Archives pour la catégorie JAPON

Le Japon dans le Conflit Chinois et Américain

https://www.youtube.com/watch?v=0SQZslrJfew&feature=push-fr&attr_tag=CZlbO2h-p6M5ROw1%3A6
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Osaka 2019 : un sommet du G20 ou du G2 ?

Osaka 2019 : un sommet du G20 ou du G2 ?

Noémie GELIS 4 juillet 2019 Actualités analyséesAsie et OcéanieInternationalJapon Leave a comment

Les 28 et 29 juin s’est déroulé à Osaka le sommet du G20, réunissant les vingt pays les plus développés. Dans un contexte de tensions sino-américaines, il était à craindre que le rendez-vous se déroule dans une atmosphère de conflit. C’est pourquoi le statu quo résultant du sommet est paradoxalement une réussite.

La fin de la Chine-Amérique ou l’ère de l’affrontement sino-américain

Comme au précédent sommet, à Buenos Aires en décembre dernier, les Etats-Unis et la Chine ont annoncé une trêve des sanctions et un renouveau des négociations. Donald Trump autorisera les entreprises américaines à commercer à nouveau avec Huawei et n’imposera pas les droits de douane annoncés sur des produits chinois d’une valeur de 300 milliards de dollars. Il a par ailleurs déclaré qu’il souhaitait la venue aux Etats-Unis de plus d’étudiants chinois. La décision américaine semble se fonder sur la crainte d’une réaction européenne et asiatique. En outre, le début de la campagne américaine a certainement joué un rôle. De fait, les précédentes sanctions à l’encontre de la Chine avaient lésé plusieurs entreprises américaines. En réponse, l’Empire du milieu a accepté de n’acheter qu’une quantité limitée de produits américains, afin de ne pas creuser le déficit commercial.

On assiste donc à une inflexion dans la rivalité sino-américaine. Le président Donald Trump est allé jusqu’à déclarer que les Etats-Unis et la Chine devaient devenir des “partenaires stratégiques”. Ceci contredit de nombreux documents du gouvernement américain les qualifiant de “compétiteurs stratégiques”. Il demeure cependant une forte tension qui participe d’une bipolarisation de la mondialisation.

Des enjeux climatiques qui divisent

Les Etats-Unis sont les seuls du G20 à ne pas être signataires des accords de Paris sur le climat. Le président Donald Trump avait, de fait, consacré la sortie de l’accord le 1er juin 2017. Afin de lutter contre cette singularité, Donald Trump a tenté de rallier à sa cause d’autres pays, notamment la Turquie et le Brésil. L’opposition du Canada et de l’Union Européenne a favorisé son échec. En particulier, Emmanuel Macron a décrété que le non-respect de l’environnement et des accords de Paris serait à présent considéré comme le dépassement d’une “ligne rouge”. Theresa May a aussi proclamé l’importance d’un tel respect. Elle a en particulier soutenu l’idée que cette requête venait aussi des citoyens eux-mêmes : les précédentes élections européennes l’illustrent. Dans cette opposition, la Chine a soutenu “l’urgence” de la crise environnementale.

Un multilatéralisme sclérosé ?

Le G20 sert de terrain de développement des relations bilatérales.
La rencontre entre V. Poutine et T. May, en parallèle du G20, fut particulièrement tendue.

Le G20, créé pour défendre le commerce et le multilatéralisme, sert à présent surtout à l’élaboration des nouvelles stratégies commerciales. Or, celles-ci divisent. En témoignent, la déclaration de Trump selon laquelle les Etats-Unis, le Japon et l’Inde préparaient de “très grosses affaires” – excluant par-là les autres pays. C’est pourquoi Donald Tusk, président du Conseil européen a déclaré que “la scène internationale ne pouvait pas devenir une arène où les égoïstes domineraient dans certains régimes et les émotions nationalistes domineraient l’économie”, précisant que chaque pays n’est pas seulement responsable de ses intérêts personnels mais aussi d’un ordre mondial juste et sécurisé.

Au demeurant, il faut souligner que ce n’est pas parce que le G20 regroupe vingt pays qu’il représente vingt pays. De fait, on l’a vu, l’enjeu s’est essentiellement joué entre la Chine et les Etats-Unis. La difficulté des pays tiers à plaider pour leur cause en était patente. La rivalité sino-américaine s’exerce comme un rouleau compresseur sur l’expression des autres membres.

En définitive, ce ne sont plus les sessions plénières qui prévalent. Aussi, les discussions à cercles restreints, surtout bilatérales, sont préférées. Ainsi en est-il en particulier des discussions entre Donald Trump et Xi Jinping, entre Theresa May et Vladimir Poutine ou encore entre Emmanuel Macron et Jair Bolsonaro – pour n’en citer que quelques-unes. Cette division fragilise même les accords apparemment multilatéraux. Par exemple, le Japon n’est pas sorti de l’accord sur le climat et a soutenu la déclaration rappelant son caractère irréversible. Cependant, il n’en est pas un acteur investi. En effet, les discussions en cours pour un partenariat commercial avec les Etats-Unis le poussent à la retenue. Partant, le multi-bilatéralisme érode le multilatéralisme.

