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La Russie en tête du classement mondial des acheteurs d’or alors qu’elle se détourne du dollar américain

La Russie en tête du classement mondial des acheteurs d’or alors qu’elle se détourne du dollar américain

La Russie en tête du classement mondial des acheteurs d'or alors qu'elle se détourne du dollar américain

Les réserves mondiales d’or ont augmenté de 145,5 tonnes du début de l’année à la fin du mois de mars, soit une augmentation de 68% par rapport à la même période de 2018. C’est la plus forte augmentation des réserves mondiales pour cette période depuis 2013, selon le Rapport du World Gold Council (WSG), publié jeudi.

La banque centrale russe a ajouté 55,3 tonnes à ses voûtes au premier trimestre, portant ses vastes réserves d’or à 2 168,3 tonnes, ce qui en fait de nouveau le premier acheteur d’or, a indiqué le rapport.

AUSSI SUR RT.COMCinq pays avec les plus grandes réserves d’or au monde« La Russie a acheté 274,3 t en 2018 – la quatrième année consécutive d’augmentation de + 200 t – tout en réduisant de manière drastique ses avoirs dans le Trésor américain, dans le cadre de sa campagne de » réduction du dollar « , a déclaré le conseil.

La Chine s’est classée deuxième parmi les plus gros acheteurs au cours de la période, avec 33 tonnes. Beijing a repris ses achats en décembre, après une pause de plus de deux ans. Plusieurs autres pays ont considérablement augmenté leurs réserves d’or, notamment l’Équateur, la Turquie, l’Inde et le Kazakhstan.

AUSSI SUR RT.COMJusqu’à ce que la dette nous SÉPARE: la Russie et la Chine continuent de se débarrasser des trésors américainsLe désir d’acheter le métal précieux a été motivé par «l’incertitude économique causée par les tensions commerciales, une croissance atone et un environnement de taux d’intérêt bas / négatifs» , a noté le WSG.

La Russie est actuellement le cinquième plus grand détenteur d’or au monde et si la tendance haussière actuelle se maintient, elle pourrait devancer la France et l’Italie et entrer parmi les trois premiers détenteurs d’or d’ici un an.

https://www.rt.com/business/458281-russia-leading-gold-buyer/

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Photos : Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu

Photos : Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu

© Chine Nouvelle (Xinhua), Le 05/04/2019 14:14

Le train de fret arrivera à Chengdu dans quinze jours, en traversant l’Allemagne, la Pologne, la Biélorussie, la Russie et le Kazakhstan. – Photo : Zheng Huanso.

Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu dans une gare de chargement à DudelangeLancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu dans une gare de chargement à Dudelange, au Luxembourg, le 4 avril 2019

Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu dans une gare de chargement à Dudelange

Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu dans une gare de chargement à Dudelange

Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu dans une gare de chargement à Dudelange

Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu dans une gare de chargement à Dudelange

Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu dans une gare de chargement à Dudelange

Lancement du premier train de fret Luxembourg-Chengdu dans une gare de chargement à Dudelange

https://chine.in/actualite/photos-lancement-premier-train-fret_118176.html

Vladimir Poutine et le nouveau président kazakh discutent nucléaire et défense

Vladimir Poutine et le nouveau président kazakh discutent nucléaire et défense

  • AFP
  • parue le 

Le président russe Vladimir Poutine et son nouvel homologue kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, ont promis mercredi de renforcer encore « l’amitié » entre les deux pays, notamment dans le domaine militaire et le nucléaire, deux semaines après la démission surprise de l’ex-président kazakh Noursoultan Nazarbaïev.

« Je vais faire tout mon possible pour renforcer davantage le potentiel déjà atteint d’amitié entre nos peuples », a déclaré M. Tokaïev au Kremlin, lors de sa première visite officielle à l’étranger. Il a fait l’éloge des relations « exemplaires » entre la Russie et le Kazakhstan sous son prédécesseur qui a été au pouvoir dans ce pays d’Asie centrale pendant environ 30 ans.

« Nous proposons d’avancer vers de nouvelles formes de collaboration », a souligné pour sa part M. Poutine après la rencontre. « J’entends par là avant tout la construction d’une centrale nucléaire au Kazakhstan avec des technologies russes », a-t-il ajouté.

Premier producteur mondial d’uranium, le Kazakhstan envisage le lancement de sa première centrale atomique avec l’aide, notamment, de la Russie. L’année dernière, la Russie a débuté la construction d’une centrale en Ouzbékistan, la première en Asie centrale.

M. Poutine s’est également félicité d’un renforcement des liens militaires entre le Kazakhstan et Moscou, citant la formation d’experts kazakhs en Russie.

Le choix de la Russie par M. Tokaïev pour son premier déplacement à l’étranger a été perçu par de nombreux analystes comme un gage de la continuation de la politique étrangère du Kazakhstan, allié de longue date de Moscou.

M. Nazarbaïev, 78 ans, a annoncé son départ le 19 mars. Il dirigeait le Kazakhstan depuis l’époque soviétique, d’abord en tant que premier secrétaire du Parti communiste local puis à partir de 1991 comme président de ce pays d’Asie centrale aux riches ressources en hydrocarbures. Il continuera toutefois d’occuper des fonctions clés dans le pays.

Kassym-Jomart Tokaïev, 65 ans, jusqu’alors président du Sénat, est devenu président par intérim en attendant la prochaine présidentielle prévue en avril 2020. M. Tokaïev a été deux fois ministre des Affaires étrangères, et Premier ministre du Kazakhstan de 1999 à 2002. Sa première décision en tant que président a été de demander de rebaptiser la capitale du pays, Astana, qui est devenue « Nur-Sultan », le prénom de l’ancien président.

Existe-t-il un cyberespace centrasiatique ?

Existe-t-il un cyberespace centrasiatique ?

Par Grégory JOUBERT, le 31 mars 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Grégory Joubert est en deuxième année de Master à l’Institut Français de Géopolitique (IFG, Université Paris VIII Vincennes – Saint-Denis) ainsi qu’à l’Université d’Etat pour les Sciences Humaines de Moscou (RGGU). Ses travaux portent sur les stratégies de contrôle dans le champ du cyberespace en Russie et dans les espaces post-soviétiques.

L’annonce de la mise en retrait relatif du président Noursoultan Nazarbaïev, le 19 mars 2019, a attiré l’attention sur le Kazakhstan, ex-république soviétique d’Asie centrale de 2,7 millions de km2 (18,4 millions d’habitants). L’occasion de se poser une question : existe-t-il un cyberespace centrasiatique ? La première partie de cette étude solidement documentée a pour principal objectif de traiter de la dépendance infrastructurelle des États d’Asie centrale à la Russie. Sur la base de ces considérations, une deuxième partie présente le vecteur d’influence que constitue le cyberespace, ainsi que de la perception que se fait le pouvoir kazakhstanais de ce terrain conceptuel. De l’influence informationnelle subie à l’absence de prise en compte de l’aspect profondément technique du cyberespace, le Kazakhstan est foncièrement un État vulnérable. Dans la troisième partie, Grégory Joubert se penche plus particulièrement sur les leviers d’action utilisés par les autorités pour le contrôle des activités de la population en ligne et les moyens de surveillance dont dispose le pays. Outre son intérêt propre, cette étude peut aussi être féconde pour réfléchir aux relations entre les pays de l’Union européenne et une autre puissance de l’Internet, les Etats-Unis.

ESPACE devenu incontournable pour la réflexion militaire, le cyberespace revêt désormais une dimension stratégique inscrite dans les doctrines des principales puissances de la planète. Composés d’infrastructures physiques, logiques et informationnelles, ses réseaux deviennent à bien des égards de redoutables vecteurs d’influence et sont aujourd’hui au centre de nombreuses polémiques au retentissement international. Dans le cas de la Russie plus particulièrement, on observe une multiplication des accusations liées au cyberespace. Du pirate informatique supposément soutenu par les services de sécurité de la Fédération à ses tentaculaires organes médiatiques, l’influence prêtée aux réseaux russes dans de nombreuses crises politiques contemporaines est devenue un thème récurrent dans les débats occidentaux.

