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« Atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale » – La Syrie réagit à la proposition de Trump sur le plateau du Golan

« Atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale » – La Syrie réagit à la proposition de Trump sur le plateau du Golan

"Atteinte à la souveraineté et à l'intégrité territoriale" - La Syrie réagit à la proposition de Trump sur le plateau du Golan
Appelant cette décision une « attaque flagrante » contre la souveraineté territoriale syrienne, un responsable du ministère syrien des Affaires étrangères a condamné la reconnaissance par Donald Trump de la revendication d’Israël sur les hauteurs du Golan occupées.

Cette décision incarne le soutien de Washington à  » l’occupation sioniste  » , a déclaré le ministère des Affaires étrangères à un média syrien dans un communiqué. Il a également souligné que la décision de Trump témoignait d’un mépris extrême pour le droit international et représentait une  » gifle  » pour la communauté internationale qui a condamné l’occupation du plateau du Golan aux Nations Unies.

Trump n’a ni le droit ni la capacité juridique de légitimer l’occupation du territoire d’autrui, et la politique agressive de l’Amérique laissera la région et le monde vulnérables au danger.

Il a ajouté que cette décision  » fait des États-Unis le principal ennemi des Arabes. 

La décision de Washington de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël a également été vivement critiquée dans cette déclaration, rendant les États-Unis responsables d’un  » complot  » visant à  » liquider le problème palestinien ». 

AUSSI SUR RT.COMTrump signe une déclaration reconnaissant la souveraineté d’Israël sur les hauteurs contestées du GolanIsraël contrôle la majorité des hauteurs du Golan depuis l’occupation du territoire en 1967, ce qui est formellement condamné par une résolution des Nations Unies. Quand Israël a complètement annexé le territoire en 1981, l’ONU a déclaré que cette décision était dépourvue de valeur légale, évaluation à laquelle les États-Unis ont adhéré jusqu’à présent.

https://www.rt.com/news/454712-syria-reacts-trump-golan-israel/?utm_source=browser&utm_medium=push_notifications&utm_campaign=push_notifications

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Israël commence à frapper des cibles du Hamas à Gaza en réponse à une attaque à la roquette

Israël commence à frapper des cibles du Hamas à Gaza en réponse à une attaque à la roquette

Israël commence à frapper des cibles du Hamas à Gaza en réponse à une attaque à la roquette
L’armée israélienne a commencé à frapper la bande de Gaza quelques heures après qu’une roquette palestinienne ait frappé une maison près de Tel Aviv.

Le groupe militant palestinien Hamas est accusé d’avoir tiré une roquette sur Israël depuis Gaza lundi matin. La roquette a touché sept personnes dans une maison familiale à Moshav Mishmeret, près de la capitale, Tel Aviv. Les forces de défense israéliennes ont réagi en appelant immédiatement «des milliers» de réservistes et en mobilisant deux brigades blindées et d’infanterie.

Israel Defense Forces

@IDF

We have just started striking Hamas targets throughout the Gaza Strip.

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L’attaque a poussé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à écourter sa visite aux États-Unis. De retour en Israël lundi, Netanyahu a promis de répondre « avec force ».  Le président américain Donald Trump a apporté son soutien aux frappes israéliennes, reconnaissant le « droit de Israël à se défendre ».

Il n’y a pas encore de rapports de blessés ou de dégâts causés par les dernières frappes aériennes.

Les tirs de roquettes et les représailles qui s’ensuivent interviennent moins de deux semaines après que les FDI et le Hamas se soient mutuellement échangés. Israël a déclaré avoir pilonné une centaine de cibles du Hamas à Gaza après que le Hamas a lancé deux roquettes, apparemment par erreur.

DÉTAILS À SUIVRE

L’initiative de Trump au sujet du plateau du Golan…

L’initiative de Trump au sujet du plateau du Golan…


… au bon moment pour favoriser la réélection de Netanyahou


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 22 mars 2019

Les gens qui ont payé pour la campagne électorale de Trump, en particulier le magnat des casinos et sioniste Sheldon Adelson, veulent que le Premier ministre israélien, Bibi Netanyahou, reste en fonction. Netanyahou fait l’objet d’une enquête pour plusieurs affaires de corruption et a un concurrent sérieux lors des prochaines élections générales en Israël. Trump a besoin d’argent pour sa campagne de réélection et est prêt à tout pour l’obtenir.

Trump est de connivence avec Netanyahou pour influencer les élections israéliennes. C’est la raison pour laquelle il a décidé hier de déclarer reconnaître la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan :

Donald J. Trump @realDonaldTrump - 16:50 utc - 21 mars 2019

Après 52 ans, il est temps que les États-Unis reconnaissent pleinement la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan, qui revêt une importance stratégique et sécuritaire cruciale pour l'État d'Israël et la stabilité régionale !

Ce plateau est une terre syrienne qui a été occupée par Israël pendant sa guerre d’agression contre l’Égypte et la Syrie, en 1967.


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Ce plateau a une valeur stratégique et militaire. Celui qui le contrôle peut aussi contrôler les plaines à l’est, à l’ouest et au sud. Israël y a construit plusieurs radars et stations d’espionnage qui lui permettent de voir au plus profond de la Syrie.

Cette photo de profil dépeint faussement le territoire des hauteurs occupé comme étant israélien. La frontière internationalement reconnue s’étend le long de la rivière.

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McClatchy décrit la chronologie de la décision de Trump :

Le tweet du président Donald Trump, jeudi, reconnaissant le plateau du Golan comme territoire israélien, a surpris les membres de sa propre équipe de paix au Moyen-Orient, le département d'État et les responsables israéliens.
Les diplomates américains et les assistants de la Maison-Blanche pensaient que la question du plateau du Golan serait à l'ordre du jour des réunions de la semaine prochaine entre Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à la Maison-Blanche. Mais ils n'étaient pas préparés à une annonce présidentielle dès cette semaine.

La déclaration de Trump était attendue, mais pas pour hier. La raison de cette éjaculation précoce est évidente. Hier, un nouveau cas dans la totale corruption de Netanyahou a été révélé :

Les procureurs de la République envisageraient d'ouvrir une nouvelle enquête criminelle pour corruption contre le Premier ministre Benjamin Netanyahou, cette fois dans l'affaire dite des sous-marins, citant de nouvelles informations « dramatiques ».

Netanyahou a réalisé un profit de 4 millions de dollars grâce aux actions qu’il détenait dans une société rachetée par Thyssen-Krupp, un conglomérat allemand auprès duquel Israël, sous la présidence de Netanyahou, a commandé des sous-marins et des corvettes.

Ces nouvelles révélations menacent d’exploser la campagne de réélection de Netanyahou. Le coup soudain de Trump à propos du Golan est parfaitement chronométré pour les enterrer.

Revenons à McClatchy :

Selon Dan Shapiro, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël sous l'ancien président Barack Obama, la formulation du tweet de Trump ne constitue vraiment pas une reconnaissance officielle et déclarative. Mais il suffit d'une déclaration du président ou du secrétaire d'État pour assurer ce changement majeur de la politique américaine.

La Maison-Blanche réfléchit à plusieurs moyens d'officialiser la décision politique, y compris une éventuelle cérémonie de signature du décret exécutif lundi en présence de Netanyahou. ...
Les responsables de l'administration ont déclaré que le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, avait joué un rôle déterminant dans cette décision, après s'être rendu en Israël en janvier pour assurer aux responsables que les États-Unis ne les abandonneraient pas en Syrie malgré la soudaine décision de Trump de retirer les troupes du champ de bataille.

Cette initiative précipitée est typique de Bolton. Il n’y a pas eu de processus stratégique pour planifier et annoncer la décision. On n’a pas tenu compte des conseils juridiques de longue date d’autres ministères qui avaient mis en garde contre ce genre de décision.

Trump n’a pas le pouvoir de donner à Israël la souveraineté sur quoi que ce soit. Plusieurs résolutions de l’ONU ont déterminé (RCSNU242) et reconfirmé (RCSNU497)que le plateau du Golan est un territoire syrien illégalement occupé par Israël. L’Union européenne, la Russie et d’autres ont rejeté la décision de Trump et l’ont qualifiée d’illégale.

La décision de Trump pourrait cependant avoir un certain poids devant les tribunaux américains. Cela deviendra important lorsque des poursuites judiciaires seront intentées contre Genie Energy Ltd, une société pétrolière du Newark New Jersey qui veut forer du pétrole dans la région du Golan :

Genie Energy n'est pas une société pétrolière ordinaire. Dick Cheney siège à son conseil consultatif. De même que l'ancien chef de la CIA et président de la Fondation pour la défense des démocraties, James Woolsey. Ainsi que Jacob Lord Rothschild de la dynastie bancaire londonienne et ancien partenaire commercial de l'oligarque pétrolier russe condamné, Mikhail Khodorkovsky. Avant son arrestation, Khodorkovsky avait secrètement transféré ses actions de Yukos Oil à Rothschild.

De plus, ce conseil d'administration de la peu connue Compagnie pétrolière de Newark, au New Jersey, comprend l'ancien secrétaire américain à l'énergie, Bill Richardson, le magnat des médias pro-israéliens et Rupert Murdoch, le propriétaire de la chaîne favorite de Trump, Fox News TV. L'ancien secrétaire au Trésor, Larry Summers, et le milliardaire du fonds de couverture, Michael Steinhardt, y siègent également. Steinhardt, un ami philanthropique d'Israël et de Marc Rich, est également membre du conseil d'administration de la néoconservatrice Foundation for the Defense of Democracies de Woolsey, qui conseille à Trump, entre autres choses, de reconnaître Israël comme propriétaire légitime des terres du plateau du Golan, prises par Moshe Dayan pendant la guerre de 1967.

En vertu du droit international, il est illégal de tirer des ressources naturelles d’un territoire occupé. Avec la décision de Trump, les propriétaires et les membres du conseil d’administration de Genie Energy bénéficient d’une couverture juridique supplémentaire devant les tribunaux américains et israéliens.

Les conséquences internationales du déménagement sont pour l’instant subtiles. Sur le terrain, rien n’a changé. L’occupation israélienne était et reste illégale.

Le plateau du Golan occupé comprend les fermes de Sheeba qui sont un territoire libanais. L’axe de résistance du Hezbollah, de la Syrie et de l’Iran est renforcé par la décision de Trump et ils vont l’utiliser pour justifier de nouvelles activités contre Israël et peut-être contre les intérêts américains ailleurs. Ce mouvement servira à recruter davantage de résistants, en particulier parmi les Druzes du côté syrien du Golan, dont les frères vivent du côté contrôlé par Israël.

