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La querelle entre les États-Unis et la Turquie s’envenime

La querelle entre les États-Unis et la Turquie s’envenime


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama − Le 4 avril 2019

Les deux tweets ci-dessous sont une mise à jour du récent article sur les problèmes de la Turquie et sur la manière dont ils vont changer la dynamique dans le gouvernorat d’Idleb infesté de Djihad en Syrie.

Les États-Unis menacent de ne pas livrer les avions de combat F-35 commandés par la Turquie, parce que celle-ci a également acquis le système de défense antiaérien S-400 de fabrication russe. Nous avons dit que cela aurait pour conséquence une nouvelle victoire pour la Russie :

La Russie sera ravie de fournir à la Turquie des avions de combat Su-35. Ils sont indiscutablement mieux que le F-35 et seront probablement moins chers. Mais ils viendront avec un prix politique.

Les chances pour que cela se produise se sont accrues après le court échange d’hier entre les vice-présidents des États-Unis et la Turquie. Le vice-président Pence a parlé devant le Conseil Atlantique, lors du 70ème anniversaire de l’OTAN, et a déclaré que la Turquie risquait son avenir de membre de l’OTAN en raison de l’achat de S-400.

Pence a aussi tweeté :


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La réponse ne s’est pas fait attendre :
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Les forces kurdes du PKK/YPG, que les États-Unis utilisent comme force de substitution pour occuper le nord-est de la Syrie, sont en fait des terroristes légaux dès qu’elles franchissent la frontière avec la Turquie. Quelle est la valeur de l’OTAN lorsqu’elle protège les ennemis de la Turquie ?La menace de Pence est également stupide car il n’existe aucun mécanisme pour expulser un membre de l’OTAN, il ne peut partir que volontairement.

Autour du Kremlin, on pouvait entendre sauter les bouchons de champagne.

Le comportement non professionnel et menaçant de Pence et d’autres responsables de l’administration américaine va coûter cher aux États-Unis.

Comme Andrei Martyanov l’a récemment écrit :

Je peux tout à fait comprendre l'irritation ressentie par Washington à propos de toute cette situation. Après tout, la Turquie est un membre clé de l'OTAN, doté d'une armée réelle, et voyant un membre de l'OTAN se tourner vers un système d'armes de l'ennemi juré de Washington - c'est non et non. Vient ensuite la question : donc, les États-Unis arrêteront (vraiment?) les livraisons de F-35 et des technologies associées en Turquie, et alors ? Voulons-nous vraiment ouvrir cette boîte de Pandore ? Les Turcs ne sont pas des idiots, loin de là - ils savent compter, et bien qu'Erdogan puisse encore effectuer une manœuvre rapide à 180 degrés, il ne peut pas non plus ne pas tenir compte du fait qu'au lieu des F-35, la Turquie pourrait mettre la main sur une version décente de SU-35. Possible ? Oui ! Probable ? Je ne sais pas.

Mais Obama aurait dû réfléchir à deux fois avant de déclencher - ou prétendre qu'il ne connaissait pas - le coup d'État contre Erdogan en 2016. Ou, d'ailleurs, un renversement sanglant du gouvernement en Ukraine en 2014. Mais les élites américaines actuelles n'ont aucune idée que leur actions ont des conséquences.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

 

https://lesakerfrancophone.fr/la-querelle-entre-les-etats-unis-et-la-turquie-senvenime

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S-400, la pomme de discorde de Poutine

 

S-400, la pomme de discorde de Poutine

Publié le 6 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in RussieMoyen-Orient

Quand, furieuse de ne pas avoir été invitée à un banquet sur l’Olympe, Éris, déesse de la Discorde, lance la fameuse pomme sur la table, elle ne s’imaginait peut-être pas la cascade d’événements qu’elle provoquerait. L’inscription gravée sur le fruit – « A la plus belle » – voit d’abord les déesses se crêper le chignon avant de se retourner vers Zeus pour lui demander de les départager. Point téméraire, celui-ci prend ses jambes à son cou et se dépêche de chercher sur terre un jeune homme pour le remplacer dans ce fatal jugement.

Pâris, c’est son nom, n’a que l’embarras du choix : Héra, femme de Zeus, lui propose un empire et Athéna, déesse de la guerre, la victoire éternelle sur les champs de bataille. Mais c’est finalement Aphrodite, déesse de l’amour, qui l’emporte en lui assurant l’affection de la plus belle femme du monde. La belle Hélène, femme du roi de Sparte, tombe ainsi amoureuse de Pâris, prince troyen, qui l’emmène avec lui. C’est le début de la guerre de Troie et des inoubliables exploits d’Achille, Hector, Ulysse…

Véritable Éris des temps modernes, Vladimir Poutine ne s’amuse jamais autant que lorsqu’il sème la discorde dans le camp impérial. Moins poétique, c’est un système antiaérien, le meilleur du monde, qui joue le rôle de la pomme en or. Un petit rappel sur ce bijou technologique n’est pas inutile :

Tout amateur de rugby sait que le noble sport marche par phase : à certaines époques, les attaques prennent le pas sur les défenses ; à d’autres, c’est l’inverse. Au rugby-champagne des années 90, les entraîneurs de ce jeu infini et complexe ont répondu par la mise en place de systèmes défensifs très élaborés. Il en est de même dans l’éternelle course-poursuite de l’armement entre l’attaque (aviation, missiles) et la défense (systèmes anti-aérien et anti-missiles). Amusante coïncidence, les périodes sont relativement similaires.

Les années 90 ont marqué l’apogée de l’attaque, du pouvoir absolu des airs. Durant la première guerre du Golfe (1991), les avions furtifs et missiles américains sont entrés comme dans du beurre irakien ; la guerre du Kosovo (1999) a, pour la première (et dernière ?) fois de l’histoire, vu la victoire de la seule aviation, sans hommes à terre. Cette « dictature du ciel » a provoqué, plus qu’une prise de conscience, une véritable révolution mentale dans les principaux états-major de la planète.

Les Russes ont été les premiers à relever le défi avec la création et la fabrication de systèmes anti-aérien et anti-missiles extrêmement performants : les fameux S300 puis S400. Le bras armé US fait maintenant face à ce que les analystes appellent des « bulles de déni » :

Face à la réalité des systèmes défensifs (S-300 et S-400) et offensifs (sous-marins, missiles balistiques et de croisière) d’origine russe, la question du déni d’accès est désormais l’objet de toutes les attentions, en France, aux Etats-Unis comme à l’Otan. Elle a récemment fait l’objet d’une conférence au Collège de défense de l’Otan et devrait figurer à l’ordre du jour de la prochaine ministérielle de l’Alliance des 15 et 16 juin.

Au comité militaire de l’Otan, on a pris conscience de la vulnérabilité des forces aériennes de l’Alliance en cas de conflit avec Moscou. Et pas seulement. Car les Occidentaux pourraient aussi perdre leur supériorité aérienne en temps de paix, la présence de ces dispositifs d’anti-accès étant, par exemple, susceptible de gêner considérablement le déploiement de moyens d’urgence en Europe de l’Est, tels que ceux préconisés par les Américains. En réduisant la liberté d’action des Alliés sur leur propre zone de responsabilité, le déni d’accès russe deviendrait alors aussi déni d’action à même de contraindre la décision politique. (…) Jamais, depuis la fin de la Guerre froide, l’Otan n’avait été confrontée à des environnements “non-permissifs”.

«Les Russes ne font plus rire», note un observateur, d’autant que leurs systèmes antiaériens, que certains pensaient inefficients, disposent en réalité d’algorithmes très avancés. Qu’il s’agisse du S-300 ou du S-400, ces systèmes complexes utilisent plusieurs types de radars fonctionnant sur différentes fréquences. Ils sont mobiles et disposent d’une maintenance autonome. (…)

Pire : les Russes travaillent à la mise en réseau de leurs dispositifs, afin de mettre en place un système de systèmes intégrés qui leur permettra de gérer plusieurs bulles d’A2/AD en même temps à partir d’un QG unique, voire d’établir des communications entre les différentes bulles pour en créer de plus grosses couvrant de vastes territoires.

La décision russe de vendre le S-400 à la Turquie a fait particulièrement jaser et le fidèle lecteur connaît bien la position de nos Chroniques sur cette question. Dans un article qui fit date et entraîna un record de commentaires, nous exprimions notre effarement devant la vente de ce fleuron au sultan, passé maître dans l’art du retournement de veste et de la trahison. Le seul point positif était, et reste, la fracture créée au sein de l’OTAN.

Deux ans plus tard, rien n’a changé. Malgré les intenses pressions américaines, Erdogan n’en démord pas : il veut son jouet, provoquant une réponse furieuse du Pentagone qui, hier, menaçait la Turquie de « graves conséquences ». Un sénateur US va plus loin et évoque, en termes voilés, l’éventuelle expulsion des Turcs de l’OTAN. Les tenants de la vente des S-400 à Ankara reprendront l’argument selon lequel la vente des S-400 à Ankara est un chef-d’œuvre stratégique du Kremlin divisant l’Alliance atlantique.