Dans ce nouvel espace de rivalités de pouvoir, les espaces aux marges de la Fédération de Russie se révèlent être des territoires pertinents à analyser. Pour ces États indépendants enclavés, aux infrastructures de communication entièrement dépendantes du centre moscovite sous l’Union soviétique, les conditions ne semblent pas avoir fondamentalement changé depuis 1991, date de la fin de l’URSS. La situation de ces anciennes périphéries coloniales dans le domaine du cyberespace est aujourd’hui marquée par des logiques d’influence et de coercition, dans la continuité de ce passé. Une analyse en est ici proposée.

Existe-t-il un cyberespace centrasiatique ?

La présente étude s’intéresse de manière plus appuyée au Kazakhstan et se compose de trois parties. La première a pour principal objectif de traiter de la dépendance infrastructurelle des États de la région à la Russie. Sur la base de ces considérations techniques, une deuxième partie traite du vecteur d’influence que constitue le cyberespace, ainsi que de la perception que se fait le pouvoir kazakhstanais de ce terrain conceptuel. De l’influence informationnelle subie à l’absence de prise en compte de l’aspect profondément technique du cyberespace, le Kazakhstan est foncièrement un État vulnérable en de nombreux points. Dans la troisième partie, nous nous intéressons plus particulièrement aux leviers d’action utilisés par les autorités pour le contrôle des activités de la population en ligne et aux moyens de surveillance dont dispose le pays.

I. Dans le cyberespace : une influence structurelle de la Russie sur ses anciens satellites


Le développement des infrastructures

Qu’il soit question des infrastructures routières, ferroviaires, des flux migratoires, financiers ou culturels, la Russie reste aujourd’hui la seule voie de transit de flux fiable à laquelle les acteurs de la région peuvent recourir. Cette situation d’enclavement et de permanence des voies de communications dirigées vers le Nord se traduit également dans le champ du cyberespace. L’analyse cartographique de ces territoires composés de câbles et de routeurs interconnectés permet de restituer l’organisation des voies de télécommunications, dont le développement nécessite investissements massifs et coopération entre les acteurs en assurant la gouvernance.

Existe-t-il un cyberespace centrasiatique ?
Carte. L’espace centrasiatique : un enclavement numérique
Cliquer sur la vignette pour agrandir cette carte de l’espace centrasiatique : un enclavement numérique. Conçue et réalisée par Grégory Joubert

La première dorsale transnationale connectant la région, le Trans Asie-Europe (TAE) développé en 1998, a, dès sa mise en service, présenté des problèmes structurels. Si les États ont dès lors été connectés aux réseaux mondiaux au moyen de cette nouvelle artère, le fait est que la structuration du cyberespace repose foncièrement sur des logiques économiques et politiques. Ses capacités de transit de données limitées (622ms/s) en font une dorsale où l’offre est inférieure à la demande, rendant son coût d’utilisation élevé. De plus, le trop grand nombre d’acteurs (publics et privés) de nationalités différentes impliqués dans la gouvernance de la dorsale TAE la rend par nature inefficiente. Le réseau fonctionne comme un « patchwork de câbles nationaux », à la gestion d’ensemble incohérente [1].

La connectivité des États de la région ne s’est réellement développée qu’au rythme des projets émanant de la Russie. Le réseau Trans Europe-Asie (TEA) développé en 1999 relie le centre névralgique de l’Internet européen (Francfort) à Hong Kong, en longeant le parcours du Transsibérien [2]. Chemin le plus court pour la transmission de données entre ses deux extrémités, cette dorsale permet également de pallier à une congestion des câbles à Suez (Egypte). Son développement a été permis par la prise de participation d’opérateurs européens, russes et chinois. Ses ramifications sur les territoires centrasiatiques ont quant à eux été rendus possibles par les opérateurs russes, Rostelecom et TransTelecom, en direction du seul territoire de la région frontalier de la Russie, à savoir le Kazakhstan.

Les réseaux russes représentent dès lors les voies privilégiées pour la transmission de données. Leur large bande passante, mais également le nombre restreint d’accords nécessaires pour le transit de données, en sont les principaux arguments techniques.

L’analyse des Systèmes Autonomes (Autonomous System ; AS) traduit la place centrale qu’occupe la Russie dans les flux de télécommunications [3]. S’il existe des interconnexions avec les réseaux chinois avec des capacités de bande passante connectées importantes, ces dernières ne sont pourtant, à l’hiver 2018, que peu sollicitées. Aussi, les jonctions de câbles chinois et centrasiatiques semblent surtout être utilisées pour les flux financiers, les Systèmes Autonomes qui y sont reliés étant principalement des institutions bancaires. Les opérateurs du TAE ne sont en revanche pas sollicités par les réseaux centrasiatiques. Ce qui démontre la faible centralité de cette dorsale.

Cette situation tient également à l’histoire. Au-delà du fait que la connectivité de la région ait principalement dépendu des projets russes sur le plan technique, le partage d’une langue et d’une culture commune en est un autre facteur déterminant.

Le Runet  : un vecteur de puissance

L’utilisation préférentielle de réseaux de télécommunication orientés vers la Russie tient également aux plateformes d’intermédiation utilisées par la population de la région. YandexVkontakteMail.ru sont les composantes principales du Runet, l’Internet russophone [4]. Comparables dans leur fonctionnement aux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) américains ou aux BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi), elles brassent un nombre considérable de données, stockées et traitées dans des centres de données localisés en Russie. L’utilisation préférentielle des réseaux de télécommunication en direction de la Russie tient également, dès lors, à l’utilisation de ces plateformes dont les ressources se retrouvent sur son territoire.

La réalité de ces pratiques sur Internet n’est pas sans conséquences. Sur la base du traitement des données qui sont ainsi produites, c’est toute une économie qui se développe. Le pouvoir politique n’est pas en reste puisque ces données sont également à la disposition des services de renseignements russes, qui peuvent y accéder sans réelles contraintes [5] grâce à la législation.

Par la possession de sa propre industrie numérique, la Russie est théoriquement dans la capacité d’imposer à ses opérateurs de stocker les données que ceux-ci traitent sur son territoire [6]. Les États d’Asie centrale ne possédant ni ce type d’industrie, ni les capacités de stockage conséquentes, n’ont alors que peu de marge de manœuvre quant au destin des données produites par leur population.

Les autorités peuvent tout au plus demander que les données produites par leurs citoyens soient stockées sur leur territoire ou, à défaut, bloquer la ressource. Les autorités kazakhstanaises ont déjà émis ce type de demande auprès de Google, qui a répondu par une fin de non-recevoir. Au mois de juin 2011, l’entreprise américaine a même décidé de rediriger pendant deux semaines les requêtes provenant de google.kz vers google.com, donc vers un système algorithmique relié aux requêtes mondiales et non plus nationales [7].

Induite par la géographie (physique) et les usages de la population, la faiblesse infrastructurelle des pays de la région les pousse indubitablement dans une situation de dépendance structurelle vis-à-vis de la Russie. De plus, cette dernière affiche une recherche de développement de son influence. Le projet de datacenter d’Omsk répond à cette volonté d’accaparement des données. Directement relié par câbles de fibre optique, il permettra aux opérateurs russes d’offrir un temps de latence moindre pour le transfert de données, mais également de mettre en valeur de nouveaux territoires répondant à des considérations (cyber)stratégiques plus larges encore [8].

