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Vers une montée en puissance structurelle de la marine japonaise ?

Vers une montée en puissance structurelle de la marine japonaise ?

Tribune24 avril 2020Par le Capitaine de corvette Cécile Cornier, auditrice de la 27e promotion de l’École de Guerre.

La crise actuelle nous rappelle à quel point le monde est devenu interdépendant. Or aujourd’hui, la globalisation est intrinsèquement liée à la maritimisation. Conscient de ces enjeux, le Japon renforce avec pragmatisme ses capacités navales, pour notamment faire face à la Chine, particulièrement agressive en matière de politique régionale[1].

Ce développement s’inscrit dans un cadre juridique contraignant, issu de la Seconde Guerre mondiale[2], qui favorise le pacifisme. Aussi, si le Japon est maître de son autodéfense, un droit garanti par la Charte des Nations unies de 1945, il a renoncé à son droit de guerre et a confié sa défense aux États-Unis, par le traité de sécurité de San Francisco, en 1951. La volonté de contribuer davantage à la sécurité régionale, voire internationale, sous la pression américaine a cependant conduit à l’élargissement des domaines d’intervention des Forces japonaises d’autodéfense, et donc de ceux de la force maritime d’autodéfense japonaise (JMSDF). En 2013, le Japon a ainsi publié une première stratégie de sécurité nationale et levé, en 2014, l’interdiction sur les exportations d’armes qu’il s’était imposée en 1967, tout en adoptant le concept d’autodéfense collective. Aujourd’hui, certaines voix s’élèvent pour y inclure la défense des lignes de communication.

Une marine à vocation défensive, en évolution

La marine japonaise est avant tout dimensionnée pour défendre son territoire contre les principales menaces en Asie. Considérée comme la quatrième marine au monde pour son tonnage, elle s’est ainsi prioritairement attachée à développer d’importantes capacités anti-sous-marines. Cependant, la multiplication de l’arsenal militaire chinois, et, en particulier, l’expansion de sa flotte et l’installation de systèmes de déni d’accès inquiètent le Japon, qui redoute d’être isolé en cas de conflit. Dès lors, Tokyo cherche à améliorer progressivement ses autres capacités navales tout en réduisant ses défis structurels, notamment en termes opérationnels et de recrutement.[3]

Une montée en gamme de ses équipements[4]

Excepté dans le domaine de l’intervention, la flotte de surface japonaise présente un modèle complet. Elle comprend ainsi une quarantaine de navires de combat, une douzaine de bâtiments de souveraineté, une composante de guerre, des mines et des capacités océanographique et polaire. En 2018, Tokyo a annoncé sa volonté de modifier ses deux récents porte-hélicoptères de classe Izumo de 19 500 t (16 500 t pour l’équivalent français), afin de leur permettre d’accueillir des F-35B à décollage vertical. Bien qu’elle s’en défende, l’accroissement des capacités offensives traduit un changement de paradigme de la défense japonaise.

Sa flotte sous-marine est, quant à elle, considérée comme l’une des meilleures au monde[5]. Elle est composée d’une vingtaine de sous-marins d’attaque récents d’environ 4000 t des classes Oyashio et Sōryū. En mars dernier, une rupture technologique est en outre marquée par l’admission au service actif du premier sous-marin de la classe Sōryū équipé de batteries lithium-ion, qui doublent son autonomie. Enfin, l’aéronavale, constituée d’environ 300 aéronefs – dont 92 patrouilleurs maritimes et une cent-cinquantaine d’hélicoptères de tous types – a pour mission principale la lutte anti-sous-marine et la guerre des mines.

Le développement de son expérience opérationnelle

Le Japon cherche de plus à enrichir son expérience opérationnelle. Depuis 1998, le pays participe ainsi à des exercices conjoints avec la septième flotte américaine dans le Pacifique et il n’hésite pas à saisir d’autres opportunités, en particulier avec la Russie. Par ailleurs, le Japon a effectué en océan Indien un soutien logistique hors du cadre de l’Organisation des Nations unies, entre 2001 et 2007, et a participé à l’Opération Enduring Freedom entre 2008 et 2010. Si ces dernières opérations ont été fortement contraintes par sa Constitution et sa législation, Tokyo a su trouver le chemin d’un régime plus dérogatoire pour lutter contre la piraterie en océan Indien et sécuriser ainsi ses approvisionnements. En 2011, le Japon s’est, en ce sens, doté d’une base à Djibouti.

Un isolement militaire au niveau régional

Si la marine japonaise est redevenue une flotte de première importance, la puissance navale chinoise et le contexte régional délicat, remettent en perspective son potentiel, d’autant que son alliance avec les États-Unis, toujours cruciale, ne lui apporte plus la sérénité attendue.[6]

Tokyo entretient, d’une part, avec Pékin – qui possède la seconde marine au monde – une relation concurrentielle, entachée de défiance et de rancœurs. Les méfaits commis par l’armée japonaise en Chine lors de la Seconde Guerre mondiale ont en effet laissé des traces indélébiles dans les consciences. En outre, la Chine et Taïwan revendiquent les îles Senkaku, administrées par Tokyo depuis la fin du XIXe siècle et dont les eaux poissonneuses et les possibles ressources en hydrocarbures font l’objet de convoitises. Récemment, la crise avec la Corée du Nord, soutenue par Pékin, a envenimé encore davantage la situation, car Tokyo est de plus en plus préoccupée par les programmes nucléaires et balistiques de Pyongyang pour des raisons légitimes de sécurité nationale.

Paradoxalement, le Japon est aussi en tension avec la Corée du Sud, pourtant alliée des Américains. Le révisionnisme de Tokyo sur les exactions commises par l’armée japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale, et sa contestation de la souveraineté sud-coréenne sur les Rochers Liancourt attisent les frictions. Avec la Russie, les échanges se sont renforcés ces dernières années, tandis que le président Poutine souhaite parvenir à un accord au sujet du contentieux territorial relatif aux îles Kouriles russes. Néanmoins, il reste peu probable qu’un compromis puisse être trouvé dans les années à venir en raison des crispations qu’il génère au sein même des populations. En outre, Moscou, en froid avec Washington, joue sa propre partition dans la zone et ne pourrait constituer un partenaire fiable dans le domaine de la défense.

