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Nechirvan Barzani à la présidence du Kurdistan irakien : le renforcement de la domination du PDK

Nechirvan Barzani à la présidence du Kurdistan irakien : le renforcement de la domination du PDK

Le 28 mai 2019, suite à un vote du Parlement, Nechirvan Barzani a été élu président du Kurdistan irakien avec 68 voix sur 111. Après plus de 8 mois de tractations, il devient le 2ème président de cette entité politique autonome reconnue par la constitution irakienne depuis le 15 octobre 2005. Barzani va devoir faire face à de nombreux défis. Il devra notamment apaiser la vie politique kurde et renouer avec Bagdad, tout en faisant face aux fortes pressions internationales.



L’élection de Nechirvan Barzani : entre continuité et rupture

Le président du Kurdistan Irakien Nechirvan Barzani en 2019.
Le président du Kurdistan Irakien Nechirvan Barzani en 2019

L’élection de Nechirvan Barzani à la présidence du Kurdistan irakien est le choix d’une rupture dans la continuité. Il y a continuité car Barzani fait partie du système politique kurde depuis 1991, et est donc ancré dans le cadre du système. Cette élection assoit d’ailleurs la domination du Parti démocratique du Kurdistan, qui s’était déjà manifestée lors des élections législatives fédérales de mai 2018 puis des législatives pour le Parlement local en septembre 2018. 
Depuis de nombreuses années, la famille Barzani a une influence majeure sur le jeu politique du Kurdistan irakien. Massoud Barzani, oncle de Nechirvan et ancien président, n’est pas seulement une figure tutélaire mais dispose d’une réelle influence. Lors de ses interventions, il ne se présente pas comme le président du PDK, mais comme la référence absolue de la question kurde en Irak et dans le monde. Il est le référentiel, celui qui intervient dans les moments difficiles. Aucune décision politique majeure ne saurait être prise sans passer par le filtre de Massoud Barzani. Il reste le chef naturel du Kurdistan irakien.

Les autorités du Kurdistan sont ainsi phagocytées par le clan de Barzani et donc par le parti-clan du PDK. La nomination future par Nechirvan Barzani de son cousin Masrour comme chef du gouvernement affirme le rôle prépondérant du PDK sur la vie politique, qui ne saurait se tarir dans les années futures.

Toutefois, une rupture est perceptible dans cette continuité. En effet, Nechirvan Barzani fait partie de la branche du PDK favorable à une ouverture sur le monde, à la modernisation, la libéralisation. Il souhaite également la normalisation des relations avec Bagdad, Ankara, ou encore Téhéran. Il est ainsi un représentant de la partie modérée du PDK. C’est pour cela qu’il est possible de parler d’une rupture dans la continuité.

Le déchirement de la maison kurde entre deux grands partis-clans

Le Kurdistan irakien est sujet aux conflictualités géopolitiques, culturelles et administratives. Celles-ci se sont cristallisées à travers l’opposition entre le PDK et l’UPK. Depuis 1991, le PDK gère le nord du Kurdistan irakien tandis que l’UPK domine le sud du Kurdistan irakien, et notamment la région de Kirkouk. Au dessus de cela, le nord est sous l’emprise de la Turquie alors que le sud est sous l’influence de l’Iran. Cette division administrative, politique et sociale est source de désaccords profonds. Ainsi, l’UPK et le PDK n’ont pas réussi à trouver de consensus concernant le poste du gouverneur de Kirkouk. De même, le poste de ministre de la Justice à Bagdad est toujours vacant puisque les deux partis-clans n’ont pas trouvé d’accord pour présenter un candidat unique. Le porte-parole de l’UPK, Cheikh Omar, a d’ailleurs déclaré que « le Parti démocratique du Kurdistan ne doit pas mettre sur la touche ou marginaliser d’autres partenaires politiques et prendre des décisions unilatérales ».

De plus, suite à la disparition de son leader Jalal Talabani en octobre 2017, l’UPK est traversé par des divisions profondes. Il n’y a plus de référentiel, de personnalité charismatique pour s’imposer dans ce parti. L’UPK est ainsi divisé en quatre branches, et le PDK ne sait plus à qui s’adresser. Aujourd’hui, l’UPK est dans l’incapacité de forger une politique et une vision commune vis-à-vis d’Erbil, de Bagdad, ou même à l’échelle internationale.

Les enjeux de la relation future entre l’Irak et le Kurdistan irakien

L’élection de Nechirvan Barzani pose aussi la question de la relation future d’Erbil avec Bagdad. Suite aux représailles du pouvoir irakien après le référendum d’autodétermination du Kurdistan irakien de septembre 2017, les désaccords sont en effet importants.

Toutefois, le président irakien Barham Saleh est d’origine kurde, ce qui peut être un facilitateur du renouement Irak/Kurdistan. Malgré cela, Saleh souffre d’un problème de légitimité. En effet, le gouvernement de Barzani ne le reconnaît pas comme le représentant du peuple kurde à Bagdad. Barzani a de meilleures relations avec le Premier ministre irakien Adel Abdel-Mehdi, qui est perçu comme un pro-kurde.

Le contact est néanmoins facilité, mais les dossiers de désaccords sont présents. Il est notamment question des ressources naturelles, du statut des Peshmergas et des territoires disputés entre Erbil et Bagdad. La légitimation du gouvernement de Nechirvan Barzani passera par le règlement de ces questions, qui risquent d’animer le débat politique dans les années futures.

Sources :

– « Netchirvan Barzani élu président du Kurdistan irakien, son clan maintient sa domination sur la région », Le Monde, 2019 (https://www.lemonde.fr/international/article/2019/05/28/netchirvan-barzani-elu-president-du-kurdistan-irakien_5468564_3210.html)

– « Irak – Kurdistan : quelle distance entre Bagdad et Erbil ? », France Culture, 2019 (https://www.franceculture.fr/emissions/les-enjeux-internationaux/les-enjeux-internationaux-emission-du-mercredi-29-mai-2019)

About Xavier BERNAUD

Je suis diplômé d’une double-licence Droit/Science politique à l’Université Jean Moulin Lyon III, et d’un master 1 International Relations and Security Studies à York University à Toronto. J’étudie aujourd’hui à l’IRIS SUP’ à Paris.
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KURDISTAN IRAKIEN : LE QUAI D’ORSAY CONFIE UNE MISSION A L’AFFAIRISTE BERNARD KOUCHNER…

KURDISTAN IRAKIEN : LE QUAI D’ORSAY CONFIE UNE MISSION A L’AFFAIRISTE BERNARD KOUCHNER…

Les Etats-Unis ont réussi à déclencher une guerre asymétrique dans le golfe persique. Comme si la région en avait besoin ! Mais c’est bon pour eux, pour les cours du pétrole et les actions en bourse du complexe militaro-industriel : America first ! Les bruits de bottes et de torpilles atténuent le fiasco annoncé du fameux « deal du siècle », un « plan de paix globale » entre Israël, la Palestine et le monde arabe. Préparé par le propre gendre de Donald Trump, cette imposture, qui doit être dévoilée à Bahreïn le 24 juin prochain, vient d’être qualifiée de « morte née » par le ministre américain des Affaires étrangères Mike Pompeo lui-même… C’est dire ! Mais, pour ne pas être totalement ridicule, le même vient d’effectuer une tournée dans les pays arabes afin de s’assurer (chèques à l’appui) que les chaises ne seront pas complètement vides. Les « amicales » pressions ont surtout visé le Maroc et l’Egypte, les deux pays sunnites clefs du dispositif moyen-oriental de Washington. Par conséquent, la dernière petite guerre persique arrive à point nommé pour mettre toutes les difficultés de la région sur le dos de l’Iran. Voulant laisser se dissiper les fumées propagandistes, prochetmoyen-orient.ch reviendra sur ces différents événements, la semaine prochaine.La rédaction

 

Tripoli (Liban), Ehden, 13 juin 2019.

