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Syrie, Irak – Le projet d’indépendance kurde a échoué. Pourquoi ?

Syrie, Irak – Le projet d’indépendance kurde a échoué. Pourquoi ?


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 17 octobre 2017

Le projet du clan kurde Barzani d’un Kurdistan indépendant dans le nord de l’Irak et au-delà a complètement échoué. Masoud Barzani, l’homme fort de la région kurde irakienne, avait appelé à un référendum pour détourner l’attention des problèmes financiers de son gouvernement. D’autres clans kurdes puissants ont considéré cela comme une ultime tentative de Barzani pour sauver sa position politique. Le référendum demandait l’indépendance, y compris dans « les zones kurdes en dehors de la région (du Kurdistan) ». C’était une tentative d’annexion. Les forces nationales irakiennes ainsi que les puissances internationales s’y sont opposées. Masoud Barzani et sa famille sont maintenant en passe de perdre leur position de leader.
Les diverses revendications unilatérales kurdes émises depuis 2003 vont devenir caduques. Le rêve de l’indépendance kurde en Irak et en Syrie est mort pour l’instant. C’est une bonne chose pour les deux pays.
Depuis 2003 et surtout depuis 2014, les Kurdes ont largement outrepassé leurs frontières d’origine. Ils ont occupé des zones habitées par des populations diverses et contenant des réserves pétrolières irakiennes d’importance cruciale. Cela fait des mois que le gouvernement irakien du Premier ministre Abadi, soutenu par son Parlement, son opinion publique et la communauté internationale, réclame le retour des Kurdes dans leurs frontières de 2003. Il a condamné leur projet d’indépendance illégale.
La famille mafieuse Barzani qui est au pouvoir a vendu le pétrole et empoché l’argent qui, selon la loi, appartenait au gouvernement fédéral irakien. La milice mafieuse des Barzani a occupé les postes frontières fédéraux avec les pays voisins et a gardé toutes les taxes douanières pour elle. Pendant ce temps, les enseignants et les autres agents publics de la région kurde ne recevaient plus leur salaire.
Le clan Barzani n’est qu’un des clans de la région kurde d’Irak. Historiquement, son principal concurrent est le clan Talabani. Les deux clans ont leurs propres partis politiques (KDP et PUK) et leurs milices. Les deux clans se sont battus l’un contre l’autre pendant une guerre civile dans les années 1990. Puis les Barzani ont demandé l’aide du président irakien Saddam Hussein pour vaincre leurs ennemis locaux.
Au cours de la dernière décennie, les Talabani ont été handicapés par leur patriarche en fin de vie Jalal Talabani. Après l’invasion de l’Irak par les États-Unis, il avait renoncé à jouer un rôle majeur dans la région kurde en échange de la position honorifique de président irakien. Dès que Jalal Talbani est mort le 2 octobre, sa famille a affermi sa position. Elle a négocié un accord avec le gouvernement central irakien pour qu’il limite les pouvoirs quasi dictatoriaux des Barzani. Le général iranien Qassam Suleiman a contribué à faire aboutir l’accord.
Lorsque les forces gouvernementales irakiennes ont fait mouvement, comme cela avait été annoncé, pour reprendre Kirkouk aux Kurdes, les forces de la milice kurde (peshmerga) sous le commandement de l’UPK des Talibani se sont retirées comme prévu. Les miliciens sous le commandement du KDP de Barzani se sont retrouvés dans une position indéfendable et ont dû fuir en toute hâte.
Hier et aujourd’hui, les forces nationales irakiennes ont repris le contrôle de plusieurs grands champs de pétrole occupés par les Kurdes. Elles ont également repris le contrôle des postes- frontières avec la Syrie et la Turquie. Au bout de trois ans, les yézidi peuvent enfin retourner à Sinjar. Le barrage de Mossoul est à nouveau aux mains du gouvernement. Sans ressources pétrolières et douanières, la région kurde ne dispose pas des revenus nécessaires pour financer une indépendance régionale. Pendant que son projet s’effondrait aux yeux de tous, Masoud Barzani n’a pas prononcé un mot.
Le gouvernement irakien ne reprendra pas seulement le contrôle total des zones que les Kurdes sous Barzani ont illégalement usurpées, il exigera également de nouvelles élections régionales. Il est douteux que Masoud Barzani, ou l’un de ses fils, puisse remporter des élections locales après les désastres qu’ils ont causés par leurs abus.
En Syrie, les forces kurdes YPG / SDF ont pris aujourd’hui le contrôle total de Raqqa. Il faudra des mois pour effacer les derniers restes de l’EI. Il faudra des années pour reconstruire la ville car elle a été en grande partie détruite par le soutien aérien des États-Unis pendant les combats contre le groupe État islamique.
À Deir Ezzor, les dernières positions d’État islamique s’effondrent sous les attaques des forces gouvernementales syriennes. Dans quelques jours ou quelques semaines, la ville et la campagne seront également entièrement libérées.
La guerre contre État islamique touche à sa fin. Le projet d’indépendance kurde en Irak est mort. Les Kurdes en Syrie vont maintenant être ramenés à leur taille initiale. Avec moins de 8% de la population, les Kurdes dirigés par les YPG ont pris le contrôle de 20% des terres et de 40% des ressources en hydrocarbures. Ils vont devoir renoncer à leurs conquêtes.
Les forces kurdes en Syrie avaient reçu un soutien matériel et personnel des forces américaines. La plus grande partie des équipements et des munitions est arrivée dans des avions américains à Erbil, la capitale de la région kurde en Irak, et de là a été transportée par voie terrestre à travers les postes frontières irako-syriens qui étaient sous le contrôle des Barzani. Le gouvernement irakien à Bagdad va maintenant reprendre le contrôle de ces passages. L’approvisionnement en matériel américain des régions kurdo-syriennes ne pourra plus être assuré.
Les États-Unis ont longtemps soutenu l’autonomie kurde en Irak. Ils ont maintenant pris le parti du gouvernement central irakien. Les Kurdes (de Barzani) ont été laissés dans l’expectative. Cela n’a sûrement pas échappé aux Kurdes de Syrie et ils vont agir en conséquence.
Pendant ce temps, les forces turques ont envahi le gouvernorat d’Idleb dans le nord-ouest de la Syrie et ont presque encerclé l’enclave kurde d’Efrin. Sans la Russie, Erdogan aurait poursuivi son avancée. Le week-end dernier, le chef militaire des YPG / SDF en Syrie, Sipan Hamo, s’est rendu à Moscou. Il veut que les Russes protègent Efrin mais il devra en payer le prix.
Les Kurdes en Syrie devront se réconcilier avec le gouvernement syrien. Le soutien politique de Washington n’est absolument pas fiable. Sans soutien aérien américain, les positions militaires kurdes ne tiendront pas. Leur approvisionnement est maintenant potentiellement sous le contrôle de Bagdad qui est un allié du gouvernement syrien. Seul Damas et ses alliés à Moscou peuvent empêcher la chute d’Efrin.
Les Kurdes n’ont plus d’atout dans leur jeu. Tout ce qu’ils peuvent espérer, c’est que la Russie les aidera à obtenir une certaine autonomie fédérale dans les régions de Syrie où ils sont majoritaires. Ils devront renoncer à tous leurs autres gains.
Les forces sionistes, qui veulent balkaniser la Syrie, vont tout faire pour empêcher les Américains de se retirer de Syrie. Certains membres de l’armée américaine voudront maintenir leur alliance avec les Kurdes syriens. Mais la Turquie et l’Irak ne veulent pas que les États-Unis continuent à soutenir les forces kurdes. En l’absence d’une voie d’accès aérienne, terrestre ou maritime sûre, l’armée américaine ne peut pas continuer à s’impliquer en Syrie sur le long terme. De plus, elle n’a rien à y gagner.
Je pense que le président Trump et les médias américains vont déclarer que les États-Unis ont remporté une glorieuse victoire sur État islamique dans sa « capitale » de Raqqa. Puis Trump va ordonner aux militaires américains de quitter le pays.  Il y aura encore une présence minimale pendant quelques mois mais aucune opération importante. Ce qui reste d’État islamique dans l’Est de la Syrie sera éliminé par l’armée syrienne et ses alliés.
 Au cours des dernières décennies et surtout depuis que l’insurrection salafiste (instiguée par des pays étrangers) a affaibli les États de Syrie et d’Irak, les Kurdes ont réalisé d’énormes avancées politiques et territoriales. Mais ils sont devenus trop gourmands et ne se sont pas rendus compte qu’ils ne pourraient pas les consolider. L’Irak et la Syrie ont repris du poil de la bête. Les alliés « occidentaux » des Kurdes ont redécouvert que leurs intérêts stratégiques étaient mieux servis par des États-nations intacts.
Comme je l’ai écrit ailleurs, les Kurdes sont un peuple extrêmement divers :
 
