renégocier bilatéralement.

Rapidement l’Iran a annoncé ne plus respecter l’accord 5+1, tandis que les députés chiites iraquiens ont exigé le départ des troupes états-uniennes de leur pays. Contrairement à ce qu’on cru comprendre les médias occidentaux, ces deux décisions n’étaient pas des surenchères, mais des offres de paix. L’accord 5+1 n’existe plus depuis le retrait US. L’Iran le reconnait après avoir vainement tenté de le sauver. Le départ des troupes US non seulement d’Iraq, mais de tout le Moyen-Orient est un engagement pris par Donald Trump durant sa campagne présidentielle. Il ne pouvait le réaliser compte-tenu de l’opposition de son administration. L’Iran se range de son côté.

Les manifestations anti-iraniennes au Liban et en Iraq et contre le régime en Iran ont brusquement cessé.

Le puissant lobby des pétroliers US a apporté son soutien au président Trump en remettant en cause la « Doctrine Carter ». En 1980, le président Jimmy Carter avait posé que le pétrole du Golfe était indispensable à l’économie US. Par conséquent, le CentCom fut créé par son successeur et le Pentagone garantit l’accès des entreprises US au pétrole du Golfe. Mais aujourd’hui, les États-Unis sont indépendants en matière énergétique. Ils n’ont plus besoin de ce pétrole, ni par conséquent de déployer leurs troupes dans cette région. Pour eux, l’enjeu s’est déplacé. Il ne s’agit plus de s’approprier le pétrole arabo-perse, mais de contrôler les échanges pétroliers mondiaux.

Les dirigeants politiques n’ont pas su s’adapter au développement des moyens de communication. Ils parlent trop et trop vite. Ils tiennent des postures et ne savent plus revenir en arrière. Ayant proféré d’invraisemblables appels à la vengeance, les Gardiens de la Révolution devaient réagir. Mais responsables, ils ne devaient pas empirer les choses. Ils ont donc choisi de bombarder deux bases militaires US en Iraq sans faire de victime. Exactement comme la France, les États-Unis et le Royaume-Uni avaient proféré des condamnations de la Syrie pour avoir prétendument utilisé des armes chimiques. Puis, en définitive, avaient bombardé une base militaire sans y faire de victime (mais ils provoquèrent un incendie qui tua des soldats et des civils aux abords de la base).

L’État profond US qui avait mal conseillé le président Trump a fait intervenir une voix sur la première chaîne de télévision iranienne pour appeler à tuer le président Trump. La voix a promis 80 millions de dollars de récompense. Désormais si le président est assassiné, il ne sera pas nécessaire de conduire une enquête, l’Iran sera a priori considérée comme coupable. Cependant, lorsque l’imam Khomeiny avait appelé à tuer Salman Rushdie, il n’y avait pas de récompense. Cette manière de faire est plutôt celle du Far West.

Durant cette période difficile, les Gardiens de la Révolution ont par erreur descendu un avion de ligne ukrainien qui décollait de Téhéran. L’ambassadeur du Royaume-Uni a alors organisé à Téhéran une petite manifestation demandant la démission de l’ayatollah Khamenei, question de sa rappeler aux bons soins des négociateurs. Cet épisode rebat les cartes et prive la milice de son avantage de victime.

Il va de soi que les États-Unis ne lâcheront rien sans contrepartie. Leur retrait militaire ne se fera qu’en coordination avec le retrait militaire iranien. Le général Qassem Soleimani incarnait précisément le déploiement militaire iranien. C’est ce double retrait qui est actuellement négocié. D’ores et déjà, nous assistons à un repli US de Syrie et d’Iraq vers le Koweït. L’épisode de la lettre envoyée, puis annulée, du général William Sheely III annonçant le départ des troupes US d’Iraq atteste que ces négociations sont bien en cours.

Les principes de la paix peuvent être fixés dès à présent, mais celle-ci ne pourra pas survenir tout de suite.
- Durant le deuil du général Soleimani, il n’est pas possible pour l’Iran d’admettre publiquement avoir conclu un accord avec son assassin.
- Un accord ne sera valable que s’il est approuvé par l’Iraq, le Liban, la Syrie, la Turquie et bien sûr la Russie (le Royaume-Uni malgré son agitation n’a pas de moyen de le faire échouer). Il conviendra donc de le mettre en scène lors d’une conférence régionale.