Le Japon évolue donc dans un contexte géopolitique délicat, dont la complexité est renforcée par les interdépendances économiques. Menacée par une Corée du Nord imprévisible et des velléités chinoises croissantes, Tokyo est en outre assez isolée, d’autant que la Russie ne peut constituer un partenaire militaire crédible. Le Japon se devra donc de continuer d’investir dans sa marine pour garantir ses intérêts stratégiques tout en cherchant à renforcer son partenariat avec les États-Unis et à poursuivre sa politique de coopérations avec l’Australie pour contrer son isolement.

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[1] La Chine mène par exemple une stratégie du fait accompli en mer de Chine orientale, profitant de sa suprématie régionale et de la désunion entre les pays de cette zone.

[2] En particulier l’adoption de principes non nucléaires et la limitation du budget de la défense à 1 % du PIB.

[3] La marine japonaise peine de plus en plus à recruter dans un pays vieillissant et encore très ancré dans le pacifisme.

[4] « Flotte de combat 2019 », Stéphane Gallois et Alexandre Sheldon-Duplaix, 2019, Éditions Maritimes et d’outre mer (version numérique)

[5] « La flotte sous-marine japonaise bien placée dans la bataille de mer de Chine et du Pacifique », tribune d’Édouard Pflimlin publiée sur le site de l’IRIS le 26 novembre 2019.

[6] Les priorités des deux pays divergent aujourd’hui, car le Japon est principalement intéressé par des questions régionales tandis que les États-Unis se préoccupent de problématiques plus globales

https://www.iris-france.org/146538-vers-une-montee-en-puissance-structurelle-de-la-marine-japonaise/

La Russie et le Japon tiennent leurs premiers exercices navals conjoints

La Russie et le Japon tiennent leurs premiers exercices navals conjoints

© Chine Nouvelle (Xinhua), le 22/01/2020 01:20

Des navires de la Flotte russe de la Baltique et de la Force maritime d’autodéfense japonaise tiennent leurs premiers exercices anti-pirateries conjoints dans la mer d’Arabie, a déclaré mardi le ministère russe de la Défense.

Le patrouilleur Iaroslav Moudri, le pétrolier Elnya et le remorqueur naval Viktor Konetski participent aux exercices côté russe, accompagnés du destroyer japonais Harusame, a précisé le ministère dans un communiqué.

Mardi, ces navires ont effectué un exercice de libération d’un vaisseau capturé par de faux pirates, dont le rôle a été joué par le pétrolier russe.

Après avoir supprimé les pas de tir des faux pirates, les équipages du Iaroslav Moudri et du Harusame ont attaqué le navire et neutralisé les ravisseurs en quelques minutes seulement et libéré l’équipage de l’Elnya, selon le communiqué.

Plus tard dans la journée, les matelots russes et japonais effectueront des tirs conjoints de petite artillerie et de mitrailleuses lourdes contre une cible en mer, préparée et installée au préalable par l’équipage du remorqueur russe.

Ensuite, des hélicoptères de l’aviation navale des navires russes et japonais exécuteront des vols croisés en atterrissant sur le pont de leur partenaire.

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Hydrogen Frontier : le Japon met à l’eau le premier navire apte à transporter de l’hydrogène

Hydrogen Frontier : le Japon met à l’eau le premier navire apte à transporter de l’hydrogène

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Hydrogen Frontier : le Japon met à l’eau le premier navire apte à transporter de l’hydrogène:

Ce mercredi, le Japon a baptisé et lancé le premier navire au monde capable de transporter de l’hydrogène liquide. Baptisé « Hydrogen Frontier » (ou « Suiso Frontier » d’après la traduction japonaise du mot « hydrogène »), il est capable de transporter 1 250 m3 d’hydrogène liquide par réservoir.

À terme, le Japon entend l’utiliser pour importer de l’hydrogène depuis l’Australie, où le pays en produit à partir de charbon à bas prix.

Pleinement opérationnel en 2021

Au moment de son inauguration ce mercredi, devant une foule de 4 000 personnes, l’Hydrogen Frontier ne disposait pas encore de ses réservoirs à hydrogène. La société Kawasaki Heavy Industries, qui l’a construit, compte
les produire en 2020 et les ajouter au navire pour une entrée en service en mars 2021. L’Hydrogen Frontier doit récupérer l’hydrogène en Australie, où il est liquéfié à une température d’environ -253 °C. Ceci permet d’obtenir, selon Asian Nikkei Review,
de l’hydrogène liquide occupant un volume 800 fois inférieur à son volume gazeux.

Le vaisseau, long de 116 mètres et d’un poids d’environ 8 000 tonnes, doit marquer l’engagement du Japon en faveur de la filière hydrogène. Le pays cherche désormais à rattraper son retard face à la Chine, qui investit de plus en plus dans ce secteur. La Chine a d’ailleurs ouvert cet été la plus grande station-service à hydrogène au monde.
Selon la société spécialisée dans l’analyse de marché Fuji Keizai, la demande mondiale d’hydrogène devrait être multipliée par 50 d’ici 2030.

Une filière propre, vraiment ?

L’hydrogène est particulièrement sollicité pour réduire la quantité de CO2 émise par le secteur automobile. Toyota, dont le P.-D.G. Takeshi Uchiyamada était présent à l’inauguration de l’Hydrogen Frontier, s’y intéresse
via sa Mirai restylée. Hyundai a, quant à elle, battu ce mois-ci un record d’autonomie avec un véhicule à hydrogène, son SUV Nexo.

Mais ici, cet hydrogène est obtenu à partir de la combustion du charbon, un procédé émettant entre 9 et 12 tonnes de CO2 pour chaque tonne d’hydrogène produite. Pourtant, l’Hydrogen Frontier fait bien partie d’un projet appelé HySTRA, qui travaille officiellement au développement d’une filière hydrogène ne rejetant pas de CO2. Jusqu’à présent, ni le gouvernement japonais, ni Kawasaki Heavy Industries n’ont annoncé avoir prévu de dispositif
pour la captation ou le stockage de ce gaz. Ce qui revient finalement à exporter les émissions japonaises de dioxyde de carbone en Australie.

