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Au bord de la guerre

Au bord de la guerre


La purge de Muhammad Bin-Salman en Arabie Saoudite est le prélude à quelque chose de plus grand


Par Abdel Bari Atwan – Le 10 novembre 2017 – Source raialyoum.com

bin salamn cc.jpg666Notre région est au bord de la guerre. Nous ne devrions pas laisser de petits détails – comme la démission du Premier ministre libanais Saad al-Hariri ou la détention de princes et d’anciens ministres en Arabie saoudite – nous détourner d’une compréhension plus large des développements réels qui se déroulent en coulisses. La phase vraiment dangereuse est celle qui suivra la purge du prince héritier Muhammad Bin-Salman sur le front intérieur saoudien. Elle peut être le précurseur de scénarios pour une guerre régionale qui pourrait, sans exagération, finir par être la plus dévastatrice de son histoire moderne.

Tout ce qui se passe actuellement fait partie d’un plan soigneusement planifié et élaboré, et c’est le prélude à une guerre sectaire menée sous le couvert d’un « nationalisme arabe » contre le pouvoir croissant de l’Iran « chiite » et de ses substituts au Yémen, au Liban et en Irak avec le soutien régional américain et israélien.

L’ancienne Arabie saoudite n’est plus. Le wahhabisme respire encore, mais à peine, et il est en train de devenir une histoire du passé. Un quatrième État saoudien, vêtu de modernité et basé sur des alliances différentes, est en train de naître.

Alors que son futur fondateur et homme fort, Muhammad Bin-Salman, accuse l’Iran de monter une “attaque militaire directe qui peut constituer un acte de guerre” contre son pays en fournissant prétendument des missiles à des factions au Yémen, et que sa position est approuvée et soutenue par les États-Unis, il est clair qu’une nouvelle alliance dirigée par les Américains prend forme dans la région.

La purge de Muhammad Bin-Salman, incluant la détention de 11 princes et de dizaines d’hommes d’affaires et d’anciens fonctionnaires sous la bannière de la lutte contre la corruption, n’est qu’une première phase. Il semble qu’elle se soit déroulée sans heurt jusqu’à présent, sans rencontrer d’obstacles sérieux.

L’homme a maintenant pris en main les quatre principaux piliers du pouvoir de l’État – l’économie, la sécurité et les forces militaires, les médias et l’establishment religieux (le Conseil officiel des hauts Oulémas et les non-officiels clercs “éveillés”). Ils sont totalement sous son contrôle. Il a jeté tous ses adversaires, et tous ceux qui ont critiqué son gouvernement derrière les barreaux (ou, dans le cas des princes et d’autres personnalités de haut rang, les a incarcérés dans un hôtel de luxe, pour le moment). Cette dernière série de mise en détention ne sera probablement pas la dernière, car il s’agit d’un bulldozer qui nivelle tout ce qui se trouve sur son chemin.

En temps voulu, Muhammad Bin-Salman passera à ce que nous croyons être une deuxième phase plus sérieuse, celle de la confrontation militaire.

Cela pourrait inclure les étapes suivantes :

Premièrement, précipiter une confrontation militaire avec l’Iran avec en toile de fond le siège impitoyable du Yémen, après avoir imposé un blocus terrestre, aérien et maritime total sous prétexte d’empêcher les missiles iraniens d’arriver entre les mains des Houthis.

Deuxièmement, la formation d’une nouvelle alliance sur le modèle de la coalition Tempête du désert formée en 1990 pour expulser les forces irakiennes du Koweït. Les candidats à cette coalition, outre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, comprennent la Jordanie, l’Égypte, le Soudan et le Maroc. (Le roi du Maroc qui était, par coïncidence, dans la capitale des Émirats arabes unis, Abou Dhabi, chercherait à négocier avec l’Arabie saoudite au sujet des récentes détentions : il a reçu le message clair de Riyad de ne pas interférer avec ce qui se passe en Arabie saoudite, selon des sources fiables).

Troisièmement, le bombardement du Liban et la destruction de ses infrastructures sous prétexte d’essayer d’éradiquer le Hezbollah. Un tel assaut conduirait le parti à riposter par des frappes de missiles intensives contre Israël, et serait plus susceptible que jamais d’entraîner l’Iran et la Syrie.

Quatrièmement, une invasion du Qatar par les forces égyptiennes, émiraties et saoudiennes visant à renverser son régime, précipitant un affrontement avec la force turque de 30 000 hommes déployée dans ce pays.

Cinquièmement, une contre-offensive américano-saoudo-israélienne en Syrie visant à reconquérir les zones perdues par les États-Unis et les forces proxy de leurs alliés comme Alep, Homs et Deir ez-Zor. Les États-Unis ne peuvent pas facilement digérer leur défaite en Syrie du fait de la Russie et de l’Iran, même au risque de provoquer une collision avec la Russie. Ils ont délibérément saboté la conférence sur le dialogue national syrien à Sotchi, que Moscou avait appelé de ces vœux, en demandant à l’opposition syrienne de la boycotter.

Sixièmement, mobiliser les milices kurdes dans le nord de l’Irak et la Syrie en tant que mandataires américains dans ces guerres dans le but d’affaiblir et de déstabiliser l’Iran, la Turquie et l’Irak.

Ce ne sont là que les plus évidentes des mesures que peut prendre la nouvelle alliance dirigée par les États-Unis – peu importe comment elle choisit de s’appeler.

Mais rien de tout cela ne signifie que cette coalition soit assurée de réussir dans la réalisation de ses objectifs pour remodeler la région selon ses spécifications.

Le contre-scénario pourrait être celui de la consolidation d’une alliance irano-syro-turco-irakienne avec laquelle la Russie sympathiserait d’abord et qu’elle pourrait finir par diriger. Ensemble, ces pays possèdent de formidables arsenaux de missiles qui viseraient principalement l’Arabie saoudite, les EAU et Israël. Les systèmes anti-missiles Patriot des États-Unis tant vantés, achetés par ces États-cibles, seraient inefficaces face aux frappes intensives de milliers de missiles lancés simultanément.

La mesure du succès dans cette guerre régionale que l’on peut anticiper et qui peut être imminente serait la destruction de l’Iran, le changement de régime au Qatar et l’éradication du Hezbollah. Mais son échec signifierait des ravages pour l’Arabie saoudite, Israël et les EAU, et le démembrement du royaume saoudien en fragments.

Nous ne sommes ni devins ni diseurs de bonne aventure. Néanmoins, ceci peut s’avérer être la dernière guerre de transformation de la région, changeant ses États, ses frontières, et peut-être aussi ses populations. Les Arabes et les Iraniens survivront certainement à un tel cataclysme. Mais Israël dans sa forme actuelle peut-il survivre aussi ?

Abdel Bari Atwan

Note du Saker Francophone

Il est fort peu probable que le Hezbollah lance un quelconque missile autrement que sur une force d'invasion terrestre israélienne, scénario peu probable. Nasrallah est bien trop rusé pour laisser une seule image de juifs morts dans les rues de Tel-Aviv qui permettrait une gigantesque campagne médiatique contre l'Iran, justifiant la destruction de ce pays. Au contraire, comme en Syrie qui a refusé de répliquer sur le sol israélien aux multiples provocations, ou en Ukraine ou les Novorusses n'ont pas répondus plus que nécessaire aux mêmes provocations, ce sont les destructions du Liban qui pourraient enfoncer encore un peu plus l'image désastreuse de l'Arabie saoudite, d’Israël et des USA.

Trump y laisserait ses derniers quarterons de supporters aux États-Unis, la gauche libérale et sociétale, soutenant cette coalition, serait décrédibilisée en Europe. Il semble plus probable que les rodomontades de cette coalition ne trouvent en face qu'un silence poli et pas du tout la montée aux extrêmes attendue pour justifier une guerre régionale, seule capable de renverser la table. Et enfin, il reste le rôle de l'éléphant dans la région, la Chine, qui avec sa route de la soie peut permettre le développement... ou pas, des pays impliqués dans une aventure militaire sans lendemain.

 

http://lesakerfrancophone.fr/au-bord-de-la-guerre

Palestine: Amnesty International s’engage à prendre en considération l’apartheid israélien

Palestine: Amnesty International s’engage à prendre en considération l’apartheid israélien

Des hommes palestiniens passent devant le mur d’apartheid israélien pour franchir un poste de contrôle afin d’aller prier à la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, le quatrième vendredi du Ramadan, au poste de contrôle de Qalandia, entre Ramallah et Jérusalem, en Cisjordanie, le 10 juillet 2015. (AP/Majdi Mohammed)
Les « Pratiques de l’apartheid » sont énumérées comme des violations graves du droit international humanitaire et des crimes de guerre

By Ben White

Les activistes et analystes palestiniens décrivent depuis longtemps les politiques israéliennes comme une forme d’apartheid, et l’ONG israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem a comparé le « régime de ségrégation » d’Israël dans les territoires occupés au « régime de l’apartheid en Afrique du Sud ».

Dans le cadre d’un développement sans précédent, Amnesty International s’est engagée à examiner si le gouvernement israélien commet le crime d’apartheid dans le territoire palestinien occupé.

C’est la première fois que l’ONG mondiale de défense des droits humains a déclaré qu’elle enquêterait sur les pratiques israéliennes en particulier pour déterminer si elles répondent à la définition internationale de l’apartheid.

La déclaration a été publiée aujourd’hui alors qu’Amnesty a publié un nouveau rapport dans lequel le groupe accuse le Myanmar d’avoir pratiqué l’apartheid dans l’État de Rakhine, décrivant « un système institutionnalisé de ségrégation et de discrimination des communautés musulmanes ».

Pour les Rohingya, Amnesty International a conclu que ce système « est si grave et si étendu qu’il constitue une attaque généralisée et systémique contre une population civile… clairement liée à son identité ethnique (ou raciale) ce qui constitue un crime contre l’humanité au regard du droit international ».

Le rapport décrit en détail un certain nombre de mesures prises par les autorités du Myanmar pour imposer aux Rohingya la ségrégation et la discrimination parrainées par l’État, y compris la violence, le refus de la citoyenneté, les restrictions aux déplacements et d’autres formes d’exclusion sociale, politique et économique.

L’ouvrage « Caged Without a Roof: Apartheid in Myanmar’s Rakhine State » dévoile le fondement juridique international de sa revendication principale d’apartheid, à commencer par la référence à la définition des crimes contre l’humanité dans le Statut de Rome de la Cour pénale internationale – qui inclut l’apartheid.

Prenant acte de la façon dont le terme apartheid trouve son origine dans  » un système politique imposé par les dirigeants nationalistes sud-africains entre 1945 et 1994 « , le rapport d’Amnesty International décrit comment, suite à la condamnation de ce système, » l’apartheid est expressément interdit en droit international « .

Les « Pratiques de l’apartheid » sont énumérées comme des violations graves du droit international humanitaire et des crimes de guerre à l’article 85 (4)(c) du Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux, adopté en 1977.

En outre, »trois traités internationaux interdisent ou criminalisent explicitement l’apartheid, indiquant clairement que la communauté internationale entendait non seulement condamner et criminaliser l’apartheid tel qu’il est pratiqué en Afrique australe, mais partout où il pourrait être reproduit » (je souligne).

L’argumentation juridique du rapport concernant l’apartheid est étonnamment similaire à l’argument selon lequel Israël commet également un tel crime, tel que défini dans la Convention sur l’apartheid et le Statut de Rome. Par conséquent, à l’avenir, Amnesty peut-elle décrire les politiques israéliennes à l’égard des Palestiniens en ces termes ?

Un porte-parole d’Amnesty International a souligné que l’organisation  » a longtemps mis en lumière les lois, politiques et pratiques discriminatoires d’Israël, qui violent les obligations du pays à l’égard des Palestiniens en vertu du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme « .

En particulier, la déclaration a ajouté qu’Amnesty International soulignait  » la politique discriminatoire d’Israël qui consiste à installer des civils juifs dans le territoire palestinien – elle-même une violation du droit international humanitaire – et le système de contrôle des terres et autres ressources palestiniennes, ce qui a entraîné des violations généralisées des droits de l’homme, y compris le droit à un niveau de vie suffisant, le droit à l’eau, à une nourriture et à un logement adéquats, le droit au travail et le droit à la santé « .

Amnesty a également cité  » la discrimination institutionnelle à l’encontre du peuple palestinien en ce qui concerne l’accès à la justice et aux garanties juridiques « , notant que  » les Israéliens, y compris les colons en Cisjordanie occupée, jouissent de la protection du droit civil israélien, tandis que les Palestiniens sont poursuivis par le système judiciaire militaire en l’absence de garanties élémentaires de procès équitable.

Mais dans la partie la plus importante de ses remarques, le porte-parole a affirmé que « si on regarde vers l’avenir – dans toute recherche future sur la discrimination raciale institutionnelle, nous examinerons si la situation en Israël et dans les territoires palestiniens occupés répond à la définition internationale de l’apartheid « , un processus qui « nécessitera une recherche approfondie et un examen juridique rigoureux des preuves « .

Amnesty International dispose d’un nombre croissant de ressources sur lesquelles elle peut s’appuyer dans le cadre d’une telle entreprise, y compris les rapports et la documentation de l’ONU. Il y a dix ans encore, le rapporteur spécial de l’ONU d’alors, le juriste sud-africain John Dugard, déclarait que les « éléments » de l’occupation militaire israélienne « constituent des formes de colonialisme et d’apartheid ».

Entre-temps, en 2012, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) des Nations Unies a exhorté Israël à mettre fin aux politiques ou pratiques violant l’interdiction de la « ségrégation raciale et de l’apartheid », un rapport décrit à l’époque par un expert comme « la reconnaissance et la condamnation les plus frappantes d’un système juridique de ségrégation depuis l’apartheid en Afrique du Sud ».

Les activistes et analystes palestiniens décrivent depuis longtemps les politiques israéliennes comme une forme d’apartheid, et l’ONG israélienne de défense des droits humains B’Tselem a comparé le  » régime de ségrégation » d’Israël dans le territoire palestinien occupé « au régime d’apartheid en Afrique du Sud ». Le prix Nobel de la paix Desmond Tutu et l’ancien président étatsunien Jimmy Carter sont deux des personnalités les plus éminentes qui ont accusé Israël d’apartheid.

Le rapport d’Amnesty International sur le Myanmar est, bien entendu, significatif en soi, car il décrit un système horrible de discrimination auquel est confrontée la population Rohingya. Pour Israël, cependant – qui a refusé de cesser de vendre des armes à l’armée du Myanmar -, le rapport a des implications inquiétantes.

L’affaire détaillée et soigneusement présentée contre les autorités du Myanmar est, en fait, un précédent; bien que ce nouveau rapport soit la première fois depuis l’Afrique du Sud que l’amnistie a porté une accusation détaillée d’apartheid contre un État, il se peut fort bien qu’elle ne soit pas la dernière.

