Archives pour la catégorie KURDE

Syrie : l’armée russe protège les populations chrétiennes

Syrie : l’armée russe protège les populations chrétiennes

RÉSEAU VOLTAIRE | 19 NOVEMBRE 2019 DEUTSCH

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L’armée russe s’est déployée à Tal Tamr, au Nord de la Syrie, afin de protéger la population des exactions de l’armée turque et des Kurdes du PKK-YPG.

La ville de Tal Tamr avait été annexée par le PKK-YPG au « Rojava », cet État imaginé par le Pentagone en 2013 dans le cadre du remodelage du Moyen-Orient élargi. Le PKK-YPG en avait alors expulsé de nombreux habitants assyriens chrétiens, alors majoritaires, afin de « Kurdiser » la ville.

De son côté, l’armée turque détruit les monuments non-musulmans sur son passage, donc les traces de la présence chrétienne.

https://www.voltairenet.org/article208367.html

Les insolubles contradictions de Daesh et du PKK/YPG

Les insolubles contradictions de Daesh et du PKK/YPG

par Thierry Meyssan

Nous ne connaissons ce qui se passe au Levant qu’au travers de la propagande de guerre du pays dans lequel nous vivons. Nous ignorons les autres points de vue et, plus encore, comment nos armées se sont comportées. Pour démêler le vrai du faux, les historiens devront examiner les documents disponibles. Or, ce que nous dit la documentation militaire occidentale contredit les déclarations des politiciens et la narration des journaux. Ce n’est qu’en prenant conscience de l’existence de la stratégie du Pentagone depuis 2001 que l’on pourra comprendre ce qui s’est vraiment passé et pourquoi on en arrive aujourd’hui à de telles contradictions.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 12 NOVEMBRE 2019 عربيENGLISHESPAÑOLITALIANOPORTUGUÊSROMÂNĂTÜRKÇEΕΛΛΗΝΙΚΆРУССКИЙ

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Le remodelage du Levant selon l’état-major du Pentagone au Levant. Cette carte a été décrite par le colonel Ralph Peters dans un article, le 13 septembre 2001, mais il ne l’a publié qu’en 2006.

Nous ne comprenons pas ce qui se passe au Nord de la Syrie parce que nous croyons a priori qu’un combat y opposait les méchants jihadistes de Daesh aux gentils Kurdes du PKK/YPG. Or, c’est absolument faux. Cette lutte n’existait que pour limiter leurs territoires respectifs ou par solidarité ethnique, jamais pour des raisons idéologiques ou religieuses.

Par ailleurs, nous ne voyons pas le rôle qu’a joué Donald Trump. La presse passant son temps à insulter le président élu des États-Unis, on ne peut compter sur elle pour analyser et comprendre sa politique au Moyen-Orient élargi. Il a pourtant une ligne directrice claire : la fin de la doctrine Rumsfeld/Cebrowski, héritage du 11-Septembre. Il s’oppose en cela à ses généraux —tous formés sous les mandats Bush Jr et Obama à régenter le monde— et à la classe politique ouest-européenne.

Pour comprendre ce qui se passe, il faut prendre les faits en amont et non pas en aval. Revenons au plan élaboré par le Pentagone au début de l’administration Bush, en 2001 et révélé, deux jours après les attentats du 11-Septembre, par le colonel Ralph Peters dans Parameters [1], la revue de l’Armée de Terre US : le « remodelage » du monde, à commencer par le Moyen-Orient élargi. Ce plan fut confirmé un mois plus tard, par le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, qui nomma son principal concepteur, l’Amiral Arthur Cebrowski, directeur du Bureau de Transformation de la Force. Il fut explicité par l’assistant de ce dernier, Thomas Barnett, en 2005, dans The Pentagon’s New Map [2]. Et illustré par le même Ralph Peters lorsqu’il en publia, en 2006, la carte dans l’Armed Forces Journal du premier épisode : ce que devait devenir le Moyen-Orient élargi [3]. Compte tenu des difficultés rencontrées sur le terrain, elle fit l’objet d’un amendement publié par une chercheuse du Pentagone, Robin Wright, dans le supplément dominical du New York Times [4], en 2013.

Selon ces documents cinq États devaient être démembrés en quatorze entités : la Syrie et l’Iraq, le Yémen, la Libye et l’Arabie saoudite.

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Carte publiée par Robin Wright en 2013, c’est-à-dire un an avant la transformation de Daesh et avant celle du PKK/YPG.

Concernant la Syrie et l’Iraq, ces deux États devaient être divisés en quatre. La carte publiée en 2013 dessine les contours d’un « Sunnistan » et d’un « Kurdistan », tous deux à cheval sur les deux États actuels. L’année suivante, le premier a été créé par Daesh, le second par le YPG. Au moment où cette carte a été publiée, Daesh n’était qu’une minuscule organisation terroriste anti-syrienne parmi des centaines d’autres ; tandis que le YPG était une milice pro-gouvernementale dont les salaires des combattants étaient payés par la République arabe syrienne. Rien sur le terrain ne permettait de prévoir la création du Califat et du Rojava voulue par le Pentagone.

Le quotidien kurde turc Özgür Gündem [5] a publié le relevé de décision de la réunion au cours de laquelle la CIA a préparé la manière dont Daesh envahirait l’Iraq depuis Raqqa. Ce document indique que Masrour « Jomaa » Barzani, alors chef du Renseignement du gouvernement régional du Kurdistan iraquien, participait à cette réunion de planification, le 1er juin 2014, à Amman (Jordanie). Il est devenu le Premier ministre du gouvernement régional du Kurdistan iraquien en juillet dernier.

Il importe de retenir que, selon la carte de Robin Wright, le « Kurdistan » US devait inclure le Nord-Est de la Syrie (comme le « Kurdistan » français de 1936) et la région kurde d’Iraq (ce que les Français n’avaient pas envisagé).

Le soutien du gouvernement régional du Kurdistan iraquien à l’invasion de l’Iraq par Daesh est incontestable : il a laissé les jihadistes massacrer les Kurdes de religion yazidie au Sinjar et réduire leurs femmes en esclavage. Ceux qui ont été sauvés l’ont été par des Kurdes turcs et syriens venus spécialement sur place leur prêter main-forte sous l’œil goguenard des peshmergas, les soldats Kurdes iraquiens.

Daesh a commis quantité d’atrocités, imposant son règne par la terreur. Il a pratiqué un nettoyage religieux contre les Kurdes yazidis, les Chrétiens assyriens, les Arabes chiites etc. Ces « rebelles » ont bénéficié de l’aide financière et militaire de la CIA, du Pentagone et d’au moins 17 États, ainsi que l’ont rapporté, documents à l’appui, les quotidiens bulgare Trud [6] et croate Jutarnji list [7]. Avec un personnel dûment formé à Fort Benning (USA), Daesh a prélevé des impôts et ouvert des services publics jusqu’à se constituer en « État » bien que nul ne l’ait reconnu comme tel.

Nous ne savons pas comment le PKK s’est transformé en 2005 d’un parti politique marxiste-léniniste pro-soviétique en une milice libertaire et écologiste pro-atlantiste. Et encore moins comment le YPG syrien a opéré sa mue, en 2014. Il est passé sous le commandement opérationnel d’officiers turcs du PKK et de l’Otan. Selon le côté de la frontière turco-syrienne, le PKK-YPG est internationalement qualifié différemment. S’il est positionné en Turquie, c’est « une organisation terroriste », mais s’il se trouve en Syrie, il devient « un parti politique d’opposition à la dictature ». Pourtant jusqu’en 2014, il ne voyait pas de dictature en Syrie. Il se battait pour la défense de la République arabe syrienne et le maintien du président Bachar el-Assad au pouvoir.

Le YPG a respecté les lois de la guerre et n’a pas commis d’atrocités comparables à celles de Daesh, mais il n’a pas hésité à nettoyer ethniquement le Nord-Est syrien pour créer le « Rojava », ce qui constitue un crime contre l’humanité. Il a spolié et expulsé des centaines de milliers d’Assyriens et d’Arabes. Il croyait se battre pour son peuple, mais il ne faisait que réaliser les rêves du Pentagone. Pour cela, il a publiquement bénéficié de l’armement du Pentagone ainsi que l’hebdomadaire britannique des marchés militaires Jane’s [8] et le quotidien italien Il Manifesto [9] l’ont montré, et de la France, ainsi que François Hollande l’a révélé. Le Rojava n’a pas eu le temps de fusionner avec la région kurde d’Iraq.

Après la chute du Califat, entre autres sous les coups du PKK/PYG, celui-ci a demandé l’autorisation du gouvernement de Damas de traverser les lignes de l’armée arabe syrienne pour voler au secours des Kurdes du Nord-Est menacés par l’armée turque. Ce qu’il a obtenu. Mais lorsque le PKK/YPG s’est déplacé, il faisait transiter des officiers de Daesh en fuite qui ont été arrêtés par la République arabe syrienne.

Ces documents et ces faits ne nous disent pas quels protagonistes ont raison ou tort, c’est une autre question. Nous voulons juste relater comment des hommes ont été manipulés et conduits à faire ce qu’ils n’auraient pas dû.

Sur le terrain, il est impossible d’être à la fois contre Daesh et pour le PKK/YPG sans tomber dans d’irréconciliables contradictions.

Les actes de Donald Trump ont consisté à détruire les pseudos-États fabriqués par le Pentagone : le Califat et le Rojava ; ce qui ne signifie ni la fin de Daesh, ni celle du PKK/YPG.

Thierry Meyssan

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[2The Pentagon’s New Map, Thomas P. M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004.

[3] “Blood borders – How a better Middle East would look”, Colonel Ralph Peters, Armed Forces Journal, June 2006

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[4] “Imagining a Remapped Middle East”, Robin Wright, The New York Times Sunday Review, 28 septembre 2013.

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[5] « Yer : Amman, Tarih : 1, Konu : Musul », Akif Serhat, Özgür Gündem, 6 juillet 2014.

[6] “350 diplomatic flights carry weapons for terrorists”, Dilyana Gaytandzhieva, Trud, July 2, 2017.

[7] “TAJNA LETOVA JORDANSKIH AVIONA S PLESA Sirijski pobunjenici dobivaju oružje preko Zagreba !”, Krešimir Žabec, Jutarnji list, 23 veljača 2013. « TRANSFER HRVATSKOG ORUŽJA POBUNJENICIMA U SIRIJI Sve je dogovoreno prošlog ljeta u Washingtonu ! », Krešimir Žabec, Jutarnji list, 26 veljača 2013. “VIDEO : JUTARNJI OTKRIVA U 4 mjeseca za Siriju sa zagrebačkog aerodroma Pleso otišlo 75 aviona sa 3000 tona oružja !”, Krešimir Žabec, Jutarnji list, 7 ožujak 2013. “PUT KROZ ASADOVU SIRIJU Nevjerojatna priča o državi sravnjenoj sa zemljom i njezinim uništenim ljudima : ’Živote su nam ukrali, snove ubili…’”, Antonija Handabaka, Jutarnji list, 9 ožujak 2013.

[8] “US arms shipment to Syrian rebels detailed”, Jeremy Binnie & Neil Gibson, Jane’s, April 7th, 2016.

