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L’Otan et les bombes nucléaires ne sont pas des thèmes électoraux

L’Otan et les bombes nucléaires ne sont pas des thèmes électoraux

Si les débats de la campagne électorale législative italienne abordent la question du rôle de l’Union européenne, aucun ne s’intéresse à celui de l’Otan. Pourtant les deux institutions sont les deux faces, civile et militaire, d’une seule et même institution. Tant mieux pour le Pentagone qui peut ainsi faire avancer son agenda sans être remarqué.

| Rome (Italie)

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Le Gouvernement italien, qui dans la période électorale reste en charge pour « traiter les affaires courantes », est sur le point de prendre de nouveaux engagements contraignants dans l’Otan. Ils seront officialisés dans le Conseil de l’Atlantique-Nord, qui se tient les 14 et 15 février à Bruxelles au niveau des ministres de la Défense (pour l’Italie Roberta Pinotti).

L’agenda n’a pas encore été communiqué. Il est cependant déjà écrit dans le National Defense Strategy 2018, que le secrétaire USA à la défense Jim Mattis a donné le 19 janvier [1]. À la différence des précédents, le rapport du Pentagone est cette année top secret. Seul un résumé en a été publié, suffisant quand même pour nous faire comprendre ce qui se prépare en Europe.

Accusant la Russie de « violer les frontières de nations limitrophes et d’exercer un pouvoir de veto sur les décisions de ses voisins », le rapport déclare : « Le moyen le plus sûr de prévenir la guerre est d’être préparés à en gagner une ».

Il demande ainsi aux alliés européens de « maintenir leur engagement à augmenter la dépense pour augmenter la puissance de l’Otan ». L’Italie s’est déjà engagée dans l’Otan à porter sa propre dépense militaire des actuels environ 70 millions d’euros par jour à environ 100 millions d’euros par jour. Mais pratiquement personne n’en parle dans le débat électoral.

Tout comme on ne parle pas du contingent italien déployé en Lettonie au bord du territoire russe, ni des avions de chasse italiens Eurofighter Typhoon basés depuis le 10 janvier en Estonie, à une dizaine de minutes de vol de Saint-Petersbourg, avec le motif de protéger les pays baltes de l’« agression russe ».

Silence sur le fait que l’Italie a pris le 10 janvier le commandement de la composante terrestre de la Nato Response Force, projetable dans n’importe quelle partie du monde « sous l’autorité du Commandant suprême des forces alliées en Europe », toujours nommé par le président des États-Unis.

Ignorée la nouvelle que la Marine italienne a reçu le 26 janvier le premier avion de chasse F-35B à décollage court et atterrissage vertical, dont le personnel sera entraîné dans la base des Marines de Beaufort en Caroline du Sud.

Tout cela et d’autres choses sont passées sous silence dans le débat électoral. Celui-ci se concentre sur les implications économiques de l’appartenance de l’Italie à l’Union européenne, mais en ignore celles politiques et militaires, et en conséquence économiques aussi, de l’appartenance de l’Italie à l’Otan sous commandement états-unien, dont font partie (après le Brexit) 21 des 27 États de l’UE.

Dans ce cadre ne se trouve pas soulevée la question des nouvelles bombes nucléaires B61-12, que d’ici environ deux ans le Pentagone commencera à déployer en Italie à la place des actuelles B-61, poussant notre pays au premier rang dans la toujours plus dangereuse confrontation nucléaire avec la Russie.

Pour rompre la chape de silence sur ces questions fondamentales nous devrions poser aux candidates et candidats aux élections politiques (comme le propose le Comité No Guerra No Nato) deux questions précises dans des rencontres publiques, sur les réseaux sociaux et émissions radio-télévisées :« Ȇtes-vous favorable ou non à ce que l’Italie sorte de l’Otan ? Ȇtes-vous favorable ou non au déplacement immédiat hors de l’Italie des armes nucléaires US ? Répondez Oui ou Non, en motivant éventuellement la raison de votre choix ».

Aux 243 parlementaires (parmi lesquels se distingue le candidat leader du M5 Stelle Luigi Di Maio), signataires de l’engagement Ican à faire adhérer l’Italie au Traité Onu sur l’interdiction des armes nucléaires, nous devrions poser une troisième question : « Sur la base de votre engagement soussigné, vous engagerez-vous, dans la prochaine législature, pour le déplacement immédiat hors de l’Italie des bombes nucléaires états-uniennes B-61, qui déjà violent le Traité de non-prolifération, et pour la non-installation des B61-12 et d’autres armes nucléaires ? ».

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

http://www.voltairenet.org/article199606.html

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L’Italie dans le plan nucléaire du Pentagone

L’Italie dans le plan nucléaire du Pentagone

Le Pentagone a laissé —ou fait— fuiter le brouillon du Nuclear Posture Review 2018. Il s’agit d’un plaidoyer pour renforcer le programme atomique en décrivant des menaces exagérées ou carrément imaginaires.

| Rome (Italie)

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Le Nuclear Posture Review 2018, le rapport du Pentagone sur la stratégie nucléaire des États-Unis, est actuellement en phase de révision à la Maison-Blanche. Dans l’attente que soit publiée la version définitive approuvée par le président Trump, a filtré (plus exactement le Pentagone a fait filtrer) l’ébauche du document de 64 pages [Document téléchargeable ici.].

Il décrit un monde dans lequel les États-Unis ont devant eux « une gamme sans précédents de menaces », provenant d’États et de sujets non-étatiques. Tandis que les USA ont continué à réduire leurs forces nucléaires —soutient le Pentagone— la Russie et la Chine fondent leurs stratégies sur des forces nucléaires dotées de nouvelles capacités et prennent « une attitude de plus en plus agressive y compris dans l’espace externe et dans le cyber-espace ». La Corée du Nord continue de façon illicite à se doter d’armes nucléaires. L’Iran, bien qu’il ait accepté le plan qui lui interdit de développer un programme nucléaire militaire, garde « la capacité technologique de construire une arme nucléaire en l’espace d’une année ».