La pertinence d’une telle conclusion pour Israël et les Palestiniens n’est confirmée que par les remarques du porte-parole d’Amnesty International.

Pour comprendre les dangers auxquels est confronté le gouvernement israélien, examinez les conclusions d’Amnesty International en ce qui concerne la fin du régime d’apartheid au Myanmar et l’obligation de rendre des comptes à cet égard.

En exhortant la communauté internationale à  » utiliser tous les outils diplomatiques disponibles  » pour faire pression sur le Myanmar afin qu’il mette fin à sa discrimination systémique, Amnesty International propose au Conseil de sécurité un  » embargo général sur les armes  » et des  » sanctions ciblées contre les individus responsables de crimes et de violations « .

Si Israël devenait la cible d’exigences de responsabilité tout aussi ciblées et sévères, condamnées pour le crime d’apartheid par le plus grand groupe de défense des droits de l’homme au monde, il marquerait une étape importante sur la voie qui mènera les Palestiniens à la réalisation des droits qui leur sont refusés depuis longtemps.

le-blog-sam-la-touch.over-blog.com

Source MintPress News

Traduction SLT

Ben White est un journaliste et activiste britannique qui écrit principalement sur le conflit israélo-palestinien.

 

https://infosdanyfr.wordpress.com/2017/11/23/palestine-amnesty-international-sengage-a-prendre-en-consideration-lapartheid-israelien/

EXCLUSIF : Pour les Palestiniens, l’« accord ultime » de Trump est un ultimatum

EXCLUSIF : Pour les Palestiniens, l’« accord ultime » de Trump est un ultimatum

#OccupationPalestine

Le prince héritier a offert à Mahmoud Abbas plus d’argent pour l’instauration d’un État palestinien pendant que l’Arabie saoudite pousse Israël à la soutenir contre l’Iran, selon des sources

Le président américain Donald Trump avant une rencontre avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à, l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, en septembre 2017 (AFP)
Correspondant de MEE's picture
22 novembre 2017
Dernière mise à jour :
22 novembre 2017

JERUSALEM/WASHINGTON – Une équipe américaine est en voie de finaliser l’« accord ultime » du président Donald Trump, un traité de paix entre les Palestiniens et les Israéliens, révèlent à Middle East Eye un diplomate occidental et des responsables palestiniens.

Le diplomate, anonyme car non autorisé à discuter de ce sujet avec les médias, donne le détail du contenu de l’accord :

  • L’instauration d’un État palestinien à l’intérieur des frontières de la bande de Gaza, des zones A, B et des parties de la zone C en Cisjordanie (voir la carte ci-dessous)
  • Des dons de 10 milliards de dollars (7,5 milliards d’euros) de la part de pays pour la création de l’État et de ses infrastructures dont un aéroport, un port à Gaza, des zones de logements, des zones agricoles et des zones industrielles, ainsi que de nouvelles villes
  • La question du statut de Jérusalem et du retour des réfugiés est reportée aux prochaines négociations
  • Les négociations finales incluant des pourparlers de paix régionaux entre Israël et les pays arabes menées par l’Arabie saoudite.

Le diplomate rappelle que Jared Kushner, conseiller spécial de Trump et responsable de l’équipe pour le processus de paix, s’est récemment rendu en visite en Arabie saoudite et a informé le prince héritier Mohamed ben Salmane (MBS) du plan.

Kushner a aussi demandé aux Saoudiens de l’aider à persuader le président palestinien Mahmoud Abbas d’accepter ce plan, qui sera officiellement présenté début 2018.

Le diplomate, qui est très proche de l’équipe américaine, affirme que MBS a rencontré Mahmoud Abbas début novembre pour l’informer de cette proposition. Le prince héritier a demandé au président palestinien d’accepter le plan et de le faire dans un état d’esprit positif.

« MBS est très enthousiaste au sujet de ce plan », souligne le diplomate. « Il est impatient de voir un accord de paix signé d’abord entre les Palestiniens et les Israéliens, puis entre Israël et les pays arabes. Ce qui, pour lui, est un premier pas dans la formation d’une coalition entre l’Arabie saoudite et Israël pour contrer la menace iranienne. »

Contre l’Iran, les Saoudiens ont besoin d’un soutien

MBS a également dit à Kushner qu’il voulait investir d’importantes sommes d’argent dans l’accord, et qu’il fournirait aux dirigeants palestiniens les motivations nécessaires pour obtenir leur aval, selon le diplomate.

Des responsables palestiniens ont confirmé à MEE qu’Abbas avait rencontré MBS lors de sa récente visite à Riyad, qui a débuté le 8 novembre. Et qu’à ce moment-là, il a offert de tripler le soutien financier de l’Arabie saoudite à l’Autorité palestinienne, qui passerait de 7,5 millions de dollars à 20 millions.

« C’est le plan de Netanyahou. Il l’a vendu à l’équipe américaine et maintenant, les Américains essaient de le vendre aux Palestiniens et aux Arabes »

– Un responsable palestinien

Des sources proches des négociations rapportent que Mohammed ben Salmane a expliqué à Mahmoud Abbas que la menace iranienne représentait une grave menace pour les pays arabes. Et que les Saoudiens avaient sérieusement besoin du soutien des États-Unis et d’Israël dans leur confrontation « existentielle » avec Téhéran. « Nous ne pouvons pas avoir Israël de notre côté tant que le conflit israélo-palestinien n’est pas résolu », aurait dit le prince héritier, selon notre source.

« Le président Abbas pense que le plan pourrait convenir si nous lui ajoutons les mots ‘’frontières de 1967’’. Nous voulons bien donner du temps aux Israéliens s’ils veulent bien nous donner des terres », ajoute un responsable palestinien.

« Nous leur avons dit : si le plan établit clairement que le but de « l’accord ultime » est d’avoir un État palestinien [basé] sur les frontières de 1967 avec un petit échange de terres, alors nous accepterons cette première phase, qui instaure un État avec des frontières provisoires. »

Pour le responsable, proche des pourparlers, la seule inquiétude des Palestiniens était qu’Israël fasse de cet accord provisoire un accord final.

Selon un autre responsable palestinien, Abbas croit en ce plan, conçu par Kushner et par l’envoyé spécial au Moyen-Orient Jason Greenblatt, mais pensé à l’origine par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. « C’est le plan de Netanyahou. Il l’a vendu à l’équipe américaine et maintenant, les Américains essaient de le vendre aux Palestiniens et aux Arabes », souligne notre source.

Les Palestiniens s’attendent à davantage de pressions

Le responsable ajoute que les Palestiniens s’attendent maintenant à davantage de pression de Washington et des capitales arabes.

« Les États-Unis agitent des sanctions contre les Palestiniens dans le cas où ils rejetteraient le plan, par exemple la fermeture de la représentation de l’OLP à Washington DC et l’arrêt de l’aide financière à l’Autorité palestinienne », poursuit la source.

« Lors des négociations de Camp David en 2000, les Arabes ont soutenu Yasser Arafat face aux pressions américaines. Mais maintenant, personne n’est à nos côtés. »

Toujours selon cette source, en 2000, le président égyptien Hosni Moubarak et le roi Abdallah d’Arabie saoudite avaient dit à Arafat : « Nous acceptons seulement ce que les Palestiniens acceptent. »

« Mais maintenant, le roi d’Arabie saoudite est submergé par le conflit avec l’Iran au Yémen, au Liban, en Syrie et en Irak et le président égyptien est submergé au Sinaï. »

Les relations entre les Saoudien et Israël se sont détendues ces derniers mois à la faveur de nombreux contacts et de visites sans précédent de responsables israéliens en Arabie saoudite.

Le 16 novembre, Gadi Eizenkot, le chef d’état-major de l’armée israélienne, a déclaré qu’Israël était prêt à partager « des renseignements » avec l’Arabie saoudite et que les deux pays avaient un intérêt commun à contrer l’Iran.

 

Traduit de l’anglais (original).

 

http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/exclusif-pour-les-palestiniens-l-accord-ultime-de-trump-est-un-ultimatum-1545122777

Syrie : colère russe contre Israël

  • Syrie : colère russe contre Israël

Coup de froid russo-israélien

Le ton monte entre Israël et la Russie. Alors que Tel-Aviv multiplie les menaces contre l’armée syrienne et ses alliés dans le sud de la Syrie, l’ambassadeur russe en Israël fustige le  « non » d’Israël à l’accord tripartite que viennent de signer les USA, la Russie et la Jordanie et qui rétablit la zone de désescalade au sud syrien. Le haut diplomate appelle Israël à « ne pas exagérer dans ses évaluations » quant à la place que représente le sud de la Syrie et les événements qui s’y produisent dans la sécurité nationale israélienne.

Cité par ElNashra, Alexandre Shein affirme que « l’accord signé le 8 novembre à Amman entre la Russie et les Etats-Unis auquel s’est ralliée la Jordanie a été confidentiel dans sa première moture. La seconde version évoque entre autres les modalités techniques d’une mise en oeuvre de la zone de désescalade au sud de la Syrie. Les Israéliens ne devraient en aucun prix exagérer les impacts de cette note d’entente sur la sécurité d’Israël ».

L’ambassadeur s’est dit étonné de la réaction de Tel-Aviv aux récentes déclarations du chef de la Diplomatie russe, Serguei Lavrov. Ce dernier avait mis l’accent sur le caractère légal de la présence des forces iraniennes en Syrie, puisque cette présence « réponde à la demande de l’Etat syrien ».

« C’est dans le cadre de la lutte contre le terrorisme que la Russie approuve la présence de l’Iran en Syrie et c’est toujours dans ce même cadre que l’armée coopère avec l’armée iranienne. En réalité il revient à l’Etat et au peuple syriens et à eux seuls de décider de la présence de tel ou tel pays étranger sur le sol syrien. Cette présence-là devra d’ailleurs se déicider au terme des discussions nationles élargies « .

La mise en garde de l’ambassadeur russe aux dirigeants israéliens intervient alors que le chef d’Etat-major de l’armée iranienne, le général Bagheri est parti lundi à Sotchi pour participer au sommet consacré à l’avenir politique de la Syrie.  Cité par Al Mayadeen, le chef d’Etat-major russe, Valéri Guérassimov, a salué les efforts irano-russes qui « ont abouti  » pour marquer la victoire contre le terrorisme en Syrie. « C’est à l’Iran et à la Russie à présent de faire tout pour consolider cette victoire militaire qui s’achève à Abou Kamal et qui se traduit par la prise du contrôle de la totalite des frontières syriennes »

 

http://parstoday.com/fr/news/middle_east-i49985-syrie_col%C3%A8re_russe_contre_isra%C3%ABl

Le jeu désespéré de l’Arabie saoudite

Le jeu désespéré de l’Arabie saoudite


Furieux de sa défaite en Syrie, le Prince héritier rejoue sa mise. Il arrête ses rivaux à leurs domiciles et provoque une crise politique au Liban, déclare l’ex-diplomate Alastair Crooke.


Par Alastair Crooke – Le 10 novembre 2017 – Source Consortium News

Potus, Flotus, le roi saoudien Salman et le président égyptien Abdel Fattah Al Sissi, le 21 mai 2017, pour participer à l’ouverture inaugurale du Centre mondial de lutte contre l’idéologie extrémiste. (Photo officielle de la Maison Blanche par Shealah Craighead)

Il est toujours tentant de jouer un autre coup. La guerre en Syrie touche à sa fin, et les pertes, sous les feux des projecteurs de la fin du jeu, pour ceux qui ont parié sur les perdants deviennent publiquement embarrassantes. Il est tentant de donner un coup de balai sur ces pertes et de faire un dernier pari en forme de bravade publique, le mâle “héros” risque sa maison et ce qu’elle contient sur un dernier coup de roulette. Les spectateurs présents se tiennent dans un impressionnant silence attendant que la roulette ralentisse, que la bille sautille case après case pour porter leur regard sur celle où elle va s’immobiliser, soit sur le noir, soit sur le rouge sang de la tragédie.

Pas seulement comme dans les romans mais aussi dans la vie, le Prince héritier saoudien Mohamed ben Salman (MbS) a tout misé sur le noir, avec ses “amis”, le beau fils du président Trump Jared Kushner, le prince héritier d’Abu Dhabi Mohamed ben Zayed et Trump lui même, qui ont osé le faire avec lui. Trump, dans sa vie professionnelle, a une ou deux fois mis en jeu son avenir sur un tour de roulette. Il avait joué et reconnu que c’est exaltant.

Mais dans l’ombre, derrière la salle de jeu, se tient le Premier ministre israélien Bibi Netanyahou. L’idée d’aller jouer au casino était, tout d’abord, la sienne. Si le héros sort le noir il partagera dans la joie, mais si c’est le rouge… Ne vous en faites pas, la maison de Bibi ne sera pas confisquée.

Soyons clairs, MbS est en train de rompre tous les liens qui maintiennent le royaume saoudien uni et intact. L’Arabie saoudite n’est pas qu’une affaire de famille, c’est aussi une confédération de tribus. Leurs intérêts divers avaient été pris en charge, essentiellement, à travers la composition de la Garde nationale, et de son contrôle. Celle-ci représente désormais non plus les diverses affiliations tribales du royaume, mais les intérêts sécuritaires d’un homme qui l’a accaparée pour lui même.

Idem pour les différentes branches cadettes de la famille al-Saoud, le partage soigneusement pesé du butin parmi les nombreux bénéficiaires de la famille est terminé. Un homme est en train de débarrasser la table des petits joueurs. Il a coupé les câbles qui reliaient la Cour à l’élite saoudienne des affaires et il découpe également lentement l’institution religieuse. Les religieux ont effectivement été éjectés du partenariat, fondé conjointement avec ibn-Saoud, le premier monarque d’Arabie saoudite qui a régné durant la première moitié du siècle dernier, connu également sous le nom de roi Abdul Aziz. En résumé, plus personne n’a de part dans cette entreprise, sauf MbS, et plus personne, semble-t-il, n’a de droits ou de compensations.

Pourquoi ? Parce que MbS voit que l’autorité politique et religieuse du monde arabe est en train de glisser comme du sable entre les doigts du roi et ne supporte pas l’idée que l’Iran (et les chiites honnis), pourrait en être l’héritier.

Transformer l’Arabie saoudite.

Par conséquent, l’Arabie saoudite doit être transformée d’un royaume endormi, déclinant, en un instrument pour affaiblir la puissance iranienne. Ceci, naturellement est en résonance avec le président américain qui semble, aussi, de plus en plus préoccupé par la réaffirmation du prestige U.S., sa dissuasion et sa puissance dans le monde (à l’inverse du discours non-interventionniste de la campagne). À la conférence du The American Conservative à Washington la semaine dernière, l’éditorialiste Robert Merry, un éditorialiste réaliste et prolifique, se plaignait de ce qu’“il n’y a aucun réalisme ni retenue dans la politique étrangère de l’ère Trump”.

