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Tontons flingueurs, tontons blagueurs

Tontons flingueurs, tontons blagueurs

 

22 novembre, 2018
Tribune libre

Michel Raimbaud

Présentée comme imminente tout au long de l’été, la bataille d’Idlib, qui devait marquer pour l’armée syrienne la phase finale du combat contre le terrorisme, n’aura pas eu lieu. Refuge pour des milliers de rescapés du djihad et espace livré aux manigances d’Erdogan, cette cité proche d’Alep et de la Turquie aura fait couler des flots d’encre ou de salive, mais le bain de sang annoncé n’aura pas eu lieu, un accord surprise entre la Russie et l’Ottoman renvoyant à leurs études les devins et experts en orientologie et – insinueront les mauvaises langues – la reconquête militaire aux calendes turques…

 

 

Oublions donc Idlib pour le moment et allons droit au fait ou au nouveau méfait, qui a nom Deir Ezzor. Comme on le sait, à moins qu’on ne l’ait déjà oublié, cette cité a été libérée en novembre 2017 de « l’Etat Islamique » qui l’occupait par l’armée syrienne, mais elle se trouve toujours confrontée à diverses menaces, liées notamment à sa situation géostratégique. Sise sur les rives de l’Euphrate, proche des puits de pétrole et jouxtant de riches terres agricoles, elle est l’objet de bien des convoitises, raison pour laquelle Da’esh y avait élu domicile. C’est aussi pourquoi elle est la cible des Kurdes, qui ont tendance à voir partout des Kurdistans, l’objet de la sollicitude des Turcs qui ont la nostalgie ottomane à fleur de peau et des occidentaux qui y voient une terre à démocratiser à la mode Debeliou.

Les « forces démocratiques de Syrie », qui se présentent comme « arabo-kurdes » brandissent une « priorité » qui serait de lutter contre le terrorisme, celui des Turcs notamment, mais Washington instrumentalise les uns et les autres, l’objectif commun étant d’empêcher le retour de l’Etat syrien.

Quant à la « coalition internationale », racolée pour soi-disant combattre Da’esh, c’est de facto une armée supplétive supplémentaire des Etats-Unis et de ses alliés, qui roule et détruit pour le compte de l’Amérique. Il faut le répéter encore, la dite Amérique sous toutes ses défroques (forces spéciales, conseillers, OTAN, « coalition », armées diverses et mercenaires), est présente en Syrie en totale illégalité, sans autorisation et contre le gré du gouvernement légal de Damas. Il en va de même pour ses alliés, n’en déplaise à tous les va-t-en guerre occidentalistes. Le reste n’est que faribole, menterie et coquecigrue.

Or, toujours en quête de projets créateurs, comme le chaos du même nom, la « coalition » qui sévit en Syrie, en désarroi devant les évolutions de la situation dans la région, s’est lancée dans une nouvelle offensive, violant encore un peu plus le droit international, le droit humanitaire et les hypocrites « lois de la guerre »…

La « coalition » vient de sévir encore, procédant à trois ou quatre reprises à des bombardements meurtriers sur des cibles civiles dans la zone de Deir Ezzor. On a compté en une semaine plus de 100 morts, surtout femmes et enfants. Les armes utilisées – des bombes à fragmentation, ou au phosphore blanc, particulièrement cruelles et laissant des traces dans l’environnement, sont banales pour nos zorros du Far West planétaire. Pourquoi pas en douce des bombes à uranium appauvri pour apprendre à vivre aux damnés de la terre ? Les médias occidentaux passent ces exploits collatéraux sous silence ou les mentionnent sans émotion apparente. Guidée par des motifs si nobles, la « coalition » ne peut pas commettre de crimes de guerre, par définition… La ville de Raqqa avait ainsi été rasée et ses habitants massacrés, après que les chefs terroristes en aient été soigneusement exfiltrés : on n’a jamais publié de bilan. Comme disait Mme Albright, collègue adorée de nos ministres et grandmère de tous les enfants estropiés des guerres de l’Axe du Bien, « c’est le prix à payer pour la démocratisation » (sic).

Vous avez dit « droit humanitaire » ? Vous avez dit « environnement » ? Vous avez dit « droit international », « légalité onusienne » ? Où irait-on si les pays qui s’arrogent « le droit de dire le droit » devaient aussi le mettre en pratique, voire donner l’exemple ? Ils ne peuvent tout faire, déjà qu’ils sont dépositaires du lourd « fardeau de l’homme blanc » relooké en « responsabilité de protéger ». D’où le partage des tâches, aux uns de définir le droit et aux autres le devoir de le respecter et le danger d’être châtié, même à titre préventif : tout le monde ne peut être médecin, il faut bien des patients ! Et Dieu sait que la pauvre humanité est patiente.

Pour l’Establishment dominateur et sûr de lui, tout ceci va de soi : « nos grandes démocraties occidentales », fleurons de l’Humanité, ne se définissent-elles pas d’abord comme des nations civilisées régies par l’Etat de droit ? Cet Etat de droit dont nos « élites » se gargarisent jusqu’à plus soif, c’est celui où tout un chacun peut, parait-il, défendre son bon droit et demander justice pour les dommages dont il estime avoir été victime, sans garantie de résultat d’ailleurs ; mais ce n’est pas un droit à compétence universelle, car il ne concerne que les « civilisés », pas les « hors-la-loi » : en effet, l’Etat de droit est aussi, et peut-être surtout, un Etat qui peut faire la guerre sale chez les autres sans jamais demander leur avis à ses propres citoyens ou à leurs représentants, constitution ou pas…Il y a la théorie et la pratique…

Le fameux village global à laquelle nos élites se réfèrent naturellement et sans rire, cette tarte à la crème dont les « élites » nous barbouillent, est à l’image de nos grandes villes « mondialisées ». Il y a le centre riche et « civilisé », plutôt à l’ouest, « l’humanité d’en haut » qui compte et décide, auto-intronisée « communauté internationale ». Malheureusement, rien n’étant parfait en ce bas-monde, il y a également, au Sud et à l’Est, toutes ces banlieues de non-droit, là où s’agite « l’humanité d’en bas » ou de l’entresol : c’est le repère des contestataires et résistants, qui refusent de « rejoindre la communauté internationale » occidentale, osant s’opposer à ses valeurs diverses et ses oukazes. Que ces malotrus soient « renaissants » ou « émergents » ne change rien à l’affaire, ils doivent être sanctionnés, menacés et encerclés : ne sont-ils pas « préoccupants », au même titre que les Etats faillis, voyous, parias, avec lesquels ils font alliance et qu’ils protègent ?