[9] “Da Camp Darby armi Usa per la guerra in Siria e Yemen”, Manlio Dinucci, Il Manifesto, 18 aprile 2017. Version française : « De Camp Darby, des armes US pour la guerre contre la Syrie et le Yémen »,

Traduction Marie-Ange Patrizio, Réseau Voltaire.

https://www.voltairenet.org/article208272.html

Kurdes, le président Erdogan contre attaque sur l’Afrique

Kurdes, le président Erdogan contre attaque sur l’Afrique

By La redaction de Mondafrique -23 octobre 2019

Le Président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a avancé que derrière une grande partie des crises et conflits qui éclatent en Afrique se trouvent les sociétés occidentales d’armes et de pétrole.

Le préisdent Erdogan a déclaré, samedi, lors du 3ème Sommet des Leaders religieux musulmans d’Afrique, que ceux qui imposent un embargo sur les armes à la Turquie en raison de l’opération Source de Paix, livrent des armes aux terroristes au Rwanda. 

42 ambassades en Turquie

Recep Tayyip Erdogan a d’abord voulu rappeler la vision de la Turquie en Afrique.Il a souligné que depuis l’arrivée de son parti au pouvoir en 2002, le nombre d’ambassades turques sur le continent africain est passé de 12 à 42, faisant de la Turquie l’un des pays les mieux représentés en Afrique.

Le président turc a également donné l’exemple des jeunes africains choisissant de poursuivre leurs études supérieures en Turquie. »10 480 étudiants qui ont étudié en Turquie travaillent aujourd’hui pour nos frères africains en tant qu’ambassadeurs de coeur de la Turquie », a-t-il dit.

Massacres, invasion et colonisation

Erdogan a également exprimé son souhait de voir le volume des échanges commerciaux Turquie-Afrique passé de 24 milliards de dollars aujourd’hui à 50 milliards de dollars dans les prochaines années. »Les pays occidentaux ne veulent pas le développement de l’Afrique, que son potentiel immense soit exploité et que l’ensemble du continent vive en paix », a-t-il lancé, ajoutant : « Ceux qui veulent nous donner des leçons aujourd’hui ont, pratiquement tous, un passé entaché de massacres, d’invasions et de colonisation ».

Pour Erdogan, nombre de malheurs en Afrique sont le résultat des politiques colonialistes des Occidentaux. Pour cela, il a rappelé la tragédie du Rwanda.

« Vous savez sans doute mieux que nous tous quels pays colonisateurs se cachent derrière le génocide au Rwanda. L’Occident et l’ONU se sont contentés, pendant exactement 3 mois, d’observer sans agir le massacre de 800 mille personnes au Rwanda », a-t-il dénoncé.

Pour le président turc, il ne s’agit là que d’un des tout derniers exemples. Car pour lui, « derrière une grande partie des crises et conflits qui éclatent en Afrique se cachent les sociétés occidentales d’armes et de pétrole ».

Le Chef de l’Etat turc a terminé son intervention en soulignant une nouvelle fois que la Turquie n’a jamais et ne partagera jamais cette approche des pays occidentaux.

« Notre pays et notre peuple n’ont jamais couru derrière le but de détourner les ressources d’un autre pays, quitte à faire couler le sang, pour sa propre prospérité », a-t-il conclu.

https://mondafrique.com/kurdes-le-president-erdogan-contre-attaque-sur-lafrique/

OUTRE LES KURDES : DECHIFFRER LES MINORITES D’ORIENT…

OUTRE LES KURDES : DECHIFFRER LES MINORITES D’ORIENT…

Le dernier livre de Tigrane Yégavian1 arrive à point nommé pour nous aider à comprendre les tenants et les aboutissants de la dernière intervention turque dans le nord de la Syrie. Non seulement, l’ouvrage déconstruit méthodiquement la « kurdolâtrie » parisienne ambiante, mais il remet en perspective historique les dernières carabistouilles de notre politique étrangère. La rédaction de prochetmoyen-orient.ch l’écrit sur tous les tons depuis plusieurs années : depuis le début, le Quai d’Orsay a tout faux sur le dossier syrien. Nos décideurs politiques et diplomatiques ont pris les mauvaises décisions et n’ont pas défendu correctement les intérêts de la France éternelle. Tigrane Yégavian nous démontre – preuves à l’appui – que ces erreurs prolongent une tradition désastreuse, ancienne et profonde. Notre actuel ministre des Affaires étrangères aurait été bien inspiré de lire ce livre lumineux avant d’entreprendre son dernier voyage à Canossa…

Après la « claque Sylvie Goulard », le dernier revers essuyé par Jean-Yves Le Drian à Bagdad discrédite encore un peu plus notre diplomatie. Que s’est-il passé ? Avec tambours, trompettes et équipes de télévision, notre ministre des Affaires étrangères s’est rendu à Bagdad pour demander le transfert et le jugement en territoire irakien des jihadistes français détenus par des factions kurdes de Syrie sur le territoire syrien. Orient compliqué : malgré une excellente relation bilatérale, les autorités irakiennes ont vertement éconduit notre ministre en lui expliquant qu’elles avaient bien d’autres priorités en ce moment.

Un peu peu capon, Jean-Yves Le Drian s’est donc abstenu de tout commentaire et les envoyés spéciaux de France-3, France-2 et des autres télévisions ont dû remballer leurs outils. Le Quai d’Orsay, comme l’Elysée, sont restés muets comme des carpes de l’Euphrate. « Il est clair qu’on ne touche plus une bille dans tout ce qui concerne de près ou de loin les évolutions de la guerre civilo-globale de Syrie, et encore moins celles qui touchent à la reconstruction économique du pays », déplore un haut fonctionnaire du Quai, « alors l’Irak… ».

TROIS REMARQUES

1) Il eût été plus judicieux – comme l’avaient proposé les services de l’ambassade de France à Bagdad – de mener cette mission discrètement, sinon selon les modalités de la « diplomatie secrète ». Mais l’Elysée tenait absolument à communiquer pour bien montrer au peuple français que le pouvoir exécutif se souciait, au plus haut point, de sa sécurité.

2) Comme l’a illustré le dernier attentat de l’abruti de la Préfecture de police de Paris, la principale menace terroriste à laquelle est désormais confronté notre pays est principalement endogène et domestique. Elle est le fait de « loups » – plus ou moins solitaires ou en meute -, à la suite de différents processus d’auto-radicalisation numérique ou d’autres formes de recrutement actionnées dans certaines mosquées, madrassas (écoles coraniques) et ONGs islamiques. Une menace persistante concerne le déploiement de l’opération Barkhane (4 500 soldats français) dans la bande sahélo-saharienne. Les groupes jihadistes de cette vaste région disposent de réseaux dormants en Europe et tout particulièrement en France. Par conséquent, la menace terroriste la plus préoccupante ne concerne pas les quelques dizaines jihadistes français cantonnés entre la Syrie et l’Irak (dont une majorité de femmes et d’enfants) mais bien les « radicalisés » qui poussent sur notre propre sol.

3) Plutôt que d’aller quémander à Bagdad, nous aurions pu nous tourner vers les autorités syriennes pour qu’elles jugent elles-mêmes ces jihadistes ayant commis des crimes en Syrie. Mais depuis qu’Alain Juppé a fermé l’ambassade de France à Damas en mars 2012, depuis que Laurent Fabius a fait livrer des armes à la rébellion syrienne et depuis qu’Emmanuel Macron persiste à ne pas rouvrir notre ambassade, il est effectivement bien difficile de reprendre toute espèce de coopération anti-terroriste avec les services syriens.

TROIS MALEDICTIONS

En lisant Tigrane Yégavian, on comprend mieux aussi que l’Orient reste victimes de trois grandes malédictions historiques : imminemment redondante, la première est organiquement liée au pétrole et au gaz, notamment depuis la signature du Pacte du Quincy – premier accord pétrole contre sécurité – (14 février 1945) signé par le président des Etats-Unis Franklin Delano Roosevelt et le roi d’Arabie saoudite Ibn Séoud.

La deuxième s’inscrit dans une géographie qui place l’Orient sur la route des Indes, obsession centrale et durable de l’empire britannique. Et les effets induits par cette malédiction profonde n’en finissent pas de perdurer puisque la plupart des « merdiers actuels » sont bel et bien des séquelles de l’héritage colonial britannique : Palestine, Egypte, Soudan, Irak, Iran, Afghanistan, Inde, Pakistan, Bangladesh, Afrique du Sud, Malouines, Gibraltar, Irlande, Hong Kong et Brexit… Ca fait beaucoup quand même !

La troisième des malédictions de l’Orient est d’avoir été le creuset commun des trois religions du Livre. Celles-ci ont généré d’innombrables « minorités » confessionnelles, politique, théologico-politiques, théocratiques et terroristes ! Et c’est là que Tigrane Yégavian fait merveille en nous rappelant que les tragédies récentes des Yézidis du Sinjar ou des Chrétiens de la plaine de Ninive fuyant l’organisation « Etat islamique », constituent autant de répétitions de 1915 et de la fameuse « Question d’Orient ». En la matière, on a la mauvaise impression que nos grands penseurs du Quai et de l’Elysée sont parfaitement amnésiques et – ce qui serait plus grave – ignorants, oublieux de l’Histoire – et souvent pétris d’une arrogance tellement française !

Revenant sur une « instrumentalisation historique », Tigrane Yégavian puise aux meilleures sources : « L’exploitation des minorités, placées bon gré mal gré au centre d’enjeux géopolitiques par les puissances régionales et internationales, a sapé les fondements séculaires de ces sociétés plurielles, les rendant davantage vulnérables. Telle est la thèse soutenue par l’historien du Proche-Orient Georges Corm, pour qui la perception et la conception des minorités religieuses ou ethniques ont été façonnées par le jacobinisme français2. Suivant cette logique, toute forme de particularisme mettrait en péril l’Etat-nation naissant, une fois les empires multi-ethniques et pluri-confessionnels disparus. Il revient alors aux Etats en mesure de projeter leur puissance de se trouver une communauté dont ils s’érigeront en ‘protecteur’ ».

Plus loin : « un siècle après le génocide des Arméniens, des Assyro-Chaldéens, des Syriaques et des Grecs pontiques perpétré par le gouvernement Jeune turc et parachevé par le pouvoir kémaliste, il convient de proposer un examen critique sur la responsabilité morale accablante des puissances occidentales dont les atermoiements n’ont fait qu’accroître la souffrance de ceux qu’elles prétendaient protéger ».

UNE SERIE D’ABANDONS

L’abandon par la France de territoires comme la Cilicie, les territoires de l’Est, le Sandjak d’Alexandrette, et l’abandon massif du Hakkâri par les Britanniques, constituent autant de plaies béantes dans la mémoire des communautés chrétiennes et de leurs diasporas. Dans ses mémoires, l’officier français Paul du Véou3 – ayant servi en Cilicie dans les rangs de la Légion d’Orient – rappelle : « l’Arménie expire, dit Anatole France, mais elle renaîtra. Après la victoire de nos armées qui combattent pour la justice et la liberté, les Alliés auront de grands devoirs à remplir. Et le plus sacré de ces devoirs sera de rendre la vie aux peuples martyrs, à la Belgique, à la Serbie. Alors ils assureront la liberté et l’indépendance de l’Arménie. Penchés sur elle, ils lui diront : ‘Ma sœur lève-toi’. Deschanel, Briand, Clémenceau, Poincaré, Millerand renouvelaient la promesse solennelle… ».