Cela délégitime encore davantage les « rebelles » syriens et les Kurdes syriens qui sont alliés avec les États-Unis car Trump donne des terres syriennes. Cela démontre la faiblesse des dirigeants arabes qui sont alliés avec les États-Unis mais qui n’ont même pas été informés que Trump avait prévu de céder des terres arabes. Cela incitera leur population nationale à s’opposer à eux. Il leur sera donc beaucoup plus difficile de poursuivre leur politique de détente avec Israël.

L’« accord du siècle » pour la paix entre les Arabes et les Sionistes que le gendre de Trump, Jared Kushner, était censé organiser est maintenant mort.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/linitiative-de-trump-au-sujet-du-plateau-du-golan

 

Le plan de paix de Trump au Proche-Orient

Le plan de paix de Trump au Proche-Orient

Présenté comme le “deal du siècle”, le plan de paix de l’administration Trump se veut la solution à l’un des conflits les plus inextricables de notre temps. En rupture avec l’approche des précédents présidents américains, Trump serait favorable à la création d’un “mini-état” palestinien, à cheval entre la bande de Gaza et une partie de la péninsule du Sinaï. 

Un plan de paix “qui ne passera pas ”

manifestant tenant une pancarte, pour marquer son opposition au plan de paix us
Manifestation contre le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem

Décrit comme ” l’accord de 100 ans ” en référence à la déclaration Balfour du 2 novembre 1917, ce plan de paix s’ouvre dans un contexte de tensions avec l’Autorité palestinienne, provoqué par une série de décisions américaines.

A la reconnaissance de Jérusalem, ville trois fois sainte, comme capitale d’Israël et le déplacement de son ambassade, s’est succédé l’arrêt de son financement à l’agence de l’ONU pour les réfugiés Palestiniens (UNRWA) et la fin des aides bilatérales à destination de l’Autorité palestinienne, soit 550 millions de dollars au total. Les Etats-Unis ont également fermé le bureau de la représentation palestinienne à Washington.

Décisions non dénuées de conséquences quand l’on connaît la situation économique dramatique de la Palestine. Largement dépendante des aides internationales, le niveau de vie de ses habitants est à peine égal à 10% de celui des Israéliens. Cela a conduit certains responsables de l’Autorité palestinienne à qualifier ces actes de “chantage bon marché comme outil politique “, rejoignant en cela les dires de leur président Mahmoud Abbas, qui a estimé que l’accord de paix ne “passera pas”.

Les plans de paix avortés des précédents présidents américains

Depuis le début des guerres israélo-arabe, puis ce qui deviendra le conflit israélo-palestinien, toutes les administrations américaines ont tenté d’imposer leur plan de paix. 

PLan de paix de Trump : Poignée de main entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat; en présence de Bill Clinton
Poignée de main historique entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, le 13 septembre 1993, à Washington.

La Déclaration de principes, dite “accords d’Oslo”, signée le 13 septembre 1993, représente à cet égard l’un des moments phares de l’action diplomatique américaine, où l’on s’est rapproché le plus d’un règlement du conflit. Outre une reconnaissance mutuelle entre Israël et l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), l’accord envisageait une autonomie future de la Palestine.

Mais, du fait des dissensions internes aux deux entités, le processus d’Oslo va s’enliser. Au refus de la droite israélienne de voir l’armée évacuer la Cisjordanie et la bande de Gaza, qui à ses yeux font partie intégrante du grand Israël, le Hamas répond par des attaques contre les colonies juives. L’assassinat, le 4 novembre 1995, du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin par un extrémiste israélien, opposé à la paix avec les Palestiniens, symbolise le début de la fin des accords d’Oslo. Ils seront seront définitivement enterrés après le déclenchement de la seconde Intifada en septembre 2000.

Ce n’est qu’à l’autonome 2002 que l’administration Bush, conjointement avec l’ONU, l’Union Européenne et la Russie, élabore une “feuille de route” destinée à aboutir à une solution à deux Etats. Mais, parallèlement à ces négociations diplomatiques, les actes de violences-représailles continuent, principalement entre le Hamas et Israël. Ce dernier annonce finalement, en septembre 2005, son retrait de la bande de Gaza.

Face au regain de tension, le Président Bush, alors dans son second mandat, entend relancer le processus de paix. Réunis à Annapolis, le 27 novembre 2007, dans le Maryland, Ehmoud Olmert et Mahmoud Abbas s’engagent à la reprise des négociations. Efforts qui seront une nouvelle fois voués à l’échec, après le déclenchement, en décembre 2008, de l’offensive israélienne “Plomb durci” contre la Bande de Gaza.

Fidèle à la tradition américaine, Barack Obama va faire de la résolution du conflit israélo-palestinien une priorité de son mandat. Favorable à une solution à deux Etats, il va obtenir des Israéliens un gel de 10 mois de la colonisation en Cisjordanie, condition sine qua non pour la reprise des négociations. Cette initiative va elle aussi faire long feu : les Israéliens vont reprendre de plus belle la colonisation, sans apporter de concessions concrètes aux négociations.

Pour la première fois, le 26 décembre 2016, les Etats-Unis n’apposent pas leur véto à la résolution 2334, qui condamne la colonisation israélienne. Une première dans l’histoire américano-israélienne, qui signe du même coup l’échec du plan de paix de l’administration Obama.

La création d’un “mini-état” palestinien dans la bande de Gaza ?

Le "mini-état" palestinien, à cheval entre la bande de Gaza et le Sinaï égyptien
Le “mini-état” palestinien, à cheval entre la bande de Gaza et le Sinaï égyptien

Si Trump souhaite à son tour apporter une solution de paix au conflit israélo-palestinien, son approche diffère grandement des précédentes administrations.

Sous son administration, les Etats-Unis ont définitivement abandonné leur rôle “d’honnête intermédiaire”, au profit d’un soutien inconditionnel à Israël. Trump n’a pas d’ailleurs jamais mentionné le retrait israélien des territoires occupés comme une condition préalable à un accord de paix, même s’il s’est dit favorable à une solution à deux Etats. Ces déclarations en apparence contradictoires, le sont moins quand l’on connaît la teneur de son projet. 

Si les détails du plan n’ont pour le moment pas été révélés, diverses sources concordantes et indices laissent penser que les Etat-Unis s’orienteraient vers la création d’un “mini-état” palestinien ou autrement dit d’un “Gaza-plus”. Celui-ci reprendrait les frontières de l’actuelle bande de Gaza, mais élargi par l’annexion d’une partie du Sinaï égyptien.

Il ne s’agirait cependant pas d’un transfert de territoires à proprement parler, mais plutôt de la création d’une zone franche économique entre les deux frontières, dans laquelle les gazaouis constitueraient la principale force de travail. Il a ainsi été évoqué la construction d’une centrale électrique, destinée aux foyers gazaouis, mais également à l’alimentation d’une usine de désaliénation. La construction d’un aéroport et d’un port dans le Nord-Sinaï, qui seraient entièrement sous contrôle égyptien, ont également fait l’objet de discussions. Tous ces projets seraient financés grâce aux subsides des monarchies du Golfe.

Cette proposition rencontre l’assentiment de l’Egypte qui y voit une chance de développer la région pauvre du Nord-Sinaï, frappée par l’une des branches les plus actives de l’Etat islamique. De son côté, Israël perçoit les avantages d’un tel plan : il graverait dans le marbre sa présence dans les territoires occupés, propice à une annexion de facto de la Cisjordanie. Pour Trump,un accord représenterait une victoire diplomatique majeure, à l’heure où sa politique volontarisme avec la République populaire de Corée ne rencontre pas les effets escomptés ; sur le plan interne, il tiendrait l’une de ses promesses de campagne, à moins de deux ans des prochaines élections présidentielles américaines. 

Depuis le début du conflit israélo-palestinien, la diplomatie américaine s’est évertuée en vain à trouver une solution de paix durable. L’arrivée de Trump marque une rupture dans l’approche. Les Etats-Unis abandonnent leur neutralité historique au profit d’un soutien clair à Israël. Ce soutien conduit à une marginalisation de l’Autorité palestinienne, qui ne se verrait pas impliquée dans la création d’un “mini-état” palestinien dans la bande de Gaza.

 

Sources

https://www.middleeasteye.net/opinion/sisi-holds-key-trumps-sinai-plan-palestinians

https://www.lesclesdumoyenorient.com/Territoires-palestiniens.html#oslo

https://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/plan de paix/israel-palestine-le-baroud-d-honneur-de-barack-obama_1864111.html

https://www.challenges.fr/monde/le-plan de paix/-de-trump-propose-un-etat-palestinien-sur-90-de-la-cisjordanie_636949

https://carnegieendowment.org/2018/12/11/trump-s-plan-for-israel-and-palestine-one-more-step-away-from-peace-pub-77905

www.lesclesdumoyenorient.com/Le-groupe-d-Aix-ou-les-dimensions-economiques-d-un-accord-entre-Israel-et-les.html

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Paradoxales incertitudes iraniennes

Paradoxales incertitudes iraniennes

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Paradoxales incertitudes iraniennes

En ce moment, si vous envisagez une guerre américaniste, – puisqu’enfin, l’américanisme doit être toujours gros d’au moins une guerre possible/probable, – ce serait plutôt avec l’Iran. Le casting est excellent : Trump, Bolton et Pompeo sont des Iran-haters pur sucre et certifiés, tandis que les obstacles à une telle entreprise, notamment les trois généraux (McMaster, Kelly et Mattis) en poste au gouvernement l’année dernière et qui étaient tous trois très prudents vis-à-vis de l’Iran, sont partis. L’hostilité à l’Iran permet en plus de faire de l’European-bashing et d’interférer en toute exterrorialité et en pratiquant le sport national des sanctions sur les affaires, le commerce et la finance de ces chers “alliés” aussi bien que contre l’Iran… Mais justement, au-delà ?