Dans un article publié le 4 octobre 2015, intitulé « Etats voyous et grandes voyoucraties », l’auteur de ces lignes rappelait la « théorie du fou », fruit du cerveau de Richard (Dick) Nixon, il y a de cela un demi-siècle : il est souhaitable que l’Amérique soit dirigée par « des cinglés au comportement imprévisible, disposant d’une énorme capacité de destruction, afin de créer ou renforcer les craintes des adversaires », pensait alors le « Tricky Dicky », c’est à-dire « Dick le tricheur ». Posant les « principes de base de la dissuasion dans l’après-guerre froide », une étude réalisée en 1995 pour le Strategic Command allait reprendre cette idée-force : depuis que les Etats-Unis ont « remplacé l’Union soviétique par les Etats dits “voyous” », ils doivent projeter une image « irrationnelle et vindicative d’eux-mêmes », « certains éléments » du gouvernement apparaissant « comme potentiellement fous, impossibles à contrôler » ? Pourtant l’oncle Donald était alors bien éloigné de la Maison Blanche. Mais vingt-cinq ans plus tard, la théorie du fou est plus que jamais d’actualité, et Trump est aux commandes.

Cette prose délirante explique en tout cas le pourquoi de ce « monde à l’envers » conçu par l’Occident, dans lequel chaque mot, chaque phrase, chaque concept signifie son contraire, le droit se traduisant ainsi par le non-droit, la légalité par l’illégalité, le désir de justice par son déni systématique, la volonté de paix par la folie guerrière, et la vérité par le mensonge. C’est assez pour expliquer comment les « grandes démocraties » autoproclamées en viennent à se transformer en « voyoucraties », respectant en feignant de l’ignorer les trois critères qui, selon l’un des « nouveaux historiens » israéliens, Avraham Shlaim, professeur émérite à Oxford, définissent l’Etat voyou, le « Rogue State » des anglo-saxons :

 

– Violer régulièrement la légalité internationale,

– Détenir des armes de destruction massive,

– Utiliser le terrorisme pour terroriser les populations civiles.

 

Sur ces bases, le GPS ne conduit pas à Damas, à Téhéran ou à Moscou, mais bel et bien vers ceux qui l’ont conçu. En juin 2000, Robert McNamara, ex-secrétaire américain à la défense (de 1961 à 1968), estimait déjà (The International Herald Tribune) que les Etats-Unis sont devenus un « Etat voyou ». Dix ans plus tard, au début des funestes « printemps arabes », Noam Chomski constatera que son pays « se place au-dessus du droit international ». Deux consciences américaines parmi tant d’autres.

Il reste cependant que, dans le dictionnaire amoureux de l’Amérique, on récolte plus de fioretti que dans toutes les homélies du Pape François. George W. Bush, spécialiste bien connu en questions historiques (Pourquoi nous haïssent-ils autant alors que nous sommes si bons ?) avait déjà le chic pour nous interpeller quelque part. Le locataire actuel du bureau ovale, l’oncle Donald, est lui aussi un lanceur d’alertes qui sait nous faire savoir, avec le robuste bon sens des saloons et des ranchs, le fruit de ses cogitations : « Le monde est un endroit très dangereux », nous assène-t-il en novembre 2018. On ne peut contredire le Président des Etats-Unis, par définition orfèvre en matière de dangerosité.

Pour la période allant de 1945 à aujourd’hui, l’Empire du Bien peut inscrire à son bilan 20 à 30 millions de tués, qu’il s’agisse des guerres directes (Corée, Vietnam, Irak) ou par procuration (en Afghanistan, Angola, Congo, Soudan, Guatemala, Syrie) conduites par des forces et milices alliées, souvent entraînées et commandées par les USA. Il pourrait même sans mentir faire état de centaines de millions de blessés dans ces multiples conflits et d’autres centaines résultant indirectement des hostilités (famines, épidémies, migrations, esclavage, destruction de l’environnement, des infrastructures, ponction sur les dépenses vitales du fait des dépenses militaires), ou fruit des sanctions, blocus ou embargos que l’Amérique et ses fidèles infligent à plus de la moitié des Etats-membres de l’ONU…. Tel est le bilan des actions entreprises depuis 1945 par la « puissance indispensable » afin d’instaurer « un ordre international libre et ouvert » et pour « préserver les peuples de l’agression et de la tyrannie » (2018 National Defense Strategy of the USA). La « communauté internationale » à la sauce occidentale est bien une confrérie de « tontons flingueurs », faciles à reconnaître, puisqu’on les retrouve dans tous les grands raouts pour la paix, où l’on se pavane bras dessus, bras dessous sur des Champs-Elysées ou sous des arcs de triomphe, sous l’œil attendri des caméras fixant pour la postérité ces réunions de famille.

Ils semblent si heureux de se retrouver ensemble et paraissent si sincères qu’il faut s’y reprendre à deux fois pour constater ou concéder que le réseau participant inclut quelques criminels de guerre notoires et beaucoup d’obsédés du bombardement humanitaire. Certes, mais alors comment expliquer que l’on retrouve les mêmes dans les grands-messes où l’on brandit l’environnement comme un trophée et/ou comme le symbole d’un ardent désir de paix ? A quoi rime de prêcher la transition écologique, les clairs ruisseaux et les nuages moutonnés dans les pays bien nés, lorsque dans la foule des Etats frappés par les « guerres justes » de l’Empire, l’atmosphère est rendue mortifère par les bombes, les armes de destruction massive, les ravages, les miasmes des épidémies, lorsque l’eau et la terre sont volontairement empoisonnées par des plans pervers (cf. le plan US Iraq Water Treatment Vulnerabilities) ? On pourrait penser à leur bonne mine que les tontons flingueurs sont aussi des tontons blagueurs. Et il est vrai que l’on doit souvent se pincer pour s’assurer que l’on ne rêve pas. La blague mondialisée a ceci de remarquable qu’elle est involontaire pour ses promoteurs et concepteurs, qui se prennent très au sérieux. Deux ou trois exemples suffiront ici pour illustrer le propos.

Vous êtes l’ambassadeur syrien aux Nations-Unies, et voilà que surgit le représentant saoudien venu pérorer sur les libertés en Syrie et les conditions d’un avenir démocratique pour ce pays que les wahhabites ont voulu détruire. Le discours est surprenant et pourra passer pour une blague, comme le dit en grand seigneur Bachar al Jaafari, grand diplomate. Mais ce n’est qu’un épisode de la blague qui a permis à la « communauté internationale » de confier à l’Arabie Saoudite la présidence du Conseil des Nations-Unies pour les droits de l’homme et de la femme, et à l’Occident de s’en servir comme porte-parole en la matière, Ben Salman oblige. Après tout, qui avait bronché lorsque les « Casques Blancs de Syrie », créature des services anglais et faux nez humanitaire d’Al Qaida, avaient été pressentis pour le Nobel de la Paix, recevant aux Etats-Unis le prix des droits humains ?