Citant Aristide Briant : « pour la première fois notre pays s’est trouvé impuissant à poursuivre en Turquie sa mission civilisatrice et à s’y dresser en face de la barbarie de ses gouvernants, mais quand l’heure aura sonné des réparations légitimes, il ne mettra ps en oubli les douloureuses épreuves de la nation arménienne et d’accord avec ses alliés, il prendra les mesures nécessaires pour lui assurer une vie de paix et de progrès ».

Le second acte de la tragédie s’est joué dans l’immédiat après-guerre. Une nouvelle donne s’impose avec la montée en puissance du kémalisme, bien décidé à bouter les troupes étrangères hors d’Anatolie, considéré par les partisans de Mustafa Kémal comme l’ultime sanctuaire de la « turcité ». L’année 1922 parachève en Anatolie occidentale l’entreprise de destruction systématique et programmée de l’élément non-musulman avec la prise de Smyrne par les nationalistes turcs et le martyr de ses populations arméniennes et grecque sous le regard placide des alliés dont les 28 bateaux de guerre restent à quai sans broncher.

Grigoris Balakian4 : « qui pouvait imaginer qu’on fermerait lâchement les yeux sur l’expulsion d’Asie mineure du reste des Chrétiens et que les grands Etats alliés protecteurs des minorités chrétiennes changeraient tout à coup de langage et diraient : ‘qu’est-ce qu’on peut y faire ? Comme la cohabitation avec le Turc n’est plus possible pour vous, il n’y a pas d’autre solution pour vous que de quitter le territoire de l’Etat turc’ ».

Les descendants de l’ancien royaume médiéval arménien (saignés à blanc par les massacres proto-génocidaires de 1895 – 1896, ceux d’Adana en 1909 et le génocide de 1915), avaient placé leurs espoirs en une victoire alliée. Les dispositions de l’accord Sykes-Picot scellent le partage de l’aire syro-mésopotamienne, plaçant sous influence française directe la Cilicie au même titre que la Syrie littorale, les régions d’Alep et de Damas. La suite est malheureusement connue : « les tractations secrètes entre le très turcophile général Gouraud, en poste à Beyrouth depuis novembre 1919, comme Haut-commissaire de la France au Levant et les Kémalistes – considérés hors-la-loi – commencent. De fait, un canal de communication a été ouvert par son prédécesseur Georges Picot qui avait rencontré les dirigeants nationalistes turcs à Konya et à Sivas ».

En avril 1920, la conférence de San Remo statue sur le tracé définitif de la frontière syro-turque qui est déplacée plus au sud, actant l’abandon définitif de Marache. En 1921, la conférence de Londres révise le traité de Sèvres qui projetait la création d’un Etat arménien adossé à un Kurdistan indépendant mais enclavé.

Tigrane Yégavian : « changeant son fusil d’épaule, la France abandonne à leur sort les Arméniens – Grecs et Syriaques. Ce qui fera dire au colonel Brémond que l’histoire de l’abandon de la Cilicie par la France ‘est la digne continuation des trahisons qui ont fait perdre à la France les Indes, le Canada et l’Egypte’. Les officiers français qui ne cautionnent pas cette nouvelle politique sont remerciés ou mutés. La France brade tout sans la moindre contrepartie ou presque : en échange de ses abandons, elle décroche un lot substantiel de consolation : l’établissement d’un ‘régime administratif spécial’ pour la région d’Alexandrette, un transfert de la ligne de chemin de fer de Bozanti-Nousseibine pour un groupe de financiers désigné par Paris. Il n’est pas question de défendre l’intérêt national mais bien celui de quelques groupes capitalistes qui font le pari d’une Turquie nationaliste, pro-occidentale et partenaire économique de la France ».

Cent ans après, les leçons n’ont toujours pas été retenues. La France a fait plus que légitimer, sinon faciliter la concrétisation de la révolution kémaliste. Ce faisant, notre pays s’est retrouvé perdant sur tous les plans. L’indulgence française appréhendée comme une politique d’abdication et de faiblesse aux yeux des Turcs desservira ses véritables intérêts. Situation pour le moins inattendu, à partir de 1922, les intérêts français en Turquie sont systématiquement ciblés : fermeture d’écoles, d’hôpitaux et de missions en Anatolie, confiscations de bien appartenant à des Français, intimidations, gel des avoirs, tout est employé pour encourager le départ des ressortissants français.

GUERRES MARONITES

Le dernier acte de cette série d’abandon se joue en 1938 lorsque Paris cède le Sandjak d’Alexandrette, sans la moindre contrepartie si ce n’est une vague assurance que la Turquie restera à l’écart du conflit qui s’annonce. La suite est aussi connue et cette amputation est encore vécue par les Syriens comme une humiliation. Aux côtés de l’indiscutable et non moins accablante culpabilité morale des Occidentaux, les historiens ne s’attardent que rarement sur un sujet aussi sensible qu’ignoré : la part de responsabilité des élites minoritaires dans leur funeste destin.

La guerre du Liban (1975 – 1990) illustre de manière paroxystique l’impéritie des dirigeants chrétiens, surtout des Seigneurs maronites de la guerre. Les dégâts atteignent des sommets à la fin du conflit lorsque les affrontements inter-chrétiens opposant les partisans du général Aoun aux Forces libanaises de Samir Geagea se poursuivent pendant quatre mois en 1990, faisant plus de 740 morts et 2400 blessés.

Tigrane Yégavian : « à ces blessures viennent se greffer les plaies profondes héritées de la rivalité entre familles et clans maronites (les Frangié au nord, les Gemayel et les Chamoun au Mont-Liban et dans le Chouf). A cet égard, le souvenir de la tuerie d’Ehden5 lorsqu’en 1978 un commando de Phalangistes, conduit par Samir Geagea – futur leader des Forces libanaises – décapitait la famille Frangié ainsi que vingt-huit villageois demeure vivace, sans oublier le meurtre de membres de la famille Chamoun en 1990 »6.

L’auteur conclut cet examen de la responsabilité centrale des élites maronites à leur propre malheur, écrivant pourtant que « les Chrétiens sont pourtant les meilleurs agents du soft-power français en Orient via leur réseau éducatif porteur des valeurs de la francophonie : « nos dirigeants ont-ils saisi l’importance capitale que représente la diffusion du Français à travers les réseaux d’établissements chrétiens ouverts aux élèves musulmans et qui enseignent notre langue dans la région ? » Rien n’est moins sûr, le Quai d’Orsay ayant abandonné depuis longtemps le dossier de la francophonie à ses collaborateurs les plus mineurs…

QUAND L’HISTOIRE BEGAIE

L’autre grand mérite du livre de Tigrane Yégavian est de braquer toute la richesse des filiations historiques – qu’il a savamment reconstituées – en un puissant éclairage des guerres actuelles qui continuent à ravager les Proche et Moyen-Orient. Il y a d’abord un lâchage progressif des Palestiniens depuis la fin de la dernière présidence de Jacques Chirac et la scandaleuse résolution franco-américaine 1559 du conseil de sécurité des Nations unies (septembre 2004), annulant d’un trait de plume près de quarante années de diplomatie gaullienne en Orient7. Traditionnellement, le Quai d’Orsay renvoyait dos à dos les parties israélienne et palestinienne en cas d’attaques et d’attentats, « condamnant la violence d’où qu’elle vienne ». Aujourd’hui, la communication du ministère des Affaires étrangères ne fait même plus cet effort minimal laissant – de plus en plus – carte blanche à la soldatesque israélienne.

Mais le plus déplorable concerne la guerre civilo-globale de Syrie qui a vu notre pays s’aligner sur les Etats-Unis, les pays du Golfe et Israël voulant démanteler la Syrie comme cela fut fait de l’Irak en 2003 et de la Libye en 2011 ! Nicolas Sarkozy, David Cameron et Barack Obama décrétaient que Bachar al-Assad devait partir pour faire place à une rébellion sunnite, inspirée des idéologies wahhabite et des Frères musulmans. François Hollande et Laurent Fabius – qui félicitaient les « p’tits gars de Nosra (Al-Qaïda en Syrie) pour leur « bon boulot » ! Aujourd’hui, les mêmes reconnaissent fièrement avoir livré des « armes modernes » à la rébellion syrienne « modérée », « laïque » et « démocratique », notamment à l’Armée syrienne libre (ASL), qui constituait l’anti-chambre des groupes jihadistes animés des mêmes mots d’ordre que les assassins ayant sévit dans les rues de Paris, que les terroristes qui tirent sur nos soldats déployés dans la bande sahélo-saharienne. Quelle diplomatie !

La honte – une honte indicible – nous submerge lorsque des Chrétiens de Syrie (Grecs-orthodoxes, Maronites, Syriaques ou autres) et d’autres membres des minorités alaouites, chi’ites et autres nous interpellent pour nous demander pourquoi les autorités françaises soutiennent tellement les factions islamistes qui cherchent à leur faire quitter le pays… Répétons : pourquoi les autorités françaises ont-elles livré des armes à des factions jihadistes criminelles obsédées par le renversement du gouvernement de Syrie ? Pourquoi, après avoir cédé le Sandjak d’Alexandrette à la Turquie, les autorités françaises veulent-elle favoriser l’arrivée des Frères musulmans au pouvoir à Damas ?

Dans le même ordre d’idées – à Paris – les dernières pantalonnades en kurdolâtrie rajoutent une couche d’ignorance et de fausses solidarités clairement opposées aux intérêts vitaux de notre pays. Que Bernard-Henri Lévy soutienne le « Rojava » – pure invention idéologico-géographique -, rien d’étonnant puisque les factions kurdes du YPG sont les meilleurs amis des services spéciaux israéliens. Mais que le Quai d’Orsay et l’Elysée lui emboitent le pas est d’autant plus inquiétant, d’autant que le déploiement de 500 soldats de nos forces spéciales dans ce même « Rojava » n’a jamais fait l’objet de quelque discussion ni évaluation parlementaire… Là-encore la question se pose : pour quels intérêts français cette opération extérieure très onéreuse a-t-elle été diligentée ?

Sur ce dossier aussi le livre de Tigrane Yégavian est des plus précieux puisqu’il nous explique que les mêmes factions kurdes « divinisées » se comportent de façon radicalement liberticide dans les régions sous leur contrôle. Elles n’hésitent pas à déporter des villages chrétiens et alaouites entiers lorsque ceux-ci ne se plient pas à leurs injonctions théologico-politiques.

L’auteur de Minorités d’Orient – Les oubliés de l’Histoire conclut : « les milieux germanopratins, l’essayiste Bernard-Henri Lévy en tête, ont voulu projeter sur la cause kurde, un miroir fantasmé de « l’Islam des lumières ». A en croire toute cette littérature engagée, les Kurdes, maintes fois trahis par leurs alliés occidentaux, constitueraient l’ultime rempart de la civilisation contre la barbarie jihadiste. Ce soutien unanime transcende les clivages politiques ; si les dirigeants français ne soutiennent pas les Kurdes pour les mêmes raisons, ils ont en partage une certaine myopie doublée d’une méconnaissance du sens tragique de l’histoire… ».