Toutes les guerres sont coûteuses et nécessitent de l’argent (confisqué en conséquence aux rivaux de MbS arrêtés et accusés de corruption). Mais traditionnellement, l’Arabie saoudite (depuis le dix-huitième siècle) a tout misé dans ses luttes de pouvoir sur un outil particulier (et efficace) : enflammer le djihadisme wahhabite ; mais dans le sillage de la débâcle syrienne, il se trouve discrédité et n’est plus valable.

Ainsi maintenant, l’Arabie saoudite doit se fabriquer un nouvel instrument, pour se confronter à l’Iran et le choix du prince héritier est vraiment ironique : Islam modéré et nationalisme arabe (pour contrer l’Iran et la Turquie non arabes). Mohammed Abd el Wahhab doit s’en retourner dans sa tombe, islam “modéré” dans sa doctrine rigoureuse, menait seulement à l’idolâtrie (telle que pratiquée par les Ottomans) ce qui, de son point de vue, devrait être puni de la peine de mort.

En fait c’est la partie la plus risquée du jeu de MbS (alors que c’est la confiscation de la fortune monumentale du prince Walid bin Talal qui a retenu toute l’attention). Le roi Abdel Aziz fit face à une rébellion armée, et un autre fut assassiné pour s’être départi du principe du wahhabisme sur lequel l’État était fondé parce qu’ils avaient embrassé la modernité occidentalisée (considérée par le pur wahhabisme comme idolâtrie).

On ne peut pas exorciser la société saoudienne de son gène de ferveur wahhabite en lui demandant simplement de partir (Abdul Aziz a finalement surmonté cela en mitraillant ses adeptes, morts).

Mais embrasser l’“islam modéré (c’est à dire l’islam séculaire) et menacer d’affronter l’Iran a probablement été fait avec l’intention de chercher à plaire au président Trump pour évincer son cousin, prince Naif, comme prince héritier, une autre intention étant de faire apparaître l’Iran comme adepte d’un islam “extrémiste” à une Maison Blanche dont la vision sur le Moyen-Orient a été instillée par Bibi Netanyahou murmurant à l’oreille de Jared Kushner, et par les préjugés d’un cercle de conseillers qui ont une compréhension orientée de l’Iran, au lieu de l’aborder dans ses aspects divers. Netanyahou doit se féliciter de son habile stratagème.

Le coup de Netanyahou

Aucun doute à ce sujet : c’est un coup de Netanyahou. Cependant, la question est de savoir si cela tournera en une victoire à la Pyrrhus ou pas. Quoiqu’il en soit, il est hautement dangereux de jeter des grenades sur un matériau combustible. Ce projet US–Israël–Arabie saoudite–EAU est, au fond, de nier la réalité, pas moins. Il est enraciné dans le déni du revers subit par ces États, par leurs multiples échecs à façonner un “nouveau Moyen-Orient” sur le mode occidental. Maintenant, dans le sillage de leur échec en Syrie, où ils sont allés aux limites dans la recherche d’une victoire, ils tentent un autre coup à la roulette dans l’espoir de récupérer toutes leurs pertes précédentes. Ce qui est, pour le moins, un espoir fallacieux.
D’une part, la puissance de l’Iran dans le Moyen-Orient septentrional n’est pas provisoire. Elle est maintenant bien enracinée. L’“espace stratégique” de l’Iran inclut la Syrie, l’Irak, le Liban, le Yémen et, de plus en plus, la Turquie. L’Iran, avec la Russie, a joué un rôle majeur dans la défaite de l’EI. C’est un “partenaire stratégique” de la Russie, alors que celle-ci jouit maintenant d’une large influence à travers la région. En un mot, le poids politique se situe au nord plutôt qu’au sud affaibli.

Si on pense que la Russie pourrait être amenée à « contenir » l’Iran et ses alliés dans la région pour apaiser les inquiétudes israéliennes, cela ressort du vœu pieux. Même si la Russie le pouvait (et probablement elle ne le peut pas ), pourquoi le ferait elle ? Alors comment contenir l’Iran ? Par une action militaire ? Ceci, également, semble tiré par les cheveux.

Les milieux militaire et de sécurité d’Israël, dans le sillage de la guerre du Liban en 2006, envisagent probablement une guerre (autre qu’avec les Palestiniens) qui sera courte (six jours ou moins), n’entraînera pas de lourdes pertes civiles et militaires, et pouvant être gagnée à bas coût. Idéalement, Israël espérerait une implication américaine totale (contrairement à 2006). Le Pentagone a peu d’appétence pour remettre ses bottes sur le terrain du Moyen-Orient, et les Israéliens le savent. D’autre part l’Arabie saoudite seule ne peut pas menacer militairement qui que ce soit (comme l’a amplement démontré le Yémen).

L’Arabie saoudite peut-elle coincer économiquement le Liban et imposer une pression politique sur tout gouvernement libanais ? Naturellement, mais la pression économique touchera probablement les sunnites, classes moyennes et d’affaires, plus durement que les 44% de la population libanaise qui est chiite. Généralement le Libanais a une aversion pour les interférences extérieures, et les sanctions et pressions américaines uniront probablement le Liban plutôt que le diviseront. (C’est la vieille, vieille histoire de l’imposition de sanctions). À première vue, les Européens non plus ne soutiendront pas volontiers la déstabilisation du Liban ni l’abandon du JCPOA, l’accord de 2015 pour empêcher l’Iran de développer des armes nucléaires.

Alors que peut il arriver ? À première vue, l’Arabie saoudite, une société dans laquelle déjà beaucoup de tensions sont étouffées, peut simplement imploser sous une nouvelle répression (ou alors MbS pourrait en quelque sorte être “supprimé” avant que les tensions n’explosent). L’Amérique et Israël n’en ressortiront pas renforcés mais seront plutôt vus comme moins crédibles au Moyen-Orient.

Robert Malley, l’ancien conseiller pour le Moyen-Orient de la précédente administration, avertit du danger d’une explosion potentielle régionale : “La peur est une chose qui peut l’empêcher, mais qui  pourrait aussi la précipiter.”

Alastair Crooke est est un ancien diplomate britannique qui fut une figure principale du renseignement britannique ainsi que de la diplomatie européenne. Il est le fondateur et directeur du Conflicts Forum.

http://lesakerfrancophone.fr/le-jeu-desespere-d-arabie-saoudite

 

Est-ce que quelqu’un pense encore sérieusement que la Russie et Israël ne sont pas alliés ?

Est-ce que quelqu’un pense encore sérieusement que la Russie et Israël ne sont pas alliés ?


Par Andrew Korybko – Le 7 septembre 2017 – Source The Duran


Le dernier raid de bombardement israélien sur la Syrie [en septembre dernier, NdT] est la confirmation que le sommet Poutine-Netanyahou à Sotchi a été beaucoup plus réussi que certaines voix dans les médias alternatifs ont amené les gens à le croire.

Personne ne peut sérieusement nier, à ce stade, que la Russie et Israël sont des alliés en Syrie, et le dernier bombardement de Tel-Aviv le prouve. Aucune des impressionnantes unités anti-aériennes S-400 dernier cri n’a été activée pour l’arrêter, mais cela ne devrait pas être une surprise pour ceux qui ont même une compréhension élémentaire des rapports russo-israéliens contemporains. S’il est vrai que Moscou avait l’habitude de s’opposer à Israël pendant la guerre froide, tout cela a changé depuis la dissolution de l’Union soviétique et les deux parties sont plus proches aujourd’hui qu’à aucun moment de leur histoire.

L’auteur a écrit sur les spécificités de ce partenariat de haut niveau, mais largement non affiché, dans une série d’articles précédents qui sont énumérés ci-dessous, et qu’il recommande au lecteur au moins de les parcourir s’il est totalement ignorant sur ce sujet :

21 mars : « Israël et la Russie ne sont pas au bord de la guerre. Ils sont alliés !« 
22 mars : « Ce que la Russie a dit à Israël après le raid de Palmyre« 
6 juin : « La diplomatie énergétique de la Russie au Moyen-Orient : explosion ou renforcement ?« 
27 juin : « Le compte à rebours syrien de 10 jours commence« 
10 juillet : « Un cessez-le-feu syrien pour qui ?« 

L’idée dominante est que l’État profond (bureaucratie militaire permanente, renseignement et diplomatie) est proche d’Israël en raison de la diaspora ethnique dans ce pays qui les relie et que cela crée en retour les bases solides pour un développement multidimensionnel de cette relation dans les sphères militaires et stratégiques. Il pourrait paraître étrange de soutenir l’idée qu’Israël soit l’allié de la Russie en Syrie alors que Tel-Aviv a travaillé avec les États-Unis et d’autres pays pour créer ce même terrorisme qui a déclenché l’intervention de Moscou, mais c’est ici que cela vaut la peine de citer un passage pertinent de mon analyse en date du 27 juin :

« Moscou respecte strictement son mandat militaire anti-terroriste en Syrie et ne s’intéresse à rien d’autre qu’à la lutte contre Daech. Mais c’est justement parce que cela donnait une perception prédominante non explicite de ses engagements envers ce pays que cela a fait croire à beaucoup de gens que la Russie était là pour s’opposer implicitement à tous les objectifs géostratégiques américains et ‘israéliens’.

Bien qu’il y ait un grand écart entre la mission de la Russie de venir à bout de Daech et ainsi de détruire les plans initiaux de Washington et de Tel Aviv en Syrie, le fait que Moscou ait déjà réalisé la plus grande partie de cette mission originale et que ses soi-disant ‘adversaires’ aient poussé à la ‘fédéralisation’ (partition interne) du pays en tant que ‘Plan B’, cela ne doit pas être interprété comme signifiant que la Russie va également étendre ses responsabilités afin de s’opposer une fois de plus à ces deux acteurs. »

Il n’y a aucun scénario où la Russie s’opposera directement à Israël en Syrie, au contraire, elle se félicite de ses « frappes chirurgicales » occasionnelles parce qu’elles jouent dans la stratégie de Moscou pour contrer indirectement l’Iran. Personne en Russie ne le dira jamais ouvertement, et toutes les déclarations publiques des représentants officiels affirment le contraire, mais la Russie développe un sentiment croissant de méfiance à l’égard de l’Iran et vice-et-versa. Ces sentiments proviennent de ce qui s’est déroulé jusque là en Syrie loin de l’œil des médias. Un observateur averti noterait cependant avec raison que chacune des frappes israéliennes sur la République arabe a été faite sous prétexte d’attaquer une sorte d’unité ou d’infrastructure iranienne ou alliée iranienne et que la Russie n’a jamais levé le petit doigt pour l’opposer ou la condamner.

Les raisons en sont multiples, mais la plus importante concerne les progressistes de la politique étrangère russe qui veulent profiter de la position dominante de leur pays en Syrie afin d’établir et de renforcer de nouveaux partenariats internationaux, dans le but de réaliser leur vision géostratégique du XXIe siècle pour devenir la force d’équilibre suprême en Eurasie. Cette stratégie est conduite par la faction de « l’État profond » qui a été décrite plus en détail dans mon analyse intitulée « Les progressistes de la politique étrangère de la Russie ont trompé les traditionalistes », qui peut être résumée comme suit : la Russie veut conclure des partenariats non traditionnels tels que celui avec Israël afin de « balancer » les traditionnels qu’elle a avec des pays comme l’Iran.

Cela ne signifie pas que la Russie est « anti-iranienne » en soi, mais seulement que la grande stratégie des deux États-civilisation se contredisent sur certains fronts comme celui lié au rôle d’après-guerre espéré de Téhéran en Syrie vis-à-vis de son rival israélien détesté qui, comme tous ceux qui ont des connaissances même superficielles sur ce sujet le savent, est destiné à renforcer la position globale de l’Iran contre Israël grâce à ses propres forces et celles de sa milice alliée, le Hezbollah. La Russie, cependant, ne semble pas d’accord avec cette politique car elle pense qu’elle ne fera que « déclencher » plus de raids israéliens en Syrie, ce qui pourrait contribuer à une plus grande déstabilisation du pays et mettre en danger par inadvertance la sécurité des forces russes sur le terrain ou la facilitation indirecte du terrorisme.

Bien que cela puisse être dur à lire pour les médias alternatifs, les actions de la Russie, en permettant passivement à Israël de bombarder ce qu’elle prétend (avec précision ou non) être des infrastructures et des troupes proche de l’Iran (syriennes ou alliées) en Syrie, semble indiquer que Moscou croit que Téhéran « l’a bien mérité », ou plus, que l’Iran « provoque » Israël par sa simple présence dans l’ouest et le sud de la Syrie et qu’il est donc « légitime » pour Tel-Aviv d’y répondre militairement par des « frappes chirurgicales ». Cette explication ne doit pas être considérée comme une approbation personnelle de l’auteur à cette politique, mais comme une observation empirique tirée de l’analyse de tous les raids de bombardement israéliens sur la Syrie juste pour cette année. La coopération implicite, bien que passive, que Moscou apporte à Tel-Aviv à cet égard pourrait également avoir à voir avec ses décideurs qui veulent garder l’Iran sur la défensive stratégique globale afin que le soutien existant que la Russie lui fournit acquiert une importance accrue.

Pour le meilleur ou pour le pire, la Russie estime que l’Iran a plus besoin d’elle que l’inverse et que Téhéran continuera à coopérer avec Moscou, peu importe ce qui se passera, car il n’a aucune possibilité de le remplacer dans la stratégie des sphères de la coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire et du processus de paix syrien. De plus, comme la troïka composée d’Israël, des États-Unis et de l’Arabie saoudite (conceptualisée par l’auteur sous le nom de « Cerberus ») multiplie les pressions exercées contre leur rival et encourage sans cesse leurs partenaires à le faire, le vecteur russe sur la politique économique iranienne continuera à paraître plus attrayant en tant que « soupape de sécurité », en particulier dans la perspective du projet de corridor de transport Nord-Sud sur lequel travaillent les deux parties avec l’Inde et l’Azerbaïdjan. Tant que la Russie n’est pas directement (mot clé) hostile à l’Iran, que ce soit en Syrie ou ailleurs, et continue à compter sur Israël comme sa « patte de velours » selon les intérêts à la fois de Moscou et de Tel-Aviv, il y a peu de raisons de s’attendre à ce que Téhéran « joue les durs » en réduisant sa coopération existante avec la Russie.

De plus, pour aborder les contradictions géostratégiques susmentionnées entre la Russie et l’Iran, si l’Iran devait réaliser avec succès sa grande vision stratégique d’établir un « arc de résistance » entre l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban, la Russie perdrait son nouveau rôle comme force d’équilibrage suprême dans cet espace pivot. Pour Moscou, il est préférable que la Russie reste l’acteur le plus puissant pour empêcher les accords entre tous les partenaires qui pourraient potentiellement jouer un rôle plus important, comme par exemple participer au pipeline greco-chyprio-israélien vers l’Europe. Cela a été décrit dans le travail de l’auteur mentionné plus haut, « Diplomatie énergétique de la Russie au Moyen-Orient : explosion ou renforcement ?«  et l’idée est que la coopération russo-israélienne pour contrer le rôle croissant de l’Iran en Syrie pourrait être la condition de l’implication de Moscou dans ce projet énergétique. On pourrait raisonnablement supposer que la Russie s’attend à ce que les riches hommes d’affaires israéliens (probablement ceux d’origine russe) investissent dans leur ancienne patrie dans le cadre de ce dispositif en contrepartie de l’aide apportée à Moscou pour faire face aux sanctions occidentales auxquelles Tel-Aviv a refusé de participer.