Les intérêts politiques et économiques liés aux données produites sont conséquents. Le Kazakhstan, s’il souhaite effectivement mener une politique souveraine sur ses données, n’aura d’autre possibilité que de se placer dans une position offensive à l’égard de la Russie. Au vu de leur importance, le déni d’accès aux plateformes russes sur l’ensemble du territoire serait une décision lourde de conséquences. Le principal dilemme que poserait un blocage de ressources de grande ampleur est que ces plateformes sont d’une utilité précieuse pour les services de renseignements et de police. Même s’il paraît convenable de douter des capacités techniques d’interception réelles dont disposent les autorités, l’analyse de données ouvertes (comme les commentaires sur des articles en ligne) permet, en soi, de bénéficier d’une image du ressenti de la population sur les politiques menées. Elle permet également de contrôler de possibles messages dissidents ou appels à manifestation pouvant y circuler et d’arrêter les auteurs de ces derniers.

II. Le Kazakhstan : une puissance régionale vulnérable…


Une influence informationnel russe

Au-delà d’une dépendance aux infrastructures et plateformes d’intermédiation russes, l’influence du Nord sur la couche sémantique, sur l’information, en est un prolongement logique. Si la Russie ne peut être considérée comme un modèle vertueux quant à la pratique du journalisme, le traitement de l’information demeure néanmoins de meilleure qualité par rapport à ce qui prévaut dans la région [9]. Dans le cas du Kazakhstan, un contrôle étatique fort rend peu crédibles pour une large partie de la population kazakhe des supports nationaux manquant de réelles analyses portant sur les problèmes ayant cours à l’intérieur du territoire.

La formation des journalistes tient également un rôle important quant au poids de la Russie dans l’information. Les formations en kazakh ou en russe ne laissent que peu de place à l’apprentissage d’autres langues, comme l’anglais. Bien que des universités proposent des formations coûteuses en anglais, cet argument n’est que commercial, le russe prédominant au sein de celles-ci. Du fait de ces faiblesses en langues, les sources utilisées par les journalistes kazakhs, notamment concernant l’information internationale, proviennent principalement de médias russophones.

Liens hypertextes présents dans les 50 médias en ligne les plus consultés au Kazakhstan, le 16 juillet 2018
Cette représentation des liens hypertextes présents dans les 50 médias en ligne les plus consultés au Kazakhstan, le 16 juillet 2018, a été réalisée par Grégory Joubert

Le schéma ci-dessus, effectué à l’aide du robot d’indexation hyphe du Medialab de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, représente tous les liens hypertextes présents sur les principaux sites d’information kazakhs. De celui-ci, réalisé le 16 juillet 2018, lendemain de la finale de la coupe du monde et jour de la rencontre entre MM. Donald Trump et Vladimir Poutine à Helsinki, il ressort une très faible utilisation de sources non-russes. L’analyse de certains articles révèle même des copies conformes d’articles produits au sein de rédactions basées sur le territoire de la Fédération de Russie.

Bénéficiant d’une audience majoritaire au Kazakhstan, y compris en dehors de ses relais spécialement à destination de l’étranger, le pouvoir russe possède dès lors un puissant vecteur d’influence. L’absence de réels débats dans l’espace médiatique kazakhstanais fait que la population est bien mieux informée sur les questions touchant la Russie qu’à propos de son propre pays. Les débats centrés sur celle-ci, au sein des organes télévisuels notamment, confèrent à ceux ayant trait au Kazakhstan (peu nombreux) un caractère exceptionnel et une force de frappe proportionnellement décuplée.

Cette influence certaine est de plus intégrée par les médias russes, qui s’en sont notamment servi après l’abstention du Kazakhstan sur une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU du 14 avril 2018 condamnant les actions de la coalition occidentale en Syrie. A la suite de cette prise de position, lors du talk-show « Dimanche soir avec Vladimir Soloviev », deuxième programme le plus regardé en Russie, ce dernier s’est interrogé sur cette abstention, ainsi que sur le passage du Kazakhstan à l’alphabet latin. La perspective d’un « Maïdan » [10]au Kazakhstan fut même posée en direct [11]. Les semaines suivantes ont vu fleurir sur Internet divers articles faisant état d’une coopération militaire entre le Kazakhstan et les États-Unis sur la mer Caspienne. Bien qu’il s’agisse de fausses informations déjà relayées par le passé, la coopération entre les deux États ne concernant que le fret non-militaire, les autorités kazakhes ont été contraintes de s’exprimer à plusieurs reprises pour rétablir la réalité des faits.

Même si des réflexions s’engagent sur la prééminence des médias d’information au Kazakhstan, la relation entre les autorités kazakhstanaises et les ressources informationnelles russes révèle aussi une certaine proximité. Lors de manifestations, comme celles ayant eu lieu en 2016 contre la prolongation de la durée de location des terres agricoles de dix à vingt-cinq ans, seuls les sites d’informations occidentaux, comme Azattyq, ont été bloqués. Ce dernier est l’un des rares médias traitant en profondeur des problèmes affectant le Kazakhstan, et qui en donne des analyses. Ainsi, si lors de ces manifestations, Azattyq publia plusieurs articles sur le sujet, son homologue russe Sputniknews(.kz) ne fit que des résumés des événements, et se garda d’analyser plus profondément les problèmes profonds gangrénant la société kazakhstanaise. Les médias russes dans leur ensemble n’ont fait qu’évoquer ces événements. Ce comportement rédactionnel dénote une proximité des vues dans le traitement des soulèvements entre le pouvoir kazakhstanais et son voisin, ce dernier n’interférant que lorsque ses propres intérêts sont en jeu, mais avec une force de frappe à même de sérieusement déstabiliser son voisin.

Une faible prise en compte des problèmes infrastructurels

Dans la conception russe, le terme d’espace informationnel prévaut sur celui de cyberespace. Ce terme vise à prendre en compte les multiples aspects composants le cyberespace, y compris ses aspects cybernétiques, tout en gardant comme finalité stratégique la protection première de l’information et son contrôle. Dans ce cadre, les réseaux numériques, et en premier lieu Internet, sont considérés comme étant des vecteurs d’informations sur lesquels la souveraineté de l’État doit s’établir au même titre que pour tout média de masse, et sont donc sujets à régulation [12]. Cette notion d’espace informationnel prévaut également au Kazakhstan.

Néanmoins, l’interprétation kazakhstanaise de celle-ci souffre de défauts conceptuels. Les mesures prises par les autorités jusqu’en 2017 à ce sujet portaient quasi-exclusivement sur la couche sémantique du cyberespace. Les mesures prises pour sa protection n’ont pas pris en considération l’aspect profondément technique et infrastructurel que revêt pourtant le contrôle de l’information. Dans son acception kazakhstanaise, la notion d’information a longtemps été simplement considérée sous ses aspects médiatiques.

Découlant de cette interprétation littérale, les lacunes dans le domaine de la cybersécurité sont conséquentes et les exemples de déficiences nombreux – d’agents des services de sécurité intérieure (le KNB) minant de la cryptomonnaie via les serveurs d’infrastructures critiques, au piratage du site Internet du Ministère de la Défense, en passant par la compromission des serveurs du Ministère des Affaires Intérieures par un adolescent qui avait suivi pas à pas un tutoriel sur Internet ; ceux-ci ne donnent pas lieu à contre-offensive. Au 6 juin 2018, selon le système de monitoring développé par le centre d’analyse et d’investigation des cyberattaques (Tsarka), sur les 495 sites du domaine gouvernemental kazakhstanais (.gov.kz), seuls 55 ont un protocole SSL valide. Le protocole SSL est pourtant le protocole garant de la sécurité et de la confidentialité des informations qui transitent entre l’utilisateur du site Internet et les serveurs de ce dernier. Ajoutons qu’à la même date deux sites du domaine étaient défacés [13], 8 « infectés » et 98 étaient indisponibles. Ces informations ne sont désormais plus publiées publiquement.