Au point de déliquescence où en est arrivé le système onusien, balloté par la « fin de l’Histoire » puis par la mondialisation, la vie internationale est désormais surréaliste pour qui veut encore se référer aux us, coutumes et langages de la diplomatie, aux principes de la charte des Nations-Unies et aux simples préceptes de la morale naturelle et/ou de la vie en société. Et le top du surréalisme, c’est quand trois membres permanents du Conseil de Sécurité expliquent dans un grand courroux que c’est leur droit et même leur devoir de violer systématiquement les principes et les règles de la Charte dont ils sont censés être les gardiens et les garants, accusant leurs adversaires de menacer la paix et l’ordre mondial. On l’aura compris, il faut que la société internationale soit tombée bien bas pour que des pères fondateurs de l’ONU aient pour successeurs et héritiers de vulgaires flingueurs. La diplomatie traditionnelle avait ses tares et ses travers, mais elle prenait à cœur son métier, qui est de mettre de l’huile dans les rouages et non de jeter de l’huile sur le feu. Elle pouvait avoir de l’esprit, mais n’était pas une pantalonnade. Elle doit cesser de l’être. A l’heure où le monde flirte avec la guerre, il faut remettre de l’éthique dans la vie internationale. Le conflit n’est plus entre un monde « libre » et un monde « totalitaire », mais entre les partisans du droit et ceux de l’hégémonie. A chacun de choisir son parti, avant les douze coups de minuit, avant que la blague généralisée ne joue de mauvais tours. Notre humanité perd patience.

 

Michel Raimbaud
Ancien ambassadeur
Professeur et conférencier

https://www.iveris.eu/list/tribunes_libres/389-tontons_flingueurs_tontons_blagueurs

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Syrie : ISIS défait la force par procuration américaine

Syrie : ISIS défait la force par procuration américaine


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama − Le 29 octobre 2018

Les mercenaires mandatés par les États-Unis dans l’est de la Syrie ont encore perdu du terrain au profit d’État islamique.

La carte montre les positions d’ISIS (en gris), de la force mandataire SDF (jaune) et de l’armée syrienne (rouge) à la frontière irakienne le 19 octobre.


Voici les positions à compter d’aujourd’hui.



La force américaine par procuration a perdu les villes de Susah, Hawi al-Susah, Safafinah, Mozan, Shajlah et Baghuz Fawqani et ISIS est de retour à la frontière irakienne. Les forces irakiennes ont été mises en alerte et ont scellé la frontière de leur côté.

La cause immédiate de la perte était une nouvelle tempête de sable qu’ISIS a utilisée pour contre-attaquer. Une contre-attaque similaire lors d’une tempête de sable s’est déjà produite il y a deux semaines. Cela rend la déclaration de ce porte-parole américain risible :

«La tempête de sable a permis une contre-attaque d’État islamique, ce qui était surprenant compte tenu des conditions, mais maintenant, l’air est dégagé et la coalition continuera à augmenter son soutien aérien et sa puissance de feu pour aider ses partenaires», a déclaré le colonel Ryan …

Les tempêtes de sable désactivent le soutien aérien et l’artillerie. C’est pourquoi ISIS, qui manque d’armée de l’air, utilise depuis des années toutes les tempêtes de sable pour attaquer. Ce n’est pas surprenant du tout, car c’est l’une de ses formes de combat caractéristiques. Les tempêtes de sable signifient que l’on peut s’attendre à une attaque d’État islamique. L’attaqué doit doubler sa garde et être prêt à défendre sa position. Les forces spéciales américaines censées diriger leurs mandataires semblent avoir négligé cela.

Les djihadistes d’État islamique ont attaqué de manière habituelle pendant la tempête de sable. Un kamikaze a fait exploser la première position sur la ligne de front et plus de 100 combattants ont pris d’assaut et encerclé les lignes ennemies. Depuis vendredi, entre 60 et 80 SDF [mercenaires kurdes] ont été tués, d’autres blessés et au moins 20 faits prisonniers. D’autres ont simplement fui paniqué et État islamique a pu reprendre plusieurs villages sans se battre. ISIS affirme que tous les combattants capturés étaient des Arabes, pas des Kurdes.

Les Kurdes ont décidé depuis longtemps que le combat sur l’Euphrate n’était pas leur principal problème. Ils se préparent à lutter contre une invasion turque. La force terrestre SDF qui attaque ISIS est principalement arabe. Certains ont été embauchés par les États-Unis, mais beaucoup d’entre eux ont été contraints à collaborer. Ils ne sont pas intéressés à risquer leur vie. Ils n’attaqueront que lorsque l’armée de l’air américaine aura bombardé leurs ennemis en miettes.

Après les lourdes pertes du SDF arabe, il a été demandé au YPG kurde d’envoyer quelque 300 de ses combattants pour reprendre les positions perdues et pour poursuivre l’attaque générale contre ISIS, qui n’a généré aucun gain depuis un mois.

État islamique détient toujours quelque 700 prisonniers et otages. Il avait menacé de les tuer s’il ne recevait ni nourriture ni médicaments. Il n’y a eu aucune nouvelle de leur destin.

Vendredi, les présidents russe, français et turc et la chancelière allemande Merkel se sont rencontrés à Istanbul. Les parties française et allemande ont renoncé à un changement de régime [en Syrie]. Ils ont un problème de réfugiés et veulent la fin de la guerre. Ils insistent toujours pour que la Syrie change sa constitution mais Damas n’a aucune raison de suivre de telles consignes. L’ancien ambassadeur de l’Inde en Turquie, MK Bhadrakumar, procède à une analyse plus approfondie du sommet. Sa grande question est de savoir comment évoluent les relations américano-turques.

Il y a peu de raisons de penser que cela ira mieux. Erdogan veut que les États-Unis quittent la Syrie presque autant que Damas elle-même. Erdogan a récemment menacé d’envahir la partie nord-est de la Syrie contrôlée par les États-Unis. Hier, l’artillerie turque a touché des positions de la force de procuration américaine en Syrie près de la frontière avec la Turquie.

Les États-Unis continuent d’insister pour que les “milices soutenues par l’Iran” quittent la Syrie avant le départ des États-Unis. Mais les “milices soutenues par l’Iran” en Syrie sont aujourd’hui des Syriens. L’Iran a soutenu des groupes composés de combattants afghans et irakiens et les soldats iraniens ont quitté le pays il y a quelque temps. Il reste tout au plus quelques officiers iraniens, payés par l’Iran, pour l’entraînement des groupes locaux. La demande n’a aucun sens. Elle vient probablement d’Israël, qui souhaite que les États-Unis restent en Syrie le plus longtemps possible.