Au-delà, il y a Israël, en pleine campagne électorale, avec un Netanyahou dont on connaît la rhétorique guerrière contre l’Iran. Mais la stratégie de Netanyahou a été depuis plusieurs années, de concert avec celle de MbS d’Arabie Saoudite, d’appeler à la guerre contre l’Iran à condition que ce soit essentiellement les USA qui la fassent pour lui (pour eux). Ce que montre le texte d’Alastair Crooke ci-dessous, c’est que l’extrême complexité de la situation au Moyen-Orient, comme à l’habitude d’ailleurs, place les USA plutôt en position de manipulateurs qu’en position de manipulés à cet égard, et peut-être d’ailleurs sans intention, par simple nature. L’administration Trump agit surtout par les mesures que Trump affectionne par-dessus tout, qui sont des mesures de rackets, de pressions commerciales de de communication, d’influence, d’agitation et de subversion, et finalement dans des conditions telles que, par le jeu des dispositifs de dissuasion antagonistes sur le théâtre qui nous intéresse, ce serait Israël d’abord qui pourrait se trouver engagé directement dans une guerre régionale de grande dimension, avec confrontation avec l’Iran

D’où la question de Crooke : est-ce que les USA ne vont pas pousser Israël vers un conflit qu’Israël aimerait bien voir les USA prendre à leur compte ? Israël n’a jamais eu de “meilleur allié” (de meilleure “marionnette”, diront certains) à la Maison-Blanche que Trump. Mais Trump est un “allié-marionnette” qui réserve des surprises, très manipulable mais dont la manipulation peut provoquer cez lui des attitudes inattendues, y compris lorsqu’il soutient à fond un de ses propres “alliés”, et même dira-t-on, surtout lorsqu’il le soutient à fond…

Ci-dessous, une traduction-adaptation du texte d’Alistair Crooke mis en ligne le 11 mars sur Strategic-Culture.org.

dde.org

http://www.dedefensa.org/article/paradoxales-incertitudes-iraniennes

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Les faucons de Trump risqueront-ils Israël ?

C’était la onzième et peut-être la plus importante rencontre entre le président Poutine et le premier ministre Netanyahou le 27 février, écrit le journaliste bien informé, Elijah Magnier : “Le visiteur israélien a clairement entendu de son hôte l’affirmation que Moscou n’a pas assez d’influence pour convaincre l’Iran de quitter la Syrie, – ou d’arrêter le flux d’armes vers Damas … Moscou [a également] informé Tel Aviv de la détermination de Damas à répondre à tout bombardement futur ; et que la Russie ne se considère pas concernée [c’est-à-dire une partie au conflit]”.

Cette dernière phrase nécessite un peu plus d’explication. Ce qui se passe ici, c’est la montée en puissance de la prochaine phase de la stratégie sino-russe visant à contenir la politique américaine d’entretien du désordre hybride et de soutien aux diverses guerres en cours dans la région. Ni la Chine ni la Russie ne veulent entrer en guerre avec les États-Unis. Le président Poutine a averti à plusieurs reprises que si la Russie devait être poussée au bord du gouffre, elle n’aurait d’autre choix que de réagir, – et que les conséquences possibles vont au-delà de l’imaginable.

Les récentes guerres américaines ont clairement démontré leurs limites politiques. Oui, ils sont militairement très destructeurs, mais ils n’ont pas produit les dividendes politiques escomptés ; ou plutôt, les dividendes politiques se sont manifestés sous la forme d’une érosion de la crédibilité des USA et de leur attrait comme “modèle” à imiter pour le monde. Nulle part dans la région il n’y a de de “nouveau” Moyen-Orient qui émerge, qui suive le modèle américain.

Les responsables de la politique étrangère de Trump ne sont pas des interventionnistes “libéraux” à l’ancienne, qui cherchent à liquider les monstres tyranniques de la région pour les remplacer par les valeurs américaines. Cette aile du néo-conservatisme américain s’est assimilée, – sans véritable surprise, – au parti démocrate et aux dirigeants européens tentés par les aventures d’une prétendue “vertu morale”, en opposition à l’approche transactionnelle et supposée amorale de Trump.

Bolton & Cie, cependant, sont de l’école néoconservatrice qui croit que si vous avez le pouvoir, vous devez l’utiliser avec toute sa force ou vous le perdez. Ils ne se préoccupent tout simplement pas de toutes ces folles promesses de démocratie ou de liberté (comme Carl Schmitt, ils considèrent l’éthique comme affaire de théologiens et nullement comme leur préoccupation). Si les États-Unis ne peuvent plus imposer directement certains résultats politiques (selon leurs conditions) au monde comme ils le faisaient auparavant, alors la priorité doit être d’utiliser tous les moyens pour s’assurer qu’aucun rival politique ne puisse émerger pour défier les États-Unis. En d’autres termes, l’instabilité et les conflits ouverts et en cours deviennent des outils puissants pour empêcher les blocs de pouvoir rivaux d’accumuler un poids et une position politiques plus larges. (En d’autres termes, si vous ne pouvez pas “faire” de la politique, vous perturbez et empêcher les autres d’en faire.)

Quelle place cette situation a-t-elle dans le message du Président Poutine à Netanyahou ? Tout d’abord, cette rencontre a eu lieu presque immédiatement après la visite du président Assad à Téhéran. Ce dernier sommet a eu lieu dans le contexte des pressions croissantes exercées sur la Syrie (par les États-Unis et l’UE) pour tenter de réduire le succès syrien dans la libération de ses terres (évidemment avec l’aide de ses amis). L’objectif explicite étant de tenir la future reconstruction syrienne en otage de la reconfiguration politique de la Syrie selon les conceptions de l’Amérique et de l’Europe.

Le sommet précédent de Téhéran (avec Assad) s’est lui aussi déroulé dans le contexte d’une possibilité affichée d’une confrontation avec l’Iran à Washington. Il tout d’abord adopté le principe selon lequel l’Iran constitue la profondeur stratégique de la Syrie et, parallèlement, la Syrie constitue la profondeur stratégique de l’Iran.

Le deuxième point à l’ordre du jour était de savoir comment mettre en place une structure de dissuasion pour la partie nord du Moyen-Orient qui pourrait contenir l’impulsion de M. Bolton de perturber cette sous-région, et tenter de l’affaiblir. Et en l’affaiblissant, affaiblir les risques pour la Russie et la Chine (cette dernière ayant un enjeu majeur en termes de sécurité d’approvisionnement énergétique et de viabilité d’une sphère commerciale asiatique).

Le Président Poutine a simplement exposé à Netanyahou les principes du prétendu plan d’endiguement établi à Teheran ; mais les Israéliens avaient déjà compris le message par d’autres sources (de Sayyed Nasrallah et des fuites de Damas). L’essentiel, c’est que la Russie a l’intention de se tenir au-dessus de toute confrontation militaire régionale (c’est-à-dire d’essayer de ne pas être impliquée dans le conflit éventuel). Moscou veut garder les mains libres et le contact avec toutes les parties. Le système de défense aérienne S-300 installé en Syrie est opérationnel mais Moscou, semble-t-il, préservera une ambiguïté constructive quant aux règles d’engagement de ces missiles très sophistiqués.

Dans le même temps, la Syrie et l’Iran ont clairement indiqué qu’il y aura désormais une réponse à toute attaque aérienne israélienne contre des défenses syriennes “stratégiques” importantes. Au départ, il semble que la Syrie réagirait probablement en lançant ses missiles dans le Golan occupé ; mais si Israël intensifie son attaque, ces missiles seraient ciblés sur des centres stratégiques dans la profondeur d’Israël. Enfin, si Israël montait encore un degré dans l’escalade, il serait alors possible d’activer également les missiles iraniens et ceux du Hezbollah.

Pour confirmer ce schéma, l’Iran confirme que ses conseillers se trouvent effectivement partout en Syrie où se trouvent les forces syriennes. Autrement dit, toute attaque visant les forces syriennes sera automatiquement interprétée par l’Iran comme une attaque contre le personnel iranien.

Ce qui se met en place ici, c’est une dissuasion complexe et différenciée, avec une “ambivalence constructive” à tous les niveaux. D’une part, la Russie entretient une complète ambiguïté sur les règles d’engagement de ses S-300 en Syrie. A un autre niveau, la Syrie maintient une certaine ambiguïté indéfinie (en fonction du degré d’escalade israélienne) sur l’emplacement géographique de sa réponse (Golan seulement ; ou l’étendue d’Israël) ; et l’Iran et le Hezbollah maintiennent également une ambiguïté sur leur engagement possible (en disant que leurs conseillers peuvent être partout en Syrie).

Netanyahou est revenu de sa rencontre avec Poutine en disant que la politique d’Israël d’attaquer les forces iraniennes en Syrie était inchangée (il le dit à chaque fois), – bien que Poutine ait dit clairement que la Russie n’est pas en mesure d’imposer un retrait iranien au gouvernement syrien. La Syrie avait, – et a toujours, – le droit de choisir ses propres partenaires stratégiques. Le Premier ministre israélien a cependant été formellement prévenu que de telles attaques pourraient entraîner une réaction qui affecterait gravement l’opinion publique israélienne (c’est-à-dire des missiles dirigés directement sur Israël). Il sait aussi que les systèmes de défense aérienne syriens existants (même sans le soutien du S-300) fonctionnent avec une très grande efficacité (quoique les commentateurs et les militaires israéliens puissent prétendre). Netanyahou sait que les défenses antimissiles israéliennes “Iron Dome” et “David’s Sling” sont considérées comme d’une faible efficacité par l’armée américaine.

Netanyahou risquera-t-il de lancer de nouvelles attaques importantes contre l’infrastructure stratégique syrienne ? Elijah Magnier cite des sources bien informées : “Tout dépend de la direction que prendront les élections israéliennes. Si le Premier ministre Benjamin Netanyahou estime que ses chances de remporter un second mandat sont suffisamment élevées, il ne s’aventurera pas de sitôt dans une nouvelle confrontation avec la Syrie et ses alliés. La date de la prochaine bataille sera reportée. Mais, s’il croit qu’il perdra l’élection, alors la possibilité qu’il engage une bataille devient très élevée. Une bataille sérieuse entre Israël, d’une part, et la Syrie et l’Iran, d’autre part, serait suffisante pour faire reporter les élections. Netanyahou n’a pas beaucoup de choix : soit il gagne les élections et reporte la procédure de corruption contre lui ; soit il va en prison”.

Cette thèse peut sembler convaincante mais le raisonnement sur lequel elle repose peut s’avérer trop limité. Il est clair que le stratagème de dissuasion différenciée, décrit par Poutine, – bien qu’il soit formulé en termes syriens, – a un objectif plus large. Le langage actuel utilisé par les États-Unis et l’Europe indique assez clairement qu’ils en ont largement fini avec les opérations militaires en Syrie. Mais, parallèlement au désaveu de nouvelles opérations militaires en Syrie, nous avons également assisté à une consolidation de la mentalité de l’administration américaine en faveur d’une confrontation avec l’Iran.

