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Jordanie : remise en question de la politique gouvernementale

Jordanie : remise en question de la politique gouvernementale

Flambée des prix des principaux services de base tels que le pain et le carburant, déficit financier s’élevant à 1,75 milliard de dollars, tel est le quotidien que subissent les Jordaniens depuis le début de l’année. A ceci, s’ajoute un manque de confiance grandissant envers le gouvernement. Cette saturation générale a engendré de nombreuses manifestations nocturnes pendant une semaine, début juin. Cette contestation, initialement populaire, a peu à peu gagné la sphère politique.

Début juin, des manifestations ont eu lieu dans les principales villes du pays notamment dans la capitale, Amman.

Arrière-plan : d’une politique d’austérité fortement contestée à une crise politique

Le lundi 4 juin 2018, Hani al-Mulki, alors Premier ministre jordanien depuis mai 2016 a été contraint à la démission. Cette décision a été causée par la politique sociale défendue par le gouvernement. En effet, depuis l’annonce de nombreuses mesures d’austérité (dont l’annonce d’un projet étendant l’impôt sur le revenu à des salaires plus modestes tout en souhaitant la hausse des prix sur le pétrole et l’électricité), la population jordanienne martèle qu’elle « ne s’agenouillera pas » devant de telles décisions. Elle a alors multiplié les manifestations dans le pays. Dans ce pays où le chômage touche plus de 18% de la population, et où 70% des habitants a moins de trente ans, la colère se fait de plus en plus sentir. Les faibles perspectives d’évolutions, ainsi que les carences dans les domaines de la santé et de l’éducation n’arrangent pas la situation.

La démission de Hani al-Mulki, ainsi que la volonté du roi Abdallah II de proposer une révision complète du projet tant contesté, n’ont pas calmé le bruit de la rue. Après une semaine de manifestations nocturnes, dans plus d’une cinquantaine de villes, le nouveau Premier ministre, Omar al-Razzaz, a fait part de sa décision de renoncer au précédent projet de loi, pourtant présenté sur les recommandations du Fonds monétaire international (FMI). Outre la forte contestation du projet, les manifestants (essentiellement des classes moyennes) ont également pour objectif « d’accuser la classe politique de corruption et de gaspillage des fonds publics », témoignant ainsi d’une forte défiance à l’égard du pouvoir. Le peuple jordanien n’est plus satisfait de la manière (traditionnelle) dont il est gouverné.

Les multiples soutiens financiers des différents donateurs

Face à cette crise économique et sociale démesurée, plusieurs pays se sont mobilisés pour fournir une aide financière à la Jordanie, lors d’une réunion à La Mecque. A titre d’exemple, nous pouvons citer l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït. Les trois États sont assemblés pour accorder une aide de 2,5 milliards de dollars. Selon certaines sources, cette aide financière ne serait pas le fruit d’une pure générosité mais serait somme toute, motivée par la crainte de voir surgir un nouveau « printemps arabe ». Outre cette aide, les pays promettent également un soutien budgétaire sur cinq ans ainsi que la participation financière à des projets de développement. Quant à l’Union européenne, elle a affirmé sa volonté de sortir la Jordanie de la crise en lui fournissant une aide d’environ vingt millions d’euros.

De son côté, le Qatar, grand ennemi de l’Arabie saoudite, a annoncé un ensemble d’investissements s’élevant à hauteur de 500 millions de dollars à destination de la Jordanie. Il s’agit principalement de projets d’infrastructures et touristiques. Le gouvernement qatari propose également de mettre à disposition environ dix mille emplois aux jeunes Jordaniens à Doha.

Un pays fragilisée par son économie, mais également par les stratégies diplomatiques menées par Riyad et Washington

Depuis plusieurs décennies, la « survie » du royaume jordanien, pauvre en ressources, dépend d’aides dispensées par des pays comme les États-Unis ou les pays du Golfe, dont l’Arabie saoudite. Cette aide est jugée d’autant plus nécessaire qu’avec la guerre en Syrie, de nombreux Syriens (à hauteur d’un million) viennent trouver refuge en Jordanie, pesant ainsi fortement sur l’économie du pays, son marché du travail ainsi que sur ses infrastructures.

En raison de différends géopolitiques avec les pétromonarchies du Golfe, les relations se sont quelque peu tendues. En effet, les positions diplomatiques régionales jordaniennes (la cause palestinienne, la guerre au Yémen…) se trouvent à l’opposé de celles soutenues par l’Arabie saoudite. De ce fait, cette dernière cherche à faire pression sur la Jordanie, en suspendant son aide financière. Concernant le conflit qui fait rage au Yémen, le roi Abdallah II a refusé d’engager pleinement ses troupes, ce qui a eu pour effet de froisser Mohammed ben Salmane. La Jordanie a également offensé les États-Unis en protestant contre leur décision de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. En effet, près de 65% de la population jordanienne est d’origine palestinienne.

Partagée entre plusieurs camps, subissant une pression de ses principaux alliés, luttant contre une corruption gangrenant la société, devant faire face au problème des réfugiés dans une économie en déroute, comment la Jordanie parviendra-t-elle à sortir de ce conflit multidimensionnel ?

 

About Alysée RAGANOT

Après une CPGE littéraire au lycée Chaptal à Paris, je rentre en L3 d’Histoire à Paris-Sorbonne IV ainsi qu’à l’INALCO pour apprendre l’arabe. J’aimerais travailler dans les Relations Internationales (Sécurité/Défense) en lien avec l’aire géographique Afrique du Nord/Moyen-Orient.

 

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Mission accomplie pour le Hezbollah en Syrie

A LA UNE

GMT+2 08:36

Visite surprise de Netanyahu en Jordanie

Visite surprise de Netanyahu en Jordanie

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Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a réalisé une visite surprise à Amman. Il était accompagné du directeur du Mossad, Yossi Cohen. La délégation a été reçue par le roi Abdallah II.

Selon nos informations, les entretiens ont porté sur l’implantation de force pro-iraniennes au Sud de la Syrie et —avant l’arrivée de la délégation US composée de Jared Kushner et Jason Greenblatt— sur le plan de paix états-unien.

- Israël et la Jordanie observent avec inquiétude la préparation d’une offensive de l’armée arabe syrienne et de ses alliés au sud du pays. Les deux pays ont reconnu qu’il n’y a pas de troupes iraniennes en Syrie, mais uniquement des conseillers militaires. Cependant, ils craignent que le Hezbollah et des milices chiites afghanes et irakiennes pro-iraniennes ne s’installent dans la région.

- Israël et la Jordanie tentent de rapprocher leurs points de vue pour faire bloc face au plan de paix US. Ils se seraient accordés sur la « solution à deux États », dont l’État palestinien serait la Jordanie élargie à la Cisjordanie. Dans cet esprit, les deux leaders ont examiné les moyens de faciliter le transport et le commerce entre la Jordanie et la Cisjordanie. La question de la souveraineté jordanienne sur les sanctuaires religieux, juifs, chrétiens et musulmans de Jérusalem a également été actée.