Approuvé le 28 octobre 2017 par le président Noursoultan Nazarbaïev, le projet de cyber-bouclier [14], dont l’avancée notable serait une prise en considération de l’aspect cybernétique du cyberespace, laisse sceptiques les spécialistes de terrain. La rédaction de ce projet a été l’objet d’amers débats entre la principale organisation indépendante de cybersécurité du pays et les Services Techniques de l’État, laissant transparaître le manque de volonté de ces derniers sur le sujet.

L’un des exemples les plus révélateurs de cette prise de distance des autorités concerne l’intégration de mesures statistique de l’avancement des actions entreprises dans ce cadre sur la base de standards internationaux. La prise en considération de l’indice de cybersécurité du Global Cybersecurity Index, publié chaque année par l’Union Internationale des Télécommunications, n’a été intégrée dans le projet de cyber-bouclier qu’après deux jours de discussions. Et pour cause, cet indice permet une comparaison avec les autres pays. D’après Olzhas Satiev (co-fondateur de l’organisation de cybersécurité Tsarka), la difficile intégration de cette mesure tient à la difficulté de modifier l’indice, notamment de le fausser. Or, il s’agit là d’une pratique relativement courante au sein des administrations du pays, à des fins de communication publique. Au total, il semble que la mise en place de cet outil de suivi sera laborieuse. La dernière vulnérabilité critique en date fut publiée sur la page Facebook du groupe Tsarka le 8 février 2019 [15]. Alors que ses membres avaient notifié aux autorités des vulnérabilités permettant l’accès à toutes les informations internes à l’ambassade de la république du Kazakhstan en Russie (y compris les mots de passe des administrateurs) dix jours auparavant, celles-ci n’avaient toujours pas été corrigées et avaient même été aggravées.

L’exil des spécialistes vers des contrées aux salaires valorisants, l’absence de formation à la « bonne hygiène numérique » des corps administratifs, la cupidité de certains fonctionnaires, l’inaction des Services Techniques de l’État : rien ne prédispose à un environnement numérique sécurisé dans le pays. Les orientations politiques dans ce domaine restent cantonnées à un rapport coût/bénéfice à court-terme. Le chantier de la sécurisation des réseaux, conséquent et nécessitant un effort de longue haleine, est dès lors occulté dans la pratique.

III. … aux capacités limitées


Le blocage de ressources : premier levier d’action dans « l’espace informationnel »

En dépit du manque de prise en compte de déficiences techniques pourtant considérables, les autorités kazakhes sont néanmoins volontaires sur des aspects plus visibles d’Internet. Dérivant du développement de la conception d’espace informationnel, la priorité donnée à l’information visible et compréhensible par tous a poussé les organes de sécurité à se développer sur ce terrain, dans une volonté d’en assurer un contrôle répondant à des intérêts de court-terme.

Le prolongement de l’action étatique dans le champ du cyberespace est un corollaire logique du contrôle de l’information au sein de toutes les rédactions. À la suite des émeutes ayant eu cours dans la cité pétrolière de Zhanaozen en 2011, qui ont fait émerger un nouveau médium d’information (les blogueurs) [16], tout l’arsenal législatif relatif à l’information en ligne a été profondément remodelé.

La mesure la plus usitée par les autorités consiste à interdire l’accès aux ressources en ligne qu’elles mettent sur la sellette. Les motifs d’interdiction d’accès sont nombreux et assez flous pour pouvoir englober tous types de contenus : de la pédopornographie à l’opposition politique (extrémisme-séparatisme-terrorisme) [17]. C’est ainsi que, lors de chaque intervention de la principale figure d’opposition Mukhtar Ablyazov, exilé en France, tous les contenus photographiques et vidéos publiés à son sujet sont inaccessibles sur les réseaux sociaux au Kazakhstan. Son parti politique « Choix Démocratique du Kazakhstan » est considéré depuis mars 2018 comme extrémiste, ce qui fait que toute publication le soutenant est sujette à blocage (réalisé par les Services Techniques de l’État, ainsi que par le KNB), les auteurs s’exposant de leur côté à des poursuites.

Depuis 2016, les contenus peuvent ainsi être bloqués sur Internet, sur simple ordre extrajudiciaire et sans justification, par les services de sécurités kazakhstanais et les ministères. Ces opérations sont automatisées, et peuvent donc être réalisées à grande échelle.

Des interceptions aux intrusions : un marché globalisé

Le renseignement dans la sphère des données numériques et le contrôle des contenus sont permis à grande échelle au moyen de la technologie russe SORM (Sistema Operativno-Rozysknykh Meropriyatiy ou Système des Activités de Recherche Opérationnelles). Sa troisième version inclut la technologie dite du Deep Packet Inspection (DPI). Son fonctionnement consiste en un déploiement de nœuds d’interceptions au sein desquels transitent tous les réseaux de télécommunications, directement reliés aux locaux des services de l’État. Les fournisseurs d’accès à Internet opérant au Kazakhstan sont dans l’obligation d’installer le système sur leurs réseaux. De plus, pour les connexions vers l’étranger, tous les opérateurs dans le domaine des télécommunications sont dans l’obligation de se connecter aux réseaux de l’opérateur national Kazakhtelecom. Depuis le mois de mai 2018, ils sont également dans l’obligation légale de stocker sur le territoire du Kazakhstan les données de leurs utilisateurs, ainsi que les métadonnées produites par ces derniers (protocole utilisé, date et heure d’inscription dans le réseau, IP, temps passé en ligne, IP de la ressource Internet).

Traiter des technologies d’interception reste chose complexe. Un état des lieux de la situation dans les pays centrasiatiques dans ce domaine a été réalisé par Privacy International en novembre 2014 [18]. Faire l’analogie entre les marchés des interceptions / intrusions et ceux de l’armement semble pertinent, tant les uns comme les autres répondent à des objectifs étatiques, avec implication d’acteurs privés, dans des secteurs remarqués pour leur opacité.

La standardisation autour de SORM permet avant tout la mise en place de coopérations entre les États de la région et la Russie dans le domaine sécuritaire. La normalisation des pratiques et technologies utilisées est en cours, dans le cadre des diverses structures, principalement la Communauté des États Indépendants (CEI) et l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), toujours orientées sur la « sécurité de l’information ». Dans le cadre d’exercices communs entre membres de l’OTSC, il n’a pas été question de contrer d’éventuelles intrusions sur les systèmes mais plutôt d’analyser et de bloquer les ressources jugées extrémistes. La traduction dans le champ technique de ces accords interétatiques passés dans les domaines du renseignement est difficile à mesurer, mais la normalisation des pratiques ne peut indéniablement être impulsée que par la Russie… qui possède la majorité des données produites par la population centrasiatique, et bénéficie de fait des ressources pour l’analyse de ces données. Si la technologie du DPI permet de collecter un nombre conséquent de données, d’autres technologies sont nécessaires pour surveiller les réseaux, nécessitant d’autres fournisseurs spécialisés. Si la technologie russe d’analyse sémantique de l’activité sur les réseaux existe et s’exporte (par MFI-Soft au Kazakhstan et en Ouzbékistan), encore faut-il avoir accès aux contenus. En ce sens, autant la loi obligeant les fournisseurs d’accès Internet au sein des États peut être mise en place, autant seul un nombre limité de données peuvent être récupérées, obligeant nécessairement à coopérer avec la Russie dans ces domaines.