Sources

https://www.scmp.com/news/china/diplomacy/article/3016644/china-hasnt-won-it-hasnt-lost-either-trade-talks-us-enter-new

https://www.theguardian.com/politics/2019/jun/29/g20-theresa-may-urges-countries-to-raise-climate-ambitions

https://www.lemonde.fr/climat/article/2019/06/26/emmanuel-macron-fixe-une-ligne-rouge-sur-le-climat-avant-le-g20-d-osaka_5481887_1652612.htmlShare

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About Noémie GELIS

est étudiante à HEC après une classe préparatoire à Pierre de Fermat.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/asie-oceanie/41242-osaka-2019-un-sommet-du-g20-ou-du-g2

G20: à Osaka, un sommet au goût d’inachevé

G20JAPONÉTATS-UNISCHINEDIPLOMATIE

G20: à Osaka, un sommet au goût d’inachevé

Par RFIPublié le 29-06-2019 Modifié le 30-06-2019 à 00:10

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Le président américain Trump, lors de sa conférence de presse de clôture du G20 d’Osaka.Jacquelyn Martin/Pool via REUTERS

Le sommet du G20 s’est achevé ce samedi 29 juin à Osaka au Japon sur une note de soulagement. Les chefs d’État et de gouvernements des pays industrialisés et des grandes économies émergentes sont parvenus « in extremis » à se mettre d’accord sur une déclaration finale qui intègre à la fois un appel à la défense d’un environnement commercial libre et équitable et au respect de l’accord de Paris sur le climat, même si une nouvelle fois les États-Unis ont refusé d’endosser ce dernier point.

Avec notre envoyée spéciale à Osaka, Mounia Daoudi

Les négociations ont été extrêmement difficiles à Osaka, au point de faire dire au président français que « le pire a été évité. Même si éviter le pire n’est pas suffisant », a reconnu Emmanuel Macron.

Et ce sont les tractations sur le climat qui ont été les plus éprouvantes. Elles ont duré une bonne partie de la nuit, avant d’être interrompues à 5 heures du matin en raison de la ligne très dure adoptée par la partie américaine, qui a cherché à faire en sorte que la déclaration finale ne mentionne pas le caractère irréversible de l’Accord de Paris. « Inacceptable », pour les Européens qui sont de nouveau réunis ce matin avant de nouvelles négociations. In fine, pas de recul sur le climat, mais pas d’avancée non plus. L’ambition climatique vigoureusement défendue par Emmanuel Macron n’est donc pas au rendez-vous.

Les dirigeants des pays du G20, autour du Premier ministre japonais, Shinzo Abe, à Osaka, au Japon, le 28 juin 2019.Tomohiro Ohsumi/Pool via REUTERS

Sur le commerce, comme en 2018, là aussi déception : à Buenos Aires, le G20 a renoncé une nouvelle fois à la demande des États-Unis de condamner le protectionnisme, même si les 20 ont affirmé leur volonté de réformer en profondeur l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Seule avancée, la trêve entre Etats-Unis et Chine

Donc, ce sommet d’Osaka a un goût d’inachevé. La seule avancée notable concerne la guerre commerciale que se livrent depuis des mois Américains et Chinois. En marge de la réunion, une trêve a été conclue par Donald Trump et Xi Jinping. Washington renonce à imposer des droits de douane supplémentaires sur les importations de produits chinois et les négociations en vue d’un accord devraient très bientôt reprendre.

Après le sommet d’Osaka, Donald Trump a proposé – dans un tweet – d’aller serrer la main du dirigeant de la Corée du Nord, Kim Jong-un et de le faire dans la zone démilitarisée qui sépare les deux Corées. Rapidement Pyongyang a répondu en jugeant l’initiative « très intéressante ». Donald Trump a fait cette proposition, car il se trouve désormais en Corée du Sud.

Le G20 a-t-il encore son utilité ?

Réactivé pendant la crise financière de 2008 pour venir au chevet d’une économie mondiale au bord de la rupture, le G20 a-t-il fait son temps ?

Une chose est sûre, le sommet d’Osaka a été littéralement pris en otage par la rencontre entre l’américain Donald Trump et le chinois Xi Jinping, en conflit ouvert depuis des mois sur les questions commerciales.

Et comme l’année dernière à Buenos Aires le principal événement du G20 était un rendez-vous qui n’avait rien à voir avec le G20.

Sans compter que la multiplication des rencontres bilatérales sur des sujets, comme par exemple cette année la crise iranienne ou les tractations des Européens pour le renouvellement des principaux postes à Bruxelles, a éclipsé les thèmes à l’agenda de la présidence japonaise.

► À lire aussi : G20 à Osaka: l’accord sur le climat se fait à 19, sans les États-Unis


► Greenpeace dénonce le peu d’engagement

Pas de grandes annonces donc côté environnement : les pays membres du G20 ont réitéré leurs engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris, signé il y a deux ans et demi à l’exception des Etats-Unis qui s’étaient déjà retiré de l’accord.

Ça aurait pu être pire, mais c’est quand même bien peu. C’est en substance ce que pense Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France.

C’est un G20 décevant parce que finalement on s’est contenté d’assurer le minimum, c’est-à-dire de faire en sorte qu’il n’y ait pas d’accord de Paris qui vole en éclat.PUBLICITÉinReadinvented by TeadsJean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France.30/06/2019 – par David BachéÉcouterCHRONOLOGIE ET CHIFFRES CLÉS

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20190629-bilan-g-20-osaka

G20 d’Osaka : Donald Trump à nouveau seul contre tous

JAPON

G20 d’Osaka : Donald Trump à nouveau seul contre tous

Par Vincent McAviney  • Dernière MAJ: 29/06/2019 – 17:12
G20 d'Osaka : Donald Trump à nouveau seul contre tous

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Après deux jours de rencontres et de discussions, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a sonné la fin du G20 d’Osaka. Mais derrière les poignées de main et sourires de façade, ce sommet n’a pas permis de régler les désaccords, comme l’explique notre correspondant Vincent McAviney :