« Il y a quatre langues kurdes qui ne se comprennent pas les unes les autres. Il y a une douzaine de religions parmi les Kurdes bien que la majorité soit (soufi) sunnite. Ils ont été scolarisés et éduqués dans quatre États différents. Il y a des conglomérats tribaux ou des clans comme les Barzani et les Talibani qui ont leurs propres partis politiques et sont dirigés par des mafias patriarcales familiales. Il y a des membres du culte anarcho-marxiste d’Özalan tandis que les Kurdes salafistes voisins ont rejoint État islamique et ont ensuite tué les Kurdes Yezidi voisins. Aucun de ces groupes n’a une vision éclairée ou démocratique du monde.
 
Les Kurdes n’ont jamais obtenu d’État et n’en obtiendront jamais parce qu’ils sont trop différents les uns des autres et n’ont pas assez de sentiment d’unité nationale. Ils préfèrent se battre les uns contre les autres que d’accepter un dirigeant commun. »
Au cours des siècles, le peuple kurde n’a jamais réussi à se mettre assez d’accord pour former un État-nation viable. L’échec de leur dernier projet d’indépendance ne fait que confirmer cette déficience.
Traduction : Dominique Muselet

 

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Accord de libre passage avec l’EI à Raqqa – Les Etats-Unis nient leur implication – Une vidéo la prouve.

Accord de libre passage avec l’EI à Raqqa – Les Etats-Unis nient leur implication – Une vidéo la prouve.


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 14 octobre 2017

Après des négociations avec les États-Unis et leurs forces kurdes par procuration pour obtenir le libre passage de ses combattants, l’EI quitte la ville de Raqqa. Lorsque le gouvernement syrien a conclu des accords similaires, les États-Unis, tels des gamins irresponsables, l’ont vertement critiqué. La coalition américaine affirme qu’elle n’était pas « impliquée dans les discussions » qui ont abouti à l’accord de libre passage de Raqqa. Un reportage de BBC News prouve le contraire.

Au cours des deux dernières années, les États-Unis et leur force par procuration kurde en Syrie ont conclu plusieurs accords avec État islamique. En 2016, par exemple, ils ont négocié un accord avec les combattants d’État islamique pour aller de Manbij à la frontière turque afin d’éviter de nouvelles pertes dans le combat pour la ville.
Mais quand, en août 2017, le Hezbollah et le gouvernement libanais et syrien ont négocié un accord avec quelque 300 combattants d’État islamique assiégés et leurs familles, à la frontière libano-syrienne, les États-Unis ont poussé des hauts cris. Les militaires américains ont bloqué le convoi d’évacuation pendant plusieurs jours en menaçant de le bombarder et l’envoyé américain McGurk fulminait :
7h20 – 30 août 2017 – Brett McGurk @brett_mcgurk
 
« Les terroristes #EI irréconciliables devraient être tués sur le champ de bataille, et non pas conduits dans des bus à travers la #Syrie jusqu’à la frontière irakienne sans le consentement de # l’Irak ½
 
Notre coalition s’assurera que ces terroristes ne puissent jamais entrer en #Irak, ni s’échapper de ce qui reste de leur «califat» en miettes. » 2/2
 Au cours des derniers mois, des combattants kurdes soutenus par les États-Unis ont assiégé la ville de Raqqa pour la prendre à État islamique. Les États-Unis ont largué une énorme quantité de bombes pour réduire le nombre de victimes américaines. La ville a littéralement été « détruite pour la sauver ». Beaucoup de ses habitants civils ont été tués. Ces derniers jours, d’abondantes rumeurs circulaient sur le fait qu’un accord avait été conclu entre les États-Unis et l’EI pour garantir aux combattants d’État islamique la possibilité de quitter la ville. Ces rumeurs ont été confirmées aujourd’hui :
[L’Observatoire syrien des droits de l’homme] a reçu des informations de sources sûres et indépendantes confirmant la conclusion d’un accord entre la Coalition internationale et les Forces démocratiques syriennes d’une part, et l’organisation « État islamique » d’autre part. L’accord permet aux membres restants de l’organisation « État islamique » de quitter la ville d’Al-Raqqah.
 
L’Observatoire syrien des droits de l’homme confirme qu’un tel accord a bien été conclu et il précise que tous les combattants syriens ont déjà été autorisés à quitter la ville et que, si des combattants sont encore là, c’est parce qu’ils appartiennent à d’autres nationalités et que les services de renseignements français s’opposent à ce qu’ils quittent la ville d’Al-Raqqah, car ils pensent que certains d’entre eux sont impliqués dans les attentats de Paris…
Selon d’autres sources, des bus sont venus prendre les combattants restant de l’EI pour les emmener dans la zone frontalière syro-irakienne. Selon des officiels locaux, les combattants étrangers partent également. La coalition américaine confirme l’évacuation, mais elle nie toute implication :
« Un convoi quittera Raqqah le 14 octobre dans le cadre d’un accord négocié par le Conseil civil de Raqqah et des chefs arabes de tribus locales le 12 octobre.
(…)
La coalition ne s’est pas impliquée dans les discussions qui ont mené à l’arrangement mais elle pense que cela sauvera des vies innocentes et permettra aux Forces Démocratiques Syriennes et à la Coalition de se concentrer sur la lutte contre les terroristes de Daech à Raqqah avec moins de risques de pertes civiles. »
Tout cela pue l’hypocrisie à plein nez. Les États-Unis ont condamné un accord conclu par le Hezbollah avec des combattants d’État islamique et leurs familles. Le convoi d’évacuation a été bloqué dans le désert 1 par des drones américains et des frappes aériennes. Maintenant, les États-Unis et leurs alliés concluent un accord similaire en laissant partir des terroristes assiégés. Ils les transportent à la frontière syro-irakienne où les forces gouvernementales syriennes sont engagées dans de lourdes batailles contre le groupe État islamique.
Les États-Unis prétendent que « la Coalition n’a pas participé aux discussions ». C’est un mensonge éhonté. Il y a seulement deux jours, BBC News a fait état de la réunion où l’accord a été discuté puis conclu. On peut voir ici (vidéo) le général américain Jim Glynn rencontrer le 12 octobre les officiels de Raqqa pour négocier l’accord. Alors que le général a affirmé à l’époque qu’aucun accord n’avait été conclu, les annonces ultérieures et la situation actuelle prouvent le contraire. Les convois d’État islamique quittent Raqqa et les États-Unis et leurs forces par procuration les regardent partir sans broncher. Aucun appareil aérien des États-Unis ne bloque le convoi et aucun Brett McGurk ne fulmine contre l’accord.
La critique de l’accord du Hezbollah en août par l’armée américaine était tout sauf professionnelle. Le blocus du convoi d’évacuation précédent était infantile. Les diatribes de McGurks étaient puériles. Mentir aujourd’hui à propos de la participation à l’accord après avoir invité la BBC à filmer les négociations est vraiment nul. Il ne semble pas y avoir une seule grande personne dans le camp américain du conflit syrien.
Traduction : Dominique Muselet
Note

 

http://lesakerfrancophone.fr/accord-de-libre-passage-avec-lei-a-raqqa-les-etats-unis-nient-leur-implication-une-video-la-prouve

Les Kurdes d’Irak se retournent contre les Barzani

Les Kurdes d’Irak se retournent contre les Barzani

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La mascarade du scrutin truqué du référendum d’indépendance du Kurdistan iraquien, du 25 septembre 2017, se retourne contre ses initiateurs, les familles Barzani et Talabani.

Durant la campagne référendaire, le gouvernement régional kurde d’Iraq a affirmé que 80 pays dans le monde —dont les États-Unis et la France— soutenaient la création du nouvel État. Cet argument est apparu décisif pour de nombreux électeurs.