Alors que Netanyahou a toujours été véhément en appelant à la confrontation avec l’Iran, il n’est pas connu en Israël comme un homme à prendre des risques militaires (appeler à liquider tous les moyens palestiniens ne comporte aucun risque politique dans la politique intérieure israélienne). De plus, l’establishment militaire et sécuritaire israélien n’a jamais apprécié la perspective d’une guerre totale avec l’Iran, à moins que celle-ci ne soit menée avec les États-Unis en tête. (Il serait toujours très risqué pour n’importe quel Premier ministre israélien de lancer une guerre éventuellement existentielle à travers la région, sans avoir un consensus solide au sein de l’establishment sécuritaire israélien.)

Pourtant, M. Bolton préconise également depuis longtemps le bombardement de l’Iran (par exemple dans un op-ed du NYT de mars 2015). Jusqu’à récemment, on supposait toujours que c’était Netanyahou qui essayait d’amener les Américains à déclencher une “guerre” avec l’Iran. Est-il possible que ces rôles se soient inversés ? Que ce soit maintenant John Bolton, Mike Pence et Pompeo qui cherchent, non pas à déclencher une guerre totale mais à exercer le maximum de pressions hybrides sur l’Iran, – par des sanctions, en fomentant des insurrections anti-iraniennes parmi les minorités ethniques en Iran, et cela bien qu’Israël s’en prenne régulièrement à l’Iran avec des interventions militaires calibrées (en Syrie), dans l’espoir que l’Iran réagira de manière excessive et tombera dans le piège de M. Bolton qui veut “avoir un Iran exactement où il le souhaite” ?

C’est là l’objectif de l’ensemble des mesures de dissuasion de l’Iran et de la Syrie, – il s’agit avant tout de “contenir” les États-Unis. L’initiative est construite, pour ainsi dire, avec tous ses liens délibérément ambivalents entre acteurs, pour signaler que toute tentative américaine de favoriser le chaos dans le Grand Levant ou en Iran, au-delà d’un certain point indéfini, risque maintenant d’entraîner son protégé, Israël, dans une guerre régionale beaucoup plus vaste, – et aux conséquences imprévisibles. La question n’est pas tant de savoir si Netanyahou “prendra le risque”, mais si Bolton osera “risquer Israël” ?

Alastair Crooke

http://www.dedefensa.org/article/paradoxales-incertitudes-iraniennes

Urnes, prison, guerre et fluidité syrienne

Urnes, prison, guerre et fluidité syrienne

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Urnes, prison, guerre et fluidité syrienne

L’article de E.J. Magnier ci-dessous a déjà été publié et repris par divers sites, en anglais et en français notamment. Il présente l’hypothèse d’une attaque d’Israël contre des cibles stratégiques syriennes et des cibles stratégiques iraniennes en Syrie selon le sentiment de l’actuel premier ministre israélien Netanyahou sur ses chances de remporter à nouveau la majorité aux élections d’avril, et d’être ou non reconduit dans ses fonctions. L’argument n’est nullement stratégique mais concerne un destin personnel : si Netanyahou perd, il ira devant la justice avec une forte possibilité, pour ne pas dire “de fortes chances”, d’être condamné et d’aller en prison ; s’il a le sentiment qu’il va perdre, il déclenchera l’attaque, c’est-à-dire la guerre, parce que dans ce cas les élections seront postposées, et sa possible condamnation reportée.

D’habitude, Magnier donne des informations assez complètes sur les positions des uns et des autres, dans le camp syrien. Ce texte, essentiellement sinon exclusivement écrit à partir de sources syriennes, se démarque partiellement mais très significativement de la méthode, en ceci qu’il ne dit absolument rien de la position russe en cas de conflit alors que cette question est tout simplement essentielle dans le cas envisagé. Il affirme la solidité et la solidarité complète de l’alliance entre la Syrie et l’Iran, par conséquent par rapport aux positions iraniennes en Syrie. Il donne quelques détails sur une implication US dans ce “projet” de Netanyahou, notamment à partir du constat du déploiement temporaire de batteries de missiles sol-air THAAD.

Par contre, Magnier ne donne aucune précision concernant l’attitude des Russes, sinon un écho de la rencontre Poutine-Netanyahou le 27 février à Moscou au cours de laquelle Poutine aurait dit à Netanyahou qu’il n’avait aucun pouvoir sur l’alliance entre la Syrie et l’Iran, et par conséquent aucun moyen d’agir sur la présence des Iraniens en Syrie (en faveur d’un retrait, comme le demandent les Israéliens). C’est assez maigre et finalement assez négatif pour la Russie, indiquant implicitement que cet acteur majeur de la crise, soit n’a aucun pouvoir réel sur une composante majeure de la situation, soit s’en lave les mains en se tenant en retrait.

On notera aussitôt que, sur cette question de la position de la ,position actuelle de la Russie dans ce qui reste, – qui est plus que jamais même si en plus soft l’imbroglio syrien, le site DEBKAFiles dont on connaît bien entendu l’orientation, a une toute autre appréciation, qui présente une situation géopolitique complètement différente. Le site israélien estime qu’un changement profond s’est produit depuis la rencontre Poutine-Netanyahou du 27 février, qui place la Russie assez loin, sinon très-loin de ses alliés syriens et iraniens.  Il s’agit d’une nouvelle du 3 mars 2019, confirmée indirectement (répétée) sur le même site le 10 mars 2019selon une analyse très critique de la coalition qui s’oppose à Netanyahou pour les élections du 6 avril. Il s’agit de l’affirmation que les Russes et les Israéliens, ou même plus précisément Poutine et Netanyahou (précision importante pour le côté israélien), ont trouvé un terrain commun qui les détachent de leurs positions conventionnelles et habituelles.

« À Moscou[le 27 février], le général Tamir Hayman, responsable des services de renseignements militaires israéliens, a déployé devant Poutine les cartes montrant les sites militaires iraniens en Syrie. Le but principal de Netanyahou lors de sa rencontre avec Poutine à ce moment-là était d’empêcher l’Iran d’établir une présence militaire en Syrie. Le dirigeant russe a répondu que Jérusalem et Moscou avaient un objectif commun: “rétablir la situation en Syrie comme avant la guerre civile qui durait depuis huit ans”.

» C’est une évolution historique pour les deux hommes. Sa signification épique a été complètement occultée par l’épouvantable campagne électorale[en Israël] et la décision du procureur général sur le dossier de corruption contre le Premier ministre. Ce qui s’est passé à Moscou, c’est que Netanyahou a rompu avec la version conventionnelle de ses propres chefs des services de renseignement, qui ont toujours affirmé qu’Assad avait perdu la guerre et que les forces israéliennes avaient détruit 90% des structures militaires iraniennes en Syrie. Reconnaissant que ni l’une ni l’autre de ces affirmations n’était réaliste, il a conclu un accord avec Poutine pour la création d’une commission conjointe russo-israélienne pour le retrait de toutes les forces étrangères de Syrie.

» Pour Poutine, il s’agit d’un geste audacieux mais calculé. Puisque Assad, dont il avait sauvé le régime, peut se rendre à Téhéran sans dire mot à Moscou[de cette visite], Poutine s’estime justifié d’introduire Israël dans les discussions sur l’avenir de la Syrie. Après les discussions du mois dernier avec l’Iranien Rouhani et le Turc Erdogan à Sotchi, le président russe fait entrer Netanyahou dans l’équation.

» Le Premier ministre s’est également engagé sur un nouveau terrain en acceptant de discuter avec le président russe des moyens de retirer “toutes les forces étrangères” de la Syrie, – tant américaine qu’iranienne, – et même de discuter des arrangements sécuritaires qui prévaudraient après leur départ. »

Bien entendu, l’on connaît ces deux sources que nous consultons régulièrement, leurs orientations politiques et idéologiques quasiment opposées, leurs recours à des sources propres qui vont en général dans le même sens et la tentation normale d’appuyer leurs analyses dans les sens favorisés. Il n’empêche que le crédit de ces deux sites, qui fait leur qualité et leur influence, les empêche d’écrire n’importe quoi et de fabriquer ce que le Système nomme vertueusement, par son expérience même, des totales FakeNewsOn se trouve donc devant deux interprétations de la situation aussi dissemblables et antagonistes que possible, et qu’on ne peut écarter avec dédain et certitude en prononçant : “Fake”.

Par conséquent et de façon symétrique, nous ne nous prononcerons certainement pas dans quelque sens que ce soit. Dans ce cas pour notre compte, l’inconnaissance doit triompher, – justement parce que ces orientations de communication si différentes, et malgré tout envisageable chacun pour ce qu’elle vaut, signalent que la situation syrienne est devenue extrêmement fluide. Tous les acteurs sont affectés par cette transformation de la substance, et par conséquent les lignes de partage, les oppositions tranchées qui pouvaient être distinguées il y a encore quelques mois (par exemple, l’alliance Syrie-Iran-Russie) deviennent plus floues et peut-être insaisissables. La folle situation washingtonienne (“D.C.-la-folle”) avec une présidence de la sorte qu’on voit, un Congrès volatile et incontrôlable, les décisions (“retrait” de Syrie) prises ou pas, exécutées ou pas, tout cela existe comme la toile de fond d’une situation dite d’hégémonie au moins au niveau de la communication, et constitue sans le moindre doute l’un des principaux foyers de l’accélération du désordre caractérisé de plus en plus par la perte de contrôle des grands axes d’intervention et des logiques à mesure. La situation syrienne évolue dans un cadre d’une étrange structuration d’“hyperdésordre”, dont le principal responsable (les USA) se trouvent écartés par leur propre tourbillon crisique intérieur.

Ci-après, le texte de Elijah J. Magnier du 7 mars 2019, traduit sur le site de l’auteur et pour la version française par Daniel G., et dont le titre complet est « La Syrie prépare ses missiles en vue de la prochaine bataille l’opposant à Israël ».

dedefensa.org

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La Syrie prépare ses missiles…

La Syrie et ses alliés préparent leurs missiles en vue de la bataille à venir contre Israël si Tel-Aviv décide d’ouvrir le feu contre des positions militaires importantes sous le contrôle de l’armée syrienne.

Des sources bien informées affirment que « tout dépend de la tournure que prendront les élections israéliennes. Si le premier ministre Benjamin Netanyahou estime qu’il a suffisamment de chances d’obtenir un second mandat, il ne se lancera pas dans un nouvel affrontement avec la Syrie et ses alliés de sitôt. La date de la prochaine bataille sera remise à plus tard. Mais s’il croit qu’il va perdre les élections, la possibilité qu’il se lance dans une bataille est très élevée. Un affrontement sérieux entre Israël d’une part, et la Syrie et l’Iran d’autre part, serait un motif suffisant pour reporter les élections. Netanyahou n’a pas grand choix : soit il remporte les élections et repousse l’action en justice contre lui, soit il se retrouve en prison ».

