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Les Kurdes sont confrontés à de sombres options après le retrait des États-Unis

Les Kurdes sont confrontés à de sombres options après le retrait des États-Unis

Oubliez un Kurdistan indépendant : Les Kurdes devront peut-être conclure un accord avec Damas pour partager leur région avec les réfugiés arabes sunnites.

Par Pepe EscobarMondialisation.ca, 18 octobre 2019Région : Moyen-Orient et Afrique du NordThème: Guerre USA OTANAnalyses: SYRIE

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Dans les annales des tweets explosifs de Trump, celui-ci est tout simplement stupéfiant : ici, nous avons un président des États-Unis qui révèle l’intervention de 8 billions de dollars au Moyen-Orient pour une guerre sans fin basée sur une « fausse prémisse ». Pas étonnant que le Pentagone ne rigole pas.

Le tweet de Trump fragmente le spectacle géopolitique surréaliste de la Turquie attaquant un territoire syrien de 120 kilomètres de long à l’est de l’Euphrate pour en expulser les Kurdes syriens. Même après que le président turc Recep Tayyip Erdogan ait approuvé avec Trump les termes de l’opération Orwellienne nommée « Opération Printemps de la Paix », Ankara peut maintenant être confrontée au risque de sanctions économiques étasuniennes.

Le récit occidental prédominant attribue aux Forces Démocratiques Syriennes (FDS), principalement kurdes, le combat et la défaite de l’État Islamique (EI), également connu sous le nom de Daesh. Les FDS sont essentiellement une collection de mercenaires travaillant pour le Pentagone contre Damas. Mais de nombreux citoyens syriens affirment que l’EI a en fait été vaincue par l’Armée Arabe Syrienne (AAS), l’expertise aérienne et technique russe et les conseillers et forces spéciales de l’Iran et du Hezbollah.

Bien qu’Ankara puisse considérer les Kurdes du YPG – les « Unités de Protection du Peuple » – et le PKK comme des « terroristes » (dans le cas du PKK aligné sur Washington), l’Opération Printemps de la Paix n’a dans le principe rien à voir avec un massacre des Kurdes.

Les faits sur le terrain permettront de savoir si l’offensive turque a été marquée par le nettoyage ethnique. Il y a un siècle, peu de Kurdes vivaient dans ces régions, peuplées principalement d’Arabes, d’Arméniens et d’Assyriens. Ce n’est donc pas un nettoyage ethnique sur des terres ancestrales. Mais si l’on en croit la ville d’Afrin, les conséquences pourraient être graves.

Dans ce mélange étourdissant, entre en jeu un possible et rude pacificateur : la Russie. Moscou avait auparavant encouragé les Kurdes syriens à parler à Damas pour empêcher une campagne turque – en vain. Mais le ministre des Affaires étrangères Sergey Lavrov n’abandonne jamais. Il a maintenant déclaré : « Moscou demandera le début des pourparlers entre Damas et Ankara« . Les liens diplomatiques entre la Syrie et la Turquie sont rompus depuis sept ans.

Alors que le Printemps de la Paix roule pratiquement sans opposition, le général kurde Mazloum Kobani Abdi a fait monter les enchères, déclarant aux Étasuniens qu’il devra conclure un accord avec Moscou pour une zone d’exclusion aérienne pour protéger les villes et villages kurdes contre les forces armées turques. Les diplomates russes, officieusement, disent que cela n’arrivera pas. Pour Moscou, le Printemps de la Paix est considéré comme « le droit de la Turquie à assurer sa sécurité« , selon les termes du porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov. Tant que cela ne se transforme pas en catastrophe humanitaire.

Pas de Kurdistan indépendant

Du point de vue de Washington, tout ce qui se passe dans le spectre instable Iran-Irak-Syrie-Turquie est soumis à deux impératifs : 1) géopolitiquement, briser ce qui est considéré régionalement comme l’axe de résistance : L’Iran, l’Irak, la Syrie, le Hezbollah ; et 2) géostratégiquement, empêcher l’intégration de l’Initiative Ceinture et Route dirigée par les Chinois en Irak et en Syrie, sans parler de la Turquie.

Quand Erdogan a fait remarquer que le sommet trilatéral d’Ankara le mois dernier a été « productif« , il déclarait essentiellement que la question kurde avait été réglée par un accord entre la Russie, la Turquie et l’Iran.

Les diplomates ont confirmé que le Comité Constitutionnel Syrien travaillera d’arrache-pied à la mise en place d’une fédération, ce qui implique que les Kurdes devront retourner à Damas. Téhéran pourrait même jouer un rôle dans l’apaisement des choses, car les Kurdes iraniens sont également devenus très actifs au sein du commandement des YPG.

En fin de compte, il n’y aura pas de Kurdistan indépendant – comme l’indique une carte publiée précédemment par l’agence de presse Anadolu.

Du point de vue d’Ankara, l’objectif de l’Opération Printemps de la Paix fait suite à ce qu’Erdogan avait déjà annoncé au Parlement turc, à savoir organiser le rapatriement de pas moins de deux millions de réfugiés syriens vers un ensemble de villages et de villes répartis sur une zone de sécurité de 30 km de large sous la direction de l’armée turque.

Pourtant, rien n’a été dit sur ce qu’il advient d’un million et demi de réfugiés supplémentaires, 1,6 million présumés également en Turquie.

Les menaces kurdes visant à libérer le contrôle de 50 prisons détenant au moins 11 000 djihadistes de l’EI/Daesh ne sont que cela, des menaces. Il en va de même pour le camp de détention d’al-Hol, qui abrite 80 000 membres de familles de l’EI, un chiffre stupéfiant. S’ils étaient relâchés, ces djihadistes s’en prendraient aussitôt aux Kurdes.

Elijah Magnier, ancien correspondant de guerre et analyste des risques, résume parfaitement les vœux pieux des Kurdes par rapport aux priorités de Damas, Téhéran et Moscou :

Les Kurdes ont demandé à Damas, en présence de négociateurs russes et iraniens, de leur permettre de garder le contrôle des très riches gisements pétroliers et gaziers qu’ils occupent sur un peu moins du quart du territoire syrien. En outre, les Kurdes ont demandé qu’on leur donne le contrôle total de l’enclave à la frontière avec la Turquie sans aucune présence ou activité de l’armée syrienne. Damas ne veut pas jouer le rôle de garde-frontière et souhaite reprendre le contrôle de tout le territoire syrien. Le gouvernement syrien veut mettre fin aux accommodements que les Kurdes offrent aux États-Unis et à Israël, comme cela a été le cas pour les Kurdes d’Irak.

Les options pour les Kurdes des YPG sont claires. Ils réalisent lentement qu’ils ont été utilisés par le Pentagone comme mercenaires. Soit ils deviennent membres de la fédération syrienne, renonçant à une certaine autonomie et à leurs rêves hyper-nationalistes, soit ils devront partager la région où ils vivent avec au moins deux millions de réfugiés sunnites arabes relocalisés sous la protection de l’armée turque.

La fin du rêve est proche. Dimanche, Moscou a négocié un accord selon lequel, les villes frontalières clés de Manbij et Kobane, dominées par les Kurdes, retournent sous le contrôle de Damas. Les forces turques devront donc reculer, faute de quoi elles seront directement confrontées à l’Armée Arabe Syrienne. L’accord qui change la donne doit être interprété comme un premier pas vers le retour de l’ensemble du nord-est de la Syrie sous le contrôle de l’État.

Le bilan géopolitique met en évidence un sérieux clivage au sein de l’accord d’Ankara. Téhéran et Moscou – sans parler de Damas – n’accepteront pas l’occupation turque de près d’un quart du territoire syrien souverain et riche en énergie, en remplacement de ce qui était de facto une occupation étasunienne. Les diplomates confirment que Poutine a souligné à plusieurs reprises à Erdogan l’impératif de l’intégrité territoriale syrienne. L’agence de presse syrienne SANAa qualifié le Printemps de la Paix « d’acte d’agression ».

Ce qui nous amène à Idlib. Idlib est une province pauvre et rurale peuplée de djihadistes salafistes ultra durs – la plupart d’entre eux sont liés à une myriade d’incarnations successives de Jabhat al-Nusra, ou Al-Qaïda en Syrie. En fin de compte, Damas, avec l’appui de la puissance aérienne russe, finira par nettoyer Idlib, générant une vague supplémentaire de réfugiés. En plus d’investir dans sa zone de sécurité au Kurdistan syrien, ce qu’Erdogan essaie d’empêcher, c’est un exode supplémentaire de 3,5 millions de sunnites, pour la plupart hardcore, en Turquie.

L’historien turc Cam Erimtan m’a ditn comme il l’explique dans cet essai, qu’il s’agit du conflit entre le « municipalisme libertaire » post-marxiste de l’axe turco-syrien PKK/PYD/YPG/YPJ et la marque de l’Islam défendu par le parti AKP de Erdogan :

« La fusion enivrante de l’islamisme et du nationalisme turc, qui est devenue la marque de fabrique et la monnaie commune de l’AKP dans la Nouvelle Turquie, fait que les Kurdes de Syrie, en tant que groupe social, sont désormais universellement identifiés comme les ennemis de l’Islam« . Ainsi, ajoute Erimtan, « les Kurdes ont maintenant pris la place d’Assad comme ennemi impie à côté qui doit être vaincu« .

Sur le plan géopolitique, le point crucial reste qu’Erdogan ne peut se permettre de s’aliéner Moscou pour une série de raisons stratégiques et économiques, allant du gazoduc Turk Stream à l’intérêt d’Ankara d’être un noeud actif de l’Initiative Ceinture et Route ainsi que de l’Union Économique Eurasienne et de devenir membre à part entière de l’Organisation de Coopération de Shanghai, tous axés sur l’intégration eurasienne.

Le gazoduc Turk Stream

Gagnant-gagnant

Et alors que la Syrie s’effondre, l’Irak se calme.

Le Kurdistan irakien vit un monde à part et n’a pas été touché par les protestations irakiennes, motivées par de véritables griefs contre le marécage de la politique corrompue au cœur de Bagdad. Les détournements ultérieurs pour un programme géopolitique spécifique étaient inévitables. Le gouvernement affirme que les forces de sécurité irakiennes n’ont pas tiré sur les manifestants. C’était le travail des tireurs d’élite.

Des hommes armés en cagoules ont attaqué les bureaux de nombreuses chaînes de télévision à Bagdad, détruisant le matériel et les installations de diffusion. En outre, des sources iraquiennes m’ont dit que des groupes armés visaient des infrastructures vitales, comme les réseaux et les centrales électriques, en particulier à Diwaniyah, dans le sud. Cela aurait plongé tout le sud de l’Irak, jusqu’à Bassorah, dans l’obscurité, déclenchant ainsi de nouvelles protestations.

L’analyste pakistanais Hassan Abbas a passé 12 jours à Bagdad, Najaf et Karbala. Il a déclaré que la police fortement militarisée s’est occupée des protestations, « optant pour l’usage de la force dès le départ – une mauvaise stratégie« . Il a ajouté : « Il y a 11 forces de l’ordre différentes à Bagdad avec différents uniformes – la coordination entre elles est extrêmement faible dans des circonstances normales« .

Mais surtout, a souligné Abbas :

« Beaucoup de gens à qui j’ai parlé à Karbala pensent que c’est la réponse étasunienne à l’inclinaison irakienne vers la Chine« .

Cela correspond tout à fait à cette analyse exhaustive.

L’Irak n’a pas suivi les sanctions – illégales – de l’administration Trump sur l’Iran. En fait, elle continue d’acheter de l’électricité à l’Iran. Bagdad a finalement ouvert le poste frontière crucial entre l’Irak et la Syrie d’Al-Qaem. Le Premier ministre Adel Abdel Mahdi veut acheter des systèmes de missiles S-400 à la Russie.

Il a également déclaré explicitement Israël responsable du bombardement de cinq entrepôts appartenant au Hashd al-Shaabi, les unités de mobilisation populaire. Et non seulement il a rejeté l’accord du siècle conclu par l’administration Trump entre Israël et la Palestine, mais il a également essayé de faire office de médiateur entre l’Iran et l’Arabie Saoudite.