Qassem Soleimani serait sûrement fier de sa vie, si sa mort permettait d’établir la paix régionale.Thierry Meyssan

[1] « Les États-Unis vont-ils se réformer ou se déchirer ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 25 octobre 2016.

Facebook

[2] « Israël et l’Iran exploitent ensemble le pipeline Eilat-Ashkelon », Réseau Voltaire, 2 janvier 2018.

Twitter

[3] « Shock Wave Generator for Iran’sNuclear Weapons Program:More than a Feasibility Study« , David Albright and Olli Heinonen, FDD, May 7, 2019. (PDF – 4.3 Mo).

https://www.voltairenet.org/article208835.html

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Des infos sur l’accident de l’avion ukrainien près de Téhéra

Des infos sur l’accident de l’avion ukrainien près de Téhéran


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama − Le 10 janvier 2020

Reuters se pose la question : « Qui allez-vous croire, moi ou vos yeux menteurs ? »

L’agence de presse (pas) digne de confiance a tweeté ça hier :

SA plane crash
Un avion militaire sud-africain s’est écrasé au Congo, aucun signe de dommages importants.  Agrandir

L’avion sud-africain qui s’est écrasé est de toute évidence totalement ruiné, mais Reuters affirme pourtant qu’il n’y a « aucun signe de dommages importants ».

Reuters est une agence britannique et les Britanniques ont un humour particulier : « Ce n’est qu’une égratignure » et « Juste une blessure superficielle », dit le chevalier noir (vidéo).

Le tweet de Reuters n’était pas une erreur. L’info publié sur le site de Reuters (capture d’écran) porte la même image et le même titre.

Le texte sous l’image dit :

Des travailleurs congolais de l'aviation se tiennent à côté de l'épave d'un avion militaire sud-africain C-130 Hercules qui s'est écrasé à l'aéroport de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo 

9 janvier 2020 REUTERS/Djaffer Al Katanty

Le texte de l’article dit :

GOMA, République démocratique du Congo (Reuters) - Un avion militaire sud-africain s'est écrasé jeudi à l'aéroport de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo, a déclaré un porte-parole de l'ONU.

Des vidéos sur les médias sociaux ont montré de la fumée s'élevant de l'avion mais deux sources à l'aéroport, s'exprimant sous couvert d'anonymat, ont déclaré qu'il ne semblait pas que l’avion ait subi des dégâts majeurs.

 Reportage de Fiston Mahamba et Hereward Holland ; Rédaction d'Aaron Ross ; Révisé par John Stonestreet

Au moins cinq employés de Reuters ont contribué à l’histoire. L’affirmation des deux sources qu’il cite est évidemment fausse. Elle fait quand même partie de l’histoire et même du gros titre. Vingt-quatre heures plus tard, même après qu’elle ait été tournée en dérision sur Twitter, l’histoire est toujours en ligne.

Considérez ce qui précède lorsque vous lisez des rapports dans lesquels des fonctionnaires anonymes affirment que l’Iran a abattu le vol ukrainien PS 752 au-dessus de Téhéran.

Cela pourrait être le cas. Mais ce n’est qu’une explication possible de l’accident. L’accident peut avoir été causé par des problèmes techniques ou autres. Les rumeurs et les affirmations d’un fonctionnaire anonyme ne sont pas des preuves. Pas plus que les vidéos de provenance inconnue. Les États-Unis mènent une guerre économique contre l’Iran et ils ont la volonté et les moyens de fabriquer de telles allégations. Nous ne saurons avec certitude ce qui s’est passé que lorsque les vraies indices auront fait l’objet d’une enquête par les autorités désignées.

Certains des commentaires à l’article d’hier sur l’accident étaient en désaccord avec mon avertissement disant que les preuves présumées d’un tir de missile sont encore insuffisantes et que d’autres causes sont très bien possibles. Ils devraient tenir compte de l’avertissement fait par la hiérarchie de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) :

L'OACI est en contact avec les États concernés et les aidera si on le lui demande. Ses dirigeants soulignent qu'il importe d'éviter les spéculations sur la cause de la tragédie et d’attendre les résultats de l'enquête, conformément à l'annexe 13 de la Convention relative à l'aviation civile internationale (Convention de Chicago).

L’avertissement a été réitéré hier :

L'OACI continue de demander que l'on réduise les spéculations sur les causes possibles de l'accident jusqu'à ce que l'enquête de l'Annexe 13 puisse être conclue et que ses résultats officiels soient confirmés.

Entre-temps, les corps ont été retirés du site de l’accident et les débris ont été recueillis et triés par type.