Originalement publié sur Tumblr: 

https://ift.tt/2qOINRHhttps://eldorhaan.wordpress.com/2019/12/13/hydrogen-frontier-le-japon-met-a-leau-le-premier-navire-apte-a-transporter-de-lhydrogene/#more-53968

Les Ayatollahs sautent de joie

Les Ayatollahs sautent de joie


Par Dmitry Orlov – Le 15 octobre – Source Club Orlov

Lors de la récente Assemblée générale des Nations Unies, il y avait une personne qui paraissait plus heureuse que les autres, surtout en comparaison des Européens, aux mines plutôt sombres. C’était le président iranien Hassan Rouhani. Il rayonnait positivement de plaisir et de bonne humeur. Bien que son discours ait été dur, contenant des termes tels que « terrorisme économique » et « piraterie internationale », dont il accusait le régime de Washington, son comportement n’était que joie. En passant, il a anéanti les espoirs de Boris Johnson de négocier un rapprochement entre l’Iran et les Washingtoniens, estimant clairement que toute nouvelle tentative de négociation avec eux était tout à fait inutile.


Rohani n’est certainement pas le seul à adopter cette position, même s’il est peut-être le seul parmi les dirigeants nationaux à le faire ouvertement. Les Chinois ont fait traîner les négociations commerciales sans aucune intention de parvenir à un accord. Les Russes considèrent les négociations de maîtrise des armements avec les Washingtoniens comme plutôt inutiles, promettant une réponse symétrique (mais beaucoup moins coûteuse) à toute escalade américaine.

En effet, à quoi bon négocier avec les Américains si, comme l’expérience l’a montré, ils peuvent par la suite revenir à l’improviste sur un accord conclu ? Ils le font soit sans aucune justification (comme ce fut le cas récemment avec les Kurdes syriens), soit sur la base d’un quelconque caprice du moment (comme l’abandon du traité FNI entre les États-Unis et la Russie).

Ce point semble encore mériter d’être répété quelques fois, bien qu’il ait été soulevé à maintes reprises par de nombreux analystes et qu’il devienne de plus en plus flagrant. (Les Russes ont même inventé un nouveau mot pour décrire cette condition : недоговороспособный (« nedogovorosposóbny », littéralement « incapable-de-passer-un-accord ».) Mais il y a un autre point à faire valoir et la plupart des observateurs géopolitiques semblent passer à coté jusqu’à présent. Soit dit en passant, cela explique l’humeur joyeuse de Rohani à l’ONU, et je suis également heureux de le partager avec vous.

Négocier des accords avec le régime de Washington n’est pas seulement inutile, c’est aussi non nécessaire, car il est désormais possible pour tous les grands acteurs géopolitiques d’atteindre leurs objectifs stratégiques sans aucun accord avec les États-Unis, et parfois même sans avoir à engager un dialogue sérieux avec eux. Les exceptions sont le Japon et l’UE, dont la capacité d’affirmer leur volonté souveraine est très limitée, ayant cédé une grande partie de leur souveraineté aux États-Unis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et pendant la guerre froide.

Même des joueurs mineurs, comme la Corée du Nord, ont appris cette leçon. Après avoir tenté de négocier avec les États-Unis, les Nord-Coréens ont rapidement découvert que les Américains venaient souvent les mains vides, essayant d’obtenir des concessions sans rien donner en retour, et qu’ils se livraient à des effets de manche, comme les commentaires spectaculaires et contre-productifs de John Bolton sur l’application du « modèle libyen » en Corée du Nord. (Le dirigeant libyen, si vous vous souvenez, a été sauvagement assassiné par des forces soutenues par les États-Unis.)

Mais en ne parvenant pas à un accord avec les États-Unis, les Nord-Coréens ont obtenu quelque chose de précieux : la reconnaissance universelle que les États-Unis sont militairement impuissants à s’y opposer. Oui, ils peuvent les détruire, mais la Corée du Sud et le Japon seraient également détruits, et comme il s’agit de deux nations que les États-Unis sont tenus de défendre en vertu d’un traité, prendre des mesures qui entraînent leur destruction n’est pas exactement une stratégie. Ainsi, les États-Unis sont passés d’une position belligérante contre la Corée du Nord, la menaçant militairement, à devoir se contenter d’appliquer des sanctions économiques presque totalement impuissantes étant donné la nature largement autarcique de l’État nord-coréen et son manque de commerce avec les États-Unis.

C’est un exemple intéressant, parce qu’il montre que même des acteurs relativement faibles et mineurs peuvent maintenant obtenir des Américains qu’ils fassent ce qu’ils veulent sans négocier aucun accord avec eux. Mais cette même logique s’applique encore plus aux grandes entités géopolitiques, comme la Chine, la Russie et l’Iran. Pour reprendre quelques métaphores religieuses, ces trois pays forment la Sainte Trinité que le destin a désignée pour vaincre le Grand Satan (les États-Unis, du moins dans le langage politique iranien). Chacun d’eux joue un rôle essentiel.

La fonction de la Russie est de tirer parti de sa technologie militaire supérieure pour contrecarrer militairement les États-Unis et de rendre tout son complexe militaro-industriel fantastiquement surévalué, impuissant et obsolète, avant de le faire disparaître dans l’oubli. La Réserve fédérale américaine imprime maintenant 60 milliards de dollars par mois, un chiffre qui correspond à peu près au coût mensuel du budget de la défense américaine.