Le général des Gardiens de la Révolution iranienne, Qasem Soleimani, a mis en garde au dernier moment les Barzani. L’arrivée de 200 000 Israéliens et l’installation de missiles au Kurdistan iraquien ne pouvait qu’ouvrir une nouvelle guerre. Mais les Barzani n’ont rien voulu entendre.

Prenant l’initiative, les troupes nationales iraquiennes ont alors libéré la région de Kirkouk et ses champs pétroliers de l’occupation kurde, le 16 octobre. Plus de 100 000 Kurdes, qui s’y étaient installés en coordination avec Daesh et avaient expulsé la population autochtone, se sont enfuit en deux jours. La communauté internationale n’a émis aucune réaction.

Le gouvernement national iraquien vient ainsi de restituer aux arabes, chrétiens et musulmans, les territoires qui leur avaient été volés. Il a aussi évité une intervention et une occupation turque du pays.

Les médias occidentaux qui n’ont cessé de soutenir la dictature des Barzani, n’ont rien dit
- des assassinats politiques de leurs opposants,
- de l’impossibilité de tenir des élections mais de la possibilité d’organiser un référendum,
- de leur accord avec Israël,
- de leur accord avec Daesh,
- de leur responsabilité dans le génocide des Kurdes yézidis,
- de l’annexion de 80% de leur territoire en quelques années,
- ni du nettoyage ethnique qui suivit
sont également restés silencieux.

Les Kurdes d’Iraq réalisent, mais un peu tard, que les Barzani et les Talabani les ont menés en bateau. Aucun pays —sauf Israël— ne peut admettre la création d’un nouvel État fondé sur l’annexion et le nettoyage ethnique.

Massoud Barzani, président sans droit ni titre du Kurdistan iraquien, ne pourra plus longtemps proroger artificiellement son mandat. Sans attendre, les Talabani ont prudemment pris leurs distances avec le pouvoir illégitime d’Erbil.

Bagdad vient de lancer un mandat d’arrêt contre le vice-président sans droit ni titre du Kurdistan iraquien, Kosrat Rasul, pour son rôle et ses propos lors de la libération de Kirkouk.

 

http://www.voltairenet.org/article198457.html

Les grands mensonges d’ISIS et de SDF du «Kurdistan» américain et de nouvelles guerres de gaz

Une situation incontrôlable au cas où la Turquie envahit le Kurdistan irakien

Une situation incontrôlable au cas où la Turquie envahit le Kurdistan irakien

Un accord secret est intervenu entre Ankara et Bagdad afin de créer une nouvelle voie de communication entre eux et de couper les revenus douaniers d’Erbil. L’Irak déploiera 13 000 hommes dès le 12 octobre pour sécuriser cette route dont l’armée turque garantira la sécurité dès novembre. Il sera alors possible pour la Turquie d’envahir le Kurdistan irakien.

| Athènes (Grèce)

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Le référendum des Kurdes du Kurdistan irakien, qui posait la question de l’indépendance, crée de nouvelles situations et, apparemment de nouveaux objectifs, accélère l’évolution du problème kurde et la refonte des frontières dans la région. En fonction de ce qui précède et de la dynamique des choses, les frontières seront d’abord changées en Irak, ensuite des développements similaires seront entrepris en Syrie, et par la suite suivront la Turquie et l’Iran. Telle est la dynamique des choses, qui découle du passé historique des Kurdes, et de la volonté des États-Unis et de la Russie d’être présents dans le partage du gâteau énergétique — et pas seulement — dans la région.

Dans cette région, depuis 27 ans, depuis le jour où Saddam envahît le Koweït, une guerre s’est développée qui peut encore durer aussi longtemps. Cette guerre se déroule sur trois niveaux.

- Au sommet, Washington se heurte fondamentalement à Moscou, mais cette guerre n’est pas directe — en fait, elle se fait par concessionnaires interposés. L’objectif est de partager le gâteau géo-énergétique et géopolitique.

- Au second niveau, Téhéran se heurte à Tel-Aviv, Iran contre Israël. L’Iran cherche à créer un couloir sur la ligne Téhéran – Bagdad – Damas, qui lui donnera l’occasion de soutenir le Hezbollah du Liban avec des armes —et toutes autres choses par ailleurs— et bien sûr lui permettra d’avoir une présence géopolitique en Méditerranée, grâce à ses solides liens avec le gouvernement d’Assad. Israël, à son tour, cherche à créer une zone intermédiaire pour empêcher la création de ce couloir. L’Iran lutte aux côtés d’Assad, avec le Hezbollah et la Russie, pour réaliser l’objectif stratégique susmentionné.

- Israël, pour sa part, mène des attaques aériennes contre des cibles du Hezbollah sur le territoire syrien, tandis qu’il utilise ses alliances avec les États-Unis, les Kurdes et des Arabes sunnites pour empêcher la création du « couloir chiite ». Au niveau inférieur, la guerre se fait sur deux champs de bataille. L’un est l’Irak, où les États-Unis, les Kurdes et l’armée irakienne (soutenue par les Iraniens) se battent contre le soi-disant État islamique (ÉI).

L’autre champ de bataille est le territoire de la Syrie, où les choses sont compliquées. La Russie, la Syrie et l’Iran se battent sur trois fronts : l’un contre l’ÉI, un autre contre l’opposition syrienne et le troisième contre le Front al-Nosra (filiale d’Al-Qaïda).

En même temps, les États-Unis soutiennent les Kurdes et les forces démocratiques syriennes (FDS) dans la lutte contre l’ÉI, ce qui est devenu une course pour qui —des États-Unis ou de la Russie— contrôlera le plus les territoires des gisements d’hydrocarbures en Syrie orientale. En même temps, les États-Unis continuent de soutenir une partie de l’opposition syrienne au sud et au sud-est du pays contre le gouvernement Assad, le Hezbollah et les Iraniens, tout en préparant des opérations contre le Front al-Nosra à Idlib.

Dans ce tableau manque la Turquie, dont la politique s’est effondrée comme un château de cartes, quand, de supportrice de l’opposition syrienne, avec les États-Unis et Israël, elle deviendra alliée de l’ÉI, qu’elle retournera contre les Kurdes. Et lorsque les Kurdes écrasèrent l’ÉI, Erdogan s’est tourné vers quiconque était contre les Kurdes.

Nous l’avons dit : la situation est si compliquée, qu’il faudrait organiser un séminaire complet avec des cartes pour comprendre ce qui se passe exactement. Cependant, vous devrez noter les éléments suivants : la Turquie est en détresse, en essayant de trouver des alliés par-ci par-là, afin de détourner le cours de l’évolution de la question kurde que nous annoncions au début de cet article.

La logique, mais aussi les Kurdes de Turquie, des millions de membres et électeurs d’Erdogan et de l’AKP lui disent de ne pas opter pour une opération militaire contre les Kurdes au Kurdistan en voie d’indépendance.

Washington le lui dit aussi.

Mais parce que la colère et le désespoir sont de mauvais conseilleurs, tenons-nous prêts, car si, malgré ces avertissements la Turquie envahit le Kurdistan irakien et le canton d’Afrin, alors il y aura la guerre, et nul ne sait comment elle se terminera.

Traduction
Christian

Source
Info gnomon politics (Grèce)

Savvas Kalèndéridès

Savvas Kalèndéridès Brigadier de l’Armée de terre grecque. Il démissionna en 2000 après la capture du leader kurde Abdullah Öcalan par la CIA, le Mossad et le MIT turc. Il était alors en mission d’accompagnement à Nairobi (Kenya), pour le compte du Renseignement grec. Très populaire en Grèce et à Chypre, il est l’auteur de nombreux ouvrages d’analyse géopolitique et dirige la maison d’édition Infognomon et le site internet InfognomonPolitics.

Les choses se compliquent au Kurdistan irakien

La Turquie revendique le bain de sang de Bruxelles

Réseau Voltaire

Voltaire, édition internationale

 http://www.voltairenet.org/article198287.html

Les choses se compliquent au Kurdistan irakien

Les choses se compliquent au Kurdistan irakien

Pour Savvas Kalèdéridès, la Turquie réagit aux changements susceptibles de s’opérer à sa frontière, voire par la suite chez elle. L’évolution de la question kurde la pousse à s’éloigner des Occidentaux et à s’approcher de la Russie.

| Athènes (Grèce)

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Nous l’avons écrit et répété plusieurs fois dans le passé, et avant même que ce ne soit connu de tous, au Moyen-Orient, et particulièrement en Mésopotamie, tout va changer prochainement – des rapports d’équilibre aux frontières des États.