Le commandement des forces des USA en Europe (EUCOM) a récemment envoyé des avions militaires ainsi que 200 soldats américains, qui transportaient des batteries de missiles du système de défense antimissile balistique  THAAD  devant être déployées au sud d’Israël. La raison officielle du déploiement de ce système perfectionné ultramoderne serait en vue d’un exercice conjoint entre Israël et les USA. Les batteries du système THAAD soutiendront les systèmes d’interception de missiles déjà en place en Israël : “Dôme de fer” contre les missiles à courte portée, “Fronde de David” contre les missiles tactiques et “Arrow” contre les missiles balistiques intercontinentaux.

« Les USA ne font pas confiance au système israélien, d’où le déploiement du système THAAD pour abattre les missiles lancés par les forces syriennes ou iraniennes déployées en Syrie, comme elles l’ont promis en cas de bataille provoquée par Netanyahu. La Syrie et l’Iran ont promis tous les deux une riposte immédiate si Israël bombarde des positions militaires importantes dans ces deux pays. C’est pourquoi les USA ont décidé de prendre part à cet affrontement, car ils sont convaincus que toute nouvelle bataille sera dévastatrice pour les deux parties. »

La visite du président Bachar al-Assad à Téhéran [le 25 février] a clairement indiqué à toutes les parties impliquées dans la guerre en Syrie, tout particulièrement l’UE et les USA, que Damas ne demandera jamais à l’Iran de se retirer de la Syrie pour plaire à des tiers ou en échange de la reconstruction du pays ou de la normalisation des relations entre les Arabes et la Syrie ou entre l’Occident et la Syrie.

« La visite du président syrien en Iran a permis au président Poutine d’expliquer à son visiteur Netanyahou que Moscou ne peut aider Israël à obtenir le retrait de l’Iran de la Syrie. Les liens entre la Syrie et l’Iran sont solides (a expliqué Poutine à son invité, d’après ce qui a été rapporté à Damas) et la Russie n’est pas en mesure de faire changer cette relation stratégique entre les deux pays », a indiqué la source.

Elijah J. Magnier

http://www.dedefensa.org/article/urnes-prisonguerre-et-fluidite-syrienne

À propos des sémites et des antisémites, des sionistes et des antisionistes

À propos des sémites et des antisémites, des sionistes et des antisionistes

Si toute expression antijuive dans le monde ne cesse de m’inquiéter, j’éprouve un certain écœurement face au déluge d’hypocrisie et de manipulations orchestré par tous ceux qui veulent désormais incriminer quiconque critique le sionisme.

Bien que résidant en Israël, « Etat du peuple juif », j’ai suivi de près les débats, en France, sur : antisémitisme et antisionisme. Si toute expression antijuive dans le monde ne cesse de m’inquiéter, j’éprouve un certain écœurement face au déluge d’hypocrisie et de manipulations orchestré par tous ceux qui veulent désormais incriminer quiconque critique le sionisme.

Commençons par les problèmes de définition. Depuis longtemps déjà, je ressens un malaise non seulement face à la récente formule en vogue : « civilisation judéo-chrétienne », mais aussi face à l’utilisation traditionnelle du vocable : « antisémitisme ». Ce terme, comme l’on sait, a été inventé dans la seconde moitié du 19ème siècle par Wilhelm Marr, nationaliste-populiste allemand qui détestait les juifs. Conformément à l’esprit de cette époque, les utilisateurs de ce terme tenaient pour présupposé de base l’existence d’une hiérarchie des races dans laquelle l’homme blanc européen se situe au sommet, tandis que la race sémite occupe un rang inférieur. L’un des fondateurs de la « science de la race » fut, comme l’on sait, le français Arthur Gobineau.

De nos jours, l’Histoire un tantinet plus sérieuse ne connaît que des langues sémites (l’araméen, l’hébreu, et l’arabe, qui se sont diffusées au Proche Orient), et ne connaît, en revanche, nulle race sémite. Sachant que les juifs d’Europe ne parlaient pas couramment l’hébreu, qui n’était utilisé que pour la prière, (de même que les chrétiens utilisaient le latin), il est difficile de les considérer comme des sémites.

Faut-il rappeler que la haine raciale moderne envers les juifs constitue, avant tout, un héritage des églises chrétiennes ? Dès le quatrième siècle, le christianisme s’est refusé à considérer le judaïsme comme une religion légitime concurrente, et à partir de là, il a créé le fameux mythe de l’exil : les juifs ont été exilés de Palestine pour avoir participé au meurtre du fils de Dieu ; c’est pourquoi, il convient de les humilier pour démontrer leur infériorité. Il faut pourtant savoir, qu’il n’y a jamais eu d’exil des juifs de Palestine, et, jusqu’à aujourd’hui, on ne trouvera pas le moindre ouvrage de recherche historique sur le sujet !

Personnellement, je me range dans l’école de pensée traditionnelle qui se refuse à voir les juifs comme un peuple-race étranger à l’Europe. Dès le 19ème siècle, Ernest Renan, après s’être libéré de son racisme, avait affirmé que : Le juif des Gaules… n’était, le plus souvent, qu’un Gaulois professant la religion israélite. » L’historien Marc Bloch a précisé que les juifs sont : « Un groupe de croyants recrutés, jadis, dans tout le monde méditerranéen, turco-khazar et slave ». Et Raymond Aron d’ajouter : « Ceux que l’on appelle les juifs ne sont pas biologiquement, pour la plupart, des descendants des tribus sémites… ». La judéophobie s’est, cependant, toujours obstinée à voir les juifs, non pas comme une croyance importante, mais comme une nation étrangère.

Le lent recul du christianisme, en tant que croyance hégémonique en Europe ne s’est pas accompagné, hélas, d’un déclin de la forte tradition judéophobe. Les nouveaux « laïcs » ont transformé la haine et la peur ancestrales en idéologies « rationalistes » modernes. On peut ainsi trouver des préjugés sur les juifs et le judaïsme non seulement chez Shakespeare ou Voltaire, mais aussi chez Hegel et Marx. Le noeud gordien entre les juifs, le judaïsme et l’argent semblait allait de soi parmi les élites érudites. Le fait que la grande majorité des millions de juifs, en Europe orientale, ait souffert de la faim, et ait vécu en situation de pauvreté, n’a absolument pas eu d’effet sur Charles Dickens, Fiodor Dostoïevski, ni sur une grande fraction de la gauche européenne. Dans la France moderne, la judéophobie a connu de beaux jours non seulement chez Alphonse Toussenel, Maurice Barrès et Edouard Drumont, mais aussi chez Charles Fourier, Pierre-Joseph Proudhon, voire, pendant un temps, chez Jean Jaurès et Georges Sorel.

Avec le processus de démocratisation, la judéophobie a constitué un élément immanent parmi les préjugés des masses européennes : l’affaire Dreyfus a fait figure d’événement « emblématique », en attendant d’être surpassée, et de loin, par l’extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale. C’est entre ces deux événements historiques qu’est né le sionisme, en tant qu’idée et mouvement.

Il faut cependant rappeler que jusqu’à la seconde guerre mondiale, la grande majorité des juifs et leurs descendants laïques étaient antisionistes. Il n’y avait pas que l’orthodoxie, forte et organisée, pour s’indigner face à l’idée de précipiter la rédemption en émigrant vers la Terre Sainte ; les courants religieux plus modernistes (réformateurs ou conservateurs), s’opposaient aussi vivement au sionisme. Le Bund, parti laïque en qui se reconnaissait la majorité des yddishophones socialistes de l’empire russe, puis de la Pologne indépendante, considérait les sionistes comme des alliés naturels des judéophobes. Les communistes d’origine juive ne perdaient pas une occasion de condamner le sionisme comme complice du colonialisme britannique.

Après l’extermination des juifs d’Europe, les rescapés qui n’avaient pas réussi à trouver à temps refuge en Amérique du Nord, ou en URSS, adoucirent leur relation hostile au sionisme, alors même que la majorité des pays occidentaux et du monde communiste en venait à reconnaître l’Etat d’Israël. Le fait que la création de cet Etat se soit effectuée, en 1948, aux dépens de la population arabe autochtone ne gêna pas outre mesure. La vague de la décolonisation en était encore à ses prémices, et ne constituait pas une donnée à prendre en compte. Israël était alors perçu comme un Etat-refuge pour les juifs errants, sans abri ni foyer.

Le fait que le sionisme ne soit pas parvenu à sauver les juifs d’Europe, et que les survivants aient souhaité émigrer en Amérique, et malgré la perception du sionisme comme étant une entreprise coloniale au plein sens du terme, n’altèrent pas une donnée significative : le diagnostic sioniste concernant le danger qui planait sur la vie des juifs dans la civilisation européenne du vingtième siècle (nullement judéo-chrétienne !), s’était avéré exact. Théodore Herzl, le penseur de l’idée sioniste, avait, mieux que les libéraux et les marxistes, compris les judéophobes de son époque.

Cela ne justifie pas, pour autant, la définition sioniste selon laquelle les juifs forment un peuple-race. Cela ne justifie pas davantage la vision des sionistes décrétant que la Terre Sainte constitue la patrie nationale sur laquelle ils auraient des droits historiques. Les sionistes ont, cependant, créé un fait accompli politique, et toute tentative de l’effacer se traduirait par de nouvelles tragédies dont seront victimes les deux peuples qui en ont résulté : les Israéliens et les Palestiniens.

Il faut en même temps se souvenir et le rappeler : si tous les sionistes ne réclament pas la poursuite de la domination sur les territoires conquis en 1967, et si nombre d’entre-eux ne se sentent pas à l’aise avec le régime d’apartheid qu’Israël y exerce depuis 52 ans, tout un chacun qui se définit comme sioniste s’obstine à voir en Israël, au moins dans ses frontières de 1967, l’Etat des juifs du monde entier, et non pas une République pour tous les israéliens, dont un quart ne sont pas considérés comme juifs, parmi lesquels 21% sont arabes.

Si une démocratie est fondamentalement un Etat aspirant au bien-être de tous ses citoyens, de tous ses contribuables, de tous les enfants qui y naissent, Israël, par-delà le pluralisme politique existant, est, en réalité, une véritable ethnocratie, à l’instar de ce qu’étaient la Pologne, la Hongrie, et d’autres Etats d’Europe de l’Est, avant la seconde guerre mondiale.