En réalité, Turcs et Américains se sont déjà tellement souvent brouillés avant de se rabibocher (Kurdes de Syrie, putschinho etc.) qu’il est difficile de réellement croire à une rupture totale. L’empire a, malgré certaines couleuvres très difficiles à avaler, tout intérêt à ce que la Turquie reste dans l’OTAN. Et il serait tout aussi aberrant pour le sultan de la quitter, d’autant plus qu’il a fait une croix à peu près définitive sur son entrée dans l’Organisation de Coopération de Shanghai.

Toujours est-il que c’est le moment choisi par Moscou pour doubler la mise, toujours au Moyen-Orient. Cette fois, chose très intéressante, c’est le Qatar qui est visé. L’affaire n’est certes pas tout à fait nouvelle. Il y a quelques mois, des rumeurs faisaient déjà état de l’intérêt qatari, provoquant la colère de la camarillasaoudienne qui aurait même menacé de guerre son petit voisin si celui-ci se dotait de l’équipement russe. Où l’on voit que la crise du Golfe n’avait rien de passager…

Ce lundi, Lavrov, qui rencontrait son homologue qatari, en a remis une couche : Moscou est prêt à livrer des S-400 à l’émirat gazier si celui-ci en fait la demande. Et comme Doha est plus qu’intéressé, un accord est dans l’air. Les Saoudiens ont beau en avaler leur keffieh de rage, ils se voient répondre sèchement par leur voisin que ce ne sont pas leurs affaires.

A Washington, on s’étrangle aussi, d’autant que le Qatar est l’hôte de la plus grande base américaine au Moyen-Orient, par ailleurs quartier général du Centcom. Pour l’empire, voilà le casse-tête turc qui recommence ! Mais il y a pire. Le fidèle lecteur sait que, autre décision pour le moins controversée, le Kremlin va vraisemblablement livrer des S-400 à l’Arabie saoudite, peut-être dans l’optique d’un abandon futur du pétrodollar par Riyad.

Or, avec la Turquie, le Qatar, l’Arabie Saoudite, en plus de la Syrie et de l’Iran qui ont déjà des S-300, c’est le Moyen-Orient presque tout entier qui se transformera bientôt partiellement en bulle de déni. Les Américains, dont l’influence dans la région s’est déjà considérablement affaiblie depuis la guerre syrienne, n’avaient vraiment pas besoin de ça…

 

Syrie: Erdogan pour une « zone de sécurité » sous contrôle turc

Montage réalisé le 11 août 2018 montrant le président turc Recep Tayyip Erdogan (g et le président américain Donald Trump © AFP/Archives ADEM ALTAN, SAUL LOEB

International

Syrie: Erdogan pour une « zone de sécurité » sous contrôle turc

le 16 janvier 2019

Le président Recep Tayyip Erdogan a indiqué mardi que la Turquie était prête à établir une « zone de sécurité » en Syrie entre sa frontière et les positions d’une milice kurde soutenue par Washington, une décision perçue par Damas comme une « agression ».

Ce dispositif a été évoqué dans un entretien téléphonique lundi soir entre M. Erdogan et Donald Trump destiné à apaiser les tensions après que le président américain eut menacé de « dévaster » l’économie de la Turquie si celle-ci attaquait les combattants kurdes en Syrie.

Au cours de cette conversation « extrêmement positive », M. Trump « a mentionné une zone de sécurité d’une largeur de 20 miles, ce qui représente plus de 30 km, qui sera établie par nous le long de la frontière », a déclaré M. Erdogan, se disant favorable à l’idée.

Répondant peu après aux questions de journalistes, le chef de l’Etat a ajouté que la Turquie demanderait un appui logistique de la coalition internationale antijihadiste regroupant une soixantaine de pays, dont les Etats-Unis et la France.

Depuis l’annonce, le mois dernier par Donald Trump, du retrait prochain des troupes américaines de Syrie, la Turquie et les Etats-Unis s’efforcent de trouver un accord qui les satisfasse mutuellement au sujet de la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG).

Si Washington appuie les YPG contre l’organisation Etat islamique (EI), Ankara qualifie ce groupe de « terroriste » et menace depuis plusieurs semaines de déclencher une nouvelle offensive contre ses positions dans le nord de la Syrie.

L’annonce du futur départ des militaires américains a été bien accueillie par la Turquie, mais des déclarations de responsables américains évoquant l’établissement d’un lien entre ce retrait et la garantie de la sécurité des combattants kurdes ont suscité la colère d’Ankara.

– Peut être « étendue » –

La Turquie défend depuis plusieurs années l’idée d’une « zone de sécurité » le long de sa frontière en Syrie, mais cette proposition a jusqu’ici été rejetée, y compris par le prédécesseur de Donald Trump, Barack Obama.

Cependant, cette option est revenue sur le devant de la scène lorsque le président américain l’a sommairement évoquée dans un tweet dimanche, une occasion que le gouvernement turc s’est empressé de saisir.

« J’aborde ce sujet positivement, il est possible de travailler sur cette idée », a déclaré à la presse mardi M. Erdogan, ajoutant, sans autres précisions, que la largeur de cette zone pourrait même être « étendue » au-delà des 20 miles évoqués par M. Trump.

Pour Damas, les déclarations de M. Erdogan sont « irresponsables ». Elles « montrent une nouvelle fois que son régime ne traite qu’avec le langage de l’occupation et de l’agression », a indiqué l’agence officielle Sana, citant une source au ministère des Affaires étrangères.

« Nous sommes déterminés à défendre par tous les moyens notre peuple et notre territoire contre toute forme d’occupation ou d’agression, y compris l’occupation turque », a-t-elle poursuivi.

Le chef d’état-major turc rencontrera son homologue américain mercredi à Bruxelles pour définir les « modalités » de cette zone de sécurité qui serait « contrôlée par la Turquie, selon le porte-parole du président turc Ibrahim Kalin.

Il a aussi affirmé que « la population locale » serait associée à la création de cette « zone de sécurité », faisant une comparaison avec des régions du nord-ouest de la Syrie, comme Jarablous, Al-Bab et Afrine, sous contrôle de rebelles appuyés par Ankara.

« Même si on n’utilise pas ce terme, il y a de facto là-bas une +zone de sécurité+ sous le contrôle de la Turquie (…) Un modèle similaire peut aisément être transposé » aux portions frontalières sous contrôle des YPG, a affirmé M. Kalin.

Mais la création d’une telle zone supposerait que les YPG acceptent de quitter leurs positions le long des 900 km de la frontière turco-syrienne, dont la milice kurde contrôle une grande partie.

– Après Trump, Poutine –

Alors que les désaccords au sujet des YPG enveniment les relations entre la Turquie et les Etats-Unis depuis deux ans, M. Erdogan s’est dit convaincu mardi d’être parvenu à « une compréhension mutuelle d’une portée historique » avec M. Trump au cours de l’entretien de lundi.

Ce ton apaisé tranche sensiblement avec l’atmosphère orageuse des jours précédents. La menace de Donald Trump de « dévaster » l’économie turque a réveillé le spectre de sanctions américaines, celles-ci ayant déjà accéléré l’effondrement de la livre turque l’été dernier. Lundi, la monnaie nationale a perdu plus de 1,5% de sa valeur face au dollar.

Membre de l’Otan et soutenant des groupes rebelles en Syrie, la Turquie coopère par ailleurs étroitement avec la Russie, le principal soutien du régime de Damas.

M. Erdogan a annoncé mardi qu’il se rendrait le 23 janvier dans ce pays pour s’y entretenir notamment du retrait américain avec le président Vladimir Poutine.

LNT avec Afp

 

https://lnt.ma/syrie-erdogan-zone-de-securite-controle-turc/

 

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La Turquie rejette le nouveau plan américain sur la Syrie et humilie John Bolton

La Turquie rejette le nouveau plan américain sur la Syrie et humilie John Bolton

2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 8 janvier 2019

Dimanche, le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, a tenté de poser les conditions d’un retrait américain de la Syrie :

Bolton, lors d’un voyage en Israël et en Turquie, a déclaré qu’il insisterait dans les discussions avec les responsables turcs, y compris le président Tayyip Erdogan, sur le fait que les forces kurdes doivent être protégées…

À la question de savoir si un retrait américain n’aurait pas lieu en Syrie tant que la Turquie ne garantirait pas la sécurité des combattants kurdes, Bolton a répondu : « En gros, c’est ça. »…

« Nous ne pensons pas que les Turcs devraient entreprendre une action militaire qui ne soit pas entièrement coordonnée et acceptée à minima par les États-Unis » a déclaré Bolton, « afin de ne pas mettre en danger nos troupes, mais également pour respecter l’exigence du président qui demande que les forces de l’opposition syrienne qui se sont battues avec nous ne soient pas mises en danger. »

La Turquie n’a pas trouvé ça drôle. Les Kurdes du YPG, que les États-Unis utilisent en Syrie comme chair à canon pour combattre État islamique, sont la même organisation que le PKK, qui agit en tant que groupe terroriste en Turquie. La Turquie ne peut permettre à ce groupe d’exister à sa frontière en tant que force militaire organisée.

Lorsque Bolton a atterri en Turquie aujourd’hui, il a reçu un accueil très froid. La rencontre prévue avec le président turc Erdogan n’a pas eu lieu. La réunion entre John Bolton, le chef d’état-major adjoint, Joe Dunford, et l’envoyé spécial pour la Syrie, James Jeffrey, avec le conseiller turc pour la sécurité nationale, Ibrahim Kalin, a été rétrogradée et a pris moins de deux heures. Une conférence de presse conjointe prévue a été annulée.