Falsifiant une série de données, le Pentagone essaie de démontrer que les forces nucléaires des États-Unis sont en grande partie obsolètes et nécessitent une radicale restructuration. Il ne dit pas que les USA ont déjà lancé, en 2014 avec l’administration Obama, le plus grand programme de réarmement nucléaire depuis la fin de la Guerre froide pour un coût de plus de 1 000 milliards de dollars. « Le programme de modernisation des forces nucléaires US —documente Hans Kristensen de la Fédération des scientifiques américains (FAS)— a déjà permis de réaliser de nouvelles technologies révolutionnaires qui triplent la capacité destructrice des missiles balistiques états-uniens ».

Le but de la restructuration projetée est, en réalité, d’acquérir « des capacités nucléaires flexibles », en développant des « armes nucléaires de faible puissance » utilisables même dans des conflits régionaux ou pour répondre à une attaque (vraie ou présumée) de hackers contre des systèmes informatiques.

La principale arme de ce type est la bombe nucléaire B61-12 qui, confirme le rapport, « sera disponible en 2020 ». Les B61-12, qui remplaceront les actuelles B-61 basées par les USA en Italie, Allemagne, Belgique, Pays-Bas et Turquie, représentent —d’après le Pentagone— « un signal clair de dissuasion pour toute puissance adverse, que les États-Unis possèdent la capacité de répondre à l’escalade depuis des bases avancées ».

Comme documente la Fédération des scientifiques américains, la bombe que le Pentagone déploiera sur ses « bases avancées » en Italie et en Europe n’est pas seulement une version modernisée de la B61, mais une nouvelle arme avec une tête nucléaire à quatre options de puissance sélectionnables, un système de guidage qui permet de la larguer à distance de l’objectif, et la capacité de pénétrer dans le terrain pour détruire les bunkers des centres de commandement.

À partir de 2021 —spécifie le Pentagone— les B61-12 seront disponibles aussi pour les avions de chasse des alliés, parmi lesquels les Tornado italiens PA-200 du 6ème Stormo de Ghedi. Mais, pour les guider sur l’objectif et en exploiter les capacités anti-bunker, il faut des avions de chasse F-35A. « Les avions de chasse de nouvelle génération F-35A —souligne le rapport du Pentagone— maintiendront la force de dissuasion de l’Otan et notre capacité à déployer des armes nucléaires dans des positions avancées, si la sécurité le nécessite ».

Le Pentagone annonce donc son plan de déploiement des F-35A, armés de B61-12, adossés à la Russie. Évidemment pour la « sécurité » de l’Europe. Dans le rapport du Pentagone, que le sénateur démocrate Edward Markey définit comme une « feuille de route pour la guerre nucléaire », l’Italie se trouve donc au premier rang. Cela intéresse-t-il quelque candidat à nos élections politiques ?

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016.

La botte impérialiste italienne frappe l’Afrique en plein visage

La botte impérialiste italienne frappe l’Afrique en plein visage


andrew-korybko

Par Andrew Korybko – Le 9 janvier 2018 – Source Oriental Review

Italian ArmyLa crise des migrants africains a déclenché une réponse militaire italienne en Libye et au Niger, les deux principaux pays de transit de la route vers le pays européen en forme de botte. Cela risque d’entraîner Rome encore plus profondément dans les affaires de ce  continent alors qu’il recourt à des moyens militaires pour endiguer de manière proactive le raz-de-marée des « armes de migration de masse » qui s’écrase sur ses rivages.


La Libye était considérée comme la « Quatrième Côte » de l’Italie, mais de nos jours, la crise des migrants africains a plus ou moins transformé l’Italie en « Deuxième Côte » si l’on considère le grand nombre d’individus qui ont entrepris le voyage dangereux de l’Afrique du Nord à travers la Méditerranée vers l’Europe du Sud. Les coûts socio-économiques qui en résultent ont été énormes, en particulier pour un pays qui luttait déjà financièrement au sein de l’UE avant même le début de cette catastrophe humanitaire en 2015. Conséquence politique, les forces de droite et les forces populistes ont vu leur étoile monter ces dernières années, menaçant d’ouvrir un front euro-réaliste « méridional » aux côtés du front « oriental » en défiant l’hégémonie euro-libérale de l’Allemagne sur le continent. C’est pourquoi l’élite romaine a décidé qu’il fallait faire quelque chose plus tôt que plus tard afin d’arrêter cette tendance.

Libyan Migrants

Après une analyse coût-bénéfice minutieuse, les décideurs italiens ont estimé qu’il serait beaucoup moins coûteux à long terme de renverser cette dynamique par des moyens militaires et de ramener la Libye à son statut de « Quatrième Côte » de son pays en chargeant Rome de la crise des migrants trans-méditerranéens. Ainsi, l’Italie a non seulement commencé une mission navale pendant l’été près de sa « Quatrième Côte » pour éloigner et intercepter les bateaux de migrants potentiels destinés à aborder son rivage, mais elle envisage également le déploiement d’au moins 470 soldats, actuellement basés en Irak, au Niger, pays enclavé et de transit qui a servi de porte d’entrée pour l’Afrique de l’Ouest vers la Libye. Le symbolisme géostratégique de ses mouvements libyens et nigériens est tout à fait clair. C’est la botte impérialiste italienne qui donne un coup de pied à l’Afrique pour réprimer de manière réactive la crise migratoire africaine sans fin qui déborde en Europe, même si Rome risque de s’enfoncer encore plus profondément dans les affaires du continent à cause de cette nouvelle politique.