 

http://www.voltairenet.org/article201577.html

Finalisation du plan de paix US pour le Proche-Orient

Finalisation du plan de paix US pour le Proche-Orient

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Jared Kushner et Jason Greenblatt débutent un voyage au Proche-Orient qui les mènera en Israël, en Jordanie, en Égypte, en Arabie saoudite et au Qatar, mais ni dans les Territoires palestiniens, ni en Syrie.

Jared Kushner et Jason Greenblatt sont deux collaborateurs de longue date de Donald Trump. Ils sont tous deux juifs orthodoxes. N’ayant pas d’expérience diplomatique, ils sont désormais chargés d’élaborer le plan de paix au Proche-Orient sans en référer au département d’État. Durant leur voyage, David Friedman (ici au centre de la photo), l’ambassadeur des États-Unis en Israël sera à Washington dans le cadre de consultations routinières. Également juif orthodoxe, il est connu pour ses positions outrancières.

Le plan US devrait être basé sur la « solution à deux États » ; l’État palestinien étant la Jordanie élargie à la Cisjordanie avec notamment un quartier de Jérusalem comme capitale (Abou Dis et éventuellement Jabel Mukaber, Issawiya et Shuafat).

Ce plan vise à améliorer la situation des Palestiniens, pas à répondre à toutes leurs attentes. Il est d’ores et déjà combattu par Mahmoud Abbas, mais pas par la plupart des factions palestiniennes (y compris par une aile du Fatah et le Hamas qui le soutiennent). La France, la Suède et le Royaume-Uni tentent dès à présent de le saboter. Il devrait être intégralement rendu public fin juillet.

http://www.voltairenet.org/article201538.html

Pourquoi Washington fait pression sur la Jordanie ?

Pourquoi Washington fait pression sur la Jordanie ?

Les manifestations jordaniennes marquent-elles un nouvel épisode du printemps arabe ou, au contraire, exercent-elles une pression sur le roi Abdallah II en vue de son acceptation du plan US pour la Palestine ?

| Damas (Syrie)

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Début juin, la Jordanie a été secouée par une semaine de manifestations pacifiques contre un projet de loi fiscale. Il prévoyait une hausse des impôts de 5 à 25 % pour toute personne ayant un revenu annuel supérieur à 8 000 dinars (11 245 $). Les manifestants, dont le niveau de vie a gravement souffert des retombées de la guerre occidentale contre la Syrie, ont exigé et obtenu la démission du Premier ministre et le retrait du projet de loi.

En réalité, le Royaume n’a guère le choix : ce dispositif était conforme aux engagements pris en 2016, lors de la souscription d’un prêt auprès du Fonds monétaire international. Il a été plusieurs fois repoussé en raison de la guerre et n’a été présenté au Parlement que lorsque celle-ci touche à sa fin. Le modifier supposerait un changement complet de politique économique qui n’est pas à l’ordre du jour. La seule solution serait d’obtenir un soutien financier de l’Arabie saoudite pour rembourser la dette.

De nombreux médias ont évoqué la possibilité d’un nouvel épisode du « printemps arabe ». Cela est peu probable : en 2011, les manifestations se tarirent d’elles-mêmes, sans recours à la force. Il aura suffi que le front uni des premiers jours éclate, que les islamistes se séparent des laïques. C’est tout à fait logique lorsque l’on considère les liens du Royaume avec les Britanniques et les Frères musulmans.

Rappelons que, loin d’être un mouvement spontané, le « printemps arabe » est une opération du MI6, conçue dès 2004-5, pour placer les Frères musulmans au pouvoir sur le modèle de ce que les services secrets anglais avaient déjà organisé en 1915 avec Lawrence d’Arabie (la « Grande révolte arabe ») [1]. Or, la Jordanie a toujours contrôlé chez elle la Confrérie, dont le Guide honoraire national fut le prince Hassan, l’oncle du roi. Aujourd’hui, le Royaume continue à entretenir d’excellentes relations avec le Hamas (qui s’était déclaré « branche palestinienne des Frères musulmans »). C’est pourquoi, lors du « printemps arabe », la Confrérie ne réclama pas « la chute du régime », comme elle le fit partout ailleurs, mais un gouvernement composé par ses membres.

Par la suite, la Jordanie rejoignit le camp contre-révolutionnaire en devenant « associé » du Conseil de coopération du Golfe (malgré les réticences du Koweït qui lui reproche toujours d’avoir soutenu son invasion par l’Iraq de Saddam Hussein, en 1990).

Les manifestations de début juin trouvent localement leur justification, mais il a fallu des soutiens précis pour qu’elles aient lieu dans un pays redevenu autoritaire.

Ces manifestations constituent peut-être une pression sur Amman avant la présentation par la Maison-Blanche de son plan de paix pour la Palestine. Rappelons que le Royaume s’est toujours considéré comme celui des Palestiniens et que le roi Abdallah II est le « protecteur » des lieux saints musulmans de Jérusalem et le « gardien » des lieux saints chrétiens de la ville sainte (titre reconnu par le pape Jean-Paul II en 2000). Jusqu’au début d’application des accords d’Oslo, la Jordanie gérait administrativement la Cisjordanie (même si celle-ci était occupée par Israël depuis la guerre des Six jours). Yasser Arafat lui-même avait alors envisagé de faire allégeance à la monarchie. Au moins les trois quarts des Jordaniens sont des Palestiniens. Seul le dernier quart est composé de Bédouins autochtones.

Actuellement, toutes les puissances régionales tentent de s’implanter en Palestine. Par exemple, la Turquie tente de ravir le Jihad islamique à l’Iran. Simultanément, les États-Unis et Israël tentent d’exercer des pressions sur chaque protagoniste.

Quel que soit le plan élaboré par Jared Kushner, le conseiller spécial et gendre du président Donald Trump, la Jordanie devra y jouer un rôle. Actuellement, de nombreux documents, dont certains n’ont jamais publiés, ressortent des archives. Il apparaît que la création de la capitale d’un État indépendant pour les Palestiniens à Abous Dis a déjà été discutée. Selon le Plan de partage de la Palestine, en 1947, Abous Dis est un quartier de la ville de Jérusalem. Et lors des accords d’Oslo, le second de Yasser Arafat, Mahmoud Abbas (son successeur actuel), avalisa l’idée d’y établir la capitale palestinienne. D’ailleurs, à l’époque, l’Autorité palestinienne y débuta la construction du futur Parlement. Cependant, le « processus de paix » s’enlisa, ce point ne fut jamais ratifié et les travaux furent interrompus. Revenant sur cette discussion, les Israéliens isolèrent Abous Dis du reste de la ville par un mur, tandis que les Palestiniens considérant que ce n’est qu’un minuscule quartier de Jérusalem, réclamèrent la moitié de la ville. Quoi qu’il en soit, il n’est pas impossible que la Jordanie devienne l’État des Palestiniens avec une double capitale, Amman et Abou Dis. Dans ce cas, la question de la forme de ce régime se reposera : Royaume ou République ?