Encore une fois, on ne saurait trop insister sur le fait que rien de tout cela ne devrait surprendre les observateurs objectifs, mais c’est juste que la communauté des médias alternatifs s’est engluée au fil des années dans un flot incessant de « vœux pieux » croyant que la Russie est en quelque sorte « contre » Israël en général, en particulier en Syrie. Un exemple parfait de ce qui s’est produit récemment est le triomphalisme prématuré de l’échec supposé du sommet Netanyahou-Poutine à Sotchi, bien que la sagesse du recul ait maintenant réfuté tout ces commentaires puisqu’il est très probable que les deux dirigeants aient discuté ce qui allait advenir, le raid israélien sur Homs. Cela permet de voir l’analyse souvent répétée que Poutine a rabroué Netanyahou, et la théorie encore plus répétée, bien que constamment déboulonnée, selon laquelle la Russie a mis en place une « bulle de protection aérienne » basée sur ces S-400 contre Israël en Syrie, comme rien d’autre qu’une histoire maintes fois répétée dans les médias alternatifs et amplifiée par des voix amies des Iraniens.

L’intention en soulignant cela n’est pas du tout de « défendre Israël » ou de « dénigrer l’Iran », mais simplement d’attirer l’attention sur la psychologie de la pensée collective qui a pris le contrôle des médias alternatifs et qui conduit souvent à la création irréaliste de faux espoirs presque toujours déçus. Cela remet ainsi en question la justesse professionnelle de certaines des principales forces qui promeuvent sans cesse de telles opinions malgré le fait qu’elles sont contredites à maintes reprises par la dure et froide vérité de la réalité. On comprend tacitement qu’il y a une certaine tendance « politiquement correcte » [anti-système, NdT] à nier le partenariat stratégique étroit et global de la Russie avec Israël, surtout si l’on parle de plateformes médiatiques au Moyen-Orient traditionnellement amicales ou à tout le moins respectueuses envers Moscou. Mais cela devra changer si les experts et les aspirants analystes veulent vraiment refléter la réalité objective de ce qui se passe dans le monde et pourquoi… À moins bien sûr qu’ils se contentent de mettre leur réputation en jeu pour faire avancer un certain récit.

Andrew Korybko

Note du Saker Francophone

Depuis lors, il semble que la donne ait changé et que la Syrie soit sans doute soutenue ou du moins ne soit pas contrariée par l'Iran et/ou la Russie, car elle a répondu aux raids israéliens en protégeant activement son espace aérien. Les actuels atermoiements des contrats pétroliers passés entre Rosnef et certaines factions kurdes peuvent s'expliquer aussi par cette stratégie. C'est un jeu subtil et on peut être sûr que les Iraniens savent aussi y jouer. Ce texte est un rappel à l'ordre à tous les médias alternatifs. Il ne faut se laisser envahir par ses hooligans politiques.

L'anti-système du jour peut devenir l'agent du système demain et inversement. Les Iraniens n'ont probablement aucun intérêt ni même volonté à souhaiter la fin d’Israël car pour eux aussi l’existence d'un "meilleur" ennemi est une des garanties de leur cohésion nationale et plus largement de celle du monde chiite. Ils n'ont d'ailleurs pas à lever le petit doigt, les politiciens israéliens arrivent très bien par eux-mêmes à salir la réputation de leur État.

Si l'objectif affiché des médias alternatifs est la fin de l'Empire et le retour de la souveraineté des peuples, sans passer par la case épuration ethnique, il va bien falloir considérer tous les peuples, et les Palestiniens bien sûr, comme les Judéo / Israéliens puisque c'est bien de cela qu'il s'agit. Si ce devait être le cas un jour prochain, le profil historien / psychologue devrait avoir de l'avenir pour être capable de raconter la réalité complexe l'Histoire des peuples et de leurs élites sans trop s'énerver.

 

http://lesakerfrancophone.fr/est-ce-que-quelquun-pense-encore-serieusement-que-la-russie-et-israel-ne-sont-pas-allies

Israël rejete l’accord de paix russo-US en Syrie

Israël rejete l’accord de paix russo-US en Syrie

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, intervenant à un meeting de son parti politique, le Likoud, a déclaré qu’il s’opposait au plan russo-US de paix en Syrie.

Il a cité les informations publiées par la BBC selon lesquelles l’Iran a été autorisé à installer une base militaire permanente près de Damas (voir photos satellites ci-dessous).

Israël avait demandé que les troupes iraniennes s’engagent à ne pas s’approcher à moins de 40 kilomètres de la ligne de cessez-le-feu israélo-syrienne.

La demande israélienne paraît d’autant plus incongrue que Tel-Aviv soutient activement les jihadistes depuis mars 2011, et n’a pas cessé de leur fournir des armes et un appui aérien. Au contraire, l’Iran a combattu les terroristes, versant le sang de plus d’un millier de ses hommes. Il serait étonnant qu’ayant perdu cette guerre par proxies, Israël puisse imposer ses conditions.

Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, aurait qualifié cette exigence d’irréaliste compte tenu de l’occupation illégale par Israël du plateau syrien du Golan.

Les États-Unis et la Russie seraient convenues d’une zone neutre de seulement 15 kilomètres en plus du Golan.

Monsieur Netanyahu a affirmé à son auditoire que l’armée israélienne se réservait le droit d’intervenir en Syrie « en fonction de ses besoins sécuritaires ».

Photographies de la base d’El-Kiswah, située à 14 kilomètres au sud de Damas.

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©Airbus, McKenzie Intelligence Services
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©Airbus, McKenzie Intelligence Services
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©Airbus, McKenzie Intelligence Services
http://www.voltairenet.org/article198797.html

Trump et la Russie. Les questions qui ne sont pas posées

« Mentez ,mentez, il en restera toujours…..qui ment ????

ombre43.

 

Trump et la Russie. Les questions qui ne sont pas posées


Par Gordon Duff – Le 8 novembre 2017 – Source New Eastern Outlook

Le président américain Donald Trump est-il victime d’un chantage de la part de la Russie ? C’est la vraie question que se pose non seulement le public américain, alors que la cote de popularité de Trump est proche de 30%, mais aussi le monde entier. Pour répondre à cela, nous devons poser des questions que personne ne pose. Pourquoi est-ce que la presse ne semble jamais poser les questions vraiment gênantes ?

Revenons en arrière et observons le 11 septembre, juste pour un exemple. Et si, disons après l’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941, les États-Unis avaient envahi le Canada à la place [du Japon, NdT]. Après tout, le Canada est plus proche, a des tonnes de pétrole et peu d’armes à feu.

Si les États-Unis avaient envahi le Canada et que les hommes ayant survécu à Pearl Harbor étaient rentrés à la maison, des histoires d’avions japonais plutôt qu’un mystérieux sous-marin canadien auraient-elles été outrageantes ? Y aurait-il eu une enquête ? Que serait-il arrivé aux gens qui ont tout dissimulé et envoyé l’armée américaine au mauvais endroit ?

C’est pourtant exactement ce qui s’est passé après le 11 septembre. Les services secrets israéliens ont envoyé de faux renseignements à leurs partenaires néoconservateurs, à Washington et Londres, des renseignements fabriqués de toutes pièces, des programmes nucléaires imaginaires, des armées imaginaires d’al-Qaïda, des bases d’entraînement imaginaires dans tout l’Afghanistan que personne n’a jamais trouvées, et maintenant des millions de personnes en sont mortes.

Ceux qui ont raconté ces mensonges sont des multi-milliardaires possédant une presse complice ne remarquant jamais rien, ne posant jamais de question, ne jetant jamais un coup d’œil derrière le rideau.

Passons à 2016 et à notre dossier. Est-ce que Trump est soumis à un chantage pour avoir été filmé alors qu’il se livrait à des actes sexuels dégoûtants et sales et, par sale, nous voulons dire que la chambre d’hôtel aurait besoin d’être brûlée au lance-flammes. Notre évaluation en déduit un « probablement » avec un penchant très net vers un « oui, absolument ».

Notre évaluation est basée sur l’analyse de son comportement d’antan, sur la crédibilité réelle du dossier, qui est élevée, et la façon dont ses politiques réelles et son comportement, après avoir accédé à la présidence, indiquent un dirigeant compromis sur lequel on a des moyens de pression.

Voici ce que nous savons.

Trump a parlé de la Russie et de la Syrie et comment il allait s’associer avec la Russie pour combattre l’EI. Trump a parlé de beaucoup de choses, mais ce n’était que des paroles vides. Les véritables politiques de Trump ont été de trahir la Russie à chaque occasion, comme l’a récemment noté le président russe Vladimir Poutine.

Trump a poussé pour établir de nouvelles sanctions contre la Russie, mais pire que cela, le futur partenariat américain avec la Russie contre État islamique et ses organisations sœurs a commencé à s’effondrer avant même qu’il ne soit mis en œuvre.

L’imagerie satellitaire militaire russe a montré que les États-Unis travaillaient main dans la main avec EI, que les Kurdes, alliés des Américains, ont traversé la province syrienne de Deir Ezzor sans le moindre blessé, et que les unités d’EI pouvaient franchir sans problèmes les lignes militaires kurdo-étasuniennes pour attaquer l’armée arabe syrienne.

Ensuite, nous avons l’attaque de missiles de Trump contre la Syrie en avril 2017, en réponse à une prétendue attaque au gaz sarin par le gouvernement de Damas. Tous les indices indiquent qu’il n’y a pas eu d’attaque au gaz, des preuves filmées prouvent que ce n’était qu’une mise en scène, des témoins oculaires racontent que des équipes de presse de Reuters et d’Al Jazeera sont arrivées plusieurs jours avant l’événement.

Ce qui est oublié, non seulement oublié mais activement caché par les « fausses nouvelles » que Trump critique quotidiennement, est ceci :

Dès 1994, Trump appartenait à une puissance étrangère. Mais ce n’était pas la Russie. C’était quand l’ami proche de Trump, proche mais maintenant oublié, le criminel sexuel condamné Jeffrey Epstein, a « régalé » Donald avec une petite amie, selon des documents judiciaires déposés à New York le 26 avril 2017.

Elle avait 13 ans à l’époque, selon les documents de la cour et, selon son avocat Thomas Francis Meagher, Trump l’a violée à plusieurs reprises et a ensuite menacé de faire tuer toute sa famille.

Trump s’est également, selon les documents de la cour, vanté du meurtre d’une jeune fille de 12 ans nommée Maria.

En fait, il y a presque autant de plaintes déposées contre Trump que contre Harvey Weinstein.

En 1994, alors qu’Epstein et Trump étaient des amis proches, Epstein était « pris en main » par un agent des renseignements connu de l’État d’Israël, la fille de Robert Maxwell, Ghislaine Maxwell.

Maxwell, né Jan Ludvik Hyman Binyamin Hock, de parents juifs orthodoxes en Tchécoslovaquie, a été accusé d’avoir aidé Israël à kidnapper le lanceur d’alerte Mordechai Vanunu, qui dénonçait le programme d’armes nucléaires illégal d’Israël.

Revenons quelques années de plus en arrière quand Trump se retrouvait entouré de gangsters comme Felix Sater et son groupe Bayrock. À vrai dire, Trump ne soutient pas du tout la Russie, pas même une minute, mais soutient Israël, y compris dans sa tentative de diviser la Syrie et d’y mener une guerre terrestre contre la Russie, le point culminant évident de toute opération militaire américaine contre Assad. [Mais aussi dans son irrationnelle remise en question des accords avec l’Iran, en désaccord avec le monde entier, sauf le couple Israël / Arabie saoudite, NdT]

En 1991, un Donald Trump en faillite a ramené, nous voulons dire « blanchi », jusqu’à 300 millions de dollars par an en argent mafieux. Ce sont les « investisseurs russes » dont parlait Donald Jr., presque tous nés en Russie et presque tous passant au moins une partie de l’année en Israël.

C’est pourquoi Trump soutient le nettoyage ethnique de la Cisjordanie, alors qu’aucun autre président ne l’a fait. Ce n’est pas une question mineure, ce sont des crimes de guerre, le soutien au nettoyage ethnique est directement en violation de la Convention de Genève, et Trump fait exactement cela, un crime de guerre.

Les autres présidents utilisaient le bon sens, peut-être même la morale, ou avaient simplement peur de commettre des « crimes contre l’humanité ». Trump n’a montré aucune de ces caractéristiques.

Ce qu’il n’a pas montré, c’est qu’il ait déjà travaillé pour la Russie, pas le moindre indice.

Gordon Duff

Note du Saker Francophone

Gordon Duff a lui même indiqué qu'il mélangeait le vrai et le faux donc les annonces dans cet article sont à prendre avec précaution. Mais si New Eastern Outlook a publié cet article, on peut penser que cela lui donne un certain poids.

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

 

L’après Balfour : 100 ans d’histoire et d’occasions manquées

L’après Balfour : 100 ans d’histoire et d’occasions manquées


Une Palestinienne tient une carte de la Palestine historique – Photo : Mohammed Asad

Par Réseau Al Shabaka – Le 6 novembre 2017 – Source Chronique de Palestine

Un déferlement mondial d’analyses et d’activités militantes marque le 100e anniversaire de la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917. La Déclaration a donné l’imprimatur impérial à la Résolution prise par le mouvement sioniste lors de sa première conférence à Bâle en 1897 de « donner un foyer au peuple juif en Palestine garanti par le droit public » et a engendré une guerre et une violence sans fin, ainsi que la dépossession, la dispersion et l’occupation du peuple palestinien.

L’histoire aurait-elle pu prendre un autre tour ? Les Palestiniens auraient-ils pu, à un moment ou un autre, influencer le cours des choses pour qu’il prenne une autre direction ? Nous avons organisé une table ronde avec des historiens et des analystes du réseau politique d’Al-Shabaka pour leur demander d’identifier une situation précise qui aurait pu tourner différemment si le peuple palestinien avait décidé d’un autre plan d’action, et d’en tirer un enseignement pour notre quête d’autodétermination, de liberté, de justice et d’égalité.

Rashid Khalidi ouvre le feu avec sa remarque lapidaire sur l’éternelle incapacité des dirigeants palestiniens à comprendre la dynamique du pouvoir mondial ; le Livre blanc 1 de 1939 est pour lui le signe du caractère gravissime de cette lacune.

Zena Agha mentionne la Commission Peel de 1936 – la première fois que la Partition a été présentée comme une solution – en se demandant si la Partition est inévitable, jusqu’à aujourd’hui, comme l’a affirmé la Commission.