La situation dans le gouvernorat d’Idlib et ailleurs n’a pas changé. Le prochain sommet américano-russe du 11 novembre traitera de la question de la Syrie. Jusque-là tout est figé.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/syrie-isis-defait-la-force-par-procuration-americaine

 

Syrie : une fois de plus les États Unis font semblant de combattre État Islamique

Par Moon of Alabama – Le 19 octobre 2018

La force d’occupation américaine et son mandataire kurde, les SDF [Syrian Democratic Forces], sont censés combattre les derniers résistants d’État islamique (EI) localisés au nord-est de l’Euphrate, dans le nord-est de la Syrie. Mais les opérations contre la poignée de villes qu’EI (gris) tient toujours – lancées seulement après de longs retards inexpliqués – ne génèrent que peu de progrès. La semaine dernière, elles ont même subi un sérieux revers.

Rouge = Armée arabe syrienne/Jaune = États-Unis/SDF/Gris = EI
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Après plusieurs jours de tempêtes de sable (video) qui ont entravé le soutien aérien américain, EI a contre-attaqué, le 11 octobre, contre les SDF dirigées par les États-Unis. Des kamikazes ont fait sauter les points de contrôle tenus par les SDF et EI a réussi à percer la ligne de front. Le groupe islamiste a repris plusieurs villages et, le 12 octobre, a fait une descente dans un camp de réfugiés pour les civils locaux, que la coalition américaine avait établi près d’Al Bahrah (dans le coin supérieur gauche de la carte). Quelque 130 familles de réfugiés comptant environ 700 personnes ont été faites prisonnières et conduites à Hajin, une petite ville située à l’extrémité nord de la zone détenue par EI.

Par l’intermédiaire d’anciens des tribus locales, EI a demandé à négocier avec la coalition américaine un échange de prisonniers. Il a également exigé des fournitures médicales et alimentaires en échange de 90 femmes capturées qu’il avait isolées de leurs familles. Leur demande a été rejetée. EI menace maintenant de tuer dix des personnes enlevées chaque jour si ses exigences ne sont pas satisfaites.

Dans son discours lors du sommet de Valdai, hier, le président russe Poutine a parlé de la situation à l’est de l’Euphrate :

Nous voyons maintenant ce qui se passe sur la rive gauche de l’Euphrate. Probablement, nos collègues le savent : ce territoire est sous le patronage de nos partenaires américains. Ils comptent sur les forces armées kurdes.

Mais il est évident qu’ils leur ont laissé une marge de manœuvre : EI est toujours présent sur plusieurs sites et a récemment commencé à étendre sa zone d’influence. Ils ont pris en otage 130 familles, soit près de 700 personnes.

Je pense que peu de gens ici présents savent qu’ils ont lancé des ultimatums, qu’ils ont prolongé leurs demandes et qu’ils ont averti que si ces ultimatums n’étaient pas respectés, ils tueraient 10 personnes chaque jour. Avant-hier, 10 personnes ont été tuées. Exécutées. Ils ont commencé à mettre leurs menaces en actes.

C’est tout simplement horrible. Je pense que c’est une tragédie. Nous devons faire quelque chose à ce sujet. Pourquoi nos collègues gardent-ils le silence ? Selon nos informations, plusieurs citoyens américains et européens figurent parmi les otages.

Tout le monde est silencieux, il y a un silence comme si rien ne se passait.

Il y a trois jours, il y a eu aussi un incident du genre tir ami suivi de défections dans les rangs des forces locales par procuration :

Deux avions de combat F-15 de la coalition dirigée par les États-Unis ont ciblé à tort des unités kurdes dans leur offensive contre les forces terroristes restantes d’État islamique en Syrie, a rapporté RIA, citant une “source militaire et diplomatique”. Six personnes auraient été tuées et 15 blessées du côté kurde.

L’incident, qui s’est produit près de la ville de Hajin, dans la province syrienne orientale de Deir ez-Zor, a non seulement perturbé l’opération, mais aurait également entraîné de nombreuses défections dans les rangs des Forces démocratiques syriennes (FDS). Pire encore, les terroristes ont réussi à s’emparer de certains territoires de la région, a ajouté la source.

EI a publié aujourd’hui des photos d’une exécution de cinq hommes locaux accusés d’espionner pour le compte des SDF.

Les troupes américaines et françaises fournissent un soutien d’artillerie aux SDF et les forces aériennes américaines et britanniques bombardent les positions d’EI. Mais les troupes terrestres du SDF semblent incapables ou réticentes à aller de l’avant contre EI. Les frontières de la zone tenue par EI, telles que fournies par liveuamap, n’ont pratiquement pas bougé.

1er mai
19 octobre

Pendant cinq mois et demi, EI n’a perdu qu’environ 7 km de territoire aux extrémités nord et sud de la petite zone qu’elle occupe. Comment se fait-il que des forces kurdes bien approvisionnées, sous la direction des forces spéciales américaines et dotées d’une artillerie et d’un soutien aérien puissants, ne soient pas en mesure d’en faire plus contre quelque 1 à 2 000 djihadistes qui manquent d’armes lourdes et n’ont aucun moyen de se ravitailler ?

Des sources russes accusent les États-Unis de ne pas combattre sérieusement leur adversaire :

“Le simulacre de lutte contre les terroristes dans cette région de Syrie dure depuis plus de six mois et est utilisé par Washington pour justifier sa présence illégale dans ce pays “, souligne notre source.

L’Observatoire syrien fait également état d’un flux constant d’assassinats ciblés et d’attaques mineures contre les forces des SDF, y compris par des cellules dormantes de EI agissant dans la zone contrôlée par les SDF. De nombreux engins explosifs improvisés sont enterrés dans la zone et entravent le déplacement des troupes ainsi que la reconstruction.

En général, EI ne semble pas confiné aux lignes de front nettes indiquées sur la carte, mais possède de petites unités et des cellules dormantes qui se déplacent bien au-delà de cette zone. Cela indique un manque de troupes motivées pour tenir la ligne de front et à confiner les forces de EI.

Le Weekly Strike Summary fait état de nombreuses attaques aériennes, mais les résultats sont minces :

Entre le 7 et le 13 octobre, les forces militaires de la coalition CJTF-OIR ont mené 137 frappes, soit 225 engagements en Irak et en Syrie.

Après une baisse les 7, 8 et 9 octobre en raison des tempêtes de sable, le nombre de vols américains dans la région atteint à nouveau une vingtaine par jour.

Presque toutes ces attaques sont dirigées contre la petite zone tenue par EI au nord-est de l’Euphrate. Le rapport fait état de résultats positifs sur les “zones de stationnement ou de rassemblement”. Mais qu’est-ce que cela signifie réellement ? Un espace vide n’est-il pas une zone de stationnement ou de rassemblement potentiel ? Et que signifie l’engagement contre une “unité tactique” ? Un largage de bombe près d’un mec seul sur sa moto ?