L’heure est à présent minuit moins cinq pour les changements de frontières en Irak et la transformation de la Syrie en un État fédéral.

Les facteurs déterminants sur le terrain et à l’arrière-plan diplomatique de ce processus, qui déterminera l’avenir de la région peut-être pour des siècles, sont les États-Unis et la Russie, alors que le facteur dont chacun essaie de tirer profit, pour assurer ses propres intérêts stratégiques, est la question kurde. En outre, Israël qui devrait jouer un rôle important – principalement sous la table – d’après les estimations de diplomates turcs et arabes mais aussi d’autres, cherche à fragmenter les grands États de la région et à créer de petits États « faciles à manier », dans le but de contrôler les ressources énergétiques et aquifères, tout en assurant la viabilité et la sécurité d’Israël.

Tout au long de ce processus, la Turquie, qui sait elle-même qu’elle est le troisième pays candidat à la fédéralisation – selon le bon scénario, parce que le mauvais parle de démantèlement et même de contrôle de Constantinople, de Smyrne, de Mersin et d’autres villes par les Kurdes qui y habitent – essaie d’acquérir de nouvelles bases géopolitiques et changer le cours des développements, sinon pour éviter le pire, du moins d’en réduire l’ampleur …

Dans le cadre de ces tentatives, la Turquie, cet État qui, carrément sans passer par le gouvernement de Bagdad et signant directement avec le gouvernement d’Erbil des contrats pour l’exportation du pétrole kurde par l’oléoduc Kirkouk-Ceyhan, la Turquie qui a aidé comme aucun autre l’administration autonome du Kurdistan et renforcé Barzani à un point tel qu’aujourd’hui celui-ci requiert l’indépendance, la Turquie donc, change radicalement sa stratégie et se tourne vers la Russie.

Ce changement est l’autre grand bouleversement qui se déroule après le changement sous incubation des frontières dans la région.

La Turquie, avec la signature du Traité d’Ankara avec l’Angleterre en 1926, par lequel Mustafa Kemal abandonna toutes les prétentions qu’il avait sur Kirkouk et Mossoul et accepta la frontière actuelle avec l’Irak, qu’hérite maintenant le Kurdistan en cours d’indépendance, fut mise en fait, sous l’influence de l’Angleterre. En fait, les … les mauvaises langues disent que Kemal était depuis le début un homme au service des Anglais, alors qu’Erdoğan lui-même, dans le cadre de sa rhétorique de contestation du Traité de Lausanne, a récemment laissé entendre que, afin de satisfaire les Occidentaux, ceux qui l’ont signé acceptèrent une clause secrète pour la dés-islamisation de la nouvelle Turquie, d’où en ont découlé la sécularisation, l’abolition du califat et de l’écriture ottomane !

Depuis sa création, la Turquie a été un pilier clé de la politique occidentale pour contrer la menace russe, un rôle qui fut renforcé par son entrée dans l’Otan en 1952.

Maintenant donc, la Turquie non seulement bouleverse sa propre politique à l’égard de son allié d’hier, Barzani, mais aussi son choix stratégique primordial d’être tournée géopolitiquement vers l’Occident.

Tout peut avoir commencé avec des menaces et des chantages envers les États-Unis et l’Otan pour éviter la boisson amère de la « Question Kurde », mais maintenant qu’elle voit que le chantage ne passe pas, elle a commencé à s’éloigner à petits pas concrets de l’Otan et s’approche de la Russie.

L’hypothèse et la perspective de l’achat du système de missiles S-400 ainsi que le programme de développement autonome de l’industrie de défense sont des problèmes extrêmement sérieux qui devraient concerner l’Occident, Bruxelles, Washington et Athènes.

Si tout ce que nous mentionnons ci-dessus devenait réalité, alors les stratèges d’Athènes devront se rendre compte que chaque pas que fait Ankara vers Moscou augmente exponentiellement l’importance stratégique de la Grèce pour l’Occident.

Ré-aiguisez vos crayons …

Savvas Kalèdéridès

Savvas Kalèdéridès

Savvas Kalèdéridès Brigadier de l’Armée de terre grecque. Il démissionna en 2000 après la capture du leader kurde Abdullah Öcalan par la CIA, le Mossad et le MIT turc. Il était alors en mission d’accompagnement à Nairobi (Kenya), pour le compte du Renseignement grec. Très populaire en Grèce et à Chypre, il est l’auteur de nombreux ouvrages d’analyse géopolitique et dirige la maison d’édition Infognomon et le site internet InfognomonPolitics.

Traduction
Christian

Source
Info gnomon politics (Grèce)

 

http://www.voltairenet.org/article198183.html

Kurdistan : ce que cache le référendum

Kurdistan : ce que cache le référendum

Dans un monde où les images comptent plus que les réalités, la presse évoque un référendum démocratique pour l’indépendance du Kurdistan iraquien. Cependant, outre que constitutionnellement ce référendum devrait se tenir dans tout l’Iraq et non pas uniquement dans la zone indépendantiste, plusieurs millions d’électeurs non-kurdes ont déjà été chassés de chez eux et ne pourront plus y retourner. Dans les bureaux de vote, seuls les indépendantistes surveilleront la régularité de ce scrutin. Thierry Meyssan révèle cette escroquerie et les intérêts impérialistes qu’elle cache.

| Damas (Syrie)

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Sur cette affiche électorale, la carte du « Kurdistan indépendant » déborde de la région autonome iraquienne sur les territoires iraquien et syrien.

Le référendum pour l’indépendance du Kurdistan est un jeu de dupes. Les États-Unis qui le soutiennent sous la table, s’y opposent en public. La France et le Royaume-Uni font de même, espérant que Washington réalisera leur vieux rêve. La Russie n’est pas en reste, laissant entendre que bien qu’opposée à tout changement unilatéral, elle pourrait soutenir l’indépendance… tout au moins si tout le monde admet l’indépendance de la Crimée et par voie de conséquence, son rattachement à Moscou.

Le degré d’hypocrisie des membres permanents du Conseil de sécurité est tel qu’ils ne sont pas parvenus à statuer sur cette question, malgré leur apparente unanimité. Ils n’ont pas adopté de résolution (c’est-à-dire de texte ayant force de loi internationale), ni de déclaration présidentielle (c’est-à-dire une position commune des membres du Conseil), tout juste un insipide communiqué de presse lors de leur réunion du 19 septembre [1].

Il existe actuellement huit États non reconnus : l’Abkhazie, Chypre-Nord, le Haut-Karabagh, le Kosovo, l’Ossétie, le Sahara occidental, le Somaliland et la Trasnistrie. Tandis que deux régions européennes espèrent leur indépendance : la Catalogne et l’Écosse. Toute modification du statut du Kurdistan iraquien aura des conséquences sur cette dizaine d’autres pays.

L’indépendance du Kurdistan iraquien serait un tour de force, dans la mesure où il s’agirait de déplacer le Kurdistan, tel qu’il a été reconnu par la Conférence de Sèvres en 1920, du territoire turc actuel au territoire iraquien. Certes, tout le monde s’est habitué à utiliser le mot Kurdistan pour désigner cette région dont Londres et Washington ont supervisé depuis 1991 le nettoyage ethnique lent et continu.

Lors de « Tempête du désert », cette région hébergeait une majorité d’Iraquiens kurdes. Londres et Washington en firent une zone de non-survol pour l’armée du président Hussein. Ils y placèrent autoritairement au pouvoir un de leurs collaborateurs de la Guerre froide, Massoud Barzani, qui débuta le déplacement des populations non-kurdes. Ce même Barzani, quoi qu’élu par deux fois depuis, se maintient au pouvoir depuis plus de deux ans sans mandat. L’Assemblée nationale qui exige son départ, ne s’est réunie qu’une fois depuis la fin de son mandat, pour voter le principe du référendum, mais en l’absence du Goran ; un parti qui ne cesse de dénoncer le système féodal des Barzani et des Talabani, le népotisme et la corruption qui en découlent. Dans les faits, Massoud Barzani occupe le pouvoir de manière interrompue depuis 26 ans.