Jamil Hilal cite le Plan de Partition lui-même – la Résolution 181 de 1947 de l’ONU – en rappelant qu’une minorité de Palestiniens pensaient qu’il fallait l’accepter pour donner au mouvement national le temps de se remettre de la défaite que venaient de lui infliger les Anglais et les Sionistes. Selon elle, il faut bien sûr que nous, Palestiniens, tirions les leçons de Balfour, du Plan de partition et d’Oslo, mais il faut aussi se demander qui va en tirer les leçons, et comment on peut obliger les gens à en tenir compte dans leurs actions ?

Dans quelle mesure la grande catastrophe de l’Holocauste a-t-elle déterminé la création d’Israël ? Najwa al-Qattan soutient que bien qu’il y ait certainement un lien historique, il n’y a pas de relation de cause à effet, et elle exhorte donc à une lecture critique de l’histoire pour préparer l’avenir.

Mouin Rabbani quant à lui, ne pense pas que la visite d’Anwar Sadat à Jérusalem en 1977 ait été une bonne chose ; il souligne qu’en renonçant à la guerre arabe contre Israël, le leader égyptien a aussi privé l’OLP et les États arabes d’une option diplomatique crédible.

Jaber Suleiman compare l’issue de l’Intifada de 1987 contre l’occupation israélienne à celle de la révolte palestinienne de 1936 contre l’occupation britannique et en tire plusieurs leçons, en particulier l’importance de faire dépendre la tactique d’une vision nationale stratégique claire qui guide la lutte palestinienne à chaque étape.

La table ronde a été animée par Nadia Hijab.

Rashid Khalidi : Le Livre blanc et l’incapacité d’appréhender la nature du pouvoir global

Le Livre blanc de 1939 aurait-il pu marquer un tournant dans l’histoire de la Palestine ? Peut-être, mais pas un tournant capital. Si les dirigeants palestiniens avaient accepté le Livre blanc, ils auraient pu se repositionner vis-à-vis de la puissance coloniale. Cela aurait pu améliorer leur position à la fin de la révolte de 1936-1939 en les mettant dans le camp de la Grande-Bretagne quand les sionistes se sont retournés contre elle.

Cependant, la Grande-Bretagne était une puissance déclinante. Les États-Unis et les Soviétiques attendaient dans les coulisses et ont fait irruption sur la scène peu de temps après. En 1941, les nazis ont attaqué l’URSS et le Japon a attaqué Pearl Harbor, et le monde a changé, donc tout ce que les Palestiniens auraient pu faire avec la Grande-Bretagne aurait probablement eu peu d’effet. Dans un sens, la grande révolte palestinienne est arrivée trop tard. Les Égyptiens s’étaient révoltés en 1919, les Irakiens en 1920 et les Syriens en 1925. Dans les années 1930, surtout après l’arrivée au pouvoir des nazis, le projet sioniste était complètement lié à la Palestine.

Cependant, ce que cette période met en lumière, c’est le fait que tous les dirigeants palestiniens sans exception étaient handicapés par une mauvaise compréhension de l’équilibre des forces internationales. Les Palestiniens se battaient contre un mouvement colonial basé en Europe et aux États-Unis et composé d’Européens dont les langues maternelles étaient européennes et qui avaient des réseaux influents en Europe et aux États-Unis.

Pour pouvoir rivaliser avec un mouvement comme celui-là, il aurait fallu que les dirigeants palestiniens aient parmi eux des gens qui avaient des liens avec ces réseaux, qui parlaient couramment leurs langues et qui comprenaient à la fois la politique internationale et la politique intérieure. Les Palestiniens n’avaient pas ces connaissances pendant le mandat britannique – il suffit de lire leurs mémoires. Certains ont eu des intuitions mais ils ne faisaient pas le poids en face de l’autre camp, avant et après la Déclaration Balfour, et avant et après le Livre blanc. Et cela n’a pas beaucoup changé au cours des 100 dernières années, surtout en ce qui concerne les États-Unis. L’OLP avait une bonne compréhension du Tiers-Monde et de son fonctionnement, une bonne compréhension de l’Union soviétique et une certaine compréhension de l’Europe occidentale, raisons pour lesquelles elle a remporté des victoires diplomatiques dans les années 1970. Mais elle n’avait qu’une vague compréhension de la politique américaine, et c’est encore le cas.

La jeune génération palestinienne qui a grandi aux États-Unis et en Europe est bien mieux équipée. Elle a des réseaux et une bonne compréhension du fonctionnement de ces sociétés, ce qui n’est pas le cas des dirigeants palestiniens ni de la génération de leurs propres parents. Cette génération qui a produit des avocats, des médecins, des professionnels des médias et des gestionnaires financiers progresse en richesse et en influence, et elle n’hésitera pas à utiliser son pouvoir et son influence pour promouvoir la justice pour les Palestiniens.

S’il y a une leçon historique à tirer de cette brève discussion, c’est que ça ne sert à rien d’aller au sommet ; de parler à Lord Balfour ou au secrétaire Tillerson. Ce sont les structures du pouvoir qu’il faut comprendre – Balfour faisait partie d’un gouvernement, d’un parti politique, d’une classe, d’un système, et Tillerson aussi. Il faut comprendre ces structures, ainsi que les médias, et avoir une stratégie pour y faire face. L’idée qu’on peut régler un problème en allant au sommet est une illusion que les Palestiniens et les Arabes ont souvent entretenue à cause de la façon dont fonctionnent les systèmes arabes gouvernés par des rois et des dictateurs. La direction nationale n’a toujours pas de stratégie pour traiter avec les États-Unis, c’est lamentable. En revanche, la société civile palestinienne fait un travail remarquable, à la fois dans la diaspora et en Palestine : eux, ils comprennent le fonctionnement du monde.

Zena Agha : La Partition n’était pas un pilier de la politique

Il y a eu beaucoup d’erreurs et d’occasions manquées tout au long de la longue et douloureuse histoire de la conquête coloniale palestinienne. Dans le contexte du centenaire de la Déclaration Balfour, la Commission Peel – un rapport produit par la même puissance impériale que celle de la Déclaration de 1917 – est un moment crucial, même s’il est passé sous silence, de l’histoire de la quête palestinienne pour son autodétermination.

Dirigée par lord Peel, la Commission était le résultat de la mission britannique en Palestine de 1936. Son but officiel était « d’identifier les causes sous-jacentes des troubles » en Palestine après la grève générale arabe de six mois et « d’enquêter sur la manière dont le Mandat pour la Palestine est mis en œuvre par rapport aux obligations du Mandataire envers les Arabes et les Juifs respectivement ».

Selon le rapport publié en juillet 1937, le conflit entre Arabes et Juifs était irréductible et, par conséquent, la Commission a recommandé la fin du Mandat britannique et la partition de la Palestine en deux États : l’un arabe, l’autre juif. La partition était présumée être le seul moyen de « résoudre » les ambitions nationales contradictoires des deux camps et de sortir la Grande-Bretagne de l’impasse où elle s’était mise.

En dépit des engagements pris dans la Déclaration Balfour, l’Accord Sykes-Picot et la correspondance McMahon-Hussein, la recommandation de partition a formellement entériné l’incompatibilité des obligations britanniques envers les deux communautés. La Commission Peel a été la première forme de reconnaissance que le mandat britannique était intenable, presque 20 ans après sa création. C’était aussi la première fois que la Partition était mentionnée comme une « solution » au conflit que la Grande-Bretagne avait créé.

Les deux partis ont rejeté la recommandation de la Commission. Les dirigeants sionistes étaient mécontents de la taille du territoire qui leur était attribué, tout en approuvant la partition elle-même. Du point de vue palestinien, la partition constituait une violation des droits des habitants arabes de la Palestine. Le rapport de la Commission a déclenché la révolte arabe de 1936 qui a été violemment écrasée par les Britanniques en 1939.

Il est difficile de dire ce qui aurait pu se passer d’autre. Après tout, la révolte arabe (et l’échec de la conférence anglo-arabo-juive de Londres en février 1939) a conduit à la publication du Livre blanc de 1939, qui stipulait : « Le gouvernement de Sa Majesté déclare donc sans équivoque qu’il n’est pas dans son objectif politique que la Palestine devienne un État juif. » C’était une victoire importante pour la communauté palestinienne. C’est ce qui a suivi, à savoir la Seconde Guerre mondiale et les horreurs de l’Holocauste, qui ont radicalement fait pencher la balance en faveur d’un État juif en Palestine.

La Commission Peel et ses conséquences rappellent opportunément que la Partition de la Palestine n’a jamais été le pilier du mandat britannique. Au contraire, la partition a été suggérée, en désespoir de cause, par la Grande-Bretagne, la puissance coloniale, pour se débarrasser du bourbier palestinien. Cette partition est alors devenue parole d’évangile pour les Nations Unies nouvellement créées, et aucune négociation n’a depuis été nécessaire ou raisonnable. Alors que nous cherchons à tirer des leçons pour l’avenir, il faut peut-être déboulonner le mythe désormais incontournable selon lequel le partage de la Palestine historique serait le seul moyen d’assurer la paix, quelle que soit la forme que cette paix puisse prendre.

Jamil Hilal : Le Plan de Partition et les bifurcations

Pour voir les routes qui n’ont pas été suivies lorsque la Résolution 181 des Nations Unies (aussi connue sous le nom de Plan de Partition) a été adoptée en 1947, il faut se pencher à nouveau sur la Déclaration Balfour de 1917 et ses conséquences. La Déclaration reflète les intérêts de la Grande-Bretagne dans la région : elle avait besoin de la Palestine pour conserver son contrôle sur le canal de Suez et pour faire obstacle aux ambitions françaises sur le sud de la Syrie. Les préoccupations britanniques étaient donc à la fois économiques (accès au Canal, accès et contrôle du pétrole et du gaz) et politiques (contrôle de la Palestine tel qu’il lui avait été donné par la Société des Nations). Ce contrôle est la raison pour laquelle la Grande-Bretagne s’est engagée à établir un « foyer juif » en Palestine, plutôt qu’un état juif.

La colonisation de la Palestine par les colons juifs européens s’est faite contre la volonté des Arabes palestiniens autochtones grâce à  la Déclaration. Cette colonisation européenne de la Palestine initiée par les Britanniques a commencé bien avant les terribles atrocités du régime nazi dans l’Allemagne hitlérienne. Il y a eu beaucoup de résistance palestinienne à cette double colonisation de la Palestine, dont la plus connue est la grande rébellion de 1936-1939. La direction du mouvement national palestinien qui a combattu la colonisation sioniste n’était pas d’accord en ce qui concernait le pouvoir britannique. Certains dirigeants pensaient que la Grande-Bretagne pouvait être gagnée à leur cause, tandis que d’autres la considéraient comme l’ennemi principal. Cette différence de vue sur le rôle du pouvoir impérial par rapport à l’ennemi direct existe toujours aujourd’hui.

Les mesures prises par les forces britanniques et sionistes pour écraser la rébellion de 1936-1939 sont venues à bout du mouvement national, ont dispersé ses dirigeants et ruiné l’économie palestinienne. Après, le mouvement n’avait plus de stratégie claire, en dehors d’exiger l’indépendance, une situation qui ressemble à celle d’aujourd’hui.

La réponse palestinienne au Plan de partition de l’ONU a reflété l’affaiblissement du mouvement national. Il n’y a pas eu de stratégie unifiée et pas de discussion pour solliciter l’avis des gens sur la meilleure ligne de conduite, à la fois tactique et stratégique. Seule une petite partie du mouvement national était prête à accepter le Plan. La majorité l’a rejeté mais n’a pas proposé d’alternative claire. La minorité palestinienne qui voulait l’accepter pensait qu’il serait possible de l’utiliser pour déjouer le projet sioniste d’occuper un maximum de terres débarrassées au maximum de leur population d’origine. Ce groupe pensait qu’accepter le Plan  donnerait aux Palestiniens l’espace et le temps nécessaires pour renforcer leurs forces et leurs capacités, établir un État et développer des relations avec la région et le monde. D’autres soutenaient que cela n’entraverait en rien le projet sioniste.

Il était normal et naturel de rejeter le Plan de partition. Pour les Palestiniens, cela signifiait abandonner plus de la moitié de leur patrie à un mouvement de colonisation européen qui avait envahi et colonisé leur pays par la force avec la protection de l’Empire britannique. Il avait violé leur droit à l’autodétermination et à l’indépendance et leur aspiration à un État démocratique qui garantirait les droits de tous ses citoyens sans distinction de religion, d’appartenance ethnique ou de race. En outre, le projet anglo-sioniste n’affectait pas seulement les Palestiniens. Toute la région arabe était concernée.

Le mouvement sioniste a profité du refus du Plan qu’il a fait semblant d’interpréter comme un refus de règlement pacifique, pour déclarer la guerre aux Palestiniens qui n’y étaient pas préparés, qui étaient désorganisés et n’avaient pas de leader.

Les alternatives au Plan de Partition n’ont donc jamais été développées ni discutées. Les arguments avancés par ceux qui voulaient l’accepter n’ont pas été suffisamment débattus et il n’y a eu aucune tentative pour articuler une nouvelle stratégie pour affronter le mouvement sioniste. Un tel effort aurait pu avoir un impact sur Israël et conduire plus tard à la réunification de la Palestine sur une base démocratique. Il aurait au moins fallu en discuter.

Ironiquement, certains arguments de cette époque ont été repris en 1974 pour promouvoir le programme de transition, également connu sous le nom de programme en 10 points, qui visait à établir un État sur n’importe quelle partie libérée de la Palestine. Le programme, approuvé par le Conseil national palestinien (CNP), a facilité l’entrée de l’Organisation de libération de la Palestine à l’Assemblée générale des Nations Unies en tant que membre non votant.

En 1998, alors que la première Intifada accroissait fortement le soutien international à la cause palestinienne, le CNP a approuvé la solution à deux États. Cependant, les accords d’Oslo de 1993, et ​​ce qui s’en est suivi, ont engendré une Partition encore bien plus préjudiciable à la Palestine que le Plan de Partition original, et ont abouti à la période actuelle où l’équilibre des pouvoirs entre Israël et les Palestiniens, au niveau local, régional et international, est largement en faveur d’Israël.

Compte tenu du fait que les Accords d’Oslo n’ont pas abouti à un État palestinien indépendant, les Palestiniens doivent-ils persister dans la solution de deux États, en attendant un changement de l’équilibre des pouvoirs, ou doivent-ils changer de stratégie et demander un État démocratique unifié en Palestine historique, comme le faisaient des membres éclairés du mouvement national palestinien avant la Nakba, et encore à le fin des années 1960 ? Cette fois, cependant, il faut aborder la question avec une vision et une stratégie claires et elle doit être débattue dans les communautés palestiniennes de la Palestine historique et dans la diaspora.