Les quatre derniers résumés hebdomadaires font état d’un total de 349 frappes et 546 “engagements”, mais aucun d’entre eux ne semble avoir eu d’effet sur le nombre de combattant d’EI ou leurs capacités. Malgré ce nombre élevé de frappes, il n’y a aucun progrès sur le terrain.

La campagne de bombardement actuelle rappelle la fausse campagne aérienne américaine contre EI en 2014 et 2015 (voir tableau en bas de ce lien). À l’époque, les pelleteuses de EI étaient les cibles les plus sérieuses mentionnées dans les rapports américains. À l’époque, c’était déjà la Russie qui avait dénoncé les faux combats et montré comment il fallait faire pour vraiment vaincre EI.

Le fait que les SDF affirment maintenant qu’éliminer EI de la zone prendra encore plus de temps renforce le soupçon du manque d’intention réelle de le combattre :

“Les opérations militaires à Hajin prendront beaucoup plus de temps que prévu“, a déclaré Redur Khalil, l’un des principaux commandants des SDF.

“Daesh profite beaucoup de facteurs météorologiques, y compris des tempêtes de sable. Elles l’ont aidé à se mettre à l’abri des avions de reconnaissance et d’autres mécanismes de surveillance “, a-t-il déclaré à l’AFP, en utilisant l’acronyme arabe pour EI.

Pour mémoire, la récente série de tempêtes de sable dans la région s’est terminée il y a quelques jours.

Comme en 2014/2015, les États-Unis semblent à nouveau très intéressés à maintenir EI en vie aussi longtemps que possible et à utiliser sa présence comme prétexte pour d’autres objectifs.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/syrie-une-fois-de-plus-les-etats-unis-pretendent-combattre-etat-islamique

 

Syrie, état des lieux : l’accord turco-russe tient, la défense aérienne S-300 arrive

Syrie, état des lieux :
l’accord turco-russe tient, la défense aérienne S-300 arrive


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 9 octobre 2018

La situation en Syrie est relativement calme. Le gouvernement (en rouge sur la carte) a consolidé les territoires qu’il a repris au cours de l’année. L’armée syrienne a reçu une nouvelle défense aérienne (voir ci-dessous) et d’autres matériels et s’active à les intégrer. Certaines unités de l’armée syrienne se déplacent actuellement vers l’est, à Al Bukamal, à la frontière irakienne. D’autres ont été renvoyées à leurs bases.

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Le seul endroit où l’armée syrienne est toujours activement engagée est dans le désert du sud, près d’As-Suwayda, où quelque 1 000 à 2 000 combattants d’ISIS (en gris) s’accrochent à une petite enclave au milieu d’une vaste zone de roches volcaniques. Le terrain est difficile à traverser avec des chars et le combat d’infanterie y est sanglant.

L’accord russo-turque sur une zone démilitarisée dans le gouvernorat d’Idlib, contrôlé par les rebelles, semble tenir.

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Les rebelles contrôlés par la Turquie ont déplacé leurs équipements lourds (chars et artillerie) hors de la zone démilitarisée (ocre). Les factions djihadistes, Tahrir al Sham et les Turkmènes autour de Jisr al Shugur, ne respectent pas l’accord. Selon l’Observatoire syrien, ils ont creusé des fossés pour cacher leurs armes sur place. La Turquie a la responsabilité de les supprimer. La campagne d’assassinats dans le gouvernorat d’Idlib se poursuit avec plus de 380 victimes. Un commandant de niveau intermédiaire de tel ou tel groupe est tué chaque jour. On ne sait pas qui – les cellules dormantes d’ISIS, le MIT turc ou les spetsnazs russes – est derrière la campagne.

Le canton kurde d’Afrin, au nord-ouest, est une zone troublée similaire occupée par les troupes turques et les gangs rebelles associés. Il y a énormément de pillages et les différents groupes se battent entre eux.

Dans le gouvernorat de Deir Ezzor, dans l’est du pays, l’armée américaine et sa force de procuration kurde (en jaune) se battent toujours contre des forces enracinées d’État islamique (en gris).

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Ces forces sont restées seules pendant près d’un an et ont utilisé le temps dont elles disposaient pour s’enterrer. Les assaillants subissent des pertes causées par les mines improvisées et les cellules dormantes d’ISIS. Les forces américaines et britanniques bombardent la région plusieurs fois par jour et l’artillerie française et américaine ajoute au carnage. Malgré tout, les progrès semblent extrêmement lents. Selon des informations non confirmées, des marines américains seraient venus renforcer la force de procuration kurde réticente. Certains combattants d’État islamique ont traversé l’Euphrate pour attaquer des zones contrôlées par le gouvernement (en rouge), mais ont été vaincus.

Tandis que la carte générale montre un triangle au sud de la ville de Deir Ezzor dans laquelle ISIS se trouvait (en gris), aucune activité récente n’a été rapportée dans cette région désertique.

La zone al-Tanf contrôlée par les États-Unis dans le sud-est (en vert) est relativement calme. Les soldats américains y forment encore des hommes de main locaux, mais il n’y a pas d’avenir raisonnable pour ce poste. Les dizaines de milliers de membres des familles de rebelles et les combattants d’ISIS dans le camp de réfugiés de Rukban, situé à proximité de la frontière jordanienne, sont désespérés. La Jordanie ne laisse passer aucune aide pour eux. La nourriture est introduite en contrebande à partir de zones contrôlées par le gouvernement, mais la population n’a plus d’argent et ne peut pas payer pour cela :

L’année dernière, lorsque les États-Unis ont réduit le financement des factions affiliées à la FSA [Armée syrienne libre] opérant dans le désert de Badia, des centaines de combattants ont perdu leur principale source de revenus, qui avait souvent été utilisée pour soutenir les membres de leurs famille vivant à Rukban, a déclaré le porte-parole de la brigade Ahmad al-Abdo, Seif.

Des négociations ont été engagées avec le gouvernement syrien en vue de transférer certains rebelles et leurs familles de Rukban vers le nord dans la zone contrôlée par la Turquie, mais plusieurs annonces dans ce sens ont été faites sans qu’aucun transfert ne soit effectué.

La Russie a fait don de trois ensembles de systèmes de défense antiaérienne S-300PM à la Syrie. Chaque quartier général de bataillon dispose d’un radar d’acquisition et d’un poste de commandement. Il y a deux compagnies (batteries) dans un bataillon. Généralement, chaque compagnie dispose d’un radar de direction de tir et d’un véhicule de conduite de tir. Il y a quatre lanceurs de missiles dans une compagnie avec quatre missiles par lanceur. Deux véhicules supplémentaires ont des munitions de réserve et des grues pour recharger les lanceurs. Chaque bataillon disposera de cent missiles, ce qui permettra de contrer plusieurs vagues d’attaques. Les pièces de rechange peuvent être transportées sur des remorques de camion normales. Le système est très flexible. Des lanceurs supplémentaires peuvent être ajoutés à une compagnie et les informations radar peuvent être partagées.