Se rendre par avion à Erbil – la capitale du Kurdistan irakien, à 70 kilomètres de Mossoul – est plus facile que d’aller à Nice, Dublin ou Genève. Pas besoin de visas, ni d’aucune formalité avec la capitale irakienne Bagdad. Un contrôle d’identité à l’aéroport est effectué par des vigiles dont les uniformes n’arborent aucun insigne, ni marque d’appartenance à une quelconque unité. Etrange pour cette région – pourtant politiquement et économiquement stratégique – qui continue d’appartenir officiellement à la République d’Irak.

C’est d’autant plus curieux… ou plutôt non c’est parfaitement logique, parce qu’à l’image du Kosovo, le Kurdistan irakien est devenu une petite dictature mafieuse dirigée par un clan – les Barzani -, et protégée par un Etat de la région : Israël.

TINTIN ET LE SCEPTRE DE BARZANI

Cette entité – hors-sol régalien – est, désormais dirigée par deux cousins : Netchirvan et Mansour Barzani. Les nouveaux président et Premier ministre du Kurdistan sont respectivement le neveu et le fils du chef historique Massoud Barzani. « Malgré le passage de relais entre générations, le spectre de celui qui fut président du Kurdistan depuis la création du poste en 2005 jusqu’à l’échec du référendum sur l’indépendance en 2017, continuera de planer sur la politique kurde », explique un diplomate européen en poste à Erbil. Lundi dernier, Netchirvan Premier ministre sortant (52 ans) a prêté serment comme nouveau président du Kurdistan. Il est le gendre de Massoud Barzani. Le lendemain, Masrour Barzani, patron des services kurdes de renseignement (50 ans) et cousin du nouveau président, a été nommé au poste de Premier ministre. A part les Etats-Unis de Donald Trump, aucune dictature jusqu’à aujourd’hui n’avait réussi un tel tour de force !

Le grand-père des deux nouveaux dirigeants Moustafa Barzani a fondé le premier parti politique du Kurdistan – le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) – grand vainqueur des élections législatives de 2018 avec 45 sièges sur 111. « De fait, le centre de gravité de la vie politique kurde s’est déplacé des institutions officielles vers les cercles officieux et familiaux », expliquent un attaché militaire européen en poste à Bagdad, « la famille Barzani s’étant imposée comme une institution alternative dont Massoud reste le vrai patron, sinon le ‘Parrain’ ». Symboliquement, lundi – aussitôt la prestation formelle de Netchirvan Barzani -, c’est son oncle Massoud qui a été le premier à monter à la tribune pour prononcer un long discours avant le nouveau président et toute autre autorité irakienne.

« Malgré leurs ambitions contradictoires allant grandissantes – au final, qui sera calife à la place du calife ? -, Netchirvan et Masrour Barzani devront restés unis face aux défis extérieurs, c’est-à-dire face à la capitale nationale Bagdad, mais aussi face aux intérêts iraniens, syriens, turcs et israéliens qui ne coulent pas dans le même fleuve tranquille… Faire front commun pour ne pas casser la poule aux œufs d’or d’une région qui regorge de pétrole… ». Toutefois, l’empire de la famille de Don Barzani n’est plus la chasse gardée du seul PDK.

Son grand rival, l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) du défunt président irakien Jalal Talabani, veille au grain tout en fonctionnant de manière toute aussi mafieuse. C’est d’ailleurs le fils de Jalal, Qubad Talabani, qui était le vice-Premier ministre de Netchirvan Barzani. Selon les connaisseurs, il pourrait conserver ce poste pour des raisons évidentes de prébendes liées à la répartition de la rente pétrolière.

BAGDAD, CRABE AUX PINCES D’OR RAMOLLIES

Dans ces circonstances que seuls les tintinologues avertis peuvent aisément déchiffrées, il apparaît que les derniers développements du Kurdistan d’Irak affaiblissent dangereusement Bagdad, dans un contexte particulièrement volatile où justement la république irakienne pourrait jouer un rôle de médiation de premier plan entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran. Selon plusieurs sources de prochetmoyen-orient.ch, le Premier ministre irakien Adel Abdel-Mehdi a formé un « Comité de médiation » dirigé par le ministre des Affaires étrangères Mohammed Ali al-Hakim. L’équipe comprend notamment le chef des services de renseignement, Mustafa al-Kadhimi, et le directeur du Conseil de sécurité nationale, Faleh al-Fayadh.

Pour jouer un rôle de médiateur entre les États-Unis et l’Iran, l’Irak doit maîtriser les leviers de pression afin d’imposer sa place à la table des négociations. Les États-Unis et l’Iran considèrent tous deux l’Irak comme une priorité absolue. La stabilité d’un Irak reconstruit (avec eau et électricité) peut-elle fonctionner comme une monnaie d’échange potentielle ? Jusqu’à récemment, Téhéran et Washington ont pu collaborer épisodiquement pour combattre le terrorisme, mais moult tensions – à commencer par la pseudo-indépendance du Kurdistan d’Irak- menacent cette recherche d’équilibre. « L’Irak est comme un crabe aux pinces d’or ramollies », ajoute l’une de nos sources, « ramollies par un Kurdistan d’Irak de plus en plus autonome vis-à-vis de Bagdad et de plus en plus dépendant d’Israël ».

Ni Téhéran ni Washington ne sont omnipotents ou omniscients en Irak. Les deux pays ont commis des erreurs et continuent d’en faire : l’instrumentalisation du terrorisme par les Occidentaux en Irak et en Syrie pour abattre Bachar al-Assad, la consolidation par Téhéran d’une suprématie chi’ite aux détriments des tribus sunnites irakiennes, la mise sous tutelle du Kurdistan d’Irak par les services et les investissements israéliens, etc. Des deux côtés, chacun des partenaires ont intérêt à un Irak reconstruit, jouissant d’une stabilité durable, pivot d’équilibre entre les mondes sunnites et chi’ites.

Dans ce contexte, dernièrement aggravé par le déclenchement d’une « guerre asymétrique » dans le golfe persique, guerre dont Washington porte la plus grande responsabilité, l’Irak doit s’efforcer de travailler avec l’ensemble des acteurs régionaux et internationaux qui ne veulent pas voir le conflit américano-iranien tourner à la catastrophe d’une nouvelle guerre ouverte dans cette région ô combien stratégique, et pas seulement en raison de ses enjeux énergétiques, mais aussi comme l’une des principales voies maritimes du monde ! De nombreuses capitales européennes – Londres, Berlin, Paris – s’efforcent de trouver des moyens pour empêcher l’emballement de l’inexorable machinerie de guerre enclenchée par les « Faucons » de Washington, bien conscientes qu’il n’est dans l’intérêt de personne de voir la crise d’intensifier. C’est dans cet état d’esprit que Paris a lancé plusieurs initiatives dont l’une vient de tourner court…

L’AFFAIRE KOUCHNER-TOURNESOL

Malheureusement, on reste ici dans le domaine improbable de la tintinologie illustrée, puisque le Quai d’Orsay a – dans la plus grande discrétion – confié une mission de « bons offices » à l’affairiste Bernard Kouchner (BK). Affairiste ? Oui, le qualificatif n’est pas trop fort depuis que les tribulations financières répétées de l’ancien French Doctor – de la Birmanie à différentes républiques bananières d’Afrique – ont fait oublier que BK a prétendu être ministre des Affaires étrangères de la France. Certains de ses plus proches collaborateurs d’alors n’hésitaient à parler du « patron » comme d’un « ministre parfaitement ‘étranger’ aux intérêts de la France », qualifiant l’attelage Kouchner/Ockrent de « Thénardier », rappelant ainsi les méfaits du couple d’usuriers qui retenait en esclavage domestique cette pauvre Cosette des Misérables. Et en la matière, le couple en connaît un rayon, définitivement répertorié par l’un des livres les plus remarquables de Pierre Péan1.