Mais débattre ne suffit pas. Nous nous demandons quelles leçons nous, en tant que Palestiniens, pouvons tirer de l’histoire et je repose ma question : qui va en tirer les leçons ? Et ceux qui détiennent le pouvoir en tiendront-ils compte ? Les intellectuels pensent souvent que leurs analyses vont influencer les décisionnaires politiques comme par magie. Mais si les groupes de pression, les mouvements sociaux, les partis politiques, les syndicats et d’autres formes de pouvoir n’agissent pas, il ne se passera pas grand chose.

Najwa al-Qattan : Lire l’histoire à travers le prisme de la réalité

La création de l’État d’Israël en 1948 est la conséquence de plusieurs développements historiques qui remontent au XIXe siècle. L’Holocauste a joué un rôle dans la naissance d’Israël, mais ce rôle a été davantage celui d’une sage-femme que d’une mère ou d’un père. Pourtant, en Occident comme en Palestine, les gens y voient une relation de cause à effet. Cette perception n’est pas seulement due à un faute de logique selon laquelle post hoc ergo proctor hoc, c’est à dire B a suivi A, donc A a provoqué B. En fait, il faut se pencher sur les six courtes années qui séparent les deux événements pour comprendre. Je vais démontrer qu’il n’y a pas de relation de cause à effet entre les deux événements et je vais expliquer pourquoi ils sont jumelés dans l’imagination populaire. Je conclurai avec les leçons qu’on peut tirer d’une analyse  plus critique de l’histoire.

Quand David Ben Gourion a annoncé la création de l’État d’Israël en mai 1948, il ne le sortait pas de son chapeau. Au contraire, cette création couronnait 50 ans d’efforts sionistes. Israël est la conséquence de développements historiques sur le court comme le long terme : l’antisémitisme racial ou moderne en Europe au XIXe siècle ; l’émergence du mouvement sioniste en tant que réponse à l’antisémitisme moderne et aux mouvements nationalistes en Russie et en Europe occidentale ; l’aptitude du sionisme naissant à combiner le socialisme et le nationalisme dans le but qu’« un peuple sans terre » puisse coloniser « une terre sans peuple » ; le Mandat britannique pour la Palestine grâce auquel – comme en témoigne la Déclaration Balfour – des vagues successives d’immigrants juifs européens ont construit des institutions sociales, économiques, politiques et militaires pré-étatiques.

Parmi les quelque 600 000 juifs européens qui avaient immigré en Palestine en 1948, il y avait 120 000 survivants de l’Holocauste. La population d’Israël a augmenté rapidement au cours des premières années de son existence grâce à l’arrivée de nouveaux immigrants. Trois cent mille autres survivants de l’Holocauste sont arrivés par vagues ainsi que plus de 475 000 Juifs du Moyen-Orient et d’ailleurs. Considérant que le projet sioniste avait pour but que l’État juif soit un refuge contre l’antisémitisme européen et un foyer national pour le peuple juif, ce petit nombre d’arrivées était un échec moral et politique pour le sionisme. Ils étaient sûrs qu’aussitôt l’État en place, des millions de juifs s’y précipiteraient, mais cela ne s’est pas produit, ni même après la catastrophe de l’Holocauste qui a exterminé six millions de Juifs.

Je ne nie pas qu’il y ait un lien historique entre les deux événements. Le premier lien entre l’Holocauste et la création de l’État d’Israël est lié au calendrier. Bien que, dans les premières décennies du XXe siècle, les créateurs de l’État sioniste aient tous été d’accord sur la location en Palestine d’un futur État juif, ils ne l’étaient pas sur le meilleur moment de le faire (ni sur l’étendue du territoire). Dans ce contexte, l’Holocauste a certainement conduit les dirigeants sionistes à insister sur l’urgence de créer l’État comme lors du Programme Biltmore en 1942, et comme l’a fait aussi la Grande-Bretagne en annonçant qu’elle se retirerait de la Palestine en 1947. Cependant, cela ne signifie pas pour autant que l’un soit la cause de l’autre ; les plans et les actions concrètes relatifs à la construction de l’État étaient déjà bien avancés à cette époque.

Le second lien est la propagande politique : le rapport entre l’Holocauste et Israël permet souvent d’interdire, en la dénonçant comme antisémite, toute critique d’Israël, et à effacer de l’histoire le fait que les Palestiniens n’ont plus d’État et que beaucoup sont réfugiés à l’étranger. Il y a deux ans, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou est même allé jusqu’à prétendre tout à fait abusivement que c’étaient les Palestiniens qui avaient suggéré à Hitler l’idée de la solution finale.

Qu’ils vivent sous occupation israélienne ou dispersés dans la diaspora à cause des Israéliens, les Palestiniens s’imaginent parfois que si l’Holocauste n’avait pas eu lieu, Israël n’existerait pas non plus. Au lieu de réinventer le passé, nous devrions en tirer des leçons pour nous construire un avenir pacifique et humain. Premièrement, le secret de la construction d’un État palestinien (quelle que soit sa forme) est la solidité et la force de ses habitants, de ses institutions et sa société civile, ainsi que la détermination de ses dirigeants politiques et de sa société civile à lutter contre l’occupation israélienne et contre la violation des droits des Palestiniens. Deuxièmement, même si l’Holocauste n’a pas directement provoqué l’émergence de l’État d’Israël, nous devons souhaiter qu’il n’ait pas eu lieu pour la seule raison qui compte : la raison morale.

Mouin Rabbani : Les conséquences de la paix séparée de Sadate

Le peuple palestinien semble avoir une relation difficile avec les années qui se terminent par le chiffre sept. Le Premier congrès sioniste s’est tenu dans la ville suisse de Bâle en 1897. En 1917, Arthur Balfour publiait sa déclaration ignominieuse par laquelle la Grande-Bretagne s’engageait à transformer la Palestine en foyer national juif ; la Commission Peel, recommandant que Londres adopte la Partition en tant que politique officielle, a publié son rapport en 1937. La résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations Unies recommandant la Partition de la Palestine a été adoptée le 29 novembre 1947 ; et le petit État d’Israël qui en résulta occupa le reste de la Palestine et d’autres territoires arabes en 1967. Un demi-siècle plus tard, en 2017, il semble s’y être installé de façon plus ou moins permanente. L’exception remarquable dans ce schéma de dépossession et de tragédie est l’année 1987, année où l’Intifada, le soulèvement populaire du territoire palestinien occupé, a éclaté pour donner une fois de plus aux Palestiniens l’espoir de la libération nationale.

L’année qui manque dans cette série de dates, est 1977, celle où le dirigeant égyptien Anouar Sadate a pris l’initiative de faire une paix séparée avec Israël. Le « pèlerinage », comme il l’a lui-même appelé, de Sadate pour aller embrasser Menahem Begin est systématiquement présenté comme le début prometteur d’un processus de paix arabo-israélien qui s’est ensuite détérioré. On n’a pas besoin du recul pour voir que ce n’était et n’aurait jamais pu être le cas. Sadate avait passé une grande partie des années 1970, et en particulier des années qui ont suivi la guerre d’octobre 1973, à reconfigurer l’Égypte. Alors qu’elle était auparavant le centre de gravité du monde arabe et avait une notoriété mondiale, sous la direction de Sadate, l’Égypte s’était graduellement réduite à un État client américano-saoudien. Les réformes socio-économiques qui ont accompagné ces développements – la politique d’infitah – ont ouvert les portes de l’Égypte à tous les capitalistes et réseaux véreux prêt à payer le prix d’entrée. Tout cela a également provoqué, au début de 1977, une explosion populaire comme il n’y en avait pas eue depuis le coup d’État de 1952, qui a failli mettre fin à la domination de Sadate. Sa visite surprise à Tel Aviv plus tard dans l’année a été le résultat direct de ces développements. Mais présenter son initiative comme inévitable – comme la conséquence logique et nécessaire des accords de désengagement du Sinaï de 1974-1975 suite à la guerre israélo-arabe d’octobre 1973 – revient à lire l’histoire en commençant par la fin. Il avait une bonne raison de prendre ses amis et ses ennemis par surprise. D’un seul coup d’un seul, le leader égyptien, un homme à part et de plus en plus perdu, a renoncé à l’option militaire arabe contre Israël. Ce faisant, il a également privé l’OLP et les États arabes d’une option diplomatique crédible.

La conséquence immédiate a été l’invasion dévastatrice du Liban en 1982 et l’expulsion du mouvement national palestinien du Liban. Une décennie plus tard, l’accord d’Oslo de 1993 n’a été rien d’autre que l’élaboration du plan d’autonomie incorporé dans le traité de paix israélo-égyptien de 1979. Qu’Israël n’ait pas encore baptisé une colonie du nom d’Anwar Sadat est un des grands mystères de la région. Si l’Égypte, comme elle a failli le faire, avait résisté à la tentation d’une paix séparée avec Israël à la fin des années 1970, le Moyen-Orient serait aujourd’hui très différent et presque certainement beaucoup plus agréable à vivre. Les Palestiniens et les États arabes auraient conservé une option diplomatique crédible et auraient été en mesure d’exercer une pression militaire significative si Israël avait refusé de faire des compromis.

Jaber Suleiman : Réapprendre les leçons de la première Intifada

La première Intifada de 1987 fut un brillant exemple de la lutte palestinienne contre l’occupation israélienne. Elle a mobilisé tous les segments du peuple palestinien et s’est distinguée par son unité, son organisation et sa créativité. Elle a également remis la cause palestinienne sur la scène internationale après que l’OLP a été chassée de Beyrouth en 1982, en perdant sa base.

Depuis lors, chaque fois que les Palestiniens se lèvent contre l’occupation israélienne, nous nous demandons s’il s’agit d’une nouvelle Intifada – une troisième Intifada, puisque l’Intifada de l’année 2000 a été la deuxième. Certains analystes n’hésitent pas à utiliser le terme « intifada » pour désigner toute action populaire prometteuse, comme le mouvement des jeunes de 2015 et, plus récemment, la « vague de colère » de Jérusalem, qui se poursuit par intermittence en cette année 2017. Cela souligne la position charnière de la première Intifada, qui a duré trois ans. En effet, on ne peut la comparer qu’à la grande révolte palestinienne de 1936-1939. L’Intifada et la révolte se sont toutes les deux soldées par un tragique échec, quoique dans des circonstances historiques différentes.

Les dirigeants palestiniens des années 1930 ont accepté d’arrêter la révolte, à l’appel des dirigeants arabes, et de faire confiance aux « bonnes intentions de notre allié britannique » qui s’était engagé à accéder aux demandes arabes. En 1988, l’OLP a décidé lors de la 19e session du Conseil national d’utiliser le capital politique de la première Intifada pour obtenir la liberté et l’indépendance. Elle a cru que le message était passé et que la force de l’Intifada permettrait de mettre en application  le programme politique provisoire adopté par l’ALP en 1974, qui comprenait la création d’une entité palestinienne sur n’importe quelle partie de la Palestine libérée. Elle n’a obtenu qu’une caricature d’État à la suite des Accords d’Oslo.

Étant donné que la révolte de 1936 n’avait pas permis aux Palestiniens d’obtenir le respect de leur droit à l’autodétermination, pourquoi la première Intifada n’a-t-elle pas tenu compte de cette première expérience riche d’enseignements pour éviter la même fin tragique ? La première Intifada a subi le même sort que la révolte de 1936 parce qu’elle s’est investie trop rapidement dans le processus d’Oslo dont le peuple palestinien continue de payer les conséquences, notamment en termes de division, de fragmentation et d’affaiblissement de son mouvement national qui avait pourtant occupé une place de premier plan dans les mouvements de libération nationale du monde entier dans les années 1970.

C’est une question cruciale maintenant que cent ans ont passés depuis la Déclaration Balfour et que le calamiteux processus d’Oslo est mort après plus de deux décennies de négociations futiles. La nouvelle réalité créée sur le terrain par la présence des colonies israéliennes – et le refus d’Israël de se retirer des terres occupées en 1967 – ont rendu impossible la solution à deux États. Aujourd’hui, il est urgent de se demander comment les leçons de la première Intifada et de ses conséquences peuvent servir à une juste résolution du conflit arabo-israélien.

• L’histoire montre l’importance d’avoir une vision stratégique claire pour la lutte nationale palestinienne et de s’assurer que les mouvements tactiques nourrissent les mouvements stratégiques, et vice versa, à tous les stades de la lutte et en tenant compte des changements sur le terrain et dans les rapports internationaux. Cela garantit qu’à tous les stades de la lutte l’opportunisme politique ne prenne pas le pas sur les objectifs finaux.

• Il est essentiel de s’appuyer sur les fondements juridiques du conflit basés sur les principes de justice consacrés dans la Charte des Nations Unies qui supplantent le droit international en vertu de l’Article I de la Charte. Cela garantit que le fondement juridique des droits des Palestiniens n’est pas manipulé et que ces droits restent la référence dans toutes les négociations. Ce ne fut pas le cas à Oslo.

• La direction palestinienne – actuelle ou future – devrait s’inspirer de l’esprit combatif dont le peuple fait preuve depuis plus d’un siècle en résistant au projet sioniste. Les dirigeants devraient tirer des enseignements de ces expériences historiques pour renforcer leur foi dans le potentiel révolutionnaire du peuple palestinien et s’interdire une exploitation politique mesquine et étroite des solides réalisations de la lutte qui porte atteinte aux droits nationaux palestiniens.

Traduction : Dominique Muselet

Note

  1. Le gouvernement britannique a adopté le Livre blanc en 1939, et ce fut sa politique jusqu’à la fin du mandat britannique en 1948. Le Livre blanc rejetait la partition et stipulait que le foyer national juif devrait être intégré à une Palestine indépendante avec des limites à l’immigration.

 

http://lesakerfrancophone.fr/lapres-balfour-100-ans-dhistoire-et-doccasions-manquees

 

Liban : Démission d’Hariri – l’analyse de Richard Labévière et René Naba

3 beaux article pour un événement important trop peu commenté…

Liban : Démission d’Hariri contre l’Iran ! Par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 06-11-2017

Beyrouth, le 5 novembre.

La démission, vendredi dernier, du Premier ministre libanais Saad Hariri sonne comme un coup de tonnerre supplémentaire dans les cieux déjà passablement tourmentés des Proche et Moyen-Orient. Cette décision spectaculaire fait suite à l’appel du président américain Donald Trump, lancé le 20 mai dernier depuis Riyad, d’« isoler l’Iran ». Elle intervient dans la phase ultime d’une révolution de palais en Arabie saoudite qui a vu, samedi dernier, l’arrestation d’une trentaine de princes et d’hommes d’affaires. Enfin, elle survient dans un contexte stratégique dominé par la reprise en main de la presque totalité du territoire syrien par l’armée gouvernementale et ses alliés russes, iraniens et du Hezbollah libanais.