Bien qu’ancienne puissance militaire, l’Italie contemporaine fait pâle figure par rapport à ses prédécesseurs historiques, avec comme seule signification pertinente de nos jours, son emplacement à proximité de l’Afrique du Nord et l’énorme base aéro-navale que les États-Unis exploitent à Sigonella, en Sicile. Néanmoins, les coûts globaux croissants des centaines de milliers de migrants comme « armes de migration de masse » qui ont déboulés sur ses côtes au cours des deux dernières années l’ont contraint à prendre la tête du déploiement sans précédent d’une force militaire avancée en Afrique. Si l’Italie a joué un rôle de premier plan dans la guerre de Libye en 2011, elle l’a fait avec ses alliés de l’OTAN dans le cadre d’une coalition officielle, mais cette fois, elle le fait unilatéralement, sans doute après avoir consulté ses partenaires. Après tout, Rome ne sera pas le seul acteur étranger disposant d’une installation militaire au Niger, puisque les forces françaises et américaines y sont déjà basées et que les forces allemandes le seront bientôt aussi.

La présence actuelle (et dans le cas de l’Allemagne, prévue) des trois alliés de l’Italie au Niger les plus militairement capables soulève la question évidente de ce que Rome est censée y apporter en terme de valeur ajoutée. Officiellement, l’Italie dit qu’elle combattra le terrorisme et détruira les réseaux de contrebande, ce qui est important car ces deux menaces non étatiques transitent par le Niger en direction de la Libye et des côtes italiennes. Mais il est impossible de savoir si les forces de Rome auront un quelconque effet tangible en aidant ses alliés qui sont engagés exactement dans la même mission là-bas. Il se pourrait que ni Washington, ni Paris, ni Berlin ne veuillent assumer entièrement le fardeau financier et personnel de cette tâche et qu’ils préfèrent plutôt décharger une partie de leurs coûts sur Rome, qui est plus directement touchée par ces menaces et a un intérêt personnel à participer à cette mission, comme on le voit à l’évidence.

Italian Soldiers

Une curieuse « division du travail » se développe dans la région où les États-Unis semblent exercer deux niveau de leur politique de « Lead From Behind » en contrôlant la zone par procuration. Tout d’abord, le déploiement américain montre que le leadership peut également être direct. Parallèlement, le rôle secondaire de la France dans l’assemblage de la coalition « G5 Sahel » s’étend de la Mauritanie sur la côte atlantique africaine au Tchad dans son intérieur central. Paris, qu’elle le fasse sciemment ou pas, joue le rôle de subordonné stratégique de Washington en Afrique de l’Ouest et du Centre malgré tout ce que la France peut dire sur le fait qu’elle « rivalise » avec l’armée Américaine ou qu’elle est une « alliée sur un pied d’égalité ». Au deuxième niveau de la hiérarchie, il y a l’Allemagne et l’Italie. Berlin observe tranquillement tout ce qui se passe, bien dans son rôle de leader de l’UE, alors que ses sous-fifres à Rome seront chargés de « se salir les mains » pour rembourser leurs dettes à l’Allemagne.

Peu importe si cette « division du travail » reste la même ou change, l’un de ses traits durables sera que l’Italie sera probablement impliquée dans les affaires africaines après y avoir été aspirée de nouveau après son récent déploiement naval libyen et le prochain, terrestre, au Niger. Sur le plan géostratégique, la Libye est tout autant la « Quatrième Côte » de l’Italie que la botte italienne est la « Deuxième Côte » de l’ex-Jamahiriya. Le sort des deux est inextricablement lié et les États-Unis en profiteront certainement. Les mêmes pressions d’émigration en Afrique de l’Ouest du fait de la surpopulation, de l’appauvrissement et de la violence ne feront que s’aggraver dans un futur proche. Il est donc peu prévisible que Rome se retire de ce front asymétrique tant qu’elle sera encore menacée par les assauts de ses « armes de migration de masse ».

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie « Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime » (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-botte-imperialiste-italienne-frappe-lafrique-en-plein-visage

 

Amnesty International dévoile le rôle de l’UE dans la torture de masse des réfugiés en Libye

Amnesty International dévoile le rôle de l’UE dans la torture de masse des réfugiés en Libye

Par Alexandre Lantier
14 décembre 2017

Afin d’empêcher des masses de réfugiés d’arriver en Europe, l’Union européenne (EU) participe à la construction, au financement et à l’équipement d’un vaste réseau de camps où les réfugiés se voient détenus de manière arbitraire, battus, torturés, violés, vendus en esclavage ou assassinés. C’est la conclusion d’un rapport horrifiant d’Amnesty International (AI) sur la Libye, intitulé «Un obscur réseau de complicités.»

Les abus détaillés par ce rapport sont déjà bien établis. Des manifestations ont éclaté au Maghreb, en France et à l’international le mois passé quand CNN a diffusé des vidéos qui montraient la vente de réfugiés en tant qu’esclaves en Libye. Mais le rapport d’AI, fondé sur des documents officiels ainsi que sur des entrevues avec des dizaines de réfugiés, souligne non seulement la vaste étendue de ce réseau de prisons barbares, mais le rôle-clé du soutien technique et financier de l’UE.

En plus, même si le rapport en dit très peu sur la guerre de l’Otan en Libye en 2011, il démontre que ce réseau de prisons a ses origines dans la vague de guerres impérialistes à travers le Moyen-Orient et l’Afrique et la crise des réfugiés qu’elle a produite. Les trafiquants qui contrôlent ces prisons en Libye sont pour la plupart des milices que l’Otan a soutenues contre le régime du Colonel Mouammar Kadhafi pendant la guerre, et qui ont pris le pouvoir après sa destruction par l’Otan.

Cela démasque le rôle réactionnaire des commentateurs, universitaires et partis petit-bourgeois tels que le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) en France, qui ont salué la guerre en tant qu’intervention humanitaire pour défendre une révolution démocratique. Ils prétendaient qu’une guerre impérialiste apporterait la démocratie et la liberté en Libye ; elle a apporté l’esclavage, le viol et le meurtre.