Et puis il y a – quoi d’autre ? – la Chine. Lors d’une visite d’État à Pékin le 23 septembre, Mahdi a conclu un accord « gagnant-gagnant » : de nombreux approvisionnements pétroliers ont été négociés avec des investissements dans la reconstruction de l’infrastructure. Et l’Irak sera un nœud certifié de l’Initiative Ceinture et Route (BRI), avec le président Xi Jinping vantant un nouveau « partenariat stratégique Chine-Irak ». La Chine envisage également d’entreprendre des travaux post-reconstruction en Syrie pour en faire un nœud clé des Nouvelles Routes de la Soie.

Ce n’est pas fini tant que la grosse dame (chinoise) chante en faisant des affaires. Pendant ce temps, Erdogan peut toujours chanter sur l’envoi de 3,6 millions de réfugiés en Europe.

Ce qui se passe, c’est une quadruple victoire. Les États-Unis effectuent un retrait pour sauver la face, que Trump peut vendre en évitant un conflit avec la Turquie alliée de l’OTAN. La Turquie a la garantie – par les Russes – que l’armée syrienne contrôlera la frontière turco-syrienne. La Russie empêche l’escalade de la guerre et maintient en vie le processus de paix russo-irano-turc. Et la Syrie finira par reprendre le contrôle de ses gisements de pétrole et de l’ensemble du nord-est.

Pepe Escobar

Article original en anglais :

Kurds Face Stark Options after US Pullback from Northern Syriapublié le 15 octobre 2019

Cet article a été publié initialement en anglais par Asia Times

Traduction par Réseau International

Source de la photo en vedette: flickr.comLa source originale de cet article est Mondialisation.caCopyright © Pepe Escobar, Mondialisation.ca, 2019

https://www.mondialisation.ca/les-kurdes-sont-confrontes-a-de-sombres-options-apres-le-retrait-des-etats-unis/5637953

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TOUT CE QUE L’ON VOUS CACHE SUR L’OPÉRATION TURQUE « SOURCE DE PAIX » (3/3)

TOUT CE QUE L’ON VOUS CACHE SUR L’OPÉRATION TURQUE « SOURCE DE PAIX » (3/3)

L’invasion turque du Rojava

par Thierry Meyssan

Si la communauté internationale craint publiquement la brutalité de l’intervention turque au Nord de la Syrie, elle se félicite officieusement de cette intervention, seule et unique solution à un retour de la paix dans cette région. La guerre contre la Syrie se termine par un crime de plus. Reste encore à déterminer le sort des mercenaires étrangers d’Idleb, des jihadistes enragés au cours de huit ans d’une guerre particulièrement sauvage et cruelle.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 17 OCTOBRE 2019 TÜRKÇE

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Le 15 octobre 2016, le président Erdoğan annonce solennellement que son pays réalisera le serment national de Mustafa Kemal Atatürk. La Turquie, qui occupe déjà militairement une partie de Chypre et de l’Iraq, revendique une partie de la Syrie et de la Grèce. Son armée se prépare.

En 2011, la Turquie a organisé comme on le lui demandait la migration de 3 millions de Syriens afin d’affaiblir le pays. Par la suite, elle a soutenu les Frères musulmans et leurs groupes jihadistes, y compris Daesh. Elle a pillé au passage les machines-outils d’Alep et installé des usines de contrefaçon dans l’Émirat islamique.

Enivrée par ses victoires en Libye et en Syrie, la Turquie est devenue la Protectrice de la Confrérie des Frères musulmans, s’est rapprochée de l’Iran et a défié l’Arabie saoudite. Elle a déployé des bases militaires tout autour du Royaume wahhabite au Qatar, au Koweït et au Soudan, puis a engagé des cabinets occidentaux de relations publique et détruit l’image du prince Mohamed Ben Salmane, notamment avec l’affaire Kashoggi [1]. Progressivement, elle a envisagé d’étendre sa puissance et ambitionné de devenir le XIVème empire monghol. Interprétant à tort cette évolution comme étant le fait du seul Recep Tayyip Erdoğan, la CIA tenta plusieurs fois de l’assassiner jusqu’à provoquer le coup d’État manqué de juillet 2016. Il s’en suivit trois années d’incertitudes qui se terminèrent en juillet 2019 lorsque le président Erdoğan décida de privilégier le nationalisme sur l’islamisme [2]. Aujourd’hui, la Turquie, quoique toujours membre de l’Otan, transporte du gaz russe dans l’Union européenne et achète des S-400 à Moscou [3]. Elle veille sur ses minorités, y compris kurde, et n’exige plus d’être musulman sunnite, mais uniquement loyal à sa Patrie.

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 Durant l’été, le président Donald Trump a fait savoir son intention de retirer ses troupes de toute la Syrie, à commencer par le Rojava (déjà formulée le 17 décembre 2018), à la condition expresse de couper la ligne de communication entre l’Iran et le Liban (ce qui est nouveau). La Turquie a souscrit à cet engagement en échange d’une occupation militaire de la bande frontalière syrienne depuis laquelle l’artillerie terroriste pouvait la bombarder.
 La Russie a fait savoir qu’elle ne soutenait pas les criminels contre l’humanité du YPG et accepterait une intervention turque si la population chrétienne était autorisée à retourner sur sa terre. Ce à quoi la Turquie s’est engagée.
 La Syrie a fait savoir qu’elle ne repousserait pas dans l’immédiat d’invasion turque si elle pouvait libérer un territoire équivalent dans le gouvernorat d’idleb. Ce que la Turquie a accepté.
 L’Iran a fait savoir que, même si elle réprouve une intervention turque, elle n’intervient qu’au profit des chiites et n’est pas intéressée par le sort du Rojava. Ce que la Turquie a enregistré.

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Le principe de la fin du Rojava a été acté lors des sommets Etats-Unis/Russie qui se sont tenus à Tel-Aviv et à Genève en juin et août 2019.

Plusieurs sommets internationaux ont été organisés pour examiner les conséquences de ces positions et déterminer des points subalternes (par exemple, le pétrole de la bande frontalière syrienne ne sera pas exploité par l’armée turque, mais par une société états-unienne). Les premiers sommets ont réuni les conseillers de sécurité états-unien et russe. Les seconds, les chefs d’État russe, turc et iranien.

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 Le 22 juillet 2019, la Turquie annonce la suspension de son accord migratoire avec l’Union européenne [4].
 Le 3 août, le président Erdoğan nomm de nouveaux officiers supérieurs, dont des kurdes, et ordonne la préparation de l’invasion du Rojava [5].
 Il ordonne également à l’armée turque de se retirer devant l’armée arabe syrienne dans le gouvernorat d’Idleb, de sorte qu’elle puisse libérer un territoire équivalent à celui qui allait être envahi à l’Est.
 Le 23 août, le Pentagone ordonne le démantèlement des fortifications du YPG de manière à ce que l’armée turque puisse mener une offensive éclair [6].
 Le 31 août, en soutien à l’armée arabe syrienne, le Pentagone bombarde une réunion de dirigeants d’Al-Qaïda à Idleb, grâce à des renseignement turcs [7].
 Le 18 septembre, le président Trump change de conseiller de Sécurité et nomme Robert O’Brien. Cet homme discret connaît bien le président Erdoğan avec qui il a réglé les conséquences du coup d’État manqué de juillet 2016 [8].
 Le 1er octobre, le président Erdoğan annonce l’imminente relocation de 2 millions de réfugiés syriens sur le territoire du Rojava [9].
 Le 5 octobre, les États-Unis demandent aux membres de la Coalition internationale de récupérer leurs ressortissants jihadistes prisonniers au Rojava. Le Royaume-Uni demande leur transfert en Iraq, tandis que la France et l’Allemagne refusent [10].
 Le 6 octobre, les États-Unis déclarent ne plus être responsables des jihadistes prisonniers au Rojava qui va passer sous responsabilité turque.
 Le 7 octobre, les Forces spéciales US amorcent leur retrait du Rojava.
 Le 9 octobre, l’armée turque —notamment commandée par des officiers kurdes— et des miliciens turkmènes ayant récupéré le drapeau de l’Armée syrienne libre envahissent la bande de territoire syrienne de 32 kilomètres de profondeur occupée par le YPG.

L’opération « Source de paix » est parfaitement légale en droit international si elle se limite à la bande frontalière de 32 kilomètres et si elle ne donne pas lieu à une occupation turque indéfinie [11]. C’est pourquoi, l’armée turque a recours à des milices turkmènes syriennes pour pourchasser le YPG dans le reste du Rojava.

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Réunion de coordination de l’opération Source de paix, dans le bunker de commandement du palais blanc, à Ankara.

La presse internationale, qui n’a pas suivi les évènement sur le terrain et s’est contentée des déclarations officielles contradictoires de ces derniers mois, est stupéfaite. Tous les États à l’unisson dénoncent l’opération turque, y compris les États-Unis, la Russie, Israël, l’Iran et la Syrie, bien qu’ils l’aient tous négociée et validée. Ceux qui menacent la Turquie doivent réfléchir à la possible migration de leurs ressortissants jihadistes aguerris d’Idleb.

Le Conseil de sécurité se réunit en urgence à la demande du président Macron et de la chancelière Merkel. Pour éviter de montrer que personne ne s’oppose véritablement à l’intervention turque, pas même la France, la séance se déroule à huis clos et ne fait pas l’objet d’une déclaration du président du Conseil.

Il est peu probable que la Syrie, exsangue, puisse récupérer dans l’immédiat cette bande de territoire, alors que l’Iraq n’a pas réussi à libérer Baachiqa (110 km de profondeur) et que l’Union européenne elle-même n’a pas réussi à libérer le tiers de Chypre, occupé depuis 1974.

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Le 11 octobre, Jens Stoltenberg vient apporter à la Turquie la bénédiction de l’Otan.

Malgré les demandes de la France et de l’Allemagne, le Conseil atlantique ne se réunit pas. Le 11 octobre, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, vient à Ankara s’assurer que l’opération fonctionne. Il célèbre la grandeur de la Turquie, cloue ainsi le bec des Allemands et des Français [12].

Le 13 octobre, en pleine débâcle, la direction du YPG est modifiée. Sur les conseils russes, les dirigeants kurdes, qui sont en négociation depuis toujours avec la République arabe syrienne, viennent lui faire allégeance sur la base russe d’Hmeimim [13]. Cependant certains membre de la direction du YPG contestent le renoncement au Rojava.

Le 14 octobre, le président Donald Trump prend des sanctions contre la Turquie. Elles sont purement symboliques et permettent à Ankara de poursuivre son attaque sans prendre garde aux critiques [14].

Le président Donald Trump a ainsi réussi à mettre fin à la question du Rojava. L’armée russe a investi les bases US, abandonnées par les GI’s, manifestant la place que Moscou occupe désormais dans la région en remplacement de Washington. La Syrie, tout en dénonçant l’intervention turque a libéré un quart de son territoire. La Turquie règle la question du terrorisme kurde et envisage de régler celle des réfugiés syriens. La tentation sera grande pour elle de ne pas s’arrêter là.Thierry Meyssan

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[1] “EXCLUSIVE : Saudi Arabia’s ‘strategic plan’ to take Turkey down”, David Hearst & Ragip Soylu, Middle East Eye, August 5, 2019.

[2] « La Turquie renonce une seconde fois au Califat », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 août 2019.

[3] « La Turquie ne s’alignera ni sur l’Otan, ni sur l’OTSC », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 août 2019.

[4] « La Turquie suspend son accord migratoire avec l’UE », Réseau Voltaire, 30 juillet 2019.

[5] « La Turquie prépare une invasion du Nord de la Syrie », Réseau Voltaire, 5 août 2019.

[6] « Des Kurdes détruisent leurs fortifications au « Rojava » », Réseau Voltaire, 25 août 2019.

[7] « Les États-Unis bombardent Al-Qaëda à Idleb », Réseau Voltaire, 1er septembre 2019.

[8] « Robert O’Brien, nouveau conseiller de Sécurité US », Réseau Voltaire, 19 septembre 2019.

[9] « Le plan Erdoğan pour le Nord de la Syrie », Réseau Voltaire, 2 octobre 2019.

[10] « Déclaration de la Maison-Blanche à propos des terroristes du Nord de la Syrie », Réseau Voltaire, 6 octobre 2019.

[11] « Qu’est ce que l’opération « Source de paix » ? », Réseau Voltaire, 11 octobre 2019.

[12] « Déclaration de Jens Stoltenberg sur l’opération « Source de paix » », par Jens Stoltenberg, Réseau Voltaire, 11 octobre 2019.

[13] « L’accord d’Hmeimim », Réseau Voltaire, 14 octobre 2019.