De 1991 à 2003, les non-Kurdes ont progressivement quitté la zone de non-survol, de sorte que celle-ci a été proclamée Kurdistan iraquien lors de la défaite du président Hussein.

Le 1er juin 2014, les services secrets d’Arabie saoudite, des États-Unis, d’Israël, de Jordanie, de la région autonome du Kurdistan iraquien, du Qatar, du Royaume-Uni et de Turquie ont organisé à Amman (Jordanie) une réunion préparatoire de l’invasion de l’Iraq par Daesh. Nous connaissons l’existence de ce meeting par le document turc qu’Özgür Gündem a immédiatement publié [2]. Ce quotidien —auquel j’ai collaboré– a été fermé depuis par le « sultan » Recep Tayyip Erdoğan [3].

Selon ce document, il a été convenu de coordonner Daesh et la région du Kurdistan iraquien. Le premier a lancé une offensive éclair pour s’emparer de Mossoul, tandis que la seconde s’est emparée de Kirkouk. Le président Massoud Barzani s’était rendu quatre jours plus tôt en Jordanie rencontrer des participants à cette réunion. Il veilla à ne pas y participer, mais y fut représenté par son fils Masrour, le chef de son propre service de Renseignement.

Lorsque Daesh a envahi la partie d’Iraq que les États-Unis lui avaient préalablement attribuée, il fit prisonniers au passage les yazédis et les réduisit en esclavage. L’immense majorité des yazédis est kurde, mais conformément à l’accord d’Amman, les Barzani voisins ne sont pas intervenus, y compris lorsque certains ont fui dans les montagnes de Sinjar. Ces fuyards furent en définitive sauvés par des commandos du PKK turc. Les kurdes turcs les ont tous sauvés qu’ils soient kurdes ou non. Ils utilisèrent cette victoire pour demander leur reconnaissance par les Occidentaux (qui les considèrent depuis la Guerre froide comme des terroristes). La réécriture actuelle de cette affaire par les Barzani ne saurait effacer ce crime contre son propre peuple [4]. Au demeurant, depuis la libération de leurs terres, les yazédis restant sur place ont proclamé leur propre gouvernement autonome. Ils refusent d’être administrés par d’autres kurdes, de sorte que tous les yazédis boycottent le référendum [5].

Un autre célèbre kurde participait à la réunion d’Amman : l’islamiste Mullah Kerkar. Celui-ci était emprisonné en Norvège où il purgeait une peine de cinq ans de prison pour avoir menacé de mort à la télévision la future Premier ministre, Erna Solberg. Il se rendit à ce sommet à bord d’un avion de l’Otan et réintégra sa cellule les jours suivants. Il révéla alors son allégeance à Daesh. Il ne fut pas jugé pour appartenance à une organisation terroriste, mais bénéficia d’une remise de peine de deux ans et fut libéré. Il dirigea alors Daesh en Europe, depuis Oslo, sous la protection de l’Otan. Manifestement, le réseau Stay-behind de l’Alliance atlantique fonctionne toujours [6]

Ayant annexé Kirkuk, le gouvernement régional du Kurdistan iraquien étendit à la zone le nettoyage ethnique que ses membres avaient perpétré dans la zone de non-survol de 1991 à 2003.

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On peut être rassuré : le président inamovible Barzani a assuré qu’il ne prendrait pas de mesures de rétorsion contre les électeurs qui voteraient “Non”.

Le président non-constitutionnel Barzani a annoncé que toutes les populations du Kurdistan iraquien et des territoires annexés pourront participer au référendum. Toutes ces régions hébergeaient plus d’une douzaine de millions de citoyens en 2013. Mais aujourd’hui trois millions de citoyens non-kurdes ont été contraints de les fuir. Ce sont donc des électeurs choisis qui ont été appelés aux urnes pour décider de l’avenir, non seulement à la place des habitants légitimes expulsés, mais aussi de tous les autres Iraquiens.

Pour participer à ce référendum, il faut :
- habiter au Kurdistan ou dans les régions annexées ;
- avoir plus de 18 ans ;
- s’être fait enregistrer avant le 7 septembre sur les registres électoraux ;
- et pour les personnes réfugiées à l’étranger, s’être fait enregistrer pour pouvoir voter électroniquement… ce qui suppose qu’elles présentent d’abord leurs papiers à l’autorité électorale du Kurdistan dont elles ont été chassées.

Au demeurant, les Barzani ont une conception particulière des populations appelées à voter. En 1992, ils n’ont compté que 971 953 votants, mais une décennie plus tard, en 2014, ils étaient soudain 2 129 846 et trois ans plus tard, le 25 septembre 2017, ils étaient 3 305 925.

L’indépendance donnera aux clans Barzani et Talabani des moyens supplémentaires pour poursuivre leurs affaires. Elle offrira également à l’Israël la possibilité de mettre en œuvre certains de ses objectifs militaires. Depuis la fin des années 90 et le développement des missiles, Tsahal a abandonné sa stratégie d’occupation des « marches », c’est-à-dire des territoires juste à l’extérieur de ses frontières (Sinaï, Golan, Sud du Liban). Au contraire, il entend neutraliser l’Égypte, la Syrie et le Liban en les prenant à revers. Tel-Aviv a donc soutenu la création du Soudan du Sud, en 2011, afin d’y placer des missiles pointés sur L’Égypte, et soutient aujourd’hui celle du Kurdistan afin d’y placer des missiles pointés sur la Syrie.

Selon Israel-Kurd, largement cité par la presse turque, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, s’est engagé auprès de Massoud Barzani à transférer 200 000 Israéliens dans le nouvel État pour « aider » à l’administrer [7].

Selon sa logique, pour Tsahal l’idéal serait d’étendre le territoire du Kurdistan iraquien, non seulement à Kirkouk, mais au Nord de la Syrie. C’est le travail du YPG et de son « Rojava ». Cet État autonome auto-proclamé est un long corridor joignant le Kurdistan iraquien à la Méditerranée, occupé par les troupes états-uniennes qui y ont illégalement installé plusieurs bases militaires.

Huit mois avant la réunion d’Amman, une chercheuse du Pentagone, Robin Wright, confirmait l’accord de son pays à ce projet [8]. À l’époque, les Barzani assuraient encore défendre l’ensemble des kurdes, y compris ceux résidant en Turquie et en Iran. Madame Wright expliqua doctement que ce projet était impossible, mais publia la carte du « Sunnistan » attribué à Daesh et du « Kurdistan » attribué aux Barzani en Iraq et en Syrie.

Le Pentagone vient d’ailleurs d’attribuer un appel d’offres, en août dernier, pour acheter et transférer en Syrie 500 millions d’armes et de munitions principalement ex-soviétiques [9]. Les 200 premiers camions ont été livrés au YPG à Hasakeh, les 11 et 19 septembre, via le Kurdistan iraquien, sans être attaqués par les jihadistes [10]. Le ministère russe de la Défense vient de rendre publiques des photographies satellitaires d’un camp des Forces spéciales US en plein territoire de Daesh, vivant en bonne intelligence avec les kurdes et les jihadistes [11].

Mais puisqu’on nous dit que ce « Kurdistan indépendant » est un projet kurde, pourquoi en douterions-nous ?

Source
Al-Watan (Syrie)

[1] « Déclaration du Conseil de sécurité sur le Kurdistan iraquien », Réseau Voltaire, 21 septembre 2017.

[2] « Yer : Amman, Tarih : 1, Konu : Musul », Akif Serhat, Özgür Gündem, 6 juillet 2014.

[3] Ceux de ses journalistes qui ont échappé à la purge et sont parvenus à fuir, ont créé le quotidien électronique Özgürlükçü Demokrasi hors de Turquie.

[4] « La réécriture du massacre du Sinjar », Réseau Voltaire, 11 septembre 2017.

[5] “Establishment of the Provisional Government of Ezidikhan”, Voltaire Network, 25 July 2017.

[6] « La guerre secrète en Norvège », par Daniele Ganser, Réseau Voltaire, 25 juillet 2013. Cet article est extrait de : Les Armées Secrètes de l’OTAN, de Daniele Ganser, Demi-Lune, 2007.