La position de la Russie dans la sphère du cyberespace vis-à-vis des États centrasiatique est dès lors intégrée dans une logique de domination. Alors que Russie et Chine, deux « puissances cyber », ont été signataires d’accords bilatéraux de coopération et de non-agression en 2015 [19], aucun accord de ce type n’a été passé avec les acteurs de la région. Plus encore, l’utilisation de l’espace informationnel (et de manière plus générale du cyberespace dans son ensemble) fait partie de l’arsenal coercitif dont dispose la Russie afin de défendre ses intérêts, et sa remise en cause ne semble pas être à l’ordre du jour.

Néanmoins, la Russie n’est pas le seul exportateur dans la région. Bien que la standardisation du renseignement soit opérée autour de SORM, la surveillance des réseaux a été confiée, dans les cas du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan, à deux sociétés israéliennes, Nice Systems et Verint Systems.

Se basant sur SORM, ces dernières permettent, en plus des métadonnées, l’analyse des SMS, MMS, publications sur les forums ainsi que la reconnaissance vocale et faciale des contenus transitant sur les nœuds du système. Les technologies de ces sociétés ayant leurs centres à Astana, Almaty et Tachkent, y sont trois fois plus chères que leurs substituts russes, préférés par les services kirghizes. L’utilisation préférentielle de solutions israéliennes, au-delà de leur aspect qualitatif prouvé, peut être interprété comme une volonté de l’Ouzbékistan et du Kazakhstan de garder une marge de manœuvre au niveau de leur appareil sécuritaire.

L’utilisation de technologies étrangères est particulièrement avérée dans le domaine des interceptions ciblées permettant de capter notamment des informations jusqu’alors inaccessibles par les services de renseignements de la région (comme des données issues de Facebook ou Whatsapp, pour ne citer qu’eux). Il s’agit de produits coûteux dont le champ est plus limité que celui de SORM puisqu’il est question, dans le cas de ce type d’activités, d’intrusions sur les appareils de personnes ciblées précisément. Le spectre de celles-ci indique toutefois que l’attention portée par les services reste politiquement motivée, et dépasse le simple cadre anti extrémisme-terrorisme-séparatisme. Les outils de communication de Mukhtar Ablyazov et de sa famille ont ainsi été interceptés et contrôlés grâce à l’implication de l’entreprise italienne Hacking Team [20]. L’ont été également des organisations féministes au Kazakhstan, dans des proportions difficilement quantifiables. Néanmoins, des conversations privées de leurs membres sur Whatsapp ont été interceptées par le KNB local, et des pressions effectuées grâce à ces dernières [21].

L’utilisation de spywares (logiciels espions) a été rapportée par l’Electronic Frontier Foundation. Plus particulièrement, le logiciel Finfisher a été fourni par les entreprises anglaise Gamma et suisse Dreamlab aux autorités kazakhes et ouzbèkes. L’entreprise israélienne NSO group a également vendu au Kazakhstan le logiciel d’intrusion Pegasus. Mais de nombreux autres contrats avec d’autres entreprises ont été passés, pour des services dont les capacités réelles sont difficiles à établir.

*

Le Kaznet, une chimère ?

Utilisant à l’intérieur de ses frontières le terme de Kaznet pour en définir son espace informationnel, le cyberespace kazakh ne revêt pour autant aucun élément permettant de conclure une quelconque position d’indépendance ou de supériorité pouvant être pris en compte dans des logiques de rapports de force. La dépendance accrue de la région vis-à-vis de la Russie, tant par ses aspects infrastructurels qu’informationnels, peut même en quelque sorte laisser transparaître un processus de colonisation numérique. L’extraction des données de la région et leurs traitement et valorisation sur le territoire de la Russie, qui dispose des capacités idoines, ne laisse à ces États que peu de marge de manœuvre pour leur contrôle.

La focalisation sur l’information, au détriment de la protection des infrastructures critiques ou contenant les données de leurs citoyens en font des États vulnérables, potentiellement faciles à déstabiliser par d’autres qui bénéficient de capacités offensives dans le champ du cyberespace. La collaboration sécuritaire des États de la région avec la Russie dans le cadre de la CEI et de l’OTSC (à laquelle l’Ouzbékistan et le Turkménistan ne sont néanmoins pas associés) ne laisse pour le moment pas apparaître une quelconque coopération dans le domaine de la cybersécurité sur un plan technique. La permanence au sein de ces structures de la domination par la Russie, qui a par le passé manipulé la menace sécuritaire posée notamment par le Mouvement Islamiste d’Ouzbékistan pour répondre à ses propres intérêts, laisse penser que les mêmes mécanismes sont à l’œuvre en 2019. La protection des infrastructures cybernétiques dans la région par le biais d’une collaboration, et donc d’un échange de capacités dans ce domaine, ne va pas dans le sens des intérêts de la Russie, dont le potentiel offensif résulte en partie de l’existence de vulnérabilités sur les systèmes physiques de ses alliés et adversaires.

De même, les relations de la région avec la Chine, peu évoquées dans la présente étude, ne se traduisent en 2019 que dans le domaine sécuritaire, dans les sphères informationnelles. La principale coopération revient à de l’échange d’informations dans le cadre de l’Organisation de la Coopération de Shanghai, à vocation sécuritaire. L’écosystème numérique fermé du voisin chinois en fait un acteur informationnel à l’influence faible dans la région. Aussi, même si le pendant « digital » du projet Belt and Road Initiative fait état de volontés de prises de positions dans les affaires des pays dans la région, l’efficience de ces projets ne sera véritablement mesurable que lorsque ces derniers seront plus avancés. Toutefois, par les investissements massifs qui y sont opérés, notamment dans le domaine des transports, il parait très probable que la Chine aura la volonté de protéger ses acquis. Il en sera nécessairement de même avec les projets émanant des « routes de la Soie digitales » dont l’opacité est constante.

La coopération sino-russe, partageant une conception similaire du cyberespace sera dès lors à analyser dans ses prolongements qui auront immanquablement lieu, et dont la région dépend. Alors que les positions russes dans le domaine économique tendent à être concurrencées par celles de la Chine, celles dans les domaines sécuritaires, et notamment dans le cyberespace, sont un champ au sein duquel se retranscriront nécessairement des prises de position par les deux puissances dans le futur. En tout état de cause, peu laisse à penser qu’un cyberespace centrasiatique avec sa propre identité soit à même d’émerger.

Copyright Avril 2019-Joubert/Diploweb.com


Le Diploweb.com s’attache à vous en offrir les clés de l’Asie, avec des documents inédits rédigés par des experts, diplomates, universitaires, stratèges. Diploweb publie à votre intention ce livre : Pierre Verluise (dir.), « Histoire, Géographie et Géopolitique de l’Asie. Les dessous des cartes, enjeux et rapports de forces », éd. Diploweb, via Amazon

Le Kazakhstan, un acteur nucléaire à connaître

21.01.2019

Le Kazakhstan, un acteur nucléaire à connaître

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Par la rédaction

Grand comme cinq fois la France, le Kazakhstan, qui regorge de matières premières (fossiles et minérales), est devenu un acteur incontournable de la scène énergétique mondiale, notamment dans la production d’uranium. Aujourd’hui, il affiche de nouvelles ambitions.

Des mines d’uranium

Acteur mondial du nucléaire, le Kazakhstan ne l’est pas par son parc nucléaire installé mais par son rôle dans l’approvisionnement en uranium. Avec 13 % des réserves du globe, ce pays d’Asie est au deuxième rang mondial, derrière l’Australie. Si cette richesse est exploitée depuis près de cinquante ans, il a fallu attendre la généralisation de l’extraction par lixiviation in situ [1], à partir de la fin des années 1990, pour que le Kazakhstan s’y intéresse de près. En une dizaine d’années, de 2001 à 2013, sa production d’uranium a été décuplée et en 2016 le pays produisait 39 % de l’uranium mondial (24 500 tonnes).