[14] “Donald Trump Regarding Turkey’s Actions in Northeast Syria”, by Donald Trump, Voltaire Network, 14 October 2019.

https://www.voltairenet.org/article207885.html

TOUT CE QUE L’ON VOUS CACHE SUR L’OPÉRATION TURQUE « SOURCE DE PAIX » (2/3)

TOUT CE QUE L’ON VOUS CACHE SUR L’OPÉRATION TURQUE « SOURCE DE PAIX » (2/3)

Le Kurdistan, imaginé par le colonialisme français

par Thierry Meyssan

Contrairement à une idée reçue, le Rojava n’est pas un État pour le peuple kurde, mais un fantasme français de l’entre-deux guerres. Il s’agissait de créer un État croupion avec des Kurdes équivalent au Grand Israël qui était envisagé avec des Juifs. Cet objectif colonial a été réactivé par les présidents Sarkozy, Hollande et Macron jusqu’au nettoyage ethnique de la région destinée à l’accueillir.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 16 OCTOBRE 2019 ΕΛΛΗΝΙΚΆROMÂNĂITALIANOPORTUGUÊSTÜRKÇEDEUTSCH

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Une délégation kurde est reçue à l’Élysée par le président François Hollande et son ministre de la Défense de l’époque, Jean-Yves Le Drian, en présence de Bernard-Henri Lévy, ordonnateur des désastres tunisien, égyptien et libyen.

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Le Haut-commissaire français au Levant, le général Henri Gouraud, recrute avec l’aide des Turcs 900 hommes du clan kurde des Millis pour réprimer la rébellion nationaliste arabe à Alep et Raqqa. Ces mercenaires combattront en tant que gendarmes français sous ce qui deviendra le drapeau de l’actuelle Armée syrienne libre (Télégramme du 5 janvier 1921).Source : Archives de l’armée de Terre française.

Le peuple kurde n’a jamais eu de rêve d’unification, à l’exception du projet du prince de Rewanduz. Au XIXème siècle, celui-ci s’inspirait de la conception allemande de la Nation et entendait donc prioritairement unifier la langue. Encore aujourd’hui, il existe plusieurs langues, induisant une séparation très prononcée entre les clans kurmanjis, soranis, zazakis, et guranis.

Selon des documents jusqu’ici inexploités et au sujet desquels l’intellectuel libanais Hassan Hamadé rédige actuellement un livre stupéfiant, le président du Conseil des ministres français, Léon Blum, négocia en 1936 avec le chef de l’Agence juive, Chaim Wiezmann, et les Britanniques, la création d’un Grand État d’Israël de la Palestine à l’Euphrate, incluant donc le Liban et la Syrie jusqu’alors sous mandat français. Ce projet capota en raison de la furieuse opposition du Haut-Commissaire français au Levant, le comte Damien de Martel. La France —et probablement le Royaume-Uni— envisageaient à l’époque de créer un État kurde en Syrie à l’Est de l’Euphrate.

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Le 4 février 1994, le président Mitterrand reçoit une délégation kurde de membres du PKK turc.

La question kurde redevint une priorité avec le président François Mitterrand. En pleine Guerre froide, son épouse, Danielle, devint la « mère des Kurdes [du clan Barzani] ». Les 14 et 15 octobre 1989, elle organisa un colloque à Paris : « Les Kurdes : l’identité culturelle, le respect des droits de l’homme ». Elle joua un rôle dans l’attribution mensongère de la mort des Kurdes du village d’Halabja durant la guerre Iraq-Iran à la cruauté du président Saddam Hussein alors que les rapports de l’US Army attestent qu’au contraire le vent a déplacé des gaz iraniens durant une terrible bataille [1]. En 1992, elle participa à la création d’un gouvernement fantoche kurde dans la zone iraquienne occupée par les Anglo-Saxons.

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Le 31 octobre 2014, François Hollande raccompagne Recep Tayyip Erdoğan sur le perron de l’Élysée. Un autre invité vient de sortir discrètement par la petite porte, le Kurde pro-Turcs Salih Muslim.

Lors de la présidence de Nicolas Sarkozy, en 2011, Alain Juppé conclut un Protocole secret avec la Turquie pour la création d’un pseudo-Kurdistan. La Syrie ne réagit pas. Puis, le 31 octobre 2014, le président François Hollande reçut officiellement au palais de l’Élysée le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan avec officieusement le co-président du YPG, Salih Muslim, pour mettre au point le démembrement de la Syrie. Les combattants kurdes cessèrent de se reconnaître comme Syriens et débutèrent leur lutte pour leur propre patrie. La Syrie cessa immédiatement de payer leurs salaires.

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À l’issue de la bataille de Kobané, François Hollande change de camp et marque son soutien aux Kurdes, en recevant à l’Élysée, le 8 février 2015, une délégation pro-US du YPG.

Cependant, quelques mois plus tard, le président Barack Obama rappelle la France à l’ordre. Ce n’est pas à Paris de négocier un pseudo-Kurdistan au regard de ses vieux rêves coloniaux, mais au seul Pentagone, selon le plan ethnique Rumsfeld/Cebrowski. François Hollande se plie et reçoit une délégation kurde pro-US de combattantes d’Aïn al-Arab (« Kobané » en allemand et non pas en langue kurde). La Turquie refuse quant à elle de se soumettre à Washington. C’est le début d’une longue divergence entre les membres de l’Alliance atlantique. Considérant que le retournement français viole l’accord du 31 octobre 2014, les services secrets turcs organisent avec Daesh les attentats du 13 novembre 2015 contre la France et du 22 mars 2016 contre la Belgique, qui venait de s’aligner à son tour sur Washington [2]. Le président Erdoğan annoncera sans équivoque les attentats contre la Belgique et sa presse les revendiquera. Enfin, Salih Muslim organise la conscription obligatoire des jeunes kurdes et édifie sa dictature, tandis qu’Ankara émet un mandat d’arrêt contre lui.

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Décret de kurdisation forcée du Nord de la Syrie. Ce document, rendu public par les victimes chrétiennes assyriennes, atteste du nettoyage ethnique perpétré par les FDS, sous encadrement militaire US.

En octobre 2015, le Pentagone créé les Forces démocratiques syriennes (FDS), une unité de mercenaires kurdes turcs et syriens, incluant quelques arabes et chrétiens, de manière à réaliser un nettoyage ethnique sans avoir à en prendre publiquement la responsabilité. Les FDS expulsent les familles arabes et chrétiennes assyriennes. Des combattants, venus d’Iraq et de Turquie, s’installent dans leurs maisons et prennent possession de leurs terres. L’archevêque catholique syriaque d’Hassaké-Nisibi, Mgr. Jacques Behnan Hindo, attestera plusieurs fois que des leaders kurdes ont évoqué devant lui un plan d’expulsion des chrétiens du « Rojava ». Les forces spéciales françaises assistent à ce crime contre l’humanité sans broncher. Le 17 mars 2016, l’autonomie du « Rojava » (pseudo-Kurdistan en Syrie) est déclarée [3]. Craignant la jonction entre le PKK turc et le clan Barzani iraquien qui ouvrirait la voie à la création d’un Grand Kurdistan, le gouvernement irakien envoie des armes au PKK afin de renverser les Barzanis. Il s’ensuit une série d’assassinat de dirigeants kurdes par des clans opposés.

Fin 2016, le retrait partiel de l’armée russe suivi de la libération d’Alep par l’Armée arabe syrienne marquent le retournement définitif de la guerre. Ils coïncident, en janvier 2017, avec l’arrivée à la Maison-Blanche du président Donald Trump, dont le programme électoral prévoit la fin de la stratégie Rumsfeld/Cebrowski, la fin du soutien massif aux jihadistes et le retrait de l’Otan et des troupes US de Syrie. La France facilite le départ au Rojava de jeunes combattants anarchistes persuadés de défendre la cause kurde alors qu’ils se battent pour l’Alliance atlantique [4]. De retour en France, ils s’avéreront aussi incontrôlables que les jeunes Français jihadistes. Ainsi, selon la DGSI (Renseignements intérieurs), c’est un de ces combattants qui tentera d’abattre un hélicoptère de gendarmerie lors de l’évacuation de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes [5].

En juin 2017, le président Trump autorise une opération conjointe de l’Armée arabe syrienne (commandée par le président Bachar el-Assad) et des FDS (c’est-à-dire des mercenaires kurdes pro-US) pour libérer Raqqa, la capitale de Daesh [6]. La guerre est finie, mais ni la France, ni l’Allemagne ne l’entendent ainsi.

Progressivement, le contrôle du YPG échappe aux États-Unis qui s’en désintéressent. L’organisation terroriste devient alors un jouet français, comme les Frères musulmans sont une marionnette britannique.

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Cette carte a été publiée par Anadolu Agency en janvier 2019. Elle fait apparaître 9 bases militaires françaises, dont 8 ont été déployées par le président Emmanuel Macron.

La Turquie fait alors publier par son agence officielle, Anadolu Agency, la carte des bases militaires françaises au Rojava, dont le nombre est étendu sous la présidence d’Emmanuel Macron à neuf. On ne connaissait jusque-là que celle de la cimenterie du groupe Lafarge. Ankara entend souligner que, contrairement à ses déclarations officielles et à la différence des États-Unis, la France reste favorable à la partition de la Syrie.

Nous pouvons également révéler que, sollicitée par les services de Renseignement syriens pour récupérer ses jihadistes faits prisonniers, la France refusa de les rapatrier pour les juger. Elle demanda qu’ils soient remis aux forces kurdes qui s’en occuperaient.

En février 2018, l’ambassadeur de la Fédération de Russie à l’Onu, Vassily Nebenzia, révèle que les kurdes syriens viennent d’amnistier 120 leaders de Daesh et les ont incorporés au YPG.

Dès septembre 2018, le président Trump prépare le retrait des troupes US de toute la Syrie [7]. L’abandon du « Rojava » est conditionné à la coupure de la route iranienne qui pourrait traverser ce territoire pour rejoindre le Liban. Ce à quoi s’engagera le président Erdoğan en août. Les GI’s surpervisent alors la destruction des ouvrages défensifs des Kurdes. Un accord est validé le 16 septembre par la Russie, la Turquie et l’Iran. Dès lors la fin de ce pseudo-Kurdistan est imminente. Ne comprenant absolument pas ce qui se passe, la France est stupéfiée lorsque les troupes turques envahissent brutalement ce pseudo-État autonome et que fuit la population l’occupant illégalement.

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Infatué de lui-même et totalement déconnecté de la réalité, Jean-Yves le Drian assure sur le plateau de France 2 que la France poursuit sans risques ses objectifs en Syrie.

Invité du journal télévisé de France2, le 10 septembre, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian, tente de rassurer les Français sur les conséquences de ce fiasco. Il assure que la France contrôle la situation : les jihadistes détenus au Rojava ne seront pas libérés, alors qu’il n’y a plus aucune institution sur place, mais jugés dans ce territoire. Il poursuit en affirmant que le président Erdoğan menace la France dans le vide. Enfin, il refuse de répondre à une question sur la mission de l’armée française sur place, en pleine débâcle.

Si l’on ignore le sort qui attend les jihadistes prisonniers aussi bien que celui des populations civiles qui ont volé cette terre, on est sans nouvelles du sort des soldats des neuf bases militaires françaises. Ils sont pris entre deux feux, entre l’armée turque que le président Hollande a trahie et les Kurdes que le président Macron a abandonnés et qui ont fait à nouveau allégeance à la République arabe syrienne.

Thierry Meyssan

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[1] “A War Crime Or an Act of War ?”, Stephen C. Pelletiere, The New York Times, January 31, 2003.

[2] Selon les experts anti-terroristes, ces attentats n’ont pas été effectués en recourant à un mode opératoire comparable à celui utilisé lors des autres attentats revendiqués par Daesh, mais portent la trace d’une organisation militaire minutieuse, d’un acte de guerre perpétré par un État. « Le mobile des attentats de Paris et de Bruxelles », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 28 mars 2016.

Meyssan

3] « Déclaration du Rojava pour une Syrie fédérale », Réseau Voltaire, 17 mars 2016.

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[4] « Les Brigades anarchistes de l’Otan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 septembre 2017.

[5] « Ces revenants du Rojava qui inquiètent les services de renseignement », Matthieu Suc et Jacques Massey, Médiapart, 2 septembre 2019.

[6] “Secret Russian-Kurdish-Syrian military cooperation is happening in Syria’s eastern desert”, Robert Fisk, The Independent, July 24, 2017.