Discrétion du Quai, parce que les communicants de l’Elysée savent trop que l’image ce bon Bernard est désormais déplorable auprès d’une majorité de Français ; l’ancien « médecin sans frontière » ayant rejoint l’étagère des Tapie, Balkany Cahuzac et autres héros frelatés de la République. Discrétion aussi, parce que – pour une fois – le Quai a eu l’intelligence d’observer les contraintes d’une diplomatie secrète, souvent la plus efficace mais devenue tellement rare à l’heure des télés-robinets ouverts en permanence… Malheureusement, l’erreur de casting ne pouvait que tourner au désastre, d’autant que l’impétrant n’est pas vraiment connu pour sa discrétion.

Mais c’est surtout l’objet principal de cette mystérieuse « mission Kouchner » qui pose le plus de questions. Globalement, prochetmoyen-orient.ch a pu obtenir la confirmation qu’il s’agissait d’essayer de mettre de l’huile dans les rouages entre Erbil et Bagdad, tant sur l’usage des ressources pétrolières que sur le statut de pseudo-indépendance du Kurdistan d’Irak, finissant par mettre en péril la crédibilité même du premier ministre irakien Adil Abd al-Mahdi2 qui pourrait s’imposer comme l’une des figures régionales.

En octobre 2017 déjà, Bernard Kouchner s’était invité avec Bernard-Henri Lévy (lui aussi grand diplomate méconnu) à Erbil pour faire l’apologie de l’indépendance du Kurdistan d’Irak. Sur la photo, ils encadraient Massoud Barzani tout sourire3 A l’époque, le Times of Israël écrivait : « « Bernard Kouchner, ancien membre du PS et ancien ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, a apporté dimanche son soutien au référendum d’indépendance du Kurdistan irakien, prévu le 25 septembre et auquel s’opposent les États-Unis. » Si Kouchner n’a pas été ministre des Affaires étrangères même s’il en avait le titre, la feuille israélienne reprend ses propos avec délectation : « Tout le monde profite des Kurdes, mais on ne veut pas qu’ils soient indépendants. Quand même, c’est d’un cynisme invraisemblable », s’est insurgé l’ancien French doctor au micro de l’émission « Internationales » (TV5 Monde/RFI/Le Monde). « C’est le plus grand peuple sans État », a souligné Bernard Kouchner, se revendiquant comme « le plus vieux soutien des Kurdes ». Le plus vieux ? a voir…

A l’époque, cette démarche kouchnéro-bhélienne avait été chaudement encouragée et officieusement adoubée par une vieille copine de Bernard – Tzipi Livni – ancienne du Mossad ayant occupé différents postes ministériels sous Sharon et Olmert4. La présence du Mossad dans quatre des six gouvernorats du Kurdistan (As-Sulaymaniya, Erbil, Duhouk et Halabja) est une vieille histoire qui remonte aux années 1970, lorsque Saddam Hussein signait avec les deux partis autonomistes, le PDK et l’UPK, un accord relatif à un statut d’autonomie du Kurdistan irakien. La révolution islamique d’Iran de 1979 devait renforcer la présence des barbouzes israéliennes, de même que l’invasion anglo-américaine du printemps 2003. Plusieurs services européens de renseignement suspectent alors le Mossad d’avoir favorisé l’installation d’Abou Moussab al-Zarqaoui au Kurdistan d’Irak. Responsable d’Al-Qaïda en Irak, puis précurseur de l’organisation État islamique (Dae’ch), il aurait bénéficié de la logistique du service israélien, afin de déstabiliser l’Irak en ciblant prioritairement des chiites… tout en attisant des groupes armés dans le Kurdistan d’Iran.

Pour Israël, un Kurdistan irakien indépendant lui étant acquis, pourrait permettre de contrer l’influence du « croissant chi’ite » – allant de Téhéran à Beyrouth, en passant par l’Irak et la Syrie – tant redouté. Concernant l’enjeu énergétique, il faut rappeler que près de 40 % des réserves de brut d’Irak se trouvent dans la province de Kirkouk, zone grise entre Bagdad et Erbil. D’après un article du Financial Times britannique de 2015, il est rappelé qu’Israël importe plus de 75 % de son pétrole du Kurdistan irakien. Les investissements israéliens sont donc considérables au Kurdistan, non seulement dans le domaine militaire, mais également dans ceux de la communication, de la construction et de l’énergie.

Toujours est-il que la mission Kouchner a vite tourné à l’affaire Tournesol, notamment en raison du tempérament sanguin de l’ancien médecin qui a toujours eu le plus grand mal à contrôler ses nerfs. Ayant séjourné, avec dame Ockrent au « Classy-Hotel-Erbil » (dans le quartier chrétien historique de Ankawa, dans la banlieue d’Erbil) du 6 au 9 mai derniers, il a multiplié les esclandres publics sous prétexte que sa chambre n’était pas suffisamment kouchnérienne pour le couple Thénardier… Chaque fois, dame Christine a réussi à le retenir par la manche, évitant au couple que l’affaire ne prenne plus d’importance. Pour une mission secrète, c’était réussie ! Saurons-nous un jour combien d’euros aura coûté au contribuable français cette pantalonnade ?

Gêne palpable aussi chez les accompagnateurs – plusieurs experts de la Direction ANMO (Afrique du Nord/Moyen-Orient) du Quai, qui – eux-aussi – se déclaraient très insatisfaits de leur séjour, mais pour des raisons professionnelles. Du côté de l’ambassade de France à Bagdad (qui fait un excellent travail), on enregistre le même embarras face à cette « mission » qui « n’aura en rien contribué à éclaircir l’approche française de l’Irak et la stratégie régionale du Quai que personne ne comprend », dixit un diplomate européen en poste à Bagdad ! Autre exception française : le consul général de France à Erbil, qui fait tout son possible pour entretenir les meilleures relations possibles avec le PDK – va souvent jusqu’à contredire les efforts construits de l’ambassade de France à Bagdad…

Toujours est-il qu’en dépit de la dernière « mission Kouchner » et de l’introuvable stratégie française pour la région, l’une des questions centrales continue toujours de s’agréger autour de la présence militaire américaine en Irak et dans le nord du pays : environ 30 000 (forces spéciales, contractors et autre conseillers), selon les connaisseurs. Et cette présence pèserait d’un poids certain dans le bras de fer engagé actuellement contre l’Iran dans le golfe persique.

POST SCRIPTUM : ENCORE BRAVO A ERIC CHEVALLIER !

Quelques jours suivants les éclats Erbilo-hôteliers de Bernard, un autre Kouchnérien historique a commis une grosse bourde. En effet, le directeur du Centre de crise et de soutien (CDCS) du Quai d’Orsay – Eric Chevallier – ancien ambassadeur de France – en ligne droite – de Syrie au Qatar (cela ne s’invente pas !) est allé récupérer une quinzaine de gosses de jihadistes français en Syrie, dans une zone aux mains des Kurdes. Tout content, il pose sur la photo, entouré d’une solide délégation du PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan). A l’évidence, l’ancien médecin Chevallier – comme son mentor Bernard Kouchner qui en a fait un ministre plénipotentiaire en carton – ne sait visiblement pas que le PKK est inscrit sur la liste européenne des organisations terroristes ! Immédiatement, la photo fait le tour des réseaux numériques en passant – bien-sûr – par Ankara.