La technologie russe a déjà transformé toute la flotte des porte-avions américains en une pile de déchets flottants inutiles. La Russie a mis au point des armes qui peuvent détruire des porte-avions à une distance de sécurité supérieure à la portée utile de leurs jets. Les missiles hypersoniques russes ont fait la même chose pour l’ensemble des systèmes de défense antimissile américains. De même, tout l’argent que les États-Unis ont dépensé pour développer des avions « furtifs » (1 500 milliards de dollars pour le seul chasseur F-35) a été annulé par les nouveaux systèmes radar russes qui peuvent parfaitement bien voir ces avions supposés invisibles. Ironiquement, le développement de la technologie « furtive » était basé sur les travaux d’un scientifique soviétique, Peter Ufimtsev, qui a émigré aux États-Unis après l’effondrement de l’URSS : ce que la Russie donne, la Russie le reprend aussi.

La Russie a également mis sa technologie de défense à la disposition d’autres pays, notamment les deux autres membres de la Sainte Trinité. À la surprise générale, Vladimir Poutine a annoncé récemment que la Chine sera en mesure d’utiliser le système russe d’alerte rapide en cas d’attaque nucléaire pour détecter les attaques lancées contre le territoire chinois. Cela étendra effectivement les capacités de dissuasion nucléaire de la Russie à la Chine. Et l’Iran a acheté des systèmes de défense aérienne russes S-300 et discute activement de l’achat du S-400 encore plus perfectionné. Ces systèmes feront de l’espace aérien au-dessus de l’Iran et de certaines parties de la Syrie des zones d’interdiction de vol pour les avions américains et de l’OTAN [et israéliens, NdT].

Si les objectifs de la Russie sont de pousser doucement les États-Unis vers l’oubli dans une tentative futile de les suivre dans le développement de nouveaux systèmes d’armes (les systèmes russes ont tendance à être non seulement plus efficaces mais aussi moins chers) tout en réalisant un profit en vendant leurs armes aux pays qui cherchent à s’assurer contre l’agression américaine, les objectifs chinois sont plus ambitieux encore. Au cours des cinquante dernières années, la Chine, qui était un pays agraire rustique, est devenue la plus grande superpuissance industrielle du monde. Entre-temps, aux États-Unis, le segment industriel s’est réduit à environ un dixième de l’ensemble de l’économie, le reste étant maintenant composé de baristas, de toiletteurs de chiens, de moniteurs de yoga et d’autres types de gratte-dos mutuels.

En raison de ce changement spectaculaire, les États-Unis enregistrent un important déficit commercial structurel avec la Chine. Alors qu’auparavant la Chine finançait ce déficit commercial en achetant de la dette américaine sous forme de bons du Trésor, elle a cessé de le faire il y a quelque temps et vend maintenant des bons du Trésor et achète de l’or. Elle n’est pas la seule à le faire (par exemple, la Russie a déjà vendu toutes ses obligations du Trésor américain), ce qui provoque d’importantes perturbations financières aux États-Unis, au point où les institutions financières refusent d’accepter des titres de créances américains en garantie de prêts à un jour [Marché Repo, NdT]. C’est cette évolution qui a forcé la Réserve fédérale à imprimer 60 milliards de dollars par mois tout en empilant dans son bilan les titres de créances américains désormais boudés. La tendance à long terme est indubitable : au cours des 77 derniers mois, les banques centrales étrangères ont vendu les deux tiers des bons du Trésor américain qu’elles avaient accumulés au cours des 35 dernières années.

Il est curieux de constater que, jusqu’à présent, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine n’a fait qu’aggraver le déficit commercial. Ainsi, la tactique de négociation non négociatrice de la Chine semble fonctionner brillamment. Les États-Unis n’ont que deux moyens de financer leur déficit commercial : 1. vendre des déchets financiers ; et 2. vendre des terres, des usines et du matériel, la propriété intellectuelle, les reins de leur population et tout ce qui a de la valeur. Il n’y a vraiment pas d’autres options. Et comme la vente de déchets financiers ne fonctionne plus, l’option 2 est tout ce qui reste. Cela rappelle le démembrement d’actifs qui a eu lieu dans l’ex-URSS après son effondrement (et qui se poursuit toujours en Ukraine, pays qui se prépare à commencer à vendre ses terres aux sociétés transnationales).

Certains pourraient penser qu’il existe également l’option 3 : ramener l’industrie aux États-Unis. Mais il a fallu 50 ans à la Chine pour devenir une puissance industrielle, avec des taux de croissance réguliers à deux chiffres. Aux États-Unis, le taux de croissance jusqu’à présent au cours de ce siècle, si l’on ne tient pas compte de l’effet du gonflement de la dette, a en fait été négatif. Les États-Unis n’ont pas 50 ans, même pas 10. Et si, au cours de cette hypothétique transformation, elle doit financer son déficit commercial en vendant les usines et les équipements dont elle aurait besoin pour se réindustrialiser, elle n’y parviendra jamais.

Et cela nous amène en Iran avec ses ayatollahs rieurs et souriants. La quête sacrée de l’Iran en tant que partie intégrante de la Sainte Trinité consiste à paralyser les États-Unis et leurs mandataires au Moyen-Orient, rendant la région sûre pour une théocratie démocratique (ou peut être autre chose). Il y a deux proxys américains sur place : l’Arabie Saoudite et Israël. Cette attrition finira sans doute aussi par se produire pour eux, dans le cas de l’Arabie saoudite, lorsque ses plus anciens et plus grands gisements pétroliers, comme celui de Ghawar, cesseront finalement de produire ; dans le cas d’Israël, cela arrivera lorsque le flux d’argent du Trésor américain vers ce pays cessera en raison des difficultés financières mentionnées ci-dessus, malgré le pouvoir considérable du lobby pro-israélien aux États-Unis.

Mais c’est une vision à plus long terme ; dans le cas présent, ce qui fait sourire les ayatollahs, c’est que la séquence récente des événements est une comédie. Les Américains ont renié l’accord avec l’Iran laborieusement négocié sous l’administration Obama et réimposent des sanctions unilatérales (et essentiellement illégales) contre l’Iran. En réponse, la Chine continue d’acheter du pétrole iranien, tout comme la Turquie et plusieurs autres pays.