[7] “Trump eyeing Arab ‘boots on the ground’ to counter Iran in Syria”, Travis J. Tritten, Washington Examiner, September 29, 2018.

https://www.voltairenet.org/article207884.html

TOUT CE QUE L’ON VOUS CACHE SUR L’OPÉRATION TURQUE « SOURCE DE PAIX » (1/3)

TOUT CE QUE L’ON VOUS CACHE SUR L’OPÉRATION TURQUE « SOURCE DE PAIX » (1/3)

La généalogie de la question kurde

par Thierry Meyssan

La communauté internationale unanime multiplie les condamnations de l’offensive militaire au Rojava et assiste impuissante à la fuite de dizaines de milliers de Kurdes, poursuivis par l’armée turque. Cependant nul n’intervient, considérant qu’un massacre est peut-être la seule issue possible pour rétablir la paix, compte tenu de la situation inextricable créée par la France et des crimes contre l’humanité commis par les combattants et les civils kurdes.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 15 OCTOBRE 2019 ITALIANOPORTUGUÊSTÜRKÇEΕΛΛΗΝΙΚΆDEUTSCHROMÂNĂРУССКИЙESPAÑOL

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Des dizaines de milliers de civils kurdes fuient devant l’armée turque, abandonnant la terre qu’ils avaient conquise et dont ils espéraient faire leur patrie.

Toutes les guerres impliquent un processus de simplification : il n’y a que deux camps sur un champ de bataille et chacun doit choisir le sien. Au Moyen-Orient, où il existe une quantité invraisemblable de communautés et d’idéologies, ce processus est particulièrement terrifiant puisque qu’aucune des particularités de ces groupes ne trouve plus à s’exprimer et que chacun doit s’allier à d’autres qu’il réprouve.

Lorsqu’une guerre touche à sa fin, chacun tente d’effacer les crimes qu’il a commis, volontairement ou non, et parfois de faire disparaître des alliés encombrants qu’il souhaite oublier. Beaucoup tentent alors de reconstruire le passé pour se donner le beau rôle. C’est très exactement ce à quoi nous assistons aujourd’hui avec l’opération turque « Source de paix » à la frontière syrienne et les réactions invraisemblables qu’elle suscite.

Pour comprendre ce qui se passe, il ne suffit pas de savoir que tout le monde ment. Il faut aussi découvrir ce que chacun cache et l’accepter, même lorsque l’on constate que ceux que l’on admirait jusque-là sont en réalité des salauds.

Généalogie du Problème

Si l’on croit la communication européenne, on pourrait penser que les méchants Turcs vont exterminer les gentils Kurdes que les sages Européens tentent de sauver malgré les lâches États-Uniens. Or, aucune de ces quatre puissances ne joue le rôle qu’on lui attribue.

Il convient d’abord de resituer l’événement actuel dans le contexte de la « Guerre contre la Syrie », dont il n’est qu’une bataille, et dans celui du « Remodelage du Moyen-Orient élargi », dont le conflit syrien n’est qu’une étape. À l’occasion des attentats du 11 septembre 2001, le secrétaire US à la Défense Donald Rumsfeld et son nouveau directeur de la « Transformation de la force », l’amiral Arthur Cebrowski, adaptèrent la stratégie du Pentagone au capitalisme financier. Ils décidèrent de diviser le monde en deux zones : l’une qui serait celle de la globalisation économique et l’autre qui serait vue comme une simple réserve de matières premières. Les armées US seraient chargées de supprimer les structures étatiques dans cette seconde région du monde afin que nul ne puisse résister à cette nouvelle division du travail [1]. Elles commencèrent par le « Moyen-Orient élargi ».

Il avait été prévu de détruire la République arabe syrienne, en 2003 (Syrian Accountability Act), après l’Afghanistan et l’Iraq, mais divers aléas ont repoussé cette opération à 2011. Le plan d’attaque fut réorganisé au regard de l’expérience coloniale britannique dans cette région. Londres conseilla de ne pas détruire complètement les États, de restaurer un État minimal en Iraq et de conserver des gouvernements fantoches capables d’administrer la vie quotidienne des peuples. Calqué sur la « Grande révolte arabe » de Lawrence d’Arabie, qu’ils organisèrent en 1915, il s’agissait d’organiser un « Printemps arabe » qui place au pouvoir la Confrérie des Frères musulmans et non plus celle des Wahhabites [2]. On commença par renverser les régimes pro-Occidentaux de Tunisie et d’Égypte, puis on attaqua la Libye et la Syrie.

Dans un premier temps, la Turquie, membre de l’Otan, refusa de participer à la guerre contre la Libye qui était son premier client et contre la Syrie avec laquelle elle avait créé un marché commun. Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, eut alors l’idée de faire d’une pierre deux coups. Il proposa à son homologue turc, Ahmet Davutoğlu, de résoudre ensemble la question kurde en échange de l’entrée en guerre de la Turquie contre la Libye et contre la Syrie. Les deux hommes signèrent un Protocole secret qui prévoyait la création d’un Kurdistan non pas dans les territoires kurdes de la Turquie, mais dans les territoires araméens et arabes de Syrie [3]. La Turquie, qui entretient d’excellentes relations avec le gouvernement régional du Kurdistan iraquien, souhaitait la création d’un second Kurdistan, pensant mettre ainsi fin à l’indépendantisme kurde sur son propre sol. La France, qui avait recruté des tribus kurdes en 1911 pour réprimer les nationalistes arabes, entendait enfin créer dans la région un Kurdistan-croupion comme les Britanniques étaient parvenus à créer une colonie juive en Palestine. Français et Turcs obtinrent le soutien des Israéliens qui contrôlaient déjà le Kurdistan iraquien avec le clan Barzani, officiellement membre du Mossad.

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En marron : le Kurdistan dessiné par la Commission King-Crane, validé par le président US Woodrow Wilson et adopté, en 1920, par la conférence de Sèvres.

Les Kurdes sont un peuple nomade (c’est le sens exact du mot « kurde ») qui se déplaçait dans la vallée de l’Euphrate, en Iraq, en Syrie et en Turquie actuelles. Organisé de manière non pas tribale, mais clanique, et réputé pour son courage, il créa de nombreuses dynasties qui régnèrent dans le monde arabe (dont celle de Saladin le Magnifique) et perse, et fournit des supplétifs à diverses armées. Au début du XXème siècle, certain d’entre eux furent recrutés par les Ottomans pour massacrer les populations non-musulmanes de Turquie, particulièrement les Arméniens. À cette occasion, ils se sédentarisèrent en Anatolie, tandis que les autres restèrent nomades. À la fin de la Première Guerre mondiale, le président états-unien Woodrow Wilson, en application du paragraphe 12 de ses 14 points (buts de guerre), créa un Kurdistan sur les décombres de l’Empire ottoman. Pour en délimiter le territoire, il envoya sur place la Commission King-Crane, alors que les Kurdes poursuivaient le massacre des Arméniens. Les experts déterminèrent une zone en Anatolie et mirent en garde Wilson contre les conséquences dévastatrices d’une extension ou d’un déplacement de ce territoire. Mais l’Empire ottoman fut renversé de l’intérieur par Mustafa Kemal qui proclama la République et refusa la perte territoriale qu’imposait le projet wilsonien. En définitive, le Kurdistan ne vit pas le jour.

Durant un siècle, les Kurdes turcs tentèrent de faire sécession de la Turquie. Dans les années 80, les marxistes-léninistes du PKK ouvrirent une véritable guerre civile contre Ankara, très durement réprimée. Beaucoup se réfugièrent au Nord de la Syrie, sous la protection du président Hafez el-Assad. Lorsque leur leader Abdullah Öcallan fut arrêté par les Israéliens et remis aux Turcs, ils abandonnèrent la lutte armée. À la fin de la Guerre froide, le PKK, n’étant plus financé par l’Union soviétique, fut pénétré par la CIA et muta. Il abandonna la doctrine marxiste et devint anarchiste, il renonça à la lutte contre l’impérialisme et se mit au service de l’Otan. L’Alliance atlantique eut largement recours à ses opérations terroristes pour contenir l’impulsivité de son membre turc.

Par ailleurs, en 1991, la communauté internationale livra une guerre à l’Iraq qui venait d’envahir le Koweït. À l’issue de cette guerre, les Occidentaux encouragèrent les oppositions chiites et kurdes à se révolter contre le régime sunnite du président Saddam Hussein. Les États-Unis et le Royaume-Uni laissèrent massacrer 200 000 personnes, mais occupèrent une zone du pays qu’ils interdirent à l’armée iraquienne. Ils en chassèrent les habitants et y regroupèrent les Kurdes iraquiens. C’est cette zone qui fut réintégrée à l’Iraq après la guerre de 2003 et devint le Kurdistan iraquien autour du clan Barzani.

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La carte d’état-major du plan Rumsfeld/Cebrowski de « Remodelage du Moyen-Orient élargi ».Source : “Blood borders – How a better Middle East would look”, Colonel Ralph Peters, Armed Forces Journal, June 2006.

Au début de la guerre contre la Syrie, le président Bachar el-Assad accorda la nationalité syrienne aux réfugiés politiques kurdes et à leurs enfants. Ils se mirent immédiatement au service de Damas pour défendre le Nord du pays face aux jihadistes étrangers. Mais l’Otan réveilla le PKK turc et l’envoya mobiliser les Kurdes de Syrie et d’Iraq pour créer un très Grand Kurdistan, tel que prévu par le Pentagone depuis 2001 et acté par la carte d’état-major divulguée par le colonel Ralph Peters en 2005.

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La carte du « Remodelage du Moyen-Orient élargi » , modifiée après l’échec de la première guerre contre la Syrie.Source : “Imagining a Remapped Middle East”, Robin Wright, The New York Times Sunday Review, September 28, 2013.

Ce projet (visant à diviser la région sur des bases ethniques) ne correspondait pas du tout à celui du président Wilson en 1919 (visant à reconnaître le droit du peuple kurde), ni à celui des Français (visant à récompenser des mercenaires). Il était bien trop vaste pour eux et ils ne pouvaient pas espérer le contrôler. Il enchantait par contre les Israéliens qui y voyait un moyen de contenir la Syrie par l’arrière. Cependant, il s’avéra impossible à réaliser. L’USIP, un institut des « Cinq yeux » lié au Pentagone, proposa de le modifier. Le Grand Kurdistan serait réduit au profit d’une extension du Sunnistan iraquien [4] qui serait confiée à une organisation jihadiste : le futur Daesh.

Les Kurdes du YPG, branche syrienne du PKK, tentèrent de créer un nouvel État, le Rojava, avec l’aide des forces US. Le Pentagone les utilisa pour cantonner les jihadistes dans la zone qui leur avait été assignée. Il n’y eut jamais de combat théologique ou idéologique entre le YPG et Daesh, c’était juste une rivalité pour un territoire à partager sur les décombres de l’Iraq et de la Syrie. Et d’ailleurs lorsque l’Émirat de Daesh s’effondra, le YPG aida les jihadistes à rejoindre les forces d’Al-Qaïda à Idleb en traversant leur « Kurdistan ».

Les Kurdes iraquiens du clan Barzani participèrent quant à eux directement à la conquête de l’Iraq par Daesh. Selon le PKK, le fils du président et chef du Renseignement du gouvernement régional kurde iraquien, Masrour « Jomaa » Barzani, assista à la réunion secrète de la CIA à Amman, le 1er juin 2014, qui planifia cette opération [5]. Les Barzani ne livrèrent aucune bataille contre Daesh. Ils se contentèrent de faire respecter leur territoire et de les envoyer affronter les sunnites. Pire, ils laissèrent Daesh réduire en esclavage des Kurdes non-musulmans, les Yézidis, lors de la bataille du Sinjar. Ceux qui furent sauvés, le furent par des combattants du PKK turc et du YPG syrien dépêchés sur place.

Le 27 novembre 2017, les Barzani organisèrent —avec le seul soutien d’Israël— un référendum d’autodétermination au Kurdistan iraquien qu’ils perdirent malgré des trucages évidents. Le monde arabe découvrit avec stupéfaction, le soir du scrutin, une marée de drapeaux israéliens à Erbil. Selon le magazine Israel-Kurd, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, s’était engagé à transférer 200 000 Kurdes israéliens, en cas de victoire référendaire, afin de protéger le nouvel État.