La délégation américaine n’avait pas l’air heureuse ni même unie lorsqu’elle quitta les bâtiments présidentiels à Ankara.

via Vivian Salaman

Peu de temps après la réunion de Bolton, Erdogan a prononcé un discours devant son groupe parlementaire. C’était une gifle au visage de Bolton. Selon Raqip Solyu :

Erdogan dit qu’il ne peut pas accepter ou avaler les messages donnés par le conseiller américain à la sécurité nationale, Bolton, en Israël.

Erdoğan : « YPG / PKK sont des terroristes. Certains disent : ‘ne les touchez pas car ils sont kurdes’. C’est inacceptable. Tout le monde peut être un terroriste. Ils pourraient être Turkmènes. Leur appartenance ethnique n’a pas d’importance. Bolton a commis une grosse erreur avec ses déclarations ».

Erdogan à propos du chaos politique à Washington sur la Syrie : « Comme ce fut le cas par le passé, malgré notre accord clair avec Trump sur le retrait américain de la Syrie, différentes voix ont commencé à se faire entendre à différents niveaux de l’administration américaine ».

Erdogan a déclaré que la Turquie continuait de s’appuyer sur le point de vue de Trump sur la Syrie et sur son esprit de décision concernant le retrait. « Nous avons en grande partie terminé nos préparatifs militaires contre ISIS conformément à notre accord avec Trump ».

« Dire que la Turquie cible les Kurdes de Syrie, ce qui est un mensonge, est la calomnie la plus basse, la plus déshonorante, la plus laide et la plus banale de tous les temps », a ajouté Erdogan.

Le directeur de la communication d’Erdogan a enfoncé le clou :

Fahrettin Altun @fahrettinaltun – 14h17 utc – 8 janvier 2019

Le conseiller américain à la sécurité nationale @AmbJohnBolton s’est entretenu aujourd’hui avec son homologue turc @ikalin1 au complexe présidentiel d’Ankara.
J’espère qu’il a pu goûter à la célèbre hospitalité turque lors de sa visite.

Un éditorial du quotidien Daily Sabah, dans l’alignement d’Erdogan, a qualifié les idées de Bolton de coup bas contre Trump.

Avec cela, Bolton a été humilié et la solution du retrait américain de la Syrie est revenue à Trump.

Nous avons vu un schéma similaire dans les négociations américaines avec la Corée du Nord. Trump a conclu un accord en quatre étapes avec Kim Jong Un. Ensuite, le secrétaire d’État Pompeo a tenté de modifier l’accord et a demandé à la Corée du Nord de remplir l’étape quatre avant que les États-Unis ne réalisent les étapes un, deux et trois. Lorsqu’il s’est ensuite rendu en Corée du Nord, il a été ignoré par Kim Jong Un et n’a rencontré que du personnel de niveau inférieur. Il a fallu l’intervention de Trump pour maintenir les discussions en vie.

Erdogan a également passé un accord avec Trump sur le retrait américain de la Syrie. Bolton a essayé de modifier le contrat, d’ajouter des conditions et de prolonger le calendrier. Lorsqu’il est arrivé à Ankara, Erdogan l’a ignoré, il l’a réprimandé. Il faudra l’intervention de Trump pour remettre la question sur ses rails.

Si Trump ne bouge pas, Erdogan cherchera probablement une escalade militaire. Son armée va utiliser l’artillerie contre telle ou telle position kurde près de la frontière turque. Il peut même envahir quelques villes. Pas nécessairement pour les tenir, mais pour augmenter la pression sur la force d’occupation américaine.

La Turquie avait initialement prévu de prendre Manbij sur la rive occidentale de l’Euphrate. Mais Manbij est bloquée par les troupes syriennes, maintenant renforcées par des patrouilles de la police militaire russe. Erdogan n’osera pas les attaquer.

Erdogan souhaite que les États-Unis quittent la Syrie et emportent avec eux les armes qu’ils ont remises au YPG pour lutter contre ISIS. Il souhaite que le gouvernement syrien reprenne possession du nord-est de la Syrie et mette les Kurdes sous contrôle. Cela éliminerait le danger pour la Turquie.

Depuis que Trump a annoncé que les troupes américaines quitteraient bientôt la Syrie, la lutte contre le reste des forces de État islamique à proximité de la frontière irakienne s’est intensifiée. La position territoriale de État islamique est maintenant réduite à deux ou trois villages. Dimanche soir celui-ci a profité d’une autre période de mauvais temps durant laquelle l’armée de l’air américaine n’a pas pu fournir de soutien aérien à la force par procuration, dirigée par les Kurdes, qui combat ISIS. Une contre-attaque de État islamique s’ensuivit et tua 25 des combattants soutenus par les États-Unis. C’était probablement la dernière bataille importante pour ISIS. État islamique ne compte plus que quelques centaines de combattants qui n’ont aucun moyen de s’échapper. Ils seront réduits en miettes.


Dans le gouvernorat d’Idleb, al-Qaïda, alias Hayat Tahrir al Sham, continue de consolider son emprise. Il a lancé plusieurs ultimatums à Ahrar al-Sham et à d’autres groupes de « rebelles modérés » qui occupent encore une partie de la région. Quand il aura fini d’éliminer ses concurrents, il va probablement bombarder la ville d’Alep et attaquer les lignes du gouvernement syrien. Cela va relancer la guerre à Idleb.

La dernière fois que le gouvernement syrien avait prévu de nettoyer Idleb des djihadistes, les États-Unis sont intervenus et ont menacé d’attaquer l’armée syrienne. La Russie a forgé l’accord Astana en vertu duquel la Turquie a accepté d’éliminer al-Qaïda. Elle n’a pas tenu sa promesse. L’armée syrienne est donc libre de résoudre le problème.

Mais que fera la Maison Blanche ? Est-ce que Bolton – s’il est encore au Conseil de sécurité US à ce moment-là – va insister pour que al-Qaïda soit défendue ? Trump acceptera-t-il cela ?

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-turquie-rejette-le-nouveau-plan-americain-sur-la-syrie-et-humilie-john-bolton

 

Retrait des Etats-Unis de Syrie : Ankara s’impatiente et pointe les «difficultés» de Washington

Retrait des Etats-Unis de Syrie : Ankara s’impatiente et pointe les «difficultés» de Washington

Retrait des Etats-Unis de Syrie : Ankara s'impatiente et pointe les «difficultés» de Washington
Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu.
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Après le retrait annoncé des troupes américaines de Syrie, Washington tente encore de poser des conditions, et notamment celle de la protection des Kurdes. Face à ces atermoiements, Ankara souhaite coordonner son action avec la Russie et l’Iran.

La décision du président des Etats-Unis de retirer les troupes américaines de Syrie, annoncée le 19 décembre dernier, continue de rebattre les cartes entre les différents belligérants. Ce 9 janvier, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a joué sa carte, pressant encore un peu plus les Etats-Unis à laisser leur place. «Les Etats-Unis rencontrent certaines difficultés lors du retrait de leurs troupes de Syrie», a-t-il noté lors d’une interview accordée à la télévision turque. «Nous voulons coordonner ce processus avec la Russie et l’Iran», a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie turque a en outre rappelé qu’il inscrivait son action dans le cadre du processus de paix d’Astana, mis en œuvre en janvier 2017, dont Téhéran, Moscou et Ankara se sont portés garants et dont Washington est absent. Mevlut Cavusoglu a en outre fait part du souci de la Turquie de faire en sorte que les groupes terroristes ne «prennent pas la place vacante».

Aux Etats-Unis, où le sommet de l’Etat paraît subir l’influence de forces contraires, le département de la Défense tente, depuis l’annonce de Donald Trump, de poser des conditions au retrait américain. Le 6 janvier dernier, le conseiller à la Sécurité nationale des Etats-Unis, John Bolton, avait lié le retrait des Etats-Unis au sort des milices kurdes présentes en Syrie, au premier rang desquelles les Unités de protection du peuple (YPG), qu’Ankara considère comme une menace pour sa sécurité nationale.

Redoutant d’être abandonnés par leur allié, ainsi qu’une offensive turque dans la région de Manbij au Nord de la Syrie, les Kurdes avaient fait appel à l’armée gouvernementale syrienne la semaine précédant les propos de John Bolton, infligeant du même coup un véritable camouflet à Washington. Le 8 janvier, la police militaire russe s’est jointe aux forces armées syriennes pour patrouiller dans cette même zone, semblant mettre les Etats-Unis hors-jeu.

Alexandre Keller

Lire aussi : Retrait de Syrie : un souhait récurrent de Trump régulièrement contredit par le Pentagone

Raconter l’actualité

https://francais.rt.com/international/57720-retrait-etats-unis-syrie-ankara-impatiente-pointe-difficultes-washington

Syrie : la Turquie échoue à Idleb et refuse de prendre le nord-est

Syrie : la Turquie échoue à Idleb et refuse de prendre le nord-est


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 5 janvier 2019

Les néoconservateurs de l’administration Trump, le secrétaire d’État Mike Pompeo, le conseiller en sécurité nationale John Bolton et l’envoyé pour la Syrie James Jeffery s’empressent de sauver leurs plans pour la Syrie dont le président Trump s’est débarrassé en ordonnant une retraite complète.