LA DEFAITE DE L’AXE AMERICANO-ISRAELO-SAOUDIEN

Avec la libération de Deir ez-Zor par l’armée gouvernementale syrienne, l’opposition armée et ses soutiens sunnites – Arabie saoudite, Qatar, Emirats arabes unis, Koweït, etc. – sont aux abois. En reprenant le contrôle des régions de l’est de la Syrie, l’armée syrienne et ses alliés, non seulement libèrent des zones pétrolières qui seront essentielles pour la reconstruction du pays, mais surtout opère leur jonction avec les forces de Bagdad sur la frontière avec l’Irak, une bande de quelque 650 kilomètre entre la Jordanie et la Turquie.

« L’épouvantail d’un « couloir chi’ite » tant redouté par Washington, Riyad et Tel-Aviv ressurgit comme un spectre panique », souligne un ambassadeur européen en poste à Beyrouth, « à tel point que pour retarder cet inéluctable retournement, les forces spéciales américaines présentes dans la zone ont poussé des groupes kurdes à faire alliance avec les dernières unités combattantes de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) encore déployées dans l’est de la Syrie ».

Deir ez-Zor était le dernier centre urbain aux mains de Dae’ch en Syrie, depuis la chute de Rakka mi-octobre. Après avoir contrôlé un tiers du pays, Dae’ch est aujourd’hui acculé dans la vallée de l’Euphrate. Le 7 octobre dernier, le général américain Robert Sofge, numéro deux de la coalition internationale anti-Dae’ch, estimait qu’environ 2 000 combattants jihadistes se cachent dans le désert environnant. Les deux victoires de Rakka et de Deir ez-Zor ne signifient certainement pas la fin de Dae’ch. « Bien qu’extrêmement amoindrie, l’organisation a recomposé des cellules dormantes dans les zones libérées et se réoriente déjà vers des actions traditionnelles de guérilla, avec le soutien de plusieurs groupes kurdes », confirme une source militaire européenne, ajoutant : « l’axe américano-israélo-saoudien perdra cette guerre et c’est l’Iran et la Russie qui vont y gagner… »

Malgré les protestations américaines, les troupes irakiennes ont débarrassé les zones frontalières avec la Syrie de l’essentiel des groupes salafistes. Des milices irakiennes ont même franchi la frontière pour aider les troupes syriennes à reprendre Abu Kamal, la dernière localité contrôlée par Dae’ch. Il est certain que cette jonction favorisera une collaboration militaire entre la Syrie et l’Irak, cauchemar de Washington, de Tel-Aviv et de Riyad.

Les États-Unis avaient prévu de prendre Abou Kamal avec les unités des Forces démocratiques syriennes (FDS) – leurs forces supplétives kurdes. Malheureusement pour eux, les forces gouvernementales syriennes les ont pris de vitesse. Durant plusieurs journées consécutives, les bombardiers Tu-22M3 à long rayon d’action de la Russie, ont soutenu l’offensive syrienne par des raids d’importance effectués directement depuis la Russie. Le Hezbollah a engagé plusieurs milliers de combattants.

Parrainé par l’Arabie saoudite en Irak et en Syrie, Dae’ch a, donc été anéanti, L’Irak a retrouvé sa souveraineté nationale et la Syrie est en passe de reconquérir la sienne. Dans les deux cas, les forces armées gouvernementales ont empêché les Kurdes de s’approprier une partie du territoire et déjoué les tentatives de relancer la guerre civile à leur profit. Face à cet échec des Etats-Unis qui misait sur une « partition », appelant pudiquement à l’instauration d’un « fédéralisme », la reconquête de la quasi-totalité du territoire national syrien relance une dynamique de revanche et de nouveaux irrédentismes.

Les propos de Benjamin Netanyahou, le 5 novembre à la BBC, confirment involontairement cette évolution et la défaite de l’axe américano-israélo-saoudien : « la démission de Saad Hariri veut dire que le Hezbollah a pris le pouvoir, ce qui signifie que l’Iran a pris le pouvoir. Ceci est un appel à se réveiller ! Le Moyen-Orient vit une période extrêmement dangereuse où l’Iran mène une tentative pour dominer et contrôler toute la région… Quand tous les Arabes et les Israéliens sont d’accords sur une chose, le monde doit l’entendre. Nous devons stopper cette prise de contrôle iranienne ». Dans tous les cas de figures, chaque fois qu’une nouvelle menace cible l’Iran, c’est le Liban qui trinque.

FIN D’UNE REVOLUTION DE PALAIS

Désormais, l’Arabie Saoudite et ses satellites du Golfe (à l’exception notoire du Qatar) cherchent un autre théâtre d’où ils pourraient défier et fragiliser l’Iran pour compenser la perte de la Syrie. L’impérieux désir de renverser la donne régionale pourrait les amener à tenter de reprendre pied au Liban. Les États du Golfe, Israël et les États-Unis ne veulent pas que l’Iran récolte les fruits d’une victoire en Syrie.

Ironie de l’histoire : le Premier ministre libanais (qui a un passeport saoudien) a démissionné sur ordre de l’Arabie Saoudite, en Arabie Saoudite, en direct sur la télévision saoudienne Al-Arabia. Dans sa lettre de démission, rédigée par des fonctionnaires du palais saoudien, il accuse l’Iran d’ingérence étrangère dans la politique libanaise. Une rumeur prétend également qu’un assassinat de Saad Hariri était planifié au Liban, ce qui n’a aucun sens nous ont confirmé plusieurs responsables des services de la sécurité intérieure libanaise, même si des proches du Premier ministre affirment que ce sont les services de renseignement français qui l’auraient averti. A Beyrouth, ces derniers démentent formellement « cette rumeur sans fondement ». D’autres sources évoquent un montage du Mossad…

Toujours est-il que la démission du Premier ministre libanais en Arabie saoudite est concomitante avec une spectaculaire arrestation de princes et particulièrement les puissants chefs de la Garde nationale et de la Marine. Riyad a décidé de bloquer les comptes bancaires du prince milliardaire Walid ben Talal et de dix autres dignitaires saoudiens. Une trentaine d’anciens ministres et d’hommes d’affaires ont été arrêtés dans la nuit de samedi à dimanche dernier, au nom de la lutte contre la corruption. Des porte-parole du Palais annoncent que quelques mille milliards de dollars pourraient être ainsi récupérés. Mais d’autres voix régionales plus avisées avancent que « sous prétexte d’une improbable lutte contre la corruption, il s’agissait surtout pour le nouveau pouvoir installé à Riyad d’achever sa révolution de palais en écartant les personnalités saoudiennes ne partageant pas les nouvelles options de Mohamad Ben Salman, à savoir un rapprochement avec Israël et un durcissement de la confrontation avec l’Iran, le Qatar et les mondes chi’ites ».

La démission surprise de Saad Hariri parachève une révolution de palais qui intervient en pleine reprise des négociations internationales sur la Syrie. En visite en Iran, le 1er novembre dernier, Vladimir Poutine a confirmé sa détermination à poursuivre le processus d’Astana par une prochaine réunion des différentes composantes de l’opposition à Sotchi. A Genève, le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu, Staffan de Mistura a prévu une nouvelle session de pourparlers entre l’opposition et le gouvernement syrien le 28 novembre prochain.

Au début de la semaine, Thamer al-Sabhan, le ministre saoudien des Affaires du Golfe, avait menacé le Hezbollah libanais et annoncé des surprises à venir. Se référant à l’un de ses tweets à l’adresse du gouvernement libanais, le ministre d’ajouter : « j’ai envoyé ce message au gouvernement parce que le parti de Satan (de Hezbollah s’entend) y est représenté et que c’est un parti terroriste. Le problème n’est pas de renverser le gouvernement, mais plutôt de renverser le Hezbollah ».

HASSAN NASRALLAH APPELLE AU CALME

Dimanche soir, lors d’une allocution télévisée, le secrétaire général du Hezbollah s’est montré rassurant en soulignant que « l’escalade politique verbale ne change rien à la réalité régionale ». Il a appelé les Libanais au calme et à ne pas céder à trois rumeurs colportées par ceux qui cherchent à provoquer une crise constitutionnelle : un projet d’assassinat contre Saad Hariri, une frappe israélienne et un plan saoudien pour attaquer le Liban.

Hassan Nasrallah a répondu point par point en expliquant, en substance : l’annonce d’un projet d’assassinat est « totalement fantaisiste » ; l’agenda de Tel-Aviv n’est pas identique à celui de Riyad et ne peut envisager des frappes dans le contexte actuel ; enfin, l’Arabie saoudite n’a pas les moyens d’attaquer le Liban. On peut ajouter… alors qu’elle perd en Syrie, qu’elle s’enlise au Yémen et qu’elle réprime la rue à Bahreïn, tandis que les dernières arrestations pourraient susciter des réactions de la rue et cristalliser une crise de régime qui couve depuis plusieurs mois !

Par ailleurs, le chef du Hezbollah a estimé que la démission de Saad Hariri n’est pas sa décision personnelle et qu’il faut attendre son retour au Liban pour qu’il s’explique devant ses pairs, peut-être ce jeudi, à moins que le Premier ministre libanais ne soit retenu en Arabie saoudite – en résidence surveillée, voire en prison ? Avec l’intelligence politique qu’on lui connait, Hassan Nasrallah a soigneusement évité d’accabler Saad Hariri personnellement, préférant remonter à la source de cette démission surprise : l’Arabie saoudite !

Sur la même longueur d’onde, des proches du président du Liban, Michel Aoun ont déclaré que cette démission – annoncée depuis un pays étranger – est anticonstitutionnelle. Le Président refuse d’en prendre acte avant d’avoir entendu, de la bouche de l’intéressé lui-même, les raisons d’une telle décision. A l’unisson, les deux responsables politiques ont demandé le retour physique de Saad Hariri sur le territoire libanais, afin de prendre les mesures adaptées.

Avant même l’annonce de la démission de Saad Hariri, Samir Geagea – le patron des Forces libanaise (FL) – avait, lui-aussi multiplié les attaques en direction du Hezbollah. Toujours en phase avec Tel-Aviv et Riyad, le leader d’extrême-droite cherchera, sans doute, à tirer profit de la situation pour affaiblir ses concurrents du camp chrétien en se présentant comme la seule alternative possible à la succession du président Michel Aoun.

D’autres conséquences sont à craindre. L’administration américaine pourrait en profiter pour annoncer de nouvelles sanctions contre le Hezbollah et le Liban. L’Arabie saoudite continuera à infiltrer au Liban une partie de ses combattants de la Qaïda et de Dae’ch en Syrie et en Irak. Comme depuis plusieurs décennies, la monarchie wahhabite financera de nouvelles opérations terroristes au Liban et dans d’autres pays de la région, ciblant des objectifs chi’ites et chrétiens. Sans prendre le risque de déclencher une guerre d’envergure, Israël poursuivra vraisemblablement harcèlements et provocations à l’encontre du Hezbollah le long de la frontière sud du Liban, de même que ses violations quotidiennes des l’espace aérien et des eaux territoriales du Pays du Cèdre.

En réponse à un article très étrange de Médiapart consacré la démission de Saad Hariri, Bernard Cornut – collaborateur de prochetmoyen-orient.ch-, a envoyé une réponse qui mérite d’être diffusée : « l’article cite le 1,5 million de réfugiés comme source de l’instabilité du Liban et la guerre en Syrie comme la cause de ces réfugiés. Il omet de mentionner la raison principale du déclenchement et de la prolongation de cette guerre, à savoir le feu vert d’Hillary Clinton au soutien financier et à l’armement massif des rebelles mercenaires engagés en Syrie, via les bases américaines installées en Turquie (Incirlik et Hatay) et en Jordanie, comme l’a reconnu récemment très clairement Hamid Ben Jassem, l’ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar dans un entretien télévisé le 25 octobre dernier. Il précisait ainsi ce qu’il avait déjà reconnu dans une interview du 15 avril 2017 au Financial Times, citant sa visite au roi Abdallah d’Arabie dès le début des évènements de Syrie pour assurer cet appui massif illégal à des rebellions illégales.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 06-11-2017

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Saa Hariri, un homme aux ordres

Source : Madaniya, René Naba, 05-11-2017

Saad Hariri n’est pas un homme d’ordre, mais un homme aux ordres et son comportement imprévisible fait désordre. Sa démission samedi 4 Novembre 2017 de son poste de premier ministre, inopinément, sur claquement des doigts des Saoudiens, accrédite l’image d’un fantoche, d’un homme de paille de la dynastie wahhabite, à l’origine de sa fortune et de promotion politique. Signe de sa dépendance extrême à l’égard de ses parrains, c’est depuis l’Arabie saoudite et non depuis Beyrouth, la capitale d’un pays dont il est le chef du gouvernement, qu’il a annoncé sa démission, camouflant son abandon de poste par une violente diatribe contre l’Iran et le Hezbollah, son rival politique victorieux de toutes ses confrontations face au chef du clan saoudo américain au Liban. Depuis l’Arabie saoudite, qui lui a infligé camouflet sur camouflet lors de sa faillite, sans la moindre aide, sans la moindre attention au sort des centaines d’employés que l’héritier failli a été contraint de licencier et de réduire au chômage sans la moindre indemnité, dans la pure tradition du capitalisme sauvage pétro monarchique.

Précédée par la convocation à Ryad de tous les hommes liges libanais du bailleur de fonds saoudien, -Samir Geagea, Samy Gemayel, les chefs des anciennes milices chrétiennes pro israéliennes, le Patriarche maronite Béchara Rahi – tous munis d’un ordre de mission d’un ministricule saoudien, Tamer Al Sabhane, ordonnant « l’expulsion du Hezbollah du gouvernement libanais », cette démission paraît devoir traduire la volonté du Royaume d’engager l’épreuve de force contre l’Iran et son allié chiite libanais, alors que l’Arabie Saoudite et son protecteur américain enregistrent revers sur revers tant en Syrie, qu’en Irak et que la coalition pétro monarchique est enlisée dans une guerre sans fin au Yémen. « De soustraire le Liban du champ de bataille afin de le contraindre à une normalisation avec Israël dans la foulée de la diplomatie saoudienne, dénoncera Sayyed Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah Libanais, à l’annonce de cette démission.

La démission forcée du dirigeant sunnite libanais s’est accompagnée d’une purge sans précédent au pouvoir dans le royaume saoudien portant sur 4 ministres, onze princes, le commandement de la garde nationale, le fief ultra conservateur de la dynastie wahhabite, afin de brider toute contestation du pouvoir du jeune prince héritier Mohamad Ben Salmane (MBS) et aspirant impétueux à la succession de son père. Elle pourrait entraîner le Liban dans une spirale infernale, dans le droit fil de la politique israélo-américaine visant à la neutralisation du Hezbollah et déboucher à terme sur une nouvelle épreuve de force avec Israël. Depuis l’an 2000, Israël n’a jamais remporté un succès décisif face au Hezbollah, un des décideurs majeurs sur le plan régional et un des grands vainqueurs de la guerre de Syrie.