Pour jouir du droit à l’autodétermination, un peuple doit d’abord être uni, ce qui n’a jamais été le cas des Kurdes. Il doit ensuite habiter un territoire où il soit majoritaire, ce qui n’était le cas qu’en Anatolie depuis le génocide des Arméniens, puis aussi au Nord de l’Iraq depuis le nettoyage ethnique de la zone de non-survol durant l’après-« Tempête du désert », et enfin au Nord-Est de la Syrie depuis l’expulsion des Assyriens chrétiens et des Arabes. Leur reconnaître ce droit aujourd’hui, c’est valider des crimes contre l’humanité.

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A suivre…

A suivre…

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 2. Le Kurdistan, imaginé par le colonialisme français (mercredi 16 octobre)

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 3. L’invasion turque du Rojava (jeudi 17 octobre)

[1] Cette stratégie a été évoquée la première fois par le colonel Ralph Peters dans « Stability, America’s Ennemy », Parameters 31-4 (revue de l’Armée de Terre US), Hiver 2001. Puis exposée plus clairement pour le grand public par l’assistant de l’amiral Cebrowski dans The Pentagon’s New Map, Thomas P. M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004. Enfin, le colonel Peters a publié la carte que l’état-major US avait établie dans “Blood borders – How a better Middle East would look”, Colonel Ralph Peters, Armed Forces Journal, June 2006.

[2] Un grand nombre de documents disponibles dès 2005 attestent de la préparation de cette opération par le MI6. Notamment les e-mails du Foreign Office révélés par le lanceur d’alerte Derek Pasquill. Lire : Sous nos yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump, Thierry Meyssan, Demi-Lune (2017).

[3] L’existence de ce Protocole secret a été révélée à l’époque par la presse algérienne. Des diplomates syriens me l’ont décrit en détail. Malheureusement, les archives qui en disposaient à Damas ont été précipitamment transférées lors d’une attaque jihadiste. Il n’est donc pas disponible pour le moment, mais deviendra public lorsque ces archives auront été triées.

[4] “Imagining a Remapped Middle East”, Robin Wright, The New York Times Sunday Review, September 28, 2013.

[5] « Yer : Amman, Tarih : 1, Konu : Musul », Akif Serhat, Özgür Gündem, 6 juillet 2014.


 2. Le Kurdistan, imaginé par le colonialisme français (mercredi 16 octobre)
 3. L’invasion turque du Rojava (jeudi 17 octobre)

Thierry Meyssan

https://www.voltairenet.org/article207881.html

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[3] L’existence de ce Protocole secret a été révélée à l’époque par la presse algérienne. Des diplomates syriens me l’ont décrit en détail. Malheureusement, les archives qui en disposaient à Damas ont été précipitamment transférées lors d’une attaque jihadiste. Il n’est donc pas disponible pour le moment, mais deviendra public lorsque ces archives auront été triées.

[4] “Imagining a Remapped Middle East”, Robin Wright, The New York Times Sunday Review, September 28, 2013.

[5] « Yer : Amman, Tarih : 1, Konu : Musul », Akif Serhat, Özgür Gündem, 6 juillet 2014.

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[2] Un grand nombre de documents disponibles dès 2005 attestent de la préparation de cette opération par le MI6. Notamment les e-mails du Foreign Office révélés par le lanceur d’alerte Derek Pasquill. Lire : Sous nos yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump, Thierry Meyssan, Demi-Lune (2017).

Nechirvan Barzani à la présidence du Kurdistan irakien : le renforcement de la domination du PDK

Nechirvan Barzani à la présidence du Kurdistan irakien : le renforcement de la domination du PDK

Le 28 mai 2019, suite à un vote du Parlement, Nechirvan Barzani a été élu président du Kurdistan irakien avec 68 voix sur 111. Après plus de 8 mois de tractations, il devient le 2ème président de cette entité politique autonome reconnue par la constitution irakienne depuis le 15 octobre 2005. Barzani va devoir faire face à de nombreux défis. Il devra notamment apaiser la vie politique kurde et renouer avec Bagdad, tout en faisant face aux fortes pressions internationales.



L’élection de Nechirvan Barzani : entre continuité et rupture

Le président du Kurdistan Irakien Nechirvan Barzani en 2019.
Le président du Kurdistan Irakien Nechirvan Barzani en 2019

L’élection de Nechirvan Barzani à la présidence du Kurdistan irakien est le choix d’une rupture dans la continuité. Il y a continuité car Barzani fait partie du système politique kurde depuis 1991, et est donc ancré dans le cadre du système. Cette élection assoit d’ailleurs la domination du Parti démocratique du Kurdistan, qui s’était déjà manifestée lors des élections législatives fédérales de mai 2018 puis des législatives pour le Parlement local en septembre 2018. 
Depuis de nombreuses années, la famille Barzani a une influence majeure sur le jeu politique du Kurdistan irakien. Massoud Barzani, oncle de Nechirvan et ancien président, n’est pas seulement une figure tutélaire mais dispose d’une réelle influence. Lors de ses interventions, il ne se présente pas comme le président du PDK, mais comme la référence absolue de la question kurde en Irak et dans le monde. Il est le référentiel, celui qui intervient dans les moments difficiles. Aucune décision politique majeure ne saurait être prise sans passer par le filtre de Massoud Barzani. Il reste le chef naturel du Kurdistan irakien.

Les autorités du Kurdistan sont ainsi phagocytées par le clan de Barzani et donc par le parti-clan du PDK. La nomination future par Nechirvan Barzani de son cousin Masrour comme chef du gouvernement affirme le rôle prépondérant du PDK sur la vie politique, qui ne saurait se tarir dans les années futures.

Toutefois, une rupture est perceptible dans cette continuité. En effet, Nechirvan Barzani fait partie de la branche du PDK favorable à une ouverture sur le monde, à la modernisation, la libéralisation. Il souhaite également la normalisation des relations avec Bagdad, Ankara, ou encore Téhéran. Il est ainsi un représentant de la partie modérée du PDK. C’est pour cela qu’il est possible de parler d’une rupture dans la continuité.

Le déchirement de la maison kurde entre deux grands partis-clans

Le Kurdistan irakien est sujet aux conflictualités géopolitiques, culturelles et administratives. Celles-ci se sont cristallisées à travers l’opposition entre le PDK et l’UPK. Depuis 1991, le PDK gère le nord du Kurdistan irakien tandis que l’UPK domine le sud du Kurdistan irakien, et notamment la région de Kirkouk. Au dessus de cela, le nord est sous l’emprise de la Turquie alors que le sud est sous l’influence de l’Iran. Cette division administrative, politique et sociale est source de désaccords profonds. Ainsi, l’UPK et le PDK n’ont pas réussi à trouver de consensus concernant le poste du gouverneur de Kirkouk. De même, le poste de ministre de la Justice à Bagdad est toujours vacant puisque les deux partis-clans n’ont pas trouvé d’accord pour présenter un candidat unique. Le porte-parole de l’UPK, Cheikh Omar, a d’ailleurs déclaré que « le Parti démocratique du Kurdistan ne doit pas mettre sur la touche ou marginaliser d’autres partenaires politiques et prendre des décisions unilatérales ».

De plus, suite à la disparition de son leader Jalal Talabani en octobre 2017, l’UPK est traversé par des divisions profondes. Il n’y a plus de référentiel, de personnalité charismatique pour s’imposer dans ce parti. L’UPK est ainsi divisé en quatre branches, et le PDK ne sait plus à qui s’adresser. Aujourd’hui, l’UPK est dans l’incapacité de forger une politique et une vision commune vis-à-vis d’Erbil, de Bagdad, ou même à l’échelle internationale.

Les enjeux de la relation future entre l’Irak et le Kurdistan irakien

L’élection de Nechirvan Barzani pose aussi la question de la relation future d’Erbil avec Bagdad. Suite aux représailles du pouvoir irakien après le référendum d’autodétermination du Kurdistan irakien de septembre 2017, les désaccords sont en effet importants.

Toutefois, le président irakien Barham Saleh est d’origine kurde, ce qui peut être un facilitateur du renouement Irak/Kurdistan. Malgré cela, Saleh souffre d’un problème de légitimité. En effet, le gouvernement de Barzani ne le reconnaît pas comme le représentant du peuple kurde à Bagdad. Barzani a de meilleures relations avec le Premier ministre irakien Adel Abdel-Mehdi, qui est perçu comme un pro-kurde.

Le contact est néanmoins facilité, mais les dossiers de désaccords sont présents. Il est notamment question des ressources naturelles, du statut des Peshmergas et des territoires disputés entre Erbil et Bagdad. La légitimation du gouvernement de Nechirvan Barzani passera par le règlement de ces questions, qui risquent d’animer le débat politique dans les années futures.

Sources :

– « Netchirvan Barzani élu président du Kurdistan irakien, son clan maintient sa domination sur la région », Le Monde, 2019 (https://www.lemonde.fr/international/article/2019/05/28/netchirvan-barzani-elu-president-du-kurdistan-irakien_5468564_3210.html)

– « Irak – Kurdistan : quelle distance entre Bagdad et Erbil ? », France Culture, 2019 (https://www.franceculture.fr/emissions/les-enjeux-internationaux/les-enjeux-internationaux-emission-du-mercredi-29-mai-2019)

About Xavier BERNAUD

Je suis diplômé d’une double-licence Droit/Science politique à l’Université Jean Moulin Lyon III, et d’un master 1 International Relations and Security Studies à York University à Toronto. J’étudie aujourd’hui à l’IRIS SUP’ à Paris.

KURDISTAN IRAKIEN : LE QUAI D’ORSAY CONFIE UNE MISSION A L’AFFAIRISTE BERNARD KOUCHNER…

KURDISTAN IRAKIEN : LE QUAI D’ORSAY CONFIE UNE MISSION A L’AFFAIRISTE BERNARD KOUCHNER…

Les Etats-Unis ont réussi à déclencher une guerre asymétrique dans le golfe persique. Comme si la région en avait besoin ! Mais c’est bon pour eux, pour les cours du pétrole et les actions en bourse du complexe militaro-industriel : America first ! Les bruits de bottes et de torpilles atténuent le fiasco annoncé du fameux « deal du siècle », un « plan de paix globale » entre Israël, la Palestine et le monde arabe. Préparé par le propre gendre de Donald Trump, cette imposture, qui doit être dévoilée à Bahreïn le 24 juin prochain, vient d’être qualifiée de « morte née » par le ministre américain des Affaires étrangères Mike Pompeo lui-même… C’est dire ! Mais, pour ne pas être totalement ridicule, le même vient d’effectuer une tournée dans les pays arabes afin de s’assurer (chèques à l’appui) que les chaises ne seront pas complètement vides. Les « amicales » pressions ont surtout visé le Maroc et l’Egypte, les deux pays sunnites clefs du dispositif moyen-oriental de Washington. Par conséquent, la dernière petite guerre persique arrive à point nommé pour mettre toutes les difficultés de la région sur le dos de l’Iran. Voulant laisser se dissiper les fumées propagandistes, prochetmoyen-orient.ch reviendra sur ces différents événements, la semaine prochaine.La rédaction

 

Tripoli (Liban), Ehden, 13 juin 2019.

Se rendre par avion à Erbil – la capitale du Kurdistan irakien, à 70 kilomètres de Mossoul – est plus facile que d’aller à Nice, Dublin ou Genève. Pas besoin de visas, ni d’aucune formalité avec la capitale irakienne Bagdad. Un contrôle d’identité à l’aéroport est effectué par des vigiles dont les uniformes n’arborent aucun insigne, ni marque d’appartenance à une quelconque unité. Etrange pour cette région – pourtant politiquement et économiquement stratégique – qui continue d’appartenir officiellement à la République d’Irak.

C’est d’autant plus curieux… ou plutôt non c’est parfaitement logique, parce qu’à l’image du Kosovo, le Kurdistan irakien est devenu une petite dictature mafieuse dirigée par un clan – les Barzani -, et protégée par un Etat de la région : Israël.