« Ce G20 s’est terminé, une fois encore, avec le même constat : les États-Unis sont en désaccord avec les autres nations. 19 pays ont décidé de réaffirmer leur engagement aux accords de Paris de 2015 sur le climat, mais nous pouvions voir, tout au long de ce sommet, que l’administration américaine y était fermement opposée. Il y a eu beaucoup d’allées et venues des négociateurs des différentes délégations, mais visiblement, Donald Trump reste convaincu que le changement climatique n’est qu’une idée fausse. Le président français, Emmanuel Macron, est venu ici déterminé à convaincre les États-Unis. Theresa May, aussi, a fait une intervention pleine d’énergie. Elle a expliqué comment le Royaume-Uni était devenu la première grande économie à s’engager sur l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050, et qu’une loi avait été déposée en ce sens. Elle a expliqué comment son pays s’était détourné du charbon et que les technologies vertes offraient de grandes possibilités. Mais il semble que tout ce lobbying mené par les dirigeants européens n’ont pas réussi à convaincre Donald Trump. Reste à voir maintenant si les États-Unis vont rester sur leur position, et combien de temps l’accord sur le climat peut rester intact. Parmi les autres sujets qui ont fait l’objet de débats, il y a la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine et, bien entendu, l’Iran. De nombreux pays ont appelé à la désescalade. Les trois pays européens présents – Allemagne, France, Royaume-Uni – continuent de s’accrocher à l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, dont se sont retirés les États-Unis. Ils ont insisté sur la nécessité de préserver l’accord, dans l’espoir, qu’à un moment donné, avec un nouvelle administration américaine, les États-Unis puissent le réintégrer. »

Journaliste • Julien Pavy

https://fr.euronews.com/2019/06/29/g20-d-osaka-donald-trump-a-nouveau-seul-contre-tous

Les quatre dossiers brûlants en négociation au G20 du Japon

  1.  Asie et Pacifique

Les quatre dossiers brûlants en négociation au G20 du Japon

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Première publication : 27/06/2019 – 22:39Dernière modification : 28/06/2019 – 10:54

Photo de famille du G20, le 28 juin novembre 2019 à Osaka, au Japon.
Photo de famille du G20, le 28 juin novembre 2019 à Osaka, au Japon. Ludovic Marin, AFP

Texte par :FRANCE 24Suivre

Le G20 se réunit vendredi et samedi, au Japon, pour évoquer les dossiers qui préoccupent les 20 plus grandes économies du monde. Au menu des discussions, le climat, l’Iran, les taux bancaires et les relations commerciales entre Pékin et Washington.PUBLICITÉ

Les 20 plus grandes économies mondiales se réunissent vendredi 28 et samedi 29 juin à Osaka, au Japon. Au menu de ce G20 : l’environnement et le climat, le dossier iranien et le pétrole, les taux des banques centrales ainsi que les tensions commerciales entre Pékin et Washington.

Les relations commerciales entre la Chine et les États-Unis

Les négociations commerciales entre Pékin et Washington devraient accaparer une partie des discussions. Dans l’impasse depuis le mois dernier, les présidents Xi Jinping et Donald Trump vont tenter de relancer le dialogue, notamment lors d’un entretien bilatéral prévu samedi à 11 h 30, heure locale (2 h 30 GMT).PUBLICITÉ

Le South China Morning Post, quotidien anglophone de Hong Kong, a rapporté jeudi 27 juin que les deux premières puissances économiques mondiales, en conflit depuis près d’un an, avaient conclu une trêve provisoire.

Avant son départ pour le Japon, Donald Trump a soufflé le chaud et le froid, jugeant « absolument possible » de parvenir à un accord avec Xi Jinping tout en se disant prêt, en cas d’échec, à imposer de nouveaux droits de douane sur la quasi-totalité des produits chinois non encore taxés. À Pékin, un porte-parole du ministère du Commerce a de son côté réclamé jeudi l’annulation sans délai des sanctions américaines visant le groupe chinois d’équipements de télécommunication Huawei.

Croissance et taux bancaires

Au chapitre des tensions commerciales, les incertitudes qui pèsent sur la croissance et notamment les taux des banques centrales ne manqueront pas non plus d’animer les débats.

Lors de sa réunion de politique monétaire des 18 et 19 juin, la Réserve fédérale a ouvert la voie à de possibles baisses de taux d’ici la fin de l’année. Cette perspective, qui affaiblit le dollar, pourrait contraindre la Banque centrale européenne et la Banque du Japon à chercher des moyens d’éviter une trop forte appréciation de l’euro et du yen afin de protéger leurs économies fortement dépendantes des exportations.Voir l’image sur Twitter

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Emmanuel Macron@EmmanuelMacron

À l’ouverture du G20 d’Osaka, je retrouve nos partenaires européens et le Canada pour une réunion de coordination. Objectif : porter ensemble nos ambitions : pour le climat, pour des politiques commerciales équitables, pour lutter contre les inégalités.2 23704:34 – 28 juin 2019908 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

L’hôte du sommet, le Premier ministre japonais Shinzo Abe, espère que la déclaration de clôture du sommet insistera aussi sur la nécessité de préserver le libre-échange mais il pourrait se heurter au refus de Donald Trump, qui avait obligé l’an dernier le G20 à abandonner sa référence de longue date à la lutte contre le protectionnisme.