Selon des statistiques de l’Organisation internationale pour la migration (IOM) cité par AI, au moins 416.556 réfugiés étaient en Libye en septembre 2017. 60 pour cent venaient d’Afrique noire, 32 pour cent du Maghreb et 7 pour cent d’Asie ou du Moyen Orient. L’UE travaille avec des milices et des gangs criminels afin de les garder en Libye.

La déclaration de Malte en février 2017 a formulé cette stratégie: l’UE a promis d’apporter son soutien à la coopération italienne avec les autorités libyennes contre les réfugiés. Il s’agissait de financer, former et armer des gardes-frontières et les gardes-côtes libyennes (LGC) et de financer des «centres de réception» où l’on détient les réfugiés capturés par la LGC. En plus, selon AI, l’UE a «passé des accords avec des autorités locales libyennes et les dirigeants de tribus et de groupes armés, pour les encourager à cesser le trafic des personnes.»

En conséquence, le nombre de réfugiés qui quittent la Libye s’écroule: «Au premier semestre de 2017, 83.754 personnes en tout étaient arrivées en Italie, beaucoup plus que sur la même période de 2016, quand il y a eu 70.222 arrivées. Mais la tendance s’est dramatiquement renversée depuis : de juillet à novembre 2017, au total 33.288 réfugiés et migrants sont arrivés en Italie, 67 pour cent de moins que pendant la même période en 2016, qui a vu 102.786 arrivées.»

Avec l’aide de l’UE, on jette des dizaines de milliers de réfugiés dans des camps d’internement où ils subissent les passages à tabac, la torture, voire le meurtre. A présent, selon AI, «environ 20.000 réfugiés et migrants sont détenus dans des centres normalement contrôlés par la Direction générale de la lutte contre la migration illégale (DCIM)», un organe du ministère de l’Intérieur libyen financé par l’UE. Puisque la justice libyenne ne fonctionne plus depuis le renversement de Kadhafi, ajoute AI, les réfugiés «n’ont aucun moyen administratif ou judiciaire formel de contester leur détention.»

AI cite des témoignages de nombreux détenus qui ont pu s’échapper vers l’Italie. Mariam, une érythréenne, dit que les gardes «sont méchants, ils étaient toujours ivres. Puis un jour, quatre Somaliens ont tenté de s’échapper. Les contrebandiers érythréens nous ont dit qu’ils en avaient tués trois, et que le quatrième était à l’hôpital. Puis ils ont battu les autres Somaliens. Ils les torturaient, on entendait les cris. Ils utilisaient l’électricité et les battaient avec des Kalachnikovs.»

Samir, un Soudanais, a décrit son évasion du centre de détention Nasser de la DCIM, où ses amis ont été asservis pour dette: «Il n’y avait ni électricité ni eau, alors ils nous ont pris dehors pour trouver de l’eau. Moi et deux amis, on a couru, ils nous ont tiré dessus mais on courait trop vite … Le Soudanais a versé une caution pour les trois autres, et à présent ils doivent travailler afin de rembourser les 4.500 dinars libyens au propriétaire de l’usine.»

Ousman, un Gambien, a décrit un centre de la DCIM à Tripoli: «J’ai vu de nombreuses morts en prison, par maladie ou suite à des passages à tabac. … Les gardes étaient libyens, ils tabassaient tout le monde, sans raison. Avant d’entrer en prison, la police vous fouille et prend tout l’argent, le téléphone, tout.» Il a ajouté, «J’ai vu un garçon en prison, ils lui ont donné un téléphone pour appeler sa famille, ils l’ont battu avec une barre de métal pendant l’appel, sur les bras et partout … Cinq mois plus tard j’ai pu m’échapper avec d’autres, mais les gardes ont tiré et il y a eu de nombreux morts. Je ne sais pas combien ont trouvé la mort, mais j’ai vu des gens qui criaient et tombaient.»

Mohamed, un métallo bangladais qui vit en Libye, a dit: «Un groupe de Libyens est arrivé à l’atelier un jour et nous ont offert du travail. Tous les trois, nous sommes allés avec eux, ils étaient trois. On a pris place dans leur voiture. Ils m’ont dit de baisser la tête, de ne pas regarder, ils étaient agressifs. Ils nous ont amenés dans un endroit près d’une usine. … Ils m’ont battu avec une barre de métal et m’ont cassé les doigts [il montre les doigts déformés de sa main droite]. J’ai des problèmes aussi avec ma jambe droite et mon épaule à cause de ça. J’ai vu un type battu à mort. Je suis resté là 20 jours. Puis j’ai payé 2.000 dollars US pour sortir, mes amis avaient pu réunir cette somme.»

La guerre de l’Otan en Libye et l’effondrement du pays constituent une leçon effroyable sur le rôle réactionnaire de l’impérialisme. La politique étrangère européenne a pris un caractère de plus en plus criminel, elle utilise des méthodes barbares pour priver les réfugiés du droit d’asile. L’UE est complice de la torture des réfugiés, non seulement parce qu’elle soutient la DCIM et l’opération de ses camps de détention plus ou moins officiels en Libye; l’aide navale européenne à la LCG et les alliances avec diverses milices locales jouent aussi un rôle-clé.

Selon AI, «Les capacités accrues de la LCG, à cause du soutien des États de l’UE, produit de plus en plus de retours forcés en Libye. Ainsi, en 2017, la LCG a intercepté et fait rentrer en Libye 19.452 personnes. Quand la LCG intercepte des navires en mer, elle fait revenir les réfugiés et les migrants aux côtes libyennes et elle les transfère systématiquement vers des centres de détention de la DCIM.»