Source
Al-Watan (Syrie)

[1] On consultera notamment les e-mails internes du Foreign Office que l’un de ses employés, Derek Pasquill, fit fuiter en 2004. Voir les premiers commentaires dans When progressives threat with reactionaries. The British State flirtation wih radical Islamism, Martin Bright, Policy Exchange, 2004. Et mes conclusions dans Sous nos Yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump. Editions Demi-lune, 2017.

 

http://www.voltairenet.org/article201440.html

La mer Morte, un enjeu géopolitique fort entre Israël et la Jordanie

La mer Morte, un enjeu géopolitique fort entre Israël et la Jordanie

La mer Morte se caractérise par un taux de sel de 275g/litre.

L’assèchement de la mer Morte recouvre plusieurs causes. Dans les années 1970, le royaume jordanien inaugure une politique de grand travaux hydrauliques afin de subvenir au besoins de sa population, en fort accroissement sous la pression des nombreux réfugiés palestiniens arrivés en 1948 et 1968. Elle mène alors une «politique de l’offre» concernant l’adduction en eau. Cela entraîne le développement d’une agriculture extensive sous serre, fortement consommatrice en eau et dopée par des tarifs relativement bas.

Après la victoire israélienne à l’issue de la guerre des six jours, l’État hébreux lance de grands travaux de diversion des nappes phréatiques en Cisjordanie. Il détourne les eaux du lac de Tibériade via un aqueduc : le Nation Water Carrier. En 1994 l’accord de paix israélo-jordanien initie une relation de «vassalité» entre Israël, château d’eau de la région, et la Jordanie. Par ailleurs, le développement d’industries minières d’extraction de potassium – utilisé dans la fabrication d’engrais et de cosmétiques – de part et d’autre de la mer Morte, entraîne la construction de nombreux bassins d’évaporations de potasse. Cette situation contribue à l’assèchement de la mer Morte, d’où sont extraits 600,000 tonnes de sel annuellement.

Aujourd’hui, alors que l’agriculture jordanienne exporte certains produits, la situation est encore problématique : l’agriculture représente 7 % du PIB, mais ponctionne peu ou prou 70 % des réserves en eau du pays. Cette politique agricole a donc pour effet mécanique d’accroître les pompages dans les fleuves alimentant la mer Morte, le Jourdain et le Yarmouk, ce qui entraîne une baisse constante du niveau de la mer. En outre, le stress hydrique auquel est soumise la Jordanie a encore augmenté ces dernières années avec l’arrivée de près d’1,4 millions de réfugiés syriens depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011. Ainsi, la demande en eau a cru de 21 % dans le royaume et de 40 % dans les gouvernorats du nord, où sont établis la plupart des réfugiés. Actuellement, le phénomène d’assèchement de la mer Morte lui fait perdre près d’un mètre par an.

Un projet hydraulique de coopération régionale ambitieux 

La première pierre du JRSP, d’un coût total évalué à un milliard de dollars, a été posée en 2013 entre Israéliens, Jordaniens et Palestiniens. Ce projet se caractérise par la construction, dans la ville côtière d’Aqaba, d’une station de pompage ainsi que d’une station de dessalement, tandis que 210 km de conduits entre Aqaba et la mer Morte seront également creusés. L’objectif est d’alimenter, outre la vallée du Jourdain, la capitale Amman et les grandes villes soumises à des rationnements, qui sont autant de sources de tension et de préoccupations pour la population. Des programmes de luttes contre les gaspillages ont d’ailleurs été mis en place par les autorités.

Le JRSP vise à terme quatre objectifs : sauver la mer Morte et son écosystème, désaliniser l’eau par le principe d’osmose inverse, générer de l’énergie à un coût abordable et enfin promouvoir un symbole de paix et de coopération au Proche-Orient. Ce projet, s’il est mené à bien, peut donc renforcer et équilibrer le traité de paix de 1994 dans lequel la Jordanie est en situation de vassalité hydrique face à Israël. Le JRSP vise donc à corriger cet état de fait et à sauver la région d’un assèchement programmé.

http://les-yeux-du-monde.fr/actualite/34555-projet-de-canal-mer-rouge-mer-morte-enjeu-strategique-regional

EXCLUSIF – L’armée de Terre russe à Damas 01

EXCLUSIF – L’armée de Terre russe à Damas

Publié par wikistrike.com sur 1 Mars 2018, 08:42am

Catégories : #Politique internationale

Tous les commentateurs ont souligné au cours des quatre dernières années l’impossibilité pour la Russie de déployer des troupes terrestres face aux jihadistes en Syrie au risque de revivre leur défaite d’Afghanistan. Mais ce qui est vrai si Moscou s’affronte par proxies interposés à Washington, est faux si les deux Grands s’accordent sur l’avenir non seulement de la Syrie, mais de la région. Thierry Meyssan a été le premier au monde à annoncer l’arrivée de l’armée russe en Syrie, en 2015. Il est aujourd’hui le premier à annoncer le déploiement de son infanterie.

Vladimir Poutine (président de la Fédération de Russie) et le général Alexander Bortnikov (directeur du contre-espionnage russe — FSB)

Vladimir Poutine (président de la Fédération de Russie) et le général Alexander Bortnikov (directeur du contre-espionnage russe — FSB)

Washington a décidé de reléguer le projet de destruction des États et des sociétés du Moyen-Orient élargi au second plan de ses préoccupations, et de concentrer ses forces pour s’opposer au projet chinois de route de la soie. C’est ce qui aurait été acté par le président Donald Trump et le Premier ministre australien (représentant les Britanniques) Malcolm Turnbull, le 24 février à la Maison-Blanche.

Il ne s’agit pas simplement du conflit traditionnel entre l’Empire maritime anglo-saxon d’une part et le projet commercial terrestre chinois d’autre part. Mais aussi du danger que fait courir l’industrie chinoise à celle de l’ensemble du monde développé. Pour faire vite, alors que dans l’Antiquité, les Européens étaient avides des soies chinoises, aujourd’hui tous les Occidentaux craignent la concurrence des voitures chinoises.

Beijing ayant renoncé à faire passer la route de la soie sur son tracé historique de Mossoul et de Palmyre, les États-Unis n’ont plus d’intérêt à sponsoriser des jihadistes pour créer un Califat à cheval sur l’Iraq et la Syrie.