Le climat et l’environnement, dossiers brûlants

Autre pomme de discorde entre les 20 nations : le changement climatique. Les négociateurs américains s’opposent à la volonté des Européens de s’engager fortement en faveur de la lutte contre le réchauffement, que Donald Trump considère comme un « canular ».

La dernière version en date des phrases de la déclaration consacrées au climat qualifie l’Accord de Paris sur le climat d' »irréversible », ce qu’une version antérieure évitait de mentionner sous la pression des États-Unis, précisent deux sources interrogées par Reuters.

Considéré comme historique, l’Accord de Paris, qui fixe le cadre d’engagements politiques, économiques et financiers visant à contenir la hausse de la température moyenne de la planète « bien en deçà de 2 °C » en 2100, avec l’objectif d’être le plus près possible de 1,5 °C, est fragilisé depuis que Donald Trump a décidé d’en retirer les États-Unis.

Mercredi, Emmanuel Macron a pressé tous les membres de soutenir l’Accord de Paris de 2015 et d’accélérer la réduction des émissions de gaz à effet de serre tout en menaçant de refuser de signer un communiqué final trop timide sur ce point.

Le G20 pourrait, en outre, enfin adopter un nouveau cadre pour réduire la pollution plastique dans les océans sur une base volontaire. Mais il paraît peu probable que les dirigeants des 20 économies les plus avancées s’engagent sur des objectifs précis.Voir l’image sur Twitter

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Justin Trudeau@JustinTrudeau

Décollage vers Osaka, au Japon, où nous passerons quelques journées bien remplies au Sommet des dirigeants du #G20. Au menu : lutter contre les changements climatiques, faire avancer l’égalité des genres et créer plus d’opportunités pour la classe moyenne.41317:07 – 26 juin 201976 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

Les dix pays membres de l’Asean (Association des pays du Sud-Est asiatique) ont montré la voie samedi dernier en adoptant à l’issue d’un sommet à Bangkok une déclaration commune de lutte contre les déchets en mer.

Pétrole et Iran

Même si l’Iran n’est pas membre du G20, la République islamique sera dans toutes les têtes en raison de la guerre des mots qui l’oppose à Donald Trump et aux fortes tensions entre les deux pays, ravivées par la destruction en vol d’un drone américain par Téhéran il y a une semaine près du détroit d’Ormuz.

Cette crise, qui a provoqué une hausse des cours du brut, intervient à quelques jours d’une réunion ministérielle de l’Opep le 1er juillet, élargie le lendemain aux alliés non Opep, dont la Russie, pendant laquelle les membres de cet Opep+ devraient décider de reconduire ou non des baisses de production pour soutenir les prix.

Quoi qu’en dise l’Iran, grand rival régional de l’Arabie saoudite, qui compte désormais parmi les producteurs les plus modestes du cartel en raison des sanctions de Washington, les discussions risquent de se résumer à un tête-à-tête entre Riyad et Moscou, qui produisent à eux deux plus de 40 % du pétrole de l’Opep+. Le sujet devrait être à l’ordre du jour de l’entretien prévu en marge du G20 entre Vladimir Poutine et le prince héritier saoudien Mohamed ben Salmane.

Avec Reutershttps://www.france24.com/fr/20190627-quatre-dossiers-brulants-negociations-g20-japon-climat-petrole-iran-chine

Brouillard d’Ormuz

Brouillard d’Ormuz

Publié le 14 Juin 2019 par Observatus geopoliticus in Moyen-OrientEtats-Unis

Et c’est reparti ! La guéguerre irano-américaine retrouve des couleurs. Si, en Syrie, les falses flags chimiques avaient la furieuse habitude de se dérouler début avril, leurs supposés collègues du Golfe persique ont une légère préférence pour le milieu de chaque mois. Le 12 mai, on s’en rappelle, quatre navires, dont deux pétroliers saoudiens, sont abîmés non loin du détroit d’Ormuz.

Ne donnant pas sa part au chien, juin y va de son petit incident. Deux tankers, dont un japonais (au moment même où le Premier ministre du Pays du soleil levant fait une visite en Iran !) sont endommagés à la sortie du détroit :

Autre coïncidence troublante : l’attaque a lieu alors que le Follamour moustachu de Washington et iranophobe primaire, Bolton pour ne pas le nommer, est sur la sellette. Pas plus tard que la semaine dernière, le Donald a proposé à Téhéran d’ouvrir, sans précondition aucune, des discussions. On imagine aisément que ces éventuels pourparlers sont maintenant sur le fil du rasoir…

Cela ressemble donc à s’y méprendre à un nouveau false flag impérial, ou du moins d’une de ses composantes : torpiller tout début de détente entre Téhéran et Washington, faire plaisir aux Etats clients (les infatigables Israoudiens) voire remettre en selle Bolton.

D’autant plus que les accusations du CentCom, qui a publié une vidéo montrant les Iraniens tentant de retirer une mine non explosée pour  »cacher les preuves de leur crime », sont battues en brèche par les déclarations de l’armateur japonais. Ce seraient des torpilles ou des missiles qui auraient endommagé les bateaux, non des mines comme le prétendent les Américains.

Ainsi, tout semble concorder : nous sommes en présence d’une énième et piteuse mascarade US. Sauf que…

Quelques observateurs avisés de la scène moyen-orientale, peu suspects d’impérialophilie au demeurant, semblent accréditer la thèse d’actions iraniennes en réponse à l’agression économique et diplomatique américaine depuis des mois.