Redisons-le : on recommande chaleureusement – bien-sûr – la lecture de ce livre essentiel pour la compréhension de l’Orient à tous nos amis, mais aussi à Jean-Yves Le Drian…
Si cet article vous a plu, aidez-nous et faites un don de 5 euros !

Bonne lecture et à la semaine prochaine.

Richard Labévière
21 octobre 2019

1 Tigrane Yégavian : Minorités d’Orient. Les oubliés de l’Histoire. Editions du Rocher, septembre 2019.
2 Georges Corm : Géopolitique des minorités au Proche-Orient. In Hommes et Migrations, Numéros 1172 – 1173 – Minorités au Proche-Orient, janvier/février 1994.
3 Paul du Véou : La Passion de la Cilicie 1919-1922. Editions Geuthner, 1954.
4 Grigoris Balakian : Le Golgotha arménien, traduit de l’Arménien par Hratch Bédrossian – Chamigny, Le Cercle d’écrits caucasiens, 2018.
5 Richard Labévière : La Tuerie d’Ehden ou la Malédiction des Arabes chrétiens. Editions Fayard, juin 2009.
6 Régina Sneifer : Guerres maronites. Editions de l’Harmattan, 1994. Et, Une Femme dans la tourmente de la Grande Syrie – D’après les mémoires de Juliette Antoun Saadé. Préface de Georges Corm. Editions Riveneuve, août 2019.
7 Richard Labévière : Le Grand retournement – Bagdad-Beyrouth. Editions du Seuil, 2006.

https://prochetmoyen-orient.ch/outre-les-kurdes-dechiffrer-les-minorites-dorient/

Les Kurdes sont confrontés à de sombres options après le retrait des États-Unis

Les Kurdes sont confrontés à de sombres options après le retrait des États-Unis

Oubliez un Kurdistan indépendant : Les Kurdes devront peut-être conclure un accord avec Damas pour partager leur région avec les réfugiés arabes sunnites.

Par Pepe EscobarMondialisation.ca, 18 octobre 2019Région : Moyen-Orient et Afrique du NordThème: Guerre USA OTANAnalyses: SYRIE

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Dans les annales des tweets explosifs de Trump, celui-ci est tout simplement stupéfiant : ici, nous avons un président des États-Unis qui révèle l’intervention de 8 billions de dollars au Moyen-Orient pour une guerre sans fin basée sur une « fausse prémisse ». Pas étonnant que le Pentagone ne rigole pas.

Le tweet de Trump fragmente le spectacle géopolitique surréaliste de la Turquie attaquant un territoire syrien de 120 kilomètres de long à l’est de l’Euphrate pour en expulser les Kurdes syriens. Même après que le président turc Recep Tayyip Erdogan ait approuvé avec Trump les termes de l’opération Orwellienne nommée « Opération Printemps de la Paix », Ankara peut maintenant être confrontée au risque de sanctions économiques étasuniennes.

Le récit occidental prédominant attribue aux Forces Démocratiques Syriennes (FDS), principalement kurdes, le combat et la défaite de l’État Islamique (EI), également connu sous le nom de Daesh. Les FDS sont essentiellement une collection de mercenaires travaillant pour le Pentagone contre Damas. Mais de nombreux citoyens syriens affirment que l’EI a en fait été vaincue par l’Armée Arabe Syrienne (AAS), l’expertise aérienne et technique russe et les conseillers et forces spéciales de l’Iran et du Hezbollah.

Bien qu’Ankara puisse considérer les Kurdes du YPG – les « Unités de Protection du Peuple » – et le PKK comme des « terroristes » (dans le cas du PKK aligné sur Washington), l’Opération Printemps de la Paix n’a dans le principe rien à voir avec un massacre des Kurdes.

Les faits sur le terrain permettront de savoir si l’offensive turque a été marquée par le nettoyage ethnique. Il y a un siècle, peu de Kurdes vivaient dans ces régions, peuplées principalement d’Arabes, d’Arméniens et d’Assyriens. Ce n’est donc pas un nettoyage ethnique sur des terres ancestrales. Mais si l’on en croit la ville d’Afrin, les conséquences pourraient être graves.

Dans ce mélange étourdissant, entre en jeu un possible et rude pacificateur : la Russie. Moscou avait auparavant encouragé les Kurdes syriens à parler à Damas pour empêcher une campagne turque – en vain. Mais le ministre des Affaires étrangères Sergey Lavrov n’abandonne jamais. Il a maintenant déclaré : « Moscou demandera le début des pourparlers entre Damas et Ankara« . Les liens diplomatiques entre la Syrie et la Turquie sont rompus depuis sept ans.

Alors que le Printemps de la Paix roule pratiquement sans opposition, le général kurde Mazloum Kobani Abdi a fait monter les enchères, déclarant aux Étasuniens qu’il devra conclure un accord avec Moscou pour une zone d’exclusion aérienne pour protéger les villes et villages kurdes contre les forces armées turques. Les diplomates russes, officieusement, disent que cela n’arrivera pas. Pour Moscou, le Printemps de la Paix est considéré comme « le droit de la Turquie à assurer sa sécurité« , selon les termes du porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov. Tant que cela ne se transforme pas en catastrophe humanitaire.

Pas de Kurdistan indépendant

Du point de vue de Washington, tout ce qui se passe dans le spectre instable Iran-Irak-Syrie-Turquie est soumis à deux impératifs : 1) géopolitiquement, briser ce qui est considéré régionalement comme l’axe de résistance : L’Iran, l’Irak, la Syrie, le Hezbollah ; et 2) géostratégiquement, empêcher l’intégration de l’Initiative Ceinture et Route dirigée par les Chinois en Irak et en Syrie, sans parler de la Turquie.

Quand Erdogan a fait remarquer que le sommet trilatéral d’Ankara le mois dernier a été « productif« , il déclarait essentiellement que la question kurde avait été réglée par un accord entre la Russie, la Turquie et l’Iran.

Les diplomates ont confirmé que le Comité Constitutionnel Syrien travaillera d’arrache-pied à la mise en place d’une fédération, ce qui implique que les Kurdes devront retourner à Damas. Téhéran pourrait même jouer un rôle dans l’apaisement des choses, car les Kurdes iraniens sont également devenus très actifs au sein du commandement des YPG.

En fin de compte, il n’y aura pas de Kurdistan indépendant – comme l’indique une carte publiée précédemment par l’agence de presse Anadolu.

Du point de vue d’Ankara, l’objectif de l’Opération Printemps de la Paix fait suite à ce qu’Erdogan avait déjà annoncé au Parlement turc, à savoir organiser le rapatriement de pas moins de deux millions de réfugiés syriens vers un ensemble de villages et de villes répartis sur une zone de sécurité de 30 km de large sous la direction de l’armée turque.

Pourtant, rien n’a été dit sur ce qu’il advient d’un million et demi de réfugiés supplémentaires, 1,6 million présumés également en Turquie.

Les menaces kurdes visant à libérer le contrôle de 50 prisons détenant au moins 11 000 djihadistes de l’EI/Daesh ne sont que cela, des menaces. Il en va de même pour le camp de détention d’al-Hol, qui abrite 80 000 membres de familles de l’EI, un chiffre stupéfiant. S’ils étaient relâchés, ces djihadistes s’en prendraient aussitôt aux Kurdes.

Elijah Magnier, ancien correspondant de guerre et analyste des risques, résume parfaitement les vœux pieux des Kurdes par rapport aux priorités de Damas, Téhéran et Moscou :

Les Kurdes ont demandé à Damas, en présence de négociateurs russes et iraniens, de leur permettre de garder le contrôle des très riches gisements pétroliers et gaziers qu’ils occupent sur un peu moins du quart du territoire syrien. En outre, les Kurdes ont demandé qu’on leur donne le contrôle total de l’enclave à la frontière avec la Turquie sans aucune présence ou activité de l’armée syrienne. Damas ne veut pas jouer le rôle de garde-frontière et souhaite reprendre le contrôle de tout le territoire syrien. Le gouvernement syrien veut mettre fin aux accommodements que les Kurdes offrent aux États-Unis et à Israël, comme cela a été le cas pour les Kurdes d’Irak.

Les options pour les Kurdes des YPG sont claires. Ils réalisent lentement qu’ils ont été utilisés par le Pentagone comme mercenaires. Soit ils deviennent membres de la fédération syrienne, renonçant à une certaine autonomie et à leurs rêves hyper-nationalistes, soit ils devront partager la région où ils vivent avec au moins deux millions de réfugiés sunnites arabes relocalisés sous la protection de l’armée turque.

La fin du rêve est proche. Dimanche, Moscou a négocié un accord selon lequel, les villes frontalières clés de Manbij et Kobane, dominées par les Kurdes, retournent sous le contrôle de Damas. Les forces turques devront donc reculer, faute de quoi elles seront directement confrontées à l’Armée Arabe Syrienne. L’accord qui change la donne doit être interprété comme un premier pas vers le retour de l’ensemble du nord-est de la Syrie sous le contrôle de l’État.

Le bilan géopolitique met en évidence un sérieux clivage au sein de l’accord d’Ankara. Téhéran et Moscou – sans parler de Damas – n’accepteront pas l’occupation turque de près d’un quart du territoire syrien souverain et riche en énergie, en remplacement de ce qui était de facto une occupation étasunienne. Les diplomates confirment que Poutine a souligné à plusieurs reprises à Erdogan l’impératif de l’intégrité territoriale syrienne. L’agence de presse syrienne SANAa qualifié le Printemps de la Paix « d’acte d’agression ».

Ce qui nous amène à Idlib. Idlib est une province pauvre et rurale peuplée de djihadistes salafistes ultra durs – la plupart d’entre eux sont liés à une myriade d’incarnations successives de Jabhat al-Nusra, ou Al-Qaïda en Syrie. En fin de compte, Damas, avec l’appui de la puissance aérienne russe, finira par nettoyer Idlib, générant une vague supplémentaire de réfugiés. En plus d’investir dans sa zone de sécurité au Kurdistan syrien, ce qu’Erdogan essaie d’empêcher, c’est un exode supplémentaire de 3,5 millions de sunnites, pour la plupart hardcore, en Turquie.

L’historien turc Cam Erimtan m’a ditn comme il l’explique dans cet essai, qu’il s’agit du conflit entre le « municipalisme libertaire » post-marxiste de l’axe turco-syrien PKK/PYD/YPG/YPJ et la marque de l’Islam défendu par le parti AKP de Erdogan :

« La fusion enivrante de l’islamisme et du nationalisme turc, qui est devenue la marque de fabrique et la monnaie commune de l’AKP dans la Nouvelle Turquie, fait que les Kurdes de Syrie, en tant que groupe social, sont désormais universellement identifiés comme les ennemis de l’Islam« . Ainsi, ajoute Erimtan, « les Kurdes ont maintenant pris la place d’Assad comme ennemi impie à côté qui doit être vaincu« .

Sur le plan géopolitique, le point crucial reste qu’Erdogan ne peut se permettre de s’aliéner Moscou pour une série de raisons stratégiques et économiques, allant du gazoduc Turk Stream à l’intérêt d’Ankara d’être un noeud actif de l’Initiative Ceinture et Route ainsi que de l’Union Économique Eurasienne et de devenir membre à part entière de l’Organisation de Coopération de Shanghai, tous axés sur l’intégration eurasienne.