TINTIN ET LE SCEPTRE DE BARZANI

Cette entité – hors-sol régalien – est, désormais dirigée par deux cousins : Netchirvan et Mansour Barzani. Les nouveaux président et Premier ministre du Kurdistan sont respectivement le neveu et le fils du chef historique Massoud Barzani. « Malgré le passage de relais entre générations, le spectre de celui qui fut président du Kurdistan depuis la création du poste en 2005 jusqu’à l’échec du référendum sur l’indépendance en 2017, continuera de planer sur la politique kurde », explique un diplomate européen en poste à Erbil. Lundi dernier, Netchirvan Premier ministre sortant (52 ans) a prêté serment comme nouveau président du Kurdistan. Il est le gendre de Massoud Barzani. Le lendemain, Masrour Barzani, patron des services kurdes de renseignement (50 ans) et cousin du nouveau président, a été nommé au poste de Premier ministre. A part les Etats-Unis de Donald Trump, aucune dictature jusqu’à aujourd’hui n’avait réussi un tel tour de force !

Le grand-père des deux nouveaux dirigeants Moustafa Barzani a fondé le premier parti politique du Kurdistan – le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) – grand vainqueur des élections législatives de 2018 avec 45 sièges sur 111. « De fait, le centre de gravité de la vie politique kurde s’est déplacé des institutions officielles vers les cercles officieux et familiaux », expliquent un attaché militaire européen en poste à Bagdad, « la famille Barzani s’étant imposée comme une institution alternative dont Massoud reste le vrai patron, sinon le ‘Parrain’ ». Symboliquement, lundi – aussitôt la prestation formelle de Netchirvan Barzani -, c’est son oncle Massoud qui a été le premier à monter à la tribune pour prononcer un long discours avant le nouveau président et toute autre autorité irakienne.

« Malgré leurs ambitions contradictoires allant grandissantes – au final, qui sera calife à la place du calife ? -, Netchirvan et Masrour Barzani devront restés unis face aux défis extérieurs, c’est-à-dire face à la capitale nationale Bagdad, mais aussi face aux intérêts iraniens, syriens, turcs et israéliens qui ne coulent pas dans le même fleuve tranquille… Faire front commun pour ne pas casser la poule aux œufs d’or d’une région qui regorge de pétrole… ». Toutefois, l’empire de la famille de Don Barzani n’est plus la chasse gardée du seul PDK.

Son grand rival, l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) du défunt président irakien Jalal Talabani, veille au grain tout en fonctionnant de manière toute aussi mafieuse. C’est d’ailleurs le fils de Jalal, Qubad Talabani, qui était le vice-Premier ministre de Netchirvan Barzani. Selon les connaisseurs, il pourrait conserver ce poste pour des raisons évidentes de prébendes liées à la répartition de la rente pétrolière.

BAGDAD, CRABE AUX PINCES D’OR RAMOLLIES

Dans ces circonstances que seuls les tintinologues avertis peuvent aisément déchiffrées, il apparaît que les derniers développements du Kurdistan d’Irak affaiblissent dangereusement Bagdad, dans un contexte particulièrement volatile où justement la république irakienne pourrait jouer un rôle de médiation de premier plan entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran. Selon plusieurs sources de prochetmoyen-orient.ch, le Premier ministre irakien Adel Abdel-Mehdi a formé un « Comité de médiation » dirigé par le ministre des Affaires étrangères Mohammed Ali al-Hakim. L’équipe comprend notamment le chef des services de renseignement, Mustafa al-Kadhimi, et le directeur du Conseil de sécurité nationale, Faleh al-Fayadh.

Pour jouer un rôle de médiateur entre les États-Unis et l’Iran, l’Irak doit maîtriser les leviers de pression afin d’imposer sa place à la table des négociations. Les États-Unis et l’Iran considèrent tous deux l’Irak comme une priorité absolue. La stabilité d’un Irak reconstruit (avec eau et électricité) peut-elle fonctionner comme une monnaie d’échange potentielle ? Jusqu’à récemment, Téhéran et Washington ont pu collaborer épisodiquement pour combattre le terrorisme, mais moult tensions – à commencer par la pseudo-indépendance du Kurdistan d’Irak- menacent cette recherche d’équilibre. « L’Irak est comme un crabe aux pinces d’or ramollies », ajoute l’une de nos sources, « ramollies par un Kurdistan d’Irak de plus en plus autonome vis-à-vis de Bagdad et de plus en plus dépendant d’Israël ».

Ni Téhéran ni Washington ne sont omnipotents ou omniscients en Irak. Les deux pays ont commis des erreurs et continuent d’en faire : l’instrumentalisation du terrorisme par les Occidentaux en Irak et en Syrie pour abattre Bachar al-Assad, la consolidation par Téhéran d’une suprématie chi’ite aux détriments des tribus sunnites irakiennes, la mise sous tutelle du Kurdistan d’Irak par les services et les investissements israéliens, etc. Des deux côtés, chacun des partenaires ont intérêt à un Irak reconstruit, jouissant d’une stabilité durable, pivot d’équilibre entre les mondes sunnites et chi’ites.

Dans ce contexte, dernièrement aggravé par le déclenchement d’une « guerre asymétrique » dans le golfe persique, guerre dont Washington porte la plus grande responsabilité, l’Irak doit s’efforcer de travailler avec l’ensemble des acteurs régionaux et internationaux qui ne veulent pas voir le conflit américano-iranien tourner à la catastrophe d’une nouvelle guerre ouverte dans cette région ô combien stratégique, et pas seulement en raison de ses enjeux énergétiques, mais aussi comme l’une des principales voies maritimes du monde ! De nombreuses capitales européennes – Londres, Berlin, Paris – s’efforcent de trouver des moyens pour empêcher l’emballement de l’inexorable machinerie de guerre enclenchée par les « Faucons » de Washington, bien conscientes qu’il n’est dans l’intérêt de personne de voir la crise d’intensifier. C’est dans cet état d’esprit que Paris a lancé plusieurs initiatives dont l’une vient de tourner court…

L’AFFAIRE KOUCHNER-TOURNESOL

Malheureusement, on reste ici dans le domaine improbable de la tintinologie illustrée, puisque le Quai d’Orsay a – dans la plus grande discrétion – confié une mission de « bons offices » à l’affairiste Bernard Kouchner (BK). Affairiste ? Oui, le qualificatif n’est pas trop fort depuis que les tribulations financières répétées de l’ancien French Doctor – de la Birmanie à différentes républiques bananières d’Afrique – ont fait oublier que BK a prétendu être ministre des Affaires étrangères de la France. Certains de ses plus proches collaborateurs d’alors n’hésitaient à parler du « patron » comme d’un « ministre parfaitement ‘étranger’ aux intérêts de la France », qualifiant l’attelage Kouchner/Ockrent de « Thénardier », rappelant ainsi les méfaits du couple d’usuriers qui retenait en esclavage domestique cette pauvre Cosette des Misérables. Et en la matière, le couple en connaît un rayon, définitivement répertorié par l’un des livres les plus remarquables de Pierre Péan1.

Discrétion du Quai, parce que les communicants de l’Elysée savent trop que l’image ce bon Bernard est désormais déplorable auprès d’une majorité de Français ; l’ancien « médecin sans frontière » ayant rejoint l’étagère des Tapie, Balkany Cahuzac et autres héros frelatés de la République. Discrétion aussi, parce que – pour une fois – le Quai a eu l’intelligence d’observer les contraintes d’une diplomatie secrète, souvent la plus efficace mais devenue tellement rare à l’heure des télés-robinets ouverts en permanence… Malheureusement, l’erreur de casting ne pouvait que tourner au désastre, d’autant que l’impétrant n’est pas vraiment connu pour sa discrétion.

Mais c’est surtout l’objet principal de cette mystérieuse « mission Kouchner » qui pose le plus de questions. Globalement, prochetmoyen-orient.ch a pu obtenir la confirmation qu’il s’agissait d’essayer de mettre de l’huile dans les rouages entre Erbil et Bagdad, tant sur l’usage des ressources pétrolières que sur le statut de pseudo-indépendance du Kurdistan d’Irak, finissant par mettre en péril la crédibilité même du premier ministre irakien Adil Abd al-Mahdi2 qui pourrait s’imposer comme l’une des figures régionales.

En octobre 2017 déjà, Bernard Kouchner s’était invité avec Bernard-Henri Lévy (lui aussi grand diplomate méconnu) à Erbil pour faire l’apologie de l’indépendance du Kurdistan d’Irak. Sur la photo, ils encadraient Massoud Barzani tout sourire3 A l’époque, le Times of Israël écrivait : « « Bernard Kouchner, ancien membre du PS et ancien ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, a apporté dimanche son soutien au référendum d’indépendance du Kurdistan irakien, prévu le 25 septembre et auquel s’opposent les États-Unis. » Si Kouchner n’a pas été ministre des Affaires étrangères même s’il en avait le titre, la feuille israélienne reprend ses propos avec délectation : « Tout le monde profite des Kurdes, mais on ne veut pas qu’ils soient indépendants. Quand même, c’est d’un cynisme invraisemblable », s’est insurgé l’ancien French doctor au micro de l’émission « Internationales » (TV5 Monde/RFI/Le Monde). « C’est le plus grand peuple sans État », a souligné Bernard Kouchner, se revendiquant comme « le plus vieux soutien des Kurdes ». Le plus vieux ? a voir…

A l’époque, cette démarche kouchnéro-bhélienne avait été chaudement encouragée et officieusement adoubée par une vieille copine de Bernard – Tzipi Livni – ancienne du Mossad ayant occupé différents postes ministériels sous Sharon et Olmert4. La présence du Mossad dans quatre des six gouvernorats du Kurdistan (As-Sulaymaniya, Erbil, Duhouk et Halabja) est une vieille histoire qui remonte aux années 1970, lorsque Saddam Hussein signait avec les deux partis autonomistes, le PDK et l’UPK, un accord relatif à un statut d’autonomie du Kurdistan irakien. La révolution islamique d’Iran de 1979 devait renforcer la présence des barbouzes israéliennes, de même que l’invasion anglo-américaine du printemps 2003. Plusieurs services européens de renseignement suspectent alors le Mossad d’avoir favorisé l’installation d’Abou Moussab al-Zarqaoui au Kurdistan d’Irak. Responsable d’Al-Qaïda en Irak, puis précurseur de l’organisation État islamique (Dae’ch), il aurait bénéficié de la logistique du service israélien, afin de déstabiliser l’Irak en ciblant prioritairement des chiites… tout en attisant des groupes armés dans le Kurdistan d’Iran.

Pour Israël, un Kurdistan irakien indépendant lui étant acquis, pourrait permettre de contrer l’influence du « croissant chi’ite » – allant de Téhéran à Beyrouth, en passant par l’Irak et la Syrie – tant redouté. Concernant l’enjeu énergétique, il faut rappeler que près de 40 % des réserves de brut d’Irak se trouvent dans la province de Kirkouk, zone grise entre Bagdad et Erbil. D’après un article du Financial Times britannique de 2015, il est rappelé qu’Israël importe plus de 75 % de son pétrole du Kurdistan irakien. Les investissements israéliens sont donc considérables au Kurdistan, non seulement dans le domaine militaire, mais également dans ceux de la communication, de la construction et de l’énergie.

Toujours est-il que la mission Kouchner a vite tourné à l’affaire Tournesol, notamment en raison du tempérament sanguin de l’ancien médecin qui a toujours eu le plus grand mal à contrôler ses nerfs. Ayant séjourné, avec dame Ockrent au « Classy-Hotel-Erbil » (dans le quartier chrétien historique de Ankawa, dans la banlieue d’Erbil) du 6 au 9 mai derniers, il a multiplié les esclandres publics sous prétexte que sa chambre n’était pas suffisamment kouchnérienne pour le couple Thénardier… Chaque fois, dame Christine a réussi à le retenir par la manche, évitant au couple que l’affaire ne prenne plus d’importance. Pour une mission secrète, c’était réussie ! Saurons-nous un jour combien d’euros aura coûté au contribuable français cette pantalonnade ?

Gêne palpable aussi chez les accompagnateurs – plusieurs experts de la Direction ANMO (Afrique du Nord/Moyen-Orient) du Quai, qui – eux-aussi – se déclaraient très insatisfaits de leur séjour, mais pour des raisons professionnelles. Du côté de l’ambassade de France à Bagdad (qui fait un excellent travail), on enregistre le même embarras face à cette « mission » qui « n’aura en rien contribué à éclaircir l’approche française de l’Irak et la stratégie régionale du Quai que personne ne comprend », dixit un diplomate européen en poste à Bagdad ! Autre exception française : le consul général de France à Erbil, qui fait tout son possible pour entretenir les meilleures relations possibles avec le PDK – va souvent jusqu’à contredire les efforts construits de l’ambassade de France à Bagdad…

Toujours est-il qu’en dépit de la dernière « mission Kouchner » et de l’introuvable stratégie française pour la région, l’une des questions centrales continue toujours de s’agréger autour de la présence militaire américaine en Irak et dans le nord du pays : environ 30 000 (forces spéciales, contractors et autre conseillers), selon les connaisseurs. Et cette présence pèserait d’un poids certain dans le bras de fer engagé actuellement contre l’Iran dans le golfe persique.