C’est également le 24 février que la Russie et les États-Unis ont présenté la résolution 2401 au Conseil de sécurité ; texte qui était déjà prêt depuis la veille et dont pas un mot n’a été changé tandis que l’on faisait mine de poursuivre des tractations.

Prétendument adoptée en réponse à la campagne médiatique française pour sauver la population de la Ghouta, cette résolution traite en réalité de la solution pour presque toute la Syrie.

Elle laisse en suspens la question du retrait des troupes turques et états-uniennes. Concernant ces dernières, il n’est pas impossible qu’elles rechignent à quitter l’extrême Nord-Est du pays. En effet, si la Chine décidait de faire passer la route de la soie par la Turquie, Washington soufflerait sur les braises pour créer un Kurdistan en territoire kurde (si l’on admet que l’Anatolie du Sud-Est n’est plus un territoire arménien depuis le génocide) et couper la route de Beijing.

Moscou a déplacé de nouveaux avions sur sa base d’Hmeimim, dont deux avions furtifs Su-57 ; des bijoux de technologie que le Pentagone n’imaginait pas opérationnels avant 2025.

Surtout, Moscou, qui jusqu’à présent limitait son engagement en Syrie à son armée de l’Air et à quelques Forces spéciales, a secrètement acheminé des troupes d’infanterie.

Le 25 février au matin, l’Armée de Terre russe est entrée aux côtés de l’Armée arabe syrienne dans la Ghouta orientale.

Il est désormais impossible, pour qui que ce soit, d’attaquer Damas ou de tenter de renverser la République arabe syrienne sans provoquer automatiquement de riposte militaire russe.

L’Arabie saoudite, la France, la Jordanie et le Royaume-Uni, qui avaient secrètement constitué le « Petit Groupe », le 11 janvier, afin de saboter la paix de Sotchi, ne pourront plus rien entreprendre de décisif.

Les gesticulations des ministres britannique et français des Affaires étrangères, Boris Johnson et Jean-Yves Le Drian, ne peuvent masquer le nouvel accord entre la Maison-Blanche et le Kremlin ainsi que la légalité internationale de la présence militaire russe et son action en faveur des civils prisonniers des jihadistes.

Ils ne peuvent espérer remettre cet accord en question comme leurs pays respectifs le firent en juillet 2012, tant les situations sur le terrain et dans le monde ont changé.

Si nécessaire, nous feindrons tous de ne pas savoir que les deux principales factions armées présentes dans la Ghouta orientale (la pro-saoudienne et la pro-qatarie) dépendaient d’Al-Qaïda. Elles seront discrètement exfiltrées. Les officiers du MI6 britannique et de la DGSE française (qui agissaient sous couvert de l’ONG Médecins sans frontières) seront rapatriés.

La guerre n’est pas terminée sur l’ensemble du territoire, mais elle l’est déjà à Damas.

Source
Al-Watan (Syrie)

——————————- Document joint

Al-Watan, #2847

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Syrieleaks : Un câble diplomatique dévoile la “stratégie occidentale”, par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 19-02-2018

Conférence sur la sécurité – Munich, 17 février.

Dans un anglais quelque peu familier mais précis, Benjamin Norman – diplomate en charge du dossier Proche et Moyen Orient à l’ambassade de Grande Bretagne à Washington – rend compte dans un Télégramme diplomatique confidentiel (TD)1 du 12 janvier 2018 de la première réunion du « Petit groupe américain sur la Syrie » (Etats-Unis, Grande Bretagne, France, Arabie saoudite et Jordanie), qui s’est tenue à Washington le 11 janvier 2018.

Dans ce TD de cinq pages, il dévoile le détail de la « stratégie occidentale » en Syrie : partition du pays, sabotage de Sotchi, cadrage de la Turquie et instructions adressées au représentant spécial de l’ONU Staffan de Mistura qui dirige les négociations de Genève. Un Non Paper (de 8 pages) accompagne ce TD en prévision de la deuxième réunion du « Petit Groupe ». Celle-ci s’est tenue à Paris le 23 janvier dernier, essentiellement consacrée à l’usage des armes chimiques et aux « consignes » adressées par le « Petit Groupe américain » à Staffan de Mistura.

Assistaient à cette réunion du 11 janvier à Washington Hugh Cleary (chef du Département Proche et Moyen-Orient du Foreign Office) ; Jérôme Bonnafont (directeur ANMO/Afrique du Nord et Moyen-Orient au Quai d’Orsay) ; David Satterfield (Secrétaire d’Etat-adjoint américain chargé du Moyen-Orient) ; le Jordanien Nawaf Tell et le saoudien Jamal al-Aqeel. L’Américain a ouvert la séance en précisant qu’une deuxième réunion aurait lieu à Paris le 23 janvier.

David Satterfield a confirmé que le président Trump avait décidé de maintenir une importante présence militaire américaine en Syrie, malgré la victoire remportée contre l’« Organisation Etat islamique » (Dae’ch) ; le coût de ce maintien étant fixé à quatre milliards de dollars annuels. Il a précisé que cette présence militaire américaine devait prévenir toute résurgence de Dae’ch, mais surtout empêcher les « Iraniens de s’installer durablement et de s’imposer dans la recherche d’une solution politique ». En troisième lieu, il a insisté sur le fait que la première réunion du « Petit Groupe » devait aussi apporter un « appui matériel et politique important à Staffan de Mistura pour « consolider le processus de Genève ». L’ensemble des participants a accueilli très positivement cette mise au point afin de « réaliser des progrès substantiels en Syrie durant l’année 2018 » et de « répondre à la propagande d’une victoire russe ». Ensuite, les participants ont insisté sur le « désir russe d’aboutir à une solution politique » qu’il s’agissait d’utiliser pour rendre « plus opérationnels » les objectifs du « Petit Groupe ».

CONSOLIDER LE PROCESSUS DE GENEVE

Les Etats-Unis ont noté qu’ils ne participeraient plus aux réunions d’Astana, ayant réduit « leur participation à un niveau très bas, pour souligner leur engagement envers Genève » ; en des termes définitifs, il est décidé de « tirer un trait conceptuel sur Astana pour revenir à Genève ». Ils ont ensuite estimé que jusqu’à maintenant « Genève restait un échec, malgré les efforts de Staffan de Mistura ». Ils se sont montrés très prudents quant à l’inclusion du cessez-le-feu dans les discussions de Genève : « la vérité étant que nous n’avons tout simplement pas la capacité d’empêcher le régime de grignoter les poches de l’opposition restantes à Idlib et à l’Est de la Ghouta ».