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Sans surprise : quelques jours plus tard, Eric Chevallier qui devait faire halte en Turquie, s’est fait traiter de tous les noms d’oiseaux par la presse d’Erdogan. Et l’ambassadeur de France à Ankara s’est proprement fait engueuler par le ministère turc des Affaires étrangères. L’ambassadeur français « thématique », en charge de la Syrie (dont on a oublié le nom parce qu’il a disparu de la circulation, quasiment dès le lendemain de sa nomination) n’en n’a pas pour autant réapparu… Que la diplomatie est un métier difficile. Et il ne suffit pas d’avoir été un copain des French Doctors pour en manifester spontanément toutes les aptitudes…

Richard Labévière

1 Pierre Péan : Le Monde selon K – Une biographie critique de Bernard Kouchner. Editions Fayard, mars 2009.
2 Adil Abd al-Mahdi est né en 1942 à Bagdad. Il est  Premier ministre de l’Irak depuis le 25 octobre 2018. Jusqu’en 2017, il a été membre du puissant parti chiite du Conseil islamique irakien suprême (SIIC). Longtemps basé dans l’Iran voisin, cette formation s’est opposée à une administration américaine de l’Irak tout en maintenant des liens suivis avec des groupes soutenus par Washington qui se sont opposés à Saddam Hussein, notamment des Kurdes et le Congrès national irakien. Il a été l’un des vice-présidents de la République, avec Tareq al-Hachemi, de la mise en place de l’État irakien qui a suivi les élections de janvier 2005 jusqu’en 2011. Il a été aussi ministre du Pétrole de septembre 2014 à mars 2016. Francophile, il entretient les meilleures relations avec Paris.
3 Richard Labévière : « Kouchner, Israël et l’indépendance des Kurdes ». Afrique-Asie, 11 octobre 2017.
4 Tzipi Livni a commencé à travailler pour le Mossad dès le début des années 1980 : « J’ai servi pendant quatre ans au sein du Mossad. J’ai également suivi des stages de formation et j’ai été en fonction à l’étranger », a-t-elle déclaré à la radio militaire israélienne. Elle occupa officiellement le poste de conseillère juridique de 1980 à 1984, mais a été, selon le Sunday Times, un agent clé en Europe pour au moins quatre ans, période durant laquelle elle a appartenu au Kidon (« baïonnette » en hébreu : le service action du Mossad). Francophone, elle a été basée à Paris et dirigé ce que l’on appelle une safe house, maison sécurisée servant de base arrière ou de lieu de repli pour ses collègues du Mossad.

KURDISTAN IRAKIEN : LE QUAI D’ORSAY CONFIE UNE MISSION A L’AFFAIRISTE BERNARD KOUCHNER…

Syricanements

 

 

 

Syricanements

Publié le 26 Décembre 2018 par Observatus geopoliticus in Moyen-Orient

La froide période de Noël a ceci de paradoxal qu’elle réchauffe souvent l’atmosphère géopolitique. On se rappelle que c’est un 25 décembre (1979) que Moscou décida l’envoi en Afghanistan des troupes soviétiques, début d’une guerre dont on vit encore chaque jour les conséquences. Sans aller jusque là, notre bonne année 2018 ne départ pas…

C’est à nouveau en Syrie que l’eau arrive à ébullition. Le retrait américain annoncé envoie des ondes nerveuses dans les chancelleries. A Tel Aviv, Bibi la Terreur n’en peut plus et a donc ordonné le bombardement d’un entrepôt à Damas depuis le ciel libanais. Selon la Défense russe, généralement bien informée et peu encline aux communiqués ubuesques, 14 des 16 missiles israéliens ont été interceptés par les Syriens.

Surtout, les jets à kippa ont une nouvelle fois utilisé une tactique peu glorieuse, se cachant derrière deux avions de ligne civils pour éjaculer péniblement leurs missiles. La défense anti-aérienne syrienne a certes détruit la majorité des projectiles mais n’a évidemment rien fait contre les avions, afin d’éviter une tragédie. A Moscou, on n’est guère amusé et l’on parle d’« actes provocateurs » et de « grossière violation de la souveraineté ».

Quand on sait que l’ours ne parle jamais pour ne rien dire, on peut se demander quel est le petit jeu suicidaire des Israéliens. Ne comprennent-ils pas que c’est Moscou qui aura les clés du camion syrien, donc de la présence ou non des Iraniens. Une chose est sûre : Israël est assez désespéré de la tournure que prend les choses. Sa folle provocation (il peut y en avoir d’autres) est le signe de sa faiblesse, non de sa force.

Au nord, c’est toujours les corons. Nos prédictions semblent se réaliser : on ne va pas vers une improbable alliance Damas-Ankara mais plutôt un mariage de raison kurdo-syrien contre les Turcs. Une délégation kurde a pris le chemin de Moscou, dernier râtelier auquel se raccrocher avant une invsion turque. Les Kurdes accepteraient (conditionnel, quand tu nous tiens) la présence des troupes gouvernementales syriennes mais pas des milices chiites pro-iraniennes. De fait, les loyalistes se dirigent en masse vers Manbij et Arima leur a déjà été remise par les Kurdes. La présence de soldats russes devraient calmer les ardeurs ottomanes.

Après ses déclarations tonitruantes, et malgré l’envoi d’une kyrielle de blindés vers le front, le sultan semble s’être un peu calmé. Il accepterait (toujours ce maudit conditionnel) d’attendre plusieurs mois avant de lancer l’offensive contre les Kurdes et ne serait pas contre la prise de possession du Rojava par l’armée syrienne si les YPG sont désarmées, auquel cas l’offensive serait reportée sine die. Poutine et Erdogan devraient d’ailleurs bientôt se rencontrer pour en discuter.

Ankara semble tenir à sa triple entente avec Moscou et Téhéran pour régler le conflit syrien et on peut imaginer à terme un Kurdistan syrien autonome mais occupé par l’armée syrienne dans laquelle seraient intégrées les YPG. Sous contrôle de Damas, donc, mais aussi de Moscou. Acceptable pour les Turcs, acceptable pour les Kurdes, acceptable pour Assad et le Kremlin.

Tout irait donc pour le mieux si le Donald ne faisait encore des siennes. En visite surprise en Irak, il vient d’assurer que les troupes US ne s’en retireraient point et que des incursions en Syrie seraient toujours possibles à partir des bases américaines qui y sont présentes. Le voyage de la houppette blonde vise, dans le contexte du retrait et, plus généralement, de la perte de puissance de l’empire au Moyen-Orient, à s’assurer au moins partiellement de l’Irak face à l’Iran.

Reste à voir si les dirigeants irakiens, qui n’ont même pas été invités à la petite sauterie, seront d’accord et s’ils possèdent une marge de manœuvre suffisante pour refuser ce qui ressemble furieusement à un diktat de Washington. Ca ne plaît en tout cas pas à tout le monde puisque des explosions et des sirènes ont été entendues à l’ambassade états-unienne de Bagdad. D’ici à ce qu’une milice pro-iranienne soit accusée, il n’y a qu’un pas qui devrait être vite franchi…

Les États-Unis refusent de se battre pour des financiers transnationaux

Les États-Unis refusent de se battre pour des financiers transnationaux

Le retrait US de Syrie et d’Afghanistan ainsi que la démission du général Mattis attestent du basculement en cours de l’ordre du monde. Les États-Unis ne sont plus les premiers, ni au plan économique, ni au plan militaire. Ils refusent de continuer à se battre pour les seuls intérêts de financiers transnationaux. Les alliances qu’ils conduisaient vont commencer à se déliter sans pour autant que leurs anciens alliés admettent la montée en puissance de la Russie et de la Chine.

| Damas (Syrie)

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Donald Trump refuse que ses concitoyens continuent à payer pour réaliser le rêve impérial des financiers globaux.

L’annonce du retrait partiel des forces états-uniennes d’Afghanistan et total de Syrie a sonné comme un coup de tonnerre, le 19 décembre 2018. Il a été suivi le lendemain par la démission du secrétaire à la Défense, James Mattis. Contrairement aux affirmation des opposants au président Trump, les deux hommes s’estiment et leur divergence ne porte pas sur ces retraits, mais sur la manière d’en gérer les conséquences. Les États-Unis sont face à un choix qui va marquer une rupture et faire basculer le monde.