Le gazoduc Turk Stream

Gagnant-gagnant

Et alors que la Syrie s’effondre, l’Irak se calme.

Le Kurdistan irakien vit un monde à part et n’a pas été touché par les protestations irakiennes, motivées par de véritables griefs contre le marécage de la politique corrompue au cœur de Bagdad. Les détournements ultérieurs pour un programme géopolitique spécifique étaient inévitables. Le gouvernement affirme que les forces de sécurité irakiennes n’ont pas tiré sur les manifestants. C’était le travail des tireurs d’élite.

Des hommes armés en cagoules ont attaqué les bureaux de nombreuses chaînes de télévision à Bagdad, détruisant le matériel et les installations de diffusion. En outre, des sources iraquiennes m’ont dit que des groupes armés visaient des infrastructures vitales, comme les réseaux et les centrales électriques, en particulier à Diwaniyah, dans le sud. Cela aurait plongé tout le sud de l’Irak, jusqu’à Bassorah, dans l’obscurité, déclenchant ainsi de nouvelles protestations.

L’analyste pakistanais Hassan Abbas a passé 12 jours à Bagdad, Najaf et Karbala. Il a déclaré que la police fortement militarisée s’est occupée des protestations, « optant pour l’usage de la force dès le départ – une mauvaise stratégie« . Il a ajouté : « Il y a 11 forces de l’ordre différentes à Bagdad avec différents uniformes – la coordination entre elles est extrêmement faible dans des circonstances normales« .

Mais surtout, a souligné Abbas :

« Beaucoup de gens à qui j’ai parlé à Karbala pensent que c’est la réponse étasunienne à l’inclinaison irakienne vers la Chine« .

Cela correspond tout à fait à cette analyse exhaustive.

L’Irak n’a pas suivi les sanctions – illégales – de l’administration Trump sur l’Iran. En fait, elle continue d’acheter de l’électricité à l’Iran. Bagdad a finalement ouvert le poste frontière crucial entre l’Irak et la Syrie d’Al-Qaem. Le Premier ministre Adel Abdel Mahdi veut acheter des systèmes de missiles S-400 à la Russie.

Il a également déclaré explicitement Israël responsable du bombardement de cinq entrepôts appartenant au Hashd al-Shaabi, les unités de mobilisation populaire. Et non seulement il a rejeté l’accord du siècle conclu par l’administration Trump entre Israël et la Palestine, mais il a également essayé de faire office de médiateur entre l’Iran et l’Arabie Saoudite.

Et puis il y a – quoi d’autre ? – la Chine. Lors d’une visite d’État à Pékin le 23 septembre, Mahdi a conclu un accord « gagnant-gagnant » : de nombreux approvisionnements pétroliers ont été négociés avec des investissements dans la reconstruction de l’infrastructure. Et l’Irak sera un nœud certifié de l’Initiative Ceinture et Route (BRI), avec le président Xi Jinping vantant un nouveau « partenariat stratégique Chine-Irak ». La Chine envisage également d’entreprendre des travaux post-reconstruction en Syrie pour en faire un nœud clé des Nouvelles Routes de la Soie.

Ce n’est pas fini tant que la grosse dame (chinoise) chante en faisant des affaires. Pendant ce temps, Erdogan peut toujours chanter sur l’envoi de 3,6 millions de réfugiés en Europe.

Ce qui se passe, c’est une quadruple victoire. Les États-Unis effectuent un retrait pour sauver la face, que Trump peut vendre en évitant un conflit avec la Turquie alliée de l’OTAN. La Turquie a la garantie – par les Russes – que l’armée syrienne contrôlera la frontière turco-syrienne. La Russie empêche l’escalade de la guerre et maintient en vie le processus de paix russo-irano-turc. Et la Syrie finira par reprendre le contrôle de ses gisements de pétrole et de l’ensemble du nord-est.

Pepe Escobar

Article original en anglais :

Kurds Face Stark Options after US Pullback from Northern Syriapublié le 15 octobre 2019

Cet article a été publié initialement en anglais par Asia Times

Traduction par Réseau International

Source de la photo en vedette: flickr.comLa source originale de cet article est Mondialisation.caCopyright © Pepe Escobar, Mondialisation.ca, 2019

https://www.mondialisation.ca/les-kurdes-sont-confrontes-a-de-sombres-options-apres-le-retrait-des-etats-unis/5637953

Syrie: les soldats américains se retirent d’une base dans le Nord (ONG, AFP)

Syrie: les soldats américains se retirent d’une base dans le Nord (ONG, AFP)

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Syrie: les soldats américains se retirent d'une base dans le Nord (ONG, AFP)

Des véhicules blindés américains traversent la ville de Tal Tamr dans le nord de la Syrie, transportant les forces américaines qui se sont retirées d’une base proche, le 20 octobre 2019©Delil SOULEIMAN, AFPA lire aussi

Syrie: combats intenses entre forces turques et kurdes pour le contrôle d'une ville clé

MondeSyrie: combats intenses entre forces turques et kurdes pour le contrôle d’une ville cléMondeSyrie: les forces turques et kurdes s’accusent mutuellement de violer la trêve

AFP, publié le dimanche 20 octobre 2019 à 12h06

Les forces américaines se sont retirées dimanche de leur plus grande base dans le nord de la Syrie, dans le cadre du retrait d’environ 1.000 soldats de cette région annoncé par Washington, selon un correspondant de l’AFP sur place et une ONG.  

Plus de 70 véhicules blindés arborant un drapeau américain transportant du matériel militaire et escortés par des hélicoptères ont traversé la route internationale en passant par la ville de Tal Tamr, a constaté le correspondant de l’AFP.  

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), le convoi s’est retiré de la base de Sarrine, près de la ville de Kobané, et s’est dirigé vers la province de Hassaké plus à l’est.

Le 14 octobre, cinq jours après le début de l’offensive turque contre la milice kurde syrienne des YPG dans le nord de la Syrie en guerre, les Etats-Unis avaient annoncé que les quelque 1.000 militaires américains déployés dans cette région avaient reçu l’ordre de quitter le pays.

C’est un premier retrait le 7 octobre des soldats américains des abords de la frontière turque dans le nord syrien, qui avait ouvert la voie à cette offensive turque.

Une trêve fragile ponctuée de combats et de bombardements sporadiques est en vigueur depuis l’annonce jeudi d’un accord arraché par les Etats-Unis auprès de la Turquie. 

« Il s’agit de la plus grande base militaire américaine dans le nord et du quatrième départ des forces américaines d’une base en Syrie », a indiqué à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.   

Ces derniers jours, les Américains se sont retirés de trois autres bases, dont celle de la ville clé de Minbej et d’une autre située aussi près de Kobané, près de la frontière turque.  

Désormais, toutes les bases « dans le nord de la province de Raqa et le nord-est de celle d’Alep sont vides de toute présence militaire américaine », a dit M. Abdel Rahmane. Les Etats-Unis conservent encore des positions dans les provinces de Deir Ezzor et de Hassaké, selon lui. 

L’accord de trêve prévoit la suspension pour 120 heures de l’offensive turque pour permettre un retrait des forces kurdes des YPG des zones frontalières, et la mise en place d’une « zone de sécurité » de 32 km de largeur en territoire syrien le long de la frontière turque.

La base de Sarrine se trouve aux abords de cette zone tampon, selon l’OSDH.  

Les forces kurdes et la Turquie s’accusent mutuellement de violer l’accord de trêve. Dimanche un soldat turc a été tué et un autre blessé dans une attaque par des forces kurdes syriennes dans la région de Tal Abyad, selon le ministère turc de la Défense.

https://actu.orange.fr/monde/syrie-les-soldats-americains-se-retirent-d-une-base-dans-le-nord-ong-afp-CNT000001kmfyH.html

Syrie: les soldats américains se retirent d’une base dans le Nord (ONG, AFP)

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Syrie: les soldats américains se retirent d'une base dans le Nord (ONG, AFP)

Un véhicule militaire américain lors d’une manifestation de Kurdes près de Ras al-Aïn aux abords de la frontière turque, le 6 octobre 2019©Delil SOULEIMAN, AFPA lire aussi

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AFP, publié le dimanche 20 octobre 2019 à 11h49

Les forces américaines se sont retirées dimanche de leur plus grande base dans le nord de la Syrie, dans le cadre du retrait d’environ 1.000 soldats de cette région annoncé par Washington, selon un correspondant de l’AFP sur place et une ONG.  

Plus de 70 véhicules blindés arborant un drapeau américain transportant du matériel militaire et escortés par des hélicoptères ont traversé la route internationale en passant par la ville de Tal Tamr, a constaté le correspondant de l’AFP.  

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), le convoi s’est retiré de la base de Sarrine, près de la ville de Kobané, et s’est dirigé vers la province de Hassaké plus à l’est.

Le 14 octobre, cinq jours après le début de l’offensive turque contre la milice kurde syrienne des YPG dans le nord de la Syrie en guerre, les Etats-Unis avaient annoncé que les quelque 1.000 militaires américains déployés dans cette région avaient reçu l’ordre de quitter le pays.

C’est un premier retrait le 7 octobre des soldats américains des abords de la frontière turque dans le nord syrien, qui avait ouvert la voie à cette offensive turque.

Une trêve fragile ponctuée de combats et de bombardements sporadiques est en vigueur depuis l’annonce jeudi d’un accord arraché par les Etats-Unis auprès de la Turquie. 

« Il s’agit de la plus grande base militaire américaine dans le nord et du quatrième départ des forces américaines d’une base en Syrie », a indiqué à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.   

Ces derniers jours, les Américains se sont retirés de trois autres bases, dont celle de la ville clé de Minbej et d’une autre située aussi près de Kobané, près de la frontière turque.  

Désormais, toutes les bases « dans le nord de la province de Raqa et le nord-est de celle d’Alep sont vides de toute présence militaire américaine », a dit M. Abdel Rahmane. Les Etats-Unis conservent encore des positions dans les provinces de Deir Ezzor et de Hassaké, selon lui. 

L’accord de trêve prévoit la suspension pour 120 heures de l’offensive turque pour permettre un retrait des forces kurdes des YPG des zones frontalières, et la mise en place d’une « zone de sécurité » de 32 km de largeur en territoire syrien le long de la frontière turque.

La base de Sarrine se trouve aux abords de cette zone tampon, selon l’OSDH.  

Les forces kurdes et la Turquie s’accusent mutuellement de violer l’accord de trêve.

 https://actu.orange.fr/monde/syrie-les-soldats-americains-se-retirent-d-une-base-dans-le-nord-ong-afp-CNT000001kmfyH.html

!Syrie – États Unis : sidération(*) des médias devant le plan « tout le monde y gagne » …

!Syrie – États Unis : sidération(*) des médias devant le plan « tout le monde y gagne » …

(*) du Larousse : Anéantissement subit des forces vitales, se traduisant par un arrêt de la respiration et un état de mort apparente.


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama – Le 18 octobre 2019

Les médias et les « experts » américains ont tout faux dans la description des pourparlers d’hier entre le vice-président américain Mike Pence et le président turc Recep Tayyip Erdogan. Ces entretiens n’étaient qu’un spectacle pour apaiser les critiques contre la décision du président Donald Trump de retirer les troupes américaines du nord-est de la Syrie.