Pour Elijah Magnier ou Moon of Alabama, l’Iran, touché de plein fouet par les sanctions, met tout simplement ses menaces en pratique : Si nous ne pouvons pas exporter notre pétrole par le détroit d’Ormuz, personne ne le fera. Sachant que 20% de l’or noir mondial et 33% du GNL passent par cette zone ô combien stratégique, c’est le meilleur moyen de défense de Téhéran.

Toujours selon cette thèse, il se pourrait même qu’il y ait un lien entre les sanctions sur l’industrie pétrochimique iranienne, décrétées par Washington il y a quelques jours, et l’identité des navires visés : ceux-ci ne transportaient pas exactement du pétrole mais, vous l’avez deviné, des produits dérivés… pétrochimiques.

False flag ou message subliminal de Téhéran à destination de l’empire ? Nous en saurons peut-être plus ces prochains jours.

En attendant, le président Rouhani était à Bichkek, au Kirghizstan, pour le somment de l’Organisation de Coopération de Shanghai. Dans un discours remarqué, il y a descendu en flamme l’unilatéralisme US, pour le plus grand plaisir de Pékin. Il a également offert des privilèges et facilités économiques aux Etats membres de l’OCS qui investiraient en Iran. C’est précisément à cela que sert la grande organisation eurasienne, au grand dam de qui vous savez…

Tensions maximales entre les Etats-Unis et l’Iran

Tensions maximales entre les Etats-Unis et l’Iran

Tensions maximales entre les Etats-Unis et l'Iran
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Tasnim News Agency/Handout via REUTERS

Jusqu’où iront les tensions entre les Etats-Unis et l’Iran ?

Sur ces images, une épaisse colonne de fumée noire s’élève d’un des deux navires, un norvégien et un japonais, tous les deux cibles d’une attaque en mer d’Oman.

Cet incident survient près d’un mois après que quatre navires ont été attaqués au large des Emirats arabes unis, acte pour lequel Téhéran été montré du doigt par Washington.

Sans détour, les Etats-Unis ont de nouveau accusé l’Iran d’être « responsable » des attaques de jeudi.

Mike Pompeo, Secrétaire d’Etat américain :

« Le gouvernement des Etats-Unis estime que la République islamique d’Iran est responsable des attaques en mer d’Oman.

« C’est une estimation faire sur le base de renseignements, du type d’armes utilisé, du niveau d’expertise nécessaire à l’exécution d’une telle opération, similaire à d’autres attaques récentes menées par l’Iran sur des na vires. »

« Aucun groupe dans cette zone n’a les ressources ni le niveau de maîtrise nécessaires pour mener une attaque aussi sophistiquée. »

Embedded video

Donald J. Trump

@realDonaldTrump

« It is the assessment of the U.S. government that Iran is responsible for today’s attacks in the Gulf of Oman…. »@StateDept @SecPompeo

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« Menace de conflit »

Pour les Etats-Unis, ces actes « représentent une menace claire pour la paix et la sécurité internationales, une attaque flagrante contre la liberté de navigation ».

La République islamique a balayé ces accusations, tout en menaçant de s’affranchir de certaines restrictions à son programme nucléaire.

Rien ne semble faire baisser la température donc, pas même la tentative de médiation entre les deux pays par le premier ministre japonais Shinzo Abe, qui était à Téhéran jeudi.

Le président américain Donald Trump l’a remercié dans un tweet mais a prévenu que les deux parties étaient encore très loin d’un accord.

Donald J. Trump

@realDonaldTrump

While I very much appreciate P.M. Abe going to Iran to meet with Ayatollah Ali Khamenei, I personally feel that it is too soon to even think about making a deal. They are not ready, and neither are we!

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Le chef de l’Organisation des Nations Unies Antonio Guterres a mis en garde devant le risque de conflit dans le Golfe.

Contexte brûlant

Une montée des tensions qui survient dans un contexte déjà brûlant entre les deux pays, après la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien il y a un an.

Le président américain avait affirmé que l’Iran dérogeait à ses engagements de limiter son programme nucléaire.

Depuis, Washington, n’a cessé de durcir les sanctions économiques et diplomatiques contre l’Iran.

https://fr.euronews.com/2019/06/14/tensions-maximales-entre-les-etats-unis-et-l-iran

F-35 japonais : renforcement face aux menaces aériennes et intégration régionale

F-35 japonais : renforcement face aux menaces aériennes et intégration régionale

Tribune
6 juin 2019
 

La visite de quatre jours du président américain Donald Trump au Japon fin mai a été une étape importante sur le plan militaire. En effet, Tokyo a confirmé l’achat de 105 F-35 américains, ce qui portera sa flotte à 147 appareils et en fera une force redoutable.

La commande de ces avions furtifs de cinquième génération est constituée de 63 F-35A et de 42 F-35B (à décollage/atterrissage vertical). C’est la première fois que le Japon acquiert une telle version de l’appareil. D’un coût compris entre 89,2 et 115,5 millions de dollars par avion, cette acquisition devrait se chiffrer à plus de 10 milliards de dollars (8,9 milliards d’euros). La flotte japonaise de F-35 sera la plus importante après celle des États-Unis.

Une fois que ce système d’armes sera opérationnel, le Japon pourrait projeter une puissance aérienne considérable bien au-delà de ses côtes. Tokyo prévoit d’utiliser la variante F-35B, qui est capable de décoller et d’atterrir verticalement, sur les destroyers porte-hélicoptères de la classe Izumo au Japon. Les navires, qui ne peuvent actuellement emporter que des hélicoptères à bord, seront modifiés pour supporter les F-35. Ils deviendront alors de véritables porte-aéronefs.