POST SCRIPTUM : ENCORE BRAVO A ERIC CHEVALLIER !

Quelques jours suivants les éclats Erbilo-hôteliers de Bernard, un autre Kouchnérien historique a commis une grosse bourde. En effet, le directeur du Centre de crise et de soutien (CDCS) du Quai d’Orsay – Eric Chevallier – ancien ambassadeur de France – en ligne droite – de Syrie au Qatar (cela ne s’invente pas !) est allé récupérer une quinzaine de gosses de jihadistes français en Syrie, dans une zone aux mains des Kurdes. Tout content, il pose sur la photo, entouré d’une solide délégation du PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan). A l’évidence, l’ancien médecin Chevallier – comme son mentor Bernard Kouchner qui en a fait un ministre plénipotentiaire en carton – ne sait visiblement pas que le PKK est inscrit sur la liste européenne des organisations terroristes ! Immédiatement, la photo fait le tour des réseaux numériques en passant – bien-sûr – par Ankara.

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Sans surprise : quelques jours plus tard, Eric Chevallier qui devait faire halte en Turquie, s’est fait traiter de tous les noms d’oiseaux par la presse d’Erdogan. Et l’ambassadeur de France à Ankara s’est proprement fait engueuler par le ministère turc des Affaires étrangères. L’ambassadeur français « thématique », en charge de la Syrie (dont on a oublié le nom parce qu’il a disparu de la circulation, quasiment dès le lendemain de sa nomination) n’en n’a pas pour autant réapparu… Que la diplomatie est un métier difficile. Et il ne suffit pas d’avoir été un copain des French Doctors pour en manifester spontanément toutes les aptitudes…

Richard Labévière

1 Pierre Péan : Le Monde selon K – Une biographie critique de Bernard Kouchner. Editions Fayard, mars 2009.
2 Adil Abd al-Mahdi est né en 1942 à Bagdad. Il est  Premier ministre de l’Irak depuis le 25 octobre 2018. Jusqu’en 2017, il a été membre du puissant parti chiite du Conseil islamique irakien suprême (SIIC). Longtemps basé dans l’Iran voisin, cette formation s’est opposée à une administration américaine de l’Irak tout en maintenant des liens suivis avec des groupes soutenus par Washington qui se sont opposés à Saddam Hussein, notamment des Kurdes et le Congrès national irakien. Il a été l’un des vice-présidents de la République, avec Tareq al-Hachemi, de la mise en place de l’État irakien qui a suivi les élections de janvier 2005 jusqu’en 2011. Il a été aussi ministre du Pétrole de septembre 2014 à mars 2016. Francophile, il entretient les meilleures relations avec Paris.
3 Richard Labévière : « Kouchner, Israël et l’indépendance des Kurdes ». Afrique-Asie, 11 octobre 2017.
4 Tzipi Livni a commencé à travailler pour le Mossad dès le début des années 1980 : « J’ai servi pendant quatre ans au sein du Mossad. J’ai également suivi des stages de formation et j’ai été en fonction à l’étranger », a-t-elle déclaré à la radio militaire israélienne. Elle occupa officiellement le poste de conseillère juridique de 1980 à 1984, mais a été, selon le Sunday Times, un agent clé en Europe pour au moins quatre ans, période durant laquelle elle a appartenu au Kidon (« baïonnette » en hébreu : le service action du Mossad). Francophone, elle a été basée à Paris et dirigé ce que l’on appelle une safe house, maison sécurisée servant de base arrière ou de lieu de repli pour ses collègues du Mossad.

KURDISTAN IRAKIEN : LE QUAI D’ORSAY CONFIE UNE MISSION A L’AFFAIRISTE BERNARD KOUCHNER…

Syricanements

 

 

 

Syricanements

Publié le 26 Décembre 2018 par Observatus geopoliticus in Moyen-Orient

La froide période de Noël a ceci de paradoxal qu’elle réchauffe souvent l’atmosphère géopolitique. On se rappelle que c’est un 25 décembre (1979) que Moscou décida l’envoi en Afghanistan des troupes soviétiques, début d’une guerre dont on vit encore chaque jour les conséquences. Sans aller jusque là, notre bonne année 2018 ne départ pas…

C’est à nouveau en Syrie que l’eau arrive à ébullition. Le retrait américain annoncé envoie des ondes nerveuses dans les chancelleries. A Tel Aviv, Bibi la Terreur n’en peut plus et a donc ordonné le bombardement d’un entrepôt à Damas depuis le ciel libanais. Selon la Défense russe, généralement bien informée et peu encline aux communiqués ubuesques, 14 des 16 missiles israéliens ont été interceptés par les Syriens.

Surtout, les jets à kippa ont une nouvelle fois utilisé une tactique peu glorieuse, se cachant derrière deux avions de ligne civils pour éjaculer péniblement leurs missiles. La défense anti-aérienne syrienne a certes détruit la majorité des projectiles mais n’a évidemment rien fait contre les avions, afin d’éviter une tragédie. A Moscou, on n’est guère amusé et l’on parle d’« actes provocateurs » et de « grossière violation de la souveraineté ».

Quand on sait que l’ours ne parle jamais pour ne rien dire, on peut se demander quel est le petit jeu suicidaire des Israéliens. Ne comprennent-ils pas que c’est Moscou qui aura les clés du camion syrien, donc de la présence ou non des Iraniens. Une chose est sûre : Israël est assez désespéré de la tournure que prend les choses. Sa folle provocation (il peut y en avoir d’autres) est le signe de sa faiblesse, non de sa force.

Au nord, c’est toujours les corons. Nos prédictions semblent se réaliser : on ne va pas vers une improbable alliance Damas-Ankara mais plutôt un mariage de raison kurdo-syrien contre les Turcs. Une délégation kurde a pris le chemin de Moscou, dernier râtelier auquel se raccrocher avant une invsion turque. Les Kurdes accepteraient (conditionnel, quand tu nous tiens) la présence des troupes gouvernementales syriennes mais pas des milices chiites pro-iraniennes. De fait, les loyalistes se dirigent en masse vers Manbij et Arima leur a déjà été remise par les Kurdes. La présence de soldats russes devraient calmer les ardeurs ottomanes.

Après ses déclarations tonitruantes, et malgré l’envoi d’une kyrielle de blindés vers le front, le sultan semble s’être un peu calmé. Il accepterait (toujours ce maudit conditionnel) d’attendre plusieurs mois avant de lancer l’offensive contre les Kurdes et ne serait pas contre la prise de possession du Rojava par l’armée syrienne si les YPG sont désarmées, auquel cas l’offensive serait reportée sine die. Poutine et Erdogan devraient d’ailleurs bientôt se rencontrer pour en discuter.

Ankara semble tenir à sa triple entente avec Moscou et Téhéran pour régler le conflit syrien et on peut imaginer à terme un Kurdistan syrien autonome mais occupé par l’armée syrienne dans laquelle seraient intégrées les YPG. Sous contrôle de Damas, donc, mais aussi de Moscou. Acceptable pour les Turcs, acceptable pour les Kurdes, acceptable pour Assad et le Kremlin.

Tout irait donc pour le mieux si le Donald ne faisait encore des siennes. En visite surprise en Irak, il vient d’assurer que les troupes US ne s’en retireraient point et que des incursions en Syrie seraient toujours possibles à partir des bases américaines qui y sont présentes. Le voyage de la houppette blonde vise, dans le contexte du retrait et, plus généralement, de la perte de puissance de l’empire au Moyen-Orient, à s’assurer au moins partiellement de l’Irak face à l’Iran.

Reste à voir si les dirigeants irakiens, qui n’ont même pas été invités à la petite sauterie, seront d’accord et s’ils possèdent une marge de manœuvre suffisante pour refuser ce qui ressemble furieusement à un diktat de Washington. Ca ne plaît en tout cas pas à tout le monde puisque des explosions et des sirènes ont été entendues à l’ambassade états-unienne de Bagdad. D’ici à ce qu’une milice pro-iranienne soit accusée, il n’y a qu’un pas qui devrait être vite franchi…

Les États-Unis refusent de se battre pour des financiers transnationaux

Les États-Unis refusent de se battre pour des financiers transnationaux

Le retrait US de Syrie et d’Afghanistan ainsi que la démission du général Mattis attestent du basculement en cours de l’ordre du monde. Les États-Unis ne sont plus les premiers, ni au plan économique, ni au plan militaire. Ils refusent de continuer à se battre pour les seuls intérêts de financiers transnationaux. Les alliances qu’ils conduisaient vont commencer à se déliter sans pour autant que leurs anciens alliés admettent la montée en puissance de la Russie et de la Chine.

| Damas (Syrie)

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Donald Trump refuse que ses concitoyens continuent à payer pour réaliser le rêve impérial des financiers globaux.

L’annonce du retrait partiel des forces états-uniennes d’Afghanistan et total de Syrie a sonné comme un coup de tonnerre, le 19 décembre 2018. Il a été suivi le lendemain par la démission du secrétaire à la Défense, James Mattis. Contrairement aux affirmation des opposants au président Trump, les deux hommes s’estiment et leur divergence ne porte pas sur ces retraits, mais sur la manière d’en gérer les conséquences. Les États-Unis sont face à un choix qui va marquer une rupture et faire basculer le monde.

Avant toutes choses, pour ne pas se livrer à un contre-sens, il convient de rappeler les conditions et l’objectif de la collaboration de Trump et Mattis.

Lors de son accession à la Maison-Blanche, Donald Trump avait veillé à s’entourer de trois hauts militaires ayant suffisamment d’autorité pour réorienter les Forces armées. Michael Flynn, John Kelly et surtout James Mattis sont partis ou sont sur le départ. Tous les trois sont de grands soldats qui se sont ensemble heurtés à leur hiérarchie sous l’ère Obama [1]. Ils n’acceptaient pas la stratégie mise en place par l’ambassadeur John Negroponte de création de groupes terroristes chargés de fomenter une guerre civile en Iraq [2]. Tous les trois se sont engagés avec le président Trump pour retirer le soutien de Washington aux jihadistes. Cependant chacun d’entre eux avait sa propre vision du rôle des États-Unis dans le monde et a fini par se heurter au président.

La tempête que les élections de mi-mandat avait repoussée est arrivée [3]. Le moment est venu de repenser les Relations internationales.

La Syrie

Lorsqu’en avril, conformément à ses engagements, Donald Trump avait évoqué le retrait US de Syrie, le Pentagone l’avait convaincu de rester. Non que quelques milliers d’homme puissent inverser le cours de la guerre, mais parce que leur présence était un contrepoids à l’influence russe et un appui à Israël.

Cependant le transfert à l’Armée arabe syrienne d’armes de défense russes, notamment des missiles S-300 et des radars ultra-sophistiqués coordonnés par un système de gestion automatisée Polyana D4M1, a bouleversé l’équilibre des forces [4]. Désormais, depuis trois mois jour pour jour, l’espace aérien syrien est inviolable. Dès lors, la présence militaire US devient contre-productive : toute attaque au sol des mercenaires pro-US ne pourra plus être appuyée par l’aviation états-unienne sans risque de perdre des aéronefs.

En se retirant maintenant, le Pentagone évite l’épreuve de force et l’humiliation d’une inévitable défaite. En effet, la Russie a refusé successivement aux États-Unis et à Israël, de donner les codes de sécurité des missiles fournis à la Syrie. C’est-à-dire que Moscou, après des années d’arrogance occidentale, a décliné le partage du contrôle de la Syrie qu’il avait accepté lors de la première conférence de Genève, en 2012, et que Washington avait violé quelques semaines plus tard.

En outre, Moscou a reconnu, il y a longtemps déjà, que la présence US est illégale au regard du Droit international et que la Syrie peut légitimement se défendre.

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Le général Aharon Haliva est venu à la tête d’une délégation israélienne, le 17 décembre 2018, à Moscou. Il a informé ses homologues russes des opérations en cours de Tsahal et leur a demandé les codes des missiles syriens. En vain.

Ses conséquences

La décision de retrait de Syrie est lourde de conséquences.