Les systèmes sont relativement modernes et encore largement utilisés par la défense aérienne russe pour elle-même. Les systèmes reçus par la Syrie sont des systèmes précédemment en service dans des bataillons russes qui ont récemment été mis à niveau vers les nouveaux systèmes S-400. Ils ont été rénovés avant d’être livrés en Syrie. Les systèmes S-300PM sont montés sur des véhicules à roues. Ils sont arrivés par transport aérien (vidéo) de Russie. Pour protéger les défenses anti-aériennes S-300 à longue portée, chaque compagnie sera probablement accompagnée d’un système de défense anti-aérienne à courte portée Pantsyr-S1. Outre les systèmes de défense aérienne, la Syrie a également reçu des systèmes de guerre électronique Karsukha-4 qui permettent de détecter et de brouiller le trafic radio et radar ennemi.

L’un des bataillons restera probablement dans le gouvernorat de Lattaquié et renforcera la défense aérienne russe déjà stationnée là-bas. Un autre bataillon protégera Damas. Le troisième bataillon est un peu un joker. Il pourrait soit rester dans l’ouest de la Syrie, près de Homs, pour renforcer les autres unités, soit se déplacer vers l’est, à Palmyre, ou même à Deir Ezzor, pour donner à réfléchir au contingent américain.

Les 96 missiles S-300 prêts à être lancés vont rendre la tâche plus difficile pour Israël, si celui-ci veut continuer ses attaques contre la Syrie. Israël aimerait bien le faire, mais le seul moyen de poursuivre ses attaques est de faire décoller ses avions très bas au-dessus du Liban pour qu’ils soient couverts par la chaîne de montagnes qui mène à la Syrie. Ils seraient alors obligés de surgir pour lancer leurs missiles en Syrie, mais rien ne garantit que les avions y survivraient. Voler à basse altitude au-dessus du Liban comporte également le risque d’une rencontre surprise avec l’un des missiles de défense aérienne à courte portée du Hezbollah.

Le président syrien Bachar al-Assad vient d’annoncer un décret qui accorde l’amnistie à ceux qui ont déserté l’armée ou se sont abstenus de se présenter pour la conscription. Si les déserteurs et les conscrits se rendent dans les six prochains mois pour accomplir leur service, ils échapperont à toute punition.

Les Arabes du Golfe, à l’exception du Qatar, qui est un allié de la Turquie, ont renoncé à renverser le président Assad et ont bien fait :

Dans l’un des développements les plus surprenants survenus au milieu d’une série de réunions diplomatiques autour de l’Assemblée générale des Nations Unies, le ministre des Affaires étrangères bahreïnien, Khalid bin Ahmad al-Khalifa, a salué le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al-Muallem, lors d’une réunion panarabe la semaine dernière. Bahreïn, proche allié de l’Arabie saoudite, a vivement critiqué Assad et d’autres alliés régionaux de l’Iran, mais le haut diplomate a déclaré : “Le gouvernement syrien dirige la Syrie, et nous travaillons avec les pays, même si nous ne sommes pas d’accord avec eux.”

Quelques jours plus tard, Assad a mené sa première interview avec un journal de la péninsule arabique depuis 2011, déclarant au Koweïtien Al-Shahed qu’il était parvenu à un “accord majeur” avec plusieurs États arabes et que “les délégations occidentales et arabes ont déjà commencé à revenir en Syrie pour organiser leur retour, qu’il soit diplomatique, économique ou industriel.”

Ce changement dans le sentiment des dirigeants arabes pourrait bien influer sur la position américaine en Syrie.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/syrie-etat-des-lieux-laccord-turco-russe-tient-la-defense-aerienne-s-300-arrive

 

Washington réarme des Kurdes en Syrie

Washington réarme des Kurdes en Syrie

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Les États-Unis viennent de faire parvenir à des Kurdes du Nord de la Syrie une très importante cargaison d’armes (environ 250 camions).

Il est impossible de dire en ce moment, contre qui Washington entend utiliser ces armes.

Les États-Unis relancent-ils la guerre contre la Syrie ou s’apprêtent-ils à instrumenter des Kurdes contre la Turquie ?

http://www.voltairenet.org/article202460.html

Damas se prépare-t-elle à négocier un accord avec les Kurdes ?

Damas se prépare-t-elle à négocier un accord avec les Kurdes ?


Par Andrew Korybko – Lundi 23 juillet 2018 – Source orientalreview.org

Damas aurait déjà conclu deux ententes pragmatiques avec des groupes dits « rebelles » au nord-est du pays.

Le président syrien Bachar El Assad (photo wikipedia.org)

Sputnik a signalé que le gouvernement syrien légitime touche un tiers des revenus des champs de pétrole d’al-Rmeilan et de Jabsah, tandis que Rudaw – un média tenu par des Kurdes – annonçait que l’État avec accepté d’exploiter le barrage de Tabqa conjointement avec les « Forces démocratiques syriennes » (FDS). Chacun de ces deux accords implique les Kurdes à des niveaux différents, les faibles informations sur l’accord pétrolier semblant indiquer que l’accord a été négocié directement entre les Kurdes et Damas, tandis que l’accord sur l’eau apparaît comme multilatéral, avec l’implication de la coalition des FDS. Si on les considère comme un tout et si l’on dépasse la rhétorique maximaliste toujours prêchée par les autorités syriennes et leurs affiliés – pour des raisons de politique intérieure et pour maintenir un moral de « résistance » – on constate que Damas se réjouit évidemment de parvenir à des accord pragmatiques de facto avec l’organisation même que le gouvernement syrien avait juré de déloger de sa région nord-est.

En soi, ces accords nous indiquent que la promesse du président Assad de libérer « chaque mètre carré » de la Syrie pourrait finir dans un processus beaucoup moins spectaculaire que beaucoup d’observateurs ne l’auraient cru ; il apparaît moins probable que jamais que l’Armée arabe syrienne (AAS) ne pénètre la ligne de « désescalade » non déclarée, le long de l’Euphrate, et ne lance une grande offensive militaire dans cette zone, comme elle l’a fait récemment dans la zone de désescalade officielle autour de Deraa. La libération de cette région, riche en ressources énergétiques et agricoles, reste probablement à l’agenda du gouvernement, mais pourrait se voir réalisée par des moyens diplomatiques, intégrés dans un accord russo-américain et facilités par les efforts de médiation russes avec les Kurdes.