Ces projets concernaient une occupation permanente du nord-est de la Syrie par les États-Unis, la réduction de l’influence iranienne dans les parties du pays tenues par le gouvernement syrien et l’élimination finale du gouvernement syrien du président Assad par le biais de négociations. Ces objectifs étaient utopiques et n’avaient aucune chance d’être atteints.

De plus, Trump n’a jamais approuvé ces idées. En avril, il avait annoncé qu’il souhaitait que les troupes américaines quittent la Syrie. Il a donné six mois à son personnel pour y parvenir. Mais au lieu de suivre ses ordres, Pompeo et Bolton ont essayé de mettre en œuvre leurs propres plans :

Vers la fin de l’année dernière, certains des conseillers faucons du président ont rédigé un mémorandum engageant les États-Unis à une présence à long terme en Syrie, qui incluait notamment les objectifs d’une défaite durable de État islamique, d’une transition politique et de l’expulsion de l’Iran, ont annoncé des responsables. Le président n’a pas signé le mémo qui lui a été présenté il y a quelques semaines.

En fait, Trump avait prévenu ses assistants pendant des mois qu’il voulait quitter la Syrie rapidement. …

Le plan de Bolton sur l’Iran n’a jamais vraiment été effectif au Pentagone, où les responsables n’ont pas officiellement pour rôle de créer une nouvelle mission en plus de l’opération contre État islamique. De même, les responsables militaires ont estimé que l’expansion de l’Iran en Syrie posait problème, mais ils se sont montrés sceptiques, suite à l’absence de justification légale claire pour une action militaire offensive contre les forces soutenues par l’Iran.

Trump a reconnu que ces plans étaient insensés et a ordonné d’y mettre fin. Au cours de ce processus, il a eu une idée plutôt fantaisiste : remettre la Syrie du nord-est à la Turquie pour lutter contre un État islamique déjà vaincu. La Turquie ne veut pas le nord-est de la Syrie. Elle ne veut pas risquer une guerre sanglante contre les Kurdes qui serait nécessaire pour maintenir une telle occupation.

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La seule solution appropriée consiste à rendre le contrôle du nord-est de la Syrie (en jaune) au gouvernement syrien (en rouge). Damas désarmerait les Kurdes ou les intégrerait dans son armée nationale. Ils seraient sous contrôle et ne constitueraient plus une menace pour la Turquie. Tout le monde pourrait vivre avec une solution aussi simple.

Tout le monde sauf les néo-conservateurs.

Aujourd’hui, le conseiller à la sécurité nationale, Bolton, se rend en Israël pour concocter de nouveaux plans :

Un responsable de l’administration Trump a déclaré aux journalistes voyageant avec Bolton que celui-ci avait l’intention de discuter du rythme du retrait, ainsi que du niveau des troupes américaines dans la région. Bolton était censé expliquer que certaines troupes américaines basées en Syrie pour combattre EI se rendront en Irak avec la même mission et que certaines forces américaines pourraient rester dans une base militaire clé à al-Tanf, dans le sud de la Syrie, pour contrer l’activité croissante de l’Iran dans la région.

Bolton devait également faire passer le message que les États-Unis soutiendraient fermement les frappes israéliennes contre des cibles iraniennes en Syrie, …

Je parie que ni l’un ni l’autre de ces points n’a été approuvé par Trump. La publication de ces idées est une autre tentative de Bolton pour faire passer sa politique personnelle au premier plan.

Erdogan, invité par Trump à s’emparer du nord-est de la Syrie, mais ne voulant pas le faire, a soulevé des exigences que les États-Unis ne satisferont probablement pas :

La Turquie demande aux États-Unis de lui fournir un soutien militaire substantiel, notamment des frappes aériennes, des moyens de transport et de la logistique, afin de permettre aux forces turques d’assumer la responsabilité principale du combat contre les militants de État islamique en Syrie, ont déclaré de hauts responsables américains.
Les demandes turques sont si vastes que, si elles étaient pleinement satisfaites, l’armée américaine pourrait renforcer son implication en Syrie au lieu de la réduire, ont ajouté les responsables.

Bolton se rendra ensuite à Ankara pour discuter des projets turcs :

Parmi les participants il y aura le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, John Bolton, le général Joe Dunford, chef de l’État major interarmes et James Jeffrey, envoyé du département d’État pour la Syrie.

Un responsable américain a déclaré qu’il était peu probable que l’administration fournisse tout le soutien militaire recherché par les Turcs, en particulier le soutien aérien.

Sans soutien aérien américain, Erdogan ne peut pas attaquer le nord-est de la Syrie. La force aérienne turque est faible. Beaucoup de ses pilotes expérimentés ont été licenciés pour soutien présumé et implication dans le coup d’État contre Erdogan. L’armée de l’air est incapable de fournir le soutien nécessaire 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, dont ses soldats auraient besoin. Il y a aussi des conflits au sein du commandement de l’armée turque. S’il ordonnait une attaque, Erdogan n’irait que pour les zones kurdes situées le long de la frontière nord, pas pour État islamique. C’est encore quelque chose que les États-Unis ne veulent pas du tout :

De nombreux experts et responsables craignent également que les Turcs ne prennent pour cible les combattants kurdes qui, depuis longtemps déjà, apportent un soutien solide aux États-Unis dans la campagne contre les militants de État islamique et ont subi des pertes considérables en vies humaines.

Pour essayer de diminuer ces risques, M. Jeffrey, l’envoyé du Département d’État, cherche à conclure avec les Turcs un accord leur permettant de pénétrer dans le nord de la Syrie tout en évitant les zones essentiellement kurdes, déclarent des responsables américains familiarisés avec ces plans.

M. Jeffrey et son équipe du département d’État ont créé une carte codée en couleurs du nord-est de la Syrie dans le but de négocier un plan de partage du pouvoir qui pourrait éviter un combat coûteux entre turcs et kurdes dans la région. … Un ancien responsable américain a décrit la carte comme du “Sykes-Picot sous LSD”, …

L’idée est délirante. Il n’y a pas de frontières entre Kurdes, Arabes et autres ethnies dans le nord-ouest de la Syrie. Les populations sont mélangées. Seuls les pourcentages ethniques varient d’une ville à l’autre. La mise en œuvre de cette idée mènerait à un nettoyage ethnique et à une guerre éternelle.

Les Kurdes ne veulent plus suivre les directives américaines.

M. Jeffrey a demandé au général Mazloum Abdi, commandant kurde des combattants syriens, de s’abstenir de tout accord avec le gouvernement du président Bashar al-Assad pendant que l’administration Trump tente de développer sa stratégie.

“Allez vous faire foutre” a dit le général Abdi, alors que les Kurdes continuent à négocier [avec Damas] :

Les dirigeants kurdes syriens souhaitent obtenir un accord politique, grâce à la médiation russe, avec le gouvernement du président Bashar Assad, indépendamment des plans américains pour se retirer de leur région, a déclaré à Reuters un haut responsable kurde.

L’administration dirigée par les Kurdes qui gère une grande partie du nord de la Syrie a présenté une feuille de route pour un accord avec Assad lors des récentes réunions en Russie et attend la réponse de Moscou, a déclaré Badran Jia Kurd, qui était présent.

Un accord entre les Kurdes et le gouvernement syrien “est inévitable”, a déclaré un haut responsable de l’armée kurde. Les États-Unis se sont à nouveau révélés peu fiables et les Kurdes n’ont nulle part où aller.

Aucun des nouveaux plans et idées présentés par Bolton n’a de sens. Il est peu probable qu’ils aient la bénédiction de Trump. Bien que le retrait américain du nord-est de la Syrie puisse être retardé d’un mois ou deux, cela se poursuivra probablement.

La semaine dernière, de nouveaux développements ont eu lieu dans le gouvernorat d’Idleb. Idelb est en grande partie dirigé par l’organisation Hayat Tahrir al Sham (HTS), membre d’al-Qaïda, anciennement Jabhat al-Nusra. Il existe également de nombreux autres groupes sous contrôle turc. Mais la Turquie a récemment transféré un grand nombre de ces combattants pour attaquer la ville de Manbij,  près de l’Euphrate, détenue par les Kurdes avec le soutien américain. Cette attaque a été stoppée lorsque l’armée syrienne a pris le contrôle de la région.

Alors que les groupes soutenus par la Turquie à Idleb étaient affaiblis, HTS a profité de l’occasion pour renforcer son contrôle. Lundi, HTS (en gris sur la carte) a attaqué les zones à l’ouest d’Alep qui étaient tenues par Nour al-Din al-Zenki, groupe autrefois soutenu par la CIA et devenu «célèbre» lorsqu’en 2016, certains de ses combattants ont publié une vidéo dans laquelle ils décapitent un garçon âgé de dix ans, et malade, sans raison valable.

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Au cours des cinq derniers jours, au moins cent trente personnes ont été tuées dans les combats à Idleb. Zenki a été éliminé de la zone qu’il occupait (en gris) et ses derniers combattants se sont enfuis dans le nord du canton d’Afrin, sous le contrôle de l’armée turque. HTS a pris le contrôle des armes lourdes de Zenki, dont quatre chars.