1— Le pseudo-Kurdistan

Le projet occidental de création d’un État colonial au Nord-Est de la Syrie qui serait attribué aux Kurdes ne verra pas le jour. Au demeurant de moins en moins de Kurdes le soutenaient, considérant que cette conquête serait comparable à la proclamation unilatérale d’un État, Israël, par les milices juives, en 1948.

Ainsi que nous l’avons souvent expliqué, le Kurdistan n’est légitime que dans les frontières qui lui furent reconnues en 1920 par la Conférence de Sèvres, c’est-à-dire dans l’actuelle Turquie et pas ailleurs [5]. Les États-Unis et la France envisageaient, il y a quelques semaines encore, de créer un pseudo-Kurdistan en terre arabe et de le faire administrer sous mandant de l’Onu par l’ancien ministre des Affaires étrangères français, Bernard Kouchner [6].

2— La stratégie Cebrowski

Le projet poursuivi par le Pentagone, depuis dix-sept ans, au « Moyen-Orient élargi » ne verra pas le jour. Conçu par l’amiral Arthur Cebrowski, il visait à détruire toutes les structures étatiques de cette région, à l’exception de celles d’Israël, de la Jordanie et du Liban [7]. Ce plan, qui a débuté de l’Afghanistan à la Libye et fonctionne encore, prend fin sur le sol syrien.

Il n’est plus question que les armées US se battent, aux frais du contribuable, pour les seuls intérêts des financiers globaux, fussent-ils états-uniens.

3— La suprématie militaire états-unienne

L’ordre du monde post-soviétique fondé sur la supériorité militaire états-unienne est mort. Que cela soit difficile à admettre ne change rien au fait. La Fédération de Russie est désormais plus puissante aussi bien en termes conventionnels (depuis 2015) que nucléaires (depuis 2018 [8]). Le fait que les armées russes soient un tiers moins nombreuses que celles des États-unis et ne disposent que de rares troupes à l’étranger écarte l’hypothèse d’un impérialisme de Moscou.

Vainqueurs et vaincus

La guerre contre la Syrie va se terminer dans les mois à venir faute de mercenaires. La livraison d’armes par certains États coordonnés par le fonds KKR peut faire durer le crime, mais n’offre pas d’espoir de changer le cours des événements.

Sans aucun doute, les vainqueurs de cette guerre sont la Syrie, la Russie et l’Iran, tandis que les vaincus sont les 114 États qui ont adhéré aux « Amis de la Syrie ». Certains n’ont pas attendu la défaite pour corriger leur politique étrangère. Ainsi, les Émirats arabes unis viennent d’annoncer la prochaine réouverture de leur ambassade à Damas.

Le cas des États-Unis est toutefois plus complexe. Les administrations Bush Jr. et Obama portent l’entière responsabilité de cette guerre. Ce sont elles qui l’ont planifiée et réalisée dans le cadre d’un monde unipolaire. Au contraire le candidat Donald Trump a accusé ces administrations de ne pas défendre les citoyens états-uniens, mais de servir la finance transnationale. Devenu président, M. Trump n’a eu de cesse de couper le soutien de son pays aux jihadistes et de retirer ses hommes du Moyen-Orient élargi. Il doit donc également être considéré comme un des vainqueurs de cette guerre et pourra logiquement défausser l’obligation de son pays de payer des dommages de guerre sur les sociétés transnationales impliquées [9]. Pour lui, il appartient désormais de réorienter les forces armées vers la défense du territoire, de mettre fin à l’ensemble du système impérial et de développer l’économie US.

L’Afghanistan

Depuis plusieurs mois, les États-Unis négocient discrètement avec les Talibans les conditions de leur retrait d’Afghanistan. Un premier round de contact autour de l’ambassadeur Zalmay Khalilzad s’est tenu au Qatar. Un second round vient de débuter aux Émirats arabes unis. Outre les deux délégations US et talibane, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Pakistan y participent. Une délégation du gouvernement afghan est arrivée sur place dans l’espoir de s’y joindre.

Cela fait dix-sept ans que les États-Unis et le Royaume-Uni ont envahi l’Afghanistan, officiellement en rétorsion pour les attentats du 11-Septembre. Cependant cette guerre fait suite aux négociations de 2001 à Berlin et à Genève. Elle ne vise pas à stabiliser ce pays pour l’exploiter économiquement, mais à y détruire toute forme d’État pour en contrôler l’exploitation. Ce qui est fait puisque chaque jour la situation y est pire que le précédent.

Rappelons que les malheurs de l’Afghanistan ont débuté lors de la présidence Carter. Le conseiller de Sécurité nationale, Zbigniew Brzeziński, fit appel aux Frères musulmans et à Israël pour lancer une campagne de terrorisme contre le gouvernement communiste [10]. Affolé, celui-ci fit appel aux Soviétiques pour maintenir l’ordre. Il s’en suivit une guerre de quatorze ans suivie d’une guerre civile, puis de l’invasion anglo-US.

Après quarante ans de destructions interrompues, le président Trump pose que la présence militaire US n’est pas la solution pour l’Afghanistan, c’est le problème.

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Le général James Mattis s’est engagé à dissocier les Forces armées US des jihadistes, pas à disloquer l’alliance autour des États-Unis.

La place des États-Unis aujourd’hui dans le monde

En retirant la moitié des troupes US légalement stationnées en Afghanistan et la totalité de celles occupant illégalement la Syrie, le président Trump réalise un de ses engagement électoraux. Il lui faudra encore retirer les 7 000 hommes restant sur place.

C’est dans ce contexte que le général Mattis a posé une question de fond dans sa lettre de démission [11]. Il écrit :
« Une de mes convictions fondamentales a toujours été que notre force en tant que nation est inextricablement liée à la force de notre système unique et complet d’alliances et de partenariats. Bien que les États-Unis demeurent la nation indispensable dans le monde libre, nous ne pouvons pas protéger nos intérêts ni jouer efficacement ce rôle sans maintenir de solides alliances et faire preuve de respect envers ces alliés. Comme vous, je dis depuis le début que les forces armées des États-Unis ne devraient pas être le gendarme du monde. Au lieu de cela, nous devons utiliser tous les outils du pouvoir américain pour assurer la défense commune, notamment en assurant un leadership efficace à nos alliances. 29 démocraties ont démontré cette force dans leur engagement à se battre à nos côtés après l’attaque du 11-Septembre contre l’Amérique. La coalition contre Daesh de 74 nations en est une autre preuve » [12].

En d’autres termes, James Mattis ne conteste pas le bien-fondé du retrait des troupes US d’Afghanistan et de Syrie, mais ce qui va probablement suivre : la dislocation des alliances autour des États-Unis, et en définitive le possible démantèlement de l’Otan. Pour le secrétaire à la Défense, les États-Unis doivent rassurer leurs alliés en leur donnant l’impression qu’ils savent ce qu’ils font et sont les plus forts. Peu importe que cela soit vrai ou pas, il s’agit de maintenir coûte que coûte la cohésion entre les alliés. Tandis que pour le président, il y a péril en la demeure. Les États-Unis ont déjà perdu leur première place économique au profit de la Chine et désormais leur première place militaire derrière la Russie. Il faut cesser d’être le borgne guidant les aveugles et s’occuper d’abord des siens.

Dans cette affaire, tous deux ont raison. James Mattis agit en militaire. Il sait qu’une nation sans alliés est perdue d’avance. Tandis que Donald Trump pense en chef d’entreprise. Il doit épurer les filiales déficitaires qui menacent de couler son entreprise.

[1] Cobra II : The Inside Story of the Invasion and Occupation of Iraq, Michael Gordon & Bernard Trainor, Atlantic Book, 2006.

[2] ISIS is US : The Shocking Truth Behind the Army of Terror, George Washington’s Blog, Wayne Madsen, Webster Griffin Tarpley, Syrian Girl Partisan, Progressive Press, 2016.

[3] « Relations internationales : le calme avant quelle tempête ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 9 octobre 2018.

[4] « Pourquoi les États-Unis déguerpissent soudain de Syrie ? », par Valentin Vasilescu, Traduction Avic, Réseau Voltaire, 20 décembre 2018.

[5] « Les projets de Kurdistan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 septembre 2016.

[6] « Bernard Kouchner entre illégalement en Syrie », Réseau Voltaire, 10 décembre 2018.

[7] The Pentagon’s New Map, Thomas P. M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004. « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 22 août 2017.

[8] “Vladimir Putin Address to the Russian Federal Assembly”, by Vladimir Putin, Voltaire Network, 1 March 2018. « Le nouvel arsenal nucléaire russe rétablit la bipolarité du monde », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 mars 2018. « Les moyens russes de Défense hypersonique », par Valentin Vasilescu, Traduction Avic, Réseau Voltaire, 28 mai 2016.

[9] « Saisir des transnationales pour reconstruire la Syrie ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 août 2018.

[10] « Brzezinski : « Oui, la CIA est entrée en Afghanistan avant les Russes … » », par Zbigniew Brzeziński, Le Nouvel Observateur (France) , Réseau Voltaire, 15 janvier 1998. Charlie Wilson’s War : The Extraordinary Story of the Largest Covert Operation in History, George Crile III, Atlantic Monthly Press, 2003.

[11] “Resignation letter from James Mattis”, by James Mattis, Voltaire Network, 20 December 2018.

[12] “One core belief I have always held is that our strength as a nation is inextricably linked to the strength of our unique and comprehensive system of alliances and partnerships. While the US remains the indispensable nation in the free world, we cannot protect our interests or serve that role effectively without maintaining strong alliances and showing respect to those allies. Like you, I have said from the beginning that the armed forces of the United States should not be the policeman of the world. Instead, we must use all tools of American power to provide for the common defense, including providing effective leadership to our alliances. 29 democracies demonstrated that strength in their commitment to fighting alongside us following the 9-11 attack on America. The Defeat-ISIS coalition of 74 nations is further proof.”

http://www.voltairenet.org/article204430.html

Le PKK turc poursuit la kurdisation forcée du Nord de la Syrie

Le PKK turc poursuit la kurdisation forcée du Nord de la Syrie

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Tout en négociant leur réintégration dans la République arabe syrienne, les Kurdes du PYD poursuivent leur politique de kurdisation forcée du Nord du pays (« Rojava »).

Le PYD, branche syrienne du PKK turc, a tenté de créer un État indépendant au Nord de la Syrie avec l’aide militaire des États-Unis, de la France et d’Israël. Comme ils étaient arrivés sur ces terres dans les années 1980 en tant que réfugiés politiques, ils ont entrepris une politique de kurdisation forcée des populations arabes et chrétiennes. Celle-ci comprenait des expropriations sans compensation, la conscription obligatoire des jeunes pour les enrôler dans leur milice pro-US, et l’imposition d’un nouveau curriculum scolaire correspondant à l’idéologie du PKK et dispensé en langue kurde.

Le 7 août 2018, le PKK turc vient ainsi de fermer l’école chrétienne assyrienne de Derbiseye (Syrie), coupable de refuser ce programme, malgré les objurgations de l’évêque assyrien d’Hasaké, Mgr. Maurice Amsih.

http://www.voltairenet.org/article202383.html

Les Kurdes pro-US contre les chrétiens iraquiens et syriens

Les Kurdes pro-US contre les chrétiens iraquiens et syriens

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Le gouvernement régional du Kurdistan iraquien a institué une taxe islamique sur les entreprises appartenant à des chrétiens.

Apparue fin juin à Ankawa (district d’Erbil), une ville à 80 % chrétienne, cette taxe correspond à l’ancien Djizîa, l’impôt collecté sur les chrétiens à défaut de les incorporer dans les armées. Alors que l’on avait d’abord dénoncé une initiative des autorités de la ville, cette taxe vient d’être étendue à la ville de Semel.

Simultanément, les Kurdes du YPG (soutenus par les États-Unis, Israël et la France) ont envahi et occupent deux localités chrétiennes de Syrie, Tel Jazira et Tel Baz (sur la rivière Khabour). Au cours des trois dernières années, le YPG a remplacé de force les professeurs des écoles chrétiennes du Nord de la Syrie. Les enfants ont été contraints d’abandonner la langue arabe, et d’adopter un cursus enseigné par des professeurs kurdes étrangers en langue kurde [1].

Documents joints

[1] « Les États-Unis et Israël débutent la colonisation du Nord de la Syrie », Réseau Voltaire, 1er novembre 2015.

 

http://www.voltairenet.org/article201862.html