Damas, prenant en compte le fait qu’elle n’a aucun moyen de jamais contrôler militairement la zone nord-est du pays – du moins tant que cette zone demeure un protectorat américain – pourrait en venir à reconnaître la « fédération » auto-déclarée administrée par les Kurdes, dans un cadre garantissant un partage des bénéfices issus de l’exploitation des ressources naturelles et une gestion partagée élargie des infrastructures de la zone. Cette position, totalement inversée par rapport à ce que le gouvernement prévoyait, pourrait être présentée comme seule solution pacifique à cette impasse, et comme une décision courageuse de la part des autorités syriennes, en vue d’impulser une réforme constitutionnelle et un processus de paix conjoints. Prendre l’initiative de cette manière pourrait même permettre à Damas de regagner une aura internationale auprès de l’Occident, et rapprocher le pays d’un allégement des sanctions qu’il subit, si un accord mettant fin à la guerre venait à être conclu.

Cet article constitue une retranscription partielle de l’émission radio context countdown, diffusée sur Sputnik News le vendredi 20 juillet 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/damas-se-prepare-t-elle-a-negocier-un-accord-avec-les-kurdes

 

Les Kurdes pro-US contre les chrétiens iraquiens et syriens

Les Kurdes pro-US contre les chrétiens iraquiens et syriens

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Le gouvernement régional du Kurdistan iraquien a institué une taxe islamique sur les entreprises appartenant à des chrétiens.

Apparue fin juin à Ankawa (district d’Erbil), une ville à 80 % chrétienne, cette taxe correspond à l’ancien Djizîa, l’impôt collecté sur les chrétiens à défaut de les incorporer dans les armées. Alors que l’on avait d’abord dénoncé une initiative des autorités de la ville, cette taxe vient d’être étendue à la ville de Semel.

Simultanément, les Kurdes du YPG (soutenus par les États-Unis, Israël et la France) ont envahi et occupent deux localités chrétiennes de Syrie, Tel Jazira et Tel Baz (sur la rivière Khabour). Au cours des trois dernières années, le YPG a remplacé de force les professeurs des écoles chrétiennes du Nord de la Syrie. Les enfants ont été contraints d’abandonner la langue arabe, et d’adopter un cursus enseigné par des professeurs kurdes étrangers en langue kurde [1].

Documents joints

[1] « Les États-Unis et Israël débutent la colonisation du Nord de la Syrie », Réseau Voltaire, 1er novembre 2015.

 

http://www.voltairenet.org/article201862.html

Les USA pourraient se retirer de Syrie

Les USA pourraient se retirer de Syrie

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Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a invité les États-Unis à retirer leurs troupes du pays en préalable au retrait de forces étrangères pro-gouvernementales. Le Pentagone est présent à la fois au Sud (Al-Tanf) et au Nord (zone occupée par le YPG kurde).

Dans le cas d’un retrait d’Al-Tanf, le Hezbollah se retirerait du Sud. D’ores et déjà ses combattants préparent leur départ. L’ordre serait rétabli avec l’aide de la Russie, conformément à un accord antérieur.

Planifiant leur possible retrait du Nord du pays, les États-Unis seraient en train d’installer une nouvelle base dans le Sinjar iraquien d’où ils pourraient intervenir à la fois en Syrie et en Turquie.

http://www.voltairenet.org/article201369.html

Les muscles américains en Syrie pour effrayer la Turquie et l’Iran

Les muscles américains en Syrie pour effrayer la Turquie et l’Iran

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11.05.2018

Les Etats-Unis ont achevé la construction d’une troisième base dans la région de Manbij, où la Turquie voulait envoyer ses troupes pour évincer les milices kurdes. La présence militaire américaine pourrait être un bastion pour attaquer l’Iran.

La majorité de l’ordre de 15 bases militaires américaines, à l’exception d’Eth-Tanf, se trouve sur les territoires contrôlés par la milice kurde dans le nord de la Syrie, à l’est de l’Euphrate. L’expansion de la présence militaire américaine inquiète les participants au format Astana: la Turquie, la Russie et l’Iran, qui sont les garants des quatre «zones de désescalade» en Syrie.

Au début du mois de mai, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui a blâmé Washington à plusieurs reprises pour avoir tenté de détruire la Syrie, a déclaré que les Etats-Unis préparaient des militants contre le gouvernement de Bashar Assad.

La même position est tenue par l’Iran, qui considère toute présence militaire sans le consentement de ses alliés comme illégale. Téhéran est également préoccupé par l’alliance américaine avec les Kurdes, dont le nombre en Iran, selon diverses estimations, est de huit millions.

La Turquie est le plus inquiet, le seul pays à avoir mené une opération militaire ouverte contre les YPG, sur les territoires desquels les Etats-Unis ont établi leurs bases. En janvier-mars, les forces armées turques ont chassé les miliciens kurdes d’Afrin (opération Olive Branch) au nord-ouest de la Syrie. Ensuite, ils se préparaient à aller plus loin – à Manbij. Mais, contrairement à Afrin, que la coalition américaine contre l’Etat islamique a annoncé en dehors de sa zone de responsabilité, le Pentagone a fourni aux Kurdes des garanties claires pour Manbij. Non seulement il y a eu des renforts militaires envoyés face à trois cents forces spéciales américaines, mais il y a trois mois, la construction d’une autre base militaire a commencé.

Dans la nouvelle garnison de Manbije, filmée par le photographe de l’agence Reuters, les militaires français sont également stationnés, a précisé Sharfan Darwish, porte-parole des Forces démocratiques syriennes (SDF), basé sur les YPG kurdes. Les militaires américains et français patrouillent le front entre le SDF et les forces pro-turques après qu’Ankara ait lancé la «branche d’olivier». Darvish a noté:

Après l’attaque turque sur Afrin et l’augmentation des menaces turques contre Manbiju, les forces de la coalition ont construit une base pour surveiller et protéger la frontière (entre les belligérants)

La Turquie considère les YPG comme une organisation terroriste et la continuation du Parti des travailleurs du Kurdistan, avec lequel la Turquie se bat sur son propre territoire. Le programme d’Erdogan est de nettoyer toute la frontière de 800 kilomètres avec la Syrie des partisans kurdes, en recourant à une intervention sur le territoire étranger si nécessaire. L’activation des Etats-Unis dans la région et le manque d’intérêt pour les négociations avec Erdogan éloignent de plus en plus Ankara de Washington.

Le docteur en sciences historiques de l’université d’Istanbul Mehmet Perincek considère que la nouvelle base militaire américaine dans le nord de la Syrie est plus qu’une simple menace pour la Turquie:

La nouvelle base de l’Amérique à Manbij n’est pas seulement contre Assad, l’intégrité territoriale de la Turquie, mais aussi contre la Russie et même la Chine. Après tout, s’il y a un Kurdistan indépendant, il va s’imposer contre toute l’Eurasie. La Turquie, l’Iran et la Russie devraient unir leurs forces non seulement contre la terreur des fondamentalistes, mais aussi contre les séparatistes « 

Lors du dernier sommet d’Ankara, les dirigeants de la Russie, de l’Iran et de la Turquie ont, dans une déclaration commune, évoqué précisément la lutte contre les «agendas séparatistes», faisant allusion aux plans américains d’effondrement de la Syrie.