Ces fausses négociations n’ont pas changé le plan plus large gagnant-gagnant-gagnant-gagnant, ni les faits sur le terrain. L’armée arabe syrienne remplace les troupes kurdes du PKK / YPG à la frontière avec la Turquie. Les forces armées du PKK / YPG, qui s’étaient renommées trompeusement «forces démocratiques syriennes» pour obtenir l’appui des États-Unis, seront dissoutes et intégrées à l’armée syrienne. Ces mesures sont suffisantes pour donner à la Turquie les garanties de sécurité dont elle a besoin. Elles empêcheront toute nouvelle invasion turque.

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Le Washington Post rapporte :

La Turquie a accepté jeudi un cessez-le-feu qui suspend sa marche vers la Syrie et interrompt temporairement une semaine de violents combats avec les forces kurdes, tout en permettant au gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan de créer une zone tampon convoitée depuis longtemps au-delà de ses frontières.
 
L'accord, annoncé par le vice-président Pence après plusieurs heures de négociations, semblait laisser au chef de la Turquie l'essentiel de ce qu'il cherchait lorsque ses militaires ont lancé un assaut contre le nord-est de la Syrie il y a un peu plus d'une semaine : l'expulsion des milices kurdes syriennes de la frontière et la levée de la menace américaine d'imposer des sanctions à l'économie vulnérable de la Turquie.

Pence dit que la Turquie a accepté de faire une pause dans son offensive pendant cinq jours, alors que les États-Unis ont aidé à faciliter le retrait des forces dirigée par les kurdes, aussi appelées Forces démocratiques syriennes (SDF), à partir d'une large bande de territoire allant de la frontière de la Turquie jusqu'à près de 20 miles au sud en Syrie. Après l’achèvement du retrait des Kurdes, l’opération militaire turque, commencée le 9 octobre, sera "complètement arrêtée", a déclaré M. Pence.

Le New York Times titre faussement à la une : Trump se dégonfle, le cessez-le-feu cimente les acquis de la Turquie en Syrie.

L'accord de cessez-le-feu conclu avec la Turquie par le vice-président Mike Pence revient à une victoire quasi totale du président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui gagne du territoire, paie peu de pénalités et semble avoir manœuvré le Président Trump.
 
Le mieux que l’on puisse dire au sujet de cet accord est qu’il pourrait mettre fin aux tueries dans l’enclave kurde du nord de la Syrie. Mais le coût pour les Kurdes, alliés américains de longue date dans la lutte contre État islamique, est sévère : même des responsables du Pentagone sont désorientés quant à savoir où iraient les dizaines de milliers de Kurdes déplacés, qui doivent se diriger au sud de la frontière turco-syrienne. comme exigé par les accords - s'ils acceptent d'y aller, pour commencer.
 ...
 
Les responsables militaires se sont déclarés étonnés d'apprendre que l'accord autorisait essentiellement la Turquie à annexer une partie de la Syrie, à déplacer des dizaines de milliers d'habitants kurdes et à anéantir des années de succès dans la lutte antiterroriste contre État islamique.

Les États-Unis ne peuvent pas « permettre à la Turquie d’annexer une partie de la Syrie ». Les États-Unis ne possèdent pas la Syrie. Il est complètement ridicule de penser qu’elle a le pouvoir de permettre à la Turquie d’annexer certaines de ses parties.

La Turquie ne « gagnera pas de territoire ». Il n’y aura pas de « corridor de sécurité » turc. Les civils kurdes des régions de Kobani, Ras al Ain et Qamishli n’iront nulle part. Les Turcs ne toucheront pas ces zones à majorité kurde car elles sont, ou seront bientôt, sous le contrôle du gouvernement syrien et de son armée.

Pour la première fois depuis 5 ans, le drapeau syrien a été hissé à la frontière Syrie-Turquie à Kobani. Agrandir

La photo, prise hier, montre la frontière syro-turque traversant le nord de Kobani. L’armée syrienne en a pris le contrôle et a hissé le drapeau syrien. Il n’y a plus aucune force kurde là-bas qui pourrait menacer la Turquie.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Cavusoglu, a confirmé que la Turquie était d’accord avec les propositions du gouvernement syrien :

La Russie "a promis que le PKK ou YPG ne se trouveraient pas de l'autre côté de la frontière", a déclaré Cavusoglu dans une interview à la BBC. "Si la Russie, accompagnée par l'armée syrienne, retire des éléments des YPG de la région, nous ne nous opposerons pas à cela."

Même les Syriens, partisans opposés à leur gouvernement apprécient le stratagème :

Rami Jarrah @RamiJarrah - 12h53 UTC · 17 oct. 2019
 
Le ministre des Affaires étrangères de Turquie a répété une fois de plus que si la Russie et le régime syrien s’emparaient des zones frontalières, ils ne feraient pas d'objection, du moment que le PYD serait expulsé.
 
Assad a eu l'opportunité la plus facile de saisir les terres depuis le début de la guerre.

Ces mouvements ont été planifiés depuis le début. L’invasion turque dans le nord-est de la Syrie avait pour but de donner à Trump une raison de retirer ses troupes. Elle visait à pousser les forces kurdes à se soumettre enfin au gouvernement syrien. Dans les coulisses, la Russie avait déjà organisé le remplacement des forces kurdes par des troupes du gouvernement syrien. Elle a coordonné les mouvements de l’armée syrienne avec l’armée américaine. La Turquie était convenue que le contrôle du gouvernement syrien serait suffisant pour apaiser ses craintes concernant une guérilla kurde et un proto-État kurde à sa frontière. Toute nouvelle invasion turque de la Syrie est donc inutile.

Le plan est gagnant pour tout le monde. La Turquie sera libre de toute menace kurde. La Syrie regagne son territoire. Les États-Unis peuvent partir sans autres problèmes. La Russie et l’Iran gagnent en prestige. Les Kurdes se prennent en charge.

Le «cessez-le-feu» et le retrait des groupes armés kurdes de la frontière, qui auraient été négociés hier entre Pence et Erdogan, avaient déjà été décidés avant que les États-Unis n’annoncent leur retrait de Syrie.

En tant que journaliste chevronné, Elijah Magnier a écrit hier, avant les négociations des États-Unis avec les turcs :

Assad espère que la Russie parviendra à stopper l’avance turque et à en réduire les conséquences, peut-être en demandant aux Kurdes de se retirer à 30 km des frontières turques pour apaiser les inquiétudes du président Erdogan. Cela pourrait également convenir à l’accord Adana de 1998 entre la Turquie et la Syrie (zone tampon de 5 km au lieu de 30 km) et offrir la tranquillité à toutes les parties concernées. La Turquie veut s'assurer que le YPG kurde, la branche syrienne du PKK, est désarmé et contenu. Rien ne semble difficile à gérer pour la Russie, en particulier lorsque l’objectif le plus difficile a déjà été offert gracieusement : le retrait des forces américaines.

Ce que Magnier décrit correspond exactement à ce sur quoi Pence et Erdogan se sont mis d’accord car cela faisait – depuis le début – partie d’un plan commun plus vaste.

Donald J. Trump @realDonaldTrump - 20:13 UTC · 17 oct. 2019
 
C'est un grand jour pour la civilisation. Je suis fier des États-Unis qui m'ont suivi dans ma démarche, nécessaire, mais quelque peu non conventionnelle. Les gens essaient de régler cette «affaire» depuis de nombreuses années. Des millions de vies seront sauvées. Félicitations à tous !

La question est maintenant de savoir si les États-Unis respecteront l’accord ou si la pression sur le président Trump sera si lourde qu’il devra se retirer de l’accord. Les États-Unis doivent déplacer toutes leurs troupes du nord-est de la Syrie pour que le plan réussisse. Toute force américaine résiduelle, même petite et insoutenable, compliquera encore davantage la situation.

Le fait que les médias et les experts américains ont complètement mal interprété la situation est le symptôme d’un échec plus général. Anatol Lieven décrit ainsi le désordre de la stratégie américaine au Moyen-Orient :

Ce modèle a ses racines dans la décadence du système politique américain et l'establishment politique domestique, y compris le pouvoir des lobbies et leur argent sur la politique des États-Unis dans des domaines clés ; le retrait des études régionales dans les universités et les groupes de réflexion, conduisant à une ignorance totale de certains des pays clés auxquels les États-Unis ont à faire ; l'obsession de soi, l'auto-satisfaction et la mégalomanie idéologique qui, dans chaque différend, amènent une part si importante de l'establishment et des médias américains à faire des États-Unis une force du bien absolu et de leurs opposants un mal absolu; et l'échec - lié à ces trois syndromes - d'identifier les intérêts vitaux et secondaires et de choisir entre eux.

Seuls quelques réalistes, aux États-Unis, reconnaissent la réalité. Stephen Walt :

L’essentiel: la solution à la situation en Syrie consiste à reconnaître la victoire d’Assad et à collaborer avec les autres parties intéressées pour y stabiliser la situation. Malheureusement, cette approche raisonnable, bien que peu savoureuse, est un anathème pour le «marais» de la politique étrangère - Démocrates et républicains confondus - ses membres sont en train de rassembler les arguments habituels, usés jusqu'à la corde, pour expliquer pourquoi tout est de la faute de Trump et que les États-Unis n'auraient jamais dû retirer un seul soldat.

Je suis confiant pour le moment que le blob [État profond] sera contenu par Trump et que le plan « tout le monde gagnant » réussira. Erdogan se rendra bientôt en Russie pour discuter des prochaines étapes vers la paix en Syrie. Les discussions porteront sur un plan commun visant à libérer le gouvernorat d’Idleb sous contrôle djihadiste. Cette étape nécessitera peut-être un sommet entre le président syrien Bachar al-Assad et Erdogan, pendant lequel la Russie et l’Iran contribueront à faciliter la tâche.

Les États-Unis s’étant retirés du dossier syrien, de telles étapes vers la paix seront désormais beaucoup plus faciles.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/syrie-etats-unis-sideration-des-medias-devant-le-plan-tout-le-monde-y-gagne

TOUT CE QUE L’ON VOUS CACHE SUR L’OPÉRATION TURQUE « SOURCE DE PAIX » (3/3)

TOUT CE QUE L’ON VOUS CACHE SUR L’OPÉRATION TURQUE « SOURCE DE PAIX » (3/3)

L’invasion turque du Rojava

par Thierry Meyssan

Si la communauté internationale craint publiquement la brutalité de l’intervention turque au Nord de la Syrie, elle se félicite officieusement de cette intervention, seule et unique solution à un retour de la paix dans cette région. La guerre contre la Syrie se termine par un crime de plus. Reste encore à déterminer le sort des mercenaires étrangers d’Idleb, des jihadistes enragés au cours de huit ans d’une guerre particulièrement sauvage et cruelle.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 17 OCTOBRE 2019 TÜRKÇE

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Le 15 octobre 2016, le président Erdoğan annonce solennellement que son pays réalisera le serment national de Mustafa Kemal Atatürk. La Turquie, qui occupe déjà militairement une partie de Chypre et de l’Iraq, revendique une partie de la Syrie et de la Grèce. Son armée se prépare.