HTS contrôle désormais toutes les zones voisines de la Turquie ainsi qu’Afrin contrôlée par les turcs. Il a lancé des ultimatums à d’autres groupes à Idleb et exigé un contrôle accru des villes de Maarat al-Nu’man et Ariha, situées au sud du gouvernorat. Comme aucun des autres groupes ne peut résister à HTS, il sera probablement bientôt en mesure de contrôler ces villes. Les prendre donne à HTS le contrôle complet des autoroutes M4 et M5. Le contrôle des autoroutes peut être utilisé pour générer des revenus et constituer un atout lors des négociations futures.

L’accord d’Astana entre la Russie et la Turquie prévoyait, en ce qui concerne Idelb, que HTS serait repoussé à 25 km des zones contrôlées par le gouvernement. Les autoroutes M4 et M5 seraient rouvertes au trafic. La Turquie était censée mettre en œuvre et garantir ces points. Aucun n’a été atteint. Les soldats turcs postés dans six postes d’observation autour du gouvernorat d’Idleb sont les otages de HTS. La Turquie n’ayant pas tenu ses promesses, la Syrie et la Russie ont le droit d’ignorer l’accord, d’attaquer HTS et de libérer Idleb.

Le fait que la Turquie ait échoué à Idleb augmente les chances de la voir s’abstenir d’une invasion du nord-est de la Syrie. Ses positions militaires en Syrie sont déjà en difficulté. Pourquoi ajouter encore au désordre ?

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/syrie-la-turquie-echoue-a-idleb-et-refuse-de-prendre-le-nord-est

 

Florilège de la nouvelle année

Florilège de la nouvelle année

Publié le 3 Janvier 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-Unis, Asie centrale, Moyen-Orient, Russie, Gaz

Chers lecteurs, chers amis,

cette nouvelle année, que je vous souhaite excellente, commence sur les chapeaux de roue et nous promet de très belles surprises géopolitiques. Le Grand jeu a ceci de féerique qu’en plus d’être fondamental pour la compréhension du monde, il nous scotche sur nos fauteuils comme le ferait le meilleur Hitchcock…

A tout saigneur tout honneur, l’empire est toujours pris dans les insondables remous provoqués, on le sait, par l’élection de Trump il y a deux ans. Ceux qui pensaient que le Donald se rangerait sagement derrière les injonctions du Deep State en sont pour leurs frais. Pas étonnant que le sinistre McCainistan ait été derrière – c’est officiel maintenant – le dossier Steele, intox assez lamentable laissant entendre que les Russes avaient des informations compromettantes sur le nouveau président américain.

Tout était bon pour saboter sa présidence mais la bête résiste, dans son style caractéristique et inclassable, mêlant certains éléments propres à satisfaire le parti de la guerre et d’autres qui lui font littéralement s’arracher les cheveux. Sa dernière interview a encore fait perler quelques gouttes de sueurs au front des stratèges US et autres clients de l’empire, qui ne savent plus à quel saint se vouer.

Ce qu’il dit en soi n’apprendra certes rien aux observateurs et il ne peut s’empêcher quelques petits moments de gloriole infantiles – non, Donald, l’Iran n’a pas changé depuis que tu es arrivé au pouvoir et Téhéran ne retire pas ses conseillers spéciaux/milices du Moyen-Orient pour faire face à la contestation intérieure…

Mais certaines admissions, certains commentaires pertinents, sont remarquables dans la bouche d’un président américain devant les caméras de télévision. Petit florilège.

En Afghanistan, l’URSS a eu raison d’intervenir dans les années 80 pour contrer les djihadistes [soutenus par Washington, ndlr]. Les Américains y sont depuis 19 ans, dépensant une fortune sans résultat. Les Talibans sont plus forts que jamais [aucune surprise pour le fidèle lecteur] et ils se battent contre l’EI ; laissons nos ennemis se battre entre eux, il serait stupide d’intervenir.

Ce qu’il ne dit pas, c’est que les Américains multiplient les pourparlers avec les Talibans, à Abu Dhabi il y a quelques jours, au Qatar prochainement, alors même qu’ils en accusaient les Russes il y a quelques mois encore. Sur le terrain, les « étudiants en théologie » ont mis la main sur un nouveau district et la carte du pays n’est guère rassurante pour le gouvernement central :

Avec sa décision de retrait partiel d’Afghanistan, le Donald ne fait qu’entériner la défaite programmée des Etats-Unis. Le Royaume de l’insolence, tombeau des empires, a encore frappé !

Sur la Syrie, il est tout aussi clair : La Syrie a été perdue il y a longtemps par Obama. Ce n’est que sable et mort, il n’y a même aucune richesse et nous n’avons rien à y faire. Je ne sais pas d’où sort l’échéance de quatre mois ; je n’ai jamais dit que le retrait se ferait en un jour, il sera progressif, mais il se fera. Nous allons faire en sorte que les Kurdes soient protégés même s’ils ont vendu du pétrole à l’Iran [??]. Les Iraniens, les Russes et Assad détestent encore plus Daech que nous [la presstituée en a avalé son stylo de travers], ne faisons pas le travail à leur place.

Si Israël pensait être rassurée sur les intentions US en dépit du retrait, la dernière sortie de Trump a dû rallumer quelques alarmes. D’autant plus que, outre ses paroles assez ambiguës sur l’Iran, il a prononcé une phrase plus qu’étrange et quelque peu hors contexte : « Franchement, ils peuvent faire ce qu’ils veulent en Syrie« . Crise de nerfs à Tel Aviv. Nous assistons peut-être d’ailleurs à un divorce entre le Donald et le lobby pro-israélien, ce dernier tournant ingratement le dos au président américain qui a pourtant, historiquement, été le plus favorable à Israël…

Mais revenons en Syrie. Chat échaudé craint l’eau froide. Le félin en question, ce sont les Kurdes qui, ne sachant plus quoi attendre des Etats-Unis, continuent leurs négociations avec Damas. Les mots de la porte-parole kurde sont intéressants : « Les FDS ne tiennent plus compte de la présence ou absence américaine en Syrie« . Propos confirmés par un autre officiel du Rojava. De quoi faire se retourner dans sa future tombe le néo-con Lindsay Graham, pour qui un rapprochement Assad-Kurdes serait « un désastre majeur ».

A Idlib, c’est le chaos et cette carte en donne une bonne idée :

La guerre civile inter-barbue a éclaté et cette fois, elle semble partie pour durer. HTS (Al Qaeda pour les intimes) a lancé une attaque en règle contre al-Zinki qui, avec ses alliés pro-Turcs, a répliqué. Dans l’affaire, il y aurait une cinquantaine de morts de chaque côté et HTS occuperait même un poste d’observation turc.

Le sultan, justement, n’est peut-être finalement pas mécontent de la soudaine flambée de violence. Ne sachant plus trop quoi faire de ses barbus après le report sine die de l’offensive prévue contre les Kurdes, il peut toujours les lancer contre Al Qaeda afin de respecter enfin la promesse faite aux Russes d’en finir avec l’Idlibistan.

A Moscou, on boit du petit lait. Les Kurdes continuent leurs avances à Damas, les soldats syriens et américains commencent à se côtoyer sans anicroches à Manbij, les djihadistes d’Idlib s’entretuent, qui s’ajouteront aux 23 000 déjà dégommés en 2018…

Ca n’empêche pas le Kremlin de passer la vitesse supérieure. Et nous ne parlons pas ici de l’inarrêtable missile hypersonique Avangard, qui vole à Mach 20 et devant lequel l’empire n’a aucun moyen de défense. Dans le bras de fer engagé avec Washington, Moscou a inculpé un Américain, Paul Wheelan, d’espionnage deux jours après son arrestation.

Certains ne manquent évidemment pas d’y voir une monnaie d’échange pour faire libérer Maria Butina. Mais il se pourrait que l’accusation soit bien réelle. Les deux faits n’ont peut-être aucun lien mais Wikileaks a révélé il y a peu que les ambassades américaines à travers le monde étaient en train d’accumuler équipement d’espionnage et logiciels de hacker. A suivre…

Quant au Nord Stream II, la pose des tubes a commencé dans les eaux territoriales suédoises. Là encore, le fidèle lecteur aura été prévenu. Washington ne peut rien y faire et c’est d’ailleurs ce qu’a déclaré il y a quelques jours la Commission de Bruxelles, pourtant connue pour son masochisme et sa sainte horreur du gaz russe dont elle a néanmoins plus que jamais besoin.