Le Kazakhstan peut en effet compter sur 50 gisements d’uranium répertoriés, dont une partie est exploitée dans 17 mines. L’intégralité de l’exploitation de cette ressource est supervisée par Kazatomprom. L’entreprise d’État kazakhstanaise, créée en 1997, s’est hissée en quelques années au rang de premier producteur mondial d’uranium, devant le canadien Cameco et le français Orano. Soutenue par les ambitions économiques de l’État kazakhstanais, dès 2008, Kazatomprom avait fait part de sa volonté de produire 30 % de l’uranium mondial en 2015 (il en produisit 39 % cette année-là).

La France présente

La France est un partenaire de longue date du  Kazakhstan dans l’amont du cycle nucléaire. En 1996, la coentreprise KATCO est créée entre la Cogema (devenue Orano) et la société kazakhstanaise KATEP pour exploiter le gisement de Muyunkum au Sud du pays. C’est toujours via cette coentreprise, mais désormais avec Kazatomprom, qu’Orano y exploite ce gisement sur les deux sites de Muyunkum et Tortkuduk, séparés d’une quarantaine de kilomètres, avec la technologie de lixiviation in situ. Grâce à une rapide montée en puissance de la production décidée à partir de 2008, l’entreprise française y extrait entre 3 200 et 4 000 tonnes d’uranium par an, soit près de la moitié de sa production mondiale.

Fabrication du combustible, production électronucléaire : de nouvelles ambitions

Dans le passé, le Kazakhstan était un producteur d’électricité nucléaire, avec la mise en service, en 1973, du réacteur BN-350 dans la ville actuelle d’Aktaou, sur les rives de la mer Caspienne. Ce réacteur à neutrons rapides et à caloporteur sodium a fonctionné jusqu’en 1993. Il alimentait notamment en énergie l’usine de dessalement de la ville. Premier grand réacteur à neutrons rapides de l’URSS, il a servi de modèle à la gamme russe actuelle de RNR, y compris le BN-1200 en construction.

D’ici 2030, le Kazakhstan ambitionne de produire 4,5 % de son électricité à partir de l’énergie nucléaire. Pour y parvenir, le pays étudie sérieusement la possibilité de construire deux réacteurs russes VBER-300 ou un VVER-1200 à Kourtchatov, au Nord-Est du pays. En septembre 2017 le ministère de l’énergie kazakhstanais a annoncé la réalisation d’une étude de faisabilité pour confirmer la construction de cette première centrale.

Une autre ambition nucléaire se dessine. En 2014, un accord a été signé avec le géant nucléaire chinois CGN pour construire une usine de production d’assemblages de combustible nucléaire de 200 t/an. Financée à 49 % par l’entreprise chinoise, elle devrait  permettre au Kazakhstan de valoriser directement son uranium et d’approvisionner les centrales chinoises. La France est partenaire du projet, au travers d’Orano.

Crédit photo : Shutterstock

1.Technique consistant à injecter une solution dans un minerai par le biais d’un forage puis à pomper les produits dissous avec un nouveau forage.

http://www.sfen.org/rgn/kazakhstan-acteur-nucleaire-connaitre?utm_source=RGH_Hebdo&utm_medium=email&utm_campaign=Hebdo

Malin comme un ours

Malin comme un ours

Publié le 14 Octobre 2018 par Observatus geopoliticus in Russie, Asie centrale, Gaz

Il y a deux mois, après le sommet de la Caspienne à Aktau, nous nous interrogions sur le fameux gazoduc transcaspien (TCP) censé transporter l’or bleu turkmène vers l’Azerbaïdjan, donc la Turquie et l’Europe :

Pourquoi les Russes ont-ils soudain accepté ? (…) Une officine impériale bien connue des spécialistes s’interroge sur le retournement de Moscou. Parmi les diverses raisons évoquées, la construction du pipe sera difficile, notamment financièrement ; elle prendra du temps et vient trop tard alors que les tubes russes sont déjà lancés (Turk Stream) ou en voie de l’être (Nord Stream II) ; Poutine tente ainsi d’amadouer l’UE pour débloquer les dernières résistances au Nord Stream II ; Gazprom pourra de toute façon tuer dans l’oeuf le TCP en reprenant ses achats de gaz turkmène.

La stratégie du géant russe n’est en effet pas étrangère au fidèle lecteur :

Afin de déjouer les plans de l’empire et ne pas perdre ses parts de marché européen, Gazprom avait pris l’habitude d’acheter d’importantes quantités de gaz turkmène. Mais à mesure que les routes soutenues par Washington (pipeline transcaspien et TAPI) se révélaient de plus en plus illusoires et que l’or bleu d’Achgabat prenait le chemin de la Chine, Gazprom a peu à peu réduit ses achats qui approchent maintenant du 0 absolu.

Bingo ! On a appris il y a quelques jours que Gazprom devrait très vite reprendre ses achats de gaz turkmène :

Le russe Gazprom devrait reprendre à partir de début 2019 les importations de gaz en provenance du Turkménistan, qu’il avait arrêtées en 2016, a annoncé mardi son patron lors d’une visite dans la capitale turkmène. « Nous parlons d’une reprise des achats de gaz turkmène par Gazprom dans un futur très proche, à partir du 1er janvier 2019 », a indiqué M. Miller en soulignant que les détails du nouvel accord allaient bientôt être finalisés.

En 2015, Gazprom avait décidé de limiter ses volumes d’achats de gaz turkmène à 4 milliards de m3 par an alors qu’ils s’élevaient à 10 milliards de m3 par an depuis 2010. Un arrêt total des importations est ensuite intervenu au début de l’année 2016 et a mis sous pression l’économie turkmène, qui dépend fortement des hydrocarbures.

La Russie était le principal partenaire du Turkménistan dans le secteur gazier avant qu’elle ne laisse place à la Chine et son entreprise China National Petroleum Corporation vers le début de la décennie. Les importations de gaz turkmène vers la Chine par le biais d’un gazoduc passant par l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, financé par Pékin, se situent actuellement entre 30 et 40 milliards de m3 par an.

Le Turkménistan, qui possède la quatrième plus importante réserve de gaz au monde, exportait des volumes similaires vers la Russie avant qu’ils ne s’effondrent à la suite d’une mystérieuse explosion sur un gazoduc en 2009 et d’un différend sur les prix.

A peine les Russes lèvent-ils leur veto sur la construction du TCP qu’ils reprennent leurs importations de gaz turkmène, vidant de sa substance le gazoduc transcaspien. Malin comme un ours…

Caspia

Caspia

Publié le 11 Août 2018 par Observatus geopoliticus in Asie centrale, Russie, Gaz, Caucase, Etats-Unis, Europe

Après 21 ans de disputes sur le statut juridique de la Caspienne, un accord sera vraisemblablement signé demain dimanche, entre les cinq pays riverains, lors du sommet du même nom à Aktau :

Les cinq États s’affrontent sur la question depuis 1991, chacun affichant des vues divergentes, voire changeantes, au fil des années et de leurs intérêts. Le principal enjeu étant de savoir comment se partager équitablement la mer Caspienne, riche en gaz et en pétrole.

En termes purement juridiques, trois statuts sont envisageables: celui de mer ouverte, de mer fermée ou de lac frontalier; chaque régime implique des prérogatives et des devoirs propres, lesquels pouvant léser, ou au contraire, favoriser les intérêts des uns et des autres. D’où la lenteur des négociations.