Avant toutes choses, pour ne pas se livrer à un contre-sens, il convient de rappeler les conditions et l’objectif de la collaboration de Trump et Mattis.

Lors de son accession à la Maison-Blanche, Donald Trump avait veillé à s’entourer de trois hauts militaires ayant suffisamment d’autorité pour réorienter les Forces armées. Michael Flynn, John Kelly et surtout James Mattis sont partis ou sont sur le départ. Tous les trois sont de grands soldats qui se sont ensemble heurtés à leur hiérarchie sous l’ère Obama [1]. Ils n’acceptaient pas la stratégie mise en place par l’ambassadeur John Negroponte de création de groupes terroristes chargés de fomenter une guerre civile en Iraq [2]. Tous les trois se sont engagés avec le président Trump pour retirer le soutien de Washington aux jihadistes. Cependant chacun d’entre eux avait sa propre vision du rôle des États-Unis dans le monde et a fini par se heurter au président.

La tempête que les élections de mi-mandat avait repoussée est arrivée [3]. Le moment est venu de repenser les Relations internationales.

La Syrie

Lorsqu’en avril, conformément à ses engagements, Donald Trump avait évoqué le retrait US de Syrie, le Pentagone l’avait convaincu de rester. Non que quelques milliers d’homme puissent inverser le cours de la guerre, mais parce que leur présence était un contrepoids à l’influence russe et un appui à Israël.

Cependant le transfert à l’Armée arabe syrienne d’armes de défense russes, notamment des missiles S-300 et des radars ultra-sophistiqués coordonnés par un système de gestion automatisée Polyana D4M1, a bouleversé l’équilibre des forces [4]. Désormais, depuis trois mois jour pour jour, l’espace aérien syrien est inviolable. Dès lors, la présence militaire US devient contre-productive : toute attaque au sol des mercenaires pro-US ne pourra plus être appuyée par l’aviation états-unienne sans risque de perdre des aéronefs.

En se retirant maintenant, le Pentagone évite l’épreuve de force et l’humiliation d’une inévitable défaite. En effet, la Russie a refusé successivement aux États-Unis et à Israël, de donner les codes de sécurité des missiles fournis à la Syrie. C’est-à-dire que Moscou, après des années d’arrogance occidentale, a décliné le partage du contrôle de la Syrie qu’il avait accepté lors de la première conférence de Genève, en 2012, et que Washington avait violé quelques semaines plus tard.

En outre, Moscou a reconnu, il y a longtemps déjà, que la présence US est illégale au regard du Droit international et que la Syrie peut légitimement se défendre.

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Le général Aharon Haliva est venu à la tête d’une délégation israélienne, le 17 décembre 2018, à Moscou. Il a informé ses homologues russes des opérations en cours de Tsahal et leur a demandé les codes des missiles syriens. En vain.

Ses conséquences

La décision de retrait de Syrie est lourde de conséquences.

1— Le pseudo-Kurdistan

Le projet occidental de création d’un État colonial au Nord-Est de la Syrie qui serait attribué aux Kurdes ne verra pas le jour. Au demeurant de moins en moins de Kurdes le soutenaient, considérant que cette conquête serait comparable à la proclamation unilatérale d’un État, Israël, par les milices juives, en 1948.

Ainsi que nous l’avons souvent expliqué, le Kurdistan n’est légitime que dans les frontières qui lui furent reconnues en 1920 par la Conférence de Sèvres, c’est-à-dire dans l’actuelle Turquie et pas ailleurs [5]. Les États-Unis et la France envisageaient, il y a quelques semaines encore, de créer un pseudo-Kurdistan en terre arabe et de le faire administrer sous mandant de l’Onu par l’ancien ministre des Affaires étrangères français, Bernard Kouchner [6].

2— La stratégie Cebrowski

Le projet poursuivi par le Pentagone, depuis dix-sept ans, au « Moyen-Orient élargi » ne verra pas le jour. Conçu par l’amiral Arthur Cebrowski, il visait à détruire toutes les structures étatiques de cette région, à l’exception de celles d’Israël, de la Jordanie et du Liban [7]. Ce plan, qui a débuté de l’Afghanistan à la Libye et fonctionne encore, prend fin sur le sol syrien.

Il n’est plus question que les armées US se battent, aux frais du contribuable, pour les seuls intérêts des financiers globaux, fussent-ils états-uniens.

3— La suprématie militaire états-unienne

L’ordre du monde post-soviétique fondé sur la supériorité militaire états-unienne est mort. Que cela soit difficile à admettre ne change rien au fait. La Fédération de Russie est désormais plus puissante aussi bien en termes conventionnels (depuis 2015) que nucléaires (depuis 2018 [8]). Le fait que les armées russes soient un tiers moins nombreuses que celles des États-unis et ne disposent que de rares troupes à l’étranger écarte l’hypothèse d’un impérialisme de Moscou.

Vainqueurs et vaincus

La guerre contre la Syrie va se terminer dans les mois à venir faute de mercenaires. La livraison d’armes par certains États coordonnés par le fonds KKR peut faire durer le crime, mais n’offre pas d’espoir de changer le cours des événements.

Sans aucun doute, les vainqueurs de cette guerre sont la Syrie, la Russie et l’Iran, tandis que les vaincus sont les 114 États qui ont adhéré aux « Amis de la Syrie ». Certains n’ont pas attendu la défaite pour corriger leur politique étrangère. Ainsi, les Émirats arabes unis viennent d’annoncer la prochaine réouverture de leur ambassade à Damas.

Le cas des États-Unis est toutefois plus complexe. Les administrations Bush Jr. et Obama portent l’entière responsabilité de cette guerre. Ce sont elles qui l’ont planifiée et réalisée dans le cadre d’un monde unipolaire. Au contraire le candidat Donald Trump a accusé ces administrations de ne pas défendre les citoyens états-uniens, mais de servir la finance transnationale. Devenu président, M. Trump n’a eu de cesse de couper le soutien de son pays aux jihadistes et de retirer ses hommes du Moyen-Orient élargi. Il doit donc également être considéré comme un des vainqueurs de cette guerre et pourra logiquement défausser l’obligation de son pays de payer des dommages de guerre sur les sociétés transnationales impliquées [9]. Pour lui, il appartient désormais de réorienter les forces armées vers la défense du territoire, de mettre fin à l’ensemble du système impérial et de développer l’économie US.

L’Afghanistan

Depuis plusieurs mois, les États-Unis négocient discrètement avec les Talibans les conditions de leur retrait d’Afghanistan. Un premier round de contact autour de l’ambassadeur Zalmay Khalilzad s’est tenu au Qatar. Un second round vient de débuter aux Émirats arabes unis. Outre les deux délégations US et talibane, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Pakistan y participent. Une délégation du gouvernement afghan est arrivée sur place dans l’espoir de s’y joindre.

Cela fait dix-sept ans que les États-Unis et le Royaume-Uni ont envahi l’Afghanistan, officiellement en rétorsion pour les attentats du 11-Septembre. Cependant cette guerre fait suite aux négociations de 2001 à Berlin et à Genève. Elle ne vise pas à stabiliser ce pays pour l’exploiter économiquement, mais à y détruire toute forme d’État pour en contrôler l’exploitation. Ce qui est fait puisque chaque jour la situation y est pire que le précédent.

Rappelons que les malheurs de l’Afghanistan ont débuté lors de la présidence Carter. Le conseiller de Sécurité nationale, Zbigniew Brzeziński, fit appel aux Frères musulmans et à Israël pour lancer une campagne de terrorisme contre le gouvernement communiste [10]. Affolé, celui-ci fit appel aux Soviétiques pour maintenir l’ordre. Il s’en suivit une guerre de quatorze ans suivie d’une guerre civile, puis de l’invasion anglo-US.