Le F-35 peut changer la donne face à la menace chinoise et russe, dans une moindre mesure.

Il faut souligner que le F-35 a un faible niveau de détection (son signal radar a la taille d’une balle de golf) et pénétrerait facilement dans les espaces aériens chinois et russe (du moins pour le moment).

Même si les systèmes chinois et russe parviennent à localiser le F-35, ils auront beaucoup de mal à suivre et à cibler le chasseur furtif. De plus, au moment de la détection, le F-35 aura déployé son système d’arme embarqué, procurant un avantage décisif en première frappe sur des cibles stratégiques telles que les défenses anti-aériennes de l’ennemi.

La Chine affirme que son chasseur furtif J-20, qui a atteint sa capacité opérationnelle initiale, serait capable de relever le défi des F-35. C’est toutefois très peu probable, car le J-20 est toujours à la traîne par rapport au F-35 en ce qui concerne la connaissance de la situation sur le champ de bataille et les systèmes de propulsion, deux facteurs qui confèrent à l’avion un avantage opérationnel essentiel au combat.

Compte tenu de la supériorité du F-35 sur son rival J-20, le Japon, avec sa flotte projetée de quelque 150 F-35, posséderait une supériorité aérienne significative par rapport à la Force aérienne de l’Armée de libération du peuple.

Par ailleurs, la Russie a déployé dans la région des chasseurs Su-35. Mais, en dépit de sa manœuvrabilité et de sa puissance de frappe considérables, le Su-35 ne possède pas de fonctions furtives avancées de cinquième génération (contrairement au F-22 / F-35 et au J-20 chinois) et n’a pas de capteurs de pointe disponibles comme le F-35.

Toutefois, le crash d’un F-35A, récemment acquis par le Japon, le 9 avril 2019, puis la mise à l’arrêt de toute la flotte de F-35 qui en a découlé, soulèvent de sérieux doutes quant à la disponibilité opérationnelle de ce système d’armes révolutionnaire, ce qui suscite de nombreuses critiques.

Cet avion a jusqu’à présent été peu utilisé. Seuls les Israéliens l’ont utilisé en Syrie dans des missions opérationnelles, et dans ce contexte, sa furtivité aurait plutôt déçu. Et selon certaines sources militaires, il ne serait pas capable de contrer les systèmes anti-aériens S300 livrés à Damas par Moscou, et que possèderaient aussi Téhéran et Caracas… Or, la Chine a de tels systèmes, soit des S-300 PMU achetés aux Russes, soit son propre système de missiles sol-air HongQi 9 (HQ-9) qui est équivalent.

Pour le moment, les forces alliées possédant le F-35 pourront profiter du retour d’expérience des forces de défense aériennes israéliennes qui l’ont utilisé pour pénétrer l’espace aérien syrien pour engager des batteries iraniennes, avec succès.

Par ailleurs, les critiques du programme des F-35 ignorent le fait que tous les nouveaux systèmes d’armes sont confrontés à des problèmes dans leur phase d’introduction. Même le légendaire F-16, lancé officiellement en 1978, a été confronté à une série de problèmes techniques à ses débuts.

Compte tenu de la complexité technique du F-35, il faudrait probablement encore une décennie (après les deux premières décennies de développement) pour résoudre les nombreuses questions relatives à cet avion d’une complexité remarquable.

F-35 et intégration régionale

L’autre conséquence de l’achat massif de F-35 par le Japon est la mise en place d’une considérable flotte dans la région et l’intégration des forces aériennes locales avec celles de États-Unis.

En effet, d’autres alliés des États-Unis, l’Australie, la Corée du Sud et Singapour ont ou sont intéressés par cet appareil.

La flotte de F-35 des États-Unis et de leurs alliés sera très conséquente. Les États-Unis et leurs alliés disposeront de plus de 200 avions F-35 déployés dans la région Asie-Pacifique d’ici à 2025, selon le général Charles Brown, commandant des Forces aériennes américaines du Pacifique.

Outre le Japon, la Corée du Sud a reçu son premier F-35 en mars 2018 et prévoit d’en acheter 40.

Deux F-35A sont arrivés en décembre dernier en Australie. Il s’agit des premiers Joint Strike Fighter de la RAAF à être basés sur le territoire national. L’Australie a investi 17 milliards de dollars australiens (10,5 milliards d’euros) pour commander 72 F-35A de Lockheed Martin. Enfin, Singapour compte acheter quatre chasseurs furtifs américains F-35 pour moderniser sa flotte, a annoncé vendredi 1er mars son ministre de la défense Ng Eng Hen.

M. Brown a exprimé l’espoir de renforcer les capacités par des exercices conjoints avec les F-35 appartenant au Japon, à la Corée du Sud et à l’Australie. Par ailleurs, les liens entre Tokyo et Canberra, très étroits avec l’industrie de défense américaine, sont encore renforcés par le fait que le Japon et l’Australie sont les deux bases de maintenance pour les F-35 en Asie Pacifique.

L’ensemble renforcera l’intégration opérationnelle des États-Unis et de leurs alliés. En effet, le F35 se compose avant tout de deux systèmes informatiques embarqués : le JRE (Joint Reprogramming Entreprise), qui est une bibliothèque partagée de données sur les systèmes d’armes des adversaires potentiels distribués à toute la flotte de F35 dans le monde), mais aussi de l’ALIS (Autonomic Logistics Information System). Ce dernier dispositif est conçu pour gérer la maintenance préventive et la supply chain qui relie en permanence chaque avion à Lockheed Martin et Fort Worth aux États-Unis.