La tentative du président français Emmanuel Macron et de son parti visant aujourd’hui à criminaliser l’antisionisme comme une forme de l’antisémitisme s’apparente à une manœuvre cynique et manipulatoire. Si l’antisionisme devenait une infraction pénale, je recommanderais à Emmanuel Macron de faire condamner, à titre rétroactif, le bundiste Marek Edelman, qui fut l’un des dirigeants du ghetto de Varsovie et totalement antisioniste. Il pourrait aussi convier au procès les communistes antisionistes qui, plutôt que d’émigrer en Palestine, ont choisi de lutter, les armes à la main, contre le nazisme, ce qui leur a valu de figurer sur « l’affiche rouge ».

S’il entend faire preuve de cohérence dans la condamnation rétroactive de toutes les critiques du sionisme, Emmanuel Macron devra y joindre ma professeure Madeleine Rebérioux, qui présida la Ligue des Droits de l’Homme, mon autre professeur et ami : Pierre Vidal-Naquet, et aussi, bien évidemment : Éric Hobsbawm, Edouard Saïd, et bien d’autre éminentes figures, aujourd’hui décédées, mais dont les écrits font encore autorité.

Si Emmanuel Macron souhaite s’en tenir à une loi réprimant les antisionistes encore en vie, la dite future loi devra aussi s’appliquer aux juifs orthodoxes de Paris et de New-York qui récusent le sionisme, à Naomi Klein, Judith Butler, Noam Chomsky, et à bien d’autres humanistes universalistes, en France et en Europe, qui s’auto-identifient comme juifs tout en s’affirmant antisionistes.

On trouvera, bien évidemment, nombre d’idiots à la fois antisionistes et judéophobes, de même qu’il ne manque pas de pro-sionistes imbéciles, judéophobes aussi, pour souhaiter que les juifs quittent la France et émigrent vers l’Etat d’Israël. Faudra-t-il les inclure également dans cette grande envolée judiciaire ? Prenez garde, Monsieur le Président, à ne pas vous laisser entraîner dans ce cycle infernal, au moment précis où la popularité décline !

Pour conclure, je ne pense pas qu’il y ait une montée significative de l’antijudaïsme en France.

Celui-ci a toujours existé, et je crains, hélas, qu’il n’ait encore de beaux jours devant lui. Je n’ai, toutefois, aucun doute sur le fait que l’un des facteurs qui l’empêche de régresser, notamment dans certains quartiers où vivent des gens issus de l’immigration, est précisément la politique pratiquée par Israël à l’encontre des Palestiniens : ceux qui vivent, comme citoyens de deuxième catégorie, à l’intérieur de « l’Etat juif », et ceux qui, depuis 52 ans, subissent une occupation militaire et une colonisation brutales.

Faisant partie de ceux qui protestent contre cette situation tragique, je soutiens de toutes mes forces la reconnaissance du droit à l’autodétermination des Palestiniens, et je suis partisan de la « désionisation » de l’Etat d’Israël. Devrai-je, dans ce cas, redouter que ma prochaine visite en France, ne m’envoie devant un tribunal ?

Shlomo Sand

Lundi 25 février 2019 – Blog Médiapart

Traduit de l’hébreu par Michel Bilis

 

http://www.afrique-asie.fr/a-propos-des-semites-et-des-antisemites-des-sionistes-et-des-antisionistes/

Antisionisme, antisémitisme et idéologie coloniale. Par Alain Gresh

21.février.2019 // Les Crises

Antisionisme, antisémitisme et idéologie coloniale. Par Alain Gresh

Source : Orient XXI, Alain Gresh, 19-02-2019

Dans le débat qui agite la France autour de l’antisémitisme, deux dimensions sont souvent absentes : le fait que, durant la première moitié du XXe siècle, la grande majorité des juifs était hostile au sionisme (étaient-ils aussi antisémites ?) ; que la caractéristique principale de ce mouvement était de s’inscrire dans une logique coloniale de conquête et de peuplement. Extraits du livre d’Alain Gresh, Israël-Palestine, vérités sur un conflit (Fayard, 2017).

Le sionisme n’a été que l’une des réponses possibles, longtemps très minoritaire, à la « question juive ». Durant la fin du XIXe siècle et avant la première guerre mondiale, la grande majorité des juifs d’Europe centrale et de Russie « vote avec ses pieds », en émigrant massivement à l’ouest, et notamment aux États-Unis, la Terre promise de tant de laissés-pour-compte… D’autres, nombreux, font le pari de l’intégration. À partir de 1880, et malgré l’antisémitisme, le nombre de mariages mixtes chez les juifs allemands ne cesse d’augmenter : entre 1901 et 1929, la proportion passe de 16,9 à 59 %. En France aussi, cette « assimilation » s’accélère. La participation active des juifs aux mouvements révolutionnaires transnationaux, notamment socialistes et communistes, qui prônent la fraternité universelle, peut être considérée comme une autre de leurs répliques aux discriminations dont ils sont l’objet. Quant aux religieux, ils rejettent pour la plupart le sionisme : l’État juif ne peut renaître et le Temple ne peut être relevé qu’avec la venue du Messie.

LES RÉTICENCES D’ALBERT EINSTEIN

Le sionisme n’est pas le seul mouvement organisé spécifique des juifs de l’Est. En 1897 est créé le Bund, l’Union générale des ouvriers juifs de Lituanie, Pologne et Russie. Il concurrencera le sionisme jusque dans les années 1930. Il se veut nationaliste et socialiste, se fonde sur des principes de classe, prône le yiddish comme langue nationale et une autonomie politico-culturelle conforme aux thèses de ceux que l’on appelle les « austro-marxistes ». Les bundistes appellent à l’émancipation « sur place » des masses juives, répétant : « Les palmiers et les vignobles de Palestine me sont étrangers. » Ils prêchent la solidarité des ouvriers juifs avec la classe ouvrière internationale et opposent le patriotisme de la galout (l’« exil ») au patriotisme sioniste. Tombé dans l’oubli, ce mouvement signera des pages glorieuses de l’histoire de l’Europe centrale, notamment par son rôle dans l’insurrection du ghetto de Varsovie en 1943. Il sera finalement écrasé en Pologne par les nazis et en Union soviétique par les communistes, dont les positions sur la « question juive » fluctueront au gré des événements et des retournements de doctrine. Pour concurrencer le sionisme, l’URSS va jusqu’à concevoir une république autonome juive, le Birobidjan, à l’extrémité orientale de la Sibérie.

La création de l’État d’Israël consacre la victoire du mouvement sioniste, victoire qu’ont rendue possible l’antisémitisme hitlérien et le génocide. Cet État regroupe une proportion croissante des juifs du monde – quelle que soit la définition que l’on donne à ce terme –, mais inférieure à 40 %. Des centaines de milliers d’entre eux ont préféré l’intégration, aux États-Unis ou en Europe, même si Israël réussit désormais à en mobiliser une fraction importante en faveur de ses options. Ils se sentent, à juste titre, davantage en sécurité à New York ou à Paris qu’à Tel-Aviv ou à Jérusalem. Faut-il se réjouir du triomphe de ce nationalisme étroit, autour d’un État ? Bien que sioniste, Albert Einstein exprimait ses inquiétudes : « La manière dont je conçois la nature essentielle du judaïsme résiste à l’idée d’un État juif, avec des frontières, une armée et une certaine mesure de pouvoir temporel, quelque modeste qu’il soit. J’ai peur des dégâts internes que cela entraînera sur le judaïsme — et surtout du développement d’un nationalisme étroit dans nos propres rangs […]. Un retour à une nation, au sens politique du terme, équivaudrait à se détourner de la spiritualité de notre communauté, spiritualité à laquelle nous devons le génie de nos prophètes. »

« Le sionisme n’est pas le corollaire obligatoire, fatal, de la persistance d’une identité juive, remarque Maxime Rodinson ; ce n’est qu’une option. » Et cette option est critiquable, non seulement comme toute idéologie nationaliste, mais aussi parce que son aboutissement — la création d’un État juif — n’était possible que par la dépossession des Palestiniens. Le sionisme s’est pleinement inscrit — et ce fut l’une des conditions majeures de sa victoire — dans l’aventure coloniale. Ce fut et cela reste sa principale faute.

RIEN DE COMMUN AVEC CE QUE L’ON APPELLE « L’ORIENT »

Le dévouement ou l’idéalisme de nombre de militants sionistes n’est pas en cause. Un jeune juif débarqué sur la Terre promise en 1926 pouvait écrire : « Je peux être fier car depuis un an que je suis en Palestine, je me suis débarrassé de la gangue d’impureté de la diaspora et je me suis purifié du mieux possible. Je voulais une patrie. Être un homme comme les autres, égal aux autres, fier comme eux d’être en Palestine. Dès l’instant où mes pieds ont foulé la terre de mes ancêtres, j’ai rompu tout lien avec l’Europe et l’Amérique. » Il changea de nom, se fit appeler Chaïm Shalom et déclara : « Je suis hébreu et mon nom est hébreu car je suis issu du pays des Hébreux. »

En dépit d’un credo socialiste — ou parfois à cause de lui —, les sionistes ressemblaient aux colons installés en Algérie ou en Afrique du Sud, convaincus de faire progresser la civilisation face à des populations sauvages. Le sionisme en Palestine, malgré des formes particulières, se rattache au mouvement de colonisation sur deux plans : par son attitude à l’égard des populations « autochtones » ; par sa dépendance à l’égard d’une métropole, la Grande-Bretagne, au moins jusqu’en 1939. D’ailleurs, à l’époque où le colonialisme n’avait pas la connotation négative qu’il a aujourd’hui, Theodor Herzl écrivait à Cecil Rhodes, l’un des conquérants britanniques de l’Afrique australe : « Mon programme est un programme colonial. » Zeev Jabotinsky, le dirigeant du mouvement sioniste révisionniste, pour sa part, se réjouissait : « Dieu merci, nous juifs n’avons rien en commun avec ce que l’on appelle l’“Orient”. Nous devons venir en aide à ceux parmi le peuple qui sont incultes et qui s’inscrivent dans des traditions et des lois spirituelles archaïques orientales. Nous allons en Palestine d’abord pour notre “bien-être” national, ensuite pour en expurger systématiquement toute trace de l’“âme orientale”. »

Mordechaï Ben Hillel Ha Cohen, un juif installé à Jérusalem, note : « Nous sommes en Palestine la population la plus civilisée, personne ne peut rivaliser avec nous sur le plan culturel. La plupart des indigènes sont des fellahs et des bédouins ignorant tout de la culture occidentale. Du temps sera encore nécessaire avant qu’ils apprennent à vivre sans rapines, vols et autres forfaits, jusqu’à ce qu’ils éprouvent de la honte devant leur nudité et leurs pieds nus et qu’ils adoptent un mode d’existence où prévaudra la propriété privée, et où il sera nécessaire que des routes soient tracées et les chaussées goudronnées, que les écoles, les maisons de charité et les tribunaux essaiment sans qu’il y ait de corruption. » Mais l’insondable « âme orientale » semble résister à des décennies de civilisation puisque Moshé Katsav, alors président d’Israël, déclare en mai 2001 : « Il existe une immense fracture entre nous [les juifs] et nos ennemis, pas seulement en ce qui concerne les capacités, mais aussi sur le plan de la morale, de la culture, du caractère sacré de la vie et de la conscience […]. Ils sont nos voisins ici, mais on a l’impression qu’à une distance de quelques centaines de mètres il y a des gens qui ne sont pas de notre continent, de notre monde, mais qui finalement appartiennent à une autre galaxie. » Sont-ils humains, ces Palestiniens ?