Après quarante ans de destructions interrompues, le président Trump pose que la présence militaire US n’est pas la solution pour l’Afghanistan, c’est le problème.

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Le général James Mattis s’est engagé à dissocier les Forces armées US des jihadistes, pas à disloquer l’alliance autour des États-Unis.

La place des États-Unis aujourd’hui dans le monde

En retirant la moitié des troupes US légalement stationnées en Afghanistan et la totalité de celles occupant illégalement la Syrie, le président Trump réalise un de ses engagement électoraux. Il lui faudra encore retirer les 7 000 hommes restant sur place.

C’est dans ce contexte que le général Mattis a posé une question de fond dans sa lettre de démission [11]. Il écrit :
« Une de mes convictions fondamentales a toujours été que notre force en tant que nation est inextricablement liée à la force de notre système unique et complet d’alliances et de partenariats. Bien que les États-Unis demeurent la nation indispensable dans le monde libre, nous ne pouvons pas protéger nos intérêts ni jouer efficacement ce rôle sans maintenir de solides alliances et faire preuve de respect envers ces alliés. Comme vous, je dis depuis le début que les forces armées des États-Unis ne devraient pas être le gendarme du monde. Au lieu de cela, nous devons utiliser tous les outils du pouvoir américain pour assurer la défense commune, notamment en assurant un leadership efficace à nos alliances. 29 démocraties ont démontré cette force dans leur engagement à se battre à nos côtés après l’attaque du 11-Septembre contre l’Amérique. La coalition contre Daesh de 74 nations en est une autre preuve » [12].

En d’autres termes, James Mattis ne conteste pas le bien-fondé du retrait des troupes US d’Afghanistan et de Syrie, mais ce qui va probablement suivre : la dislocation des alliances autour des États-Unis, et en définitive le possible démantèlement de l’Otan. Pour le secrétaire à la Défense, les États-Unis doivent rassurer leurs alliés en leur donnant l’impression qu’ils savent ce qu’ils font et sont les plus forts. Peu importe que cela soit vrai ou pas, il s’agit de maintenir coûte que coûte la cohésion entre les alliés. Tandis que pour le président, il y a péril en la demeure. Les États-Unis ont déjà perdu leur première place économique au profit de la Chine et désormais leur première place militaire derrière la Russie. Il faut cesser d’être le borgne guidant les aveugles et s’occuper d’abord des siens.

Dans cette affaire, tous deux ont raison. James Mattis agit en militaire. Il sait qu’une nation sans alliés est perdue d’avance. Tandis que Donald Trump pense en chef d’entreprise. Il doit épurer les filiales déficitaires qui menacent de couler son entreprise.

[1] Cobra II : The Inside Story of the Invasion and Occupation of Iraq, Michael Gordon & Bernard Trainor, Atlantic Book, 2006.

[2] ISIS is US : The Shocking Truth Behind the Army of Terror, George Washington’s Blog, Wayne Madsen, Webster Griffin Tarpley, Syrian Girl Partisan, Progressive Press, 2016.

[3] « Relations internationales : le calme avant quelle tempête ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 9 octobre 2018.

[4] « Pourquoi les États-Unis déguerpissent soudain de Syrie ? », par Valentin Vasilescu, Traduction Avic, Réseau Voltaire, 20 décembre 2018.

[5] « Les projets de Kurdistan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 septembre 2016.

[6] « Bernard Kouchner entre illégalement en Syrie », Réseau Voltaire, 10 décembre 2018.

[7] The Pentagon’s New Map, Thomas P. M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004. « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 22 août 2017.

[8] “Vladimir Putin Address to the Russian Federal Assembly”, by Vladimir Putin, Voltaire Network, 1 March 2018. « Le nouvel arsenal nucléaire russe rétablit la bipolarité du monde », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 mars 2018. « Les moyens russes de Défense hypersonique », par Valentin Vasilescu, Traduction Avic, Réseau Voltaire, 28 mai 2016.

[9] « Saisir des transnationales pour reconstruire la Syrie ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 août 2018.

[10] « Brzezinski : « Oui, la CIA est entrée en Afghanistan avant les Russes … » », par Zbigniew Brzeziński, Le Nouvel Observateur (France) , Réseau Voltaire, 15 janvier 1998. Charlie Wilson’s War : The Extraordinary Story of the Largest Covert Operation in History, George Crile III, Atlantic Monthly Press, 2003.

[11] “Resignation letter from James Mattis”, by James Mattis, Voltaire Network, 20 December 2018.

[12] “One core belief I have always held is that our strength as a nation is inextricably linked to the strength of our unique and comprehensive system of alliances and partnerships. While the US remains the indispensable nation in the free world, we cannot protect our interests or serve that role effectively without maintaining strong alliances and showing respect to those allies. Like you, I have said from the beginning that the armed forces of the United States should not be the policeman of the world. Instead, we must use all tools of American power to provide for the common defense, including providing effective leadership to our alliances. 29 democracies demonstrated that strength in their commitment to fighting alongside us following the 9-11 attack on America. The Defeat-ISIS coalition of 74 nations is further proof.”

http://www.voltairenet.org/article204430.html

Le PKK turc poursuit la kurdisation forcée du Nord de la Syrie

Le PKK turc poursuit la kurdisation forcée du Nord de la Syrie

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Tout en négociant leur réintégration dans la République arabe syrienne, les Kurdes du PYD poursuivent leur politique de kurdisation forcée du Nord du pays (« Rojava »).

Le PYD, branche syrienne du PKK turc, a tenté de créer un État indépendant au Nord de la Syrie avec l’aide militaire des États-Unis, de la France et d’Israël. Comme ils étaient arrivés sur ces terres dans les années 1980 en tant que réfugiés politiques, ils ont entrepris une politique de kurdisation forcée des populations arabes et chrétiennes. Celle-ci comprenait des expropriations sans compensation, la conscription obligatoire des jeunes pour les enrôler dans leur milice pro-US, et l’imposition d’un nouveau curriculum scolaire correspondant à l’idéologie du PKK et dispensé en langue kurde.

Le 7 août 2018, le PKK turc vient ainsi de fermer l’école chrétienne assyrienne de Derbiseye (Syrie), coupable de refuser ce programme, malgré les objurgations de l’évêque assyrien d’Hasaké, Mgr. Maurice Amsih.

http://www.voltairenet.org/article202383.html

Les Kurdes pro-US contre les chrétiens iraquiens et syriens

Les Kurdes pro-US contre les chrétiens iraquiens et syriens

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Le gouvernement régional du Kurdistan iraquien a institué une taxe islamique sur les entreprises appartenant à des chrétiens.

Apparue fin juin à Ankawa (district d’Erbil), une ville à 80 % chrétienne, cette taxe correspond à l’ancien Djizîa, l’impôt collecté sur les chrétiens à défaut de les incorporer dans les armées. Alors que l’on avait d’abord dénoncé une initiative des autorités de la ville, cette taxe vient d’être étendue à la ville de Semel.

Simultanément, les Kurdes du YPG (soutenus par les États-Unis, Israël et la France) ont envahi et occupent deux localités chrétiennes de Syrie, Tel Jazira et Tel Baz (sur la rivière Khabour). Au cours des trois dernières années, le YPG a remplacé de force les professeurs des écoles chrétiennes du Nord de la Syrie. Les enfants ont été contraints d’abandonner la langue arabe, et d’adopter un cursus enseigné par des professeurs kurdes étrangers en langue kurde [1].

Documents joints

[1] « Les États-Unis et Israël débutent la colonisation du Nord de la Syrie », Réseau Voltaire, 1er novembre 2015.