La dernière confrontation Israël-Hezbollah en 2006, s’est soldée par une humiliante retraite israélienne du sud Liban et la double démission du premier ministre Ehud Olmert et du chef de l’aviation Dan Haloutz. L’abdication de Hariri Jr devant l’oukaze saoudien est intervenue moins d’un an après sa nomination à la tête du gouvernement, après une éclipse de cinq ans marquée par la déconfiture retentissante de son empire. En guise de justificatif à sa démission, le milliardaire failli a dénoncé le rôle néfaste de l’Iran et du Hezbollah. L’Iran, et non l’Arabie, incubateur du terrorisme islamique. Le Hezbollah, la sentinelle de l’Indépendance libanaise, celui là -même qui a fermé l’œil sur ses jongleries financières avec la banque centrale libanaise pour le renflouer. Le Hezbollah qui a cautionné son retour au pouvoir par une entente avec le président Michel Aoun.

Onze mois de gouvernance exactement ; un délai court mais suffisant pour lui permettre de se reconstituer, avec la bienveillance du Président libanais Michel Aoun et du Hezbollah, une santé financière notamment grâce au reprofilage arbitraire de sa dette par la Banque Centrale du Liban, l’acquisition injustifiée des terres du domaine publique maritime libanais, et la réaffectation des chômeurs de ses entreprises dans des services publics libanais. Pour justifier sa fuite, le fugitif permanent de la vie politique libanaise a assuré qu’il avait fait l’objet d’une tentative d’attentat, un argument similaire que le quotidien français Libération s’était dévoué à avancer en 2011 pour expliquer sa déportation vers l’Arabie saoudite.

HÉRITIER PROBLÉMATIQUE ET PARFAIT EXEMPLE D’UN DIRIGEANT OFF SHORE

Signe de son attachement au Liban, ce flying Dutchman de l’époque contemporaine, en errance perpétuelle, n’a jamai , bien jamais, fait séjourner sa famille -son épouse d’origine syrienne et ses deux enfants-au Liban, vivant leur scolarité et leurs vacances entre l’Arabie saoudite, Paris et le sud de la France. Héritier problématique, Saad Hariri constitue un parfait exemple d’un dirigeant off shore. A l’Image de l’opposition syrienne off shore pétro monarchique, dont il fut un ferme soutien. L’histoire des relations internationales abonde en effet d’exemples de gouvernement en exil, de gouvernement provisoire ou de gouvernement transitoire, mais nulle part ailleurs qu’au Liban ne s’est pratiqué l’exercice au quotidien d’un gouvernement off shore.

Un chef de gouvernement dûment investi mais quasiment absent du siège de son pouvoir, n’y faisant escale qu’entre deux voyages, gérant à distance un pays pourtant considéré comme l’épicentre d’une zone névralgique. Le mérite en revient à Saad Hariri, l’héritier problématique de son père assassiné, Rafic Hariri, le milliardaire libano saoudien, dont la mandature gouvernementale constituera, c’est là son unique titre de gloire, une rare contribution à la science politique contemporaine. Le premier cas dans l’histoire d’un gouvernement par télécommande (remote control), dans la double acception du terme, un gouvernement téléguidé par ses commanditaires saoudiens, dont il répercute les consignes par télécommande, depuis son lieu d’exil, à ses collaborateurs délocalisés au Liban.

En pleine offensive israélienne contre le Liban, en juillet 2016, il désertera la champ de bataille, Beyrouth, une capitale dont il est député et chef de son bloc parlementaire majoritaire, pour se mettre au frais dans les palaces climatisés d’Arabie saoudite, glanant au passage le titre de «planqué de Beyrouth». Il récidivera six ans plus tard. En pleine tourmente de la révolte arabe du printemps 2011, l’homme insensible aux bouleversements de sa zone, demeurera cinq ans hors du Liban en quête d’un mirobolant contrat, à l’effet de le renflouer et de payer ses créanciers ses propres frères et sœurs, ayant opté pour la séparation des biens, face à un être aussi aléatoire.

LE CHEVAL DE TROIE DE LA FRANCE DANS LES PROJETS DE RECONSTRUCTION DE LA SYRIE.

Ultime point d’ancrage de la France au Liban, Jupiter de France a volé à son secours au lendemain de la magistrale victoire du Hezbollah libanais, l’été 2017, sur les groupements terroristes Daech et Jabhat An Nosra, qu’il a éradiqués de la zone frontalière syro libanaise. Sa visite à Paris au lendemain de la reddition de Daech, de surcroît le jour de la fête religieuse d’Al Adha, était destinée à détourner l’attention de l’opinion française sur l’exploit militaire réalisé par son rival chiite. En voulant donner de la visibilité au premier ministre libanais en faillite politique et financière, la France a voulu renflouer un de ses rares partenaires au Liban.

Tout d’abord politiquement, par son accueil par le président Emmanuel Macron, accréditant ainsi l’image d’un interlocuteur des dirigeants occidentaux, puis économiquement en acceptant de servir de paravent aux entreprises françaises, sous couvert de sociétés mixtes franco-libanaises dans le plan de reconstruction de la Syrie, dont la France est exclue. Incorrigible, sa nouvelle défection du champ de bataille alors que les menaces israéliennes se font de plus en précises contre le Liban va définitivement ancrer l’image d’un pantin désarticulé au gré des aléas de la stratégie erratique saoudienne. Un être sans consistance, ni substance. « Les marins de toutes les nations croient à l’existence d’un bâtiment hollandais dont l’équipage est condamné par la justice divine, pour crime de pirateries et de cruautés abominables, à errer sur les mers jusqu’à la fin des siècles. On considère sa rencontre comme un funeste présage ». Que les oracles préservent le Liban de ce Flying Dutchman de l’époque contemporaine.

Source : Madaniya, René Naba, 05-11-2017

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Liban – Démission d’Hariri – Première salve de la guerre saoudienne contre le Hezbollah

Source : Afrique-Asie, 06-11-2017

Mise à jour (5 Nov, 15h) – après la publication de cet article, les dirigeants saoudiens ont procédé à un « nettoyage » en Arabie Saoudite. De nombreux princes et hommes d’affaires ont été arrêtés. On en reparlera.

Il y a quatre jours, nous avons posé cette question : Est-ce que le « modéré Al-Qaïda » s’est fixé le Hezbollah pour cible ? La réponse implicite de cet article était « Oui, la guerre arrive au Liban ».

Aujourd’hui, le Premier ministre libanais Saad Al-Hariri a démissionné en faisant une déclaration écrite par l’Arabie Saoudite sur la chaîne de télévision saoudienne Al Arabia (vidéo). C’était la première salve.

L’axe Saoudo-Israélo-Américain perdra cette guerre et c’est l’Iran et la Russie qui vont y gagner.

Au début de la semaine, Thamer al-Sabhan, le ministre saoudien extrêmement sectaire des Affaires du Golfe, avait menacé le Hezbollah libanais et annoncé une surprise :

Le belliqueux ministre saoudien des Affaires du Golfe, Thamer al-Sabhan, a appelé lundi à « renverser le Hezbollah » et a annoncé des « développements étonnants » dans les « jours à venir ».
…
Se référant à son tweet de dimanche sur le gouvernement libanais, le ministre a déclaré : « J’ai envoyé ce tweet au gouvernement parce que le parti de Satan (Hezbollah) y est représenté et que c’est un parti terroriste. Le problème n’est pas de renverser le gouvernement, mais plutôt de renverser le Hezbollah. »

« Les développements à venir vont en étonner plus, c’est certain », a ajouté M. al-Sabhan.

Pendant qu’il y avait des combats en Syrie et en Irak, le Liban était en paix. Maintenant que ces guerres se terminent, les luttes par procuration reprennent au Liban. Joseph Bahout l’avait prédit à la mi-octobre :

Au niveau régional, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis cherchent maintenant un autre endroit d’où ils pourraient défier et faire saigner l’Iran pour compenser la perte de la Syrie. Le violent désir de renverser la donne régionale pourrait les amener à tenter de reprendre pied au Liban. Les États du Golfe, Israël et les États-Unis ne veulent pas que l’Iran récolte les fruits d’une victoire en Syrie. S’ils cherchent à rééquilibrer la relation régionale avec Téhéran au Moyen -Orient, le seul endroit pour le faire serait le Liban, malgré les nombreux risques que cela comporterait.

Dans un tel cas, et malgré sa réticence à mettre en péril son sanctuaire libanais, le Hezbollah pourrait ne pas avoir d’autre choix que d’accepter le défi, surtout s’il a une composante israélienne.

La politique libanaise est organisée selon un accord compliqué. Le camp sunnite, financé par les Saoudiens, occupe le poste de premier ministre. Le poste de président est occupé par l’ancien général chrétien Michel Aoun. Le poste de président du parlement est occupé par le leader du mouvement chiite Amal Nabih Berri. Il y a deux mois, Berri avait proposé d’élire un nouveau parlement avant la fin de l’année. Une élection affaiblirait probablement la position sunnite.

Saad Al-Hariri est devenu premier ministre après une longue querelle au Liban qui s’était ravivée avec l’assassinat du père de Saad, Rafic Hariri, l’ancien premier ministre. Le Hezbollah a été accusé de cet assassinat mais il s’agissait plus probablement d’une opération secrète israélienne.

La famille Hariri s’est enrichie grâce à Saudi Oger, une entreprise de construction en Arabie Saoudite dont elle est propriétaire. Les Hariri ont des passeports saoudiens. Les affaires ont mal tourné sous Hariri junior. En juillet, Saudi Oger a fermé ses portes et le bruit court que la famille d’ex-milliardaires serait en faillite. Les dirigeants saoudiens les soutiennent financièrement.

Hariri avait récemment nommé un ambassadeur libanais en Syrie. Hier, Hariri a reçu la visite à Beyrouth d’Ali Velayati, un haut conseiller de Khamenei, le chef suprême d’Iran. Les Saoudiens n’ont apprécié ni l’un ni l’autre événement. Le plan de Thamer a été mis en marche. Ils ont envoyé un jet privé et ramené Hariri à Riyad. Là, le prince clown saoudien Mohammad bin Salman a donné à Hariri la lettre de démission (écrite par Thamer ?) qu’il a lue à la TV saoudienne.

Comble de l’ironie : Le Premier ministre libanais (qui a un passeport saoudien) démissionne sur ordre de l’Arabie Saoudite, en Arabie Saoudite, à la télévision saoudienne. Dans sa lettre de démission écrite par les Saoudiens (extraits), il accuse l’Iran d’ingérence étrangère dans la politique libanaise.

(Hariri prétend également que son assassinat était planifié au Liban. Cela n’a pas de sens. L’organisation de sécurité intérieure libanaise affirme qu’elle n’a pas connaissance d’un tel complot.) Hariri a besoin d’un prétexte pour rester en dehors du Liban et échapper à la colère de ceux qui lui faisaient confiance. Les médias saoudiens essaient de fabriquer une histoire fantastique à partir de ce supposé assassinat, mais il n’y a aucune preuve de quoi que ce soit.)

La démission de Hariri a pour but de provoquer une crise constitutionnelle au Liban et d’empêcher de nouvelles élections parlementaires. Voilà la suite probable du plan saoudien :

• L’administration Trump annoncera de nouvelles sanctions contre le Hezbollah et contre le Liban.
• Le gouvernement saoudien infiltrera au Liban une partie de ses combattants par procuration d’Al-Qaïda/EI de Syrie et d’Irak (éventuellement via la Turquie par la mer). Il financera des opérations terroristes libanaises locales.
• Des extrémistes sunnites se livreront à des nouvelles tentatives d’assassinat, à des attentats terroristes et à des émeutes contre les chrétiens et les chiites au Liban.
• Les États-Unis essayeront de pousser l’armée libanaise à déclarer la guerre au Hezbollah.
• Israël tentera de provoquer le Hezbollah et de détourner son attention avec de nouvelles machinations à la frontière libanaise et à la frontière syrienne. Mais il n’entamera PAS une vraie guerre.

Le plan a peu de chances de réussir :

• Le peuple libanais dans son ensemble ne veut pas d’une nouvelle guerre civile.
• L’armée libanaise ne s’impliquera avec un camp ou un autre et au contraire tentera de maintenir le calme partout.
• Les sanctions contre le Hezbollah frapperont tout le Liban, y compris les intérêts sunnites.
• Un nouveau premier ministre sunnite sera installé à la place de la marionnette saoudienne qui a démissionné.
• Le Liban constituera un nouveau marché pour les Russes et les Iraniens. Les compagnies russes s’engageront dans l’extraction gazière et pétrolière libanaise en Méditerranée et remplaceront les Etats-Unis.

Le plan saoudo/américano/israélien contre le Hezbollah a tout l’air d’une crise de rage impuissante provoquée par leur défaite en Syrie et en Irak.

Les troupes irakiennes ont, malgré les protestations des Etats-Unis, débarrassé les zones frontalières avec la Syrie de l’EI. Des milices irakiennes ont franchi la frontière pour aider les troupes syriennes à reprendre Abu Kamal, le dernier endroit contrôlé par l’EI. Cela ouvrira enfin une route directe de la Syrie vers l’Irak et au-delà. Les États-Unis avaient prévu de prendre Abou Kamal avec leurs forces par procuration kurdes/arabes et de bloquer cette route. Les forces gouvernementales syriennes se dépêchent de les en empêcher. Pour la quatrième journée consécutive, les bombardiers Tu-22M3 à long rayon d’action de la Russie ont soutenu le combat avec de grands raids effectués directement depuis la Russie. Le Hezbollah a réinjecté des milliers de combattants. Cette force massive va submerger les défenses de l’Etat islamique. La Syrie gagnera la course pour prendre la ville ainsi que la bataille.

L’Etat islamique parrainé par l’Arabie saoudite en Irak et en Syrie a été anéanti, il n’existe plus. Certains de ses éléments formeront des petits groupes terroristes dans le désert – cruels mais sans effet sur la situation globale.

L’Irak a retrouvé sa souveraineté nationale. Il a vaincu l’EI, empêché les Kurdes de s’approprier une partie du territoire arabe, et déjoué toutes les tentatives de relancer une guerre civile. Les combats en Syrie contre al-Qaïda, ainsi que l’ingérence turque, israélienne et américaine, dureront encore un an. Mais il est très probable que la puissante alliance de la Syrie, de l’Iran, de la Russie et du Hezbollah remportera la guerre. La Syrie a subi beaucoup de dommages mais elle a gardé son unité et son indépendance et elle survivra.

La guerre lancée contre le Hezbollah et donc contre le Liban se terminera probablement de la même manière.

Les efforts maniaques des Saoudiens et des Etats-Unis pour contrecarrer une prétendue influence iranienne (et russe), ont permis à l’Iran (et à la Russie) d’améliorer et de sécuriser leur situation bien mieux qu’ils n’auraient jamais pu l’espérer autrement. Je ne comprends vraiment pas pourquoi les Saoudiens pensent que leur nouvelle aventure au Liban va avoir une issue différente. Cela me dépasse.

Traduction : Dominique Muselet

Source : Afrique-Asie,, 06-11-2017

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