LES PALESTINIENS COMME ANIMAUX SAUVAGES

À la suite d’émeutes à Jaffa en 1921, une commission d’enquête britannique note que le mouvement ne constituait nullement un pogrom antisémite, mais que les insurgés haïssaient les sionistes, non les juifs. Le Jewish Chronicle, organe des juifs britanniques, s’insurge : « Essayez d’imaginer que les animaux sauvages du parc zoologique sortent de leur cage et tuent quelques-uns des visiteurs, et que la commission chargée d’enquêter sur les circonstances établisse que la raison du drame est que les animaux n’aimaient pas leurs victimes. Comme s’il ne relevait pas du devoir de la direction du zoo de garder les animaux dans leurs cages et de s’assurer qu’elles soient bien fermées. » Quelle franchise ! Frantz Fanon, psychiatre antillais rallié à la révolution algérienne, auteur d’un pamphlet célèbre, Les Damnés de la terre (1961), constate : « Le langage du colon, quand il parle du colonisé, est un langage zoologique. On fait allusion aux mouvements de reptation du Jaune, aux émanations de la ville indigène, aux hordes, à la puanteur, au pullulement, au grouillement, aux gesticulations. Le colon, quand il veut bien décrire et trouver le mot juste, se réfère constamment au bestiaire. »

La conquête de la terre comme le « refoulement » des autochtones confirment la dimension coloniale du mouvement sioniste. L’un de ses cadres reconnaît dès les années 1910 : « La question arabe s’est révélée dans toute son acuité dès le premier achat de terres, lorsque je dus expulser pour la première fois des habitants arabes pour y installer à la place nos frères. Longtemps après continua de résonner à mes oreilles la triste complainte des bédouins rassemblés cette nuit-là autour de la tente des pourparlers, avant qu’ils ne quittent le village de Shamsin […]. J’avais le cœur serré et je compris alors à quel point le Bédouin était attaché à sa terre. » Mètre carré après mètre carré, les colons juifs s’emparent des terres, repoussant les Arabes.

Aucun compromis n’est possible, Ben Gourion en a bien conscience : « Tout le monde considère les relations entre juifs et Arabes comme problématiques. Mais ils ne voient pas tous que cette question est insoluble. Il n’y a pas de solution ! Un gouffre sépare les deux communautés. […] Nous voulons que la Palestine soit notre nation. Les Arabes veulent exactement la même chose. »

Israël Zangwill, un proche de Theodor Herzl, explique dans la presse britannique durant la Première Guerre mondiale : « Si l’on pouvait exproprier, avec compensation, les 600 000 Arabes de Palestine, ou si l’on pouvait les amener à émigrer en Arabie, car ils se déplacent facilement [sic !],ce serait la solution de la plus grande difficulté du sionisme. » Herzl avoue dans son journal en 1895 : « Nous devons les exproprier gentiment. Le processus d’expropriation et de déplacement des pauvres doit être accompli à la fois secrètement et avec prudence. » Il sera achevé, sur une grande échelle, en 1948-1949.

L’APPUI INDISPENSABLE DE LONDRES

Il est vrai que les juifs ne débarquent pas d’une « métropole ». Ils arrivent de différents pays et ne peuvent envisager de « retourner » en Russie ou en Pologne, comme d’ailleurs les Européens blancs, protestants en majorité, installés aux Amériques et qui enferment les Indiens dans des réserves après avoir essayé – et largement réussi – de les exterminer. Mais le mouvement sioniste bénéficie tout de même du soutien de Londres, sans lequel il serait voué à l’échec : ainsi, pour la seule décennie qui suit l’instauration du mandat en 1922, on compte 250 000 immigrés, plus du double par rapport à la décennie précédente. « Pendant tout mon service en Palestine, écrit Arthur Wauchope, le haut-commissaire britannique qui sévit à Jérusalem à partir de 1931, je considérais de mon devoir d’encourager le peuplement juif et je n’avais d’autre ambition que de voir sa sécurité assurée. » Il évoque d’ailleurs la « grande aventure » de la colonisation. Ni l’émigration, ni l’achat de terres, ni la création de structures étatiques n’auraient été possibles sans le parapluie britannique. Bien sûr, il pouvait surgir des contradictions entre les intérêts du yishouv (la communauté juive de Palestine) et ceux de Londres, mais, au moins jusqu’en 1939, elles furent secondaires.

Cette alliance est servie par ce que j’appellerais les « affinités culturelles ». Je prends un exemple. À la suite des violentes émeutes qui éclatent en Palestine en 1929, de nombreux responsables britanniques, sur place ou en Grande-Bretagne, sont convaincus de la nécessité d’un changement de cap passant par la restriction de l’immigration et de l’achat de terres. Le ministère des colonies prépare en octobre 1930 un Livre blanc reprenant ces propositions. Mais Weizmann fait jouer toutes ses relations, Ben Gourion consulte le chef du gouvernement britannique et obtient une garantie de la liberté d’immigration et d’achat de terres, qualifiée de « lettre noire » par les Arabes. Le premier ministre britannique discute même avec le numéro un sioniste le moyen de privilégier les juifs dans les arrangements, au détriment du principe de la parité (traitement égalitaire des juifs et des Arabes) affirmé publiquement.

Cet éclatant succès, le mouvement le doit à son entregent, à ses contacts politiques, à sa connaissance du système politique britannique. Les sionistes ont plus de chances de se faire entendre que les représentants arabes ou palestiniens, dont la culture, les traditions, le mode même de négociation sont étrangers aux Européens. Les sionistes sont des Occidentaux qui parlent à des Occidentaux. Cet atout, ils en useront à chaque étape du conflit. Israël, pour reprendre l’expression de Maxime Rodinson, est un « fait colonial ». Comme l’Australie ou les États-Unis, le pays est né d’une conquête, de l’expropriation des autochtones. En revanche il n’est pas, contrairement à l’Afrique du Sud de l’apartheid, une « société coloniale », une société qui a besoin des « indigènes » pour survivre.

D’autre part, même s’il a été bâti sur une injustice, Israël est désormais un État reconnu par la communauté internationale, par les Nations unies. Penser, comme l’ont fait et continuent de le faire certains, que l’on peut « expulser » les Israéliens, les renvoyer « chez eux », n’est ni moralement défendable ni politiquement réaliste. Une injustice ne peut être réparée par une autre injustice. Vivent désormais en Terre sainte deux peuples, l’un israélien, l’autre palestinien. On peut rêver, comme le font quelques intellectuels palestiniens et israéliens, qu’un seul État pourrait les regrouper ; c’est une belle utopie, que notre génération ne verra pas se réaliser. Et, quoi qu’il en soit, aucune solution ne pourra être imposée de façon unilatérale aux Palestiniens ni aux Israéliens.

Source : Orient XXI, Alain Gresh, 19-02-2019

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/antisionisme-antisemitisme-et-ideologie-coloniale-par-alain-gresh/

Netanyahou aux Arabes : « Faites avancer l’intérêt commun de la guerre avec l’Iran »

Netanyahou aux Arabes :
« Faites avancer l’intérêt commun de la guerre avec l’Iran »


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama − Le 13 février 2019

Les États-Unis avaient appelé à une réunion anti-iranienne de haut niveau en Pologne. Le but de la réunion était de mettre leurs alliés et leurs caniches en conformité avec l’ordre du jour américain sur l’Iran, pour au moins les inciter à adopter des sanctions plus sévères. Mais les Européens ont rejeté la proposition.

Le département d’État a ensuite modifié l’ordre du jour :

« L’idée était d’organiser une conférence, une réunion ministérielle et de briser notre isolement diplomatique sur l’Iran », a déclaré une personne familiarisée avec la planification de cet événement. « Cela a commencé comme une conférence déguisée sur l'Iran, mais a probablement dû assumer un contenu plus vaste et plus actuel sur le Moyen-Orient. »

La personne a ajouté : « Ils ont modifié certains points de l'agenda et ont été contraints de se contenter de débats sur la Syrie et le Yémen en particulier. »

La réunion a eu lieu aujourd’hui, mais les puissances européennes ne sont pas tombées dans le piège. Elles veulent conserver l’accord nucléaire avec l’Iran :

Même la Pologne a déclaré mardi qu'elle n'était pas d'accord avec l'approche américaine vis-à-vis de l'Iran. Le ministre des Affaires étrangères, Jacek Czaputowicz, a déclaré à la presse que l'accord sur le nucléaire était précieux et a exprimé l'espoir que la conférence pourrait aider les participants à trouver un terrain d'entente.

Bien que la délégation américaine comprenne le vice-président Mike Pence, le secrétaire d’État Mike Pompeo et le conseiller principal de la Maison Blanche Jared Kushner, d’autres acteurs importants ont refusé de participer ou ont envoyé des délégations de niveau inférieur. Federica Mogherini, responsable de la politique étrangère de l'UE, a déclaré qu'elle avait d'autres engagements.

L’Allemagne et la France n’ont envoyé que du personnel de niveau inférieur. Le ministre britannique des Affaires étrangères ne participera qu’à une séance parallèle sur le Yémen.