AI a relevé en particulier un accord entre l’Italie, l’ancienne puissance coloniale en Libye, et le chef de guerre influent Khalifa Haftar: «Les représentants de l’État italien ont aussi discuté de mesures pour réduire les flux migratoires irréguliers avec Khalifa Haftar, le chef de la soi-disant Armée nationale libyenne, qui contrôle l’Est du pays. Haftar s’est rendu en Italie le 26 septembre 2017 pour rencontrer les ministres italiens de l’Intérieur et de la Défense.»

https://www.wsws.org/fr/articles/2017/12/14/ueli-d14.html

Les grands travaux du Pentagone en Italie

Les grands travaux du Pentagone en Italie

Manlio Dinucci recense sept grands travaux réalisés à la demande du Pentagone en Italie ; une liste qui permet d’évaluer l’ampleur de la colonisation de ce pays par les États-Unis. Cet exemple peut être étendu à chaque État membre de l’Otan.

| Rome (Italie)

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Grands travaux sur notre territoire, du nord au sud. Ce ne sont pas ceux du ministère des Infrastructures et des Transports, dont tout le monde parle, mais ceux du Pentagone dont personne ne parle. Et pourtant ils sont en grande partie payés avec nos sous et comportent, pour nous Italiens, des risques croissants.

À l’aéroport militaire de Ghedi (Brescia) démarre le projet de plus de 60 millions d’euros, à la charge de l’Italie, pour la construction d’infrastructures pour 30 chasseurs US F-35, achetés par l’Italie, et pour 60 bombes nucléaires US B61-12.

À la base d’Aviano (Pordenone), où sont en garnison environ 5 000 militaires états-uniens avec des chasseurs F-16 armés de bombes nucléaires (sept d’entre eux sont actuellement en Israël pour l’exercice Blue Flag 2017), ont été effectués d’autres coûteux travaux à la charge de l’Italie et de l’Otan.

À Vicence sont dépensés 8 millions d’euros, à la charge de l’Italie, pour la “requalification” des casernes Ederle et Del Din, qui abritent le quartier général de l’Armée US en Italie et la 173ème Brigade aéroportée (engagée en Europe orientale, Afghanistan et Afrique), et pour agrandir le “Village de la Paix” où résident des militaires états-uniens avec leurs familles.

À la base états-unienne de Camp Darby (Pise/Livourne) commence en décembre la construction d’une infrastructure ferroviaire, d’un coût de 45 millions de dollars à la charge des USA plus d’autres dépenses à la charge de l’Italie, pour développer la liaison de la base avec le port de Livourne et l’aéroport de Pise : oeuvre qui implique l’abattement de 1 000 arbres dans le parc naturel. Camp Darby est un des cinq sites dont l’Armée US dispose dans le monde pour le “stockage pré-positionné” d’armements (contenant des millions de missiles et projectiles, des milliers de chars d’assaut et de véhicules blindés) : de là ils sont envoyés aux forces US en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique, par de grands navires militarisés et des avions cargos.

À Lago Patria (Naples) le nouveau quartier général de l’Otan, qui a coûté environ 200 millions d’euros dont environ un quart à la charge de l’Italie, comporte des coûts ultérieurs pour l’Italie, comme celui de 10 millions d’euros pour la nouvelle viabilité autour du quartier général Otan.

À la base d’Amendola (Foggia) ont été effectués des travaux, d’un coût non quantifié, pour rendre les pistes aptes aux F-35 et aux drones Predator états-uniens, achetés par l’Italie.

À la Naval Air Station Sigonella, en Sicile, ont été effectués des travaux pour plus de 100 millions de dollars à la charge des États-Unis et de l’Otan, donc de l’Italie aussi. En plus de fournir un appui logistique à la Sixième Flotte, la base sert à des opérations au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe orientale, avec des avions et des drones de tous types et des forces spéciales. À ces missions s’ajoute maintenant celle de base avancée du “bouclier anti-missiles” US, dans une fonction non pas défensive mais offensive surtout à l’égard de la Russie : s’ils étaient en mesure d’intercepter les missiles, les USA pourraient lancer la première frappe nucléaire en neutralisant les représailles. À Sigonella est sur le point d’être installée la Jtags, station de réception et transmission satellitaire du “bouclier” et ce n’est évidemment pas par hasard : avec le lancement du cinquième satellite, est en train de devenir pleinement opérationnel le Muos, système satellitaire états-unien dont une des quatre stations terrestres se trouve non loin de là, à Niscemi.

Le général James Dickinson, chef de l’US Strategic Command, dans une audition au Congrès le 7 juin 2017 a déclaré : “Cette année nous avons obtenu l’appui du gouvernement italien pour redéployer, en Europe, la Jtags à la Naval Air Station Sigonella”.

Le Parlement italien était-il au courant d’une décision d’une telle portée stratégique, qui met notre pays en première ligne dans la toujours plus dangereuse confrontation nucléaire ? En a-t-on au moins parlé dans les commissions Défense ?

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

http://www.voltairenet.org/article199008.html

Italie-Israël : la “diplomatie des chasseurs”

Italie-Israël : la “diplomatie des chasseurs”

L’art de la guerre

Les gouvernants européens -de la représentante Affaires étrangères de l’Ue Mogherini au premier ministre (italien) Gentiloni, du président Macron à la chancelière Merkel- ont formellement pris leurs distances des USA et d’Israël sur le statut de Jérusalem. Une fracture est-elle en train de se créer entre les alliés ?

Les faits montrent le contraire. Peu avant la décision de Trump sur Jérusalem capitale d’Israël, quand déjà elle était pré-annoncée, s’est déroulé le Blue Flag 2017, le plus grand exercice international de guerre aérienne de l’histoire d’Israël, auquel ont participé Etats-Unis, Italie, Grèce et Pologne et, pour la première fois à la troisième édition, France, Allemagne et Inde.