La maîtrise du système est donc totalement entre les mains de Washington puisque toutes les données techniques de vol, de maintien de condition ou de missions opérationnelles sont stockées dans des serveurs situés sur le territoire américain. Cela limite la souveraineté de chaque État client du F-35 mais cela facilite l’intégration opérationnelle entre les États-Unis et leurs alliés.

Le F-35 peut donc jouer un rôle majeur dans la supériorité aérienne des États-Unis et de leurs alliés face aux menaces russes et chinoises. Et dans ce contexte, le Japon et sa vaste flotte à terme de F-35, jouera un rôle central.

F-35 japonais : renforcement face aux menaces aériennes et intégration régionale

L’empereur Akihito laisse place à une nouvelle ère pour le Japon

L’empereur Akihito laisse place à une nouvelle ère pour le Japon

L’ère Heisei prend fin ce 30 avril au Japon. Après 30 ans de règne, l’empereur Akihito a pris la décision d’abdiquer. À 85 ans, sa fonction et l’agenda qu’elle impliquait devenaient trop lourds à porter. Son fils, le prince héritier Naruhito, lui succèdera le 1er mai à l’âge de 58 ans. Il ouvrira ainsi l’ère Reiwa. Ce nom évoque l’idée d’harmonie ordonnée, d’espoir. Il est tiré d’un poème issu du Man’yôshû – première anthologie de waka, un genre de la poésie japonaise. Shinzô Abe a souligné que pour la première fois, le nom de l’ère était issu d’un texte japonais, et non chinois.

L'empereur Akihito et l'impératrice Michiko. Derrière, le prince héritier Naruhito.
L’empereur Akihito et l’impératrice Michiko. Derrière, le prince héritier Naruhito.

Empereur, un rôle symbolique contourné par Akihito

Comme inscrit dans la Constitution du Japon votée en 1946, et entrée en vigueur en 1947, l’empereur est le symbole de l’État et de l’unité du peuple. Il est également le chef de la religion shinto, la plus ancienne pratique religieuse de l’histoire de l’archipel. Néanmoins, il est dénué de tout pouvoir politique et doit faire preuve de réserve.

L’empereur Akihito a tout de même fait preuve d’un certain engagement. En 1990, lors d’une visite officielle du président sud-coréen Roh Tae-woo, il exprime lors de leur entrevue « le plus profond remords » face aux exactions japonaises passées. Il renouvellera ces regrets par la suite. L’empereur Akihito a également évoqué « [la] période tragique pendant laquelle [le Japon] causa de grandes souffrances au peuple de Chine » en octobre 1992. Plus généralement et plus récemment, le 15 août 2015 lors d’une cérémonie d’anniversaire de la capitulation du pays en 1945, il déclare à nouveau de « profonds remords » pour toute la période de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit d’une première pour un empereur.

En parallèle, Akihito fut représentatif d’une certaine modernité et d’une ouverture. Marié à une roturière, l’impératrice Michiko, il part à la rencontre du peuple. Il est le premier empereur à autant aller au contact de la population comme en mars 2011, suite à la catastrophe de Fukushima. Le couple impérial effectue des visites aux victimes.

L’abdication, un chamboulement dans l’organisation officielle

L’abdication n’étant pas légalement prévue, le Parlement a dû voter une loi d’exception en 2017 afin que l’empereur Akihito puisse quitter le trône. Un chamboulement puisque les documents administratifs, officiels, les calendriers ou encore les agendas citent la date en fonction de l’ère. 2019 est par exemple l’an 31 de l’ère Heisei. Akihito deviendra empereur émérite suite à son abdication. Cette dernière devait avoir lieu à une date fixée par décret dans un délai qui ne dépasse pas 3 ans après sa promulgation.

Le prince Naruhito, à 58 ans, devient donc le nouvel empereur du Japon aux côtés de son épouse Masako. Nul doute qu’après la relative mais nouvelle modernité adoptée par son père, sa posture sera scrutée. Le prince héritier a néanmoins exprimé le désir de poursuivre sur la voie tracée par son père, notamment en ce qui concerne le passé militariste japonais. Le système impérial demeure néanmoins très conservateur, les femmes ne pouvant par exemple pas prétendre à la succession. Ce sujet fait débat au Japon aujourd’hui.

About Jessy PÉRIÉ

Diplômée d’un Master 2 en Géopolitique et prospective à l’IRIS, Jessy Périé est analyste géopolitique et journaliste, spécialisée sur la zone Asie orientale. Elle s’intéresse particulièrement aux questions de politique extérieure chinoise et japonaise.

Shinzô Abe à Paris : France et Japon élaborent un plan commun

Shinzô Abe à Paris : France et Japon élaborent un plan commun

Du 22 au 29 avril, le Premier Ministre japonais Shinzô Abe s’est rendu dans six pays (ainsi qu’à Bruxelles en parallèle) afin de préparer le G20, dont le Japon assurera la présidence en juin prochain à Osaka. Sa rencontre avec le Président Emmanuel Macron était particulièrement importante dans la mesure où la France présidera de son côté le G7 en août. Cette visite en France, mais aussi l’étape à Bruxelles le 25 avril démontrent cette volonté de renforcer une proximité dans un contexte de tensions entre les deux premières puissances mondiales.

France et Japon s'apprêtent à lancer un plan de coopération commun.
France et Japon s’apprêtent à lancer un plan de coopération commun.