Le TD fait état de grands progrès « réalisés par l’opposition au cours des derniers mois », en soulignant qu’elle « devra encore faire preuve d’une plus grande souplesse pour s’assurer que le Régime ne quitterait pas Genève (…) alors que les Américains n’apportent aucun soutien à l’hypothèse d’un gouvernement de transition tel que le prévoit la résolution 2254 (du Conseil de sécurité des Nations unies) ». Le texte ajoute qu’il « serait tout de même utile que l’opposition puisse cesser d’agiter cette hypothèse à tout bout de champ… » Il a été aussi convenu que « l’opposition devait faire preuve de plus de flexibilité et arrêter d’agiter l’épouvantail d’un gouvernement de transition », les Américains ajoutant que, sans changer d’objectif final quant à la partition de la Syrie et au départ de Bachar al-Assad, il fallait d’abord « rester en mouvement en procédant à « une manipulation prudente » de l’opposition.

Le représentant français – Jérôme Bonnafont – a posé le problème d’une éventuelle participation de Bachar al-Assad à de futures élections. David Satterfield a répondu que « l’objectif était de créer les conditions et des institutions qui permettraient des élections qu’Assad ne pourrait pas gagner ». Satterfield a ajouté « qu’il n’y avait pas de raison ‘flagrante’ pour empêcher Assad d’être candidat ». Dans ces conditions, il s’agissait surtout de tester les intentions de la Russie, notamment pour qu’elle arrive « à ce que le Régime soit amené à discuter d’une nouvelle Constitution, d’élections libres sous le contrôle des Nations unies et de la création d’un environnement susceptible de favoriser ces deux processus ». Accord sans restriction de tous les membres de la réunion du « Petit Groupe » pour « ne plus se satisfaire des propos mielleux de Lavrov, afin de mettre Moscou sous pression ». Pour Satterfield, il s’agit d’amener les Russes à lâcher Assad, « à travers des réunions du Conseil de sécurité et une large campagne de communication publique », estimant que la ré-élection annoncée de Vladimir Poutine fragilisait positivement la position russe…

SABOTER ET INSTRUMENTALISER SOTCHI

L’une des conclusions de cette première réunion du « Petit Groupe » est parfaitement claire : « revigorer Genève pour que Sotchi devienne hors de propos » ; la France réclamant plus de « transparence sur la position russe ». Mais il s’agit encore de ne pas s’opposer « frontalement » à Sotchi « présentant l’avantage de rassembler une part non négligeable de la société civile syrienne », pour en ramener les « apports les plus positifs à Genève, afin de renouveler et relancer ce format de Genève ».

Les Saoudiens ont mis en garde contre un « risque de fragmentation des différents groupes de l’opposition et demandé de l’aide afin de maintenir la cohésion de celle-ci ». Satterfield a rétorqué que leurs représentants devraient « s’engager davantage dans la recherche d’une solution politique plutôt que de profiter de salaires mirifiques et de longs séjours dans des hôtels agréables ». La France a appuyé cette remarque en insistant sur « la communication ». A cet égard, le TD britannique dresse le commentaire suivant : « malheureusement, la Cinquième République française n’a pas vocation à financer cet effort », les représentants britanniques rappelant « que la communication de l’opposition a été financée en premier lieu par… le Royaume-Uni ».

David Satterfield a, ensuite, expliqué que l’opposition turque aux « Unités de protection du peuple kurde (YPG) » empêchait les Kurdes de participer à Genève. Tout en comprenant la position d’Ankara, il a souligné « qu’on ne pouvait pas ignorer un groupe qui contrôlait le tiers de la Syrie (SIC) et qui avait pris la plus grande part à la lutte contre Dae’ch ». Il a expliqué que « les Américains cherchaient à établir un leadership multi-ethnique au nord-est de la Syrie afin de diluer l’hégémonie de l’ YPG ». Par contre, il s’agissait d’imposer les FDS (Forces démocratiques syriennes, majoritairement kurdes et sous contrôle américain) dans le processus de Genève.

Commentaire de l’auteur du TD : « je comprends que les Etats-Unis vont nommer William (Bill) Roebuck, leur ex-ambassadeur à Bahreïn, comme représentant spécial des FDS. Je vais suivre, mais cela vaut la peine de rappeler – selon les discussions séparées que nous avons eues, par exemple avec Fiona Hill – que les relations entre les Etats-Unis et la Turquie sont déjà mauvaises et ne risquent pas de s’améliorer. Par conséquent, les Américains ne sont pas les mieux placés pour faire – en solo – le gros boulot avec les FDS et Ankara ». L’objectif est clairement défini : « amener Staffan de Mistura à accepter à Genève une structure tripartite incorporant l’opposition, Assad et les FDS ».

Du reste, le secrétaire d’Etat adjoint indique qu’un « Non-Paper – Reviving the Syrian Political Track in Geneva– sera communiqué à Staffan de Mistura avant la réunion du 23 janvier à Paris, « afin de mettre les Russes au pied du mur ». Ce document comporte : « une Feuille de route politique, les éléments d’une réforme constitutionnelle, la structure onusienne de supervision des élections et les directives pour l’établissement d’un environnement pacifié ».

Pour leur part, les Jordaniens ont qualifié la session du « Petit Groupe » de « la réunion publique la plus secrète de tous les temps ». Et l’auteur du TD de conclure : « nous devons, pour le moment, garder un groupe constitué uniquement des Etats-Unis, de la Grande Bretagne, de la France, de l’Arabie saoudite et de la Jordanie. Les prochains à être invités devraient être l’Egypte et l’Allemagne (pour qui nous avons plaidé). La Turquie devrait également joindre le groupe, mais la discussion avec elle risque d’être empoisonnée par les Kurdes, ce qui rendra plus difficile la neutralisation d’Astana. Il n’y a donc pas urgence à intégrer ces trois derniers pays ».

COMMENTAIRES BELLICISTES

Les commentaires en conclusion de ce TD sont fort éloquents en ce qui concerne l’avenir de la stratégie occidentale en Syrie. Les trois conclusions essentielles soulignent « une vraie réaffirmation du leadership des Etats-Unis dans les coulisses… ». La deuxième perspective consiste à « maintenir la pression sur la Russie, même si celle-ci ne parvient pas à convaincre Moscou de lâcher le régime comme nous l’espérions ». Sur ce plan, « nous devons continuer – ce que nous faisons déjà – à dénoncer l’horrible situation humanitaire ainsi que la complicité russe dans la campagne de bombardements de cibles civiles ». Enfin, conclut l’auteur du TD, « les Américains m’ont dit combien ils avaient apprécié notre contribution et notre soutien ces derniers mois alors qu’ils étaient en train de finaliser leur stratégie ».