Ce matin, le chef de l’Administration de l’aviation civile iranienne a donné une conférence de presse (vidéo) basée sur ce que les responsables savent actuellement. Mon impression est qu’il est une personne sérieuse et raisonnable. La traduction d’Aljazeerah en direct et en anglais n’était pas bonne. Aucune des questions n’a été traduite mais certains points des officiels étaient compréhensibles :

  • Pour autant que l’on sache, l’avion n’a pas été touché par un missile.
  • Le jugement doit être retenu jusqu’à ce que toutes les informations techniques soient disponibles.
  • Après le décollage, le pilote a contacté la tour de contrôle de l’aéroport pour obtenir la permission de monter à 26 000 pieds. La permission a été accordée.
  • Deux minutes plus tard, un incendie s’est déclaré dans l’avion.
  • Il n’y a pas eu de communication après cela, mais les pilotes étaient peut-être trop occupés. L’enregistreur vocal du cockpit donnera plus de réponses.
  • Douze groupes ont été formés pour enquêter sur l’accident et sur le lieu de l’accident.
  • Les responsables américains ont affirmé avoir des documents ou d’autres preuves qui montrent un incident de missile. S’ils en ont, ils sont tenus de les présenter à l’enquête.
  • La vidéo montre que l’avion en feu a volé pendant 60 à 70 secondes. Si l’avion avait été touché par un missile, il aurait immédiatement chuté et il y aurait eu un très grand champ de débris comme cela s’est produit avec le vol MH17 en Ukraine.
  • Tous les pays touchés par l’accident peuvent nommer une personne de liaison ou participer à l’enquête.

Suit une explication du départ retardé de l’avion :

  • L’avion est arrivé la nuit précédant le vol.
  • Les deux pilotes se sont rendus à l’hôtel pour se reposer, mais seulement pendant trois heures.
  • Les passagers étaient pour la plupart des vacanciers qui avaient beaucoup de bagages.
  • Le processus d’embarquement a pris beaucoup de temps.
  • Les conditions météorologiques à ce moment-là n’étaient pas non plus adéquates.
  • Le pilote a demandé un supplément de carburant.
  • Le nombre de passagers, les bagages et le carburant supplémentaire dépassaient la capacité de l’avion.
  • Le pilote a ordonné à l’équipe au sol de décharger quelques bagages.
  • Tout ceci était un processus normal qui peut se produire sur n’importe quel vol.

On dit que l’enquête pourrait s’étendre sur une longue période, même plus longue que l’habituelle année. Selon leur état, l’extraction des données des boîtes noires peut également prendre un mois ou deux. La conférence de presse se termine par une demande de calme et de soutien à l’enquête.

Des images des boîtes noires non ouvertes ont été diffusées sur Iran TV. Elles semblent avoir des dommages extérieurs mineurs mais je suis sûr que la mémoire permanente à l’intérieur est intacte.

Des enquêteurs et des observateurs de plusieurs pays et de Boeing ont rejoint leurs collègues iraniens et aideront à trouver les causes de l’accident.

Les enquêteurs ukrainiens sont arrivés et se sont rendus sur le lieu de l’accident. Des responsables ukrainiens anonymes se plaignent (ukr) que les Iraniens ont « explosé » les débris :

"Les débris sont ramassés par des bulldozers. L'Iran est-il intéressé par une enquête de qualité ?" - source dans la commission interministérielle de l'Ukraine.

Les Iraniens ont utilisé un chargeur frontal à roues pour aider à ramasser les parties lourdes des débris. Ce n’est pas vraiment un bulldozer.


Agrandir

Les Ukrainien se plaignent également que le processus de collecte est trop rapide et peut endommager certaines pièces. Eh bien, l’avion s’est écrasé et il y a eu une grosse explosion de carburant. Il n’y aura presque pas de pièces non endommagées.