Le département d’État s’est donné du mal pour brouiller l’objectif réel de la conférence. Son communiqué de presse dit aujourd’hui :

L'ordre du jour est vaste et comprendra une discussion sur les efforts déployés par l'administration US pour promouvoir une paix globale et durable entre Israël et les Palestiniens, ainsi qu'une discussion sur la manière de faire face aux crises humanitaires régionales en cours. Le Secrétaire US fera le point sur la situation en Syrie et discutera des autres priorités des États-Unis dans la région, notamment des préoccupations concernant les activités destructrices de l’Iran.

Des séances plus restreintes permettront aux ministres de se concentrer sur des domaines de préoccupation spécifiques tels que le développement et la prolifération des missiles, la cybersécurité et les menaces émergentes, ainsi que le terrorisme et les financements illicites.

Cet effort du Département d’État visant à dissimuler quelque peu le véritable agenda a été saboté lorsque le Premier ministre israélien est arrivé et a précisé le sens de la réunion :

« Je vais à une réunion avec soixante ministres des Affaires étrangères, et des envoyés des pays du monde entier contre l'Iran. Ce qui est important dans cette réunion - et cette réunion n’est pas secrète, car il y en a beaucoup de semblables - c’est qu’il s’agit d’une réunion ouverte avec les représentants des principaux pays arabes, réunis en Israël pour promouvoir l’intérêt commun d'une guerre avec l'Iran ».

[Mise à jour 15h40]

La déclaration a maintenant été changée en « combattre l’Iran ». Mais ce n’est pas ce que Netanyahou a déclaré à Varsovie et il existe une vidéo pour le prouver. Il y avait aussi des témoins :

Aron Heller @aronhellerap 18:44 utc - 13 fév 2019

Est-ce que @netanyahu a vraiment dit « guerre » avec l'Iran ? J'étais là et le mot était « milchama » = guerre.

[Fin de mise à jour]

Pourquoi Netanyahou fait-il cela ?

Aucun autre pays, à l’exception peut-être des États-Unis, n’a intérêt à faire la guerre à l’Iran. Certainement pas les pays arabes proches du golfe Persique. En cas de guerre, ils sont tous extrêmement vulnérables aux représailles iraniennes. Leurs installations pétrolières et gazières seraient sérieusement en danger. Les usines de dessalement qui fournissent leur eau potable sont facilement accessibles aux missiles iraniens.

En affirmant que la conférence avait pour objet de faire la guerre à l’Iran, Netanyahou n’embarrasse pas seulement le département d’État et le secrétaire américain Mike Pompeo. Il rend également extrêmement difficile pour les autres participants de justifier leur présence. Les Arabes seront particulièrement furieux d’être présentés dans une alliance aussi ouverte avec Israël et son hostilité à l’Iran. Il est bon de faire des arrangements avec Israël en douce. Mais être publiquement associé à un Israël belliciste est difficile à vendre à leur peuple. Il ne serait pas surprenant de voir certains d’entre eux partir.

L’ensemble de la conférence était une initiative propre à l’administration Trump. Au lieu de montrer l’unité avec ses alliés, elle n’a fait maintenant que montrer la profondeur de leur désaccord. La déclaration de Netanyahou pourrait l’aider à gagner des voix lors des prochaines élections en Israël. Mais l’alliance espérée avec les Arabes du Golfe est plus éloignée qu’elle ne l’a jamais été.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/netanyahou-aux-arabes-faites-avancer-linteret-commun-de-la-guerre-avec-liran

 

Le saccage de deux ambassades camerounaises pourrait forcer la France à choisir son camp

Le saccage de deux ambassades camerounaises pourrait forcer la France à choisir son camp


Par Andrew Korybko – Le 28 janvier 2019 – Source eurasiafuture.com

andrew-korybkoDes manifestants émeutiers ont brièvement pris d’assaut les ambassades du Cameroun à Paris et à Berlin le week-end dernier, tâchant par là d’éveiller la conscience publique à la campagne de changement de régime qui sévit dans le pays suite à la ré-élection du président Biya, qui a ainsi entamé son septième mandat consécutif fin 2018. La France pourrait se trouver réduite à choisir son camp et mettre son poids en faveur ou bien de celui qui fut son mandataire au Cameroun depuis des décennies, ou bien de ses opposants anti-gouvernementaux.

L’« assaut parfait »

Le président Paul Biya

L’événement est passé inaperçu dans la plupart des médias mondiaux, mais le week-end dernier, des manifestants, opposés au gouvernement, ont brièvement pris d’assaut les ambassades du Cameroun de Paris et de Berlin, dans l’objectif de faire prendre conscience aux opinions publiques de la campagne de changement de régime en cours contre le président en exercice depuis longtemps, qui vient d’être ré-élu pour son septième mandat l’an dernier. Le pays d’Afrique de l’Ouest connaît ces temps-ci un climat de soulèvement de Guerre hybride ; secoué par des offensives de la part de séparatistes anglophones et de la part des islamistes de Boko Haram, tout en se défendant d’un mouvement de Révolution de couleur en cours de fermentation. L’« assaut parfait » est en train d’arriver à maturation, mais n’a encore fait l’objet d’une attention sérieuse de la part d’aucune grande puissance, principalement en raison du fait que le président Biya maintient une immense loyauté à l’égard de ses protecteur français ; et ce malgré son partenariat avec les routes de la soie chinoises, mais les événements du week-end dernier sont de nature à changer la donne à cet égard.

Origines de la Guerre hybride

Même en considérant que la Guerre hybride contre le Cameroun a pour double objectif de perturber la Route de la soie transcontinentale de la Chine (Soudan-Tchad-Cameroun) et de créer les conditions pour que le Nigeria, grande puissance en éveil juste à côté, puisse se voir plus facilement contrôlé, aucune grande puissance n’a à ce stade jeté tout son poids (même sur le plan purement diplomatique) derrière cette campagne de déstabilisation. Cela peut constituer un signe que cette dernière constitue un « début », un « essai » pour évaluer la résilience des structures de sécurité régionales, ou une tactique de pression à court terme visant à arracher quelques concessions politiques à Yaoundé. Il est également possible qu’une bonne partie de ces processus de Guerre hybride constituent des « occurrences naturelles non provoquées de l’extérieur », résultant des lignes de fractures très nombreuses dans le pays. Quoi qu’il en soit, certains membres de la diaspora ont visiblement l’intention de modeler la situation en leur faveur.

Deux poids, deux mesures

En temps ordinaire, la prise d’assaut coordonnée de deux ambassades du même pays le même week-end devrait constituer un événement médiatique mondial, mais cela n’a pas été le cas pour le Cameroun, les diplomates de ce pays africain de taille moyenne ne recevant que peu de respect de la part de l’Occident. Si la même occurrence était arrivée à une grande puissance telle la France, les réactions auraient été bien différentes. Mais dans l’instance qui nous intéresse ici, en l’objet le Cameroun, c’est bel et bien l’implication d’une grande puissance, qui aurait jeté son poids derrière les mouvances de changement de régime, qui aurait pu éveiller l’attention des médias. Il se pourrait que cet état de fait se voie modifié prochainement, si la déstabilisation de Douala, le plus grand port du pays, pénalise les importations du Tchad et de la République centrafricaine : ces deux États enclavés en dépendent et verraient les coûts de divers biens augmenter, ce qui pourrait soulever par rebond une crise socio-économique dans chacun des deux pays.

Les États rivaux se bagarrent en Afrique centrale

La République centrafricaine connaît depuis peu d’importantes influences russes, Moscou ayant reçu l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU fin 2017 de déployer des « mercenaires » dans le cadre d’un programme d’aide et d’encadrement, qui vise à soutenir l’armée naissante du pays ; ce pays central tâche de restaurer sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire, riche en ressources naturelles. Quant au Tchad, il glisse régulièrement dans la guerre civile, et doit de temps à autre repousser des militant soudanais et libyens hébergés par d’autres États, mais le pays reste une puissance militaire régionale considérable, capable de se déployer vers l’Ouest jusqu’au Mali. Chose intéressante, N’Djamena a récemment rétabli des relations avec Tel Aviv – on a vu une visite de Netanyahu au Tchad la semaine dernière – ce qui a contribué à un état intéressant des affaires régionales de l’Afrique centrale : dans cette zone, un pays est sous influence « israélienne », un autre (la République centrafricaine) connaît depuis peu une influence russe, et le troisième (le Cameroun) est sous influence chinoise ; tout ceci malgré le fait qu’officieusement ces trois États appartiennent encore à la Françafrique néocoloniale.

L’heure des choix

Même si la France contrôle encore les monnaies de ces trois pays, et d’une dizaine d’autres États africains, par l’entremise du franc CFA, elle perd lentement mais sûrement son influence géopolitiques sur ses anciennes colonies. Irritée du fait qu’elle ne parviendra plus à reprendre ses positions stratégiques passées en Centrafrique après que la Russie s’y soit installée pour stabiliser la situation, et sans doute de même au Gabon avec le déploiement de soldats étasuniens le mois dernier avant le putsch, la France pourrait se sentir obligée de s’accrocher à son partenaire camerounais, malgré les pressions du « bas » qu’elle subit, visant à le trahir. Ceci étant dit, si la situation semble changer dans la direction d’un changement de régime « inévitable », il faudrait s’attendre à voir Paris lâcher son homme, dans une dernière tentative de conserver son influence sur le pays, au lieu de le laisser tomber sous influence étasunienne ou anglaise, chose qui ne manquerait pas d’arriver si le changement de régime se produisait sans solution de rechange française préparée.

L’heure de vérité pour la Françafrique ?

À l’égal de l’Empire Ottoman, qui fut considéré comme l’« homme malade de l’Europe » dans les périodes qui précédèrent sa chute, la France pourrait se voir désignée comme l’« homme malade de l’Afrique » si ses possessions de la Françafrique continuent de tomber l’une après l’autre dans l’escarcelle d’autres puissances. Le franc CFA a peut-être encore de belles années devant lui, mais la dominance géopolitique française sur cet espace trans-régional pourrait échapper à la France si elle ne parvient pas à reprendre contrôle de ses mandataires, après les avancées russes en République centrafricaine, le pivot du Tchad vers Israël et l’accueil surprise de soldats étasuniens par le Gabon. L’influence de la Chine est également en train de tisser sa toile dans l’ensemble de la Françafrique, et Paris pourrait prochainement se sentir obligée de prendre position en Afrique centrale, ou bien en soutenant ou bien en désavouant le président camerounais, selon son évaluation du « sens du vent ». Dans un sens ou dans l’autre, les assauts du week-end dernier sur les ambassades du Cameroun pourraient forcer la France à enfin arbitrer ce choix.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-saccage-de-deux-ambassades-camerounaises-pourrait-forcer-la-france-a-choisir-son-camp