Le renforcement de la présence militaire des États-Unis en Syrie est également pertinent à la lumière de l’escalade de la confrontation israélo-iranienne près des hauteurs du Golan après la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord nucléaire avec l’Iran. Les points forts dans les territoires kurdes, en plus des bases américaines dans les pays du Golfe Persique, sont de nouvelles têtes de pont du Pentagone pour attaquer l’Iran.

Le renforcement des Américains à Manbij n’est pas rentable à la fois pour Téhéran et pour Ankara. Mais cela signifie-t-il que dans le cas d’Israël et des frappes américaines contre l’Iran, la Turquie soutiendra son voisin?

Réalisant que les plans américains sont sérieux, et que la situation est au final, un résultat déplorable pour l’Iran, la Turquie peut soutenir ces coups, car il y a un an Ankara critiquait l’Iran, disant qu’il essayait de transformer la Syrie et l’Irak en Etats chiites.

Les Etats-Unis ont un puissant levier sur la Turquie sous la forme de sanctions pour l’achat de S-400 russes et en contournant le boycott américain de l’Iran, ce qui pourrait contraindre Ankara à s’abstenir de toute solidarité avec la République islamique d’Iran.

Perincek estime que parmi les principaux objectifs des possiles frappes américaines contre l’Iran est l’intention de détruire le format Astana.

Les États-Unis et Israël ont longtemps voulu gâcher le processus d’Astana, qui les empêche de réaliser leurs plans dans la région. L’attaque contre l’Iran est une continuation des provocations, comme les Khimataks de Salisbury et la Douma syrienne, appelés à diviser l’alliance de la Turquie, de l’Iran et de la Russie.

« En cas de guerre avec l’Iran, la Turquie devrait montrer sa solidarité avec elle, car seule la coopération avec Téhéran Ankara peut combattre le séparatisme et garantir son intégrité territoriale » – a résumé Perincek.

Comme Ankara va réagir, c’est difficile à dire. La Turquie est membre de l’OTAN, dépendante de plusieurs aspects des États-Unis, mais en même temps elle est mécontente de l’alliance de Washington avec les Kurdes et de la dissimulation de Fethullah Gülen en Pennsylvanie. D’autre part, Ankara est dans une alliance situationnelle avec Téhéran en Syrie et a des liens commerciaux étroits avec les Iraniens. L’histoire montre que les alliances sont vérifiées non par des mots, mais par des actions concrètes. L’état tendu actuel des relations turco-américaines et turco-israéliennes suggère que le pays sur les rives du Bosphore n’a plus d’incitation à l’intervention américaine et israélienne contre l’Iran que lors de l’agression américaine contre l’Irak en 2003, quand Ankara a refusé de fournir ses bases à ses alliés de l’OTAN.

http://katehon.com/article/us-muscles-syria-scare-turkey-and-iran

Macron pourrait piéger la France dans un bourbier au nord de la Syrie comme au Mali

Macron pourrait piéger la France dans un bourbier au nord de la Syrie comme au Mali


Par Andrew Korybko – Le 9 avril 2018 – Source Oriental Review

French and Syrian flagsLa France a déclaré qu’elle envoyait des troupes au nord de la Syrie pour soutenir les Kurdes.

Le président Macron a annoncé la décision sans précédent de Paris après avoir rencontré des dirigeants kurdes dans la capitale française la semaine dernière, une décision dénoncée en résumé par Ankara comme le « dépassement d’une ligne rouge ». Ankara dénonce un pays d’Europe occidentale soutenant le terrorisme avec ce que la Turquie considérerait ironiquement comme une « invasion » de la Syrie. Les conflits intra-OTAN atteignent un point d’ébullition avec les États-Unis, la Grèce et maintenant la France s’alignant tous contre les intérêts régionaux de la Turquie en réponse à l’approche multipolaire d’Ankara après le coup d’État. Cela exerce une énorme pression sur le président Erdogan pour reculer ou faire dangereusement face aux conséquences de cet acte. Le dirigeant turc a refusé de reculer et il est maintenant contraint d’affronter les perspectives d’un soutien conjoint américano-français à ce que son gouvernement considère comme des terroristes kurdes, ce qui ne fera que renforcer son désir d’intensifier la réorientation stratégique de son pays vers l’Est.

Non seulement cela, mais la Turquie pourrait contrer asymétriquement le déploiement militaire hostile de la France via les forces pro-Ankara dans le nord de la Syrie. Les médias turcs ont divulgué l’emplacement de chaque base où les forces françaises seraient censées être déployées comme ils l’ont fait pour les Américains l’été dernier, ce qui peut être interprété comme une menace tacite que les troupes des deux pays pourraient être ciblées par des groupes armés sympathisants de la Turquie dans le cadre de la « guerre civile de la Rojava » qui se déroule dans le nord de la Syrie. Les plans de la France pour aider les États-Unis sur ce champ de bataille et même de les remplacer, dans une certaine mesure. Si Trump confirme « très bientôt » ses intentions de quitter le pays, cela pourrait inévitablement conduire Paris à un second bourbier malien. Elle serait alors contrainte de lutter contre les rebelles dans ce qui est devenu une « guerre civile à plusieurs niveau dans une guerre civile » et non contre les terroristes.

Les développements rapides montrent que l’ancien modèle de colonialisme ne fonctionne plus dans les sociétés post-coloniales où les anciens colonisateurs cherchaient à exploiter les groupes minoritaires contre la majorité. Les habitants du nord-est de la Syrie ne permettront pas à leur ancien colonisateur de retourner dans leur pays et d’utiliser les Kurdes pro-occidentaux comme outil de substitution pour supprimer la majorité arabe. En outre, la Turquie coopère avec la Russie via le processus de paix d’Astana et atteindra vraisemblablement un éventuel « compromis » pour au moins restituer nominalement les territoires que ses groupes rebelles alliés contrôlent à l’autorité du gouvernement syrien. Cela se fera probablement après avoir sécurisé sa position géopolitique par la prochaine « révision constitutionnelle » mandatée par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui conduira probablement à un certain degré de « décentralisation ». La France, cependant, n’a pas l’intention de faire la même chose vis-à-vis de ses mandataires et de la Russie, de sorte qu’elle représente une menace beaucoup plus grave pour la souveraineté syrienne que la Turquie en ce moment.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/macron-pourrait-pieger-la-france-dans-un-bourbier-au-nord-de-la-syrie-comme-au-mali