Le site du crash du MAX éthiopien qui s’est abattu l’année dernière avait également été nettoyé en trois jours. Il est peu probable que le fait de trier les pièces en gros tas (structure, moteurs, électronique) avant de les emporter pour les stocker et les analyser cause des dommages supplémentaires. En Ukraine, on peut encore trouver des pièces du vol MH17 à l’endroit même où l’avion s’est écrasé.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/des-infos-sur-laccident-de-lavion-ukrainien-pres-de-teheran

Sagesse & provocations

Sagesse & provocations

9 Janvier 2020

Selon les vénérables stoïciens, la sagesse consistait à prendre la raison pour guide ; la folie, au contraire, à obéir à ses passions. D’où ils sont, Zénon ou Sénèque doivent jeter un oeil fort intéressé sur la situation actuelle…

Ainsi, l’empire provocateur a assassiné l’Arsène Lupin du Moyen-Orient, bien connu de nos lecteurs. On le retrouve lors de l’entrée en guerre de la Russie en Syrie comme dans le blitz royal sur Al Bukamal ou encore la poudrière de Mossoul où…

… le redouté chef des Gardiens de la Révolution, Qassem Someimani est présent sur le terrain pour coordonner les milices chiites. Soleimani est la bête noire de la CIA, le commandant de l’ombre responsable de la mort de dizaines de soldats US pendant l’occupation de l’Irak, le faiseur de rois de Bagdad. On le crédite de tout et peut-être d’un peu trop d’ailleurs, mais une chose est sûre : c’est l’un des hommes les plus importants du Moyen-Orient. Le voir aujourd’hui se balader non loin des forces spéciales états-uniennes ne manque décidément pas de sel.

Si cet assassinat ciblé fait suite à une escalade, dont le dernier épisode (l’invasion de l’ambassade US à Bagdad) rappelait de douloureux souvenirs du côté de Washington, s’en prendre à un personnage si haut placé, de surcroît officiellement invité par le gouvernement irakien et venu sans protection particulière, ressort clairement de la provocation.

Nous retrouvons là un comportement devenu habituel ces dernières années. Depuis qu’ils se sont pris une gifle en Syrie, l’empire et ses composantes ne réagissent que par bravades destinées à appâter les vainqueurs du conflit et à les faire déraper.

False flags chimiques, incidents du Sukhoi ou de l’Iliouchine, bombardements des milices iraniennes à Al Bukamal et maintenant l’assassinat de Soleimani… Il faut toute le sage stoïcisme des Russes, des Syriens et des Iraniens pour ne pas gober l’hameçon grossier et mettre à bas l’édifice patiemment construit. Assad a reconquis la majeure partie de son pays, Moscou pousse lentement mais sûrement les Etats-Unis sur la touche au Moyen-Orient et Téhéran est en train de reconstituer l’arc chiite. Le temps joue pour eux et, du côté impérial, on en est parfaitement conscient, d’où ces provocations répétées qui, hélas pour le Washingtonistan, tombent pour l’instant invariablement à l’eau.

A cet égard, la réaction iranienne après la mort de son charismatique général est édifiante. Il ne faut jamais défier les Perses aux échecs. Alors que beaucoup, les Américains au premier chef, s’attendaient à une contre-attaque en règle, Téhéran a vu plus loin, beaucoup plus loin. Le but fondamental des Iraniens est de faire partir l’empire de chez leur voisin irakien et tout y est subordonné.

L’assassinat de Soleimani et du chef des UMP a chamboulé le contexte en Irak où les manifestations anti-iraniennes, sans doute fomentées par Washington, ont fait place au tollé anti-américain. Tout le monde, y compris Sistani, y compris Moqtada Sadr, y va désormais de son commentaire sur le nécessaire départ des troupes américaines. Le parlement a voté en ce sens, bien que le texte ne soit pas contraignant et que la décision dépende du gouvernement en dernier ressort. Les petits génies du Pentagone se sont d’ailleurs emmêlés les pinceaux : d’accord, nous partons… En fait, non, c’est une erreur de communication…

Une chose est sûre : le retrait US est sous les feux de l’actualité et Foreign Policy se lamente de ce que, en un claquement de doigt, l’Irak soit passé de la contestation contre l’Iran à celle contre la présence américaine. Par sa mort, Soleimani est en effet en passe de réussir ce qu’il recherchait depuis quinze ans. Les gémissements du Deep State ne s’arrêtent pas là. L’assassinat a ressoudé la population iranienne derrière ses dirigeants dans un grand élan de patriotisme. Et derrière, l’ours russe, qui apparaît de plus en plus comme la seule puissance fiable et stable de la région, est évidemment prêt à retirer les marrons du feu.

Quant aux Iraniens, sachant pertinemment que le contexte irakien leur est à nouveau favorable, ils ont refusé de céder aux passions vengeresses. Le bombardement extrêmement professionnel des deux bases américaines comporte plusieurs messages :

  • Nous pouvons vous atteindre n’importe où et vous causer de très nombreux morts. Notre technologie balistique est au point (voir les dégâts ciblés au centimètre près).
  • Nous vous avons laissé une chance en vous prévenant à l’avance : prenez-la et partez.