XXX

Voilà qui n’augure pas d’une prochaine sortie de crise en Syrie dans un contexte marquée par quatre évolutions majeures des plus préoccupantes. 1) Les Etats-Unis ont décidé de renforcer et de diversifier leur posture nucléaire. Le Pentagone vient d’annoncer qu’il va développer des armes nucléaires tactiques miniaturisées « pour s’adapter aux nouvelles menaces internationales ». Le président iranien Hassan Rohani a répondu : « comment quelqu’un peut-il parler de paix mondiale et en même temps annoncer qu’il développe de nouvelles armes nucléaires destinées à ses principaux ennemis ? »

2) Les ministres de la Défense de l’OTAN se sont entendus les 14 et 15 février derniers à Bruxelles sur les grandes lignes d’une nouvelle refonte des structures de commandement de l’Alliance Atlantique. Cette « adaptation – la plus grande depuis la fin de la Guerre froide », selon le secrétaire général Jens Stoltenberg, est proposée par les militaires américains. Elle vise à rendre l’Alliance plus efficace en cas de crise de haute intensité. En clair, il s’agit de « mieux dissuader et répondre aux nouvelles menaces venant de certains Etats, au premier rang desquels la Russie ».

3) Aux lendemains de la destruction d’un chasseur israélien dans l’espace aérien syrien et, alors que la police israélienne demande l’inculpation du premier ministre Benyamin Netanyahou pour corruption, Tel-Aviv accuse l’Iran de s’implanter en Syrie et menace de multiplier ses opérations militaires. Ce n’est pas la première fois que le premier ministre israélien – qui refuse de démissionner – utilise les regains de tension régionale pour consolider son pouvoir personnel et son alliance avec l’extrême-droite du pays.

4) Enfin, le soutien militaire de Washington aux Kurdes de Syrie continue à provoquer l’Ire d’Ankara. La crise de confiance est consommée et l’axe turco-américain est au bord de la rupture. Deuxième contingent de l’OTAN, l’armée turque a dû accompagner le tournant conservateur et anti-occidental après le putsch raté de juillet 2016. Mission vient d’être donnée à un général aux tendances conservatrices et islamistes de restructurer l’armée turque dégarnie par les purges.

En définitive, le TD britannique reflète parfaitement la stratégie occidentale en Syrie : saboter les efforts de paix de Sotchi, ajouter deux nouvelles guerres à la crise syrienne : celle des Turcs contre les Kurdes et celles des Israéliens contre l’Iran et le Hezbollah libanais. « Les Américains n’ont jamais admis leur défaite militaire en Syrie et ne veulent pas lâcher le morceau et surtout leur objectif stratégique principal », commente un haut diplomate français, « celui d’un démantèlement de la Syrie, du type de celui qui a été conduit en Irak et en Libye. Leur volonté est d’armer les Kurdes pour contrôler les régions pétrolières de l’Est syrien afin de pouvoir peser sur la reconstruction politique et économique du pays ». La paix n’est donc pas pour demain.

Richard Labévière

1 Benjamin Norman/Foreign and Security Policy – Middle East/British Embassy – 3100 Massachusetts Avenue, NW/Washington DC/20008/USA. Phone : 202 588 6547/FTN : 8430 6547. Email : Benjamin.norman@fco.gov.uk

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 19-02-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

3 réponses à Syrieleaks : Un câble diplomatique dévoile la “stratégie occidentale”, par Richard Labévière

  1. Christian Gedeon Le 21 février 2018 à 07h11

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    Si tout ce que je lis a effectivement été dit,c’est assez ahurissant. Et ça traduit surtout le desarroi de ce petit groupe,tres informel quand même semble t il. In fine on en revient toujours à la meme tentation de faire éclater les pays ,ce qui est une boîte de Pandore. Et je pense surtout que ce groupe ne pige toujours pas que Poutine se contrefout que la solution soit trouvée à Sotchi ,Astana ou au diable vauvert pour peu que cette solution garantisse l’intégrité de la Syrie et empêche la prise de pouvoir par les islamistes quelle que soit leur forme,car là est son véritable but. Genève? Pourquoi pas? Mais Genève passant sous les fourches caudines du projet global russe. Reste l’épineuse question iranienne,épineuse pour les russes aussi en vérité. Peut être le point qui accordera tout ce petit monde.

  2. Fritz Le 21 février 2018 à 07h19

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    Merci de dévoiler les projets de ces cinq États-voyous – dont la France fait partie, hélas…
    C’est consternant. Lundi, le placide et modéré Sergueï Lavrov a exigé la fermeture d’une base américaine en Syrie, qui permet aux djihadistes de reconstituer leurs forces. Rappelons que la “présence américaine en Syrie” est PARFAITEMENT ILLÉGALE, comme l’étaient l’agression et l’occupation américaine en Irak.

    Et là, il y a en face les Russes et les Iraniens, sans compter des Turcs qui se détachent de l’Empire, et un Netanyahu tenté par la fuite en avant pour échapper à une inculpation.

    Concernant l’OTAN, ce machin-truc qui ne s’est pas dissous contrairement au Kominform et au pacte de Varsovie, et qui a deux guerres à son passif (Serbie et Libye), George Kennan nous avait prévenus il y a vingt ans : son extension vers l’Est serait « une erreur tragique ».
    http://www.nytimes.com/1998/05/02/opinion/foreign-affairs-now-a-word-from-x.html

    Tout est réuni pour que ça dérape, définitivement. Si une Troisième Guerre mondiale éclate, nous autres Occidentaux l’aurons amplement méritée.

  3. caliban Le 21 février 2018 à 07h38

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    Ces gens ne sont pas faits comme nous, ils ne pourraient pas survivre dans l’air putride qu’ils respirent lors de ce genre de réunions. Partant de là, séparer la tête des épaules de ces cyborgs serait-il vraiment répréhensible ?

    Blague à part, merci pour ce document très instructif, qui nous apprend que ces gens ne raisonnent évidemment ni avec les sentiments et ni en tenant compte de l’expérience passée. Bref, raisonnent-ils vraiment ? Ne constituent-ils pas une sorte de fanatiques en col blanc ?

    https://www.les-crises.fr/syrieleaks-un-cable-diplomatique-devoile-la-strategie-occidentale-par-richard-labeviere/

Imaginer un Moyen-Orient reconfiguré

Imaginer un Moyen-Orient reconfiguré


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Par Robin Wright – Le 28 septembre 2013 – Source NY Times

La carte du Moyen-Orient moderne, pivot politique et économique de l’ordre international, est en lambeaux. La guerre ruineuse en Syrie est un tournant. Mais les forces centrifuges des croyances, des tribus et des ethnies rivales – renforcées par les conséquences involontaires du printemps arabe – sont également en train de secouer une région définie par les puissances coloniales européennes il y a un siècle et défendue par des autocrates arabes depuis.

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Voici comment 5 pays pourraient devenir 14. Lentement, la carte du Moyen-Orient pourrait être redessinée.

Syrie : Le déclencheur

Les rivalités sectaires et ethniques pourraient la diviser en au moins trois morceaux :

1. Les alaouites, une minorité qui contrôle la Syrie depuis des décennies, domineraient un couloir côtier ;
2. Un Kurdistan syrien pourrait se détacher et finalement fusionner avec les Kurdes d’Irak ;
3. Le centresunnite pourrait faire sécession et ensuite se combiner avec les provinces d’Irak pour former le Sunnistan.