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/01/florilege-de-la-nouvelle-annee.html

Complications de l’Orient compliqué

Complications de l’Orient compliqué

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Complications de l’Orient compliqué

Elijah J. Magnier poursuit son analyse de la situation en Syrie et autour de la Syrie après l’annonce du retrait US de ce pays. Cet observateur avisé, qui n’a pas besoin du simulacre des références-faussaires de la presseSystème pour faire entendre sa voix, nous donne une analyse nécessairement engagée, qui nous répercute le point de vue des milieux syriens, libanais, etc., eux-mêmes engagés dans une lutte visant à tenter de faire reculer la politiqueSystème dont les USA, avec les acolytes israélien et saoudien, sont les porteurs d’eau les plus zélés. De ce point de vue, la décision de Trump, qui semble bien devoir se concrétiser, constitue un événement dont les effets sont à la fois bénéfiques et déstabilisants, – ou plutôt pourrait-on dire “bénéfiques mais déstabilisants”…

Magnier tente de rendre compte de la situation en Syrie dans la perspective du retrait US et nous fait prendre conscience de son extrême complexité. Les USA sont (étaient ?) installés en Syrie depuis quelques années, illégalement et “officieusement” quoique cela soit connu de toutes les parties, essentiellement pour y entretenir le désordre, avec comme “but stratégique” éventuel mais de plus en plus improbable et insaisissable la chute d’Assad. Cette appréciation n’est pas une parabole née d’une plume assez peu bienveillante puisqu’il y a quelques mois une source officieuse, – un fonctionnaire du département d’État de passage à l’OTAN, – décrivait la mission des forces US exactement dans ces termes : « Nous entretenons le désordre jusqu’à ce que se présente une situation opportune pour nos objectifs. »

Le paradoxe est que le départ des forces US va créer un désordre supplémentaire, – Magnier décrivant la situation en disant son espoir que ce désordre ne sera que transitoire. En effet, dans la Syrie totalement déstructurée, une sorte de “restructuration de désordre” s’était effectuée, avec chaque partie occupant ses positions, agissant pour atteindre ses buts, etc. Le désengagement US va nécessairement ôter un “élément de structure”, créer un “vide” dans cette “restructuration de désordre”, que les divers acteurs travaillent déjà à tenter de combler, chacun selon ses intérêts.

Le premier des enjeux est le sort des Kurdes, qui constitue notamment un argument de poids pour la logique affectiviste, largement déployée par la presseSystème et les élites qui vont avec, par exemple du côté français où les Kurdes ont toujours eu bonne presse. Cette “bonne presse” rencontrait cet affectivisme qui tient lieu de logique politique et stratégique, qui ressemble parfois à l’esprit de la midinette mais s’exprimant d’une voix de Stentor (vient du grec sténein, pour « gémir profondément et bruyamment »), plein d’affection pour ceux que les salons ont institués “minoritaires opprimés”. (Par exemple, Bernard Kouchner, avec sa voix d’or et de Stentor, est l’exemple-type de cette sorte d’état d’esprit et de culture vocale.)

Le soutien aux Kurdes s’accordaient assez bien avec le proaméricanisme effréné des affectivistes. Il se sortira de l’actuel prolongement peu favorable à l’“honneur” américaniste. Il suffit, comme fait Kouchner, de dénoncer dans le lâchage US des Kurdes une action caractéristique, non pas des USA “selon notre cœur”, mais du détestable personnage qu’est Donald Trump et qui d’ailleurs subit une attaque généralisée de tous les américanistes convenables des USA pour avoir pris cette décision. (L’affectivisme est aussi une “affaire qui marche” à “D.C.-la-folle”.)

Dans un texte précédent du 22 décembre, Magnier, qui produit beaucoup de commentaires dans cette période cruciale, s’attachait essentiellement au sort des Kurdes (dont il parle encore dans son texte ci-dessous). Il écrivait en conclusion ceci, qu’il confirmait hier, qui semblerait indiquer que les Kurdes se tournent vers un accord avec le gouvernement syrien et Assad, pour obtenir la protection de l’armée syrienne. (Cette nouvelle situation, que les Kurdes ont déjà expérimentée dans leur histoire agitée et douloureuse au cœur du conflit infra-syrien, risque de poser des problèmes à la sensibilité affectiviste, puisque Assad est rangé dans l’autre colonne face aux “minoritaires opprimés”, la colonne des “salopards” au sens sartrien de l’invective. Si cela se produit effectivement, ils résoudront le dilemme par le silence, qui est l’argument péremptoires des élitesSystème dans cette sorte de situation.)

Voici les paragraphes de conclusion du texte du 22 décembre : « Il est clair qu’Erdogan, tout en rassemblant ses propres forces et celles de ses alliés syriens (brigade Sultan Murad de l’opération Bouclier de l’Euphrate, Noureddine Zinki, Jaish al-Islam, etc.) conserve sa liberté d’action. Si les USA ne se retirent pas, la Turquie avancera jusqu’à Manbij. Sinon, le président turc semble être d’accord avec la décision russe, ne voulant pas délier le lien solide et la relation stratégique qu’il a établis avec l’Iran et la Russie l’an dernier. Le président turc a convenu avec la Russie d’attendre quelques mois avant de s’en prendre aux Kurdes. Il ne voit pas d’objection au déploiement de l’armée syrienne à Hassaké, du moment que les Kurdes sont désarmés. 

» Depuis quelque temps, les Kurdes à Hassaké protègent les forces américaines, qui comptent à peine 4 000 à 5 000 hommes dans une région faisant environ 5 000 km2, des attaques de Daech, des tribus arabes et des alliés de l’État syrien. Ces mêmes Kurdes semblent maintenant prêts à laisser le contingent local de l’armée syrienne prendre les rênes à Hassaké et à faire de leurs militants des “loyaux sujets” de Damas. Ils pourraient finalement avoir compris la leçon, à savoir que l’administration américaine n’est pas un partenaire stratégique fiable et digne de confiance. Les Kurdes étaient prêts jusqu’ici à se fier à tout pays étranger, y compris Israël, disposé à leur donner l’indépendance plutôt qu’à demeurer fidèles à la Syrie, le pays qui les accueille depuis des décennies. Les Kurdes n’ont d’autre amis que les montagnes et n’ont aucune loyauté envers la Syrie. 

» Cela dit, l’armée syrienne va de toute évidence collaborer avec les Kurdes à la destruction de Daech, soit le reste des combattants que les forces américaines ont disséminés le long de la rive orientale de l’Euphrate, soit entre deux feux des deux côtés du fleuve. Il est indubitable que le Pentagone a délibérément poussé Daech le long du fleuve pour qu’il se trouve en face de l’armée syrienne et de ses alliés. Le but était de créer une “zone tampon” entre les forces américaines et l’armée syrienne. De plus, la présence de Daech le long de la rive orientale de l’Euphrate est elle-même une invitation à une insurrection contre toute tentative syrienne d’ouvrir la voie commerciale terrestre entre la Syrie et l’Irak qui passe par Albu Kamal.

» Aujourd’hui, les Kurdes sont plus faibles que jamais et pourraient bien avoir perdu la position privilégiée qu’ils occupaient sous la protection des USA. Si le retrait des USA se fait, ils vont soit tomber aux mains de la Turquie (leur défaite dans l’enclave d’Afrin est encore fraîche dans leur mémoire), soit accepter les conditions proposées par Damas. L’administration américaine confirme ainsi une fois de plus à ses partenaires sa règle d’or : face aux intérêts des USA, tous les partenariats et toutes les alliances sont superflus. »

Un autre facteur, extérieur au théâtre, pourrait se concrétiser et ajouter encore à la situation de désordre qui suivrait le désengagement US. L’idée selon laquelle les troupes US seraient “remplacées” par un contingent de mercenaires privés US a été illustrée d’une façon spectaculaire par une page d’annonce publicitaire, sinistre et spectaculaire ou bien spectaculaire parce que sinistre, toute noire avec ces seuls mots, en blanc : « We Are Coming », et comme signature Blackwater. (La pager a paru dans le magazine Recoil [“Recul”], caractérisant une arme à feu], spécialisé dans les questions d’armes, de mercenaires, etc.) Il s’agit de la fameuse société de services de sécurité fondée par Erik Prince, revendue par lui en 2010 et rebaptisée Akademi ; – et “fameuse” pour ses divers scandales, exactions, assassinats de civils, tortures, corruption, etc. RT-USA développe la nouvelle, nous rappelant que Prince est un “très”-proche de Trump, ce qui pourrait faire avancer les choses, d’autant que le départ de Mattis soulage le paysage d’un adversaire acharné de l’emploi de contractants privés.

« “Avec Mattis parti, il est concevable que Trump réévalue [cette possibilité], a déclaré à RT Michael Maloof, ancien analyste de la sécurité au Pentagone. Maloof a expliqué que la privatisation des guerres américaines restait une question très discutable, et que le ratio “trois contractants militaires privés pour un soldat américain” actuellement établi en Syrie et en Afghanistan “n’a pas donné de résultats très convaincants”. “Erik Prince est très proche de Trump”, a souligné l’analyste, “mais pour être convainquant il devrait proposer une force puissante qui coûterait très cher, et Erik Prince devrait être payé par le gouvernement américain.” »

… Par conséquent, certains pourraient penser que l’accusation extrêmement exotique et spéculative lancée au nom de quelques-uns des amis des USA et de lui-même par le Général Wesley Clark lundi sur CNN (“Et certains de nos amis et alliés au Moyen-Orient se demandent : ‘Erdogan a-t-il fait chanter le président ? Y a-t-il eu un pot de vin ou quelque chose du genre ? Que s’est-il passé ? Pourquoi ce type[le POTUS Trump]aurait-il pris de lui-même une décision pareille ? Alors que toutes les recommandations allaient dans le sens contraire’…”), – on pourrait penser que cette accusation serait reprise avec dividendes et intérêts à propos d’Erik Prince vis-à-vis de Trump si une décision d’emploi de contractants privés était prise… Si “l’Orient est compliqué”, les USA de Trump ne le sont pas moins.