Ce mélange d’efficacité et de magnanimité renvoie la balle dans le camp américain qui semble soudain quelque peu perdu et, de surcroit, très divisé. La provocation a fait pschitt, l’empire a saboté sa légitimité morale dans la région et s’est mis dans une position très inconfortable.

***

Chers amis, désolé pour cette longue interruption des Chroniques mais, entre fêtes, livre et voyages, le dernier mois a été particulièrement intense. Tout devrait désormais rentrer dans l’ordre…

Je vous souhaite à toutes et tous une très heureuse année 2020.Tag(s) : #Moyen-Orient

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/01/sagesse-provocations.html

Iran-États-Unis, la guerre à tout prix  ?

Iran-États-Unis, la guerre à tout prix  ?

Publié le 08/01/2020 – 11:34

La guerre à tout prix ? La une du numéro 1523 de Courrier international.&nbsp;
La guerre à tout prix ? La une du numéro 1523 de Courrier international. 

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Chaque semaine, Courrier international explique ses choix éditoriaux, les hésitations et les débats qu’ils suscitent parfois dans la rédaction. Cette semaine, l’escalade aux conséquences imprévisibles entre les États-Unis et l’Iran, après l’assassinat par les Américains du général Qassem Soleimani, le 3 janvier à Bagdad.

Il était, selon The Guardian, l’homme qui tirait toutes les ficelles au Moyen-Orient”, à la tête de la force Al-Qods, chargée de propager l’influence de l’Iran à l’étranger. Général adulé dans son pays, Qassem Soleimani a été tué le 3 janvier à Bagdad, abattu par un drone américain, sur ordre de Donald Trump. Un acte de guerre aux conséquences imprévisibles. De Washington à Beyrouth, la presse étrangère ne cache pas son inquiétude. La question n’est pas de savoir si l’Iran va riposter mais de quelle manière il va le faire. Premier élément de réponse : dans la nuit du 7 au 8 janvier, l’Iran a tiré une douzaine de missiles sur deux bases américaines en Irak et le bilan est pour le moment incertain. 

Dans cette crise, l’arrogance le dispute pour le moins à l’improvisation et à la maladresse. Après que Donald Trump a ordonné l’assassinat d’un des plus hauts dignitaires iraniens et menacé de s’en prendre à 52 sites en Iran en cas de riposte, voilà que les Américains ont annoncé par erreur, le 6 janvier, leur retrait d’Irak (information aussitôt démentie). La veille, le Parlement irakien avait voté une requête demandant au gouvernement l’expulsion des forces étrangères du pays.
C’est à se demander quelle mouche a bien pu piquer le président américain en ce début d’année. Donald Trump semble ne pas avoir mesuré les conséquences, “potentiellement catastrophiques”, du conflit dans lequel il s’embarque avec l’Iran, écritThe Atlantic. “La principale question au sujet de cette frappe n’est ni morale ni même juridique. Elle est stratégique. Soleimani était le membre extrêmement puissant d’un appareil d’État, l’objet d’un véritable culte de la personnalité, mais il n’était pas un pilier du terrorisme. Sa mort ne décapite rien du tout”, s’inquiète le magazine américain. Alors pourquoi cette attaque ?

Bien sûr, l’Iran a sa part de responsabilité. Soumis à une pression constante de la part des États-Unis, qui se sont retirés de l’accord nucléaire de 2015, et en butte à des sanctions qui étouffent d’abord sa population, le régime de Téhéran multiplie les provocations (attaques de pétroliers dans le détroit d’Ormuz, de sites pétroliers en Arabie Saoudite…) depuis des mois. Jusqu’à l’attaque de l’ambassade des États-Unis à Bagdad le 31 décembre, une “erreur stratégique”, écrit le quotidien israélien Ha’Aretz, qui a “réveillé le spectre de la prise d’otages américains en 1979 à Téhéran”.
Un cycle infernal qui risque d’être l’un des feuilletons de l’année, malheureusement. “Happy new war”, a-t-on vu sur un dessin de presse. “Bonne année 2020”, peut-on encore lire sur notre couverture (signée de l’Espagnol Elchicotriste). À croire que la nouvelle année a inspiré les dessinateurs. Donald Trump semble, quant à lui, avoir été motivé par un autre calendrier : celui de la procédure de destitution engagée contre lui. Pour le site de la chaîne américaine NBC, le président américain est prêt à tout pour faire oublier l’impeachment.