Pendant ce temps, l’UE regroupe et forme l’INSTEX – un système commercial qui évite le dollar américain et le système de virements électroniques SWIFT et qui est spécialement conçu pour contourner les sanctions commerciales unilatérales américaines, en particulier dans le cas de l’Iran. Ensuite, les Américains se sont lancés dans une guerre de pétroliers – et l’ont perdue rapidement de la façon la plus humiliante possible, car il devient clair qu’ils sont militairement impuissants à patrouiller dans le si important détroit d’Ormuz. Et puis deux événements vraiment ridicules ont eu lieu.

Premièrement, les Yéménites, qui ont été attaqués par une coalition dirigée par les Saoudiens pendant plusieurs années et qui ont subi d’horribles privations, sont parvenus à bloquer la moitié de la production pétrolière de l’Arabie saoudite avec des roquettes et des drones. Les États-Unis ont immédiatement blâmé l’Iran… sauf que cela implique que les batteries de défense aérienne saoudiennes fabriquées par les États-Unis, dont la plupart sont dirigées contre l’Iran, sont des tas de ferraille inutiles incapables d’arrêter de petits drones lents, et volant bas. Pour ajouter à l’humour de la situation, les Américains ont décidé alors d’expédier en Arabie Saoudite encore plus de ces mêmes batteries Patriot inutiles.

Deuxièmement, les Yéménites ont reconquis une parcelle de territoire frontalier que l’Arabie saoudite leur a confisquée il y a plusieurs décennies, détruisant ainsi près de la moitié de la partie relativement fonctionnelle de l’armée saoudienne, avec des soldats réellement Saoudiens (le reste étant essentiellement composé de mercenaires provenant de tout le Proche-Orient). Les Américains, qui ont récemment vendu aux Saoudiens pour 100 milliards de dollars de systèmes d’armement devenus manifestement inutiles, refusent de lever le petit doigt pour les aider.

Pour faire monter l’hilarité d’un cran, Vladimir Poutine, lors d’une conférence de presse conjointe avec le turc Erdoğan et notre vieil ami Rohani, a proposé de vendre des systèmes russes de défense aérienne à l’Arabie Saoudite. Ceux-ci ont été testés au combat sur des drones lancés contre la base aérienne russe de Hmeimimim, en Syrie, par ce qui reste de l’EI. Peu ont pu passer au travers, donc arrêter les drones n’est pas un problème pour les Russes. Il ne fait aucun doute que cela coûterait aux Saoudiens un peu moins cher que les 100 milliards de dollars qu’ils ont donnés aux Américains – et dont ils n’ont rien obtenu d’efficace en retour.

À la lumière de tout cela, ma nouvelle et importante thèse est que les nations souveraines du monde entier, grandes et petites, mais surtout la Sainte Trinité de la Chine, la Russie et l’Iran, peuvent amener les États-Unis à faire ce qu’ils veulent sans négocier avec elle.

Enfin, la photo suivante, qui montre Rohani refusant de serrer la main de Boris Johnson en riant, semble mériter un concours de légendes. Que pensez-vous qu’il a dit à Johnson dans son excellent anglais qui a rendu Johnson et Macron si désorientés ?

Dmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Traduit par Hervé, relu par Kira pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/les-ayatollahs-sautent-de-joie

Nicolas Sarkozy représentera la France à la cérémonie d’intronisation de l’empereur du Japon

Nicolas Sarkozy représentera la France à la cérémonie d’intronisation de l’empereur du Japon

17 octobre 2019Régis OllivierDiplomatiePolitique

France Info – Le 16 octobre 2019

Je vais être ironique mais parler de représentation « à haut niveau » à propos de NS prête à sourire. Il est celui qu’on appelle toujours « le nain de jardin » sur les RS. Et puis donc, ayant épuisé tous les recours en justice, c’est normal qu’il s’acoquine avec celui dont il disait que « Emmanuel c’est moi en plus jeune ». Vous avez tout compris où je vous fais un dessin ?

Ne pouvant s’y rendre, Emmanuel Macron souhaite que la France soit représentée à un haut niveau lors de cette cérémonie. 

Nicolas Sarkozy représentera la France le 22 octobre au Japon à la cérémonie d’intronisation de l’empereur Naruhito, a appris mercredi 16 octobre franceinfo auprès de l’Elysée.

Emmanuel Macron ne peut en effet pas s’y rendre, puisqu’il sera en déplacement à Mayotte et à La Réunion. En l’absence du chef de l’Etat, le Premier ministre Edouard Philippe doit par ailleurs rester en métropole.

https://www.francetvinfo.fr/politique/nicolas-sarkozy/nicolas-sarkozy-representera-la-france-a-la-ceremonie-d-intronisation-de-l-empereur-du-japon_3661879.html

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RÉGIS OLLIVIER

Officier supérieur (er). Officier de l’Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST – Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales – INALCO Paris.

https://lecolonel.net/nicolas-sarkozy-representera-la-france-a-la-ceremonie-dintronisation-de-lempereur-du-japon/

Osaka 2019 : un sommet du G20 ou du G2 ?

Osaka 2019 : un sommet du G20 ou du G2 ?

Noémie GELIS 4 juillet 2019 Actualités analyséesAsie et OcéanieInternationalJapon Leave a comment

Les 28 et 29 juin s’est déroulé à Osaka le sommet du G20, réunissant les vingt pays les plus développés. Dans un contexte de tensions sino-américaines, il était à craindre que le rendez-vous se déroule dans une atmosphère de conflit. C’est pourquoi le statu quo résultant du sommet est paradoxalement une réussite.

La fin de la Chine-Amérique ou l’ère de l’affrontement sino-américain

Comme au précédent sommet, à Buenos Aires en décembre dernier, les Etats-Unis et la Chine ont annoncé une trêve des sanctions et un renouveau des négociations. Donald Trump autorisera les entreprises américaines à commercer à nouveau avec Huawei et n’imposera pas les droits de douane annoncés sur des produits chinois d’une valeur de 300 milliards de dollars. Il a par ailleurs déclaré qu’il souhaitait la venue aux Etats-Unis de plus d’étudiants chinois. La décision américaine semble se fonder sur la crainte d’une réaction européenne et asiatique. En outre, le début de la campagne américaine a certainement joué un rôle. De fait, les précédentes sanctions à l’encontre de la Chine avaient lésé plusieurs entreprises américaines. En réponse, l’Empire du milieu a accepté de n’acheter qu’une quantité limitée de produits américains, afin de ne pas creuser le déficit commercial.