Pendant deux semaines des pilotes des huit pays, dont six membres de l’Otan, se sont exercés avec 70 avions dans la base aérienne d’Ovda dans le désert du Néguev, assistés par 1000 militaires du personnel technique et logistique. L’Italie a participé avec quatre chasseurs Tornado du 6° Stormo de Ghedi, deux d’attaque et deux de guerre électronique. Les Etats-Unis, avec sept F-16 du 31st Fighter Wing d’Aviano. Ces avions étant préposés au transport des bombes nucléaires étasuniennes B-61, les pilotes italiens et étasuniens se sont certainement aussi exercés, avec les autres, à des missions d’attaque nucléaire. Selon les informations officielles, plus de 800 missions de vol ont été effectuées, simulant “des scénarios extrêmes de combat, avec vols à très basse altitude et contre-mesures électro-magnétiques pour neutraliser les défenses anti-aériennes”. En d’autres termes, les pilotes se sont exercés à pénétrer en territoire ennemi pour atteindre les objectifs avec des bombes et missiles non-nucléaires ou nucléaires.

Le Blue Flag 2017 a amélioré “la coopération et rapidité opérationnelle des forces aériennes participantes” et, en même temps, a “renforcé le statut international d’Israël”. Le journal israélien Haaretz dans un article sur la “diplomatie des chasseurs” décrit comme emblématique la vision d’un Eurofighter allemand avec la croix de la Lutwaffe et d’un F-15 israélien avec l’Etoile de David décoller pour la première fois côte à côte pour la même mission, ou de chasseurs français qui reviennent en Israël où ils furent secrètement déployés en 1956 pour la campagne de Suez contre l’Egypte de Nasser.

“Le Blue Flag -conclut Haaretz- est la démonstration que de plus en plus de pays sont disponibles pour s’engager ouvertement comme alliés stratégiques d’Israël, et pour mettre de côté des considérations politiques comme la question palestinienne. Tandis que s’estompe l’influence de la diplomatie traditionnelle, le rôle des commandants militaires est en train de se développer dans les relations internationales”.

C’est ce que confirme la rencontre entre le général Frigerio, commandant des Forces de combat italiennes, et le général Norkin, commandant de la Force aérienne israélienne. Elle entre dans le cadre de la Loi n° 94 du 17 mai 2005, qui institutionnalise la coopération de plus en plus étroite des forces armées et des industries militaires italiennes avec leurs homologues israéliennes.

Israël est de fait intégré dans l’Otan, dans le quartier général de laquelle il a une mission officielle permanente, sur la base du “Programme de coopération individuelle” ratifié en décembre 2008 (peu de temps avant l’opération israélienne “Plomb durci” à Gaza). Ce programme établit notamment la connexion des forces israéliennes, y compris nucléaires, au système électronique Otan. Immédiatement après le Blue Flag 2017, les pilotes israéliens (qui s’entraînent avec les chasseurs italiens M-346), ont recommencé à bombarder les Palestiniens de Gaza, pendant que le premier ministre Gentiloni déclarait que “l’avenir de Jérusalem, ville sainte unique au monde, doit être défini dans le cadre du processus de paix”.

Manlio Dinucci

Article original en italien :

Italia-Israele: la «diplomazia dei caccia»L’arte della guerra

Edition de mardi 12 décembre 2017 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Source de la photo à la une :

La communauté internationale contre la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël

La communauté internationale contre la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël

« Les missions de Bolivie, d’Egypte, de France, d’Italie, du Sénégal, de Suède, du Royaume-Uni et d’Uruguay », ont, mercredi soir, demandé cette réunion.

Donald Trump lors d\'une allocution depuis la Maison Blanche, à Washington (Etats-Unis), le 6 décembre 2017.
Donald Trump lors d’une allocution depuis la Maison Blanche, à Washington (Etats-Unis), le 6 décembre 2017. (SAUL LOEB / AFP)

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franceinfo avec AFP et ReutersFrance Télévisions

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EN IMAGES. « Légendaire », « éternel »… Johnny à la une de tous les journaux français

Le Conseil de sécurité de l’ONU se réunira en urgence vendredi matin après la décision de Donald Trump de reconnaître « officiellement Jérusalem comme capitale d’Israël », a annoncé la présidence japonaise de l’instance, dans la nuit du mercredi 6 décembre au jeudi 7 décembre.

Le Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou a salué un « jour historique », après la déclaration de Donald Trump, assurant que cela ne changerait rien en ce qui concerne les lieux saints des trois grandes religions monothéistes à Jérusalem. Mais mis à part le gouvernement israélien, cette décision a été vivement critiquée par la communauté internationale. Franceinfo revient sur les principales réactions.

>> Suivez dans notre direct les réactions après la décision de Donald Trump de  reconnaître « officiellement Jérusalem comme capitale d’Israël »

L’ONU se dit « contre toute mesure unilatérale »

Huit pays ont demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité. « Les missions de Bolivie, d’Egypte, de France, d’Italie, du Sénégal, de Suède, du Royaume-Uni et d’Uruguay demandent à la présidence » japonaise du Conseil de sécurité « d’organiser une réunion d’urgence du Conseil, avec un exposé du secrétaire général, avant la fin de la semaine », indique un communiqué de la mission suédoise. La présidence de l’instance a annoncé, peu après, que le Conseil se réunirait vendredi matin, en urgence.

Pour le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, le statut de Jérusalem ne peut être résolu que par une « négociation directe » entre Israéliens et Palestiniens. Il avoir toujours été « contre toute mesure unilatérale ». « Il n’y a pas d’alternative à la solution de deux Etats » avec « Jérusalem comme capitale d’Israël et de la Palestine », a-t-il insisté.