Contagion irakienne

Dans la plus simple des nombreuses combinaisons, les Kurdes du Nord de l’Irak rejoindraient les Kurdes syriens. De nombreuses zones centrales, dominées par les sunnites, rejoindraient eux les sunnites syriens. Et le sud devient un pays chiite. Il n’est pas sûr que cela soit aussi simple.

Éclatement de la Libye

À la suite de puissantes rivalités tribales et régionales, la Libye pourrait se couper en deux parties historiques – la Tripolitaine et la Cyrénaïque – avec peut-être un troisième État, le Fezzan dans le sud-ouest.

Retour à une Arabie saoudite pré-monarchique

À long terme, l’Arabie saoudite devra faire face à ses propres divisions internes (réprimées) qui pourraient refaire surface à mesure que le pouvoir passerait à la prochaine génération de princes.

L’unité du royaume est encore menacée par les différences tribales, la division entre sunnites et chiites et les défis économiques. Le pays  pourrait alors éclater en cinq régions qui ont précédé l’état moderne.

Éclatement du Yémen

Le pays arabe le plus pauvre pourrait se diviser (de nouveau) en deux morceaux à la suite d’un éventuel référendum sur l’indépendance au Yémen du Sud. En cas de coup de vent plus puissant, tout ou partie du sud du Yémen pourrait alors être absorbée par l’Arabie saoudite. Presque tout le commerce saoudien se fait par voie maritime, et l’accès direct à la mer d’Arabie diminuerait la dépendance vis-à-vis du golfe Persique − et les craintes de la capacité de l’Iran à couper le détroit d’Ormuz.

Il y a aussi des possibilités de voir des Villes-États émerger :

  • Misrata (Moyen de contrôle de l’Empire sur toute la côte libyenne ?) ;
  • Jabal Al-Druze (Ville tampon druze entre Israël et les alaouites ?) ;
  • Bagdad (Ville ouverte internationale pour contrôler le pétrole irakien et jouer des tensions religieuses ?).

Une carte différente serait un bouleversement du jeu stratégique pour à peu près tout le monde, reconfigurant potentiellement les alliances, les défis de sécurité, les échanges et les flux d’énergie pour la plus grande partie du monde.

L’emplacement privilégié de la Syrie et ses muscles en font le centre stratégique du Moyen-Orient. Mais c’est un pays complexe, riche en diversités religieuse et ethnique, et donc fragile. Après l’indépendance, la Syrie a subi plus d’une demi-douzaine de coups d’État entre 1949 et 1970. C’est alors que la dynastie Assad a pris le contrôle total. Maintenant, après 30 mois de bain de sang, cette diversité est devenue un poison mortel, tuant les gens et détruisant le pays. La Syrie s’est décomposée en trois régions identifiables, chacune avec son propre drapeau et ses propres forces de sécurité. Un futur différent se dessine : un petit état, tout en longueur, le long d’un couloir partant du sud à travers Damas, Homs et Hama jusqu’à la côte nord de la Méditerranée contrôlée par la minorité alaouite des Assad. Au nord, il y a un petit Kurdistan, largement autonome depuis la mi-2012. Le plus grand morceau serait le cœur d’un pays dominé par les sunnites.

Le démantèlement de la Syrie créerait des précédents pour la région, en commençant par ses voisins. Jusqu’à présent, l’Irak a résisté à l’effondrement en raison de la pression étrangère, de la peur régionale de le faire seul et la richesse pétrolière qui a acheté les loyautés, au moins sur le papier. Mais la Syrie aspire maintenant l’Irak dans son tourbillon.

« Les champs de bataille fusionnent » a déclaré l’envoyé des Nations Unies Martin Kobler au Conseil de sécurité en juillet. « L’Irak est la ligne de fracture entre le monde chiite et le monde sunnite et tout ce qui se passe en Syrie a, bien sûr, des répercussions sur le paysage politique irakien. »

Avec le temps, la minorité sunnite irakienne – notamment dans la province occidentale d’Anbar, lieu de manifestations anti-gouvernementales – pourrait avoir plus de points communs avec la majorité sunnite de l’est de la Syrie. Les liens tribaux et la contrebande couvrent la frontière. Ensemble, ils pourraient former un pays sunnite de facto ou de jure. Le sud de l’Irak deviendrait alors un pays chiite, bien que la séparation ne soit pas aussi nette.

Les partis politiques dominants dans les deux régions kurdes de Syrie et d’Irak ont des divergences de longue date, mais lorsque la frontière s’est ouverte en août, plus de 50 000 Kurdes syriens ont fui vers le Kurdistan irakien, créant de nouvelles communautés transfrontalières. Massoud Barzani, président du Kurdistan irakien, a également annoncé son intention d’organiser le premier sommet avec 600 Kurdes de quelques 40 partis en Irak, en Syrie, en Turquie et en Iran cet automne.

« Nous pensons que les conditions sont maintenant appropriées », a déclaré Kamal Kirkuki, l’ancien président du Parlement kurde irakien, à propos d’un projet de mobilisation de ces Kurdes disparates pour discuter de leur avenir.

Les étrangers ont longtemps joué au Moyen-Orient : et si l’Empire ottoman n’avait pas été divisé par des étrangers après la Première Guerre mondiale ? Est-ce que la carte reflète des réalités géographiques ou des identités ? Ces cartes reconfigurées ont exaspéré les Arabes qui soupçonnaient des complots étrangers pour les diviser et les affaiblir de nouveau.

Je n’ai jamais été une joueuse de cartes. J’ai vécu au Liban pendant la guerre civile de 15 ans et j’ai toujours pensé que ce pays pourrait survivre à des divisions entre 18 sectes. Je ne pensais pas non plus que l’Irak éclaterait pendant les combats les plus méchants en 2006-2007. Mais deux déclencheurs ont changé ma façon de penser.

Le printemps arabe était du petit bois. Les Arabes ne voulaient pas seulement évincer les dictateurs, ils voulaient que le pouvoir soit décentralisé pour refléter l’identité locale ou les droits aux ressources. La Syrie a alors engagé le match contre elle-même et la sagesse conventionnelle autour de sa géographie.

De nouvelles frontières pourraient être dessinées de manière disparate et potentiellement chaotique. Les pays pourraient traverser des phases de fédéralisme, de partition douce ou d’autonomie, se terminant par un divorce géographique.

Le soulèvement de la Libye était en partie contre la domination du colonel Mouammar Kadhafi. Mais cela reflétait aussi la quête de Benghazi de se séparer d’un Tripoli dominateur. Les intérêts des tribus divergent. Les Tripolitains se tournent vers le Maghreb, ou le monde islamique occidental, tandis que les Cyrénaïques se tournent vers le Mashreq, ou le monde islamique oriental. De plus, la capitale brasse les revenus pétroliers, même si l’Est en fournit 80%.