On assiste donc à une inflexion dans la rivalité sino-américaine. Le président Donald Trump est allé jusqu’à déclarer que les Etats-Unis et la Chine devaient devenir des “partenaires stratégiques”. Ceci contredit de nombreux documents du gouvernement américain les qualifiant de “compétiteurs stratégiques”. Il demeure cependant une forte tension qui participe d’une bipolarisation de la mondialisation.

Des enjeux climatiques qui divisent

Les Etats-Unis sont les seuls du G20 à ne pas être signataires des accords de Paris sur le climat. Le président Donald Trump avait, de fait, consacré la sortie de l’accord le 1er juin 2017. Afin de lutter contre cette singularité, Donald Trump a tenté de rallier à sa cause d’autres pays, notamment la Turquie et le Brésil. L’opposition du Canada et de l’Union Européenne a favorisé son échec. En particulier, Emmanuel Macron a décrété que le non-respect de l’environnement et des accords de Paris serait à présent considéré comme le dépassement d’une “ligne rouge”. Theresa May a aussi proclamé l’importance d’un tel respect. Elle a en particulier soutenu l’idée que cette requête venait aussi des citoyens eux-mêmes : les précédentes élections européennes l’illustrent. Dans cette opposition, la Chine a soutenu “l’urgence” de la crise environnementale.

Un multilatéralisme sclérosé ?

Le G20 sert de terrain de développement des relations bilatérales.
La rencontre entre V. Poutine et T. May, en parallèle du G20, fut particulièrement tendue.

Le G20, créé pour défendre le commerce et le multilatéralisme, sert à présent surtout à l’élaboration des nouvelles stratégies commerciales. Or, celles-ci divisent. En témoignent, la déclaration de Trump selon laquelle les Etats-Unis, le Japon et l’Inde préparaient de “très grosses affaires” – excluant par-là les autres pays. C’est pourquoi Donald Tusk, président du Conseil européen a déclaré que “la scène internationale ne pouvait pas devenir une arène où les égoïstes domineraient dans certains régimes et les émotions nationalistes domineraient l’économie”, précisant que chaque pays n’est pas seulement responsable de ses intérêts personnels mais aussi d’un ordre mondial juste et sécurisé.

Au demeurant, il faut souligner que ce n’est pas parce que le G20 regroupe vingt pays qu’il représente vingt pays. De fait, on l’a vu, l’enjeu s’est essentiellement joué entre la Chine et les Etats-Unis. La difficulté des pays tiers à plaider pour leur cause en était patente. La rivalité sino-américaine s’exerce comme un rouleau compresseur sur l’expression des autres membres.

En définitive, ce ne sont plus les sessions plénières qui prévalent. Aussi, les discussions à cercles restreints, surtout bilatérales, sont préférées. Ainsi en est-il en particulier des discussions entre Donald Trump et Xi Jinping, entre Theresa May et Vladimir Poutine ou encore entre Emmanuel Macron et Jair Bolsonaro – pour n’en citer que quelques-unes. Cette division fragilise même les accords apparemment multilatéraux. Par exemple, le Japon n’est pas sorti de l’accord sur le climat et a soutenu la déclaration rappelant son caractère irréversible. Cependant, il n’en est pas un acteur investi. En effet, les discussions en cours pour un partenariat commercial avec les Etats-Unis le poussent à la retenue. Partant, le multi-bilatéralisme érode le multilatéralisme.

Sources

https://www.scmp.com/news/china/diplomacy/article/3016644/china-hasnt-won-it-hasnt-lost-either-trade-talks-us-enter-new

https://www.theguardian.com/politics/2019/jun/29/g20-theresa-may-urges-countries-to-raise-climate-ambitions

https://www.lemonde.fr/climat/article/2019/06/26/emmanuel-macron-fixe-une-ligne-rouge-sur-le-climat-avant-le-g20-d-osaka_5481887_1652612.htmlShare

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About Noémie GELIS

est étudiante à HEC après une classe préparatoire à Pierre de Fermat.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/asie-oceanie/41242-osaka-2019-un-sommet-du-g20-ou-du-g2

G20: à Osaka, un sommet au goût d’inachevé

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G20: à Osaka, un sommet au goût d’inachevé

Par RFIPublié le 29-06-2019 Modifié le 30-06-2019 à 00:10

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Le président américain Trump, lors de sa conférence de presse de clôture du G20 d’Osaka.Jacquelyn Martin/Pool via REUTERS

Le sommet du G20 s’est achevé ce samedi 29 juin à Osaka au Japon sur une note de soulagement. Les chefs d’État et de gouvernements des pays industrialisés et des grandes économies émergentes sont parvenus « in extremis » à se mettre d’accord sur une déclaration finale qui intègre à la fois un appel à la défense d’un environnement commercial libre et équitable et au respect de l’accord de Paris sur le climat, même si une nouvelle fois les États-Unis ont refusé d’endosser ce dernier point.

Avec notre envoyée spéciale à Osaka, Mounia Daoudi

Les négociations ont été extrêmement difficiles à Osaka, au point de faire dire au président français que « le pire a été évité. Même si éviter le pire n’est pas suffisant », a reconnu Emmanuel Macron.

Et ce sont les tractations sur le climat qui ont été les plus éprouvantes. Elles ont duré une bonne partie de la nuit, avant d’être interrompues à 5 heures du matin en raison de la ligne très dure adoptée par la partie américaine, qui a cherché à faire en sorte que la déclaration finale ne mentionne pas le caractère irréversible de l’Accord de Paris. « Inacceptable », pour les Européens qui sont de nouveau réunis ce matin avant de nouvelles négociations. In fine, pas de recul sur le climat, mais pas d’avancée non plus. L’ambition climatique vigoureusement défendue par Emmanuel Macron n’est donc pas au rendez-vous.