En 2011, la Turquie a organisé comme on le lui demandait la migration de 3 millions de Syriens afin d’affaiblir le pays. Par la suite, elle a soutenu les Frères musulmans et leurs groupes jihadistes, y compris Daesh. Elle a pillé au passage les machines-outils d’Alep et installé des usines de contrefaçon dans l’Émirat islamique.

Enivrée par ses victoires en Libye et en Syrie, la Turquie est devenue la Protectrice de la Confrérie des Frères musulmans, s’est rapprochée de l’Iran et a défié l’Arabie saoudite. Elle a déployé des bases militaires tout autour du Royaume wahhabite au Qatar, au Koweït et au Soudan, puis a engagé des cabinets occidentaux de relations publique et détruit l’image du prince Mohamed Ben Salmane, notamment avec l’affaire Kashoggi [1]. Progressivement, elle a envisagé d’étendre sa puissance et ambitionné de devenir le XIVème empire monghol. Interprétant à tort cette évolution comme étant le fait du seul Recep Tayyip Erdoğan, la CIA tenta plusieurs fois de l’assassiner jusqu’à provoquer le coup d’État manqué de juillet 2016. Il s’en suivit trois années d’incertitudes qui se terminèrent en juillet 2019 lorsque le président Erdoğan décida de privilégier le nationalisme sur l’islamisme [2]. Aujourd’hui, la Turquie, quoique toujours membre de l’Otan, transporte du gaz russe dans l’Union européenne et achète des S-400 à Moscou [3]. Elle veille sur ses minorités, y compris kurde, et n’exige plus d’être musulman sunnite, mais uniquement loyal à sa Patrie.

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 Durant l’été, le président Donald Trump a fait savoir son intention de retirer ses troupes de toute la Syrie, à commencer par le Rojava (déjà formulée le 17 décembre 2018), à la condition expresse de couper la ligne de communication entre l’Iran et le Liban (ce qui est nouveau). La Turquie a souscrit à cet engagement en échange d’une occupation militaire de la bande frontalière syrienne depuis laquelle l’artillerie terroriste pouvait la bombarder.
 La Russie a fait savoir qu’elle ne soutenait pas les criminels contre l’humanité du YPG et accepterait une intervention turque si la population chrétienne était autorisée à retourner sur sa terre. Ce à quoi la Turquie s’est engagée.
 La Syrie a fait savoir qu’elle ne repousserait pas dans l’immédiat d’invasion turque si elle pouvait libérer un territoire équivalent dans le gouvernorat d’idleb. Ce que la Turquie a accepté.
 L’Iran a fait savoir que, même si elle réprouve une intervention turque, elle n’intervient qu’au profit des chiites et n’est pas intéressée par le sort du Rojava. Ce que la Turquie a enregistré.

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Le principe de la fin du Rojava a été acté lors des sommets Etats-Unis/Russie qui se sont tenus à Tel-Aviv et à Genève en juin et août 2019.

Plusieurs sommets internationaux ont été organisés pour examiner les conséquences de ces positions et déterminer des points subalternes (par exemple, le pétrole de la bande frontalière syrienne ne sera pas exploité par l’armée turque, mais par une société états-unienne). Les premiers sommets ont réuni les conseillers de sécurité états-unien et russe. Les seconds, les chefs d’État russe, turc et iranien.

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 Le 22 juillet 2019, la Turquie annonce la suspension de son accord migratoire avec l’Union européenne [4].
 Le 3 août, le président Erdoğan nomm de nouveaux officiers supérieurs, dont des kurdes, et ordonne la préparation de l’invasion du Rojava [5].
 Il ordonne également à l’armée turque de se retirer devant l’armée arabe syrienne dans le gouvernorat d’Idleb, de sorte qu’elle puisse libérer un territoire équivalent à celui qui allait être envahi à l’Est.
 Le 23 août, le Pentagone ordonne le démantèlement des fortifications du YPG de manière à ce que l’armée turque puisse mener une offensive éclair [6].
 Le 31 août, en soutien à l’armée arabe syrienne, le Pentagone bombarde une réunion de dirigeants d’Al-Qaïda à Idleb, grâce à des renseignement turcs [7].
 Le 18 septembre, le président Trump change de conseiller de Sécurité et nomme Robert O’Brien. Cet homme discret connaît bien le président Erdoğan avec qui il a réglé les conséquences du coup d’État manqué de juillet 2016 [8].
 Le 1er octobre, le président Erdoğan annonce l’imminente relocation de 2 millions de réfugiés syriens sur le territoire du Rojava [9].
 Le 5 octobre, les États-Unis demandent aux membres de la Coalition internationale de récupérer leurs ressortissants jihadistes prisonniers au Rojava. Le Royaume-Uni demande leur transfert en Iraq, tandis que la France et l’Allemagne refusent [10].
 Le 6 octobre, les États-Unis déclarent ne plus être responsables des jihadistes prisonniers au Rojava qui va passer sous responsabilité turque.
 Le 7 octobre, les Forces spéciales US amorcent leur retrait du Rojava.
 Le 9 octobre, l’armée turque —notamment commandée par des officiers kurdes— et des miliciens turkmènes ayant récupéré le drapeau de l’Armée syrienne libre envahissent la bande de territoire syrienne de 32 kilomètres de profondeur occupée par le YPG.

L’opération « Source de paix » est parfaitement légale en droit international si elle se limite à la bande frontalière de 32 kilomètres et si elle ne donne pas lieu à une occupation turque indéfinie [11]. C’est pourquoi, l’armée turque a recours à des milices turkmènes syriennes pour pourchasser le YPG dans le reste du Rojava.

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Réunion de coordination de l’opération Source de paix, dans le bunker de commandement du palais blanc, à Ankara.

La presse internationale, qui n’a pas suivi les évènement sur le terrain et s’est contentée des déclarations officielles contradictoires de ces derniers mois, est stupéfaite. Tous les États à l’unisson dénoncent l’opération turque, y compris les États-Unis, la Russie, Israël, l’Iran et la Syrie, bien qu’ils l’aient tous négociée et validée. Ceux qui menacent la Turquie doivent réfléchir à la possible migration de leurs ressortissants jihadistes aguerris d’Idleb.

Le Conseil de sécurité se réunit en urgence à la demande du président Macron et de la chancelière Merkel. Pour éviter de montrer que personne ne s’oppose véritablement à l’intervention turque, pas même la France, la séance se déroule à huis clos et ne fait pas l’objet d’une déclaration du président du Conseil.

Il est peu probable que la Syrie, exsangue, puisse récupérer dans l’immédiat cette bande de territoire, alors que l’Iraq n’a pas réussi à libérer Baachiqa (110 km de profondeur) et que l’Union européenne elle-même n’a pas réussi à libérer le tiers de Chypre, occupé depuis 1974.

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Le 11 octobre, Jens Stoltenberg vient apporter à la Turquie la bénédiction de l’Otan.

Malgré les demandes de la France et de l’Allemagne, le Conseil atlantique ne se réunit pas. Le 11 octobre, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, vient à Ankara s’assurer que l’opération fonctionne. Il célèbre la grandeur de la Turquie, cloue ainsi le bec des Allemands et des Français [12].

Le 13 octobre, en pleine débâcle, la direction du YPG est modifiée. Sur les conseils russes, les dirigeants kurdes, qui sont en négociation depuis toujours avec la République arabe syrienne, viennent lui faire allégeance sur la base russe d’Hmeimim [13]. Cependant certains membre de la direction du YPG contestent le renoncement au Rojava.

Le 14 octobre, le président Donald Trump prend des sanctions contre la Turquie. Elles sont purement symboliques et permettent à Ankara de poursuivre son attaque sans prendre garde aux critiques [14].

Le président Donald Trump a ainsi réussi à mettre fin à la question du Rojava. L’armée russe a investi les bases US, abandonnées par les GI’s, manifestant la place que Moscou occupe désormais dans la région en remplacement de Washington. La Syrie, tout en dénonçant l’intervention turque a libéré un quart de son territoire. La Turquie règle la question du terrorisme kurde et envisage de régler celle des réfugiés syriens. La tentation sera grande pour elle de ne pas s’arrêter là.Thierry Meyssan

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[1] “EXCLUSIVE : Saudi Arabia’s ‘strategic plan’ to take Turkey down”, David Hearst & Ragip Soylu, Middle East Eye, August 5, 2019.

[2] « La Turquie renonce une seconde fois au Califat », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 août 2019.

[3] « La Turquie ne s’alignera ni sur l’Otan, ni sur l’OTSC », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 août 2019.

[4] « La Turquie suspend son accord migratoire avec l’UE », Réseau Voltaire, 30 juillet 2019.

[5] « La Turquie prépare une invasion du Nord de la Syrie », Réseau Voltaire, 5 août 2019.

[6] « Des Kurdes détruisent leurs fortifications au « Rojava » », Réseau Voltaire, 25 août 2019.

[7] « Les États-Unis bombardent Al-Qaëda à Idleb », Réseau Voltaire, 1er septembre 2019.

[8] « Robert O’Brien, nouveau conseiller de Sécurité US », Réseau Voltaire, 19 septembre 2019.

[9] « Le plan Erdoğan pour le Nord de la Syrie », Réseau Voltaire, 2 octobre 2019.

[10] « Déclaration de la Maison-Blanche à propos des terroristes du Nord de la Syrie », Réseau Voltaire, 6 octobre 2019.

[11] « Qu’est ce que l’opération « Source de paix » ? », Réseau Voltaire, 11 octobre 2019.

[12] « Déclaration de Jens Stoltenberg sur l’opération « Source de paix » », par Jens Stoltenberg, Réseau Voltaire, 11 octobre 2019.

[13] « L’accord d’Hmeimim », Réseau Voltaire, 14 octobre 2019.

[14] “Donald Trump Regarding Turkey’s Actions in Northeast Syria”, by Donald Trump, Voltaire Network, 14 October 2019.

https://www.voltairenet.org/article207885.html

TOUT CE QUE L’ON VOUS CACHE SUR L’OPÉRATION TURQUE « SOURCE DE PAIX » (2/3)

TOUT CE QUE L’ON VOUS CACHE SUR L’OPÉRATION TURQUE « SOURCE DE PAIX » (2/3)

Le Kurdistan, imaginé par le colonialisme français

par Thierry Meyssan

Contrairement à une idée reçue, le Rojava n’est pas un État pour le peuple kurde, mais un fantasme français de l’entre-deux guerres. Il s’agissait de créer un État croupion avec des Kurdes équivalent au Grand Israël qui était envisagé avec des Juifs. Cet objectif colonial a été réactivé par les présidents Sarkozy, Hollande et Macron jusqu’au nettoyage ethnique de la région destinée à l’accueillir.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 16 OCTOBRE 2019 ΕΛΛΗΝΙΚΆROMÂNĂITALIANOPORTUGUÊSTÜRKÇEDEUTSCH

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Une délégation kurde est reçue à l’Élysée par le président François Hollande et son ministre de la Défense de l’époque, Jean-Yves Le Drian, en présence de Bernard-Henri Lévy, ordonnateur des désastres tunisien, égyptien et libyen.