Le 23 avril, Shinzô Abe et Emmanuel Macron se sont rencontrés au Palais de l’Elysée. Une entrevue qui intervient dans un contexte favorable pour les relations franco-japonaises. En effet, les deux pays ont fêté 160 ans de relations diplomatiques en 2018. Cet anniversaire fut fêté en France à travers une saison culturelle nippone nommée « Japonismes 2018 : des âmes en résonance ». L’intérêt mutuel entre le Japon et la France ayant une forte dimension culturelle, cette initiative a connu un grand succès auprès du public.

Shinzô Abe et Emmanuel Macron : deux présidences pour le multilatéralisme

La visite du Premier Ministre japonais intervient alors que Japon et France présideront respectivement le G20 fin juin à Osaka et le G7 fin août à Biarritz. Les deux leaders ont ainsi pu discuter et se coordonner sur les axes directeurs de ces sommets. Emmanuel Macron l’a formulé lors de sa déclaration à l’issue de la rencontre : « Nous avons la même ambition pour rebâtir la confiance dans le système multilatéral. Nous savons tout des obstacles et des tensions, des impasses qui existent aujourd’hui (…). Entre Osaka et Biarritz, il y aura une même volonté de rebâtir cet axe multilatéral ». La lutte contre les inégalités contemporaines d’une manière générale sera « un fil rouge »[1].

Le multilatéralisme, Shinzô Abe et Emmanuel Macron souhaitent notamment l’aborder sur le plan commercial. Le commerce international est en effet soumis à de fortes tensions actuellement. D’une part, on peut évoquer la politique menée par le président américain Donald Trump en la matière – remise en cause de l’OMC, mesures protectionnistes. Cette « rupture profonde avec les normes sur lesquelles s’appuie le système commercial multilatéral, dont les États-Unis ont [pourtant] été historiquement l’architecte et le leader », comme le souligne le directeur du CEPII Sébastien Jean n’est néanmoins pas la seule raison de ces tensions. L’émergence de nouveaux pays, de nouveaux modèles et un retournement d’avantages comparatifs observé dans certains secteurs ont joué dans le chamboulement du système commercial international ces dernières décennies[2].

Un plan d’action commun entre la France et le Japon, au sein de l’axe indo-pacifique

Concernant particulièrement le Japon et la France, les deux leaders ont annoncé un nouveau plan d’action commun sur cinq ans. Il sera acté lors de la visite bilatérale du président français sur l’archipel, en amont du G20 en juin prochain. Le projet concernera la coopération industrielle, d’innovation et de sécurité.

Ce plan commun s’inscrira à travers des liens bilatéraux, mais également au sein de « l’axe indo-pacifique ». Il s’agit d’un concept ravivé en grande partie par le Japon depuis 2017. Il s’appuie initialement sur le Quadrilateral Security Dialogue ou Quad, formé par le Japon, l’Inde, les États-Unis et l’Australie. À travers sa ZEE (Zone économique exclusive) de 9 millions de km² dans cette région, la France se montre pleinement concernée et engagée[3]. Le Japon, seconde puissance d’Asie orientale, représente ainsi un partenaire précieux. Cependant, l’archipel a également besoin du soutien américain. Un allié essentiel afin de donner un poids conséquent à cet espace indo-pacifique, face à la montée de l’influence chinoise.

Des intérêts communs, mais Shinzô Abe demeure prudent face à Washington

Ce ménagement nécessaire de Washington par Tôkyô s’observe justement dans la défense du commerce international multilatéral. Emmanuel Macron a cité le projet de réforme de l’OMC, où l’Union européenne souhaite entre autres un élargissement de l’organe d’appel de l’organisation, faisant passer de sept à neuf le nombre de juges[4]. Si Tôkyô a acté une nécessité de réforme de l’OMC, il n’a en revanche pas soutenu cette proposition de Bruxelles. Cet écart de position révèle une prudence vis-à-vis de son partenaire américain, qui souhaite exactement l’inverse, à savoir réduire le pouvoir de cet organe d’appel.

Au vu de leurs intérêts communs, de leurs atouts communs – en matière d’innovation par exemple – Japon et France ont tout intérêt à coopérer et poursuivront indéniablement en ce sens. Ce constat s’élargit de même aux liens nippo-européens. L’Europe est par exemple divisée sur la nature des liens à entretenir avec la Chine et son projet de BRI. L’adhésion récente de l’Italie, le Brexit sont autant de facteurs non exhaustifs qui fragilisent une position européenne commune face à ce qui est en train de devenir une nouvelle forme de mondialisation. Le Japon a ainsi une occasion de renforcer ses positions sur le continent. L’archipel possède des valeurs plus proches des puissances européennes occidentales que la Chine. De plus, il existe un accord de libre-échange Japon-UE, le JEFTA, entré en vigueur en février 2019.

Sources

[1] Élysée, « Déclaration avec Shinzô Abe, Premier ministre du Japon », 23 avril 2019.

[2] JEAN Sébastien, Désaccords commerciaux internationaux : au-delà de Trump », Politique étrangère, IFRI, Printemps 2019.

[3] Ministère des Armées, « La France et la sécurité en Indo-Pacifique », juin 2018.

[4] BUTAUD-STUBBS Emmanuelle (rapporteur), Conseil économique et social européen,Réformer l’OMC pour s’adapter aux évolutions du commerce mondial (avis d’initiative), 24 janvier 2019.

About Jessy PÉRIÉ
Diplômée d’un Master 2 en Géopolitique et prospective à l’IRIS, Jessy Périé est analyste géopolitique et journaliste, spécialisée sur la zone Asie orientale. Elle s’intéresse particulièrement aux questions de politique extérieure chinoise et japonaise.