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La Libye pourrait donc être divisée en deux ou même trois parties. Le Conseil national de la Cyrénaïque, dans l’est de la Libye, a déclaré son autonomie en juin. Le Fezzan méridional a également des identités tribales et géographiques distinctes. Plus sahélien que nord-africain dans sa culture, ses tribus et son identité, il pourrait aussi se séparer.

D’autres États qui n’ont pas le sens du bien commun ou de l’identité comme ciment politique sont vulnérables, en particulier les démocraties naissantes qui s’efforcent d’accommoder des circonscriptions disparates avec de nouvelles attentes.

Après avoir évincé son dictateur de longue date, le Yémen a lancé un dialogue national agité en mars afin d’obtenir un ordre nouveau. Mais dans un pays où la rébellion du nord et les séparatistes du sud ont longtemps été présents, le succès durable peut dépendre de l’idée d’une fédération – et la promesse de laisser le sud voter la sécession.

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La
nouvelle carte pourrait devenir encore plus intrigante. Les Arabes sont en ébullition à propos de la fusion du sud du Yémen avec l’Arabie saoudite. La plupart des sudistes sont sunnites, tout comme la majorité des habitants de l’Arabie saoudite ; beaucoup ont de la famille dans le royaume. Les Yéménites, qui sont les Arabes les plus pauvres, pourraient bénéficier des richesses saoudiennes. À leur tour, les Saoudiens auraient accès à la mer d’Arabie pour le commerce, réduisant leur dépendance vis-à-vis du golfe Persique et réduisant ainsi leurs craintes que l’Iran ne contrôle virtuellement le détroit d’Ormuz.

Les idées les plus fantastiques impliquent la balkanisation de l’Arabie saoudite, déjà dans la troisième itération d’un pays qui a fusionné les tribus rivales de force sous un islam wahhabite rigide. Le royaume semble physiquement sécurisé dans les tours vitrées et les autoroutes à huit voies, mais il existe toujours des cultures disparates, des identités tribales distinctes et des tensions entre une majorité sunnite et une minorité chiite, notamment dans l’Est, riche en pétrole.

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Les tensions sociales se creusent en raison de la corruption rampante et environ 30% de chômage chez les jeunes dans un pays qui à une haute image de lui-même mais pourrait devoir importer du pétrole dans deux décennies. Comme la monarchie passe la main à une nouvelle génération, la Maison des Saoud va sans doute devoir créer de nouvelles règles pour gérer la famille régnante avec ses milliers de princes, un processus délicat.

D’autres changements peuvent intervenir de facto. Des cités-États pourraient faire leur retour, même si techniquement elles sont à l’intérieur du pays. Il y a cet oasis d’identités multiples qu’est Bagdad, des enclaves bien armées comme Misurata, troisième plus grande ville de Libye ou des zones homogènes comme Jabal al-Druze au sud de la Syrie.

Un siècle après que l’aventurier-diplomate britannique Sir Mark Sykes et l’envoyé français François Georges-Picot eurent scindé la région, le nationalisme s’enracine à des degrés divers dans des pays initialement définis par les goûts impériaux et le commerce plutôt que par la logique. La question est maintenant de savoir si le nationalisme sera plus fort que les anciennes sources d’identité pendant des conflits ou des transitions difficiles.

Les Syriens aiment à prétendre que le nationalisme prévaudra à la fin de la guerre. Le problème est que la Syrie a maintenant plusieurs nationalismes. Le « nettoyage ethnique » est un problème croissant. Et les armes exacerbent les différences. Les conflits sectaires sont maintenant en train de territorialiser la division entre sunnites et chiites d’une manière encore jamais vue dans le Moyen-Orient moderne.

Mais d’autres facteurs pourraient empêcher le Moyen-Orient de s’effilocher : une bonne gouvernance, des services et une sécurité décents, une justice juste, des emplois et des ressources équitablement partagées, voire un ennemi commun. Les pays sont effectivement des mini-alliances. Mais ces facteurs semblent loin d’être acquis dans le monde arabe. Et plus la guerre en Syrie fait rage, plus grande est l’instabilité et les dangers pour toute la région.

Robin Wright

Note du Saker Francophone

Quatre ans après, ce texte a pris quelques rides, mais à peine. La résistance syrienne avec l'aide de la Russie et de l'Iran a bloqué l'Empire en rase campagne.

Sous de faux air de sainte-nitouche, ce texte, publié dans un grand quotidien américain et non retiré depuis, utilise certaines vérités historiques pour tenter un tour de passe-passe afin de justifier la déconstruction du Moyen-Orient, en oubliant seulement de souligner le rôle de l'armée américaine et les intérêts israéliens.

Il faut noter la rhétorique employée, sécession, fédéralisation, qui est très bien expliquée par Korybko. L'émiettement sous diverses formes va permettre de contrôler plus facilement ces pays.

Mais c'est aussi vrai que certains pays dont la Syrie sont des constructions artificielles, produites par le traité de Sèvres et la non moins fameuse déclaration Balfour. À l'origine, les tributs arabes étaient largement nomades et les frontières plus que subjectives. Comme en Afrique, il y aura forcément un long débat sur le sort des frontières coloniales. Il faut espérer que cela se fasse dans le calme et la négociation.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/imaginer-un-moyen-orient-reconfigure

 

Le Maroc membre de la délégation arabe contre la reconnaissance d’Al Qods par Trump

International

Le Maroc membre de la délégation arabe contre la reconnaissance d’Al Qods par Trump

le 18 décembre 2017

 

Le Maroc est membre de la délégation ministérielle arabe restreinte chargée de contrer la décision américaine de reconnaître Al Qods capitale d’Israël.

La Ligue Arabe a annoncé dimanche la formation d’une délégation ministérielle arabe restreinte pour faire face à la décision américaine de reconnaître Al Qods comme capitale d’Israël.

Dans une déclaration à la presse, le porte-parole de la Ligue Arabe, Mahmoud Afifi, a souligné qu’à la lumière des contacts entrepris récemment par la Jordanie en sa qualité de président du Sommet arabe et du comité de l’initiative arabe de paix, il a été décidé la mise en place d’une délégation ministérielle arabe restreinte pour mener des actions sur les plans diplomatique et médiatique à même de faire face aux impacts négatifs de la décision des Etas Unis de reconnaitre Al Qods capitale d’Israël et d’y transférer leur ambassade.

Cette délégation se compose des ministres des Affaires étrangères de la Jordanie, du Maroc, de la Palestine, de l’Egypte, de l’Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis outre du Secrétaire général de la Ligue Arabe.

La première réunion de cette délégation est prévue début de la semaine prochaine à Amman.

LNT avec MAP