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Le Haut-commissaire français au Levant, le général Henri Gouraud, recrute avec l’aide des Turcs 900 hommes du clan kurde des Millis pour réprimer la rébellion nationaliste arabe à Alep et Raqqa. Ces mercenaires combattront en tant que gendarmes français sous ce qui deviendra le drapeau de l’actuelle Armée syrienne libre (Télégramme du 5 janvier 1921).Source : Archives de l’armée de Terre française.

Le peuple kurde n’a jamais eu de rêve d’unification, à l’exception du projet du prince de Rewanduz. Au XIXème siècle, celui-ci s’inspirait de la conception allemande de la Nation et entendait donc prioritairement unifier la langue. Encore aujourd’hui, il existe plusieurs langues, induisant une séparation très prononcée entre les clans kurmanjis, soranis, zazakis, et guranis.

Selon des documents jusqu’ici inexploités et au sujet desquels l’intellectuel libanais Hassan Hamadé rédige actuellement un livre stupéfiant, le président du Conseil des ministres français, Léon Blum, négocia en 1936 avec le chef de l’Agence juive, Chaim Wiezmann, et les Britanniques, la création d’un Grand État d’Israël de la Palestine à l’Euphrate, incluant donc le Liban et la Syrie jusqu’alors sous mandat français. Ce projet capota en raison de la furieuse opposition du Haut-Commissaire français au Levant, le comte Damien de Martel. La France —et probablement le Royaume-Uni— envisageaient à l’époque de créer un État kurde en Syrie à l’Est de l’Euphrate.

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Le 4 février 1994, le président Mitterrand reçoit une délégation kurde de membres du PKK turc.

La question kurde redevint une priorité avec le président François Mitterrand. En pleine Guerre froide, son épouse, Danielle, devint la « mère des Kurdes [du clan Barzani] ». Les 14 et 15 octobre 1989, elle organisa un colloque à Paris : « Les Kurdes : l’identité culturelle, le respect des droits de l’homme ». Elle joua un rôle dans l’attribution mensongère de la mort des Kurdes du village d’Halabja durant la guerre Iraq-Iran à la cruauté du président Saddam Hussein alors que les rapports de l’US Army attestent qu’au contraire le vent a déplacé des gaz iraniens durant une terrible bataille [1]. En 1992, elle participa à la création d’un gouvernement fantoche kurde dans la zone iraquienne occupée par les Anglo-Saxons.

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Le 31 octobre 2014, François Hollande raccompagne Recep Tayyip Erdoğan sur le perron de l’Élysée. Un autre invité vient de sortir discrètement par la petite porte, le Kurde pro-Turcs Salih Muslim.

Lors de la présidence de Nicolas Sarkozy, en 2011, Alain Juppé conclut un Protocole secret avec la Turquie pour la création d’un pseudo-Kurdistan. La Syrie ne réagit pas. Puis, le 31 octobre 2014, le président François Hollande reçut officiellement au palais de l’Élysée le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan avec officieusement le co-président du YPG, Salih Muslim, pour mettre au point le démembrement de la Syrie. Les combattants kurdes cessèrent de se reconnaître comme Syriens et débutèrent leur lutte pour leur propre patrie. La Syrie cessa immédiatement de payer leurs salaires.

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À l’issue de la bataille de Kobané, François Hollande change de camp et marque son soutien aux Kurdes, en recevant à l’Élysée, le 8 février 2015, une délégation pro-US du YPG.

Cependant, quelques mois plus tard, le président Barack Obama rappelle la France à l’ordre. Ce n’est pas à Paris de négocier un pseudo-Kurdistan au regard de ses vieux rêves coloniaux, mais au seul Pentagone, selon le plan ethnique Rumsfeld/Cebrowski. François Hollande se plie et reçoit une délégation kurde pro-US de combattantes d’Aïn al-Arab (« Kobané » en allemand et non pas en langue kurde). La Turquie refuse quant à elle de se soumettre à Washington. C’est le début d’une longue divergence entre les membres de l’Alliance atlantique. Considérant que le retournement français viole l’accord du 31 octobre 2014, les services secrets turcs organisent avec Daesh les attentats du 13 novembre 2015 contre la France et du 22 mars 2016 contre la Belgique, qui venait de s’aligner à son tour sur Washington [2]. Le président Erdoğan annoncera sans équivoque les attentats contre la Belgique et sa presse les revendiquera. Enfin, Salih Muslim organise la conscription obligatoire des jeunes kurdes et édifie sa dictature, tandis qu’Ankara émet un mandat d’arrêt contre lui.

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Décret de kurdisation forcée du Nord de la Syrie. Ce document, rendu public par les victimes chrétiennes assyriennes, atteste du nettoyage ethnique perpétré par les FDS, sous encadrement militaire US.

En octobre 2015, le Pentagone créé les Forces démocratiques syriennes (FDS), une unité de mercenaires kurdes turcs et syriens, incluant quelques arabes et chrétiens, de manière à réaliser un nettoyage ethnique sans avoir à en prendre publiquement la responsabilité. Les FDS expulsent les familles arabes et chrétiennes assyriennes. Des combattants, venus d’Iraq et de Turquie, s’installent dans leurs maisons et prennent possession de leurs terres. L’archevêque catholique syriaque d’Hassaké-Nisibi, Mgr. Jacques Behnan Hindo, attestera plusieurs fois que des leaders kurdes ont évoqué devant lui un plan d’expulsion des chrétiens du « Rojava ». Les forces spéciales françaises assistent à ce crime contre l’humanité sans broncher. Le 17 mars 2016, l’autonomie du « Rojava » (pseudo-Kurdistan en Syrie) est déclarée [3]. Craignant la jonction entre le PKK turc et le clan Barzani iraquien qui ouvrirait la voie à la création d’un Grand Kurdistan, le gouvernement irakien envoie des armes au PKK afin de renverser les Barzanis. Il s’ensuit une série d’assassinat de dirigeants kurdes par des clans opposés.

Fin 2016, le retrait partiel de l’armée russe suivi de la libération d’Alep par l’Armée arabe syrienne marquent le retournement définitif de la guerre. Ils coïncident, en janvier 2017, avec l’arrivée à la Maison-Blanche du président Donald Trump, dont le programme électoral prévoit la fin de la stratégie Rumsfeld/Cebrowski, la fin du soutien massif aux jihadistes et le retrait de l’Otan et des troupes US de Syrie. La France facilite le départ au Rojava de jeunes combattants anarchistes persuadés de défendre la cause kurde alors qu’ils se battent pour l’Alliance atlantique [4]. De retour en France, ils s’avéreront aussi incontrôlables que les jeunes Français jihadistes. Ainsi, selon la DGSI (Renseignements intérieurs), c’est un de ces combattants qui tentera d’abattre un hélicoptère de gendarmerie lors de l’évacuation de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes [5].

En juin 2017, le président Trump autorise une opération conjointe de l’Armée arabe syrienne (commandée par le président Bachar el-Assad) et des FDS (c’est-à-dire des mercenaires kurdes pro-US) pour libérer Raqqa, la capitale de Daesh [6]. La guerre est finie, mais ni la France, ni l’Allemagne ne l’entendent ainsi.

Progressivement, le contrôle du YPG échappe aux États-Unis qui s’en désintéressent. L’organisation terroriste devient alors un jouet français, comme les Frères musulmans sont une marionnette britannique.

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Cette carte a été publiée par Anadolu Agency en janvier 2019. Elle fait apparaître 9 bases militaires françaises, dont 8 ont été déployées par le président Emmanuel Macron.

La Turquie fait alors publier par son agence officielle, Anadolu Agency, la carte des bases militaires françaises au Rojava, dont le nombre est étendu sous la présidence d’Emmanuel Macron à neuf. On ne connaissait jusque-là que celle de la cimenterie du groupe Lafarge. Ankara entend souligner que, contrairement à ses déclarations officielles et à la différence des États-Unis, la France reste favorable à la partition de la Syrie.

Nous pouvons également révéler que, sollicitée par les services de Renseignement syriens pour récupérer ses jihadistes faits prisonniers, la France refusa de les rapatrier pour les juger. Elle demanda qu’ils soient remis aux forces kurdes qui s’en occuperaient.

En février 2018, l’ambassadeur de la Fédération de Russie à l’Onu, Vassily Nebenzia, révèle que les kurdes syriens viennent d’amnistier 120 leaders de Daesh et les ont incorporés au YPG.

Dès septembre 2018, le président Trump prépare le retrait des troupes US de toute la Syrie [7]. L’abandon du « Rojava » est conditionné à la coupure de la route iranienne qui pourrait traverser ce territoire pour rejoindre le Liban. Ce à quoi s’engagera le président Erdoğan en août. Les GI’s surpervisent alors la destruction des ouvrages défensifs des Kurdes. Un accord est validé le 16 septembre par la Russie, la Turquie et l’Iran. Dès lors la fin de ce pseudo-Kurdistan est imminente. Ne comprenant absolument pas ce qui se passe, la France est stupéfiée lorsque les troupes turques envahissent brutalement ce pseudo-État autonome et que fuit la population l’occupant illégalement.

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Infatué de lui-même et totalement déconnecté de la réalité, Jean-Yves le Drian assure sur le plateau de France 2 que la France poursuit sans risques ses objectifs en Syrie.

Invité du journal télévisé de France2, le 10 septembre, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian, tente de rassurer les Français sur les conséquences de ce fiasco. Il assure que la France contrôle la situation : les jihadistes détenus au Rojava ne seront pas libérés, alors qu’il n’y a plus aucune institution sur place, mais jugés dans ce territoire. Il poursuit en affirmant que le président Erdoğan menace la France dans le vide. Enfin, il refuse de répondre à une question sur la mission de l’armée française sur place, en pleine débâcle.

Si l’on ignore le sort qui attend les jihadistes prisonniers aussi bien que celui des populations civiles qui ont volé cette terre, on est sans nouvelles du sort des soldats des neuf bases militaires françaises. Ils sont pris entre deux feux, entre l’armée turque que le président Hollande a trahie et les Kurdes que le président Macron a abandonnés et qui ont fait à nouveau allégeance à la République arabe syrienne.

Thierry Meyssan

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[1] “A War Crime Or an Act of War ?”, Stephen C. Pelletiere, The New York Times, January 31, 2003.

[2] Selon les experts anti-terroristes, ces attentats n’ont pas été effectués en recourant à un mode opératoire comparable à celui utilisé lors des autres attentats revendiqués par Daesh, mais portent la trace d’une organisation militaire minutieuse, d’un acte de guerre perpétré par un État. « Le mobile des attentats de Paris et de Bruxelles », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 28 mars 2016.

Meyssan

3] « Déclaration du Rojava pour une Syrie fédérale », Réseau Voltaire, 17 mars 2016.

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[4] « Les Brigades anarchistes de l’Otan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 septembre 2017.

[5] « Ces revenants du Rojava qui inquiètent les services de renseignement », Matthieu Suc et Jacques Massey, Médiapart, 2 septembre 2019.

[6] “Secret Russian-Kurdish-Syrian military cooperation is happening in Syria’s eastern desert”, Robert Fisk, The Independent, July 24, 2017.

[7] “Trump eyeing Arab ‘boots on the ground’ to counter Iran in Syria”, Travis J. Tritten, Washington Examiner, September 29, 2018.

https://www.voltairenet.org/article207884.html