[7] « 200 000 Israéliens attendus au « Kurdistan » dès la proclamation de l’indépendance », Réseau Voltaire, 19 septembre 2017.

[8] “Imagining a Remapped Middle East”, Robin Wright, The New York Times Sunday Review, September 28, 2013.

[9] “Heikle Fracht aus Ramstein”, “Millionen Schuss Munition für Kalaschnikows”, Frederik Obermaier & Paul-Anton Krüger, Süddeutsche Zeitung, 12. & 20. September 2017.

[10] « 200 camions d’armes et munitions livrés par le Pentagone au YPG », Réseau Voltaire, 22 septembre 2017.

[11] « Le ministère russe de la Défense diffuse des photos des Forces US stationnées chez Daesh », Réseau Voltaire, 24 septembre 2017.

 

http://www.voltairenet.org/article198042.html

Les kurdes, armes de déstabilisation massive de Washington au Moyen-Orient

Les kurdes, armes de déstabilisation massive de Washington au Moyen-Orient

À l’instar du peuple palestinien, les Kurdes souhaitent accéder à leur autonomie. Cependant, depuis la dislocation de l’Empire ottoman, certains de leurs chefs ont préféré s’allier aux puissances impérialistes plutôt qu’aux États limitrophes. Ils ont — ainsi que leurs proches — trahi leur peuple en se mettant au service des puissances impérialistes, afin de déstabiliser le Moyen-Orient. Ils ont tenté de créer des États fantoches successivement en Iran, Iran et Syrie, c’est-à-dire dans des contrées où ils ont été auparavant accueillis et protégés. Sarah Abed nous raconte leur histoire.

| 1er septembre 2017

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En 1917, la création du Kurdistan, de l’Arménie et d’Israël a été l’un des objectifs de guerre du président états-unien Woodrow Wilson. Après avoir envoyé la Commission King-Craine pour vérifier l’emplacement exact des populations, il a proclamé le Kurdistan par la Conférence de Sèvres (1920), ici en rose sur la carte. La conférence a également reconnu la possibilité que la zone hachurée (actuellement en Irak) se joigne volontairement au Kurdistan par référendum. Cependant, cet État n’a jamais vu le jour et a été abrogé par la Conférence de Lausanne (1923). Seul ce territoire, et seulement celui-ci, peut être légitimement exigé par les Kurdes.

L’histoire du peuple Kurde a longtemps suscité mystère et perplexité ; et l’on commence à trouver, seulement depuis peu, des articles qui abordent ce sujet dans les médias dominants. Depuis l’invasion de l’Irak par les États-Unis, et le conflit actuel en Syrie, le récit kurde a été « romancé » par les médias dominants et les politiciens états-uniens afin de cautionner leur politique interventionniste. Depuis l’invasion de la Syrie par les E.U, ces derniers et Israël ont soutenu un Kurdistan semi-autonome : Israël leur versant la somme de 3,84 milliards de dollars contre du pétrole, ce qui va dans l’intérêt, à la fois géopolitique et économique, des deux parties  [1].

En 2015, le Financial Times a rapporté que pas moins de 77 % de l’approvisionnement d’Israël en pétrole, dans les derniers mois, provenait du Kurdistan irakien, ce qui représente 19 millions de barils entre le début du mois de mai et le 11 août. Au cours de cette période, plus d’un tiers des exportations nord-iraquiennes ont transité par voie maritime via le port turc de Ceyhan jusqu’en Israël, avec des transactions atteignant quasiment le milliard de dollars. Cet article s’appuyait sur, je cite, « des informations concernant les transactions commerciales, le trafic maritime notamment celui des pétroliers au moyen de satellites ».

Ces ventes, symbolisent la volonté d’émancipation de l’Irak du Nord ainsi que l’effilochement des liens entre Erbil et Bagdad ce qui ne fait que renforcer les craintes relatives à la volonté d’indépendance totale des Kurdes vis-à-vis de l’Irak.

En 1966, le ministre de la Défense irakien, Abd al-Aziz al-Uqayli, a reproché aux Kurdes d’Irak leur ambition de fonder « un second Israël » au Moyen-Orient. Il a aussi prétendu que « les puissances aussi bien occidentales qu’orientales soutiennent les rebelles dans leur projet de création d’un nouvel État d’Israël au nord du territoire irakien à l’image de ce qu’ils ont fait en 1948 lors de la création de la colonie »  [2]. Il est intéressant de constater qu’une fois de plus l’Histoire se répète à travers l’existence de cette relation au demeurant uniquement fondée sur la crainte réciproque de représailles.

Pour l’essentiel du conflit en Syrie, plusieurs milices kurdes sont devenues les meilleurs alliées des forces coalisées armées sous commandement US au sein du territoire ; recevant de la part de ses membres une aide se traduisant par l’obtention de gigantesque cargaisons d’armes, la formation et l’entrainement de leurs troupes  [3]. Ces milices kurdes sont aussi majoritaires au sein des Forces démocratiques syriennes (SDF), organe pro-US, leader avéré de la coalition, ayant participé à l’offensive contre Daesh visant à libérer Rakka. Les armes que les États-uniens ont fourni aux combattants kurdes et arabes de la coalition anti-islamique comportent notamment : des mitrailleuses, des mortiers, des missiles anti-char, des véhicules blindés et du matériel de haute-technologie.

Au mois de mai, Le président des États-Unis, Donald Trump, a approuvé l’initiative consistant à équiper les combattants kurdes en Syrie en armement lourd, incluant des mortiers et des mitrailleuses  [4]. Au cours du mois qui a suivi, 348 camions transportant du matériel militaire ont transité selon l’agence de presse turque Anadolu. Selon les informations délivrées par d’autres agences de presse, la liste des armes devant être livrées par le Pentagone au groupe suscité comprend 12 000 Kalachnikov, 6 000 fusils mitrailleurs, 3 000 lance-grenades et environ 1 000 missiles anti-char d’origine russe et états-unienne.

La cargaison US comprend 130 camions, dont 60 véhicules passant le 5 juin, et 20 véhicules le 12, selon Sputnik News  [5].

Le 17 Juin, Sputnik News rapporte que les USA continuent de fournir au Parti de l’union démocratique (PYD) en Syrie des munitions pour combattre Daesh, livrant ainsi du matériel transporté par 50 camions au cours de cette seule journée, selon les médias turcs. Un peu plus tôt, le même jour, ces camions ont atteint la ville d’Al-Hasakah, au nord-ouest de la Syrie.

Les liens, aussi bien historiques qu’actuels entre Israël et les kurdes sont un atout pour les deux camps. Par le passé, Israël a obtenu des renseignement et de l’aide, pour plusieurs milliers de juifs fuyant l’Irak baasiste. Les Kurdes ont reçu protection et aide humanitaire, et ont pu établir des liens avec le monde extérieur et plus particulièrement avec les USA. La première fois que Jérusalem a reconnu avoir fourni de l’aide aux kurdes remonte au 29 septembre 1980, lorsque le Premier ministre Menahem Begin a révélé qu’Israël a aidé les kurdes « au cours de leur soulèvement contre l’État Irakien entre 1965 et 1975 » et que les États-Unis étaient au courant de la chose. Begin a ajouté qu’Israël a envoyé des officiers-instructeurs et des armes, mais pas de combattants.

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Des kurdes de nationalité israélienne protestent devant l’ambassade de Turquie à Tel Aviv, le 8 juillet 2010.

Les kurdes restent le peuple nomade numériquement le plus important à n’avoir jamais eu d’État attitré depuis l’origine des Temps. Cette situation a permis aux puissances occidentales de diviser, de déstabiliser et de conquérir l’Irak et la Syrie.

La coalition de criminels de guerre sous commandement états-unien utilise des ressortissants kurdes syriens dans le but d’anéantir la pacifique et démocratique République syrienne, dirigé par son président, démocratiquement élu, Bachar el-Assad  [6]. Washington cherche à créer un climat sectaire et des divisions ethniques dans un pays qui, avant le début de ce conflit initié par les Occidentaux, n’en n’avaient pas.

Cependant, les spécialistes de la question kurde rejettent cette version des faits car elle va à l’encontre de leur vision de l’histoire qui attribue, à un moment donné au peuple kurde, un État à part entière. Ils estiment la population kurde à 30 millions, conformément à la plupart des sources démographiques. Ils rejettent aussi l’idée qu’ils puissent être instrumentalisés  [7].