Les dirigeants des pays du G20, autour du Premier ministre japonais, Shinzo Abe, à Osaka, au Japon, le 28 juin 2019.Tomohiro Ohsumi/Pool via REUTERS

Sur le commerce, comme en 2018, là aussi déception : à Buenos Aires, le G20 a renoncé une nouvelle fois à la demande des États-Unis de condamner le protectionnisme, même si les 20 ont affirmé leur volonté de réformer en profondeur l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Seule avancée, la trêve entre Etats-Unis et Chine

Donc, ce sommet d’Osaka a un goût d’inachevé. La seule avancée notable concerne la guerre commerciale que se livrent depuis des mois Américains et Chinois. En marge de la réunion, une trêve a été conclue par Donald Trump et Xi Jinping. Washington renonce à imposer des droits de douane supplémentaires sur les importations de produits chinois et les négociations en vue d’un accord devraient très bientôt reprendre.

Après le sommet d’Osaka, Donald Trump a proposé – dans un tweet – d’aller serrer la main du dirigeant de la Corée du Nord, Kim Jong-un et de le faire dans la zone démilitarisée qui sépare les deux Corées. Rapidement Pyongyang a répondu en jugeant l’initiative « très intéressante ». Donald Trump a fait cette proposition, car il se trouve désormais en Corée du Sud.

Le G20 a-t-il encore son utilité ?

Réactivé pendant la crise financière de 2008 pour venir au chevet d’une économie mondiale au bord de la rupture, le G20 a-t-il fait son temps ?

Une chose est sûre, le sommet d’Osaka a été littéralement pris en otage par la rencontre entre l’américain Donald Trump et le chinois Xi Jinping, en conflit ouvert depuis des mois sur les questions commerciales.

Et comme l’année dernière à Buenos Aires le principal événement du G20 était un rendez-vous qui n’avait rien à voir avec le G20.

Sans compter que la multiplication des rencontres bilatérales sur des sujets, comme par exemple cette année la crise iranienne ou les tractations des Européens pour le renouvellement des principaux postes à Bruxelles, a éclipsé les thèmes à l’agenda de la présidence japonaise.

► À lire aussi : G20 à Osaka: l’accord sur le climat se fait à 19, sans les États-Unis


► Greenpeace dénonce le peu d’engagement

Pas de grandes annonces donc côté environnement : les pays membres du G20 ont réitéré leurs engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris, signé il y a deux ans et demi à l’exception des Etats-Unis qui s’étaient déjà retiré de l’accord.

Ça aurait pu être pire, mais c’est quand même bien peu. C’est en substance ce que pense Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France.

C’est un G20 décevant parce que finalement on s’est contenté d’assurer le minimum, c’est-à-dire de faire en sorte qu’il n’y ait pas d’accord de Paris qui vole en éclat.PUBLICITÉinReadinvented by TeadsJean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France.30/06/2019 – par David BachéÉcouterCHRONOLOGIE ET CHIFFRES CLÉS

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20190629-bilan-g-20-osaka

G20 d’Osaka : Donald Trump à nouveau seul contre tous

JAPON

G20 d’Osaka : Donald Trump à nouveau seul contre tous

Par Vincent McAviney  • Dernière MAJ: 29/06/2019 – 17:12
G20 d'Osaka : Donald Trump à nouveau seul contre tous

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Après deux jours de rencontres et de discussions, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a sonné la fin du G20 d’Osaka. Mais derrière les poignées de main et sourires de façade, ce sommet n’a pas permis de régler les désaccords, comme l’explique notre correspondant Vincent McAviney :

« Ce G20 s’est terminé, une fois encore, avec le même constat : les États-Unis sont en désaccord avec les autres nations. 19 pays ont décidé de réaffirmer leur engagement aux accords de Paris de 2015 sur le climat, mais nous pouvions voir, tout au long de ce sommet, que l’administration américaine y était fermement opposée. Il y a eu beaucoup d’allées et venues des négociateurs des différentes délégations, mais visiblement, Donald Trump reste convaincu que le changement climatique n’est qu’une idée fausse. Le président français, Emmanuel Macron, est venu ici déterminé à convaincre les États-Unis. Theresa May, aussi, a fait une intervention pleine d’énergie. Elle a expliqué comment le Royaume-Uni était devenu la première grande économie à s’engager sur l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050, et qu’une loi avait été déposée en ce sens. Elle a expliqué comment son pays s’était détourné du charbon et que les technologies vertes offraient de grandes possibilités. Mais il semble que tout ce lobbying mené par les dirigeants européens n’ont pas réussi à convaincre Donald Trump. Reste à voir maintenant si les États-Unis vont rester sur leur position, et combien de temps l’accord sur le climat peut rester intact. Parmi les autres sujets qui ont fait l’objet de débats, il y a la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine et, bien entendu, l’Iran. De nombreux pays ont appelé à la désescalade. Les trois pays européens présents – Allemagne, France, Royaume-Uni – continuent de s’accrocher à l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, dont se sont retirés les États-Unis. Ils ont insisté sur la nécessité de préserver l’accord, dans l’espoir, qu’à un moment donné, avec un nouvelle administration américaine, les États-Unis puissent le réintégrer. »

Journaliste • Julien Pavy

https://fr.euronews.com/2019/06/29/g20-d-osaka-donald-trump-a-nouveau-seul-contre-tous

Les quatre dossiers brûlants en négociation au G20 du Japon

  1.  Asie et Pacifique

Les quatre dossiers brûlants en négociation au G20 du Japon

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Première publication : 27/06/2019 – 22:39Dernière modification : 28/06/2019 – 10:54

Photo de famille du G20, le 28 juin novembre 2019 à Osaka, au Japon.
Photo de famille du G20, le 28 juin novembre 2019 à Osaka, au Japon. Ludovic Marin, AFP

Texte par :FRANCE 24Suivre

Le G20 se réunit vendredi et samedi, au Japon, pour évoquer les dossiers qui préoccupent les 20 plus grandes économies du monde. Au menu des discussions, le climat, l’Iran, les taux bancaires et les relations commerciales entre Pékin et Washington.PUBLICITÉ

Les 20 plus grandes économies mondiales se réunissent vendredi 28 et samedi 29 juin à Osaka, au Japon. Au menu de ce G20 : l’environnement et le climat, le dossier iranien et le pétrole, les taux des banques centrales ainsi que les tensions commerciales entre Pékin et Washington.