Ainsi voit-on que la pauvre Syrie n’est pas au bout de ses peines. Magnier nous peint et nous dépeint le paysage, maniant avec brio les lieux, les acteurs, les figurants, et les diverses variantes du script. Son texte du 25 décembre 2018 a comme titre, que nous racourcissons pour des raisons techniques : « Trump ouvre derrière lui une trappe pour la Russie, la Turquie et l’Iran en Syrie ».

dedefensa.org

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Trump laisse un piège derrière lui

L’ordre exécutif prévoyant le retrait de la Syrie a été signé aux USA, ce qui indique que le président Trump est résolu à rappeler les quelques milliers de militaires américains se trouvant en Syrie. Il est bien connu que les troupes régulières sont beaucoup plus vulnérables pendant les opérations de retrait qu’au combat ou lorsqu’elles prennent position. Par conséquent, le retrait annoncé qui, semble-il, ira de l’avant malgré le scepticisme généralisé en Syrie et en Irak, va probablement prendre moins de temps que les cent jours prévus. Le commandement militaire des USA garde les dates secrètes pour éviter les pertes. Bien que le départ des USA soit fort bien accueilli par toutes les parties en Syrie et autour (exception faite des Kurdes), Trump laisse intentionnellement derrière lui une situation très chaotique au Levant, en installant un piège dangereux pour la Russie au premier chef, mais aussi pour l’Iran et la Turquie.

À en juger par ce que les présidents Trump et Erdogan se sont dit pendant leurs dernières conversations téléphoniques, il y a lieu de croire que l’administration américaine a décidé de laisser la Syrie aux mains de la Turquie. C’est loin d’être innocent. En effet, le Pentagone a délibérément poussé plusieurs milliers de combattants de Daech dans le secteur qu’il contrôle sur la rive orientale de l’Euphrate, face à l’armée syrienne et ses alliés sur le front de Deir Ezzor. Cela signifie qu’en cas de retrait en coordination avec la Turquie, les troupes d’Ankara pourront se déployer dans la province kurdo-arabe d’Hassaké, à partir peut-être de Manbij ou Tal Abiad, sans rencontrer de résistance de la part de Daech tout simplement parce Daech n’a aucune présence dans le secteur. Les deux villes sont à des centaines de kilomètres de la zone contrôlée par Daech le long de l’Euphrate à Deir Ezzor.

En cas d’une attaque soudaine de la Turquie, les forces kurdes des Unités de protection du peuple YPG (le PKK syrien) devront se précipiter devant les troupes turques en progression pour tenter de les ralentir en attendant l’aide du gouvernement syrien et pour permettre aux civils de quitter la zone vers des secteurs contrôlés par Damas ou de fuir en direction du Kurdistan irakien. Pareil mouvement aurait des conséquences sur la relation turco-russo-syrienne. Moscou a déjà avertila Turquie à propos de cette possible avancée au nord-est de la Syrie. Toute avancée, y compris par les mandataires djihadistes de la Turquie en Syrie qui sont massés à la frontière des provinces contrôlées par les Kurdes, va entraîner un chamboulement dans les relations entre Moscou et Ankara et entre Moscou et Damas. Pareil réalignement ne peut être évité que si le président Erdogan résiste à toute tentative d’invasion et adhère à l’optique de la Russie, qui préfère que le départ des USA soit suivi de discussions à propos de l’avenir de la région.

D’après des sources bien informées en Syrie, la Turquie songeait déjà à annexer le nord de la Syrie plutôt qu’à l’occuper. Toute occupation du territoire syrien entraînera des complications sur le plan international en l’absence de reconnaissance par les autres pays. Cependant, la situation de la portion Nord de Chypre a appris à la Turquie qu’une annexion peut continuer pendant des décennies, parsemée de quelques réactions sporadiques de la communauté internationale. L’annexion de la Crimée par la Russie pourrait avoir créé un précédent.

Si Erdogan ne se synchronise pas avec la Russie et l’Iran, le front d’Idlib s’ouvrira. Les prétextes ne manquent pas, puisque les djihadistes n’arrêtent pas de violer le cessez-le-feu convenu à Astana. Une invasion turque amènera l’armée syrienne à attaquer Idlib et sa région rurale sous contrôle djihadiste, ainsi que Daech sur l’Euphrate afin d’obtenir une victoire rapide.

Tout massacre et toute attaque possible de Daech dans les provinces contrôlées par les Kurdes donnera une légitimité morale rétroactive à l’occupation américaine du territoire syrien ces dernières années. Les experts et les responsables de l’administration américaine diront au monde comment la présence illégale des USA en Syrie a permis de combattre le terrorisme (Daech).

Les négociations se poursuivent à Damas, où les Kurdes et les représentants du gouvernement s’entendent mieux sur la façon de combattre ensemble Daech une fois que les USA retireront toutes leurs forces, ce qui devrait se faire en moins d’un mois.

Une coordination est nécessaire pour créer un passage sûr de façon à prendre Daech en tenaille sur plusieurs fronts le long de l’Euphrate avant que le groupe armé ne s’étende dans la vaste région d’Hassaké. Cette bataille décisive pour éliminer la présence de Daech nécessitera le soutien de l’armée de l’air russe, des forces spéciales syriennes, des forces terrestres alliées de l’Iran et du Hezbollah, ce que n’ont pas eu le temps de faire les USA pendant les dernières années de leur occupation de ce même secteur.

Les YPG devront coopérer avec la Russie après avoir combattu sous le commandement des USA pendant de nombreuses années. Simultanément, d’autres forces syriennes et alliées convergeront vers Idlib afin d’empêcher les djihadistes de tirer avantage de l’opération visant à exterminer Daech pour lancer une attaque.

Pour la Turquie, toute initiative unilatérale de pénétration en Syrie sans coordination avec la Russie n’est pas vraiment à son avantage. Le retrait des USA ne permettra pas à la Turquie d’atteindre Daech ou les riches gisements pétrolifères et gaziers de Deir Ezzor, dont ceux d’al-Omar et de Conoco. Ces gisements seront visés et pris par les forces du gouvernement syrien et ses alliés seulement une fois que les USA auront retiré leurs forces. En février dernier, Damas a ordonné à ses troupes de traverser l’Euphrate dans l’espoir d’attaquer Daech et de prendre le contrôle des champs pétrolifères et gaziers. Elles ont alors subi une attaque de la coalition des USA, ce qui a coûté la vie à des centaines de Syriens et de Russes, des contractants du groupe Wagner.

La capacité au combat des Turcs n’a pas été vraiment impressionnante lorsqu’ils ont été confrontés à Daech dans différentes régions, dont Jarablous, Al Rai et Dabiq en 2016. Les forces d’Ankara ont pu contrôler ces villes seulement après avoir conclu un accord avec Daech, qui avait réussi à absorber la première vague d’attaque et à infliger des pertes sévères aux forces turques durant les premières semaines. Daech ne s’est retiré qu’une fois la bataille perdue et après avoir subi une attaque de revers.

Il est probable que ni l’armée turque et ses alliés, pas plus que les YPG kurdes, sont capables de défaire Daech à eux seuls. L’armée syrienne, par contre, avec l’aide de ses alliés et des Russes, a expulsé  Daech de nombreuses positions sur le territoire syrien dont Palmyre, Suweida et les campagnes environnantes, en menant à la fois une guerre urbaine et une guerre de terrain.

Une chose certaine est que les Kurdes ont tout à perdre de la décision de Trump de retirer ses troupes qui est destinée, comme il l’indique un peu plus chaque jour, à mettre fin à son occupation du Nord-Est de la Syrie en faveur de la Turquie. Les Kurdes ont grandement profité de la présence des USA, en croyant qu’elle ne cesserait pas. Aujourd’hui, à moins de céder à des tendances suicidaires, ils n’ont guère de choix comme leur décision à propos d’Afrin le laisse penser.

Le retrait rapide des USA devrait créer et pourrait même viser à créer, une confusion initiale dans le triangle Turquie-Syrie-Irak au cours des premiers mois. Daech, la Turquie et Al-Qaeda pourraient en tirer parti, dans l’espoir de retourner la situation à leur avantage. Il n’empêche que ce retrait sera sans doute une bénédiction à long terme pour le gouvernement syrien, dont les représentants ne s’attendaient aucunement à pareil résultat. L’administration américaine est une source continuelle de chaos au Levant, surtout pour l’Axe de la résistance. Elle protège Al-Qaeda (à Idlib) et Daech (dans le secteur d’où Trump a l’intention de se retirer) en Syrie, et en Irak. Le départ des troupes américaines est le signe que les USA commencent à accepter le fait que son hégémonie unilatérale a pris fin. La Russie fait des progrès tandis que les USA reculent au Moyen-Orient.