Lorsque l’on interroge l’administration autonome sur la limite à accorder à l’aide US et à celle des autres superpuissances, le co-président du Parti de l’union démocratique (PUD), Salih Muslim, répond : « Notre meilleur atout est notre mentalité. Son efficacité dépend de notre capacité à éduquer et gérer notre communauté. Si nous défendons nos principes et notre idéologie alors aucune puissance ne peut nous asservir »  [8].

Il n’y a probablement pas d’autres peuples, de nos jours, autant sujet à fabulation au sein du monde occidental. Systématiquement dépeint comme des « combattants pour la liberté » luttant jusqu’à la fin des Temps pour une terre qu’on leur refuse, les kurdes de manière récurrente ont été utilisés comme bouc-émissaires par les autres pays.

À l’heure actuelle, ils sont utilisés à leur insu par l’Otan et par Israël afin de leur permettre d’assouvir leurs ambitions colonialies visant à découper de grands pays comme l’Irak en petites provinces morcelées à des fins géostratégiques.

C’est le procédé récurrent utilisé par les nations impérialistes leur permettant de coloniser des pays plus petits et moins puissants qu’elles. Les kurdes ont, à travers l’histoire, été instrumentalisés par les puissances coloniales dans leur stratégie de « diviser pour mieux régner » et continuent de jouer ce rôle à l’heure actuelle.

Opportunistes d’extrême gauche ou révolutionnaires authentiques ?

Dans un article de 2007, Daniel Schorr, analyste chevronné de la radio états-unienne NPR, a déclaré que les kurdes sont depuis longtemps instrumentalisés dans les luttes intestines pour la suprématie régionale [9]. Au jour d’aujourd’hui, ils se trouvent en plein milieu d’une guerre d’influence pour la domination au Moyen-Orient entre les États-Unis et l’Iran.

En 1973, le président Richard Nixon et son secrétaire d’État Henry Kissinger ont, avec l’aide de la CIA, provoqué un soulèvement des kurdes du nord de l’Irak contre le président Saddam Hussein.

Les États-uniens ont fait marche arrière lorsque Saddam et le Shah d’Iran ont pu régler leurs différends, abandonnant ainsi les kurdes à leur triste sort. Le plus surprenant, c’est l’amnésie dont semble faire preuve ces derniers en choisissant de continuer de collaborer avec Washington à leur détriment.

Dans la guerre du Golfe, suite à l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990, George Bush père a appelé les kurdes, ainsi que la communauté chiite du sud du pays, à se rebeller contre Saddam. L’armée US victorieuse a autorisé Saddam à conserver ses hélicoptères de protection qu’il a utilisé en masse pour réprimer les soulèvements kurdes et chiites.

L’opinion publique états-unienne a finalement contraint l’administration à mettre en place des zones d’exclusion aérienne au nord comme au sud du pays afin de protéger les deux populations.

Les kurdes ont dû payer le prix de leur loyauté envers les USA, et ce n’est pas sans un certain narcissisme que l’administration Bush s’est permis de dicter aux kurdes, prétendument autonomes, la nature des relations à entretenir avec leurs voisins ainsi qu’avec l’Iran, grand rival des États-Unis [10]. Mais au final, les kurdes semblent, à nouveau, pris en étau dans un conflit pour la suprématie régionale entre les USA et l’Iran.

Andrew Exum, ancien ranger de l’armée US et conseillé du Pentagone sur les questions relatives au Moyen-Orient a déclaré « … cette décision — d’armer un groupe étroitement lié à une organisation terroriste étrangère qui, de surcroit, finance depuis plusieurs décennies des insurrections contre l’État turc— aura, à n’en pas douter, des répercussions sur les relations des E.U. avec la Turquie pour les décennies à venir »  [11]. Le gouvernement turc a souligné le fait que la milice kurde est intimement liée au Parti travailliste kurde, un groupe séparatiste communément appelé PKK. Ce groupe est, aux yeux de la Turquie, des E.U et de l’Europe, une organisation terroriste.

Une estimation approximative, recueilli dans le CIA Factbook évalue la population kurde en Turquie à 14,5 millions : 6 millions en Iran, environ 5 à 6 millions en Irak et moins de 2 millions en Syrie, pour un total avoisinant les 28 millions de kurdes au sein de ce territoire qu’ils appellent « Kurdistan » et des régions limitrophes.

Cependant, d’autres sources affirment qu’il ne reste plus que 1,2 millions de kurdes en Syrie, conséquence de cette guerre savamment orchestrée et imposée par l’Otan et ses alliés du Golfe. Environ le même nombre ont émigré en Allemagne au cours des six dernières années.

Il est important de distinguer, d’un côté, les kurdes qui se sont intégrés à leur pays d’accueil, hostiles à la création d’un « Kurdistan », et de l’autre les acharnés qui n’hésitent pas à aider l’Ouest et Israël à déstabiliser la région. Une partie des kurdes de Syrie, et plus particulièrement ceux qui habitent dans des zones qui ne sont pas contrôlées par des kurdes, comme Damas, font preuve de loyauté envers le gouvernement syrien et ont déclaré avoir voté Assad en 2014.

Ces élections libres et démocratiques ont vu Assad l’emporter avec 88,7 % des suffrages devant deux autres candidats [12]. Au début de la guerre en Syrie, il y avait au sein de l’armée syrienne, des combattants kurdes qui recevaient armes et salaires, à l’instar des syriens d’autres ethnies. Il n’en reste aujourd’hui qu’une poignée au sud de la Syrie.

Par contre, au nord, de nombreux kurdes ont quitté les rangs des Forces démocratiques syriennes (FDS), sous commandement états-unien, bien que bénéficiant d’armes, d’un salaire et de formation au combat. Les Syriens considèrent les kurdes restés loyaux envers leur pays comme leurs frères et sœurs syriens, ils n’ont donc rien à voir avec les manigances kurdes décrites précédemment.

La coalition de groupes de mercenaires syriens, plus connu sous le nom de FDS (Forces démocratiques syriennes) est armée, entraînée et soutenue par les E.U. Ce groupe est engagé, en ce moment même, dans la bataille visant à libérer Rakka, dernier bastion de Daesh.

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Jusqu’en mai 2017, l’ensemble des groupes jihadistes et/ou rebelles en Syrie, y compris les factions kurdes connues sous le nom de Forces démocratiques syriennes (SDF), fut armé, formé et soutenu par les États-Unis. Dès que ce soutien a commencé à faiblir, ces groupes se sont séparés.

Indépendance et désunion

Une chose importante à rappeler est que le terme « kurde » se réfère à des personnes qui parlent des langues, ayant certes des origines communes, mais bien différentes. Les deux principales sont : le sorani en Irak et en Iran ; le kurmanji en Syrie, en Turquie et dans de petites régions limitrophes en Irak et en Iran. Le sorani utilise les caractères arabes, alors que le kurmanji utilise les caractères latins, ce qui montre à quel point elles sont éloignées.

Le gouvernement régional du Kurdistan irakien est principalement composé d’individus qui parlent le sorani alors que ceux du PKK, du PYD et d’autres groupes nationalistes en Turquie et en Syrie parlent le kurmanji. Même s’il y a de toute évidence une correspondance entre la cartographie des langues kurdes et celle de l’expression des divers partis politiques kurdes, les frontières ne sont pas aussi nettes.

D’autre part, la Turquie ne s’oppose pas avec la même intensité aux revendications des kurdes irakiens qu’à celles de leurs homologues turcs ou syriens. Favoriser l’autonomie des kurdes d’Irak ne devrait pas dégrader la qualité des relations turco-étatsuniennes contrairement au fait d’encourager le nationalisme des kurdes syriens et turcs.

La quête d’indépendance est inhérente à l’identité kurde. Cependant, tous les kurdes n’envisagent pas un Kurdistan unifié qui réunirait les populations kurdes réparties dans quatre États souverains différents. La plupart des mouvement et des partis politiques kurdes prennent très au sérieux les aspirations de leurs compatriotes au sein même de leur pays respectif. Dans chacun de ces pays, il y a des kurdes qui se sont assimilés et dont les aspirations semblent se limiter à plus de libertés culturelles et de reconnaissance politique.