La question est d’importance car, bien plus que les richesses énergétiques à se partager, le point crucial est le passage ou non du pipeline Turkménistan-Azerbaïdjan comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Avec la Russie, l’Iran et le Qatar, le Turkménistan fait en effet partie du carré d’as de l’or bleu, quatuor dont les fabuleuses réserves de gaz représentent jusqu’à 2/3 des réserves mondiales selon certaines estimations. Dès la chute de l’URSS, les Américains, soucieux d’enfoncer un coin au coeur du Heartland, ont vu dans le pays des Turkmènes une carte à jouer pour leur grand projet de désenclavement des richesses énergétiques de la Caspienne. N’est-ce pas Dick Cheney, futur vice-président de Bush junior et grand pétrolier devant l’éternel, qui déclarait en 1998 :

« A ma connaissance, l’émergence soudaine d’une région comme la Caspienne en tant qu’acteur stratégique n’a pas d’équivalent historique. »

Le plan US consistait (et consiste toujours si tant est qu’il se réalise un jour) à créer deux routes d’évacuation – une à l’ouest et l’autre au sud-est (en bleu sur la carte), court-circuitant comme de bien entendu la Russie et l’Iran et divisant l’Eurasie :

La route ouest, vieux serpent de mer, est connue aujourd’hui sous le nom de corridor caspien, auquel font toujours semblant de croire les euronouilles. Seul problème et de taille : pour que le gaz turkmène suive le chemin du BTC et aille alimenter l’Europe via l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie, il faudrait construire un pipeline sous-marin, ce que refusent absolument deux des cinq pays riverains, à savoir la Russie et l’Iran.

Votre serviteur suit avec intérêt chaque Sommet de la Caspienne qui réunit, outre Moscou et Téhéran, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan et le Turkménistan, donc. On y discute de divers points et, lors du sommet de 2014, Poutine a réussi l’exploit de couper l’herbe sous le pied de l’empire en faisant signer un accord interdisant toute présence militaire étrangère autour de la Caspienne. Bye bye OTAN… Quand on sait qu’au temps de sa splendeur, Washington avait déclaré la zone d’importance stratégique nationale, envisageait d’établir une base en Azerbaïdjan et pensait plus généralement pouvoir détacher l’Asie centrale de Moscou, on mesure la dégringolade impériale (…)

Le point d’achoppement entre les cinq pays riverains est le statut à donner à l’étendue d’eau : lac ou mer ? De là découle en effet la possibilité ou non d’y faire passer des pipelines. On comprend aisément que Achgabat et Bakou militent pour un droit maritime s’appliquant intégralement et permettant des négociations bilatérales pour la construction du fameux gazoduc transcaspien. Mais les deux vrais patrons – l’Iran et la Russie – s’y opposent, Téhéran allant même plus loin que Moscou en demandant à ce que toute décision concernant la Caspienne soit prise à l’unanimité. En 2008 déjà, les Iraniens avaient mis leur veto, torpillant de fait le projet Nabucco, arguant du « danger écologique ». L’argument prête à sourire mais montre que notre passionnant Grand jeu relève aussi de considérations juridiques (le droit de la mer) ou environnementales.

NB : Sur toutes ces questions du statut de la Caspienne et l’historique de la dispute, on lira avec profit cette excellente analyse.

 

Surprise, l’accord de demain semblerait – le conditionnel reste de mise – indiquer que les deux gros bras de la Caspienne, Russie et Iran, ont lâché du lest.

Pour Téhéran, c’est sans doute à mettre en parallèle avec les sanctions américaines, conséquence directe du coup de menton de la houppette blonde ; les Iraniens ont besoin d’autres ouvertures économiques, notamment une entente avec Bakou sur le partage de certains gisements à cheval sur les eaux territoriales des deux pays.

Quant au Kremlin, il est vu comme le grand vainqueur de l’affaire. L’interdiction de toute présence militaire étrangère (tss tss l’OTAN…) est actée tandis que la flotte russe aura accès à toute la mer (on se rappelle les ondes de choc provoquées par le déKalibrage des barbus syriens à partir de la Caspienne).

Et pourtant… Votre serviteur ne peut s’empêcher de revenir, encore et toujours, à ce fameux pipeline. L’accord d’Aktau permettra-t-il enfin au Turkménistan de construire son gazoduc à destination de l’Europe via l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie ? Si oui, pourquoi les Russes ont-ils soudain accepté ?

Répondre à la première question n’est pas aisé. Si un site azéri crie déjà victoire, il est en réalité difficile de dire ce que contient l’accord et si des clauses spéciales – l’interdiction du tube par exemple – n’y sont pas rattachées. Un officiel russe a parlé d’une « nouvelle » juridiction, la Caspienne acquérant son « propre statut légal ». L’on sait également qu’environ 70% des disputes seulement seront réglées par cet accord, des points de discorde subsistant, parmi lesquels le gazoduc trans-caspien (TCP) ?

Répondre à la deuxième question est tout aussi malaisé. Une officine impériale bien connue des spécialistes penche également pour l’autorisation du TCP et s’interroge sur le retournement de Moscou. Parmi les diverses raisons évoquées, la construction du pipe sera difficile, notamment financièrement ; elle prendra du temps et vient trop tard alors que les tubes russes sont déjà lancés (Turk Stream) ou en voie de l’être (Nord Stream II) ; Poutine tente ainsi d’amadouer l’UE pour débloquer les dernières résistances au Nord Stream II ; Gazprom pourra de toute façon tuer dans l’oeuf le TCP en reprenant ses achats de gaz turkmène.

Cela aussi, nous l’avions expliqué :

Afin de déjouer les plans de l’empire et ne pas perdre ses parts de marché européen, Gazprom avait pris l’habitude d’acheter d’importantes quantités de gaz turkmène. Mais à mesure que les routes soutenues par Washington (pipeline transcaspien et TAPI) se révélaient de plus en plus illusoires et que l’or bleu d’Achgabat prenait le chemin de la Chine, Gazprom a peu à peu réduit ses achats qui approchent maintenant du 0 absolu.

On le voit, Octopoutine a encore quelques flèches à son arc dans ce dossier, mais il sera intéressant de voir en détail les clauses de l’accord de demain, si tant est qu’elles sortent à la lumière. Le Grand jeu énergético-eurasien continue…

 

Le Dessous des cartes Kazakhstan : un pont entre la Chine et l’Europe

Le Dessous des cartes
Kazakhstan : un pont entre la Chine et l’Europe

12 min.
Disponible du 24/03/2018 au 24/05/2018
Disponible en direct : oui
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Le Kazakhstan a longtemps vécu sous domination russe, que ce soit du temps des tsars ou de l’URSS. Aujourd’hui, sous la férule du dictateur Noursoultan Nazarbaïev, le pays met tout en œuvre pour se détacher de cette emprise en développant activement ses relations avec la Chine et l’Europe.

Ses steppes à perte de vue donnent l’impression d’une liberté infinie. En réalité, le Kazakhstan a longtemps vécu sous domination russe, que ce soit du temps des tsars ou de l’URSS. Aujourd’hui, sous la férule du dictateur Noursoultan Nazarbaïev, le pays met tout en œuvre pour se détacher de cette emprise. En utilisant ses richesses et sa position de pivot en Asie centrale, il développe activement ses relations avec la Chine et l’Europe.

Le magazine géopolitique qui lit le réel dans les cartes, présenté par Émilie Aubry.

Le renouveau de l’intégration régionale en Asie Centrale?

Le renouveau de l’intégration régionale en Asie Centrale?

Depuis leur indépendance suite à la chute de l’URSS, les intérêts stratégiques des cinq États centrasiatiques[1] s’orientaient principalement vers l’étranger et très peu vers leur voisinage immédiat. La coopération avec des acteurs étrangers, notamment la Russie, la Chine, les États-Unis, la Turquie et l’Inde, se faisait dans la plupart des cas de manière bilatérale. Bien qu’au cours des années 1990 les tentatives de construction régionale dans l’espace centrasiatique aient été entreprises, elles ne sont pas parvenues à réunir la totalité des États d’Asie centrale, qui composent aujourd’hui l’« une des régions les plus désintégrées et déconnectées du monde ».[2] Cependant dans le contexte actuel, des rencontres entre les représentants des cinq États, de plus en plus fréquentes, suggèrent qu’il y a une nouvelle fois une volonté d’intégration entre les États centrasiatiques. Dans cette hypothèse, ils devrons faire face à un problème majeur de la région et devront, d’après le Président ouzbékistanais Shavkat Mirziyoyev, « faire fondre la glace de 20 ans »[3].