Elijah J. Magnier

http://www.dedefensa.org/article/complications-de-lorient-complique

Syricanements

 

 

 

Syricanements

Publié le 26 Décembre 2018 par Observatus geopoliticus in Moyen-Orient

La froide période de Noël a ceci de paradoxal qu’elle réchauffe souvent l’atmosphère géopolitique. On se rappelle que c’est un 25 décembre (1979) que Moscou décida l’envoi en Afghanistan des troupes soviétiques, début d’une guerre dont on vit encore chaque jour les conséquences. Sans aller jusque là, notre bonne année 2018 ne départ pas…

C’est à nouveau en Syrie que l’eau arrive à ébullition. Le retrait américain annoncé envoie des ondes nerveuses dans les chancelleries. A Tel Aviv, Bibi la Terreur n’en peut plus et a donc ordonné le bombardement d’un entrepôt à Damas depuis le ciel libanais. Selon la Défense russe, généralement bien informée et peu encline aux communiqués ubuesques, 14 des 16 missiles israéliens ont été interceptés par les Syriens.

Surtout, les jets à kippa ont une nouvelle fois utilisé une tactique peu glorieuse, se cachant derrière deux avions de ligne civils pour éjaculer péniblement leurs missiles. La défense anti-aérienne syrienne a certes détruit la majorité des projectiles mais n’a évidemment rien fait contre les avions, afin d’éviter une tragédie. A Moscou, on n’est guère amusé et l’on parle d’« actes provocateurs » et de « grossière violation de la souveraineté ».

Quand on sait que l’ours ne parle jamais pour ne rien dire, on peut se demander quel est le petit jeu suicidaire des Israéliens. Ne comprennent-ils pas que c’est Moscou qui aura les clés du camion syrien, donc de la présence ou non des Iraniens. Une chose est sûre : Israël est assez désespéré de la tournure que prend les choses. Sa folle provocation (il peut y en avoir d’autres) est le signe de sa faiblesse, non de sa force.

Au nord, c’est toujours les corons. Nos prédictions semblent se réaliser : on ne va pas vers une improbable alliance Damas-Ankara mais plutôt un mariage de raison kurdo-syrien contre les Turcs. Une délégation kurde a pris le chemin de Moscou, dernier râtelier auquel se raccrocher avant une invsion turque. Les Kurdes accepteraient (conditionnel, quand tu nous tiens) la présence des troupes gouvernementales syriennes mais pas des milices chiites pro-iraniennes. De fait, les loyalistes se dirigent en masse vers Manbij et Arima leur a déjà été remise par les Kurdes. La présence de soldats russes devraient calmer les ardeurs ottomanes.

Après ses déclarations tonitruantes, et malgré l’envoi d’une kyrielle de blindés vers le front, le sultan semble s’être un peu calmé. Il accepterait (toujours ce maudit conditionnel) d’attendre plusieurs mois avant de lancer l’offensive contre les Kurdes et ne serait pas contre la prise de possession du Rojava par l’armée syrienne si les YPG sont désarmées, auquel cas l’offensive serait reportée sine die. Poutine et Erdogan devraient d’ailleurs bientôt se rencontrer pour en discuter.

Ankara semble tenir à sa triple entente avec Moscou et Téhéran pour régler le conflit syrien et on peut imaginer à terme un Kurdistan syrien autonome mais occupé par l’armée syrienne dans laquelle seraient intégrées les YPG. Sous contrôle de Damas, donc, mais aussi de Moscou. Acceptable pour les Turcs, acceptable pour les Kurdes, acceptable pour Assad et le Kremlin.

Tout irait donc pour le mieux si le Donald ne faisait encore des siennes. En visite surprise en Irak, il vient d’assurer que les troupes US ne s’en retireraient point et que des incursions en Syrie seraient toujours possibles à partir des bases américaines qui y sont présentes. Le voyage de la houppette blonde vise, dans le contexte du retrait et, plus généralement, de la perte de puissance de l’empire au Moyen-Orient, à s’assurer au moins partiellement de l’Irak face à l’Iran.

Reste à voir si les dirigeants irakiens, qui n’ont même pas été invités à la petite sauterie, seront d’accord et s’ils possèdent une marge de manœuvre suffisante pour refuser ce qui ressemble furieusement à un diktat de Washington. Ca ne plaît en tout cas pas à tout le monde puisque des explosions et des sirènes ont été entendues à l’ambassade états-unienne de Bagdad. D’ici à ce qu’une milice pro-iranienne soit accusée, il n’y a qu’un pas qui devrait être vite franchi…

Quels scénarios possibles en Syrie après le retrait américain?

Quels scénarios possibles en Syrie après le retrait américain?

Des blindés américains circulent sur une route de la province de Hassaké, dans le nord de la Syrie, le 21 décembre 2018 / © AFP / Delil SOULEIMAN

Le président Donald Trump a annoncé le retrait des troupes américaines de la Syrie en guerre, un tournant qui devrait avoir des répercussions sur l’évolution d’un conflit complexe, opposant une multitude d’acteurs internationaux et régionaux.

Voici les enjeux et conséquences prévisibles pour les principaux acteurs engagés dans cette guerre meurtrière.

– Turquie –

Washington a prévenu que le retrait des troupes, dont la date n’a pas été annoncée, sera « lent » et « coordonné » avec la Turquie, voisin de la Syrie. Ankara est déjà très influent dans le nord syrien, où il a déployé des forces et soutient des factions armées locales.

La décision américaine laisse le champ libre aux ambitions de la Turquie, qui menace depuis la mi-décembre de lancer une nouvelle offensive contre la principale milice kurde de Syrie, les Unités de protection du peuple (YPG).

L’organisation est classée groupe « terroriste » par Ankara, même si ses combattants ont été de précieux alliés de Washington dans la lutte antijihadiste.

Déjà, l’armée turque a massé d’importants renforts à la frontière. Elle a dépêché des dizaines de chars et blindés dans le nord syrien, près de Minbej. Selon des experts, cette ville pourrait être la cible d’une prochaine offensive, tout comme la localité de Tal Abyad, située à la frontière.

– Les Kurdes –

Pour parer à une opération turque, les Kurdes pourraient négocier un retour du régime de Bachar al-Assad dans leurs territoires, estiment des experts.

Cette minorité syrienne avait tiré profit du conflit pour instaurer une autonomie de facto dans ses régions du nord et du nord-est.

« Les chances de maintenir un sérieux degré d’autonomie se sont considérablement réduites », analyse le Center for Strategic and International Studies (CSIS).

– Damas et ses alliés –

Damas et ses principaux alliés, la Russie mais aussi l’Iran, vont profiter d’un possible éclatement des régions kurdes.

« Il y aura un partage du territoire des FDS (Forces démocratiques syriennes) entre les Turcs et l’armée syrienne », avance l’expert Fabrice Balanche.

Selon lui, le pouvoir d’Assad pourrait récupérer la ville de Raqa, l’ex « capitale » du groupe Etat islamique, mais aussi l’intégralité de la province de Deir Ezzor (est), mettant la main sur des champs pétroliers stratégiques.

Avec le retrait des forces américaines, l’Iran n’a plus guère d’obstacle pour établir un corridor terrestre lui permettant d’atteindre la Méditerranée à travers l’Irak, la Syrie et le Liban.

Moscou profite aussi du désengagement américain. Il vient consacrer le rôle incontournable de la Russie dans le conflit syrien, sur le plan militaire et diplomatique, qui a largement éclipsé celui de Washington.

– Le groupe Etat islamique –

Les YPG constituent l’épine dorsale des FDS, alliance engagée dans la lutte contre l’EI au côté de la coalition internationale emmenée par Washington.

Si le président Trump a salué la « défaite » infligée à l’EI, dans les faits les FDS sont toujours à l’offensive contre un ultime réduit de l’organisation ultra-radical près de la frontière irakienne.

Par le passé, les FDS ont averti qu’un assaut turc affecterait les opérations contre l’EI, puisque les combattants seraient redéployés pour défendre leur région du nord.

Responsables mais aussi experts craignent que l’EI ne profite de ces circonstances pour retrouver un nouveau souffle.

– Les rebelles et jihadistes d’Idleb –

Les groupes rebelles et jihadistes d’Idleb, ultime grand bastion insurgé du nord-ouest syrien, où la Turquie est influente, pourraient voir leur fief menacé par les jeux d’alliances entre grandes puissances.

Pour M. Balanche, la Russie laisserait la Turquie « écraser les YPG et en échange, l’armée syrienne pourra avancer à Idleb ». Les habitants du secteur seront obligés de se réinstaller dans les zones kurdes conquises par Ankara.

Dans ces conditions, les rebelles restent tributaires de la Turquie pour leur survie. Certaines factions ont déjà annoncé leur participation à une éventuelle offensive contre les Kurdes.

– Israël –

Israël est considéré par les experts comme l’un des grands perdants du désengagement américain, qui laisse encore plus le champs libre à l’Iran et ses partenaires pour développer leurs capacités militaires en Syrie.

Israël, qui avait jusque-là applaudi des deux mains la politique de l’administration Trump au Moyen-Orient, assure qu’il ne laissera pas la Syrie voisine devenir la tête de pont de Téhéran.

Responsables israéliens et analystes rappellent que l’Etat hébreu gère seul le front syrien de longue date, et qu’il continuera d’en faire ainsi.

(©AFP / (24 décembre 2018 17h45)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Quels-sc-narios-possibles-en-Syrie-apr-s-le-retrait-am-ricain/982700.rom