Les kurdes, répartis aux quatre coins du Moyen-Orient, n’ont jamais renoncés à leurs aspirations à l’image de nombreux groupes. Bien qu’une partie des Kurdes ait fondé des organisations et des partis politiques légitimes dans le but de favoriser et de promouvoir leurs droits et leur liberté, d’autres, comme le PKK turc ont utilisés des stratégies de guérillas et d’attaques terroristes qui ont eu pour cibles des civils, parfois même des compatriotes.

La grande variété des partis politiques kurdes est révélatrice de dissensions au sein du monde kurde, qui correspondent souvent aux lignes de fractures tribales, linguistiques et nationales, auxquelles s’ajoutent des divergences et rivalités politiques. Les tensions entre les deux principaux partis politiques kurdes en Irak, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et l’union patriotique du Kurdistan (UPK), ont conduit à une guerre civile qui a coûté la vie à plus de 2 000 d’entre eux au milieu des années 90.

Ces dissensions s’étendent au-delà des frontières, avec des partis et des organisations qui se ramifient ou voient la naissance de partis affiliés au sein des pays voisins. À l’heure actuelle, les désaccords entre kurdes syriens et irakiens concernant les relations à établir avec la Turquie afin de favoriser les perspectives relatives à l’autonomie du peuple kurde ont créé des tensions qui ont opposé d’un côté le PKD irakien et son homologue syrien, le PDK-S, et de l’autre le PKK et son extension syrienne, le PUD. Néanmoins, des groupes kurdes rivaux ont coopéré lorsque la situation l’exigeait.

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Des groupes kurdes ont, à certaines occasions, négocié pas seulement avec leur propre gouvernement mais aussi avec les États voisins, parfois au détriment de leurs relations avec leurs frères. Les relations complexes, aussi bien entre les différents groupes kurdes qu’entre les kurdes et les gouvernements régionaux, sont instables et des alliances se sont nouées puis dissoutes au gré des changements politiques.

Les experts considèrent le manque d’unité des kurdes comme étant la cause principale de leur incapacité à fonder leur propre État.

Les velléités d’indépendances illégitimes et injustifiées des Kurdes

Les Occidentaux prétendent que les kurdes sont parmi les combattants les plus dignes et les plus respectables qui combattent Daesh au Moyen-Orient. Mais si leur objectif est de vaincre Daesh, comme ils le prétendent, pourquoi en viennent-ils à commettre un génocide envers le peuple syrien ? [13] Prenant, ceci en considération, il devient difficile d’adhérer à la thèse occidentale selon laquelle des groupes terroristes kurdes ont pour but d’aider la Syrie. La réalité du terrain vide de substance toutes les belles paroles que les Occidentaux prodiguent pour se donner bonne figure tout en soutenant ces organisations terroristes. Cette interprétation mensongère des faits vise en fait à armer les kurdes de Syrie dans le but d’engendrer l’instabilité et la division dans le pays.

Il est surprenant que les kurdes fassent preuve d’autant d’hostilités à l’égard des Syriens, dans la mesure où le pays les a accueillis à bras ouverts. À titre d’exemple, des réformes ont été menées en Syrie en 2012 favorisant les intérêts kurdes. « Le président Assad a promulgué un décret accordant la citoyenneté arabe syrienne aux résidents étrangers du gouvernorat de Hassake » selon l’agence de presse Sana. Ce décret, qui a bénéficié à 300 000 kurdes, est sorti une semaine après qu’Assad ait chargé une commission de « résoudre le problème du recensement organisé en 1962 dans le gouvernorat de Hassake ».

En janvier 2015, l’agence Sana a rapporté les propos de l’ancien Premier ministre, le Dr. Wael al-Halqi : « Les Kurdes font partie intégrante de la société syrienne et Kobané est une ville chère au cœur de tous les Syriens » [14]. Cette déclaration d’al-Halqi a été prononcée lors de sa rencontre avec une délégation qui comprenait des notables kurdes. Il a aussi encouragé tout le monde à bannir la violence et à promouvoir l’amitié, rappelant qu’une solution à la crise syrienne ne peut advenir que « par le truchement d’un dialogue et d’une réconciliation nationale » tout en précisant que ce dialogue devra se faire « entre compatriotes, à l’écart des injonctions étrangères ».

En 2014, le rassemblement civil démocratique des kurdes syriens a déclaré que la ténacité dont ont fait preuve les habitants de Kobané face aux terroristes reflète leur appartenance à la Syrie [15]. Le secrétariat du Conseil suprême du rassemblement a déclaré que cette ténacité forçait l’admiration et que les tentatives de mise à mal de l’intégrité du territoire kurde sont l’expression d’un complot visant à propager le chaos et la division et à affaiblir l’« Axe de la Résistance ».

Ce ne sont que quelques exemples de la volonté du gouvernement syrien d’unifier les populations vivant au sein de leurs frontières. Malgré toutes ces actions de bonne volonté, les FDS (Forces démocratiques syriennes) ont choisi de s’allier aux ennemis de la Syrie plutôt que de collaborer avec l’armée syrienne.

Un accord récent, initié et négocié par les États-Unis entre une faction de l’Armée syrienne libre et les FDS sous commandement kurde, établit les conditions qui ont permis à la brigade Mut’asim (Armée syrienne libre), d’investir 11 villages du nord de la Syrie, sous contrôle du rival FDS, en toute tranquillité. Le contenu de cet accord sans précédent a été annoncé le 10 mai 2017, déclarant que la Coalition sous commandement US a délégué à Al-Mu’tasim la responsabilité de l’administration des villages désignés.

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Al-Mu’tasim est connu pour être un puissant allié des États-Unis, raison pour laquelle il a été désigné pour assumer cette responsabilité : preuve supplémentaire de l’alliance entre les États-Unis, les Forces démocratiques syriennes et l’Armée syrienne libre. Cette coopération représente une tentative d’entrave à la progression de l’Armée arabe syrienne et de ses alliés.

(À suivre…)

Traduction
Jean-Marc Chicot

[1] “Israel Is Challenging America to Support Kurdish Independence”, Dov Friedman & Gabriel Mitchell, New Republic, July 3, 2014

[2] “Surprising Ties between Israel and the Kurds”, Ofra Bengio, Middle East Quarterly, Summer 2014 (Middle East Forum).

[3] “U.S., allies rush heavy weapons to Kurds to fight militants in Iraq”, David S. Cloud & Brian Bennett, Los Angeles Times, August 11, 2014. “Trump to Arm Syrian Kurds, Even as Turkey Strongly Objects”, Michael R. Gordon & Eric Schmitt, The New York Times, May 9, 2017.

[4] “Trump Approves Plan to Arm Syrian Kurds”, Courtney Kube, NBC News, May 9, 2017.

[5] “Syria’s Kurdish Militias Get 50 Trucks With US Armored Vehicles, Munition”, Sputnik, June 17, 2017.

[6] « Les projets de Kurdistan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 septembre 2016.

[7] “Syrian Kurdish PYD co-leader dismisses possibility of ‘being used as pawns’”, Kom News, April 16, 2017.

[8] “Middle-East – the Kurdish people used as a pawn by the Western powers”, Class Struggle 103, Winter 2014, (International Communist Union).

[9] “Kurds Often Used as Pawns in Power Struggles”, Daniel Schorr, NPR, January 15, 2007.

[10] “The Kurds as Charlie Brown”, Daniel Schorr, Christian Science Monitor, January 19, 2007.

[11] “Trump Moves To Defeat ISIS By Arming Syrian Kurds”, Jack Davis, Western Journalism, May 10, 2017.

[12] « Le Peuple syrien a parlé », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 juin 2014.

[13] « Les États-Unis et Israël débutent la colonisation du Nord de la Syrie », Réseau Voltaire, 1er novembre 2015.. “U.S. Coalition Cleansing Raqqa Of Arabs To Expand Kurdish “Autonomous Region””, Mint Press, June 20, 2017.

[14] “Premier al-Halqi : Kurds are integral part of Syrian society”, Sana, January 29, 2015.

[15] “Civil Democratic Gathering of Syrian Kurds : Ayn al-Arab will continue to raise the Syrian flag”, Sana, October 31, 2014.

http://www.voltairenet.org/article197628.html

 

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