L'intégration régionale en Asie centrale ralentie au début des années 2000 semble être au nouveau sur l'agenda des cinq États.

L’unité garantie par le passé historique et culturel?  

Alors que l’étude de l’héritage historique et culturel de l’Asie centrale pourrait laisser supposer que la construction d’un système régional en Asie centrale soit un processus aisé et qui tombe sous le sens, d’autres facteurs viennent contredire ce lieu commun. Le territoire des cinq États centrasiatiques a autrefois appartenu à différents empires anciens et médiévaux. De nombreuses cultures, notamment indienne, turque, chinoise, hellénistique et persane ont laissé leur empreinte sur le développement de ces États. Les peuples habitants la région sont proches l’un de l’autre par plusieurs aspects, comme les Kazakhs et les Kirghizes ou encore les Ouzbeks et les Tadjiks. Cependant, ces similarités n’empêchent pas l’existence de différends entre les minorités nationales et de conflits frontaliers dans la région. Bien que le passé historique commun ait servi de base à l’idée que « le Turkestan est notre maison commune », populaire dans les années 1990, ces premières tentatives de construction régionale ont abouti à un échec au début des années 2000. Par conséquent, le projet régional centrasiatique a été réactivé dans le cadre d’un projet plus large, celui de l’espace eurasiatique.

La rupture du début des années 2000

Au début des années 2000, les dirigeants des cinq États centrasiatiques ont eux-mêmes démontré un manque de volonté quant à l’unification régionale. La « rupture » s’est faite à plusieurs niveaux. En matière de politique étrangère, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan ont joué la carte eurasiatique et ont intégré en 2001 la Communauté économique eurasiatique[4], alors que l’Ouzbékistan est devenu l’allié principal des États-Unis et a accueilli en 2001 une base militaire américaine (Qarshi Xonobod). Parallèlement, le Turkménistan a opté pour une politique de « neutralité éternelle ».

La rupture entre les États centrasiatiques s’est également traduite par le refus de coopération en matière d’énergie, une question délicate de l’agenda des cinq pays. À l’époque soviétique, la régulation du débit fluvial par les pays de l’amont était compensée par la fourniture d’hydrocarbures par les pays de l’aval. Après la chute de l’URSS, ce système d’équilibre a cessé d’exister. Le Turkménistan et l’Ouzbékistan sont ainsi sortis du système énergétique unifié de l’« Asie moyenne »[5] respectivement en 2003 et en 2009. C’est ainsi que le problème de dépendance énergétique et les « guerres hydrauliques » ont débuté. En outre, le contexte actuel dans la région d’Asie centrale est caractérisé également par l’instabilité politique, l’ingérence dans les affaires des États de voisinage et par conséquent par des conflits frontaliers, comme ceux de la vallée de Fergana.

Quel avenir pour l’intégration régionale en Asie centrale?

Cependant, les années 2010 semblent être plus prometteuses pour deux raisons principales. Premièrement, l’arrivée au pouvoir de nouveaux dirigeants permet d’envisager une atténuation probable des tensions politiques. En Ouzbékistan, la mort du Président autoritaire Islam Karimov a mené au pouvoir son Premier ministre Shavkat Mirziyoyev, qui a déjà donné des signes d’ouverture. Au Kirghizistan, Sooronbay Jeenbekov a remplacé en novembre 2017 Almazbek Atambaïev au poste de Président. Ce dernier avait provoqué juste avant son départ une crise diplomatique entre le Kirghizistan et le Kazakhstan.

Deuxièmement, la situation régionale en Asie centrale est susceptible d’être influencée par l’avancement par la Chine de son projet stratégique One Belt One Road Initiative (OBOR). Dans le cadre de l’OBOR, l’Empire du milieu cherche à relier l’Asie à l’Europe en traversant l’Asie centrale et en connectant ainsi les cinq États entre eux par des voies de chemin de fer, des autoroutes et des réseaux d’infrastructures. Les pipelines qui assurent l’accès de la Chine aux ressources d’hydrocarbures centrasiatiques reconfigurent aussi l’espace centrasiatique. Dans ce contexte, on peut supposer que, motivés par l’intérêt économique d’une coopération avec un partenaire commun, les cinq États centrasiatiques vont poursuivre une politique d’intégration régionale afin de faciliter le développement des activités économiques dans cet espace.

 

[1] Le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan. [2] ANCESCHI Luca, «The resurgence of Central Asian connectivity», The Diplomat, décembre 2017. [3] Rastopit’ dvadtsatiletniy liod: Mirziyoyev gotovitsya posetit Tadjikistan (Faire fondre la glace de 20 ans : Mirziyoyev s`apprête de visiter le Tadjikistan), CA-portal, le 8 janvier 2018. [4]  À ne pas confondre avec l’Union économique eurasiatique (UEE). [5] Terme employé en URSS pour désigner l’Asie centrale en excluant le Kazakhstan. 

 

About Aleksandra BOLONINA

est actuellement doctorante du Centre Thucydide. Diplômée du Master des Relations internationales de l’Université Paris II et passionnée de géopolitique, elle se spécialise dans les zones Russie/CEI et la Chine.

Vers la création d’une monnaie virtuelle commune aux BRICS et aux Etats de l’Union eurasienne ?

Vers la création d’une monnaie virtuelle commune aux BRICS et aux Etats de l’Union eurasienne ?

Vers la création d'une monnaie virtuelle commune aux BRICS et aux Etats de l'Union eurasienne ?© POOL Source: Reuters
Sommet des BRICS en septembre 2017 (incluant les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats invités)
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La Banque centrale russe suggère de créer une monnaie virtuelle commune aux BRICS et aux Etats de l’Union économique eurasienne, deux ensembles économiques dont fait partie la Russie. Une future monnaie concurrente au dollar ?

La Banque centrale russe a proposé le 28 décembre, par la voix de sa vice-présidente Olga Skorobogatova, une initiative visant à créer une monnaie virtuelle commune pour les pays des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et de l’Union économique eurasienne (UEEA : Arménie, Biélorussie, Russie, Kazakhstan et Kirghizistan).

Olga Skorobogatova a notamment fait valoir que la création d’une telle monnaie virtuelle commune était bien plus prometteuse que la création de cryptomonnaies nationales. «Les participants à différentes manifestations économiques auxquels je participe habituellement […] arrivent tous à la conclusion : une monnaie virtuelle n’est pas très utile pour un seul pays. Il est [donc] logique de discuter de cryptomonnaie au niveau de plusieurs pays, tels que [ceux des] BRICS et [de] l’UEEA», a déclaré la fonctionnaire lors d’une réunion avec le ministère russe des Finances.

Aucune décision concrète commune n’a pour l’instant été prise à ce sujet mais des discussions sont bel et bien prévues pour 2018 entre pays membres des BRICS et de l’UEEA.

En septembre, le chef du Fonds russe d’investissements directs (RDIF), Kirill Dmitriev, avait fait savoir que le comité des finances des BRICS discutait d’une éventuelle monnaie virtuelle commune pour le bloc des cinq pays.
Il avait ajouté qu’au sein des BRICS, les cryptomonnaies pourraient remplacer, à terme, le dollar américain et les autres devises utilisées par les Etats membres.

Lire aussi : Sommet des BRICS : les cinq pays vont créer un fonds d’obligations en devises nationales

 

https://francais.rt.com/economie/46884-banque-centrale-russe-envisage-creer-monnaie-virtuelle