L’Union européenne fait part de sa « sérieuse préoccupation »

Dans un communiqué, la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini a écrit : « L’Union européenne exprime sa sérieuse préoccupation à propos de l’annonce aujourd’hui du président des Etats-Unis Trump sur Jérusalem et les répercussions que cela peut avoir sur la perspective de paix. »

Paris condamne une décision « regrettable »

« C’est une décision regrettable que la France n’approuve pas et qui contrevient au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU », a réagi Emmanuel Macron, depuis l’Algérie. « Le statut de Jérusalem est une question de sécurité internationale qui concerne toute la communauté internationale. Je veux l’affirmer clairement, le statut de Jérusalem devra être déterminé par les Israéliens et les Palestiniens dans le cadre de négociations sous l’égide des Nations Unies », a-t-il poursuivi.

Berlin « ne soutient pas » cette décision

Le gouvernement allemand « ne soutient pas cette position car le statut de Jérusalem ne peut être négocié que dans le cadre d’une solution de deux Etats », a déclaré la chancelière, citée dans un tweet de son porte-parole Steffen Seibert. Le chef de la diplomatie allemande, Sigmar Gabriel, a dit redouter que cette décision ne conduise à une « nouvelle escalade dans le conflit entre Israël et les Palestiniens ». Et d’ajouter : « Nous espérons que (nos) inquiétudes pourront être (…) calmées. Mais cette volte-face est déjà un gros problème. »

Londres n’est « pas d’accord »

« Nous ne sommes pas d’accord avec la décision américaine de transférer son ambassade à Jérusalem et de reconnaître Jérusalem comme la capitale israélienne avant un accord final sur son statut », a déclaré la Première ministre britannique Theresa May dans un communiqué. Pour elle, cette décision n’est « d’aucune aide » pour les perspectives de paix dans la région.

Ankara critique une décision « irresponsable »

« Nous condamnons la déclaration irresponsable de l’administration américaine (…) cette décision est contraire au droit international et aux résolutions de l’ONU », a réagi le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu. Avant l’annonce de cette décision largement anticipée, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait averti que la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par Washington « ferait le jeu des groupes terroristes ».

Pour le président palestinien, les Etats-Unis ne peuvent plus être médiateur

« Par ces décisions déplorables, les Etats-Unis sapent délibérément tous les efforts de paix et proclament qu’ils abandonnent le rôle de sponsor du processus de paix qu’ils ont joué au cours des dernières décennies », a déclaré Mahmoud Abbas sur la télévision palestinienne, déclarant que Jérusalem était « la capitale éternelle de l’Etat de Palestine ».

Le Hamas estime que Trump « ouvre les portes de l’enfer »

C’est ce qu’a déclaré Ismaïl Radouane, un haut responsable du mouvement islamiste palestinien aussitôt après la déclaration de Donald Trump. Il a appelé les pays arabes et musulmans à « couper les liens économiques et politiques » avec les ambassades américaines, et à expulser les ambassadeurs américains.

Le pape exprime sa « profonde inquiétude »

« J’adresse un appel vibrant pour que tous s’engagent à respecter le statu quo de la ville, en conformité avec les résolutions pertinentes de l’ONU », a déclaré le pape François, qui a fait part de « profonde inquiétude ». Le souverain pontife ne peut qu’accorder un intérêt tout particulier à la ville qui abrite les lieux les plus saints des trois grandes religions monothéistes, y compris le Saint-Sépulcre.

https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/israel-palestine/la-communaute-internationale-contre-la-decision-de-donald-trump-de-reconnaitre-jerusalem-comme-la-capitale-d-israel_2502167.html#xtor=EPR-51-[jerusalem-le-conseil-de-securite-de-l-onu-se-reunira-en-urgence-vendredi-matin-apres-la-decision-de-donald-trump_2502167]-20171207-[titre]

Incroyable… l’Italie bloque l’acquisition de Next (défense) par un groupe français

La France, idiot du village global….

Source : La Tribune, Michel Cabirol, AFP, 03/11/2017

Le gouvernement italien s’oppose à la vente de Next, une société italienne d’ingénierie travaillant dans la défense, à Altran. Il évoque une question de “sécurité nationale”.

C’est à peine croyable… l’Italie bloque une acquisition d’un groupe italien par un français. Pourtant, le groupe naval Fincantieri, qui négocie une alliance avec Naval Group, a eu finalement le droit de racheter STX Saint-Nazaire (certes après beaucoup de tergiversations de Paris). En revanche, Altran n’a pas le droit de racheter la société italienne d’ingénierie Next. Le gouvernement italien a décidé jeudi de s’opposer à cette opération, en évoquant une question de “sécurité nationale”. Le conseil des ministres a choisi “d’exercer les pouvoirs spéciaux sur l’opération d’acquisition par Altran Italia Spa de la totalité du capital social de Next Ast Srl, en s’opposant” à ce rachat.

Cette décision a été prise afin de “protéger les intérêts essentiels de la défense et de la sécurité nationale”, un objectif qui ne peut être atteint dans le cas de Next en imposant des mesures spécifiques, a précisé le conseil des ministres. Le gouvernement italien a la possibilité d’exercer des “pouvoirs spéciaux”, également appelés “golden power”, dans des secteurs considérés comme stratégiques (défense, télécoms…) afin de protéger les intérêts nationaux. Pourtant, Rome n’a pas hésité il n’y pas si longtemps à autoriser la vente de groupes italiens dans la défense à des groupes américains, comme le motoriste Avio à General Electric en décembre 2012 alors que… Safran était candidat.

Next et Altran, une opération qui avait du sens

Le groupe de conseil en technologies Altran avait annoncé fin juillet sa volonté d’acquérir Next Ingegnera dei Sistemi, un groupe de 230 salariés qui travaille notamment dans le secteur de l’aérospatiale et de la défense. Fondée en 1999 et basée à Rome, cette société de logiciels embarqués devait compléter les compétences d’Altran en matière de logiciels intégrés, un segment à forte croissance. Le portefeuille de clients de Next comprend notamment des acteurs clés comme Leonardo, Telespazio, Thales Alenia Space ou Bombardier Transportation.