 

http://www.voltairenet.org/article201862.html

Les muscles américains en Syrie pour effrayer la Turquie et l’Iran

Les muscles américains en Syrie pour effrayer la Turquie et l’Iran

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11.05.2018

Les Etats-Unis ont achevé la construction d’une troisième base dans la région de Manbij, où la Turquie voulait envoyer ses troupes pour évincer les milices kurdes. La présence militaire américaine pourrait être un bastion pour attaquer l’Iran.

La majorité de l’ordre de 15 bases militaires américaines, à l’exception d’Eth-Tanf, se trouve sur les territoires contrôlés par la milice kurde dans le nord de la Syrie, à l’est de l’Euphrate. L’expansion de la présence militaire américaine inquiète les participants au format Astana: la Turquie, la Russie et l’Iran, qui sont les garants des quatre «zones de désescalade» en Syrie.

Au début du mois de mai, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui a blâmé Washington à plusieurs reprises pour avoir tenté de détruire la Syrie, a déclaré que les Etats-Unis préparaient des militants contre le gouvernement de Bashar Assad.

La même position est tenue par l’Iran, qui considère toute présence militaire sans le consentement de ses alliés comme illégale. Téhéran est également préoccupé par l’alliance américaine avec les Kurdes, dont le nombre en Iran, selon diverses estimations, est de huit millions.

La Turquie est le plus inquiet, le seul pays à avoir mené une opération militaire ouverte contre les YPG, sur les territoires desquels les Etats-Unis ont établi leurs bases. En janvier-mars, les forces armées turques ont chassé les miliciens kurdes d’Afrin (opération Olive Branch) au nord-ouest de la Syrie. Ensuite, ils se préparaient à aller plus loin – à Manbij. Mais, contrairement à Afrin, que la coalition américaine contre l’Etat islamique a annoncé en dehors de sa zone de responsabilité, le Pentagone a fourni aux Kurdes des garanties claires pour Manbij. Non seulement il y a eu des renforts militaires envoyés face à trois cents forces spéciales américaines, mais il y a trois mois, la construction d’une autre base militaire a commencé.

Dans la nouvelle garnison de Manbije, filmée par le photographe de l’agence Reuters, les militaires français sont également stationnés, a précisé Sharfan Darwish, porte-parole des Forces démocratiques syriennes (SDF), basé sur les YPG kurdes. Les militaires américains et français patrouillent le front entre le SDF et les forces pro-turques après qu’Ankara ait lancé la «branche d’olivier». Darvish a noté:

Après l’attaque turque sur Afrin et l’augmentation des menaces turques contre Manbiju, les forces de la coalition ont construit une base pour surveiller et protéger la frontière (entre les belligérants)

La Turquie considère les YPG comme une organisation terroriste et la continuation du Parti des travailleurs du Kurdistan, avec lequel la Turquie se bat sur son propre territoire. Le programme d’Erdogan est de nettoyer toute la frontière de 800 kilomètres avec la Syrie des partisans kurdes, en recourant à une intervention sur le territoire étranger si nécessaire. L’activation des Etats-Unis dans la région et le manque d’intérêt pour les négociations avec Erdogan éloignent de plus en plus Ankara de Washington.

Le docteur en sciences historiques de l’université d’Istanbul Mehmet Perincek considère que la nouvelle base militaire américaine dans le nord de la Syrie est plus qu’une simple menace pour la Turquie:

La nouvelle base de l’Amérique à Manbij n’est pas seulement contre Assad, l’intégrité territoriale de la Turquie, mais aussi contre la Russie et même la Chine. Après tout, s’il y a un Kurdistan indépendant, il va s’imposer contre toute l’Eurasie. La Turquie, l’Iran et la Russie devraient unir leurs forces non seulement contre la terreur des fondamentalistes, mais aussi contre les séparatistes « 

Lors du dernier sommet d’Ankara, les dirigeants de la Russie, de l’Iran et de la Turquie ont, dans une déclaration commune, évoqué précisément la lutte contre les «agendas séparatistes», faisant allusion aux plans américains d’effondrement de la Syrie.

Le renforcement de la présence militaire des États-Unis en Syrie est également pertinent à la lumière de l’escalade de la confrontation israélo-iranienne près des hauteurs du Golan après la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord nucléaire avec l’Iran. Les points forts dans les territoires kurdes, en plus des bases américaines dans les pays du Golfe Persique, sont de nouvelles têtes de pont du Pentagone pour attaquer l’Iran.

Le renforcement des Américains à Manbij n’est pas rentable à la fois pour Téhéran et pour Ankara. Mais cela signifie-t-il que dans le cas d’Israël et des frappes américaines contre l’Iran, la Turquie soutiendra son voisin?

Réalisant que les plans américains sont sérieux, et que la situation est au final, un résultat déplorable pour l’Iran, la Turquie peut soutenir ces coups, car il y a un an Ankara critiquait l’Iran, disant qu’il essayait de transformer la Syrie et l’Irak en Etats chiites.

Les Etats-Unis ont un puissant levier sur la Turquie sous la forme de sanctions pour l’achat de S-400 russes et en contournant le boycott américain de l’Iran, ce qui pourrait contraindre Ankara à s’abstenir de toute solidarité avec la République islamique d’Iran.

Perincek estime que parmi les principaux objectifs des possiles frappes américaines contre l’Iran est l’intention de détruire le format Astana.

Les États-Unis et Israël ont longtemps voulu gâcher le processus d’Astana, qui les empêche de réaliser leurs plans dans la région. L’attaque contre l’Iran est une continuation des provocations, comme les Khimataks de Salisbury et la Douma syrienne, appelés à diviser l’alliance de la Turquie, de l’Iran et de la Russie.

« En cas de guerre avec l’Iran, la Turquie devrait montrer sa solidarité avec elle, car seule la coopération avec Téhéran Ankara peut combattre le séparatisme et garantir son intégrité territoriale » – a résumé Perincek.

Comme Ankara va réagir, c’est difficile à dire. La Turquie est membre de l’OTAN, dépendante de plusieurs aspects des États-Unis, mais en même temps elle est mécontente de l’alliance de Washington avec les Kurdes et de la dissimulation de Fethullah Gülen en Pennsylvanie. D’autre part, Ankara est dans une alliance situationnelle avec Téhéran en Syrie et a des liens commerciaux étroits avec les Iraniens. L’histoire montre que les alliances sont vérifiées non par des mots, mais par des actions concrètes. L’état tendu actuel des relations turco-américaines et turco-israéliennes suggère que le pays sur les rives du Bosphore n’a plus d’incitation à l’intervention américaine et israélienne contre l’Iran que lors de l’agression américaine contre l’Irak en 2003, quand Ankara a refusé de fournir ses bases à ses alliés de l’OTAN.

http://katehon.com/article/us-muscles-syria-scare-turkey-and-iran

Macron pourrait piéger la France dans un bourbier au nord de la Syrie comme au Mali

Macron pourrait piéger la France dans un bourbier au nord de la Syrie comme au Mali


Par Andrew Korybko – Le 9 avril 2018 – Source Oriental Review

French and Syrian flagsLa France a déclaré qu’elle envoyait des troupes au nord de la Syrie pour soutenir les Kurdes.

Le président Macron a annoncé la décision sans précédent de Paris après avoir rencontré des dirigeants kurdes dans la capitale française la semaine dernière, une décision dénoncée en résumé par Ankara comme le « dépassement d’une ligne rouge ». Ankara dénonce un pays d’Europe occidentale soutenant le terrorisme avec ce que la Turquie considérerait ironiquement comme une « invasion » de la Syrie. Les conflits intra-OTAN atteignent un point d’ébullition avec les États-Unis, la Grèce et maintenant la France s’alignant tous contre les intérêts régionaux de la Turquie en réponse à l’approche multipolaire d’Ankara après le coup d’État. Cela exerce une énorme pression sur le président Erdogan pour reculer ou faire dangereusement face aux conséquences de cet acte. Le dirigeant turc a refusé de reculer et il est maintenant contraint d’affronter les perspectives d’un soutien conjoint américano-français à ce que son gouvernement considère comme des terroristes kurdes, ce qui ne fera que renforcer son désir d’intensifier la réorientation stratégique de son pays vers l’Est.