Au risque de provoquer de nouveaux bouleversements au Moyen-Orient. Parmi les premières conséquences de la mort de Soleimani, Téhéran a annoncé, le 4 janvier, lever toutes les restrictions sur l’enrichissement de l’uranium ; en mars, les Iraniens retournent aux urnes, et l’aile dure du régime, comme souvent par le passé dans des crises frontales avec les États-Unis, devrait en sortir renforcée. En Irak, où depuis des semaines les manifestants défiaient un pouvoir corrompu en dénonçant la mainmise iranienne sur le pays, la révolution pourrait tourner court. Au Liban en revanche, où le Hezbollah (allié de l’Iran) fait profil bas pour le moment, on craint par-dessus tout une guerre israélo-iranienne par procuration qui signerait la fin du pays du Cèdre, explique le quotidien Asharq Al-Awsat.

Enfin, parmi les victimes collatérales potentielles de cette escalade, les étrangers ou binationaux actuellement détenus en Iran, on compte l’anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah et son collègue français Roland Marchal. Depuis l’assassinat du général Soleimani, les témoignages inquiets de leurs proches se multiplient. Ne les oublions pas.Claire CarrardSÉLECTION DE LA RÉDACTION

États-Unis. Tension avec l’Iran : le pire moment de la présidence Trump

Conflit. Après la mort de Soleimani, le Koweït dans la hantise d’une énième guerre

Succession. Iran : Soleimani remplacé par son “jumeau” Esmail Ghaani

https://www.courrierinternational.com/article/la-une-de-lhebdo-iran-etats-unis-la-guerre-tout-prix?xtor=EREC-22-[nl_magazine]-20200108-[la_une_de_lhebdo_iran_etats_unis_la_guerre_tout_prix]

Pluie de missiles Sol-Sol iraniens sur deux bases militaires US en Irak


Pluie de missiles Sol-Sol iraniens sur deux bases militaires US en Irak

ON: 08/01/2020  IN: ANALYSIS  TAGGED: WW3  WITH: 24 COMMENTS

Vidéo: Al Mayadeen Channel

La troisième guerre mondiale vient d’entamer sa phase chaude. Le président US Donald Trump, 45ème et probablement dernier président des États-Unis va prononcer un discours à la nation pour déclarer l’entrée en guerre de son pays et l’usage fort probable de l’arme nucléaire si les Americains perdent la face. L’Iran menace de cibler Israël avec des milliers de missiles dans ce cas de figure.

Est-ce le début de l’apocalypse au Moyen-Orient ?

Les bases US visées par les missiles des forces aérospatiales iraniennes :

Base aérienne de Ain Al-Assad

Base militaire US et centre des opérations régionales du Mossad israélien d’Erbil dans le Kurdistan d’Irak.

Une seconde volée de missiles Fateh 110 et Fatah 313 iraniens vient de s’abattre sur des cibles militaires US en Irak. D’autres volées de missiles Qiam-1 sont en cours de lancement.

Des réserboirs de carburant de missiles balistiques iraniens Qiam-1 tombés près d’Erbil dans le nord de l’Irak

Des dizaines de F-35 et de F-22 de l’US Air Force viennent de décoller des Emirats Arabes Unis et du Qatar et se dirigent vers les côtes iraniennes.

L’Iran vient d’annoncer le nom de code de son opération militaire: Sulaimani.

Des avions de combat des forces aériennes iraniennes ont décollé de tous les aéroports d’Iran pour intercepter les avions de combat US hostiles.

Le Guide de la Révolution islamique dirige les opérations depuis un bunker antinucléaires.

Réunion d’extrême urgence du Conseil de la sécurité nationale US

.https://strategika51.org/2020/01/08/pluie-de-missiles-sol-sol-iraniens-sur-deux-bases-militaires-us-en-irak/comment-page-1/#comment-103299

L'Iran déclare l'armée américaine «terroriste» après l'assassinat du général Soleimani 7 janv. 2020, 08:22

L’Iran déclare l’armée américaine «terroriste» après l’assassinat du général Soleimani 7 janv. 2020, 08:22 L’agence de presse iranienne Irna rapporte que les forces militaires américaines sont désormais considérées par Téhéran comme une entité terroriste. Washington avait éliminé Qassem Soleimani et plusieurs autres militaires dans une frappe à Bagdad. Détails à suivre… International Raconter l’actualité

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