Les relations commerciales entre la Chine et les États-Unis

Les négociations commerciales entre Pékin et Washington devraient accaparer une partie des discussions. Dans l’impasse depuis le mois dernier, les présidents Xi Jinping et Donald Trump vont tenter de relancer le dialogue, notamment lors d’un entretien bilatéral prévu samedi à 11 h 30, heure locale (2 h 30 GMT).PUBLICITÉ

Le South China Morning Post, quotidien anglophone de Hong Kong, a rapporté jeudi 27 juin que les deux premières puissances économiques mondiales, en conflit depuis près d’un an, avaient conclu une trêve provisoire.

Avant son départ pour le Japon, Donald Trump a soufflé le chaud et le froid, jugeant « absolument possible » de parvenir à un accord avec Xi Jinping tout en se disant prêt, en cas d’échec, à imposer de nouveaux droits de douane sur la quasi-totalité des produits chinois non encore taxés. À Pékin, un porte-parole du ministère du Commerce a de son côté réclamé jeudi l’annulation sans délai des sanctions américaines visant le groupe chinois d’équipements de télécommunication Huawei.

Croissance et taux bancaires

Au chapitre des tensions commerciales, les incertitudes qui pèsent sur la croissance et notamment les taux des banques centrales ne manqueront pas non plus d’animer les débats.

Lors de sa réunion de politique monétaire des 18 et 19 juin, la Réserve fédérale a ouvert la voie à de possibles baisses de taux d’ici la fin de l’année. Cette perspective, qui affaiblit le dollar, pourrait contraindre la Banque centrale européenne et la Banque du Japon à chercher des moyens d’éviter une trop forte appréciation de l’euro et du yen afin de protéger leurs économies fortement dépendantes des exportations.Voir l’image sur Twitter

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Emmanuel Macron@EmmanuelMacron

À l’ouverture du G20 d’Osaka, je retrouve nos partenaires européens et le Canada pour une réunion de coordination. Objectif : porter ensemble nos ambitions : pour le climat, pour des politiques commerciales équitables, pour lutter contre les inégalités.2 23704:34 – 28 juin 2019908 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

L’hôte du sommet, le Premier ministre japonais Shinzo Abe, espère que la déclaration de clôture du sommet insistera aussi sur la nécessité de préserver le libre-échange mais il pourrait se heurter au refus de Donald Trump, qui avait obligé l’an dernier le G20 à abandonner sa référence de longue date à la lutte contre le protectionnisme.

Le climat et l’environnement, dossiers brûlants

Autre pomme de discorde entre les 20 nations : le changement climatique. Les négociateurs américains s’opposent à la volonté des Européens de s’engager fortement en faveur de la lutte contre le réchauffement, que Donald Trump considère comme un « canular ».

La dernière version en date des phrases de la déclaration consacrées au climat qualifie l’Accord de Paris sur le climat d' »irréversible », ce qu’une version antérieure évitait de mentionner sous la pression des États-Unis, précisent deux sources interrogées par Reuters.

Considéré comme historique, l’Accord de Paris, qui fixe le cadre d’engagements politiques, économiques et financiers visant à contenir la hausse de la température moyenne de la planète « bien en deçà de 2 °C » en 2100, avec l’objectif d’être le plus près possible de 1,5 °C, est fragilisé depuis que Donald Trump a décidé d’en retirer les États-Unis.

Mercredi, Emmanuel Macron a pressé tous les membres de soutenir l’Accord de Paris de 2015 et d’accélérer la réduction des émissions de gaz à effet de serre tout en menaçant de refuser de signer un communiqué final trop timide sur ce point.

Le G20 pourrait, en outre, enfin adopter un nouveau cadre pour réduire la pollution plastique dans les océans sur une base volontaire. Mais il paraît peu probable que les dirigeants des 20 économies les plus avancées s’engagent sur des objectifs précis.Voir l’image sur Twitter

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Justin Trudeau@JustinTrudeau

Décollage vers Osaka, au Japon, où nous passerons quelques journées bien remplies au Sommet des dirigeants du #G20. Au menu : lutter contre les changements climatiques, faire avancer l’égalité des genres et créer plus d’opportunités pour la classe moyenne.41317:07 – 26 juin 201976 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

Les dix pays membres de l’Asean (Association des pays du Sud-Est asiatique) ont montré la voie samedi dernier en adoptant à l’issue d’un sommet à Bangkok une déclaration commune de lutte contre les déchets en mer.

Pétrole et Iran

Même si l’Iran n’est pas membre du G20, la République islamique sera dans toutes les têtes en raison de la guerre des mots qui l’oppose à Donald Trump et aux fortes tensions entre les deux pays, ravivées par la destruction en vol d’un drone américain par Téhéran il y a une semaine près du détroit d’Ormuz.

Cette crise, qui a provoqué une hausse des cours du brut, intervient à quelques jours d’une réunion ministérielle de l’Opep le 1er juillet, élargie le lendemain aux alliés non Opep, dont la Russie, pendant laquelle les membres de cet Opep+ devraient décider de reconduire ou non des baisses de production pour soutenir les prix.

Quoi qu’en dise l’Iran, grand rival régional de l’Arabie saoudite, qui compte désormais parmi les producteurs les plus modestes du cartel en raison des sanctions de Washington, les discussions risquent de se résumer à un tête-à-tête entre Riyad et Moscou, qui produisent à eux deux plus de 40 % du pétrole de l’Opep+. Le sujet devrait être à l’ordre du jour de l’entretien prévu en marge du G20 entre Vladimir Poutine et le prince héritier saoudien Mohamed ben Salmane.

Avec Reutershttps://www.france24.com/fr/20190627-quatre-dossiers-brulants-negociations-g20-japon-climat-petrole-iran-chine