L’opération devait renforcer le leadership d’Altran en Italie, un marché clé pour le groupe français. La combinaison d’Altran et de Next, actuellement détenue par les trois co-fondateurs et leurs familles, aurait permis d’offrir des solutions de bout en bout de matériel et logiciels embarqués aux clients du secteur de la défense et de l’aérospatiale

“Je suis fier que notre entreprise rejoigne Altran, leader des services d’ingénierie et d’innovation en Italie. Nous connaissons Altran depuis longtemps et, tout au long de ces années, nous avons construit une admiration et un respect mutuels, qui constituent la base de notre collaboration à l’avenir”, avait pourtant expliqué le co-fondateur et PDG de Next, Giulio Cesare Chiarini.

Source : La Tribune, Michel Cabirol, AFP, 03/11/2017

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Grandes manœuvres nucléaires à la Chambre des députés italienne

Grandes manœuvres nucléaires à la Chambre des députés italienne

Le parlement italien vient de ratifier de facto le rejet par l’Otan du désarmement nucléaire en s’appuyant sur la fable d’une alliance atlantique où chaque voix compte. En réalité, en 2011, l’Otan n’a pas simplement outrepassé une résolution de l’Onu en attaquant la Libye pour en changer le régime, elle a aussi violé ses propres statuts en ne réunissant pas le Conseil de l’Atlantique-Nord pour en obtenir le feu vert. L’idée que ce Conseil pourrait prévenir une dérive impérialiste de l’Alliance est donc un leurre connu de tous ses membres.

| Rome (Italie)

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La veille du jour où le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires a été ouvert à la signature aux Nations Unies, à la Chambre des députés italienne le 19 septembre a été approuvée, à une grande majorité (296 contre 72 et 56 abstentions), une motion du Partito democratico (PD) signée par Moscatt et autres. Elle engage le gouvernement à « continuer à poursuivre l’objectif d’un monde sans armes nucléaires à travers la centralité du Traité de non-prolifération (TNP), en évaluant, en compatibilité avec les obligations prises au siège de l’Alliance atlantique, la possibilité d’adhérer au Traité pour interdire les armes nucléaires, approuvé par l’Assemblée générale de l’Onu ».

La motion du PD, « à propos de laquelle le gouvernement a exprimé un avis favorable », est un écran de fumée pour cacher le fait que l’Italie est soumise au réarmement nucléaire croissant des USA et de l’Otan en hébergeant, en violation complète du TNP, les bombes nucléaires états-uniennes B-61 qui à partir de 2020 seront remplacées par les B61-12, plus dangereuses encore.

La vraie position du gouvernement Gentiloni est arrivée le lendemain quand, à travers le Conseil de l’Atlantique-Nord dont il fait partie avec les 28 autres gouvernements de l’Otan, il a rejeté en totalité et attaqué le Traité de l’ONU [1]. À la Chambre des députés la motion du PD a été votée par Forza Italia, Fratelli d’Italia, Scelta Civica, Alternativa Popolare, Democrazia Solidale et Gruppo Misto. La Ligue du Nord, absente en séance au moment du vote, appelle le gouvernement, avec sa propre motion, « à ne pas renoncer à la garantie offerte par la disponibilité états-unienne à protéger y compris nucléairement l’Europe et notre propre pays, pas nécessairement par rapport à la Russie ». Comme si l’Italie était en mesure de dire contre qui doivent être pointées les armes nucléaires US.

Sinistra Italiana et Articolo1, dans leurs motions rejetées par la Chambre, demandent le rejet des armes nucléaires états-uniennes d’Italie sur la base du Traité de non-prolifération, et l’adhésion de l’Italie au Traité de l’ONU. Sur la motion du PD, les deux groupes n’ont pas voté contre, mais se sont abstenus. Par contre le Mouvement 5 étoiles (M5S) a émis un vote contre. Cependant dans sa motion, elle aussi rejetée, il ne demande au gouvernement ni le rejet des armes nucléaires US hors de l’Italie sur la base du Traité de non-prolifération, ni l’adhésion de l’Italie au Traité de l’ONU, mais de « faire un rapport au Parlement sur la présence en Italie d’armes nucléaires, en ne s’abritant plus derrière une obligation de réserve atlantique, inexistante pour les citoyens et les parlementaires US » ; et de « déclarer l’indisponibilité de l’Italie à utiliser des armes nucléaires, à ne pas acheter les composants nécessaires pour rendre les avions F-35 compatibles au transport d’armes nucléaires ». La motion du M5S reflète la position exprimée par l’aspirant Premier ministre Luigi Di Maio : « Nous ne voulons pas sortir de l’Otan » (comme il l’a déclaré en avril dernier dans une conférence aux USA), « nous voulons rester dans l’Otan, mais nous voulons parlementariser une grande partie des choix ».

Illusion ou pire. Dans le Conseil de l’Atlantique-Nord, selon les normes de l’Otan, « il n’y a pas de vote ni de décision à la majorité », mais « les décisions sont prises à l’unanimité et d’un commun accord » : c’est-à-dire en accord avec les États-Unis à qui reviennent de droit la charge de Commandant suprême allié en Europe et les autres commandements clé, y compris celui du Groupe de planification nucléaire de l’Otan.

Promettre que les F-35, avions conçus pour l’attaque nucléaire surtout avec les B61-12, puissent être utilisés en Italie avec une sorte de sauvegarde qui empêche l’utilisation d’armes nucléaires, équivaut à une fable qu’on raconte aux enfants pour qu’ils dorment d’un sommeil tranquille.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

[1] Source : « Déclaration du Conseil de l’Atlantique Nord à propos du traité sur l’interdiction des armes nucléaires », Réseau Voltaire, 20 septembre 2017. Analyse : « L’Otan rejette le désarmement nucléaire », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie), Réseau Voltaire, 26 septembre 2017.

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