Non seulement cela, mais la Turquie pourrait contrer asymétriquement le déploiement militaire hostile de la France via les forces pro-Ankara dans le nord de la Syrie. Les médias turcs ont divulgué l’emplacement de chaque base où les forces françaises seraient censées être déployées comme ils l’ont fait pour les Américains l’été dernier, ce qui peut être interprété comme une menace tacite que les troupes des deux pays pourraient être ciblées par des groupes armés sympathisants de la Turquie dans le cadre de la « guerre civile de la Rojava » qui se déroule dans le nord de la Syrie. Les plans de la France pour aider les États-Unis sur ce champ de bataille et même de les remplacer, dans une certaine mesure. Si Trump confirme « très bientôt » ses intentions de quitter le pays, cela pourrait inévitablement conduire Paris à un second bourbier malien. Elle serait alors contrainte de lutter contre les rebelles dans ce qui est devenu une « guerre civile à plusieurs niveau dans une guerre civile » et non contre les terroristes.

Les développements rapides montrent que l’ancien modèle de colonialisme ne fonctionne plus dans les sociétés post-coloniales où les anciens colonisateurs cherchaient à exploiter les groupes minoritaires contre la majorité. Les habitants du nord-est de la Syrie ne permettront pas à leur ancien colonisateur de retourner dans leur pays et d’utiliser les Kurdes pro-occidentaux comme outil de substitution pour supprimer la majorité arabe. En outre, la Turquie coopère avec la Russie via le processus de paix d’Astana et atteindra vraisemblablement un éventuel « compromis » pour au moins restituer nominalement les territoires que ses groupes rebelles alliés contrôlent à l’autorité du gouvernement syrien. Cela se fera probablement après avoir sécurisé sa position géopolitique par la prochaine « révision constitutionnelle » mandatée par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui conduira probablement à un certain degré de « décentralisation ». La France, cependant, n’a pas l’intention de faire la même chose vis-à-vis de ses mandataires et de la Russie, de sorte qu’elle représente une menace beaucoup plus grave pour la souveraineté syrienne que la Turquie en ce moment.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/macron-pourrait-pieger-la-france-dans-un-bourbier-au-nord-de-la-syrie-comme-au-mali

False flag III, le retour

False flag III, le retour

9 Avril 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Etats-Unis, #Russie

Vous en rêviez, vous l’attendiez, les coupeurs de tête modérés l’ont fait. Alors qu’ils se prennent une fessée prison-style à Douma, dernière enclave de la désormais quasi-reconquise Ghouta orientale, les djihado-takfiris si chers au système impérial US ont lancé leur dernier atout sur le tapis : « attaque chi-mi-que » crient-ils en coeur, bien que sans grande originalité. Il est vrai que les précédents de 2013 (déjà dans la même zone) ou de 2017 à Khan Cheikhoun nous ont vaccinés contre ce genre de comédie imbécile…

Ce que nous écrivions l’année dernière dernière n’a pas pris une ride :

Tout part de ce qui ressemble à un énième false flag barbu : le supposé bombardement chimique par l’aviation syrienne. Comme d’habitude, aucune preuve et aucun temps de réflexion – quel serait donc l’intérêt d’Assad de perpétrer ces attaques en un point non stratégique alors qu’il est en train de gagner la guerre et que l’administration américaine venait de lui donner un blanc-seing ? Ca n’a strictement aucun sens.

Cela a encore moins de sens aujourd’hui alors que 95% de la Ghouta a été reprise et que la réduction de la dernière poche de Jaish al-Islam n’est qu’une question de jours. Mais la journaloperie ne s’arrête évidemment pas à ce genre de détail tout comme elle ne rapportera jamais la découverte jour après jour de labos chimiques rebelles…

Sans surprise, les habituels trolls de l’empire – McCainistan, Israël – s’empressent d’éructer et de pousser à l’action contre l’ogre Assad, dévoreur de son peuple. Chose plus curieuse, les réactions de l’Arabie saoudite et de la Turquie sont relativement inverses de ce que l’on pourrait attendre. La première, pourtant marraine de Jaish al-Islam, se contente de condamner l’attaque chimique sans désigner de coupable et d’appeler à la résolution pacifique du conflit. Signe du rapprochement russo-saoudien de ces derniers temps ?

Par contre, le sultan semble tout prêt d’une nouvelle crise de nerfs, Ankara accusant Damas de crime de guerre. Malgré l’optimisme d’excellents sites (ici ou ici), on a quand même la légère impression que la réunion tripartite Erdogan-Poutine-Rohani d’il y a quatre jours n’a pas été un franc succès (durée largement raccourcie, dispute entre Iraniens et Turcs à propos d’Afrin…)

Outre les accusations téléguidées contre Damas à propos du false flag de la Ghouta, on sent plus généralement une certaine mauvaise volonté ottomane. Ainsi, le plan russe de transporter les restes de Jaish al-Islam de Douma au nord d’Alep, dans la zone contrôlée par Ankara, a été rejeté. Simple souhait de ne pas ajouter encore plus de chaos dans la région ou volonté délibérée de faire dérailler les négociations sur l’évacuation des barbus et la reconquête totale de la Ghouta par les loyalistes ? Seul l’avenir nous le dira mais il n’est pas impossible que nous assistions aux prémices d’une nouvelle dégradation des relations russo-turques. A suivre.

Pour le moment, tous les yeux sont braqués sur ce qui va se passer entre Washington et Moscou. Se faisant plus deepstatiste que le Deep State, Donaldinho a de nouveau endossé l’habit de Cretinho. Son hoquet twitterique contre « l’animal Assad et la Russie et l’Iran qui le soutiennent » nous fait venir à l’esprit les sages pensées de Michel Audiard sur un certain chef d’escadrille…

Il ne peut pas ne pas savoir que cette « attaque chimique » est une mauvaise farce. Pourquoi alors se griller avec ces déclarations incendiaires et infantiles ? Regagner en popularité intérieure, louvoyer avec l’Etat profond ? Ce qui importe, ce sont les actions à venir.

Assistera-t-on à un scénario à la Khan Cheikhoun, possible false flag au carré (quelques tirs de vieux Tomahawk au milieu de nulle part pour sauver la face) ? Ou les Follamour états-uniens vont-ils cette fois franchir le Rubicon et affronter la Russie en Syrie ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit et Moscou ne rigole plus désormais. Il y a un mois, l’état-major russe avait déjà averti qu’il répondrait à toute attaque américaine. Les forces russes sont en état d’alerte et le Ministère des Affaires étrangères s’est lâché contre la propagande occidentale et menacé une intervention US des « plus graves conséquences ». Âmes sensibles, s’abstenir…

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La Turquie publie la localisation des cinq bases militaires françaises secrètes en Syrie

La Turquie publie la localisation des cinq bases militaires françaises secrètes en Syrie

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L’Agence Anadolu a publié une carte des cinq bases militaires secrètes de la France en Syrie (dont l’usine de Lafarge-Holcim).

L’Agence précise que le 1er RPIMa (régiment parachutiste d’infanterie de Marine) est déployé sur le sol syrien. En outre 30 soldats français supplémentaires sont présents à Rakka et 70 sur divers autres sites.

La présence militaire française en Syrie est illégale au regard du Droit international.

Cette publication constitue un avertissement à la France qui a annoncé soutenir les terroristes du YPG, une organisation kurde pro-atlantiste.

http://www.voltairenet.org/article200469.html

http://www.voltairenet.org/article200469.html